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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 18:06

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Emprunter les chemins de Goethe avec Pietro Citati :

 

Werther, Wilhelm Meister et Faust.

 

Pietro Citati : Goethe, traduit de l’italien par Brigitte Pérol,

L’Arpenteur Gallimard, 1992, 516 p, 28,40 €.

 

 

 

Qu’on ne s’y trompe pas : on n’ira pas chez Citati lire une énième biographie de Johann Wolfgang Goethe. Á ce compte-là, on ira plutôt consulter celle de Marcel Brion[1], qui est peut-être l’introduction à l’homme et à l’œuvre la plus aisée. Ou Poésie et vérité[2], autobiographie dans laquelle le maître de Weimar se raconte avec une fabuleuse confiance envers ses dons, ses curiosités et ses talents, même s’il s’arrête hélas son entreprise à l’âge de vingt-six ans. Mais si l’on croit savoir ce qu’il faut avoir vécu, observé, étudié et aimé pour être Goethe, on n’a finalement rencontré qu’un masque animé sous lequel, en un mystère de la création jamais résolu, se glissent et s’agitent les vies de ses personnages. Ceux-là mêmes élucidés par Pietro Citati.

 

Ce sont Werther, le légendaire amoureux romantique et suicidé pour lequel Goethe nous offre quelques éléments de la transposition et de son renoncement, et le tout jeune encore Wilhelm Meister, dont le théâtre de marionnettes enfantin est celui de l’auteur en gestation. Jusque-là, les clefs de la lecture biographique à la Sainte-Beuve restent opérantes pour déchiffrer l’œuvre achevée. Au-delà, seule une démarche comme celle de Citati fera rendre tout leur suc aux multiples figures qui culminent avec le Wilhelm Meister et ce second Faust qui nécessita trente ans d’écriture.

 

Resserrant son étude sur ces deux premières allégories de la condition humaine, peut-être faut-il une certaine familiarité avec Goethe pour lire avec plaisir et profit l’essai de Citati. Mais, avec lui, l’on pourra naviguer comme rarement dans le dédale de l’univers goethéen. Où, comme ses deux peut-être alter ego littéraires, Citati semble croire en sa bonne étoile, en la sauvegarde de son daïmon. Comme son modèle étudié, il a confiance en l’âme, nonobstant la connotation religieuse d’un mot peut-être pas si imprononçable dans notre contemporain (ne serait-ce que parce que Julia Kristeva l’utilise à l’envi dans Les Nouvelles maladies de l’âme[3]). Ainsi, ses héros pourront devenir ce qu’ils sont, en une nietzschéenne préfiguration. Si Werther ne devient qu’un cadavre, c’est par la vocation morale de l’écrivain, qui s’est ainsi délivré de cette tentation : mieux vaut suicider son personnage que soi-même, et faire œuvre de l’impossibilité amoureuse pour l’édification du lecteur. Quoiqu’une poignée d’entre eux eut l’insolence de revêtir l’habit bleu et jaune de Werther pour s’expédier dans l’autre monde d’un coup de pistolet.

Quant à Wilhelm Meister, jeune homme de théâtre itinérant, il se laisse promener parmi les plus romanesques aventures de l’existence, parmi lesquelles culmine la rencontre de la mystérieuse et attachante Mignon, qu’il ne comprend pas. Or, en ce roman d’initiation, il a besoin d’être guidé par « la Société de la Tour » pour se déterminer et se mettre enfin à travailler au bien-être de la société. Ce en quoi il rejoint la fin de Faust, qui se consacre à creuser des canaux au service de l'humanité, action qui lui vaudra, au-delà de son pacte méphistophélétique, d’être sauvé. Seule la puissance de connaissance et d’action de Faust peut permettre à Wilhelm Meister de toucher aux archétypes et aux intensités de l’expérience humaine et surhumaine, même si c’est pour buter contre le sarcasme de Méphistophélès, « l’esprit qui toujours nie », lui-même balayé par ce Dieu qui sauve à son nez et à sa barbe son grandiose élève. Il n’est alors pas indifférent de constater que Goethe, après le romantisme de Werther, revient en son classicisme, aux valeurs des Lumières allemandes, de l’Aufklärung de Kant…

 

Quand avec ses deux héros, mais non sans l’ombre de Faust, et en osmose avec Goethe, Citati parcourt le jardin du monde, on trouve, en son volumineux et nourrissant essai, une foi peut-être naïve, mais rafraichissante, en les possibilités de l’homme. S’il n’a pas l’ambition d’instaurer une distance critique, il veut d’abord comprendre et aimer son modèle, comme il aimera tour à tour Proust ou Kafka. Il raconte, commente et déplie, avec simplicité et émerveillement, grâce à une large culture, les rôles symboliques auxquels il s’identifie.

Rencontrer Werther, c’est trouver l’aporie de nos amours non réciproques et la passion qui innerve de son souffle la pulsion de mort. Rencontrer Wilhelm Meister, c’est accomplir symboliquement notre propre roman d’aventure et d’apprentissage, non sans s’interroger sur le choix de nos amours et d’une carrière. Rencontrer Faust, c’est toucher de nos neurones les plus intimes la finitude du désir et de la connaissance humaines. C'est aller jusqu’en leurs rêves que seul Goethe a su aussi loin accomplir, comme lorsqu’il permet, à son héros d’être la cause de l’amour et de la mort de Marguerite, de tutoyer les infinis du pouvoir et de l’espace, de vivre avec la mythique Hélène, non sans l’indispensable adjuvant du pacte avec le diable, via Méphistophélès…

 

L’architecture des grands livres de l’humanité ne semble pas avoir de secrets pour Pietro Citati, ce Florentin né en 1930. A travers Werther, héros de l’échec, et Wilhelm Meister, héros de la réussite, mais également à travers la transcendance exigeante de Faust, sinon de l’immense spectre de l’œuvre entière, il élucide de « vastes complexes métaphoriques », dont la teneur éthique et poétique nous ravit. Au-delà de l’Olympien aux lourdes œuvres complètes, Citati nous restitue un Goethe léger et éclatant, passionné des vies et des fins de la vie. Comme dans La Lumière de la nuit[4], son essai sur « les grands mythes dans l’histoire du monde », qui se termine pourtant sur « La mort des dieux », nous avons l’impression de « toucher du regard les choses divines ». Qui sont celles de l’humanité la meilleure.

 

Thierry Guinhut

A partir d'un article -ici revu et augmenté- publié dans Europe, avril 1993

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Marcel Brion : Goethe, Génie et destinée, Albin Michel, 1949.

[2] Goethe : Poésie et vérité, Aubier, 1992.

[3] Julia Kristeva : Les Nouvelles maladies de l’âme, Fayard, 1993.

[4] Pietro Citati : La Lumière de la nuit, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

 

Goethe : Faust, illustré par Louis Icart, Editions Levasseur, 1943.

Photo : T. Guinhut.

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 19:33

 

Christ mort, Vermiglio, Trentino Alto-Adige, Italie. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Terry Hayes : Je suis Pilgrim,

 

ou le fanatisme pourchassé.

 

 

Terry Hayes : Je suis Pilgrim, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Sophie Bastide-Foltz, JC Lattès, 2014, 656 p, 22,90 €

 

 

 

 

« Enfin Dieu m’a choisi pour ce grand sacrifice :

J’en ai fait le serment, il faut qu’il s’accomplisse,

Venez à mon secours, ô vous, de qui le bras

Aux tyrans de la terre a donné le trépas !

Ajoutez vos fureurs à mon zèle intrépide ;

Affermissez ma main saintement homicide.

Ange de Mahomet, ange exterminateur,

Mets ta férocité dans le fond de mon cœur ![1] »

 

En 1741, Voltaire, en sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, faisait ainsi parler le meurtrier Séide. Ses mêmes mots pourraient jaillir des lèvres du « Sarazin », le pourvoyeur de mort du roman de Terry Hayes. Il est un de ces génocideurs planétaires, juges viraux du paradis et de l’enfer d’Allah, qui ont en leurs mains des armes plus que jamais redoutables : ces biotechnologies au service du fanatisme et du terrorisme. Si cette hypothèse reste -pour longtemps ?- de l’ordre de la fiction, préparez-vous à avoir peur en abordant Je suis Pilgrim de Terry Hayes, tout en espérant qu’un héros sauve le monde occidental…

 

Si le démarrage parait conventionnellement policier, avec une victime et un meurtrier parfaitement anonymes, le roman prend vite une plus vaste vitesse de croisière : celle d'un thriller non moins haletant qu'intelligent. Peu à peu, en une spirale qui aspire le lecteur sans espoir de retour, l’action quitte New York et le seul présent pour convier bien des retours en arrière dans le passé complexe du narrateur, bien des lieux brûlants de la planète, parmi Afghanistan et Turquie, Birmanie et Arabie Saoudite. Mais aussi Florence où un laboratoire de restauration d’œuvres d’art révélera les photographies cachées dans le nitrate d’argent des miroirs... Entre les strates de la personnalité du héros, entre espionnage et bioterrorisme, l’intérêt du lecteur ne sait plus où donner de la tête, emporté par un rythme trépidant...

D’identité en identité, celui qui se fera appeler « Pilgrim », est d’abord un orphelin adopté par une riche famille. Recruté par les services secrets, la CIA, une officine plus secrète, il a connu la guerre froide à Berlin, l’élimination de traitres vendus à l’URSS et de mafieux grecs. Il croit disparaître du monde du renseignement, avant de devoir raccrocher pour contribuer à une inédite enquête criminelle, puis de se lancer à la recherche du « Sarazin », tueur arabe animé par la vengeance, armé par le bras de son Dieu, contre la tyrannie de la famille royale saoudienne, contre ses alliés : les Etats-Unis.

En une mécanique implacable, le portrait du « Sarazin », Séide volontaire et persévérant, s’aiguise : il « lut tous les auteurs majeurs -Mao, le Che, Lénine- et assista aux réunions et conférences de nationalistes panarabes forcenés, de bellicistes Palestiniens et de plusieurs autres qu’on pourrait qualifier d’hommes des cavernes islamistes ». Le vengeur fanatique se prépare à abreuver les Etats-Unis de doses injectables chargées d’une souche de variole, génétiquement modifiée par ses soins pour résister à tous les vaccins… Le jeu de piste est rocambolesque autant que parfaitement crédible : des cadavres occidentaux sous la chaux dans les montagnes de l’Indou Kouch, un père décapité par la tyrannie saoudienne, un ponte syrien énucléé par un médecin libanais déterminé, une policière turque insoupçonnable, une villa construite par d’anciens SS au-dessus de la mer Egée, les réseaux européens d’Islam, où « l’Occident avait enfin un ennemi à la mesure de nos peurs », sont parmi le fil d’Ariane.

Certes, on pourra lire ce roman comme un remake d’un James Bond, mais particulièrement dense, comme un opus manichéen parmi le « Théâtre de la Mort »,  opposant superhéros américain à visage humain et superfanatique jihadiste, voire un énorme scénario qui ne manquera pas de susciter un film d’action à rebondissements hollywoodien, quoique diminué, caricaturé. Ainsi, l’on peut évidemment se contenter de baigner dans le thriller particulièrement cinglant d’un nouveau pèlerin de la fondation américaine.

Mais ce serait occulter des enjeux plus criants. Si c’est grâce à la surveillance mondiale des télécommunications que le NSA et la CIA parviennent à localiser le terroriste et finalement l’annihiler, et donc sauver les Etats-Unis et le monde, faut-il en déduire qu’il ne faille pas réfréner leurs ardeurs ? La liberté et l’intimité des citoyens se doit d’être autant respectée, comme l’a pointé l’affaire Snowden[2], que notre sécurité. De plus, la responsabilité de l’écrivain n’est-elle pas à interroger ? Lorsque le héros publie un essai spécialisé en criminologie, il a la surprise de constater que la meurtrière qu’il pourchasse s’en est exactement inspirée pour effacer toute trace ADN, toute identité. De même, un apprenti terroriste ne risquerait-il pas de copier le mode opératoire du projet de crime planétaire mis en scène par Je suis Pilgrim ? Ce à quoi répond celui qui maîtrise à la perfection les ressorts du roman psychologique et d’aventure, Terry Hayes, en arguant que tout est déjà sur internet…

 

Au-delà du romancier, et scénariste de Mad Max 2, né en 1951, qui vit en Suisse, il faut évoquer la traductrice, Sophie Bastide-Foltz, qui se voue rarement par hasard dans de vastes projets. Curiosité, sage opiniâtreté sont les maîtres mots de celle qui s’engagea dans la traduction de La Grève d’Ayn Rand[3], autre grand roman du monde libre, qui ne méprise pas les qualités narratives et de suspense du roman feuilleton et de société, si traditionnel puisse-t-il paraître. Autre lien encore à ne pas manquer entre La Grève et Je suis Pilgrim, le substrat de philosophie politique, plus actuel que jamais : le premier met en scène la lutte épique du monstre socialisme et du libéralisme, le second radicalise l’incompatibilité entre un Jihad pré-médiéval et la constitution américaine issue des Lumières…

 

Thierry Guinhut

Article publié -ici augmenté- dans Le Matricule des anges, mai 2014

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voltaire : Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, III, 7, Théâtre, tome I, Garnier sans date, p 252-253.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 14:01

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

L’anorexie au mur de la beauté.

 

Tieri Briet : Fixer le ciel au mur.

 

 

Tieri Briet : Fixer le ciel au mur,

La Brune au Rouergue, 144 p, 15,30 €.

 

 

 

C’est pour des anges fixés au mur d’un monde hostile que Tieri Briet écrit : sa fille Lean, mangée par l’anorexie, Musine, écrivaine emprisonnée par le communisme albanais, Hannah Arendt[1], flanquée par les totalitarismes… Poésie, dissidence et amitié pour l’humanité sont mises au service de l’amour d’un père et de la sauvegarde d’une jeune fille. Ce dans un récit erratique, sensible et intensément illuminé. Car ce qui « a fixé le ciel au mur », selon les mots du poète Rade Tomic, n’est autre que l’écriture.

 

« Epidémie sociale », venue des couvertures de Vogue,  ou « épidémie dans le ventre absolu des jeunes filles », l’anorexie frappe Lean. Elle est pourtant pleine de vie, elle qui rentre en Terminale, est amoureuse et lit Rimbaud. Le motif des corps innerve les pages, quand s’opposent, se complètent et s’enseignent le corps de Lean, amaigri, et celui de la nouvelle épouse du père : Noémie, surnommée « la Noémienne », comparée à une Madone, qui porte un nouvel enfant, Orso.

Ce pourrait n’être qu’un documentaire de plus. Mais c’est sans sentimentalisme, ni compassionnel pleurnichard, que le père lutte avec sa fille qui s’est confiée à une chambre d’hôpital de Nîmes. Lui, en Arles, démuni devant la maladie, cherche des témoignages pour comprendre, des livres pour les soutenir. Ainsi, Tieri Briet projette vers le manque de sa fille d’autres femmes en lutte contre des maladies politiques qui sont un peu les métaphores de l’anorexie. Dans l’Albanie communiste et l’Allemagne nazie (mises justement sur le même plan), Musine Kokalari, cachant sa lecture de l’auteure de la Vita Activa, œuvre interdite, et Hannah Arendt sont alors des mentors qui élèvent la pensée, qui nourrissent la faim de poésie, de philosophie et de justice, devant le mal maladif et le mal politique. Au point que notre narrateur aille marcher dans les Balkans meurtris par les guerres, récoltant en son sac à dos, les livres, les fac-simile des carnets de Musine, pour tenter de faire traduire et publier en France celle qu’avec fougue, dans son plaidoyer, il brosse en dissidente démocrate aux cheveux longs. Ce dont nous lui serions bien reconnaissants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Le récit d’un jeune destin en lutte contre la tyrannie de ses organes, et qui n’aura « plus besoin d’avoir peur », prend grâce à ces deux voix une dimension universelle, politique et créatrice. S’y adjoignent parfois des allusions à d’autres isolés et différents comme Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron, ou comme les Tziganes et Gitans, dont la musique colore l’émotion des personnages. Car, rythmé par autant de chansons, de « rengaines », de Nino Ferrer aux Négresses vertes, en passant par Noir Désir, comme autant de chapitres, le récit avance inexorablement, moins par nécessité dramatique qu’éthique et poétique. En effet certaines pages sont de véritables poèmes en prose : « Pour devenir femme, une enfant comme toi a besoin de nourriture et de beauté (…) » Cette phrase d’ailleurs peut passer pour à la fois la thèse et le moteur narratif.

Car ces pages sont les « talismans de la tristesse d’un père séparé de sa fille ». À cette lettre d’amour paternel et familial, cet engagement autobiographique, répond à la volonté affiché de l’écrivain et lecteur : « C’était la vie à l’état brut des écrivains que je voulais pouvoir lire et rien d’autre ». Ce qui ne l’empêche pas de lire des auteurs aux projets différents, comme lorsqu’il évoque le poète Tranströmer, ou Reinaldo Arenas qui, au sortir des geôles cubaines, rend visite à Lezama Lima, l’immense baroque obèse de Paradiso[2]… Et de « trimballer les cendres de [ses] ancêtres en écriture », tous livres qui bouillonnent autour de la volonté de liberté de Musine, d’Hannah et de Lean, et qui nous donnent la force de vivre et de penser.

