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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 15:44

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Alberto Manguel lecteur des aventures d’Alice

& collectionneur de folie, de monstres.

 

 

 

 

Alberto Manguel : Nouvel éloge de la folie,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco et par Christine Le Bœuf,

Actes Sud, 2011, 400 p, 24 €.

Alberto Manguel : Monstres fabuleux,

traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 2020, 288 p, 22,50 €.

Alberto Manguel : Un Retour,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco et par Christine Le Bœuf,

Actes Sud, 2005, 80 p, 12 €.

 

 

      Bibliomania, folie des livres et gourmandise du lettré sont de délicieux virus qui n’ont pas manqué d’insuffler une seconde vie, sinon la seule vraie, à l’écrivain argentin Alberto Manguel. Ainsi goûte-t-il le bonheur de se portraiturer en incurable et boulimique papivore. Son identité, entre Argentine natale, Canada d’élection, Londres des hippies et sérénité poitevine, entre quatre langues, le souvenir d’ancêtres juifs et l’intérêt pour la littérature gay, est avant tout celle d’un noble lecteur, mais aussi d’un essayiste et conteur. Ce serait assez d’éloges à lui faire s’il n’avait aussi le goût du partage. Il confie en effet à ses aficionados ses choix, ses analyses, toujours séduisants, souvent aussi fantasques que son Alice préférée… L’encyclopédiste protéiforme, quoique toujours animé par la courtoisie de la discrétion, n’en est pas à son coup d’essai. L’impressionnant Une Histoire de la lecture[1] balayait nos civilisations pour interroger ce silence ému de l’intellect devant le papier ouvert, mais aussi les cris brûlants des censeurs lors des autodafés[2]. Quant à La Bibliothèque, la nuit[3], cet essai, toujours curieux, enlevé, explorait les architectures et les mœurs de ces temples de la connaissance intemporels autant qu’à l’abri, du moins espérons-le, de la volatilité numérique. Une fois, deux fois de plus, voici Alberto Manguel courtisant en diable les bibliothèques dans son Nouvel éloge de la folie et collectionnant Les Monstres fabuleux de la littérature.

 

       L’arrivée torrentielle du numérique ne menace pas tant que l’on voudrait nous le faire croire. C’est du moins la conviction de Manguel dans son Nouvel éloge de la folie. Dans la continuité de l’humanisme d’Erasme et de son Eloge de la folie[4], du papyrus en passant par Gutenberg et au-delà des Ebooks, le livre en son objet reste une ferveur entre les mains, car « Dans ces bibliothèques fantomatiques, l’incarnation concrète du texte est abandonnée et la chair du verbe est privée d’existence. » La volatilité du texte sur écran, le picorage et le copié-collé d’un document électronique ne sont que « collecte d’informations », et ce n’est pas là « lire avec compétence (…) dans le labyrinthe des mots ». Vision passéiste, nostalgique, trop alarmiste ? Procès de ces pages de blog ? Ou sagesse devant un écran trompeusement disponible qui ne devient pas bibliothèque aux volumes vivants, aux pages caressées et comprises ?

      Comme en un jeu de piste, Alberto Manguel prend pour guide Alice « dans la forêt du miroir » (ce qui est un autre de ses titres [5]) pour tisser cet essai pluriel aux yeux plein de curiosités. Parmi « édits et inédits », il fait précéder chacun de ses trente-neuf petits bijoux d’une citation de Lewis Carroll : Alice au pays des merveilles étant pour lui, depuis l’enfance, un livre séminal. De « Qui suis-je ? » à la « Bibliothèque universelle », de l’enfance à la maturité, c’est à une autobiographie en lecteur que nous somme conviés. Depuis la gouvernante qui lui lisait ses premiers contes jusqu’à l’immense prieuré poitevin du grand âge qui abrita ses milliers de livres venus de garde-meubles de plusieurs continents[6], jusqu’aux « Notes pour une définition de la bibliothèque idéale », le parcours est vertigineux. Sans oublier, à tout seigneur tout honneur, des portraits du maître semi-aveugle dont il fut un des lecteurs : Borges lui-même, dont il relate les amours souvent malheureuses, sa passion pour Dante qui peut-être n’écrivit La Divine comédie que pour y placer sa Béatrice, réhabilitant enfin sa dernière épouse, parfois jalousée par les critiques et universitaires : Maria Kodama[7].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Seul bémol peut-être à pointer en ce retour sur ses vies et en ces pages profuses, en ces « Memoranda » : l’évocation du mythe Che Guevara, « héros romantique », « qui a assumé pour nous notre besoin d’agir contre l’injustice, notre encombrante mauvaise conscience ». Certes ; mais c’est trop vite oublier la carrière criminelle de celui qui contribua au régime communiste et donc liberticide de Fidel Castro et ne rêvait que d’en fonder d’autres… Reste qu’Alberto Manguel, qui se définit comme un « anarchiste modéré », est lui bien attaché à l’exercice souverain des libertés : il ne manquerait pas d’être révolté par les récents autodafés hongrois contre les livres du Juif Imre Kertész, qui connut en son enfance l’enfer des camps nazis[8], ou par les Frères Musulmans décidés à interdire l’un des chefs-d’œuvre préférés de Borges : ces merveilleuses Mille et une nuits. De cette éthique nécessaire témoigne, entre des évocations de la cécité d’Homère et des explorations parmi « Le commerce des livres », sa réflexion sur le rôle des journalistes et des écrivains - ces Don Quichotte - dans la « Persévérance de la vérité » face aux tyrannies et aux mensonges de l’Histoire, mais aussi en confrontant « Le sida et le poète ». Même face à une telle pandémie, un poème peut-il être une « lueur de bonheur […] une possibilité de sagesse » ?

      Ainsi, en ces « essais édits & inédits », va l’éloge de qui est atteint de la folie de la lecture, qui stocke des milliers de livres en une bibliothèque au lieu de les engouffrer dans une puce électronique ou dans un cloud internet, jusqu’à leur disparition programmée. Car l’art de lire, l’éthique de la lecture, se conjuguent avec la certitude de n’être « jamais seul » dans sa bibliothèque aux murs couverts d « amis littéraires ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ils caressent et secouent nos nuits et nos jours, enrichissent de nouvelles excroissances nos mythologies, se dupliquent sur nos écrans, ces Monstres fabuleux de la littérature ! Ce sont « Dracula, Alice, Superman et autres amis littéraires » d’Alberto Manguel et, toutes affaires cessantes, du lecteur complice en amitié. Trente-huit petits croquis facétieux de la main de notre Alberto préféré illustrent autant de figures étonnantes et détonantes, qui boursouflent les pages, crevassent et fleurissent les oreillers du songe. Plus modestement, une quinzaine d'entre elles avaient déjà été publiées dans une version traduite de l'espagnol[9], ce qui permet de deviner les capacités presque babéliennes de notre essayiste, puisqu'il les a réécrits, amplifiés et multipliés dans la langue anglaise, alors qu'il maîtrise parfaitement le français.

      Il s’agit de lister ces obsédants et symboliques personnages autant que de considérer quels enseignements ils sont en mesure de nous délivrer. S’ils sont « monstres fabuleux », c’est presque un oxymore, autant la peur induite côtoie l’émerveillement, mais c’est souligner leur dimension totalement fictionnelle, tant ces créatures sont à l’image d’un « Adam verbal ». Si preuve en était besoin, ils témoignent le nécessité des amis  - ou ennemis - imaginaires, avec qui nous entretenons une « relation dyadique normale », pour emprunter l’expression d’Edmund Husserl. Ils sont pour Alberto Manguel une façon d’assurer son autobiographie : « J’ai toujours considéré ma vie comme  un composé des pages de nombreux livres ». D’autant que, fils de diplomate voyageur, toute chambre ne devenait la sienne qu’avec le concours de sa petite bibliothèque.

      Etrangement, l’essayiste commence avec un personnage inattendu, un médiocre à l’ombre d’une héroïne malheureuse : Monsieur Bovary, « le plus prosaïque ». Quoiqu’il ne fasse en rien rêver, il est proprement indispensable à l’intelligence du roman de Flaubert, mais également en terme d’élément contrastant au seuil de cette énumération d’héroïnes et héros féériques et légendaires. « Dépourvu d’imagination », il est l’antithèse des préférés de notre collectionneur.

      Plus colorés sont le Petit chaperon rouge et Dracula[10] : si éloignés soient-ils, le sang de l’innocence les désigne. Le loup du conte est un émule du marquis de Sade, celle qui finit dans le lit du loup annonce la destinée de la Lolita de Nabokov. Si la première est « emblématique de la liberté individuelle », vite châtiée par le loup, le second, prince sanguinaire de Valachie, va jusqu’à mordre à la gorge les jeunes gens de l’Angleterre en raillant le sang du Christ, et en recherchant ardemment la fontaine de la jeunesse. Jeunesse autrement « miraculeuse » que celle d’Alice, née de la rencontre d’Alice Liddell et du révérend Dodgson, alias Lewis Carroll. L’entrée dans le trou de lapin, puis la chute en spirale, le royaume labyrinthique de la Reine rouge et l’autre côté du miroir firent dès lors partie de « la littérature universelle ». Cette métaphore du voyage au travers du non-sens et de la folie humaine est à la fois enfantine et voisine de celui de Dante parmi l’Enfer souterrain, ce qui apparaît bien vite archétypal. La Reine de cœur est un « despote », ce « pays des merveilles » n’est pas loin de Kafka ; cependant face à un tel désordre, Alice conserve et logique et raison. Plus loin, répondent à ces enfants une jeune fille telle que la Belle au bois dormant, dont le sommeil ressemble à la mort, qui a l’art de « ne pas vieillir avec grâce », en son trouble érotisme.

      Faust est une sorte d’opposé de Superman. L’un, vieux, cherche la connaissance, la jeunesse, l’amour, et signe un pacte avec le Malin ; l’autre, toujours jeune, combat avec succès les forces du mal, tout en étant touchant par sa fragilité : « Je me sentais proche de Superman. Non pas, bien sûr, en raison de ses super-pouvoirs, mais à cause de la solitude forcée et de son impression d’être exclu ». Alberto Manguel souligne là cette identification qui fait de nos héros des doubles fantasmatiques. Superman, qui n’est pas le « surhomme » nietzschéen, est l’image du désir d’impossible qui éreinte l’homme, comme Don Juan cherche l’impossible de l’amour. Collectionneur et « tireur d’élite », ce dernier est semblable aux « conquistadors espagnols pillant les royaumes du Nouveau Monde ».

      Lilith, qui précéda Eve, aimait converser avec le serpent et concevoir des démons. Le Juif errant, qui repoussa Jésus, est condamné à voyager pour l’éternité. Ils viennent tous deux de mythes juifs et ensemencent la littérature de leurs maléfices, malheurs et errances, non sans hélas concourir à l’antisémitisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 


 

      Après avoir écrit son De la curiosité[11], Alberto Manguel reste fidèle à cette vertu. Ce ne sont pas seulement les « amis littéraires » les plus connus qui le sollicitent, mais aussi Phoebé venue de L’Attrape-cœurs de Salinger, Hsing-Cheng dans La Conférence des oiseaux d’Attar[12], Jim l’un des noirs esclaves dans les Aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain. Ce dernier nous parle encore tant que le racisme sévira aux Etats-Unis et ailleurs… L’on ne s’étonnera cependant pas que Robinson Crusoé croise Queequeg, l’indien tatoué de Melville, ou le voyageur Sindbad, que le fascinant et effrayant Capitaine Nemo voisine avec le monstre de Frankenstein, que Jonas et Job jaillissent de la Bible ; et si nous attendions Don Quichotte, ô surprise, c’est Cid Hamet Ben Engeli, son auteur fictif imaginé par Cervantès, qui le détrône ici, en ambigu témoin de la culture morisque. Plus étonnant encore est ici la présence d’Emile, le jeune homme qu’éduque par la nature Jean-Jacques Rousseau, et qui serait aujourd’hui tout autre : « Plutôt que par une éducation rationnelle, l’apprentissage quotidien d’Emile s’effectue au moyen d’annonces publicitaires et de jeux électroniques qui lui disent que le bonheur, on peut l’acheter, que la violence est sans conséquences et que les anciennes règles patriarcales sont encore en vigueur ». La satire de celui qui manque d’éducation, est rude, amère, hélas passablement réaliste…

      Monstrueux au sens propre est la chimère, mythologique et rêveuse en sa polysémie, ce qui entraîne notre essayiste à énumérer les « monstres d’aujourd’hui » : Hitler, Staline ou « les tueurs en séries, les violeurs ». Alors que pauvre monstre humain reste Quasimodo, qui « demande seulement qu’on l’autorise à être », même si c’est l’idéaliser. Il y a ceux qui font peur, comme Satan, « l’implacable ennemi de l’humanité », ou le « Wendigo » cannibale qui hante les forêts du nord du Québec. Ceux qui font rêver comme l’hippogriffre, merveilleux cheval volant au service du héros, parmi le poème de l’Arioste, Roland furieux, où règne « une logique poétique sauvage ». Ainsi demeure la dichotomie entre le bien et le mal.

      Une fois de plus, autant les plus anciens « amis littéraires » que les plus récents (l’on aurait pu ajouter Harry Potter) entraînent l’écrivain et moraliste à réfléchir sur notre temps, voire à d’étonnantes extrapolations, comme lorsque le biblique Jonas le conduit au statut des artistes de Ninive qui pourrait être le nôtre. Pourtant, le rappelle Alberto Manguel, « la fiction n’est ni comptabilité ni dogme et ne délivre ni message ni catéchisme ». Ce voyage parmi les héros littéraires de l’imaginaire est aussi érudit que joliment hétéroclite, animé par un aimable talent de vulgarisateur, goûteux à souhait, revitalisé de rapprochements imprévus, qui donnent à chaque fois une irrésistible envie de se plonger, ou replonger, dans les romans - voire les comics pour Superman - qui leur donnent vie. Ce recueil de Monstres fabuleux se déploie comme une galerie de peintures, éminemment intelligente et stimulante.

 

 

 

 

 

 

 

 

     

      Notre auteur a parfois commis des romans plus vastes[13], des récits plus ténus, voire, diront les détracteurs, plus maigres, quoiqu’associant l’érotisme du voyeur et l’art photographique[14]… Mais s’il faut choisir un texte narratif emblématique, son Retour, quoique mince en pagination, est d’une réelle intensité. Intensité de la dynamique narrative d’abord et de la déflagration produite par le souvenir ensuite.

      Nestor, antiquaire romain, reçoit une invitation à un mariage. C’est l’occasion de retrouver une Argentine oubliée, ou occultée. Dès l’aéroport, les rues bondées, il fait la première rencontre d’un fantôme de son passé… Quitte-t-il le sol de la réalité, des coïncidences perturbées par la fatigue du décalage horaire ? S’agit-il de fantasmes excités par le retour du refoulé de sa jeunesse estudiantine, des manifestations, des interventions policières, de l’exil précipité ? Peut-être est-il entré dans le royaume des ombres, si l’on imagine que ses anciens amis, étrangement inchangés, ont été tués par la répression fascisante… Peu à peu, les apparitions et disparitions, au détour d’une rue, dans un café soudain introuvable, emportent Nestor dans une spirale d’inquiétude et de culpabilité : pendant que ses amis étaient dévorés par les geôles de la police, il profitait d’un exil aussi rapide que facile. Un autobus apparemment réaliste finit par l’emporter sur le terrain d’un Luna Park qui fleure bon les retrouvailles autant que la danse macabre aux Enfers…

      Si l’on se demandait comment unir réflexion sur les années noires du fascisme argentin et bacchanale fantastique, comment l’éthique de l’essayiste rejoint celle du raconteur d’histoires, nul doute qu’Alberto Manguel nous ait offert une réponse magistrale grâce à ces fantômes argentins.

 

      Notre essayiste lit comme Alice parcourt le pays des merveilles. Pour interroger et comprendre un monde parfois absurde, armé des lampes des livres dans la nuit des rayonnages. Il serait évidemment injuste de ne voir en lui qu’un disciple et lecteur officiel de Borges[15] au paradis des bibliothèques et des contes ; assurément sa voix, quoique prudente, est aussi universelle, de par son cosmopolitisme, de par l’acuité de sa pensée, que singulière. Si le « point final » est pour nous tous un « memento mori », souhaitons à notre cher Alberto Manguel bien d’autres points à démêler de la clarté de sa langue. Non sans lui assurer la suprême consolation future : ses livres ont une place irréfragable dans nos bibliothèques.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alberto Manguel : Une Histoire de la lecture, Actes Sud, 1998.

[3] Manguel : La Bibliothèque, la nuit, Actes Sud, 2006.

[4] Voir : Eloge de vos folies contemporaines, à l'occasion d'Erasme et Jean-Francois Braunstein

[5] Alberto Manguel : Dans la forêt du miroir. Essai sur les mots et le monde, Actes Sud, 2000.

[8] Voir : Généalogie et encyclopédie de Dracula et autres vampires

[9] Alberto Manguel : M. Bovary & autres personnages, L'Escampette éditions, 2013.

[10] Voir : Alberto Manguel, le cheminement dantesque de la curiosité

[12] Alberto Manguel : Dernières nouvelles d’une terre abandonnée, Seuil, 1999.

[13] Alberto Manguel : Un Amant très vétilleux, Actes Sud, 2005.

[14] Alberto Manguel : Chez Borges, Acte Sud, 2003.

 

Photo : T. Guinhut.

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 15:20

 

Valdoviño, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Roberto Bolaño,

poète métaphysique & romancier politique

en ses Œuvres complètes.

 

 

Roberto Bolaño : Œuvres complètes I, II,

traduits de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio et Jean-Marie Saint-Lu,

L’Olivier, 1244 et 1182 p, 25 € chaque.

