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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:05

 

Voltaire : Mélanges, 1764.

 

 

 

 

La Théologie portative du baron d’Holbach :

 

une charge pleine d’humour contre les tyrannies

 

et momeries des religions.

 

D’Holbach : Théologie portative, Rivages poche, 306 p, 9,60 €.

 

 

 

      « Ecrasez l’infâme ![1] », c’est ainsi que le fanatisme religieux était conspué par Voltaire. Il restait pourtant déiste, comme Rousseau. Alors que d’autres philosophes des Lumières, Helvétius, d’Holbach, étaient résolument athées. On connait le Dictionnaire philosophique portatif de l’auteur de Candide. D’Holbach lui répond avec sa Théologie portative, texte rare, judicieusement réédité et préfacé par Raoul Vanegem, situationniste notoire, qui nous rappelle que l'édition de 1776 fut condamnée par le Parlement de Paris à être brûlée de la main du bourreau. Peu prompt à la crédulité et à la bêtise instituée en dogme, notre baron fait feu de toute ironie et raison.

 

      Publié à Londres en 1768 sous un faux nom (l’abbé Bernier), et non sans succès, l’exercice est savoureux, percutant, ravageur : « saintes persécutions » et « saintes boucheries » emplissent l’Avertissement de l’auteur. De « Aaron » à « Zoroastre », ce n’est pas exclusivement le christianisme qui est visé : « Mahométisme. Religion sanguinaire dont l’odieux fondateur voulut que sa loi fût établie par le fer et par le feu. On sent la différence de cette religion de sang et de celle du Christ qui ne prêcha que la douceur, et dont, en conséquence, le clergé établit ses saints dogmes par le fer et par le feu ». S’attaquer à des cultes alors lointains permet de dévoiler par rebond la face torve et ridicule du papisme. Ainsi les « effets » de la Foi « sont de plonger dans un saint abrutissement accompagné d’un pieux entêtement, et suivi d’un fort mépris pour la raison profane ». La tyrannie mentale ne demande qu’à s’évanouir après son dévoilement.

      Les quelques centaines de brefs textes de ce « dictionnaire abrégé » témoignent de la culture étonnante de son auteur autant que de son humanisme au service de la liberté de pensée et d’action. Et d’une franche bonne humeur : « Amour. Le Dieu des Chrétiens n’est point galant, il n’entend pas raillerie sur le fait de l’amour ». Voire d’un franc rire que l’on goûtera sans barguigner : « Ciboire (saint) : vase sacré, dans lequel, pour le garantir des rats, les prêtres catholiques renferment pour le besoin un magasin de petits dieux, qu’ils font manger aux chrétiens quand ils ont été bien sages ». Toutes les puérilités et momeries sont bonnes pour être avalées par les sectateurs et les fidèles. Si l’on veut retrouver l’esprit des libertins du XVIIIème siècle, lisons ce qu’il dit des « Flagellations » : « Saintes et salutaires fessées que se donnent les chrétiens les plus parfaits dans la vue de mortifier la chair, de rendre l’esprit gaillard et de mettre en goguette le Père des miséricordes, qui rit dans sa barbe divine toutes les fois qu’on lui montre un derrière ou un dos bien et dûment étrillés ; surtout dans un chœur de nonnes et de moines, ou dans l’anti-sacristie, qui est le fessoir des dévotes ».

      On saura au mieux l’abjection des sicaires du christianisme, -mais sans exclusive- prétendant servir leur paisible Christ abonné à l’amour d’autrui (et jusqu’à ses ennemis) lorsque l’on ouvre cette Théologie portative à la page de l’ « Auto da fé. Acte de foi, régal appétissant que l’on donne de temps à autre à la Divinité. Il consiste à faire cuire en cérémonie des hérétiques ou des Juifs pour le plus grand bien de leurs âmes et pour l’édification des spectateurs ». D’Holbach n’omet pas d’ajouter à cette analyse un coup de griffe contre « la sainte Inquisition […] qui se divertit à cuire les œuvres impies de Galilée, de Descartes et de tous les philosophes qui se donnent des airs d’être plus raisonnables que les savants inquisiteurs ». Nul doute que notre baron pensait également aux auteurs des Lumières.

     Paul-Henry Dietrich, Baron d’Holbach (1723-1789), abondant collaborateur de l’Encyclopédie, en particulier pour la chimie, était un familier des publications sous pseudonyme, censures et poursuites obligent. Son Christianisme dévoilé ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne, parut à Londres, sous le nom Boulanger, en 1767. L’ouvrage, érudit en diable, est un réquisitoire polémique dans les grandes largeurs, qui taille en pièce le christianisme, au moyen du rationalisme, en lui reprochant de ne guère contribuer à l’émancipation du genre humain. Contemporain de Kant, il ne ménage pas le « Sapere aude » (Ose savoir) de Qu’est-ce que les Lumières ? Au point de faire table rase de toute possibilité religieuse au profit d’un athéisme aussi radical que revigorant. Ainsi, rester un fidèle de quelque culte que ce soit relève, après cette lecture incisive et roborative, de la gageure.

 

      Fabrique d’illusion et outil d’asservissement, la religion ne bénéficie d’aucune ombre d’indulgence de la part de l’essayiste en son dictionnaire presqu’exhaustif. Tout juste pourrait-on reprocher à ce pamphlet sans pitié ni piété, et un peu à l’emporte-pièce, mais c’est là la rançon de l’exercice, de négliger le pouvoir d’empathie et de pardon du clergé chrétien, sa modeste contribution à la morale, et sa contribution immense à la sphère artistique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, novembre-décembre 2015

 

[1] Dans ses lettres à Damilaville.

 

Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:50

 

Edition Samuel Thiboust, 1626.

 

 

 

Des romans grecs et latins

 

et de l’avenir des Anciens

 

 

Romans grecs et latins,

sous la direction de Romain Brethes et Jean-Philippe Guez,

Les Belles Lettres, 1238 p, 49 €.

 

Pierre Judet de La Combe :

L’Avenir des Anciens. Oser lire les Grecs et les Latins,

Albin Michel, 208 p, 18 €.

 

 

 

 

      « Lecteur, attention : tu vas bien t’amuser. » commence Apulée en ses Métamorphoses. Le roman, croit-on, date des langues romanes, de la Chanson de Roland, de leurs premiers grands avatars modernes plantés par Rabelais et Cervantès à la fin du XVIème et au début du XVIème siècle. N’oublierait-on pas de nécessaires précurseurs, qui n’ont rien à envier, en fait de talent, aux plus prestigieux narrateurs modernes ? Ce sont en effet bien des romans, même s’y l’on y connaissait pas ce terme, qui sont nés parmi l’Antiquité. Quoique nous ne puissions en lire qu’une poignée, réchappée de la disparition des manuscrits, puisque des fragments sur papyrus ou des témoignages byzantins laissent à penser que des dizaines d’autres avaient été écrits. Cependant survivent ici sept Romans grecs et latins majeurs, en de nouvelles traductions, présentés par Romain Brethes et Jean-Philippe Guez. Héros splendides, rebondissements, amours délicieuses, mais aussi satire et sexualité débridée, ces romanciers ressurgis tout brillants de l’ombre du temps peuvent nous surprendre, nous ravir, nous estomaquer… Voilà déjà une raison suffisante pour oser lire les Grecs et les Latins ; et, n’en doutons guère, Pierre Judet de La Combe saura nous convaincre d’abondance avec d’autres arguments de L’Avenir des Anciens.

 

      Entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, ils sont d’une part grecs, ce sont cinq romans ; et d’autre part latins, ces derniers par Apulée et Pétrone. Les premiers aiment les amours idéales, les seconds des amours plus scabreuses pour le moins… Issus de la culture sophistique, probablement étaient-ils destinés à un lectorat un peu plus populaire, mais également raffiné, que celui des philosophes et des historiens, quoique l’on soit réduit en cette question à des suppositions. Ils sont truffés d’allusions et de citations, d’Homère à Ovide, que les notes des traducteurs et préfaciers, Romain Brethes et Jean-Philippe Guez, éclairent avec précision. Les romanciers grecs se réfugient dans un nostalgique monde hellénique que l’empire romain n’aurait pas souillé, ceux latins ne se privent pas se gausser de leur société, voire de leur empereur.

      Les vicissitudes de deux beaux adolescents, deux amants séparés, confrontés à de nombreuses et dangereuses péripéties, entre naufrages et attaques de brigands, vont atteindre l’acmé d’un mariage brillant, ou de retrouvailles bienheureuses, ainsi pourrait-on grossièrement résumer Callirhoé de Chariton, les Ephésiaques de Xénophon d’Ephèse et les Ethiopiques d’Héliodore. De même Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius, quoiqu’avec le sel d’une réelle pointe d’humour. Plus modeste et pastoral, quoique toujours amoureux, Daphnis et Chloé de Longus est nettement plus connu : ses vertus, tant morales que poétiques, dans un cadre délicieusement pastoral, lui valurent de nombreuses traductions, dont celle, fameuse, de Paul-Louis Courier, et fit les beaux jours des illustrateurs, des peintres et des musiciens, si l’on pense à Maurice Ravel. Sa simplicité narrative contraste alors fortement avec la complexité des Ethiopiques, dans lequel Théagène et Chariclée voyagent des rives de la Méditerranée, par le Nil jusqu’aux immensités de l’Ethiopie, engrangeant maints récits emboités. L’amour et la chasteté fidèles sont heureusement récompensés au bout de pathétiques et initiatiques aventures idéalisées. Ce qui n’est pas sans montrer l’évolution des mœurs, entre éros et mariage. Bientôt l’amour et l’union maritale, dans une perspective stoïcienne, se veulent unis, et tenus par la fidélité conjugale, même si quelques accrocs tempèrent le précepte : Challirhoé se remarie avec Dyonisios, Daphnis est initiée par Lycénion, on couche diversement chez Achille Tatius. La supériorité sociale de l’homme libre est associée à l’ascendant moral féminin. A cet égard le Satiricon peut être considéré comme une parodie, où la féminité des personnages masculins est considérée comme une transgression de l’ordre viril, tandis que la métamorphose en âne chez Apulée est une image de l’excessive lubricité. Remercions alors nos préfaciers de ces éclairages sur l’ambition narratologique, intellectuelle et rhétorique de ces romans, quoiqu’en la demeure Xénophon d’Ephèse soit un conteur un peu plus fruste, néanmoins plaisant. Surtout que la patience du lecteur s’accommode des discours parfois pour nous superfétatoires qui émaillent le récit, ainsi que des ekphrasis, décrivant des tableaux, comme chez Lucien, ce sont de beaux exercices oratoires et rhétoriques tels que les Anciens les recommandaient…

      Outre le fil principal, on aimera mille histoires, comme chez Achille Tatius, prouvant la puissance d’Eros : celle des palmiers amoureux, qui obligent le paysan à « prélever une pousse du palmier femelle pour la greffer dans le cœur du mâle ». Histoire qui est un peu une mise en abyme du roman en son entier. Car, comme le dit le vieillard de Longus, « il n’existe aucun remède l’amour, aucune boisson, aucun aliment, aucune formule que l’on puisse prononcer. La seule chose à faire est de s’embrasser, de s’étreindre, et de se coucher nus corps contre corps ». Reste à découvrir comment Daphnis et Chloé consentiront à ce dernier remède…

Gravure de l'édition de 1713 du Satiricon de Pétrone.

 

      En revanche, sur l’autre versant, la sexualité plus réaliste est carrément salace, le style pur se change en verdeur, le rire est bien plus leste, voire graveleux, comme lorsqu’Encolpe s’adresse à sa « mentula » (sa « bite », précise s’il en est besoin une note) : « mais elle, détournant la tête, gardait les yeux fixés au sol, / sans que ce visage tressaille à ce discours », tout ceci en vers, s’il vous plait !  Il est en effet permis se livrer à de picaresques orgies parmi le roman de Pétrone. On se souvient que ce Satiricon devint, grâce à la caméra de  Fellini, un film d’une grande truculence. Ce texte, aux fragments venus de diverses éditions et redécouvert en 1688 à Belgrade, est pourtant truffé de lacunes, le manuscrit nous étant incomplètement parvenu, depuis l’époque de Néron où il fut composé. Il n’en reste d’ailleurs que les livres XV et XVI, ce qui laisse augurer de l’immensité de l’œuvre originelle. L’élégance stylistique de l’auteur s’y oppose avec le parler vulgaire des personnages. Escroc, filou, baratineur, amateur cependant de poésie, Encolpe, flanqué de ses acolytes, Ascylte et Giton, parcourt l’Italie, enchaînant les liaisons et les bagarres. Ils sont emprisonnés par la prêtresse du dieu Priape, invités au festin gargantuesque de Trimalcion, en un palais fastueux, subissent tortures et naufrage, enlacent les joutes sexuelles. Giton, dont le nom est devenu le nom commun pédérastique  que l’on sait, par antonomase, est un adolescent dont la frêle beauté suscite les désirs les plus fous. S’agit-il d’une virulente et leste satire des débauches de la cour de Néron ? Ou de la société tout entière, comme Eumolpe le souligne : « Il n’est pas de femme si pudique, qu’un amour adultère ne pousse à toutes les folies. » Et de raconter l’histoire emboitée de la fameuse « Matrone d’Ephèse », pour le plaisir des rieurs débauchés, d’Encolpe la « tapette », car le traducteur ne s’égare pas en vaines pudeurs, y compris envers le valet Corax qui « levait la cuisse régulièrement et emplissait la route d’un bruit répugnant et d’une odeur fétide », ce qui attise les rires de Giton. Plus loin, la belle Circé accable d’injures l’impuissance d’Encolpe : « Mes baisers te répugnent-ils ? Mon haleine est-elle gâtée par le jeûne ? Mes aisselles dégagent-elles des effluves de sueur malpropre ? Ou bien si ce n’est pas ça, c’est parce que tu as peur de Giton, j’imagine ? » En fait de roman comique, voire pornographique, les Romains ont bien d’hilarantes leçons à nous donner…

      Que faut-il choisir, s’il faut choisir, parmi cet admirable pavé aux pages soyeuses, à la reliure et jaquette immaculées de mystère ? Tout ! À moins de converser en toute jubilation avec Les Métamorphoses d’Apulée, pour participer d’abord à une fête du dieu du  Rire. Il faut alors compatir avec un homme qui paie sa curiosité pour une malsaine magie en se voyant changé en âne savant. Chargé d’un bon nombre de coups de bâton sur son échine asine, il se voit contraint de coucher ainsi fait avec une admiratrice. Rassurons-nous, il va tôt ou tard pouvoir enfin brouter les roses convoitées et ainsi retrouver sa dignité humaine. Mieux, le dénouement sera bienheureux, enfin teinté de mysticisme en découvrant la vraie voie de la sagesse.

      On se souvient peut-être que La Pléiade avait publié, en 1958, une semblable anthologie, Romans grecs et latins, sous l’autorité et la traduction (intégrale !) de Pierre Grimal. Il n’est pas insultant de vouloir offrir aux Belles Lettres, un bon demi-siècle plus tard, de nouvelles traductions. En outre, le programme n’est pas à l’identique. Ces deux volumes ont en commun Pétrone et Apulée, Chariton et Héliodore, Longus et Achille Tatius, quand La Pléiade ajoutait la Vie d’Apollonios de Tyane et de Lucien l’Histoire véritable et La Confession de Cyprien. Cependant les Belles Lettres offrent l’introuvable roman de Xénophon d’Ephèse : Les Ephésiaques… Et si l’on s’aventure à comparer les traductions, l’on sera peut-être moins touché par celle de Pierre Grimal, qui, dans Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius, écrit : « Cette histoire, à mesure qu’il la chantait, finit par m’embraser toute l’âme encore davantage, car les histoires d’amour attisent le désir, et l’on a beau s’exhorter à être raisonnable, l’exemple vous excite à agir de même, surtout lorsque cet exemple vient de quelqu’un qui est au-dessus de vous ». C’est avec plus d’élégance et de persuasion que traduit Jean-Philippe Guez : « Cette chanson eut pour effet de mettre mon âme en feu. C’est que les histoires d’amour donnent du combustible au désir. On a beau se réprimander, s’exhorter à être raisonnable, l’exemple incite à l’imitation, surtout quand il vient de plus puissant que soi. » Au contraire du classique préjugé qui veut faire de Madame de Lafayette, avec La Princesse de Clèves, la mère du roman psychologique, on admettra que les Grecs avaient avant elle le sens de l’analyse des mouvements de la passion, sans compter celui de la maxime à la façon de La Rochefoucault. Certes Madame de Lafayette saura faire évoluer considérable la psychologie de son héroïne alors que Leucippé et Clitophon restent à cet égard plus statiques ; mais non moins attachants. Reste que ces romans grecs aux jeune héros idéalisés ont été les modèles de nos romancières précieuses du XVIIème, comme Mademoiselle de Scudéry, avec sa Clélie, histoire romaine.[1] Enfin de tels romans rafraichis par l’éclat de la traduction nous font d’autant plus regretter la disparition, peut-être inéluctable, des papyrus couverts par les romans historiques ou merveilleux, dont on ne connait que de minces bribes, voire les seuls titres : il nous reste à imaginer les Histoires incroyables de l’au-delà de Thulé d’Antonius Diogène, ou les Babulôniaka de Iamblikhos, farci de « brigands cannibales, abeilles au miel empoisonné, fantôme de bouc lubrique, sosies, quiproquos », comme le rapportent les préfaciers, Romain Brethes et Jean-Philippe Guez…

      La lecture de ces Romans grecs et latins est si aisée, en un français limpide, en d’élégants et satiriques enchaînements, que l’on se demande bien pourquoi on devrait s’encombrer d’éditions bilingues, et d’étudier nous-même, et fortiori de faire étudier à nos enfants, les textes grecs et latins originaux. Laissons cela aux quelques spécialistes patentés. À moins de défendre le difficile et exaltant exercice du maniement de langues mortes dont l’Education nationale débarrasse nos jeunes têtes blondes et brunes, dans le cadre de son égalitaire réforme des collèges. Hélas, il semble que l’école « ne s’intéresse pas à la lecture approfondie des textes », accuse Pierre Judet de la Combe.

