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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 16:53

 

 

Auguste Raynaud : Allégorie de la nuit, 1887, collection particulière.

 

 

 

Nuits debout et violences antipolicières,

 

une inversion des valeurs.

 

 

 

      « La garde civique / a le fâcheux renom d’être fort pacifique ! / Aussi les malandrins, sûrs de l’impunité, / Opèrent à sa barbe avec sérénité[1] ». Ainsi Shakespeare prévenait les casseurs de leur impunité, voire les manifestants qui affectent le pacifisme pour mieux se dédouaner. En marge et au cœur du mouvement des « Nuit debout », des « mobilisations » contre la « Loi travail », violences policières et violences antipolicières s’affrontent en un champ de bataille pas seulement rhétorique. Tandis que jeunes et moins jeunes coagulés passent des nuits debout, et donc des jours couchés, que les blessés policiers sont outrageusement plus nombreux que les manifestants blessés, ne faut-il pas lire en ces phénomènes une inversion des valeurs ?

 

Les paradoxes de Nuit debout

      Replaçons dans son contexte idéologique le mouvement « Nuit debout » assis sur les places de la République. Dans le sillage d’ « Occupy Wall Street », de Siryza en Grèce, de Podemos en Espagne, l’ultra gauche entend phagocyter les medias en même temps que crier sur les toits son opposition viscérale au capitalisme financier international. Et remettre les manifestations anti Loi travail dans cette tradition mai-soixantehuitarde qui fit les beaux jours du mouvements anti Contrat Première Embauche en 2006. Ainsi, avec l’aval gourmand des partis, syndicats et mouvances de gauche, d’Attac et Sud, l’on manifeste contre une tentative avortée de libérer le travail, favorisant de fait le chômage, la précarité et la pauvreté.

      Au hasard des revendications de Nuit debout, l’on trouve : « Désinvestissement des énergies fossiles », « Dissolution des élites politiques », « Sortir du capitalisme par la démocratie radicale », « Instauration du revenu universel de resocialisation », « Abolition de la propriété privée », « Stop à la numérisation qui fait disparaître des emplois », « Occupation des logements et des bureaux vides », « Plafonnement des salaires », « Semaine de quatre jours, travaillons moins pour travailler tous », « Le RSA pour les 18-60 ans à 1500 € et le SMIC à 3000 € », « A bas la hiérarchie, Mort aux méritocrates », « Supprimer le lien entre travail et salaire »[2]. Lors des assemblées de Nuit debout, chacun peut prendre la parole cinq minutes durant. Ce qui parait une bonne liberté et une respectueuse écoute. Mais un moment vient ou l’égalité de tous les discours, quelques soient leurs qualités ou leur introuvable pragmatisme, est à la fois contre-productive et désastreuse pour l’élévation intellectuelle.

      Sans oublier les panneaux et banderoles, fleurant bon mai 68 : « Rêve général », « Argent gratuit ». Mais aussi : « Sur le pont d’Avignon, on y pend tous les patrons » !

      S’y mêlent des utopies naïves, évidemment irréalisables, dont on pardonnerait la puérilité si tant de sérieux anticapitalisme ne s’y lisait, des profession de foi égalitaristes anti-hiérarchie et anti-mérite qui ne visent qu’à aligner la médiocrité générale d’une ochlocratie[3] de façon à rabaisser les puissants, les créatifs et les indépendants, aligner les individualistes sur les collectifs, en une tyrannie qui ne dit pas son nom. Mais aussi de réels appels au meurtre des flics et des patrons en un racisme éhonté, sans penser que ceux qui rêvent de pendre le patronat, comme des Robespierre d’une nouvelle Terreur, handicapent ainsi non seulement leur salariat futur, à moins de devenir les esclaves de leur propre communisme égalitariste, mais également leur capacité de devenir leur propre patron, d’embaucher au service de leur entreprise et de la société toute entière. Une valeur meurtrière et in fine suicidaire remplace alors les valeurs de vie et de créativité.

     Hélas, le pique-nique nocturne aux papiers gras spontanés est manipulé par d'embryonnaires hiérarques du Parti Socialiste et autres opuscules gauchistes; hélas le rêve jeune qui se prend en grand sérieux ne suce que l’illusion du « vivre ensemble » et d’ « une autre politique possible » ; en fait le lait ranci de vieilles idées fumeuses en une Nuit des boues. Le réalisme, le pragmatisme, les connaissances historiques, politiques, et surtout économiques, l’esprit des Lumières enfin, n’ont guère droit de cité.

Jan Sadler : La Nuit, 1852, Musée des Beaux-Arts, Rennes.

 

Nuits et jours de violence

      De surcroit, en marge des Nuit debout, sans que l’on sache si un paisible Nuit debout n’a pas l’instant d’avant jeté dans une poubelle son sac à dos rempli de blouson noir, lunettes, cagoule, boulons et cocktails Molotov, et en marge des manifestations contre la loi Travail de la ministre El Khomri et du gouvernement Hollande, c’est la violence verbale et physique qui est à la fois militante, gratuite et festive.

      Cette militance est extrême-gauchisme, post-trotskisme, toutes armures idéologiques qui n’ont pourtant pas passé le brevet de service rendu à l’humanité, mais plutôt d’appauvrissement égalitariste, de tyrannie patentée et de massacres communistes. Le recyclage ravit les naïfs, les démagogues, et plus exactement ceux que cette posture apparemment généreuse de partage et de communauté raflée sur le dos tondu des capitalistes de diverses dimensions, jusqu’au plus humble entrepreneur, qui leurs permettent encore, avant qu’ils soient éradiqués, de vivre dans un confort que l’humanité n’a jamais connu au cours de son histoire. Posture qui est plus sûrement celle d’une oligarchie auto-constituée visant à s’approprier un pouvoir sans partage sur ses ouailles bêlantes de slogans et de « penser le monde autrement », doux euphémisme pour tyranniser le monde joyeusement. On voit que l’utopie, qui pourrait ne paraître que gentillette, potache et bienheureuse, frise l’imbécillité, voire cercle les cages de fer citoyennes de la tyrannie. Sans compter que parmi ces Nuit debout, circulent des mots d’ordre anticolonialistes éculés, anti-israéliens puant d’antisémitisme refoulé, et d’anti-occidentalisme suicidaire devant l’infiltration idéologique et démographique de l’Islam.

      Un tel rassemblement apparemment citoyen, qui se targue d’accueillir toutes les  bonnes volontés discoureuses, est caressé dans le sens du poil par la plupart des médias, en particulier pravdavistes et propagandistes, affligés par une débilitante démagogie jeuniste, qui par ailleurs ne se préoccupe guère des milliers de jeunes qui veulent travailler en paix et qui, faute de subir l’ostracisme des gauchistes et le despotisme du chômage, choisissent, s’ils le peuvent, d’émigrer pour aller travailler, voire faire fortune à l’étranger, toutes compétences et fortunes dont se prive malencontreusement la France, dont l’attractivité économique choit dangereusement.

      Le panurgisme de Nuit debout jette cependant bas le masque dès qu’une pensée réellement autre et contraire, et plus précisément libérale, aurait le front de s’y exprimer ; ce dont témoigne la visite du philosophe Alain Finkielkraut[4] rapidement soldée par des insultes, des bousculades et des crachats, ce dont il rend ainsi compte : « je souillais par ma seule présence la pureté idéologique de l’endroit. […] Sur cette prétendue agora, on célèbre l’Autre, mais on proscrit l’altérité. Ceux qui s’enorgueillissent de revitaliser la démocratie réinventent, dans l’innocence de l’oubli, le totalitarisme[5] ».  

      Voici à cet égard le diktat d’un des porte-paroles de Nuit debout, Frederic Lordon : « Les médias nous demandent d’accueillir démocratiquement Finkielkraut, eh bien non ! Nous ne sommes pas ici pour faire de l’animation citoyenne all inclusive. Nous ne sommes pas amis de tout le monde, nous sommes ici pour faire de la politique, et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons pas de projet d’unanimité démocratique ». De plus, pour ce gentilhomme, il est de son éthique de dénoncer et excommunier « la violence du capital et la violence identitaire et raciste dont Alain Finkielkraut est un des premiers propagateurs[6] ». Souvenons-nous qu’en 1965, lors d’une interview, Jean-Paul Sartre bramait : « Tout anticommuniste est un chien[7] ». Et contresignait : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué[8] ».

      Même déni de la liberté d’expression, du dialogue démocratique et même condamnation morale, dont seule une fine membrane la sépare de la condamnation à mort, léniniste, guevariste, stalinienne, fasciste, comme l’on préférera.

      En 1879, John Stuart Mill, dans son clairvoyant essai Sur le socialisme, écrivait déjà : « la principale motivation d’un trop grand nombre de socialistes révolutionnaires, c’est la haine ; une haine très pardonnable des maux existants, qui trouverait pour s’exprimer la destruction de la société actuelle à tous prix, fut-ce aux dépens de ceux qui en sont les victimes, dans l’espoir que du chaos émergerait un monde meilleur, et dans l’impatience et la désespérance de voir se dessiner un progrès graduel[9] ». Ce progrès graduel, surtout depuis un demi-siècle s’est considérablement augmenté, ce qui fait de leur combat une cause d’autant plus violente qu’elle est démentie par les faits.

      En ce discours hallucinant le pire est certainement la confusion entre la violence –plus exactement supposée telle- des discours philosophiques ostracisés et des soubresauts du capitalisme d’une part et la violence réelle et physique d’autre part qui permet en toute impunité morale, en toute sacralité jouissive, de briser des abribus, des vitrines, de blesser, parfois grièvement, des policiers, tout en paraissant s’en dédouaner et désolidariser si besoin est des « casseurs ».

 

Violences antipolicières

      Les marges des manifestations contre la loi Travail donnent lieu à des scènes délirantes : un individu, masqué, donne une claque à une journaliste russe, le plus gratuitement du monde, en passant à côté d’elle. Un autre, sans honte, déclare : « on vient pour casser du flic, pour casser les Vélib, les autolib, les vitrines, les abribus, la loi c’est nous et la loi El connerie on s’en fout, on bosse pas, on casse. » Mehdi, certainement un doux représentant de la diversité, avoue : « Je sais pas pourquoi je casse. Mais c’est cool de casser. Puis parfois quand tu peux choper des trucs, c’est utile quoi. Une fois je suis reparti avec deux-trois polos, c’est pratique. Pendant qu’il y a de la casse, tu sais que les vigiles sont débordés, tu peux repartir avec des fringues gratis, c’est bien quoi ».

      Voilà qui doit frapper par son immaturité politique, par sa puérilité de sauvageon. Sans compter le grégarisme et la naïveté de la spontanéité, qui, comme chacun devrait le savoir, n’est en rien un gage de vérité. Pire, s’il en était besoin, l’aveu est parfaitement clair : le plaisir du coup de poing, de la guérilla, du pillage, est une motivation suffisante et première, grâce à laquelle le délicieux nerf de la guerre, humain trop humain, est bien frétillant.

      A Nantes, à Rennes, aux alentours du terrain d’actions des zadistes opposés au non-sens économique du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à Paris et ailleurs, de nouvelles journées de violences aboutissent au saccage de boutiques de sport (en une journée GO Sport subit 50 000 euros de dégâts et 25 000 euros de marchandises volées), d’une officine d’assurances (qui ne voudront bientôt plus assurer les établissements victimes), de vitrines, de voitures éclatées ou incendiées, détruisant non seulement des biens mais handicapant lourdement des activités commerciales et de services, donc des emplois. Sans compter une intrusion hautement symbolique des vandales de gauche au Musée des Invalidse, heureusement interceptée par la soldatesque.

      Quant à ceux qui sont censés protéger populations et commerces de toutes ces déprédations ils sont autant attaqués. Lorsque trois camions de CRS sont bloqués dans la circulation, une centaine de manifestants en profite pour les abreuver de jets de pierre et autres objets non identifiés. Ce sont en effet des boulons, des billes de plomb, des harpons de pêche, des rasoirs soudés à des boules de pétanques, des pavés, des barres de fer, des cocktails Molotov qui sont jetés sur les policiers qui contrôlent les cortèges, sur leurs voitures enflammées. Ce sont des hordes de guérilléros qui harcèlent et frappent tour à tour un fonctionnaire isolé, dont l’attirail défensif ne le protège plus. Au point que démunis ils ne puissent user de la légitime défense sous peine d’être accusés de violences policières, craignant le syndrome Malik Oussekine (du nom de cet étudiant Franco-Algérien assassiné en 1986, dont la mort contraignit le ministre délégué à la Sécurité à la démission) ou le traumatisme de la mort par jet de grenade d’un jeune zadiste de Sivens, Rémi Fraisse, en 2014, ce pourquoi ils seraient immédiatement honnis et embastillés. Ainsi, en une choquante inversion des valeurs, le policier sera récompensé pour son sang-froid, pour ne pas user de la violence légale, quand le champ de la violence illégale est ouvert à qui veut en user contre les citoyens et les représentants de l’ordre légal.

      Et si environ 1300 vandales ont été interpellés en France ces derniers temps, dont 800 placés en garde à vue, une petite poignée étant convaincus de tentatives d’homicide sur des représentants de l’Etat, combien seront effectivement punis, faute de preuves, encagoulés qu’ils sont, effectivement incarcérés, alors que l’impéritie de nos gouvernement successifs a négligé de construire des prisons sûres et suffisantes, de former et nommer des personnels judiciaires et policiers en nombre suffisants ?

      Ce sont, depuis mars 2016, environ 350 policiers qui ont été blessés, parfois grièvement, la plupart issus de classes sociales modestes ; 9000 au cours d’opération dans l’année 2015. Contre quelques dizaines de manifestants issus des bourgeois-bohèmes. Sans souhaiter un instant qu’aucun soit blessé, il faut se souvenir que si la liberté de manifester n’est pas à remettre en cause, tout citoyen qui manifeste le fait en conscience des risques (mouvements de foules ou casseurs) et a fortiori de ceux encourus par qui fait opposition aux forces de l’ordre.

      Le monopole de la violence légale, encadré et proportionné à la violence qu’il est nécessaire de réprimer et de pacifier, sans vouloir un instant cautionner une violence policière abusive, a désormais changé de camp. Il appartient désormais à ceux que la loi ne contrôle plus : zadistes, ultragauchistes, anarcho-libertaires… Mais aussi cégétistes, affichant un scandaleux « Stop à la violence » sur lequel l’écusson des CRS ne dissimule pas une flaque de sang, polluant les airs de leurs feux de pneus, bloquant les entreprises, les transports, les raffineries de pétroles, les dépôts de carburant, au mépris de la liberté d’entreprendre et de se déplacer, alors qu’ils sont outrageusement subventionnés par l’Etat et les collectivités locales, que leurs comptes ne sont soumis à aucune vérification, que le rapport Perruchot a montré leurs corruptions, malversations, détournements et richesses paradoxales.

      L’Etat impuissant n’a plus de force, quand la délinquance et le crime gagnent des forces, en une sinistre inversion des valeurs. Est-ce seulement mollesse, récurrente pleutrerie devant le chantage gaucho-cégétiste ? Ou stratégie méditée de façon à discréditer les opposants à la Loi travail ? Alors que cette dernière, bien trop timide, de surcroît aussi maladroite que trop complexe, prétendument écrite de façon à desserrer l’étau du Code du travail, s’est vidée de sa substance, s’est hérissée d’arguties suradministratives. On sait qu’il aurait fallu commencer par radicalement et uniment simplifier et diminuer la fiscalité sur les entreprises jusqu’à une flat tax. Mais à quel affreux « néolibéralisme » n’avons-pas fait allégeance !

      Qui vit réellement et par devoir des « Nuits debout » ? Sans aucun doute les balayeurs qui ramassent les débris des rassemblements, qu’ils s’agissent des déchets venus de ces agapes, ou de ceux du vandalisme. Sans aucun doute les médecins, chirurgiens et infirmiers qui soignent les policiers (sans compter à Paris une proviseure agressée par un lycéen bloqueur). Et tandis que lorsque les jeunes et moins jeunes bobos désœuvrés vont se coucher au matin, ce sont tous ceux dont le travail et le capital nourrissent les prolifiques et confiscatoires impôts, de façon à payer les dégâts (500 000 euros de réfection des lycées d’Ile de France), rétablir la salubrité, l’esthétique et l’état de marche de nos villes, opérer et panser les blessés. Voilà bien une scandaleuse inversion des valeurs entre les nuits couchées et les jours debout !

Cruikshank : The Radical's Arms, 1819.

 

La nietzschéenne inversion des valeurs appliquée à l'Etat

      Selon Nietzsche, le christianisme a su mettre en œuvre un renversement des valeurs en valorisant et sanctifiant tout ce qui va à l’encontre des forces de vie. Pour ce faire, cette religion postule une vérité qui est celle d’un arrière monde céleste, au mépris du réel le plus terrestre et le plus corporel, suivant en cela conception platonicienne qui préfère l’essence à l’existence, préférant donc l’idéal au dépens du sensible. Les valeurs mortifères de culpabilité, de honte, condamnant la sexualité, l’obéissance veule, la pitié, la faiblesse, l'égalité, sont des morales du renoncement devant la  vie, contraignant la volonté de puissance humaine à sa propre castration. Ainsi la morale des faibles, esclaves et chrétiens, par le levier du ressentiment, s’insurge et vainc les valeurs des forts, des vivants, des créateurs, des maîtres et de toute velléité aristocratique : « Mettre sens dessus dessous toutes les valeurs, voilà ce qu’ils durent faire ! Et brider les forts, débiliter les grandes espérances, calomnier le bonheur qui vient de la beauté, pervertir tout ce qui est orgueilleux, viril conquérant, dominateur, tous les instincts qui appartiennent au type humain le plus élevé et le plus accompli en y introduisant l’incertitude, les tourments de la conscience, le goût de se détruire, muer même tout attachement à la terre et à la domination de la erre en haine de la terre et des choses terrestres. Voilà la tâche que l’Eglise s’est prescrite et qu’elle devait se prescrire, jusqu’à ce que s’imposât enfin son ordre des valeurs[10] ».

      En une semblable inversion des valeurs, le faible -ou du moins prétendu tel- musèle le fort, le salarié met à genou le patron, les organisations syndicales défient et tyrannisent le patronat et tous les citoyens. Ainsi le manifestant déborde les forces de l’ordre, le casseur lynche la police. La violence policière, certes toujours possible et parfois avérée, devient une violence antipolicière, une déferlante de haine orchestrée comme une corrida où le matador ne laisse guère de chance au taureau, où le policier, au lieu de déployer sa force au service du bien public, doit faire montre de sang-froid, d’empathie devant le mal des collectifs autoproclamés antifascistes, alors qu’ils sont de fait les fascistes révolutionnaires résolus à faire de la chair à pâté des gardiens de la paix. Nourris de contradictions, de fanatisme antiflic, tendus vers leur despotisme haineux, les casseur-combattants révolutionnaires oublient pourtant combien ils appelaient le « CRS SS » à leur secours, lorsqu’au concert du Bataclan, les islamistes les dézinguaient !

