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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 15:21

 

Piz dles Conturines, San Cassiano, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Erri de Luca, justicier politique discutable

et sculpteur de romans :

Impossible, La Nature exposée.

 

 

Erri de Luca : Impossible, traduit de l’italien par Danièle Valin

Gallimard, 2020, 176 p, 16,50 €.

Erri de Luca : La Nature exposée, traduit de l’italien par Danièle Valin

Gallimard, 2017, 176 p, 16,50 €.

 

 

 

Parmi les monstrueuses faces rocheuses des Conturines va se jouer un drame. Cette montagne calcaire, culminant à 3064 mètres, s’élève au-dessus de San Cassiano, dans les Dolomites, soit le Südtirol italien. En ces parages redoutables, le romancier italien Erri de Luca situe le point névralgique de sa quête de justice, tandis qu’à cet Impossible répond une autre quête, celle à la fois artistique et théologique vibrante dans les pages de La Nature exposée.

 

S’il distingue une chute lointaine dans la paroi, le narrateur se voit contraint de tomber dans les rets de la Justice, et entre les mains d’un magistrat vindicatif. Pourtant nulle relation causale entre cette dégringolade et la présence de l’alpiniste témoin, si l’on en croit l’homme d’âge mûr qui doit assurer sa défense. Seul le magistrat rapporte cette mort accidentelle à une coïncidence « impossible », à la présence simultanée des deux amateurs de montagne qui ne sont pas inconnus l’un à l’autre, quoique le narrateur n’en ait rien su, sauf d’avoir vu dévaler une silhouette et d’avoir ensuite appelé les secours ; du moins s’il doit être considéré comme fiable. Car une vieille querelle politique les enlace.

Voilà un homme venu de « la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire d'Italie ». Accusé d'être le meurtrier d’un de ses anciens camarades parmi une organisation révolutionnaire armée, que l’on devine être (même si elle n’est jamais nommée) les Brigades rouges. Car ce dernier fut un Judas, dénonçant à la police ses pairs, afin de bénéficier non seulement d’une réduction de peine mais aussi d’une remise en liberté. Face à ce juge résolument convaincu de sa culpabilité, de sa préméditation et de son meurtre de sang-froid, il se doit d’argumenter : un tel assassinat est « impossible », pour reprendre le titre laconique. Non sans faire face au lecteur, qui a du mal à éprouver de l’empathie pour un tel personnage calculateur et glacé, alors qu’il ne regrette pas un instant son activisme en faveur de mouvements politiques terroristes d’extrême-gauche.

La rigueur de la composition romanesque s’impose au moyen de l’alternance des questions et des réponses de l’interrogatoire, comme saisies par un greffier, et les méditations du narrateur, isolé dans une cellule, se remémorant ses années de prison pour son engagement politique affilié à une organisation terroriste, dont il a le front de ne rien regretter. Certes ne pas trahir ses convictions parait une vertu, mais quand il s’agit d’un tel entêtement en faveur d’une entité révolutionnaire et mortifère, le vice est avéré, ce qui empêche d’adhérer à un personnage aussi sûr de lui.  L’avancée du suspense, mais aussi, paradoxalement, la détermination, la résistance de l’accusé devant le pilonnage abusif, dénué de toute neutralité objective du réquisitoire du Juge d’instruction, usant de plus de mauvaise foi en paraissant pactiser avec son adversaire et se laisser persuader par ses valeurs attachées à la pratique de la montagne, tout cela parvient à convaincre et enserrer le lecteur, qui n’en éprouve guère plus de confiance en la Justice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le huis-clos ne s’éclaire que grâce aux souvenirs de l’emprisonné, aux lettres émouvantes écrites à son « Ammoremio » à sa sérénité inattaquable, tout ce qui ne peut manquer de susciter une admiration soumise à caution. Campés avec une redoutable sûreté psychologique, les deux protagonistes, appartenant à deux camps radicalement opposés, combattent chacun pour leurs valeurs. Si le Juge doit se résoudre à relâcher sa proie, faute de la moindre preuve, il ne croit pas aux coïncidences. Ainsi la caractérisation psychologiques de deux caractères forts opposés en un réquisitoire et une plaidoirie implacables, font de ce bref roman une réussite taillée dans le vif et le roc, affrontant deux générations, le vieux routard des combats rouges et du solide argumentaire sans fard, et le jeune magistrat imbu de sa fonction. Non loin par moment d’une construction théâtrale, à l’instar des Justes d’Albert Camus.

Est-ce une histoire de vengeance contre « un homme vivant avec le poids d’une infamie qui l’a laissé indemne lui et qui a détruit les vies des autres pendant des dizaines d’année », alors que celui qui prononce ce discours a lui-même contribué à un terrorisme qu’il tait ? Est-ce un acte manqué, de jubilation, une charge polémique contre la Justice ? En tous cas il s’agit d’un bel et troublant apologue, bien peu manichéen, dont la lecture sans accrocs laisse imaginer bien des morales politiques, contradictoires, complaisantes, car aucun des deux ne peut être l’allégorie la Justice. Avec une rare pertinence se glisse également une réflexion sur le langage : « La langue est un système d'échange comme la monnaie. La loi punit ceux qui impriment de faux billets mais elle laisse courir ceux qui écoulent des mots erronés. Moi, je protège la langue que j'utilise ». C’est ce qui permet à l’homme d’expérience de mener haut la main le duel oratoire. Reste au lecteur à se ranger du côté du prévenu ou de le désavouer.

Nous ne bouderons pas notre plaisir en découvrant une éthique de la montagne ici à l’œuvre : « Je cherche des endroits difficiles, en dehors des sentiers battus, pour me sentir à l’écart du monde ». Ne doutons pas qu’il s’agit là d’une métaphore intellectuelle et politique, qui n’est pas sans parenté avec une éthique politique forte, quoique d’un bord éloigné, celle du Traité du rebelle ou le recours aux forêts[1] et de la figure de l’« anarque », dans Eumeswill[2], d’Ernst Jünger. Aussi, retrouvant la liberté, retourne-t-il parmi les vires du Val Badia : « Je me suis aperçu que mon souffle s’était mis à chantonner ».

 

Piz Sella, Val Gardena, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

Une fois de plus, le Val Badia, dans le nord des Dolomites, est le théâtre déclencheur de cette histoire, même si La Nature exposée déplace son action de la montagne à la mer. Ce « récit théologique » met en avant un vieux sculpteur, plus exactement réparateur de sculptures. « La montagne est mon hospice », dit-il, mais aussi le théâtre de son activité, rémunérée pour ses camarades, bénévole pour lui, de passeur de migrants parmi une frontière escarpée, que l’on devine être celle de l’Autriche. L’un d’eux, devenu écrivain, raconte son passage et rend célèbre notre homme, qui s’en dédie : « la célébrité est une dérision ». Ce pourquoi, désavoué par les siens, il doit quitter le village. Dans un autre village au bord de la mer, l’attend un crucifix de marbre digne de la Renaissance, dont il faut ôter le drapé superfétatoire et révéler la « nature ». Mais si sur une photographie ancienne se révèle « un début d’érection », faut-il être fidèle à l’intention de l’artiste ? Pourtant sa nature n’est-elle pas celle du pardon ? De plus « l’ébauche d’érection est le détail le plus émouvant de toutes les images chrétiennes ». Mais « en retrouvant l’original le scandale est assuré », assure l’évêque, cependant confiant dans les qualités de l’artiste, du restaurateur, et du sacré…

Devant ce corps à la souffrance puissante s’offre une révélation, celle de la compassion : « C’est l’effet que doit produire l’art : il dépasse l’expérience personnelle, il fait atteindre des limites inconnues au corps, aux nerfs, au sang ». Le travail de restauration est un véritable soin, une attention à la nature humaine, une ascèse et une révérence, tant envers la souffrance du crucifié qu’envers la beauté. La partie détruite doit être de nouveau sculptée, et « c’est une œuvre en soi et non une partie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le récit prend encore plus d’épaisseur à l’occasion de retours en arrière, lorsque l’épouse du narrateur s’efforçait de faire de lui un artiste, de l’exposer ; lui préférant l’humilité : « elle dit qu’elle avait vécu avec un artiste et qu’elle ne voulait pas vivre avec un contrebandier ». Des rencontres, une femme attentive, un drame et une réconciliation en montagne, un rabbin, qui découvre en ce détail anatomique « la réhabilitation du serpent », ponctuent l’avancée du travail, enrichie par de sagaces réflexions sur l’art, chrétien et païen. Laissons au lecteur la découverte de la chute de ce beau récit, surprenante et éclairante…

Hélas la naïveté d’Erri de Luca, voire l’aveuglement volontaire, se fait jour non seulement vis-à-vis des migrants apparemment innocents, mais aussi lorsqu’un pêcheur rapporte un livre trempé qu’il donne à un ouvrier algérien : un Coran, que ce dernier baise et qui suscite ce commentaire du narrateur : « Je dis qu’un livre sert de porte-bonheur, de compagnon de voyage, d’ange gardien ». Certes, mais c’est se méprendre sur la réalité d’un tel livre saint, au contenu génocidaire avéré[3]. Si les connaissances bibliques de l’auteur sont solides, celles coraniques laissent pour le moins à désirer…

 

L’œuvre d’Erri de Luca, né à Naples en 1950, est prolifique. Outre son goût pour la montagne, son passé de militant politique, qu’il est permis de trouver discutable, permet de lire, toute proportions gardées, Impossible, comme un avatar du roman autobiographique. Communiste dès seize ans, il glisse vers l’anarchisme et devient un dirigeants de « Lotta continua », sans passer à la lutte armée. Sa vie de modeste ouvrier s’éclaire avec l’étude de la Bible et de l’hébreu, avant qu’il devienne écrivain et passionné d’alpinisme. Altermondialiste patenté, donc anticapitaliste, il est accusé d’incitation au sabotage contre la ligne de train grande vitesse Lyon Turin et relaxé en 2015. Tous ces éléments trouvent leur trace, voire leur acmé, dans une œuvre d’abord autobiographique, puis plus romanesque, parmi une trentaine de titres chez nous traduits avec la plume attentive de Danièle Valin. Les prix littéraires ne lui ont pas manqué, comme celui au nom d’Ulysse en 2013. Entre d’une part luttes politiques dans la lignée marxiste et anarchiste, certes comptables de controverses et analyses polémiques[4], et d’autre part  culture judéo-chrétienne et goût pour l’art, Erri de Luca a bien mérité du Prix Européen de Littérature, encore en 2023. Il est tout de même assez frappant de constater que tant d’intellectuels, à l’instar de ce romancier au talent insigne, nonobstant leur sincérité pour la cause des ouvriers opprimés et des réfugiés instrumentalisés, n’entendent pas la raison libérale pour y préférer un tropisme vers des solutions totalitaires ; ce que n’a pas manqué de pointer Friedrich A. Hayek dans Les Intellectuels et le socialisme[5].

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Ernst Jünger : Le Traité du rebelle ou le recours aux forêts, Christian Bourgois, 1951.

[2] Ernst Jünger : Eumeswill, La Table ronde, 1978.

[5] Friedrich A. Hayek : Les Intellectuels et le socialisme, University of Chicago Law Review, 1949.

 

Santa Maria Gloriosa dei Frari, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 16:56

 

Collection A. R. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Masques stupéfiants & théâtre rare,

aux bons soins de la Fondation Martin Bodmer

et de Werner Strub.

 

Masques & théâtre. Créations de Werner Strub & éditions rares,

Fondation Martin Bodmer / Editions Noir sur blanc,

2020, 254 p, 39 €.

 

 

C’est certainement sans ironie que les concepteurs de cette exposition ont imaginé ce qui ne fut d’abord qu’un projet, alors que le vernissage et toutes les visites obligent les masques théâtraux à se moquer de nos piètres faces où l’on doit scotcher une sanitaire  bande de papier ou de tissu, niant la dignité du visage. Coutumière des monstrations de livres rares et précieux, la Fondation Martin Bodmer[1], sise à Cologny près Genève avec une vaste vue sur le lac Léman, y ajoute la féérie monstrueuse de masques carnavalesques et dramatiques fabriqués par l’artiste Werner Strub[2], interrogeant intensément notre identité et celle des personnages théâtraux.

 

Au contraire du voile qui s'impose pour annihiler les traits, au contraire de celui de l’hypocrite aux traits mielleux et chantournés, et en complicité avec celui vénitien du mystère, de la fascination et de l’éros, le masque peut décider d’affirmer et d’exposer certains traits choisis pour leur véracité psychologique, voire leur caricature. Emprunté à l’italien « maschera », signifiant faux visage, le mot associe la noirceur de la pâte dont on s’enduisait, la sorcellerie et le démoniaque. Même amical, tendre et rassurant, il garde quelque chose d’inquiétant du fait de la dissimulation, entre artifice et seconde peau plus vraie que celle de la nature. Mascaron baroque et bal masqué où libérer ses pulsions, voire empreinte mortuaire, il orne l’architecture de grotesques, et protège le vivant des agressions de l’escrime, des abeilles, des pollutions, des gaz et des virus, et conserve au-delà de la mort l’effroi du vivant qui n’est plus. Le voici tantôt ironique, tantôt diabolique ou féérique, festif ou glacial, voire anonyme s’il est lisse et imperonnel. Ainsi au théâtre, il est le signe du jeu, des caractères que l’on démasque, du rire fantasque, de la caricature et de la satire. Mais au masque rieur de la Comédie répond chez les Grecs de l’Antiquité le masque aux commissures tombantes de la Tragédie, pleurant les coups de la fatalité d’une voix caverneuse. Thalie et Melpomène, ces Muses respectives de la plaisanterie et des larmes, arborent à leurs pieds ces attributs respectifs qu’il suffira de nouer sur son visage pour user d’une allégorique voix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Dès ses quinze ans Martin Bodmer (1899-1971), dont la Fondation est aujourd’hui l’une des plus stupéfiantes bibliothèques privées au monde, acheta son premier livre rare : La Tempête de Shakespeare, probablement celle magiquement illustrée par Edmund Dulac en 1912. Cette œuvre dernière, voire testamentaire, du maître de Stratford oppose le bien et le mal en les personnes d’Ariel et de Caliban, pour aboutir à la concorde politique aux bons soins de Prospero, qui consent alors à abandonner sa baguette enchantée, comme Shakespeare abandonne son art. Entre les mains du collectionneur avisé, l’amour du théâtre et du maître élisabéthain ne pouvait que s’animer en toute complicité avec l’œuvre de Goethe, en particulier ses deux Faust, et avec son concept de « Weltliteratur », soit littérature-monde. Or s’ouvre ici un choix représentatif, venu des papyrus, des manuscrits autographes et des imprimés, y compris incunables (avant 1500). C’est ainsi qu’apparaissent les témoignages les plus anciens du théâtre antique, comme ce Dyscolos en grec tracé sur un papyrus du III° siècle, découvert dans les sables égyptiens en 1950. Seule pièce de Ménandre conservée par le temps, ce Bourru inspira Plaute le Romain et Molière pour son Misanthrope. S’ensuivent les publications du génial et humaniste imprimeur Aldo Manuce[3], qui, en 1498 et 1502, réalisa les premières éditions d’Aristophane, avec La Paix, et de Sophocle, avec Antigone, dont nous trouvons ici un plus contemporain exemplaire illustré au trait en 1949 par Hans Herni.

Les livres rares anciens révélant Euripide (Alceste encore une fois chez Alde Manuce) et Térence, ces dramaturges tragiques et comiques d’Athènes et de Rome, côtoient ceux du classicisme de Corneille, illustrés par Gravelot, et de Molière par Boucher, au siècle des Lumières. Car « Molière incarna sous le masque le marquis de Mascarille - en réalité valet de son état - dans Les Précieuses ridicules en novembre 1659 ». Comme dans l’italienne commedia dell’arte, les acteurs portent les frimousses caricaturales d’Arlequin et de Pantalon, Polichinelle et Brighella, des « trognes de cuir ». L’on devine que son avatar moliéresque, Le Médecin malgré lui (ici en son édition originale de 1667), exigeait de porter un faux nez rempli d’herbes aromatiques ainsi que le prétendait la lutte contre les odeurs pestilentielles de la peste. Patrick Dandrey note avec pertinence à propos des Harpagon et autres Tartuffes de Molière : « L’idée fixe qui hante ces personnages dominés et mutilés par une unique marotte masque à leurs yeux aveuglés la réalité des êtres et des choses dans leur diversité généreuse et leur authenticité sans fard ».

 

Térence : Comédies, Vandenhoeck, Hambourg & Londres, 1732.

Photo : T. Guinhut.

 

De même comment jouer Le Songe d’une nuit d’été sans affubler Bottom de sa tête d’âne, métaphore de sa grossièreté, dont est amoureuse par magie et punition Titania ? Ne doutons pas que la Fondation Martin Bodmer possède un exemplaire du « first folio » de 1923, compilant trente-six pièces de Shakespeare, soit « la quintessence de la littérature mondiale », selon notre collectionneur. Qui ne dédaignait pas l’œuvre du Genevois grincheux, Jean-Jacques Rousseau, dont la Lettre à d’Alembert sur les spectacles, dénie au théâtre la capacité de corriger les mœurs (mais plutôt de les corrompre) et reproche au comédien de n’offrir au spectateur que son fantasme. Enflant la polémique, D’Alembert lui répondit l’an suivant, en 1759, arguant que le patrimoine théâtral est un outil de « pédagogie morale ».

Les uns valorisant les autres, et vice-versa, une vingtaine de livres théâtraux répond à dix-sept masques. Et à ce que pourraient avoir d’un peu austère les pages, leurs typographies et leurs gravures le plus souvent en noir et blanc, répondent les folles et farouches étrangetés, couturées et colorées, destinées à doter l’acteur d’un surplus d’imaginaire, lorsque la fausseté du masque révèle la vérité du caractère. En fait, au lieu de masquer, les masques théâtraux de Werner Strub révèlent l’intime et la psyché des personnages. Ils sont fantastiques et merveilleux, sorte de hibou prêt à parler pour L’Oiseau vert du dramaturge de la commedia dell’arte Carlo Gozzi (1765), qui met en scène un roi sanguinaire, deux jumeaux philosophes, des pommes qui chantent, et bien sûr un oiseau magique parmi les péripéties de son conte baroque… Si les masques d’Œdipe et d’Antigone semblent barbares, celui du Père Ubu, d’Alfred Jarry (1896), se montre non sans humour sous son chapeau rond et avec un appendice nasal passablement pénien. Si ce dernier a quelque chose d’un sac à patates verdâtre, bien d’autres usent de la dentelle et du voile, de plumes et de canines, de cuir et de tissus, ou de la ficelle soigneusement et tendrement tissée pour La Flute enchantée de Mozart, dont on expose ici quelques partitions autographes. Ces visages scéniques aux peaux nouvelles sont évidemment plus que signifiants ; ainsi Œdipe arme sa couronne de cruelles cornes d’ivoire, soit les griffes du sphinx qu’il a terrassé : lui serviront-elles à crever ses yeux une fois la révélation de l’inceste commis et du meurtre du père ? Peu à peu, et au cours de sa carrière, Werner Strub s’est éloigné de la brutalité du cuir, de la cuirasse aux coutures chirurgicales volontairement primitives, pour affiner son artisanat, son esthétique, et recourir aux tissus, bientôt presque des gazes, d’arachnéennes et lumineuses concrétions filaires…

 

Shakespeare : La Tempête, illustrée par Edmond Dulac, Piazza, 1912.

Shakespeare : Œuvres, Lemerre, 1875. 

Photo : T. Guinhut.

 

Le masque théâtral, et en particulier ceux de Werner Strub (1935-2012), est une appropriation culturelle au meilleur sens du terme. En ses masque-cagoules l’on devine un substrat plastique, voire chamanique, venu de l’art africain, des Papous, des Amérindiens et des momies égyptiennes. Ses créations, qui savent « penser avec la matière », entre l’éclat de rire du clown et l’inquiétude existentielle d’Hamlet, ont été au service des metteurs en scènes les plus contemporains, tels Bruno Besson sur les planches de Genève, Giorgio Strehler, Roger Planchon, mais aussi du chorégraphe Maurice Béjart. Ces derniers, comme le spectateur stupéfié que nous sommes, n’ont pu qu’être conquis par ces opérations esthétiques, ces transsubstantiations passablement vénéneuses, sinon morbides, qui contribuent à multiplier les potentialités du corps et de la voix, à hausser le spectacle théâtral à la hauteur de l’initiatique cérémonie, d’une dangereuse catharsis enfin.

 

C’est une exposition remarquablement intelligente et originale, à laquelle s’ajoute un catalogue d’une très élégante facture, si l’on excepte quelques marges trop courtes, et qu’il faudrait disposer au côté de La Voie des masques de Claude Lévi-Strauss[4]. Les commentaires et analyses, les notices efficaces et précises, tout est érudit et savoureux ; ils  coulent de la plume de Jacques Berchtold, de Patrick Dandrey, de Nicolas Ducimetière... Il n’y manque pas les témoignages de ceux qui ont chaussé ces objets du délit, le comédien Alain Trétout, qui voyait alors son audace libérée, Gilles Privat, louant une « violente poésie ». Lisons avec délectation Laurette Burgholzer, qui, en historienne avisée de la chose, aime nous parler de « masque métaphore » et nous apprend qu’il a pu être considéré comme « une défiguration de l’image de Dieu, un blasphème », et que le spectacle médiéval le cantonnait aux êtres diaboliques… Ainsi masquée et révélée, la Fondation de l’ange de la bibliophilie, Martin Bodmer, rejoint le prestige de ses précédentes expositions et publications, bellement consacrées à Frankenstein[5], à Guerre et paix[6], aux Routes de la traduction[7]. En ce sens le plasticien Werner Strub est un traducteur, qui s’avance masqué : « Larvatus prodeo[8] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Exposition du 16 octobre 2020 au 11 avril 2020.

[4] Claude Lévi-Strauss : La Voie des masques, Albert Skira, 1975.

[8] «  Je m’avance masqué ». René Descartes : Cogitationes privatae, Œuvres, Vrin, t X, 1986, p 213.

 

Edouard Fournier : Le Théâtre français au XVI° et au XVII° siècles,

Laplace, Sanchez & cie, 1890.

Storia del teatro moderno e contemporaneo, Einaudi, 2000.

Photo : T. Guinhut.

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 17:08

 

Temple d’Antonin et Faustine, Forum, Roma.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

L’empire de Rome, de César à Fellini,

en passant par la poésie latine

& son anthologie.

 

Tout César, traduit du latin par Alessandro Garcea,

Bouquins, Robert Laffont, 2020, 960 p, 30 €.

 

Anthologie bilingue de la poésie latine, sous la direction de Philippe Heuzé,

 La Pléiade, Gallimard, 2020, 1920 p, 69 €.

 

Jean-Noël Castorio :

Rome réinventée. L’Antiquité dans l’imaginaire occidental de Titien à Fellini,

Vendémiaire, 2019, 448 p, 24 €.

 

 

 

Rome ! À ce nom, les légions de l’Histoire se lèvent aux quatre coins de la Méditerranée, les temples résonnent des augures invoquant Jupiter et Mars, les cirques hurlent les noms des gladiateurs, les bibliothèques bruissent des textes de Cicéron… Toutefois le nom qui sonne le plus intensément dans les mémoires est peut-être celui de César, césure et trait d’union entre la République, qu’il abattit, et l’Empire, chapeauté par son fils adoptif, Auguste. L’on doit à Rome une langue qui sonne encore au travers de près de 80 % de notre vocabulaire, une littérature prodigieuse, dont la poésie latine s’élance de plus belle en une brillante anthologie, jusqu’à nos jours. Rome encore se dresse un empire dans l’imaginaire occidental, sans cesse vivante au travers de la littérature, de la peinture et même du cinéma, jusqu’au surprenant Fellini.

 

Le lecteur français aimanté par Caius Julius Caesar pense immédiatement au conquérant du commentaire sur La Guerre des Gaules ; quoiqu’il soit difficile d’en séparer La Guerre civile. Le genre, attesté depuis les mémoires de Sulla, hélas disparues, est d’ordre historiographique et autobiographique : l’on sait que son auteur emploie l’honorifique troisième personne : « César envoya des éclaireurs et des centurions pour choisir un camp ». C’est entre 58 et 45 avant Jésus Christ, que ces haut-faits se déroulent, du premier coup de mains contre les tribus gauloises à la défaite des partisans de Pompée. Outre l’auto-éloge qui vise à faire connaître ses qualités et s’assurer un réel pouvoir politique parmi les colonnes du forum romain et bien au-delà, l’intérêt de ces textes dépasse la dimension stratégique et diplomatique mise en œuvre par le général. Car bien des connaissances sur nos ancêtres les Gaulois, qui ne voulaient pas de l’écriture pour préférer la transmission orale des connaissances, en particulier entre druides, nous viennent des pages de César. La figure de l’Arverne Vercingétorix est évidemment exaltée, de façon à mettre en valeur le mérite de César, dans une démonstration sans cesse animée par l’intelligence : « Il ajouta qu’il n’aimait pas moins dans un soldat la docilité et la retenue que la fermeté et la bravoure ». La Prise d’Alesia est un modèle de récit épique, s’achevant par la reddition de Vercingétorix dont « les armes sont jetées à ses pieds ». Et pour reprendre les mots d’Alessandro Garcea, « à l’instar de la Guerre des Gaules, la Guerre civile est une œuvre apologétique, fondée sur deux arguments : la liberté du peuple romain contre le pouvoir d’une faction minoritaire et le soutien que les troupes du leader charismatique rencontrent en Italie et ailleurs ». À la longue défaite de Pompée, font suite la Guerre d’Alexandrie, les Guerre d’Espagne et d’Afrique, qui sont des textes apocryphes.

