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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 14:58

Unkoko Tôeki (1591-1644): Paysage avec Li bai et Lin Bu, Queensland Art Gallery

 

 

 

 

Poèmes d’Extrême-Orient :

 

Anthologie de la poésie chinoise

 

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui

 

 

Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu,

La Pléiade, Gallimard, 1548 p, 65 €

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui, Philippe Picquier, 182 p, 19 €.

 

 

 

 

      Une anthologie est toujours une gageure : songez à ces trois mille ans et à ce continent que quelques pages, fussent-elles 1500, ne sauraient dire. Pourtant, après les superbes anthologies de poésie consacrées en Pléiade à l’Allemagne, à l’Espagne, à l’Italie et à l’Angleterre, sans compter la France, il fallait bien franchir les anciens parapets de l’Europe. C’est évidemment à la Chine qu’il fallait songer, d’autant qu’elle est depuis la plus haute antiquité coutumière de la pratique anthologique : Confucius, au Vème siècle avant notre ère, aurait déjà compilé la sienne. En toute logique, le Japon devrait lui emboiter le pas. S’il faut combler cette attente, enjambons les millénaires pour lire en 101 poèmes du Japon d’aujourd’hui comment la tradition est revisitée, voire conspuée.

 

      De « l’aigle pêcheur » qui introduit (vers l’an -1045) une chanson d’amour, et « Laisse le soleil chasser l’aube / Bouger mon poème » qui, en 1988, ferme cette Anthologie de la poésie chinoise, la nature, son paysage de montagne et d’eau, est une constante rarement oubliée, comme chez Tao Yuanming :

« Longtemps j’ai vadrouillé par les monts et les lacs […]

L’humaine vie n’est rien, si ce n’est illusion.

Et tout doit pour finir retourner au néant. »

      Pour figurer l’ascension spirituelle, le marcheur monte vers le ciel ; non loin de la pensée du taoïsme et du bouddhisme. Ainsi, la poésie est le sceau de l’harmonie du monde, de l’homme et de la nature, au-delà même des convulsions politiques qui font changer les dynasties, depuis les Zhou, en passant par les Tang et les Song, suivis par les Yuan mongols, les Ming, et les Qing mandchous qui vinrent clore l’Histoire impériale en 1911. C’est ainsi, chronologiquement, que s’organise cette anthologie, guide des émotions par-delà les millénaires.

      En Chine, la poésie a longtemps bénéficié d’une indéfectible reconnaissance sociale, du plus humble paysan qui chante les travaux et les jours, jusqu’au plus prestigieux lettré et au souverain, qui sont des calligraphes accomplis, et connaissent les « six arts », base de l’éducation en Chine ancienne. Liberté dans un monde corseté, refuge de la paix et de la beauté dans une Histoire où cicatrisent les guerres, le poème est une sorte de sacralité, d’ivresse intime. On se réfère toujours à Li Bai (701-162), y compris chez les écoliers, pour élire une paradoxale permanence de la sensibilité : « Nuages flottants, état d’âme du voyageur ». Dire son cœur avec une portée philosophique, telle serait l’ambition du poète. Surtout au cours de la période Tang, âge d’or poétique, parmi lequel fleurissent Du Fu (712-770) et Li Bai (dont l’art virtuose n’est pas loin de celui du haïkaï du japonais Bashô[1]) :

« Au pied du lit la lune étend son vif éclat ;

On croirait presque voir du givre sur la terre.

Si je lève les yeux, c’est la lune brillante.

Si je baisse les yeux, le pays de mes pères. »

      Autres thèmes récurrents, l’exil, l’amitié, la poésie elle-même, le vin, la musique. Récurrente également l’imitation des textes anciens, en une posture cultivée obligée, ce qui n’interdit pas, comme chez Li Bai, l’invention de mots et d’images novateurs. Quand l’image picturale est souvent de la même main que celle du calligraphe et poète. La lecture de la nostalgie d’un des poètes du « Yuefu » suggère alors une peinture à venir :

« Je désire être l’un des deux cygnes jaunes,

Voler haut dans les airs et renter au pays ! »

      Quoique célébrées, aimées, surtout si elles sont chanteuses ou danseuses, peu de femmes écrivent (ou ont été retenues par le temps) en poésie chinoise : Li Qingzhao (1084-1155) ou Qiu Jin (1877-1907) disent les amours perdues. Ecoutons la première :

« Les fleurs d’elles-mêmes fanent et se dispersent, les eaux s’écoulent à leur gré,

Une seule et même pensée amoureuse,

Deux lieux à notre peine sans fin.

Ce sentiment, nul leurre ne peut l’éliminer,

Sitôt tombé entre les sourcils,

Il remonte à la pointe du cœur ».

      Vers de quatre ou sept syllabes, poèmes en prose parfois, que seraient-ils si nous traduisions littéralement ? « oiseau voler montagne forêt, lune briller tard ciel », propose en note Rémi Mathieu. Deux syntaxes, chinoise et occidentale, irréductibles, là où il faut pourtant préférer la mise en langue française, mais la plus allusive possible. Reste que les poèmes réguliers appelés « shi », sont ici en alexandrins, décasyllabes et octosyllabes : bel effort de la part de la demie douzaine de traducteurs de la langue han, qui ont œuvré pour quatre mille poèmes, et environ neuf cents auteurs. Ce sont disent les sages amateurs : « jades parmi les cailloux ».

      Avec le XXème siècle, la poésie chinoise connaît sa révolution : les poètes ne sont plus des fonctionnaires de l’Empire, mais de simples écrivains. À la suite du réalisme socialiste prôné par le maoïsme, la Chine de Taiwan poursuit une voie plus novatrice, bientôt rejointe par les nouveaux poètes qui n’ont pas connu la Révolution culturelle, et ceux qui écrivent en exil. Plus contemporains sont les « poèmes de Tian’anmen », que l’on devine guère officiels, quand résonne « Le brasier de la révolution détruisant l’impureté », quand des anonymes ont des « larmes en place de paroles ». Né en 1949, Bei Dao semble incarner une nouvelle ère à lui seul :

« La liberté est couvercle doré de cercueil

Suspendu au plafond de la prison […]

L’exil des mots a commencé »

      Auprès de ce volume, les Chinois adorant les anthologies, dont les visées sont autant morales, politiques, qu’esthétiques, nous nous sentons un peu Chinois, quoique avec le détachement de leurs sages qui se fient moins aux turpitudes des hommes qu’à la beauté des montagnes. Rassurons ceux que les forts et dignes volumes de La Pléiade impressionnent, effraient : cette anthologie est rafraichissante : on ne la lira pas obligé de se courber en toute son humilité devant toutes ces soigneuses pages et ces notes profuses. Mais, surpris du bonheur de ce voyage millénaire, au hasard d’une pérégrination, selon Bei Dao,

« Le verre des mots une fois bu

Donne plus soif encore. »

 

      En attendant que La Pléiade nous offre l’équivalent pour le voisin Japonais, voici que les éditions Philippe Picquier, éminentes spécialistes de l’Extrême-Orient, nous ouvrent les portes de 101 Poèmes du Japon d’aujourd’hui. Le plus anciens de ces poètes est né en 1913, le plus jeune en 1955. Il faut donc compter qu’ils écrivent depuis les années trente. Les formes prestigieuses du haïkaï et du waka ne retiennent plus prisonniers les auteurs, que l’influence occidentale a contribué à libérer : longs poèmes, parfois en prose, refrains, versets…  

      Les poèmes écrits au titre de l’effort de guerre furent, après la défaite, fort controversés, bientôt rejetés : art officiel, propagande, à quoi il fallut opposer une renaissance. Ainsi Ayukawa Nobuo est « A la recherche d’un garde-fou contre la mort », dans son « Chant du matin dans un hôtel à l’ancre ». Désespoir et scepticisme, « devant l’avenir mollet / De ces œufs fendillés », confluent lorsqu’il demande :

« Nous-même, notre dieu

L’aurions-nous pour toujours étranglé sur ce lit ? »

      S’il semble s’agir d’un dieu intime, peut-on le lire comme une allusion au Japon, à son empereur, lorsque l’ultime strophe constate :

« Naissance entre deux grandes guerres à l’ouest et à l’est

Echec de l’amour comme de la révolution »…

      De même, Yoshimoto Takaaki, croise « dans ses guenilles de victime de guerre un jeune homme », « une jeune fille d’un monde abandonné ».

      Au-delà de « la gare transparente du passé » vue par Tanikawa Shuntarô, il faut alors redécouvrir la vie, écrire avec conscience et sans naïveté :

« Si je n’ai jamais éprouvé de haine à leur égard

Je n’ai pas eu non plus d’affection pour les mots

Certains font dresser le poil de la honte

D’autres, par leur transparence, font oublier qu’ils sont des mots

D’autres encore, au terme d’une longue réflexion, peuvent déboucher sur un génocide. »

      On croirait entendre un écho des « Moines », chargé de tous les péchés par le poème satirique de l’irrévérencieux Yoshioka Minoru. L’humour ancestral des habitant de l’archipel du soleil levant reprend ses droits, y compris lorsqu’Itô Himori « prépare des boulettes de farine de riz enrobées de sucre qu’à mon ami / Je vais porter » et qui sont « lisses comme des fesses »…

      Cette poésie contemporaine, malgré le dynamisme économique et civilisationnel du Japon, est volontiers désespérée, quoique inventive ; elle a quitté les clichés zen parmi les brumes des montagnes. Quelle distance étonnante avec nos préjugés envers l’Extrême-Orient poétique ! Ces 101 poèmes nous révèlent un Japon d’aujourd’hui pour le moins inattendu, comme la beauté soudaine d’une fêlure dans un bol à thé…

 

      « Il y a là dans ces vers et si légère / Toute ma vie », écrit en 1970, le Japonais Kuroda Saburô. Ces deux vers pourraient parler au nom de tous les poètes de ces deux anthologies, de Chine et de Japon. Comment si bien voyager dans un fauteuil, sinon dans le temps et l’espace lointain, devenus intérieurs de ces deux anthologies de l’humanité ? Comme l’écrit vers 1368, la Chinoise Yifenr, ce sont des « Feuilles rouges répandues » :

« Feuilles rouges répandues : dragon de feu laisse tomber ses écailles ;

Pins verts délicatement tordus : un python montre ses crocs.

Il y a là de quoi faire des vers,

Matière à peindre, non moins ! »

 

Thierry Guinhut

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 14:15

Elisabeth Vigée Le Brun : La baronne de Crussol, 1785,

Musée des Augustins, Toulouse

 

 

 

Camille Froidevaux-Metterie :

 

La Révolution du féminin,

 

histoire et corporéité

 

 

Camille Froidevaux-Metterie : La Révolution du féminin,

Gallimard, Bibliothèque de sciences humaines, 384 p, 23,90 €.

 

 

 

      Le féminisme n’existe pas. Cette affirmation apparemment aussi aberrante que provocatrice ne signifie rien d’autre que la nécessité de concevoir que le féminisme est un humanisme, en tant qu’il existe déjà dans ce dernier, qui d’ailleurs n’est ni complet ni essentiel sans la dignité égale de la femme et de l’homme. C’est ce que postule Camille Froidevaux-Metterie, en son essai, clair, roboratif, apaisé. Si La Révolution du féminin est toujours en cours et à parfaire, elle a déjà, depuis un demi-siècle, accomplit une révolution copernicienne, auparavant inimaginable. Pourtant sa généalogie est plus lointaine, entre anthropologie et libéralisme politique.

 

      Droit de vote des femmes, accès égal à l’éducation, à des dizaines de professions auparavant à elles fermées, à la représentation entrepreneuriale, militaire, politique, les décennies qui nous séparent de l’immédiat après-guerre, ont marqué une révolution des mentalités et des actes, étonnante et brillante au regard d’une longue histoire, parmi laquelle la séparation de la sphère domestique et de celle politique était celle de la séparation du féminin et du masculin. Pour incomplet, à parfaire encore, qu’il soit, le tableau est celui, étonnant d’une post-histoire, intrinsèquement libéral.

      Pourtant « la consécration du dessein égalitaire et l’avènement d’une société à la fois neutre et mixte n’ont pas fait disparaître cet invariant anthropologique que constitue la division du genre humain en deux sexes ». Devenir humain n’efface pas la féminité du corps. C’est à cette « dimension incarnée de l’existence féminine » que se propose de réfléchir Camille Froidevaux-Metterie, ce « dans une perspective féministe ». En effet, « quel sens revêt pour les femmes l’obligation de devoir vivre dans le monde comme des hommes, tout en continuant de s’éprouver comme des femmes ? » Elle nous dira combien la femme est un « individu de droits », qu’il s’agisse de figurer dans la sphère privée intime, autant que dans la sphère sociale et politique.

