Dimanche 20 avril 2014 7 20 /04 /Avr /2014 20:45

 

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Les Dyschroniques, une tempête de science-fiction

 

et d’écofictions

 


Damon Knight : Le Royaume de Dieu ; Poul Anderson : La main tendue ;

Franck M. Robinson : Vent d’est, vent d’ouest,

Marion Zimmer Bradley : La Vague montante,

traduits de l’anglais (Etats-Unis)

par Nathalie Dudon, Maxime Barrière, Jean-Marie Dessaux et Elisabeth Vonarburg,

Le Passager clandestin, 160, 80, 80, 144 p, 8, 6, 5 et 8 €.

 

Christian Chelebourg : Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde,

Les Impressions nouvelles, 256 p, 19,50 €.


 

Probablement Mary Shelley, avec Frankenstein, Jules Verne, avec son Nautilus, et H. G. Wells, avec La Machine à explorer le temps, furent-ils les inventeurs de la science-fiction, alors appelée anticipation. Ce dernier postula, dans Quand le dormeur se réveillera, la magnificence tyrannique d’une civilisation qui s’étendrait deux siècles plus tard. Déjà des « dyschroniques ».Trouvant sa source dans le dix-neuvième siècle, l’âge d’or de la science-fiction creusa au vingtième siècle un immense réservoir d’auteurs enthousiastes ou effrayés par l’avenir. Si l’on n’oublie pas Huxley et Orwell, ni les cycles de Fondation par Asimov, de Dune par Frank Herbert ou celui d’Hypérion par Dan Simmons, ni encore les nouvelles de Philip K. Dick, il faut tenter de dépoussiérer des planètes oubliées. C’est la mission que se sont fixée les éditions du Passager clandestin en déterrant des bibliothèques science-fictionnelles un lot de courts romans. Dotés d’une élégante couverture grise, d’un graphisme rouge et noir avec vignette symbolique (menottes, salle de conférence, vaisseau spatial ruiné…) ces douze volumes de la collection Dyschroniques invitent à de vertigineuses aventures de la pensée, rien moins que le destin de l’humanité, future, voire présente. Menaces sur les civilisations, terreur et utopie, crises  politiques et religieuses, mais aussi catastrophes écologiques, dignes des plus grandes Ecofictions, font de ces récits les pièces d’un jeu d’échec interplanétaire, post-apocalyptique et prospectif...

 

Utopies, dystopies et anti-utopies se distribuent parmi les titres des Dyschroniques, qui puisent leurs auteurs parmi les années cinquante et soixante-dix américaines. C’est avec une modeste curiosité que l’on lira La Tour des damnés ou Le Testament d’un enfant mort, quand Norman Spinrad, dans Continent perdu, nous entraîne dans les abîmes d’une civilisation américaine défunte : prédiction, punition, échec de l’orgueil ou de la sagesse humaine ? Les dernières livraisons de la collection sont peut-être les plus remarquables.

Violences, criminalité pourront-elles disparaître ? C’est bientôt chose faite, grâce à l’empathie triomphante, au Royaume de Dieu de Damon Knight. Niaise rêverie ou maturation de l’humanité au moyen de l’éthique de réciprocité ? Une créature venue d’ailleurs, « monstruosité roto-stomachique », pousse par maintes péripéties l’humanité à comprendre le « Qu’il vous soit fait ce que vous faites ». Elle élimine toute cruauté, répand l’amour et la paix, aux dépens des tyrannies et des gouvernements, au profit de sociétés libertaires.

Plus dense est Poul Anderson. Il postule des races humaines venues de planètes exogènes, trapus Skontariens ou gracieux humanoïdes de Cundaloa, à qui, après des conflits meurtriers, s’ouvre La Main tendue. Mais à l’arrogant grossier n’est offerte aucune collaboration, quand la beauté recueille « une aide pratiquement illimitée » au cours d’une réunion des dirigeants Soliens. La morale politique est-elle lésée ? Non seulement les psychologies séparent ces peuples, mais aussi leurs éthiques et esthétiques. Code d’honneur brutal pour les uns, hédonisme raffiné pour les autres. « le génie technicien » est celui des Terriens, quand les Cundaloiens sont « une race de poètes ». La culture de ces derniers devra se plier devant la loi de l’efficacité, disparaitre, grâce à « des campagnes d’information »,  une « modification du système d’éducation » et se convertir au « néopanthéisme », avant de devenir pâture à touristes, « aliénée au modèle solien ». Celle des Skontariens, isolée, compte sur ses propres forces pour prospérer et non se soumettre. Certainement devons-nous méditer ces enjeux et préceptes…

Au-delà de l’anticipation, qui figure les siècles, voire les millénaires, à venir, on mesure combien la science-fiction est un reflet de l’époque où elle fut écrite. Ainsi, La Main tendue, publié en 1950, fait irrésistiblement penser à la guerre froide, aux affrontements diplomatiques entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, à la colonisation. Le Royaume de Dieu, venu de 1954, lors du rejet de la guerre du Vietnam, reste à l’image de nos peurs, de nos désirs de paix et d’amour. La spéculation littéraire se double d’une réflexion civilisationnelle.

On a souvent reproché, à juste raison, à la science-fiction d’agiter des aventures puériles au milieu d’une quincaillerie spatiale, et dans une langue peu soucieuse de richesses stylistiques et d’idées profondes. Ce n’est en rien le cas parmi la plupart des titres des Dyschroniques, variantes temporelles des dystopies, vade-mecum et apologues politiques. Car ces miniatures science-fictionnelles ouvrent sur le macrocosme philosophique.

 

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Autre auteur membre des Dyschroniques, Marion Zimmer Bradley, dans La Vague montante, imagine en 1955, et en rousseauiste impénitent, une société d’abondance frugale qui s’est débarrassée de l’empire des technologies. Libération ou cauchemar, cette utopie est certes aussi aimable que réactionnaire. Si la science est domestiquée pour se soumettre à cet idéal agreste, l’utopie a un fort parfum d’anti-utopie, de tyrannie enfin : « chacun d’entre nous mène une vie paisible, équilibrée, à l’intérieur du petit horizon de son village, où l’on est responsable de soi, et responsable envers son entourage. Et d’autre part, si on en est capable, on mène une vie élargie, en dehors du village, en travaillant pour d’autres, mais, encore et toujours, pour des individus et non des idéaux abstraits. »

Marion Zimmer Bradley (rare femme science-fictionneuse) s’oppose alors radicalement avec Franck M. Robinson, dont Vent d’est, vent d’ouest montre pour notre plus grand effroi un monde où la passion automobile, voire son fétichisme, l’emporte sur le besoin de respirer, où « le ciel vire au brun ». Certes, ce dernier auteur avait bien des excuses, lorsqu’en 1972, il écrivit ce triste apologue à thèse. N’est-on pas en train d’imaginer aujourd’hui que cette pollution va s’amenuiser, non par diminution du parc automobile, mais par évolution des technologies, moins énergivores, plus filtrantes, bientôt peut-être ne se nourrissant que d’hydrogène, d’air comprimée, d’eau…

 

Nous alertant, jouant sur nos peurs, la science-fiction se fait alors Ecofictions, pour reprendre le titre de Christian Chelebourg. Faute d’exalter le progrès, les deux cents romans, films, bandes dessinées, essais et autres publicités, sélectionnés dans cette ambitieuse étude, dressent un réquisitoire sans appel contre les sociétés industrielles. Coupables, forcément coupables, elles ne sont guère vues pour ce qu’elles sont : un formidable progrès en termes d’espérance, de sécurité et de loisir de vie. Mais pour le poids de catastrophes écologiques, réelles ou fantasmées, qui s’abattent en avalanches sur l’humanité. Pollutions plus crasseuses les unes que les autres, réchauffement climatique imparable -cette probable fiction de scientifiques et de politiques en mal de prophétie, de reconnaissance et de pouvoir-, catastrophes naturelles, épidémies anciennes et nouvelles, manipulations génétiques aux conséquences effarantes, tout y passe. S’il est difficile de croire en toute vérité à ces fictions littéraires et cinématographiques, il est plus que divertissant, inquiétant et fascinant de se plonger dans les mondes emboités en cet essai, mené de main encyclopédique par Christian Chelebourg. « Surenchère et grand spectacle », « fléau », « souillure » et « démiurgie », OGM et CO2, prophètes et savants, « population zéro » fondent les classifications de l’essayiste qui offre un miroir hallucinant à l’imagination née de l’apocalyptique effroi du lendemain…

 

Le dix-neuvième siècle, volontiers scientiste, croyait au progrès. Le vingtième siècle en a vu à la fois l’incroyable perfectionnement au service de l’humanité, autant que les dérives nucléaires ou chimiques, par bombes atomiques et surpollutions interposées. Au point que notre vingt et unième siècle fasse de chaque jour nouveau un jour de science-fiction. Pire ou meilleur ? Il serait bon que, de plus en plus, les progrès scientifiques soient aux petits soins autant pour les hommes que pour la planète. A condition que les politiques  écologistes ne les entravent pas par la religiosité de leurs tyrannies étatistes et idéologiques. Qui sait si une nouvelle science-fiction, une nouvelle sagesse, sauront nous éclairer, ou nous tromper…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Etats-Unis
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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 20:19

 

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Combat des Grecs et des Amazones, vase attique, IV° siècle avant J.C. Naples, Musée National

 

 

 

 

 

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière.

Anthropologie de la division sexuelle du travail,


Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 192 p, 17,90 €.

 

 

A moins de les trouver parmi les tombes Scythes, les guerrières Amazones semblent n’avoir été qu’un mythe. Les armes sont masculines, le foyer est féminin. Mais à l’heure où les débats sur l’égalité des sexes font rage, il est bon de dépasser le déni d’une réalité  sexuée ou l’idéalité d’un monde unisexe. D’où vient cette prégnante division sexuelle du travail ? L’anthropologue permet de déceler, comprendre les croyances enfouies au fond des comportements humains depuis la préhistoire.

 

Pourquoi les femmes ne chassent-elles pas, ne sont ni soldats, ni bouchers ? Une immense majorité de cultures les cantonne à la maternité, au tissage, à la cueillette. Parce que le sang des règles et de l’accouchement entraîne une conséquence inouïe : «  Les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux ».  On évite « la conjonction du même avec le même » de peur de catastrophes, ce qui se justifie dans le cas de la consanguinité. De plus « ce partage des tâches est strictement parallèle à celui entre domaine animal et végétal », sauf aux régions arctiques. L’explication « combine motifs symboliques et contraintes économiques ». De même la femme est exclue de la prêtrise (mais aussi du rabbinat) parce qu’elle ne peut toucher le sang du Christ. Le suicide est partagé selon les sexes, sanglant ou non. Cave à vin, sidérurgie, sont royaumes masculins, souvent interdits à la femme. Il y a « laboureur et semeuse », car la charrue coupe la terre, alors que le sexe féminin est associé à une coupure. L’agriculture est féminine quand les Iroquois sont d’abord guerriers. Et le progrès technique semble défavorable à la femme, « servante de la machine » : dès qu’un travail devient métier, il devient masculin. Seules chasseresses et soldates de l’Histoire, Diane et Jeanne d’Arc, parce que vierges…

 

Tabous et préjugés s’effacent à grand peine, alors que les femmes ont aujourd’hui le droit d’investir les sous-marins français. Les Israéliennes sont couramment des amazones, quand les cuisinières sont encore rarement les grands chefs. L’essai d’Alain Testart, aussi clair que roboratif, permet de radiographier la persistance de nos mentalités, pourtant dignes d’évoluer. Au point que, Messieurs, les femmes soient en train d’investir tous vos domaines d’élection, voire bien souvent vous dépasser…

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, mars 2014

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires France
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Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 21:17

 

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Aubrey Beardsley : Isolde, 1900

 

 

 

Richard Wagner : Tristan und Isolde


par Philippe Jordan, Peter Sellars et Bill Viola, Opéra Bastille


 


Mourir d’amour à l’opéra est possible, d’autant plus si l’on meurt d’amour pour la musicalité. Pourtant, l’orchestre wagnérien peut être hélas parfois pâteux. Avec Philippe Jordan, il est d’une solide clarté, d’une lisibilité ineffable, presque jusqu’à suggérer des accents debussystes. Le motif du désir est une montée languissante des accords qui ne s’apaise jamais. L’aspiration à l’amour et à la communion érotique est sans cesse appelée vers le haut tout en étant inéluctablement et déceptivement attirée vers le bas. Le cor est une ductile nostalgie ; les cordes sont soyeuses et la dynamique surprenante, éblouissante… Le désir de nuit et de mort qui enténèbre l’opéra Bastille nous rappelle qu’il s’agit là d’une réécriture, à la fois du mythe médiéval, à la fois de l’amour de Wagner pour une Mathilde Wesendonck mariée, tout en  retrouvant un écho des Hymnes à la nuit de Novalis.