      Ces romans participent ils de L’Avenir des Anciens ? Le surprenant oxymore est révélateur de la fonction du passé, de l’Histoire, qui nourrissent notre capacité à construire un avenir et une civilisation aux richesses augmentées. C’est à une vibrante plaidoirie que se livre Pierre Judet de la Combe, directeur à l’Ecole des Hautes Etudes et traducteur d’Eschyle et d’Aristophane.

      « Elitiste », cette tentation de rejoindre des classes d’hellénistes et de latinistes ? Certes ; et nous avons besoin d’élites, ce qu’ose à peine dire cet érudit, quoiqu’il prétende, « malgré les injustices et les inégalités de fait, que tous aient le droit de faire l’expérience de savoirs accomplis ». Et nous ajouterons savoirs accomplis donc d’élite, qu’il s’agisse d’un helléniste, d’un boulanger, d’un concepteur de logiciel ou d’un carrossier.  Car cette tentation élitiste est plus égalitaire qu’il ne semble, puisque venu des milieux les plus modestes, rien n’interdit de souhaiter la rejoindre pour s’émanciper, se libérer, et pour se distancier des classes où règne le chahut et la médiocrité, ce que n’ose pas dire notre essayiste. De même semble-t-il reculer devant l’impolitiquement correct en ne voulant pas défendre ces langues comme parts du patrimoine identitaire. Quoique l’on partagera sa méfiance entre les références à tout crin aux Anciens si l’on se souvient combien les régimes fascistes se sont réclamé de Rome et des Aryens… La relation à l’Antiquité gréco-latine peut et doit être esthétiquement, intellectuellement et moralement fondatrice, alors que bien d’autres civilisations, pourtant valeureuses, ne bénéficient pas d’un tel substrat : « cette expérience a une valeur en soi, intellectuelle, pédagogique, sociale, et politique ».

      La traduction, c’est « reconstruire le chemin de l’auteur », c’est enfin un déplacement de la perception et de la construction du mental et du monde, une ouverture à une réelle altérité, qui permet la joie de faire revivre par soi-même les textes. L’auteur ne cite-t-il pas des fragments de Virgile ou de Catulle traduits de manière stupéfiante par des élèves de collège, dont un Pierre-Nicolas : « Ma langue s’assoupit, sous mon corps une légère / Chaleur coule, de leur propre / Bruit mes oreilles bourdonnent, mes lumières jumelles / Sont couvertes d’un voile de nuit »… C’est ainsi que se révèle « la force extraordinaire de la plupart des œuvres poétiques, philosophiques, historiennes anciennes ». Ce dans le cadre d’une « école de liberté, une école lente », car faite d’abnégation devant le travail et les œuvres. Ce qui est d’une bien plus haute portée que la simple consultation sur Internet en vue de s’informer, alors qu’il s’agit de recréer et se créer. Il s’agit d’ « ouvrir l’accès à ce que les cultures offrent de plus fort », au-delà d’un pitoyable, paresseux et démissionnaire relativisme, au-delà du pauvret et paresseux « Enseignement Pratique Interdisciplinaire » sensé remplacer l’étude du grec et du latin, devenus « langues et cultures de l’Antiquité », les évacuer plutôt, dans une entreprise de nivellement par le bas de l’éducation[2], au même niveau que des clichés idéologiques au intitulés ronflants, tels « Transition écologique et développement durable » ou « Information, communication, citoyenneté ». Qu’apprendront de solide nos enfants ? Saura-t-on là combien de mots et de concepts grecs et latins irriguent le droit, les sciences, la rhétorique ? Combien « démocratie », « technique », « art », « philosophie » sont redevables à ceux qui nous précédés, qu’ils soient poètes, historiens, ou encyclopédistes, comme Pline l’Ancien…

      Peut-on avec les Grecs, oser un autre rapport au divin : plutôt que la conversion, la foi et le fanatisme, une conviction que les dieux (pluriels) « organisaient le monde et la vie »… Et changer notre idée du religieux… Pierre Judet de la Combe confronte alors la pensée biblique avec la pensée grecque. Ainsi la Théogonie d’Hésiode nous enseigne la multiplicité et l’historicité des récits de création du monde. La richesse de sens des Muses, de Prométhée et de Pandore éclate aux yeux du lecteur.

      Ne se rend-on pas compte combien facilement la mythologie gréco-romaine peut fasciner enfant et adolescents, combien des grande épopées, d’Homère et de Virgile peuvent les électriser. Se livrant avec un vertigineux brio à un défi de littérature comparée entre l’Iliade (dépliant la perplexité du premier vers de « colère »), l’Odyssée et l’Enéide, notre auteur ose les rapprocher avec les mangas japonais, ce qui est bien loin d’être une idiotie. Il lit le théâtre des origines, des « Atrides au soleil », comme une fulguration tragique, mais aussi une « solution esthétique ». Les structures de l’esprit humain, du combat entre le bien et la mal, du destin d’une nation ou idéaux des héros ont en effet quelque chose d’universel.  Ainsi une culture classique n’empêche pas, au contraire, de s’intéresser aux auteurs japonais, ou à la science-fiction, dont la dimension imaginative forme également nos chercheurs en nouvelles technologies. Pensons à cet égard à l’alliance d’Homère et de la science-fiction réussie par Dan Simmons dans Ilium et Olympos[3].

      Hors une illustration de couverture street-art fluo d’un goût discutable et démagogique, la réflexion de Pierre Judet de la Combe est indispensable et salutaire. Malgré quelques bévues criantes : qualifier l’arrivée de l’Islam en notre société, après le colonialisme,  de « juste retour des choses », c’est se tromper lourdement sur la justice de l’Islam, fondamentalement régressif et totalitaire[4]. On a parfois la sensation que face aux cultures exogènes, il tente de se prémunir de l’accusation d’une possible universalité venue des civilisations occidentales. Et lorsqu’il encourage à l’étude de l’arabe classique, qui est aussi une indispensable voie vers la connaissance, il ne faudrait pas perdre le sens des hiérarchies intellectuelles, tant l’on sait que bien des philosophes arabes restaient des commentateurs d’Aristote et de Platon, tant l’on doit savoir que la lecture des textes religieux de l’Islam révèle leur vérité bien trop fanatique et violente[5]. Enfin, mettre sur le même plan la fonction du langage biblique et coranique, c’est faire une confusion entre le verbe divin donné aux hommes pour qu’à la suite de l’arche d’alliance ils usent autant de la crainte de Dieu que du libre arbitre, d’une part, et, d’autre part, la parole incréée d’Allah destinée à la répétition et à la soumission…

      Notre essayiste se garde d’évacuer la question de l’esclavage antique, de la condition servile des femmes, quoique tous les Anciens n’étaient pas aussi tyranniques à cet égard. Ce dont témoignent la pratique de l’affranchissement, la critique du fondement de l’esclavage chez Euripide et les Sophistes ; et ce qu’avec anachronisme nous appellerions « féminisme », dans le personnage de Médée, se vengeant de la trahison maritale, ou chez Aristophane quand, dans Lysistrata, les femmes, excédées par l’appétit masculin pour les campagnes guerrières, décident la grève du sexe.

      La plaidoirie de Pierre Judet de la Combe, cependant claire et généreuse, nous rappelle à la nécessité de conserver notre mémoire pour instruire notre futur. Il y a non seulement une dimension esthétique dans l’art et la littérature des Grecs et des Romains, mais une dimension éthique : ne sont-ils pas à la source de notre démocratie (défendue par Démosthène), de nos Historiens, de nos philosophies politiques ? C’est bien ce que confirme Leo Strauss : « Tous les espoirs que nous nourrissons, dans les confusions et les dangers du présent, reposent, que ce soit positivement ou négativement, sur les expériences du passé. Parmi ces expériences, la plus large et la plus profonde, en ce qui nous concerne, nous autres Occidentaux, est désignée par les noms des deux cités Jérusalem et Athènes. L’homme occidental est devenu ce qu’il est et il est ce qu’il est par la conjonction de la foi biblique et de la pensée grecque. Pour nous comprendre nous-mêmes et pour éclairer notre chemin non-frayé vers l’avenir, nous devons comprendre Jérusalem et Athènes.[6] »

 

      Relisons donc, à l’égal de la Bible, de Platon, d’Aristote et de Lucrèce, les Romans grecs et latins, archéologie du romanesque et modèles véritablement originels de héros et d’aventures, d’idéaux et de satires des mœurs… Et si l’on veut se convaincre encore de la nécessité de lire ou relire les Anciens, ouvrons au hasard le Petit manuel de campagne électorale de Quintus Tullius Cicéron (frère du grand orateur), écrit à Rome au Ier siècle avant notre ère : « il me faut à présent te parler des rapports avec le peuple, qui forment l’autre partie d’une campagne. Elle exige de connaitre le nom des électeurs, de savoir les flatter, d’être constamment auprès d’eux, de se montrer généreux, de veiller à sa réputation, de faire miroiter des espérances politiques[7] ». Nos candidats et nos électeurs ont-ils assez entendu les Anciens pour assurer leur démagogie et notre avenir ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Madeleine de Scudéry : Clélie. Histoire romaine, Honoré Champion, 2001.

[6]  Leo Strauss : Pourquoi nous restons juifs. Révélation biblique et philosophie, traduit de l’anglais par Olivier Sedeyn, La Table ronde, 2001, p 135.

[7] Quintus Tullius Cicéron : Petit manuel de campagne électorale, traduit du latin par Nicolas Waquet, Rivages poche, 2015, p 36.

 

 

28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 19:32

 

 

 

 

Battle royale romanesque :

 

une japonaise et cruelle téléréalité politique

 

Koushun Takami : Battle royale,

traduit du japonais par Patrick Honnoré et Tetsuya Yano,

Calmann-Lévy, 2006, 576 pages, 24 € ; Le Livre de Poche, 2008, 8,60 €.

 

 

 

      Télé-réalité, jeu vidéo, ou littérature ? La frontière semble bien fragile entre scénario détaillé d'un jeu à suspense et fresque narrative sur les peurs et les pulsions qui animent nos sociétés modernes. Une île japonaise est le théâtre d'une opération militaire qui ressemble à s'y méprendre à celles de nos écrans. Le tout dans un roman trépidant et racoleur paru en 1999 au Japon. À moins d’imaginer de le lire au second degré, comme une satire de la pulsion de jeu, de guerre et de mort qui irrigue et pourrit notre anthropologie, notre contemporain et nos anti-utopies.

 

      Nous sommes dans un Japon non daté, cependant inféodé au XXème siècle, que gère un régime tyrannique mené par un « Reichsführer », ce qui est la marque d’un fantasme associé au fascisme nazi. De solides barrières protègent la culture nationale de l'influence délétère de l'Amérique du rock and roll et des libertés. Nous n'en savons guère plus. Seul importe ici un jeu à la disposition du lecteur autant que des dirigeants du pays. En témoignent le plan quadrillé de l'île et la liste des quarante-deux participants au début du volume. Ce qui permet, avec un brin de perversité de la part de l'auteur, de nous sentir de mèche avec les organisateurs venus des hautes sphères politiques qui hasardent des sommes colossales... Le principe est simple : chaque année, l'on isole cinquante classes de troisième pour forcer les élèves à s'entretuer. Le vainqueur gagnera le privilège de vivre aux frais de l'État pour le reste de son existence. Ce qui fait quarante et une victimes adolescentes à multiplier par autant de classes. C'est officiellement un programme de défense nationale, une «  Expérimentation militaire ».

      En 80 chapitres, deux prologues et un épilogue, le lecteur suit de l'intérieur, au moyen de la focalisation omnisciente, le déroulement de l'opération. On gaze le bus scolaire afin d'embarquer tout le monde sur une île et on annonce la chose avec force menaces, puis un meurtre bien dissuasif. Et les participants de s'égailler dans la nature, munis chacun d'une arme, de la mitraillette lourde au couteau de poche en passant par l'arc ou la fourchette. Détails importants : on annonce régulièrement les secteurs interdits, faute de quoi votre collier piégé explose avec vous et le pire arrive pour tous si aucun élève n'est tué dans un certain délai. Les caïds foncent, quelques filles amicales se réfugient dans un phare jusqu'à ce que méprise et traîtrise les conduisent au carnage. Qui l'emportera ? La bête brute aux muscles assassins, ou le vainqueur d'une précédente session qui, hasard incroyable, ou manipulation, s'est trouvé dans cette nouvelle classe ? L'histoire gagne un soupçon d'intensité lorsque l'ultime combattant déjoue les plans du régime en sabotant la surveillance informatique et en entraînant dans sa fuite deux autres dissidents, révoltés contre le jeu et le régime. Voilà qui donne un léger parfum d'anti-utopie à ce roman d'action, comme on parle d'un film d'action. Ce qu’il devint d’ailleurs en 2000, sous la caméra de Kinji Fukasaku.

      On a deviné que ce livre, qui a enthousiasmé Stephen King, peut passer pour passablement médiocre. C'est un défilé de personnages sans grand relief ni individualité (inutile de donner leurs noms) de suspenses convenus, agrémentés de scènes gore carnassières, avec ce qu'il faut de surprises attendues. Le style est d’une platitude aisée, à la longue abrutissante. La narration, trépidante et sans pitié pour les nerfs du lecteur, est parfois pimentée de pathétique et de pitié pour les jeunes filles sacrifiées, avec un léger frisson d’érotisme, rendu plus sensible par le graphisme impeccablement esthétique des mangas qui ont suivi cette bombe romanesque.

       Et pourtant... Force est d'avouer que l'on se laisse prendre malgré soi à cette lecture vulgaire efficacement construite et trépidante. N'est-ce pas là un révélateur de nos sociétés ? D'autant qu'un succès phénoménal et multimédia entoure cet opus au Japon et ailleurs : après le film, treize volumes de mangas à ce jour, ce qui n'est pas innocent. On pourra gloser avec gourmandise sur la dimension satirique. Le pays du Matin calme, où la criminalité est l’une des plus faibles du monde, n'est-il pas celui où, dès l'entrée dans le système éducatif, règne la compétition la plus effrénée ? En ce sens Battle royale est une métaphore des plus réussies. Mais se limiter à critiquer le Japon serait une erreur. Notre télé-poubelle n'est pas loin. Si civilisés que nous sommes, peu de chose suffirait à faire basculer une bonne partie de nos populations dans cette variante hollywoodienne des jeux de gladiateurs qui satisferait nos voyeurismes. « Panem et circenses » (Du pain et des jeux) était, selon Juvénal[1], la devise d'Auguste pour aimanter le peuple autour du cirque et dans les limites de son despotisme. Elle pourrait être la devise de modernes tyrans ou d'efficaces empires médiatiques. Cette réflexion s'affinant à l'occasion de Battle royale, nous n'aurons pas perdu notre temps avec cette lecture racoleuse.

      Si l’on ajoute que le jeu, bien qu’à peu de choses près tabou pour de nombreuses familles qui ne veulent ni le voir, ni en annoncer la menace potentielle à leurs enfants, bénéficie de flashs d’informations télévisées affriolants, sans oublier les paris des dignitaires de l’Etat, on saura combien nos téléréalités aux cruautés plus ou moins anodines ne sont que les préfigurations apéritives d’un tel possible inhérent à la nature humaine abonnée au mal et à la tyrannie du spectacle. Sans compter la propagande militaire d’un régime qui s’enorgueillit de ses héros adolescents déchiquetés ou rarement vainqueurs. Et qui laisse entendre que n’importe qui pouvant tuer n’importe qui, le seul rempart à la menace pérenne -ou à la paranoïa- est un Etat fort, à même d’ailleurs de juguler toute rébellion individuelle ou populaire. Le manuel de terreur politique étatiste est au service d’une des pires anti-utopies qui se puissent fantasmer. Quoique peut-être au-dessous des camps d’exterminations nazis, eux réalisés par notre Histoire. À quand une « Battle Auschwitz » ?

 

       Ecole de guerre, école de terrorisme ? Roman fleuve, manga coloré de sang pour catharsis et purgation des passions, ou jeu vidéo pour apprentis snipers ainsi excités et confortés, le débat ne manque pas entre fervents du pur divertissement médiatique innocent et ceux qui dénoncent la contagieuse virulence morale et physique d’un Battle royale aux multiples avatars. Les enfants d’il y a un demi-siècle jouaient aux cow-boys et aux Indiens dans les bois, ou lisaient La Guerre des boutons de Louis Pergaud. Aujourd’hui, l’on accuse les Battle royale sur consoles et autres Koh-lantas guerriers. Avant d’incriminer le couteau, lisons dans la main de celui qui l’utilise pour tuer un enfant, ou le sauver…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des Anges, septembre 2006

 

[1] Juvénal : Œuvres, Satire X, vers 81, Garnier sans date, p 128.

 

 

24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 14:13

 

Toyen, collage pour Annie Le Brun : Sur le champ,

Editions surréalistes, 1967.