Et puisqu’il s’agit de Tout César, nous voilà surpris par ce que l’auteur de ces modestes lignes ignorait superbement : Il écrivait des discours, des correspondances, ce qui aurait dû tomber sous le sens du moindre historien sensé, tant un Romain de famille patricienne devait connaître et pratiquer l’art oratoire et des lettres, celui de la rhétorique. Que le général fut bien plus qu’un soudard, nous ne l’ignorions pas, mais au point d’apprendre qu’il écrivit des Traités, nous voici stupéfait, tant une imagerie venu d’Astérix le Gaulois nous bouchait la vue. Nous le découvrons auteur de L’Analogie, un traité de grammaire où importe « la sélection lexicale ». Car à la rhétorique ornée de Cicéron son contemporain et rival politique, il préférait la limpidité et l’exactitude au service de l’écriture ainsi que de cet art oratoire qui avait tant d’importance chez les Romains. N’oublions pas à cet égard que César, outre la création du calendrier Julien, fut à l’origine de l’édification d’une bibliothèque publique qui ne fut réalisée qu’après sa mort. Quant aux Poèmes (dont un Voyage) et au Recueil de bons mots, tout est perdu, sinon de très minces bribes de Discours

Cette édition césarissime est solide et généreuse. Consultez ses cartes des tribus gauloises et des déplacements de l’armée de César jusqu’en Egypte. Ouvrez son index, cherchez et trouvez Crassus et Cléopâtre, qui « avait donc orné son appartement avec splendeur et son lit avec somptuosité ; elle s’était en outre parée avec une négligence affectée ». L’on sait qu’avec son Jules, elle aura un fils, Césarion. Grâce à Alessandro Garcea, traducteur émérite, érudit scrupuleux, cette édition vient ranimer sur les rayons de nos bibliothèques, un vide de la mémoire.

Né en 100, nommé dictateur en 49, Assassiné par Brutus et un complot de sénateurs, la comète de sa gloire inspira la stratégie napoléonienne et les historiens de la Gaule, les dramaturges Shakespeare et Voltaire. Cependant est-on sûr de devoir apprécier sa mise au pas de la République, sa « bureaucratisation » de l’Etat, selon le mot de Suétone, et qui mit fin à un certain libéralisme romain[1] ? De celui qui fit l’objet d’une biographie par Napoléon III, et si l’on ne lit guère le latin, il reste le plaisir visuel et furtif de l’édition bilingue et surtout complète tant que faire se peut d’un homme universel et cependant vigoureusement controversé.

 

 

Pourtant il ne s’agit pas tout à fait une langue morte. L’on risquerait à la trouver bien vivante, tant depuis le III° siècle avant Jésus-Christ avec Livius Andronicus et jusqu’en 1979, soit à peine hier, avec Pascal Quignard, la poésie s’écrit en latin. Cette Anthologie bilingue de la poésie latine rejoint en Pléiade celles consacrées à l’Espagne, à l’Angleterre, à l’Italie, à la France cela va sans dire, et à la Chine[2].

La gageure, vu l’immensité du corpus, était de taille. L’on n’allait pas publier in extenso Virgile, Ovide et Lucrèce, quoique fondamentaux, mais en donner des extraits emblématiques. Et glaner les plus belles pièces des indispensables seconds couteaux que sont Horace et Catulle, les coquineries et épigrammes de Martial, les satires de Juvénal, faire découvrir des quasi-inconnus.

Si elle subit les assauts des Barbares, fut témoin des Vandales avec l’historien Procope et de la chute de l’Empire en 473, si elle devint chrétienne, quoiqu’évoluant, voire s’abâtardissant comme toute langue, la langue latine n’en perdit pas pour autant de sa superbe. Idiome de l’église romaine, de la médecine et de la philosophie, elle tient bon pendant un millénaire, garde la métrique de la poésie et accueille la rime, avant que les poètes de la Pléiade, s’ils versifient en langue française, aiment, comme Du Bellay, celle-ci comme son épouse et la première comme sa maîtresse :

« Gallica Musa mihi est, fateor, qua nupta marito.

Pro Domina colitur Musa latina mihi ».

Et même les plus audacieux des poètes modernes, Baudelaire et Rimbaud, ont le goût des hexamètres et écrivent pour l’un « Franciscae meae laudes » (Louanges à Francisca), pour l’autre « Tu vate eris » (Tu seras poète).

Malgré l’antériorité de la Grèce à laquelle elle est redevable, le I° siècle avant Jésus Christ est un siècle d’or pour la poésie, de Catulle à Ovide et ses Métamorphoses[3] de Lucrèce et son De la nature des choses, de Properce à Virgile et son Enéide, tous ici généreusement représentés. Même César et Cicéron, jusqu’à Néron et Hadrien, ont composé sous l’inspiration des Muses. Pourtant, faute de la clémence des siècles, toute une « littérature latine inconnue[4] » ne surnage que par citations et lambeaux, et, comme Gallus, par noms muets !

L’âge de l’humanisme se prit d’un nouvel amour pour le latin, y compris « de cuisine », comme se moquait Lorenzo Valla du Pogge[5], mais surtout de celui de Cicéron, quoiqu’Erasme nourrît à cette occasion un pamphlet intitulé Ciceronianus. Le classicisme vénéra l’Art poétique d’Horace, imité par Boileau. Grâce à son Latin mystique, Rémy de Gourmont fit aimer en 1892 jusqu’aux auteurs de la décadence et de la spiritualité chrétienne médiévale. Faute de peut-être encore s’exercer en sa langue (et pourquoi pas ?) la Muse latine n’a pas fini de nous inspirer.

 

 

 De régal en régal, nous allons feuilletant, de l’inspiration mythologique à celle biblique ; des fables de Phèdre à celles d’Avianus qui enchantèrent La Fontaine ; du fleuve épique au chant amoureux, de la virulente satire à l’ardente prière. « Sont-ils des puces, des punaises ou des poux ? Réponds-moi ! » C’est tout ce qui reste d’une comédie, Le Poignard, de Livus Andronicus. Non loin de « La douceur de la parole, la délicatesse du comportement », par Marcus Pacuvius, voici Caius Lucilius : « J’ai dit. Je reprends mon début : même une épouse décrépite et cavaleuse, je préfèrerais l’enfiler plutôt que me châtrer moi-même ». Il ne faut pas oublier que les satiristes, comme Martial, ont la langue salée : « Tu dis que les jolies filles brûlent d’amour pour toi, Sextus, toi qui à la face d’un nageur en apnée ». Le plus fameux est peut-être Juvénal qui, en sa sixième satire inspirant Baudelaire en son « Sed non satiata », moque Messaline : « la vulve raide et tendue, / elle s’éloigne, épuisée par l’homme, mais pas rassasiée, / hideuse, les joues noircies, souillée de la fumée des lampes / et rapporte au lit impérial les remugles du bordel ». Plus délicat est Arborius : « ce sont tes doigts qui mettent en valeur les bagues ». Cicéron préfère narrer un « songe » et « les inquiétantes conjonctions d’étoiles à l’éclat étincelant ». Virgile fait visiter à son héros les Enfers : « Ils allaient obscurs sous la nuit solitaire, ombres silencieuses ». Lucain également pratique l’épopée : « Quand le sinistre Achillas lui perça le flanc / de sa lame, il accueillit le coup sans gémissement ; méprisant le crime, il maintient son corps immobile ».

Plus tard, ce sont Hilaire de Poitiers, qui, en ses Hymnes, ourdit sa « Louange du Christ », et Ambroise de Milan pour qui l’ « Hymne du matin » est l’occasion de louer Dieu. Le peu fameux (et pourtant !) Hildebert de Lavardin conte le malheureux trépas d’un « hermaphrodite » et s’adresse à Rome avec ardeur, « alors que tu es presque entièrement en ruine ». Quant au philosophe de la Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin, il ne répugne pas à ciseler les vers d’un « Pange lingua » (Chante, ma langue) adressé au mystère du « corps glorieux et du sang précieux » du Christ. Pour autant le Moyen âge peut être plus que facétieux avec un anonyme « Débat contradictoire de la bière et du vin ». Lors de la Renaissance, l’humaniste Ange Politien aime délaisser un moment les amours galantes et platoniciennes pour le blâme sévère : « tu infliges à tes misérables pages / des vers pleins d’insanités ». L’on devine qu’un brin d’anticléricalisme ne fait pas de mal, si Euricius Cordus, d’un coup d’épigramme, se moque : « les prêtres n’ont plus de servantes, ils ont des maîtresses ». Un certain Palingène, dont l’inquisition fit déterrer et brûler les restes vers 1543, écrit un didactique Zodiaque de la vie où fourmillent morale et démonologie, critiques féroces des moines, des femmes et des faux savants. Plus scientifique encore est Giordano Bruno, qui lui fut bien brûlé vivant sur le bûcher, et défendit en vers Nicolas Copernic parmi Des innombrables, de l’immense et de l’infigurable.

Malgré la richesse inénarrable de ce volume, il a fallu faire des sacrifices, comme Le Siège de Paris par les Normands d’Abbon[6], venu du IX° siècle, ou l’Anti-Lucrèce de Polignac (1747), ici absents. Cependant si la modeste bibliothèque de l’auteur de ces lignes eût voulut lui tendre un piège, elle dut reconnaître la présence d’auteurs rares comme Claudien et son Enlèvement de Proserpine, ou Vida et sa Poétique venue du XVI° siècle…

Cédons au « quaedam dulcedo et sonoritas », cette musicalité latine qui enchantait Pétrarque, en nous surprenant à lire à haute voix quelques vers originaux. Y compris lorsqu’ils s’égrènent sur une page presque blanche et mallarméenne grâce à Pascal Quignard : « inter aerias fagos / saltum et / terrorem. (Quid ergo ?) » ; soit : « entre les hêtres aériens selve et / atterrement (Qui suis-je donc ?) ».

 

 

Autant sinon plus que la langue latine, l’imagerie romaine continua et continue encore pour les siècles des siècles de rayonner. Ce dont témoigne Jean-Noël Castorio en son essai : Rome réinventée. L’Antiquité dans l’imaginaire occidental de Titien à Fellini. Sans nul doute - et il le sait - l’essayiste exagère en affirmant que « l’Antiquité n’existe pas », mais il faut admettre qu’elle n’existe en fait de connaissances exactes qu’en terme de représentation, voire de fiction, de fantasme. Cependant « elle n’a jamais cessé d’être : elle n’est pas un temps résolu ; elle est le présent ». C’est en effet ce qu’il montre efficacement au travers d’une dizaine d’exemples, en autant de chapitres associés à des événements fondateurs, voire mythiques, des personnages charismatiques, mais surtout leurs réécritures par les artistes qui s’en sont nourris, peintres, écrivains et cinéastes.

Le « viol de Lucrèce », matrone et héroïne romaine qui se donne la mort non sans exiger la vengeance à l’encontre du vil Tarquin, augurant ainsi de la République, est « la métaphore de la cité ». Le récit de Tite-Live devient un modèle pour les Pères de l’Eglise, tel Tertullien qui la donne en exemple aux martyres chrétiennes, quoique Saint Augustin n’approuve pas son suicide. Symbole de la chasteté et de la victoire morale de la vertu contre le vice, elle est peinte, somptueusement vêtue, par Lorenzo Lotto, par Titien qui la montre nue, menacée par le poignard de Tarquin.

La « gloire des vaincus » fait rêver, que ce soit celle des Carthaginois revus par Gustave Flaubert en son splendide roman Salammbô, qui fit dire à Sainte-Beuve, « On la restitue, l’Antiquité, on ne la ressuscite pas », ou celle des « damnés de la terre », ces esclaves révoltés sous la conduite de Spartacus puis crucifiés par milliers, mis en scène par les péplums et les séries, souvent au mépris de la véracité historique, naviguant entre manichéisme et politiquement correct. Songeons également à l’admiration de Karl Marx pour Spartacus, aux spartakistes, sous l’égide de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, qui tentèrent d’instaurer une république socialiste au service de la cause prolétarienne dans l’Allemagne de 1915 à 1919.

Jusqu’à la chute de l’empire, en passant par le tyrannicide à l’encontre de Jules César, l’on montre ici combien l’imaginaire bouillonne pour que fleurissent les tragédies shakespeariennes et les tableaux académiques de Jan Léon Gérôme, comme « La mort de César » en 1859, impressionnants au point de susciter en 2000 la créativité du cinéaste de Gladiator : Ridley Scott.

Qu’il s’agisse de « l’art du massacre », emprunté aux guerres civiles et aux « sanglants lendemain des ides de Mars », qui horrifièrent les tableaux baroques et classiques, de « l’éros romain », qui permit à Forberg[7] de compiler en 1824 un « kamasutra romain », soit le Manuel d’érotologie classique, illustré en 1906 par les charmants et pornographiques dessins antiquisants de Paul Avril, l’art et la littérature font feu de tout bois républicain et impérial. L’on imagine que « Les Romains de la décadence », pour emprunter le titre d’un tableau de Thomas Couture de 1847, puis les cendres et les ruines des cités antiques deviennent des œuvres à grand spectacle…

 Et plutôt que les grandes fresques épiques, il est à remarquer combien l’amour de l’empereur Hadrien pour son bel Antinoüs, permit la naissance d’un roman, indépassable dans le genre, de Marguerite Yourcenar, qui publia en 1951 ses Mémoires d’Hadrien, aussi poétique qu’élégiaque et historiquement informé. Mais en un autre chapitre entier, c’est également Fellini qui attire tous les suffrages de notre essayiste, fasciné par Le Satyricon de Pétrone[8], dont il fit en 1969 un film baroque à souhait, où l’on voit déambuler et festoyer des débauchés aux beautés malsaines dans une atmosphère lourde de lupanar coloré, un film bien moins documentaire qu’onirique. Suivi bientôt en 1972 par Roma, dans lesquelles de somptueuses fresques découvertes s’effacent au souffle de l’air du dehors. Moralité, Rome n’est plus qu’un fantasme…

Entrelacé de vastes perspectives, l’essai aux onze volets de Jean-Noël Castorio, qui œuvra sur Messaline[9] et Caligula[10], est non seulement animé par une perspective originale, mais par un sens du récit haut en couleurs, sans oublier des qualités d’argumentations non négligeables. Il confronte avec une entraînante érudition les sources romaines et grecques (de Suétone à Plutarque). Il laisse également deviner que nous n’en pas fini de réinventer Rome, dans nos jeux vidéo, nos roman-graphiques, nos hologramme-cinémas, voire nos jeux du cirque de la télé-réalité…

 

Si Rome a pu être un modèle, puis un nid à fantasmes, sa chute reste un cas d’école pour l’historien, le philosophe, le politique. Si nous savons à son occasion combien les civilisations sont mortelles, sauront nous prévenir et enrayer la chute de notre civilisation, dont nous espérons au moins conserver la poésie ?

Thierry  Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Henri Bardon : La Littérature latine inconnue, Klincsieck, 2014.

[6] Abbon : Le Siège de Paris par les Normands, À l’Imprimerie royale, 1834.

[7] Friedrich-Karl Forberg : Manuel d’érotologie classique, Joëlle Losfeld, 1995.

[8] Voir : Des romans grecs et latins et de l'avenir des anciens

[9] Jean-Noël Castorio : Messaline, la putain impériale, Payot, 2015.

[10] Jean-Noël Castorio : Caligula, au cœur de l’imaginaire tyrannique, Ellipses, 2017.

 

Civilis Caesaris, Adriani Wyngaerden, 1651. Photo : T. Guinhut.

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 18:25

 

Martyre de Saint-Etienne, Cathédrale de Bourges, Cher.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Violence anthropologique et vices politiques.

En passant par Walter Benjamin,

Laurence Hansen-Løve, Wolfgang Sofsky

& William T. Vollmann.

 

Walter Benjamin : Pour une critique de la violence,

traduit de l’allemand par Antonin Wiser, Allia, 2019, 64 p, 6,50 €.

 

Laurence Hansen-Løve : La Violence. Faut-il désespérer de l’humanité ?

Editions du Retour, 2020, 164 p, 14 €.

 

Wolfgang Sofsky : Traité de la violence,

traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Tel Gallimard, 1998, 228 p, 11 €.

 

Wolfgang Sofsky : Le Livre des vices,

traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau, Circé, 2012, 240 p, 21 €.

 

William T. Vollman : Le Livre des violences,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Mourlon, Tristram, 1999, 960 p, 35 €.

 

 

Alors que l’Europe s’ensauvage, que Paris voit crimes et délits augmenter considérablement, que le terrorisme frappe ses rues à coups de feuilles de boucher et de kalachnikovs, répétant la litanie des martyrs chrétiens devenus martyrs agnostiques et laïcs, la violence, anthropologique, religieuse et politique, historique et culturelle, est un vice dont on se passerait bien. À moins qu’elle nous soit chevillée au corps, voire qu’elle soit nécessaire, tout au moins aux tableaux, poèmes et romans, voire symphonies, qui l’exaltent et la pleurent, de la colère de l’Iliade aux mélancolies de Guerre et paix. Cependant la violence du souverain policier est l’objet de la critique de Walter Benjamin, alors que Laurence Hansen-Løve craint de devoir désespérer de l’humanité. Quand Wolfgang Sofsky se fait l’historien et le clinicien de la violence, il la range en quelque sorte parmi son Livre des vices, sans guère d’illusion irénique, alors que William T. Vollmann plonge au sein de son Livre des violences au péril de son écriture et de sa vie.

 

Pulsion génétique, la violence a besoin de mythes, tant celui de l’Iliade, dont la colère est le premier mot, dont la guerre et les morts sont les conséquences, que celui de Marsyas, écorché vif par Apollon pour avoir prétendu être meilleur musicien que lui, dans les Métamorphoses d’Ovide[1]. Nous n’ignorerons pas le crime fratricide de Caïn sur Abel. Ce premier meurtre, parmi ceux infligés par les dieux et les hommes, n’est que l’inaugural maillon d’une longue chaîne qui culmina lors des totalitarismes, islamistes, fascistes et communistes, au cours des siècles. Les barbares Germains et Francs, Gengis Khan et Pol Pot, ou encore des écrivains comme Mutanabbî, qui « ne prend plaisir qu’aux jeux de guerre[2] », et Sade aimaient la violence comme une luxure,

Pourtant l’on doit, au contraire du préjugé commun, envisager l’idée qu’au cours des millénaires la violence n’a cessé de régresser. Si les mammifères qui nous précédaient n’étaient qu’environ 0,3 % à mourir en conséquence d’un conflit avec leurs congénères, les primates passent en l’occurrence à 2%, comme probablement les premiers hommes. Ainsi, selon Mark Bekoff, expert en comportement animal et professeur émérite au sein de l'université du Colorado à Boulder, l’on a tendance à exagérer la violence des animaux[3]. Or les tribus de l’Orénoque ont pu sacrifier dans des guerres tribales jusqu’à 60 % de leurs jeunes hommes. La période médiévale fut particulièrement meurtrière, avec une violence interhumaine responsable de 12 % des décès connus, entre invasions barbares, conquêtes islamiques, guerres de toutes sortes et criminalité urbaine et rurale. En revanche, au cours du siècle dernier, notre espèce s'est montrée relativement pacifique, ne s'entretuant qu'au taux de 1,33 % à travers le monde. De nos jours, le taux d'homicide des régions les plus pacifiques de la planète, comme le Japon ou la Suisse, peut descendre aussi bas que 0,01 %, offrant à notre portée une société pacifique.

Le dieu biblique est passé d’une violence punitive terrible et presque universelle en détruisant l’humanité, hors l’arche de Noé, en brûlant Sodome et Gomorrhe, à une alliance avec son peuple qui lui permit bien plus de bienveillance, évolution qu’il est permis de comparer avec celle qui fit passer les Furies de la Grèce antique au statut de Bienveillantes. « Il faut cependant abominer toute violence mythique, fondatrice de droit, que l’on est autorisé à dire arbitraire. Et abominer également la violence conservatrice de droit, cette violence administrée qui est à son service. La violence divine, qui est insigne et sceau, jamais moyen d’exécution sacrée, peut porter le nom de violence souveraine[4] ». Ainsi, en une apothéose mystique, Walter Benjamin conclue-t-il son bref essai Pour une critique de la violence, quoiqu’il l’eût plus exactement placé sous l’égide d’une conviction anarchiste.

Le philosophe de Paris capitale du XX° siècle[5] et lecteur émérite de Baudelaire[6] parait défendre une vision passablement conservatrice, ce qui n’a rien de déshonorant, en concédant, ce de manière paradoxale, la violence légitime à une police émanant d’un pouvoir fort : « son esprit est moins dévastateur dans la monarchie absolue, où elle représente la violence d’un souverain qui réunit en lui l’omnipotence législative et exécutive, que dans les démocraties, où son existence, soutenue par aucune relation de ce type, témoigne de la plus grande dégénérescence possible de la violence ». Ne soyons pas dupe d’une fausse nostalgie. Méfions-nous, tant « l’intérêt du droit à monopoliser la violence au détriment de l’individu ne s’explique pas par l’intention de défendre les fins légales, mais bien plutôt de protéger le droit lui-même ». En ce sens le droit peut être injuste et peut-être délégitimé en passant du droit naturel au droit positif, comme le note Leo Strauss[7]. Cependant, et au-delà de ce « service militaire [qui] est un cas d’usage de la violence conservatrice », Walter Benjamin en recherche avant tout la légitimité : « En tant que moyen, toute violence est soi fondatrice, soit conservatrice de droit. Si elle ne prétend à aucun de ces deux prédicats, elle renonce d’elle-même à toute validité ». Mieux encore elle est en quête de paix, comme en passant par Machiavel d’ailleurs qui privilégiait « vertu contre fureur[8] » : « Aux moyens légaux et illégaux de toutes sortes qui relèvent sans exception de la violence, il faut effectivement opposer, en tant que moyens purs, ceux qui bannissent la violence. La civilité cordiale, la sympathie, l’amour de la paix, la confiance ».

L’on pourrait trouver à discuter la thèse de Benjamin qui, à la suite de Gorges Sorel[9], prétend que « la grève générale », et donc son programme révolutionnaire,  exclut « toute fondation de droit », prétendant qu’ « à cette conception profonde, morale et authentiquement révolutionnaire, on ne peut opposer aucune considération qui voudrait stigmatiser ce type de grève générale du nom de violence en raison de ses conséquences possiblement catastrophiques ». Au nom du « droit à la violence » de la classe ouvrière organisée », qui aurait pour seul mérite illusoire de détruire la violence juridique et étatique, le spectre de Marx et le déni de la violence populacière autant que révolutionnaire hantent déraisonnablement et dangereusement Walter Benjamin qui, écrit en 1921, soit sans encore guère de connaissance du pouvoir bolchevique et de son totalitarisme…

 

 

La question de la moralité de la violence traverse sans cesse le discours politique. Entre violences policières et violences antipolicières, notre temps ne sait plus où placer le cursus de la défense des libertés, donc celui de la légitimité, non plus au sens des lois, guère appliquées d’ailleurs, mais au sens de l’intégrité de l’individu et de la propriété.

Après avoir tenté d’« oublier le bien et de nommer le mal[10] », dressé un tableau de L’Art, de Aristote à Sonic Youth[11], Laurence Hansen-Løve prend bien garde d’être violente dans son appréciation du sujet qui nous occupe. Cette violence est-elle objective ou subjective, est-elle une fatalité abjecte ou un espoir, légitime ou illégitime ? Aussi tente-t-elle de ne pas « désespérer de l’humanité ».

Certes les homicides, les tortures, les plus vastes guerres et l’esclavage ont considérablement régressé, comme le confirment les chiffres et les analyses de Steven Pinker[12], mais c’est un peu trop oublier la résilience du dernier, sans oublier la permanence voire le regain des dictatures, les attentats terroristes et la persistance « de traditions religieuses archaïques ». D’autant que notre essayiste, notant que les religions ont « pour vocation de capter, d’encadrer et de canaliser la violence », omet l’Islam, qui de par sa coranique essence, doit se montrer génocidaire de tout ce qui ne se plie pas à son diktat. Quant à la thèse de Maurice Bellet à l’égard du Christianisme selon laquelle « il n’a pas plus cruel, plus exterminateur […] que cet amour qui s’imagine être la toute-puissance », elle n’est valable que pour le Dieu vengeur du début de l’Ancien Testament, ce qui n’écarte pas le risque inhérent au monothéisme, soit son intolérant rejet des autres dieux.

Or « la violence n’est pas une donnée naturelle », sauf du point de vue subjectivement humain de qui est abattu par un tigre ou une avalanche. Elle n’est réellement violence qu’à l’aide du pouvoir d’une main, et « qu’à partir du moment où elle touche des rapports moraux », pour reprendre l’essai précédent de Walter Benjamin. En outre, il faut penser au « caractère protéiforme et indécis du concept », tant au-delà du ravage physique s’étend le territoire du désastre psychique, si l’on pense au harcèlement, ou à l’euphémisme des incivilités par exemple. De plus, il peut s’étendre à l’animal battu ou enfermé, à la nature sujette à un « écocide » qu’il faut peut-être criminaliser…

Néanmoins la violence peut-être au service de la liberté. Reste à savoir où placer le curseur. Car la « complaisance marxiste à l’égard de la violence » ne peut se prévaloir de l’argument de la violence bourgeoise, confondre justice et vengeance et justifier la terreur révolutionnaire, alors que le but de l’Etat libéral est d’aboutir à une non-violence. Aussi la violence de l’Etat, aussi légitime soit-elle, est bien plus une contrainte au service de la justice, de la paix et de la liberté.