 

 

Très vite, nous comprenons que Tieri Briet n’a de cesse d’aller et venir parmi les passerelles génériques : les éclats de retours en arrières autobiographiques et géographiques voisinent avec les pistes embryonnaires de l’essai littéraire et philosophiques, sans oublier le dialogue entre poésie intime et responsabilité de l’engagement. Une voix gitane « si brune » se mêle à celles, si graves, de Musine et d’Hannah, à celle si attachante de Lean, qui, à leur exemple, prend des notes sur ses rêves. Tout cela grâce à un homme qui publie sa vie et celle de sa « tribu ». Est-ce exhibitionnisme, indiscrétion ? Non. Seulement, et au service du lecteur,  sensibilité à soi, aux autres et au monde comme il va et ne va pas.

 

Il faudra fixer le livre de Tieri Briet au mur de la beauté. Mais aussi de l’engagement de la sensibilité poétique et de la pensée politique. « Archiviste en littérature de combat à l’Observatoire de la dissidence », ainsi se désigne-t-il. On connait l’attachement de l’auteur à la cause des Roms, des Tziganes, tous ceux à qui l’on doit reconnaître la qualité d’humanité. Même si, dans son enthousiasme nécessaire et militant, il néglige peut-être de rendre justice à la question de la délinquance, qui n’est évidemment pas l’apanage de ces dernières populations. Reste qu’à celui qui sait aimer et défendre l’humanité, des enfants jusqu’aux exilées politiques, femmes philosophiques et poètes, il faut rendre un hommage amical, et ses lettres de noblesse à l’éloge. Comme nous rendrons à son livre hommage, lui faisant l’amitié de côtoyer en notre bibliothèque ses auteurs choyés.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2]  José Lezama Lima : Paradiso, Seuil, 1971.

 

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 17:17

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple,

 

ou les constellations de la traduction et du roman.

 

 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Anne-Laurent Tissut,

L’Olivier, 464 p, 26 €.

 

 

 

 

 

      « Babel heureuse », ainsi Roland Barthes qualifiait-il l’accession à « la jouissance par la cohabitation des langages » dans Le Plaisir du texte[1]. Cependant, hors pour de rares polyglottes extraordinairement doués, cette Babel ne peut se passer de la traduction. Adam Thirlwell, un Anglais dont le plaisir de Barthes, le français et le russe sont au-dessus de tout soupçon, n’est pas loin de croire qu’une langue de Babel est possible. Car voici, selon lui, un « projet d’utopie : le roman international de l’avenir ». Ce dernier est un kaléidoscope de traductions, réunissant en un « Livre multiple », les chefs d’œuvres des grands romanciers, de Flaubert à Joyce, de Sterne à Nabokov,  en passant par Kafka et Gadda… Ainsi, le roman, infiniment traductible en des centaines de langues, n’est rien moins qu’une « usine à histoires » cosmopolite, ici rassemblée dans un essai à saute-moutons fait d’ « Hommages » et de « Brèves théories de multiplication ».

 

      La première multiplication est celle des « Phrases », cet « assemblage explosif », où le signe est séparé du réel. Thirlwell s’appuie sur les 99 Exercices de style de Queneau, qui, bien que répétant à chaque fois la même histoire, montre que « la moindre modification suscite une nouvelle vision ». Il n’y a donc pas identité entre la forme et le fond. En même temps que le romancier tente de nouvelles voies d’écritures, du signe vers le réel, il crée non seulement une nouvelle vision du monde, mais un nouveau monde. Ce pourquoi la seconde multiplication est celle des « Hommages » aux romanciers qui bouleversent la langue, la composition romanesque et les relations à autrui et aux idées. En même temps, ces deux multiplications sont des traductions, d’une langue à l’autre, d’un réel à la fiction, d’une fiction à une autre fiction…

      Visiblement -et nous ne lui en voudrons pas- Thirlwell a ses écrivains fétiches : Sterne qui inventa « la lassitude du roman », la surabondance des digressions et l’ébauche abruptement inachevée à la place du roman clos sur lui-même. Carlo Emilio Gadda, « romancier moderniste international », amateur de baroque et de grotesque, de « glissements arbitraires de registres et de réalités ». Bohumil Hrabal, « palabreur » du « roman-monologue », auteur de « roman-collages » et d’une « encyclopédie des formes digressives », affichant un « réalisme total ». Nabokov, bien sûr, ce polyglotte qui se traduit lui-même dans les langues de l’exil, dont Thirlwell aime le « tapis magique » des phrases. Car, pour l’auteur de Lolita, « la vie est inférieure à l’art »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Lire un roman traduit, selon les uns, c’est une perte de sens et de musique, au mieux un travestissement. Twirlwell plaide pour une transmissibilité maximale, pour une mondialisation du contenu et de la dynamique romanesques. Au point qu’une traductrice anglaise parvienne à faire des « anglicismes » de Queneau, des « gallicismes ». Il refuse de penser « qu’une aventure de style est monoglotte ». Ce qu’il n’a pas manqué de prouver en traduisant en anglais les nouvelles de Mademoiselle Ô de Nabokov. S’il a encore besoin de convaincre bien des lecteurs, les écrivains avant lui témoignent de la circulation et de l’insémination européenne et mondiale des grands romans. Parfois traducteurs et critiques, comme Nabokov, ils nourrissent leurs propres créations des inséminateurs que sont les œuvres de Cervantès ou de Sterne. Notre essayiste s’appuie par exemple sur « un écrivain mineur » et symboliste français, Edouard Dujardin, qui pourtant inventa dans Les Lauriers sont coupés le monologue intérieur, avant de recevoir la marque de la reconnaissance de Joyce, qui amplifia avec le brio que l’on sait cette technique avec le personnage de Molly Bloom à la fin de son Ulysse.

      Quoique passant parfois d’un auteur à l’autre comme du coq à l’âne, pour illustrer d’abondant exemples (y compris artistiques et musicaux) le moi multiple, les multiples relectures, le monde multiple du roman, il s’agit là d’une réjouissante revisitation des codes de l’essai littéraire. Butinant de texte en anecdote, de Borges à Gombrowicz, de Cervantès à Henri James, se dessine une culture plurielle, vagabonde et exponentielle. A l’image du roman, ce genre littéraire omnivore et aventureux. Car Thirlwell, brouillant les frontières génériques, confiant ses œuvre aimées, son émotion au contact du texte sans dédaigner l’usage du « je », va jusqu’à qualifier son essai vagabond comme un « roman » qui ne veut pas en être un, comme une exploration dans la forêt des pages de sa bibliothèque qui est la nôtre. La composition est aussi sinueuse qu’en archipel, en constellations, voire en réseaux et rhizomes. Finalement, il apparait que le concept de réécriture, qu’il associe à toute écriture romanesque, vaut autant pour la prolifération de son essai, qui est une réécriture errante de ce qui aurait pu être une trop sage Histoire de la littérature…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Certainement la traduction de son roman, Politique, en une vingtaine de langues, y est-elle pour quelque chose. Se relire en un idiome lisible ou illisible reste une expérience à la fois narcissique et traumatisante, où l’on se reconnait sans se reconnaître, en de multiples miroirs biaisés. Politique reste-t-il lui-même en hongrois, en suédois ? Sans compter que, dans sa langue originelle, Le Livre multiple s’appela Miss Herbert, en une première version dont il est devenu une réécriture toute neuve. Ce du nom de la gouvernante anglaise de la nièce de Flaubert, qui d’elle appris la langue de Shakespeare, et peut-être l’amour, avec qui il aurait traduit Madame Bovary, en un manuscrit perdu…

      Peut-être est-il dommage que l'éditeur français n'ait pu reprendre les images (couvertures, ac-simile et autres index) de l'édition anglaise. Mais ce fut le résultat de la volonté de l'auteur qui tint à nous en priver au bénéfice du work in progess. Reste que la déambulation mentale en vaut bien la peine. Plus que la lecture de Politique, pourtant couvert de succès. Cette histoire de ménage à trois se veut passablement obscène, mais en tout cela passablement banale. Exhiber à la fois les actives fesses de ses personnages et les ficelles du romancier qui s’interroge sur sa création et se commente lui-même, sans compter les digressions philosophiques au petit pied, suffit-il, malgré l’humour et l’ironie affichés, à rendre compte de « l’utopie socialiste du sexe », et à renouveler la psychologie du couple et des mœurs ? La version « cool » et parodique de Sade ou de Thérèse philosophe (célèbre curiosa du XVIIIème), malgré la culture indéniable de l’auteur, est-elle à la hauteur ? Ce porno « politique » parvient modestement à déconstruire la morale traditionnelle (mais n’est-ce pas déjà un cliché ?) en offrant une liberté sexuelle à ses personnages. Mais guère à construire un espace mental romanesque, comme nous le découvrons avec plus de bonheur dans Le Livre multiple.

 

      On devine que la thèse d’Adam Thirlwell puisse rencontrer des suspicions, voire de radicales mises en doute, ce dont témoigne le titre d’Emily Apter : Against world littérature. On the politics of untranslatability[2]. Il existe en effet bien des mots qui résistent à la traduction, de « sehnsucht » en allemand au « duende » en espagnol, des textes, en particulier poétiques, y compris dans le roman, qui frôlent ou résident définitivement dans le lieu scellé de l’intraduisible. Le concept de littérature-monde, déjà prôné par Goethe, n’est pas sans devoir garder conscience de sa pluralité babélienne, et donc culturelle. C’est qui pourtant n’est en rien, de l’aveu de Thirlwell, un empêchement à l’effort de traduction, y compris au-delà de l’illusion selon laquelle « la langue est liée à l’ineffable » ; car « une traduction peut devenir un nouvel original ». Ainsi se dissémine le plaisir cosmopolite du roman, qu’Adam Twirlwell multiplie avec bonheur. Au point d’engager, en sa conclusion, et avec ardeur, les romanciers, présents et futurs, à privilégier le projet personnel « débridé », à « se lancer dans le totalement amateur, le totalement multiple ». Il ne reste plus, en conséquence, chers lecteurs et romanciers virtuels, qu’à se lancer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1]Roland Barthes : Le Plaisir du texte, Œuvres complètes, t 2, Seuil, 1994, p 1495.

[2]Verso, 2013.

 

Photo : T. Guinhut.

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 19:33

 

Museo del vetro, Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

LA REPUBLIQUE DES RÊVES

 

Roman

 

 

 

 

          Camille Braconnier deviendra-t-il l'artiste qu'il rêve d'être? Connaîtra-t-il le fin mot des machinations politiques qui irriguent la cité bordelaise et l'utopie d'Euro Urba? Des grands vins au radio-télescope de Nançay, des récits amoureux à la trouble galaxie des hommes de pouvoir, de l'idéalité des colloques à la corruption des virus du sida et de l'argent détourné, un archipel de personnages aux destins croisés intrigue, aime et meurt par épisodes, court vers la réussite, l'oubli ou le crime.

        On entrera par une philosophico-burlesque initiation aux grands crus girondins. On suivra « La Conscience de Bordeaux » pour accéder avec l'artiste photographe à l'Aquitaine Communauté des Savants. On élargira ses rencontres lors des histoires d’ « Eros à Sauvages », avant de basculer dans les cérémonies funéraires de « Job ». Et c'est grâce à des trajectoires insolites, à leurs quêtes de montagnes et du chant des particules que Camille et le physicien Rémi ourdiront chacun leur « De natura rerum », non sans les défis d'une vaste enquête financière et criminelle.

          Véritable somme maximaliste, La République des Rêves déploie une étonnante galerie de personnages: la fantasque Flore, l’œnologue Robert, Léo le platonicien concepteur de ville-nuage, Le Ministre Lecommunal, les députés Antonelli et Orlu, la mystérieuse Eros, Julius l'érotomane distingué, « la Jeannie la barjo », Joss Roche-Savine machiavélique promoteur d'Euro Urba ville promise, le moine catho-zen, la Juge Judith-Renée... Et bien des comparses qui trouveront la chute ou l'accomplissement, et dont les révélations éclaireront d'un jour parfois sardonique ce grand roman de l'ère mitterrandienne, cette fresque de société aux nombreuses ramifications.

 

 

 

LA REPUBLIQUE DES RÊVES

 

roman

 

 

   Une route des vins de Blaye en Médoc

 

II  La Conscience de Bordeaux

      La Conscience de Bordeaux

      Le contrat faustien

 

III  Bironpolis

       Incipit : la République des savants

       Les nuages de Titien

 

IV  Eros à Sauvages, première journée

      Prologue

      Les belles inconnues

 

V   Eros à Sauvages, deuxième journée

 

VI  Eros à sauvages, troisième journée

       Mélissa et les sciences politiques

 

VII Job

       Le testament de Job

 

VIII De natura rerum

         Incipit

         Euro Urba 

         La montée vers l’Empyrée                                                                            

 

Bibliographie

 

 

 

Roman à paraître au bon vouloir des dieux de l'édition.

     

Toute ressemblance avec des personnes ou des organismes réels serait purement fortuite et n'engagerait en aucune manière la responsabilité de l'auteur. De même, la ville de Bordeaux, l'observatoire du Pic du Midi, le CERN de Genève, le radiotélescope de Nançay et autres lieux sont traités avec toutes les libertés de la fiction.

 

 

EROS A SAUVAGES

 

 

Première journée :

Prologue

premier récit de Geneviève : La vérité nue des hommes.

premier récit de Gérard : Amalia Antonelli, ou les couteaux.

premier récit de Flore : Le conte des deux clones.

premier récit de Camille : Les belles inconnues

premier récit de Julius : Aude Sarlande, suivi de Galante la parfumeuse.

premier récit d'Eros : Cynthia et Philip, roman rose.

première soirée : Léo et les piscines de la Pomme d’Or.

 

Deuxième journée

 

deuxième récit de Geneviève : Les 24 femmes de Raymond Lecommunal.

deuxième récit de Gérard : Sibylle et Béatrix, ou le voyeur puni.

deuxième récit de Flore : Le conte de la Belle et du jardinier.

deuxième récit de Camille : Trois amoureuses, dont Sylvie et son viol.

deuxième récit de Julius : Une trouvaille, suivi d'une voilette.

deuxième récit d'Eros : Minette et les prétendants, roman noir.

deuxième soirée : Léo et ses historiens en sida.

 

Troisième journée

 

troisième récit de Gérard : L'opéra bouffon, ou l'attente comblée.

troisième récit de Geneviève : La confession d'une femme mariée.

troisième récit de Flore : Le conte de moi.

troisième récit de Camille : Mélissa et les sciences politiques

troisième récit de Julius : Diane et Natacha, suivi de la danseuse indienne.

troisième récit d’Eros : Eros et ses proies, roman rouge.

troisième soirée : Voyage en Erotélie.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Ligne méridienne et cadran solaire de Bianchini,

Chiesa Santa Maria degli angeli, Rome. Photo : T. Guinhut.

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 19:51

 

Kolfuschgerhof, Alta Badia, Südtirol / Trentino Alto-Adige. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Une route des vins de Blaye au Médoc.

 

La République des rêves I

 

 

 

      Sortant de l'autoroute, depuis le nord et le bruit de fond d'un narrateur qui invente et pille, l'ellipse du pare-brise dispose l'Aquitaine sous le soleil et les cumulus blanc-bleus comme du haut d'un changeant concept. Dès après le péage, Camille entre parmi les vignes du rendez-vous de Blaye, où l’attendent un hôte presque inconnu, de mystérieux invités aux noms affriolants. Sur les pavés d'un village aux crépis clairs, le petit éros de verre suspendu au rétroviseur se met  à vibrer, à chanter...

      Une cloche aigrelette résonne dans l'entrée aux abeilles écrasées de l'épicerie-café-tabac. Allegro, Camille emplit son baquet de bois libre-service d'un tumulte de rillettes et pamplemousses, pain de campagne et saucisson sec, couronnant l'édifice d’un fromage de chèvre oblong et blanc sur sa feuille de châtaigner. Histoire de parachever le diététique chaos, il entrechoque les Martini, les litres à étoiles et les limonades à la recherche du nectar attendu… Et c'est d'une main triomphale qu'il pose le « Vitaboir » de la coopérative de Saint-Sulpice-de-Royan sur le comptoir taché d’antédiluviennes tempêtes de goulots.

      Il lui suffit d'un trash-métal rock and roll d'autoradio, puis d'un cristallin madrigal de Monteverdi sur disque miroitant arc en ciel, pour entrer dans la ville et la citadelle de Blaye.

      - C’est notre jeune homme ! Qui commence avec nous une randonnée oenologique et pédagogique, et qui entre en paradis bachique… s'écrie Robert dans un grand coup de poumon, riant, un bras tendu au travers de la vitre ouverte, l'autre envolé dans l'espace comme sur une scène d'opéra, avant que Camille puisse songer à descendre. Juché sur le capot, Robert entame, un verre encore vide à la main, et boucle un tour d'honneur de la Place d'Armes, déserte et rudement ventée par l'ouest. Ils se garent le long de la Gironde en contrebas, fléchée d'îles bistres, d'ombres mobiles.

      On s'embrasse, on se tape sur l'épaule. Réjane anime d'yeux pétillants et de sourires ses rides légères, et prend, maternelle soudain, dans ses bras Camille qu'elle n’a pourtant jamais vu. Elle le noie sous un bavardage exalté, indistinct, puis s’apaise :

      - Voici Flore Hellens, n'est-ce pas qu'elle est mignonne... Une vraie jeune femme de haute couture et toute simple avec ça. Et docteur en gynécologie...

