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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 16:05

 

 Athéna, I° siècle avant Jésus-Christ, Musée de Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Aristote, père de la philosophie :

 

des Œuvres complètes à la Pléiade,

 

en passant par Annabel Lyon.

 

 

Aristote : Œuvres complètes, sous la direction de Pierre Pellegrin,

Flammarion, 2928 p, 69 €, puis à partir du 28 février 2015, 79 €.

 

Aristote : Œuvres, Gallimard, La Pléiade,

1622 p, 61 €, puis à partir du 28 février 2015, 69 €.

 

Annabel Lyon : Aristote mon père, traduit de l’anglais (Canada)

par David Faukemberg, Quai Voltaire, 240 p, 21 €.

 

 

 

        Aristote est-il le père de la philosophie ? Quoique le mot fut, selon Cicéron[1], créé par Pythagore, alors que professaient les Présocratiques, l'on aurait plutôt tendance à penser, en cet emploi, à Platon, ne serait-ce que pour des raisons chronologiques, et parce qu’il en fut le disciple. Mais à l’idéaliste scribe de Socrate, répond le plus réaliste Aristote dont la descendance sera, sinon plus considérable, plus humaine, en particulier pendant l'ère médiévale. Ce dont témoigne, dans la fresque de Raphaël, L’Ecole d’Athènes, la présence presque jumelle, apparemment égale et amicale, des deux philosophes : Platon désignant de l’index le ciel et ses entités idéales, alors qu’Aristote se repose sur nos réalités terrestres. Il n’y a pas jusqu’à la division entre l’essentialisme et l’existentialisme qui soit redevable de cette allégorie bifrons de la philosophie. Et, tandis qu’une jeune fille de fiction dresse le portrait d’Aristote, son père, l’actualité éditoriale nous comble avec une presque indécente générosité, puisque que sortent conjointement un fort volume rassemblant les Œuvres complètes d’Aristote, et le premier tome d’une trilogie de Pléiades à venir.

 

        Une véritable gageure ! Ainsi pourrait-on présenter cet incroyable volume relié, presque obèse de ses trois mille pages. Depuis le dix-neuvième siècle, jamais on n’avait vu rassemblées en français les œuvres complètes du philosophe, qui plus est augmentées de « fragments inédits ». Complètes, avons-nous dit ? Il faut pourtant se résigner : il ne s’agit là que d’une bien généreuse partie de l’iceberg, gelé depuis les papyrus et autres manuscrits irrémédiablement perdus parmi les sables des bibliothèques d’Ephèse ou d’Alexandrie, les cendres et les pillages des Croisés à Constantinople, des Barbares partout, de l’Islam parmi les deux-tiers de l’espace méditerranéen. Heureusement, Aristote, sans oublier quelques érudits syriaques, arabes et byzantins, fut pieusement conservé au plus précieux des scriptorium des abbayes chrétiennes, comme au Mont-Saint-Michel[2].

        Né à Stagire (d’où son surnom : « le Stagirite ») Aristote (385-322 av. J. C.), outre le disciple de Platon fut le précepteur du jeune Alexandre. Le fondateur du Lycée, professait en marchant sous les bosquets, d’où sa qualité de philosophe péripatéticien. Ses écrits, rassemblés, voire rédigés sous la dictée, par ses disciples, puis redistribués en un ordre systématique au Ier siècle avant J. C. par Andronicos de Rhodes, configurent la quasi-totalité des sciences de l’Antiquité. En effet, la dimension encyclopédique d’Aristote est proprement stupéfiante. Bien avant l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, les livres sur les animaux d’Hildegarde de Bingen, bien avant les Lumières de Diderot et de Buffon, il décline la biologie et la psychologie des animaux en de nombreuses pages. Certes la rigueur scientifique moderne est à venir. Mais rien ne parait pouvoir lui échapper parmi les domaines exploratoires du savoir : Physique, Traités d’Histoire naturelle et des animaux, Traité du ciel et Météorologiques, Métaphysique, Ethique, Analytiques, Politique, Rhétorique, Poétique, sont parmi ses titres et parmi les catégories des connaissances. Sciences théorétiques, logiques, pratiques et poétiques sont autant classées que déclinées. « Comme Platon, Aristote tente de fonder le savoir sur ce qui est immobile et éternel », selon l’analyse de Pierre Pellegrin, -ce qui lui permet d’éviter la question de l’origine de l’univers. Cependant, il a quitté les cieux de l’idéalisme pour le « naturalisme empiriste », quoique cette infidélité à Platon divise les spécialistes. La perfection du monde sensible, et sa porosité à la connaissance sont des axiomes aristotéliciens. Plus tard, la démarche scientifique prendra ses distances avec l’évidence sensible, par exemple en ce qui concerne l’héliocentrisme, puis la physique quantique… Il n’en reste pas moins que cette ambition encyclopédique, non contente de guider Aristote, guida le programme et l’organisation de la bibliothèque d’Alexandrie. Cependant, plus tard, la métaphysique aristotélicienne verra s’achever son prestige avec la pensée de Kant.

      Or, rassembler les problèmes moraux, naturels et rationnels, ou les sciences éthiques, pratiques et logiques, comme le note efficacement Richard Bodéüs en l’introduction de son Pléiade, est l’ambition proprement ogresque du disciple de Platon, pour lequel les réalités supérieures perdent leur suprématie devant les réalités d’ici-bas. Il s’agit alors pour Aristote de juxtaposer vie méditative et vie active, préfigurant en cela Hannah Arendt[3], de distinguer les savoirs, d’élucider le bien de l’individu, puis celui de la famille, enfin de la cité, dans Les Politiques. Car, chez notre Stagirite, le Roi-philosophe de Platon doit céder le pas à une division des compétences ; à l’un la vertu, à l’autre les talents du législateur et du politique. Que le philosophe soit au service de ce dernier est une évidence, au point qu’il rédige, ou note l’on ne sait, 158 constitutions, dont celle d’Athènes. Celle-ci est d’ailleurs la seule qui nous reste, retrouvée sur un papyrus, parmi les sables égyptiens, à la fin du XIX°. En dépit de cette miraculeuse découverte, la source principale, sinon exhaustive, fleurit dans les cinq volumes publiés en grec à Venise, à partir de 1495, par le célèbre imprimeur humaniste Aldo Manuzio[4].

 

    

      Quelle édition faut-il alors choisir ? Les Œuvres complètes publiées chez Flammarion, comme en un double bien complémentaire de l’édition précédente et jumelle, façonnée selon la même démarche, consacrée à Platon[5], ont de toute évidence le mérite écrasant de la complétude. Le volume de la Pléiade, quoiqu’infiniment plus élégant et maniable, n’est que le premier d’une édition qui devrait en compter trois. Hélas, avec cette collection, il faut parfois être d’une patience angélique : si, par exemple, les deux volumes de Jane Austen se sont assez rapidement succédés, celui consacré à Nietzsche est tragiquement orphelin des deux volumes qui doivent assurer la totalité de l’œuvre, ce depuis octobre 2000, délai proprement inacceptable, scandaleux. Espérons que nos aristotéliciens de la maison Gallimard seront plus diligents.

       Pierre Pellegrin chez Flammarion, Richard Bodéüs en La Pléiade sont les maîtres d’œuvre concurrents. Quand l’obèse et grandiose générosité préside grâce au premier, le florilège est le nec plus ultra du second, proposant les textes les plus célèbres, les plus étudiés : Ethiques à Nicomaque et Eudème, Politique, Constitution d’Athènes, Rhétorique, Poétique et Métaphysique. Quant à De la génération et de la corruption, au Ciel et aux cinq opus animalier, dans lesquels Aristote associe les qualités du biologiste à celle du logicien féru de la recherche des causes, des effets et des finalités, ils attendront des jours plus ou moins prochains pour rejoindre la constellation des Pléiades. Comme à son habitude précieuse, notices et notes complètent judicieusement le volume ; alors que chez Flammarion, les premières sont minimalistes et les secondes absentes (il faut aller les chercher dans les éditions de poche GF précédentes) ; mais un index généreux (dommageablement absent en Pléiade) nous tend enfin les bras…

       Si aucun d’entre eux ne publie les traités dont l’authenticité aristotélicienne est définitivement hors service (quoique L’Inondation du Nil, Des Couleurs, Des Vertus et des vices, ni Des Merveilles ne doivent être dépourvus d’intérêt), l’édition de Pierre Pellegrin s’offre le luxe bienvenu de quelques fragments inédits.

 

         Faute de tout avaler goulûment, il faut également feuilleter les Œuvres complètes pour glaner des curiosités : le sperme est le « dernier résidu des matières sanguines […] Les menstrues sont un analogue de la semence » (La Génération des animaux, 762 a et b). On se demandera dans la Métaphysique : « les principes sont-ils un numériquement ou formellement » (999b). Et l’on y saura que « L’universel n’est pas une substance » (1038b). De plus, dans l’Ethique à Nicomaque, Aristote lance des pistes précieuses sur les « justices corrective, naturelle et légale » (1131b, 1134b).

        Que penser de cette belle phrase, selon les traductions, d’abord par Richard Bodéüs, mais dans l’éditions Flammarion : « De son côté, l’association d’un mari et de sa femme parait évidemment aristocratique, parce que c’est sur le mérite que repose l’autorité du mari et elle s’exerce dans les matières où il est besoin de l’homme, tandis que tout ce qui convient à une femme est laissé de son ressort à elle. » (1160b) Ce qui devient en Pléiade, traduit par le même Richard Bodéüs qui vient de la réviser : « Par ailleurs, l’amitié d’un mari à l’égard de sa femme est la même que dans une aristocratie. Elle tient compte en effet de la vertu des partenaires ; c’est-à-dire qu’elle réserve à celui qui l’emporte à cet égard un bien plus considérable, et attribue ce qui lui convient à chacun. Ainsi d’ailleurs l’emporte la justice. » Ce passage de l’Ethique à Nicomaque nous laisse ainsi pantois : certes, il parait judicieux d’utiliser le mot « amitié », puisque qu’il ressortit de cette neuvième partie titrée « L’amitié », mais les différences ne laissent pas d’être étonnantes. La connaissance du grec du modeste critique que nous sommes étant en dessous du néant, nous laisserons béantes les oubliettes de notre perplexité…

          Quant au célèbre passage sur « les trois genres de la rhétorique » (1358a et b), traduit par Pierre Chiron chez Flammarion ou par André Motte en Pléiade, il ne subit aucune distorsion notable. « Le délibératif, le judiciaire et l’épidictique » sont bien en place, nous permettant ainsi de réintégrer le plus agréable des discours épidictiques : l’éloge plutôt que le blâme.

      Reste à ne pas négliger, en notre lecture infiniment parcellaire hélas, les Fragments inédits qui concluent les Œuvres complètes, et sont des allusions, des mentions, voire des citations afférentes à Aristote, tirés d’auteurs fort divers. Ainsi Dion Chrysostome, en ses Discours, nous apprend qu’ « Aristote lui-même, à partir duquel, dit-on, la critique littéraire prend son départ, expose en beaucoup de dialogues ses idées sur le poète. Il le fait la plupart du temps avec admiration et estime », ce qui nous fait d’autant regretter la disparition de tant de dialogues du maître. Ou encore Synésius qui, dans son Eloge de la calvitie, convoque notre Stagirite, comparant la sagesse d’un proverbe à des paroles « sauvées comme des monuments par leur concision et leur rectitude, une fois cette philosophie détruite avec les immenses destructions subies par l’humanité ». Paroles bien prémonitoires…

 

Aristote : Oeuvres complètes. Photo : T. Guinhut.

 

        Quel Aristote pour notre temps ? Certes, il faudra tempérer notre enthousiasme aristotélicien en notant que les règles contraignantes de la tragédie qu’il édicte dans La Poétique ne correspondent ni à Eschyle, ni à Sophocle, à peine à Racine, en notant que Darwin a porté un coup fatal aux espèces animales fixes de l’antique, que les hiérarchies naturelles entre homme libre et esclave d’une part et entre homme et femme d’autre part n’ont plus droit de cité sinon comme une historicité de l’anthropologie, que son empire sur la pensée médiévale n’est plus qu’une belle pièce de musée. Mais le Stagirite reste un maître de l’invention conceptuelle, de la recherche des causalités et de l’argumentation, un fondateur, ne serait-ce que de la rhétorique comme science, non seulement de ses figures, mais de la discussion au service de l’individu et du bien commun. La méthode critique et dialectique qui est la sienne irrigua l’Occident médiéval autant qu’elle innerve encore notre pratique de la philosophie. Dans Les Politiques, les distinctions entre « monarchie », « oligarchie » et « démocratie » restent toujours opérantes. Sans compter qu’à son sérieux inébranlable de pilier de l’Histoire de la pensée et des sciences, de l’archéologie des sciences humaines, puisse s’ajouter le rire, dont il serait question dans le second livre, perdu, de la Poétique[6].

 

        Père, Aristote l’est aussi pour l’héroïne d’Annabel Lyon, écrivaine canadienne née en 1971. Au risque de l’anachronisme, une jeune fille, bien avancée sur son temps, évoque son géniteur et éducateur : le maître lui-même, passablement misogyne. Car jalouse, querelleuse, plus oisive que l’homme, c’est ainsi qu’il voit la femme. On sait par ailleurs que parmi l’Histoire des animaux, l’étude de « la puberté chez les humains », amène notre savant à noter que « les filles ont besoin qu’on les surveille, car elles ont une très forte tendance à user des plaisirs manifestes » et « deviennent déréglées » (581b). Aussi, il est parfois risqué de juger un homme d’une époque lointaine avec les critères de notre temps.

        Roman réaliste documenté, non sans réelle érudition, Aristote mon père présente cependant ses personnages sans manichéisme. La jeune fille, et narratrice, sait appliquer la dialectique paternelle à sa vision des personnages qui l’entourent, à leur psychologie. De plus elle hérite du regard scientifique empirique paternel. Dès sept ans, elle se « demande si les chiens sont vertueux ». Ainsi Pythias, au détriment de son frère cadet, assiste son père en ses recherches, tient tête à ses rivaux masculins, au point de s’envisager un destin de philosophe, de scientifique, et, au moins, de sage-femme. Cette femme libre, qui défie son époque, va jusqu’à exécuter des dissections animales, tout en rêvant de participer aux leçons du Lycée. Hélas, les convulsions politiques, lors de la fin du règne d’Alexandre, contraignent Aristote à quitter l’Agora, puis à s’exiler. Elle n’a que seize ans lorsque meurt son père. Destinée à épouser son cousin Nicanor, quoiqu’il soit parti guerroyer sous l’autorité d’Alexandre, va-t-elle se confiner dans l’attente, se racornir sous la contrainte des préjugés et des superstitions ? Elle ne cesse cependant de veiller l’héritage du philosophe : « Mon père, en moi, commence à s’interroger sur les mécanismes de la possession divine ». Mais aussi : « Mon père disait que les gens s’appuient sur cette idée de dieux bienveillants pour éviter d’avoir à se tenir debout sur leurs propres jambes ».

 

 

      Didactique, enthousiaste, puis pathétique, ce tableau fait de nombreux caractères piquants, ce roman prenant est le deuxième volet d’un diptyque. Le premier, titré Le Juste milieu[7], contait la relation privilégiée entre le jeune Alexandre le Grand et son précepteur Aristote. Si ce dernier manifeste autant de vie persuasive et stimulante que la fiction autobiogaphique de Pythias, nous tenons là des portes enchantées vers les plus hautes heures de l’antiquité.

         Annabel Lyon n’est pas la seule écrivaine anglo-saxonne à insuffler une dose de féminisme au plus près du roman historique, au risque d’un anachronisme bienvenu, quoiqu’il ne faudrait pas en abuser : certainement des femmes de l’Antiquité ou de périodes moins tardives ont bravé en pensée ou en acte la condition féminine souvent contrainte de leur temps, mais probablement la chape d’une acceptation générale aux mœurs et l’inertie de l’habitude rendait la singularité de telles révoltes, pourtant plausibles, peu courantes, à moins que l’on fusse reine ou sorcière. Sarah Waters, racontant les aventures de deux lesbiennes dans l’Angleterre victorienne[8], ou encore Tracy Chevalier[9], témoignent avec Annabel Lyon de cet investissement du champ historique par des plumes aux accents féminins. Ce sont en quelque sorte trois mères du récit, aux lisères du roman philosophique féministe.

