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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 16:31

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Main basse sur Orwell par Natacha Polony

& le Comité Orwell :

bienvenue dans le pire des mondes intellectuels.

 

 

Natacha Polony & le Comité Orwell :

Bienvenue dans le pire des mondes, Plon, 216 p,  14,90 €.

 

 

 

      Selon la formule ici biaisée, Orwell devrait se dresser tout vif dans sa tombe en voyant combien son nom est subtilisé par un « Comité » aux officielles apparences ! Avons-nous peur du grand méchant totalitarisme ? Ô combien ! À condition de ne pas se tromper d’adversaire. Natacha Polony & le Comité Orwell, dont le nom laisserait présager le meilleur, se seraient-ils fourvoyés ? C’est avec doigté qu’il faudra trier le meilleur du pire en cet essai à charge concocté par Natacha Polony & le Comité Orwell : Bienvenue dans le pire des mondes. Saine dénonciation du « soft totalitarisme », ou plainte et vitupération semées de clichés, l’essai n’est guère à la hauteur intellectuelle attendue… Faut-il stigmatiser les contrôles financiers ou prendre de la hauteur et pointer les tentacules des contrôles étatiques ?

 

      Dès les premières pages, la confusion, la bouillie pseudo-intellectuelle lassent le lecteur un rien avisé. Si l’on nomme avec facilité le « jeu électoral » comme un « spectacle dans lequel quelques démagogues professionnels promettent, mentent, pour mieux décevoir », mais à bon droit le « totalitarisme islamiste » parmi les ennemis ; le « néolibéralisme » et « l’alliance redoutable des marchés financiers et des nouvelles technologies, alliance sanctifiée par le caractère indépassable du bon plaisir individuel », sont de spécieuses affirmations.

      La thèse est la suivante : « nous ne sommes plus tout à fait dans ce qu’on peut appeler un régime démocratique ». Certes, mais parle-t-on de démocratie libérale, politique et économique, faute de quoi la démocratie peut être une tyrannie populaire ?

      Et qui donc nous menace tant, hors les nationalismes, les communismes, les religions théocratiques ? C’est selon les dires de ce « Comité Orwell », l’emprise des nouvelles technologies et de leurs puissances financières qui fomentent le « triomphe du soft totalitarisme » ! Diantre… Il semble qu’il y ait là une grave erreur d’analyse.

      Certes l’on concédera que les entreprises phares d’Internet et de nos smartphones, par le biais des big data, puissent lire dans nos achats, nos recherches, nos « j’aime », de façon à nous proposer de nouvelles opportunités d’achats et de recherche, aux dépens de ce à quoi nous n’aurions pas pensé, voire de notre tranquillité. Mais cela fait-il pour autant de nous des êtres captifs, dépourvus de libre-arbitre ? Si l’on peut se débrancher, si les informations collectées à notre sujet peuvent être consultables et suppressibles si tel est notre désir, et surtout si les entreprises concernés restent sujettes à la concurrence sans pratiquer d’ententes monopolistiques (d’autant que le big data peut rendre bien des services, y compris non mercantiles), c’est-à-dire restent respectueuses du libéralisme politique, il n’y a là rien de totalitaire. Et à qui est-il loisible de veiller à ces dernières conditions, sinon l’Etat régalien, dans le cadre du respect des libertés individuelles. On comprendra ainsi que, de fait, c’est l’Etat qui a le plus juste et minimal rôle à jouer.

        Hélas, l’Etat pense plus souvent à réguler au service de ses taxes, ses impôts, ses redistributions, ses normes et surtout le profit de ses grands maîtres et serviteurs, séides et affidés, au service des lobbys d’opinions et d’exigences qui votent le plus souvent en faveur de plus de socialisme, qu’il soit de droite ou de gauche. Demandons-nous alors si l’Etat doit être au service de plus de libertés (ce que sont le plus souvent les meilleures nouvelles technologies non subventionnées) ou au service de plus de contrôle économique, fiscal et d’expression.

 

 

      La satire de l’évolution de l’Education Nationale française et des effets nocifs de la télévision serait fort bien venue, si l’on ne confondait encore une fois exigences du libéralisme économique d’une part, nivellement par le bas par l’égalitarisme socialiste et relativisme culturel devant le communautarisme islamique d’autre part. Quant à porter du crédit à la théorie des « deux dixièmes » de la population seuls nécessaires pour faire tourner l’économie, il suffirait d’être critique envers ce délire de quelques ploutocrates et de penser que laisser la créativité humaine développer ses potentialités suffit pour augmenter la prospérité du plus grand nombre…

      De même le chapitre sur « l’art de dissoudre les peuples » offre en voisinage le presque un petit peu meilleur et le tout à fait pire : on assène que la France est une « fille malade du communautarisme », déniant le droit à la France d’être « multiculturelle », sans assumer que la seule culture inacceptable soit l’Islam théocratique. Mais on se montre scandalisé par « une cantatrice noire-américaine, Jessye Norman qui entonne l’hymne national » ! De même le « libéral-capitalisme » est coupable d’avoir « affadi la culture française ». C’est ignorer que Montesquieu, Benjamin Constant, Bastiat, Tocqueville et Raymond Aron sont, sans refuser l’excellent Adam Smith, les chaînons d’une grande tradition libérale française. Qu’importe d’ailleurs la nationalité d’une chose, d’une tradition, d’une pensée, d’une culture, seules ses qualités pratiques, esthétiques et morales comptent…

      Les chapitres suivants n’ont pas plus de tenue intellectuelle, dénonçant à qui mieux mieux le « modèle californien » et les « GAFA » (Google, Apple, Facebook, Amazon), sans voir combien ils peuvent susciter d’espaces de liberté et de créativité, sans voir combien ils rendent des services que les Etats n’ont pas su construire. La petitesse intellectuelle des consommateurs suivistes, des facebookiens tweeteurs de clichés et de niaiseries n’est en rien causée par la nouveauté des moyens, mais par la nature humaine qui ne les a pas attendus pour être grégaire, pauvre et péremptoire, quoique ces medias peuvent également receler le meilleur : la multiplicité des accès à la connaissance et à la création peut espérer armer l’intelligence, bien que l’essai à qui nous faisons trop d’honneur d’une critique n’en donne guère un exemple convaincant. Qu’attend-on d’ailleurs pour, dans notre hexagone corseté, laisser naître une concurrence à ces géants d’internet, en nous libérant d’une répressive fiscalité[1] ?

      Un relent d’eaux usées anti-américaines plane sans cesse sur un tel essai, qui, comme son genre l’indique, n’est pas une réussite. Songez qu’en conclusion, on en appelle à la « souveraineté nationale », à cette antienne « Le local doit s’imposer sur le global ». Doit-on refermer les frontières, jouir d’une spartiate autarcie, « miser sur le capital national » et mettre au point « un nouveau pacte sur le partage de la valeur ajoutée et des richesses » : tyrannie, nous voilà !

    Si nous voulions être cruels -mais nous aurons la discrétion de ne pas l’être- nous mordrions les doigts de pieds de rire devant la thèse de Natacha Polony et du Comité Orwell. Les « milliers de données récupérées par les multinationales » nous menaceraient presqu’autant, sinon plus, que le nazisme, le communisme et l’Islam ? En revanche, parions que si ces derniers, avec les moyens de l’Etat, s’en emparaient, c’est là que proliférerait sans faute le pire des mondes…

   Les pseudo-orwelliens de Natacha Polony conspuent au marteau-pilon et avec une infatigable récurrence Milton Friedman, l’auteur de Capitalisme et liberté, qui pourtant a permis, grâce son enseignement, que la prospérité économique revienne aussi bien en Israël, au Chili, qu’en Nouvelle Zélande. Et, que l’on sache, c’est bien dans les pays où perdure un peu plus de libéralisme économique que le chômage s’établit autour de 5%, Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne ; et que dire de la Suisse, avec 3% ! Contre les faits, l’idéologie a la vie éternelle, comme l’a montré Jean-François Revel[2]

      Natacha Polony et son Comité Orwell confondent alors le « néolibéralisme » (associé à la caricature économique du renard libre dans le poulailler libre) avec le « relativisme culturel » et le « communautarisme » sur lequel ils « sont venus se greffer ». Le seul communautarisme réellement totalitaire est l’Islam ; quant au relativisme culturel, certes dommageable, il est plus un problème d’éducation à la pensée qu’une conséquence des marchés, même si l’argent qui n’a pas d’odeur accepte hélas de se prostituer avec des pays et des idéologies islamistes…

 

      On se fatiguerait en vain de redresser toutes les approximations conceptuelles et les confusions d’un tel essai, en forme de fourre-tout, le manque de rigueur constant. Ses partisans sont idéologiquement tatoués d’œillères (et ils ne manqueront pas de nous renvoyer le compliment). S’il a un mérite, c’est d’appeler à exercer notre esprit critique ; ce dont nous ne nous priverons pas. S’il a bien des failles, c’est de faire fi de la définition de nos libertés et d’en nommer les véritables tyrans. L’ennemi obsessionnel est le « profit en forme de gigantesque capitalisation boursière » ! On croirait lire le torchon rouge du communisme étroitement sanglé au torchon brun du national-socialisme, tapant à bras raccourcis sur le libéralisme, en ne l’attribuant qu’à quelques groupes financiers, non à la liberté d’entreprendre pour tous, comme l’assènent les incultes patentés qui ne veulent surtout pas que l’on ouvre un Dictionnaire du libéralisme[3].

 

      Bien que prétendant dénoncer un « totalitarisme soft » (mais il est bien sûr le prélude d’ « un totalitarisme plus dur ») on ne peut que se désoler devant tant de légèreté conceptuelle. Il semblerait que l’on tient ici pour calembredaines les éliminations physiques massives et la « police de la pensée » qui régissent d’une main de fer autant l’espace du 1984 d’Orwell, que ceux du communisme, du fascisme et du califat…

      Faut-il rappeler au Comité Orwell, que le parti au pouvoir dans 1984 est « l’Angsoc, ou socialisme anglais[4] », que l’oppression totalitaire est celle de l’Etat ? Et qu’en conséquence ce Bienvenue dans le pire des mondes, qui gâche ainsi les pauvres bribes de son meilleur, est une bienvenue dans le pire des essais, usant d’un grave contresens. Qu’Orwell, s’il se redressait de sa tombe, se fusse offusqué des excès du capitalisme financier et du maillage internet, nous n’en doutons guère, mais il aurait d’abord craint que ces derniers, quittant les mains des entrepreneurs, des plus immenses aux plus modestes, deviennent la proie de l’Etat, qu’il soit socialiste brun ou rouge, ou qu’il soit théocratique. L’auteur de 1984 restait néanmoins fidèle à ce qu’il appelait le socialisme démocratique, et à un ancrage libertaire, qu’il est permis de discuter et d’aborder avec méfiance.  Un contemporain d’Orwell, Friedrich A. Hayek, savait en 1944, donc quatre ans avant la parution de 1984, de quoi était fait le socialisme anglais, dans son chapitre « Les totalitaires parmi nous », dans La Route de la servitude : « un rapprochement toujours plus grand entre les conceptions économiques de la gauche et de la droite, leur opposition commune au libéralisme[5] ». Si le capitalisme prend une direction monopolistique et de connivence avec l’Etat, alors il n’est plus libéral. Qu'avant de faire main basse sur son héros, le comité Orwell lise les penseurs libéraux[6], plutôt que de faire honte à sa figure tutélaire !

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 319.

[5] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 1985, p 132.

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 16:36

 

Tremella mesenterica.

Bois de Villelongue, Hautes Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Ecologisme et agonie scientifique française.

 

Jean de Kervasdoué :

 

Ils ont perdu la raison.

 

Ils croient que la nature est bonne.

 

 

 

Jean de Kervasdoué :

 

Ils ont perdu la raison, Robert Laffont, 2014, 240 p, 19 €.

 

Ils croient que la nature est bonne, Robert Laffont, 2016, 180 p, 17 €.

 

 

 

      On l’oublie trop facilement, la nature, niaisement divinisée, alors qu’elle est aussi faite de champignons insipides ou vénéneux, virus, métaux lourds, n’est vraiment bonne pour l’humanité que tempérée par la science. À cet égard, c’est à un implacable réquisitoire contre la gauche et la droite, la société française toute entière, que se livre Jean de Kervasdoué. Non pour des raisons partisanes ou strictement idéologiques, mais au nom de la science : que ce soit dans Ils ont perdu la raison, ou dans Ils croient que la nature est bonne, il fustige l’écologisme. Cet ingénieur de renom, « écologue » soucieux de dépollution et de santé, et non « écologiste », prend en effet à rebrousse-poil nos préjugés pour les invalider : diesel, nucléaire, pesticides, OGM, gaz de schiste… Tous sont réhabilités au nom de la science et de la raison, et en contradiction avec tous les sophismes écologistes et autres obscurantismes français. Car l’Etat, ses notables, ses tribuns, ses fonctionnaires et ses électeurs, sont dramatiquement opposés à la science.

 

      Pourtant venu de la famille de la gauche, Jean de Kervasdoué ne peut que s’en désolidariser. Car elle a abandonné le champ du libre progrès pour celui de la décroissance imposée. Notre perte de compétitivité, notre croissance atone, notre chômage le disent assez. Qu’on se rassure, la droite n’est pas en reste. Sarkozy n’avouait-il pas la raison de son interdiction des OGM : « Parce que les Français croient que c’est dangereux, même si je suis persuadé du contraire ». C’est ainsi que nos politiques trop aisément clientélistes n’écoutent plus que les sirènes de la peur et des écologistes, avec le tragique avenir que l’on devine devant de telles créatures, aux dépens du raisonnement scientifique.

      Depuis trente ans qu’ils existent, les OGM, interdits en notre cher hexagone, n’ont tué personne, nourrissent de mieux en mieux les hommes et notre bétail, permettent aux diabétiques de bénéficier d’une meilleure insuline, de sauver des milliers de vie grâce au « riz doré » qui adjoint la « provitamine A » au service d’enfants, autrement aveugles. Sans compter des cotons qui font mieux vivre bien des paysans indiens, des maïs qui réclament 50% d’eau en moins ou de réduire les épandages phytosanitaires. De plus, « la très grande majorité (15 millions) des utilisateurs d’OGM est constituée de paysans à faibles ressources, vivant dans les pays en voie de développement », qui sans eux d’ailleurs n’auraient aucune ressource. Il sera bientôt amusant de constater que les recherches de Monsanto (pour beaucoup le grand Satan américain, certes créateur de l’Agent orange de triste mémoire au Vietnam) s’attachent à rechercher une « technologie qui interviendrait sur l’ARN du varroa et tuerait ce parasite » qui contribue grandement à la surmortalité des abeilles…

      Plus anecdotique en apparence, mais dramatique, la polémique française autour du diesel falsifie les chiffres d’une mortalité par cancer du poumon prioritairement due au tabac. D’autant que seuls quelques vieux véhicules sont concernés. Le tour de prestidigitateur n’est là que pour tenter de relever le niveau des taxes, comme si elles n’étaient pas assez confiscatoires.

      Quant aux pesticides, si décriés, n’oublie-t-on pas leurs bienfaits ? Leur innocuité contribue à l’excellente espérance de vie des agriculteurs (s’ils prennent garde aux conditions de l’épandage et au respect des dosages), nous nourrit en abondance, voire permettent d’éliminer des toxines naturelles, ce que ne propose pas l’alimentation bio, dont les bénéfices comparés pour la santé humaine sont nuls.

      Qu’il s’agisse de notre santé, lorsque l’on veut proscrire des médicaments alors que leurs bénéfices sont bien supérieurs à leurs rares inconvénients, ou le bisphénol A en oubliant combien il contribue à éradiquer le botulisme ; qu’il s’agisse de la gestion de l’énergie lorsque l’on chasse un piètre carbone pour lutter contre un réchauffement climatique à peine avéré et probablement indemne de causes anthropiques ; le principe de précaution paralyse nos esprits autant que notre économie. Car nos meilleurs chercheurs trouvent au-delà de nos frontières des laboratoires accueillants pour mener la construction d’un avenir meilleur : cellule-souches, au service des thérapeutiques de demain, technologies post-nucléaires, OGM bienfaisants… Nous nous abêtissons, en sus de nous appauvrir.

      Notre essayiste n’accorde qu’un trop bref passage au gaz de schiste, chez nous interdit. Il nous rappelle pourtant à propos que le gaz de Lacq, exploité par la fracturation hydraulique pendant des décennies, a fait une part de notre fortune, sans le moindre inconvénient environnemental. Pensons alors que le coût de l’énergie a considérablement baissé aux Etats-Unis, au moyen de ce même gaz de schiste, entraînant croissance, emploi et relocalisation d’entreprises. Que le dieu de la peur écologique nous épargne de telles catastrophes !

      La rhétorique de la peur atteint son acmé au sujet du nucléaire. Trois morts à Fukushima, 80 à Tchernobyl, des cancers peu nombreux et surtout supputés, alors que la région vidée de ses habitants se peuple d’une faune pléthorique. Certes, Jean de Kervasdoué omet de signaler que le problème de cette centrale nucléaire, comme à Fukushima, n’est pas résolu. Mais il rapporte un fait peu connu : la catastrophe nucléaire de Maïak, dans l’Oural, en 1957, qui tua sur le coup 200 personnes et exposa 500 000 autres aux rayonnements. Or une étude de 1992 n’y conclut qu’à une différence « pas significative » des cas de leucémie. Il est évident qu’il ne s’agit pas de baisser les bras devant les recherches, la sécurité, les projets d’avenir, grâce auxquels le nucléaire (y compris au moyen du thorium hélas occulté) diminuera ses déchets, saura démanteler les vielles centrales, et bouleverser nos technologies. Car au-delà du trop néfaste principe de précaution, des inventions à peine pensables aujourd’hui sauront nous surprendre. Bien mieux que nos monstres étatiques qui subventionnent à tort et à travers les éoliennes et le photovoltaïque au dépend du consommateur…

 

 

      Pourquoi nos gouvernements prennent-ils « les mauvaises décisions » ? Parce qu’ils ne sont ni des chefs d’entreprises, ni des scientifiques. Parce qu’ils sont des « sophistes » dont l’inculture scientifique est flagrante, dont le seul but est de surfer sur les peurs, d’aller dans le sens de l’obscurantisme et d’une nostalgie d’un passé mythique empreint de santé naturelle qui n’a jamais été, pour racler les voix des électeurs. Quoique ces derniers commencent à se détourner de ces urnes contre-productrices…

      C’est ainsi qu’en ces trop brefs essais vulgarisateurs Jean de Kervasdoué déplie sa thèse : « L’Etat n’est plus légitime. Il ne croit plus en la raison, car la seule raison des politiques est devenue la défense de leur raison d’être : l’exercice du pouvoir. Aucun principe, fût-il scientifique, ne règle la vie politique, seules comptent les opinions. » L’ère de la dictature d’opinion, des orateurs du sophisme, a remplacé l’examen rationnel et scientifique. L’idéologie et la pensée magique négligent la réalité, pourtant irréfutable. Quand « les croyances prennent le pas sur les connaissances », marxisme anticapitaliste et anti-libéral, mais aussi écologisme, deviennent, à l’égal du principe de précaution, des doxas « quasi-religieuses », « une forme de paganisme » rétrograde. Cette « religion écologiste, anticapitaliste et rousseauiste, habillée d’agronomie partisane » est celle d’ « un de ses grands prophètes » : Pierre Rabhi, l’auteur, par exemple d’Ecologie et spiritualité[1] au titre révélateur…

      Les mantras religieusement assénés sont nombreux. Par exemple le réchauffement climatique (qui stagne depuis vingt ans) dû à des causes anthropiques ; alors que les variations du climat ne cessent de marquer les ères géologiques et historiques, que des scientifiques conspués pour être de dangereux et inconscients « climato-sceptiques » lisent dans l’évolution des taches du soleil un possible refroidissement climatique. Ou la montée du niveau marin, qui n’est que d’1,3 millimètre par an, soit « 30 centimètres depuis 1711 » : rien d’affligeant. Alors que les cancers sont surtout dus au tabac, à l’alcool, à la génétique, au hasard, on les attribue faussement aux pesticides, dont les doses sont infinitésimales. Un mensonge répété mille fois devient une vérité…

      Non seulement bien des mesures dites progressistes sont infondées scientifiquement, mais sont économiquement et socialement désastreuses : « inventer des normes nouvelles en matière de bisphénol ou de glyphosate accroît le chômage et nuit à la santé bien plus sûrement que l’éventuelle maîtrise d’effets toxiques supposés ». Ainsi, interdites de recherches, surtaxées, et punies, l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire françaises perdent des emplois, obligeant de surcroît le consommateur à acheter à l’étranger : « La France s’interdit toujours de jouir des bienfaits des plantes génétiquement modifiées (PGM). Elles peuvent pourtant offrir une résistance très efficace aux ravageurs et diminuer considérablement l’épandage de pesticides », ce sans « aucun problème sanitaire ou environnemental signalé ».

 

 

      Notre temps glisse dans la fosse de l’obscurantisme : « Disqualifier les experts, cultiver le soupçon, nourrir la théorie du complot, remettre en cause l’universalité de la science, telles sont les recettes efficaces de ces idéologues ». De surcroît il faut être stupéfait devant « une incompréhensible tolérance des tribunaux pour la violence des écologistes », détruisant des serres confinées au service d’une étude sur « la résistance du riz aux insectes », ou autour de « la résistance d’un cépage OGM à une maladie fréquente de la vigne, le court-noué ».

      Pire encore, s’il se peut, lorsque notre essayiste cite un article du Monde, dans lequel Foucard et Larousserie profèrent sans rire l’énormité suivante : « Les ambigüités de l’Académie des Sciences sur le climat sont le révélateur de son décalage avec la société[2] ». Ainsi la vox populi aurait-elle plus de raison que de réels scientifiques, Galilée n’aurait plus qu’à se rhabiller devant les foules de l’ochlocratie[3] qui jurent que la terre plate est au centre du monde solaire !

      Reste à glisser une interrogation : Jean de Kervasdoué, emporté par son enthousiasme polémique, n’aurait-il pas tendance à occulter une réelle préoccupation, celle d’aliments parfaitement sains et d’une nature propre au service de l’humanité ? Pas le moins du monde ! Dans Ils croient que la nature est bonne, il ne nie pas un instant qu’il faille se prémunir contre les pollutions indésirables, montrant que le progrès scientifiques des pays développés contribuent à un meilleur environnement, au contraire des pays du Sud dont le retard de développement et les structures politiques sont encore en devenir.

      On ne reprochera rien à la clarté ni à la rigueur de Jean de Kervasdoué. Sauf que ces deux essais glissent sur la même lancée, se répétant parfois un peu. Sauf qu’il aurait certainement fallu consacrer un chapitre entier à l'un des maîtres des OGM, Monsanto, ce diable absolu des bonnes âmes vertes, pour tenter d’y voir plus clair, départager le vrai du faux, les méfaits, les scandales sanitaires et les bienfaits du monstre qui ne l’est probablement pas toujours. Ce pourquoi il conclue opportunément en militant en faveur de l’éducation scientifique et de la patience de la lecture.