Il n’y a pas de violence légitime, semble penser Laurence Hansen-Løve, y compris la « contre-violence », qui ne doit pas céder le pas à la loi et au droit. À moins que le violent ne puisse comprendre que la violence qui le briderait… Toutefois, il n’est pas certain qu’il faille donner crédit à tout ce qui « blesse mon identité familiale, nationale ou religieuse » : auquel cas l’on bannirait toute parole critique, toute altérité de la pensée et de l’expression, donc la liberté. Serions-non alors coupables de nous laisser choquer ?

Si la violence est indubitablement un moteur de l’Histoire, elle n’est pas aussi massive que le prétend François Cusset, dans son Déchaînement du monde, dont l’anticapitalisme obsessionnel et la confusion intellectuelle affaiblissent considérablement le propos, et auquel nous avons déjà fait un sort[13]. Certes, au travail, dans les manifestations, sinon partout, les violences essaiment.

Cependant la non-violence est-elle une permission faite à la violence d’autrui, voire une incitation ? Si celle de Gandhi se dressait contre des Britanniques passablement civilisés et ainsi put être efficace, celle qui affronterait le fascisme nazi, le communisme, ou l’islamisme se verrait balayée faute de volonté politique et de moyens considérables et pugnaces. C’est en quelque sorte ce que défend Günther Anders, dans La Violence : oui ou non ? Une discussion nécessaire, qui prétend qu’il faut tuer ceux qui sont prêts à tuer l’humanité[14] », omettant la question de l’intention qui n’est pas encore une réalisation. À cet égard la liberté doit indubitablement avoir les mains armées, dans le cadre d’une guerre juste, d’une violence éthique : « Si vis pacem para bellum », disait l’adage antique, soit, « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Il faut cependant prendre garde qu’un tel raisonnement pourrait justifier le recours à la violence au service de bien des causes, par exemple l’éco-terrorisme ou l’anticapitalisme. Et savoir que la culture de l’ennemi et la sortie des armes de leur étui risquent l’oubli des considérations morales. Peut-être peut-on « changer le monde sans faire couler le sang », comme l’espère Laurence Hansen-Løve, mais peut-être pas sans de nouveaux avatars du totalitarisme, par exemple écologiste.

L’essai de Laurence Hansen-Løve a non seulement le mérite de la clarté très informée par des références philosophiques nombreuses sans cuistrerie ni obscurité, mais aussi de soulever maints questionnements judicieux sur une violence, ce « virus mutant », qu’il est, au rebours du préjugé, délicat de définir et de juger, voire de condamner, en ses nombreux aspects ; et de laisser ouverte la critique du lecteur, comme en une opération maïeutique, qui viserait à accoucher d’une maturité philosophique et sociétale. Cependant il semble qu’elle s’illusionne en croyant naïvement que le Tribunal Pénal International puisse être pur de toute intention idéologique, de toute pulsion tyrannique, et en ne voyant qu’à l’extrême-droite des violences à venir, l’autre bout du spectre, à gauche (ce dont témoignent les Black-blocs), étant probablement plus à craindre. Ces derniers usent d’ailleurs à leur manière d’une violence « métapolitique », à l’instar des fanatiques de tous poils, comme le reconnait notre philosophe. Elle est « infrapolitique, s’il s’agit de masculinisme outrancier (il existe un tel féminisme) nourri de viols, de harcèlement et d’oppression de la gent féminine. Et la marche du progrès permet une « cyberviolence », qu’elle assume encore une fois des pulsions anthropologiques, personnelles ou politiques…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si les progrès scientifiques et ceux de l’humanisme ont pu faire considérablement reculer la violence, elle reste une pulsion paranoïde, une libido dominandi qui n’est hélas pas près de s’éteindre. Aussi faut-il avoir en mémoire ses formes trop nombreuses. Ce sont, déclinées, les douze heures du jour de la violence de l’humanité, en autant de chapitres au long de l’essai du sociologue allemand Wolfgang Sofsky : Traité de la violence. Car elle est « inhérente à la culture », et « la culture est au service de la violence ». Aussi le catalogage de notre sociologue allemand va de l’arme à la culture, en passant par la torture, les spectateurs, l’exécution, le combat, la chasse, les « massacres festifs », la destruction… Cette violence antique et également contemporaine s’illustre sous sa plume par de petits récits, des apologues en fait, dans la tradition philosophique Hobbes et de Rousseau ; en passant par David et Goliath, Bacon peignant une crucifixion, Saint Brandan et la programmation des tortures infligées à Judas, Saint Augustin confronté aux cruels jeux du cirque, la guillotine de 1792… Lors, la torture antique, manuelle, outillée, en passant par l’inquisition, s’adjoint de modernes moyens technologiques, jusqu’aux médecins nazis. La « jubilation du public » associe sadisme et catharsis, la fièvre du combat et de la chasse satisfait le besoin d’intensité du guerrier, du lyncheur, du terroriste, mieux que l’orgasme…

Ainsi un ordre, clanique, royal, impérial, communiste, fasciste, théocratique, voire démocratique, accouche-t-il d’un cycle de violences. Parmi les camps de concentrations et d’extermination, goulags et logaï, la terreur sûre d’elle-même et de sa légitimité se met au service d’un ordre dystopique et totalitaire. La violence peut-être fondatrice de l’Etat, un peu comme le postulait avec Caïn ou la crucifixion  René Girard dans Des Choses cachées depuis la fondation du monde[15]. En ce sens, et constitutive de l’humanité, y compris lorsqu’elle est le nécessaire ressort de l’émulation, de la concurrence et des progrès qui rejettent ce qui est obsolète, y compris les hommes qui en sont les acteurs, elle n’est pas près de s’annihiler.

Wolfgang Sofsky est-il trop pessimiste en affirmant que « la culture n’est nullement pacifiste » ? « Les intervalles pacifiques ne sont que des épisodes », écrit-il en 1996 ; que dirait-il au regard du choc des civilisations, ou de la civilisation et du retour de la barbarie, entre Occident et Islam, qui va s’aiguisant ? Pourtant l’humanité va mieux, les famines diminuent, l’espérance de vie et la prospérité économique vont croissant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un vice est-il plus amusant qu’une vertu ? Essayez donc d’affrioler le lecteur avec cette dernière… Après avoir dressé un catalogue édifiant dans son Traité de la violence, l’essayiste et sociologue allemand Wolfgang Sofsky bâtit son Livre des vices, qui sont, comme chacun sait, l’envers des vertus. À cette impressionnante énumération, illustrée d’exemples nombreux, il manque cependant une réflexion plus soutenue sur le pourquoi de la quasi disparition de cet ancien concept des vices parmi notre horizon éthique. En ce partage du bien et du mal qui pourrait paraître au lecteur un brin moralisateur, voire obsolète, il ajoute heureusement sa patte personnelle et contemporaine, d’autant plus pertinente qu’elle se double d’une inscription des vices privés dans la dimension indispensable des vices politiques.

Dépoussiérant nos catégories, Sofsky ne se contente pas de la liste des sept traditionnels péchés capitaux établie par Saint-Augustin : avarice, luxure, gourmandise, envie, colère, paresse et orgueil, ils sont en effet à l’origine de tous les délits et crimes. Ainsi, en une nouvelle typologie aux dix-huit entrées, nous voyons disparaitre la gourmandise, qui ne prive plus autrui de nourriture, mais qui conduit pourtant bien souvent à l’obésité et autres dégâts sur la santé. La luxure est elle aussi effacée de son moderne panorama, quoique l’on puisse se demander en quoi elle concourt aux maladies sexuellement transmissibles, sans compter le népotisme. En fait chacun de ces vices personnels peut être le déclencheur d’une violence envers autrui…

Cependant, notre sociologue des mœurs  entreprend un toilettage de quelques vieux péchés : l’envie est aujourd’hui « la jalousie », « l’avarice » s’adjoint « la cupidité », l’orgueil se scinde en « prétention » et « arrogance », comme si des concepts s’étaient démodés, passant de la dimension religieuse à celle de la vie sociale. En revanche, au-delà des mises à la trappe, faites peut-être avec un peu de légèreté, et des rhabillages séculiers, apparaissent des nouveaux venus. L’on comprendra que le trio lâcheté, soumission et indifférence soit justement examiné, mais l’on sera plus étonné, mais finalement convaincus, que l’auto-apitoiement puisse trouver ses lettres de laideur morale. Mieux encore, la vulgarité  prend place avec hauteur - et non sans perspicacité - parmi ce vaste podium.

Nous sortirons alors plus humbles de cette lecture de nos vices privés et intimes, qui ne manquent pourtant pas d’exaspérer autrui. A la satire de nos contemporains, en une sorte de réécriture des Caractères de La Bruyère, s’ajoute, en un miroir infaillible, l’examen que chacun peut faire de soi. N’y a-t-il pas en chacun d’entre nous au moins un peu de chacun de ces vices ? Ainsi la satire de « la paresse », de « l’intempérance », de « l’insoumission » ou de « la fourberie » finit par composer une pitoyable fresque personnelle et de société, faite de portraits incisifs, aisément reconnaissables, qui appelle la nécessité de s’amender…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À cet essai surprenant, pertinent, manque toutefois de fouiller le pourquoi de l’effacement de la catégorie des vices dans nos sociétés occidentales. Il cherche plus à réaliser un édifiant tableau descriptif, plutôt qu’à démêler des causes. « La morale du plaisir semble avoir détrôné la vieille morale vertueuse. » explique-t-il… Certes. Gourmandise, envie et cupidité peuvent être aujourd’hui aisément satisfaites et parées des prestiges de l’hédonisme et de l’ostentation festive, de la fierté, voire de la jouissance communicative et consensuelle. Mais il ne faudrait pas oublier que l’on peut considérer l’avarice et la cupidité, depuis La Fable des abeilles de Mandeville[16], comme des vices privés qui concourent aux vertus publiques, au moyen de l’épargne, du travail et de l’investissement productif capitaliste. De plus, les diktats religieux, depuis les Lumières et le positivisme, sans compter les analyses nietzschéennes du substrat du ressentiment dans la religion, ont reculé au point de faire perdre une grande partie de sa légitimité au jugement moral, au profit de l’utilitarisme. Mais surtout, il faut compter avec l’idée, cohérente avec le concept de responsabilité, selon laquelle les vices ne sont pas des crimes. D’une manière ou d’une autre, une société centrée sur l’interdépendance de ses membres et affectée par les pénuries et les dangers, a pu voir rapidement les vices privés déboucher sur des conséquences publiques. Aujourd’hui nos richesses et un individualisme bienvenus permettent que nos vices ne soient que d’éventuelles salissures intimes. Quoiqu’ils ne soient pas sans rebondir sur la sphère publique.

Renouvelant et contextualisant le champ des vices, notre sociologue montre qu’une typologie et un jugement moraux contemporains peuvent enrichir et corriger le patrimoine éthique et social de l’humanité. La perspicacité politique de cet ouvrage est alors fondamentale, quand « la crédulité est un des fondements de la démocratie moderne », quand « l’indifférence » est trop souvent confondue avec la tolérance, faute de concevoir une universalité du bien. Soksky s’élève alors contre le relativisme et son incapacité à concevoir les travers humains autrement qu’à travers le prisme des aires culturelles. Mieux, il fustige la chute morale de notre démocratie et du système majoritaire : « Depuis, dans l’ochlocratie[17], n’a plus cours que la rustrerie de la bassesse. Les séides sont toujours à disposition pour l’invective. » Ou encore : « la paresse des représentés est considérée comme une vertu politique ».

C’est lorsque ces vices deviennent  collectifs que la dimension politique de cet essai prend toute son ampleur, qu’il s’agisse de « la vengeance des geignards » responsable de sanglantes révolutions, ou de cette « lâcheté » qui « est l’une des principales causes du conservatisme », du moins d’un conservatisme paresseux, car il existe un conservatisme judicieux, comme peut le démontrer Roger Scruton[18]. Pire, notre sociologue observe une gradation ascendante, une spirale exponentielle du vice, terminant par « la soumission » et sa servilité, « la colère » et « sa puissance destructrice », et enfin « la cruauté » de celui qui « privilégie le soutien du pouvoir », quand « surveiller et punir sont ses tâches favorites ». Sofsky ferme alors de manière cohérente la boucle avec son précédent opus, Traité de la violence, montrant comment des vices intimes sont la source de ce vice collectif : la virulence totalitaire. Ces derniers, quotidiens, démocratiques, publics et politiques, sont hélas bien éloignés de l’idéal de liberté et de tolérance des Lumières. En ce sens, il serait bon de bon d’écrire un contre-miroir, un livre des vertus, et surtout des vertus politiques[19], à l’instar d’André Comte-Sponville et son Petit traité des grandes vertus[20]

Pour prendre un bain de réalité qui devrait nous alerter, regardons les statistiques. « Plus de 120 agressions à l’arme blanche ont lieu chaque jour en France[21] » Les faits constatés de coups et blessures volontaires sont passés de 17 000 en 2014 à 25 000 par trimestre à la fin de l’été 2020[22]. Dans le même temps les violences sexuelles enregistrées ont doublé. Si l’on observe Paris entre 2013 et 2019, l’on y compte plus 27% de vols avec arme blanche, les coups et blessures augmentent de 46 %, les vols avec violence (sans arme) de 93 %, les viols, harcèlement et agression sexuelle de 100%, alors que s’envolent les vols à la tire, soit plus 684 % ! Ce n’est qu’un exemple de l’état du monde, où le vice des gouvernements pusillanimes et d’une justice débordée, tant par le nombre que par une idéologie qui refuse la violence de la punition, s’adosse à une immigration incontrôlée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre baigneur dans un réel virulent, l’Américain William T. Vollmann plonge à mains nues au plus profond de son Livre des violences, ce au péril de son écriture et de sa vie. Il a en effet rédigé, tel un forçat, fouillant les bibliothèques et les mémoires, sept volumes en vingt ans, dont cette édition française est un condensé, quoique fort impressionnant du haut de ses 960 pages. Il n’a pas omis de courir sur les théâtres de la guerre, parmi une douzaine de pays, dont la Yougoslavie ou la Somalie, au risque d’y crever, puisqu’une attaque de sa voiture, en Bosnie, tua deux de ses camarades. Le récit et le témoignage côtoient donc l’érudition philosophique, théologique, stratégique, interrogeant tant les amoureux de la guerre, comme Ernst Jünger le fut pendant la Première Guerre mondiale, et les pacifistes.

Lui aussi interroge frénétiquement la dimension morale et immorale des acteurs et des penseurs, de façon à délimiter, si tant que faire se peut, la violence justifiée de celle injustifiable, par exemple lorsqu’il s’agit de « la défense violente du moi » : « Mon objectif, quand c’est possible, est de laisser brièvement le lecteur voir à travers les yeux de chaque acteur moral, et de donner des exemples de décisions humaines universelles. Aussi, successivement, parcourt-il les continents, entre génocides et « autodéfense ethnique », les différentes « défenses », celles de la race, de la patrie, des animaux, en un catalogue qui est l’envers de celui de Wolfgang Sofsky. Aussi offre-t-il sa complicité à l’autodéfense et aux « milices civiles », jusqu’à des extrémités parfois fort discutables, lorsque la « défense de la terre » le conduit à se reconnaître une certaine parenté avec cet « Unabomber » qui haïssait les technologues et les écocides au point de réaliser des attentats à la bombe meurtriers. Enfin, en une gigantesque énumération argumentée, il examine le « calcul moral » de Cicéron et de Lénine, de Jeanne d’Arc et de  Robespierre, de Sun Tzu et de Gandhi… Sauf qu’avec notre ogresque essayiste l’on ne sait pas réellement au bout du compte ce qu’est une « fin injuste » et une « fin juste », et pas plus qui doit en décider.

L’essayiste, également romancier[23], mais ici autant anthropologue que témoin personnel, n’ignore pas que « tuer est non seulement humain, mais proto-humain », depuis au moins Neandertal. La théologie biblique sait que « la violence est une sorte de poussière qui gît dans la maison de l’âme ». Les rivalités idéologiques et politiques ne peuvent pas ne pas savoir qu’elles entraînent trop souvent « le changement par le moyen du sang ». Hélas « aucun credo n’éliminera le meurtre », mais c’est « dans un esprit d’espérance » que William T. Vollmann écrit son « ouvrage d’éthique aux descriptions fleuries ». Une somme monstrueuse et prolixe, voire par moments surabondante, quoique de manière dommageable réduite quant aux enquêtes de terrain, est au service d’une l’humanité qui voudrait bien la lire avec humilité et humanité. Pourtant, ayant tendance à penser plus aux ressorts égoïstes que collectifs, et emporté par l’ardeur de son sujet, l’auteur parait ignorer que les violences ont globalement diminué sur la surface de la terre au profit de rapports sociaux plus pacifiques.

 

Puisque le vice n’est pas un crime, suivant Lysander Spooner[24], il n’est qu’une violence de la pensée que l’on devra bien supporter (comme l’on doit tolérer le blasphème) et qui n’est pas un acte de harcèlement, d’oppression et de sang versé. Toutefois, puisque ne suffit pas le "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas ce qu'il te fasse", il est alors indéniable de devoir compter parmi les vices politiques le laxisme et l’impuissance devant la violence. Est-ce à dire que, faute de croire en la vertu de la violence légitime et de la mettre en œuvre avec discernement, le ventre mou du politique encourage la dague qui déchire les biens, les esprits et les chairs de citoyens, au bénéfice des violences prédatrices, instinctuelles, jouissives, de barbares ; ou d’affidés et de séides dont l’idéologie, la religion cimentent de manière spécieuse la légitimité indue. Heureusement, quoiqu’il existe des pensées bien dangereuses, la dignité des penseurs permet de ne pas désespérer de l’humanité ; ainsi l’assure Laurence Hansen-Løve : « Le propre de l’homme n’est pas la violence mais la pensée ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Mutanabbî : Le Livre des sabres, Actes Sud, 2012, p 111.

[3] National Geographic, 09-2020.

[4] Walter Benjamin : Pour une critique de la violence, Allia, p 54.

[7] Leo Strauss : Droit naturel et histoire, Champs Flammarion, 2017.

[9] Georges Sorel : Réflexions sur la violence, France Loisirs, 1990.

[12] Steven Pinker : La Part d’Ange en nous. Histoire de la violence et de son déclin, Les Arènes, 2017.

[14] Günther Anders : La Violence : oui ou non ? Une discussion nécessaire, Fario, 2014, p 122.

[15] René Girard : Des Choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset, 1978.

[16] Mandeville : La Fable des abeilles, dans Les Penseurs libéraux, Les Belles Lettres, 2012.

[17] L’ochlocratie désigne le pouvoir par le bas peuple.

[18] Roger Scruton : Conservatisme, Albin Michel, 2018.

[19] Le Dictionnaire du libéralisme, dirigé par Mathieu Laine, Larousse, 2012, pourrait jouer ce rôle.

[20] André Comte-Sponville : Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995.

[21] Le Figaro, 16-02-2020.

[22] Ministère de l’Intérieur, Ouest-France, 04-09-2020.

[23] Voir : Vollmann : Guerre et paix en Central Europe et : La Famille royale

[24] Lysander Spooner : Le Vice n’est pas un crime, Les Belles Lettres, 1993.

 

Pinacoteca de Brera, Milano. Photo : T. Guinhut.

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 07:49

 

Sestiere Canaregio, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Cees Nooteboom,

 

lion vénitien de la beauté et de la mort.

 

 

Cees Nooteboom : J’avais mille vies et je n’en ai pris qu’une,

traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 2016, 272 p, 22,50 €.

 

Cees Nooteboom : Le Visage de l’œil, traduit par Philippe Noble, Actes Sud, 2016, 352 p, 24 €.

 

Cees Nooteboom : L’Histoire suivante, traduit par Philippe Noble,

Actes Sud, 191, 144 p, 85 F.

 

Cees Nooteboom : Le Jour des morts, traduit par Philippe Noble, Actes Sud, 2001, 386 p, 23,30 €.

 

Cees Nooteboom : Venise. Le lion, la ville et l'eau,

traduit par Philippe Noble, Actes Sud, 2020, 240 p, 25 €.

 

Cees Nooteboom : Tumbas. Tombes de poètes et de penseurs, avec des photographies de Simone Sassen,

traduit par Annie Kroon, Actes Sud, 2009, 254 p, 45 €.

 

 

 

La sagesse d’un vieux lion voyageur anime Cees Nooteboom, l’écrivain dont l’œil a mille vies. Ce qui ne l’empêche en rien d’être attentif aux morts de ses personnages, comme de celles des écrivains qui l’ont précédé. Séduire la mort dans la vie, ou séduire la vie dans la mort ? Telle semble l’une des tâches que s’est assignée le néerlandais Cees Nooteboom, né en 1933 à La Haye, dont les lecteurs français semblent à tort bouder la dimension polymorphe, érotique, parfois sombre, et mémorielle. L’on entrera d’abord en son œuvre par la porte d’une anthologie, puis d’un recueil de poèmes qui couvre toute sa carrière. Au-delà de son engagement européen dans les essais de L’Enlèvement d’Europe[1], il faut compter sur la richesse psychologique et métaphysique, flirtant souvent avec notre disparition, de ses entreprises romanesques, comme  L’Histoire suivante et autres Jours des morts, et de ses récits de voyages, à la recherche de l’intensité et de la beauté, espagnols et vénitiens, jusqu’auprès des tombes…

 

Si on ne le savait déjà, ces deux recueils, une anthologie, J’avais mille vies et je n’en ai pris qu’une, et un recueil de poèmes, Le Visage de l’œil, confirment l’importance d’un écrivain de dimension au moins européenne, né aux Pays-Bas en 1933. Ils sont le couronnement d’une vingtaine de volumes traduits chez nous, récits de voyage, romans, essais… Rüdiger Safranski, célèbre critique et philosophe allemand (dont l’on aimerait voir traduit son bel essai sur le romantisme) a cru devoir présenter une anthologie qui est un portrait kaléidoscopique du maître, quoique trop rarement ponctuée d’inédits en français, dont le titre est parlant. En effet Cees Nooteboom a passé sa vie à multiplier ses vies et ses regards, à les transmettre et les transmuer en écriture. De « Pourquoi voyager ? » à « Aimer », en passant par « L’imagination, la mémoire », les problématiques inhérentes à l’humaine condition, comme les vies de l’écrivain, fourmillent.

L’on trouve comme de juste en cette pérégrination intellectuelle, des bribes venues des beaux poèmes réunis dans ce plus nécessaire Visage de l’œil : « La vie / on devrait pouvoir se la / remémorer / comme un voyage à l’étranger ». Voyage temporel également, puisqu’il s’agit là d’un demi-siècle d’écriture poétique, alors qu’il rend hommage au philosophe et poète de l’Antiquité Lucrèce, et à l’autre bout du spectre poétique mondial, au prince des haïkus, le japonais Bashô[2]. Cette cosmopolite curiosité est un « tableau sans peintre, / mon univers secret », au lecteur émerveillé offert, entre l’inquiétude d’un « Chagrin public » et la lumière de l’ « éternité de papier ». Curieusement, ces « gravats de grammaire », dont les plus brillants sont les plus récents, sont publiées dans un ordre inverse à la chronologie, comme s’il s’agissait de reculer jusqu’en 1956, là où « Les morts cherchent une maison ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aucune histoire ne trouve sa nécessité si elle n’a son « histoire suivante » : celle du lecteur qui l’infléchira en un sens nouveau. Et, enfin, celle qui légitimera toutes les histoires, celle où toute sa vie défile pour soi, comme pour le héros de ce beau roman intitulé L’Histoire suivante. Ainsi, dans la tradition du conte philosophique, Cees Nooteboom dispose son narrateur parmi cet interstice qui sépare la vie de la mort. Dans un hôtel de Lisbonne où, dans le passé, il est déjà descendu, ce dernier revit, en condensé d’instants réalistes et de méditations lyriques, toute sa biographie. Autant les péripéties de cette biographie sont étriquées, car il n’est qu’un terne professeur de latin-grec surnommé « Socrate », autant la part d’infini en est grande.

Exégète passionné de Platon, il lit avec feu, joue et revit devant sa classe la mort du maître des dialogues, en particulier celui sur l’amour : Le Banquet. En fait, il s’adresse à la seule Lisa d’India, sa chère élève en laquelle il voit un double charmant du disciple Criton. Mais c’est avec une enseignante en sciences naturelles, qui reconnaît la part de physique et de biochimie du corps humain, qu’il vivra une aventure adultère. D’où le petit drame commun et sordide, la bagarre avec le mari jaloux, par ailleurs amant de la belle Lisa. Désemparé par une telle situation, à laquelle l’auteur de Phèdre ne préparait pas, puis expulsé du professorat, le narrateur se réfugie sous le masque du rédacteur de guides touristique. Désormais, seule la part spirituelle de l’être humain lui importe. Espère-t-il, comme Socrate, rejoindre la jeune disciple, décédée entre temps, dans « la possibilité que nous avons de penser l’immortalité » ?