 

La performance du ténor Robert Dean Smith en Tristan est impressionnante. S’il parait au début être un peu effacé par l’omnipotence de la voix de la soprano Violeta Urmana en Isolde, tour à tour d’une étincelante puissance et d’une suave intimité, il prend toute son ampleur dramatique dans le troisième acte. Jochen Schmekenbecher en Kurnewal est époustouflant de vigueur et de sensibilité. La basse Franz Josef Selig en roi Marke est si profonde, le grain est si sûr, que l’on regrette de l’entendre si peu. Le chœur des marins, seule originalité scénique, quoique modeste, chante du haut des balcons, en un bel effet de spatialité, comme entre Irlande et Cornouailles.

 

Mais dans l’espace strictement, voire tristement, fonctionnel de l’Opéra Bastille, le degré zéro, virgule zéro un, de la mise en scène est atteint par Peter Sellars. Au point de se demander si son absence n’est pas requise pour un tel assaut de minimalisme, ce qui est déjà un concept trop flatteur à son égard. Certes, il faut craindre pour Wagner la surabondance historiciste, le kitsch de la mise en scène ; et, pour Tristan en particulier, le bateau avec la proue du drakkar, les voilures gonflées et les marins hâlant les cordes, les armures de chevalier, les somptueuses robes royales, tout ce qui serait illustration et grandiloquence.

Mais à trop dépoussiérer il ne reste que le vide : seule un maigre parallélépipède sert au choix de banquette, de tombeau, de lit d’amour bien inconfortable autant que rigoriste. Tout cela dans le presque noir, où bougent si peu les chanteurs, vêtus de costumes et robes longues noirs, sacs féminins et toiles prolétaires, recyclés d’Emmaüs, seulement nuancés, sans nécessité, de beige au troisième acte.

En son amour-haine pour Wagner, qu’a voulu nous dire Peter Sellars ? Qu’il n’y a plus aucun être-là pour l’amour passion postromantique, sauf dans une abstraction conceptuelle qui ne se réalise que dans le fantasme musical de l’œuvre d’art totale ? Que la théâtralité du décor n’est qu’une obscénité ? Qu’il n’y a plus rien à dire sur Tristan, sauf Tristan lui-même ? Que le transposer dans un décor petit bourgeois du XIX°, chez les princes arabes ou chez les dignitaires nazis et soviétiques n’est plus une transgression ni une lecture riche d’enseignements, que le soupçon d’homosexualité entre Tristan et le roi Marke (malgré le baiser de ce dernier) qui ne punit pas son fidèle et ne cherche qu’à le pardonner, voire de la part de Kurnewal qui ne cesse d’appeler Tristan « Mon héros », n’intéresse plus personne, même s’il s’agit peut-être du reflet de la relation triangulaire entre Wagner, Cosima et Louis II de Bavière[1]… Sans compter que l’on n’est pas sûr de voir mourir Isolde, restée debout. Car le puritain hiératisme ne parvient qu’à figer les non-acteurs dans de brefs carrés de lumière, au sol…

Reste la seule audace visuelle : les vidéos de Bill Viola. Pour signifier ou parer à l’inexistence de la mise en scène, l’image filmique a l’avantage considérable de ne rien coûter (quoique le vidéaste doive saler sa note, lorsqu’il expose conjointement au Grand Palais), et le désavantage considérable de signifier au spectateur que son statut culturel d’afficionado de l’opéra n’a qu’à s’incliner devant la vulgarité commune de l’image télévisuelle tremblotante. S’il y a de beaux moments métaphoriques où un couple se dévêt comme des allégories de la Nuda Veritas, lave son visage et son corps sous une eau lustrale, où des bulles d’air circulent dans un bleu marin, où les flammes s’embrasent, formant des antithèses eau et feu, stèle de lumière et de couleurs au-dessus des chanteurs, bien d’autres sont des crachouillis de flous agités, de flashs éblouissants au travers des feuillages, détournant désastreusement l’attention hors des personnages.

 

Reste l’émotion. Servie par un orchestre parfait, des chanteurs au grain de voix et aux phrasés puissants et sensibles, elle résiste en toute splendeur poignante aux parasites de la vidéo, au désert scénique qui parait signifier l’épuisement du budget autant que de l’imagination. Au-dessus même des couleurs de Bill Viola, sont les couleurs sonores de l’impossible passion, de l’impossible joie dans le réel, de l’impossible mystique des amours nocturnes, qu’ils soient sourdement homosexuels ou apothéotiques de l’aspiration à l’union du féminin et du masculin. La castration de l’éros qui condamne les amants, autant que la réalisation de la féminité, atteint son acmé dans le chaos savant et épuré d’une musique aux accents brutalement et suavement universels. Seuls philtres d’amour, la nature humaine inéluctable et l’opéra wagnérien, dont le temps, quoique plus épais qu’un sang coagulé, s’enfuit toujours trop vite…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie


Voir : Céline et Wagner : encore l'indignité du génie ?



[1] Voir Philippe Olivier : « Le roi Marke, Kurnewal et Melot ou trois évangiles de l’homosexualité wagnérienne », Obliques Wagner, 1979.

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Musique
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 19:42

 

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Fuginraijin Tawarya : Dieux du tonnerre et du vent, XVII°, Musée national de Kyoto

 

 

 

 

Alain Nadaud : Des montagnes et des dieux,


deux espaces de fiction

 

 


Alain Nadaud : Le Passage du col, Albin Michel, 324 p, 19€ ; 

Dieu est une fiction, Serge Safran éditeur, 288 p, 19 €.

 


 

Où sont les dieux du tonnerre et du vent ? Au-dessus des nuages, parmi les sommets des montagnes, sont le séjour des dieux. Et si Alain Nadaud a rencontré les montagnes réelles pour en faire des fictions parmi ses livres, il n’a rencontré nulle part les dieux, sinon leur fiction. Arpentant avec la même aisance le roman et l’essai, il garde la tête froide et fort critique devant les spiritualités tibétaines autant que parmi la ribambelle de déités qui règne sur les cerveaux de l’Histoire et de nos contemporains.

 

Dans notre imaginaire le Tibet oscille entre l’actualité politique, des paysages époustouflants et une religiosité intense. Si Alain Nadaud n’avait fait que réunir habilement ces trois instances, il aurait déjà bien mérité du roman. Mieux encore, il ajoute à ce roman d’aventure entraînant qu’est Le Passage du col une analyse de la collusion entre la psyché et l’écriture tout à fait pertinente.

Il commence comme un simple récit de voyage, en toute modestie donc. Un écrivain, peut-être en mal d’inspiration, franchit les gorges de l’Himalaya, plus éprouvantes, plus vertigineuses les unes que les autres, à bord de véhicules brinquebalant sur des pistes en devers et en surplomb. Jusqu’à ce que, bloqué par un éboulement titanesque, sans compter les tracasseries des policiers chinois, il doive accepter l’hospitalité de deux lamas dont la sagesse lui sera bénéfique. En contrepartie, il devra rendre compte de son expérience et ainsi rendre justice à ce Tibet opprimé. La marche, aussi belle qu’épuisante, purificatrice, passe par le col, lieu de transition symbolique. Grâce à la méditation en un pauvre monastère, il parvient à une révélation : les rêves sont des traces dispersées depuis nos vies antérieures… Bientôt, il ne connaît plus guère la frontière entre réalité et fiction, entre vie vécue et vie écrite. C’est ainsi que le roman autobiographique et poétique devient un roman d’initiation.

Que sont ces vies antérieures ? L’écrivain -et le lecteur avec lui- a la surprise de bientôt constater qu’il s’agit de réminiscences des précédents romans d’Alain Nadaud lui-même. Est-ce une façon de dire que nos vies antérieures sont à la source de nos créations qui n’en sont que des répétitions ? Ou le contraire ? S’agit-il de l’ironie d’un moraliste qui ne croit guère en ces fictions religieuses ou -appelons les autrement- ces superstitions… Parmi ces vies, le voilà « pêcheur à Délos » subjugué par « l’homéride », « légionnaire romain » mourant, moine copiste qui se découvre écrivain, ou archéologue. C’est donc à la découverte de son inexplicable destinée d’écrivain, depuis son enfance, lorsqu’il se découvrit cette vocation, que ce voyage montagnard et spirituel conduit. Mais ce « passage du col » est aussi celui de l’utérus maternel par lequel retrouver ses origines, ses vies antérieures et leurs dangers. Danger également en cette lamasserie perdue où les soldats chinois viennent imposer leur campagne de rééducation socialiste et vexatoire, où l’écrivain est découvert par une furieuse et néanmoins désirable soldate…

Lors de ces échappées paysagères et spirituelles, on pense aux poèmes de Segalen, et plus particulièrement à celui en prose du même nom : « Le passage du col », dans le recueil Equipée[1], ensemble de mouvements voyageurs et mentaux au travers du continent chinois et jusqu’au Tibet. Alain Nadaud ne rend-il pas discrètement hommage au poète ?

Trop souvent, le Tibet et le bouddhisme donnent lieu à des spiritualités de bazar. Sans compter que le mythe des vies antérieures et des réincarnations, « trop beau pour être vrai » n’est probablement qu’une « religiosité de pacotille », une faribole consolatoire à l’usage de ceux qu’une vie de peines ne remplit pas de satisfaction. Ce que dénonce l’écrivain, y compris devant le lama qui alors devient son guide vers une méditation plus fine entre « voie de l’éveil » et « voie de l’endormissement ».

Le voyage vers cet au-delà, ou plutôt en-deçà, tel que présenté par Alain Nadaud, a le mérite insigne de proposer une distance critique, en ramenant ces vies rêvées à ce qu’elles sont : des fictions. L’écrivain apprendra pourtant à retrouver confiance en son art et en sa nécessité. Ainsi, une réelle logique relie ses voyages, montagnards et intérieurs, sa culture de l’antiquité et des mythes avec les étapes d’une écriture particulièrement évocatrice et qui n’oublie pas d’être un espace de liberté contre les oppressions, qu’elles soient chinoises ou religieuses. En cet horizon de sommets et de miroirs romanesques, Alain Nadaud se montre borgésien, mais à sa personnelle manière, avec autant de virtuosité que de clarté : celle du rêveur sans illusion de mythes. Comme lorsqu’avec une rigueur implacable, il démonte et dénonce la fiction. Mieux vaut alors lire la fiction de l’écrivain que croire en celle d’un dieu.