      Dira-t-on que l’Etat et son gouvernement sont aux ordres des manifestants, casseurs et bloqueurs, qui ne représentent qu’une très faible minorité aux dépends d’une société toute entière ? Quand l’Etat aura-t-il le courage nécessaire et attendu de faire prévaloir la loi, la liberté et la sécurité, en débloquant les barrages, en arrêtant et incarcérant les casseurs et les harceleurs tueurs de flics ? Comme si nous n’avions pas déjà assez du terrorisme islamique, pour lequel le moins que l’on puisse dire est que la réponse de l’Etat n’est guère à la hauteur des enjeux.

      Autre inversion des valeurs, non moins inquiétante, la violence symbolique et sociale, effectivement ou prétendument subie, est prétendue moralement pire que les violences physiques et guerrières commises contre des patrons séquestrés aux chemises arrachées, contre des représentants des forces de l’ordre, blessés grièvement, incendiés, ces dernières violences étant excusées, légitimées par une rhétorique postmarxiste, anarcho-libertaire. On se souvient que la « violence symbolique » d’une Porsche fut incendiée. Vandalisme scandaleux en soi, ne serait-ce que contre les créateurs et ouvriers qui l’ont conçue et construite, contre son propriétaire, d’autant plus grotesque que, par une triste ironie, cette voiture de luxe appartenait à un homme des plus modestes et passionné qui consacrait toutes ses économies à la dite « violence symbolique » du luxe !

 

      Cette inversion des valeurs (aux résultats bien moins moraux que celle exécutée avec brio par le christianisme à l’occasion de l’analyse nietzschéenne) est bien la tâche que la fort minoritaire chienlit poisseuse de romantisme révolutionnaire et de haine des entrepreneurs et des policiers, qui assurent la richesse de leur niveau de vie de bourgeois, s’est prescrite pour assurer sa tyrannie anarchisto-fasciste. Qu’ils soient cégétistes ou zadistes, anarchistes ou ultragauchistes, démocrates révolutionnaires ou antifascistes, ce sont les fascistes réels de notre temps. Ils inversent les valeurs au profit de leur intolérance, de leur libido guerrière, de leur libido dominandi. Jusqu’à quel retour à la raison, quelle implosion ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] William Shakespeare : Beaucoup de bruit pour rien, traduit par Louis Legendre, Alphonse Lemerre, 1888, p 113.

[2] Nuitdebout.fr

[3]  Gouvernement par la populace.

[5]  Le Figaro, 19 avril 2016.

[6] http://www.fakirpresse.info/frederic-lordon-nous-n-apportons-pas-la-paix

[7] Les Temps modernes, juillet 1952.

[8] Actuel, 28 février 1973.

[9] John Stuart Mill : Sur le socialisme, Les Belles Lettres, 2016, p 136.

[10] Friedrich Nietzsche : Par-delà le bien et le mal, 62, Œuvres philosophiques complètes VII, Gallimard, 1992, p 77-78.    

 

 

 

Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 13:01

 

Echecs.JPG

Jeu d'échecs aux figures grecques, photo T. Guinhut.

 

 

 

Au Musée du silence de Yoko Ogawa :

 

Le Petit joueur d’échecs ;

 

La Jeune fille à l’ouvrage.

 

 

Yoko Ogawa : Le Petit joueur d’échec,

traduit du japonais par Martin Vergne,

Actes Sud, 336 p, 22,80 €.

Yôko Ogawa : Jeune fille à l’ouvrage,

traduit du japonais par Rose-Marie Makino,

Actes Sud, 224 p, 20 €.

 

 

 

      Les échecs fascinent les écrivains. Pensons à Stefan Zweig[1] qui mit en 1942 ce prestigieux duel intellectuel face aux terribles contraintes du totalitarisme nazi. Pareillement, il serait vain de réduire le nouveau roman de la prolifique japonaise Yoko Ogawa (né en 1962) à une énième variation sur un jeu de société : une autre dimension le transcende, celle de la transmission et du legs, des miroirs des vies, des solitudes et de l’art… Dimensions que l’on retrouve, outre ce Petit joueur d’échecs, parmi ses nouvelles, dont un judicieux bouquet orne la Jeune fille à l’ouvrage.

 

      Bien que scrupuleusement attachée à un contexte réaliste, Yoko Ogawa en fait rapidement surgir l’étrangeté. Comme dans Amours en marge, où une enfant s’attachait à un hippopotame, c’est ici au tour d’un gamin de sept ans de rêver à l’éléphante Indira qui vécut, mourut sur la terrasse d’un grand magasin, là où ses grands-parents l’abandonnent pour faire leurs courses. C’est son amie imaginaire, comme la « Miira » qu’il s’invente ensuite. Ce garçon singulier, découvrant un noyé dans la piscine de l’école (pensons à la nouvelle La Piscine[2]), mène l’enquête et rencontre un obèse qui, dans l’autobus où il vit avec son chat « Pion », sera son initiateur aux échecs. Mais au-delà du combat au-dessus de l’échiquier, c’est la qualité musicale, comme celle des mathématiques et de la poésie, de la belle partie, qui prime, « miroir » du joueur. Le défi est autant stratégie qu’esthétique. Jusqu’à ce que l’homme meure, que le garçon choqué ne puisse jouer que sous la table où il caressait le félin, qu’il devienne « Little Alekhine », petit surdoué, professionnel des échecs qui ne grandit plus, enfermé dans le silence de la poupée mécanique qui manie reine, tour et fou avec brio.

      Cette relation maître et disciple était également au cœur de La Formule préférée du professeur[3], quant à lui mathématicien. Outre sa table et son sac de pièces, la philosophie de l’obèse, emporté par une grue après sa désincarcération de l’autobus, revit : l’on ressent « un bonheur suprême à partager cette lumière avec quelqu’un d’autre ».

      Le récit initiatique gagne en intensité, lors du déplacement des pièces personnifiées qui est « mélodie », quand le corps contorsionné disparait sous l’automate, quand Miira et sa colombe deviennent pion. Le jeu subtil des images, lorsque la piscine devient échiquier humain, lorsque les « transcriptions » des parties sont des œuvres d’art, tisse un lyrisme envoûtant : « Avec des pièces de bois, il peut tracer de beaux dessins comme ceux d’une toile d’araignée après la pluie. » Hélas la « perversité est en train de croître au sein du club du Fond des mers ». La mort du petit joueur est au bout du chemin, « lèvres soudées comme au moment de sa naissance ». Seule « la transcription » de sa plus belle partie parlera pour lui.

      Ogawa excelle en s’attachant à la magie de l’enfance et en balisant les territoires imprécis du fantastique. Il faut la lire on comme joue à la marelle, chercher et choyer les joyaux, comme sa description de l’autobus meublé de « pin noir islandais » et d’ « azulejos », du caddie du sénior rempli de souvenirs. Il faut décrypter ses personnages de solitaires, en leur enfermement, leur intériorité, qui s’ouvrent pour l’amour discret. Qui collectionnent les objets ou les parties d’échecs, comme elle les collectionne pour nous, ce dont son roman emblématique, Le Musée du silence[4], fut l’apothéose…

      Chez Ogawa, tout objet, y compris le plus banal, acquiert une qualité spéciale, tel le « chiffon » de la grand-mère, « son talisman, son livre sacré », ou le bois poli des pièces du jeu, mais aussi l’immanence sereine des animaux. Ou encore le sensible duvet sur la lèvre du héros qui naquit la bouche scellée. Car les objets peuvent pallier à l’impuissance des mots. L’attention scrupuleuse au monde et à ses détails, la musique secrète du conte souvent tragique, sont parmi les clés de la fragile puissance d’évocation, de l’empathie que la romancière sait dégager tout au long de son espace-temps romanesque. Ce qui permet au lecteur d’immédiatement s’attacher, s’identifier, entre effroi et tendresse, aux lisières de l’onirisme…

      Autre « chiffon » précieux et symbolique, celui que brode « La jeune fille à l’ouvrage ». Devant elle, la mère fragile et placée en soins palliatifs lui permet de se demander : « combien de rêves ferait-elle » avant sa mort ? La brodeuse est bénévole auprès des patients, et son travail semble être celui d’une Parque discrète. Quoique japonaise, on pense à celle de Vermeer, pour sa patience, son recueillement, mais aussi son sentiment de liberté. Elle ranime la mémoire de l’enfance du narrateur, de l’enterrement d’un chat, évidente métaphore de la raison de leur rencontre en ce lieu, car l’achèvement de la broderie coïncide avec la mort de la mère.

      Si une telle nouvelle reste encore réaliste, d’autres ressortissent au fantastique, voire à l’anti-utopie. Une dame a l’esprit « remplacé par celui d’une princesse inconnue d’un endroit inconnu ».  Pourquoi enlève-t-on la « glande ressort » à ceux qui arrivent au « centre d’hébergement » ? Pourquoi les brûle-t-on ? Que devient le temps de chacun ? Un narrateur arrivant dans un lieu familier, ou nouveau, il y a toujours une étrangeté qui l’accueille, le met à l’épreuve, le bouleverse…

      Des thématiques récurrentes dans l’œuvre de la romancière affleurent lorsque deux enfants conversent sur la mort d’un chien pendant un « concours de beauté », lorsqu’une jeune femme compare une girafe autopsiée avec les grues que fabrique une usine. Ou lorsqu’une étudiante doit débarrasser une accumulation de pacotille, anti-muséale, écho inversé d’un de ses plus beaux romans : Le Musée du silence.

 

      Ainsi les nouvelles d’Ogawa sont-elles de micro-univers, bien faits pour refléter ses plus vastes romans, mais aussi pour initier son lecteur à un monde fragile. Avec Yôko Ogawa, les silences sont parlants, l’émotion discrète et d’autant plus prégnante. L’art des images et de la suggestion séduit l’empathie et la poétique du lecteur conquis. Qu’il s’agisse d’un sac de pièces d’échecs, d’une broderie, comme d’un livre d’Ogawa malencontreusement -ou avec intention- oublié sur un banc, tous sont dignes d’être sauvés dans « le musée du silence » de la littérature universelle : « nous sommes des spécialistes du traitement des objets hérités. […] Ce ne sont pas des boites qui renferment le passé, mais peut-être des miroirs qui reflètent le futur[5] »…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

Articles parus dans Le Matricule des Anges, avril 2013 et mars 2016


[1] Stefan Zweig : Le Joueur d’échecs, Stock, 2000.

[2] Yoko Ogawa : La Piscine, Actes Sud, 1995.

[3] Yoko Ogawa : La Formule préférée du professeur, Actes Sud, 2005.

[4] Yoko Ogawa : Le Musée du silence, Actes Sud, 2003.

[5] Yoko Ogawa : Le Musée du silence, ibidem, p 115.

 

Voir : Yoko Ogawa : Cristallisation secrète du totalitarisme

 

 

16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 12:45

 

Nicolas Poussin : L'adoration du Veau d'or, 1633, National gallery, Londres.

 

 

 

 

Corruption du Veau d’or ou sagesse de l’argent ?

 

D’Aristote à Milton Friedman,

 

en passant par Georg Simmel,

 

A propos de Pascal Bruckner :

 

La sagesse de l’argent.

 

 

Pascal Bruckner : La sagesse de l’argent, Grasset, 320 p, 20 €.

 

 

 

 

      « Auri sacra fames[1] » ! L’exécrable faim de l’or… Et si cette exécration était une erreur ? Conforter les préjugés ne doit pas être le rôle du philosophe. L’essayiste, au sens noble du terme, cherche la vérité si difficile, voire déplaisante, soit-elle, plutôt que le confort du mensonge accepté par la doxa qu’aveugle l’haïssable Veau d’or. Mal peut en cuire au curieux qui prétend la dessiller. Ainsi, non sans polémiques, Pascal Bruckner dénonça le despotisme écologique culpabilisant dans Le Fanatisme de l’apocalypse[2], dénonça la repentance post-colonialiste dans Le sanglot de l’homme blanc[3] et La Tyrannie de la pénitence[4], non sans essuyer le ressentiment des détracteurs du capitalisme occidental. Autre occasion aujourd’hui de vouer aux gémonies de la honte l’empêcheur de penser en rond, lorsque que l’argent, ce dieu Plutus réputé fauteur d’oppression et d’inégalités, se voit, parapluie doré à l’appui, accolé à la sagesse au fronton d’un nouvel essai.

 

      C’est en effet en apparence un inqualifiable oxymore que La sagesse de l’argent. Lisez les Stoïciens, les Chrétiens, Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx et Léon Bloy, et vous saurez, si vous n’êtes pas déjà vigoureusement persuadé, que l’argent est corrupteur, qu’il est sale et ostentatoire, qu’il est l’instrument planétaire de l’oppression, le nerf de la guerre du riche contre le pauvre, et autres billevesées ad libitum… Car « À l’argent tout obéit[5] », dit l’Ecclésiaste.

      Peut-on reprocher au couteau s’il n’a pas su sagement peler un fruit mais préféré le crime de sang ? Le seul responsable de la vertu ou du vice en action est la main qui le tient. De même pour l’argent prétendument corrupteur à soi seul. « Il est trop facile de lui attribuer des égarements qui sont de notre fait (p 98) », souligne Pascal Bruckner. Ce que confirme à sa manière Saint Tomas d’Aquin : « les richesses, objet de la cupidité, ne sont désirées que comme des moyens utiles à une certaine fin, d’après Aristote[6] ». Même si « l’argent excite la convoitise plus que ne font certains biens particuliers, parce qu’avec lui ont peut avoir des biens en même temps que beaucoup d’autres[7] ». Ainsi Aristote sépare « la monnaie inventée à cause des nécessités du troc » et qui permet « par l’échange le plus grand profit possible », d’une part, et « l’art d’acquérir non nécessaire » d’autre part. « Cet art d’acquérir » a deux formes : l’une « commerciale et familiale, indispensable et louable », quand « celle qui concerne l’échange, est blâmée à juste titre, car elle n’est pas naturelle mais se fait aux dépens des autres ; et il est tout à fait normal de haïr le métier d’usurier[8] ». Si cette haine de l’usure est déjà fort discutable (car raisonnable elle permet l’investissement), elle prendra chez Marx la forme d’une méfiance générale contre la monnaie, cette marchandise singulière qui masque selon lui un rapport social d’exploitation de l’homme par l’homme.

      Il est évident que Pascal Bruckner n’ignore pas ces concepts et ces auteurs ; même si l’on peut s’étonner que sa profuse bibliographie ne fasse pas mention d’un ouvrage monumental, quoique plus que discutable, de Georg Simmel, Philosophie de l’argent, publié en 1900 et qui reste symptomatique de notre exécration. Dans lequel ce dernier fait feu d’un romantisme anticapitalisme exacerbé, en accusant l’argent de dominer la vie sociale, de changer bien des valeurs humaines (honneur, talent ou beauté) en marchandises ; ce qui est originaire de l’obsession d’une marchandisation d’où viendraient tous les maux. Sans oublier qu’il accuse l’argent d’une collusion -pour lui infamante- avec la prostitution, ressentant « avec l’essence de l’argent quelque chose de l’essence de la prostitution[9] ».

      Pourtant l’argent, remplaçant avec succès les limites du troc, facilite les échanges, et permet de développer une économie fondée sur la division du travail, elle-même vantée par Adam Smith. Son utilité quotidienne et planétaire est incontestable, dans le cadre de la liberté économique, bien qu’il ne soit ni un bien de consommation en soi ni un bien de production, ce que développe Ludwig von Mises, parmi sa Théorie de la monnaie et des moyens de circulations[10], publiée en 1924.

      L’hubris de la vertu, intime, religieuse et politique croit devoir se targuer de ne pas aimer l’argent, de le dénoncer et de conspuer ceux qui le possèdent, le gagne et savent le faire fructifier. Pourtant, hors la fortune issue de la prédation, du vol et du crime, donc indue, l’argent est la vertu de qui sait la faire germer, la récolter, la multiplier.

      Ainsi Pascal Bruckner entrechoque en son premier chapitre « les adorateurs et les contempteurs » de l’argent, depuis Platon, « premier puritain de l’argent » et le « fumier du diable (p 19) » des sermons chrétiens, alors que les Français « le vénèrent comme les autres peuples, mais sur le mode du déni (p 75) ». Ce pays du « bolchevisme mou (p 72) », fantasmant un communisme paradisiaque en tondant les têtes du capitalisme qui les nourrit, préfère aux riches les pauvres, qu’il « nimbe d’une quasi-sacralité pour mieux les laisser dans leur condition (p 70) ». La charge contre la France est aussi saine que sans précautions de pudeur. En effet, notre pays taxe le travail et la richesse au point de décourager ses citoyens et d’encourager les plus entreprenants à faire fortune à l’étranger ! La haine du riche provient de François Hollande, autant que de Jean-Luc Mélanchon dont les discours exhortent à la violence contre les puissants, « les sorciers du fric […] les financiers qui vampirisent les entreprises (p 64) ».

      C’est en effet toute une tradition que d’ostraciser le riche. Depuis le « trou d’une aiguille plus facile à passer pour un chameau que la porte du paradis pour le riche[11] » de l’Evangile, en passant par l’éloge de la pauvreté christique, jusqu’à la collusion « du mépris aristocratique du négoce avec l’égalitarisme révolutionnaire (p 59) », sans oublier l’ire de Léon Bloy, qui prêchait « Malheur à vous, riches, qui avez votre consolation ![12] », la « haine envieuse (p 62) » gagne du terrain dans la sous-culture française : une nation qui maudit l’argent est une nation qui ne se fait pas crédit et ne croit plus en son avenir (p 97) ». C’est en effet une « maladie de l’égalité (p 156) » que l’envie.

