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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 11:05

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Beautés des anthologies

littéraires gréco-romaines

& autres illustres Arabes et Hébreux.

 

 

Anthologie de la littérature grecque,

traduit du grec par Emmanuèle Blanc, Folio, 2020, 944 p, 12,30 €.

 

Anthologie de la littérature latine,

traduit du latin par Jacques Gaillard et René Martin, Folio, 2020, 578 p, 8,50 €.

 

Anthologie grecque, divers traducteurs,

Les Belles Lettres, 2019, 712 p, 23 €.

 

Jean-Léon l’Africain : De quelques hommes illustres chez les Arabes et les Hébreux,

traduit du latin par Houari Touati et Jean-Louis Declais,

Les Belles Lettres, 2020, 203 p, 45 €.

 

 

 

« La tradition rapporte qu’une louve descendue pour boire des montagnes voisines fut attirée par les vagissements des enfants, qu’elle leur présenta ses mamelles avec douceur[1] ». Ainsi Tite Live, au début de son Histoire romaine, conte-t-il le mythe fondateur de Rome, celui de Remus et Romulus. L’on hésiterait s’il fallait en chercher un équivalent pour la Grèce, peut-être la colère d’Achille, moteur de l’Iliade, ou la génération des dieux dans la Théogonie d’Hésiode… Lorsque quatre-vingt et dix pour cent de notre vocabulaire viennent du latin et du grec, nous ne pouvons ignorer qu’une riche littérature git sous les marches du passé, et qu’il ne tient qu’à nous de réveiller. De Troie à Byzance et des quiproquos de Plaute à L’Âne d’or d’Apulée, lire les Grecs et les Romains, leurs historiens et poètes, nous assure une sorte de retrait du monde contemporain, un otium vivifiant, quoiqu’ils puissent nous y ramener au moyen d’un regard critique. Or pour un peu plus qu’une initiation, rien ne vaut les anthologies, soit littéralement les plus belles fleurs, des auteurs les plus connus en passant par ceux plus rares de celles que l’on appelle également « Palatine » et « de Planude ». Et bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une anthologie, les hasards heureux de l’édition nous proposent cependant un autre choix, celui d’ « hommes illustres chez les Arabes et les Hébreux », par Jean-Léon l’Africain.

 

L'on eût rêvé d’un Pléiade, comme l’Anthologie bilingue de la poésie latine[2], que nous avons déjà eu le bonheur de fêter, mais on ne mégottera pas en appréciant la modicité d’un prix d’une douzaine d’euros pour plus de neuf cents pages. Cette Anthologie de la littérature grecque est une constante délectation, depuis le VIII° siècle avant Jésus-Christ, soit celui d’Homère, et non pas seulement jusqu’à la période hellénistique autour d’Alexandrie, mais jusqu’au crépuscule atroce de Byzance, ravagée par les Turc en 1453. Comme de juste, « la prise de Constantinople » est racontée en fin de volume grâce à un extrait pertinent des Démonstrations historiques de Laonicos Chalcondyle, qui déplore combien « la ville était toute entière remplie de meurtriers de de victimes ». Prenant de la hauteur, il ajoute : « C’est le plus grand malheur, par le degré de souffrance qu’il causa, qui soit arrivé dans le monde, égalant ainsi celui de Troie, et, en quelque sorte, le châtiment que les Grecs durent subir des Barbares, pour ce qu’ils avaient fait à Troie ». Ainsi la boucle, tant historique que mythique, est bouclée.

Entre temps les guerres du Péloponnèse, racontées par Thucydide, le siècle de Périclès et de la démocratie, puis celui d’Alexandre aux conquêtes lointaines, ont précédé l’annexion romaine, puis la christianisation, à la laquelle ne purent résister les arguments du philosophe Proclus, de l’historien Zosime et de l’empereur Julien qui crut pouvoir restaurer le paganisme.

Ce sont « des pages choisies pour leur beauté, souvent incandescentes, pour leur importance dans l’histoire des idées ou de la culture, pour leur caractère saugrenu, parfois », nous confie l’ordonnatrice et préfacière Laurence Plazenet, dont la volonté communicative est que ces « éclats de texte […] interdisent l’oubli » ; son talent, aussi érudit qu’élégant fait merveille, sa préface méritant d’être lue et relue avec une rare délectation. Dressant une histoire de la réception des auteurs Grecs, elle œuvre dans la tradition du cardinal Bessarion, qui, au XV° siècle, ramena de Constantinople à Venise plus de 480 manuscrits grecs, et de Jérôme Aléandre, qui au XVI° siècle, acclimata le grec à Paris. Aussi nous rappelle-t-elle combien l’amour est non seulement philia (ou l’amitié sociale) et Eros, celui qui brise les membres, mais aussi dépassement platonicien dans la pureté de la beauté et de l’intellect ; ou encore combien la démocratie athénienne, si elle est notre ancêtre, fut différente de nos usages…

 

Plutarque : Œuvres mêlées, Imprimerie de Cussac, 1802.

Photo : T. Guinhut.

 

Au-delà d’une lecture chronologique, l’on peut envisager de préférer une découverte générique. Malgré le mésopotamien Gilgamesh, l’épopée, la poésie, le théâtre, la philosophie, tout ou presque nait en Grèce. À la création du monde et des dieux par la Théogonie d’Hésiode répond leur influence sur les destinées de Troie et sur le voyage semé d’embûches d’Ulysse. Entre tragédie et comédie, Eschyle et Sophocle convoquent la justice des Euménides et le supplice d’Héraclès, alors qu’Euripide se voit moqué pour sa misogynie par Aristophane. Et comme Homère est le père des poètes épiques, Héliodore est le père des romanciers, Hérodote le père des historiens, Sappho la mère des poètes lyriques…

Bien des choses curieuses nous viennent chatouiller nos oreilles. Hérodote nous apprend que les Egyptiens embaumaient les chats, que les Scythes aimaient les scalps. Strabon nous avertit que les Gaulois, outre leur goût outrecuidant des bijoux en or, aimaient clouer la tête de leurs ennemis à l’entrée de leurs maisons ; mieux, « l’homme qui était voué aux dieux recevait un coup de couteau sur le dos et, à partir de ses convulsions, on prédisait l’avenir » ! Dans ses Tableaux, Philostrate prétendait que « ne pas aimer la peinture, c’est faire injure à la vérité, cette science qui est chez les poètes ». Quant à Aristénète, il aima conter dans l’une de ses lettres, le témoignage d’un peintre : « J’ai peint le portrait d’une belle jeune fille et je suis tombé amoureux de ma peinture »…

Non seulement les auteurs canoniques sont largement présents, quoique Platon, Aristote et Plutarque y soient réduits car facilement accessibles (sauf les immenses Œuvres morales de Plutarque, hélas ici à peine effleurées !), mais des textes rares jalonnent nos surprises. Outre le cosmique bouclier d’Achille, la descente d’Ulysse chez les morts, les Fables d’Esope, nous voici émoustillés par le satiriste impénitent Sémonide d’Amorgos : « Ce fut sans la femme que le dieu / À l’origine conçut l’intelligence ; / L’une, née d’une truie aux soies dures […] engraisse, assise sur son fumier » ; laissons deviner la douzaine de portraits femelles mordants qui suit et dédions les aux censeurs et censeuses d’aujourd’hui…

L’un des traits les plus remarquables de ce volume est la place accordée aux Byzantins, qui sévirent pendant un millénaire, du V° au XV° siècle, tout en respectant la langue classique de l’hellénisme. N’appelait-on pas un Père de l’Eglise du IV° siècle, Jean Chrysostome, soit « Bouche d’Or » ? C’est au XI° siècle qu’une femme, Anne Comnène, l’historienne de l’Alexiade, justifia son art : « la science de l’Histoire dresse un rempart inébranlable pour endiguer le courant du temps et, d’une certaine façon, en arrête le cours irrésistible ; tout ce qui s’y est passé, tout ce qu’elle en a pu retenir à la surface, elle le garde et l’enserre dans son étreinte, sans le laisser glisser dans les profondeurs de l’oubli ». Tous traduits par Emmanuèle Blanc, ces extraits trouvent leur intelligibilité, tandis que les poèmes voient leurs vers respectés, retrouvant, comme Hésiode, « le don sacré des Muses ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous serons un peu moins enthousiastes à l’égard de l’anthologie latine, parce qu’elle est rudement concurrencée, et à son désavantage, par le volume de la Pléiade déjà cité, et parce qu’elle est moins abondante. Reste qu’il s’agit là encore une fois d’un bel outil d’initiation. Allant du dramaturge comique goûté par Molière, Plaute, au II° siècle avant Jésus-Christ, jusqu’au romancier facétieux Apulée, au II° siècle de l’empire, le volume resserre son expertise sur les plus brillantes lettres latines, celles dont un honnête homme se contente volontiers.

Ecoutons l’éloquence judicaire et politique de Cicéron, les stratégies gauloises et alexandrines de Jules César, les séductions amoureuses de Properce et Tibulle, la philosophie de Sénèque et Lucrèce, les historiens Salluste et Tite-Live, le comique Térence dont les saillies résonnent sur les théâtres, le romancier truculent Pétrone, dont le Satyricon fit le lit un brin obscène du cinéaste Fellini. Mais aussi quelques bribes encyclopédiques de Pline l’ancien, dont la Pléiade publia l’intégralité des 1600 pages connues[3], car on ne sait combien disparurent… Et, par-dessus tout, les vers épiques de Virgile, dont le héros Enée descendit aux Enfers grâce au rameau d’or, voire du trop négligé Silius Italicus qui dressa en vers un tableau des guerres puniques, et ceux aux cent mythes des Métamorphoses d’Ovide[4]

Ce serait un brin mesquin et trop aisé de chercher ce qui manque en un tel volume, or l’avantage de l’ordre chronologique d’une anthologie est de nous permettre de jouer à saute-mouton parmi les générations, les genres littéraires, avec à chaque fois de grandes pages, toujours étonnantes : Lucrèce tentant de nous convaincre de « repousser loin de nous tous ces vains simulacres / dont l’amour se nourrit, et vers d’autres objets / détourner notre esprit », le bouclier d’Hannibal, illustré par les soins de Silius Italicus, répondant ainsi à celui d’Achille. Sauf si l’on désire se distraire des grandeurs de la philosophie et de l’épopée, auquel cas l’on lira comment Martial portraiture « Une vieille libidineuse » : « Ton con ? Un paquet d’os, pire qu’un vieil ermite ! » Remercions les traducteurs qui n’ont pas reculé devant la crudité légendaire du poète satiriste et ont su respecter son vœu le plus cher  « Ne va pas châtrer mes poèmes : un Priape eunuque est obscène ! ».

Rendus séduisants par deux aquarelles de Miquel Barcelo, peintes pour l’occasion, ces Folios unilingues bénéficieraient de l’ajout d’une couverture cartonnée, comme en usent parfois avec beauté certains poches de la collection Points. Ne boudons néanmoins pas notre plaisir de glisser justement en poche presque toute la Grèce et la Rome antiques, grâce aux voix des plus grands et des plus insolites, que le temps n’a pas effacé des papyrus…

Ovide : Les Métamorphoses, Michel Brunet, 1701.

Photo : T. Guinhut.

 

Présentée avec bien plus d’élégance, l’Anthologie grecque des Belles Lettres n’est en rien, ou à peine un doublon. Car si le Folio grec puise parcimonieusement dans ce que l’on appelle l’Anthologie palatine, elle est ici bien plus largement présente au côté de celle de Planude, en un fort volume accueilli par la collection des « 100 ans » de l’éditeur, dont nous avions déjà fait un éloge appuyé[5].

Deux collections irriguent donc ce généreux trésor. Cette myriade d’épigrammes, compilée entre le III° siècle avant notre ère et le X° siècle, goûte un genre poétique bien plus modeste que l’épopée : de brèves pièces, qu’achève un trait d’esprit, une chute brillante, l’on dira un concetto à l’époque baroque :

« L’enfant thrace, en jouant sur l’Hèbre pris de glace,

A brisé sous son poids la nappe d’eau durcie

Et tandis que son corps glisse au bord de l’abîme

La tête est détachée par l’aigu de la lame.

Sa mère la confie au bûcher en pleurant :

« Hélas j’ai enfanté pour l’onde et pour la flamme !... »

Elles peuvent être amoureuses, érotiques, voire vigoureusement licencieuses, philopédiques, mais aussi bucoliques, funéraires, héroïques, bachiques ou encore satiriques. L’époque alexandrine en est particulièrement friande. Et de récentes découvertes ont encore livré des papyrus de l’école de Cos, avec une centaine d’épigrammes sensuelles dues à Posidippe ! Elles connurent à l’époque symboliste une vogue incroyable, inspirant abondamment Pierre Louys et ses Chansons de Bilitis.

C’est vers l’an 900 que le moine Céphalas (« la grosse tête) compila cette Anthologie palatine, non sans y joindre des épigrammes chrétiennes, alors qu’en 1301 un autre moine byzantin, Planude, donna son nom à la seconde anthologie. Heureusement, en 1423, le manuscrit rejoint l’Italie, échappant à une destruction programmée trente ans plus tard. Les poètes recueillis s’appellent Callimaque, Diodoros, Eratosthène le scholastique,   Rufi ; ils aiment tant et tant l’amour : « Baignons-nous, Prodikê, puis couronnons-nous de fleurs, et pour humer le vin pur, prenons des coupes plus grandes. L’âge des jouissances est bien court dans la vie ; ensuite tout le reste du temps, la vieillesse nous les interdira, puis ce sera la mort ». À moins que l’on préfère de Philodème : « Elle est petite et noiraude, Philainion, mais plus frisée que le persil, plus douce de peau que le duvet, plus ensorceleuse de sa voix que le ceste d’Aphrodite ». Automédon est plus charnel et termine ainsi : « Elle baise de la langue, chatouille, enlace ; elle a des mouvements de jambe qui vous ramènent de l’Hadès votre trique » ! À ces grâces, Palladas, parmi ces épigrammes morales,  répond : « Dieu maudisse le ventre et tout ce qui le nourrit : car c’est par là que la chasteté se perd ». La satire peut être virulente : « Son enfant nouveau-né, il l’a jeté à la mer ce gueux d’Aulus. Il avait fait le compte de ses dépenses s’il le conservait en vie ».  Quant à Méléagre, s’il use de la muse garçonnière, c’est pour être sans ambages : « Ecrire que Théron est beau, jamais plus ! De même pour Apollodote, cette flamme de naguère, aujourd’hui tison, Moi j’aime les amours délicates : l’étau des trous poilus de ces ribauds, je le laisse aux bergers qui enfilent les chèvres ! » La galanterie est tantôt suave, tantôt féroce. Préférons alors Méléagre : « Les trois Grâces forment la triple couronne qui entoure la couche de Zénophilia ; comme insignes d’une triple beauté, l’une sur son teint a mis le désir, l’autre sur toute sa personne le charme, la troisième dans sa bouche le beau parler ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on connaît abondamment les « hommes illustres » Plutarque, comparant les Grecs et les Romains, toujours à l’avantage des premiers, et de Périclès à Jules César, l’on ignore trop souvent ceux des Arabes et des Hébreux. Aussi faut-il glisser à portée de  lecture l’opuscule de Jean-Léon l’Africain écrit en latin à Rome en 1527. La vie de celui qui s’appela d’abord al-Hasan Muhammad al-Fasi est tout un roman (qui inspira d'ailleurs Amin Maalouf[6]). Né à Grenade, grand érudit et voyageur, enlevé par des pirates espagnols, il se convertit en 1520 au Christianisme à Rome, pour écrire une Description de l’Afrique.

Parmi ses Quelques hommes chez les Arabes et les Hébreux, l’on croise « Mesuah calife médecin », qui, en fait chrétien syriaque, traduisit nombre d’œuvres du grec vers l’arabe, quoique celles qui n’intéressaient pas furent livrées aux flammes sur ordre des califes. Ce n’est pas sans ironie que nous lisons aujourd’hui ce panégyrique du philosophe aristotélicien Esciari : « Il réfuta également tous les autres raisonnements, ainsi que les opinions et sectes apparentées, au point que jusqu’à maintenant toutes les doctrines sauf la sienne sont appelées hérétiques ». Nombre de ces Arabes sont en fait persans, comme Avicenne et Gazzali. Les médecins, comme Rasi, Avicenne (dont le Livre de science est chez nous traduit[7]), y sont tenus en grande estime, même si le récit de leur vie est souvent fantaisiste et à demi-légendaire, nourri d’anecdotes comme celle du paysan dont le membre enflé avait pénétré un âne et que Mesuah sut brutalement guérir, ou celle de Ttograi qui mourut percé par la flèche du garçon aimé. Ce qui rend la lecture, au-delà d’une dimension historique et modestement encyclopédique, beaucoup plus divertissante qu’attendue. Esseriph Essachalli est lui géographe, quoique bien moins célèbre qu’« Averois », plus connu sous le nom d’Averroès, commentateur d’Aristote (De l’âme). Ici sa vie est narrée, comme beaucoup de ses compères, en l’espèce d’une hagiographie. Pourtant l’on sait, en dépit d’une tenace légende qui voudrait nous le faire accroire modèle du Musulman raisonnable, qu’il prêchait le jihad contre les Chrétiens, qu’il prétendait à la supériorité du Coran sur la raison, cette dernière ne permettant que d’accéder à la connaissance de Dieu.

Moins nombreux sont les illustres Hébreux. Là encore, ils sont souvent médecins et philosophes, tel Isach fils d’Erram, qui rédigea un Traitement des poisons. Ou Moise ibnu Maimon, soit Maïmonide, traité bien trop rapidement, sans même citer son Livre de la connaissance. Quant à Abraham ibnu Sahal, bien que réprouvé par Averroès, son amour pour un jeune Hébreu lui fit composer des chants que l’on achetait à Cordoue plus cher qu’un Coran ; ce dont on déduisit la future chute de la ville prise par les Chrétiens.

Malgré ses erreurs, ses lacunes (par exemple sur Al-Farabi, vite expédié), cet opuscule resta longtemps une référence, à tel point que l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert en emprunta sans vergogne plus de la moitié. En cette édition aussi soignée qu’érudite, il témoigne une fois de plus de l’insatiable et érudite curiosité des irremplaçables éditions des Belles Lettres.

 

Bien que plusieurs intellectuels arabes et persans fussent férus de la médecine de  Galien, de la géographie de Ptolémée, de la philosophie d’Aristote, et commentèrent son De l’âme, soit les traités métaphysiques, comme le fit Averroès, ils sont loin de s’être intéressé à toute son œuvre, tant ils ignorèrent la Poétique, ne firent qu’effleurer La République de Platon. Ils laissèrent dans l’ombre, ou plutôt détruisirent les poètes et romanciers grecs, sans parler des Latins ignorés par leur intolérante incurie. Contrairement à une indécente imagerie, qui est de l’ordre de la propagande musulmane, ils n’ont joué aucun rôle dans la conservation et la diffusion des manuscrits grecs (ce sont d’ailleurs des Syriaques chrétiens - ou convertis pour ne pas littéralement perdre la tête - qui traduisirent en arabe) et restèrent étrangers à l’esprit grec. En revanche, comme nous l’avons déjà signalé, ce sont les Byzantins fuyant la tyrannie turque qui ramenèrent en Italie abondance de textes. En outre, l’Occident conservait déjà moult manuscrits dans ses abbayes. Comme le De la nature des choses de Lucrèce, découvert dans le sud de l’Allemagne par Le Pogge[8] au XV° siècle. Ce sont surtout les œuvres d’Aristote, à peu de choses près complètes, qui reposaient sous la bonne garde des ecclésiastiques occidentaux, en particulier au Mont Saint-Michel, où Jacques de Venise se fit l’infatigable traducteur en latin du Stagirite au XII° siècle, comme l’établit avec précision Sylvain Gouguenheim dans son essai titré Aristote au Mont Saint-Michel, et pour qui « L’hellénisation sépare plus qu’elle ne réunit l’Islam et la chrétienté[9] ».

 

Nos chers auteurs grecs et latins nourrissent encore pour longtemps notre créativité et notre univers Jusqu’à la fantasy, les mangas ou les jeux vidéo qui peuvent être farcis d’allusions et de références. Du dessin animé de Walt Disney s’amusant d’Hercule au réemploi subtil fait par James Joyce dans son Ulysse, jusqu’au jeune auteur qui fomentera demain un rêve, les voies étranges de l’inspiration gréco-romaine ne faibliront probablement jamais. Car au-delà d’une imagerie, voire d’une quincaillerie pour films homériques à grands spectacles, tant de beautés, de sagesse et de savoirs, tant d’ironie sont à notre disposition, comme cet inénarrable « Eloge de la mouche », par Lucien, éloge paradoxal d’où découla l’Eloge de la folie d’Erasme, savante critique en latin de l’Eglise de son temps, et grain à moudre au service de nos folies contemporaines[10]

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Tite Live : Histoire romaine, Hachette, 1877, t I, p 10-11.

[3] Pline l’Ancien : Histoire naturelle, Gallimard, La Pléiade, 2013.

[6] Amin Maalouf : Léon l'Africain, Le livre de poche, 1987.

[7] Avicenne : Livre de science, Les Belles Lettres, 1986.

[9] Sylvain Gouguenheim : Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008, p 200.

[10] Voir : Eloge de vos folies contemporaines

 

Eschyle : Théâtre, De l'Imprimerie de la République, An III.
Photo : T. Guinhut.

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 17:08

 

Temple d’Antonin et Faustine, Forum, Roma.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

L’empire de Rome, de César à Fellini,

en passant par la poésie latine

& son anthologie.

 

Tout César, traduit du latin par Alessandro Garcea,

Bouquins, Robert Laffont, 2020, 960 p, 30 €.