      Pour mesurer cette révolution du statut féminin, Camille Froidevaux-Metterie examine les lointains de l’histoire, depuis les Grecs et Platon, qui fait renaître dans un corps de femme ceux qui ont échoué à vivre une vie vertueuse. Du même, La République condamne, au même statut d’objet que le bétail, l’épouse et l’enfant. Ensuite, « la définition aristotélicienne du destin domestique féminin traversera les âges »… La Rome patriarcale, accueillant le christianisme, fait de la femme, autant que de l’homme, une créature divine, quoique le « patriarcalisme d’amour » de Saint Thomas d’Aquin justifie le chef de famille. C’est avec Locke, au XVIIème, que le libéralisme pense le mariage comme « un contrat entre deux égaux », même si le philosophe conserve l’argument de la « force » masculine, pour « légitimer un substrat inégalitaire enraciné dans la nature ». Hélas, Rousseau consacrera la dépendance féminine…

      Il faut attendre le timide « droit de cité » des femmes de Condorcet, en 1790, la revendication de l’anglaise Mary Wollstonecraft en faveur du droit de vote des femmes, en 1792, et surtout Olympe de Gouges, dont la « Déclaration de droits de la femme et de la citoyenne », de 1791, ne fut guère entendue, pour espérer un changement. Ainsi, la modernité politique du XIXème continuera à exclure les femmes. Les philosophes libéraux ne vont jusqu’au bout de leur démarche, en n’accordant pas la même liberté à ces dernières, sauf, imparfaitement, John Stuart Mill. Pourtant, il ne faut pas omettre que « généalogiquement, le féminisme s’est constitué en dialogue avec la doctrine libérale ». C’est à partir de 1845 que nait le féminisme américain. Seul le XXème siècle verra se succéder droits politiques et fin de « l’enfermement au foyer ». Et les années 70 seront à cet égard cruciales, grâce à son « rejet de la division sexuée du monde ». Et surtout grâce à la maîtrise de la fécondité : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une femme peut se rêver un avenir sans enfants et s’imaginer une vie non domestique ». Mais aussi l’homme peut révolutionner sa paternité, en participant aux tâches paternelles. Si l’on est passé « de la guenon à la lady », il s’agit d’accéder, à l’instar de l’homme, à la femme libre.

      Outre la voie libérale, s’ajoutent en ce volume des lectures marxistes, psychanalytiques et radicales du féminisme, toutes voies bien excessives. Car le marxisme phagocyte le féminisme en l’agglomérant à sa mortifère lutte de classe, à sa lutte entêtée contre « la mondialisation néolibérale », donc en l’éloignant de ses racines inscrites au cœur du libéralisme. La psychanalyse, elle, s’embourbe dans « le manque du pénis ». Enfin, le radicalisme oppose l’homme prédateur à la femme opprimée, voit la grossesse comme une tyrannie de la nature, ce qui est le point de vue de Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième sexe. Ce pourquoi « la contraception et la dépénalisation de l’avortement forment le cœur de l’action féministe ». Bientôt le concept de « genre », ou de « sexe social », permet de déconstruire les stéréotypes, de faire bouger la « matrice hétérosexuelle »…

      Mais que vaut une vie si elle ne transmet pas la vie ? Comme lorsque la génération des femmes sans enfants compte en Allemagne 30% d’entre elles ? Bientôt la science permet la « pilule sans règles », le projet d’enfant grâce à la grossesse d’autrui, voire à un prochain utérus artificiel. C’est alors que Camille Froidevaux-Metterie, dans son projet conjoint de fonder la liberté féminine et de réinvestir sa corporéité, passe par le biais bienvenu de quelques pages autobiographiques qui, pour rompre le contrat apparent du strict essai, n’en sont pas moins à son service. Née en 1968, elle accède aux fonctions universitaires (elle enseigne la science politique) quand elle ressent le désir d’enfant. Être mère d’un garçon et d’une fille est vécu comme une réalisation intime complémentaire de la réalisation professionnelle. La gestation est une « générosité », auprès de « la transmission du langage et de l’avènement d’un être nouveau et autonome ». Au-delà de « la hiérarchisation sexuée du vivre ensemble », le défi pour les femmes est bien de « s’éprouver comme des sujets incarnés et libres », et « relié aux autres », ne serait-ce qu’en lisant plus que les hommes, en s’investissant plus sur les blogs, en assumant la séduction comme désir de reconnaissance. Car elles sont aussi à la source de la responsabilité du monde meilleur de demain…

      Si l’on consent de pardonner un léger manque de concision, l’essai de Camille Froidevaux-Metterie vaut autant par ses qualités historiques et politiques, que par ses qualités de modération et d’engagement. En effet, elle n’écrit pas un manifeste, encore moins un pamphlet, mais une réflexion raisonnable et raisonnée, à la fois encyclopédique et discrètement personnelle.

 

      « Féminisation du monde », grâce à « l’être humaine ». Soit. On aurait tort d’y voir, si l’on est de sexe masculin, une menace ; plutôt une universalité, une complémentarité, où chacun a sa façon « d’exprimer sa singularité sexuée », parmi « le vertige de la liberté d’être soi ». Reste que le retour d’idéologies au machisme surdimensionné et tyrannique, non sans fonctionner comme une réaction d’incompréhension, de peur et de vengeance envers la révolution du féminin dans les sociétés occidentales, est une menace non négligeable. L’Islam, pour ne pas le nommer, quoiqu’il existe un féminisme arabe, quoique les Kurdes viennent de proclamer l’égalité homme-femme au grand dam de leurs ennemis, n’est-il qu’un éphémère archaïsme bestial devant la cause de l’humanité féminine ? Quel avenir pour le féminisme ; donc pour l’humanité ?

 

Thierry Guinhut

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 12:36

 

 

 

Florina Ilis : Les Vies parallèles

 

d’un poète roumain illustre : Mihai Eminescu

 

Florina Ilis : Les Vies parallèles,

traduit du roumain par Marily Le Nir, 664 p, 25 €.

 

 

 

 

      Plutarque avait fait de ses Vies des hommes illustres des Vies parallèles, dans lesquelles il comparait les figures de l’antiquité grecques et romaines, au bénéfice des premières, sans cesse parées des grandes vertus. De même, un écrivain a plusieurs vies parallèles, celles de sa biographie, celles de ses œuvres et de ses personnages, celle enfin de sa postérité. Le nom de l’homme illustre Eminescu ne dira rien au lecteur français. Pourtant, il est encore considéré comme le poète national roumain, trop national probablement, au point de donner lieu à de nombreux avatars, mis au jour dans ces romanesques Vies parallèles. La romancière Florina Ilis (née en 1968), dont on remarqua l’excellente Croisade des enfants,[1] propose à son sujet une hallucinante fiction documentaire.

 

      En juin 1883, Mihai Eminescu, le « jeune homme à crinière romantique », devient fou. Jusqu’à sa mort, en juin 1889, il est d’abord confiné dans un asile psychiatrique, où, atteint de « verbigération », il se prend pour un « Pharaon », avant de plus ou moins végéter, paraître en bonne santé, errer et délirer. Bien que le diagnostic, entre syphilis et psychose maniaco-dépressive, ne fit guère de doute, l’on se demanda s’il fut victime d’une conspiration politique. Le récit embrasse cette période agitée, mêlant réalisme des témoins et imaginaire du protagoniste, alternant rapports et « auditions », monologue intérieur et écrits du poète ébranlé en sa psyché. « Malgré son génie omniscient », il commit des articles antisémites et restait « un grand naïf pour ce qui est des problèmes de la vie ». Il fut « heureux pour un poète, malheureux pour un homme ». Sans oublier les intrigues et amours contrariées, les retours en arrière, les anticipations, le poète maudit est ranimé, diffracté, en cette vaste fresque chaotique et colorée. Car ce sont « soixante et onze pièces d’un puzzle tout en enfilade ».

      Il y a bien des lectures parallèles à envisager de ces Vies parallèles bavardes et torturées, peut-être exagérément touffues, terriblement encyclopédiques. Au-delà de notre curiosité pour la figure contrastée d’un conservateur, la récurrente « récupération des valeurs du passé » n’a pas manqué : il fut lu comme un tenant du racialisme de l’extrême droite des années trente, « annexé à la pensée légionnaire », lu comme un social prolétaire par le communisme de l’après-guerre, comme un parangon enfin du nationalisme choyé par Ceausescu. Ce dont le roman se fait le réquisitoire prolixe et documenté. Le mythe national est ainsi déconstruit avec le scalpel de la littérature elle-même, avec les moyens d’un immense orchestre symphonique générique et stylistique.

      L’un des plus étonnants chapitre de ce roman polyphonique emprunte en 1960 la voix, peut-être une réincarnation d’Eminescu, de la « muse ». Elle embouche un parfait morceau de bravoure, chantant les bienfaits du communisme, en un modèle d’ironie corrosive et enjouée : « Polymnie, celle du lyrisme et du mime, s’est vue attribuer des tâches dans le domaine de la censure (elle se tait, coupe, ajoute et intercale au besoin). Mes autres sœurs, dont le travail restait sans objet, Melpomène, Thalie, Terpsichore et Uranie, ont suivi une formation en vue d’une nouvelle qualification professionnelle et ont été dirigées vers divers secteurs artistiques où elles pourraient utiliser leurs compétences (théâtre, ballet, traduction, etc.). Nous quatre qui sommes restées, nous avons suivi des cours de marxisme-léninisme et avons assimilé consciencieusement les tendances esthétiques et les directives artistiques préconisées par le parti ». Les pouvoirs totalitaires ne visent qu’à s’approprier les écrivains, les poètes, pour les juguler ou pour en décorer leurs bannières…

 

      Le défi a été relevé avec un brio impressionnant par Florina Ilis : rendre son identité, son morcellement, au poète, inventorier les oripeaux de l’Histoire pour l'en débarasser. En ce roman de société biographique, ce roman-somme, cette satire idéologique, cette traversée des errements d’un pays, tout à la fois essai et enquête, le flot narratif séduit autant que l’invention stylistique, que le maelstrom politique.

 

 

Thierry Guinhut

Article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, janvier 2014

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 17:41

Vicenzo Coronelli : Globe trerrestre, 1681-1683, BNF, Paris, photo T Guinhut
 

 

 

Eleanor Catton : Les Luminaires

 

 

du roman d'aventures néo-zélandaises

 

 

Eleanor Catton : Les Luminaires

traduit de l'anglais (Nouvelle Zélande) par Erika Abrams,

Buchet-Chastel, 992 p, 27 €.

 

 

 

 

Après un roman aux allures fort contemporaines, la jeune néo-zélandaise Eleanor Catton (née en 1985) retrouve les fondamentaux des romanciers victoriens. Sa Répétition1 se situait en effet dans un lycée, ses ados et ses profs étaient peu conventionnels, la problématique de la pédophilie y était traitée avec audace, non sans y mêler des masques théâtraux. La surprise est alors grande de lire avec Les Luminaires un pastiche des grandes narrations anglaises du XIXème siècle. Avec sûreté, cette néo-zélandaise de 30 ans est aux commandes d'un vaste puzzle de voyage et d’investigation parmi les mers et les terres lointaines de l'Océanie.

 

Un séduisant roman d’aventure, où « le châtiment est à la mesure du crime », s’ouvre sous nos yeux. À mi-chemin des traversées maritimes et exotiques de Stevenson2, des quêtes minières de Jack London et des investigations de Sherlock Holmes… Le voyage narratif est traversé de pluviosités record, de tempêtes et naufrages, de bars appelés « La Poudre et la Pépite », d’escrocs et de courtiers, d’espérances mirifiques. La côte sud-ouest de Nouvelle-Zélande, assaillie par les chercheurs d’or, voit se multiplier « les fortunes montantes ou déjà au faîte du succès, les fortunes déclinantes, tombées, en suspens ». Le capitalisme en accéléré donc. Or, au cœur de cette suractivité, un nœud de mystères réunit une douzaine de personnages dans le fumoir d’un hôtel ; au premier chef Balfour, menacé de chantage, environné de « scélérats ». Autour de lui, un révérend, un politicien, un prospecteur, un trafiquant d’opium, un Maori évidemment tatoué… On y évoque Anna, une prostituée qui s’adonne à l’opium et manie un pistolet pour dames, un capitaine Carver à l’identité fluctuante. Des malles égarées, un notable fortuné disparu, un trésor en or dans une cabane perdue où meurt un ivrogne, et l’enchaînement des péripéties devient vertigineux, malgré les efforts des tenants de la loi : «  peut-on mieux cacher un cadavre que dans la tombe d’un autre ? »

En ce roman historique, situé autour de 1860, la sagacité psychologique est sans faute lorsque l’on sonde son narcissisme, son estime de soi, ses interrogations, ses travers ; comme le Maori Te Rau qui « se mit en quête de la sagesse, afin d’apprendre à douter de lui-même ». Le narrateur omniscient se charge de nous guider parmi les protagonistes de l’intrigue, ménageant les fils de son labyrinthe, les ressorts du suspense, en cette « quête de la vérité »…

L’on devine que l’indubitable talent d’Eleanor Catton a séduit les lecteurs d’un pays aux deux îles australes, grâce auquel ils retrouvent, magnifiée, l’Histoire de leur nation, ses paysages marins et montagnards, ses habitants, colons et Maoris. Au point que la réputation de ce modèle romanesque à l’ancienne se soit répandue parmi les contrées anglo-saxonnes, qui lui ont attribué le prestigieux Man Booker Prize. Notons d’ailleurs qu’elle en est la plus jeune récipiendaire avec le livre le plus volumineux : un roman écrit « par déférence pour l’harmonie des sphères tournantes du temps ».