      Trop souvent l’argent, ce « vice juif par excellence (p 165) », est associé à l’obscurité malheureuse de l’avarice, ou à la superbe de l’orgueil, alimentant l’antisémitisme. Comptant que la richesse est moins censée provenir du travail créatif que de la spoliation du pauvre, cliché honteusement propagé par les agitateurs du concept préhistorique et contreproductif de la lutte des classes. Hélas, « pour dévaloriser le vil métal, il faudrait dévaloriser le mérite, le travail, le goût des formes, de l’élégance, l’amour de la bonne chère (p 92) »…

      Heureusement, par le biais du protestantisme calviniste, une « morale de la réussite (p 49) permet que gagner de l’argent devienne une activité recommandée, ce qu’analyse Max Weber dans L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme[13]. Ce pourquoi les pays anglo-saxons et les Etats-Unis ont une vision positive de l’argent, sans compter le confucianisme chinois pour qui la richesse est une voie vers la vertu. N’oublions pas cependant que le catholicisme, de par la parabole évangélique des talents[14], exhorte à faire fructifier la richesse. Rockefeller pense que c’est son « devoir de gagner de l’argent (p 88) » et de l’utiliser pour le bien de son concitoyen.

Allégorie de l'Avarice, Maître de Pétrarque, XVIème siècle.

 

      Il s’agit alors pour Pascal Bruckner de déboulonner mythes et fariboles qui servent les vues des envieux et autres ordonnateurs de ce qui doit être. Non l’argent n’est pas « le maître du monde (p 103) » ; non, « ce n’est pas lui qui crée le narcissisme, la volonté de puissance, le prosélytisme religieux ou politiques, les inégalités de classe (p 111) » ; non, « l’opulence » ne rend pas malheureux (p 137) » ; non, le « calcul sordide » ne tue pas « l’amour sublime (p 169) », même si règne « l’endogamie patrimoniale (p 187) », même si « roucouler c’est calculer (p 175) ». Ce qui permet à notre essayiste de réhabiliter l’amour vénal de la prostitution, préférant « accorder un statut aux personnes qui exercent ce métier, leur permettre de jouir des fruits de leur travail et de sortir de leur condition, quand elles le souhaitent (p 196) ».

      La « sagesse de l’argent » est alors à considérer comme une aimable injonction à en user non pas seulement comme une fin, mais comme un outil au service de la circulation des richesses et d’un bonheur cultivé. En effet, « le détachement vis-à-vis des biens matériels (p 162) » est bien une scie des moralistes qui fait long feu ; de même préférer l’être à l’avoir. Savoir user des meilleurs biens serait plus judicieux, de façon à « réhabiliter les valeurs bourgeoises (p 205) ». C’est alors que le ploutocrate, le grand patron aux primes mirobolantes sans contrepartie de bonnes oeuvres seraient alors passibles de faute d’éthique et de goût. S’appuyant sur Adam Smith (qu’il omet de citer), notre auteur prétend que « la richesse et la grandeur vont de pair, elles impliquent la renommée, la moralité, l’aptitude à gouverner, à s’offrir en exemple aux autres (p230) » ; en quelque sorte « un art de vivre exemplaire (p 231) ». On aimerait que ce ne soit pas qu’un vœu pieux.

      Outre une succession argumentative parfois erratique de notre essayiste, il faut cependant rester sceptique devant de telles injonctions peu libérales : « Le capitalisme ne fonctionne que canalisé par l’Etat (p 113) ». Il est à craindre que bien des Etats confondent canal et barrage, paradis socialiste et enfer fiscal[15]. Lorsque le pire crime financier est d’empêcher les pauvres de s’enrichir, non par la redistribution, mais par le libre exercice de leurs capacités économiques…

      L’essai de Pascal Bruckner est de toute évidence une élégante et judicieuse vulgarisation autour d’un sujet plus complexe qu’il n’y parait, et surtout embastillé de préjugés et de polémiques. Regrettons seulement que ses notes et références soient trop régulièrement lacunaires (et en fin d’ouvrage, ce qui est d’une fastidieuse consultation), oubliant en citant Marx, Rousseau, ou le roman, L’Argent, de Zola, de nous offrir les sources précises. Reste que la composition de La sagesse de l’argent, émaillé d’agréables encarts -comme à son accoutumée- sur la « Petite phénoménologie du billet de banque (p 77) » ou « Le club du sperme chanceux (p90) », ou encore « Les jeux, version sécularisée de la grâce (p 198) », qui sont d’un agréable didactisme, non sans humour, permet de naviguer parmi les écueils des préjugés et de trouver un sens moral à l’argent, ce dans le cadre d’un presque libéralisme humaniste.

      Polémique, Pascal Bruckner n’hésite pas à dénoncer « l’anticapitalisme comme rente (p 118) ». En effet, du Front National au Front de gauche, du Pape aux écologistes radicaux, le capitalisme est à lui seul une « démonologie (p 118) ». Car le capitalisme n’a rien d’esclavagiste, au contraire du communisme du goulag, du nazisme des camps, de l’islamisme du califat… Quant à la marchandisation, concept prétendument diffamatoire, n’est-elle pas la capacité de rendre accessible au plus grand nombre ce qui ne l’était pas ? Sans tout confondre : si les sentiments et la pensée justes ne s’achètent pas, l’idéologie, elle, permet de les infester… Aussi Pascal Bruckner fait à juste titre un éloge bienvenu : «  l’époque du capitalisme intégral est aussi celle où la protection des biens inaliénables s’est étendue (p 126) ». Quant au blâme, il est offert à une « idéalisation perverse », celle d’ « un néo-paupérisme militant (p 240) ». La « gauche morale » en prend également pour son grade lorsqu’elle préfère « spolier les riches qu’enrichir les pauvres (p 242) ». Alors que plusieurs milliards d’êtres humains sont sortis de la pauvreté parmi les pays émergeants ; grâce à quoi ? Mais grâce au capitalisme honni ! À cet égard nous pourrions reprendre Milton Friedman : « Persuadons nos semblables que des institutions libres leur offrent une route plus sûre, bien que parfois plus longue, pour atteindre leurs buts, que le pouvoir coercitif de l’Etat[16] ».

 

      « À vociférer contre le Veau d’or […] on décourage les jeunes générations alors même qu’elles brûlent de l’envie d’inventer, de créer (p 133) ». Voilà peut-être la morale à aujourd’hui retenir, au cœur de cet essai, qui, s’il est par instant répétitif, d’une composition pas toujours rigoureuse, outre qu’il met à mal bien des clichés d’usage, s’empare d’une vertu rafraîchissante. Car, au-delà de l’ostracisme jeté à la face de l’argent, c’est un ostracisme qui est jeté à la face de l’humanité et de la liberté. En ce sens, Pascal Bruckner fait œuvre morale en rendant sa vérité à un humanisme de l’argent : « La sagesse consiste à le désacraliser, à ne pas l’aimer ou le détester plus que de raison (p 288) ». La platitude de la conclusion vaut moins que les analyses informées qui la précèdent. Et si la sagesse était plus simple qu’il n’y parait, « un immense sentiment de gratitude (p 290) » ? Notre gratitude envers Pascal Bruckner, quoique moins immense, sera donc une forme de sagesse.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Virgile : Enéide, III, 56.

[2] Pascal Bruckner : Le Fanatisme de l’apocalypse, Grasset, 2011.

[3] Pascal Bruckner : Le sanglot de l’homme blanc, Seuil, 1983.

[4] Pascal Bruckner : La Tyrannie de la pénitence, Grasset, 2006.

[5] L’Ecclésiaste, 10, 19.

[6] Saint Thomas d’Aquin : Somme théologique, Cerf, 1984, T II, p 528.

[7] Saint Thomas d’Aquin : Somme théologique, ibidem, T II, p 529.

[8] Aristote : Les Politiques, 1257-1258, traduit par Pierre Pellegrin, Œuvres complètes, Flammarion, p 2236, 2237, 2238.

[9] Georg Simmel, Philosophie de l’argent, PUF, 2009, p 474.

[10] Ludwig von Mises : Theorie des Geldes und der Umlaufsmittel, Munich-Leipzig, Duncker et Humblot, 1924.

[11] Matthieu, 19, 24.

[12] Léon Bloy : Le Sang du pauvre, Stock, 1948, p 65.

[13] Max Weber : L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964.

[14] Luc, 19, 12-27.

[16] Milton Friedman : Capitalisme et liberté, Leduc, 2010, p 311.

 

Le trésor de l'avare, Ecole flamande, 1617, Musée de Valencienne.

 

Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 17:01

 

Jardino dipinto di Villa di Livia, Palazio Massimo alle Terme, Roma.

Photo : T. Guinhut

 

 

 

 

Yves Bonnefoy ou la poésie du legs :

 

Ensemble encore ; L’Echarpe rouge,

 

La Poésie et la gnose.

 

 

Yves Bonnefoy : Ensemble encore. Suivi de Perambulans in noctem ; L’Echarpe rouge,

Mercure de France, 144 p, 14,80 € ; 272 p, 19 €.

Yves Bonnefoy : La Poésie et la gnose, Galilée, 112 p, 18 €.

 

 

 

       Sur cette terre, nous sommes ensemble encore avec l’écharpe rouge qu’Yves Bonnefoy porte sur un sentier de givre et de printemps. Ses 93 ans nous ont offert 63 ans de poésie et de pensée, sur les mythologies, sur l’art baroque, sur les littératures, sur la poétique, y compris des traductions de Shakespeare, de Yeats, de Leopardi. Sa langue a cependant bon pied bon œil sur la terre où l’être se déploie, avec une vigueur et une suavité que bien des poètes pourraient lui envier. Bien que plus rares que ses proses, ses poèmes n’ont en rien perdu le chemin d’affinement que doit tracer toute carrière poétique. Coup sur coup, paraissent deux recueils : Ensemble encore. Suivi de Perambulans in noctem,  bouquet de vers libres et de sonnets ; L’Echarpe rouge, reprise de vers de 1964, une « vieille idée de récit », auquel le soudain éclairage autobiographique donne une lueur d’abord insoupçonnée. Bien qu’élégiaque et philosophique, il ne s’agit guère d’une démarche gnostique, question que creuse un bref et néanmoins dense essai : La Poésie et la gnose.

 

      En son premier recueil, de 1953, Douve criait sa fureur : « Je t’ai vue ensablée au terme de ta lutte / Hésiter aux confins du silence et de l’eau, / Et la bouche souillée des dernières étoiles / Rompre d’un cri d’horreur de veiller dans ta nuit[1] ». Depuis, quelque chose s’est longtemps calmé. Une ombre de sérénité, quoiqu’encore légèrement tempêtueuse, se dépose aujourd’hui. Parmi le balancement entre poèmes et prose et sonnets versifiés, quelque chose de nocturne et d’apaisé, voire -faut-il l’oser ?- de testamentaire, s’insinue en cet Ensemble encore :

« Mes proches, je vous lègue

La certitude inquiète dont j’ai vécu,

Cette eau sombre trouée des reflets d’un or. (p 19) »

      C’est alors dire la légitimité du vivant, fondée non pas sur le divin (« Le dieu en nous que nous n’aurons pas eu (p 20) »), ou sur l’absurde à la façon d’Albert Camus, mais sur la beauté, du monde, de la langue et du sens : « Je crois, presque je sais / Que la beauté existe et signifie (p 11) ». Un enthousiasme, plus vif que jamais au grand soir de sa vie, perle parmi les vers libres, malgré cette « cendre entassée (p 20) » qui est peut-être une métaphore de l’encre sur ses nombreux livres. Inquiétude et ravissement s’échangent encore dans les quelques dialogues poétiques : un bruit, un feu, « comme si le monde allait finir (p 25) ».

      Autre legs, apparemment plus concret : « J’ai à léguer quelques photographies (p 20) », dit-il. Cela paraitrait moins vain si nous repensions à son étrange essai Poésie et photographie, dans lequel il commente une nouvelle de Maupassant, « La nuit ». Là il note que l’image a toujours « un fond d’inquiétude, dont il y a lieu de penser qu’il est même ce qui assure à certains tableaux leur beauté agitée, fiévreuse ». A fortiori dans la photographie, cette « cristallisation » où le hasard prend une place insoupçonnée, ainsi que la ténuité de l’être figé dans l’éphémère de sa disparition. Comme dans la prose de la folie de Maupassant où l’on aperçoit « un autre du moi qui le dépossède de soi[2] ». Ce sont aussi « des photos, en liasses qui s’éparpillent. Que c’est triste, dilapider ces images (p 48) ».

      Ne doutons guère qu’il ait une vision très élégiaque de la photographie, comme celle de Roland Barthes, dans La Chambre claire, qui la percevait « faisant revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps[3] ».

      Ensemble encore est comme une sorte de coda, de grand air de rappel dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy. Outre des thèmes déjà traités, mais ici distillés avec l’aisance du maître, ce sont d’abord des vers libres, puis au centre des sonnets, enfin des poèmes en prose, en un triptyque savamment conçu, après que ses différentes parties eussent paru en revues ou dans des tirages à petit nombre. L’esthétique n’est en rien de l’ordre du lyrisme sentimental, ni de la sécheresse réaliste. Sans vouloir effrayer son lecteur, on peut la qualifier de poésie philosophique, quoique cela ne soit guère incompatible avec sa sensibilité, son émotion devant l’être et les choses du monde, sa capacité à l’amitié et à l’amour.

      En effet, l’art du sonnet, « gravissant la musique (p 65) », même s’ils ne sont qu’une dizaine, brille d’un éclat mat au centre du recueil, ne serait-ce que parce qu’ils sont faits de vers irréguliers sans rimes : « l’œuvre […] leur prit les mains, afin d’en faire / Reconnaissance et partage et désir (p 59) ». À la chute sépulcrale d’un autre sonnet, ce sont « Deux corps glissant dans le temps qui n’est plus (p 61) ».

      Plus loin, un savoir vivre se déploie : « Que ce soit ton œuvre / De regarder le ciel au-dessus des arbres (p 71) ». Ainsi, le poète offre à son lecteur, nouvel Adam, la clé de l’acte de création. À cet effet, la beauté est au centre de l’émotion et de la réflexion du poète : « Je crois en une beauté de par derrière le monde (p 38) ». Musique, peinture surtout, écriture implicitement, plus que la photographie, sont les clés de la transmission, là où « C’est l’amande de l’invisible, qui s’ouvrait (p 75) », retrouvant une métaphore familière à Paul Célan[4]. Mieux encore, dans ce qui est peut-être la plus belle pièce de ce recueil : « ces couleurs : qui nous enseignent / Que la vie ne sait rien des mondes périssables (p 76) ».

      On ne s’étonnera pas que cet Ensemble encore agrège le bouillonnement du souvenir, là où le poète, à l’occasion de son Perambulans in noctem, revient « dans la maison du très lointain autrefois (p 115) », où le grenier recelait, comme symboliquement, « Je sais tout, encyclopédie mondiale illustrée (p 116) ». Mais aussi la certitude de ce qu’ « ensemble encore » vivent les mots et le sens, malgré la faillite des corps. Il y a quelque chose de proustien, lorsque dans « Une fête d’anniversaire (p 97) », une assemblée de petits vieillards qui ont perdu jusqu’à leur sexe heurte la mémoire d’un temps qui n’est guère retrouvé.

      Plus que jamais la mémoire est le signe de L’Arrière-pays[5]. Ce en cohérence avec une pensée platonicienne, lorsque l’on « ne peut plus pleinement penser son appartenance à l’être du monde. La poésie est la mémoire de cette perte, un effort pour rétablir avec ce qui est le contact perdu[6] ». Ce que confirme la lecture d’Olivier Himy : « La parole poétique n’est pas un dépassement du langage, elle n’est pas non plus pure musique, mais elle permet la remémoration de l’intimité première avec le monde.[7] » Certes, le lecteur peut prendre cette remémoration comme celle illusoire d’une fiction splendide et consolatrice, mais il n’en reste pas moins qu’elle permet de bellement non seulement faire œuvre, mais aussi de proposer dans l’objet poétique un contact avec la présence que la langue permet moins de rétablir que de construire. Car « le signe est plus / que la chose qui s’est perdue (p 72) », y compris lorsque « l’encre s’est faite une flaque de ciel (p 83) »…

 

      Le rouge est chez Yves Bonnefoy une constante, depuis Le Nuage rouge[8]. C’est « tout un ciel rouge (p 35) », dans Ensemble encore, une « chemise, rouge (p 45) ». Le « dossier de L’Echarpe rouge », resté inachevé depuis 1964, est réouvert. Ce sont des fragments en vers libres, dans lesquels un homme met de l’ordre dans les  papiers de son passé. Y revenir un demi-siècle après, a quelque chose d’un nœud de Möbius, comme pour contrer l’inéluctabilité du temps et de la mort. L’écharpe était celle d’une « jeune fille aux jacinthes »… C’est moins l’intérêt du texte en soi qui suscite le retour que le mystère de la création et de son abandon : il trouve sa presque solution dans la quête autobiographique, qui en arrive aux rives des frustrations et des silences parentaux : « Le silence est la ressource de ceux qui reconnaissent, ne serait-ce qu’inconsciemment, de la noblesse au langage ».

