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19 février 2024 1 19 /02 /février /2024 14:38

 

Castillo de Alarcón, Cuenca, Castilla La Mancha.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Vivre le compte à rebours de Boualem Sansal,

romancier dystopique de la théocratie en 2084

et de l’humanité nouvelle.

 

 

Boualem Sansal : Vivre. Le compte à rebours,

Gallimard, 2024, 240 p, 19 €.

 

Boualem Sansal : 2084. La fin du monde,

Gallimard, 2015, 288 p, 19,50 € ; Folio, 2017, 8,90 €.

 

 

 

Quelque part dans l’horizon du temps, une apocalypse est probable. Fantasme ou certitude cosmologique ? Elle peut être une métaphore, soit la pétrification du monde au moyen d’une théocratie, ou l’éradication de la population mondiale, telles que les met en scène le romancier Boualem Sansal. Dans le premier cas, Vivre. Le compte à rebours, un espoir se fait jour au travers d’une indispensable sélection au service d’une humanité nouvelle. Dans le second, 2084. La fin du monde fait la démonstration désespérée d’un totalitarisme définitif. Le troublant diptyque n’est pas sans poser de sérieuses questions politiques et éthiques…

 

L’on sait que vivre est éphémère ; et que chacun d’être nous est sous l’épée de Damoclès d’un compte à rebours. Nous projetons nos espérances de survie et de renouvellement dans les générations suivantes. Mais qu’en est-il s’il s’agit de l’humanité toute entière ? Ou presque. Car, dans le roman de Boualem Sansal, intitulé Vivre, le narrateur découvre à Paris un « J-780 » peint en rouge sur la vitre d’une fenêtre, alors qu’il est le sujet d’une vision grandiose : « il a vu un immense vaisseau de feu surgir de la nuit infinie et dans d’immenses mouvements de panique sauver de l’humanité ce qui pouvait l’être ». Etreint par l’angoisse autant que par la prescience de l’événement considérable, il rencontre l’Américain Jason, auteur du graffiti régulièrement mis à jour. Leur complicité reste longtemps solitaire, jusqu’à ce qu’un troisième larron, Samuel, soit interrogé par la radio de « l’église évangélique des Appelés du Septième Jour ». Lui aussi, juché parmi les Monts Ozark, reçut une vision apocalyptique, « L’entité ou la Voix off laissait entendre qu’il nous reviendrait de sélectionner ceux qui seraient sauvés ».

Cependant le vaisseau salvateur, appelé « Ouamuamua », d’un vocable hawaïen pour « éclaireuse, messagère », poursuit sa course vers la terre. Il est plus que temps d’écarter ceux dont la responsabilité pénale pèse sur la terre : « la Covid chinoise, la terreur islamique, les zizanies arabes, les bombes russes […] le béatisme des wokistes ». Ou encore, « les pédophiles », « les gauchistes », « les violeurs », etc. « Pas de religion », décide Paolo. En effet lorsque sont convoqués les porte-paroles, l’intolérance est de mise. L’imam brille par son sectarisme et son djihadisme, l’hindouiste par son nationalisme, le rabbin, bien moins vindicatif, est cependant exclusif ; alors que le catholique s’en tire mieux, d’autant que le Pape François est peut-être un Appelé. Mais au contraire de maints mystiques d’occasion, l’Entité n’a rien d’un dieu…

Pas de gouvernements non plus, qui voudront capter la catastrophe à leur avantage et se pousser du coude lors de la salvation suprême et du chaos, quoiqu’ils ne sachent qu’armer une troisième guerre mondiale qui carbonise la chair avant même l’irruption du trou noir cosmique et brûlant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aussi faut-il penser « le sauvetage de l’humanité et refondation sur des bases intellectuelles, morales et spirituelles supérieures ». Malgré la délicate question d’un « principe moral supérieur » et de la nécessité de réduire par élimination des populations aux cultures inégales, voire délétères, les critères retenus seront la probité et l’intelligence : « le vaisseau est réglé sur nos ondes cérébrales, les Appelés seuls pourront en prendre possession et le piloter, selon des programmes inscrits dans nos mémoires par l’Entité, et n’embarquerons que ceux que nous aurons choisis selon nos critères ». Faut-il, craindre la disparition des bibliothèques, d’internet, au dépend de la connaissance. Rassurons-nous, cette même Entité en tient lieu, au centuple…

Bientôt, au cours de ces deux ans de montée de l’imminence, ce sont soixante-douze Appelés confirmés de trente-sept nationalités différentes »,  

Outre la dynamique du suspense qui nous rapproche d’une inévitable apocalypse et d’une salvation réussie, le roman n’oublie pas les coups portés par la satire contre une société déliquescente. La compagne de Paolo, lui-même agrégé de mathématiques, enseigne le français dans une « sous-banlieue », là où l’école est victime « de la dictature des sectateurs ». Les universitaires ne sont pas épargnés, si philosophes qu’ils soient. Ou encore lorsqu’il est question du rêve : « Aux Etats-Unis, il sert à gagner de l’argent, en France, à en perdre ». La preuve, « la bureaucratie nationale et européenne », « l’écologie est un luxe ruineux ». Surtout quand « la France est devenue, à l’insu du ministre de l’Education nationale ou avec sa bénédiction, la plus grande, la plus pensante et la plus sinistre école d’écologie punitive du monde ». Voilà qui est bien senti et fera sursauter la cohorte des bien-pensants, qui liront également avec suspicion : « notre pays a virtuellement disparu de la carte, avalé par l’Europe, l’Afrique, l’Algérie, la Chine, le Qatar ». Souvenons-nous à cet égard que Boualem Sansal est lui-même Algérien, né à Alger en 1949, donc aux premières loges de l’observatoire du grand remplacement, et « sous la coupe totalitaire de l’islam ».

L’on devine que les services de renseignement s’en mêlent, FBI en tête, car au-dessus de la raison d’Etat, règne « la raison cosmique », mais sans dommage aucun envers nos Appelés. Auxquels se joignent d’autres radieux protagonistes : Camille Mo ou Badan, « l’enfant quantique », usant d’une langue riche, complexe et inconnue venue d’ailleurs et « qui avait pouvoir sur les événements ». À J-30, les Appelés étaient liés « par un cordon ombilical télépathique », et fin prêt pour l’ascension, pour, à J-5, « le vol de lucioles au-dessus d’un volcan en flammes » qui signe la mort définitive de la terre…

Mais cette « Terre-neuve » serait-elle longtemps un « Paradis premier » ? En effet, composée d’hommes ne risquerait-elle pas de devenir également un enfer…

De chapitre en chapitre, la catastrophe ultime s’approche au moyen d’un décompte inéluctable, jusqu’au « Jour J ». L’immense monologue intérieur, interrogeant « la bascule fantastique », et les attendus de la science-fiction, est malgré le peu d’action, intensément dramatique et palpitant. Même si l’on peut parfois s’impatienter d’un léger manque de concision et d’un millénarisme outrecuidant, nous sommes en présence d’une œuvre impressionnante, d’un roman polémique et poétique, roman philosophique crucial enfin.

 

Castillo de Alarcón, Cuenca, Castilla La Mancha.

Photo : T. Guinhut.

 

Où se trouve « l’Abistan » ? Parmi des montagnes ocres, brunes et lointaines, des déserts, du vide, ou au-delà du temps ? Dans une fiction, celle de Boualem Sansal, ou trop près de notre réel ? Au carrefour de maintes influences, d’une allusion non voilée à un chef d’œuvre indépassable, l’écrivain algérien parvient pourtant, comme avec une insolente et délicieuse aisance, à imprimer sa marque, indélébile qui sait, sur la tradition déjà foisonnante du roman d’anti-utopie. En une contrée imprécisée, en un futur fort précis, l’an 2084, quoique hypothétique pour qui ferait profession d’anticipation, un homme dresse le tableau cotonneux et terrible d’une théocratie hallucinante qu’il est inutile de nommer tant elle est reconnaissable : impossible, ou probable ?

En son sanatorium isolé, Ati voit passer de nombreux blessés qui lui révèlent par bribes l’envers du décor : il y a bien des dissidents qui fuient vers les confins la tyrannie heureuse d’Abi, « Délégué » sur terre du dieu unique Yölah. Une « Grande Guerre sainte », y compris nucléaire, a pourtant purifié le monde entier. Mieux vaut cacher ces informations, ce doute sacrilège, car « les V ont des antennes ultrasensibles ».

Au tournant de la première partie, Ati, à peu près guéri, quoique déclaré « À surveiller », quitte son sanatorium. Le voyage de retour dure un an, au travers de territoires encore marqués par les destructions, où « la misère était pantagruélique »,  jusqu’à la capitale, Qodsabad. Là il retrouve un studio, un travail d’archivage, sans se sentir « la force et le courage d’être un incroyant engagé ». Pourtant, sa curiosité inapaisée trouve la force de visiter « le ghetto dit des Renégats ». Lieu dévasté, où pullulent les graffitis obscènes et blasphématoires, où les femmes débraillées peuvent être coquettes, monde inverse et choquant pour Ati et son ami Koa, qui en viennent à être taraudés par le doute… Ainsi, les péripéties alternent : entre celles dévolues à Ati et celles du vaste monde dominé par le grand Abi, idéalement immobile, où chacun vit dans des conditions misérables, et cependant secoué de convulsions programmées, comme lorsque le village originel d’Abi est redécouvert, au point de devenir lieu de pèlerinage et motif de récrire le livre saint. Mais à mi-chemin du roman, l’inquiétude des personnages, sans compter celle des lecteurs emportés par un sombre suspense, s’intensifie : seront-ils découverts lors de leur voyage initiatique vers le pyramidal siège de « l’Abigouv » ; Ati n’est-il qu’un « cobaye » ; seront-ils bientôt châtiés selon la loi terrible d’Abi ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par un étrange retournement de situation, Ati est introduit dans un contre-monde, celui du luxe, où l’abilang n’a plus cours, où une conspiration lui sera révélée, quoique cachant peut-être une autre conspiration. Comme à la fin du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley[1], l’intrépide héros, invité ou piégé sait-on, approchera les secrets et les rouages du pouvoir, non sans visiter « le vingtième siècle dans un musée ». Qui sait s’il saura passer la mythique « Frontière »…

C’est autant un conte d’aventure à demi légendaire qu’un essai de philosophie politique : « Dans un monde parfait, il n’y pas d’avenir, seulement le passé et ses légendes articulées dans un récit de commencement fantastique, pas d’évolution, aucune science ; il y a la Vérité, une et éternelle, et, toujours, à côté, est la Toute-Puissance qui veille sur elle ». Ou : « Le peuple serait donc une théorie, une de plus, contraire au principe d’humanité, toute entière cristallisée dans l’individu ». Ou bien : « La foi commençait par la peur et se poursuivait par la soumission ». Ou encore : « Le Système n’est jamais ébranlé par la révélation d’un fait gênant, mais renforcé par la récupération de ce fait ». Mieux, ou pire plutôt, le gouvernement suscite et entretient une opposition, de façon à souder le peuple dans sa guerre sainte aux nombreux martyrs et victimes.

Toute une géographie se dessine sous la précision borgésienne de Boualem Sansal. Outre les montagnes, gorges et immensités désertiques, la capitale oppose à ses ghettos où l’on ne pénètre que par contrebande, les quartiers gouvernementaux, en particulier « l’Abigouv », au centre duquel trône une pyramide démesurée, « avec sur les quatre versants de son pyramidion l’œil d’Abi couvant la ville, fouillant continûment le monde de ses rayons télépathiques ». Là également, Ati et Koa vont s’aventurer… Fantastique, zeste de science-fiction, atmosphère oppressante, réalisme parfois crû, tout concourt à la réussite d’un art difficile : celui de l’anti-utopie. Cependant, plutôt qu’une île d’Utopie, comme la conçut Thomas More[2], il s’agit là d’une contre-utopie continentale, voire planétaire.

L’allusion au 1984 d’Orwell[3] se précise lorsqu’au fronton du sanatorium est gravée cette date fondatrice. De plus, il s’agit expressément de parler l’ « Abilang », langue sacrée, comme il s’agissait de parler le novlangue, à l’exclusion de tout autre idiome. Les écrans muraux sont des « nadirs », auxquels s’ajoutent les confessions, neuf fois par jour, auprès des « Mockbis », soutenus par les « V », assurément télépathes. La guerre, pourtant passée sous silence, règne au-delà, quelque part, démentant la doxa selon laquelle le règne de Yölah est universel. Pour raccrocher le puzzle, nous apprenons, au détour d’un paragraphe, que l’Angsoc de Big Brother fut détruit par l’Abistan…

Il y a, inévitablement, un ministère de la « Santé morale », un autre « des Archives, des Livres sacrés et de la Mémoire sainte », des « Croyants Justiciers bénévoles ». Car il est à craindre qu’un jour ou l’autre, on se retrouve « au stade à prendre du nerf de bœuf et des pluies de pierres », parmi un « saint carnage ». Le spectacle est en effet, comme dans les jeux du cirque romain, ou dans les noces du sport et de la tyrannie parmi les pages de W ou le souvenir d’enfance de Georges Pérec[4], un couronnement du régime et un exutoire pour la population, dont les meilleurs doivent être les bourreaux.

Boualem Sansal a su non seulement créer un monde, mais aussi un langage, officiel et pervers : l’on porte le «  burni » quand les femmes portent des « burniqabs », les mosquées sont des « mockbas », « Balis » est le contrepied diabolique de Yölah, l’abilang est souvent monosyllabique, évacuant la pensée, les renégats sont des « Regs », bien qu’ils se nomment eux-mêmes « Hors », ce qui viendrait de leur ancien dieu, Horus. Quant à leur emploi du mot « Bigaye », parfois gribouillé sur un poster d’Abi, il vient de « Big Eye », qui est sans nul doute un clin d’œil au regard omniprésent de Big Brother. Seul l’étrange Toz semble échapper à cette abjecte tyrannie, tout en conservant mains objets et connaissances de l’ancien monde, lui seul connait le « Démoc », une organisation secrète…

De même, l’écrivain a su écrire les versets, tirés des chapitres du « Livre d’Abi » (quoique tous les livres aient disparu) qui sont, de la manière la plus limpide, des récritures d’un modèle inspiré à un obscur et belliqueux prophète du VIIème siècle. Quoiqu’il faille se demander si assurément l’élève ne dépasse le maître en poésie : « Quand Yölah parle, il ne dit pas des mots, il crée des univers et ces univers sont des perles de lumière irradiantes autour de son cou ». Une mythologie et théologie nouvelles, quoiqu’à deux pas de leur modèle exécrable, gagnent en pittoresque et en intensité intellectuelle, puisque l’on peut lire la pyramide de « l’Abigouv », également appelée « Cité de Dieu », pour faire un sourire en coin à Saint-Augustin, de surcroit renforcée d’une muraille titanesque, comme une allusion à l’orgueil de la tour de Babel. Au contraire des sectateurs d’une religion aux aspirations totalitaires pas assez bien connues, Boualem Sansal a probablement lu Borges… Son magnifique 2084 est en effet la cristallisation d’une somme de mythes autant qu’une labyrinthique explosion d’ironies. Qui pourrait nous faire éclater de rire tant l’Abistan est fait d’une grotesque superbe, d’une féérie carcérale venue des Mille et une nuits, couronné par un gouvernement aux ramifications kafkaïennes, et tissé d’ubuesques complexités ; s’il ne fallait pas en pleurer des larmes d’abrutissement et de sang.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Algérien, né en 1949, Boualem Sansal[5] fut le contemporain des exactions du Groupe Islamique Armé dans les années 90, réprimées dans le sang. Fort critique envers le pouvoir algérien, en particulier de Boumédienne, il est parfois étrillé par la censure. Comme lorsque son roman Le Village de l’Allemand[6] osa un parallèle plus que judicieux entre nazisme et islamisme. Son essai, Gouverner au nom d’Allah[7], sous-titré « Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe », est une charge contre la théocratie aux mains des hommes. Sans cesse, y compris à l’occasion d’entretiens, il dénonce le totalitarisme religieux qui gangrène le Moyen-Orient, le pourtour méditerranéen et bien au-delà. Il va jusqu’à marquer à la culotte l’Occident qui selon lui a abandonné les Lumières : il est à craindre qu’il soit loin d’avoir tort en cette matière… De l’essai, en passant par ses récits, parfois en partie autobiographiques, jusqu’à l’apologue de 2084, Boualem Sansal défend les couleurs de l’humanisme avec autant de constance que d’envoûtant talent, dont nos romanciers hexagonaux, repliés sur la frilosité de leur blanc papier, feraient bien de prendre de la graine.

Car un tel roman a bien entendu une dimension pamphlétaire, y compris contre l’éducation, lorsqu’elle fait de vous un « avaleur de contes noirs et de légendes gamines,  réciteur de versets abracadabrantesques, de slogans obtus et d’anathèmes insultants, et pour l’exercice physique, un parfait exécuteur de pogroms et de lynchages en tous genres ». En effet, selon Toz, maître de son musée de la vie humaine, « La religion, c’est vraiment le remède qui tue ». La seule erreur d’appréciation de Boualem Sansal réside en sa conviction que l’Abistan de 2084 vient « du dérèglement interne d’une religion ancienne », alors que cette dernière reste, ab ovo, une tyrannie fidèlement meurtrière[8].

Le sous-titre, « La fin du monde », était peut-être superflu, qu’importe. À moins qu’il faille plutôt y lire le début d’un monde, dans « le regard d’un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante découverte que la religion peut se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel ». Souhaitons alors qu’un tel regard, « petite racine de liberté », se multiplie…

Si l’on ne doit guère prendre garde aux choix plus que discutables des Prix littéraires, on sera cependant ravi de constater que Prix du roman de l’Académie Française a au moins pour deux fois couronné des livres engagés, quoique chacun bien à leur manière, contre les totalitarismes : Les Bienveillantes de Jonathan Littell[9] et ce 2084. Ce dernier était en lice pour le Goncourt. On lui a pourtant préféré l’ambitieux et onirique Boussole de Mathias Enard[10], qui narre les errements d’un verbeux orientaliste un peu trop indulgent envers le Moyen-Orient et sa religion du Prophète ; ce qui en dit bien long sur le politiquement correct et la pusillanimité de notre classe médiatique déboussolée…

« Il est des musiques que l’on entend que dans la solitude, hors de l’enceinte sociale et de la surveillance policière. » C’est celle de ce récit de soumission et d’insoumission, ce conte philosophique, qu’il faudrait placer auprès de celui de Michel Houellebecq[11], d’un tel livre fantôme et cependant armé d’une forme satirique incommensurable contre une théocratie qu’il n’est nul besoin de nommer, tant son abomination sue par toutes les pages du roman de Boualem Sansal. Qui est en effet à la théocratie ce qu’Orwell est au nazi-communisme… Reste à se demander avec lui, touchés que nous sommes par « la rencontre explosive de la Liberté et de la Vérité » : « Comment convaincre les croyants qu’ils doivent cesser d’importuner la vie » ?

 

 

Le diptyque formé par Vivre et 2084 peut être lu comme une antithèse. Voulons-nous une tyrannie absolue et obscurantiste ? Laissons-nous alors soumettre par un islamiste théocratique - ce qui est un pléonasme - avant même 2084. À moins d’user de la volonté de vivre une humanité meilleure, sans en attendre à une fort hypothétique entité extraterrestre salvatrice…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Georges Pérec : W ou le souvenir d’enfance, Denoël, 1975.

[5] Voir : Boualem Sansal sismographe algérien des tyrannies : Le Train d'Erlingen ou la métamorphose de dieu

[6] Boualem Sansal : Le Village de l’Allemand, Gallimard, 2008.

[7] Boualem Sansal : Gouverner au nom d’Allah, Gallimard, 2013.

[10] Mathias Enard : Boussole, Actes Sud, 2015.

[11] Voir : Houellebecq : extension du domaine de la soumission, satire ou adhésion ?

 

Castillo de Alarcón, Cuenca, Castilla La Mancha.

Photo : T. Guinhut.

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10 février 2024 6 10 /02 /février /2024 15:02

 

Niort, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Quintessence du Japon :

du Dit du Genji aux Notes de chevet,

en passant par les poèmes d’hier et d’aujourd’hui

& par les Contes d’Isée et de risée.

 

 

Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, illustré par la peinture japonaise traditionnelle,

traduit du japonais par René Sieffert, trois volumes sous coffret,

Diane de Selliers, La petite collection, 2008, 1312 p, 155 €.

 

À la cour du Prince Genji, Gallimard, 2023, 208 p, 35 €.

 

Sei Shônagon : Notes de chevet. Illustrées par Hokusai,

traduit du japonais par André Beaujard,

Citadelles et Mazenod, 2020, 416 p, 79 €.

 

Jacqueline Pigeot : L’Âge d’or de la prose féminine au Japon,

Les Belles Lettres, 2017, 176 p, 27 €.

 

Kokin Waka Shü : Recueil de poèmes japonais hier et d’aujourd’hui,

traduit du japonais par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, 2022, 520 p, 25 €.

Contes d’Ise, Contes de risée. Une parodie japonaise,

Les Belles Lettres, 2018, 528 p, 25,50 €.

 

 

Feuilles d’or tombées du temps, et cependant toujours intensément colorées, ce sont le premier roman psychologique au monde, les inaugurales notes de chevet, la première autobiographie, soit un trio de dames auteures, là où le X° et le XI° siècle japonais sont étonnamment fructueux et brillants. Voici peut-être la quintessence du Japon, sans oublier une contemporaine anthologie de poésie, et des contes, qui ont été repris sur le mode parodique au XVII° siècle. Tout ceci pour ravir la langue et les yeux du lecteur, qui se sent ainsi plus japonais que l’on aurait pu le croire...

 

Bien avant la rigueur classique de La Princesse de Clèves, écrit par Madame de Lafayette en 1674, le premier roman psychologique du monde fut composé par Murasaki Shikibu. Née aux environs de 973, elle écrivit patiemment Le Dit du Genji entre 1005 et 1013, pendant qu’elle était préceptrice au service de l’impératrice Fujiwara Akiko, qui fut son éditrice. Qui était-elle vraiment, puisque le nom sous lequel on la désigne se révèle être un surnom, celui de la jeune Murasaki, l’amour absolu du Prince Genji ? Sans nul doute un génie d’une finesse et d’une opiniâtreté incomparables…

Quant au Genji, surnommé « Le Radieux », il est celui qui vit des tourments amoureux et politiques nombreux parmi la cour impériale de Heian, l’actuelle Kyôto. Fils secondaire de l’Empereur et cependant aimé, il ne peut être que « Prince sujet ». Ses amours lui permettent d’explorer les secrets de l’univers féminin, non par avare esprit de conquête, mais dans une perspective autant morale qu’esthétique. Aussi raffiné que cultivé, le Genji façonne sa femme idéale en élevant une toute jeune fille, avec qui former un modèle d’amour profond que seule la mort saura briser. De multiples intrigues annexes et parallèles s’insinuent, dont la quête sentimentale de Kaoru, le fils du Prince Genji, alors que la vie tumultueuse de ce dernier traverse souffrance, exil et solitude, pour atteindre la reconquête du pouvoir, quoique la tristesse attende au bout du chemin. Des épisodes sont restés célèbres, comme ce moment où un chat jaillit de derrière les stores, révélant un instant la beauté de la « Princesse troisième », épouse du Genji, aux yeux stupéfaits du « Capitaine des Gardes des Portes », à l’occasion du livre XXXIV.

En mille trois-cents pages, dans la traduction de René Sieffert, dont cinq cent-vingt œuvres picturales du XII° au XVII° siècle le plus souvent inédites en Occident, comme le radieux « Rouleau des Jardins d’or », voire au Japon, un microcosme corseté de convenances et d’étiquette, soucieux de raffinements exquis, effraie et enchante l’esprit et les yeux du lecteur. L’immense récit en prose et roman-fleuve est parsemé de huit cents wakas, poèmes de trente et une syllabes, dont les minces anecdotes et les allusions à la nature sont les métaphores de sentiments inexprimables, billets doux et inquiets, délicatement codés. Ainsi « la dame à l’œillet » exprime-t-elle son inquiétude et sa confiance lorsqu’elle accepte de suivre le Prince impromptu :

« D’autres avant moi

en des temps lointains déjà

ont erré ainsi

par les routes de l’aurore

que je ne savais encore. »

Sano Midori, professeur à l’université Gakushûin, à Tokyo, enrichit cette édition du Genji monogatari d’une précieuse préface qui fait le point sur l’émergence de ce texte fondateur dans la littérature japonaise et met en relief sa vigueur séminale, son prestige, tant littéraire qu’artistique depuis des siècles. De même, Estelle Leggeri-Bauer présente les « Genji-e », soit les images qui fleurirent sur les paravents, les éventails, pages d’album et rouleaux, pour aboutir à une entreprise « insensée » et pourtant parachevée : illustrer l’entier du roman. Vagues marines, nuages, feuillages, oiseaux envahissent l’espace des jardins, tandis que l’or saupoudre l’atmosphère ; cependant l’on domine les intérieurs de habitations disposées selon une perspective axonométrique, ou plus simplement diagonale, de façon à découvrir les personnages en leurs étoffes soyeuses. De plus, résumés, arbres généalogiques, cartes et chronologies concourent à guider le voyageur en ce délicieux labyrinthe, qui est une civilisation à lui seul. Aussi un tel triptyque en son coffret est-il une rare splendeur bibliophilique à déguster des yeux et des doigts, du cœur et de l’esprit.

