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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 17:14

 

Edition Antonio Zatta, Venezia, 1784.

 

 

 

 

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

 

par Enrico Fenzi,

 

suivi du sonnet III du Canzoniere

 

 

Enrico Fenzi : Pétrarque,

traduit de l’italien par Gérard Marino, 254 p, 23,50 €.

 

 

 

      L’imaginaire occidental occulte trop souvent, au profit du sonnettiste amoureux de Laure, la figure de l’humaniste. Pétrarque en effet, poète raffiné en langue vulgaire, écrivit bien des traités et des lettres en langue latine, diffusant la connaissance des littératures antiques et une éthique à laquelle Erasme sera redevable. C’est à la tâche essentielle, qui consiste à ne plus séparer ces deux facettes, que s’attelle avec brio l’universitaire Enrico Fenzi en son essai modestement titré Pétrarque.

 

      Pourquoi Francesco Petrarca peut-il à bon droit, dès le XIVème siècle, être classé parmi les humanistes européens ? Né en 1304 et mort en 1374, il quitte en effet l’ascendance irréductible d’Aristote et de la philosophie scholastique révérés par le savoir médiéval, pour leur préférer l’idéalisme de Platon et le libre arbitre de Saint Thomas d’Aquin.

       « La double partie que joue Pétrarque entre l’engagement et l’étude », en fait bien un homme de son temps. L’intellectuel italien suit la Papauté à Avignon, tout en réclamant la primauté culturelle de Rome sur la France. Puis il fuit les querelles de  « la sentine de tous les forfaits et de toutes les infamies[1] », pour se consacrer aux lettres. Le « moi politique », y compris vigoureusement polémique, émaillé d’images crues, de propos grossiers, comme dans ses trois Invectives[2], coexiste avec le « moi lyrique », mais dans le cadre individuel prôné dans son De vita solitaria. Car le poète est fort sceptique envers la légitimité du pouvoir politique. Si le tyran doit préserver la sûreté de l’Etat, revient au sage de suggérer la paix.

      Parmi les œuvres les plus emblématiques et attachantes de Pétrarque, on choisira de De remediis, qui fait philosophiquement dialoguer les allégories que sont la Joie, l’Espoir, la Douleur et la Crainte devant la Raison, ce dans le cadre d’une éthique stoïcienne et chrétienne. Pourtant, le lien le plus aigu entre l’humaniste et le poète se trouve dans le Secretum (Mon secret[3]). Dans lequel Franciscus (François Pétrarque lui-même) dialogue avec Augustinus (Saint-Augustin), pour se voir reprocher son amour pur pour Laure, qui cacherait de coupables passions charnelles. Nonobstant il ne renoncera ni à son amour, ni au désir de gloire, en voulant briller avec ses grands poèmes latins : Africa et De viris, deux œuvres monumentales restées inachevées, respectivement l’épopée de Scipion et le tableau des grands généraux de l’Antiquité, là où s’unissent Histoire et morale.

      La recherche des manuscrits recélant les grands textes de l’Antiquité est une constante chez Pétrarque qui tient à entièrement réhabiliter cette dernière. Il ne voit pas de contradiction entre l’humanité païenne et celle chrétienne, toute deux attachées à la vertu ; tel qu’en témoigne Cicéron, garant de « l’identité fondamentale de l’âme humaine ». Ce pourquoi notre humaniste est à l’origine d’une société européenne de latinistes, en cela précurseur de ce qui deviendra la République des lettres[4]. Le descendant spirituel de Dante, l’ami de Boccace est aussi l’ancêtre de ces humanistes qui, un siècle plus tard, feront du développement de l’imprimerie le foyer de la culture antique[5].

 

                                                                                                                 

      Quant au Canzoniere, ou Chansonnier,[6] en dépit de ses figures d’oppositions intensément lyriques et pathétiques, il « exprime les contenus spirituels les plus hauts ». La rencontre inaugurale de Laure, en 1327, dans l’église Sainte-Claire d’Avignon, qui mourra de la peste noire, ou d’un tremblement de terre, en 1348, va le conduire à polir trois cent soixante-six pièces lyriques, dont trois cent dix-sept sonnets. Parmi lesquelles se distinguent deux parties, du vivant et après la mort de la dame aimée. Comme au sein des lettres abondantes de l’humaniste, les vers du poète concourent à former une « autobiographie idéale », écrite en italien florentin. Sa « langue d’art platonicienne » restera longtemps le canon suprême de ma langue italienne.

      Laure est-elle Laure de Sade ? La polysémie de son nom, entre l’aura (l’or) et le laurier d’Apollon, dieu de la poésie poursuivant l’inatteignable Daphné, laisse à penser qu’elle est allégorie, concrétion de toutes les femmes aimées autant que le modèle platonicien idéal de l’amour. Avec prudence, Enrico Fenzi ne s’engage pas en des querelles d’archiviste : il est plus un poéticien qu’un biographe.

      En son Chansonnier il ne faudrait pas réduire Pétrarque à la seule figure, certes complexe et nuancée par une intense pénétration psychologique, de l’amoureux : il y est « aussi l’ami, l’homme public, l’intellectuel, le moraliste, l’homme politique ». Les allusions à Rome, Avignon, l’Italie n’y sont pas rares. L’on sait que Machiavel[7] reprendra en conclusion du Prince[8] ces vers ainsi célèbres de la canzone XVI : « Vertu contre fureur / Prendra les armes et le combat sera court ».

      Ce n’est pas sans ambivalence qu’il aime et écrit pour Laure ; celle par qui Amour lui dit « de mes mains t’a enlevé un autre ouvrage » (sonnet 93) le prive de l’attention due à de plus glorieuses entreprises, comme cet Africa dont la langue latine contribuait à la beauté. Cependant, la postérité a préféré retenir non seulement la langue nouvelle du Chansonnier mais aussi cette « possibilité exceptionnelle de s’ennoblir lui-même à la lumière de la beauté et de la perfection de Laure ». Ainsi se dessinent trente et un ans d’amour, « un itinéraire allant de l’erreur juvénile d’un homme à sa vérité longuement murie ». De l’irrationnelle passion trop charnelle, et parfois érotique furieuse, en passant par la contemplation, jusqu’à la dimension spirituelle de la rédemption, l’éthique chrétienne innerve la conquête poétique. Comme dans le Secretum, la tension entre la raison divine et la raison amoureuse est incessante. La pérennité des désirs et des angoisses se heurte cependant à la borne du temps…

 

Laure et Pétrarque, Ecole vénitienne, vers 1510

 

      Du « Triomphe de l’amour », en passant par celui de la Mort, jusqu’à celui de l’Eternité, Les Triomphes, recueil probablement inachevé[9], du moins aux dépens d’un ultime polissage avant la mort du poète, est l’autre versant poétique en italien de Pétrarque. Inspirés par la cérémonie qui célébrait à Rome le retour d’un général vainqueur, ce sont six « triomphes », inaugurés par le char de l’Amour faisant défiler ses prisonniers. En toute évidence, Laure apparait parmi les amoureux célèbres de l’Histoire et parmi les poètes d’amour, avant de réapparaitre dans le « Triomphe de la Chasteté » dont elle est l’allégorie. Puis dans celui de la Mort, qui « arracha de sa main un cheveu d’or », quoiqu’un dialogue de chaste amour réconcilie Laura et Francesco dans l’au-delà du poème. Là encore, si Laure est le guide de la transcendance, Enrico Fenzi est un précieux guide parmi l’intertextualité, entre Ovide et Saint-Augustin, du poème aux six volets ascendants. Nul doute qu’aujourd’hui encore Pétrarque figure parmi un nouveau  « Triomphe de la Renommée » pour nous avoir offert une des plus belles fictions d’amour au monde, avec celle des Sonnets[10] de Shakespeare.

     La clarté de l’essai d’Enrico Fenzi ne le cède en rien à la richesse. Quand à la « biographie intellectuelle » succèdent « les idées directrices », puis l’analyse du Chansonnier, le lecteur se sent accompagné dans un calme chemin d’érudition, ouvert sur le monde politique, religieux, intellectuel et lyrique. Même si nous ne sommes par ailleurs pas certains de devoir accompagner l’essayiste dans le parcours politique qui le conduisit à participer aux bandes armées des Brigades rouges italiennes[11], mais c’est là une autre histoire, close depuis qu’en 1997 il est en règle avec la justice. Reste qu’un tel volume initiatique est à mettre aux côtés de l’abondante biographie de Pétrarque par Ugo Dotti[12]. C’est à ce prix que l’on entrera en amitié avec le poète qui dénonçait « Le vulgaire qui m’est hostile et odieux » (sonnet 234).

 

      Indubitablement, depuis le XIVème siècle italien, Pétrarque nous parle toujours. D’un versant humaniste précurseur de la civilisation de la Renaissance, et plus intimement depuis une confession plus tendre et plus humaine que les Confessions [13]de Saint-Augustin. Parmi tant de sonnets fondateurs du lyrisme amoureux, qui permirent la gloire de Pétrarque et de son Chansonnier, non sans la pérennité de ce parfait format en quatorze vers, ce troisième sonnet méritait, semble-t-il, d’être traduit par mes soins attentifs et cependant présomptueux, pour satisfaire, espérons-le, l’oreille du lecteur :

 

Ce fut le jour saint où, en deuil du Créateur,

Le soleil vint à décolorer ses ardeurs,

Quand, ne me gardant pas, je fus fait prisonnier,

De vos beaux yeux, Dame, je me vis enchaîné.

 

Qu’il fallût me défendre, en rien ne me semblait

Contre les coups d’Amour, et ainsi je marchais

Tranquille et sans soupçon : c’est pourquoi mes malheurs

Surent me prendre en universelle douleur.

 

Dieu Amour me trouva tout entier désarmé

Et sut s’ouvrir la voie par les yeux jusqu’au cœur

Où porte et passage les larmes ont trouvé.

 

Pourtant, me semblait-il, ce lui fut peu d’honneur

En l’état où j’étais de me percer de flèche,

Et à vous, bien aimée, de ne pas montrer l’arc.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Pétrarque : Sans titre, Lettre VIII, Jérôme Millon, 2003, p 93.

[2] Pétrarque : Invectives, Jérôme Millon, 2003.

[3] Pétrarque : Mon Secret, Rivages poche, 1991.

[6] Pétrarque : Canzoniere, Poésie Gallimard, 1983.

[8] Machiavel : le Prince, Club Français du Livre, 1962, p 106.

[9] Publié le plus souvent à la suite du Chansonnier.

[11] Enrico Fenzi : Armes et bagages. Journal des brigades rouges, Les Belles Lettres, 2008.

[12] Ugo Dotti : Pétrarque, Fayard,

[13] Saint-Augustin : Les Confessions, la Pléiade, Gallimard, 2013.

 

 

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 09:10

 

 

Zao Wou-Ki : Ezra Pound, Canto pisan LXXVI, éditions de L’Herne, 1965.

 

 

 

Zao Wou-Ki, le peintre passeur de poètes

 

Zao Wou-Ki et les poètes,

texte de Doninique de VillepinAlbin Michel, 264 p, 49 € 

 

 

« Une tache gagne

Les horizons du monde

Du corps aux ailes déployées

Jusqu’au rêve immobile

Loin du sel de la mer »

      Qui eut cru que ces vers soient de Dominique de Villepin, ancien premier ministre fort controversé ? S’il fut un homme politique aux talents de peu d’effets, il est un poète autant par ses strophes sensibles que par le regard qu’il porte sur l’œuvre du peintre Zao Wou-Ki. Ce dernier eût le bonheur et le privilège d’illustrer de nombreux poètes de son temps en de rares livres de bibliophilie, réservés aux happy few. Grâce à Dominique de Villepin, quelques pages aux élans magnifiques de ces rares recueils sont rassemblées en un fort bel ouvrage : Zao Wou-Ki et les poètes.

 

      Quelle relation doit s’établir entre les vers et l’image ? Faut-il d’ailleurs en imposer une ? « La poésie est comme la peinture », disait Horace en son fameux « Ut pictura poesis[1] », préjugeant d’une irréductible équivalence entre ces deux arts. Cette doctrine prévaudra jusqu’à l’époque classique, bien que Lessing, en son Laocoon[2] publié en 1766, fracture cette apparente évidence pour séparer deux medium aux moyens irréductibles. Il est alors évident qu’autant Zao Wou-Ki que les poètes qu’il choisit d’illustrer sachent combien il ne faut rien attendre d’une ressemblance entre les images du texte et celle de l’art plastique. Il s’agit bien pour les écrivains d’entrer dans une relation de confiance avec celui dont les formes et les couleurs vont interagir avec le mouvement poétique.