 

       Le philosophe de Stagire, outre le papa de la jeune Pythéas, très largement fictionnelle, fut le père spirituel d’Alexandre le Grand, puis, sans conteste, le Père supérieur de la pensée médiévale. S’il est de toute évidence dépassé par les sciences modernes, le philosophe de la cause finale n’en reste pas moins fondateur et délectable. Une fois de plus, nous savons avec Aristote que philosopher c’est apprendre le bonheur, en exerçant son intellect, en observant et usant du monde : « sagacité », « vertu » et « plaisir » ; « une science du bonheur » (1214b et c), pour laquelle l’Ethique à Œdème peut encore nous éclairer.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Cicéron : Tusculanes, 5, 3, 8.

[2] Voir : Sylvain Gouguenheim : Aristote au Mont-Saint-Michel : Les racines grecques de l'Europe chrétienne, Paris, Seuil, « L'univers historique »,‎ 2008.

[3] Voir : Hannah Arendt : De la banalité du mal à la banalité de la culture

[5] Platon : Œuvres complètes, sous la direction de Luc Brisson, Flammarion, 2009.

[7] Annabel Lyon : Le Juste milieu, La Table ronde, 2011.

[8] Sarah Waters : Caresser le velours, Denoël, 2001.

[9] Voir : Tracy Chevalier : La Dernière fugitive, une émancipation féminine

 

Aristote : Politique. Photo : T. Guinhut.

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 11:26

 

Bois de Saint-Benoit, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Frankenstein et autres romans gothiques :

 

un Pléiade horrifiant.

 

 

Frankenstein et autres romans gothiques,

traduits de l’anglais par Alain Morvan et Marc Porée,

présenté par Alain Morvan, La Pléiade, Gallimard, 1440 p, 65 €.

 

 

 


           Qui sont ces Gothiques qui exhibent leurs vêtements noirs, chargés de chaines et de clous, frangés de rouge sang ? Il est à craindre que, pour la plupart, ces jeunes gens ignorent qu’ils doivent leur look, exhibant des fantasmes morbides, à ces romans gothiques, nés en Angleterre à partir de 1764. Récits de terreurs situés parmi des châteaux et des abbayes médiévales souvent ruinés, ils unissent la fantaisie historique et le fantastique romantique. Les plus marquants d’entre eux, du Château d’Otrante à Frankenstein, en passant par Le Moine, sont enfin réunis en un volume de la Pléiade, collection qui ne nous a guère habitués aux anthologies (hors celles de poésie). Pacte démoniaque, moines pervers, jeunes filles persécutées, savant à l’orgueil démesuré, romanciers et romancières experts en portraits contrastés, en mises en scènes sublimes, en gel de l'effroi, voici un volume horrifiant qui fera date.

 

       En pleine période des Lumières triomphantes, la peur leur oppose sa voix discordante. Non, l’humanité ne va pas conduire au triomphe des sciences et de la raison, il faut également compter avec sa dimension criminelle et fantasmatique. Ce pourquoi la naissance du roman gothique entraîne un réel mouvement littéraire, qui unit aux troubles plaisirs de la peur éprouvée par le lecteur, pourtant en sécurité dans son fauteuil, à l’admiration coupable pour le sublime de héros, qui usent et abusent de leurs pulsions criminelles et érotiques ardentes, jusqu’au viol et au meurtre. Sans compter, avec le Docteur Frankenstein, la genèse d’une créature aux chairs empruntées aux morts ; créature hautaine et malveillante qui parachève cette litanie d’ambiances nocturnes et délétères, de figures monomaniaques animés par la délectation du mal…

        Le maître d’œuvre de ce bel et indispensable volume de la pléiade n’est autre qu’Alain Morvan, qui sans modération goûte la figure de l’oxymore en ses éclairants commentaires de la noirceur. Que nous connaissions pour avoir publié une érudite étude consacrée à Mary Shelley et Frankenstein[1]. Pittoresque moyenâgeux et « ce qu’il y a de plus primal chez l’homme, c’est-à-dire la peur », selon le préfacier, engendrent l’union du mystère et du macabre qui fait florès au fronton du roman gothique, dont ici est dressée la généalogie. En effet, la trace des drames les plus effrayants de Shakespeare n’est pas sans contribuer à la généalogie de cette mode, ainsi que les personnages de séducteurs chez Smollet et Richardson, sans compter les poètes, dont Young, qui affectionnent la mélancolie nocturne et le macabre. Les voyages romantiques vers les Alpes et l’Italie plantent également un décor dont se souviendront les romanciers gothiques : Walpole en effet, traversa en 1739 les reliefs alpins. Sans oublier l’influence considérable de l’essai d’Edmund Burke sur le sublime[2], paru en 1757, qui bouleversa nos auteurs naissants. Ainsi, avec une rare prédilection, ces auteurs anglais situent l’action, qui dans les montagnes des Alpes pour Frankenstein, dans celles des Abruzzes pour L’Italien, au cœur de l’Espagne et à Naples pour Le Moine et L’Italien. Seul Vathek prend son envol vers la distance de l’imaginaire avec un orient vénéneux, situé à Samarah.

 

Mary Shelley : Frankenstein, Colburn and Bentley, 1831. Photo : T. Guinhut.

 

        Trois hommes, venus du milieu aristocratique, deux femmes venues de la bourgeoisie cultivée, vont bouleverser l’univers romanesque. Chacun d’entre eux postule un scélérat gothique : Manfred pour Horace Walpole en 1764, le calife et sa mère pour William Beckford en 1786, Ambrosio pour Matthew Gregory Lewis en 1796, Shedoni pour Ann Radcliffe en 1797 ; et, cerise vénéneuse sur le gâteau, la créature de Mary Shelley en 1818. Ces monomaniaques sont des artistes de la persécution, cultivant les perversions sexuelles, inceste, goût du sang et des cadavres, voire l’homosexualité latente. Les cruels patentés se choisissent des victimes très souvent féminines : Matilda, harcelée dans Le Château d’Otrante, Antonia, persécutée à l’envi au fil des pages du Moine, Ellena séquestrée en un couvent juché parmi d’impressionnantes montagnes dans L’Italien, Elizabeth, la jeune épouse assassinée du Docteur Frankenstein…

      L’anticléricalisme, issu des Lumières, et plus exactement l’anticatholicisme anglais, s’incarne en des prêtres gagnés par la passion, par l’engrenage d’une perversion qui conduit ses victimes dans des caveaux souterrains, parmi les cadavres, à être violées par le Moine de Lewis ; quoique ce dernier goûte avec justice aux cellules de l’Inquisition, alors que l’aimable et innocent Vivaldi souffre de l’enfermement dans une souterraine prison, sans compter les douleurs de son amour contrarié pour Ellena. D’une manière complémentaire, les personnages sont infatigablement poursuivis, comme Isabelle par Manfred dans Le Château d’Otrante. Quant au Docteur Frankenstein et à sa créature, sans cesse ils s’épient, se poursuivent l’un l’autre, jusqu’aux glaces du pôle…

      Nous sommes bien alors dans l’atmosphère du romantisme : passions amoureuses extrêmes, paysages sauvages et grandioses, et « cette mélancolie luxueuse et solennelle qu’inspire le spectacle d’images prodigieuses », selon Ann Radcliffe (p 648). Plusieurs fois d’ailleurs cette dernière emploie le mot « romantique ». Mais d’un romantisme noir : sombre solitude, personnages de réprouvés rejetés par l’amour et par la société, titans qui défient la nature, les femmes et leur temps…

 

 

        « Pionnier du genre », Walpole n’omet pas, en la seconde édition de son roman délicieusement affreux, Le Château d’Otrante, de le sous-titrer ainsi : « A Gothic story ». Scènes nocturnes, tempêtes intérieures, menaces et violences bouleversent le château d’Otrante, qui commence par un terrible accident : le jeune prince est écrasé sous un « heaume ». Le soupçon du fantastique jette l’effroi, la tyrannie de Manfred s’envenime jusqu’à ce que les tréfonds du mystère (qui a trait à la succession dynastique) puissent être parcourus. Certes, les ficelles de la peur sont parfois grandiloquentes, mais nous ne sommes qu’à l’aube d’un univers…

        Comme juché sur une branche adjacente du genre, le francophone William Beckford sut faire de son Vathek une croisée des chemins entre le gothique et l’orientalisme : son fantastique arabe, digne des Mille et une nuits, quoique pimenté d’un sadisme explicite conté avec une rare distanciation, plut à Borges, au point de l’inclure dans sa célèbre collection « La bibliothèque de Babel ». Est-ce un conte philosophique ? Dans lequel il s’agirait de se délecter ou de prémunir contre les abus hyperboliques d’un prince théocrate et jouisseur, au point de se convertir aux joies pour le moins perverses du meurtre en série, y compris de jeunes adolescents qui se donnent « mille baisers » avant d’être jetés « dans le gouffre » par l’immonde et raffiné calife. Ce dernier n’omettra pas  de rejoindre les régions infernales : « Tel fut, et doit être le châtiment des passions effrénées, et des actions atroces ».

        Le Moine Ambrosio de Lewis, de par le venin de l’amour, et aux dépens de la belle Antonia, devient meurtrier, puis amant d’un démon femelle. « Hypocrite, ravisseur, traitre, monstre de cruauté, de concupiscence et  d’ingratitude », il séquestre et viole l’innocence convoitée parmi les squelettes de l’ossuaire. Peut-être l’archétype le plus représentatif, le plus développé, le plus délicieusement horrifiant est-il né sous la plume de Lewis, si bien trempée dans le fiel de la noirceur. Au point qu’il influencera Les Elixirs du diable d’Hoffmann. Reste que sous les rebondissements de l’intrigue, la satire de l’hypocrisie religieuse et le tableau des développements du « mal radical inné dans la nature humaine[3] » vont bon train, non sans se colorer avec un surnaturel délirant qui fait de la fin du roman un feu d’artifice de fureur…

 

         

      Ann Radcliffe a produit une demi-douzaine de romans gothiques. L’Italien ou le confessionnal des pénitents noirs est sans aucun doute son plus emblématique opus. Quatre cent cinquante pages de plaisir parmi mille quatre cent quarante pages de bonheur livide ! En des paysages dont la dimension picturale est impressionnante, sans compter la présence récurrente des motifs musicaux, l’intensité psychologique des personnages fait merveille. Shedoni, le criminel sublime, est d’une facture aussi redoutable que fouillée, les parents de l’aimable Vivaldi sont intransigeants et calculateurs jusqu’aux pires extrémités, le suspense est sans cesse mordant, la mère supérieure du couvent encastré dans les montagnes est une persécutrice appuyée, le motif incestueux devient insistant et cruel… Faut-il s’attendre à un dénouement tragique ou à une fin heureuse ?

        Couronnement indispensable de l’édifice gothique, Frankenstein ou le Prométhée moderne propose un couple indissolublement lié : créateur et créature, antithétiques, à moins qu’il s’agisse d’une variation sur le motif du double. Dérive de la science et orgueil faustien, amour familial et solitude acharnée, remord et châtiment, viande et étincelle de vie, s’opposent en une montée tragique implacable, irréversible. La créature accède à une capacité rhétorique impressionnante, alors qu’elle fit son éducation en écoutant aux portes et en lisant trois livres trouvés dans la forêt : elle invoque, non sans mauvaise foi, sa pureté originelle tout en taxant son créateur, qui l’abandonna, d’origine du mal ; ce en quoi le débat rousseauiste n’est pas loin. Dans le laboratoire de son château ruiné, le Docteur nécrophile défie la Providence divine en s’octroyant le don de vie ; dans le grandiose décor alpestre de la mer de glace, la créature satanique et psychopathe défie son créateur. Le sommet du roman gothique, écho des mythes de Faust et de Prométhée, mais aussi de la Genèse, est également l’embryon d’un genre romanesque à venir : la science-fiction…

 

Romans-gothiques-Pleiade.jpg

       

      Cinq romans d’importance donc, en de nouvelles traductions -hors Vathek que Beckford écrivit en français- font de ce Pléiade une bible du roman gothique, si l’on veut bien pardonner cet oxymore sulfureux. Comme à son excellente habitude, l’édition nous gratifie de notices roboratives et de notes précises. Tout juste, mais il fallait regarder à l’indispensable en cette partie émergée de l’iceberg, peut-on regretter l’absence des Mystères du château d’Udolpho[4], de la même Ann Radcliffe, du Melmoth de Maturin[5] qu’André Breton crut bon de préfacer ;  et de la brève préface que Mallarmé offrit au Vathek. Dans laquelle il vante, non seulement la langue, mais : « Un livre qui en plus d’un cas, son ironie d’abord peu dissimulée, tient à l’ancien ton et, par le sentiment et le spectacle vrais, au roman évocatoire moderne[6] ». On croirait entendre l’écho de « la sorcellerie évocatoire[7] » d’un Baudelaire, qui, par plus d’un trait est redevable, en son romantisme noir, du roman gothique…

        Quel jugement moral pouvons-nous porter sur ces romans gothiques, quand la réussite esthétique est indéniable ? La fascination du mal, à laquelle on consent dans la plongée, voire l’identification, et la répulsion de la lecture, trouve son retour à l’équilibre lors d’une revanche de la vertu, si le fauteur de crimes est puni, par Satan, dans Le Moine de Lewis, par la créature qui poursuit infiniment le Docteur Frankenstein. Quoique celle-ci, meurtrière d’innocents, un enfant, une jeune femme, reste impunie, sinon par la solitude et l’errance tourmentée. La science faustienne punie mériterait cependant d’être réhabilitée, quoique avec conscience : n’avons-nous pas repoussé, par-delà l’exploit incomplet et vicié du Docteur Frankenstein, les limites du vivant, l’espérance de vie, grâce aux greffes, aux biotechnologies, aux thérapies géniques…

 

        Au-delà du trio masculin, d’Ann Radcliffe et de Mary Shelley, femmes de lettres aux subtils et horrifiques talents, n’y-a-t-il pas une postérité infinie à ces romans gothiques qui firent vibrer un Balzac qui leur fut souvent redevable ? De quel surgeon du genre procède l’œuvre du Marquis de Sade ? Depuis Le Bras de la vengeance de Thomas de Quincey[8], ou L’Etrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde de Stevenson, en passant par le mythe monstrueux de Cthulhu, élaboré par l’Américain Lovecraft, jusqu’aux monstres humains et canins surgis de la vie ordinaire et entre les pages de Stephen King, sans compter les déclinaisons vampiriques[9], la bibliothèque noire de l’effroi reste ouverte pour de nouveaux avatars contemporains et à venir…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Edmund Burke : Recherche philosophique sur nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009.

[3] Emmanuel Kant : La Religion dans les limites de la raison, Œuvres philosophiques III, Pléiade, p 46.

[4] Ann Radcliffe : Les Mystères du château d’Udolpho, Le Meilleur Livre du Mois, 1953.

[5] Maturin : Melmoth, ou  l’homme errant : Le Club Français du Livre, 1954.

[6] William Beckford : Vathek et ses épisodes, José Corti, 2003, p 419.

[7] Charles Baudelaire : Théophile Gautier, Œuvres complètes II, Pléiade, 1999, p 118.

[8] Thomas de Quincey : Œuvres, Pléiade, 2011, p 1537 à 1588.

[9] Voir : Généalogie et encyclopédie de Dracula et autres vampires

 

Mary Shelley : Frankenstein, Colburn and Bentley, 1831. Photo : T. Guinhut.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 17:12

 

Temple bouddhique de Panillo, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Pourquoi nous ne sommes pas religieux.

 

Faut-il tolérer l’intolérable ?

 

Brian Leiter, Bertrand Russell et Ibn Warraq.

 

 

Brian Leiter : Pourquoi tolérer la religion ?

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Musquens, Markus Haller, 2014, 240 p, 16 €.