 

 

 

 

Pour un féminisme à Cologne :

 

humanisme et civilisation devant le viol

 

 

 

 

      Cinq cents, puis 766, enfin plus de 800 plaintes, dont un demi-millier pour agressions sexuelles déposées à Cologne, après la nuit du nouvel an 2016. Quelques bonnes dizaines d’autres dans diverses villes allemandes, où douze Länder sont touchés par ces violences des migrants et autres descendants d’immigrés, même si cela n’excuse pas quelques avinés au vins du Rhin et à la bière munichoise qui, quoiqu’Allemands, en cette matière ne sont pas innocents. Mais aussi en Suisse, en Finlande, en Norvège, contrée qui compte 20% d’immigrés et descendants d’immigrés. En Suède, pays qui a le nombre le plus élevé de réfugiés par habitant en Europe, un festival de musique estival avait donné lieu à des centaines de plaintes pour agressions sexuelles, classées sans suite. Tous pays forts cléments à accueillir des réfugiés. Que récoltent-ils ? Sinon voir leurs femmes traquées comme du gibier sexué, sinon voir l’Europe chrétienne et laïque en voie d’être conquise en son ventre par le sabre de l’Islam.  Sans compter que d’après Le Parisien, 52% des viols commis en France le sont par des étrangers[1]. En quoi le viol est-il à cet égard une question de civilisation ? Du « Taharrush Gamea » au Coran, l’Islam se révèle bien une menace incompatible avec l’humanisme féministe : le « sexe d’Allah » n’est pas la liberté sexuelle dont nous devons nous réclamer.

 

      Le « Taharrush Gamea » est un concept islamique : il s’agit d’un jeu de harcèlement et d’attouchements sexuels, un jeu de viol collectif. C’est une constante parmi les populations musulmanes, ce dont témoignèrent les manifestations de la place Tahir au Caire en 2011, au cours desquelles plusieurs femmes, dont une journaliste américaine, Lara Logan, furent violées. On appelait d’ailleurs cela des « tournantes », lorsque dans des caves de banlieues, une jeune fille était ainsi souillée par plusieurs hommes. On considère à cet égard qu’une femme violée par un nombre de musulmans suffisant devient de facto musulmane. Les voilà violées pour avoir été demi-nues et parfumées, telle est la sanction que prononcent bien des imams. Ce sont alors nos filles, nos sœurs, nos amies, nos concitoyennes, qui sont attaquées, ou menacées par la migration musulmane, à laquelle s’ajoute un machisme opportuniste…

       Savons-nous qu’une dame respectable, puisque professeure à l’Université, quoique à celle d’Al-Azhar au Caire, Suad Saleh, énonce en toute bonne foi la sentence suivante : « Dans une guerre légitime, les Musulmans ont le droit de capturer des esclaves sexuelles ». N’en doutons pas, pour elle et ses semblables, la guerre musulmane contre les mécréants et apostats qui pourrissent Eurabia et la planète que Dieu fit, le Coran validant l’esclavage, est tout ce qu’il y a de plus respectable…

      Ces attentats à la pudeur et à l’intégrité du corps féminin sont-ils des attentats terroristes ? Certes pas au sens de l’assassinat, mais comment douter qu’ils viennent d’une décision concertée, d’un mot d’ordre passée de bouche en bouche, de portable en portable (ce que les enquêtes ont déjà montré et que confirme Thomas de Maizière, ministre allemand de l’Intérieur), de façon à marquer son nouveau territoire d’Islam, de façon à soumettre et terroriser les femmes blanches et d’Occident, et par voie de contagion les hommes d’Occident »… On taxera de surcroit les éventuelles défenses et représailles commises par les Européens d’islamophobie. C’est alors qu’il ne faut pas se laisser intimider par ce mot accusateur, alors que ce dernier est nécessaire en tant que critique raisonnée et humaniste d’une religion qui n’a guère d’humanité ni d’humanisme[2].

      Les viols par les troupes d’occupation, comme ceux subis par les Allemandes sous le soc des troupes soviétiques, voire américaines, pendant la seconde Guerre mondiale, sont hélas des pratiques guerrières récurrentes. Mais la nouveauté en l’occurrence est que les autorités des pays infiltrés par l’Islam tentent de les passer sous silence, voire de les excuser pour ne pas paraître post-colonialistes et islamophobes !

      Angela Merkel, chancelière allemande et femme, doit se mordre les doigts d’avoir, en ce qui est pour le moins une maladresse, et pour le plus juste un suicide national, fait entrer un million de migrants, quand Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie  confirme que les agresseurs étaient « presque exclusivement d’origine étrangère », et en l’occurrence Nord-Africains et Arabes[3]. Henriette Recker, maire de Cologne et femme, en un aveu de dhimmitude et de pusillanimité devant la violence sexiste, a recommandé aux femmes de sa ville de garder un bras de distance et d’adapter leurs vêtements face aux hordes d’adolescents et jeunes gens semblant islamiques. Validant la thèse abjecte selon laquelle la victime est coupable de son harcèlement à cause de son comportement. Où sont les mesures radicales qui doivent protéger la dignité de l’humanité ? Ne faut-il pas châtier selon la loi et expulser les réels coupables, y compris mineurs, fermer la grille devant toute nouvelle immigration venue de l’aire et de la confession islamique, hors cas avérés de dissidence devant cette dernière. Sauf que se lève une nouvelle difficulté, et de taille : les pays du Maghreb refusent maintenant de reprendre leurs ressortissants expulsés…

      Pire encore, si possible, des zones de charia, au Royaume-Uni, en France, en Belgique (et caetera), gonflent leurs métastases, au point qu’à Wuppertal, en Allemagne, une « Police de la Charia » incarnée par des barbus, chasse l’alcool, les drogues, les jeux d’argent, la musique, la prostitution, les femmes sans voile, nourriture et boisson pendant le ramadan, exige le halal et la prière à heure fixe. En Allemagne, encore, les Juifs se sentent à peine plus en sécurité que pendant le nazisme, les barbus envahissent, comme à Zwickau, les piscines, les vestiaires féminins, s’y masturbent, y défèquent, harcèlent sexuellement des enfants, pour signer la fin de la mixité, du maillot de bain, de l’Allemagne libérale… Et de surcroit, il faudrait accueillir des migrants dont les épouses sont des mineures, des enfants ! Le silence impétueux de nombre de féministes fait peine à entendre… Le prosélytisme vindicatif de l’Islam s’abrite sous le motif spécieux qu’il n’est pas interdit par la loi de faire des recommandations religieuses. Il serait largement temps de d’abord faire respecter les libertés individuelles. Et refuser, écarter cette tyrannie avec une radicale fermeté.

      Pourtant, par un hallucinant renversement des valeurs, ce sont les « Soldats d’Odin » finlandais, patrouillant dans les rues, pour protéger les passants et passantes des migrants, qui sont conspués, passant pour menacer la sécurité, alors que l’Etat n’assume plus sa mission régalienne de sécurité ! De même, les « Calaisiens en colère », patrouillent dans les rues, sans cesse menacées par les violences des migrants de la « Jungle de Calais ». On ne s’étonnera pas que les citoyens des deux sexes cherchent à s’armer pour protéger leurs vies et leurs biens. Bien sûr, l’on taxera d’extrême droite toutes manifestations de protestation, toutes représailles, quand nos Etats ne savent plus penser, ne savent plus assurer la sécurité des biens et des personnes. Alors qu’outre cette vague de violences sexuelles, l’on sait depuis bien des années que nos banlieues, dont celle de Cologne, sont vérolées par la délinquance et la criminalité des « Nafris », car c’est ainsi que l’on nomme là-bas les Nord-Africains. Plus d’un millions de migrants accueillis outre-Rhin en 2015, plus de 50 000 nouvelles demandes d’asile depuis début janvier, la coupe est plus que pleine pour que l’Allemagne de Goethe ne soit pas dénaturée, ravagée…

 

      Que penser de féministes autoproclamées lorsqu’elles prétendent craindre de « faire le jeu » du Front National en France et de Pegida en Allemagne, si d’aventure elles dénonçaient haut et fort des agressions sexuelles venues de migrants, prétendant ainsi donner prise au racisme, à la xénophobie. La dignité humaine et féminine ne serait-elle bonne que pour les Européennes et négligeables pour des migrants aux religieux exotiques et à l’éducation machiste ? Que l’on ne veuille pas accuser tous les migrants, étrangers et immigrés, de quelque génération que ce soit, doit tomber sous le sens, évitant ainsi le piège de la généralisation abusive. Il n’en reste pas moins que ce sont essentiellement des tenants de l’Islam, des islamistes à divers degrés de conviction qui sont les coupables de telles violences inacceptables. Dénier cela, comme le font ces femmes battues enferrées dans le déni, comme lorsque que la police suédoise n’est plus tenue de mentionner l’origine ethnique des délinquants et criminels, serait faire l’autruche dans le sable de la soumission, trahir la cause de la dignité humaine et féminine héritée du Christianisme et des Lumières.

      Il faut sortir de cette culpabilité postcolonialiste indue qui fait de l’immigré le nouveau prolétaire opprimé par le capitalisme du mâle blanc occidental, antienne postmarxiste débile. Quelques que soient les maux de la condition immigrée, l’Occident n’a pas à transiger quant au respect des valeurs d’intégrité et de liberté humaine et féminine. D’autant plus que cette agression massive est celle de l’Islam, rétrograde, totalitaire et infailliblement sexiste. Seule, ou presque, une femme, qui se signala par ces pages sensées contre le voile islamique, nous avons avec respect nommé Elizabeth Badinter[4], garde la tête haute et n’a pas crainte de s’élever contre ce scandale humanitaire. Il n’y a guère d’Amazones pour se révolter contre un viol collectif programmé par ces nouvelles armées d’occupation, guère d’Oriana Fallaci pour dresser le réquisitoire contre le totalitarisme islamique, contre « les féministes qui se fichent de leurs sœurs martyrisées par la burqa et le Coran[5] »… Quoiqu’Alice Schwarzer, célèbre féministe allemande, qui s’entretint avec Simone de Beauvoir[6], ne s’embarasse pas de politiquement correct en dénonçant les Turcs et autres migrants, en titrant : « Kalachnikovs, ceintures d’explosifs, et maintenant violences sexuelles», entretien dans lequel elle souhaite « plus de sincérité par rapport à la morale sexuelle et au potentiel de violence de l’Islam.[7] » Elle a bien conscience que fondamentalisme et harcèlement sexuel, sans compter criminalité et refus de l’intégration, vont en Allemagne main dans la main, rejoignant en cela l’essayiste Thilo Sarrazin[8].

Cologne, Atlas Maior, Joan Blaeu, 1665.

 

      Comment comprendre, ce qui ne signifie en rien excuser, ce phénomène, sans se référer au Coran, aux Hadits, sans analyser la fabrique du mâle musulman. On sait en effet que pour nombre de Musulmans, et leurs imams, le Coran est leur constitution, selon les mots de Mohamed Khattabi, imam de Montpelier.

      Il suffit alors de lire l’édifiante « Sourate sur les femmes » : « au mâle, une part égale à celle de deux femelles[9] ». À cette inégalité s’ajoute la polygamie, la parodie de justice et le meurtre : « Pour celles de vos femmes qui sont perverses, faites témoigner quatre d’entre vous. S’ils témoignent contre elles, faites-les demeurer dans les maisons jusqu’à ce que la mort les enlève ou qu’Allah fraye pour elles un sentier[10] ». Plus délicat : « Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les.[11] » Battre ses femmes est un ordre divin, tout comme les qualifier d’impures, puisque l’on ordonne avant la prière : « Si vous êtes malades ou en voyage ou si l’un de vous revient des latrines, ou si vous avez touché les femmes, et ne trouvez pas d’eau, recourez à un bon sable, frottez-vous le visage et les mains[12] ». On appréciera l’équivalence entre les latrines et les femmes.

      « L’homme a autorité sur la femme[13] », ajoute le Coran. Si l’on rétorque petitement que Saint-Paul, dans le Nouveau testament, ordonne « Femmes soyez soumises à vos maris[14] », c’est oublier la haute dignité de la Vierge Marie, la légitimité de Marthe et le pardon accordée à Madeleine, prostituée qui eut l’honneur de laver les pieds du Christ, c’est oublier les saintes et les femmes Docteurs de l’Eglise, comme Hildegarde de Bingen et Thérèse d’Avila. Sans compter les 72 vierges qui attendent à son service sexuel le combattant terroriste au paradis de mahomet, alors que le paradis chrétien ne fait pas la moindre différence sexuelle.

      La sexualité musulmane ne peut qu’être celle de la contrainte, du viol et du mépris des femmes. On note pourtant que le monde musulman sut s’honorer d’écrire, sous la plume d’Ali al-Baghdâdî, Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement[15], au XIVème siècle, dans une ville du Caire passablement libertine, ou, sous la plume de Cheïkh Nefzaoui, Le Jardin parfumé[16], un traité d’érotologie qui fit au XVIème siècle autant la part belle aux hommes et aux femmes… Le sexe dans le monde arabe et la civilisation qui en découla permettent à Martine Gozlan d’affirmer : « la société islamique est donc une voluptueuse[17] ». Quoiqu’il faille se garder d’idéaliser comme elle les houris et les émois érotiques des hammams, et de ne pas oublier les prisons pleines d’esclaves sexuelles que furent les harems. Cette civilisation où l’érotisme avait sa part fut bientôt réprimée par divers pisse-vinaigres, entre salafisme, wahhabisme, talibanisme, fureur des imams et des ayatollahs.

      Or, comme en témoigne l’analyse de Martine Gozlan, dans Le Sexe d’Allah, la servilité sexuelle des femmes n’a d’égale que la frustration des mâles. Journaliste voyageant de l’Iran au Maghreb, elle voit « partout la lourde et terrible obsession sexuelle poignarder le gracieux Eros oriental ». Elle dénonce avec une verdeur bienvenue la terreur islamique : « Assouvi dans un coït haineux ou fantasmé dans un onanisme extatique, le sexe organise la furie de tous les désaxés du djihad ». Elle observe que « la sexualité en Islam est toujours le porte-drapeau des intégristes[18] ». Puis elle ajoute : « Voyager en terre islamique, pour une femme, équivaut à n’être plus rien que sexe, appareil génital et machine à copuler de la racine des cheveux à la pointe des pieds. Sans abaya ni burqa, elle est nue ». D’où vient une telle obsession ? Avec bien de l’illusion, elle avance que Mahomet ne fut pas ennemi de l’érotisme, quoique s’arrogeant des prérogatives pédophiles avec Aicha épousée à 9 ans et incestueuses avec Zeinab, quoiqu’infléchi vers le pire par le puritain colérique Omar. Aujourd’hui, le cheikh Qaradhawi, qui vit à Bahrein, reprochant à l’Occident sa vague de débordement sexuel, règne sur les mœurs avec son livre : Le Licite et l’illicite en Islam, qui, contraire aux droits humains, fut d’ailleurs interdit en 1975 en France ; censure bien vite abandonnée faute de pouvoir vider les « librairies islamistes de Paris où pullulent les écrits prônant la charia et légitimant les châtiments corporels ». Martine Gozlan en cite quelques propos affriolants : « le regard est le messager de la tentation, le postier de la fornication. […] Je ne vous regarde pas car le regard conduit au rendez-vous, le rendez-vous à l’adultère, et l’adultère au sida.» Ce fauteur de haine contre les femmes et les homosexuels, ordonne, aux dépens de différents hadiths historiques un plus indulgents, l’envoilage et l’encapuchonnage de la femme : « il est plus parfait pour la femme musulmane de voiler sa parure jusqu’à son visage. Cela devient d’autant plus nécessaire si elle est belle et que l’on craint qu’elle ne tente les hommes[19] ». Le crime contre l’identité individuelle se double d’un crime contre la beauté. Il suffit cependant de parcourir nos rues occidentales pour constater que foulards et burqas (malgré l’interdiction faite à cette dernière) parquent la femme dans une abjection à la fois consentie et imposée par une idéologie obscurantiste millénaire. Abjection validée de facto par une tremblante mansuétude et pour ne pas générer de troubles, entendez des guérillas urbaines.

      Ainsi, le sexe féminin invoilé devient une proie pour le viol, quand l’homme est au sommet de la frustration permanente, puisqu’il ne peut voir ni toucher aucune femme, hors la sienne, sans compter que la polygamie qui favorise certains prive mathématiquement d’autres de tout accès à la sexualité, hors la masturbation, la zoophilie, la pornographie et la prostitution, quoique ces deux dernières soient interdites en pays de Tartuffes… La polygamie n’est permise que pour les hommes, cela va sans dire, quand les 72 vierges qui attendent le fidèle combattant soumis à la loi du Prophète et de ses thuriféraires sont le signe d’un pénible fétichisme pour la virginité, sans compter que là encore aucun délice sexuel au gré de la femme n’est promis. On ne s’étonnera pas qu’une telle inéducation où l’enfant mâle apprend à survaloriser sa mère et mépriser toutes les autres femmes, où l’enfant mâle tête le lait du machisme, de la violence virile, de l’orgueil religieux, sans compter l’antisémitisme natif et le racisme anti blanc, conduise à d’immenses frustrations où la seule échappatoire se résout à travers le viol et la guerre. Ces derniers étant les bras armés du djihad.