Car au-delà de cette histoire aux facettes nombreuses, chacun des personnages, tour à tour prenant en son chapitre le fauteuil du conteur, se voit affublé d’un signe du zodiaque : Thomas Balfour est le Sagittaire, Te Rau est Aries. Ils sont douze à être figurés par des constellations, sans compter les sept planètes associées aux acteurs des machinations criminelles : Vénus pour Lydia Wells-Carver, Mars pour le martial Francis Carver, escroc et peut-être meurtrier…

 

Au-delà de l'indéniable réussite de la distribution et du drame romanesque, l’intermittente ironie du narrateur, qui chapeaute l’ensemble, et cette construction zodiacale et planétaire qui explique les Luminaires du titre, suffisent-elles à assurer à cet ambitieux roman une aura postmoderne parfaitement convaincante ? Le risque étant d’associer à la rigueur compositionnelle de ce beau volume les séductions artificielles de la superstition.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des anges, janvier 2015

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 21:17

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2c/Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_016.jpg

Rembrandt : Bethsabée au bain tenant la lettre de David, 1654, Musée du Louvre, Paris

 

 

 

 

Bethsabée : la muse charnelle de Rembrandt,

par Claude Louis-Combet

 

Claude Louis-Combet : Bethsabée, au clair comme à l'obscur,

José Corti, 194 p, 21 €.

 

 

 

Le peintre tient d'une main ferme le pinceau de la féminité. Hélas, une tragédie fend la vie de Rembrandt en deux : la mort de son épouse Saskia. De plus, il doit se séparer de la servante Geertghe, qui lui fit un procès faute d'une promesse de mariage non honorée, et fut internée à cause de ses violences, y compris contre les enfants du maître. Fort heureusement, en cette période noire, le destin de l'artiste fut illuminé par l’arrivée d’Henrdrickje Stoffels (1626-1663) qui, outre l’entrée à son service, devint sa maîtresse, et son modèle. C’est à cet accord parfait, quoique tragique, que Claude Louis-Combet consacre un récit somptueux, profond comme les ombres, lumineux comme le pinceau du styliste.

 

L’on connaît, au Louvre, le portrait d’Henrdrickje Stoffels au béret de velours, peint de pâtes tendres aux couleurs assourdies par le temps. Or elle devint également le modèle de toiles mythologiques : « Danaé », « Bethsabée », d’où le titre choisi par notre prosateur. Ce n'était pourtant qu'une servante, qui « ne savait pas lire », mais qui sut écouter le peintre lui lire la Bible, pour comprendre comment prendre la pose de son personnage : cette Bethsabée au bain qui tenta le roi David et lui donna deux héritiers, dont le futur roi Salomon.

L'art et l'érotisme, autant que les deux personnages, se complètent :« Le Maître aimait l'éclat solaire des chairs dénudées, les seins gonflés de vie, les cuisses palpitantes dans la lumière. » Non content d'apaiser le désir, « la ferveur sexuelle » permet également « la fusion du charnel et du spirituel [qui] consistait exclusivement dans la beauté de l'oeuvre ». Au point de se demander qui féconde qui… Les allusions mythologiques nourrissent la fertilité du peintre autant que du ventre de la femme qui, après avoir été la nourrice de son fils préféré, Titus, lui donne bientôt une fille nommée Cornelia : « comme Pasiphaé, Hendricjke avait été visitée, et, dans les abysses de sa chair, travaillée d'une violence bestiale qui lui avait arrachée de longs gémissements ». Ce qui permet à Rembrandt de produire une de ses « toiles refusées et interdites », hélas ravagée plus tard, lors d'un incendie. Hendrijcke restera un fidèle soutien de celui qui sera bientôt accablé de dettes...

Rien n'empêche le narrateur de prendre de la hauteur, spirituelle et temporelle, en particulier lorsqu'il compare les portraits de la femme, de la servante (au sens noble du terme), de la muse, à la « Beata Beatrix » de Rossetti, à « Mademoiselle Rose » de Delacroix. On se doute alors que la profession de foi de l'écrivain n'est pas loin : « Les figures de l'art semblaient anticiper les expériences de la vie et en tracer les promesses ».

Témoin et démiurge de son œuvre-miroir de l'artiste et de la vie, Claude Louis-Combet termine en mélancolie, enterrant, après celui de l'aimée, le corps de son peintre. Il est « à quelques pas en arrière […] le Prosator, appelé Homme du Texte, appliqué à ne rien perdre du spectacle de cet enterrement furtif et désolant ».

 

Après Blesse, ronce noire et Le Livre du fils1, l'univers de Claude Louis-Combet est une fois de plus totalement inactuel ; en ce sens intemporel. Le corps, la chair, le désir, l'art et la transcendance peut-être possible sont des thèmes obsessionnels caressés avec la paume d'une langue intensément sensuelle et chargée de sens. Y compris s'il use (voire abuse) des métaphores du « clair » et de « l'obscur », pour reprendre son évocateur et profondément mystique sous-titre. Il est évident que l'écrivain cherche -et parvient- à peindre une œuvre d'art, au sens où, représentant les tableaux de Rembrandt, et les faisant palpiter de vie, il réalise des ekphrasis : en écrivant comme peint son maître, changeant tout ce qu'il narre et décrit en tableau.

 

Si Claude Louis-Combet n’est pas le seul à avoir écrit sur un tel sujet (Paul de Roux offrit à cet égard un roman, Une Double absence2, et Pierre Benoît un Bethsabée en 1938) il sait à merveille envelopper son lecteur dans un monde profus et touffu, aux lumières chaudes, aux ombres brutales. Récit ? Plutôt « mythobiographie », dit-il. Eloge et blason de l'amour et de l'art ? Plutôt un vaste poème en prose, dans une lointaine consanguinité splendide avec cet autre amant de l'art : Charles Baudelaire.

Merci à toi, Claude.

 

Thierry Guinhut

thierry-guinhut-litteratures.com/article-une-vie-d-ecriture-et-de-photographie

 

1 José Corti, 1995 et 2010.

2 Gallimard, 2000.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires France
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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:03

Utamaro, 1750-1806

 

 

Le choeur des Japonaises américaines bafouées :

Julie Otsuka : Certaines n’avaient jamais vu la mer

 

Julie Otsuka : Certaines n’avaient jamais vu la mer,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Phébus, 2012, 144 p, 15 €.

 

 

 

C’est une strate tout à fait méconnue de l’histoire américaine que nous révèle Julie Otsuka. Un trou noir non dit, un effrayant sacrifice des femmes, un versant abject de la colonisation et de l'exploitation des femmes. Comment les Eats-Unis peuvent-ils redorer le blason de leur proverbiale liberté quand une part de ses citoyennes fut ainsi bafouée ?

 

Au début du XXème siècle, un petit peuple de jeunes filles japonaises traverse l’océan dans des conditions désastreuses pour trouver un époux blanc, parmi les fermiers de l’Ouest en manque de compagnes. Loin d’être ravis par leur exotisme, les hommes n’ont guère pitié de ces créatures déculturées. Ils leur procurent des nuits de noces sacrificielles, le plus souvent dignes de brutes, rarement miraculeuses de tendresse, et pendant la plupart de leurs existences, le mépris, les durs travaux fermiers. Après que leurs enfants aient oublié le peu de leur culture native qu’elles ont pu leur enseigner, lors de la seconde guerre mondiale, ces innocentes sont soupçonnées de traîtrise, d’espionnage, puis déportées, abandonnant leurs biens… Parfois, aiguillonnées par des rêves d’ailleurs, dans leurs lettres envoyées au pays natal, elles mentent pour ne pas avouer qu’elles ne sont que des « bonnes ».

Le roman, plein de sensibilité, devient alors une plaidoirie pour ces femmes aux rêves outragés, un réquisitoire à l’encontre de leurs bourreaux, si peu l’expression d’une satisfaction, au point que leurs voix entremêlées s’épanouissent intérieurement et collectivement à l’instar d’un chœur de tragédie grecque : « Nous avons accouché sans nos mères, qui auraient exactement quoi faire. (…) Nous avions attrapé une blennoragie dès la première nuit avec notre mari et nous avons eu des bébés aveugles. » On se demande : « Existe-t-il une tribu plus sauvage que celle des Américains ? »

 

Julie Otsuka (née en 1962 en Californie d'une mère japonaise) s’est inspirée de sources historiques parfaitement documentées. On ne s'étonnera pas qu'elle ait reçu le Prix Fémina Etranger en 2012 pour ce récit effarant et cependant chargé de tendresse. En son court roman, à la lisière du poème en prose, ce qui aurait pu ne rester qu’une sorte de reportage historique de la condition féminine devient, grâce à une langue faite de cent langues individuelles, une vaste mélopée pathétique, une poignante épopée chantée.

 

Thierry Guinhut

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 20:23

 

 

 

Will Self : sous le parapluie,

 

une conscience londonienne enfouie

 

 

Wil Self : Parapluie, traduit de l’anglais (Royaume-Uni),

par Bernard Hoepffner, L’Olivier, 416 p, 24 €.

 

 

 

      Les objets ont soudain un rôle inattendu chez le romancier britannique Will Self. Dans No Smoking[1], un modeste mégot déclenchait une procédure infinie, tout un drame sociétal. Aujourd’hui, un « parapluie » s’ouvre et se déploie dans l’esprit fermé d’une femme. C’est grâce à un personnage longuement récurrent chez le trublion des lettres Will Self, le psychiatre Zachary Busner, que le récit déboule en avalanche, ramenant au jour de la conscience et du lecteur le monde londonien des années 1915.

 

      Audrey Death ne porte pas en vain son nom : elle est en effet morte psychiquement  depuis un demi-siècle. À l’écoute de cet étrange cas, le Docteur Busner part à la rencontre du labyrinthe mental de sa patiente : « Plantés dans la chair du présent, se trouvent les fragments de miroir d’une explosion dévastatrice : une bombe à retardement a été amorcée dans le futur et larguée dans le passé. » Le diagnostic est rien moins qu’aisé : « démence précoce, paralysie générale des aliénés, syphilis, dépendance au socialisme, schizophrénie », on appréciera à sa juste valeur l’énumération et son coup de griffe politique. La déploration sur la vieillesse « qui prend votre nourriture pour en faire des purées » est au contraire émouvante.

 

      Pourquoi un Parapluie ? Eh bien, figurez-vous une phrase de Joyce : « Un frère s’oublie plus facilement qu’un parapluie ». Et parce que la brave dame travailla dans une usine de parapluies et qu’elle a en quelque sorte refermé le parapluie de l’atonie sur ses angoisses. À une époque où les femmes trimaient dans des usines de munitions, où le féminisme et le socialisme tentaient leurs premières armes, Audrey Death vit sa jeunesse tourner court.

      Il serait vain de chercher là un récit linéaire, une structure chronologique. L’enfance, l’adolescence, la jeunesse ouvrière de Madame Audrey, ses deux frères, tout cela se télescope sur les pages d’un volume en forme de cerveau aux connections éteintes et rallumées, à l’enveloppe molle, aux noyaux durs. Le chaos biographique est cependant exploré avec détermination par un Docteur Busner, qui fait autant pour la cause humaine et psychiatrique, que pour sa gloire et son avancement. Administrant à sa pitoyable vieille patiente une drogue voisine du LSD, le « L-dopa », il ranime la psyché éteinte -et non pas folle- sous forme de flashes et de projections colorées, essore l’éponge d’une vie, explose la langue.

      Se ravivent alors les personnalités contrastées des deux frères : Albert, doté d’une mémoire éidétique (ou absolue), qui devient « Sir Albert », et Stanley, qui disparut lors de la guerre, probablement à cause de son propre frère et « ces putains d’obus foireux ». Ce  qui nous vaut des images terrifiantes de la guerre des tranchées. Le premier reproche à sa sœur d’avoir été une « pacifiste autoproclamée », une « socialiste et collectiviste », une « championne violente du droit et du suffrage des femmes » : reviennent alors au jour « les munitionnettes, les suffragettes, les révolutionnaires déchaînées ».