 

Bertrand Russell : La Mariage et la morale. Suivi de Pourquoi je ne suis pas chrétien,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Gabriel Beauroy et Guy Le Clech,

Les Belles Lettres, 2014, 296 p, 14,90 €.

 

Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman,

traduit de l’anglais (Etats-Unis), L'Âge d'homme, 1999, 440 p, 25,36 €.

 

 

 

 

        Les religions méritent-elles d’aller en enfer ? Jusqu’où faut-il tolérer l’intolérable ? Y compris s’il vient d’une religion… Qu’il vienne d’un dieu ou des hommes, d’une autorité prétendument suprahumaine ou étatique, il n’est pas pour autant dispensé de se taire devant les droits et les dignités de l’humanité. Ainsi, chacun à leur manière, trois auteurs, essayistes et philosophes, posent des conditions à la tolérance face aux religions, vont jusqu’à les refuser, non sans réfuter leurs fictions, momeries, fumisteries, supercheries et tyrannies. Brian Leiter propose une prudente et presque décisive « investigation philosophique et juridique » avec Pourquoi tolérer la religion ? Bertrand Russell précisait avec fermeté polémique Pourquoi je ne suis pas chrétien, avant qu’Ibn Warraq, avec Pourquoi je ne suis pas musulman, ouvre le bal de son réquisitoire torrentiel et néanmoins informé.

 

      Faut-il être plus tolérant envers les croyances religieuses qu’envers toutes les autres croyances et pratiques de nos sociétés ? Telle est la problématique fouillée par Brian Leiter, philosophe et juriste de l’Université de Chicago. En d’autres termes, respect à priori ou gestion rationnelle ? Lorsque « l’hyper-religiosité » américaine interdirait aux consciences de voter pour un Président athée, lorsque la charia se substitue aux mœurs républicaines, y compris dans des poches grandissantes du monde occidental, faut-il affecter la tolérance vertueuse ou poser les limites nécessaires à l’exercice des libertés ?

      Les religions, sans aucune exception, sont évidemment des fictions. Dont la fonction étiologique et leurs causalités rassurantes n’ont pas reculé autant qu’on aurait pu le supposer devant les avancées scientifiques et la hausse de l’espérance de vie. Imaginant des entités métaphysiques improbables à l’origine des mondes et des vies, leur multiplicité incohérente et leurs intolérances réciproques, invalident forcément leur prétendue universalité.  Chacune, non contente d’occuper le ciel et les consciences, d’y séparer de manière manichéenne le Paradis et l’Enfer, prétend attribuer à ses fidèles, ses officiants et dignitaires un pouvoir temporel plus ou moins absolutiste, s’alliant de plus avec des gouvernants animés des intentions les plus tyranniques. Ce pourquoi la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcité, se doivent de poser des limites aux religions, limites sans lesquelles les libertés ne sont plus en sécurité.

        Brian Leiter avoue en tête de son ouvrage être parvenu à des « conclusions plus favorables à la croyance religieuse » qu’il le pensait en initiant son « investigation », qui s’appuie sur l’auteur de la Théorie de la justice, John Rawls et sur John Stuart Mill et son De la liberté. Un Sikh peut-il garder son couteau à l’école, quand un garçon de la campagne ne peut pas ? C’est ainsi que notre essayiste pose le problème. Seul le premier aura gain de cause car sa religion le lui prescrit, non point pour en faire usage contre ses camarades. La religion serait donc exemptée de règles communes ? « L’idéal moral de tolérance », issu de Voltaire et des Lumières,   justifie la liberté religieuse. À moins qu’un Etat tolérant puisse être « soit religieux, soit antireligieux ».

 

Voltaire : Mélanges, Oeuvres, IV, 1764. Photo : T. Guinhut.

 

       La liberté de croyance et de conscience est constitutionnelle dans les démocraties libérales. Elle garantit un « espace privé », ce qui est un « fondement utilitariste de la tolérance », en même temps qu’une prémisse de la recherche de la vérité, voire de la vérité morale. Or, « nous voulons identifier la religion de telle sorte que nous puissions voir pourquoi elle a quelques obligations morales, et éventuellement légale, à être traitée différemment ». Cependant, elle est foi et non raison, quand la raison a failli à répondre à nos questions, quand la foi est une voie (et une identité) plus sûre, plus facile et plus péremptoire que les complexités de la quête de la raison ; au point d’amener ses thuriféraires à une obéissance aveugle, à des actes fanatiques et meurtriers… Qu’en est-il donc des « croyances qui ont pour conséquence probables (mais non certaines) ou qui impliquent des actes portant atteinte à la liberté », ce qui vaut pour bien des religions, et au premier chef l’Islam ? Un discours qui est un danger imminent, comportant « des prescriptions catégoriques odieuses », peut-il être réprimé ?

        C’est alors que l’essai de Brian Leiter, théorique et rigoureux, peut sembler manquer de brio ; il n’en est pas moins une précieuse réflexion, là où l’individu est à la charnière de l’Etat et des religions. Si les religions ne violent en rien le principe de « non nuisance » (c’est la formule de John Stuart Mill), elles ont selon Brian Leiter, droit de cité (dans les deux sens du terme). Sinon, il conviendra d’établir des gardes fous au terme de la loi des démocraties libérales. Si la foi chrétienne (au mépris du message d’amour et de charité du Christ) permet de harceler des homosexuels, d’attaquer des écoles pour leur enseignement des sciences et de Darwin, quoiqu’elle ait pu résister contre le nazisme ou l’apartheid, elle n’est blâmable que pour ne pas respecter l’éthique pacifique de son maître à penser : le Christ.

        Quel « droit de la liberté religieuse dans une société religieuse » ? se demande Brian Leiter. L’Etat doit protéger la liberté de conscience, mais pas au point de « constitutionnaliser un droit à la désobéissance civile », qui risque d’outrepasser celle de Thoreau[1]. En ce domaine les religions ne peuvent avoir plus de droits que les militants végétaliens de la « libération animale », ou anticapitalistes, qui, armés de leurs convictions plus ou moins rationnelles et justifiables, intentent des actions délinquantes et destructrices. « Les exemptions de lois généralement applicables pour des motifs de conscience qui n’imposent pas de fardeau aux autres » ne paraissent pas devoir poser problème. Quoique l’Etat ne doive pas « faire passer les revendications de conscience religieuses avant ses autres objectifs moraux importants, comme la sécurité, la santé, le bien-être, l’égalité de traitement devant la loi »…

      Est-ce à dire qu’il n’est pas tendre avec la laïcité à la française ? Si l’on doit avec lui  déduire qu’en vertu du fait que le voile ne nuit ni à l’espace public ni à autrui, il demeure licite. Si cet argument est fort solide en apparence, permettant à Brian Leiter de requérir que cette interdiction est « un cas d’intolérance inadmissible » envers l’Islam, il reste que le voile, y compris consenti, quoique le plus souvent tyranniquement imposé, outre qu’il est attentatoire à la dignité de la femme, est l’un des chevaux de Troie de l’Islam et par voie de conséquence de l’islamisme coercitif et assassin (en cela comparable au nazisme -ce que notre essayiste envisage avec trop de prudence- dont les signes ostentatoires sont interdits), même s’il est hors de question de réduire tous les Musulmans au terrorisme. Il ne s’agit pas d’éradiquer des croyances, mais la charia installée aux dépends de la loi républicaine, mais des pratiques concrètement liberticides. Il faut admettre cependant que cette interdiction ne résout pas grand-chose, sans compter qu’elle n’est guère appliquée, faute de la fermeté d’un Etat pusillanime qui devrait de la même façon aller en toute cohérence au bout du raisonnement : interdire le Coran et ses appels au meurtre des impies, fermer les mosquées et les écoles coraniques dont la vocation dépasse la simple prière intime. Tâche épineuse, voire irréalisable, censure insupportable et persécution, protection des libertés ? Est-il sûr que Brian Leiter, en son essai rigoureux et si souvent pertinent, attentif qu’il est aux « Chrétiens réactionnaires » américains, soit assez averti au sujet de l’Islam ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        La brièveté de l’essai du philosophe analytique Bertrand Russel (1872-1970) n’entrave en rien sa force percutante et l’efficacité de son argumentation. Pourquoi je ne suis pas chrétien (1927) peut ne paraître qu’un addenda à une plus large réflexion sur Le Mariage et la morale, mais non content d’en être le corollaire, il en est l’acmé.

         Dès la préface, écrite dans les années cinquante, il « considère sans exception les grandes religions du monde -le bouddhisme, l’hindouisme, le christianisme, l’islam et le communisme- comme fausses et néfastes ». L’ironie est corrosive, imaginant une divinité « se considérant récompensée par l’apparition finale d’Hitler, de Staline et de la bombe H. » De plus, la foi ne peut être ébranlée par une preuve contraire, ce qui l’entraîne à rêver d’un « monde libéré de la brutalité des groupes hostiles » et du fanatisme.

        Pourquoi, avec Bertrand Russell, ne sommes-nous pas chrétiens ? Avec lui, nous récusons les prétendus arguments rationnels de l’existence de Dieu : « cause première », « loi naturelle », « plan » intelligent, « argument moral » et « remède à l’injustice »… « Pensez-vous que si l’on vous accordait l’omnipotence et l’omniscience et des millions d’années pour perfectionner le monde, vous ne pourriez rien créer de mieux que le Ku Klux Klan ou la fascisme ? », modestes exemples auxquels il faudrait ajouter (entre autres) Gengis Khan, Mahomet, Lénine, Staline et Mao…

         Or « ce qui les persuade de croire en Dieu, ce n’est pas du tout un argument intellectuel. La plupart des gens croient en Dieu parce qu’on leur a appris à le faire dès leur petite enfance ». Ce à quoi il faudrait ajouter l’emprise de la « dérive sectaire », qui allie totalitarisme, prosélytisme et persécution[2]. Ce qu’il n’impute guère au Christ, auquel il reconnait plus d’une « excellente maxime », quoiqu’il lui reproche « une doctrine de cruauté » : en « laquelle le feu de l’enfer est la punition des péchés ». Selon Russel, la religion ne pousse pas toujours les gens à la vertu, et « bien des chrétiens se sont signalés par leur extrême méchanceté ». Il poursuit son réquisitoire en montrant « comment les Eglises ont retardé le progrès », en accablant l’indissolubilité du mariage, ce à quoi il pourrait ajouter aujourd’hui le refus de la contraception et de l’avortement… Il conclue avec verdeur en taxant la religion de « conception tirée du vieux despotisme oriental ». Que dirait-il en voyant l’état alarmant de l’Islam ?

      Lorsqu’ensuite Bertrand Russel demande : La religion a-t-elle contribué à la civilisation ? », un plus que rien de mauvaise foi l’emporte. C’est faire fi des cathédrales et des bibliothèques abbatiales, de l’art chrétien, du libre-arbitre selon Saint-Thomas d’Aquin, de l’éclosion de l’athéisme qui est le corollaire du doute du Christ sur la croix, du pardon toujours possible, de la séparation de l’église et de l’Etat… Si notre philosophe expert en « fumisterie intellectuelle[3] », pèche parfois par son talent polémique à l’emporte-pièce, il fait cependant preuve, sans la moindre langue de bois, d’une rafraichissante et vigoureuse argumentation en faveur de la liberté et de la paix des mœurs.

        En dépit du pacifisme du Christ, il faut à son égard rester méfiant. Tonnant contre ceux qui ne sont pas avec lui, il leur assure bien les flammes et la damnation éternelle. Mais cela, ce n’est après la mort, nous direz-vous ; certes, mais la tentation peut être grande pour ses affidés d’étendre ce châtiment avant le passage en l’autre monde et d’user de la folie de Dieu par la main vengeresse des hommes sur d’autres hommes, ce dont témoignèrent l’inquisition, les guerres de religions ou le procès assassin du Chevalier de la Barre, dénoncé par Voltaire au XVIIIème. Le dieu de l’Ancien Testament est quant à lui plus explicitement vengeur, risquant alors d’offrir un exemple de comportement à ses sujets ; ce que souligne Peter Sloterdijk : « les premiers portraits de Yahvé, le Seigneur d’Israël, sont tissés d’anthropomorphismes (ou plutôt d’anthropopsychismes) manifestes. Tout lecteur de la Bible a pu se convaincre du fait que le Dieu de l’Exode unit encore les traits d’un démon climatique théâtral à ceux d’un warlord mugissant et qui ne se maîtrise pas. » Cependant, on a pu interpréter, après le Déluge, l’apparition de l’arc-en-ciel comme « un symbole de tolérance important pour les deux parties, qui doit exprimer sa volonté qu’un tel acte de destruction ne se répète jamais[4] ». Comme lorsque les Erinyes de la mythologie grecque, ces déesses infernales de la vengeance qui poursuivent le crime, deviennent les Bienveillantes, envisageant le pardon.

        « En admettant que Dieu ne soit pas mort, est-ce trop demander à ses fidèles que de mettre un peu d’eau relativiste dans leur vin d’absolu ? », souligne le préfacier de Brian Leiter, Pierre Brunet. Hélas, la religion la moins capable de diluer son absolutisme, de par la nature de ses textes fondateurs, aussi bien que par le comportement intolérant et meurtrier de nombre de ses zélotes, est bien l’Islam. Ne faut-il pas imaginer, du fait de ce statut d’exception, de penser une exception dans la tolérance universelle et naïve ? Avec la méfiance suivante : l’Etat n’est pas forcément le mieux placé pour être justement intolérant...

 

Valle de Casies, Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

      La différence entre le Christianisme et l’Islam est fondamentale. Si les Juifs ont abandonné la virulence des Zélotes qui s’appuyait sur celle du dieu vengeur de la Bible, quoique plus que tempérée par le « Tu ne tueras point » de Moïse, le premier, dans ses textes fondateurs des Evangiles, n’ordonne pas l’ombre d’une violence, sépare l’Eglise de l’Etat (« Il faut rendre à César ce qui est à César ») et pardonne à la femme adultère en déniant au pécheur le droit de châtier, a fortiori jusqu’à la mort. En revanche, l’Islam, en son Coran, ordonne : « Les hommes ont autorité sur les femmes » […] « celles dont vous craignez la religion, reléguez les dans les dortoirs, battez-les » ; quant à celles « qui sont perverses » […] faites-les demeurer dans les maisons  jusqu’à ce que la mort les enlève[5] ». De même, il ordonne la décapitation des infidèles : « Quand vous rencontrez des effaceurs [du sentier d’Allah] frappez-les à la nuque, jusqu’à les abattre ». Il est à noter que ce sont sourates et versets de Médine, les plus chargés en djihad, qui abrogent ceux de la Mecque, antérieurs, s’ils viennent les contredire. Sans compter l’incohérence du livre, comme le trop fameux « Nulle contrainte en créance[6] », (ou en religion), vite contredit par l’injonction à tuer les apostats : « Allah ne pardonne pas aux effaceurs qui se détournent du chemin d’Allah et meurent en effaceurs[7] ».

 

       L’écrivain et poète contemporain Abdelwahad Meddeb[8] compare l’intégrisme de l’Islam à deux autres « maladies » : l’intolérance pour le catholicisme, le nazisme pour l’Allemagne. Passons sur des proportions certainement discutables. Il impute à la crispation historique de l’Islam la pulsion totalitaire qui irrigue le wahhabisme, le salafisme, les Frères musulmans, Al Qaïda, et autres fanatismes islamiques, mais aussi la généralisation excessive de l’accès à la lettre du livre saint à des incultes d’abord inquiets de leur jouissance du pouvoir et du sadisme, sans compter le ressentiment contre la réussite occidentale. Mais c’est un peu rapidement oublier la tradition modelée par leur prophète : guerre de conquête et massacre, pillage, esclavage et infiltration par la dissimulation. Abdelwahad Meddeb veut pourtant conclure son essai sur une note d’espoir, en citant un récent ministre de l’Education nationale tunisien, Mohamed Charfi : « l’enseignement dans les pays arabo-islamique […] a besoin d’être expurgé de tous les propos contraires aux droits de l’homme et aux fondements de l’Etat moderne[9] ». Il s’appuie également sur les versets semblables à « Nulle contrainte en créance », comme « Que celui qui le veut croie et que celui qui le veut reste incrédule[10] », ce qui, selon les uns, est invalidé par la suite, « Nous avons allumé des brasiers chez les méchants », ou, selon des commentateurs comme Râzî, devrait suspendre la notion de djihad. Vœu pieux ?