      - Pas encore docteur, non... rit-elle, confuse…

      - Alors, Camille, apostrophe Robert, es-tu disposé à changer le verre de ton appareil-photo pour celui de la dégustation? Changer le visible pour le gustatif ? Et nager à pleines brasses dans un fleuve de papilles vineuses…­ Parlant, il anime la confortable corpulance de sa cinquantaine avec une joyeuse truculence des mouvements…

      - Et voici Léo Morillon, docteur en philosophie! Qui vient troquer l'esprit contre les sens…

      - Momentanément, seulement momentanément, corrige-t-il, serrant la main de Camille et calant de l'autre main son chapeau jaune citron contre le vent. Il semble crispé, quoique attentif, le regard tranchant dans un faciès ingrat aux lèvres brusquement sensuelles.

      - Camille est photographe, lui précise Robert. Il a fait d’étonnantes photos dans le dernier numéro de Gironde Magazine

-Mais docte en rien, s'excuse-t-il... Qu'est-ce que je viens faire parmi tous ces doctes en gynécologie, philosophie et oenologie?

      - Oh, répond Réjane, je ne suis docteur qu'en panier-repas et gourmandises, ne t'inquiète pas...

      On sort les sièges dépliants. On amarre la table de camping avec des tendeurs aux poignées des portières, aux rétroviseurs. On déballe les victuailles sur les pavés et dans des assiettes en terre. Camille stabilise avec son corps calé dans une veste de cuir le siège le plus exposé aux bourrasques, ses cheveux trop longs voletant autour de son visage aux maxillaires solides, regard doux cependant quand il se pose étonné sur Flore. Elle noue avec dextérité ses cheveux dans un grand foulard vert tendre accordé à ses yeux.

      En guise d'ouverture, Robert offre un verre d'une eau apparemment innocente:

      - Ce fleuve double, cet estuaire Gironde qui, dit-il, crée, baigne et mire les vins du Bordelais, vous offre son eau de baptême...

      Les convives, l'esprit pas encore aussi enjoué que la pigmentation rubiconde des joues de Robert, élèvent leur verre à moutarde auprès de leurs lèvres cérémonieusement avancées et pincées formant gouttière pour l'absorption du généreux et limoneux liquide. Réjane lui trouve « un goût de joncs et de plantes, pour tout dire de soupe aux mauvaises herbes », pendant que Flore va jusqu'à le qualifier de « putride »:

      - C'est toujours comme ça que j'ai imaginé le goût des grenouilles vivantes, au ruisseau de la ferme de ma nourrice, en Charente.

      Et Camille de s'esclaffer devant ce psychanalytique introït à une initiation aux grands vins... Tandis que Léo, soupçonnant de trop humaines pollutions, reste muet, ne bougonnant qu’un instant contre cette « eau corrompue qu’on le force à avaler».

      On passe au repas, étalé à la va comme je te pousse, boites de conserves diverses, casse-croûtes et en-cas vite faits, collations et libations, câpres et oignons blancs sortis par surprise au milieu des rillettes graissées sur la tartine ou cueillies à la pointe du couteau... Robert extrait d'un torchon vichy bleu et blanc, comme s'il décolletait une matrone gasconne, un bocal au contenu brunâtre et ivoire, « un pâté de pays », clame-t-il dans les sautes d’humeur du vent. Réjane, son épouse, emplumée de cheveux fous, tire sur le rose caoutchouc et libère un fumet moelleux et corsé, emporté par bouffées, de gibier, dirait-on... Est-ce lièvre ou sanglier, chevreuil ou faisan? Robert, un tantinet mystérieux, aiguillonné par la bouteille déjà vidée de Léo, un Côte de Blaye particulièrement anonyme dont les palais encore inexpert de nos voyageurs se trouvent pourtant assez bien, se lance dans une joviale péroraison:

      - Mis à part sel, poivre, épices et porc dont ne peuvent se passer ces gibiers d'eaux (et les autres de penser canards, bécasses et sarcelles...) ceci est chair jeune, quoique légèrement faisandée, d'animaux fabuleux, nageurs et à fourrure, natifs du Marais poitevin. J'ai nommé: le ragondin!

      Flore a peine à dominer un mouvement de dégoût, Réjane rit et se pourlèche, Camille décèle dans le dé de chair fraîche sur sa langue un goût de lapin magique, de lièvre de mars, avec un final de bête chaude et sauvage. Tandis que Léo, docte, quoique la diction déjà pâteuse sous le soleil tonitruant du vino tinto de Rioja apporté par Flore, déclare:

      - La nature particulière de chacun des produits nécessaires à la composition des mets n'est que support et préalable à l'essence du goût qui seule importe.

      Réjane parait confire en ravissement, souriant béatement son admiration de disciple suspendu, telle une salive lumineuse, aux lèvres de son maître de thèse...

      - Et que sais-tu de l'essence du goût de vivre? lui demande soudain Camille.

      - Vivre est l'imparfaite réalisation de l'idée, l'ombre de la caverne, répond du tac au tac Léo. Vivre déconstruit l’idée et ne nous en laisse que le déchet…

      - Vivre ne naît-il pas des sens, comme le goût de ce pâté?

      D'un seul dédain de sourcil, Léo parait écarter Camille et plonge son regard fixe dans le tangage de son verre qu'on remplit encore...

      On livre à l'appétit des mangeurs une avalanche de tranches de rôti froid et les cubes ambrés d'une gelée tremblotante sur un lit de laitues artistement dévastées. Le Chianti de Réjane, dont le bouchon a cédé sous les triturations saccageuses du couteau de Léo, inonde en claires rasades  les mains sinon les verres des buveurs.

      Suit un défilé de fromages sur le bistre des feuilles de vigne, des desserts de pêches, de noix et de gâteaux secs... Robert caresse de la paume le cep d'un tire-bouchon enspiralé dans le goulot d'un Coteau du Layon violemment jaune et sucré. Camille frappe énergiquement du talon de sa chaussure le fond de son Vitaboir pour l'expulsion du liège. Flore et Réjane picorent et pétillent, parfumant le corail humide de leur orifice buccal, heureusement soutenues par l’intense effort masculin pour décerner enfin, d’une langue, qui brumeuse, qui solide, qui nuageuse comme à la veille de l'orage, ou emportée en auto-tamponneuse secouée de rires brinquebalants, la palme vineuse, vinasse et vinaigre au Vitaboir.

      Ce sont trois voitures, pare-chocs contre pare-chocs, dans la nuit et dans la direction d'un hôtel à Saint-Emilion. Parfois, un klaxon tapoté précède de peu l'ouverture d'une portière: éclair lent et filiforme d'une urine couleur clarté de lune. Ou, entre deux hoquets vomisseux et filés, la voix, à peine reconnaissable, sinueuse et molle, de Léo:

      - J'ai bu comme un chien, j'ai bu sans esprit ; initie moi, Robert, initie nous...

      La tête restée froide, et néanmoins ne tenant plus sa queue de chemise de rire, Robert promet, lui claquant paternellement la faible omoplate, pendant que Réjane, sérieuse et attentionnée, lui soutient le front qu’il a lourd, plombé, démesuré, grumeleux…

      - Voilà donc, exulte alors Robert, ce grand philosophe, ami des puissants... Connaissez vous son oeuvre, dont cette Actualité politique du platonisme? Dans laquelle l'espérance marxiste lui fait adapter la théorie du roi philosophe à l'état socialiste. Voyez le cracher par la tripaille son irréaliste philosophie! Sentez le expulser par ses aigres dégueulis toutes les ciguës rougeâtres de sa doctrine totalitaire !

      Etonnés, interdits, les autres paraissent n'oser ni pouvoir soutenir un défi que Léo n'a visiblement plus les moyens de relever...

      Ils se réveillent dans une chambre que, pour quelques uns, ils ne reconnais­sent qu'à demi, ou pas du tout. Camille sait qu'il a rêvé de Flore, mobile, grands cheveux souples, nez mutin, bouche calme et sensible, hésitante quand elle le regarde, sans qu'il puisse se rappeler une scène encore ou jamais.

      Dehors, le soleil frappe par endroits des vignobles rangés en fragments de géométries proprettes sur des collines miniatures et aquarellées de verts... La face et le corps radoubés par force ablutions, dentifrices, cafés et beurrées, ils flânent un moment sur les rempart et dans les ruelles.        

On parle peu. Léo remâche son intempérance de la veille. Il jure de goûter seulement, d'étudier pour quitter, dit-il, l'état de novice et accéder en trois jours de vinomachie à une maîtrise. On le raille amicalement qu'il lui faudra plus de temps. Robert et Réjane semblent faire la promenade tranquille de leur jardin matinal, humant l'air, les vignes et les pierres...

      Flore est en jean bleu clair et chemisier de coton blanc brodé de motifs floraux colorés. Avec les cheveux relevés, son visage parait plus plein, son châtain plus clair. Sous les pommettes hautes, le sourire grand ouvert sur la fraîcheur des dents très blanches en réponse au bonjour. La clarté du regard va droit soudain à l'émotion de Camille très calme. Comme si elle était un de ces rares corps et visages auxquels on parle sans phrases toutes faites pour circonstances connues, auxquels on dit le sens de soi en confiance... Elle termine ses études de gynécologie à Bordeaux et s'intéresse au parfum des plantes et des vins… Il est ici pour revenir savoir photographier les vignobles bordelais à l'instigation de Robert... Au dessus du paysage, elle semble avoir frais. Il lui offre sa veste de cuir doublé qu'elle accep­te. Elle est grande également.

      Nos commensaux n’ont pas longtemps à tenir conseil au pied du centenaire acacia de la place pour déterminer l'itinéraire du jour sous la direction sacerdotale de Robert…

      Caves du Château Ausone ; ils longent, la silhouette humble et le palais chatouillé par le pétillement pré-gustatif, l’infinie théorie des bouteilles vénérables et encapuchonnées de leurs étoles de grasse poussière. Dans le chai, sur une barrique debout, le maître a disposé cinq verres où le liquide tourne et s'apaise, rougeoiement imprécisé dans la pénombre d'une allée de fûts. Ils boivent à petits coups, lapements, claquements de lèvres brefs et discrets, silence général. Robert semble chuchoter quelques  instants avec le maître de chai. Il s’attarde à élever dans un rai de lumière son verre et laisse glisser longuement quelques centilitres autour de sa langue rose et glougloutante pour les cracher enfin dans le sable noir. Il conclut ses gestes réglés par quelques notes sur un carnet couvert, comme de juste, de liège.

      Dehors, Flore se hasarde à trouver ce vin « un peu dru encore », tandis que Léo n'hésite pas à se déclarer « carrément déçu ». Avec un sourire fin, Réjane avance: « prometteur! » Camille a un regard interrogateur à l'adresse de Robert qui avance distraitement :

      - Très honorable. Mais ne sera probable­ment pas aussi plein que le fameux 76 au nez de griotte. D'ailleurs, ce 84 dernier né n'est à boire que dans neuf ou dix ans...

      - Mais tu nous a floué, s'écrie Léo, tu nous a humecté avec un jus vert après nous avoir promis le grand Ausone!

      - Comme quoi, répond Robert, vous n'êtes pas encore capable d'apprécier un vin, ni au présent, ni par anticipation.

      - Apprécier ainsi, c'est pourtant le but de la philosophie...

      - Alors à quoi sert ta philosophie? lui demande tout à trac Réjane.

      - Parce qu'ici n'est pas l'idée. Seules sont là les langues, leurs déchets, leurs structures psychologiques et économiques, leurs effets de pouvoir et de soumission. Le philosophe se partage entre les desseins de l'idée qu'il projette sur l'humanité qui veut l'entendre et l'examen du chaos où nous sommes. Nous sommes des fictions sociales, marchandes et culturelles. Nous sommes des biologies avec des comportements et des images. Philosopher, c'est briser ces coquilles pour en examiner les débris et trouver l’oeuf originel de l'idée d'où sortira enfin la ville de l'égal bonheur pour tous, la pure Urba socialiste...

      - Ouh la la... soupire Réjane. J'en reste pantois. Chut, Robert! Et toi Léo... N'oubliez pas que vous aviez promis de ne pas parler politique. Partons !

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Au château Cheval Blanc proche, ils goûtent le tiers de deux verres, non sans cracher dans un fond de barrique de sable, se roulent et se pourlèchent le liquide jusqu'au flanc des gencives secouées par les tanins. Deux années primeurs loin d'avoir atteint le plein de leur maturité et dont Robert préjuge pourtant la future opulence. Camille parvient à chercher, humer, percevoir des différences, celui là plus coloré dans l'arrière-bouche, cet autre plus vigoureux sur les dents, ce à quoi Léo ne consent qu'avec les plus grandes réticences.

       Puis, sous la houlette de Robert, par Libourne, Faubourg de Cenon, pont de Pierre de Bordeaux, Place des Quinconces, ils garent les voitures sous l'un des panonceaux du parking: « Médoc ». Ils se retrouvent sous les naseaux de bronze des chevaux girondins, déballant des pains de poissons et de crustacés.  Un vaste navire de légumes verts, de sole et de saumon, est fendu en parts égales sous le couteau de Flore et sous le regard tant maternel que professionnel de Réjane. L'autre, de carottes, merlu et langoustines, est bientôt tranché dans le sens de la perspective de la place et sous les verres à dégustation que distribue Robert, dans lesquels aussitôt s'enfle en virevoltant le volume clair du Carbonnieux blanc.

      - Nous voici communiant sous les auspices simples du pain et du vin, annonce Robert, décidément prolixe en rhétorique religieuse.

      - Cérémonie dans laquelle le vin rehausse et relève le met, enchaîne Réjane, interrompue par la langue gouailleuse et furibonde de son époux:

      - Foutaises! Ce conglomérat poissonneux, si spermatique et rosacé qu'il soit, n'est qu'un marchepied pour la gloire de ce Carbonnieux 1969, un rien nerveux, stimulant en fruit, et presque matinal avec sa pointe de fraîche acidité!

       Non sans les regards étonnés et respectueux des passants devant ce qui n'est visiblement pas un en-cas de clochards ou de chômeurs exclus des richesses de Bordeaux la belle urbaine, sauf un furtif dégingandé en noir qui picore un reste d’amuse-gueule en enregistrant d’un œil les faciès des convives -quoique Camille ne le remarque pas, hypnotisé par la délicatesse du port de tête et de poitrine de Flore, probablement vierge de soutien-gorge- le déjeuner s'achève presque à l'heure du goûter... Ils s'égaillent dans la ville. Robert et Réjane vont accorder une sourcilleuse attention aux cartes des restaurants et discuter de mystérieux bouts de gras avec des sommités de la Maison du Vin, tout près du Grand Théâtre. Léo campe en territoire conquis dans la vinothèque théorique de la librairie Mollat. Flore parcourt en gourmet de la mode les boutiques Kenzo, Stéphane Kélian et Anastasia. Camille enlace Bordeaux de pérégrinations architecturales, activités ponctuées pour eux tous des eaux minérales des terrasses de café en cette chaude après-midi.

       Ils se retrouvent dans un salon feutré pour d'apéritifs bavardages autour de la presque invisible, effilée bouteille de La Salvevert, fleuron de l'Aquitaine des Eaux...

      - Pour que cette petite attente soit le signe de la sobriété générale de notre tournée des grands crus, pontifie Robert. A laquelle contribuent tous les sens: la vue pour la couleur, le dépôt, les larmes le long des parois du verre... Le toucher pour sa rondeur et sa température, sinon les moisissures de l'étiquette et le grain du bouchon... L'odorat, capital pour le nez du  vin. Et à tout seigneur tout honneur, le goût!

      - N'oublie pas, intervient Léo, l'esprit qui s'installe dans les sens pour les extraire de leur animalité et les amener à parfaite évaluation.

      - Ou ce sont les sens qui s'organisent en esprit, hasarde Camille...

      - Non! Qui sommes nous sinon l'esprit? N'est-ce pas? Toi, par exemple, Flore­, qui es tu? N'est tu pas l'esprit avec des manifestation de beau corps et de beau visage? L'esprit avec des manifestations de femme?

      - Moi? Je sens un peu de ma part animale. de ma part féline. Je sais un peu de mon histoire... Au-delà, est-ce que je sais ? Je suis celle qui peut interroger. C'est tout. Si c'est ce que tu appelles l'esprit. Celle qui veut apprendre à goûter, à aimer.

      - Non. Je suis quelque chose qui sait. Et qui veut savoir plus. Et toi, Camille, quand tu photographies, tu peux voir de l'esprit, ou seulement des sens? Une photo ne  reste-t-elle que le reflet mécanique et esthétique de ce qu'on verrait avec l'objet réel ? La plupart des photos n’ont rien de recomposé par l'esprit, au contraire de l'art du Titien.

       - Jusque là. oui, j’ai fait ce genre de photo. Du touristique. Mais je soupçonne que c’est un peu des deux, non ? Comme les mots, les images peuvent entrer dans les choses... Composer avec le réel... Pour je sais pas quoi encore. Une disposition dansée des éléments et des formes qui serait comme le goût d'un grand Bordeaux sur la langue du Titien...

      - Oui, revenons à nos papilles! s'insurge Réjane...

      - N'allez surtout pas vous fatiguer trop la bouche! Repos, messieurs les philosophes! De plus sûrs usages de la langue vous attendent. Allons! Entonne Robert, en extrayant sa corporelle abondance du craquant fauteuil d'osier.