Rêvons à Dame Murasaki Shikibu, accroupie devant son écritoire, son encre et ses pinceaux, vêtue d’un ample et somptueux vêtement fleuri, ses longs cheveux d’encre y glissant jusqu’à ses talons, face au mono no aware, soit la « beauté poignante des choses fragiles », ou « tristesse inhérente à la beauté du monde ». Et nous aussi, près d’elle, devenons membres lettrés de ce quotidien où l’on pratique calligraphie, musique, peinture et poésie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les rouleaux tissés par le maître Itarô Yamaguchi apportent un éclairage précieux sur la vénération dont est gratifié le Dit du Genji. Un millénaire plus tard, ce tisserand qui est notre contemporain nous propose quatre rouleaux de brocard achevés tour à tour en 1986, puis jusqu'en 2009. Le premier choisit quelques chapitres tels que « La rivière au bambou ». Le second « Le pavillon », le troisième « Le Grillon-grelot » ou « Le brouillard du soir ». Le quatrième enfin préfère « L'impénétrable armoise » et « La flûte traversière ». S’ils sont exposés au musée Guimet, ils nous le sont également dans ce beau livre relié à la japonaise, intitulé À la Cour du prince Genji. Abondamment illustré, y compris de précieux détails qui nous permettent de visualiser l'infinie précaution et la délicatesse du travail de broderie, l’ouvrage éblouit autant qu’il émeut devant le dévouement à l'égard d'une dame Murasaki qui eût été touchée, ravie, si les dieux du temps lui avaient permis de franchir un millénaire. Elle mérite bien en effet que des doigts savants lui consacrent des décennies de vie, en un témoignage d’amour posthume, mais aussi une révérence considérable envers une œuvre clé de la littérature mondiale. L'on retrouve bien entendu l'écho des illustrations comprises dans les l'édition de Diane de Selliers.

Autre élément surprenant dans le cadre de cette entreprise, les métiers à tisser sont des Jacquards venus de Lyon, témoignages d’une coopération franco-japonaise séculaire. Ici, chaque tissage est expliqué avec des détails techniques abondants. L'on découvre alors les « effets dérivés du double étoffe », une « chaîne crème et une chaîne noire », une « lamelle de papier lié en sergé ». La contextualisation de l'œuvre originelle venue de la cour impériale à l’époque de Heian ne manque évidemment pas, répondant aux adaptations multiples du Dit du Gengi. Qui sont ici signalées, tant dans le cadre proprement littéraire que pictural, et bien entendu, dans le manga le plus récent. Au point que les lecteurs de ce genre si populaire puissent être parfois et heureusement conduits auprès du chef d’œuvre original...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Approximativement contemporaine de notre chère Murasaki Shikibu, voici Sei Shônagon. Rien à voir avec l'immense roman précédent. Des notes, ou plus exactement une liste, achevée vers l’an 1002. À l’occasion de précédentes traductions, le livre s’intitulait Les notes de l'oreiller[1], ce que semble confirmer l'anglais Pillow Book. C'est ici une édition complète, intitulée Notes de chevet, de surcroît illustrée par les estampes d'Hokusai, c'est-à-dire du XIX° siècle. Une dame une fois de plus, infiniment raffinée, nous confie ses préférences, ses détestations, ses choses vues, ses sentiments, ses délectations, qui deviennent bientôt celles du lecteur, quoiqu'il puisse imaginer en regard ses propres notes. Si l'art de la liste peut être quelque chose de très ennuyeux, aride, quoiqu’Umberto Eco ait su faire l'éloge de la liste[2], la délicatesse de l’écriture et la perspicacité du regard en font une rare conflagration de sensations et sentiments émotions, qui confine à nos poèmes en vers libres, ou en prose, pour rester dans des catégories européennes. Cependant, il s'agit d'un genre particulier au Japon, dont Sei Shônagon fut la créatrice : un genre littéraire dénommé Zouihitsu. C'est-à-dire au courant du pinceau, ou plus simplement soshi, notes, dont la caractéristique est de fournir des recueils d'impressions et dont la seule méthode est le caprice, la fantaisie, parfois l'humour. Les remarques sur la civilisation de l'époque, sur le bouddhisme et le shintoïsme côtoient des tableaux poétiques, de tristes moments, d'autres jubilatoires. Cette jolie liasse de papier est en fait « l’oreiller littéraire » de cette Dame d’honneur de l’Impératrice, dont les saillies vives et spirituelles étaient fort appréciées, mais aussi redoutées.

Certaines notes sont laconiques, sèches, comme sur les « Choses dont on néglige souvent la fin » : « Les devoirs d’un jour d’abstinence. Les affaires qui durent plusieurs jours. Une longue retraite au temple ».

Egalement brèves, d’autres sont élégiaques, à l’instar des « Choses qui font naître un doux souvenir du passé » : « Les objets qui servirent à la fête des poupées » ou « Un jour de pluie où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé »...

En revanche toutes choses de beauté naturelles permettent des énumérations lyriques et volubiles, oiseaux, insectes, arbres... Herbes et rivières « égaient le cœur », tout en côtoyant les « choses qu'il valait mieux ne pas faire », voire « détestables ». À cet égard la satire n’hésite pas à pointer ces « Gens qui prennent des airs savants ».

Ce recueil, parfaitement singulier dans la littérature mondiale, témoigne de l'émergence de la sensibilité, féminine certes, mais pas seulement. Non loin parfois de la forme poétique du waka ou du haiku, le talent séducteur de Sei Shônagon embrasse le journal intime, la critique des mœurs et l’autoportrait...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peu d'années auparavant, une autre dame, en quelque sorte complice de Murasaki Shikibu et de Sei Shônagon, avait écrit ses Mémoires d'une éphémère. C'est un texte plus rare, donc beaucoup moins connu, mais révélé par Jacqueline Pigeot dans son essai justement intitulé : L'Âge d'or de la prose féminine au Japon, X° XI° siècle. Elle en fut d’ailleurs la traductrice[3]. Cette dernière analyse cet étonnant phénomène, l'irruption d'un trio littéraire fondateur, inégalé. Maos dans le cas qui nous occupe, l'on ne connaît son auteure que par une sorte de pseudonyme. Soit la mère de Fujiwara no Michitsuna.

Ce récit autobiographique - 20 ans de vie, entre 954 et 974 - suit la tradition des nikkis, ou écrit daté. C'est-à-dire de documents authentiques. Mais notre auteure en fait quelque chose de beaucoup plus ample, malgré ce qu'elle l'appelle, l'insignifiance de sa vie. Pourtant, elle avait déjà une notoriété de poétesse. Il y a en effet plus de 200 wakas dans son ouvrage, alors que sa prose s’épanouit à la faveur des expériences. Cette conscience du moi précède de longtemps celle de l'autobiographie rousseauiste qui apparut en notre XVIII° siècle. Elle précède également le concept de pacte autobiographique tel que l’établit Philippe Lejeune[4]. Car dans son prologue elle oppose fiction littéraire et véracité de son récit en prose. Insérant des dialogues, des scènes observées, elle met l'accent sur sa vie individuelle. Si son récit commence lors de la demande en mariage de Kanaie, elle ne pratique ni le portrait, ni l'autoportrait, physique ou moral. Elle découvre autrui et se découvre une personnalité, un tempérament rêveur et évidemment un don aigu de l'observation. Elle n'hésite pas devant les confidences affectives, amoureuses, tout en maintenant prudemment les protagonistes dans l'anonymat, lors que les mouvements de la sensibilité sont sans cesse privilégiés. Elle conte son voyage dans un temple, son retour dans la capitale. Non sans noter les mouvements de la mémoire, de la réminiscence. Au point que l'on se demande s’il s’agit d’écrits au fil des jours ou d’un récit construit. Surgissent des faits minuscules, des regards qui se croisent, des nostalgies, une vie conjugale distanciée. Mais peu à peu, l'on comprend que cette femme est revenue de ses illusions. Malgré l'élégance, la distinction des manières de Kanaie, la séparation d’avec un homme volage, aux conquêtes nombreuses, est inévitable. Ce tableau des émotions conjugales n'est pas sans ambiguïté, tant la jeune fille semble en concurrence avec sa mère. Une scène surprend, lorsque le personnage de l'adjoint apporte un message, ce sont des images de femmes joliment peintes. Qui semblent des images érotiques. Est-ce une déclaration d'amour voilée ?

En son essai, Jacqueline Pigeot ne fait pas que rassembler trois femmes exceptionnelles, mais les entrelace au travers de la recherche des procédés d'écriture. Les façons dont interviennent la poésie, le monologue intérieur, la note de chevet, les lettres, les sensations intimistes, concourent au développement de la sensibilité. En ce sens, notre essayiste offre un manuel de littérature qui nous rend familiers d'un siècle lointain. Nous permettant d'apprécier sa teneur et ses raffinements, ainsi que par empathie et rebond d’aiguiser notre propre capacité poétique de lire le monde qui nous entoure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En l'an 905, du moins de notre ère chrétienne, un empereur eût la délicieuse idée d’ordonner de compiler la poésie japonaise. Ainsi naquit la première anthologie de poèmes de l’archipel, en quelque sorte officielle. La prégnance des saisons et la puissance de l'amour sont ses sujets récurrents les plus aimés. Lisons par exemple un anonyme « Si sur le mont / Les feuilles d'arbres révèlent / Tant de nuances / C'est sans doute que s'y est posée, / Diaprée, la rosée d'automne ».

Narihira quant à lui fit jaillir ses plus profonds sentiments, en cinq de nos vers, car ce sont tous des wakas : « Je languis après vous / Que j'ai entraperçue / Mais n'ai pas vraiment vue : / Passerais-je en vain ce jour / Plongé dans d'amoureux pensers ? »

La mélancolie et le ton élégiaque sont souvent présents. Un autre anonyme écrivit ainsi : « En ce bas monde / Qu’y a-t-il de pérenne ? / Le gouffre d'hier / Dans la rivière Asuka / Est aujourd'hui filet d'eau ».

Une centaine d'auteurs, y compris féminins, un siècle et demi de création poétique. Cette traduction intégrale du Kokin waka shû, bien entendu munie de notes, d'un index, d'un répertoire des noms de poètes, est tout à fait incroyable. Émouvante surtout. Par-delà les siècles et les cultures, ces poètes sont nos confidents, nos amis chers.

Quelle belle idée, quelle trouvaille de la part du traducteur ! Que d'associer à ces Contes d’Ise, non seulement sa réécriture, mais aussi ce titre : Contes de risée. Soit un calembour délicieux. Là encore nous sommes au X° siècle, avec 125 récits, auxquels s'entrelacent des poèmes. Mais au début de l'époque d'Edo, c'est-à-dire au XVII° siècle, un hurluberlu ne manqua pas d’avoir l'idée cocasse d'en composer une version tout à fait parodique. Au départ, ces contes célèbrent l'amour. Et leur héros, Ariwara no Arihira était un séducteur que l’on prétendait insurpassé. Si populaires étaient ses contes que les voilà devenus de faux contes : jeux burlesques, grotesques mésaventures, comme celle d'un ivrogne tombé dans un trou. Un mendiant rêve de dévorer un poisson cuisiné à la dernière mode, un médecin lorgne les charmes de sa patiente plutôt que de s’occuper à la guérir... Tous ces fragments commencent par la formule « C'était-y pas plaisant ! », puis « Il était un drôle ». Ainsi « Un drôle dépérissait à vue d'œil »... Celui-ci est si crasseux des oreilles qu'il est devenu sourd, tout comme sa femme. Cet autre est consumé d'amour sans guère de succès. En ce sens, dit le poème, « C'est avec la farce / Qu’en nous tenant le bas-ventre / Nous pourrons bien rigoler ». Cette édition tout à fait encyclopédique est également illustrée, associant à la qualité du divertissement, celle du documentaire et du tableau de mœurs.

 

Depuis les sommets du raffinement, exceptionnellement atteint par le Dit du Genji et Les Notes de l'oreiller, en passant par l’autobiographie et l’anthologie poétique la plus suggestive, nous voici tombés avec les Contes de risée dans l'humour rafraichissant, à se taper les fesses de rire, parfois jusqu’au graveleux. Ainsi, depuis la Cour impériale jusqu'au monde des gueux, le Japon médiéval et son au-delà d’Edo nous sont accessibles, bien plus que dans un parfait exotisme. Mais en son âme, si tant est que ce mot ne soit pas une fiction.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Sei Shônagon : Les Notes de l’oreiller, Stockk cosmopolite, 1928.

[2] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[2] La Mère de Fujiwara no Michitsuna : Mémoires d'une Ephémère, Collège de France, 2006.

[4] Philippe Lejeune : Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975.

 

Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, illustré par la peinture japonaise traditionnelle,

Diane de Selliers. Photo : T. Guinhut.

 

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2 février 2024 5 02 /02 /février /2024 17:03

 

Musée Bernard d’Agesci, Niort, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Un triptyque biographique

au service du Procès de Kafka,

par Reiner Stach.

Avec le concours d’Orson Welles.

 

 

Reiner Stach : Kafka I Le temps des décisions,

traduit de l’allemand par Régis Quatresous, Le Cherche Midi, 2023, 958 p, 29,50 €.

 

Reiner Stach : Kafka II Le temps de la connaissance,

traduit de l’allemand par Régis Quatresous, Le Cherche Midi, 2023, 1232 p, 29,50 €.

 

Reiner Stach : Kafka III, à paraître.

 

 

Plus indulgents, plus élogieux ont été les avocats littéraires de Franz Kafka que ceux, imaginaires certes, mais non improbables, absurdes au plus haut point, de son roman le plus emblématique : Le Procès. Il faut maintenant compter avec les talents de médecin légiste de Rainer Stach, qui, en son monumental triptyque, dissèque la psyché malheureuse de l’écrivain, sans oublier le développement de son œuvre. Nul doute que cet abondant biographe plaide avec ardeur la cause de l’écrivain, qui eut le rare privilège posthume de susciter par antonomase un emblématique adjectif : kafkaïen. Prenant sa source chez l’auteur du Château et de La Métamorphose, en passant par le cinéaste Orson Welles, il ne cesse de caractériser les incompréhensibles complexités administratives et psychologiques, dont les impérities et les oppressions sont légions au cours de l’Histoire du XX° siècle, mais aussi de notre infatigable présent politique.

 

 

Ne manquaient pas auparavant les biographies de Kafka, écrivain austro-hongrois de langue allemande et de religion juive, né le 3 juillet 1883 à Prague et mort le 3 juin 1924 à Kierling, par exemple celle de Claude David[1]. Mais à ce point de méticulosité, de richesse et d’empathie, jamais on avait œuvré comme Reiner Stach. Ce dernier, en un triptyque  volumineux, soit une somme près de trois mille pages, s’est emparé de toutes les sources disponibles, de l’œuvre de son modèle, des sources et des témoignages les plus divers. Mais au-delà, il s’est glissé dans la peau de son personnage, au point de s’identifier à lui, de l’animer, pour confier à son lecteur une personnalité vivante. Certes le risque est ainsi de confiner à la fiction, à la biographie imaginaire, mais au bénéfice du lecteur, car il ne semble pas que Reiner Stach soit dénué du nécessaire scrupule. Face à une telle somme de près de trois mille pages, où le mot « échec » revient souvent, échec amoureux, échec littéraire, que le lecteur emporté suit avec un plaisir complice et inquiet, un seul bémol : il est étrange que le tome III, encore inédit en France, soit, bien que celui de la jeunesse de Franz, le dernier publié. Qu’importe après tout. Que la fluidité narrative, psychologique et métalittéraire s’appuie sur une prodigieuse documentation, souvent inédite, sur des notes et une bibliographie généreuses et fouillées, est une prouesse en soi ! Le roman biographique, la critique textuelle et la convocation de l’Histoire vont de pair pour composer une fresque qui force le respect.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les facettes du personnage sont nombreuses, parfois difficilement conciliables. L’employé d’assurances modèle, malgré « le travail spectral du bureau » (selon ses propres termes), l’amoureux pusillanime, le jeune homme écrasé par la figure du père (« la voix sonore du père était omniprésente »), l’écrivain méticuleux et abondant, cependant le plus souvent inédit, grevé de titres inachevés, le malade de la tuberculose, le penseur plus ou moins distant avec le judaïsme et le sionisme, le romancier tragique et cependant capable de lire à ses auditeurs subjugués sa Métamorphose en riant…

Il faut compter avec l’incompatibilité entre les contraintes, la promiscuité de la vie quotidienne et l’ascèse de l’écriture : « c’était le voisinage immédiat de la vie active qui asséchait sa vie d’écrivain ». Sans oublier la répugnance pour « la poésie à programme dont Brod lui offrait le modèle » et pour le zèle des sionistes : « Il ne cherchait à convaincre ni à prouver quoi que ce soit, mais à représenter sous une forme pure ce qui s’imposait à lui ». Malgré ses « tentatives d’écritures le plus souvent ratées », selon l’aveu même de Kafka, il usa d’une lettre à Felice « où il avait déclaré sa passion pour la littérature à la femme qu’il aimait » ; déclaration bien ambigüe…

Au-delà du narrateur prenant et inquiétant, du diariste pointilleux et irrégulier, « plus personne ne doute que sont inscrites dans l’œuvre de Kafka des expériences qui devraient bientôt se révéler hautement symptomatiques de l’Histoire du XX° siècle ». Bien que notre auteur n’eût pu avoir connaissance de ces systèmes, face au communisme et au nazisme, La Colonie pénitentiaire, dont la machine à torturer jusqu’à la mort est un modèle, et bien entendu l’exécution absurde du Procès, font foi…

La conclusion de cette monumentale et attachante biographie est bouleversante : « Si Kafka avait eu par deux fois la chance d’en réchapper, d’abord à la tuberculose, aux camps ensuite, au terme de cette catastrophe civilisationnelle, il n’aurait plus rien reconnu. Son monde a cessé d’être. Seule sa langue vit ». De surcroit faut-il préciser que le monde enclos dans son œuvre, lui, est plus puissant, impressionnant que jamais…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout accusé a droit à un avocat, dit-on ; y compris celui du Procès indécidable de Kafka. Quoique Grégoire Samsa, dans sa métamorphose en « vermine » n’ait pas accès à ce droit fondamental,  Joseph K…, celui qui ne connaîtra jamais ni son juge ni son crime, se retrouve malgré lui flanqué d’un avocat surprenant, malade qui plus est. Huld chez Franz Kafka, Maître Hastler chez Orson Welles, à quoi lui servent-ils, sinon à le précipiter un peu plus dans le labyrinthe de la justice, sans pouvoir échapper à l’infamie de la mort finale ? Justice injuste, avocat incompétent et intranscendant au point que K… renvoie son avocat. Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement d’Hastler, alias Orson Welles lui-même…

Chez Kafka nous avons affaire à un avocat malade de la justice, véritable fantoche rapidement évacué. « Monsieur l’avocat est malade », annonce Léni. Il est donc a priori déconsidéré, incompétent, menacé lui aussi par on ne sait quel jugement de vie et de mort. Presque un double de K…, il ne reprend de la vigueur que pour rabrouer son client Block, et renseigner à plaisir notre accusé sur les rouages incompréhensible de la justice. La preuve : K… est obligé de jouer le rôle de son propre avocat devant le tribunal ; rôle qu’il interprète fort mal puisqu’au lieu d’une plaidoirie, il développe un réquisitoire contre les gardes qui ne lui vaudra aucune indulgence. Huld, qui n’a rien instruit ni plaidé, est au final remercié par K… qui va tenter de le remplacer par le peintre Tintorelli, bien introduit, dit-on dans les milieux judicaires. Comme si l’art était plus porteur d’espoir que toute autre humaine plaidoirie. L’avocat n’a contribué en rien à la situation de l’ignorant accusé, à moins qu’il n’ait contribué à l’aggraver en l’enfonçant un peu plus dans le maquis semé d’épines de la justice.

Si dans un premier temps Maître Hastler parait n’être pas plus efficace que Huld, il prend vite chez Welles une dimension machiavélique pour devenir terriblement protéiforme. Telle une puissance cachée, il s’exprime, sur un immense lit baroque, par une étrange fumée. Il ne manque pas d’embrouiller K… avec les volutes de ses imprécisions sur la machine judicaire. Il cache chez lui une sommité du greffe, est assistée par une garde-malade plus séductrice encore que celle de Kafka et qui parait manipuler par sa sensualité et au bénéfice du Maître les accusés en leur comparution qui n’est qu’en sa présence. Il use d’un sadisme raffiné auprès du répugnant Bloch -ce pourquoi, qui sait, il est lui aussi en procès- et paraît prêt à ne faire qu’une bouchée de K… Pire encore, à lui on n’échappe pas. Si Huld a disparu dans la tempête du récit, Hastler réapparait comme un deus ex cinéma en repoussant l’ecclésiastique dans l’ombre : c’est lui qui prend en charge l’indécidable apologue des portes de la Loi. Ainsi l’avocat paraît instruire un procès à charge, peaufiner un réquisitoire en emprisonnant K… dans son écran d’épingle. Avant de le faire assassiner par ses acteurs…

Chez Kafka et chez Welles, à une justice devenue folle s’ajoute l’injustice du créateur absent ou marionnettiste. Et c’est justement l’avocat, seul membre de l’aréopage judicaire que K… puisse approcher, qui en est le témoin, voire le levier. Un avocat inutile, un avocat machiavélique et omniprésent, dans les deux cas la justice est désacralisée, bafouée, prise de folie totalitaire, par l’extinction d’un de ses membres indispensables et incapable ou par sa boursouflure despotique. Abandonné ou circonscrit par son défenseur, K… est toujours perdant au cours d’une parodie de procès. Le créateur Kafka fournit à son antihéros à la même initiale un anti-avocat, le livrant à la solitude, à l’angoisse du piège, à la mort sans au-delà. Kafka n’est pas même à l’image du Dieu de l’Ancien testament qui abandonna Job sans avocat, mais non sans Dieu. Chez Welles, le créateur et démiurge cinématographique se substitue à l’avocat. Le metteur en scène, l’auteur, devient le dieu manipulateur de sa créature, l’avocat perfectionnant la bombe à atomiser K… Si Dieu, chez l’écrivain, s’était absenté, avait abandonné un rejeton de son peuple sans nom (alors que le seul créateur possible était l’écrivain), chez Welles il s’est fait conjointement avocat, prêtre, artiste, seul créateur polymorphe ; d’où la mégalomanie superbe d’un tel avocat de l’art cinématographique.

Le rôle de l’avocat ? Voilà qui est à entendre dans les deux sens. A quoi sert l’avocat chez Kafka et Welles ? A presque rien et à presque tout. Chez Kafka, à ne pas être ; chez Welles à être plus qu’un acteur, mais le réalisateur lui-même, qui en vient à voler la vedette à sa créature, K… joué par Anthony Perkins, au cours d’une « psychose » supplémentaire, tué avant que les dernières paroles du film soient : « I played the advocate and I whrote and directed this film ; my name is Orson Welles ». Avec un tel avocat, seule la cause du film peut être gagnée devant la cour de justice de l’art.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une hydre aux mille têtes incompréhensibles et totalitaires, où il n’y a pas de juge et dont chacun est un juge aussi grégaire et cruel qu’un cirque romain… C’est ainsi que dans Le Procès, écrit en 1914, qu’apparait la justice qui enserre K… jusqu’à une mort honteuse : « Comme un chien ! dit-il, et c’était comme si la honte devait lui survivre », ce sont les derniers mots. On a souvent dit que Kafka préfigurait l’univers totalitaire à venir ; K… étant la métaphore du Juif innocent de sa judéité et cependant cerné par l’antisémitisme. Mais dans quelle nouvelle mesure Welles, lecteur de Kafka, va-t-il, en 1963, traduire l’anticipation involontaire du roman ? Comme Pierre Ménard réécrivant Don Quichotte, sous la plume de Borges[2], le futur du roman en change irrémédiablement sa lecture. Kafka est un visionnaire formidablement inquiétant, en dépit de ou grâce à son absence d’historicité ; Welles, adaptant le livre aux événements de son siècle est probablement un visionnaire plus exact, mais plus fermé. Quoique tous les deux, par la grâce de la fiction, nous proposent une œuvre ouverte, au sens d’Umberto Eco[3].