      Ne sont-ce que des récits anecdotiques et nourris de compassion ? À moins que là, « complexe d’Œdipe » et « complexe d’Orphée » se nouent ? Le rouge est soudain « cette couleur de sang qui barre les poitrines au niveau du cœur », plus exactement encore « le lien du sang ». La prose apparemment anodine bascule dans les lisières de la psychanalyse, les abysses de la mémoire, les touffeurs des temps mêlés qui prennent à la gorge le narrateur auto-analyste ainsi que le lecteur. En effet, cette jeune fille, « c’est [sa] mère » ! Qui offrit l’écharpe à son père, scellant un don…

      Aussi le poète était « sollicité de préserver dans [sa] vie à venir des emplois de mots dont [son] père se sentirait incapable ». Voilà donc un récit de vocation, passant bientôt par le surréalisme et « un tableau de Max Ernst », par les « bréviaires » d’André Breton. Démêlant les fils de cette filiation, tant généalogique qu’artistique, on croisera un « Chevalier Balin », une « Danaé dans la pluie d’or », un « masque de la Nouvelle Guinée, balises de la créativité poétique en gestation, en efflorescence…

      En ces proses, la beauté[9] encore est la boussole du poète, au sens platonicien, voire plus précisément plotinien, « la beauté dès le premier jour », si proche et inatteignable : « Faute d’accéder à l’essence de la beauté, ou de la vérité, qui en est si proche, tenter comment on se met ou se rêve sur la voie». Sans oublier que « l’art, ce serait ce qui profite du déni conceptuel de la finitude pour le plaisir -un plaisir qui souvent prend figure d’une souffrance- et non plus pour la connaissance[10] ». Indubitablement, le poète se double d’un philosophe de l’esthétique, quoique l’on dénie de validité aux fictions platoniciennes, pourtant délicieusement nécessaires…


      « Toutefois, la poésie n’est pas la philosophie », prévient-il. L’une des dernières interrogations d’Yves Bonnefoy est de se demander si l’expérience des gnostiques et celle du poète sont les mêmes. Dans La Poésie et la gnose, le premier essai, parmi deux autres sur « Le palimpseste et l’ardoise » (qui pourrait se rapprocher du projet de L’Echarpe rouge) et sur « Alain Veinstein », la poésie est « une anti-gnose, une lutte contre le rêve gnostique qui certes se renflamme à bien des moments dans les poèmes ». La poésie selon Bonnefoy récuse le gnostique qui voie dans la vie « une ténèbre qui vicie toutes ses heures », ce pourquoi il a besoin d’une prétendue réalité supérieure aux enseignements ésotériques où se réfugier à part soi et entre initiés. Récusant la plénitude de l’enfance, notre poète ami préfère « un monde supérieur dont la poésie atteste le fait [qui] semble bien être le monde ordinaire vécu d’une meilleure façon ». La poésie enfin « reste éprise du monde dont elle souffre » ; ce pourquoi il lui faut organiser la réalité. À cet égard, Yves Bonnefoy apparait moins platonicien que l’on aurait pu le penser, même s’il s’agit d’une « esquisse de l’Idéal avec les crayons de la sensibilité la plus naturelle ». La gnose serait alors le « péché originel » de la poésie. Laquelle est « palimpseste », car « il n’y a aujourd’hui de poésie digne  de ce nom qu’accompagnée d’une réflexion sur la poésie ». Que voilà de fines analyses, où brille le destin de Baudelaire, qui est un de ses initiateurs avoués. Toujours, lisant Yves Bonnefoy, nous sommes dans « un moment de pleine existence à partager »…

 

      Il s’avèrerait fort difficile -et peut-être vain- de classer l’esthétique d’Yves Bonnefoy dans une case préconçue. Pas le moins du monde outrageusement moderne, pas un instant venue d’un passéisme vieillot, plutôt quelque chose de néoclassique, ce dont témoigne son affinité avec le néoplatonisme, avec une dimension, à première vue discrète, et cependant irradiante de la langue. Tout juste pourrait-on reprocher -mais le faut-il ?- à Yves Bonnefoy de ne guère s’intéresser au monde contemporain, alors qu’il préfère demeurer dans une intemporalité, où nous vivons avec le souvenir des mythes et les reflets indispensables de la présence. Et, en cela, faire œuvre, pour son fidèle récipiendaire -nous avons nommé le lecteur- de legs, cette encre précieuse…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Yves Bonnefoy : Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, Mercure de France, 1953, p 17.

[2] Yves Bonnefoy : Poésie et photographie, Galilée, 2014, p 15, 17, 25.

[3] Roland Barthes : La chambre claire, Œuvres complètes, 1995, t 3, p 1192.

[5]  Yves Bonnefoy : L’Arrière-pays, Albert Skira, 1972.

[6] Yves Bonnefoy : Poésie et photographie, Galilée, 2014, p 11.

[7] Olivier Himy : Yves Bonnefoy, Ellipse, 2006, p 133.

[8] Yves Bonnefoy : Le Nuage rouge, Mercure de France, 1977.

[10] Yves Bonnefoy : La Beauté dès le premier jour, William Blake & Co, 2010, p 12, 41.

 

 

Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires France
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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 15:38

 

Rio de Naval, sierra de Guara, Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

César Aira, fantaisiste sérieux

 

des congrès de littérature et de magie

 

 

César Aira : Le Congrès de littérature,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Marta Martinèz Valls,

Christian Bourgois, 112 p, 14 €.

 

 

 

      Quel adolescent n’a pas rêvé de ramener un trésor introuvable du fond des mers ? De dissoudre les pires créatures qui menacent l’humanité ? Retrouvons alors l’imaginaire bondissant de nos treize ans, mais pour l’associer à notre esprit critique d’âge mûr, en liant le dernier roman d’un Argentin facétieux. Car fantômes et super-héros, magicien et petite filles, s’amusent à nous piéger parmi l’œuvre de César Aira, qui est tout entière un Congrès de littérature, aussi fantaisiste que sérieux. Depuis Les Fantômes, jusqu’à son Anniversaire, écrit à l’occasion de son demi-siècle, alors qu’il a aujourd’hui soixante-sept ans, l’argentin César Aira est sans conteste un Magicien de la littérature, un burlesque grave, voire un parodiste patenté du postmodernisme.

 

      Un écrivain argentin, certainement un double de son auteur, est invité au Venezuela à un « congrès de littérature ». Ce qui n’intéressera guère cette sorte de potache un rien flemmard. Tout juste consent-il à assister à la création d’une de ces pièces, « une saleté » autour du mythe d’Adam et Eve, ce qui ressortit à une sorte de mise en abyme de l’œuvre, non seulement de l’écrivain, mais du héros, bien plus passionné par son premier exploit (résoudre l’énigme du « fil de Macuto » et retirer de la mer un trésor fabuleux) et son entreprise scientifique science-fictionnelle et loufoque. Il s’agit pour lui de jouer au « savant fou », d’utiliser son invention, une « guêpe génétiquement bricolée » pour aller prélever l’ADN d’un « génie », rien moins que l’écrivain mexicain Carlos Fuentes[1], ce qui devrait permettre de générer nombre de clones de ce dernier. Las, l’entreprise, déjà parodique, tourne au burlesque à grand spectacle : c’est la cravate de l’auteur de Terra nostra qui fait l’objet d’un prélèvement et génère des larves de soie « titanesques » qui s’écroulent en avalanche sur la ville et la menacent d’apocalypse. Bien sûr, notre héros saura, grâce à son « « Exoscope », parer au pire et susciter une fois de plus l’admiration générale, y compris d’une jeune étudiante…

      L’utilisation des lieux communs des comics (larves géantes et superpouvoirs) ne va pas sans une constante ironie, qui est celle du postmodernisme. L’on sait combien l’anti-héros qu’est au fond de lui le narrateur se projette dans le fantasme consolateur. Au-delà de sa propre invitation à ce « congrès de littérature », apparaissent nombre de lieux communs caressés par un personnage, voire un écrivain, de surcroit encore petit garçon dans l’âme, qui rêve de résoudre les plus grandes énigmes des romans d’aventure et de science-fiction. Fantasmes également de l’écrivain d’âge bien mûr qui se voit adulé par la foule et embrassé par une jeune étudiante pulpeuse. Les ficelles de la littérature fantasmatique et consolatrice sont alors exhibées à plaisir : « Ceci n’arriverait jamais dans la vie réelle ; c’est l’émanation d’une imagination fébrile, dans ce cas la mienne, et revient vers elle comme la métaphore de ma vie intime ». Au point que commentant son entreprise de clonage d’un « homme supérieur », il précise son esthétique littéraire : « Sous ma loupe intérieure, dans son anamorphose rhétorique, chaque pensée prend la forme d’un clone, une identité surdéterminée ». Il faut en effet lire César Aira en deux étages -au moins-, celui d’une narration aux divertissantes péripéties à ne pas prendre trop au sérieux, et celui d’une méta-littérature qui a plus que conscience d’emprunter à divers codes du roman, du feuilleton populaire, et des œuvres savantes, tout en jouant sur les deux tableaux pour le plus grand plaisir du lecteur lambada autant que du spécialiste gourmand. Ainsi le mythe populaire entre tous du jardin d’Eden est révélateur d’une telle lecture : « Au fond, les noces d’Adam et Eve étaient le mythe de la contiguïté absolue, le sexe précédé et rendu possible par le clonage ». De même, écrire pour César Aira, c’est un peu cloner, avec la part de risque et d’improbable nécessaire : « rien d’autre que de la duplication de cellules de style ».

      Décidément, César Aira aime beaucoup les congrès. Pour s’y sentir au mieux parmi ses confrères, ou pour s’en moquer, s’en distancier pour le moins. Après Le Congrès de littérature, c’est à un « symposium d’illusionnistes » qu’est invité le héros autant qu’anti-héros dont le seul nom est Le Magicien[2]. N’en doutons pas d’ailleurs, littérature et déballage d’illusions, c’est du pareil au même.

      Hélas notre Magicien, bien que le plus réellement du monde doté de pouvoirs surnaturels, car il peut « annuler à sa guise les lois du monde physique », a le plus grand mal avec le quotidien : la preuve, trouver ne serait-ce que le programme du congrès est une gageure ! Pire, il ne sait et ne saura jamais quand est programmé son « numéro », en une sorte de redite kafkaïenne infinie. L’inquiétude « pousse comme une plante transparente, jusqu’au moindre recoin de son esprit ». Pourtant notre Magicien se « méfie des écrivains qui embellissent les choses. Pour [lui] le réalisme est une condition sine qua non ». On admirera l’auto-ironie de César Aira en écrivain distancié et moqué par sa propre œuvre. Sans négliger la satire, lorsque l’on apprend que ce congrès est organisé par l’Etat et divers sponsors, capables de « faire entrer la magie dans le domaine de la Culture », selon l’aveu du Ministre qui avoue que « tout le monde vole » et que « la vraie magie, on la trouve dans les finances, pas au fond des chapeaux hauts-de-forme » ! Mieux encore, les imprimeurs du programme qui n’arrive jamais sont également éditeurs, mais « pirates ». Ils ne visent que la « quantité » et proposent à notre pauvre égaré d’écrire un livre : « Il vous vient une idée pour écrire un livre, vous dites « abracadabra », et le livre est écrit ». Vertige existentiel, satire de notre temps et rires ne sont jamais loin l’un de l’autre.

    La métaphore du congrès n’est pas inopérante dans le cas du roman Les Fantômes[3]. Un immeuble en construction réunit en effet les copropriétaires en visite d’inspection des travaux et en veine de projets –sinon de fantasmes- en termes de décoration. Le réalisme bouillonnant se fendille bientôt, grâce à « la légère absurdité de toute chose ». Il ne devient plus qu’une « touche de réalisme puéril et familial ». En effet, la famille Vinas, en cet immeuble en devenir, voit des fantômes, et tout particulièrement la fille, Patri, qui s’acoquine avec eux. Etranges fantômes en vérité, qui sont peut-être « un fiasco total en matière de virilité ». Leur sourire mystérieux est « une espèce de fatalité qui surgissait du fond d’elle-même, de son scepticisme ». En fait, cet immeuble est « la ville mentale, comme celle de Dublin pour Joyce ». Ce qui montre bien que, aussi aimable, rusée, prête à basculer dans le fantastique qu’elle soit, l’écriture de César Aira n’est jamais au service d’une narration innocente, mais sans cesse animée d’une dimension métalittéraire…

     Bien qu’Argentin, bien que situant la plupart de ses récits en Argentine, entre Coronel Pringels dont il est natif et le quartier de Fores à Buenos Aires, hors quelques exception au Venezuela et au Panama pour Le Congrès de littérature et Le Magicien, l’œuvre de César Aira n’a rien du provincialisme. Il s’agit plutôt de détecter et de mettre en scène des fantaisies troublantes, des fantasmes universels, pour jouer sur son titre Los Fantasmas, traduit en français par Les Fantômes.

   Œuvre argentine encore, lorsqu’Un Episode dans la vie du peintre voyageur[4] vient du XIXème siècle. Ce dernier, en quelque sorte un roman historique, conte la quête d’un peintre, Johan Moritz Rugendas, portraitiste de la nature, qui parvient à acquérir « l’aspect de ses choses qu’on ne voit jamais, comme les organes de la reproduction vus de l’intérieur ». Il s’agit ici d’un art, l’écriture, qui joue à approcher un autre art : « On se fracasse contre les mots, et sans le savoir, on est passé de l’autre côté, dans le corps à corps avec la pensée d’autrui. Il arrive la même chose à un peintre, mutatis mutandis, avec le monde visible. Elle arrivait au peintre voyageur. Ce que disait le monde était le monde ».

      L’art divertissant et spéculatif de César Aira, n’aimant rien tant que jouer et surjouer avec des arts plus populaires, comme la magie, la telenovela, les arcanes des sous-littératures, que ce soient les comics, les romans d’aventure désuets, la science-fiction puérile, décorative aux effets spectaculaires, les récits d’horreur grandiloquents, le conte et la fantasy (dont J’étais une petite fille de sept ans[5] est le plus engagé dans le merveilleux) fait preuve d’une qualité éminemment postmoderne. Son mépris de la logique rationnelle a volontairement quelque chose d’aimablement puéril, son goût pour un fantastique échevelé n’est pas sans parenté avec le surréalisme. Une synthèse encyclopédique et parodique des littératures, non sans la toute personnelle touche d’humour, est bien la réalisation du vœu formulé dans ce qui est à la lisière fantomatique du récit et de l’essai : Anniversaire[6], cet objet qui est peut-être le centre caché de l’œuvre de l’argentin, lui qui, plus léger que Borges, en est néanmoins une sorte de neveu spirituel…

      Né en 1949, ce narrateur fantaisiste, voire frivole, cependant nanti de plus de tiroirs secrets qu’un illusionniste prodige, sait aussi le langage de la critique et de l’analyse, à l’occasion de la poésie d’Alejandra Pizarnik[7], ou de son Diccionario de los autores latinoamericanos[8]. Avec plus de 80 volumes publiés, souvent assez brefs -accordons-lui cette élégance- mais surtout un sens de l’étrangeté prodigieux et malicieux hors du commun, César Aira est un grand oublié de ce côté-ci de l’Atlantique, malgré bien des traductions. Arturo Bolano le reconnaissait comme un excentrique d’exception : ne nous en étonnons pas si nous comparons leurs écritures, apparemment d’une limpide simplicité, quoiqu’ouvrant soudain sur des abîmes de perplexité, des vertiges de l’imagination. Voilà bien en César Aira un « congrès de littérature » à soi seul, un « magicien » du récit, qui se demande, lors de l’Anniversaire de ses cinquante ans, comment prendre un nouveau départ, et imagine d’écrire en une seule nuit son œuvre entière, voire son « Encyclopédie générale qui contiendrait tout ». Moins par immodestie, que par jeu, et en réponse humoristique à l’angoisse d’exister pour ne bientôt plus exister. Sauf dans le paradis de nos bibliothèques…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] César Aira : Le Magicien, traduit par Michel Lafon, 2006.

[3] César Aira : Les Fantômes, traduit par Serge Mestre, Christian Bourgois, 2013.

[4] César Aira : Un Episode dans la vie du peintre voyageur, traduit par Michel Lafon, André Dimanche, 2001. 

[5] César Aira : J’étais une petite fille de sept ans, traduit par Michel Lafon, Christian Bourgois, 2008.

[6] César Aira : Anniversaire, traduit par Serge Mestre, Christian Bourgois, 2011.

[8] César Aira : Diccionario de los autores latinoamericanos Emece, 2001.

 

 

 

26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 08:59

 

L'art de la guerre, enluminure médiévale.

 

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

 

un feu d’artifice de personnages

 

dans une ode à New-York.

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peelaert,

Plon, 992 p, 23,90 €.

 

 

 

      Avec City on Fire, ce boutefeu de l’édition, et aux dépens de Mercer, personnage qui n’a que de vastes velléités d’écriture, Garth Risk Hallberg  a réussi son « Grand Roman Américain ». Et à toucher un chèque gigantesque de deux millions de dollars en vendant son manuscrit à Knopf, alors que l’éditeur français, Plon, a cassé sa tirelire en acquérant les droits pour, dit-on, près de 200 000 euros. Car autour de la tentative d’assassinat de Samantha Cicciaro, les milieux sociaux les plus extrêmes s’acoquinent en ce roman, entre sphères richissimes de la finance au-dessus de Central Park et bas-fonds sordides du Bronx. Drogues et alcools, corruptions et manipulations, permettent à un magnifique plateau d’anti-héros de se croiser : plusieurs générations animent les chapitres aux points de vue internes et alternés, les retours en arrière, sans guère décevoir l’exigeante boulimie du lecteur.

 

      Des histoires d’amour déceptives et parallèles s’entrelacent dans la New-York des six premiers mois de l’année 1977. Celle homosexuelle du jeune professeur noir Mercer, qui, malgré la discrétion de William, découvre, ébahi, « le cercle enchanté des Hamilton-Sweeney », d’où vient son amant, également ancien punk. Celle hétérosexuelle des lycéens Samantha et Charlie, qui s’égarent dans les défonces des concerts rock. Le monde de Charlie, traversé par « la tempête de la puberté », est celui de « la saleté, la mort, la juste colère », d’une éducation politique sectaire, contestataire et violente dans le squat des punks. William se fait artiste hors normes, mais aussi dragueur junkie « des hommes adultes dans les toilettes publiques ». Regan, mère au cœur tendre, divorcée de Keith, l’amant de passage de Samantha, apprend à gérer la tentaculaire fortune familiale des « oligarques » et financiers énergiques.

      Toute une constellation de personnalités fait l’objet de la plume acérée, non sans tendresse, d’Hallberg. Chacun bénéficie d’un roman d’apprentissage, quand le coma de Samantha, « beauté enfermée dans un cercueil de verre et dont le royaume était en ruine », risque d’abattre les vices publics et privés du clan et de la « pieuvre Hamilton-Sweeney ». Ce grâce à l’enquête de Groskoph, un journaliste à « l’orgueil merdeux », au tragique destin, et de Pulaski, un inspecteur bossu. Inéluctablement, les fils épars de l’intrigue se dispersent, s’embrassent, se heurtent, se nouent…

      Un vaste roman de société, et pas seulement policier, se déploie autour du portrait de New-York, condensé du continent américain, de ses rêves et cauchemars. La fresque intense s’anime sous les yeux naïfs ou avertis de ceux qui parcourent leur roman d’initiation aux plaisirs et à la brutalité de ce monde urbain. La satire exhibe les hypocrisies, les magouilles immobilières, la menace d’une gigantesque banqueroute financière, le sexe pur ou sale ; tout ce temps le plus souvent gâché, sauf pour l’écrivain au clavier vif, même si la tension, inévitablement en un tel énorme opus, baisse parfois, faute d’avoir élagué quelques plus fades épisodes. Pour rebondir avec des journaux intimes manuscrits, une lettre paternelle, des fanzines, des documents divers qui s’intercalent entre les sept chapitres fleuves.