      Au restaurant « La Côte de Bœuf », leur appétence vespérale est éveillée par des vins riches et chaleureux. Les brochettes bovines grésillent encore sur l'assiette, lorsque l'impatience de Léo est fustigée par une blessure, heureusement superficielle, sur la pointe de la langue; ce que Robert ne manque pas de regretter quand à l'intégrité de ses précieuses cellules gustatives... Deux vins reposent leurs fumets dans des carafes aux transparences et reflets anonymes en dépit des nuances voisines du pourpre et du vermillon. Le maître es oenologie, comme l'appelle à l'instant Flore, annonce « Clerc-Milon 1975 et 1977 » et lève cérémonieusement le coude au dessus des vapeurs carnées. Un frémissement de plaisir lingual et palatal parcourt la tablée: gargouillements et borborygmes intimes, mastications liquides et ballonnements de joues, déglutitions précautionneuses ou voraces, toutes mimiques dénonçant de secrètes satisfactions stomacales et extases spirituelles, va et vient et comparaisons incessantes entre les deux verres mis à la disposition de chaque impétrant, bouchées alternées de bœuf, poivron, oignon et pain, arômes, emprises sur le grenu de la langue et dans l’entier de la rouge caverne buccale... Robert et Réjane paraissent s'élever dans le plus vigoureux bonheur vineux. « Avec le silence de ceux qui savent », murmure Flore, un léger feu au tempes. Camille et Léo se mettent d'accord, après maintes hésitations, goûteries et circonlocutions, sur la jupe liquoreuse, la touche de cassis qui imprègne le 75. Les deux quinquagénaires appuient cette remarque d'une muette et sereine approbation. « Avec la bienveillance du maître envers l'élève prometteur », ronronne Flore, une goutte pimpante et carmin sur l'extrémité supérieure de la lèvre.

      En attendant le dessert, Léo se gausse des vinasses vidées à la va-vite par les autres clients. Robert se lance dans des prosopopées sur les cépages, les vendanges et la vinification… Flore imagine Camille en Bacchus à-demi nu, l'entrecuisse garnie de grappes colorées et prêtes à éclater... C'est enfin à Réjane d'annoncer ce qui fait enfin office de boisson autant que de dessert, celui qui évince tout repas: « un Pétrus 1975, par lequel, sur l'étiquette, Saint-Pierre n'hésite pas à vous livrer les clefs du paradis ». Un murmure d'ordre évidemment religieux parcourt la tablée... De nouveaux verres à dégustation sont amenés, dûment inspectés par l'œil soupçonneux de Robert. Le Pétrus, décanté trois heures durant, peut faire son apparition. Une magnanime jouissance arrondit les joues du maître lorsqu'il verse une fluide abondance de grenats et rubis dans la panse cristalline des verres étincelants. Nos cinq commensaux élèvent ensemble une robe profonde à la rencontre d'une lumière qui joue framboise écrasée sur du velours. Bientôt, les sens deviennent liquide, la chair et l'esprit se font bouquet, élégance et ravissement. On reconnaît l'évidence de l'onctuosité du Pétrus, de sa puissance, de sa longueur en bouche... Tous, enfin comblés, ressentent ce moment comme « le nécessaire point culminant de la journée, l'accession à un palier supérieur de la connaissance!.. » C'est Léo, pontifiant comme en rêve.

      Qui, dans le sommeil réparateur de la nuit d'un hôtel bordelais, puise l'exacte inconscience et innocence du repos ;qui voit briller en tournant une théorie de carafes aux nuances de l'arc-en ciel ; qui se déplace de châteaux et châ­teaux semblant d'énormes appareils gustatifs ambulants ; qui épingle sur le revers de sa veste les médailles et les insignes les plus flatteurs des ordres vineux...Et qui rêve, au petit matin, avant même le café-croissant, pain et rillettes, de goûter au suc sexuel d'une douce compagne...

      Tels des pèlerins avant longtemps marché pour aborder l'âge des plus hautes sapiences, nos cinq curistes peuvent sereinement aborder, conjointement à la montée et à l'éclat du soleil sur le doré des vignes, la sphère ou la constellation, selon les images chères à Léo et à Camille, des grands crus. Le maître de chai les accueille en personne sur les graves garonneuses de Haut-Brion et les introduit aux mystères d'un tannin qui se fond peu à peu en souplesse et suavité. Après une longue et buccale méditation, Robert annonce :

      - Belle couleur rouge foncé et reflets grenats, dominante boisée parfaitement fondue, petite touche de vanille, myrtille et sous-bois, ampleur de goût sur fond d'odeur de cèdre, rondeur de bouffée de soie, quelque chose de la truffe et de la violette, bouquet profond et racé en bouche ; voici un Haut-Brion 1978!

      Un silence respectueux s'apaise parmi l'ombre aux fûts de chêne…

 

Photo : T. Guinhut.

 

      - Ah, jubile encore Robert, ce banquet de la vie, ce plaisir des sens, ça a du sens, non ?

      - Non, seule la connaissance, l'idée, leur réhabilitation, ont l'éternité du sens, pique en réponse Léo à ce qui lui était visiblement adressé.

      - Allons vous deux, s'amuse Camille, quelque chose des deux ensemble plutôt... Ce goût ! ça vous revigore... Comme si j'avais un être en plus !

      - Quel sorte d'être, beau Camille ? lui demande aussitôt Léo.

      - Il me semble que je deviens un peu plus vivant...

      - Un peu plus pensant, tu veux dire...

      - Oui, mais pas seulement. Une perception plus fine et plus ouverte sur le monde. Voir et sentir sont aussi des pensées.

      - Non, percevoir n'est pas penser. Penser, c'est définir et hiérarchiser. Par le langage. Je ne suis ici que pour dominer la nature, que pour comprendre l'esprit et la hiérarchie des grands vins, donc de la nature toute entière. Dominer les sens. Et, comme dans tout concept, qu'il s'agisse de l'être ou de l'état, reconnaître le vrai, le bon, le bien. Trouver l’In vino veritas par l'exercice de l’intellect. Je veux un itinéraire logique. Pas toi, Camille?

      - Une promenade de goût et de connaissance, sans à-priori. Une couleur de sentir et de vivre à acquérir. . .

      - Et qu'en pense la délicate Flore? Me regardera-t-elle?

      - Trop de mots, messieurs... Pardon, Professeur Léo. Mais je penche plutôt pour Camille.

      - Je vis pour penser, reprend Léo. Pour retrouver la pensée perdue qui nous sait. Pour penser et restaurer la perfection humaine et politique. Et vous ? Pourquoi vivez vous? Quel est votre but?

      - L'argent, la gloire et les femmes! Qu'y a-t-il d'autre? répond en riant Camille.

      - Ça peut pas être vrai… s'étouffe Léo.

      - C'est toujours un peu vrai. Toi tu te donnes de la gloire intérieure et tu attends de la gloire extérieure. Allons, j'ajuste mon propos... Je vis, si tu veux, pour toucher en sensations et connaissances le monde qui tourne autour de moi à toutes sortes de vitesses et de calme. Un monde qui n’a jamais été parfait, sinon dans le mythe. En fait, je vis surtout parce que je suis né. Parce que je suis là. Je veux vivre, voir comment vivre et voir comment vous vivez. Et toi, Robert?

       - Bah, profiter tranquillement et avec un peu de ruse du meilleur qui m'entoure me suffit... Je ne suis ni un philosophe, ni un politique, ni un guerrier pour répondre... Réponds toi aussi Flore...

      - Je n'ai pas de réponse. Il y a des femmes qui vivent pour faire des enfants. Moi je vis avant de mourir. Et je ne laisserais pas ma place de vie, conclue-t-elle en appuyant ses yeux très verts dans ceux de Camille troublé.

       - Et Réjane? demande Léo.

      - Une mouche... Elle nage et se débat dans le vin... Donnez moi, un couteau, une cuillère...

      Léo rit avec les autres...

      - Allons Léo, ce n'est qu'un moment de vacances un peu studieuses. Un petit prélude, si tu veux. Ce n'est pas tout à fait sérieux. On ne va tout de même pas connaître le monde tout entier avec ça…

      - Pourquoi pas? C'est ce que nous voulons, non? A moins d'être un paresseux ou un imbécile. Connaître le monde. Franchir l'épreuve et toucher le but. Les causes et l'origine. Les effets et l'essence. Par la raison. Passer outre aux illusions des sens, aux imperfections des hommes et des sociétés. Nous sommes dans une cave, ne l'oubliez pas. Que faites vous de voir et d'être le vrai jour au-delà?

      - Léo, reste avec nous, se moque Robert. Ne perds pas pour le rêve la réalité des papilles qui nous réunit... Heureusement, les instincts sont là pour contrôler la raison... Goûte encore, conclue-t-il, lui versant une rasade mesurée.

      Dans la cour du Château Pape-Clément, Robert jubile d'érudition:

      - Celui que Rabelais nommait le « vin clémentin », fut créé en 1300 par Bertrand de Goth, alors archevêque de Bordeaux, qui fut élu pape six ans plus tard sous le nom de Clément V.

      Flore, un temps après avoir uni sa narine aux fragrances de chair et de caramel, puis sa bouche au liquide robuste, rond et idéalement fruité, propose:

      - Il me semble que Robert, bien que marié, mérite de haute goule le titre d'archevêque…

      Ce que le petit groupe reçoit avec force exclamations. Camille, aussitôt assisté dans son office par Léo changé pour un instant en enfant de chœur porteur de calice, inscrit de l'index trempé dans le Pape-Clément rouge, un signe éminemment eucharistique sur le front de Robert intronisé « Archevêque vineux ». Flore, qui ne veut pas être en reste, pose sur la joue de Réjane un baiser de Pape-Clément blanc au goût boisé.

      Ils sont attendus, sur le coup de midi, dans le probablement meilleur restaurant de Margaux, sinon du Médoc. Tables damassées de blanc, porcelaine neige et liseré d'or, argenterie, carafes et verres cristallins. Léo, le premier exulte:

      - Nous voici dans le Saint des Saints, au voisinage du Graal œnologique et gastronomique!

      - Pourvu que ce Graal ne sente pas le graillon... hasarde Réjane, fusillée de suite par le sourcil de Léo, visiblement outré...

      Ils prennent place. Léo est raide et tranquille sur son siège comme un plâtre saint-sulpicien. Robert, en un toast porté non pas à une personne, mais au vin lui-même, célèbre, la voix tremblée d'émotion, la convivialité du nectar:

      - Absorber les nourritures et les vins, c'est absorber les terroirs et les climats qui les ont produits.. .

      Flore, émoustillée, semblant regarder avec intention Camille, ajoute:

      - Je veux boire le vin comme je recevrais le suc intime de l'éros de la terre...

      Un soufflé au fromage, très doux, est servi avec une carafe d'eau claire. Est-ce pure Salvevert ou limon de Garonne ? Voilà qui ne manque pas de soulever les protestations des trois disciples vineux, bien que Camille soupçonne que cet irréprochable verre lustral soit l'humble seuil d'une vinomachie distinguée. En effet, trois verres à dégustations viennent s'élever derrière chaque assiette. Bientôt, trois carafes entament une ronde que leur robe colore de pourpres et de vermillons.

      Robert déglutit avec une professionnelle application, puis, une pointe de salive pré-gustative sur la diction:

      - Voici, sur des pigeonneaux belle forestière, un Rausan-Ségla 1976, et sur des ris de veau, un Château Margaux 1978. Quant au Prieuré Lichine 79, il est seul.

      - Qu'est-ce à dire? Lance Réjane, un peu blessée dans son amour-propre culinaire.

      - Selon le mot d'Alexis Lichine lui même (« Une bouteille de 67 à manger toute seule »), ce 79 sera bu sans adjonction aucune de quelque nourriture que ce soit.

      - Voilà qui me plait, coupe Léo. Un vin qui est boire et manger à la fois, et suffisant dans son solitaire orgueil!

      Ils mastiquent, clapotent du palais, riboulent le vin autour des verres et des langues, laissent larmoyer l'alcool sur les parois, hument à pleines narines, Camille plongeant son nez puissant dans les effluves de vulve rouge et suave du Margaux, Flore piquant à petits coups son appendice de fouine dans le gras de la joue peu à peu livrée du Rausan-Ségla.

      Les métaphores les plus hasardeuses commencent à fuser, timidement d'abord, puis avec l'aisance et l'assurance contagieuses de Robert qui s'engage dans des périodes lyriques et précises:

-Ce Margaux 78, nez de fruits mûrs, glycériné et vanillé, un grenat foncé du plus beau vin (donc supérieur à ce que l'on dit « de la plus belle eau ») un tannin délicat et très long, un vin qui fait la roue...

      - Nous buvons, intervient Léo avec une trouble circonspection, si je ne me trompe, des vins réservés à une élite, les fruits d'une injustice sociale, des vins qui valent quelques milliers...

      - Ne parlons pas de ça. Laissons, selon notre pacte, toute polémique politi­que, l'apaise Robert.

      - Un vin noir comme du jus de loup, lance Camille.

      - Un vin pour lequel je me ferais louve, divague Flore...

      - Non! Ce Lichine, un vin qui a de la toison, de l'aisselle et du muscle pectoral, s'excite soudain Léo, la gouaille pâteuse et bilboquante, la lèvre et la langue véloces, déraillantes, déchaînées dans les rayons entrechoqués de leur course linguistique, un vin qui a de l'anus, du cuir et du fouet, un vin d'haschischin et de nerf bandé, un vin qui a de la bourse noire et du gland violacé...

     Un silence tombe.

      - Abandonnes tu l'esprit pour les douteuses moiteurs du corps? Je ne te connais plus, Léo, rit Robert, un tantinet gêné. Tandis que Réjane ne peut retenir une moue de répugnance.

      On hésite à préférer un vin, touché par le fondu du Lichine, bien que très légèrement arrêté par son imperceptible bois brûlé amer. Peut-être Flore a-t-elle un faible pour la bouche de cerise, le nez de mûres écrasées, les jambes fermes et colorées, le corps ample et somptueux du Margaux, quand Camille, sans la contredire, y trouve plutôt la framboise liquoreuse, en tout cas une richesse, une plénitude, une longueur en bouche exceptionnelles. Il ne peut cependant écarter la rondeur fine et moirée, la gorge affriolante, câline et veloutée du Rausan-Ségla...

      - Ce sont des vins trop féminins qui glissent sur la langue avec la douceur blette d'un pet sur une toile cirée, jette Léo. Comment ne sentez vous pas cette mâche souple, tendue, fondue, cet exotique et viril fruit mature, ce concentré, cette profondeur digne du sage de ce Prieuré Lichine? Voilà mon vin: pure essence spirituelle... Là encore, c'est de l'esprit que procède la matière. Je me résous avec énergie et soulagement à laisser de côté nourritures terrestres et succédanés de la vinitude pour ne plus boire que celui-là qui se boit seul. Saluez nectar et ambroisie... Saluez le cru platonicien par excellence, qui donne à boire tous les vins par leur âme la meilleure et ne peut être que le vin unique, originel et définitif... Cette ascension, depuis le Vitaboir, parvient maintenant à la perfection, au stade ultime de l'initiation oenologique et philosophique : le Prieuré Lichine!

      Après un bref moment de stupeur, nos quatre auditeurs pouffent de rire dans leur serviette. Réjane glousse comme une canne prête à pondre ou à rôtir, on ne sait. « Chien! Tu m'as fait avaler de travers ma dernière goutte de Lichine », lance, éructant, riant, toussant, Camille. Flore, elle, en pleine euphorie de vins mêlés, s'esquive pour un petit aller et retour aux toilettes, « histoire de prévenir, on ne sait jamais, les effets de la prochaine bourde hilarante de Léo! »

      - Robert, défend moi, dis-moi si tu ne préfères pas celui-là...

      Robert, tout à coup sérieux, rétorque:

      - Je ne préfère pas. Je goûte; je vis!

      Vexé, Léo tire à lui la bouteille, s'en verse le tout dernier et encore abondant reliquat et la pose sur le sol, vide, près de sa sacoche et de son chapeau jaune.

      - Eh bien ! à moi ce vin fondamental, ce vin qui est esprit quand la nourriture n'est que corps, cette essence du vrai vin, bue au centre de la plus fine couronne de vignobles du monde...

      - Géographiquement, le centre vineux du Bordelais ne serait-il pas dans la Gironde, c'est à dire dans l'eau? Ce disant, Camille couronne d'un décor de table en feuilles de vigne postiches et plastiques la tête du nouveau Bacchus.

      Et sirotant son dieu, la coiffure tombée sur les yeux, notre philosophe buvant ne répond plus, absorbé, comme endormi peu à peu, le verre vide descendu sur le ventre, ronflant insensiblement puis rondement...

       - Il est sûr, à voir sa face angélique et dénuée de toute convulsion, que dans la nuit de son sommeil, il atteint la lumière aveuglante du jour platonicien, épilogue Camille.