Kafka ne situant ni géographiquement ni temporellement son œuvre, dans une sorte d’anhistoricité métaphysique, au contact du réalisme le plus étroit et du fantastique le plus poreux, au contact du roman policier et de la prière, K … le justiciable est un personnage intemporel. Quant au tribunal omniprésent, il est de toutes les angoisses, de tous les régimes politiques. La dimension métaphysique du personnage n’empêche pas de le voir traqué, accablé par le dévoiement d’une justice républicaine ou impériale, digne de la pugnacité et du sens du détail de l’administration prussienne. Ce pourquoi l’on a dit, comme George Steiner dans Langage et silence[4], ou dans De la Bible à Kafka[5], que le romancier pressentait, dans l’étouffement de sa poitrine de tuberculeux, les exactions des dictatures à venir, voir des holocaustes inqualifiables. George Steiner soulignait que le mot employé à la première phrase de La Métamorphose, « vermine, Ungeziefer en allemand, est un trait de clairvoyance tragique, car c’est ainsi que les nazis devaient appeler ceux qu’ils destinaient à la chambre à gaz[6] ». L’antisémitisme sournois qui menaçait l’Europe du vivant de Kafka devait s’exprimer dans la sourde terreur de K… Prélude annonciateur de la montée des totalitarismes et de ce futur régime nazi qui allait balayer les libertés, brûler les livres et exterminer six millions de K…, parmi lesquels des familiers de l’écrivain. Ainsi, chaque lecteur peut observer in nucleo, dans Le Procès, la minutie des procès staliniens, les exécutions arbitraires hitlériennes ou maoïstes, les geôles castristes ou nord-coréennes… Kafka est d’autant plus impressionnant, même si l’on ne peut exclure le comique de son œuvre, nouant banalité et imprécision du cadre, depuis la séance du tribunal jusqu’à l’exécution, en passant par la scène du fouetteur, qu’il peut contenir et décrire tous ces régimes et toutes ces pulsions humaines et trop humaines réalisées. Sans avoir besoin d’aucune allusion politique précise, ni au présent, ni au futur ; Kafka n’écrit pas une anti-utopie à la façon d’Huxley ou d’Orwell. Pensons cependant combien l’arrestation matinale de K… ressemble à celles décrites par Soljenitsyne au seuil de L’Archipel du goulag[7]...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un demi-siècle plus tard, Orson Welles peut se permettre de traduire avec plus d’exactitude l’aspect prémonitoire du roman. Outre une caméra baroque qui contribue à amplifier la vision du cauchemar (pensons à l’immense porte que K… peine à ouvrir), il déploie dans son film nombre d’allusions fort précises. La bureaucratie déshumanisée, l’ordinateur géant au-dessus de la multiplication des bureaux anonymes et standardisés appartiennent au taylorisme américain autant qu’ils figurent les administrations totalitaires -qu’on ne confondra pourtant pas. Si le maccarthisme est propice à la traque des individus, il est à relativiser face à la terreur stalinienne révélée par le rapport Kroutchev. Notons à cet égard que Welles filme ses extérieurs parmi les barres d’immeubles de Zagreb, en un pays communiste qui lui signifiera son renvoi. Les policiers paraissent autant venir des films noirs que de la Gestapo. Plus frappants encore, ces files de déportés haves et numérotés ne peuvent venir que d’Auschwitz... Enfin la scène finale, si différente de Kafka, projette un champignon atomique au-dessus de la mort de K…, allusion évidente à Hiroshima et Nagasaki, qui permirent d’achever une guerre et des populations. Mais Welles visionnaire ne décrit-il pas un passé, un présent, et non un futur ? Il donne à Kafka une légitimité politique supplémentaire à l’orée du siècle des totalitarismes, mais en visionnaire fermé, car orientant le spectateur vers des situations historiques déjà répertoriées.

Kafka et Welles proposent cependant tous deux des œuvre-univers. Chez le romancier, le procès qui accable K… se joue sur la scène de l’intemporel et de la confrontation entre intériorité et société ; tout en restant ouvert à toutes les interprétations métaphysiques et politiques, il est donc par là universel. Kafka est d’abord un visionnaire de la condition humaine, tel que le reconnait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe[8]et tel qu’on le retrouve chez le cinéaste de Citizen Kane. C’est de plus un roman qui s’adresse autant aux religieux qui se heurtent à un Dieu incompréhensible qu’à ceux qui survivent après que le Dieu de Nietzsche soit mort et dès lors que les utopies de remplacement s’acharnent sur tant de K… du XXème siècle ; chez Welles, le télescopage des allusions historiques donne au film une dimension d’anti-utopie qui n’était guère présente dans le roman. L’œuvre du cinéaste est un condensé du siècle de l’automatisation et des totalitarismes, une œuvre-monstre par le travail de la fiction qui redistribue les réalités dans une conflagration visionnaire bien digne de la dimension mégalomane de l’auteur de Citizen Kane. L’indétermination du Procès de Kafka est redéterminée par les terreurs du siècle de Welles, tandis que par les arcanes de la Loi, tous deux invalident la loi religieuse autant que la loi séculière. Reste que l’artiste écrivain de Kafka sait se faire discret derrière le chuchotement terrible de sa plume, tandis que l’artiste filmique, Orson Welles lui-même, phagocyte la démiurgie : avocat de l’art, il en est aussi le juge après la mort de Dieu, condamnant le vulgus pecus : ce spectateur pris dans les rets de sa toile.

 

Quelle morale impavide faut-il tirer des personnages de l’avocat chez Kafka et Welles ? De ceux qui habitent l’uchronie et l’anti-utopie du pays du Procès ? Sinon qu’au-delà de l’injustice fondamentale, historique et génésique des délits et des peines chez l’humain, où la philosophie des Lumières n’a pas su pénétrer - ce qui reste une thèse peut-être trop pessimiste - la dimension métaphysique et historique de la faute d’être né l’arme de mort à la main et hors de la certitude de la transcendance condamne irrémédiablement l’homme kafkaïen que nous sommes tous.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Claude David : Kafka, Fayard, 1989.

[2] Jorge Luis Borges : « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », Fictions, Gallimard, 1951.

[3] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965.

[4] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969.

[5] George Steiner : De la Bible à Kafka, Hachette littératures, 2003.

[6] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969, p. 129.

[7] Alexandre Soljenitsyne : L’Archipel du goulag, Seuil, 1974.

[8] Albert Camus : Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942.

 

Musée Bernard d’Agesci, Niort, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

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30 janvier 2024 2 30 /01 /janvier /2024 13:48

 

Úbeda, Jaén, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Démona Virago, Cruella du postféministe.

Les Métamorphoses de Vivant, roman.

Sixième métamorphose.

 

 

L’aube est-elle proche ? Est- ce que je dors ? Si je me le demande, c’est que je ne dors pas. Parce que je serais moi ? Suis-je encore moi, Vivant d’Iseye, modeste écrivain de son état, dans cette couche nocturne, menacé, soumis et consentant aux trashentretiens de la grande prêtresse des médias, Arielle Hawks en personne, avant qu’à mon tour je sois radiographié sur le grill de sa tendresse prédatrice… Les draps sont durs. À moins que le cycle des réincarnations soit enfin achevé. Je serais sur le plongeoir du vide ? Je suis quelqu’un d’autre déjà ?

Un autre coup de dés ADN qui d’une seconde à l’autre va cesser de tournoyer chaotiquement pour se disposer en une figure imposée sur la tabula rasa de mon cerveau.... Et, aussitôt, la tumeur maligne d’une personnalité inconnue, prédatrice, se développera. Mais je débloque, je démone ! L’on dirait que je m’ennuie comme un raté traînant le vide de son moi qui n’a rien d’un moi, vivant pas grand-chose, un moine pointillé qui tire à la ligne blanche... Comme si, de tous les vœux secrets d’un moi translucide, j’appelais la défroque et la batterie rechargeable d’un autre, d’une autre pour m’exciter à vivre des fictions et des réalités abominables.

Je serais schizodépendant ? Possédé par l’addiction des masques délirants ? Non… pas cet électrochoc récurrent du traumatisme ! En tous cas, comme tous mes patients lecteurs de leur inconscient, je suis dans un lit. Dans un suaire où j’ai sué toutes les marques christiques de l’inconscient du sommeil. Non ! Je sens que je découche de mon corps, que suis tiré comme sur un toboggan de galets vers le bas, comme les règles rouges lentement dégoulinant entre les jambes, que la peau de mon enveloppe mentale crève et se vide, aspirée, non ! par j’elle ne sais quelle présence qui la remplit à son tour... La tâche que je remplis ne va pas sans résistances. Il me faut accoucher du nouvel ADN de l’humanité. Sexualité féminine : moteur ! Qui n’aurait pas vu dans ce sexe le bouton de départ du plaisir et l’enclencheur de l’indépendance serait vidé du tube vaginal, cathodique et d’éprouvette. Nous qui jetons le tampax de la nuit et nous masturbons pour l’ouverture de la rose du matin, pour la liquéfaction de ses pétales, sa jouvence, parmi les huit mille fibres nerveuses de ce clitoris, douce pine essentiellement féminine érigée... Brusquement, je ne serais plus moi ! Une fois de plus... Ad infinitum. Les mains dans la serpillère baveuse et vulnérable d’un exigent sexe de femme qui serait le mien. Quelle horreur ! Et je ne peux pas m’empêcher de me tripatouiller, de me suaver des doigts et de me peindre des filets de soie profonde dans la chair jusqu’à ce que ça m’irradie sans cesse et me secoue de frissons de neige électrique et d’Yquem... J’elle reviens à la conscience devant l’œil d’une caméra que je devine armée par la prédatrice des médias...

C’était une scène d’ouverture, Dame Démona Virago, comment dirais-je, alléchante. Pour nos showsectatrices, je suppose...

- Chère Mademoiselle Hawks, vos doigts n’auraient-ils pas aimé remplacer les miens dans ce crémeux et bienheureux séjour ? L’expertise de votre langue, chère Arielle, si habile à l’interview, n’aurait-elle pas aimé remplacer habilement ma main entre ces pétales rosés aux humidités complices ?

Puisque notre invitée, la tonitruante Doctoresse et biochimiste, n’a pas voulu nous recevoir dans le secret de sa Clinique Gynécéa, nous l’offrons ouverte à nos showsectatrices et showsectateurs sur le fond intime de notre boudoir-studio, crevés de soie rouge, canapé de fourrure châtain. Elle est habillée ce soir de velours noir, combinaison bustier pantalon d’une seule pièce, implants mammaires et labiaux, mèches frisées aux fer et teintes cuivrées, boucles d’oreilles serpentines de jade vert arsenic, chaussures à talon épées, l’ensemble réalisé par l’agence Des Femmes & Des Sens. Commençons.

- Avec volupté. Parlons de moi. Parlons de l’humanité.

- Qui était votre père, Démona Virago ?

- Question traditionnelle. Machiste abolue. Sachez que le référent paternel et masculin n’est en rien indispensable, superfétatoire en fait.

- Vous vous flattez d’appartenir au signe zodiacal de la Vierge, bien que vous soyez née un deux janvier. Pourquoi mentir ?

- Nous ne sommes pas ce que nous sommes. Nous sommes nos mythes et nos créations. Certainement mon père était une déesse. Une déesse du souffle dans l’oreille de ma mère qui eut avec moi le plus saillant nombril du monde sur le globe de sa grossesse.

- Et du point de vue purement factuel et scientifique qui devrait être le vôtre ?

- Nous admettrons que le spermatozoïde qui a vaincu ses concurrents dans la course à l’ovule était le seul élément virtuellement lesbien qui put rendre possible le développement du fœtus que je fus dans l’utérus de ma génitrice.

- Vous n’avez pas dit que votre père était chirurgien au Central Hospital de Philadelphie. Un expert du cancer du sein, a-t-on dit. Il est mort d’un cancer du scrotum dont il a refusé l’ablation. Un cancer foudroyant, alors que vous aviez quinze ans. Doit-on voir là une explication, en quelque sorte psychanalytique, à votre vocation ?

- Irrecevable. Seul l’alcoolisme l’a tué. Et à grand feu encore.

- Parlez-moi de votre mère. Qui sûrement ne manque pas le direct de notre massacrentretien.

- Une femme sage et patiente, trop patiente. C’est à dire une opprimée. Des millénaires de culture mâle pèsent sur le cliché de ses frêles épaules et de son teint blanc d’avant les suffragettes. Sur ses thés à la bergamote et son panier à broderie d’avant Le Deuxième sexe. No comment.

- Démona Virago, vous vous êtes rendue célèbre grâce à l’insémination artificielle d’une ovule étrangère sur une Romaine de soixante-cinq ans. Elle put devenir mère d’un beau bébé. La presse mondiale s’en est fait l’écho outragé. Scandale et émerveillement. Applaudissements et pouces tendus vers le sable de l’arène médiatique. Ironie et apitoiement. Que leur répondez-vous ?

- Hélas, c’était un garçon.

- Vous avez repoussé les limites de la maternité, en dépit de la nature.

- J’ai permis aux femmes du troisième âge, qui sont déjà les plus nombreuses, de passer outre leur infertilité.

- Parce qu’elles représentent un formidable marché potentiel ?

- Parce qu’être grand-mère est une frustration que mon expertise technique permet de franchir, de rédimer. Parce que les femmes prennent en main leur destin de post-femme active, leur descendance enfin, pour que la sélection genrée, en une seconde étape de ma démarche, permette l’essor de la gynécratie.

-  Mais pour quelle espérance de vie ? Quand cet enfant aura vingt ans, sa vieillarde de mère, si elle n’est pas déjà cadavérée, en aura peut-être fait un jeune vieillot à la mentalité défraichie. Ou un révolté d’un conflit de génération sans précédent. Un tueur de vieilles...

- Ce pourquoi je ne conçois plus que de concevoir des filles.

- Revenons à votre époustouflante carrière. Vous avez ensuite défrayé la chronique en cultivant des spermatides humaines destinés à mûrir dans des testicules de rats. Pourquoi ?

- Tout simplement, dans un premier temps, pour suppléer à une impuissance masculine.

- Bientôt les résultats furent si concluants que vous parveniez à reconstituer biochimiquement ces testicules animaux et réaliser ce mûrissement in vitro.

- La seconde étape destinée à pouvoir se passer de l’intrusion des hommes était en voie d’être définitivement franchie.

- Est-ce à dire que cette production artificielle des spermatozoïdes figure parmi les prémices de la disparation programmée de l’humanité masculine ?

- Oui, sans aucun doute. Sous peu, nous manipulerons les éléments suffisants de la vie, y compris l’ADN et les chromosomes, pour reproduire et modifier comme un légo la structure intime du spermatozoïde, strictement programmé pour n’engendrer que des fœtus féminins.

-  De telles conquêtes et autres déclarations vous ont valu les foudres du Pape. “Seul Dieu est maître du dessein de ses créatures”, soulignait l’encyclique de Bologne.

-  Voilà l’inquisition qui a pris son Viagra et relève la tête violette de son pénis épuisé... Les femmes ont toujours été des sorcières pour ce genre de religion monothéiste mâle. Ne me dites pas, Miss Arielle Hawks, que vous cautionnez ce genre d’archaïsme !

- On a vivement critiqué vos prélèvements ovariens, vos congélations d’ovocytes immatures bientôt fécondés afin d’obtenir une réserve d’embryons humains. Qui sont ces embryons ? Sont-ce déjà des personnes humaines ? Vous les avez peut-être fait naître. Les ferez-vous mourir aussitôt ? À quels trafics vous livrez-vous ?

- Aucun. Ils me permettent seulement, chez une femme aux ovulations paresseuses, d’obtenir une alternative à la stérilité. Il y a peu, avec une fécondation in vitro, l’on n’avait qu’une chance sur dix de voir naître un bébé. Bientôt les embryons obtenus n’auront plus qu’à être sélectionnés grâce aux biopuces à recherches ADN pour leurs performances sanitaires afin de les transplanter dans l’utérus de la future maman à chacun de ses cycles jusqu’au développement de l’heureux élu.

- Et ceux qui ne sont pas élus ?

- Ils n’existent de toute façon pas. Comme toute femme a droit à l’interruption de sa grossesse si elle n’a ni les moyens ni le désir de mettre bas, pour des raisons sentimentales ou techniques, ou si le fœtus est trisomique, la mère a droit de disparition sur les embryonclones non utilisés, comme sur ceux non souhaités pour des raisons génétiques et sanitaires.

- Peut-on vous faire confiance quant au nombre des embryons ? N’avez-vous pas une sorte de copyright, un droit d’expérimentation sur vos embryocréatures ? Qu’en ferez-vous ?

- C’est beaucoup trop de questions à la fois, Mistress Arielle... Vous allez embrouiller vos, comment dites-vous, “showsectateurs”...

- Répondez.

- Vous savez, si l’on transporte des cellules adultes de la patiente dans un ovocyte énucléé, cet embryon n’en est pas vraiment un. Seulement une virtualité aux fins d’étude. Pour, par exemple, imaginer de recréer des tissus aisément greffables sur le sujet elle-même. Comme des pièces de rechange que son propre corps aurait produit.

- Des clones à la merci de leurs propriétaires.

- N’abusons pas des mots, Mistress Arielle. Des cultures de laboratoire, voilà tout.

- En somme, une technologie médicale moralement anodine aux potentialités inouïes, n’est-ce pas...

- Merci de le reconnaître sans ironie.

- Sur laquelle vous conservez le copyright, les droits de reproduction, y compris dans les deux sens de ce dernier mot...

- Comme tout créateur. Comme vous-même sur vos entretiens qui sont vos créatures.

- Est-ce un droit faustien de reproduction de vos clonéatures ? Que dites-vous, Doctoressa Démona, de ce bocal à cornichons dûment étiqueté par les soins de votre établissement ?

- Qu’il ne s’agit que d’une culture organique... Comment avez-vous eu cela ? Qui vous a permis de violer nos locaux ? Dois-je porter plainte pour vol, Miss Charognarde ?

- Tout doux... Culture oui, mais dans cette apparence anodine d’eau salée, dans ce jus d’huitre au gorgonzola, ce sont ni plus ni moins que des embryons humanoïdes... Si nos experts le certifient, ils n’ont pu en dire plus sur l’opération étrange qui était là en cours... Cette éprouvette pot à moutarde aurait du mal à passer pour un vase zen. Prenez-le, Démona Virago, et dites nous qui sont les gentils garçons et filles aux ADN coupés collés qui s’ébattent dans ce placentaire liquide… Voire de gentils monstres femelles nantis de la force musculaire d’un mâle…

- Oh, pardonnez-moi !

- Vous aviez un bien beau bureau de marbre rose italien... J’espère que ces éclats de verre et la solution qu’ils contenaient n’ont aucun pouvoir corrosif...

- Dois-je supposer que par un faux-mouvement savamment conçu vous avez délibérément éclaté cette pièce à conviction ?

- Pour vous éviter d’être ridicule. Vos admirateurs achètent-ils vraiment de tels échantillons de l’eau de votre bain ? Poueurk...

- Chers showsectateurs, c’était notre séquence “Meurtre en direct. Vingt-huit féminhomoncules aquatiques balancés sur le sol aride du bureau des dépositions. Vingt-huit bébés innommables privés de toute possibilité de vie. Notre chère invitée est-elle coupable d’assassinat, d’avortement, de distraction de preuve tératologique ? Laissons s’égrener une minute de silence, sans même le ressac de la publicité, pour qu’en contemplant ce gros plan des marbrures du liquide sur fond de coquillages fossiles où agonisent nos embryons orphelins, nos showsectateurs puissent plonger dans les abysses de leur conscience et nous donner en temps réel leur verdict...

 

Oñati, Gipuzkoa.. Photo : T. Guinhut.

 

- J’elle est pire que je le pensais... Avoir jeté toutes mes créatures ! Le sperme de mon scrotum, le feu de mes reins, mes enfants romanesques, les personnages en gestation de mes livres... C’est comme si, éjaculant dans les draps froids de la solitude, j’imaginais que l’âme d’une femme, Ariellepeut-être, vienne féconder mes vies avant qu’elles se dessèchent. Les enfants que je n’ai pas eu, où seul ceux livresque dont mon état d’écrivain m’autorise. Où cette vieille bique de Virago est-elle allée pêcher ces graines de bébés condamnés ? Ne m’a-t-elle investi l’intérieur que pour me voler mes jus orgasmiques, me castrer ? Oh, je suis mal... Tous mes fantasmes me vomissent sur cette table de talk-show, table d’opération, table de jugement dernier... Dire que je suis bloqué dans les maxillaires ironiques de cette maîtresse femme immobile. Je sais, dès que la minute de silence sera achevée, j’elle...

- Notre chère invitée, Démona Virago ici présente, est-elle coupable d’assassinat ?

- Non, répondent à 51 % nos showsectateurs.

- 51 % de vos showsectateurs sont donc d’affreux rétrogrades.

 - Démona Virago ici présente, est-elle coupable de fomenter des naissances monstrueuses ? Oui, répondent à 89 % nos showsectateurs. Qui ne sont cependant pas des juristes.

- Auriez-vous demandé si j’étais innocente de la non évolution d’organismes pluricellaires d’origine humaine que vous auriez obtenu un chiffre nettement plus favorable.

- Eh bien ! essayons. Laissons à nos showsecteurs plus ou moins incultes et doués de raison quelques instants de réflexion pendant que défile sur votre écran cette publicité pour l’Abortion Clinic de Nice & Sans Remo montrant l’avant et l’après d’une jeune fille de quinze ans engrossée puis débarrassée... Voyez combien le rythme lourd du début de la séquence devient léger, allègre... Je suis certaine, Miss Virago, que vous adorez. Que vous appréciez l’esprit d’à-propos qui fait répondre au besoin d’enfant chez les couples stériles, ce désir d’éliminer un bébé non désiré, handicapant, voire venu d’un viol. Cherchez l’erreur. Ah, voilà votre réponse. Vous aviez raison : 51,5%. Comme l’opinion est versatile, n’est-ce pas ?

- À moins que mon succès ait été amoindri par la tournure partisane de votre première question…

- Oubliez-vous que la règle d’or du journalisme est de ne faire montre d’aucune opinion quand il ne s’agit que d’information ?

- Je n’ignore pas que choisir une information, sélectionner un adjectif et un talent rhétorique sont déjà des choix idéologiques et sexués.

 - Alors, chère Démona Virago, pourquoi vous ai-je choisie ?

- Pour que nous en tirions toutes les deux des retombées financières. Et une gloire, même et surtout digne de notre sorcellerie.

- Revenons à vos manipulations génétiques sur l’embryon.

- Pourquoi une femme devrait-elle se contenter de se reproduire en concevant  un individu dont elle ignore tout, dont elle ne peut maîtriser aucun paramètre ? Physique, sexuel, mental, prédispositions aux maladies, traçabilité de la réussite, de l’insertion sociale et de l’équilibre affectif, de l’idéologie enfin. Chaque mère joue aux dés avec sa généalogie, avec celle de son machiste instrument reproducteur, pour être livrée au tirage sous les traits d’un strict inconnu fort risqué. Sans aucun recours au grattage. Nous n’acceptons plus d’être les esclaves de nos gènes. Encore moins de jouer à la loterie en introduisant un spermatozoïde étranger, et qui plus est forcément masculin, totalement incontrôlé.

- Vous allez faire hurler ceux pour qui les desseins de Dieu sont impénétrables.

- Je suis de celles pour qui les desseins de ce dieu patriarcal, ou plus exactement de la seule nature, sont troués de caries.

- Notre ADN, notre biochimie, véhiculent donc des caries. Comment les reconnaîtrez-vous ?

- La cartographie totale du génome humain est un jeu d’enfant. Comparez deux, trois, cent, mille portraits ADN. Connaissez les profils sanitaires, psychologiques  et psychotiques de leurs propriétaires. Et vous isolez les gènes de l’obésité, de la maladie d’Alzheimer, de la myopathie, du crime, de la masculinité !... Il suffit de délivrer l’embryon des gènes nuisibles pour s’assurer un capital infante sain.

- Certains de ces gènes, si tant est qu’ils existent tous, ne sont-ils pas que des prédispositions, non des certitudes, des phénomènes multifactoriels, liés plus à des comportements sociaux et privés qu’à des déterminismes imparables ? Et que faites-vous des interactions complexes, chaotiques, non prédictibles ?

- Ce ne sont que les limites actuelles, provisoires et dépassables de notre science.

- Ne risquez-vous pas deviser des gènes fantasmatiques : gène du divorce, de la trahison, de la paresse, de l’agression, de la bêtise ? De confondre démarche scientifique et morale partisane, voire totalitaire ? Ferez-vous de celui dont vous avez dressé la carte d’identité ADN, un paria des Assurances, un exclue du marché du travail, un veuf de l’amour? On a dit qu’une grande société d’assurances, la Cosmos Destiny Trans Life dont vous voyez les images et récits hypocrites se dandiner sur notre fenêtre pub,  vous a proposé un vaste contrat d’exploitation ?

- Non... Puisqu’il aura déjà été sélectionné pour son zéro défaut avant d’avoir obtenu l’autorisation de se développer et de naître. Et de surcroit, pour moins de risque, sélectionné uniquement féminine.

(...)