      L’écriture d’Hallberg (né en 1978) est émaillée de délicieuses surprises. Quand pour William, « l’artiste combine un besoin féroce d’être compris et l’amour le plus farouche de la solitude », Mercer découvre chez Regan « l’idée platonicienne d’une chambre de jeune fille », enseigne en offrant « des homards d’intelligence, des figues de sensibilité », et s’écrie : « Chante, Muse, les plafonds moulés et les bibliothèques pleines à craquer de volumes reliés ! » Qui sait s’il n’est pas un peu l’alter ego de son auteur…

      Tirant son titre des feux d’artifice du nouvel an, du père artificier de Samantha, du « temps chaotique » plombé d’injustices et de criminalités, mais aussi d’une chanson rock des « Ex Post facto », groupe où officia William, ce roman brûle ses destins dans une « ville en décomposition », pré-apocalyptique. Cette ode à New-York, construction romanesque savante et cependant aisément lisible, suspendue par les fils électriques de l’argent et du meurtre, s’élève jusqu’au sommet du suspense lors du « black-out » de juillet 1977, quand la ville fut de longues heures plongée dans une titanesque obscurité. C’est là que les émeutiers projettent de « reprendre la ville », que farcis de ressentiment et d’illusions ils dénoncent : « Cette ville de merde n’est qu’une gigantesque usine à inégalités ». C’est là, enfin, que vont et viennent « responsabilité, culpabilité et liberté se percutant. Désastre, honte, régénération ». Ainsi, le récit prend une dimension métaphysique, voire impossiblement eschatologique : « il attendait une indication, un doigt tendu, mais Dieu est plutôt la signification du doigt tendu ».

 

      Magnifiquement animé de bruit, de tendresse et de fureur, le roman-somme, aussi bien thriller que psychologique et sociétal, tient son lecteur en haleine jusqu’au climax longuement attendu. Bien que guère novateur, le sagement virtuose Garsk Risk Hallberg est un redoutable technicien du roman. Si nous restons dans la tradition balzacienne et dickensienne réaliste assumée, les chapitres s’achevant sur un suspense ouvert comme dans le roman-feuilleton, l’on devine qu’une adaptation de cet incendie romanesque, acheté avant que paru par les pontes d’Hollywood, mériterait de figurer en beauté parmi les meilleures série-télés…

 

Thierry Guinhut

Article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, mars 2016

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 17:18

 

Gravure de Zocchi, Virgile : Enéide, Livre II, Plassan, 1796.

 

 

 

 

 

 

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Haute Ecole,

 

Penser l’Islam,

 

Le Miroir aux alouettes.

 

 

 

Michel Onfray : Haute Ecole. Brève histoire du cheval philosophique,

Flammarion, 192 p, 30 €.

Michel Onfray : Penser l’Islam, Grasset, 180 p, 17 €.

Michel Onfray : Le Miroir aux alouettes.

Principes d’athéisme social, Plon, 240 p, 16,90 €.

 

 

 

      Onfray est-il un penseur de haute école, un cheval de concours de la philosophie ? Nous en doutions, voire nous affirmions avec agacement qu’il ne méritait pas un instant ce titre. Certes il se targue de n’être d’aucune école, d’aucune obédience et sérail universitaire, fondant par altruisme et par ressentiment son « Université de tous les savoirs à Caen », en réaction contre les doxa et les institutions. Soit. Et à lire le propos affiché dans sa Contre-histoire de la philosophie -redécouvrir ces philosophes que l’Histoire a négligés, méprisés et effacés- nous nous sentions séduits par cette curiosité, ce non-conformisme. Hélas, le premier d'une poignée de tomes verbeux glosant avec un talent creux et boursouflé sur quelques citations des sophistes grecs nous avait fait retourner ses volumes aux bas-fonds des rayonnages invisités d’Emmaüs. Pourtant nous avions conservé son Traité d’athéologie, pour sa traversée gaillarde et pourfendeuse des religions, quoique conceptuellement souvent discutable, à l’emporte-pièce, quoique imbu d’une sorte de sectarisme de l’athéisme, passablement dangereux. À l’abordage d’une Haute Ecole chevauchant les plus grands philosophes et d’un des plus grands défis de l’Histoire et de notre temps lorsqu’il ose savoir Penser l’islam, pourrons-nous réhabiliter le polygraphe compulsif, ce « miroir aux alouettes » qu’est Michel Onfray ?

 

      Il faut admettre avec plaisir que l’album Haute Ecole, est un bel objet, original, conceptuellement solide et intelligemment illustré. Nous allions dire : quoique nanti de textes bien brefs. Mais cette concision, pour le moins inhabituelle pour ce graphomane aux quatre-vingts titres (et dans le temps que nous osons ces mots un autre se fomente), est ce qui fait ici sa force, sa rigueur d'aimable vulgarisateur. Lister les chevaux philosophes, même pour qui n’est pas spécialement hippophile, revient alors à balayer l’histoire de la philosophe en s’arrêtant sur des points nodaux dont on n’avait guère soupçonné l’enchaînement d’occurrences hautement signifiantes.

      La première impulsion étant née à l’occasion d’un spectacle du célèbre écuyer Bartabas, ce pur volume se présente comme un « Tombeau pour Marie-Claude », ce qui est un émouvant hommage : l’auteur ne lui offre-t-il, pas post-mortem, une sorte  d’éternité, qui va de l’Antiquité d’Homère au presque contemporain d’Albert Camus... Car le meilleur ami de l’homme démultiplie ses apparences, ses métaphores, ses mythes et ses significations dans toute l’histoire de la pensée et de l’art.

      Le résumé du récit de Virgile (au début du livre II de l’Enéide) paraîtrait bien plat s’il ne se concluait, comme tout apologue, par une morale, quand « Platon ne peut aimer le cheval d’Ulysse, cheval de la ruse, car il aime le cheval d’Achille, cheval de la force. Les sophistes sont chevaux d’Ulysse, les platoniciens chevaux d’Achille. Ruse et mensonge des constructeurs de fiction contre force et valeur des coursiers divins. Cette dernière phrase ayant la concision des haïkus (un art qu’il sait pratiquer sur les animaux philosophiques[1]), est toute richesse suggestive et beauté.

      La suite est heureusement à l’avenant. L’« attelage ailé » du Phèdre de Platon est celui de l’âme lumineuse, mais aussi celui de « la haine du corps ». Le pauvre Aristote tombe de sa superbe lorsqu’à quatre pattes il consent à laisser monter sur son dos lascif la belle courtisane Phyllis. Arrive le christianisme, et « l’hippophobie chrétienne » fait des chevaux romains les porteurs des quatre cavaliers de l’Apocalypse. Heureusement, la fiction du « centaure de Lucrèce » est l’antidote matérialiste et épicurien. Tombant de cheval, Montaigne saura penser à apprivoiser la mort, alors que Pascal, effrayé par les chevaux emballés d’un carrosse, quitte le divertissement. Le Curé communiste et athée Jean Meslier n’est pas très à cheval sur la foi, tout en reconnaissant la dignité animale. Le cheval de Spinoza est sa propre perfection ; aussi n’a-t-il pas besoin de Dieu. Schopenhauer se voulait plus compatissant envers les équidés qu’envers les hommes. Son héritier Nietzsche tomba fou dans les bras d’un cheval. L’utilitariste Bentham trouve le cheval plus raisonnable qu’un bébé d’homme. Hegel a vu en Napoléon « l’âme du monde » et « l’incarnation de l’Histoire » montées sur un cheval. Le petit Hans de Freud a la « peur panique d’être mordu par un cheval ». Au vingtième siècle, Alain, grand hippophile, précède Camus qui, en « homme révolté », brocarde Incitatus, le cheval de l’empereur Caligula, qui avait « dix-huit sénateurs à son service » et qu’il nomma consul. Cette fois l’animal totémique de Michel Onfray est l’allégorie de l’abus de pouvoir : « Sartre aimait Incitatus, pourvu qu’il soit de gauche ; Camus se trouvait au côté des chevaux sans nom, les anonymes, ceux qui subissent si souvent l’Histoire réalisée par ceux qui prétendent la faire pour eux ».

      Chaque petit chapitre a le sens de la meilleure vulgarisation philosophique et sait donner à penser, donner envie d’aller puiser directement chez les auteurs effleurés avec ce qu’il faut d’acuité. D’autant que cet élégant volume est largement accompagné de reproductions irréprochables de nombres d’œuvres d’art, pas toujours convenues, gravures, peintures, sculptures ou dessins, sachant accoter non sans humour Tiepolo et Dali, Le Caravage et Robert Combas, tenant endiablé de la figuration libre contemporaine, joyeuse et colorée. Que l’art regorge de représentations sérieuses et cavalières ! Cet Haute école est une fête pour les yeux autant que pour l’esprit.

      Hélas, dès les premières pages de Penser l’islam, l’on se demande même si Michel Onfray sait penser. Le préambule « Penser en post-République » n’est que jérémiades de socialiste déçu par la rigueur mitterrandienne (eût-il fallu continuer de jeter l’argent social par les fenêtres ?), par la montée du Front National, par l’interventionnisme militaire français (sur ce point nous pourrions le suivre), de qui se plaint de « penser sous les crachats »… Le pauvre, il fait partie, avec une tonitruante démagogie, de « cette France maltraitée », du peuple « de gauche immolé sur l’autel du libéralisme » ! Si peu de pages et si peu de tenue, si peu de pensée, quand, à l’égal d’un cégétiste rougi sous le drapeau, il n’a pas la moindre idée de ce qu’est le libéralisme, ni des penseurs libéraux[2]

      Autre approximation pour le moins. Il s’insurge à bon droit contre les interventions militaires françaises, mais aussi, ce qui est plus discutable, contre « les guerres coloniales contemporaines ». Il ajoute cette ignoble contre-vérité : « les régimes islamistes de la planète ne menacent l’Occident que depuis que l’Occident les menace », ou encore « Si danger de terrorisme islamique il y a sur le territoire français, et il y a désormais, c’est parce que ceux que nous avons agressés répondent à nos agressions ». Quoique notant « la nature belliqueuse et conquérante de l’Islam », c’est méconnaître la continuité de quatorze siècles d’expansions (et de reculs seulement forcés) de cette religion colonialiste et meurtrière. Certes les Occidentaux, et les Etats-Unis en particulier, ont eu le tort de s’allier avec les Talibans contre l’Union Soviétique, de soutenir l’Arabie Saoudite dans le cadre d’un accord sur le pétrole, d’envahir l’Irak en jetant à bas police et armée qui se sont retournées vers le Califat. Mais s’ils souffrent moins d’attentats, bien des pays, qui n’ont pas eu la moindre activité guerrière, comme la Suède, voient leur générosité immigrationiste bafouée par de vastes quartiers colonisés par la charia, face apparemment moins violente du jihad…

      Il apparait très vite que ce livre disparate, fait de divers articles, chronique de l’attentat contre Charlie Hebdo, puis du 13 novembre, d'un grand entretien, émaillé de plaintes sur le peu de considération qu’on lui montre, manque singulièrement de tenue, intellectuelle et morale. Défendant à juste raison Houellebecq, Zemmour, injustement accusés d’être la cause des attentats, ridiculisant qui « décrète l’Islam religion minoritaire des opprimés » (Emmanuel Todd) ou « crime de type fasciste que la prochaine révolution communiste rendra bientôt définitivement impossible » (Alain Badiou), tout en vitupérant à raison contre les marxistes antisémites qui appuient l’Islam parce qu’il est anticapitaliste et antioccidental, ce livre se révèle très vite un embrouillamini de juste et d’injuste, d’approximations et de faiblesses argumentatives. Quoiqu’il ait « tâché d’inscrire [sa] réflexion dans l’esprit des Lumières ». À condition de savoir lire Voltaire qui avait trop d’indulgence pour le mahométisme quand son adversaire était la bête du Christianisme, quoiqu’il ne se trompât guère en écrivant du Coran : « Ce livre gouverne despotiquement[3] ».

      Poursuivons cependant puisqu’il eut la bonne idée de se scandaliser qu’un politique expert de l’Islam, Alain Juppé, Maire de Bordeaux, lui avoue sans honte n’avoir jamais lu le Coran. Aussi, si notre penseur l’a lu, imagine-t-on qu’il sache un tant soit peu le penser. En effet, comparant avec une précision bienvenue plusieurs traductions, il ne craint pas d’affirmer « qu’il y a des sourates qui incitent à la guerre, au massacre des infidèles, à l’égorgement […] d’autres, moins nombreuses, mais elles existent aussi invitent à l’amour, […] on obtiendra dès lors deux façons d’être musulman ». Il faut cependant rappeler à notre penseur -ou lui apprendre- que les premières sont les plus récentes (de Médine) et qu’elles abrogent donc les secondes. Il n’ignore cependant pas l’éthique belliqueuse sacrée, le génocide de « 80 millions d’Hindous entre 1000 et 1525 », l’institutionnalisation de la décapitation dans la Sîra, cite avec une précision efficace le Coran dans ses nombreux préceptes meurtriers et misogynes. Ajoutant, « la démographie aidant, la spiritualité active, en France, est devenue moins judéo-chrétienne que musulmane », son réquisitoire contre ce qu’il faut bien nommer l’Islam est loin d’être sans fondement, plaidant pour l’exercice du libre-arbitre et de la raison, dans la tradition d’Averroès.

      En outre, il justifie à raison l’islamophobie, car inventée pour culpabiliser la critique occidentale par l’Ian de Khomeiny, et qui est pourtant une peur bien fondée. Il demande pourquoi l’on ne s’attaque pas aux pays qui financent le terrorisme, Qatar et Arabie Saoudite, alors que l’on vise Syriens et Afghans. Il demande de renoncer à « l’impérialisme planétaire », plaide pour un oxymore impraticable : « un Islam républicain ». Soit. Mais il met sur le même plan de violence les pages du Coran et celles de la Bible et des Evangiles, ce qui est comparer un tyrannosaure à une chat[4]. Sous prétexte de ne pas vouloir se comporter en « totalitaire », il imagine de « former les imams, surveiller les lieux de cultes », vœu pieux qui ne tient en aucun cas du totalitarisme atavique de la loi du Prophète. Il dénonce encore « l’argent roi, la perte de tous les repères éthiques et moraux, l’impunité des puissants, l’impuissance des politiciens […] l’analphabétisme de masse, la passion pour les jeux du cirque », les médias qui veulent que l’on ne pense pas… Certes. Parmi quelques anathèmes dignes d’être soutenues, se cachent pire que des approximations. Succès garanti auprès des idées courtes, des expectorations qui tiennent lieu de pensée, alors que notre homme prétend offrir « une alternative philosophique à la pensée religieuse ». En imaginant que la République « fournit une formation aux imams, les salarie, surveille les prêches pour qu’ils soient républicains, finance les lieux de prières », ne se contredit il pas, forçant tous les citoyens à contribuer à cette illusion mordante par une fiscalité déjà confiscatoire…

      On se lasse cependant vite de ces ersatz de journalisme, de ce manque de rigueur, de tout ce qui caractérise ce patchwork de bon sens et de culture, largement troué d’incultures, désordonné, effiloché de clichés, ravaudé de pensée magique, souillé de postillons péremptoires. Ce bric et de broc d’occasion, qui aurait gagné à être toiletté par le ciseau de la rigueur, fait regretter d’autant ses errements que, vers le milieu du volume, une pensée décemment argumentée résonne. Il rappelle l’accointance appuyée du Grand Muphti de Jérusalem, donc de l’Islam, avec Hitler, rappelle que le vernis de l’antisionisme n’est qu’un antisémitisme, rappelle le soutien de bien des intellectuels de gauche à un antisémitisme réel. Et tire juste lorsqu’il dit : « la haine du capitalisme vaut bien qu’on passe le féminisme par-dessus bord pour faire de la phallocratie musulmane un signe de féminisme anticapitalisme ». Ainsi « la gauche islamophile se fait liberticide ».

      En fin de volume, si l’on a eu le courage d’aller jusque-là, Michel Onfray est marqué du coin du bon sens : quand l’Islam « devient politique, il n’est plus une affaire entre soi et soi, mais une affaire entre soi et les autres. Dès lors il suppose obligation et contrainte ». C’est en effet de ces dernières abjections, qui vont du voile aux mosquées, du halal aux censures et aux meurtres, dont nous ne voulons pas un instant. On se réconcilierait presque avec notre essayiste, qui a la rare honnêteté de parler d’un sujet qu’il maîtrise passablement. C’est ainsi que de telles sorties efficacement documentées ne lui vaudront guère d’amitiés, car l’on en veut au doigt qui montre l’Islam, plutôt qu’au réel fauteur de trouble, de guerre, d’ « effondrement démocratique »… Au risque de nous répéter, nous aimerions qu’il fasse preuve de la même éthique à l’égard du libéralisme.

      Veut-on lire, par comparaison, un « penser l’Islam » de haute tenue analytique et rhétorique ? Ouvrant le chapitre XX des Ruines de Volney, publié en 1791, médité parmi les ruines de Palmyre (tiens donc !), lisons comment, par la voix du « législateur », cet auteur trop négligé des Lumières dénonce les ridicules et méfaits de toutes les religions rassemblées « dans l’arène », en commençant par celle qui mérite les flèches les plus acides de son ironie :

      « Ce premier groupe, me dit-il, formé d’étendards verts, qui portent un croissant, un bandeau et un sabre, est celui des sectateurs du prophète arabe. Dire qu’il y a un Dieu (sans savoir ce qu’il est), croire aux paroles d’un homme (sans entendre sa langue), aller dans un désert prier Dieu (qui est partout), laver ses mains d’eau (et ne pas s’abstenir de sang), jeûner le jour (et manger la nuit), donner l’aumône de son bien (et ravir celui d’autrui), tels sont les moyens de perfection institués par Mahomet, tels sont les cris de ralliement de ses fidèles croyants. Quiconque n’y répond pas est un réprouvé, frappé d’anathème et dévoué au glaive. Un Dieu clément, auteur de la vie, a donné ces lois d’oppression et de meurtre : il les a faites pour tout l’univers, quoiqu’il ne les ait révélées qu’à un homme : il les a établies de toute éternité, quoiqu’il ne les ait publiées que d’hier[5] ». On ne saurait mieux dire…

      À ce Penser l’Islam qui est un essai à demi raté, à demi réussi, allons-nous préférer ce qui s’annonce sur le bandeau comme « Une autobiographie politique » ? De quel Miroir aux alouettes s’agit-il ? Le respect du genre de l’autobiographie parait d’abord peu trompeur. La partition en huit chapitres, précédés d’une préface, d’une introduction, suivis d’une conclusion, semblent annoncer une œuvre construite et pensée avec plus de rigueur. Ce « je me souviens », va de l’enfance chez le coiffeur rural normand, en passant par ses années de formation, de luttes et d’écriture, jusqu’à son grand œuvre, l’Université Populaire, jusqu’à son « idéal » d’ « autogestion », d’ « autocratie » et « de gauche ». Venu d’un père « ouvrier agricole », celui qui est viscéralement « libertaire » nous propose un parcours qui peut être admirable, d’opiniâtreté, de défi.