 

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Cette critique du religieux trouve bientôt son pendant dans un essai rigoureusement ordonné : Dieu est une fiction. Le sous-titre est parlant : « Essai sur les origines littéraires de la croyance. » Autrement dit, les textes sacrés ne sont écrits que de main d’homme, il est nécessaire et pertinent de leur appliquer une méthode de lecture critique et historique. Lire la Torah, la Bible, Les Métamorphoses d’Ovide et le Coran n’est rien d’autre que lire des romans, des poèmes et des propositions juridiques. La Théogonie d’Hésiode et les Evangiles sont des « œuvres d’imagination ». La seule chose qui les sépare est qu’en la première plus personne ne croit plus. Inventer des dieux « pour ne pas se désespérer de son sort » reste une activité honorable, si elle ne devient pas une tyrannie contre autrui, « au coût exorbitant de son asservissement, de la confiscation de sa liberté de pensée et d’agir ».

De là à en inférer que « le culte de la littérature ne faisait aujourd’hui que participer à la perpétuation de la croyance », il y a peut-être un pas qu’il ne fallait franchir qu’avec précaution : aimer les textes ne signifie pas croire aveuglement en la réalité de leurs personnages et en l’autorité irréfragable de leurs maximes… probablement s’agit-il là d’une mélancolie venue d’une perte de confiance en l’écriture, d’une anomie de l’inspiration, comme en témoigne son Journal du non-écrire[2].

L’essai Dieu est une fiction dévêt les croyances de leurs voiles. Anthropomorphes, bouffis du besoin d’être adulés, capricieux et vengeurs sont trop souvent les dieux. Avec modestie, Alain Nadaud, qui ne prétend ni à la vérité, ni à l’exhaustivité, charge toutes, ou presque, les religions. L’animisme est conspué pour sa naïveté et son ridicule, malgré les qualités d’imagination et de fascination de ses conteurs inspirés. Les mythes n’ont plus qu’un statut littéraire, « projection splendide ou sordide des passions qui animent l’humanité ». Les prophéties bibliques sont des stratagèmes pour faire parler Dieu lui-même ; les prodiges d’un récit « à plusieurs mains », nourrissant l’exégèse juive, n’ont pas été retenus par les historiens, quoique flattant l’orgueil du « peuple élu », sans cesse frappé de déception. Le christianisme est plus universaliste, moins contraignant, il réussit à faire avaler une fiction risquée : Dieu s’incarne en un homme. Contribuant à la fin de l’esclavage et à la séparation des pouvoirs spirituel et temporel, le discours pacifiste des Evangiles ne sera pas toujours entendu, en tout cas pas à la hauteur du mystère de la Sainte-Trinité, « invention délirante et acrobatique », source de querelles, de schismes et d’hérésies. Quant au monothéisme de l’Islam, il n’est qu’un outil politique et guerrier de conquête, assure-t-il, s’appuyant sur l’excellent historien Rodinson[3]. Le Coran n’a « aucun ordre logique », n’est qu’une incantation répétitive, obsessionnelle et autoritaire. Pillant la Torah dont Allah prétend être l’auteur, puis le personnage de Jésus, sans compter la bourde des « versets sataniques », il assure la tyrannie d’un dieu abstrait au moyen du « plagiat et de l’artifice littéraire ». Déçu par le recul des Juifs devant son chef-d’œuvre, Mahomet les vouera aux pires exécrations sanguinaires, tout en perpétuant une « brutale domination sexuelle » en moyen des vierges à disposition dans le paradis. Le Coran ne supporte guère la comparaison littéraire avec la Bible, Mahomet ne pouvant rivaliser avec une création d’un millénaire. La critique du style et de la composition du « texte acrimonieux et vindicatif » est sans indulgence. Pourtant sa persuasion presque planétaire est affolante…

Quelques soient les dieux, ils « n’apparaissent et ne s’imposent que dans et par l’imaginaire des hommes » et au moyen de leurs clergés trop souvent impérialistes. Rendons grâce à toutes ces religions pour les trésors d’art, de musique et de littérature, et aux Grecs de n’avoir été ni prosélytes ni fanatiques. Pourtant, le fanatisme et l’extrémisme sont des « raidissements » devant « la sourde perte de croyance ». Car comment comprendre que ces dieux ne se soient adressé qu’à quelques tribus, au lieu de la terre entière, sinon en démasquant leur fausseté. Ce qui surexciterait la susceptibilité des bras armé des dieux.

La lecture d’Alain Nadaud est aussi savante et informé que fluide, son argumentation raisonnée parait ne souffrir aucune contradiction. Y compris lorsqu’il démonte l’argument de l’intraduisible texte sacré, en arguant des traductions de Don Quichotte[4] qui n’empêchent pas le vent du chef-d’œuvre. En revanche il n’est pas sûr que l’exégèse soit toujours un « gaspillage d’intelligence », si l’on sait que l’étude du Talmud vivifie l’intellect des Juifs, quand la récitation coranique abrutit celui des Musulmans. Car « le croyant défend bec et ongles son désir de soumission à une autorité qui pense pour lui ». Nous sommes alors bien loin de la devise des Lumières selon Kant[5] : « Ose savoir ! »

Au-delà de cette soif de croire, ne reste au bout du compte, selon Alain Nadaud, qu’à trouver « une mystique de l’athéisme », formule peut-être excessive. La « lucidité » de l’athée le conduit à savoir que « l’homme est l’ultime horizon de lui-même », qu’il doit « aménager le vivre ensemble », à repousser la question du mal, imputé à Satan, vers l’humanité elle-même. La sagesse critique d’Alain Nadaud est évidemment de l’ordre d’un humanisme, sans qu’il soit nécessaire d’y aménager une place pour des dieux dangereux. Polémiste il conclue : « la religion est le trou noir de l’intelligence », ce que l’on peut trouver bien excessif… Il en appelle à une « spiritualité » de l’athéisme, recentrée sur « les activités artistiques […] l’amour d’une femme ou d’autrui ». Et pourquoi ne pas penser aux activités économiques au service de l’humanité ?

 

Au sortir de deux livres plaisants, efficaces, roboratifs, usant des deux facettes du roman et de l’essai, la pensée du lecteur ne peut que s’élever, autant au passage du col montagneux qu’à la hauteur des mensonges décryptés des dieux, humain, trop humains. Pourquoi accordons-nous tant de prix à ces fictions que sont les dieux du tonnerre et du vent, Aphrodite ou Bouddha (quoiqu’il fût selon la légende un homme), Christ ou Allah, sinon pour nous illusionner… A moins qu’ils soient le soupçon, l’appel de cette transcendance qui nous est consubstantielle et consolatoire. Est-ce à dire qu’il faut rejeter les textes religieux ? S’il y a parmi eux de la sagesse et de la beauté humaines, certes non. S’ils sont fanatisme, obscurantisme et intolérance, voire appel à l’esclavage des femmes et au meurtre, on gagnera bien sûr à les ranger dans les bas rayons des mauvais documents, aux côtés de Mein Kampf et du Manifeste communiste, ces fictions dangereuses aux montagnes de morts bien réelles, à seul fin des historiens des mœurs.

 

Thierry Guinhut

La Partie sur Le Passage du col est parue dans Le Matricule des Anges, mars 2009

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Victor Ségalen : Stèles, Peintures, Equipée, Club du Meilleur Livre, 1955.

[2] Tarabuste Editeur, 2014.

[3] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires France
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Vendredi 4 avril 2014 5 04 /04 /Avr /2014 18:38

 

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Graduale Ludwig, 1460-1480, Paul Getty Museum, Los Angeles 

 

 

Umberto Eco : de la nécessité de l’ennemi

et autres embryons occasionnels

 

 

Umberto Eco : Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels,

traduit de l’italien par Myriem Brouzaher, Grasset, 304 p, 19 €.

 


Comme l’homme bleu du Graduale Ludwig, le savant et facétieux médiéviste Umberto Eco sait éclairer nos ignorances d’un jour nouveau. Seul un esprit jaloux pourrait alors être l’ennemi d’Umberto Eco. Pourtant, il fut fort étonné lorsque son chauffeur lui fit comprendre qu’il lui en fallait au moins un. Construire l’ennemi, l’essai-titre, est certainement le plus pertinent de ceux réunis par l’illustre Umberto Eco en ce recueil, quoique ces textes modestement occasionnels aient tous leur charme, leur grain de sel fécond. Leur intérêt historique, bibliophilique, ne préjuge cependant pas de la dimension sociétale et de philosophie politique des plus percutants, sur la question de l’ennemi et de l’embryon, de l’absolu et du relatif, à partir de quoi nous pouvons peut-être rêver et construire une éthique.

 

Certes, il y a là des pages diverses et inégales. On pourra plonger avec gourmandise dans « La flamme est belle », sur le feu divin et infernal, feu de Prométhée et de l’inquisition, dans les « Délices fermentés », sur les fromages presqu’aussi putréfiés que les cadavres, venus le gourmet littéraire Camporesi. S’en suit une judicieuse, à la fois affective et ironique, analyse de la « grandiloquence » et du « style excessif », nourri d’oxymores de Victor Hugo, dans laquelle il s’attache à la figure de Gwynplaine, anti-héros de L’Homme qui rit et figure de la laideur. Sans compter « la Liste Interminable » qui parsème et alourdit Quatre-vingt-treize. On devine qu’Umberto Eco y lit également ses propres penchants et curiosités puis qu’il a produit aussi bien une Histoire de la laideur[1] qu’un Vertige de la liste[2]. Reconnaissant que le sublime hugolien peut être à la hauteur de la Révolution et de la Vendée, il termine avec un « Hélas. » Visiblement il est plus impressionné, ému, par un autre romantique, fils de la plume d’Alexandre Dumas, Edmond Dantès. Ce dernier est le surhomme et super héros, mythe auquel il a consacré un essai entier[3], du roman-feuilleton, dont l’ « agnition », ou reconnaissance, est l’un des principaux moteurs narratifs et infaillibles.

Plus loin, il se penche sur les « Astronomies imaginaires », confiant à son lecteur comment il a baptisé sa collection de livres anciens : « Bibliothèque sémiologique, curieuse, lunatique, magique et pneumatique ». Il rétablit alors la vérité sur un mythe : non, ni l’Antiquité ni le Moyen-Âge n’ont cru que la terre était plate, seuls quelques-uns, reprenant Lactance, Cosmas ou autres farfelus ont entériné cette naïveté. Le propos, illustré par des cartes anciennes, parfois bien étranges, est un voyage érudit parmi des cosmographies pittoresques, imaginatives, ingénieuses ou plus rigoureusement scientifiques. Qui se continue jusqu’au travers des astronomies de la science-fiction, aux fantasmes de la « Terre creuse », aux « mirabilia » de fumeux géographes, avant de rebondir au travers d’une autre communication qui se demande « pourquoi l’île n’est jamais trouvée ». On devine qu’il s’agit des variations autour de l’ile d’Utopie, qui est un de ses lieux favoris de légende[4]

Si l’on peut déceler une pointe d’humour parmi ces voyages bibliophiliques, rien ne vaut à cet égard l’énumération des dix-sept arguments opposés au génie de Joyce. Ulysse s’y voit étripé de belles et indues façons, au moyen des préjugés, de l’inculture, du conservatisme, voire de l’antisémitisme de divers critiques oubliés. Au point que cette anthologie de billets malintentionnés permet en creux de deviner toute l’estime qu’Umberto Eco porte à cette réécriture moderne d’Homère.

