Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 09:37

 

Rue de la Regratterie, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Histoire et philosophie de la mode,

 

autour de Marnie Fogg et Georg Simmel.

 

 

 

Tout sur la mode, sous la direction de Marnie Fogg,

divers traducteurs de l’anglais (Grande Bretagne),

Flammarion, 576 p, 29,90 €.

 

Georg Simmel : Philosophie de la mode,

traduit de l’allemand par Arthur Lochmann, Allia, 64 p, 6,20 €.

 

 

      Il y a bien un domaine où l’égalité des sexes n’est guère respectée ; et en l’occurrence nous aurions mauvaise grâce à nous en plaindre. Surtout féminine en effet est la mode, au sens vestimentaire, quoique ces Messieurs, de l’air de ne pas y toucher, en soient également les servants et les bénéficiaires. Elle est superficielle, diront les uns du bout des lèvres, esthétique au sens artistique, sociologique et philosophique enfin, diront les esprits avertis. Loin d’être un caprice économique contemporain, elle pare l’humanité depuis l’antiquité, parmi cinq continents. Et puisqu’il faut le prouver, il suffit de parcourir, d’inventorier avec ébahissement, un volume qui ne dépare pas les rayons historiques, intitulé Tout sur la mode, tandis que le philosophe sérieux, sinon ronchon, aura beau jeu de s’en faire le critique impitoyable, comme Georg Simmel. L’histoire et la critique du goût d’une part, et la science du beau[1] d’autre part, donc implicitement celle du laid, entraînent alors la mode dans le champ d’une esthétique aux chants vertigineux.

 

      Probablement celle qui tire son nom du latin modus, la mesure, a-t-elle pu trouver un accélérateur, sinon son origine, lors de la naissance du capitalisme dans l’Europe et l’Italie du XIV° siècle. À moins qu’elle vienne des soieries de la Chine des Tang au VII° siècle, sinon des figures du costume dans la Grèce et la Rome antiques, visibles dans la peinture, la mosaïque, la sculpture, pourtant très codifiées, rendant difficile une réelle datation des prémices du phénomène. Pétrone, au premier siècle après Jésus-Christ, outre l’auteur du fameux Satyricon qui inspira le cinéaste Fellini, était l’arbitre de l’élégance, du bon goût et de luxe auprès de l’empereur Néron, dont on connait les délires et les crimes. En quelque sorte le rédacteur en chef de Vogue avec dix-neuf siècles d’avance.

      Car déjà depuis des millénaires, l’on ne sait combien, le vêtement est à la fois protection contre les intempéries et parure, voire érotique frisson. Cependant la qualité éphémère et brillante de la mode, ainsi que la symbolique de ses couleurs[2], voit bien émerger son essence à la Renaissance, brisant peu à peu le code vestimentaire qui « attribue et définit le statut social de chacun à travers les siècles et les continents », selon l’intelligente introduction de Tout sur la mode, sous-titré « Panorama des mouvements et des chefs d’œuvre ». Mais pour que la mode prenne son plus vaste envol il a fallu la révolution industrielle du XIX° siècle.

      Gardons à l’esprit que l’apparition de vêtements et d’accessoires de mode est souvent liée à des découvertes techniques, comme les soies vénitiennes,  l’amidon pour les blanches fraises autour de nobles cous du XVI° siècle, la crinoline en acier trois siècles plus tard, ou plus récemment le collant en nylon, complice de la minijupe dans les années soixante.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Ce sont cependant les couturiers qui vont donner le ton, essentiellement à partir de de la fin du XIX° siècle : pensons aux robes de Fortuny célébrées par Marcel Proust et portées par son Albertine[3]. S’en suivront Paul Poiret et ses robes entravées, détrôné par la révolution fonctionnelle et l’élégante sobriété des tailleurs de Coco Chanel, les vêtements sport de Jean Patou. Parallèlement, le rêve hollywoodien offre les satins les plus glamour et les gants délicatement effeuillés de Rita Hayworth. Bientôt le renouvellement des générations permet de contester l’identité vestimentaire des pères et des mères, rejetant le costume cravate pour le laisser-aller hippie, le jean et le blouson de cuir, le pantalon pattes d’éléphant. Quand le mélange des cultures initie la mouvance afro-américaine, la vague féministe instrumentalise corset et soutien-gorge de la femme fatale pour les transcender en instrument de pouvoir politique, au travers d’une créatrice comme Vivienne Westwood. Plus bouillonnant encore est l’internationalisme de la mode, avec l’irruption des créateurs japonais, jusqu’à « l’éclectisme mondial » d’Alessandro Michele pour Gucci, dernière occurrence de ce volume généreux, vertigineux.

      Les couturiers sont-ils les reflets et suiveurs des évolutions sociétales (pensons à la « mode durable et étique »), ou les avant-postes des tendances à venir, flairant l’irruption de comportements, de lubies et autres originalités groupusculaires ou individualistes ? Sont-ils des artistes plus inventifs que bien des conceptualistes contemporains[4] ?

      Il faudrait céder au démon de l’énumération, au « vertige de la liste », pour reprendre le titre d’Umberto Eco[5], pour rendre compte ici des quelques trois cents exemples, classés chronologiquement et croissant de manière exponentielle jusqu’à aujourd’hui, qui émaillent cet ouvrage copieux, de manière documentée et colorée. On aimera (ou non) la « veste de chasse moghole » délicatement brodée de végétaux et d’animaux, la « robe à plis Watteau », en satin vert émeraude et lampas, la perfection du dandy anglais de 1815, le classicisme sensuel et nacré de la robe du soir de Madame Grès en 1937, les « sweet lolitas » japonaises des années quatre-vingt-dix, les seigneurs de la sape congolaise en costumes roses…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Aussi, à la lecture de cet ouvrage, peut-on aller plus loin, et risquer bien des réflexions. Êtes-vous « imprimé psychédélique » ou « robe Mondrian » ou encore « imprimé Andy Warhol », comme si la mode était jalouse de l’art ? Préférez-vous, en géographe glouton, celle qui laisse flotter une carte du monde (de Bill Gibb), exhibez-vous, en aficionado des boites de nuits et des concerts de masse, le style rock et dico ?

      Tout est fétichisme dans la mode, caoutchouc punk sex, ou style « Walkyrie », vêtement « seconde peau » ou tenue aérobic en lycra, ou encore la « lingerie vêtement », comme le corset de Vivienne Westwood ou la guêpière Jean-Paul Gautier de Madonna. Tout est ostentation de la vanité de classe,  colifichet Chanel ou carré Hermès, sac à main Fendi ou Gucci. Tout est choix économique, si l’on vante la pauvre vêture lacérée (sinon son affectation), ou le retour en grâce de la broderie de luxe, l’austérité monacale sinon grincheuse, ou plutôt les festivités de la beauté. À ce compte-là, tout est psychologique, reflétant les tendances profondes des individus, des groupuscules, des foules. Et révélant la sensualité, les désirs et l’érotisme latent de chacun d’entre nous si l’élue de notre cœur et de notre corps est la « robe Ice Queen », blanc glacé, de Sarah Burton, ou celle rouge de Valentino. Que penser alors de l’auteur de ces modestes lignes, lorsqu’il choisit de photographier en tête de cet article un blouson brodé de chaudes feuilles d’automne ?

      Voire politique, si l’on goûte en militant le look « afro » ou la veste « Union Jack », si l’observe le « bustier guérilla » à connotation plus que féministe, la « chemise Anarchy » de Malcom McLaren et Vivienne Westwood (encore cette belle iconoclaste !), quoiqu’elle soit risible, affichant le portrait de Karl Marx[6], qui n’est pas tout à fait anarchiste, n’est-ce pas ? Ainsi nombre de concepts, à qui mieux mieux, peuvent-ils être associés à la mode, de la sobriété à l’excès, du classicisme au baroque, de l’écologisme au capitalisme, en passant par la décadence et « l’anti-fashion », au risques et périls du publiciste et du critique !

      Si un tel titre, Tout sur la mode est une hyperbole, la traversée des siècles, des parures et des postures est aussi généreuse, encyclopédique qu’édifiante. L’accélération et la profusion contemporains, disons depuis la fin de la seconde Guerre mondiale, est certes un effet de proximité de l’observateur que nous sommes, de la croissance démographique et de la progression des richesses offertes par la société de consommation, mais aussi et surtout une preuve et une exhibition de l’évolution des mentalités et des mœurs, surtout si l’on pense à l’appropriation du costume masculin par la gente féminine. De tout ce bouillonnement rend parfaitement compte ce volume. Un seul bémol à ce livre indémodable : la mise en page, le graphisme et les couleurs délavées de la couverture ne rendent pas justice au sérieux et à la riche iconographie de ce qui est à la fois un essai didactique, une sorte de dictionnaire des modes et un album des élans vers la beauté, voire de ses échecs dans le fossé de la laideur : c’est bien là un portrait polymorphe des aspirations et de la créativité de l’humanité.

Cham : Les Tortures de la mode, Bureau du Journal des modes parisiennes, 1850.

Grandville : Les Fleurs animées, Gabriel de Gonet, 1847.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      « La torture n’est point abolie en France, elle a seulement changé de nom, on l’appelle aujourd’hui la mode[7] », disait Cham au fronton de son album satirique publié en 1850. C’était l’époque des cols tuyaux, des cravates bouffantes et des crinolines, d’une sorte de dandysme[8] obligatoire et conventionnel, ce qui est un oxymore. Outre la soumission à une contrainte sociale, la torture serait cependant celle de qui serait trop sensible au regard dépréciatif renvoyé au pauvre incompétent, au sens tant pécunier qu’esthétique, à l’égard d’une mode qui le fuit.

      Il est probable qu’aucune époque avant nous n’ait su accorder autant de possibles et de liberté à la mode et à l’immode (comme on dit l’immonde) vestimentaire. Car si la mocheté peut se voir dans le mauvais goût et dans le manque de soin, l’élégance peut se rencontrer autant par la grâce de la haute-couture que parmi la confection mondialisée et démocratisée, ou encore les fripes de douzième main des rayons d’Emmaüs. Au-delà de l’objet qui habille et qui orne, une aura financière, esthétique et morale, se profile, et c’est le plus souvent ce que l’on cherche, même inconsciemment, à exhiber, à discrètement moduler, tant auprès de soi que du regard dépréciatif ou appréciatif de l’autre, dégoûté, indifférent ou charmé…

      Ce serait erroné de ne penser la mode qu’au sens esthétique. Elle est économique, comme les élans et flux de richesses induits, comme l’est son relâchement dans les périodes de crise et de paupérisation. Elle est sociale, au sens du dialogue, de l’échange, de l’exhibition de la singularité et du conformisme. Elle est politique au sens du contrôle et de l’exception des classes sociales et des individus, qu’elle soit casquette ouvrière ou haut-de forme haut-bourgeois. Identité culturelle, vulgarité grunge et sens de la beauté, manque de goût et raffinement, elle est uniformisation dans l’ombre anonyme des noirs et des gris et liberté individuelle des Lumières.

      Jamais totalement indépendante des mouvements de société et des idéologies, des diktats politiques et religieux, la mode est propagandiste avec le col Mao, avec le brassard nazi, voire les surplus militaires, oppose le bikini (qui tire par antonomase son nom de l’île d’un essai atomique américain en 1946) et le tchador, jusque dans un mot-valise oxymorique, le burkini, qui n’a pas l’innocence et l’érotisme du premier, mais prétend en dénoncer l’indécence en infiltrant parmi nos civilisations l’islamisme rigoriste et liberticide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si l’Allemand Georg Simmel (1858-1918) est essentiellement connu pour son essai classique de 1900, Philosophie de l’argent[9], certes discutable car dans une optique kantienne et surtout marxiste, il sait ici nous réjouir et nous inquiéter en s’attachant à la Philosophie de la mode, ou plutôt en s’attaquant à ce phénomène. L’on devine que son petit ouvrage n’est guère démodé, quoiqu’il mériterait d’être aujourd’hui amendé.

      Le philosophe et sociologue dénonce vigoureusement l’inutilité de la mode, car elle ne confère pas la moindre utilité pratique aux vêtements et objets de consommation. Elle n’a rien de vital, tout de social, s’attachant deux instincts opposés, celui d’imitation et celui de « l’aspiration à la distinction » : « les hommes entendent d’autant mieux préserver leur liberté intérieure qu’ils abandonnent leur apparence extérieure au joug de la collectivité ». Quoi de plus paradoxal en effet que de vouloir être remarquable si l’on est un mouton de Panurge !

      Elle se mode, se démode et se remode, donc marque le temps de son aiguille volage. Tout en ouvrant béante la fracture entre les classes sociales. Elle presse le flux de la marchandise. Pire, selon notre auteur peu indulgent, elle s’oppose au « calme classique de l’art grec », en tant que sa superficialité, son agitation, ses « formes exubérantes, fantasques » relèvent du baroque.

 

      Mais ne dirait-on pas, alors que Georg Simmel en appelle à « la vie la plus haute », aux « valeurs morales ou esthétiques », qu’il mésestime la créativité de la mode, au point qu’elle puisse être le onzième art, inséparablement complice d’un autre art, la photographie, et sa nature esthétique, voire éthique, sans quoi homme et femme ne sont que des numéros parmi des sociétés désindividualisées ? Prenons garde que la mode n’est pas qu’un éclat vestimentaire, mais concerne aussi, et bien plus dangereusement, le langage[10], ses clichés et son novlangue, et, last but not least, les idées, les idéologies…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Georg Simmel a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2020.

 

[5] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[7] Cham : Les Tortures de la mode, Au Bureau du Journal des modes parisiennes et au journal amusant, Paris, 1850.

 

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 11:20

 

Speicher Durlaßboden, Gerlos, Tyrol, Österreich. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les paysages romantiques de l’âme.

Adalbert Stifter : L'Arrière-saison,

Dans la forêt de Bavière, Le Cachet,

Descendances.

 

 

 

 

Adalbert Stifter : L’Arrière-saison,

traduit de l’allemand (Autriche) par Martine Keyser, Gallimard, 2000, 658 p, 26 €.

 

Adalbert Stifter : Dans la forêt de Bavière,

traduit par Yves Wattenberg, Premières Pierres, 2010, 72 p, 11,50 €.

 

Adalbert Stifter : Le Cachet, traduit par Sybille Muller, Circé, 2012, 120 p, 10 €.

 

Adalbert Stifter : Descendances,

traduit par Jean-Yves Masson, Cambourakis, 2018, 220 p, 10 €.

 

 

 

 

      Qu’il s’agisse de topographie ou de psychologie, de randonnée ou d’aventure amoureuse, il faut s’attendre chez Stifter à une écriture lente, méticuleuse. La description des paysages est indubitablement un des points forts de ce romancier autrichien (1805-1868) admiré par Nietzsche, lecteur fort exigeant, qui le sacrait « plus grand prosateur de la langue allemande du XIX° siècle ». Au crépuscule du romantisme allemand, il fut également un peintre de nature, dans la continuité de Caspar-David Friedrich. L’Arrière-saison est son plus vaste roman d’apprentissage, à la poursuite d’un idéal intellectuel, esthétique, moral et amoureux, enfin atteint. De plus brefs romans et nouvelles se partagent entre le genre très allemand du roman d’apprentissage, à la suite de Goethe, et de l’hommage à la peinture.

 

      La recherche d’un « bonheur supérieur » est la philosophie de L’Arrière-saison, dont le titre, Nachsommer serait plutôt L’Eté de la Saint-Martin, soit une maturité heureuse. Rarement une lecture sait-elle dégager un tel sentiment de sérénité et de justesse. À juste titre, il fut en 1857 salué comme le roman d’apprentissage autrichien digne du Wilhelm Meister de Goethe, certes plus inquiet. C’est à la première personne qu’un narrateur qui ne se nomme pas raconte sa famille et son enfance choyées. Et plus précisément son éducation au milieu des précepteurs, des objets d’art paternels, sa gestion du patrimoine. Peu à peu, selon un programme judicieux, il se fait autodidacte, dans les sciences surtout. Non sans explorer le monde qui l’entoure, observer les travaux des artisans, des industriels, des paysans, selon un programme encyclopédique. La nature, la botanique, les paysages montagneux sont également parcourus avec attention et ferveur : « le grand tout sublime qui s’offre à nos regards quand nous voyageons de cime en cime ». Au point qu’il lui faille rendre compte de toute cette richesse, de toute cette beauté par le dessin et la peinture qui permettent d’exalter « les formes plastique de la terre ».

      Où sont donc les péripéties, les rencontres, l’amour, en ce roman où il ne se passe presque rien ? C’est lors d’un orage que notre personnage, auquel il est plaisant de s’identifier - ce qui permet de s’élever -, trouve refuge dans une maison étonnante. Vaste et splendide, entourée d’un jardin de roses, elle est la demeure parfaite, conçue comme une œuvre d’art, dans laquelle son propriétaire, le baron de Risach, fait preuve d’une vaste culture. Invité à y séjourner, à revenir, après un hiver chez lui et un intermède opératique à Vienne, notre héros côtoie non seulement une vieille dame adorable, Mathilde, mais aussi sa fille Nathalie, dont le visage ressemble à une figure gravée sur une pierre ancienne. L’on devine que l’amour nait entre nos deux jeunes gens : il est conté d’une manière aussi élégante qu’émouvante. S’ensuit un vaste récit emboité, dans lequel Risach raconte son amour contrarié pour Mathilde, sa pauvreté initiale, ses études universitaires et son ascension aux plus hauts postes de l’Etat impérial. De longues années plus tard, après le veuvage de Mathilde, une intense amitié les a réunis. Le consentement donné aux tourtereaux peut éclairer encore plus leur bonheur.

      L’intrigue semble extrêmement simple en ce roman à la beauté envoûtante. Mais, si les personnages peuvent sembler trop parfaits, tout est dans l’atmosphère de culture, de beauté, de vertu, sans la moindre niaiserie. Les descriptions paysagères, lors des voyages à pied (le wanderung allemand), la contemplation des lacs et des glaciers, la récolte des spécimens botaniques et géologiques (comme les marbres collectionnés), les conversations didactiques sur l’art des jardins, sur l’agriculture, sur la restauration des œuvres d’art, en particulier la sculpture antique, sont de nature pédagogique (Stifter fut inspecteur des écoles), sont lentes et méticuleuses. La vie sociale est aristocratique et harmonieuse, mais avec des liens courtois avec les petites gens, pétris de respect, de sens du devoir et de distinction paysanne. L’on visite des demeures aux riches collections, où les meubles sont « conçus selon des pensées fort belles ». Il s’agit avant tout d’ériger un idéal, dans le cadre d’un romantisme qui n’est pas celui de la passion dévastatrice, mais d’une éducation poétique et philosophique à la vie bonne. Où l’on mesure combien le romantisme allemand est dans la continuité de la philosophie des Lumières.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ce court récit autobiographique, intitulé Dans la forêt de Bavière, est celui d’un isolement au cœur d’une zone montagneuse et boisée de la lisière de l’Allemagne et de la Bohême. Pour imprimer sur la rétine de son lecteur une vision aussi exacte qu’exaltante des lieux, Stifter a un talent rare. Le plus vaste panorama, ainsi que les détails les plus précis, sont mis à contribution, avec un lyrisme parfois mesuré, parfois exalté, toujours efficace : « Si d’une vue alpestre magnifique, on dit qu’elle est un poème lyrique plein de feu, la simplicité de cette forêt en fait un poème épique tempéré ». Mais une tempête de neige violente et tenace l’emprisonne dans sa maison forestière, alors qu’il reste inquiet de l’état de santé de son épouse à Linz. Plusieurs jours d’ « effroyable blancheur », de « vision teintée d’épouvante et de sublime grandeur », l’emmurent sans pouvoir quitter cette apocalypse neigeuse. Le voyage de retour, entre traîneau et raquettes, malgré de serviables paysans, sera éprouvant. Il s’en suivra « un ébranlement nerveux », avant qu’il puisse écrire ce récit, dernier parmi ses proses publiées. Ce malaise était-il un présage de sa maladie, de son suicide, deux ans plus tard ? Finalement l’idylle montagnarde qui se change en drame n’est pas sans cacher de secrètes et lourdes angoisses intérieures.

      Ce bel hommage à la puissance inquiétante de la nature et à la pureté dangereuse de la neige est publié chez un éditeur décidément cohérent qui pose ses « premières pierres ». Tous ses livres inventorient avec poésie le pittoresque naturel, dans le cadre d’une esthétique environnementaliste à la fois romantique et parfaitement d’aujourd’hui. Ce dont témoigne le Voyage à l’île de Rügen. Sur les traces de C. D. Friedrich, par le peintre et écrivain romantique allemand Carl Gustav Carus[1] (1789-1869). Dans lequel l’on découvre, outre « l’étrange impression d’une nature primordiale intacte » et le « complet abandon à ses pensées et ses sentiments », les « abruptes falaises crayeuses » au-dessus de la mer Baltique, qui furent magnifiées par le pinceau de Friedrich.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      À peine moins bref, et cependant si intense est Le Cachet. Descendu des montagnes paternelles, un jeune homme blond descend à Vienne. Pour y parfaire son éducation, en particulier militaire, en attente du soulèvement européen contre la tyrannie napoléonienne. Guidé par ses principes de droiture hérités de son père, il mène une existence solitaire, hors quelque camarade. Lorsqu’un jeune visage, « à travers les amples plis noirs », parait lui faire « connaître la quintessence de toute chose ». Une série de rendez-vous pudiques à heures fixes dans la maison parmi les tilleuls lui révèle la justesse de l’amour. Mais pourquoi livre-t-elle si peu de sa vie ? Pourquoi cette maison parait-elle si peu authentique ? Il doute, omet de revenir quelques jours, avant que la maison soit mystérieusement vidée, avant qu’il parte enfin pour réaliser son idéal de souveraineté nationale en faisant campagne contre les armées françaises. Plusieurs années plus tard, l’épilogue nous apprendra le secret de celle qui avait été mariée à un vieux brutal, qui attendait de pouvoir réaliser son rêve. Nous ne révélerons pas au lecteur comment réagit le toujours amoureux fidèle à la devise du cachet paternel qui prône le respect absolu de l’honneur : « Servandus tantummodo honos ». Est-il possible de trop obéir à l’honneur et à la vertu ?

      Ce récit, pudique, profondément émouvant, est lui aussi caractéristique de l’art de Stitfer. Une nostalgie des sentiments purs taraude les personnages, en un romantisme sensible et déchirant. Peut-être le jeune homme blond est-il un alter ego tardif de la Princesse de Clèves. Peut-être la jeune femme est-elle la véritable héroïne, en une sorte de féminisme précoce, plaidant pour la vérité de la passion tendre contre le fer injuste des conventions. La métaphore du flocon de neige qui devient avalanche est alors signifiante. Il y a bien une sorte de connivence entre les splendides paysages montagnards et les cœurs des personnages…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « Ainsi donc, me voici devenu, de manière imprévue, peintre de paysage. C’est épouvantable ». Ainsi commence Descendances. Après une terrible, assassine, critique de la banalisation de la peinture de paysage, autrement dit son kitsch, le narrateur (Stifter lui-même ?) forme l’ambition de «  peindre de telle façon qu’on ne puisse plus faire la différence entre le Daschtein en peinture et le vrai ». Le Daschtein  étant évidemment une chaîne calcaire du nord de l’Autriche. La quête est acharnée autant qu’impossible, autant technique qu’esthétique et métaphysique. Notre homme aux pinceaux passionnés veut également rendre hommage à un marais avant son assèchement, sa disparition. Comme un Monet avant l’heure, il tient à peindre son modèle à chacune des lumières de la journée. Probablement est-ce là un reflet de la boulimie visuelle et créatrice du romancier qui fut un excellent peintre avant de devenir écrivain. Mais le motif pictural ne saurait épuiser la richesse de ce roman.

      Friedrich Roderer rencontre alors son homonyme, peut-être son double ; cependant il s’agit de l’assécheur de marais. Ce dernier, le vieux et riche Roderer, fut autrefois un amoureux de la poésie. Les mystères des « descendances », pour reprendre le titre, entre les différents Roderer, fascinent Friedrich qui ne peut que tomber amoureux de la fille de son ainé, histoire d’amour soudain du plus fulgurant romantisme. Mais l’obstination, le destin étrange de l’artiste permettent-ils que l’on épouse son amoureuse, que l’on coule une vie sans folie dans le confort Biedermeier ? Ou faut-il écarter et décevoir l’art, se ranger, pour accomplir quelque chose qui « ne sera ni petit, ni bas, ni insignifiant » ? Accomplir quoi, finalement ? Ce beau roman ne le dit pas, laissant l’expectative, voire la réponse, à qui voudra bien. Même si le mariage et une grande joie, ce renoncement n’est sans mélancolie dans la bouche du lecteur.