 

      Dans le Code pénal français, le viol est distinct des « atteintes sexuelles, commises avec violence, par contrainte ou surprise » qui peuvent être punies de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende[20]. Que dire alors à une Allemande de Cologne, qui rapporte qu’on lui mit cent fois la main aux fesses et aux seins ?  Las, on a pu voir en Belgique en 2012 un viol collectif filmé puni de trente mois d’emprisonnement avec sursis. En France, au Blanc-Mesnil, deux violeurs d’une mineure de 13 ans condamnés à cinq ans avec sursis en décembre 2015. Et un millionnaire saoudien, Ehsan Abdulaziz, innocenté au cours d’un procès pour viol, le 15 décembre 2015 à Londres, arguant qu’il avait « pénétré la jeune femme de dix-huit ans par accident[21] ».

      L’on sait que 7% des femmes dans le monde seraient victimes d’un viol, et qu’en France, 86000 femmes en sont victimes chaque année, quoique seules 10% d’entre elles consentent à porter plainte[22]. Certes, si 52% des violeurs sont des étrangers, les 42 % restants sont Français, quoiqu’il faille s’interroger sur l’origine ethnique et culturelle de bien d’entre eux. Ce qui n’exclut pas les Français de souche, pour employer une expression controversée, de toute abjection du viol. La couleur de peau, l’appartenance religieuse et culturelle n’exonèrent personne du respect des libertés d’autrui.

 

      Au-delà de ce que les niais et autres négationnistes ne taxeront que de faits divers, un totalitarisme s’installe. Apparemment paisible lorsqu’il s’agit du halal, du voile et des mosquées, visiblement guerrier lorsqu’il s’agit de viol et d’attentat, tous les deux terroristes. Le Choc des civilisations professé par Samuel Huntington[23] n’est pas qu’une théorie controversée parmi les nuées du fantasme et de la philosophie politique : il est palpable parmi les places et les banlieues de Cologne et de nos villes occidentales. Quand notre culture a pour berceau Athènes et Jérusalem, elle se décline au travers des sciences, de la tolérance et de la liberté des Lumières, sans être incompatible avec des cultures apparemment fort lointaines, comme celle du Japon. Si l’Islam est dans l’incapacité de renier sa tyrannie religieuse, idéologique, guerrière et sexuelle, il reste rigoureusement incompatible tant avec un féminisme qui est de l’ordre du droit naturel, qu’avec un humanisme au service des droits individuels et du respect du développement d’autrui. Pour beaucoup, sinon la plupart, les Musulmans montrent que leur intégration est non seulement un ratage, mais un refus offensif. Pour résoudre ce conflit cruel, nous aimerions en appeler aux valeurs de tolérance professées par Voltaire[24]. Faudrait-il plutôt rappeler Charles Martel ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Le Parisien.fr, 23 01 2016.

[3] Le Figaro, 12 janvier 2016.

[4] Marianne, 21 janvier 2016.

[5] Oriana Fallaci : La Rage et l’orgueil, traduit de l’italien opar Victor France, Plon, 2002.

[6] Alice Schwarzer : Entretiens avec Simone de Beauvoir, Mercure de France, 2008.

[7] Die Welt, 15 01 2016.

[9] Coran, 4-11, traduit de l’arabe par André Chouraki, Robert Laffont, 1990, p 165.

[10] Coran, 4-15, ibidem p 167.

[11] Coran, 4-34, ibidem, p 173.

[12] Coran, 4-43, ibidem, p 175.

[13] Coran, 4-34, ibidem p 173.

[14] Ephésiens 5-22, Bible, tome III, Le Club Français du Livre, 1965, p 3672.

[15] Ali al-Baghdâdî : Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement, traduit de l’arabe par René Khawam, Phébus, 1989.

[16] Cheïkh Nefzaoui : Le Jardin parfumé, traduit de l’arabe par René Khawam, Tchou, 1981.

[17] Martine Gozlan : Le sexe d’Allah, Grasset, 2004, p 92.

[18] Martine Gozlan, ibidem p20, 65.

[19] Martine Gozlan, ibidem p 150, 154, 155,158.

[20] Article 222-22.

[21] Marie-Claire, 17-12-2015.

[22] Marie Claire, ibidem.

[23] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

 

Jacopo Robusti, 1519-1594 : Le viol de Lucrèce par Tarquin, Chicago, Art Institute.

 

Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:53

 

 

 

Milorad Pavic : Le Dictionnaire Khazar,

 

une œuvre ouverte au service de l’imaginaire

 

d’un peuple disparu

 

 

Milorad Pavic : Le Dictionnaire Khazar,

traduit du serbe par Maria Bejanovska, Le Nouvel Attila, 288 p, 24 €.

 

 

 

      N’espérez pas entrer ici dans une narration confortable, dans un essai navigable : ce livre se lit comme un polyèdre, un Rubik’s Cube. Faut-il alors déchiffrer ce « roman lexique » en respectant l’ordre alphabétique, ou de manière palindrome, en l’ouvrant au hasard, comme le divinatoire Yi Jing chinois, en tentant d’y repérer des priorités, des axes de lecture souverains ? Faut-il disposer de deux exemplaires, l’un « féminin », l’autre « masculin », du Dictionnaire Khazar,  pour les faire dormir côte à côte… À l’abrupt de cette avalanche de questions, il faut enfin se résoudre à plonger avec bonheur dans cette œuvre ouverte, dans ce puzzle chatoyant consacré à un peuple disparu, peut-être tout simplement mythique, surgi tout armé ou presque de la tête d’un écrivain serbe, dont une mère accoucha en 1928 et que la Faux cueillit en 2009 : Milorad Pavic.

 

      Comment lire ce « roman-lexique en cent mille mots », titré Le Dictionnaire Khazar ? Devons-nous scrupuleusement tenter de suivre le « mode d’emploi » liminaire ou se jeter dans les flux narratifs, explicatifs et descriptifs « qui ont pour but de recréer un monde »… Il est en effet acrobatique de lire de front les trois colonnes, selon les trois confessions -chrétienne, islamique et hébraïque- présentant l’histoire et le portrait de la princesse Ateh, du souverain Kaghan, du « peuple belliqueux » Khazar et enfin la « polémique khazar », imprimées sur un fond grisé. Disposition que d’ailleurs ne présentait pas la première édition française[1].

      La présence des sources selon les trois religions du Livre vient de ce que les Khazars, en passe d’être balayés par les Orthodoxes et les Musulmans au cours du VIIIème siècle, firent appel à trois dignitaires, un moine, un derviche et un rabbin, pour défendre leurs doctrines, et, par suite envisager la conversion du peuple entier. Ce qui permet à l’opus de Milorad Pavic d’offrir successivement un « Livre rouge », puis un « Livre vert », enfin un « Livre jaune », également alphabétiques, consacrés aux prosélytes des trois religions, nantis chacun d’une typographie différente : Didot, Archer, Avenir, sans compter l’Univers pour le paratexte, ce qui n’est pas sans intention de la part de l’éditeur, qui, en « Nouvel Attila », s’intéresse à ces anciens barbares des steppes, quoique pas si barbares.

      De plus, un sous-texte, plus ou moins mythique, voire totalement farfelu, serait à découvrir dans le Lexicon cosri, publié par un certain Daubmannus en 1691, dont la page de titre est ici reconstituée. Mais, en 1692, l’Inquisition fit détruire les 500 exemplaires, « sauf l’exemplaire empoisonné et celui à la serrure d’argent qui l’accompagnait ». Ces derniers livres, sans négliger « l’exemplaire d’or », écrit dans les trois alphabets, grec, hébraïque et arabe, furent détruits, ou « condamné à ne pas être lu pendant huit cents ans »… Notre écrivain joue avec un réel brio de la thématique du livre interdit, maudit, empoisonné, comme le fit, dans son Nom de la rose[2], Umberto Eco, avec le deuxième livre de La Poétique d’Aristote sur la comédie et le rire[3].

      Imaginez une princesse qui « portait, accroché à sa ceinture, le crâne de son amant », et « possédait sept visages ». Ateh entreprit, « sous la forme d’un cycle de poèmes », une encyclopédie khazar, qu’un « démon musulman » lui fit oublier. Selon une des trois sources juxtaposées, elle « n’a jamais réussi à mourir » ; selon une autre elle fut « tuée en même temps par les lettres du passé et celles de l’avenir »… Imaginez encore un chef militaire, Avram Brankovitch, qui apprend « d’un perroquet la langue khazare », et dont le double est un « kouros », qui contribue à la tâche de ses vieux jours : écrire « un glossaire, un abécédaire », qui est un double de celui que nous lisons.

      Parmi les « chasseurs de rêves », l’un savait « apprivoiser les poisons dans les rêves d’autrui ». Cyrille, lui, fit « un alphabet aux lettres grillagées enfermant ainsi comme un oiseau cette langue insoumise ». Quant au peintre Sévast Nikon, qui ne fait « que feuilleter un dictionnaire de couleurs », ce sont ses icônes qui multiplient son talent. Rien d’impossible quand un œuf peut « sauver une journée d’un objet, par exemple d’un livre »… Entre la prolifération du surnaturel et des métaphores, un univers parallèle, à la fêlure de l’Histoire et du mythe, prolifère.

      Quittons alors Cyrille et Méthode, le monde chrétien orthodoxe donc, pour, au « Livre vert », découvrir les prodiges de l’Islam, où l’on joue du luth, et dont les tenants affirment que les Khazars l’ont choisi en premier et en dernier. On se doute que la mauvaise fois inspire tous les chroniqueurs, de quelque religion qu’ils soient, comme Al Bekri, qui « écrivait avec ses dents qu’il enfonçait dans la carapace du crabe ou de la tortue ». Quant au poète Al Mazroubani, il était réputé pour avoir composé « un livre de poésie démoniaque ». Les trois cultes ont en effet leurs démons : Asmodée, Ahriman et Satan…

      Restent les chroniques juives, parmi lesquelles le fameux Daubmannus, imprimeur de l’originel Dictionnaire khazar en 1691, se suicida en lisant dans l’encre empoisonnée. Halevi préfère, lui, étudier « l’allitération du nom de Dieu », puis écrire son Livre des arguments et des preuves pour la défense de la religion juive. Délégué juif à la polémique khazar, le rabbin Sangari Isaac affirmait que « toutes les langues, sauf celle de Dieu, seraient des langues de souffrances, des dictionnaires de douleurs ». Cependant, en tout cela, le merveilleux omniprésent est bien loin d’une controverse théologico-rationnelle. Il y a tout lieu de s’étonner lorsqu’une aristocrate de Raguse croise au XVIIème siècle rien moins que le comte Dracula ! Sans compter que les généalogies de la controverse khazare ressurgissent jusqu’au XXème siècle, quand un colloque est l’occasion d’un meurtre au Smith & Wesson.

      On aurait dû s’en douter : chacune des confessions postule, ou plutôt affirme, qu’après la controverse mémorable les Khazars se sont convertis à son bénéfice. S’il fallait tirer une morale, ce serait celle de la forfanterie, de l’orgueil et de la vanité de toutes les religions…

      Un tel objet littéraire non identifié, abécédaire de récits emboités et pandémonium de légendes, à la croisée du roman, de l’essai et de la mythographie, autorisant plusieurs modes de lectures, aléatoires ou programmées, n’est pas sans mériter de figurer parmi les « œuvres ouvertes », telles que les théorise Umberto Eco, en s’appuyant sur des compositions musicales de Karlheinz Stockhausen ou de Pierre Boulez : « Nous ne sommes plus devant des œuvres qui demandent à être revécues et repensées dans une direction structurale donnée, mais bien devant des œuvres « ouvertes », que l’interprète accomplit au moment même où il en assume la médiation. […] Au fond, une forme est esthétiquement valable justement dans la mesure où elle peut être envisagée et comprise selon des perspectives multiples, où elle manifeste une grande variété d’aspects sans jamais cesser d’elle elle-même. [4] » Il est alors permis de qualifier le livre de Pavic de postmoderne, dans la mesure où il défie le rationnel au moyen des prestiges douteux de la magie, où il réinvestit le passé avec les instruments de la critique textuelle, de l’intertextualité, de l’ironie et du ludique. Ce dont témoigne le livret associé, « Lexique des lecteurs du Dictionnaire Khazar », qui vous permet de choisir votre entrée, selon que vous êtes, entre autres, « bibliomane », « interprète des rêves », « qui s’en remet aux listes de best-sellers », ou « syndicaliste du déchiffrage »…

      En fait, n’en déplaise à l’imaginaire de Milorad Pavic, le peuple Khazar a bien existé. Son royaume s’étendait au nord de la Mer Noire, de la Mer Caspienne, autant qu’autour du Xème siècle, ce qu’atteste le livre d’une poignée d’historiens dirigés par Jacques Piatigorski et Jacques Sapir : L’Empire Khazar, VII-XI° siècle. L’énigme d’un peuple cavalier[5]. Reste la question de savoir laquelle des trois religions a choisi ce peuple au moment d’abjurer le polythéisme, alors qu'il a fait barrage contre l'invasion islamique. Probablement a-t-il élu le Judaïsme, sans que grand-chose puisse en attester. Qui sait si les Ashkénazes sont ses descendants, comme l’imagina Arthur Koestler[6] ? Les querelles d’érudits peuvent faire rage, dès lors que les sources font défaut, sinon de manière adjacente, grâce à des chroniqueurs byzantins ou islamiques d’une fiabilité discutable, les passions identitaires et religieuses s’exacerber alors que l’objet de la connaissance glisse entre les doigts comme le vent des steppes parcourus par ces désormais fameux et fumeux Khazars. Au point que d’autres romanciers, comme Marek Halter[7], se soient emparés de ces irrattrapables cavaliers. Qui doivent avant tout leur postérité légendaire et splendide au roman éminemment borgésien de Milorad Pavik.

      En jouant sur les typographies, la mise en page, colonnes ou fac simile, les éditeurs du Nouvel Attila ont sans nul équivoque réussi une belle et nécessaire réédition de cette traduction de Maria Benavska, dont on connait les talents, pour avoir traduit la Sorcière d’Andonovski[8]. Tout juste pourrait-on craindre pour la fragilité de la couverture à fenêtre et interroger le bien-fondé de la reliure à l’orientale, sans dos. Mais à un tel fringant cheval des steppes on ne regarde pas les dents…

      Le Serbe Milorad Pavic, en quelque sorte docteur en érudition imaginaire, mériterait en France d’être mieux connu : il faudrait alors se souvenir de son roman de Héro et Léandre, ou de Léandre et Héro, selon que l’on lit une première partie jumelle de la seconde, qu’il faut aborder en retournant le volume, jusqu’à ce qu’elles se rejoignent au centre des pages : L’Envers du vent [9]. Ou son « roman-tarot », Le Dernier amour à Constantinople, qui attend encore sa traduction…

 

      En une narration « non linéaire », que l’ordre alphabétique induit à terminer différemment en fonction de la langue choisie par le traducteur, se rencontrent « versions masculine et féminines » (il faut alors consulter les pages 235) : « la raison tient au fait qu’un homme vit le monde hors de son corps, alors que la femme porte l’univers en elle ». Nous laisserons à Milorad Pavic la responsabilité d’une telle dichotomie. À  moins d'acquérir l'anglaise hermaphrodite édition. Qu’importe, le roman-jeu, l’encyclopédie khazare ainsi construite comme un dessin d’Escher, se glisse parmi des pages surnuméraires de l’encyclopédie universelle. Comme dans l’Encyclopaedia Britannica, existait et n’existait pas la possibilité stupéfiante d’une nouvelle de Borges : « Tlon Uqbar orbis tertius[10] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Milorad Pavic : le Dictionnaire khazar, Belfond, 1988.

[2] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982.

[4] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965, p 17.

[5] Jacques Piatigorski et Jacques Sapir : L’Empire Khazar, VII-XI° siècle. L’énigme d’un peuple cavalier, Autrement, 2005.

[6] Arthur Koestler : La Treizième tribu, Tallandier, 2008.

[7] Marek Halter : Le Vent des Khazars, Robert Laffont, 2001.

[9] Milorad Pavic : L’Envers du vent, Belfond, 1996.  

[10] Jorge Luis Borges : Fictions, Gallimard, 1951.

 

 

10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 11:22

 

Girolamo Induno : Garibaldi, 1861, Musée National du Risorgimento, Turin.

 

 

 

Autour de Colombino et Garibaldi,

 

une vaste fresque italienne.

 

Alessandro Mari : Les Folles espérances.

 

 

 

Alessandro Mari : Les Folles espérances,

traduit de l’italien par Anna Colao, Albin Michel,  990 p, 27 €.

 

 

 

 

      Dans la « merde » ; c’est ainsi que s’ouvre ce vaste roman. Colombino, « le trimballe-merde », fait commerce de ce naturel engrais, non sans devenir amoureux de la paysanne Vittorina qui voudrait bien l’épouser. Mais pour eux, comme pour tous les personnages de cette fresque, il va falloir s’en sortir, sentimentalement, socialement, politiquement. Notre tourtereau ira jusqu’à Rome pour tenter de faire bénir par le Pape son union contrariée, quand le jeune « peintre désargenté », Lisander, veut quitter ses modestes habits pour faire fortune grâce à un nouvel art : la daguerréotypie. L’on suit également les malheureuses tribulations de Leda, incarcérée au couvent. Alors que, depuis le Brésil, revient un certain dom José, alias Garibaldi, qui va œuvrer et combattre au service de son idéal : l’unité italienne. On imagine que les récits alternés vont permettre à ces quatre destinées de se croiser, au sein d’un immense, immédiatement prenant et splendide, roman historique, plein d’actions, de passions et de verve…

 

      L’on plonge sans détours dans une épopée aux personnages hauts en couleurs qui  traverse et innerve l’Italie du XIXème siècle. Peu à peu, en une spirale de souvenirs et de projections vers l’avenir, des hommes, des femmes, aux conditions sociales inégales, voire plus que modestes, prennent en charge leur personnalité et leurs talents, à l’image d’une nation en devenir. Ils sont intensément contrastés : depuis les « émotions charnelles »  de Garibaldi avec Aninha, « une femme qui se battait comme une héroïne », jusqu’au silence cloitré de Leda. Cette ambition d’orner l’Histoire avec une république en gestation, ou de participer aux mouvements artistiques et capitalistes, permet au quatuor de bras narratifs de confluer en l’immense fleuve, indubitablement romantique, d’une fresque aux acteurs avides de vie.