 

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Mais les plus inspirés et utiles essais s’intéressent à nos libertés de pensée et de vivre, qu’il s’agisse de la notion d’ennemi ou de celle du relativisme. Car en son taxi newyorkais, il fut forcé de se confronter au « besoin ancestral d’avoir des ennemis ». En effet, son chauffeur s’étonna qu’en tant qu’Italien, il ne se connaisse aucun ennemi. Victoire pacifique de l’Europe sur elle-même et sur les autres qui ne seraient plus des barbares, ou ignorance bien naïve ? S’appuyant sur l’exemple des Américains qui « risquaient de perdre leur identité jusqu’à ce que Ben Laden […] leur ai tendu une main miséricordieuse », il révise son raisonnement. Si « un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un nouvel obstacle, mesurer son système de valeur », il ne s’agit pas pour lui de retrouver la guerre comme valeur, ou de « marquer l’infamie d’autrui », qu’il soit « Juif » ou « Nègre ». Son analyse historique de la « puanteur » de l’ennemi, « Gitan » ou « Sarrazin », de la femme comme « sac d’excréments », selon Odon de Cluny, est à la fois hilarante et tragique. Défilent alors les « procès en sorcellerie » et « staliniens » contre l’ennemi fantasmé et anathèmisé par les religions fanatiques, y compris les variantes du marxisme, jusque chez Orwell.

Que faire si l’on est ami de la paix ? « Je dirais que l’instance éthique survient non quand on feint qu’il y ait pas d’ennemi, mais quand on essaie de les comprendre, de se mettre à leur place ». Indubitablement, Umberto Eco a raison en cette humaniste position. Cependant l’ennemi n’a pas toujours la même éthique, au contraire. Il faudra bien s’en défendre pour ne pas voir les valeurs de la tolérance et de la liberté éradiquées par celles de l’obscurantisme, du fanatisme et du machisme, dont le principal agent contemporain n’est pas ici nommé, mais que notre patient lecteur n’aura pas de peine à identifier. Du moins s’il ne fait pas preuve de mauvaise foi, de lâcheté, s’il ne pousse pas de cris de saint outragé devant le sous-entendu prétendument nauséabond[5]. Si Umberto Eco nous a parfaitement dit comment « construire l’ennemi », il n’a pas daigné déconstruire notre ennemi pour mieux construire l’amitié de la civilisation.

 

C’est avec bien des précautions rhétoriques qu’Umberto Eco prévient qu’il ne vise pas à « soutenir des positions philosophiques, théologiques et bioéthiques sur les problèmes d’avortement ». Cependant, se limitant à « donner la position de Saint Thomas d’Aquin », il ne peut que s’interroger, presque d’une façon foucaldienne, sur l’archéologie des savoirs, et laisser son lecteur libre d’infirmer ou de confirmer cette thèse médiévale qui est loin d’être obscurantiste et obsolète.

Quand l’âme est-elle « insérée dans le fœtus » ? Voici la réponse de Saint Thomas d’Aquin : « Dieu introduit l’âme uniquement quand le fœtus acquiert, au fur et à mesure, d’abord l’âme végétative, puis l’âme sensitive ». L’ « âme rationnelle » étant l’identité humaine de l’individu. Ainsi, « l’embryon est animal avant d’être homme » et il ne prendra pas « part à la résurrection de la chair si d’abord il n’a pas été animé par l’âme rationnelle. » C’est-à-dire, traditionnellement, pas avant quarante jours. Il ne s’agit pas alors de penser à absoudre l’avortement. Mais on peut se demander si l’Eglise n’adoptera pas un jour un point de vue plus indulgent ; comme elle a su interpréter de manière non créationniste, mais darwinienne, les sept jours de la création, qui sont sept « phases, du moins complexe au plus complexe ».

Un rien malicieux, s’arrêtant là pour livrer « ces documents à la réflexion de [ses] auditeurs », lors d’un congrès sur « L’éthique de la recherche », Umberto Eco ne manque pas d’instiller le délicieux poison de la tolérance entre l’église, la conscience individuelle et la science. Reste que les progrès de cette même science et de l’éducation à la contraception devraient pouvoir éliminer le problème de l’avortement, survivance barbare pour les femmes autant que pour l’enfant à naître, réelle liberté à respecter, quoiqu’elle soit plus avisée lorsqu’elle se prend en main à égalité entre homme et femme, au moment de l’acte sexuel. A moins qu’il ne s’agisse là que d’un vœu pieux que l’auteur de ces modestes lignes aimerait dédier à Saint-Thomas d’Aquin, théoricien du libre arbitre…

Ce dernier croyait en un Absolu divin. Nous avons heureusement en ce domaine relativisé. Mais avec le désastreux penchant de ne voir plus que le relatif, que le tout se vaut, que le chacun son idée : « il semble que cette distinction entre divers critères de vérité, typique de la pensée moderne et en particulier de la pensée logico-scientifique, donne lieu à un relativisme entendu comme maladie historique de la culture contemporaine, qui nie toute idée de vérité. » Défendant mordicus la vérité scientifique, que cette vérité soit Dieu ou non, Umberto Eco n’en garde pas moins le souci d’une « loi morale ». Que cette dernière ne soit pas un « Absolu », certes, il reste du moins à notre sens du respect de l’humain d’établir sa légitimité, dans le cadre de son intégrité et de sa liberté.

 

L’humilité de l’essayiste, qui parait ne jeter que d’un clavier léger ces brefs et vifs essais, cache à peine un vaste vaisseau philosophique. Ainsi l’auteur du Nom de la rose, quoiqu’il n’écrive pas là d’essais longuement fouillés, sait offrit à ses lecteurs préférés des embryons occasionnels déjà bien en corps, et qui ne demandent qu’à devenir des pensées de pleine maturité. Son érudition historique et bibliophilique, toujours enrichissante, parfois malicieuse, nous laisse alors la responsabilité de construire éthiquement nos jugements de valeur, sans choir dans la terreur de l’absolu ni dans l’aporie du relatif.

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Umberto Eco : Histoire de la laideur, Flammarion, 2007.

[2] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[3] Umberto Eco : De Superman au Surhomme, Grasset, 1993.

[4] Umberto Eco : Histoire des lieux de légende, Flammarion, 2013.

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Italie
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Dimanche 30 mars 2014 7 30 /03 /Mars /2014 14:42

 

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Pompeo  Girolamo Batoni : Eros, Diane et Cupidon, détail, 1761

 

 


 

Borges amoureux : lecture des Poèmes d’amour,

une anthologie magnifique et discutable

 

Jorge Luis Borges : Poèmes d’amour, traduit par Silvia Baron-Supervielle,

Gallimard, 144 p, 15,90 €.


 

Parmi tous les dieux et les mythologies qui fécondent l’œuvre du poète de Genève et Buenos Aires, Eros semble absent. Jamais Borges n’a écrit de recueil amoureux. Aucun des récits des Fictions ou de L’Aleph n’est, malgré leur complétude cosmique, réellement tenté par l’amour, qu’il soit tendresse spirituelle ou sexualité invasive. Ce manque cruel est-il rude pudeur ou chasteté, ou peur de souiller ses récits par une facilité ? Pourtant le chasseur sentimental, une chasseresse en l’occurrence, puisqu’il s’agit de Sylvia baron-Supervielle, peut avec patience et minutie, trouver les traces sensibles du sentiment d’Eros parmi les poèmes de l’Argentin qui règne sur les bibliothèques de l’éternité. D’où le prix, pourtant discutable, de ces Poèmes d’amour, heureusement bilingues, quand ne le sont pas les volumes de la Pléiade qui fondent la Babel du maître.

 

Presque chaque recueil de Borges, de Ferveur de Buenos Aires en 1923, en passant par L’Or des tigres en 1972, jusqu’à Atlas en 1984, cache quelques vers amoureux. Souvent, de manière surprenante, à la fin, en une chute révélatrice, douloureuse, parfois heureuse : « un visage qui ne veut pas de mon souvenir »… Que ce soit dans des sonnets ou des poèmes en prose, surgit un « toi » inattendu, inexpliqué, cependant chargé d’émotion : « Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps ». Un « toi » élégiaque innomé, qui est la marque d’un manque fondamental : « Ton absence m’entoure / comme la corde autour de la gorge. » La solitude rôde autour de celui qui se peint en « spectateur de ta beauté ».

Qui est-elle ? Question vaine et grotesque. Changeante ou la même. Elle est cependant « définitive comme un marbre », son « front clair comme une fête » n’empêche pas qu’il reste au poète « le goût d’être triste ». Celui qui a « vieilli dans tant de miroirs » se confie : « Une voix attendue m’attendrait / Dans la dégradation de chaque jour / Et dans la paix de la nuit amoureuse ». Cependant seul il reste, dans « l’abus de la littérature », là où l’amour réciproque est fiction : il est « L’amour qui n’espère pas être aimé. » L’écriture s’élève alors aux plus hautes lueurs de la métaphore et de la pensée :

« Dans l’ombre de l’autre on cherche notre ombre ;

Dans le cristal de l’autre, notre réciproque cristal. »

Parmi tant de textes aux accents cosmiques ou épiques, le lyrisme amoureux, en sa brièveté, apparait comme une respiration humaine indispensable, trop souvent refusée, évidemment sans la moindre velléité de niaiserie : « C’est l’amour avec ses vaines mythologies, ses vaines petites magies ».

 

Le plus émouvant témoignage d’amour est peut-être, plutôt que de poursuivre grâce au souffle des vers de belles inaccessibles, de poser parmi ses grands recueils le nom de celle qui partagea la fin de sa vie : Maria Kodama, nommée à neuf reprises, à qui il dédicaça, en conclusion d’une de ces énumérations fabuleuses aux savoirs millénaires dont il a le secret, Histoire de la nuit, en 1977, puis Le Chiffre, en 1981. Car « la dédicace d’un livre est une opération magique ». Plus tard, en 1984, dans Atlas, elle est présente au point d’en avoir réalisé les photographies, souvent parmi la Grèce. Il s’agit là bien plus qu’une dédicace, le témoignage d’une création complice et partagée, d’une reconnaissance intellectuelle et affective : « Maria Kodama et moi nous avons partagé avec joie et surprise la trouvaille des sons, de langues, de crépuscules, de villes, de jardins et de personnes toujours distinctes et uniques. Ces pages voudraient être des monuments de cette longue aventure qui se poursuit. »

On connait la légataire universelle, la veuve intraitable et procédurière, réputée pour ses manipulations jalouses, en particulier lors de son conflit avec Jean-Pierre Bernès, méritant maître d’œuvre des deux volumes de La Pléiade, et dont le mariage tardif alarma le microcosme borgesien, Est-ce grâce à ce recueil qu’elle retrouvera la vérité de l’amour que vouait l’écrivain à sa dernière lectrice et secrétaire ? Au point qu’elle écrivît presque comme lui, dans l’épilogue d’Atlas. Hélas, l’ « Avant-propos » offert à cette anthologie n’est pas sans naïveté ni orgueil : « je me transforme en protagoniste et en amour de cette vie splendide et merveilleuse ».