      Ce tableau d’une initiation politiquement et obsessionnellement « de gauche » serait par endroit très bien écrit, touchant, lyrique même, polémique, avec des traits piquants, comme lorsqu’un « copain d’école […] est mort dans la quarantaine, confit dans l’alcool, d’un cancer des testicules qui avaient beaucoup servi ». Très vite, pourtant, un cancer de la composition et de la pensée gangrène le récit, l’engagement, moins philosophique que politiquement hâbleur, et surtout d’une cohérence discutable, venant écrouler le discours. Qu’on en juge, à propos d’un souvenir du nazisme conté par le coiffeur : « Au lieu de la loi de la jungle qui auraient permis aux plus violents de manger seuls au détriment de tous, allégorie de la brutalité du capitalisme libéral, l’homme gauche répondait par le partage, la solidarité, l’humanité ». Ce dernier, notons-le, était « communiste ». C’est ignorer combien les nazis haïssaient le capitalisme libéral, et combien les régimes communistes ont égalé les violences nazies ! Et nous n’en sommes qu’à la page 14 ! Quel dommage qu’une plume qui sache parfois si bien écrire ne sache pas se détacher des leçons et préjugés inoculés par les thuriféraires anarchistes et communistes idéalisés de son éducation intellectuelle, quoiqu’il n’ignore en rien que le PCF et l’Union Soviétique aient trahi cet idéal, idéal plus qu’illusoire cependant car la communauté reste toujours une tyrannie contre l’individu. Nous nous accorderons pourtant avec lui pour certes préférer un anarchisme sans violence, pour n’être pas tout à fait imperméable à l’hédonisme du Phalanstère de Fourier : « Se défendre contre les prétentions de plus en plus envahissantes de la morale de groupe. »

      Plutôt qu’un récit, c’est un rabâchage d’antiennes de gauche, de récriminations « antilibérales » sans jamais que soit effacée la confusion entre liberté et rapacité, une profession de foi (ce dernier mot étant choisi à dessein). Sous-titrée « Principes d’athéisme social », même si elle a l’insigne mérite de permettre un tantinet soit peu au lecteur de comprendre un itinéraire de vie et de pensée, l’entreprise vire au dogmatisme fendillé, tentant de remplacer et d’asséner une mystique pour une autre, férocement antireligieuse et cependant martelant son post-marxisme athéologique, pour reprendre l’étendard de son Traité. Il s’agissait de « déconstruire les trois monothéismes », de montrer que leur étaient consubstantiels « une série de haines violemment imposées dans l’Histoire ». S’il faut concéder qu’il s’agit d’une « haine de la vie » au profit de l’au-delà (dans une nietzschéenne perspective), parler de « haine de l’intelligence[6] », c’est faire bon marché de la Bible entière, de Thomas d’Aquin, du libre-arbitre, ad libitum…

      Bientôt, l’ « autobiographie politique » pédale sur un vélo bruyant et déglingué de par l’Histoire récente, enfonçant des portes ouvertes, avec l’hyperbole « Hitler n’est pas mort », enflant un réquisitoire contre la télévision où la pauvre philosophie devient un « sport de combat », entreprenant « l’anatomie d’un bouc émissaire », entendez le Front National, la dénonciation des médias encore et encore, la logorrhée de ses exploits sur Twitter, la reprise abjecte de ses propos par Daesch (« Même le mécréant français Onfray dit que terrorisme est une guerre que l’Islam politique mène contre ceux qui la leur ont déclarée ») -quoique nous avons montré supra que c’était bien ce qu’il avait dit et écrit- devant ce gribouillis de vraies allusions à des philosophes et cette chronique de bas étage, de règlements de compte, le ragoût a trop tôt un goût de dégoût.

      Reste qu’en cette plaidoirie, qui a plombé ce qui aurait pu s’annoncer comme l’exercice du recul autobiographique, cette défense de Michel Onfray par lui-même, il faut mettre à son crédit de nombreuses initiatives, comme son Université Populaire du goût, invitant de nombreux artistes, musiciens, offerts à l’éducation d’un public qui ressent le louable besoin d’être initié.

      Hélas il s’agit bien d’un Miroir aux alouettes, non seulement comme le prétend son auteur en qualifiant ainsi les « mythes politiques proposés par ceux qui nous gouvernent » (ce en quoi il est loin d’avoir tort) ; mais lorsque l’on se rend compte en tentant de le lire, car c’est vite insupportable de gâchis, de pitrouille conceptuelle, que ce Michel Onfray politique est bien le seul miroir aux alouettes qui vaille : il n’éblouira que les alouettes de ces lecteurs qui prennent de la purée de crapauds pour des ortolans philosophes.

      Un exemple parmi tant d’autres, saisi au hasard : « cette façon libérale, de droite et de gauche, de jouer avec la peur des gens, de faire naître et d’instrumentaliser les angoisses, de terroriser les citoyens, d’abêtir le peuple… » N’en jetez plus ! Onfray n’a-t-il jamais ouvert un dictionnaire, mouillé son index, qu’il a visiblement farci d’urticaire antilibérale, sur les pages des philosophes libéraux Léo Strauss, Adam Smith, Tocqueville, Hayek. Bis repetita placent, direz-vous du modeste auteur de ces lignes, mais c’est dix fois, cent fois la même diatribe, encrée de ce populisme qu’il dénonce à l’envi, c’est d’un anticapitaliste primaire, secondaire et tertiaire, d’un libertaro-communisme beurré  d’utopisme bien démagogique, qui ne se donne la peine de fouiller les bibliothèques de la pensée que d’une oeillère…

      Que penser de cette gloire : « Mener une vie de gauche » ? Aussi risible que « de droite »… Sans compter l’hypocrisie de celui qui ne redistribue pas l’entier de ses droits d’auteurs (acquis grâce à un système capitaliste honni) au service du social !

      Au lecteur qui voudrait tenter de réellement penser l’Islam, il faudrait conseiller d’urgence quatre livres : Le Coran, ce qui va sans dire, une vie du prophète, de Maxime Rodinson, Mahomet[7], l’immense tableau historique et philosophique de Miguel Cruz Hernandez, Histoire de la pensée en terre d’Islam[8], et enfin l’impeccable et implacable réquisitoire par celui qui fut l’un de ses natifs : Ibn Warracq : Pourquoi je ne suis pas musulman[9].

      Quant à qui trouverait trop cruel le propos de cet article, conseillons cependant un essai considérablement plus indulgent, louangeur même, consacré à notre philosophe autoproclamé, par Adelinne Baldacchino : Michel Onfray ou l’intuition du monde[10]. Elle décline sa « Poétique », son « Erotique » et son « Ethique ». Mieux et plus complètement que l’impertinent auteur de ces lignes, elle a lu notre penseur. Elle y trouve une leçon de vie, « personnelle » (dont une blessure d’enfance fondatrice) et « sociale ». Elle ne voit dans son œuvre « ni extase élitiste pour initiés, ni truanderie farcesque ». Il sera beaucoup pardonné en effet à la franchise de Michel Onfray ; mais cette dernière n’est pas une vertu à soi seule… Elle exalte la « générosité » et le « goût » de l’homme et de l’auteur, son travail admirable de passeur, sa fougue intellectuelle… Il n’est pas impossible qu’Adeline Baldacchino sache affuter les armes dialectiques pour contrer avec talent l’argumentation peu généreuse ici assénée au malheureux lecteur.

      À celui qui se présente comme un hédoniste, adepte de l’art de jouir, comme un libertaire, on ne retirera pas ces dignités et marottes. Reste que l’art de penser est un art bien difficile, qui exige rigueur et constance, connaissances sans cesse réactualisées et remises sur l’établi, à l’affut de toute erreur, de toute méconnaissance, et surtout modestie. Il n’est pas sûr que notre graphomane, penseur à tous crins et à toute berzingue, mérite de la Haute Ecole philosophique, lui dont les titres -pensons, rien de moins, à son Cosmos[11] -n’atteignent guère à la dimension souhaitée. Il n’est pas à la portée de tout le monde de savoir fonder une haute école où penser la contre-histoire de la philosophie, l’Islam, le cosmos. Restons cependant à l’affut des quelques poussières cosmiques où Michel Onfray, à notre humble avis, approche l’art de penser. Reste qu’à un homme qui vitupère contre les médias, il est malvenu d’être si médiatique et bestsellerisé, quoique ce ne soit pas donné à tout le monde d’être un philosophe du peuple, jamais abscons ni jargonnant, de conquérir de haute lutte un vaste public, et de si bien vendre un brûlot, pas si dénué de fondement, même si encore une fois approximatif, contre le père de la psychanalyse[12], Sigmund Freud lui-même.

 

      Que Michel Onfray soutienne telles positions politiques et philosophiques -et les discuter-, c’est de bonne dispute argumentative ; mais que s’y ajoutent d’aveugles méconnaissances, des saillies péremptoires, un manque récurrent de nuances, de concessions et d’équilibre de la disputatio, et à son affaire autobiographique des surdimensions d’un égo prompt à la plainte et au ressentiment, ne le grandira pas. Regrettons que la haute tenue de quelques belles pages n’essaime pas plus souvent. Michel Onfray, du haut de la petitesse de notre critique, louange et volée de bois vert, encore en effort ! Et vous épurerez le pire du meilleur, peut-être à venir…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Voltaire : Du Coran et de la loi musulmane, L’Herne, 2016, p 9.

[5] C. F. Volney : Les Ruines, ou méditations sur les révolutions des empires, Parmantier, Froment, 1826,  p 115.

[6] Michel Onfray : Traité d’athéologie, Grasset, 2005, p 87.

[7] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1961.

[8] Miguel Cruz Hernandez : Histoire de la pensée en terre d’Islam, Desjonquières, 2005.

[10] Adelinne Baldacchino : Michel Onfray ou l’intuition du monde, Le Passeur, 2015.

[11] Michel Onfray : Cosmos, Grasset, 2015.

[12] Michel Onfray : Le Crépuscule d’une idole, Grasset, 2010.

 

Gravure pour Buffon : Les Quadrupèdes, À la Société Bibliophile, 1849.

 

Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 07:29

 

 

 

 

Le roman d’un cinéaste

 

de science-fiction biotechnologique.

 

David Cronenberg :

 

de Consumés à ExistenZ.

 

 

 

David Cronenberg : Consumés, traduit de l’anglais (Canada)

par Clélia Laventure, Gallimard, 382 p, 21 €.

 

 

 

      Il est souvent à craindre qu’un cinéaste, une fois la plume, ou le clavier, sous les doigts, ne livre qu’un pseudo-roman, un ersatz de scénario, plus étiré qu’un chewing-gum et nanti d’une pauvrette, exaspérante écriture. Rassurons-nous, ce n’est pas le cas avec le Canadien David Cronenberg. Le réalisateur coruscant de cette inhumaine métamorphose, La Mouche, livre avec Consumés non seulement un thriller implacable, mais aussi une osmose impressionnante entre science-fiction, biotechnologies et pathologie. Quoiqu’aux voyeurismes sexuels et morbides du journalisme à sensation ne soient pas épargnés les dangers de la complaisance, loin au-dessous de la qualité de son film le plus stupéfiant : ExistenZ.

 

      Deux intrigues parallèles se déroulent et se consument, alternant leurs séductions et leurs pièges. Deux amants, et néanmoins concurrents dans le domaine du photojournalisme, mènent dans deux villes étrangères leur reportages à la limite et au-delà de l’étrange et du crime. Naomi Seberg est à Paris, puis à Tokyo, pour enquêter sur le meurtre de Célestine Arostéguy, dont le mari, également philosophe à la Sorbonne, a disparu. Est-ce lui qui l’a tuée, mutilée, qui aurait dévoré quelques fragments de son corps ? Naomi rencontre ses étudiants, étudiants non seulement en philosophie mais en coucheries diverses avec les deux stars de l’intellect. À Budapest, Nathan Math interviewe à la fois Molnar, un  chirurgien aux pratiques controversées, illégales, et son cobaye Dunja aux seins « officiellement radioactifs », avec laquelle il couche, contractant l’épouvantable « maladie de Roiphe ».

      On devine que cette paire d’intrigues vénéneuses sur des « affaires juteuses » vont se rejoindre, se polluer l’une l’autre, dans une progression sensationnaliste, inéluctable et perturbante. Imaginez : « J’ai inventé une infestation parasitoïde de mon cru, pour elle, pour Célestine. Je me suis dit qu’elle méritait d’avoir une espèce qui lui serait propre, qui pondrait avec amour ses œufs en elle ». Ou encore « Le sein ? Elle était vivante… quand vous l’avez mangé ? » À moins qu’il ne s’agisse que de « répliques bioplastiques »… Ce sont en effet les possibilités, les sexualités, les errances, les travers et les métamorphoses cliniques et technologiques des corps qui sont le sujet privilégié de David Cronenberg. On lira cela -jusqu’au bout si l’on a le cœur bien accroché-, comme un tableau des perversions les plus salaces, loufoques et infâmes ; ou comme un examen clinique de la nature humaine, au tréfonds de ses ténèbres charnelles et de ses pulsions, là où git « la malignité sordide ».

      Roman sadien ou roman philosophique ? Faut-il voir dans le duo Arostéguy un écho du couple Sartre Beauvoir, où du meurtre que perpétra Althusser sur sa femme ? Voire une empreinte du fameux Hannibal Lecter gourmand de chair humaine… En ce cas, il serait tout entier une parodie baroque et hyperréaliste. Ce « rapport esthétique au sexe », cette théâtralité sur écran mental, est un avatar branché de plus au roman d’horreur gothique venu du Frankenstein de Mary Shelley[1]. Le thriller peut-être également lu comme une satire de l’hyperconsommation, du trafic d’organes et de l’omniprésence des réseaux connectés, non sans facilités convenues, parmi lesquels évoluent nos deux journalistes de l’extrême humanité. La rencontre de la fascination de l’image avec les extrémités du cannibalisme et du fétichisme peut passer pour une dénonciation, à moins d’un hyper-appétit, de nos voyeurismes, et plus particulièrement de ceux sexuels et morbides du journalisme à sensation.

      À moins que cela soit trop d’éloges. Les tics bien en cours de la science-fiction, le catalogue des attitudes et des appétits pervers plus ou moins chics ont tendance à plomber de leur complaisance le fil narratif. Le bel exercice de style loué par Stephen King a parfois quelque chose de vain, là où manquerait une analyse plus incisive, non pas des blessures et des accessoires, mais de l’origine neurologique, fantasmatique du mal, de ses plaisirs et de ses tréfonds. Ce que, mieux que Consumés, semblent suggérer de manière plus incisive quelques-unes des productions cinématographiques de notre auteur.

      On retrouve dans ce premier roman du cinéaste né en 1943 à Toronto le goût exacerbé du dernier cri des technologies, le voisinage de la chirurgie et de la maladie avec l’appétit sexuel. Ce que le film Crash, défilé d’accidentologie routière d’après le livre de Ballard[2], rendait iconique. On revoit également s’enclencher l’engrenage morbide peu à peu intensifié, que des films comme Chromosome III ont porté à l’acmé de la peur.

      Il faut alors se tourner vers une somme bien documentée, celle que Serge Grünberg réunit, avec une dizaine d’entretiens, une filmographie, une généreuse préface, en présentant le « cinéma cerveau » de David Cronenberg. Même si, ce livre datant de l’année 2000, il ne peut que faire l’impasse sur des œuvres plus récentes, comme l’obsédant Spider, venu d’un roman de Patrick McGrath[3], dont la verdâtre claustrophobie mentale est assurée avec une opiniâtre intelligence. De film en film, son esthétique gore, facile au premier abord, s’en trouve haussée à une dimension presque philosophique, lorsque les révolutions de la peur et de l’éros coïncident avec nos révolutions technologiques et biologiques. Ce dont témoigne une pellicule comme Faux semblants, dans laquelle deux jumeaux gynécologues, homosexuels et incestueux (qui, frères siamois, se sont eux-mêmes séparés à coup de bistouri) sont retrouvés morts dans leur luxueux cabinet.

      C’est d’ailleurs dans ses entretiens que David Cronenberg, sensible aux réactions outrées suscitées par quelques-uns de ses films, assure : « n’importe quelle doctrine politique est mortelle pour l’art[4]». Cette judicieuse méfiance devant les programmes sociétaux et moraux antétotalitaires, restant à nuancer si l’on pense au libéralisme classique. Il n’en demeure pas moins que les hypothèses scientifiques, biologiques et psychiques explorées par le cinéaste permettent de tester notre anticipation de l’avenir autant que nos présupposés mentaux et éthiques, sans compter l’ingénieuse multiplication de nos fantasmes.

      On ne sera finalement pas étonné que ce familier de Burroughs, de DeLillo et de Ballard se soit senti pousser des ailes d’écrivain, alors que son film EXistenZ (1999) reste probablement son chef d’œuvre. Branchant une console de jeu organique et animale de synthèse, en forme d’intestinal cerveau, sur les corps au moyen d’un « bioport » et grâce à un cordon ombilical,  Allegra Geller est bien une artiste, sinon une prêtresse sacrée, un brin autoérotique et fétichiste, qui couve sur ses genoux sa créature aux possibilités ludiques stupéfiantes. Pour échapper à la menace de meurtre d’une secte « réaliste » aux relents fanatiques inspirée par l’affaire Rushdie[5], la créatrice de cet univers mental nanti de divers « mondes » se voit avec ses partenaires de jeu (qui sont douze, comme dans la Cène) voyager parmi les labyrinthes de l’imaginaire et de l’inconscient. Cependant, alors que l’existence a été remplacé par l’EXistenZ, les frontières entre le jeu et la réalité, s’effacent, se dispersent, comme en un indémêlable ruban de Möbius, affectant la perception, le psychisme entier des joueurs, sinon celui du spectateur : « Sommes-nous encore dans le jeu ? », demande à la toute fin un joueur qui, aux prises avec son addiction sacrée, n’a peut-être jamais quitté ce dernier, appelé, avec une étrange clairvoyance, « transCendanZ », ce qui aurait remplacé la transcendance. Une dimension philosophique vertigineuse s’empare, soudain, avec David Cronenberg, d’un cinéma aux métamorphoses plus proliférantes que celle de Kafka.