 

      L’écriture de Will Self est à la fois heurtée, dansante, hip-hop et enveloppante ; ce que rend parfaitement la traduction de Bernard Hoepffner. Elle est également psychédélique, comme se ressentant du LSD administré -alors que son auteur a cessé toute consommation- entrelacée de plusieurs niveaux de conscience et d’inconscient, bourrée de néologismes, comme lorsque les chaussures « crêpellent sur le sol », presque joycienne. La réussite narrative et stylistique, ébouriffante, rejoint les meilleures pages de son plus étonnant roman, Les Grands singes ; tout en dépassant de loin la tentative, remarquable quoique peut-être avortée, de créer un nouveau langage dans Le Livre de Dave[2]. Dans lequel Dave Rudman use d’élucubrations argotiques pour noircir un manuscrit qu’il enterre en un jardin ; cinq siècle plus tard, son livre devient une nouvelle Bible fondatrice du « dialecte Mokni »…

      C’est en Parapluie, un festival de métaphores inédites, surprenantes : sous le « plafond vert arsenic », elle a des « paupières de crasse », une « joue fromageuse »… Sociolectes et tics de langages se bousculent. Il faut bien au Docteur Busner cette ironie enjouée, passablement cynique, pour survivre et dominer ce monde hospitalier glauque et sénescent. La satire du monde psychiatrique, de ses asiles de vieillards est guillerette et féroce : face au pouvoir médical, infirmier et bureaucratique, elle s’en donne à cœur joie. Cependant, l’asile d’aliénés, peint à l’acide le plus réaliste, annonce au-dessus d’une de ses portes le projet du roman : « Art-thérapie et salle de réminiscence ». Ainsi, Will Self reste fidèle à son « réalisme magique sale[3] », même s’il s’est moqué de cet appât pour critiques littéraires.

 

      La technique du « courant de conscience », à la suite de Virginia Woolf et de James Joyce, trouve ici une acmé remarquable. Quoique notre romancier exige de son lecteur une attention, une conscience aigüe de son texte, de ses ramifications et de ses rubans de Moebius, il n’est en rien obscur. S’il imite la structure stratifiée en désordre du cerveau de la patiente réveillée par le Docteur Busner de sa léthargie encéphalique, ce dernier, sorte d’alter ego de l’écrivain, nous permet d’y pénétrer avec intensité. Non sans y ajouter, sans que la limite soit toujours précisée, les propres circonvolutions de son monologue intérieur, amplifiant ainsi la dimension polyphonique. Certes, sans aucun chapitre, et bien peu de paragraphes, la compacité du bloc romanesque ne parait pas faciliter la tâche du lecteur. Reste à se confier à une immersion, parmi laquelle les parties immergées de la conscience sont montueuses et continentales. Et si l’on consent à ce voyage exploratoire, l’on saura que l’écriture joycienne, qui semblait fermer la porte qu’elle avait ouverte, a ici trouvé un descendant, un disciple, qui, quelque part a dépassé le maître, en étant plus lyrique et sensuel, malgré la dimension affreusement pathétique, voire tragique du cas humain, plus fluide et violemment évocateur. À moins de considérer que le modernisme de Will Self a quelque chose de suranné, ranimant avec un brio certain une vieille lune encombrante des expérimentations littéraires, comme « maulaidroitement disséqué ». Sur quelques pages, c’est splendide, vertigineux, sur un pavé macdonaldesque de quatre cents pages, il faut un solide appétit. Que l’on ne peut qu’encourager, l’effort de mastication étant récompensé par la dégustation…

 

      Le roman du toujours jeune et vieux Will Self (il est né en 1961) est bien un « accélérateur de particules linéaires humaines ». Critique de société, satire à tous crins, psychologie et psychiatrie, et expérimentation romanesque font alors bon ménage. Répondant, selon son auteur, au principe de la fiction : « comment dire quelque chose de vrai à partir de mensonges[4] ». Fleuve aux cent bras entremêlés, le récit selfien emporte et englue irrésistiblement son lecteur. Faut-il regretter la dynamique narrative et la plénitude de sa plus grande réussite : Les Grands singes[5], dans lequel le Docteur Busner était un chimpanzé également psychiatre qui prenait soin d’un de ses semblables primates qui avait le front de se prendre pour un homme…

 

Thierry Guinhut

Une-vie-d'écriture-et-de-photographie

 

 

[2] Will Self : Le Livre de Dave, traduit de l’anglais par Robert Davreu, L’Olivier, 2010.

[3] Will Self, Jonathan Coe : Un véritable naturalisme littéraire est-il possible ou même souhaitable ? traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Pleins Feux / Villa Gillet, 2003, p 47.

[4] Will Self, Jonathan Coe : ibidem, p 25.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 14:18

Jean-Marc Nattier : Allégorie de la Justice combattant l'Injustice 1737

 

 

 

 

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

      La justice serait-elle au côté du pauvre quand l’injustice assure les biens du riche ? Les inégalités se propagent et se creusent, fomentant monstrueusement la bassesse de la pauvreté. Prendre au riche pour enrichir le pauvre est alors, pense-t-on naïvement, la solution idoine. Cependant, en paraissant assurer la légitimité morale et économique de l’intervention étatique, au moyen de la redistribution, au service de l’égalité et du bonheur économique, l’argument des inégalités, cet argument apparemment éclatant, mais faux, destiné à tromper les naïfs, n’est-il pas spécieux ? Ne vaut-il pas mieux s’intéresser à la pauvreté, à ces causes, et lever les barrières qui l’empêchent de devenir richesses… Plutôt que de se servir de l’argument spécieux des inégalités pour transformer les sociétés en une contre-utopie corsetée, ne faut-il pas mieux se servir de l’argument de la pauvreté, scandaleuse en soi, pour rendre à la cité ses libertés ?

 

De Rousseau à Marx, le réquisitoire contre le riche

 

       Une archéologie des inégalités, pour reprendre le concept de Michel Foucault[1], ne doit omettre ni Rousseau, ni Marx. Le philosophe des Lumières était assez éclairé pour séparer les deux natures de l’inégalité : « Je conçois dans l’Espèce humaine deux sortes d’inégalité ; l’une que j’appelle naturelle ou physique, par qu’elle est établie par la Nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’Esprit, ou de l’Ame ; l’autre qu’on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention. […] Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants qu’eux, ou même de s’en faire obéir.[2] »

      Cependant, Rousseau, en clamant que la décision de clore un terrain en proclamant « Ceci est à moi », lui fit jeter un anathème malvenu sur la propriété privée : « Vous êtes-perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n’est à personne[3] ». Donc, in fine, une réprobation sans appel sur la propriété entrepreneuriale et capitaliste. Au point de vouloir « qu’on établisse de fortes taxes […] sur cette foule d’objets de luxe, d’amusement et d’oisiveté[4] » ; forgeant ainsi le principe de l’impôt fortement progressiste, non seulement sur la richesse mais ce sur quoi l’Etat se permet indument une réprobation morale. Etait-ce encore, de la part de Rousseau, Lumières ? Il est permis d’en douter, face à un autre essayiste de l’Enlightenment : l’économiste Adam Smith qui préféra, aux causes de l’inégalité les causes de la richesse des nations[5]

      Digne -en dépit de leur indignité commune sur ce point- successeur de Rousseau, Marx ordonna : « L’égalité comme raison du communisme en est la justification politique », non sans mentionner que « pour surmonter la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle[6] ». Le remède ultime et supérieur aux inégalités serait donc la confiscation, l’interdiction de la propriété privée. Ce que confirment les « mesures » réclamées par cette désastreuse déclaration d’intention qu’est Le Manifeste communiste : « Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat. Impôt sur le revenu fortement progressif. Abolition du droit d’héritage ; confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale à capital d’Etat et au monopole exclusif. » On ne s’attardera pas ici sur la « Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport et de communication » et sur le « Travail obligatoire pour tous[7] »… Le communisme, intrinsèquement et génétiquement tyrannique, aux conséquences historiques, meurtrières et totalitaires que l’on sait, bien plus que la propriété selon Proudhon -qui d’ailleurs nuança son propos-, c’est le vol.

 

 

Inégalités planétaires et doxa selon Piketty

 

      Voici le type de réquisitoire qu’aime développer à l’envi l’icône de la doxa contre les inégalités -nous avons nommé Thomas Piketty- : 350 millions de personnes les plus pauvres de la planète équivalent aux 85 personnes les plus riches de cette même planète, les premiers vivant avec 486 dollars, les second avec 20 millions de dollars. De plus, au sein des pays développés, le revenu des 10% de plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, selon le journal L’Humanité[8]. Malgré notre confiance plus que prudente envers un organe communiste, on doit supposer que l’information est crédible. Doit-on, de plus, croire l’information selon laquelle les 1% les plus riches soient en passe de posséder plus que le reste des habitants de la planète ? Affirmation fort sujette à caution, ne serait-ce que parce qu’elle ne tient pas compte de la mobilité des fortunes. Alors, la cause est entendue : l’écrasante inégalité qui règne sur le monde est le péché originel du capitalisme.

      Si, selon Thomas Piketty, « les inégalités se sont réduites en France au XXème siècle », malgré la persistance de l’inégalité des revenus, c’est moins par l’augmentation à peu près continue des taux d’imposition pour les plus riches, que par l’augmentation du pouvoir d’achat qu’a permis la croissance de la productivité -quantitative et qualitative- du capitalisme. Pourtant, vient arguer Piketty, ces inégalités, criantes avant la première guerre mondiale, se sont réduites au travers des « chocs subis par le grand capital », guerres, inflation et crises économiques, mais la cause majeure en est l’impôt progressif sur l’accumulation des patrimoines. Notre diva de l’économie est cependant plus mesurée en sa conclusion que l’on pourrait l’attendre sur ce terrain : « L’impôt progressif a le mérite d’empêcher que ne se reconstituent des situations analogues à celle qui prévalaient à la veille de la première guerre mondiale, et sa mise à mal pourrait avoir pour effet de long terme une certaine sclérose économique[9] ». Ah, qu’en termes prudents ces choses-là sont dites ! Alors que cette sclérose économique va s’aggravant en France depuis trois décennies, passant aujourd’hui de la sclérose en plaque au cancer généralisé…

      L’on sait, depuis Le Capital au XXIème siècle [10]que Piketty a conclu à un fort accroissement des inégalités patrimoniales et de revenus depuis les trente dernières années parmi les pays développés. Pour lui, le rendement du capital aurait tendance à croître au-delà du taux de croissance. En conséquence de quoi, il préconise, outre un impôt sur les hauts revenus jusqu’à 80 %, une taxation mondiale du capital. On n’a pas manqué de contester sa méthode et sa thèse. Il n’est pas sûr que les évaluations des patrimoines mobiliers soit fort objectives. De plus il faut invalider sa prémisse selon laquelle les grandes fortunes n’ont de cesse de croître. Bien des nouvelles fortunes mondiales sont fort récentes, d’autres, plus anciennes, se sont érodées, la mobilité est plutôt la règle, signe d’une prime à l’inventivité plutôt qu’au capital lui-même. Enfin le capitalisme de connivence avec l’Etat est omis par Piketty, au point de penser qu’il soit un frein oublié au développement des entreprises concurrentielles, donc de la démocratisation de l’enrichissement. L’idéologie postmarxiste, quoique invalidée par les faits, a de beaux jours -ou plutôt d’affreuses nuits- devant elle, secourue par la démagogie. L’on sait que ce livre, quoique son auteur affecte de rejeter l’auteur du Manifeste communiste, se veut un rejeton scientifique de l’opus de Karl Marx. Or, lourd et verbeux, bourré de tableaux et de courbes, il est plus acheté que lu, en tant que garant de l’idéologiquement correct et de l’aura de solidarité dont il aime s’entourer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rôle positif des inégalités

 

      Mais au Siècle des Lumières, il n’y a pas place que pour l’égalité imposée par la volonté générale du Contrat social rousseauiste. Répondant à la question de la reproduction des richesses inégales par les privilèges et les héritages, Diderot rétorque légitimement : « A chacun son mérite » […] « En même temps que le mérite sera plus honoré, la cupidité diminuée, le prix de l’éducation mieux senti, les fortunes seront moins inégales. [11] » Plus tard, en 1848, c’est-à-dire la même année que le Manifeste communiste, Adolphe Thiers, contribue à l’idée de la moralité des inégalités : « De la transmission héréditaire proviennent de nouvelles inégalités acquises, qui, s’ajoutant aux inégalités naturelles, produisent certaines accumulations qu’on appelle la richesse. Ces accumulations n’ont rien de contraire à l’équité, car elles n’ont été dérobées à personne, contribuent à l’abondance commune, servent à payer les produits les plus élevés de toute industrie perfectionnée, et, nées du travail, se dissipant et périssant par l’oisiveté, présentent l’homme récompensé ou puni par la plus infaillible des justices, celle du résultat.[12] » Ce qui permet au péché capital de la cupidité et de l’avarice de trouver le moyen d’être utile au capitalisme libéral qui irrigue la société entière[13]. Reste évidemment, pour compenser les inégalités de départ liées à l’héritage, autant financier que culturel, d’assurer l’éducation gratuite pour tous, ne serait-ce que par le chèque éducation, seule redistribution qui reste un investissement indispensable.