 

Qui sait si Borges eût apprécié ce volume inquisiteur, en un florilège inédit qui exhibe ce qui était discrètement disséminé… Cette création d’un recueil artificiel que son auteur n’a jamais voulu, à moins qu’il l’eût médité en secret, nous est pourtant précieuse. Le génie tutélaire des labyrinthes et des bibliothèques millénaires avait cette humanité qui est profondément la nôtre : des Aphrodite fuyaient sa tendresse, quand l’une d’entre elles, Maria Kodama, consentit à s’égarer avec lui « dans le temps, cet autre labyrinthe ». Est-ce Eros qui parle lorsque le poète enseigne : « Celui qui lit mes mots les invente à mesure »…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Voir : Christian Garcin : Borges, de loin

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Amérique latine
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Samedi 29 mars 2014 6 29 /03 /Mars /2014 15:16

 

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Louis-Gabriel Blanchet : Hermaphrodite Borghese, 1765

 

 

 

Foucault et Herculine Barbin :

un hermaphrodite au cœur de la théorie du genre


Michel Foucault présente : Herculine Barbin, dite Alexina B.

Suivi d’Oscar Panizza : Un Scandale au couvent, Gallimard, 272 p, 19,50 €.

 


 

Pline l’Ancien rapporte que les hermaphrodites « qui ont l’un et l’autre sexe », « étaient appelés autrefois androgynes et tenus pour des prodiges, mais ils sont à présent considérés comme des objets d’agrément ». Il affirme de plus que « la transformation de femmes en hommes n’est pas une fable », rapportant avoir vu « un citoyen de Thysdrus, changé en homme le jour de son mariage[1] ». La société antique voyait dans la naissance d’un hermaphrodite une rupture au cœur du pacte entre les hommes et les dieux. Souvent, on les noyait sans autre forme de procès, à moins de les acheter sur le marché aux monstres. Aujourd’hui encore, ne les considère-t-on pas comme une erreur d’une nature qui n’a pas su séparer l’inconciliable, et qu’il faut corriger par un diktat arbitraire et chirurgical ? Pourtant ce sont des êtres humains dignes et souffrants, ce dont témoigne le récit autobiographique d’Herculine Barbin, emblématique au point d’avoir contraint l’auteur de l’Histoire de la sexualité, Michel Foucault, à les préfacer d’une plume polémique, au point d’être devenu un classique des études de genre.

 

Emouvante, la confession d’Herculine se ressent d’une rhétorique religieuse désuète et d’un pathétique à la Eugène Sue, puisque venue du milieu du XIXème siècle. Cependant, elle témoigne d’une indécision anatomique et sexuelle qui transcende les époques et les sociétés. Elevée à l’Hospice, puis au couvent, elle se prend d’affection pour une jeune fille qui décède bientôt. Retournée dans sa famille, la voilà « bouleversée à la lecture des Métamorphoses d’Ovide ». Elle se prépare à « l’état servile » d’institutrice, soumise à la tyrannie de ses supérieurs hiérarchiques. A dix-sept ans, « un léger duvet » apparait en même temps qu’un sentiment de différence. Ses émois devant ses condisciples féminines n’ont de cesse. Devenue institutrice heureuse, elle éprouve une passion pour Sara : on la croit son « amie », alors qu’elle est « son amant », malgré des « joies incomplètes » ! Le plus troublant peut-être est le passage du féminin au masculin parmi ses mots : « Ai-je été coupable, criminel, parce qu’une erreur grossière m’avait assignée une place qui n’aurait pas dû être la mienne ? »

Bientôt « Camille » (dont la bisexualité du prénom donnée par sa marraine est bien commode) doit se confesser auprès de l’évêque, d’un médecin, avant de « provoquer un jugement en rectification de [son] état civil ». Perdant ses prénoms féminins, il trouve une identité masculine ; comme le fera Calliope en devenant Cal dans Middlesex d’Eugenides[2], qui, d’ailleurs, écrivit son roman en réaction à ce récit. Hélas, il doit fuir sa province, les commérages, les exposés de la presse pour, malgré le soutien de son protecteur aimé, l’évêque, trouver des emplois intermittents à Paris et mener une vie misérable, quoique toujours chaste et attachée au souvenir de Sara. « Je n’ai pas souillé […] mon corps de hideux accouplements », plaide-t-il. Misère et solitude pousseront au suicide celui qui se cache sous les pseudonymes et tente de faire oublier son hermaphrodisme. Car, se dit-il, « jamais une vierge ne t’accordera les droits sacrés d’un époux ». Le lecteur ne peut qu’être sensible au cas insolite et à son humanité.

En fait Herculine n’est pas réellement un hermaphrodite qui aurait les deux sexes ; mais l’inachèvement du développement des deux permet alors de parler d’intersexuation : le rapport du médecin décrit « un corps péniforme de 4 à 5 cm imperforé », des « grandes lèvres […] très saillantes », avec « une ébauche de vagin ». L’absence de règles et « l’écoulement spermatique » paraissent faire d’elle un homme, ainsi que l’absence de poitrine et la pilosité. L’autopsie révéla qu’il « pouvait jouer dans le coït indistinctement le rôle de l’homme et de la femme », quoique stérile ; que le vagin servait à « l’émission du sperme ». S’agit-il de « tératologie », cette science des monstres ?

 

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C’est en 1978 que Michel Foucault redécouvre et présente, dans la revue Arcadie, ce texte emblématique. Pour la première fois sont réunis aujourd’hui ce qui devient une préface, le texte autobiographique d’Herculine, les dossiers médicaux d’époque et la nouvelle de Panizza. Préface modeste de la part du philosophe, comparée à l’abondance qui entoure Moi, pierre Rivière[3]… Le projet de Foucault apparait ici tel qu’il est explicite dans son Histoire de la sexualité : « réinterpréter tout le dispositif de sexualité en termes de répression généralisée[4] ». En effet, au Moyen-Âge, l’hermaphrodite est sommé de choisir son sexe en se mariant, à condition de ne pas en changer, « sous peine d’être considéré comme sodomite » ; à partir du XVIII° siècle, le basculement vers l’obligation immédiate d’identité sexuée s’opère : « Désormais, à chacun, un sexe, et un seul ».

Pour reprendre la judicieuse postface d’Eric Fassin, « la thèse foucaldienne » énonce que « l’identité sexuelle ne préexiste pas à la loi ; elle se constitue dans le rapport au pouvoir ». Herculine est passée selon Foucault des « limbes heureuses d’une non identité », au milieu des jeunes filles, point de vue peut-être idéaliste, à la cassure du moi séparé par l’interdit. « Avons-nous vraiment besoin d’un vrai sexe ? » interroge alors Foucault. Pourtant l’on peut se demander si, en ce polymorphisme incomplet, elle était une lesbienne ou un hétérosexuel masculin, à moins d’imaginer sortir des carcans des catégories en parlant d’homme lesbien. Nous dirons aujourd’hui qu’attirée par les femmes dans un milieu féminin, l’hétérosexualité d’Herculine est en fait une homosocialité…

Une fois de plus « l’archéologie des savoirs », guide la réflexion de Foucault. Qui choisit pour son héroïne, en redoublant les noms féminins du titre, lorsqu’elle est dite « Alexina », une identité féminine. Non pour des raisons anatomiques, mais pour des raisons de genre, en tant qu’elle a vécu une éducation de fille, et contre l’imposition légale de la masculinité, bien qu’elle paraisse l’avoir souhaitée. En effet, il y a là, rappelle Eric Fassin, « pour l’homme chrétien, l’obligation de manifester en vérité ce qu’il est lui-même ». Pourtant, lorsque le sexe est biologique et le genre culturel, Herculine/Camille échappe à cette distinction puisqu’elle a les deux sexes, quoique aucun des deux ne soit complet. Cependant son éducation en tant que fille dans un milieu presque exclusivement composée de femmes n’a pu que renforcer son sentiment et ses appétences féminins, de façon à faire de l’identité biologique impossible une mosaïque d’identité de genre.

 

Herculine n’a pas cessé d’exciter la curiosité des cliniciens et des essayistes. L’écrivain allemand Oscar Panizza, lui-même médecin, revisita ce qui était devenu un cas célbre pour le travestir en  Un Scandale au couvent[5], nouvelle qu’il publia en 1914. Le point de vue n’est plus autobiographique, mais celui, interne, de l’abbé, curieux de morale et de « tribadisme », qui doit statuer sur les relations de la jeune maîtresse Alexina et d’Henriette. Découvertes nues, enlacées, par leurs jeunes consœurs, elles sont conspuées : « Le diable et sa fiancée ! » Là encore un agrégé de médecine établira la masculinité de celle qui a « du poil aux jambes ». Le ton est volontiers amusé, ironique, agrémenté de la trouvaille des lettres offertes par Alexina à sa belle protégée, intensément lyriques, où « les « embrassements » sont des « symboles ». Ce « garçon-fille » et « faune » des couvents, selon Foucault, n’est pas loin de la rébellion de La religieuse de Diderot. Certes, malgré quelques légères allusions érotiques, voire joliment coquines, Panizza nous parait aujourd’hui assez sage, même si son récit eût pu choquer. Mais bien moins que sa « tragédie céleste », qui lui valut un an de prison, Le Concile d’amour[6], ce « chef d’œuvre de perdition » qui fouille « l’abîme du mal », selon André Breton qui eut à cœur de le préfacer en 1960.  

 

Panizza Scandale au couvent

Panizza Concile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on estime qu’un à quatre individus sur mille nait hermaphrodite, ou plus exactement intersexuel, selon des modalités diverses, dont le plus souvent des dérèglements hormonaux. Et quoique le cerveau se construise différemment selon les sexes, lorsque ces derniers sont plus ou moins indistincts les complexités interactives de la nature et de la culture rendent également floues les distinctions entre le sexe et le genre. Au-delà des cas d’intersexualité, la plasticité de la personnalité permet évidemment l’errance (nous n’avons pas dit l’erreur) entre les assignations de sexe. Ce qui n’enlève cependant pas sa légitimité à la masculinité et à la féminité, tout en sachant que selon les individus les frontières en termes de genre sont plus ou moins circonspectes… Reste que l’habituelle catégorisation en deux sexes est passablement obsolète. On parle alors d’ « archipel du genre ».

S’agirait-il alors d’un éros bisexuel originel ? Ce « trouble dans l’identité » signifie-t-il qu’il n’y a pas là de vrai sexe, au sens médico-légal ? On doit craindre par ailleurs qu’il n’existe pas de sexe sans loi, à moins d’imaginer que chaque corps puisse évoluer dans l’espace libre de sa propre loi en interaction avec celle d’autrui. En ce sens la liberté hétérosexuelle, homosexuelle, transsexuelle, ne se discute pas. A condition, certes, qu’elle ne franchisse pas les limites dangereuses de l’arrogance et du prosélytisme institutionnel, voire du commissariat politique, comme quelques thuriféraires de la théorie du genre auraient tendance à le faire.

 

Il n’est pas nécessaire de s’effrayer de la théorie du genre, de donner dans la caricature et dans l’hystérisation du discours, lorsqu’elle contribue à légitimer les identités des personnes intersexuées, à légitimer leurs choix et leurs libertés. Et lorsqu’elle contribue à lutter contre les violences chirurgicales imposées à des enfants par le corps médical ou les parents, lorsqu’elle permet une reconnaissance sociale à ceux qu’autrefois la honte reléguait dans l’interdit.