      Peu à peu, parmi la mosaïque alternée des récits animés de mille péripéties, un héros, historique parmi ceux fictifs, se détache. Venu du Brésil, parmi des escarmouches et des batailles rangées (qui peuvent cependant lasser un lecteur impatient de retrouver la botte italienne), Garibaldi va incarner une nouvelle Italie, soucieuse de se libérer de l’emprise des puissances étrangères, particulièrement de l’Autriche, et de s’unifier enfin : « C’était incroyable de voir à quel point les Italiens pouvaient être fainéants puis se transformer en modèles d’enthousiasme et de zèle ! » Même si le roman se clôt sur deux apparentes défaites : les cinq journées milanaises écrasées par les Autrichiens en 1848, et le désastre du projet de république romaine balayé par les forces françaises, en 1849, une dynamique est inexorablement en marche. C’est ainsi que cette épopée du Risorgimento, pour laquelle on devine qu’Alessandro Mari s’est fort documenté, entremêle Histoire collective et histoires individuelles.

      Epine dorsale du roman, Colombino est un Candide picaresque en son voyage ; battu, emprisonné, poursuivant vaille que vaille son objectif déçu, puis s’engageant dans l’armée garibaldienne, peut-être est-il l’acteur le plus attachant, nous arrachant rires et larmes : « il était né paysan, tempérament de terre durcie en mottes par le soleil ». Leda, une fois échappée de sa claustration, devient, grâce à un « parcours social, scientifique, mais aussi philosophique », donc un roman d’éducation dans le roman, une curieuse espionne, chargée de surveiller le patriote Giuseppe Mazzini. Lisander, grâce au « pinceau naturel de la Chambre Optique », se fait entrepreneur érotomane, l’un des premiers à exploiter la photographie pornographique, quoiqu’il se pose bien des « questions d’esthétique philosophique ». Garibaldi, l’idéaliste, est néanmoins un réel tacticien sur le front de maints combats, parfois désespérés. Tous à leur façon, naïve ou sensuelle, sont amoureux, d’un disparu, d’une paire d’yeux « bovine », d’une prostituée, d’un héros… Car « le désir inspirait l’art et faisait valser le pognon ». Autour d’eux, parmi des dizaines de personnages secondaires et pittoresques, toute une société se déploie, paysans, bourgeois révolutionnaires, « Romantiques de Traviole », entre Milan, Turin, Rome, Gênes, en un immense chant d’amour italien, mais aussi entre la côte brésilienne et l’Angleterre. Le maelström des récits, qu’ils soient psychologiques ou réalistes, intimistes ou grandioses, du naufrage à l’insurrection, ne néglige ni les grandes idées nationalistes ni les « fesses pleines comme les deux moitiés d’un cœur » et les « Inclinaisons Naturelles du Pénis »… Car l’écriture est tour à tour lyrique, rabelaisienne, ironique et didactique.

      Historien et conteur plein d’entrain, Alessandro Mari avoue, à l’occasion d’une « note de l’auteur » en guise de postface : « J’ai cherché la pertinence, mais j’ai éprouvé un plaisir plus grand encore quand, au cœur de la vraisemblance, j’ai senti s’ouvrir la route de l’imagination ». Nul doute qu’autant que le lecteur italien, le lecteur français soit convaincu par la pertinence et charmé par la fantaisie d’un tel romancier à la stature de géant, qui a su « faire alterner chaussures ailées et godillots ».

 

      Nous avons deviné que le modèle avoué d’Alessandro Mari est le Dickens des Grandes espérances, bien déçues d’ailleurs ; Sir John, le mentor de Leda, en est fou : « populaire, mélodramatique à en vomir, mais quelles histoires, ma chère ! ». Mais on pencherait tout autant pour le Manzoni des Fiancés ou Alexandre Dumas, entre roman historique et d’aventure. Pourtant on a la surprise d’apprendre que notre romancier commit une thèse sur Thomas Pynchon[1] ; faut-il penser à ce dernier en traversant cette structure romanesque cumulative, erratique et mosaïquée ? L’encyclopédique roman de formation des personnages est conjointement celui du Risorgimento, un Guerre et paix au cœur du XIXème siècle, et une reprise enjouée des procédés narratifs de ce même siècle, sublimant la polymorphe épopée de la botte italienne. Riche de bruits et de couleurs, d’idées et de passions, ce premier objet fictionnel et foisonnant d’un romancier né en 1980, est, à l’instar d’un opéra de Verdi, un morceau de Maestro !

 

Thierry Guinhut

Article paru -et ici augmenté- dans Le Matricule des anges, octobre 2015

Une vie d'écriture et de photographie

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 17:58

 

Hevelius : Constellation de la Lyre, Urania's Mirror, 1825. 

 

 

 

 

 

Le retour du lyrisme ? Nathalie Riera, Sanda Voïca.

 

Nathalie Riera : Paysages d’été, Lanskine, 2013, 112 p, 14 €.

 

Sanda Voïca : Epopopoèmémés, Impeccables, 2015, 136 p, 22 €.

 

 

      Puisque Beauté il y a, le recours au lyrisme se fait non seulement nécessaire, mais vital. C’était le titre d’un précédent recueil de Nathalie Riera, et ces Paysages d’été ne démentent en rien cet engagement inaugural. L’enthousiasme amoureux qui se dégage de ces poèmes trouve un écho décalé dans l’enthousiasme inquiet qui parcourt et assure le poème-journal de Sanda Voïca en ses Epopopoèmémés. Deux voix, un bain sans complexe dans le flot du lyrisme, une application forcenée, quoique non sans humour, à écrire et vivre le poème.

 

      L’apparente platitude du titre de Nathalie Riera pourrait laisser imaginer qu’elle va consacrer une ode convenue aux paysages lumineux de Provence, où elle est née en 1966. Pourtant, celle qui anime la Revue Les Carnets d’Eucharis, placée sous le signe de la nymphe de Rimbaud[1], fait exploser une lave lyrique et de beauté, qui serait insoutenable pour ceux, trop nombreux, qui ont définitivement chassé de la poésie ces concepts, leur préférant les objets du quotidien et la déréliction.

      Dès les premiers versets, un érotisme solaire, impétueux, se déploie, tout en « tremblement de la jupe imprégnée de vous ». Sans la moindre ombre de gauloiserie ou de vulgarité -fallait-il le noter ?- le bonheur amoureux, celui qui veut « voir jouir tes lèvres », s’exalte en une relation étroite entre l’éros et l’écriture : « sur la feuille à voix basse dans le calme de la chambre le mot tremblement le mot tendrement et dans la foulée une profonde pénombre où ne cesser de t’être délicieuse ». Ou encore : « les mains sur la page blanche sous la jupe sans mots la peau et la langue ».

      Nathalie Riera, quoique dans un texte qui présente toutes les apparence du genre poétique, se situe « dans la pénombre du roman ». Il y a là, comme chez Roland Barthes, dans sa Préparation du roman[2], une tentation de réagir à l’afflux sensoriel et sentimental par le passage au continuum de la narration romanesque, à sa totalité construite. Pourtant ne reste que ce désir, cet élan, parmi les archipels chaleureux de la pulsion incantatoire.

      Qu’importe alors si cette rencontre amoureuse n’est que fugitive, n’est que «  l’or de la fable ». Ce pourquoi elle cite l’auteur de cette cinématographique machine à illusion qui est L’Invention de Morel de Bioy Casarès[3]. De même, elle ne craint pas de faire allusion à celles qui l’inspirent, de la photographe Martine Franck à la romancière Nathalie Sarraute.

      Ce qui frappe dans le lyrisme prodigieusement assumé de Nathalie Riera, c’est l’accent mis sur la joie : « me taire de joie m’enduire de joie ». Mais aussi  inséparablement sur l’éblouissement sensuel. C’est en conséquence le refus de l’ostinato, trop distendu par l’habitude, de l’austérité et de la mélancolie, qui est devenu un cliché de trop de poètes contemporains. Ne veut-elle pas « s’arracher des élégies » ? Mieux, « en elle rien de noué ou de navré aux ailes ». Tout ce recueil, qui, non ponctué, a pour seule ponctuation celle du souffle, est une « terre fraîche pour l’irréductible poème, pour le roman de ce qui est vécu pour l’insaisissable désirable ». Il se conclue sur la délicieuse « cicatrice du trouble » qui a su marquer le papier d’une mémoire à vif : celle de la beauté du vivre… Le choix éthique est en cohérence avec le choix esthétique.

      Peut-être découragent pour le lecteur, le titre volontairement alambiqué choisi par Sanda Voïca dit pourtant assez la rencontre entre l’épopée et les poèmes jouant avec l’onomatopée et la puérilité sans complexe, dont la singularité et la modestie quotidienne contredisent avec ironie le genre a priori grandiose qui fit le bonheur d’Homère. C’est bien cependant un combat de l’écriture poétique contre la banalité des jours. Il s’agit alors de tout écrire, jour à jour, de le faire advenir dans la grande forme du poème, quoique sans cesse contrariée, nourrie, par le quotidien du monde qui l’entoure, de le ranimer par l’humour, le calembour et la distanciation : « Ce poème est ma prose de la journée. / Et sa poésie ? / Qui me la montrera ? »  Ce sont 37 poèmes, entre vers libres et versets, irradiant les marques à la fois d’un autoportrait mental, culturel, voire charnel, et d’une ouverture sur le monde contemporain. La comparaison entre la « bibliothèque de l’Est » et celle de l’Ouest », où « la guerre froide se reproduisait », est à cet égard parlante, puisque Sanda Voïca est née roumaine en 1962, alors qu’après avoir publié un recueil à Bucarest, elle s’empare de la langue française, en 1999, à son arrivée en France, pour y manifester sa maîtrise, son aisance ; ce que la directrice de la revue Paysages écrits appelle : « la révolution de ma propre planète ».

      On trouve de tout parmi les vers facétieux de Sanda Voïca, genre du journal oblige : un chat, le café, sa fille Clara, les résonnances de ses lectures, entre Beckett et Michaux, entre Nietzsche et l’Evangile de Marc, Nabokov et Jouffroy, mais aussi l’irruption de la vision : « Mes papillons sont les voix et les images qui volent vers moi ». L’air de rien, avec un air mutin, s’ouvre comme une perspective métaphysique : « Il y a un essentiel même de l’inessentiel -comme l’essence de poires, hier soir : essentielle pour moi ». Parfois cependant, le pathétique pointe : Je suis blessée et plus ou moins guérie par la même flèche : celle de la langue de mes écrits ».

      En quoi Sanda Voïca est-elle lyrique, par instant élégiaque ? Parce qu’elle accueille les vies offertes par la vie, parce que malgré les déboires, la difficulté à se vivre en poésie, elle les chante : « ma vie toujours ouverte, béante »… Il est toujours l’heure de « traire le silence », en cet anti-manuel d’écriture : « Plusieurs jours que mon état d’âme m’empêche de coller à mes mots, / Que, orphelines, mes paroles ont été abritées dans les tentes du vent - / Dans le camp du drap d’or, peut-être, mais sans moi. »

 

      Il est évident que Nathalie Riera est plus intensément lyrique que Sanda Voïca. Cependant cette dernière, et non la moindre, sait insuffler et voir en ses carnets quotidiens les cristaux du lyrisme. Il y a bien un engagement profond, quoique divers, chez ces deux poètes : pas cet engagement dévoyé dans les chaînes d’une idéologie politique, mais un engagement pour les plus modestes et les plus intenses dramaturgies de l’amour, de la joie, de l’écriture par-dessus tout, pour les conserver, les transcender peut-être ; ainsi est légitimée la nécessité de la poésie. À ces instances, la vie vaut d’être autant vécue qu’écrite…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] « Puis dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps. » « Après le déluge, Arthur Rimbaud : Les Illuminations, Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, 2009, p 289.

[2] Roland Barthes : La Préparation du roman I et II, Seuil IMEC, 2003.

[3] Adolfo Bioy Casares : L’Invention de Morel, Robert Laffont, 1952.

 

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 17:11

 

 

Floris Van Schooten, XVIIème : Nature morte au jambon, Musée du Louvre.

 

 

 

 

Eloge du blasphème :

 

de Thomas d’Aquin à Salman Rushdie,

 

en passant par Jacques de Saint Victor,

 

 Alain Cabantous et Cesare Beccaria.

 

 

 

 

Jacques de Saint Victor : Blasphème. Brève histoire d'un crime imaginaire,

Gallimard, 130 p, 14 €.

 

Alain Cabantous : Histoire du blasphème en Occident. XVIème-XIXème siècle,

Albin Michel, 350 p, 16,50 €.

 

Cesare Beccaria : Des Délits et des peines,

traduit de l’italien par Alessandro Fontana et Xavier Tabet,

Gallimard, Bibliothèque de philosophie, 240 p, 25 €.

 

 

 

      Risible en définitive, le délit de blasphème, ce crime d'opinion à l'égard de fictions, paraissait ressortir à une antiquité poussiéreuse et pittoresque, digne de lourds volumes d’Histoire et de théologie. Pourtant, on assiste bien à un tour de cochon : le « retour du blasphème », tel qu’Alain Cabantous l’ajoute en la conclusion de son essai, Histoire du blasphème en Occident, qui est une sorte de chapitre détaillé destiné à enrichir le bref essai de Jacques de Saint Victor, contant l'histoire d'un crime imaginaire. Hélas, le Moyen-Orient et le Maghreb, le nord-est de l'Afrique, jusqu'au Pakistan, en infiltrant le monde occidental, ramènent sur la scène de l'actualité le blasphème comme délit, crime, digne de l'opprobre et du châtiment, non seulement de la part d'une religion aux moeurs venus du VII°siècle, mais, pire peut-être, de la pusillanimité de ce même Occident. Relisant Thomas d'Aquin et Salman Rushdie, en passant par Cesare Beccaria, faut-il plaider la cause du blasphère, en faire l'éloge ? 

 

     Emprunté au grec et au latin, blasphemia qui est une parole de mauvais augure (à Rome, seuls les dieux le punissent), le vocable désigne une « parole outrageant la divinité[1] ». C’est injurier, calomnier, maudire, proférer des malédictions, user d’impiété, y compris par l’image. C’est frapper de profanation le Sacré, souiller l’hostie consacrée par exemple. Moïse, qui en délibéra avec Yahvé, annonce aux enfants d’Israël : « Tout homme qui maudit le poids de son Dieu portera le poids de son péché. Qui blasphème le nom de Yahvé devra mourir, toute la communauté le lapidera. Qu’il soit étranger ou citoyen, il mourra s’il blasphème le Nom.[2] » Notons qu’il y a des lustres que les enfants d’Israël ont abandonné une telle brutalité. Et que la parabole de la femme adultère, prononcée par le Christ, enterre la lapidation : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! […] Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas ; va, désormais ne pèche plus.[3] ».

      Pourtant, en 538, l’empereur Justinien décréta la peine de mort à l’encontre du blasphémateur, quoiqu’elle fût bien rarement appliquée, et « d’après les lois de Christian V de Danemark, promulguées en 1683, les blasphémateurs étaient décapités après avoir eu la langue coupée[4] ». L’idolâtre est également un sacrilège, ce qui ne manqua pas d’affleurer lors de la querelle byzantine de l’iconoclasme, au VIIIème et au IXème siècle. Comme l’idolâtre, le blasphémateur déclenche la colère et les foudres de l’orthodoxie religieuse, du fou de Dieu qui n’est jamais loin du Diable. Reste que le véritable athée ne s’intéresse guère au blasphème, dans la mesure où « le blasphème, en tant qu’il suppose la croyance en Dieu, est un hommage au Seigneur[5] ». Rire de tout[6], donc de Dieu et des dieux, est d’autant plus hilarant qu’il pisse avec aisance par-dessus la jambe du blasphème…

      Il est cependant de bon ton de blasphémer contre la religion de l’autre, réputée impie, hérétique. C’est ce que fait au II° siècle Celse lorsqu’il s’irrite de l’intolérance forcenée des zélotes du Christ  persécutés dans l’empire romain et démonte par une belle argumentation leur fiction, leur culte et leurs prétentions : « y-a-t-il rien de plaisant comme d’entendre les Juifs et les chrétiens attribuer à Dieu les mœurs et les manières d’un homme, que de les voir lui prêtant des paroles de colère, d’invective et de menace ? » « Nul Dieu ni fils de Dieu n’est descendu ni ne descendra ici-bas ». De plus il ne se prive pas de montrer tout ce que leurs préceptes doivent à Platon. Hélas son « essai de conciliation et appel à l’esprit de confraternité religieuse et patriotique de tous les chrétiens de bonne volonté[7] » ne rencontra guère d’écho.