 

 

 

      Le « secret du mal », est probablement autant métaphysique que politique. Même si une esquisse de Roberto Bolaño portant ce titre[1], se révèle aussi décevante que vide, rien de tel que ce météorique écrivain chilien, qui trouva son impressionnante acmé avec 2666[2]. Le sens de son être au monde lui échappa longtemps. Seule d’abord la poésie sut le questionner, avant que ses romans, de plus en plus aiguisés et monstrueux, viennent le conforter, ainsi que son épouse et ses enfants aimés qu’il ne put voir grandir et auxquels il dédia ses derniers chefs-d’œuvre. Son espérance politique crut trouver son idéalisme dans le régime socialiste d’Allende, quoiqu’en son lucide esprit elle fut plus tard désenchantée. Car elle fut bientôt soufflée par une « tempête de merde », selon les derniers mots de Nocturne du Chili. Celle du fascisme de Pinochet. Entre des amis disparus dans la conflagration, trois jours de prison pour sa petite personne délivrée par d’anciens camarades de collège devenus policiers, l’expérience fut pour le moins traumatisante ; et formatrice. L’exil, des rivages pacifiques aux rivages méditerranéens, mexicain, puis espagnol, le laissera sans cesse nostalgique de cette période édénique explosée. Sa vie d’écrivain (1953-2003) sera consacrée à fouiller autant les épiphanies poétiques et amoureuses que les tumeurs de la révolution châtrée. Or c’est dès le gigantesque volume premier de ses Œuvres complètes, qu’explosent les trois directions génériques de la créativité bolañienne, soit les poèmes, puis les récits d’Appels téléphoniques, enfin les roman titrés Amuleto et Etoile distante. Ainsi la dimension éthique et esthétique de l’univers de l’écrivain chilien ne peut être sous-estimée.

 

      Ce monstrueux et tout autant séduisant volume premier des Œuvres complètes de notre cher et indispensable Roberto Bolaño nous emporte d’abord au sein d’une Université inconnue : celle de la poésie. Lui qui fut « élevé auprès de puritains révolutionnaires », prétend écrire « Une poésie qui peut-être plaidera pour mon ombre dans des jours futurs ». N’en doutons pas : il a, devant l’éternité, gagné sa cause.

      Une sorte de mouvement parodique incite le jeune poète à jouer avec les codes du fin’amor et des troubadours, dans son cycle anachronique consacré à « Guiraut de Bornelh : « Ils plagieront mes vers pendant que je travaille seul en Europe ». Cependant les vers libres se répandent dans la cataracte une poésie réaliste, inquiète, violente parfois, parfois fort noire : « j’attends ma fin du monde personnelle ».

      Dans Proses de l’automne à Gérone, des proses poétiques autobiographiques parcourent d’abord comme un « kaléidoscope » la ville catalane. Le poète est inquiet de son droit de séjour, suite à son exil du Chili, puis du Mexique, et de « l’argent comme cordon ombilical qui te relie aux jeunes femmes et au paysage »… Cinquante-sept « rêves » font « Un tour dans la littérature », où Kafka « voyait brûler le monde », où Pérec « avait trois ans et pleurait, inconsolable ». Le panneau central du triptyque est un fabuleux poème mi-épique, mi-lyrique, au souffle sombre et heurté, qui raconte un voyage vers un « Pérou légendaire » par quelques Chiliens. De leur « bouche ouverte […] sortent / Les rêves : des empreintes / Fossiles / Colorées avec la palette / De l’apocalypse. »

      Tout aussi fulgurants sont les poèmes de ces Chiens romantiques[3] qui, auprès du mal, aboient à la lune de la liberté, de l’amour et de la poésie… Parfois cette dernière a, chez notre malheureux chien littéraire pistant les énigmes du monde, la rapidité omnivore de Ginsberg, parfois elle a l’émotion bouleversante du poème presque testamentaire et néo-classique dédié à sa « Muse » : tour à tour à « seize ans », tour à tour dans la maturité, elle est « l’ange gardien » qui le protège « lors des jours terribles de l’aventure incessante […] dans les ruelles / des tueurs », quand il est son « sillage radieux ». Parmi des vers libres que l’on pourra juger inégaux, se détache un trio dédié aux « détectives », qui sont la mise en abyme d’un plus immense roman : Les Détectives sauvages[4], parmi lequel il voit « les livres de questions que personne ne résout / Les archives ignominieuses ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En une réelle lucidité, et non sans amertume, il prend ses distances avec le mythe révolutionnaire : « La révolution s’appelle Atlantide / Et elle est féroce et infinie / Mais elle ne sert à rien ». Le pathétique, y compris en faisant l’amour à des femmes plus inquiètes encore que le poète, côtoie le morbide : « J’avais vu la mort copuler avec le rêve ». On a la sensation terreuse d’entrer « Dans la salle de lecture de l’Enfer » où feuilleter « un recueil de poèmes de terreur », recueil explosif, enfin en tous les volets du retable poétique, que l’on regrette d’ailleurs de ne pas être bilingue.

      Nombreux sont ici les inédits poétiques, comme ces « Poèmes perdus », parmi lesquels l’on ne peut que s’émouvoir devant « La beauté. Sujet de composition. » Cette dernière n’est pas avare : « Dans la cour il y a de l’herbe de la rosée et des ordures », alors qu’une jeune fille vient prendre son thé. Elle regarde « le squelette / d’une bicyclette […] qui est la Beauté, et pas la mort. / Pas l’amante sauvage / - la mort - / qui court dans les rues / du sommeil […] La jeune fille boit du thé […] Comme une sainte / elle franchit la clôture / et commence à se diluer / dans les chardons et l’herbe haute. / Tel est le sujet de la composition : / La Beauté apparait, se perd, / Réapparaît, se perd »…

      Loin d’être idéaliste, notre poète est parfois plus polémique, plus cru, en ses « Manifestes et positions » : les poètes latino-américains, directeurs de revues et lecteurs d’édition, sont « Accrochés à leur parcelle de pouvoir […] décidés à défendre / Leurs châteaux contre l’assaut du Néant / Ou des jeunes […] à faire disparaître / Des anthologies les éléments subversifs ». Ce sont « les Neruda / Et les Octavio Paz de poche/ Dindons farcis de pets prêts à parler de la mort ». Ainsi le spectre poétique de Roberto Bolaño ratisse large, entre lyrisme et engagement.

      Parmi les quatorze récits ponctuant les Appels téléphoniques, où se glissent assez souvent des éléments autobiographiques, trois sections organisent ces appels à la terreur et à la pitié, comme dans la tragédie vue par Aristote : la première obéit titre du recueil, la seconde s’appelle « Enquêteurs », la dernière « Vie d’Anne Moore ». Au moyen d’une limpide écriture, et percutante par éclats, les personnages émrrgent de la banalité. Comme ce vieil écrivain qui échange des lettres avec le narrateur, alter ego de notre auteur, des tuyaux sur des concours de nouvelles, des photographies sur laquelle Miranda, la jeune fille du premier, fait fantasmer le second qui écrit un long poème où elle rencontre Gregor Samsa (de La Métamorphose de Kafka) « au fond d’un couloir de brouillard dans lequel se mouvaient imperceptiblement les masses sombres de la terreur latino-américaine ». C’est aussi une ancienne star du porno, un drôle de type que le narrateur appelle « le ver » et qui postule « l’explosion de la réalité », alors qu’Anne Moore voit « le visage maculé de terre de la réalité ». Un auteur, « B », écrit un livre qui contient le portrait masqué de « A », un auteur à succès, médiocre et pontifiant. C dernier s’est-il reconnu, alors qu’il en a fait une élogieuse critique ? Jusqu’à l’angoisse, « A » le harcèle d’appels pour connaître un fin mot qu’il ne connaîtra pas, jusqu’à l’absurde. Les écrivains se bousculent dans ces nouvelles, ceux du groupe français de la revue Tel Quel, autour de Philippe Sollers[5], mais aussi un hétéronyme, « Arturo Belano ». Et peut-être le plus ironique, le plus profond de ces récits est-il « Un autre conte russe », dans lequel un conscrit Espagnol engagé du côté des Allemands sur le front russe et torturé par les partisans, découvre le pouvoir salvateur de l’art, car en criant « con », un interprète comprend « Kunst » ! L’on devine que la méprise invalide la grâce métaphysique, à moins que le hasard venu de la personnalité du tourmenteur permette de valider l’essentialité de l’art, soit, en toute occurrence bolañienne, de l’écriture.

      Quelle secrète amulette protège Auxilio Lacouture ? Amuleto raconte en effet l’aventure insolite et terrifiante de « la mère de la poésie mexicaine ». L’autonomie de l’Université mexicaine ayant été en 1968 violée par la police, la jeune fille se réfugie dans les toilettes des femmes du quatrième étage, où elle restera cloîtrée pendant treize jours sans manger. C’est pour elle l’occasion de ranimer son passé, de réciter des vers, de ressasser ses inquiétudes, sa solitude devant la menace. Politique et onirique, le texte se développe en évocations prenantes, malaxant ses amours troublées, ses rencontres, où l’on retrouve Arturo Belano qui a failli disparaître dans les tourmentes révolutionnaires. Mais aussi en cauchemars et en visions : comme lorsqu’elle passe la tête dans un miroir et voit « une énorme vallée inhabitée », peut-être « la préfiguration de la vallée de la mort, car la mort est le bâton de l’Amérique latine ». Comme lorsque les dernier mots évoquent « notre amulette » : un chant de guerre, de « hauts faits héroïques d’une génération entière de jeune Latino-Américains sacrifiés, j’ai su que par-dessus tout ce chant parlait de la bravoure et des miroirs, du désir et du plaisir ».

      Le présent volume se referme sur la conflagration des artistes et du fascisme, au travers des exactions de Pinochet et de ses sbires, qui animent le maelström d’Etoile distante ; et c’est là un des plus grands romans de Roberto Bolaño, avec Nocturne du Chili[6] et 2666, au chiffre diabolique, que nous avions analysés dans un précédent essai[7]. Mais une relecture n’est pas de trop.

      Les jeunes poètes contemporains de Salvador Allende rêvent avant 1973 de « temps nouveaux », sachant « confusément que souvent les rêves se muent en cauchemars ». En ce sens il s’agit là d’Etoile distante. L’insolite dandy Ruiz-Tagle attire les regards des ateliers de poésie, autant que les splendides sœurs jumelles Garmendia. Quelque chose « palpitait dans l’ombre » de l’homme distant qui, dit-on allait « révolutionner la poésie chilienne », mais qui n’est peut-être pas de gauche… Le coup d’Etat militaire, « finale du championnat du monde de laideur et de violence », vient bouleverser un paradis originel. Pire, Ruiz-Tagle, alias le lieutenant Carlos Wieder, est un meurtrier à la solde du fascisme, qui, au-dessus de la prison où séjourne le narrateur, écrit des poèmes dans le ciel avec son avion : « les poèmes d’un nouvel âge de fer pour la race chilienne » ! C’est à cet égard que Bibiano annonce vouloir écrire « un livre, une anthologie de la littérature nazie américaine », évidente mise en abyme du livre de Roberto Bolaño lui-même[8].

 

      Les comparses de cette épopée poétique disparaissent dans la répression fasciste, ou écument quelques temps les luttes révolutionnaires en Amérique centrale, avant de mourir à leur tour, ou encore s’exilent, deviennent traducteurs. Et là, « plus de la moitié des histoires sont falsifiées ou ne sont que l’ombre de l’Histoire réelle ». Les destins ne sont pas brillants, comme dans le cas de Soto, pour lequel « entre Tel Quel et l’Oulipo, la vie a décidé et choisi la page des faits divers ». Quant à Carlos Wieder, après une exhibition aérienne et poétique à peine lisible dans l’orage, il ouvre une exposition de photographies de corps torturés par le régime qui fait vomir ses spectateurs, publie dans des revues comme « Le Quatrième Reich argentin » et conçoit un « wargame ». De plus en plus, il s’efface, devenant une légende fantasmagorique et irrattrapable : « Carlos Wieder voyait le monde comme un volcan ». Son histoire «  se coule dans un poème héroïque » ; n’en reste que, selon l’employée mapuche des sœurs Garmendia, « La rage pure, monsieur, l’inutilité pure ». Peut-être a-t-il fait partie des « Ecrivains Barbares », qui défèquent sur les plus grands livres de façon à parvenir à « l’assimilation réelle des classiques ». Enfin la quête aboutit, vingt ans plus tard, en Catalogne : « il ne ressemblait pas à un assassin de légende »… La capacité borgésienne de créer un auteur aux pseudonymes invraisemblables et à l’incroyable œuvre putative est ici à son comble. L’univers bolañien prolifère comme une hydre à cent têtes, dont celle d’un collectionneur américain qui voit dans le hasard le « mal absolu », celle d’un policier payé pour retrouver Carlos Wieder et qui pense qu’un Jean Valjean est « trouvable dans le creuset des villes latino-américaines ».

      Finalement, malgré son apparente promesse éthique et métaphysique, la poésie n’est pas une assurance de l’individu contre le mal, au contraire. Des personnages attachants, énigmatiques ou abominables, un réel suspense, un mystère prégnant, une tendresse désabusée, une mélancolie décapante, une hauteur de vue incalculable, une déréliction métaphysique et politique, tout est réuni pour faire d’Etoile distante un diamant littéraire de la plus trouble eau.

      Ce premier opus de ces Œuvres complètes, qui en compteront six pour s’achever en 2022 avec la sommitale édition du roman 2666, malgré sa richesse indubitable et ses inédits poétiques, ne manque pas de laisser le lecteur perplexe. L’éditeur prétend ne choisir ni une publication chronologique, ni thématique, ni générique, mais une voie transversale ; qu’est-ce à dire ? Pourtant la première solution eût été plus logique, plus claire… Il n’en reste pas moins qu’à chaque volume, toujours nanti d'inédits, un large panorama des enquêtes creusant l’âme humaine, ses déboires, ses joies et ses abîmes, autant que les voies impénétrables de l’Histoire, est ouvert. À chaque parution, les facettes de l’écrivain s’opposeront, se répondront, bien au-delà du réalisme magique latino-américain, marqué par Carlos Fuentes et Gabriel Garcia Marquez, dans une perspective que dans sa jeunesse poétique, Roberto Bolaño appela l’infraréalisme.

      Quant au second volume, inénarrable, il offre des beautés déjà connues à redécouvrir, comme Monsieur Pain, avec un malade d'un incompréhensible hoquet, roman presque kafkaïen, et les portraits et biographies hallucinants de La Littérature nazie en Amérique latine, ou encore Des putains meurtrières, qui est presque un oxymore. Sauf que deux romanesques inédits - et non des moindres - ponctuent ce opus. Entre L'Esprit de la science-fiction et Les Déboires du vrai policier, nul doute que les circonvolutions bolañiennes entre les genres raviront l'inquiétude du lecteur...

 

      Mort en Catalogne en 2003 à cinquante ans, son foie n’ayant vécu qu’un demi-siècle, attendant une transplantation qui ne vint pas, nostalgique d’une jeunesse chilienne poétique à jamais perdue, confronté cette évidence du mal métaphysique qui nous atteint tous et du mal politique qui l’a brutalement frôlé sans l’annihiler, mais pour sublimer son prolixe travail littéraire, Roberto Bolaño n’a cédé qu’au mal biologique, celui de son corps. Cette première stèle, parmi les cinq autres à venir de ses Œuvres complètes, est à la fois un hommage funèbre et les premiers tableaux d’un polyptique sans autre dieu que la brutale et poétique réalité d’un chaos qu’ordonne la beauté de l’art. Car, comme dit ce poème talismanique tiré d’Une fin heureuse, la « Muse » peut-être « vue dans les hôpitaux / et dans la file / des prisonniers politiques ».

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Roberto Bolaño : Le Secret du mal, Christian Bourgois, 2009.

[2] Roberto Bolaño : 2666, Christian Bourgois, 2008.

[4] Roberto Bolano : Les Détectives sauvages, Christian Bourgois, 2006.

[6] Roberto Bolaño : Nocturne du Chili, Christian Bourgois, 2002.

[8] Roberto Bolaño : La Littérature nazie en Amérique, Christian Bourgois, 2003.

 

 

San Jorge y el dragon, Iglesia Santo Domingo y San Martin, Huesca, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 06:35

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Fantastique et anticipation

 

parmi Les Forces étranges de Leopoldo Lugones.

 

 

 

Leopoldo Lugones : Les Forces étranges,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Antonio Werli,

Quidam, 220 p, 20 €.

 

 

 

 

       Fantasmes proliférants, postulations de l’imaginaire, intrications du cosmos, des corps et des psychés aux fascinants et dangereux développements, voici les ressorts de la littérature fantastique, sans oublier l’effroi d’une transgression des forces de la nature qui ne reste pas impunie, a fortiori au moyen du châtiment eschatologique. Les puissances inconnues que recèle la matière, mais aussi l’esprit humain, voire animal, sinon celle du Dieu de l’Ancien testament, permettent aux Forces étranges de l’inoubliable Leopoldo Lugones de réaliser le grand écart entre les mythes anciens et les frontières les plus inatteignables de la science. Ainsi des mystères d’un passé antédiluvien aux hypothèses scientifiques les plus hardies, le scalpel verbal de Lugones découpe un portrait de l’humanité trouble et stupéfiant. Jorge Luis Borges ne put que s’incliner devant ces Forces étranges, recueil de contes paru en 1906 en Argentine, dont nous accueillons - non sans frémir - et avec bonheur la première traduction intégrale française.