        Certes, nous l’avons dit, tout fidèle, et surtout détenteur du pouvoir, d’une religion, peut s’emparer de son drapeau pour commettre des abominations, ainsi firent le Ku Klux Klan en lynchant des hommes noirs, l’Eglise catholique en armant l’inquisition. Cependant, le Chrétien le fait en conspuant le message du Christ, quand le Musulman le fait en suivant à la lettre la vérité[11] indiscutable de son prophète : « le croyant ne doit pas avoir de repos tant qu’il vit dans un système politique non islamique ; sa vie ne prend de sens que si elle est consacrée à faire tomber la puissance étrangère dominante. » Ainsi Peter Sloterdijk explicite-t-il le « petit djihad », ce combat guerrier opposé et complémentaire au « grand jihad » qui, lui, est intérieur. Avant de conclure : «  Leurs actes peuvent bien être répugnants, leurs citations sont sans erreurs[12]. » Il s’agit évidemment d’erreurs philologiques et non morales…

        Il y a une religion tolérable, et une autre intolérable, à moins qu’elle observe la modération au point de récuser ses horreurs, au point d’être compatible avec la démocratie libérale issue des Lumières. Car « Allah est semblable au lion par la violence », relève Pietro Citati, qui, avec pertinence, range l’Islam parmi « les grands mythes dans l’histoire du monde[13] ». Il faudrait alors pratiquer sur le Coran une opération chirurgicale douloureuse et cependant indispensable, en effectuant l’ablation de tous les versets violemment sexistes et précisément guerriers à l’égard des infidèles, des apostats, du blasphème. Extraction d’une involution cancéreuse, amputation de deux membres, ou lobotomie du cœur et du système nerveux complets ? Sans oublier les hadiths et leur obsession du djihad, les fatwas, leur justice faite de châtiments corporels blessants et mortels, ainsi que les obligations connexes, quoiqu’elles ne soient pas toujours fondées sur le Coran : voile, excision…

 

 

          Pour ne pas, en cette critique sans fard, nous taxer d’ethnocentrisme, il n’est pas inutile d’aller voir du côté d’un intellectuel américain natif de l’aire arabo-musulmane (en l’occurrence du Pakistan) : Ibn Warraq. Loin d’être une creuse diatribe, son Pourquoi je ne suis pas Musulman, est un festival d’argumentations aussi précises qu’imparables. Bertrand Russell aurait jubilé. Préfacé par Taslima Nasreen, dont la féminité et l’intellect eurent à souffrir de l’Islam, cet essai encyclopédique semble né à l’occasion de l’affaire Rushdie[14], à laquelle il consacre son premier chapitre : une sorte de boutefeu du réquisitoire au rang du grand art. Car tout est bois sec pour l’incendie conceptuel qui s’empare des pages aussi vives que rigoureuses d’Ibn Warracq. Les origines de l’Islam, qui s’extrait avec peine des religions précédentes, dont le mazdéisme, qui pilla outrageusement la Bible, le goût du surnaturel échevelé digne des Mille et une nuits, quand Mahomet fait son ascension au paradis, les crimes de ce dernier qui pratiqua « l’assassinat politique » et le « massacre des Juifs », les sources plus que discutables du texte sacré, biaisé par ses « versets sataniques », détruites par ses sectateurs avec la mort du prophète[15], les « erreurs historiques » du Coran, la « nature totalitaire » du message, la séparation fratricide entre Chiites et Sunnites, l’incompatibilité avec les droits de l’homme, avec la démocratie et la tolérance, la « peur irrationnelle et injustifiée de l’Occident », le « colonialisme islamique », le « racisme arabe », le statut infamant des Juifs et des chrétiens, dhimmis ou morts, la révérence envers la soumission et la servitude, la négation de toutes les religions qui ne sont pas du livre, la haine absolue et assassine des apostats et des athées, le mythe de l’âge d’or andalou, parmi quatorze siècles et trois continents de tyrannie (et bientôt plus, si l’on n'y prend garde), l’irréfragable infériorité de la femme, voilée, lapidée, vendue, la propagation de l’esclavage, les grotesques « tabous : vin, porcs et homosexualité », la superstitieuse, antiscientifique et antihygiénique séparation entre halal et haram, sans oublier à l’occasion du dernier chapitre, le sommet de l’abomination, ou la bassesse de la prosternation, comme vous voudrez, la faiblesse de l’Occident devant l’Islam et sa « trahison des intellectuels ». Car Les Islamistes sont déjà là, rivalisant de « fascisme vert », s’il faut en croire le livre de deux Christophe[16] qui ont réalisé en France une édifiante « enquête sur une guerre secrète ». N’en jetez plus, la cour est pleine d’ordures qui empuantissent l’humanité…

 

 

        Aucun des points du réquisitoire d’Ibn Warracq n’est jeté au hasard : la connaissance des textes et de l’Histoire est validée par des notes, une bibliographie impressionnante. Et pourtant, « la civilisation islamique est souvent parvenue au sommet de sa splendeur malgré l’Islam 1 et l’Islam 2, et non pas grâce à eux », le 1 étant le Coran, le 2 les hadiths et la charia, le 3 étant « ce que les musulmans réalisent, c’est-à-dire la civilisation islamique », et, à son meilleur, la philosophie, l’art et la littérature.

        Il faut dire que, « sans complaisance » aucune pour son sujet, l’essayiste, reprenant à l’épigraphe Renan (« Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre »), s’appuie et avec perspicacité sur des philosophes du libéralisme politique et économique, garants des valeurs universelles de liberté individuelle : John Stuart Mill et Friedrich A. Hayek.

 

        Si nous ne sommes pas religieux, et ce par l’exercice de la raison et de la liberté, nous tolérerons et respecterons les religions paisibles, qui, tout au moins pour cette qualité, et de plus pour leur dimension de spiritualité et de savoir théologique, voire leur nécessité de transcendance, permettent de mériter que nous puissions être religieux. Ainsi Milton usa en 1644 de l’argument théologique pour défendre la liberté de la presse : « Nombreux sont ceux qui blâment la divine Providence d’avoir toléré la transgression d’Adam : bavardages d’insensés ! quand Dieu lui donna la raison, il lui donna la liberté du choix, sinon il n’eût été qu’un Adam artificiel comme on en voit aux marionnettes[17]. » A contrario, et en vertu de la légitime défense des libertés, nous devrons ne pas tolérer l’intolérable des religions tyranniques, auxquelles il faudra bien poser un mors à leurs sanglantes dents. Faut-il se demander si Giovanni di Modenna, peintre de l’Enfer en San Petronio de Bologne, qui vit en 2014 sa fresque menacée d’être détruite par les Musulmans, a eu raison d’y placer un Mahomet, dont l’âme est dépecée du corps par un diable ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Anne Fournier et Michel Monroy : La Dérive sectaire, PUF, 1999.

[4] Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette Pluriel, p 110 et 111.

[5] Le Coran, traduction André Chouraki, Robert Laffont, 1990, IV, 34 et 15.

[6] Le Coran, ibidem, II, 256.

[7] Le Coran, ibidem, XVVII, 35.

[8] Abdelwahad Medded : La Maladie de l’Islam, Seuil, 2002.

[9] Abdelwahad Medded : ibidem, p 219.

[10] Le Coran, XVIII, 28-29 ; Chouraqui : « Qui le décide, qu’il adhère ! Qui le décide, qu’il efface ! »

[12] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Maren Sell, 2008, p 96.

[13] Pietro Citati : La Lumière de la nuit. Les grands mythes dans l’histoire du monde, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

[15] Ce que l’on retrouve dans le livre de l’historien Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

[16] Christophe Deloire, Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là, Albin Michel, 2004.

[17] John Milton : Areopagitica pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier-Montaigne, 1956, p 163.

 

Santo Domingo de la Calzada, La Rioja. Photo : T. Guinhut.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 16:20

 

Alquezar, Sierra de Guara, Haut-Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Julien Gracq : Les Terres du couchant,

 

un conte philosophique somptueux.

 

 

Julien Gracq : Les Terres du couchant,

José Corti, 256 p, 20 €.

 

 

 

 

      Qui l’eût cru ? Un inédit de Gracq soixante ans plus tard ! Un roman qui plus est, bien qu’annoncé « récit »… Un fonds de tiroir, ou de malle, car c’est là qu’il fut délaissé par son auteur, puis retrouvé. S’il fallait en rester là, suivant la quatrième de couverture qui obéit à une prudence modeste, rien qui « bouleverse » la vision que nous pouvons avoir acquise de l’œuvre pléiadisée. Pourtant, au-delà d’un apparent ressassement de thèmes qui parcourent les œuvres à la source de sa gloire, voici un volume stupéfiant, somptueux, tant du point de vue romanesque, que politique et esthétique.

 

      Les Terres du couchant ressortissent à un topos depuis longtemps établi : l’attente, par une cité paisible et son avant-poste, de l’invasion des barbares. Avant Julien Gracq, Ernst Jünger, dans Les Falaises de marbre[1] (1939), puis avec moins de hauteur, Dino Buzzati, dans Le Désert des Tartares [2] (1940), virent le compte à rebours de l’effondrement s’égrener au large de vastes espaces. Une trilogie apparemment indépassable se fermait en 1951 à l’occasion du Rivage des Syrtes, dont la prose, aussi évocatrice que polie, ranimait l’allégorie voilée de la menace totalitaire et nazie. Etait-ce suffisant ? C’est entre 1953 et 1956 que Julien Gracq entreprit son manuscrit, pour l’abandonner en faveur d’un autre récit attentif au même thème, quoique plus humblement réaliste, racontant la « drôle de guerre » de 1939-1940 : Un Balcon en forêt. Comme une même peau qu’il fallait quitter, Les Terres du couchant était-il trop chargé de l’atmosphère de son prédécesseur ? Son auteur n’avait-il pas su trouver l’acmé de sa forme définitive ? Sa prose était-elle trop riche, ou incomplète ?

      N’en déplaise à celui qui le négligea, nous sommes fabuleusement conquis. Conquis par cette ville de « Bréga-Vieil » et ses odeurs de dame sénescente parmi les « peuples vieillards », par le tableau de son « Royaume » suradministré, par la perspicacité de son narrateur, par la citadelle de « Roscharta », par la montée progressive et inéluctable de l’action, tendue comme une tragédie grecque.

      L’intemporalité de l’espace et de l’intrigue semble à la fois l’éloigner dans un temps mythique et la rendre irrésistiblement présente et de toujours. Seuls les accessoires chevaleresques et les fusils paraissent tenir d’un entretemps à la lisière du Moyen-âge et du siècle des Lumières. Ce qui semble aujourd’hui un de pied de nez involontaire à nos envahissantes séries médiévales de fantasy, qui n’ont pas la hauteur stylistique et intellectuelle gracquienne, malgré l’indéniable talent d’un George R. R. Martin, solidement assis dans son Trône de fer[3].

      Employé par la « Chambre du Cadastre », le narrateur des Terres du couchant  (qui ne prononce jamais son nom) parcours le pays. Avertis par de sombres émissaires, lui et son ami Hingaut décident de passer à la « clandestinité », de fuir « Bréga-Vieil », avec quelques compagnons : Hals, Lero et Berthold. Non vers la désertion, mais vers l’action, vers les territoires lointains où s’exerce l’infiltration barbare ; ce avec une témérité plus délibérée que celle du modeste héros du Rivage des Syrtes, dont le bateau ne fit qu’apercevoir l’ennemi. Là est l’une des originalités de notre récit face à ceux qui l’encadrèrent. D’abord établis à « Briona-Haute », dans les montagnes, nos francs-tireurs traversent les forêts avant de passer la « Crête du Sanglier », cette frontière périlleuse après la trompeuse sécurité. Nous sommes en plein roman d’aventure, non sans suspense, où alternent moments radieux et noirs cauchemars. Bientôt l’on emprunte une « route fossile » démesurée, vaste poème en prose qui permet de découvrir d’où vient le fragment « La Route », publié en 1956 parmi le recueil La Presqu’île. Ce qui laisse peut-être entrevoir pourquoi Gracq oublia ces Terres du couchant : réprouvait-il cette instabilité générique entre le romanesque et la poétique topographie ?

      Une fois la deuxième partie, nous sommes aux confins : une ville fortifiée s’élève au-dessus d’un lac et en vue de montagnes glacées. Ce qui nous vaut des descriptions absolument somptueuses, de la part du géographe lyrique que fut Julien Gracq, des images luxuriantes, une jubilation continue devant le beau. Sans oublier une civilisation urbaine traditionnelle et artisanale dont l’équilibre économique et éthique n’est pas sans rappeler Héliopolis d’Ernst Jünger[4] (1949). Mais également face à une plaine où campent et s’agitent en ordre les cavaleries barbares, infligeant sans état d’âme une mort brutale et primitive : car en la « tour des crânes », les guerriers « maçonnent toutes fraîches les têtes qu’on vient de couper, comme des amandes dans du nougat ».

      Ainsi, l’une des originalités de ce récit face au Rivage et au Balcon reste indéniablement le tableau de la guerre, si ténu parmi ceux-là : mouvements de « l’armée angarienne », stratégie concertée, incendie de la forteresse avancée quand l’action s’exaspère inéluctablement, sortie de quelques têtes brûlées, dont le narrateur, parmi les cavaliers capables de les faucher d’un coup… Ce livre a le parfum excitant des classiques et des horizons fastueux, autant que de la tragédie et de sa catharsis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Des moments d’exception - si nombreux au demeurant - constellent cette rencontre des Terres du couchant : le théâtre de Roscharta où « la nuit brûle », où « ce qui consomme ici va s’enflammer en présence de la mort », mise en abyme évidente du récit tout entier ; la brève idylle avec l’actrice Aega, intense explosion d’érotisme calme et de conscience sensuelle du monde aux portes de la catastrophe ; l’allusion révélatrice à la dimension épique et mythique du livre, à travers cette épiphanie : « Comme les guerriers troyens sur le rempart d’Ilion, j’ai vu un homme marcher enveloppé un moment dans son Dieu ». Tout cela conflue en ce qui peut sembler, au sein du courant de lave de cette prose méditative et chatoyante, un aphorisme : « le châtiment poignant du sursis chichement accordé qui fait exploser en vigueur, on dirait, chaque seconde de vie, se mêle étrangement à celui d’une liberté encore inconnue ».

      Comme dans Le Rivage des Syrtes, mais à la différence du Balcon en forêt, le narrateur-personnage est à la première personne : ainsi l’on croit deviner la plume d’un journal de trois ans. De plus, il n’est pas soldat : c’est un individualiste, un risque-tout, qui se dirige en toute conscience au-devant du combat, dont il ne mésestime pas l’issue. Si, à la fin du Rivage, « le décor avait été planté », la tragédie est jouée jusqu’à l’imminence du dénouement, dont la chute du fort d’ « Armagh » n’est que la répétition générale, métaphore suggérée par la représentation théâtrale ultime jouée à Roscharta.

     À ce conte philosophique somptueux, nous n’oserons opposer que de modestes réserves : la place démesurée accordée à la « Route », ainsi qu’un maladroit retour en arrière à son égard, donc un léger déséquilibre des proportions, une ou deux phrases qui sentent encore la sécheresse du diariste, sans compter l’ultime paragraphe, splendide au demeurant, filant la métaphore théâtrale, imaginant de « fermer la scène », qui n’était peut-être pas celui dont se serait satisfait son auteur, ô combien perfectionniste. Il est également permis de s’irriter de l’abus des italiques comminatoires. Quoiqu’aucune de ces broutilles ne permette un instant de bouder sa volupté…

 

      L’analyse politique fait moins de Gracq un romancier qu’un psychologue des nations, qu’un philosophe de l’Histoire. Les « dignitaires » du « Royaume » euphémisent la barbarie des envahisseurs à l’affut : « L’idée que « cela n’arriverait pas » -que le danger viendrait mourir de lui-même sur ce glacis épaissement cuirassé par le refus de penser et de prévoir- était tellement avérée dans les esprits par la paresse à envisager le pire qu’elle mettait à l’aise pour refuser même de discuter les vues que ceux que le langage officiel appelait encore bénignement -en attendant peut-être des formes de censure plus brutales- les agités ». Assis sur ses traditions, ses certitudes, « liasses croûtées d’un limon de siècles », le pays refuse d’ouvrir les yeux sur sa déliquescence interne, en pensant l’adversaire « raisonnable ». S’il faut lire en cet apologue une figuration de l’imprévoyance devant la montée du nazisme, ne faut-il pas y distinguer la conduite à ne pas tenir, veule soumission, devant des menaces déjà là ou à venir ? Soixante ans après, au travers de l’apparence du mythe, Julien Gracq confie une morale pour notre temps…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Ernst Jünger : Les Falaises de marbre, Gallimard, 1942.