      La carrière graphique et picturale de Zao Wou-Ki, né à Pékin en 1920, puis établi en France à partir de 1948, commence par une recherche de sa propre identité. Ce sont des graphismes de pins et de cabanes, quelques animaux et poissons, voire des silhouettes montagneuses, dans un espace indéfini, à la lisière de Paul Klee et de la peintre traditionnelle de paysage chinoise, de la calligraphie extrême-orientale et peut-être du trait de pinceau que jette en toute méditation créatrice la peinture zen. C’est en 1949 qu’Henri Michaux, qu’il ne connait pas encore, lui fait la surprise d’écrire sa « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki», où les arbres sont « derniers compagnons / experts en l’art de reviviscence[3] ». Leur amitié devient alors indéfectible et contribue aux rencontres avec bien des écrivains. Tel André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, dont notre artiste illustre La Tentation de l’Occident. Et jusqu’à sa mort, en 2013, ce rapport intime avec les poètes ne se démentira pas.

      Bientôt la rupture avec la figuration est définitive. De puissantes vagues de noir balaient une lave de rouge et de jaune pour l’Elégie de Léopold Sédar Senghor en 1978. Pour le Canto pisan LXXVI de l’américain Ezra Pound, c’est un sommet d’éblouissement coloré qui enflamme en 1972 la page où le jaune, le jade et le rose violacé exultent. Mais aussi « un tourment sombre » qui est peut-être le reflet de la tragédie qui frappe Zao Wou-Ki, en l’espèce la souffrance et la mort de son épouse May.

      Aux toiles sans cesse soulevées par l’intensité lyrique répondent en 1980 les aquarelles pour illustrer les mots errants d’Effilage du sac de jute  de René Char. La liste des poètes ainsi magnifiée est éblouissante : Yves Bonnefoy, Roger Caillois, Philippe Jaccottet (dont le Beauregard est exalté par une danse de couleurs aux nuances jamais vues), François Cheng (où les noirs retrouvent les atmosphères de la calligraphie chinoise), encore René Char, Henri Michaux encore ! Sans compter de moins connus : Roger Laporte, Jocelyne François, Jean Laude, Kenneth White, et ne l'oublions pas Dominique de Villepin lui-même, qui, grâce à sa généreuse préface, exerce l'art de la gratitude… Et, seuls parmi les contemporains, de plus lointains : Shakespeare, Khalil Gibran et Rimbaud.

      Avec l’art de Zao Wou-Ki, nous sommes dans la mouvance de ce que l’on appelle l’abstraction lyrique, vaste espace qui va des Américains Jackson Pollock et Marc Rothko aux Français Hans Hartung et Georges Mathieu. Tout élément d’ordre figuratif a disparu. Tout juste peut-on y déceler, plus exactement y imaginer, des ciels immenses, des plages et des mers, des mouvements de nuées ; mais ce serait là déjà abuser de ce qui fait d’abord image plastique. Si sont totalement abstraits les référents au réel figurable, c’est de toute évidence la possibilité des émotions qui fait loi : sérénité, indécision, agitation, tempête et passion, « mouvements lyriques de l’âme[4] », pour reprendre les mots de Baudelaire à propos du poème en prose. Mais surtout illumination, de la couleur, de la vision et de l’esprit, au sens du koan zen, des mystiques et du « château intérieur[5] » de Sainte Thérèse d’Avila. Ce pourquoi Zao Wou-Ki accompagna les proses flamboyantes, les « Aubes », « Marine » et « Mystique » des Illuminations d’Arthur Rimbaud[6], pour une édition plus largement accessible, puisqu’elle fut tirée à 5000 exemplaires, quoique évidemment fort recherchée. Ces illuminations, icônes de lumière d’une mystique qui ne se préoccupe d’aucun dieu, sont de nouvelles enluminures pour le XXème siècle…

      La « sagesse joyeuse », mais aussi « le deuil et l’angoisse », sont, selon Dominique de Villepin, les jalons du peintre et illustrateur de la contemplation, de l’émotion et de l’éclat de la vie parmi le cosmos, en résonnance intime avec les vers et les proses des poètes élus. Ainsi vont les leçons de l’art de Zao Wou-Ki, lui qui « avait le don de l’amitié ». Mais aussi, comme le disait René Char, le don de l’« amitié admirative ».

 

      Que voilà une initiative éditoriale judicieuse : en un beau livre, conçu par la Fondation ZaoWou-Ki, mettre à la portée du public amateur, qui sache aimer, de rares plaquettes pour bibliophiles, en reproduisant pour chacune au moins une double page, qui donne à lire et à contempler poèmes et estampes, couvertures et dédicaces, documents et photographies, tout en les accompagnant de plus vastes tableaux du maître au sourire flamboyant. Quoique les pages gravées de ces trente-sept livres ne soient pas qu’une réduction des grands tableaux, mais tout un jardin secret confié à l’amitié de la poésie et des poètes. Reste à espérer que ce livre, « vestige d’un monde disparu », pour reprendre les mots de Dominique de Villepin, relance le désir des artistes et des éditeurs pour ces bijoux de bibliophilie que notre futur nous reprochera de ne pas avoir su créer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Horace : Art poétique, Janet et Cotelle, 1823, T II, p 442-443.

[2] Lessing : Laocoon, Hermann, 2002.

[3] Henri Michaux : « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki », À Distance, Mercure de France, 1997, p 51.

[4] Charles Baudelaire : Le Spleen de Paris. Petits poèmes en prose, Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, t 1, p 276.

[5] Sainte Thérèse d’Avila : Le Château intérieur, Le Cerf, 2003.

[6] Arthur Rimbaud : Illuminations, Club Français du Livre, 1966.

 

 

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 14:50

 

 

 

 

Gary Shteyngart : Super triste histoire d’amour,

 

ou l'anti-utopie d'un bon à rien

 

 

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour Mémoires d’un bon à rien,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques,

L’Olivier, 416 p, 24 € ; 400 p, 23,50 €.

 

 

 

      Dans une science-fiction semi-contemporaine, le règne du superficiel, du kitsch, de l’apparence et de l’argent tyrannique est sans partage. Aussi les love story risquent bien d'être source de désillusions nombreuses et raffinées, sinon sordides. Au croisement de la comédie romantique et de l’anti-utopie, Gary Shteyngart concocte une Super triste histoire d'amour en même temps qu'un super triste roman d’anticipation satirique. Ce qui n'est pas si mal pour celui qui prétendit écrire ses Mémoires d’un bon à rien.

 

        « Lenny Abramov, dernier lecteur sur terre »,  travaille pour une vaste entreprise « d’extension indéfinie de la vie », grâce à laquelle les richissimes clients exhibent de jeunes quatre-vingts ans. Il est un super commercial au pouvoir d’achat confortable, quoique sur le déclin. A la quarantaine, il voit son capital santé et séduction s’éroder, son cholestérol et ses hormones s’afficher dangereusement. Aussi l’on se demande quelles sont les chances de ce lover défraichi lorsqu’il tombe amoureux de la jeune asiatique Eunice Park, ex-enfant maltraitée.

       D’autant que l’on peut savoir tout ou presque grâce à « l’äppärät », sorte d’IPhone ultra sophistiqué nanti, entre autres, d’une « Emosonde » qui « détecte toute variation de la tension artérielle » et devient indispensable en termes de « baisabilité » : « ça lui indique à quel point tu veux te la faire. » Les nouvelles technologies, ludiques et invasives, trouvent ici leur parodie. Sinon leur inquiétante omniprésence, au point que plus grand-chose ne puisse rester privé. Sous le masque de la comédie sentimentale, érotique, animée par l’échange de longs messages sur « GlobAdos », pointe l’apologue politique. Quelle société nous réserve cet avenir si proche ? Nous sommes dans un New-York de puissants et de « Médiacrates » dont la prospérité est menacée par le Yuan chinois et les créances abyssales, dans une atmosphère de décadence où la lecture, l’amour et l’écriture d’un journal intime sont de la dernière ringardise, en une sorte d’écho à 1984 d’Orwell. Aussi, le souhait de nombreux Américains, encadrés par un état policier, voire sanglant au moyen de « l’Autorité de Rétablissement de l’Américanité », est-il d’émigrer vers le Canada.

       Le vocabulaire de cette anticipation s’enrichit d’abréviations, d’images, de néologismes, souvent avec une inventivité et une vulgarité sans complexe aux effets hilarants. On surfe sur « CulLuxe » et porte sans barguigner un jean « MoulesEnFoules ». On croise une « Médiapute », écoute « CriseInfo » et prend pour pseudonyme « Languedepute ». A moins qu’il s’agisse d’un appauvrissement qui est déjà le nôtre. Ainsi le langage post-ado de la petite Eunice, qui ne peux lire ni comprendre ni Tchekhov ni Kundera, et de ce monde qui pratique une forme clinquante de novlangue, est à l’opposé de celui, cultivé, profond, du narrateur personnage inactuel. Comme échappé des talents d’émotion et d’analyse du roman russe, il se heurte à une Amérique qui ne sait, ni ne veut plus lire. Lui sait, en son « Cher journal », parler de « sourire amphibien, ce rictus sans qualités ». L’aboutissement de ce décalage des générations et des mentalités laissera évidemment à désirer. On se doute que Lenny et Eunice, qui lui rappelle à l’envie combien il est un préhistorique croulant, ne vieilliront pas ensemble…

       L’écriture et la construction romanesque de Gary Shteyngart permettent de mettre en scène et de visualiser le gouffre qui s’ouvre entre la littérature digne de ce nom et le piètre et bruyant flot de paroles qui parcourt les médias de masse et la foule de l’humanité courante. De cet américain né en Russie, nous connaissions Absurdistan, traversée loufoque d’un Moyen Orient aux mafieux obèses. L’humour est cette fois doux-amer et la portée plus nettement convaincante. Son anti-héros (au nom si proche de l’Oblomov de Gontacharov, ce paresseux pathologique) qui ne joue guère le jeu de l’adaptation nécessaire, amoureux des livres et de l’amour, est un peu son alter égo. Malgré le peu de concision, la légèreté, peut-être inévitable en la demeure, du bavardage, la satire anti-utopique du jeunisme, de la frime et de l’incurie économique est à son comble. Dans un univers où la superficialité est érigée en dogme, l’écrivain ne peut qu’aiguiser avec succès les flèches de l’ironie.

 

      Nul doute que Gary Shteyngart (né en 1972) ait pensé aux mémoires de Vladimir Nabokov intitulées Autres rivages. Un « torrent nabokovien de souvenirs » l’entraîne en effet. Tous deux ont quitté, à presque un siècle de distance, la Russie soviétique pour les Etats-Unis, mais aux prestigieuses pages de son illustre devancier, celui qui s’appelait Igor Shteyngart a préféré en toute modestie ces Mémoires d’un bon à rien.

      Attendons-nous alors à un festival d’autodérision. À cet égard le lecteur n’est en rien déçu. Que faire de soi lorsque l’on nait prématuré et à moitié étouffé, que l’on souffre d’une enfance d’asthmatique, alors que son père aimant et déçu le traite de « morveux » ? Que faire de sa jeunesse lorsque les petites amies sont le plus souvent inatteignables, sinon se moquer allègrement de ses tares, en étudiant, au désespoir de la volonté parentale, l’écriture, en souhaitant être écrivain, pour faire pleurer en riant ses lecteurs préférés… Car, malgré son passage par « un enclos pour matheux multinationaux », il ne sait « rien faire », hors écrire, ou partir en quête d’une fille qui l’aime, osciller entre une sexualité pathétique ou grand-guignolesque.

      La satire de l’Union soviétique, corsetée dans sa petitesse idéologique, sa pénurie, côtoie une plus tendre satire, celle des mères juives, ainsi qu’un tableau burlesque de l’Amérique, en particulier universitaire. Reste que l’intérêt, plus profond et plus moral qu’il n’y paraît, de cette autobiographie est d’être également un vaste roman d’apprentissage, biaisé par une ironique distanciation, jusqu’à ce que son auteur éprouve les joies de la publication, avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes, autre « récit infidèle ».

 

     N'est-ce pas un grand talent pour un bon à rien que de savoir nous faire pleurer et rire avec ses piètres et super histoires, d'enfance et de formation, de petite sexualité et de grand amour...

 

 

Thierry Guinhut

Articles parus dans Le Matricule des Anges, mai 2012 et mai 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 09:35

 

 

 

 

 

 

Mario Vargas Llosa, le héros discret

 

de la culture :

 

La civilisation de la littérature contre

 

la civilisation du spectacle.