Cees Nooteboom écrit là un récit peu à peu fabuleux, qui culmine dans la qualité mythique d’un voyage en paquebot vers la quiétude d’un estuaire tropical. Pendant ce temps, dans une chambre d’Amsterdam, le corps souffrant de son personnage lutte et sue encore : « Je trouvais qu’il ferait bien de se dépêcher, la douleur que je voyais était aux antipodes du sentiment d’apothéose que j’éprouvais ici. » Pouvons-nous croire en cette sagesse, cette promesse lyrique ? Y-a-t-il une telle et splendide « histoire suivante » pour chacun de nous ? Peut-on encore, comme lui, espérer en un au-delà platonicien : « Tu n’as plus besoin de m’adresser des signes, je viens. Aucun des autres n’entendra mon histoire, personne ne verra que la femme qui m’attend, calmement assise, a pris le visage de mon cher Criton, de la jeune fille qui fut mon élève, si jeune que l’on pouvait avec elle s’entretenir de l’immortalité. Et c’est alors que je lui racontai, que je te racontai L’HISTOIRE SUIVANTE ». Voilà bien un espoir insensé, sauf si justement l’on y voit la transmission au lecteur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cinéaste du Jour des morts est un voyageur contemplatif qui s’est pris d’affection pour Berlin. Malgré, ou à cause, de sa nostalgie pour sa femme et son fils disparus dans l’attentat qui abattit un avion, Arthur Daane va s’engouffrer dans le désir, « tel un spermatozoïde solitaire ». Tour à tour offerte et refusée, la mystérieuse Elik Orange l’entraîne jusqu’en Espagne, jusqu’au voisinage des attentats terroristes.

  Rien d’un livre d’action ou de torride érotisme… La chair toute transparente du récit est celle d’une discrète introspection sans exhibitionnisme, d’une méditation errante, patiente, parfois monotone, souvent lumineuse. Pour qui se laisse prendre à ce roman élégiaque, le sens de l’observation de l’écrivain est un sésame sur les réalités et les accidents du monde : comme « un microphone aux dimensions de l’univers »… Cette longue et intimiste odyssée, parfois traversée par une amie, un sculpteur, met le lecteur à rude épreuve puisqu’il faut attendre la page 156 pour que lui soit présentée l’étrange Elik, qui ne brisera que partiellement la coquille de la solitude d’Arthur. Puis la page 233 pour que la mystérieuse étudiante consacrée à une reine espagnole médiévale, s’offre à lui, ou plus exactement, le prenne, avant de lui montrer qu’elle est bien « championne des adieux ».

Mais à rebours, on ne sait quel charme opère : c’est, en demi-teinte, une quête d’absolu, un absolu toujours différé, introuvable. Que ce soit en filmant dans les monastères zen, parmi la rumeur des attentats, des guerres, ou en méditant dans son impossible amour. A moins que le Désir d’Espagne[3] (pour reprendre son premier titre d’un récit de voyage vers Saint-Jacques de Compostelle) et sa mystique de la mort soient le vrai motif et qu’Elik ne soit qu’un alibi de cette déception prévisible sinon désirée… Car, contre le temps, que peuvent la caméra du cinéaste, l’art de l’écrivain, s’ils ne sont que le vide d’un « jour des morts » perpétuel ?

Quoiqu’également fasciné par la culture japonaise, si l'on pense à son récit Mokusei[4], l’Espagne est en effet un pivot sans cesse parcouru, interrogé, par Ceees Nooteboom. Déjà, dans Le Chevalier est mort[5], il emmenait un jeune écrivain sur les traces d’un camarade suicidé qui n’avait pu achever un livre racontant cette même histoire. La mise en abyme trouvait son acmé sur une île espagnole. Dans Le Labyrinthe du pèlerin. Mes chemins de Compostelle[5], il réunit l’écheveau de ses pérégrinations ibériques. Tour à tour touriste éclairé, voyageur d’arrière-saison dans d’âpres villages, parmi des villes bruissantes de culture baroque ou des paradores déserts, son périple informé, érudit, convoquant autant l’histoire religieuse que les écrivains enfantés par la langue de Cervantès, tient de la quête obscure et salvatrice d’un chemin de Saint-Jacques intérieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourtant, son voyage récurrent, le plus intime, le préféré peut-être, est celui qui depuis un demi-siècle l’amène dans la Sérénissime, soit la très sereine. Il y furète en curieux sans cesse renouvelé, il y médite en esthète. Placé sous l’égide du lion de Saint-Marc, Venise. Le lion, la ville et l’eau est le délicieux complément d'une pléthore de trop froids guides de voyage ; mieux, il a la liberté du flâneur et la méditation d’un écrivain scrupuleux, entre canaux et lagune, entre ruelles et palais, entre chambres désuètes et musées flamboyants, entre iconographie chrétienne et païenne. « Est-il possible qu’il y ait à Venise, plus de Madones que de femmes vivantes ? », se demande le visiteur, qui découvre des églises surchargées de peintures, avec « une lumière méditerranéenne qui dissout le péché ».

« Ville amphibie », Venise est « un antidote, une formule magique contre tout ce qu’il y avait de laid au monde », « un paradis de beauté » ; pourtant « une ville ne devient une ville que si, au fil du temps, s’y sont accumulés tant de contradictions que toute explication en est devenue impossible ». Car elle est une « toile d’araignées historiques », « une sorte de purgatoire […] pleine d’ombres ». Elles se nomment  Monteverdi et Wagner, Sainte-Thérèse et Casanova, ou encore le Thomas Man de Mort à Venise et le Proust de La Recherche du temps perdu. Ces derniers alors, bien que disparus, se font soudain plus vivants, surtout aux abords de Torcello, une île où « résonne l’écho byzantin de la cathédrale », où l’on se retrouve « dépouillé de l’actualité ». L’émotion devant le palimpseste des civilisations et des mouvements artistiques permet à l’écrivain de déployer autant l’ekphrasis, soit la description d’une œuvre d’art, face à Tiepolo ou Carpaccio, qu’une sorte d’autoportrait en esthète, en amateurs de concerts de musique polyphonique, mais aussi en gourmand de romans policiers vénitiens. Sans la moindre morbidité, il aime le cimetière juif, les tombes des doges « alpinistes », car elles sont perchées dans les églises ; il est à juste titre fasciné par La Tempête de Giorgione, qui orne l’Academia de sa « signification peinte » et restée mystérieuse…

Ainsi le livre de Cees Nooteboom, à la lisière du bréviaire de voyage, de la rêverie ailée et de l’essai, conçu sous forme d’« images narrées », est rapidement comptable d’un véritable enlèvement, celui du lecteur captivé, enchanté…

 

 

Si le sens de l’être humain n’a rien d’assuré, devant les vies dont il est le créateur, et a fortiori devant la mort, l’écriture de notre ami néerlandais reste une perpétuelle lentille de poésie et de métaphysique perlée… Car le requiem de Cees Nooteboom, quoique privé de dieu, n’est pas sans une palpable et durable émotion. Celle de l’élégie, de l’épiphanie, avant de se confier au noir tragique : « les morts ne nous laissent pas en repos ». Comme lorsqu’il se penche sur les plus grands écrivains, dans l'album Tumbas, illustré comme son Venise par les photographies de sa compagne Simone Sassen ; et plus exactement sur leurs poussières confiées aux pierres. Rien de morbide alors : « La plupart des morts se taisent. (…) Pour les poètes, il en va autrement. Les poètes continuent de parler. » Le parfum de la mort qu’il vient humer de par le monde est celui des « tombes de poètes et de penseurs », magnifiquement et avec respect photographiées ; mais aussi, de par l’empathie de ses commentaires, celui de la familiarité intellectuelle complice et intime. Avec Proust au Père Lachaise, Paul Celan à Thiais, Keats et Shelley au cimetière pour étrangers de Rome… Qu’ils soient Kawabata, Borges, ou Hölderlin, sachons que ces derniers seront un jour heureux d’accueillir parmi l’archipel de leurs cendres, un écrivain né en 1933, Cees Nooteboom lui-même, enfin apaisé.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir de divers articles parus dans EuropeLa république des Lettres et Le Matricule des anges

 


[1] Cees Nooteboom : L’Enlèvement d’Europe, Maren Sell, Calmann-Lévy, 1994.

[3] Cees Nooteboom : Désir d’Espagne, Actes Sud, 1993.

[4] Cees Nooteboom : Mokusei !, Actes Sud, 1987.

[5] Cees Nooteboom : Le Chevalier est mort, Maren Sell, Calmann-Levy, 1996.

[6] Cees Nooteboom : Le Labyrinthe du pèlerin. Mes chemins de Compostelle, Actes Sud, 2004.

 

Torcello, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 17:57

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

Métamorphoses du colonialisme

et de l'islamisme.

En passant par Jules Ferry, Franz Fanon,

Jacques Marseille, Achille Mbembe,

Guillaume Blanc, Bernard Rougier, Jean-Pierre Obin.

 

 

 

De quel colonialisme parle-t-on ? À peu près uniquement de celui de l’Europe occidentale sur l’Afrique, voire sur les Amériques. Alors qu’il s’agit d’un phénomène consubstantiel à l’humanité depuis la préhistoire, sinon depuis l’animalité. Les Babyloniens ont envahi la terre d’Israël et ont déporté ses habitants en esclavage à Babylone. Les Grecs se sont installés en Sicile, les Romains sur tout le pourtour méditerranéen, jusqu’au breton mur d’Hadrien et aux abords de la Perse, moissonnant leurs esclaves, l’Islam a conquis les trois-quarts de la Méditerranée, l’Indonésie et le Sahel, massacrant par pelletées et esclavagisant les populations. Seul l’Occident issu des Lumières et des libéraux, comme Victor Schœlcher, en 1848, a su libérer ses esclaves, mettre hors la loi l’esclavagisme et en débarrasser la plupart des pays d’Afrique à l’occasion de la colonisation. Cependant au dire des décolonialistes, la décolonisation de l’Après-guerre, soit il y a plus d’un demi-siècle, serait encore à parfaire, y compris dans les mentalités. Au risque d’oublier que le mouvement colonisateur ne souffre pas de coup d’arrêt, tant il retrouve des ardeurs depuis d’autres aires géographiques, voire en inversant la tendance, de l’Afrique vers l’Occident, en une colonisation islamique.

 

C’est au XVIII° siècle, soit celui des Lumières que le mot « colonie » introduit ses dérivés, « colonial » et « coloniser » sous l’impulsion des philosophe de l’Encyclopédie et de deux Indes de Raynal[1], dans le sens d’une exploitation économique de l’outre-mer. Ce n’est qu’à la fin du siècle suivant, en une acception marxienne, qu’apparait le « colonialisme », puis son corollaire « anticolonialiste », alors que dans les années soixante naissent « décoloniser » et « décolonisation », et plus récemment « décolonialisme. Le vocabulaire dit autant l’Histoire que l’évolution des mentalités et des idéologies. Or si l’on parle du colonialisme, c’est d’une part parce que seuls les Occidentaux ont su en discuter, en invalider l’idéologie et fournir les armes idéologiques nécessaires à ceux qui vinrent s’en plaindre, et d’autre part par esprit de revanche des descendants des colonisés.

N’oublions pas que l’impulsion précoloniale française en Algérie fut fournie par les prédations répétées des Maures. Outre une sombre histoire de dette et un consul français frappé « au visage d’un coup de chasse-mouches formé de plumes de paons », il s’agissait de « la destruction définitive de la piraterie, la cessation absolue de l’esclavage des chrétiens[2] ». En 1830 Alger fut prise et bombardée avant que l’Afrique devienne la proie des colons européens. La conquête des côtes, malgré la résistance de l'émir Abd El-Kader, précède celle de l’intérieur et du sud, alors qu’à partir de 1879 une intense immigration française et européenne (les « Pieds noirs ») vient exploiter et gérer le Maghreb et l’Afrique équatoriale ; car l’ensemble du continent est colonisé, par les Français du Maroc au Congo-Brazzaville, par les Anglais de l’Egypte au Kenya jusqu’en Inde, par les Allemands, les Néerlandais en Indonésie…

Jules Ferry, propagateur de l’école publique et laïque, était un colonialiste fervent. Selon lui, en particulier lors de la séance parlementaire du 28 juillet 1885, la République française doit veiller à la prospérité économique et maîtriser une stratégie mondiale : « La France ne peut être seulement un pays libre. [...] Elle doit être aussi un grand pays […] et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie ». De plus sa dimension civilisatrice et humanitaire doit exporter son savoir-faire : « Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. […] Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Certes il dénonce « la traite des nègres », mais pense devoir exploiter leurs richesses territoriales. Il contribue activement à l’expansion militaire et économique en Tunisie, au Congo, à Madagascar, au Tonkin, cette dernière expédition se soldant par un cuisant échec en 1885.

Loin des allégories de rayonnement civilisationnel et de conquêtes héroïques, une tyrannie oppressive, de surcroit raciste, animait nombre de colons européens. Pour preuve les témoignages tant de Las Casas aux Caraïbes que de Jules Verne pour l’Australie[3], mais aussi les photographies retrouvées dans les archives privées du début du XX° siècle qui exhibent un monde régi par une violence souvent systématique, physique, sexuelle et psychologique, sur l’indigène assujetti. Cependant les mœurs brutaux et tyranniques des Arabes et des Bédouins qui s’appuyaient sur la piraterie, les razzias, le pillage et l’esclavage n’ont-ils pas été avantageusement remplacés par la civilisation, même oppressive ? Car l’aménagement économique, l’accent mis sur l’éducation et les soins médicaux contribuèrent à faire de celui qui n’était qu’un indigène un citoyen du monde. Mais à partir de 1947 et de la fin du joug administratif anglais en Inde, la décolonisation ne cesse d’enflammer tous les continents, libérant les peuples, jusqu’à la déflagration de la Guerre d’Algérie et l’indépendance de cette dernière en 1962.

Certes la décolonisation n’est probablement pas partout terminée. En témoigne l’essai de Joseph Confavreux, en partenariat avec Médiapart : Une Décolonisation au présent. Kanaky-Nouvelle-Calédonie : notre passé, notre avenir[4]. La France de Napoléon III s’empara de la Nouvelle Calédonie le 24 septembre 1853 et l’on constate que cette emprise ne s’achève pas le 4 octobre 2020, lors du scrutin grâce auquel les habitants du « Caillou », aux réserves de nickel, de magnésium, de fer, de cobalt considérables (convoitées par la Chine), ont voté contre l’indépendance de l’île. Cependant les accords de Matignon de 1988, consécutifs à la tragédie de la grotte d’Ouvéa puis l’accord de Nouméa de 1998, dont le préambule reconnut officiellement le fait colonial par la République française, semblaient devoir acter une transition de trente ans, à l’issue de laquelle la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, comme la nomment les partisans de l’indépendance,  pourrait accéder à la souveraineté. Les dissensions meurtrières entre Kanak et Caldoches des années 1980 laissent espérer un apaisement, et craindre un retour de flamme. Archipel géographique et mosaïque ethnique, cette Calédonie, l’une des rares colonies de peuplement de la France et dont le peuple autochtone - les Kanak - a failli disparaître, saura peut-être laisser émerger un Etat viable pour tous. C’est ainsi que les auteurs de cet essai imaginent avec pertinence une décolonisation réussie ; mais avec une bien moindre pertinence celle d’une économie non capitaliste. La décolonisation semble plus avancée que la démarxisation…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si le colonialisme ne s’est pas contenté d’être une bienveillance civilisationnelle, il est violence. Ce pourquoi Franz Fanon réclame une violence nécessaire pour s’en libérer. Publié en 1961 pendant la Guerre d’Algérie, Les Damnés de la terre firent de Franz Fanon un maître à penser controversé. Ne serait-ce que par la préface de Jean-Paul Sartre - dont le communisme est un colonialisme peut-être pire - enjoignant : « il faut tuer : abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ». Franz Fanon le disait avec plus de rigueur : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence ».

Sauf que Franz Fanon exigeait des réparations au-delà des générations coupables : « Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quittes avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées [...]. Pareillement nous disons que les États impérialistes commettraient une grave erreur et une injustice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse. [...] L’Europe est littéralement la création du tiers monde[5] ». Ce n’est parce que des vainqueurs ont exigé réparations qu’il faut un demi-siècle plus tard outrepasser la loi du talion et risquer la guerre perpétuelle. D’autant si l’on refuse d’examiner dans les plateaux de la balance les quelques bienfaits de cette même colonisation : éradication presque totale de l’esclavage tribal et musulman, médecine, éducation, infrastructures et développement économique, dont les Etats surgis de la décolonisation n’ont pas toujours su prolonger les vertus.

Cette violence retournée contre le colon tyrannique pouvait se justifier en 1961. Reste que, soixante ans après, vouloir décoloniser ce qui ne l’est plus et dont les conditions désastreuses ne sont plus de la responsabilité de cette colonisation est une ruse d’une autre tyrannie. C’est en Afrique qu’il faut se libérer de traditions religieuses coraniques, de politiques socialistes, de gouvernements dictatoriaux, de la corruption, et non prendre prétexte d’une Histoire obsolète pour établir sa tyrannie décolonialiste.

L’on n’est pas étonné que le livre de Franz Fanon ait contribué à la création des Black Panthers, aussi afro-américains que marxiste-léninistes et maoïstes. S’il y avait une oppression blanche américaine, la ségrégation, à renverser, ce n’était pas pour fonder avec de tels maîtres à penser un totalitarisme. Ce qui n’est pas loin, tyranniquement parlant, d’un leader noir américain, Louis Farrakhan, dirigeant de l’organisation religieuse et politique suprémaciste noire Nation of islam. Le sexisme, l’homophobie, le racisme et l’antisémitisme du bonhomme ne sont un secret pour personne, au point que l’on ait pu le surnommer « le Hitler noir ».

 

 

Selon la profession de foi anticolonialiste, et de surcroit marxiste, ce serait grâce à la colonisation que l’Occident aurait gagné sa prospérité, comme grâce à l’esclavage les Etats-Unis, alors que seule la révolution industrielle et le développement du capitalisme en sont responsables. Jacques Marseille montre non seulement qu’il n’est en rien, mais que l’argent, les matériaux, l’énergie et les bras déversés sur les colonies ont été un investissement dont la rentabilité fit défaut. L’on peut subodorer que sans cette exploitation et exportation des ressources européennes, l’Europe eût pu devenir encore plus riche et prospère, ce que vérifient sans peine la Suisse ou la Corée du Sud. Dépouillant maintes archives, venues de centaines de sociétés coloniales, les chiffres du commerce extérieur français de 1880 à 1960, Jacques Marseille, d’abord communiste et persuadé des bénéfices de l’exploitation de l’Afrique, dut changer son fusil d’épaule devant l’épreuve des faits. En 1984, il publia son essai Empire colonial et capitalisme français, qui aurait dû tordre le cou au mythe du pillage au profit de la France : « la logique du profit est peut-être davantage moteur du progrès que coupable de pillage[6] ». Alors que la décolonisation était un impératif économique, sinon humanitaire, les mythes ont la vie dure, prétendant encore pour longtemps que les pays colonisateurs se sont abreuvé des richesses africaines sans contrepartie, même si l’on ne cachera pas que certains hommes d’affaires en ont tiré grand profit. Pourtant, coloniser c’était gaspiller des capitaux considérables sans guère de bénéfice, c’était attacher un boulet au pied du capitalisme français et de sa modernisation, boulet dont le poids, y compris idéologique, est encore présent. Ferghane Azihari, délégué général de l'Académie libre des sciences humaines, le confirme : « Ni la colonisation ni l’esclavage n’ont enrichi l’Occident[7] ».

Une telle thèse est honnie par les études décoloniales qui postulent que, malgré l’indépendance, des rapports de pouvoirs persistent entre les métropoles et les colonies passées, ce qui est certes patent à travers le Franc de la Communauté Africaine. De même elles prétendent que la division économique et raciale des populations reste prégnante, que l’Occident et ses instances, Fonds Monétaire International et Banque mondiale maintiennent le Sud dans une servitude pérenne. Il n’est pas impossible cependant, faute d’avoir su, quoique avec des réussites indéniables, être les acteurs d’un réel développement économique et social, que les Etats du Sud et leurs activistes préfèrent exciter l’envie, la colère, le ressentiment et l’esprit de revanche le plus malsain plutôt que de voir la poutre dans leur œil. L’on se doute alors que l’anticapitalisme est un moteur de l’idéologie qui risque de glisser vers une tyrannie aussi racialisée que post-communiste.

Voici venir le temps du décolonialisme et de la « postcolonie ». Il nous semblait pourtant que les dernières colonies européennes avaient acquis leur indépendance au début des années soixante, soit il y a soixante ans de cela. Ce décolonialisme ne sentirait-il pas le réchauffé ? Certes les historiens et penseurs n’ont pas forcément achevé le travail de déconstruction du colonialisme. Mais qu’ont fait la plupart des Etats nés à cette occasion sinon recourir au socialisme autoritaire, à l’arabisation, sans compter la corruption faute de libéralisme économique ? De plus la « défaillance du droit », en particulier de propriété, entraîne la « mort du capital » et le sous-développement, tel que l’analysa Hernando de Soto à propos de l’Amérique latine, convaincu qu’il est de « vouloir réaliser la transition vers un capitalisme de marché qui respecte les désirs et les convictions des gens[8] ». Plutôt que de se remettre en question et de remettre en question ses élites captatrices, il est plus facile alors d’attribuer l’impéritie récurrente à autrui, soit l’Occident et le capitalisme, d’autant qu’un poison marxiste contribue d’alimenter la bile de l’envie. En à peine deux générations, et sans guère de ressources, la Corée du Sud est passée de la pauvreté à la prospérité ; qu’ont fait de ces décennies l’Algérie, l’Egypte ou le Mali ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une telle analyse est loin d’être ignorée par Achille Mbembe qui soutient qu’en Afrique, « la propriété en appartient au roi et à l’Etat par droit de souveraineté ». S’il ne le dit pas tout à fait de cette manière, son « essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine », titré De la postcolonie, se livre à une vigoureuse critique de la tyrannie et de l’autoritarisme qui met en pâture les Etats issus de la colonisation. Cependant, en conscience que tout Africain est un « ex-esclave », il n’ignore pas la « tradition d’Etats prédateurs vivant de la razzia, du rapt et de la vente des captifs », en particulier dans « les régions sous influence musulmane », puis, à la suite du commerce triangulaire, « l’extorsion des ressources » par les Européens et enfin « la tutelle des créanciers internationaux » ; tout ceci aboutissant à ce qu’il appelle « émasculation de l’Etat » et « excision de la souveraineté[9] ». Ces dernières métaphores participant d’une riche réflexion philosophique sur la stylistique du pouvoir et sa production fabuleuse plutôt que réaliste, quoique le propos d’ensemble soit parfois un rien confus.

Prônant le retour des Africains en Afrique, Kémi Seba est une figure du panafricanisme et du suprémacisme noir. Il a ses thuriféraires pour lesquels la remigration de tous les Noirs vers le berceau de l’humanité vaut la terre promise. Franco-Béninois, il est le messie de la cause noire radicale. Pourtant natif de Strasbourg, il réclame de « décoloniser les rues » de Belgique, d’Afrique, de France et tutti quanti. En cela il incarne le contraire du mouvement Black Lives Matter, coupable de rester selon lui victime en Occident et aux Etats-Unis.

Le délire s’empare de domaines qui semblent fort lointains des problématiques colonialistes, par exemple la littérature romanesque. La preuve, pour reprendre Jonathan Franzen, qui témoigne que selon les excités « qu’habiter la subjectivité d’un personnage différent de l’auteur est un acte d’appropriation, voire de colonialisme ; que le seul mode narratif authentique et politiquement défendable est l’autobiographie[10] ».

En sortant des bureaux du magazine Valeurs actuelles, qui eut la désastreuse maladresse - ou la finesse, diront les autres - de mettre en scène la députée noire Danièle Obono (qui apporta son soutien à Nique la France) en la portraiturant en esclave enlevée par des négriers noirs et rachetée par un missionnaire chrétien dans une fiction illustrée, bureaux illégalement investis en guise de protestation, le porte-parole de la « Ligue de défense Noire Africaine », prévint : « À ceux qui pensent que la France est à eux on vous dit que dorénavant on occupe le terrain. De Gaulle, tout ça c’est fini, maintenant c’est la Ligue de défense Noire Africaine ! » En subodorant qu’une Ligue de défense Blanche européenne s’attirerait les foudres bienpensantes, l’on peut plus galamment dire la menace et la réalité en cours d’une occupation et d’une colonisation par la force…

Rappelons-nous le discours à Madrid, puis dans une tribune de Project Syndicate (29 novembre 2019), de la jeune propagandiste écologiste Greta Thunberg : « La crise climatique ne concerne pas seulement l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de la justice et de la volonté politique. Des systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons les démanteler ». Les coupables sont cloués au pilori de la vindicte : anciens pays colonisateurs, quoique seulement occidentaux, les racistes, quoique seulement blancs, enfin les systèmes patriarcaux, mais surtout pas coranique et musulman. La vision androcentrée, blanche, hétérosexuelle est de l’ordre du pléonasme, comique s’il n’était si transparent de tyrannie.

 

Nouveau racisme anti-blanc, nouveau colonialisme anti-occidental. Faut-il qualifier de nouveaux trafiquants d’esclaves, ceux qui prétendent sauver des réfugiés de la menace des flots méditerranéens pour en faire des instruments de chantage, de déstabilisation des pays européens, et favoriser un nouveau colonialisme, en se targuant d’être antirascistes ? Cette fois le profit n’est pas financier, quoiqu’il faille compter sur des subventions, mais politique et idéologique. D’autant qu’un dangereux acteur, la Turquie d’Erdogan, manœuvre ces migrants de la Lybie à Lesbos, exerçant son chantage à l’égard de l’Europe et avançant les pions de la colonisation islamique.