      Dans Le Condor[2], première nouvelle publiée par Stifter, le peintre choisit la carrière risquée de l’artiste plutôt que l’amour. Pourtant l’héroïne trouve le courage de s’élever au-dessus des Alpes matinales en ballon. Courage cependant insuffisant puisqu’elle s’évanouit en altitude. Comme si le sexe féminin n’avait pas encore, en 1841, le droit de monter aussi haut que les hommes, y compris dans la quête de l’idéal. La vigueur, la couleur de tels récits étonnent et charment, non sans qu’ils permettent de figurer les plus hautes aspirations humaines, y compris contrariées.

 

      Les paysages de Stifter sont aussi ceux de l’âme (car bien romantique est la croyance en celle-ci) , comme lorsque, dans Les Cartons de mon arrière-grand-père[3], il décrit successivement les saisons, dont un somptueux hiver autrichien, dans le cadre d’un roman de formation, entre ascèse de l’écriture et amour perdu, cependant retrouvé. De même, dans Cristal de roche[4], des enfants passent la nuit de Noël dans une grotte de glace aux lumières sidérales ; ce qui n’est pas sans faire penser au roman, un siècle plus tard, de Tarjei Vesaas : Palais de glace[5]. La fascination de la blancheur irrigue le romancier d’une manière à la fois naturelle,  mystique et sépulcrale. Bien que raisonnablement séduit par les convenances et le confort bourgeois, Adalbert Stifter était un romantique impénitent qu’une nature solaire et sauvage transportait de bonheur et d’inquiétude métaphysique. En se tranchant la gorge avec son rasoir en 1868, il rendit en effet son âme aux paysages qu’il aimait tant. Et dont il nous a rendu l’essence dans L’Arrière-saison, son roman parfait roman d’éducation philosophique et de paix esthétique, en ce sens à la croisée du classicisme et du romantisme.

Thierry Guinhut

 Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Dans la forêt de Bavière a été publiée dans Le Matricule des Anges, juillet-août 2010,

celle sur Descendances dans La République Internationale des Lettres, janvier 1997.

 

[1] Carl Gustav Carus : Voyage à l’île de Rügen. Sur les traces de C. D. Friedrich, Premières pierres, 2010.

[3] Adalbert Stifter : Le Condor, Jacqueline Chambon, 1993.

[4] Adalbert Stifter : Les Cartons de mon  arrière-grand-père, Jacqueline Chambon, 1989.

[5] Adalbert Stifter : Cristal de roche, Jacqueline Chambon, 1988.

 

Kartisch, Salzburg, Österreich. Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:10

 

Vouillé, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Gary Shteyngart, clown super triste

du roman de science-fiction et de mœurs :

Super triste histoire d'amour,

Mémoires d’un bon à rien, Lake Success.

 

 

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour ;

Gary Shteynegart : Mémoires d'un bon à rien,

Gary Shteynegart : Lake Success,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques,

L’Olivier, 2012, 416 p, 24 € ; 2015, 400 p, 23,50 € ; 2020, 384 p, 24 €.

 

 

 

 

      Se rire de soi, du monde et de l’humanité, c’est non seulement le don accordé au satiriste, mais une capacité cultivée par l’aisance du romancier qui sait être grave en paraissant léger. Au croisement de la comédie romantique et de l’anti-utopie, Gary Shteyngart concocte une Super triste histoire d'amour, en même temps qu'un super triste roman d’anticipation satirique. Ce qui n'est pas si mal pour celui qui prétendit écrire ses Mémoires d’un bon à rien. Reste à devenir meilleur, ou pire, parmi les routes et les orages des Etats-Unis où, opposés aux heureux nantis, les gueux américains ne survivent aux saletés de la réalité que grâce à l’humour et l’amitié. Aussi les love story risquent bien d'être source de désillusions nombreuses et raffinées, lorsque l’on s’est mis à voguer sur le Lake Success d’un roman de mœurs à la croisée des fonds spéculatifs et du picaresque. De la Russie aux Etats-Unis, le romancier Gary Shteyngart fait flèche de tout bois : satire, science-fiction, roman de mœurs, tendresse paternelle...

      Dans une science-fiction semi-contemporaine, le règne du superficiel, du kitsch, de l’apparence et de l’argent tyrannique est sans partage. Là, ne peut que se dérouler une Super triste histoire d'amour. « Lenny Abramov, dernier lecteur sur terre »,  travaille pour une vaste entreprise « d’extension indéfinie de la vie », grâce à laquelle les richissimes clients exhibent de jeunes quatre-vingts ans. Il est un super commercial au pouvoir d’achat confortable, quoique sur le déclin. A la quarantaine, il voit son capital santé et séduction s’éroder, son cholestérol et ses hormones s’afficher dangereusement. Aussi l’on se demande quelles sont les chances de ce lover défraichi lorsqu’il tombe amoureux de la jeune asiatique Eunice Park, ex-enfant maltraitée.

      D’autant que l’on peut savoir tout ou presque grâce à « l’äppärät », sorte d’IPhone ultra sophistiqué nanti, entre autres, d’une « Emosonde » qui « détecte toute variation de la tension artérielle » et devient indispensable en termes de « baisabilité » : « ça lui indique à quel point tu veux te la faire. » Les nouvelles technologies, ludiques et invasives, trouvent ici leur parodie. Sinon leur inquiétante omniprésence, au point que plus grand-chose ne puisse rester privé. Sous le masque de la comédie sentimentale, érotique, animée par l’échange de longs messages sur « GlobAdos », pointe l’apologue politique. Quelle société nous réserve cet avenir si proche ? Nous sommes dans un New-York de puissants et de « Médiacrates » dont la prospérité est menacée par le Yuan chinois et les créances abyssales, dans une atmosphère de décadence où la lecture, l’amour et l’écriture d’un journal intime sont de la dernière ringardise, en une sorte d’écho à 1984 d’Orwell[1]. Aussi, le souhait de nombreux Américains, encadrés par un état policier, voire sanglant au moyen de « l’Autorité de Rétablissement de l’Américanité », est-il d’émigrer vers le Canada.

      Le vocabulaire de cette anticipation s’enrichit d’abréviations, d’images, de néologismes, souvent avec une inventivité et une vulgarité sans complexe aux effets hilarants. On surfe sur « CulLuxe » et porte sans barguigner un jean « MoulesEnFoules ». On croise une « Médiapute », écoute « CriseInfo » et prend pour pseudonyme « Languedepute ». A moins qu’il s’agisse d’un appauvrissement qui est déjà le nôtre. Ainsi le langage post-ado de la petite Eunice, qui ne peux lire ni comprendre ni Tchekhov ni Kundera, et ce monde qui pratique une forme clinquante de novlangue, sont à l’opposé de celui, cultivé, profond, du narrateur personnage inactuel. Comme échappé des talents d’émotion et d’analyse du roman russe, il se heurte à une Amérique qui ne sait, ni ne veut plus lire. Lui sait, en son « Cher journal », parler de « sourire amphibien, ce rictus sans qualités ». L’aboutissement de ce décalage des générations et des mentalités laissera évidemment à désirer. L’on se doute que Lenny et Eunice, qui lui rappelle à l’envie combien il est un préhistorique croulant, ne vieilliront pas ensemble…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La stylistique et la construction romanesque de Gary Shteyngart permettent de mettre en scène et de visualiser le gouffre qui s’ouvre entre la littérature digne de ce nom et le piètre et bruyant flot de paroles qui parcourt les médias de masse et la foule de l’humanité courante. De cet américain né en Russie, nous connaissions Absurdistan[2], traversée loufoque d’un Moyen Orient aux mafieux obèses. L’humour est cette fois doux-amer et la portée plus nettement convaincante. Son anti-héros (au nom si proche de l’Oblomov de Gontacharov[3], ce paresseux pathologique) qui ne joue guère le jeu de l’adaptation nécessaire, amoureux des livres et de l’amour, est un peu son alter ego. Malgré le peu de concision, la légèreté, peut-être inévitable en la demeure, du bavardage, la satire anti-utopique du jeunisme, de la frime et de l’incurie économique est à son comble. Dans un univers où la superficialité est érigée en dogme, l’écrivain ne peut qu’aiguiser avec succès les flèches de l’ironie.

      Nul doute que Gary Shteyngart (né en 1972) ait pensé aux mémoires de Vladimir Nabokov intitulées Autres rivages[4]. Un « torrent nabokovien de souvenirs » l’entraîne en effet. Tous deux ont quitté, à presque un siècle de distance, la Russie soviétique pour les Etats-Unis, mais aux prestigieuses pages de son illustre devancier, celui qui s’appelait Igor Shteyngart a préféré en toute modestie ces Mémoires d’un bon à rien.

      Attendons-nous alors à un festival d’autodérision. À cet égard le lecteur n’est en rien déçu. Que faire de soi lorsque l’on nait prématuré et à moitié étouffé, que l’on souffre d’une enfance d’asthmatique, alors que son père aimant et déçu le traite de « morveux » ? Que faire de sa jeunesse lorsque les petites amies sont le plus souvent inatteignables, sinon se moquer allègrement de ses tares, en étudiant, au désespoir de la volonté parentale, l’écriture, en souhaitant être écrivain, pour faire pleurer en riant ses lecteurs préférés… Car, malgré son passage par « un enclos pour matheux multinationaux », il ne sait « rien faire », hors écrire, ou partir en quête d’une fille qui l’aime, osciller entre une sexualité pathétique ou grand-guignolesque.

      La satire de l’Union soviétique, corsetée dans sa petitesse idéologique, sa pénurie, côtoie une plus tendre satire, celle des mères juives, ainsi qu’un tableau burlesque de l’Amérique, en particulier universitaire. Reste que l’intérêt, plus profond et plus moral qu’il n’y paraît, de cette autobiographie est d’être également un vaste roman d’apprentissage, biaisé par une ironique distanciation, jusqu’à ce que son auteur éprouve les joies de la publication, avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes[5], autre « récit infidèle ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une fois de plus, l’adage selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur ne sera guère démenti, quoique avec modération, parmi les pages de Lake Success. Or la richesse du New-Yorkais Barry Cohen est indubitable, puisqu’à la tête d’un fonds spéculatif de plus de deux milliards de dollars, ainsi que d’une collection de montres précieuses qui lui procurent un réel sentiment de sérénité. Sauf que sa ravissante épouse, Seema, a mis au monde un enfant sévèrement autiste, prénommé Sheeva, qui pousse des cris dignes « d’un massacre villageois qui aurait eu lieu plusieurs siècles avant dans son histoire génétique ». Difficile pour le couple de ne pas se déchirer. Au point insupportable que Barry Cohen décide de prendre la poudre d’escampette. Fuir non seulement son ménage, mais New-York, et sa profession financière, d’autant plus qu’une enquête de la Commission boursière lui tombe sur le râble ! Où aller, sinon à l’autre bout des Etats-Unis, sinon dans un passé fantasmé où il retrouverait Layla, son premier amour ?

      Comme dans la tradition de l'épopée vers l'Ouest américain, la traversée parodique est d’abord une sorte d’ascèse. Abandonnant les vols transcontinentaux, il choisit les bus pour rejoindre le Nouveau-Mexique : « Barry s’était libéré du sombre carcan de sa propre existence ». L’on devine que les rencontres et les aventures seront peu luxueuses, et l’occasion d’avanies peu reluisantes. Une autre Amérique que celles gratte-ciels de luxe lui saute au visage, donnant lieu à des scènes pitoyables, burlesques, tendres et sordides, parmi les gares routières où « les toilettes puaient le détergent, mais puaient aussi la liberté », parmi les bus Greyhound et leur promiscuité, parmi les ivrognes et les rixes, là où s’agite toute une population picaresque, agressif vendeur de crack ou voyageur de hasard. Ce qui permet une sorte de reportage urbain, une prise de conscience de l’état de l’Amérique à tous les étages sociaux et parmi nombre de ses espaces géographiques, alors que Barry visite ses souvenirs, comme lorsqu’il retrouve la famille de Layla ou un riche ami à Atlanta. À moins qu’il vive une belle nuit d’amour avec la jeune et noire Brooklyn, qu’il se trouve à interroger sa lointaine judéité, lors d’un chemin initiatique. Et rejoigne enfin le Texas et Layla, divorcée, avec un enfant qui est tout le contraire de son fils : surdoué, passionné de trains et de cartes qu’il dessine avec brio. Cependant le havre de tendre amour rêvé doit être lâché. La quête devient une fuite, qui s’achèvera devant la justice. Et malgré l’élection de Donald Trump[6] (évidemment évoquée d’une manière  partisane), le happy end est peut-être au bout du retour, à moins d’un triste coup de théâtre. Notre anti-héros se réalisera-t-il en devenant écrivain racontant son odyssée, comme un double de son auteur, ou en étendant sa collection de montres au point qu’elle habite un « Montrarium » ? Qui sait si son fils Shiva deviendra son « Lake Success »…

      Du point de vue narratif, un va et vient s’organise de scène et scène entre des bribes du passé récent et les péripéties du voyage inter-Etats. L’antithèse est frappante entre deux mondes et des classes sociales radicalement étrangères, bien que dans le même pays : « la dignité du prolétariat et des classes moyennes » est au bout de la découverte. Ce qui permet au lecteur d’éprouver une réelle empathie pour les personnages, au premier chef desquels, malgré sa fatuité et son éthique financière discutable, Barry, dont le prénom, à moins de deux lettres près, est si proche de son auteur. Autre va et vient, entre Barry et son épouse Seema, qui ne dédaigne pas l’écrivain guatémaltèque, quoiqu’elle soit enceinte d’un deuxième enfant. Même si cette tranche de vie est peut-être moins palpitante pour le lecteur, elle n’en fait pas moins partie du roman de mœurs et de l’emprise de la satire. Il n’empêche que lorsqu’il est question du « taux de HYPMS » des écoles maternelles, c’est-à-dire de leurs futurs étudiants à Harvard, Yale, Princeton… l’on se demande s’il faut en rire ou pleurer !

      L’écriture de Gary Shteyngart ne manque ni de piquant, ni d’émotion. C’est devant une Vierge à l’enfant de Titien, à Venise, que Seema prend réellement conscience que son enfant ne l’avait jamais regardé dans les yeux. Une scène avec un écrivain, un « Tolstoï guatémaltèque », qui prend mentalement des notes sur son riche invité, peut se lire comme une mise en abyme dans laquelle notre auteur offre le reflet de sa démarche. De même pour les retours en arrière sur le « cours d’écriture créative » que suivait Barry en produisant une nouvelle qui lui tenait à cœur au point d’en pleurer. Même si le roman s’essouffle un peu à mi-parcours, c’est bientôt le roman de l’amour paternel qui se déploie, d’accidents en joies successives.

      Le moins que l’on puisse dire est que Gary Shteyngart est un inventif romancier, qui, de surcroît, a la capacité pas si courante de se renouveler de livre en livre, malgré un manque de concision parfois dommageable qui n’émousse qu’à peine les vertus de la satire et de la tendresse. N'est-ce pas un grand talent pour un bon à rien que de taquiner les ressources autobiographiques, que de savoir nous faire pleurer et rire avec ses piètres et super histoires, d'enfance et de formation, de petite sexualité et de grand amour, flirtant avec les plus pauvres et la richesse la plus dorée... Et d’en récolter un lac de succès !

Thierry Guinhut

Les parties sur Super triste histoire d'amour et Mémoires d’un bon à rien

ont été publiées dans Le Matricule des Anges, mai 2012 et mai 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Gary Shteyngart : Absurdistan, L’Olivier, 2008.

[3] I. A. Gontcharov : Oblomov, Le Club Français du Livre, 1959.

[4] Vladimir Nabokov : Autres rivages, Œuvres romanesques, T II, La Pléiade, Gallimard, 2010.

[5] Gary Shteyngart : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes, L’Olivier, 2005.

Partager cet article
Repost0
19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 10:16

 

Charles-Théodore Perron : Portrait de Béhanzin, roi du Bénin, bronze, 1899.

Musée Sainte-Croix, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du péché de la couleur

 

à l’amour-propre de l’artiste :

 

John Edgar Wideman, Claudia Rankine,

 

Toni Morrison.

 

 

 

John Edgar Wideman : Mémoires d’Amérique,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard-Mas, Gallimard, 272 p, 21 €.

 

Claudia Rankine : Citizen. Ballade américaine,

raduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maïtreyi et Nicolas Pesquès, L’Olivier, 192 p, 21 €.

 

Toni Morrison : L’Origine des autres,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 96 p, 13 €.

 

Toni Morrison : La Source de l’amour-propre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 432 p, 23 €.

 

 

 

 

      Il n’y pas de péché originel, à moins qu’il s’agisse de la violence indue. Dont l’une des plus abjectes et ridicules s’attache à punir la couleur de la peau. En une vingtaine de nouvelles, John Edgar Wideman griffe de sang noir ses Mémoires d’Amérique, alors que ce sont essais et conférences que Toni Morrison choisit pour balayer les arguments du racisme, de L’Origine des autres à La Source de l’amour-propre. La combativité de ces deux écrivains trouve sa source dans un immense humanisme que nous partageons : en espérant que « l’obsession de la couleur » soit bientôt ramenée à ce qu’elle mérite : le mépris et l’oubli.

      Hélas, le treizième amendement à la Constitution américaine, qui abolit l’esclavage en 1865, ne permit pas à lui seul d’assurer l’égalité et la liberté à tous ses citoyens. Ségrégation, exploitation mirent plus d’un siècle à s’effacer, si tant est qu’aujourd’hui cela soit réellement le cas. C’est pourquoi, en ses Mémoires d’Amérique, John Edgar Wideman use du dialogue philosophique, certes onirique, entre deux grandes figures historiques, John Brown, militant anti-esclavagiste, et Frederick Douglass, abolitionniste, dans son « JB & FD ». Ce dernier est un orateur « capable de mener son peuple, tous les peuples, hors des chaînes de l’esclavage », alors que « Brown pressent la victoire d’esclaves de couleurs armés de bâtons et de pierres face aux canons ». De plus Douglass (dont le profil orne la couverture française) n’hésite pas à « proclamer le droit que Dieu accorde à chaque femme, tout comme lui, de jouir de tous les Droits de l’Homme », mais avant de s’abattre, mort.

      Plus discret est le dialogue entre un frère et une sœur, cependant chargé par la tragédie : pourquoi leur père a-t-il tué un homme ? « Un bon copain de mon père », témoigne le narrateur dans « Cartes et registres ». C’est ainsi qu’il « examine [son] empire. La cartographie. Couche son passé dans des registres ». Culpabilité, convulsions sociales, « hurlement » et « encore des larmes »…

      Tout est prétexte à « matière noire », que ce soient les conversations de bric et de broc, « la forme du monde », la femme enceinte, le suicide du haut d’un pont et, de toute évidence, une liste inévitable : « Mes morts ». Les méditations sur le mode du monologue intérieur quittent le terrain polémique du racisme, non sans alimenter une mémoire à la fois personnelle et américaine. Les souvenirs remontent, comme des élégies adressées à Madame Cosa, « prof de CM2 », avec « ses lunettes œil-de-chat », alors qu’il s’agit maintenant pour l’écrivain de savoir « enseigner l’écriture ». Comme pour réussir un « Collage », censé sauver la vie du peintre Jean-Michel Basquiat.

      À l’instar de nombre de ses romans, en particulier L’Incendie de Philadelphie, ou Le Rocking-chair qui bat la mesure[1], John Edgar Wideman (né en 1941 à Washington) use d’une écriture intense, jazzée, au service de la fibre engagée. Toutefois ces Mémoires d’Amérique sont-elles, comme l’annonce la couverture, réellement des nouvelles ? Ou plutôt le fil d’une vingtaine d’essais, de proses poétiques, de pages de journaux intimes, tous bouleversants, destinés, selon l’ultime phrase désabusée de ce recueil, à « racheter le péché de la couleur ».

 

      Si John Edgar Wideman frôle le poème en prose, Claudia Rankine (née en 1963 à La Jamaïque) en joue avec autant de vigueur que de liberté. Son livre est un objet météorique : illustré de photographies couleur, tagué de phrases rageuses et lyriques, il s’est étonnamment vendu à plus de 200 000 exemplaires aux Etats-Unis. Parce que voici une méthode inattendue, originale, de dénoncer la pléthore d’agressions racistes. Citizen est une Ballade au sens poétique du terme, comme celle « des pendus » de François Villon, et une balade au sens ironique du terme dans les rues américaines où être une personne de couleur expose au risque d’être victime de violences, verbales, policières, physiques. Quand « le moment pue », le livre agglutine reportages (sur Serena Williams et le monde du tennis), récits, coupures de presse et d’écrans, choses vues et entendues, impressions intimes, au service du malaise inhumain et du pamphlet politique : « tu te souviens qu’un ami t’a dit un jour qu’il existe un terme médical - le John Henryisme - pour désigner les personnes sujettes au stress dû aux agressions racistes ». Souvenirs de lynchages, passages à tabac, remarques biaisées, « la pire blessure est de sentir que tu ne t’appartiens pas ».  Même si l’intensité de l’objet littéraire reste à démontrer, au-delà de la vague d’indignation qui porte une telle cause, saluons cette technique du collage, vocal et visuel qui lui donne une saveur roborative. Comme quoi, dans la tradition du Français Agrippa d’Aubigné et du Russe Joseph Brodsky, la poésie engagée a de beaux jours devant elle, là où « les mots agissent comme une libération ».

 

 

      Judicieusement, Toni Morrison propose d’éliminer le mot « racisme » du vocabulaire, tant les races humaines n’existent pas (quoiqu’un Gobineau ou un Nietzsche entendent les races au sens des cultures), pour y substituer le « colorisme ». Parce qu’au-delà de ces romans, comme Beloved ou Délivrances, elle sait être une essayiste persuasive et rigoureuse. L’Origine des autres réunit six conférences, prononcées à l’Université d’Harvard, en 2016, à une époque où la brutalité policière ne manquait guère de toucher avec trop de gourmandise la population noire. Aux Etats-Unis en effet règne encore trop ce que la préfacière, plus militante que nuancée, Ta-Nehisi Coates, appelle « la politique identitaire du racisme ». Nous lui objecterons que malgré « la nature indélébile du racisme blanc », il en est de même du côté noir.

      Ce que confirme un souvenir d’enfance de Toni Morrison, dont l’arrière-grand-mère, considérée comme « le chef, sage, incontestable et majestueux de la famille », prononça, en voyant ses petites filles, ces mots terribles : « Ces petites ont été trafiquées ». Ce qui bien plus tard amène la romancière à comprendre : « Mon arrière-grand-mère étant noire comme du goudron, ma mère savait précisément ce qu’elle voulait dire : nous ses enfants, et par conséquent notre famille immédiate, nous étions souillées, non pures ». L’anecdote est capitale.

      Il est logique de dénoncer les thèses eugénistes, par exemple celles du Docteur Cartwright, en 1851 : « Le sang noir distribué au cerveau enchaîne l’esprit à l’ignorance, à la superstition et à la barbarie ». Eût-on cru une telle crétinerie possible ? Mais aussi de dénoncer un autre versant de l’argumentaire, qui consiste à « embellir l’esclavage », tel qu’il fut décrit dans un lénifiant roman d’Harriet Bercher Stowe, La Case de l’oncle Tom, paru en 1852 à Boston, et affligé de bien des stéréotypes, tels que la nature servile des nègres. Sauf qu’ici Toni Morrison est fort injuste, oubliant combien ce roman à succès attira la pitié des lecteurs blancs et contribua de beaucoup à l’éclosion de la cause abolitionnisme, à la défense des esclaves fugitifs et à la guerre de Sécession.

      Cependant « l’origine des autres » est très vite un ressenti injustement discriminant qui vise à nier à autrui son statut de personne ». Les écrivains les plus honorés ne sont pas forcément indemnes de clichés à cet égard, tels Hemingway peu amène envers l’individualité des gens de couleur en son roman viriloïde En avoir ou pas et Faulkner hanté par « l’inceste et le métissage », dans Absalon, Absalon ! C’est « l’horreur d’une unique goutte mystique de sang noir » qui assied la « supériorité blanche innée ». Voire conduit au lynchage, jusqu’au cœur du XX° siècle, ce dont notre conférencière donne une liste non exhaustive, parmi les Etats du Sud, dans ses « Configurations de la noirceur ». Souvenons-nous également que le Code pénal de 1847 interdisait à quiconque de réunir « des esclaves ou des nègres libres dans le but de leur apprendre à lire ou à écrire », que celui de Birmingham de 1944 ordonnait la ségrégation en refusant les jeux de cartes, de domino, de dames, s’ils étaient mixtes…

      À la lecture de ces conférences résolument engagées, dans lesquelles les références  aux romans de l’auteure sont récurrentes, de façon à expliquer et justifier son travail, à mi-chemin de l’Histoire et des histoires humaines où la couleur ne peut s’effacer, l’on balancera entre l’admiration envers un combat nécessaire, stimulant, humaniste enfin, et un soupçon d’agacement à l’occasion d’une systématisation parfois trop sensible : celle d’une conscience qui risquerait, en traquant avec vigueur les traces du pouvoir blanc, de laisser les coudées franches à un pouvoir noir, quoique cela ne soit probablement pas ce que Toni Morrison, née en 1931 et décédée en 2019, aurait voulu. N’a-t-elle pas imaginé dans Paradis[2] une dystopie de la pureté noire ?