      Sans se laisser troubler, Robert fait amener un Château Chasse­ Spleen à la robe presque noire sur la tarte aux fruits des bois qui se fait doucement dévorer. Le quatuor, mollement bercé par l'odeur féline de l'alcool, enlevé dans un autre état de l’être, se laisse aller aux rêveries demi-sensorielles, une minime lampée liquoreuse et noire de temps en temps sur la langue glissant jusqu'à l'irradiation de la glotte palpitante, la conversation effilochée, béatement tarie, le bonheur simplement sensible dans l'expression échangée des regards brumeux et dorés…

      Mais cette rêveuse sérénité, cet alizé des impressions sur emportement ouaté des vagues vineuses, est troublé par l'agitation, les soubresauts, les flatulences de la langue pâteuse de Léo, qui ne doit sa position restée assise qu'au confort de son siège... Il a, sous ses paupières plombées, ses joues molles, des vocables indistincts, mâchouillés, éructés... Peu à peu, cela se touille en civet de langage, d'où émerge soudain, comme crevant le cumulus gonflé du sommeil, des fragments, un flux, parfaitement audible sinon compréhensible, qui laisse nos auditeurs vineux bouches bées :

      - Ah, vagis, chou! ludion bondir et nage en sa sphère amniotique, non! quand une puissance obsessionnelle entrer, sortir, entrer, sortir… A quoi sert le sexe? Qui, dans ce court orgasme qui seul légitime le sexe? Moitié fonction miroir, sperme et lait, chou! Précision colorée, le relief charnu des images de rêve. Je vois! Le téton de Junon, la netteté de la fesse et de la merde. Jupiter paternel sodomisant Heidegger maternel. Utérus approché! Genesis rock and roll pour Virginia attentive... Où les plus beaux orgasmes sont ceux de l'inconscient et de la guerre. Où l'orgasme touche la castration, sa dispersion génétique. Chou! Dispersion atomique, nique nique de la parole. L'odeur de pommes pourries inconscientes dans le tiroir de Schiller tiré sur ses cuisses. Chou! Eros jeune masculin, je t'émascule, je te poursuis pourchasse, il faut que tu me confidences pour que je parle comme au Lichine le boyau de lait psychanalytique, l'oreille contre la paroi d'un sein lourd et pur... Phallus, choix et chou conscient! La mère n'explique pas tout. Phallus colonne pour les temples où souffler l'esprit. Non, pas de pets, c'est vilain! Valium, opium, prozac, au lieu de la claire conscience… L'érection de l'éros masculin comme déni des contingences et de la mort… Guerre, feu, sang, lame de rasoir, torture, cri, enfant mort, acier, bombes, faire mal, gagner. Cadavre aussitôt décomposé, puissance, roi philosophe vainqueur. Le phallus est-il l'épée, le ciseau du sculpteur, le cutter criminel ou la suave asperge de la terre? Chou Virginia! A quoi sert le sexe? Il est un pays où les caravanes sexuelles échangent leurs épices et parfums... Oh, Xanadu! leurs drogues et leurs vins... Mieux ailleurs, au-delà! Oh, léchine, léchier, Lichine, joui! Chouchou Virginia amour lointain, fille, cheveux longs, seins mouillés... Pourquoi t'ont-ils appelé Léonard comme un Da Vinci, un artiste, un narcisse, un artichaut barbu ? Petite frappe, blouson noir à crête de punk à huppe coucourroucante dans le vent, revendeur, muscle noir, chouchou... Les avalanches! Abominables! Hurlez les ventres, les ventres qui coulent, qui roulent leurs règles, leurs fesses et leurs lèvres tourmentées dans le sommeil des passions et des muqueuses liqueur lichine... L'île aux esprits marrons. La queue entichée dans les atomes lichineux. La nuit aux sexes tendus. Une fête dans la boite de nuit bibliothèque. Choux et fouets. Une fête pour chouchou Virginia. Chou!...

      Cela s'était achevé, murmures, cris parfois, dans un soupir longuement ronflé, comme les derniers récifs parmi les haut-fonds d'un sommeil paradoxal. Alors que la discrétion de quelques clients alentour avait du s'avouer insultée, les forçant à quitter promptement la salle, heureusement isolée des autres parties du restaurant.

      - Peuh, c'est du propre! réagit Robert. C'est carrément l'hypnose alcoolique, le delirium tremens. Il s'est adjugé les trois quarts de la bouteille de Lichine à lui tout seul! Sans compter les trois verres de Chasse-Spleen qu'il a subtilisé et gloupsé sans coup férir ni faire la différence! Voilà ce que c'est d'avoir fait fi de la modération indispensable pour apprécier...

      - C'est beau la philosophie! Ca doit être le brouillon de son prochain livre. Mais je n'y comprend rien du tout, avoue Réjane. Le vin doit l'aider à créer…

      - Un véritable accouchement en salle de travail ! rit Flore. Il a du mal à pousser sa créature. Et, j'ai peur que ce soit un monstre : un tricératops à tête de chou !

      - C'est peut-être intéressant, médite Camille. C'est le fond de l'humanité...

      - Tu parles, coupe Robert. Quel bourbier il a au fond du ciboulot ! A tant parler d'orgasme, il a du faire des taches à son pantalon. Tout à l'heure il vomira dans son chapeau jaune. « A quoi sert le sexe? » Peuh, tout le monde sait que ça sert à la reproduction. Pas la peine de faire tant d'histoires ; ça se domine ces choses là ! ça doit être le fond de bouquin  de son Actualité politique du platonisme.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Le bruit des chaises remuée secoue Léo hors de sa paisible hébétude. Il rechausse d'un geste décidé son chapeau jaune, fourre la bouteille vide du Lichine dans sa sacoche et sort avec précipitation. Les autres le retrou­vent assis devant son volant et triturant le démarreur.

      - Que fais-tu de ce cadavre sur les genoux? ironise Camille en désignant le goulot qui crève la sacoche.

      - Où vas-tu? demande Réjane inquiète. Tu n’es pas en état de conduire.

      - Je m'en vais rejoindre et m’unir au jeune dieu vendangeur du Prieuré-Lichine...

      - Et Léo de s'éloigner, un sourire écumeux et vainqueur aux lèvres, les laissant tous les quatre stupéfaits.

      Ils se tournent vers Robert d'un air interrogateur;

      - Il y a effectivement une statuette de pierre de Bacchus dans le parc du château. Mais laissons le à son pourtant honorable Lichine promu vin de messe intégriste. Ou de messe noire, qui sait ! Que cela ne nous détourne pas de notre programme: Châteaux Montrose, Laffite, Beychevelle...

         D'étape en étape, de Saint-Estèphe en Pauillac, Réjane, Flore et Camille parcourent les paliers des plus grands crus, pénétrant dans toutes les caves, ouvertes par le passe-partout des relations de Robert. Derrière des grilles obscures, reposent et rêvent diverses et dives bouteilles du dix-­neuvième siècle, sinon du dix-huitième, comme dans l'ombre à odeur de mous­se et champignons des caves de Ducru-Beaucaillou. Le dos appuyé sur les foudres, et debout sur la terre battue, ils répandent en l'entier de la bouche une goulée de ces liquides fabuleux, vigoureux, tanniques et fleuris, en même temps que légèrement astringents à Montrose, insidieux et splendide à Calon-Ségur, fastueux, solide et diamanté à Laffite-Roschild...

       Lors de la visite à Beychevelle, ils ont un ultime moment de recueille­ment palatal devant la perspective proprette des fûts. Puis, ils suivent à pied, une petite route qui descend imperceptiblement entre les rangs de vigne, vers la Gironde. Ils ont, chacun, un panier de victuailles sous le bras. De l'un d'eux dépasse un goulot. A Port Beychevelle, qui en fait de port n'est qu'un maigre bras marécageux portant deux ou trois barques et ouvert sur l'estuaire tourbillonnant et boueux, ils s'installent sur quelques planches et pierres bancales, pour célébrer et clore en un pique-nique choisi la boucle de leur route des vins. Une lumière jaune et limoneuse déchire un à un les strato-cumulus et tombe par grandes plaques au toucher de peau de pêche sur la Gironde pleine à déborder des flux ennemis de son courant et de la marée haute, grasse comme un oeuf et parcourue de vaguelettes crémeuses sur toute la largeur étonnante de l'horizon ocré.

      Ils étalent les victuailles, mangent sans cérémonie, pâté de caille, magret d'oie fumé, viande des Grisons, non sans accorder à des tranches de filet de bœuf froid un Château Camensac, modéré certes après les sommets oenologiques atteints, mais franc, large, équilibré, rayonnant.

Ils se taisent. Camille et Flore peut-être gênés de la disparition ou résolution en essence vineuse de Léo qui les met un peu plus face à face. Réjane vient à exprimer sa satisfaction quand à sa tarte aux légumes verts qui a sagement passé ces quelques jours dans la glacière au fond du coffre... Robert tout à coup n'y va pas par quatre chemins, après avoir néanmoins copulé avec le Camensac dans le secret analytique de ses muqueuses:

      - Grotesque! le vin, pure essence spirituelle... Pfff! Non, une chimie, un travail. Les états divers des polyphénols pour les tannins, des molécules de sotolon pour l'arôme des vins jaunes, et caetera... Les caractères organolep­tiques du vin relèvent, eux, de l'évaluation sensuelle. Léo, quoique philosophe, est un imbécile, un intellectuel toqué, un peine-à-jouir, un philosophe à la moelle de sureau ! Les bulles des mousseux offerts au banquet socialiste lui ont depuis longtemps gâté son pâté  de cervelle…

      - Holà, s'écrie en riant Réjane, il est un peu fou-fou d'accord. C'est son enthousiasme de disciple qui lui a fait voir la route des vins comme un parcours fléché vers l'ambroisie que l'on verse dans l'Olympe des mythologies. Prendre l'innocent Bacchus de pierre d'un vignoble pour Socrate en personne, avoue que c'est si gentil...

      - Le Prieuré Lichine aura été sa ciguë au pays des vins, risque Robert, visiblement apaisé par l'ardeur de son coup de gueule.

      - Mais, l'air de rien, s'avance Flore, cette route des vins, c'est bien un guide Michelin mâtiné d'étapes initiatiques...

      - Sûrement, lui répond Camille. Mais Léo dispose son initiation sous forme d'une pyramide où son Prieuré Lichine figure la pointe supérieure, parfaite et définitive. Je verrais plutôt la notre en forme d’angle abondamment ouvert vers le haut pour accueillir des crus divers qu'à partir d'un certain niveau on ne peut hiérarchiser, mais seulement dis­poser en pléiades de personnalités vineuses et variées.

      - C'est surtout une connaissance à toujours réactualiser, au fur et à mesure des vieillissements; et à reprendre pour chaque année selon les événements météorologiques, les vendanges, après chaque apparition des primeurs, chaque progrès dans l'élevage des vins, ce dont le très officiel classement des grands crus de 1855 ne peut tenir compte: il n'est qu'une échelle pour les boiteux. Il nous reste encore à aiguiser notre agilité gustative et de jugement, termine Robert.

      Au dessert, on finit sur des framboises fraîches, nature. « A chacun d'y retrouver son vin », se chantonne Réjane...

      Robert, ému, ce sera sa « conclusion au week-end », annonce-t-il, vide les dernières gouttes, chargées d’un poil de dépôt noirâtre, du Camensac dans la Gironde qui l’absorbe en toute sérénité.

      Cette Gironde nocturne que, dans quelques heures, le bac du Port de Lamarque franchira lentement, avec à son bord Camille seul, emportant le souvenir du « A bientôt » de Flore, de son instant de lèvres posé sur sa bouche, et croyant voir dans le ciel dégagé le reflet de la dispersion stellaire de la voie vineuse du Médoc.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vignes de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 19:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Conscience de Bordeaux

 

La République des rêves, II

 

 

 

C’est avec la brusquerie d’une sirène océane qu’un Paul-Pascal Ferrères oublié sonne en plein après-midi de brume à la porte de Camille. Vêtu des pans d’un vaste manteau d’alpaga blanc qu’il ne quitte pas, comme s’il était à la merci de la moindre sollicitation de la marée pour s’évacuer, le deus ex machina du Nouveau Musée palpe du bout des ongles quelques photographies, sans que Camille exprime tout haut le moindre désir d’en voir de plus grands tirages s’éclairer sur les murs du temple du distrait visiteur. Pourtant, qui sait si ce modeste Atlas du monde, ces étoilements de routes, de sentiers et d’herbes y prendraient leur pleine dimension de métaphores… Silencieux comme le plus pur des détenteurs de schibboleth, Paul-Pascal se contente de glisser ses doigts exquisément manucurés sur le glaçage des couleurs et les frôlement suggestifs de ces cils pulpeux sur les regards incertains de Camille. Faut-il se jeter dans de prolixes commentaires ? Laisser parler le silence des photographies ? Après un ultime regard enveloppant qui semble aspirer le moindre pore de peau à l’air libre, puis une peut-être intentionnelle et inopinée rencontre entre les doigts câlins du visiteur et son rétif Pygmalion, l’ange râblé du Nouveau Musée referme le carton d’images et s’en va, ne laissant flotter sur le palier qu’un menu et mystérieux remerciement : « Il nous faudra confirmer cette ébauche conceptuelle… » Notre jeune homme a-t-il eu raison de se sentir plus regardé que ses photographies ? De se sentir un trouble objet de désir visant un accomplissement différé ? De se sentir humilié d’on ne sait quel occasion ratée ?

De leur fenêtre et quartier, Flore et Camille voient la ronde des jours du microcosme bordelais s'agiter de chapeaux bas et baise-mains cérémonieux à même le trottoir, de barbes de clochards teintes de l'écume d'un vin rouge bagarreur, de crânes roses à blousons verdâtres et bottes cloutées noires, du fourgon de police et gyrophare embarquant un dealer famélique et son client, à moins qu’il s’agisse d’une pincée de ces péripatéticiennes qui empruntent les éclats de leurs engueulades aux marchandes de morue du marché.

C'est ainsi que Camille, capable de faire la queue aux étals surchargés pour être servi par la plus jolie vendeuse, rencontre enfin ce grand dégingandé de noir qui hante tout Bordeaux. Un large front blanc, une ride de rire et de pensée précoce, la brosse noire savamment entretenue malgré un semis neigeux de pellicules sur les épaules, tout cela haut perché au-dessus de la ligne de flottaison du commun des mortels... Il est en train de mordre une huître avec force roucoulades d'yeux et de voix à l'adresse de l'encore novice et rougissante poissonnière.... A force d'échanges de gustatives appréciations et autres amusettes complices, ils repartent ensemble avec chacun une bourriche caillouteuse et iodée sous le bras.

-N'êtes-vous pas Clément Braconnier? Celui dont les photos vinicoles ont fait suppurer de jalousie toutes les autres? Et dont le bouquin orne tous les salons bourgeois?

-Euh, Camille plutôt. Merci tout de même. A moins que vous ne soyez un vil flatteur... J'ai dû croiser quinze fois la population de l'Aquitaine avant d'être reconnu au marché.

-En tout cas, ne rêvez pas trop d'exposer un jour vos photos au Nouveau Musée. Ou il vous faudrait passer sous les fourches pédérastiques du conservateur Paul-Pascal Ferrères. Vous avez sûrement remarqué combien son personnel a la hanche agile, quoique exclusivement masculin. Et puis vous aimez trop la beauté pour son terrorisme intellectuel. Hors du conceptuel le plus radical, point de salut! L'art doit fuir la réalité, à l'exception de ses déchets qui peuvent seuls figurer une métaphore ou une critique de cette société qui le fait vivre et qu'il affecte de vouloir changer. S'il a les poches de poitrines gonflées, ce n'est pas que sa féminisation commence par-là, c'est seulement son portefeuille d'un côté et de l'autre le vénéré bréviaire de Léo Morillon dont il est un des inconditionnels titrés: L'art comme déchet de l’idée.

-Dans lequel il assigne à l'art contemporain la place du mime et du débris de la perfection perdue. Ou d'une perfection à venir. Ce en quoi il serait un reflet adéquat, une analyse morose et déstabilisatrice de notre condition désacralisée. Léo... Je ne m'imaginais pas qu'il avait une telle influence, bavarde inconséquemment Camille, troublé. Au fait, qui êtes-vous?

-Martial Lespinassières. Pour vous servir et servir chacun selon son mérite. Un faible professeur d'histoire au Lycée Montaigne. Et, en sous-main, La Conscience de Bordeaux. Tout ce vous direz sera caché et répété. Il n'y a pas un yaourt qui soit volé dans un supermarché, pas un notable des Quais et des Cours qui trompe sa femme sans que je le sache. Y compris lorsque son péché n’est que d’intention et de noctambule fantasme. Je sniffe et m'extase par l'oreille à l'odeur du bocal à cornichons rances du Burdigalais. Je trempe ma langue de biche et de vipère dans le jus de bordel bordelais…

 Il disserte, agite ses mains blanches autour de ses veste et pantalon noirs, comme s’il était le chef d’un perpétuel presto agitato, tout cela d'un ton enjoué, sans conséquence dirait-on, comme un trop vaste colibri vêtu de mauvaise augure et décoiffé.

-Alors vous séparez le bien et le mal ? Vous avez votre paradis et vos enfers ? Dans lequel allez-vous me verser ? ironise Camille du même ton léger.

-Oh, non. Je suis une conscience sans références. Une conscience qui s'amuse et amuse, voilà tout. Le bien et le mal sont des conventions démodées. On peut de nos jours surfer à la crête de la morale judéo-chrétienne et victorienne. Je n'ai pour réjouir mon public que la valeur des ragots de concierge et du bavardage mondain. Mais dans le genre piquant. Poivre rouge et piment vert pour tout le monde. Mêmes les plus criantes inégalités sociales, les injustices, les arnaques, les oppressions collectives et individuelles aiguisent mon tendre sarcasme d'animateur non télévisé. Je ris toujours pour les rieurs. Je suis la chaîne câblée Bordeaux Ragots et Magots. Le Bureau des Recherches Bon Mots et Magouilles. Si je ne parle pas de vous en miel et fiel dans l'arène de Bordeaux, vous n'existez pas. Je ne vous suis pas plus sympathique que la mouche du cache­-cache, n’est-ce pas ? Manqueriez-vous d’humour ? Je suis fort précieux. Je sais tellement de choses. On ne résiste pas à m'échanger une information. En auriez-vous une pour moi? Contre celles que j'ai donnée. Un prochain livre?