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Extrait d'un roman encours : Les Métamorphoses de Vivant, roman, prologue

 

Quinto, Zaragoza, Aragon. Photo : T. Guinhut.

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8 janvier 2024 1 08 /01 /janvier /2024 12:32

 

San Polo, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

L’arbre Lolita cache la forêt Nabokov,

romancier antitotalitaire.

De L’Ouragan Lolita à La Vénitienne,

en passant par Brisure à Sénestre.

 

 

Véra Nabokov : L’Ouragan Lolita. Journal 1958-1959,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent, L’Herne, 2023, 128 p, 14 €.

 

L’Herne Vladimir Nabokov, 2023,

sous la direction de Yannicke Chupin et Monica Manolescu, 272 p, 33 €.

 

Vladimir Nabokov : L’Extermination des tyrans,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard-Henri Durand, Julliard, 1977, 252 p.

 

Vladimir Nabokov : Brisure à Senestre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard-Henri Durand, Julliard, 1978, 272 p.

 

Vladimir Nabokov : La Vénitienne et autres nouvelles,

traduit du russe et de l’anglais par Bernard Kreise et Gilles Barbedette,

Gallimard, 1991, 216 p.

 

 

Si l’expression « l’arbre qui cache la forêt » a bien un sens, nul doute qu’elle s’applique à Vladimir Nabokov (1899-1977). Entre scandale, censure, à l’encontre d’un volume confidentiel d’abord publié en anglais à Paris en 1955, chez un éditeur plus que suspect de pornographie sous le manteau - Maurice Girodias - puis devenu best-seller stratosphérique, tout conspire à faire de Lolita le roman emblématique de son auteur, auquel un Cahier de L’Herne rend justice en toute sa richesse et sa multiplicité. Et si l’on n’oublie pas de mentionner à la marge le nouvelliste, par exemple à l’occasion de La Vénitienne, le versant antitotalitaire de notre cher Nabokov, échappé du communisme puis du nazisme, visible dans une nouvelle L’Extermination des tyrans, et surtout dans un roman, Brisure à senestre, apologue cruel, dystopie universelle. Reste que l’art de celui qui sut écrire d’abord en russe, puis en anglais, est toujours l’ultime tremplin nabokovien…

 

Loin d’être une potiche, Véra Nabokov, son épouse aimée, était une collaboratrice intrépide et cultivée. En témoigne un journal tenu entre 1958 et 1959, intitulé L’Ouragan Lolita. Secrétaire, agent littéraire, chauffeur, voire garde du corps, elle observe et gère cette spectaculaire période de transition entre une relative obscurité et une météorique célébrité, avec pertinence, acuité, non sans humour.

Face aux polémiques, elle comprend parfaitement la nécessité du roman, pour la jaquette duquel son époux exigeait : « Pas de petite fille ». Ainsi réfute-t-elle l’épithète de « séductrice » pour cette Dolores de douze ans, dont le prénom signifie douleur : « J’aimerais pourtant que quelqu’un remarque la tendre description de l’impuissance de cette enfant, sa pathétique dépendance envers le monstrueux Humbert Humbert, et son courage déchirant tout du long, culminant dans ce mariage sordide mais essentiellement pur et sain ». L’on cherche matière à « immoralité », un « angle scandaleux ». Même si l’on demande à Vladimir d’écrire un article sur l’obscénité (« Non, merci »), un critique du New Republic accorde « enfin à V. la reconnaissance, méritée depuis trop longtemps, de sa vraie grandeur ». D’autres, plus perspicaces encore, parlent d’« œuvre d’art », d’« objet de beauté ». Lolita est tour à tour interdit au Canada, en France, traduit au Japon, en Israël. Bientôt la traduction française fait l’objet d’un éloge. Stanley Kubrick réalise aussitôt l’efficace film homonyme… Mais rien ne dépasse le brio narratif et stylistique, le blâme sévère des tares des prédateurs masculins, ses personnages féminins guère épargnés, les dérives criminelles, la satire des Etats-Unis, le voyage intracontinental, le lyrisme paradoxal…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Véra n’oublie pas leur fils, Dimitri, chanteur d’opéra, la chasse aux 2000 papillons, surtout les « azurés », parmi les Etats-Unis, de remettre à leur place des propriétaires de motels antisémites, de déplorer « le bétail maltraité » lors des rodéos. Les coulisses d’un pays jamais idéalisé, et celle du succès sont ici dévoilées avec largeur de vue, piquant et aménité.

Pourquoi n’avait-on pensé plus tôt à un Cahier de L’Herne ? C’est chose faite avec ampleur et brio, tout en mettant l’accent sur la liberté nabokovienne. Expert en jeu d’échecs et lépidoptères, il n’en défend pas moins « l’esprit de démocratie [qui] est la condition humaine la plus naturelle », mais aussi en son roman aux tableaux totalitaires, Brisure à Senestre, que l’on peut relire à l’occasion de l’invasion de l’Ukraine par une tyrannique Russie. Parmi les inédits, une pièce en vers russes, La Tragédie de Monsieur Morn, côtoie un poème inattendu consacré à Superman, quand des récits de rêves n’empêchent pas la détestation de la freudienne interprétation. L’on découvre combien Nabokov est exaspéré par les clichés, les modes et les facilités. Polyglotte, le français lui permit d’écrire Mademoiselle O et d’user du mot « nymphette » découvert dans un poème de Ronsard. Ainsi revient la triste héroïne dont le surnom devint un titre emblématique des oppressions contre les femmes et de leur indépendance, ce dont témoigne une Azar Nafisi, qui en organisa des lectures secrètes à Téhéran. Le roman est à la fois l’allégorie de la liberté créative de l’artiste, de la défense des femmes, ce dont se fait écho Vanessa Springora, l’auteure du Consentement, qui lui consacre un texte poignant et nuancé. Preuves s’il en était besoin de l’actualité sans cesse renouvelée de notre cher Vladimir Nabokov.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un tel titre est un paradoxe, tant l’on sait qui sont les exterminateurs. Bien qu’avec la modestie du format de la nouvelle, L’Extermination des tyrans use de la littérature en guise de dissolvant à l’encontre non pas seulement d’une « solution diluée de mal », mais d’un « mal pur ». « Humble professeur de dessin », un narrateur affronte la montée d’un personnage qu’il connait dès l’enfance, « un fanatique grossier » jamais nommé, donc allégorique et intemporel, dont la « réussite démagogique » est irrésistible. Une tentative d’assassinat s’impose, non pas en tant que « héros civique », mais « au nom de mes propres conceptions du bien et de la vérité ». Ainsi, le récit, au moyen d’une sorte d’autobiographie fictive, n’est sans emprunter les termes de la philosophie politique libérale, comme lorsqu’il s’agit de pointer la passion « pour les formes extrêmes de société organisée ».

Cependant l’ironie pointe le bout de son nez, lorsque « Son Excellence », reçoit une femme « qui avait réussi à faire pousser un navet de quarante kilos », et qu’il ordonne de couler dans le bronze… Cette « négation incarnée d’un poète », permet néanmoins à son portraitiste, écrivain doué du génie de Nabokov lui-même, « d’exorciser [sa] servitude » : « Le rire me sauva. Ayant gravi tous les degrés de la haine et du désespoir, j’atteignis ces sommets d’où l’œil peut contempler le grotesque de très haut. Un éclat de rire tonitruant, venu du fond du cœur, me guérit ». Voilà pourquoi tous les dictateurs interdisent et cherchent à éradiquer le rire[1], cette « potion secrète contre les tyrans futurs, ces monstres tigroïdes, les bourreaux niais de l’homme ». Il est à craindre que, malgré cette utile libération, elle n’empêche pas le couperet sanglant de la main des théocrates obtus, des tyrans domestiques et publics, en un mot de la palanquée de pouvoirs totalitaires qui nous environnent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette fois, c’est dans le cadre plus vaste d’un roman que le tropisme antitotalitaire de Vladimir Nabokov prend un entier développement. Brisure à Senestre est l’incontrôlable dystopie qui entraîne Adam Krug à sa perte, un universitaire spécialiste de Shakespeare. Il est sévèrement attristé par la mort de son épouse, et inquiet de surcroit pour son fils. Pire encore, le pays nommé « Padukgrad » dont il est citoyen se dote d'un régime totalitaire, sous la coupe d’un certain Paduk, fondateur de la doctrine de « l'ekwilisme », qui prône la normalité de tous les êtres humains. Non loin de L’Extermination des tyrans, Krug et Paduk furent condisciples à l’école, lorsque ce dernier, nettement asocial était méprisé ; ce qui peut permettre d’inférer de la doctrine qu’il met en place.

L’on devine que toute singularité est réprimée par les « nivelistes », que bien des amis de Krug sont arrêtés par la police. Pourtant le gouvernement engage Krug à faire l'éloge du pouvoir, ce qu’il refuse, malgré l’alléchante promesse : il sera « le président de l’université », choyé entre tous. Parviendra-t-il à s’enfuir du pays avec le concours du boutiquier Peter Quist ? Caractérisée par son sens de l’absurde et ses fonctionnaires zélés, la police ekwiliste met brusquement fin à ce rêve. De plus il apprend que son fils a été emmené dans un centre pour délinquants, entraîné dans une prétendue expérience lors de laquelle les « petites personnes » sont violentées par la libération des instincts de ses condisciples, cette fois ci jusqu’à la mort. Au désespoir, refusant de lire publiquement une apologie de l'ekwilisme, Krug croit pouvoir étrangler le fonctionnaire commis à la surveillance de son cachot. La constance de Paduk n’a pas de cesse : la vie de ses amis contre un discours, promet-il. Accepter serait pour Krug déchoir et se renier. Aussi lorsque ses amis, également arrêtés tentent de le convaincre de les sauver en présence de Paduk, Krug ne peut plus que sombrer dans la folie, rire, rire encore et tenter de se jeter sur Paduk. Après que « le côté droit de sa tête semble avoir pris feu », une seconde balle a raison lui. À moins, encore fois, que le rire ait raison du despote. Hélas, nous rappelle le narrateur écrivain : « je savais que l’immortalité que j’avais conférée à cette malheureuse créature humaine n’était qu’un sophisme fuyant, un jeu de mot ». La pirouette de la littérature en quelque sorte, à l’issu de ce condensé de nazisme et de communisme, aussi tragique que satirique…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a dans le passé une Eurydice que l’on ne peut retrouver. A moins du rameau d’or de l’art ; que sait emprunter Vladimir Nabokov, en particulier dans La Vénitienne. C’est en effet l’exil qui a rejeté l’écrivain de son pays et de sa langue, depuis l’infâme conflagration bolchevique de 1917. Une douzaine de nouvelles venues des années vingt sont ici réunies sous le signe de la nostalgie et de la promesse de l’art, territoire perdu et œuvres magiques. Récits écrits dans la langue de Pouchkine, mais aussi premières proses en anglais, ce recueil est une aisée et cependant synthétique porte d’entrée dans l’œuvre du fabuleux, indépassable, auteur de Lolita.

Comme dans un conte enfantin, un « sylvain d’antan » vient visiter l’écrivain dans « Le lutin ». Ce messager d’une intime mémoire s’approche de son encrier pour lui susurrer : « C’est que nous sommes ton inspiration, Russie, ta beauté énigmatique, ton charme séculaire ». Ce fut en 1921 la toute première nouvelle publiée par celui qui signait Vladimir Sirine, emblématique déjà du versant élégiaque qui irrigue l’œuvre entière. Ainsi, immigrés et jeunes expatriés, à Berlin, à Zermatt, dans le sud de la France ou en Angleterre, peuplent, presque fantomatiques, ces nouvelles. Celui qui fut chassé du paradis russe poursuit à travers ses personnages, voire ses alter ego, une quête du bonheur dont son adolescence choyée fut l’archétype. L’éternel émigré tente d’en recréer les miettes par la double vertu d’or de la nostalgie et de l’écriture.

Dans une atmosphère postimpressionniste et postsymboliste propre aux écrits de jeunesse, les amours perdus et impossibles refont surface, ou explosent. Comme dans « Bruits », presque poème en prose (« l’oreille musicale de mon âme savait tout, comprenait tout »), évoquant un amour de jeunesse. Ou dans « Un coup d’aile » qui juxtapose en un subtil contrepoint le luxe d’un grand hôtel, la lumière des pistes de ski enneigées, l’éclat de l’héroïne et les ombres finalement triomphantes de la mort. Au cœur de l’aventure lyrique et tragique entre Isabelle et Kern, ce dernier est assailli par un ange : « Le bord d’une aile gigantesque le faucha comme une tempête duveteuse ». Peut-on frapper et ensanglanter un ange à la « fourrure moelleuse » ? Se vengera-t-il ? Le fantastique fait soudain irruption dans une réalité moins duveteuse…

Bientôt, d’autres thématiques, urbaines, voire politiques, irriguent la constellation du nouvelliste et futur romancier. Comme une sorte de prémonition du plus tardif roman Brisure à senestre, dans lequel le personnage de Krug subit l’oppression d’un uchronique régime totalitaire, « Ici on parle russe » conte l’emprisonnement dans une salle de bain d’un membre du Guépéou par des émigrés. Ce qui joue le rôle d’une revanche en même temps que d’un indéfectible poids à supporter. Symboliquement, les communistes, responsables de l’expulsion de l’Eden de Nabokov et de toute une diaspora, sont enfin châtiés.

Mais c’est surtout le territoire étrange et promis de l’art qui fascine ici. La peinture et la réalité se font concurrence dans la nouvelle-titre qui prend pour personnage central une « Vénitienne » de couleurs sur sa toile. « La jeune Romaine, dite Dorothée », peinte au XVI° siècle par Sebastiano del Piombo, fascine les « amoureux des Madones ». Cette jeune femme portraiturée, sosie d’une vivante, permet autant au personnage qu’à l’auteur de poursuivre non sans ironie leur quête de beauté, dont l’art est le lieu à la fois accessible et suprême. Passer tout vivant dans la sphère éternelle de l’œuvre est le vœu secret du protagoniste qui, à l’occasion de sa contemplation passionnée, devient « une partie vivante du tableau où tout prenait vie autour de lui ». Et si le restaurateur charmé ne se laisse lui pas prendre définitivement, le jeune homme impuissant devant la vie se sent « empêtré comme une mouche dans du miel », et se retrouve « peint dans une pose absurde à côté de la Vénitienne ». Bien sûr, comme dans tout récit fantastique, il y a une explication plausible à ce qui est par ailleurs histoire d’amour et drame conjugal, mais un petit citron venu du tableau reste l’invérifiable preuve de l’intrusion du surnaturel dans un quotidien réaliste.

 

Il s’agit bien cependant d’une profession de foi esthétique : « La contemplation de la beauté, qu’il s’agisse d’un coucher de soleil aux tonalités particulières, d’un visage lumineux ou d’une œuvre d’art, nous force à nous retourner inconsciemment sur notre propre passé, à nous confronter, à confronter notre âme à la beauté parfaite et inaccessible qui nous est dévoilée. » Il y a certes quelque chose de proustien dans cette formule. Nous rappelant combien l’amour pervers et forcené, cependant attendrissant, d’Humbert Humbert pour sa Lolita est la résultante d’une tentative pour retrouver le « vert paradis des amours enfantines », selon le vers de Baudelaire.

Augmenté de deux brefs essais sur la littérature (« Le rire et les rêves » et « Bois laqué »), ce recueil, brio d’écriture et de surprenantes images, prend encore plus de vigueur et de sens. L’auteur des études réunies dans Littératures[2], sait sans nul doute être son propre critique, se réfléchir dans le miroir de son art et en prolonger la diffraction. Nous laisserons alors à Nabokov le mot de la fin, que toute son écriture, jusqu’au solaire roman Ada ou l’ardeur[3], n’a jamais parjuré : « Car l’art sait bien qu’il n’y a rien de vulgaire et d’absurde qui ne puisse s’épanouir dans la beauté avec une lumière appropriée ».

 

C’est sans injustice que l’on retient de Vladimir Nabokov l’affriolante et désespérée nymphette de douze ans, dont le diminutif parait cacher, enjoliver sa douleur, et devint très vite par antonomase un nom commun, soit une lolita. Mais au risque d’une réelle injustice, ne restons pas aveugle devant l’antitotalitarisme d’un styliste infiniment raffiné, qui n’avait d’autre préoccupation, même si l’on pense à sa dilection pour les papillons et les échecs, que d’élever la littérature au rang suprême de l’art.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur La Vénitienne fut publiée dans Europe, juin 1991

Celle sur L’Affaire Lolita dans Le Matricule des anges, novembre 2023

 

[2] Vladimir Nabokov : Littératures, Fayard, 1983.

[3] Vladimir Nabokov : Ada ou l’ardeur, Fayard, 1975.

 

San Polo, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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2 janvier 2024 2 02 /01 /janvier /2024 18:11

 

Muséum d'histoire naturelle, La Rochelle, Charente-maritime.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Eloge d’Une autre Histoire du monde

& blâme de l’Histoire mondiale de la France.

 

Pierre Singaravélou, Fabrice Argounès, & Camille Faucourt :

Une autre histoire du monde, Gallimard / Mucem, 2023, 192 p, 26,50 €.

 

Histoire mondiale de la France,

sous la direction de Patrick Boucheron, Seuil, 2017, 800 p, 29 €.

 

 

Clio, Muse de l’Histoire était grecque. Comme le furent les premiers historiens, Hérodote, au V° siècle avant Jésus Christ, puis Mégasthène, Thucydide, et plus tard Diodore de Sicile… Pléthore à cet égard furent les Romains, puis nos Froissart (un chroniqueur médiéval), et autres Michelet, sans oublier les narrateurs de cette expansion européenne qui parait incarner le premier rôle parmi l’Histoire du monde. Si cette dernière proposition n’est pas fausse, il toutefois la nuancer, voire l’infirmer. Ailleurs c’est également écrit le livre des peuples, des inventions, des découvertes et des civilisations. Ce que confirme avec ampleur un ouvrage aussi bien documenté qu’illustré, intitulé Une autre histoire du monde. S’il est bon de remettre sur le métier l’écriture du passé, il n’est pas tout à fait certain qu’il faille offrir autant d’éloge à l’Histoire mondiale de la France, que commit Patrick Boucheron, et dont le décentrement souffre lui de bien des failles aussi bien historiennes qu’éthiques.

 

Laissons une perspective trop occidentale pour une ouverture digne de notre globe terrestre. Car maintes régions ont et vivent « une autre histoire du monde », pour reprendre le titre de ce bel ouvrage venu d’une exposition au Mucem de Marseille ; plus exactement, pour évacuer l’hideux acronyme, le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, qui, pour l’occasion, écarquille cent yeux vers d’autres continents, mers et océans.

C’est bien Clio qui ouvre le bal de cet opus, montrant aux nations les faits mémorables du règne de Napoléon, au travers du tableau allégorique d’Alexandre Véron-Bellecourt. L’on devine cependant que les sentiments des personnages représentant la Chine, la Russie, l’Arabie et les Incas, sont mitigés, voire franchement hostiles. Est-ce, dans l’esprit du peintre, pour nous signifier que ces derniers ont le tort de ne pas reconnaître les haut-faits civilisationnels de l’empereur, entre Code civil, conquêtes et victoires, ou pour prévenir de l’hubris napoléonien ?

Pas seulement sur les champs de bataille, pas seulement dans les cours impériales et présidentielles, c’est en effet dans les musées que s’écrit l’Histoire. Or ce Mucem n’échappe pas à cette volonté, parcourant l’Histoire du monde du XIIIe au XXIe siècle, et délaissant la directivité occidentale. À travers sculptures, peintures, textiles, cartes, objets archéologiques, manuscrits et arts décoratifs, cette exposition révèle la multiplicité  des aventures, des expériences et des représentations africaines, asiatiques, amérindiennes et océaniennes, donc des mondialisations extra-européennes. L’on écrit l’Histoire sur des peaux de bison lakota, des bambous gravés kanak, des sarongs javanais, et autres récit de griot sénégalais, soit plus de 150 œuvres et objets issus de collections publiques et privées.

La cartographie se fait recensement nécessaire et instrument de pouvoir et d’orgueil. Pluralité des récits et pluralités des cartes vont d’une « chronique d’or » retrouvée en Mongolie, à la « carte de Tupaia », explorateur polynésien qui sut renseigner les voyages de Cook au XVIII° siècle. Mais aussi en passant par une « mappemonde Ch’on hado », ou « carte du monde sous le ciel », conçue au même siècle, mais sous des latitudes chinoises. Car, comme chacun d’entre nous est le nombril de l’univers, comme chaque civilisation se pense centrale et justifiée, la Chine ne prétendait-elle pas être « l’empire du milieu » ?

Rares manuscrits musulmans, « khipu » de cordelettes qui sont un langage sous le ciel andin, livre de magie batak venu de Sumatra, calendrier divinatoire du Danhomè africain et gravé sur une planche de bois, tambour royal du Mali permettant de communiquer, lequel orne - trop ? - sobrement la couverture, chronique andine et « Codex mexicanus », pirogues océaniennes et kimonos, rouleau japonais « de la diversité humaine », tout un monde coloré prend vie, pullulant de regards et de significations.

Ainsi une « planète métisse » emprunte d’étonnants accents culturels sous nos yeux ; également au regard des entreprises de colonisations et des démarches de décolonisation. Ainsi un artiste contemporain (Chéri Samba) peut imaginer une carte du monde à l’envers, les continents de l’hémisphère sud montant comme des bourgeons, des flammes. L’on a compris que l’entreprise se veut revendication politique, revanche. Il ne faudrait pas toutefois que l’affaire soit de l’ordre de l’anti-occidentalisme effréné et de la propagande éhontée.

Et encore moins du « vol de l’Histoire », tel que les Occidentaux l’ont commis, par exemple cette plaque du royaume d’Edo, partie du butin pris lors de la conquête de Bénin, par un Anglais, et qui se trouve au Musée du Quai Branly, donc indument.

Mais écrire l’Histoire, c’est aussi l’effacer, la réécrire, comme au moyen de l’encyclopédie soviétique, ou pire par le décret de cet empereur chinois qui condamna au feu les textes précédant sa dynastie. Loin d’être obscurantisme périmé, un tel travers fait judicieusement l’objet du dernier chapitre : « Réécritures contemporaines du passé ». S’il s’agit de se départir d’une glorification du colonialisme dans la ligne de l’hagiographie d’un Christophe Colomb, bien. Le roman national n’est plus gaulois, mais reste une fabrication de l’ordre de la fiction lorsque l’Inde modifie jusqu’aux manuels scolaires pour exalter l’hindouisme et le nationalisme, ou lorsque la Chine imagine, au moyen du même bourrage de crâne, que sa civilisation impériale est vieille de cinq millénaire, alors que le peuple chinois est une invention récente. De même les affiches cinématographiques exaltent les conquêtes turques au point de prétendre par la voix d’Erdogan que les Musulmans ont découvert l’Amérique avant Christophe Colomb ! Un semblable délire affectant également quelques pays africains. Toutes ces falsifications sont un versant contigu des autodafés et autres destruction des livres[1]. En ce sens, pour reprendre un titre de chapitre, « la multiplicité des explorations et des mondialisations » n’est pas un gage d’avancée perpétuelle des connaissances exactes et des libertés. Même si ce beau livre nécessaire semble en être le garant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Science humaine, trop humaine… L’Histoire en effet n’a rien d’une science exacte, même si elle aussi a pour devoir de progresser vers la vérité. Or voir paraître une nouvelle vision de l’Histoire de France ne peut être que conceptuellement excitant, d’autant que visiblement, dès son titre, elle ne tombe pas dans les séductions délétères du protectionnisme et du nationalisme vieillots. Bien sain et on ne peut plus sensé est de montrer que tout territoire ne s’est pas construit sans être lieu de croisements et de circulations depuis des millénaires, et a fortiori depuis les derniers siècles. Sauf qu’aucune Histoire ne peut totalement échapper à l’idéologie, et il est à craindre que cette dernière mouture en regorge, entre Histoire diverse et Histoire identitaire. Il faudra donc se livrer conjointement et successivement à un éloge divers et à un blâme sévère de l’Histoire mondiale de la France, que Patrick Boucheron livre au seuil d’un nouveau monde, pour notre meilleur et, qui sait, pour notre pire.

« L’art du récit et l’exigence critique » ; ainsi Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, ouvre-t-il le bal du généreux et didactique volume qu’il a dirigé, aidé de quatre coordonnateurs et d’une centaine de contributeurs, tous plus historiens les uns que les autres. La lecture en est en effet fort agréable, fluide, informée, enrichissante, surprenante, sans jargon ni pompeuse érudition. Quant à l’exigence critique, car engagée, il faudra l’examiner avec doigté : « une conception pluraliste contre l’étrécissement identitaire ». En effet, se réclamant avec justesse de Michelet qui affirmait en 1831 « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France », il s’agit de rappeler ce qui devrait être une évidence : il n’y a pas de nation qui se soit construite sans que la plupart de la planète y ait défilé. Certes que cette « glorieuse patrie […] pilote du vaisseau de l’humanité », toujours selon Michelet, soit une prétentieuse hyperbole, nul n’en doute, mais il est ici question de ce en quoi la France n’est qu’un arbitraire espace nourri de mille irrigations de la planète-monde, quoique cristallisant une Histoire et une pensée unique, où le Christianisme et les Lumières ont joué des rôles décisifs.