      Il n’est pas difficile d’imaginer que Toni Morrison plaide pour résister « aux pressions qui peuvent nous faire nous raccrocher frénétiquement à notre propre culture, à notre propre langue, tout en rejetant celles d’autrui […] et résister à mort au caractère universel de l’humanité ». Elle aurait notre pleine et entière approbation s’il n’était pas nécessaire, au nom de cette dimension universelle, de résister à une culture religieuse qui fait profession de rejeter et d’éradiquer toutes celles qui ne sont pas la sienne. Rappelons le paradoxe de la tolérance selon Karl Popper : « Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l'impact de l'intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui[3] ».

 

      Plus divers et plus copieux est La Source de l’amour-propre, puisqu’il agglutine une quarantaine d’« essais choisis, discours et méditations », venus de plusieurs décennies, entre 1976 et 2011, quoiqu’ils ne soient pas classés par ordre chronologique. Mais en trois grandes parties, qui se veulent ascendantes : « La patrie de l’étranger », où elle montre la parenté du racisme et du fascisme, puis « Black Matter(s) où rôde « la construction de la noirceur et de la servitude », enfin « Le langage de Dieu », où s’invite « une foi stimulante » dans le paradis, qu’il soit religieux ou littéraire, chez Dante et Milton, autant que dans le roman de notre auteure intitulé Paradis, contant l’assassinat d’une communauté de femmes par des hommes noirs au point de suspecter toute peau trop claire. Chacun de ces textes s’adressait à des publics précis : étudiants diplômés, comités d' Amnesty International, associations de journalistes, visiteurs du Louvre ou de l'America's Black Holocaust Museum de Milwaukee… Ce qui n’empêche en rien qu’ils parlent à l’oreille de tout lecteur un tant soit peu sensible aux humanités politiques. Même si la dimension circonstancielle de certains textes ne contribue pas à leur force, ce dont témoigne une page sur « Les morts du 11 septembre ».

      Evidemment l’apport culturel des Afro-Américains, les tiraillements sociaux et raciaux sont abordés ; mais sans empêcher que la dynamique de l’imagination littéraire, que le pouvoir de l’artiste irrigue en ces pages nos sociétés. Car la nécessité de l’artiste est dès l’abord affirmée haut et clair : « La répression historique des écrivains est le tout premier signe avant-coureur de la privation régulière d’autres droits et libertés qui s’ensuivra ». Outre l’interdiction, l’incarcération et la mort, il faut craindre la « peur paralysante […] l’effacement d’autres voix, des romans non-écrits, des poèmes chuchotés […] des questions d’essayistes bravant l’autorité et qui ne seraient jamais posées ». Qu’il s’agisse de censure, d’autodafé[4] ou de doxa morale[5], l’œuvre ne s’écrit que pour ne pas être éditée, ni lue, voire ne s’ose même plus s’écrire. Saluons alors en Toni Morrison une défenderesse de la liberté d’expression.

      En une sorte de melting-pot intellectuel, l’on croise l’élan du jazz, la littérature afro-américaine, si tant est que l’on puisse en faire une catégorie séparée, la condition des femmes noires, radiographiée dans « Femmes, race et mémoire ». Mais un fil d’or relie secrètement toutes ces raisonnements : l’art, d’être et d’écrire. Car c’est au service de l’émotion qu’elle écrit, celle qui réprouve au premier chef les injustices. Par exemple lorsque sa lecture de « Cendrillon » lui permet de réprouver la contre-éducation que reçoivent ses demi-sœurs, entraînées par leur mère à mépriser et opprimer la jeune fille. La chaîne de la tyrannie domestique et politique pourrait-elle se briser ? Ou lorsqu’il faut se demander quelle est la légitimité de « l’amour-propre d’une esclave », celle de Beloved qui tue ses propres enfants pour leur épargner l’abomination de l’esclavage ». Il n’en reste pas moins qu’au-delà de l’émotion, de la persuasion donc, il s’agit de parvenir à la juste conviction : « Nous passons des données aux informations, puis aux connaissances, puis à la sagesse. Séparer les unes des autres, savoir distinguer entre elles et parmi elles, c’est-à-dire connaître les limites et le danger de l’exercice des unes sans les autres tout en respectant chaque catégorie d’intelligence, voilà ce dont il est généralement question dans une éducation sérieuse ». Soit une éducation libérale[6].

 

      Certes l’afflux de concepts pas toujours limpides pénalise un peu ce recueil. Ainsi l’on abuse de « mondialisme », « suprématisme », « africanisme », somme toute une revendication identitaire passablement creuse et vaniteuse. Peut-être est-ce dû, sinon à la traductrice, à la nature circonstancielle de nombre de ces textes, qui, bien que réunis du vivant de l’écrivaine, ne font pas un essai réellement construit. Être une propagandiste dans le meilleur sens du terme ne fait pas une philosophe. Parler de « la civilisation noire qui fonctionne à l’intérieur de la blanche », ne rend pas service à la cause de l’antiracisme, qui devient d’ailleurs un racisme inversé, d’autant que les notions sont aussi pâteuses que ridicules, fermant la pensée à toute analyse digne de ce nom, les choses étant bien plus complexes, et certainement pas réductibles à de telles clôtures.

      Toutefois il y a bien à revoir dans les catégorisations venues du monde blanc : « À une ou deux exceptions près, l’Afrique littéraire était un terrain de jeux inépuisable pour touristes et étrangers. Dans les œuvres de Joseph Conrad, de Karen Blixen, de Saul Bellow et d’Ernest Hemingway, qu’ils aient été imprégnés d’idées occidentales classiques d’une Afrique plongée dans l’ignorance ou qu’ils les aient combattues, les protagonistes trouvaient le continent aussi vide que le plateau pour la quête : un récipient attendant toutes les petites pièces de cuivre ou d’argent que l’imagination était contente d’y déposer ». Cependant s’intéresser aux écrivains noir-américains, par exemple James Baldwin, auquel elle consacre un « éloge funèbre », ne signifie pas qu’il faille les lire selon le seul colorisme. Dans la bibliothèque, ils ne revendiquent pas leur dos noirs opposés aux dos blancs. Si l’on veut bien « permettre au corps noir de participer au corps culturel dominant sans lui faire d’ombre », s’il s’agit de prendre en compte « la présence afroaméricaine dans la littérature américaine », sans « massacre, ni réification » sans se limiter à un universel occidental, il reste à souhaiter de pouvoir lire, hors des livres engagés sur ces questions colorées et encore nécessaires, sans pouvoir se voir jeter à la tête la couleur de l’auteur, sans pouvoir même la deviner. Aussi faut-il apprécier à sa juste valeur une telle profession de foi : Je voulais sculpter un monde à la fois spécifique à une culture et « sans race » », écrit l’auteure de L’Oeil le plus bleu.

      En ce sens, L’Origine des autres est peut-être plus rigoureux, à moins de revenir à son Discours de Stockholm[7], lorsqu’elle fut en 1993 récipiendaire du Prix Nobel de littérature. Là elle louait le pouvoir du conte, blâmait « le langage sexiste, le langage raciste, le langage théiste » (quoique sur ce dernier point c’est oublier la dimension philosophique et charitable de certaines religions, en particulier le Judaïsme et le Christianisme). Là elle affirmait avec une fine pertinence : « nous faisons le langage, c’est peut-être la mesure de nos vies ». Ce qu’il est permis de compléter en revenant à une page de La Source de l’amour-propre : « Je suis écrivain et ma foi dans le monde de l’art est intense, mais non irrationnelle et naïve. L’art nous invite à faire un voyage au-delà du prix, au-delà des coûts, pour témoigner du monde tel qu’il est et tel qu’il devrait être. L’art nous invite à reconnaître la beauté et à la faire naître des circonstances les plus tragiques ».

      L’une des grandes forces de l’essayiste est d’en appeler à la responsabilité individuelle : « Ce ne sont pas vos parents qui vous ont rêvés : c'est vous. Je ne fais que vous inciter à poursuivre le rêve que vous avez commencé. Car rêver n'est pas irresponsable : c'est une activité humaine de premier ordre. Ce n'est pas du divertissement : c'est du travail ». Rêver avec la plume de la conscience, avec la langue de l’oratrice, dont les mots ont indubitablement une réalité politique que l’on espère agissante. Le pouvoir sur un monde apaisé est au bout du langage.

      Alors que John Edgar Wideman use de l’écriture pour bâtir et questionner les stratifications de la mémoire, en un sens personnel, intime, qui cependant dévoile le creuset historique et tragique des Etats-Unis d’Amérique, c’est sans emphase ni cuistrerie que Toni Morrison, dont l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation fait la chair de ses romans, emprunte la posture morale du sage. Ecrire est une responsabilité, qu’elle n’assume pas à la légère. Il s’agit pour elle de vaincre les démons du racisme, plus précisément, redisons-le, du colorisme, et d’une ignorance noire, qui n’a pas la couleur noble de la peau. La connaissance du monde et l’amour des autres sont pour elle des destinations éthiques, dans la tradition des Lumières. Sauf si l’on fait de celle que Barack Obama qualifia de « trésor national » une icône au point que les Universités l’enseignent à toutes les sauces, (« on vous enseigne dans vingt-trois cours distincts de ce campus »), en une sorte de lecture politique obligée, ce qui ferait paradoxalement d’une ouverture culturelle une source de fermeture culturelle à tant d’autres champs d’investigation. Soit, encore une fois, la nécessité d’une éducation libérale.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Toni Morrison : Paradis, Christian Bourgois, 1998.

[3] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, t I, Seuil, 2011, p 222.

[7] Toni Morrison : Discours de Stockholm, Christian Bourgois, 1994.

 

Harriet Bercher Stowe, La Case de l’oncle Tom, Club Français du Livre, 1960.
Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 15:20

 

Cisneros, Palencia, Castilla y Léon.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Julien, lecteur bafoué.

 

Stendhal : Le Rouge et le noir, I, IV,

 

« Un père et un fils ».

 

Commentaire littéraire.

 

 

 

      Il est paradoxal qu’un livre arbore la haine de la lecture. Pourtant dès son chapitre IV, l’auteur du Rouge et le noir met en scène un lecteur bafoué, en la personne de son jeune héros, Julien Sorel. C’est sous le nom fort poétique de Stendhal, celui d’une ville allemande, que Marie-Henri Beyle, né à Grenoble en 1783 et mort à Paris en 1842, trouva sa réputation littéraire. Après une carrière de sous-lieutenant en Italie, devenu intendant dans l’armée napoléonienne, il suit son impérial héros, de Vienne à Moscou. Le dandy mélomane aux nombreuses amours se réfugie à Milan à la chute de l’Empire, avant de résider entre Paris et l’Italie, et publie sous le pseudonyme de Bombet Les Vies de Haydn, Mozart et Métastase, en 1814 ; puis Rome, Naples et Florence en 1817, cette fois sous le nom de Stendhal. En 1822, son essai De l’Amour, reflet de sa passion pour Métilde, présente sa théorie de la « cristallisation » amoureuse. Après le manifeste romantique de Racine et Shakespeare, son premier roman s’intitule Armance. En 1839 paraît La Chartreuse de Parme, avant que seules des publications posthumes assurent l’importance de ses œuvres autobiographiques, telles que La Vie d’Henry Brulard, au titre transparent. Mais en 1830 avait été publié Le Rouge et le noir, qui s’appela d’abord Julien, du prénom de ce jeune précepteur d’origine modeste qui s’élève jusqu’aux sphères de l’aristocratie. Après avoir séduit deux femmes, Madame de Rênal et Mathilde de la Mole, il meurt sur l’échafaud pour avoir tenté d’assassiner sa première maîtresse. Penchons-nous sur le passage central du chapitre IV, « Un père et son fils », dans lequel apparaît celui qui faillit être un héros éponyme, jeune lecteur bafoué par la hargne de son père. Comment le destin du personnage de roman se voit-il tiraillé entre romantisme et réalisme ? L’étude de la brutalité du père Sorel précédera celle du rêve violenté de Julien, pour découvrir enfin la dimension préfiguratrice de cette scène à la croisée des mouvements littéraires de la première moitié du XIX° siècle.

      Après que le narrateur nous ait présenté la ville de Verrières, son maire, Monsieur de Rênal et son épouse, l’on découvre ce chef de famille décidé à embaucher un jeune latiniste pour être le précepteur de ses enfants : le fils du « scieur de planches ». C’est ce dernier que l’on appelle « le père Sorel », à la manière familière et populaire, de façon à la fois à désigner celui qui a une descendance et une autorité.

      De fait, il est décrit physiquement et moralement avec bien des signes de la puissance. Sa prosopographie (soit la description physique) a été, quelques lignes avant notre extrait, celle d’un « homme de près de six pieds », soit deux mètres. En tant que père, il a un certain âge, cependant, « malgré son âge », le « vieux Sorel […] sauta lestement » : l’opposition met en relief un habitué des travaux de force, fort bien conservé, voire athlétique. Il est capable de retenir la chute de son fils, « de la main gauche », habituellement la moins habile ; et si l’on se rappelle que la gauche est sinistra en latin (car Julien est latiniste), voilà qui est de mauvais augure. Il est de plus nanti d’une « voix de stentor », c’est-à-dire puissante et portant au loin, ce qui est une antonomase venue du personnage de Stentor, dont Héra prit l’apparence, ce crieur de l’armée grecque qui avait la « voix de bronze » de cinquante hommes, au chant V de l’Iliade d’Homère. Cette « terrible voix » ensuite renforce le sentiment de menace, donc le registre pathétique.

      Un tel personnage est parfaitement en accord avec l’espace qui le définit. La topographie est celle de l’usine, de « la scie à eau », décrite au précédent paragraphe, que l’on retrouve ici, avec le « hangar », les « pièces de la toiture », le « mécanisme », en une énumération technique fidèle à la progression du regard du personnage. Il y a là une dimension préindustrielle, inscrivant le père Sorel dans le cadre d’un artisanat familial, caractéristique de ces paysages ruraux et boisées de la région de Besançon, dans le Doubs ; ce qui concourt au réalisme de la caractérisation de l’homme dans son emploi et son milieu social, dans lequel il est parfaitement à l’aise. Le machinisme de la scierie est un double de son corps alors qu’il est toute hostilité pour son fils.

      Il est également le père de « fils aînés », dont le nombre n’est pas précisé, mais dont la primeur dans l’ordre de succession contribue à la légitimité dans l’espace, dans l’entreprise et dans la famille. Ils contrastent avec le cadet, en une efficace antithèse. Ils sont en effet qualifiés par une hyperbole, « espèces de géants », et capables de porter des « troncs de sapins ». L’on peut les observer : « Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée sur la pièce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des morceaux énormes ». Ce dernier adjectif s’associe au champ lexical des « géants », de plus « armés de lourdes haches », menaçants comme des guerriers barbares, ce qui est accentué par l’allitération : « équarrissaient […] chaque coup  […] copaux », et par la « marque noire » fatale. Sans conteste, c’est, du point de vue du regard du père, un éloge. Quoique l’on devine qu’il ne s’agisse pas là de grands frères protecteurs pour Julien, ils n’ont qu’un rôle de figuration, puisque muets, tout à leur travail, de toutes façons couverts et assourdis par le bruit. Seul le père donne de la voix.

      Exclamation, question rhétorique insultante condamnant pour « toujours » (une hyperbole) à lire « tes maudits livres », comme s’il s’agissait de livres hérétiques, diaboliques, au regard du superstitieux paternel, ordres caractéristiques du registre délibératif (« lis-les le soir », « Descends »), tournure orale familière (« que je te parle »), animalisation dépréciative (« animal »), ainsi sont faits les vocables du père qualifiant le « paresseux », en un blâme sévère et usant d’un registre polémique brutal. À ce père tortionnaire serait opposées aujourd’hui, bien que l’expression soit anachronique, les qualifications de violence parentale et de harcèlement moral. Pour continuer avec l’éthopée (ou description morale), c’est celle d’un homme matois (dans la négociation avec Monsieur de Rênal), puis violent, non seulement dans les mots mais dans les gestes : un « premier » et un « second coup » ne semblent que le début d’une énumération, la répétition de l’adjectif « violent » s’associe à « donné sur la tête » pour accentuer l’intention de faire mal, la métaphore de la « calotte », de par la forme de la main, ne signifie pas seulement une claque, mais une allusion bien sentie à la coiffure ecclésiastique, puisque Julien prend des leçons chez un prêtre. La gradation ascendante de la violence est à son comble avec « tout sanglant »

      Le langage paternel, quoique courant et capable de respect conventionnel devant Monsieur de Rênal, ne se caractérise pas par sa richesse, étant donné son milieu, et surtout son peu de culture, sa haine de la culture : « cette manie de lecture lui était odieuse ». Quoiqu'il n'en sache rien, le mot venant de Mania, la déesse grecque de la folie, il est particulièrement dépréciatif à l’égard de son fils. La raison d’un tel comportement est révélée par l’ironie du narrateur : « il ne savait pas lire lui-même ». Ce qui est un trait de psychologie digne des Caractères de La Bruyère, révélant le ressentiment de celui qui ne veut pas se voir ramener à son insuffisance et qui survalorise la force physique au dépend de celle intellectuelle. Notons que le « premier coup » cible le livre honni. Comme si cela n’était pas suffisant il « alla chercher une longue perche pour abattre des noix », comme si le gamin était chosifié, le « frappa sur l’épaule », le « chassant rudement », en une autre animalisation. Il est probable que nous ne reverrons guère un tel père, sinon jamais, au cours du roman, tant ce dernier, en une belle revanche, est attaché à son indigne fils.

 

      Grâce à la focalisation omnisciente, le lecteur en sait plus que le personnage principal : c’est parce qu’il va être engagé par Monsieur de Rênal, dont nous nous venons de suivre l’offre d’emploi faite auprès du père Sorel, qu’il subit une ultime avanie. Ignorant d’une telle transaction, Julien a bien des raisons de craindre fort son père, ce qui dès l’abord provoque la pitié du lecteur.

      Cependant notre héros, annoncé au chapitre précédent, est un personnage attendu par le lecteur, d’autant que son père ne le trouve pas d’abord, ce qui induit un soupçon de suspense, habilement distillé par la plume de Stendhal. Julien (seul son prénom est ici utilisé, d’une manière intime et complice), est d’abord associé à la topographie, parmi la scierie ; mais c’est pour s’en abstraire. S’il est commis « à la place qu’il aurait dû occuper », il est ailleurs, « cinq ou six pieds plus haut, à cheval sur l’une des pièces de la toiture », autant que les « près de six pieds » de son père qu’il domine ainsi. De plus, si être « à cheval » procède d’une certaine désinvolture au regard de la surveillance de la scie qu’il est censé effectuer, c’est aussi une prolepse : ne devra-t-il pas faire ses preuves à cheval chez le Marquis de la Mole et endosser l’habit militaire ?

      La « tête », sommet du corps et siège de son intellect, est frappée, le père se vengeant de la hauteur intellectuelle de son fils en le faisant descendre. Tout le passage est gouverné par une antithèse entre le haut et le bas. La hauteur est celle de la lecture, au champ lexical abondé par les dérivations (ou polyptotes) : « lisait », « lire », « livre », au singulier puis au pluriel, « lis-les », suggérant une habitude ancrée et une abondante moisson de livres, parmi les mains de Julien, qui appartient à un autre univers, au regard de qui ne « savait pas lire ». La chute de Julien résonne d’une manière symbolique, par allusion à la chute de l’homme hors du jardin d’Eden, chassé par l’ange du Seigneur, dans La Genèse, ce que confirme l’emploi ironique du mot « Dieu » : « le chassant rudement devant lui, le poussa devant la maison. Dieu sait ce qu’il va me faire ! se disait le jeune homme ». Certes la chute est moins grandiose, mais elle ramène Julien à sa condition malheureuse : « il regarda tristement le ruisseau où était son livre », en une identification pathétique. Le père, qui n’a rien du Père éternel, châtie le fils coupable du péché originel : mépriser sa propre classe, son clan, ses ancêtres…

      Frappé, blessé par son père, il ne peut se défendre ; et ce n’est pas l’amour filial qui l’en empêche mais son physique, dont la « taille svelte et bien prise annonçait plus de légèreté que de vigueur », selon la description qui succède à notre pathétique passage. Ainsi le lecteur s’identifie au lecteur bafoué, qui a « les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique que pour la perte de son livre qu’il adorait ». La comparaison met en valeur la douleur morale, sinon un certain stoïcisme face aux souffrances du corps, qui sont moins prégnantes que celle d’avoir vu « voler dans le ruisseau le livre ». Ce dernier, animalisé, a eu beau voler dans le ciel, sa hauteur a été désacralisée, comme lors d’un liquide autodafé, sa chute est sale et vulgaire. D’autant qu’il s’agit d’un volume « qu’il adorait », « celui de tous qu’il affectionnait le plus », en une personnification qui ne messiérait pas à un ami, voire à une amante. C’est moins l’objet qui importe que le contenu, en une synecdoque, c’est-à-dire les phrases qui le composent, la voix qui s’en dégage. Juguler un tel livre, Le Mémorial de Sainte-Hélène, dicté à Las Cases par Napoléon en son dernier exil, et tout entier empreint d’idéal politique, c’est briser un miroir fantasmatique, c’est choir des sphères de l’héroïsme sur le sol rugueux du matérialisme le plus humiliant, c’est  étrangler les rêves de l’adolescent qui veut s’identifier à son impérial héros, qui sut commander et non être commandé, commander l’Histoire et non être tyrannisé par l’histoire paternelle.

      Mais au regard de l’Histoire littéraire, cette confrontation entre père et fils et cette naissance dramatique d’un héros romanesque s’inscrivent à la croisée de deux mouvements contemporains de Stendhal. La présence du livre inspirateur, qui lui vient d’un « chirurgien-major » de la défunte armée impériale, est révélatrice. Julien fait partie de cette génération, née trop tard, qui n’a pu participer à l’épopée napoléonienne et donc n’en vivre aucune aventure exaltante, n’en tirer aucune gloire, aucune promotion sociale. Voilà pourquoi c’est avec enthousiasme qu’il lit Le Mémorial de Sainte-Hélène, qui est son vade  me cum. Rappelons-nous Alfred de Musset, qui, en 1836, dans les premières pages des Confessions d’un enfant du siècle présente « une jeunesse soucieuse », des enfants « qui avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et des soleils des pyramides ». Cette génération rêvant d’un passé glorieux est celle des romantiques. Aussi Julien, qui, au chapitre suivant est « une âme de feu », apparaît juché au sommet de la scierie, rêvant d’un monde héroïque, compensant la médiocrité de son quotidien. Rêver et s’identifier à un ailleurs spatial, temporel et s’attacher à un idéal est caractéristique du romantisme, dominant en France de Chateaubriand à Baudelaire. D’ailleurs 1830, date de la parution de notre roman, est également celle de la bataille d’Hernani (le drame de Victor Hugo) lors de laquelle Théophile Gautier exhiba son provocateur gilet rouge, et de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz.

      Cependant, à ce mouvement culturel répond son opposé, quoique complice : le réalisme. Ce dont témoigne la chute du livre dans le ruisseau, qui n’est pas toujours d’une eau pure, mais synonyme de lit d’immondices. A la hauteur de l’idéal répond la bassesse de la réalité qui afflige Julien. Les « coups » qu’il reçoit ne sont pas ceux d’une guerre de conquête qui bouleversa l’Europe, guerre digne d’un récit épique, mais ceux d’un père qui ne connait pas l’idéal, d’un père analphabète et tortionnaire. Il vit dans un monde étroit, rural, parmi « les troncs de sapins », dont il ne semble guère pouvoir s’arracher à ce stade initial du roman, sinon par l’étude du latin et la lecture des haut-faits militaires.

      Réalisme également celui de la perspective romanesque stendhalienne, quoique le mot « réalisme » ne sera popularisé qu’en 1857 par Champfleury : tout est plausible en ce chapitre et en ce roman, sans la moindre ombre de fantastique ou de merveilleux ; la réalité n’est en rien enjolivée. Le romancier nous plonge dans « le ruisseau », parmi le labeur manuel, parmi une famille fruste et brutale ; tout juste si l’ombre future de Zola n’y rôde pas. Il nous permet de suivre également le parcours de son héros, comme celui d’un homme parmi la société de son temps. Il faut avoir en mémoire la célèbre épigraphe de Saint-Réal au chapitre XIII, « Un roman : c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin ».