 

 

      Est-ce la seule chronologie de l’écriture, ou une savante alternance thématique, qui ont guidé Lugones dans l’ordre de ses récits ? Qui sait. En tout état de cause pas le critère générique, puisque la première nouvelle, qui pourrait décourager un impatient lecteur par son initial exposé didactique sur les propriétés des ondes sonores, imagine la création d’un appareil, précisément, voire infiniment, destructeur, au moyen d’un son inouï. Ce ne serait qu’une anticipation scientifique si la désintégration du cerveau du génie méconnu ne pouvait être attribuée qu’à un accident. Ou à la malignité de sa créature, à moins qu’il s’agisse d’un suicide ingénieux, sinon d’un châtiment auto-infligé digne de la « Force Oméga » mise en œuvre. Laconique in fine, le narrateur laisse le lecteur en proie à des spéculations sans nombre… Autre récit sur les propriétés du son, « La métamusique », dans lequel un ingénieux savant conçoit un piano qui permet de voir les couleurs de la musique, jusqu’à ce que « l’octave du soleil » détruise ses yeux. Indubitablement, quoiqu’il soit le sixième du recueil, il faut le lire comme un écho du premier, laissant libre cours à une réflexion sur les connivences de la science avec le mal…

      Spécialiste de « la conductibilité des neurones », le Docteur Paulin invente quant à lui « le psychon », autrement dit un nouveau corps : soit « la pensée volatilisée ». Une fois cette dernière liquéfiée, il est possible « de réaliser son inclusion dans un métal », plus exactement des « médailles psychiques. Médailles de génie, de poésie, d’audace de tristesse ». Devinons que l’expérience n’est pas sans risques, d’extravagances, de folie… Qui sait s’il s’agit d’autre chose que du grand n’importe quoi. Nous n’aurons pas la naïveté de croire à de telles affabulations venues du spiritisme, qui restent pour le moins divertissantes, au mieux dignes d’illustrer les circonvolutions des projections de l’intellect. Cependant la science d’aujourd’hui n’approche-t-elle pas la pensée numérisée, l’intelligence artificielle et autonome[1] ?

      Autre science, la botanique, avec « Viola acherontia ». Un jardinier cherche « à suggestionner les violettes », de façon à ce qu’elles émettent un toxique mortel et parfait. Ces « violettes noires », en respirant les « poisons cadavériques » de plantes voisines, en observant des « scènes cruelles », en viennent à pleurer et « produire une pullulation de petits aïe très semblables à ceux d’un enfant ». Un tel maudit personnage deviendrait-il un criminel, serait-il digne d’entre au panthéon de L’Assassinat considéré comme un des beaux-arts de Thomas de Quincey ?

      La dimension scientifique perd peu à peu du terrain devant les forces du surnaturel. « Un phénomène inexplicable » commence comme en pays d’anticipation avec une conversation sur l’homéopathie, puis sur le choléra qui sévit dans les plaines argentines. Mais il bifurque bientôt sur les « sujets sensitifs » et l’hallucination. Le protagoniste, qui vécut aux Inde et voulut connaître le Tibet, se met à expérimenter les pouvoirs des yogis, au point de se dissocier « au cours d’un rêve extatique » : un singe ne le quittant plus, il a « perdu le concept d’unité », au point que le narrateur n’ait plus qu’à constater avec horreur que l’ombre de l’homme qu’il a dessinée est bien celle du singe. La dissociation de la personnalité, inscrite sur le mur et le papier est bien de l’ordre du fantastique. Autre singe, nommé « Yzur, dont l’espèce aurait perdu le langage. Toute une éducation, une « gymnastique des lèvres », viendront, qui sait, à bout du problème, à l’orée de la mort. Plus modeste, et plus brève, cependant également animalière, est « L’escuerzo », du nom d’un crapaud qui saura assurer sa vengeance contre son tueur.

      Pour rester dans l’animalité étrange, rejoignons une Antiquité fantasmatique. « Les chevaux d’Abdère », en Thrace, deviennent par la vertu de l’élevage et de l’éducation, des parangons de « l’humanisation de la race équine ». Mais bientôt leur révolte devient une guerre sanguinaire contre l’humanité ; seul un providentiel sauveur dont nous tairons le nom viendra clore le carnage. Il est assez évident que nous pensons à une réécriture réussie de l’épisode du pays des chevaux, dans Les Voyages de Gulliver de Swift.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Loin de Buenos Aires et des pampas argentines, un temps reculé, voire mythique, s’éloigne dans un Proche-Orient rêvé avec une précision suffocante. En ces récits, l’écriture est riche et sensuelle, luxueusement descriptive, comme en écho à celle de Flaubert dans Salammbô. Envoûtant est le second conte, peut-être le plus fascinant du recueil : « La pluie de feu. Evocation d’un désincarné de Gomorrhe ». En une cité à l’antiquité imprécisée, un homme vit parmi le luxe, les plaisirs, les esclaves et la luxure, et surtout « deux occupations majeures : lire et manger ». La cité libertine « savait jouir et vivre ». Pourtant, le soupçon de la superficialité hérisse le dos du lecteur, la tragédie ne saurait tarder : « une pluie de cuivre incandescent » s’abat violemment, se calme, reprend ; parmi les ruines embrasées il n’y a plus à se réfugier… Bien qu’aucun dieu ne paraisse responsable du phénomène - seuls les fauves pleurent « à je ne sais quelle divinité obscure » - aucune explication scientifique n’étant envisagée, la plaie eschatologique parait indubitable, la fin du monde sacramentelle… Le titre lui-même faisant allusion à Gomorrhe, donc à l’homosexualité féminine, l’on n’en voit guère trace dans le récit conduit avec une maestria, une beauté qui restera longtemps entêtante.

      Mais, non loin de « pommiers de Sodome », en un désert où « crépuscule et aurore se confondent dans une tristesse égale », un pèlerin raconte l’histoire du moine Sosistrate, cénobite qui « était devenu presque transparent » et « avait atteint la sainteté ». Hélas, quoiqu’il l’ignore, c’est Satan qui lui suggère d’aller libérer « la statue de sel », cette femme de Loth qui fut châtiée par la colère de Yahvé. Il saura ainsi ce que coûte une sacrilège curiosité… Près de Jérusalem, en l’an 1099, la main du chevalier Wilfrid, restée clouée sur la croix, saisit le chef arabe au cou et l’étrangle, avant de devenir une relique…

      Plus avant encore, « L’origine du déluge » emprunte le vocabulaire de la chimie,  de la géologie et de la zoologie pour décrire un phénomène mythique. L’intrusion cosmique de l’élément aqueux, entraîne l’apparition de créatures improbables. L’une d’entre elle jaillit littéralement de l’évocation d’une medium qui dépeint cette diluvienne révélation : « Au fond de l’évier, gisait, pas plus grande qu’un rat, mais parfaitement formée et magnifique, irradiant mortellement sa blancheur, une petite sirène, morte ».

      Peu à peu, l’on voit se tisser des thèmes récurrents, des répons au sens musical du terme, explorant les propriétés du son, les analogies entre l’homme, le singe et le cheval, les expériences paranormales, alors que notre écrivain goûtait le spiritisme, et les explorations fantasmatiques d’un passé légendaire. Mais aussi le fil rouge qui relie les allusions bibliques et chrétiennes, voire mythologiques, qui relèvent du châtiment divin, même en l’absence du dieu.

      Rien n’interdit de lire le dernier texte, titré Essai de cosmogonie en dix leçons, comme un récapitulatif des précédents contes, sur le mode du théoricien et conférencier, depuis l’origine de l’univers, en passant par les atomes, jusqu’à « l’intelligence de l’univers » et la « réincarnation humaine ». Bien que l’on se doute que notre conteur ait considéré ces dix exposés fait par un mystérieux discoureur nocturne comme le couronnement de l’édifice, n’est-on pas en droit de penser qu’il s’agit de la partie la plus faible du recueil, en tant qu’il n’a plus la « force étrange » des contes qui le précèdent ?

 

      Ces douze nouvelles, et une novella, car l’Essai de cosmogonie en dix leçons est un peu plus ample, avec une cinquantaine pages à la lisière de l’essai, sont au croisement de l’univers scientifique d’un Jules Verne ou d’un George Herbert Wells et de celui fantastique du Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson. La splendeur de la langue (il faut là remercier le traducteur), la puissance de suggestion, le scrupule scientifique et les hardiesses de la spéculation font du nouvelliste un virtuose.

      L’Argentin Leopoldo Lugones, aux moustaches piquantes et aux lunettes incisives, fut un drôle de bonhomme. Né en 1874, mort en 1938, il devint très vite une figure-phare de la poésie moderniste, dans le sillage de Ruben Dario, avec son recueil Las Montanas de oro, qui bouillonne de l’exaltation de la passion amoureuse. Il amplifia bientôt ses perspectives en commentant le vaste et célèbre poème épique El Gaucho Martin Fierro, de José Hernandez, pour reprendre ce même registre épique avec La Guerre gaucha, un recueil de récits, qui usa de la langue gauchesque. Cependant l’homme oscilla de l’anarchisme au fascisme, du ni dieu ni maître à la foi en un homme politique providentiel, en un nationalisme étatique, militariste et belliciste. Ses discours à la gloire du fascisme, ses textes antiféministes sont tristement remarquables, d’autant que, comme nous le confie le traducteur et préfacier, Antonio Werli, son fils Polo devint chef de la police et tortionnaire du régime d’Uriburu. En 1938, profondément déçu de ses engagements politiques, il se supprima, selon le mot de Borges, en mêlant le cyanure au whisky.

      De son père spirituel Ruben Dario (1867-1916), il tenait cette propension à parler, « comme une chose usuelle, d’apparitions diaboliques, de fantasmes et de duende[2] », y compris en vivant au cœur de temps scientifiques. Et malgré l’incontestable talent de Leopoldo Lugones, il faudra attendre la génération suivante, celle de Bioy Casares et de Borges, pour que cette littérature, jugée alors à peu près indigne, soit dans le monde hispanique, réhabilitée. Il est probable que son roman, El Angel de la sombra, puisse mériter d’être chez nous traduit. Roman ésotérique et théosophique, il narre une histoire d’amour entre un poète pauvre à la cinquantaine appuyée et une jeune fille de bonne famille (ce qui a une dimension autobiographique). Le sentimentalisme voisine avec un érotisme passablement décadent, encore une fois des éléments scientifiques voisinent avec ceux fantastiques…

      Il n’est pas étonnant que son art du récit fantastique soit l’objet de l’admiration de son compatriote et en quelque sorte descendant, Jorge Luis Borges[3], au point que ce dernier lui dédia son essai intitulé L’Auteur. Et qu’il le qualifie de « maître de tous les mots », capable d’« illustres édifices verbaux[4] ». Il est pour lui le plus prestigieux homme de lettres de son temps et il n’est pas douteux qu’il puisse admirer son art impeccable de la narration, sa capacité de conduire le récit à l’aboutissement de son imparable logique, du réalisme le plus solide au fantastique le plus vacillant sur la pente du surnaturel, en l’inéluctable direction de sa chute surprenante autant qu’effrayante. Sans compter que la lisière s’effaçant entre les genres du récit dramatique et de l’essai didactique et spéculatif, il puisse avoir contribué à la genèse des fictions borgésiennes.

 

 

      Tout semble banal, en un espace et une vie de voyageur de commerce parfaitement réalistes, lorsqu’une métamorphose animale saisit Grégoire Samsa : le pitoyable anti-héros de Franz Kafka est irrémédiablement changé en vermine. En la préface de son Anthologie du fantastique, Roger Caillois prétend à juste titre que le fantastique « manifeste un scandale, une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel[5] » On ne le confondra pas avec le merveilleux, dont sa petite sœur la fantasy, où règne sans ambages le surnaturel, avec le concours de génies, dragons, sorciers, enchanteurs et autres animaux parlants. « Est-ce possible ? » se demandent tous les auteurs et lecteurs de ces récits et romans inquiétants. C'est ainsi qu’à son tour Todorov définit le genre : « Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par une être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel[6] ». Entre rationnel et irrationnel, il s'agit plus de donner une forme à nos interrogations scientifiques irrésolues, à nos questionnements métaphysiques, plus de figurer nos peurs, que de représenter le seul réel. Sans compter le plaisir de s'adonner aux spéculations de l'imaginaire, aux fantasmes de la psyché. Voilà qui convient tout à fait pour qualifier les nouvelles de Leopoldo Lugones, quoiqu’une poignée d’entre elles ressortissent plus exactement de l’anticipation, qu’en 1905 l’on n’appelait pas encore science-fiction. Si l’on n’a guère d’idée de ce qui a pu être à l’origine de la kafkaïenne métamorphose, hors peut-être une psyché désastreuse, les désastres individuels et de l’humanité entière, sont chez Leopoldo Lugones causés par des Forces étranges, en d’autres termes les mystères de la nature humaine et par-dessus tout d’un univers qui la dépasse.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Ruben Dario : « La larva », Antologia hispanica del cuento fantastico, Qualea editorial, 2015, p 189, traduit par mes soins.

[4] Jorge Luis Borges : Essai sur Lugones, 1955, cité par Jean-Pierre Bernes, dans Borges, Œuvres complètes II, La Pléiade, Gallimard, 2016, note page 4, p. 1136)

[5] Roger Caillois : Anthologie du fantastique, Le Club Français du Livre, 1958, p 3.

[6] Tzvetan Todorov : Introduction à la littérature fantastique, Seuil, 1970, p 29.

 

Biblioteca de Corias, Cangas de Narcea, Asturias. Photo : T. Guinhut.

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 19:48

 

Gladiateur mourant, Museo Correr, Venezia, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Des cendres du XX° siècle aux cendres du père

par Jorge Volpi,

romancier, historien et autobiographe.

 

 

Jorge Volpi : Le Temps des cendres,

traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli,

Seuil, 544 p, 22,80 € ; Points, 608 p, 8,80 €.

 

Jorge Volpi : Examen de mon père,

traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli, Seuil, 272, p, 21,50 €.

 

 

 

 

      Après la génération du Boum latino-américain, voici celle du Crack. La première était celle de Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez et autres incontournables qui firent de ce continent un nouveau pôle de la littérature mondiale. Depuis les années quatre-vingt-dix, de plus jeunes auteurs contestent les thèmes obligés des anciens : nationalisme, mythes et histoire locale, engagement politique, et se proposent de dépasser le cercle étroit des frontières… Ces sept plumes de la génération du Crack (parmi lesquels Ignacio Padilla et Eloy Urroz) comptent un chef de file : Jorge Volpi, né en 1968. Posant qu’il ne peut y avoir de grands écrivains sans grands sujets (certes un point de vue discutable) il récidive avec plus d’ambition que jamais et dans un esprit empreint d’un cosmopolitisme sans faille en prenant à bras le corps la guerre froide, l’Union soviétique et les Etats-Unis, puis la sortie du communisme. Après À la recherche de Klingsor[1], il en résulte une impressionnante fresque romanesque traquant Le Temps des cendres, celui de l’immense et terrible XX° siècle. Mais le nouveau colosse des lettres mexicaines sait aussi se découvrir une plume plus intimiste, mêlant dans Examen de mon père anatomie et autobiographie, en une construction réellement originale.

 

      C’est avec une catastrophe symbolique qu’explose le cheminement romanesque du Temps des cendres : celle de Tchernobyl. La faillite de l’industrie nucléaire soviétique est celle de son régime à l’économie planifiée, aux cerveaux mis au pas, aux concurrences balayées, aux individualismes souffletés. Après ce prologue, on assiste à la présentation de personnages apparemment divers qui pour la plupart sont des femmes. Leur rôle mésestimé dans l’Histoire paraît ici magnifié. Une biologiste russe nommée Irina s’est marié avec un parfait « homo sovieticus » devenu dissident, Arkadi Granine. Au-delà de l’Atlantique, Jennifer Moore, Américaine, travaille au FMI, tandis qu’Eva Halasz, une Hongroise immigrée devient un génie de l’informatique. Sans compter Alison, militante antimondialisation, écologiste terroriste et sœur de Jennifer, et la fille d’Irina, Oksanna, adolescente dérangée, chanteuse suicidaire, qui s’évade parmi les poèmes d’Akhmatova[2] avant d’être assassinée. Tout ce petit monde anime et reflète les tensions et les évolutions de notre planète pendant la fin du XX° siècle. La surenchère militaire effrénée entre les deux grandes puissances, la mondialisation capitaliste, les soubresauts d’un tiers-monde corrompu (du Zaïre au Mexique), les découvertes scientifiques, de l’industrie pharmaceutique au génome humain, tout est brossé à la faveur de ces femmes allégoriques.