Sinon un vide ratatiné sur soi, que serait la France sans les errantes populations celtes, les développements gallo-romains, les écrits des Grecs anciens, la démocratie athénienne, la Renaissance italienne, les Lumières venues d’Angleterre, Internet venu de Californie. Malgré les Capétiens, l’ordonnance linguistique de Villers-Cotterêt, le roi soleil Louis XIV, La « Déclaration des droits de l’homme et du citoyens » et le Général de Gaulle qui firent l’identité de la France, cette dernière n’est qu’un conglomérat d’influences méditerranéennes, européennes, mondiales enfin, d’où l’indiscutable bien-fondé de cette Histoire mondiale de la France. Il est en effet impossible de corseter l’historien de la francité dans un carcan strictement national qui serait une grande fiction. Ce serait comme interdire à Shakespeare d’avoir lu Plutarque et Ovide pour être le grand écrivain anglais que l’on sait. Au-delà de l’archétype nécessaire mais passablement fantasmatique de l’Etat-nation, l’on comprendra mieux la France en la connectant avec des dynamiques mondiales, en entendant combien nous sommes pétris de mondialisations successives.

À la manière de Roberts et Westad[2], commençons aux « prémices d’un bout du monde », (34 000 avant J-C) soit l’âge des migrations préhistoriques. Passons sur le ridicule titre de bal masqué (sans doute pour faire non-genré) : « L’homme se donne un visage de femme » à propos de la Dame de Brassempouy (23 000 avant J-C). Mais qui aura le ridicule de parler d’art français au sujet des grottes de Lascaux et de Chauvet, dont le langage « fonde un nouveau monde, quoique sur le territoire aujourd’hui pompeusement national » ? Le « vieux mythe des origines gauloises » a bien du plomb dans l’aile, même s’il est abusivement mis sur le même plan que « la fiction narrative d’une providentielle conquête romaine », qui fut loin d’être désastre civilisationnel.

Ce sont 146 dates qui ponctuent ce volume, de Cro-Magnon aux drapeaux de « Je suis Charlie » après les attentats de 2015. Elles sont classiques, comme la fondation phocéenne de Marseille en 600 avant Jésus Chtist, ou le choix de Paris comme capitale par les Francs en 511, ou encore l’Encyclopédie de 1751, et, de toute évidence 1789, en une étrange formule globaliste et piteuse à la mode : « Révolution globale qui inspire les patriotes de l’Europe entière ». Heureusement l’on prend soin de pertinemment noter l’influence de la révolution américaine, elle bien plus paisible et libérale. La Grande guerre de 1914 et le Front populaire de 1936 ne manquent pas à l’appel, quand celle de 39-45 n’est vue que sous l’angle de la « défaite nationale », de la France libre de 1940 et du Vel’ d’Hiv’ de 1942, alors la libération alliée semble en retrait. Les entrées finales de cette Histoire mondiale de la France sont croustillantes, en des sens bien différents : en Martinique, le chantre de la négritude, Aimé Césaire meurt en 2008, digne de tous les honneurs ; à New-York, en 2011, Dominique Strauss-Kahn se vit privé de sa porte vers l’élection présidentielle pour avoir eu l’indignité de se livrer à de rocambolesques frasques sexuelles. L’on se doute qu’un moindre recul relègue pourtant l’évènement dans les plus  poussiéreuses poubelles de l’Histoire.

 

Ces dates sont surprenantes (des haches en jadéite italienne à Carnac en 4600 avant J-C), excitantes pour la curiosité intellectuelle (hors Alesia, les cités gauloises « se sont livrées à Rome en toute liberté » ou « Des gaulois au Sénat de Rome » en 48). Ce sont bien des « sociétés bigarrées », y compris lorsque les barbares peuvent être assimilés, avec un rien d’indulgence idéologique, à des « migrations germaniques »…

Qui parmi nous sait qu’une « première alliance franco-russe » se fit en 1051, lorsqu’Henri I se maria avec Anne de Kiev ? Que les Normands, non seulement conquirent l’Angleterre en 1066, mais aussi la Sicile en 1091 ? Que les foires de Champagne, en 1202, liaient des accords avec des marchands italiens, des banquiers vénitiens, ce pour « des sommes colossales » ? Que Paris devint « la nouvelle Athènes de l’Europe », en 1215, grâce à son université ? Qu’en 1247 la science hydraulique d’Al Andalus contribua à l’assèchement de l’étang languedocien de Montady en 1247 ?

Ajoutons à la peste noire de 1347, venue d’Asie, et qui emporta la moitié des habitants des villes, le bûcher du 14 février 1349, à Strasbourg, où périt un millier de Juifs pour avoir, dit-on, empoisonné les puits. Ajoutons à la vie du grand argentier et commerçant Jacques Cœur sa vaine tentative de reconquérir Constantinople en 1456.

Il est bon de dédorer le blason du Roi soleil, ce monarque absolu que fut Louis XIV, rayonnant depuis Versailles, « lorsqu’une France ceinturée par la frontière de fer de Vauban se découvre exsangue d’avoir été pressée fiscalement pour payer des guerres dont l’atrocité provoque dans toute l’Europe une profonde crise de conscience ». C’est l’époque où Colbert « fait aussi le choix d’un développement des Antilles par l’esclavage », où la révocation de l’Edit de Nantes chassa tant de Protestants utiles. Un tel soleil sent le roussi…

Lon s’étonnera de voir se suivre deux dates antinomiques : 1793 pour la fondation du Museum d’histoire naturelle et 1794 pour le tournant de la Terreur révolutionnaire, terreur qui n’est pas une exception française, car « les guerres révolutionnaires provoquent bien un tournant autoritaire dans toute l’Europe ». De même l’ère napoléonienne se divise entre l’unicité du Code civil en 1804, qui inspira bien des nations, et un empereur « succombant à la démesure » aux dépens de ses voisins et de sa propre démographie. Plus loin, la « révolution romantique est une forme de mondialisation culturelle ».

Mais l’Histoire est aussi climatique, lorsque 1816, « l’année sans été », suite à l’éruption d’un volcan indonésien, fut une année de famines et de troubles sociaux. Et pandémique, lorsque le choléra frappa en 1832 la France et l’Europe.

Autres contrastes et contradictions. Le ferment de libéralisme et de nationalisme de 1848 précède « la colonisation pénitentiaire » de la Guyane en 1852. Après 1860, date du traité de « libre-échange » avec le Royaume-Uni, la France exporte aux quatre coins du monde, quand le « génie français » s’enrichit de personnalités d’ascendance étrangère, Offenbach, Zola, Haussmann, Marie Curie… Pourtant, l’on forge le nouveau « récit national » en scandant « nos ancêtres les Gaulois ».

La lecture nuancée de la Commune de 1871, peut-être trop pindulgente, précède la conférence de 1882 de Renan qui professe en faveur d’une nation « spirituelle » et laïque, non plus soumise à une dynastie ou une « race », mais qui sait consentir au « désir de vivre ensemble ». Les origines coloniales de la francophonie coexistent avec la « mise en spectacle du génie national » lors de l’Exposition universelle de 1900.

La part belle est donnée au XX° siècle, quand Paris est le berceau des avant-gardes et le siège de conférences pour la paix et du Congrès panafricain en 1919, aux espoirs déçus. Alors que la journée de huit heures de travail est enfin actée, Gabrielle Chanel parfume le monde dès 1921. La nationalité française, pour laquelle l’accession est facilitée en 1927, est bientôt souillée : « si la persécution des Juifs de France est une affaire française, leur extermination est un élément d’une histoire européenne ».

L’universalisation des droits de l’homme en 1948 s’unit à la réinvention du féminisme avec le scandale du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir en 1949. Scandale autrement choquant avec la mort de Staline en 1953, car ressentie comme un deuil immense par les communistes viscéralement attachés à leur tyrannie. Une fois l’empire colonial évanoui, de nouveaux humanismes et antihumanismes tentent d’assoir leur légitimité, de l’Abbé Pierre en 1954, au tiers-mondisme de Franz Fanon, « arme de justification de la violence » anticoloniale, jusqu’à mai 68, complaisamment associé à l’antitotatalitarisme, si l’on se souvient de son courant maoïste. Autre complaisance, envers le désastreux socialisme d’Allende en 1973, dont la fin est abusivement qualifié d’« autre 11 septembre », même s’il n’y pas de raison de nier l’horreur de la répression de Pinochet, qui eut un grand retentissement dans l’hexagone. L’on ne sait s’il faut alors pardonner le penchant gauchiste de cette Histoire mondiale de la France, ou le tenir pour une grille de lecture sociologique rendant compte des aveuglements notre société…

Pêle-mêle, mais dans un divertissant chassé-croisé des événements, l’on croise la crise pétrolière de 1973, Giscard et les diamants de Bokassa en 1979, symbole d’une « Françafrique » délétère qui n’en finit pas de mourir, la rigueur de Mitterrand, en 1983, alors qu’il eût fallu dater de 1981 la plongée des déficits et la dette, ainsi que la croissance du chômage…

Autre bonne idée en l’éphéméride. Pour 1984, la mort de Michel Foucault[3], qui fit la généalogie de l’universalisme des pouvoirs, est à la fois celle d’un philosophe emblématique, et l’apparition d’une nouvelle mort : par le sida. Mais l’on reste dubitatif devant le non-dit qui consiste à édulcorer l’enthousiasme de ce dernier pour la révolution islamique iranienne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hélas, de plus en plus, à partir de 1989, quand nous aimons que Jessye Norman « drapée de tricolore » chantât la Marseillaise, l’opus (et surtout la tête de chapitre)  devient imbuvable, imbibée d’anticapitalisme, alors que le modeste auteur de ces lignes voit dans notre crise sociale et de l’emploi d’abord la responsabilité des politiques socialistes et colbertistes. De plus le cliché du « printemps arabe » a vécu. La « politique arabe de la France » est dénoncée, fonctionnant « comme un trompe l’œil pour préserver des marchés et des débouchés », caressant dans le sens du poil bien des dictateurs, sauf en contribuant à éliminer un Kadhafi, pour l’heureux résultat que l’on sait.

En 1989, outre ce bicentenaire de la Révolution qui ne peut ignorer le génocide de la Terreur, une autre terreur se disloque, lorsque l’Union soviétique laisse s’ouvrir le mur de Berlin. L’horizon de la démocratie libérale se heurte cependant au 11 septembre 2001 et au terrorisme mondial, dont la France est hélas un point névralgique.

L’on constate que les dates choisies ne sont pas forcément canoniques, parfois insolites, dans le but de voir essaimer le regard du lecteur sur la France et sur le monde. En ce sens ce manuel d’une consultation si aisée est une mine de découvertes didactiques et curieuses, quoique parfois discutables, une mise en bouche goûteuse à l’ouverture d’esprit vers une Histoire aux cosmopolites ramifications. Ainsi le travail de l’historien hexagonal révèle des pans méconnus autant que l’intrication des peuples, des nations et des pensées. Au-delà de l’hagiographie périmée d’une seule nation, au-delà du glorieux ou désastreux collier de perles de hauts et bas faits royaux, l’historien se cherche, avec légitimité, de nouvelles approches ; comme lorsque l’on explore l’Histoire des odeurs[4] ou du coup de foudre[5]

Chacun se piquera d’ajouter une ou l’autre date à cette éphéméride que l’on peut lire avec la constance du chronologiste ou avec la curiosité vagabonde de qui picore un moment phare de ci de là. 1913, par exemple, plutôt que consacrée à la niçoise promenade des Anglais et à son tourisme international (et pourquoi pas), eût pu mettre en valeur une explosion culturelle exceptionnelle et bien cosmopolite. Cette parisienne année-là, Proust publia Du côté de chez Swann, Stravinsky et les ballets russes donnèrent Le Sacre du printemps, le cubisme de Braque et Picasso étaient en plein essor… Ou encore 1976, lorsque le Président Giscard d’Estaing autorisa le regroupement familial des immigrés, décision apparemment humaniste dont les conséquences remplacistes n’ont pas fini de se faire sentir…

Il fallait certes dépoussiérer un peu plus le discours historique, même si assez peu nombreuses sont les vieilles lunes encore aujourd’hui attachées comme lierre au « roman national », dont le chantre patriotique fut Ernest Lavisse, auteur d’une Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1901) et d’une Histoire de la France contemporaine depuis la Révolution jusqu'à la paix de 1919 (1920-1922), mais aussi d’une Histoire de France, destinée aux écoles, en 1913. L’on sait qu’il est à l’origine d’une imagerie haute en couleurs vantant les exploits de nos rois et chevaliers, de nos empereurs et de notre République, statufiant l’héroïque Jeanne d’Arc et notre immense Napoléon (qui n’avait guère de pitié pour les millions d’hommes qu’il sacrifia) ; sans compter les clichés discutables, tels Charlemagne fondateur de l’école, ni omettre un penchant belliciste après la perte de l’Alsace et la Lorraine. Du fait historique, en passant par la légende, voire jusqu’à la plus fantaisiste fiction, Lavisse confine au vice (pardonnons le trop facile jeu de mot). L’Histoire est une épopée au service de l’amour propre de son pays, passant sous silence le génocide vendéen lors de la Terreur révolutionnaire, par exemple. Un Dimitri Casalis se vit confier la continuation de cette ode nationaliste, depuis 1939, à l’occasion de la réédition anniversaire de 2013[6] : l’on devine par exemple que les méfaits de l’OAS en Algérie sont pudiquement oubliés en ce pastiche… Il faut bien qu’un Patrick Boucheron pose sur la même étagère son Histoire mondiale de la France pour déconcerter les certitudes rassises, quoiqu’avec des tours bien discutables, en particulier d’éviter de parler de la guerre d’Algérie, en lui préférant le « quartier franco-algérien de Jérusalem » en 1962.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre le penchant idéologique gauchisant de l’opus, il n’en reste pas moins que cette Histoire mondiale de la France est sans cesse ponctuée de coups de griffes aux identitaires gaulois que serions restés depuis le XIX° siècle. Comme si l’on nous prenait pour des bœufs, des béotiens, des beaufs. Un peu de retenue dans l’ostracisme eût été plus noble. Sauf quelques cramés du bulbe cervical, il n’y a guère de monde pour s’exalter encore de la race française, du génie national à tous crins et du mépris des nations voisines. Il ne s’agit pourtant pas de battre sa coulpe et de se confire en lamentations sur l’avérée culpabilité française en Algérie, en esclavage, en guerres intra-européennes, de surenchérir sur le « complexe occidental », pour reprendre le titre d’Alexandre del Valle[7], alors qu’en matière de colonisation et d’esclavage la planète a connu bien pires engeances, en particulier islamiques, en temps et en quantité.

Des premières aux dernières pages « le métissage irréductible de ses identités » est un concept récurrent, un mantra, un diktat à marteler les têtes des mal-pensants, un anachronisme enfin, tant le phénomène, quoique parfaitement juste en soi, résonne comme une ode à l’immigration actuelle que l’on croit désavouée par xénophobie et repli sur soi, alors que le métissage, qui peut avec bonheur offrir de jolies gammes de chocolat, du noir au  blanc, sans oublier au lait, n’est que le masque torve de l’imposition d’une tolérance à l’intolérable islamisation des sociétés. Certes, et loin de là, tous les contributeurs ne se vautrent pas dans ces errements, et ne s’excitent pas comme des puces sauteuses à l’idée d’une France joyeusement battue de migrations et d’invasions. Il faut alors rappeler que depuis le Haut Moyen-Âge, suite au relatif raz de marée barbare qui déferla sur la Gaule romaine, la population française resta grosso modo stable en sa reproduction jusqu’à la fin du XIX° siècle. C’est un phénomène assez récent que de voir les Polonais, Italiens, Portugais et Espagnols irriguer le sang français, quand à partir des années 1850 « la France devient un grand pays d’immigration ». Mais il faut aujourd’hui trier le bon grain parmi l’ivraie des ressortissants des colonies du Maghreb et d’Afrique, enfin des réfugiés de guerres moyen-orientales, des desperados économiques, sans compter le prosélytisme de remplacement islamique, dont la perfusion et la prolifique natalité risquent de poser d’intraitables incompatibilités sanguines…

Si ouverte, artificielle et fluctuante qu’elle soit, l’identité d’une nation n’est pas tout à fait à rayer des examens de la pensée, ce dont témoigne l’analyse de François Braudel en son essai L’Identité de la France[8]. En ce sens le travail de l’historien, en charge d’objectivité, consiste à « infliger une blessure narcissique à un pays attaché à un récit national tenu pour exceptionnel », pour reprendre les mots judicieux de Patrick Boucheron. Entre Terreur, campagnes militaires napoléoniennes et colonisation dispendieuse, prédatrice et meurtrière, même si elle eut ses penchants et effets bénéfiques (en particulier la presque suppression de l’esclavage), les zones putréfiées de l’Histoire de France sont nombreuses. Mais pas au point de méconnaître la dimension civilisatrice d’un pays de technique, d’art et de culture… Il n’en reste pas moins qu’exclusivement parler de la France, outre la gageure et la présomption, est forcément un malentendu, auquel n’échappe pas complètement cette Histoire mondiale de la France : entre Rhin et Pyrénées, si une Histoire particulière a marqué les mœurs et les esprits, elle est d’une importance pour le moins discutable face aux enjeux que sont ceux de la Civilisation, qui se tisse autant du « Qu’est-ce que les Lumières ? » de Kant que d’un kimono fleuri, des Variations Goldberg de Bach que de La Recherche du temps perdu de Proust, que de Pasteur, Flemming, Marie Curie, que de la constitution américaine et des gastronomies…

Un manichéisme sûr de sa superbe affecte pitoyablement cette Histoire mondiale de la France, alors qu’elle eût bien mieux mérité : « la régression identitaire d’un nationalisme dangereusement étriqué » d’un côté, vouée aux gémonies où pourrissent des ploucs populistes et incultes (entendez le Front National et consorts), et de l’autre les intellectuels éclairés du multiculturalisme dont s’enorgueillissent d’être cet aréopage d’historiens. Sauf que les deux camps, en leurs excès s’aveuglent, et qu’au mieux les érudits compères cornaqués par Patrick Boucheron sont les borgnes au royaume des aveugles. Ne fustige-t-il pas « les effets supposément destructeurs de l’immigration » ? Nous saurions l’approuver si l’Islam n’avait pas été inventé au VII° siècle pour déferler, conquérir, convertir, esclavagiser et décapiter bien au-delà du seul espace français. Car en la matière, il ne s’agit pas d’une Histoire mondiale de la France, mais d’une Histoire mondiale de l’Occident, de la planète et des libertés qui a pu influencer et enrichir des rivages lointains. En ce sens ce n’est pas le grotesque d’une critique nationaliste qui sied ici, mais la dignité d’une critique libérale.

Outre la question soigneusement tue de l’irruption islamique totalitaire, le principal grief que l’on puisse faire à l’encontre de cette Histoire mondiale de la France, est la quasi absence de la France comme langue culturelle, comme celle de Racine, de La Fontaine et de Proust, qui, en sus d’avoir été nourris par l’Antiquité gréco-romaine, ont été traduits en une myriade de langues, comme l’on joue Lully, Rameau, Berlioz, Debussy et Messiaen sur toute la planète, du moins planète éclairée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on se doute que ce volume qui mérite autant l’éloge que le blâme fut encensé par Libération et Le Monde des livres (dont Patrick Boucheron est un contributeur) et descendu en flammes par Le Figaro littéraire. Polémiques symptomatiques tant chacun se rétracte sur son credo. L’inénarrable Eric Zemmour y accusa lourdement de « Dissoudre la France en 800 pages[9] », bien qu’il y pointât avec justesse la formule pro-islamiste de l’« illusion événementielle » que fut la victoire de Charles Martel sur les Sarrasins en 732. Le plus subtil Alain Finkielkraut y excava « Le tombeau de la France mondiale[10] ». Est-ce seulement parce qu’il regrette avec pertinence que de cette Histoire mondiale de la France disparaissent les écrivains, hors Sade « embastillé et universel », Balzac que l’on y juge dépourvu de cosmopolitisme, Malraux en sa « conscience universelle »,  Simone de Beauvoir qui bénéficie d’un brevet de féminisme ? Notre philosophe, d’une excellence parfois discutable[11], y voit avec effroi, et nous l’appuierons sur ce point, que l’on y préfère les footballeurs « black, blancs, beurs » de 1998, mais aussi l’aimable originaire d’Arménie Charles Aznavour, alors que sont évacués de ce distributeur de médailles de bien-pensance des dizaines d’écrivains, de philosophes, de peintres, de compositeurs de dimension mondiale. La sous-culture enterre avec une inqualifiable indignité la hauteur de la pensée et de l’esthétique…

L’Histoire est trop souvent l’imposition de la doxa d’un temps sur d’autres temps. Regardons en ce manuel hors normes ce cliché bien de notre aujourd’hui : par exemple la mention d’un « réchauffement climatique » en 12 000 avant J-C, d’un autre entre 1570 et 1620 (dans un paragraphe incompréhensible p 292 où « réchauffement » rime avec « abaissement de la température » !), mais pas de celui si bénéfique au Moyen-Âge, mais pas le moindre refroidissement à l’époque de Louis XIV…

Pire - est-ce possible ? - l’on décèle sans peine le message à la fois subliminal et martelé au pilon digne des ateliers du Creusot : en 719, près de Perpignan, le pillage d’une « troupe musulmane » (certes il n’est qu’un accident guerrier parmi d’autres), laisse à notre souvenir une tombe commune, qui recèle un « signe précurseur et insolite […] de notre bienveillance à l’égard du voisin ». En 1143, l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, fit réaliser la première traduction latine du Coran, que l’on devine encore perfectible. Cette curiosité occidentale, certes poussée par la nécessité de se défendre de l’hérétique ennemi sarrasin, dont la réciproque se fera bien des siècles attendre (car l’Arabe, sinon chrétien, n’imaginait pas devoir traduire la Bible) est alors vilipendée par l’historien dont par pudeur nous tairons le nom, parce l’on reprochait à Mahomet sa « vie détestable ». Quel scandale que de parler de « l’exécrable Mahomet » ! Voudrait-on qualifier de blasphème[12] la position du Vénérable ? Hors la question inévitable des rivalités entre deux systèmes religieux concurrents, dire que « Pierre le Vénérable échoue à réellement dialoguer avec l’Islam » est une de ses vérités qui cache un mensonge : nos historiens n’ont lu ni le Coran, ni les hadits, sinon avec des lunettes de plomb, pour ne pas y lire l’évidence : la nature totalitaire et meurtrière de ces textes[13].

Evidemment, la croisade de 1095 est le « signe du raidissement identitaire de la Chrétienté face aux Musulmans, aux Juifs et aux Grecs ». « Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises[14] ». Fallait-il laisser les Arabes, après avoir soumis les deux-tiers de la méditerranée par le fer, le sang et la conversion, détruire le Saint-Sépulcre et fermer la porte aux pèlerins ? Certes les Croisés n’étaient pas des anges face à Saladin - ils le prouvèrent en pratiquant de réels pogroms antijuifs et en pillant Constantinople -, mais se défendre serait « identitaire », donc équivalent à cette fachosphère sous-entendue, dont sont évidemment indemne ces bons Musulmans…

 La traduction de Galland, en 1704, n’est sauvé du fauchage littéraire que parce qu’il s’agit des Mille et une nuits arabes, alors qu’elles sont bien plus cosmopolites, et parce qu’en 1712 Galland « n’a pas agi différemment des compilateurs arabes » lorsqu’il ajouta le conte d’Aladin au corpus. Oyez, oyez bonnes gens, comme la culture arabe est grande, comme la soumission à l’Islam est désirable ! Beurk et rebeurk ! Alors que les compilateurs arabes ont pillé et fait disparaître les manuscrits de ces Mille et une nuits d’origine perse, chinoise, égyptienne, voire grecque et si peu arabe[15] et que seul un Français les a ressuscités. Balzac, disions-nous, ne vaut pas un pet de lapin quand en son temps Claude Fauriel a établi en son Histoire de la poésie provençale, l’influence de la lyrique arabe, ce qui n’est d’ailleurs pas faux. Que pèsent alors Ronsard, Hugo, Baudelaire, devant quelques vers, certes charmants de la poésie d’al-Andalus[16] ? Tenez-vous le pour dit : ce que l’on appelait avec hauteur la civilisation française doit en vassale ployer le genou - et avec la plus grande contrition, puisque la France a eu l’impudence de détruire l’esclavagiste port barbaresque d’Alger en 1830 qui ravageait la Méditerranée - devant la musulmanie, dont on sait qu’elle nous apporta un rayonnement universel et dont elle consent encore à nous faire libéralement don !