      N’oublions pas que Stendhal a découvert dans une Gazette des tribunaux de décembre 1827 le chemin d’Antoine Berthet, fils de petits artisan et latiniste, qui devient précepteur, puis amant tour à tour de la maîtresse de maison et de la fille d’une seconde famille, dont il est chassé : pour se venger il tire un coup de pistolet sur la première puis est condamné à mort. Le canevas tiré du réel judiciaire est là. Notons que cette fidélité au réel est bien dans le projet stendhalien puisque l’épigraphe du roman est « La vérité, l’âpre vérité » (venue du révolutionnaire Danton). Mais pour que le fait divers devienne roman (car le roman est une « œuvre d’imagination en prose » selon le Petit Robert), il y faudra l’imaginaire, le sens psychologique et romanesque de l’écrivain, pour donner à son personnage une vie émouvante dès notre passage, aussi frappant que les « coups ». Mais aussi  une esthétique, car c’est la beauté de Julien qui lui vaudra les amours féminines, et des valeurs capables d’assurer la puissance du roman d’apprentissage, de mœurs et de société.

      Toute la tension du roman est dans l’ambition du héros - il sera loin d’être toujours héroïque - qui rêve de s’élever socialement et s’en donnera souvent les moyens ; dès notre passage il s’élève mentalement avant d’être rejeté vers le bas. Et pour réaliser cette ascension sociale, deux carrières, autour de 1830, pourront s’ouvrir, celle militaire et celle ecclésiastique, soit l’habit rouge et l’habit noir, pour justifier le titre, quoique, outre la passion et la mort, une allusion aux couleurs de la roulette, ce jeu de hasard, ne soit pas impossible. Dès notre chapitre IV, où apparaît le jeune héros, l’ascension et la chute de Julien Sorel est préfigurée. C’est avec un art subtil que Stendhal introduit en sa militaire lecture l’annonce ténue de sa future qualité de lieutenant de hussard, octroyée par la grâce du marquis de la Mole. De même il est permis d’imaginer que l’exagération (avec le mot à valeur absolue) du visage « tout sanglant », est une habile prolepse de la tête coupée de Julien exposée à l’excipit du roman. L’histoire finalement tragique d’un « paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune » (dans son discours aux jurés, II, XLI) est celle de l’idéal brisé par le réel, accusée par le réalisme de l’écrivain, mais aussi par la peinture d’une personnalité instable et trop passionnée. Stendhal dresse-t-il le procès du romantisme, de l’esthétique excessive de son personnage, dont cependant les valeurs, libre développement de soi, lutte contre les tyrannies et la médiocrité, ont son assentiment… À moins qu’une valeur soit trop choyée. Serait-ce la passion de l’ambition ? Celle-ci réussira beaucoup mieux, mais en 1885, à un autre héros du réalisme : Bel-Ami, personnage éponyme du roman de Guy de Maupassant.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 18:13

 

Museo Goya, Zaragoza, Aragon. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Bibliothèque du meurtrier.

 

Roman

 

I L’artiste en maigreur.

 

 

 

      C’était l’heure vivante, profuse et bruissante du vernissage des Figures du jeune Jonas Melville. Figures II plus exactement. Après celles sous-titrées « Masques d’art » qui avaient stupéfié critiques et collectionneurs quand elles singeaient les visages archi-connus de l’Histoire de l’Art en leur coinçant des sourires d’ironies dans leurs statures de branchages cloués et sculptés, il s’agissait maintenant des « Trognes d’art » soumises à de grimaçantes, affreuses, burlesques et pitoyables ébriétés étirées. Petits fours  glacés minimalistes, huitres froides en gelées miniatures, champagnes frappés, fontaine de whisky sur icebergs, rien ne réfrénait l’ardeur au pillage, l’ardeur à imiter le déglingage des Figures II de Jonas Melville. Ce dernier d’ailleurs, tordait sa maigreur de rire silencieux devant la naïveté des gogos à qui il confiait sous couvert de discrétion dévastée, le foutage de gueule de l’art, de son art…

      N’empêche, ça banquait. Inès de Sommerville, sa galeriste, mi-suédoise, mi suissesse, savait ne pas avoir le moindre rictus d’ironie, sur sa face coupante de beauté accro au jogging intense et à la sculpture fildeferesque, lame de couteau et autres métaux agressifs. Cette demi-entorse à son esthétique favorite avait été dès le départ un investissement prolifique. Depuis que le gros critique d’ArtbookOne, James Columna, avait hurlé à « l’anorexie sculpturale », la production de ses poulains marchait au pas de charge. Avec les Figures I, que le même James Columna avait qualifiées de « déforestation anartistique », puis avec celles qu’il honorait ce soir de sa présence boulimique en dévastant la table des petits pâtés au rhum, et qu’il se proposait in petto de surnommer « les torsions gastriques du capitalisme », tout en remarquant « leur qualité d’autoportraits originels », les cartes American Express gold, platine et diamant claquaient sous l’impatience des ongles. Les grimaces de l’art n’échappaient pas à la rapacité des servants de l’art : marchands ostentatoires, conservateurs en vue et collectionneurs secrets. Inès de Sommerville rayonnait de confiance : son Jonas Melville n’avait qu’à creuser le filon, étirer le fil d’or qui lui naissait naturellement des phalanges…

      Evidemment, il était déjà demi-fin beurré au Muscadet de Loire, sentant fort le joint marocain dont le suc imprégnait la trame de ses vêtements effilochés, collés de sciures et de copeaux, comme s’il sortait à l’instant de son atelier, en plein délit de sale gueule de la création. On l’entourait, on se collait à lui, histoire de lui chiper un copeau signé, on le congratulait, le questionnait sans écouter les réponses, glissant un œil à celui qui ne dérogeait pas sa règle immuable : ne jamais parler à l’artiste, regarder l’œuvre, rien que l’œuvre, conceptualiser en un silence sibyllin, bouffer et produire une chronique aussi phare que ciselée, en un mot inimitable. James Columna produisait en effet du concept à la même vitesse que les pores de sa peau de porc rubescente scintillaient de graisse. Ce n’était pas pour rien qu’il avait été surnommé le Gros Lucky Luke de la critique : il conceptualisait plus vite que son ombre, pourtant généreuse, mais à la condition unique, mystérieuse à souhait, que l’artiste entrât dans les grâces augustinienne de sa révélation. Il faut d’ailleurs lui rendre justice ; s’il ne résistait jamais au raffinement d’un nouvel amuse gueule charcutier, il n’était en rien vénal.

      Cette fois, les vingt et une Figures avaient été prévendues avant même l’extinction des flashes du vernissage. Il avait fallu ramener Jonas Melville à son loft-taudis en le supportant sous ses osseuses aisselles aux puanteurs du pire aloi. Quand, le vendredi suivant, la chronique de Columna parut en pleine page, auréolant l’artiste de la gloire du « Junkisme sur bois », toutes les cartes purent être débitées conformément aux promesses d’achat. La couverture glacée du magazine format in folio -il était du dernier chic d’exhiber ce malcommode format- offrait à qui voulait l’entendre une resplendissante photographie de la « Trogne d’art 21 », immense cep de vigne noueux, élongation de corps aux membres scarifiés, aux veines christiques piquées de traces de seringues, au faciès déchiré par une bouche d’hémiplégique tombée à gauche, tout cela comme lacéré de l’impatience de dizaines de coups de serpettes, de l’urgence de cent peinturlurages vineux et spiritueux…

      La gloire avait frôlé de son aile magique la jeunesse de Jonas Melville. Quoique pas au point de figurer sur les magazines people qu’il feuilletait à la recherche vaine jusque là de son look imitant son art. Il lui avait suffi d’exposer deux « Trognes » dans un salon d’amateurs de province un rien bohême de seconde zone pour qu’Inès de Sommerville, toujours à l’affut de talents imberbes, lui propose, lui commande, exige une série plus conséquente. Soudain, il était pété de fric ; le fric faillit achever de le péter. Une overdose de whisky Œil de perdrix et de pétards jamaïcains du dernier renom, le conduisit aux urgences, sur un lit à peine plus gris que lui, dans des draps qu’Inès de Sommerville, effarée à la pensée de devoir perdre prématurément son juteux poulain, imagina dans sa première vision mystique voir préfigurer un suaire de Mantegna visitant Auschwitz. Elle fut encore plus surprise de voir, au chevet du malheureux, une inconnue, une petite femme, un brin boulotte, en chemisier blanc à col Claudine, jupe de pensionnaire et serre-tête de miss prout-prout sur chignon parfait. Plus effarants lui parurent les vernis noirs à talons plats qui achevait de donner un look grave extraterrestre à celle qui se leva cérémonieusement à l’arrivée de la galeriste avec un « A qui ai-je l’honneur ? » de réception au Pensionnat de la Légion d’Honneur. Une fois informée de la qualité à qui elle parut donner son assentiment, elle se présenta comme l’épouse du malheureux gisant : Anne-Caroline Melville, artiste en maisons de campagne.

      Alors là c’était le total bouquet ! Jonas était marié ; et à une telle poularde encore… Il battit des cils sur son palier de décompression, leva sa main grêle au poignet orné de perfusions pour la poser dans la petite pogne sévère, quoique aimante, de sa moitié. Jonas Melville allait suivre une cure de désintoxication, je puis vous l’assurer, chère Madame, affirma, un rien péremptoire, la poularde aux joues rondes et crèmes ; d’ailleurs il travaille déjà sur les croquis -fusains et sanguines- de Figures III. Veuillez-nous laisser, je vous prie.

      Trois mois plus tard, Inès de Sommerville fut introduite dans l’atelier de Jonas Melville. Visiblement, Anne-Caroline, qui lui ouvrit la porte de zinc, avait fait un ménage ravageur dans le loft-taudis. L’odeur de bois sec, de palettes lavées à grande eau, d’outillage inoxydable, stérilisé, et de pervenche bleue flottait dans l’air. Jonas, en salopette bleu ciel, rasé de presque frais, droit comme un poutre à longue portée, aurait pu figurer dans un tableau représentant l’atelier de Joseph le charpentier ; même le verre indiscutable de Muscadet de Loire aurait pu y sembler être un bénitier de table. De plus, il paraissait un huitième moins maigre ; ses pommettes ressemblaient un peu moins à des tendons. Inès de Sommerville, eut peur un instant que la poularde aux seins amidonnés sous le corsage lui ait cassé son look.

      Heureusement, les esquisses étaient là, vingt-trois à la parade, dressées contre la tôle du mur avec des épingles à linge en bois de bouleau. Jonas restait fidèle, comme Verlaine, à l’impair. La machine à calculer qui doublait le sens artistique d’Inès de Sommerville, cliqueta dans le lobe droit de son cerveau. Vingt-trois « Sanguine et charbon » en format grand-aigle, hyper bourrées de graphismes à La Greco resserrés au milieu d’un pur blanc angoissant, voilà qui devrait banquer. Columna allait saliver de la boite à conceptualiser. Elle rédigeait déjà mentalement l’entretien qu’elle allait donner à Pluriel des Arts, en jouant sur la comparaison entre l’artiste couché sur son lit d’Urgences et les Figures III debout sur le blanc du grand-aigle, même si au passage elle avait un peu réécrit la couleur des draps.

      Avant de repartir plus que satisfaite de la promesse de son poulain de se mettre dès le lendemain à la première figure sculptée parmi la succession des 23 Figures III, Inès de Sommerville omit de voir sur le mur opposé, quoique l’artiste en herbe n’en eût pas fait montre, les peintures à l’huile, fort niaises et fort fleuries, des maisons de campagne d’Anne-Caroline, comme d’exactes petites photos surchargées de patouilles jolies…

      Réflexion faite, de retour en sa galerie où elle exposait les bombes de corps humains plastifiés de Ruben Abdelwaman, Inès de Sommerville s’étonna qu’il n’y ait pas eu d’esquisses pour Figures I et II. Quel manque à gagner scandaleux. Peut-être pourrait-elle lui suggérer de les antidater…

      Elle revint lorsque Jonas affirma avoir terminé. Quinze jours seulement étaient passés. Quelle productivité affolante ! Il ne faudrait pas confondre abondance et multiplication des petits pains en solde… L’atelier, cette fois, était hanté par l’absence d’Anne-Caroline, dont les tableautins luisaient dans l’ombre comme la bave d’escargot après la pluie. Quelques baquets de bois aux bouteilles de Muscadet de Loire témoignaient d’une consommation ireffrénée. Quelque raout familial et provincial devait occuper sa bourgeoise… Sans compter qu’une odeur entêtante de joint surgoudronné respirait convulsivement dans les cintres… Jonas, sans qu’on lui en demande compte, attribua la chose à une légère inquiétude : sa Princesse venait d’être admise à la maternité. Quoi ! la truie Madame Figaro était enceinte, allait accoucher par les voies naturelles ; fi donc ! Inès se surprit à n’être guère accro à la charité chrétienne et se corrigea en imaginant que son poulain pourrait bénéficier d’une telle info dans son carnet mondain. Surtout ne pas se faire oublier…

      Quand Jonas, rasé comme le maquis corse, et cette fois en veine de mise en scène, tira un long rideau de lin grège -une trouvaille d’Anne-Caroline, sûrement- et découvrit les vingt-trois Figures III. Elle ne put retenir un hoquet de stupéfaction. Ce n’étaient que longues buches de peuplier debout, parfois écorcées, lacérées, scarifiées, discrètement barbouillées à la diable, pour lesquelles elle se demanda s’il avait suffi de les réceptionner à l’arrivée à la scierie, faute d’autre travail. Elle écarta bien vite cette duchampienne pensée, quoique exploitable après tout, en vérifiant la relative congruence des esquisses avec les sculptures qu’il faudrait exposer ensemble, de façon à confirmer la continuité du processus créateur.

      Le vernissage des Figures III avait été étudié avec le meilleur charcutier-traiteur de la capitale. En effet, le buffet fut un succès. Columna loua les magrets de cailles en gelée et les cœurs de pigeons à la confiture, non sans regarder d’une œil torve et cependant placide un butor qui ressortait devant les esquisses et les bois l’antienne : « Mon gosse de cinq en ferait autant s’il avait des muscles de bucheron et des bras assez longs pour tirer au fusain… ». Jonas Melville avait en effet -ce qui était rien moins que nécessaire- de longs bras tendineux, plus fuselés que les bouteilles d’Alsace blanc qui le charmaient par leur nouveauté acidulée. Il y eu des commentaires élogieux sur la façon dont les sanguines graphiques s’enlaçait aux muscles supposés du fusain, mais en quantité inversement proportionnelle aux promesses d’achat. Inès de Sommerville faillit piquer un embryon de crise d’angoisse, jusqu’à ce qu’Alastair Bishop sorte son chéquier pour acheter les vingt-trois esquisses. Voilà bien de l’argent facile qui allait glisser dans les poches du jeune chargé de famille. Hélas, les Figures III en elles-mêmes parurent être boudées par les acheteurs. Elle voulu se rassurer en sachant combien l’initiative de Bishop serait productive et, surtout, combien l’imagination conceptuelle de Columna serait payante.

      Hélas, trois numéros après la clôture de l’expo des Figures III, Columna, boudeur, ne vint à parler, dans un articulet de bas de page, en fin de cahier, que de « minimalisme étique », formule dont on ne sut si c’était du lard ou du cochon… Un musée miteux de Lichtenfeld consentit à acheter trois bouts de bois. Heureusement Inès de Sommerville venait de faire un carton avec Slima Vendoye et ses tubes de peintures géants d’où sortaient des houris, des geishas et des playmates plastifiées aux formes girondes. Qui pour Columna, en couverture et en première page du même numéro, signifiaient « la fin du totalitarisme anorexique », « la transculturalité de l’érotisme », « l’antitalibanisation du monde »… Cette fois le bougre n’avait pas été chiche de formules à succès offertes à une sculptrice qui savait manier les rondeurs à souhait. Il avait bien mérité ses médaillons de foie et d’abats au Champagne, dont l’un d’ailleurs avait malencontreusement chu d’entre ses doigts boudinés pour orner le revers généreusement convexe de sa veste jusque là veuve de toute palme académique.

      Inès de Sommerville ne voulut pas se décourager. Jonas Melville avait eu une éclipse, une faiblesse passagère. Qui sait si l’on pouvait imaginer une lutte entre le courant anorexique et le courant boulimique, le second incarné par Slima Vendoye et le premier désincarné par un Jonas Melville, le Retour IV…

      Elle demanda une nouvelle série d’esquisses. Des sculptures plus travaillées. Jonas, évasivement, promit. Tout en arguant qu’il allait pas se casser le cul pour trois mille euros, non ? Inès, langue de vipère plus qu’agile, rétorqua que mille euro par bout de bois ramassé dans un fossé de forêt, ça ne se trouvait pas sous le cul d’un âne, si l’on voulait continuer à être foutument vulgaire… Toutes façons, sa Princesse se faisait trois cents euros, par tableautin, votre baraque de cambrousse, repimponnée en huile sur toile à l’ancienne. L’art c’était plus que de la merde. Autant l’étirer jusqu’à l’os. Au boulot, mec, et que ça saute ! le stimula Inès à court d’arguments. Qu’importe le vin pourvu qu’on ait l’ivresse, se dit-elle, pensant que la voix du sculpteur était passablement avinée, et repensant à l’argument duchampien qui pourrait toujours resservir. Rendez-vous fut pris pour le mois suivant.

 

Alberto Giacometti, Kunsthaus, Zurich, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Pendant ce temps, Bishop prêtait les esquisses de Figures III au Musée d’Austin. Quand Jonas lut cela dans la presse spécialisée, lui qui n’était même pas invité, il vitupéra comme une Furie contre un pignouf friqué qui allait revendre ses esquisses, ses esquisses à lui, au moins trois fois ce qu’il les avait payées, sans même un petit pourcentage au créateur qui s’était déchiré le sang pour pondre ces assomptions du corps, que ce capitaliste de merde comprenait rien aux métaphores et qu’il lui pissait à la raie.

      Inès de Sommerville reposa son Smartphone dans le silence pudique de son sac croco aux bijoux palpitants. S’il me faisait une telle scène auprès d’une nouvelle génération de Figures énergiquement travaillées, voilà qui pourrait être payant, qui pourrait faire génie outragé. Il faudra le fournir en Muscadet, Alsace et autres Chianti lors du vernissage de Figures IV le Retour.

      À l’heure du rendez-vous, Anne-Caroline en personne et en vichy bleu et blanc vint ouvrir la fatale porte de zinc à Inès. D’autorité, elle fit résonner le cuir et cuivre de ses bottillons La Troba sur le béton du loft briqué comme le pont d’un navire école de la grande époque. Après quelques généralités inaudibles, Inès lorgnant sur le fameux rideau théâtralement fermé, ce fut Anne-Caroline, le bébé au sexe non identifié vagissant sur bras et son ventre, qui ouvrit la gloire des Figures IV. Elles n’étaient qu’onze. C’étaient des stèles de bois dont les membres étaient des collages alternés de pied de fauteuils Louis XV et de branches, la tête étant figurée par une pancarte de planche, sur laquelle on pouvait lire un mot gravé: « vue, toucher, ouïe, goût, odorat, corps, esprit, anorexie, boulimie, nature, culture », onze mots donc pour ces Figures IV qui ne différaient par ailleurs que par la forme aléatoire des branches.

      Prudente, Inès garda une mutité méditative. Anne-Caroline avait son regard bovin. Peut-être que cela pourrait emporter l’adhésion. Les esquisses à la Twombly entrelaçaient des graphismes corporels avec chacun des mots comme avec des fils de fer barbelés. Une fois trouvée l’idée, cela avait dû prendre deux après-midi. De toute façon Inès avait réservé une quinzaine à Jonas Melville, puisque Slima avait du retard dans sa nouvelle livraison, et Bishop voulait d’autres esquisses. Jonas parut faire une trogne de poireau déterré lorsqu’avec circonspection Inès objecta que, peut-être, onze Figures, c’était un peu maigre. Que la vastitude de sa galerie réclamait plus d’abondance. D’accord. Elle n’insista pas. Elle n’informa le couple qui était resté plus muet qu’une huitre scellée (il devait y avoir de l’eau dans le gaz) de sa décision d’exposer conjointement, et sur le mur immense du fond, en vis-à-vis, les esquisses tout en rondeur de Slima Vendoye, généreuses en pastels gras, riches en couleurs méditerranéennes et orientales.

      Cette fois, Jonas Melville ne s’était pas déplacé pour installer ses filiformes avortons. Il ne livra qu’un vague croquis d’archi sur une nappe de papier imbibée d’auréoles de pinard blanc. Indications chaotiques et fractales dont Inès eut de la peine à tenir compte, lorsque les manutentionnaires, aux biceps exagérément tonitruants pour la légèreté étique des Figures IV -qui faisaient panneaux de signalisation de brocante forestière- les posèrent sans coup férir en rang d’oignons devant l’accrochage des esquisses. En face, l’explosion milletunenuitesque des créatures de Slima Vendoye, soutiens-gorges béant du magma colorés, lèvres de toutes natures parlant toutes les langues babéliennes du désir et de l’exhibition fit visiblement bander l’érection d’un des deux bleus de travail. Ce dont Inès n’eut que le fantasme d’un instant de profiter : elle était en effet lesbienne strictement auto-masturbatrice, et encore les seuls soirs de pleine lune. Gardant son habituel sang froid, elle se demanda si le rachitisme revendicateur des Figures IV s’accommodait bien du néo-kitsch des pieds Louis XV qui leur servait de membres droits. N’empêche que, vis-à-vis des truculentes volutes carmin de Slima Vendoye, cela pouvait passer pour un clin d’œil, une ironie triste.

      Columna adora les Esquisses pour Femmes Sensuelles de Slima. Au point d’embrasser l’artiste, plus ronde et agile qu’une délicieuse multiplication de seins et de fesses, sur les sourires de ses deux joues, ce qui fit craindre à Inès de Sommerville, qui ne se laissait jamais aller à de telles érections d’émotions, que les rots de truffe qui tenaient place de diction au critique n’incommodassent l’intéressée. Il parut errer méditativement parmi les Figures IV, palpant un instant les courbes de bois Louis XV, puis l’écorce brute des branche squelettiques et distordues. Etait-ce bon signe ? ArtBookOne allait-il leur rendre justice ? Jonas Melville était debout, plus boudeur qu’un iguane, parmi ses bois, au point de confondre son dégueulé de tee-shirt caca de saurien non identifié avec les écorces.

      Evidemment, ArtBookOne fit sa couverture avec une esquisse de Slima Vendoye. Inès fut à la fois comblée (c’était sa deuxième première de couv en un an, fait rarissime s’il en fut) et affectée d’un insidieux pincement de déception. Sa galerie avait révolutionné son image autant que son écurie, elle avait su sentir, disait-on, une radicale évolution des mœurs et des looks (Elle et Vogue se mirent alors à afficher des rondes), mais elle restait physiquement aussi coupante, quoiqu’elle tentât de faire ballonner ses seins de pigeon blême sur le bustier… Qu’importe, elle était fêtée comme l’icône d’une nouvelle sensibilité. Un coup de chance, sa secrétaire assistante, partant en congé de maternité, puis parental, lui permit d’embaucher une nouvelle façade de galerie au corps nettement plus slimanesque.

      Quand aux Figures IV, elles reçurent l’hommage modéré d’une photo en colonne de droite, en page onze s’il vous plait, assortie d’un commentaire prudent de Laurence Bissuel, l’assistante de Columna, qui parla de « néo-conceptualime » et de « schizophrénie alimentaire entre nature et culture » ; ce qui était fichtre mieux que rien. Les Guggenheim de Bilbao et de New-York se disputèrent les Slima dont les reproductions s’arrachaient en format couverture, cartes postales, imprimés pour tee-shirts, droits de reproductions à la clef (Inès de Somerville n’avait pas pour rien une formation de fiscaliste internationale). Las, seul Bishop, dont la fidélité était décidemment à toute épreuve, consentit à proposer 30% du prix affiché pour les onze esquisses de Jonas, qui entra dans une rage purulente, déversant sa bile noire dans le bureau d’Inès, pourtant imperturbable. Elle préparait déjà mentalement le one woman show de Slima, douze nouvelles esquisses et vingt-quatre sculptures, toutes plus gourmandes et charnues les unes que les autres, toujours jaillissant, comme le génie des contes, de leurs tubes de gouache, d’acrylique et d’huile…

      Bien qu’ayant déjà reçu ses 15 % essorés depuis le compte de ce Bishop pourtant providentiel qui ne collectionnait que les dessins sur grand aigle (les Figures IV avaient beau regarder le mur de leur œil plat, aucune indécision de vente ne s’était profilée), Jonas se présenta bien peigné, mouché, un tee-shirt propre, devant Inès de Sommerville pour lui demander une avance. Eh oui, Anne-Caroline s’était habituée au luxe, elle habillait leur fils chez Tartine et Chocolat, elle était enceinte du deuxième, elle pensait déjà à une Grande Ecole de Commerce pour le fils, à une Grande Ecole d’Art pour la fille à venir… De plus, sa Princesse lui faisait découper, monter, peindre des meubles imaginatifs en forme de fleurs pour les chambres de bébés, pendant qu’elle ornait d’hortensias les contremarches, il n’avait plus le temps de créer, mais il allait se reprendre, promis, il allait scratcher une expo du tonnerre pour l’automne, balançant sur le bureau de teck une esquisse grand-aigle giclée sur nappe de restau à deux balles d’un corps auschwitzien, allez quoi, fais pas ta bégueule !