 

Anthologie bilingue de la poésie latine, sous la direction de Philippe Heuzé,

 La Pléiade, Gallimard, 2020, 1920 p, 69 €.

 

Jean-Noël Castorio :

Rome réinventée. L’Antiquité dans l’imaginaire occidental de Titien à Fellini,

Vendémiaire, 2019, 448 p, 24 €.

 

 

 

Rome ! À ce nom, les légions de l’Histoire se lèvent aux quatre coins de la Méditerranée, les temples résonnent des augures invoquant Jupiter et Mars, les cirques hurlent les noms des gladiateurs, les bibliothèques bruissent des textes de Cicéron… Toutefois le nom qui sonne le plus intensément dans les mémoires est peut-être celui de César, césure et trait d’union entre la République, qu’il abattit, et l’Empire, chapeauté par son fils adoptif, Auguste. L’on doit à Rome une langue qui sonne encore au travers de près de 80 % de notre vocabulaire, une littérature prodigieuse, dont la poésie latine s’élance de plus belle en une brillante anthologie, jusqu’à nos jours. Rome encore se dresse un empire dans l’imaginaire occidental, sans cesse vivante au travers de la littérature, de la peinture et même du cinéma, jusqu’au surprenant Fellini.

 

Le lecteur français aimanté par Caius Julius Caesar pense immédiatement au conquérant du commentaire sur La Guerre des Gaules ; quoiqu’il soit difficile d’en séparer La Guerre civile. Le genre, attesté depuis les mémoires de Sulla, hélas disparues, est d’ordre historiographique et autobiographique : l’on sait que son auteur emploie l’honorifique troisième personne : « César envoya des éclaireurs et des centurions pour choisir un camp ». C’est entre 58 et 45 avant Jésus Christ, que ces haut-faits se déroulent, du premier coup de mains contre les tribus gauloises à la défaite des partisans de Pompée. Outre l’auto-éloge qui vise à faire connaître ses qualités et s’assurer un réel pouvoir politique parmi les colonnes du forum romain et bien au-delà, l’intérêt de ces textes dépasse la dimension stratégique et diplomatique mise en œuvre par le général. Car bien des connaissances sur nos ancêtres les Gaulois, qui ne voulaient pas de l’écriture pour préférer la transmission orale des connaissances, en particulier entre druides, nous viennent des pages de César. La figure de l’Arverne Vercingétorix est évidemment exaltée, de façon à mettre en valeur le mérite de César, dans une démonstration sans cesse animée par l’intelligence : « Il ajouta qu’il n’aimait pas moins dans un soldat la docilité et la retenue que la fermeté et la bravoure ». La Prise d’Alesia est un modèle de récit épique, s’achevant par la reddition de Vercingétorix dont « les armes sont jetées à ses pieds ». Et pour reprendre les mots d’Alessandro Garcea, « à l’instar de la Guerre des Gaules, la Guerre civile est une œuvre apologétique, fondée sur deux arguments : la liberté du peuple romain contre le pouvoir d’une faction minoritaire et le soutien que les troupes du leader charismatique rencontrent en Italie et ailleurs ». À la longue défaite de Pompée, font suite la Guerre d’Alexandrie, les Guerre d’Espagne et d’Afrique, qui sont des textes apocryphes.

Et puisqu’il s’agit de Tout César, nous voilà surpris par ce que l’auteur de ces modestes lignes ignorait superbement : Il écrivait des discours, des correspondances, ce qui aurait dû tomber sous le sens du moindre historien sensé, tant un Romain de famille patricienne devait connaître et pratiquer l’art oratoire et des lettres, celui de la rhétorique. Que le général fut bien plus qu’un soudard, nous ne l’ignorions pas, mais au point d’apprendre qu’il écrivit des Traités, nous voici stupéfait, tant une imagerie venu d’Astérix le Gaulois nous bouchait la vue. Nous le découvrons auteur de L’Analogie, un traité de grammaire où importe « la sélection lexicale ». Car à la rhétorique ornée de Cicéron son contemporain et rival politique, il préférait la limpidité et l’exactitude au service de l’écriture ainsi que de cet art oratoire qui avait tant d’importance chez les Romains. N’oublions pas à cet égard que César, outre la création du calendrier Julien, fut à l’origine de l’édification d’une bibliothèque publique qui ne fut réalisée qu’après sa mort. Quant aux Poèmes (dont un Voyage) et au Recueil de bons mots, tout est perdu, sinon de très minces bribes de Discours

Cette édition césarissime est solide et généreuse. Consultez ses cartes des tribus gauloises et des déplacements de l’armée de César jusqu’en Egypte. Ouvrez son index, cherchez et trouvez Crassus et Cléopâtre, qui « avait donc orné son appartement avec splendeur et son lit avec somptuosité ; elle s’était en outre parée avec une négligence affectée ». L’on sait qu’avec son Jules, elle aura un fils, Césarion. Grâce à Alessandro Garcea, traducteur émérite, érudit scrupuleux, cette édition vient ranimer sur les rayons de nos bibliothèques, un vide de la mémoire.

Né en 100, nommé dictateur en 49, Assassiné par Brutus et un complot de sénateurs, la comète de sa gloire inspira la stratégie napoléonienne et les historiens de la Gaule, les dramaturges Shakespeare et Voltaire. Cependant est-on sûr de devoir apprécier sa mise au pas de la République, sa « bureaucratisation » de l’Etat, selon le mot de Suétone, et qui mit fin à un certain libéralisme romain[1] ? De celui qui fit l’objet d’une biographie par Napoléon III, et si l’on ne lit guère le latin, il reste le plaisir visuel et furtif de l’édition bilingue et surtout complète tant que faire se peut d’un homme universel et cependant vigoureusement controversé.

 

 

Pourtant il ne s’agit pas tout à fait une langue morte. L’on risquerait à la trouver bien vivante, tant depuis le III° siècle avant Jésus-Christ avec Livius Andronicus et jusqu’en 1979, soit à peine hier, avec Pascal Quignard, la poésie s’écrit en latin. Cette Anthologie bilingue de la poésie latine rejoint en Pléiade celles consacrées à l’Espagne, à l’Angleterre, à l’Italie, à la France cela va sans dire, et à la Chine[2].

La gageure, vu l’immensité du corpus, était de taille. L’on n’allait pas publier in extenso Virgile, Ovide et Lucrèce, quoique fondamentaux, mais en donner des extraits emblématiques. Et glaner les plus belles pièces des indispensables seconds couteaux que sont Horace et Catulle, les coquineries et épigrammes de Martial, les satires de Juvénal, faire découvrir des quasi-inconnus.

Si elle subit les assauts des Barbares, fut témoin des Vandales avec l’historien Procope et de la chute de l’Empire en 473, si elle devint chrétienne, quoiqu’évoluant, voire s’abâtardissant comme toute langue, la langue latine n’en perdit pas pour autant de sa superbe. Idiome de l’église romaine, de la médecine et de la philosophie, elle tient bon pendant un millénaire, garde la métrique de la poésie et accueille la rime, avant que les poètes de la Pléiade, s’ils versifient en langue française, aiment, comme Du Bellay, celle-ci comme son épouse et la première comme sa maîtresse :

« Gallica Musa mihi est, fateor, qua nupta marito.

Pro Domina colitur Musa latina mihi ».

Et même les plus audacieux des poètes modernes, Baudelaire et Rimbaud, ont le goût des hexamètres et écrivent pour l’un « Franciscae meae laudes » (Louanges à Francisca), pour l’autre « Tu vate eris » (Tu seras poète).

Malgré l’antériorité de la Grèce à laquelle elle est redevable, le I° siècle avant Jésus Christ est un siècle d’or pour la poésie, de Catulle à Ovide et ses Métamorphoses[3] de Lucrèce et son De la nature des choses, de Properce à Virgile et son Enéide, tous ici généreusement représentés. Même César et Cicéron, jusqu’à Néron et Hadrien, ont composé sous l’inspiration des Muses. Pourtant, faute de la clémence des siècles, toute une « littérature latine inconnue[4] » ne surnage que par citations et lambeaux, et, comme Gallus, par noms muets !

L’âge de l’humanisme se prit d’un nouvel amour pour le latin, y compris « de cuisine », comme se moquait Lorenzo Valla du Pogge[5], mais surtout de celui de Cicéron, quoiqu’Erasme nourrît à cette occasion un pamphlet intitulé Ciceronianus. Le classicisme vénéra l’Art poétique d’Horace, imité par Boileau. Grâce à son Latin mystique, Rémy de Gourmont fit aimer en 1892 jusqu’aux auteurs de la décadence et de la spiritualité chrétienne médiévale. Faute de peut-être encore s’exercer en sa langue (et pourquoi pas ?) la Muse latine n’a pas fini de nous inspirer.

 

 

 De régal en régal, nous allons feuilletant, de l’inspiration mythologique à celle biblique ; des fables de Phèdre à celles d’Avianus qui enchantèrent La Fontaine ; du fleuve épique au chant amoureux, de la virulente satire à l’ardente prière. « Sont-ils des puces, des punaises ou des poux ? Réponds-moi ! » C’est tout ce qui reste d’une comédie, Le Poignard, de Livus Andronicus. Non loin de « La douceur de la parole, la délicatesse du comportement », par Marcus Pacuvius, voici Caius Lucilius : « J’ai dit. Je reprends mon début : même une épouse décrépite et cavaleuse, je préfèrerais l’enfiler plutôt que me châtrer moi-même ». Il ne faut pas oublier que les satiristes, comme Martial, ont la langue salée : « Tu dis que les jolies filles brûlent d’amour pour toi, Sextus, toi qui à la face d’un nageur en apnée ». Le plus fameux est peut-être Juvénal qui, en sa sixième satire inspirant Baudelaire en son « Sed non satiata », moque Messaline : « la vulve raide et tendue, / elle s’éloigne, épuisée par l’homme, mais pas rassasiée, / hideuse, les joues noircies, souillée de la fumée des lampes / et rapporte au lit impérial les remugles du bordel ». Plus délicat est Arborius : « ce sont tes doigts qui mettent en valeur les bagues ». Cicéron préfère narrer un « songe » et « les inquiétantes conjonctions d’étoiles à l’éclat étincelant ». Virgile fait visiter à son héros les Enfers : « Ils allaient obscurs sous la nuit solitaire, ombres silencieuses ». Lucain également pratique l’épopée : « Quand le sinistre Achillas lui perça le flanc / de sa lame, il accueillit le coup sans gémissement ; méprisant le crime, il maintient son corps immobile ».

Plus tard, ce sont Hilaire de Poitiers, qui, en ses Hymnes, ourdit sa « Louange du Christ », et Ambroise de Milan pour qui l’ « Hymne du matin » est l’occasion de louer Dieu. Le peu fameux (et pourtant !) Hildebert de Lavardin conte le malheureux trépas d’un « hermaphrodite » et s’adresse à Rome avec ardeur, « alors que tu es presque entièrement en ruine ». Quant au philosophe de la Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin, il ne répugne pas à ciseler les vers d’un « Pange lingua » (Chante, ma langue) adressé au mystère du « corps glorieux et du sang précieux » du Christ. Pour autant le Moyen âge peut être plus que facétieux avec un anonyme « Débat contradictoire de la bière et du vin ». Lors de la Renaissance, l’humaniste Ange Politien aime délaisser un moment les amours galantes et platoniciennes pour le blâme sévère : « tu infliges à tes misérables pages / des vers pleins d’insanités ». L’on devine qu’un brin d’anticléricalisme ne fait pas de mal, si Euricius Cordus, d’un coup d’épigramme, se moque : « les prêtres n’ont plus de servantes, ils ont des maîtresses ». Un certain Palingène, dont l’inquisition fit déterrer et brûler les restes vers 1543, écrit un didactique Zodiaque de la vie où fourmillent morale et démonologie, critiques féroces des moines, des femmes et des faux savants. Plus scientifique encore est Giordano Bruno, qui lui fut bien brûlé vivant sur le bûcher, et défendit en vers Nicolas Copernic parmi Des innombrables, de l’immense et de l’infigurable.

Malgré la richesse inénarrable de ce volume, il a fallu faire des sacrifices, comme Le Siège de Paris par les Normands d’Abbon[6], venu du IX° siècle, ou l’Anti-Lucrèce de Polignac (1747), ici absents. Cependant si la modeste bibliothèque de l’auteur de ces lignes eût voulut lui tendre un piège, elle dut reconnaître la présence d’auteurs rares comme Claudien et son Enlèvement de Proserpine, ou Vida et sa Poétique venue du XVI° siècle…

Cédons au « quaedam dulcedo et sonoritas », cette musicalité latine qui enchantait Pétrarque, en nous surprenant à lire à haute voix quelques vers originaux. Y compris lorsqu’ils s’égrènent sur une page presque blanche et mallarméenne grâce à Pascal Quignard : « inter aerias fagos / saltum et / terrorem. (Quid ergo ?) » ; soit : « entre les hêtres aériens selve et / atterrement (Qui suis-je donc ?) ».

 

 

Autant sinon plus que la langue latine, l’imagerie romaine continua et continue encore pour les siècles des siècles de rayonner. Ce dont témoigne Jean-Noël Castorio en son essai : Rome réinventée. L’Antiquité dans l’imaginaire occidental de Titien à Fellini. Sans nul doute - et il le sait - l’essayiste exagère en affirmant que « l’Antiquité n’existe pas », mais il faut admettre qu’elle n’existe en fait de connaissances exactes qu’en terme de représentation, voire de fiction, de fantasme. Cependant « elle n’a jamais cessé d’être : elle n’est pas un temps résolu ; elle est le présent ». C’est en effet ce qu’il montre efficacement au travers d’une dizaine d’exemples, en autant de chapitres associés à des événements fondateurs, voire mythiques, des personnages charismatiques, mais surtout leurs réécritures par les artistes qui s’en sont nourris, peintres, écrivains et cinéastes.

Le « viol de Lucrèce », matrone et héroïne romaine qui se donne la mort non sans exiger la vengeance à l’encontre du vil Tarquin, augurant ainsi de la République, est « la métaphore de la cité ». Le récit de Tite-Live devient un modèle pour les Pères de l’Eglise, tel Tertullien qui la donne en exemple aux martyres chrétiennes, quoique Saint Augustin n’approuve pas son suicide. Symbole de la chasteté et de la victoire morale de la vertu contre le vice, elle est peinte, somptueusement vêtue, par Lorenzo Lotto, par Titien qui la montre nue, menacée par le poignard de Tarquin.

La « gloire des vaincus » fait rêver, que ce soit celle des Carthaginois revus par Gustave Flaubert en son splendide roman Salammbô, qui fit dire à Sainte-Beuve, « On la restitue, l’Antiquité, on ne la ressuscite pas », ou celle des « damnés de la terre », ces esclaves révoltés sous la conduite de Spartacus puis crucifiés par milliers, mis en scène par les péplums et les séries, souvent au mépris de la véracité historique, naviguant entre manichéisme et politiquement correct. Songeons également à l’admiration de Karl Marx pour Spartacus, aux spartakistes, sous l’égide de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, qui tentèrent d’instaurer une république socialiste au service de la cause prolétarienne dans l’Allemagne de 1915 à 1919.

Jusqu’à la chute de l’empire, en passant par le tyrannicide à l’encontre de Jules César, l’on montre ici combien l’imaginaire bouillonne pour que fleurissent les tragédies shakespeariennes et les tableaux académiques de Jan Léon Gérôme, comme « La mort de César » en 1859, impressionnants au point de susciter en 2000 la créativité du cinéaste de Gladiator : Ridley Scott.

Qu’il s’agisse de « l’art du massacre », emprunté aux guerres civiles et aux « sanglants lendemain des ides de Mars », qui horrifièrent les tableaux baroques et classiques, de « l’éros romain », qui permit à Forberg[7] de compiler en 1824 un « kamasutra romain », soit le Manuel d’érotologie classique, illustré en 1906 par les charmants et pornographiques dessins antiquisants de Paul Avril, l’art et la littérature font feu de tout bois républicain et impérial. L’on imagine que « Les Romains de la décadence », pour emprunter le titre d’un tableau de Thomas Couture de 1847, puis les cendres et les ruines des cités antiques deviennent des œuvres à grand spectacle…

 Et plutôt que les grandes fresques épiques, il est à remarquer combien l’amour de l’empereur Hadrien pour son bel Antinoüs, permit la naissance d’un roman, indépassable dans le genre, de Marguerite Yourcenar, qui publia en 1951 ses Mémoires d’Hadrien, aussi poétique qu’élégiaque et historiquement informé. Mais en un autre chapitre entier, c’est également Fellini qui attire tous les suffrages de notre essayiste, fasciné par Le Satyricon de Pétrone[8], dont il fit en 1969 un film baroque à souhait, où l’on voit déambuler et festoyer des débauchés aux beautés malsaines dans une atmosphère lourde de lupanar coloré, un film bien moins documentaire qu’onirique. Suivi bientôt en 1972 par Roma, dans lesquelles de somptueuses fresques découvertes s’effacent au souffle de l’air du dehors. Moralité, Rome n’est plus qu’un fantasme…

Entrelacé de vastes perspectives, l’essai aux onze volets de Jean-Noël Castorio, qui œuvra sur Messaline[9] et Caligula[10], est non seulement animé par une perspective originale, mais par un sens du récit haut en couleurs, sans oublier des qualités d’argumentations non négligeables. Il confronte avec une entraînante érudition les sources romaines et grecques (de Suétone à Plutarque). Il laisse également deviner que nous n’en pas fini de réinventer Rome, dans nos jeux vidéo, nos roman-graphiques, nos hologramme-cinémas, voire nos jeux du cirque de la télé-réalité…

 

Si Rome a pu être un modèle, puis un nid à fantasmes, sa chute reste un cas d’école pour l’historien, le philosophe, le politique. Si nous savons à son occasion combien les civilisations sont mortelles, sauront nous prévenir et enrayer la chute de notre civilisation, dont nous espérons au moins conserver la poésie ?

Thierry  Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Henri Bardon : La Littérature latine inconnue, Klincsieck, 2014.

[6] Abbon : Le Siège de Paris par les Normands, À l’Imprimerie royale, 1834.

[7] Friedrich-Karl Forberg : Manuel d’érotologie classique, Joëlle Losfeld, 1995.

[8] Voir : Des romans grecs et latins et de l'avenir des anciens

[9] Jean-Noël Castorio : Messaline, la putain impériale, Payot, 2015.

[10] Jean-Noël Castorio : Caligula, au cœur de l’imaginaire tyrannique, Ellipses, 2017.

 

Civilis Caesaris, Adriani Wyngaerden, 1651. Photo : T. Guinhut.

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 15:22

 

Apollon, Marché à la brocante, Ars-en-Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Lire les Métamorphoses d’Ovide

& les mythes gréco-romains,

avec Marie Cosnay, Nicola Gardini,

Jean-Pierre Vernant,

Walter F. Otto et Diane de Selliers.

 

 

Ovide : Les Métamorphoses, traduit du latin par Marie Cosnay, L’Ogre, 2017, 528 p, 25 €.

Nicola Gardini : Avec Ovide. Le plaisir de lire un classique, de Fallois, 2019, 240 p, 18 €.

Jean-Pierre Vernant : L’Univers, les dieux, les hommes, Points Seuil, 2017, 272 p, 10,90 €.

Walter F. Otto : Essais sur le mythe, Allia, 2017, 112 p, 10 €.

Ovide : Les Métamorphoses, traduit du latin par Georges Lafaye,

Diane de Selliers, 2020, 372 p, 49 €.

 

 

 

Vous en rêviez : tous les mythes gréco-romains narrés en un volume affriolant. C’est chose faite avec Ovide et ses Métamorphoses. Voici, en douze mille vers et 246 fables, la plus abondante compilation mythologique et poétique de l’Antiquité, sous l’égide d’Apollon, dieu de la poésie, qui fit de Daphné poursuivie par son amour et changée en laurier, la couronne du poète. De la création du monde à la mort de Jules César, dont l’âme est changée en étoile par Vénus, c’est un bouillonnement de métamorphoses, principe et aiguillon de l’univers, sous l’impulsion des dieux. Depuis la naissance de l’imprimerie au XV° siècle, on en connait des centaines d’éditions, des dizaines de traductions en français. Quel besoin de consacrer dix ans de sa vie de traductrice à fondre un nouvel ouvrage, sinon de le rendre plus intelligible et attrayant à ses contemporains ? Qui auront une vision plus synthétique de cet univers mythologique grâce à L’Univers, les dieux, les hommes de Jean-Pierre Vernant, et sauront mieux ce que signifie le mythe, au moyen des essais de Walter F. Otto. Sans oublier de s’interroger avec Nicola Gardini sur Ovide, auteur prodige et cependant puni, auquel Diane de Selliers rend un luxueux hommage en illustrant par la peinture baroque les mythes les plus significatifs.

 

La traduction la plus utilisée des Métamorphoses est peut-être celle de Chamonard[1], précise, attentive, nourrie de notes utiles, mais en prose. De même, Georges Lafaye est un talentueux prosateur ; cependant Marie Cosnay ambitionne de relever le défi de la modernité d’Ovide,  comme un roman d’aventure aux péripéties nombreuses.

Car la métempsychose est universelle, tout se métamorphose : les pierres de Deucalion deviennent des hommes ; poursuivie par l’amour d’Apollon ; Eurydice devient ombre aux enfers et fuit les regards d’Orphée ; Actéon épiant Diane nue devient cerf dévoré par les chiens ; Nyctimène, qui « a souillé le lit de son père » est changée en cet  oiseau qui « dans les ténèbres cache sa honte » ; Myrrha, prise d’amour coupable pour son père (« Le père reçoit dans son lit obscène ses propres entrailles ») devient tronc ligneux : « Déjà l’arbre en grandissant a resserré son ventre lourd » et ses larmes coulent sous forme de myrrhe…

Toutes ces fureurs et merveilles, outre leur qualité fabuleuse, ont une rare intensité psychologique, une réelle dimension symbolique et morale, comme lorsque Marsyas, qui, avec son talent de flutiste, voulant défier le chant d’Apollon, se vit écorcher vif : l’hubris, cet orgueil démesuré, ne peut être que châtié.

Les écueils de la traduction sont nombreux. Songeons à la création du monde, si proche de la Genèse biblique, qui a aussi son déluge. Le texte latin dit : « Hanc Deus, et melior litem Natura diremit. » Ce « et » est-il et, est-il ou ? Marie Cosnay choisit la prudence : « Un dieu et une bonne nature ont mis fin à cette lutte ». Quand Lafaye propose « Un dieu ou la nature la meilleure », il choisit de laisser planer les prémisses de l’athéisme. Un chrétien fut tenté de dire seulement « Dieu ». Plus bavard, Desaintange[2], au XVIII° siècle, en fit des alexandrins superbes : « Un dieu, de l’univers architecte suprême, / Ou la nature enfin se corrigeant soi-même, / Sépara dans les flancs du ténébreux chaos… ». Il est loisible d’avoir bien de la nostalgie envers une telle traduction qui est une belle infidèle. Marie Cosnay interprète les hexamètres latins en vers libres. Libres au point que la nymphe traite de « salaud » ce Salmacis qui veut échapper à son désir, que Junon jette un « fils de putain ».

Une brève et judicieuse introduction, quelques notes, un glossaire, en ce volume à l’élégante robe, mais il faut déplorer l’absence d’index, de sommaire par mythe, tous choix dommageables, mais on a préféré ne pas alourdir un opus déjà ambitieux et non bilingue. Reste à retrouver la poésie perdue depuis le rythme et la musicalité du latin. Surtout s’il s’agit d’Orphée, archétype des poètes, charmant animaux et dieux, jusqu’aux Enfers. « Il gratte les cordes pour le chant », a-t-il un chat dans la gorge ? C’est pour le moins maladroit. Heureusement : « On raconte que pour la première fois, vaincues par le poème, / les Euménides mouillent leurs joues ». Eurydice hélas retourne parmi les ombres, car « Ici, de peur qu’elle lui manque, impatient de la voir / L’amant tourne les yeux, aussitôt elle glisse en arrière ». Voilà qui est plus suggestif et poignant…

De même les émotions sont rendus plus vives : « ton corps pris d’un froid glacial s’épouvante » ; le suspens, la fureur et le tragique s’exacerbent. « Voici la langue qui offre à l’air frappé ces sons », c’est l’histoire de Biblis et le programme d’une traductrice survoltée. Le grand récit aux mille personnages et péripéties effraie, interroge, émerveille, contant l’amour, qu’il soit incestueux ou divin, puni, impossible ou comblé, contant l’inépuisable capacité de création et de transformation de la nature figurée par l’intervention des dieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puni également fut Ovide, par l’empereur Auguste qui l’exila sur les bords de la Mer noire pour y écrire Les Tristes et mourir. Trop génial esprit libre, peut-être cela suffit-il à expliquer cette intrigue du pouvoir ; du moins c’est ce qu’avance Nicola Gardini, érudit patenté, poète et traducteur, essayiste élégant, qui écrivit un Vive le latin, Histoires et beautés d’une langue[3]. Il nous convie à vivre un beau moment d’aimable érudition Avec Ovide, essai et récit sous-titré Le plaisir de lire un classique.

Montaigne enfant découvrit le goût des livres en lisant Ovide et ses Métamorphoses. Né en 43 avant Jésus-Christ et mort en 17 après Jésus-Christ, ce dernier chevaucha le siècle de César et d’Auguste. Celui qui « irrigue le système sanguin de la tradition occidentale », selon Nicola Gardini, est également un « point de référence esthétique et moral ». N’interroge-t-il pas l’identité, l’amour et la liberté ? Les passions n’y sont-elles pas châtiées, comme l’inceste avec Myrrha, ou récompensées si pures, comme les sentiments de Pygmalion pour sa statue ? Victime d’une tyrannie impériale arbitraire, après avoir été adulé, n’est-il pas le symbole d’une liberté d’expression et de création injustement bafouée ?

L’on spéculera longtemps sur les raisons de l’exil du poète. L’Art d’aimer parut-il trop licencieux ? Ce serait étonnant au vu de ce qui circulait à Rome. A-t-il eu vent de quelque basse intrigue dans les rouages de la cour et de la famile impériales ? À moins que la puissance de son œuvre fît de l’ombre à l’empereur… De telles interrogations poussent Nicola Gardini à marcher sur les traces de l’auteur des Tristes, en Roumanie, à Tomes, aujourd’hui Constanta, où il est mort, cerné par le froid et les Barbares.

Un soupçon d’autobiographie donc, un usage judicieux des citations, de l’Histoire romaine, voilà qui place l’essai face à son dessein : montrer que ce « classique » est l’un des plus séminaux, les plus beaux au monde ; que le nom de Nason, soit Publius Ovidius Naso « proclame la pérennité de la poésie face au monde ».

La figure de la désobéissance filiale contre l’autorité paternelle hante Ovide : Médée aime contre l’avis paternel, Ovide lui-même ne veut qu’être poète au désarroi de son père, Phaéton transgresse l’ordre d’Apollon en élevant au firmament le char du soleil. Faut-il compter là, malgré l’éloge augustéen qui culmine au final des Métamorphoses, via l’accession de son père adoptif, César, au rang de comète, une désobéissance implicite à l’égard de l’empereur ? Aussi avoir écrit l’Art d’aimer, donc préféré l’érotique à l’héroïque épopée, pourrait être un dommageable pied de nez à Auguste : « Ovide a opposé […] à la normalité des valeurs antiques et aux certitudes augustéennes le dogme de l’incertitude ».

Mais Les Métamorphoses est en quelque sorte chez Ovide la forêt qui cache de riches bosquets. Les Fastes, consacré au calendrier religieux romain, et les Héroïdes, dont les pleurs et les plaintes sont de belles miniatures mythologiques. L’Art d’aimer et ses dimensions érotique et didactique qui ne s’embarrassent guère du respect dû aux dieux, ou encore Les Amours qui ose dire que « Dieu n’est qu’un nom dépourvu de substance » et que l’amour se gausse de la vérité et de la morale tout en dérogeant à la stabilité (toutes affirmations qui ont probablement déplu à Auguste). Enfin, ce sont Les Tristes, modèle de l’élégie, qui, avec les Pontiques « ont inventé le paysage désolé », destiné à devenir un topos littéraire jusqu’au Waste land de Thomas Stearn Eliot. Avec un bonheur communicatif, Nicola Gardini lève le voile sur ces œuvres assises à l’ombre immense des Métamorphoses, comme lorsqu’il relève les occurrences de la voix perdue, de la langue tranchée, animalisée, écho de l’isolement du poète tardif sur des rivages où l’on ne parle pas latin : « J’ai oublié le langage », écrit-il, alors qu’il lut en public et avec succès un poème en langue gétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on sait cependant qu’Ovide ne résume pas toute la mythologie. S’il fait allusion parfois à Homère, en lui empruntant quelques épisodes (Achille et Ajax), il faut compléter par la lecture de l’Iliade et de l’Odyssée. Ou, si l’on veut être plus rapide et plus synthétique, par celle de Jean-Pierre Vernant qui, dans L’Univers, les dieux, les hommes, judicieusement réédité dans un cartonnage de poche joliment illustré par Ulysse et les sirènes, commence par la Théogonie d’Hésiode et la guerre des dieux, puis termine par Œdipe et Persée. Cependant il emplit presque la moitié de son volume à l’aide de la guerre de Troie et des voyages d’Ulysse. En effet, il se consacre aux mythes grecs et non à leur réécriture par Ovide le Romain. Il associe le plaisir du conteur à celui de l’éclaireur qui rappelle que le mythe est un récit, inspiré par Mnémosyne, déesse de la Mémoire, « venu du fond des âges et qui serait déjà là avant qu’un quelconque conteur en entame la narration ».

Original, malgré son respect des traditions narratives et des auteurs anciens, Jean-Pierre Vernant l’est lorsqu’il traduit le chaos originel, avant toute création, par « Béance », une sorte de matière noire - l’on dirait aujourd’hui antimatière - d’où naissent la terre, la fécondation et le ciel, Gaïa, Eros et Ouranos. Dieux et Titans, puis hommes et femmes, peuplent ce cosmos, parmi lesquelles la première, sur le conseil de Zeus, débouche une jarre cachée, libérant tous les maux : c’est le mythe de la boite de Pandore, qui la referme sur l’espoir. Voilà d’où découlent toutes les histoires humaines. Ce qui ne prive pas les dieux d’intervenir, outre les demi-dieux qu’ils engendrent chez les mortelles, choisissant ou le camp des Troyens ou celui des Grecs. À l’instar de celui de Luc Ferry[4], le récit du mythographe est entraînant, initiatique, au point qu’il ait choisi de le placer au seuil du monumental volume de ses Œuvres complètes[5], qui totalise 2512 pages et se divise en « Religions, Rationalités, Politique ».

 

Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque,

Diane de Selliers, 2003. Photo : T. Guinhut.

 

Qu’est-ce que le mythos, opposé au logos, sinon un récit légendaire digne d’être tourné en dérision, comme le fit Platon éjectant les poètes de sa République ? Cependant, rappelle Water F. Otto dans ses Essais sur le mythe, le caractère « surnaturel des mythes archaïques sacrés » vient de ce que « la figure du dieu constitue le centre de gravité de tous les mythes ». Au cours de l’Histoire, « plus le rationnel repousse le mythe, plus le monde se désacralise, et plus le savoir originel du divin doit se retirer dans le sentiment, dans le for intérieur. Le profane prend place dès lors à côté du religieux, et c’est bientôt lui qui occupe presque toute la place ». Le mythe perd alors sa fonction étiologique, qui consistait en l’explication par l’imaginaire de phénomènes naturels et humains incompréhensibles, de façon à structurer la pensée et la société. Il ne lui reste plus que sa dimension poétique, comme chez Hölderlin, même si elle ne conserve que peu la trace de cette parole qui venait des dieux et leur parlait par la voix de « La Muse, esprit et vigueur du mythe du monde en sa révélation musicale ».

Où trouver la vérité du mythe ? Selon notre penseur, dont ce recueil de quatre essais est intellectuellement excitant, la religion grecque est une « religion de la connaissance objective », au caractère non-autoritaire et non-dualiste. Ainsi l’essayiste allemand Walter F. Otto (1874-1858), auteur des Dieux de la Grèce[6], pensait que ces derniers étaient dignes d’exister encore dans la conscience de notre temps. Car « c’est seulement comme création, digne des œuvres d’art les plus magnifiques que nous ait léguées tout le passé, et en même temps les dépassant toutes, que le mythe se laisse saisir ».

 

Plus guère religieux, Ovide ne croyait déjà plus en la réalité des métamorphoses de ses merveilleux dieux et de ses malheureux personnages, devenus animaux et plantes. Divinisant César suivant l’urgente sollicitation d’Auguste, il contribua à un culte autant religieux que politique, alors que l’empereur ne lui rendît pas la politesse en l’exilant sur les bords de la Mer Noire. Reste que son fabuleux poème demeure sans cesse une source d’inspiration infinie pour les peintres, les sculpteurs, les compositeurs de cantates et d’opéras, les réécritures et jusqu’aux jeux vidéo, en même temps qu’une stimulante énigme pour l’anthropologue et le philosophe. Tournons-nous alors vers les éditions Diane de Selliers[7] qui nous proposèrent une de leur œuvre-maîtresses : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque[8], et son iconographie somptueuse, d’il Padovanino au Caravage, de Simon Vouet à Pompeo Batoni…

Hélas épuisés, ces deux luxueux volumes sous coffret bourrés jusqu’à la gueule de peintures ont désormais un rejeton qui n’a rien d’indigne, au contraire. C’est un volume cartonné, d’une agréable élégance, comme celui qui honora Homère grâce à Paladino[9], qui, s’il ne réunit que « les plus belles histoires », quatre-vingt-quatre en fait, en offre un judicieux florilège, présenté avec pertinence par l’éditrice elle-même. Encadrés par un monde « tiré de la masse ténébreuse » et l’éloge de Pythagore, les mythes brillent au firmament de notre culture, donnant par antonomase leurs noms à des concepts, des adjectifs : ainsi de Narcisse et d’Echo, de Méduse, Hermaphrodite et Europe. De plus, de Dante à Shakespeare, nos plus grands génies se nourrissent d’Ovide, et si l’an 1 de notre ère est celui du Christ, il est aussi celui où furent publiées à Rome Les Métamorphoses, tout aussi dignes de figurer l’aube d’une civilisation.

 

Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque,

Diane de Selliers, 2003 et Desray, 1807.

Photo : T. Guinhut.

 

Ces métamorphoses animales, végétales, minérales, voire sidérales, condamnent la passion amoureuse et violente, sous la plume fluide du traducteur Georges Lafaye. L’incestueuse Myrrha est changée en tronc d’arbre pleurant la myrrhe, alors que, plus heureux, Philémon et Baucis, devenus tilleul et chêne, peuvent mêler leurs feuillages. Il faut y lire une réelle intention morale. Comme lorsque Phaéton échouant à conduire le char du soleil, se laissait emporter par un hubris fatal, probablement la pire transgression chez les Grecs.

Parmi une généreuse iconographie narrative, les vigoureux contrastes d’ombres terribles et de lumières exquises, les sensuelles carnations rosées, les tissus et les ciels chatoyants bouleversent la peinture baroque, de l’Italie aux Flandres, entre le XVI° et le XVIII° siècle, sous les pinceaux de Rubens et de Guido Reni, de Véronèse, quoique, notons-le, Poussin soit moins un baroque qu’une icône du classicisme, sans compter de nombreux artistes méconnus, voire totalement inédits. De page en page, c’est un éblouissement pictural. Comme sur la couverture où la prégnance fumeuse de Jupiter offre un baiser à Io, sous le pinceau du Corrège, le texte est tout entier en osmose avec l’image. De plus chacune d’entre elles est accompagnée d’une phrase-clef en rouge, au plus brûlant du mythe : « Donc à peine a-t-elle vu Narcisse errant à travers les campagnes solitaires que, brûlée de désir, elle suit furtivement ses traces ; plus elle le suit, plus elle se rapproche du feu qui l’embrase ».

 

Tout est mouvement, tout est métamorphose, nous dit Ovide, qui fut le créateur de ce mot, ce dans le philosophique sillage de Pythagore. Sa vie ne l’a que trop prouvé, de la gloire au triste exil. La nôtre glisse de la naissance à la mort, de la beauté vénusienne à la charogne baudelairienne, de la liberté à l’oppression ; notre personnalité n’y échappe pas, informe et enfantine, brillante et sénescente. Le cosmos même est en mouvement incessant selon une mesure qui nous dépasse. Cependant, malgré les ravages du temps, Ovide est toujours notre Orphée quémandant aux enfers son Eurydice, selon l’enchanteresse traduction en alexandrins de Desaintange :

Par ces lieux pleins d’effroi, par ce chaos immense,

Empire de la nuit, empire du silence,

Rendez-moi mon épouse, et pour moi rattachez

Le fil de ses beaux jours que la Parque a tranchés[10]. »

 

Thierry Guinhut

La partie sur Ovide traduit par Marie Cosnay a été publiée

dans Le Matricule des anges, novembre-décembre 2017

 

[1] Ovide : Les Métamorphoses, Garnier Flammarion, 1966.

[2] Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1808, t 1, p 5.

[3] Nicola Gardini : Vive le latin, Histoires et beautés d’une langue, De Fallois, 2018.

[5] Jean-Pierre Vernant : Œuvres complètes, Seuil, 2006.

[6] Walter F. Otto : Les Dieux de la Grèce, Payot, 1981.

[8] Ovide : Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque, Diane de Selliers, 2003.

[10] Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1808, t 3, p 223.

 

Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1807 et Duprat, 1802, Héroïdes, Durand, 1763.

Photo : T. Guinhut.

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 17:26

 

Charles d’Orbigny : Atlas du Dictionnaire d’Histoire naturelle,

Renard, Martinet & cie, Paris, 1849.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Aux temps où les animaux parlaient.

 

Elien, Ursin :

 

La Personnalité et La Prosopopée des animaux ;

 

Le Physiologos ou Le Bestiaire des bestiaires.

 

 

 

Elien : La Personnalité des animaux,

traduit du grec par Arnaud Zucker, Les Belles Lettres, 688 p, 26 €.

 

Anonyme : Physiologos ou Le Bestiaire des bestiaires,

traduit du grec par Arnaud Zucker, Jérôme Millon, 2004, 328 p, 33,50 €.

 

Jean Ursin : La prosopopée des animaux,

traduit du latin et présenté par Brigitte Gauvin, Jérôme Millon, 336 p, 30 €.


 

 

 

      Hors Aristote, voire Pline l’Ancien, point de salut, croit-on, si l’on a écrit en zoologue dans l’Antiquité. Pourtant un auteur aussi profondément et injustement méconnu qu’Elien gagne à être mis en lumière. En sa Personnalité des animaux, quelques centaines de bêtes sont si vivantes, si étonnantes et attachantes que c’est tout juste s’il leur manque la parole. Il n’y a qu’un pas alors pour qu’après les bestiaires médiévaux, à la suite du Physiologos, et lors de la Renaissance, un médecin également méconnu, nommé Jean Ursin, les fasse parler avec une verve plus qu’humaine, parmi les pages de sa Prosopopée des animaux. Comme quoi, au rebours des préjugés qui voudraient croire que l’on ait attendu notre contemporain pour éprouver une réelle empathie, voire un antispécisme, à l’égard de nos frères à quatre, six et huit pattes, et autres myriapodes, sans compter les nageoires, l’Antiquité et l’âge de l’humanisme se révèlent une fois de plus un trésor de connaissances allègrement nourrissantes. Ce en faisant parler nos compères animaux en langue mythologique et encyclopédique, puis en les enrôlant pour être les interprètes du Christianisme, et enfin pérorer en langue médicale et pharmacologique.

 

      Ce drôle d’animal a vécu entre 170 et 225 de notre ère à Rome, et, s’il parlait latin, il écrivit en grec. Le sophiste Elien, ou plus exactement Claudius Aelianus, était également un stoïcien qui commit une poignée de traités philosophiques, dont Sur la providence et Sur les manifestations de la puissance divine. Il réunit ici, en six cent pages, un bon boisseau des connaissances livresques de l’Antiquité sur le règne animal, en s’appuyant peut-être sur une anthologie alexandrine d’Aristophane de Byzance, voire sur Pamphilos d’Alexandrie. Bien qu’il ne s’agisse que d’un compilateur adroit, consultant et pillant cent manuscrits de son temps, comme celui de « Sur l’intelligence des animaux » dans les Opuscules et œuvres morales de Plutarque, et ceux de Ctésias, Eudème, Oppien ou Démocrite, d’ailleurs souvent perdus, l’on célébra sa « langue de miel », son talent conjuguant la variété thématique et la vive couleur du langage. Heureusement la postérité a conservé ce recueil en son entièreté, quoique cela ne soit pas hélas le cas de ses Histoires variées.

      Notre Elien vouait un véritable culte à l’auteur de l’Odyssée, puisqu’il avait disposé à l’entrée de sa bibliothèque romaine une statue d’Homère et le citait d’abondance en rédigeant sa Personnalité des animaux. À l’égal d’Aristote, dont il ne suit pourtant guère le système de classification, il le considérait comme un philosophe, et comme tel il avait pour ambition d’examiner les caractéristiques animales, de l’anatomie aux mœurs, mais également leurs apports au service de l’espèce humaine, qu’il s’agisse de la chasse, de la médecine et des rites religieux. Les « dons de la nature » et les « honneurs accordés » aux animaux sont les maîtres mots de l’épilogue. Notre cher Elien n'est-il pas déjà bien moderne en affirmant dès le prologue : « Que les bêtes brutes possèdent par nature un certain sens moral et qu’elles partagent avec l’homme bon nombre des merveilleux privilèges qui ont été impartis aux humains, voilà bien quelque chose de grandiose ».

 

 

      La liste des bestioles, du héron à « la stricte séparation des sexes chez les oiseaux du temple d’Hérakles », en passant par « le dragon joufflu », est sans guère d’ordre, en une joyeuse fatrasie et fantaisie. Ce à quoi remédient les précieux index en fin de volume, de la main sagace du traducteur et préfacier Arnaud Zucker, si l’on cherche et trouve les étoiles de mer ou les onagres. Mieux vaut cependant naviguer à vue, tout lire en une progression scrupuleuse, à moins de préférer picorer quelques pages, de ci-delà, à la rencontre des surprises sans cesse renouvelées. Car l’on glisse sans prévenir de l’anecdote curieuse à l’observation réellement scientifique, puis de l’allusion mythologique à l’éthologie, sans oublier les espèces surnaturelles : ainsi le phénix et l’amphisbène, le basilic et le griffon, le martichore ou l’unicorne, qui, au siècle de Jorge Luis Borges, honorent les pages de son  Manuel de zoologie fantastique[1]. Cependant, parmi dix-sept, le livre IX s’intéresse en bonne partie aux poissons, et le XIV aux usages médicaux. Quant au livre XI, il aime rendre compte des cultes rendus aux animaux, tandis que bien souvent l’Egypte, terre de merveilles, fournit une abondante matière.

      Ce serait bien réducteur de ne voir en notre cher Elien que le chroniqueur des bizarreries et prodiges animaux. Il sait être scientifique avec pertinence, lorsque les dents du cobra ou les leurres de la baudroie sont décrits avec une redoutable exactitude. Mais aussi fin moraliste, et plus exact d’Esope qui se fiait à une imagerie plus qu’à l’observation des phénomènes. L’excellence des bêtes, leur adéquation avec leur milieu et la haute tenue des comportements en font des modèles, bien que le logos ne soit pas leur apanage. Elles ont de toute évidence des codes de communication, voire, selon lui, des attitudes religieuses, comme ces éléphants qui offrent et brandissent de « jeunes bourgeons » à l’intention de la lune nouvelle leur « déesse », jettent de la terre avec leur trompe sur le cadavre d’un congénère et rendent « un hommage rituel aux dieux, tandis que les hommes se demandent si les dieux existent vraiment ». Outre l’éléphant, le dauphin est particulièrement choyé pour ses vertus par le compilateur. Il sait collaborer avec les pêcheurs pour obtenir sa part de butin, il est possible de s’ébahir de « l’amour d’un dauphin pour un beau jeune homme ». Cependant les vaches connaissent l’arithmétique et les abeilles la géométrie. Au point que notre auteur, constatant l’habileté de certains oiseaux à construire leurs nids, aille jusqu’à prétendre que les hommes techniciens ne sont que des imitateurs ! Quant aux mœurs, les animaux n’ayant pas besoin de législateurs, leur perfection innée laisse augurer du peu de considération abandonné aux hommes. Ainsi va Elien, arguant du courage, de la tendresse, de la piété et de l’exemplarité de ceux à qui ne manque que la parole articulée, tentant de réduire la traditionnelle fracture entre l’animalité et l’humanité avec un idéalisme pour le moins excessif, en une sorte de « zoomythologie », selon le juste néologisme du préfacier. Seuls les serpents, les rats et les crocodiles restent indéracinablement confinés dans leurs vices.

      Comme l’abeille parmi une anthologie de fleurs, butinons parmi ces pages. Pour y croiser la pie qui « sait imiter toutes les voix, et surtout la voix humaine » ; le poulpe qui est « le plus libidineux des animaux », au point de copuler jusqu’à un épuisement fatal ; et si le précédent dauphin aimait d’amitié, « un coq du nom de Kentauros s’éprit de l’échanson d’un roi, tandis qu’« un palefrenier était tombé amoureux d’une jeune pouliche » et « eut des rapports sexuels avec elle ». Assistant à la scène, son poulain, outré, sauta sur l’homme et non seulement le tua, mais déterra ensuite le corps pour l’outrager. Encore une fois l’éléphant, s’il aimait une « marchande guirlandes », « lustrait le visage de la femme avec sa trompe », qui en retour lui offrait une couronne ; hélas la mort de sa belle le rendit furieux… Plus charmant encore s’il se peut, l’ibis : « lorsqu’il dissimule sa tête et sa tête dans les plumes de son poitrail, il prend la forme d’un cœur ». Ce qui témoigne de l’anthropomorphisme du compilateur.

      Découvrons la « double vie du lézard », qui retrouve la partie perdue par accident de sa queue pour vivre de nouvelles aventures, ou, pour rester chez les reptiles, plus incroyable encore, l’idée saugrenue selon laquelle il suffit de cracher sa salive dans la gueule d’une vipère pour que sa nocivité soit avérée : elle « se décompose ».

      Loin de nous l’idée d’infliger un tel sacrilège à un tel volume ! Partie de la mémorable collection du centenaire des Belles Lettres[2], cet ouvrage d’Elien bénéficie d’une délicieuse couverture rose, ornée d'un dauphin d'or, à rabats, de cahiers cousus de papier ivoire, sans oublier les insolites et charmantes illustrations d’Hipkiss qui courent du recto au verso. Une merveille bibliophilique d’aujourd’hui pour un texte rare, pimpant et instructif, deux fois millénaire ; que rêver de mieux…

 

 

      Toute une tradition animalière irrigue la littérature antique, médiévale et de la Renaissance ; recueil d'emblèmes des vices et des vertus, elle peut servir à un incarner une théologie, enrôlant ces bêtes qui n’en peuvent mais parmi la procession du Christianisme. Dans l'anonyme grec Le Physiologos ou Le Bestiaire des bestiaires (en cette même collection « Atopia » dirigée par Claude Louis-Combet) probablement rédigée en Egypte au II° siècle, la zoologie est spiritualisée pour représenter les mystères chrétiens. Ce sont cinquante-six animaux, dont « l’oiseau-Phénix », six pierres et deux arbres, habillés en théologiens, qui ont une âme et deux faces, l’une animale, l’autre humaine, diabolique et divine, l’une narrative, l’autre interprétative. Ce pour dispenser des vérités spirituelles et édifier le Chrétien, voire celui qui ne l’est pas encore, lui annoncer l’incarnation de Dieu et le chemin du salut.

       Par exemple : « Comme le cerf aspire aux sources d’eau, de la même façon mon âme aspire à toi, Dieu ! » L’abeille est comparée aux « œuvres de Dieu, qui sont impénétrables aux mortels et admirables dans les hauteurs, et plus sucrées que le miel et la cire, plus que tout ce qui a été créé ». Ou encore (et contre toute vérité zoologique) : « le Physiologue a dit que la hyène est androgyne. […] Ne ressemble donc pas, toi non plus, à la hyène en adoptant tantôt le sexe mâle, tantôt la nature féminine. Parlant de tels hommes, le divin apôtre a dit en les critiquant : Des hommes ont commis l’infamie sur des hommes ».

      Né de la confluence des savoirs grecs et de la théologie judéo-chrétienne, ce Physiologos connut, au moyen de son évidente simplicité symbolique, une incroyable popularité : il fut copié, enluminé, puis longuement oublié, et ici retrouvé. Finalement l’on fait bien dire tout ce que l’on veut, y compris d’édifiantes et judicieuses vérités, y compris de superstitieuses inepties, à ceux à qui nous subtilisons la parole…

 

      En rhétorique, la prosopopée est une figure qui consiste à faire parler un dieu, un mort, un absent, un objet… Hugo, dans « Stella », parmi les Châtiments, fait parler une étoile ; Rousseau, dans son Discours sur les sciences et les arts, fait parler un consul romain. Oublierons-nous La Fontaine et ses animaux ? Depuis Esope, c’était une tradition bien établie que de les faire discourir et illustrer les comportements des hommes dans les fables. Moins connue est cette Prosopopée des animaux qui permet à Jean Ursin de nous faire écouter leurs voix mutines et savantes.

      Entre science et magie, un médecin érudit du XVI° compose une joyeuse encyclopédie poétique où les animaux savent parler. C’est avec une délicieuse fantaisie que ce médecin dauphinois du XVIème siècle réalise ses vers latins. L’édition de 1541 porte un sous-titre prometteur : « Dans laquelle on trouve de nombreuses informations sur les vertus de ces animaux, sur leur nature, sur leurs propriétés, surtout médicales, De Jean Ursin, docteur en médecine et poète couronné ». Nous n’en savons guère plus sur cet original érudit, sinon qu’il s’inspire de l’Histoire naturelle de Pline[3], sinon qu’il écrivit des élégies sur la peste. Son talent poétique est incontestable ; grâce à lui, le « scinque » (petit crocodile à la chair aphrodisiaque) a bien de l’esprit : « J’offre Vénus par ma queue, mais la mort par mes crocs. »

      Il y a deux versants à cette compilation versifiée, traduite en prose : l’humour complice et la pharmacopée. Ursin est le premier à user des animaux autrement que par la fable, leur offrant l’occasion de se présenter dans leur étrangeté, leurs merveilles. Une centaine d’entre eux prend tour à tour la parole, du lion au borax, qui, comme chacun ne le sait pas, est un crapaud venimeux. Des quadrupèdes « sanguins » aux insectes, en passant par batraciens, oiseaux et poissons, les attitudes psychologiques côtoient les qualités guérisseuses, plus magiques que médicales. L’exactitude zoologique le dispute à peine à la fantaisie. Nombreux sont ceux qui donnent des leçons, comme l’aspic : « Idiot, pourquoi cherches-tu une pierre précieuse dans ma tête ? En récompense, c’est un sommeil mortel qui t’attend. » Ainsi, proposons au lecteur d’essayer qui prétend : « mes cornes me servent d’yeux », car sieur l’escargot commande : « Si la fièvre te donne mal à la tête, pose-moi sur ton front après m’avoir broyé et, crois-moi, cela t’apportera un soulagement extrême. » On conseillera à qui veut arrêter l’alcool d’essayer le vin d’anguille : « il deviendra buveur d’eau ». Il peut être utile de savoir qu’en cas de « mal caduc », les testicules de coq « macérées dans l’eau » sont souverains…

      Quant au chat, peut-être l’animal domestique préféré de nos contemporains, il est ici considéré avec moins de tendresse :

« Cata trucem refero, non ui, sed dente, leonem,

Oreque ; mundicies et mihi pulchra placent. (…) »

      C’est-à-dire : « Moi, le chat, je rappelle le lion féroce, non par ma force, mais par mes dents et ma tête ; l’élégance et la beauté me plaisent. Mes griffes recourbées et mon corps agile me servent à chasser les souris ; la nuit est plus claire pour moi que le plein jour. Mes excréments permettent d’ôter les arêtes plantées dans la gorge ; ils soignent aussi l’alopécie et ils arrêtent les règles. Mais si on les associe aux serres du sinistre hibou, ils peuvent, dit-on, guérir la fièvre quarte. Absorber ma chair réduit les hémorroïdes, et manger mes reins soulage les maux de reins. » L’on espère qu’aucune arête ne se plantera dans une gorge, de peur de devoir user d’un tel remède !

       Cependant chez Elien, les chats, quoique rarement traités, dont « la semence est brûlante [et] brûle l’organe génital de la femelle », sont capables de reconnaissance, et « jamais on les verra agresser leurs bienfaiteurs » ; au contraire de l’homme qui « peut devenir l’ennemi implacable de son ami ». La leçon morale d’Elien pointe également le bout de sa griffe pour anticiper Ursin, quoique le procédé rhétorique du second lui permet une vivacité inouïe, comme s’il s’agissait d’arguments publicitaires animés pour des prescriptions pharmacologiques forcément efficaces. La lecture savoureuse de l’ouvrage de Jean Ursin, dont on peut rire, n’empêche pas de plonger dans l’univers des connaissances encyclopédiques du XVI° siècle, avant l’aube de la médecine moderne.

 

      Notre vision des animaux a considérablement évolué. L’abondant Buffon, au XVIII° siècle, quoique gardant une part de vision subjective et d’anthropomorphisme, était un naturaliste scientifique, sachant non seulement décrire mais classer. Plus scientifique encore, Charles d’Orbigny conçut au cœur du XIX° siècle un presque (car l’on découvre sans cesse de nouvelles espèces) exhaustif  Dictionnaire d’Histoire naturelle aux huit mille pages sur deux colonnes, sans compter son Atlas illustré. Aujourd’hui, pensant aux milliers de créatures pas forcément bestiales qui parcourent notre globe, ou disparues, voire en voie de disparition, l’homme s’émerveille[4] autant qu’il s’inquiète du droit des animaux[5], à son détriment peut-être, ou dans une démarche bio-universaliste et humaniste de compassion envers ses congénères à plusieurs pattes. À qui Elien et Ursin ont su offrir avec tendresse une reconnaissance encyclopédique, bien que fondée pour le second sur les services que grosses et petites bêtes rendaient à l’humanité souffrante. Ne faudrait-il pas également que l’humanité rende les mêmes services à ces êtres de poils, d’écailles et de carapaces ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Jean Ursin a été publiée dans Le Matricule des Anges, mars 2012

 

 

 

Mia Moon. Photo : T. Guinhut.

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 14:28

 

Ostia antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Eloge des Belles lettres grecques :

 

Hésiode, Apollonios de Rhodes, Xénophon,

 

Epictète, Lucien, Esope

 

et Homère illustré par Paladino.

 

 

Hésiode : Théogonie,

traduit du grec par Paul Mazon, Les Belles lettres, 96 p, 15 €.

 

Apollonius de Rhodes : Les Argonautiques, traduit du grec par Francis Vian et Emile Delage,

Les Belles lettres, 360 p, 21 €.

 

Xénophon : Cyropédie, traduit du grec par Marcel Bizos et Edouard Delebecque,

Les Belles lettres, 464 p, 23,50 €.

 

Epictète : Entretiens. Manuel, traduit du grec par Joseph Souilhé et Armand Jagu,

Les Belles lettres, 488 p, 23 €.

 

Lucien : Vies à vendre, traduit du grec par Anne-Marie Ozanam,

Les Belles lettres, 208 p, 17 €.

 

Esope : Fables, traduit du grec par Emile Chambry, Les Belles lettres, 208 p, 19 €.

Esope : Fables, traduit du grec par Julien Bardot, Folio classique, 448 p, 8,40 €.

 

Homère : Odyssée, illustrée par Mimmo Paladino,

traduit du grec par Victor Bérard, Diane de Selliers, 300 p, 49 €.

 

 

 

 

      Une aurore de l’humanité s’est levée au bord de la mer Egée : elle s’appelait Eos. Elle rime avec Eros, Ouranos, ces dieux qui sont à l’origine du monde chez Hésiode. La Grèce est également à l’origine des littératures, du moins occidentales, avec Homère pour la poésie épique, Sappho pour le lyrisme, Esope pour la fable, Eschyle et Sophocle pour la tragédie, Aristophane pour la comédie, Xénophon pour l’Histoire. Et, cela va sans dire, de la philosophie, avec Héraclite, Aristote et Platon, plaisamment moqués par Lucien. Quelques-uns de ceux que les Muses ont favorisés, infiniment célèbres ou méconnus, s’égrènent soudain dans une nouvelle collection, aussi splendide que nécessaire, au service des Belles lettres grecques.

 

      Pourquoi ces œuvres sont-elles essentielles ? La création de l’univers et la formulation des dieux est un invariant d’une bonne partie de l’humanité, affirmées en beauté et en vers dans la Théogonie d’Hésiode. En vers également, conjointement à l’Iliade, cet archétype de la guerre et des héros combattants, l’Odyssée d’Homère est la figuration, encore une fois épique, du voyage aux multiples aventures et du retour au pays natal. Mythologie encore avec Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes. La Cyropédie de Xénophon dresse le tableau de l’éducation d’un prince, quand, avec ses Entretiens et son Manuel, Epictète est le parangon de la philosophie stoïcienne ; alors que Lucien préfère la parodie du dialogue philosophique en ses Vies à vendre. Esope apparait comme le fabuliste originel.

      Tous ces textes, préludes d’un vaste programme de publication, dans le cadre de la « Série du centenaire », puisque la maison d’édition des Belles lettres aujourd’hui a cent ans, sont présentés sous d’élégantes couvertures diversement colorées et ornés d’un graphisme d’or, aiguisant l’appétit du lecteur soudain ravigoté devant un monde qu’il aurait faussement pu croire désuet, réservé à une poignée d’érudits cacochymes et poussiéreux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Probablement un contemporain d’Homère, au VIII° siècle avant Jésus Christ, Hésiode, dont le nom signifie « Celui qui se fait la voie », Béotien d’Asie Mineure, composa Les Travaux et les jours, devenant ainsi le créateur de la poésie didactique. A-t-il entendu parler de mythes babyloniens lorsqu’il composa sa Théogonie ?

Avant tout, il célèbre les Muses, qui sont les neuf filles de Zeus et de Mnémosyne, la déesse de la mémoire, ce pourquoi il n’y pas d’inspiration sans travail ; notons à cet égard que la mythologie fait, au-delà du fantasme pittoresque, sens philosophique[1]. Elles sont : « Neuf filles, aux cœurs pareils, qui n’ont en leur poitrine souci que de chants et gardent leur âme libre de chagrin, près de la plus haute cime de l’Olympe neigeux ». Elles savent « conter des mensonges », mais aussi « proclamer des vérités » ; soit, depuis « Abîme », puis « Terre », l’enfantement du monde par « Erêbe » et « Lumière », puis « Cronos », le premier dieu, qui sera le père cruel de Zeus. Une immense énumération relevant de la généalogie des dieux s’ensuit, en passant par les monstrueux Titans, par le récit de la naissance d’« Aphrodite d’or », jusqu’à Circé, Calypso… Hélas, le texte est inachevé ; ou perdu. Le traducteur, Paul Mazon, nous offre cependant une introduction aussi longue que l’œuvre, et néanmoins fructueuse.

      Ainsi, en son poème moins théologique que poétique, que l’on aimerait voir traduit en vers, Hésiode ordonne le chaos du monde et donne sens à nos pulsions, éblouit le lecteur, inspire à son tour cent peintres et poètes ; jusqu’à la plus scientifique Petite cosmogonie portative de Raymond Queneau[2], en 1950…

 

Gravure de Méaulle pour Apollonios de Rhodes : Jason et Médée, Quentin, 1882.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Autre grand classique de la mythologie, en quatre chants, lumineux malgré l’immense ombre portée d’Homère : Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes, un alexandrin né en 295 avant Jésus-Christ. « Allons, Eratô, viens m’assister et conte-moi comment, de là-bas, Jason rapporta à Iôlcos la toison grâce à l’amour de Médée. » Voici l’une des invocations à la Muse qui ponctuent le vaste poème amoureux et épique. C’est de la « nef Argo » qu’il tire son titre, sur la proue de laquelle la déesse Athéna veille au destin du héros, Jason, qui est dangereusement aimée par la sorcière de Colchide, Médée aux poisons étranges. Celle-ci lui permet de conquérir cette introuvable toison d’or ; l’on sait que dans le théâtre d’Euripide sa funeste passion enflamme sa jalousie au point de tuer les enfants qu’elle eut de Jason. Par l’entremise d’Aphrodite, l’amour est le deus ex machina de l’intrigue, lorsque, grâce à ses talents de magicienne, Médée conduit le jeune homme, nanti d’un « philtre d’invincibilité », à vaincre l’impossible, dompter les taureaux d’Aiétès, battre les soldats d’Arès. Mieux, grâce à ses « incantations », elle endort « le dragon vigilant [aux] monstrueux sifflements », permettant à Jason d’emporter cette « toison, pareille à un nuage qu’empourprent les rayons enflammés du soleil levant ».

      Le poète mêle le savoir mythologique, le savoir philologique (il connait sur le bout des doigts la langue homérique), les connaissances géographiques sur les contrées du Pont-Euxin, soit la Mer noire, et la Méditerranée. Parmi les aventures étonnantes, comptons un monstrueux et fatal sanglier, la rencontre des Amazones, ces « filles belliqueuses », qui sont loin de n’être que mythiques[3].

      Attendons avec impatience de voir naître en cette collection les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis, autre bouquet de chants aux mythes fabuleux. Hélas, nombre d’épopées antiques ont disparu. Qui sait si les rouleaux de papyrus calcinés de Pompéi et d’Herculanum nous les révèlerons…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La Cyropédie, ou Education de Cyrus, n’est qu’une partie de l’œuvre de Xénophon (428- 354), qu’il faudra compléter avec son Anabase. Instruire un prince est essentiel, « car c’est une tâche difficile de gouverner les hommes ». Aussi, ce qui est à la fois essai didactique et roman historique, peut être considéré comme une somme des valeurs antiques et universelles. L’éducation politique ne va pas sans celle du chasseur et du guerrier, l’art militaire ne va pas sans morale.

      Certes Xénophon n’est pas exactement un historien, comme Hérodote, qui est d’ailleurs sa principale source en la matière. Cyrus, dit-on, arracha la puissance aux Mèdes pour la confier aux Perses, en conquérant Babylone au VI° siècle avant notre ère. Il atteint ici la dimension d’un héros légendaire, dont l’éducation a quelque chose de grec autant que de perse. La mort de Cyrus, lors d’une bataille contre les Massagètes, par le soin de la reine Thomyris, dont il a tué le fils, se voit couronnée par le sang dans lequel elle plonge sa tête, alors que notre Xénophon le fait mourir à un âge vénérable, dans son lit, veillant à adresser un noble discours à ses fils, dont Cambyse, qui lui succéda. Cela dit, Xénophon ne se trompe pas lorsqu’il fait de son héros un roi juste, ce qui lui permet de l’élever au rang du modèle de l’homme d’Etat. Si les méthodes éducatives perses ne sont pas tout à fait ici à l’ordre du jour, élever les enfants en commun, apprendre le tir à l’arc, accéder aux vertus, en particulier la tempérance et la justice, tout cela relève d’un idéal grec, qui cependant peut nous paraitre encore un tant soit peu fruste. Les campagnes militaires du roi permettent de préciser les devoirs d’un général, l’art du commandement, de la gestion des troupes et de l’armement. Loin de n’être qu’un sévère exposé, néanmoins éloquent, de l’Etat idéal, en parent de La République de Platon, le récit de Xénophon est d’un rare conteur : songeons à l’histoire du couple héroïque formé par le roi de Suse, Adrabate, et de sa femme Panthée, qui se poignarde pour être enveloppée « dans un même manteau » avec son époux, ou à l’épisode burlesque du combat des « gourdins contre mottes », qui est précurseur de Rabelais…

      Cette Cyropédie n’est-elle pas le premier chainon des traités d’éducation, qui vont de L’Emile de Rousseau, aux Propos sur l’éducation d’Alain ?

      Une fois de plus armée d’une sagace introduction, qui plus est d’un utile index, cette édition mérite notre éloge, comme le vade-mecum qu’elle mérite d’être, même si nous ne deviendrons que le souverain de nous-même, ce qui est déjà un bel exercice, digne du stoïcien.

 

      Stoïcien, Epictète l’est au plus haut point : « Montrez-moi un homme malade et heureux, en danger et heureux, mourant et heureux, exilé et heureux, discrédité et heureux ». Voilà ce qu’est « le vrai stoïcien ». Ainsi le philosophe est « le seul possesseur des vrais biens ». Il est vrai qu’Epictète (environ 50-130) était un esclave qui cependant ouvrit deux écoles de philosophie, à Rome, puis en Epire où il fut exilé. Aussi curieux que cela puisse paraître, il n’a rien écrit, seul Arrien, son disciple, a consigné ses propos. Et tant païens que chrétiens aimèrent et propagèrent ces Entretiens et ce Manuel.

      Sa doctrine philosophique associe l’humilité et la patience, prise par-dessus tout la liberté, d’abord intérieure, lorsque l’âme sait penser avec droiture la qualité de soi et de Dieu. Car richesse et honneurs ne sont rien, passagers, trompeurs, et rien ne vaut cette règle morale : « Ne demande pas que les événements arrivent comme tu le veux ; mais contente toi de les vouloir comme ils arrivent et tu couleras une vie heureuse ». C’est seulement ainsi que le sage accèdera au bonheur, non loin d’ailleurs de l’amor fati nietzschéen. Cependant sa conviction a quelque chose de vigoureusement religieux, tout en étant farouchement anti-épicurien. Heureusement, parfois, ses Entretiens ne sont pas que sérieux ; il use des apologues, des prosopopées, des apostrophes en de véritables scènes de comédie : « s’il en est ainsi, va t’étendre et dormir et mène la vie d’un ver, celle dont tu t’es jugé digne toi-même : mange et bois, accouple-toi, va à la selle, ronfle ». Voilà qui est tout à fait opposé à la grandeur d’âme, à l’ascèse, à l’ataraxie, à ce service divin en quoi consiste la vie selon Epictète.

 

 

      Moquons nous cependant de telles certitudes avec les Vies à vendre de Lucien, qu’un autre éditeur a préféré traduire en Philosophes aux enchères[4], quoique ce dernier se contente de ce texte et de l’excellent « Contre un ignorant bibliomane ». En effet on y vend, comme sur un burlesque marché aux esclaves, Diogène, Pythagore et Socrate, dont l’inutilité n’est pas loin d’être avérée. Alors que le dialogue platonicien est parodié dans « Le parasite » où il est démontré « qu’être parasite est un métier », voire un art, un point de vue aussi décapant entraîne celui de « Jupiter tragique » qui s’inquiète fort - et il n’a pas tort - : « Allons-nous continuer à être vénérés et conserver les honneurs qu’on nous rend sur la terre, ou être complètement négligés et compter pour rien ? »

      La satire de Lucien de Samosate (car il était de cette cité syrienne natif vers 120, vivant peut-être jusque vers 200 en Egypte où il fut rhétoricien et haut fonctionnaire) est gouleyante, divertissante à souhait. C’est celle du moraliste sceptique, en particulier à l’égard des stoïciens. Il est un redoutable maître du dialogue philosophique, en particulier à l’occasion de son « Les ressuscités ou le pêcheur », dans lequel, aux côtés de « Philosophie », « Examen », « Vertu » et « Syllogisme », Parrhésiadès joue à pécher une foule de philosophes qui se jettent sur l’or accroché à l’hameçon ; Platon et Aristote n’échappent pas au ridicule.

      En fait, Lucien est un pamphlétaire, un ironiste, un sérieux humoriste qui aimait pratiquer l’éloge paradoxal, par exemple « l’éloge de la mouche » ou de « la calvitie », que notre éditeur a omis - et c’est dommage - de publier ici. Il « fait métier de haïr la forfanterie, le charlatanisme, le mensonge, l’orgueil », et surtout de réjouir les banquets. Une bibliothèque serait bien triste sans lui !

 

 

      Réunir l’art du récit et la sagesse de la morale est du ressort du fabuliste en ses apologues. Esope le Phrygien en est le premier maître au sixième siècle avant notre ère. Du moins celui qui rassemble ces 358 Fables populaires avec soin. Hérodote témoigne que le fabuliste originel, prétendument difforme, fut mis à mort à Delphes ; selon Héraclide, pour le vol sacrilège d’une coupe d’or, à moins que ce fût, selon Plutarque, un coup monté.

      Si la fable est au moins connue depuis Hésiode, deux siècles plus tôt, avec « Le rossignol et l’épervier », si conter une histoire animalière et morale a surgi dans toute l’humanité, en Egypte, en Inde avec Le Livre de Kalila et Dimna[5], Esope est l’accoucheur du genre en tant que ce dernier acquiert noblesse littéraire, ce en associant le pittoresque de l’anecdote et le précepte moral appliqué aux vertus sociales. Les trois quart de ces fables ont pour personnages des animaux auxquels le narrateur et moraliste attribue des qualités et défauts humains, comme le rusé renard ; puis des hommes, voire, comme « L’esclave laide et Aphrodite », des dieux (elles sont dans ce cas souvent étiologiques) ou des plantes. Leur simplicité et leur concision n’exclut pas l’ingéniosité et l’humour, même si quelques-unes sont plus fades, sinon puériles. Quant aux morales, elles prêchent la fidélité, le travail ou la modération : « Cette fable montre que, si vous trahissez l’amitié, vous pourrez peut-être vous soustraire à la vengeance de vos dupes, si elles sont faibles ; mais qu’en tous cas vous n’échapperez pas à la punition du ciel ». Quoiqu’elles frisent parfois franchement l’immoralité, lorsqu’il s’agit de profiter de la bêtise des autres. Plus allégorique est « Les Biens et les Maux », pour élever le débat à la lisière de la philosophie.

      La préface rigoureuse de ce volume, nanti de sa délicieuse couverture azur et ornée d’un renard d’or, est riche d’enseignements historiques et génériques sous la plume d’Emile Chambry. Il est, n’en doutons pas, un fleuron de la collection.

 

 

      Les Fables ne sont que 273 dans le recueil Augustana, choisi par la collection Folio, mais précédées par la « Vie d’Esope », soit le « Livre du philosophe Xanthos et de son esclave Esope, au sujet des mœurs d’Esope », récit plus que romancé. Et complétées par d’abondantes et précises notes. La préface d’Antoine Biscéré s’interroge : « Comment expliquer, malgré l’absence de souci esthétique […] leur séduction aussi pérenne qu’universelle ? » Il répond avec pertinence en prônant cette « fable qui conjoint le merveilleux au prosaïque et marie l’ordinaire à l’onirique ». Et si ces brèves fables en prose nous paraissent, quoique le plus souvent judicieuses, un peu pâles, c’est qu’elles souffrent de la comparaison avec le futur prince du genre. Après le Romain Phèdre, mais aussi Avianus, qui en reprirent de nombreuses en vers latins, La Fontaine les sublima au moyen de ses vers élégants, les animant par d’expressives prosopopées, associant la vivacité, l’humour et la satire politique[6].

      Tous ces textes ont d’abord été publiés aux Belles lettres, constituant son impressionnant fonds antique, en éditions bilingue, soit en une flopée de volumes finalement onéreux. Les voici, dans des écrins soignés, illustrés par des artistes contemporains, à la portée d’un budget somme toute modeste. Alors que l’on annonce des œuvres célèbres, comme La Guerre du Péloponnèse de Thucydide et le Serment d’Hippocrate, ou plus rares : de Procope La Guerre contre les Vandales, impatiemment attendue.

 

      Certes l’Iliade d’Homère fait déjà partie de cette « Série du centenaire », mais nous préférons pour une fois nous pencher vers un autre éditeur aux soins exquis : Diane de Selliers, qui nous propose en sa « Petite collection », non plus brochée mais solidement et élégamment cartonnée, du même auteur, l’Odyssée. La traduction est classique, de Victor Bérard, et venue des Belles Lettres, mais l’illustration moins. Au-delà de l’accord d’Ovide avec la peinture baroque[7], de Pétrarque avec un vitrail de l’Aube[8], ou de Dante avec Botticelli[9], voici un choix pour le moins étonnant, car contemporain.

 

      Au premier regard, le travail de Mimmo Paladino, peintre venu de la Trans-avant-garde italienne et né en 1948 près de Naples, peut sembler enfantin, simpliste. Peu à peu, et surtout au regard du texte, ces graphismes puérils, ces barbouillis de stylo, d’aquarelle, de gouache, ces grattages et collages, parfois rehaussés de feuilles d’or, acquièrent une qualité symbolique réelle, une résonnance profonde. À partir d’éléments archétypaux, des silhouettes de soldats et de tours, des ciels menaçants et des yeux en larmes, une dimension iconique universelle s’affirme parmi les 92 dessins et peintures, qui ne sont pas sans faire songer aux vases grecs peints. Non sans un certain humour, comme ces sirènes qui semblent couchées dans une boite de sardines.

      Le souci d’une lecture élégante et claire, parmi la souple prose aux alexandrins blancs du traducteur, anime l’éditrice autant que l’illustrateur. Outre le bleuté des têtes de chants et d’unités narratives, à chaque peinture ponctuant l’épopée, pas forcément d’une manière littérale, mais allusive, poétique, voire ironique, correspond une phrase-clef d’Homère : « Pallas Athéna, cette fille de Zeus, avait autour d’Ulysse versé une nuée, afin que, de ces lieux, il ne reconnût rien » ; ou encore : « C’est ainsi qu’en la salle, assaillis de partout, tombaient les prétendants, avec un bruit affreux de crânes fracassés, dans les ruisseaux du sang qui coulaient sur le sol ». Le défi est relevé par des lavis colorés, des graphismes aigus, des encrages pastels et insolites qui, par instants, font penser aux travaux de Miquel Barcelo[10].

      Voilà comment s’attacher avec plaisir aux dix ans du périple d’Ulysse, après les dix ans de guerre et de cheval de Troie, parmi des mers chargées d’écueils, entre apparitions monstrueuses, de Polyphème au Cyclope, ou séductrices, des sirènes à Circé, que seule la ruse native du héros saura déjouer, même s’il est le jouet des dieux, donc du destin, afin de retrouver sa chère Pénélope. Gageons que le poète nous offre une métaphore de notre condition humaine à la recherche de son Ithaque…

 

      Voulez-vous une bibliothèque délicieuse, savante, impressionnante, parfois amusante, qui fera l’indispensable éducation du Prince autant que de l’honnête homme, autrement dit de l’esprit de l’humanité, à l’affut de la connaissance de l’âme humaine, sinon des dieux. C’est chose faite, même si elle reste à compléter, avec la « Série du centenaire » des Belles lettres. Vous saurez comment les combats sanglants d’Achille et d’Ulysse enseignent le destin, comment les Anciens pensaient la naissance du cosmos[11], la responsabilité et l’amour, comment la quête de Jason, tributaire d’un amour vénéneux, est la nôtre au sens moral, comment être stoïcien, et probablement bientôt épicurien avec de nouvelles éditions, comment éduquer à l’époque des guerres grecques et médique avec Xénophon, comment vendre des philosophes avec Lucien, et, bien entendu, écrire des fables avec Esope, toutes activités dont notre contemporain ne doit pas être privé, tant il manque de morale, tant il regorge de philosophes qui méritent à peine d’être vendus à vil prix. La panoplie du bibliophile tient ici entre ses mains les premiers secrets de l’éducation à la guerre et à la paix, aux vertus politiques et morales, et à celles de l’ironie.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Raymond Queneau : Petite cosmogonie portative, Gallimard, 1950.

[4] Lucien de Samosate : Philosophes aux enchères, L’Herne, 2009.

[5] Ibn al-Muqaffa’ : Le Livre de Kalila et Dimna, Klincksieck, 2012.

[11] Voir : Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

Xénophon : Oeuvres, Hachette, 1873 ; Lucien : Oeuvres, Hachette, 1874.

Photo : T. Guinhut.

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 12:18

 

Forum et colonne de Trajan, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Causes et leçons de la chute de l’Empire romain :

 

Barbares, socialisme,
refroidissement climatique et épidémies.
 Gibbon, Heather, Fabry, Ward-Perkins, Harper.

 

 
Peter Heather : Rome et les barbares,
traduit de l’anglais par Jacques Dalarun, Alma, 2017, 640 p, 28 €.

 

Philippe Fabry : Rome du libéralisme au socialisme. Leçon antique pour notre temps,
Jean-Cyrille Godefroy, 2014, 160 p, 15 €.

 

Bryan Ward-Perkins : La Chute de Rome,
traduit de l’anglais par Frédéric Joly, Champs Flammarion, 2017, 368 p, 11 €.

 

Kyle Harper : Comment l’empire romain s’est effondré,
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Pignarre, La Découverte, 2019, 544 p, 25 €.
 

 

 

 

      À quoi attribuer la chute de l’Empire romain ? Les hypothèses se sont accumulées, querelles politiques intestines, amollissement dans les délices de Capoue, intoxication par les canalisations au plomb, poussées des barbares germains et des Huns, passivité des Chrétiens, tous arguments judicieux, mais sans assurer une totale pertinence. Voici enfin, après l’ouvrage monumental d’Edward Gibbon, une poignée de réponses particulièrement convaincantes, au-delà d’une explication monocausale. D’abord l’analyse de la relation entre Rome et les barbares, sous la plume de Peter Heather. Mais aussi une vision audacieuse, discutable, de Philippe Fabry : Rome aurait, après son libéralisme initial, succombé sous le poids de son propre socialisme. Enfin l’effondrement spectaculaire d’une civilisation est exposé par Bryan Ward-Perkins, jusqu’à une drastique baisse démographique, car pestes et refroidissement climatique furent concomitants et mortels, comme le montre Kyle Harper. Ce pourquoi il faudrait en tirer maintes leçons peu amènes pour notre contemporain.

 

      S’il faut allouer une date à la chute de l’empire romain, du moins de celui d’Occident, car celui de Byzance perdure jusqu’en 1453, adoptons après celles du saccage de Rome par les Goths en 410, puis par les Vandales en 455, celle de l’abdication du jeune empereur Romulus Augustule, le 4 septembre 476, aux pieds d’Odoacre, roi des Hérules.

      Montesquieu fit de l’Histoire un enchaînement causal, et vit en 1734, dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, l’ouvrage de l’agrandissement démesuré de l’Empire, du droit de cité étendu à trop de peuples, de l’accroissement indu des richesses, et surtout de l’action continue des Barbares, Goths et Vandales, puis Huns d’Attila, tous leviers qui firent basculer la puissance romaine : « Rome fut détruite parce que toutes les nations l’attaquèrent à la fois et pénétrèrent partout[1] ».

      Edward Gibbons, qui écrivit entre 1764 et 1788 son vaste ouvrage classique, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, identifiait au premier chef parmi les causes de cette déroute militaire « l’effet naturel et inévitable de l’excès de sa grandeur», mais aussi la division du gouvernement romain, les guerres civiles épuisantes, « la doctrine de la patience et de la pusillanimité » du Christianisme, car « les vertus actives qui soutiennent la société étaient découragées, et les derniers débris de l’esprit militaire s’ensevelissaient dans les cloîtres[2]  ». Et, bien entendu, la poussée continue des Barbares ; qui, au regard d’historiens ultérieurs, comme Peter Brown, intervient non dans une ère de décadence, mais plutôt d’une transition politique et religieuse que l’on appelle Antiquité tardive[3]. Au point que l’on alla jusqu’à parler d’accommodation pacifique. Cependant, loin d’un tel irénisme, l’on verra qu’un véritable effondrement civilisationnel a bien eu lieu, même si, tant bien que mal, les centres religieux, les abbayes, surent conserver et recopier les textes antiques.

 

Edward Gibbon : Histoire de la chute et de la décadence de l’empire romain,

Ledentu, 1828. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Pourtant « les Romains avaient le chauffage central, un système bancaire fondé sur le principe capitaliste, des fabriques d’armes et même des manipulateurs d’opinion, tandis que les Barbares étaient de simples paysans, dont le luxe se réduisait à d’aimables fibules ». Ainsi, armé d’un tel paradoxe, commence Peter Heather dans Rome et les barbares. Histoire nouvelle de la chute de l’empire. Cependant, selon Libanius et Edward Gibbon, les Francs étaient « les plus formidables des Barbares. Quoiqu’ils se laissassent aller volontiers à l’attrait du pillage, ils aimaient la guerre pour la guerre ; ils la regardaient comme l’honneur et la félicité suprême du genre humain[4] ». Face à de tels envahisseurs, l’Empire romain plia, se contracta, se fragmenta, disparut, du moins du côté d’Occident. Wisigoths en Espagne, Vandales jusqu’au Maghreb, Francs et Burgondes en Gaule, Ostrogoths en Italie, et par-dessus tout les Huns, ils sont l’objet du tableau, impressionnant et fouillé, offert par Peter Heather. Tous venus du nord et de l’est, de la Germanie, de la Scandinavie, de la Scythie et des steppes de l’Asie centrale, ils déferlent sur un empire au point de lui interdire « toute tentative de maintenir l’empire romain d’Occident en tant que structure politique englobante, suprarégionale ». L’ouvrage utilise les sources les plus fouillées, d’Ammien Marcellin à Sidoine Apollinaire, en passant par Priscus et Candidus, et bien sûr l’archéologie, pour comparer les Romains qui avaient à cœur d’imposer leur romanité militaire, politique et culturelle, y compris sur les marges de l’empire, auprès du Rhin et du Danube, et les peuples barbares, plus frustes, populeux et assoiffés de conquêtes et de pillages ; quoique ces derniers méritent ici d’être étudiés, sans tomber dans un travers qui en ferait des incompris aux cultures dignes d’une admiration relativiste, comme l’entendit un livre collectif, sous la direction de Bruno Dumézil[5]. N’oublions cependant pas les nombreux Barbares romanisés, qui accédèrent aux plus hautes fonctions de militaires et de l’Etat, et qui eurent à cœur de veiller à la perpétuation de la culture de l’Antiquité.

       L’enquête est autant historique que géographique (ce dont témoignent les cartes nombreuses et claires), s’intéressant avec talent aux personnalités tant romaines que barbares, aux tactiques contrastées des armées, subverties lorsque vint aux Barbares « la capacité à s’emparer de centres fortifiés importants », aux conséquences urbanistiques et démographiques. Songeons qu’« Attila le Hun », dont les troupes usaient d’arcs prodigieusement redoutables, ravagea plus de cent cités, ce dont témoignent les fouilles de Nicopolis : « le développement urbain imprimé par les Romains au nord des monts Hémus - un phénomène qui durait depuis quelque trois cents ans, depuis la romanisation des Balkans, aux I° et II° siècles après Jésus-Christ, fut brutalement interrompu par les Huns et ne redémarra jamais ». Songeons cependant que « l’empire hunnique » eut aussi sa chute, après la célèbre hémorragie qui mit fin aux jours d’Attila (et fit le dénouement de la tragédie éponyme de Corneille), à cause des conflits de succession et des coups d’autres Barbares : « un empire hunnique se délitant comme un oignon », écrit joliment Peter Heather.

      Redoutables également furent les Wisigoths, qui balayèrent la Gaule et l’Espagne, pour s’y installer, les Vandales, qui, outre leur saccage de Rome, conduisirent leur périple jusqu’en Afrique et Carthage, privant l’Empire de précieux greniers à blé. Eliminer ces derniers aurait pu permettre de sauvegarder la puissance romaine, conjecture Peter Heather. Las, en 461, la flotte offensive fut détruite par Genséric, signant l’arrêt de mort des espérances romaines. Une « armada de onze cents bateaux » envoyée en 468 par Constantinople permit de récupérer Sardaigne et Sicile, mais, devant Carthage, un vent défavorable bloqua la flotte que les Vandales purent incendier. Si sa civilisation n’agonisait pas encore, Rome si…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

      Il faut avec Philippe Fabry passer sur un apparent anachronisme : en effet ni le terme de libéralisme, ni de socialisme, nés autour du XVIIIème et du XIXème siècle, n’existaient au temps de Cicéron. Reste que les concepts, ici explicités à l’aide d’Hayek, deviennent particulièrement opérants si l’on songe à la liberté civique et économique qui régnait au temps de la république romaine, puis à la monopolisation du pouvoir politique, militaire, fiscal et social par les Empereurs et leurs cohortes pyramidales de fonctionnaires, plus particulièrement à partir du règne d’Auguste. Car progressivement, et ce depuis le IIIème siècle avant Jésus Christ, « l’état de droit est effacé par le droit de l’Etat, » ce qui n’est pas sans dommage dans la perspective de la chute de l’Empire.

      Ne pensons pas un instant que Philippe Fabry n’obéit qu’au brillant de son hypothèse. Le sérieux de sa démonstration repose sur la connaissance de nombreux historiens antiques, de Polybe à Suétone, d’Ammien Marcellin à Zosime, puis modernes, de Montesquieu et Gibbons à Paul Veyne, mais aussi de juristes, comme Ulpien, s’appuyant sur de nombreuses, précises et édifiantes citations. Non sans omettre la précaution requise : le libéralisme de la République romaine n’en était un qu’à la réserve suivante : l’institution de l’esclavage, alors général sur la planète, et qui ne s’effaça qu’avec le christianisme.

      Autre réserve à imputer à l’essayiste : La République romaine est cependant assez loin de l’ultérieur libéralisme classique. L'existence de lois somptuaires, l'interdiction pour les sénateurs de pratiquer le grand commerce, la restriction des droits économiques pour les non-citoyens, dépourvus du jus commercium, la non reconnaissance du droit de propriété pour les provinciaux, l'encadrement du marché par les édiles, tout cela est absolument incompatible avec un libéralisme digne de ce nom. Il n’en reste pas moins qu’en forçant le trait, Philippe Fabry met en relief le passage à un socialisme impérial.

      Après la guerre civile romaine qui suivit l’assassinat de Jules César, « il n’y eut aucun compromis entre la pratique libérale républicaine traditionnelle et la pratique socialiste populiste du dernier siècle de la République, mais seulement un compromis entre le socialisme par le haut des oligarques et la socialisme par le bas de la plèbe, qui fusionnèrent dans le socialisme impérial, sorte de fascisme romain, le libéralisme républicain traditionnel étant purement et simplement exterminé ». Peu à peu, Rome, au moyen du culte impérial obligé, révulse Juifs et Chrétiens, étrangle la liberté de conscience et persécute ces derniers ; jusqu’à ce que le christianisme devienne religion officielle.

 

Création Andrès Rocès. Photo : T. Guinhut.

 

 

      D’Auguste à Dioclétien, l’Empire transforme le régime « de dictature autoritaire en dictature totalitaire avec culte universel, dirigisme économique et social étendu ». Ainsi, clientélisme, corruption, distribution de blé, thermes, théâtres, grands travaux, propagande et art officiel, jeux du cirque (« panem et circenses »), ne sont rien d’autre que « redistribution, emplois publics, subventions, toute la panoplie de l’Etat socialiste ». Le dirigisme économique, le contrôle des prix et la planification de la production deviennent la règle, les ouvriers étant marqués au fer des manufactures d’Etat, au nom de « l’utilitas publica ». Au point de refuser les innovations (comme une nouvelle méthode pour transporter des colonnes) afin de nourrir le peuple par des emplois. Ce qui ne manque pas, dans le cadre du « collectivisme philosophique flagrant chez Marc-Aurèle », de castrer tout esprit d’initiative et d’entreprise : « Produire quelque chose devient fiscalement si coûteux que beaucoup renoncent et abandonnent leurs champs ». De plus, « ceux qui recevaient les faveurs de l’Etat devenaient plus nombreux que les contribuables »…

      Comment s’en tirait donc la République ? Mais en étendant ses conquêtes territoriales sur tout le pourtour méditerranéen (ce à quoi la politique d’Auguste a mis fin), en pillant les nouvelles provinces et leurs mines d’or, en leur faisant payer le tribut, puis par des impôts toujours nouveaux. Jusqu’à ce que ces dernières, à leur tour étouffées par le dirigisme, ne suffisent plus à remplir les caisses impériales, à payer une armée pléthorique, dont on avait doublé la solde par démagogie, à nourrir les robinets assoiffés de la dépense publique et de l’inflation monétaire… Percevoir les impôts dans les provinces, de juteuse affaire, devint pour les décurions une charge ruineuse que l’on fuyait : « Le riche, ou l’enrichi, était destiné à être réquisitionné avec sa fortune pour le service exclusif de la collectivité ». Quant à la justice impériale, elle devint tyrannique et sanglante pour les moindres délits. Là-dessus, les Barbares, que l’on avait jusque-là repoussés sans peine, ne trouvèrent plus en face de leurs déprédations la cohésion romaine nécessaire, qu’une armée émiettée par les sécessions, que des généraux punis pour les victoires (de crainte de velléités d’usurpation du pouvoir), au point que les citoyens et le peuple aillent jusqu’à préférer le plus de liberté barbare à la tentaculaire tyrannie impériale. Quand Rome s’effondra, de pire façon encore que l’Union Soviétique qui reproduisit une grande part de ses abjectes tyrannies. Ainsi sont mortelles les civilisations. Quod erat demonstrandum.

      Sous-titrant son essai, d’Histoire et de philosophie politique, aussi entraînant que passionnant, « Leçon antique pour notre temps », Philippe Fabry, historien du droit et des idées politiques, par ailleurs auteur d’un ambitieux essai de philosophie de l’Histoire[6], ose un parallèle judicieux avec le destin des Etats-Unis. Depuis le libéralisme des fondateurs de la constitution américaine, cette superpuissance est en train de vaciller sur ses principes : le poids de l’Etat fédéral, de l’administration, particulièrement celle d’Obama, une fiscalité sournoisement omniprésente, le « Patriot Act » et ses conséquences sur les libertés, malgré la nécessité sécuritaire, pourraient laisser penser que l’Amérique se laisse glisser sur la pente socialiste et tyrannique qui fut fatale à l’Empire romain. À moins que l’inspiration des mouvements réellement libéraux du « Tea party », que l’effet Donald Trump[7], en particulier de par ses judicieuses baisses d’impôts, largement positif - quoique ce dernier soit irrationnellement haï - lui rende ses entières capacités d’innovation économique et intellectuelle…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

     Si nombre d’historiens ont préféré voir une lente transition, une chaotique continuité dans le passage entre Antiquité tardive et Haut Moyen-Âge, Bryan Ward-Perkins, avec La Chute de Rome, valide la thèse de la brusquerie d’un grave déclin civilisationnel, en montrant les « horreurs de la guerre » perpétrées par les Barbares, les pillages, meurtres et tortures, ce en consultant des sources du temps, quoique parfois lacunaires : le V° siècle fut en effet un « désastre », qui mit à mal les levées d’impôts, donc la financement de l’armée impériale et par contrecoup son affaiblissement ; auquel les guerres civiles entre empereurs et « usurpateurs » contribuèrent, sans compter les Barbares requis dans les légions pour finalement trahir, les révoltes d’esclaves qui rejoignaient ces Barbares.

      Mais par-dessus tout, il s’appuie sur une « histoire économique », qui, d’ailleurs, insiste-t-il, n’a rien de marxiste. L’étude des poteries, par exemple, mais aussi des tuiles, est une « mine d’informations », qui permet de constater un brusque coup d’arrêt dans les échanges commerciaux, « un déclin saisissant du niveau de vie » du V° au VI° siècle, là où une civilisation brillante a pu retomber « à l’âge du fer ». Ainsi « la violence permanente entrava la production, la distribution et la consommation ». En ce sens la spécialisation des compétences ne put plus concourir à la prospérité lorsque les voies d’acheminement furent privées de toute sécurité. Sans doute, « la production alimentaire s’écroula-t-elle, causant un effondrement démographique ». En conséquence, « un paysage romain jadis densément peuplé laissa place à un paysage post-romain à l’habitat clairsemé », voire à des « ville-fantômes », quoique la Méditerranée orientale fut moins exposée. Par ailleurs, l’historien n’ignore ni les pestes du VI° siècle, ni « l’affaiblissement du soleil » en 431 et 432.

      Notons que Bryan Ward-Perkins n’a pas de pudeur politiquement correcte, en affirmant la validité du concept de « civilisation[8] » ; en effet « certaines cultures s’avèrent bien plus évoluées que d’autres ». Certes d’une remarquable brutalité, la République et l’Empire ont fondé une ère plus remarquable encore de prospérité et de culture…

 

      Mais l’action conjuguée des Barbares, des guerres civiles et du socialisme impérial  ne suffit pas à expliquer l’effondrement d’une civilisation, car « la majorité des structures de base de la société perdurèrent sous la domination germanique ». La thèse de Bryan Ward-Perkins, trouve alors une confirmation inattendue dans l’étude de Kyle Harper : Comment l’empire romain s’est effondré. Aux sources classiques, historiennes et littéraires, ce dernier ajoute des sources archéologiques, la lecture des évolutions économiques, démographiques, climatiques et sanitaires enfin.

      Outre un déferlement des Barbares qui n’eût pas suffit à lui seul à ramener une civilisation brillante à l’âge du fer, le bouleversement climatique est un facteur aggravant et fatal : « Ainsi doit-on considérer la période qui va de 450 à 530 après Jésus Christ comme un prélude au petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive », qui dure jusque vers l’an 700. Ainsi Kyle Harper s’inscrit-il, en amplifiant cette perspective, dans la lignée d’Emmanuel Le Roy Ladurie, dont l’Histoire du climat depuis l’an mil[9] fit en 1967 boule de neige…

      L’étude des pollens, des cernes des arbres, des restes végétaux, des glaciers, permet d’avoir une idée des évolutions climatiques quand celle des sépultures et de leurs corps permettent de déduire les causes et le nombre des décès. Aussi l’optimum romain chaud et humide tout autour de la Méditerranée, qui permit la prospérité, vit lui succéder une décroissance des températures qui mit à mal les récoltes, l’approvisionnement. Aux famines s’ajoutèrent les épidémies, entraînant une mortalité considérable. Procope et Jean d’Ephèse nous transmirent au V° siècle leur sentiment d’horreur, devant cette peste « qui a presque balayé l’ensemble du genre humain », selon le premier, et qui, selon le second, était la conséquence de la colère divine, « comme un moissonneur récoltant le blé ».

      Ainsi, après une première épidémie qui perturba l’expansion démographique et économique sous Marc-Aurèle, le III° siècle a cumulé pestes, sécheresses et soubresauts politiques avant que l’empire se reconstruise autour du christianisme. Rappelons que la fin du IV° et le début du V° siècles virent les Barbares se jeter sur Rome, brisant la cohésion de l’Empire. Mais au cours du VI° siècle, s’établit le petit âge glaciaire, de plus affligé de lourdes éruptions volcaniques, dont en l’an 536, qui vit « l’obscurcissement du soleil » et « une année sans été », alors que les températures moyennes estivales baissèrent de 2,5°, ce qui est stupéfiant : selon Cassiodore, « les récoltes tournèrent à la catastrophe ». Même chose trois ans plus tard : « la décennie 536-545 a été la plus froide des 2000 dernières années ». Parallèlement, l’aridité s’installait au Moyen-Orient.

      La fin du VI° siècle vit arriver depuis l’ouest de la Chine, transmise par les puces et les rats, puis véhiculée par les réseaux de communication de l’empire, par les transports de céréales qu’accompagnaient ces rongeurs, yercina pestis, bénéficiant d’une effroyable modification génétique, autrement dit la peste bubonique : le taux de mortalité put alors atteindre 60 %, de l’Angleterre à l’Italie, de la Gaule à l’Espagne. Il n’est donc pas étonnant que des cités disparurent au point de ne laisser que des ruines, qui ne servirent que de carrières aux siècles suivants. Ainsi une ville gallo-romaine comme Sanxay, dans la Vienne, dont on ne découvre plus qu’un amphithéâtre, des thermes immenses, un temple probablement majestueux, mais arasés, dans une campagne vide…

      Voilà qui donna le coup de grâce à l’Occident : d’un million d’habitants, la ville de Rome chut à vingt mille ! Et les lambeaux de l’empire de subir les mêmes outrages, jusqu’en Grèce, en Anatolie, en Egypte. On ne s’étonne alors pas que les structures politiques et économiques, que le commerce, les technologies et les arts retombent en une brouillonne enfance. De plus, à partir du VII° siècle, l’Islam, lui-même en son Arabie natale favorisé par le refroidissement, put infliger de sévères pertes territoriales à l’Empire d’Orient, jusqu’à ce qu’en 1453 Constantinople tombe sous ses crocs barbares et incendiaires…

      Kyle Harper confirme en scientifique les observations d’Edward Gibbons, qui s’appuyait sur Procope et Agathias, Théophane et Heineccius. Il notait que l’apparition d’une comète, en la cinq cent trentième année de l’ère chrétienne, fut suivie « d’un affaiblissement remarquable dans les rayons du soleil », et de tremblements de terre : « cette fièvre de notre globe l’agita sous le règne de Justinien avec une violence peu commune […] On dit que deux cent cinquante mille personnes périrent lors du tremblement de terre d’Antioche ». Enfin, « Le triple fléau, de la guerre, de la peste et de la famine, accabla les sujets de Justinien ; son règne est marqué d’une manière funeste par une diminution très sensible de l’espèce humaine[10] ».

      Soigneusement informé, y compris sur l’hygiène des villes romaines, leurs aqueducs et leurs latrines, et en conséquence leur mortalité gastroentérologique, agrémenté de cartes et graphiques, l’essai de Kyle Harper est une mine d’informations percutante. Son « duo contrapuntique entre l’humanité et l’environnement naturel », force l’admiration autant que notre humilité au regard des contraintes imposées aux civilisations, toujours fragiles face aux chocs des pandémies et d’un intense refroidissement : « L’alliance de la guerre, de la peste et du changement climatique a conspiré pour mettre fin à un millénaire de progrès matériel, transformant l’Italie en un pays médiéval arriéré, comptant plus pour ses reliques de saints que pour ses prouesses économiques ou politiques ».

 

Amphithéâtre gallo-romain, Sanxay, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Depuis Edward Gibbon, en passant par Bryan Ward-Perkins, Peter Heather et Philippe Fabry, l’étude de Kyle Harper est la pièce qui couronne le puzzle ; et brillamment. Les premiers expliquaient la chute de Rome, seul le dernier montre comment une civilisation a pu s’effondrer. Certes, le risque de l’historien est de faire passer les préoccupations de son époque au premier plan de sa fondation des ressorts du passé. Qu’il s’agisse de pandémies, de climat ou de socialisme, sans omettre de nouveaux barbares, qui sait si les historiens du futur nous liront avec commisération. Cependant l’Histoire, assurément multicausale, ne peut que gagner en perspicacité grâce au concours des sciences, aussi bien politiques qu’exactes, de façon à mieux comprendre, voire envisager la mortalité des civilisations.

      Reste que Philippe Fabry eût pu aller plus loin dans son parallèle entre Rome et les Etats-Unis, ce d’ailleurs dans la tradition d’Edward Gibbon qui appliquait son étude à l’instruction de son siècle et de l’Europe, tout en suggérant que la sécurité de ces derniers pouvaient être menacée par un « peuple obscur », en prenant l’exemple des « Arabes ou Sarrasins[11] ». N’a-t-on pas en France, et dans trop de sociétés occidentales, un budget de l’Etat sans cesse en déficit, des dettes colossales, un recours excessif à la planche à billet, une économie corsetée par un capitalisme de connivence, par les normes, par une fiscalité confiscatoire, par une redistribution pléthorique ? Tout ceci décourageant la croissance, le travail, la création de richesses, l’innovation ; sans compter la liberté d’expression mise à mal. Pire, les barbares ne sont pas à nos portes, mais dans nos murs. Il ne s’agit plus seulement de Goths et autres Vandales qui pillèrent Rome en 412, mais d’immigrés venus de l’aire sahélienne et arabo-musulmane, voire de jeunes Français, à qui nous avons offert du travail (quand il y en avait) et à qui nous versons de généreuses allocations comme au tonneau des Danaïdes, parmi lesquels une croissante proportion ne pratique pas seulement le pillage délinquant, mais le prosélytisme et la tyrannie de l’Islam. Comme lorsque ce qui restait de l’Empire romain d’Orient, Byzance, s’écroula sans trop de peine au VIIIème siècle sous les coups du jihad musulman, parce que pas grand monde ne souhaitait défendre une si lourde structure fatiguée si peu propice aux libertés face à la violence de la foi alliée à celle de la guerre. Hélas les Chrétiens d’Orient[12] ne cessèrent de tomber de Charybde en Scylla. Nous y sommes. Faut-il attendre les prophéties de quelque Sybille dans les ruines, ou veiller à construire l’avenir d’une civilisation digne de ce nom…

      Reste que bien plus largement mondialisée que l’Empire romain, notre civilisation risque-t-elle de devoir affronter des pandémies imprévues, un refroidissement climatique, pire (et l’Histoire l’a montré) que les réchauffements[13], un socialisme généralisé (y compris écologiste), une barbarie islamique, voire des avatars encore dans l’œuf de ces derniers, et d’autant plus difficiles à parer. Concédons le : celui qui aurait une vision irénique du socialisme (historique et économique) et de l’Islam (rappelons-le, autant politique que religieux et totalitaire[14]) ne pourrait que se scandaliser de telles convictions. Mais au catastrophisme, il faut opposer la sagesse de la science et de la stratégie…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Montesquieu : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, XIX, Œuvres complètes, II, Pléiade, Gallimard, p 182.

[2] Edward Gibbon : Histoire de la chute et de la décadence de l’empire romain, Ledentu, 1828, tome VII, XVIII, p 117, 119.

[3] Peter Brown : La Toge et la Mitre. Le monde de l’Antiquité tardive, Thames and Hudson, 1995.

[4] Edward Gibbon : ibidem, tome IV, XIX, p 65.

[6] Philippe Fabry : La Structure de l’Histoire. Déterminisme historique et liberté individuelle, Jean-Cyrille Godefroy, 2018.

[9] Emmanuel Le Roy Ladurie : Histoire du climat depuis l’an mil, Champs Flammarion, 2009.

[10] Edward Gibbon : ibidem, tome VIII, XLIII, p 168, 170, 179.

[11] Edward Gibbon : ibidem, tome VII, XVIII, p 123.

 

Minerva pacifica, Museo romano, Calahorra, La Rioja. Photo : T. Guinhut.

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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 10:12

 

Ostia antica. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les Amazones,

du mythe à l’Histoire et à l’archéologie,

en passant par l’anthropologie,

par Adrienne Mayor et Alain Testart.

 

 

Adrienne Mayor : Les Amazones, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Pignarre,

La Découverte, 560 p, 25 €.

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail,

Gallimard, 192 p, 17,90 €.

 

 

       Chantées par Homère, dont les héros Priam et Achille sont les furieux combattants jusqu’à la mort de Penthésilée, les guerrières Amazones semblaient n’avoir été qu’un mythe fascinant. L’historien grec Hérodote parait plus informé, parlant de ces « Sauromates [qui] parlent la langue scythique » et déclarent : « Nous ne pourrons vivre avec les femmes Scythes ; nous différons trop par les usages ; nous tirons de l’arc, nous lançons des javelots, nous ne savons rien des travaux de notre sexe[1] ». Plus informée encore est Adrienne Mayor, dont Les Amazones s’appuient sur de récentes découvertes archéologiques pour assurer qu’elles furent de réelles guerrières, quoique pas si cruelles pour leur sein et leurs fils. Mais pour l’anthropologie, où les armes sont indubitablement masculines, le foyer est féminin. Cependant, à l’heure où les débats sur l’égalité des sexes font rage, il est bon de dépasser le déni d’une réalité sexuée ou l’idéalité d’un monde unisexe pour retrouver une égalité perdue. D’où vient cette trop prégnante encore division sexuelle du travail ? Entre « L’Amazone et la cuisinière », l’anthropologue Alain Testart permet de déceler les catégories -croit-on innées- du masculin et du féminin, et de comprendre les croyances enfouies au fond des comportements humains depuis la préhistoire.

 

      Selon un Dictionnaire de mythologie de 1765, les Amazones « formaient une république, dans laquelle elle ne souffraient point d’hommes. Pour se perpétuer, elles envoyaient de temps en temps des détachements dans les états voisins, pour se procurer la compagnie des hommes. Ces députées, quand leur grossesse était décidée, retournaient chez elle faire leurs couches. Tous les enfants mâles qui naissaient, étaient immolés. On élevait les filles avec grand soin ; on leur coupait la mamelle droite, afin qu’elles fussent plus en l’état de tirer de l’arc. On les formait dans les exercices militaires, et l’histoire fabuleuse est pleine des exploits de ces héroïnes. On a dit que le pays qu’elles habitaient, était dans la Cappadoce, sur les bords du fleuve Thermodon[2] ». L’effroi qu’elles causaient allait jusqu’à diffuser le mythe, rapporté par Plutarque, selon laquelle elles se seraient attaquées à la ville d’Athènes même, quoique finalement vaincues par les Grecs conduits par Thésée.

      Adrienne Mayor en sait évidemment bien plus. Soutenue par une impressionnante érudition, elle jongle avec Hérodote et Pompée, fréquente couramment Atalante (qui chez Ovide est une femme d’une force peu commune), et les plus célèbres Amazones : Hippolyté qu’Héraclès tua), Antiope (que Thésée enleva) et Penthésilée (qu’Achille aima à l’instant de l’achever), mais aussi la « cheffe de guerre » Thalestris qui souhaita convoler avec l’empereur Alexandre. Sans oublier Hypsicratia qui devint la compagne de Mithridate VI. Ses notes et sa bibliographie associent tant les auteurs de l’Antiquité que les historiens modernes.

      Mais là où son savoir ébouriffe le lecteur (au sens neutre du terme), c’est lorsqu’elle s’appuie sur de recherches archéologiques et scientifiques fort concluantes. L’analyse ADN de corps guerriers fouillés dans des tombes scythes ne laisse aucun doute : il y a bien des femmes à avoir été vigoureusement armées et enterrées avec ses attributs qui permettent d’avérer combien leurs qualités guerrières étaient appréciées et craintes de leur vivant : « l’archéologie montre qu’environ une femme nomade des steppes sur trois ou quatre, inhumée avec ses armes, était une guerrière active ». Au moins « 130 tombes du sud de l’Ukraine contiennent les restes de femmes inhumées avec des arcs et des flèches », voire des bijoux et des coupes précieuses, et parfois « dans la position de cavalières », sans oublier leurs traces de blessures par haches, lances ou dagues. Certaines de ces « tueuses d’hommes », jusqu’à des fillettes de dix ans en armure, vécurent et moururent à l’époque d’Hérodote, c’est-à-dire au V° siècle avant Jésus Christ. Ainsi les nécropoles scythes, de la mer Noire à l’Altaï, prouvent qu’il existait, à l’époque des anciens Grecs, des femmes correspondant à la description des Amazones mythiques, des « archères nomades » et des reines. Et bien plus largement de la Thrace à la Chine, où Fu Hao reste une célèbre guerrière de la dynastie Shang. On peut alors mentionner « l’Amazonistan d’Asie centrale ». En Iran, les poèmes de Nizami font l’éloge de femmes qui sont « amantes, héroïnes, cheffes et même éducatrices et rivales des hommes » ; ils sont illustrés par une Shirin au bain, alors que son carquois et son épée sont suspendus à un arbre. Auprès de la mer d’Aral, un chant épique, le « Qirq Qiz, des Quarante filles », montre qu’elles font preuve d’une bravoure hors du commun. L’Egypte ancienne conte l’histoire de Serpot qui est à la tête d’un « pays des femmes ». Il faut également mentionner des guerrières étrusques. En l’actuelle Turquie, des mosaïques découvertes en 2006 présentent des portraits d’un quatuor de reines, dont Mélanippe.

 

 

      S’il ne s’agissait donc pas d’un fantasme de divers mythographes, il faut cependant faire un sort à deux pans impressionnants du mythe : selon toute apparence, ces dames ne se coupaient un sein (à moins de les aplanir dans un corset ou sous l’armure), ni ne tuaient leurs fils. Les représentations grecques et romaines leur octroient toujours des seins jumeaux, ainsi que des tatouages, car leurs bras présentent des figures animales, ce que corroborent « les momies congelées tatouées de l’ancienne Scythie ».

      Bien plus libres que les femmes grecques, ces « femmes sauvages » séduisaient et effrayaient par une certaine liberté sexuelle ; qui semblaient avoir « les mêmes droits que les hommes ». Elles aussi s’enivrent de « lait de jument fermenté » et des fumées hallucinogènes du chanvre (cannabis sativa), ce que confirment autant Hérodote que les tombes du Kazakhstan. Selon la légende, et des kylix à peintures rouges, elles combattaient des griffons. Ces porteuses de pantalons chassaient plus sûrement des lions, mais également au moyen d’aigles dressés. De surcroît, il n’est pas impossible que l’on doive à leur peuple l’origine des armes en fer. Reste à savoir quel était leur langage, entre diverses langues caucasiennes et l’iranien, donc « barbares » pour les Grecs, et le romaïque, un dialecte assez proche du grec. Malgré leurs « pierres à cerfs », gravées de divers motifs géométriques et animaliers, nos Amazones n’ont pas laissé de texte écrit ; à moins que les dessins des tatouages, également retrouvés sur ces pierres, soient un langage figurant quelque récit… La « tombe de l’homme d’or » (ou d’une guerrière) recèle un bol en argent gravé d’une inscription « alphasyllabaire », non déchiffrée, qui est peut-être la trace d’un dialecte scythe.

      Apollonius de Rhodes, dans ses Argonautiques, fait mention d’un temple sur « l’île Amazone ». Il semble bien que des archéologues turcs l’aient mise au jour, au sud de la mer Noire, à Giresun, et qu’ils confirment le récit de l’écrivain antique, jusqu’à la présence de la « pierre noire sacrée », une météorite. Là, nos cavalières sacrifiaient des chevaux à un dieu de la guerre et une déesse mère. Plus loin, dans l’espace et dans le temps, notre essayiste fait allusion à « Mulan, une Amazone héroïque de la légende chinoise », qui par ailleurs fit les bonheurs du film d’animation, avec le film des studios Disney, en 1998. Cependant l’on sait par ailleurs que les créatures chevelues qui lançaient des flèches sur les conquistadors depuis les arbres bordant le fleuve Amazone (d’où son nom) n’étaient en rien des femmes.

      Une « Encyclopedia Amazonica », c’est bien là l’ambition couronnée de succès d’Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université Stanford, bien qu’elle sache qu’elle ne mette pas un point final à la question. Son roboratif travail se veut également un « éloge de l’idéal des couples nomades de l’Antiquité ». Et bien que sédentaire, notre historienne a mené son enquête, livresque et sur le terrain, parmi les temps anciens, voire immémoriaux, et les plus vastes empires romains, alexandrins, chinois et scythes. Faisons également l’éloge de l’éditeur, qui a su offrir à sa couverture une esthétique certaine, avec une Amazone blessée (qui ne s’est pas le moins du monde coupé un sein !), au corps blême devant un rouge bouclier, peinte par Franz von Stuck en 1905. On ajoutera que l’iconographie, quoique en noir et blanc, est généreuse : cartes, amphores, cratères, camées, armes… Mais aussi une superbe « urne cinéraire étrusque » ornée d’archères amazones s’exerçant au tir à l’arc parthe.

 

 

      Pourquoi, hors nos Amazones, les femmes ne chassent-elles pas, ne sont ni soldats, ni bouchers ? se demande Alain Testart. Une immense majorité de cultures les cantonne à la maternité, au tissage, à la cueillette. Parce que le sang des règles et de l’accouchement entraîne une conséquence inouïe : «  Les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux ».  On évite « la conjonction du même avec le même » de peur de catastrophes, ce qui se justifie par ailleurs dans le cas de la consanguinité. De plus « ce partage des tâches est strictement parallèle à celui entre domaine animal et végétal », sauf aux régions arctiques. L’explication « combine motifs symboliques et contraintes économiques ». De même, la femme est exclue de la prêtrise, parce qu’elle ne peut toucher le sang du Christ, mais aussi du rabbinat (quoique ce ne soit plus le cas aujourd’hui). Le suicide est ainsi passablement partagé selon les sexes, sanglant ou non.

      De plus, cave à vin, sidérurgie, sont royaumes masculins, souvent interdits à la femme. Il y a « laboureur et semeuse », car la charrue coupe la terre, alors que le sexe féminin est associé à une coupure. L’agriculture est féminine quand les Iroquois sont d’abord guerriers. Et le progrès technique semble défavorable à la femme, « servante de la machine » : dès qu’un travail devient métier, il devient masculin. Seules chasseresses et soldates de l’Histoire, Diane et Jeanne d’Arc, parce que vierges. Cependant nous venons de voir que les Amazones historiques cassaient avec succès cette partition sexuée…

 

      N’en doutons guère, il se trouve en le magnifique essai d’Adrienne Mayor une pincée de volonté polémique, en un sous-titre qui n’existe cependant pas dans l’édition originale américaine : « Quand les femmes étaient l’égales des hommes », ce qui est confirmé par l’assertion : « La quête universelle pour trouver l’équilibre et l’harmonie entre hommes et femmes, des êtres à la fois si semblables et différents, est au cœur de tous les récits sur les Amazones ». On idéalise peut-être sur ce point la période qu’elle étudie, du VIII° siècle avant J. C. au I° siècle de notre ère ; sans peur de souffler que ce n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui. Tabous et préjugés s’effacent à grand peine, alors que les femmes ont aujourd’hui le droit d’investir jusqu’aux sous-marins français. Les Israéliennes sont couramment des Amazones, quand les cuisinières sont encore rarement les grands chefs. L’essai d’Alain Testart, aussi clair que roboratif, permet alors de radiographier la persistance de nos mentalités, pourtant dignes d’évoluer. Au point que, Messieurs, les femmes soient en train d’investir tous vos domaines d’élection, voire bien souvent vous dépasser…

      Et puisque Heinrich von Kleist est un homme, nous ne parlerons guère de sa splendide tragédie, car bien connue, Penthésilée[3], cette reine des Amazones qui déchira d’amour le corps d’Achille, pièce passée sous silence par Adrienne Mayor, quand elle n’ignore rien des amphores grecques à figures noires qui illustrent cette scène aux versions diverses. Ni de l’auteur de cette modeste critique amazonienne, qui n’a pas la chance d’être une femme, mais d’une auteure outrageusement méconnue : Mme du Boccage. Elle fut en effet au XVIII° siècle la créatrice d’une épopée plus que curieuse consacrée au découvreur de l’Amérique, La Colombiade, mais aussi d’une étonnante tragédie en vers titrée Les Amazones. En son ultime scène, la reine Orithie dénonce, avant de se tuer, de Thésée le « sexe orgueilleux[4] »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Alain Testart a été publiée dans Le Matricule des Anges, mars 2014

 

[1] Hérodote : Histoires, IV, 114 et 117, traduit du grec par Giguet, Hachette, 1886, p 255.

[2] Dictionnaire portatif de mythologie, Briasson, 1765, p 62.

[3] Heinrich von Kleist : Penthésilée, traduit de l’allemand par Julien Gracq, José Corti, 1954.

[4] Madame du Boccage : Les Amazones, Œuvres, t I, Chez les Frères Périsse, Lyon, 1770, p 263.

 

 

 

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 12:02

 

Le Bernin : L’Enlèvement de Proserpine, 1622,

Villa Borghèse, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

À quoi servent la Mythologie et les Enfers ?

Luc Ferry : Mythologie et philosophie ;

Bibliothèque classique infernale.

 

Luc Ferry, Mythologie et philosophie, Plon / Le Figaro, 592 p, 21,90 €.

 

Bibliothèque classique infernale, Les Belles Lettres, 488 p, 29,50 €.

 

 

 

      « On m’emmène captive pour servir le tyran du Styx », s’écrie Proserpine, par la grâce des vers de Claudien, poète du Vème siècle, et de la sculpture baroque du Bernin, lorsqu’elle est enlevée par Pluton, dieu des Enfers... Les œuvres d’art, les livres, contes et légendes et autres encyclopédies sur la mythologie gréco-romaine ne se comptent plus. Celui de Luc Ferry, Mythologie et philosophie, s’il n’est pas totalement novateur, emprunte une perspective avisée : depuis les centaines d’expressions qui balisent notre langue, ce bouillonnement de la culture antique innerve notre pensée. Ainsi le philosophe ne peut que réfléchir, selon son sous-titre, au « sens des grands mythes grecs ». Et parmi ces derniers, ne faut-il pas compter avec l’un des plus impressionnants, celui des Enfers, ce pourquoi il faut ouvrir la Bibliothèque classique infernale. En effet, « L’au-delà, de Homère à Dante », est un réservoir d’effroi, de merveilles, mais aussi une figuration de nos inquiétudes corporelles et métaphysiques. À quoi sert cette mythologie ? En quoi pouvons-nous fonder notre logos, notre éthique et notre métaphysique sur cette surabondante mythologie ?

 

      Les mythes les plus célèbres, d’autres bien plus secrets, se succèdent sous la plume de Luc Ferry, avec tous les plaisirs du conte pour le lecteur enchanté qui retrouve, découvre et redécouvre tout un univers de personnages, héros et monstres, Thésée terrassant le minotaure au tréfonds du dédale, ou, suscitée par la vindicte d’Héra, la folie d’Hercule, jetant les enfants qu’il a eu avec Mégare dans le feu. Pour se purifier il lui faudra réaliser ses fameux douze travaux…

      Mais « entre mythos et logos […] il y a autant rupture que continuité ». Qu’est-ce à dire ? La mythologie se fait philosophie. D’une « sagesse cosmique », nous glissons vers une « spiritualité laïque dont Ulysse est peut-être bien le premier représentant dans l’histoire de la pensée occidentale. »

      Chaos et discorde sont les maîtres mots, auxquelles s’ajoutent les dix mille souffrances jaillies de la  boite de Pandore, lors que l’harmonie est le but recherché. Quant à l’espérance, seule restée au fond de cette boite, elle n’est pour les Grecs rien d’un cadeau, au contraire de l’espérance chrétienne, mais l’image du manque. C’est ainsi que Luc Ferry nous rend moins idiots, car, ajoute-t-il, « comme le dira Spinoza, il n’est pas d’espérance sans crainte ». La « pensée du tragique » anime Œdipe ; avec Prométhée ou Antigone, il est la singularité de la condition humaine, mais aussi son « potentiel subversif virtuellement illimité ».

      Les mythes nous éclairent sur nous-même. L’hybris, par exemple, est le péché suprême chez les Grecs : orgueil et démesure, il est châtié chez tous ceux qui croient pouvoir dépasser et abattre les dieux. Ce pourquoi, chez Platon, plus précisément selon Aristophane dans Le Banquet, nous avons été fendus en deux et recherchons en conséquence et avec cupide amour sans cesse notre moitié : « Que nul ne fasse rien qui soit donc contraire à l’amour ». La dimension morale du mythe de l’androgyne est explicite.

      Ainsi la naissance de la philosophie en Grèce n’a rien d’inexplicable, elle est déjà la cristallisation mythologique des mystères de l’univers et de l’être avant de se cristalliser en concepts. En sa conclusion, Luc Ferry cite avec pertinence Jean-Pierre Vernant pour qui la philosophie « transpose, sous une forme laïcisée et sur le plan d’une pensée plus abstraite, le système de représentation que la religion a élaboré. Les cosmologies des philosophes reprennent et prolongent les mythes cosmogoniques…[1] » La filiation théogonique Ouranos Chronos Zeus devient peu à peu « la philosophie, rationaliste et sécularisée [qui] va s’exprimer en termes d’explication, de causalité ». On quitte alors « les entités surnaturelles et religieuses, pour s’intéresser aux réalités physiques ». Au-delà du prêtre et de ses mystères, le philosophe use « des argumentations rationnelles dont il est capable dans un dialogue de type platonicien ». Ce pourquoi l’on trouve en fin de volume Platon, non seulement à l’égard d’Eros, mais de la recherche de la vérité et de sa maïeutique.

 

 

       Sans nul doute –et non ne l’aurions peut-être pas cru de la part d’un philosophe, Luc Ferry est un conteur hors-pair. Par exemple au fil des amours de Danaé fécondée par la pluie d’or de Zeus, de son fils Persée qui choisit de combattre Méduse. Dommage qu’il fasse dire à Dionysos un familier « je m’en fiche », confondant pédagogie et démagogie. Hélas, trop rarement, même si l’on songe qu’il s’agit là d’un objet grand public (il fut d’abord publié en livrets par Le Figaro au cours de l’année 2014), il nous donne en note les références aux auteurs antiques auxquels il emprunte son récit. Un index des personnages nous serait bien utile... Qu’importe néanmoins, puisqu’aux plaisirs du récit, au talent du vulgarisateur, s’ajoute une aisance à glisser à propos dans la hauteur philosophique, sans la hauteur du fat. En effet, la récurrence de « la question cosmologique », au travers de « la confrontation entre cosmos et chaos », entre ordre et désordre, guerre et paix, innerve avec pertinence la réflexion qui est toujours la nôtre.

 

      À quoi servent les Enfers et leur effroi ? Voici, vêtu d’une couverture minimaliste et somptueusement noire, blanche et or, un magnifique complément à la somme de Luc Ferry, certes uniquement consacré à « L’au-delà de Homère à Dante », mais précisément référencé, offrant les textes en les traductions des Belles Lettres (qui sont souvent elles-mêmes des références unanimement saluées). En cette Bibliothèque classique infernale, mystères de la finitude et de la mort, du salut et de l’espoir en l’immortalité trouvent leur acmé. La frontière entre le monde des morts et des vivants est franchie, avec des succès divers, par Enée, par Orphée. C’est là que la fonction étiologique du mythe est la plus évidente : il explique l’inexplicable, fournit des réponses et des illusions aux interrogations et aux angoisses, en dessinant les paysages du Tartare, où sont châtiés les pires criminels, et des Champs Elysées, lieux de délices.

      La généreuse et chronologique anthologie, fomentée par Laure de Chantal qui se fait soigneuse collationneuse infernale, est étonnante à plus d’un titre. Une trentaine d’auteurs, Grecs et Latins, depuis Homère le fondateur, jusqu’au colossal Nonos de Panopolis, dont le terrible combat voit s’affronter les forces du chaos. Des poètes et des prosateurs parfois rares, comme Valerius Flaccus et son « palais du souverain du Tartare » : la porte de droite s’ouvre sur « le pays tranquille des justes », en celle de gauche l’âme passée dans le trépas saura « combien de monstres l’attendent sur le seuil ». Bientôt le Christianisme tirera de la plus douce partie des Enfers ce qui deviendra, au plus haut du ciel, le Paradis. L’étrange Hygin, dernier auteur païen, conte la descente aux Enfers de Dionysos, appelé ici Liber ; mais aussi propose une Astronomie qui est un « zodiaque infernal », dont les constellations et les étoiles brillent encore sur nos nuits,  sous leurs noms venus des sources mythiques.

      Paradis du lecteur, l’infernale anthologie n’omet évidemment pas l’incontournable Ovide des Métamorphoses, en son histoire d’Orphée allant chercher Eurydice au royaume des ombres, sans oublier  d’étranges « lamelles d’or orphiques ». Comme de juste, Virgile, avec un fort fragment de son Enéide, le chant VI, permet à Enée, « sans avoir été inhumé », de franchir les « portes du Songe », à l’aide du fameux rameau d’or offert par la Sybille.

      Mais au-delà de ces poètes éminemment sérieux et graves, le comique, la parodie sont le lot de Lucien, dont le dialogue devant Rhadamanthe, juge  des Enfers, permet à la Furie Tisiphone de prendre un tyran « par la peau du cou », tyran dont le corps « est cyanosé par les marques » de ses infamies. Ou d’Aristophane le dramaturge, qui, dans Les Grenouilles, fait se moquer Dionysos aux dépens de ceux qui écrivent des tragédies : « C’est de la petite grappe et des babilleurs, de la Muse d’hirondelle, des outrageurs de l’art ». Grâce lui soit rendue, quand le monde de l’Abîme est « une fange immense, une merde intarissable ».

 

 

        Avec plus de noblesse, Platon, dans sa République, rapporte le récit d’Er, qui, après la bataille et avoir été posé sur le bûcher, avait « rejoint son corps ». Il témoigne d’avoir vu les Moires (ou Parques) jetant « des sorts et des modèles de vie », afin que chaque âme puisse « renaître à la condition mortelle ». Toute la question est alors de savoir choisir sa réincarnation : vie d’homme obscur ou « de la plus grande tyrannie », vie de lion ou de cygne, comme l’âme d’Orphée, « parce qu’il ne voulait pas, en haine des femmes qui l’avaient mis à mort, naître du sein d’une femme »…

      Parmi les pages de son Phédon, Platon nous prévient encore du destin des âmes après leur mort : les « incurables à cause de l’énormité de leurs fautes […] sont jetés dans le Tartare ». Quant aux Justes, « dont la vie aura semblé éminemment sainte sont libérés et affranchis comme d’une prison, de ces régions intérieures de la Terre ; ils atteignent en s’élevant le lieu qui est pur ». Et ceux qui, « grâce à la philosophie se sont purifiés autant qu’il faut vivent désormais sans corps et parviennent à des demeures encore plus belles ». C’est ainsi que l’on perçoit ce que doit l’eschatologie chrétienne au platonisme…

      Il faut se féliciter du bonheur que nous offre Laure de Chantal avec sa Bibliothèque classique infernale. Ce dans le cadre de la politique éditoriale des Belles Lettres qui, avec une rare sagacité, nous a déjà proposé des anthologies remarquables : Nuits antiques, sièges d’Hypnos, dieu du sommeil, sièges des plaisirs, des conspirations, de la sexualité, des rêves et des cauchemars ; ou encore Cave canem. Hommes et bêtes dans l’Antiquité, entre massacres dans les jeux du cirque, et cause animale défendue par Plutarque…

 

      Certes, Enfers gréco-romains, Enfer et Paradis chrétiens par ailleurs, ne sont que des fictions, comme « la métaphysique est une branche de la littérature fantastique », pour reprendre la formule de Borges[2]. Il y a cependant dans la mythologie toute une richesse et une sagesse encore valides aujourd’hui. Songeons à notre vocabulaire, truffé de « Pactole » et de « dédale », de « boite de Pandore » et de « Cassandres » dont personne n’entend les avertissements. Songeons aux neuf Muses, dont la mère est la titanide Mnémosyne. Qu’est-ce à dire ? Qu’il n’y a pas d’inspiration sans mémoire, donc sans travail. La morale de l’apologue est évidement éternelle, malgré l’apparente historicité de l’imagerie. Etait-ce de l’hellénocentrisme, de la part de Schelling, dans sa Philosophie de la mythologie, professée à partir de 1828, que de considérer que la mythologie grecque est « la seule mythologie qui se conclut par un système théologique. Elle quitte ainsi sa singularité de moment et devient donc universelle[3] »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : L'Amour, horizon politique ? Luc Ferry : De l'amour, une philosophie pour le XXI°siecle

 

 

[1] Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet : La Grèce ancienne. Du mythe à la raison, Points, 1995, p 198.   

[2] Jorge Luis Borges : « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », Fictions, Œuvres I, Pléiade, Gallimard, 2010, p 459.

[3] Schelling : Philosophie de la mythologie, traduit de l’allemand par Alain Pernet, Millon, 1994, p 392.

 

 

Moreau : Orphée aux Enfers perd Eurydice en se retournant.

Ovide : Métamorphoses, Desray, 1808. Photo : T. Guinhut.

 

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:50

 

Piazza del Popolo, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Des romans grecs et latins

 

et de l’avenir des Anciens.

 

 

Romans grecs et latins,

sous la direction de Romain Brethes et Jean-Philippe Guez,

Les Belles Lettres, 1238 p, 49 €.

 

Pierre Judet de La Combe :

L’Avenir des Anciens. Oser lire les Grecs et les Latins,

Albin Michel, 208 p, 18 €.

 

 

 

 

      « Lecteur, attention : tu vas bien t’amuser. » commence Apulée en ses Métamorphoses. Le roman, croit-on, date des langues romanes, de la Chanson de Roland, de leurs premiers grands avatars modernes plantés par Rabelais et Cervantès à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècle. N’oublierait-on pas de nécessaires précurseurs, qui n’ont rien à envier, en fait de talent, aux plus prestigieux narrateurs modernes ? Ce sont en effet bien des romans, même s’y l’on y connaissait pas ce terme, qui sont nés parmi l’Antiquité. Quoique nous ne puissions en lire qu’une poignée, réchappée de la disparition des manuscrits, puisque des fragments sur papyrus ou des témoignages byzantins laissent à penser que des dizaines d’autres avaient été écrits. Cependant survivent ici sept Romans grecs et latins majeurs, en de nouvelles traductions, présentés par Romain Brethes et Jean-Philippe Guez. Héros splendides, rebondissements, amours délicieuses, mais aussi satire et sexualité débridée, ces romanciers ressurgis tout brillants de l’ombre du temps peuvent nous surprendre, nous ravir, nous estomaquer… Voilà déjà une raison suffisante pour oser lire les Grecs et les Latins ; et, n’en doutons guère, Pierre Judet de La Combe saura nous convaincre d’abondance avec d’autres arguments de L’Avenir des Anciens.

 

      Entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, ils sont d’une part grecs, ce sont cinq romans ; et d’autre part latins, ces derniers par Apulée et Pétrone. Les premiers aiment les amours idéales, les seconds des amours plus scabreuses pour le moins… Issus de la culture sophistique, probablement étaient-ils destinés à un lectorat un peu plus populaire, mais également raffiné, que celui des philosophes et des historiens, quoique l’on soit réduit en cette question à des suppositions. Ils sont truffés d’allusions et de citations, d’Homère à Ovide, que les notes des traducteurs et préfaciers, Romain Brethes et Jean-Philippe Guez, éclairent avec précision. Les romanciers grecs se réfugient dans un nostalgique monde hellénique que l’empire romain n’aurait pas souillé, ceux latins ne se privent pas se gausser de leur société, voire de leur empereur.

      Les vicissitudes de deux beaux adolescents, deux amants séparés, confrontés à de nombreuses et dangereuses péripéties, entre naufrages et attaques de brigands, vont atteindre l’acmé d’un mariage brillant, ou de retrouvailles bienheureuses, ainsi pourrait-on grossièrement résumer Callirhoé de Chariton, les Ephésiaques de Xénophon d’Ephèse et les Ethiopiques d’Héliodore. De même Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius, quoiqu’avec le sel d’une réelle pointe d’humour. Plus modeste et pastoral, quoique toujours amoureux, Daphnis et Chloé de Longus est nettement plus connu : ses vertus, tant morales que poétiques, dans un cadre délicieusement pastoral, lui valurent de nombreuses traductions, dont celle, fameuse, de Paul-Louis Courier, et firent les beaux jours des illustrateurs, des peintres et des musiciens, si l’on pense à Maurice Ravel. Sa simplicité narrative contraste alors fortement avec la complexité des Ethiopiques, dans lequel Théagène et Chariclée voyagent des rives de la Méditerranée, par le Nil jusqu’aux immensités de l’Ethiopie, engrangeant maints récits emboités. L’amour et la chasteté fidèles sont heureusement récompensés au bout de pathétiques et initiatiques aventures idéalisées. Ce qui n’est pas sans montrer l’évolution des mœurs, entre éros et mariage. Bientôt l’amour et l’union maritale, dans une perspective stoïcienne, se veulent unis, et tenus par la fidélité conjugale, même si quelques accrocs tempèrent le précepte : Challirhoé se remarie avec Dyonisios, Daphnis est initiée par Lycénion, on couche diversement chez Achille Tatius. La supériorité sociale de l’homme libre est associée à l’ascendant moral féminin. A cet égard le Satiricon peut être considéré comme une parodie, où la féminité des personnages masculins est considérée comme une transgression de l’ordre viril, tandis que la métamorphose en âne chez Apulée est une image de l’excessive lubricité. Remercions alors nos préfaciers de ces éclairages sur l’ambition narratologique, intellectuelle et rhétorique de ces romans, quoiqu’en la demeure Xénophon d’Ephèse soit un conteur un peu plus fruste, néanmoins plaisant. Surtout que la patience du lecteur s’accommode des discours parfois pour nous superfétatoires qui émaillent le récit, ainsi que des ekphrasis, décrivant des tableaux, comme chez Lucien, ce sont de beaux exercices oratoires et rhétoriques tels que les Anciens les recommandaient…

      Outre le fil principal, on aimera mille histoires, comme chez Achille Tatius, prouvant la puissance d’Eros : celle des palmiers amoureux, qui obligent le paysan à « prélever une pousse du palmier femelle pour la greffer dans le cœur du mâle ». Histoire qui est un peu une mise en abyme du roman en son entier. Car, comme le dit le vieillard de Longus, « il n’existe aucun remède l’amour, aucune boisson, aucun aliment, aucune formule que l’on puisse prononcer. La seule chose à faire est de s’embrasser, de s’étreindre, et de se coucher nus corps contre corps ». Reste à découvrir comment Daphnis et Chloé consentiront à ce dernier remède…

 

Gravure de l'édition de 1713 du Satiricon de Pétrone. Photo : T. Guinhut.

 

      En revanche, sur l’autre versant, la sexualité plus réaliste est carrément salace, le style pur se change en verdeur, le rire est bien plus leste, voire graveleux, comme lorsqu’Encolpe s’adresse à sa « mentula » (sa « bite », précise s’il en est besoin une note) : « mais elle, détournant la tête, gardait les yeux fixés au sol, / sans que ce visage tressaille à ce discours », tout ceci en vers, s’il vous plait !  Il est en effet permis se livrer à de picaresques orgies parmi le roman de Pétrone. On se souvient que ce Satiricon devint, grâce à la caméra de  Fellini, un film d’une grande truculence. Ce texte, aux fragments venus de diverses éditions et redécouvert en 1688 à Belgrade, est pourtant truffé de lacunes, le manuscrit nous étant incomplètement parvenu, depuis l’époque de Néron où il fut composé. Il n’en reste d’ailleurs que les livres XV et XVI, ce qui laisse augurer de l’immensité de l’œuvre originelle. L’élégance stylistique de l’auteur s’y oppose avec le parler vulgaire des personnages. Escroc, filou, baratineur, amateur cependant de poésie, Encolpe, flanqué de ses acolytes, Ascylte et Giton, parcourt l’Italie, enchaînant les liaisons et les bagarres. Ils sont emprisonnés par la prêtresse du dieu Priape, invités au festin gargantuesque de Trimalcion, en un palais fastueux, subissent tortures et naufrage, enlacent les joutes sexuelles. Giton, dont le nom est devenu le nom commun pédérastique  que l’on sait, par antonomase, est un adolescent dont la frêle beauté suscite les désirs les plus fous. S’agit-il d’une virulente et leste satire des débauches de la cour de Néron ? Ou de la société tout entière, comme Eumolpe le souligne : « Il n’est pas de femme si pudique, qu’un amour adultère ne pousse à toutes les folies. » Et de raconter l’histoire emboitée de la fameuse « Matrone d’Ephèse », pour le plaisir des rieurs débauchés, d’Encolpe la « tapette », car le traducteur ne s’égare pas en vaines pudeurs, y compris envers le valet Corax qui « levait la cuisse régulièrement et emplissait la route d’un bruit répugnant et d’une odeur fétide », ce qui attise les rires de Giton. Plus loin, la belle Circé accable d’injures l’impuissance d’Encolpe : « Mes baisers te répugnent-ils ? Mon haleine est-elle gâtée par le jeûne ? Mes aisselles dégagent-elles des effluves de sueur malpropre ? Ou bien si ce n’est pas ça, c’est parce que tu as peur de Giton, j’imagine ? » En fait de roman comique, voire pornographique, les Romains ont bien d’hilarantes leçons à nous donner…

 

Héliodore : Les Amours de Théagène et Chariclée, Samuel Thiboust, 1626.

Photo : T. Guinhut.

 

      Que faut-il choisir, s’il faut choisir, parmi cet admirable pavé aux pages soyeuses, à la reliure et jaquette immaculées de mystère ? Tout ! À moins de converser en toute jubilation avec Les Métamorphoses d’Apulée, pour participer d’abord à une fête du dieu du  Rire. Il faut alors compatir avec un homme qui paie sa curiosité pour une malsaine magie en se voyant changé en âne savant. Chargé d’un bon nombre de coups de bâton sur son échine asine, il se voit contraint de coucher ainsi fait avec une admiratrice. Rassurons-nous, il va tôt ou tard pouvoir enfin brouter les roses convoitées et ainsi retrouver sa dignité humaine. Mieux, le dénouement sera bienheureux, enfin teinté de mysticisme en découvrant la vraie voie de la sagesse.

      On se souvient peut-être que La Pléiade avait publié, en 1958, une semblable anthologie, Romans grecs et latins, sous l’autorité et la traduction (intégrale !) de Pierre Grimal. Il n’est pas insultant de vouloir offrir aux Belles Lettres, un bon demi-siècle plus tard, de nouvelles traductions. En outre, le programme n’est pas à l’identique. Ces deux volumes ont en commun Pétrone et Apulée, Chariton et Héliodore, Longus et Achille Tatius, quand La Pléiade ajoutait la Vie d’Apollonios de Tyane et de Lucien l’Histoire véritable et La Confession de Cyprien. Cependant les Belles Lettres offrent l’introuvable roman de Xénophon d’Ephèse : Les Ephésiaques… Et si l’on s’aventure à comparer les traductions, l’on sera peut-être moins touché par celle de Pierre Grimal, qui, dans Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius, écrit : « Cette histoire, à mesure qu’il la chantait, finit par m’embraser toute l’âme encore davantage, car les histoires d’amour attisent le désir, et l’on a beau s’exhorter à être raisonnable, l’exemple vous excite à agir de même, surtout lorsque cet exemple vient de quelqu’un qui est au-dessus de vous ». C’est avec plus d’élégance et de persuasion que traduit Jean-Philippe Guez : « Cette chanson eut pour effet de mettre mon âme en feu. C’est que les histoires d’amour donnent du combustible au désir. On a beau se réprimander, s’exhorter à être raisonnable, l’exemple incite à l’imitation, surtout quand il vient de plus puissant que soi. » Au contraire du classique préjugé qui veut faire de Madame de Lafayette, avec La Princesse de Clèves, la mère du roman psychologique, on admettra que les Grecs avaient avant elle le sens de l’analyse des mouvements de la passion, sans compter celui de la maxime à la façon de La Rochefoucault. Certes Madame de Lafayette saura faire évoluer considérable la psychologie de son héroïne alors que Leucippé et Clitophon restent à cet égard plus statiques ; mais non moins attachants. Reste que ces romans grecs aux jeune héros idéalisés ont été les modèles de nos romancières précieuses du XVIIème, comme Mademoiselle de Scudéry, avec sa Clélie, histoire romaine.[1] Enfin de tels romans rafraichis par l’éclat de la traduction nous font d’autant plus regretter la disparition, peut-être inéluctable, des papyrus couverts par les romans historiques ou merveilleux, dont on ne connait que de minces bribes, voire les seuls titres : il nous reste à imaginer les Histoires incroyables de l’au-delà de Thulé d’Antonius Diogène, ou les Babulôniaka de Iamblikhos, farci de « brigands cannibales, abeilles au miel empoisonné, fantôme de bouc lubrique, sosies, quiproquos », comme le rapportent les préfaciers, Romain Brethes et Jean-Philippe Guez…

 

Photo : T. Guinhut.

 

      La lecture de ces Romans grecs et latins est si aisée, en un français limpide, en d’élégants et satiriques enchaînements, que l’on se demande bien pourquoi on devrait s’encombrer d’éditions bilingues, et d’étudier nous-même, et fortiori de faire étudier à nos enfants, les textes grecs et latins originaux. Laissons cela aux quelques spécialistes patentés. À moins de défendre le difficile et exaltant exercice du maniement de langues mortes dont l’Education nationale débarrasse nos jeunes têtes blondes et brunes, dans le cadre de son égalitaire réforme des collèges. Hélas, il semble que l’école « ne s’intéresse pas à la lecture approfondie des textes », accuse Pierre Judet de la Combe.

      Ces romans participent ils de L’Avenir des Anciens ? Le surprenant oxymore est révélateur de la fonction du passé, de l’Histoire, qui nourrissent notre capacité à construire un avenir et une civilisation aux richesses augmentées. C’est à une vibrante plaidoirie que se livre Pierre Judet de la Combe, directeur à l’Ecole des Hautes Etudes et traducteur d’Eschyle et d’Aristophane.

      « Elitiste », cette tentation de rejoindre des classes d’hellénistes et de latinistes ? Certes ; et nous avons besoin d’élites, ce qu’ose à peine dire cet érudit, quoiqu’il prétende, « malgré les injustices et les inégalités de fait, que tous aient le droit de faire l’expérience de savoirs accomplis ». Et nous ajouterons savoirs accomplis donc d’élite, qu’il s’agisse d’un helléniste, d’un boulanger, d’un concepteur de logiciel ou d’un carrossier.  Car cette tentation élitiste est plus égalitaire qu’il ne semble, puisque venu des milieux les plus modestes, rien n’interdit de souhaiter la rejoindre pour s’émanciper, se libérer, et pour se distancier des classes où règne le chahut et la médiocrité, ce que n’ose pas dire notre essayiste. De même semble-t-il reculer devant l’impolitiquement correct en ne voulant pas défendre ces langues comme parts du patrimoine identitaire. Quoique l’on partagera sa méfiance entre les références à tout crin aux Anciens si l’on se souvient combien les régimes fascistes se sont réclamé de Rome et des Aryens… La relation à l’Antiquité gréco-latine peut et doit être esthétiquement, intellectuellement et moralement fondatrice, alors que bien d’autres civilisations, pourtant valeureuses, ne bénéficient pas d’un tel substrat : « cette expérience a une valeur en soi, intellectuelle, pédagogique, sociale, et politique ».

      La traduction, c’est « reconstruire le chemin de l’auteur », c’est enfin un déplacement de la perception et de la construction du mental et du monde, une ouverture à une réelle altérité, qui permet la joie de faire revivre par soi-même les textes. L’auteur ne cite-t-il pas des fragments de Virgile ou de Catulle traduits de manière stupéfiante par des élèves de collège, dont un Pierre-Nicolas : « Ma langue s’assoupit, sous mon corps une légère / Chaleur coule, de leur propre / Bruit mes oreilles bourdonnent, mes lumières jumelles / Sont couvertes d’un voile de nuit »… C’est ainsi que se révèle « la force extraordinaire de la plupart des œuvres poétiques, philosophiques, historiennes anciennes ». Ce dans le cadre d’une « école de liberté, une école lente », car faite d’abnégation devant le travail et les œuvres. Ce qui est d’une bien plus haute portée que la simple consultation sur Internet en vue de s’informer, alors qu’il s’agit de recréer et se créer. Il s’agit d’ « ouvrir l’accès à ce que les cultures offrent de plus fort », au-delà d’un pitoyable, paresseux et démissionnaire relativisme, au-delà du pauvret et paresseux « Enseignement Pratique Interdisciplinaire » sensé remplacer l’étude du grec et du latin, devenus « langues et cultures de l’Antiquité », les évacuer plutôt, dans une entreprise de nivellement par le bas de l’éducation[2], au même niveau que des clichés idéologiques au intitulés ronflants, tels « Transition écologique et développement durable » ou « Information, communication, citoyenneté ». Qu’apprendront de solide nos enfants ? Saura-t-on là combien de mots et de concepts grecs et latins irriguent le droit, les sciences, la rhétorique ? Combien « démocratie », « technique », « art », « philosophie » sont redevables à ceux qui nous précédés, qu’ils soient poètes, historiens, ou encyclopédistes, comme Pline l’Ancien…

      Peut-on avec les Grecs, oser un autre rapport au divin : plutôt que la conversion, la foi et le fanatisme, une conviction que les dieux (pluriels) « organisaient le monde et la vie »… Et changer notre idée du religieux… Pierre Judet de la Combe confronte alors la pensée biblique avec la pensée grecque. Ainsi la Théogonie d’Hésiode nous enseigne la multiplicité et l’historicité des récits de création du monde. La richesse de sens des Muses, de Prométhée et de Pandore éclate aux yeux du lecteur.

      Ne se rend-on pas compte combien facilement la mythologie gréco-romaine peut fasciner enfant et adolescents, combien des grande épopées, d’Homère et de Virgile peuvent les électriser. Se livrant avec un vertigineux brio à un défi de littérature comparée entre l’Iliade (dépliant la perplexité du premier vers de « colère »), l’Odyssée et l’Enéide, notre auteur ose les rapprocher avec les mangas japonais, ce qui est bien loin d’être une idiotie. Il lit le théâtre des origines, des « Atrides au soleil », comme une fulguration tragique, mais aussi une « solution esthétique ». Les structures de l’esprit humain, du combat entre le bien et la mal, du destin d’une nation ou idéaux des héros ont en effet quelque chose d’universel.  Ainsi une culture classique n’empêche pas, au contraire, de s’intéresser aux auteurs japonais, ou à la science-fiction, dont la dimension imaginative forme également nos chercheurs en nouvelles technologies. Pensons à cet égard à l’alliance d’Homère et de la science-fiction réussie par Dan Simmons dans Ilium et Olympos[3].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Hors une illustration de couverture street-art fluo d’un goût discutable et démagogique, la réflexion de Pierre Judet de la Combe est indispensable et salutaire. Malgré quelques bévues criantes : qualifier l’arrivée de l’Islam en notre société, après le colonialisme,  de « juste retour des choses », c’est se tromper lourdement sur la justice de l’Islam, fondamentalement régressif et totalitaire[4]. On a parfois la sensation que face aux cultures exogènes, il tente de se prémunir de l’accusation d’une possible universalité venue des civilisations occidentales. Et lorsqu’il encourage à l’étude de l’arabe classique, qui est aussi une indispensable voie vers la connaissance, il ne faudrait pas perdre le sens des hiérarchies intellectuelles, tant l’on sait que bien des philosophes arabes restaient des commentateurs d’Aristote et de Platon, tant l’on doit savoir que la lecture des textes religieux de l’Islam révèle leur vérité bien trop fanatique et violente[5]. Enfin, mettre sur le même plan la fonction du langage biblique et coranique, c’est faire une confusion entre le verbe divin donné aux hommes pour qu’à la suite de l’arche d’alliance ils usent autant de la crainte de Dieu que du libre arbitre, d’une part, et, d’autre part, la parole incréée d’Allah destinée à la répétition et à la soumission…

      Notre essayiste se garde d’évacuer la question de l’esclavage antique, de la condition servile des femmes, quoique tous les Anciens n’étaient pas aussi tyranniques à cet égard. Ce dont témoignent la pratique de l’affranchissement, la critique du fondement de l’esclavage chez Euripide et les Sophistes ; et ce qu’avec anachronisme nous appellerions « féminisme », dans le personnage de Médée, se vengeant de la trahison maritale, ou chez Aristophane quand, dans Lysistrata, les femmes, excédées par l’appétit masculin pour les campagnes guerrières, décident la grève du sexe.

      La plaidoirie de Pierre Judet de la Combe, cependant claire et généreuse, nous rappelle à la nécessité de conserver notre mémoire pour instruire notre futur. Il y a non seulement une dimension esthétique dans l’art et la littérature des Grecs et des Romains, mais une dimension éthique : ne sont-ils pas à la source de notre démocratie (défendue par Démosthène), de nos Historiens, de nos philosophies politiques ? C’est bien ce que confirme Leo Strauss : « Tous les espoirs que nous nourrissons, dans les confusions et les dangers du présent, reposent, que ce soit positivement ou négativement, sur les expériences du passé. Parmi ces expériences, la plus large et la plus profonde, en ce qui nous concerne, nous autres Occidentaux, est désignée par les noms des deux cités Jérusalem et Athènes. L’homme occidental est devenu ce qu’il est et il est ce qu’il est par la conjonction de la foi biblique et de la pensée grecque. Pour nous comprendre nous-mêmes et pour éclairer notre chemin non-frayé vers l’avenir, nous devons comprendre Jérusalem et Athènes.[6] »

 

      Relisons donc, à l’égal de la Bible, de Platon, d’Aristote et de Lucrèce, les Romans grecs et latins, archéologie du romanesque et modèles véritablement originels de héros et d’aventures, d’idéaux et de satires des mœurs… Et si l’on veut se convaincre encore de la nécessité de lire ou relire les Anciens, ouvrons au hasard le Petit manuel de campagne électorale de Quintus Tullius Cicéron (frère du grand orateur), écrit à Rome au Ier siècle avant notre ère : « il me faut à présent te parler des rapports avec le peuple, qui forment l’autre partie d’une campagne. Elle exige de connaitre le nom des électeurs, de savoir les flatter, d’être constamment auprès d’eux, de se montrer généreux, de veiller à sa réputation, de faire miroiter des espérances politiques[7] ». Nos candidats et nos électeurs ont-ils assez entendu les Anciens pour assurer leur démagogie et notre avenir ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Madeleine de Scudéry : Clélie. Histoire romaine, Honoré Champion, 2001.

[6]  Leo Strauss : Pourquoi nous restons juifs. Révélation biblique et philosophie, traduit de l’anglais par Olivier Sedeyn, La Table ronde, 2001, p 135.

[7] Quintus Tullius Cicéron : Petit manuel de campagne électorale, traduit du latin par Nicolas Waquet, Rivages poche, 2015, p 36.

 

Apulée : L'Âne d'or, Club Français du Livre, 1961. Photo : T. Guinhut.

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Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Allemagne

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

Les familles de Leo et Kaiser-Muhlecker

 

 

 

 

 

 

Amis

Inside Story, Flèche du temps, Zone d'intérêt

Réussir L'Information Martin Amis

Lionel Asbo, Chien jaune, Guerre au cliché

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Eros décadent : de Pauvert à Vargas Llosa

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies litteraires gréco-romaines

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Conscience morale et littérature : lecture de Walter Benjamin

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ une icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Averroès

La caduque opposition Averroès Ghazali

 

 

 

 

 

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

 

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland parfaite république des femmes

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron, Slimani

Sonnets des peintres : Tapies, Titien, Rohtko, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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