      Selon une recette éprouvée, le narrateur alterne le récit des destinées individuelles pour faire le portrait d’une vaste époque de transition. Elles sont à New-York, Moscou, en Palestine ; partout, comme dans un show trépidant d’informations, où bouge le sang de l’Histoire, qu’il s’agisse de la vie, du progrès scientifique et économique, et de la mort. Volpi ne semble pas regretter la faillite des utopies communistes, mais peut-être son inquiétude, à la limite du catastrophisme, est-elle excessive lorsqu’il dépeint tant de démons : tyrannies diverses, course aux profits, manipulations génétiques et bactériologiques. Certes, le romancier peut être un avertisseur, mais à la condition de garder conscience du fait qu’il est plus facile de faire frémir ses lecteurs avec les spectres de la peur qu’avec la lucidité éclairée de la raison. L’avenir n’est pas que « cendres », n’oublions pas l’amélioration des conditions de vie et de démocratie d’une bonne partie du monde…

      Même si, décantant une documentation impressionnante, Volpi est d’un didactisme un peu froid, on lui accordera une grande puissance d’évocation historique. A moins de regretter que lui et sa génération du Crack, en refusant le réalisme magique de leurs aînés, aient perdu un élan qui aurait pu donner à ce beau et sérieux roman à la construction un brin artificielle une autre dimension : celle de la liberté romanesque, de la fantaisie poétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Nombre de biographies et d’autobiographies, comme il se doit, commencent par la naissance. Lors de l’Examen de mon père, Jorge Volpi, lui, commence par la mort, quoique ce soit également la naissance d’un livre. Décès, cendres et « urne d’albâtre » précèdent le récit des derniers mois et jours de déchéance du père au cours du premier chapitre ou « Leçon 1 » : « Le corps ou Des obsèques ». Car ce sont, selon le sous-titre, « dix leçons d’anatomies comparées », en un livre dont la structure est à elle-seule une réussite. Elle nous conduit d’organe en organe, depuis « le cerveau », jusqu’au « foie » ; mais à chaque nouvelle anatomie, en un rappel de l’ancienne théorie des humeurs et de ses quatre tempéraments, le voyage est également temporel et psychologique, de « la vie intérieure » à « la mélancolie ». Cette dernière est non seulement celle terminale du père, mais enfin de la mère, heureusement passagère et due à une hépatite, qui est une infection du foie. Notons à cet égard que l’écrivain a commis un ouvrage intitulé El Temperamento melancolico[3].

      Il y a quelque chose d’encyclopédique dans cet ouvrage : ce micro Décaméron est l’encyclopédie d’un homme, autant père que chirurgien, mais aussi des savoirs qui l’entourent, comme, à tout seigneur tout honneur, la chirurgie, dont les maîtres historiques furent au XVI° siècle Ambroise Paré (auquel il consacra une sourcilleuse et enthousiaste étude) et Vésale. Les cadavres sont disséqués, écorchés, dessinés à la Renaissance, puis, en passant par « La leçon d’anatomie » de Rembrandt, soumis en 1995, à la « plastinisation » et exposés, à la lisière de l’art contemporain et de l’éducation médicale. Ainsi l’art paternel s’inscrit dans l’histoire des sciences et des arts.

      Il faut alors plonger dans ce cerveau, « cette gélatine de neurones », pour trouver « cette vie intérieure qui se dissipe après la mort ». Le moi est-il une « illusion » du cerveau ? L’intellectuel est un brillant chirurgien, quand son fils, « un cérébral », est d’abord, et pour cette raison même, chahuté, vilipendé par ses camarades : « l’intelligence est toujours seule ». En conséquence, l’introspection règne ici en maîtresse, mais toujours en s’appuyant sur les avancées de la science, concluant par exemple que la mémoire est sans cesse retravaillée, recomposée, ainsi que le fait l’écrivain pour projeter ses fictions. D’où la difficulté de la démarche autobiographique : « Comment écrire cet Examen de mon père alors que j’arrive tout juste à le saisir, que son image glisse comme du sable entre mes doigts, si je biaise mes souvenirs de lui pour les ajuster à mon actuel dessein ? »

      La main est celle « Du pouvoir ». Elle est l’occasion de la dextérité chirurgicale paternelle, mais aussi de la direction éducative, et, nonobstant, de la désobéissance des fils : « je suis devenu un athée et un gauchiste », d’où son étude de « ces braises toujours incandescentes du pouvoir analysés par Foucault ». Et l’on n’est pas sûr qu’il s’agisse là de réel libre-arbitre. Il n’en reste pas moins que devenu secrétaire du Procureur général de la ville de Mexico lui permit « d’observer la tension qui régnait au cœur du parti au pouvoir ». On se doute qu’il y a peu de plus belles écoles pour un apprenti romancier. Qui reste persuadé de la nocivité de « l’idéologie néoconservatrice ou néolibérale », thèse que l’auteur de ces modestes lignes critiques ne partage guère, quoiqu’il partage cette profession de foi : « je crois que nous ne pouvons agir autrement qu’en nous opposant à l’idéologie qui nous jugule ».

      D’une manière convenue, le cœur est associé aux passions. Notre auteur dresse une histoire de la représentation de cet organe sanglant, palpitant et aimant. Il se sait touché par la nécessaire empathie humaine, au point de devoir répéter une antienne politique qui a fait long feu, quoiqu’avec une légère prudence : « Pour aussi gnangnan que cela puisse paraître, je redirai que le cœur est à gauche. Mais il se pourrait que je me trompe ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Et même si Jorge Volpi nous parle avec toujours autant de talent de « L’œil ou Des vigilants », des « jambes ou Des marcheurs », de « L’oreille ou De l’harmonie », ou de « La « peau ou des autres », c’est au pied du mur que l’on attend le maçon biographique et autobiographique : là se dressent « Les parties génitales ou Du secret ». Que le lecteur est donc voyeur ! Bien que d’une pudeur victorienne, le père cachait Justine de Sade et Histoire d’O. Pendant ce temps, une autorité religieuse bien intentionnée apprenait à l’enfant que se masturber était tuer « une vie en naissance » ; ce qui lui permit, plus tard, en un juste retournement des choses, de quitter toute religion. Voilà un chapitre qui donne l’occasion à son auteur de défendre le mariage pour tous, contre tous ceux qui font profession d’« exiger que l’on prive de droits d’autres citoyens ». Et de dénoncer les harcèlements et viols commis par des religieux mexicains dont l’influence voguait jusqu’au Vatican, dans un Mexique « sous une double dépendance : la drogue et l’abus sexuel de jeunes garçons et d’adolescents »… C’est avec ténacité qu’il se scandalise des interdits qui tendent à faire « croire que la contemplation de la nudité puisse être pernicieuse ». Loin d’enfoncer des portes ouvertes, l’écrivain moraliste reste d’une pertinente actualité, si l’on pense aux ridicules censures de Facebook et, sur un autre versant des religions, aux voiles jetés sur la féminité, auxquels il ne manque pas de faire, quoique brièvement, allusion.

      Ainsi de nombreuses strates culturelles et sociales occupent la mémoire et l’action, du chirurgien, depuis les praticiens et les artistes de la dissection, comme de l’écrivain, dont le travail de dissection s’intéresse à ce qu’en d’autres temps l’on aurait appelé l’âme, cet immatériel conglomérat qui fait notre personnalité propre. De plus, cet essai autobiographique et d’histoire des sciences, voire d’histoire littéraire et philosophique tant les allusions aux lectures de l’écrivain sont nombreuses, d’un genre heureusement hybride, est judicieusement illustré de gravures anatomiques anciennes en noir et blanc.

      L’autopsie physique et mentale de Jorge Volpi peut se lire en trois niveaux : le père, le fils et le Mexique en son entier, « inépuisable exhibition de cadavres », « corps et morceaux de corps exposés dans les rues ». Car le corps du pays est en voie d’agonie politique, dévoré par le socialisme, et criminelle, achevé par les conflits liés à la drogue, tel que le voient d’une manière plus dangereusement romanesque Carlos Fuentes dans La Volonté et la fortune[4] ou Roberto Bolano dans 2666[5]. En effet la vie d’adulte de son père  « s’est déroulée entre le massacre de Tlatelolco - celui des étudiants abattus par les forces armées, en 1968, en plein Mexico, sur la Plaza de las Tres Culturas - et les désastres de la guerre contre les narcotraficants qui tourmentèrent sa vieillesse, en passant par la succession ininterrompue des crises politiques et économiques ». Prenant une indubitable ampleur, l’écriture devient une « autopsie de cette nation de menaces et de cadavres ».

      Outre que ce triptyque, père, fils et Mexique, est une variante sécularisé de la Sainte Trinité, il montre combien nous sommes faits, autant que d’une machinerie organique et neuronale, d’un univers historique, scientifique et culturel. Reste à se désolidariser, comme il le réclame, d’une culture étroitement nationaliste, venin qui n’affecte pas que le Mexique.

      « Ce livre est la continuation de mon combat contre mon père », confie Jorge Volpi, pointant « son intransigeance morale ; son catholicisme ; son conservatisme ». Le memento mori se double d’un règlement de compte, voire du meurtre symbolique du père, au service d’une accession à la liberté de son moi, même s’il est bien entendu déterminé par sa biochimie. Néanmoins, l’hommage filial, non sans tendresse, reste sans cesse palpable : « « je suppose que j’écris des livres parce que j’aspire à prolonger son engouement pour la narration »…

 

 

      Le cosmopolite Jorge Volpi se fit remarquer par un vaste roman qui aurait pu être écrit par un américain ou un allemand érudit tant en histoire contemporaine qu’en physique : A la recherche de Klingsor[6]. Il y brassait l’épopée nazie à l’occasion d’une quête acharnée du responsable secret du projet atomique hitlérien par les alliés. On pense à d’autres fresques romanesques voisines comme celle de l’américain Vollmann dans Central Europe[7]. Fidèle à son tropisme géopolitique, Le Temps des cendres ne dément pas cette ambition romanesque grimpée sur l’escabeau de l’histoire et de la philosophie politique, où s’acharnent et tombent héros et anti-héros. Essayiste et romancier abondant, Jorge Volpi céda aux moutons de Panurge en écrivant un Contre Trump[8]. Sans nul doute, il y a quelque chose de plus authentique dans la démarche inaugurée par Examen de mon père. La littérature n’étant pas faite pour seulement briller comme un nouveau Tolstoï au sommet de la guerre et de la paix, il convient également de lire et de projeter vers son lecteur un cerveau réalisé, tant sous forme de corps que de livre. Ainsi faut-il souhaiter que soit bientôt traduit son essai Leer la mente[9], sous-titré « le cerveau et l’art de la fiction ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Temps des cendres a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2008.

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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 09:47

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Le jardin luxuriant du Brésil :

Arts primitifs et populaires ; Poésie,

une anthologie du XVI° au XX° siècle.

 

 

Benjamin Péret : Les Arts primitifs et populaires du Brésil,

Editions du Sandre, 216 p, 35 €.

 

La Poésie du Brésil, Anthologie du XVI° au XX° siècle,

par Max de Carvalho, Chandeigne, 1512 p, 42 €

 

 

 

      À la fois européen et profondément exotique, amazonien, le Brésil fascine. Ses multiples strates culturelles vont des plus secrètes tribus de l’enfer vert intérieur au raffinement de la langue portugaise, en passant par les contrées les plus étonnantes, des fleuves colossaux au Sertao semi-aride, sans compter un développement économique insolent, parfois fort inégal. Trois identités, indienne, africaine et européenne, forcément multiples, s’y croisent. Entre les arts primitifs et ceux populaires collectionnés dans l’ouvrage de Benjamin Péret, une inventivité polymorphe témoigne des personnalités diverses des populations, quand l’écriture poétique, du XV° au XX° siècle, au service de laquelle Max de Carvalho nous offre une anthologie profuse, emprunte des voies profondes et pétillantes.

 

      Une fois de plus, après son magnifique Petrus Borel[1], c’est un livre rare que nous offrent les éditions du Sandre. Hélas, son auteur n’eut pas le bonheur de le voir publié. La carrière de Benjamin Péret (1899-1959) fut celle d’un poète surréaliste, fidèle à l’auteur du Poisson soluble, André Breton. Amateur goulu d’écriture automatique, d’érotisme et de rêves échevelés, humoriste fieffé ne dédaignant pas de s’attaquer aux plus sacrés fétiches, virtuose des images baroques, Benjamin Péret fomenta un titre en forme de contrepèterie, Les Rouilles encagées, qui eut bien du mal à être publié parmi les foudres de la censure. Volontiers pamphlétaire avec Le Déshonneur des poètes, il crut longtemps s’honorer d’être trotskiste et communisme, et partit se battre en Espagne contre le Franquisme. Plus loin, en épousant une cantatrice brésilienne, il découvrit -outre plus tard le Mexique- le Brésil d’où naquit un projet pourtant achevé qui faillit à jamais disparaitre.

      Car à la poésie et ses nombreux recueils s’ajoute chez Benjamin Péret une passion toute exotique, dans le meilleur sens du terme : l’ethnographie, soutenue par la photographie, non loin de la démarche de Michel Leiris, dans L’Afrique fantôme. Il aimait s’aventurer par-delà la beauté classique, explorer les merveilleux et l’étrange, le caractère primitif et naïf des artistes villageois et oubliés. Ce pourquoi il fomentait ce livre, Les Arts primitifs et populaires du Brésil, qui était resté dans des cartons et partiellement publié dans quelques revues. Dommage qu’en son temps, car réalisé en 1955 et 1956, il n’ait pu paraître, car il eût pu se faire une modeste place auprès des Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss[2], paru, rappelons-le, en 1955, et qui s’attache principalement aux naturels brésiliens.

      Aujourd’hui le politiquement correct nous imposerait de dire « Arts premiers », comme au magnifique musée parisien du Quai Branly ; or l’éditeur a eu la décence de conserver le titre originel du poète, qui n’entendait évidemment pas mépriser les indigènes des forêts et des plateaux brésiliens. Au contraire, puisqu’il s’agit ici d’un impressionnant corpus photographique engrangé par Benjamin Péret, de façon à collectionner, comprendre et goûter des productions précolombiennes, indiennes et populaires, aussi bien urbaines que rurales. Sous la houlette de Jérôme Duwa et Leonor Lourenço de Abreu, ce soigneux et généreux cahier photographique est précédé de trois articles illustrés paru dans les revues d’art Marco Polo et L’œil, ici intelligemment reproduites en fac-simile.

 

      « Des êtres d’une autre planète, en général d’une gaieté tout à fait enfantine » ; ce sont pour Péret ces premiers Brésiliens sans le savoir, dont il observe les productions dans une démarche plus poétique que scientifique. Ce sont évidemment des photographies noir et blanc, sauf lorsqu’il s’agit « d’art plumaire ». À cet égard la couverture de ce beau livre ne rend peut-être pas justice à la revigorante beauté des œuvres présentées. Voici d’abord, d’étranges figurines et vases aux décors animaliers, simiesques et schématiques, venus du Haut-Amazone, aux pieds des Andes, qui ressortissent de l’art précolombien. Puis des vestiges des « arts de fête et de cérémonie », c’est-à-dire des masques, bijoux et pendentifs, ornés de plumes aux intenses couleurs miroitantes, venus des Indiens des plaines et des forêts, qui sont à la fois festifs et sacrés.

      Bien différents sont les objets de l’art populaire, métissés d’Indiens, de Blancs et de Noirs. La superstition anime les ex-voto et autres amulettes, l’humour colore les figurines humaines naïves, les jouets et les poupées, comme lorsque l’on voit un homme en blanc et casque colonial manier un appareil photo sur pieds devant un paysan ou un policier arrêter un ivrogne, en une amusante satire des mœurs et du quotidien. Et, bien sûr, maintes scènes agraires, avec du bétail et des chevaux montés, ou encore des animaux sauvages, des forêts et des eaux, jusqu’à une désopilante sirène. Et si l’on peut penser que certaines productions sont plus négligeables que d’autres, qu’importe, tout un monde lointain, dans le temps et l’espace, s’éveille, sans prétention au grand art académique, comme une métaphore poétique inattendue et cependant riche du sens des cultures.

      Il n’est pas interdit de se demander si Benjamin Péret voyait tous ces objets comme des talismans surréalistes, tels que ceux que collectionnait compulsivement André Breton. Pensée mythique et magique, poésie ludique, tribale et anonyme, sont au rendez-vous des cultures. Ils restent également des témoignages des trois voyages de l’ethnologue qui enlacent presque le Brésil entier. Et en connaissance de cause un hommage à ces créateurs qui n’avaient pas conscience de faire œuvre d’art, à la lisière de ce que l’on appelle sur un autre continent l’Art brut[3], mais dont Benjamin Péret reconnait l’intention esthétique indéniable.

 

 

      S’il faut signifier l’origine de la poésie, qui est universelle, elle vient, comme l’Eros platonicien, de Poros et Penia, l’abondance et le manque, qui sont constitutifs de notre humanité et de notre faculté créatrice. Ainsi, à l’égal des beautés immenses de la nature et des luxuriants jardins brésiliens, le Dialogue des splendeurs du Brésil, une prose poétique de la fin du XVI°, fait-il l’éloge d’ « un je-ne-sais-quoi de vert et de rafraîchissant qui font les grands paysages ». Le traditionnel éloge poétique de la nature répond à un autre suave cliché quand José Bonifacio chante au XVIII° le manque amoureux : « Et t’oubliant, je cherche à t’aimer davantage », cultivant le paradoxe… Les constantes, les réalismes et les folies et de la poésie s’épanouissent à mesure que le continent brésilien se peuple et se développe : voyage des sens, exubérance de l’intellect, interrogation métaphysique devant l’inconnu et indispensable déclaration d’indépendance esthétique. Comme sous la plume de Ronald de Carvalho (1893-1935), s’adressant à « L’Amérique toute entière » : « Tes poètes ne sont pas de cette race de serfs qui dansent aux cadences des Grecs et des Latins, / Tes poètes doivent avoir les mains sales de terre, de sève et de limon, les mains de la création ! »

C’est en quelque sorte à ces derniers versets que répond l’un des plus grands poètes brésiliens, Carlos Drummond de Andrade (1902-1987) :

« Je ne suis qu’un homme.

Un petit homme au bord d’un fleuve.

Je vois les eaux qui coulent et je ne les comprends pas.

Je vois seulement qu’il fait nuit parce qu’on m’appelle de la maison.

J’ai vu que le jour se lève puisque les coqs ont chanté.