 

      Ces polémiques essais, malgré des développements que l’on aurait parfois attendus plus conséquents, malgré l’emploi du verbe « convaincre » au lieu de celui de « persuader » (car le sophiste politique ne convainc pas, puisqu’il néglige les faits, la raison, la science) ne sera guère entendu. Hélas, seul un flop visqueux dans le marécage de la cécité idéologique l’accueillera. Alors qu’il devrait être lu et débattu dans nos lycées, dans notre Assemblée Nationale, au plus haut de l’inculte Etat. Sans imaginer un instant que la confusion du débat démocratique et le règne obscurantiste de l’opinion relativiste puissent croire faire la nique à la science et aux réalités. Si avec Jean de Kervasdoué l’on veut être ne serait-ce que l’ombre d’un scientifique, d’un philosophe, sans cesse il faut remettre en cause les préjugés et la doxa. Il n’est d’ailleurs pas interdit, avec les moyens de l’argumentation et de la connaissance, d’appliquer le même traitement à l’essayiste lui-même…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Pierre Rabhi : Ecologie et spiritualité, Albin Michel, 2006.

[2] Le Monde, 30 novembre 2015.

[3] Ochlocratie : gouvernement par la foule.

 

Cherubino Alberti, 1553-1615 : Allégorie de la science.

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:59

 

Chapelle St Antoni, XVIIème, Kerns, Obwald, Suisse. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam II.

 

Un défi politique français.

 

Aquila : Pour un monde sans Islam ;

Céline Pina : Silence coupable ;

Philippe de Villiers :

Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

 

 

 

Aquila : Pour un monde sans Islam, Tatamis, 352 p, 20 €.

 

Céline Pina : Silence coupable, Kero, 256 p, 18,90 €.

 

Philippe de Villiers : Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

Albin Michel, 320 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Comment être entendu dans le silence des yeux grands fermés sur la réalité de l’Islam ? Sur sa forêt au-delà de l’arbre du terrorisme. Sinon en prenant le risque de prêcher dans le désert, d’être désavoué, ignoré, méprisé, voire pire… Une bouleversante  Kabyle d’Algérie, Aquila, réfugiée en France, y retrouve ce qu’elle avait fui et plaide Pour un monde sans Islam. Alors que le monde occidental s’islamise à grands pas, y compris selon une femme politique socialiste, Céline Pina, dans un Silence coupable. Ainsi son réquisitoire rejoint celui d’un homme politique pourtant d’un autre bord, trop souvent désavoué, Philippe de Villiers, qui, avec Les Cloches sonneront-elles encore demain ? plaide également, et non sans un talent fou, pour un sursaut de l’identité française et occidentale.

 

      Le vernis du non-dit craque avec grand bruit avec la confession d’une inconnue. Grâce à elle, l’essai de Gabriel Martinez-Gros sur le jihad[1] trouve sa confirmation inattendue dans un témoignage venu d’Aquila, que l’on devine être un pseudonyme, un prénom symbolique. C’est une femme, algérienne, Kabyle, réfugiée en France et qui avec raison craint de retrouver ce qu’elle a fui : « une sorte de bande annonce du film d’horreur qui vous attend ». L’autobiographie vaut le réquisitoire dans Un monde sans Islam, dont le titre exprime un vœu haletant vers un monde de paix et de liberté. Elle dénonce un mal qui dépasse tous les maux, un mal voué « à transformer ce monde en enfer ».

      Une famille de mariages arrangés et consanguins, de femmes battues et voilées, de frère « messie » et « terreur de la famille », au prophétique prénom que l’on devine, quoique « les premiers bourreaux en terre d’Islam [soient] les femmes ». Un incessant harcèlement sexuel côtoie le « bourrage de crâne » des écoliers qui haïront tout ce qui n’est pas musulman, grâce à l’arabisation des Frères musulmans. Par on ne sait quel libre-arbitre originel, la jeune Aquila, farouchement attachée à la liberté individuelle, se refuse à tous les aspects de l’Islam.

      Ne reste-plus, après la guerre civile contre le Front Islamiste (« les années Daech  de l’Algérie »), qu’à quitter le « joug de la colonisation musulmane », le « goulag algérien ». Mais en 2004, Marseille est devenu un « guet-apens » algérien et musulman, le goulet d’une « invasion » ; la Seine Saint-Denis est devenue « la partie invisible de l’iceberg islamique en France », cette « république islamo-gauchiste »… Le sommet de l’abîme est peut-être le moment où Aquila, décidant de se convertir au Christianisme, rencontre un prêtre ignorant qui loue l’Islam comme « religion de paix et d’amour » ; ce qui donne lieu à une féroce dénonciation contre une religion (et son Pape lui-même) gangrénée par une « grave dérive religieuse et éthique ».

      Poignant, effarant, choquant, hallucinant, le livre d’Aquila, mérite d’être lu et débattu sur les bancs du Parlement, sous les flashs des médias, par toutes les féministes, par toute humanité. Le pamphlet est aussi réaliste que virulent, livrant au jour le système tyrannique et corrompu de l’impôt islamique, qui finance le djihad, la stupidité du ramadan qui fait exploser le diabète, les accidents de la route, les violences, les intoxications alimentaires, les gaspillages, mais réduit l’économie au marasme, faute de quoi l’on est un mécréant, là où la « police des mœurs » est générale. Où l’islam est religion d’état, n’existent ni liberté individuelle, ni liberté de conscience. Grâce au voile, accepté et imposé par les femmes elles-mêmes, comme un « syndrome de Stockholm », c’est « un virus qui s’attrape par la tête », quand les « invocations satanistes » coulent des mosquées et des télés.

      Trop réaliste pour les aveugles volontaires, Aquila voit arriver la déferlante islamiste en Occident, voit une « France algérienne » courir à la catastrophe, à la « vallée du carnage », au sous-développement, tel qu’il est endémique en Algérie, alors que les voiles sont « un signe de conquête islamiste en marche », que ses femmes manipulées sont des « idiotes utiles » ! Elle « accuse l’immigration musulmane légale et illégale encouragée et subventionnée par la lâcheté des politiques et la naïveté des peuples qui les élisent ». Aimant la France et l’Occident, elle se rêve en « Charles Martel au féminin », alors que la guerre islamique des années 90 en Algérie, « cette histoire d’ogres réels […] est en train de se préparer et de se reproduire chez vous ». Aquila n’y va pas avec le dos de la cuillère : il s’agit de « réveiller les larves que vous êtes devenues à cause du politiquement correct et des fortes doses de marxisme culturel qui relativisent tout. De peur d’être traités de raciste et d’islamophobe, vous vous couchez devant l’Islam et les Musulmans, prêts à être égorgés docilement comme des moutons sans rien dire, sans bouger, de peur de heurter la sensibilité de vos bourreaux ! Levez-vous ! »

      Quelles solutions Aquila propose-t-elle ? Des solutions inaudibles, voire scandaleuses, peut-être sagaces, sinon inapplicables : « profilage religieux et culturel […] quarantaine, voire les déporter […] fermer toutes les mosquées, interdire le Coran, livre liberticide, antisémite comme Mein Kampf ». Vaut-il mieux plaider pour un Islam réécrit, modernisé, transcendé, débarrassé enfin de tous ses versets et hadiths violents, totalitaires et misogynes ?

 

 

      Quelle est en effet la situation de l’Islam en France, de cette religion française, de cette France islamisée, voire de l’Europe islamisée ?

      Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de juin 2005 à avril 2007, chercheur en économie et sociologie, chargé de recherche du CNRS à l’université Paris-IV, ne cache pas selon lui le chiffre réel du nombre de Musulmans en France, quoique des chiffres plus modestes approchent de 4 millions : ils seraient de 15 à 20 millions. Cependant, si l’on estime, avec Hakim el Karaoui, de l’Institut Montaigne[2], qu’environ 50 % d’entre eux sont soit conservateurs, soit autoritaires, il serait légitime de s’inquiéter. Ajoutons qu’un sondage de l’hebdomadaire Le Point (3-11-2016) montre que 87,4 % des jeunes Musulmans ne se sentent pas Français…

      Mercredi 28 septembre 2016, sur M6, un documentaire de l’émission « Dossier tabou », nourri de nombreux témoignages, a enfin montré sans dissimulation la réalité de l’emprise islamique sur le territoire français, grâce au talent d’investigateur du journaliste Bernard de La Villardière (d’ailleurs menacé par l’ire des censeurs et d’assassinat par des tweets assassins) : ainsi se dévoile le renoncement aux valeurs laïques et républicaines.

      Souvenons-nous que, bien avant d'être assassinée, la rédaction de Charlie Hebdo avait fait l’objet de poursuites devant les tribunaux  à l’initiative de la Mosquée de Paris et de l'Union des Organisations Islamiques de France, ramenant le péché de blasphème[3]  au goût du jour et menaçant gravement la liberté d’expression, cette expression fût-elle discutable. Une religion, et la charia qui lui est constitutive, tente donc de prendre d’assaut le droit pénal républicain. Rappelons à cet égard que la Constitution, le droit français et la Convention européenne des droits de l’homme stipulent, aux termes de l’article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction. »

      Ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le Royaume-Uni a reconnu l’existence légale de tribunaux islamiques dans certaines de ses délicieuses contrées banlieusardes. Ces « Sharia Councils » prononcent les attendus de la loi islamique en plein Londres, dans l’East End, habité par 65 % de Musulmans, particulièrement, mais pas que, dans le cadre des affaires familiales. De plus, en Ecosse, la police accepte que ses policières puissent être voilée…

     Chez Air France, on traque les islamistes parmi ses propres employés : on tague « Allahu akbar » sur des trappes à kérosène, avaries étranges, pannes récurrentes, des pièces sont trafiquées, des consignes de vol détournées... Les services de renseignements sont sur les dents, aux dires du Canard enchaîné. Selon le Journal Du Dimanche, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) atteint 15000 noms, surtout concentrés dans le Nord, l’Ile de France, le Lyonnais et de Marseille à la Côte d’Azur.

      Quand des manifestations antisémites en faveur de la Palestine sont autorisées, des manifestations contre la charia (à Bordeaux par exemple) sont interdites par la Préfecture. Alors que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, prévoyait en 2015 de bientôt doubler le nombre de mosquées, 2400 à cette dernière date en France.

      Parmi un bon tiers des femmes musulmanes, en portant le hijab ou la burqa, l’on craint autant Allah que le regard, le désaveu et les pressions de l’entourage, de la famille et de la communauté des grands frères, tyrans en herbe et en ronces… Ecoles privées musulmanes et coraniques couvent dans la cocotte-minute. La haine du Juif, du Chrétien, du Gaulois, du mécréant, se répand comme poudre en feu. Plus largement, la conquête du territoire, au-delà de poches ghettoïsées de banlieues, par la charia, et au moyen d’une démographie et d’une immigration conquérantes, est un objectif vigoureusement affiché par des imams, des salafistes, des Frères musulmans, des quidams, des adolescents excités par la testostérone fanatique et totalitaire. Heureusement déjoué, à moins qu’il ne fusse que raté, le projet d’attentat aux bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris, montre que loin de n’être que des victimes souvent consentantes de l’Islam, le femmes peuvent être parmi les plus activistes, les plus forcenées, dans l’accomplissement du jihad.

      Un parti musulman, L’Union des Démocrates Musulmans Français, a déposé une liste aux Régionales de 2015 en Île de France. S’il n’a provisoirement obtenu aucun élu, on notera qu’à Mantes-la-Jolie, avec 5,90 % des voix, il a dépassé le parti des Verts. Parmi son programme, le halal dans les cantines, le soutien à la finance islamique, l’arabe à l’école… Ce que ne désavouent pas tous les maires et politiques, qui préfèrent privilégier le clientélisme, achetant ainsi une paix sociale provisoire et des voix qui, espèrent-ils continueront de les faire élire. Car un tiers des Musulmans, selon  un rapport de l’Institut Montaigne, ne se reconnaissent pas dans la République. Combien, parmi ceux qui sont dans la police, dans la gendarmerie ont déjà refusé d’obéir à des ordres contre leurs « frères », combien sont surveillés pour radicalisation, ou inaperçus, car selon une enquête de l’Institut Français des Relations Internationales, les effectifs de l’Armée française comptaient en 2005 entre 10 et 20 % de soldats musulmans, soit 10 % de l’effectif du porte-avion Charles de Gaulle, engagé face au Califat islamique. À Roissy, un agent de piste refuse de guider un avion d’Air France, puisque piloté par une femme.  Combien, parmi ces jeunes surexcités par le sang du djihad, iraient à plaisir se gargariser d’une guerre civile ?

       L’Allemagne et le Danemark tolèrent le mariage des enfants mineures de moins de quinze ans parmi les migrants. Au cours des six premiers mois de 2016, les migrants ont été impliqués en Allemagne dans 142.500 crimes et délits, selon l'Office Fédéral de Police Criminelle. Soit 780 délits par jour, une hausse d’environ 40% par rapport à 2015. Nota bene : seuls sont comptabilisés crimes et délits ayant donné lieu à l'arrestation d'un suspect.

      En Suède, dans la ville de Södertälje, à l'ouest de Stockholm, des émeutes changent la ville en zone de guérilla pendant deux nuits d'affilée. Des jeunes migrants musulmans  jettent de puissants pétards sur la police, attaquent les transports publics, incendient voitures, pneus et ordures dans les rues. Ainsi, parmi des dizaines de zones de non-droit où règnent charia et criminalité, la policière voit ses fonctionnaires démissionner tour à tour.

      En Bosnie (où la population compte 40% de Musulmans) Indira Sinanovic se présente intégralement voilée aux élections municipales.

      En Autriche, une conférencière a été condamnée pour avoir mis en cause publiquement les mœurs de Mahomet. Les juges autrichiens ont sacrifié la liberté d’expression à l’interdiction du « blasphème », pour protéger la « sensibilité religieuse » des fidèles musulmans et « la paix religieuse ». Ce qui, de facto, revient à appliquer la charia ! L’affaire est à présent devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.

      En France, environ une église est profanée par jour, tagguée, caillassée, vandalisée, pillée, incendiée, messe interrompue aux cris d’Allahu Akbar, même si quelques satanistes et gothiques sont de la partie. Dans l’indifférence générale ; alors que la moindre et rare profanation d’une mosquée, y compris avec simplement une tête de sanglier ou une tranche de jambon devant la porte fait pousser des cris d’orfraie, y compris devant les tribunaux, officialisant une fois de plus l’imaginaire délit de blasphème. La christianophobie, quand un génocide lessive le Moyen-Orient[4], est un mot inconnu dans le dictionnaire, quand l’islamophobie, pourtant juste peur et critique d’une idéologie, est l’objet d’une indignation officielle. « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ici », disait Paul Ricœur[5]

      En juin 2015, le Maire du Lavandou a suspendu la messe dominicale en plein air, pour ne pas irriter les Musulmans qui, eux prient couramment en pleine rue, contrevenant à la libre circulation… Dans quelques banlieues françaises, en particulier Sevran, les salafistes rôdent dans les rues de façon à éviter que la gent féminine circule au-delà de 18 heures. La polygamie permet à des familles aux nombreux enfants de recueillir de pléthoriques allocations familiales. Les conflits se multiplient dans les hôpitaux où les médecins et infirmiers hommes sont sommés de ne pas toucher les femmes de confession musulmanes. Les universités, plus précisément Aix-en-Provence et Saint-Denis, voient leurs amphithéâtres se couvrir de voiles ; sans compter les contestations que l’on devine au sujet de la shoah, du darwinisme, des Lumières...

      À Birmingham, où les femmes en burqa sont nombreuses, la police prévoit d'en recruter par souci de représentativité des communautés qu'elle sert. On se demande alors quel mâle délinquant pourraient-elles appréhender, de surcroît si sa piété lui commande le terrorisme !

 

 

      Femmes et hommes politiques en responsabilité ont-ils compris ? Bien rares ils sont, à l’instar de Céline Pina, qui fut conseillère régionale PS Île de France, et de Philippe de Villiers. La culpabilité de l’Islam étant avérée, reste celle du Silence coupable, selon Céline Pina. Elle a compris que l’arbre du terrorisme islamiste cache la forêt de l’Islam : « les islamistes quiétistes ne sont pas moins dangereux pour nos libertés ». Aussi dénonce-t-elle parmi nos associations, nos médias, nos politiques, les « islamo-serviles » et les « islamo-gauchistes », a fortiori une « inculture abyssale ». Là où le « vivre ensemble » est un slogan, la réalité des hôpitaux, des écoles, surtout de la Seine Saint-Denis qu’elle connait bien, est celle d’une occupation idéologique bourrelée d’agressions et jetée à la face de la « paralysie du pouvoir ». Car nos élus, afin d’être réélus, préfèrent le clientélisme paillasson à l’action en faveur d’une culture libérale.

      Celle qui fut évidemment traitée de raciste et d’islamophobe par ses congénères politiques, pointe le Salon musulman de Pontoise, consacré à la femme, pour ses intervenants, « tous plus obscurantistes et sexistes les uns que les autres », où l'irruption des Femen failler se solder par un viol collectif. Alors que les politiques jouent au « qui ne dit mot consent » devant qui veut faire de la charia l’unique source du droit et « vise à islamiser le pays ». On préfère combattre sans risque le Front National, interdire les manifestations de Pegida, plutôt qu’affronter les tentacules de la théocratie.

      De toute évidence, Céline Pina ne peut se sentir que concerné en ce défi de civilisation, car « la femme est l’obsession de l’islamisme politique ». En cela elle s’appuie sur des versets du Coran, montre que le voile, « arme de destruction massive des principes fondateurs de notre monde commun » est contraire à « l’histoire de l’émancipation de femmes ». Nettement elle est clairvoyante : « S’il y a de bonnes Musulmanes, les voilées, les autres, non voilées, sont de mauvaises Musulmanes, une offense à Dieu, elles ne méritent pas le respect de leur intégrité physique ». Elles ne sont que des « fornicatrices », des lits de « bâtards », dignes d’être violées, voire lapidées, comme le montra l’épisode de Cologne[6]. Alors, « le sexisme est légitimé par le divin ». De surcroît, s’appeler « ma sœur », « mon frère » est une « forme de fraternité et de sororité particulièrement perverse », une invitation à la soumission, qui enferme dans l’oumma, la communauté des croyants, et dénie tout individualisme.

      Mais on recule, on demande aux femmes « d’intégrer une forme d’autocensure, comme si l’idéologie islamiste avait déjà réussi à contaminer nos façons de considérer le droit des femmes. Face à la violence des hommes, il est plus facile de contraindre les femmes que d’éduquer les mâles ». Ainsi « les politiques veulent exonérer les réfugiés de tout, pour ne pas perdre la face ». Céline Pina est une rare féministe, en fait réelle humaniste, à dresser son courage à la face de la tyrannie du silence devant une pire tyrannie.

      Voilà qui ne l’empêche pas, à juste raison, de réfuter l’hypothèse selon laquelle elle ferait « le jeu du F N », en répondant : « Front National versus Islamistes, la guerre des identitaires ». Elle somme « ceux qui aspirent aux fonctions politiques qu’ils retrouvent le sens de la République », car « les islamistes  (ici elle englobe tout l’Islam conquérant) ne font peur et ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux ». En conséquence, conclue-t-elle, il faut « être impitoyable envers ceux qui sont acharnés à détruire ce que nous sommes. »

      Cependant, malgré son inquiétude devant l’Islam « quiétiste », elle continue de vouloir séparer Musulmans et islamistes. Où est la cohérence ? Certes, bien des Musulmans ne le sont guère, voire restent respectueux de la laïcité et de la République, mais la vague de l’islamisation modifie les mœurs, étend sa nappe de ghettos, plante le décor pour l’islamisme rigoriste. Elle le montre assez pourtant…

    Même si la construction de l’essai, un peu au fil de la plume et de l’indignation légitime, peut manquer parfois de rigueur, Céline Pina, ex-socialiste toutefois courageuse, pratique un discours sans langue de bois. Elle a le mérite insigne, une fois dessillée, de jeter aux yeux du lecteur, averti ou non, une vérité certes dérangeante et dommageable, mais, il faut l’espérer, si l’on sait se prémunir par la fermeté, salvatrice.

 

 

      Ne nous égarons pas avec des préjugés sur Philippe de Villiers, avec des attaques ad hominem, en arguant de convictions politiques peut-être discutables : jugeons de facto son livre : Les cloches sonneront-elles encore demain ?

      Porté par une belle plume lyrique et élégiaque, Philippe de Villiers rappelle les cloches des églises de son enfance, alors qu’il est outré par les propos du recteur Boubaker de la Mosquée de Paris, qui veut doubler le nombre des mosquées en France, donc plus de quatre mille : « un grand concours de minarets ». Il rappelle que la Révolution, en 1793, descendit et fondit les cloches, ce qui déclencha la révolte vendéenne et bretonne. Sa plume, non sans rester élégante, devient celle du polémiste : « pour amadouer les jihadistes, il est recommandé de se priver de nos symboles, de nos traditions, de nos affections. Au nom de la laïcité, on va supprimer les galettes des Rois dans les cantines scolaires au moment d’y faire entrer le halal ». On remplace alors les cloches par le muezzin... Plus loin, sa plume emprunte une ironie digne de l’humour de San Antonio, qui lui permet de brocarder « la position du soumissionnaire » en analysant la « dhimmitude » française, quand politiciens et évêques réclament d’intégrer des fêtes musulmanes. « Chez nous les pouvoirs publics se taisent mais savent très bien quel est le programme mondial des islamistes : génocider les Chrétiens en Orient et effacer en Occident toute trace de Christianisme. » Les Chrétiens là-bas comptaient pour 20 % de la population, ils ne sont plus que 2%.

      In fine, il faudrait tout citer de l’essai de Philippe de Villiers tellement il est frappé au coin du bon sens et de la vérité. Ce non sans une réelle culture : il a lu et cite les nombreuses injonctions meurtrières du Coran (comme l’a fait le modeste auteur de cet article[7]), il a lu l’islamologue Gilles Kepel, Marc Fumaroli[8], Hannah Arendt[9] et le philosophe Rémi Brague[10]. Il n’ignore rien de la culpabilisation indue qui à l’occasion de l’islamophobie, se cache sous ce vocable[11]. « Colonisation », « défrancisation », les mots frappent juste. Les verts de l’Ecologie veulent « sauver la planète », les verts de l’Islam (car ce fut la couleur préférée de Mahomet) en extirper la civilisation libérale ! « Les villes basculent dans la France halal ». Les voiles font reculer les « souchiens », « notre langue recule », « Paris se met à l’unisson de La Mecque ». Non seulement Philippe de Villiers a le sens de la formule mais il a l’œil qu’il faut pour observer une mutation que l’on ne veut pas voir. Car le « Frankistan » est un objet de « conquête ». Car les centaines de millions de Musulmans de l’Afrique et du Moyen-Orient ont commencé de déferler, infiltrant des djihadistes, en France, en Europe, en Occident, passant par là où « le concierge était grec » : « Cette conquête est dans l’ADN de l’Islam ». En effet, « toutes les religions ne se ressemblent pas. C’est la grande erreur des Occidentaux de la croire ». La « mamamouchie Merkel » devient un « protectorat ottoman ». La « migration de remplacement » s’appuie sur un flagrant déséquilibre démographique, comme notre essayiste le note en s’appuyant sur les travaux de Michèle Tribalat[12]. Et notre Gauche politique, nos sinistres ministres, au premier chef « Najat » à l’Education, sont les « compagnons de route » de l’Islamisation, sont « une classe politique achetée », en particulier par les Qataris ! Le « ventre mou » français prépare un « nouvel Edit de Nantes » par le biais des « dhimmis de sacristie »…

      « Ô ma France douloureuse »…

      Arrêtons-là ce qui devrait être un déferlement de citations toujours pertinentes. Ces pages n’y suffiraient pas. Sachons que sans monotonie, la conviction, la verve polémique, mais tragique, de l’essayiste, ne faiblissent pas en 300 pages. Pensons à ce moment de satire redoutable autant que judicieuse : « Nous sommes passés de la « poule au pot », du roi Henri, venu de Navarre, aux « coqs halals » servis par nos dhimmis du Finistère, la crête tournée vers La Mecque ». Contre « l’Eurislam », il en appelle à la mémoire de la France et de l’Europe. Nous irons plus loin que lui, même s’il réprouve ce terme, il faut en appeler au libéralisme politique, économique et culturel contre la tyrannie théocratique galopante…

      Ajoutons, pour nuancer le propos de Philippe de Villiers, que ce n’est pas seulement parce que cloches et églises sont une part de notre identité et de notre Histoire qu’il faut les protéger du viol par les mosquées, mais parce que l’Islam n’est pas une religion équivalente au Christianisme. À la différence de ce dernier, la mahométane est celle de la « salafisation », du totalitarisme appliqué aux mœurs et à la pensée, s’il en reste…

 

      Les sociétés démocratiques n’auront-elles été « qu’une simple parenthèse de deux siècles ? » demande Gabriel Martinez-Gros. Et pour reprendre le titre de Philippe de Villiers, qui est probablement la personnalité politique la plus lucide sur l’islamisation en cours, Les cloches sonneront-elles encore demain ? Car, pour également reprendre Mohammed Sifaoui cité par Céline Pina : « Le problème n’est pas que la manifestation violente de l’islamisme, à travers le terrorisme, mais l’ensemble du corpus qu’il propose comme pensée anti-laïque, antirépublicaine, antiféministe, homophobe, misogyne, antisémite, et en somme, antimoderniste.[13] » À cette liste effarante, il faut tout simplement ne pas oublier « antilibérale ». En effet, face au roncier de la forêt de l’Islam, ce sont nos libertés qui sont en jeu. Que le lecteur réfute, s’il le peut, ou en prenne de la graine…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Hakim el Karaoui : Un Islam français est possible, Institut Montaigne, septembre 2016.

[5] Paul Ricœur : La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Seuil, 2000, quatrième de couverture.

[13] Mohammed Sifaoui : Angers mag, 27 Janvier 2016.

 

La Mecque. Alcoran de Mahomet. Traduction Du Ryer, Arkstée & Merkus,

Amsterdam, 1775. Photo : T. Guinhut.

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 17:28

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La Couarde, Île de Ré. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam I.

 

Analyses et dénis.

 

 

Autour de Gabriel Martinez-Gros : Fascination du djihad ;

Bruno Dumézil : Les Barbares ;

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat.

 

 

 

 

Gabriel Martinez-Gros :

Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix,

PUF, 104 p, 12 €.

 

Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 1508 p, 32 €.

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 840 p, 25 €.

 

 

 

 

 

 

      Il semble enfin que le voile se déchire. Quoiqu’encore longtemps l’on continue de ne pas penser la dangerosité de l’Islam. À tel point que les actes terroristes égrenés sans repos en France et de par le monde focalisent une attention fascinée sans que l’on puisse ni voir ni analyser cette barbarie consubstantielle à la charia et au jihad, ce en une étonnante opération de déni : ils sont toutefois les arbres brûlants qui cachent l’étouffante forêt de l’Islam. Pourtant de plus en plus de quidams et d’analystes dessillés tentent de proposer leur discordante voix pour penser les textes, l’histoire et le présent d’une religion aux hydres planétaires. Ainsi un universitaire et islamologue, Gabriel Martinez-Gros radiographie la Fascination du djihad. Et ourtant façonnée par une cohorte savante, une encyclopédique somme historique, sous la direction de Bruno Dumézil, refuse d’accueillir parmi Les Barbares la barbarie de l’Islam. Il suffit alors d’ouvrir la réunion bienvenue des Ecrits historiques de combat, pour que Jean Sévillia fustige à notre service le « terrorisme intellectuel » de l’ « historiquement correct » appliqué à ce totalitarisme dont la forêt est en marche.

 

      Pour expliquer le djihad, la thèse de Gabriel Martinez-Gros est pour le moins originale. La conquête et l’impôt sont à la source des empires, explique-t-il, s’appuyant sur l’historien arabe du XIVème siècle, Ibn Khaldoun, ce qui permet « de vivre en paix sous la férule de l’empire ». Seules, en se débarrassant de cette dernière, l’Angleterre et la Hollande, puis l’Europe entière, permettront d’amorcer la révolution libérale scientifique. Hélas, ces deux violences, hégémonique et fiscale, sont également le ressort de la déferlante musulmane qui, de l’Espagne à l’Inde, à partir du VIIème siècle, assassine et asservit les populations. Ce en quoi la source du djihad est certes religieuse, mais avant tout structurelle et économique. Et son retour est également « un renouveau des conditions impériales ». Face à l’empire occidental, voire mondial, si tentant à piller, car riche, souvent non-violent et désarmé, le nouvel empire islamique en gestation suscite des confins barbares et excite ses conquérants. Ibn Khaldoun aurait reconnu en notre Occident sa vision de « la crise finale des dynasties […] : l’hypertrophie de l’appareil d’Etat y écrase une économie déjà anémiée », ne serait-ce que par le poids des dépenses sociales.

      Or, le djihadisme s’appuie sur un discours idéologique constitué, non seulement politiquement, mais religieusement. Ainsi « une élite de guerriers », « une dissidence bédouine », couvées par l’immigration et les banlieues, partent à l’assaut du ventre mou de l’empire occidental. Ce qui contredit absolument le discours de « victimisation postcoloniale », postmarxiste et tiersmondiste appliquée aux banlieues, ainsi que l’inénarrable culpabilisation de l’Occident. On peut arguer que la violence de ces dernières, n’est que « maquillée d’Islam ». Certes. Mais, sans choir dans la généralisation abusive, car tous les Musulmans ne sont pas jihadistes, la virulence du djihadisme est intrinsèquement musulmane et trouve ses injonctions et ses versets à travers la bouche de son prophète, dans le Coran[1] (ce qu’hélas Gabriel Martinez-Gros omet de préciser par des citations). Car il y a une « exception de l’Islam, religion née conquérante ».

 

 

      En effet, (y compris dans la bouche d’Ibn Khaldoun) le devoir de la charia et du califat est de perpétrer la guerre contre les infidèles, de les réduire à la mort, à l’esclavage, à la dhimmitude. Et c’est « la première fois depuis l’émergence de la Modernité voici deux siècles, qu’un nombre significatif de musulmans élevés au cœur de l’Occident et de ses Lumières y renoncent, et retournent à l’Islam à leurs yeux le plus pur ». Pour reprendre le sous-titre de Gabriel  Martinez-Gros, il s’agit bien de « Fureurs islamistes et défaite de la paix ». Depuis la fin de la guerre froide, alors que les talibans afghans résistaient contre le communisme, un autre univers géostratégique enclave l’Islam, du Maghreb à l’Indonésie, mais aussi du Québec à l’Australie, au moyen de son émigration militante, dans une résistance combattante contre la démocratie libérale, déployant en « barbares », « les valeurs d’une droite extrême et religieuse ». Il faut bien en prendre conscience : même si la civilisation islamique a su parfois se pacifier, « l’Islam est le seul monothéisme qui implique les devoirs de la guerre dans ceux de la religion ». Et enfin : « Le djihadisme, comme les grand totalitarismes du XXème siècle, est un récit historique sacralisé », de plus aujourd’hui mondialisé. « La question est de savoir si nous avons mérité d’être libres », conclue notre essayiste engagé, quoiqu’il faille non seulement conjuguer ce mérite au présent, mais aussi au futur.

      Gabriel Martinez-Gros, dont l’essai, si bref soit-il, est d’une immense clairvoyance, y compris au moyen de judicieux rapprochements avec la Chine ancienne, quoique l’on puisse regretter le peu de références précises aux textes d’Ibn Khaldoun[2], n’est pas aveugle sur « la cécité volontaire » de l’Occident. En effet, un « déni », un impensé récurrent posent une taie dommageable sur l’Islam.

 

 

      La barbarie islamique, autant du jihad que de la charia, depuis quatorze siècles, devrait avoir attiré l’attention de tous les esprits sensés et documentés. Pourtant, si l’on a la curiosité d’ouvrir le nourrissant pavé publié sous la direction de Bruno Dumézil, Les Barbares[3], on aura la surprise de ne trouver que de maigres entrées consacrées à l’Islam. Quoique, horreur indigne, ce dernier mot soit carrément absent de cette majestueuse somme aux alphabétiques entrées !

      Certes, le barbare, vient du grec, désignant celui qui parle en « bar-bar-bar, c’est-à-dire par des borborygmes éloignés du logos grec ». Le mot discrimine certes abusivement l’étranger, après avoir consacré ceux qui dévastèrent l’empire romain. Mais, ne l’oublions pas, dans le sens commun il s’agit de disqualifier ceux qu’anime le goût du viol, du meurtre sanglant et du pillage. La vaste érudition dont témoigne l’ouvrage aux dizaines de contributeurs s’aventure jusqu’aux barbares, y compris féminines, de nos séries littéraires, cinématographiques et télévisuelles, comme Mad Max ou Le Trône de fer, alias Game of Thrones.

      Mais en cet ouvrage aux richesses historiques avérées, surtout quant aux barbares de l’Antiquité et du Moyen-Âge, le politiquement correct moralisateur et culpabilisant pointe son nez. À l’entrée « Croisades » : « Ce cadre martial a dès lors limité l’ouverture à l’altérité qu’aurait pu représenter le contact prolongé produit par les croisades entre Latins et Musulmans ». Ou : « la croisade s’est faite ferment identitaire, justifiant la paix et l’unité entre chrétiens au profit d’une guerre supérieure contre l’autre ». La page sur « Mahomet » atteint des sommets de mauvaise foi. Certes le monde chrétien a pu sans trop de nuance le diaboliser, mais aller jusqu’à s’indigner de « l’intérêt malveillant porté au Prophète » apparait comme une indigne soumission (c’est le sens du mot Islam) de peur de risquer de paraître islamophobe. Que l’on se rassure, la notule s’achève sur « un portrait apaisé de Mahomet, tel […] Stendhal, pour qui le Prophète est un « puritain » (1822) » ! Pour l’article « Musulman », encore une fois signé Fanny Caroff, dès Charles Martel en 732, il s’agit de « la sauvagerie présumée de l’adversaire » ; ou encore : « l’image négative de l’adversaire musulman prévaut dès l’origine, avant même que l’Islam ne soit compris dans sa singularité ». On se taperait les cuisses de rire devant une telle méconnaissance décisivement aveugle d’une telle « singularité », si la question n’était si tragique…

      L’impensé, le déni, d’une même non-voix, sont bien installés. Seules deux maigres entrées, se concentrant sur la dimension spirituelle de l’Islam, honorent le Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions[4], alors qu’en ce domaine il y aurait fort à penser[5]. Une vision absolument lénifiante, quoique historique et spiritualiste, balaie les pages du Dictionnaire des religions dirigé par Paul Poupard[6], ainsi que celles de Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses[7]. Ne parlons pas du Dictionnaire amoureux de l’Islam de Malek Chebel[8], qui assume un propos louangeur, même si comme lui nous pouvons fort apprécier la poésie lyrique d’Al Andalus, celle soufie du Cantique des oiseaux d’Attar[9], l’architecture de Cordoue et de Grenade, la calligraphie arabe et les Mille et une nuits[10]. Reste à méditer une contre-argumentation à charge, celle d’Ibn Warrraq et son Pourquoi je ne suis pas Musulman[11].

 

 

      Cerise sur le gâteau empoisonné : le manuels d’Histoire confiés au bon entendement de nos chers bambins de 5ème, au collège[12]. Une vision lénifiante ne permet là de voir dans l’Islam que les versants les plus apaisés, en particulier l’éloge d’Al Andalus, selon lequel la coexistence des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens aurait été idylle et d’un brillant culturel inimitable. Ce qui repose sur un mythe qui ne tient pas compte des répressions et autres assassinats, du statut de dhimmi des non-Musulmans, surtaxés, nantis de droits inférieurs, interdits de construire des églises, ce que confirme Jean Sévillia, confondant les barbares de l’historiquement correct.

      En effet selon l’auteur d’Historiquement correct, il y a une « amnésie historique » à ne pas reconnaître que les croisades sont « une réponse à l’expansion militaire de l’Islam ». De même « dépeindre l’Espagne musulmane comme un modèle de coexistence pacifique entre religions relève de la fable[13] ».

      Il est alors « moralement correct » de caresser dans le sens du poil « la deuxième religion de France ». Il s’agit en fait d’un « Islam à deux visages » : on s’intègre en la profession de foi d’une laïcité libérale, mais l’on « succombe au courant identitaire ». Le ramadan devient prosélyte au point de faire jeûner des élèves mon-musulmans : « C’est parfois le début de la conversion ». Lors, près de 50 % des Musulmans français se prétendent de nationalité musulmane, dont 16 % approuvent les attentats suicides : « Est-ce manifester de l’islamophobie que de s’en inquiéter ? » La clairvoyance de l’essayiste n’ignore pas que ces derniers « expriment, en ce qui concerne le statut de la femme, une anthropologie incompatible avec la philosophie élaborée à Athènes, à Jérusalem et à Rome[14] ».

      Une réédition bienvenue de trois essais de Jean Sévillia, comme un tir groupé contre les fadaises d’une Histoire soumise à la repentance postcoloniale et au masochisme qui consiste à battre la coulpe du Christianisme, de l’Occident et de la France devant les saintes huiles de l’immigration islamique, permet de prendre la mesure d’un intellectuel engagé dans la recherche de la vérité. Historiquement correct voisine avec Moralement correct, avant de confluer avec Le Terrorisme intellectuel, en ce fort (dans bien des sens du terme) volume que sont ces Ecrits historiques de combat. Là sont démontées les vulgates anticléricale et marxiste d’une gauche intellectuello-médiatique attachée à réécrire le passé pour servir ses ambitions et son idéologie. C’est sans cesse d’une plume enlevée que Jean Sévilla, appuyé sur une réelle culture historique et sur l’acuité d’une abondante bibliographie, brosse une contre-Histoire autant qu’un réquisitoire contre la fatigue de la pensée de qui veut bien se coucher devant la doxa, plutôt qu’aller aux sources de l’Histoire, donc aux fleuves du présent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Certes, dans notre présent, du moins espérons-le, il y a bien des Musulmans, qui ne jouent du voile que comme un accessoire de mode identitaire et coloré, dont l’affiliation à une mode est comme toute mode forcément éphémère, voire soumis à un rejet horrifié peut-être prévisible. Certes, il y a bien des Musulmans habités par une foi intime, qui n’a pas vocation à envahir la scène publique et politique, ce en contradiction avec l’essence de l’Islam, bien des Musulmans qui rejettent plus ou moins explicitement les dizaines de versets du Coran ordonnant le djihad, le meurtre des mécréants, la haine du Juif, et la ségrégation honteuse des femmes. Mais une surabondante cohorte d’affidés de la soumission islamique, excités par les imams financés par les pays du Golfe ne considère pas un instant que ces attitudes soient licites.

      Car si nous avons été affolés par les 3000 morts du 11 septembre newyorkais, par les meurtres des journalistes de Charlie Hebdo et des clients de l’Hyper Casher, par les 130 morts du Bataclan, par les 80 morts du camion niçois, par l’assassinat d’un prêtre catholique et martyr, sans compter les nombreux blessés et mutilés à vie ; c’est voir l’arbre du terrorisme et ne pas entrapercevoir derrière lui la forêt de l’Islam, quoique bien des esprits commencent à ouvrir leur clairvoyance. En effet, quoique apparemment modérés, bien des Musulmans propagent l’Islam, c’est-à-dire le halal, le ramadan, le voile, la soumission féminine, le mariage forcé, voire la polygamie, donc fort souvent une batterie de comportement normatifs assortis d’injonctions, d’intimidations, de répressions envers ceux qui autour d’eux ne les pratiquent pas encore…

      Soyons clairs. Le « communautarisme », vocable euphémistique et cache-sexe parmi nos médias, n’est pas responsable du terrorisme ni de la tyrannie sociétale en cours. A-t-on vu la communauté portugaise ou chinoise se distinguer ainsi ? Seul l’Islam est en cause, donc à désigner explicitement. Le « multiculturalisme » n’est pas un échec si les cultures diverses peuvent coexister, s’enrichir les unes les autres, se tolérer ; mais en tant qu’euphémisme il cache l’incompétence constitutive de l’Islam à reconnaître la légitimité de cultures qui ne sont pas conformes à son diktat idéologique. De même la loi proscrit les signes religieux ostentatoires, dans l’enseignement primaire et secondaire ; pour ne pas avoir à stigmatiser ceux de l’Islam, alors que le caractère inoffensif de la croix et de la kippa est avéré ; le Chrétien et le Juif terroristes et propageant la haine étant en contradiction flagrante avec leur religion.

 

      Il ne suffira pas de couper l’arbre du terrorisme pour arrêter la forêt de de l’Islam. Commençons par ôter les voiles de l’euphémisation et du déni. Une réelle culture historique, religieuse et sociologique, tels qu’en font preuves Gabriel Martinez-Gros et Jean Sévillia, doit permettre d’abord de porter à nos yeux, à nos entendements, la connaissance du réel installé et en gestation. Sinon, ce ne seront pas quelques arbres terrorisants qui nous boucheront la vue, mais une forêt qui, inexorablement, « s’est mise en marche », comme celle qui mit fin au règne tyrannique de Macbeth[15]. À la différence que l’Islam est, si l’on n’y prend garde, non seulement la forêt, mais le puissant roncier du totalitarisme.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Ibn Khaldûn : Muqaddima, Le Livre des exemples, II, Gallimard, La Pléiade, 2013.

[3] Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 2016.

[4] Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, sous la direction de Stéphane Gumpper et Frankly Rausky, Bayard, 2013.

[6] Dictionnaire des religions, dirigé par Paul Poupard, PUF, 1984.

[7] Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 1976.

[8] Malek Chebel : Dictionnaire amoureux de l’Islam, Plon, 2004.

[11] Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[12] Vincent Tremolet de Villers : « Comment l'Islam est abordé dans les manuels scolaires ? » Le Figaro, 23-09-2016.

[13] Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 2016, p 55-65, 94.

[14] Jean Sévillia, ibidem, p 530-532.

[15] William Shakespeare : Macbeth, V, 5, Les Tragédies, traduction Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960,  p 637.

 

 

Forêt domaniale du col de Joux, Orgeix, Ariège. Photo T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 16:53

 

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Nuits debout et violences antipolicières,

 

une inversion des valeurs.

 

 

 

 

      « La garde civique / a le fâcheux renom d’être fort pacifique ! / Aussi les malandrins, sûrs de l’impunité, / Opèrent à sa barbe avec sérénité[1] ». Ainsi Shakespeare prévenait les casseurs de leur impunité, voire les manifestants qui affectent le pacifisme pour mieux se dédouaner. En marge et au cœur du mouvement des « Nuit debout », des « mobilisations » contre la « Loi travail », violences policières et violences antipolicières s’affrontent en un champ de bataille pas seulement rhétorique. Tandis que jeunes et moins jeunes coagulés passent des nuits debout, et donc des jours couchés, que les blessés policiers sont outrageusement plus nombreux que les manifestants blessés, ne faut-il pas lire en ces phénomènes une inversion des valeurs ?

 

Les paradoxes de Nuit debout

      Replaçons dans son contexte idéologique le mouvement « Nuit debout » assis sur les places de la République. Dans le sillage d’ « Occupy Wall Street », de Siryza en Grèce, de Podemos en Espagne, l’ultra gauche entend phagocyter les medias en même temps que crier sur les toits son opposition viscérale au capitalisme financier international. Et remettre les manifestations anti Loi travail dans cette tradition mai-soixantehuitarde qui fit les beaux jours du mouvement anti Contrat Première Embauche en 2006. Ainsi, avec l’aval gourmand des partis, syndicats et mouvances de gauche, d’Attac et Sud, l’on manifeste contre une tentative avortée de libérer le travail, favorisant de fait le chômage, la précarité et la pauvreté.

      Au hasard des revendications de Nuit debout, l’on trouve : « Désinvestissement des énergies fossiles », « Dissolution des élites politiques », « Sortir du capitalisme par la démocratie radicale », « Instauration du revenu universel de resocialisation », « Abolition de la propriété privée », « Stop à la numérisation qui fait disparaître des emplois », « Occupation des logements et des bureaux vides », « Plafonnement des salaires », « Semaine de quatre jours, travaillons moins pour travailler tous », « Le RSA pour les 18-60 ans à 1500 € et le SMIC à 3000 € », « A bas la hiérarchie, Mort aux méritocrates », « Supprimer le lien entre travail et salaire »[2]. Lors des assemblées de Nuit debout, chacun peut prendre la parole cinq minutes durant. Ce qui parait une bonne liberté et une respectueuse écoute. Mais un moment vient ou l’égalité de tous les discours, quelques soient leurs qualités ou leur introuvable pragmatisme, est à la fois contre-productive et désastreuse pour l’élévation intellectuelle.

      Sans oublier les panneaux et banderoles, fleurant bon mai 68 : « Rêve général », « Argent gratuit ». Mais aussi : « Sur le pont d’Avignon, on y pend tous les patrons » !

      S’y mêlent des utopies naïves, évidemment irréalisables, dont on pardonnerait la puérilité si tant de sérieux anticapitalisme ne s’y lisait, des profession de foi égalitaristes anti-hiérarchie et anti-mérite qui ne visent qu’à aligner la médiocrité générale d’une ochlocratie[3] de façon à rabaisser les puissants, les créatifs et les indépendants, aligner les individualistes sur les collectifs, en une tyrannie qui ne dit pas son nom. Mais aussi de réels appels au meurtre des flics et des patrons en un racisme éhonté, sans penser que ceux qui rêvent de pendre le patronat, comme des Robespierre d’une nouvelle Terreur, handicapent ainsi non seulement leur salariat futur, à moins de devenir les esclaves de leur propre communisme égalitariste, mais également leur capacité de devenir leur propre patron, d’embaucher au service de leur entreprise et de la société toute entière. Une valeur meurtrière et in fine suicidaire remplace alors les valeurs de vie et de créativité.

     Hélas, le pique-nique nocturne aux papiers gras spontanés est manipulé par d'embryonnaires hiérarques du Parti Socialiste et autres opuscules gauchistes; hélas le rêve jeune qui se prend en grand sérieux ne suce que l’illusion du « vivre ensemble » et d’ « une autre politique possible » ; en fait le lait ranci de vieilles idées fumeuses en une Nuit des boues. Le réalisme, le pragmatisme, les connaissances historiques, politiques, et surtout économiques, l’esprit des Lumières enfin, n’ont guère droit de cité.

Jan Sadler : La Nuit, 1582, Musée des Beaux-Arts, Rennes.

 

Nuits et jours de violence

      De surcroit, en marge des Nuit debout, sans que l’on sache si un paisible Nuit debout n’a pas l’instant d’avant jeté dans une poubelle son sac à dos rempli de blouson noir, lunettes, cagoule, boulons et cocktails Molotov, et en marge des manifestations contre la loi Travail de la ministre El Khomri et du gouvernement Hollande, c’est la violence verbale et physique qui est à la fois militante, gratuite et festive. Notons d’ailleurs à cet égard que les manifestations contre le mariage pour tous, en 2013, quoique bien plus nombreuses, ont fait preuve d’une constance abondamment paisible (à l’exception de heurts après la dispersions de cortèges) ; question de culture des acteurs...

      Cette militance est extrême-gauchisme, post-trotskisme, toutes armures idéologiques qui n’ont pourtant pas passé le brevet de service rendu à l’humanité, mais plutôt d’appauvrissement égalitariste, de tyrannie patentée et de massacres communistes. Le recyclage ravit les naïfs, les démagogues, et plus exactement ceux que ravit cette posture apparemment généreuse de partage et de communauté raflée sur le dos tondu des capitalistes de diverses dimensions, jusqu’au plus humble entrepreneur, qui leurs permettent encore, avant qu’ils soient éradiqués, de vivre dans un confort que l’humanité n’a jamais connu au cours de son histoire. Posture qui est plus sûrement celle d’une oligarchie auto-constituée visant à s’approprier un pouvoir sans partage sur ses ouailles bêlantes de slogans et de « penser le monde autrement », doux euphémisme pour tyranniser le monde joyeusement. On voit que l’utopie, qui pourrait ne paraître que gentillette, potache et bienheureuse, frise l’imbécillité, voire cercle les cages de fer citoyennes de la tyrannie. Sans compter que parmi ces Nuit debout, circulent des mots d’ordre anticolonialistes éculés, anti-israéliens puant d’antisémitisme refoulé, et d’anti-occidentalisme suicidaire devant l’infiltration idéologique et démographique de l’Islam.

      Un tel rassemblement apparemment citoyen, qui se targue d’accueillir toutes les  bonnes volontés discoureuses, est caressé dans le sens du poil par la plupart des médias, en particulier pravdavistes et propagandistes, affligés par une débilitante démagogie jeuniste, qui par ailleurs ne se préoccupe guère des milliers de jeunes qui veulent travailler en paix et qui, faute de subir l’ostracisme des gauchistes et le despotisme du chômage, choisissent, s’ils le peuvent, d’émigrer pour aller travailler, voire faire fortune à l’étranger, toutes compétences et fortunes dont se prive malencontreusement la France, dont l’attractivité économique choit dangereusement.

      Le panurgisme de Nuit debout jette cependant bas le masque dès qu’une pensée réellement autre et contraire, et plus précisément libérale, aurait le front de s’y exprimer ; ce dont témoigne la visite du philosophe Alain Finkielkraut[4] rapidement soldée par des insultes, des bousculades et des crachats, ce dont il rend ainsi compte : « je souillais par ma seule présence la pureté idéologique de l’endroit. […] Sur cette prétendue agora, on célèbre l’Autre, mais on proscrit l’altérité. Ceux qui s’enorgueillissent de revitaliser la démocratie réinventent, dans l’innocence de l’oubli, le totalitarisme[5] ».  

      Voici à cet égard le diktat d’un des porte-paroles de Nuit debout, Frederic Lordon : « Les médias nous demandent d’accueillir démocratiquement Finkielkraut, eh bien non ! Nous ne sommes pas ici pour faire de l’animation citoyenne all inclusive. Nous ne sommes pas amis de tout le monde, nous sommes ici pour faire de la politique, et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons pas de projet d’unanimité démocratique ». De plus, pour ce gentilhomme, il est de son éthique de dénoncer et excommunier « la violence du capital et la violence identitaire et raciste dont Alain Finkielkraut est un des premiers propagateurs[6] ». Souvenons-nous qu’en 1965, lors d’une interview, Jean-Paul Sartre bramait : « Tout anticommuniste est un chien[7] ». Et contresignait : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué[8] ».

      Même déni de la liberté d’expression, du dialogue démocratique et même condamnation morale, dont seule une fine membrane la sépare de la condamnation à mort, léniniste, guevariste, stalinienne, fasciste, comme l’on préférera.

      En 1879, John Stuart Mill, dans son clairvoyant essai Sur le socialisme, écrivait déjà : « la principale motivation d’un trop grand nombre de socialistes révolutionnaires, c’est la haine ; une haine très pardonnable des maux existants, qui trouverait pour s’exprimer la destruction de la société actuelle à tous prix, fut-ce aux dépens de ceux qui en sont les victimes, dans l’espoir que du chaos émergerait un monde meilleur, et dans l’impatience et la désespérance de voir se dessiner un progrès graduel[9] ». Ce progrès graduel, surtout depuis un demi-siècle s’est considérablement augmenté, ce qui fait de leur combat une cause d’autant plus violente qu’elle est démentie par les faits.

      En ce discours hallucinant le pire est certainement la confusion entre la violence –plus exactement supposée telle- des discours philosophiques ostracisés et des soubresauts du capitalisme d’une part et la violence réelle et physique d’autre part qui permet en toute impunité morale, en toute sacralité jouissive, de briser des abribus, des vitrines, de blesser, parfois grièvement, des policiers, tout en paraissant s’en dédouaner et désolidariser si besoin est des « casseurs ».

 

Violences antipolicières

      Les marges des manifestations contre la loi Travail donnent lieu à des scènes délirantes : un individu, masqué, donne une claque à une journaliste russe, le plus gratuitement du monde, en passant à côté d’elle. Un autre, sans honte, déclare : « on vient pour casser du flic, pour casser les Vélib, les autolib, les vitrines, les abribus, la loi c’est nous et la loi El connerie on s’en fout, on bosse pas, on casse. » Mehdi, certainement un doux représentant de la diversité, avoue : « Je sais pas pourquoi je casse. Mais c’est cool de casser. Puis parfois quand tu peux choper des trucs, c’est utile quoi. Une fois je suis reparti avec deux-trois polos, c’est pratique. Pendant qu’il y a de la casse, tu sais que les vigiles sont débordés, tu peux repartir avec des fringues gratis, c’est bien quoi ».

      Voilà qui doit frapper par son immaturité politique, par sa puérilité de sauvageon. Sans compter le grégarisme et la naïveté de la spontanéité, qui, comme chacun devrait le savoir, n’est en rien un gage de vérité. Pire, s’il en était besoin, l’aveu est parfaitement clair : le plaisir du coup de poing, de la guérilla, du pillage, est une motivation suffisante et première, grâce à laquelle le délicieux nerf de la guerre, humain trop humain, est bien frétillant.

      A Nantes, à Rennes, aux alentours du terrain d’actions des zadistes opposés au non-sens économique du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à Paris et ailleurs, de nouvelles journées de violences aboutissent au saccage de boutiques de sport (en une journée GO Sport subit 50 000 euros de dégâts et 25 000 euros de marchandises volées), d’une officine d’assurances (qui ne voudront bientôt plus assurer les établissements victimes), de vitrines, de voitures éclatées ou incendiées, détruisant non seulement des biens mais handicapant lourdement des activités commerciales et de services, donc des emplois. Sans compter une intrusion hautement symbolique des vandales de gauche au Musée des Invalidse, heureusement interceptée par la soldatesque.

      Quant à ceux qui sont censés protéger populations et commerces de toutes ces déprédations ils sont autant attaqués. Lorsque trois camions de CRS sont bloqués dans la circulation, une centaine de manifestants en profite pour les abreuver de jets de pierre et autres objets non identifiés. Ce sont en effet des boulons, des billes de plomb, des harpons de pêche, des rasoirs soudés à des boules de pétanques, des pavés, des barres de fer, des cocktails Molotov qui sont jetés sur les policiers qui contrôlent les cortèges, sur leurs voitures enflammées. Ce sont des hordes de guérilléros qui harcèlent et frappent tour à tour un fonctionnaire isolé, dont l’attirail défensif ne le protège plus. Au point que démunis ils ne puissent user de la légitime défense sous peine d’être accusés de violences policières, craignant le syndrome Malik Oussekine (du nom de cet étudiant Franco-Algérien assassiné en 1986, dont la mort contraignit le ministre délégué à la Sécurité à la démission) ou le traumatisme de la mort par jet de grenade d’un jeune zadiste de Sivens, Rémi Fraisse, en 2014, ce pourquoi ils seraient immédiatement honnis et embastillés. Ainsi, en une choquante inversion des valeurs, le policier sera récompensé pour son sang-froid, pour ne pas user de la violence légale, quand le champ de la violence illégale est ouvert à qui veut en user contre les citoyens et les représentants de l’ordre légal.

      Et si environ 1300 vandales ont été interpellés en France ces derniers temps, dont 800 placés en garde à vue, une petite poignée étant convaincus de tentatives d’homicide sur des représentants de l’Etat, combien seront effectivement punis, faute de preuves, encagoulés qu’ils sont, effectivement incarcérés, alors que l’impéritie de nos gouvernement successifs a négligé de construire des prisons sûres et suffisantes, de former et nommer des personnels judiciaires et policiers en nombre suffisants ?

      Ce sont, depuis mars 2016, environ 350 policiers qui ont été blessés, parfois grièvement, la plupart issus de classes sociales modestes ; 9000 au cours d’opération dans l’année 2015. Contre quelques dizaines de manifestants issus des bourgeois-bohèmes. Sans souhaiter un instant qu’aucun soit blessé, il faut se souvenir que si la liberté de manifester n’est pas à remettre en cause, tout citoyen qui manifeste le fait en conscience des risques (mouvements de foules ou casseurs) et a fortiori de ceux encourus par qui fait opposition aux forces de l’ordre.

      Le monopole de la violence légale, encadré et proportionné à la violence qu’il est nécessaire de réprimer et de pacifier, sans vouloir un instant cautionner une violence policière abusive, a désormais changé de camp. Il appartient désormais à ceux que la loi ne contrôle plus : zadistes, ultragauchistes, anarcho-libertaires… Mais aussi cégétistes, affichant un scandaleux « Stop à la violence » sur lequel l’écusson des CRS ne dissimule pas une flaque de sang, polluant les airs de leurs feux de pneus, bloquant les entreprises, les transports, les raffineries de pétroles, les dépôts de carburant, au mépris de la liberté d’entreprendre et de se déplacer, alors qu’ils sont outrageusement subventionnés par l’Etat et les collectivités locales, que leurs comptes ne sont soumis à aucune vérification, que le rapport Perruchot a montré leurs corruptions, malversations, détournements et richesses paradoxales.

      L’Etat impuissant n’a plus de force, quand la délinquance et le crime gagnent des forces, en une sinistre inversion des valeurs. Est-ce seulement mollesse, récurrente pleutrerie devant le chantage gaucho-cégétiste ? Ou stratégie méditée de façon à discréditer les opposants à la Loi travail ? Alors que cette dernière, bien trop timide, de surcroît aussi maladroite que trop complexe, prétendument écrite de façon à desserrer l’étau du Code du travail, s’est vidée de sa substance, s’est hérissée d’arguties suradministratives. On sait qu’il aurait fallu commencer par radicalement et uniment simplifier et diminuer la fiscalité sur les entreprises jusqu’à une flat tax. Mais à quel affreux « néolibéralisme » n’avons-pas fait allégeance !

      Qui vit réellement et par devoir des « Nuits debout » ? Sans aucun doute les balayeurs qui ramassent les débris des rassemblements, qu’ils s’agissent des déchets venus de ces agapes, ou de ceux du vandalisme. Sans aucun doute les médecins, chirurgiens et infirmiers qui soignent les policiers (sans compter à Paris une proviseure agressée par un lycéen bloqueur). Et tandis que lorsque les jeunes et moins jeunes bobos désœuvrés vont se coucher au matin, ce sont tous ceux dont le travail et le capital nourrissent les prolifiques et confiscatoires impôts, de façon à payer les dégâts (500 000 euros de réfection des lycées d’Ile de France), rétablir la salubrité, l’esthétique et l’état de marche de nos villes, opérer et panser les blessés. Voilà bien une scandaleuse inversion des valeurs entre les nuits couchées et les jours debout !

Cruikshank : The Radical's Arms, 1819.

 

La nietzschéenne inversion des valeurs appliquée à l'Etat

      Selon Nietzsche, le christianisme a su mettre en œuvre un renversement des valeurs en valorisant et sanctifiant tout ce qui va à l’encontre des forces de vie. Pour ce faire, cette religion postule une vérité qui est celle d’un arrière monde céleste, au mépris du réel le plus terrestre et le plus corporel, suivant en cela conception platonicienne qui préfère l’essence à l’existence, préférant donc l’idéal au dépens du sensible. Les valeurs mortifères de culpabilité, de honte, condamnant la sexualité, l’obéissance veule, la pitié, la faiblesse, l'égalité, sont des morales du renoncement devant la  vie, contraignant la volonté de puissance humaine à sa propre castration. Ainsi la morale des faibles, esclaves et chrétiens, par le levier du ressentiment, s’insurge et vainc les valeurs des forts, des vivants, des créateurs, des maîtres et de toute velléité aristocratique : « Mettre sens dessus dessous toutes les valeurs, voilà ce qu’ils durent faire ! Et brider les forts, débiliter les grandes espérances, calomnier le bonheur qui vient de la beauté, pervertir tout ce qui est orgueilleux, viril conquérant, dominateur, tous les instincts qui appartiennent au type humain le plus élevé et le plus accompli en y introduisant l’incertitude, les tourments de la conscience, le goût de se détruire, muer même tout attachement à la terre et à la domination de la erre en haine de la terre et des choses terrestres. Voilà la tâche que l’Eglise s’est prescrite et qu’elle devait se prescrire, jusqu’à ce que s’imposât enfin son ordre des valeurs[10] ».

      En une semblable inversion des valeurs, le faible -ou du moins prétendu tel- musèle le fort, le salarié met à genou le patron, les organisations syndicales défient et tyrannisent le patronat et tous les citoyens. Ainsi le manifestant déborde les forces de l’ordre, le casseur lynche la police. La violence policière, certes toujours possible et parfois avérée, devient une violence antipolicière, une déferlante de haine orchestrée comme une corrida où le matador ne laisse guère de chance au taureau, où le policier, au lieu de déployer sa force au service du bien public, doit faire montre de sang-froid, d’empathie devant le mal des collectifs autoproclamés antifascistes, alors qu’ils sont de fait les fascistes révolutionnaires résolus à faire de la chair à pâté des gardiens de la paix. Nourris de contradictions, de fanatisme antiflic, tendus vers leur despotisme haineux, les casseur-combattants révolutionnaires oublient pourtant combien ils appelaient le « CRS SS » à leur secours, lorsqu’au concert du Bataclan, les islamistes les dézinguaient !

      Dira-t-on que l’Etat et son gouvernement sont aux ordres des manifestants, casseurs et bloqueurs, qui ne représentent qu’une très faible minorité aux dépends d’une société toute entière ? Quand l’Etat aura-t-il le courage nécessaire et attendu de faire prévaloir la loi, la liberté et la sécurité, en débloquant les barrages, en arrêtant et incarcérant les casseurs et les harceleurs tueurs de flics ? Comme si nous n’avions pas déjà assez du terrorisme islamique, pour lequel le moins que l’on puisse dire est que la réponse de l’Etat n’est guère à la hauteur des enjeux.

      Autre inversion des valeurs, non moins inquiétante, la violence symbolique et sociale, effectivement ou prétendument subie, est prétendue moralement pire que les violences physiques et guerrières commises contre des patrons séquestrés aux chemises arrachées, contre des représentants des forces de l’ordre, blessés grièvement, incendiés, ces dernières violences étant excusées, légitimées par une rhétorique postmarxiste, anarcho-libertaire. On se souvient que la « violence symbolique » d’une Porsche fut incendiée. Vandalisme scandaleux en soi, ne serait-ce que contre les créateurs et ouvriers qui l’ont conçue et construite, contre son propriétaire, d’autant plus grotesque que, par une triste ironie, cette voiture de luxe appartenait à un homme des plus modestes et passionné qui consacrait toutes ses économies à la dite « violence symbolique » du luxe !

 

      Cette inversion des valeurs (aux résultats bien moins moraux que celle exécutée avec brio par le christianisme à l’occasion de l’analyse nietzschéenne) est bien la tâche que la fort minoritaire chienlit poisseuse de romantisme révolutionnaire et de haine des entrepreneurs et des policiers, qui assurent la richesse de leur niveau de vie de bourgeois, s’est prescrite pour assurer sa tyrannie anarchisto-fasciste. Qu’ils soient cégétistes ou zadistes, anarchistes ou ultragauchistes, démocrates révolutionnaires ou antifascistes, ce sont les fascistes réels de notre temps. Ils inversent les valeurs au profit de leur intolérance, de leur libido guerrière, de leur libido dominandi. Jusqu’à quel retour à la raison, quelle implosion ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] William Shakespeare : Beaucoup de bruit pour rien, traduit par Louis Legendre, Alphonse Lemerre, 1888, p 113.

[2] Nuitdebout.fr

[3]  Gouvernement par la populace.

[5]  Le Figaro, 19 avril 2016.

[6] http://www.fakirpresse.info/frederic-lordon-nous-n-apportons-pas-la-paix

[7] Les Temps modernes, juillet 1952.

[8] Actuel, 28 février 1973.

[9] John Stuart Mill : Sur le socialisme, Les Belles Lettres, 2016, p 136.

[10] Friedrich Nietzsche : Par-delà le bien et le mal, 62, Œuvres philosophiques complètes VII, Gallimard, 1992, p 77-78.    

 

Auguste Raynaud : Allégorie de la nuit, 1887, collection particulière.

 

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 12:45

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Corruption du Veau d’or ou sagesse de l’argent ?

 

D’Aristote à Milton Friedman,

 

en passant par Georg Simmel,

 

A propos de Pascal Bruckner :

 

La sagesse de l’argent.

 

 

Pascal Bruckner : La Sagesse de l’argent, Grasset, 320 p, 20 €.

 

 

 

 

      « Auri sacra fames[1] » ! L’exécrable faim de l’or… Et si cette exécration était une erreur ? Conforter les préjugés ne doit pas être le rôle du philosophe. L’essayiste, au sens noble du terme, cherche la vérité si difficile, voire déplaisante, soit-elle, plutôt que le confort du mensonge accepté par la doxa qu’aveugle l’haïssable Veau d’or. Mal peut en cuire au curieux qui prétend la dessiller. Ainsi, non sans polémiques, Pascal Bruckner dénonça le despotisme écologique culpabilisant dans Le Fanatisme de l’apocalypse[2], dénonça la repentance post-colonialiste dans Le sanglot de l’homme blanc[3] et La Tyrannie de la pénitence[4], non sans essuyer le ressentiment des détracteurs du capitalisme occidental. Autre occasion aujourd’hui de vouer aux gémonies de la honte l’empêcheur de penser en rond, lorsque que l’argent, ce dieu Plutus réputé fauteur d’oppression et d’inégalités, se voit, parapluie doré à l’appui, accolé à la sagesse au fronton d’un nouvel essai.

 

      C’est en effet en apparence un inqualifiable oxymore que La sagesse de l’argent. Lisez les Stoïciens, les Chrétiens, Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx et Léon Bloy, et vous saurez, si vous n’êtes pas déjà vigoureusement persuadé, que l’argent est corrupteur, qu’il est sale et ostentatoire, qu’il est l’instrument planétaire de l’oppression, le nerf de la guerre du riche contre le pauvre, et autres billevesées ad libitum… Car « À l’argent tout obéit[5] », dit l’Ecclésiaste.

      Peut-on reprocher au couteau s’il n’a pas su sagement peler un fruit mais préféré le crime de sang ? Le seul responsable de la vertu ou du vice en action est la main qui le tient. De même pour l’argent prétendument corrupteur à soi seul. « Il est trop facile de lui attribuer des égarements qui sont de notre fait (p 98) », souligne Pascal Bruckner. Ce que confirme à sa manière Saint Thomas d’Aquin : « les richesses, objet de la cupidité, ne sont désirées que comme des moyens utiles à une certaine fin, d’après Aristote[6] ». Même si « l’argent excite la convoitise plus que ne font certains biens particuliers, parce qu’avec lui ont peut avoir des biens en même temps que beaucoup d’autres[7] ». Ainsi Aristote sépare « la monnaie inventée à cause des nécessités du troc » et qui permet « par l’échange le plus grand profit possible », d’une part, et « l’art d’acquérir non nécessaire » d’autre part. « Cet art d’acquérir » a deux formes : l’une « commerciale et familiale, indispensable et louable », quand « celle qui concerne l’échange, est blâmée à juste titre, car elle n’est pas naturelle mais se fait aux dépens des autres ; et il est tout à fait normal de haïr le métier d’usurier[8] ». Si cette haine de l’usure est déjà fort discutable (car raisonnable elle permet l’investissement), elle prendra chez Marx la forme d’une méfiance générale contre la monnaie, cette marchandise singulière qui masque selon lui un rapport social d’exploitation de l’homme par l’homme.

      Il est évident que Pascal Bruckner n’ignore pas ces concepts et ces auteurs ; même si l’on peut s’étonner que sa profuse bibliographie ne fasse pas mention d’un ouvrage monumental, quoique plus que discutable, de Georg Simmel, Philosophie de l’argent, publié en 1900 et qui reste symptomatique de notre exécration. Dans lequel ce dernier fait feu d’un romantisme anticapitalisme exacerbé, en accusant l’argent de dominer la vie sociale, de changer bien des valeurs humaines (honneur, talent ou beauté) en marchandises ; ce qui est originaire de l’obsession d’une marchandisation d’où viendraient tous les maux. Sans oublier qu’il accuse l’argent d’une collusion -pour lui infamante- avec la prostitution, ressentant « avec l’essence de l’argent quelque chose de l’essence de la prostitution[9] ».

      Pourtant l’argent, remplaçant avec succès les limites du troc, facilite les échanges, et permet de développer une économie fondée sur la division du travail, elle-même vantée par Adam Smith. Son utilité quotidienne et planétaire est incontestable, dans le cadre de la liberté économique, bien qu’il ne soit ni un bien de consommation en soi ni un bien de production, ce que développe Ludwig von Mises, parmi sa Théorie de la monnaie et des moyens de circulations[10], publiée en 1924.

      L’hubris de la vertu, intime, religieuse et politique croit devoir se targuer de ne pas aimer l’argent, de le dénoncer et de conspuer ceux qui le possèdent, le gagne et savent le faire fructifier. Pourtant, hors la fortune issue de la prédation, du vol et du crime, donc indue, l’argent est la vertu de qui sait la faire germer, la récolter, la multiplier.

      Ainsi Pascal Bruckner entrechoque en son premier chapitre « les adorateurs et les contempteurs » de l’argent, depuis Platon, « premier puritain de l’argent » et le « fumier du diable (p 19) » des sermons chrétiens, alors que les Français « le vénèrent comme les autres peuples, mais sur le mode du déni (p 75) ». Ce pays du « bolchevisme mou (p 72) », fantasmant un communisme paradisiaque en tondant les têtes du capitalisme qui les nourrit, préfère aux riches les pauvres, qu’il « nimbe d’une quasi-sacralité pour mieux les laisser dans leur condition (p 70) ». La charge contre la France est aussi saine que sans précautions de pudeur. En effet, notre pays taxe le travail et la richesse au point de décourager ses citoyens et d’encourager les plus entreprenants à faire fortune à l’étranger ! La haine du riche provient de François Hollande, autant que de Jean-Luc Mélanchon dont les discours exhortent à la violence contre les puissants, « les sorciers du fric […] les financiers qui vampirisent les entreprises (p 64) ».

      C’est en effet toute une tradition que d’ostraciser le riche. Depuis le « trou d’une aiguille plus facile à passer pour un chameau que la porte du paradis pour le riche[11] » de l’Evangile, en passant par l’éloge de la pauvreté christique, jusqu’à la collusion « du mépris aristocratique du négoce avec l’égalitarisme révolutionnaire (p 59) », sans oublier l’ire de Léon Bloy, qui prêchait « Malheur à vous, riches, qui avez votre consolation ![12] », la « haine envieuse (p 62) » gagne du terrain dans la sous-culture française : une nation qui maudit l’argent est une nation qui ne se fait pas crédit et ne croit plus en son avenir (p 97) ». C’est en effet une « maladie de l’égalité (p 156) » que l’envie.

      Trop souvent l’argent, ce « vice juif par excellence (p 165) », est associé à l’obscurité malheureuse de l’avarice, ou à la superbe de l’orgueil, alimentant l’antisémitisme. Comptant que la richesse est moins censée provenir du travail créatif que de la spoliation du pauvre, cliché honteusement propagé par les agitateurs du concept préhistorique et contreproductif de la lutte des classes. Hélas, « pour dévaloriser le vil métal, il faudrait dévaloriser le mérite, le travail, le goût des formes, de l’élégance, l’amour de la bonne chère (p 92) »…

      Heureusement, par le biais du protestantisme calviniste, une « morale de la réussite (p 49) permet que gagner de l’argent devienne une activité recommandée, ce qu’analyse Max Weber dans L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme[13]. Ce pourquoi les pays anglo-saxons et les Etats-Unis ont une vision positive de l’argent, sans compter le confucianisme chinois pour qui la richesse est une voie vers la vertu. N’oublions pas cependant que le catholicisme, de par la parabole évangélique des talents[14], exhorte à faire fructifier la richesse. Rockefeller pense que c’est son « devoir de gagner de l’argent (p 88) » et de l’utiliser pour le bien de son concitoyen.

Allégorie de l'Avarice, Maître de Pétrarque, XVIème siècle.

 

      Il s’agit alors pour Pascal Bruckner de déboulonner mythes et fariboles qui servent les vues des envieux et autres ordonnateurs de ce qui doit être. Non l’argent n’est pas « le maître du monde (p 103) » ; non, « ce n’est pas lui qui crée le narcissisme, la volonté de puissance, le prosélytisme religieux ou politique, les inégalités de classe (p 111) » ; non, « l’opulence » ne rend pas malheureux (p 137) » ; non, le « calcul sordide » ne tue pas « l’amour sublime (p 169) », même si règne « l’endogamie patrimoniale (p 187) », même si « roucouler c’est calculer (p 175) ». Ce qui permet à notre essayiste de réhabiliter l’amour vénal de la prostitution, préférant « accorder un statut aux personnes qui exercent ce métier, leur permettre de jouir des fruits de leur travail et de sortir de leur condition, quand elles le souhaitent (p 196) ».

      La « sagesse de l’argent » est alors à considérer comme une aimable injonction à en user non pas seulement comme une fin, mais comme un outil au service de la circulation des richesses et d’un bonheur cultivé. En effet, « le détachement vis-à-vis des biens matériels (p 162) » est bien une scie des moralistes qui fait long feu ; de même préférer l’être à l’avoir. Savoir user des meilleurs biens serait plus judicieux, de façon à « réhabiliter les valeurs bourgeoises (p 205) ». C’est alors que le ploutocrate, le grand patron aux primes mirobolantes sans contrepartie de bonnes oeuvres seraient alors passibles de faute d’éthique et de goût. S’appuyant sur Adam Smith (qu’il omet de citer), notre auteur prétend que « la richesse et la grandeur vont de pair, elles impliquent la renommée, la moralité, l’aptitude à gouverner, à s’offrir en exemple aux autres (p230) » ; en quelque sorte « un art de vivre exemplaire (p 231) ». On aimerait que ce ne soit pas qu’un vœu pieux.

      Outre une succession argumentative parfois erratique de notre essayiste, il faut cependant rester sceptique devant de telles injonctions peu libérales : « Le capitalisme ne fonctionne que canalisé par l’Etat (p 113) ». Il est à craindre que bien des Etats confondent canal et barrage, paradis socialiste et enfer fiscal[15]. Lorsque le pire crime financier est d’empêcher les pauvres de s’enrichir, non par la redistribution, mais par le libre exercice de leurs capacités économiques…

      L’essai de Pascal Bruckner est de toute évidence une élégante et judicieuse vulgarisation autour d’un sujet plus complexe qu’il n’y parait, et surtout embastillé de préjugés et de polémiques. Regrettons seulement que ses notes et références soient trop régulièrement lacunaires (et en fin d’ouvrage, ce qui est d’une fastidieuse consultation), oubliant en citant Marx, Rousseau, ou le roman, L’Argent, de Zola, de nous offrir les sources précises. Reste que la composition de La sagesse de l’argent, émaillé d’agréables encarts -comme à son accoutumée- sur la « Petite phénoménologie du billet de banque (p 77) » ou « Le club du sperme chanceux (p90) », ou encore « Les jeux, version sécularisée de la grâce (p 198) », qui sont d’un agréable didactisme, non sans humour, permet de naviguer parmi les écueils des préjugés et de trouver un sens moral à l’argent, ce dans le cadre d’un presque libéralisme humaniste.

      Polémique, Pascal Bruckner n’hésite pas à dénoncer « l’anticapitalisme comme rente (p 118) ». En effet, du Front National au Front de gauche, du Pape aux écologistes radicaux, le capitalisme est à lui seul une « démonologie (p 118) ». Car le capitalisme n’a rien d’esclavagiste, au contraire du communisme du goulag, du nazisme des camps, de l’islamisme du califat… Quant à la marchandisation, concept prétendument diffamatoire, n’est-elle pas la capacité de rendre accessible au plus grand nombre ce qui ne l’était pas ? Sans tout confondre : si les sentiments et la pensée justes ne s’achètent pas, l’idéologie, elle, permet de les infester… Aussi Pascal Bruckner fait à juste titre un éloge bienvenu : «  l’époque du capitalisme intégral est aussi celle où la protection des biens inaliénables s’est étendue (p 126) ». Quant au blâme, il est offert à une « idéalisation perverse », celle d’ « un néo-paupérisme militant (p 240) ». La « gauche morale » en prend également pour son grade lorsqu’elle préfère « spolier les riches qu’enrichir les pauvres (p 242) ». Alors que plusieurs milliards d’êtres humains sont sortis de la pauvreté parmi les pays émergeants ; grâce à quoi ? Mais grâce au capitalisme honni ! À cet égard nous pourrions reprendre Milton Friedman : « Persuadons nos semblables que des institutions libres leur offrent une route plus sûre, bien que parfois plus longue, pour atteindre leurs buts, que le pouvoir coercitif de l’Etat[16] ».

 

 

      « À vociférer contre le Veau d’or […] on décourage les jeunes générations alors même qu’elles brûlent de l’envie d’inventer, de créer (p 133) ». Voilà peut-être la morale à aujourd’hui retenir, au cœur de cet essai, qui, s’il est par instant répétitif, d’une composition pas toujours rigoureuse, outre qu’il met à mal bien des clichés d’usage, s’empare d’une vertu rafraîchissante. Car, au-delà de l’ostracisme jeté à la face de l’argent, c’est un ostracisme qui est jeté à la face de l’humanité et de la liberté. En ce sens, Pascal Bruckner fait œuvre morale en rendant sa vérité à un humanisme de l’argent : « La sagesse consiste à le désacraliser, à ne pas l’aimer ou le détester plus que de raison (p 288) ». La platitude de la conclusion vaut moins que les analyses informées qui la précèdent. Et si la sagesse était plus simple qu’il n’y parait, « un immense sentiment de gratitude (p 290) » ? Notre gratitude envers Pascal Bruckner, quoique moins immense, sera donc une forme de sagesse.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Virgile : Enéide, III, 56.

[2] Pascal Bruckner : Le Fanatisme de l’apocalypse, Grasset, 2011.

[3] Pascal Bruckner : Le sanglot de l’homme blanc, Seuil, 1983.

[4] Pascal Bruckner : La Tyrannie de la pénitence, Grasset, 2006.

[5] L’Ecclésiaste, 10, 19.

[6] Saint Thomas d’Aquin : Somme théologique, Cerf, 1984, T II, p 528.

[7] Saint Thomas d’Aquin : Somme théologique, ibidem, T II, p 529.

[8] Aristote : Les Politiques, 1257-1258, traduit par Pierre Pellegrin, Œuvres complètes, Flammarion, p 2236, 2237, 2238.

[9] Georg Simmel, Philosophie de l’argent, PUF, 2009, p 474.

[10] Ludwig von Mises : Theorie des Geldes und der Umlaufsmittel, Munich-Leipzig, Duncker et Humblot, 1924.

[11] Matthieu, 19, 24.

[12] Léon Bloy : Le Sang du pauvre, Stock, 1948, p 65.

[13] Max Weber : L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964.

[14] Luc, 19, 12-27.

[16] Milton Friedman : Capitalisme et liberté, Leduc, 2010, p 311.

 

Le trésor de l'avare, Ecole flamande, 1617, Musée de Valenciennes.

 

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 14:13

 

Toyen, collage pour Annie Le Brun : Sur le champ,

Editions surréalistes, 1967.

 

 

 

 

Pour un féminisme à Cologne :

 

humanisme et civilisation devant le viol

 

 

 

 

      Cinq cents, puis 766, enfin plus de 800 plaintes, dont un demi-millier pour agressions sexuelles déposées à Cologne, après la nuit du nouvel an 2016. Quelques bonnes dizaines d’autres dans diverses villes allemandes, où douze Länder sont touchés par ces violences des migrants et autres descendants d’immigrés, même si cela n’excuse pas quelques avinés au vins du Rhin et à la bière munichoise qui, quoiqu’Allemands, en cette matière ne sont pas innocents. Mais aussi en Suisse, en Finlande, en Norvège, contrée qui compte 20% d’immigrés et descendants d’immigrés. En Suède, pays qui a le nombre le plus élevé de réfugiés par habitant en Europe, un festival de musique estival avait donné lieu à des centaines de plaintes pour agressions sexuelles, classées sans suite. Tous pays forts cléments à accueillir des réfugiés. Que récoltent-ils ? Sinon voir leurs femmes traquées comme du gibier sexué, sinon voir l’Europe chrétienne et laïque en voie d’être conquise en son ventre par le sabre de l’Islam.  Sans compter que d’après Le Parisien, 52% des viols commis en France le sont par des étrangers[1]. En quoi le viol est-il à cet égard une question de civilisation ? Du « Taharrush Gamea » au Coran, l’Islam se révèle bien une menace incompatible avec l’humanisme féministe : le « sexe d’Allah » n’est pas la liberté sexuelle dont nous devons nous réclamer.

 

      Le « Taharrush Gamea » est un concept islamique : il s’agit d’un jeu de harcèlement et d’attouchements sexuels, un jeu de viol collectif. C’est une constante parmi les populations musulmanes, ce dont témoignèrent les manifestations de la place Tahir au Caire en 2011, au cours desquelles plusieurs femmes, dont une journaliste américaine, Lara Logan, furent violées. On appelait d’ailleurs cela des « tournantes », lorsque dans des caves de banlieues, une jeune fille était ainsi souillée par plusieurs hommes. On considère à cet égard qu’une femme violée par un nombre de musulmans suffisant devient de facto musulmane. Les voilà violées pour avoir été demi-nues et parfumées, telle est la sanction que prononcent bien des imams. Ce sont alors nos filles, nos sœurs, nos amies, nos concitoyennes, qui sont attaquées, ou menacées par la migration musulmane, à laquelle s’ajoute un machisme opportuniste…

       Savons-nous qu’une dame respectable, puisque professeure à l’Université, quoique à celle d’Al-Azhar au Caire, Suad Saleh, énonce en toute bonne foi la sentence suivante : « Dans une guerre légitime, les Musulmans ont le droit de capturer des esclaves sexuelles ». N’en doutons pas, pour elle et ses semblables, la guerre musulmane contre les mécréants et apostats qui pourrissent Eurabia et la planète que Dieu fit, le Coran validant l’esclavage, est tout ce qu’il y a de plus respectable…

      Ces attentats à la pudeur et à l’intégrité du corps féminin sont-ils des attentats terroristes ? Certes pas au sens de l’assassinat, mais comment douter qu’ils viennent d’une décision concertée, d’un mot d’ordre passée de bouche en bouche, de portable en portable (ce que les enquêtes ont déjà montré et que confirme Thomas de Maizière, ministre allemand de l’Intérieur), de façon à marquer son nouveau territoire d’Islam, de façon à soumettre et terroriser les femmes blanches et d’Occident, et par voie de contagion les hommes d’Occident »… On taxera de surcroit les éventuelles défenses et représailles commises par les Européens d’islamophobie. C’est alors qu’il ne faut pas se laisser intimider par ce mot accusateur, alors que ce dernier est nécessaire en tant que critique raisonnée et humaniste d’une religion qui n’a guère d’humanité ni d’humanisme[2].

      Les viols par les troupes d’occupation, comme ceux subis par les Allemandes sous le soc des troupes soviétiques, voire américaines, pendant la seconde Guerre mondiale, sont hélas des pratiques guerrières récurrentes. Mais la nouveauté en l’occurrence est que les autorités des pays infiltrés par l’Islam tentent de les passer sous silence, voire de les excuser pour ne pas paraître post-colonialistes et islamophobes !

      Angela Merkel, chancelière allemande et femme, doit se mordre les doigts d’avoir, en ce qui est pour le moins une maladresse, et pour le plus juste un suicide national, fait entrer un million de migrants, quand Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie  confirme que les agresseurs étaient « presque exclusivement d’origine étrangère », et en l’occurrence Nord-Africains et Arabes[3]. Henriette Recker, maire de Cologne et femme, en un aveu de dhimmitude et de pusillanimité devant la violence sexiste, a recommandé aux femmes de sa ville de garder un bras de distance et d’adapter leurs vêtements face aux hordes d’adolescents et jeunes gens semblant islamiques. Validant la thèse abjecte selon laquelle la victime est coupable de son harcèlement à cause de son comportement. Où sont les mesures radicales qui doivent protéger la dignité de l’humanité ? Ne faut-il pas châtier selon la loi et expulser les réels coupables, y compris mineurs, fermer la grille devant toute nouvelle immigration venue de l’aire et de la confession islamique, hors cas avérés de dissidence devant cette dernière. Sauf que se lève une nouvelle difficulté, et de taille : les pays du Maghreb refusent maintenant de reprendre leurs ressortissants expulsés…

      Pire encore, si possible, des zones de charia, au Royaume-Uni, en France, en Belgique (et caetera), gonflent leurs métastases, au point qu’à Wuppertal, en Allemagne, une « Police de la Charia » incarnée par des barbus, chasse l’alcool, les drogues, les jeux d’argent, la musique, la prostitution, les femmes sans voile, nourriture et boisson pendant le ramadan, exige le halal et la prière à heure fixe. En Allemagne, encore, les Juifs se sentent à peine plus en sécurité que pendant le nazisme, les barbus envahissent, comme à Zwickau, les piscines, les vestiaires féminins, s’y masturbent, y défèquent, harcèlent sexuellement des enfants, pour signer la fin de la mixité, du maillot de bain, de l’Allemagne libérale… Et de surcroit, il faudrait accueillir des migrants dont les épouses sont des mineures, des enfants ! Le silence impétueux de nombre de féministes fait peine à entendre… Le prosélytisme vindicatif de l’Islam s’abrite sous le motif spécieux qu’il n’est pas interdit par la loi de faire des recommandations religieuses. Il serait largement temps de d’abord faire respecter les libertés individuelles. Et refuser, écarter cette tyrannie avec une radicale fermeté.

      Pourtant, par un hallucinant renversement des valeurs, ce sont les « Soldats d’Odin » finlandais, patrouillant dans les rues, pour protéger les passants et passantes des migrants, qui sont conspués, passant pour menacer la sécurité, alors que l’Etat n’assume plus sa mission régalienne de sécurité ! De même, les « Calaisiens en colère », patrouillent dans les rues, sans cesse menacées par les violences des migrants de la « Jungle de Calais ». On ne s’étonnera pas que les citoyens des deux sexes cherchent à s’armer pour protéger leurs vies et leurs biens. Bien sûr, l’on taxera d’extrême droite toutes manifestations de protestation, toutes représailles, quand nos Etats ne savent plus penser, ne savent plus assurer la sécurité des biens et des personnes. Alors qu’outre cette vague de violences sexuelles, l’on sait depuis bien des années que nos banlieues, dont celle de Cologne, sont vérolées par la délinquance et la criminalité des « Nafris », car c’est ainsi que l’on nomme là-bas les Nord-Africains. Plus d’un millions de migrants accueillis outre-Rhin en 2015, plus de 50 000 nouvelles demandes d’asile depuis début janvier, la coupe est plus que pleine pour que l’Allemagne de Goethe ne soit pas dénaturée, ravagée…

 

      Que penser de féministes autoproclamées lorsqu’elles prétendent craindre de « faire le jeu » du Front National en France et de Pegida en Allemagne, si d’aventure elles dénonçaient haut et fort des agressions sexuelles venues de migrants, prétendant ainsi donner prise au racisme, à la xénophobie. La dignité humaine et féminine ne serait-elle bonne que pour les Européennes et négligeables pour des migrants aux religieux exotiques et à l’éducation machiste ? Que l’on ne veuille pas accuser tous les migrants, étrangers et immigrés, de quelque génération que ce soit, doit tomber sous le sens, évitant ainsi le piège de la généralisation abusive. Il n’en reste pas moins que ce sont essentiellement des tenants de l’Islam, des islamistes à divers degrés de conviction qui sont les coupables de telles violences inacceptables. Dénier cela, comme le font ces femmes battues enferrées dans le déni, comme lorsque que la police suédoise n’est plus tenue de mentionner l’origine ethnique des délinquants et criminels, serait faire l’autruche dans le sable de la soumission, trahir la cause de la dignité humaine et féminine héritée du Christianisme et des Lumières.

      Il faut sortir de cette culpabilité postcolonialiste indue qui fait de l’immigré le nouveau prolétaire opprimé par le capitalisme du mâle blanc occidental, antienne postmarxiste débile. Quelques que soient les maux de la condition immigrée, l’Occident n’a pas à transiger quant au respect des valeurs d’intégrité et de liberté humaine et féminine. D’autant plus que cette agression massive est celle de l’Islam, rétrograde, totalitaire et infailliblement sexiste. Seule, ou presque, une femme, qui se signala par ces pages sensées contre le voile islamique, nous avons avec respect nommé Elizabeth Badinter[4], garde la tête haute et n’a pas crainte de s’élever contre ce scandale humanitaire. Il n’y a guère d’Amazones pour se révolter contre un viol collectif programmé par ces nouvelles armées d’occupation, guère d’Oriana Fallaci pour dresser le réquisitoire contre le totalitarisme islamique, contre « les féministes qui se fichent de leurs sœurs martyrisées par la burqa et le Coran[5] »… Quoiqu’Alice Schwarzer, célèbre féministe allemande, qui s’entretint avec Simone de Beauvoir[6], ne s’embarasse pas de politiquement correct en dénonçant les Turcs et autres migrants, en titrant : « Kalachnikovs, ceintures d’explosifs, et maintenant violences sexuelles», entretien dans lequel elle souhaite « plus de sincérité par rapport à la morale sexuelle et au potentiel de violence de l’Islam.[7] » Elle a bien conscience que fondamentalisme et harcèlement sexuel, sans compter criminalité et refus de l’intégration, vont en Allemagne main dans la main, rejoignant en cela l’essayiste Thilo Sarrazin[8].

 

 

Cologne, Atlas Maior, Joan Blaeu, 1665.

 

 

      Comment comprendre, ce qui ne signifie en rien excuser, ce phénomène, sans se référer au Coran, aux Hadits, sans analyser la fabrique du mâle musulman. On sait en effet que pour nombre de Musulmans, et leurs imams, le Coran est leur constitution, selon les mots de Mohamed Khattabi, imam de Montpelier.

      Il suffit alors de lire l’édifiante « Sourate sur les femmes » : « au mâle, une part égale à celle de deux femelles[9] ». À cette inégalité s’ajoute la polygamie, la parodie de justice et le meurtre : « Pour celles de vos femmes qui sont perverses, faites témoigner quatre d’entre vous. S’ils témoignent contre elles, faites-les demeurer dans les maisons jusqu’à ce que la mort les enlève ou qu’Allah fraye pour elles un sentier[10] ». Plus délicat : « Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les.[11] » Battre ses femmes est un ordre divin, tout comme les qualifier d’impures, puisque l’on ordonne avant la prière : « Si vous êtes malades ou en voyage ou si l’un de vous revient des latrines, ou si vous avez touché les femmes, et ne trouvez pas d’eau, recourez à un bon sable, frottez-vous le visage et les mains[12] ». On appréciera l’équivalence entre les latrines et les femmes.

      « L’homme a autorité sur la femme[13] », ajoute le Coran. Si l’on rétorque petitement que Saint-Paul, dans le Nouveau testament, ordonne « Femmes soyez soumises à vos maris[14] », c’est oublier la haute dignité de la Vierge Marie, la légitimité de Marthe et le pardon accordée à Madeleine, prostituée qui eut l’honneur de laver les pieds du Christ, c’est oublier les saintes et les femmes Docteurs de l’Eglise, comme Hildegarde de Bingen et Thérèse d’Avila. Sans compter les 72 vierges qui attendent à son service sexuel le combattant terroriste au paradis de mahomet, alors que le paradis chrétien ne fait pas la moindre différence sexuelle.

      La sexualité musulmane ne peut qu’être celle de la contrainte, du viol et du mépris des femmes. On note pourtant que le monde musulman sut s’honorer d’écrire, sous la plume d’Ali al-Baghdâdî, Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement[15], au XIVème siècle, dans une ville du Caire passablement libertine, ou, sous la plume de Cheïkh Nefzaoui, Le Jardin parfumé[16], un traité d’érotologie qui fit au XVIème siècle autant la part belle aux hommes et aux femmes… Le sexe dans le monde arabe et la civilisation qui en découla permettent à Martine Gozlan d’affirmer : « la société islamique est donc une voluptueuse[17] ». Quoiqu’il faille se garder d’idéaliser comme elle les houris et les émois érotiques des hammams, et de ne pas oublier les prisons pleines d’esclaves sexuelles que furent les harems. Cette civilisation où l’érotisme avait sa part fut bientôt réprimée par divers pisse-vinaigres, entre salafisme, wahhabisme, talibanisme, fureur des imams et des ayatollahs.

      Or, comme en témoigne l’analyse de Martine Gozlan, dans Le Sexe d’Allah, la servilité sexuelle des femmes n’a d’égale que la frustration des mâles. Journaliste voyageant de l’Iran au Maghreb, elle voit « partout la lourde et terrible obsession sexuelle poignarder le gracieux Eros oriental ». Elle dénonce avec une verdeur bienvenue la terreur islamique : « Assouvi dans un coït haineux ou fantasmé dans un onanisme extatique, le sexe organise la furie de tous les désaxés du djihad ». Elle observe que « la sexualité en Islam est toujours le porte-drapeau des intégristes[18] ». Puis elle ajoute : « Voyager en terre islamique, pour une femme, équivaut à n’être plus rien que sexe, appareil génital et machine à copuler de la racine des cheveux à la pointe des pieds. Sans abaya ni burqa, elle est nue ». D’où vient une telle obsession ? Avec bien de l’illusion, elle avance que Mahomet ne fut pas ennemi de l’érotisme, quoique s’arrogeant des prérogatives pédophiles avec Aicha épousée à 9 ans et incestueuses avec Zeinab, quoiqu’infléchi vers le pire par le puritain colérique Omar. Aujourd’hui, le cheikh Qaradhawi, qui vit à Bahrein, reprochant à l’Occident sa vague de débordement sexuel, règne sur les mœurs avec son livre : Le Licite et l’illicite en Islam, qui, contraire aux droits humains, fut d’ailleurs interdit en 1975 en France ; censure bien vite abandonnée faute de pouvoir vider les « librairies islamistes de Paris où pullulent les écrits prônant la charia et légitimant les châtiments corporels ». Martine Gozlan en cite quelques propos affriolants : « le regard est le messager de la tentation, le postier de la fornication. […] Je ne vous regarde pas car le regard conduit au rendez-vous, le rendez-vous à l’adultère, et l’adultère au sida.» Ce fauteur de haine contre les femmes et les homosexuels, ordonne, aux dépens de différents hadiths historiques un plus indulgents, l’envoilage et l’encapuchonnage de la femme : « il est plus parfait pour la femme musulmane de voiler sa parure jusqu’à son visage. Cela devient d’autant plus nécessaire si elle est belle et que l’on craint qu’elle ne tente les hommes[19] ». Le crime contre l’identité individuelle se double d’un crime contre la beauté. Il suffit cependant de parcourir nos rues occidentales pour constater que foulards et burqas (malgré l’interdiction faite à cette dernière) parquent la femme dans une abjection à la fois consentie et imposée par une idéologie obscurantiste millénaire. Abjection validée de facto par une tremblante mansuétude et pour ne pas générer de troubles, entendez des guérillas urbaines.

      Ainsi, le sexe féminin invoilé devient une proie pour le viol, quand l’homme est au sommet de la frustration permanente, puisqu’il ne peut voir ni toucher aucune femme, hors la sienne, sans compter que la polygamie qui favorise certains prive mathématiquement d’autres de tout accès à la sexualité, hors la masturbation, la zoophilie, la pornographie et la prostitution, quoique ces deux dernières soient interdites en pays de Tartuffes… La polygamie n’est permise que pour les hommes, cela va sans dire, quand les 72 vierges qui attendent le fidèle combattant soumis à la loi du Prophète et de ses thuriféraires sont le signe d’un pénible fétichisme pour la virginité, sans compter que là encore aucun délice sexuel au gré de la femme n’est promis. On ne s’étonnera pas qu’une telle inéducation où l’enfant mâle apprend à survaloriser sa mère et mépriser toutes les autres femmes, où l’enfant mâle tête le lait du machisme, de la violence virile, de l’orgueil religieux, sans compter l’antisémitisme natif et le racisme anti blanc, conduise à d’immenses frustrations où la seule échappatoire se résout à travers le viol et la guerre. Ces derniers étant les bras armés du djihad.

 

      Dans le Code pénal français, le viol est distinct des « atteintes sexuelles, commises avec violence, par contrainte ou surprise » qui peuvent être punies de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende[20]. Que dire alors à une Allemande de Cologne, qui rapporte qu’on lui mit cent fois la main aux fesses et aux seins ?  Las, on a pu voir en Belgique en 2012 un viol collectif filmé puni de trente mois d’emprisonnement avec sursis. En France, au Blanc-Mesnil, deux violeurs d’une mineure de 13 ans condamnés à cinq ans avec sursis en décembre 2015. Et un millionnaire saoudien, Ehsan Abdulaziz, innocenté au cours d’un procès pour viol, le 15 décembre 2015 à Londres, arguant qu’il avait « pénétré la jeune femme de dix-huit ans par accident[21] ».

      L’on sait que 7% des femmes dans le monde seraient victimes d’un viol, et qu’en France, 86000 femmes en sont victimes chaque année, quoique seules 10% d’entre elles consentent à porter plainte[22]. Certes, si 52% des violeurs sont des étrangers, les 42 % restants sont Français, quoiqu’il faille s’interroger sur l’origine ethnique et culturelle de bien d’entre eux. Ce qui n’exclut pas les Français de souche, pour employer une expression controversée, de toute abjection du viol. La couleur de peau, l’appartenance religieuse et culturelle n’exonèrent personne du respect des libertés d’autrui.

 

      Au-delà de ce que les niais et autres négationnistes ne taxeront que de faits divers, un totalitarisme s’installe. Apparemment paisible lorsqu’il s’agit du halal, du voile et des mosquées, visiblement guerrier lorsqu’il s’agit de viol et d’attentat, tous les deux terroristes. Le Choc des civilisations professé par Samuel Huntington[23] n’est pas qu’une théorie controversée parmi les nuées du fantasme et de la philosophie politique : il est palpable parmi les places et les banlieues de Cologne et de nos villes occidentales. Quand notre culture a pour berceau Athènes et Jérusalem, elle se décline au travers des sciences, de la tolérance et de la liberté des Lumières, sans être incompatible avec des cultures apparemment fort lointaines, comme celle du Japon. Si l’Islam est dans l’incapacité de renier sa tyrannie religieuse, idéologique, guerrière et sexuelle, il reste rigoureusement incompatible tant avec un féminisme qui est de l’ordre du droit naturel, qu’avec un humanisme au service des droits individuels et du respect du développement d’autrui. Pour beaucoup, sinon la plupart, les Musulmans montrent que leur intégration est non seulement un ratage, mais un refus offensif. Pour résoudre ce conflit cruel, nous aimerions en appeler aux valeurs de tolérance professées par Voltaire[24]. Faudrait-il plutôt rappeler Charles Martel ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Le Parisien.fr, 23 01 2016.

[3] Le Figaro, 12 janvier 2016.

[4] Marianne, 21 janvier 2016.

[5] Oriana Fallaci : La Rage et l’orgueil, traduit de l’italien par Victor France, Plon, 2002.

[6] Alice Schwarzer : Entretiens avec Simone de Beauvoir, Mercure de France, 2008.

[7] Die Welt, 15 01 2016.

[9] Coran, 4-11, traduit de l’arabe par André Chouraki, Robert Laffont, 1990, p 165.

[10] Coran, 4-15, ibidem p 167.

[11] Coran, 4-34, ibidem, p 173.

[12] Coran, 4-43, ibidem, p 175.

[13] Coran, 4-34, ibidem p 173.

[14] Ephésiens 5-22, Bible, tome III, Le Club Français du Livre, 1965, p 3672.

[15] Ali al-Baghdâdî : Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement, traduit de l’arabe par René Khawam, Phébus, 1989.

[16] Cheïkh Nefzaoui : Le Jardin parfumé, traduit de l’arabe par René Khawam, Tchou, 1981.

[17] Martine Gozlan : Le sexe d’Allah, Grasset, 2004, p 92.

[18] Martine Gozlan, ibidem p20, 65.

[19] Martine Gozlan, ibidem p 150, 154, 155,158.

[20] Article 222-22.

[21] Marie-Claire, 17-12-2015.

[22] Marie Claire, ibidem.

[23] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

 

Jacopo Robusti, 1519-1594 : Le viol de Lucrèce par Tarquin, Chicago, Art Institute.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 17:49

 

Georges Darien : Le Voleur, Julliard, 1964. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Contre la « fiscocratie »,

 

repenser la facture de l’impôt :

 

Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,

 

Jonas Karlsson : La Facture.

 

 

Jonas Karlsson : La facture, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, Actes Sud, 192 p, 17 €.

 

Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,

traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Libella Maren Sell, 320 p, 22 €.

 

 

 

      Qui est le premier voleur ? Mercure, dieu des commerçants et des voleurs, ou celui de Georges Darien[1], qui a signé son livre volé… À moins qu’il s’agisse du plus efficace et du plus pérenne, au-delà du rouge sanglant communisme, car agissant en toute l’égalité : l’Etat ! Un apologue apparemment léger, un essai philosophique : chacun à leur façon, ils sapent le délire de l’impôt, sa tyrannie, son universalité, son bien-fondé, qui est en fait celui d’une fiscocratie prédatrice. Sous le simple habit d’un récit gentiment fantaisiste, La Facture de Jonas Karlsson cache une terrifiante menace politique. Quant à Peter Sloterdijk, l’alliance du sérieux et d'une mordante ironie lui permet -ce qui doit être la tâche de tout philosophe qui se respecte- de repenser ce qui semble aller de soi, ce qui est préjugé : l’impôt lui-même, si nécessaire paraisse-t-il.

 

      Le titre de John Karlsson, simplement allusif, peut dissimuler une péripétie anecdotique, un inconvénient économique quotidien, ou un prix à payer pour une faute morale exorbitante. Le narrateur de La Facture est un vieux jeune homme, sans femme ni enfants, sans ambition ni richesses, qui se contente de travailler à mi-temps et sans grand peine dans un vidéo-club. Le salaire est aussi modeste que la sinécure. Hélas, dès la première page, le voilà sommé de payer 5 700 000 Couronnes, soit 600 000 € ! Bientôt, puisque l’on a omis d’avoir connaissance de sa liaison amoureuse passée avec l’Indienne Sunita, il lui faut acquitter le double, puis le triple. Il s’agit d’un impôt mondial sur le bonheur, une « redistribution », gérée par une compagnie tentaculaire et intrusive : « WDR », pour « World Ressource Distribution », pratique « le grand ajustement international » en calculant le taux de bonheur et de malheur de chacun. « On égalise », se justifie-t-elle, sans remord, lorsqu’elle visite les vies de chacun dans le moindre détail. « Vous crevez de bonheur, espèce de pervers », conclue-t-elle.

      N’est-ce qu’une galéjade imaginée pour nous divertir par ce facétieux auteur Suédois né en 1971 ? À moins de faire preuve d’une plus incisive perspicacité : la Suède n’est-elle pas parmi les pays les plus fiscalisés au monde ? Nous-mêmes, lecteurs français, sommes-nous si loin d’un tel abcès pesant sur la société au point de la dévorer, à moins de considérer que la justice sociale soit à ce prix… Pourtant le ciel de la sérénité du narrateur, charmé par une inspectrice fiscale prénommée Maud, avec laquelle il a de longues conversations téléphoniques, se déchire à peine, comme l’orage qui éclate à l’acmé du roman, rafraichissant…

      Au-delà de l’anti-utopie aux résonnances totalitaires, qui, rassurons-nous, se règlera de façon bénigne pour notre aimable narrateur, la capacité au bonheur sert aussi de support à une morale réconfortante pour un apologue hautement satirique, jailli au fil du talent pince sans rire du suédois Jonas Karlsson, que, n’en doutons-pas, l’impôt révolte plus que sourdement.

      Une fois de plus le vibrionnant philosophe allemand Peter Sloterdijk joue les troublions parmi les pays de la bonne conscience molle… Après avoir lancé : « Oui, le pauvre exploite le riche.[2] », le voici, dans un livre d’essais et entretiens, chamboulant nos certitudes (traduisez : nos préjugés) sur le bien-fondé de l’imposition en démocratie, proposant de changer la prédation subie en don. Peut-on moraliser la fiscalité ?

      Qu’est-ce que l’impôt ? Une contribution consentie de bonne grâce au bien commun ou une survivance de l’absolutisme ? Hélas, « Le fisc est le véritable souverain de la société moderne », sachant qu’il n’a cessé d’accroître son pouvoir, ses taux et ses taxes au court du XX° siècle. Ecornant sérieusement l’éthique de l’imposition, Sloterdijk y voit avec justesse l’alliance de la « soumission fiscale » et de la « kleptocratie ». Dans un essai polémique enlevé, il dénonce la « fiscalité contraignante » et son « irrationalité babylonienne ». Ajoutant avec une rare perspicacité qu’il est « un moyen idéal pour subventionner, privilégier et corrompre la clientèle des partis, sans oublier l’auto-alimentation de la classe des auxiliaires », entendez fonctionnaires et autres affidés.

      Dans « la tradition de la prise de butin guerrière », l’état se targue également d’une mission religieuse lorsqu’il s’agit de la redistribution en faveur de cette mythique, dangereuse et contreproductive justice sociale. C’est alors qu’il force avec une saine vigueur la charge contre « l’inconscient socialiste », « la boutique d’antiquité de gauche » et « la tradition paranoïaque du marxisme » ; entendez la foi en la monstruosité capitaliste exploitant le peuple qui signe à la fois une obsession du ressentiment et de l’envie, mais également une méconnaissance totale des mécanismes du travail, de l’investissement, du mérite et de cette production exponentielle des richesses qui diminue considérablement la pauvreté sur notre globe. A condition que le sale groin de la « fiscocratie » ne vienne gâter les truffes des libertés d’entreprendre et du progrès.

      Sloterdijk stigmatise dans la foulée, et en toute logique « l’état social » et ce « service public [qui] est en Allemagne la preuve vivante que l’Etat peut déployer une véritable créativité lorsqu’il s’agit de créer des postes de travail ». Il ne précise pas alors s’ils sont toujours nécessaires et s’ils se servent de l’argent public au lieu de servir le public ; mais on le devine.

      Est-ce à dire que l’hydre de l’Etat est en passe de se faire tyrannie ? Notre philosophe se contente, sourire en coin, de le laisser entendre. Que dirait-il alors de la France ? Lorsqu’il conspue l’endettement étatique généralisé, ne devrions-nous pas faire notre mea culpa, au lieu de charger le trop facile bouc émissaire de la finance mondialisée ? Il est temps de cesser de « béatifier les pauvres » et de décriminaliser la richesse : en effet, la seconde est bien l’avenir du premier, rendant de moins en moins nécessaire cette redistribution qui a le grave inconvénient de couper les ailes des richesses à venir au moyen de l’imposition progressive et pléthorique.

      Mais la deuxième partie de la thèse de l’auteur de Sphères[3], est bien plus renversante. Au-delà de ce qui n’est plus guère vécu que comme contrainte et passivité fataliste, l’impôt devrait, pour retrouver du sens, être en partie volontaire, de l’ordre du « don ». Ainsi le citoyen pourrait affecter un peu, sinon beaucoup, de sa contribution forcée à l’état omnivore, à l’institution de son choix, à l’action digne de sa préférence. Le contribuable assujetti devient alors donateur en faveur d’initiatives auxquelles il contribue personnellement. C’est à ce seul prix que selon Sloterdijk chacun d’entre nous peut retrouver sa dignité devant la ponction sociale, engager la construction du soi fier, ce « thymos » qui est un de ses concepts phares. Ainsi « Warren Buffet et Bill Gates […] se sont séparés d’une grande partie de leur fortune, dans une sorte d’auto-intensification cathartique ».

      Hélas, le lecteur grincheux, ou le lecteur du philosophe anglais Hobbes, qui a moins confiance en l’humanité vertueuse qu’en le Léviathan pour empêcher la guerre de tous contre tous, et qui pense tout un chacun animé par l’envie et le ressentiment, assurera qu’il n’y aura guère de candidats à cette conversion généreuse. On préfère, plutôt que la voix de l’investissement caritatif ou créatif, entendre le commandement suivant : « Tu dois désirer ce que d’autres ont déjà, et si les moyens légaux ne permettent pas d’atteindre l’objectif, alors tu dois voler ou redistribuer ».

      Non, réplique Sloterdijk. Au contraire de cette « fausse sociologie selon laquelle une société bourgeoise ne serait qu’une mosaïque d’agents rapaces de l’égoïsme », il y a un noyau d’empathie, de création et de volontarisme social à ranimer en chacun de nous. Comme les milliardaires qui se font un devoir d’investir une partie de leur fortune au service de projets altruistes. Une fois capitalisé le résultat de cet « égoïsme [qui] n’est souvent que le pseudonyme moral de nos énergies », mécènes, sponsors, associations pratiquent un capitalisme philanthropique, qui est un « espalier moral ». Ce dont témoigne le succès des fondations privées, caritatives ou culturelles dans les pays anglo-saxons. L’on sait que le capital de dons aux Etats-Unis dépasse considérablement, y compris par habitant, celui des pays européens. Ainsi à, « la vertu d’égoïsme[4] » du libéralisme selon Ayn Rand, il n’est pas impossible d’ajouter la libre « éthique du don démocratique », pour reprendre le sous-titre.

      Dans un court essai, « Capitalisme et cleptocratie », notre philosophe dresse un réquisitoire bien senti de la théorie rousseauiste dans laquelle la propriété est marquée de l’infamie du vol, qui, de Proudhon à Marx, guide à la fois les envieux revanchards et les sectateurs tyranniques de l’égalité. Hélas, à cause de cette théorie liberticide, la redistributive « main qui prend » est plus puissante que « la main invisible » du marché pensée par Adam Smith. Tel est le phénomène qui suffit à expliquer l’hypertrophie de l’état, de ses dettes exponentielles qui sont un « pillage du futur » et, partant, la crise actuelle et la déprime de la croissance. C’est également en cet essai qu’il s’étonne que la captation de la moitié -sinon plus- de la richesse par le fisc n’entraîne pas « la guerre civile anti-fiscale ». Parce nous avons intégré une culpabilité indue de la richesse, explique-t-il. Conclusion imparable : accaparés par les « travaux de Sisyphe qui découlent des exigences de justice sociale […] nous ne vivons pas du tout, à l’heure actuelle, dans le capitalisme ». Enfin, dans une perspective libérale, il pointe les thèses « plausibles » quant à « l’exploitation des productifs par les improductifs » et le risque de désolidarisation qui en découle.

      Le vocabulaire assumé de Sloterdijk est à la fois la marque d’une nécessité conceptuelle, anthropologique et historique, mais aussi l’aveu amusé de la provocation nécessaire à tout philosophe qui se doit d’agir sur la pensée de son temps et en réveiller la conscience. Ainsi la contradiction entre l’éros et le thymos est celle du tiraillement entre d’une part la perpétuelle reconduction des désirs du citoyen d’être satisfait par la consommation et couvé par la bienveillance de l’état providence redistributeur, fût-ce aux dépens des réels producteurs de richesse, et d’autre part la fierté justifiée de celui qui assume le mérite de sa contribution à la réalisation de son moi fier et de sa société admirable, y compris en contribuant aux richesses individuelles autant qu’à celles de l’état social. 

      La thèse du philosophe allemand a pu sembler ubuesque. Mais n’est-elle pas fondamentalement morale ; et finalement au service d’une authentique démocratie dynamique ? Plutôt que de cette veule démocratie dont parlait Tocqueville : au-dessus de « cette foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs […] s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. […] Tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre »[5]. C’est à cet humiliant tableau que la réflexion inhérente à Repenser l’impôt peut remédier.

      Reste, une fois de plus, que la position politique de Sloterdijk se fait de plus en plus ambigüe. Génial provocateur, il parait épouser une posture libérale et donc profondément humaniste et cohérente avec Les Lumières, avec l’Aufklärung, voire plus précisément libertarienne, quand pourtant il assure à de nombreuses reprises être fidèle à la social-démocratie. Il ne s’agit pas d’exiger de lui qu’il se range sous une quelconque bannière, mais il serait temps qu’il définisse un peu plus précisément son éthique politique, surtout lorsqu’il n’accorde pas de crédit à « la sagesse de la politique de baisse des impôts ». A moins que, de l’air de ne pas y toucher, histoire de rassurer la frilosité conceptuelle ambiante, cette apparente indécision soit le masque nécessaire et le moteur bouillonnant d’une dissémination de la pensée plus que stimulante…

 

      On a beau jeu de reprocher au parfait diagnostic de Sloterdijk une complicité avec les classes favorisées, voire de pratiquer une lutte des classes depuis le haut. Les cris d’orfraie des socialistes, des marxistes et autres rouges totalitaires « porteurs de fantasmes réactionnaires » qui ne veulent pas reconnaître que seules les libertés économiques contribuent à l’enrichissement des populations, ne manquent pas. Ce dont il se moque en parodiant Marx : « Fiscalistes de tous les pays, ne vous laissez pas priver de la captation ». Pourtant, la dignité humaine passe par une gestion assumée de l’argent dont chacun est le juste propriétaire, que ce soit par l’héritage ou par ce mérite qui est à l’origine de la plupart des petites et grandes fortunes de notre temps, mais aussi par la noblesse du don. Nous ne sommes pas des imbéciles qui consentons de fort mauvaise grâce à la spoliation par l’état, mais des consciences de notre apport libre et nécessaire à l’amélioration de nos conditions individuelles et de ce bien commun qui en est sa conséquence, et non sa tyrannie. Que l’on soit philosophe de haute volée, comme Peter Sloterdijk, ou modeste et lointain disciple de Voltaire au pays des contes philosophiques, comme John Karlsson, la vérité de l’impôt, qui aurait dû ne rester qu’au service de la Cité, finit par se faire jour : une institutionnalisation du vol…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Jonas Karlsson a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2015

 

[1] Georges Darien : Le Voleur, Jean-Jacques Pauvert, 1955.

[2] Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et Courrier international du 1 au 19 août 2009.

[4] Ayn Rand : La vertu d’égoïsme, traduit de l’anglais par Alain Laurent, Les Belles Lettres, 2008.

[5] Alexis de Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, II, IV, VI, Œuvres II, La Pléiade, Gallimard, 2001, p 836 et 837.

 

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Affiche de 1922 concernant la votation suisse

d'un impôt fédéral extraordinaire

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:50

 

Anse du Martray, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du  fanatisme morbide islamiste :

 

de L’Etat islamique de Samuel Laurent

 

aux Instants soufis d’Abdelwhab Meddeb,

 

en passant par le Coran,

 

la Bible et Thomas d’Aquin.

 

 

 

Samuel Laurent : L’Etat islamique, Points Seuil, 192 p, 6,50 €.

Abdelwahab Meddeb : Instants soufis, Albin Michel, 200 p, 15 €.

 

 

 

      Quelques Cassandres nous étions, depuis des années, en annonçant l’arrivée sur le sol occidental, européen et français, de la nuit et du sang, de la charia et de la tyrannie, en un mot de la barbarie islamiste. Après l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, des Juifs de l’Hypercasher, il y a moins d’un an, les cent-trente morts et autres trois cents cinquante blessés de six fusillades concertées entre Le Bataclan, le Grand Stade de France et quelques terrasses de café, nous n’exprimerons aujourd’hui pas le moindre triomphalisme de mauvais aloi pour avoir eu raison. Ni encore la moindre vanité de prétendre à une parfaite expertise. Depuis la révolution iranienne de l’Ayatollah Khomeyni, depuis le 11 septembre 2001 des deux tours newyorkaises, depuis l’attentat de la gare de Madrid qui changea le cours des élections espagnoles, depuis le tueur Merah, depuis plus précisément encore 2004 et la publication de Les Islamistes sont déjà là[1], une  messe noire avait été dite. Nous n’avons pas voulu la voir, telles les autruches de l’adage, croyant l’écarter, contribuant au contraire ainsi à l’accueillir, faute d’avoir prévu de la contrer. D’où vient donc cette barbarie prétendument aveugle du Califat islamique, comment en analyser le fanatisme mortifère ? Quelle part de responsabilité ont nos gouvernements et divers Etats, mais surtout l’Islam et son livre, le Coran, que l’on ne comparera qu’avec précaution avec la Bible

 

Une aveugle contribution

    Le plus souvent, nous sommes aveugles, sourds et muets, sans compter nos mains liées par nos propres soins, devant le terrorisme islamiste, qu’il s’agisse de ses armées du Califat islamiste entre Irak et Syrie, ses bandes armées entre Mali, Nigéria, Yémen et Pakistan, de ses porte-ceintures d’explosifs sur à peu près tous les continents, de ses plus simples couteaux encore anonymes et autres hypothèses opérationnelles venues de leur imagination morbide sans limites. Ainsi, bien moins prémunie qu’Israël, la France se surprend à vivre en une soirée ce que vivent chaque jour et savent le plus souvent éviter les habitants de la seule réelle démocratie libérale du Moyen-Orient.

      N’avons-nous pas contribué, par faiblesse et angélisme, un « angélisme exterminateur », pour reprendre le titre d’Alain-Gérard Slama[2], à faire entrer les loups dans la bergerie ? Une immigration non sélective, un appel d’air à coup d’aides sociales, des frontières plus poreuses que le conduit d’un aspirateur, des livraisons d’armes françaises aux « rebelles syriens », en fait des islamistes à des degrés divers, des relations diplomatiques et commerciales avec le Qatar et l’Arabie Saoudite à qui nous vendons des armes et qui financent l’Etat islamique, au point de penser qu’achetés, nous nous plions à leurs exigences, des aveuglements à la limite de la complicité lorsque la Maire de Paris remit la médaille de la ville à Mahmoud Abbas, Président de l’Organisation de Libération de la Palestine et chef terroriste notoire, lorsque nos Présidents honorent de visites et de réceptions les potentats arabes, une mansuétude inouïe envers les banlieues où pullulent les zones de « non-droit », donc de racaille-charia-délinquance-criminalité, les mosquées aux prêches salafistes et wahabbistes, tous lieux où la police craint de pénétrer pour ne pas y démanteler les réseaux pré-terroristes, pour ne pas y déterrer les caches d’armes (alors que seuls les bons citoyens n’ont pas droit à ce port d’arme qui pourrait assurer leur légitime défense), une absence de volonté d’éradiquer les prières de rues, les drapeaux de l’Etat islamique dans les manifestations pro-palestiniennes, les voiles et la menace sanitaire et religieuse du halal, une absence de volonté de surveillance réelle d’expulsion radicale et de mise sous écrou des propagandistes, impétrants et forcenés de l’islamisme (au moins 5000 terroristes potentiels fichés), une armée dispersée sur trop de théâtres extérieurs et qui n’a guère les moyens de nous protéger, voici les termes d’un tacite contrat qui a cru acheter notre sécurité et qui, en toute logique, la compromet gravement. Semblerait-il que l’on se réveille de ce sommeil enchanté ? À moins qu’avertis de la probabilité de ces attentats, et de noms de jihadistes, par diverses sources israélienne, turque, algérienne, syrienne, jusqu’au nom d’Omar Ismaïl Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, les services de renseignements français aient gravement failli ; à moins que, comme l’avancent d’horribles soupçons à quoi il faut peut-être se garder d’accorder crédit, le gouvernement ait sciemment attendu l’attentat pour reprendre la main de la puissance, par l’état d’urgence, et de la popularité, certes provisoire, en un cynisme plus que machiavélien, quoiqu'un certain nombre d'attentats aient pu être déjoués…

La Forteresse du l’Etat islamique

     Ainsi l’Etat islamiste (le mot Etat étant employé par euphémisme pour dissimuler sa vocation de Califat) n’est qu’un nid de fanatiques. Ce que confirme avec un brin d’ironie noire Samuel Laurent qui, dans son essai-enquête, commence par interroger « les fans du califat », dont le but proclamé sans fard est d’ « appliquer la Charia sur un territoire toujours plus vaste ». On saura tout, ou presque, sur les financements, les filières, l’hégémonie en projet à l’encontre des nations voisines, la menace envers le Liban et Israël, en lisant L’Etat islamique, enquête pourtant fort risquée de ce consultant international qui a su infiltrer les rangs et les territoires infestés de terroristes. Ces derniers, quoique surarmés de tanks et d’armes lourdes, mais éparpillés, sont, du moins leurs stratèges en chef, difficilement repérables, n’utilisant aucun moyen de communications modernes, bougeant imprévisiblement, ce qui explique pourquoi les frappes aériennes, fussent-elles internationales, ne pourront se passer de renseignement au sol. De plus, il ne faut pas se leurrer, sans troupes au sol, pour appuyer l’admirable travail des Kurdes (qui, notons-le, ont bien des femmes pas le moins du monde enfoulardées dans leurs rangs guerriers défensifs), il est à craindre que nos initiatives soient peine perdue. Samuel Laurent se montre également réaliste sur un point crucial : nous avons « de sinistres alliés comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui déploient un réseau tentaculaire au sein de nos banlieues et de la communauté musulmane. Depuis des années, et en toute impunité ! »

 

De la responsabilité des Etats

    Reste que si la responsabilité d’un prophète, des textes coraniques et de la Charia, n’obère pas un instant la responsabilité individuelle de celui qui n’a jamais usé (ou l’a abandonné) de son libre-arbitre, la responsabilité des Etats où règne à des degrés divers l’Islam, religion officielle, mais sans autorité hiérarchisée (au contraire du Christianisme) est également à pointer, là où l’on ne peut construire d’église, où se révéler athée peut être suivi par la peine de mort, comme au Maroc. Cependant, y compris en ces pays, l’Islam n’est pas toujours monolithique :  il est parfois travaillé par l’interprétation qui tente de contextualiser les propos violents et rétrogrades du Coran pour s’en éloigner ; démarche impie qu’exècre Daesh, cet acronyme qui est un euphémisme pour éviter de dire Califat islamique.

      Outre la responsabilité de l’idéologie religieuse, des Etats, et celle individuelle, il ne faut pas omettre un instant que l’Occident a parfois bien contribué à sa propre perte. Les Etats-Unis ont armé les islamistes afghans contre les Soviétiques, ont renversé Saddam Hussein en désœuvrant l’armée irakienne dont les anciens cadres et soldats nourrissent le Califat islamique (quoique l’invasion américaine du Japon et de l’Allemagne n’ait pas fait d’eux des pays revanchards et criminels, au contraire). L’incapacité et le sectarisme du gouvernement irakien chiite ont provoqué par réaction la floraison du Califat. La France elle-même a contribué à renverser Khadafi, laissant place à un chaos qui retentit jusqu’au Mali. En guise de mea culpa, il faut noter que l’auteur de ces lignes pensait lors de l’éradication de Saddam Hussein qu’il était toujours bon d’abattre un dictateur, ce en quoi il se trompait lourdement. Même si c’est se brouiller la vue que de croire que l’Islam du Califat n’était sans cela en gestation depuis au moins la fondation des Frères musulmans en 1928. C’est avec naïveté que nous avons arrosé d’argent et d’armes les « printemps arabes » et les « rebelles syriens », sans compter l’orgueil masqué sous cet altruisme, venu d’une fort excessive repentance des anciens colonisateurs. C’est avec retard que nous acceptons d’un peu moins tordre le nez devant un Bachar Al-Assad, certes abject, devant un Poutine, certes autocrate pas toujours recommandable, alors que ce dernier, nolens volens européen, a non seulement les moyens, mais la volonté de contribuer à l’éradication, si possible, du Califat islamique.

 

Archéologie des islamistes français

     Il est loisible également de battre sa coulpe lorsqu’une immigration pléthorique, venue de l’aire islamique, ne sait ni ne veut séparer, parmi les réfugiés de guerre et les migrants économiques, l’aspirant aux libertés de l’aspirant à l’Eurabia, agent d’une invasion idéologique pourtant annoncée et du terrorisme, sans que l’on sache assez s’interroger sur la nécessité de l’identité occidentale en tant qu’elle puise ses sources aux racines judéo-chrétiennes et des Lumières[3]. Et de se reprocher que depuis des décennies, sans que l’on ait le courage d’agir pour ne pas provoquer d’ « incidents » en heurtant la susceptibilité des minorités et pour racler le vote musulman, le sol des banlieues belges, anglaises, et françaises (ad libitum) soit truffé de poches de Charia et de caches d’armes ; cette « guerre secrète » des tapis de prière, des foulards et de la police religieuse, qu’au terme d’une minutieuse enquête courageuse, avaient en 2004 au grand jour dévoilé Christophe Deloire et Christophe Dubois, dans leur livre Les Islamistes sont déjà là[4]. Si l’on sait que l’argent n’a pas d’odeur, celui du pétrole de la péninsule arabique, lorsqu’il achète club de football, palace ou grand magasin parisiens, empeste l’hydre islamiste… Que n’a-t-on agi raisonnablement en France ? Le réquisitoire doit être peu complaisant, depuis que notre pays a donné refuge à l’ayatollah Khomeyni qui fit ensuite de l’Iran une République islamique jusqu’aux enfants de l’immigration que nous n’avons su ou pu intégrer dans une culture libérale, et dont un nombre non négligeable fournit nos terroristes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

      Cependant, selon un rapport publié par le Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam, tous les radicalisés ne viennent ni des mosquées ni de familles religieuses. Du moins si l’on se réfère aux signalements, car les familles musulmanes ne sont guère enclines à de telles initiatives. Quelques-uns (quand ce rapport idéologiquement orienté croit voir là le plus grand nombre) de ces jeunes gens viennent de classes moyennes, voire bien éduquées, athées, et se sont relevés d’états dépressifs en s’identifiant au mythe du chevalier héroïque véhiculé par des propagandistes et recruteurs islamistes fort au fait du contenu des Hadiths et du Coran, et qui savent s’inspirer des jeux vidéo de combat. On ne doute pas qu’une rhétorique particulièrement efficace permette de transmuer l’adolescent dans une mythologie compensatoire : celle du djihad, rythmée par le rap beur et par le ronflement des kalachnikovs, bien plus excitante qu’un emploi de chômeur sur les bancs de l’école ou du Kebab, sans parler de la disponibilité des captives sexuelles…

 

Culture de mort et martyrologie

      Une culture de mort s’attaque à la vie. Pourquoi ? Parce que, soumis à l’influence des masses vitupérant, celui qui a la naïveté, la faiblesse psychologique et intellectuelle, de croire à un paradis éternel peuplé de soixante-douze vierges sans cesse disponibles au macho, se glorifie, en prétendu martyr, de tuer des innocents, n’accorde guère de prix à la vie.

      Nietzsche, l’affirmait : « Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute[5] ».

      À la seule réserve que le martyr chrétien n’est pas un tueur, il n’est qu’une victime, le plus souvent paisible, du cirque romain ou de ses opposants farouches ; même si les Chrétiens ont fait bien des martyrs parmi les hérétiques à leur foi. Au contraire, le martyr de l’Islam est un assassin de victimes qui n’ont que le tort de ne pas partager sa foi, ou de ne pas l’observer avec le fanatisme requis. En effet, selon Thomas d’Aquin, philosophe chrétien du XIIIème siècle, si « le martyre est un acte de vertu […] il consiste à supporter comme il se doit des souffrances infligées injustement […] Donc le martyre est un acte de patience plus que de force.[6] » En ce sens, indubitablement, la martyrologie ne concerne que les victimes des attentats, en particulier ces Chrétiens du Moyen-Orient éradiqués dans l’indifférence quasi-générale[7]

      Le culte de la mort, équivalent au « Viva la muerte ! » des phalanges franquistes de sinistre mémoire, est évidement de la part de l’islamiste un choix éthique, que l’on ne peut lire que comme un renversement des valeurs, au lieu de célébrer, conserver et magnifier la vie. On voit bien les Palestiniens de Gaza envoyer leurs enfants mener l’intifada, la guerre des pierres, au-devant de la police israélienne, espérant pouvoir exhiber à la presse et à la face de la culpabilité complice occidentale, le cadavre d’un enfant, alors que le ventre de leurs femmes est une usine à martyrs et combattants enrégimentés, surabreuvés de propagande depuis le berceau. Cette « morbidité présuicidaire » n’est pas qu’ « une lassitude, camouflée, camouflée par le voile de la religion, à l’égard du monde et de la vie[8] », elle est un sens de la vie (en fait un non-sens), une eschatologie, une jouissance apocalyptique. Au point que l’on ait pu recenser 27000 attaques causées par l’islamisme depuis le 11 septembre 2001[9] ! En ce sens, il est difficile de décider si les psychopathes désœuvrés sont attirés par l’islamisme ou si l’islamisme ne fait pas que les formater, mais les suscite avec jubilation…

      L’on nous dit qu’il s’agit de déséquilibrés. Certes, s’il s’en glisse çà et là quelques-uns, c’est que comme des mouches attirés par la viande avariée, ils se collent aux occasions et grandes justifications collectives de lâcher la bride à leurs pulsions violentes et meurtrières. Prenons garde à ne pas oublier que la plupart des terroristes islamistes commencent leur initiation dans la délinquance (comme Staline ou les terroristes rouges de la bande à Baader qui ont d’abord œuvré dans l’attaque à main armée). Ils baignent dans « le mouv », une fraternité perverse qui est un mode de vie tout à fait « cool », dont le sommet devient l’orgasme du doigt qui commande le meurtre, dont l’acmé sadomasochiste est une explosion paradisiaque. Mais il faudrait également et surtout prendre garde que l’Islam est un équilibre, en lequel l’impétrant et le professionnel trouvent leur équilibre moral, leur foi et leur loi. Certes, il s’agit d’un équilibre conceptuel simpliste, mais en cela rassurant, dans lequel un manichéisme rigoureux sépare le bien et le mal, le dar es salam (territoire de la paix islamique) et le dar el darb (territoire de la guerre contre les infidèles). De plus une jouissance noire anime le corps, les mains et le visage du terroriste en action, surtout drogué au Captagon (cet euphorisant qui offre une sensation d’invincibilité), le plus souvent jeune, comme une décharge sexuelle, plus reproductible et plus durable, à la merci de celui qui se veut Ange exterminateur en éprouvant un sentiment de toute puissance totalitaire. Ce pourquoi faire appel à un Islam modéré, à une réforme théologique humaniste, serait inopérant contre de tels meurtriers. Qui plus est fort stimulés par un jeu de combat comme Assassin’s Creed, d’ailleurs en partie inspiré par ces « assassins » au nom d’Allah animés par la secte des « Haschischins » (une communauté chiite ismaélienne du XIème siècle), dont on lira le stupéfiant tableau romanesque mis en scène par le Slovène Vladimir Bartol dans  son roman : Alamut.

L'Alcoran de Mahomet, Edition Du Ryer, Arkstée & Merkus, 1775.

 

L’Islam et la morbidité de sa source coranique

      Nous n’avons voulu percevoir les islamistes que comme de rares fondamentalistes qui ne respecteraient pas le message de l’Islam, cette religion de « paix et d’amour », comme la taqiya (la dissimulation) et la propagande pro-tolérance le prétendent. C’est hélas méconnaître le message parfaitement clair de la parole d’Allah révélée à son prophète et à ses millions de zélotes, dans son livre saint (et abondamment confirmé par les Hadiths) rempli jusqu’à la gueule d’exhortations, d’interdits et d’appels aux meurtres : « Si vous rencontrez les infidèles, combattez-les jusqu’à ce que vous ayez fait un grand carnage ; chargez de chaines les captifs[10] », ordonne la Sourate XLVII, sans oublier bien sûr les captives…

      Ne nous voilons pas la face (image choisie à dessein), l’Islam est l’islamisme ; l’islamisme est l’Islam. Si tous les Musulmans ne sont pas des islamistes, c’est parce qu’en déshérence ils laissent les commandements coraniques qui sont contraires aux droits de l’homme et de la femme ; et parce que de nombreux courants ont traversé cette tradition religieuse et théocratique, parfois plus prudemment. Et tant mieux s’ils s’approchent de ce qui serait, quoiqu’hélas fort minoritaire, un Islam des Lumières, qui appellerait sur ces attentats et cette stratégie dissimulée de conquête une triple condamnation, éthique, juridique et religieuse ; au contraire de ce livre qui, de sa naissance à nos jours, voire pour longtemps, reste intrinsèquement incompatible avec la démocratie libérale[11]. Ce que confirme, sans la moindre ambiguïté, Al-Mawardi (974-1058), considéré comme l’un des meilleurs théoriciens politiques de l’Islam : « Dieu ne dissocie donc pas la rectitude de la religion de la bonne direction de l’Etat et du bon gouvernement des sujets. »[12] Pendant ce temps, presqu’autant que la bande de Gaza, nos banlieues regorgent de réjouissances, de cris antisémites, en apprenant le succès de ce carnage de « Céfrans »…

      L’on exhibe pour se dédouaner le début du fameux verset 32 de la sourate V du Coran : « Tuer un homme c’est comme tuer toute l’humanité ». Mais ne nous cachons pas qu’il est immédiatement suivi, en ce même verset 32 et au verset 33, par : « Mais voici, après cela, il est sur terre, un grand nombre de transgresseurs. Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses Envoyés, semant sur terre la violence, auront pour salaire d'être tués ou crucifiés[13] ». Si l’on imagine qu’il ne s’agit que d’un effet de traduction, il est permis de consulter, outre cette dernière de Chouraki, celle de Du Ryer, en 1775 : « la punition de ceux qui contrarient à la volonté de Dieu, à celle de son Prophète, et font leurs efforts pour salir la terre, est d'être tués, pendus, d'avoir le pied droit et la main gauche, ou la main droite et le pied gauche coupés, et d'être exterminés de dessus la terre ». Et pour ajouter un des nombreux versets qui ordonnent le meurtre, lisons la Sourate VIII, verset 12, traduction Chouraki : « Je jetterai au cœur des effaceurs la panique. Frappez sur les nuques ! Frappez toutes les phalanges ! » Sans omettre la Sourate IV, « Sur les femmes », verset 34, traduction Chouraki : « Les hommes ont autorité sur les femmes […] Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les ». Moralité : débarrassez le Coran de tous les versets contraires aux droits de l'homme et de la femme. Ce qu’un nombre pas tout à fait négligeable d’humanistes de confession musulmane réclament d’ailleurs, comme Nasser Khader, ancien membre du parlement danois, et chercheur d’origine syrienne au Hudson Institute de Washington.

 

Violence coranique et biblique, même combat ?

      Certes, toutes les religions, y compris les plus paisibles dans leurs textes sacrés, peuvent permettre d’armer des bras au service d’abominations ; on a vu des Bouddhistes devenir meurtriers. Mais le Christianisme ne le fait qu’en contradiction avec ses principes, de l’origine à Vatican II. Ce scandale théologique et éthique a été relevé avec brio par le philosophe Jacques Ellul : « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Eglise ait donné naissance à une société, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? […] on a accusé le Christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges, qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine […] Ce n’est pas du tout le même phénomène qu’entre les écrits de Marx et la Russie des goulags ni entre le Coran et les pratiques fanatiques de l’Islam. Ce n’est pas le même phénomène parce que dans ces deux derniers cas on peut certes trouver la racine de la déviation dans le texte même[14] ».

      En 1795, l’orientaliste français Volney, parmi les pages de son essai, Les Ruines, dans lequel il méditait sur le caractère éphémère des empires, et militait pour la tolérance religieuse, en digne représentant des Lumières, faisait se confronter les sectateurs des religions concurrentes en leurs prétentions et leurs ridicules. S’il n’épargnait pas le Christianisme, il était justement féroce contre les contradictions de l’Islam : « jeûner le jour (et manger de nuit), donner l’aumône de son bien (et ravir celui d’autrui) : tels sont les moyens de perfection institués par Mahomet, tels sont les cris de ralliement de ses fidèles croyants. Quiconque n’y répond pas est un réprouvé, frappé d’anathème, et dévoué au glaive. Un Dieu clément, auteur de la vie, a donné ces lois d’oppression et de meurtre ; il les a faites pour tout l’univers, quoiqu’il ne les ait révélées qu’à un homme[15] ».

      Certes le Christianisme n’a pas toujours été tendre envers ses hérétiques, tels les quinze mille morts lors des trois siècles de l’Inquisition, principalement espagnole ; pourtant une broutille (qui reste impardonnable) devant l’incommensurable nombre des infidèles oubliés parmi les sables de quatorze siècles de conquêtes musulmanes… Outre les guerres de religions, fratricides entre protestants et catholiques, là encore impardonnables, le reproche récurrent est associé aux croisades (certes plus qu’indélicates lorsque leurs soudards pillèrent Constantinople), ce péché capital aux yeux des islamistes, quoique l’équité réclame de considérer qu’il ne s’agissait que de reconquérir ce qu’avaient soumis à leur tyrannie sanglante les armées musulmanes…

Gustave Doré (1832-1883) : Moïse et les tables de la loi.

 

      C’est alors que l’on rétorquera que la Bible est aussi violente que le Coran. Comparaison n’est pas raison. Le second est censé être incréé, émanation ne varietur de la parole divine directement transfusée à son prophète et à son livre, destiné à être répété, récité et observé, rarement interprété, quand la première est bien plus rare en exhortations criminelles et n’est que rarement parole prophétique, comme lorsque Moïse rapporte le « Tu ne tueras point » du mont Sinaï. La Bible est écrite par des dizaines de bouches et de mains humaines, récit essentiellement historique, quoique mythographique, psaumes et cantiques… Elle génère, surtout autour de la Thora, une intense tradition d’interprétation. Aussi, lorsque nous lisons dans le Deutéronome : « Vous exterminerez tous les peuples que le Seigneur votre Dieu vous doit livrer » (traduction Le Maistre de Sacy) ou « Tu dévoreras donc tous ces peuples que Yahvé ton Dieu, sans les prendre en pitié et sans servir leurs dieux : car tu y serais pris au piège[16] » (traduction Gazelles, Ecole Biblique de Jérusalem), l’on peut y lire une abjection criminelle autant qu’une stratégie digne de Machiavel, mais, puisqu’ici Moïse ne parle plus en prophète mais en chef de peuple, un précepte à contextualiser historiquement. Lorsqu’il parle en prophète, dans le Lévitique, hélas il ordonne la mort de l’homme adultère, de celui « qui couche avec un homme comme on couche avec une femme », du « nécromant ou devin[17] », sans oublier que la liste des animaux impurs y est décidément surréaliste ! Dans L’Exode, qui « profanera le sabbat, devra être mis à mort[18] ». Voilà bien des siècles heureux que de tels châtiments ne sont plus appliqués, par Juifs et Chrétiens, perméables à l’évolution des mœurs et des libertés (hors quelques rares nostalgiques d’une orthodoxie digne des Zélotes), y compris en Israël, pays laïque de la Thora. Quant au Nouveau Testament, une seule occurrence meurtrière est à relever, chez Saint Luc 19 11 27 : « Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu de moi pour roi, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence.[19] » Il faut alors prendre garde que ce n’est là qu’une parole rapportée, celle d’ « un homme de haute naissance », par le Christ, au sein d’une parabole, celle des « Mines » (ou des « Talents » et du « Prétendant à la royauté » chez les autres évangélistes en cette matière bien plus bienveillants) qui n’a aucune valeur prescriptive et qui n’est destinée qu’à une méditation sur la rétribution et la justice… En un ensemble de quatre Evangiles qui ne sont à l’égard des hommes et des femmes que paroles d’amour, de paix et de pardon, cette citation qu’il ne faut ni tronquer ni éviter de contextualiser, est plus qu’isolée !

      En conséquence, au contraire de l’Islam qui est une religion fondamentalement politique, si le Christianisme s’est aventuré parmi l’espace du pouvoir politique au cours de son histoire, ce fut au pris d’une contradiction flagrante avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, telle que l’ordonne le Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu[20] ». Rien là de fanatique, n’est-il pas vrai ?

Entre wahhabisme et soufisme

      Pire encore, c’est au XVIIIème siècle que Mohammad ibn Abd al-Wahhâb mit au point sa doctrine, que son frère Souleyman dénonça dans Les foudres divines réfutant le wahhabisme. En effet même les musulmans rigoristes réprouvent le wahhabisme, conspué comme hérétique, puisqu’il érige en dogme le pillage et la razzia (certes pratiqués en abondance par le Prophète en personne en son VIIème siècle), puisqu’il va jusqu’à détruire les traces de la civilisation islamique (tombeaux et mosquées par exemple), sans parler évidemment des autres civilisations. L’Arabie Saoudite tire son nom des Saouds, la tribu qui accueillit Mohammad ibn Abd al-Wahhâb. Hélas, à cause du concours des pétrodollars (d’ailleurs venus de l’alliance commerciale pétrole contre protection entre les Etats-Unis les Saoudiens, via l’Aramco) et des imams saoudiens, c’est ce wahhabisme exterminateur, ainsi que le salafisme et les Frères musulmans, eux plutôt qataris et Egyptiens, désireux de revenir à la pureté originelle de l’Islam et de lutter contre l’occidentalisation, qui essaiment à travers le Califat islamique et ses séides armés jusque dans notre Occident. Au risque d’être en contradiction avec le Coran même, puisque ce dernier prohibe le suicide, donc les attentats au moyen de ceintures d’explosifs. Qu’importe, puisqu’en 1985, le leader spirituel des Chiites du Hezbollah lève l’interdit sur le suicide pour les combattants. Toutes raisons pour laquelle un certain nombre d’Etats et de Musulmans exècrent le Califat islamique, ce qui ne les empêche pas de soutenir avec ferveur un Islam prétendument modéré…

      C’est alors oublier qu’il existe des Instants soufis, pour reprendre le titre d’Abdelwahab Meddeb. « Instants » car ceux qui pratiquent le soufisme ne sont qu’un petit pour cent de l’Islam. Là, pas grand-chose de fanatique. On sera stupéfait d’apprendre qu’il y eut des femmes au sommet de cette spiritualité, des saintes, comme, au VIIIème siècle, Râbi’a. « Le soufi est celui qui a été ravi par Dieu », mais dans le cadre d’une « universalité [qui] est une vertu cardinale » et de « la reconnaissance de l’autre ». Jésus est considéré comme un modèle, en cette « société ouverte », en rien misogyne, où la connaissance de toutes les religions est encouragée, comme la pratiqua le philosophe et mystique andalou Ibn ‘Arabî (1115-1240), qui, amoureux de Nizâm, en fit la « figure d’amour », représentant « le Dieu Un ». Ainsi l’on déguste les « fruits divins », à la portée du lecteur de l’encyclopédie du soufisme titrée La Parure des saints. Comme de juste, cette ascèse sublime, animée par un « code chevaleresque », est soutenue par une intense poésie, celle de Niffarî, de Rumî, ou celle dont témoigne le vaste conte du Cantique des oiseaux d’Attâr[21], jusqu’au sommet d’une esthétique de l’extase.

      À moins qu’Abdelwahab Meddeb, bien conscient par ailleurs que les germes du terrorisme sont dans les textes fondateurs de l’Islam, se laisse emporter par son enthousiasme, il faut admettre qu’il a su rendre un bel hommage, aussi limpide qu’érudit, à cette estimable spiritualité qu’est le soufisme, clairement en contradiction avec l’Islam aussi bien courant que fondamentaliste. Il suffit de songer qu’en 2012, les fanatiques islamistes ont incendié en Tunisie, le mausolée de Sayyida Mannoubia, vénérable soufie. En effet, au contraire de la « Sourate sur les femmes » du Coran, violemment sexiste, Ibn ‘Arabî écrit en son poème : « Les femmes sont inséparables des hommes / dans le monde des esprits et des corps / […] Si tu observes le ciel et la terre / tu distingues les deux sans hiérarchiser.[22] »

      Ainsi, nous saurons ne pas faire de l’entièreté de l’Islam une abomination, ne pas « faire de l’arabité une maladie honteuse », selon la formule judicieuse de Malik Bezouh qui se livre à un examen documenté, hélas à peu près uniquement à charge, contre les « préjugés » accumulés parmi l’Histoire française à l’encontre de l’Arabe, dans son essai France-Islam. Le choc des préjugés[23], essai qui n’est tout de même pas indigne d’être médité.

      Hélas, le terroriste, wahhabiste ou salafiste, d’Al-Qaïda ou d’Al-Nosra, n’est que la partie émergée de l’iceberg d’un Islam qui vise, au moyen de la taqiya, à s’installer durablement au point d’imposer ses mœurs, aux dépens des mœurs locales et des principes de la République et de la démocratie libérale. La guerre lointaine au-delà de la Méditerranée, la guérilla dans les banlieues (alors que le mot « banlieue », vient du lieu du ban, soit de la loi) ne sont que le fer de la lance du jihad, quoiqu’ils puissent être compris comme une erreur parce qu’ils contreviennent à la stratégie de dissimulation d’un Islam qui ne veut que s’étendre sans trop effrayer ceux qui deviennent ses dhimmis obligés, en son territoire de paix et de soumission…

 

      Au-delà des grotesques objurgations au « Padamalgam », et au « Pas faire le jeu du Front National », le devoir de quête de vérité (dans la mesure où elle est à la portée de nos modestes moyens) s’impose. Devoir de vérité rétrospective lorsque nous savons combien la France et bien d’autres Etats occidentaux ont péché par laxisme sur leur propre territoire, tout en contribuant à la croissance de l’Etat islamique, diplomatiquement, militairement et financièrement ; devoir de vérité théologique en lisant les textes et l’histoire de l’Islam ; devoir de résolution et d’action pour protéger notre présent et notre futur. Il faudra plus qu’un Hercule veillant au communautarisme musulman pour vaincre l’hydre aux mille têtes et aux millions de serpents souterrains de l’islamisme de par le monde, plus qu’un James Bond (mythes d’ailleurs fort voisins), plus qu’un porte-avion, fût-il nommé « Charles de Gaulle ». Que faire ? Cesser tout commerce, toute relation diplomatique avec les pays coupables d’indulgence et de financements (au premier chef l’Arabie Saoudite, voire la Turquie d’Erdogan) pour le Califat islamique. Faire converger les forces militaires des démocraties, d’Israël (dont l’expertise est grande en ce domaine), de la Russie, des Etats-Unis, y compris de la dictature de Bashar al Assad, filtrer avec la plus grande rigueur l’immigration venue de l’aire et de l’idéologie coraniques, envisager peut-être une remigration, rétablir le droit et le respect des libertés individuelles dans les « territoires perdus de la République[24] ». Restaurer enfin l’humanité dans sa dignité, du moins tendre vers ce but seul envisageable devant le miroir que doit tendre à chacun un juste individualisme agnostique autant qu’une théologie humaniste…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, Albin Michel 2004.

[2] Alain-Gérard Slama : L’Angélisme exterminateur, Grasset, 1993.

[4] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, ibidem.

[5] Friedrich Nietzsche : L’Antéchrist, 53.

[6] Thomas d’Aquin : Somme Théologique, II, 124, Cerf, 1985, t III, p 744, 745, 746.

[8] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Libella Maren Sell, 2008, p 186.

[9] Voir : thereligionofpeace.com

[10] Coran, sourate XLVII, verset 4, traduction Savary, Garnier, 1958, p 481.

[12] Al-Mawardi : De l’éthique du prince et du gouvernement de l’Etat, Les Belles Lettres, 2015, p 360.

[13] Coran, Sourate V, versets 32 et 33, traduction Chouraki, Robert Laffont, 1990.

[14] Jacques Ellul : La Subversion du Christianisme, Seuil, 1984, p 9.

[15] C. F. Volney : Les Ruines, ou méditation sur les ruines des empires, Parmentier, 1826, p 115.

[16] Deutéronome, 7-16.

[17] Lévitique, 20-10,13,27.

[18] Exode, 31-15.

[19] Saint Luc, 11-27.

[20] Saint Luc, 20-25.

[22] Cité par Abdelwahab Meddeb, p 152, 153.

[23] Malik Bezouh : France-Islam. Le choc des préjugés. Notre histoire des croisades à nos jours, Plon, 2015.

[24] Les Territoires perdus de la République, sous la direction d’Emmanuel Brenner, Mille et une nuits, 2002.

 

Gustave Moreau (1826-1898) : Hercule et l'hydre de Lerne, Musée Gustave Moreau, Paris.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 17:16

 

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

 

 

 

L’Identité française et son destin

 

face à l’immigration :

 

fantasme ou réalité ?

 

 

 

      En l’identité tout voudrait, selon son étymologie, être identique. La France serait alors identique à elle-même, à son essence, à l’idée que l’on s’en fait, et chaque Français identique à autrui selon des traits immédiatement reconnaissables, voire transcendants… Cependant, l’identité française, on ne l’ignore pas, dépasse la nation, tant au-delà des frontières de l’hexagone persistent des Français, Belges, Suisses, à Londres, en Afrique… Au-delà donc d’une nation, il s’agit d’une langue, d’une histoire, d’institutions, d’une culture, de paysages, de modes de vie : monolithiques et fermés sur eux-mêmes, ou en expansion, ouverts, mobiles et accueillants… En son méli-mélo de réalités et de fantasmes, que vaut notre identité française devant les défis que sont la mondialisation, l’immigration ? Peut-elle se perpétuer, s’enrichir, se magnifier, ou se dissoudre, s’abattre, enfin ?

 

      Que faut-il entendre par ce concept d’identité de la France ? Ce à quoi tente de répondre Fernand Braudel : « sinon une sorte de superlatif, sinon une problématique centrale, sinon une prise en main de la France par elle-même, sinon le résultat vivant de ce que l’interminable passé a déposé patiemment par couches successives, comme le dépôt imperceptible de sédiments marins a créé, à force de durer, les puissantes assises de la croûte terrestre. En somme un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. Un processus, un combat contre soi-même, destiné à se perpétuer. S’il s’interrompait, tout s’écroulerait ». Plus bas, l’historien ajoute : « il est certainement vain de ramener la France à un discours, à une équation, à une formule, à une image, à un mythe[1] »… L’on sait que ce dernier, dans L’Identité de la France, interrogea l’histoire et l’espace, la démographie, l’économie, les techniques et les traditions, le dynamisme du capitalisme. Omettant cependant la France de Racine et de Proust, celle de Rameau et de Monet…

      Certes l’on saura reconnaître l’identité française à nos campagnes hérissées de clochers, aux rives de la Seine parisienne, aux châteaux de la Loire, à nos boulangeries, à notre champagne et notre bordeaux, à notre gastronomie, à notre galanterie et notre diplomatie, à moins que ces dernières soient surévaluées et mises à mal. Bel héritage à préserver, à faire fructifier et augmenter. Mais quand nos lettres sont latines, notre démocratie grecque, notre chocolat ivoirien, notre thé indien, nos sushi japonais, quand nos chiffres sont arabes (mais plus exactement indiens), nos logiciels américains, nos smartphones californiens, coréens ou chinois, nos bibliothèques délicieusement lourdes de traductions parfois exotiques, aurions-nous la présomption de claironner que nous ne sommes que Français ? La mondialisation n’efface pas l’identité française, mais l’enrichit, qu’il s’agisse de technologies ou de nouveaux chefs d’œuvre littéraires, musicaux ou filmiques.

 

 

      Un héritage national, culturel et politique ne peut jamais être tout immaculé ou tout souillure. Si la Saint-Barthélémy et la contribution au commerce triangulaire de l’esclavage, le génocide vendéen et la Terreur, l’affaire Dreyfus et la collaboration, les maladresses désastreuses de la colonisation, le rôle trouble joué au Rwanda et la décision dommageable d’abattre Kadafi en Lybie font partie de notre histoire, ils doivent être regardés pour ce qu’ils sont. Sans pourtant que l’identité de la France, pas pire à cet égard que d’autres, voire moins infâme, soit obérée par une excessive culpabilité, une repentance contre-productive qui consisterait à jeter le bébé avec l’eau bien sale du bain…

     Hélas, quand dans les banlieues perdues de la Républiques se faire traiter de « Français », plus exactement de « céfran » est une insulte, il est clair que le blason de la France est à redorer avant de pouvoir être de nouveau respecté. L’identité française, comme toute identité nationale, se construit à partir et autour de sa police et de son armée. Quand la police, depuis mai 68, voire bien avant, est sans cesse décriée comme fasciste, en dépit de ses bévues, brutalités et incapacités de résolutions des crimes et délits, sans cesse interdite, caillassée, voire quand ses commissariats et gendarmeries (une vingtaine en juillet 2015) sont attaqués jusqu’à l’arme lourde dans les banlieues perdues de la République par des « bandes de jeunes », il est évident que le renversement des valeurs contribue au remplacement de l’identité française, républicaine de la civilisation par l’identité de la barbarie. A moins qu’il faille aller jusqu’à se demander si une infiltration de la police et de l’armée par des « jeunes issus de la diversité » puisse être indolore…

      Certaines voix s’élèvent pour regretter que l’armée de métier moderne ait évincé le service militaire, qui, quoique décrié pour sa ridicule inutilité à l’échelle individuelle et collective, sans compter son coût, permettait à chaque homme ou presque, à chaque famille d’avoir un lien personnel avec les forces du pays et leur nécessité. Ce dont témoigne encore le défilé du 14 juillet, car en ce sens la France est un des rares pays au monde à mettre en scène un défilé militaire sur sa plus belle avenue à l’occasion de la fête nationale. Quoique, ostentatoire et sûr de lui, il ressemble trop à une propagande grotesque pour y croire suffisamment, lorsqu’à quelques kilomètres des Champs Elysées, le Tartare de quelques arrondissements de Paris et de banlieues décérébrées organise à l’envie incendies de voitures, émeutes et pillages, embryons déjà trop mûrs de guérilla urbaine, évidemment celés, euphémisés, tolérés de fait, en conséquence encouragés par la lâcheté, l’opportunisme et l’électoralisme du pouvoir qui n’en est plus un. Ainsi le respect dus à une police et à une armée intègres doivent contribuer à ce que le territoire de l’identité française ne devienne pas un champ de mines et d’attentats comme l’Afghanistan.

 

      Accueillir au sein de l’identité plurielle française des migrants que la guerre a chassés de leurs terres parait d’abord un devoir moral républicain, une charité chrétienne, un humanisme universel. Certes.

      Mais avec deux réserves. D’abord que leur nombre reste mesuré de façon à ce qu’ils ne recouvrent, ne dispersent, n’effacent l’identité (même polymorphe) du pays et du continent d’accueil. Ensuite, et plus grave encore, qu’ils n’amènent pas avec eux un bagage culturel invasif et intolérant contrevenant aux libertés de pensée, d’expression, politiques et en particulier féminines, telles qu’elles fondent les Lumières européennes, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (sans omettre la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges), telles qu’elles fondent une démocratie libérale incompatible avec l’Islam[2].  

      En 1939, quelques centaines de milliers de réfugiés républicains espagnols ont afflué en France, de même pour les Pieds noirs venus d’Algérie dans les années soixante, de même pour les boat people vietnamiens et autres Chinois dans les années soixante-dix. Ils se sont adaptés, en contribuant à la vie économique, autant que faire se peut sous le croissant boisseau socialiste. On ne peut en dire tout à fait autant des Musulmans. Si un pourcentage non négligeable travaille et profite de l’éducation pour se qualifier et s’intégrer, une frange difficile à évaluer ne prospère que dans la délinquance, l’auto-ghettoïsation, le radicalisme religieux, parmi des poches exponentielles de banlieues… Regardons alors ces réfugiés venus du Moyen-Orient et de l’Afrique : environ 70 % d’hommes jeunes et célibataires, peu d’enfants, peu de femmes, souvent voilées avec plus ou moins de rigueur !

      Claude Lévi-Strauss avait dès 1984 cette prescience : « il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane.[3] » Plus tard, il ajoute, lors d’un entretien : « J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture[4] ».

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

      L’identité c’est d’abord un visage. Celui du drapeau national qu’il est suspect, au contraire des Etats-Unis, d’exhiber à sa fenêtre sous peine de passer pour un thuriféraire du front National. A évacuer le national on ouvre grand la porte au Front National. Un visage également lorsqu’il s’agit de l’enfermer entre les parois du hidjab, de le couvrir sous la burqa, de le nier, alors que notre police est contrainte de fermer les yeux sur son exhibition aux dépens d’une loi qui n’est guère appliquée. C’est bien le visage de la France et de la Française, de l’Occident et de la femme occidentale qui est ainsi avili, obéré, en dépit de la Sainte-face du Christ sur le voile de Véronique, en dépit de la tradition picturale et sculpturale du portrait depuis l’Antiquité gréco-romaine, jusqu’à la photographie, en passant par les portraits d’Ingres et d’Elizabeth Vigée Le Brun.

     Et pourtant le Salon Musulman du Val d’Oise, par exemple, n’oublie pas un instant son prosélytisme religieux, son antisémitisme et sa misogynie, ordonnant une soumission de la femme indigne des droits de l’homme.

      Faut-il alors imiter l’Australie qui raccompagne les bateaux de migrants d’où ils viennent ? Mais il s’agit d’une île et d’une nation unique, ce que l’Europe n’est pas. De surcroit leurs migrants économiques, voire prosélytes, ne fuient pas une guerre.

      Pourquoi les Etats Musulmans richissimes, telle l’Arabie Saoudite, ne reçoivent-ils pas les réfugiés et préfèrent financer pour eux des mosquées dans les pays européens et en particulier en Allemagne, dont la démographie native est en chute libre[5] ?

      Parce qu’au-delà des migrants consubstantiellement avides de liberté et de travail (alors que les 10% au bas mot du chômage français ne les y encouragent guère), à moins qu’il s’agisse de désir d’assistanat (l’allocation mensuelle de subsistance pour le demandeur du droit d’asile peut aller jusqu’à 718 €, sans compter la Couverture Maladie Universelle), la parabole du cheval de Troie de l’Odyssée d’Homère[6] est parlante : avec notre concours, un pourcentage, même minuscule et néanmoins terriblement dangereux de djihadistes terroristes éclaireurs du califat les infiltre d’une part, et, d’autre part, leurs cohortes d’adeptes de l’Islam n’amènent pas leur bréviaire d’un Islam des Lumières, mais celui d’une langue invasive et guère affamée de maitriser celle du pays d’accueil, du rituel halal, du voile, cet « uniforme idéologique » venu d’un « contexte patriarcal et phallocratique[7] », de l’oppression des femmes, des mariages forcés, de la polygamie, de la loi du talion et de ses infâmes châtiments corporels, de la charia enfin, qui parmi ses degrés divers peut devenir une « justice au service de la terreur[8] »… Quoiqu’il faille se garder de choir dans la généralisation abusive, il est loisible de se demander s’il s’agit d’accueillir de malheureux et valeureux migrants ou le fer de lance prolifique d’une invasion destinée à coloniser et islamiser l’Europe, jusqu’au Québec et ailleurs… Ce sur quoi ne se privent pas de nous avertir avec vigueur et pertinences des voix elles-mêmes venues de l’aire arabo-musulmane : comme Boualem Sansal avec son roman 2084[9] qui dénonce un totalitarisme plus ambitieux encore que ceux que le seul XXème siècle a connu, ou l’essayiste Ibn Warraq, dont l’argumentation imparable anime son Pourquoi je ne suis pas musulman[10].

      Est-ce à dire qu’il faut préférer les migrants chrétiens assyriens, les yazidis, les coptes, les baha’is, ces premières victimes du califat islamique (en tous cas nous ne devrions pas les oublier un instant), et bien sûr les athées, les esprits libéraux ? S’il faut faire un choix (et il sera délicat de trier le bon grain de l’ivraie), et pas uniquement selon des critères confessionnels, et en se souvenant que républicains espagnols, Pieds noirs et Boat peoples asiatiques n’ont guère été des fauteurs de troubles, que les Portugais forment encore le premier contingent d’immigrés, c’est pour valider le fait avéré que l’immigration (et son communautarisme) n’est pas un problème, si toutefois son chiffre reste assez modéré pour ne pas faire basculer les équilibres culturels de l’identité élargie de la France et de l’Europe, voire de l’Occident, mais aussi qu’une part de l’immigration venue de l’aire arabo-musulmane, voire sahélienne, est à même de saper les valeurs sur lesquelles l’Occident est assis, depuis au moins les Lumières…

      Si en 2008 l’immigration formait 8,4% de la population (un chiffre somme toute modéré au vu de pays voisins, dont l’Allemagne avec ses 13%), « la somme des personnes immigrées et de leurs enfants représente 20% de la population française », quand ceux « d’origine européenne et africaine représentent chacun 40% environ de l’immigration totale[11] ». Les chiffres ne paraissent ainsi pas effrayants, mais ils sont à relativiser devant l’afflux de ceux fuyant la Syrie, l’Erythrée, la Lybie et autres contrées voisines,  mais aussi les Balkans, quoiqu’ils préfèrent à la France des destinations économiquement plus généreuses et pour eux fourmillants de réseaux déjà installés, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède gangrenée. Mais l’absence de mixité résidentielle en territoire pseudo-français (en des quartiers où la police ne pénètre plus guère), l’activisme prosélyte de l’Islam, la culture de l’honneur, du mâle dominant homophobe et misogyne ont de quoi inquiéter raisonnablement. De surcroît, en observant la jeunesse française, « on tremble en imaginant aujourd’hui que c’est un quart d’une génération qui frise l’illettrisme[12] ». Il est à craindre que, comme dans les prisons où l’on sait que près de 70% des individus incarcérés sont musulmans, cette dernière population fort peu diplômée soit concernée de trop près par une carence éducative grave, dont les conséquences pourraient être culturellement désastreuses…

 

      Au-delà d’une problématique nationale, largement fantasmée, voire passablement obsolète, à l’exception de la question linguistique, l’identité française n’est pas séparable d’une identité européenne, occidentale issue de la démocratie et de la république gréco-romaines, du christianisme et surtout des Lumières. C’est cela qu’il faut voir perdurer et s’étendre pour le bien des peuples et des individus. En ce sens nous nous sentons plus proche de la culture japonaise telle qu’elle a pu évoluer vers la démocratie que vers l’inculture et la tyrannie d’un califat. On ne gagnera rien, sinon de dangereuses crispations, à regretter, pire à vouloir ranimer, le piètre paradis fantasmé des années soixante et de l’entre-soi gaullien. Aller de l’avant en cultivant tant nos particularismes qu’un cosmopolitisme vivifiant, ranimer une culture économique et scientifique libérale créatrice de richesses et d’emplois feront beaucoup pour relever tant les défis de la mondialisation que de l’immigration. A la condition expresse de ne pas transiger sur nos valeurs de liberté issues des Lumières et de repousser, non pas les hommes, sauf s’ils sont criminels, mais l’obscurantisme d’un communautarisme régressif et invasif.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de-photographie

 

[1] Fernand Braudel : L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986, volume I, p 17.

[3] Claude Lévi-Strauss : Tristes tropiques, Œuvres, Gallimard, La Pléiade, p 433-434.

[4] Propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », Magazine littéraire, Hors-série Claude Lévi-Strauss, 2003.

[6] Homère : Odyssée, VIII, 492-495.

[7] Abdelwahad Meddeb : Face à l’islam, Textuel, 2015, p 201 et 203.

[8] Samuel Laurent : L’Etat islamique, Seuil, 2014, p. 66.

[9] Boualem Sansal : 2084 La fin du monde, Gallimard, 2015.

[11] Nicolas Bouzou : Le Grand refoulement, Plon, 2015, p 106.

[12] Nicolas Bouzou, ibidem, p 118.

 

Giovanni Domenico Tiepolo : La Procession du cheval de Troie, 1773,

National Gallery, London.

 

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Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

 

 

 

 

 

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours, précurseur de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables 1

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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