Autre colonisateur puissant, entreprenant et déterminé, sans état d’âme cela va sans dire, se révèle le communisme chinois. La Chine en effet exploite méthodiquement et sans vergogne les richesses africaines, entre Instituts Confucius et entreprises d’extraction minières et agricoles. L’empire du milieu pratique un impérialisme qui ne fait guère sourciller les bonnes consciences. Ainsi, à la suite d’incapacité à rembourser ses dettes, la Zambie a perdu le contrôle de son aéroport international Kenneth Kaunda ainsi que de son réseau électrique, comme le Kenya risque de voir les Chinois s’emparer de ports et de lignes ferroviaires que ces derniers ont financés. Taïwan News met en garde les débiteurs de la Chine : « Les États africains doivent se réveiller face à une nouvelle forme de colonialisme de la part de la Chine qui grignote, l’une après l’autre, leurs principales infrastructures ».

 

 

Le colonialisme git parfois là où l’on ne l’attend pas. Dans les réserves africaines par exemple. Ce que révèle un essai surprenant de Guillaume Blanc : L’Invention du colonialisme vert[11], sous-titré « Pour en finir avec le mythe de l’Eden africain ». Si naïvement l’on pensait que la défense de la nature était vertueuse, en voici un sérieux démenti. Car les « éco-gardes » des parcs naturels africains n’hésitent pas à chasser les habitants, rayer de la carte des villages entiers, comme près de Gondar, en Ethiopie, où sept villages furent brûlés. En quoi ils sont ardemment soutenus par Unesco, le World Wildife Fund et autres Organisations Non Gouvernementales affidées à la défense de l’environnement au dépens de l’humanité.

Dans les années soixante, Ian Grimwood, consultant pour l’Unesco en Ethiopie, préconise « d’éliminer, dans les zones à mettre en parcs, tous les droits humains » ». De la Guinée à l’Afrique du sud, un mot d’ordre circule : « pour sauver la nature africaine, il faut empêcher ses habitants d’y vivre ». Sachons qu’ « aujourd’hui encore, la gestion des parcs africains oppose deux camps : les habitants qui veulent vivre dans la nature et les conservasionnistes qui entendent la protéger. Les premiers essaient de cultiver la terre et les seconds de les en empêcher, à coups de sanctions, d’amendes et de peines de prison ».

Factuel et rigoureux, ponctué de récits et de témoignages, le très documenté réquisitoire de Guillaume Blanc, historien de l’environnement, est sans appel. Le colonialisme à la grand-papa, exploiteur et civilisateur, s’est trouvé un nouvel avatar, la tyrannie verte : « Derrière la nature, la violence ». Décidemment, entre les puissances européennes des XIX° et XX° siècles, la Chine et l’écologisme, le continent africain n’en a pas fini avec le colonialisme et ses avatars, dont la sacralisation d’une nature fantasmée n’est pas le moindre mobile.

 

Marwan Muhammad, du CCIF, soit le Collectif Contre l’Islamophobie[12] en France, veut une France islamique, donc colonisée, peut-être pas si inatteignable. C’est bien ce qui ressort hélas de l’essai dirigé par Bernard Rougier : Les Territoires conquis de l’islamisme. Quoique son titre fasse preuve d’une pudeur de nonne effarouchée en ajoutant un superfétatoire « isme », l’ouvrage témoigne d’une colonisation en voie d’accomplissement. Car le mouvement décolonialiste se voit phagocyté par l’islamisme, c’est-à-dire l’Islam le plus politique et djihadiste qui soit, tant ce dernier est l’exacte application du Coran fondateur de l’Islam.

Aux bons soins d’une douzaine d’auteurs, l’essai, soutenu par une cartographie précise, déploie les Molenbeek français, d’Aubervilliers à Argenteuil, de Marseille à Toulouse, alors que le séparatisme, ce doux euphémisme en cours dans les allées d’un pouvoir politique qui n’en a plus guère, révèle en fait la conformité de bastions et de milices à la déité djihadiste. L’on y glane d’édifiantes informations et déclarations : en 1990, le « responsable islamiste tunisien Rached al-Gannouchi […] annonce l’entrée de la France dans le dar-al-Islam (domaine de l’islam). De mêmes, les militants issus des Frères musulmans usent en 2004 du slogan post-antiraciste « Touche pas à mon foulard » et « posent les bases de la dynamique décoloniale ainsi que du militantisme islamiste hexagonal », il serait plus juste de dire : de la colonisation par l’Islam…

En un « écosystème islamique », une pléthorique littérature, jusque dans les livres destinés aux enfants, fait l’apologie de l’islam religieux et politique, « de la non-liberté » religieuse, « de l’inégalité entre les hommes et les femmes, de l’intolérance envers les mécréants ». « La mosquée devient un équivalent de Pôle-Emploi pour les jeunes », « salafistes et tablighi » se disputent l’Île de France, le Val-de-Marne vit « à l’heure yéménite », les jeunes femmes jihadistes de la prison de Fleury-Mérogis usent de la taqiyya (dissimulation) face aux tentatives de déradicalisation…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cheville directrice de ce précieux avertissement, Les Territoires conquis de l’islamisme, Bernard Rougier n’est ni un naïf ni un provocateur inconséquent. Déjà auteur de Qu’est-ce que le salafisme ?[13], il sait en conscience et en toute documentation où il entraîne son lecteur déniaisé. Il faut à cet égard remercier les Presses Universitaires de France de jouer leur rôle d’éditeur avec dignité.

Financés par les pétrodollars arabes, insufflés par des institutions de la péninsule arabique et du Maghreb, ces islamistes, en particulier les Frères musulmans, ont édifiés des réseaux structurés. Le hallal est un blanc-seing de reconnaissance dans les rues, les foyers et les prisons, alors que l’excision, les tests de virginité, le voile et la polygamie se répandent au dépend des femmes ; l’oumma, communauté des Musulmans, est leur supranationalisme ; le radicalisme contrôle la plupart des mosquées, des pseudo-associations culturelles, coraniques en fait. Pire, d’apparentes structures républicaines, la Ligue de l’Enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme sont noyautées, la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves ne sont pas indemnes ; des entreprises, comme la Régie Autonome des Transports Parisiens, des syndicats, des conseils municipaux, voire des mairies, ne leur échappent pas tout à fait. Sans compter le vandalisme et les incendies de bibliothèques[14], de cimetières, d’églises et de cathédrales, symboles d’une civilisation exécrée…

Outre la chariaisation, la démographie est un facteur aggravant. Si les Musulmans sont plus de dix millions en France, pas loin de 20% de la population si l’on compte les étrangers illégaux (quoique les chiffres soient sujets à caution), leur natalité n’est pas loin du double de celle des femmes originairement françaises et européennes. Le « grand remplacement » à venir n’est donc pas un fantasme du sieur Renaud Camus. À moins qu’une proportion suffisante d’entre eux se détourne de l’Islam mortifère pour accéder à l’athéisme ou au Christianisme, la réversibilité du colonialisme s’annonce pire que son anti-modèle historique.

Certes tous les Musulmans ne sont pas musulmans stricto sensu, ni djihadistes patentés, mais un sondage propose un résultat alarmant : « À la question de savoir si la loi islamique, en France, devrait s'imposer par rapport aux lois de la République, 27% des personnes interrogées répondent positivement. Parmi ceux qui sont de nationalité étrangère, 41% adhèrent à cette affirmation. Et parmi ceux qui sont de nationalité française, ils sont 20%. » De plus 74% de leurs moins de vingt-cinq ans prétendent privilégier la charia[15]. Aussi la font ils déjà régner dans les « territoires perdus de la République[16] », ces quartiers et banlieues ou police et pompiers n’entrent plus sous peine d’être caillassés, brûlés, assassinés.

 

Sans compter que l’avenir s’annonce sous de troubles auspices, tant l’éducation de nos jeunes est empêchée et pervertie. Dans Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école[17], Jean-Pierre Obin révèle les conclusions d’une longue expérience et d’une enquête sourcilleuse assurée par une rare intelligence des enjeux et du contexte politique français, et au-delà. Depuis plusieurs décennies, la poussière infectieuse et obscurantiste tendait à être balayée sous le tapis de l’Education Nationale, qui chérissait la formule « Pas de vagues » et la « pusillanimité ». Pendant que « l’héritage marxiste ou la gauche victimaire » avait toutes les tendresses pour l’immigration jusqu’à ce que l’on nomme l’islamo-gauchisme. Il ne faudrait pas « stigmatiser les Musulmans et faire le jeu de l’extrême-droite », disait-on !

Pourtant la laïcité s’érodait, au point de ne subsister aujourd’hui que par aechipels. Malgré son trop peu fameux « Rapport Obin » de 2004, cet Inspecteur général de l’Education Nationale, se doit d’exposer à qui ne veut pas l’entendre l’étendue des dégâts.

Dans certains lycées, le « jilbab », couvrant tout le corps, contourne l’interdiction du hijab, soit le voile que l’on doit dehors porter sous peine de harcèlement ; les cours de sport, voire de science, sont désertés, le vendredi est boycotté ; l’islamophilie de l’administration est parfois telle que tout le monde y mange hallal, que le séparatisme alimentaire règne dans les cantines, que fleurissent des « salles de repos » pour les jeûneurs du ramadan, la mixité étant remise en question, l’arbre de Noël fustigé. Tout est prétexte à la contestation du principe de laïcité, au relativisme, donc à l’autocensure des enseignants qui n’enseignent plus Darwin ou Charles Martel, voire des pans entiers de l’Histoire et de la littérature, et qui, par ailleurs ne connaissent rien de l’Islam et guère des autres religions. Au point que de rares professeurs enseignent avec un Coran bilingue sur leur bureau, par conformisme, sinon pour parer à toute contestation sur la prétendue religion de paix et d’amour, et à leurs risques et périls. Tout cela sans compter les tags insultants ou prosélytes, l’antisémitisme récurrent, les violences sexistes et à l’égard des « Céfrancs », les agressions au couteau, les élèves qui courent vers l’Etat islamique ou sont classés « radicalisés », les hurlements de joie lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, voire les collèges incendiés. Non seulement les élèves, peu sanctionnés, mais les parents, les membres du personnel entrent dans la danse anti-laïque. Jusqu’en maternelle où le conte des Trois petits cochons se voit radié des lectures, dans des classes où la couleur rouge est déclarée haram. En primaire, des bambins défilent en criant « Allah Akbar », en un territoire qui de « Dar al -Harb (territoire de la guerre), devient celui de la soumission : « Dar al-Islam ». Et des professeurs refusent tout contact avec des femmes. Par ailleurs des écoles salafistes, y compris clandestines, prospèrent. Malgré le vœu pieux de Jean-Pierre Obin, il est à craindre que soutenir un « Islam des Lumières » soit voué à l’échec. Ainsi compris, et comblé de faits ordonnés, imparables et comptables de la colonisation islamiste, l’indispensable réquisitoire de l’humaniste Jean-Pierre Obin fait froid dans le dos !

 

Faut-il accorder du crédit à Bat Ye’or, cette essayiste judéo-égyptienne, qui, dans  Eurabia : l'axe euro-arabe[18], dénonce le spectre du califat, suite à un accord passé entre des instances européennes après la crise pétrolière de 1973, pour sécuriser l’approvisionnement pétrolier, prévoyant de créer un ensemble méditerranéen euro-arabe visant à contrebalancer les États-Unis, tout en favorisant l'immigration musulmane (43% des immigrés sont musulmans) et la conversion des infidèles à l’Islam, et en adoptant une politique anti-israélienne et pro-palestinienne ? Thèse prophétique ou conspirationniste ? Si c’est le cas, un colonialisme islamique est en marche, se nourrissant d’aides sociales, de fraudes sociales et de razzias, avec l’active complicité de l’Occident, qui, fait inédit dans l’Histoire, nourrit, excuse et cajole ses envahisseurs, mieux que les Romains intégrant leurs barbares, qui parfois se sont retournés contre eux. Minoritaire encore quoique armée de sa vitalité démographique, une médiatique et criminelle domination racialiste et islamique se rengorge de notre laxisme, passivité et faiblesse. C’est ainsi que le racisme et le colonialisme ont changé de camp. Pour de pires empires…

Le leader islamique, Abdelaziz Boumediene, Président du Mouvement pour la Solidarité Internationale, déclarait : « l’Islam est la seconde religion, la seconde communauté en France. Ceux qui ne nous aiment pas n’ont qu’à quitter la France. La France on l’aime avec sa communauté musulmane ou on la quitte[19] ». Le groupe Facebook « Parti Arabe » dit la même chose sous d’autres cieux qui n’ont pourtant jamais pratiqué le colonialisme : « Le Parti Arabe veut que tous ceux qui n’acceptent pas la diversité quittent la Suède[20] ». À cette fin, du Maghreb au Sahel, de l’Erythrée à L’Afghanistan, du Pakistan à la Turquie, l’Islam exporte en une tempête migratoire ses affidés à la conquête de l’Occident, conquête dont il est le complice par sa naïveté, sa charité dévoyée, sa culpabilité indue, son irénisme des faibles en voie de soumission…

 

« Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats », disait le leader Turc Erdogan en 1997. Nul doute qu’il  adhère à ce que l’Algérien Houari Boumedienne avait déclaré en 1974 devant l'assemblée de l'ONU : « Un jour, des millions d'hommes quitteront l'hémisphère sud pour faire irruption dans l'hémisphère nord. Et certainement pas en amis. Car ils y feront irruption pour le conquérir. Et ils le conquerront en le peuplant de leurs fils. C'est le ventre de nos femmes qui nous offrira la victoire ». Il ne s’agissait pas là d’une vaine prophétie colonialiste.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Raynal : Histoire philosophique et politique des établissements & du commerce des Européens dans les deux Indes, Gosse, 1774.

[2] Atlas national, p 438.

[4] Joseph Confavreux, Médiapart : Une Décolonisation au présent. Kanky-Nouvelle-Calédonie : notre passé, notre avenir. La Découverte, 2020.

[5] Franz Fanon : Les Damnés de la terre, La Découverte, 2019, p 29, 61, 99.

[6] Jacques Marseille : Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, Albin Michel, 2005, p 13.

[7] Le Point, 27-08-2020.

[8] Hernando de Soto : Le Mystère du capital, Champs Flammarion, 2006, p 279.

[9] Achille Mbembe : De la Postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, La Découverte, 2020, p 179, 324, 139, 141, 145, 149.

[10] Jonathan Franzen : Et si on arrêtait de faire semblant ? L’Olivier, 2020, p 200.

[11] Guillaume Blanc : L’Invention du colonialisme vert, Flammarion, 2020.

[12] Voir : Islamophobes

[13] Bernard Rougier : Qu’est-ce que le salafisme ? PUF, 2008.

[15] Sondage Ifop publié le 2 septembre pour Charlie Hebdo et la Fondation Jean-Jaurès.

[16] Emmanuel Brenner : Les Territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.

[17] Jean-Pierre Obin : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école, Hermann, 2020.

[18] Bat Ye’or : Eurabia: l'axe euro-arabe, Jean-Cyrille Godefroy, 2006.

[19] Le Progrès, 05-09-2020.

[20] FL24.net, 15-09-2020.

 

Maurice Allain : Encyclopédie pratique illustrée des colonies françaises, Quillet, 1931.

Bibliothèque A. R. Photo : T. Guinhut.

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 15:22

 

Apollon, Marché à la brocante, Ars-en-Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Lire les Métamorphoses d’Ovide

& les mythes gréco-romains,

avec Marie Cosnay, Nicola Gardini,

Jean-Pierre Vernant,

Walter F. Otto et Diane de Selliers.

 

 

Ovide : Les Métamorphoses, traduit du latin par Marie Cosnay, L’Ogre, 2017, 528 p, 25 €.

Nicola Gardini : Avec Ovide. Le plaisir de lire un classique, de Fallois, 2019, 240 p, 18 €.

Jean-Pierre Vernant : L’Univers, les dieux, les hommes, Points Seuil, 2017, 272 p, 10,90 €.

Walter F. Otto : Essais sur le mythe, Allia, 2017, 112 p, 10 €.

Ovide : Les Métamorphoses, traduit du latin par Georges Lafaye,

Diane de Selliers, 2020, 372 p, 49 €.

 

 

 

Vous en rêviez : tous les mythes gréco-romains narrés en un volume affriolant. C’est chose faite avec Ovide et ses Métamorphoses. Voici, en douze mille vers et 246 fables, la plus abondante compilation mythologique et poétique de l’Antiquité, sous l’égide d’Apollon, dieu de la poésie, qui fit de Daphné poursuivie par son amour et changée en laurier, la couronne du poète. De la création du monde à la mort de Jules César, dont l’âme est changée en étoile par Vénus, c’est un bouillonnement de métamorphoses, principe et aiguillon de l’univers, sous l’impulsion des dieux. Depuis la naissance de l’imprimerie au XV° siècle, on en connait des centaines d’éditions, des dizaines de traductions en français. Quel besoin de consacrer dix ans de sa vie de traductrice à fondre un nouvel ouvrage, sinon de le rendre plus intelligible et attrayant à ses contemporains ? Qui auront une vision plus synthétique de cet univers mythologique grâce à L’Univers, les dieux, les hommes de Jean-Pierre Vernant, et sauront mieux ce que signifie le mythe, au moyen des essais de Walter F. Otto. Sans oublier de s’interroger avec Nicola Gardini sur Ovide, auteur prodige et cependant puni, auquel Diane de Selliers rend un luxueux hommage en illustrant par la peinture baroque les mythes les plus significatifs.

 

La traduction la plus utilisée des Métamorphoses est peut-être celle de Chamonard[1], précise, attentive, nourrie de notes utiles, mais en prose. De même, Georges Lafaye est un talentueux prosateur ; cependant Marie Cosnay ambitionne de relever le défi de la modernité d’Ovide,  comme un roman d’aventure aux péripéties nombreuses.

Car la métempsychose est universelle, tout se métamorphose : les pierres de Deucalion deviennent des hommes ; poursuivie par l’amour d’Apollon ; Eurydice devient ombre aux enfers et fuit les regards d’Orphée ; Actéon épiant Diane nue devient cerf dévoré par les chiens ; Nyctimène, qui « a souillé le lit de son père » est changée en cet  oiseau qui « dans les ténèbres cache sa honte » ; Myrrha, prise d’amour coupable pour son père (« Le père reçoit dans son lit obscène ses propres entrailles ») devient tronc ligneux : « Déjà l’arbre en grandissant a resserré son ventre lourd » et ses larmes coulent sous forme de myrrhe…

Toutes ces fureurs et merveilles, outre leur qualité fabuleuse, ont une rare intensité psychologique, une réelle dimension symbolique et morale, comme lorsque Marsyas, qui, avec son talent de flutiste, voulant défier le chant d’Apollon, se vit écorcher vif : l’hubris, cet orgueil démesuré, ne peut être que châtié.

Les écueils de la traduction sont nombreux. Songeons à la création du monde, si proche de la Genèse biblique, qui a aussi son déluge. Le texte latin dit : « Hanc Deus, et melior litem Natura diremit. » Ce « et » est-il et, est-il ou ? Marie Cosnay choisit la prudence : « Un dieu et une bonne nature ont mis fin à cette lutte ». Quand Lafaye propose « Un dieu ou la nature la meilleure », il choisit de laisser planer les prémisses de l’athéisme. Un chrétien fut tenté de dire seulement « Dieu ». Plus bavard, Desaintange[2], au XVIII° siècle, en fit des alexandrins superbes : « Un dieu, de l’univers architecte suprême, / Ou la nature enfin se corrigeant soi-même, / Sépara dans les flancs du ténébreux chaos… ». Il est loisible d’avoir bien de la nostalgie envers une telle traduction qui est une belle infidèle. Marie Cosnay interprète les hexamètres latins en vers libres. Libres au point que la nymphe traite de « salaud » ce Salmacis qui veut échapper à son désir, que Junon jette un « fils de putain ».

Une brève et judicieuse introduction, quelques notes, un glossaire, en ce volume à l’élégante robe, mais il faut déplorer l’absence d’index, de sommaire par mythe, tous choix dommageables, mais on a préféré ne pas alourdir un opus déjà ambitieux et non bilingue. Reste à retrouver la poésie perdue depuis le rythme et la musicalité du latin. Surtout s’il s’agit d’Orphée, archétype des poètes, charmant animaux et dieux, jusqu’aux Enfers. « Il gratte les cordes pour le chant », a-t-il un chat dans la gorge ? C’est pour le moins maladroit. Heureusement : « On raconte que pour la première fois, vaincues par le poème, / les Euménides mouillent leurs joues ». Eurydice hélas retourne parmi les ombres, car « Ici, de peur qu’elle lui manque, impatient de la voir / L’amant tourne les yeux, aussitôt elle glisse en arrière ». Voilà qui est plus suggestif et poignant…

De même les émotions sont rendus plus vives : « ton corps pris d’un froid glacial s’épouvante » ; le suspens, la fureur et le tragique s’exacerbent. « Voici la langue qui offre à l’air frappé ces sons », c’est l’histoire de Biblis et le programme d’une traductrice survoltée. Le grand récit aux mille personnages et péripéties effraie, interroge, émerveille, contant l’amour, qu’il soit incestueux ou divin, puni, impossible ou comblé, contant l’inépuisable capacité de création et de transformation de la nature figurée par l’intervention des dieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puni également fut Ovide, par l’empereur Auguste qui l’exila sur les bords de la Mer noire pour y écrire Les Tristes et mourir. Trop génial esprit libre, peut-être cela suffit-il à expliquer cette intrigue du pouvoir ; du moins c’est ce qu’avance Nicola Gardini, érudit patenté, poète et traducteur, essayiste élégant, qui écrivit un Vive le latin, Histoires et beautés d’une langue[3]. Il nous convie à vivre un beau moment d’aimable érudition Avec Ovide, essai et récit sous-titré Le plaisir de lire un classique.

Montaigne enfant découvrit le goût des livres en lisant Ovide et ses Métamorphoses. Né en 43 avant Jésus-Christ et mort en 17 après Jésus-Christ, ce dernier chevaucha le siècle de César et d’Auguste. Celui qui « irrigue le système sanguin de la tradition occidentale », selon Nicola Gardini, est également un « point de référence esthétique et moral ». N’interroge-t-il pas l’identité, l’amour et la liberté ? Les passions n’y sont-elles pas châtiées, comme l’inceste avec Myrrha, ou récompensées si pures, comme les sentiments de Pygmalion pour sa statue ? Victime d’une tyrannie impériale arbitraire, après avoir été adulé, n’est-il pas le symbole d’une liberté d’expression et de création injustement bafouée ?

L’on spéculera longtemps sur les raisons de l’exil du poète. L’Art d’aimer parut-il trop licencieux ? Ce serait étonnant au vu de ce qui circulait à Rome. A-t-il eu vent de quelque basse intrigue dans les rouages de la cour et de la famile impériales ? À moins que la puissance de son œuvre fît de l’ombre à l’empereur… De telles interrogations poussent Nicola Gardini à marcher sur les traces de l’auteur des Tristes, en Roumanie, à Tomes, aujourd’hui Constanta, où il est mort, cerné par le froid et les Barbares.

Un soupçon d’autobiographie donc, un usage judicieux des citations, de l’Histoire romaine, voilà qui place l’essai face à son dessein : montrer que ce « classique » est l’un des plus séminaux, les plus beaux au monde ; que le nom de Nason, soit Publius Ovidius Naso « proclame la pérennité de la poésie face au monde ».

La figure de la désobéissance filiale contre l’autorité paternelle hante Ovide : Médée aime contre l’avis paternel, Ovide lui-même ne veut qu’être poète au désarroi de son père, Phaéton transgresse l’ordre d’Apollon en élevant au firmament le char du soleil. Faut-il compter là, malgré l’éloge augustéen qui culmine au final des Métamorphoses, via l’accession de son père adoptif, César, au rang de comète, une désobéissance implicite à l’égard de l’empereur ? Aussi avoir écrit l’Art d’aimer, donc préféré l’érotique à l’héroïque épopée, pourrait être un dommageable pied de nez à Auguste : « Ovide a opposé […] à la normalité des valeurs antiques et aux certitudes augustéennes le dogme de l’incertitude ».

Mais Les Métamorphoses est en quelque sorte chez Ovide la forêt qui cache de riches bosquets. Les Fastes, consacré au calendrier religieux romain, et les Héroïdes, dont les pleurs et les plaintes sont de belles miniatures mythologiques. L’Art d’aimer et ses dimensions érotique et didactique qui ne s’embarrassent guère du respect dû aux dieux, ou encore Les Amours qui ose dire que « Dieu n’est qu’un nom dépourvu de substance » et que l’amour se gausse de la vérité et de la morale tout en dérogeant à la stabilité (toutes affirmations qui ont probablement déplu à Auguste). Enfin, ce sont Les Tristes, modèle de l’élégie, qui, avec les Pontiques « ont inventé le paysage désolé », destiné à devenir un topos littéraire jusqu’au Waste land de Thomas Stearn Eliot. Avec un bonheur communicatif, Nicola Gardini lève le voile sur ces œuvres assises à l’ombre immense des Métamorphoses, comme lorsqu’il relève les occurrences de la voix perdue, de la langue tranchée, animalisée, écho de l’isolement du poète tardif sur des rivages où l’on ne parle pas latin : « J’ai oublié le langage », écrit-il, alors qu’il lut en public et avec succès un poème en langue gétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on sait cependant qu’Ovide ne résume pas toute la mythologie. S’il fait allusion parfois à Homère, en lui empruntant quelques épisodes (Achille et Ajax), il faut compléter par la lecture de l’Iliade et de l’Odyssée. Ou, si l’on veut être plus rapide et plus synthétique, par celle de Jean-Pierre Vernant qui, dans L’Univers, les dieux, les hommes, judicieusement réédité dans un cartonnage de poche joliment illustré par Ulysse et les sirènes, commence par la Théogonie d’Hésiode et la guerre des dieux, puis termine par Œdipe et Persée. Cependant il emplit presque la moitié de son volume à l’aide de la guerre de Troie et des voyages d’Ulysse. En effet, il se consacre aux mythes grecs et non à leur réécriture par Ovide le Romain. Il associe le plaisir du conteur à celui de l’éclaireur qui rappelle que le mythe est un récit, inspiré par Mnémosyne, déesse de la Mémoire, « venu du fond des âges et qui serait déjà là avant qu’un quelconque conteur en entame la narration ».