[2] Dino Buzzati : Le Désert des Tartares, Robert Laffont, 1949.

[3] George R. R. Martin : Le Trône de fer, J’ai lu, L’intégrale, 4 tomes depuis 2010.

[4] Ernst Jünger : Héliopolis, Christian Bourgois, 1975.

 

Photo : T. Guinhut

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 14:33

 

Frontispice de l'édition Bourdin des Mille et une nuits, 1840.

Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

 

Hanan el-Cheikh,

 

Schéhérazade féministe des Mille et une nuits.

 

 

Hanan el-Cheikh : La Maison de Schéhérazade,

traduit de l’arabe (Liban) par Stéphanie Dujols,

Actes Sud, 382 p, 23 €.

 

 

 

Les réécritures des Mille et une nuits sont infinies. Entre les traductions, qui sont autant d’interprétations -Galland, Mardrus, Guerne, Jamel Eddine Bencheik et André Miquel dans La Pléiade- et ceux qui imaginent de nouvelles nuits -Gautier, Hofmannsthal, Stevenson-, il y a place pour une séduisante entreprise : celle d’Hanan el-Cheikh. Elle en fit d’abord une adaptation théâtrale ; puis, de l’immense réservoir de récits, elle tira ce condensé fait d’une vingtaine de contes. Son travail est bien plus qu’une anthologie, mais une refondation féministe du mythe.

 

Chacun sait que Les Mille et une nuits, ce chef d’œuvre fascinant et inégalable de la littérature ancienne, est apparu, peut-être bien avant le IXème siècle, parmi l’aire arabo-musulmane, semble-t-il à Bagdad. Pourtant ses contes viennent à peu près tous d’autres univers : Inde, Chine, Perse, Arabie préislamique, et même Egypte et Grèce antique. Les auteurs qui ont agrégé cet immense jardin parfumé de récits étaient certainement Persans, lorsqu’ils surent les réunir sur les lèvres de Schéhérazade, qui gagne sans cesse un nouveau sursis, sauve sa vie et celles de toutes les femmes en contant au Sultan un flot d’histoires aussi prenantes que fabuleuses. Mais seuls les traducteurs étaient Arabes, retouchant le tout au moyen de l’éthique manichéenne de l’Islam, pour les fixer, les transmettre dans leur manuscrits, faute d’avoir retrouvé les textes originels.

Réécrire les Mille et une nuits est déjà une longue tradition, presque un devoir pour tout écrivain arabe passablement imaginatif, voire libertin, un exercice prêt à mille variations. L’Egyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988, sut doubler sous le même titre son modèle, en imaginant une suite où la vie quotidienne des habitants (probablement des Cairotes) s’entrelace avec le merveilleux des contes[1].

 

Une libanaise, né en 1945, vivant à Londres, s’empare à son tour aujourd’hui du mythe aux multiples visages. Ainsi, au sortir de la réincarnation de Schéhérazade, sous la plume d’Hanan el-Cheikh, rois, vizirs, marchands, portefaix, toute une société réaliste plie de nouveau sous l’aile surnaturelle des génies, auxquels opposer la ruse. Sa langue, alerte et sensuelle, joue avec habileté des histoires enchâssées, des coups de théâtre. Les « coïncidences dépassent l’imagination », car « le monde est vraiment une malle à secrets ». Humours, coquineries, passions, trahisons, séquestrations, rebondissements, tout ici est fait pour réjouir et faire frémir le lecteur, en ce qui devient cette substantifique moelle des contes. Omniprésentes sont alors les figures féminines qui revendiquent leur indépendance. Leur érotisme est parfois délicat, parfois tyrannique ; jusqu’à la calligraphie qui leur rend hommage : « la phrase avait la forme d’une jeune femme ». Mais la reine du livre est sans conteste Schéhérazade, dont le talent de conteuse préserve sa vie et celles d’autrui, rétablit l’équilibre de la paix et de l’amour en offrant un équivalent du monde : « comme cette nuit ressemble à la vie ! » L’importance accordée au calife bienveillant Haroun al-Rachid met en scène, devant crimes et tromperies, une conception de la justice équitable et humaniste.

Ne doutons pas qu’affleure ici une leçon politique à l’adresse du monde musulman. Monde qui, très probablement, aurait eu bien du mal à conserver les textes des Mille et une nuits si le Français Antoine Galland n’avait acheté de vieux manuscrits venus de Syrie, avant de les traduire avec une rare élégance et de les publier à partir de 1704. Plus tard, au XIXème, et parmi bien d’autres, le manuscrit de Calcutta vint compléter l’ouvrage. Depuis cet événement fondateur, s’élève le bouquet de la nostalgie d’un monde irrattrapable, qui ne gît plus que dans les pages, mais dont le pouvoir ne cesse de bourgeonner. Au point que Schéhérazade puisse devenir une icône de la féminité et de la littérature, de la résistance et de l’intelligence. Un libraire bagdadien du Xème siècle assurait d’ailleurs « que ce livre était l’œuvre d’al-Humâ’î, la fille de Bahman[2] », souveraine de la Perse ancienne. En dépit d’autres traditions qui mentionnent le nom d’al-Jahshiriyârî, l’auteur du Livre des vizirs, nous aimons à penser que cette femme était la géniale compilatrice et styliste originelle, dont Hanna el Cheikh est la lointaine descendante spirituelle…

 

Du IXème au XXIème siècle, les contes de Schéhérazade jouent tout autant leur rôle de divertissement exotique, intemporel et merveilleux ; mais aussi moral, en tant qu’apologues, à la jonction de la poésie, du burlesque et de la sagesse, au service de la formation de l’âme. A ce chef-d’œuvre universel que les Frères musulmans ont voulu interdire, Hanan el-Cheikh a rendu un hommage réussi. En mettant l’accent sur le pouvoir narratif, érotique et de décision des femmes, elle sait lui offrir un parfum de liberté féministe bienvenu. Ne serait-il pas de bon ton que tout bon écolier du monde arabe, sans omettre les continents occidentaux, lise enfin de tels classiques ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Nagib Mahfouz : Les Mille et une nuits, Sindbad, Actes Sud, 1997.

[2] Cité dans la préface d’André Miquel : Les Mille et une nuits, Pléiade, 2005, t I, p XVII.

 

Photo : T. Guinhut

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 08:26

 

Villa d'Este, Tivoli, Latium. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Stefano Benni, conteur fantaisiste et grave :

 

De toutes les richesses, La Grammaire de Dieu.

 

 

 

 

Stefano Benni : De toutes les richesses, La Grammaire de Dieu,

traduits de l’italien par Marguerite Pozzoli,

Actes Sud, 2014, 288 p, 22 €, et 2009, 272 p, 21,80 €.

 

 

 

 

        Il est bien loin le temps où Dante connaissait toutes les richesses de la grammaire de Dieu… Aujourd’hui, les écrivains italiens ont plus de modestie, d’humour, sinon de déréliction, à moins de savoir écouter la sagesse animale. Ainsi Stefano Benni (né en 1947) est un fantaisiste grave. Si la jeunesse et l’amour sont chez lui De toutes les richesses, ils risquent fort de devoir être perdus. Il faut alors à son Martin une réelle dose de sagesse pour apprivoiser ce constat. Embrassant plusieurs registres, le roman amuse, émeut et pousse à la méditation sociologique et métaphysique, entre satire universitaire et animaux parlants, en un conte de fées moderne. Quand, en tentant de comprendre La grammaire de Dieu, les nouvelles rient jaune et gris.

 

       Martin, professeur fraîchement retraité, vient s’installer parmi toutes les richesses d'un village de montagne des Apennins, dans une maison isolée auprès des bois. D’abord enchanté par cette paix qui lui permet d’avancer « son livre sur la poésie ludique », il craint un peu la solitude. Jusqu’à ce qu’un jeune couple s’installe bruyamment dans la maison d’en face. L’une est une ex-danseuse, belle, émouvante, et que tente l’aventure du théâtre, du cinéma, tandis que l’autre est un homme querelleur, déjà aigri. Très vite la jeune femme vient chercher refuge, conseil, amitié, chez notre ermite qui se sent ému plus qu’il ne faudrait. Le lyrisme est discret. Peut-on raisonnablement être amoureux, à l’âge de la retraite, d’une blonde jeunette de trente ans ? Car elle devient une initiatrice : « Pouvait-elle être la beauté qui me contraindrait encore, avec stupeur, à regarder le grand tableau tourmenté du monde ? » On laissera le lecteur découvrir comment une fête de village haute en couleurs et peinte d’une plume incisive, mais non sans tendresse, permet à la jeune Michelle de briller avec le professeur fort rajeuni.

        Le récit psychologique et sentimental, dont le narrateur est peut-être un alter ego de son auteur, est loin d’être la seule facette de ce texte. Spécialiste d’un poète « naïf », dit « L’Enchaîné », mort un peu fou, parmi une maison ruinée des alentours, notre professeur se heurte à la cohorte des universitaires concurrents et envieux. Alors que ses recherches, et la rencontre d’une étrange folle, lui permettent de construire une autre hypothèse sur le décès du disparu, cette fois criminelle, de retrouver un dessin inestimable qu’il offrira. Finalement sage, il saura refuser les sirènes de l’argent et de la fausse gloire en rejetant la proposition de Remorus qui se veut éditeur opportuniste. La satire du milieu intellectuel et du commerce de l’art n’est pas alors dépourvue de férocité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le fantastique est sans lourdeur. De manière récurrente, Martin entretient des conversations avec son chien Umbra, avec une renarde, un blaireau, une chouette, souvent plus sages que lui, une chèvre qui connait Poe, Lolita et Borges. L’humour est alors le filigrane de la gravité, grâce à la prosopopée[1], cette figure de rhétorique qui fait parler les absents, les morts les animaux : un serpent d’Eden lui annonce que sa « tête est la raison, le cogito, avec les dents aigues de l’argumentation philosophique », ce pour lui demander avec ironie s’il « veut s’accoupler ».

         Indubitablement, Stefano Benni est doué du sens du portrait. Il faut lire comment il déchire de sa tendre dent le galeriste Aldo, qu’il appelle « le Torve », contempteur de tout ce qui n’est pas lui, reprochant ses échecs à l’époque, aux autres, paraissant mépriser l’argent, mais cupide, et mauvais peintre. Pourtant, sans manichéisme, notre auteur sait lui faire confesser son emprunt indu d’une œuvre d’autrui, ses rageuses veuleries.

        C’est un rare et fragile roman poétique, mais aussi un conte philosophique, dont il faut avec soin goûter les sensations, suggestions et sagesses. Même si les poèmes, intercalés en ouverture de chacun des dix-huit chapitres, ont du mal à nous convaincre, quand la prose de Stefano Benni se suffit à elle-même. Car elle sait nous enchanter de la jeunesse trop vite passée du protagoniste, de son ermitage troublé, comme ce souffle trop rapide de l’amour charmeur et charmé, chaste et cependant bien vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous-titré « Histoires de solitude et d'allégresse », ce recueil qui se donne avec autodérision pour La Grammaire de Dieu, rassemble vingt-cinq récits tristement marrants, où les situations d'incommunicabilité burlesques et pathétiques dévorent le quotidien et la vie de nombreux personnages : nous tous en fait.

Monsieur Remo et son chien Boom ne peuvent se passer l'un de l'autre. Lui voudrait se débarrasser de cette affection collante, l'autre le suit jusque dans l'assomption du suicide. Un pauvre type achète quatre portables pour se téléphoner à lui-même et en mettre plein la vue, avant de se faire bientôt appeler « le masturbateur téléphonique ». Hélas, il ne peut payer ses factures astronomiques... Alice a beau s'imaginer au pays des merveilles, elle reste une gamine sans domicile fixe, bousculée par la terreur des rues et des drogués, par l'accueil rogue des employés de la bibliothèque publique, par les dragueurs... On rencontre un riche vieillard nostalgique dont «  les épines ont une fleur », une « crèche vivante » pleine d'humour et d'ironie...

Autour et au-dessus de nous, « La grammaire de Dieu » voit ses signes drôlement distribués : elle est incompréhensible pour le quidam. En effet, même si certaines histoires sont moins nécessaires, la plupart dépassent le simple divertissement : leur solitude, quoique souvent triviale, a quelque chose de pascalien. Derrière ces hommes et ces femmes que la vie oublie de transmuer en gagnants ou en héros, malgré leurs joies et leur carpe diem, le vide métaphysique se profile et les avale sans qu'il n'en reste rien, sinon la chair émouvante de ces fictions, comme en témoignent l'histoire du « flammercock » qui voit s'éteindre les cheminées, et la dernière, avec la Mort…

 

Entre roman de société et intrusion du merveilleux, entre désarroi quotidien et vide métaphysique, il faut saluer cette réussite incontestable du réalisme magique. Qu'il renouvelle sans cesse jusque dans les récits sous-marins du Bar sous la mer où se pavane une ébouriffante intertextualité. S'il fallait pour Stefano Benni chercher des filiations, quoique son don de fantaisie soit unique, on pourrait penser à Buzzati pour le sens de l'absurde, des retournements de situations et des chutes surprenants, mais aussi à Calvino pour l'étrangeté fantastique.

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles parus dans Le Matricule des anges, avril 2009 et juillet-août 2014

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

Museo de Guadix, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 17:02

 

Glacier de Zinal, Valais, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Tarjei Vesaas : Le Palais de glace,

 

un roman venu de la splendeur du froid.

 

Tarjei Vesaas : Le Palais de glace, traduit du néo-norvégien

par Jean-Baptiste Coursaud, Cambourakis, 176 p, 18 €.

 

 

 

 

 

      A la recherche de la chaleur du froid… Etrange Tarjei Vesaas ; cet homme monolithique, né en 1897 et mort en 1970, n’a guère quitté les provinces reculées de Norvège, mais pour y ancrer une œuvre abondante, quoique aussi lapidaire que profonde. La scène emblématique du Palais de glace est à cet égard révélatrice : une jeune fille reste splendide au cœur d’une cascade de gel, dans une sorte de continuité allégorique entre la vie et la mort. Au moment où une nouvelle traduction  offre à ce roman une plus rugueuse vie, il est de nouveau temps de s’interroger sur la dimension existentielle de l’auteur des Oiseaux et de L’Incendie.

 

      Une fillette se change en cristal de beauté ; tel pourrait être l’argument du Palais de glace. Pourquoi ? Parce que « les hommes déterrent les peines qu’ils pourraient ressentir puis les enracinent dans ce jeu nocturne tout en lumières et en pressentiment de mort ». On comprend alors que l’ancrage réaliste du récit est dépassé par la dimension du conte.