-Peut-être. Sur les paysages de Périgord.

-Maigre information. Je pourrais néanmoins vous être utile en étant le premier à l'annoncer. Vous êtes quelqu'un de très intéressant. Dites m'en plus sur vous. J'ai les moyens de propager votre nom, vos désirs et vos poten­tialités. Je saurais rendre attrayants vos vices et sympathiques vos ridicules.

-A part mes œillades aux jeunes maraîchères et charcutières, je ne suis guère palpitant. Un solitaire qui ne connaît pas grand monde, qui n'est pas introduit parmi les courtisans. Et ne s'en plaint pas.

-Allons, ne vous sous-estimez pas. Votre œil est celui d'une riche nature. Et qui mérite les plaisirs de la réputation. Racontez-vous à moi et je vous changerai en l'homme le plus croustillant des desserts en ville. Quels sont vos passions, vos fantasmes, vos légendes d'enfance?

-J'aimerais mieux ne devoir la réputation qu'au seul travail de mon art.

-Votre art, dites-vous... Il lui faudra bien être guidé par des leviers qui le soulèveront jusqu'aux plus hautes sphères. Je suis un de ces leviers, et pas le moindre, voyez-vous. Que diriez-vous de Madame la Conservatrice du Musée des Beaux-Arts, concurrente et ennemie acharnée de notre Ganymède du Nouveau Musée, et dont elle crèverait volontiers les yeux de son beau nez en bec d'aigle... Quoique je ne sache pas que vous soyez assez dix-huitième pour elle. Ses plus belles réalisations ne sont-elles pas ces exhaustives expositions Fragonard et Boucher qui ont ravi le tout Bordeaux conservateur et libertin… A moins que vous admettiez de photographier des masures Louis XV ou des mollets Louis le Seizième. Et qui sait si le baroquisme de vos courbes végétales pourrait lui agréer ? Madame Vital-Carles a un vice amusant dont j'ai soulevé la voilette... Vous pourriez grâce à ma modeste personne approcher son intimité, jouir de ses faveurs, être introduit dans le saint des saints aquitain et parisien de ceux qui font, défont les réputations et les cordons des bourses aquitaine et nationale. Madame Vital-Carles, bien qu’amie intime de Dalbret, le Député-Maire républicain de Gradignan, n'est pas sans avoir l'oreille de notre Conseil1er Culturel Régional, Virgile de Saint-Avit, lui-même ami intime du Ministre de la Culture, Raymond Lecommunal. Mais ce Virgile, jusqu'à plus ample information est un vertueux austère, hors une louable ambition. Il vous faudra donc en passer par elle. Et par mes services.

-Qu'attendez-vous en échange?

-Oh, je ne sais. Nous verrons. Peut-être me suffirais-je de la gloire de vous avoir poussé...

-Ils sont rue Buffon, devant la porte de l'immeuble dix-neuvième où niche Camille, leur bourriche sous le bras. Visiblement, Lespinassières attend, mais en vain, d'être invité à monter.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 Extrait d'un roman à venir  :  La République des rêves

 

T. Guinhut : Ré une île en paradis, Pyrénées entre Anie et Aneto, Pyrénées entre Aneto et Canigou.

Photo : T. Guinhut.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 16:13

 

Cartonnage Vegnios & Zachos, 1920. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Gamal Ghitany, des Illuminations

 

aux Sémaphores égyptiens.

 

 

 

Gamal Ghitany : Le livre des illuminations,

traduit de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman et Emmanuel Varlet,

Seuil, 885 p, 35 €.

 

Gamal Ghitany : Sémaphores,

traduit de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman et Emmanuel Varlet,

240 p, 21 €.

 

 

 

      Le versant spirituel et le versant séculier se partagent l’œuvre de l’Egyptien Gamal Ghitany. Le livre des illuminations, son vaste roman initiatique, nous emporte vers un empyrée qui, bien que relatif au versant soufi de l’Islam, a quelque chose de syncrétique, tant cette spiritualité peut toucher tout être humain, à l’instar de la Divine comédie de Dante ou du Cantique des oiseaux d’Attâr[1]. Quant à ses « Carnets », dont Sémaphores est le second volet, ils sont le reflet de ses voyages terrestres, et plus précisément ferroviaires.

 

      Le lecteur que nous sommes sera-t-il illuminé ? Partagés entre notre qualité de mécréant et le souffle de ce roman, nous ne pouvons que rester dubitatifs devant le mysticisme, le lyrisme inspiré, non sans beauté certes, mais trop inféodé à la rhétorique religieuse, à la sujétion à la parole de ou d’un dieu... Reste que ce « voyage » surnaturel est impressionnant. S’il ne nous est pas donné de le lire comme un croyant, mais comme un amateur de récits fantastiques, nous avons le bonheur de pénétrer dans un univers aussi rigoureux que poétique.

      Après avoir confié dans L’Epître des destinées (Seuil, 1993) ses déceptions liées à notre trop terrestre et trop bref passage, autant qu’à la pauvreté de l’Egypte, Gamal Ghitany, né en 1945, s’envole dans un au-delà aux multiples rebondissements. C’est au retour de voyage que le narrateur apprend la mort de son père. Sa douleur lui vaut d’être présenté devant le « Divan », étrange trio d’esprits supérieurs qui lui accorde de voyager d’illumination en illumination… Ainsi, le temps est vaincu, la liberté écarte les contingences jusqu’à la révélation et l’union avec Allah. Mais au cours de ce grandiose périple qui emprunte son éthique et son mouvement à la mystique soufie, d’autres pères, d’autres guides apparaissent. Dont Nasser, père politique de l’Egypte moderne, qui pourtant déçut le marxiste qu’est Gamal Ghitany, d’ailleurs envoyé en prison pour avoir douté du rêve nassérien. C’est ainsi qu’une destinée personnelle embrasse les destinées d’un pays…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est à la fois un récit venu des grands voyageurs arabes, sinon des Mille et une nuits, une épopée frémissante de poésie, mais aussi un guide spirituel et philosophique (s’il est permis de rendre poreuse la frontière entre philosophie et religion) non sans allusion à son maître aimé : le grand maître soufi du XIIème siècle, Ibn Arabi, auteur d’un récit intitulé Chimie de la joie. A moins que se glisse une allusion au Livre des morts égyptien. Ou encore un écho de la Divine comédie de Dante. Sans compter -tradition culturelle oblige- Le Coran, dont les notes nous restituent les références. On se fatiguerait à chercher les sources, comme si l’auteur n’était pas un authentique créateur, mais un compilateur. Peut-être enfin s’agit-il d’une fabuleuse entreprise autobiographique intérieure, d’une auto-thérapie…

     On apprend comment se ramasser dans une goutte d’eau, on voit l’instant de la fécondation de l’ovule, comment des « flashes » conduisent dans le passé, auprès des grands penseurs, poètes et prophètes d’une prolifique civilisation arabe : « J’ai vu une foule d’êtres disparates entre lesquels étaient répartis les atomes de mon père ». Le délire maîtrisé coule à pleins bords, la langue du poète semble donner accès à chaque infiniment grand et infiniment petit. Après « Les Illuminations », ce sont « Les Voyages », puis « Les Stations », enfin « Les Etats ». Entre la mort du père et celle de la mère, toute une cosmogonie est visitée, habitée : « Par l’étoile quand elle décline, votre compagnon ne s’égare ni n’est fol, ni ne tient langage de passion. Ceci n’est que Révélation à lui révélée dont l’instruisit un pouvoir intense et pénétrant. » Ce verset du Coran prend en écharpe le livre entier.   

      Mais guère de libre arbitre dans cet écheveau de récits, dans cet envol : tout appartient à la décision de Dieu. Si le soufisme est pour Gamal Ghitany du côté de la lumière, rejetant le wahhabisme intolérant dans l’obscurantisme, il nous est permis, nous occidentaux, quoique fortement charmés par ce roman, de préférer les Lumières du XVIIIème siècle, qui furent une des aubes de nos libertés. Remarquons cependant à ce propos que le narrateur dit « je ». Ce dont, on le comprend, les écrits arabes ne sont paraît-il guère friands. Autre trait de liberté cependant, lorsque le conteur ose montrer son père et sa mère faisant l’amour…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Ce sont parfois de furtifs actes amoureux que commet le narrateur avec une inconnue, dans un train égyptien. Parmi quarante petits récits, qui ont par instant de « doux effluves » de poèmes en proses, le diariste sans date nous propose ses impressions de voyages, géographiques et intérieurs. Sémaphores est le second volume -et probablement pas le dernier- des « Carnets » de Gamal Ghitany, après celui si bellement titré Muses et Egéries[2].

      L’encyclopédie ferroviaire est aussi celle de la mémoire et du désir, du nord au sud de l’Egypte, entre Alexandrie et Assouan, mais aussi en suivant les rails suisses, hongrois, russes et chinois… Où fourmillent les anecdotes, d’intérêt inégal ou révélateur, telles celle, tragique, du jeune homme qui se précipite par la portière ouverte dans un fleuve… Bagages empilés, horaires nocturnes et retards (à cause du convoi du « Roi »), grossièretés et marchands ambulants, « déracinements » et retours, toute une sociologie se côtoie et s’entasse au rythme des locomotives poussives ou rapides. Car pour Gamal Ghytani, depuis son enfance et la main de sa mère sur le quai, le voyage n’a qu’une acception : « Le seul mot qui puisse s’appliquer et faire sens est pour moi celui-ci : train. » Il est vite évident qu’il s’agit en tous ces trajets d’une métaphore métaphysique : « L’idée de l’origine et de la fin est vitale pour un homme. » La dimension autobiographique brasse alors maints souvenirs et détails, comme ces paniers de nourritures odorantes qui voyagent pour relier les familles séparées.

      Sa fonction de jeune contrôleur de « l’art du tapis oriental » l’amène à visiter Basse et Haute-Egypte, jusqu’aux oasis lointaines. Observer alors en une « furtive intimité » de belles inconnues est un moment rare du désir brûlant et de la découverte de l’autre. Le motif est récurrent de wagon en wagon : lorsque parmi la foule, une « lycéenne », frotte « son postérieur généreux » contre lui ; lorsque dans un wagon désert, ou à la faveur de la nuit, des femmes lui livrent leur volupté en silence. Ces éclairs d’intense érotisme témoignent de la sexualité rare et terriblement contrainte, d’autant plus explosive, du monde arabe. Y compris lorsqu’un ravissant « éphèbe » est « prisonnier d’un jeune homme très laid », suscitant colère, indignation, jalousie, et intervention d’un « bey » qui emmène l’enfant en première classe. De même, un autre bey use de son pouvoir pour qu’on lui ramène, enroulée nue dans un tapis, la jeune fille qui était venue offrir son corps à notre narrateur…

      Parfois, les trains sont ceux de l’exil vers le sud, lorsque l’auteur crut pouvoir lutter contre la corruption en l’entreprise qui l’employait. Son sens de la justice et « des idéaux auxquels [il n’a] jamais renoncé » est alors bafoué. Dans cet « éloignement », il découvre « les vertus du monologue intérieur, de l’introspection », la richesse « de l’effort de mémoire ». Non sans fixer ses oreilles et ses yeux vers les voies ferrées du fantasme… Ainsi, « Il est facile d’abolir la distance qui nous sépare des lieux ; en revanche, celle qui nous sépare des temps passés ne peut être franchie que par le truchement des images et des souvenir ».

 

      Théologie (quoique ouverte à toutes les religions, y compris à l’athéisme d’après l’auteur lui-même) ou brillance et liberté du roman ? Aux côtés de Naguib Mahfouz, cet autre grand écrivain égyptien, voici un prosateur qui sait être poète lyrique inspiré, grandiose, autant que réaliste, attaché aux détails des humains cheminements. Même si la seconde quête n’a pas l’intensité de la première, Gamal Ghitany est sans cesse à la recherche de la lumière, que ce soit celle de l’au-delà divin ou celle des espaces terrestres ponctués des sémaphores des trains, métaphores des illuminations de la vie, de ses rencontres et de ses plaisirs. Comme ces lignes, parmi les Illuminations de Rimbaud, dans « Départ » : « Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs. / Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours. / Assez connu. Les arrêts de la vie – O rumeurs et visions ! »

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Livre des Illuminations a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2005

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 19:27

 

Eloy d'Amerval : La Grande Diablerie, Georges Hurtrel, 1884.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

La Conscience de Bordeaux : Le contrat faustien.

 

La République des rêves II

 

 

 

 

C’est lors d’une de ces premières après-midi de mai, quand le soleil époussète les terrasses de café de la Place de la Victoire, que Camille sent un fauteuil d’osier craquer contre sa claire solitude et disponibilité. L’impeccable dentition de Martial Lespinassières offre un sourire prédateur aussi large que sa silhouette est haut perchée.

-Cher Camille, voilà des mois que nous n’avons pas parlé. Et vous n’avez pas conquis Bordeaux. Pas même avancé d’une rognure d’ongle.

-Et quel moyen martial, en vue de la victoire, me proposez-vous ?

-Trois possibilités s’offrent à toi. Uno : coucher avec le Conservateur du Nouveau Musée. Notre vigoureux Paul-Pascal à un entregent extraordinaire et il aimerait assez ta nouvelle photographie s’il pouvait s’assurer que tu es bien dans son camp et dans celui de notre maire Demas-Vieljeux qui le protège comme un fils prodigue en lui allouant un salaire mensuel de quatre-vingt-dix mille francs, sans compter des notes de frais en première classe et un appartement privé sur le Grand Canal pour monter le pavillon du Nouveau Musée lors des Biennales de Venise. Ce qui te permettrait du même coup de renouer avec les grâces de Delmas-Vieljeux et de sa petite fille Aude que tu as désespérément omises de cultiver.

Due : flatter la vanité de Misstress Vital-Carles, qui est d’ailleurs amie publique, et peut-être de lit, du républicain Député-Maire de Gradignan, Dalbret, le jeune loup aux chemises bleues qui, notons-le, a une chance d’un jour conquérir la place de Delmas-Vieljeux le plus que vieillissant, en lui dédiant un portfolio de photographies de fragments corporels féminins empreint de cette sensualité baroque que révèlent tes fragments de paysages.

Tre : prendre une carte du parti socialiste et te montrer assidu à ces réunions et meetings où l’on croise le philosophe Léo Morillon, qui lui ne s’allonge pas avec tout ce qui bouge, et Virgile de Saint-Avit, notre Conseiller Culturel Régional inspiré, ascète notoire, sans compter notre Ministre de la Culture, Raymond Lecommunal qui aime à se ressourcer à la base du parti. Pour chacune de ces voies, je suis en mesure de te parrainer. Qu’en dis-tu ?

-Prostitution. Prostitution. Prostitution. Qui êtes-vous, Lespinassières, ou plutôt qui croyez-vous êtes ? Le Méphistophélès de la comédie bordelaise ? Je ne sache pas que vous ayez vous même conquis la capitale aquitaine.

-Peut-être n’avez-vous pas, Monsieur Braconnier, la carrure d’un Faust, tout simplement.

-Un artiste, sinon rien. Quant à vous, je n’ai pas eu le plaisir de vous inviter.

-Adieu, Monsieur l’incorruptible, pur d’entre les purs.

Et néanmoins guilleret, le dégingandé Lespinassières s’en va trouver à l’autre extrémité de la vaste terrasse un gogo, un complice, un puissant, qui sait…

Longtemps, c’est à Flore que Camille se contente d’offrir la charnelle sensibilité de ces images paysagères, cueillies par monts et par vaux et réunies en bouquets de clairs encadrements sur le mur de son boudoir, en haut du quartier des Grands Hommes. Jusqu’à ce que, des mois plus tard, un Lespinassières rayonnant, apparu en onzième page du Courrier d’Aquitaine, en qualité de « Consultant d’opinion » à la Mairie de Bordeaux, fasse parvenir à Camille sa carte pour lui proposer « un rendez-vous qui intéresse sa carrière de photographe »…

Moins par ambition et génuflexion de courtisan que par voyeurisme à l’égard de la soudaine promotion du personnage, Camille s’engage dans les escaliers d’apparat, dans les couloirs lambrissés, parmi les halls clairs et spacieux où de décoratives hôtesses aiguillent les visiteurs vers d’utiles bureaux. Pourtant, le nom de Lespinassières semble plonger un sourcil délicatement épilé dans l’embarras. Sa fonction encore plus. Qui est-ce ? Où a-t-on casé ce gugusse là ? Voire, existe-t-il ? Et si vous alliez fureter, oui, du côté du service Communications ? Dans l’aile droite. Là-haut, vous demanderez…

Les marches commencent à branler, les peintures à s’écailler, on l’envoie sur un palier encombré de portemanteaux bancals, de chaises empilées en déglingue, de cartons qui vomissent leurs dossiers moisis, quand il s’entend appeler :

-Monsieur Braconnier, par-là, par ici… Oui, c’est cela, au dernier recoin du grenier. Entrez. Faites attention à la porte en l’ouvrant, ne vous arrachez pas le nombril ! Excusez-moi, on est un peu à l’étroit. Prenez ce tabouret. Ce n’est pas brillant, comme vous le voyez, mais l’essentiel est d’être dans la place, n’est-ce pas… On a vidé d’urgence un placard à balais, avec seaux, serpillières et bidons de désinfectants, on m’a poussé un bureau d’écolier, un banc, on m’a alloué cet ordinateur, lui flambant neuf, quoique d’une puissance misérable. On m’a cloqué une ampoule nue au bout de deux fils, un téléphone en bakélite noire que l’on dirait tombé du catalogue des armes et cycles éditions 1887. Je n’ouvre pas la fenêtre de peur de la recevoir sur les omoplates. Je ne ferme pas non plus la porte, la serrure et la poignée vont choir en poussière. Je ne fixe pas la moindre carte postale sur les murs, de peur de ne plus pouvoir passer entre les têtes des punaises ; déjà que ces charmantes bestioles font leur nid dans les boursouflures d’un papier qui a été peint avant les primitifs italiens… Bref, le paradis !