      Plus tard encore, Fukuyama, en 1992, déplie la défense des inégalités : « Les sociétés de classe moyenne sont destinées à rester fortement inégalitaires à certains égard, mais les raisons en seront de plus en plus imputables à la différence naturelle des talents et à la division économiquement nécessaire du travail. On peut interpréter en ces termes la remarque de Kojève selon laquelle l’Amérique de l’après-guerre a effectivement réalisé la « société sans classes » de Marx ». Alors que « le projet marxiste a cherché à promouvoir une forme extrême d’égalité sociale aux dépens de la liberté[14] », c’est-à-dire l’égalité du goulag, hors quelques dignitaires soviétiques au sommet de leur sphère, inégalité plus extrême et plus honteuse que tout autre, parce que non seulement économique, mais aussi politique, de plus sans le moindre espoir de sortir des bas-fonds. Ce qu’a contrario permet le capitalisme libéral, qui ne s’est pas gêné pour assurer aux masses une aisance que n’eurent pas rêvé ni le zek ni le kolkhozien…

      Certes, les inégalités spoliatrices, c’est-à-dire acquises par le vol et la tyrannie, par exemple dans la possession des terres en Amérique latine aux dépens des petits propriétaires, des indigènes, sont moralement et pénalement condamnables devant le tribunal du droit naturel. En revanche les inégalités attribuables au travail et au mérite ne sont que positives et n’ôtent rien aux pauvres, qui, au contraire, trouvent à en profiter grâce à l’accroissement de l’activité concurrentielle, de l’offre, corrélé à la baisse des prix. À condition, une fois encore, que la fiscalité ne gonfle pas ces derniers…

      Il faut alors percevoir que les inégalités ont un rôle positif : dans la mesure où les pauvres sont motivés à créer de la richesse, où les jeunes générations choisissent de faire fonctionner l’ascenseur social, dans le cadre de la liberté des échanges et de la mondialisation. Ce que confirme Johan Norberg : « contrairement à ce qu’on pourrait penser, les inégalités entre les pays ont diminué constamment depuis le début des années 1970. […] les économistes mesurent habituellement le degré d’inégalité à l’aide du coefficient Gini [qui] pour le monde entier est passé de 0,6 en 1968 à 0,52 en 1997, soit une baisse de plus de 10 %.[15] » Malgré quelques exceptions notoirement socialistes et communistes, théocratiques et soufflées par la guerre, le mouvement d’augmentation du niveau de vie ne semble pas près de s’arrêter.

      Une étude de l’Institut Economique Molinari[16] bat en brèche l’argument des inégalités en pointant que les émoluments des cent Présidents Directeurs Généraux les mieux payés au Canada équivalent à 171 fois le salaire moyen. Horreur ! Mais cette même étude offrait un calcul fort simple : divisant cette colossale rémunération par le nombre de leurs salariés (2 423 530), on obtient 326 dollars par an, soit 90 cents par jour, ou encore 0,7 % de hausse salariale. Dérisoire… Comme quoi la redistribution est parfaitement vaine. Pire encore, en imaginant que cette dernière soit assurée par l’Etat, le coût prohibitif de sa gestion la rendrait encore plus pitoyable, sans compter les dommages ravageurs à l’encontre de la société toute entière, privées non seulement du savoir-faire de ces patrons, mais également de leur dévouement à leur propre porte-monnaie qui est la source du dévouement de l’économie à la prospérité générale. Loin de contribuer à cette dernière, la redistribution contribue à la détruire. Vouloir à toute force et par idéologie recourir à la surabondance de la redistribution épuisant les acteurs économiques serait de l’égalitarisme forcené, au même titre qu’une tyrannie économique et sociale voisine du totalitarisme.

      On s’amusera en citant Michel Onfray qui, dans une perspective nietzschéenne, parvient à une réelle pertinence, en animalisant poétiquement l’égalité, intrinsèquement envieuse et revancharde : « Un triangle noir sur le dos / La tarentule prêche l’égalité. / Animal de la vengeance / Elle nomme justice / Sa haine et son aigreur. / La tarentule prêche l’égalité ; / Araignée de la jalousie / Elle déteste ce qui est / Fort et puissant. / Bête du ressentiment / Elle calomnie le monde / La vie et la vigueur. / La tarentule prêche l’égalité.[17] »

      Méfions-nous donc de l’égalité : outre son Envie prête à dévorer la liberté d’autrui, elle entraîne bien trop souvent la pauvreté de l’envieux. Autant l’inégalité devant le droit est à proscrire, autant les inégalités de richesses sont à considérer dans leur perspective dynamique d’enrichissement général… Tocqueville savait que « les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté. […] Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie[18] ». Tout est dit.

 

 

L’Ethique de la redistribution selon Jouvenel

 

      L’Etat est un « minotaure », accuse en 1951 Bertrand de Jouvenel, dans son Ethique de la redistribution ; surtout lorsque devenu Etat-providence, il use de son usine à gaz à redistribuer les revenus. Son omnipotence fabrique des assistés aux dépens non seulement des plus riches, mais des classes moyennes ; « et, tout compte fait, encombré du fardeau de ses multiples engagements, il n’applique les consignes de la redistribution que dans sa façon de prélever l’argent, et non dans sa manière d’en faire profiter largement sa population[19] ». Ainsi  « tout pouvoir de redistribution signifie un surcroît de pouvoir dévolu à l’état[20] ». Ce qui ne laisse pas d’être inquiétant, ne serait-ce que dans le domaine culturel, aux dépens du pluralisme. La conclusion de Bertrand de Jouvenel est sans appel : « les pouvoirs publics n’ont d’autre choix, s’ils veulent donner à tous, que de prendre à tous. […] les familles aux revenus faibles dans leur ensemble, versent au Trésor public davantage d’argent qu’elles n’en retirent.[21] » Ce qui ne vaut pas pour celles qui sont sans travail et ne vivent que des subsides alloués par l’Etat, qui par là-même, au moyen de sa sur-fiscalité et d’une législation du travail coercitive, les prive de ce travail qui assurerait leur indépendance…

      Lutter contre les inégalités est trop souvent le masque des parasites politiques et bureaucratiques qui démagogiquement gèrent la redistribution, aux dépens des créateurs de richesses et donc d’emplois. Les inégalités sont bien un argument spécieux, en tant qu’au nom d’une solidarité électoraliste, il sert de levier à l’Etat spoliateur, justicier et stratège, à ses hordes d’élus et de fonctionnaires, en particulier des ministères des finances, ainsi à tous ceux, mus par l’Envie, qui pensent en profiter.

      La redistribution peut rester morale et défendable lorsqu’elle pallie aux handicaps de ceux qui ne peuvent travailler. Hélas, elle a rapidement le grave défaut d’employer une noria de fonctionnaires exponentielle pour sa gestion d’une part, et d’autre part, à partir d’un seuil trop vite atteint, quoique assez subjectif, de décourager les entrepreneurs dont la motivation financière n’a rien de méprisable, de réduire leurs capacités d’investissement, sans oublier la fuite des énergies au-delà des frontières, comme en témoignent les 400 000 français vivant à Londres, dans un Royaume-Uni ainsi dopé, qui vient dépasser la France, en devenant à son tour cinquième puissance économique mondiale. Pire, s’il en est, la recette publique s’affaiblit alors, la courbe de Laffer venant opportunément vérifier l’adage selon lequel trop d’impôt tue l’impôt.

      Force est de constater qu’une France dont 57% du PIB sont consacrés aux dépenses publiques ne contribue qu’à appauvrir ses habitants et contraindre au chômage une énorme partie d’entre eux ; alors que des pays comme l’Allemagne ou la Norvège, avec un chiffre de 45 % ont un chômage deux fois moindre et une économie bien plus florissante. Tout en criant haro sur les riches, les seuls riches qui paraissent légitimes sont ceux qui, élus et haut-fonctionnaires, vivent au bénéfice de la fiscalité oppressive. Curieusement, ils sont traditionnellement bien moins dépréciés que les chevaliers d’industries et les patrons d’entreprise, du plus aisé au plus modeste. Ce que note Bertrand de Jouvenel : « Pendant toute la période dominée par la société commerciale, depuis la fin du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, la fortune du riche marchand a inspiré bien plus de ressentiment que le faste dont s’entouraient les dirigeants.[22] »

      Plutôt que de reprocher aux riches Bill Gates ou François Pinault leurs fortunes insolentes, remarquons qu’ils les ont gagnées en créant des richesses et des emplois, qu’ils la dépensent pour contribuer à la santé, au développement des Africains pour l’un et à l’expressivité et au niveau de vie des artistes pour l’autre ; alors que tant de magnats du pétrole arabique répugnent à élever le niveau de vie et de liberté de leurs citoyens et immigrés…

      La reproduction sociale -si chère à Bourdieu[23]-, si décriée, est pourtant, au-delà de la sélection aristocratique des seuls descendants, une sélection des savoirs, des compétences et des mérites. Pourquoi, au nom de l’origine sociale des parents, faudrait-il se priver de toutes ces qualités, même si cette reproduction est également, pour une grande part celle des inégalités ? Seule la réhabilitation d’une école exigeante et d’une éducation aux nobles ambitions pourra redonner du lustre à l’ascenseur social, de façon à donner leurs chances aux esprits venus des milieux les plus modestes.

      La majeure partie des Etats étant furieusement endettée, ce n’est certes pas en taxant les riches, qu’ils se reproduisent de manière endogame ou non, que l’on parviendrait à mieux user de leur argent, mais à le dilapider. Mieux vaut alors faire confiance aux riches et à ceux qui ont la capacité de le devenir pour dynamiser l’économie et la croissance, y compris le porte-monnaie des pauvres. Et se défier de notre Etat. Fiscocratie[24] s’il en est, la France a eu l’ingéniosité de mettre en place cinquante taxes nouvelles en six ans, sans compter la hausse de plus anciennes, quand en 2014, 182 articles de lois fiscales ont été adoptés. Taux de prélèvement obligatoire à 45% du PIB, taux d’impôt maximal sur les sociétés à 38 %. En toute logique, le chômage ne cesse également d’augmenter et dépasse 11 % de la population active, sans compter tous les désinscrits… L’Heritage Fondation publie chaque année un Indice de Liberté Economique. Que croyez-vous qu’il arrive à la France ? Elle est honteusement classé 73ème, après le Kazakhstan et l’Albanie, à cause du poids de l’Etat et de la rigidité de la législation du travail.

      Autour de la France et de quelques pays idéologiquement rétrogrades à son image, le monde s’enrichit, la pauvreté recule sur la planète, les classes moyennes renforcent leur nombre, les riches se multiplient. L’extrême pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour) a reculé de cinquante pour cent depuis 1990. Et cela grâce, non au communisme et aux systèmes de redistribution étatiques, mais à la mondialisation capitaliste. C’est bien ce que note Johan Norberg, dont le Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste remplace avantageusement (et plus lisiblement) Piketty : « Au cours du demi-siècle qui vient de se terminer, le développement matériel a permis de sortir plus de trois milliards de personnes de la pauvreté[25] ».

      Ainsi, l’on peut reprendre une réflexion d’Hannah Arendt, jetée parmi son Journal de pensée, en 1955, vérifiant une fois de plus sa perspicacité : « À propos de « Property and Equality » : c’est une erreur que de croire qu’on peut parvenir à l’égalité caractéristique de l’homogénéité grâce à l’ « equality of condition » […] donc par l’homogénéité des rapports de propriété. […] c’est l’homogénéité du troupeau qui se met en place.[26] » Du troupeau à l’abattoir totalitaire, il n’y a qu’un pas ; en effet, assure-t-elle, « L’égalité de condition parmi leurs sujets a été l’un des principaux soucis des despotismes et des tyrannies depuis l’Antiquité[27] ». Voilà, s’y l’on n’y prend garde, à quoi peut mener la lutte étatique contre les inégalités économiques. Au nom du « mirage de la justice sociale ou distributive », l’injustice passe son rouleau compresseur sur la société entière. Hayek savait cela bien avant 1976 lorsqu’il écrivit : « Aussi longtemps que la croyance à la « justice sociale » régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire[28]. »

 

 

      Au-delà des forces d’imposition (dans les deux sens du mot) que sont le socialisme et le théocratisme, l’individualisation de la richesse permet sans nul doute les progrès des conditions, des mœurs et de l’esprit humain, sans empêcher en rien -au contraire- ses dimensions spirituelles et culturelles : « La meilleure manière de comprendre la vague individualiste est sans doute de la considérer comme une forme luxueuse de l’être-dans-le-monde[29] », affirme avec justesse Peer Sloterdijk. Ainsi l’argument spécieux des inégalités et de la redistribution étatique est balayé par celui, nettement plus efficace, de l’enrichissement des pauvres au moyen de la mondialisation des initiatives et du capitalisme libéral. Alors qu’incessamment le David de la pauvreté socialiste tente de terrasser le Goliath de la richesse, en se gonflant de lui jusqu'à en éclater, il faut se rendre à l’évidence : en vérité, le David de la richesse tend à terrasser le Goliath de la pauvreté.