Les derniers mots de cette Histoire mondiale de la France sont consacrés à « l’exaltation de la France plurielle ». De cet euphémisme, devons-nous conclure avec le modeste auteur de ces lignes critiques qu’il s’agit d’accueillir les hommes, les livres et les musiques venus du haïku japonais et des économistes libéraux anglo-saxons, venus des Mille et une nuits, du jazz afro-américain ? Absolument. La « France plurielle », au même titre qu’une planète plurielle, doit être une augmentation par les Lumières, non pas une éradication par la barbarie des mœurs et de la théocratie.

 

 

 

 

 

 

 

Il n’a pas échappé, même s’ils le taisent à-demi, aux auteurs réunis par Patrick Boucheron, qu’écrire l’Histoire, c’est donner une direction au futur, c’est en définitive à la manière d’historiens déconsidérés agiter la folle marotte d’une idéologie. Ainsi, sans aller jusqu’à les comparer à ces Attila, derrière lesquels l’herbe historienne ne repousse plus, des empereurs chinois brûlèrent tous les documents d’un passé inconvenant pour édifier et commencer avec eux un monde nouveau, ou Staline fit effacer de photographies compromettantes les dignitaires qui n’étaient plus censés avoir fondé son pouvoir. Effacer l’Histoire des Juifs était également le préalable indispensable au Reich de mille ans. Nous n’aurons pas la bassesse de succomber à la reductio ad hitlerum, qu’il serait indécent d’adresser aux talentueux auteurs réunis par Patrick Boucheron. Reste qu’un nouveau catéchisme du « métissage » sourd toutes trompettes glorieuses rugissantes de cette Histoire mondiale de la France. Nous ne nous en formaliserions pas un instant, au contraire, s’il ne s’agissait que de montrer de la France fut et reste un patchwork ouvert aux circulations de peuples, de sciences, de cultures, indispensables à son enrichissement, et d’en comprendre la nécessité. Il faut alors garder en tête les éloges que mérite cette Histoire mondiale de la France, que d’aucuns qualifieraient peut-être, d’une manière improprement expéditive, d’islamo-gauchisme. Mais ne pas omettre le blâme s’il s’agit en ces pages d’euphémiser, voire réclamer un métissage ouvert à des éléments humains et idéologiques contraires aux idéaux des Lumières et qui contreviendraient aux droits naturels et aux libertés individuelles, non au sens d’une réductrice identité française,  la réponse à opposer est un « non » vigoureux. C’est seulement ainsi que notre futur fera Histoire, et non régression, suicide et pétrification. Si le futur nous réserve qu’il y ait encore des Historiens libres de leur calame, de leur plume ou de leur clavier, et si notre occidentale civilisation avait le malheur de disparaître en mortelle, comme se délita l’empire romain, qu’en diraient-ils ? Sinon qu’une barbarie de quatorze siècles aurait enfin achevé son dessein…

 

L’Histoire est le lieu d’une construction dont le lieu n’est pas formé par le temps homogène et vide, mais par le temps rempli d’à présent[17] », écrivait Walter Benjamin. En ce sens notre choix, notre lecture des événements du passé en dit autant sur ce dernier que sur les obsessions, les modes, les clichés et les tendances idéologiques de notre temps. Ils sont au diapason de la multiplicité mondiale. Au risque toutefois du relativisme, alors qu’il faille considérer les gains civilisationnels, et savoir si possible séparer le bien et le mal dans l’Histoire. Sachant également, au-delà des curiosités locales et chronologiques, s’orienter dans l’Histoire, comme le préconise Odd Arne Westad au seuil de son Histoire du monde : « J’ai cherché d’emblée à repérer, là où c’était possible, les éléments qui, par l’influence générale qu’ils exercèrent, eurent l’impact le plus large et le plus profond, plutôt que de me contenter d’aborder dans l’ordre, une fois de plus, les thèmes que la tradition juge importants[18] ». Il ne s’agit donc pas d’infatuer les ego des historiens, des nationalistes et autres fondamentalistes religieux, voire des ennemis de l’anthropocène, mais de pointer ce qui fit pivot parmi les siècles, les millénaires et les continents au service de conséquences considérables, mais aussi des prospérités et des libertés humaines.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[6] Ernest Lavisse : Histoire de Franceédition augmentée par Dimitri Casali, Armand Colin, 2013.

[7] Alexandre del Valle : Le Complexe occidental, L’Artilleur/Toucan, 2014.

[9] Le Figaro, 19 janvier 2017.

[10] Le Figaro, 26 janvier 2017.

[14] Molière : Le Misanthrope, Acte I, scène 2, vers 314.

[16] Le Chant d’al-Andalus, une anthologie de la poésie arabe d’Espagne, Anthologie, Sindbad, 2011.

[17] Walter Benjamin : Sur le concept d’histoire, Klincksieck, 2023, p 102.

[18] John M. Roberts & Odd Arne Westad : Histoire du monde, Perrin, 2017,  p 19.

 

Photo : T. Guinhut.

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28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 11:00

 

Retablo de San Pedro y Santa Maria de Olite, Navarra.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Existence, inexistence de Dieu,

voire nécessité de la religion.

 

Fénelon, Sébastien Faure, Alain Nadaud,

Rémi Brague, Hartmut Rosa,

Marc-Antoine Mathieu & Lambert Schlechter.

 

 

Fénelon : Traité de l’existence et des attributs de Dieu, Œuvres, I, Lebel, 1820, 472 p.

 

Sébastien Faure : Douze preuves de l’inexistence de Dieu, L’Herne, 2018, 72 p, 6,50 €.

 

Alain Nadaud : Dieu est une fiction, Serge Safran, 2014, 288 p, 19 €.

 

Rémi Brague : À chacun selon ses besoins, Flammarion, 2023, 224 p, 20 €.

 

Hartmut Rosa : Pourquoi la démocratie a besoin de la religion,

traduit de l’allemand par Isis von Plato, La Découverte, 2023, 80 p, 15 €.

 

Marc-Antoine Mathieu : Dieu en personne, Delcourt, 2009, 128 p, 17,95 €.

 

Lambert Schlechter : Fragments du journal intime de Dieu,

L’Herbe qui tremble, 2023, 82 p, 16 €.

 

 

Si le sentiment religieux est un phénomène universel, il existe des religions sans dieu, tel le bouddhisme, donc athées, sans compter celles polythéistes. Mieux - ou pire diront les détracteurs - l’agnosticisme évacue toute religiosité. Avons-nous cependant besoin de religion ? Depuis que tant d’autorités du monothéisme sont persuadées de l’existence de Dieu, selon Fénélon, ou de son inexistence, selon Sébastien Faure, la question n’est pas prête d’être tranchée, quoique Dieu puisse bien être une fiction, comme l’affirme Alain Nadaud. Pourtant, à rebours des naïfs qui ne croient que par habitude culturelle, voire conditionnement, à rebours des férus d’athéisme, deux philosophes prétendent combien Dieu permet la liberté humaine, pour Rémi Brague, et combien, pour Hartmut Rosa, elle est nécessaire dans le cadre de la démocratie ; mais à condition de ne pas se tromper de religion. Théologique et philosophique encore peuvent-être la bande dessinée de Marc-Antoine Mathieu qui exhibe « Dieu en personne », et le journal intime, selon Lambert Schlechter, de cette créature qui n’a pas fini de défier notre imagination, sans compter les perles et les bourdes de l’argutie.

 

 

Malgré les efforts des Pères de l’Eglise accumulant les preuves de l’existence de Dieu, qu’elles soient tirées de la métaphysique, de l’imperfection de l’être humain, de l’idée que nous avons de l’être nécessaire et de l’infini, comme le postula au XVII° siècle Fénelon[1], alors que d’autres n’ont pas manqué de lister celles de son inexistence, comme en 1908 le libertaire Sébastien Faure[2], la question n’est guère tranchée.

Pourtant François Salignac de la Motte-Fénelon, fameux auteur des Aventures de Télémaque et théologien du XVII° siècle français, archevêque de Cambrai, accumule les preuves irréfutables, du moins le prétend-il, en son Traité de l’existence et des attributs de Dieu. « Ainsi vivent les hommes. Tout leur présente Dieu et ils ne le voient nulle part ». Or le spectacle de la nature et la présence splendide de l’univers suffisent à deviner son auteur. La structure du corps humain et de son intellect n’échappent pas à cette nécessité. Dieu se manifeste autant dans l’infini que dans l’idée. Bien entendu, Fénélon se pique de réfuter le spinozisme, au nom d’un immuable infini originel. Car selon Spinoza, si la Nature est Dieu, toute croyance en un Dieu surnaturel ou transcendant est exclue ; en ce sens cet athéisme oppose à la conception transcendante du divin une philosophie matérialisme de l’immanence. Faut-il y voir l’une des prémisses du « Dieu est mort » nietzschéen ?

Notre édition en 22 volumes des Œuvres de Fénelon orthographiant par erreur la pièce de titre du premier volume « Éxistance de Dieu », faut-il y voir ignorance crasse du doreur et du relieur, ou une dommageable ironie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En contrepartie, l’implacable anarchiste Sébastien Faure liste en 1908 Douze preuves de l’inexistence de Dieu. Outre l’absence d’universalité du Dieu unique, face aux religions polythéistes ou sans dieu aucun comme le bouddhisme, aucune certitude scientifique ne vient appuyer son existence. Parmi les arguments probants, voici « le Geste créateur est inadmissible », tant on ne peut créer à partir de rien. En conséquence « le pur Esprit ne peut avoir déterminé l’univers ». Il faut alors chasser les contradictions : « le Parfait ne peut produire l’imparfait ». Sans oublier que les motifs de la Création sont indiscernables, que Dieu n’est pas infiniment bon, puisque « l’Enfer l’atteste », le problème du Mal étant incompatible avec un Dieu infiniment bon. Si affirmatif que soit Sébastien Faure, les théologiens lui répondent par la nécessité du libre arbitre et de la responsabilité humaine…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dieu est bien une fiction, comme l’assure avec fermeté Alain Nadaud[3], qui sait parfaitement que les dieux de toutes obédiences sont  autant d’illusions que les démons du bouddhisme. Cette critique du religieux trouve son acmé dans un essai rigoureusement ordonné : Dieu est une fiction. Le sous-titre est parlant : « Essai sur les origines littéraires de la croyance ». Autrement dit, les textes sacrés ne sont écrits que de main d’homme, il est nécessaire et pertinent de leur appliquer une méthode de lecture critique et historique. Lire la Torah, la Bible, Les Métamorphoses d’Ovide et le Coran n’est rien d’autre que lire des romans, des poèmes et des propositions juridiques. La Théogonie d’Hésiode et les Evangiles sont des « œuvres d’imagination ». La seule chose qui les sépare est qu’à la première personne ne croit plus. Inventer des dieux « pour ne pas se désespérer de son sort » reste une activité honorable, si elle ne devient pas une tyrannie contre autrui, « au coût exorbitant de son asservissement, de la confiscation de sa liberté de pensée et d’agir ».

De là à en inférer que « le culte de la littérature ne faisait aujourd’hui que participer à la perpétuation de la croyance », il y a peut-être un pas qu’il ne fallait franchir qu’avec précaution : aimer les textes ne signifie pas croire aveuglement en la réalité de leurs personnages et en l’autorité irréfragable de leurs maximes…

L’essai d’Alain Nadaud, Dieu est une fiction, dévêt les croyances de leurs voiles. Anthropomorphes, bouffis du besoin d’être adulés, capricieux et vengeurs sont trop souvent les dieux. Avec modestie, Alain Nadaud, qui ne prétend ni à la vérité, ni à l’exhaustivité, charge toutes, ou presque, les religions. L’animisme est conspué pour sa naïveté et son ridicule, malgré les qualités d’imagination et de fascination de ses conteurs inspirés. Les mythes n’ont plus qu’un statut littéraire, « projection splendide ou sordide des passions qui animent l’humanité ». Les prophéties bibliques sont des stratagèmes pour faire parler Dieu lui-même ; les prodiges d’un récit « à plusieurs mains », nourrissant l’exégèse juive, n’ont pas été retenus par les historiens, quoique flattant l’orgueil du « peuple élu », sans cesse frappé de déception. Le christianisme est plus universaliste, moins contraignant, il réussit à faire avaler une fiction risquée : Dieu s’incarne en un homme. Contribuant à la fin de l’esclavage et à la séparation des pouvoirs spirituel et temporel, le discours pacifiste des Evangiles ne sera pas toujours entendu, en tout cas pas à la hauteur du mystère de la Sainte-Trinité, « invention délirante et acrobatique », source de querelles, de schismes et d’hérésies. Quant au monothéisme de l’islam, il n’est qu’un outil politique et guerrier de conquête, assure-t-il, s’appuyant sur l’excellent historien Maxime Rodinson[4]. Le Coran n’a « aucun ordre logique », n’est qu’une incantation répétitive, obsessionnelle et autoritaire. Pillant la Torah dont Allah prétend être l’auteur, puis le personnage de Jésus, sans compter la bourde des « versets sataniques », il assure la tyrannie d’un dieu abstrait au moyen du « plagiat et de l’artifice littéraire ». Déçu par le recul des Juifs devant son chef-d’œuvre, Mahomet les vouera aux pires exécrations sanguinaires, tout en perpétuant une « brutale domination sexuelle » en moyen des vierges à disposition dans son paradis. Le Coran ne supporte guère la comparaison littéraire avec la Bible, Mahomet ne pouvant rivaliser avec une création d’un millénaire. La critique du style et de la composition du « texte acrimonieux et vindicatif » est sans indulgence. Pourtant sa persuasion presque planétaire est affolante, tant le besoin de haine et de meurtre anime le cœur de l’homme…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels que soient les dieux, ils n’apparaissent et ne s’imposent que dans et « par l’imaginaire des hommes » et au moyen de leurs clergés trop souvent impérialistes. Rendons cependant grâce à toutes ces religions pour les trésors d’art, de musique et de littérature, et aux Grecs de n’avoir été ni prosélytes ni fanatiques. Pourtant, le fanatisme et l’extrémisme sont des « raidissements » devant « la sourde perte de croyance ». Car comment comprendre que ces dieux ne se soient adressé qu’à quelques tribus, au lieu de la terre entière, sinon en démasquant leur fausseté. Ce qui surexciterait la susceptibilité des bras armé des dieux.

La lecture d’Alain Nadaud est aussi savante et informé que fluide, son argumentation raisonnée parait ne souffrir aucune contradiction. Y compris lorsqu’il démonte l’argument de l’intraduisible texte sacré, en arguant des traductions de Don Quichotte qui n’empêchent pas le vent du chef-d’œuvre. En revanche il n’est pas sûr que l’exégèse soit toujours un « gaspillage d’intelligence », si l’on sait que l’étude du Talmud vivifie l’intellect des Juifs, quand la récitation coranique abrutit celui des Musulmans. Car « le croyant défend bec et ongles son désir de soumission à une autorité qui pense pour lui ». Nous sommes alors bien loin de la devise des Lumières selon Kant : « Ose savoir ! »

Au-delà de cette soif de croire, ne reste au bout du compte, selon Alain Nadaud, qu’à trouver « une mystique de l’athéisme », oxymore peut-être affabulateur. La « lucidité » de l’athée le conduit à savoir que « l’homme est l’ultime horizon de lui-même », qu’il doit « aménager le vivre ensemble » et repousser la question du mal, imputé à Satan, vers l’humanité elle-même. La sagesse critique d’Alain Nadaud est évidemment de l’ordre d’un humanisme, sans qu’il soit nécessaire d’y aménager une place pour des dieux dangereux. Polémiste il conclue : « la religion est le trou noir de l’intelligence », ce que l’on peut trouver bien excessif… Il en appelle à une « spiritualité » de l’athéisme, recentrée sur « les activités artistiques […] l’amour d’une femme ou d’autrui ». Et pourquoi ne pas penser aux activités économiques au service de l’humanité ?

 Au sortir de cet essai, efficace, roboratif, la pensée du lecteur ne peut que s’élever par-delà les hauteurs des mensonges décryptés des dieux, humains, trop humains. Pourquoi accordons-nous tant de prix à ces fictions que sont les dieux du tonnerre et du vent, Aphrodite ou Bouddha (quoiqu’il fût selon la légende plus exactement un homme), Christ ou Allah, sinon pour nous illusionner… À moins qu’ils soient le soupçon, l’appel de cette transcendance qui nous est consubstantielle et consolatoire.

Est-ce à dire qu’il faut rejeter les textes religieux ? S’il y a parmi eux de la sagesse et de la beauté humaines, certes non. S’ils sont fanatisme, obscurantisme et intolérance, voire appel à l’esclavage des femmes et au meurtre, on gagnera bien sûr à les ranger dans les bas rayons des mauvais documents, aux côtés de Mein Kampf et du Manifeste communiste, ces fictions dangereuses aux montagnes de morts conséquentes et bien réelles, à seule fin des historiens des mœurs.

 

Fénelon : Œuvres complètes, Lebel, 1820-1824.

Photo : T. Guinhut.

 

A contrario la sagacité du philosophe chrétien Rémi Brague s’exerce avec brio dans son essai intitulé À chacun selon ses besoins. Dieu a donné à chaque créature la capacité d’atteindre le bien et assurer sa survie, son développement, et aux hommes la capacité du jugement. La Providence devient ainsi intelligence et sagesse humaine. Or parmi sa « vie historique », l’homme semble parfois bien loin de Dieu. En fait, « la providence divine, quand elle a pour objet l’homme en tant que tel, doit culminer en une économie historique du salut par laquelle Dieu va chercher l’homme là où il est (p 203-204) ». En ce sens cette réflexion fouillée sur la providence se départit de la fatalité pour se consacrer à la liberté, pour affirmer me « libéralisme de Dieu » et la « finesse croissante du bien ». Est-ce un vœu pieux, une illusion, une téléologie nécessaire…

Reste que Rémi Brague ne se penche guère sur ceux que la nature n’a pas favorisés, handicapés mentaux et physiques, enfants cancéreux, et autres victimes de l’Histoire  dont la liberté n’est pas avérée. Toutefois, notre philosophe chrétien fait preuve, non seulement de sa foi en Dieu, mais d’une revigorante foi en l’homme. Nourri de Saint-Thomas d’Aquin et d’une culture aussi précise qu’impressionnante, cet essai, sous-titré « Petit traité d’économie divine », mérite d’être considéré comme un stimulant pour l’humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sociologue allemand Hartmut Rosa offre soudain un titre surprenant, voire paradoxal : Pourquoi la démocratie a besoin de la religion. Le christianisme ayant mauvaise presse pour son supposé obscurantisme, son archaïsme, voire la pédophilie de membres du clergé, il est étonnant de voir le penseur d’Aliénation et accélération[5] s’inquiéter de la perte de légitimité de la religion dans nos sociétés démocratiques.

Comme il est de mode et de cliché parmi nombre d’intellectuels, la critique du capitalisme consumériste et comptable de croissance effrénée sert de prémisse à l’argumentation. De même la crise des réfugiés devrait amener la civilisation  occidentale à se remettre en question. C’est alors que, trésor culturel et moral, la religion doit, au travers de ses cathédrales par exemple, éveiller un émerveillement et une « résonance », pour reprendre l’un de ses précédents titres[6]. Elle « dispose d’éléments qui peuvent nous rappeler qu’un autre rapport au monde que celui visant la croissance et l’exploitation est possible ». La religiosité comme remède au capitalisme ! Ce capitalisme libéral qui rendit tant de service à l’humanité et auquel l’on ne sait pas rendre justice ! Certes dans une église « la disposition agressive disparait pour un moment ». Une « résonance verticale » avec le cosmos, une « communion » sont possibles au cœur de la pensée des trois monothéismes », ainsi que dans l’hindouisme et le bouddhisme.

La pensée d’Hartmut Rosa souffre de deux biais majeurs. Outre son anticapitalisme couplé avec des relents marxistes et une idéologie écologiste hyperbolique, il oublie, ou ne sait, combien l’islam est une religion politique antidémocratique et génocidaire. Rémi Brague a su, bien mieux, penser l’islam[7].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tournons-nous - la chose étant assez rare pour être signalée - vers la bande dessinée philosophique. Car Marc-Antoine Mathieu prétend rencontrer « Dieu en personne », selon son titre à ne pas prendre trop au sérieux.

Tout commence par un recensement parmi une foule engoncée dans un couloir noir, dans on ne sait quelle société peu amène, voire sinistre. Quand un individu sans identité aucune se présente. Et s’il se prétend « Dieu », l’hilarité de la foule le conspue, bien qu’il consente à rire lui aussi. Le voilà interné, observé par un psychiatre, alors que le lecteur ne le voit que de dos. Brillantes, quoique « parfois si incongrues », sont ses réponses. Il se définit comme un « livre de sable », « le zéro », « le silence », « un nouveau-né ». Une intelligence hors-normes et « un savoir insondable » occupent plus de 99 pour cent des capacités de son cerveau, au point que ce Dieu puisse offrir le boson de Higgs aux physiciens, ce boson qui unifie la gravité et la mécanique quantique, ainsi que dénombrer instantanément les molécules d’une bibliothèque. Les prodiges se multipliant, une « disjonction métaphysique » conduit la cité à reconnaître Dieu ! Mais le monde restant inchangé, reproches et ressentiments s’accumulant, le gigantesque procès planétaire est inévitable. S’agira-t-il de « la victoire de la justice des hommes sur celle de Dieu » ?

L’on devine les commissions d’experts, théologiens, scientifiques, obscurantistes, cosmologues, et caetera. Existence, inexistence de Dieu, causalité, libre arbitre s’invitent inévitablement. Ce Dieu créateur et omniscient a-t-il laissé faire la nature et le monde des hommes ? En ce cas pourquoi ne change-t-il pas les choses ? Lui faut-il un logo, est-il libre de droits ? Celui « dont le facteur d’entropie est quasiment nul » voit sa côte de popularité menacée. Pourtant ses livres explosent les meilleures ventes, alors que le théâtre grandiose du procès prend la forme d’une subtile dispute philosophique. En contrepartie, un investisseur crée un parc à thème : « Le royaume de Dieu », dans lequel le visiteur se fait âme.

Peu à peu son visage se dévoile, vieilli, fait de particules en mouvement, ce en contraste avec la raideur hiératiques des lieux et des innombrables protagonistes interchangeables. L’on soupçonne un instant qu’il puisse se réincarner en enfant, avant qu’il disparaisse en avouant n’avoir jamais existé, n’avoir été qu’un acteur, dont l’omniscience n’était qu’un puissant « moteur de recherche »…

En ce génial canular - quoique - la satire de la crédulité ne cesse de gagner des points. L’ironie pointe de plus en plus le bout de son nez. Et si Dieu est mort, pour reprendre la formule nietzschéenne, l’on se sent projeté, lors de la fin du récit, au retour au point de départ, à l’éternel retour du même.

Le graphisme sec, la noirceur austère et intense, tout concourt à une ambiance angoissante, voire menaçante, en quelque sorte kafkaïenne, si l’on pense à l’auteur du Procès.

À quoi bon ajouter quelque page au déluge théologique ? Sinon pour s’en amuser, voire le réfuter d’un mot ? Poète singulier, Lambert Schlechter, dont nous avions fort apprécié l’opus monumental[8], est au plus près de Dieu, puisqu’il sait livrer quelques Fragments du journal intime de Dieu, roboratifs à plaisir.

Triste sort que celui qui ne connait pas la mort ! Que fait-il alors de son éternité ? Il lit les écrivains et les philosophes à une vitesse sidérale, vitupère contre « les exécrables athées », confie que pour façonner le sexe d’Adam ce fut un jeu d’enfant, mais que pour la vulve d’Eve il lui fallut « mille esquisses et brouillons, pour arriver finalement à ce chef-d’œuvre de raffinement ». Par la vertu du péché originel, il se sait « innocenté  du mal ». Un brin d’auto-ironie ne nuit pas.

Voilà un Dieu, et un écrivain, que la naïveté devant l’islam n’aveugle pas : « Si la secte nazaréno-paulinienne m’avait énervé, la secte médino-mecquoise m’a exaspéré : déjà le monothéisme n’était pas si facile à gérer, avec ses ardeurs, sa terreur et sa combativité, - mais là il fut imprégné d’une ferveur nouvelle qui s’exprimait dans la vocifération, les discours d’exclusion et les menaces de mort, et que je te maudisse, et que je te flagelle, et que je t’ampute les mains, et que je te décapite ».

Ce n’est là qu’une poignée de « fragments » d’omniscience. Comment pourrait-il en être autrement face à l’infini ? Lambert Shlechter n’est-il pas une fois de plus un poète fort talentueux, voire génial…

 

Imposteur, simulacre, illusion consolatoire, Dieu peut paraître aux yeux de Rémi Brague absolument nécessaire, voire utile pour Hartmut Rosa. Cependant l’athéisme peut très bien s’en passer, car au regard d’Helvetius, philosophe des Lumières, plutôt qu’au moyen d’une religion susceptible de voir le fanatisme s’emparer d’elle, c’est « uniquement par de bonnes lois qu’on peut former des hommes vertueux[9] ».