-Au moins, si vous n’en menez pas large, vous avez une belle hauteur de plafond…

-Voilà qui convient à l’altitude de ma minceur, en effet. Tous les espoirs me sont permis vers le haut. Sauf si l’on ne me débarrasse pas de cette araignée au plafond. Trêve de plaisanterie. Si mes émoluments restent modestes, dix fois moins que ceux de Paul-Pascal Ferrères, mes pouvoirs ont le bras long. Voyez, « La Conscience de Bordeaux », grâce à son titre officiel de « Consultant d’opinion », n’a pas failli à vous attirer dans sa toile.

-Qu’attendez-vous de moi ?

-Que vous mettiez vos talents de photographe au service de la ville de Bordeaux et de son Maire Delmas-Vieljeux, ancien résistant contre l’occupant nazi, quarante ans d’empire municipal et depuis vingt ans Prince de la région Aquitaine. 

-Mais encore ?

-Vous avez montré un talent certain en photographiant le vignoble girondin. Jamais les vignes, les châteaux et les chais n’ont été si beaux que dans votre livre.

-Vous êtes un vil flatteur, Lespinassières.

-Taratata… Vous devez vivre, assurer votre promotion et offrir à votre art l’ampleur et l’assise officielle qu’il mérite.  Il me semble, car ma proposition est encore strictement officieuse, que notre Maire, aimerait pouvoir feuilleter et offrir un beau livre qui rendrait justice à sa ville. Vous êtes capable de le faire.

-Photographier Bordeaux… S’agirait-il d’une commande ?

-Pourquoi pas. Ce que vous avez fait avec le pays des vins, vous le feriez au centuple avec la ville des villes. D’une telle beauté urbaine couchée le long de la Garonne, vous ferez une splendeur. Vous tendrez le miroir le plus esthétique à cette jolie femme qui vous rendra tous vos baisers !

-Vraiment, je ne sais que dire…

-Mais je le sais pour vous ! Camille, nous imaginons un plan de financement, la ville prend en charge vos frais de pellicule, de documentation et tout le toutim, nous programmons une exposition dans les Grands Salons de la Mairie, la presse, les télés, la gloire, l’exposition est accueillie dans une douzaine de villes européennes, le livre est livré par palettes entières dans les librairies, les supermarchés et les Offices de Tourisme, les droits d’auteur vous tombent dessus comme le jackpot, Madame Vital-Carles du Musée des Beaux-Arts vous embrasse derrière l’oreille, et Virgile de Saint-Avit en est raide de jalousie de ne pas y avoir pensé, même Paul-Pascal Ferrères tombe à genoux devant la beauté comme Saint-Paul sur le chemin de Damas, quant au Ministre Lecommunal… Ouhaou !

-Vous oubliez un petit problème.

-Dites, que je sectionne la chose à la racine.

-Les vignobles de Médoc et de Saint-Emilion étaient déjà beaux avant que je me mette à travailler. Je n’ai fait qu’amplifier, et révéler la chose quand il s’agissait d’un débris de fut dans la vase de l’estuaire. Pour Bordeaux, rien à voir. Vous savez comme moi que la ville est loin d’être aussi séduisante. Puis-je me contenter de photographier l’Esplanade des Quinconces et le Grand Théâtre ? La Place de la Bourse et le Pont de Pierre ? Ce serait magnifique. Mais incomplet. Que ferons-nous des dépôts d’engrais et de produits chimiques de La Bastide, dont les conditions de stockage sont loin d’être sécurisantes ? Des putes défraîchies sur le Quai de Bacalan ? Du vieux Bordeaux qui menace parfois ruine, plâtras et poutres bouffées aux termites ? Du quartier Mériadeck dont la modernité architecturale est loin d’être une réussite, de l’avis unanime, bien qu’elle ressorte de la volonté de Delmas-Vieljeux ? Que ferons-nous enfin de votre placard à balai ?

-Tout doux, Camille. Vous ne pourrez pas, de toutes façons, tout montrer, photographier toutes les rues. On ne vous demande pas d’être aussi exhaustif que l’annuaire, de pondre une encyclopédie comme nos Grands Hommes. Non. Il vous suffit de choisir ce qui satisfait votre aspiration à la beauté.

-Ce serait un mensonge. Un portrait de ville falsifié. Le plus raffiné des maquillages peut rendre la beauté à un bijou, à un lobe d’oreille peut-être, mais pas à une ville, fascinante certes, mais dont certains quartiers, certains ateliers et terrains vagues, certains immeubles sont atteints de lèpre chronique. Vu comme ça, en acceptant de prendre en compte des réalités qui font que Bordeaux a tant de facettes, des plus prestigieuses aux plus sordides, je serais partant.

-Ne confondez pas, Camille, notre ville avec ces péripatéticiennes qui font le pittoresque de nos quais… Il va falloir, si nous voulons faire affaire, que vous composiez avec d’autres réalités : politique, d’image… L’art n’est-il pas au service de la cité ?

-C’est bien pour cette raison que je ne dois pas le prostituer.

-Décidément, vous êtes obsédé, Monsieur Braconnier.

-Et mon travail en cours sur le Périgord ? Ne peut-il pas séduire Delmas-Vieljieux, puisqu’il est Président de la région Aquitaine ?

-Vous posez là le pied sur un terrain délicat, voire boueux. Le Périgord, bien qu’aquitain, est le fief, vous n’êtes pas sans le savoir, d’Antonelli, Député de Biron, Président du Conseil Général de la Dordogne, et par ailleurs Trésorier National du Parti Socialiste. Delmas-Vieljeux peut-il faire un tel cadeau à Antonelli ? Deux personnalités qui se détestent franchement. Une tête de hérisson pour Antonelli, une tête de couleuvre à collier clouté pour Delmas-Vieljeux. Notre hérisson devra longtemps jeûner sur ce plat là. Réfléchissez plutôt à ma proposition bordelaise. La nuit porte conseil. Ne laissez pas passer une occasion pareille. Je suis sûr que vous allez venir à des sentiments plus coopératifs. Et puis, sûrement réussirez-vous à transmuer le sordide en sublime… A demain.

Mais, le soir venu, ce n'est plus pour le contrôle d'une familière dame aux monnayables vertus et entretétons décaparaçonnés que le gyrophare du fourgon de police jaunit par à-coups un angle visible de la Rue Condillac. Seul le puissant téléobjectif de Camille voyeur pour la circonstance permet de vérifier que la silhouette connue, menottes scintillant dans la nuit des poignets, une main striée de sang, est bien celle d’un Lespinassières spasmodique et de force dégluti par la gueule obscure du véhicule, refermé d’un claquement vif par un agent dont la joue s’orne de filets sanguinolents.

Rencontrant Robert lors d'une matinale réception d’œnologues californiens, Camille l'interroge:

-Tu n'as pas lu Le Courrier d’Aquitaine de ce matin? « La Conscience de Bordeaux » prise en flagrant délit de chantage! Il ramassait sous ses ongles crasseux tant de vices de la ville qu'il en avait les poches pleines de merde. Mais ça a fini par sentir mauvais. Il venait de décrocher auprès du Maire qu'il entretenait de ses flatteries, bons mots et ragots, sa chaise percée de « Consultant d'opinion ». Jusqu'à ce que tranquillement il menace son bienfaiteur du dossier de sa petite pute privée avec des photographies prises depuis je ne sais quelles fenêtres sous les toits. Alors dessillé, Delmas-Vieljeux lui laisse présenter le montant de sa prestation d'enquête, filature et voyeurisme sous couvert du plus complice silence. Et préciser les termes financiers du contrat au téléphone de la garçonnière préalablement équipée d'un mouchard... Et hop, cueilli avec les numéros des billets apportés rue Condillac, près de chez toi, par notre Maire en personne qui suivait le conseil de la Juge Judith-Renée Clavières! Sans compter que le budget alloué à la communication par la ville était en train de prendre de la gîte. A trop tirer les œufs du cul de la poule pondeuse, on la rend hargneuse...

-Et comment se tire le Maire de son histoire de petite protégée?

-Il la tirera encore, rit Robert. Madame Delmas-Vieljeux et Monsieur publient un communiqué conjoint dans lequel ils vantent les vertus d'un long mariage fondé sur des objectifs communs et sur l'amitié. Quant à cette greluche noire comme une chocolaterie… Cette greluche qu'on a dit lointaine descendante d'un chef de tribu Ibo exporté aux Antilles par un négrier bordelais du dix-huitième siècle, cette poupée Barbie appelée Galante Assomption qu'on dit adepte du Vaudou... Elle fait tressauter ses fesses dans le décor de garçonnière conçu exprès par Madame le Maire, fine décoratrice bien connue, au plus haut d’un immeuble de la rue Planterose. Bah, si ça les amuse! Ca ne choque que quelques vieilles bourgeoises aux larmes de bénitier. Ces histoires de gaudriole ne nous intéressent pas. C'est un excusable petit délassement dans les marges d'une lourde responsabilité. Nos époux modèles ont raison de confirmer que la bonne gestion de la ville est l'essentiel. Voilà qui donne au passage une leçon à tous les hypocrites! Le seul dindon de la farce est notre Arétin arrêté pour chantage au grand pied, abus de confiance, détournement des finances publiques et voie de fait sur agent. Sais-tu qu’il a déchiré jusqu’à l’os la joue d’un jeune flic en le traitant de néo-nazi ? Lui qui se vantait d’avoir sa carte chez les Républicains et chez les Socialistes ! Et l'on dit maintenant qu'il enseignait sans diplôme dans son lycée quitté sans préavis. Je me demande combien ça va aller chercher derrière les barreaux. Traître envers son bienfaiteur, ça doit être bien profond dans l’Enfer… Quel couillon ! Il n'y a bien qu'un fouille-merde comme lui pour se salir dans notre belle ville. Voilà ce qu'en dit l'opinion.

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves, sommaire

Une vie d'écriture et de photographie

 

Pyrrhocores ou Gendarmes, Saint-Romain-les-Melle, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 13:50

 

Château de Meillant, Cher. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Bironpolis

 

Incipit

 

 

La République des rêves III

 

 

 

 

       Au matin, Camille petit-déjeune seul, légèrement fébrile, comme s’il était au centre et en haut de son itinéraire. Puis, ayant revêtu les vêtements d’usage, il descend se mêler à la foule des congressistes du château de Biron. Une hôtesse lui remet son badge et le programme où il a le petit crissement de vanité de voir figurer son nom. C’est à peine s’il a le temps de repérer les noms d’Arthur et de Robert qu’il est accosté, happé, entraîné par ce dernier.

       -Ah, te voilà ! Nous t’attendions hier au soir… Il y avait du Château Gilette dans les verres et des poèmes sur les lèvres… Je ne te précise pas ce qui était le meilleur… Nous t’imaginions en train de dormir en braconnier dans une cabane de branches en plein taillis. Viens-tu chercher ces lauriers de la consécration qu’on accole au lièvre au four, chausser les palmes académiques pour nager à l’aise dans le bocal de la gloire de clocher ? Viens, je vais te présenter, s’époumone Robert, comme grisé par les parfums intellectuels qui auraient déjà dû éclater à l’odorat de Camille parmi cette digne assemblée d’individus papotant.

      -Regarde cette basse-cour ! Les officiels gallinacés se dresser sur leurs jabots… Sarlande, chauve Président Républicain du Fonds Régional d’Art Contemporain ; Antonelli, Député aux lourds sourcils de Biron, Président du Conseil Général de Dordogne et Trésorier National du Parti Socialiste ; Madame et Monsieur Delmas-Vieljeux, plus jeunes que jamais malgré leurs quarante ans de règne sur Bordeaux et l’Aquitaine ; Dalbret, Député-Maire de Gradignan, dont tu reconnais la chemise bleu républicain comme s’il rythmait en tenue d’été la circulation des carrefours pour faire se garer Delmas-Vieljeux vers le cimetière et prendre sa place à la Mairie de Bordeaux; Madame Vital-Carles, pétulante Conservatrice du Musée des Beaux-Arts dans sa robe aux verts nymphéas… Tout Bordeaux, toute l’Aquitaine, est là. Sauf Martial Lespinassières qui, lui, est en résidence au colloque de Prisonpolis ! Sans compter ceux qui sont déjà dans l’amphi…

     -Arrête, ami bavard, où est Arthur ?

     -Il est là. Suis-moi. Tu vas rencontrer David Johannes qui avec Arthur a accroché tes photos, édité l’affiche et le dépliant que tu as joliment titré « Herbes, feuillages et chemins périgourdins ». Tu sais qu’il est un des dévoués auteurs d’Arthur. Il délaye tellement le poème dans le blanc de la page qu’on dirait l’intérieur d’une boite de lait en poudre. Ou alors, il joue avec les nouilles alphabet du potage. C’est pâteux. La langue y reste plantée.

     C’est bien Arthur qui se lève vers lui, raide avec une jambe qui semble retarder, le toupet d’une mèche pâle agité au-dessus d’un sourire naïf, triste et crispé… La voix paraît sortir d’un appareil mécanique et pulvérisé de blancs dont la vitesse ne peut être changée ni modulée :

      -Ca va très bien ? Je vais beaucoup mieux. Je peux parler phrases manquées. Camille, ça va très bien, vous voyez. L’orthophoniste m’aide beaucoup. Je fais des progrès de… Il s’arrête, la bouche épuisée, vidée.

       -J’ai vu que tu allais lire quelque chose…

     -C’est mots d’avant. Pas commencé écrire… Johannes dira moi. Connaissez Johannes : le nouvel Hölderlin de Bordeaux. Pardon, je vais… Une place fatiguée… écouter. Merci beaucoup, Messieurs… La saccade trouée de sa diction s’achève, à bout d’énergie.

Johannes, inquiet, le suit des yeux. Jusqu’à ce qu’Arthur s’asseye le plus lentement possible. Ce Johannes est un drôle de jeune homme, grand blond fou frisé, le nez droit dans le prolongement de son front d’éphèbe, le menton aussi croquant qu’une pomme de terre nouvelle, l’œil amusé et  mouillé comme s’il était enrhumé, batifolant du regard sans s’accrocher longtemps quelque part, joli comme une publicité pour un parfum aux épices et au cédrat. Il se tourne soudain vers Camille :

    -Heureux de vous voir enfin. Vos photos. Des miniatures baroques, n’est-ce pas ? Du minimalisme magique. Ou le drapeau vert du militant écologique?

      -Pas du tout ! Un regard qui ne se laisse pas enrôler… Merci pour l’accrochage. Est-ce que l’on peut aider Arthur ?

       -Non, celui qui reste dans le corps d’Arthur veut s’aider seul. Faites comme si de rien n’était.

       -Mais où sont les artistes, les savants, les écrivains de ce colloque ? Et Virgile de Saint-Avit ?

       -Sans nous compter, et hors les scientifiques qui ne sont pas arrivés, il y en a là quelques-uns, répond David Johannes, la langue excitée de salive. Le gros jovial, là-bas, Marcos Patureau, jacasseur et courtisan de tout ce qui porte titre officiel, est  « le peintre abstrait le plus radical qui soit » selon ses propres termes. Il couvre ses toiles de dizaines de couches de blanc pour ne laisser apparaître qu’un point. Toutes les nuances les plus infimes des couleurs sont tour à tour convoquées et caractérisent sur chaque tableau le point. Dans quelques dizaines d’années, s’il ne meurt pas avant, le dernier point sera également blanc sur le dernier tableau. C’est un théoricien bavard qui t’en dira plus si la patience t’en dit.  Ah, voici Patrice Letellier dont le dernier livre, Silence blanc, vient de paraître.

      L’écrivain tend alors une main longue aux ongles en deuil sous un visage blême masqué de lunettes cerclées de noir. Non sans répugnance, Camille saisit cette main qui se révèle sans force, aussi molle et suintante qu’un préservatif frais débondé, bien que chargée d’une bague aux dents cruelles et entartrées de vert de gris. L’écrivain se détourne aussitôt, comme retournant à la majesté de son intériorité.