 

      Romancier ou cinéaste ? Si l’on a l’habitude de constater que la plupart des adaptations d’un livre sont des appauvrissements de l’œuvre initiale (hors de notables exceptions comme celles d’Hitchcock, de Visconti ou de Kubrick), le contraire se produit ici. Celui qui a su avec maîtrise adapter Le Festin nu de Burroughs ou Crash de Ballard, a créé avec Consumés un avatar romanesque de son univers cinématographique, auquel il offre ainsi une astucieuse initiation. Mais le manque de concision et de vitesse narrative, dont ne souffre pas un instant EXistenZ (au scénario totalement original) ne permet pas tout à fait qu’avec autant d’émotion et de conviction il séduise son lecteur, qui préférera s’enfouir à ses risques et périls, mentaux et conceptuels, dans les dédales de l’effroi et de la fascination des biotechnologies en ébullition, en un mot, pour reprendre le titre d’un de ses films : en ce Videodrome où, partiellement, nous vivons…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Consumés a été publiée dans Le Matricule des anges, février 2016.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Patrick MacGrath : Spider, Gallimard, 2002.

[4] Serge Grünberg : David Cronenberg, Cahiers du Cinéma, 2000.

2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:01

 

Charles Perrault : Contes, Emile Guérin éditeur, fin XIX°. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De la Lecture dans la gueule du loup

 

à la Haine de la littérature,

 

jusqu’à Ceux qui brûlent les livres :

 

Hélène Merlin-Kajman,

 

William Marx, George Steiner.

 

 

 

Hélène Merlin-Kajman : Lire dans la gueule du loup. Essai sur une zone à défendre, la littérature, Gallimard, 334 p, 23,50 €.

 

William Marx : La Haine de la littérature, Minuit, 224 p, 19 €.

 

George Steiner : Ceux qui brûlent les livres, traduit de l’anglais (Royaume-Uni),

par Pierre-Emmanuel Dauzat, L’Herne, 88 p, 9,50 €.

 

 

 

 

 

      Le loup caché dans les livres se révèle soudain effrayant, comme celui des Contes de Perrault. Reste à l’apprivoiser. Où le haïr, sinon le brûler… Les pouvoirs de la lecture sont inouïs. De l’apaisement à la thérapie par le rêve, ils sont aimables et bienheureux. Mais ils peuvent avoir un versant plus cruel, de par le désir ou l’effroi engendré, cet appétit ou cet avertissement face aux terribles facettes du mal. Pouvoirs dérangeants au point qu’individus, partis, Etats ou religions vomissent leur haine de la littérature, et se livrent enfin aux plaisirs brutaux de l’autodafé, en brûlant des livres. Cet enchainement cumulatif de pouvoirs et de contre-pouvoirs est au nœud du maelström dont accouche le livre imprimé, et dont se font les défenseurs trois essayistes fort pertinents : Hélène Merlin-Kajman, William Marx et George Steiner aiment pardessus tout la séduction et la puissance de la pensée jaillie des pages, au point de dresser chacun une édifiante plaidoirie pour les pouvoirs de la littérature autant qu’un réquisitoire documenté contre tous ceux qui haïssent les Lumières de la culture.

 

      La littérature n’est-elle que machine textuelle pour spécialistes, ou bouleversement de passions, de positions morales et immorales, de combats politiques ? C’est ce dernier bastion que redécouvre avec une feinte naïveté Hélène Merlin-Kajman en son essai où elle se jette « dans la gueule du loup » lettré. C’est cette même conscience qui la pousse encore plus à l’amour des belles Lettres.

      À partir du XIXème siècle, la littérature a perdu sa double autorité : « plaire et instruire », suivant la devise d’Horace et des Classiques. Bientôt, avec Mallarmé, elle « n’a plus d’autre fin qu’elle-même ». Quoique gardant sa liberté critique, elle devient un travail sur la langue, une poétique de la construction, tant les mots ne sont pas les choses, perdant son « illusion référentielle » et par là son contact avec le réel, du moins en monde universitaire clos. C’est ce que déplore Hélène Merlin-Kajman, en affirmant qu’elle peut et doit avoir un fort impact sur nos consciences et nos vies, qu’elle n’est pas sans dimension morale, qu’elle fournit des modèles et des repoussoirs…

      C’est en effet autre chose de lire entre universitaires que de lire à un enfant qui prend de plein fouet les textes. Car à l’occasion du « Mauvais vitrier », un poème en prose de Baudelaire, où le poète brise les vitres, le fils de notre essayiste s’écrie : « mais ce n’est pas bien » ! De même, Le Grand cahier d’Agota Kristof propose des images violentes, insoutenables, qui ne sont pas que des effets textuels. Ainsi « gaités traumatiques », « part sexuelle », « morale et religion » se bousculent parmi nos livres, qu’il ne s’agit plus de lire en seuls narratologues et autres rhétoriciens.

      Avec la pertinence de qui ne craint pas de se jeter « dans la gueule du loup », Hélène Merlin-Kajman propose une refondation salutaire des Lettres, cette « zone à défendre » (on passera sur le choix malheureux de cette expression lourdement connotée par l’actualité écologiste et politique). N’en déplaise aux formalistes, la littérature « produit un effet sur le monde interne de ses auditeurs et lecteurs » ; c’est celui du « partage transitionnel » des affects, effrois et bonheur, de la transmission de la beauté et du sens. Au-delà, il faut « privilégier sa fonction réparatrice ». Même les pires loups de la littérature doivent être accessibles à la catharsis d’Aristote : comprendre et purger les passions les plus terribles de l’humanité. Or, la conclusion d’Hélène Merlin-Kajman est à cet égard aussi belle que juste : « Si notre société se prive de ce langage exceptionnel, nous n’aurons aucune chance d’échapper au renouveau des fondamentalismes religieux qui offrent aussi aux blessures subjectives provoquées par les bouleversements sociaux propres à notre époque des formes d’élaboration, de réparation ou d’exutoire fondées non sur le lien entre-passible et le libre jeu des figures, mais sur le repli communautaire, le sens univoque de la lettre, voire la mystique de la mort ».

      Nombreux sont les récalcitrants et autres tyrans chasseurs de loups, radiographiés et dénoncés par William Marx, qui ont contracté La haine de la littérature. Souvenons-nous que, dès le VIème siècle avant notre ère, Socrate, qui aimait tant le Beau, fut sommé de boire la cigüe parce ses idées portaient, selon ses détracteurs, préjudice à la cité. Pas tout à fait injuste retour des choses puisqu’il prétendait exclure les mensongers poètes de sa République. Pourtant, bien auparavant, ces derniers avaient, inspirés par les Muses, la voix de la vérité.

      Au nom de l’autorité, de la vérité, de la moralité et de la société. C’est ainsi que notre brillant essayiste liste « les quatre procès principaux intentés à la littérature ». C’est ainsi que selon quatre parties sont balayées les histoires littéraires, d’Homère à Auschwitz, en passant par Madame Bovary et les « cultural studies ». Une « galerie de grotesques » préside à ces attentats contre l’imagination et la pensée : Dominicain et pasteur, philologue et chimiste, procureur et moraliste, ministre et Président de la République.

      Reste qu’heureusement les plus recommandables Homère et Platon se font les fils conducteurs de l’essai admirablement documenté ; la haine ou l’amour de la poésie originelle présidant à tout examen religieux politique ou populaire de la littérature. Il y a cependant une pensée théologique qui, non sans méfiance, lui rend justice. Saint Thomas d’Aquin, le philosophe médiéval souverain, prétendant que la poésie est « le plus bas de tous les savoirs », avance, compliment paradoxal, que « l’usage de métaphore est plus conforme à la connaissance que nous avons de Dieu en cette vie », puisqu’en permettant de « mesurer véritablement ce que nous disons ou pensons de Dieu », qui n’est en fait qu’une méconnaissance.

      De manière surprenante, l’essayiste, passe soudain à l’année 1959, alors qu’un certain Snow propose une conférence à Cambridge qui impressionna jusqu’au président Kennedy : « Les deux cultures et la révolution scientifique ». Culture scientifique et littéraire s’ignorent scandaleusement. Jusque-là tout va bien. Mais le propos dérape lorsque la première est parée de toutes les vertus de rigueur et de simplicité, et que la seconde n’est que « mensonge, snobisme, passéisme »… Sans omettre que la première est « résolument hétérosexuelle », oubliant le cas d’Alan Turing, qui se donna la mort après avoir été condamné pour homosexualité, bien qu’il eût décrypté le code Enigma en pleine guerre mondiale et jeté les bases de l’ordinateur ! Pire encore, le conférencier demande avec aplomb si « l’influence de ce qu’ils représentent n’a pas contribué à rendre Auschwitz possible ? » Les poètes fusillés par l’argument ad hitlerum ! Sans compter bien sûr qu’ils sont passibles « d’un sentiment antisocial ». À ce compte-là, nous nous honorons d’être antisociaux. Mieux vaut en rire, et remercier William Marx de déterrer un épisode grotesque et oublié pour le délassement de nos cordes hilarantes, plutôt que de se faire peur : il y a bien une pulsion totalitaire et sociale (l’une n’est jamais loin de l’autre) parmi nos sociétés, fussent-elles civilisées, contre les fêlés de littérature.

      Bien avant le procès intenté à Madame Bovary en 1857, les traités sur la « crémation des livres hérétiques » et la « futilité de la poésie » abondent. La littérature « corrompt les cœurs par des peintures dangereuses », dit-on de longtemps et pour longtemps. Rousseau lui-même, qui s’alarma de voir son Emile ou de l’éducation brûlé, regrettait « qu’on ne fît point de bûchers de livres », car selon lui, les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ajoutons qu’à l’heure où Salman Rushdie est régulièrement condamné à mort par des fatwas imbéciles, Lolita de Nabokov n’aurait guère de chance d’être publié sans échapper à un procès pour pédophilie. N’imaginons cependant pas un instant que ces derniers arguments échapperaient à William Marx.

      Il faut se moquer du malheureux qui dénia la légitimité de la lecture de La Princesse de Clèves lors de quelque obscur concours de la fonction publique, Nicolas Sarkozy, pour ne pas le nommer : « Le plus grave et le plus étrange était qu’un président préoccupé par la question de l’identité nationale n’eût pas compris qu’elle se définissait entre autres par une importance particulière attachée à la littérature ». Craignons que William Marx, par conformisme, n’accorde trop d’importance à une telle babiole, qui n’était pas même haine de la littérature, mais inculture manifeste et risible, néanmoins inquiétante lorsqu’il s’agit de la plus haute fonction politique. Rassurons-nous en effet, ce n’était que billevesée, quoique significative, de la part d’un pouvoir aux ongles heureusement rognés (du moins sur ce sujet) alors qu’ironie, Madame de La Fayette entrait dans la Bibliothèque de la Pléiade.

      Aujourd’hui encore, la littérature se voit menacée par une dérive des « cultural studies » qui se veut dénoncer la ségrégation à l’œuvre chez les écrivains. Il ne faudrait plus lire un tel s’il n’a pas su donner une image politiquement correcte de la négritude, de la féminité, de l’homosexuel. Une fois de plus la vertu, l’éthique, deviennent des outils d’ostracisme, autre forme de bûcher, certes culturel mais bien antilittéraire. Après L’Adieu à la littérature[1] qui montrait combien elle pouvait s’attaquer à elle-même, entre auteurs, voire jusqu’aux auteurs qui doutaient d’elle au point de souhaiter l’invalider, William Marx brocarde et glisse sous le scalpel de son analyse ceux qui œuvrent au service des égouts où jeter les écarts de la littérature.

      « Se serait-on trompé du tout au tout sur l’idéal platonicien de la censure ? » interroge George Steiner, dans Ceux qui brûlent les livres, et en pensant aux nombreux loups de la littérature et de la liberté d’expression qui menacent les petits chaperons rouges de l’enfance : « déluge d’erotica sadique qui submerge aujourd’hui nos librairies, nos kiosques et le Net » ou « littérature programmatique des sévices aux enfants, de la haine raciale et de la criminalité aveugle ». Pire, car ces derniers ne sont pas forcément des manuels d’éducation à l’infamie pour disciples obligés, « les citations de livres prétendument « révélés » -le livre de Josué, l’épître de Paul aux Romains, le Coran, Mein Kampf, le Petit livre rouge de Mao- sont le prélude au massacre, sa justification ».

      Se nécessairement poser la question ne suffit pas à justifier une condamnation qui risquerait de faire boule de neige et d’éradiquer les œuvres complètes de Sade et la moindre scène choquante d’un roman, de justifier enfin les orages de la censure et les feux de l’autodafé. Car « la tolérance et le compromis supposent un contexte immense », quand « la haine, l’irrationalité, la libido de pouvoir lisent vite ». Devant ce livre qui « peut exalter ou avilir, séduire ou rebuter, appeler à la vertu ou à la barbarie », il faut cependant prendre conscience que « les livres sont notre mots de passe pour devenir plus que ce que nous sommes ».

      Malgré la brièveté de l’opuscule, car George Steiner nous a habitué a de plus généreux ouvrages délicieusement savants[2], Ceux qui brûlent les livres est un essai à la fois enthousiaste et polémique, un ardent et précieux plaidoyer : « un livre authentique […] peut attendre des siècles pour éveiller un écho vivifiant ». Il faudrait tout citer en ces petites quatorze pages, tant la densité du texte et son élan éveillent en nous la « neurochimie de l’acte d’imagination ». Ainsi, « ceux qui brûlent les livres, qui bannissent et tuent les poètes, savent exactement ce qu’ils font ». Ne pourrait-on dire, comme le fit Robert Darnton[3], qu’ils leurs rendent un paradoxal hommage ?

      Un si mince essai, écrit en 2000 pour la Foire du Livre de Turin, n’aurait certes pas démérité d’être publié à soi seul. L’éditeur a cru bon, et on ne lui en voudra pas un instant, au contraire, d’y ajouter en toute cohérence, deux textes brillants sur le « Peuple du Livre », donc du judaïsme, et sur « Les dissidents du livre ». Il s’agit en ce dernier essai de défendre les lecteurs curieux et affutés contre « l’oralité pénitentielle et prophétique » des premiers Chrétiens, contre « l’imprimatur et l'Index des livres interdits de la tradition catholique ».

      Il s’agit également de défendre, face à la vaste mémoire des ordinateurs, celle ainsi menacée de ceux qui lisent les livres en main, et dont la parole échange les défis du livre. Est-ce à dire que l’internetisation du livre est un indolore autodafé ? L’illusion de l’infinie disponibilité de la littérature sur le Net, où « ce qui est écrit et stocké […] n’a plus à être mémorisé », peut en effet être un terrible prétexte à l’abandon du livre et des bibliothèques[4]. Il ne faut surtout pas que « le grand art de la mémoire tombe en désuétude ». Devant la massification fasciste ou théocratique, ou encore de la démocratisation des loisirs de masse, y compris littéraires, voire devant l’insidieuse menace du politiquement correct, celui qui lit un grand livre est un dissident. Quoique quelques-uns, parmi ceux qui écrivirent de grands livres, Pound, Céline, Heidegger, Sartre, se soient commis avec des totalitarismes abjects, entre nazisme et communisme…

      Si George Steiner dénonce avec un peu trop de facilité les jeunes assoiffés de bruit musical et de compulsivité portable et rétifs aux livres, c’est avec plus de pertinence qu’il pointe ce préjugé selon lequel « la vie en acte […] a plus de poids que la somme entière du savoir livresque ». L’Emile de Rousseau est à cet égard désastreux, rejetant la lecture des grands livres de son éducation, comme le radicalisme du vieux Tolstoï répudiant jusqu’à ses propres romans. Comme lorsque les révolutionnaires de la tabula rasa et du renouveau reprochent aux livres de ne pas nourrir les affamés. Voilà bien des haines de la littérature qui n’ont que peu à envier à « ceux qui brûlent les livres ». Ces derniers ressortissent de ces « fondamentalistes de tous crins [qui] sont d’instinct des brûleurs de livres ».

 

      Hélène Merlin-Kajman, William Marx et George Steiner ont bien le même but, et le même idéal : défendre nos littératures contre les pouvoirs répressifs, qu’ils soient animés de haine ou des guenilles apparemment splendides de la vertu et de l’éthique. Pensons alors au roman d’Elias Canetti, publié en 1935, Auto-da-fé[5], sombre suicide d’un érudit, au travers de l’incendie de sa bibliothèque, qui capitule devant la médiocrité revancharde et autoritaire d’une femme, métaphore d’un nazisme en train d’éclore. Les loups bruns ont gagné une partie, avant d’être heureusement éradiqués, avant que d’autres meutes idéologiques, politiques et religieuses, se lancent à l’assaut. Aux meutes de loup de la réalité, aurons-nous la sagesse de savoir leur opposer les libertés et les beautés de ces loups de fiction : ceux de la littérature ?

 

Thierry Guinhut

La partie sur Lire dans la gueule du loup a été publiée dans Le matricule des anges, février 2016.

 

[1] William Marx : L’Adieu à la littérature, Minuit, 2005.

[5] Elias Canetti : Auto-da-fé, Gallimard, traduit de l’allemand par Paule Arheix, 1968.

 

 

28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:31

 

 

Globe terrestre sur Les Césars de l'Empereur Julien,

Denys Mariette, 1696. Photo : T. Guinhut. 

 

 

 

 

Une Histoire du monde

 

en trois tours de Babel.

 

Roberts et Westad, suivi de Fukuyama.

 

 

 

J.M. Roberts, O.A. Westad : Histoire du monde, I « Les Âges anciens »,

traduit de l’anglais par Jacques Bersani, 464 p, 22 € ;

II « Du Moyen-Âge aux temps modernes »,

traduit par Martine Devillers-Argouac’h, 512 p, 24 € ;

III « L’Âge des révolutions », traduit par Antoine Bourguilleau, 608 p, 24 € ; Perrin, 2016.

 

Francis Fukuyama : Le Début de l’histoire, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre Guglielmina, Saint-Simon, 2012, 472 p, 25 €.

 

 

 

    « L’Histoire, nous devons bien le reconnaître, continue d’encombrer notre présent et rien n’indique qu’il puisse, un jour, en être autrement (III, p 585) ». Ainsi concluent J.M. Roberts et O.A. Westad au sortir des 1200 pages de leur Histoire du monde. Pourtant, malgré le format passablement imposant de leur trilogie, rien ne permet d’affirmer qu’elle encombrera nos bibliothèques. Au contraire. Ces trois tours de Babel balisent un immense passé, donc les ciments du présents, les fondations de notre avenir, enrichissent avec une séduisante facilité notre compréhension des marches successives de nos civilisations. Soudainement, grâce à nos deux compères historiens, et même si quelques points nous amènent à des réserves, nous nous sentons à raison, plus intelligents…

 

     Des plus anciens outils trouvés en Ethiopie (il y a 2,5 millions d’années), en passant par la préhistoire, en 7000 avant J.C., à nos plus contemporains, dont ces « intellectuels chinois [qui] parlent aujourd’hui le langage du libéralisme ou du marxisme (III, p 584) », ces trois volumes ambitionnent à juste titre d’être une somme narrative, explicative et argumentative. Cultures et empires, religions et révolutions, techniques et structures politiques, migrations et conquêtes, nomadisme et urbanisation, tout concourt à emporter le lecteur dans le vaste fleuve de l’humanité.