Thierry Guinhut

Une-vie-d-ecriture-et-de-photographie

 


[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres III, Gallimard, Pléiade, 2003, p 131.

[3] Jean-Jacques Rousseau : ibidem, p 164.

[4] Jean-Jacques Rousseau : Sur l’économie politique, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 276.

[5] Adam Smith : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, PUF, 1995.

[6] Karl Marx : Economie et philosophie, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 98.

[7] Karl Marx : Le Manifeste communiste, Œuvres I, Gallimard, Pléiade, 1963, p 182.

[8] L’Humanité.fr, 28 décembre 2014.

[9] Thomas Piketty : Les Hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2014, p 547, 548.

[10] Thomas Piketty : Le Capital au XXIème siècle, Seuil, 2013.

[11] Denis Diderot : « Réfutation d’Helvétius », Œuvres politiques, Garnier, 1963, p 475.

[12] Adolphe Thiers : De la Propriété, Paulin, Lheureux et cie, 1848, p 96.

[14] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 328-329.

[15] Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, p 44-45.

[16] Etude publiée sur Contrepoints : http://www.contrepoints.org/2015/01/04/193268-reverser-aux-salaries-le-salaire-des-patrons-90-cents-par-employe

[17] Michel Onfray : Bestiaire de Nietzsche, Galilée, 2014, p 43.

[18] Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, II, II, 1, Œuvres, t II, Gallimard, Pléiade, 2001, p 611.

[19] Bertrand de Jouvenel : L’Ethique de la redistribution, Les Belles lettres, 2014, p 106.

[20] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p79.

[21] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 113.

[22] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 120.

[23] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : La Reproduction sociale, Minuit, 1970.

[24] Voir : Sloterdijk Impôt

[25] Johan Norberg : ibidem, p 20.

[26] Hannah Arendt : Journal de pensée, Seuil, 2005, p 741.

[27] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Quarto Gallimard, 2010, p 632.

[28] Friedrich A. Hayek : Droit, législation et liberté, II Le Mirage de la justice sociale, PUF, 1981, p 82.

[29] Peter Sloterjik : Ecumes, Sphère III, Hachette Pluriel, 2006, p 737.

 

Daniele da Volterra, 1509-1556 : David et Goliath, Musée du Louvre

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 14:39

 

Shakespeare reliures

 

 

 

Shakespeare, le mystère dévoilé

 

Stephen Greenblatt : Will le magnifique

 

 

 

Stephen Greenblatt : Will le magnifique, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Marie-Anne de Béru, Flammarion, 2014, 479 p, 22,90 €.

 

 

 

 

 

       « Il mourut comme il avait vécu, sans que le monde y prenne garde. […] il semble aussi, presque à lui seul, avoir maintenu le niveau de la tragédie et de la romance. » Ainsi conclut en son excellent volume Peter Ackroyd[1]. Hélas les trop nombreuses tentatives biographiques venues des siècles passés n’avaient guère su percer le mystère Shakespeare (1564-1616). Le si peu de documents assurant son existence laissèrent penser au prête-nom d’un aristocrate : car un bourgeois parvenu ne pouvait posséder un tel génie ! Peter Ackroyd sut, entre maints biographes, avec élégance rendre à l’homme de Stratford sa vaste identité. Cependant, grâce à de récentes découvertes, et au-delà de la seule narration d’une existence, Stephen Greenblatt s’attelle à la tâche exaltante de comprendre comment un individu de l’époque élisabéthaine a pu devenir le plus grand dramaturge de tous les temps.

 

        Le tableau de société dans laquelle évolue Will est édifiant : tensions politiques autour d’Elisabeth Ière, menacée d’assassinat, persécutions du pouvoir religieux protestant contre les Catholiques, au plus près de la famille de notre poète, qui prit soin de se garder des controverses théologiques. Est-ce pour cette raison que l’on n’a conversé aucun document personnel ? On suppose qu’en 1587, il est embauché comme acteur par les « Comédiens de la reine », puis comme auteur. Un dramaturge concurrent se moqua en le traitant de « Shakescene », ébranleur de scène. Réputés lieux de débauches, les théâtres étaient sommaires, hors les costumes ; mais, de la gent modeste à la souveraine, on en raffolait. Surtout quand les acteurs Alleyn et Burbage interprétaient les pièces de Marlowe, puis le personnage indécis et fou d’Hamlet, grâce à « l’énergie inouïe et l’éloquence du vers blanc ».

        Il fallut à Shakespeare une éducation exceptionnelle : l’apprentissage du latin, qui ne brillait pourtant pas par sa pédagogie, lui permit de lire avec un fol appétit les auteurs classiques. Les fêtes campagnardes, les « combats d’ours ou de taureaux », les exécutions, les spectacles offerts à la reine et les théâtres de moralité lui apprirent la psychologie des humbles, des criminels, des « écrivains encanaillés », des foules et des rois, mais aussi le manichéisme théâtral, qu’il sut bientôt dépasser. Tout cela, grâce au minutieux travail d’enquête textuelle de Greenblatt, retrouve sa place dans les comédies et les tragédies de « Will le magnifique ». Ainsi le métier du père, « gantier », rebondit dans la « peau de chevreau » de bien des métaphores. Mais comment expliquer qu’il connût tout autant le droit, la théologie, l’art militaire… Fut-il antisémite en créant Shylock, son Marchand de Venise, dépressif avec Hamlet ? C’est cependant presqu’avec certitude que nous pouvons affirmer qu’il fut un catholique secret…

       « L’amour du langage, une certaine excitation érotique procurée par le jeu théâtral », le désir de revendiquer sur scène une identité de gentilhomme, contribuent au portrait. « En tant qu’artiste, il incorpora dans son œuvre la totalité ou presque de ses connaissances et expériences. » Y compris son mariage décevant avec Anne, de huit ans plus âgée que lui, dont on retrouve l’écho en de méchants mariés… L’essayiste ne laisse alors rien au hasard : chaque fait, « remanié par l’imagination », s’appuie sur de nombreuses, pertinentes citations des pièces et des Sonnets, dont le jeune homme blond aimé s’avère bien être Henry Wriothesley.

 

Macbeth henry fuseli 018 macbeth e le streghe

Johann Heinrich Füssli, 1741-1825 : Macbeth et les sorcières

 

         On ne cesse d’apprendre, en cet excitant volume, comment son temps nourrit ses pièces de subtile manière. Ainsi Macbeth, au travers de son héros éponyme, assassin du « subtil Duncan », présente au roi Jacques Ier (successeur d’Elizabeth Ière) un hommage, par le biais de son ancêtre Banquo qui restaura la légitimité ; tout en glissant de discrètes allusions à la conspiration des poudres de Guy Fawkes, qui fomentait un régicide. C’est ainsi que le « heurt à la porte dans Macbeth » impressionna tant les spectateurs et, plus tard, Thomas de Quincey : car Lady Macbeth a beau vouloir se laver les mains, sa peau « exhibe la nature humaine dans son attitude la plus abjecte et humiliante[2] ».

        Le passé historique, la littérature ancienne (en particulier les Vies des hommes illustres de la Grèce et de Rome de Plutarque), le présent politique, tout est, chez Shakespeare au service de la création : « Tout ce que la vie lui infligea de douloureux, crise d’identité sociale, sexuelle ou religieuse, il en tira bénéfice pour son art (puis fit de son art une source de profit) ». Sa dernière douleur fut-elle d’apprendre l’incendie du Théâtre du Globe, de voir l’indignité d’un de ses gendres ? Il ne semble pas avoir souffert de son retrait du théâtre, en 1614 ; et ce n’est pas par hasard qu’il fait dire au magicien Prospéro, dans La tempête : « A mon ordre les tombes / Ont réveillé leurs morts ; s’ouvrant les ont lâchés/ Tant mon art est puissant ! mais cette magie grossière, / je l’abjure ici même. » Il prit sa retraite, se consolant avec sa fille Susanna, dont il savait reconnaître l’amour, au contraire du Roi Lear

         Force est de reconnaître que l’artiste autant que l’entrepreneur de spectacles théâtraux a su mener à bien son destin, même si l’on eût souhaiter voir d’autres pièces surgir de ses dernières années. De même, conformément à son éthique, en ses comédies et tragédies, « il s’appuie toujours sur le principe moral que l’homme fait lui-même sa destinée plus qu’il ne la subit, et que, si son bonheur et son malheur dépendent quelquefois de la fortune, il les prépare plus souvent par son initiative individuelle.[3] »

 

        Certes, Stephen Greenblatt, cet universitaire né en 1943, auréolé de prix et de succès pour son Quattrocento[4], joue d’autant de savoirs que de « conjectures » brillantes, en son roman-document de formation. Comment connaître réellement toutes les rencontres qui l’inspirèrent, à quels spectacles et événements Shakespeare a pu assister ? Sans compter que le biographique n’explique pas tout. Mais, en brossant un tableau richement informé, érudit, enlevé, il rend plus que plausible le rapport au monde et à son époque qui ont formé l’auteur génial d’Hamlet, de surcroit judicieux investisseur de sa fortune. Reste à décider l’indécidable : pourquoi tel individu, alors que d’autres ont baigné dans le même milieu, est-il devenu le Shakespeare que nous connaissons ? Certainement « il faut que les hasards de la génétique rencontrent des circonstances culturelles et institutionnelles particulières. »

 

Thierry Guinhut

À partir d’un article , ici augmenté, paru dans Le Matricule des anges, octobre 2014

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

 

[1] Peter Ackroyd : Shakespeare, la biographie, traduit de l’anglais (Royaume-Uni), par Bernard Turle,  Philippe Rey, 2006, p 527-528.

[2] Thomas de Quincey : « Du heurt à la porte dans Macbeth », Œuvres, Gallimard, Pléiade, 2011, p 1231.

[3] A Mézières : Shakespeare, ses œuvres et ses critiques, Hachette, 1892, p 191.

[4] Stephen Greenblatt : Quattrocento, Flammarion, 2013.

 

 

 

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Shakespeare will le magnifique

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 13:38

 

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Dust Muhammad : Portrait du Shah Abu'l Ma'ali, 1556, Agha Khan Collection

 

 

 

 

 

Houellebecq, extension du domaine de la soumission :

 

satire ou adhésion ?

 

 

Michel Houellebecq : Soumission, Flammarion, 304 p, 21 €.

 

Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013, Poésie Gallimard, 224 p, 10,70 €.

 

 

 

 

      Une histoire de zizi… De livre en livre, Houellebecq déplie les complexes et les manques de ce petit oiseau qui est aussi le nôtre. Dans Extension du domaine de la lutte, un jeune cadre incapable de lever les belles de boites de nuit se vit conseiller de recourir au meurtre des beautés féminines pour ainsi les posséder et s’en venger. La rhétorique marxiste du titre était logiquement constituée par une Envie qui s’étendait du domaine économique au domaine sexuel. Dans Les Particules élémentaires, une seconde solution devenait plus radicalement efficace : nous deviendrions, dans un proche futur de science-fiction, tous clonés, tous également beaux, donc sexuellement enviables et satisfaits. L’égalité avait remplacé la liberté. Plus tard, dans Plateforme, une troisième hypothèse, plus réaliste, prenait place parmi les camps de vacances des Européens favorisés sur les plages du tiers-monde : une prostitution à bas coût comblait les braguettes des messieurs, via l’exploitation des femmes. Si l’on excepte La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire, dont le creux de la vague laisse parfaitement insensibles les souvenirs du lecteur -malgré un prix Goncourt-, la logique houellebecquienne trouve aujourd’hui un nouvel avatar dans le problème sexuel du mâle occidental : la Soumission à l’Islam lui permet, grâce à la polygamie, d’assouvir des désirs sous couvert du silence des burqas. Faut-il se soumettre à Houellebecq ? Il est à craindre que Soumission soit son meilleur roman ; et sa pire utopie politique. La satire de la tyrannie n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? S’arrête-t-elle à la porte de la « soumission » désirée ?

 

Uchronie et anti-utopie politique et religieuse

 

       Le conscient et l’inconscient collectifs des Européens, voire de la planète entière, le spectre de nos peurs sont l’une des cibles privilégiées de nos grands romanciers. Quoiqu’on en dise, l’Islam, dont la traduction littérale est « soumission », est aujourd’hui la première peur géopolitique, civilisationnelle, religieuse, morale et sexuelle. Houellebecq est inévitablement en adéquation avec cette peur en la retournant d’une ironique manière en son uchronie, c’est-à-dire en un temps qui n’existe pas, qui n’existera probablement pas, du moins de la manière décrite.