      C’est ce que fait en toute bonne foi Dante, lorsqu’en sa Divine comédie il croise en Enfer le prophète Mahomet : « un damné / rompu depuis le menton jusqu’à l’endroit qui pète. / Entre ses jambes pendaient ses entrailles ; / le cœur et les autres viscères apparaissaient, et le triste sac / qui change en merde ce qu’on avale.[8] » Il serait alors de bonne guerre des mots qu’un écrivain musulman mette de même en son enfer le Christ, histoire de se taper entre auteurs édifiants une ou deux bosses (chameau ou dromadaire ?) de rire autour d’une tranche de … et d’un verre de …

      Un « crime imaginaire », contre un dieu imaginaire… Pourtant ce « péché de bouche » fut sanctionné jusqu’à son abolition officielle en 1791 par la France de la Révolution, suite à la liberté d’expression inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais aussi grâce au sort atroce du Chevalier de la Barre, défendu par Voltaire. C’est cette histoire que Jacques de Saint Victor, le plus clairement du monde, établit en la concision de son essai. Il confirme que ce fut bien la « monarchie de droit divin » qui se chargea d’une « annexion du divin par le pouvoir royal », et qu’en dépit de la clémence papale et ecclésiastique, c’est le bras armé de la politique qui se rendit coupable de la répression brutale du blasphème. Malgré l’embellie de la période révolutionnaire sur ce point, la Restauration puis le Second Empire profitèrent de la loi de 1819 quant à « l’outrage à la morale publique et religieuse ». S’il elle abandonnait le bûcher, il restait possible d’emprisonner et de punir d’amende un individu, un écrivain. Tels Eugène Sue, pour Les Mystères du peuple, Charles Baudelaire, pour Les Fleurs du mal, en 1857. On sait que la même année, Gustave Flaubert, pour Madame Bovary, échappa à la censure du même Procureur Pinard. Il fallut attendre 1879 pour qu’une loi libérale établisse définitivement la liberté de la presse, abolissant de fait toute trace pénale du blasphème.

      Définitivement ? Malgré « le discours anticlérical, ouvertement blasphématoire », de la fin du XIX° et du début du XX°, les ennemis de la liberté aux visages changeants trouvèrent le moyen de pénaliser en 1972 « la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », au moyen de la loi Pleven, introduisant de plus une dommageable confusion entre les paroles et les actes. Pire, les associations peuvent se pourvoir en justice : l’antiracisme, moralement justifié, devient alors censeur. Si le blasphème n’est plus apparemment convoqué, il reste à l’affut, au travers d’une discrimination à l’égard d’une religion. Même si la jurisprudence reste à peu près garante de la liberté de critiquer une religion, la notion d’injure aux croyants rôde. Heureusement Houellebecq, qui avait déclaré « L’Islam est la religion la plus con », fut relaxé à l’occasion d’une plainte d’associations musulmanes. De même Charlie Hebdo pour ces caricatures. Hélas le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adopte en 2009 une résolution visant à poursuivre la « diffamation des religions ». C’est alors que Jacques Saint Victor montre avec justesse combien une certaine gauche voit le blasphème contre l’Islam comme une conjuration « néocoloniale » et « raciste ». Voilà qui « travestit la liberté d’expression en instrument d’oppression islamophobe ». Devant les coups de boutoir intimidants et meurtriers d’une religion obscurantiste qui vise à l’hégémonie, faut-il sonner (discrètement s’entend) le glas de la liberté d’expression, de critique, de blasphème enfin, ce « crime imaginaire » ? Ni retour à un ordre moral chrétien brutal, ni soumission à un prophète : ce doit être là une éthique à retrouver… Saluons en Jacques de Saint Victor un humaniste libéral, un héritier des Lumières, qui ne veut céder à aucune soumission,  soutenant « qu’il doit être possible de critiquer sans réserve ».

      Malgré l’érudition scrupuleuse d’Alain Cabantous, en son indispensable  Histoire du blasphème en Occident, XVI°-XIX°siècle, il est un peu dommage, au contraire de Jacques de Saint-Victor, qu’il omette de consulter avec précision Thomas d’Aquin, philosophe et Docteur de l’Eglise du XIIIème siècle. Ce dernier qualifie le blasphème de « péché de malice caractérisée », ajoutant : « Le blasphème que l’on profère de propos délibéré procède de l’orgueil de l’homme qui se dresse devant Dieu[9] ». Même s’il s’agit de « l’intention de souiller [le] sacrement », l’église peut être encline au pardon, en effet « l’homme pécheur est capable de grâce[10] ». Le droit canon ne médite alors aucune sanction contre le blasphème.

      Hélas ni « le Temps de l’église », ni « le Temps du Prince » n’ont assez entendu la clémence de Thomas d’Aquin. Alain Cabantous, montre que pouvoir spirituel et pouvoir séculier sont la main dans la main pour punir ce « péché permanent », voire que le séculier a la main la plus lourde. Le blasphème est bien pour le pouvoir « cette immixtion intolérable du profane le plus vil à l’intérieur de l’espace sacré ». Il faut ensuite penser que le verbe étant Dieu, il ne peut être utilisé contre lui. Selon Jean Billot, au XVIII°, c’est un « déicide » ! L’historien rappelle néanmoins que le premier blasphémateur est Jésus, qui se prétend fils de Dieu et compte siéger « à la droite du Tout-puissant », ce pourquoi il fut crucifié.

      La chasse à la « parole infernale », selon Vincent de Paul, des XVI° au XVIII° est ardente. On s’insurge contre l’omniprésence des jurons. Catholiques et Protestants s’accusent réciproquement de blasphème, quand on va jusqu’à considérer de même la simple présence des communautés juives. On brula le Talmud à Rome en 1553, cinq Juifs furent pendus à Mantoue en 1603. Sous Louis XIII, on peut être condamné à mort pour requête à Belzébuth, donc pour activité de sorcellerie[11]. Très active est l’Espagne de la reconquête, des conversions forcées, puis de l’inquisition, quoique cette dernière ne tint compte du blasphème que pour une infime partie de ses procès... De plus « l’hérésie blasphématoire verse alors franchement dans l’athéisme et s’exprime surtout dans la culture écrite, libertine et souvent clandestine ». Spinoza étant évidemment visé. Kierkegaard, quoique sans réclamer de poursuite, voit dans « L’abandon du christianisme », un motif de scandale : « les mots même du Christ […] il faut, surtout à nous chrétiens, sans répit nous les intimer, nous les réitérer, nous les redire à chacun particulièrement. Partout où on les tait, partout du moins ou l’exposé chrétien ne se pénètre point de leur pensée, le christianisme n’est que blasphème[12] ». Ce qui est certes le cas lorsque les ecclésiastiques agissent en dépit de la parole christique.

      Mais la justice laïque en ce domaine supplanta bien vite celle ecclésiastique. Car plus violente, perçant la langue et les lèvres, elle se vit en revanche conseiller par le pape Clément IV « d’éviter d’infliger des peines corporelles ». Le XVI°, temps des guerres de religions, est particulièrement vindicatif : pour ses « reniements et blasphèmes », Armand Carrière, à Tarbes, en 1518, est « condamné à avoir la langue tranchée, à être pendu, puis brûlé ». Car bientôt blasphème et lèse-majesté unissent leurs prérogatives. Quoique bientôt « la société du blasphème », suite à « l’effacement progressif de ce délit parmi les préoccupations du Saint-Office », aura raison de la tyrannie religieuse et politique au cours du siècle des Lumières… Seul le Chevalier de la Barre, en 1766, fut exécuté, moins pour n’avoir pas ôté son chapeau devant une procession, que pour avoir frappé, selon la rumeur, un crucifix à coup d’épée ; ce qui donna lieu à l’indignation de Voltaire.

      Par ailleurs auteur d’une Histoire de la nuit, XVII°- XVIII° siècle[13], notre historien nous présente un tableau édifiant, nombreux et très documenté du blasphème occidental. Toutefois, si tatillon l’on est, pourrait-on lui reprocher un parcours un peu erratique, répétitif par endroits, et de proposer en conclusion de trop brèves incursions, quoique fort pertinentes, vers notre contemporain malmené par le blasphème : « Le retour du blasphème » et « Rire à en mourir ou l’autre retour du blasphème », sont des postfaces à cette réédition qui tiennent compte du « paroxysme vengeur, primitif et sanglant » contre les journalistes de Charlie Hebdo, contre des blogueurs saoudien et grec, Raif Badawi et Filippos Loïzos (pour une parodie d’un moine orthodoxe) diversement condamnés, tout en espérant beaucoup de la puissance libératrice du rire. Là il pointe la défaillance de l’Etat, lorsqu’il « renonce à octroyer au blasphémateur le rôle social qui était devenu le sien », quoique, notons-le, il doive prendre garde à ne pas imaginer un nouvel avatar du blasphème en sacralisant à l’excès le drapeau, la Marseillaise et la déesse Laïcité…

 

      Nul doute que l’italien Beccaria fasse allusion au blasphème lorsqu’il dit : « Je ne parle que des délits qui émanent de la nature humaine et du pacte social, non pas des péchés dont les peines, même temporelles, doivent être réglés par d’autres principes que ceux d’une philosophie limitée. » C’est ainsi, en 1764, au siècle des Lumières, qu’il sépare la Justice criminelle de la sphère religieuse, qu’il sépare les péchés et les crimes, préparant une réelle sécularisation du droit pénal. Il semble qu’à cet égard les principes de Beccaria en faveur de la laïcisation de la justice soient encore à atteindre, quand un Etat, le nôtre en l’occurrence, de par les filets de sa justice, croit encore recevables des plaintes pour diffamation religieuse (donc blasphème) et incitation à la haine d’une communauté, tant qu’il ne s’agit pas de prosélytisme explicite en faveur de la violence criminelle.

      Il faut saluer à cet égard cette nouvelle édition Des délits et des peines de Cesare Beccaria, sa traduction d’Alessandro Fontana et Xavier Tabet, enrichie de notes abondantes, judicieuses et précieuses.  Outre que l’auteur, apprécié à sa juste valeur par Voltaire et les Encyclopédistes, combat « la cruauté des peines et l’irrégularité des procédures criminelles », et bien entendu la peine de mort, il promeut le principe général suivant : toute peine « doit être essentiellement publique, prompte, nécessaire, et la plus petite parmi celles possibles dans des circonstances données, proportionnée aux délits, dictée par les lois ». Surtout, en ce qui nous concerne ici, il se dresse contre « les barbares tourments multipliés avec une sévérité prodigue et inutile pour des délits non prouvés ou chimériques[14] ». Ainsi, au nom de la raison, dit-il combien le blasphème est une chimère puisqu’il s’adresse à d’autres chimères, les dieux, leurs images et les absurdes interdits édictés par leurs prophètes, soutenus avec vigueur et violence par leurs séides et affidés, contre l’homosexualité, contre le porc et le vin. Citons alors un délicieux propos blasphématoire de Charles Lamb contre un animal intelligent : « Le cochon ressemble à de la nourriture, une offrande dodue en brochette, prêt à perdre à tout instant son individualité et à glisser sur l’échelle métaphysique de l’état de créature à celui de chair à saucisse. […] Je ne pense pas que l’auteur du Lévitique ait correctement perçu les intentions de Dieu, et je suis enclin à croire lorsqu’il s’agit du porc, que ce serait de l’ingratitude, voire un blasphème, que de refuser d’en consommer.[15] »

      Cet éloge du blasphème s’arrêtera cependant aux portes des lieux de culte, quels qu’ils soient, par respect et discrétion, comme devant des espaces privés. À moins que ces lieux de culte soient des nids d’enseignement de la violence, de prosélytisme du djihad destinés à affecter non seulement l’espace mental des affidés mais aussi l’espace privé et public d’autrui, sans compter leur vie… De même on n’ira pas jeter le blasphème à la face de celui qui, paisible, n’a rien demandé ni rien provoqué, question de correction, de respect minimal. Cependant ce dernier devra tolérer que dans l’espace public, et a fortiori dans l’espace privé d’autrui, soient blasphémées les images et les concepts de sa religion. Car, ne l’oublions pas, chaque religion est pour l’autre une parole blasphématoire, y compris tout athéisme, tout agnosticisme. Ce dont se moque Voltaire : « On accusa de blasphème les premiers chrétiens […] ; mais les partisans de l’ancienne religion de l’empire, les joviens qui reprochaient le blasphème aux premiers chrétiens, furent enfin condamnés eux-mêmes comme blasphémateurs sous Théodose II. Dryden a dit : Tel est chaque parti, dans sa rage obstiné, / Aujourd’hui condamnant, et demain condamné.[16] » Les Chrétiens seraient bien inspirés de se souvenir qu’il existe dans l’art du Christianisme une longue tradition de représentation du « Christ aux outrages », lorsqu’il est frappé de crachats, du fouet, puis sur la croix ; ce que l’affaire « Piss Christ » de Serrano[17] aurait dû rappeler opportunément.

 

      Parmi son Livre des éloges, Alberto Manguel n’a pas manqué à faire celui du blasphème, quoiqu’il eût semblé aux Anciens un éloge paradoxal, comme le fit Lucien avec son « Eloge de la mouche[18] », écrit au IIème siècle. « Une inquiétante réaction d’intolérance chez certains groupes musulmans », ainsi qualifie-t-il la polémique autour des caricatures de Mahomet. « Imaginer qu’un petit dessin, une blague, un jeu de mots puisse offenser Celui pour qui l’éternité est comme un jour, ou son élu béni parmi tous les hommes, me semble le plus grand des blasphèmes. Nous faibles créatures humaines, n’aimons pas que l’on se moque de nous : mais il en va autrement pour un être que nous imaginons suprême, invulnérable et omniscient.[19] », argue-t-il avec une grande justesse. De plus Dieu ayant laissé le libre-arbitre à ses créatures, il doit savoir tout supporter de leur petitesse…

      L’occurrence la plus frappante, et presqu’inaugurale du renouveau du blasphème eu lieu lorsqu’en février 1989 Salman Rushdie[20] fut condamné à mort par l’Ayatollah Khomeiny. Pourquoi ? « Il y avait dans Les Versets sataniques le portrait d’un imam dans son genre, un imam devenu monstrueux, dont la bouche gigantesque dévorait sa propre révolution[21] ». Il faut admettre que le roman flirte allègrement avec le blasphème, d’abord par son titre, évoquant les versets du Coran où Satan aurait fait dire à Mahomet des paroles conciliantes avec le polythéisme, et plus précisément les déesses préislamiques Lata, Aloza et Ménat[22], ce qui ne manque pas de jeter la suspicion sur un prophète capable de se laisser corrompre par Satan. En outre il n’est pas chiche de scepticisme, ironie et autres irrévérences, entre autres : « La condition humaine, mais quelle est la condition des anges ? À mi-chemin entre Allahbonne et homo sapiens, ont-ils jamais douté ? Oui : défiant la volonté de Dieu, un jour ils se sont cachés sous le Trône, osant poser des questions interdites, des antiquestions. » Ou encore : « Dès le début, les hommes se sont servis de Dieu pour justifier l’injustifiable[23] », ad libitum...

      Le droit naturel à la satire, en l’occurrence contre le fondamentalisme religieux, fondamental pour tout écrivain, pour tout rieur, pour tout individu libre, était ainsi bafoué.

      Bien que le terme « blasphème » ne figure pas dans le Coran, le concept est implicite : « Ceux qui offensent Allah et son Envoyé, Allah les maudit en ce monde et dans l’autre, Il leur réserve un supplice avilissant. Ceux qui offensent les adhérents et les adhérentes, hors de ce qu’ils ont acquis, se chargent d’infamie, d’évidente iniquité ». De fait, y compris contre les hérésies rationalisantes, la loi islamique ne s’est pas privée de prescrire le châtiment, en particulier la lapidation, s’appuyant sur : « Aux effaceurs d’Allah, un supplice terrible ! » Ce qui contribue au djihad : « Combattez ceux qui n’adhèrent pas à Allah[24] », entre autres nombreuses occurrences du même…

      Balançant entre périodes de relative tolérance envers Juifs et Chrétiens (gens du Livre) et de fanatisme dogmatique, se faisant un spécialiste de l’horreur infligée au blasphème, l’Islam alla jusqu’à juger pornographique et blasphématoire Les Mille et une nuits, ce par la voix de l’Université al-Azhar du Caire, en 1985. L’on sait par ailleurs que La Ferme des animaux, d’Orwell, est interdite dans nombre de pays musulmans, car leurs principaux personnages sont des porcs.  Mais en notre Occident, il faut noter à cet égard que la loi sur le blasphème, qui ne concernait que l’église anglicane, ne fut abolie qu’en 2008 au Royaume-Uni. Qu’elle permet aux Etats-Unis à quelques groupuscules d’éjecter des bibliothèques scolaires de divers Etats des auteurs comme William Faulkner et J.K. Rowling. Cependant l’on se souviendra que Salman Rushdie « fut consterné par le nombre d’hommes politiques travaillistes qui prenaient le train des islamistes[25] », pointant la pusillanimité, voire la soumission d’une partie de la classe politique.

Lapidation pour viol du sabbat, Guiard des Moulins,

Bible historiale, XIV°, BNF.

 

      Or, malgré l’irruption, depuis quelques décennies, de l’Islam sur la scène de l’agressivité contre le blasphème, il ne faut pas omettre l’action sournoise et constante du traditionalisme catholique, dont on trouvera un troublant déroulé dans l’essai de Jean Boulègue : Le Blasphème en procès, 1984-2009[26]. Entre 1984 et 2009, les tribunaux français ont été harcelés par vingt procès, dont deux intentés par les Musulmans, les autres visant des films comme Ave Maria, de Jacques Richard en 1984, dont l’affiche montrait une jeune fille crucifiée les seins nus, qui fut attaquée en justice sous l’égide de Monseigneur Lefebvre et autres associations catholiques traditionnalistes. La dite affiche fut hélas interdite. Des cinéastes, comme Jean-Luc Godard, avec Je vous salue, Marie, Martin Scorsese ou Milos Forman subirent les mêmes avanies. Il faut déplorer alors que l’église et la mosquée aient parfois tendance à marcher la main dans la main pour s’offusquer du corps féminin. Qu’a fait la moitié de l’humanité pour voiler à l’autre ses seins, ses cheveux, ses lèvres, ses yeux, sans compter son esprit ?