    Mais loin de se contenter d’une vision européanocentrée, même si les étapes, parfois erratiques, du développement de l’Europe sont longuement narrées, nos deux auteurs nous font entrer dans des zones plus excentrées et néanmoins fondamentales : la sphère byzantine des Chrétiens d’Orient, l’expansion de l’Islam, l’Inde classique, la Chine impériale, le Japon… Or l’épopée émancipatrice des Lumières, des révolutions politiques et scientifiques, s’accompagnent, pour le meilleur et pour le pire de l’expansionnisme colonisateur, de l’hégémonie européenne et étatsunienne, bientôt contrée par les rivages asiatiques, voire le retour de l’infiltration musulmane…

 

      Ainsi le premier tome, orné d’une mosaïque du XIIIe siècle, venue de la basilique Saint-Marc de Venise, va des prémices de l’humanité à la chute de l’empire romain d’Occident, mais aussi de celui des Han chinois, autour de l’an 500. Le second, orné également d’une construction de la tour de Babel, mais une peinture de l’école flamande du XVIème, siècle, venue de la Pinacothèque nationale de Sienne, embrasse non pas dix siècles, jusqu’au XVIème (comme l’annonce la quatrième de couverture de manière erronée), du Moyen-Âge à la Renaissance, marqués par la naissance de l’Islam et les grandes découvertes maritimes occidentales, mais douze siècles jusqu’aux Lumières du XVIIIème. Le troisième tome enfin, semble orné d’une tour de Babel Art Déco (car aucune de ces couvertures n’est hélas légendée), pour traverser les révolutions politiques et industrielles qui marquèrent l’aurore du XIXème, dès 1789, jusqu’à notre contemporain. Comme si le Big-bang de l’Histoire élargissait le cône de son expansion en enclenchant sa mondialisation et en s’approchant de nous…

      Depuis la nuit de la pierre taillée et l’aube de l’écriture cunéiforme, le rôle de l’imprimerie et la diffusion de la lecture sont capitaux : en 1800, « le vieux continent recèle une proportion d’érudits plus forte que les autres cultures (II, p 472) ». Quoiqu’au XXème siècle, « la radio, le cinéma puis la télévision restaureront cette suprématie de l’oral et du visuel (II, p 473). C’est à l’occasion de telles phrases que l’on mesure la hauteur d’analyse de Roberts et Westad, eux-mêmes dépendants et successeurs de ces inventions du lettré et de l’Historien.

      On ne lit pas souvent les introductions. Dans le cas de l’Histoire du monde, on aurait diantrement tort. Grâce à la plume d’Odd Arne Westad, qui continua l’œuvre de son camarade après sa mort, l’on apprend comment telle problématique est l’assise et le fil conducteur conceptuel de ces trois volumes : « J’ai cherché d’emblée à repérer, là où c’était possible, les éléments qui, par l’influence générale qu’ils exercèrent, eurent l’impact le plus large et le plus profond, plutôt que de me contenter d’aborder dans l’ordre, une fois de plus, les thèmes que la tradition juge importants (I, p 15) ». Aussi l’ « Histoire » ne débute pas, au regard de nos deux compères, dès la traditionnelle distinction avec la préhistoire, c’est-à-dire à la naissance de l’écriture ; mais quelque part dans les généalogies de l’anthropologie, lorsque les grands singes se lèvent, lorsqu’ils utilisent des outils, lorsqu’ils parlent, tous événements plus qu’ardus à dater.

      De plus, en cette même « Introduction générale », on comprend que ne s’intéresser qu’aux successions des guerres reste insuffisant : « Roberts et moi sommes d’accord, par exemple, pour penser que les échanges et les alliances entre les cultures humaines ont beaucoup plus compté en général que les confrontations qui ont pu survenir entre elles, et nous sommes d’avis tous deux que ce schéma est appelé selon toute ressemblance à se répéter dans l’avenir (I, p 16) ». Il y bien là un sens de l’Histoire, évidemment pas aussi téléologique que celui d’Hegel, pas aussi iréniquement idéologique que celui de Francis Fukuyama.

      C’est également en cette introduction qu’il s’agit de noter les tensions entre « l’Occident et nombre de sociétés islamiques (I, p 17) ». Il faut se reporter au chapitre sur la naissance de l’Islam et y lire ses succès civilisationnels au Proche-Orient entre le VIIIème et le XIIème siècle. Il y manque alors une analyse de l’idéologie prophétique chevillée par le jihad, qui conquit les deux tiers du pourtour méditerranéen, puis jusqu’à l’Indonésie, par le fer et le sang, non sans pratiquer le génocide, et dont quatorze siècles de tyrannie (malgré d’indéniables baisses de tension) n’ont pas fini de nous accabler de coups de boutoir. Songeons que le nazisme de sinistre mémoire, dura douze ans, eut pour conséquence, non seulement les guerres et massacres que l’on sait, mais la mainmise de l’Union Soviétique sur l’Europe de l’Est pendant quarante-cinq ans. Songeons que cette même idéologie communiste saccagea la Russie pendant soixante-dix ans, qu’elle balaya la Chine et autres satellites, qu’elle pétrifie encore la Corée du Nord et Cuba, voire le Venezuela, en son petit frère socialiste, et que les traces pérennes du marxisme ont de longtemps des conséquences dramatiques pour les libertés économiques et politiques en de nombreuses parties du monde. Aussi la poudrière Marx, qui a un siècle et demi de conflagration, voire encore un avenir assuré, n’est, avec divers fascismes plus brefs dans le temps, qu’une billevesée au regard des quatorze siècles d’Islam, hélas appelés à vouloir pérenniser jusqu’en un avenir imprévisible sa théologie et ses mœurs traditionnels et obscurantistes, malgré de notables dissidences plus modernistes en son sein. En ce sens l’Histoire, au-delà de Roberts et Westad, doit penser ses sources de tyrannies et de chaos autant que ses échanges de libertés.

      On peut à cet égard noter, mais quel auteur, quel éditeur peut se targuer d’y échapper ? une belle coquille : « Mahomet nait vers 750 (II, p 31) ». Il s’agit en fait d’une inversion, puisqu’il est né vers 570. On l’aura deviné puisque quatre pages plus tard, on nous confirme que le départ de la Mecque, appelé l’Hégire, a lieu en 622.

      Peu ou prou, c’est ainsi que nos deux gargantuesques historiens s’attachent en fait à séparer, quoiqu’avec une circonspection bienvenue, le bien et le mal dans l’Histoire. Si « les échanges et les alliances entre les cultures humaines » déjà citées font plus pour l’humanité que les guerres, les cloisonnements des nations, des empires, et la calcification des religions, il s’agit d’exalter une certaine conception de l’homme créateur de mondes.

      Le concept de civilisation, qui guide les pas à la fois de l’humanité et de Roberts et Westad, dès le IVème millénaire avant Jésus Christ, est fréquemment récurrent : « interaction qui se produit entre des êtres humains, d’une manière très créative, lorsqu’une masse de potentiel culturel, si l’on peut dire, et un certain surplus de ressources se trouvent réunis. Le propre d’une civilisation, c’est de porter les capacités de développement qui se trouvent en l’homme à un niveau totalement inconnu jusqu’alors (I, p 76) ». Mais aussi comme pour répondre à la question d’une discrimination judicieuse entres ses divers avatars. Ainsi les Romains de l’époque de Justinien « appartiennent à une civilisation particulière, la meilleure que l’on puisse concevoir, aux yeux de certains d’entre eux du moins. En cela ils ne sont pas les seuls : on peut en dire autant des autres civilisations, des Chinois par exemple (II, p 13) ». De la Mésopotamie à l’Egypte, de la Grèce à Rome, une marche erratique vers les progrès techniques et culturels, en passant par l’invention de la politique, ignore cependant la Chine ancienne. « Le commerce, la flotte, la confiance en soi et la démocratie (I, p 265), qui caractérisent Athènes, deviennent le plus sûrement des invariants du développement, ce dont témoigneront plus tard l’Angleterre des Lumières et les Etats-Unis d’Amérique.

      Au-delà des grandes figures dirigeantes de l’Histoire, le récit n’oublie pas les petites gens, tels ce « citoyen romain de nom, mais prolétaire de fait (I, p 319). République, oligarchie, dictature, culte de l’Empereur, sont les moteurs et les broyeurs de ces petites gens, soldats et paysans de Rome, où « le gangstérisme, la corruption et le meurtre défiguraient la vie publique et discréditaient le Sénat (I, p 322). Ce à l’aube de César et de l’âge d’Auguste qui fondèrent la dignité de l’Empire jusqu’à sa chute. Une chute due autant aux barbares qu’à la suradministration et aux impôts[1], ce « fardeau détesté (I, p 341) ». Alors que les religions passèrent de la tolérance pour toute forme de croyance, en passant par le culte impérial obligé, jusqu’au monothéisme chrétien peu tolérant. Ainsi, le socialisme romain, confiscatoire et tyrannique, prodigue de distribution de pains et de jeux du cirque, puis cette évolution religieuse, restent des modèles de compréhension de notre temps.

      Petites gens également en Chine ancienne, lorsque « les millions de paysans chinois firent les frais de ce que la Chine fut à même de réaliser en termes de civilisation et d’organisation politique (I, p 201). Ce qui se vérifiera une fois de plus au XXème siècle, à l’instigation de Mao, top fameux tyran communiste. Mais aussi dans l’Inde classique, où un « Conseil royal chapeautait une société fondée sur un système de caste (I, p 417) ».

      Les civilisations fleurissent, fanent et meurent. Sous les coups des barbares, Huns ou Mongols. Sous les coups des Ottomans, lorsqu’en 1453, « Constantinople, la capitale chrétienne millénaire (II, p 111) », s’écroule, suivie par les Balkans, Trébizonde et l’Egypte, marquant « la fin de l’hellénisme (II, p 112) ». Lorsque la Méditerranée est un « lac arabe (II, p 120) », on assiste par ailleurs à la genèse de l’Europe. Plus loin, les empires du Ghana et du Mali sont des pays de l’or, avant de s’éroder dans les sables musulmans. Les Etats africains sont éphémères, les empires précolombiens, comme celui des Mayas, brillent puis s’effacent, sous les coups de mystérieux déclins bien moins que du fait des colonisateurs européens : « Si les conquistadors peuvent être considérés comme les destructeurs de cette civilisation, c’est uniquement dans le sens le plus formel : à leur arrivée, son effondrement est déjà une réalité (II, p 211) ».

      En Europe, dès le Moyen Âge, l’Histoire « se fonde dans les débuts de la mondialisation (II, p 218) ». Le clergé puis l’architecture religieuse, surtout gothique, « dessine le paysage européen […] jusqu’à l’arrivée du chemin de fer (II, p 223-224) ». Mais les épidémies de peste minent la démographie du XIVème siècle… Lors de la Renaissance, outre le développement du commerce et des banques, la redécouverte humaniste de l’Antiquité, la floraison artistique et scientifique et la pépinière des universités, « avec la déferlante des expéditions maritimes, va commencer la véritable Histoire du monde (II, p 265) ». Pendant ce temps, « le christianisme a secrété une essence utilisable contre lui, laquelle permet un regard critique indépendant, en rupture complète avec le monde de Thomas d’Aquin et d’Erasme (II, p 282) ». Ce à quoi l’on peut objecter que le libre arbitre est un pilier du thomisme et que l’encyclopédisme d’Erasme a quelque chose d’encyclopédique.

      Une fois de plus, mais à une puissance supérieure due à la mondialisation du XIXème et du XXème siècles, l’ère moderne voit l’Histoire devenir « un enchevêtrement graduel de luttes réciproques qui vont plonger le monde dans des guerres toujours plus complexes, un monumental iceberg dont la politique, l’impérialisme et l’expansionnisme militaire ne sont que la partie émergée (II, p 284) ». De plus, « En 1900, le contexte dans lequel les agriculteurs européens travaillent est, qu’ils le réalisent ou pas, mondialisé ; le prix de guano chilien ou de l’agneau néo-zélandais fixe déjà les prix des produits sur leurs marchés locaux (III, p 25) ». De quoi dessiller le lecteur naïf et permettre de visualiser l’imbroglio de l’histoire guerrière, économique et civilisationnelle. Et bientôt industrielle : « Ironie de l’Histoire, cette révolution industrielle met un terme à la primauté d’une agriculture à laquelle elle doit son émergence (III, p 26) ». L’évolution des mentalités suit évidemment, idéalisant alors la campagne, au contraire d’une « vision esthétique et morale négative de la vie citadine (III, p 31) ».

      La masse d’informations est ici proprement stupéfiante, de l’anecdote remarquable de l’achat de territoires mexicains par les Etats-Unis, à la capacité de faire des deux guerres mondiales des récits entraînants, quoique tragiques et cependant édifiants. On trouve en la lecture de ce fleuve aux cent bras des perles étonnantes, comme lorsque les colonisateurs des Amériques, outre l’argent, l’or et le sucre, rapportent « la culture du tabac, une drogue que certains considèrent, avec la syphilis, […] comme la vengeance du Nouveau Monde après sa violation par la Vieille Europe (II, p 433) ». Toujours pourtant, le fil de la liberté innerve l’humanité, comme lorsque « les hindous anglicisés s’en sortent mieux que la plupart des musulmans », alors que la transformation graduelle de l’Inde est moins due au travail du gouvernement qu’à la liberté grandissante qui lui est accordée (III, p 153) ». On devine, à travers la « Révolution dans les sciences et les perceptions (III, p 363) », un enthousiasme de nos auteurs envers cette Histoire dont les développements ne peuvent que continuer à nous étonner, entre Spoutnik et Projet Génome Humain. De même, malgré « la stagnation du monde arabe (III, p 569) » et le dénuement endémique de certains pays, tels Haïti, la sortie récente de la pauvreté de la plupart des populations mondiales, grâce à la généralisation du capitalisme, permettent à Roberts et Westad de conclure : « Mais s’il est une leçon à tirer de l’Histoire, c’est que la possibilité de changement est toujours présente, même aux moments ou dans les lieux les plus sombres (III, p 570) ». Souhaitons que la crise éruptive et tentaculaire de l’Islam puisse, par un apaisement libéral consenti, leur donner brillamment raison.

      Tout juste pourrait-on tenter de mettre un brin de frein à leur confiance en la domination étatique : « L’idée qu’il serait possible d’obtenir des avancées majeures en contournant une institution aussi dominante que l’Etat parait aussi irréaliste que pouvaient être l’anarchie ou les mouvements utopistes du XIXème siècle (III, p 407) ». Une avance libérale telle que l’internet est bien là pour tempérer ce propos.

      Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus touffu, un peu plus ardu que cette trilogie de l’Histoire du monde, il en sera un fort pertinent complément, en dressant un tableau fouillé des systèmes politiques en gestation, en consolidation et en déshérence. Encore moins européanocentré que Roberts et Westad, il montre comment s’est effectué le passage De l’état de nature à l’Etat de droit. Ce sont d’abord des sociétés tribales, où règne « la tyrannie des cousins (p 67) », avant de devenir les proies du Léviathan. L’Etat centralisé nait en Chine, avec les Han, se construit en Inde, en Grèce et à Rome, s’esquisse en Islam avant de se fortifier avec les Ottomans, se structure et s’acoquine avec les religions, jongle avec le despotisme et l’absolutisme, avant de se trouver une nouvelle voie avec le parlementarisme anglais, américain, puis européen, non sans sombrer dans les pétrifications du socialisme et du communisme…

 Cependant, en digne historien et philosophe libéral, et comme pour contrer le propos de Roberts et Westad, il n’hésite pas à conspuer « L’Etat comme crime organisé (p 212) ». On se souvient en effet que Francis Fukuyama publia en 1992 son essai marquant, La Fin de l’Histoire et le dernier homme[2], dans lequel il postulait la démocratie libérale comme horizon de l’humanité et non l’Etat absolutiste. Il s’agit ici de remonter aux origines confuses où les peuples s’érigèrent en nations, en structures étatiques, avant de concevoir, malgré leurs divergences culturelles, que le respect de l’individualisme valait mieux que les idéaux de puissance et de tyrannie aux conséquences chaotiques et sanglantes.

 

      Un étrange phénomène s’empare du lecteur de l’Histoire du monde : que l’on s’attelle au début ou que l’on ouvre au hasard, l’accoutumance, la dépendance, et même l’addiction la plus délicieuse, nous font craindre toute occasion de malencontreusement interrompre notre navigation parmi ces pages, et nous attirent à la reprendre, quelque-soit le chapitre, quelque-soit la page, lorsque le sens du détail n’invalide pas un instant la largeur de vue. Le rythme de l’épopée, jamais grandiloquent, toujours aisé, ne se départit jamais de la clarté et du soin de l’analyse. Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus touffu, un peu plus ardu, il en sera un fort pertinent complément, en dressant un tableau fouillé des motivations humaines au service des systèmes politiques en gestation, en consolidation. Cependant, à chaque seconde, l’Histoire avance, bifurque, s’efface et s’échafaude. Comme nous ne croyons plus guère aux oracles[3], encore moins aux destinations marxistes, nous laisserons une apéritive incertitude s’élever parmi les développements scientifiques, parmi les nébuleuses de l’imaginaire, pour effleurer le futur de l’Histoire, non sans être nourris de ceux qui ont pensé, après Edward Gibbon et Jules Michelet, en leurs pages vivifiantes, l’humus grandiose, mélancolique, exaltant et éclairant, du passé…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, traduit de l’anglais par Denis-Armand Canal, Flammarion, 1992.

[3] Voir : Colonomos : La Politique des oracles ou la responsabilité du futur

 

Mosaïque romaine, Museo Nationale Romano,

Palazzo Massimo alla Terme. Photo : T. Guinhut.

 

Published by Thierry Guinhut - dans Histoire
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IMG 0604

 

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Ré paradis

 

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Serions-nous plus libres sans l'état ?

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Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Arendt : De la banalité du mal

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

Ben Marcus Lalphabet-des-flammes-de-Ben-marcus

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

Rome Giovanni Paolo Pannini Prophetie de la Sybille dans le

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Les Contrevies de la Bête qui meurt

Roth-La-bête-qui-meurt

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l’argument spécieux des inégalités

Rousseau Inégalité Frontispice

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shelley Mary

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosopher après la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

Sonnet peint

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

Thoreau désobéissance

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vesaas

Le Palais de glace

Vesaas isslottet

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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