Au-delà de ces premisses, faut-il aller jusqu’à des enfants transgenres ? Les bourrer d’hormones pour les changer de sexe, voire les opérer, pour satisfaire le prétendu désir de ces enfants et surtout les fantasmes idéologiques des parents… C’est jusqu’à de telles affreuses extrémités que la théorie du genre peut conduire. Pourtant, dire qu’il y a en chacun de nous une part plus ou moins grande de féminin et de masculin, que le genre n’est pas le sexe, qu’une part de la représentation sexuée est sociale, tout cela reste judicieux. Mais dans la cadre de la liberté des individus, et non dans celui d’une surenchère idéologique qui voudrait survaloriser l’homosexualité et le transgenre, imposer une indétermination sexuelle à tout va, une rééducation de l’inconscient et des modèles, y compris auprès des enfants.

 

Herculine Barbin n’a pas vécu en vain. Son témoignage est une parole source des « gender studies ». Au point que le Mouvement intersexe commémore sa naissance chaque 8 novembre. Qu’elle ait reçu l’assentiment militant de Foucault ou la caution romancée et scandaleuse de Panizza contribue à faire d’elle -ou de lui, car il nous manque ici un mot intersexuel- un emblème de la reconnaissance des identités ouvertes et multiples, identités voyageuses et floues. En espérant que cette reconnaissance leur permette de moins subir le pouvoir sexué de nos sociétés, et contribue à les rendre plus heureuses, sinon moins malheureuses. Sans vouloir imposer cependant ce qui serait une nouvelle norme, un monde homosexualisé, une population où, au détriment du sexe biologique, n’aurait plus voix au chapitre que le genre. La déconstruction sexuée reste judicieuse, s’il s’agit de se laver des préjugés sexistes, mais pas au point de dénier toute validité au masculin et au féminin, autant biologique que mental. Car ouvrir les mentalités ne doit pas aller jusqu’au transformisme de société…

 Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir de Foucault

 


[1] Pline l’Ancien, Histoire naturelle, Livre VII, Pléiade, 2023, p 319, 320.

[3] Michel Foucault : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère. Un cas de parricide au XIX° siècle, Gallimard/ Julliard, 1973.

[4] Michel Foucault : Histoire de la sexualité 1, la volonté de savoir, Gallimard, 1976, P 173.

[5] Voir le recueil de huit nouvelles d’Oscar Panizza : Un scandale au couvent, La Différence, 2002.

[6] Oscar Panizza : Le Concile d’amour, Jean-Jacques Pauvert, 1960.

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Philosophie et mythologies
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Samedi 22 mars 2014 6 22 /03 /Mars /2014 19:56

 

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Caspar-David Friedrich : Brumes matinales dans les montagnes, 1808,

Rudolstadt, Thüringer Landesmuseum

 

 

 

 

La Brume et le brouillard, dans la science, la littérature et les arts,

sous la direction de Karin Becker et Olivier Leplatre, Hermann, 576 p, 35 €.

 


 

« La brume printanière / flottant au sommet du mont Hei, / la lettre shi couchée[1] », écrivait Bashô, maître du haïkaï. Elle flotte aujourd’hui en un beau livre, unique, intrigant et polymorphe. Car voilà une rare initiative dans le monde de l’édition : traiter un sujet par de multiples éclairages, scientifiques, picturaux, musicaux, littéraires, cinématographiques… Ainsi, sous la direction de Karin Becker et Olivier Leplatre, une trentaine de chercheurs nous conduit au travers de la brume et du brouillard des sciences, des arts des lettres. Parmi lesquels, en un beau paradoxe lorsqu’il s’agit de vapeurs indistinctes, nous élargirons notre vision au fil des déambulations critiques qui ponctuent ce fort volume.

 

Un troublant récit médiéval, où les brumes des morts empêchent une Dame et un chevalier de commettre l’adultère, ouvre ces pages transdisciplinaires. Parce que peintres et poètes nous ont appris « à en saisir la beauté énigmatique », ce sont les œuvres des artistes qui évoquent le mieux « l’effet de la brume et du brouillard sur l’homme, sur ses entreprises et ses comportements, sur son bien-être physique, sur son état d’âme et sa sensibilité ».

En un tel ouvrage savant et cependant parfaitement lisible, on peut naviguer à vue de communication scientifique en exégèse enthousiaste, parmi des brouillards identifiés. Nous saurons ainsi « la classification des brouillards », nous saurons tout sur l’hygromètre à cheveu de Saussure au XVII°, sur la « théorie vésiculaire » et les « noyaux de condensation », la « composition chimique de l’eau de brouillard », en relation avec nos pollutions contemporaines. Quoique Aristote le connaisse en tâtonnant depuis ses Météorologiques, suivi par Descartes, un peu plus perspicace dans ses Météores. Nous n’irons pas sans compter « les brouillards secs » des cultures sur brulis » du XIX°, aux conséquences mortifères, le « smog » londonien et sa charbonneuse fumée qui fut la cause de 4000 morts en décembre 1952.

Plutôt qu’une analyse scientifique des gouttes en suspension, les écrivains préfèrent une approche géographique et psychologique. Le « moi météorologique », selon une expression d’Anouchka Vasak, mesure la sensibilité au moment et au lieu qu’envahit la brume. Le lyrisme des poètes du XVI°, entre Scève et les rimeurs de la Pléiade, ont « la nostalgie du brouillard ». Alors que l’esthétique du XVIII° cherche en lui les « errances et voluptés de l’œil », comme lorsque l’on se perd dans les jardins de Watteau. Grâce à lui, le préromantisme nourrit sa sensibilité novatrice. Lors de la montée du roman gothique, les écrivains anglais sont « réunis autour du brouillard » : Charlotte Brontë, Charles Dickens, Bram Stocker et Conan Doyle. Ils en usent en glissant « du réalisme au symbolisme », jusqu’au fantastique. Baudelaire, lui, le bois comme l’opium, « remède et poison », avant que les « paysages tristes » de Verlaine et Bruges la morte de Rodenbach brouillent la vision en s’enrichissant de métaphores. La littérature contemporaine n’est pas en reste. Jusqu’à  l’Américain Paul Auster, qui nomme un de ses personnages « Fog », ou l’argentin Juan José Saer, ils trouvent la brume de « l’obscurité fondamentale ».

 

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Egarant les guerriers, comme dans L’Iliade, protégeant les amoureux, comme chez Hemingway, le brouillard est également associé au mal, comme le montre Dracula[2], où il devient lui-même vampire. A moins que se produise « l’écriture-brouillard », décousue, discontinue, vague, où « les mots tournent pareils à de la fumée ». Une « esthétique de l’indistinction » frappe le spleen baudelairien. Les « images brouillées » de Monet rejoignent les « musiques vaporeuses ». Le sfumato de Léonard de Vinci se métamorphose en atmosphère nébuleuse et tempêtueuse chez Friedrich ou Turner ; ou, plus loin, en un « atelier des vapeurs, comme une vaste fabrique de brumes diverses et protéiformes », dans le Dracula filmé par Coppola. Poétique, dangereux et labyrinthique, le brouillard chez Antonioni signifie la perte d’identité et l’incommunicabilité, quand, chez cet autre cinéaste, Alain Resnais, dans Nuit et brouillard, il suggère les chambres à gaz nazies.

Entre temps, l’on n’a évidemment pas échappé à la peinture de paysage chinoise. Où le vide et le plein, le yin et le yang parcourent, effacent, font surgir les montagnes, absences, fantômes, présences soudaines. La dimension spirituelle de l’art pictural s’affirme-t-elle autant parmi les romantiques allemands et anglais ? Friedrich, fabuleux peintre de brouillard, de « mer de nuages », à la limite de l’indistinction, déclara : « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit devant lui, mais ce qu’il voit en lui ». Est-ce à dire qu’il y contemple une brume intérieure ? C’est là qu’il croise une esthétique du sublime, dans la tradition de Burke et de Kant, une « crise de la représentation », où la figure humaine est vaporisée. Le brouillard devenant matière picturale et mentale.

Les machines à brouillard envahissent la scène théâtrale et de l’opéra, mais aussi les studios de cinéma, dans lequel « la brume dramatise », voire devient « psychopompe » ; mais également la photographie, les installations de l’art contemporain. Depuis Debussy et son prélude « Brouillards », en passant par Tout un monde lointain de Dutilleux, les compositeurs osent un « estompage du mélodisme ». Quelle est cette fascination qui pousse à occulter le visible, à voir l’invisible ? « Déroute du réel », « mouvance angoissante », ou jouissance de l’évanescence,  illumination esthétique ?

 

Associer science, culture étendue et poésie, n’est-ce pas le rêve de tout objet encyclopédique ? Ce vaste livre en archipel a su  fouiller « l’archéologie du brouillard ». Solidifiant cent brumes en blocs et perles de savoir, en plongées au fond du gouffre exquis -et angoissant parfois- des arts et des lettres…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[2]  Voir : Généalogie et encyclopédie de Dracula et autres vampires

 

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Col de Baretges, Luchonnais, photo T Guinhut


Par Thierry Guinhut - Publié dans : Esthétique
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Vendredi 21 mars 2014 5 21 /03 /Mars /2014 17:34

 

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Gérard Garouste : Le chevalier de la blanche lune, Don Quichotte, Diane de Selliers

 

 

 

 

Don Quichotte et le problème de la réalité,

par Cervantès, Schütz et Garouste

 

 

Alfred Schütz : Don Quichotte et le problème de la réalité,

traduit de l’anglais par Thierry Blin, Allia, 64 p, 6,20 €


Cervantès : Don Quichotte, illustré par Gérard Garouste, Diane de Selliers,

La petite collection, traduction de François Rosset, revue par jean Cassou,

deux tomes sous coffret, 326 p et 360 p, 95 €

 

Personnage éminemment baroque, Don Quichotte oscille entre illusion et réalité. Ce serait alors affirmer que la seconde infirme sans recours la première. Cependant, au chevalier à la triste figure, l’illusion est bien plus précieuse et nécessaire. Et si Sancho semble irréductiblement, de sa grosse panse et de son âne, incarner la réalité, il n’est pas sans céder aux visions de son maître, son opposé, son miroir et son double, comme le confirme la tête biface de Janus qui les unit sur la couverture imaginée par le peintre Gérard Garouste. De même, c’est avec le talent du sociologue et du philosophe qu’Alfred Schütz confirme, devant « le problème de la réalité », qui tous nous affecte, la pertinence de Cervantès, créateur de mythe.

 

L’on sait que Don Quichotte voit des géants au lieu de moulins et de tonneaux, voit une Dulcinée splendide au lieu d’une fruste paysanne du village du Toboso. C’est avec l’œil de son fantasme et d’une idéale construction du monde qu’il perçoit la réalité. S’appuyant alors sur la thèse de William James selon laquelle « l’origine et la source de toute réalité, que ce soit du point de vue absolu ou pratique, est donc subjective », Alfred Schütz utilise le héros de Cervantès comme une vaste machine destinée à montrer que « la vérité dépend de la réalité dans laquelle chacun croit, [que] nos choix et nos convictions sont avant tout des phénomènes sociaux ». Ce dernier « s’acharne à tenir pour réel son sous-univers imaginaire, alors qu’il se heurte sans cesse à cette réalité quotidienne ».

Ainsi, la chevalerie n’a rien de fictionnelle, car attestée dans tant de livres. Elle a une « mission divine », garde la Vérité, se joue de l’espace et du temps, « comme dans la conception einsteinienne de la théorie de la relativité ». Les « enchanteurs » garantissent « la coexistence et la compatibilité de plusieurs sous-univers de significations ». Hélas, si le monde social de Don Quichotte est « à ses yeux parfaitement lumineux, il relève de la folie pour ses semblables ».