      Avec retenue, la dimension psychologique s’impose également : le narrateur (alors que Vesaas avait soixante ans) parvient à s’immiscer en toute plausibilité dans le psychisme et l’amitié de deux fillettes de douze ans, Siss et Unn, qui, si elles se montrent nues l’une à l’autre, sont moralement mises à nu, ce dans leur découverte prudente et ébahie de l’autre et du monde. En une étonnante différence avec la population alentour, qui veut sauver et retrouver l’enfant perdue, Siss préfère le silence et préserver la pureté de cette glaciation sculpturale : là où un rêve est vécu jusqu’à l’assomption fatale… Régis Boyer, éminent traducteur et spécialiste de la littérature scandinave, qualifie la mort de la petite Unn, pétrifiée dans la glace, de « morceau le plus parfait qu’ait jamais conçu Vesaas ». Mieux, « elle a changé d’état, elle est entrée, consentante, dans une gloire de beauté totale »[1].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Tarjei Vesaas écrit à peine dans la perspective du suspense. Au contraire d’un quelconque thriller, il faut lire Le Palais de glace, voire ses autres romans, comme Les Oiseaux[2], pour y trouver un bref tableau des mœurs, des paysages où les excès et les douceurs éphémères de la nature règnent en maître, une atmosphère envoûtante. On découvre ainsi une imagerie plastique, surtout lorsqu’il s’agit de dresser le décor de cette cascade et grotte de glace qui est le motif récurrent, provisoirement figé et en évolution, parmi ce qui confine au poème en prose, impitoyable et cristallin :

      « Elle était fin prête pour le sommeil. N’avait-elle pas chaud, peut-être ? Le froid, en tout cas, avait délaissé ces lieux. Les motifs sur le mur de glace dansaient dans la pièce, la lumière se faisait plus éblouissante. Ce qui était censé se redresser, se renversait -et tout à l’intérieur n’état que lumière déflagratrice. Pas un instant Unn ne songea que c’était étrange : c’était comme ça, il ne devait pas en être autrement. Elle voulait dormir à présent ; elle était indolente, alanguie, et elle était prête pour le sommeil. » Ce qui s’écrivait ainsi dans la précédente traduction d’Elisabeth Eydoux[3] : « Elle se sentait prête à s’endormir. Et même n’avait-elle pas chaud ? En tout cas, il ne faisait plus froid. Les dessins sur les murs se mirent à danser, comme dans un tourbillon. Tout se confondait dans cet éclatement de lumière. Pas une seule fois, elle n’eut une idée d’étrangeté. Ce qui se passait lui semblait normal. Elle éprouvait une impérieuse envie de sommeiller. » Si la différence n’est pas toujours flagrante, il semble bien que la nouvelle traduction de Jean-Baptiste Coursaud, en dépit de notre ignorance abyssale de cette langue rurale qu’est le « néo-norvégien », soit plus âpre, plus suggestive ; plus initiatique en fait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La vie n’est alors qu’un bref épanouissement parmi l’impitoyable don de la nature. À quelques-uns, dont le lecteur bousculé, effrayé et choyé à la fois, il est donné de contempler la transfiguration de l’être en œuvre d’art naturelle, ce qui est un oxymore. Non content de passer pour un auteur régionaliste, Tarjei Vesaas, en nombre de ces pages, est à la recherche de ces moments où l’écriture transfigure le quotidien, l’espace, les êtres. Il ne semble pas y avoir d’au-delà pour lui, seuls le rythme des travaux et des jours ruraux et l’immanence de la beauté peuvent donner un sens un désarroi existentiel ainsi calmé.

      Car en d’autres romans de notre Norvégien, le tragique s’impose d’une manière moins lumineusement poétique : dans L’Arbre de santal [4], une femme enceinte, et hantée par les menaces d’une obscurité innommée, part pour un voyage que l’on devine dangereux, malgré la venue espérée d’une nouvelle vie ; dans Le Germe[5], une île presque édénique et ses habitant sont bouleversés par l’arrivée d’un homme qui est peut-être l’allégorie du mal, là où il est question « d’expier leur sauvagerie ». Quant à La Maison dans les ténèbres[6], son huis clos de tortures et de mort n’est pas seulement une allégorie satanique. Cette œuvre noire entre toutes, « là où la mort nettoiera la maison », fut conçue pendant que la Norvège était occupée par les Allemands : résistance, collaboration, gestapo y sont implicitement figurées.

 

       Que reste-t-il de l’art quand « le palais s’écroule » ? Que restera-t-il de l’art quand la figuration du mal n’aura même plus de sens, quand la mort du soleil aura anéanti tout lecteur possible d’un livre de Tarjei Vesaas ? Le tissu fragile des phrases, du massif romanesque, reste avec lui un ancrage éprouvant et lumineux au sein de notre interrogation métaphysique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Cahier Tarjei Vesaas, Plein Chant, 1985, p 8.

[2] Tarjei Vesaas : Les Oiseaux, Plein Chant, 2000.

[3] Flammarion, 1975.

[4] Tarjei Vesaas : L’Arbre de santal, Actes Sud, 1993.

[5] Tarjei Vesaas : Le Germe, Flammarion, 1992.

[6] Tarjei Vesaas : La Maison dans les ténèbres, Flammarion, 1994.

 

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:58

 

Plage des Prises et Pertuis d'Antioche, La Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

John Burnside, romancier du mal et de l’artiste :

 

de La Maison muette à l’Eté des noyés.

 

 

 

 

John Burnside : La Maison muette ; Une Vie nulle part, L’Eté des noyés,

traduits de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard,

Métailié, 2003, 204 p, 16 € ; 2005, 432 p, 22 € ; 2014, 324 p, 20 €.

 

 

 

 

        Nuits profondes, aphones, lumières intenses et brumes nordiques : c’est dans cet univers qu’évoluent les personnages, fascinants et terribles, attirants et splendides, quoique non sans inquiétude, de John Burnside, romancier écossais, né en 1955. Au point qu’ils soient les générateurs d’une noirceur insondable, ou, plus modestement, contaminés par de dangereux mystères. Cependant, si ceux de La Maison muette sont définitivement condamnés, sui generis ou par un tortionnaire, ceux de L’Eté des noyés peuvent ne se laisser que passagèrement effleurer par le mal, pour résolument préférer leurs destinées d’artistes…

 

        Quand le docteur Frankenstein cherche et trouve l’étincelle de la vie pour sa créature, et n’en verra que des conséquences de mort, le narrateur de La Maison muette cherche « le siège de l’âme ». Forcément ce dernier tuera ses deux jumeaux. Non sans avoir procédé à de nombreuses expériences. Car élevés -si l’on peut encore utiliser ce terme- sans contact aucun avec la parole humaine, il s’agit d’observer comment ils vont se développer, communiquer, comment ils vont se découvrir ou se construire une âme. Mais, irrité par leur étrange « chant », le tortionnaire procède à des « laryngotomies ». Son « expérience » a tout, en apparence, d’une quête autant scientifique qu’initiatique : « je n’eus qu’à m’ouvrir une voie dans ce gisement de désir et trouver ce filon caché de scories et d’or ».

        Comme chez Sade, le désir d’un individu soumet à son irréfragable loi les objets et les instruments de son désir. À moins qu’ici le sadisme soit secondaire, voire absent ; seule subsiste une insensibilité absolue à autrui, à ses affects. S’agit-il d’un comportement autistique, d’une forme évoluée du syndrome d’Asperger ? Il tue un chat comme il tue ses enfants, s’abritant derrière un discours philosophico-scientifique : « Quelque chose, chez eux, transcendait la distance entre l’humain et l’animal ». À ce multi-meurtrier échoient la dernière sensation du roman : « un indéniable instant de grâce divine ». Repensons à Dostoïevski, qui dans Les Frères Karamazov fait parler Dimitri « Si Dieu est mort […] alors tout est permis[1] ». Chez John Burnside, le crime est sans châtiment pour celui qui monopolise Dieu et croit le devenir.

        À quelle dimension morale, ou plus simplement descriptive, obéit l’écriture de John Burnside ? Mis à part les objurgations de ces poèmes à thèse écologistes, il semble bien qu’il agite parmi ses pages les ressorts du fantasme et de la peur. C’est à dire, pour reprendre des figures signifiantes de la mythologie grecque, Phantasos et Phobétor, ces aides du dieu du sommeil, Hypnos, qui viennent illuminer et hanter nos rêves agréables et nos cauchemars. Sans oublier Morphée, celui qui se change en tous les personnages dont nous rêvons. En ce sens, plonger dans la littérature, c’est plonger en un sommeil qui éveille, en une métamorphose où nous devenons les personnages du romancier, qui sait figurer nos peurs et nos désirs. Si des monstres comme l’expérimentateur de La Maison muette existent, la fonction descriptive et synthétique du roman est à son comble. Autant que la figuration d’un être de cauchemar, à côté duquel le docteur Frankenstein n’est qu’un aventureux inconscient dont les expériences vont trop loin, un homme qui n’est pas dépourvu de sensibilité humaine, au contraire du glacial clinicien de John Burnside. Personnage qui n’est pas sans faire songer au docteur Mengele du nazisme et de sinistre mémoire. L’on sait que ce dernier travailla sur les jumeaux à « l’Institut de Biologie Héréditaire et d’Hygiène Raciale de Frankfort », en 1938, qu’il poursuivit ces recherches à Auschwitz, injectant nombre de produits délétère à des jumeaux, abattant 111 d’entre eux, puis les autopsiant…

        Le ton résolument dépourvu d’empathie de la narration, la rigueur hallucinée du clinicien n’empêchent pourtant pas le lecteur de frémir à chaque page de La Maison muette. Mais aussi de ressentir ce cruel apologue comme un réquisitoire implacable contre une recherche scientifique dévoyée, contre un sadisme habillé des oripeaux de l’expérimentation. John Burnside est-il un artiste du mal, ou n’est-ce que son personnage ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Loin de cet être effroyablement exceptionnel, Une vie nulle part oscillait entre roman et document sociologique. Ce « nulle part » du territoire anglais oscille en effet entre le portrait très intériorisé d'une famille, de quelques amis, et le tableau des conditions de vie et de rêve de gens modestes de Corby, ville d'aciéries sans perspective. Tour à tour disséqués par le narrateur, ce sont Alma, la mère, Alina l'adolescente, Dereck le grand frère, Francis et son ami Jan... Comment s'échapper de cette ville sans horizon, de ses frustrations, de sa routine, de ses boulots sans grandeur ? Suffit-il de brûler une Bible, cette « panoplie complète de mensonges », d'écrire des chansons que personne n'entendra jamais, de se passionner pour l'astronomie ? À moins qu'on imagine de partager « l'Hostie sacrée de l'acide »... S'en suivent la fascination pour les sectes, l'errance sur les routes anglaises jusqu'à une Californie qui ne tient guère ses promesses. Tommy, lui, « adorait le monde, mais ce qui le décevait, c'était le monde que créaient les gens, les institutions, les règles, les conventions ». Hélas, il reste voué à Corby, « corps et âme ». John Burnside nous livre un bilan doux-amer, agrémenté de la révélation surprenante de la culpabilité d'un meurtrier, réussissant à faire de ce livre un panorama convaincant de l'âme humaine. Si elle n'abusait pas tant de la patience du lecteur par sa lenteur méticuleuse, cette belle prose onirique venue d'une mouvance d'écrivains écossais généreuse et inquiète serait aussi prenante que judicieusement analytique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          L’Eté des noyés laisse entendre quelque chose d’également fort tragique. Il est pourtant beaucoup moins sombre, même si la menace du fantastique irise l’été arctique en ce roman de formation d’une adolescente. Cependant, s’il y a bien des noyés -deux jeunes frères qu’une barque a mystérieusement perdus, voire un couple-, nous ne sommes en rien sûrs de l’enchainement des faits, là où aucune enquête sérieuse n’est menée, en ces circonstances, qui sait suicidaires, sinon criminelles. L’hésitation fantastique, de par cette « huldra », qui telle une envoutante sirène, une séduisante Lorelei, attirerait les hommes, nait de la focalisation interne : la jeune narratrice, Liv, croit -ou veut se faire croire- en la possibilité et la vision de cette surnaturelle créature du rivage norvégien. Ne s’agit-il que de rêverie romanesque, d’hallucination passagère, de frange de la folie, « d’infimes poches d’apocalypse dans la trame de la réalité » ? N’y-a-t-il pas des causes tout simplement accidentelles, ou dépressives, ou encore volontaires, à ces noyades, ces disparitions, pour lesquelles Liv se garde bien de chercher avec plus de précision des explications rationnelles ? Tout en ayant bien conscience que « la huldra n’était qu’une vue de l’esprit, la métaphore […] un secteur sur la carte qui permet de naviguer dans un monde impossible ». Ce qui montre que le désarroi psychologique et l’inquiétude existentielle devant la mort de L’Eté des noyés ne veut pas aller jusqu’à la puissance maléfique de La Maison muette.

        L’intérêt du roman est en effet peut-être ailleurs, là où la dimension lyrique est infiniment plus prégnante. Surtout dans la personnalité de la mère de Liv, Angelika, qu’elle appelle toujours « Mère », artiste paysagiste retirée dans la solitude des rivages arctiques, à l’extrême nord de la Norvège. Ainsi que dans l’initiation à l’âge pré-adulte de Liv. Un père disparu l’oblige à presque le revoir lors d’un voyage éclair en Angleterre, pour lui permettre d’accepter encore plus sa décision de ne pas quitter sa mère, ni le cercle polaire aux étés nimbés du soleil de minuit. Ainsi, elle pourra devenir l’artiste « cartographe » qui sublime ses pulsions d’observatrice, voire de voyeuriste, et qui se veut « l’espion de Dieu » : car la vue, la photographie, y compris au moyen de jumelles, la peinture, y compris de rares et signifiants portraits, dont celui de la « huldra », sont à la fois des fins en soi pour les personnages, mais aussi des catharsis. Jusqu’à la pure perfection des paysages peints par la mère artiste, résolument à l’écart du monde contemporain et qui rend « perceptible la vie silencieuse des objets », dit-elle, citant Diderot à propos de Chardin. Si la peur est bien partie prenante de ce cauchemar, le conte fantasmagorique se laisse dominer par les images du fantasme, celle de la mère de Liv, belle longuement courtisée par ses prétendants, celle de l’art, pictural et, in fine, romanesque.

 

      Tous ces romans ont le mérite de proposer des portraits psychologiques radicalement opposés. Même si les deux femmes de L’Eté des noyés ne brillent pas toujours par leur puissance affective apparente, malgré l’indéfectible lien mère-fille, elles sont des contre-modèles bien plus positifs que le meurtrier de La Maison muette. Si elles parlent peu, si elles cultivent la solitude, elles savent vivre avec une relative frugalité dans une nature intense et préservée, tout en contribuant au monde par la création et le commerce de leurs œuvres d’art, quoique l’on puisse regretter que la lignée s’arrêtera probablement avec Liv, en une décroissance discutable.

        La patience hypnotique de l’écriture John Burnside pourra irriter ou enchanter le lecteur. Il excelle à rendre les noirceurs de la perversion autant que les lumières blanches et vives des îles du cercle polaire. Clinicien de l’âme humaine et peintre de l’âme des paysages naturels les plus extrêmes, il sait manier une palette aux humeurs multiples. Un père destructeur dans Un mensonge sur mon père, où l’on devine la dimension autobiographique, la réversibilité du mal dans Les Empreintes du diable, la pollution autant des corps que des âmes dans Scintillation[2], qui met en scène un thriller dans une friche industrielle contaminée… Qui sommes-nous, pouvons-nous être intouchés par le Mal ? Toutes interrogations écologiques, existentielles et métaphysiques qui trouvent leur pendant parmi les poèmes vigoureusement engagés en faveur de l’écologie que John Burnside oppose à une civilisation qu’il pense destructrice.

 

        Nul doute que révulsé par l’anti-héros de La Maison muette, il partage le goût de l’isolement nordique des deux femmes artistes qui surplombent L’Eté des noyés. En ces deux romans, qui n’ont pourtant rien de jumeaux, l’identité en formation, et son âme native, sont les noyaux de la posture conceptuelle de John Burnside. Angoissantes séquestrations, inquiétantes disparitions, personnalités artistiques d’exception, ces deux volumes de John Burnside évoluent entre les bornes troublantes des violences réelles et des terreurs fantastiques. Il n’est alors pas exagéré de ranger son œuvre parmi les avatars contemporains du roman gothique, dont La Pléiade, en une piqure de rappel, douloureuse autant que splendidement bienvenue, nous propose bientôt une intense anthologie, entre Le Moine de Lewis et Frankenstein de Mary Shelley…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Dostoïevski : Les Frères Karamazov, IV, XI, 4.

[2] Métailié, 2009, 2008, 2011.