Comment pourrais-je te comprendre, Amérique ? »

      Une grande béance se révèle à nous, feuilletant cet élégant volume : comment-avions-nous pu jusque-là ignorer une telle poésie d’outre-Atlantique ? Qui respecte d’abord les modèles portugais (avec une belle « Glose à un sonnet de Camoens », l’auteur des Lusiades, en quatorze strophes), tout en s’en émancipant jusqu’aux plus folles libertés de la modernité, jusqu’aux abîmes de l’identité. Ainsi Orides Fontela interroge son reflet : « le miroir dévore / la face » ; ou, cassant les dés du vers, l’inquiétante étrangeté de l’univers : «  Voir / l’envers du soleil les / entrailles / du chaos les / os. / Voir. Se voir. / Ne rien dire. » Et pendant que Mario de Andrade propose dans son « Nocturne de Belo Horizonte » une ode au Brésil entier, Luis Aranha compose un délire autobiographique en vers libres intitulé « Poème giratoire »…

      Une telle somme, sans compter préface et notices biographiques, heureusement bilingue, est continentale, à l’échelle de l’immensité du Brésil : cent-trente auteurs, mille cinq cents pages, cinq siècles et plus de mythes, de métaphores et de rimes, embrassant le récit des origines par les chamans indiens autant que l’importation du sonnet ou du poème en prose. L’arcadisme cultive les beautés naturelles, le romantisme s’exalte en son lyrisme, où « La poitrine aspire goulûment l’air de la vie » (Gonçalves Dias) parmi les grands espaces… Parnassiens et symbolistes précèdent les modernistes, parmi lesquels Ribeiro Couto est « ce révélateur tropical des tendances nouvelles ». L’amplitude des registres est en effet confondante : depuis le volontiers satiriste et sonnettiste baroque Gregorio de Matos qui se moque de Bahia en constatant que « La misère est le lot de quiconque ne vole pas », jusqu’à l’amateur de « bananes tachées de mort », l’auteur du vaste « Poème sale », Ferreira Gullar.

      Si l’on peut conseiller des découvertes étonnantes, on ira à la recherche de « La psychanalyse du sucre » et de « La parole à hauteur d’homme du Sertao » confiées par Joao Cabral de Melo Neto. Ou à la rencontre de « L’Océan viril et ses testicules d’or », par Haroldo de Campos, et de « la douceamère plainte des sereines ». De même, on succombera à la beauté énigmatique d’Agbar Renault : « Vous, poètes, vous ne connaissez pas l’amertume d’être ou de n’être pas poète / lorsque le monde scintille en douleur et se concentre en eau pour scintiller ». Mais aussi au testament de Mario Quintana :

« Qu’on me laisse avec quelques poèmes tordus

que j’aurais cherché en vain à redresser…

Quelle belle chose que l’Eternité, mes chers morts,

pour les lentes tortures de l’Expression !... »

      Plus loin, parmi les « deux millions d’habitants » de Rio, Carlos Drummond de Andrade conte sa solitude qui est la nôtre, et si aucune femme ne « reçoit cette tendresse », seul le poème « sauve de l’anéantissement / l’instant et la tendresse folle / que je brûle d’offrir ».

      Offerts au détour de ces pages savantes et affectueuses, les poètes sont les « bucoliques arcadiens de la Pléiade ultramarine », en passant par les gongoristes, « l’Académie des Oubliés », les odes whitmaniennes, le métissage ethnique et l’école bahianaise, jusqu’au modernisme d’Haroldo de Campos, parfois hermétique et mallarméen, déroulant ses images et ses créations linguistiques inédites. Ainsi, la richesse de ces écritures poétiques est proprement stupéfiante, comme lorsqu’Adelia Prado qui est « un ténia dans l’épigastre de Dieu », annonce : « Je n’aurai pas cette sérénité des portraits ». Voilà de quoi  inviter le lecteur à l’humilité : qui sait si, entre des pages encore infeuilletées au parfum d’exotisme tenace, ne réside pas le Génie du poème…

      Peut-être est-il parmi les vers de Nauro Machado (né en 1935), en son lyrisme oraculaire et sombre :

« Après le coït de l’aurore et de la nuit,

après l’inceste de l’ange avec les ténèbres

pourquoi, mère, avoir engendré un visage humain,

lui donnant cette conscience d’être un loup

qui dévore les pâturages du silence ? »

 

      C’est à un véritable sauvetage que ce sont livré nos deux éditeurs. D’œuvres menacées de disparition, qu’il s’agisse du travail de Benjamin Péret ou des productions de dizaines d’artistes anonymes, qui ne prétendaient pas faire art. Ces figurines, ces plumages sont des portes ouvertes sur tout l’univers des ethnies qui ont précédé la poésie venue d’Occident. Cependant n’avaient-elles pas leur poésie orale ? En effet l’anthologie, également ethnologue, et menée de main de maître par Max de Carvalho, commence par « Trois mythes des Indien du Xingu », par des « Chants et charmes d’amour indiens », avant que le XVI° siècle ne connaisse au Brésil la poésie écrite et imprimée en portugais. Même si Cecilia Meireles se demande « quels clairvoyants avertissements pourraient / donc bien lancer des voix mortelles », la clairvoyance de l’anthologiste, toujours susceptible d’oublier et de méconnaître, parait ici suffisamment généreuse. Au point que l’on imagine d’accoquiner ce volume, soudain devenu indispensable, avec les anthologies bilingues de poésie de la Pléiade…

 

 

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 16:43

 

Aguilar de Campoo, Palencia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Mario Vargas Llosa, romancier engagé

 

contre les tyrannies corrompues

 

et en faveur de la démocratie libérale :

 

Aux cinq rues, Lima ;

 

coffret Pléiade.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mario Vargas Llosa : Aux cinq rues, Lima,

traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Daniel Lefort, Gallimard, 304 p, 22 €.

 

Mario Vargas Llosa : Œuvres romanesques,

sous la direction de Stéphane Michaud,

La Pléiade, coffret deux volumes, 1936 p et 1904 p, 145 €.

 

 

 

 

 

      Au travers des fenêtres de la vie privée, la presse à scandale ouvre les draps, qu’ils soient propres ou sales, des personnalités en vue, hommes ou femmes. Semblablement, mais avec une autre hauteur de vue, le romancier ouvre ses pages aux vies intimes, solaires, sombres et scabreuses, mais aussi aux secrets pourris des vies publiques et des vices des dictatures. À cet égard, commencer un roman aux visées politiques par une lumineuse page coquine -en l’occurrence une scène lesbienne- sans risque de se voir pourfendu par le romanesquement correct est l’apanage des plus grands. Ainsi Mario Vargas Llosa, fort de ses dizaines de livres, de son prix Nobel de littérature, et de son apparition dans un somptueux coffret de la Pléiade, ne risque guère de perdre l’estime qui lui est due si la suite d’Aux cinq rues, Lima est aussi savoureuse que d’importance. Ce que sans peine l’on vérifiera tant l’action, enlevée, pleine d’effrois, de surprises et de plaisirs, est au service de la liberté, journalistique, politique, sexuelle…

 

      Que vaut cet instant de liberté saphique dans un pays, le Pérou, en proie aux attentats et aux enlèvements perpétrés par les terroristes maoïstes du « Sentier lumineux » ? Pire, si possible, le pays, autour des « Cinq Rues, nombril des Hauts Quartiers » délinquants de Lima, est livré aux crocs des journaux à scandales les plus graveleux et haineux…

      Avec la maîtrise qui lui est coutumière, le romancier alterne en ses chapitres un couple de jeunes femmes qui se découvrent amoureuses et s’en vont batifoler à Miami, un couple d’amis (leurs maris), puis un journaliste dont la profession consiste à racler les cabinets d’aisance de ses contemporains péruviens pour en dévoiler les fesses cachées, et ainsi faire baver ses lecteurs, d’envie et d’hypocrite dégoût. Rolando Garro, tyrannique rédacteur en chef de Strip-tease, n’a que haine pour toute l’humanité qu’il s’attache à salir et vilipender en son magazine, sans reculer devant le chantage, le tout avec une « perverse génialité ». Car « le voyeurisme est le vice le plus universel qui soit ». Avec un cynisme outrecuidant -et cependant salutaire en sa qualité de révélateur- Garro prétend satisfaire tout le Pérou en « sa curiosité morbide, son appétit des ragots, ce plaisir immense dispensé aux médiocres ».

      Enrique Cardenas, riche ingénieur de Lima, « dieu de l’Olympe industriel du Pérou », confie à son ami Luciano, avocat de son état, un dossier de photos compromettantes que lui a remis l’infâme Garro : « Une orgie […] au milieu de ces grosses putes peinturlurées comme des perroquets ». N’est-ce qu’un sordide chantage, qui le forcerait à investir dans l’entreprise éditoriale titrée sans ambages Strip-tease, qui ne se gênera pas pour exhiber en couverture le pauvre Enrique effectuant un « 69 », ou une manipulation venue du « Docteur », le « propre conseiller de Fujimori » et chef du Service de Renseignement ? Alors qu’il « finance une bonne partie de ces immondes feuilles de chou, pleines de gros mots et de filles à poil, qui roulent dans le caca ceux qui critiquent le gouvernement ». On devine qu’ici se pose le problème de la collusion de la liberté de la presse, du respect de la vie privée et de la diffamation, que toute société empreinte de démocratie libérale se doit de résoudre.

      Un drôle de personnage, « la Riquiqui », apparente anti-héroïne, journaliste de modeste extraction et d’une ruse incomparable, paraît être d’abord l’âme servile de Garro et de Strip-tease. L’on saura cependant bientôt comment cette héroïne fait sa conversion à la dignité du journalisme, au nom du courage, de la vérité, de la liberté et de la justice : ainsi elle viendra contrecarrer les machinations de l’oligarchie dictatoriale. Jusqu’à ce que, aussi bien en matières conjugales que politiques, intervienne un « happy end »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Personnages hauts et bas en couleurs, sensualité tour à tour délicieusement torride et grassement sordide, sûreté psychologique et palpitant suspense, bassesse du scandale et de la foule, meurtre abject, rebondissements, arrestation expéditive, réalité sociale misérable et enfin acuité de la conscience politique, font d’Aux cinq rues, Lima, indépendamment de sa modeste taille, une œuvre morale et politique, capitale enfin, indispensable addenda à l’œuvre prolifique de Vargas Llosa. Qui est le personnage le plus représentatif, voire symbolique du roman ? Peut-être Juan Peineta, récitant de poèmes, qui prostitue son art, qui commet « un crime contre la poésie », moqué, giflé, dans l’émission télévisée « Les Trois Guignols » ; et qui ferait un coupable idéal tant il détestait et dénonçait la cause de sa ruine : ce Garro que l’on a trouvé assassiné d’affreuse manière. Car le public est méprisable, mais bien moins que la police politique. A moins qu’il s’agisse des femmes, au choix la « blondinette » ou « La Riquiqui »…

 

      La satire de la presse de caniveau, des tabloïds à scandale et de la marécageuse sous-culture du divertissement et du spectacle[1], mise en relief par Mario Vargas Llosa pourrait être un second volet ajouté à celui d’Umberto Eco dans Numéro zéro[2]. Plus largement, le roman engagé embrasse, outre cette satire, celle des délires terroristes des maoïstes du Sentier lumineux, celle du Pérou tout entier, à l’occasion du gouvernement corrompu de Fujimori, élu alors que notre romancier s’était présenté aux élections présidentielles en tant que libéral. Est-ce à dire Mario Vargas Llosa règle ses comptes personnels, remâchant sa déception ? D’autant qu’il fut lui-même la proie des journaux à scandale à l’occasion de son divorce d’avec la femme avec qui il avait partagé un demi-siècle de vie… Sa hauteur de vue, son universalisme, sont au-dessus de cette petitesse. Il règle plutôt ceux du Pérou, vérolé par la tyrannie, la corruption, les trafics de drogue. Ce en prise directe avec l’Histoire, puisque le « Docteur » est bien Montesinos en personne et sans fard, l’âme damnée du Président Fujimori (qui assit son pouvoir sur un coup d’Etat) d’ailleurs tous deux jetés depuis en prison à vie pour crimes contre l’humanité. Notons au passage que la fille du dit Fujimori perdit les élections de 2016 en faveur de Kuckzinski... En passant par le détour romanesque et ses personnages fictionnels, le réalisme de l’écrivain dresse un tableau acide et néanmoins plein d’espérance d’un pays qu’il aurait aimé voir devenir une véritable démocratie libérale, animée par le libéralisme économique et politique[3].

 

 

      L’impressionnante Œuvre romanesque de Mario Vargas Llosa est prise en écharpe parmi le coffret Pléiade aux deux volumes, qui va de La Ville et les chiens, paru en 1962, aux Tours et détours de la vilaine fille, en 2006, soit huit romans, sur un total d’une vingtaine, sans compter les essais et le théâtre. Certes il fallait faire des choix dans une œuvre profuse, autour de ses deux plus magistraux opus, La Guerre de la fin du monde et La Fête au bouc, qui sont l’apogée de ce coffret. Faut-il avouer cependant que nous regrettons l’absence (il y eût fallu un troisième volume) du diptyque formé par l’Eloge de la marâtre[4] et Les Cahiers de Don Rigoberto[5], qui mettent en scène l’éducation érotique du jeune Alfonsito, et ne sont pas sans rappeler l’espiègle bonheur des deux couples d’Aux cinq rues, Lima. Voilà qui permet au romancier de contribuer à la liberté sexuelle et féminine. De même l’héroïne aux multiples facettes et identités de Tours et détours de la vilaine fille, s’attache à faire un pied de nez aux conventions, y compris machistes. Car misère et répression sexuelle sont également les cibles du délicieux libertin qu’est notre écrivain. Que ce soient l’autoritarisme de droite ou le dogmatisme de gauche, entre Conversation a La Catedral et Histoire de Mayta, tous deux sont conspués pour leur pruderie et leur hypocrisie. Le satirique sommet est atteint avec Pantaleon et les visiteuses, dont le lieutenant éponyme établit un bordel militaire, flottant en Amazonie, et régi par des règlements cruels et ubuesques.

      Dans chacun de ses romans -et si seulement quelques-uns sont pléiadisés, c’est implicitement qu’ils le sont tous- « le réalisme n’est pas incompatible avec la rigueur esthétique la plus stricte », comme il le professe dans son « Avant-propos », non sans s’émerveiller avec reconnaissance et modestie de se voir investi dans cette collection qui l’a longtemps nourri. On retrouve cette profession de foi, dans un article de 1967, lors de laquelle il s’agit de « faire du récit un objet verbal qui reflète le monde tel qu’il est : multiple et océanique[6] ». Ces derniers adjectifs nous éloignent d’un réalisme servile et plat, comme en témoigne le chapitre « Tourbillon » d’Aux cinq rues, Lima, animé par une polyphonie qui brasse toutes les voix du roman.

      Dernier feu du « boom latino-américain », après Borges et Cortazar, Garcia Marquez et Onetti, Fuentes et Paz, mais à l’écart du réalisme magique, notre romancier est de plus le fils spirituel de Flaubert, de Faulkner et de Cervantès. Ses premières œuvres romanesques, comme La Ville et les chiens, roman d’apprentissage situé dans une école militaire, et Conversation à La Catedral, du nom d’un bar sordide de Lima, sondent les reins d’un pays fourvoyé dans la corruption et dominé par une dictature militaire ; qui n’hésita pas à opprimer les Indigènes d’Amazonie, comme le confie La Maison verte. Engagé, le romancier l’est à plus d’un titre, dénonçant les tyrannies bourgeoises et familiales dans La Tante Julia et le scribouillard, les théocraties au travers du personnage du prophétique fanatique religieux appelé « le Conseiller » dans La Guerre de la fin du monde, les dictatures, comme celle de Trujillo à Saint-Domingue, dans la magistrale Fête au bouc, ou encore le colonialisme dans Le Rêve du Celte[7] (non retenu en Pléiade). En une opposition signifiante, Le Paradis – un peu plus loin, confronte la permanence de l’utopie aux contraintes du réel, au travers de Fora Tristan et de son petit-fils, le peintre Gauguin, en un subtil contrepoint. Ne manquent plus, mais peut-être sera-ce dans une autre vie, que les mises en œuvre littéraire du chavisme vénézuélien, ce socialisme fomenteur de pauvreté, et de l’Islam, pour tenter d’échapper à la virulence des doctrinaires…

      Travailleur acharné, Mario Vargas Llosa n’a pas mésestimé de faire profiter autrui de son expérience et de son art de conteur. En écho aux Lettres à un jeune poète de Rilke[8], les Lettres à un jeune romancier montrent que non seulement « la description de tout objet, même le plus insignifiant, élargie dans un sens totalisateur, conduit purement et simplement à cette prétention utopique : la description de l’univers ». Mais encore que « cette inquiétude face au monde réel qu’alimente la bonne littérature peut, dans certains cas, se traduire aussi par une attitude de révolte contre l’autorité, les institutions et les croyances établies[9] ». La passion pour la littérature de l’écrivain péruvien, évidemment communicative, est bien, et irrépressiblement, au service des libertés, de vision, de pensée et d’action, qu’il s’agisse de la vie privée ou de la vie politique.

 

      Infatigable, outre son palais romanesque et les innombrables articles d’un journalisme élevé qui emplissent à craquer trois volumes pour un total de 4500 pages[10], Mario Vargas Llosa, né en 1936, toujours vivifié par son jeune esprit, prépare non seulement un essai sur le journalisme, qu’il soit fouilleur de scandales ou tourné vers la dénonciation des pouvoirs corrompus et abusifs, mais aussi une autobiographie intellectuelle intégrant les penseurs du libéralisme[11], dont Adam Smith, José Ortaga y Gasset, Karl Popper, Raymond Aron, Jean-François Revel… Gageons que ce récit-essai certainement animé d’autant de pénétration politique et économique que de verve personnelle, de la part de celui qui fut d’abord communiste et partisan du castrisme en une jeunesse aveuglément idéaliste, et se mit à comprendre que le libéralisme (y compris en ce qu’il se doit de refuser l’Islam) est la meilleure voie de libération et de prospérité pour l’humanité, ne fera guère sourciller les vieux yeux pochés de marxisme de la non-intelligentsia française, puisqu’il en existe encore tant.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Mario Vargas Llosa : Eloge de la marâtre, Gallimard, 1990.