 Pourtant, la conviction de l’anti-héros de Cervantès, humilié, battu par la rudesse du réel et de ses contemporains, finit par aspirer en ses filets perceptifs nombre de comparses, dont l’aubergiste qui accepte de le sacrer chevalier, mais surtout Sancho Pança, grossier écuyer, bien terre à terre, qui finit par croire aux inepties splendides de son maître. Voilà Don Quichotte enchanteur à son tour, dont le charisme peut-être celui de maints poètes, de maints sectateurs et gourous, de maints politiques… Un « sous-univers de discours » est alors à l’œuvre. De la même façon que Sancho use d’un florilège de proverbes, quoique dans une autre « structure typique de pertinence ». Une sorte de tribunal finit par convenir que le bassin du barbier est bien « l’armet de Mambrin ». Ni « par la logique formelle, ni par le consentement de la majorité, pas plus que par la victoire militaire », la réalité ne peut être établie avec certitude.

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Dans la seconde partie de son roman, Don Quichotte va jusqu’à « douter de sa propre identité », donc de sa réalité, là où les frontières de cette dernière sont mobiles. Au point d’admettre « le point de vue hégélien de la ruse de la Raison », comme lorsque Sancho convient qu’il puisse n’avoir vu de la Dulcinée idéale qu’une « paysanne empirique ».

Le spectacle de marionnettes auquel assiste Don Quichotte interroge également la réalité de l’art. Devant la représentation théâtrale du roi maure persécutant Mélisandre, il se jette sur le païen avec son sabre, stupéfait qu’il est par la mimesis aristotélicienne, par « la réalité du travail artistique ». L’illusion gouverne le cavalier de Rossinante, lorsque les yeux bandés il croit voler. Ainsi « aveuglés comme nous le sommes lorsque nous évoluons dans le domaine du transcendantal, nous ne pouvons vérifier le témoignage de nos semblables par nos propres perceptions sensorielles ».

Hélas, la désillusion finale fait que Don Quichotte « perd la foi dans le principe fondamental de sa métaphysique et de sa cosmogonie ». C’est alors qu’il retombe « dans la réalité quotidienne comme dans une prison et torturé par le plus cruel des geôliers : la raison de sens commun », et n’a plus qu’à mourir. S’il « vécut comme un idiot et mourut comme un sage », selon son compère Carrasco, nous sommes heureux qu’il n’ait pas vécu comme un sage, car nous n’aurions rien su du drame enchanteur du fameux chevalier autant picaresque qu’héroïque…

En ce sens, la réflexion d’Alfred Schütz, sociologue et psychologue, est plus que pertinente. Qui eût cru que Cervantès puisse ne pas être un philosophe enchanté eût été abusé ; remercions alors Alfred Schütz, de nous ouvrir les yeux, grâce à cet essai publié en 1946. L’amant imaginaire de Dulcinée perçoit la réalité, qui est toujours un problème, par le biais d’un filtre livresque et fantasmatique, comme ceux qu’un système idéologique possède contre toute raison, comme l’a montré Jean-François Revel dans La Connaissance inutile[1].

Certes, la réalité reste subjective, du moment où elle est objet de perception. A moins qu’il s’agisse, chez Alfred Schütz, d’une pensée trop radicale. Car il n’en reste pas moins que l’objectif de la science et de la raison est de toucher, d’approcher le réel lui-même, qu’il s’agisse d’abord du terrain de la matière, ensuite -mais c’est là plus difficile- de celui de la pensée morale, économique et politique. Le risque étant de glisser en avalanche dans un relativisme qui ferait fi de la nécessité scientifique et d’une hiérarchie des valeurs à construire avec justice.

 

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Cette relecture, stimulante, de Don Quichotte ne peut se passer du retour au texte de Cervantès ; surtout s’il est accompagné des images des illustrateurs du XIX° et du XX°, Tony Johannot, Gustave Doré, Dubout… Il faudra maintenant compter sur un renouvellement inouï de l’imagerie en 150 gouaches et 126 lettrines. Car l’œil et le pinceau de Gérard Garouste (né en 1946) ont ce grain de lyrisme et de folie qui font exploser les couleurs au service des facettes du mythe quichottesque.

Pour faire écho à Alfred Schütz, le Don Quichotte de Garouste est un « sous-univers » flamboyant, né de la rencontre d’un écrivain du XVI° déjà égaré en son temps, quoique incroyablement moderne, avec un peintre inactuel, qui ne s’embarrasse pas des credo conceptuels et post-duchampiens de l’art contemporain. Il joue avec la fraîcheur de la gouache, avec la représentation, la diffraction, mentales et colorées. Il peint comme le fantasme d’un enfant qui hallucine le monde de la fiction, mais avec les moyens et la liberté d’un artiste achevé. En fait il s’agit de la représentation par Garouste de la représentation de la réalité que s’est faite Don Quichotte, lui-même personnage de fiction, né d’un auteur fictionnel, Cid Hamet Ben Engeli, imaginé par Cervantès. Les mises en abymes de la représentation et de la fiction brouillent tout espoir de réalité dès lors qu’il s’agit d’œuvre d’art aux multiples facettes, concaténations et métamorphoses.

Gérard Garouste montre avec autant de brio qu’Alfred Schütz combien Don Quichotte a un problème avec la et sa réalité. Il le peint à travers des distorsions corporelles, des affabulations de la perception. Sa tête se déploie, se retrouve détachée entre ses mains, multipliée, liée sans retour avec son complice et opposé, Sancho, qui est l’autre face de ce Janus. De plus, son miroir se renverse, comme il se démultiplie dans le miroir des histoires enchâssées parmi le roman. Il est tatoué d’yeux et de songes, couché dans la caverne de Platon. Allégorique comme les tarots, puéril comme le barbouillage, le travail du peintre bouscule les yeux, ravit l’esprit. Les métaphores baroques de Cervantès s’animent sous nos paupières : squelettes en feu, chanteuse devenue harpe, bossue se changeant en pieuvre, une duchesse se partageant en lune et soleil… Mieux encore, Gérard Garouste, en sa belle et quichottesque folie, s’identifie à son personnage et peint ses propres traits pour un « Quixotte apocrifo ».

 

Nous n’aurons pas la folie qu’eurent le curé et la gouvernante de Don Quichotte : jeter dans la cour et brûler ses livres de chevalerie. Que la raison, la beauté et la bibliophilie nous gardent d’agir de même ! Prenons soin de la réalité de l’opuscule d’Alfred Schütz et du coffret où Diane de Selliers sut unir la main de Cervantès et celle de Garouste…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Espagne, Portugal
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Mardi 18 mars 2014 2 18 /03 /Mars /2014 19:24

 

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Illustration par Casajordi, reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur :

http://casajordi.blogspot.fr/ : link

 

 

 

 

 

Les Métamorphoses de Vivant, roman

II

Deuxième métamorphose :

Greenbomber, écoterroriste


 

Mousse verte… Débris de tomate verte purulents, sur les murs, sur le sol, sur mes pantalons… Le crâne sanglé, la tête en cabane. A part ça, je suis couché à peu près tranquille. Enfin ! C’est une sécurité constamment inquiète dans le presque noir, mais ferme, avec un point fixe et sauvage dans le cerveau. Le jour se lève à travers les planches. C’est la toile verte de mes pantalons, de mes manches. Sales, terreux, herbeux ; une bonne saleté. Qu’est-ce que je fais avec cette cagoule déjà, crasseuse, collante sur la nuque ? Surtout ne pas l’ôter, la renfoncer. Des bouquins. Ouf ! Dans un piteux état, sur une étagère faite d’un tronc à peine équarri. C’est l’écorce neigeuse, argentée des bouleaux.

Ça va mieux. Je ne suis pas une créature qu’on dénoyaute nue. Je suis un homme ; c’est déjà ça. Je suis… Qu’est-ce que je fais dans ce corps bien trop dégingandé pour moi ? Maigre et dégueulasse, le fond de culotte à même un tas de graminées à peine sèches… Ça repose. Courbatures. Il faut que je me secoue. Elle doit être là dehors, sur la piste au bas du lever du jour. On y voit tout à fait clair maintenant dans la cabane, à travers la vitre de récupération. Même cette vitre, c’est une technologie en trop ! Il doit me rester de la soupe d’orties froide d’hier soir. Mais… Je suis un autre ! Je sens comme une tumeur maligne dans un cerveau malin qui me ronge. Le cervelas de cette viande sèche mal fringuée aux godillots de peau de bestiole. Quelle horreur ! Cohérent. Je dois être cohérent. Débarbouiller ma fumée. Je suis cohérent. Je m’assoie sur mon séant d’herbes naturelles, des « feuilles d’herbes » de mon cher Whitman…

Debout ! Chassons ce technorêve d’un autre, d’un individu complètement bouffé par la société industrielle et de consommation irraisonnée des ressources naturelles. La phase mondiale du plan est pour ce matin. Une chance pour elle qu’elle ait ce nom d’animal fier et sauvage, d’animal nettoyeur des pourrissures. Je suis tout à fait clair. Tout à fait net. Sûr.

Je pousse la porte. Dehors, le bois est calme, frais. Allons ! Une petite défécation purgative et fertilisante dans le coin du potager. Quel frémissement par vagues dans les feuilles agitées des bouleaux… Au-delà, après quelques dizaines de pas, la montagne élève sa lumière brune et pure. Voyons si plus bas… Oui. Il semble que l’abomination technologique d’un véhicule à moteur à explosion soit éteinte à l’angle de la piste défoncée par les pluies. C’est l’action, l’opération cagoule verte ! Visiblement elle est seule, comme convenu, avec sa grosse caméra sous le bras.

Quoi ! Je divague avec ces sensations de montagne sale, cette auto-mise en scène en homme des bois ! Suis-je, une fois de plus, prisonnier d’un corps, d’un comportement et d’un appareil mental qui ne sont pas les miens ? Changé en qui ? Et à l’intérieur desquels je conserve par éclats l’effroi de mes pensées qui ne sont pas celles de mes perceptions…

Mais tout ça, c’est des mauvaises bribes, des conneries, des tentations psychotiques précomportementalisées par la société d’en-dessous et d’en-deçà… Ça s’écrase comme une caméra jetée contre le granit quand on n’en a plus besoin. Il faut pourtant en passer par là, par cette quincaillerie technologique pour faire entendre raison naturelle à ces scienthumains qui squattent et empoisonnent notre planète mère. C’est comme ces puissantes jumelles militaires qui me permettent de l’épier, immobile, son joli cul en jean contre la tôle verte de sa caisse de luxe. Après l’élimination de tous ces technoprisonniers, plus besoin de ces faux yeux de surprédateur.