      Le narrateur personnage nommé François, spécialiste de l’écrivain du XIXème Huysmans, s’accommode au mieux d’une démocratique et presque pacifique domination de la France par l’Islam ; au contraire d’une guerre civile redoutée. S’appelle-il d’ailleurs François, parce que Français, parce que François Mitterrand et François Hollande qui ont leur part de responsabilité en cette évolution prévisible ? « À l’issue de ses deux quinquennats calamiteux », ce dernier disparait. En « un Occident qui sous nos yeux se termine », « alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers » (ce qui n’est aujourd’hui que trop vérifiable), le narrateur personnage se sent « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Cependant l’on sait bien qu’être politisé socialiste, UMP, « Fraternité musulmane », sans oublier Front National, ne répond en rien aux désastres économiques et civilisationnels qu’il faudrait affronter avec une conviction nettement plus assurée des libertés. Doit-on considérer qu’il est pire de choisir, au lieu de la « guerre civile », de rester « résignés et apathiques » ?

      Quoique trop bénin et trop rapide pour être totalement crédible -2022 pour une élection d’un Président musulman- le télescopage temporel permet de rendre cette uchronie plus imminente et plus prégnante qu’elle ne l’est peut-être, même si l’on songe à la thèse du grand remplacement prônée par Renaud Camus, s’appuyant sur des projections démographiques, peut-être discutables en France, plus sévères en Suède ou en Allemagne, ce pour rejoindre le titre alarmant de Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparait[1].

      Si, selon les estimations, les Musulmans représentent environ 8 % à 10 % de la population française, la conversion politico-religieuse de la France parait hautement improbable, irréaliste. Mais il ne faut pas mésestimer les ardeurs immigrationistes et démographiques d’une minorité active, prosélyte et violente. Quant à savoir si tous les Musulmans français voteraient pour un Président d’Islam, il faudrait se demander combien d’entre eux votent déjà et voteraient alors pour Marine Le Pen, excédés par leurs coreligionnaires fondamentalistes et délinquants.

     Irréaliste est peut-être encore le fait que nos « enseignants devraient embrasser la foi musulmane » ? Quoique. Combien n’ont-ils pas embrassé la foi marxiste et communiste ? Il faut alors recourir au triste rappel d’Heidegger qui ne craignit pas de prêter serment au Troisième Reich, en tant que recteur d’université.

    Une fois islamisés, leurs salaires triplés, les enseignants reprennent leurs cours presqu’intégralement, même si « la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude ». Le pays voit la délinquance « divisée par dix », le chômage « en chute libre », grâce « à la sortie massive des femmes du marché du travail » : en compensation, les allocations familiales bénéficient d’une revalorisation considérable ». L’éducation nationale s’allège : « l’obligation scolaire s’arrêtait à la fin du primaire »…

      Pour le personnage de Soumission, la soumission aux événements est totale. Un séjour dans l’Abbaye de Ligugé est un échec. Quand une proposition le sauve du suicide : diriger l’édition des œuvres de Huysmans dans La Pléiade. Retrouver son poste d’universitaire, être trois fois mieux payé qu’une belle pension de retraite, prendre des épouses de quinze ans : se convertir, au moyen d’une argumentation fournie, mais spécieuse, et d’une justification de la tyrannie chapeautée par quelques puissants, est un jeu d’enfant. Même si le dernier chapitre est au conditionnel, il n’y a aucun doute : il se soumettra. Car « le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue », qui est comparée à celle masochiste d’Histoire d’O. D’où l’identité entre deux soumissions : à ce dernier livre et au Coran…

      Il est évident que, politiquement, la confrontation entre les deux candidats à la présidence de la République, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbès, doit paraître comme deux faces voisines de la même médaille du renoncement à la liberté, quoique le second, affirmant le nom du prophète de sinistre mémoire, soit, malgré son apparence faussement modérée à la Erdogan première manière, sa diplomatie huilée, la plus terrifiante. Pourtant, grâce à la pleutre alliance du Parti socialiste, qui, devant deux dangers choisit le pire, aveuglé par sa haine antédiluvienne et atavique du Front National, c’est à lui que le pays se confie, de guerre lasse, courbé sous la menace, acceptant la paix du dhimmi, l’humiliation de l’esclave, la solide certitude de l’idéologie de la charia. Perspective effrayante…

       Le « grand remplacement », annoncé par Renaud Camus, est ici avancé à 2022. Ce dernier paraitrait écrire les discours de Marine Le Pen en cette fiction, citant un auteur des Lumières, Condorcet et son Des Progrès de l’esprit humain[2]. Etonnante prise de conscience, hélas balayée. Ce qui prouve bien d’ailleurs que Houellebecq ne participe que peu de la « lepénisation » des esprit, mais de leur islamisation, par le biais du désaveu des Lumières.

     L’avertissement lancé par Thilo Sarrazin dans L’Allemagne disparait se voit renvoyé à une uchronie dangereusement proche, heureusement improbable à si court terme. Si l’on peut penser qu’il ne s’agit là que du fantasme prégnant du personnage, voire de l’auteur, on ne s’étonnera guère de cette conversion française, si l’on sait que d’après un sondage du CSA, 54% des Musulmans de France sont favorables à une application, au moins partielle, de la charia. En Grande Bretagne, des tribunaux islamiques peuvent rendre des décisions sanctionnées par la High Court, l'équivalent de notre Cour d'Appel, ce dans les questions de divorce et de garde d’enfants ; or ces 85 tribunaux observant la charia ne reconnaissent pas les mêmes droits aux hommes et aux femmes.

   Ainsi les Musulmans, hors quelques minces passages pauvrement pornographiques, y compris leurs radicaux, auraient bien tort de se choquer de Soumission : ce proche avenir peint par Houellebcq ne peut que leur convenir, le roman paraissant alors islamocorrect. Hors cette interrogation : comment un pouvoir musulman pourrait-il tolérer que des professeurs d’université, fussent-ils convertis à la loi coranique, enseignent des écrivains -sans parler évidemment de Voltaire[3]- comme Huysmans, qui, outre son décadentisme, commit l’outrage de se convertir à la spiritualité chrétienne ?

 

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Le projet polygame

 

       Selon le romancier des Particules élémentaires, le capitalisme néolibéral visait à la sursatisfaction des libidos occidentales. Seule la liberté féminine posait une barrière à cette volonté de puissance sexuelle masculine. Sur ce plan l’Islam permet une régulation par la loi théocratique. À la soumission politico-religieuse répond la compensation de la polygamie (évidemment réservée aux seuls hommes) : avoir plusieurs femmes satisfait non seulement l’appétit de luxure mais aussi la libido dominandi. Il reste en effet pour se consoler avec profit une bête de somme sur laquelle décharger sa sexualité et sa piètre volonté de puissance. Marché aux esclaves et harem seraient donc complémentaires dans le cadre de la domination du marché réglé par l’argent des pétrodollars et par le pouvoir patriarcal. Ainsi la lassitude de l’homme occidental (sans parler encore de celle de la femme) irait se confier sans résistance à la servitude volontaire de l’Islam ? Tout cela pour quelques services sexuels ?

      Sommes-nous déjà halal et salam ? L’Iran des mollahs est-il notre avenir ? En deçà du choc de civilisations diagnostiqué par Huntington[4], du Jihad versus Mc World[5], le choc annoncé n’aura pas lieu : la France ouvre avec délectation ses draps polygames à la saillie de l’Islam… La soumission houellebecquienne a le mérite, en voilant la France, de dévoiler un avenir possible de la distribution sexuelle, si l’on n’y prend garde au plus vite : « L’inégalité entre les mâles –si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devaient nécessairement en être privées- ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais comme un effet recherché ». Mâle dominant, sélection, maîtrise de la soumission féminine, ces concepts expliquent le succès de la chose. Un chien morbide a besoin de la laisse dorée du pouvoir, de quincaillerie spirituelle et de sexe avec des femmes enfants consentantes aux caprices du maître. Seconde perspective effrayante…

      Cette polygamie avait déjà fait l’objet d’un projet de société romanesque dans une Angleterre islamisée. En 1914, Chesterton fit en effet annoncer à l’un de ces personnages « cette grande expérience sociale la grande méthode polygamique qui s’est levée à l’Est […] cette polygamie supérieure », tout cela dans le cadre d’un drôle de roman de chevalerie secourant les pubs menacés et leurs libertés : L’Auberge volante[6]. Houellebecq n’est donc pas tout à fait le premier prophète occidental. Sans oublier Jean Raspail et son Camp des saints, publié en 1973, dans lequel une invasion d’immigrées délinquants et violeurs balaie la France[7]. Houellebecq a choisi un protocole plus pacifique, quoique plus retors, en imaginant que la moitié de l’humanité, en l’occurrence les femmes, seraient consentantes.

     Misanthropie, misogynie ? Ne peut-il imaginer qu’au lieu de la soumission, nombre de femmes, comme autant d’amazones allaient se soulever ? Hélas, peu après l’élection, «  toutes les femmes étaient en pantalon ». La Sorbonne islamique (qui n’est que la continuation de notre Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi) ne connait plus que des femmes « voilées ». Les « Aïcha » de ces messieurs ont quinze ans. La dignité humaine est aux abonnés absents…

 

De la satire

 

      Roman irréaliste, soit. À moins de le lire, sous la surface de son ton doucereux, comme une double satire d’autant plus féroce qu’elle affecte une apparente innocuité. Satire d’abord de nos gouvernements socialistes (mais aussi de « centre-droit ») qui, avec la Fraternité musulmane « n’ont aucune divergence sur l’économie, ni la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité ». Ainsi, par antilepénisme obsessionnel, ils se font digérer par le parti musulman et les talents rhétoriques de Mohamed Ben Abbes. De même, la plupart des Français (on ne fait que deviner les autres luttant pour une cause perdue, voire exterminés) sont comme des veaux claquemurés dans l’indignité : « le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran ». La satire est d’autant plus mordante que le basculement s’effectue de manière presque indolore, amoureusement consentie, dans l’aveulissement et l’abandon de toutes les valeurs des Lumières, il faut bien l’avouer, fatigantes, car énergivores. « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est donc condamné », face au monothéisme « qui dispose du meilleur taux de reproduction ». Pourtant, dans les trouées du silence des médias -silence qui ne fait que confirmer un peu plus les tendances de bien de nos médias contemporains- les assauts des bureaux de vote, les affrontements meurtriers, un moment constatés dans une station-service par le narrateur, laissent penser à un putsch.

      La leçon de politique-fiction est aussi sérieuse que l’analyse des bassesses de nos partis, de leurs alliances. La stratégie de Mohamed Ben Abbes et de sa Fraternité musulmane est un chef d’œuvre de dissimulation (la taqiya) et de manipulation, présentant « l’islam comme la forme achevée d’un humanisme nouveau », respectant « les trois religions du Livre » (on notera la vision bien irénique !) et dont le modèle pour son Eurabia est « l’Empire romain ». Cependant le « Front républicain » verrait ce dernier confortés par le PS (dont la « mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ») et l’UMP obsédés par leur phobie du FN, vaincu par pire que lui… À ce jeu, tout lecteur est renvoyé à ses fantasmes, ses peurs, ses pesanteurs idéologiques, ses sursauts…

      Mais aussi satire du Français moyen, y compris censément intellectuel, lorsque François confie à Myriam, à propos de la menace qui pèse sur les Juifs : « je ne connaissais au fond pas bien l’Histoire ». Quant à notre François moyen, il est séduit, avec son maître universitaire Rediger, par le culte de l’homme politique providentiel. Satire évidemment beaucoup plus considérable, celle du doux cancer de l’Islam. Sans oublier la satire du mâle, machiste et paternaliste, voire de la satire des femmes qui se plient avec tant de bonne grâce au comportement exigé. Satire de l’Islam et de la veulerie française ou satire antilibérale de la perte des valeurs traditionnelles de la France, selon que l’auteur se sépare ou se solidarise de son personnage ? S’il ne faut pas craindre de séparer l’homme Houellebecq, cultivant son apparence de clochard décadentiste, quelle est la part de la satire d’une France ramollie et du vouloir non-vivre post-nietzschéen ? C’est là que l’ambigüité de l’auteur Houellebecq laisse considérablement perplexe le lecteur : écrit-il pour dénoncer ou pour adhérer à ce retour du religieux ?