[5] Mario Vargas Llosa : Les Cahiers de Don Rigoberto, Gallimard, 1998.

[6] Mario Vargas Llosa : Piedra de toque I, Galaxia Gutenberg, 2012, p 392.

[8] Rainer Maria Rilke : Lettres à un jeune poète, Grasset, 1937.

[9] Mario Vargas Llosa : Lettres à un jeune romancier, Gallimard, p 130, p 15.

[10] Mario Vargas Llosa : Piedra de toque I, II, III, ibidem.

 

 

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 17:45

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Un Borges idéal, équivalent de l’univers :

 

 

Anthologie personnelle ou de l’Art de poésie,

 

 

suivi par Le Songe de Borges.

 

 

 

Jorge Luis Borges : Anthologie personnelle,

divers traducteurs de l’espagnol (Argentine), L’Imaginaire, Gallimard, 294 p, 9 €.

 

Jorge Luis Borges : L’Art de poésie,

Arcades, traduit de l’anglais par André Zavriew, Arcades, Gallimard, 140 p, 13 €.

 

Blanca Riestra : Le Songe de Borges,

traduit de l’espagnol par Aline Janquart-Thibault, Orbis tertius, 300 p, 19,90 €.

 

 

 

      Pour qui serait perplexe devant la torrentielle immensité des deux tomes de la Pléiade consacrés à Borges, Borges lui-même a pensé à faciliter la tâche. Cette Anthologie personnelle illustre à merveille l’adage selon lequel on n’est jamais mieux servi que par soi-même. N’en déplaise à qui regretterait tel texte manquant, où que concoctée en 1961 elle fasse forcément l’impasse sur une intense création postérieure, dont La Rose de sable ou Atlas, il peut s’agir là d’un Borges idéal. Reste alors à se demander quel miroir l’auteur des Fictions envisage de donner à son lecteur ; car c’est en ce miroir, en cet « art de poésie », que nous trouvons l’impossible pourquoi de la nécessité de Borges, sphinx allégorique et fascinant de la littérature. Au point qu'il donne lieu au pastiche, comme Le Songe de Borges, sous la plume de Blanca Riestra.

 

      L’imaginaire du bibliothécaire de Buenos Aires est le nôtre, du moins si nous consentons à percevoir pourquoi il nous fascine, nous importe et nous change. Il s’agit en effet d’un imaginaire proliférant, dont la démarche est à la fois celle du rêve nocturne, de la rêverie consciente et de la spéculation intellectuelle, que l’on dirait animé de perspectives jamais pensées à ce point avant lui : jusqu’à risquer un équivalent de l’univers. À cet égard, il peut paraître stupéfiant de constater que le maître des labyrinthes n’ait pas inclus en cette anthologie « La bibliothèque de Babel ». Choix trop évident peut-être. À moins que cette dernière soit ici implicite.

      Scrutant « la secrète morphologie de la sombre série » des crimes, l’écrivain n’agite les reflets de ses personnages que pour somptueusement illustrer une thèse : ils se répètent et répètent une histoire emblématique, un mythe, qu’ils soient chrétiens ou juifs, qu’ils soient de pauvres gauchos rejouant sans le savoir l’assassinat de Jules César, ou d’obscurs rebelles meurtriers éprouvant l’interchangeabilité des identités. Mieux encore, ils sont à la recherche des lettres du nom de Dieu, qui donnerait accès à « l’éternité -c’est-à-dire la connaissance immédiate de toutes les choses qui sont, qui seront et qui ont été dans l’univers. » C’est l’objet de « la Mort et la boussole », conte métaphysique et policier qui ouvre le recueil. Quoique, en une construction presque circulaire, labyrinthe où git le minotaure de son propre destin, la fin de ce recueil réanime les vengeances, les morts brutales, de gauchos, ou de victimes de la gestapo.

      En cet anthologie dont l’ordre n’est pas celui des recueils, mais à peu près thématique, histoires de crimes, de détectives, et déroulements fantastiques se succèdent. D’abord la fascination pour les ambitions et les combats de gauchos, cette « mythologie de poignards », de tango et de milonga, comme une conséquence d’une enfantine fascination pour des westerns argentins élevés au rang de l’Iliade. Ainsi, les limites au réalisme latino-américain, craquent sous la pression de l’épopée et du songe…

      Ensuite la mémoire et le temps, réfuté par une sorte de néoplatonisme issu de Berkeley ; ce que confirme Carlos Fuentes : « Borges, dans toutes ses histoires, observe un temps et un espace totaux qui, à première vue, peuvent seulement être approchés au moyen d’une connaissance totale. Borges, cependant, n’est pas un platoniste, sinon une sorte de néoplatoniste pervers. Il postule d’abord une totalité. Ensuite, il en démontre l’impossibilité[1] ». La preuve, l’hypermnésique Funes, surchargé de détails, « était presque incapable d’idées générales, platoniques ». Cependant un empereur chinois, dans « La muraille et les livres », brûle ces derniers pour « que l’histoire commençât avec lui », pour relancer les dés et « recréer le commencement du temps »… Plus loin et pendant le temps du « miracle secret », un Juif praguois se voit accorder une année pour achever son drame dans l’instant où il est fusillé par la soldatesque allemande…

      Bientôt les vertigineuses plaines argentines cèdent la place à d’autres vertiges : déserts et fleuves, mythiques et érémitiques, dans « Les ruines circulaires », où il s’agit pour un voyageur de venir « rêver un homme » et « l’imposer à la réalité », enfin « participer à l’univers ». Hélas, il faut se résoudre à n’être que « la projection du rêve d’un autre homme ». Une fois de plus le rêve est supérieur à la réalité faillible et manquante de l’individu.

 

 

      Qui contrôle les pièces d’échecs que nous sommes, les noms que nous sommes ? Les poèmes avivent cette inquiétude. À moins que nous servions à la naissance de quelques vers, comme le « léopard d’ « Inferno », qui « aura donné un mot au poème » ; comme « L’autre tigre », celui qui est « le tigre vocatif de mes vers » et « fiction de l’art ». D’un seul mot, le poète vole la totalité du « palais » de « l’Empereur Jaune », donc l’univers, ce pourquoi il mérite la mort…

      De l’emboitement des rêves on passe à la transmigration des âmes, comme celle du poète Omar al-Khayyami en celle de son traducteur Fitzgerald. Ce qui permet de corroborer la fascination borgésienne pour les savants et philosophes de Perse et de l’Orient, comme Averroès, « qui, prisonnier de la culture de l’Islam, ne put jamais savoir la signification des mots tragédie et comédie », alors qu’il tentait de lire Aristote. Cette quête, toujours incomplète, est une variante de celles qui s’adressent à Dieu et à ses noms, aux « Formes d’une légende » -celles des quatre formes de la vanité révélée à Bouddha- et par-dessus tout à la totalité éternelle et idéelle. C’est celle-là que tentent d’approcher les écrivains tutélaires, l’Arioste, Cervantès ou Shakespeare, ce dernier double de Borges, qu’il soit « l’Auteur », effrayé de devenir aveugle ou de n’être « comme moi, personne ».

      Au-delà du « zahir », cet objet qui obsède vainement la mémoire, « l’Aleph », du nom de la nouvelle centrale du recueil, offre à l’anti-héros Borges, sur la dix-neuvième marche de la cave (bientôt démolie), la révélation de la totalité de l’univers, occasion d’une affolante et somptueuse énumération, parmi laquelle la Béatriz disparue aimée par le narrateur révèle les lettres « obscènes, incroyables, précises » écrites à son cousin. Là, ce dernier, poète hautement ridicule, puise l’inspiration nécessaire à son projet de « versifier toute la planète ». Ce poème, évidemment fragmentaire, « qui semblait reculer à l’infini les possibilités de la cacophonie et du chaos », obtient pourtant le « Second Prix National de Littérature ». Celui que le narrateur nomme Borges en conçoit une humiliation qui vaut son pesant d’ironie. Cette nouvelle est bien l’une des plus subtiles, l’une des plus palpitantes, émouvantes et métaphysique du tigre des bibliothèques argentines.

      Partout, en toute son œuvre, Borges a eu l’ambition de nous confronter à l’équivalent de l’univers. Ce pourquoi, ce ne sont que contes, nouvelles, poèmes ; jamais de vastes romans, de système philosophique aux yeux plus gros que le ventre. « L’Aleph » est bien le grain de sable littéraire, l’agate fossile et lumineuse que son maître nous a évité d’avoir à longuement chercher parmi les milliards de livres improbables de « La bibliothèque de Babel ».

      Outre la vertigineuse richesse thématique et intellectuelle -même si le lyrisme amoureux[2] est ici, par pudeur, absent, sauf avec cette Béatriz peu dantesque- qui ne sacrifie ni le suspense ni la couleur locale, l’art de Borges est un art de l’écriture. Son style, caressant, parfois abrupt, prenant, enveloppant et d’une rare précision, même dans les arcanes et incertitudes du fantastique, s’orne de personnifications bien aptes à signifier que tout est parlant en son monde : « un ruisseau aveugle aux eaux fangeuses, outragé de tanneries et d’ordures », par exemple. Nous avons déjà noté les énumérations, comme dans « L’Aleph » : « Je vis la mer populeuse, je vis l’aube et le soir, je vis les foules d’Amérique, une toile d’araignée argentée au centre d’une noire pyramide, je vis un labyrinthe brisé (c’était Londres)… ». Mais à cet équivalent délicieusement artificiel, littéraire, de l’univers, il manque « La lune », constatent les quatrains du même nom…

      À feuilleter d’une main distraite ce volume, l’on ne peut pourtant manquer d’apprécier que les contes ou nouvelles en prose alternent avec les poèmes, d’ailleurs souvent bellement traduits en alexandrins, parfois même rimés : n’en doutons pas, chacun des deux ont autant d’importance, autant d’ « art de poésie », ont partie liée pour le maître de Buenos Aires.

 

 

      Quand le poète (1899-1986) voit que l’art est cette Ithaque / De verte éternité », l’essayiste et réunit six conférences prononcées à Harvard en 1967, dans la langue de Shakespeare, du moins de manière posthume, car retrouvées et publiées en 2000 (donc absentes en Pléiade) sous le titre L’Art de poésie, dont on ne sait s’il est apocryphe.

      « La poésie est l’expression de la beauté par l’intermédiaire de mots combinés avec art ». Cette juste définition parait sèche à notre conférencier. De même qu’une explication par le moi subliminal et l’inconscient de « L’énigme de la poésie » ; ce qu’il taxe de « termes plutôt frustes si on les compare au Saint Esprit et à la Muse ».

      Elle est aussi le siège de la métaphore, à condition qu’elle ne soit pas qu’une morte répétition, mais que vivante elle charme et emporte son lecteur. On la trouve à l’envi dans les trois plus grands poèmes narratifs de l’humanité, ces épopées élues par Borges : « celle de Troie, celle d’Ulysse et celle de Jésus ». Elle permet de recourir « à des mots de la langue de tous les jours et à faire en sorte qu’ils cessent de l’être, à en tirer des effets magiques », à moins de travailler avec des figures plus recherchées.

      Il est alors évident, parlant en anglais, que Borges devait aborder l’épineux problème de la traduction poétique. Le traducteur oscille entre une transposition littérale (qui ne l’est jamais tout à fait) et « la musique des mots ». En ce sens, il faut comprendre le poème « non avec la seule raison, mais avec une faculté plus profonde, l’imagination ». On devine que de nombreux exemples sont empruntés à Homère et Stevenson, aux Sonnets de Shakespeare[3], à Coleridge, Rossetti ou Chesterton, sans omettre Les Mille et une nuits.

      Certainement la dernière conférence, non sans auto-ironie un brin cabotine, est la plus savoureuse : « Le credo d’un poète ». Ce credo, « plutôt chancelant » n’est autre que celui de Borges lui-même, pas un instant pontifiant et parlant plus de ses erreurs (en particulier son manque de simplicité dans le conte « L’immortel ») que de ses réussites. Sa modestie lui permet de bien plus insister sur ses lectures, depuis l’enfance, que sur son œuvre : « Je pense que vous avez tort d’admirer mes écrits […] mais je trouve votre erreur généreuse ». Comptons néanmoins la grâce qu’il fait à ses auditeurs, quoique en espagnol d’autant plus musical, lorsqu’il conclue en lisant un stupéfiant sonnet sur Spinoza, qu’il dût polir comme les miroirs du philosophe : « Labra un arduo o cristal : el infinito / Mapa de Aquél que es todas Sus estrellas », ou « Il polit le cristal : carte infinie / De Celui qui est toutes Ses étoiles ».

      À propos d’erreur, on restera cependant fâché, non pas contre Borges, mais contre une note qui traduit de manière erronée le fameux hypallage de Virgile : « Ibant obscur isola sub nocte per umbram[4] ». Ce n’est pas, vous l’aurez reconnu, « Ils allaient solitaires dans la nuit obscure », mais « Ils marchaient obscurs sous la nuit solitaire » !

 

      Il faut un culot monstre pour emprunter la voix de l’immense Jorge Luis Borges. Et pourtant l’Espagnole Blanca Riestra, par ailleurs auteure d’une demie douzaine de volumes et née en 1970, l’a fait. Et non sans brio. On connait la cécité du maître, les jeunes lecteurs qu’il convia près de son oreille (dont Alberto Manguel). Il faut supposer ici que ce secrétaire de fiction est un de leurs avatars, attentif à l’imaginaire testamentaire de l’auteur de La Bibliothèque de Babel

      C’est à la veille de sa mort que ce dernier convie un jeune homme pauvre, pour « la transcription d’un rêve », « une indigestion de chimères ». Mais c’est d’un conte, ou  d’un « roman » qu’il s’agit, avec un vieux fossoyeur d’un cimetière juif de Prague, qui raconte sa jeunesse, autour de l’an 1609. Il y connut le roi Rodolphe, intrigua pour le tuer, tandis que des péripéties farouches, « des choses terrifiantes, indicibles », mais aussi un zeste d’amour en « Venusberg », se tramaient autour d’un manuscrit censé totaliser l’univers, mais peut-être faux…

      Les emprunts à la culture du début du XVIIème résonnent : on y découvre, une belle crucifiée, John Dee et un « manuscrit alpha » les astronomes Kepler et Galilée, un « astrologue » nommé Tycho Brahé, le jésuite Athanasius Kircher, un Marlowe qui est peut être Shakespeare. Les vertiges de l’identité tournoient parmi « le sacré et l’infâme ». Evidemment il s’agit de thèmes chers à Borges tel qu’en lui-même : crime et mélancolie, le retour du Golem, l’aleph, une structure labyrinthique… Mais loin de l’imitation servile, Blanca Riestra réussit un tour de force : laisser imaginer au lecteur que Borges se serait converti au genre inusité pour lui du roman. Cette mise en abyme, ce récit historique, fantastique et métaphysique serait-il un écrit posthume, un roman volé, une sorte de réincarnation… Salmigondis de motifs borgésiens ?  Plutôt un pastiche réussi.

 

 

      Borges « tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change[5] », celui à qui Dieu, « avec sa magnifique ironie / [Lui] fit don à la fois des livres et de la nuit », imaginait « le Paradis / Sous l’espèce d’une bibliothèque ». Il nous suffit de constater qu’un paradis est enclos, prêt à être sans cesse déplié, entre les pages de cette Anthologie personnelle. Loin d’être un exercice narcissique de son auteur, elle devient « personnelle » et idéale à chaque lecteur de bonne volonté, invitation à se plonger enfin dans les promesses populeuses des deux tomes de La Pléiade. En cette anthologie, en cet art de poésie, et pour paraphraser une citation caressée par l’aveugle miroir des bibliothèques, là où tant de choses de beauté sont une joie éternelle : « A thing of beauty is a joy forever[6] »…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Songe de Borges a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet 2013.

Une vie-d'écriture et de photographie

 

 

[1] Carlos Fuentes : La Gran novella latinoamericana, Alfaguara, 2011, p 155, traduit par mes soins.

[4] Virgile : Enéide, VI, 268.

[5] Stéphane Mallarmé : « Le tombeau d’Edgar Poe », Œuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, 1974, p 189.

[6] John Keats : Endymion, vers premier ; Poèmes, Imprimerie Nationale, 2000, p 102.

 

 

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 15:38

 

Rio de Naval, sierra de Guara, Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

César Aira, fantaisiste sérieux

 

des congrès de littérature et de magie.

 

 

César Aira : Le Congrès de littérature,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Marta Martinèz Valls,

Christian Bourgois, 112 p, 14 €.

 

 

 

      Quel adolescent n’a pas rêvé de ramener un trésor introuvable du fond des mers ? De dissoudre les pires créatures qui menacent l’humanité ? Retrouvons alors l’imaginaire bondissant de nos treize ans, mais pour l’associer à notre esprit critique d’âge mûr, en liant le dernier roman d’un Argentin facétieux. Car fantômes et super-héros, magicien et petite filles, s’amusent à nous piéger parmi l’œuvre de César Aira, qui est tout entière un Congrès de littérature, aussi fantaisiste que sérieux. Depuis Les Fantômes, jusqu’à son Anniversaire, écrit à l’occasion de son demi-siècle, alors qu’il a aujourd’hui soixante-sept ans, l’argentin César Aira est sans conteste un Magicien de la littérature, un burlesque grave, voire un parodiste patenté du postmodernisme.