 

      Le premier ministre dénonçant « la profanation inacceptable d’un lieu de prière musulman », lors des manifestations d’Ajaccio le 25 décembre 2015, n’a-t-il pas, en omettant d’utiliser le mot « vandalisme », reconnu de fait le délit de blasphème ? Dangereuse dérive qui force à reconnaître le sacré dans l’espace laïque de la République ! De même, lorsque l’on brûle des Corans, il serait bon de n’honorer cet acte que du nom de vandalisme, a fortiori lorsque l’on dépose une hure de sanglier sur une grille de mosquée (à Aubagne en octobre 2015), voire une tranche de jambon devant elle ou dans un rayon halal, les rendant ainsi « haram » selon les préjugés obscurantistes, est-il du rôle des agents de  l’Etat d’engager la moindre poursuite pénale, ce qui serait, de facto, faire entrer dans les mœurs le délit de blasphème ? Alors que l’on ne parle que de vandalisme, quoique dans le silence de l’immense majorité des médias, lorsqu’il s’agit des dizaines d’églises et de cimetières profanés. Au point qu’aujourd’hui, monter un arbre de Noël (oups, un « arbre du solstice », dit le novlangue), exhiber une crèche soit passible de la condamnation morale qui salue le nouvel ordre du blasphème…

      La critique, évidemment blasphématoire, de l’Islam est de l’ordre du péché originel et capital de l’Occident, comme le précise Ibn Warraq : « Alors que les musulmans se sentent libres d’insulter le christianisme, ils atteignent le paroxysme de la rage et de la violence au plus petit reproche fait à l’islam, qui doit être accepté sans critique aussi bien par les musulmans que par les non-musulmans, comme étant la révélation divine, que la structure de la société et la conduite de l’Etat doivent refléter[27] ».

Gustave Doré : La Divine comédie, L'Enfer, Chant XXVIII, 1861.

 

      Aujourd’hui, près d’un pays sur deux, parmi notre planète, pénalise encore le blasphème. Et bien sûr ce qui en est le double, l’apostasie, soit le reniement de sa religion, en direction d’une autre ou de l’athéisme. Ce sur tous les continents ; avec une préférence plus marquée en ce qui concerne le Moyen-Orient, l’Afrique sub-saharienne, et jusqu’au Pakistan, c’est-à-dire principalement l’aire arabo-islamique, aire d’un récurrent massacre des innocents. Dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation de la Conférence Islamique tente avec constance d’imposer le concept de « diffamation des religions », piètre euphémisme pour le blasphème,  régulièrement rejeté au nom de la liberté d’expression ; jusqu’en 2009, lorsque le Conseil des Droits de l’Homme le reconnut officiellement ! En Europe, l’Allemagne, la Finlande, le Danemark, voire l’Alsace-Moselle, pénalisent également l’outrage envers la religion, quoiqu’occurrence et jurisprudence soient fort rares. Il est plus que temps que la loi se mette en accord avec les principes et les mœurs issus des Lumières et de Beccaria en particulier.

      En France enfin, l’« incitation à la haine et à la violence en raison de la religion », la « diffamation contre un groupe religieux » peuvent être sanctionnées au regard de la loi. Ce dont témoigne, la condamnation de l’hebdomadaire Valeurs actuelles pour une couverture représentant Marianne, allégorie de la République, voilée comme une musulmane. Ou le chroniqueur Eric Zemmour, condamné en septembre 20015 à 3000 euros d’amende pour provocation à la haine envers les musulmans, pour avoir dit « Ils ont leur code civil, c’est le Coran » et averti du risque de guerre civile. Quoique l’on pense du polémiste controversé, qui ne fait d’ailleurs que constater l’absence de séparation de la mosquée et de l’Etat dans la tradition coranique de la Charia, la France s’honorerait de ne plus pratiquer ces procès d’opinion et de cesser de mêler la loi pénale avec la critique des religions, d’autant que la critique du Christianisme ne souffre pas du même opprobre, loin s’en faut.

 

      Pourquoi faut-il tolérer le blasphème, jusqu’à le désirer et en faire l’éloge ? Parce qu’il est la condition sine qua non de la liberté de pensée et d’expression, la liberté et le chemin de l’analyse critique. On peut ne ne pas apprécier le lourd mauvais goût de Charlie Hebdo, l’on doit supporter cependant de voir s’étaler ses grossières caricatures de nos convictions parmi les kiosques à journaux, au vu de tous. Faute de quoi ce serait -si ce n’est déjà le temps- murmurer, de peur d’être entendu, le Requiem de la liberté d’expression[28]. Ce qui doit être puni par la loi, loi strictement civile s’entend, ce sont les actes et non les pensées, aussi bien tues qu’exprimées, le vandalisme et les violences physiques, pas un instant la liberté d’expression et de critique face aux religions, quelle qu’elle soit. De surcroit, la nature religieuse de l’acte délictueux ou criminel ne doit en rien influer sur la décision du juge. Si le blasphème, fusse-t-il haineux, peut susciter une réprobation morale et critique, il est d’abord la preuve d’une vitale liberté de conscience et d’expression, en toute nécessité protégée par le droit naturel et par le législateur. Nous supporterons alors le sac à merde de Dante, en riant, le « Dialogue entre un prêtre et un moribond » de Sade, dans lequel « dieu est une chimère […] et le plus plat de tous les  imposteurs[29] », les caricatures lourdingues de Charlie Hebdo contre un pape cacochyme, les picturales natures mortes faisant l’éloge de ce blasphème goûteux qu’est le jambon, en une saine jouissance libertine et esthétique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992, T II, p 230.

[2] Lévitique, 23, 14, La Sainte Bible, Le Club Français du Livre, 1964, T I, p 341.

[3] Evangile de Jean 7, 8, 7 et 11, La sainte Bible, ibidem, T III, p 3371.

[4] Henri-Charles Léa : Histoire de l’inquisition au moyen-Age, Alcide Picard, 1902, T I, p 266.

[5] François Porché : L’Amour qui ne dit pas son nom, Grasset, et P. Dupré : Dictionnaire des citations, Trévise, 1959, p 190.

[7] Celse : Contre les chrétiens, Sillage, 2014, p 50, 54, 91.

[8] Dante : Divine comédie, Enfer, XVIII, 23-27, Les Libraires Associés, 1965, p 146.

[9] Thomas d’Aquin : Somme théologique, Cerf, 1985, T III, p 101, 905.

[10] Thomas d’Aquin, ibidem, T IV, p 629.

[12] Sören Kierkegaard : Traité du désespoir, Tel Gallimard, 1996, p 493.

[13] Alain Cabantous : Histoire de la nuit, XVII°-XVIII° siècle, Fayard, 2009.

[14] Cesare Beccaria : Des Délits et des peines, Gallimard, Bibliothèque de philosophie, 2015, p 193, 207, 70.

[15] Charles Lamb, cité par Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, L’Âge d’homme, 1999, p 401.

[16] Voltaire : Dictionnaire philosophique, Bry Ainé, 1856, T II, p 75.

[18] Lucien de Samosate : « Eloge de la mouche », Œuvres, Hachette, 1874, T II, p 267.

[19] Alberto Manguel : Le Livre des éloges, L’Escampette, 2007, p 67-68.

[21] Salman Rushdie : Joseph Anton. Une autobiographie, Plon, 2012, p 23.

[22] Coran, sourate 53, versets 19-23, traduction Chouraki, Rbert Laffont, 1990.

[23] Salman Rushdie : Les Versets sataniques, Christian Bourgois, 1989, p 108 et 111.

[24] Coran, sourate 33, versets 57-58, sourate 2, verset 104, sourate 9, verset 29, ibidem.

[25] Salman Rushdie : Joseph Anton. Une autobiographie, ibidem, p 157.

[26] Jean Boulègue : Le Blasphème en procès, 1984-2009. L’église et la mosquée contre les libertés, Nova éditions, 2010.

[27] Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, ibidem, p 415.

[29] Sade : Œuvres complètes, Tête de feuilles, 1972, T 14, p 58 et 59.

 

Anne Vallayer Coster : Nature morte au jambon, avec bouteille et botte de radis,

1767, Staatliche Museum, Berlin.

 

qui est une sorte de chapitre détaillé destiné à enrichir le bref essai de Jacques de Saint-Victor, contant l’ « histoire d’un crime imaginaire ».
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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 10:45

 

Aquarelle de Miquel Barcelo pour La Divine comédie de Dante,

France Loisirs, 2003.

 

 

 

Alberto Manguel : le cheminement dantesque

 

de la curiosité

 

 

Alberto Manguel : De la curiosité, Actes Sud, 528 p, 25 € ;

L’Apocalypse selon Dürer, Invenit, collection Ekphrasis, 104 p, 13 €,

traduits de l’anglais par Christine Le Bœuf.

 

 

      Qu’est-ce ? Pourquoi ? La curiosité enfantine ne cesse de nous harceler de questions, qu’il faut encore et sans cesse poser, nécessité humaine et humaniste dont Alberto Manguel fait le moteur et l’objet de son nouvel essai. Faudra-t-il un guide au curieux, ce sera Dante, qui, sans cesse interroge lui-même ses guides, Virgile, puis Béatrice, au cours de son voyage au travers de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis. Même si Alberto Manguel, né Argentin à Tel Aviv en 1948, avant de séjourner à Buenos Aires, au Canada et en Poitou,  ne va pas si loin, quoique, sa curiosité se montre aussi insatiable que savamment organisée, jusqu’aux gravures illustrant Dante, ou celles de Dürer pour L’Apocalypse.

 

      Ainsi, la Divine comédie est « un livre qui mieux que tout autre favorise l’exploration de soi-même et du monde », une œuvre qui est « générosité majestueuse ». Un tel inépuisable chef d’œuvre exige alors « un palimpseste de lectures ». D’une main amicale, Alberto Manguel nous guide avec une limpide érudition, pas pesante pour un sou, parmi les pas de Dante, sa vie, le contexte historique et politique du XIIIème siècle, la vingtaine d’année d’écriture errante et exilée, avec pour seule bibliothèque sa mémoire, donc ses sources.  Et bien sûr le labyrinthe doublement spiralé de l’Enfer et du Purgatoire, puis le vertige ascensionnel du Paradis, visités par un génial curieux qui s’appuie autant sur le dogme chrétien et Saint Thomas d’Aquin que sur les récits de voyages dans l’au-delà, venus de l’antiquité, mais aussi sur la fantaisie eschatologique de Dante, voire sa propre fantasmatique.

      Parmi « les quatre perversions possibles de la curiosité humaine », il faut compter avec l’orgueil,  mais aussi la quête des satisfactions vulgaires, l’absence du Créateur et les limites incomprises de l’intelligence. Car la curiosité est d’abord recherche du bien. Quoique Pandore, en ouvrant sa boite aux malheurs, et Eve, croquant la pomme du bien et du mal, puissent avoir permis l’autorité du trop fameux : « la curiosité est un vilain défaut ». Préférons alors que cette dernière soit « l’art de poser des questions ». Dante ne cesse d’ailleurs d’en poser à Virgile, à Béatrice, aux malheureux qu’il rencontre parmi les bolges de l’Enfer : qui sont-ils, pourquoi sont-ils là, quelle est leur histoire ? Dressant ainsi, autant que les figures de l’eschatologie, le portrait des passions et des destinées humaines, en-deçà de la volonté divine.

      Ses dix-sept questions, Alberto Manguel les adresse à tout ce qui bouge, à tout ce qui est, dans l’espace et le temps, et dans l’interaction avec la psyché humaine. De « Qu’est-ce que la curiosité ? » à « Qu’est-ce qui est vrai ? » en passant par « Qu’est-ce que le langage ? », ou « Qu’est-ce qu’un animal ? », chaque faisceau de réponses, qui sont autant de fils interrogatifs déployés, est précédé par une brève prose autobiographique, comme un prélude musical avant le développement. On pense alors au fameux tableau de Gauguin : « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? », quand ici formes et couleurs sont les mots de l’essayiste, eux-mêmes faits de tous ceux qui l’ont précédé.

     L’enquêteur se tourne alors vers sa bibliothèque aux 30 000 volumes, « chaos bienveillant, semblable à l’un de ces marchés aux puces enchantés où l’on trouve des trésors », et bien moins vers internet, aux « réponses soit trop littérales, soit trop banales ». Pêle-mêle, quoique dans un désordre savamment organisé selon les cercles progressifs parcourus par son mentor Dante, il convoque le « quipu », cette écriture des Incas, faites de nœud de couleurs, révélée par l’Inca Garcilaso de la Vega, dans ses Comentarios reales[1] de 1606, s’interroge sur l’origine des langues qui formalisent et véhiculent le questionnement et la connaissance, l’hébreu adamite ou le florentin de Dante, tout en convoquant de bien savant Juifs : Maïmonide, Aboulafia et Abravanel, qui, à la poursuite des secrets du divin, interprètent sans cesse la Torah et le Talmud. La confusion des langues, au pied de la Tour de Babel écroulée, voisine avec le langage des 256 « lexigrammes » maîtrisés par le bonobo Kanzi, puis avec le singe parlant dans le Rapport pour une académie de Kafka[2]. Vertigineux... Plus loin, au « Pays des merveilles », la jeune héroïne se révolte contre les diktats de ce monde illogique et fou, à la justice kafkaïenne : à cause « de cet acte suprême de désobéissance civile, Alice est autorisée à s’éveiller de son rêve. Nous, malheureusement nous ne le sommes-pas ».

      Mais avant le ravissement paradisiaque qu’Alberto Manguel semble ne jamais atteindre, le cheminement de Dante croise si souvent l’effroi, devant les péchés de la terre et les châtiments du ciel. Pragmatique, l’essayiste s’interroge alors sur « les conséquences de nos actes », y compris jusqu’aux physiciens à l’origine des bombes atomiques.

      Son essai devient une encyclopédie en étoile, en constellations, un bouillonnant collage culturel, quoique dans le domaine de la pensée politique, il ne brille pas par sa liberté face aux clichés anticapitalistes, ni par sa connaissance du libéralisme. Dans « Que pouvons-nous posséder », lors de sa critique de l’usure, traditionnelle d’Aristote à l’Eglise primitive, il oublie le rôle dynamique du prêt bancaire qui est investissement et levier du développement économique.

      Reste qu’il n’est pas sans conscience que sa curiosité se heurte aux limites de l’inconnaissable. Pour reprendre Dante : « Insensé qui espère que notre raison / pourra parcourir la voie infinie / que suit une substance en trois personnes.[3] » Mais aussi aux limites du corps et de la vie humaine. En un aveu autobiographique, dont sont coutumiers ses essais, il relate son accident vasculaire cérébral, fin 2013, qui a fait, temporairement, de son langage un bégaiement : « l’impression d’avoir tâtonné dans un potage-alphabet ». Moment émouvant, quoique sans pathos, qui lui permet de s’interroger : « Que sont cos pensées qui n’ont pas encore atteint leur état verbal de maturité ? » C’est alors que le scanner permet « la cartographie de notre propre pensée », comme une sorte de miroir renvoyé à celle des trois espaces dantesques.

      En toute logique, et dans une dimension testamentaire (ne demande-t-il pas qu’à sa mort l’on prévienne ses livres qu’il ne reviendra pas ?) les dernières pages s’intéressent à notre dernier soupir et à l’au-delà, dont Dante offre une fiction qui se veut vérité. Non sans convoquer Auschwitz, qui, au contraire de l’univers dantesque et divin, « est le lieu d’un châtiment sans faute ». Ainsi, sur un abîme, bute la « poursuite du savoir »…

      Fidèle à son habituelle propension à baliser ses livres au moyen d’illustrations choisies, cet essai propose en frontispice de chaque chapitre une gravure de l’édition de 1487 de la Divine comédie commentée par Cristoforo Landino, sans compter quelques autres stations picturales, toujours en noir et blanc. Son Livre d’images,[4] lui parfois en couleurs, ranimait ces dernières avec une approche toute de savoir et de plaisir, quoique sans jamais se départir de l’humilité nécessaire. Il eût fallu d’ailleurs ne pas éborgner le titre original anglais, on ne peut plus signifiant : Reading Pictures. A History of Love and Hate. Reste que la relation entre le lecteur et Alberto Manguel ne peut être qu’une histoire d’amour : amour intellectuel, et moral a fortiori.