Original, malgré son respect des traditions narratives et des auteurs anciens, Jean-Pierre Vernant l’est lorsqu’il traduit le chaos originel, avant toute création, par « Béance », une sorte de matière noire - l’on dirait aujourd’hui antimatière - d’où naissent la terre, la fécondation et le ciel, Gaïa, Eros et Ouranos. Dieux et Titans, puis hommes et femmes, peuplent ce cosmos, parmi lesquelles la première, sur le conseil de Zeus, débouche une jarre cachée, libérant tous les maux : c’est le mythe de la boite de Pandore, qui la referme sur l’espoir. Voilà d’où découlent toutes les histoires humaines. Ce qui ne prive pas les dieux d’intervenir, outre les demi-dieux qu’ils engendrent chez les mortelles, choisissant ou le camp des Troyens ou celui des Grecs. À l’instar de celui de Luc Ferry[4], le récit du mythographe est entraînant, initiatique, au point qu’il ait choisi de le placer au seuil du monumental volume de ses Œuvres complètes[5], qui totalise 2512 pages et se divise en « Religions, Rationalités, Politique ».

 

Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque,

Diane de Selliers, 2003. Photo : T. Guinhut.

 

Qu’est-ce que le mythos, opposé au logos, sinon un récit légendaire digne d’être tourné en dérision, comme le fit Platon éjectant les poètes de sa République ? Cependant, rappelle Water F. Otto dans ses Essais sur le mythe, le caractère « surnaturel des mythes archaïques sacrés » vient de ce que « la figure du dieu constitue le centre de gravité de tous les mythes ». Au cours de l’Histoire, « plus le rationnel repousse le mythe, plus le monde se désacralise, et plus le savoir originel du divin doit se retirer dans le sentiment, dans le for intérieur. Le profane prend place dès lors à côté du religieux, et c’est bientôt lui qui occupe presque toute la place ». Le mythe perd alors sa fonction étiologique, qui consistait en l’explication par l’imaginaire de phénomènes naturels et humains incompréhensibles, de façon à structurer la pensée et la société. Il ne lui reste plus que sa dimension poétique, comme chez Hölderlin, même si elle ne conserve que peu la trace de cette parole qui venait des dieux et leur parlait par la voix de « La Muse, esprit et vigueur du mythe du monde en sa révélation musicale ».

Où trouver la vérité du mythe ? Selon notre penseur, dont ce recueil de quatre essais est intellectuellement excitant, la religion grecque est une « religion de la connaissance objective », au caractère non-autoritaire et non-dualiste. Ainsi l’essayiste allemand Walter F. Otto (1874-1858), auteur des Dieux de la Grèce[6], pensait que ces derniers étaient dignes d’exister encore dans la conscience de notre temps. Car « c’est seulement comme création, digne des œuvres d’art les plus magnifiques que nous ait léguées tout le passé, et en même temps les dépassant toutes, que le mythe se laisse saisir ».

 

Plus guère religieux, Ovide ne croyait déjà plus en la réalité des métamorphoses de ses merveilleux dieux et de ses malheureux personnages, devenus animaux et plantes. Divinisant César suivant l’urgente sollicitation d’Auguste, il contribua à un culte autant religieux que politique, alors que l’empereur ne lui rendît pas la politesse en l’exilant sur les bords de la Mer Noire. Reste que son fabuleux poème demeure sans cesse une source d’inspiration infinie pour les peintres, les sculpteurs, les compositeurs de cantates et d’opéras, les réécritures et jusqu’aux jeux vidéo, en même temps qu’une stimulante énigme pour l’anthropologue et le philosophe. Tournons-nous alors vers les éditions Diane de Selliers[7] qui nous proposèrent une de leur œuvre-maîtresses : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque[8], et son iconographie somptueuse, d’il Padovanino au Caravage, de Simon Vouet à Pompeo Batoni…

Hélas épuisés, ces deux luxueux volumes sous coffret bourrés jusqu’à la gueule de peintures ont désormais un rejeton qui n’a rien d’indigne, au contraire. C’est un volume cartonné, d’une agréable élégance, comme celui qui honora Homère grâce à Paladino[9], qui, s’il ne réunit que « les plus belles histoires », quatre-vingt-quatre en fait, en offre un judicieux florilège, présenté avec pertinence par l’éditrice elle-même. Encadrés par un monde « tiré de la masse ténébreuse » et l’éloge de Pythagore, les mythes brillent au firmament de notre culture, donnant par antonomase leurs noms à des concepts, des adjectifs : ainsi de Narcisse et d’Echo, de Méduse, Hermaphrodite et Europe. De plus, de Dante à Shakespeare, nos plus grands génies se nourrissent d’Ovide, et si l’an 1 de notre ère est celui du Christ, il est aussi celui où furent publiées à Rome Les Métamorphoses, tout aussi dignes de figurer l’aube d’une civilisation.

 

Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque,

Diane de Selliers, 2003 et Desray, 1807.

Photo : T. Guinhut.

 

Ces métamorphoses animales, végétales, minérales, voire sidérales, condamnent la passion amoureuse et violente, sous la plume fluide du traducteur Georges Lafaye. L’incestueuse Myrrha est changée en tronc d’arbre pleurant la myrrhe, alors que, plus heureux, Philémon et Baucis, devenus tilleul et chêne, peuvent mêler leurs feuillages. Il faut y lire une réelle intention morale. Comme lorsque Phaéton échouant à conduire le char du soleil, se laissait emporter par un hubris fatal, probablement la pire transgression chez les Grecs.

Parmi une généreuse iconographie narrative, les vigoureux contrastes d’ombres terribles et de lumières exquises, les sensuelles carnations rosées, les tissus et les ciels chatoyants bouleversent la peinture baroque, de l’Italie aux Flandres, entre le XVI° et le XVIII° siècle, sous les pinceaux de Rubens et de Guido Reni, de Véronèse, quoique, notons-le, Poussin soit moins un baroque qu’une icône du classicisme, sans compter de nombreux artistes méconnus, voire totalement inédits. De page en page, c’est un éblouissement pictural. Comme sur la couverture où la prégnance fumeuse de Jupiter offre un baiser à Io, sous le pinceau du Corrège, le texte est tout entier en osmose avec l’image. De plus chacune d’entre elles est accompagnée d’une phrase-clef en rouge, au plus brûlant du mythe : « Donc à peine a-t-elle vu Narcisse errant à travers les campagnes solitaires que, brûlée de désir, elle suit furtivement ses traces ; plus elle le suit, plus elle se rapproche du feu qui l’embrase ».

 

Tout est mouvement, tout est métamorphose, nous dit Ovide, qui fut le créateur de ce mot, ce dans le philosophique sillage de Pythagore. Sa vie ne l’a que trop prouvé, de la gloire au triste exil. La nôtre glisse de la naissance à la mort, de la beauté vénusienne à la charogne baudelairienne, de la liberté à l’oppression ; notre personnalité n’y échappe pas, informe et enfantine, brillante et sénescente. Le cosmos même est en mouvement incessant selon une mesure qui nous dépasse. Cependant, malgré les ravages du temps, Ovide est toujours notre Orphée quémandant aux enfers son Eurydice, selon l’enchanteresse traduction en alexandrins de Desaintange :

Par ces lieux pleins d’effroi, par ce chaos immense,

Empire de la nuit, empire du silence,

Rendez-moi mon épouse, et pour moi rattachez

Le fil de ses beaux jours que la Parque a tranchés[10]. »

 

Thierry Guinhut

La partie sur Ovide traduit par Marie Cosnay a été publiée

dans Le Matricule des anges, novembre-décembre 2017

 

[1] Ovide : Les Métamorphoses, Garnier Flammarion, 1966.

[2] Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1808, t 1, p 5.

[3] Nicola Gardini : Vive le latin, Histoires et beautés d’une langue, De Fallois, 2018.

[5] Jean-Pierre Vernant : Œuvres complètes, Seuil, 2006.

[6] Walter F. Otto : Les Dieux de la Grèce, Payot, 1981.

[8] Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque, Diane de Selliers, 2003.

[10] Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1808, t 3, p 223.

 

Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1807 et Duprat, 1802, Héroïdes, Durand, 1763.

Photo : T. Guinhut.

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 08:20

 

Château du Boisrenault, Buzançais, Indre. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le sabre politique et religieux

des dictatures arabes et ottomanes.

 

Al-Kawâkibî, El-Khoury, El Aswany, Temelkuran.

 

 

 

‘Abd al-Rahmân al-Kawâkibî : Du despotisme et autres textes, traduit de l’arabe (Syrie),

Sindbad Actes Sud, 2016, 240 p, 20 €.

 

Bachir El-Khoury : Monde arabe : les racines du mal,

Sindbad Actes Sud, 2018, 256 p, 22 €.

 

Alaa El Aswany : Extrémisme religieux et  dictature,

traduit de l’arabe (Egypte) par Gilles Gauthier, Actes Sud, 2014, 240 p, 22 €.

 

Alaa El Aswany : Le Syndrome de la dictature,

traduit de l’anglais (Egypte) par Gilles Gauthier, Actes Sud, 2020, 208 p, 19,80 €.


Ece Temelkuran : Comment conduire un pays à sa perte. Du populisme à la dictature,

traduit de l’anglais par Christelle Gaillard-Paris, Folio, 2020, 288 p, 20 €.

 

 

 

« Souvenez-vous que la paradis est à l’ombre des sabres », enseigne en 870 de notre ère un hadith de Bukhari[1]. Le poète du X° siècle Mutanabbî écrivit en ce sens son vindicatif Livre des sabres : « Mon sabre scintillant occultera l’éclair céleste / Et le sang répandu lui tiendra lieu d’averse[2] ». Sur l’étendard des pays arabes, le sabre signifie l’alliance de la politique et de la religion. Aussi dénoncer le despotisme n’est pas chose aisée parmi le monde arabe, tant il est lié à celui religieux. Entendons à cet égard l’avertissement implicite d’Al-Mawardi (974-1058), considéré comme l’un des plus fermes théoriciens politiques de l’Islam : « Dieu ne dissocie donc pas la rectitude de la religion de la bonne direction de l’Etat et du bon gouvernement des sujets[3]. » Au contraire du Judaïsme et a fortiori du Christianisme (même si l’on parla en Occident de l’alliance du sabre et du goupillon, certes bien plus modeste), cette unicité du religieux et de l’étatisme dictatorial handicape depuis longtemps et lourdement les pays arabes, jusqu’à la Turquie ottomane. En 1902 le Syrien ‘Abd al-Rahmân al-Kawâkibî, faisait ce constat dans son traité Du despotisme, avant d’être empoisonné par les agents du Sultan égyptien. Et même si le XX° siècle arabe et ottoman a vu des gouvernements un tantinet séparés du religieux, car socialistes, comme en Algérie et en Egypte, ou passablement laïque avec Mustapha Kemal en Turquie, le mal est loin d’être éradiqué, au point qu’il prolifère de pire en pire. C’est ce terrible constat que font aujourd’hui Alaa El Aswany, Bachir El-Khoury et Ece Temelkuran, non sans nous avertir des conséquences, jusqu’en notre Occident.

 

Consultons l’autorité de l’historien arabe du XIV° siècle, Ibn Khaldûn, d’origine andalouse et yéménite, qui confirme le caractère irrévocable de cette association totalitaire : « Dans la communauté musulmane, la guerre sainte est un devoir religieux, parce que l’islam a une mission universelle, et que tous les hommes doivent s’y convertir de gré ou de force. Aussi le califat et le pouvoir temporel y sont-ils unis, de sorte que la puissance du souverain puisse les servir tous les deux en même temps. Les autres communautés n’ont pas de mission universelle et ne tiennent pas la guerre sainte pour un devoir religieux, sauf en vue de leur propre défense. Les responsables religieux n’y sont en rien concernés par les affaires du gouvernement[4] ». Un tel précepte gouverne encore, voire de plus, en plus les pays islamiques, sans compter les poches occidentales de prosélytisme et de charia, ces « territoires perdus de la République[5] ».

Sans doute, c’est en 1902, avec ‘Abd al-Rahmân al-Kawâkibî, que le despotisme musulman fut d’abord mis en cause et réfuté. Certes, par une prudence bien compréhensible, l’essayiste a farci son ouvrage, intitulé Du Despotisme, de « louanges à Dieu », et prétend que « le virus responsable de notre mal est la dérive de notre religion, à l’origine instinctive et sage, ordonnée et ardente, portant le message clair du Coran ». C’est faire bon marché d’une religion explicitement totalitaire. Mais notre auteur pouvait-il alors en traiter autrement pour tenter d’avancer sa thèse ? C’est avec pertinence qu’il note : « Le pouvoir despotique s’étend à tous les niveaux, depuis le despote suprême jusqu’au policier, au domestique et au balayeur des rues. En profitent les plus vils de chaque niveau ». Or, pour se débarrasser d’une telle chaine tyrannique, il réclame la liberté de conscience et d’expression (qu’invalide le livre du Prophète), l’égalité des citoyens et la séparation des pouvoirs, non seulement exécutif et législatif, mais aussi religieux et politique. Le voici donc un réel précurseur des démocrates libéraux arabes qui aujourd’hui encore constatent les effets délétères du despotisme arabe en matière d’éducation, d’économie et de progrès scientifique. Il faut alors dépasser « un éléphant de préjugés », bousculer « l’apathie » arabe et ottomane (sauf lorsqu’il s’agit de faire jaillir le sabre du châtiment et de la guerre), dont il liste 86 causes, dont « l’oubli de la tolérance religieuse », « la croyance que les sciences rationnelles sont contraires à la religion », « l’affaiblissement de l’opinion publique du fait de la censure », « l’ignorance satisfaite », « la négligence dans l’éducation des épouses »… La lecture méditée d’un tel traité politique, dont l’éthique résulte de l’influence des Lumières occidentales, devrait faire le bénéfice des amants de la liberté et du développement des connaissances, bien au-delà du monde arabe et ottoman.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seule la Turquie, à l’occasion de la gouvernance, par ailleurs un brin despotique, de Mustafa Kemal Atatürk, entre 1923 et 1938, a connu une fenêtre laïque, refermée par Recep Tayyip Erdogan, président depuis 2014 et despote aussi religieux que politique, nationaliste belliciste de surcroit, menaçant aujourd’hui gravement la Méditerranée, la Grèce et l’Europe. Le monde arabe quant à lui est resté prisonnier d’une « aliénation dans le temps », d’un « sous-développement intellectuel », pour reprendre les termes de Fouad Zakariya, dans Laïcité ou islamisme. Les Arabes à l’heure des choix[6].

Ce serait cependant trop simple d’attribuer au seul cancer religieux le mal qui dévore les sociétés arabes. Bachir El-Khoury trouve au Monde arabe : les racines du mal. Elles sont d’abord en un indécrottable substrat socio-économique. L’extrême pauvreté d’une large couche d’une population par ailleurs affligée par une démographie pléthorique, la rente pétrolière - voire « la malédiction pétrolière » -, la corruption récurrente, un droit du travail plombé et une lenteur administrative exaspérante, une éducation à la traîne, tout se coagule pour assurer un immobilisme moisi, sans oublier la désertification. Nous y ajouterons le socialisme et l’antilibéralisme économique. Si les « printemps arabes » ont paru un moment secouer la chape de sable, bien vite l’hiver leur a succédé, infiltrés qu’ils étaient par l’islamisme et le terrorisme, conduisant aux chaos syrien et libyen, à la fragilité démocratique tunisienne, entre autres exemples. Sans compter qu’aux conflits religieux récurrents, intra-musulmans entre sunnites et chiites, et aux éliminations des Chrétiens d’Orients, des Yazidis, des zoroastriens et des Baha’is, s’ajoutent les guerres ethniques : il suffit de penser aux Kurdes livrés au génocide par la Turquie, voire par leurs voisins.

Malgré les nombreuses qualités de cet essai documenté, nanti de graphiques chiffrés, il est stupéfiant de lire chez Bachir El-Khoury, un éloge de modèles comme le Brésil et le Venezuela qui seraient parvenus à réduire la pauvreté. Si cela est vrai pour le premier, le socialisme autoritaire du second aboutit à la catastrophe que l’on sait ! De plus, comme trop souvent, il oublie un facteur de sous-développement non négligeable parmi l’aire islamique : la consanguinité, qui, au moyen de récurrents mariages entre cousins, affecte dangereusement l’intégrité et les potentialités intellectuelles de ses habitants, entre Algérie et Pakistan.

Faut-il penser que la signature de l’accord d’Abraham, impulsé par Donald Trump, qui noue des alliances entre Israël, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis, sous l’œil probablement bienveillant à cet égard de l’Arabie Saoudite, prélude à des jours meilleurs pour le monde arabe ?

 

C’est en la tradition d’‘Abd al-Rahmân al-Kawâkibî, tradition hélas minoritaire, que s’inscrit Alaa El Aswany pour s’attaquer au Syndrome de la dictature, écrit et publié prudemment en anglais et à Londres en 2019.

L’on connaissait le romancier satiriste, non sans tendresse, de L’Immeuble Yacoubian[7], qui radiographia la vie des Cairotes et obtint un succès mérité en jouant avec le réalisme social et les mœurs sexuelles de ses personnages. Talent narratif et sens du portrait ne l’empêchent pas d’être un essayiste politique informé, un polémiste vigoureux. Il avait commis en 2011, mais en arabe, un volume d’une vingtaine d’articles : Extrémisme religieux et dictature. Ces deux phénomènes jumeaux sont en effet indissociables, tant le salafisme, le frérisme musulman et le wahhabisme cimentent le retour de l’Islam originel et de sa charia. Le dilemme est cruel pour un moyen-oriental : sans Islam, pas de démocratie libérale, avec la démocratie libérale le lien avec la tradition religieuse se rompt.

L’égalité entre hommes et femmes, entre Coptes et Baha’is d’Egypte d’une part et Chiites et Sunnites d’autre part, sans compter les athées et apostats, les homosexuels, n’est qu’un vœu pieux, la justice un rêve, la tolérance une hallucination. Aussi Alaa El Aswany dénonce-t-il « l’influence négative du niqab pour la femme et la société », niqab qui ne diminue en rien les agressions sexuelles et l’omniprésent harcèlement sexuel, malgré le couple « puritanisme et bigoterie ».

Autres mœurs, autres maux. Un restaurant ostensiblement pieux triche sur le poids, applique des prix démesurés, évite les contrôles sanitaires et s’en porte le mieux du monde en son hypocrisie rapace. La tartufferie est la règle, de la jeunesse à la police en passant par les politiques, qui falsifient les élections. Les religieux véhiculent à qui mieux mieux des énormités anti-scientifiques…

Il faut lire ce bel exercice : « Être musulman en Grande-Bretagne », où les croyants de l’Islam sont opprimés de mille façons. Mais un addendum signale « une erreur volontaire » : « Veuillez changer le mot « Grande Bretagne » par le mot « Egypte », le mot « musulman » par « copte et le mot « mosquée » par « église », puis lisez l’article à nouveau pour comprendre ce que signifie être copte en Egypte aujourd’hui ».

En 2009 le vote de l’interdiction des minarets en Suisse, scandalisa les naïfs, y compris notre auteur, en tant qu’attentat à la liberté religieuse. S’il montre l’hypocrisie des Egyptiens qui dénient aux Coptes la construction d’églises (quoique ces derniers ne soient guère des modèles), s’il renvoie aux Musulmans la responsabilité de leur image désastreuse, il semble oublier qu’un minaret, une mosquée donc, est le fer de lance du fascisme religieux qu’il dénonce.

Relatant de significatives anecdotes come cette Française assaillie par la rue lubrique, Alaa El Aswany radiographie la société égyptienne et arabe avec la vivacité de son regard et la verdeur de la satire argumentée. Mais est-ce par prudence, ou par illusion qu’Alaa El Aswany prétend qu’au cœur de la religion se trouvent des « valeurs universelles » ? Celle de la « soumission » est cependant radicalement contraire au libre-arbitre, donc à la liberté… De même le voici défendant la tolérance de la civilisation islamique, dont l’omni-tyrannie a pu légèrement s’assagir au cours de son histoire. A-t-il cependant oublié les massacres récurrents, la dhimmitude des Juifs et des Chrétiens en Al-Andalus[8], tant vantée par les chantres de la coexistence des cultures ? « La démocratie est la solution », répète en fin de chaque article notre écrivain égyptien. Pour asséner cet insoutenable oxymore : « l’Islam est la vraie démocratie ». Sauf que lorsque celle-ci consiste en l’expression d’une majorité affamée de tyrannie et de servitude volontaire, elle ne vaut rien. La démocratie est libérale ou n’est pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Néanmoins l’argumentation se développe avec une rigueur implacable dans Le Syndrome de la dictature, second volet politique d’ Alaa El Aswany. Une dizaine de parties guident le lecteur de la définition de ce « syndrome » à l’association de « l’esprit fasciste » avec le « terrorisme », jusqu’à la « prévention », soit « la séparation de la religion et de l’Etat », puis un « scepticisme salutaire ».

Ce n’est pas que le fait du tyran : « Comment des traces d’attitudes dictatoriales s’immiscent-elles dans le comportement du citoyen de tous les jours ? » Ainsi la foi en la propagande se vit déçue lorsque Nasser, en 1967, attaqua Israël pour essuyer une brusque défaite ; ce qui ne détourna pourtant pas le peuple de le confirmer au pouvoir. Il est fait alors allusion au principe de la « servitude volontaire », analysé par La Boétie. Corruption, brevet d’obéissance pour obtenir un poste, presse stipendiée, tout concourt à la doxa autoritaire et à sa « contradiction entre ce qui est annoncé et la vérité ». S’ensuivent des exemples de brutalités tyranniques, du monde arabe à l’Afrique et au-delà. Les « théories du complot » prospèrent, comme celle des Protocoles des sages de Sion, un faux notoire, qui nourrit l’antisémitisme[9], d’Hitler aux pays arabes. L’on stigmatise les « conspirateurs », l’étranger ou l’impie. À ces manipulations s’adossent la répression et la « déshumanisation ».

De la nationalisation de la presse, au service d’une « vision unique pour tous », à la censure, tout ressemble à l’Allemagne nazie, à l’Union Soviétique, aux « dictatures religieuses », d’Iran, d’Arabie saoudite. Les exemples de livres et de films attaqués pour « offense à Dieu » abondent. Sans oublier des souvenirs personnels, comme lorsqu’étudiant, il entendit un professeur de chimie barbu jurer de faire échouer quiconque « est communiste ». La militarisation de la société devient évidente « car une hiérarchie semblable à celle de l’armée était partout en place ». Tout aboutit au « démantèlement du milieu intellectuel », comme pour Thomas Mann ou Soljenitsyne, sauvé par l’exil, ou jeté au goulag, par les régimes de leurs pays. En revanche, pensant à Garcia Marquez et Fidel Castro, « il est indécent qu’un grand écrivain soit l’ami d’un tyran », un « intellectuel mercenaire », comme ces auteurs égyptiens adulant le piètre écrivain que fut Kadhafi.

Etudiant la tradition dictatoriale comme une maladie, une « hypnose de masse », le réquisitoire d’Alaa El Aswany, dont les œuvres furent bannies d’Egypte en 2014, dépasse largement la perspective égyptienne, nourri d’anecdotes étonnantes, par exemple sur Saddam Hussein, et de portraits psychologiques des tyrans. C’est une nécessaire plaidoirie en faveur de la liberté politique. Sachant que notre essayiste a déjà été inculpé de « diffamation des institutions de l’Etat », l’on en déduit à quelle portion congrue la liberté d’expression est réduite. Le diagnostic édifiant d’El Aswany embrasse toutes les dictatures.

 

 

De même la Turquie peut être lue comme le parangon d’un despotisme qui a la prérogative de ne potentiellement épargner aucun Etat. Comment conduire un pays à sa perte est un manuel pratique élaboré par Ece Temelkuran. Sous-titré Du populisme à la dictature, il est à lire, sous la plume de la journaliste turque aujourd’hui en exil, comme un avertissement, espérons-le salutaire. Hélas, en associant de manière répétée Erdogan à Donald Trump, elle commet une infâme assimilation, une indigne reductio ad hitlerum caractérisée ; non sans vouloir égratigner sans cesse les Boris Johnson et les Viktor Horban et autres « populistes de droite », qui ont le malheur de lui déplaire. Cela suffirait à décrédibiliser cet essai qui se veut « progressiste », dégoulinant de confusion, sautant du coq à l’âne, de Facebook à Zizek, prosélyte du communisme, donc d’une tyrannie. Dommage, car les « sept étapes » qui permettent à un « leader populiste » de devenir un « autocrate sérieusement terrifiant » pourraient contribuer à une réelle analyse ; ce en associant les techniques du récit et de l’essai, car il s’agit à la fois d’une autobiographie politique et d’une mordante satire d’un régime qui chassa l’auteure de son pays en même temps que la liberté de la presse.