      Elle lui consentit deux mille euros d’à valoir. Une fois le drôle passé la porte de verre fumé - il alla directissime se jeter deux vodka-téquilas, ce qu’elle fit consciencieusement vérifier dans le bar d’en face par Lucie - elle se demanda ce qui lui avait fait déroger à sa règle jusque là pourtant immuable. Jonas était-il le dernier symbole d’une jeune génération fidèle à ses idéaux, alors que ses sculpteurs métal avait tous emboité le pas à la rondeur et au gras ? Les sociologues s’arrachaient jusqu’aux poils des aisselles pour tenter de comprendre quelle soudaine inhibition avait sauté, quelle soudain antipuritanisme corporel et écologique avait été balayé par une festivité sans complexe… O tempora o mores, ô combien les modes les plus solidement et longuement accrochées pouvaient s’évaporer en un instant ! Les caprices du succès étaient décidemment insondables. Slima et Jonas étaient-ils les seuls artistes réellement authentiques ? Elle ne s’était pourtant pas fait faute de ne pas exiger de ce dernier qu’il invente fissa une nouvelle manière, tout en gardant son esthétique maigre, comme marque de fabrique d’une héroïque et vertueuse résistance politique.

      Personne en effet ne voulait plus entendre parler d’Auschwitz, les mannequins anorexiques n’avait plus qu’à se repulper d’abondance les chairs, manger du cassoulet de Castelnaudary, se maquiller au foie gras des Landes, faute de quoi il ne leur restait plus qu’à se faufiler entre deux affiches de l’année dernière et disparaître.

      Jonas ouvrit lui-même la deux fois fatale porte de zinc. Il avait les mains bandés de linge blanc et de sang. Oui, Anne-caroline était à la maternité, il avait pu travailler entre deux courses pour sa Princesse. Il laissa le soin à Inès de Sommerville de tirer le rideau de lin grège. Il n’aurait pas fait bon le souiller…

      Visiblement, il venait de terminer de tordre autour de sept branches un lacis cruel de fil de fer barbelé. C’étaient les Figures V. Deux mètres cinquante de souffrance sept fois répétée. Certes. Mais c’était un peu nu. Que faire de ça ? se rongeait Inès de Sommerville, perplexe, debout près d’un cageot de bouteilles de téquila plus vides que les yeux de celui qui n’a plus de larmes. Jonas paraissait fier de lui, de ses impeccables réalisations, les poings dans ses chiffons sanglants posés sur ses genoux cagneux. Il était en short, la climatisation devait être en panne, il faisait une chaleur de rat, les huiles d’Anne-Caroline, dans leurs cadres chichiteux, paraissaient suinter. Inès frissonna dans sa mini jupe Zefirella.

      Enlève tes pansements, lui ordonna-t-elle. Enroule-les dans les barbelés. Bien. Il n’en manquera plus que cinq autres. Voilà, ça parle comme ça.

 

Krimmler Ache, Salzburg, Osterreich. Photo T. Guinhut.

 

      De retour dans son bureau, elle se dit rageusement qu’il lui fallait tout faire elle-même, que le Hard Art allait pouvoir contrer ce boulimisme qui rapportait pourtant une fortune à sa galerie et parmi laquelle l’avance consentie à Jonas pouvait passer en pertes et profits fiscaux. Ou c’était un cas psychiatrique, ou c’était un visionnaire. Peut-être la boule de l’obésisme allait-elle se dégonfler. Même si elle n’avait pu obtenir plus de sept Figures V, chiffre mystique, certes ; tu veux que je m’arrache les mains pour ton fric ? Prends des gants ! Non ; où serait la performance ? Un coin de galerie suffirait, au devant d’une expo rétrospective de l’Art Fer pour faire hurler l’Obésisme en cours, avant les nouvelles Déesses Mères de Slima…

      Heureusement elle avait les dix esquisses, sanguines et pastels secs. Une fois encadrées bois mince, exposés à très peu d’intervalle comme un polyptique à la Grunenwald, ces couronnes d’épines contemporaines, déroulées et dressées pouvaient être splendides. Elle avait dû signer un chèque, encore deux mille euros, tu comprends, ma Princesse Anne-Caroline, les dettes, les agios ; tu comprends, l’argent de poche qu’elle se fait avec ses huiles ne peut pas lui suffire… Il suffisait bien à cacher à la Princesse aux cols Claudine les nombreux cactus pressés pour sa consommation de téquila.

      La rétrospective Art Fer ne vit même pas paraître Columna. Il avait envoyé Bissuel qui commençait à se prendre pour le disciple abusif. Il traita les sphéroïdes aux méridiens et parallèles acérés de Miztlo par le mépris, les boites de conserve géantes et déchirées de Cabalira par l’indifférence. Ce jeunet qui ne savait pas voir et se prenait pour l’hémorroïde du monde s’arrêta devant les Figures V de Jonas Melville. Il se retint de parler pour avoir l’air profond, pianota quelques notes illisibles sur son Iphone, ce que Columna ne faisait jamais, imita son maître au buffet avec une gourmandise salopiote de chien fou déjà rassasié.

      Cabalira et Mitzlo furent sabrés dans ArtBookOne. Seul Jonas eût droit à une photo d’une des Figures V devant esquisses. « Signatures de l’acte de décès de l’Art Fer et de l’Art Maigre » avait titré le claviphoniste. Il rapporta quelques interjections de Jonas, qui s’était répandu contre « le gras suintant du capitalisme qui crucifie les os de la pauvreté mondiale », et portait le coup fatal au travail de « l’ex-artiste » qui avait eu « l’idée grotesque, mélodramatique et superfétatoire, d’ajouter ses linges ensanglantés. La nudité du bois et du barbelé eût été préférable, euphémisme suffisant ».

      Inès s’en était pourtant vaguement repentie, sans oser se déjuger devant Jonas. Elle était une excellente galeriste, pas une créatrice, elle le savait. Seul un article de La Croix parut être sensible, reprochant lui aussi l’ajout saugrenu des linges, regrettant cependant que les figures n’aient pas été treize, onze tournée vers une plus haute figures centrales et la treizième détournée… Suggestion intéressante, pensa-t-elle ; qui sait si quelqu’une de ces nouvelles églises en construction et fortunées comme il en pullule aux Etats-Unis n’aurait pas pu acheter ces Figures V ainsi conçues. Tachons de convaincre notre poulain…

      Alors que sa Princesse allait à la messe, Jonas Melville ne fut guère sensible à l’attention. « Un canard catho à la con pour des grenouilles de bénitier et pour des gras prélats qui tripotent les bites des gosses ! Qu’ils aillent se chier avec leur critique à la con », hurla-t-il en pleine biture téléphonique. Le fait, incontournable, qu’aucune de ces Figures V n’ait vu l’ombre d’un chéquier en vol, ne parut pas le chatouiller. Seul Bishop rafla les dix esquisses. Celui là, flair aiguisé, bien qu’il achetât (vingt fois plus, s’il vous plait) les esquisses de Slima, pariait sur le long terme. Hélas le prix de vente effaçait tout juste l’ardoise de Jonas qui geignit pire que ses deux mômes en couches en se retournant contre les chiffons menstruels pourris qui lui avaient fait rater une vente… Il me faut du fric, cash, banco, tout de suite, la banque me colle au train, t’inquiète, dans un mois ou deux, ou trois, ou quatre, tu as les Figures VI, ça va déchirer grave, je vais crever les abcès purulents du capitalisme financier…

      Après cinq mois de silence radio, alors qu’Inès songeait l’oublier, Jonas lui proposa une visite d’atelier comminatoire. Mais avec seulement trois Figures VI, ça tournait à l’esthétique du raté en grandes largeurs. Des palettes debout couronnées de barbelés, le truc fait à la sauvette entre deux stages de déco pendouillerie pour la Princesse, avec un sous-titre prétentieux : « La Sainte Trinité ». Elle afficha un sourire diplomatique, alors que le créateur baignait dans l’auréole des joints d’une semaine qui flottait sous la verrière embuée. La Princesse, Vénus du ménage et Alma mater du pouponnage était partie - une semaine justement - chez grand-mère pour faire entendre les premiers mots échangés par les deux héritiers. Il demanda posément cinq mille euros, encore les banques, l’étrangloir du peuple, tu sais… Il comprit, devant le calme de sa galeriste qu’il fallait la jouer fin… Pourtant, muselé par le relent d’alcool qui lui sirupait la langue, il s’emmêla en jurant que c’était des esquisses, que bientôt cette « Sainte Trinité » en cours d’assomption allait accoucher d’une flopée d’Anges pour étoffer ces Figures VI. Attendons de voir, se contenta d’émettre Inès avant de franchir la fatale porte de zinc dans le bon sens. Cinq mille anges, geignait-il au fond de son fauteuil de feignasse tourmenté par une Princesse absente autant que tyrannique…

      Un an plus tard, plus maigre et zombi que jamais, Jonas Melville, apparut devant le bureau de marbre clair de la galeriste, dont l’emploi du temps était plus chargé qu’un camion benne. Le carton grand aigle qu’il charriait avait failli le déporter comme un voilier au vent de la rue. C’était enfin une dernière Figure VII, pitoyable, sept mille euros, zézéyait-il, un crabouilli-bouilla plutôt qu’une esquisse. Il sortit de lui-même, chiffonnant sa création en refermant le carton, se prenant avec sa voilure démesurée dans la porte de verre du bar d’en face. Inès de Sommerville, cessa immédiatement de penser à son ex-poulain alors que Slima rayonnante, pleine d’humour venait lui offrir un polyptique de douze petits pastels gras, adorable, regorgeant de viandes exotiques et confites, sous les yeux d’un Columna gourmand et amusé…

      C’est dans la presse quotidienne, celle qui se démode dès le lendemain, au cœur de l’hiver suivant, qu’un articulet nécrologique apprit à Inès Sommerville que Jonas Melville avait été retrouvé derrière sa porte de zinc, couché maigre et nu sur une palette, mal lié de fil de fer barbelé, visiblement de ses propres mains, probablement dans l’imagination de réaliser une impossible Figure VIII, en état de choc alcoolique. Il était mort pendant le transport en ambulance, laissant une jeune veuve éplorée et deux bambins.

      La galeriste, qui avait su prendre ce qu’il fallait d’un léger embonpoint, et dont les expositions Slima et Gudrun Solveig faisait courir jet set et critique internationale de Sydney à Los Angeles, sans compter Bâle et Kassel, crut l’histoire à jamais close, quoique regrettant de n’avoir rien conservé du regretté Jonas Melville. Car le rusé Bishop venait de revendre au nouveau Musée Religieux de Houston deux esquisses pour le prix qu’il avait payé naguère pour onze… D’ailleurs restait-il quelque chose de valable derrière cette saloperie de porte de zinc, à part des huiles aux maisons de campagnes hortensias pour petits poneys? Quand, un matin, une Anne-Caroline pimpante en col Claudine, ses gros seins plaqués sous le chemisier fleuri, accompagnée par un Monsieur silencieux à faciès éminemment sérieux, rasé plus frais qu’une eau de Cologne, lunettes cerclées d’or et costume croisé anthracite de fondé de pouvoir d’une banque impérieuse, qui lui tenait la main et lui jetait de respectueux regards énamourés, vint s’asseoir devant le bureau de marbre rose aux fossiles bleutés d’Inès de Sommerville. A quelles conditions, chère Madame, exposeriez-vous, quelques-unes des cent trente-sept esquisses grand aigle que j’ai conservées par devers le malheureux Jonas ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La Bibliothèque du meurtrier, roman : synopsis, sommaire, prologue

 

Villa Foscari, Mira, Veneto. Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 16:57

 

Loggia del capitano, Piazza dei Signori, Vicenza, Veneto.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Notre virale tyrannie morale.

 

Petit essai sur Roman Polanski

 

& sur les réprobations de la doxocratie.

 

 

 

 

 

 

      L’être humain aime la tyrannie, aussi surprenant que cela puisse paraître, d’abord pour l’infliger, ensuite pour la recevoir. Or nous avons pu être convaincus qu’une morale trop stricte, religieuse et victorienne, puisse tyranniser étroitement l’individu. Si bonne se voulait-elle, n’allait-elle pas jusqu’à faire le mal ? Quoique le recul d’un christianisme rigoriste, son apaisement via les Lumières et l’évolution des mœurs nous aient libérés des excès de ses affidés trop zélés, la migration d’une autre religion bien plus liberticide, en un mot totalitaire, nous apprend que la pulsion tyrannique descendue de la main des porteurs de Dieu est capable de fureurs extrêmes. Cependant, en un monde laïc, les positions morales, sûres de leurs bons droits, ne sont pas indemnes de volontés purificatrices. Le droit des victimes, qu’il s’agisse du racisme ou du sexisme, droit a priori plus que respectable, se mue en un devoir de conspuer et d’interdire, en une idéologie de la rancœur et de la colère. Une ochlocratie[1], qui est aussi une doxocratie[2], se jette sur tout ce qui ne cadre pas avec leur exigeante moralité, au mépris de la justice et de l’intelligence. Le règne de l’opinion et du ressentiment fait dégainer ex abrupto les accusateurs et censeurs, sans réflexion ni équitable procès, de façon à condamner et punir dans l’urgence le contrevenant à une morale de bas étage, démagogique et comminatoire. Ce que la remise d’un César au cinéaste Roman Polanski, autant qu’une rage sociétale traversant médias et universités, viennent mettre en lumière d’une manière pour le moins boueuse.

      Règles de conduite tenues pour inconditionnellement valables ou théorie raisonnée du bien et du mal, la morale devrait s’assouplir en faveur d’une justice plus grande dans les relations sociales et d’un respect élargi des libertés individuelles. Hélas, au nom des sacro-saints antiracisme et antisexisme, qui pourtant partent d’un excellent postulat moral, voici la morale dévoyée, le vivre-ensemble adoubé comme Bien suprême accouchant d’un monstre tyrannique aux multiples bras et aux yeux d’Argus. En ce sens, et comme le veut l’histoire de la philosophie depuis Aristote et Cicéron, une telle morale ne s’embarrasse pas d’éthique, la première prenant sa source de l’habitude des mœurs et la seconde de l’excellence du caractère. Plus tard, après que Kant ait séparé les mœurs de la moralité, Alain Etchegoyen est d’une clarté limpide : « La morale est un impératif catégorique ; l’éthique est un impératif hypothétique. Cette distinction est décisive. Ou l’action est déterminée par un impératif inconditionné qui s’impose de façon catégorique : la conscience agit alors par devoir. Il s’agit de morale. Ou l’action est déterminée par une hypothèse qui lui impose un comportement, ce qu’on pourrait appeler un impératif de prudence. Il s’agit maintenant d’éthique[3] ». C’est donc, plutôt qu’une morale, trop souvent quadrillée et ainsi oppressive, l’éthique fondée sur le droit naturel aux libertés individuelles qu’il faut préférer, ce au bénéfice de l’humanité entière.

      Si Tocqueville constatait avec raison « que le plus grand danger des républiques […] vient de l’omnipotence de la majorité[4] », encore faut-il craindre la tyrannie des minorités bruyantes et revanchardes, qui se baptisent activistes et sont autant propagandistes que prescriptives de tables de la loi morale qui ne sont passées ni par le verdict des urnes - certes plus que faillible - ni par celui du droit naturel. Quelques individus, habiles rhétoriciens et démagogues, ou braillards entraînant une foule, suffisent à constituer un parti, une association, un « collectif », auquel les partis officiels peuvent rendre allégeance par électoralisme : ainsi « L’esprit de parti abaisse les plus grands hommes jusqu’aux petitesses du peuple », disait La Bruyère[5]. La tyrannie des législateurs n’est pas loin, ce dont témoigne la récente et imbécile loi sur la haine[6] votée en meute.

      En conséquence, la tyrannie de la victimisation s’attaque paradoxalement à faire de nouvelles victimes. Victimes, prétendent-ils, du racisme, de la colonisation et du sexisme, sans compter le capitalisme, alors que les pays occidentaux ne cessent d’approcher l’égalité des sexes et des couleurs de peau, ils vomissent l’Occident, lui infligeant leur brassées de réquisitoires et de censures, alors que ce dernier est comptable des progrès de la science, du niveau de vie et d’éducation, et des cultures dont ils bénéficient pourtant.

      Être un artiste talentueux, usant de sa liberté créatrice, protège-t-il de la vindicte populacière, quoique cette dernière se veuille intellectuellement et moralement informé ? Il est à craindre que non. Le cas du cinéaste Roman Polanski est à cet égard troublant. L’auteur de films fantastiques comme Rosemary’s Baby, parodiques comme Le Bal des vampires, éthiques comme le récent J’accuse, d’après l’affaire Dreyfus, se voit, malgré la palme des César (que l’on reste libre d’approuver ou non) vilipendé, son film étant boycotté - ce qui est loisible - voire empêché d’être vu - ce qui l’est beaucoup moins – au motif qu’il fut un violeur. Cependant Roman Polanski, par ailleurs jeune rescapé de la Shoah, a eu des relations sexuelles illégales avec une mineure (sans user d'un viol), une adolescente de treize ans, Samantha Geimer, à Los Angeles, en mars 1977. Il a bien été jugé pour ce crime et condamné à une peine de prison de quatre-vingt-dix jours, dont il n'a effectué que la moitié pour bonne conduite. Alors que le juge qui avait accepté un « plea bargain » (par lequel un mis en cause s'abstient de contester les charges, mais ne se reconnaît pas formellement coupable) était revenu sur sa décision, le cinéaste a choisir de fuir les Etats-Unis. De plus, le tribunal fédéral suisse a jugé que ce dernier avait purgé sa peine. Ces dames actrices et humoristes, altesses vengeresses des César, endossent publiquement et indûment la toge des juges. Comme si elles avaient la moindre légitimité pour dire le droit au regard de la juridiction suprême de la confédération helvétique… Chacun est libre de juger en conscience la question, mais pas de fomenter un retour de l'affaire Dreyfus en condamnant un demi-siècle après les faits, sans imaginer la présence d’un avocat.

      Certes, différentes femmes raniment leurs souvenirs des années 1970, prétendant avoir été les victimes d’outrages sexuels de la part du cinéaste, ce qu’il conteste. L’on sait que l’absence de preuves ne signifie pas en ce domaine innocence, mais plainte et accusation ne signifient pas non plus culpabilité. L’imbroglio est peut-être aux dépens des femmes, soit. Mais entre fantasme, confusion entre soi et toute la gent féminine outragée par le machisme et la culture du viol, désir de notoriété en se scotchant à un accusé qui réunit toutes les auras du succès, l’occasion est qui sait trop belle : « Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes », déclara l’actrice Adèle Haenel au New York Times, « Ça veut dire : "ce n’est pas si grave de violer des femmes." ».

      Cependant, si Roman Polanski ne la mérite peut-être pas, son œuvre mérite notre amitié, car disait Marcel Proust, « un livre est un produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices[7] ». Condamner l’œuvre de l’artiste au motif des crimes de l’homme, d’autant que la première ne reflète pas les seconds, est une aberration, qui conduirait à expurger l’histoire de l’art, de la musique, de la philosophie, des sciences, de milliers d’auteurs. C’est confondre la morale et la justice, le vice éventuel et le crime réel, confondre les mots, les œuvres, avec les actes délictueux, qu’ils s’agissent d’insultes ad hominem, de harcèlement moral ou de violences physiques.

      Ne s’agit-il pas de la victime sacrificielle d’une morale indignée, vengeresse, qui ne connait plus la présomption d’innocence, ni la nécessité d’une argumentation contradictoire judiciaire sereine qui s’appuie sur la recherche des faits, sur le réquisitoire et la plaidoirie ? Car le tribunal populaire, ou plus exactement de quelque minorité bruyante, éructante, de la rue la moins apaisée, est un terreau de violence, l’ochlocratie se dressant contre la démocratie libérale. C’est la colère virale contre le droit, qu’il soit naturel ou positif, c’est le ressentiment de la médiocrité cachée sous les oripeaux infâmes de la haine du mâle blanc, racisme non moins, sinon plus, virulent que celui contre le noir, car il se vêt des sales habits de la vertu morale.

 

 

 

 

 

 

      Plutôt que de soulever la question du pardon, de la réhabilitation, car Samantha  Geimer affiche depuis longtemps son pardon, au bénéfice de Roman Polansky et d’elle-même, une aberration du féminisme prétend user de ce dernier comme de la plus vertueuse épée de la revanche et de la vengeance. Ce qui se voulait émancipation, égalité, liberté, devient tyrannie. Il est remarquable que Samantha Geimer prenne la défense  du réalisateur franco-polonais. Non seulement elle approuve le César du film offert à J'accuse, mais elle s'insurge contre le bruyant procès médiatique à l’encontre de celui qui l'a violée en 1977. « Une victime a le droit de laisser le passé derrière elle, et un agresseur a aussi le droit de se réhabiliter et de se racheter, surtout quand il a admis ses torts et s'est excusé », argumente Samantha Geimer, dans un entretien publié dans Slate[8]. « Je ne sais pas pourquoi le grand public est si hostile à la vérité, mais je constate que cela n'a fait qu'empirer ces dernières années », continue-t-elle, alors qu’elle dénie à qui ce soit le droit d’user de son histoire personnelle pour nuire  au cinéaste. « Les vrais militants ne font pas commerce de la douleur des victimes », argue-t-elle. « C'est tout le côté obscur du militantisme, qui ne se soucie guère d'aider les victimes à aller mieux [...] mais qui ne fait qu'exploiter la douleur et la peur des femmes pour alimenter la colère et l'indignation en roue libre ». L’on pourrait ajouter qu’il faut pointer l’abus de la rhétorique victimaire au service des harpies d’un féminisme dévoyé, comme pour dire : Vous avez été victime, vous l’êtes encore, vous le serez toujours, usez de votre sainteté outragée de victime pour châtier la race des coupables, avérés, présumés, supposés, imaginés…

      Le pire est peut-être dans le deux poids deux mesures : lors de ces mêmes César, Les Misérables, le film de Ladj Ly a été primé. Subtilisant le sens de la justice de Victor Hugo en s’appropriant son titre, il met en scène de jeunes racailles musulmanes dans des banlieues où les pacificateurs sont des imams. Le prosélytisme islamique serait donc à l’honneur ? De surcroit ce Ladj Ly est un individu d’origine malienne impliqué dans un « crime d'honneur », « complicité d’enlèvement et de séquestration », ce qui lui valut une condamnation à deux ans de prison. Mais bénéficiant de sa peau noire et de sa qualité de Musulman, tous damnés de l’Occident, comme il se doit, le voilà intronisé dans le camp du Bien, au bénéfice de l’Islam invasif. Une morale a choisi son bastion, au mépris de l’éthique et de la dignité de l’humanité, sans compter celle des femmes…

      L’éthique inhérente au féminisme[9] semblait s’adresser à toutes les femmes. Toutefois, quand les victimes, réelles ou supposées, du machisme occidental sont chouchoutées, exploitées par l’informel tribunal moral, celles de l’Islam, des gangs de Pakistanais violeurs et souteneurs en Angleterre, celles des crimes d’honneurs parmi cinquante-sept pays musulmans et autres banlieues islamisées n’ont pas droit de cité !

      Une nouvelle génération, peut-être incapable de faire les longs efforts du travail nécessaire à la création de chefs-d’œuvre, préfère aller au plus vite, condamner, détruire, censurer, pour paraître au-dessus des créateurs et des penseurs, drapée dans une haute posture morale munie du glaive noir d’une justice viciée. Interdire est leur joie, leur bave, leur fiel, après que l’on eût bêtement voulu interdire d’interdire aux alentours de mai 68.   Philippe Muray dénonçait en 1997 « L'envie du pénal[10] », parodiant ainsi « l’envie du pénis freudienne », comme s’il y avait une jouissance sexuelle maligne au sein de cette obstruction à la liberté intellectuelle : « Les jeux du cirque justicier sont notre érotisme de remplacement. La police nouvelle patrouille sous les acclamations, légitimant ses ingérences en les couvrant des mots " solidarité ", "justice", "redistribution". Toutes les propagandes vertueuses concourent à recréer un type de citoyen bien dévot, bien abruti de l'ordre établi, bien hébété d'admiration pour la société telle qu'elle s'impose, bien décidé à ne plus jamais poursuivre d'autres jouissances que celles qu'on lui indique. Le voilà, le héros positif du totalitarisme d'aujourd'hui, le mannequin idéal de la nouvelle tyrannie, le monstre de Frankenstein des savants fous de la Bienfaisance, le bonhomme en kit qui ne baise qu'avec sa capote, qui respecte toutes les minorités, qui réprouve le travail au noir, la double vie, l'évasion fiscale, les disjonctages salutaires, qui trouve la pornographie moins excitante que la tendresse, qui ne peut plus juger un livre ou un film que pour ce qu'il n'est pas, par définition, c'est-à-dire un manifeste, qui considère Céline comme un salaud mais ne tolérera plus qu'on remette en cause, si peu que ce soit, Sartre et Beauvoir, les célèbres Thénardier des Lettres, qui s'épouvante enfin comme un vampire devant un crucifix quand il aperçoit un rond de fumée de cigarette derrière l'horizon[11] ».