      Insatiable curieux des icônes de l’universelle culture, Alberto Manguel, que l’on connait pour s’être également tourné vers le récit[5], s’est engagé vers un autre sommet de la littérature, du mythe et de l’art : L’Apocalypse selon Dürer. Si, au cours de sa « curiosité », il reprend bien des pages de cette « ekphrasis » (la description d’une œuvre d’art en rhétorique), pour reprendre le titre de la collection, il se consacre ici à une toute personnelle iconologie, moins scientifique qu’évocatrice de l’œuvre de l’artiste du XVIème siècle et de ses retentissements contemporains dans l’œil du spectateur. Seize gravures, réalisées en 1498, seize analyse et rêveries, depuis « Le martyr de Saint-Jean l’Evangéliste » jusqu’à l’Ange lui montrant « la nouvelle Jérusalem ». La richesse graphique et symbolique inouïe de ces images suscite une réflexion comminatoire : « Dürer sait que chaque vision nous rappelle que nous devons la lire comme un livre, et que chaque livre avertit son lecteur : rappelle-toi que toute histoire doit avoir une fin. » Alberto Manguel y voit également affleurer d’autres mythes, comme au travers des cavaliers de l’apocalypse se profilent les guerriers dévastateurs de L’Iliade. Mais aussi la figuration des guerres, des dévastations qui affectèrent et affectent encore nos barbaries historiques et nos barbares civilisations : meurtres de masses, où git la Milena de Kafka, « couvertures infestées de variole » données aux Indiens d’Amérique, « en ce qu’il faut considérer comme la première guerre biologique du monde ». En ce sens l’apocalypse est une abomination humaine et une récurrence historique, voire écologique, avant d’être un « carnage angélique », « les armées divines mettant fin à la folie humaine ». Pire, par-dessus tout, « l’état ultime de toute œuvre d’art est l’état de ruine », ce qui vaut pour La Divine comédie de Dante, pour les gravures de Dürer, pour les livres de notre ami Alberto, et, cela va sans dire, pour les pages de pixels de cette négligeable lecture critique…

      Prétexte à une méditation sur les fictions de l’au-delà, cette ekphrasis qui en est à peine une, permet à son auteur d’imaginer, à la suite de Dante, et en une prose haute en couleurs, des catégories infernales pour nos fauteurs de maux contemporains : « les industriels resteront plongés jusqu’aux yeux dans la fange, au fond d’un cloaque toxique de leur fabrication ; les extrémistes religieux seront forcés d’errer sans fin et seuls dans leurs propres cauchemars hideux ; les financiers, vêtus de costumes trop serrés, souffriront faim et soif cependant que des gaveurs d’oie leur enfonceront dans l’œsophage des pièces et des billets ». Oubliant cependant, en un naïf rousseauisme, les industriels et financiers dignes du paradis, puisqu’ils ont contribués à nos richesses, à notre espérance de vie, voire à notre culture, via le papier et l’encre des livres, via nos claviers et nos écrans….

 

      Embrasser une religion fondamentaliste et tyrannique, telle que l’Islam du Coran et des hadiths, c’est voir disparaître les « pourquoi ? », donc le ressort de la curiosité, voir disparaître les figurations de Dürer. C’est également ne plus savoir lire, sinon dans la répétition du même. Il semble alors qu’il soit assez élogieux de qualifier Alberto Manguel comme un grand lecteur, mieux : une allégorie de la Curiosité. C’est d’ailleurs avec une discrète modestie qu’il a omis, au sein de son Livre des éloges[6] qui en compte quatorze, de rédiger un éloge du lecteur, qui eût été le sien propre, quoiqu’ici en réside un brouillon par une plus modeste main encore. Si Virgile était le guide de Dante, Alberto Manguel est notre Virgile parmi la forêt obscure des questionnements, les lumières de la connaissance et le vaste jardin des livres. Où ce De la Curiosité figure une stèle écrite parmi ses meilleurs livres, sinon le plus brillant. C’est avec une flûte de Champagne doré aux fines bulles parfumées qu’il faut saluer le talent de celui qui écrivit : « Le lecteur idéal est quelqu’un avec qui l’écrivain passerait volontiers une soirée, autour d’un verre de vin». Mieux qu’une soirée d’ailleurs, car « lorsqu’il lit un livre datant de plusieurs siècles, le lecteur idéal se sent immortel[7]  ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Garcilaso de la Vega : Commentaire royaux, Club des Libraires de France, 1959, p 108-110.

[2] Franz Kafka : Rapport pour une académie, Œuvres complètes, T II, La Pléiade, Gallimard, p 510-519, 2005.

[3] Dante : La Divine comédie, Purgatoire, III, 34-36, traduction Jacqueline Risset, Flammarion, 1985-1990.

[4] Alberto Manguel : Le Livre d’images, Actes Sud, 2001.

[6] Alberto Manguel : Le Livre des éloges, L’Escampette, 2007.

[7] Alberto Manguel : Pinocchio et Robinson, L’Escampette, 2005, p. 72 et 68.

 

 

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 17:29

 

Franz von Stuck : Orpheus, 1891.

 

 

 

 

Musique savante contre musique populaire.

 

Richard Powers : Orfeo,

 

le Bach du bioterrorisme ;

 

Alex Ross : Listen to this, l’éclectisme musical.

 

 

 

Richard Powers : Orfeo,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin, Cherche Midi, 448 p, €.

Alex Ross : Listen to this. La musique dans tous ses états,

traduit par Laurent Slaars, Actes Sud, 512 p, 29 €.

 

 

 

      Charmant hommes et animaux, toutes les musiques se valent-elles ? Au contraire du sentiment démagogique et politiquement correct ambiant, il n’est pas sûr que cela soit vrai. Un roman, un essai, que tout semble séparer, répondent chacun à leur façon à cette problématique. Plus encore que dans Le Temps où nous chantions[1], qui fut l’un des premiers succès du romancier Richard Powers, la musique est portée à son incandescence dans cet Orfeo, à travers la destinée d’un vieux compositeur solitaire. On se doute cependant que l’écrivain ne va pas se limiter à un portrait statique, à une activité de biographe et de musicographe, mais que, tenté par le thriller, il fera de notre artiste et héros une incarnation des valeurs américaines devant la tyrannie bien affutée du gouvernement fédéral. Reste que la défense de la musique savante est peut-être l’enjeu principal de ce roman, alors qu’Alex Ross, dans son essai multipiste Listen to this, préfère l’éloge de toutes les musiques, au risque de mettre sur le même plan écrasé musiques savantes et musiques pop et populaires.

 

      La biographie de Peter Els est déployée par Richard Powers en alternance avec le drame qui bouleverse sa jeune vieillesse. Ainsi la fugue de ses amours se déploie, entre la violoncelliste Clara qui le fuit bientôt et qui « détestait le monde réel », la soprano Maddy qui interprète ses « chants borgésiens », avec qui il a une fille, Sara. Mais la fidélité à sa musique pourtant peu jouée l’éloigne de ses dernières. Ainsi le roman devient un vivant documentaire sur les évolutions musicales du XXème siècle, de Mahler à John Cage et Steve Reich, en passant par Messiaen, dont les Kindertotenlieder, le Musicircus et le Quatuor pour la fin du temps sont analysés en de splendides ekphrasis, que d’aucuns trouveront cependant trop prolixes. Au passage, est discrètement dénoncé le terrorisme intellectuel qui prend en tenailles Peter, entre les tenants d’une sur-modernité « anti-beauté[2] » et les traditionnalistes. Ses compositions, rarement fêtées, cherchent leurs voies propres, démarche qui est rarement l’objet des considérations publiques et officielles.

      Mais Peter Els a deux passions. Outre celle de l’écoute des chefs d’œuvre du passé et de l’écriture musicale innovante, il développe une compétence réellement professionnelle pour la chimie. D’ailleurs, pour lui, cet art et cette science ont bien des choses en commun, ne seraient-ce que leurs harmonies : « la génomique apprenait à déchiffrer des partitions d’une beauté indescriptible ». C’est au croisement de ces deux intensités de vie, qu’à soixante-dix ans, alors qu’il « essayait d’introduire des fichiers musicaux dans des cellules », il va vivre à ses dépens une aventure américaine.

      Il serait alors injuste de s’irriter du penchant de Powers pour le roman à thèse. Il s’agit ici de dénoncer le « Patriot Act », et ce dont est menacé Peter Els : « détention jusqu’à disculpation ». Car cultiver des bactéries peut-être dangereuses et des brins d’ADN en son laboratoire privé, consulter le web sur l’anthrax suffisent à faire de lui un suspect de menées terroristes surmédiatisé : « La renommée avait évité Peter toute sa vie. À présent, il lui suffisait de rejoindre son domicile et d’agiter les bras pour devenir le plus célèbre compositeur américain vivant ». Pire, sa musique devient une pièce à conviction… Héros malgré lui, il choisit la fuite. Toute sa vie défile en sa mémoire, jusqu’à son opéra historique « L’Oiseleur », commandé par son ami, impresario et metteur en scène Richard Bonner, en résonnance avec le siège des religieux de Waco par le FBI, en 1993.

      Peter, dont « la musique avait été pulvérisée dans l’essoreuse des ans » est un créateur en retrait, mais aussi inventif qu’humain. Ce « Bach du bioterrorisme » est le moteur d’un roman d’une belle richesse, complexe sans être réellement difficile ; peut-être son plus beau livre  depuis La Chambre aux échos et Générosité[3], qui étaient également basés sur des hypothèses scientifiques…

      La liberté, le droit au bonheur et à la création sont bien au cœur des tribulations du personnage et de la vocation de l’écrivain Richard Powers, attaché (à tort ?) à défendre la singularité des musiques savantes et expérimentales, aux dépens des pauvretés de celles populaires et vulgaires. Il est le garant de la dignité de l’artiste, fût-il un semi-raté, néanmoins un réel Orphée dont le dieu est la musique elle-même : « Par quelle ruse la musique laissait-elle croire au corps qu’il possédait une âme ? »

      Malgré le clin d’œil peut-être trop appuyé envers l’hameçon romanesque du terrorisme adressé au grand public, le riche portrait d’un compositeur confronté aux excès de la surveillance sécuritaire joue avec réel talent sur deux tableaux, politique et esthétique, à la fois dédié à la liberté de l’individu et aux qualités esthétiques de la musique savante. Richard Powers étant ici résolument un défenseur de l’exigence intellectuelle, du goût raffiné aux dépens de ceux populaires.

      Ce n’est pas le parti choisi par Alex Ross dans son Listen to this. Sous une laide couverture (affectant de représenter un baffle que l’on devine affligeant par le bruit ronflant plus que par la finesse de la musicalité), et dont l’éditeur porte la lourde responsabilité, il cache pourtant une variété harmonique affirmée. Cet éclectisme, revigorant selon les uns ou compromission envers le mauvais goût de la foule selon les autres, mélange hardiment Schubert et les Beatles. On aurait en effet tort de s’arrêter au repoussoir de la couverture, à la vulgarité américanolâtre du titre qu’on a peut-être eu cependant la pudeur de ne pas traduire (ce qui aurait donné un « Ecoutez-moi ça »), car ce recueil d’essais, souvent publiés dans The New Yorker, est bourré d’appétits musicaux, d’enthousiasmes et de fines analyses. Ce à l’instar de son précédent opus, The Rest is Noise[4], qui balaye en un vaste panorama aux vues précises la musique du XXème siècle, de Mahler au développement du rock and roll, entre l’élitisme de l’école de Vienne, de Weber et Schoenberg, et le parti-pris populaire pour Bob Dylan.

      Tout jeune, Alex Ross, et au-delà de cette « grande musique » qui, dans la bouche de ses thuriféraires, a servi « de prétexte à un élitisme médiocre qui s’est efforcé de fabriquer de l’amour propre mal placé », a reçu le do dièse de la Symphonie héroïque de Beethoven « en plein plexus ». Avec allant et enthousiasme, il joue des images évocatrices : « Sept mesures de mi bémol majeur des plus classiquement conventionnelles, et voilà que ce do dièse survient et monopolise toute une mesure dans les basses avant de s’évanouir comme l’ombre de Dracula sur la muraille de son château des Carpates ».

      Des rapprochements hardis, par-delà les siècles, nous ouvrent d’excitantes perspectives esthétiques : entre la « chaconne » de la Renaissance, le « lamento » baroque puis de Ligeti, et le « walking blues », qui tous relèvent de « l’art de la mélancolie ». Par ailleurs, entre Björk, qui a « fait l’expérience de la musique électronique dans ce qu’elle peut avoir de plus créatif », et Schubert, ce « maître incontesté du Kunstlied, cette chanson savante qui n’a pas perdu tout ce que lui légua le populaire Volkslied », » le cœur d’Alex Ross balance. Car pour ce passionné de Verdi et de John Cage, de pop et de show-biz, de Mozart et de John Adams, il n’y pas la moindre hiérarchie entre les genres musicaux. En effet, selon lui, le talent musical de Bob Dylan « est réel, original jusqu’à en être excentrique, voire hypnotique ». Ce qui ne l’empêche en rien d’être touché par les œuvres tardives des compositeurs, comme « le dernier Brahms » auquel il consacre toute une étude, élargissant sa pensée jusque vers les derniers quatuors de Beethoven, les dernier lieder de Richard Strauss, Le Couronnement de Poppée de Monteverdi, Parsifal de Wagner, Saint-François d’Assise de Messiaen, pour l’opéra.

      Combien est alors vivifiant, sous le clavier en feu d’Alex Ross, d’accéder à « la saga de Björk », de se livrer à un éloge discutable de Radiohead, autant qu’à « l’âme de la musique » incarnée par Schubert… Mais aussi, en réaction à la baisse de l’éducation musicale aux Etats-Unis, suite au programme plein de bonnes intentions initié par George W. Bush, « No Child Left Behind », de visiter avec lui un chef de fanfare, Hassan Ralph Williams dans le New Jersey, qui obtient un franc succès grâce à de chaleureuses méthodes pédagogiques. D’autant que les étudiants en musique « obtiennent de meilleurs résultats aux tests de compétences dans un certain nombre de domaines » et « sont moins susceptibles d’enfreindre les lois et d’avoir des démêlés avec la justice ». Il faut sans nul doute « incorporer les arts dans la culture démocratique de base », de façon à « parvenir à une compréhension du monde plus profonde, plus ouverte et plus vivante, s’ils pouvaient l’observer à travers les œuvres de l’art ». Voilà qui participe de « l’effet Mozart ».

      Plus émouvant, plus inventif, plus esthétique, plus original, plus savant… Ne pouvons-nous concevoir, sans choir dans le snob mépris du bas peuple inculte, que ces critères ne soient pas désuets, qu’ils soient au contraire une ode à la richesse de l’humanité, un levier de l’éducation ? Est-il malséant de dire, parmi les minimalistes et répétitifs américains, que John Adams est un Steve Reich kitsch, que Philip Glass, depuis son merveilleux opéra Einstein on the Beach et son Concerto pour violon, s’est enkitsché avec ses magmas symphoniques plus récents ? Il s’agit alors d’aller jusqu’à se demander si l’immense majorité de la production rock planétaire n’est pas une extension de rythmes tribaux et martiaux commerciaux, saturés de facilités et pauvrement soutenus par la défonce systématique et addictive des percussions : sex, drugs, war and rock’n’roll…

 

      Richard Powers reste fidèle à l’esthétique savante d’Orphée, quand son Orfeo est un compositeur raffiné, à contre-courant des facilités de son siècle. Alex Ross préfère agréger à l’histoire de la musique occidentale (il semble trop oublier les musiques classiques indiennes et japonaises) le mieux disant du tout-venant populaire. Reste à leurs lecteurs d’affiner et démultiplier leur écoute. Sans doute, au moyen de l’appât romanesque pour Richard Powers, et de l’attrait consensuel, trop consensuel, de la pop and rock culture pour Alex Ross, peuvent-ils tous les deux attirer l’amateur vers les multiplicités de bonheurs des musiques dites classiques, en fait baroques, romantiques et contemporaines…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Richard Powers a été publiée dans Le matricule des anges, septembre 2015

 

[1] Richard Powers : Le Temps où nous chantions, Cherche Midi, 2013.

[4] Alex Ross : The Rest is Noise, Actes Sud, 2010.

 

J. S. Bach : Sonate pour violon seul, BWV 1001, adagio.

 

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Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Borges

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

Bounine

 

Burnside

De La Maison muette à l’Eté des noyés

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

Salamandre Buffon

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

Vers le paradis fiscal français ?

Péchés capitaux

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Ceccatty

Noir souci, passion chaste de Leopardi

Ceccatty

 

Celan

Paul Celan, minotaure de la poésie : John E. Jackson, contre-parole et absolu poétique

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, émancipation féminine

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Séville Casa de Pilatos 2

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

Danielewski 1

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

Darger image 1

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours, précurseur de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Eugenides

De Middlesex au Roman du mariage

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Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

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Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Froidevaux Metterie : La Révolution du féminin

Federici : Caliban et la Sorcière

Landon

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

Melancholia Lars von Trier, photo (c) Christian Geisnaes

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

LeTigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Franzen

Freedom ou les libertés entravees

Freedom

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, labyrinthe du réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Le Siège de l’aigle politique

L' Instinct d'Inez, amour faustien

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la république des lettres et de Peiresc

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

Dix guerre, haut

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vanité

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Muses Mantegna

 

Guinhut

Philosophie politique

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Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

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Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

Marais poitevin Couv

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

Lg Apollo and the Muses

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

metamorphose1 Casajordi

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rohtko

Trois requiems : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

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Guinhut

Le Passage des sierras

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

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Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

Houellebecq Oeuvres

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

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Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

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Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Islam

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et Nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

Lamartine lac

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Arendt : De la banalité du mal

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

Ben Marcus Lalphabet-des-flammes-de-Ben-marcus

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Le Petit joueur d’échecs

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

Rome Giovanni Paolo Pannini Prophetie de la Sybille dans le

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Les Contrevies de la Bête qui meurt

Roth-La-bête-qui-meurt

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l’argument spécieux des inégalités

Rousseau Inégalité Frontispice

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shelley Mary

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosopher après la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

Sonnet peint

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

Thoreau désobéissance

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vesaas

Le Palais de glace

Vesaas isslottet

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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