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Fénélon : Traité de l’existence et des attributs de Dieu, Œuvres, t I, J. A. Lebel, 1820.

[2] Sébastien Faure : Douze preuves de l’inexistence de Dieu, L’Herne, 2018.

[4] Maxime Rodinson : Mahomet, Points, 2013.

[5] Hartmut Rosa : Aliénation et accélération, La Découverte, 2014.

[6] Hartmut Rosa : Résonance. Une sociologie de la relation au monde, La Découverte, 2018.

[9] Helvétius : De l’esprit, Œuvres, I, 1781, p 261-262.

 

Retablo de San Pedro y Santa Maria de Olite, Navarra.

Photo : T. Guinhut.

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18 décembre 2023 1 18 /12 /décembre /2023 10:10

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Présences, absences fantastiques

& autres contes philosophiques.

Jonas Karlsson : La Pièce,

Fernando Trias de Bes : Encre.

Laurent  Pépin : L’Angélus des ogres,

Kjell Espmark : Le Voyage de Voltaire,

Zaki Beydoun : Organes invisibles.

 

 

Jonas Karlsson : La Pièce, traduit du suédois par Rémi Cassaigne,

Actes Sud, 2016, 192 p, 6,50 €.

 

Laurent Pépin : L’Angélus des ogres, Fables fertiles, 2023, 104 p, 17,50 €.

 

Fernando Trias de Bes : Encre, traduit de l’espagnol par Delphine Valentin,

Actes sud, 2012, 176 p, 18 €.

 

Kjell Espmark : Le Voyage de Voltaire,

traduit du suédois par Hubert Nyssen, Marc de Gouvenain et Léna Grumbach,

Actes Sud, 2012, 240 p, 20€

 

Zaki Beydoun : Organes invisibles, traduit de l’arabe (Liban)

par Nathalie Bontemps, Actes Sud, 2023, 128 p, 14,50 €.

 

 

Certes nous disparaissons tous, que les causes soient naturelles ou accidentelles. À moins d’y songer sous les espèces du fantastique. « Escamotage » de Richard Matheson[1] est à cet égard une nouvelle emblématique. Bob manque cruellement d’argent, se dispute avec sa femme, qu’il a de plus trompée. Est-ce le remord qui cause ses troubles graves ? Est-ce le monde qui lui fait défaut ? Son épouse a disparu, le lieu de son travail n'existe même plus. Ses amis et sa famille disparaissent un par un, jusqu’à ce que lui-même disparaisse également. Ce dont ne témoigne que son journal intime abandonné dans un pub. Au plus près de cette angoissante perspective, le thème de la pièce surnuméraire, de « la chambre, l’appartement, l’étage, la rue effacée de l’espace[2] » reste un classique, tel que référencé par Roger Caillois, alors que Marcel Aymé subvertit en 1943 le thème avec son Passe-muraille. Hélas son anti-héros « était comme figé à l’intérieur de la muraille. Il y est encore à présent, incorporé à la pierre[3] ». Plus près de notre contemporain, une « pièce », existe ou non dans un bref roman de Jonas Karlsson satiriste de l’Administration. Chez Trias de Bes, l’encre d’un livre ne se manifeste plus que par son absence. Laurent Pépin use d’une thanatopractrice pour pallier ka disparition. Kjell Espmark préfère subtiliser à son siècle le philosophe des Lumières et le ressusciter dans notre contemporain, là où a disparu toute raison. Le double jeu entre présence et absence ne cesse de réapparaitre parmi des écrivains aux origines et cultures diverses, au point que, chez Zaki Beydoun, il puisse entraîner l’évaporation absolue de l’individu lui-même. L’on hésite alors, parmi ses écrivains, suédois, français, espagnols, libanais, entre effacement politique et effacement métaphysique.

 

Le récit de Jonas Karlsson, plutôt minimaliste, parait d’abord anecdotique. Le narrateur, Björn, nouvel employé d’une quelconque « Administration », montre son zèle le plus exact, en vue d’en « devenir un gros bonnet ». Mais, très vite, il découvre la « pièce », petite, où tout est « en ordre parfait ». Il s’y ressource parfois, ne ménageant pas son application dans son travail, jusqu’à ce que son attitude, debout, immobile, devant un mur, laisse ses collègues pantois. Jusque-là, le propos est celui d’une nouvelle réaliste, tout juste impeccablement écrite, respectant avec un brin d’humour la prétention du personnage, mais sans absolue originalité.

Cependant, abrité en cette « pièce », le narrateur travaille mieux, le soir, la nuit, chipe les dossiers de son voisin pour les traiter avec brio, accède aux documents classés dans la catégorie supérieure ; le voici fin prêt à conquérir les échelons de la hiérarchie, décide qui va bientôt être congédié. La success-story serait implacable et cynique si la gêne occasionnée par son insistance à affirmer l’existence de son lieu d’élection n’était source de trouble et de conflit dans le service. Au point que l’on envisage pince sans rire : « Un consultant va devoir venir pour nous dire que la Pièce n’existe pas ? ». Le trouble psychiatrique probablement dû à l’addiction au travail irait-il s’aggravant…

Pourtant, peu à peu, l’intensité du récit, l’insistance de l’écrivain qui mène son personnage jusqu’aux plus honorables qualités de l’employé modèle ambitieux, les intrigues de bureau - plus exactement un inquiétant espace de travail ouvert - voilà que tout cingle le lecteur d’une déflagration d’ironie, lui laissant prendre conscience qu’une vaste satire est à l’œuvre.

Ce sont en effet les mondes des entreprises, des complexes de bureaux, des administrations de tous bords qui sont ici cruellement moqués. En ce monolithique univers, qui n’est pas loin de faire songer à Kafka, Björn n’a pas la moindre vie hors du bureau auquel il est corps et mental dévoué ; à peine l’exception d’une aventure sexuelle mécanique avec une collègue. De plus, cette « Administration » n’a jamais le moindre référent dans le réel. À quoi s’occupe-t-elle, sinon traiter des dossiers dont le contenu est tu, classer le vide, archiver le néant ? Qui sait si ce ne sont pas des vies humaines, des prisons politiques qui sont là gérées, tant la peur irrigue les employés à la moindre anicroche ? L’absurde activité tourne pourtant avec régularité, quoique avec paresse et négligence pour les uns, et surefficacité pour Björn. La majuscule affublant l’« Administration » laisse à penser qu’elle est la seule, la suprême, qu’il s’agit peut-être d’une émanation de l’Etat total, sinon cet Etat lui-même.

Enfin, sans qu’il n’y paraisse, page 179, le mot est lâché : « Selon ma kremlinologie personnelle, le mouchard le plus vraisemblable était Ann. » Sans qu’il s’agisse forcément du communisme soviétique, la dimension totalitaire innerve impitoyablement les lieux, les esprits, sans espoir de retour.

Il faudra suivre les productions, aussi brèves que perspicaces et troublantes du Suédois Jonas Karlsson. En un précédent volume, La Facture, un autre anti-héros était l’exact opposé de celui de La Pièce : insouciant employé sans ambition, il ne sait qu’être heureux, alors qu’il est frappé d’un immense impôt sur le bonheur[4]. Là encore l’Etat le plus innocemment monstrueux a frappé. La morale de l’apologue est claire. En une « pièce » qui n’existe pas, la perfection du travail administratif se déroule, quand ailleurs une fiscalité redistributrice prétend égaliser le bonheur. Sous des apparences anodines et parfois burlesques, Jonas Karlsson est un expert es anti-utopies on ne peut plus affuté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on sait que chez les défunts la vie disparait sans retour. Pourtant la thanatopractrice de Laurent Pépin, dans son Angélus des ogres, s’attache à capturer des « fragments de vie résiduels ». Comme le fait l’écrivain finalement…

À l’issue de Monstrueuse Féérie, précédent volet du trio narratif, son narrateur, psychologue clinicien, avait été lui-même interné dans l’hôpital psychiatrique où il exerçait, ce à cause de crises de panique et autres hallucinations. Ou peut-être à l’issue d’une saine réflexion : « J’habitais dans le service pour patients volubiles depuis ma décompensation poétique. Au fond, je crois avoir toujours su que cela se terminerait ainsi. Peut-être parce qu’il s’agissait du dernier lieu susceptible d’abriter une humanité qui ne soit pas encore réduite à une pensée filtrée suivant les normes d’hygiène. Ou plus simplement, parce qu’il n’y avait plus de place ailleurs dans le monde pour un personnage de conte de fées ». Le voici en plein délire, si l’on en croit la ténacité avec laquelle les cliniciens dépoétisent l’homme et le monde, à moins qu’il s’agisse des portes de la perception. Sauf qu’une thérapie amoureuse est en cours à son chevet, à l’instigation de Lucy, qui s’amaigrit au fur à mesure qu’elle sauve ses patients de leurs monstres, ou de leurs « ogres », dans le cas du narrateur. En effet, pendant la nuit, Lucy devient une ogresse alors que pendant le jour elle agonise. Son anorexie ne fait qu’empirer depuis qu'elle a perdu un bébé. Aussi est-elle en chasse des « traits unaires », censées receler les émanations encore vivantes des morts, de façon à sauvegarder les pensées qui s'évanouissent, une fois que l’individu est privé de son imaginaire, donc de ses contes. Le tout avec le concours d’entités indispensables : « les Monuments s’en allaient et entraient par les fenêtres des enfants malades pour leur faire le récit de vies extraordinaires, de trouvailles miraculeuses : ils réveillaient l’imagination éteinte des enfants malades de la pensée filtrée. Puis ils revenaient et n’en parlaient plus ». Ces mêmes Monuments « s’étaient rendus maîtres de tous les organes de décision du pays et avaient aboli toute pensée officielle. À la place, ils saupoudraient de pensée singulière la nuit ». Un monde affreusement rationnel a disparu au profit « des histoires d’enfance aventureuse ». Le titre alors semble supposer en son oxymore, une poétisation par la prière et une conversion de l’horreur ogresse. Soit une catharsis.

S’agit-il d’une satire de la psychiatrie, ce « camp de concentration » ? Sommes-nous ici confinés dans le seul fantastique ; sinon plutôt dans le merveilleux puisqu’il s’agit d’un conte ? Le doute reste cependant permis face au final « ricanement rauque du Philosophicus scepticus »…

Indéfectiblement onirique et consolatoire, cet Angélus des ogres est le second volet d’un triptyque initié par Monstrueuse féérie[5]. La pérennité du genre du conte, que l’on aurait pu croire enfoui dans le temps de Perrault, Grimm ou Andersen, trouve ici son rebond, sa réactualisation intrigante, séduisante, prenante. Peut-être au croisement du pays des fées, d’Alice au pays des merveilles et du monstrueux cinéma de David Cronenberg, que l’on connait pour sa métamorphose en mouche[6]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce n’est pas un homme qui disparait chez Trias de Bes, mais peut être pire… De l'encre des incunables à l'encre des fictions, combien de rêves et de cauchemars dansent-ils parmi nous ? Deux hommes blessés par la vie cherchent, au tout début du XX° siècle, l’origine de leur infortune parmi les pages chatoyantes de ce roman intitulé Encre. L’un, Johann Walbach, est libraire à Mayence, ville qui fut le berceau de l’imprimerie de Gutenberg. Parce que son épouse le trompe chaque mardi avec un inconnu qu’elle n’aime pas, il cherche à comprendre le pourquoi de cette attraction. L’autre, mathématicien, aimerait voir revenir son épouse comme lui bouleversée par la mort, par noyade en mer, de leur fils. L’un va lire ses livres pendant des années, l’autre poursuivre ses chiffres, de façon à rejoindre la phrase ou l’équation introuvable qui les délivrerait du non-sens. Leur rencontre permet au second de fouiller les livres à la recherches de phrases récurrentes et de composer grâce à quelque algorithme savant un livre parfait et salvateur. S’ajoutent alors un imprimeur qui cherche à réaliser, pour ces assoiffés de certitudes, un livre effacé aussitôt lu, un ouvrier créateur d’une encre qui a les propriétés de la pluie, un éditeur qui ne lit pas et s’enduit chaque matin le corps du noir de froides pages imprimées, un collectionneur de nuages et correcteur déçu par son œuvre littéraire…

Nos deux protagonistes cherchent, pour l’un le secret d’Eros, pour l’autre le secret de Thanatos. Pour tous, la quête métaphysique est celle de la « pierre de Rosette des injustices ». A moins que ce livre vierge et mallarméen, où l’on a imprimé avec le plus grand soin les phrases fondamentales de la littérature et de la philosophie, permette à son lecteur d’« aimer en sachant que la raison de son injustice n’existait pas ». Là sont nos démons et nos paradis, si l’on consent à lire au plus près du monde, à écrire au plus près de soi, là sont les rédemptions des personnages, les nôtres peut-être : « Une identité étrange où la déraison acquiert un sens ». Ou encore : « De l’encre par amour ».

Mais à la chute du roman, lorsque le libraire reçoit « la livre de l’origine de l’infortune », ne s’ouvrent que des pages blanches. Quelle est cette sanction qui fit disparaître l’encre et son pouvoir de lisibilité ?

Outre cinq fictions encore inédites en français, Fernando Trias de Bes, né à Barcelone en 1967, nous avait proposé en 2006 Le Vendeur de temps (Hugo, roman éditeur). Vendre du temps était une géniale trouvaille, jusqu’à bouleverser l’économie toute entière, non sans user des armes aiguisées de la satire. A la lisière du fantastique, Encre, ce conte à la chute surprenante, précieux et attachant, passablement anachronique, postromantique et symbolique, est tout entier une métaphore des pouvoirs et des apories de la lecture et de l’écriture, du livre enfin.

 

Voltaire : Candide, illustré par Brunelleschi, Gibert Jeune, 1933.

Photo : T. Guinhut.

 

À lui tout seul un monde, Voltaire ne peut cesser de faire école, d’engendrer des émules. Son Candide ne peut manquer de réécritures, comme le prouve le Suédois Kjell Espmark au moyen de son Voyage de Voltaire. Et c’est dans la tradition de Voltaire et de Borges que l’espagnol Fernando Trias de Bes nous propose un conte philosophique mélancolique et coruscant.

Croyant mourir, donc disparaître, Voltaire s’éveille, avec toutes ses dents et sa vigueur intellectuelle, mais en ce XX° siècle qui « paraissait être le plus détestable de l’Histoire ». Comme Montesquieu promenait son Persan à Paris, voilà donc le héros des Lumières mis à l’épreuve de notre contemporain. Envoyé en mission pour l’ONU, il visite New York, puis la Russie où il est enlevé par les nouveaux capitalistes d’une « cleptocratie » qui salarie le gouvernement. Il s’agit de rétablir les forces de la raison contre le fanatisme islamiste. Après une critique des mœurs et des institutions suédoises, le philosophe se voit coiffé du casque bleu dans les Balkans. Nouveau Candide, il parcourt les horreurs serbes et leur justification pseudo-rationnelle, voyant ses idées reprises et trahies.

Dénonçant le cynisme des puissants, les totalitarismes, ce voyage est une amusante satire. Qui risque cependant d’enfoncer des portes ouvertes, de frôler les clichés, faute d’analyses précises. En Chine, au Japon, partout il note « les déceptions liées à la déchéance de la Raison ». En Iran, la « Raison divine » lapide. Après sa rencontre avec une nouvelle et noire Emilie parmi l’Afrique massacrée, il ira « cultiver son jardin », « la pelle de la Raison s’enfonçant dans l’humus des forces souterraines ». Sous la plume de Kjell Espmark, c’est bien un apologue fort désabusé.

L’objet satirique est à lire avec humour, même si Kjell Espmark n’a pas la vivacité de son modèle du XVIII° siècle. Mais en cette parodie du conte philosophique le plus fameux de Voltaire, n’a-t-on pas le plaisir, après la disparition de ce dernier, de le voir réapparaitre en un siècle qui n’est pas le sien, où il semblerait qu’ait disparu l’esprit des Lumières et brillé par son absence la raison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La frontière entre la réalité et le surnaturel est d’autant plus ténue qu’elle explose sous la plume du Libanais Zaki Beydoun. L’anti-héros de ces Organes invibles est peut-être toujours le même, récurrent ou diffracté parmi une poignée de nouvelles. D’autant que l’« Extension » cosmique ou la disparition semblent affecter ce qui l’entoure, jusqu’à sa petite amie, quoiqu’elle s’avère bien présente pour tous les autres : « Ne voulez-vous pas saluer votre amie, me demande-t-il en désignant un fauteuil vide à côté du mien ». Un protagoniste « tombe en déliquescence » quand le narrateur le touche. Les visages s’effacent, jusqu’au silence…

Un autre, en pleine « Paranoïa », est persuadé que l’on lit dans ses pensées. Alors qu’il est paralysé par « le complexe du mille-pattes », et que plusieurs comparses s’appellent laconiquement « K », faut-il y voir une révérence à Kafka ? Au choix, l’on peut être « enfermé dans un point », trouver sa bouche changée en « grenouille hybride », ou se reconnaître autre : « Dans un instant de lucidité, j’ai consulté le grand miroir à côté du lit, et j’y ai vu Mr K ».

Entre « Gueule du monstre », « Terrorisme au ciel » et « Médicament de la mort », où « une Fatwa a peut-être été promulguée », l’on hésite : folie, hallucination, déni de réalité, dérangement psychologique, lois physiques de l’univers débordées ? « L’invisible s’est révélé possible » en cette prose envoûtante à la métaphysique inquiète et vertigineuse. Les métamorphoses traumatiques et de plus en plus abstraites côtoient les rêves borgésiens.

Etonnant à maints égards, Zaki Beydoun cumule quatre recueils fantastiques, volontiers surréalistes, un doctorat de philosophie qui lui permet d’enseigner en Chine et d’y épouser une Chinoise professeur de français. La philosophie serait-elle devenue folle ? Ou pour le moins perspicace tant il s’agit de dire sans dire, de feindre le fantastique et la métaphysique, pour ne pas dire la réalité du totalitarisme communiste chinois…

 

Le conte philosophique, ou apologue, qu’il joue avec les époques en les subvertissant par la dystopie, comme chez Jonas Karlsson et Kjell Espmark, ou qu’il convoque les fabulosités du fantastique, comme chez Trias de Bes et Laurent Pépin, aura de longtemps la capacité d’inspirer lecteurs et écrivains. Le satiriste politique autant que le rêveur des pouvoir des bibliothèques y trouveront sans fin leur miel, amère pour celui qui est l’objet d’une disparition fomentée par une administration, un régime totalitaire, cependant voluptueux pour le lecteur, à l’abri des pages parmi lesquelles ne s’est pas encore évanouie l’encre.

 

Thierry Guinhut


[1] Richard Matheson : Intrusion, Flammarion, 1999.

[2] Roger Caillois : Anthologie du fantastique, Le Club Français du Livre, 1958, p. 10.

[3] Marcel Aymé : Le Passe-murailles, Gallimard, 1943, p 21.

[5] Laurent Pépin : Monstrueuse féérie, Fables fertiles, 2022.

 

 

Collégiale de La Romieu, Gers.

Photo : T. Guinhut.

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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 18:39

 

Orphée, Musée Massey, Tarbes, Haute-Pyrénées.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Poèmes magiques et cosmologiques d’Orphée.

Pouvoirs & fonctions de la poésie.

 

 

Orphée : Poèmes magiques et cosmologiques,

traduit du grec par Alain Verse,

Les Belles Lettres, 2023, 182 p, 21 €.

 

 

 

« Favola in musica » et sujet obligé de l’opéra, le chant d’Orphée résonne depuis Monteverdi en 1607, en passant par celui parodique d’Offenbach en 1858, jusqu’au Voile d’Orphée, composé par Pierre Henry en 1953 avec des moyens électroniques. Et si l’on s’appuie sur la mort de son épouse Eurydice qu’il ne parvient pas à ramener des Enfers, ainsi que le racontent Virgile dans les Géorgiques et Ovide dans les Métamorphoses, l’on oublie qu’il mourut déchiré par de jalouses Ménades, sa tête posé sur sa lyre flottant sur les eaux, tête continuant de chanter... Le pouvoir de son chant avait charmé animaux et plantes, jusqu’aux pierres, avait endormi Charron, touché Perséphone et l’inflexible Hadès, d’où une réputation sans égale. Mais connait-on les vers de celui qui porte si haut sa lyre ? Magiques et cosmologiques, les voici traduits depuis des lamelles d’or et des papyrus, par Alain Verse. De telles révélations n’ont pas fini de faire d’Orphée l’allégorie de la poésie, et d’inspirer mille poètes, qu’ils soient lyriques, engagés, épiques, didactiques, en vers rimés, voire en prose.

 

Voici un corpus parcellaire, d’autant plus fascinant qu’il laisse imaginer une œuvre souverainement complète, à l’image du cosmos, dont il offre, par le biais d’une théogonie, le tableau de la création. C’est ainsi que nous parvient l’œuvre du poète mythique, venu des légendes de Thrace, fils du roi Œagre, également dieu d’un fleuve, et de la Muse Calliope, la plus savante et maîtresse en poésie épique. Pour les Anciens, Orphée était non seulement un poète stupéfiant, un devin, un musicien, un chanteur, mais de surcroit un fondateur de Mystères, non loin de ceux de Dionysos. S’il était capable de traverser les Enfers sans peine, du moins sans pouvoir répéter cet exploit, la mort ne l’a pourtant pas épargné. Le ressuscitant, ses textes sont d’une importance fondamentale, parce que l’on y trouve une révélation antérieure à toute autre, car Orphée parle directement sous l’inspiration des dieux. Cette révélation donne la clef de la création du monde et de l’homme ; elle pose le principe de l’immortalité de l’âme et fonde les pratiques rituelles initiatiques pouvant conduire l’être humain à dépasser sa finitude.

Quoique moins rigoureuse que celle d’Hésiode, du moins en fonction des 23 colonnes de textes conservées sur un papyrus carbonisé, la théogonie d’Orphée conte comment Zeus  s’empare du pouvoir après avoir avalé Protogonos, le Premier né, tout en rappelant sa généalogie divine : Nuit, Ouranos et Cronos. Le récit s’arrête brusquement au moment où Zeus désire sa mère, ce qui présidera à la naissance de Dionysos…

Quant aux Rhapsodies, elles se veulent « discours sacrés », en XXIV chants, soit autant que l’Iliade et l’Odyssée, ce qui n’est en rien un hasard, tant l’ambition est grande de se mesurer aux poèmes homériques. Hélas, là encore, nous n’avons conservé que des bribes de cette théologie orphique. Chronos donne naissance à l’Ether et au Chaos, puis à partir d’un œuf, à un être double : deux paires d’yeux, deux sexes, des ailes et quatre têtes animales. Il s’appelle parfois Phanès, parfois Eros. Il est celui qui transmet le sceptre à la Nuit, qui est sa fille-épouse et également sa mère. C’est au tour d’Ouranos (le Ciel), de Gaïa (La Terre) et de Pontos (la Mer), d’enfanter Cyclopes, Titans et Titanides. L’on sait qu’Ouranos est châtré par Cronos, selon Hésiode ; ici Zeus châtre son père Cronos et avale Phanès, permettant ainsi l’apparition de tous les autres dieux. Zeus n’arrête pas là ses talents ; en effet, s’unissant avec Corè, il engendre Dionysos, lui-même tué et mangé par les Titans jaloux, avant qu’ils soient châtiés par Zeus, qui les foudroie et les enchaîne dans le Tartare. Que l’on se rassure, le cœur de Dionysos, sauvé par Athéna, permet de lui redonner vie, en un éternel recommencement. À cette théogonie succède une anthropogonie, soit l’apparition des hommes, depuis la chair mêlée de Dionysos et des Titans, et dont l’âme pourrait passer parmi les créatures, humaines et animales, d’où la possible remontée de l’âme vers le divin. Probablement ces Rhapsodies furent-elles composées quelque part entre la fin du premier siècle et le début du second.

Lisons sur une lamelle d’or, provenant de Thourioi  depuis le IV° siècle avant Jésus Christ et conservée au Musée archéologique national de Naples :

« Mais sitôt que l’âme a quitté la lumière du soleil,

Va sur la droite aussi loin qu’on peut

Aller, en étant bien sur tes gardes.

Salut, ô toi qui as souffert la peine ;

Cette peine tu ne l’avais jamais connue auparavant,

Tu es devenu dieu d’homme que tu étais.

Chevreau, tu es tombé dans le lait.

Salut, salut, toi qui chemines sur la voie de droite,

Vers les saintes prairies et les bois de Perséphone. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En ce sens, l’orphisme est une doctrine du salut. Une souillure originelle condamnant l'âme à un cycle de réincarnations, seule l'initiation doit pouvoir  la conduire vers une survie bienheureuse où l'humain rejoint le divin. Une telle eschatologie est entretenue dans une littérature poétique apocryphe hellénistique, puis néoplatonicienne, en particulier par le soin de Proclus, Damascius, voire Plotin. Cependant nombre d’auteurs antiques, dont Platon, ne manquaient pas de voir là charlatanisme et ramassis de superstitions.