 

      Un écrivain argentin, certainement un double de son auteur, est invité au Venezuela à un « congrès de littérature ». Ce qui n’intéressera guère cette sorte de potache un rien flemmard. Tout juste consent-il à assister à la création d’une de ces pièces, « une saleté » autour du mythe d’Adam et Eve, ce qui ressortit à une sorte de mise en abyme de l’œuvre, non seulement de l’écrivain, mais du héros, bien plus passionné par son premier exploit (résoudre l’énigme du « fil de Macuto » et retirer de la mer un trésor fabuleux) et son entreprise scientifique science-fictionnelle et loufoque. Il s’agit pour lui de jouer au « savant fou », d’utiliser son invention, une « guêpe génétiquement bricolée » pour aller prélever l’ADN d’un « génie », rien moins que l’écrivain mexicain Carlos Fuentes[1], ce qui devrait permettre de générer nombre de clones de ce dernier. Las, l’entreprise, déjà parodique, tourne au burlesque à grand spectacle : c’est la cravate de l’auteur de Terra nostra qui fait l’objet d’un prélèvement et génère des larves de soie « titanesques » qui s’écroulent en avalanche sur la ville et la menacent d’apocalypse. Bien sûr, notre héros saura, grâce à son « « Exoscope », parer au pire et susciter une fois de plus l’admiration générale, y compris d’une jeune étudiante…

 

 

      L’utilisation des lieux communs des comics (larves géantes et superpouvoirs) ne va pas sans une constante ironie, qui est celle du postmodernisme. L’on sait combien l’anti-héros qu’est au fond de lui le narrateur se projette dans le fantasme consolateur. Au-delà de sa propre invitation à ce « congrès de littérature », apparaissent nombre de lieux communs caressés par un personnage, voire un écrivain, de surcroit encore petit garçon dans l’âme, qui rêve de résoudre les plus grandes énigmes des romans d’aventure et de science-fiction. Fantasmes également de l’écrivain d’âge bien mûr qui se voit adulé par la foule et embrassé par une jeune étudiante pulpeuse. Les ficelles de la littérature fantasmatique et consolatrice sont alors exhibées à plaisir : « Ceci n’arriverait jamais dans la vie réelle ; c’est l’émanation d’une imagination fébrile, dans ce cas la mienne, et revient vers elle comme la métaphore de ma vie intime ». Au point que commentant son entreprise de clonage d’un « homme supérieur », il précise son esthétique littéraire : « Sous ma loupe intérieure, dans son anamorphose rhétorique, chaque pensée prend la forme d’un clone, une identité surdéterminée ». Il faut en effet lire César Aira en deux étages -au moins-, celui d’une narration aux divertissantes péripéties à ne pas prendre trop au sérieux, et celui d’une méta-littérature qui a plus que conscience d’emprunter à divers codes du roman, du feuilleton populaire, et des œuvres savantes, tout en jouant sur les deux tableaux pour le plus grand plaisir du lecteur lambada autant que du spécialiste gourmand. Ainsi le mythe populaire entre tous du jardin d’Eden est révélateur d’une telle lecture : « Au fond, les noces d’Adam et Eve étaient le mythe de la contiguïté absolue, le sexe précédé et rendu possible par le clonage ». De même, écrire pour César Aira, c’est un peu cloner, avec la part de risque et d’improbable nécessaire : « rien d’autre que de la duplication de cellules de style ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Décidément, César Aira aime beaucoup les congrès. Pour s’y sentir au mieux parmi ses confrères, ou pour s’en moquer, s’en distancier pour le moins. Après Le Congrès de littérature, c’est à un « symposium d’illusionnistes » qu’est invité le héros autant qu’anti-héros dont le seul nom est Le Magicien[2]. N’en doutons pas dailleurs, littérature et déballage d’illusions, c’est du pareil au même.

      Hélas notre Magicien, bien que le plus réellement du monde doté de pouvoirs surnaturels, car il peut « annuler à sa guise les lois du monde physique », a le plus grand mal avec le quotidien : la preuve, trouver ne serait-ce que le programme du congrès est une gageure ! Pire, il ne sait et ne saura jamais quand est programmé son « numéro », en une sorte de redite kafkaïenne infinie. L’inquiétude « pousse comme une plante transparente, jusqu’au moindre recoin de son esprit ». Pourtant notre Magicien se « méfie des écrivains qui embellissent les choses. Pour [lui] le réalisme est une condition sine qua non ». On admirera l’auto-ironie de César Aira en écrivain distancié et moqué par sa propre œuvre. Sans négliger la satire, lorsque l’on apprend que ce congrès est organisé par l’Etat et divers sponsors, capables de « faire entrer la magie dans le domaine de la Culture », selon l’aveu du Ministre qui avoue que « tout le monde vole » et que « la vraie magie, on la trouve dans les finances, pas au fond des chapeaux hauts-de-forme » ! Mieux encore, les imprimeurs du programme qui n’arrive jamais sont également éditeurs, mais « pirates ». Ils ne visent que la « quantité » et proposent à notre pauvre égaré d’écrire un livre : « Il vous vient une idée pour écrire un livre, vous dites « abracadabra », et le livre est écrit ». Vertige existentiel, satire de notre temps et rires ne sont jamais loin l’un de l’autre.

      La métaphore du congrès n’est pas inopérante dans le cas du roman Les Fantômes[3]. Un immeuble en construction réunit en effet les copropriétaires en visite d’inspection des travaux et en veine de projets –sinon de fantasmes- en termes de décoration. Le réalisme bouillonnant se fendille bientôt, grâce à « la légère absurdité de toute chose ». Il ne devient plus qu’une « touche de réalisme puéril et familial ». En effet, la famille Vinas, en cet immeuble en devenir, voit des fantômes, et tout particulièrement la fille, Patri, qui s’acoquine avec eux. Etranges fantômes en vérité, qui sont peut-être « un fiasco total en matière de virilité ». Leur sourire mystérieux est « une espèce de fatalité qui surgissait du fond d’elle-même, de son scepticisme ». En fait, cet immeuble est « la ville mentale, comme celle de Dublin pour Joyce ». Ce qui montre bien que, aussi aimable, rusée, prête à basculer dans le fantastique qu’elle soit, l’écriture de César Aira n’est jamais au service d’une narration innocente, mais sans cesse animée d’une dimension métalittéraire…

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Bien qu’Argentin, bien que situant la plupart de ses récits en Argentine, entre Coronel Pringels dont il est natif et le quartier de Fores à Buenos Aires, hors quelques exception au Venezuela et au Panama pour Le Congrès de littérature et Le Magicien, l’œuvre de César Aira n’a rien du provincialisme. Il s’agit plutôt de détecter et de mettre en scène des fantaisies troublantes, des fantasmes universels, pour jouer sur son titre Los Fantasmas, traduit en français par Les Fantômes.

    Œuvre argentine encore, lorsqu’Un Episode dans la vie du peintre voyageur[4] vient du XIXème siècle. Ce dernier, en quelque sorte un roman historique, conte la quête d’un peintre, Johan Moritz Rugendas, portraitiste de la nature, qui parvient à acquérir « l’aspect de ses choses qu’on ne voit jamais, comme les organes de la reproduction vus de l’intérieur ». Il s’agit ici d’un art, l’écriture, qui joue à approcher un autre art : « On se fracasse contre les mots, et sans le savoir, on est passé de l’autre côté, dans le corps à corps avec la pensée d’autrui. Il arrive la même chose à un peintre, mutatis mutandis, avec le monde visible. Elle arrivait au peintre voyageur. Ce que disait le monde était le monde ».

      L’art divertissant et spéculatif de César Aira, n’aimant rien tant que jouer et surjouer avec des arts plus populaires, comme la magie, la telenovela, les arcanes des sous-littératures, que ce soient les comics, les romans d’aventure désuets, la science-fiction puérile, décorative aux effets spectaculaires, les récits d’horreur grandiloquents, le conte et la fantasy (dont J’étais une petite fille de sept ans[5] est le plus engagé dans le merveilleux) fait preuve d’une qualité éminemment postmoderne. Son mépris de la logique rationnelle a volontairement quelque chose d’aimablement puéril, son goût pour un fantastique échevelé n’est pas sans parenté avec le surréalisme. Une synthèse encyclopédique et parodique des littératures, non sans la toute personnelle touche d’humour, est bien la réalisation du vœu formulé dans ce qui est à la lisière fantomatique du récit et de l’essai : Anniversaire[6], cet objet qui est peut-être le centre caché de l’œuvre de l’argentin, lui qui, plus léger que Borges, en est néanmoins une sorte de neveu spirituel…

 

     

      Né en 1949, ce narrateur fantaisiste, voire frivole, cependant nanti de plus de tiroirs secrets qu’un illusionniste prodige, sait aussi le langage de la critique et de l’analyse, à l’occasion de la poésie d’Alejandra Pizarnik[7], ou de son Diccionario de los autores latinoamericanos[8]. Avec plus de 80 volumes publiés, souvent assez brefs -accordons-lui cette élégance- mais surtout un sens de l’étrangeté prodigieux et malicieux hors du commun, César Aira est un grand oublié de ce côté-ci de l’Atlantique, malgré bien des traductions. Arturo Bolano le reconnaissait comme un excentrique d’exception : ne nous en étonnons pas si nous comparons leurs écritures, apparemment d’une limpide simplicité, quoiqu’ouvrant soudain sur des abîmes de perplexité, des vertiges de l’imagination. Voilà bien en César Aira un « congrès de littérature » à soi seul, un « magicien » du récit, qui se demande, lors de l’Anniversaire de ses cinquante ans, comment prendre un nouveau départ, et imagine d’écrire en une seule nuit son œuvre entière, voire son « Encyclopédie générale qui contiendrait tout ». Moins par immodestie, que par jeu, et en réponse humoristique à l’angoisse d’exister pour ne bientôt plus exister. Sauf dans le paradis de nos bibliothèques…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] César Aira : Le Magicien, traduit par Michel Lafon, 2006.

[3] César Aira : Les Fantômes, traduit par Serge Mestre, Christian Bourgois, 2013.

[4] César Aira : Un Episode dans la vie du peintre voyageur, traduit par Michel Lafon, André Dimanche, 2001. 

[5] César Aira : J’étais une petite fille de sept ans, traduit par Michel Lafon, Christian Bourgois, 2008.

[6] César Aira : Anniversaire, traduit par Serge Mestre, Christian Bourgois, 2011.

[8] César Aira : Diccionario de los autores latinoamericanos Emece, 2001.

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 09:35

 

Covento de las Monjes servitas, Cuevas de Canart, Teruel, Aragon.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Mario Vargas Llosa,

 

le héros discret de la culture :

 

La civilisation de la littérature contre

 

la civilisation du spectacle.

 

 

 

Mario Vargas Llosa : La civilisation du spectacle,

traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan, Gallimard, 240 p, 20 € ;

 

Le Héros discret ; Conversation à la Cathédrale,

traduits par Anne-Marie Casès et Albert Bensoussan,

Gallimard, 482 p, 23,90 €, 640 p, 26 €.

 

 

 

      Entre le miroir aux alouettes télévisées du divertissement, sa façade ouverte sur le vide, et le roman balzacien d'autre part, Mario Vargas Llosa a définitivement fait son choix. S’il adresse au premier un pamphlet bien senti, il offre au second un avatar bien contemporain. Du prix Nobel 2010, un essai rassemble, sous le titre La Civilisation du spectacle, une douzaine d’articles parus dans la presse hispanophone (El Pais essentiellement), alors qu’un roman est « un beau livre [qui] nous rapproche de l’abîme de l’expérience humaine et de ses mystères effervescents » : comme, justement, Le Héros discret.

 

      Notre essayiste spectaculaire ne fait pas mine d’ignorer ces prédécesseurs en la matière. Ne serait-ce que le titre presque homonyme de Guy Debord, qui, en 1971, dénonçait « l’hégémonie du spectacle », « la négation et la consommation dans la culture[1] » et le fétichisme des marchandises, sans penser que l’on restait libre de les choisir ou non. Mais à cet essai, daté de la pensée 68, forcément anticapitaliste et antilibéral, dogmatique et verbeux, finalement assez creux, Mario Vargas Llosa répond aujourd’hui par une argumentation plus élégante et plus nourrie. La vidéosphère et le divertissement ont selon ce dernier bousculé la culture au sens noble, littéraire, philosophique et scientifique du terme. Seule la vie culturelle, au sens des modes de vie et des comportements, ne cesse de se remplacer elle-même, par le biais de la mode, du buzz et du spectacle, de ses images bruyantes et superficielles.

      La permanence de la culture étant menacée par l’éphéméride permanente du spectacle, Mario Vargas Llosa plaide la cause de la première, de « ses valeurs esthétiques et éthiques ». Hélas les livres où l’on pense le monde voient s’amenuiser leur visibilité, au contraire de la consommation de masse de scènes sportives, rock and pop, de jeux vidéo, de films, de productions télévisuelles et de performances et autres billevesées de youtubeurs. Ce qui a paru devenir la démocratisation de la culture est de fait éclipsée par la montée en puissance d’une population de consommateurs événementiels, car ell a le nombre pour elle, et à laquelle les élites offrent le crédit de la démagogie, préférant ainsi la médiocrité du sensationnel à la profondeur de la réflexion, aux dépens du travail intellectuel : le coupable n’est autre que « la banalisation ludique de la culture dominante, où la valeur suprême est maintenant de se divertir et de divertir, par-dessus tout autre forme de connaissance et d’idéal ».

 

 

      Quand « une société libérale et démocratique avait l’obligation morale de mettre la culture à la portée de tous », on a au contraire vulgarisé la vie culturelle : alors que tout se vaut, « qui lit ces paladins solitaires essayant d’établir un ordre hiérarchique dans l’offre culturelle de nos jours » ? Leur autorité morale se voit balayée par la suspicion envers toute autorité instituée, forcément « fasciste », comme la langue selon Roland Barthes[2]. Ce contre quoi, sans oublier la déconstruction des humanités par Jacques Derrida[3], s’insurge notre essayiste péruvien. Et de la même manière, il conspue « ce mépris actuel de la loi » qui est celui « de la piraterie de livres, disques, vidéos »…

      Entre la faiblesse conventionnelle de la plupart des « best-sellers » de l’édition et les « illusionnistes » de l’art contemporain » qui, obsédés par la provocation, « dissimulent leur indigence et leur vide derrière la fumisterie et la prétendue insolence », le cœur de la société branchée balance. À l’encontre de l’esbroufe et la vulgarité de la sexualité exhibée, il fait l’éloge de l’érotisme qui « représente un moment élevé de la civilisation », comme lorsqu’il le mit en scène dans son beau roman aux récits emboités : Les Cahiers de Don Rigoberto.

      Reste à considérer et affirmer ce sur quoi repose la culture de nos sociétés, ce que Mario Vargas Llosa affirme à l’occasion du voile et de l’islamisation : « Toutes les cultures, croyances et coutumes doivent trouver leur place dans une société ouverte, à la condition expresse de ne pas entrer en collision frontale avec ces droits de l’homme et ces principes de tolérance et de liberté qui constituent l’essence de la démocratie ». Que voici un essai salutaire lorsque « la culture devrait remplir ce vide qu’occupait jadis la religion » ! Car mieux que « l’opium du peuple », la laïcité, le respect de la liberté féminine et le libéralisme économique doivent coexister avec une vie spirituelle « intense » ; quoique les religions, malgré leur tendance « potentiellement intolérante, monopolistique de vocation », doivent permettre leur vie spirituelle et leur morale à qui en a besoin…

      Pêle-mêle, il approuve la suppression des crucifix dans les écoles publiques par le tribunal de Karlsruhe, il plaide pour la « défense des sectes », mais « avec pour seule exigence qu’elles agissent dans le respect de la loi ». Il faudra trouver la cohérence de cette pensée dans la protection des libertés.

      En écho à la banalisation de la culture déjà constatée par Hannah Arendt[4], l’écrivain péruvien fustige la culture de notre temps, « sans valeurs esthétique », où les humanités « sont devenus des formes secondaires du divertissement ». La pente savonneuse est-elle inéluctable ? La « civilisation du spectacle » va-t-elle s’effondrer sous le poids de son « insignifiance », le livre papier, et son « érotisme du corps caressé », disparaîtront-ils au profit du numérique ? « Quelque chose de l’immatérialité du livre électronique passera dans le contenu », s’inquiète Mario Vargas Llosa. Au point qu’il adhère avec la thèse de Nicholas Carr, qui, dans Internet rend-il bête ?[5], révèle qu’à force d’exercer son expertise parmi les écrans de la communication et de picorer parmi le web il avait cessé d’être un bon lecteur, voire un lecteur tout court. Aussi prit-il la décision de se réfugier dans une cabane du Colorado, afin de lire, et d’écrire son essai alarmant… Non, y compris au  surfeur expérimenté, les livres ne sont pas superflus, pense Mario Vargas Llosa avec sagesse.

      Ainsi, au-delà de la mode d’une « littérature light », l’écrivain garde une responsabilité : aider à « comprendre le labyrinthe de la psychologie humaine », « promouvoir la culture démocratique » et contribuer, comme Karl Popper avec la Société ouverte et ses ennemis[6], à la « lutte contre le totalitarisme ». Notre auteur garde la « conviction que les grandes œuvres littéraires enrichissent la vie, améliorent les hommes et nourrissent la civilisation » ; ce pourquoi, il est un « héros discret » de cette dernière…

 

 

      Divertir et instruire restent les piliers de l’éthique du romancier dans son dernier ouvrage, Le Héros discret. Deux histoires parallèles s’enchaînent et se répondent, celles de Felicito Yanaqué et d’Ismael Carrera, le premier étant un modeste entrepreneur de transports de Piura, le second un prospère patron d’assurances de Lima. L’un est sommé de verser des fonds régulier pour être protégé par une mafia qui ne néglige pas la menace, le second est lui menacé par ses deux jumeaux de fils indignes, fripouilles délinquantes surnommées « les hyènes », qui font plus que rêver de sa mort afin de s’approprier la fortune paternelle. Car -quelle mouche l’a piqué ?- le vieillard  épouse sa servante, une « cholita », qui a quarante ans de moins. Ainsi deux Péruviens parmi bien d’autres, mais emblématiques, prennent en main leur propre destin.

      Les chapitres aux intrigues alternées, animés par le suspense et des rebondissements dignes du roman-feuilleton, se succèdent avec une rare efficacité. Il faut suivre la piste d’un petit dessin d’araignée en guise de signature. Puis celle des méchants fils qui trahissent, à moins que bien meilleurs ils  inquiètent ou épaulent leurs pères attentifs. Sans omettre les femmes, épouses et maîtresses aux destinées contrastées. Nous laisserons alors le lecteur découvrir comment les deux intrigues se rejoignent, pour assurer l’harmonieuse  cohérence romanesque.

      Tout un tableau de société se déploie sous nos yeux, grâce à des personnages taillés dans le vif : marchands, délinquants, la voyante Adelaida, qui a des « inspirations » salutaires pour Felicito, mais surtout acteurs économiques dans un Pérou en expansion… Celui qui résiste au chantage de la mafia, malgré ses bureaux incendiés, et publie dans le journal sa détermination, celui qui a fait de son entreprise d’assurances une florissante société au service du pays sont, au creux d’un réel éloge du travail, deux modestes héros. De quelle cause ? Mais de la justice, de la liberté d’entreprendre, du libéralisme économique. Ce en quoi le roman est cohérent avec la pensée politique de l’auteur, qui se présenta aux élections présidentielles de son pays en 1990 et qui failli être élu, et dont les perspectives et les arguments sont au cœur de son essai Les Enjeux de la liberté[7].

      Non sans ironie, le romancier prend ses distances avec son récit : « Mon Dieu, quelles histoires organisaient la vie quotidienne ; ce n’étaient pas des chefs-d’œuvre, elles étaient plus proches des feuilletons vénézuéliens, colombiens et mexicains que de Cervantès et Tolstoï, sans doute. Mais pas si loin d’Alexandre Dumas, Emile Zola, Dickens ou Pérez Galdos ». Si le ton et la succession des péripéties paraissent légers, non sans humour, c’est néanmoins, entre roman policier et roman de mœurs, dans une perspective réaliste balzacienne qu’écrit Mario Vargas Llosa. Ce dont témoigne la citation de Balzac en exergue du roman Conversation à la Catedral, ce splendide roman de société originellement publié en 1969, qui vient de ressusciter en une nouvelle traduction : « Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un vrai romancier, vu que le roman est l’histoire privée des nations ».  Et, comme Balzac, qui, à l’occasion de son Père Goriot, inventa le principe des personnages récurrents parmi ce qui devenait La Comédie humaine, Mario Vargas Llosa, voit réapparaitre, parmi les pages de son Héros discret, des personnages venus de ses précédents romans : le sergent Lituma, revenu de Lituma dans les Andes, mais aussi Don Rigoberto, dona Lucrecia et Fonchito, qui ont fait le déplacement depuis Les Cahiers de Don Rigoberto, et nous font de nouveau le bonheur de nous offrir leurs émois érotiques. Tout en y insérant l’histoire de « Fonfon », victime d’un étrange séducteur qui est peut-être le diable, ou d’une hallucination. Quant au bureau de Don Rigoberto, nourri de livres et d’œuvres d’art, il est son « espace de civilisation ». Peut-il croire « qu’il le défendrait contre l’inculture, la frivolité, la bêtise et le vide » ?

 

      Un essai polémique et nourrissant, un roman plein de vie, d’intrigues et de substantifique moelle humaniste et libérale… Pourquoi bouder notre plaisir ? Si à la « civilisation du spectacle », nous préférons celle de la vision du monde et de la pensée, Mario Vargas Llosa, une fois de plus, est notre homme. Depuis un demi-siècle, de La Guerre de la fin du monde en passant par l’étonnant portrait de dictateur que fut La Fête au bouc, l’écrivain péruvien parcourt l’universel[8]. Quoique fêté pour son prix Nobel de littérature, on est loin de toujours rendre justice à ce héros discret de la littérature, car son éthique libérale, tant politique qu’économique, ne lui vaut hélas pas que des amitiés. Sinon la nôtre !

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Guy Debord : La Société du spectacle, Champ Libre, 1971, p 141.

[2] Roland Barthes : Leçon, Œuvres complètes, t 3, Seuil, 1995, p 803.

[5] Nicholas Carr : Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté, Robert Laffont, 2011.

[6] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

[7] Mario Vargas Llosa : Les Enjeux de la liberté, Gallimard, 1997.

[8] Voir : Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

 

Photo : T. Guinhut.

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 08:37

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Alejandra Pizarnik,

la comtesse aux poèmes de sang et de silence.

 

 

Alejandra Pizarnik : Journaux 1959, 1971,

traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Picard, José Corti, 370 p, 24 €.

 

Les Travaux et les nuits, La Comtesse sanglante,

traduits par Jacques Ancet, Ypsilon, 80 p et 76 p, 17 € chaque.

 

César Aira : Alejandra Pizarnik, un pur métier de poète,

traduit par Susana Penalva, Revue Nunc / Editions de Corlevour, 112 p, 19 €.

 

 

 

      Dépressive jusqu’au suicide, poète jusqu’à l’exigence de concision et de perfection, telle fut Alejandra Pizarnik. Elle tint son nom étrange d’une famille juive polonaise qui eut la chance d’émigrer en Argentine avant l’arrivée au pouvoir du nazisme, et son prénom d’une involontaire éviction administrative, alors qu’elle était née Flora en 1936. Jusqu’à sa mort volontaire en 1972, elle n’eût de cesse de vivre en poète, uniquement en poète, et seules les morsures d’une dépressive mélancolie l’empêchaient de réaliser pleinement cette assomption. Comme sa Comtesse sanglante, « elle vivait devant son grand miroir sombre, le fameux miroir dont elle avait elle-même dessiné le modèle ». Infailliblement, ses amples récits, ses brefs poèmes, ses Journaux d’études et d’angoisses, renvoient pour nous, en leur miroir sombre, le destin et l’acuité métaphorique de son écriture.

 

« Je réunissais des mots très purs

Pour créer de nouveaux silences »

      Si seulement les mots de ses vers et de ses phrases avaient pu avoir la fonction thérapeutique définitive, hélas si provisoire, qu’elle avait rêvée. Trente-six années seulement pour tenter de dresser devant la mort, sa mort désirée, sa « comtesse sanglante » fascinatrice, un mur de poésie suffisamment pur… Plaintes, hantise de l’amour refusé, souffrances remâchées, accelerando tragique courent avec une lente vélocité parmi les pages des Journaux, vers un dénouement annoncé : « Ne pas oublier de se suicider », note-t-elle en 1962. Mais c’est dans la « forêt d’images » de la poésie que ces plaintes trouvent leur antidote, leur quintessence, que le réel et le vide qui la cernaient ne trouvèrent pourtant pas assez persuasive.

      En ces Journaux qui ne sont qu’un choix parmi une vingtaine de cahiers, sa « solitude est faite de chimères amoureuses, d’hallucinations ». La folie la guette ; à moins qu’il s’agisse d’un souhait : « Ne plus jamais sortir des rêves ». Elle se voit « laide », elle est « une incarnation de tous les péchés capitaux ». Maniaco-dépressive, elle se nourrit de sa douleur et cultive sa morbidité : « Je sais que je naitrai morte ». Son irrépressible besoin d’amour est celui d’une petite fille autant que celui d’une sexualité vorace et vaine, parfois bisexuelle. Une fin psychiatrique l’attendait, avant de s’administrer un psychotrope massif et définitif. Un an avant sa disparition, elle écrivit : « Mon besoin de tendresse est une longue caravane ».

 

 

La pose littéraire colle à la peau de l’auto-clinique psychologique. Quand le contrepoison, ou le supplément d’addiction, sera l’écriture : « Je pressens un langage à moi, un style qui n’a jamais existé. » Pourtant, elle déchire tant de ses textes, déchirée entre son peu de prise et sa maîtrise : « Je le possède, oui, mais je ne suis pas ce langage ». Ces poèmes en prose sont sans cesse amendés, sa tentative d’écrire un roman sera un échec : « Ma méthode de correction débouche sur la poésie pure, sèche et aride. » Elle se sent séparée de ses œuvres les meilleures : « Je ne peux pas croire que c’est moi qui ai écrit la prose sur la comtesse ».

Etrange comme ces pages de Journaux sont prenantes, intenses, émouvantes, de par et malgré les tourments d’un esprit qui se débat dans un corps et parmi les autres, dans sa solitude, quoiqu’elle n’eût pas manqué d’amis. Une intensité adamantine et violacée explose de jour en jour ; jusqu’à la combustion prévisible de la locutrice. Son art est « terriblement bref et intense comme la mort ». Curieusement, elle fut intensément éditée, admirée en Argentine, alors que la France, où elle passa quatre années, devenant amie avec Breton, Paz, Cortazar, Mandiargues et Michaux, lui reste passablement imperméable, ce malgré bien des éditeurs courageux. Quant à ses lectures abondantes, elles oscillent entre rejet (Don Quichotte) et identification (Pavese). Artaud, surtout Le Pèse nerfs, Les Frères Karamazov la fascinent. La psychanalyse la dévore avant qu’elle l’abandonne. Si philosophie, journalisme et peinture firent le lit de ses études et de ses modestes emplois, seule la tension vers le sang de la métaphore la porte vers une autre dimension intérieure.

 

 

Elle n’est évidemment pas qu’un épigone du surréalisme. Au point qu’elle disciplina l’écriture automatique, pour en contrôler le résultat, et le tailler en ses vers. Au travers du drame du langage, il s’agit de se trouver autant que de trouver sa plus pure expression. En ce sens chaque poème des Travaux et les jours est un éclat d’autoportrait :

« Du combat avec les mots cache-moi,

éteins la fureur de mon corps élémentaire. »

À moins qu’il s’agisse d’un vertige autobiographique :

« Tu as fait de ma vie un conte pour enfants

dans lequel naufrages et morts

sont prétextes à des cérémonies adorables »

Le flamboiement des images, vigoureuses dans leur concision, s’associe à des antithèses surprenantes, à des paradoxes. L’amour, l’autre, fantasmé ou vécu, imprime son sceau incisif ; car il est « Embusqué dans [son] écriture ». Cependant, elle ne cesse de se risquer sur la falaise extrême du poème, auprès de son vide :

« je réunissais des mots très purs

pour créer de nouveaux silences »

Cette exigence de pureté se heurte à son contraire, à son impossibilité :

« une tribu de mots mutilés

cherche asile dans ma gorge »

La confrontation tragique atteint alors la fulgurance :

« ne me livre pas

très triste minuit

au midi impur et blanc »

À la lisière de la poésie philosophique et du haïkaï, l’ « Horloge » devient une allégorie :

« Dame toute petite

logée dans le cœur d’un oiseau

elle sort à l’aube et prononce une syllabe

NON »

Faute de lire une édition bilingue de ces miniatures, on aura du mal à juger de l’exactitude de la traduction. Pourtant la restitution de Jacques Ancet possède une évidence et une fulgurance remarquables qui augurent merveilleusement de la beauté de l’écriture originelle de notre Alejandra. Qui serait une petite sœur poétique d’Octavio Paz, mais beaucoup plus resserrée sur elle-même, sur l’os de son intériorité torturée qui tente de trouver son cristal lyrique, à la limite de l’aphonie.

 

 

Maladivement et extatiquement fascinée par les tentations et les figures de la mort, Alejandra Pizarnik se réincarne-t-elle littérairement dans sa Comtesse sanglante ? S’il est risqué d’engager une lecture biographique à la Sainte-Beuve, il est loisible de tenter une lecture fantasmatique : repoussoir fascinant ou désir inassumé ; à moins qu’il ne s’agisse de la part de la poète que d’une posture esthétique assumée. Elle fut stupéfiée par le livre, aussi érudit que poétique, de Valentine Penrose[1] sur la fameuse Hongroise Erzsébet Bathory (1560-1614), qui, selon la légende, assassina 650 jeunes filles. De suite, elle va pratiquer l’art de la réécriture, dégageant la substance fantasmatique pour aboutir à un poème en prose, par tableaux successifs, dangereux et sensuels, comme en une épure baroque : « la comtesse la mord frénétiquement et la transperce d’aiguilles […] on verse l’eau sur son corps et l’eau se change en glace ». Les tortures se succèdent en une anthologie digne de Sade[2], qui donnerait envie de lâcher un livre si inutile, si complaisant, s’il n’avait été écrit que par ce dernier, s’il n’était relevé par l’esthétisme glacé de l’écriture d’Alejandra, impassible et colorée : la comtesse ne se baignait-elle pas, encore une fois selon la légende, dans le sang de ses pauvres victimes, dont personne ne parait avoir pitié, pas même notre poète. Ce en quoi l’héroïne abjecte de cette œuvre d’art paradoxale -au sens où toute éthique l’a abandonnée à jamais- apparait comme un précurseur de Dracula[3]. Elle ne fut que condamnée « à la prison perpétuelle en son château »…

Alejandra Pizarnik pratique-t-elle le masochisme en écrivant de telles pages ? Essaie-t-elle de recueillir la jouissance rouge de la tortionnaire « en transes » ? Garder en sa distanciation plastique l’apparente indifférence du rapport factuel et judiciaire n’empêche pas d’imaginer une fantasmatique identification, grâce à laquelle la littérature devient peinture et pertinence psychologique : « la pamoison sexuelle nous pousse à des gestes, des pamoisons de mort ». Cette comtesse était « mélancolique » et probablement « épileptique », à cause d’une généalogie consanguine ; elle traitait ses migraines avec « une colombe blessée mais vivante sur le front ». On devine que ces images aussi fastueuses que terribles faisaient palpiter Alejandra, comme en son miroir, ou son contre-miroir. Que cette créature maléfique lui offrait une aura de magie noire et rouge : « pour un instant -soit du fait d’une musique sauvage, d’une drogue ou de l’acte sexuel à son maximum de violence-, le rythme très lent du mélancolique non seulement parvient à s’accorder au monde extérieur, mais à l’excéder en une démesure, un bonheur indicible ; et le moi vibre, traversé d’énergies délirantes. » En ces poèmes en proses stylisés, ne parlait-elle pas d’expérience, non au sens criminel, mais au regard de la mélancolie ? Reste qu’Alejandra sait conclure en jugeant son personnage : « Elle est une preuve de plus que la liberté absolue de la créature humaine est horrible ». À moins que l’on puisse y lire, comme Jacques Ancet en sa postface, une préfiguration de la dictature sanglante argentine à partir de 1976…

 

 

Une synthèse essentielle sur l’œuvre d’Alejandra Pizarnik nous est obligeamment fournie par César Aira qui éclaire son « pur métier de poète » au moyen de quatre conférences. On se souvient de César Aira, narrateur de voyages de peintre et peintre de montagnes[4]. Sa plume d’essayiste est tout aussi précise, évocatrice et analytique. Même si Alejandra « a toujours manqué de l’élan narratif », il observe que « le moi critique [est] aux commandes de l’écriture automatique », ce qui lui permet de dépasser les facilités du surréalisme. Il n’y a chez elle « aucun déguisement utopique ou idéologique, mais un objectif unique et explicite : écrire de bons poèmes ».

Pour qui veut caresser de près l’esthétique scripturale d’Alejandra Pizarnick, le propos de César Aira est essentiel, observant combien « sa poésie s’est exclusivement nourrie de termes soutenus ou nobles », combien un lexique aussi peu nombreux que prestigieux irrigue sa pensée et ses images. Son « minimalisme » n’en est pas moins chatoyant, car « c’est la configuration des éléments qui fait l’art, et non pas les éléments en soi. » Avec une rare efficacité, il ausculte son art de la brièveté, « son sens » audible « dans la confession et le pathétique », sa « volonté de pureté », la « dislocation du sujet », « la négativité et le nocturne », comme dans Les Travaux et les nuits ; sans compter le rappel de la folie de ses écrivains favoris : Hölderlin, Nerval, Artaud…

 On sera cependant moins enthousiaste envers César Aira lorsqu’il clame qu’ « avec elle la poésie est morte » : l’on sait combien les grandes annonces de clôtures apocalyptiques en art sont aussi péremptoire que rapidement démenties, même s’il faut avec lui prendre en compte l’ironie postmoderne qui affecte la noblesse de la poésie du passé...

 

Fatale Princesse de sa propre vie, Alejandra Pizarnik, a quitté les désordres et les tortures mentales pour ne nous en laisser que la substantifique essence, ces proses colorées, ces poèmes épurés ; et cependant d’une intensité qui nous touchera encore longtemps.  La comtesse de la poésie, dernier « poète maudit », entre noire mélancolie et blancheur du silence, entre sang de ses poèmes en prose et spiritualité sans dieu de sa pensée, reste néanmoins un universel mystère : comment peut-on vivre une telle vie d’angoisses et la clarifier avec tant de netteté dans l’insolent diamant noir de la poésie ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Valentine Penrose : Erzsébet Bathory, la comtesse sanglante, L’Imaginaire, Gallimard, 1984.

[4] César Aira : Un Episode dans la vie du peintre voyageur, André Dimanche, 2001.

 

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Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

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Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

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Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

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Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

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Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

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Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

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Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

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Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

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L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

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Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

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L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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