 

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 16:55

 

Passo Sella, Südtirol, Trentino Alto-Adige. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Pour une archéologie de l’écologie politique :

 

d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk.

 

 

 

 

Peut-être faut-il aller chercher l’origine de l’écologie politique dès l’antiquité. En fouiller, en déterrer les vestiges depuis les mythes. Ensuite, en passant par le romantisme et le marxisme, le terreau de l’écologie politique a verdi et reverdi en de multiples avatars, depuis le champ de la vertu morale, en passant par la nécessité scientifique et humaniste, jusqu’à la tentation totalitaire… Âge mythologique, âge scientifique, âge politique, donc idéologique, sont les étapes d’une pensée écologique qui cependant aujourd’hui reste embourbée dans ses prémisses. Devons-nous appeler de nos vœux la décroissance pour retrouver une pure nature ? Ou un âge économique, appuyé sur la permanence de l’éthique scientifique, qui grâce à l’offre concurrentielle saura contribuer à offrir un air sain, des énergies propres, des espaces esthétiques et naturels, aux côtés de nos espaces artificiels et également esthétiques, à une demande démocratisée…

 

 

À l’aube des Métamorphoses d’Ovide, âge mythologique s’il en est, réside l’âge d’or, ère heureuse d’osmose totale avec une nature généreuse :

La terre, vierge encor, fertile sans culture,

Du soc qui la déchire ignorait la blessure.

[…]

Ce fut le règne heureux d’un éternel printemps[1] »…

Bientôt, l’âge d’âge d’argent, de bronze et, pire, l’âge de fer vont dégrader ce paradis originel. Métallurgie et travail asservissent l’homme dévasté par les guerres et par « la soif de posséder », tandis que :

« La terre, ainsi que l’air, longtemps libre et commune,

Connut de l’arpenteur la limite importune. [2]  »

Un schéma voisin innerve la Bible : le jardin d’Eden est le lieu de l’innocence et du bonheur, bientôt fermé par le péché originel, condamnant Adam et Eve au labeur agricole et aux souffrances. Mythologie gréco-romaine et judéo-chrétienne s’unissent pour illustrer la nostalgie d’une nature parfaite et intouchée, d’une Gaïa maternelle et bienheureuse…

Un discours de la nature originellement bonne est dès à présent -et plus exactement dans l’éternel présent du désir, du fantasme et de l’imagerie- mis en place pour l’éternité des représentations. Foin de la nature ingrate et dangereuse, dont il faut se défier, se délivrer par la technique, le naturel parait rester supérieur à l’artificiel. L’artisanat, la science et la technologie auront beau améliorer considérablement la condition humaine, une aura de justesse éthique et de perfection permet au discours de l’âge d’or primitif de  subvertir et de remplacer le réel.

La virtu romaine des philosophes, qu’ils soient épicuriens ou stoïciens, recommande la proximité de la nature. Ce pourquoi Rousseau, dans sa prosopopée de Fabricius, exalte « ces toits de chaume et ces foyers rustiques qu’habitaient jadis la modération et la vertu », tout en conspuant le luxe, les sciences et les arts : « hâtez-vous de renverser ces Amphithéâtres ; brisez ces marbres ; brûlez ces tableaux ; chassez ces esclaves qui vous subjuguent, et dont les funestes arts vous corrompent[3] ». Dans son Essai sur l’inégalité, Rousseau est resté fidèle à la vision mythologique d’Ovide : «  La Terre abandonnée à sa fertilité naturelle et couverte de forêts immenses que la cognée ne mutila jamais[4] ». Dans la seconde partie de cet essai, il dénonce avec fureur les ravages humains sur une planète qui ne connait pas encore le mot écologie : « Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs, n’eût point épargné au Genre-humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables. Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n’est à personne. […] il fallut faire des progrès, acquérir bien de l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature.[5] »

Ainsi, non content d’être à l’origine du communisme de sinistre mémoire, Rousseau est à l’origine d’une écologie politique régressive. Celui qui inventa en français le mot romantique dans sa « Cinquième Promenade[6] », fut pourtant, il faut le reconnaître, l’un des inventeurs d’une nouvelle et bienvenue sensibilité à la nature sauvage : « sur les hautes montagnes où l’air est pur et subtil, on se sent plus de facilité dans la respiration, plus de sérénité dans l’esprit […] les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime[7] ».

C’est au XIXème que la sensibilité écologique trouvera à s’épancher dans les tableaux de Turner et de Friedrich, non sans que le romantisme entraîne la naissance de surgeons américains, d’Emerson à Thoreau, jusqu’à l’étudiant de « l’université de la nature sauvage[8] », découvreur de l’ouest américain et fondateur du Sierra Club, en 1892, John Muir, dont les Célébrations de la nature[9] associent au lyrisme de l’écriture un talent scientifique de naturaliste. Car les naturalistes, au-delà de Rousseau qui aimait herboriser, deviennent, de Buffon à Linné, ceux qui permettent à la sensibilité écologique d’atteindre son âge scientifique : « Dès qu’on a acquis une connaissance réelle, caractéristique, des produits de la nature, on peut alors étudier avec fruit leurs rapports, leurs phénomènes, leurs qualités, leurs propriétés, leurs usages. Par ces connaissances, on voit évidemment que la science de la nature est le fondement de la diète, de la médecine, de l’agriculture, de l’économie domestique ; et, ce qui est le plus intéressant, tous ces rapports combinés entre eux constituent une grande branche des connaissances humaines, et ce que nous appelons l’économie de la nature », ainsi Linné présentait-il, en 1805, son Abrégé du système de la nature[10].

 

Eisen : L'âge d'or et l'âge d'argent. Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1807.

Photo : T. Guinhut.

 

De Humboldt à Linné, de Darwin à Fabre, l’âge romantique de l’écologie fait sa mue en âge scientifique. En 1866, le biologiste et zoologiste Haeckel forme le mot écologie pour signifier la science des milieux vivants, avant que dans la seconde moitié du XXème siècle elle devienne une doctrine visant une meilleure adaptation de l’homme à son environnement, puis, plus tard, un courant politique défendant cette doctrine. Au point que l’écologie puisse aborder son âge idéologique.

En 1974, René Dumont, alors candidat à l’élection présidentielle française, lançait son comminatoire « L’écologie ou la mort », présageant avant la fin du siècle « l’épuisement des réserves minérales et pétrolières » […] « la dégradation poussée des sols […] la pollution devenue insoutenable de l’air et des eaux […] une altération des climats[11] »… Que les dégradations des sols, les pollutions ne manquent pas, personne ne le contestera, quoiqu’en Occident bien des rivières aient retrouvé leur relative pureté grâce aux stations d’épuration, quoique le sinistre smog et les pluies acides aient disparu, grâce à la diminution des industries et des chauffages liés au charbon -en particulier dans l’ex-bloc communiste- cet épuisement des ressources n’a pas eu lieu. Sans cesse, nouvelles découvertes et nouvelles technologies repoussent l’horizon de l’épuisement du pétrole et du gaz. Jusqu’à ce que de nouvelles énergies, dont peut-être nous n’avons pas aujourd’hui la moindre idée, viennent les remplacer. Quant aux ressources minérales, recyclage et mutations des produits ne se feront pas faute de proposer de nouveaux horizons de consommation…

Certes les ressources halieutiques sont mises à mal, les abeilles se raréfient, la Chine est une cocotte-minute brûlante de pollution, les fonds marins ex-soviétiques sont parsemé d’armes et de déchets nucléaires, les forêts tropicales se défont comme peaux de chagrin. Chaque espèce animale ou végétale disparaissant équivaut à une culture évanouie, parallèle que Pascal Picq met en lumière dans son essai De Darwin à Lévi-Strauss. L’homme et la diversité en danger[12].

La terre, la nature, n’a en rien été faite à l’usage de l’homme, encore moins à son usage exclusif. Ce qui peut conduire Paul Shepard à avoir conscience que « récolter n’importe quelle nourriture, c’est tuer des êtres vivants », et à penser en post-rousseauiste que « la qualité de la vie humaine a commencé à se détériorer avec la domestication des plantes et des animaux[13] », rejetant la culpabilité écologique originelle sur l’agriculture. Ce qui conduit les tenants de la « Deep ecologie », comme Arne Naess, à « éprouver un respect profond, voire une vénération, pour les différents formes et modes de vie », et postuler l’ « égalité de vie[14] » entre les hommes et les créatures. Cet égalitarisme écologique s’oppose à juste titre à la destruction des espèces, à moins qu’il dénie tout droit d’exploitation de la nature par l’homme, voire toute vie humaine. Vaut-il mieux alors imaginer, comme Michel Serres, « la passation d’un contrat naturel de symbiose et de réciprocité où notre rapport aux choses laisserait maîtrise et possession pour l’écoute admirative, la réciprocité[15] » ? Le risque pour l’écologie politique est alors de se mettre à voter les lois de la nature, comme le préconise Eric Aeschimann[16]. À ce compte l’idéologie et la démocratie vont de pair pour trahir la science, voire préparer une tyrannie écologique.

«Quel est « le manuel d’instruction du vaisseau Terre ? », se demande Peter Sloterdijk[17]. « La liberté d’exagérer et de gaspiller, et même pour finir, de pratiquer l’explosion et l’autodestruction » ; ce qui est l’opposé d’une liberté responsable, conforme au concept fondateur du libéralisme politique. Or, lorsque, arguant d’un changement climatique bien peu probant, « les climatologues sont ainsi entrés dans le rôle de réformateurs », on a tout à craindre de l’abandon de nos libertés pour la tyrannie responsable des verts. Sloterdijk compare alors cette réforme écologique, à « une sorte de calvinisme météorologique ». Ce qui reste un euphémisme, aussitôt corrigé par un plus pertinent « socialisme météorologique », dans lequel « chaque individu gérerait un petit crédit d’émissions qui lui serait accordé ». Cette gouvernance du climat par un état global écologique devenant « une sorte d’état de guerre écologique dans lequel on imposera ce qui ne peut être atteint sur une base volontaire [18] ».

 

 

      Au-delà du souci légitime d’une planète propre, d’espèces diversifiées et d’une santé humaine préservée, on a bien compris que les discours mythologiques et religieux d’une part, idéologiques et militants d’autre part, innervent et enveloppent dans une toile arachnéenne une pulsion de pouvoir continue. Pouvoir d’un discours d’écologie politique qui veut être le discours dominant et législatif, voire sacramentel, bientôt totalitaire.

      Car le ressentiment marxiste a trouvé dans l’écologie un exutoire prétendument imparable. Le concept de lutte des classes et son eschatologie terrienne de bonheur communiste ayant subi un vaste démenti (quoique jamais complètement assumé), une cause supérieure providentielle a rempli d’espérance les transfuges de la manipulation marxiste : voici en effet un autre moyen, prétendument scientifique et planétaire pour imposer une nouvelle tyrannie, pas si différente des anciennes. La crise capitaliste, toujours fantasmée, quoique précipitée par le boyau d’étranglement du socialisme, a été remplacée par la crise écologique comme levier d’une hégémonie sur les consciences et les actes, sur l’humanité enfin.

      Aux motivations politiques s’ajoutent des motivations psychologiques : une pulsion de culpabilité, de mort, accuse et punit l’homme d’exister, d’exploiter la nature. L’exploitant, fidèle en cela à la rhétorique marxiste, est un exploiteur indu et punissable. Pour l’écologiste, le capitaliste est le coupable originel, le bouc émissaire chargé d’assumer les péchés imprescriptibles de pollution et de destruction, confirmant la communauté de sentiments et de décisions du socialisme et du communisme d’une part, et de l’écologisme politique d’autre part. À la décroissance jalouse imposée par le marxiste génocidaire au riche bourgeois correspond la décroissance imposée au producteur par l’écologiste professionnel.

      Ainsi, nonobstant les progrès considérables au service de l’humanité apportés par l’exploitation des énergies fossiles, par le nucléaire civil, les OGM, les gaz de schiste[19] ou les nanotechnologies, l’écologie politique, nouveau Méphistophélès, est un « esprit qui toujours nie[20] ». Sa pensée magique est un obscurantisme non plus au service de l’humanité, mais de la décroissance économique et humaine, voire de la disparition exigée de l’espèce humaine, cette engeance qui a rompu le pacte originel de la prétendue pacifique interaction des espèces, minérales, végétales et animales…

      Le voile de l’écologie politique sur la réalité est évidemment de l’ordre de la prestidigitation intellectuelle, du travestissement des réalités, en particulier scientifiques et économiques, souvent trop complexes, attentatoires aux préjugés et aux fantasmes sécurisants. Enfumer le peuple, y compris au prix de mensonges, de rhétorique catastrophiste, de manipulations statistiques, comme lors de la grande fiction du réchauffement climatique aux causes anthropiques et de la vaste esbroufe du GIEC, permet alors de paraître être à même de sauver le monde et d’assurer son emprise politique, ses financements par les gogos, les associations, les fondations et les états, soucieux de se donner une image de respectabilité altruiste, quoiqu’en puisant dans la poche des contribuables bernés ; et en favorisant par un flot de subventions les technologies dites vertes (éoliennes, photovoltaïques…) dont le coefficient de rentabilité est le plus souvent désastreux, aux dépens de technologies novatrices que le capitalisme et le marché concurrentiel pourraient être amenés à mettre en œuvre…

 

Jean-Jacques Rousseau : La Nouvelle Héloïse, Barbier, 1845.

Photo : T. Guinhut.

 

     « La vulnérabilité critique de la nature par l’intervention technique de l’homme[21] » -pour reprendre Hans Jonas- doit permettre de penser que lorsqu’exploiter est une chose, préserver n’en est plus une autre ; car préserver les ressources naturelles, c’est pouvoir les exploiter en conscience. Pourtant, faute d’avoir toujours mesuré en toute conscience combien nous avons gagné à maîtriser la nature grâce à l’âge industriel, nous gardons des schémas inconscients qui nous rattachent à la nostalgie d’une fiction : une nature originellement bonne, et indemne de ces catastrophes climatiques, de ces pollutions naturelles. Ainsi de l’écologie politique il advient, pour reprendre Foucault, une « histoire de ces philosophies d’ombre qui hantent les littératures, l’art, les sciences, le droit, la morale et jusqu’à la vie quotidienne des hommes ; histoire de ces thématismes séculaires qui ne se sont jamais cristallisés dans un système rigoureux et individuel, mais qui ont formé la philosophie spontanée de ceux qui ne philosophaient pas[22] ». C’est ainsi que l’on peut se livrer à une « analyse des opinions plus que du savoir, des erreurs plus que de la vérité, non des formes de pensée mais des types de mentalité[23] ». Car l’écologie politique est plus une doxa idéologique, une stratégie de pouvoir, qu’une philosophie assise sur une science raisonnable et raisonnée.

 

 

      Après l’âge mythologique ou religieux, la foi ovidienne et rousseauiste a peu à peu été balayée par la science et la raison, autant que par la pollution. L’empathie pour la nature que nous habitons et qui nous abrite, si nécessaire soit-elle, ne doit pas se diriger, en une nouvelle dérivation de la foi, vers un socialisme écologique à vocation tyrannique, mais vers une réactivation des sciences dans la perspective d’une écologie responsable. Ainsi l’économie écologique ne sera pas menée par des idéologues qui jettent l’argent des fiscocraties par les fenêtres, mais par une interaction de l’offre et de la demande, entre citoyens soucieux de vivre aux côtés d’une nature respectée et productrice d’une part et entreprises du capitalisme libéral d’autre part : « Dans le monde des entreprises, celles qui obtiennent les meilleurs résultats économiques et sont les plus innovantes sont souvent celles qui obtiennent les meilleures performances sur le plan à la fois humain et environnemental[24] », note Pascal Picq. Ne faut-il pas appeler de nos vœux cette « économie de la nature », pour reprendre la formule chère à Linné ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Ovide : Les Métamorphoses, traduction Desaintange, Desray, 1808, p 12-13.

[2] Ovide : ibidem, p 17.

[3] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur les Sciences et les Arts, Œuvres III, Pléiade, 2003, p 14-15.

[4] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine de l’égalité, Œuvres III, Pléiade, 2003, p 135.

[5] Jean-Jacques Rousseau : ibidem, p 164.