      En effet, le moins que l’on puisse dire est que l’on a l’indignation sélective. Simone De Beauvoir, fameuse icone du féminisme avec Le Deuxième sexe n’hésitait pas à abuser de ses élèves mineures et à les faire passer sous les cuisses de Jean-Paul Sartre. Mais ils étaient de gauche et féministes de surcroit, ce qui leur offre une armure de progressisme inattaquable.

      Pour reprendre les mots de Philippe Murray, dans L’Empire du bien, les tartuffes ne brûlent que du désir de couvrir de « plumes et de goudron » les contrevenants prétendus. Le lynchage, moral, médiatique et public, avant d’être physique, est un plaisir goûteux autant qu’une hydre aux capacités totalitaires : « Le Bien, en 1991, était dans les langes, mais ce petit Néron de la dictature de l’Altruisme avait déjà de sérieux atouts de son côté. Il commençait à étendre sa prison radieuse sur l’humanité avec l’assentiment de l’humanité […] par l’intermédiaire de la police, de la justice, et bien sûr de la prêtraille médiatique, […] les enragés des procès rétroactifs[12] ».

      Notre époque, notre moi, en un orgueil sans vergogne, se prétendent moralement supérieurs à celles et ceux qui les ont précédés, elle s'érige bien haut sur le fauteuil du juge du passé coupable de l'Occident forcément homophobe et xénophobe, colonisateur et esclavagiste, alors que d’autres société ont fait et font bien pires[13] en la demeure. La faute des pères retombe donc sur les fils pendant sept générations, comme dans l’Ancien Testament, qui cependant corrigea cet excès par la loi selon laquelle seul le coupable devait être puni.      

      Il est à craindre que les moralisateurs du bien, s’ils se risquent à la création, produisent de la mauvaise littérature, aveugles et sourds qu’ils sont à la réalité qui pourtant les entoure. Que leur ressentiment soit une forme de jalousie rentrée à l’égard du talent et du génie, n’est pas douteux. Qu’ils se mettent au travail plutôt que de censurer le travail d’autrui, ce qui est bien plus facile et plus orgueilleux.

 

      L’on se fatiguerait à énumérer et citer les abjections des censeurs d’une morale devenue folle. « L’homophobie et le sexisme n’ont pas leurs places dans notre école »,  c’est par ces mots éminemment vertueux que commence la proclamation du « syndicat étudiant solidaire de Sciences Po Lille », dans un communiqué contre la venue du député européen et philosophe François-Xavier Bellamy. Une aventure semblable échut à la philosophe Sylvianne Agacinsky, cette fois à l’université de Bordeaux, qui a le front de s’opposer à la gestation pour autrui, c’est-à-dire les mères porteuses, et qui essuya de violentes menaces de la part d’associations LGBT[14]. Outre que ces tribuns ne sont solidaires que d’eux-mêmes, les voici incapables de lire la pensée de ces philosophes, qui ont certes une conception assez traditionnelle de la famille (qu’il est permis de ne pas partager), mais ne peuvent être qualifié de sexisme et d’homophobie. Les voici incapables d’accepter l’échange d’arguments, fussent-ils contraires, cette salutaire dispute philosophique qui doit être au service de la démocratie libérale. Ces affichistes du bien moral ne sont en fait que de factieux censeurs, dangereux tyrans de surcroît, dont la loi devrait nous protéger.

      Les universités, en particulier américaines, sont en proie à cette lèpre morale qui oriente la pensée et interdit toute expression d’une dissidence. À Yale, l’on supprime le cours d’introduction à l’Histoire de l’art, car « occidentalo-centré », après que les exigences d’étudiants aient obtenu de ne plus étudier Shakespeare, mais des auteurs venues de « catégories victimaires ». Que l’on étende l’Histoire de l’art et de la littérature à bien des civilisations et des productions serait un gain, s’il ne s’agissait d’éradiquer les plus grands génies de l’humanité qui savent que le monde qu’ils décrivent en leurs tragédies et tableaux n’est pas politiquement correct. La censure scolaire et estudiantine sévit avec succès au point de déserter les cours pour participer à des grèves des femmes contre Trump (l’on passera sur le prosélytisme politique) ou ailleurs à des marches pour le climat. Les problématiques sacrées de genre, de race, de classe et de réchauffement climatique ont remplacé la culture générale au sens noble[15] et l’éducation libérale[16]. Sans cause militante dans le vent, point de salut ! L’on peut se demander d’ailleurs si ces pratiques ne contreviennent pas au premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression et d’association. C’est ce que pointe en son dernier livre[17], L'Âge des droits. L'Amérique depuis les années soixante, l’essayiste américain Christopher Caldwell[18], en dénonçant une mainmise de la justice fédérale, en particulier avec le concours de la législation sur les droits civiques de 1964 (qui déclare illégale une différence de traitement reposant sur l’origine ethnique, le sexe ou la nationalité). Pour lui, les associations contraignent la démocratie à plier devant leurs diktats sur des sujets aussi divers que l’immigration, l’avortement, le mariage gay, l’éducation, au motif d’un privilège blanc, bien fantasmé depuis la disparition de la ségrégation. Il va jusqu’à qualifier l’élite culturelle et démocrate responsable de tels errements par l’adjectif « jdanovienne » (du nom du responsable de la politique culturelle soviétique)...

      Aux dernières nouvelles, sous l’embrasement des réprobations morales, l’éditeur Hachette et son personnel courroucé renoncent à publier aux Etats-Unis les Mémoires d’un autre cinéaste : Woody Allen, au prétexte qu’il aurait abusé de sa fille adoptive. Pourtant l’on devrait laisser la justice investiguer en cette affaire et doner la possibilité à des voix diverses d’arguer de leur version des faits, s’il y eût faits. D’autant que les accusations de Dylan Farrow ne sont pas nouvelles, quoique relancées dans le sillage du mouvement #MeToo, qui défend l’idée que toutes les réelles violences sexuelles ne peuvent être retenues par la Justice faute de preuves. Accusation que Woody Allen a constamment réfutées, sachant qu’après deux enquêtes de plusieurs mois dans les années quatre-vingt-dix, le procureur du Connecticut chargé du dossier n’avait pas jugé l’inculpation nécessaire. La censure, non plus d’Etat, royale ou religieuse, frappe aveuglément, aux dépens de l’intelligence du lecteur. Heureusement le livre controversé doit paraître en France chez Stock, sous le modeste titre de Soit dit en passant. L’on ne nous interdira pas le soupçon selon lequel la judaïté de Roman Polanski et de Woody Allen ne serait pas étrangère à l’affaire, cachant ainsi un double fond antisémite[19], surtout en lisant le tweet abject d’activistes féministes, se nommant « Terriennes » : « Celui qui devrait être gazé, c’est Polanski ! ». Il y a là plus qu’un relent d’autodafé[20]

      Le délire d’interdiction va parfois jusqu’à l’absurde. Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), a réclamé, fin janvier, l’interdiction des relations hétérosexuelles au motif qu’elles seraient basées sur la religion et la violence : « Les relations de couple hétérosexuelles sont vraiment violentes. En plus, la grande majorité sont des relations basées sur la religion. Il est peut-être temps d’avoir une conversation sur leur interdiction et abolition. »

      Sommes-nous plus moraux qu’il y a un siècle, ou un demi-siècle ? Il n’est guère douteux que Guillaume Apollinaire recevant la Légion d’honneur au sortir de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il avait été blessé, se verrait aujourd’hui poursuivi par l’indignation qui brocarderait sa publication des Onze mille verges, sous le manteau en 1907, un roman crument pornographique. Vladimir Nabokov ne pourrait très probablement pas publier son Lolita, narré par un pédophile fictif, que l’on n’imputera pourtant pas à l’auteur qui put le publier, non sans mal, en 1955, quoique l’œuvre, géniale, permette une réflexion morale d’une plus haute tenue que celle des censeurs aux oreilles crispées. Sur ces points, sans compter la réactivation du blasphème[21] par la stratégie conquérante de l’Islam, le recul des libertés est confondant !

      « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire[22] », arguait Rodrigue dans Le Cid de Corneille. Attaquer la pédophilie au sein de l’église catholique, ou un cinéaste blanc, devient un jeu d’enfant, mais s’il fallait que le féminisme activiste œuvre dans le vif en égratignant une autre religion pour son sexisme outrageux ou plus simplement une cinéaste noire et lesbienne qui aurait sexuellement abusé d’un enfant, ce serait une autre paire de manches. Pourtant les réelles libertés féminines et humaines, les réelles libertés critiques sont à la charnière de telles problématiques. Révélant, s’il avait fallu le révéler au naïf, que le totalitarisme n’est pas seulement le fait d’un Etat, armé du fascisme, du communisme ou de l’Islam, mais des venins du populaire, ou de pseudo élites intellectuelles et médiatiques entraînant un populisme d’égoutier, une ochlocratie se double d’une doxocratie, prêts à jeter le contrevenant dans les flammes de leur enfer. Samantha Geimer n’est pas philosophe, pourtant, l’une de ses phrases lui vaudrait presque ce titre : « Je ne sais pas pourquoi le grand public est si hostile à la vérité, mais je constate que cela n'a fait qu'empirer ces dernières années ». Au-delà de la vérité des faits, il y a bien une vérité morale, au lieu d’un venin moralisateur jeté aux yeux de l’intellect, qui relève de l’éthique, en souhaitant que n’elle se perde pas tout à fait.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Gouvernement par le bas-peuple.

[2] Gouvernement par la doxa, l’opinion communément admise et les préjugés.

[3] Alain Etchegoyen : La Valse des éthiques, François Bourin, 1991, p 78.

[4] Alexis de Tocqueville : Tyrannie de la majorité, L’Herne, 2018, p 93.

[5] La Bruyère : Les Caractères ou les mœurs de ce siècle, Le Club Français du Livre, 1964, p 303.

[7] Marcel Proust : Contre Sainte-Beuve, La Pléiade, Gallimard, 2000, p 221.

[10] Philippe Muray : L’Empire du Bien, Les Belles Lettres, 2010, p 11.

[11] Philippe Murray : Exorcismes spirituels, Les Belles Lettres, 1997.

[12] Philippe Murray : L’Empire du bien, ibidem, p 9 et 10.

[14] LGBT et LGBTQI+ sont des sigles utilisés pour qualifier les personnes lesbienne, gay, bisexuelle, trans, queer, intersexe et assimilées qui sont utilisés pour désigner des personnes non hétérosexuelles et/ou non cisgenres et/ou non dyadiques.

[17] Christopher Caldwell : The Age of Entitlement. America since the Sixties, Simon & Schuster, 2020.

[22] Pierre Corneille : Le Cid, Acte II, scène 2.

 

Sesto / Sexten, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 19:59

 

Monnaie du Pape. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Critique de l’anarchisme de Bakounine,
et autres rêveurs d'absolu.

 

 

Michel Bakounine : Catéchisme révolutionnaire, L’Herne, 2009, 64 p, 6,50 €.

 

Michel Bakounine : Confession,
 traduit du russe par Pauline Brupbacher, Le Passager clandestin, 2013, 222 p, 9 €.

 

Bakounine : La Liberté, Jean-Jacques Pauvert, 1965, 336 p, 5 F.

 

Hans Magnus Enzensberger : Les Rêveurs de l’absolu,

traduit de l’allemand par Lily Jumel, Allia, 2022, 112 p, 7 €.

 

 

 

 

      À la fausse monnaie du Pape, l’anarchiste répond : « Ni dieu, ni maître ! ». Son catéchisme est révolutionnaire, sa confession est de mauvaise foi. Le plus emblématique des anarchistes, le Russe Michel Bakounine (1814-1876), revendique la plus entière liberté, débarrassée de tout étatisme. Mais en révoquant la propriété et le droit à l’héritage, en englobant l’individu dans la communauté d’un socialisme révolutionnaire, ne met-il pas en péril les libertés économiques, donc individuelles ? L’anarchisme serait-il une tyrannie ? Tous ces « rêveurs d’absolu », au sens du titre d’Hans Magnus Enzensberger, seraient-ils acculés au crime par l’autocratie ?

      Un concentré de la doctrine bakouninienne est lisible comme une bombe noire parmi la petite cinquantaine de pages de son Catéchisme révolutionnaire, fomenté en 1866, mais ici publié sans appareil critique, hors une brève introduction d’Alexandre Lacroix. Il faut noter que le mot « catéchisme » est employé, comme souvent au XIX° siècle, au sens de profession de foi, et qu’il ne se veut pas une psalmodie religieuse. Titre d’ailleurs à ne pas confondre avec le Catéchisme du révolutionnaire de Netchaïev[1], qui fit en 1869 le portrait idéal de l’agent de la révolution, exaltant son ethos, entièrement au service de la cause.

      Quoique, comme tous les livres de Bakounine, ce manifeste ait été abandonné avant de voir son achèvement, le propos vindicatif parvient à former le programme d’une société secrète : l’« Alliance des révolutionnaires socialistes ». Deux axes en sont les piliers : la liberté d’une part et le rejet de la religion et de l’Etat bourgeois d’autre part. Il s’agit de « l’exclusion absolue de tout principe d’autorité et de raison d’Etat », quoique un Etat doive fédérer les communes. L’objet programmatique est donc pour le moins incohérent, de surcroit proclamant la liberté d’être « fainéant ou actif » et menaçant de déchoir des droits politiques et paternels les inactifs en âge de travailler. Voilà qui sentant bien l’hypocrisie et la main lourde d’un tel régime. De même l’« abolition du service et du culte de la divinité » ne s’oppose-t-elle pas à la liberté ? Et deux pages plus loin, l’on trouve « la liberté d’élever autant de temples qu’il plaira à chacun ». L’on se fatigue très vite d’un tel brouillamini argumentatif…

      Et bien qu’il prétende (en une conclusion qui n’en est pas une, puisque l’ouvrage reste inachevé) à la « liberté pour tout le monde, « l’égalité politique par l’égalité économique » aboutit forcément à l’éradication des libertés économiques, tout en contribuant à la perte de vitesse, sinon la disparition, du développement des ressources et de la créativité, intellectuelle, technique, artistique…

      S’ensuivent des commandements libertaires aux droits individuels et d’association, aux parents, de par le « mariage libre », et aux enfants, élevés grâce à une subvention de la société ; l’on devine à cet égard que l’impôt y doit être lourd. Quant à la volonté de ne plus séparer travail intellectuel et manuel, elle ne laisse pas d’être inquiétante, tant elle risque d’obérer la liberté de choix de l’individu. Peut-être faut-il imaginer avec bienveillance que l’inachèvement du texte entraîne celui d’un projet encore inabouti, à moins de penser que la cohérence n’est pas le moins du monde l’apanage du révolutionnaire exalté…

      Retenons pourtant de ce texte ce qui pourrait voisiner avec le libéralisme politique, soit « la liberté absolue de conscience et de propagande pour chacun », « égalité absolue des droits politiques pour tous, hommes et femmes », la « liberté absolue de commerce, de transaction et de communication entre les pays fédérés », au risque de dénaturer la pensée du penseur brouillon… Il n’en reste pas moins qu’en terme de liberté il vaut mieux lire de réels penseurs libéraux[2] !

      Le mythe du père de l’anarchie s’effrite-t-il un peu plus en lisant cette Confession ? Le célèbre révolutionnaire russe, ce Bakounine ami de Proudhon, et de Marx qui le traitait cependant d’âne, fut emprisonné après les barricades allemandes, échappa à une condamnation à mort, avant d’être extradé en Russie. Si l’on connait ses programmes anarchistes, basés sur l’athéisme et le refus de l’Etat, l’on ignore trop souvent qu’en 1851 il écrivit à la demande du Tsar, donc contraint et forcé, cette Confession. Après huit années de prison, il parvint à fuir la Sibérie, épousant une Polonaise, rejoignant l’Europe, où il devint le pilier de l’anarchisme politique. Jusqu’où faut-il faire confiance à cette profession de foi ?

      Moins que la dénonciation de ses réseaux, qu’il eût le courage d’éviter, on trouve un plaidoyer en ce curieux texte autobiographique… L’existence romanesque à souhaits du farouche révolutionnaire se double, avec ce qui a valeur de document historique, d’un incontestable talent de rhétoricien, quoique non sans mauvaise foi, pour tenter de soudoyer la conscience et la clémence du Tsar : « Sire ! Je suis un grand criminel et je ne mérite pas de grâce ! » (…) « ne me laissez pas me consumer dans la réclusion perpétuelle ! » Il prône sa conception de la « République » : « Je crois qu’en Russie, plus qu’ailleurs, un fort pouvoir dictatorial sera de rigueur, un pouvoir qui sera exclusivement préoccupé de l’élévation et de l’instruction de la masse (…) sans liberté de la presse ». A moins qu’il s’agisse de flagornerie envers l’absolutisme du tsarisme, on ne peut lire ces pages que comme une affirmation de la volonté tyrannique de l’anarchisme. Est-ce là le véritable point noir de cette Confession, où l’anarchiste confesse sa liberté au prix de l’absence de liberté d’autrui ?

      Pourquoi lire ce texte écrit au fond d’un cachot en 1851 ? Parce qu’ici annoté avec la patience de Jean-Christophe Angaut, il permet de resituer événements et protagonistes, non sans offrir une lecture engagée, partisane, des révolutions européennes de 1848-1849, qui furent d’abord révoltes contre le prix du pain. Elles échouèrent, malgré l’avènement du suffrage universel français, écrasées par des répressions parfois sanglantes et sans discernement. Mais ce qui fut un printemps des peuples, avant la Commune et la révolution bolchevique, aurait-il abouti à plus de liberté, ou à un plus précoce hiver communiste ?

      L'on ne réduira cependant pas Bakounine à cette Confession de plus ou moins bon aloi. Dans Dieu et l’Etat[3], il prône encore une fois la disparition de Dieu et de la religion, ces stratégies de pouvoir et d’esclavage, mais aussi le coopératisme et le fédéralisme antiautoritaires. À condition, lui répondrons-nous, que ce coopératif soit lui-même issu de la libre volonté des individus et du contrat, ce qui revient aux principes du libéralisme. De même, l’Etat est comparé à un marteau, lorsqu’il frappe les tables de la loi, forcément abusives. « L’Etat n’est pas la Patrie ; c’est l’abstraction, la fiction métaphysique, mystique, politique, juridique de la Patrie » disait Bakounine, c’est également « le patrimoine d’une classe privilégiée quelconque ». Dans Etatisme et anarchisme[4], il ne tolère aucune dictature, dont l’objectif est sa perpétuation et qui n’a pour conséquence que l’esclavage. Pourtant, au-delà d’une anarchie idéale faite par des individus idéaux, également inatteignables, l’on sait qu’établir l’anarchie selon Bakounine ne peut se passer d’une bureaucratie prolétaire et rouge, donc du laminoir dictatorial de l’Etat. Le voilà donc encore une fois empêtré dans ses contradictions…

      Au-delà des introuvables Œuvres complètes en six tomes, publiées chez Stock, entre 1895 et 1913, l’on se contentera d’un judicieux « choix de textes », intitulé La Liberté. En effet, par la grâce de Bakounine, « L’homme conquiert son humanité en affirmant et en réalisant sa liberté dans le monde ». De plus « La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini ». En conséquence l’Etat est un tyran qui « a toujours été le patrimoine d’une classe privilégiée quelconque : classe sacerdotale, classe nobiliaire, classe bourgeoise ». Il faut alors récuser l’emprise de l’Etat qui prétend que son citoyen doit se sacrifier pour la patrie : « le socialiste s’appuie sur ses droits positifs à la vie et à toutes les jouissances tant intellectuelles et morales que physiques de la vie. Il aime la vie, et il veut en jouir pleinement ». Aussi, au-delà d’un gouvernement des meilleurs, des hommes vertueux et savants, il faut que le peuple « ait atteint un si haut degré de moralité et de culture qu’il ne doive plus avoir besoin ni de gouvernement, ni d’Etat ». L’on se doute que si une telle position soit ardemment souhaitable, elle pêche par idéalisme, et qu’un minimal Etat régalien reste nécessaire pour éradiquer délits et crimes…

      Car, à cette fiction trop idéaliste de l’absence totale d’Etat, il faut opposer la nécessité d’un Etat qui puisse préserver chacun de nous des violences contre nos libertés. Même si Bakounine croit devoir réfuter cet argument pourtant solide : « L’Etat ne restreint la liberté de ses membres qu’autant qu’elle est portée vers l’injustice, vers le mal. Il les empêche de s’entretuer, de se piller et de s’offenser mutuellement, et en général de faire le mal, leur laissant au contraire liberté pleine et entière pour le bien ».

 

A. Sergent / C. Harmel : Histoire de l’anarchie, Le Portulan, 1949.

Photo : T. Guinhut.

 

      Devant la dimension militaire de l’Etat, y compris contre son propre peuple, arguant que l’homme, « s’il est réellement amoureux de la liberté, doit détester la discipline qui fait de lui un esclave », Bakounine conclut à  « l’absolue nécessité de la destruction des Etats ». Marx lui-même postulait le stade ultime du communisme dans lequel l’état aurait disparu. On sait pourtant que le stade initial et final des Etats communistes fut la disparition non seulement des libertés mais aussi de l’homme dans leurs goulags.

      Si « la propriété c’est le vol », la liberté n’a rien à faire d’un Etat qui garantirait la propriété individuelle et capitaliste. Sans Etat, plus de coercition de l’accaparement des richesses et des biens, mais une communauté idéale des hommes. Serions-nous alors plus libre si aucune propriété n’était garantie ? La séduisante utopie critique du pouvoir par l’anarchisme bute sur l’anti-utopie d’une liberté impuissante. C’est une naïveté de croire que nous serions plus libres sans l’Etat[5], si imparfait soit-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien peu séduisantes sont les seize trognes affichées sur la couverture de cette nouvelle édition des Rêveurs d’absolu, d’Hans Magnus Enzensberger, un essayiste allemand né en 1929. Probablement est-ce la partie la plus saillante du volume intitulé Politique et Crime[6], initialement paru en 1964. Ils ne sont pas tous réellement anarchistes, si le mot a un sens pur, mais socialistes révolutionnaires. Leurs thèses viennent essentiellement de trois hommes : Bakounine, Netchaïev et Tkatchev, qui « tous trois eurent une fin misérable ». Tous, à leur manière, proclament « À vos haches ! Abattez sans pitié le parti des tsars comme il est sans pitié dressé contre nous ». Il s’agit d’une « minorité désespérée |…] de rêveurs et fanatiques ».

À partir du « procès des 193 » à Saint-Pétersbourg et du coup de révolver de Véra Zassoulitch contre un préfet de police tortionnaire en 1878, les attentats et les émeutes se multiplient, sans guère d’effet sur l’autocratie tsariste. Le terrorisme passe de la hache à la dynamite. Le « Comité exécutif de la volonté du peuple » se dote de statuts où l’on renonce « à toute volonté individuelle » au service de l’action. On attaqua jusqu’au train du Tsar, mais en ne faisant sauter que celui des « bagages impérieux », jusqu’au Palais d’Hiver. Mais en 1881, une bombe tue Alexandre II. Sous son fils et successeur, Alexandre III, les prisons s’emplirent, les mouvements révolutionnaires firent fiasco ; mais une seule tentative d’attentat contre le tsar tua le frère d’un certain Lénine[7], promis à un avenir pire que la tyrannie qu’il dénonçait. Au-delà de l’échec de la révolution de 1905, un avenir de terreur allait se propager à partir des Bolcheviques de 1917.

Même si Hans Magnus Enzensberger ne peut se défendre d’une certaine pitié, voire tendresse, d’une cause commune avec cette malheureuse nébuleuse d’anarchistes virulents, son essai vigoureux et palpitant fait l’effet d’un réquisitoire dissuasif, sans que le moyen de se débarrasser d’une autocratie, dont la trainée rejaillit sur notre présent, soit résolu.