       -Il a consacré à Bordeaux plusieurs livres, précise Johannes, où des personnages falots à la Beckett figurent la décomposition des milieux d’affaires et d’administration… C’est notre grand écrivain. L’écrivain des désabusements, des amours jamais vécues, des vies épuisées. C’est le délectateur du morose, le conspueur de la condition humaine, celui qui figure la face pourrie de l’universel. Celui qui a fondé le concept de judaïté intime de l’écrivain sous l’occupation capitaliste qui le déporte vers le camp du silence. Son dernier livre, péniblement publié par Arthur, suscite la ferveur de quelques-uns et l’indifférence de tous. C’est une sorte de récit intérieur et fragmenté dont l’enjeu est la dissolution du monde et de la parole jusqu’à l’accession à l’ange absent de la mort…

      -En voilà un, coupe Robert, qui a trempé sa plume dans le sang de navet qui lui défigure les traits. Sans compter le venin plaintif de l’idéologie marxiste qui lui tient la langue sous perfusion continue… Peut-on dire de telles conneries : assimiler le capitalisme au nazisme !

       -Comment explique-t-on la ferveur de quelques-uns ? interroge Camille.

       -Sans compter Saint-Avit qui en raffole, quelques intellectuels et officiels des Commissions à la Lecture et de la Direction du Livre sont impressionnés par sa logique incontournable de la fin dernière de la littérature qui est assomption et adéquation au silence et à la mort…

     -Pouah ! s’ébroue Robert. Quel plat morbide et grotesque tu nous sers… Johannes, tu te laisses complètement piéger. Voilà bien le dénominateur commun des auteurs à gueule de raie pas fraîche d’Arthur. On se demande pourquoi  il publie ma paillarde œnologie et les photos de Camille dont l’ouverture sensuelle au réel est à cent mille continents de cette démission devant la vie subventionnée par le ministère Lecommunal. Sûrement parce que ce sont les seules choses qui font vivre et non crever sa boite. Quoique je la voie maintenant bien mal partie…

      -Les intentions de l’éditeur sont impénétrables, conclue Johannes avec un sourire doucement sucré. Quoique ma gueule de poète soit, dit-on, la plus fraîche de Bordeaux. Venez maintenant. La première partie du colloque commence à côté.

       La petite foule débouche en effet dans la salle du Conseil Général. Sur la pierre ocre, scintille l’aluminium et l’ébène d’un faisceau de colonnes post-modernes, dessinant autour et au-dessus des conférenciers attablés le masque vide d’un temple dédié au dieu improbable du civisme. A peine une centaine de personnes s’assied sur le bois et velours rouge de l’hémicycle. Le Ministre de la Culture et des Télécommunications du gouvernement socialiste, Raymond Lecommunal, vient à la tribune, hausse son menton au plus haut que sa petite taille le lui permet, lisse du plat de la main les épis de sa coupe de coiffeur pour garçonnet, fait claquer son papier au sortir d’un porte-document de cuir précieux et fauve, et commence, d’une voix fluette, et de bon ton.

       -Je déclare, Mesdames et Messieurs, l’Aquitaine Communauté des Savants ouverte. Où nous allons répondre ensemble et chacun à cette question : Comment amener la communauté humaine à plus de communauté, de communication, de qualités ? N’est-ce pas l’union de l’art, de la science et de la politique, et leurs progrès, qui fonderont le sens et la destinée de la communauté ? Ici, nous avons élu les artistes et les savants, dignes de représenter l’Aquitaine et l’humanité, et de nous ouvrir à la planète, en un bel éclectisme. C’est avec l’espoir d’imaginer avec eux un monde meilleur de convergences que nous sommes là, d’imaginer la conviviale et parfaite communauté pour laquelle l’état est l’ordonnateur privilégié. Ce sont les savants et les politiques qui font le monde. Alors, pourquoi des artistes ? Sinon pour le regard et la perspective, pour illustrer et rendre visible ? Le savoir ne suffit pas puisqu’il y faut l’art, le faire et la forme, puisque les objets de la science et du politique passent aux mains du designer et du publiciste. Nous irons chercher parmi les artistes les plus avancés l’image esthétique de l’esprit du temps pour qu’ils trouvent leur légitimité dans le circuit économique généralisé et au-delà. C’est ainsi qu’ils pourront irriguer de leurs formes et de leurs lumières chaque fibre d’une démocratie où chacun se révèle bientôt un artiste à une seconde planétaire et, si vous le permettez, idéale. A nous, je vous prie, la communauté généralisée : notre Aquitaine Communauté des Savants !

     Saisissant des deux pouces les gris revers lustrés de son costume Yves Saint-Laurent, Lecommunal s’incline enfin parmi la mollesse des applaudissements, pendant que Robert persifle à l’oreille de Camille :

       -Regarde, il rejoint Léo. Il a dû prêter la main à son discours rasant…

    -Mais c’est fou ça, s’irrite Camille, c’est mégalo, trop beau, pourri d’illusions. C’est de l’enrôlement dans l’Etat-Dieu ; il ne manque plus qu’un Roi Soleil et son cortège d’artistes officiels…

        -Ils sont là partout, pouffe Robert. Et guère lumineux…

     -Un monde pareil, ça ne peut pas exister. Pour que le monde avance, il faut aussi de la désunion, de la liberté. Et si le désigner et le publiciste travaillent pour séduire et créer une clientèle, pour la plus grande majorité possible, l’artiste travaille pour lui, pour son projet, et pour quelque- uns. Il n’a guère l’illusion du consensus.

       -Oui, l’apaise Robert. Mais le sculpteur des cathédrales travaillait pour la foule. Pour une foule à édifier et enrôler, certes, qui cependant y trouvait éducation et plaisir. Et il y a des publicitaires qui sont plus artistes que ceux que tu vois ici. Ces tableaux monochromes de Patureau qui sont de la même couleur que les murs. Ces  sculptures sur le parvis en carcasses de voitures chiffonnées  et calcinées, couvertes de tags roses et verts fluos… Pendant que toi on t’a mis derrière les tables du buffet. Et qui dit que tu es un artiste ? Avec tes petits feuillages, tes sentiers et tes monts de rien du tout, tes bouts de villes et de villages ?

       -Un début d’artiste, peut-être. S’il y a une émotion inédite, une construction fictive un peu signifiante, un autre regard et une autre liberté, critique, interrogative ou contemplative, ça suffit…

         -Chut, ça reprend.

        En effet, on subit aussitôt les pompes et ronronnements des discours officiels d’ouverture, des échanges d’hommages, remerciements et compliments formels entre élus, entre la petitesse de Lecommunal et les hauts sourcils broussailleux d’Antonelli, entre la calvitie de Sarlande et la silhouette d’éternel jogger de son beau-père Delmas-Vieljeux dont les étoiles de rides scintillent d’amabilités trop mielleuses et ronflantes pour être honnêtes à l’adresse de ses adversaires politiques. Les personnalités changent et le discours est le même, jusque dans l’humour attendu… Tout cela plonge Camille dans l’étonnement, l’abattement, l’ennui, l’éloignement enfin… Très vite, il n’écoute plus, éprouvant une terrible nostalgie de la nuque de Flore, de la finesse de ses cheveux, de la marche entre les fourrés, sur un chemin aux ornières colorées… Parfois, il regarde de loin Arthur, le dos droit, les traits tirés, semblant agripper de force ses oreilles aux discours, ou serrant en silence une main aussitôt disparue dans l’indistinct murmure entre deux allocutions, un blanc de fauteuils vides et rouges autour de lui. Lorsqu’en conclusion, Raymond Lecommunal revient les bras largement ouverts inviter l’assemblée à prendre part à l’apéritif, Camille doit réveiller Robert ronflant sur sa panse…

      -Mais il ne s’est rien passé ! Et déjà une matinée de ce fameux colloque est passée, s’exclame Camille.

     -Au contraire, tout s’est déjà passé, s’amuse Robert. Les officiels se sont mutuellement changés en canards laqués de respectabilité et de culture. Les communications littéraires, artistiques et scientifiques annoncées ne sont pour eux que menu fretin dont seul compte le degré de prestige admis de leurs auteurs. Ils vont cacher leur ennui sous les ocelles de leurs queues de paons ou s’éclipser pour réapparaître lors des allocutions du buffet de clôture. Où ils s’autocongratuleront de nouveau. Quant à nous, pour qu’il se passe quelque chose, irons-nous enfin, sur le rôti de bœuf annoncé, boire notre Château Latour ?

     L’après-midi vit s’égrener les communications des « Délégués à l’Action Culturelle », « Conseillers Artistiques », « Directeurs des Offices du Livre » et autres « Conservateurs de Musée » qui vinrent faire un glorieux bilan de leur travail. Précautionneux, glacial, gourmé, le visage filiforme de Virgile de Saint-Avit offrait affablement parole aux ronds de jambes et de langues de Paul-Pascal Ferrères dont la grosse figure de garçon gâté rosissait par tranches de magrets successives, hélas changé en lard brûlé dès lors qu’il devait céder la place au beau nez en bec d’aigle de la brune et impérieuse Madame Vital-Carles… On apprit comment se distribuait et se gérait l’argent public, quelles manifestations, quels artistes, éditeurs et associations avaient été soutenus, mais aussi et surtout où était l’avenir des arts. L’autosatisfaction régnante ne fut qu’un instant interrompue par la banderole rouge sur fond noir d’un vieil insubventionné et impublié chronique, barbu gris jusqu’au ventre, manuscripteur et distributeur à tour de bras dans l’Aquitaine entière de ses interminables « poèmes ouvriers » sous le label de « La Plume et l’Outil » qui manifestait « contre l’écriture assistée par ordinateur et le gaspillage des deniers publics » et qui ne réussit qu’à indisposer de son odeur de bouc de Katmandou le pauvre Virgile de Saint-Avit réfugié dans les senteurs de sa pochette de soie blanche.

       -Dommage, persifla Robert, qu’on ne ressuscite pas le drôle Martial Lespinassières de sa prison pour l’occasion. Il nous ferait un discours comme un strike de bowling dans les pantins de cette comédie !

       C’est au sortir de ces allées labyrinthiques, rayonnantes et soigneusement balayées de la politique culturelle que Camille Braconnier se voit servir d’exemple et d’illustration. Virgile de Saint-Avit, Conseiller Culturel pour l’Aquitaine, qui a proposé « ce coup de pouce au travail de création du photographe » justifie son choix en une brève allocution. Il souligne « l’amitié au réel aquitain », « la conciliation de la nature et de son aménagement par l’homme », « l’équilibre aussi bien écologique que formel révélé par la rigueur et la sensibilité de l’artiste »… Avant de s’éloigner vers des gloses sur les paysages de Ruysdael, ces cimetières et arbres morts, ce qui parut à Camille en désaccord total avec sa démarche. A qui il est permis, en quelques phrases posées, de rétablir un peu de la chair son esthétique. Il ne sait si les applaudissements, qui lui glissent un frisson de plaisir le long des vertèbres, s’adressent à la qualité de ses images, de sa prestation, ou au théâtre convenu de l’événement… Un apéritif est aussitôt offert devant l’accrochage de ses photographies de collines emmêlées, de prés marquetés et de chemins tournoyants, de petits espaces botaniques subrepticement ouverts sur des habitations, des zones artisanales, sur des horizons ennuagés, images alternativement agitées, apaisées… Il y a un murmure poli d’approbation, un toast par un adjoint au maire qui reconnaît « avec une fierté communale légitime » un bout de sa maison et de ses géraniums sur une photo… Du souffle puissant de ses narines aussi velues que ses sourcils, Antonelli se félicite de « l’inscription de l’artiste dans son terroir », regrettant cependant « l’absence de ces grands panoramas francs comme la main où souffle l’esprit du pays » et vient ostensiblement serrer de sa large pogne prédatrice la main de Camille, vérifiant d’un œil charbonneux qu’il est bien sous le cadrage des caméras et des flashs.

         -Félicitations, Monsieur Braconnier ! On est toujours du pays de son enfance.

         -Merci. Mais je ne suis pas natif du Périgord. Désolé.

        -C’est vrai, vous êtes un Bordelais, un promeneur… L’argent de nos contribuables n’a pas été dévoyé, si, grâce à lui, nous pouvons regarder notre Périgord comme nous ne l’avions jamais vu.  Vous voilà un peu mon enfant adoptif…

         -C’est trop d’honneur…

       Mais on est déjà passé dans la salle suivante où Virgile de Saint-Avit tient par l'épaule le jeune Omar Kaled, vantant ses « sculptures agressées », « leurs vertus de pillage, d'arrachement et de marquage tribal », « ces trophées culturels des guérillas dans les  banlieues exclues du monde bourgeois », « ces pulsions du droit à la différence », « ces revendications pour la frater­nité des peuples »… Ce sont des portes de bagnoles déglinguées peintes de tags fluos et des petits bonhommes combatifs des jeux vidéo. Alors qu'on change encore de salle pour méditer devant les « peintures punctiformes de la même couleur unie que les murs » par l’inénarrable Marcos Partureau, Robert grommelle plus haut qu'il ne faudrait:

      -Quelles couillonnades d'analphabètes ! Sous prétexte que cet Omar a la peau couleur de cirage maghrébin, on n'ose plus porter un jugement. Ce que Virgile de Saint-Vide appelle vertu, je l'appellerais plutôt vice. Questions de valeurs culturelles, certainement! 

      Camille lui fait alors doucement remarquer que cet Omar a le mérite au moins de poser un problème éthique, sinon esthétique…

     Dans la cour, la foule empressée, se tasse, se heurte autour des micros et caméras de télévisions régionales et si possible nationales, dont l'une a cru tout à l'heure survoler un instant les Sentiers de Périgord de Camille…

         Raymond Lecommunal, Ministre de la Culture et de la Communication, Virgile de Saint-Avit, Conseiller Culturel pour l'Aquitaine, et Léo Morillon, le philosophe bien connu de La Cité responsable, rivalisent avec la plus grande aisance de remerciements et rhétoriques officielles, choquant le verre de l'amitié, et brillent de phénoménologiques et platoniciens commentaires sur les sculptures d'un petit homme italien fort célèbre dans la sphère de l'art, et cependant modeste, discret, monopolisé par nos trois Parques culturelles, et qui repart de suite pour New York sans pouvoir honorer le buffet généreux en spécialités aquitaines... Buffet bientôt pris d'assaut par l'avidité, la rapacité des ongles et des dents des congressistes abondants…

        Près de l'immense pièce montée couverte de roses socialistes en sucre pillées par les mains des invités, le Ministre Lecommunal serre, avec une réti­cence que ne cachent pas les verres de ses lunettes floues, les doigts républicains du Député Maire de Bordeaux, Delmas-Vieljeux, dont les rides semblent se crisper comme un citron desséché. Très vite, le potentat aimé du Vieux Président se rabat sur sa garde gauche, à la rencontre d’Antonelli, Trésorier National du Parti Socialiste et Député de Biron, exalté, qui mouline l’air de ses bras puissants et agite ses larges lèvres préhensibles en approchant Lecommunal. Il lui consacre une généreuse et longue accolade sous l’œil attendri des caméras, malgré la troublante différence de taille. Hilare, Antonelli domine le Ministre de toute la violence altière de ses sourcils hirsutes dont le centre de gravité semble avoir déplacé le système pileux du visage de Staline. Les rejoint la calvitie brillante de Sarlande, apportant dans une nouvelle et triplice accolade sa ville pourtant républicaine de Pauillac offerte comme l’agneau sacrifié sur le banquet de Bironpolis.

        Séparé de Robert par la foule -Léo s'est agglutiné avec succès à la veste de Lecommunal qui lui tend un verre de Lynch Bages 1966 en même temps qu'à Antonelli apparemment assoiffé- Camille est repoussé dans la cour-jardin, vers les travaux du sculpteur italien:

        Ce sont, dans un bosquet peu visité, des écorces de bronze figurant des hommes en marche, ou couchés, aux bras enroulant des troncs, des nids de feuilles de cuivre. Des oreilles, mains et pubis féminins en terre cuite sont dispersés dans les hasards de l'herbe.

      Coude à coude et bousculés, Camille tente d'approcher et de parler enfin à Virgile de Saint-Avit. Mais après avoir reçu avec onction les remerciements, celui-ci reste formel et distant, semblant de ne pas entendre que ses photographies ne sont pas seulement des instruments de conciliation idylliques ni des dénonciations écologiques, mais qu’elles sont des métaphores plastiques... Il dit « oui », « très beau », « à confirmer », et s'éloigne au moyen d’un « excusez-moi » furtif, laissant Camille niais, avec le verre vide distraitement offert, et seul sur le côté de la société.

       -Laisse, le console Robert. Ce Virgile n'aime que les puissants. Que les grosses légumes. Avec son visage aussi jaune perché qu'un salsifis, son saint avis n'est que celui des médaillons de foie de veau distribués par le prestige institué, académique et artificiel. Tu gratteras sans fin sous ses couches de vernis pour ne pas y trouver la moindre moelle d'authenticité, le moindre sentiment personnel. Il parle peu. C'est pour garder son mystère d'oracle dit-on. En fait pour impressionner les niais et réserver sa salive au lèche-cul des ministres et des plus courtisés parmi les commissaires d'expositions internationales. Il pète et pisse et rote comme tout le monde, mais avec une telle retenue et onction qu'il finira par se pétrifier d'une glaciation des sphincters...

       Le soir venu, Camille retrouve un moment de sérénité dans la solitude de la cour-jardin, parmi, sur le sol, les « Pierres de Dordogne » du sculpteur italien Giuseppe Penone, galets parfois énormes, scarifiées de feuilles et de mains, par endroits recouverts de lyrismes végétaux, de peaux de bronze et des pommes de terre en or.

          (...)

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves

Une vie d'écriture et de photographie

 

Les Portes-en-Ré, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

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Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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