« Créer un mouvement », celui du « vrai peuple », en fait issu de la « secte religieuse » islamiste est le premier pas. Il est animé par « le désir suspect du je de se fondre en nous ». Il suffit ensuite de « détraquer la raison et affoler le langage », de « dissiper la honte », pour « démanteler les dispositifs judiciaires et politiques » et « façonner ses propres citoyens » de façon à ce qu’ils puissent « rire devant l’horreur » ; c’est ainsi que « construire son propre pays » revient à le bétonner par un despotisme meurtrier et grotesque, puisqu’Erdogan n’hésite pas à diffuser l’image d’une petite fille de neuf ans coiffée d’un foulard, prétendument « élue au poste de présidente du Parlement ».  La Turquie est devenue un bastion islamiste autant qu’un vindicatif surgeon du nationalisme expansionniste ottoman.

 

Un Monde sans Islam, titrait Aquila[10]. Si les causes socio-économiques du mal arabe n’auraient pas pour autant complètement disparu, nul doute qu’un surcroit de liberté et de vitalité intellectuelle et scientifique aurait nourri un Moyen-Orient qui aurait pu s’inspirer de ce que l’Occident a de meilleur, non sans oublier que le Christianisme, grâce au libre arbitre et à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, put être le socle du libéralisme. Même si l'Occident non plus n’est pas débarrassé de la pulsion despotique, son Histoire l’a prouvé. Il lui reste à se garder de l’importation et de l’infiltration d’un fascisme religieux attentatoire à la vie et à la dignité de l’humanité.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Syndrome de la dictature a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet 2020.

 


[1] Livre 52, 2666 1.

[2] Mutanabbî : Le Livre des sabres, Sindbad, 2012, p 41.

[3] Al-Mawardi : De l’éthique du prince et du gouvernement de l’Etat, Les Belles Lettres, 2015, p 360.

[4] Ibn Kaldün : Muqaddima I, Le Livre des exemples, La Pléiade, Gallimard, t I, 2013, p 532.

[5] Emmanuel Brenner : Les Territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.

[6] Fouad Zakariya : Laïcité ou islamisme. Les Arabes à l’heure des choix, La Découverte, 1991.

[7] Alaa El Aswany : L’Immeuble Yacoubian, Actes Sud, 2006.

[10] Voir : L'arbre du-terrorisme et la forêt de l'Islam II

 

Fresque XVI°, Saint-Barthélémy, Mont, Hautes-Pyrénées.

Photo : T. Guinhut.

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 15:17

 

Aérodrome de Niort-Souché, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Enrique Vila-Matas, écrivain funambule

au-dessus d'une brume insensée.

 

Enrique Vila-Matas : Cette brume insensée,

traduit de l’espagnol par André Gabastou, Actes Sud, 2020, 256 p, 21,80 €.

 

 

 

Prolifique funambule entre l’être et le non-être, entre l’artiste et non-artiste, l’espagnol Enrique Vila-Matas, né à Barcelone en 1948, écrit depuis au moins l’âge de dix-huit ans. Ses entretiens en effet, avec des célébrités et alors publiées dans la revue Fotogramas, étaient en fait fictifs, jouant avec l’art controversé de s’approprier la parole d’autrui, ou d’en être le faussaire. Un demi-siècle plus tard, notre trublion un brin loufoque fournit au moyen de son personnage prénommé Simon des citations à des écrivains en mal de copie. C’est Cette brume insensée qui brouille une fois de plus les lisières de la vérité et de la fiction, de la réussite et de l’échec, de la création et de la citation,  entre les doigts doués d’ironie d’un écrivain à nul autre pareil, même s’il aime à jouer avec autant de virtuosité que de désabusement parmi les pages et personnages de Melville ou de Kafka.

 

Les titres d'Enrique Vila-Matas, prolifique minimaliste postmoderne, aussi facétieux que tenté par la disparition, disent assez la direction passablement glauque de son esprit : Suicides exemplaires, Imposture… C'est avec une rare constance qu'il cultive la désespérance et l'absurde au point de se placer, avec les quarante et un textes brefs d’Enfants sans enfants[1], dans la filiation d'un Kafka[2] mort à quarante et un ans, filiation qui est depuis longtemps une tarte à la crème des écrivains sérieux. Mais ici la chose mérite réflexion : « On pourra toujours penser que m'être imposé tout au long de ce livre la règle qui consiste à combiner ma pâle biographie et un monde imaginaire d'enfants sans enfants avec une certaine atmosphère livresque, tchèque, et la couleur un peu délavée de quelques aperçus de l'histoire de l'Espagne des quarante et une dernières années est avoir, pour le moins, parié pour une association quelque peu arbitraire. Mais il me semble que de cette combinaison a surgi une réalité rigoureuse,­ cette grande vérité que racontent les mensonges­, différente de l'officielle et probablement unique. Que sommes-nous après tout, qu'est chacun de nous, sinon une combinatoire, différente et unique, d'expériences, de lectures et de rêveries? »

Chez Vila-Matas, l'insignifiance est un objectif artistique. Fous, désœuvrés, « vampire amoureux », tous pourraient parvenir à cette conclusion amère : « la vie est une maladie de la matière […] La vieillesse et l'écriture sont les seuls médicaments contre cette maladie ». Un écrivain se protège « contre les situations trop littéraires » quand un médecin de campagne venu de son enfance vient déranger son sens de la réalité pour devenir son douzième enfant. Un électricien est « condamné à errer éternellement dans l'étroite tombe de ses parents ». Ecrire, est-ce trouver sa filiation ? Jeu vain ou humour dans le miroir ? Grincements agaçants d’un déçu de l’existence, d’un contempteur de la vie ? Il n’en reste pas moins que le dandysme de la déréliction, chez Vila-Matas, ne va pas sans un certain humour, une pointe d’autodérision. Comme lorsque l’éditeur qui s’achemine vers la faillite, dans Dublinesca, incapable de s’adapter aux nouveaux courants littéraires, préfère effectuer un pèlerinage sur les traces de James Joyce et d’un Beckett qui frôle l’aphasie. Plus ironique encore est cet alter ego qui, dans Impressions de Kassel,[3] accepte d’écrire en public dans un restaurant chinois de Kassel, pour offrir à la Documenta, cette célèbre foire d’art contemporain, la figurine vaine de l’homme de Lettres…

Notre funambule commet également des nouvelles, parmi lesquelles le recueil Explorateurs de l’abîme[4] dépasse bien évidement la banalité du genre. C’est aux lisières et limites de la condition humaine que divers personnages loufoques penchent dangereusement au-dessus de l’abîme du réel et de la métaphysique. Entre fantastique, science-fiction, voire utopie, l’humour tente d’apprivoiser le tragique. De nouvelle en nouvelle, les thématiques du vide et de la disparition, parfois de l’au-delà, creusent un questionnement impossible à résoudre et tissé avec une retorse aisance par l’atelier d’écriture de Vila-Matas, en perpétuels réitération et renouvellement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est après avoir échoué à trouver le moindre éditeur à son roman que le narrateur de Cette brume insensée devient « artiste citeur », un bien grand titre compensatoire pour un intellectuel dont le travail est d’être pourvoyeur de citations sur commande. En particulier au service de Rainer Bros, ou « Grand Bros », un écrivain barcelonais passé à l’anglais et à New-York. Or il est le modèle de « l’auteur distant », qui avait su organiser sa rigoureuse disparition, son absence médiatique totale, malgré son aura et la « griffe Bros » de son style, à l’instar d’un Salinger ou d’un Pynchon, prétendant être en quelque sorte « le fils spectral de l’auteur de L’Arc-en-ciel de la gravité[5]. C’est avec un rien d’orgueil et une envie jusqu’à la « rage »,  que Simon attribue à son « aide discrète », à ses archives de citations » et à ses conseils en matière d’intertextualité, le succès considérable de son aîné aux « cinq romans rapides » et « fulgurants », dont le dernier est titré : « Platon est un squelette ». Il s’agit en cet opus de la tension « entre les précipices de l’écriture et la non-écriture ». Ce sont des « monologues dramatiques […] qui ironisaient sur la trivialité de notre ère ». L’on se demande alors dans quelle mesure cet écrivain fictif n’est pas un reflet de l’auteur lui-même, certes plus abondant, mais traduit en trente-six langues, autoportrait biaisé et farci d’auto-ironie, car son Bros volontiers alcoolique est comptable de « répugnantes pulsions réactionnaires »…

Bientôt, il s’avère que ce fameux Bros est le frère du narrateur et qu’une affaire d’héritage va les réunir dans la cité de l’indépendance catalane. Là où vit, au milieu d’une famille de « crétins », la tante Victoria, une réelle intellectuelle, qui juge son neveu comme « une honteuse imitation de Salinger ».

La confrontation entre le prodige comblé et le désespéré est un morceau d’anthologie : « Le passage du temps semblait avoir déposé sur lui des sortes de nids de poussière qui rendaient sa silhouette encore plus cendreuse ». Coups bas, reproches et rancœur tombent comme grêle. Pire encore, Rainer Bros n’est peut-être pas Rainer Bros, mais son chef de la sécurité », ou Thomas Pynchon en personne ! Ne prétend-il pas avoir intégralement écrit Vice caché[6], un « Pynchon raté », en y intégrant une part de son fournisseur de citations ? Et projeter une « non-fiction » présentant « un maniaque des citations, le dernier survivant de la littérature » ? L’on ne sait plus alors qui est qui, si Enrique Vila-Matas est Simon ou Bros : une sorte de Simon Bros, qui sait…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mélancolie de Cadaquès, la déréliction de Simon abandonné par la belle Siboney, « la fatigue de vivre dans [son] esprit », une nuit tragique sous la pluie et sur la falaise, le tableau de Barcelone survolé d’hélicoptères comme dans Apocalypse now, tout cela confère à la prose d’Enrique Vila-Matas une aura hypnotique, quoique passablement létale, non sans ce constant saupoudrage d’ironie qui lui sied si bien. Et, comme avec un fantastique don d’ubiquité, le voici glissant de cette falaise vers le « jardin d’Amarante », où « la guigne, la déesse de la Fatalité », s’abattit sur lui. Néanmoins, peut-être vaut-il mieux entendre la confession désespéré de Simon, cette allégorie de l’échec, cette disparition du visage de son frère et sa propre mort dans la fiction de la non-fiction, ce monologue où l’on n’attendra guère d’action, comme Kafka lisait ses nouvelles à ses auditeurs : en riant.

Une interrogation assaille en sous-main le malheureux anti-héros, et le lecteur aussi bien : la littérature ne serait-elle qu’un amas, une concaténation de citations, plus ou moins perceptibles ? Il y a quelque chose de nihiliste en ce soupçon développé par le légèrement sadique Enrique Vila-Matas qui martyrise à plaisir son piètre héros et son célèbre repoussoir. Cependant, une esthétique littéraire, un art poétique, s’élèvent « où la littérature avait été établie comme une fin en soi - sans Dieu, sans justification externe, sans idéologie sur laquelle s’appuyer, comme un champ autonome ».

Allégorie biface du grand écrivain et de son médiocre alter ego finalement plus fin qu’il n’y parait, roman psychologique et pathétique, qui sait entretenir savamment le mystère et le suspense, Cette brume insensée se présente également comme une réussite du récit postmoderne et de l’intertextualité. Avec un art consommé des faux-semblants, Enrique Vila-Matas intègre, l’on s’en serait douté, des citations du célébrissime fauteur de livres dont le narrateur est le nègre commis dans l’ombre, sans compter celles de diverses sommités littéraires. De même, la vie du narrateur se retrouve presque telle quelle dans une nouvelle de Colm Toibin, « Erosion », comme pour signifier que nous copions ce qui est déjà écrit, et que, selon Oscar Wilde, « la vie imite l’Art beaucoup plus que l’Art n’imite la vie »[7]. Ce pourquoi le livre que nous avons entre les mains, et ses livres emboités, est par instants un essai consacré à « l’art des citations », de Walter Benjamin à Georges Pérec. N’y-a-t-il pas une ombre de Borges en cette phrase : « peu importe qu’il s’agisse de la chute d’une feuille, de la nuit ou d’un empire, ma distanciation pouvait en arriver à être absolue »…

 

Il écrit vite et publie tant et tant, soit une trentaine de titres en français, et pourtant Enrique Vila-Matas préfère Le Voyageur le plus lent[8], où ranger ses chroniques et « fictions critiques », toujours curieuses, souvent piquantes. Il joue en virtuose avec la mise en abyme de la littérature, à se dédoubler en critique littéraire qui balaie l’art romanesque entre Joyce et Simenon, comme parmi les pages de Chet Baker pense à son art[9], jazzman métaphorique. Nous nous en doutions, il prise fort autant Kafka que la figure de « Bartleby l’écrivain », ce personnage désenchanté d’Hermann Melville, auquel il a consacré un hommage, Bartleby et compagnie[10], dans lequel un commis aux écritures, déçu en amour, recense les écrivains négatifs, incapables ou impubliés. Ce n’est pas sans ironie qu’il réussit ses livres en pillant et rédimant les ratés…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Enrique Vila-Matas : Enfants sans enfants, Christian Bourgois, 1999.

[3] Enrique Vila-Matas : Impressions de Kassel, Christian Bourgois, 2014.

[4] Enrique Vila-Matas : Explorateurs de l’abîme, Christian Bourgois, 2008.

[7] Oscar Wilde : « Le déclin du mensonge », Intentions, Œuvres, La Pléiade, Gallimard, p 805.

[8] Enrique Vila-Matas : Le Voyageur le plus lent, Le Passeur, 2001.

[9] Enrique Vila-Matas : Chet Baker pense à son art, Mercure de France, 2011.

[10] Enrique Vila-Matas : Bartleby et compagnie, Christian Bourgois, 2002.

 

Photo : T. Guinhut.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 12:56

 

Marché de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Métamorphoses du racisme

 et de l’antiracisme.

En passant par Buffon, Gobineau et Ibram X. Kendi.

 

 

 

Le racisme est le requin blanc de l’humanité. D’autant que les blancs puissent être l’auteur de ce concept humiliant. Mais il est à craindre qu’il s’agisse là d’un préjugé dont il faudrait limer les dents suraigües. Face à la gueule dentée de l’antiracisme, la contrition blanche ne devrait plus avoir d’autre limite que la disparition. Aussi faut-il que consentants ils s’agenouillent en prière devant la noirceur de leurs crimes esclavagistes et de leur mépris des peaux noires. En dépit de l’expansion peut-être salutaire de l’antiracisme, faut-il laisser croître l’emprise de nouveaux racismes, de métamorphoses de la bête aux crocs sournois ?

 

Le racisme est un collectivisme. Puisque l’on ne considère pas la personne en fonction de caractéristiques individuelles mais d’une superficielle enveloppe commune qui bouche les yeux de l’observateur prétendu, soit la couleur de la peau, ou, par extension, l’origine géographique (parlons alors de xénophobie) et la religion, comme dans le cas de l’antisémitisme. Le racisme, qui n’a évidemment aucun sens scientifique, ou plus exactement, pour reprendre le néologisme judicieux de Toni Morrison[1], le « colorisme », efface et nie à la fois l’individualisme et le libre arbitre. Cette hiérarchisation hostile a pu conduire jusqu’au génocide, comme lorsque les Allemands massacrèrent 80 % des Héréros au début du XX° siècle, dans l’actuelle Namibie.

« Le racisme est la création des Blancs », tonne dans The Daily Telegraph[2], Liz Jolly, bibliothécaire en chef de la prestigieuse British Library londonienne, en un propos en soi raciste. Forcément, l’institution qu’elle dirige entretient avec son histoire, celle de l’impérialisme britannique et celles de minorités brimées une relation pour le moins suspecte, puisque le philanthrope du XVIIIe siècle qui la dota, Sir Hans Sloane, a financé en partie sa collection de 71 000 objets avec de l’argent de la plantation de canne à sucre de sa femme en Jamaïque, qui utilisait le travail des esclaves. Aussi faut-il décoloniser et colorer l’espace pour en finir avec une violence institutionnelle ! Comment va-t-on rééduquer, moraliser, voire dépecer la bibliothèque universelle ? Un comble, alors qu’à peu de choses près seule la culture occidentale sut s’intéresser aux autres cultures, voire les protéger de la disparition.

En fait, si le racisme parait au naïf et à l’idéologue une création blanche, c’est faute de regarder partout où il s’exhibe et se cache, et faute de documents écrits de la part de peuples aux cultures orales. Puisqu’il s’exprime jusqu’entre ethnies aux semblables couleurs de peaux, il est en quelque sorte atavique à l’humanité, depuis la préhistoire, voire depuis l’animalité. Ce dont témoigne Buffon en parlant des « Nègres de Gorée [qui] font un si grand cas de leur couleur, qui est en effet d’un noir d’ébène profond et éclatant, qu’ils méprisent les autres Nègres qui ne sont pas si noirs, comme les blancs méprisent les basanés […] ils aiment passionnément l’eau de vie, dont ils s’enivrent souvent ; ils vendent leurs enfants, leurs parents, et quelques fois ils se vendent eux-mêmes pour en avoir ».

Ce naturaliste des Lumières, en dépit de la somme des connaissances ordonnées sur la diversité du monde, ne laisse pas d’exsuder quelques pointes que l’on qualifierait aujourd’hui de racistes : les Lapons, par exemple, « paraissent avoir dégénéré de l’espèce humaine, […] ils sont plus grossiers que sauvages, sans courage, sans respect pour soi-même, sans pudeur : ce peuple abject n’a de mœurs qu’assez pour être méprisé ». Plus loin, il examine les peuples africains : « Ceux de Guinée sont extrêmement laids et ont une odeur insupportable ; ceux de Soffala et de Mozambique sont beaux et n’ont aucune mauvaise odeur[3] ». Faut-il cependant ne plus exercer de jugement, certes discutable et destiné à être remis sur le métier ? Ne jetons pas l’opprobre sur les Lumières, tant Montesquieu, De Raynal, donc Diderot, ou Condorcet étaient anti-esclavagistes.

En 1543, Gomes de Zurara, dans sa Chronique de la découverte et de la conquête de la Guinée[4] ne fut guère plus tendre, malgré sa compassion pour les victimes, en prétendant que « les Noirs n’avaient aucune compréhension du bien, ne savaient que vivre dans une paresse de bêtes ». L’immense naturaliste Carl von Linné, dans son Systema Naturae de 1735, établit quant à lui une hiérarchie, depuis le blanc, en passant par le jaune et le rouge, jusqu’au noir, associé à la paresse. Cette prétendue science, datée, est évidemment battue en brèche, car tous les individus issus de tous ces groupes colorés peuvent potentiellement accéder à l’étude, à la culture, à la science, voire y briller.

De quel racisme parle-t-on ? Celui, abject de l’esclavage[5], puis de la ségrégation qui sévit longtemps aux Etats-Unis ; ou celui des Africains esclavagistes en leur continent et leurs ethnies, ou encore des Arabes eux-mêmes continument et férocement esclavagistes, sans omettre leur racisme (en particulier des Algériens) envers les Noirs, sans exclusive cependant. Car si l’on lit l’historien arabe du XIV° siècle, Ibn Khaldûn, d’origine andalouse et yéménite, l’on s’aperçoit que le racisme est consubstantiel à l’Islam : « Au sud de ce Nil est un peuple de Noirs qu’on appelle Lamlam. Ce sont des infidèles ; […] Il n’y a que des hommes plus proches des animaux que d’êtres raisonnables. […] Ils se mangent souvent entre eux. On ne peut les considérer comme des êtres humains[6] ». L’on sait que les Arabes et Berbères d’Al-Andalus[7] ne se privèrent pas d’être violemment racistes et persécuteurs envers les dhimmis juifs et chrétiens. Plus près de nous, pensons également au génocide exercé entre Hutus et Tutsis du Rwanda…

 

C’est au tout début de ce XX° siècle si fécond en génocides que fut inventé le mot « racisme », alors qu’en 1853 Arthur de Gobineau avait publié son Essai sur l’inégalité des races humaines. Blanches, jaunes et noires, ce sont ces dernières qui sont selon l’écrivain frappées d’infériorité : «  Les deux variétés inférieures de notre espèce, la race noire, la race jaune, sont le fond grossier, le coton et la laine, que les familles secondaires de la race blanche assouplissent en y mêlant leur soie tandis que le groupe arian, faisant circuler ses filets plus minces à travers les générations ennoblies, applique à leur surface, en éblouissant chef-d'œuvre, ses arabesques d'argent et d'or ». Notons cependant qu’Arthur de Gobineau n’a qu’un très faible intérêt pour le concept de race aryenne et que le nazisme, en conséquence, n’a pu que travestir le discours de l’essayiste, qui était élogieux à l’égard des Juifs : « que furent les Juifs ? Je le répète, un peuple habile en tout ce qu’il entreprit, un peuple libre, un peuple fort, un peuple intelligent, et qui, avant de perdre bravement, les armes à la main, le titre de nation indépendante, avait fourni au monde presque autant de docteurs que de marchands[8] ».

 Cependant l’ouvrage d’Arthur de Gobineau est moins un vulgaire pamphlet qu’une étude scientifique et historique fort documentée, dont la thèse discutable souligne que le mélange des races est le moteur de l’Histoire : « L’espèce blanche, considérée abstractivement, a désormais disparu de la face du monde. Après avoir passé l’âge des dieux, où elle était absolument pure ; l’âge des héros, où les mélanges étaient modérés de force et de nombre ; l’âge des noblesses, où des facultés, grandes encore, n’étaient plus renouvelées par des forces taries, elle s’est acheminée plus ou moins promptement, suivant les lieux, vers la conclusion définitive de tous ses principes, par suite de ses hymens hétérogènes[9] ». Que dirait-il aujourd’hui, à l’ère du métissage !

Car en 2010, les mariages mixtes concernaient 27% des mariages en France. De plus 60% de ces mariages mixtes sont contractés au Maghreb, en Turquie et en Afrique francophone, entre tradition, prescriptions religieuses musulmanes et stratégie d'immigration. En fait il ne s’agit pas de métissage mais d’une endogamie en relation avec le village ou le bled d’origine d’une famille. Ce serait un moindre mal si le risque de consanguinité n’y était considérable, de par des mariages entre cousins, entraînant des déficiences physiques et mentales courantes, des quotients intellectuels faibles. Arthur de Gobineau se scandaliserait à bon droit d’un tel métissage convoqué pour régénérer le sang de ces malheureux Français dont la baisse démographique menace !

Malgré l’érudition d’Arthur de Gobineau, mais une science sans guère de conscience, ou la pseudoscience raciale nazie, le racisme est avant tout une réaction épidermique (c’est le cas de le dire !) à la différence, à l’étrangeté, mue par l’ignorance et l’incapacité d’accéder à une nouvelle connaissance, mais aussi une peur irrationnelle, qui entraîna longtemps l’adage américain : plus la peau est claire, plus la peine est légère ».

Ne tombons pas dans ce qu’il faut reprocher à autrui, soit la généralisation abusive : tout individu à la pigmentation plus ou moins chocolatée - étant entendu qu’il existe du chocolat blanc - n’est pas forcément comptable des excès de son groupe. Et, de plus, comme le dit Ibram X. Kendi, « Nos erreurs étaient généralisées pour devenir les erreurs de notre race ».

 

 

Qui sait si un antiracisme pourrait être le garant d’une réelle équité au point de considérer toutes les couleurs de peau avec le même égard, et de traquer avec justice et pertinence toutes les manifestations indues de racisme. C’est l’idée que défend avec ardeur Ibram X. Kendi (né en 1982) en son Comment devenir antiraciste[10]. Ce professeur fondateur et directeur du centre de recherche sur l’antiracisme de l’American University de Washington D.C. prétend en quatrième de couverture que si l’on croit que « les problèmes se trouvent leurs racines chez des groupes de gens », l’on est raciste ; alors qu’elles sont « dans le pouvoir et la politique », et seule cette dernière option permet pour lui d’être antiraciste ». Il nous semblait pourtant que pouvoir et politique étaient l’apanage de groupes de gens et que dénoncer des groupes de gens n’avait pas forcément à voir avec la pigmentation et l’englobante détestation… Fort heureusement l’on comprend vite qu’il s’agit là de « groupe racial ».

Narrant son adolescence lycéenne, Ibram X. Kendi revient sur lui-même : « je regroupais les jeunes noirs sous un « ils » ». C’est effectivement une forme avérée de « racisme intériorisé ». Au-delà de cette « Introduction raciste » et affinant peu à peu sa pensée en une série de mea culpa, il tient à traquer et contester les iniquités liés aux différences raciales, de façon à permettre un monde plus juste, quoique sans guère d’illusions. Avançant de manière ordonnée des arguments historiques, politiques, biologiques, culturels, comportementaux, sexuels (à l’occasion d’un racisme sexiste), de classe et de genre, à l’assaut du piètre racisme, y compris ethnique entre Afro-Américains et Antillais, en presque une vingtaine de parties, fort documentées et riches d’enseignements, l’essayiste offre une lecture salubre. Il dénonce non seulement l’eugénisme racial, du darwinisme au nazisme, mais aussi la « composante génétique du comportement humain » de Nicholas Wade[11], ou encore les « solidarités de race ». Non sans parvenir à cette conclusion : « la source des idées racistes n’était pas l’ignorance ni la haine, mais l’intérêt.