Elle attend mon signal. Il suffit que je sorte de ce bosquet de bouleaux. Que sur la pelouse à bruyère et myrtille, je brandisse et agite mon drapeau de toile verte. Tiens, il me reste une grosse pomme de terre froide d’hier soir. Je m’en mets plein la bouche, la peau avec entre les dents… Ça se mâche comme du pain. A la source d’abord. Elle peut faire piétiner son joli cul en jean et ceinture de croco en se demandant si je lui ai pas posé un lapin, si je me suis pas foutu de son minois à cosmétiques. Cette eau froide et pure entre deux touffes d’herbe. Toute la géologie, l’histoire de la création de la terre est là. Ah, la conne ! Elle se minaude dans son rétroviseur extérieur. La voilà qui filme un coup sa bagnole, la gadoue des ornières, la pente et le fouillis plongeant des hêtres ; et pour finir le nuage violet qui s’écrase sur les montagnes de l’est. Ah, tu peux le filmer : il a une gueule d’apocalypse…

Voilà, c’est lancé. Elle a enregistré mon signal. Elle commence à grimper dans le caillou et la bruyère. On voit qu’elle a pas l’habitude. Elle est sûrement plus forte en salle de gym avec vélo d’intérieur et tapis roulant de simulation de marche… Oh, la croquignolette ! Elle a de mignons brodequins de montagne en croute de cuir de poussin vert. Son jean est vert d’eau, sans ceinture, sa chemise de bucheron vert-sapin et son blouson matelassé vert-cyprès. La stupide opportuniste ! Charognarde et caméléon avec ça… Elle croit me prendre par les sentiments avec son écologisme vestimentaire de magazine de mode. Pour moi, elle n’est qu’un instrument. Oh, elle trébuche ! Elle est capable de péter sa caméra en dévirant sur les pierres… Non, elle tient le coup. Il lui faut bien encore dix minutes de montée.

Un dernier tour d’horizon : le ciel propre, ni hélicoptère, ni avion. Pas un mouvement suspect, pas un mouvement de lumière à travers les forêts et les vallées. Elle a bien fait de prendre ma menace au sérieux. A moins qu’ils soient parfaitement camouflés. Non, son éthique n’est pas celle de cette morale judéo-chrétienne qui fonda le capitalisme, mais celle de son business, uniquement. Je suis pour elle un contrat. Surtout ne pas le rater. Ça foutrait en l’air son suspense, sans compter son mythe, si elle me faisait coffrer par les flics, l’armée et tout le toutim… Il suffit que je m’asseye dans cette conque granitique pour me protéger de tous les regards possibles, sauf satellites, peut-être, et à l’abri du rayon de la caméra de l’Hawks…

Qu’est-ce que c’est que ce dingo que je suis ? Et je ne peux pas me défendre de dire de telles démantibulations du bulbe ? Je suis devenu trouffion de quelle secte ? Et pas moyen de se faire entendre de celui-là ! Il a la tête plus dure que son granit. Il a du faire du zen ou du yoga pour cesser de penser d’un coup comme ça. Si ça suffit pas d’être empaffé dans sa tête de bois d’arbre, je vais bientôt me retrouver en tôle et camisole en plus de ça ! Horreur, voilà que j’emploie son genre de vocabulaire. C’est un coriace qui va pas me lâcher au doigt et à l’œil, comme un cornichon dans son aigre bocal. J’ai ses mains de singe, ses dents cariés sous la langue, je peux même la bouger sous mon propre contrôle, trouver mes gencives croûteuses, mes incisives plâtrées de vieille boufffe salivée… Heurk… Et j’ai ses mots, ses phrases, je lui parle tout haut, tout seul, et ce sont mes lèvres que je sens s’ouvrir et se gercer dans le vent cisaillant de cette crête vide et pelée. Comment puis-je être un ténébreux pareil, avec ces mains couleur de thé usagé ? Qu’est-ce qu’il est parti pour me faire faire ? Avec son crâne dur de tortue malade et vénéneuse… Je suis changé en dément, et je ne peux pas m’en décoller de toutes mes fibres et de tous mes pores… Ah, l’horreur ; ça me passe partout quand nous parlons, comme la fuite d’un rat dans l’œsophage…

-Arielle Hawks ?

-Greenbomber ?

-Lui-même. En vert et en os. En vert et contre tous.

-Je doute que les plus élémentaires lois de l’hospitalité vous permettent de m’offrir un thé chaud…

-A moins que je laisse infuser mes mains dans l’eau de source glacée.

Je vis alors, à travers une pupille et un nerf optique qui n’étaient pas les miens et que je sentais pourtant s’animer d’influx comme étant partie intégrante de ma chair et de mes réactions, le visage d’Arielle Hawks cicatrisé par une moue de répugnance à la vue de mes ongles craquelés et jaunâtres, de leur quart de lune charbonneux, des plis nombreux et bruns de mes mains ensuifées, de mes manches cartonnées de crasse scintillante, sans compter la loque serrée de ma cagoule, dont la laine et le cuir sentaient la brebis chaude et le sanglier crouteux… Comment pouvais-je tenir ferme dans cet état immonde et devant l’Hawks, alors qu’un sixième sens venu d’on ne sait quel moi m’avertissait que le parfum de l’églantine, dans la vallée, l’avait frôlée ? Elle posa l’étui de cuir glacé de sa lourde caméra, s’accroupit et se mit à l’ouvrir. Puis elle braqua d’abord l’objectif vers le demi-cercle des montagnes bleues et voilées.

-Monsieur Greenbomber voit-il un inconvénient à ce que je prenne quelques plans du paysage ?

Pas le moindre.

-Vous ne craignez pas qu’on reconnaisse les formes des sommets ? Le dessin des vallées ?

-Ils ne sont guère caractéristiques. Du moins pour qui ne sait pas les aimer.

-Et si on les identifiait ?

Aucun problème, Mademoiselle Hawks. Cette cabane n’a aucune importance. Je n’ai pas le goût bourgeois de la propriété. Peut-être n’est-ce pas la bonne cabane. Et s’il faut effacer les traces, la brûler…

L’aisance de son coup d’épaule pour enfourcher la caméra me surprit. J’aurais voulu lui dire quelque chose alors que l’homme en quoi j’avais été changé prit ma place. Ou plutôt, une fois extériorisé, je devins, une fois de plus et sans cesse, lui.

- Greenbomber… Qui êtes-vous?

-Vous êtes une humoriste accomplie, Mademoiselle Hawks…

-Je ne vous demande pas d’ouvrir votre passeport. Ni votre sale cagoule.

-Quoi d’autre alors ?

-Vos motivations, votre stratégie. Votre sensibilité humaine, si vous en avez une.

-Je veux ça partout.

-Quoi ?

-Regardez. Tout ce qui s’étend sous le cercle de mes bras. Sous l’œil de votre satané bordel d’appareil qui s’obstine à rester braqué sur moi. Le bosquet de bouleaux. La source. La cabane de rondins. Ce serait mieux si elle avait été faite de pierres trouvées et de bois mort. Ciel et cirrus, montagnes, forêts et gorges rocheuses intouchées. Le vierge, le vivace, le bel aujourd’hui naturel. L’homme à l’orteil léger sur l’herbe aux mille espèces, du lichen à l’épicéa, de la bactérie au cerf, de la coccinelle à l’oiseau, des larves aux papillons. Le vent pur et libre.

-Résumons-nous, Greenbomber. Dix-huit attentats. Dont sept revendiqués. Onze légendairement attribués. Vous êtes un mythe pop. On vous consacre une cinquantaine de sites sur Internet. Une bibliographie dans la presse mondiale à faire couiner d’envie le Pape et le Dalaï-lama. Les philosophes Michel Foucault et Jean-François Revel vous ont chacun consacré un essai. Un éditeur de San-Francisco a imprimé vos libelles suivis d’une hagiographie avec du sang humain sur quatre-vingt feuilles d’érable reliées en écorce. Vos courriers sous papier recyclé ont tué à l’ouverture vingt-trois personnes, dont une fillette de trois ans, et blessé dix-sept autres aux Etats-Unis, Canada, Mexique, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni et Russie. Plus le Japon, Hong-Kong et l’Australie. L’une de vos victimes vit à Bilbao avec quatre membres artificiels et un convertisseur vocal sur le larynx. Avez-vous pitié ?

-Non.

-Quelques-unes de vos victimes sont innocentes de tout ce que vous reprochez à l’homme civilisé.

-Non. La fillette dont vous parliez, en tant que petite fille de l’industriel milanais de la chimie Giancarlo Frescobaldi, n’avait aucune chance d’échapper au déterminisme éducationnel de son milieu.

-Et sa nourrice ?

-Idem. En tant que valet du capitalisme technologique, elle était sa prisonnière autant que sa complice et sa justification. Je l’ai délivrée.

-Vous êtes abominable, Greenbomber ! Un monstre !

-Tout doux, l’Hawks… Allons, je vais vous consoler d’un scoop. Parmi les onze attentats au courrier piégés qui me sont attribués, huit sont de mon fait. Seulement trois ont été réalisés par des fans, des imitateurs quelconques.

-Lesquels ?

-Celui de Sydney. Bien que j’aurais pu m’en charger. Il est parfaitement en accord avec mes vues.

-Pourtant… Saül Dutchberger… Le directeur de l’Opéra ! On ne peut pas dire qu’il complotait contre la nature.

-Erreur, l’Hawks. Toute culture est une injure à la nature. Il régnait sur son architecture à coques de béton, contribuait à massacrer des arbres pour faire hurler Stradivarius et Amati, et, suprême trahison envers Gaïa sa mère, a fait jouer l’opéra de Constanz Walz : Technic voices, dont les voix ne sont restituées qu’après un passage par des filtres électro-acoustiques. Celui-là méritait également de crever d’un éclatement de l’estomac. Quant à ce Walz, il saura qu’il ne peut plus ouvrir la moindre lettre, le moindre colis, de sa courte vie.

-Et les deux autres ?

-Munich.

-Christa Hebbel. La Présidente du parti des Verts. Et son secrétaire. Je comprends.

-Vous ne comprenez rien ! Là encore celui qui a fait cela a mon entier soutien. On ne peut être vert sans être radical. Ses arrangements avec le pouvoir n’étaient qu’une stratégie de corrompute, de salope !

-Et sexiste avec ça !

-La forme de son cul ne change rien à l’affaire.

-Et le dernier ? L’approuvez-vous également ?

-Clermont-Ferrand ? Non.

-Là, j’avoue, je ne comprends pas… Le directeur de recherche du Centre de Transgénie Végétale. Cela doit être pour vous une évidence que de désapprouver les manipulations génétiques sur les plantes agricoles…

-Celui qui lui a arraché la tête avec le colis qu’il a déposé dans sa voiture électrique n’est qu’un amateur. A un second regard, cet apprenti-sorcier de Marc Olivenstein prépare la revanche de la nature. Ses plantes modifiées deviendront folles contre l’homme en obéissant à la raison inconnue de Mère Nature.

(…)

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie


Voir : Les Métamorphoses de Vivant, roman : Synopsis et sommaire


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L'écologiste par Casajordi

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Les Métamorphoses de Vivant, roman
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Sonnets

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A une jeune Aphrodite de marbre

Phénix, Anthologie de sonnets

Shakespeare : Sonnets en traduction

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Barrett Browning et autres sonnettistes

Pier Paolo Pasolini : Sonnets

Vikram Seth : Golden Gate

Robert Marteau : Ecritures

 

Sorrentino

Ils ont tous raison

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Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

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Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

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Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

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Stifter

Dans la forêt de Bavière

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Strauss Leo

Pour une éducation libérale

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Stalker, nucléaire et métaphysique

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Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

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Tavares

Un Voyage en Inde

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Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

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Tellkamp

Uwe Tellkamp : La Tour

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Tesich

Karoo ou la revanche de l’anti-héros

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Thoreau

Journal de la désobéissance civile

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Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Arendt : banalité du mal et de la culture

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

« Hommage à la culture communiste »

Ampuero : la faillite du communisme cubain

La Tyrannie qui vient

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique

Capek : La Guerre des salamandres

Tejpal : La Vallée des masques

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai

Communisme 2

 

Trias de Bes

Fernando Trias de Bes : Encre

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, feuilleton satirique de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

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Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

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Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

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Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

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Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

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Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

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Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

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Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

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