[6] Jean-Jacques Rousseau : Les Rêveries du promeneur solitaire, Œuvres I, Pléiade, p 1040.

[7] Jean-Jacques Rousseau : La Nouvelle Héloïse, I, XXIII, Œuvres II, Pléiade, p 78.

[8] John Muir : Souvenirs d’enfance et de jeunesse, José Corti, 2004, p 186.

[9] John Muir : Célébrations de la nature, José Corti, 2011.

[10] Cité dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, Champs classiques, 2013, p 37.

[11] Cité dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, ibidem, p 213.

[12] Pascal Picq : De Darwin à Lévi-Strauss. L’homme et la diversité en danger, Odile Jacob, 2013.

[13] Paul Shepard : Nous n’avons qu’une seule terre, José Corti, 2013, p 11 et 14.

[14] Cité dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, ibidem, p 238-239.

[15] Cité dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, ibidem, p 303.

[16] Eric Aeschimann : « Le climat mis au vote », Libération, 20 12 2010.

[18] Peter Sloterdijk, dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, ibidem, p 347 à 357.

[20] Goethe : Faust I, Théâtre complet, Pléiade, 1951, p 86.

[21] Cité dans : Les Grands textes fondateurs de l’écologie, ibidem, p 272.

[22] Michel Foucault : L’Archéologie du savoir, Gallimard, 1969, p 179.

[23] Michel Foucault : ibidem, p 179.

[24] Pascal Picq : ibidem, p 261.

 

Lichen, Llanos del Hospital, Benasque, Alto Aragon. Photo T. Guinhut

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:29

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Steve Tesich : un Price pour Karoo,

 

ou la revanche des anti-héros.

 

 

Steve Tesich : Karoo, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke,

Monsieur Toussaint Louverture, 608 p, 22 €.

Price, traduit par Jeanine Hérisson, Monsieur Toussaint Louverture, 544 p, 21,90 €.

 

 

 

On ne peut pas résister aux couvertures de Monsieur Toussaint Louverture. A leur grain sensuel, leur maquette plus colorée qu’un étonnant bonbon, ni, une fois parmi les pages, à leur papier, à leur typo… Et bien sûr à leurs textes, toujours un peu stupéfiants et décalés. Bref, à un tel écrin, se marie, pour le bibliophile, la dimension  savoureuse du roman… Pourtant, le toucher légèrement rugueux de Karoo et de Price aurait dû m’avertir. Tout paraissait y être : la marque de fabrique, les deux bonhommes sans tête qui se menacent du poing sur fond sable, une tête sans bonhomme… En effet, le premier roman n’a pas toute sa tête. Voire, comme son personnage éponyme qui se bat contre le vide, il manque réellement de tête. A moins que, après tant de piètres pages, sur un coup de tête, il frôle la génialité… Quant au second, il est possible qu’il ressemble à ce que sera la littérature lorsqu’elle aura perdu, en sa tête, toute sa culture…

 

Il y a quelque chose de suprêmement étonnant à constater qu’un roman couvert de louanges par une presse consensuelle, voire suiveuse, puisse être, quoique fort lisible, passablement construit autour de ses personnages bien campés, d’abord aussi peu original. Pire, que presse et public paraissent se complaire dans le miroir à Karoo que renvoie la destinée d’un brillant raté qui n’a que le mérite d’assumer son ratage. Cette autobiographie fictive à la première personne est-elle quelque reflet de la vie de l’auteur ? Car l’on sait que Steve Tesich (1942-1996) était également scénariste pour Hollywood. En tous cas, elle nous reflète tous…

Le destin de l’homme Karoo, est-il le seul que nous puissions raisonnablement espérer construire ? Riche, gras, empuanti de cigarettes et livré à l’esclavage d’un alcool qui ne parvient plus à l’enivrer, il est également pitoyable mari demi-divorcé, père ingrat, monstre velléitaire, soudain amant attentionné ayant trouvé pour un temps son « genre de Saint Graal de fille ou de femme » (p 378)…

Son seul fait d’arme un peu glorieux -ce pourquoi on le paye grassement- est de réécrire et relooker les scénarios déglingués soudain sauvés par sa poupine main : ce pourquoi on l’appelle « Doc ». A peine a-t-il un « dilemme moral » (p 55) devant un script lumineux pour le saborder en lui donnant la construction narrative convenue et la touche de glamour vulgaire attendue. Ainsi, sans guère de remord, il sacrifiera un film secret et génial pour lui conférer les qualités commerciales requises et complaire à un producteur. Tout en réintégrant parmi « ce film d’art qui plaira aux masses » (p 433) les images de Leila, qui se révèle être la mère de son fils adoptif et dont il devient l’amant heureux en même temps qu’il se réconcilie avec le dit fils… Saura-t-il rédimer son moi au-delà du possible ? Amènera-t-il les deux personnes qu’il aime devant ce film qui devrait combler leur joie ? Il est à craindre qu’en une sorte de déterminisme existentiel piteux, seuls des éclats de bonheur et d’authenticité lui soient permis. Qu’il restera un handicapé solitaire de la vie… Si l’on concède que l’accident qui détruit ses projets de bonheur est bien digne d’un réalisme nécessaire, on ne peut s’empêcher de prendre un ironique recul envers le mélo, envers cette modeste métaphysique : « Qu’avait-il donc fait en se prenant pour Dieu ? (p 485). Et envers cette tragédie antique au petit pied : « il se sentait comme un héros damné et frappé d’hubris » (p 486). Sans compter les commentaires oiseux d’un narrateur qui chapeaute soudain son personnage à la troisième personne…

 

 

Cependant, à cet « alcoolo épique » (p 491) accro aux clichés, à ce menteur invétéré, on pourrait reconnaître le mérite de prêter la main à la satire des mœurs upper class, et de charcuter le milieu hollywoodien, ses joutes de pouvoir et ses filons éculés, ses suites d’hôtel qui sont « peut-être de l’art universel » (p 414). Suffit-il d’un tel roman pour éprouver « la beauté des banalités » (p 500) ? Ainsi, le producteur Cromwell, en « charognard » (p 502) de génie, saura faire de l’histoire de Leila, la serveuse morte le jour de la première de son film, un mythe américain vendable, puis en une formidable mise en abyme, reprendre l’histoire même de notre Karoo…

Notre société aime-t-elle tant les anti-héros minables pour que Karro soit ainsi lubrifié par les saintes huiles de la critique ? Est-il l’exact symptôme désiré de toute accession possible à la dignité de la personnalité ? L’écrivain Steve Tesich, qui ne connait guère l’art de concision, pratiquerait-il l’apologie de l’homme qui ne doit ses succès qu’à cause de ses minables capacités de réalisation intellectuelle en ce roman exaltées ? Cet écrivaillon, « cette gueule de bois sur pattes » (p 430), ce  frimeur aux coups foireux et juteux ne serait-il que la piètre consolation de nos insuffisances et de nos humilités ?

Certes, quelques allusions à Ulysse, parfois longuettes, une capacité réelle à l’auto-analyse peuvent sauver cette chronique d’abord distendue, lisible sans effort, et fleurer la modeste réussite. Mais à sans cesse tartiner le mythe du loser velléitaire aux superficialités criantes, n’est-ce pas payer bien cher la compensation de nos échecs, de nos trop humaines incapacités ? Nous sommes tous, virtuellement, des Karoo. Physiquement ruiné, les poches encore pleines, l’intellect foireux, un temps winner en l’éphémère pays d’une aimante famille recomposée, ce dernier nous proposerait-il, par le biais d’une nauséeuse identification, le seul modèle à notre portée ? Le héros de l’histoire littéraire descend une fois de plus au tréfonds de la désacralisation, sans guère la grâce d’une image coruscante, avec l’onction d’un style passablement plat, d’un humour parfois un brin enlevé… Quoique une pépite s’élève parfois : « Il me semble de plus en plus évident que ma vie personnelle est maintenant presque exclusivement composée de cette graisse, de ces scènes inutiles que j’ai si habilement éliminées des films et des scénarios des autres » (p 58). Combien ce roman eût-il pu être efficace si notre auteur avait su de même en éliminer les fades graisses inutiles, pour lui donner cette concision sculpturale de l’écriture et de la pensée qui lui manque tant ! Et pour lui donner ce « sens presque architectural des proportions » (p 530) que seul recèle un article écrit par un Prix Pulitzer sur le destin de Leila. Ainsi la vie de Karoo deviendrait une légende.

 

 

Il en reste alors comme l’impression que la belle couverture est salie par son roman, son rond de tasse à café, sa trace de clope froide. Sale type, sale mari, ce fou autodestructeur » (p 144), touché un moment par la grâce paternelle et amoureuse, a-t-il « le droit d’être heureux » (p 381) ? Le réquisitoire de Dianah, son épouse, est sans appel : « il faut vraiment que tu assumes les conséquences de ta personnalité. » (p 385). Le roman lui-même doit-il assumer les conséquences d’une telle personnalité adulée en même temps que moquée ?

Cependant, à la fin, Karoo et Karoo prennent, d’une manière inimaginable, par une pirouette géniale, de l’ampleur, de la hauteur : « l’idée de se reconnaître et d’être reconnu comme le personnage de l’histoire du magazine lui paraissait être la réponse au problème de devoir vivre sa vie » (p 530). La morale de ce roman serait là : devenir une œuvre d’art, fût-elle construite par d’autres, permet à notre anti-héros d’espérer que « les contradictions de l’existence s’évanouiraient » (p 530). Le véritable auteur de Karoo devient alors le producteur aux talents redoutables. La couverture de notre cher Toussaint Louverture se fait alors rachat et suavité : le finale en deux temps de son roman, tragédie et ironie du sort, est aussi sale que proprement splendide…

Si Dieu existe, qu’il me garde d’être Karoo ! Cette odyssée minable et brisée de soiffard d’alcool, d’amour et de succès, cette revanche médiatique et publique des écrivaillons comme Karro sur les authentiques génies… Pourtant, écrirais-je si ce livre n’en valait pas un peu la peine ? Car il est moins l’histoire d’un ratage de vie que la question de savoir à quel prix, grâce à quel art, de vivre, d’écrivain, de scénariste ou de cinéaste, on devient soi et œuvre d’art ? Et pourtant, j’aime tant les livres de Monsieur Toussaint Louverture ! Allez, même un peu, même un peu beaucoup, ce sale Tesich, ce Karoo cassé et rédimé par son auteur…

 

Tesich-Karoo-Espagnol.jpg Tesich-Karoo-EU.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus récente parution française, Price est en fait le premier roman de Tesich, publié en 1982, sous le titre de Summer crossing. Cette traduction connut d’ailleurs une première édition, Rencontre d’été, aux Presses de la Renaissance, en 1998. Si Karoo fut, dit-on, son chant du cygne génial (n’ayons pas peur du cancanement de l’hyperbole), nous pardonnerons aisément le retard de nos belles éditions Monsieur Toussaint Louverture à publier à sa suite ce qui exigea de son auteur une dizaine d’années d’acharné travail d’écriture.

Streve Tesich ne saurait il concocter ses romans que de personnages éponymes, probablement des alter egos, narcissiques pavés feuillus et désabusés ? Le jeune Price, du haut de ses dix-huit ans, n’est pas aussi vicelard et alcoolisé que son aîné, voire son futur moi, Karoo. Il est cerné par la banalité du drame : après avoir failli remporter un combat de lutte perdu par persuasion, un bac médiocre en poche, il n’a d’autre avenir qu’un aussi médiocre boulot dans l’usine d’en face. Freud et Misora, ses vieux potes, font débouler la conformité ou la révolte de leurs vies. Pour lui, un père médiocre en train de crever ; une mère illuminée de superstitions ; une jeune nana, prénommée Rachel, superbe et médiocre, en train de le toiser et qu’il aime à la folie… Essorez, lecteurs de cette vie perdue d’avance, les mouchoirs du misérabilisme et de la compassion ! Certes, en ce qui lit avec une aisance surprenante, en une dynamique narrative de voiture d’occasion des banlieues industrielles de Chicago en perte de vitesse, on ne parait pas s’ennuyer. Jusqu’à ce que le volume tombe des mains : quelle nécessité, sinon modestement sociologique, sinon l’alibi du roman de formation adolescente, charpente une telle littérature ? Tesich écrit bien ; sauf qu’aucune phrase, aucune image, ne semble douée d’un pensée un peu supérieure, d’une quelconque originalité persuasive. Certes, me direz-vous, il colle à son personnage, pauvre môme sans culture grandi trop vite parmi les gueules cassées de la classe ouvrière américaine, parmi les amours vulgaires avec des midinettes insupportables. Une vie déjà et prévisiblement irrémédiablement morne, avec la seule arme éphémère de la jeunesse, de la pulsion sexuelle et amoureuse, des potes pitoyables, des colères orageuses. On admettra qu’il y a là nombres d’ingrédients du roman psychologique. Surtout lorsque les choses se corsent. L’agonie du père, qui scande « Voués au malheur » (p 310), exacerbe le ressentiment oedipéen du fiston, à la limite du fantasme parricide, quand l’exhibitionniste liberté sexuelle d’une imprévisible Rachel, avec son amant aux cheveux gris et pseudo-père, exacerbe les manques et les jalousies de l’apprenti-amant aussi maladroit que mal payé de retour…

Avons-nous assez parlé de l’absence d’originalité du roman, des plats truismes d’une vie sordide, des poèmes guère palpitants que le greluchet envoie à sa dulcinée ? Il aurait pourtant été dommage de laisser le volume s’égarer sous le fauteuil de lecture, avant de découvrir, après un bien trop gros paquet de pages, que ce jeune homme perdu d’avance, qui s’écrie « Mon cerveau me terrifiait » (p 330), qui prend le fauteuil de son père défunt pour y « jouer les paralytiques » (p 465), imagine de poursuivre « Rachel en justice pour manque d’amour », ainsi que l’entier du « contre-interrogatoire » (p 466) devant un jury.

Mieux, il en vient à s’acheter une demi-douzaine d’agendas afin de prendre note des vies imaginaires de ses proches. Ainsi, les changements de point de vue, à l’instar d’un roman épistolaire où aucune lettre ne serait envoyée, font bouillonner les facettes d’autrui, en autant de brefs journaux intimes emboités, quoique d’un fort modeste apprenti plumitif. Rachel fait péter les boulons de son écrivain d’occasion en qui elle voit un garçon « prêt à se jeter du haut d’une falaise juste pour tomber amoureux » (p 489). Jusqu’à un chien d’aveugle, nommé Poochini, qui parle en prenant la tangente ; sans compter un James Donovan qui est un double fantasmatique de Daniel lui-même, pour qui « le destin n’est qu’un mirage » (p 537)… Finirait-on, malgré soi, par aimer Price, comme on a aimé Karoo ?

Il n’est pas douteux que Steve Tesich ait fait de Daniel Price ce qu’il aurait pu et dû devenir, s’il n’avait pas été un brillant étudiant en littérature russe et en écriture dramatique, donc un homme cultivé, puis un écrivain que d’aucuns disent, post-mortem, et malgré ses cuites récurrentes, brillant. Du coup, l’on finirait par avoir envie de lire les traductions, peut-être à venir, d’une dizaine de pièces de théâtre, de sa demie douzaine d’essais, parmi lesquels il se souffle que Monsieur Toussaint Louverture publierait en 2015 Un Mariage amateur.

 

On dit que Price, lors de son américaine parution, fut un roman-culte. En France, Karoo, avec 120 000 exemplaires vendus, surprit la cassette du succès. Là encore, qui sait combien de lecteurs ont cru s’y reconnaître… Qui sait si la littérature doit coller à nos destinées banales et sordides, ou les dépasser ? Ne serait-ce que pour ce type de questionnement qui se doit d’effleurer le lecteur, il faut remercier les belles couvertures et les honorables typographies de Monsieur Toussaint Louverture. La littérature romanesque à succès est-elle condamnée à devenir la répétition des odyssées de garçons incultes abordant l’âge adulte, de scénaristes vieillissants, soulographiques et polygraphes, tous anti-héros des amours cassées, parfois sublimées…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

Tesich-Sumer.jpg

 

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Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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