Une autre lamelle confirme l’autorité du poète : « je possède le don de Mnémosyne, célébré par des chants chez les hommes ». Mnémosyne étant la déesse de la Mémoire, mère des neuf Muses, l’on conçoit combien il ne peut y avoir inspiration sans mémoire, et combien cet Orphée est originel, de plus le garant de la transmission du don poétique parmi les générations.

Ce savant volume commence par un choix de plus de 250 témoignages antiques, en particulier, celui d’Hérodote, le plus ancien. Les fragments « veteriora », côtoient les tablettes « orphiques », les papyrus de Derveni, les Stemma des théogonies orphiques et les rhapsodies, ou discours sacrés. Le tout attestant des plus anciennes théogonies et doctrines orphiques aux Ve et VIe siècles avant Jésus Christ. Alain Verse a présidé au choix des textes et aux traductions, restituant la beauté stupéfiante du chant, alors que l’édition est revue et augmentée par Alexandre Marcinkowski, non sans une précieuse postface de Luc Brisson, fort documentée. Ainsi nous découvrons où les auteurs néoplatoniciens ont élaboré leurs exégèses si subtiles de ces textes. Volume d’autant plus précieux que l’édition des Hymnes[1], à l’Imprimerie Nationale, est épuisée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toute une tradition fit d’Orphée le créateur, le propagateur et l’inspirateur de la poésie. Tout poète a une dette envers lui. Quelques soient les fonctions qu’il assigne à ses vers. Rainer Maria Rilke n'en témoigna-t-il pas en ses Sonnets à Orphée ?

« Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses ». Ainsi Baudelaire était-il un nouvel Orphée dans « Le balcon », publié en 1857 parmi Les Fleurs du mal. Ramener le passé à la présence réelle et donner au présent son plein éclat grâce au pouvoir des mots et des vers, seraient donc la fonction du poète armé de sa lyre ; comme le fit Orphée, dans Les Métamorphoses d'Ovide, charmant Charron et Pluton au royaume des morts et tentant de ramener à la vie et à l'amour son Eurydice. Sensations et sentiments sont alors le miel du poète qui, écrivant ses vers mélodiques et imagés, privilégie le registre lyrique. Mais la poésie a-t-elle pour unique fonction cette expressivité des sentiments ? Certes, le lyrisme, et plus précisément le romantisme, sont le ressort des vers ; pourtant, la fable, la poésie engagée, l'Art pour l'art ont bien d'autres fonctions, quoique avant de devoir servir à quelque chose, la création poétique soit d'abord et dans tous les cas osmose réussie entre un dire, un sens, ses images et sa musicalité.

Le préjugé commun dirait sans doute que la poésie sert à exprimer ses sentiments. Si le mot grec « poiêsis » signifie création, elle est aussi une qualité d'émotion, donc, de manière élective, le support de ce lyrisme qui existe depuis l'Antiquité et sous tous les climats. Et bien sûr l'amour en est le thème roi. Du Romain Properce « À la gloire de Cynthie », jusqu'aux Yeux d'Elsa de Louis Aragon, en passant par Les Amours de Ronsard, tout est tendresse et passion, charme et éloge :

« Marie, qui voudrait votre nom retourner,

Il trouverait aimer ! Aimez-moi donc, Marie ».

Ainsi chante au XVI° le poète de la Pléiade qui affectionne le sonnet pour exalter et offrir à l'aimée ses plus purs sentiments, comme l'a fait après lui Shakespeare, ou plus tard encore Baudelaire...

 

Eisen : Orphée. Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1807.

Photo : T. Guinhut.

 

Mais d'autres lyrismes proposent d'extérioriser d'autres affections, pour les calmer peut-être. Lorsque Victor Hugo va se recueillir sur la tombe de sa fille Léopoldine dans « Demain, dès l'aube», sa plainte et sa détresse s'expriment avec pudeur dans un registre élégiaque. Paul Eluard, lui, propose un ardent éloge à « Paris [sa] belle ville » dans « Courage ». Nombre d'entre eux utilisent le « je » pour marquer leur intimité et permettre ainsi l'identification du lecteur qui trouvera son sentir mieux exprimé qu'il en était capable...

Indubitablement, c'est le romantisme qui a porté à l'incandescence les sentiments personnels. John Keats, dans l'« Ode à un rossignol » est « à demi amoureux de la mort secourable », dans une exacerbation de sa mélancolie. Alphonse de Lamartine, dans « Le Lac » et devant la fugacité du bonheur des amants, commande vainement : « O temps ! suspend ton vol ». Plus loin, dans Les Méditations poétiques, il énonce ce que nous avons tous ressenti : « Un seul être vous manque est tout est dépeuplé ». Gérard de Nerval commence ainsi son sonnet : « Je pense à toi, Myrto, divine enchanteresse », pour terminer « El desdichado » par :

« Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée ».

Il pense offrir à l'aimée autant qu'au lecteur la quintessence de l'expression des sentiments, de façon à les persuader de leur intensité et de sa sincérité... Orphée, d'ailleurs, étant l'archétype du poète lyrique puisqu'il parvient à séduire par son chant aussi bien les animaux que les dieux des Enfers pour presque parvenir à en ramener son Eurydice, ramenant le lecteur auprès de celle qu’il aime et que seule la poésie peut rattraper au-delà du temps.

Cependant, même les romantiques ont su ne pas se limiter à la poésie lyrique. En effet, qu'ils s'appellent Alfred de Vigny ou Victor Hugo, ils ont cherché à exprimer bien autre chose que des sentiments personnels, à travers le didactisme ou l'engagement. Dans la tradition de l'apologue, Alfred de Vigny fait des alexandrins de « La mort du loup » un précepte stoïcien, enseignant l'homme à supporter la douleur, à l'exemple des animaux. C'est dans ce genre, où se sont illustrées les Fables choisies mises en vers de Jean de La Fontaine, que nous connaissons tous « Le corbeau et le renard », que nous retenons que « Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute ». Ainsi divertir et instruire sont les fonctions jumelles de la poésie. Nous savons grâce au « pouvoir des fables », qu'

« À ce reproche l’assemblée,

Par l’apologue réveillée

Se donne toute entière à l’orateur :

Un trait de fable en eut l’honneur ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Victor Hugo, lui, a mis toute sa passion pour la liberté des peuples dans Les Châtiments, conspuant Napoléon III et son coup d'état, celui qu'il appelait par ailleurs « Napoléon le petit », avec cependant bien de l’inhustice. Cette poésie engagée, dans la tradition des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné qui, au XVI°, s'attaque aux vices des puissants et dénonce les guerres de religions, trouve son champ d'élection pendant la Seconde guerre mondiale, lorsque Louis Aragon, Robert Desnos et Paul Eluard appellent à la Résistance, à la libération de la France occupée par la tyrannie nazie, dans un recueil commun, clandestin et signé de seuls pseudonymes : L'honneur des poètes. L’on se souvient que « Liberté, j'écris ton nom » d'Eluard fut par jeté par les avions anglais au-dessus de la France résistante : quelle belle preuve du pouvoir des mots et des vers, preuve que n’eût pas méprisé Orphée lui-même... Pierre Seghers, dans La résistance et ses poètes, refuse que ces derniers se réfugient dans une « tour d'ivoire » et légitime l'engagement de celui dont le devoir ne se limite pas à chanter sa bien-aimée. Il s'agit donc d'une poésie argumentative qui, au-delà de ses talents de persuasion, de conviction et de délibération (comme lorsque Paul Eluard dans « Courage » appelle les Français à libérer Paris), manie tous les talents de l'image et de la musicalité, non sans faire parler l'émotion et la responsabilité.
      Il y a bien moins d'émotion, hors l'admiration esthétique, dans l'Art pour l'art. Au milieu du XIX° siècle, Théophile Gautier préfère le marbre : « le carrare / Avec le paros dur », car « l'art robuste / Seul a l'éternité. » Les Parnassiens fondent une école poétique, en réaction contre le romantisme, qui perdurera jusqu'aux sonnets des Trophées de José Maria de Hérédia. La poésie alors ne doit rien au didactisme, ni aux sentiments, ni à l'engagement, elle se veut pure perfection plastique, non sans froideur peut-être. L'écriture des poèmes sert-elle alors à la société ? Ne sert-elle pas d'abord le langage, notre capacité à dire le moi et le monde, dans la plus pure tradition orphique...
      Que l'on compose en classiques alexandrins, en vers libres, en versets, voire à l'occasion d'un poème en prose, il ne suffit pas d'avoir un bon sujet, qu'il soit émouvant, moral, politique ou esthétique, encore faut-il savoir y unir la suggestion des images et les pouvoirs de la musicalité, cette « sorcellerie évocatoire » dont parlait Baudelaire, de façon, comme le fit Orphée, à charmer hommes et animaux, peut-être jusqu'aux dieux des Enfers. La preuve : dans la poésie en prose, comme chez Charles Baudelaire dans Le Spleen de Paris, ou dans « L'huître » de Francis Ponge, les métaphores rayonnent : « Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre d'où l'on trouve aussitôt à s'orner ». De plus les assonances en « ou » et « o » permettent à cette formule linguistique, à ce bijou de mots tiré du Parti pris des choses (1942) d'accéder à une puissante magie incantatoire.
      Qu'il s'agisse des vers de Charles Baudelaire dans « L'invitation au voyage », « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté », ou du « Tendre est la nuit » de John Keats dans son « Ode à un rossignol », l'orphique pouvoir de suggestion suscite l'envolée de l'imagination du lecteur. Ne s'agit-il pas là de la plus haute fonction de la poésie, nous transporter dans un état second de la perception pour une connaissance plus pure du monde et du moi.
      « Un poète est un monde enfermé dans un homme » disait Victor Hugo. Mais le devoir de ce perpétuel Orphée n'est-il pas, en recourant à l'expression poétique de ses sentiments, d'ouvrir ce monde à autrui, à ses secrets lecteurs ? Monde d'émotions, d'indignation politique antitotalitaire, d'art plastique, qu'il soit inspiré par la statuaire grecque ancienne ou par le zen japonais, il est, comme le disait Paul Verlaine « De la musique avant toute chose », une « invitation au voyage » vers le réel autant que vers l'imaginaire. Faut-il penser avec Percy Bysshe Shelley, aux dernières lignes de sa Défense de la poésie, que « Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde » ?
 
      Les peintres n’ont pas échappé à la fascination orphique. Pensons à Jean-Baptiste Corot, dont le porteur de lyre parcourt le mystère des forêts ; à Gustave Moreau, dont la lyre picturale confine aux prémices de l’abstraction…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Orphée : Hymnes et discours sacrés, Imprimerie Nationale, 1991.

 

Emile Blin : Orphée et Eurydice, Hôtel de Ville, Poitiers.

Photo : T. Guinhut.

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2 décembre 2023 6 02 /12 /décembre /2023 17:49

La Couarde-sur-Mer, Île de Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Les carnets poétiques et photographiques

de Patti Smith :

Babel, La Mer de corail, Dévotion,

Un Livre de jours.

 

 

Patti Smith : Babel, Bourgois, 1981, 226 p, 95 F.

 

Patti Smith & Robert Mapplethorpe :

La Mer de corail, Tristram, 1996, 72 p, 130 F.

 

Patti Smith : Dévotion, Gallimard, 2018, 160 p, 14,50 €.

 

Patti Smith : Un Livre de jours, Gallimard, 2023, 400 p, 26,50 €.

 

Arthur Rimbaud, Patti Smith :

Une Saison en enfer, 2023, Gallimard, 176 p, 45 €.

 

 

 

Même un amateur inconditionnel de Jean-Sébastien Bach doit reconnaître que la musique de Patti Smith a de la gueule, pour parler familièrement. Parmi treize albums, Horses, Estear, Peace and Noise résonnent à nos oreilles secouées, émues. Celle dont le diminutif vient de Patricia Lee Smith, est née 1946 à Chicago, pour galérer dans sa jeunesse agitée, et devenir une chanteuse et guitariste rock, sans oublier l’étonnante écrivaine, artiste-peintre et photographe. Rythme beat et garage rock s’entrechoquent au point qu’elle soit une icône du mouvement punk. Sa voix est à la voix rauque et lyrique, enragée, prometteuse, voix dont l’engagement politique en faveur des libertés, pour les Pussy Riot, pour Edward Snowden, contre la guerre en Irak, puis le réchauffement climatique d’origine anthropique (du moins pense-t-on), en fait une figure étincelante, presque universelle. Et si l’on est réticent à l’égard d’une bruyante musicalité, d’une chanson aux accents populaires, et cependant personnels, reste le silence profondément  parlant, onirique, des recueils, des livres, où la photographie est une autre dimension du silence sur la page. Entre Babel et Un Livre des jours, bruit avec émotion un puzzle poétique et autobiographique.

Abandon de la tour et brisure des langues, le mythe de Babel nous parle autant de la juste colère du Dieu face à l’orgueil humain que de la perplexité devant l’incroyable diversité des parlers qui s’entrechoquent, incompréhensibles les uns aux autres. À ce vice humain, Patti Smith a renoncé, lorsqu’en 1970 elle avait soudainement abandonné le stade de Florence où se massaient 80 000 idolâtres, pour se marier, faire des enfants, écrire dans une campagne lointaine près de Detroit. C’est ainsi qu’est né, en 1974, le recueil intitulé Babel, un livre que l’histoire de la poésie ne peut ignorer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un arrière-plan rimbaldien et surréaliste, une influence de William Burroughs, tout conspire à faire de ce recueil une transe électrique, où l’écriture automatique se mêle à l’inspiration poétique pour nourrir un flux orphique, entre nécessité du cri et alchimie créatrice, dans le sillage de Rimbaud, dont la forme du poème en prose permet de se faire autre par la langue. Ce dont témoigne « Le rêve de Rimbaud », dont notre poétesse se prétend « une veuve », et auquel, en dépit du siècle qui les sépare, elle adresse un fantasme torride : « oh arthur arthur. nous sommes en aden abyssinie. faisons l’amour »…

Mais aussi à l’aide - ou en dépit - des drogues, comme l’indique l’incipit de l’ouvrage : « héroïne : l’artiste. la première maitresse se tord dans un jardin honoré de brins d’herbe hautement polie… délivrance (éthiopium) est la drogue… un cri de bête dit tout… des notes versées dans la caste liberté… la liberté d’être intense… de défier l’ordre social et de briser la lente monotonie assassine de la censure. ». Ainsi, dès cette déclaration d’intention inaugurale, la prose de Patti Smith est luxuriante, vibratoire et sensuelle, non sans inquiétudes devant les orages des années 1970 et le désarroi métaphysique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le titre trouve bien évidemment sa justification. L’on découvre « l’architecte suprême - celui qui avait mis le feu aux fondations de babel. celui qui avait fait passer le nom des noms par la langue et la matrice d’une femme. celle qui avait provoqué dieu à briyer et cracher des commandements de dents et de mangues. d’ève le vengeur. devise derviche ». L’on notera la ponctuation toute personnelle.

Et, pour clore son livre, elle revient au « pré babel », offrant à son lecteur une sorte de talisman vocal : « ton opium c’est l’air que tu respires / et les façons dont tu manipules tes particules de charme ».

Les expériences d'écriture automatique présentent de lumineux moments, des instants abscons, des pages mélancoliques. Comme les pièces dissemblables d’un puzzle dont il faudrait trouver la cohérence, peut-être impossible, sinon la diffraction du moi Patti Smith, qui est un peu le nôtre. Les portraits d’Edie Sedgwick et de Georgia O'Keeffe sont des moments phares, quand la dernière partie en prose « Babel » qui donne encore son nom au recueil, illumine de ses « Soleils » l’ampleur d’une poétesse « digne d’être adorée par un monastère. pourvue de tous les vices ». Bien que jailli il y a déjà un demi-siècle, ce livre « dédié au futur », reste vigoureusement séminal…

 

Librairie La Belle Aventure, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

Si Babel est illustré de quelques malhabiles photographies de son auteure, La Mer de corail est cette fois un réel dialogue entre une quinzaine de poèmes en prose et les photographies de Robert Mapplethorpe. Elle vécut avec lui, non seulement à la ville et à la campagne, mais dans une communion créatrice. C’est lui le créateur des pochettes de ses disques, et sa photographie sensuelle, associant portraits, nus et fleurs, entre un néo-classicisme assumé et des représentations sadomasochistes, lui permit d’obtenir la consécration du Whitney Museum de New York en 1988, avant qu’hélas il meure du Sida à 42 ans.

Statues, herbe, fruit, icebergs en noir et blanc, muets et calmes, voisinent avec des textes intensément lyriques, élégiaques et tragiques. Car il s’agit d’un texte de deuil : « Quand il est parti, je n’ai pas pu pleurer, alors j’ai écrit ». Morphée, « dieu des rêves », préside à l’écriture, tandis que la mer du titre est « aussi dense qu’un Rothko ». Le voyage, onirique en diable, emprunte un bateau qui est à la fois celui des mers solaires et du Styx. L’on y croise un personnage, « M », pour Mapplethorpe - nous l’avons deviné – qui est évoqué avec tendresse : « Inclinant la tête il sentit quelque chose lui effleurer la joue. C'était un de ses cils, qu'il ôta avec une délicatesse de collectionneur ». Ce dernier voyage, testamentaire, tente d’aspirer à une transcendance : « Il avait ignoré la nature, et désormais se tournait vers elle pour son salut, entreprenait de faire la paix avec elle, s’inclinant devant ses mystères ».

Deux parties, « Voyage » et « Litanie », composent ce recueil, la seconde étant un triptyque presque religieux, en tous cas spirituel, conçu comme suit : « Crux », « Magua », « Imago ». Comme si le photographe-amant avait été changé en ange : « Car M avait échappé à l’emprise de la Mer de Corail et investi la destinée en fixant sur son sein ses grandes ailes, confiant ses mêmes ailes aux bras repliés de la diaconesse sur son âme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Titre apparemment religieux, Dévotion s’adresse à l’écriture. Celles de Simone Weil, Arthur Rimbaud, Patrick Modiano, Albert Camus transparaissent en filigrane parmi ce qui est à la fois récit et journal intime, là où « la Muse cherche à être vivifiée ». Tous ces auteurs sont en quelque sorte les maîtres de Patti Smith, poursuivis à Paris puis en Provence, mais avec précaution et respect. Comme lorsque la fille de Camus, Catherine, lui permet de prendre entre ses mains le manuscrit du Dernier homme : « On ne pouvait s’empêcher de remercier les dieux d’avoir doté Camus d’un stylo intègre et judicieux ». Dévotion encore dont témoignent quelques photographies, entre Saint-Germain-des-Prés et Lourmarin, là où dorment les pierres tombales solitaires de ses écrivains d’élection.

Au cœur du recueil, la nouvelle-titre anime « une Simone Weil toute menue ». Un admirateur, intrigué, la suit pour la découvrir patiner avec art sur un étang gelé : « il était enflammé par le ravissement dans lequel elle était ». Et lorsqu’il laisse à l’intention de la patineuse un luxueux manteau, ce dernier « lui procurait la chaleur d’un miracle ». Elle s’appelle Eugenia et confie sa vie à son journal intime. Son destin se résume ainsi : « synthétiser la danse classique et le patinage ». Que sera pour elle ce marchand d’art qui lui offrit ce manteau, alors que « le patinage [est] son amant » ? Néanmoins, puisqu’il lui offre de réaliser à Vienne son rêve, elle devient l’aimée d’Alexander. Sur la glace, c’est à Maria d’être son entraîneuse exigeante en même temps que fascinée par son talent : « As-tu fait un pacte avec le diable, quelque marché inavouable ? s’enquit-elle en riant ». Il l’emmène voyager, sur les traces de… Rimbaud encore. Le crime, avec le fusil du poète, la libère d’Alexander, afin de revenir à sa maison forestière près de l’étang, pour une fin tragique suggérée…

En ce conte, une telle patineuse, que l’obsession pour son art conduit à l'irrémissible, ne peut que s’inscrire dans le cadre d’une réécriture du mythe de Faust, tel que Goethe le magnifia. N’est-ce pas l’image de l'engagement et de la passion, non sans risque, dont notre auteure fit et fait sans cesse preuve ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est à une sorte d’autoportrait mental, un bilan autobiographique, que notre chère Patti Smith se livre à l’occasion de son Livre de jours, confectionné pendant la pandémie covidienne et publié en 2022 aux Etats-Unis. L’exercice est celui d’une nostalgie créatrice. Les amis disparus, les tombes, tout témoigne d’une dimension élégiaque ; ainsi ce « drapeau de la Marine de mon frère, plié et noué par lui. En sa mémoire il restera toujours ainsi ». Le bel objet-livre ressortit également au « collage fragmenté de notre époque », entre fragment de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis et compositions en révérence à des artistes comme Franz Zappa ou Jean Genet. Des autoportraits en noir et blanc, une tasse de thé sur les anges en couleur de Giotto, une icône de Saint-François dans la cuisine, des cafés à Paris et Zurich, tout un univers aux larges amplitudes culturelles et géographiques fait face au temps, ainsi conjuré. Parfois, d’étonnantes compositions confinent au mystère de l’abstraction, comme ce « Manteau noir avec sommet », étrange mausolée funéraire et mystique. « Objet-fétiches », disques, livres sont mis en scène, avec leurs couvertures rouge passé, leurs pages aimées : Marcel Proust, Jim Morrison, témoignant de l’éclectisme et de la curiosité de notre mémorialiste. Quant aux mains vieillies, elles reposent sur un manuscrit, ou se lèvent pour le public lors d’un concert. En ce sens, ce volume est paisiblement narcissique, autant qu’un don à autrui.

Ainsi la photographie fut longtemps la compagne de Patti Smith. Il n’est que de rappeler son récit allégorique illustré par celui qui fut l’un de ses chers amants : Robert Mapplethorpe. Mais notre poétesse n’a pas la prétention d’égaler la maîtrise plastique de ce dernier. Ce sont ici, pour chacun des 365 jours de l’année, des polaroïds, puis au smartphone, des photographies publiées sur Instagram, sur les conseils de sa fille Jesse. Même si l’on y croise des images d’autrui, des portraits iconiques, de Martin Luther King, ou de Greta Thunberg, en cela redevable de l’esprit du temps, peut-être plus discutable. Au-delà de l’indéniable intérêt de la démarche et de la réalisation, composant un portrait kaléidoscopique de notre héroïne, le lecteur ne peut-il pas s’en inspirer pour créer son propre livre de jours…

 

Sa passion pour Arthur Rimbaud est telle qu’elle acheta en 2017 la maison qui avait remplacé celle de la mère du poète à Roche, près de Charleville-Mézières, où il écrivit Une Saison en enfer. L’on ne s’étonnera pas qu’avec une scrupuleuse dévotion elle publie aujourd’hui une édition de ce recueil de 1873, qu’elle qualifie de « drogue de ses jeunes années », édition illustrée de maints documents, dessins et photographies dont l’émotion est palpable. C’est l’occasion rêvée de « mettre mes pas dans les siens », écrit-elle. Au point qu’à la faveur du frontispice elle se soit photographiée avec le pistolet dont Verlaine usa pour tirer sur le poète, silencieux dans sa main, comme une sorte de Calamity James de la poésie. Elle arbore pensivement « ce petit objet, témoin de tant d’amour et de souffrance », que l’on retrouve coloré par les voyelles du fameux sonnet aux synesthésies. Car aux côtés des poèmes prose, figurent ceux en vers, sans omettre de reproduire fort lisiblement les manuscrits. Les « Lettres à sa famille », concluent l’ouvrage, dont les photographies, sont tantôt documentaires, tantôt allusives, tantôt métaphoriques. Et combien est émouvante, en guise d’épilogue, cette silhouette mangée par ses longs cheveux gris, qui se dresse sur une plage ventée, comme une statue de mémoire…

L’hommage à l’adresse de cet adolescent « qui reconnaissait et repoussait tous les miroirs, combattait tous les démons, démasquait les archanges et prophétisait l’époque moderne », se présente avec modestie comme celui d’« une distillation basée sur mes lectures et mon intuition ». Il n’en reste pas moins que Patti Smith n’honore pas seulement notre discothèque mais notre bibliothèque, en veillant Rimbaud, et surtout au moyen de sa rimbaldienne et néanmoins personnelle « Babel », pour reprendre le titre d’un recueil étrange et non moins sonore pour notre émotion et notre imagination, dans lequel « le son est le ver curatif injecté dans le bas-ventre de la langue d’amour ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Un Livre de jours

fut publiée dans Le Matricule des anges, octobre 2023.

 

79Tours VinylShop, Niort, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

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Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

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De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

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Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

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Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

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Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

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Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

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Les Amazones par Mayor et Testart

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Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

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Herland, Egalie : républiques des femmes

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Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

VI Le Club des tee-shirts politiques

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com.

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh</