Dimanche 31 août 2014 7 31 /08 /Août /2014 08:52

 

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Thomas Pynchon, explorateur des Fonds perdus

du web profond et du 11 septembre : Bleeding Edge

 

Thomas Pynchon : Fonds perdus (Bleeding Edge),

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Seuil, 2014, 464 p, 24 €.

 


 

Qui l’eût cru ? Thomas Pynchon, quoique âgé de plus de 75 ans, (il est né en 1937) débarque à l’aube du XXIème siècle, avec tous les accessoires et les tics de langage des geeks pour explorer avec son héroïne le « Web Profond ». Roman policier décalé, roman du web, roman de société ; faut-il enfin et toujours admirer Pynchon, le maître outrageusement adulé par les critiques du postmodernisme, le fétiche des snobs de la littérature cryptée américaine ? Une fois de plus, chez notre auteur, « la paranoïa est l’ail dans la cuisine de la vie ». Mais pour votre serviteur, critique et lecteur, qui répugne à l’ail cru dans la gastronomie, il y a un pas de trop dans cet ultime et brillant roman de l’un des plus grands créateurs d’univers littéraires décalés.

 

Ce n’est pas la première fois que Pynchon se coule dans une héroïne : dans La Vente à la criée du lot 49, c’était Oedipa Mass ; dans Vineland[1], Frénésie et Prairie. Comme Maxine, qui enquête à « fonds perdus », elles sont absorbées dans une quête de mondes mystérieux et parallèles. N’oublions pas que la quête est toujours également au moyeu de ses plus vastes romans, en particulier Mason et Dixon ou V, ou de plus modestes, comme Vice caché[2].

Maxine Tarnow, donc, « experte anti-fraude » de son état, qui perdit sa licence officielle en conseillant de troubles clients, évolue en « free-lance » dans un lacis d’enquêtes, parmi tout un peuple de marginaux, de chefs d’entreprises du Net, de programmeurs et de concepteurs, de geeks et de hackers, de « caïds de l’informatique », mais aussi d’agents plus ou moins gouvernementaux, d’espions, d’assassins, sans compter corrupteurs et corrompus, voleurs de fichiers, escrocs du web et autres engeances.

La boussole de l’investigation s’oriente autour de l’énigmatique Gabriel Ice. Pourquoi sa start-up n’a-t-elle pas plongé lors de l’explosion de la bulle Internet ? Au contraire, il semble avoir prospéré, acquérant des canards boiteux, opérant des mouvements de fonds colossaux. Quel rôle joue donc « haschslingrz », une société de sécurité informatique, dans cette « carabistouille » ? L’exploration romanesque et parapolicière plonge alors au tréfonds des canaux du « Web Profond ». Là, parmi les pixels de l’écran, à la croisée et au terme de parcours kaléidoscopiques, où rien n’est référencé par les moteurs de recherche, les banques de données occultes et les transactions malignes prospèrent en zones cryptées au rythme de mots de passe volatiles, de portes dérobées… Vers quelles troubles destinations s’orientent « les vendeurs fantômes, les flux de capitaux à destination du Golfe », alors que nous sommes à la veille du 11 septembre ? Alors que l’on espère « que le mal n’arrive jamais en rugissant du ciel pour exploser en plein dans la tour des illusions où chacun se croit à l’abri », rare moment où Pynchon évoque l’événement-charnière du monde occidental avec un tant soit peu de brio…

Pour corser l’action, Maxine est issue d’une famille juive new-yorkaise, et son ex-mari, Horst, occupe un bureau au centième étage du World Trade Center… Pire encore, Gabriel Ice, qui « joue un rôle clé dans le transfert illégal de millions de dollars sur un compte à Dubaï, contrôlé par le fonds de la Wahhabi Transreligious Frienship […] grand argentier terroriste bien connu », est juif, peut-être « Juif Qui-Se-Déteste ». Est-il « le prochain Empire du Mal » ? Nous laisserons au lecteur découvrir les étapes de l’investigation de Maxine, en particulier une vidéo accusatrice, des délits d’initiés boursiers, finalement détentrice d’une bonne partie des tenants et des aboutissements du complot…

 

Parmi les passages les plus étonnants du roman, il faut compter avec les descentes de Maxine dans le « Web Profond » de « DeepArcher » : lyriques voyages labyrinthiques, pathétiques descentes aux enfers, espace presque métaphysiques, où les identités se démultiplient, voire se restructurent post-mortem, où la pellicule des pixels efface la limite entre le virtuel et le réel de « la viande-sphère ». Là, « DeepArcher [est] sur le point de se déverser dans le périlleux golfe entre l’écran et le visage ». Ce sont « les confins de l’in-navigable », les « confins du commencement, avant la Parole » ; on y trouve « la trace, comme le rayonnement du big-bang, du souvenir, dans le néant, d’avoir été quelque chose ». Ainsi, « qui du Web Profond franchit le seuil / plus jamais ne ferme l’œil. » Mais qui est « l’Archer » ? « Celui-là est silencieux ». Une dimension proprement mystique irrigue de son mystère les plus belles pages, surtout lorsque le « logiciel » et son « manuel » sont comparés à « la Kabbale », les « geeks » à des « rabbins »…

 

Pynchon fonds perdus

 

La composition de Fonds perdus est beaucoup plus linéaire et bien moins arborescente que celle de Contre-jour[3] ou de L’Arc-en-ciel de la gravité ; d’où une réelle aisance de lecture, malgré une concision rarement au rendez-vous, parmi un puzzle aux zones brumeuses, une intrigue souvent cotonneuse, dispersée par le bruit de fond des conversations plus ou moins essentielles, voire totalement accessoires, un peu comme le conçut Gaddis[4] dans son Gothique charpentier. Comme si Pynchon avait tendu un microphone parmi ce sociolecte : le langage vulgaire et branché du lieu et du temps. Ce faisant, il faut lire ce roman comme une lettre d’amour permanente à la cité américaine par excellence, à ses habitants, ses acteurs. Le tableau tendre et satirique du New-York -et par voie de conséquence des Etats-Unis, sinon de l’Occident connecté- de l’aube du XXIème siècle se déploie comme « une anthropo dans le primitif urbain », entre ses chauffeurs de taxi mabouls, ses yuppies, ses passants, ses actionnaires, ses programmeurs et hackers, ses assassins et victimes, ses agents peut-être doubles, sans omettre les  grands manitous de la webéconomie… Un monde souvent futile et clinquant, qui vaut plus par le prix que la valeur, étale sa vanité sous le clavier du satiriste : le « si une pointcom avait une âme immortelle » ne demeure à l’adresse des yuppies qu’un vœu ironique et sans transcendance.

La psychologie n’était guère en son œuvre la préoccupation de Pynchon. Sans aller jusqu’à qualifier Fonds perdus de roman psychologique, il faut admettre là que le personnage de Maxine prend au fur à mesure de la narration -par tableau successifs et diffractés- une réelle ampleur. Le lecteur parvient aisément à une certaine empathie vis-à-vis de cette modeste héroïne, voire à une identification, ce qui trop souvent frôlait l’impossibilité, entre V et L’Arc-en-ciel de la gravité. Les deux enfants de Maxine, le retour de son ex-mari Horst, sa famille, forment un noyau, certes un peu chaotique, néanmoins assez sûr parmi la jungle des yuppies, des geeks, des criminels, des mafieux et des agents plus ou moins gouvernementaux. Jusqu’à ce que la fracture des attentats du 11 septembre incise ce monde de son « bord coupant », ou « bord sanglant », pour tenter de traduire le titre original anglais : Bleeding Edge. Reste qu’au seuil de la vieillesse, une tendresse inattendue pour les relations familiales et interhumaines marque l’art (et peut-être la personnalité) de l’écrivain le plus fascinant et le plus secret des Etats-Unis, dont on sait ne connaître qu’une lointaine photo de jeunesse, qu’une furtive apparition dans le feuilleton des Simpson, un sac de papier couvrant sa tête.

On devine que le traducteur, Nicolas Richard, a dû user d’invention pour se faufiler avec brio au travers des jeux de mots, avec la « Meufia », la « nerdistocratie », avec les néologismes qui incrustent le langage pynchonien : « Au Vodkascript, ils trouvent une salle remplie de gosses-de-richstafariens, de cybergoths, de dev sans boulot, d’uptowners en quête d’une vie moins insipide »…

Il y a des moments de grâce (comme à la fin de Contre-jour) dans l’écriture, lorsque s’imposent des images époustouflantes : « un coucher de soleil post-coïtal », ou « celui qui aurait une vision vanille de ces questions », ou « une quête égocentrique de par le monde à la recherche du sérum de l’orchidée noire », ou encore : « la bulle Internet, hier encore ellipsoïde attirant les regards a beau retomber aujourd’hui en un effondrement rose-vif sur le menton tremblotant de l’époque »… D’autres moments, longuement étirés, piétinent dans les dialogues plus ou moins creux, non sans intercaler ces chansonnettes ironiques et bas de gammes dont la plupart de ses romans sont farcis, comme une marque de fabrique discutable. De même, la sous culture rock et disco, à moins que le lecteur soit un fan accompli capable de frémir au moindre clin d’œil nostalgique, imprègne, sauf la nécessité de faire époque, le fil narratif d’une confiture collante et flapie…

 

Le goût immodéré de Pynchon pour la paranoïa et les théories du complot atteint peut-être ici sa limite. Que le fascinant web profond de « DeepArcher », aux mains du glacial Gabriel Ice, dont l’absence totale de sens moral fait froid dans le dos, puisse être le repaire des convoyeurs de fonds pour des activités terroristes islamistes, soit. Mais que les attentats du 11 septembre puissent tenir leur code source de ce même Ice, des « salauds néolibéraux », de « Bush et les siens », des Etats-Unis eux-mêmes, du conglomérat militaro-industriel, de la CIA et du FBI, visant à accroître leurs revenus et leurs pouvoirs, voilà qui reste une hypothèse, certes à envisager, mais à probablement reléguer in fine dans les fonds perdus du fantasme gauchiste antiaméricain et antirépublicain… Si thèse il y a, la thèse conspirationniste d’un 11 septembre fomenté par la pire droite américaine n’est que l’ail de la paranoïa. Satire des théories du complot ou adhésion grotesque ? Si cette deuxième hypothèse est la bonne, l’auteur pourrait hélas avoir quitté ses talents d’ironiste postmoderne. Dans un roman qui n’est plus celui de la grande époque -de La Vente à la criée du lot 49 à Contre-jour- et qui a l’insigne mérite d’être un troublant jeu de piste fractal, il reste peut-être à Pynchon l’intelligence de laisser, à son lecteur, le choix.

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Etats-Unis
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Mercredi 27 août 2014 3 27 /08 /Août /2014 20:56

 

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Les fillettes papillons de l’art brut.

Henry Darger : L’Histoire de ma vie

 

Henry Darger : L’Histoire de ma vie, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Anne-Sylvie Homassel, Les Forges de Vulcain, 2014, 144 p, 19 €.

 

 

 


Faut-il dire hélas ? Car Henry Darger (1892-1973) ne nous parle pas de son talent pour l’art brut dans L’Histoire de ma vie. Cependant, ce qui n’est sous nos yeux qu’un choix parmi les 5000 pages du manuscrit en dit assez sur ses phobies et fantasmes. Nous  pourrions rêver alors de lire son immense récit de fantasy épique, L’Histoire des Vivian Girls, (quelques 15000 pages inédites) racontant la guerre des « Angéliques » et des « Hormonaux ». Mieux vaut, peut-être, se projeter dans ses dessins suavement et vigoureusement colorés, dont ce livre nous fournit quelques doubles pages bienvenues.

 

La démarche autobiographique est sélective. Le contemporain, les deuils, tout cela est secondaire. A contrario, des événements prennent pour Henry Darger une puissante importance symbolique, un tour cyclique, tels les incendies, tornades, tempêtes de neige et canicules. Presqu’orphelin, on l’envoie dans un « asile de fous pour enfants » (sans dire qu’il fut onaniste jusqu’en public) puis une ferme d’état, avant de devenir portier et homme à tout faire d’hôpital, tout cela sans jamais quitter, l’Illinois et Chicago. Il est tour à tour aimé par les sœurs supérieures, ou humilié. En son monde pathétique, étouffant, il ne cache alors rien de son tempérament « coléreux ».

C’était un homme falot, catholique dévot, à demi infirme et vagabond de rue, qui recyclait les cartons et les magazines pour y concevoir son œuvre, écrite et picturale. Dans ses productions colorées enfantines, les incendies et les petites filles pullulent, reflets peut-être de sa sœur perdue, empreintes d’un fait divers fondateur dont il conserva la photographie découpée (une fillette de 5 ans trouvée étranglée dans un canal). Il semble alors s’agir d’illustrer son désir de les sauver des abondantes menaces et des flammes qui pèsent sur elles. A moins que leur semi-nudité cache des désirs plus troubles. « J’aurais voulu rester toujours enfant », ainsi expose-t-il son complexe de Peter Pan. Ne fut-il que traumatisé par la mort de sa mère, lors de ses quatre ans, ou affecté du syndrome de La Tourette ?

La langue est assez pauvre certes, mais le document a quelque chose de poignant, non sans donner au lecteur une furieuse envie d’en savoir plus sur les dizaines de milliers de pages fantastiques que Darger illustra de toiles, collages et dessins, dans une profusion difficilement imaginable, longtemps restés secrets. Alors qu’il est aujourd’hui considéré comme un des plus grands artistes naïfs du XXème siècle. On parle également à son propos d’ « art outsider », selon le critique Roger Cardinal.

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Henry Darger avait-il conscience de produire des œuvres d’art ? Selon toute apparence, il créait, puisant parmi les déchets, cartons et journaux qu’il piochait dans les rues, de manière compulsive et obsessionnelle, patiente et acharnée, sans s’intéresser le moins du monde à l’Histoire de l’art (il ne fréquentait que les comics et les magazines), sans souci aucun d’exposer, de vendre, ni même de conservation et de postérité. Il fallut que les propriétaires de son logement, à sa mort, s’intéressent à ce fatras gigantesque. Ce qui parait être une définition de l’art brut, ou naïf. Il dessinait, coloriait, aquarellait, comme l’enfant que quelque part il était indéfectiblement resté, contant et étalant pour son seul spectateur -lui-même- ses peurs et ses désirs. Les bandes dessinées et peintes de son imaginaire fantasmatique ne vont apparemment pas jusqu’à expliciter toute sa sexualité, alors qu’un surmoi posait à peine ses limites, entre sadisme, masochisme, tératologie et exhibitionnisme.

Cependant ses petites filles aux corps de serpent, aux ailes de papillon, nymphettes parfois hermaphrodites, projettent leurs visages d’anges vers une sécurité difficilement atteignable. Ses fillettes de pensionnat fuient en chemises de nuit d’immenses mains de feu, ou se réfugient dans les arbres au-dessus de scènes dignes de la guerre de Sécession. Elles sont parfois crucifiées, éviscérées par une soldatesque masculine… Il n'est pas certain qu'une justice immanente ou divine soit à l'œuvre au cours de ce cette lutte étrange entre le bien et le mal. Corps sujets aux métamorphoses, victimes innocentes, spectatrices sereines, ou perverses actrices ? Jamais hors d’atteinte de phénomènes naturels effrayants, d’une société terrifiante, soldatesque et guerrière, de pendaisons imminentes, voire de la sexualité du peintre lui-même… Mais définitivement prisonnières, bien qu’encore préservées, du papier, du carton, de la toile et des couleurs qui les virent naitre : pour le plus trouble plaisir de leur créateur, pour la plus prudente et sincère admiration de leurs spectateurs d’aujourd’hui…

 

Thierry Guinhut

À partir d'un article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des Anges, juillet-Août 2014

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Esthétique
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Samedi 23 août 2014 6 23 /08 /Août /2014 20:56

 

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Giovanni Paolo Pannini : Prophétie de la Sybille dans les ruines romaines, 

1745-1750 Musée de l'Hermitage Saint Petersbourg

 

 

Rome du libéralisme au socialisme :

Leçons de tyrannie et de barbarie pour notre aujourd’hui

 

Philippe Fabry : Rome du libéralisme au socialisme. Leçon antique pour notre temps,

Jean-Cyrille Godefroy, 2014, 160 p, 15 €.


 

À quoi attribuer la chute de l’empire romain ? Les hypothèses se sont accumulées, querelles politiques intestines, amollissement dans les délices de Capoue, intoxication par les canalisations au plomb, pestes, baisse démographique, refroidissement climatique qui contribua à la poussée des barbares germains, tous arguments judicieux, mais sans assurer une totale pertinence. Voici enfin une réponse particulièrement convaincante, de la part de Philippe Fabry : Rome aurait, après son libéralisme initial, succombé sous le poids de son propre socialisme ; ce pourquoi il faudrait en tirer une leçon pour notre contemporain.

 

Il faut passer sur un apparent anachronisme : en effet ni le terme de libéralisme, ni de socialisme, nés autour du XVIIIème et du XIXème siècle, n’existaient au temps de Cicéron. Reste que les concepts, ici explicités à l’aide d’Hayek, deviennent particulièrement opérants si l’on songe à la liberté civique et économique qui régnait au temps de la république romaine, puis à la monopolisation du pouvoir politique, militaire, fiscal et social par les Empereurs et leurs cohortes pyramidales de fonctionnaires, plus particulièrement à partir du règne d’Auguste. Car progressivement, et ce depuis le IIIème siècle avant Jésus Christ, « l’état de droit est effacé par le droit de l’Etat. »

Ne pensons pas un instant que Philippe Fabry n’obéit qu’au brillant de son hypothèse. Le sérieux de sa démonstration repose sur la connaissance de nombreux historiens antiques, de Polybe à Suétone, d’Ammien Marcellin à Zosime, puis modernes, de Montesquieu et Gibbons à Paul Veyne, mais aussi de juristes, comme Ulpien, s’appuyant sur de nombreuses, précises et édifiantes citations. Non sans omettre la précaution requise : le libéralisme de la République romaine n’en était un qu’à la réserve suivante : l’institution de l’esclavage, alors général sur la planète, et qui ne s’effaça qu’avec le christianisme.

Après la guerre civile romaine qui suivit l’assassinat de Jules César, « il n’y eut aucun compromis entre la pratique libérale républicaine traditionnelle et la pratique socialiste populiste du dernier siècle de la République, mais seulement un compromis entre le socialisme par le haut des oligarques et la socialisme par le bas de la plèbe, qui fusionnèrent dans le socialisme impérial, sorte de fascisme romain, le libéralisme républicain traditionnel étant purement et simplement exterminé ». Peu à peu, Rome, au moyen du culte impérial obligé, révulse Juifs et Chrétiens, étrangle la liberté de conscience et persécute ces derniers ; jusqu’à ce que le christianisme devienne religion officielle.

D’Auguste à Dioclétien, l’Empire transforme le régime « de dictature autoritaire en dictature totalitaire avec culte universel, dirigisme économique et social étendu ». Ainsi, clientélisme, corruption, distribution de blé, thermes, théâtres, grands travaux, propagande et art officiel, jeux du cirque (« panem et circenses »), ne sont rien d’autre que « redistribution, emplois publics, subventions, toute la panoplie de l’Etat socialiste ». Le dirigisme économique, le contrôle des prix et la planification de la production deviennent la règle, les ouvriers étant marqués au fer des manufactures d’Etat, au nom de « l’utilitas publica ». Au point de refuser les innovations (comme une nouvelle méthode pour transporter des colonnes) afin de nourrir le peuple par des emplois. Ce qui ne manque pas, ce dans le cadre du « collectivisme philosophique flagrant chez Marc-Aurèle », de castrer tout esprit d’initiative et d’entreprise : « Produire quelque chose devient fiscalement si coûteux que beaucoup renoncent et abandonnent leurs champs ». De plus, « ceux qui recevaient les faveurs de l’Etat devenaient plus nombreux que les contribuables »…

Comment s’en tirait donc l’Empire ? Mais en étendant ses conquêtes territoriales sur tout le pourtour méditerranéen, en pillant les nouvelles provinces et leurs mines d’or, en leur faisant payer le tribut, puis par des impôts toujours nouveaux. Jusqu’à ce que ces dernières, à leur tour étouffées par le dirigisme, ne suffisent plus à remplir les caisses impériales, à payer une armée pléthorique, dont on avait doublé la solde par démagogie, à nourrir les robinets assoiffés de la dépense publique et de l’inflation monétaire… Percevoir les impôts dans les provinces, de juteuse affaire, devint pour les décurions une charge ruineuse qu’on l’on fuit : « Le riche, ou l’enrichi, était destiné à être réquisitionné avec sa fortune pour le service exclusif de la collectivité ». Quant à la justice impériale, elle devint tyrannique et sanglante pour les moindres délits. Là-dessus, les barbares, que l’on avait jusque-là repoussés sans peine, ne trouvèrent plus en face de leurs déprédations la cohésion romaine nécessaire, qu’une armée émiettée par les sécessions, que des généraux punis pour les victoires (de crainte de velléités d’usurpation du pouvoir), au point que les citoyens et le peuple aillent jusqu’à préférer le plus de liberté barbare à la tentaculaire tyrannie impériale. Quand Rome s’effondra, de pire façon encore que l’Union Soviétique qui reproduisit une grande part de ses abjectes tyrannies. Ainsi sont mortelles les civilisations. Quod erat demonstrandum.

 

Sous-titrant son essai, d’Histoire et de philosophie politique, aussi entraînant que passionnant, « Leçon antique pour notre temps », Philippe Fabry, historien du droit et des idées politiques, ose un parallèle judicieux avec le destin des Etats-Unis. Depuis le libéralisme des fondateurs de la constitution américaine, cette superpuissance est en train de vaciller sur ses principes : le poids de l’Etat fédéral, de l’administration, particulièrement celle d’Obama, une fiscalité sournoisement omniprésente, le « Patriot Act » et ses conséquences sur les libertés, malgré la nécessité sécuritaire, pourraient laisser penser que l’Amérique se laisse glisser sur la pente socialiste et tyrannique qui fut fatale à l’Empire romain. À moins que l’inspiration des mouvements libéraux et du « Tea party » lui rende ses entières capacités d’innovation économique et intellectuelle…

 

Reste que Philippe Fabry eût pu aller plus loin dans son parallèle. N’a-t-on pas en France, et dans trop de sociétés occidentales, un budget de l’Etat sans cesse en déficit, des dettes colossales, un recours excessif à la planche à billet, une économie corsetée par un capitalisme de connivence, par les normes, par une fiscalité confiscatoire, par une redistribution pléthorique ? Tout ceci décourageant la croissance, le travail, la création de richesses, l’innovation ; sans compter la liberté d’expression mise à mal. Pire, les barbares ne sont pas à nos portes, mais dans nos murs. Il ne s’agit plus seulement de Goths et autres Vandales qui pillèrent Rome en 412, mais d’immigrés venus de l’aire sahélienne et arabo-musulmane, voire de jeunes Français, à qui nous avons offert du travail (quand il y en avait) et à qui nous versons de généreuses allocations comme an tonneau des Danaïdes, parmi lesquels une croissante proportion ne pratique pas seulement le pillage délinquant, mais le prosélytisme et la tyrannie de l’Islam. Comme lorsque ce qui restait de l’Empire romain d’Orient, Byzance, s’écroula sans peine au VIIIème siècle sous les coups du jihad musulman, parce pas grand monde ne souhaitait défendre une structure si peu propice aux libertés. Hélas les Chrétiens d’Orient ne cessèrent de tomber de Charybde en Scylla. Nous y sommes. Faut-il attendre les prophéties de quelque Sybille dans les ruines, ou veiller à construire l’avenir d’une civilisation[1] digne de ce nom…

 

Thierry Guinhut

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Histoire
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Jeudi 21 août 2014 4 21 /08 /Août /2014 13:14

 

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Fredrik Sjöberg, naturaliste

facétieux et fécond de La Troisième île

 

Fredrik Sjöberg : La Troisième île, traduit du suédois par Elena Balzamo,

José Corti, Biophilia, 208 p, 20 €.


 

Comment peut-on consacrer sa vie aux vers de terre et autres lombrics ? C’est pourtant la spécialité du héros préféré de Sjöberg, dont l’autobiographie fragmentée alterne avec la biographie du scientifique Gustav Eisen (1847-1940). Ce dernier est l’auteur d’une somme sur le raisin, spécialiste des cunéiformes, aquarelliste pléthorique de perles et passionné de ces séquoias qui lui doivent leur survie, par ailleurs ami et mécène de l’écrivain et dramaturge Strindberg. Ce collectionneur de vers (au point de donner le nom de la femme aimée à l’un d’eux) ou encore de vignes et d’aventures, de surcroit nouvelliste et théosophe, est selon le narrateur : « un espalier pour y accrocher ma propre histoire ». Ce dernier, né en 1958, est également un naturaliste curieux, traqueur de papillons et de « Callicera » (ce sont des mouches), dont l’enfance est semée des aventures épiques et souriantes de l’entomologiste en herbe.

 

Ce pourrait n’être qu’un livre de spécialiste ; mais le charme et la persuasion du récit de Sjöberg sont sans mélange. Nous voyageons d’île en île, entre mer Baltique et abords de la Californie, où les explorateurs jouent les Robinson et inventorient de nouvelles espèces d’algues, mais aussi parmi les roches, les forêts et les neiges de la Sierra Nevada. C’est alors que les anecdotes sont savoureuses, voire humoristiques. Comme lorsque l’enfant vole une ampoule de lampadaire pour attirer les papillons et autres « noctuidés », plus particulièrement un fascinant « sphinx ». Comme lorsque la chasse aux insectes permet de courir les filles, lorsque l’on découvre des « parasites qui coulaient des jours heureux dans le testicule d’un ver de terre du Guatemala », lorsqu’un scarabée baptisé « Anophtalmus hitleri » est menacé de disparition par des collectionneurs nostalgiques du Troisième Reich…

Le prosateur est sans lourdeur aucune, quand son lyrisme ne se départ jamais de rigueur scientifique. Rien de rousseauiste, pas de nostalgie d’une nature originelle et mythique, bien qu’il s’agisse des carnets d’un pionnier de l’écologie, dans la tradition du naturaliste Linné. Sjöberg est autant biologiste qu’écrivain, en un bel éclectisme vagabond. On pourrait le rapprocher du Jünger[1] des Chasses subtiles, autre grand moment d’entomologie littéraire et d’écriture somptueuse, mais il le dépasse par la marge grâce à son inénarrable fantaisie.

Quelle est alors cette « troisième île », qui n’est qu’une part d’une trilogie ? L’une de celles de l’enfance en mer Baltique, vierge et féconde en découvertes : galets, mouches, graminées et papillons… À moins qu’il s’agisse, au-delà des personnages de ce vaste récit en archipel, Gustav Eisen et Fredrik Sjöberg lui-même, de l’île du livre achevé, publié chez nous dans la belle et généreuse collection « Biophilia[2] », voguant sur les mers des traductions et des esprits curieux et enchantés des lecteurs…

 

Pour l’amoureux de la nature, « la question de l’environnement […] est une belle religion », mais Fredrik Sjöberg reste un sceptique quant aux « théories alarmistes en matière de climat ». Il n’est pas sans soupçonner les ravages idéologiques d’une nouvelle théocratie dont Gaïa serait la déesse, manipulée par quelques poignées de prêtres politiques trop humains, ajoutant : « ce sont les églises qui m’inquiètent ». Ainsi, sa prudente sagesse, qui ne s’enferre pas dans de lourdes théories globales, est aussi rafraîchissante que son enthousiasme de marcheur et de découvreur, entre insectes insolites et sensations vigoureusement colorées.

 

Thierry Guinhut

Article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des Anges, mai 2014

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

Sjöberg

Sjöberg Transtromerska 3 300

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Russie, Europe divers
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Samedi 16 août 2014 6 16 /08 /Août /2014 20:09

 

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Hans Baldung Grien : Trois sorcières, 1523, Städel Museum, Frankfurt

 

 


 

Histoire et oppression des femmes par Silvia Federici :

 

Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive


 

Histoire et oppression des femmes ; Silvia Federici : Caliban et la Sorcière.

Femmes, corps et accumulation primitive, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par le collectif Senonevero, Entremonde, 464 p, 24 €.

 

 


Disons-le tout net : il est profondément dommage qu’un tel essai aux richesses immenses soit vicié par une omniprésente perspective marxiste. La phraséologie pâteuse de la préface et de l’introduction serait bien capable de décourager le lecteur de bonne volonté. Sans compter, ensuite, de nombreux vices de pensée : d’où vient et quel est ce capitalisme dont il assuré à longueur de pages qu’il est le coupable originel et perpétuel[1] ? Pourquoi marxisme et féminisme, en quoi oppression capitaliste et sorcières paraissent-ils irrévocablement liés ? Dommage encore. Et pourtant, poursuivant avec un méritoire courage notre lecture de cet essai, que de perspectives historiques s’ouvrent ici à nous, que de questions sont soulevées… Débarrassé de ses oripeaux idéologiques, ce Caliban et la sorcière, commis par une universitaire et militante féministe radicale née en 1942, serait, en vue de rendre justice aux Caliban opprimés et aux sorcières brûlées, hautement recommandable.

 

Titre un peu discutable d’abord. Si l’on sait que le personnage de Caliban est devenu le symbole des indigènes colonisés et persécutés, c’est méconnaître la pièce de Shakespeare. En effet, dans La Tempête, Caliban n’est mis en esclavage par Prospéro qu’après avoir bénéficié d’une bienveillante éducation et qu’après qu’il ait trahi la confiance offerte en tentant de violer Miranda. Certes, on arguera qu’il s’agit là d’une diabolisation du colonisé. Cependant l’on comprend mieux le titre, sachant que Caliban est devenu le symbole des exploités et des opprimés, quand la sorcière est celui des femmes diabolisées, également opprimées et sacrifiées. Ce qui résume parfaitement la thèse de Silvia Federici, appuyée par le sous-titre, dont la connotation féministe affirmée permet de ranger l’ouvrage dans la bibliothèque américaine des women studies.

Absence de définition précise (et c’est un comble pour un tir de barrage marxisant) du capitalisme. Plus exactement, s’agit-il de celui né avec les banquiers florentins et flamands au XVème siècle, ou de son expansion au moyen de la révolution industrielle anglaise au XVIIIème, ou des artisans, de leurs ateliers, voire des seigneurs et exploitants agricoles ? Notre auteur emploie indifféremment, dans un flou non artistique, les termes de capitalisme et de « précapitalisme » pour caractériser la période qu’elle étudie, du Moyen-Âge à l’aube du XIXème.

Evidement le capitalisme est le coupable sine qua non, le grand Satan postulé les yeux fermés. Certes, « l’accumulation primitive » du capital se fait trop souvent, au cours de l’Histoire, à coups d’oppression, d’exploitation, d’esclavage. Ce en quoi on ne peut qu’approuver le réquisitoire de Federici. Mais cette dernière semble n’avoir aucune lueur du capitalisme libéral -donc en opposition au capitalisme tyrannique qui s’appuie sur la force, sur l’état monarchique, voire sur le clergé- qui permet à partir des Lumières anglaises une sortie, progressive et inégale selon les régions, de la pauvreté et des exactions pour la plus grande part de l’humanité. Il faut admettre pourtant que, parfois, notre auteur mentionne des contre-arguments venus, par exemple, d’Adam Smith qui défendit les enclosures en arguant de leur meilleure rentabilité et productivité agricole.

 

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Ces précautions prises, et dépassant une pâteuse introduction dont la doxa marxiste est du plus piteux effet, il faut tout de même, et avec conviction, conseiller la lecture de Caliban et la sorcière. Car il s’agit d’un panorama impressionnant des misères de l’humanité. Entre servage, guerres, famines, pestes noires, la condition du « prolétaire » (si l’on peut employer cet anachronisme) est tout sauf reluisante. Il faut là se souvenir à travers quoi sont passés nos ancêtres pour que nous puissions parvenir à notre société d’abondance et de relatives libertés.

D’après Federici, le Moyen-Âge, une fois désagrégé le servage, est un presque havre de prospérité pour les ruraux, qui peuvent jouir des « communaux », là où la vie paysanne communautaire parait bien trop idéalisée par notre essayiste, dont le rêve communiste perdure jusqu’à la déraison. Mais, à la fin du XVIème, les propriétaires anglais mirent en place les « enclosures », « privatisant les terres ». Même si Thomas More, au début de son Utopie, en a justement déploré les conséquences, jetant nombre de paysans dans le vagabondage, la faim et la délinquance, notre auteure en fait le péché originel du capitalisme, à l’égal de la propriété chez Rousseau qui, pour lui, est la cause de l’inégalité. Mais les enclosures sont un phénomène anglais, et non européen, et bien d’autres causes peuvent être à la source de la paupérisation des campagnes, ainsi que des ouvriers des villes. Encore une fois, guerres (de Trente ans par exemple), famines, pestes, baisses démographiques, contribuent au désarroi économique. Bientôt les richesses affluant d’Amérique, obtenues grâce à l’esclavage, contribuent à faire baisser les salaires des ouvriers européens. Sans compter le refroidissement climatique du règne de Louis XIV dont notre auteure ne tient pas compte. Hélas la croissance démographique revenue, elle contribue à égarer les pauvres sans terre, dont les femmes, souvent prostituées par nécessité.

Il faut en effet attendre la page 180 pour entendre sérieusement parler de la condition féminine. Il n’est pas étonnant que celles que Marx et Foucault ont oubliées, (remarque faite avec justesse par Federici) subissent de plein fouet les dégradations générales. D’autant que l’église et l’état se préoccupent de natalité, jetant l’ostracisme sur les femmes non mariées, sur les naissances hors mariage, les abandons d’enfants, les méthodes contraceptives et abortives des fameuses sorcières, poursuivies par l’Inquisition, souvent brûlées… La vision de la femme comme mégère va peu à peu faire place à l’idéalisation punitive de la femme chaste, de la serviable et corvéable femme au foyer. Quoique, faut-il rétorquer, l’idéalisation perdure, depuis la Vierge Marie, en passant par l’amour courtois, jusqu’au romantisme…

Ainsi, « la persécution des sorcières fut le point culminant de l’intervention de l’Etat contre le corps prolétaire de l’époque moderne. » Leur magie, associée aux superstitions populaires, que semble regretter notre auteure, doit s’effacer devant la montée du rationalisme, pourtant plus efficace. Cette dernière, même s’il faut avec elle déplorer cette hécatombe de femmes non conformes, semble (encore une fois) les idéaliser, oublier leur versant de délinquance et de criminalité, ainsi que celui des Caliban qui infestent cours des miracles, campagnes et faubourgs.

De même, la sorcière est éradiquée sur les terres du nouveau monde, dans le cadre d’une mise au pas par les grands propriétaires, par la religion, et au moyen d’une discrimination sexuelle et raciale. Sans oublier le génocide, qu’il soit guerrier, sanitaire[2] ou à cause des mines, dont de mercure, où les Indiens étaient, de fait, sacrifiés. Les Européens ne se font pas faute, à travers l’évangélisation, de castrer également leur liberté sexuelle, d’un bout à l’autre du continent américain.

Le bilan est confondant : « La chasse aux sorcières était aussi un instrument pour la construction d’un nouvel ordre patriarcal où le corps des femmes, leur travail, leurs pouvoirs sexuel et reproductif étaient mis sous la coupe de l’Etat et transformés en ressources économiques. »

 

Il n’en reste donc pas moins que Silvia Federici, malgré nos peu indulgentes réserves, fait œuvre utile et roborative. Il suffit, outre le texte lui-même, toujours fort nourri, généreusement illustré de gravures, de se plonger dans les notes, aussi savantes qu’abondantes, aussi précises que disertes, pour être convaincu du sérieux scientifique, quoique partisan, de la démarche historique. Certes, il y a eu de forts réussies histoires des femmes en Occident[3], mais faire le lien entre l’oppression des pauvres, celle des femmes et des sorcières reste une perspective originale. Sans compter la réhabilitation des figures de la sorcière, trop souvent méprisée, ostracisée. Mais pourquoi enchaîner marxisme et féminisme ? Alors que le capitalisme a fait plus pour les femmes que tous les régimes mortifères issus des perspectives tyranniques du cerveau de Marx[4] ! L’imprimerie, les appareils ménagers, la contraception, ne sont-ils pas, après tout, des réussites universelles du capitalisme libéral au service de la liberté féminine, non seulement matérielle, corporelle, mais aussi intellectuelle ?


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie



[3] Histoire des femmes en Occident, sous la direction de Georges Duby et Michelle Perrot, Perrin, 1992.

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Histoire
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Lundi 28 juillet 2014 1 28 /07 /Juil /2014 18:01

 

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Pierre-Paul Rubens : Vénus et Adonis, 1614,

Musée de L'Ermitage, Saint-Petersbourg

 

 

 

 

Giambattista Marino : Adonis,

la poésie baroque au service des amours de Vénus


 

Giambattista Marino : Adonis, traduit de l’italien par Marie-France Tristan,

Les Belles Lettres, 660 p, 85 €.

 


 

       Il manquait à la bibliothèque universelle une réelle traduction d’un chef-d’œuvre baroque. Adonis, pourtant publié à Paris en 1623, offert à Marie de Médicis, fut bien vite oublié par la France qui, malgré la traduction partielle et infidèle de Chapelain, lui préféra l’esthétique classique. Un héros paisible et sensuel ne convenait pas à un royaume aux politiques martiales. Retrouvons enfin les troubles et abondants délices d’un poème de 41 000 vers, en vingt chants, dont ce généreux volume (prélude de tomes à venir) offre les cinq premiers.

 

      Le jeune et bel Adonis, voluptueux, efféminé, touche le cœur de Vénus où « l’Aube et les autres sphères viennent se contempler ». Elle le convie en son « Palais d’Amour » et lui offre, grâce à la voix de Mercure, en maints récits enchâssés, l’histoire du Jugement de Paris, la fable de Psyché, la mort de Cyparissos. Sans oublier la représentation théâtrale des malheurs d’Actéon châtié par la chaste Diane, car il la vit nue, ce pourquoi changé en cerf, il fut dévoré par les chiens. C’est un véritable opéra-machines en « style chanté », nourri de tempêtes, de combats et de chasses, qui conclue ce premier tome : « L’Invention et la Fable, associées au Poème, l’Ordre et le Decorum unis à l’Harmonie, développent le thème de cette Tragédie, avec la Facétie, l’Argutie, l’Energie. L’Eloquence est l’artiste suprême de la pièce, partageant cet honneur avec la Poésie. Le Nombre et la Mesure l’assistent, avec le Mètre, pour régir avec elle les lois de la Musique. » (Chant V, 123)  Ce en quoi l’on peut apprécier une mise en abyme du poème tout entier.

      Aux chants suivants, et guidé par la déesse, Adonis parcourt cinq jardins symbolisant les cinq sens, où le toucher a le privilège de la supériorité sur tous les autres. La jalousie de Mars, dieu de la guerre, la passion incomprise de la plutonienne magicienne Falsirena pour Adonis qu’elle emprisonne, le retour en roi de Chypre du héros, conduisent les péripéties vers des exégèses philosophiques. Il faudra attendre le dernier chant pour connaître la terrifiante mort d’Adonis sous les coups d’un sanglier, suivie de funérailles et de spectaculaires jeux funèbres. Sans compter que la découverte encyclopédique des planètes des trois premiers cycles de Ptolémée sera l’occasion d’explorer l’utopique bibliothèque de Mercure, qui contient tous les livres publiés, du passé et de l’avenir.

 

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         N’oublions pas enfin que, pour rendre justice à ce monstre magnifique, le choix de la traductrice, en prose criblée d’alexandrins non rimés, évite l’écueil délicat des hendécasyllabes et des stances de l’original italien fort chantant, tout en restituant la richesse colorée d’un style orné de mille métaphores. Peut-être eût-il été souhaitable de ne traduire qu’en alexandrins, mais on imagine sans peine qu’hérissée de difficultés, la tâche déjà éléphantesque, aurait été épuisante aux pieds de la brillante inventivité et musicalité de celui que l’on surnomma le Cavalier Marin.

         Le pouvoir orphique de la poésie est souligné par Apollon lorsqu’il confie sa lyre au dieu Amour : « Car l’harmonie soulage n’importe quel fardeau, si pénible qu’il soit, et elle est très puissante, grâce aux nombres sonores, si l’on veut de surcroît exciter les amours et les solliciter » (Chant I, 36). Vers qu’il faut entendre en italien :


« Ché l’armonia non sol ristora assai

Qualunque sia più faticoso incarco,

Ma molto può co’ numeri sonori

Ad eccitare, et incitar gli amori. »


       Or personne n’échappe aux séductions de l’amour : « Mais elle, ensorcelée par de telles douceurs et faite désireuse d’être cible de l’arc, et mèche du briquet, pénètre, ainsi trahie, dans le cruel logis pour supporter le poids de peines innombrables ; cage sans portillon et geôle sans sortie, forêt infranchissable, océan sans rivage, labyrinthe trompeur d’errances et de leurres, tel est bien le Palais qu’Amour a pour refuge. » (Chant II, 6) On voit combien la rhétorique baroque s’enchante d’anaphores et de rimes, d’énumérations et de personnifications, de paradoxes et d’hyperboles… En d’infinies variations Amour est splendidement et dangereusement qualifié : « Une Hyène, une Sirène qui par sa voix factice et son chant mortel trahit ceux qui l’entendent. Feu qui couve, à la fois rassurant et brulant, aspic qui dort en paix, mais n’en nourrit pas moins le poison en son sein. Séducteur sans pitié, qui charme pour mieux nuire, secourable assassin, qui allèche et qui blesse, geôlier plein d’attentions, qui d’abord met aux fers ceux qui sont condamnés, puis leur ouvre les portes » (Chant III, 4). Allégories, antithèses et oxymores animent l’ondoiement de l’écriture, en un déferlement d’affects, digne de la musicalité des madrigaux et des opéras de Monteverdi.

 

       Ainsi, Marino enrichit la tradition des Métamorphoses d’Ovide, brodant en un feu d’artifice d’images les lumières et les ombres de la mythologie. Sa « plume lascive » dépeint les ardeurs des hommes et des dieux, tout entières contenues entre les fastes de l’amour et ceux de la mort. La dimension narrative du poème n’est pourtant pas dépourvue d’humour, de satire, ni de psychologie, parmi le labyrinthe des conspirations amoureuses. Festins bachiques, éloge d’Amour, qui est éros terrestre autant que céleste, noces de la nature et de l’Art, « grandiose vanité », et « civilisation vénusienne de paix », pour reprendre la préface de Marc Fumaroli, font de ce poème une somptueuse allégorie érotique, politique et cosmologique.

 

Thierry Guinhut

À partir d'un article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des anges, juin 2014

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

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Jacopo Amigoni, 1675-1752 : Vénus et Adonis, Alte Pinakothek, Munich


Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Italie
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 20:40

 

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Jean-François de Troy : Allégorie du Temps dévoilant la Vérité et l’Erreur, 1679-1752

 

 


 

Peter Sloterdijk, le temps du philosophe :  

 

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011


 

Peter Sloterdijk : Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011,

traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Libella Maren Sell, 2014, 624 p, 29 €.


 

Le temps du philosophe dévoile-t-il la vérité ? Pour qui aurait crainte d’entendre « Tu dois changer ta vie », d’affronter la « Colère et Temps » du philosophe, et de s’aventurer parmi l’immense massif de sa trilogie intitulée Sphères[1], ces notes seront une excellente, et presque légère, introduction à l’univers philosophique le plus stimulant de l’époque. Entre temps autobiographique, temps politique et temps philosophique, un nouvel être et temps de l’écriture et de l’histoire bouleverse les Lignes et les jours, sans oublier le pré trop carré de la philosophie.

 

Une discrète et pudique dimension autobiographique irise l’écriture presque journalière. Même s’il s’agit de traces subjectives et strictement personnelles, où le futile est fort rare, elles ne manquent pas d’humaniser la stature du philosophe n é en 1947 : les bribes de confessions intimes concernent la santé, la fatigue, « des problèmes de genou », un « souvenir d’enfance », le plaisir de regarder un match de foot, une émission d’Arte, la « célébration du vélomane » qui parcourt la campagne ou la Toscane... Ce n’est pas non plus cette intense (quoique brève) plongée autobiographique fantasmatique, prénatale et placentaire, dans le chapitre V de Bulles[2] : « Boule de basalte noir, je repose en moi, je couve dans mon milieu comme une nuit de pierre. »… Cependant, là n’est pas l’essentiel, car il s’agit moins d’une vie en journal intime que d’une vie philosophée. Qu’il s’agisse de voyages et conférences, entre Milan, New-York, Birmingham, Berlin, Paris, ou de notes de lecture dans son bureau de Karlsruhe. Partout, dit-il, « recevoir des éloges n’est pas mon fort ». Il se décrit comme un « ogre infrisable […] assez souvent tourmenté, et parfois plein d’humour ». Et soudain, au-dessus de Salzbourg, le paysage montagnard lui apparait « comme un commentaire météorologique à la théorie de la justification de l’existence ». Alors que, régulièrement, sonne le glas d’amis emportés par une mort qu’il sait l’attendre dans un temps encore ignoré… C’est ainsi qu’il élève le journal intime à la hauteur du temps philosophique, alors qu’il dit ne guère faire « confiance à ce genre », qui peut sombrer dans « la littérature des stripteaseurs ». La promesse implicite est tenue : la réflexion est « au-dessus du reflet de soi-même et des autres ».

 

Hors des commentaires sur la vie politicienne proprement allemande, qui peuvent laisser de marbre le trop ignorant lecteur français, il ne craint pas de rétablir des vérités politiques : « Sur toutes les chaînes, papotage populo-psychologique sur la cupidité censée gouverner le monde et porter la responsabilité de la crise. Personne ne veut comprendre que ce n’est pas la cupidité qui est au pouvoir, mais l’erreur -la politique financière fondamentalement erronée des banques centrales ». Et des Etats socialistes, faut-il ajouter, quoique l’auteur de Repenser l’impôt,[3] fustigeant la « cleptocratie légale », en soit bien conscient. Au point d’être -avec raison- implacable à l’égard de la France, dont l’impôt sur la fortune, couplé avec les taxes sur la succession puis l’inflation, « provoque en quarante ans une dévalorisation presque totale des citoyens au profit du fisc ».

Ne va-t-il pas jusqu’à oser : « Ne faudrait-il pas qu’il y ait un jour une légitime défense des citoyens contre des gouvernements incapables ? » Ce à quoi il faudrait rétorquer que les plus justes intentions risqueraient d’être confisquées par les activistes les plus extrémistes et les plus capables, mais de totalitarisme. Ce qu’il devine en remarquant : « Comment le poison de 1933 a-t-il pu être transféré dans les esprits de 1968 ? » Ceux qui ne voudront pas comprendre, taxeront Sloterdjik de provocation, alors qu’il pense que « la philosophie devrait prendre le risque de redevenir édifiante ».

Séismographe du temps, esprit critique des doxas idéologiques et politiques, veilleur des libertés, ce penseur des philosophies politiques est d’abord le critique des totalitarismes : « Fichte [est un] précurseur par rapport à Marx et à Lénine, en tant qu’idéologues de l’exterminisme révolutionnaire ». De plus, « un chemin rectiligne mène aussi de Fichte à l’Islam. […] L’euro-jihad porte tout simplement le nom de militantisme ». Il s’agit de « porter le dernier coup au marxisme-léninisme, monstre sénile mais toujours prêt à passer au meurtre », sans oublier « la magnification de la Révolution [de 1789] par l’hagiographie marxiste [qui] a été la plus grande mystification qu’a connu l’historiographie », ni même « la gauche révolutionnaire restée agrippée dans l’étatisme éternel ». Il sait « combien le léninisme recelait la matrice du fascisme », combien Lénine dicta « la Terreur rouge comme le vrai chemin menant au règne du bien. » Mais aussi que « le marxisme […] n’avait jamais pu se targuer d’avoir satisfait une attente », sauf, faut-il ajouter, celles de ses apparatchiks…

En sa critique des totalitarismes, il n’oublie donc pas l’extrême de la foi, qui « pourrait tout aussi bien signifier la pire aliénation et la colonisation de la psyché par l’absurde ». Fort critique, il regrette « l’absence d’une culture de l’examen de conscience dans le monde islamique », méfiance radicale que l’on ne trouvait qu’à demi-mot dans La Folie de Dieu[4], et qui s’appuie ici sur la juste conviction du « péché originel de l’histoire musulmane, la prise en otage de la religion par la politique ». Cependant, malgré cette clairvoyance, outre son peu d’indulgence coupable envers Israël (« une improvisation politique qui ne dépasse pas le stade des crimes fondateurs »), il fait preuve de trop de réticence envers les thèses de Thilo Sarrazin, qui, dans L’Allemagne disparait[5], déplore la baisse démographique germanique et la marée de l’émigration musulmane. Pourtant, il prêche avec justesse en faveur d’ « une immigration pilotée de nouveaux citoyens issus de cultures d’origine orientées vers la performance »…

 

Philosophe politique, il dénonce « le fait que le terme « libéralisme » ait dégénéré pour devenir une injure » ; ce quand « la haine de la liberté constitue l’affect inavouable par excellence » Il reprend Ortega y Gasset qui affirme : « c’est dans la haine du libéralisme que confluent tous [les] courants centraux » du XXème et du début du XXIème siècle. Car « la haine de la liberté -toujours conçue comme la liberté des autres, qui ont réussi- est le legs du XXème siècle à notre temps ». À n’en pas douter, il faut voir dans cette note psychologique une perspicacité qui va jusqu’à décrypter les philosophies politiques du ressentiment et de la compensation confiscatrice : « Le caractère malsain de la situation se révèle dans les moments où les personnes sans qualités ne peuvent dissimuler leur ressentiment contre celles qui ont des qualités ». Ce qui conduit à un « avenir [qui] appartient à la cohabitation du néoféodalisme et du néosocialisme ». Heureusement, l’on sait qu’il est toujours dangereux, surtout pour un philosophe, de se risquer dans la prédictologie, y compris dans la tradition de Cassandre…

 

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Ce sont des notes de pensées, des « lignes » d’écriture sur des cahiers, comme autant d’esquisses pour des lignes conceptuelles en gestation, au chevet des ouvrages en cours, comme Tu dois changer ta vie, dont il doit se « contenter d’inspecter des matériaux et de déposer des moellons au bord de la route d’accès ». Note où le retrouve le goût éclairant de la métaphore filée chez le philosophe du Palais de cristal,[6] cette image du capitalisme. Comme, lorsque l’on veut « l’avantage sans inconvénient » : « On fonce à toute vapeur devant les autres -et on veut interdire le sillage ». En ce sens, ce sont, conformément au genre des carnets, des pousses en gestations, ou encore à demi-impensés, destinées à nourrir le fantasme et la réalité d’une œuvre-monde et ses « ambitions d’essai-résumé sur le XX° siècle ».

 

En tant que professeur d’esthétique, il n’omet pas de fustiger la prétention de l’art contemporain[7], cette « surévaluation de ce qui n’a pas de valeur », sa prétention à la nouveauté, à la surprise permanente, voire sa vulgarité : « L’absence de goût c’est l’amoralisme dans le domaine de la perception ». Ou encore : « l’esthétique […] réussit, par commutation, des dribbles dans la beauté apparemment absurde, et poursuit jusqu’au remarquablement laid ». Qui sait s’il ne fait pas toujours en la matière preuve de tout le discernement nécessaire ? Est-il touché par le pessimisme et la thèse du déclinisme, ou seulement des accès de mauvaise humeur, comme d’un festival de Salzburg, lorsqu’il affirme : « l’esprit de la culture a de toutes façons pris le large depuis longtemps » ? En fait, il s’insurge contre « tous les faiseurs du théâtre contemporain [qui] se figurent que la Révolution est devant nous », contre « les sans-talents qui, au XX° siècle, se sont réfugiés dans le radicalisme ». Autant dire qu’il plaide pour l’homo sapiens cultivé. La satire contre le grand public est alors acide : « Il ne voudra rien savoir de la différence entre le biface et la Messe en si mineur. […] dans son indécision entre le singe et le génie, il préfère choisir la partie animale ».

 

La permanence philosophique innerve sans cesse ce work in progress. On retrouve l’un de ses grands chemins de pensée, où « tout devient immunologie ». En effet « l’axe immunitaire s’étend des créatures vivantes simples jusqu’aux empires et aux nefs qui les surplomblent sous forme d’images du monde ». Mais aussi lorsqu’il relève ce scandale inouï : « le conseil des Droits de l’homme des Nations Unies a accordé la primauté à la protection des sentiments religieux sur la liberté d’opinion ». Il s’agit bien là non seulement d’un des « protectionnismes » ambiants, mais aussi, faut-il l’ajouter à l’implicite du philosophe, une grave et menaçante dérive qui fait de l’immunité un virus. Avec régularité, il rappelle sa « thèse selon laquelle il faut transformer la métaphysique en une immunologie générale », également ses « diverses approches d’une théorie de la psychopolitique ». Non sans se préoccuper de « l’avenir des neuro-psycho-chimio-socio-infos-technologies ».

 

Ainsi, Peter Sloterdijk ne consent en rien à se draper dans la coupole vide du temps ontologique. La pensée, si elle dépasse le temps de la vie humaine, doit exercer son art critique sur le temps de l’histoire et des mentalités. Ce pourquoi il a préféré remplacer le trop fameux Être et temps d’Heidegger par le contre-projet de son Colère et temps, analyse des pulsions tyranniques qui innervent le mythe, les siècles et les mouvements révolutionnaires.

En ce journal, ses analyses sont parfois plus critiques que ses livres. Rendant un hommage sibyllin au philosophe de la déconstruction, dans Derrida, un Egyptien[8], il avait omis de noter avec ironie que cet « insoumis » cherchait « la mention au Grand Livre de l’histoire des idées allemandes ». Là, il pointe ses « rituels de prudence, de préciosité, de précaution excessive et un certain se-regarder-écrire permanent » qui « exténue » le lecteur bienveillant. Ainsi que l’une de ses « erreurs » : « la thèse selon laquelle le messianique ne peut pas être déconstruit -pas plus que la justice- ». De même, autre icône, Deleuze en prend pour son grade, quoique peut-être abusivement : « avec son affect anti-vertical, n’a-t-il pas administré le sacrement philosophique à l’esprit philistin ? » Voilà des pages qui auraient mérité d’enrichir l’un peu décevant Tempéraments philosophiques[9]

Le goût de l’aphorisme nietzschéen pointe parfois son nez fureteur et bienvenu : « L’Autre n’est-il pas simplement un pseudonyme apprécié pour le moi ? » Ou bien : « L’erreur des tyrannies vulgaires est de trop se faire remarquer, alors qu’une tyrannie imperceptible, si elle était concevable, serait vécue comme une sorte de liberté. » Ou encore : « La modestie, une manière de garder la braise élitaire sous la cendre égalitaire ». Ou mieux : « Jésus prépare l’entrée mémorable des gens de gauche dans l’histoire ».

Ce pourquoi, outre son talent de rhétoricien aux images frappantes, aux formules qui font mouche, et aux métaphores filées au travers de l’histoire du monde et de la pensée, l’on a pu dire que Sloterdijk est le plus écrivain des philosophes d’aujourd’hui. Bien qu’il assène abruptement : « Il faut, plus que jamais, ne pas écrire de roman », il ne craint pas de lire les romanciers, appréciant « la fonction polymythique  qui prend la première place dans le roman », même si « le genre se développe pour devenir une benne à ordures populaire ». Il est alors évident que le mépris du relativisme est la marque sine qua non de la philosophie.

 

À cette mine précieuse, ne manque qu’un index. Où retrouver Rousseau qui « invente en tant qu’écrivain tout ce qu’il anéantit en tant qu’idéologue » et dont « l’idée de volonté générale a été mise en œuvre sous forme de maladie nationale » dans l’Allemagne de 1933. Car « l’infection Rousseau « a libéré les énergies politiques les plus délétères des deux derniers siècles ». Ce que l’on peut vérifier en relisant les sophismes du Discours sur l’inégalité… Car bien sûr, la philosophie est « une créature de la bibliothèque ».

 

Si l’on ne l’avait compris, un philosophe, et particulièrement Peter Sloterdijk, existe pour chambarder les idées reçues, démasquer les doxas, dévoiler des perspectives inédites, afin de comprendre notre Histoire, notre temps, peut-être notre avenir. Terminons alors sur une profession de foi : « Le philosophe, que peut-il faire pour l’homme dans l’oppression ? Pas plus que d’ouvrir la vue telle qu’elle serait donnée dans la savane. Ce n’est pas rien, surtout ce n’est pas toujours bienvenu, beaucoup préférant rester dans leurs tunnels et leurs panoramas. Dans le meilleur des cas, l’intervention philosophique fait régresser l’étroitesse habituelle, l’horizon est de nouveau là, ouvert. » Décidément, Peter Sloterdijk est un philosophe qui a ouvert nos bulles, dilaté nos globes, fait jaillir nos écumes…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie



[2] Peter Sloderdijk : Bulles, Hachette Littératures, 2003, p 376.

[4] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Maren Sell, 2006.

[6] Voir note 1

[8] Peter Sloterdijk : Derrida, un Egyptien, Maren Sell, 2006.

[9] Peter Sloterdijk : Tempéraments philosophiques. De Platon à Foucault, Maren Sell, 2011.

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Philosophie et mythologies
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Vendredi 18 juillet 2014 5 18 /07 /Juil /2014 19:09

 

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Umberto Eco, surhomme des bibliothèques


 

Umberto Eco : De Superman au surhomme, traduit de l’italien

par Myriem Bouzaher, Grasset,  1993, 252 p,  18,60 €.

 

 


 

Comme dans La Mystérieuse Flamme de la reine Loana,[1] où un amnésique libraire d’anciens relit les livres de son enfance, Umberto Eco, fasciné par les bédés, comics et autres romans populaires, traîne avec lui une délicieuse passion pour les superhéros. Lui-même surhomme de la sémiologie, de la culture et du roman, c’est avec humour et modestie qu’il assigne aux héros de papier la place et la fonction du mythe. Ainsi, en son De Superman au surhomme, il agrèga plusieurs petits essais écrits en 1962 et 1976. C’était alors l’époque légendaire des Mythologies et des Essais critiques de Roland Barthes, qui publia l’une de ces gloses de la surhumanité dans la revue Communications. Sous l’apparence du petit sémioticien amusant, Eco plonge dans la structure de nos modèles pour étudier les structures de notre moi et de nos sociétés pétries d’imaginaire.

 

Echo d’une remarque de Gramsci qui fit démarrer notre auteur en attribuant le surhomme nietzschéen au Comte de Monte-Cristo, la couverture de l’édition française s’orne d’un Nietzsche posant en James Bond sereinement armé de son long pistolet… Irrévérencieux et pénétrant, ce condensé de « rhétorique et idéologie du roman populaire » déshabille nos surhommes de chefs d’œuvre autant que de feuilletons et de romans de gare. Fascinants et consolateurs, ils sont finalement « démagogiques ». Depuis le Vautrin de Balzac, en passant par Edmond Dantes, le vengeur emblématique d’Alexandre Dumas, les monstres splendides de la littérature romantique du XIXème et du roman populaire ont essaimé pour ensemencer, non seulement notre imaginaire, mais les romanciers et autres feuilletonistes de papier, de comics et d’écrans qui leur ont succédé. Grâce à la permanence du schéma narratif et idéologique, et au-delà de l’archétype d’Achille, ce héros demi-dieu venu d’Homère, ils assurent la démocratisation du super héros.

Le prototype incontesté du surhomme est Rodolphe de Gerolstein, aristocrate allemand descendu dans les bas-fonds parisiens pour venir en aide aux déshérités. Dans un univers manichéen, le héros justicier des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, est la providence des pauvres. En ce sens, il entraîne son auteur vers un socialisme qui se veut progressiste, et néanmoins paternaliste. Mais, surtout, il met en place les contraintes du roman-feuilleton et commercial, qui saura, par l’abondance de ses aventures, les suspenses et les rebondissements, assurer la victoire de ses bons sentiments et la vertu compensatrice de son héros ; non sans caresser lecteur et lectrice dans le sens de leurs fantasmes et proposer ainsi une figure à leurs espoirs secrets. L’art de Sue établit entre les classes sociales « des liens d’affection » et sauvegarde « à jamais la tranquillité de l’Etat » : « idéologie et structure narrative se rejoignent en une union parfaite ». En fait, en lisant, on ne réfléchit pas aux moyens de changer sa condition, mais, dans une sorte de catharsis, on se repose sur les pouvoirs salvateurs du héros. Celui-ci possède enfin l’or et les femmes, la vertu autant que le pouvoir légitime de la cruauté. Eco remarque d’ailleurs que Madame Bovary est morte d’avoir trop attendu un Rodolphe de Gérolstein…

Quoiqu’il s’en défende, Eco adore Rodolphe et Monte-Cristo. Il s’amuse des surhommes de bazar que sont devenus Arsène Lupin et Fantômas, tout en qualifiant leurs feuilletons d’ « hypocrites, bien-pensants, antisémites au besoin ». Il sait aussi que Mussolini lisait ce genre de littérature populaire et que le gentleman-cambrioleur est un héros marinetto-d’annunzien au petit pied. Plus loin, il vient se moquer de Tarzan, ce bon sauvage, dont le parsifalisme du pur admet « la lutte comme substitut de l’accouplement » et qui devient « le prototype du rousseauiste consommateur de nature vierge ». Quant à Superman, il est le Sherlock Holmes du surnaturel, le prophète d’un new-age providentiel qui parviendrait à vaincre le siècle des machines broyeuses d’individus autant que l’appétit des superdélinquants et supercriminels. Sous ses dehors puérils, il est le Superconsolateur, car il est, comme nous tous, caché sous la timide apparence d’un employé de bureau : « d’un point de vue mythopoétique, la trouvaille est géniale », s’exclame Eco.

La tranquillité de James Bond, sans névrose aucune, fait de lui une merveilleuse machine à fixer le fantasme : les meurtres et les séductions à la gloire de sa Majesté britannique sont sans remords. Fleming, son auteur, passe « de la méthode psychologique à la méthode formelle ». Il joue d’un savant dosage entre l’objectivation à la Robbe-Grillet (cinq pages sur un paquet de cigarettes) et les clichés rebondissements des espions sadiques, des maîtres du monde au service des blocs de l’Est et des top-models délivrées et reconnaissantes. Non indemne de « racisme larvé » et de facile manichéisme, Flemming reste un de ces grands artistes et « ingénieurs en romans de grande consommation » que l’on a envie de relire…

Eco termine par une conclusion (certes provisoire) de 1993, dans laquelle l’humain, trop humain super héros, devient l’homme banal télévisé, qui, dans la lignée d’Andy Warhol, a chaque semaine son quart d’heure de célébrité. L’inspecteur Colombo, médiocre d’imperméable, de bagnole et d’apparence, n’a rien de super intelligent : il n’est que super malin comme nous savons tous l’être…

L’analyse est évidemment brillante, non sans tendre ironie envers ces modèles, et envers les lecteurs qui se laissent prendre en ces rêves. Nul doute qu’il a fallu à son auteur, comme un enfant exalté par la magie des héros fouiller avec délectation sa bibliothèque intime et personnelle. Reste aux disciples du maître des bibliothèques feuilletonesques à étendre cette réflexion au personnage de San Antonio, éternel beau gosse séducteur et policier toujours émérite, mais aussi, entre comics, bandes dessinées et films à grand spectacle, à celui de Batman veillant sur le bien dans une Gotham city gangrenée par le mal.

 

On sent que la constante de cette fascination pour le surhomme d’aventure et de polar a conduit Eco à créer le Sherlock Holmes mâtiné de Saint-Thomas d’Aquin qui anime Le Nom de la rose[2] pour fouiller d'autres bibliothèques. Son ambition fut de concilier les problématiques les plus insondables de la métaphysique avec les séductions consolatrices de l’enquête réussie, malgré la perte et l’incendie du mobile, le volume d’Aristote sur la comédie et le rire. De même cet essai moqueur qui joue à désacraliser les surhommes et autres supermen nous parle d’un grand crime : vouloir tuer le super héros Dieu par le rire du philosophe.

 

Thierry Guinhut

A partir d'un article publié dans la revue Europe en 1993

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie



[1] Umberto Eco : La Mystérieuse Flamme de la reine Loana, Grasset, 2005.

[2] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982.


Eco Il superuomo di massa (1976) - Umberto Eco

Eco De Superman au surhomme (1976 et 1993) - Umberto Eco

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Italie
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Mercredi 16 juillet 2014 3 16 /07 /Juil /2014 21:09

 

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Philippe de Champaigne : Moïse et les tables de la loi, 1650,

Musée de l’Ermitage, Saint-Petersbourg.

 


 

Israël, une épine démocratique


parmi la rose tyrannique de l’Islam

 


 

« Tu ne tueras point », disent les tables de la Loi. Pourtant Israël tue. S’agit-il de légitime défense ? Seule démocratie libérale au milieu d’un marais de tyrannies militaires et obscurantistes, Israël est paradoxalement vilipendé par la communauté internationale. Bafoué, sans cesse menacé, bombardé par la Palestine de Gaza, le Hamas et le Hezbollah, ce pays parait l’oppresseur inique, le talon de fer des opprimés et des faibles, quand il est la cible de la judéophobie et l’anticapitalisme mondialisés. De fait, il serait en la matière prétentieux de prétendre à l'impartialité, à la connaissance totale des tenants et des aboutissants. Ce pourquoi rien n'interdit de développer une contre-argumentation... Tentons cependant de penser la justice en ce terrain malaisé : là où Israël est une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam.

 

Quel pays avertit les habitants du pays visé avant les frappes de ses missiles (ce qui est confirmé par un rapport de l’ONU) ? Quel pays voit ses soldats protéger ses femmes et ses enfants quand celui d’en face se sert de ses femmes et de ses enfants comme boucliers humains pour protéger en ses écoles et hôpitaux ses terroristes et ses caches d’armes (ce qu’avoue même le Hamas) ? Israël, à chaque fois. L’on sait qu’Israël, malgré les impayés, approvisionne Gaza pour 70 % de son électricité, qu’Israël livre nourriture, carburants et médicaments, qu’Israël soigne en ses hôpitaux des blessés cisjordaniens et syriens…

Certes, on ne peut imaginer, en un concours de manichéisme, qu’Israël ne soit que le chevalier blanc du bien face à au Satan noir du mal. Il y a sans nul doute parmi les Hébreux suffisamment de représentants de la nature humaine pour y intégrer « le mal radical » selon Kant, ou « la banalité du mal » selon Hannah Arendt. L’on sait que le démon de la vengeance, de la loi du talion, a pu pousser quelques-uns à brûler un adolescent palestinien en représailles de trois adolescents juifs enlevés et assassinés par le Hamas. Que l’intégrisme de certains fondamentalistes d’un Talmud exagérément rigoriste puisse les pousser à la haine, jusqu’à séparer les hommes des femmes par des draps tirés au travers des rues…

Mais les chiffres des morts et des blessés sous les coups des agressions israéliennes sont invérifiables. Seul le Hamas les fournit aux Nations Unis, et l’on peut imaginer combien ils puissent être des leviers de désinformation, y compris lorsque ses propres missiles tuent. Non évidemment que ces frappes soient indolores, mais elles sont le désir du Hamas qui en tire argument pour dénoncer la violence, le prétendu apartheid et la colonisation. S’appuyant sur la guerre de l’image et de l’information : des photos sanglantes venues de Syrie sont utilisées sans vergogne pour dénoncer les frappes israéliennes.

Gaza abritant des milliers de roquettes (plus de 1400 tirées sur Israël depuis janvier), mortiers et autres armes (venues le plus souvent d’Iran) on est en droit de se demander d’où vient l’argent pour cet infructueux commerce. De l’aide internationale et en particulier de la communauté européenne qui paient les fonctionnaires de Gaza, donc alimentent la corruption, les trafics d’armes, alors que les hôpitaux sont financés par Israël… Ainsi Gaza, quoiqu’il ne s’agisse guère d’un champ de pauvreté à ciel ouvert, plutôt que le paradis de l’économie et des libertés, choisit, aux dépens de ses innocents, de son peuple que le Hamas opprime, la contre-culture de l’endoctrinement fanatique et du terrorisme, maniant le ressort extatique de la haine.

C’est alors que la légitime défense est un droit naturel. Quand 70% de son territoire est sous la menace des roquettes, missiles et autres bombes, le devoir de protection, grâce au précieux dôme de fer, et le devoir de réplique sont les garants de la souveraineté et de la liberté.

Les gisements de gaz au large de Gaza ont évidemment un rôle à jouer dans l’avenir du conflit. On a accusé Israël de viser ces énormes réserves, alors qu’il n’en manque pas au large de ses côtes, l’exploitant depuis un an ; au point qu’il est en passe de devenir exportateur et de déséquilibrer la donne énergétique au Moyen-Orient. Ce qu’il craint est bien plus l’approvisionnement financier qui pourrait en découler, et donc alimenter encore la puissance de feu palestinienne ; sans oublier sa puissance démographique, dont les ventres sont de potentiels soldats.

 

Que faire ? Investir chaque mètre carré de la bande de Gaza, vider toutes les caches d’armes et neutraliser les terroristes ? C’est ce que préconisent les Faucons de la droite israélienne et une bonne partie de la population exaspérée. Mais à ce compte, l’occupation devrait être pérenne, donc coûteuse en énergies, en vies coupables et innocentes, donc passible de la pire diabolisation internationale. Croire en l’amitié entre les peuples ? Se limiter aux frappes chirurgicales et ciblées, à quelques opérations commandos contre les positions et les tunnels du Hamas ? Mais extraire au scalpel une tumeur terroriste ne signifie en rien éradiquer le réseau de tumeurs malignes qui irrigue le Hamas. C’est entrer dans le jeu de ce dernier qui comptabilise les morts (près de deux cents à ce jour) pour avec joie arguer de la vilénie sioniste et juive. C’est attendre que le rayon d’action et le nombre des missiles augmente, que leur sophistication croissante handicape sévèrement la défense de Tsahal, que l’étau venu du califat iroko-syrien, peut-être capable de s’armer de bombes sales aux éléments radioactifs pillés dans les hôpitaux de Mossoul, étende son pouvoir de nuisance et de guerre totale… La raison n’a guère de prise en cet imbroglio, comme lors de trop de tentatives de dialogues sereins, argumentés et mesurés, qui butent sans cesse contre la passion aveugle, les aprioris enferrés, les fins de non-recevoir…

 

Le conflit palestino-israélien n’est pourtant, numériquement, qu’un épisode mineur parmi les métastases immenses de l’atavique conflit entre Sunnites et Chiite, qui ravage l’Islam depuis quatorze siècles, parmi les guerres perpétuelles de conquête qui visent à étendre le califat depuis un obscur désert saoudien jusqu’en Europe et en Asie du sud-est. Sans compter les exterminations de Chrétiens, d’animistes, homosexuels, femmes tentant de se libérer, apostats, athées et autres païens… Ce conflit reste le fer de lance empoisonné qui gangrène les médias occidentaux et mondiaux, tâchant, avec un certain succès hélas, d’exhiber la paille dans l’œil d’Israël, dont les frappes sont loin d’être irréprochables, pour masquer la poutre de tyrannie dans celui de la Palestine et de l’aire arabo-musulmane entière.

Pourquoi cette disproportion ? Des milliers et des milliers de morts en Syrie, au Darfour, au Nigéria, en Irak, au Congo, et le silence radio n’est qu’à peine troublé. Un Gazaouï blessé, aussitôt le curseur de la surinformation, de l’indignation collégiale s’affole. Certes un seul mort, un seul blessé, quel qu’il soit est toujours un scandale au regard de l’humanité, mais c’est bien là montrer le traitement de faveur et de défaveur accordés sans autre forme de procès à la Palestine et Israël. Au milieu d’un océan arabo-musulman, l’oasis de la liberté religieuse et de la réussite économique et intellectuelle est un scandale permanent pour l’obscurantisme et la tyrannie ambiants. La rage contre Israël est d’autant plus forte que ses succès sont grands, car ils ont le tort d’exhiber par contraste ce que l’on ne veut pas voir : les échecs alentour, que les revenus du pétrole n’ont en rien voulu corriger, sinon pour irriguer le prosélytisme djihadiste.

De même l’anticapitalisme postmarxiste et international exècre Israël. Parce que la judéophobie, de Marx à Staline -mais sans oublier la haine du juif chez un autre socialisme, de Céline à Hitler- ne déteste rien tant que ceux qui démontrent combien le libéralisme économique réussit à ceux qui ainsi leur font un pied de nez. Quand liberté religieuse et liberté économique s’associent, les opposants à la liberté font cause commune.

 

Certes, la légitimité de l’Etat d’Israël est sujette à caution. Pourquoi ce territoire sémite n’est-il pas resté arabe ? Quoiqu’il fût assez vide au XIXème siècle, et très majoritairement peuplé de Juifs. Fallait-il revenir sur la spoliation musulmane originelle au septième siècle ? Alors que la déclaration d’indépendance de 1948 parait être le seul péché originel… Depuis le réinvestissement sioniste théorisé par Theodor Herzl, en passant par la volonté des alliés de rendre aux Juifs une terre après la Shoah, Jérusalem est le point d’encrage d’Israël. Hélas, dès l’indépendance, une coalition des Etats arabes voisins fondit sur le jeune Israël, qui, armé par les occidentaux, parvint à les vaincre. D’où l’exode, souvent volontaire, de 700 000 Arabes palestiniens, auparavant attirés par la prospérité économique juive, exode contrebalancé par l’éjection de 900 000 Juifs des pays arabes. Bien malin qui décèlera justesse et justice de cet enchaînement de causes et d’effets… D’autant que la Palestine est une grande fiction, qui n’existait pas quand l’Egypte et la Jordanie en hébergeaient les habitants, mais qui a valeur aujourd’hui de réalité. La question de l’antériorité de l’occupant demeurant le plus souvent indémêlable. À ce compte-là, il faudrait rendre aux Indiens New-York achetée trois fois rien, quoique la plus-value soit absolument considérable ; ce dernier argument étant également valable pour Israël.

Cela dit, qu’est-ce que la colonisation israélienne ? Des terrains achetés à prix d’or, malgré de pauvres résidents sans droit de propriétés -qu’il reste à respecter-, l’extension d’une démocratie et d’une économie bien plus garantes des droits et du confort de ses habitants qu’en tous les territoires qui les entourent… Sachant que 20% des habitants de l’Etat hébreux sont des Arabes israéliens, dont quelques-uns peuvent être députés à la Knesset, le meilleur qu’il puisse arriver aux Palestiniens de toutes régions est de devenir citoyens d’un grand Israël où leur liberté d’expression, de religion et de développement économique soient respectés. Quel vœu pieux ! Les colonies -illégales au regard de la Charte des Nations Unies- apparaissent trop souvent comme des actes de belligérance, comme une appropriation des ressources, y compris s’il s’agit de terrains inoccupés, soudain désirables par tous. Reste que, de crainte d’un éparpillement d’un territoire menacé par la démographie arabe, et des pressions occidentales, nombre de colonies ont été volontairement démantelées, laissant les espaces à la gestion cisjordanienne. Ces causes de friction ne sont guère résolues, pour des raisons stratégiques, sécuritaires, idéologiques, religieuses…

 

On doit croire alors que le nombril du monde, à la jonction du libéralisme occidental et des pulsions tyranniques moyen-orientales, respire et souffre en ce point nodal de la culture judéo-chrétienne, où l’Islam -aux dépens d’un Islam des Lumières embryonnaire- s’est arrogé par la force millénaire la prétention de faire de Jérusalem une de ses villes saintes.  Au point que ce conflit s’invite parmi les cités occidentales, fomentant des manifestations djihadistes dans nos rues, du Québec à l’Allemagne, sans oublier la France, où, à la veille d’un grotesque et hypocrite défilé militaire du 14 juillet, on toléra qu’une synagogue soit cernée aux cris de « Morts au Juifs ». Au point que la judéophobie ait droit de cité, comme à la veille d’une nuit de cristal islamonazie. La lâcheté se serait-elle  substituée à la force comme vertu ?

 

Ne nous détrompons pas. L’Etat Islamique en Irak et au Levant, s’il ne représente pas l’entier des Musulmans, a ses métastases dans le monde entier, rêvant de restaurer un califat de l’Espagne aux portes de Vienne, du Maghreb à l’Indonésie en passant par le Nigéria, sans oublier les poches de charia parmi nos banlieues et nos cités, de Malmö à Berlin, de Lille à Paris, de Montréal à Birmingham… S’il n’est en rien interdit de douter en toute prudence de la politique menée par le pouvoir israélien (séparé du pouvoir religieux, faut-il le rappeler), de ses modalités, de ses actions de représailles, de ses colonisations délicates, mais peut-être salvatrices pour les Arabes qui s’y agrègeraient en paix, il reste nécessaire à notre conscience de la justice de rester en toute conscience aux côtés du droit naturel à se défendre. Ce de la manière la plus civilisée possible, face à l’agression, aux dépens d’un obscurantisme génocidaire intolérable. Si l’épine démocratique israélienne sait blesser, la rose tyrannique de l’Islam n’a qu’un parfum de mort.

 

Pourquoi devons-nous défendre Israël ? Quand Israël et Gaza paraissent l’emblème exhibé de bien pires zones victimaires, en particulier celles de la christianophobie guerrière… Parce que seul l’Etat hébreu, bastion avancé de la civilisation occidentale, sait se dresser -avec la force comme vertu- contre la barbarie d’un Islam régressif qui étend partout son cancer. Entre l’incendie des églises de Mossoul autant que des synagogues du Val d’Oise et l’endoctrinement jihadiste des enfants de Gaza d’une part, et la démocratie libérale des cultures et des sciences d’autre part, il faut savoir choisir…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

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Moïse recevant les tables de la loi, manuscrit médiéval de Rouen

Par Thierry Guinhut - Publié dans : Philosophie politique
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Jeudi 10 juillet 2014 4 10 /07 /Juil /2014 20:06

 

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Tibschbein : Goethe dans la campagne romaine, 1785, Musée Städel, Francfort

 

 


 

Emprunter les chemins de Goethe avec Pietro Citati :


Werther, Wilhelm Meister et Faust

 

Pietro Citati : Goethe, traduit de l’italien par Brigitte Pérol,

L’Arpenteur Gallimard, 1992, 516 p, 28,40 €.

 


 

Qu’on ne s’y trompe pas : on n’ira pas chez Citati lire une énième biographie de Johann Wolfgang Goethe. Á ce compte-là, on ira plutôt consulter celle de Marcel Brion[1], qui est peut-être l’introduction à l’homme et à l’œuvre la plus aisée. Ou Poésie et vérité[2], autobiographie dans laquelle le maître de Weimar se raconte avec une fabuleuse confiance envers ses dons, ses curiosités et ses talents, même s’il s’arrête hélas son entreprise à l’âge de vingt-six ans. Mais si l’on croit savoir ce qu’il faut avoir vécu, observé, étudié et aimé pour être Goethe, on n’a finalement rencontré qu’un masque animé sous lequel, en un mystère de la création jamais résolu, se glissent et s’agitent les vies de ses personnages. Ceux-là mêmes élucidés par Pietro Citati.

 

Ce sont Werther, le légendaire amoureux romantique et suicidé pour lequel Goethe nous offre quelques éléments de la transposition et de son renoncement, et le tout jeune encore Wilhelm Meister, dont le théâtre de marionnettes enfantin est celui de l’auteur en gestation. Jusque-là, les clefs de la lecture biographique à la Sainte-Beuve restent opérantes pour déchiffrer l’œuvre achevée. Au-delà, seule une démarche comme celle de Citati fera rendre tout leur suc aux multiples figures qui culminent avec le Wilhelm Meister et ce second Faust qui nécessita trente ans d’écriture.

Resserrant son étude sur ces deux premières allégories de la condition humaine, peut-être faut-il une certaine familiarité avec Goethe pour lire avec plaisir et profit l’essai de Citati. Mais, avec lui, l’on pourra naviguer comme rarement dans le dédale de l’univers goethéen. Où, comme ses deux peut-être alter ego littéraires, Citati semble croire en sa bonne étoile, en la sauvegarde de son daïmon. Comme son modèle étudié, il a confiance en l’âme, nonobstant la connotation religieuse d’un mot peut-être pas si imprononçable dans notre contemporain (ne serait-ce que parce que Julia Kristeva l’utilise à l’envi dans Les Nouvelles maladies de l’âme[3]). Ainsi, ses héros pourront devenir ce qu’ils sont, en une nietzschéenne préfiguration. Si Werther ne devient qu’un cadavre, c’est par la vocation morale de l’écrivain, qui s’est ainsi délivré de cette tentation : mieux vaut suicider son personnage que soi-même, et faire œuvre de l’impossibilité amoureuse pour l’édification du lecteur. Quoiqu’une poignée d’entre eux eut l’insolence de revêtir l’habit bleu et jaune de Werther pour s’expédier dans l’autre monde d’un coup de pistolet.


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  Quant à Wilhelm Meister, jeune homme de théâtre itinérant, il se laisse promener parmi les plus romanesques aventures de l’existence, parmi lesquelles culmine la rencontre de la mystérieuse et attachante Mignon, qu’il ne comprend pas. Or, en ce roman d’initiation, il a besoin d’être guidé par « la Société de la Tour » pour se déterminer et se mettre enfin à travailler au bien-être de la société. Ce en quoi il rejoint la fin de Faust, qui se consacre à creuser des canaux au service de l'humanité, action qui lui vaudra, au-delà de son pacte méphistophélétique, d’être sauvé. Seule la puissance de connaissance et d’action de Faust peut permettre à Wilhelm Meister de toucher aux archétypes et aux intensités de l’expérience humaine et surhumaine, même si c’est pour buter contre le sarcasme de Méphistophélès, « l’esprit qui toujours nie », lui-même balayé par ce Dieu qui sauve à son nez et à sa barbe son grandiose élève. Il n’est alors pas indifférent de constater que Goethe, après le romantisme de Werther, revient en son classicisme, aux valeurs des Lumières allemandes, de l’Aufklärung de Kant…

Quand avec ses deux héros, mais non sans l’ombre de Faust, et en osmose avec Goethe, Citati parcourt le jardin du monde, on trouve, en son volumineux et nourrissant essai, une foi peut-être naïve, mais rafraichissante, en les possibilités de l’homme. S’il n’a pas l’ambition d’instaurer une distance critique, il veut d’abord comprendre et aimer son modèle, comme il aimera tour à tour Proust ou Kafka. Il raconte, commente et déplie, avec simplicité et émerveillement, grâce à une large culture, les rôles symboliques auxquels il s’identifie.

Rencontrer Werther, c’est trouver l’aporie de nos amours non réciproques et la passion qui innerve de son souffle la pulsion de mort. Rencontrer Wilhelm Meister, c’est accomplir symboliquement notre propre roman d’aventure et d’apprentissage, non sans s’interroger sur le choix de nos amours et d’une carrière. Rencontrer Faust, c’est toucher de nos neurones les plus intimes la finitude du désir et de la connaissance humaines. C'est aller jusqu’en leurs rêves que seul Goethe a su aussi loin accomplir, comme lorsqu’il permet, à son héros d’être la cause de l’amour et de la mort de Marguerite, de tutoyer les infinis du pouvoir et de l’espace, de vivre avec la mythique Hélène, non sans l’indispensable adjuvant du pacte avec le diable, via Méphistophélès…

 

L’architecture des grands livres de l’humanité ne semble pas avoir de secrets pour Pietro Citati, ce Florentin né en 1930. A travers Werther, héros de l’échec, et Wilhelm Meister, héros de la réussite, mais également à travers la transcendance exigeante de Faust, sinon de l’immense spectre de l’œuvre entière, il élucide de « vastes complexes métaphoriques », dont la teneur éthique et poétique nous ravit. Au-delà de l’Olympien aux lourdes œuvres complètes, Citati nous restitue un Goethe léger et éclatant, passionné des vies et des fins de la vie. Comme dans La Lumière de la nuit[4], son essai sur « les grands mythes dans l’histoire du monde », qui se termine pourtant sur « La mort des dieux », nous avons l’impression de « toucher du regard les choses divines ». Qui sont celles de l’humanité la meilleure.


Thierry Guinhut

A partir d'un article -ici revu et augmenté- publié dans Europe, avril 1993

  Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie



[1] Marcel Brion : Goethe, Génie et destinée, Albin Michel, 1949.

[2] Goethe : Poésie et vérité, Aubier, 1992.

[3] Julia Kristeva : Les Nouvelles maladies de l’âme, Fayard, 1993.

[4] Pietro Citati : La Lumière de la nuit, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

 

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Par Thierry Guinhut - Publié dans : Critiques littéraires Allemagne
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Barcelo Himalaya

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L’intégrale des haïkus

Paravent Hasegawa Tohaku

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

Baudelaire Fleurs du Mal Labocetta

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Aphrodite dite Venus de Milo, Detail, Marbre de Paros II av

 

Beckett 

Samuel Beckett : En attendant Godot

Beckett

 

Bengtsson

Jonas T. Bengtsson : Submarino

Submarino


Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Benjamin Baudelaire La fabrique

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices


Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

Chesterton Blake

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

IMG 1331

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolano

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolano : Entre parenthèses

Roberto Bolano, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Borges

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

Friedrich Brumes matinales dans les montagnes, 1808

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre des salamandres, menace totalitaire

Salamandre Buffon

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

Vers le paradis fiscal français ?

Péchés capitaux

 

Catton

Eleonor Catton : La Répétition

Catton.jpeg

 

Ceccatty

Noir souci, ou la passion chaste de Leopardi

Ceccatty

 

Celan

Paul Celan, minotaure de la poésie : John E. Jackson, contre-parole et absolu poétique

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chen Ming

Chine de Mao : Les Nuages noirs

AA-copie-1

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Chesterton Assassin

 

Chevalier

La Dernière fugitive, émancipation féminine

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Séville Casa de Pilatos 2

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

Danielewski 1

 

Darger

Les fillettes papillons de l’art brut

Darger image 1


Dasgupta

Rana Dasgupta : Solo

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident.

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Des bibliothèques à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Eluard

Paul Eluard : « Courage »

eluard dali

 

Emaz

Antoine Emaz ou l’anti-lyrisme

Emaz

 

Emerson

Emerson : Les Travaux et les jours

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Eugenides

De Middlesex au Roman du mariage

Eugenides 1

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables 1

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

facebook-livre.jpg

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

Fallada jeder-stirbt-fr-sich-allein-11824481

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

Landon

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

Eros-statue.jpg

 

Filloy

Juan Filloy : Op Oloop

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

Melancholia Lars von Trier, photo (c) Christian Geisnaes

 

Foucault

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le tigre de la pédophilie

Fragoso

 

Franzen

Freedom ou les libertés entravées

Freedom

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle

Fuentes Aigle

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

Gaddis

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

Garcia Lorca Fuente Vaqueros

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Sonate cartésienne et autres récits

Gass

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

Grozni 1

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Dix guerre, haut

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Vanité

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

Muses Mantegna

 

Guinhut

Philosophie politique

Philosophie-politique.gif

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

Marais poitevin Couv

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

Lg Apollo and the Muses

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

metamorphose1 Casajordi

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rohtko

Trois requiems : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

IMG 0604

 

Guinhut

Le Passage des sierras

Passage des sierras détail


Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

Ré vase

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Haddad jour


Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire: troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales: Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies

Huxley brave new world


Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Florina Ilis


Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Islam

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

Japon

Yoko Ogawa : Cristallisation secrète

Yoko Ogawa : Le Petit joueur d’échecs

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Prune sur paravent Kanō Sanraku, 1559, 1635

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde


Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits

Kawabata Belles

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d’Isaïe, Guerre & guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Lamartine : « Le lac » élégie romantique

Lamartine lac


Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet


Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2


Leopardi

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Jonathan Lethem : Chronic city

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Retour sur Les Bienveillantes

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Arendt : De la banalité du mal

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej 

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

Solnit L'art de marcher

 

Marino

Giambattista Marino : Adonis, poésie baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés


Mythes

Frankenstein

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

Dieux du tonnerre et du vent Fujinraijin-tawaraya, XVII°

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L’Autre portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mystérieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète

Le Petit joueur d’échecs

Ogawa

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Orpheus Franz von Stuck, 1894

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Palahniuk Peste

 

Palol

Phrixios le fou

Palol Phrixios le fou

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets. Les tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Poésie

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Jesse Kellerman : Les Visages

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Chesterton father-brown


Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman

 Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Rome Giovanni Paolo Pannini Prophetie de la Sybille dans le

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Les Contrevies de la Bête qui meurt

Roth-La-bête-qui-meurt

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Russell F

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

Sender Roi

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Shakespeare : six Sonnets traduits

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

   

Shelley Mary

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein Shelley

 

Shteyngart

Super triste histoire d’amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith

Pourquoi je suis libéral

Smith 2

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

Sofsky Vices

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue

Somoza

 

Sonnets

 A une jeune Aphrodite de marbre 

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare
Sonnet peint

 

Sorrentino

Ils ont tous raison

Sorrentino

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss


Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

Uwe Tellkamp : La Tour

Tellkamp

 

Tesich

Karoo ou la revanche de l’anti-héros

Karoo

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

Thoreau désobéissance

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Fernando Trias de Bes : Encre

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Carnets, Chroniques d’un goulag ordinaire

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

Verne Pléiade

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber


Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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