 

 

 

Mario Vargas Llosa : La civilisation du spectacle,

traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan, Gallimard, 240 p, 20 € ;

Le Héros discret ; Conversation a la Catedral,

traduits par Anne-Marie Casès et Albert Bensoussan,

Gallimard, 482 p, 23,90 €, 640 p, 26 €.

 

 

 

      Entre le miroir aux alouettes télévisées du divertissement et le roman balzacien, Mario Vargas Llosa a définitivement fait son choix. S’il adresse au premier un pamphlet bien senti, il offre au second un avatar bien contemporain. Du prix Nobel 2010, un essai rassemble, sous le titre La Civilisation du spectacle, une douzaine d’articles parus dans la presse hispanophone (El Pais essentiellement), alors qu’un roman est « un beau livre nous rapproche de l’abîme de l’expérience humaine et de ses mystères effervescents » : Le Héros discret.

 

      Notre essayiste spectaculaire ne fait pas mine d’ignorer ces prédécesseurs en la matière. Ne serait-ce que le titre presque homonyme de Guy Debord, qui, en 1971, dénonçait « l’hégémonie du spectacle », « la négation et la consommation dans la culture[1] » et le fétichisme des marchandises, sans penser que l’on restait libre de les choisir ou non. Mais à cet essai, daté de la pensée 68, forcément anticapitaliste et antilibéral, dogmatique et verbeux, finalement assez creux, Mario Vargas Llosa répond aujourd’hui par une argumentation plus élégante et plus nourrie. La vidéosphère et le divertissement ont selon ce dernier bousculé la culture au sens noble, littéraire, philosophique et scientifique du terme. Seule la vie culturelle, au sens des modes de vie et des comportements, ne cesse de se remplacer elle-même, par le biais de la mode, du buzz et du spectacle, de ses images bruyantes et superficielles.

      La permanence de la culture étant menacée par l’éphéméride permanente du spectacle, Mario Vargas Llosa plaide la cause de la première, de « ses valeurs esthétiques et éthiques ». Hélas les livres où l’on pense le monde voient s’amenuiser leur visibilité, au contraire de la consommation de masse de scènes sportives, rock and pop, de jeux vidéo, de films, de productions télévisuelles et de performances et autres billevesées de youtubeurs. Ce qui a paru devenir la démocratisation de la culture est de fait éclipsée par la montée en puissance d’une population de consommateurs événementiels, car ell a le nombre pour elle, et à laquelle les élites offrent le crédit de la démagogie, préférant ainsi la médiocrité du sensationnel à la profondeur de la réflexion, aux dépens du travail intellectuel : le coupable n’est autre que « la banalisation ludique de la culture dominante, où la valeur suprême est maintenant de se divertir et de divertir, par-dessus tout autre forme de connaissance et d’idéal ».

      Quand « une société libérale et démocratique avait l’obligation morale de mettre la culture à la portée de tous », on a au contraire vulgarisé la vie culturelle : alors que tout se vaut, « qui lit ces paladins solitaires essayant d’établir un ordre hiérarchique dans l’offre culturelle de nos jours » ? Leur autorité morale se voit balayée par la suspicion envers toute autorité instituée, forcément « fasciste », comme la langue selon Roland Barthes[2]. Ce contre quoi, sans oublier la déconstruction des humanités par Jacques Derrida[3], s’insurge notre essayiste péruvien. Et de la même manière, il conspue « ce mépris actuel de la loi » qui est celui « de la piraterie de livres, disques, vidéos »…

      Entre la faiblesse conventionnelle de la plupart des « best-sellers » de l’édition et les « illusionnistes » de l’art contemporain » qui, obsédés par la provocation, « dissimulent leur indigence et leur vide derrière la fumisterie et la prétendue insolence », le cœur de la société branchée balance. À l’encontre de l’esbroufe et la vulgarité de la sexualité exhibée, il fait l’éloge de l’érotisme qui « représente un moment élevé de la civilisation », comme lorsqu’il le mit en scène dans son beau roman aux récits emboités : Les Cahiers de Don Rigoberto.

      Reste à considérer et affirmer ce sur quoi repose la culture de nos sociétés, ce que Mario Vargas Llosa affirme à l’occasion du voile et de l’islamisation : « Toutes les cultures, croyances et coutumes doivent trouver leur place dans une société ouverte, à la condition expresse de ne pas entrer en collision frontale avec ces droits de l’homme et ces principes de tolérance et de liberté qui constituent l’essence de la démocratie ». Que voici un essai salutaire lorsque « la culture devrait remplir ce vide qu’occupait jadis la religion » ! Car mieux que « l’opium du peuple », la laïcité, le respect de la liberté féminine et le libéralisme économique doivent coexister avec une vie spirituelle « intense » ; quoique les religions, malgré leur tendance « potentiellement intolérante, monopolistique de vocation », doivent permettre leur vie spirituelle et leur morale à qui en a besoin…

      Pêle-mêle, il approuve la suppression des crucifix dans les écoles publiques par le tribunal de Karlsruhe, il plaide pour la « défense des sectes », mais « avec pour seule exigence qu’elles agissent dans le respect de la loi ». Il faudra trouver la cohérence de cette pensée dans la protection des libertés.

      En écho à la banalisation de la culture déjà constatée par Hannah Arendt[4], l’écrivain péruvien fustige la culture de notre temps, « sans valeurs esthétique », où les humanités « sont devenus des formes secondaires du divertissement ». La pente savonneuse est-elle inéluctable ? La « civilisation du spectacle » va-t-elle s’effondrer sous le poids de son « insignifiance », le livre papier, et son « érotisme du corps caressé », disparaîtront-ils au profit du numérique ? « Quelque chose de l’immatérialité du livre électronique passera dans le contenu », s’inquiète Mario Vargas Llosa. Au point qu’il adhère avec la thèse de Nicholas Carr, qui, dans Internet rend-il bête ?[5], révèle qu’à force d’exercer son expertise parmi les écrans de la communication et de picorer parmi le web il avait cessé d’être un bon lecteur, voire un lecteur tout court. Aussi prit-il la décision de se réfugier dans une cabane du Colorado, afin de lire, et d’écrire son essai alarmant… Non, y compris au  surfeur expérimenté, les livres ne sont pas superflus, pense Mario Vargas Llosa avec sagesse.

      Ainsi, au-delà de la mode d’une « littérature light », l’écrivain garde une responsabilité : aider à « comprendre le labyrinthe de la psychologie humaine », « promouvoir la culture démocratique » et contribuer, comme Karl Popper avec la Société ouverte et ses ennemis[6], à la « lutte contre le totalitarisme ». Notre auteur garde la « conviction que les grandes œuvres littéraires enrichissent la vie, améliorent les hommes et nourrissent la civilisation » ; ce pourquoi, il est un « héros discret » de cette dernière…

 

 

      Divertir et instruire restent les piliers de l’éthique du romancier dans son dernier ouvrage, Le Héros discret. Deux histoires parallèles s’enchaînent et se répondent, celles de Felicito Yanaqué et d’Ismael Carrera, le premier étant un modeste entrepreneur de transports de Piura, le second un prospère patron d’assurances de Lima. L’un est sommé de verser des fonds régulier pour être protégé par une mafia qui ne néglige pas la menace, le second est lui menacé par ses deux jumeaux de fils indignes, fripouilles délinquantes surnommées « les hyènes », qui font plus que rêver de sa mort afin de s’approprier la fortune paternelle. Car -quelle mouche l’a piqué ?- le vieillard  épouse sa servante, une « cholita », qui a quarante ans de moins. Ainsi deux Péruviens parmi bien d’autres, mais emblématiques, prennent en main leur propre destin.

      Les chapitres aux intrigues alternées, animés par le suspense et des rebondissements dignes du roman-feuilleton, se succèdent avec une rare efficacité. Il faut suivre la piste d’un petit dessin d’araignée en guise de signature. Puis celle des méchants fils qui trahissent, à moins que bien meilleurs ils  inquiètent ou épaulent leurs pères attentifs. Sans omettre les femmes, épouses et maîtresses aux destinées contrastées. Nous laisserons alors le lecteur découvrir comment les deux intrigues se rejoignent, pour assurer l’harmonieuse  cohérence romanesque.

      Tout un tableau de société se déploie sous nos yeux, grâce à des personnages taillés dans le vif : marchands, délinquants, la voyante Adelaida, qui a des « inspirations » salutaires pour Felicito, mais surtout acteurs économiques dans un Pérou en expansion… Celui qui résiste au chantage de la mafia, malgré ses bureaux incendiés, et publie dans le journal sa détermination, celui qui a fait de son entreprise d’assurances une florissante société au service du pays sont, au creux d’un réel éloge du travail, deux modestes héros. De quelle cause ? Mais de la justice, de la liberté d’entreprendre, du libéralisme économique. Ce en quoi le roman est cohérent avec la pensée politique de l’auteur, qui se présenta aux élections présidentielles de son pays en 1990 et qui failli être élu, et dont les perspectives et les arguments sont au cœur de son essai Les Enjeux de la liberté[7].

      Non sans ironie, le romancier prend ses distances avec son récit : « Mon Dieu, quelles histoires organisaient la vie quotidienne ; ce n’étaient pas des chefs-d’œuvre, elles étaient plus proches des feuilletons vénézuéliens, colombiens et mexicains que de Cervantès et Tolstoï, sans doute. Mais pas si loin d’Alexandre Dumas, Emile Zola, Dickens ou Pérez Galdos ». Si le ton et la succession des péripéties paraissent légers, non sans humour, c’est néanmoins, entre roman policier et roman de mœurs, dans une perspective réaliste balzacienne qu’écrit Mario Vargas Llosa. Ce dont témoigne la citation de Balzac en exergue du roman Conversation à la Catedral, ce splendide roman de société originellement publié en 1969, qui vient de ressusciter en une nouvelle traduction : « Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un vrai romancier, vu que le roman est l’histoire privée des nations ».  Et, comme Balzac, qui, à l’occasion de son Père Goriot, inventa le principe des personnages récurrents parmi ce qui devenait La Comédie humaine, Mario Vargas Llosa, voit réapparaitre, parmi les pages de son Héros discret, des personnages venus de ses précédents romans : le sergent Lituma, revenu de Lituma dans les Andes, mais aussi Don Rigoberto, dona Lucrecia et Fonchito, qui ont fait le déplacement depuis Les Cahiers de Don Rigoberto, et nous font de nouveau le bonheur de nous offrir leurs émois érotiques. Tout en y insérant l’histoire de « Fonfon », victime d’un étrange séducteur qui est peut-être le diable, ou d’une hallucination. Quant au bureau de Don Rigoberto, nourri de livres et d’œuvres d’art, il est son « espace de civilisation ». Peut-il croire « qu’il le défendrait contre l’inculture, la frivolité, la bêtise et le vide » ?

 

      Un essai polémique et nourrissant, un roman plein de vie, d’intrigues et de substantifique moelle humaniste et libérale… Pourquoi bouder notre plaisir ? Si à la « civilisation du spectacle », nous préférons celle de la vision du monde et de la pensée, Mario Vargas Llosa, une fois de plus, est notre homme. Depuis un demi-siècle, de La Guerre de la fin du monde en passant par l’étonnant portrait de dictateur que fut La Fête au bouc, l’écrivain péruvien parcourt l’universel[8]. Quoique fêté pour son prix Nobel de littérature, on est loin de toujours rendre justice à ce héros discret de la littérature, car son éthique libérale, tant politique qu’économique, ne lui vaut hélas pas que des amitiés. Sinon la nôtre !

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Guy Debord : La Société du spectacle, Champ Libre, 1971, p 141.

[2] Roland Barthes : Leçon, Œuvres complètes, t 3, Seuil, 1995, p 803.

[5] Nicholas Carr : Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté, Robert Laffont, 2011.

[6] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

[7] Mario Vargas Llosa : Les Enjeux de la liberté, Gallimard, 1997.

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 09:15

 

 

Alexandre Cabanel : L’ange déchu, 1847,

Musée Fabre, Montpellier.

 

 

 

Peter Nadas, les Histoires parallèles

 

de la mémoire,

 

ou la mélancolie des sirènes

 

 

 

Peter Nadas : Mélancolie, Chant de sirènes,

traduits du hongrois par Marc Martin, Le Bruit du temps, 2015, 80 p, 15 €, 120 p, 18 €.

Peter Nadas : Histoires parallèles, traduit par Marc Martin, Plon, 2012, 1152 p, 39 €.