 

      Peut-on alors faire confiance à l’anarchie ? Sachant que Bakounine, qui écrit, selon le mot d’Alain Sergent et Claude Harmel, avec un « lyrisme apocalyptique[8] », a repris à son compte la célèbre formule de Proudhon, « La propriété c’est le vol[9] » (quoique ce dernier la tempéra par la suite), il est évidemment anticapitaliste, traitant le capital comme il traite Dieu et l’Etat, simplisme qui imaginerait le partage et la communauté des biens, doux euphémisme pour l’impossibilité de faire fructifier librement des biens individuels, ce qui ne peut qu’aboutir à la tyrannie socialiste et communiste, malgré les critiques bakouniennes contre Marx[10]. En ce sens, la principale critique de l’anarchisme par les libéraux est rédhibitoire : « ses conséquences factuelles étant désastreuses : absence de règles, destruction violente de l’Etat, et suppression de la propriété privée[11] ». À moins d’imaginer comme Murray Rothbard[12] un anarcho-capitalisme discutable, dans lequel ce dernier dénonce le monopole des biens publics réputés imprivatisables, comme la sécurité, la justice, l’éducation ou la santé, la crainte est de voir l’absence d’Etat empêcher le droit de contribuer à la liberté. Immanquablement, cet Etat devra exercer une coercition pour contrer la coercition contre les biens, les contrats et les personnes, ce dans le cadre du libéralisme classique. Ainsi, quoique « l’anarchiste individualiste en conclut donc que l’Etat est intrinsèquement immoral[13] », soyons, comme Robert Nozick, des fervents de « l’Etat minimal ». Ce qui revient, en démocratie libérale, à trouver le difficile équilibre entre Léviathan hobbesien et anarchie, à toujours maintenir le monstre étatique dans ses strictes limites régaliennes, de façon à protéger les libertés individuelles, qu’elles soient économiques ou morales…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Sergueï Netchaïev : Le Catéchisme du révolutionnaire, Ronces éditions, 2019.

[3] Michel Bakounine : Dieu et l’Etat, Mille et une nuits, 2000.

[4] Michel Bakounine : Etatisme et anarchie, Tops et Trinquier, 2003.

[5] Voir: Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

[6] Hans Magnus Enzensberger : Politique et Crime, Gallimard, Les Essais, 1967.

[7] Voir : Tchernychevski, Lénine et Staline, exécuteurs du totalitarisme communiste

[8] Alain Sergent et Claude Harmel : Histoire de l’anarchie, Le Portulan, 1949, p 190.

[9] P. J. Proudhon : Textes choisis, Club Français du Livre, 1952, p 216.

[10] Voir : Karl Marx, théoricien du totalitarisme

[11] Dictionnaire du Libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine, Larousse 2012, p 57.

[12] Murray Rothbard : L’Ethique de la liberté, Les Belles Lettres, 1982.

[13] Robert Nozick : Anarchie, Etat et utopie, PUF, 1988, p 75.

 

Cirque de Troumouse, Gèdre, Hautes-Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 14:32

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La trilogie roumaine fantasmatique

 

de Mircea Cartarescu et sa lévitation :

 

Orbitor, L’Œil en feu, L’Aile tatouée,

 

Solénoïde.

 

Suivi par Norman Manea.

 

 

 

 

Mircea Cartarescu : Orbitor, traduit du roumain par Alain Paruit, Denoël, 1999, 499 p, 28 €.

Mircea Cartarescu : L’Œil en feu, traduit du roumain par Alain Paruit, Denoël, 2005, 512 p, 28 €.

Mircea Cartarescu : L’Aile tatouée, traduit du roumain par Laure Hinckel, Denoël, 2009, 500 p, 28 €.

 

Mircea Cartarescu : Solénoïde, traduit du roumain par Laure Hinckel,

Noir sur Blanc, 2019, 800 p, 27 € ; Points, 2021, 976 p, 13,50 €.

 

Norman Manea : La Tanière, La Cinquième impossibilité,

traduits du roumain par Marylin Le Nir et Odile Serre,

Seuil, 2011 et 2013, 368 p, 21 € et 276 p, 22 €.

 

 

 

      Cratère visionnaire, opéra fabuleux, dépôt de songes et de tortures, creuset de tyrannie politique, telle devient la Roumanie sous l’orbite de Mircea Cartarescu, né en 1956 à Bucarest. Ainsi change-t-il le pays de son enfance et de sa famille en contrée infiniment fantastique et poétique au cours d’une trilogie fleuve, infernale et somptueusement baroque. Elle se décline d’Orbitor à L’Aile tatouée, en passant par L’œil en feu, obsessionnelle et magnifique. Le moins que l’on puisse dire est que le romancier ne prise guère feu le réalisme soviétique, il y a peu obligatoirement à l’honneur dans ce pays de l’Est dont il est originaire, et dont il préfère charger, moquer et subvertir le communisme. Plus récemment traduit, Solénoïde est-il son grand-œuvre, son au-delà ? Quant à Norman Manea, autre Roumain, il saura nous offrir un autre regard, cependant complémentaire, avec sa Tanière et sa Cinquième impossibilité, sur ce pays étouffé.

 

      L’œil, organe et métaphore, est récurrent dans l’œuvre de Cartarescu. Il est le miroir de l’espace autant que l’instrument de la vision, jusqu’à devenir l’image et le vortex d’une écriture qui avale tout sur son passage. En effet, Orbitor, titre du roman qui initie la trilogie, paru en roumain en 1996, signifie « aveuglement ». Cet opus de 400 pages, d’abord publié en 1999 chez Denoël, a été réédité en Folio SF, bien qu’il n’ait guère à voir avec la science-fiction : on y conte, à travers le regard d’un enfant nommé Mircea, la guerre terrifiante perpétuelle entre le bien et le mal, soit les morts vivants dont sa famille est issue et les armées de Dieu, tout cela dans un Bucarest fantasmatique, sans compter mille épisodes, dont celui où les transformations les plus inquiétantes agitent un espace urbain et humain à la dimension d’un pandémonium…

      Car contaminés par une maudite semence, ses ancêtres ont eu le front de forniquer avec constance avec une engeance infecte avant d'être assiégés par des morts-vivants affamés de chair. Fort heureusement les armées de Dieu interviennent en un combat terrifiant. Ce grand n’importe quoi, symbolique et parodique à la fois, n’est qu’un mince moment de l’opus, entre des cérémonies sacrificielles, le récit de l'hospitalisation de Mircea lui-même dans une salle traumatisante où pullulent les rebuts humains : « Des lits blancs à moitié recouverts de toile cirée, où gisaient des vieillards, les uns ayant d'étranges canules plantées dans le ventre, les autres déféquant par des anus artificiels à robinets chromés, des enfants poliomyélitiques, la peau à même le fémur sans chair, pédalant péniblement sur le vélo de rééducation, des grosses filles nues se masturbant, les yeux révulsés ». L’on se doute que moins que le regard de l’enfant, il s’agit là du réalisme le plus cru, voire redevable du naturalisme zolien, fomenté par l’écrivain.

      Ce monde convulsé s’adosse également à la vie d’un capitaine de la Securitate - cette trop célèbre police politique roumaine de la dictature communiste - qui est devenu kinésithérapeute, mais irrémédiablement aveugle. Et si, au-delà des fourmillants motifs autobiographiques et politiques, l’on cherche un symbole récurrent, on le trouvera sous la forme du papillon. Ou plus exactement les formes, de la larve à la beauté de l’envol, en passant par le cocon, symbole de la métamorphose et de l’épanouissement, voire de la rédemption, et métaphore protéiforme du parcours qui fut celui du petit garçon devenu écrivain.

      Avec le secours de son grand frère alter ego et également écrivain, le jeune Mircea crée en toute liberté traumatique un pays imaginaire, un univers où se télescopent merveilles et terreurs, habité de chimères, de statues vivantes, et autres papillons prodigieux, comme un hybride de Lovecraft[1] et de Kafka[2]. Plus anxiogène encore que le « château » de ce dernier,  la capitale de la Roumanie des années soixante n’est plus celle des avenues à la gloire du régime de Ceausescu, mais d’un écheveau de ruelles labyrinthiques, s’ouvrant sur des univers complexes et fantasmagoriques, dont on ne peut rendre compte sans visiter sa phraséologie, soit offrir de généreuses citations : « Si je fermais les paupières, je voyais les dizaines de statues que j'avais regardées dans les yeux et j'essayais de comprendre ce que pouvait être la pensée des personnages de bronze verdi et de pierre, ces hommes illustres auxquels des muses replètes tendaient des plumes d'oie ou des couronnes de laurier du même vert-de-gris. De comprendre aussi comment ces femmes au vagin de marbre pouvaient faire l'amour. Mais, tard dans la nuit, à l'heure où les bus rentraient au dépôt, les grands hommes descendaient de leur socle, attrapaient les muses par les cheveux et les culbutaient dans les buissons. Les pénis de métal poli les pénétraient, entre les lèvres de pierre humectées par la rosée de la nuit. Les atlantes s'accouplaient avec les gorgones de plâtre au nez cassé, sans se soucier des balcons qui s'écroulaient avec leurs oléandres en pot ».

      Cette ville est de surcroit celle des souvenirs de la mère, bombardée à l’époque de l’occupation nazie, en une sorte de fantasme prénatal, entre morbidité et irrépressible vitalité. Les temps se télescopent autant que les lieux, dans une narration qui emprunte, plutôt que la chronologie traditionnelle, une topologie qui est celle du cerveau de son créateur : « Et l’espace-temps-cerveau-sexe s’est mis en branle, poursuivit Cédric. On commettait des horreurs. Des miracles se produisaient. On inventait une mathématique de bordel, une défécation sublime. Le vomissement conceptuel, l’éructation angélique. Le rêve réel, la vie morte. C’était à se tordre : de rire ou de douleur ? C’était une révélation : de prophète ou de fou ? C’était le tout, mais qui ressemblait tellement au rien… »

      Aussi la langue de Mircea Cartarecu, du moins telle que nous la rend le traducteur avec un talent que l’on devine, est d’une richesse noire et brillante, caparaçonnée d’effroi et de beauté, comme dans une entomologie mortuaire. Etrange et digne héritier de ses compatriotes, Eugène Ionesco et Mircea Eliade, il sait être vertigineux, laissant rôder la torture et la folie, la passion et le fantasme à faire vomir ses pages, mais aussi la splendeur et l’humanité jusqu’à la délectation littéraire : « Et aujourd’hui, alors que je suis au milieu de l’arc de ma vie et que j’ai lu tous les livres, y compris ceux qui sont tatoués sur la lune et sur ma peau et ceux qui sont écrits à la pointe de l’aiguille au coin de mes yeux, alors que j’en ai assez vu et eu, que j’ai systématiquement déréglé tous mes sens, que j’ai aimé et haï, que j’ai érigé des monuments d’airain impérissables, que j’ai attendu sous l’orme le divin enfant en mettant longtemps à comprendre que je n’étais qu’un sarcopte creusant des sillons dans sa peau de vieille lumière, alors que les anges peuplent mon cerveau tels des spirochètes, que j’ai goûté à toutes les délices du monde, et qu’avril, mai et juin s’en sont allés, aujourd’hui, alors que sous l’anneau ma peau se desquame en milliers de feuilles de papier bible, aujourd’hui, en ce vivace et absurde aujourd’hui, j’essaye de mettre du désordre dans mes pensées et de lire les runes des fenêtres et des balcons plein de linge humide de l’immeuble d’en face qui a coupé ma vie en deux, pareil au nautile qui mure chaque compartiment devenu trop petit pour lui et va se nicher dans un autre, plus grand, sur la spirale de nacre qui résume sa vie. Mais ce texte n’est pas humain et je n’arrive plus à le déchiffrer. » Le texte s’enrichit d’une foultitude d’allusions, Rimbaud, Mallarmé, et bien d’autres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le deuxième volet du triptyque ne se sépare pas vraiment du premier. Dans L’œil en feu, il s’agit encore d’un enfant. La dimension autobiographique passe par l’évocation de la mère « qui filait la laine et les contes » et à qui le relie un « cordon » non plus ombilical, mais « situé entre les sourcils ». D’un côté, l’appartement familial donne sur la ville, de l’autre sur « le château mélancolique » d’une minoterie. Il observe la capitale roumaine pour en transpercer tous les mystères, les non-dits, braquant le faisceau lumineux d’un miroir vers les fenêtres plus ou moins proches : « La lumière a fusionné avec mon cerveau et mon cri ».

      Peu à peu, depuis « l’époque où les profs et les flics nous obligeaient à avoir la boule à zéro », les âges de toute une vie, sans compter les générations de la famille Badislav depuis le XIX° siècle, sont brassés par les chemins labyrinthiques du narrateur. En fait, le roman est organisé tout entier grâce à « la folie architectonique » de ses rêves… La progression est hallucinatoire, mais aussi, parmi le fantastique incessant, d’un terrible réalisme quand est brossé le tableau des persécutions staliniennes. Face à la bêtise et au sadisme dogmatique des dirigeants et lieutenants de la Securitate, les artistes, y compris de cirque, sont aux premières loges : « Ils se révélaient ennemis de l’Etat et du régime socialiste, en accordant à des journaux bourgeois des interviews pleines de mensonges et de calomnies sur les dirigeants communistes. Heureusement, les camarades intellectuels français et italiens étaient solidaires ». On mesurera l’ironie…

      Seule, l’autopropulsion dans un imaginaire flamboyant permet de fuir le totalitarisme de Ceausescu. Il s’agit de dépasser les limites du moi par des métamorphoses incessantes, tel ce Vânapashtra, « l’Homme Serpent », qui se produit sur la piste du cirque et sous les yeux émerveillés de l’enfant qui assiste rien moins qu’à la création de l’homme par « l’œil de Shiva ». C’est ainsi que l’on a pu évoquer l’influence de Borges. Peut-être… S’il n’a pas toutes ses perspectives métaphysiques, ses personnages typés, sa concision, Mircea Cartarescu n’en a pas moins une personnalité littéraire bien à lui. Poète, romancier, chargé de cours à Vienne sur la littérature post-moderne et l’avant garde roumaine, il se targue d’avoir inventé le « texistence », entendez la non séparation absolue du texte et de l’existence.

      Devant la destruction de la mémoire et du centre-ville de Bucarest par une tyrannie délirante, devant l’endoctrinement politique, la propagande antireligieuse, la création littéraire de Mircea Cartarescu est une immense soupape de sécurité mentale, une compensation indispensable. Il s’agit moins d’un roman que d’une théorie de l’écriture poétique qui, comme chacun sait, est une véritable liberté politique. D’aucuns trouveront étouffant « ce livre illisible qui ne dit rien », submergés qu’ils seront par l’afflux des métaphores filées, noyés dans un magma aux filaments dangereux pour l’équilibre de l’esprit ; d’autres trouveront à voluptueusement nager et circuler parmi cette ville intérieure, cette explosion visionnaire permanente, et cependant maîtrisée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une monstrueuse trilogie prend ici fin, poursuivant la lecture métaphorique engagée sur le corps d’un papillon depuis Orbitor, continuée avec L’œil en feu où rayonnait la figure récurrente de l’œil, ou ocelle, visible sur l’aile colorée… Quatre grandes chroniques traversent L’Aile tatouée. Celle de la révolution roumaine qui balaya la tyrannie communiste, celle de l’enfance et du lien tourmenté avec la mère, celle du jumeau élevé dans un bordel qui devient criminel et tortionnaire, celle enfin de l’écriture du roman que l’on lit, dédiée à l’ami Hermann, lecteur privilégié, malade et torturé, qui avait été détenu pour un manuscrit (celui de Mircea) et qui engendre un fœtus dans son cerveau. Le tableau du régime est sans pitié : pauvreté, disette, informateurs et soldats omniprésents de la Securitate (« faim, froid, frousse ») ; celui de la mère avec ses papillotes de papier journal, à la limite du fantastique ; celui du tyran Ceausescu en grotesque, avec son sourire aux « clous de bottier » entre les lèvres : « ce gribouillage obscène sur un mur qu’on appelle l’Histoire ». La satire de l’époque révolue des délires communistes s’oppose au déploiement de l’imagination du narrateur qui recompose ainsi son autobiographie symbolique, même incompris par sa mère. La quête de sa propre identité se double de fantasmes érotiques torrides, mais aussi de la recherche de son au-delà, artistique et métaphysique. Si le récit frappe par sa richesse thématique, par sa dimension cosmique, on ne saurait se laisser prendre sans succomber à la virtuosité linguistique, stylistique et intertextuelle. L’odyssée délinquante de Victor, opposé au sage créateur Mircea, est en effet une rimbaldienne saison en Enfer. Au vu de l’impressionnant maelström littéraire qu’il sait concevoir et enfoncer « dans la substance cérébrale de la page », Mircea Cartarescu a sans nul doute toutes qualités pour enseigner la littérature à Stuttgart.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pierre angulaire de l’œuvre de Mircea Cãrtãrescu, Solénoïde prétend être un roman monumental. Il l’est déjà par son format, ses huit-cents pages gavées jusqu’aux orteils de richesses stylistiques et culturelles, ne seraient ce qu’au travers des allusions plus ou moins implicites à Borges, Swift et Kafka, dont le Journal[3] est l'ouvrage totémique du personnage. Cette fois, le roman emprunte la forme d’un journal proliférant et halluciné d’un narrateur qui a désespéré d’être sacré écrivain, et à qui l’on a reproché son « mélange de détritus culturels » et son « incohérence esthétique » ; ce qui ne l’empêche de noircir son existence sur la page en tentant d’en dévoiler le mystère.

      L’on s’en serait douté ; son enfance et son adolescence ont poussé dans la banlieue de la Bucarest la plus communiste, « musée de la mélancolie et de la ruine de toute chose », paradoxalement vivante d’une vie intense et bruyamment colorée. Il est réduit à rester professeur de roumain dans une modeste école de quartier, plus proche de l’horreur que de la sérénité de l’éducation. C’est là qu’il est confronté à un duo plus ou moins étrange, alors qu’il tente d’échapper à « la conspiration de la normalité » : Irina, dont il devient amoureux, un mathématicien qui devient son initiateur, jusqu’aux plus mystérieux tréfonds de sa matière. Non sans croiser la route d’une secte mystique, les « piquetistes », dont le principal rituel consiste en manifestations contre la mort dans les cimetières voisins : « Boycott de l’agonie ! […] A bas les milliards de siècles où nous ne serons plus ! », scandent-ils.

      Les poux et les punaises pullulent dans l’école, les livres pourrissent dans une bibliothèque, scorpions, rats et fœtus se bousculent, un concours de crachats fomenté par l’athéisme communiste macule les icones. La sexualité se cache et s’exhibe sans fard, tel ce nombril que se tripatouille le narrateur, pour en faire surgir des paquets de ficelle ombilicale, en un narcissisme torturé, non sans humour et autodérision. Il fait ainsi profession de se chercher et de chercher « dans la réalité de la lucidité, du rêve, du souvenir, de l’hallucination, et dans toute autre réalité. Bien qu’elle soit source de peur et d’horreur, ma quête me satisfait pleinement, comme les arts méprisés et non homologués du dressage de puces ou de la prestidigitation ». Mieux, sa maison, bâtie sur un « solénoïde[4] », d’où le titre, est faite d’un nombre inconnu et inconnaissable de pièces, escaliers et couloirs, non loin de celle de Danielewski[5]. Faire l’amour avec Irina au-dessus de ce moteur de lévitation confine au Kamasutra le plus paradisiaque. De plus un tel sous-sol risque d’entraîner la lévitation de la ville entière, d’ailleurs ruiniforme…

      Une fois de plus baroque, comme une solide et folle coupole qui chapeauterait la destinée de l’écrivain, ce à quoi participe le défi de la mise en page, Solénoïde plonge ses racines dans tout un substrat culturel, sans renoncer à se montrer outrageusement moderne. Tour à tour trivial, dérisoire, tour à tour ingénieusement métaphorique, il s’y agglutine laideur et beauté. En ce journal, les circonvolutions de la mémoire, le tableau polymorphe du présent et les projections des désirs et des effrois se télescopent : « La tache matérielle s'étendrait sur des surfaces inimaginables dans l'interstice presque nul à présent, entre les parois métaphysiques, elle ferait autant qu'une galaxie ou autant qu'un univers, mais elle resterait un accident insignifiant dans l'infinie crevasse. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Poème en prose plutôt que récit, architecturé comme un dédale universel, le livre de Mircea Cartarescu pourrait se lire en suivant son chaotique flux, ou en l’ouvrant au hasard, comme le YI King, à la recherche de joyaux de langue - où œuvra le traducteur comme un mineur de fond - ou d’oracles : « Mais comme la substance de leur corps est semblable à celle notre corps, la substance de notre pensée est similaire à celle des créatures qui ne sont que pensée. Pour parvenir à les connaître, il faut une pensée d'une autre nature et située sur un autre degré, la pensée d'un corps de pensée que nous ne pouvons concevoir pas plus que le sarcopte ne peut ni ne pourra jamais concevoir notre pensée ».

      Un tel roman ne ressortit certainement pas de la sphère du divertissement. Il est à la fois psychanalyse profonde et orage métaphysique, mitrailleuse politique, nuage onirique et maelstrom d’expériences textuelles, où se côtoient  réalisme glauque et réalisme magique, parfois rebutant, lourdement indigeste, là où le lecteur risque de perdre pied, et générateur d’une trouble extase à la rencontre de phrases iconiques : « J’ouvrais chaque livre comme un chirurgien aurait trépané un crâne, avec l’étonnement du médecin qui, au lieu de trouver toujours les mêmes circonvolutions et la même substance gris-beige irriguée par l’arborescence des vaisseaux sanguins, aurait découvert autre chose dans chaque dure-mère ouverte : un enfant recroquevillé, prêt à naître, une araignée énorme, une ville aux premières heures du matin, un gros et tendre pamplemousse, une tête de poupée aux yeux tournés vers l’intérieur ». Cette extase est bien celle de la réelle littérature. Si cette dernière ne mettait pas ainsi en page la dissection d’un cerveau vivant et reflet du monde, à quoi servirait-elle ?

      Egalement auteur d’un recueil de nouvelles, Pourquoi nous aimons les femmes[6], que l’on devine à la gloire de l’éternel féminin, Mircea Cartarescu se fit connaître par un recueil, La Nostalgie[7], cousu de textes divers, quoique unis par le motif récurrent de l’araignée, qui reçut les honneurs de la censure. Il compte, avec Florina Ilis[8], parmi les écrivains roumains plus que marquants, et redevable d’un réalisme magique qui dépasse largement les frontières. Et si l’Histoire enfante des monstres, l’histoire littéraire a besoin de ces monstres pour les figurer, les moquer, les exorciser, les subvertir, en une catharsis que déploie Mircea Cartarescu sous la forme de sa trilogie somptueuse, et de son au-delà solénoïde, subtils comme les motifs d’une aile de papillon, lourde comme une tenture vénitienne chamarrée d’ors et de noirs opératiques où pullulent les araignées de la peur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Echappée à deux totalitarismes successifs, nazisme et communisme, la Roumanie penserait-elle renouer avec de vieux démons ? En ce sens Norman Manéa est indubitablement un témoin intérieur et une conscience de l'histoire de son pays. Né en 1936, jeune juif, il est déporté. Il est ingénieur puis écrivain, lorsque la censure roumaine s'attaque violemment, en 1986, à L'Enveloppe noire. Il alors est contraint de quitter le pays pour Berlin, puis New-York (qu'il appelle ici « le Dada des exilés ») où il enseigne la littérature européenne. Il reste source de controverses en Roumanie de par sa critique de l'antisémitisme endémique et des relectures tendancieuses de l'histoire nationale. C'est ainsi que son essai consacré à Mircea Eliade (en 1991) et s'attachant au passé pro-fasciste de l'historien des mythes passa pour un crime de lèse-majesté. Après la fresque biographico-politique du Retour du hooligan, qui fut un succès, cette Tanière jette un nouveau froid sur le passé nauséabond de la Roumanie. Autour d'un professeur exilé, les protagonistes menaçants de la mémoire roumaine resurgissent, comme en un retour du refoulé. Mémoire roumaine, cependant littéraire, également convoquée dans les essais de La Cinquième impossibilité.

Le professeur Gora, réfugié dans la quiétude des Etats-Unis et la « tanière » de sa bibliothèque, va devoir interrompre sa « thérapie du passé » pour assister au retour du refoulé. Ce en les personnes de son ex-femme, Lu, et de son amant, Peter Gaspar, qui vient semer le trouble, la zizanie. Menacé de mort, ce dernier entraîne Gora dans la spirale de la peur et du soupçon, dans une enquête qui intéresse le FBI. Ce sont des histoires de rivalités familiales, d'amant, de maîtresse et de trahison, de troubles complots érotiques qui reviennent à la surface : « Dans le roman, le véritable ennemi, c'est la mémoire, le trauma infligé à l'identité. Les termes de la biographie deviennent des impulsions morbides », note une étudiante de celui qui pratique l'art des nécrologies, jusqu'à ce qu'il envisage la sienne, la « Nécrologie de Gora ».