      Et que disent les femmes en ce roman ? Rien ; apparemment elles consentent, sauf la seule qui compte un peu, Myriam, qui parait savoir aimer notre personnage aussi blet qu’un navet, et s’expatrie en Israël à la suite de sa clairvoyante famille. Est-ce à dire que le seul pays qui défendrait encore la liberté féminine serait ce dernier ? Ainsi la France judenrein et satirisée se couche comme une putain -ou comme un  putain, si l’on ne veut pas être sexiste- sous le fleuve montant d’une population conquérante, quoique accueillie et entretenue par l’Etat providence, sous le flot des pétrodollars islamistes. Ce qui n’est hélas qu’une légère hyperbole de la situation de la France déjà trop islamisée. Rien ne sauve ce roman du blâme, quand, sans le moindre déchirement de conscience morale et politique, l’antipape François se convertit dans le sein d’une religion sexiste et antilibérale. Doit-on pointer que la conscience libérale de Houellebecq manque pour le moins de consistance, aux antipodes du libéralisme politique et économique qui anime Hayek et Adam Smith…

 

Une technique romanesque redoutable

 

      Pris dans le récit étonnamment aisé, entraînant, le lecteur s’immerge en toute immédiateté dans le mental du personnage, dans son univers plausible et dans une France peu à peu bouleversée sans que l’on paraisse y remarquer une faute de progression. Pour ce faire, la technique de l’écrivain est redoutable. Le réalisme pauvre de Houellebecq use d’images frappantes à l’occasion des souvenirs du restaurant universitaire : « nos rations de céleri  rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital ». Ou de son « existence corporelle » : « lavabo bouché, Internet en panne ». De même le portrait psychologique, dépressif et veule, possède une prégnance irréfutable. La tentation de l’abandon ronge le personnage qui se laissera persuader par le confort matériel, sociétal et sexuel de la « soumission » à l’Islam, autant que par une spiritualité de confort. Mieux que la spiritualité chrétienne : « Au monastère, au moins on vous assurait le gîte et le couvert -avec en prime la vie éternelle dans tous les cas ». Mais en ce dernier lieu, ni orgueil, ni luxure. Ce que permet le nouveau gouvernement à ses affidés. L’intellect et le spirituel ont abandonné le terrain aux tyrannies des besoins médiocres du réel, aux tyrannies des jouissances sexistes. On est alors étonné de l’aisance apparente de la démonstration par un narrateur (et par le personnage de Rediger) dont le propos est sans cesse dégraissé. Mais également dégraissé de tout ce qui pourrait déranger la mauvaise foi de son adaptation au nouveau pouvoir. Hélas, aucun personnage n’est là pour contredire efficacement l’argumentaire, hors Marine Le Pen citant Condorcet, aussitôt évacuée.

      Réaliste, voire misérabiliste, la tristesse des relations humaines est sans amitié ni amour, les rapports sexuels banalisés ou tarifés sont sans la moindre chaleur érotique. Là encore le réalisme cynique s’est débarrassé autant du lyrisme que de l’idéalisation : « Ma bite était au fond le seul de mes organes qui ne se soit jamais manifesté à ma conscience par le biais de la douleur, mais par celui de la jouissance. […] elle m’incitait parfois, humblement, sans acrimonie et sans  colère, à me mêler davantage à la vie sociale. »

     Le réalisme houellebecquien sait en outre l’art de mêler à ses personnages fictionnels, des personnalités réelles : Hollande, Pujadas, Onfray, Mélanchon, Bayrou devenu Premier Ministre de Ben Abbes, et « vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou »… Ce qui contribue, outre la focalisation interne ininterrompue, à stimuler la fiction par un effet de réel. Les dialogues entre les personnages, dont Alain Tanneur, analyste politique viré de la DGSI pour avoir signalé les « incidents » susceptibles de se produire dans les bureaux de vote, sont efficacement menés. Cette conversation étant menée dans le Lot, au village de « Martel », l’allusion à Charles Martel est explicite. Quoique caricatural, le séisme politique et civilisationnel est redoutablement bien mis en œuvre, au moyen d’une mise en scène « légèrement expressionniste[8] », selon son auteur.

     L’apparente absence de jugement de la part du romancier permet à chaque lecteur d’y trouver l’occasion de son assentiment ou de son rejet : l’islamiste peut se trouver conforté dans la légitimité et la réussite affichée de son entreprise d’arabisation de la France ; comme le laïc ou le catholique qui réprouve Islam et immigration peut y voir un argument contre cet asservissement. Oiseau de bon ou de mauvais augure, selon les uns ou les autres, le romancier, laisse son apologue entre les deux yeux de la sagacité de son lecteur responsable. Cette France collaborationniste n’est-elle qu’un mauvais et improbable retour du refoulé de la période nazie, ou l’image soudain dévoilée par une Cassandre que personne ne veut entendre alors qu’elle dit la vérité ?

      À quelle soumission indigne se soumet le critique qui croit écrire avec pertinence après que tant de moutons de Panurge guère rabelaisiens y soit allée de leur logorrhée ? Faut-il se faire le maître censeur d’une idéologie  et d’un art romanesque ? Outre le problème civilisationnel mis en exergue par Houellebecq, on eût aimé que la narration, l’espace du roman, puissent se déployer bien au-delà de quelques confessions, ratiocinations et conversations autour du nombril du narrateur. Créer d’autres personnages, d’autres rebondissements, imaginer une révolte des femmes, tout cela est-il au-dessus des forces de notre piètre et redoutable romancier ? À moins de considérer qu’une vaste saga épique puisse être moins efficace que l’art de la suggestion…

 

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De l’identification auteur personnage

 

      L’auteur est-il son personnage ? François est-il Houellebecq ? Il faut cependant toujours se méfier des identifications naïves et abusives. Quoique parmi des romans ou le héros -plus exactement toujours anti-héros- présente à peu de choses près toujours la même psyché écœurée de désespoir, de pulsions sexuelles plus ou moins molles, de mépris des femmes, de veulerie et de projections vers un au-delà prétendu meilleur, qu’il s’agisse du clonage, de la prostitution sud-asiatique ou de la polygamie islamique. Or un élément semble valider cette hypothèse : la production poétique de Michel Houellebcq ouvre la parole à un « je » qui présente le même profil psychologique. Quoique, une fois de plus, il faille aller jusqu’à se méfier de l’identification du « je » poétique avec son auteur, si proche de la posture de la confession soit-il. Cela signifie-t-il que le romancier souhaite lui-même d’adhérer à la doxa musulmane la plus traditionnaliste ? Plutôt ne fait-il que se dénoncer -et nous à travers lui- comme un collabo opportuniste qui ne craint pas de profiter des avantages financier et sexuels fournis au service de l’occupant (mais aussi de l’édition).

     « Dans l’abrutissement qui me tient lieu de grâce » : cet alexandrin ouvre le dernier poème de l’ « Anthologie personnelle 1991-2013 » de Houellebecq, titrée Non réconcilié. Voilà qui est parallèle au vertige éteint de François, lorsque dans Soumission, devant la Vierge noire de Rocamadour, il se sent « ratatiné, restreint » ; et dégoûté par l’humanité. Poésie et roman participent de la même déréliction, de la même aspiration empêchée au religieux, sauf qu’en ses romans une perspective fictionnelle (le clonage pour Les Particules élémentaires, l’Islam pour Soumission) fournit une eschatologie terrestre ; quoique à chaque fois liberticide. La poésie reste alors terrestre, lourde, ses minces facettes lyriques ont su mal à décoller, comme si l’auteur imposait au moule qui se voudrait aérien du poème en vers rimés le poids de ses « intestins écartelés », « dans l’univers privé de sens ». Le drame du poète autant que du romancier n’est-il pas de n’avoir pas su donner sens au monde, au point qu’il se persuade d’en épouser un, fusse-t-il fourni par une religion barbare qui affecterait des airs de spiritualité. Alors qu’il ne va même pas jeter un œil au soufisme, par exemple…

 

Du héros vicié à la dignité bafouée

 

      La pire faiblesse du roman (peut-on dire à thèse ?) est hélas conceptuelle : la satire n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? Un nietzschéisme[9] post-nazi, un nazislamisme indécent, un ressentiment morbide contre le monde, un dégoût de soi et de l’autre, une misogynie salace, un appétit de l’argent, des honneurs sociétaux, des prestiges universitaires et ministériels aux dépends des valeurs morales, une haine de « l’individualisme libéral », un antihumanisme viscéral, tout ceci conspire à faire du héros houellebecquien un monstre défaitiste et mou gagné par la persuasion de l’islam ; aux dépens de toute dignité morale. Une fois encore il faut se poser la question de l’adéquation de l’auteur à ces anti-valeurs. Même si les rejeter avec lucidité n’empêche pas de considérer ce roman dans sa fonction satirique d’autodérision et de miroir sombre de notre société. Un chien morbide a besoin d’une laisse dorée. « L’athéisme est trop triste. Le besoin de sens revient[10] », affirme Houellebecq. Mais pourquoi l’athéisme ne pourrait-il être gai ? Qu’importe que la mort soit une fin. Et s’il s’agit d’un sens insensé ? La spiritualité chrétienne peut être compatible avec la liberté, quand celle de l’Islam a considérablement besoin de réformer ses textes fondateurs en ce sens. Et postuler à son service un Mohamed Ben Abbes si pacifique et consensuel est bien une illusion. Houellebecq préparerait-il le terrain pour un tel avenir ou nous mettrait-il en garde ? « La vérité, c’est que je ne le sais pas moi-même », même en pensant que « l’islam est la religion la plus simple[11] », plaide-t-il…

 

 

      Faute d’adhérer le moins du monde, ni avec Houellebecq, ni avec aucun de ses personnages qui sont souvent également, ne l’oublions pas, nos hommes et femmes politiques, quand Mohamed Ben Abbes peut être vu comme une captatrice euphémisation de la violence totalitaire de l’islam, il reste cependant loisible, voire salutaire, de louer ce roman visionnaire. Le tableau clinique, déprimant, avilissant, est d’une force cataclysmique. Un cri mou de sujétion ; ou de révolte ? Cet avertisseur sera-t-il entendu ? Comment saurons-nous réagir face à cette tyrannie politique et sexuelle ? En la personne d’Aristophane, les Grecs de l’antiquité trouvèrent une intéressante solution à la tyrannie masculine. Pour dissuader les hommes de partir guerroyer, Lysistrata convainc les femmes de se révolter d’une intéressante manière : « femmes, si nous voulons forcer les hommes à faire la paix, il faut nous abstenir… de la chose[12] ». C’est-à-dire l’acte sexuel. Que nos féministes ne se trompent pas de cible, que la soumission des femmes musulmanes, que leur servitude volontaire, se retournent contre leurs oppresseurs pour se libérer. Et nous libérer…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des Progrès de l’esprit humain, Dubuisson Marpon, 1864.

[4] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1996.

[5] Benjamin R ; Barber : Djihad versus Mc World, Desclée de Brouwer, 1997.

[6] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, traduit de l’anglais par Pierre Boutang, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[7] Jean Raspail : Le Camp des Saints, Robert Laffont, 2011.

[8] Entretien avec Jean-Marie van der Plaetsen, Le Figaro Magazine, 9-10 janvier 2015.

[10] Entretien, ibidem.

[11] Entretien, ibidem.

[12] Aristophane : Lysistrata, traduit du grec par Ch. Zevort, Charpentier, 1898, p 35.

 

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Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

Grozni 1

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Dix guerre, haut

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vanité

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Muses Mantegna

 

Guinhut

Philosophie politique

Philosophie-politique.gif

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

Marais poitevin Couv

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

Lg Apollo and the Muses

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

metamorphose1 Casajordi

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rohtko

Trois requiems : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

IMG 0604

 

Guinhut

Le Passage des sierras

Passage des sierras détail


Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Haddad jour


Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

Houellebecq Oeuvres

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies

Huxley brave new world


Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Florina Ilis


Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Islam

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Prune sur paravent Kanō Sanraku, 1559, 1635

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde


Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d’Isaïe, Guerre & guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Lamartine : « Le lac » élégie romantique

Lamartine lac


Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet


Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2


Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Arendt : De la banalité du mal

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej 

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

Ben Marcus Lalphabet-des-flammes-de-Ben-marcus

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés


Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

Dieux du tonnerre et du vent Fujinraijin-tawaraya, XVII°

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L’Autre portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mystérieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Le Petit joueur d’échecs

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Orpheus Franz von Stuck, 1894

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Phrixios le fou et ses récits emboités

Palol Phrixios le fou

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Jesse Kellerman : Les Visages

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Chesterton father-brown


Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Livre noir de la condition des Chrétiens

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Rome Giovanni Paolo Pannini Prophetie de la Sybille dans le

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Les Contrevies de la Bête qui meurt

Roth-La-bête-qui-meurt

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l’argument spécieux des inégalités

Rousseau Inégalité Frontispice

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : conscience londonienne enfouie

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shelley Mary

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Frankenstein Shelley

 

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève
Sonnet peint

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires du chanteur de charme

Sorrentino

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss


Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

Thoreau désobéissance

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vesaas

Le Palais de glace

Vesaas isslottet

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber


Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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