 

 

 

      Les « histoires parallèles » de Peter Nadas font chanter les sirènes de la mémoire et de la mélancolie. Un roman interminable, parmi une trilogie, fait se heurter des personnages pléthoriques, une pièce de théâtre aux vers homériques jette les sirènes d'Ulysse dans une mer pourrie. Seule une patience angélique paraît idoine pour glisser l’entendement du lecteur en ces chaos lentement structurés. À moins que de plus modestes portes s’ouvrent afin de tenter de l’apprivoiser. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut lire cette Mélancolie, médusée devant un tableau de Caspar David Friedrich…

 

      Les Anciens appelaient ekphrasis la description d’une œuvre d’art. L’archétype en est celle du bouclier d’Achille dans l’Iliade[1]. Partagé en deux, ciel chargé de nuées d’une part et roches maritimes de l’autre, le tableau de Caspar David Friedrich, intitulé « Rivage au clair de lune », s’ouvre sur deux infinis. Mélancolie de Peter Nadas semble au premier abord ne vouloir être qu’un exercice de regard. Pourtant sa modestie première, peu à peu, s’enfle en une cosmique dimension, à mi-chemin du poème en prose et de l’essai philosophique.

      Dans l’amas sombre des nuages, l'auteur hongrois voit un visage, une « horrible Gorgone », voire l’autoportrait au fusain « où Caspar David Friedrich campa son regard dément ». Mais aussi le « Protée » homérique, ce « Vieux de la mer[2] », dont l’Odyssée conte la sortie des eaux, friand de métamorphoses et de violences. Ainsi le mince feu de naufragés, ou de pêcheurs, sur un rocher à marée basse, stimule la réflexion métaphysique, entre être et non être. Car « nous sommes des chercheurs d’abri », sur « une route des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres ». Parmi l’espace ordonné et le chaos qui nous entourent, « le point fondamental de la mélancolie est ce retour effectué sur ordre protéen ». Entre expérience et oubli, entre souvenir et imaginaire, le mythe et la culture offrent leur « troisième dimension à l’espace des dimensions de l’existence et de la non existence ». Le rapport qui unit et sépare la peinture et l’écriture dépasse bien évidemment le simple « Ut pictura poesis[3] » d’Horace (« la poésie est comme la peinture »). Lessing est passé par là, constatant en 1763 dans son Laoccon[4], l’irréductibilité des deux arts…

      Mais au-delà du tableau, auquel il trouve plus d’un centre, une autre mélancolie pointe, celle de l’impuissance de l’observateur et du langage : « tout ce qu’on sent, c’est la manière dont on pourrait parler si les mots ne nous manquaient ou ne nous abusaient : tel est le propre de la mélancolie. » Cette dernière, de surcroit, est une « activité », qui « tend à établir des correspondances entre les images de ses sentiments et les concepts de son savoir ». Le lecteur ne sera pas surpris de découvrir que Peter Nadas s’appuie sur le livre fameux de son compatriote Foldenyi, intitulé également Mélancolie[5], quoique abritant un plus vaste et bouillonnant traité.

 

 

      Notre lecteur d’Homère n’en a pas fini avec la mélancolie de Protée et des « dieux des mers », au point qu’il consacre à l’Odyssée une réécriture satirique : Chant de sirènes. Il s’agit là d’une bien étonnante pièce de théâtre, du moins du cinquième et avant-dernier épisode d’un spectacle commandé par le Théâtre de la Rhur, qui, en 2010, avait invité six auteurs de nationalités différentes à œuvrer sur le thème suivant : « Ulysse, de retour à Ithaque, ne reconnaît plus son île natale ». Ce qui aurait pu sembler un pensum académique devient sous la plume de Peter Nadas un drame satirique virulent, un dantesque enfer contemporain.

      Perséphone et Hadès mènent le bal, entre Mères et Fils, entre « mouches à viande grosses comme des chihuahuas », soldats et « blessés à l 'agonie », alors que des trios humains errent sans pouvoir ni communiquer ni exprimer des sentiments, aussitôt moqués par le chœur des Néréides. Sur la mer « polluée par de déchets industriels, / l'aurore aux doigt de rose / point encore » sur les camps de réfugiés, tandis que l'apocalypse de l'Histoire du XXème siècle ravage l'humanité. La pièce culmine avec la victoire immonde des « petits vieux révolutionnaires », Bakounine, « le père à longue barbe des attentats », Robespierre, au moi « enkysté ». « Terroriste », on se voue « à la liberté, fût-ce aux dépens de la liberté ». Ainsi les vieux systèmes totalitaires dévorent l’humanité. Ainsi les fils tuent leur vieux père Ulysse, sans qu'il ait « trouvé le chemin d'Ithaque ». Les dieux homérique approuvent le dénouement de la tragédie : « Tout le monde a faim et le monde est vide, / Dévasté à toutes les sauces. »

      D'une manière plus qu'ironique, l'écho de l'Enfer de Dante a contaminé l'épopée homérique en intégrant les pires génocides de notre temps enfantés par les utopies. L'impressionnante réécriture oscille entre pastiche et parodie. La poésie chante et raille, quand seules les sirènes de la déréliction engluent spectateur et lecteur.

 

 

      De même, l’Europe déploie et enchevêtre dans les romans de Peter Nadas « les scènes primitives de son passé ». Les mille cent trente pages d'Histoires parallèles sont une pâte feuilletée de personnages, qui évoluent entre la Première Guerre mondiale et les destinées contrariées de l'amour et du sexe. Peter Nadas avoue volontiers avoir eu besoin de dix-huit ans pour patiemment tisser ce roman. Roman-somme entre tous, il agrège le policier et l'épique, le panorama historique, la saga familiale, l'amour charnel et éthéré, l'intime et l'exhibitionnisme. Au point qu'un épisode masturbatoire soit narré avec une gourmandise précieuse, qu'une copulation soit étirée sur quatre jours et cent quarante pages, avec une précision anatomique à la limite de la technicité et de l'extase.

      Une bonne centaine de personnages se croise et se disperse, depuis l'incipit dans le Berlin des années 90 (où  l'on découvre avec Döhring, à l'occasion de la chute du Mur, un mort affalé sur un banc) et la Budapest des années 60. Entretemps et autres motifs en mosaïques, on aura visité un camp de concentration nazi, une enclave homosexuelle sur « l’île Marguerite » au milieu d'un fleuve, des mères névrosées et des familles qui étranglent l'individualité et la liberté, mais aussi l'insurrection hongroise de 1956 qui se souleva contre l'oppression communiste. Ainsi la narration fonctionne comme une débâcle d'îlots en archipels, qui ne permettent que des histoires « parallèles » et inachevées, des confrontations irrésolues : que deviennent par exemple Gyöngyvér et l'homme qui est au lit avec elle, et qui « constatait qu'assassiner le stimulait davantage que faire l'amour », alors qu'ils prennent plaisir à l'ondinisme ? Comment se résoudra le jeu de dupes entre trois anciens camarades de pensionnat qui se sont fait tous les trois espions ?

      Du « Territoire muet » au « Souffle de la liberté », en passant par « le fin fond de la nuit », il n’est pas du tout certain qu’un « Jugement dernier » puisse racheter les meurtres parmi les camps. Là où « le fichier à des fins d’hygiène publique », permet d’asseoir « le système d’épuration raciale », au point que Von der Schuer se prenne à rêver : « ce sont les fichiers de Dieu qu’il nous faudrait ». Hélas pour ceux qui voudraient appeler « L’ange de la vengeance », « sans criminels, leur lutte contre les criminels n’aboutirait pas ». La quête mémorielle de Peter Nadas est un labyrinthe aux sombres lueurs criminelles, sexuelles et difficilement métaphysiques…

      Une langue sensuelle et minutieuse, un système d'échos complexe, parmi lequel le leitmotiv de la solitude semble central, qu'il s'agisse de celle des amants ou de celle de ces enfants livrés aux expérimentations de biologie raciale nazie, ou encore de Döhring obsédé par le passé trouble de sa famille au cours de l'holocauste, par le « Liebestod » des images insupportables des massacres... Sommes-nous devant un chef-d'œuvre qui nous échappe encore ? Initialement paru en 2005 en Hongrie, ce roman monstre fit alors scandale, autant par sa forme que par l'émulsion d'une sexualité sans fard et du volcanisme mémoriel réveillé. Comme ce que nous nommons chaos faute d'en maîtriser la structure et la logique, probablement ces Histoires parallèles sont-elles le sommet du triptyque composé avec l'également torrentiel Livre des mémoires[6]et le plus modeste et autobiographique récit La Fin d'un roman de famille[7].

 

      Etrange et opiniâtre Peter Nadas... Né en 1942 à Budapest, il vit son œuvre couronnée par le Prix de littérature européenne dès 1995. Comment un aussi petit pays que la Hongrie a-t-elle pu engendrer tant d’écrivains fabuleux depuis un siècle ? Dezsö Kosztolanyi[8], Ferenc et Frigyes Karinthy[9], Imre Kertész[10], Laszlo Krasznahorkai[11]… La puissance de la mélancolie créatrice n’est certainement pas pour rien dans la trajectoire complexe autant que séminale de Peter Nadas. Lui aussi est une sirène fascinante dont le chant romanesque et poétique n’a pas fini de nous hanter…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

                


[1] Homère : Iliade, XVIII, 478-617, Garnier, 1960, p 345-348.

[2] Homère : Odyssée, IV, 386, Garnier, 1960, p 53.

[3] Horace : Art poétique, vers 361, Œuvres, Janet et Cotelle, 1823, p 442.

[4] Lessing : Laocoon, Hermann, 1990.

[6] Peter Nadas : Le Livre des mémoires, Plon, 1998.

[7] Peter Nadas : La Fin d’un roman de famille, Le Bruit du temps, 2014.

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 07:20

 

 

 

 

Quand les Souris gloussent

et les chauve-souris chantent,

les animaux ont-ils des droits ?

 

 

Karen Shanor & Jagmeet Kanwall : Les Souris gloussent et les chauve-souris chantent,

traduit de l’anglais par Bertrand Fillaudeau, Biophilia, José Corti, 328 p, 21 €.

 

Gary Francione : Introduction aux droits des animaux,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Gall,

L’Âge d’Homme, 392 p, 19 €.

 

 

 

      Après ces deux essais nous ne regarderons plus des mêmes yeux, ni n’entendrons des mêmes oreilles, les animaux. Car ils sont des êtres sensibles et doués d’intelligence ; la preuve : Les Souris gloussent et les chauve-souris chantent. Au point qu’il faille se demander avec Gary Francione si les animaux doivent avoir des droits. Ce à quoi il répond, par une affirmation, quoiqu'argumentée, sans détours.

 

      Si « les souris gloussent et les chauve-souris chantent », ce ne sont là que deux modestes exemples parmi tant d’autres, stupéfiants. Le lecteur du duo formé par Karen Shanor & Jagmeet Kanwall pourra s’engager dans une lecture studieuse de cet essai nombreux, ou picorer parmi une bonne centaine de micro-parties, agréablement écrit, à mi-chemin de l’anecdote et de la meilleure vulgarisation scientifique. À moins de se confier à l’index qui va de l’araignée poilue au zèbre, en passant par le corbeau calédonien, « capable d’utiliser trois outils successivement pour se procurer de la nourriture ». Néanmoins, une réelle progression s’impose : « Percevoir », ensuite « Survivre », enfin « Les fréquentations ». Comme parmi l’humanité, entre présence au monde et interaction avec ses congénères et les autres espèces.

      Pêle-mêle, on apprend que « les babouins qui supportent mieux le stress sont ceux qui ont établi des relations sociales stables », que bien des animaux, dont les rêves sont avérés, ont, avantage considérable sur l’homme, « la faculté d’utiliser les champs électriques et magnétiques », qu’il existe un « téléphone pour taupes ». Qui croirait que les mésanges à tête noire ont des cris désignant « une quinzaine de types de prédateurs différents » ? Singes et gorilles dansent et rient, « possèdent leur personnalité propre », savent se mettre « en grève » dans un laboratoire, quand les bonobos pacifiques adoptent des comportements ludiques et sexuels pour lutter contre le stress. « Ainsi des grenouilles qui hibernent en gelant jusqu’aux états de rêve, nivaux d’hibernations, sommeil et songes ne sont que quelques-uns des secrets du monde animal que les humains commencent à démontrer ». Même les mouches ont des émotions… Outre les sonars biologiques des chauve-souris qui intriguent les scientifiques, la préperception animale des tremblements de terre intéresse les sismologues. Mieux encore, Washoe, une chimpanzée, employait « de manière fiable plus de 250 signes ». Koko, une gorille, comprend « plus de 1000 signes dans la langue des signes et plus de 2000 mots d’anglais parlé ». Certains animaux non-humains ont sans nul doute un « sens du moi authentique ».

      Jusqu’aux poissons, ils sont sensibles à Mozart ; un perroquet ne se calmait qu’avec les concertos pour violoncelle d’Haydn. Peut-on dire que le règne animal a parfois meilleur goût que l’humanité ?

 

 

      Quand les animaux ont tant de sensibilité, voire de pensée, ne faut-il pas, avec Gary Francione, se demander s’il est moralement justifiable de les traiter comme des marchandises corvéables et sacrifiables à merci ? En 1789 déjà, le philosophe anglais Jeremy Bentham arguait : « Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'est nullement une raison pour laquelle un être humain devrait être abandonné sans recours au caprice d'un tourmenteur. Il est possible qu’on reconnaisse un jour que le nombre de jambes, la pilosité de la peau, ou la terminaison de l’os sacrum, sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner un être sensible au même destin. Quel autre [critère] devrait tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adulte est, au-delà de toute comparaison, un animal plus raisonnable, mais aussi plus susceptible de relations sociales, qu’un nourrisson d’un jour ou d’une semaine, ou même d'un mois. Mais supposons que la situation ait été différente, qu’en résulterait-il ? La question n'est pas “peuvent-ils raisonner ?”, ni “peuvent-ils parler ?”, mais “peuvent-ils souffrir ?.[1] » S’appuyant alors sur la théorie de la « sentience » venue de Jeremy Bentham, le philosophe américain d’aujourd’hui milite pour un nouvel abolitionnisme : celui de la souffrance animale.

      Car l’humanité tue l’animalité en série. Rien qu’aux Etats-Unis, l’on sacrifie « plus de 8 milliards d’animaux par an pour l’alimentation ». Ce qui amène Gary Francione à dénoncer notre « schizophrénie morale », entre notre amitié pour chiens et chats, chevaux, dauphins et baleines, et notre carnage à l’encontre des porcs, des poules et des bovins. De même, nous négligeons allègrement la souffrance infligée par ces loisirs que sont la pêche et la chasse. Ils sont nos jouets dans les cirques, les rodéos, les arènes, ils sont au mieux étourdis électriquement dans nos abattoirs modernes, au pire égorgés en mode brutal et halal, ils sont nos manteaux, nos chaussures, nos essais de laboratoire… Sensiblerie ? Réalisme ? « Les animaux ont un intérêt moralement significatif à ne pas souffrir », reconnait Francione ; il nous reste alors à devoir « justifier le caractère nécessaire de toute souffrance qui leur serait infligée ». Reconnaissons également que l’argument qui consiste à dire qu’il faut d’abord éradiquer guerres et souffrances humaines ne tient guère.

      Les douleurs animales ont, dit-on, un sens si elles contribuent à alléger et effacer celles des hommes. Pourtant « il existe de considérables éléments empiriques remettant en question l’idée d’une nécessité de l’expérimentation animale pour la santé humaine et qui indiquent que, dans de nombreux cas, l’utilisation des animaux s’est révélé contre-productive ». Exemples à l’appui, notre essayiste montre que l’usage de cellules humaines est bien plus fiable.

      Faut-il alors accorder aux primates et dauphins par exemple, sensément plus proches de l’intellect humain, des droits que vaches, rats de laboratoires et coléoptères n’auraient pas ? Ces derniers peuvent-ils encore être des « biens » détenus par l’homme ou des quantités destructibles pour cause d’absence de lecture anthropocentriste de leur personnalité ?

      L’ouvrage de Gary Francione (paru en 1995), fort documenté, fort clair, est un réquisitoire qui fait froid dans le dos. Ce professeur de droit à l’Université Rutgers, aux Etats-Unis, né en 1954, se présente comme un abolitionniste de l’exploitation animale. Véganiste, il refuse l’utilisation de tout produit venu de ces derniers. Quel droit naturel peut justifier la propriété des animaux aux mains de l’homme ? se demande-t-il. Quelle dignité morale peut protéger celui qui se livre à des actes de cruauté gratuite, de maltraitance injustifiée ? Si le chat joue avec sa petite proie en lui infligeant une affreuse agonie, il le fait en cohérence avec sa nature féline, son instinct. Où réside la cohérence de l’agonie infligée avec la nature intellectuelle, raisonnable et sensible du meilleur de l’homme ? « Il est dès lors immoral de manger de la viande », conclut notre philosophe.

      S’il faut à l’homme, à moins de devenir végétarien, assumer sa condition omnivore, voire carnassière, dans la perspective anthropologique du chasseur-cueilleur, à l’égal de nombreux autres animaux dont la nature impose qu’ils se nourrissent de leurs presque congénères, il n’est pas douteux qu’il doive moralement assurer un minimum d’humanité à cet autre qu’est l’animal lorsqu’il doit -s’il le doit- rejoindre nos assiettes et nos estomac. Ne devrions-nous pas, ne serait que pour des raisons diététiques, manger un peu moins de viande, et nous abstenir de consommer des jeunes animaux (veaux, agneaux et porcelets) de façon à les laisser jouir d’une bonne part de vie ? Sans compter une amélioration nécessaire des conditions de détention des animaux d’élevage, qui n’est peut-être pas contradictoire avec une économie de la qualité. Restons cependant bien conscients que cette façon de voir les choses relève d’une préoccupation afférente au bien-être animal (welfarism) et non de la thèse abolitionniste de Gary Francione, qui n’est pas sans trouver son précédent dans l’abolition américaine de l’esclavage.

 

      Au-delà de la tradition naturaliste de Buffon et de Linné, Karen Shanor & Jagmeet Kanwall volent au secours de la sensibilité des animaux. Car « n’y a-t-il pas aussi des signes d’affection même chez les serpents, le genre le plus malveillant[2] », disait dès l'Antiquité Pline l’Ancien. De ce même argument, Gary Francione, désireux de fonder un nouveau droit fondamental, fait la prémisse de son projet d’amitié totale avec les boules de poils, de plumes, de carapace et d’écailles… Sagesse ou irénisme excessif ? La prochaine fois que nous porterons à notre bouche le fondant d’un magret de canard aux airelles, ne faudrait-il pas avoir aux lèvres au moins une pensée venue de nos brillants auteurs dévoués à la cause animale ?

 

Thierry Guinhut

La partie sur Les Souris gloussent a été publiée dans Le Matricule des anges, avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Jeremy Bentham : Introduction aux principes de morale et de législation, Vrin, 2011, p 324-325.

[2] Pline l’Ancien : Histoire naturelle, X-XCVI, La Pléiade, Gallimard, 2013, p 514.

 

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 17:59

 

Editions XVIIIème d'Ovide et de Lucrèce. Photo: T. Guinhut

 

 

 

De la République des Lettres et de Peiresc ;

ou les délices de l’érudition :

Marc Fumaroli et Peter N. Miller

 

 

Marc Fumaroli : La République des Lettres, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 494 p, 25 €.

Peter N. Miller : L’Europe de Peiresc ; Savoir et vertu au XVIIème siècle, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel, 386 p, 31 €.

 

 

      Un archipel de lettrés, savants et curieux balise l’ensemble du XVIème et du XVIIème siècle européen : « La République des lettres ». À ces rencontres, répond, au seuil de notre XXIème siècle, celle inopinée, pas le moins du monde concertée, de deux précieux volumes de Marc Fumaroli et de Peter N. Miller, qui, de part et d’autre de l’Atlantique, se font écho. Le premier en dressant un tableau mosaïqué de cet intellectuel milieu, le second en peignant le portrait de l’un de ses princes secrets : Claude-Nicolas Fabri de Peiresc (1580-1637).

 

      Qu’est-ce que la « République des Lettres » ? Avant tout un groupe épars d’individus qui de l’Antiquité font une passion raisonnée. De la collection d’objets antiques aux manuscrits et éditions savantes des grands textes, en passant parfois par les cabinets de curiosité, ils font sans cesse leur miel, partageant avec un intense réseau européen de correspondants leurs connaissances et découvertes, leur éthique humaniste, descendant de Pétrarque et passant par Erasme[1]. Ce qui, peu à peu, n’aura guère de peine à féconder l’esprit des Lumières. C’est en 1417, nous apprend Marc Fumaroli, qu’un Vénitien, Francesco Barbaro, inventa l’expression, promise à tous les succès, de « Respublica litterraria ». La même année d’ailleurs, Le Pogge[2] énumérait dans une lettre les découvertes sensationnelles de manuscrits latins parmi les bibliothèques de l’Europe. On sait qu’ainsi il redonna vie au De rerum natura de Lucrèce, aventure par ailleurs contée avec tant de brio par Stephen Greenblatt dans son Quattrocento[3].

      Ces antiquaires, en partageant  leurs découvertes numismatiques, épigraphiques, fomentent une encyclopédie avant l’heure. Archéologie et littératures anciennes trouvent leur exutoire dans une volumineuse correspondance, dans des manuscrits, profitant de surcroit du développement de l’imprimerie, depuis la seconde moitié du XVème siècle. Ils rayonnent autour d’Aldo Manuzio[4], imprimeur à Venise, qui publia des splendeurs inouïes, autour de 1500, dont les Métamorphoses d’Ovide. Son complice Erasme lui-même reprend cette idée d’une « communauté universelle et autonome des lettrés ». Ces derniers correspondent avec Guillaume Budé, grand helléniste français, Thomas More, auteur anglais fameux de l’Utopie. Composant un nouveau Parnasse, ils réunissent De Thou, Boccalini, Vivès…

      Au XVIIème, ils essaiment de Leibniz à Pierre Bayle, dont le Dictionnaire historique et critique[5] fait autorité. Une nouvelle démocratie intellectuelle se vit sous le mode de la tolérance ; où les suffrages « sont estimés non à leur nombre, mais à leur poids », selon Georg Prit. Ainsi John Barclay est l’un de ceux qui s’efforcent de « penser l’Europe ». Visiblement, si Marc Fumaroli légitime les recherches sur l’identité française, tout en réclamant, au-delà de Fernand Braudel[6], une prise en compte de la littérature et des arts, il déplore qu’une telle quête intellectuelle fasse défaut pour l’Europe. Or John Barclay, « prédécesseur de Keyserling », d’ailleurs ami de Peiresc, est une sorte de « Voltaire écossais ». Son Icon animorum, ou Portrait des esprits, parut en 1614 avant d’être traduit en français en 1624. C’est « un acte de foi laïque dans l’harmonie européenne ». Mieux, un « programme de réforme », pour une France « gouvernée par un Etat intelligent et vigoureux », aiguillonnée par la liberté du commerce dont jouit l’Angleterre. Chaque pays européen est ausculté, dans une perspective critique des tyrannies qui n’est pas loin du libéralisme politique.

      De « Rhétorique et société en Europe », à « L’émergence des Académies », c’est toute une foisonnante culture qui se lève sous nos yeux grâce à l’écriture limpide et élégante de Marc Fumaroli. Ne faut-il pas alors considérer que l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, dont nous ne nierons pas l’explosive nouveauté, s’inscrit dans cette tradition sans cesse en marche ? Car peu à peu le « divorce entre Respublica christiana et Respublica litteraria », devient concevable. La « spiritualité de la  bibliothèque » doit se répandre parmi la concorde des beaux esprits réunis, de l’Académie romaine à l’Académie française. Non sans omettre la « diplomatie parallèle des grands lettrés », qui permet de développer et d’étendre l’art de la « conversation », cette « haute vulgarisation ». Ainsi la conversation parisienne se voit devenir européenne. À cet égard, la curiosité de Marc Fumaroli est époustouflante : ne va-t-il pas jusqu’à dévoiler un chapitre du Testament publié en 1648 par Fortin de la Hoguette, sur les vertus de cette conversation, en un concert d’amis d’élection, « où la liberté de jugement est entière »… Plus loin, il ranime les cendres du néoplatonicien Marcile Ficin, puis celles de Venise, cité ouverte jouant un rôle crucial dans la République des Lettres, avant de poursuivre jusqu’au crépuscule des Lumières, quand sur fond de Révolution française et de Terreur, un gentilhomme français, réfugié à Rome, Séroux d’Agincourt, écrit avec patience une Histoire de l’art par les monumens

      De Pétrarque à Juste Lipse, les sources de l’humanisme sont célébrées, quand la tradition des Vies, venue de Plutarque, en passant par Vasari, et consacrée aux hommes d’élection, se heurte à la vulgarité des biographies qui lui ont succédé. Ce qui permet à Marc Fumaroli un coup de griffe acide envers un Sartre qui « passe de l’âme au Moi » et qui se voit brocardé : « ce Protée de confection psychologique s’ajuste à toutes les photos d’identité ». D’où la différence « entre le livre de gare et la littérature ».

      La dimension polémique, au-delà d’un maigre présent, d’une étique République des Lettres réduite au microcosme de l’édition parisienne d’aujourd’hui, est celle d’un « engagement » : faire l’éloge d’un passé glorieux c’est réclamer un demain meilleur. C’est ainsi qu’il y a peu il nous alerta, par la voix d’un grand quotidien, en défendant « les humanités au péril d’un monde numérique[7] ».

      Pourtant, qui sait si le « loisir lettré », autrefois de bouche à oreille et de lettre à lettre, et encore de livre à livre, peut aujourd’hui converser parmi les voix bavardes et encombrées qui s’échangent et se heurtent sur notre internet contemporain, et retrouver des amis d’élection ? S’y rencontre-t-on sous l’égide du Parnasse, de l’Arcadie, de l’Académie, ces « Trois lieux allégoriques de l’éloge du loisir lettré » ? Peut-être cette trop mince page permet-elle de dialoguer avec les meilleurs esprits de notre lointain passé, ainsi qu’avec l’un des meilleurs de notre présent, digne héritier de la noblesse de la République des Lettres…

      Bien qu’avec modestie Marc Fumaroli présente son essai comme un « montage et collage cubiste », sans ordre « chronologique ni narratif », conférences et « résumés » ici réunis parviennent aisément à leur objectif : initier le lecteur à cette « société idéale », qui, de l’humanisme à la Révolution française, « transcenda la géographie politique et religieuse de l’Europe ». N’était-ce pas déjà un « réseau social » ? Au point que notre essayiste veuille avec raison nous « convaincre qu’une telle instance critique internationale est encore plus souhaitable au temps de Facebook qu’elle le fut au siècle de l’invention du livre ». Car « être initié aux lettres, c’est sortir du rang des rudes, c’est eruderi, c’est accéder à l’humanitas et éventuellement à l’urbanitas. »

 

 

      Si Marc Fumaroli ne consacre qu’un chapitre à Claude-Nicolas Fabri de Peiresc, Peter N. Miller offre à ce provençal du XVIIème un livre entier. Bien peu connu, il trouve ici sa résurrection. « Son commerce de lettres embrassait toutes les parties du monde », disait pierre Bayle. Il est un des Hommes illustres de Charles Perrault. Sa maison d’Aix en Provence était une académie.

      À quoi ne s’intéresse pas cet esprit catholique et néanmoins libre ? Philosophe de l’histoire et de la conversation, il entretient une correspondance démesurée avec maints lettrés et savants (environ 10 000 lettres), comme tissant au travers de l’Europe une toile d’inextinguible curiosité : juriste et Conseiller au Parlement de Provence, il échange avec le peintre Rubens des propos sur les médailles antiques ; il défend Galilée, Gassendi et Campanella que l’inquisition menace ; sélénographe, il charge un graveur de fixer sur l’airain les phases de la lune grâce à un télescope que lui fit parvenir Galilée, puis découvre la nébuleuse d’Orion ; égyptologue, botaniste, zoologue, lecteur boulimique, sa bibliothèque était nombreuse, sur la politique hébraïque, romaine et contemporaine… Digne d’une Muse des Arts libéraux, Peiresc était à la fois érudit, touche à tout et encyclopédiste avant l’heure, un peu à la manière d’Athanasius Kircher[8]. Enfin, la Vita Peireskii, par Gassendi fut traduite en anglais. Avant que l’oubli le ronge. Grâce en soit rendue à l’application et au talent de Peter N. Miller !

      Marc Fumaroli ne pouvait que bellement préfacer l’essai de Peter N. Miller, qui a l’inestimable vertu de citer de nombreux passages des nombreuses lettres de Peiresc. Pourtant ce dernier refusait de publier. Marc Fumaroli avance l’hypothèse selon laquelle il préférait « écarter les soupçons des tyrans et du vulgaire », préférant se consacrer à ses amis lettrés, comme un de ces « philosophes en temps de persécution », plus tard théorisés par Leo Strauss[9]. Peiresc, selon Peter N. Miller, « évitait la langue universelle du savoir » -c’est à dire le latin- pour écrire en français, illustrant alors le propos de Marc Fumaroli dans Quand l’Europe parlait français.[10]

      Pour revenir à l’essayiste-biographe, il nous apprend que Peiresc multipliait ses correspondants de Londres à Lubeck, de Smyrne à l’Abyssinie, de Rome à Damas et Bordeaux… Loin de cacher ses trésors il se faisait un devoir d’en propager la substance : « J’espère de faire mieux valloir que ne font d’autres, qui ne recouvrent des livres que pour les enfermer dans des cachots impénétrables, où ils tombent d’une sorte de ténèbres en d’autres plus obscures », écrit-il à Gassien de Nantes, en 1635. Lui qui avait visité Rome, ne voulait pas que le savoir soit une vanité, mais connaissance au service d’une vie philosophique, sans faire mentir un instant la devise de l’imprimeur Plantin : « Labore & constantia ». Au point que, resté célibataire, il préférât « s’unir avec Pallas et les Muses » ! L’antiquaire « avait pu être un héros à une époque qui se délectait de la force créatrice du travail intellectuel »…

      Il n’est pas impossible de ranger Peiresc parmi les précurseurs du libéralisme politique, car pour lui, et selon Peter N. Miller, « l’Etat fort était l’Etat minimal […] on pouvait laisser les individus se gouverner eux-mêmes ». Ce dans le cadre d’une recherche de la paix perpétuelle bientôt kantienne[11], dans la tradition d’Erasme et de son Plaidoyer pour la paix[12].

      Aimable concurrente de celle de Marc Fumaroli, l’érudition de Peter N. Miller est un délice : généreuse, lumineuse… Loin de n’être que des livres d’archivistes, leurs travaux sont « savoir et vertu », bien au-delà du XVIIème siècle. Car même si bien des arborescences, en particulier scientifiques, ont profondément évolué depuis l’époque classique, il n’est pas interdit de garder vivant aujourd’hui et demain cet idéal.

 

      La République des Lettres n’est-elle qu’une nostalgie ? Une anticipation d’un futur de culture partagée ? Au-delà de cette religion de bureaucrates idéologues qu’il dénonça dans L’Etat culturel[13], Marc Fumaroli fait visiblement plus confiance, plutôt qu’à l’inflation budgétaire et administrative d’un ministère, aux bonnes volontés curieuses et patientes des individus pour développer l’excellence d’une République des Lettres. Sans nul doute, un Peiresc est son ancêtre d’élection, quand Peter N. Miller est une de ces amitiés des sages qui, selon Cicéron, voit « briller quelque marque de vertu ; alors une âme se rapproche d’une autre semblable et s’attache à elle.[14] »

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[3] Stephen Greenblatt : Quattrocento, Champs Flammarion, 2015.

[5] Pierre Bayle : Dictionnaire historique et critique, Miscellanea philosophica, Les Belles Lettres, 2015.

[6] Fernand Braudel : L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986.

[7] Le Figaro, 1er avril 2015.

[8] Voir : Joscelyn Godwin : Athanasius Kircher, le théâtre du monde, Imprimerie Nationale, 2009.

[9] Leo Strauss : La Persécution et l’art d’écrire, Tel, Gallimard, 2009.

[10] Marc Fumaroli : Quand l’Europe parlait français, De Fallois, 2001.

[11] Emmanuel Kant : Projet de paix perpétuelle, Œuvres philosophiques, La Pléiade, Gallimard, 1986, t. III, p 327 et suivantes.

[12] Erasme : Plaidoyer pour la paix, Arléa, 2004.

[13] Marc Fumaroli : L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne, De Fallois, 1991.

[14] Cicéron : De l’Amitié, XIV-48, Les Belles Lettres, 1928, p 28.

 

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 16:31

 

Sierra de Bernera, photo T. Guinhut

 

 

 

 

Entre polar baroque et veine fantastique,

 

le roman monstrueux de la conscience balte :

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker

 

 

 

 

Ricardas Gavelis : Vilnius poker,

traduit du lituanien par Margarita Le Borgne,

Monsieur Toussaint Louverture, 544 p, 24 €.

 

 

 

      Venu des tréfonds de l’Europe, voici un opus sombre, inquiétant, monstrueux. En un mot : fascinant. Il émane d’ « au-delà des barbelés » du goulag, ravivant le passé de la Lituanie, entre chape de plomb soviétique et indépendance rêvée. En autant de parties, quatre voix effectuent cette descente aux Enfers littéraire, se débattent à la recherche d’une liberté impossible : Vytautas, l’ex-prisonnier, au sexe de « bête couvert de cicatrices », Martynas, auteur d’un « Extrait des marmoires », la blonde Stefania, enfin la « Vox canina » d’un étrange chien philosophe.

 

      Vytautas Vargalys, qui est peut-être le double de son auteur, n’est-il qu’un narrateur paranoïaque ? Dans un immense et labyrinthique monologue intérieur, seulement parfois coupé de dialogues, il exhibe sa personnalité trouble, ses errances dans Vilnius, la capitale lituanienne, sa brève passion pour une « Circé des carrefours ». Epié, pense-t-il, par une « organisation fantomatique », il se fait embaucher par la bibliothèque, parmi les « informaticiens sans ordinateurs », chargés d’un catalogue absurde et inaccessible, mais pour « mener [son] enquête clandestine ». Qui sont-ils ? Tous ceux qui, au cours de l’Histoire, ont incendié des livres. Ils ont pour « but de kanuk’er les gens, de les priver de leur cerveau et de leur résolution ». À moins qu’ils soient l’allégorie du communisme qui vampirise la Lituanie, « des suppôts de Satan -tous ces Staline, Hitler, Pol Pot »… Au cours de cette quête des entités malfaisantes qui menace la raison de Vytautas, seule la jeune, séduisante -et presque nabokovienne- Lolita parait lumineuse (il aime « le jazz de ses paroles »), si elle n’est pas un leurre dangereux. Elle participe à la tension érotique, parfois obscène, en aimant ceux qui sont marqués « par les glyphes du malheur ». En effet, l’anti-héros ne poursuivra son errance que jusqu’à son arrestation, sa disparition, probablement dans les « caves du KGB ».

      Suite à la confession tourmentée de Vitautys, qui remplit les deux tiers du volume, les témoins présentent leur version du drame. Son collègue Martynas est un penseur, un bavard. Cerné par le « Pouvoir Exécutif des Grabataires », il aiguise son réquisitoire contre Vytautas : ce dernier est bien l’assassin de Lolita, démembrée, dépecée, dont il ne reste d’intact que « le mont de Vénus ». Stéfania, la « fille de la campagne », au contraire, le disculpe. Quant à celui qui s’est réincarné en chien,  comme en écho du fameux « Colloque des chiens[1] de Cervantès, il pense qu’elle « portait le parfum du suicide ». Sous les feux sombres de ces trois projecteurs mentaux, Vytautys reste un mystère urbain, une conscience politique brisée, un trou noir métaphysique. Quant à Vilnius, elle est également un personnage polymorphe, hallucinatoire, menteur, rusé, dont Vytautys est « la clé du code ».

 

 

      En ce roman touffu, profus, crépusculaire, dépourvu des balises que seraient de plus précis chapitres, l’atmosphère sourde, vibrionnante de menaces réelles et fantastiques, est évidemment une transfiguration, sur le plan du fantasme, de la tyrannie totalitaire opposée à la conscience de l’artiste. À la lisière du roman policier baroque et du réalisme magique, la prose de Gavelis est une pieuvre au mille bras imagés et dangereux. Ainsi, l’écrivain agit sur le lecteur comme un Kafka qui aurait gonflé, pourri de l’intérieur, comme un Borges qui aurait joué au poker avec les poupées vaudou de ses personnages…

 

      On comprend alors pourquoi, malgré la compacité proliférante du roman, Vilnius Poker fut reçu à sa sortie en 1989, comme un incendie littéraire, rallumant les noirceurs de la traumatique occupation soviétique dans les pays Baltes, reçu comme une catharsis sans pitié et nécessaire. Soudain Ricardas Gavelis (1950-2002) comble un vide dont nous ne savions rien, affame une curiosité nouvellement née pour son théâtre, ses nouvelles, ses romans aux titres toujours anglophones, comme The Last Generation of People on Earth. Trop tôt disparu, il hante les bibliothèques de l’angoisse métaphysique et politique. Sans oublier l’appel salvateur de la liberté créatrice.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

 


[1] Miguel de Cervantès : « Le Colloque des chiens », Nouvelles exemplaires, La Pléiade, Gallimard, 2001.

 

 

 

Book cover © Gosia Herba 2014

 

 

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 10:39

 

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) :

Veduta del Tempio di Giove Tonante.

 

 

Michal Ajvaz , fantastique géographique et livresque :

 

de L’Autre île à l’Autre ville.

 

 

Michal Ajvaz : L’Autre île,

traduit du tchèque par Michel Pacvon et Aline Azoulay-Pacvon,

Panama, 2007, 320 p, 22 €.

Michal Ajvaz : L’Autre ville,

traduit du tchèque par Benoît Meunier,

Mirobole, 2015, 224 p, 19 €.

 

 

      Seuls le rêve, le voyage, un regard particulièrement affuté, peuvent modifier l’espace. Mais également l’art, qu’il soit architectural ou littéraire. Comme un Piranèse de fantaisie, entre roman et surréaliste poème en prose, un Tchèque étrange, né en 1949, déplace et perturbe les îles et les villes pour en faire de précieux et déstabilisants labyrinthes. De L’autre île à L’Autre ville, le plaisir du conte borgésien ne cesse de se renouveler, en un fascinant diptyque.

 

      Sommes-nous dans une île digne de L’Utopie de Thomas More ? S’il s’agit de montrer un modèle à la perfection absolue et finalement destructrice des libertés et de l’individu, Michal Avjaz répond absent : « que le lecteur ne redoute point qu’on lui présente insidieusement un idéal social ou moral ». Ni utopie ni contre utopie à la Huxley ou Orwell… Que faire alors d’un livre qui n’a aucun but politique ? Eh bien, jouir, sans arrière-pensée, des bonheurs perplexes de l’imagination. Car dans cette île montagneuse on savoure « toutes les nuances des plaisirs de l’insensé ». Les insulaires ont des murs d’eaux transparents et des mines de pierres précieuses dans leurs maisons. Le pittoresque magique bute bientôt sur le caractère informe, instable et indéfini de toute une culture : les mots sont changeants, le Livre unique peut être sans cesse réécrit. Malgré ses « poches blanches de digressions », ses histoires de « taches », il forme, avec une lutte entre deux clans royaux, avec un prince observant au télescope une autre vie et une autre langue, puis avec des « statues en gelée », des romans dans le roman, des « parodies de l’art » bientôt disparues. Face à la ville de Prague où le narrateur revient écrire son mémoire, l’île et ses habitants démentent toute logique, absorbant leurs colonisateurs, désunissant les amours, effaçant les gouvernants et les noms.

       Labyrinthes, miroirs, quête de « la couche originelle du Livre » sont des thèmes borgésiens certes, mais le Tchèque Michal Avjaz les accommode d’une manière toute personnelle, dans un étonnant roman qui flirte autant avec l’essai qu’avec la description géographique, le tout avec une fantaisie polymorphe et chatoyante. Ce livre qui, au moyen d’une mise en abyme vertigineuse, contient un « Livre insulaire », s’est déroulé « sans avoir succombé aux sirènes du sens, de l’idée et du didactisme ».

 

      Après cette exploration d’un espace îlien peuplé d’excentriques jouant à sans cesse modifier un livre labyrinthique, L’Autre ville choisit de receler un « livre à reliure violette ». Ce dernier ne peut qu’attirer l’attention d’un amateur de Prague qui est peut-être un alter ego de notre conteur. Ecrit dans un alphabet inconnu, il emporte son nouveau propriétaire dans une quête compulsive et hallucinante. Un bibliothécaire -sage ou pusillanime ?- tente de le dissuader : « Oubliez ces livres étranges qui vous rappellent les frontières de notre univers ». Les « lettres phosphorescentes » du volume fascinent notre narrateur au point qu’un cylindre caché dans une colline le conduit en cette « autre ville », qui est peut-être le kaléidoscope de son ancien imaginaire d’enfant. Dans une immense église, un prêtre entame un sermon éminemment borgésien, se référant à des « livres saints », aux « commentaires contradictoires », bourrés de facettes mythologiques, de détails ubuesques. Une fois cette porte fermée, les soixante-seize caractères du livre sont ceux d’un « alphabet maudit », selon le narrateur d’un récit emboité interrompu. Où sont les « portes interdites », où passe le « tramway de marbre vert » ?

      Le roman navigue à la lisière d’un guide touristique qui serait devenu fou et d’une métaphysique aporétique. Quelque part entre la « bibliothèque universitaire » et le « temple rupestre », parmi les cafés qui se changent en jungles, repose le secret introuvable d’un livre qui n’est pas étranger au « naufrage parmi des rayonnages couverts de livres » de malheureux bibliothécaires disparus. Qui sait s’il s’agit là d’une métaphore du communisme qui sévit si longtemps sur Prague ? Est-ce pour cette raison que notre auteur, dont l’enfance fut contrainte par l’interdiction qui pesait sur les livres non-réalistes, aime à se réfugier et se perdre dans des univers parafictionnels ? De même, lorsque dans L’Autre île, le Livre voit s’effacer et se réécrire sans répit l’Histoire, comme si une impalpable tyrannie rendait impossible toute permanence, toute transmission.

 

      De Michal Ajvaz, il est à souhaiter que l’édition française imagine de traduire son Retour du vieux dragon de Komodo, dans lequel un archéologue s’aventure à la recherche d’un empire oublié. Bien sûr, il y aura encore en ces pages, un étonnant texte à lire, gravé en une cathédrale. À moins de préférer Rues vides : cette fois il s’agit d’un peintre qui consacre son talent à peindre les objets comme s’ils étaient de secrets hiéroglyphes. Heureusement pour le lecteur français, et quoiqu’il semble aujourd’hui épuisé, il se peut que L’Autre île soit son plus brillant roman, entre ethnographie, philosophie et conte. Là où le livre sans cesse compulsé et retravaillé par les îliens est une sorte d’hypertexte, une mémoire en perpétuelle mouvance, dissolution et création.

 

      L’ailleurs spatial et temporel, bruissant de toutes ses potentialités mentales et oniriques, est à l’évidence un thème récurrent, voire obsessionnel, chez ce romancier, poète et essayiste, pour lequel deux éditeurs sont parvenus à reconstituer un troublant diptyque. Ainsi s’aiguise notre insatisfaite curiosité pour cet auteur qui a consacré des essais à Derrida et Borges. Décidemment « l’entrée de la bibliothèque est dangereuse », mais aussi séduisante, surréaliste et unique sous la plume chatoyante de Michal Ajvaz, sans cesse mobilisé par l’avalanche d’univers parallèles où le langage est pris au piège de son propre soupçon. Sommes-nous parmi les seules spéculations et constellations romanesques du fantastique, du merveilleux, du gourmand fantasme, ou parmi l’inquiétante étrangeté de la paranoïa ?

 

Thierry Guinhut

À partir d’articles publiés dans Le Matricule des anges, avril 2007 et avril 2015

 

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 16:27

Mirri Ludovico : L’Education d’Achille, 1784, Musée du Louvre

 

 

 

 

De la déséducation idéologique :

 

Nouveaux programmes

 

et urgence de transmettre

 

 

 

      Si Achille est éduqué par le centaure Chiron, qui l’instruit au tir à l’arc, au soin des blessures et aux nombreux talents des Muses, c’est pour tenir compte de notre nature à la fois animale et spirituelle. Il est à craindre pourtant que, face à la politique réducative fomentée par les édiles de l’Education Nationale, ne reste que la part animale, ludique et tyrannique de l’adolescent, malheureuse victime d’une déséducation programmée. Les nouveaux programmes annoncés au collège, en vain espérons-le, n’ont pour autre volonté que d’éradiquer non seulement l’excellence, mais également les Lumières occidentales.

 

      L’on sait combien les nouveaux programmes du collège ne font qu’entériner une tendance depuis longtemps à l’œuvre : abonder en jargon pédagogique, mettre l’élève au centre du système éducatif (alors qu’il nous semblait qu’il fallait y faire trôner les savoirs vers lesquels les élèves doivent être élevés), faire disparaître les auteurs classiques des intitulés de Français, rogner les heures des fondamentaux que sont la lecture et le calcul, des sciences et de l’histoire-géographie, au profit, ou plutôt aux pertes, des accompagnements personnalisés et des parcours transdisciplinaires.

      Pourtant, disait le philosophe de l’éducation Alain, « Il faut lire et encore lire. L’ordre humain se montre dans les règles, et c’est une politesse que de suivre les règles, même orthographiques. Il n’est point de meilleure discipline. Le sauvage animal, car il est né sauvage, se trouve civilisé par là, et humanisé, sans qu’il y pense, ou seulement par le plaisir de lire. Où sont les limites ? Car les langues modernes et les anciennes aussi nous servent de mille manières. Faut-il donc lire toute l’humanité, toutes les Humanités comme on dit ? Des limites, je n’en vois point. Je ne conçois point d’homme, si lent et grossier qu’il puisse être par nature, et quand il serait destiné aux plus simples travaux, je ne conçois point d’homme qui n’ait premièrement besoin de cette humanité autour, et déposée dans les grands livres. […] Les Belles-Lettres sont bonnes pour tous, et sans doute plus nécessaires au plus grossier, au plus lourd, au plus indifférent, au plus violent.[1] »

      Hélas, au lieu de l’humble étude des « grands livres », on va flatter l’autonomie de l’élève, on va se gargariser de nouvelles technologies et de copié-collé dans le cadre de travaux interdisciplinaires, dont on sait, par l’expérience des « Travaux Personnels Encadrés » en classe de Première, qu’ils conviennent au mieux aux meilleurs élèves créatifs et déjà assurés d’une réelle culture, mais qu’ils laissent à la dérive, quoique l’enseignant y prenne garde, des élèves moins animés par leurs modestes capacités que par leur ludique j’menfoutisme. De surcroit, il faudra aux enseignants, peu formés à cet égard, bien des réunions oiseuses qui rogneront d’autant les horaires effectifs et la motivation des élèves, comme il en est de règle en lycée avec le pseudo « Accompagnement personnalisé ». Ne doutons pas qu’une fois de plus les enfants des milieux les plus défavorisés seront de moins en moins tirés vers le haut, contribuant à ce que devienne lettre morte l’égalité des chances promise, alors que l’école est de moins en moins l’ascenseur social qu’elle devrait être. Le capital culturel restera familial, voire génétique, mais de moins en moins accessible au vulgum pecus (aï, du latin, pour le vulgaire ignorant !), qui d’ailleurs ne se fait pas faute de stigmatiser les meilleurs qui feraient mine de travailler à leur culture, sous le quolibet de l’« intello »…

 

      Le pire est à venir pour la rentrée des collèges 2016. Donc pour celle des lycées par la suite. À moins que le ministère recule devant la bronca des enseignants et des intellectuels pas si fous, dont Luc Ferry, Marc Fumaroli, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut (excusez du peu), que la Ministre, dont la culture semble être au mieux de l’ordre de l’improvisation légère et dont l’idéologie est une arme lourde de destruction massive, traita du haut de sa petite vanité de « pseudo-intellectuels ».

      Le pire gît en effet lorsqu’il s’agit d’évacuer le latin et le grec, évacuer les classes bilangues, et plus particulièrement l’allemand. Quoique l’on prétendre conserver les langues anciennes parmi l’étude de la langue et de l’étymologie, parmi des séquences d’Histoire, des parcours interdisciplinaires. Foutaises ! Certes, l’on rappellera que l’on peut lire Platon et Ovide en d’excellentes traductions (ce qui est le cas du modeste auteur de ces lignes), mais la curiosité intellectuelle, l’agilité de l’esprit, sans oublier nos fondations culturelles, entre Athènes, Rome et Jérusalem, y perdraient infiniment. Rien moins qu’une déculturation à l’œuvre. Qui mieux que d’actifs latinistes et hellénistes peuvent mieux transmettre depuis leurs sources mythologie, démocratie, république et philosophie ? Qu’importe alors que bien des élèves usent leurs fonds de culottes sur les bancs des déclinaisons et des étymologies sans devenir des érudits, s’ils ont néanmoins conscience du substrat culturel qui est le nôtre et celui d’une universalité de l’humanité…

 

 

      Mais il s’agit là d’une machine de guerre contre l’élitisme, contre la « reproduction » dénoncée par le sociologue Bourdieu (qui pourtant sut s’abstraire d’un milieu populaire grâce à l’éducation et finir ponte du Collège de France). Car pour ce dernier, la reproduction des élites se fait aux dépens des classes défavorisées : « transmission, faute contre la justice », résume François-Xavier Bellamy, dans son excellent essai à charge, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre. Il s’y livre à une généalogie de la critique de la transmission, passant par Descartes, dégoûté de l’école, des livres et du passé, discourant de la méthode permettant à l’enfant de développer sa propre raison, puis par Rousseau, pour qui, préférant l’aimable ignorance de la nature aux sciences et aux arts, et refermant tous les livres, la transmission est une pollution de la nature, pour qui « l’enseignant ne doit surtout pas transmettre un savoir, il doit se faire l’organisateur des situations dans lesquelles l’élève construira son propre savoir ». Il n’oublie évidemment pas Bourdieu, maître à penser stigmatisant la reproduction des héritiers de la distinction culturelle, dont l’école, cette structure de la domination de classe, serait un injuste instrument. À rebours de ces trois Attila, et au-delà de cette crise de la culture, de l’éducation et de l’autorité, François-Xavier Bellamy réhabilite la nécessité profonde de la transmission des savoirs. Avec sagesse, plutôt que l’enfant sauvage, « l’homme dégradé, insociable, grossier » de la barbarie, plutôt que l’abandon de la civilisation, il préconise « de fréquenter la poésie, le roman, l’infini travail de la littérature, pour entendre dans les mots, chaque fois redécouverte, la nuance nouvelle dont un écrivain les enrichit.[2] »

      Pourquoi tant de haine de nos désastreuses élites contre l’élitisme ? Nos ministres, hauts fonctionnaires et idéologues marxisants veulent-ils ne jamais fréquenter l’élite des boulangers, des mécanos, des industries pharmaceutiques, pour se contenter de la plus égalitaire catégorie des médiocres ? S’y cache le monstre de l’envie sordide, de la jalousie qui préfère couper toutes les têtes qui dépassent, pour ne pas devoir trouver autrui supérieur à soi, l’hubris enfin de la domination sur tous. L’égalitarisme est bien un socialisme : on fait du social en égalisant les conditions, en traquant les inégalités[3], en prenant au riche pour donner au pauvre, en arasant par une fiscalité confiscatoire une élite en voie de disparition, qui s’exile ou ne crée plus d’emploi en France ; on fait du social en flattant les médiocres qui répugnent tant à voir quelqu’un les dépasser. Ainsi le triomphe de l’égalité sociale à l’école est-il bientôt assuré lorsque les notes, méchamment discriminatoires bien sûr, seront remplacées par des compétences, au demeurant fort vagues, car il n’y a pas mieux qu’ « acquis », pas pire qu’ « en voie d’acquisition », que l’on préférera au « non acquis », novlangue de l’euphémisme pour cacher combien le roi est nu. Voici une façon discrète de prendre les bonnes notes aux culturellement riches pour les redistribuer aux culturellement pauvres, qui, d’ailleurs ainsi ne peuvent que le rester ! Le diktat de la réussite pour tous a trouvé un moyen radieux d’afficher le plan à la soviétique des 80% d’une classe d’âge au bac : se laver de l’effort et de la réussite. Là où pourtant résistent des élèves d’autant plus méritants dans un tel contexte débilitant…

      Il y a donc un affreux élitisme (là où pourtant on œuvre pour le et les meilleurs) à diriger ses enfants vers l’étude du grec, du latin, de l’allemand (langue si nécessaire aux activités économiques), de façon à leur éviter de côtoyer la plèbe semi-délinquante que le collège unique a voulu absorber au lieu de la diriger vers un apprentissage aussi utile qu’honnête, parmi lequel, soyons en sûr, peut émerger l’élite des soudeurs, des livreurs et serveurs, car  ceux-là sont aussi des ressorts dynamiques et honorable de la société. Alors que 22% de nos collégiens sont en échec, qu’un jeune Français sur cinq est dans un état d’illettrisme plus ou moins alarmant ! A-t-on veillé à leur lire des histoires en maternelle, à mettre le paquet sur la lecture en méthode syllabique en primaire, à soigner et enrichir leur vocabulaire, leur logique, ces vecteurs premiers de la réussite, de la culture et de la civilité… À moins que l’on ait refusé de transmettre la maîtrise de la langue et l’accès à la culture. Le cours magistral est honni quand l’enfant doit construire son propre savoir, illusion pédagogiste, réservée à de fort rares autodidactes en puissance. L’ennui est à pourchasser au moyen de ludismes divers, de nouvelles technologies invasives, quoiqu’elles n’en rendent pas plus aisés les labyrinthes des savoirs et ne contribuent trop souvent à attirer l’adolescent que vers son semblable.

      Un exemple est à cet égard éclairant. Parler de musique, faire écouter Bach ou Schubert en classe, est un crime de lèse culture des élèves. Invariablement ou presque, ces derniers revendiquent leur « chacun ses goûts », leur imprégnation par rap and roll and variétés. Des trouvères du Moyen-âge aux oiseaux d’Olivier Messiaen, en passant par l’opéra et le râga indien, des siècles et des continents de culture musicale, sont balayés par un médiocre présent (même si l’on peut y légitiment trouver quelques perles). Les richesses expressives, esthétiques et éthiques des grands compositeurs, des grandes traditions et des nouvelles inventivités savantes, ont cédé la place au relativisme, à l’ignorance et à la vulgarité de l’enfant-roi.

 

      Le pire du pire est au creux des nouveaux programmes d’Histoire du collège. Quand l’étude de l’Islam se fait obligatoire, alors que le Christianisme n’est plus qu’optionnel, et encore sous les espèces de la hiérarchie chrétienne au Moyen-âge, façon de le montrer sous sa nuit tyrannique et non sous jour moral, transcendantal, civilisationnel et artistique. De même l’Humanisme et les Lumières deviendraient optionnels. Faut-il, par-delà l’étendard affiché d’une menteuse laïcité, le dire abruptement ? L’Islam est obligatoire, le Christianisme jeté par la fenêtre et les Lumières éteintes ! Oyez, braves gens de France et d’Occident, le grand remplacement, le changement de peuple[4], de religion et de civilisation, est en marche, édicté par nos ministres, dont celle de l’Education Nationale est franco-marocaine. Le Grec et le latin n’étant même plus optionnels, le Christianisme et les Lumières impossibles à étudier dans des classes parfois à majorité musulmane, on préfère l’obscurantisme en se pliant aux injonctions du plus menaçant. « La raison du plus fort est toujours la meilleure », disait un La Fontaine que l’on n’étudiera plus. Car croyez-vous que l’on étudiera l’Islam avec l’objectivité historique, théologique, politique et philosophique requise ? Ce dont témoignent déjà les manuels : l’Islam est une religion spirituelle de paix et d’amour. Quid (tiens du latin) de la théocratie, du jihad guerrier, des dizaines de versets de Médine dans le Coran, enjoignant au croyant  le meurtre des infidèles: car « ceux qui guerroient contre Allah et ses envoyés, semant sur la terre la violence, auront pour salaire d’être tués ou crucifiés ». Ou encore : « Allah exècre les transgresseurs. Tuez-les là où vous les rencontrez »[5]. Ainsi les adolescents tyrans font la loi devant les maîtres qui auraient eu l’outrecuidance de leur enseigner les vertus du Christ, la tolérance de Voltaire[6] et le libéralisme politique de Montesquieu…

      Déjà Platon, dans la République, voyait dans la soumission démagogique à l’adolescent la source d’une tyrannie à  venir : « quand le père prend l’habitude de se comporter comme s’il était semblable à son enfant et se met à craindre ses fils, et réciproquement quand le fils se fait l’égal de son père et ne manifeste plus aucun respect ni soumission à l’endroit de ses parents. […] Dans ce régime, le maître craint ceux qui sont placés sous sa gouverne et il est complaisant à leur endroit. Les élèves, eux, ont peu de respect pour les maîtres, et pas davantage pour leurs pédagogues. On peut dire que généralement les jeunes conforment leurs gestes aux modèles des plus vieux et qu’ils rivalisent avec eux en paroles et en actions. De leur côté, les vieux sont racoleurs, ils se répandent en gentillesses et en amabilité auprès des jeunes, allant jusqu’à les imiter par crainte de paraître antipathiques et autoritaires.[7] »

      Certes Platon utilise cet argument pour combattre « une liberté excessive », ce en quoi nous ne le suivront pas forcément, mais en arguant qu’il « est dès lors vraisemblable que la tyrannie ne puisse prendre forme à partir d’aucune autre constitution politique que la démocratie ». Il ne parle pas évidemment de démocratie libérale, mais d’une démocratie qui devient celle d’une majorité inculte et désordonnée, sinon délinquante, en d’autres termes, de l’ochlocratie, ou gouvernement par le bas peuple.

      De même, le jeune peuple musulman, et dhimi céfran par la même occasion, saura tout de la culpabilité occidentale, en étudiant le vilain esclavagisme et la vilaine colonisation. Quant à l’esclavage enraciné en quatorze siècles d’Islam, ce serait hérésie que d’en faire mention, que de noter que les colonisations française et anglaise, malgré leurs déboires et exactions, ont eu le mérite d’à peu près éradiquer l’esclavage en leurs nouveaux territoires. Là encore il s’agit d’aller dans le sens des préjugés et des idéologies, de réécrire l’Histoire au goût du jeune public et des édiles de la rééducation historique. Comme toutes les tyrannies, le socialisme, et bientôt l’islamo-socialisme, efface des livres et des cerveaux des pans entiers de l’Histoire, de la Grèce antique aux sciences occidentales, en passant par les Lumières. Son idéologie tiers-mondiste et anticapitaliste voue aux gémonies la transmission d’une culture millénaire, prospective et capable de hiérarchies civilisationnelles[8], pour y substituer son tyrannique credo (houps, encore du latin !).

 

      La déséducation est bien alors la propagation organisée de l’ignorance, mais aussi de l’inconscience des enjeux humains et de société. Refuser de transmettre la civilisation européenne et mondiale ne fera de nos enfants que des « déshérités » au mieux, que des loups aveugles au pire. « Là où l’éducation est en échec, n’est-il pas nécessaire que la barbarie finisse par resurgir ? » François-Xavier Bellamy rappelle alors que « l’homonymie du mot liber, qui veut dire en latin à la fois « libre » et « livre », n’a rien d’insignifiant.[9] » Dans le cadre d’une éducation libérale[10], c’est çà dire généreuse en savoirs, ce sont tous ces livres qui rendent libres que nous voulons et devons transmettre, et non pas un seul livre qui est soumission. Livres d’Histoire, de littératures allemande et grecque, de philosophie politique, d’économie, pour rendre à nos sociétés et à nos jeunes les libertés créatrices en péril.

 

Thierry Guinhut

 


[1]  Alain : Propos sur l’éducation, Rieder, 1932, XXV, p 99, 100.

[2] François Xavier Bellamy : Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, Plon, 2014, p 66 et 139.

[4] Pour reprendre les titres de Renaud Camus : Le Grand remplacement, 2012, et Le Changement de peuple, 2013, Chez l’auteur.

[5] Coran, 5-33 et 2-190, 191. Traduit par André Chouraqui, Robert Laffont, 1990 p 227 et 79.

[7] Platon : République, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, 563 a et b, p 1730.

[9] François-Xavier Bellamy, ibidem, p 12 et 146.

[10] Voir : Pour une éducation libérale

 

Pierre Mignard : Clio, Muse de l’Histoire, 1689, Musée de Budapest

 

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Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

Houellebecq Oeuvres

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies paralleles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Islam

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

Prune sur paravent Kanō Sanraku, 1559, 1635

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

Lamartine lac

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Arendt : De la banalité du mal

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

Ben Marcus Lalphabet-des-flammes-de-Ben-marcus

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Le Petit joueur d’échecs

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Orpheus Franz von Stuck, 1894

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Phrixios le fou et ses récits emboités

Palol Phrixios le fou

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Livre noir de la condition des Chrétiens

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Rome Giovanni Paolo Pannini Prophetie de la Sybille dans le

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Les Contrevies de la Bête qui meurt

Roth-La-bête-qui-meurt

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l’argument spécieux des inégalités

Rousseau Inégalité Frontispice

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shelley Mary

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Frankenstein Shelley

 

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

Sonnet peint

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

Thoreau désobéissance

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vesaas

Le Palais de glace

Vesaas isslottet

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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