Pire encore, sont la remontée, la réactualisation d'anciens tropismes d'extrême-droite, liées à des assassinats, perpétrés ou envisagés.  Ainsi la figure emblématique et vénérée du « Maître », le « vieux Dima », célèbre et profond érudit national ne laisse pas d'être trouble, voire terrifiante. L'attachement de disciples et de séides de mouvements politiques (pour le moins réactionnaires) à l'honneur de « l'icône », les conduiraient au pire. A moins qu'il s'agisse d'un masque à peine opaque posé sur le grand essayiste, l'historien des mysticismes et de la terre-mère, l'auteur de Rêves, mythes et mystères : Mircea Eliade tel qu'en lui-même le fascisme dissimulé le change... L'on se demande d'ailleurs si l'ère de la démence incarnée par Ceauscescu n'est pas une autre facette du même phénomène. Manea lui-même confirma dans un entretien avec La Vie littéraire : « les similarités entre les deux systèmes totalitaires, apparemment opposés qu’étaient le nazisme et le communisme. » Ainsi il  met en scène une problématique passionnante et inquiétante sur le destin des peuples et des nations. Peut-on se débarrasser si facilement des atavismes de la tyrannie, et de la « servitude volontaire », pour reprendre le titre de La Boétie, devant les brutes, les héros et les intellectuels charismatiques adonnés aux perverses manœuvres de pouvoir...

D'une certaine manière, ce vieux professeur qui voit resurgir des personnages de son passé n'est pas sans faire penser à ceux de Philip Roth. Mais sans la précision de la narration, l'acuité de l'écriture de ce dernier. Car entre introspection, monologue intérieur, dialogues et allusions disertes à Kafka ou Borges, ces maîtres du labyrinthe (qui est un thème récurrent du roman), le ragoût d'idées justes et de personnages soigneusement représentatifs a parfois un peu de mal à prendre, à mi-chemin du thriller et du policier d'investigation, du devoir imposé, du roman à thèse et de l'impressionnant coup de sonde dans une histoire autant intimement personnelle qu'européenne.

 

Il y a impossibilité d’ignorer que la Roumanie pullule d’écrivains, qui plus est prodigieusement curieux des autres plumes qui les ont précédées et les nourrissent. Ainsi, Norman Manea, romancier de la mémoire et de l’identité avec La Tanière, ajoute à la maîtrise de sa langue narrative celle de l’essai, avec douze analyses pertinentes de ses ainés et de de ses pairs, dont évidemment celle du cruel pessimiste qu’est Cioran. En natif d’une Europe centrale tourmentée (il est né en 1936), enfant juif qui connut la déportation et les camps, jeune homme qui subit le communisme, « les lectures allaient [le] sauver de l’abrutissement qu’instaurait la langue de bois de la dictature ». Méditations cosmopolites et cultivées, depuis Ionesco, son compatriote en « Rhinoroumanie », jusqu’à l’argentin Sabato, les Italiens Magris et Tabucchi, les Américains Saul Below et Philip Roth… Car « dans les épreuves de la vie -et de la création- l’œuvre des grands artistes peut nous fortifier ».

Attentif à la « Bibliothèque de l’Holocauste », il scrute les destins d’Anne Franck, de Selma Meerbaum, poétesse de  dix-huit ans jetée aux chiens par les Nazis. Le texte le plus fouillé est celui qu’il consacre aux poètes Celan et Fondane, parce qu’ils touchent aux rapports contrariés avec la langue. De même, s’il conclut avec Kafka, énigme et pierre de touche, c’est pour ajouter à ses « impossibilités d’écrire », « la cinquième impossibilité », celle de l’expatriation…

Emportant avec lui la « maison de l’escargot roumain », sa langue toujours choyée, qui « est son placenta », il entre avec respect dans ces dépôts de tragédies et d’amitiés que sont les livres de ses auteurs de prédilection, cette « parentèle secrète ». En ces essais, il dit « je », dispersant des bribes d’autobiographie et d’exil jusqu’aux Etats-Unis où il enseigne les littératures européennes, il reste à l’écoute du « bruit protéique et pérenne dans l’unité de l’art authentique ».

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie L’œil en feu, a été publiée dans Le Matricule des anges, janvier 2006,

celle sur L’Aile tatouée octobre 2009.

La partie sur Manea a été publiée dans Le Matricules des Anges, avril 2011 et avril 2013

 

Salon des collectionneurs, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 17:43

 

Museo de Brera, Milano. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Sens et invention des Couleurs de l’Occident

 

par Hervé Fischer, Aurélia Gaillard

 

& Rafael Alberti.

 

 

 

Hervé Fischer : Les Couleurs de l’Occident,

Gallimard, Bibliothèque illustrée des Histoires, 2019, 512 p, 35 €.

 

Aurélia Gaillard : L’Invention de la couleur par les Lumières,

Les Belles Lettres, 2024, 336 p, 27 €.

 

Rafael Alberti : À la peinture,

traduit de l’espagnol par Claude Couffon, Le Passeur, 2001, 176 p, 11,89 €.

 

 

 

 

      « De gustibus et coloribus non est disputandum »… Ce qui, depuis les philosophes scholastiques médiévaux, donne : « des goûts et des couleurs on ne discute pas ». Malgré la liberté octroyée en ces domaines par le Christianisme (ce n’est pas le cas de toutes les religions), c’est une grave erreur cependant que cette démission devant la connaissance, les arguments et le jugement. Nietzsche n’affirmait-il pas : « Et vous me dites, mes amis que des goûts et des couleurs on ne doit pas disputer ? De goûts et de couleurs toute vie est contestation ![1] » Nous n’en aurons pour preuve que les couleurs politiques ainsi que les études du rouge, du noir, du bleu et du jaune par Michel Pastoureau[2], alors que les ténors de l’iconologie, Aby Warburg et Erwin Panofsky, sont muets à ce sujet. De plus nous oublions que toute l’Histoire des civilisations et de l’art n’use point de la couleur par la grâce superficielle et spontanée du goût, mais que s’y cachent sens et valeurs, voire la marque d’un ordre social qui n’apprécie guère l’individualisme et les irrationnelles dérives. C’est le projet d’Hervé Fischer de nous rappeler que les pigments sont de longtemps codifiés, dans Les Couleurs de l’Occident. Et si l’on s’est ici limité à l’Occident, sans compter le trop large champ à explorer, l’on n’y verra pas un vain européanocentrisme, ne serait-ce que parce que l’Histoire de l’art, et particulièrement le XIX° siècle, a de longtemps cédé à l’orientalisme et au japonisme. Reste que si les couleurs viennent de la plus haute Antiquité, le siècle des Lumières a vu éclore leur nouvelle invention, de Newton à Goethe, pour reprendre le sous-titre d’Aurélia Gaillard. Oserons-nous de surcroit nous demander si, au moyen de la plume-pinceau de Rafael Alberti, les mots du poème peuvent être colorés…

 

      L’on devine avec Hervé Fischer que la rareté des terres naturelles limita le choix des premiers artistes de la Préhistoire. Ce sont peu de nuances de brun, de rouge et de jaune, plus le blanc et le noir. Mais avec si peu, quels prodiges de Lascaux à Altamira ! Cependant la dimension symbolique et rituelle de ces pigments, certainement collective, nous est restée mystérieuse, à moins que l’on s’adresse à l’esprit de la terre, à une puissance chtonienne, mais aussi à des Vénus fécondes.

      Le plus ancien opuscule sur les couleurs que l'on connaisse est celui du Pseudo Aristote, d’attribution incertaine, parmi trois traités qui appartiennent à la philosophie naturelle et à la médecine. Des couleurs décrit les couleurs simples dans leurs rapports avec les éléments, les couleurs composées et leurs infinies variations sous différents effets, puis les teintes des végétaux et des animaux. Ce bref ouvrage côtoie d'ailleurs Des sons et Du souffle[3].

      Les Grecs interrogèrent l’origine des couleurs : apparences mensongères des objets selon Platon ou accidents de la lumière pour Aristote, elles sont associées aux sept planètes. L’on aimait la pourpre, pour le prestige, la guerre et le soleil, alors que le blanc était la couleur des dieux et du deuil, quand le noir se voulait symbole des Enfers et de l’immortalité. Les Romains avaient une vision cosmogonique plus affirmée encore, et c’est là que le noir devint mortel, et le blanc divin. Or le rouge est pour ces derniers la jeunesse et le triomphe, le bleu la terre et la mer, la pourpre encore, extraite du murex (un coquillage), est « la couleur emblématique de l’Empire ». Etonnamment, le vert est « glauque », associé à l’automne venteux et à la sexualité…

      L’arrivée du christianisme, du culte de Mithra, puis la chute de Rome, tout cela « embrouille la symbolique chromatique », avant qu’elle puisse se renforcer au Moyen Âge. La peinture, l’enluminure et le vitrail religieux privilégient le blanc pour la pureté, l’or pour la lumière divine, le bleu pour la Vierge, le rouge étant le sang du Christ. Cependant, « ce code exclut le clair-obscur et le jeu des ombres qui est le mal ». Car de réalisme, point, il faut transmettre le message de l’au-delà, quand les objets du culte aiment les pierres précieuses : elles sont « la couleur lumière par opposition à la couleur matérielle ». Et si l’or est apprécié, le jaune est attribué à Judas et à sa trahison…

       Hors de l’univers religieux, le monde civil codifie également les couleurs, en particulier au servie de la chevalerie et de l’héraldique, où le jaune devient lys d’or, où elles signifient des valeurs morales, comme l’azur qui est loyauté et plus précisément en amour s’il devient violet, ou le sable qui est mélancolie… Si les codes chromatiques populaires et de la vie quotidienne médiévaux sont moins bien connus, l’on peut tout de même y voir une distribution sociale, le blanc pour les enfants, le jaune pour les gens d’armes et laquais, le vert pour les jeunes gens joyeux ; cependant le gris « est bon pour marchand qui va aux champs, mariniers, laboureurs »… Mais le jaune - encore lui ! - peut-être l’écharpe des prostituées, le vêtement des juifs.

      La Renaissance et son humanisme rendent les couleurs au réalisme et à la perspective. Elles s’adoucissent avec Piero della Francesca, l’on invente la « couleur locale », celle du paysage et de ses habitants. D’Alberti à Léonard de Vinci, les traités proposent leur atténuation vers les lointains. Giorgione, Le Titien, Le Tintoret et Véronèse sont des coloristes virtuoses, imitant la nature, sublimant l’humanité et ses arts vestimentaires.

      En un retournement de pensée, le clair-obscur n’est plus un péché, surtout au temps du classicisme, qui voit le débat entre dessin, « cosa mentale », et la couleur sensuelle s’accentuer : pour Charles Le Brun, « la couleur ne fait que satisfaire les yeux, au lieu que le dessin satisfait l’esprit ». Reste que la première est au service de la monarchie absolue : « ce classicisme du clair-obscur, qui limite la vivacité des couleurs aux personnages de premier plan, correspond à l’affirmation du pouvoir politique centralisateur ». C’est d’ailleurs sous Louis XIV que le nuancier de l’armée s’uniformise, d’abord en fonction des régiments de province. Mais les couleurs de l’ostentation, opposées aux bruns des paysans de Le Nain, sont celles de l’esthétique baroque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Dans la continuité de l’austérité protestante, du calvinisme et du jansénisme réprouvant la somptuosité assimilée à la dépravation, et en passant par l’ « éthique achromatique de la Révolution française », dont Ingres est le grand représentant, la bourgeoisie puritaine du XIX° aime s’habiller de noir, de façon à paraître éradiquer la discrimination vestimentaire. Goethe, en 1811, notait dans son Traité des couleurs : Les gens cultivés éprouvent quelque éloignement pour les couleurs […]. De nos jours, les femmes sont presque uniquement vêtues de blanc, et les hommes de noir ». Incroyablement, la seconde moitié du XIX° siècle voit s’infiltrer une psychiatrisation des goûts trop colorés !

      Cependant il faut lire dans le retour au goût des couleurs du romantisme, puis du symbolisme, un goût de l’individualisme, une expression de la subjectivité et de l’émotion, comme lorsque Théophile Gautier, « Chevalier du rouge », arbore un provocateur gilet rouge lors de la première d’Hernani de Victor Hugo en 1830. Alors que les expositions officielles sont « sous l’emprise du bitume », Delacroix retrouve un colorisme parfois vif, en particulier au contact du Maroc. Au point que dans une démarche synesthésique, l’on puisse adjoindre aux couleurs des correspondances musicales ; pensons bientôt au « Sonnet des voyelles » de Rimbaud. Flaubert dit écrire en gris dans Madame Bovary, mais dans Salammbô, il prétend faire « quelque chose de pourpre ». La « révolution chromatique » explose avec l’impressionnisme qui aime des huiles et des pastels purs, quand avec Van Gogh et Manet le noir et le blanc redeviennent des couleurs. Ce malgré « le réductionnisme chromatique » de Cézanne.

      Ainsi prend fin une « dévalorisation idéologique séculaire ». Le fauvisme poussera cette démarche dans ses derniers retranchements, participant de « l’explosion chromatique du XX° siècle ». Matisse en est le maître du scandale, épaulé par l’italien futurisme, les russes, comme Kandinsky. Pendant ce temps, l’Art nouveau a coloré jusqu’à ses architectures. Malgré ce que l’on peut considérer comme un recul chez les cubistes, fureur et beauté vont avec les audaces de ce qui devient l’abstraction, puis l’abstraction expressionniste américaine, dont le langage ne peut guère se passer de la couleur, sauf à considérer que Soulages use d’un noir aux cents nuances. Quoique monochrome, ou presque, l’intensité profondément lyrique n’est pas moins grande chez Rothko.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Après que les identités politiques se soient arrogé le rouge pour la tyrannie communiste, le noir et le brun des chemises mussoliniennes et hitlériennes, la science se mêle de colorimétrie, dans l’espace de travail ou de loisir, au service du capitalisme, du bien-être et de la mode, la couleur joyeuse s’attache à lutter contre la grisaille urbaine. Plus près de nous, la « bannière arc-en-ciel de la fierté gay » gagne en légitimité.

      Hervé Fischer s’avance-t-il un peu trop lorsqu’il annonce : « Vers un renforcement de l’ordre social et du système chromatique au XXI° siècle » ? Au travers  d’un « univers couleur bonbons » parle une communication de masse, alors que la mode vestimentaire bâche les rues de noirs et gris uniformes. La couleur serait-elle en train de perdre ses vertus, face à ce qui devient un « fauvisme digital », par la grâce des fausses couleurs de la technologie numérique ? Est-on guetté par « un abus de pouvoir social des couleurs » ? Le vert de la nature ne devient-il pas un « vert utopien », pour reprendre la formule de Louis Marin ? Il est certain qu’il est idéologique, voire tenté par le totalitarisme[4], ce que ne dit pas notre essayiste, qui ne pense pas non plus au vert islamique…

      Combien de telles analyses sont éclairantes ! S’appuyant essentiellement sur les peintres, qui sont « des baromètres sociaux », notre essayiste affirme : « À chaque société son système de couleur », et à chaque époque sa récriture du système chromatique « pour mieux renfermer la couleur dans l’ordre de son institution ». Mais en notre contemporain tout explose : les codes et symboles colorées s’effacent devant les appétits, les goûts, les modes. Or, face à cet individualisme, ce subjectivisme sans raison, Hervé Fischer semble déceler un « retour à l’ordre de nos sociétés de masse ». Aussi l’audace ou le conformisme picturaux des artistes permettent de constater combien ils se coulent dans les usages de leur temps, ou les transgressent. Mais coloriser s’entend depuis longtemps au-delà des temples et cathédrales, des fresques, des tableaux. Il s’agit d’envahir les journaux, le mobilier urbain, les écrans, voire l’esprit qui serait lui aussi en fausses couleurs…

      Polymorphe, la couleur est tour à tour divine ou vulgaire, pécheresse ou salvatrice, décorative ou fonctionnelle, sociologique ou psychologique, militaire ou affective, tendre ou brutale, raffinée ou barbouillée, libérale ou totalitaire. Elle offre une image, consciente ou inconsciente, de qui la porte, l’exhibe ou la cache, de qui la manipule en nous manipulant.

      S’appuyant sur une exquise érudition, Hervé Fischer, convoque à point Pline l’Ancien et Vitruve, Goethe ou Le Corbusier ; sa bibliographie étant d’ailleurs passablement impressionnante… Mieux, c’est avec discrétion qu’il nous avertit de la dimension morale du choix des couleurs, voire de la nécessité d’une sérieuse réflexion éthique et politique devant  leurs utilisations, voire leurs confiscations. À son essai d’esthétique qui prend en écharpe les époques, les mentalités et les idéologies, et cela va sans dire, les arts, non ne pourrons opposer le vain argument selon lequel il serait incolore !

      Fidèle à l’esprit de la collection, « La Bibliothèque illustrée des histoires », ce volume s’adosse une belle iconographie. Il ne reste cependant qu’à regretter un tantinet la fadeur et le convenu des images concernant la seconde moitié du XX° siècle et notre contemporain, privilégiant une architecture aux géométries colorées dans le sillage de Mondrian, des colorisations à la Warhol, ou des espaces urbains tamponnés de pochoirs. Reste que l’essai d’Hervé Fischer est bien digne d’être collectionné auprès de Faces d’Hans Belting[5], des Rythmes au Moyen Âge de Jean-Claude Schmidt[6], ou des Théories du portrait d’Edouard Pommier[7].

Une acmé scientifique a fait éclore la couleur au siècle des Lumières. Avec un rien d’exagération, Aurélia Gaillard prétend à leur invention en ces temps encyclopédiques. En effet de Newton et son expérience du prisme publiée en 1772, à Goethe et sa Théorie des couleurs en 1808, la couleur n’est plus perçue comme un teinte, une « peau », mais en sa dimension lumineuse. La découverte est bien une révolution considérable.

L’approche scientifique côtoie une floraison d’azur et de rose, de vert céladon et de nuances pastelles, de « puce », de pomme et de perroquet « polysensorielles », qui font danser les tableaux, jusqu’au mobilier Louis XV aux tapisseries généreuses. Audacieuses, chatoyantes, acidulées, voire érotisées, les couleurs aux gammes chromatiques élargies font flamboyer la peinture, l’ameublement et le goût vestimentaire. En particulier le rose, auquel Aurélia Gaillard consacre un chapitre entier, qui est une illustration du style rococo, une couleur de la carnation et de l’érotisme libertin. Sans nul doute, la découverte des mondes lointains, nouveaux et coloniaux favorise cette entropie colorée, au travers des oiseaux exotiques par exemple, tels que Buffon les diffusa.

Avec un sens de la vulgarisation sans faute, Aurélie Gaillard interroge cette audacieuse révolution lors de laquelle l’on « aspire à un cadre de vie plus coloré ». La perspective sensualiste accompagne une expansion des connaissances. En ce sens l’approche esthétique de Diderot est une épistémologie. La Théorie des couleurs goethéenne rejoint la diffraction de la lumière newtonienne tandis que la métaphore des Lumières au sens de l’Aufklärung et l’Enlightenment conforte une philosophie sensualiste en phase avec les chromatismes les plus intenses et vibrants.

Brillamment illustrée - même si l'impression est un peu fade, probablement à cause du papier - nourrie de notes, bibliographie, index et lexique, cette Invention de la couleur par les Lumières oscille avec rigueur des plaisirs esthétiques aux recherches scientifiques. Transdisciplinaire, elle débusque les révélations parmi la botanique et l’artisanat des teintures, la philosophie depuis Aristote et la littérature de Fontenelle à Rousseau, la peinture et la linguistique. Le filtre des couleurs ouvre et pense un monde où elles ne sont plus des symboles, des emblèmes, comme pendant l’ère médiévale et renaissante, mais des natures expressives et esthétiques souveraines. En quelque sorte fondatrices de notre vision contemporaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « Ut pictura poesis », prétendait Horace en son Art poétique ; ce qu’a d’ailleurs démenti Lessing au XVIII° siècle, dans son Laocoon. Si la peinture est comme la poésie, la poésie de Rafael Alberti est éminemment picturale. En son recueil titré À la peinture, non seulement il construit une ode à l’art des peintres, mais tout autant aux couleurs.

      La première vocation de Rafael Alberti (1902-1999) était en effet picturale ; l’adolescent confie d’ailleurs sa « Folie de posséder / Une boite de peinture, / Une toile blanche et un chevalet » en 1917. Né en Espagne, engagé aux côtés des Républicains, il dut à la suite de la victoire franquiste s’exiler en Argentine. C’est là qu’à partir de 1946, il écrivit ce recueil publié à Buenos Aires en 1948. Le poète de Marin à terre, peut-être son livre le plus célèbre, sait à l’évidence disposer avec soin les motifs de son recueil. À la peinture se compose d’une cinquantaine de poèmes, qui vont du haïkai au sonnet, en passant par l’ode, et dont les héros sont alternativement les peintres, les techniques et les couleurs.

      De Giotto et son « frère pinceau », à Picasso et Tàpies, en passant par Véronèse et Vélasquez, l’éloge est voluptueux et symbolique, comme à l’égard du Titien : « La mer bleue courtisane de Venise, / la ceinture dégrafée de Vénus, / la suprême plastique bucolique ». Parfois il s’adresse « À la palette », « À la divine proportion », à la fois en technicien et en esthète. Le poète chante les six couleurs essentielles : «  Le bleu des Grecs / repose, comme un dieu, sur des colonnes », ou « Je me violente et je m’élève / et pour finir j’éclate en sang » ; ou encore « Quand je me mets à voler et que ma gorge / lâche un or de flûtes multipliées / ma joie se colore de jaune : / de jaune canari ». Ainsi se confie le lyrisme enflammé.

      Jaune velouté, discret rouge vif du graphisme, caractères noire, la couverture de ce recueil de Rafael Alberti est égale à l’élégance du volume, confectionné par la maison d’édition « Le Passeur ». Illustré par quelques dessins du poète lui-même, il s’agit là bien plus qu’un décoratif recueil, que tout amateur éclairé d’esthétique devrait ranger - ouvrir, cela va sans dire - au rayon des livres d’art, fussent-ils impressionnants par leurs formats ou par leur sapience, comme celui d’Hervé Fischer. Ou encore comme celui d’Erwin Panofsky sur Le Titien, déployant des « questions  d’iconologie » : Lorsque ce dernier peint « L’Amour sacré et l’Amour profane » aux carnations sensuelles, aux rouges somptueux, ne s’agit-il pas, dans le cadre d’un néoplatonisme venu de Marcile Ficin, d’une « quasi-sanctification de l’expérience érotique et esthétique[8] » ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Friedrich Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra, Gallimard, 1971, p 136.

[2] Voir : Couleurs des monstres politiques : gilets jaunes, drapeaux rouges et noirs, religions vertes

[3] Pseudo Aristote : Des Couleurs. Du son. Du souffle, Les Belles lettres, 2017.

[8] Erwin Panofsky : Le Titien. Questions d’iconologie, Hazan, 1990, p 163.

 

 

Sestiere Dorsoduro, Venezia. Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : thierry-guinhut-litteratures.com
  • : Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.
  • Contact

Index des auteurs et des thèmes traités

Les livres publiés, romans, albums, essais :
Une vie d'écriture et de photographie



 

 

 

 

 

 

 

Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Allemagne

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

Les familles de Leo et Kaiser-Muhlecker

 

 

 

 

 

 

Amis

Inside Story, Flèche du temps, Zone d'intérêt

Réussir L'Information Martin Amis

Lionel Asbo, Chien jaune, Guerre au cliché

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Le lit de la poésie érotique

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

De Dorian Gray à L'Amour entre hommes.

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Rencontre avec des animaux extraordinaires

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Philosophie animale, bestioles, musicanimales

Chats littéraires et philosophie féline

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée, Manga

Roman graphique et bande-dessinée

Fantastique et science-fiction

Mangas horrifiques et dystopiques

 

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai, La Mouette de Minerve éditeur

Art et bauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog, critique

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

Du temps des livres aux vérités du roman

 

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

Eloge paradoxal du christianisme, sur l'islam

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

Pour l'annulation de la Cancel-culture

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

 

Cartographie, explorations

Atlas des mondes réels et imaginaires

Des côtes inconnues à l'Amazonie

 

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Cheng

Francois Cheng, Longue route et poésie

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

Histoire du repos, lenteur, loisir, paresse

 

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau

Nuanciers de la rose et du rose

Profondeurs, lumières du noir et du blanc

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Emily Dickinson de Diane de Selliers à Charyn

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

 

Erasme

Adages et Colloques

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Bret Easton Ellis : Eclats, American psycho

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

Présences & absences fantastiques : Karlsson, Pépin, Trias de Bes, Epsmark, Beydoun

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

Recherche