Nombreux sont les points qui nous paraissent pourtant pêcher. L’« iniquité raciale », par exemple en ce qui concerne les propriétaires de logements, factuelle, n’est cependant pas qu’une affaire de « politique raciale », comme le prétend notre auteur, mais de facteurs divers et complexes, historiques, génétiques, culturels, sanitaires. Il note d’ailleurs que l’espérance de vie des Noirs est plus faible aux Etats-Unis que celle des Blancs, que la surreprésentation des noirs dans la population carcérale est patente, en grande partie à cause de cette guerre contre les drogues probablement contre-productive. Il défend la discrimination positive, en arguant que les non-Blancs ont été défavorisés, mais ce ne sont plus les mêmes personnes qui sont en cause ; et favoriser un étudiant noir de par sa couleur et en dépit de concurrents blancs plus performants, et des Asiatiques que leurs succès scolaires dévalorisent, c’est nier autant l’individu que le mérite, de plus, obérer les chances de la société en son entier. Les thèses de l’essayiste ne s’améliorent guère, lorsqu’il s’agit de climat[12] : « une politique climatique consistant à ne rien faire est une politique raciste. Puisque le Sud de la planète, majoritairement non blanc, est bien plus victime du changement climatique que le Nord ». De surcroit, son grotesque  « anticapitalisme » viscéral, qui l’entraîne à prétendre qu’ « aimer le capitalisme revient à aimer le racisme » et que ces derniers « sont nés ensemble », l’empêche de percevoir le sens du capitalisme authentiquement libéral qui en tant que tel ne peut être raciste et dont les libertés économiques sont accessibles à toutes les couleurs de peau. Serait-il raciste de penser que le capitalisme n’est pas fait pour les Noirs…

Lorsque les Noirs représentent 13% de la population des Etats-Unis, « les corps noirs » représentent 21% des morts causés par la police, rapporte-t-il, mais ceux désarmés sont deux fois plus susceptibles d’être tués s’ils sont noirs. Cependant rappelons que le taux de délinquance des Noirs est presque 8 fois plus élevé que chez les Blancs et les premiers tuent bien plus de Noirs. Que le risque pour un policier d'être abattu par un homme noir est 18,5 fois plus important que le risque pour un homme noir désarmé d'être abattu par un policier (Wall Street Journal, le 2/06/2020). Noyons cependant avec l’auteur une « corrélation bien plus forte entre le niveau de criminalité et le taux de chômage qu’entre la criminalité et la race ».

Nous pourrions également discuter l’affirmation selon laquelle l’« antiraciste culturel rejette les standards culturels et égalise les différences culturelles entre les groupes raciaux ». Pour qui ne reconnait pas « les groupes raciaux », l’on risque de choir dans le relativisme et de ne pas vouloir constater si des civilisations sont de meilleur aloi que d’autres selon des critères judicieux[13], ce qui n’empêche en rien l’émergence et la reconnaissance de cultures autres et nouvelles. Pourtant Ibram X. Kendi considère le mot « civilisation » comme « un euphémisme poli pour dire racisme culturel »… Parfois l’on se demande si l’auteur n’est pas aveuglé par son objet d’étude, sans compter par instant un côté donneur de leçons et sculpteur de doxa passablement inquiétant.

Récit autobiographique et roman de formation habilement entrelacé dans essai, depuis la rencontre de ses parents parmi l’église de la libération jusqu’à la maturité de sa pensée et jusqu’à son cancer et celui de son épouse, le livre d’Ibram X. Kendi est d’une lecture stimulante, émouvante, propice à la réflexion du lecteur, y compris critique. Le réquisitoire est argumenté, à charge contre les politiques reaganiennes en particulier, rejetant également « les idées assimilatrices et les idées ségrégationnistes », les unes infantilisantes, les autres injurieuses. « La race est un mirage, ce qui ne diminue pas sa force », dit-il. Ce pourquoi il exècre les « races monolithiques ».

Que Donald Trump ait eu à cet égard des propos discutables, soit ; mais l’associer aux « suprémacistes blancs » est pour le moins excessif, lui accoler l’étiquette de « pouvoir raciste » est indigne, surtout sachant que le chômage des Noirs n’a jamais été aussi bas qu’au printemps dernier et que ce Président a contribué à l’arrêt de la politique judiciaire des « trois coups », soit jusqu’à la prison à vie à la troisième récidive, quelques soient le délit ou le crime. Autre bévue d’Ibram X. Kendi, qui est certainement démocrate : associer les Musulmans à une race, même si ce dernier mot est d’usage bien plus large aux Etats-Unis qu’en France. Pire, il tonne que « la première puissance mondiale [fut] la première à faire le commerce exclusif d’esclaves de la race construite des Africains ». C’est oublier les esclavagistes africains et islamistes, qu’étonnamment il mentionne quelques pages plus loin ! De même, parlant des Musulmans discriminés, il oublie la dimension sexiste, génocidaire de l’Islam. Ainsi des pages exaltantes côtoient des pages pour le moins irritantes…

Nous sommes reconnaissants à notre essayiste de constater l’existence du « racisme anti-Blancs », et de son mea culpa : « Je ne crois plus qu’un Noir ne peut pas être raciste ». Néanmoins il est à craindre que notre essayiste pense trop en termes de Blancs, de Noirs, de races, quoiqu’il s’agisse là d’un tropisme américain, même s’il privilégie l’individu, ce à l’encontre de la notion d’humanité. Autrement dit, un antiracisme qui ne serait pas universaliste serait un faux semblant, versant raciste de l’antiracisme. Ainsi à l’issu de cette lecture, l’on balance entre l’éloge et le blâme…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme ses pères et mères, Ibram X. Kendi, sut améliorer sa condition, plutôt que de sombrer dans le chômage, la drogue et la délinquance. Telles sont les voies de la réussite. Ainsi le sénateur noir de Caroline du Sud, Tim Scott qui rappela, lors d’une intervention à la Convention républicaine, que l’Amérique était la terre des libertés et des réussites. Ses ancêtres ramassaient le coton dans les champs, pourtant, après de brillantes études, il est devenu membre du Congrès, d’abord à la Chambre des représentants, ensuite au Sénat. « Les études et le travail m’ont permis de réussir », a souligné Tim Scott, en une ode aux possibilités offertes par l’Amérique. En effet, l’American Enterprise Institute souligne la progression sociale des hommes noirs aux Etats-Unis : 41% d’entre eux étaient considérés comme pauvres en 1960, ils ne sont plus que 18% aujourd’hui ; 38% faisaient partie de la classe moyenne, ils sont 57% aujourd’hui. En avril 2019, Chicago sut élire maire Lori Lightfoot, une femme noire. Ainsi, elles sont une bonne dizaine à diriger les plus grandes villes, San Francisco, Atlanta, Nouvelle Orléans, Washington. En 1965, il n’y avait que 5 représentants noirs au Congrès, en 2019 ils étaient 52.

Hélas, aux Etats-Unis, une élite identitariste s’appuie sur des groupes identitaires, ethniques et raciaux (à l’exclusion du mâle hétérosexuel blanc), tous groupes victimisés de façon à engranger sans cesse de nouveaux adhérents afin de justifier des discriminations positives et d’opérer de juteuses captations de fonds publics par des agences dédiées. La culture blanche, forcément oppressive, selon un mantra postmarxiste, doit céder la place à d’autres cultures, entraînant dans son discrédit jusqu’à la science qui a le tort d’être occidentalocentrée. De même l’enseignement se voit corrompu par une idéologie qui considère en premier lieu l’origine ethnoraciale des élèves, en fonction de laquelle l’on devra enseigner. Toutes évolutions désastreuses que démonte l’essai de Mike Gonzalez : The Plot to Change America - How Identity Politics is Dividing the Land of the Free[14].

Une perversion de l’antiracisme change ce dernier en racisme pur et dur, sans vergogne, qui ne se cache guère d’être le fer de lance d’une pulsion de violence continue, voire d’un dessein d’extermination au service d’une prise de pouvoir en cours. L’inversion des valeurs permet la soumission d’une partie de l’intelligentsia blanche depuis longtemps remuée par « le sanglot de l’homme blanc[15] », le repentir pour les fautes des pères et des ancêtres supposés. Ce n’est plus la loi du Talion, mais le retour à la culpabilité et au châtiment prononcés jusqu’à la septième génération. Alors que l’on cache sous le tapis les crimes de ses propres ancêtres, esclavagistes noirs africains et arabes et de ses contemporains dans des pays où l’esclavage est encore bien vivace[16]. Aussi soupçonnerait-on, si l’on était mauvais esprit - mais à mauvaise foi, mauvaise foi et demie - qu’il s’agit de faire des Blancs d’aujourd’hui les esclaves de demain, alors qu’ils sont déjà les généreux pourvoyeurs d’aides sociales. Car une leader du mouvement Black Lives Matter, Sasha Johnson, annonce que le combat n'est pas que les Noirs soit l'égal des blancs... mais que les blancs soit réduit en esclavage. Ce n’est là peut-être qu’une extrémiste surexcitée, mais elle montre bien jusqu’où l’esprit de revanche peut envenimer un antiracisme qui devient un mouvement guerrier, véhiculant un projet d’oppression inique, montrant au passage que les leçons de l’Histoire et de l’humanisme peuvent être vaines…

 

L’argument ad hominem, ou plus exactement ad colorem, l’emporte sur tout autre : blanc, vous avez tort, noir, vous détenez la vérité inaltérable : sur le plateau d’échec du débat, les blancs non seulement ne jouent plus les premiers, mais sont échec et mat avant d’avoir touché un pion. La blancheur de la peau signe ab ovo la génétique du racisme colonial et systémique - selon une généralisation abyssale - et tout argument est d’avance invalidé, qu’il s’appuie sur l’Histoire, les faits, le droit naturel, la justice…

À force de s’attaquer à une prétendue négrophobie d’Etat et à un racisme systémique et de multiplier les « activismes » violents, ne risque-t-on pas un retour de bâton qui ferait couver un racisme blanc que l’on croyait disparu ou résiduel parmi quelques hordes suprémacistes, que l’on verrait se barder d’étincelles criminelles ? À moins que ce soit là précisément le but recherché, de façon à faussement valider le « Ah, je vous l’avais bien dit », soit la preuve par la provocation.

Après avoir protesté et lutté pendant des décennies contre la ségrégation et l’apartheid, l’on risque d’y revenir, cette fois par une contrainte inverse : ce sont des Noirs qui réclament de se séparer de l’impureté blanche, revendiquant et instituant des bastions communautaires et universitaires fondé sur la couleur de peau.

Comme en toute évolution civilisationnelle, ou révolution marxiste et fasciste, le vocabulaire subit des distorsions, des curetages et des excisions, que l’on agite comme des armes tranchantes : ainsi les mots « racisé », racialisé », décolonialisme, intersectionnel, genré… Le néologisme « racisé », avec son pendant « non racisé » est à cet égard particulièrement abject, alimentant un désir de haine blancophobe.

« Il existe pourtant, en France, une loi sur les discours de haine, discutable au demeurant[17]. Mais devinez qui sera vilipendé, par une « cancel culture «  (soit de l’élimination pour éviter le désastreux anglicisme), voire inculpé : le malheureux abruti front nationaliste et identitaire franchouillard qui aura noirci ses indignes menaces et insultes de Blanc indigne ; alors que celui qui en dit autant envers des Blancs parait un justicier à visage découvert. Cette cancel culture » cache à peine un syndrome du lynchage. L’on abat les statues[18], supprime des auteurs, des artistes.

Post mortem, Agatha Christie, l’auteur de du célébrissime Dix petits nègres se voit désavoué par son descendant qui efface le titre jugé raciste (et les nombreuses occurrences du trop coupable mot, pour y substituer un fade « Ils étaient dix ». Le lavage de cerveau militant et consenti offense non seulement à la propriété intellectuelle, mais aussi à la dignité de l’artiste. Au point que le distributeur Amazon a tiré la chasse d’eau désodorisante sur son stock de l’ancien titre. Aussi il est inévitable de se demander si ce blanchiment des saletés racistes ne va pas courir débaptiser les infamants Nègre du Narcisse de Joseph Conrad, Le Nègre de Pierre le Grand de Pouchkine jusqu’aux écrivains à la peau chocolatée à qui il ne serait peut-être plus permis de colorer leur langue : Léopold Sédar Senghor avec Négrutide et humanisme, Aimé Césaire avec Nègre je suis, nègre je resterai, ou notre contemporain Alain Mabanckou avec ses Propos d’un Nègre presque ordinaire, sans compter un silence discret sur les « Negro spiritual »…

Que « nègre » vienne du latin nigrum, sans aucune connotation particulière, semble échapper à nos piètres linguistes ; serait-il respirable de le réhabiliter en toute paix ? Il est vrai que le mot, peut-être irrévocablement, fut sali par les insultes qui le portèrent, par la « traite négrière ». Peine perdue pour toute argumentation nuancée, la bonne conscience intrusive et péremptoire commande le révisionnisme.

De même, une poignée de membres du gouvernement de l’État du New Jersey réclamèrent de retirer Les Aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain de leurs établissements scolaires, au motif de la présence d’insultes et autres stéréotypes raciaux. Sans songer un instant que ce roman du XIXe siècle est à lire en tant qu’ouvrage antiraciste. Les travestissements idéologiques qui voulurent justifier l’esclavage y sont démontés, alors que les personnages esclaves sont plein d’une humanité au service de l’égalité et du droit naturel à la liberté.  La volonté de soustraire un tel toman du canon littéraire américain, actée parmi certaines écoles et universités, relève ni plus ni moins de l’imbécile censure. D’autant que si l’on prétend ainsi protéger les jeunes générations contre les mots et les sentiments racistes, le résultat tendra vers l’ignorance et l’absence de sens critique, et surtout l’absence de protection intellectuelle contre le racisme atavique de la rue et de la foule.

Pire encore, l’on va aux Etats-Unis jusqu’à vouloir effacer un immense philosophe de l’Antiquité. Certes Aristote ne réprouvait pas l’esclavage, comme le consensus de l’époque n’imaginait guère de le faire, mais prétendre, au motif qu’il y eut des gens qui ont ressenti directement les conséquences pratiques des vues - dit-on - haineuses d’Aristote, le rayer de l’enseignement témoigne d’un abrutissement de la pensée, tant on oublie ses contributions à la philosophie politique, à la physique, et caetera, au fondement de la civilisation occidentale. Une exhibition prétendument éthique d’aujourd’hui vise à lacérer la culture, qui est plus complexe qu’elle, plus sage en fait…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme les Asiatiques affichent un QI plus élevé que les autres, les régressistes antiracistes leur collent un handicap de 140 points au concours d'entrée des universités américaines. Au bénéfice de 130 points de bonus pour les Hispaniques et 310 points de bonus pour les Blacks. La couleur de peau et l’origine ethnique sont devenus des critères prioritaires et politiques, au-delà de l’intelligence, de la culture et des compétences. Ce qui est rapidement contre-productif, dans la mesure où sont sacrifiés in nucleo les réalisations de qualité qui seraient au service de la société entière, outre le sentiment de frustration des uns et de préférence indue des autres. L’injustice prévaut sur l’excellence, la médiocrité est encouragée, l’excellence découragée, y compris chez ceux, Hispaniques ou Blacks, qui se voient recrutés non pour leurs qualités intrinsèques, mais pour leur couleur ethnique, ce qui est attentatoire à l’équité humaine, à l’universalisme. À tel point qu’enfin l’Université de Yale vient d’être accusée de discrimination contre les Blancs et les Asiatiques !

Ainsi le galimatias à la mode parvient à de tels intitulés : « Lutter contre l’islamophobie et le patriarcat dans un contexte décolonialiste et anti-capitaliste : une solution au réchauffement climatique ? » Ou encore : « Inventé par les mâles blancs dominants, les Lumières sont un concept raciste et islamophobe », comme le disent les Frères musulmans et autres décervelés. L’expression serait-elle plus supportable si l’on parlait de « femelles noires » ?

 

Figuier : Les Races humaines, Hachette, 1873.

Les Merveilles des races humaines, Hachette, 1913.

Bibliothèque A. R. Photo : T. Guinhut.

 

L’infamie idéologique racialiste se glisse jusque-là où aurait dû être une des plus prestigieuses écoles du monde. Sciences Po Paris vient d’offrir une liste de lectures estivales sur son compte Instagram officiel. Soit une flopée d’ouvrages racialistes colorés, anti-blanc. Le parti pris idéologique « célèbre le militantisme, l'action, la diversité, et la jeunesse », au  travers de How To Be An Antiracist, que nous venons de lire ci-dessus avec un esprit critique qui probablement ne plairaient guère aux concepteurs de la liste. L’on y trouve en outre : Me and White Supremacy, Why I'm No Longer Talking to White People About Race White Fragility, The Next american revolution. Les titres sont assez clairs sans qu’il soit besoin de traduire. Même s’il faut avoir la prudence d’avouer que nous les ont pas lus (ce qui n’est guère le cas de piètres détracteurs), n’est-il pas discutable qu’une école censée éduquer nos futurs politiques promeuve des ouvrages où la couleur de la peau détermine l’identité et les droits, où l’on exècre un privilège blanc fantasmé, où le dogmatisme s’enferre en idéologie tyrannique, appelant cela progressisme, à l’instar des « Indigènes de la République ». Et quoique l’on espère que les étudiants lisent assez bien l’anglais, l’on se demande pourquoi, par exemple, l’on ne recommande plus d’Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique, les quatre volumes de L’Avènement de la démocratie de Marcel Gauchet et L’Histoire de la philosophie politique de Leo Strauss ; ils ne sont ni noirs ni marxistes…

Le racisme anti français existe bel et bien. A-t-on vu passer ce bel ouvrage qui s'intitulait Nique la France. Devoir d’insolence[19] (à l’explicite couverture exhibant une dame enturbanée qui offre un élégant doigt d’honneur) de Saïd Bouamama ? La haine raciste y fleure bon. Faisons allusion à un odieux essai Les Blancs, les Juifs et nous[20], dont l'auteure franco-algérienne, Houria Bouteldja, employée de l'Institut du Monde Arabe à Paris, et présidente de l'association des « Indigènes de la République », qui aime traiter les Français de « souschiens » ? Ce pourquoi elle fut mise en examen pour « racisme anti-français » par le juge d'instruction du tribunal correctionnel de Toulouse. Même si l’on doit considérer avant tout la liberté d’expression, il faut prendre garde aux jugements et arrêts prononcés par les tribunaux­­­­­­­­­, qui feront jurisprudence.­­­­­ ­­­­­­­Qui sait s’il s’agira de permettre un racisme alors qu’un autre est condamné… Finalement la Cour d’appel de Lyon l’a condamnée en 2018 à la peine symbolique d’un euro de dommages et intérêts, mais assortie de l’injonction de verser 3000 € à l’association plaingnate, l’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l'Identité Française et chrétienne) pour ses frais de procédure et d’avocat. Pensons également à la secrétaire générale du syndicat étudiant, l’UNEF de Lille, Hasfa Askar, qui twitta sans vergogne : « On devrait gazer tous les blancs, cette sous-race ».

Pendant ce temps, le conservateur du Museum of Modern Art de San Francisco , Gary Garrels, a été accusé de suprématisme blanc et a dû démissionner : « Je ne crois pas avoir jamais dit qu’il est important de collectionner les œuvres des artistes blancs. J’ai dit qu’il est important de ne pas exclure les œuvres des artistes blancs ». Ainsi vont les métamorphoses du racisme.

Ce dernier serpente jusque parmi le terrain des sciences. Titania Mcgrath, « poétesse intersectionaliste radicale », va jusqu’à professer : « la science est une fiction irrémédiablement blanche, patriarcale et cisnormative qui n'existe que pour rejeter les identités marginalisées ». Le délire de la dame prétend réfuter « la nature performante de la maladie et du bien-être vers un objectif néolibéral : l'autonomie individuelle comme moyen d'assurer un travail (c'est-à-dire une « main-d'œuvre saine ») au profit du système capitaliste […] Afin de démanteler les structures médicales oppressives, nous devons faire ce qui suit : Fermez tous les hôpitaux, chirurgies, cliniques et autres établissements. Détruisez tous les manuels médicaux et soulevez des façons non scientifiques de savoir ». S’il s’avère en fait qu’il ne s’agit que d’un compte twitter parodique, la parodie sait l’art de radiographier les errements du temps. Ainsi la triste science soviétique du Lyssenkisme et du Stalinisme se voit remplacé par un obscurantisme racialisé et indigénisé au motif de rabattre la suprématie blanche grâce à des camps universitaires de rééducation. Alors qu’il devrait être évident que l’on n’enseigne pas un savoir blanc suprématiste et colonial, parure de l’homme blanc hétérosexuel et raciste, mais un savoir universel de Platon à Einstein, d’Ambroise Paré à Pasteur, de Shakespeare à Murasaki Shikibu…

Ainsi, grâce à l’onction médiatique, Lilian Thuram, un richissime footballeur, risque de se glisser dans la peau de la haine raciale et du communautarisme indu en publiant un livre au titre discutable : La pensée blanche[21]. Certes, il s’agit de dénoncer, non sans pertinence, le sort trop souvent fait à ceux qui portent la couleur noire sur leur visage et l’illusion de la normalité de celui qui porte un faciès blanc, mais il est à craindre, outre qu’il puisse attiser un racisme anti-Blanc, qu’affubler la pensée d’une couleur de peau soit dommageable pour l’humanité que cet essayiste prétend défendre.

SOS racisme n’a pas de pluriel, aussi l’opération risque-t-elle, par un renversement de l’objectif affiché, de glisser vers un l’établissement d’un bastion d’orgueil noir méprisant, voire visant l’exécration, la domination de la blancheur occidentale, à qui l’universalisme des Lumières[22] est dénié. Fracturer la société entre Blancs et Noirs, et en ce sens atomiser la République, est le but avoué de ces groupuscules activistes antihumanistes.

Avatar gauchiste du maccartysme, un fascisme vêtu de chemise noire sévit aux Etats-Unis. Conforme aux canons du fascisme historique il dispose d’une milice armée pour soumettre à sa terreur la population civile et substituer à la démocratie libérale un Etat fondé sur la race noire et débarrassé de l'économie de marché originairement blanche. Ce fascisme incendie des églises et les synagogues, pille des commerces, se livre à des agressions, voire des assassinats (être un partisan de Donald Trump peut vous coûter la vie), à l’encontre de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir leur couleur de peau, exige de se substituer à la police honnie. Quand on lui résiste, elle met le feu aux commerces et à des quartiers entiers et pille les magasins tenus par la race ennemie. Une nouvelle race supérieure vise à exproprier autrui, annexer les biens et exercer le pouvoir absolu. Ainsi les villes démocrates, dont les maires refusent l’aide des forces fédérales, sont gangrénées par les « Antifas » et autres « Black Lives Matter », dont la passion marxiste s’enflamme contre  la « blanchité » - et plus précisément l’homme blanc hétérosexuel. Une prétendue injustice raciale dépecée depuis des décennies aux Etats-Unis mobilise les factieux pour établir leur totalitarisme. Nul doute que les Républicains et Donald Trump réélu devront ramener l’ordre et la paix.

 

Concept spécieux et tordu, de plus fluctuant selon les langues et les cultures, la race est une fiction qui n’a aucun sens biologique. Attaché à de superficiels marqueurs, au premier chef la pigmentation, cet arbre qui cache la forêt de l’unité et de la diversité humaine, le racisme est bien un puéril fauteur d’exploitations et de conflits. Si l’on pouvait espérer qu’un « sens de l’Histoire » hégélien, qu’une « fin de l’Histoire » à la Fukuyama pourraient effacer peu à peu le primitivisme du racisme, le progressisme - dont l’atavisme sémantique est d’ordre marxiste -, menace de substituer à de récurrents racismes anti-Noirs et intra-Noirs, un racisme anti-Blanc non moins ravageur, comme l’on tue encore en certaines contrées africaines, du Mali au Malawi, les Noirs albinos. Il est à craindre cependant qu’au-delà de ce colorisme un monstre plus puissant soit à l’œuvre : la libido dominandi, soit la pulsion tyrannique, voire totalitaire.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[2] 29 August 2020.

[3] Buffon : Œuvres, Histoire naturelle. De l’homme, Furne, 1853, t III, p 297, 268, 269, 295.

[4] Gomes de Zurara : Chronique de Guinée, Chandeigne, 2012.

[6] Ibn Khaldûn : Muqaddima I, Le Livre des exemples, La Pléiade, Gallimard, t I, 2013, p 279.

[8] Arthur de Gobineau : Essai sur l'inégalité des races humaines, Livre I, chapitre 6, Oeuvres, Pléiade, Gallimard, 1983, t 1, p 195.

[9] Artur de Gobineau : Essai sur l’inégalité des races humaines, Firmin Didot, 1884, t II, p 560.

[10] Ibram X. Kendi : Comment devenir antiraciste, Alisio, 2020.

[11] Nicholas Wade : A Troublesome Inheritance. Genes, Races and Human History, Penguin Books, 2014.

[14] Mike Gonzalez : The Plot to Change America- How Identity Politics is Dividing the Land of the Free, Encounter Books, 2020.

[15] Pascal Bruckner : Le Sanglot de l’homme blanc, Seuil, 1983.

[19] Saïd Bouamama : Nique la France. Devoir d’insolence, Z.E.P. 2010.

[20] Houria Bouteldja : Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire, La Fabrique, 2016.

[21] Lilian Thuram : La Pensée blanche, Philippe Rey, 2020.

[22] Voir : Grandeurs et descendances contrariées des Lumières

 

"Négresse albinos". Buffon : Œuvres, Histoire naturelle. De l’homme, T XIV, Verdière, 1826.

Photo : T. Guinhut.

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Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes