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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 14:54

 

Sur le sol. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Evgueni Zamiatine

 

ou le bonheur terrible de l’Etat Unitaire :

 

Nous, magnifié en une nouvelle traduction.

 

 

 

Evgueni Zamiatine : Nous,

traduit du russe par Hélène Henry, Actes Sud, 352 p, 21 €.

 

 

 

 

 

      Orwell et  Huxley auraient-ils écrit 1984 et Le Meilleur des mondes, si l’auteur de Nous n’avait pas existé ? À lui seul, le Russe Evgueni Zamiatine (1884-1937) a inventé un genre romanesque, quoiqu’issu de la tradition de l’apologue : l’anti-utopie, elle-même hérité des utopies des Thomas More[1], Campanella et Karl Marx[2]. Partisan trop enthousiaste de la révolution bolchevique de 1917, il a bien vite déchanté : dès 1920 il tirait les leçons indispensables, en écrivant un roman apparemment bien éloigné de son  temps, puisque censé voir se dérouler son action en un futur lointain, six siècles en avant, donc relever de la science-fiction.

 

      Sans guère de bruit, la première édition française, Nous autres, parut chez Gallimard en 1929, sous les doigts de Cauvet-Duhamel, s’inspirant d’une version anglaise. Elle fut rééditée en 1971 avec une préface de Jorge Semprun. Outre le titre, plus conforme en sa concision à l’original, jamais édité en sa langue du vivant de l’auteur, l’on est frappé en cette nouvelle traduction par de réelles beautés, venues du texte russe établi en 1988 et qui fut fort symboliquement publié à l’occasion de la perestroïka. Le présent de narration remplace le passé, la formule plus judicieuse « contrainte idéale », remplace le « manque idéal de liberté ». En ce journal aux quarante « Notes », dédié aux « lecteurs planétaires », l’écriture est entrechoquée, plus étonnement métaphorique, elle gagne en intensité à mesure qu’elle passe du monde mathématique à celui de la liberté, hélas éphémère, comme en un cubisme coloré.

      En plus d'un « Mur de verre », pour se protéger de la nature, « la Science de l’Etat Unitaire » a construit, grâce à Taylor, le « bonheur mathématiquement infaillible pour tous » ; où « être original, c’est enfreindre l’égalité ». La vie, y compris les « jours sexuels », est programmée par la « lex sexualis » communautaire et les « Tables » du temps commun. Ne restent que deux « heures privatives » par jour. Rien n’est propriété privée, même les enfants. Ceux que leur liberté a condamnés sont exécutés par liquéfaction dans un amphithéâtre, avec le concours d’un poète officiel, de la main du « Bienfaiteur même ».

      Les noms chiffrés des personnages, déshumanisants, viennent, non sans humour, des numéros des pièces de charpente métallique du célèbre brise-glace Alexandre Newsky, pour lequel Zamiatine avait assuré le suivi de chantier. Aussi le héros, « D-503 », qui est un mathématicien rationaliste parfaitement intégré, se délecte de son métier de constructeur du vaisseau spatial « L’Intégrale » et d’ « O-90 » à la « bouche rose ». Cependant il se voit soudain bouleversé devant « I-330 » par le désir et l’éros, par la beauté du monde et l’aspiration à la liberté. Tentant de de briser le carcan sociétal en devenant un individu, il a « développé une âme » ! Jusqu’à ce qu’il soit brisé à son tour… La raison scientifique et politique exécute l’ablation de l’imagination du pauvre héros consentant, tandis qu’il voit sans état d’âme la « Cloche » torturer sa bien-aimée. Orwell n’oubliera pas ces scènes, pour en proposer une puissante réécriture et variation, à la fin de son 1984[3].

      De cet univers parfait, Zamiatine a rendu un tableau solaire, effarant, au rythme haletant, intensément lyrique et tragique, grâce à une « maternité clandestine », une révolte éphémère des « Méphi », ces « ennemis du bonheur », sacrifiés sans pitié par la raison d’Etat. À la vigueur dramatique de l’intrigue répond la puissance politique d’un roman illustrant le hiatus entre libéralisme et totalitarisme.

 

 

      Zamiatine sut également être un bon écrivain de mœurs, par exemple avec L’Inondation[4], un récit de 1929. Trophim et Sophia vivent paisiblement, quoique pauvrement et privés d’enfant ; aussi ils adoptent la jeune Ganka. Qui bientôt rejoint Trophim dans son lit. Quand se mettent à monter les eaux de la Néva il faut déménager à l’étage. Tout rentre dans l’ordre, sauf la râpe de la jalousie, et la hache… Dans la grande tradition russe de la nouvelle réaliste, de Tourgueniev à Tchékhov, Zamiatine montre une facette plus discrète de son talent, descriptif et psychologique. On aurait pu imaginer que cette « inondation », pourtant d’origine naturelle, puisse être une métaphore d’une plus insidieuse encore invasion humaine, celle de la tyrannie soviétique. Plus simplement c’est celle de la montée des sentiments, de la haine et de la colère tragique ; puis d’une culpabilité modestement voisine de Crime et châtiment de Dostoïevski, le tout dans une prose habile et peu à peu expressionniste.

      De ce météore des lettres russes, on lira également Au Diable vauvert[5], bref roman satirique que l’on jugea antimilitariste, à moins de préférer Les Insulaires[6], charge vigoureuse contre le conformisme et le machinisme. Ce qui ne manquera pas de nous rendre plus attachant encore cet avertisseur, dont la sûreté éthique n’est plus à démonter…

 

      On ne s’étonnera pas que, poursuivi par le régime stalinien, Zamiatine, ce misérable hérétique du communisme et de l’Union Soviétique, affreusement méconnu, meure à Paris en 1937. Son échec est le miroir du destin du personnage numéroté de Nous. C’est avec un amer plaisir que nous lisons et relisons, en une version plus fidèle à l’original, « un infect pamphlet contre le socialisme », selon l’Encyclopédie littéraire soviétique en 1931. Un tel jugement lapidaire ne peut que donner une furieuse et succulente envie, non seulement aux tristes contemporains éclairés de Staline, mais à notre temps, en rien immunisé contre les prometteurs totalitarismes, férus d’éradication de l’individualisme et de l’imagination, de méditer un ouvrage prémonitoire et brillant qu’il est urgent de réhabiliter en son génie.  

 

Thierry Guinhut

Une vie-d'écriture et de de photographie

Article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des anges, mai 2017

 


[4] Evgueni Zamiatine : L’Inondation, Actes Sud, 2014.

[5] Evgueni Zamiatine : Au Diable vauvert, Verdier, 2006.

[6] Evgueni Zamiatine : Les Insulaires, 10/18, 1991.

 

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires Russie
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 12:36

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Vladimir Sorokine, le maître russe

 

de la science-fiction politique rabelaisienne :

 

Le Lard bleu, La Glace, Telluria.

 

 

 

Vladimir Sorokine : La Glace, traduit du russe par Bernard Kreise,

L’Olivier, 2005, 320 p, 22 € ; Points, 2008, 7,10 €.

 

Vladimir Sorokine : Le Lard bleu, traduit par Bernard Kreise, L’Olivier, 2007, 420 p, 23 €.

 

Vladimir Sorokine : Telluria, traduit par Anne Coldefy-Faucard,

Actes Sud, 2017, 352 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Un lard bleu aux vertus magiques, une secte glacée complètement frappée, une drogue tellurique dans un futur ludique et effrayant, tels sont les jouets burlesques de Vladimir Sorokine. Né en 1955, il fait partie de cette génération russe totalement loufoque dont les titres disent assez l’imaginaire hors-norme : pensons à La Mitrailleuse d’argile[1] et Minotaure.com[2] de Viktor Pelevine… Sortie depuis peu de la tyrannie soviétique, elle s’en donne à cœur joie en ridiculisant la Russie, son Histoire et son présent, sans compter son futur. En effet, Le Lard bleu n’est pas un roman gastronomique, mais de science-fiction addictive. Quant à La Glace, il ne s’agit pas d’une fraîche friandise, mais d’un marteau à enfoncer une conversion dans le crane. Mais il est probable que le couronnement de ses nombreux romans, inclassables, entre Rabelais et Orwell, soit Telluria, terrible anti-utopie pour centaures politiques…

 

 

      Nous sommes en 2068, dans un laboratoire sibérien, où l’on parle une sorte d’argot mi-russe, mi-chinois, et qui fabrique une matière étrange, à la fois source d’énergie et drogue : « le lard bleu ». Ce sont les corps clonés de « sept objets : Tolstoï-4, Tchekov-3, Nabokov-7, Pasternak-1, Dostoïevski-2, Akhmatova-2 et Platonov-3 » qui permettent la production. On savait déjà que les plus grands écrivains et poètes sont producteurs d’énergie, mais à ce point… Volé, le produit est transporté par la grâce d’une machine à remonter le temps en 1954, date à laquelle Staline, Khrouchtchev, et Hitler retrouvant leurs pairs « après l’attaque atomique conjointe germano-soviétique contre l’Angleterre », s’entrecroisent et s’entretuent dans une délirante histoire mêlant sexe et politique. Soljenitsyne revient des « camps d’amour », on mange de la fondue cannibale, les dirigeants soviétiques copulent entre eux, Hitler se sert de son « narval teuton » pour sodomiser Vesta, la fille de Staline, le cerveau de ce dernier piqué au « lard bleu » envahit l’univers…

      Doit-on prendre au sérieux le jeu de massacre auquel se livre Sorokine au détriment des grands de la littérature et des figures de l’histoire ? Le mariage contre-nature ou consanguin entre les totalitarismes nazi et communistes est d’une ironie féroce. Le lecteur russe en est friand, à moins qu’il s’en choque avec autant de pudibonderie sexuelle que politique.

 

 

      Entre nazisme, communisme et Russie, un marteau de glace éveille les cœurs au service d’une secte glacée. Cependant, plutôt que glacé, ce roman, titré lapidairement La Glace, est d’une brûlante intensité. Ne dit-on pas que le métal gelé brûle les doigts ? Le marteau glacé signe l’agonie, ou une nouvelle naissance. C’est ici entrer dans la rhétorique d’une secte abominable qui, plutôt de « la philosophie à coup de marteau » -pour reprendre une formule de Nietzsche[3]- fait la preuve de sa religion à coup de glace en frappant le sternum des nouveaux adeptes.

      La société russe postsoviétique, sous les yeux imaginatifs de Sorokine, est en pleine déliquescence. Ses citoyens découvrent une consommation aussi branchée que déréglée, sans les repères d’une démocratie libérale qui leur enseignerait les libertés et la justice. Ses jeunes personnages sont sans passé, boules de flipper au milieu des alcools, des drogues, des trafics mafieux, des règlements de compte, des portables et de la prostitution. Les voilà assez déboussolés pour pouvoir être détournés et aiguillés par la soudaine certitude, l’emprise totale d’une secte structurée, farouchement déterminée. Aussi, parmi les rues de Moscou une série d’enlèvements déconcerte la population. Il s’agit d’exterminer l'humanité corrompue par le sexe et la violence, et de sélectionner une assemblée d'élus. Les victimes, ligotées, sont frappées en pleine cage thoracique par un marteau de glace. Seuls les « élus » survivent. Tout sacré codifié effacé, ces initiés sont perméables à la conviction d’une communauté qui leur parle la « langue du cœur ». Cette glace aux pouvoirs étranges est achetée à coup de liasses de dollars, par une « société par actions Terre-Mère-Humide ».

      On sent le verbiage, les formules à trente tonnes exsudant le bon sentiment mysticopolitique. Sorokine excelle à nous faire vivre l’angoisse des nouveaux recrutés autant que la paix en béton armé des recruteurs. Son analyse du mécanisme des sectes est imparable. Mais pourquoi nous infliger la répétition de cette barbare cérémonie d’initiation à chaque fois qu’apparaît un nouvel adepte ? Nous avions compris. S’agit-il de la structure répétitive des contes, destinée à envoûter le lecteur, à instiller un suspense, à glisser dans la spirale d’un abîme ou d’une révélation… On s’ennuie. On devine que ces nouveaux sectateurs vont, une fois passé l’étonnement, se laisser fléchir, se rencontrer ; pour quelle aventure, quelle tragédie, quelle apothéose ?

     

 

      Enfin, dans une deuxième partie, une jeune fille raconte son histoire. Martelée par les Allemands en 1943, elle rejoint une cérémonie d’initiation parmi les Nazis des Alpes autrichiennes. Les élus, tous « blonds aux yeux bleus », sont végétariens au point de ne manger que des fruits crus, car le reste « transgresse le Cosmos ». Ils ont leur cosmogonie, leur météorite de glace tombée en Sibérie est exploitée pour  fabriquer les marteaux à éveiller les cœurs. Ils rêvent du moment parfait où « des ondes d’amour sublimes » uniront les vingt trois milles élus vierges et nus, où « la faute sera alors corrigée : le monde de la Terre disparaîtra, il se dissoudra dans la Lumière ». Et « nous redeviendrons des rayons de la Lumière Originelle »…

      Ils s’arrangent tout autant du nazisme que du communisme, utilisant les prisonniers des camps, assassinant à tour de bras. Les autres, « quatre-vingt-dix neuf pour cent de la totalité de ceux qu’on martelait » sont des « cadavres vivants » des machines vides, leur amour terrestre est le « mal suprême »… Bien sûr, ils prétendent : « Nous ne sommes pas une secte totalitaire. Nous sommes simplement des gens libres ». Leur certitude, leur fraternel amour ravagent l’humanité : « des millions de cadavres se penchent pieusement au-dessus des feuilles de papier mort ». Car les livres sont également condamnés. Jusqu’à ce que le progrès économique et scientifique permette la diffusion du « Système de remise en forme » avec une « glace de synthèse » qui n’a plus rien de sanglant.

      On peut lire ce roman comme un policier, un récit fantastique ou comme une percutante satire des sectes à l’idéologie glaciale : la parodie burlesque de la rhétorique des maîtres en « langage primordial », en « sérénité triomphante », est aussi saine que riche d’enseignements, finalement dissuasive… Il est évident que ce Marteau de glace est une dangereuse métaphore des théocraties et des totalitarismes.

 

 

      Quelque part dans les prochaines décennies du XXI° siècle, et au-delà de la Russie, c’est la moitié de la planète qui est entrée en déliquescence dans Telluria. De l’Atlantique au Pacifique, la décomposition est flagrante parmi les royaumes et républiques infestées par l’orthodoxie religieuse et par le communisme en Moscovie (un « théocratocommunoféodalisme »). Plus loin, le stalinisme est devenu un gigantesque parc de loisirs. Quelque part dans l’Altaï, la république de « Tellurie » abrite le « tellure », un étrange métal objet de toutes les convoitises : ses propriétés hallucinogènes procurent à qui le possède rien moins que le « Bonheur ». Ailleurs, la Californie est devenue indépendante, l’Islam wahhabite a envahi l’Europe terrorisée avant d’en être éjecté par une nouvelle reconquista.

      Génétiquement bouleversée, l’humanité se partage entre minuscules « petits » et géants « grands », qui entourent ceux des hommes qui ont gardé la taille usuelle. Clones et monstres pullulent, comme ces femmes louves au phallus disproportionné, sans compter des robots et des chimères génétiques, comme des pénis vivants…

      L’immense fresque postmoderne et carnavalesque agglomère les caractéristiques les plus contemporaines de nos sociétés, les débris de nos civilisations pulvérisées, les anticipations de la science-fiction et le retour des artefacts mythologiques, comme les centaures. À la lisière d’une fantasy satirisée, le monde est revenu à une sorte d’âge médiéval, où, réserves de gaz et de pétrole étant épuisées, l’on circule à cheval ou grâce à un alcool de pommes de terre, à moins que l’on ait les moyens, comme Viktor Olegovith, d’user d’ailes motorisées.

      Une écriture bouillonnante, satirique, ogresque, rabelaisienne, anime sans cesse Telluria. Elle passe sans hésitation du lexique familier, vulgaire et branché, au plus sophistiqué et spécialisé, du réalisme au merveilleux, de l’élégance linguistique à la pauvreté la plus crasse, des versets à l’épopée, du prêche religieux à la gouaille délinquante, de la facétie à l’ésotérisme délirant ; non sans une dose d’intertextualité où l’on devine l’ombre de Gogol ou d’Orwell. Car chacun des cinquante chapitres, à la lisière de la nouvelle, voire du poème en prose, offre sa langue, sa couleur, son rythme, ses personnages. L’un des plus frappant, parmi bien d’autres, est le chapitre quarante-deux, empreint de pastiche médiéval : « Toujours avoir Centaurus le seing porté ». L’on dit qu’en russe il s’agit d’un genre littéraire : « le skaz ». Le récit agrège le journal intime et la scène théâtrale, le dialogue et le poème versifié, le monologue intérieur joycien et la harangue politique. L’énumération idéologique et des populations s’embrase en logorrhée, quand, plus loin, se détache l’apparente rigueur de l’article encyclopédique. C’est monstrueusement cultivé est empreint d’un brio postmoderne  que les détracteurs qualifieraient de m’as-tu vu. C’est farcesque, surexcitant et fatiguant. On a peine à tisser une histoire, tant les anecdotes, les violences, les narrateurs, les surprises s’entrechoquent. Les personnages donnent le tournis : ce sont tour à tour un junkie qui fait profession de journalisme, un pédophile avéré, un président français de la république de Tellurie nommé Jean-François Trocard, une ouvrière amoureuse, une « secrétaire du Comité municipal », un « Apothicaire, enflure silencieuse et suante, dans la tête duquel pointait un clou de tellure », « Magnus le Célère », chaussé de bottes de sept lieux lui permettant de parcourir la « nouvelle république de Languedoc »… À peine s’est-on attaché à l’un d’eux, l’on est contraint de le quitter sans espoir de retour.

 

 

      Seul le motif du « tellure », cet hybride du LSD et du soma conçu par Huxley dans Le Meilleur des mondes, qui gorge ses consommateurs d’hallucinations et de fantasmes, en particulier de la possibilité de retrouver le passé et les disparus pour échapper à l’immense désordre du monde, peut être lu comme un fil directeur discontinu et sinueux. Il faut, dans le crâne des assoiffés de « Bonheur », planter des clous de « tellure », au risque d’en trépasser, en écho au marteau de La Glace. Les impétrants sont traités par des quidams ou des chirurgiens spécialistes qui acquièrent ce faisant une aura mystique et se réunissent dans un ordre qui n’est pas sans faire penser à celui des Templiers. Car le « tellure », connu dès les zoroastriens, interdit par l’ONU, puis rétabli en sa république par « la légion ailée normande des Frelons bleus », est une monnaie de luxe, une clef psychique, une hostie sacrée, une extase religieuse, un « état euphorique persistant », « repoussant les limites de l’humain », « plongeant son divin scalpel dans des millions de cerveau », « étincelant comme la parure des anges »…

      Mais l’intérêt est ailleurs : comme dans un immense shaker, Sorokine secoue, mélange, explose les régimes politiques, démocratie utopique, totalitarisme poststalinien, ploutocratie mafieuse, théocratie chrétienne orthodoxe, Islam fou, ochlocratie vulgaire ; la collection folle et bigarrée des tyrannies fait feu de tout bois pour écharper et conspuer le cynisme des pouvoirs. Même si l’on reste sceptique devant une trace de nostalgie pour le bon vieux temps largement fantasmé des bons prêtes, des soigneux artisans, des preux chevaliers et des rois intègres qui auraient peuplé une société médiévale et traditionnelle. Fantastique et picaresque, anachronisme et anti-utopie s’en donnent à cœur joie sous le clavier démesuré, devenu fou, du burlesque et savant Sorokine, affuté satiriste des potentialités inquiétantes de notre temps, autant que clown savant du divertissement à grand spectacle. En ce sens, Telluria, mieux que Le Lard bleu ou La glace, auxquels il se réfère implicitement par des leitmotivs (drogue, marteau et clou) est peut-être, en dépit d’une lecture rendue exigeante par son caractère de mosaïque heurtée par un tremblement de terre compositionnel et thématique, le plus stimulant de ses romans.

 

      Les pires -et rarement les meilleures- potentialités de l’humanité se précipitent dans ce bouillon de cultures des science-fictions les plus échevelées, tandis que les allégories que sont le lard bleu, la glace ou le tellure en signent les aspirations les plus désastreuses : drogues physiques et psychologiques au sein de chaos politiques hauts en couleurs et de totalitarismes délirants. Cependant, ici l’on n’a exploré qu’un trio de romans sorokiniens. Pléthorique, bavard à l’excès, le romancier russe, ingénieur et illustrateur de surcroît, né en 1955 à Moscou, accole à La Glace, La Voie de Bro[4], puis 23000[5], de façon à façonner la trilogie de « La confrérie de la Lumière primordiale ». D’autres romans, comme La Tourmente[6], ou des pièces de théâtre, s’ajoutent au palmarès de l’intempestif Vladimir Sorokine. Le régime de Vladimir Poutine l’a poursuivi en justice pour pornographie, des militants poutiniens ont déchiré ses livres au-dessus d’un siège de toilettes géantes, alors qu’il eût mieux valu en rire et saluer la liberté délirante, sinon toujours convaincante, de telles anti-utopies baroques et rabelaisiennes. Voici donc un fleuron de la courageuse et parfois décevante collection « Exofictions », qui met en avant les plus hors-normes des sciencefictionneurs contemporains, mais ausssi l’indispensable et fondateur Zamiatine de Nous[7]. Pourquoi d’ailleurs nos romanciers, comme l’Espagnol Jorge Carrion[8], ou l’Américain Dan Simmons[9] postulent-ils volontiers un futur chaotique, sombre ? Il faut pourtant espérer qu’avoir confiance en l’ingéniosité et les qualités politiques de l’humanité ne sera pas un vain exercice rhétorique.

 

Thierry Guinhut

La partie sur La Glace a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2005

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Viktor Pelevine : La Mitrailleuse d’argile, Seuil, 1997.

[2] Viktor Pelevine : Minotaure.com, Flammarion, 2005.

[3] Friedrich Nietzsche : Le Crépuscule des idoles ou comment philosopher à coups de marteau, Œuvres VIII, Gallimard, 2004, p 57.

[4] Vladimir Sorokine : La Voie de Bro, L’Olivier, 2010.

[5] Vladimir Sorokine : 23000, L’Olivier, 2013.

[6] Vladimir Sorokine : La Tourmente, Verdier, 2011.

[7] Evgueni Zamiatine : Nous, Actes Sud, 2017. Critique à venir sur ce site.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires Russie
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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 16:25

 

Jeff Koons : "Tulips", Musée Guggenheim, architecte Frank Gehry, Bilbao.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Une somptueuse architecture mémorielle

par le Russe Alexeï Makouchinski :

Un Bateau pour l’Argentine.

 

Alexeï Makouchinski : Un bateau pour l’Argentine,

traduit du russe par Luba Jurgenson, Louison éditions, 316 p, 25 €.

 

 

 

 

      Porte-t-il bien son titre ? Car bien que ce roman semble se diriger vers l’Amérique latine, c’est d'abord au moyen d’un regard rétrospectif qu’il se tourne vers une Russie originelle, improprement devenue Union Soviétique. Grâce à une prose somptueuse, Alexeï Makouchinski nous embarque moins dans Un Bateau pour l’Argentine que dans une fresque mémorielle haute en couleur. En quinze chapitres concentriques, un narrateur, Alexeï Makouchinski en personne, amène son personnage extraordinaire, lui parfaitement fictionnel, Alexandre Vosco, à déplier son histoire d’exilé russe et d’architecte brillant. Histoire qui balaie le XXème siècle, par le truchement de son fils, un Vosco bien moins talentueux. Mais c’est à Vladimir Grave, croisé en 1950 sur un bateau voguant vers l’Argentine, que revient le triste honneur d’évoquer l’enfer stalinien.

 

      Nous sommes dans les années quatre-vingts. C’est alors que le « vent ferroviaire de l’imagination » emporte le jeune narrateur, depuis le Moscou de 1988, alors que s’entrouvre le rideau de fer, vers la France. Son « roman de formation » commence dans un Paris « branché », entre les comics et la mode, dont Viviana Vosco est férue. Grâce à elle, le narrateur rencontre Alexandre Vosco, alias Voskoboïnikoff, célèbrissime architecte, qui fut l’ami de confrères comme Jean Balladur et Mies van der Rohe. La conversation entre ces deux générations roule sur une enfance balte, une amitié avec Vladimir Grave parmi les dunes marines, tout cela avant 1917, puis sur les retrouvailles de Vosco et de Grave en 1950 sur le bateau-titre. La brève rencontre est suivie par la mort de Vosco. Plus tard, notre narrateur entreprend de ranimer le temps, de sauver la destinée de cet architecte de l’oubli, même si bien des livres sont consacrés à son immense travail, dont une « bibliothèque pyramidale construite en Espagne », ou encore un musée d’art contemporain à Osaka, « en forme d’œuf posé sur le côté »…

      Il faudra s’acoquiner avec le fils, Pierre Vosco, grand bourgeois et mycologue à ses heures, et l’entretenir à Munich, où vit notre narrateur, pour que la figure de l’architecte légendaire reprenne vie. Toutes ses années de jeunesse, de guerres entre Russes blancs, Lettons et Russes rouges sur le front balte, de formation intellectuelle, de tâcheron sans succès, défilent, jusqu’à ce que les années cinquante lui offrent une seconde jeunesse, un succès bientôt international pour ses travaux.

      Il s’agit pour lui d’ « architecture intégrale ». Il fréquente alors Nervi et Le Corbusier ; ce dernier n’étant pas épargné : « des cages calculées selon le nombre d’or dans lesquelles le courageux Suisse s’apprêtait à enfermer l’humanité ». Au-delà des « casernes cartésiennes », Alexandre Vosco préfère se vouer à une « architecture qui réponde de la diversité du monde », plutôt qu’à la « cité idéale » des « architectes gauchistes » : « Je haïssais l’utopie et luttais contre, j’en connaissais trop bien le prix ». Ainsi la fiction intègre-t-elle de réelles personnalités de l’histoire de l’art, comme Jean Balladur, dont on visite les pyramides de La Grande Motte. Ainsi la fiction n’est pas sans emprunter une dimension politique engagée, entre art et politique.

      Une foule d’histoires émaille ce roman vibrionnant, comme celle de la mère de Pierre Vosco, qui assassina un officier nazi sur les quais de la Seine, une « valise remplie de pierres et de branches », venues d’Argentine, un « fol-en-Christ », une beauté juive anonyme épousée par Grave et morte pendant le blocus de Leningrad, les héros et les péripéties cruelles des guerres baltes pour se libérer des Bolcheviques…

      Ce « bateau pour l’Argentine », outre les retrouvailles avec Grave, est également le tournant d’une vie pour notre personnage. Etourdi de déceptions professionnelles et sentimentales, il prend en partant une décision qui changera le cours de son existence, prélude de la montée vers la gloire. En ce sens, le titre, qui paraît longtemps trompeur, se justifie. C’est sur le bateau également que se produit une métalepse, pour emprunter le mot de Genette[1] : le narrateur devient un moment Alexandre Vosco, au travers des pages de son autobiographie partielle et retrouvée par notre auteur-narrateur. C’est ensuite en Argentine qu’il construisit le pont qui le propulsa vers la célébrité. Là ou Maria, sa future épouse, devient également narratrice d’un moment…

      Si Alexandre Vosco a pu fuir la Russie soviétique, Vladimir Grave a dû attendre la seconde guerre mondiale pour définitivement s’extirper du régime stalinien et de son « vampire moustachu ». Ce furent « trente-trois ans en enfer », et une odyssée hallucinante, jusqu’en 1941, lorsque prisonnier des Allemands, il est reconnu comme faisant partie des minorités allemandes, donc libéré, puis réquisitionné comme ingénieur pour l’Organisation Todt, aux abords d’un camp de concentration, avant de fuir Berlin en ruines... Pour parvenir à enfin réussir sa vie d’ingénieur en Argentine.

      D’où une recherche du temps perdu (aux phrases parfois proustiennes) exaucée par le narrateur, fouillant, outre la Russie et Paris, Munich et la Finlande, Buenos Aires et les plaines argentines, la guerre et la paix, la tyrannie et la solitude, l’échec et la réussite, la sordide réalité et la hauteur de l’art. La structure mémorielle labyrinthique n’enlève rien alors à la clarté du récit. Récit qui s’empare des archives de la « tour » (comparée à celle de Montaigne) et des secrets des réussites architecturales du personnage central, à tel point que dans cette ode à l’art de l’architecte -dans laquelle certaines pages ressortissent à l’essai d’esthétique-, dans cette « architecture intégrale » romanesque, dont l’art de Vosco est la métaphore, ce dernier en devienne une création mythique.

      Publié avec soin par les éditions Louison (reliure toilée, cahiers cousus, signet), l’on devine qu’à ce roman la traductrice, Luba Jurgenson, a mis toute sa passion, elle qui fut de la magnifique entreprise de l’adaptation française des Récits de la Kolyma[2]. Les notes, souvent historiques et linguistiques, sont aussi abondantes que précises, malgré le « Wanderjahre », traduit improprement par « déplacements », alors qu’il s’agit de goethéennes années de voyage.

 

      Roman d’enquête biographique, historique et politique, publié en Russie en 2014, Un Bateau pour l’Argentine séduit par son écriture somptueuse, ses allusions aux romans d’éducation de Goethe, à maints poètes pas seulement Russes, par sa qualité de traité esthétique. Il emporte par sa narration claire, réaliste et fouillée, stupéfait le lecteur par ses univers géographiques et historiques emboités, par ses contrastes immenses entre la vie parisienne et munichoise et les morts des guerres du dernier siècle. On ne s’étonne pas qu’Alexeï Makouchinski, né en 1950 à Moscou, ait été traducteur de l’allemand et de l’anglais. Depuis 1992, il vit en Allemagne où il enseigne à l’Institut des études slaves de l’université de Mayence. Trois romans ont jaillis de son clavier : Max, en 1998,  La Ville dans la vallée, en 2013, et Un Bateau pour l’Argentine, seul traduit à ce jour (du moins, provisoirement, espère-t-on). Avec lui, mémoire et Histoire dialoguent, tant avec séduction qu’avec puissance, dans le cadre d’un objet romanesque et esthétique qui se forme et s’enrichit sous nos yeux au fur et à mesure d’une lecture enchantée.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Gérard Genette : Métalepse, Seuil, 2004.

[2] Varlam Chalamov : Récits de la Kolyma, Verdier, 2003.

 

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 15:58

 

 

Vents et nuées. T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Marina Tsvetaeva et Ariadna Efron,

 

le  combat du lyrisme contre le totalitarisme :

 

Poèmes, Carnets

 

et Chroniques d’un goulag ordinaire

 

 

 

Marina Tsvetaeva : Poésie lyrique. Poèmes de Russie, 1912-1920, Poèmes de maturité, 1921-1941,

traduits du russe et préfacé par Véronique Lossky,

Syrtes, 900 et 800 p, 20 € chaque, coffret, 40 €.

 

Marina Tsvetaeva : Les Carnets. Publiés sous la direction de Luba Jurgenson,

traduits du russe par Eveline Amoursky et Nadine Dubourvieux,

Syrtes, 1136 p, 43 €.

 

Ariadna Efron : Chronique d’un goulag ordinaire,

traduit du russe par Simone Goblot, Phébus, 288 p, 19,50 €.

 

 

      « Il lave le rouge le plus lumineux / l’amour[1] », écrivait en 1917 Marina, l’année même du déclenchement de la révolution rouge, bolchevique et communiste, de sinistre mémoire. Qui eût cru qu’il restait autant d’inédits de la grande poétesse Marina Tsvetaeva (1892-1941) ? Que deux magnifiques volumes de Poésie lyrique allaient nous ravir, nous pousser à pleurer, à toucher enfin les sommets délicieux et terribles du lyrisme russe… De surcroît, grâce aux soins inquiets de sa fille Ariadna qui rassembla la matière de dix tomes d’écrits intimes, voici entre nos mains des Carnets qui balaient toute une vie intensément créatrice. En même temps que nous sont révélées les lettres du goulag de celle par qui la mémoire de la poésie russe de la première moitié du XX° fut sauvée.

 

      Du Siècle d’argent au siècle rouge, résonne toute la splendeur lyrique et tragique de Marina Tsvetaeva. Enfant-poète fêtée par sa famille et ses pairs, née en 1892, elle subit de plein fouet la violence bolchevique et stalinienne qui balaie son pays, jusqu’à son suicide, en 1941. Amours séparés, exil, retour dans une patrie qui ne la publie plus, rien ne lui est épargné, sauf le génie qui lui permet seul de vivre en toute intensité ses amour-passions… Jusque-là, en français, ses poèmes vivotaient plus ou moins orphelins dans des recueils, des anthologies. Quoique ces derniers fussent bouleversants, rien n’égale l’étonnement et l’émotion charmée devant un évènement de poids : la publication intégrale des Poèmes de Russie et de maturité, 1700 pages bilingues. Un fleuve d’amours parmi les barrages de l’Histoire, et un poids sur le cœur…

      Alors que les premiers poèmes célèbrent une enfance heureuse avec « Le prince et les cygnes », alors que Psyché s’annonce encore comme relevant du « romantisme », Marina écrit en 1921 Le Camp des saints, recueil qu’elle sait impubliable en Russie soviétique, puisqu’il y est fait l’éloge funèbre de l’armée blanche, fidèle au Tsar, écrasée. Son cher mari, Sergueï Efron, en avait été un élève-officier, contraint à l’exil :

« Je me rappelle ton visage clair, la nuit,

Dans l’enfer du wagon des soldats.

Je chasse mes cheveux dans le vent

Et garde les épaulettes dans un coffret. »

      En 1922, elle le rejoint à Berlin. Car même si elle eut d’autres amours (dont saphique en 1915), elle garde à son égard une fidélité à toute épreuve. C’est surtout à partir de 1917, que « Le plus grand fracas de mon siècle », la rattrape, quoique sa révolte reste intacte : « Mais jamais je n’embrasserai un bourreau ! » Comme son pays, elle peut dire, en dépit de la propagande : « Je suis un champ dévasté au dedans ». Ainsi sa poésie, qui est bientôt son unique amie, devient aussi vigoureusement engagée que secrète : « Et nous - sous la bâche funèbre pour avoir dit « le tsar » ! » Ou encore : « Brebis soumises et vous - moutons, / Esclaves d’Hitler, avec Staline marchez ! »  Elle n’est pas dupe devant l’identité des deux totalitarismes et reste sans illusion : « À la bouche noire des fusils, offrez tempes et sein. » Pourtant elle aime passionnément sa Russie : « Ô mère – ma Russie, / Cheval ensorcelé ! » Quelques soient les circonstances les plus âpres, le lyrisme ne la quitte pas, il est la seule âme qui l’anime jusqu’au bout de ses errances et de ses solitudes.

 

Marina Tsvetaeva chez Clémence Hiver.

 

      Marina, dont le nom peut être approximativement traduit par « La fleurie », reviendra en sa patrie pour s’y faner jusqu’au désespoir, lorsqu’elle met fin à ses jours. Entre temps elle a pu dire : « Merci à ma table de travail fidèle » et anticiper son au-delà : « on me déposera nue / Avec deux ailes pour linceul ! » Le tragique n’est en effet jamais amputé de l’assomption de l’écriture :

« Je me suis ouvert les veines : la vie

Gicle, ininterrompue et irrécupérable.

Mettez dessous : assiettes, jattes… […]

Irrécupérable, elle gicle : la poésie. »

      Alors que nombre de ses vers ont attendu longtemps leur publication posthume, notre édition bilingue est un prodige de complétude autant que de traduction. Véronique Lossky n’a-t-elle pas veillé à retranscrire les assonances ? Par exemple en respectant le « y » russe qui est un son « ou » : « Feux de nuit, à mon cou - perles d’or. / À ma bouche - goût de feuilles - liens des jours »… À travers ce titanesque coffret, les « Brumes anciennes de l’amour » et une foule d’inédits ressurgissent, comme les Poèmes à la Tchécoslovaquie. Particulièrement émouvants sont ses tous derniers vers :

« Il est temps d’ôter l’ambre,

de changer le vocabulaire,

Temps d’éteindre le réverbère

Au-dessus de ma porte. »

      Si les plus beaux récits ont été publiés par l’éditrice passionnée Clémence Hiver, puis réunis dans les Œuvres[2] complètes en cours de publication, il manquait à l’évidence cette immense chronique intime, de la révolution bolchevique à l’exil, jusqu’à la traque stalinienne et au suicide, en passant par une vie littéraire et amoureuse intensément remplie. En ces Carnets, torrent de lettres, de brouillons, de notes et de vers traduit en intégralité, passe « tout un incendie »… Marina est une « personne écorchée » pour laquelle « tout tombe comme une peau, et sous la peau il y a la chair à vif et le feu ». Mais aussi une hyperactive de l’écriture : « Le désœuvrement c’est le vide le plus béant, la croix qui rend le plus vide. C’est pourquoi -peut-être-, je n’aime ni la campagne ni l’amour heureux. »  Elle s’éprouve sans limites, capable de « mener dix relations (bonnes relations !) à la fois et soutenir à chacun, du tréfonds de mon être, qu'il est le seul et unique ». C’est ainsi qu’elle aime son mari, qu’elle aime l’amie, plus exactement « l’Amour sous sa forme féminine » dans l’Histoire de Sonetchka[3]; qu’elle correspond avec Rilke et Pasternak, prise de passions intellectuelles flamboyantes, mais aussi avec maints auteurs russes : « J’ai tellement, tellement à vous dire qu’il me faudrait cent mains »… Elle rend ainsi hommage à autrui, comme lorsqu’elle écrit De vie à vie[4], chaleureux éloge du poète Maximilian Volochine, qu’elle nommait son « père spirituel ». Tout en cherchant une expression qui lui échappe : « Aucune forme ne me convient -même pas celle, très vaste, de mes vers ! Je ne peux vivre. Rien ne ressemble à rien. Je ne peux vivre qu'en rêve ». Ce pourquoi, au-delà du dénuement lors du retour en Union Soviétique et de l’oppression policière, elle choisit de se tuer, en une sorte d’allégorie du destin de la Russie ; tout ce dont rend également compte avec précision la riche biographie de Maria Razumovsky[5].

      Après une enfance dorée et une jeunesse météorique de poète précoce, elle doit fuir une révolution (l’une de ses filles mourut de faim à trois ans) qui très vite récusa toute création libre, originale. Croit-elle trouver dans l’exil des complicités littéraires, que Paris, malgré quelques succès, la déçoit cruellement. Le retour au pays est illusoire jusqu’au terrible : « Puisque j’ai pu cesser d’écrire des poèmes, je pourrai un beau jour cesser d’aimer. (…) Bien sûr, j’en finirai par un suicide, car mon désir d’amour est un désir de mort. » Ce qui prouve que chaque bribe de ces Carnets, entre 1913 et 1939, de ce lyrisme sacrifié, est aussi soignée qu’une page de vers, même si ce matériau littéraire ne fut guère destiné à la publication…

      L’immense fresque des Carnets peint une autobiographie éclatée, éclatante et poignante, une revendication permanente d’individualisme poétique dans un continent laminé par l’idéologie collectiviste, un atelier frissonnant d’enthousiasmes et d’effrois, une matrice polymorphe en vue des proses et des poèmes en gestation. Car sa vie est une avalanche de cataclysmes affectifs, financiers, politiques ; et seule la vie « transfigurée » par l’art a valeur à ses yeux : « chaque livre est à lui seul tout un monde, et ce sentiment profond de malaise : comment mourir alors que j’ai tant de livres ? » Cette « sténographe de l’être » (ce fut l’épitaphe dont elle rêvait) connaissait la teneur et la réalité de son génie, bien qu’elle eût grand mal à être publiée. Aujourd’hui semble enfin réalisé le souhait le plus cher de sa fille : rendre justice à son originalité, à son amplitude ; à celle qui écrivait :

« Les poèmes poussent, des étoiles, des roses,

et de la beauté

- inutiles pour la vie familiale.

Quant aux couronnes et aux apothéoses -

Une seule réponse : - d’où  cela me vient-il ?[6] »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Est-ce ce désir fou qui soutint Ariadna Efron lors de ses deux longs séjours au goulag ? Si elle paraît noter, en sa Chronique d’un goulag ordinaire, le « plaisir de voir le drapeau rouge flotter au-dessus de notre combinat dans un ciel d’un bleu pur », ce n’est que parce que ses lettres sont indubitablement surveillées. L’on sait en effet que Marina rejeta le communisme, refusant d’adorer « l'homme nouveau [...] moitié machine -moitié singe- moitié mouton ». Sa mère morte, son père arrêté, puis exécuté, Ariadna n’a d’autre joie, pendant ses efforts de survie que seule l’intériorisation de la censure paraît rendre acceptables, que de savoir retrouvés les précieux manuscrits maternels. Les pages si tendres de son « Essai sur maman » consacré au culte de Marina, permettent à cette chronique de n’être pas éclipsée par les plus grands, Soljenitsyne et Chalamov, chantres indépassables de l’horreur du « goulag ordinaire ».

 

      Lire et relire ces deux destins tragiques, ces deux journaux de vies malmenées et transfigurées… S’immerger dans l’atelier littéraire et intime de Marina Tsvetaeva, picorer un aphorisme, un brouillon de poème, une page de journal : quel bonheur de lecture, en une édition splendide, illustrée, sur le papier ivoire des Carnets ! Mais rien ne vaut ce coffret de poèmes de Russie et de maturité pour extraire tout le suc d’une existence innervée du pur et amer bonheur de la poésie. Quoique trop souvent balayée par le vent d’angoisse des guerres et de ce totalitarisme communiste teinté du rouge de tant de sang. Au-delà de ce qui fut dans les Carnets l’utérus originel, et grâce à cette édition bilingue, ses « sombres poésies lyriques » trouvent enfin le lecteur de l’éternité. Leur tour est enfin venu d’être lues, aimées :

« Dispersés dans la poussière des librairies

Où personne ne les prenait, où personne

Ne les prend ! - mes poèmes seront

Comme des vins précieux : leur tour viendra.[7] »

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

A partir d'articles -ici augmentés- publiés dans Le Matricule des Anges,

avril 2005 et novembre-décembre 2016

 

[1] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, Fourbis, 1992,  p 75.

[2] Marina Tsvetaeva : Œuvres I Prose autobiographique, II Récits et essais, Seuil, 1009 et 2011.

[3] Marina Tsvetaeva : Histoire de Sonetchka, Clémence Hiver, 1991.

[4] Marina Tsvetaeva : De vie à vie, Clémence Hiver, 1991.

[5] Maria Razumovsky : Marina Tsvetaieva, mythe et réalité, Noir sur blanc, 1988.

[6] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, ibidem p 93.

[7] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, ibidem,  p 22.

 

 

Tsvetaeva-Carnets.-Syrtes.jpg

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 10:25

 

 

 Val Literola, Benasque, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Requiem pour Anna Akhmatova.

 

 

Anna Akhmatova : Le Requiem & autres poèmes choisis,

traduit du russe par Henri Deluy, Al Dante, 216 p, 17 €.

 

 

      Tout poème est un requiem, célébrant ce qui ne peut manquer de disparaître. À moins qu’il s’envole vers le futur. Certainement le poème le plus célèbre, le plus déchirant, d’Anna Akhmatova est son Requiem. Au point d’offrir un défi aux traducteurs. Relevé une fois de plus, après celui de Mandelstam, par Henri Deluy, dans sa version du Requiem & autres poèmes choisis. En un peu plus d’un demi-siècle d’écriture lyrique, il a fallu cependant à Anna Akhmatova heurter sa Muse au rouleau compresseur de la permanente tragédie du communisme, puisque, née en 1889, sa maturité a toute entière été corsetée par les fers du totalitarisme, jusqu’à sa mort en 1966.

 

      Coutumière de la mort, Anna Akhmatova vit partir son premier mari, le poète Nicolaï Goumiliov, vers les affres de l’arrestation et de l’exécution par les Bolcheviks en 1921. Coutumière de la poésie depuis son enfance, son premier recueil, Le Soir[1], est publié en 1912. Le succès fut tel que durablement fut lancé le mythe de la « Sappho russe ». Elle est avec Mandelstam[2] l’un des phares de l’acméisme, ce mouvement qui récuse un symbolisme usé, son goût des obscurités, son artificialité, ainsi que ce futurisme qui, dans son « Premier manifeste » de 1909, voulait « démolir les musées, les bibliothèques[3] » ; préférant la clarté et l’authenticité, « l’engagement lyrique ». Ce qui n’empêche pas que l’œuvre d’Anna soit essentiellement intimiste, empreinte d’émotion et attentive aux valeurs morales. On devine que le réalisme socialiste lui fasse bientôt horreur.

      Après Le Rosaire, La Volée blanche, Anno Domino MCMXXI, Anna est interdite de publication par le régime soviétique pendant quatorze ans. Autour d’elle, la terreur s’amplifie. Il faut attendre les années quarante pour qu’elle puisse publier des choix de poèmes. Et pour que le rapport Jdanov la qualifie de « petite dame hystérique », en 1946. C’est seulement en 1958, après le rapport Khrouchtchev, qu’elle peut publier une anthologie. Les dernières années de sa vie lui sont plus favorables, puisqu’elle réintègre l’Union des écrivains, dont elle devient présidente, peut voyager en Italie, à Oxford, où elle est faite docteur Honoris causa. Même si la censure s’exerce encore sur La Course du temps (d’où 700 vers sont expurgés), elle peut publier à Munich son Requiem, en 1963, qui devra attendre 1988 pour atteindre Moscou.

      Ainsi, de 1909 à 1963, cette judicieuse anthologie parcourt pas à pas la trajectoire entravée de cette poétesse qui s’inscrit dans une constellation magique et tragique, en compagnie d’Ossip Mandelstam et Marina Tsvetaeva[4].

 

« Les buissons s’agitent dans les ravines,

La grappe du sorbier rouge et jaune se flétrit,

Et moi, je compose des vers joyeux

Sur la vie fragile, fragile et belle. »

      Ecrit-elle en 1912. Bientôt, la guerre, à la veille de laquelle, encore inconsciente, elle avoue  « Je ne guéris pas les autres de l’amour », puis le totalitarisme rouge, vont étrangler, briser cette fragilité : « Chaque jour ainsi est devenu un jour des morts » (1915). De même, en 1919, « La mort fait des croix sur les maisons ». Malgré l’étau du communisme, Anna refuse de penser à quitter la Russie. Les poèmes d’amour observent un triste repli quand elle déplore l’acharnement sur son pays « elle aime le sang, la terre russe » (1921). Si, en 1928, « La ville baigne dans une solution toxique », c’est bien le pays entier qui est empoisonné pour longtemps.

      Un bel et déchirant hommage est rendu à Mandelstam en exil, lorsqu’à « Voronej », en 1936, elle lui rend visite :

« Mais dans la chambre du poète disgracié

Veillent tour à tour la Muse et la peur.

La nuit passe

Qui ne connait pas d’aurore »

 

N. Altmann : Anna Akhmatova, 1914.

 

      L’on sait que le Requiem fut en 1957 composé pour honorer -et torturer- la mémoire de Pounine, l’historien d’art avec lequel Anna avait vécu. Mais cette déploration vaut pour toutes les femmes qui ont vu partir à jamais leurs maris, leurs frères, leurs fils, sous le talon du léninisme et du stalinisme.

      Quoique nous n’ayons pas la moindre compétence en langue russe, dont le texte original orne l’édition de La Dogana (L’Eglantier et autres poèmes[5]), il semble que la traduction d’Henri Deluy, par la vertu de son parti-pris elliptique, est plus efficace, plus suggestive et émouvante. Voilà ce qu’il écrit des premiers vers du Requiem, plus précisément de la « Dédicace » :

« Tant de malheur,

              Et les montagnes s’inclinent,

Le célèbre fleuve s’arrête de couler

Dans les prisons, de solides verrous,

              et, Au-delà : les tanières du bagne,

              et la tristesse mortelle.

À d’autres, le souffle et la fraîcheur du vent,

              à d’autres,

le crépuscule et sa tendresse »

      Ce poème d’une douzaine de pages, composé en 1957, s’achève sur :

« Et j’ai peur d’oublier, même dans une mort

Bienheureuse, le fracas des fourgons noirs […]

Que, des paupières de bronze, immobile,

Coule, comme des larmes, la neige fondue »

      Ce que Jean-Louis Backès, traduisait ainsi, proposant un immobile au pluriel qui change le sens de l’accord :

« Que, des paupières de bronze, immobiles,

La neige en fondant coule comme des larmes ![6] »

      Bien que bilingue, l'édition de Marion Graf et José-Flore Tappy, ne répondra pas à notre interrogation, lorsqu’elle offre :

« Et puisse la neige en fondant ruisseler

Comme des larmes à mes paupières de bronze[7] »

 

      Son dernier poème, en 1963, commence ainsi : « J’éteins ces chandelles intimes ». Cela ne sonne-t-il pas comme un adieu ? Tel lorsque Prospéro, dans La Tempête, annonce : « Je briserai ma baguette[8] ». Ce que l’on peut légitimement interpréter, de la part de Shakespeare, à l’occasion de sa dernière pièce, comme un adieu à son art.

      Henri Deluy a eu l’idée, autant émouvante que pertinente, d’ajouter en appendice la traduction de trois hommages d’incontournables poètes russes : Alexander Blok, Ossip Mandelstam et Boris Pasternak. De ce dernier, pour notre chère Anna, retenons son ultime quatrain de 1928 :

« Partout, comme des producteurs d’étincelles,

Dès Vos premiers livres, où les graines

D’une prose attentive se développaient,

Ils transforment les événements en choses vécues. »

 

      Peut-on aujourd’hui imaginer qu’Anna dut composer ses poèmes pour des voix qui les apprenaient par cœur, faute de pouvoir les diffuser sur papier ? La légèreté (pas un instant superficielle) des poèmes de jeunesse fait place, à l’acmé de sa maturité, aux accents viscéralement tragiques. « Le Poème sans héros », le Requiem sont des échos direct de la trop longue actualité du communisme meurtrier, dans lesquels émotion et réalisme confluent en une intensité folle, comme une balafre au front de la Muse. Si le poème parait sourdre d’une page d’un journal intime, il est aussi le reflet synthétique de la cruauté de l’Histoire. Au point qu’il faille lire, pour leur poids de répression, les poèmes de la série « Gloire à la paix », qui sont des hommages à Staline. Jusqu’où la langue du poète doit-elle s’abaisser pour tenter de fléchir le tyran ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Anna Akhmatova : Le Soir, traduit par Sylvie Tecoutoff, Le Nouveau Commerce, 1986.

[3] F. T. Marinetti : Contre Venise passéiste et autres textes, Rivages poche, 2015, p 96.

[5] Anna Akhmatova : L’Eglantier et autres poèmes, traduit par Marion Graf et José-Flore Tappy, La Dogana, 2010.

[6] Anna Akhmatova : Requiem, Poèmes sans héros et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2007, p 200.

[7] Anna Akhmatova : L’Eglantier et autres poèmes, ibidem, p 225.

[8] William Shakespeare : La Tempête, V, 1, Œuvres, t 12, traduit de l’anglais par Pierre Leyris, Club Français du Livre, 1968, p 161.

 

 

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 15:35

 

Saint-Martin-lès-Melles. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Ivan Bounine : Coup de soleil et autres nouvelles,

 

une Russie élégiaque brisée par la révolution.

 

 

 

Ivan Bounine : Coup de soleil et autres nouvelles,

traduit du russe par Joëlle Dublanchet, Syrtes, 192 p, 16 €.

 

 

 

          Une atmosphère élégiaque et passionnée innerve sans cesse les huit nouvelles de cet écrivain russe (1870-1953), poète et romancier, également traducteur de Byron et Tennyson, qui reçut le Prix Nobel en 1933. Ecrites à Paris et dans les Alpes Maritimes, au cours des années vingt, où il s’était réfugié après avoir fui le bolchevisme, qu’il dénonce dans « Le fardeau », elles sont révélatrice de son art, intime, explosif : entre réalisme  suggestif et postromantisme échevelé.

 

        Venues d’une Russie qu’affecte la nostalgie, les scènes intimistes et réalistes ressortissent au sillage littéraire de Tchekhov. Les amours splendides, passagères, éblouissent les yeux du lecteur : l’éphémère nuit d’un officier avec une femme mariée est « comme un coup de soleil ». Plus proche de l’instantané policier, voire de la terreur gothique, « Une histoire effrayante » relate en un bref poème en prose le meurtre d’une vieille dame égorgée, s’attardant sur « ses yeux d’écrevisse fous », sans que l’on ne sache rien des coupables. Quant à « Sur les eaux immenses », il s’agit d’un journal de voyage, d’une ode enthousiaste à l’océan, au cosmos, bien caractéristique de l’atmosphère élégiaque dédiée à une Russie disparue, même si passablement idéalisée. À l’instar d’un autre récit, « La Grammaire de l’amour[1] », qui aurait pu trouver sa place en ce beau recueil, car il est également un carnet de voyage puissamment lyrique, en même temps que la mise en abyme d’un livre qui parviendrait à enseigner l’amour. Toutes pages affleurant d’un art protéiforme.

 

 

        Bounine était un postromantique acharné, aux talents d’évocations certains, un psychologue adroit. Le récit central de ce recueil est sans conteste « L’affaire du cornette Elaguine ». Au point qu’elle figure, avec « Le sacrement de l’amour »,  dans le volume qui lui fut consacré par la « Collection des Prix Nobel de Littérature[2] ». Les amours scandaleuses du jeune officier et de l’actrice exaltée, contées dans le cadre d’un récit judiciaire, s’exaspèrent jusqu’à un climax tragique. Celle qui déplore la concupiscence de ses amants, assène une pertinente et terrible vérité générale : « Tous veulent mon corps, et pas mon âme ». Elle cherche un cœur « capable d’aimer » et de « mourir pour une nuit passée avec elle ». Elle aménage « une pièce à suicide », dans laquelle elle attirera sur elle le révolver salvateur qui n’est pas le sien : meurtre ou auto-immolation ? La protagoniste, victime ou actrice d’une sensibilité à vif, qui aspire à l’introuvable sublime,  ne sait trouver qu’une issue tragique pour acmé de son existence… Le lecteur y verra, selon, une satire des êtres surexcités par leurs sentiments, ou une adhésion an constat d’impossibilité existentielle. À moins qu’il s’agisse de catharsis, comme au sein d’une tragédie grecque.

        Car la pire tragédie est passée par la Russie : la révolution. Loin du romantisme révolutionnaire qui, d’une salutaire tabula rasa ferait surgir un monde meilleur, Bounine sait les horreurs du réel, les bassesses des acteurs de l’Histoire, les cruautés génocidaires de ceux qui veulent changer la vie des autres et transformer le monde, pour employer une rhétorique marxiste abjecte. Sa nouvelle « Le fardeau », n’est pas une vaste épopée à la façon de Babel[3], l’écrivain rouge, mais une émouvante promenade, un bref dialogue avec un vieux paysan, « ridé », « vêtu d’une pelisse crasseuse », le type du moujik qui n’a plus rien d’idéalisé, néanmoins fort sensé : Efrem. En gaillard bourru, il vomit la destitution du Tsar, qu’il qualifie de « profanation », ironise à l’égard des « promesses » de la révolution. Restant allusif, en demi-teintes, Bounine est-il assez efficace en sa satire politique, préférant conclure avec « les troncs blancs de lointains bouleaux séculaires », métaphore d’une nature conservée par les prestiges du passé ?

 

 

        Il faut souhaiter que cette iridescente poignée de nouvelles, ténébreux et brillant kaléidoscope de l’écrivain, permette de redécouvrir l’auteur de La Vie d’Arseniev[4], vaste roman autobiographique où lire une enfance et une jeunesse initiatique parmi une Russie perdue, une vie sentimentale violente ; que d’aucuns considèrent comme son livre-phare. Il faut également remercier les éditions des Syrtes de s’être spécialisée dans les auteurs slaves et russes. De Sophia Tolstoï, et de son époux Léon[5], à Bounine, en passant par Les Trésors du Siècle d’or russe, de Pouchkine à Tolstoï[6], un splendide ouvrage pour les amoureux de la littérature russe et de la bibliophilie, les classiques s’exposent avec bonheur. Quand les souvenirs de l’innommable tyrannie communiste blessent la mémoire d’Irina Golovkina[7], de d’Ariadna Efron et de Marina Tsvetaeva[8] ou d’Alexeï et Valentina Lossev, qui disent la « Joie pour l’éternité »[9] d’une correspondance amoureuse, sainte et philosophique, venue d’un échange entre Mer Blanche et blanche Sibérie, et des tréfonds du goulag…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Augmenté à partir d'un article paru dans Le Matricule des anges, juin 2014

 

[1] Ivan Bounine : La Grammaire de l’amour, Sables, 1997.

[2] Rombaldi, La Guilde des bibliophiles, sans date.

[4] Ivan Bounine : La Vie d’Arseniev, Bartillat, 1999.

[5] Léon Tolstoï : La Sonate à Kreutzer ; Sofia Tolstoï : À qui la faute ? Romance sans paroles ; Léon Tolstoï fils : Le Prélude de Chopin, Syrtes, 2010.

[6] Sous la direction de Georges Nivat, Syrtes, 2009.

[9] Alexeï et Valentina Lossev : « La joie pour l’éternité ». Correspondance du goulag (1931-1933), Syrtes, 2014.

 

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 17:11

 

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Pour Mandelstam, ou De la poésie à Voronej

 

 

Ossip Mandelstam : Voronej, traduit du russe par Henri Deluy, Al Dante, 96 p, 13 €


Ossip Mandelstam : De la Poésie, traduit par Christian Mouze,

La Barque, 120 p, 15 €

 

Ralph Duti : Mandelstam, mon temps, mon fauve,

Le Bruit du temps / La Dogana, 608 p, 34 €


 



 

« Les doigts sont des vers, gras et bouffis,

Les mots sont précis comme des blocs de métal,

(…) Comme des fers, il forge oukase sur oukase,

Il vise les parties, la tête, les sourcils, »

 

Quel monstre charmant, n’est-ce pas ? C’est ainsi qu’en novembre 1933 le poète Ossip Mandelstam signait le décret qui allait l’emmener dans l’exil de Voronej, puis dans la mort d’un lointain goulag sibérien, en décembre 1938. N’avait-il pas eu le front de caricaturer, avec la récitation de ces vers, le grand Staline ! Et encore, ce dernier ne les lut-il pas, car sinon deux ans de poèmes n’auraient été écrits que dans les limbes du néant. La poésie est évidemment pour toujours une activité « contre-révolutionnaire », que cette révolution soit brune, rouge ou verte. A l’occasion de deux recueils, l’un de vers, Voronej, l’autre de prose, De la poésie, il faudra de Mandelstam ne pas éviter une lecture biographique, ni, de toute évidence une lecture du chemin d’images et d’éthique poétiques.

 

« De toutes les fibres de ma personne, je veux, et du poids qui est sien, peser contre le déni du libre-arbitre, l’absence de toute liberté »[1]. Loin de nous de vouloir faire une lecture à la Sainte-Beuve de l’œuvre poétique de Mandelstam. Cependant, la biographie d’un esprit russe et poétiquement libre, né en 1891, ne pouvait que fatalement heurter le mur rouge du communisme et du stalinisme. Donc s’irriguer de souffrances, d’impossibilité de publication, à partir de 1933. Seul  miracle : que Nadejda, son épouse longtemps fidèle à sa mémoire, ait pu copier, cacher, préserver ses manuscrit, dont ces follement intenses Cahiers de Voronej, écrits entre 1935 et 1937, dont Henri Deluy donne en son Voronej un bref choix, quoique pertinent (malgré la fâcheuse double impression d’un poème du 30 avril 1937). De plus judicieusement augmenté de la fameuse épigramme à Staline (citée plus haut) qui n’omet pas : « Tout supplice est un régal, une framboise, / Pour sa lourde poitrine d’Ossète. » Ces dizaines de poèmes sont en effet la trace des avanies subies, de la déportation en une ville lointaine, de peu de moyens culturels, où le couple Mandelstam tire la pauvreté par la queue. « J’ai envie de hurler devant toutes ces serrures, ces pinces », chante-t-il en février 1937, alors que « Le redoutable jalon du siècle regarde ».

À cet égard il n’y a rien de plus précis, de plus édifiant, que la biographie rédigée par Ralph Dutli : Mandelstam, mon temps, mon fauve. Entrecoupée de poèmes, de photos précieuses, elle nous plonge dans une jeunesse pétersbourgeoise, puis moscovite, qui traversa le symbolisme et l’acméisme, qui côtoya les Futuristes, puis -excusez du peu- Blok, Essenine, Maïakovski, Pasternak, Anna Akhmatova, vécut une amitié amoureuse avec Marina Tsvetaeva[2]. Autour de lui, on se suicide, on se cache et se surveille, à moins que l’on parade et l’on dénonce parmi la clique de l’Union des écrivains officiels… Un poète et vieillard précoce, à l’esprit vif, relégué loin des villes de poésie, chante en mars 1937 la nostalgie du beau : « Sur les collines de Voronej, / J’ai toujours le regret des collines toscanes, universelles et claires ». A quarante-huit ans, Mandelstam crève aux neiges du goulag, près de Vladivostok. Il n’est qu’un cadavre parmi les millions de L’archipel du Goulag[3] et de la Kolyma[4], pour reprendre les titres d’Alexandre Soljenitsyne et de Varlam Chalamov. La tyrannie communiste a fermé ses lèvres, mais pas empêché de parler ses poèmes : « Vous n’avez pu me priver de lèvres signifiantes » (mai 1935).

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« Une encre aérienne, indéchiffrable, légère » (26 décembre 1936) est celle de Mandelstam. La poésie, « plutôt que raconter la nature, la fait résonner à l’aide de ces instruments vulgairement appelés images[5] ». Or, la réalité immédiate, profuse et colorée de ses images n’empêche pas toujours son indéchiffrabilité. Ce qui contribue à le rapprocher de Paul Celan[6], qui en plus de le vénérer, fut son traducteur. Son authenticité intérieure est remarquable : « Ne rien décrire qui, d’une façon ou d’une autre, ne rende compte des mouvements secrets de l’âme[7] ». Aussi son activité de poète -autant que de prosateur- ne veut élire que le meilleur : « La qualité de la poésie dépend de la célérité avec lesquelles elle fait pénétrer ses conceptions-impulsions créatrices dans la nature non-instrumentale, lexicale, purement quantitative, de la formulation verbale.[8] »

Voici le défi, l’art poétique, et la conduite éthique du poète à Voronej, le 8 février 1937 :


« Je chante quand ma gorge est moite, et l’âme sèche,

L’œil  mouillé sans excès, la conscience limpide.

Le vin est-il bien pur, et les outres sans brèche ?

Et dans le sang, fluide l’écho de la Colchide ?[9] »


Ainsi le traduit Henri Abril qui, parmi les quatre volumes de l’œuvre poétique publiés chez Circé, tient à rendre justice à la métrique et à la musicalité russe, dans son édition bilingue. Ce qui donne, en vers plus libres, chez Henri Deluy :


« Je chante quand la gorge est humide, l’âme - sèche,

Le regard pas trop moite et la conscience sans ruse :

Le vin est-il sain ? Et robustes les outres ?

Est-il sain dans le sang le bercement de la Colchide ? »


Si notre russe est en dessous du néant, nous empêchant de juger du bien-fondé des choix lexicaux, nous serons bien en peine de totalement préférer une traduction, quoique avec une certaine tendresse pour la première. Celle d’Abril paraissant favorisée par le choix des vers presque réguliers, des rimes, et le style plus elliptique, quand Deluy propose au dernier vers une belle allitération…

Reste que rien ne vaut la multiplication des traductions, surtout lorsque les quatre volumes bilingues peuvent (à tort) paraître intimidants, et qu’en un plus modeste recueil, au graphisme élégant, la quintessence de l’art de Mandelstam éblouit. Car, à Voronej, il chante, sans guère pouvoir échapper au manque :


« Rends-moi ce qui est mien, aile bleue,

Crête ailée, rends-moi mon travail,

Nourri de tes déesses aux seins

Fluides, le vase brûlé… »


Mais, vantant  le « Tchernoziom », cette terre fertile de Voronej, on n’est pas sûr qu’il ait tiré la leçon du bolchevisme, à moins qu’il use d’ironie : « Je dois vivre, respirer, bolcheviser, travailler le verbe, / Ne pas obéir, face à face » (mai / juillet 1935). Hélas, en janvier 1937, pour se concilier les bonnes grâces d’un pouvoir tentaculaire et indéracinablement cruel, il commet les sept strophes de son « Ode à Staline ». À quels tréfonds de bassesse en est-on réduit, à quelle hypnose soviétique et totalitaire est-on soumis, lorsque l’on est acculé par la faim, le froid et l’exil ! Sept strophes d’éloge sirupeux, que Mandelstam demanda que l’on détruise. En vain. Sauf qu’en écrivant « Si je prenais le fusain (ou le charbon, selon les traductions) pour un hommage suprême », le conditionnel reste dubitatif, autant que la noirceur du portrait. Pas si simple. Qu’aurions-nous écrit à sa place ?

 

Les brefs essais réunis parmi De la poésie sont pour beaucoup consacrés à des auteurs russes, Pouchkine ou Pasternak, ou parfois presqu’inconnus de nous, montrant l’attachement profond de Mandelstam à la Russie, malgré les travestissements et le rouleau compresseur du soviétisme, ce qui contribue à expliquer, comme pour Akhmatova, son refus de l’exil. Mais aussi à Chénier et Villon (ce mauvais garçon devant les systèmes). Nous pouvons néanmoins en tirer quelques précieuses formules, comme celle tirée de « Remarques sur la poésie » : « Ainsi la poésie divague, gesticule, bredouille, titube, ivre, béate, hébétée, folle et pourtant elle seule demeure sobre, et de tout ce qui est au monde elle seule reste éveillée ». Ce sont de fulgurantes et allusives analyses originairement parues en revues : « Le mot et la culture », « De l’interlocuteur », « La fin du roman », etc. On y trouve, en 1923, une définition de la « langue poétique », assez époustouflante : «  une exubérante floraison morphologique et un durcissement de la lave morphologique sous l’écorce sémantique ». Où l’on voit que l’apparente rigueur lexicale, bien au-delà de l’acméisme du « mot-objet » de celui qui préférait, en 1922, « l’austère et rigoureux Salieri » à « l’idéaliste Mozart », n’a pas un instant peur de l’avalanche des images.

Mandelstam parait être plus réaliste lorsqu’il note en 1921 qu’ « à présent l’Etat adopte vis-à-vis de la culture une attitude originale que traduit au mieux le terme de tolérance ». Même si on a pu, à la suite de la révolution, et autant dans les arts plastiques que dans les lettres, voire la musique, observer une étonnante efflorescence, nul doute qu’il fallait bientôt déchanter de ses illusions. Quoique poète, Mandelstam, n’était en rien un philosophe politique, ni même, selon Shelley, un « législateur non reconnu du monde[10] ». Car après le tsarisme, la vie politique dégringolait de Charybde en Scylla. Plus prophétique, à la lisière du novlangue d’Orwell[11], il notait la même année : « Les différences sociales et les oppositions de classe pâlissent devant la division actuelle entre les amis et les ennemis du mot. » Au point de savoir, dès 1918, dans les vers de Tristia[12] combien cette amitié allait être pervertie, y compris par lui-même : « Célébrons le sombre joug du pouvoir, / Son insupportable poids ».

Heureusement, en 1924, son esthétique se libère : « En poésie, il faut du classicisme, il faut de l’hellénisme, en poésie, il faut un sens aigu de l’image, le rythme de la machine, le collectivisme des villes, le folklore paysan… La malheureuse poésie se gare d’une foule d’exigences pointées sur elle comme des canons de révolvers. Que doit-être la poésie ? Mais peut-être qu’elle ne doit pas, qu’elle ne doit rien à personne, ses créanciers sont tous des imposteurs ! » Voilà bien une précieuse maxime, à longuement méditer hier et demain. Au-delà de la tyrannie du réalisme socialiste, Mandelstam préférera toujours Dante. En effet, il juxtapose « l’amour et le respect de l’interlocuteur, et la conscience du bon droit poétique ».

 

Que reste-t-il à celui qui, à Voronej, se souvient « de la beauté de [ses] semelles » ? À nous, demeure « la chaîne au féminin des lettres en boucles ». Dans un monde qui est celui de « la condamnation du juge et du témoin », ne reste plus qu’à « maîtriser cette tombe aérienne / Sans gouvernail et sans ailes », qui n’est pas loin de la « tombe dans les nuages » de la « Fugue de mort » de Paul Celan. Il ne restait à ce poète aux semences infinies que neuf mois à si mal vivre, lorsqu’il s’écria :


« Et quand je mourrai, service terminé,

Ami persistant de tous les vivants,

Que retentisse plus haut et plus large

L’écho du ciel dans toute ma poitrine ! »

 

« Tout bas, tout bas, tu me liras… »

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1]  Ossip Mandelstam : Physiologie de la lecture, Fourbis, 1989, p 22.

[3]  Alexandre Soljenitsyne : L’Archipel du goulag, Seuil, 1974.

[4]  Varlam Chalamov : Les Récits de la Kolyma, Verdier, 2003.

[5]  Ossip Mandelstam : Entretien sur Dante, La Dogana, 1989, p 16.

[7]  Ossip Mandelstam : Physiologie de la lecture, Fourbis, 1989, p 15.

[8]  Ossip Mandelstam : Entretien sur Dante, La Dogana, 1989, p 17.

[9]  Ossip Mandelstam : Les Cahiers de Voronej, Circé, 1999, p 131.

[10]  Percy Bysshe Shelley : Défense de la poésie, La Délirante, 1980, p 45.

[12] Ossip Mandelstam : Le Deuxième livre, Tristia, Circé, 2002, p 59 ; ici dans la traduction de Christian Mouze.

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 15:15

 

 

Bosque de Aubas, Bossost, Val d'Aran, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Irina Golovkina :

 

Les Vaincus de la terreur communiste.

 

 

Irina Golovkina : Les Vaincus, traduit du russe par Xénia Yagello,

Editions des Syrtes, 1120 p, 45 €.

 

 

       L’Histoire est, dit-on, écrite par les vainqueurs. Pourtant, la littérature soviétique est tombée aux oubliettes du réalisme socialiste, médiocre, mensonger. L’envers d’un décor de soixante-dix ans fut alors brossé avec courage par Soljenitsyne, par Chalamov, avant qu’il s’écroule sous le poids de son impéritie.  La plume d’Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline.

 

       Oleg est le pivot de cette vaste fresque familiale et nationale. Autour de l’ancien officier du Tsar, gravitent les derniers représentants de la noblesse, de la culture russe et européenne, alors que les brutes prolétariennes les assiègent jusqu’à l’exil et la mort. A l’instar de cette constellation de personnages, le récit omniscient se partage entre plusieurs narrateurs, suivant Oleg ou Liolia, nous confiant le journal intime d’Elizaveta. Ainsi deux femmes aiment le noble et bel Oleg : Elizaveta, infirmière, qui le soigne avant de disparaitre de l’hôpital, gardera dans son cœur une admiration passionnée pour le jeune héros qui est pour elle un symbole de la Russie. Plus tard, à Saint-Pétersbourg, devenue Leningrad, elle le revoit dans les bras de la jeune Assia qu’il épouse. Cette fragile pianiste aux longs cils lui donnera deux enfants. Mais, quoique caché sous un faux nom, chassé de son travail, traqué par la Guépéou, il finira fusillé, à cause de son origine. Une myriade d’acteurs forme une microsociété de l’ancien régime en perdition, tandis que dans les appartements devenus communautaires, les ouvriers du parti, pétris de langue de bois, de vulgarité,  sont infiltrés de mouchards, et que la pauvreté la plus sordide gangrène le pays, hors quelques privilégiés et profiteurs du nouveau régime : ce sont « les attributs incontournables de la dictature du prolétariat », où « la conscience de chacun doit être soumise au contrôle de la société ». Dans les camps, les parmi les vexations, la promiscuité, le froid, les travaux d’esclaves, « la situation sanitaire est désastreuse ». Liola est forcée de devenir indicatrice au service de la Guépéou, avant de goûter du goulag pour avoir tu l’origine aristocratique d’Oleg. Même le parfait prolétaire méritant, Viatcheslav, doute avant d’être broyé par la terreur stalinienne.  Pourtant des rebondissements, des retrouvailles sont parfois possibles : le prolétaire et l’aristocrate, en une union sacrée dans les tenailles de la tyrannie, s’aiment un court instant. Ainsi ce tableau documentaire de la classe abattue, des souffrances populaires est aussi criant qu’historiquement avéré.

 

 

       Certes, un tel roman-feuilleton tire parfois sur la corde du pathétique, mais il ne perd jamais sa redoutable efficacité. Y compris lorsque, apportant un éclairage inédit, la romancière montre les protagonistes tentant de conserver leur mode de vie, leurs bonnes manières, le rituel élégant des maigres repas, lorsqu’ils bradent leurs trésors de famille pour subsister, lorsque la fidélité à l’église orthodoxe est une résistance. Le pieux Mika s’écrie : « Mais que valent alors toute cette morale communiste et toutes ces promesses de vie heureuse ? » La finesse psychologique n’est pas en reste : qu’il s’agisse des liens d’amour ou des portraits, surtout féminins, Irina Golovkina met au service de son roman autobiographique une profonde connaissance de l’humanité.

 

      L’on sait en effet que la romancière Irina Golovkina (1904-1989), petite fille du compositeur Rimski-Korsakov, s’appuie sur les avanies subies par sa famille pour écrire dans les années soixante ce qui fut d’abord diffusé en samizdat, puis publié de manière posthume en 1992. Grâce à la technique narrative qui fit la réussite du réalisme du XIX° et de Tolstoï, ce roman bouleversant, à la langue juste et élégante, cette somme sans longueur, mérite de rester, au-delà du témoignage, un classique.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des anges, novembre-décécembre 2012

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 14:15

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Isaac Babel ou l’écriture rouge.

 

Isaac Babel : Œuvres complètes, traduit du russe par Sophie Benech,

Le Bruit du temps, 1312 p, 39 €.

 

 

      Voici une découverte de poids, de charme et d’horreur rouge, qui n’est pas sans laisser planer une grave interrogation éthique. Certes, nous connaissions déjà Cavalerie rouge[1] et les Récits d’Odessa[2], mais les mérites de cette édition, dont le papier ivoire et le format soigneusement relié écartent tout danger de concurrence par la lecture sur IPad ou Kindle, sont sa dimension encyclopédique, enrichie de préface et de notes, sans compter sa traductrice fervente. Isaac Babel (né en 1894) n’est pas un romancier, mais un prolixe et néanmoins perfectionniste polygraphe, un styliste fabuleux au cœur de la démesure bolchevique et stalinienne.

 

      Dès le cycle autobiographique, jusque-là éparpillé chez divers éditeurs en français, nous voilà pris par le charme de sa prose, qu’il s’agisse de L’histoire de mon pigeonnier  ou du Journal pétersbourgeois, par ses souvenirs d’enfance, comme lors d’un voyage sur la Volga : « nous revenions chez nous dans cet état d’âme attendri et exalté que peuvent susciter cette contrée extraordinaire, le jeunesse, la nuit, et les anneaux de feu se liquéfiant sur le fleuve » (p 124). Outre le scénariste prolifique (pour Eisenstein), le dramaturge et l’essayiste, ce sont bien sûr les qualités stylistiques qui emportent l’adhésion. La forme brève et son bonheur culminent dans les choses vues des Récits d’Odessa et des Récits odessistes, pleins d’humanité, à l’écoute du petit peuple, et surtout dans cette juxtaposition des tableaux qu’est Cavalerie rouge : éclats journalistiques, narratifs et descriptifs, qui prennent la dimension de l’épopée. Où le styliste amoureux des mots et des images frappantes, charmeuses, insolites, brille sans cesse, épiçant ses textes d’expressions populaires ukrainiennes ou venues du yiddish (Babel était Juif) et de néologismes, d’où le défi relevé par la traductrice.

     Mais l’on sait que l’épopée, semée de crimes, a souvent tendance à exalter les héros -ici « rouges »-, une nation, une idéologie. D’où l’interrogation du lecteur devant ce qui est une adhésion passionnée de la part de notre prosateur qui probablement travailla comme traducteur pour la Tcheka, cette délicieuse police politique qui, à partir de décembre 1917, permit à 140 000 personnes de périr sous la Terreur rouge[3] : « Et nous sommes partis en direction du crépuscule héroïque. Ses rivières bouillonnantes se déversaient sur les serviettes brodées des champs de paysans. » (p 531). Rivières bucoliques ou rivières de sang ? Ne reculant pas devant l’exposition des violences sordides, inhérentes à toute guerre revancharde et impérialiste, comme l’exécution d’un moine profiteur et espion, la prose poétique de Babel est aussi suggestive qu’au fond désespérée, voire empreinte de sadisme, « en proie à une exaltation morbide » (p 537). Etre un observateur aussi précis, est-ce prendre plaisir aux exécutions sommaires abondantes où les dénoncer sans pathos ? Car il confie : « La chronique des crimes quotidiens m’oppresse sans répit comme une malformation du cœur. » (p 530). Au-delà des lieux communs de la littérature de guerre, les instantanés sur les croyances et les exactions religieuses du peuple, sur la vigueur cruelle de la soldatesque et sur la certitude tyrannique de la hiérarchie militaire, sont nombreux. Passionné qu’il était de Flaubert et de Maupassant, Babel fait preuve d’un réalisme inattaquable et d’une acuité sans pareille de la notation. On sort de cette prose, si talentueuse pourtant, écœuré par la violence et la vilénie de la race humaine que la révolution et la guerre permettent de laisser jaillir jusqu’à l’absolu quotidien du mal. Ce qui ne manqua pas de susciter de violentes critiques : était-ce là une façon correcte de présenter l’héroïsme rouge ?

 

 

      Quant aux Récits d’Odessa, ils révèlent la curiosité de leur auteur, voire sa passion pour les brigands, pour les aventuriers de la démence politique qui se jouait depuis la révolution de 1917, et dont il se sentait solidaire : des ouvriers occupent un monastère, des Anglais viennent commémorer le souvenir de Lénine… On y trouve bien sûr la dénonciation des pogroms, les marques de l’antisémitisme récurrent. L’écriture sensuelle est d’un esthétisme qui peut paraître déplacé devant de telles scènes qui pourtant révulsent l’écrivain.

      On ne peut que se demander comment Babel put survivre aussi longtemps dans le régime communiste, entre les monstres léninistes et staliniens de la Tcheka. La façon réaliste et colorée dont il décrit les exactions de l’armée soviétique au cours de la campagne de Pologne de 1920 dans Cavalerie rouge aurait pu lui valoir aussitôt condamnation. Que l’on se rassure, l’erreur sera bientôt réparée : c’est en 1940 que le NKVD l’arrêta, le tortura, l’assassina, confisquant ses manuscrits depuis disparus où l’on lirait peut-être son intime conviction, d’où des Œuvres complètes toujours incomplètes…

        Ses livres eurent du succès dans les années vingt. L’écriture de Babel est en effet fascinante, explosives d’images. On se surprend à être ravi par la sensualité visuelle de son style aux phrases souvent brèves, y compris dans les pires moments de la guerre civile entre Rouges et Blancs, qu’il met en scène avec une apparente légèreté, d’autant plus efficace et inquiétante. Ecriture très colorée, très rouge, d’une esthétique envoûtante : « un ruisseau écumant d’un rouge corail a jailli de sa gorge ». (p 590) Rouge éthique sûrement bien reçue en ce havre du communisme, mais bien moins envoûtante pour le lecteur que nous sommes…

     Que pensait vraiment Babel du régime communiste ? L’on sait qu’il fut un admirateur romantique de la révolution de 1917. En était-il un propagandiste infatigable ? Dans son Journal pétersbourgeois, autour de 1918, il dénonce la paresse des soldats de l’armée rouge ou l’état du chômage, laissant transparaitre d’indulgentes critiques : « La justice est arrivée. Elle a été mal instaurée. » (p 159) Ce au sujet d’une usine d’acier. Mais sur le régime lui-même, qui ne dit mot, au moins consent. Dans les années trente, il commence d’écrire un ouvrage sur la « collectivisation » : « Avec la guerre civile, c’est l’un des plus grands monuments de notre révolution » (p 1270). Merci de cette allégeance à la collection des tyrannies totalitaires ! Mais qui sait si ses manuscrits disparus lui rendraient justice ? En effet, le seul récit paru (en 1931) dresse un tableau peu flatteur, même si le pouvoir a pu -ou non- le lire comme un rapport sur la stupidité des paysans : « il a collectivisé Voronko en vingt-quatre heures… Il a mis neuf fermiers à l’ombre… Le matin, ils devaient partir pour Sakhaline. » (p 921) On les retrouve pendus plutôt que de rejoindre le goulag… Babel, prenait bien conscience du désastre. Mais un peu tard. On ne s’étonne guère qu’ils ne fusse plus en odeur de sainteté auprès des sbires de Staline.

        Ses convictions, son amour immodéré pour la Russie et pour la langue russe l’empêchèrent de prendre le chemin de l’exil, alors qu’il put voyager à l’étranger, dont la France. Sous Staline, se taisait-il pour continuer à vivre, à écrire en secret, louvoyant comme le compositeur Chostakovitch entre son intégrité créatrice, son instinct de survie et son quand à soi moral, voire son fatalisme ? Au lecteur de s’interroger sur une éthique politique qu’à la place de l’écrivain il eût bien eu du mal à affirmer au péril de sa vie. Babel ne critique pas le régime, au contraire, même s’il n’en semble pas non plus un absolu panégyriste. En témoigne en 1934 son « Discours au 1er Congrès des écrivains Soviétiques » (p 1031) où les écrivains doivent être des « ingénieurs des âmes ». Malgré l’humour, c’est un éloge obligé de Staline : « Regardez comment Staline travaille ses discours, comment sont forgés ses mots peu nombreux, combien ils sont musclés ». Ce à quoi répondait dès 1933 Mandelstam dans son « Ode à Staline[4] »: « Il a des doigts épais et gras comme des vers / Et des mots d’un quintal précis comme des fers ». Malgré l’allégeance que l’on espère forcée au « goût bolchevique », Babel parvient peut-être à affirmer son esthétique en passant sous les fourches caudines du réalisme socialiste : « la vulgarité c’est la contre-révolution » ou « notre tâche c’est d’ennoblir les mots ». Etait-ce une façon voilée d’émettre des doutes et de mettre la puce à l’oreille de son auditeur complice ? A la veille de son exécution, se demandait-il si le stalinisme avait tué les promesses du communisme, ou s’il résidait in nucleo dans cette idéologie mortifère ?

 

        Dans sa « Lettre ouverte aux écrivains soviétiques[5]», Mandelstam, en 1929, fulminait : « la Fédération des Ecrivains soviétiques s’est révélée être un poste de police ». Il allait être bientôt écrasé, suite à son poème satirique contre Staline. Babel, plus prudent, n’en fut pas moins la même victime de cette orwellienne « Police de la Pensée[6] » qui sous des formes sans cesse renouvelées n’a hélas pas fini de nous menacer.

 

 Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

L'auteur remercie la traductrice Sophie Benech de ses judicieuses

remarques qui lui ont permis (espérons-le) d'affiner sa réflexion.

 


[1] Rieder, 1928.

[2] Actes sud, 1996.

[3] Selon l’estimation de Nicolas Werth dans Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997.

[4] Ossip Mandelstam : Les cahiers de Voronej, Circé, 1999.

[5] Ossip Mandelstam : La Quatrième prose, p 141, Christian Bourgois, 1993.

[6] Georges Orwell : 1984, p 13, Club des Libraires de France, 1956.

 

 

 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 12:52

 

 

Marais de La Cricq, Les Portes-en-Ré. Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

 

Strougatski : Stalker,

 

entre nucléaire et science-fiction métaphysique.

 

 

Arkadi et Boris Strougatski : Stalker et L’Ile habitée,

traduits du russe par Svetlana Delmotte et Jacqueline Lahana,

Denoël, 240 p, 18 € et 444 p, 24 €.

 

 

 

Qui ne connaît Stalker, le film d’Andreï Tarkovski, sorti en 1979 ? Des hommes rampent dans un espace informe, encombré d’objets morts, de présences prometteuses ou mortelles ; ils sont écrivain et professeur de physique, et suivent précautionneusement leur « stalker », chasseur en approche, guide et passeur, jusqu’à une chambre où tous les souhaits pourraient être réalisés. On s’aperçoit assez vite que ce sont moins les lieux qui sont explorés, que les personnalités et les motivations secrètes des protagonistes, en une angoissante quête initiatique… On ignore cependant trop souvent que ce film soviétique qui fascina les esprits est l’adaptation biaisée d’un roman qu’enfin nous pouvons lire en version intégrale ; que dis-je indispensable. Et dans lequel il n’y a ni professeur ni écrivain… La « Zone » est enfin restituée dans toute sa pureté dangereuse…

 

Le personnage de Redrick Shouhart, successivement 23 ans, 28 ans, puis 31 ans, est, hors des expéditions officielles,  un « stalker » aux activités souvent illégales. Il œuvre dans la « Zone », ce « trou dans l’avenir », interdit et gardé par l’armée, où l’on ne sait quels « Visiteurs » ont abandonné, comme les détritus de leur pique-nique, des objets aberrants, des « creuses », des « batteries etak », et, peut-être, une « Boule d’or » mythique qui exaucerait tous les vœux, et qu’il s’agit d’aller chercher au risque de sa vie, de sa santé mentale, au travers d’un parcours semé de « gels de sorcières », de brûlures, de disparitions, d’épidémies inqualifiables qui se transmettent aux enfants, à d’autres populations qu’un émigré aurait infectées… Ces objets, achetés et revendus au prix d’impressionnantes liasses de billets et d’alcools omniprésents, feront la perplexité des savants chargés de les étudier. Ce dont témoignent les déclarations du Prix Nobel Valentin Pilman qui en arrive à mettre en doute la science humaine autant que ses limites avec l’irrationnel. Les trouvailles de ce no mans land post-apocalyptique sont des objets miraculeux ou des bombes meurtrières aux effets imprévisibles : « bracelets qui stimulent les processus vitaux » ou « éclaboussures noires », ils « sont des réponses tombées du ciel à des questions que nous ne savons pas encore poser. »

 

 

S’agit-il d’une science-fiction qui dirait la hantise d’une explosion nucléaire meurtrière à l’occasion d’un accident incontrôlable ou au cours d’une orwellienne guerre froide qui fait long feu? Ou encore, au-delà du trop évident ensemencement d’un espace par une contamination post-atomique, par des extraterrestres aux pouvoirs incongrus, magiques et malsains, il se peut que nous ne trouvions dans la « Zone » que l’image fantastique de notre perception et de notre inconnaissance du monde, avec tout ce qu’elle peut avoir de fantasmatique, d’hallucinatoire. S’il y a « Visiteurs » extraterrestres, ils sont hors de tout anthropomorphisme… En tous cas, l’empreinte du roman des deux frères n’a pas fini de nous marquer, de suggérer à la littérature des pistes et des inquiétudes nouvelles.

Les travailleurs qui étouffèrent le réacteur de Tchernobyl ont été nommés des stalkers. Rien de surprenant qu’un jeu vidéo S.T.A.L.K.E.R. : Shadow of Tchernobyl, sorti en 2007, emprunte quelques éléments de ce roman initiatique, aux parcours bourrés de dangers et de promesses. Hollywood prépare une nouvelle version filmique sous le titre de Roadside picnic, ce qui est d’ailleurs la traduction du titre original du roman écrit à quatre mains par les frères Strougatski.

 

 

Il peut paraître fort étonnant qu’un livre paru en 1972, qu’un film sorti sept ans plus tard, aient pu durablement alerter les consciences, venus qu’ils étaient de l’étouffante tyrannie rouge ; et ce sans guère en subir la censure. D’autant qu’ils peuvent être perçus comme une métaphore secrète de cette autre « Zone » dangereuse et morbide, l’Union soviétique elle-même, où les essais nucléaires se firent au mépris de la population, où l’on creusa un lac à coup de bombe atomique, où la « Boule d’or » inatteignable et délétère serait ce communisme qui pourrait combler tous les souhaits… Car même si la quête de Redrick aboutit auprès d’elle, le « bonheur pour tout le monde » se révèle être « plutôt en cuivre ». Mystérieux univers satirique crypté de dissidence au soviétisme, les romans des frères Strougatski explorent également de troublants espaces inaccessibles à la science et à la pensée humaines. Plus qu’une catastrophe utopique et écologique, la « Zone » est une catastrophe métaphysique, une énigme jetée à la face de la pensée, qu’elle soit raisonnable, poétique, idéologique ou scientifique. L’incommunicabilité entre d’éventuels extraterrestres, un Dieu négligent, pervers, ou le hasard incompréhensible de la création d’une part et la pauvre humanité qui se débat sur la terre et en ses délires politiques d’autre part, est flagrante.

 

          Une cohérence peut se nouer alors entre Stalker avec L’Ile habitée, roman plus modeste décrivant une dictature militaire sur une planète où vient échouer un « Robinson » insensible aux ondes de contrôle, et donc apte à la résistance. Certes moins mythique que Stalker, il est cependant un de ces phares de cette science-fiction intelligente qui rime avec anti-utopie en gardant l’œil sur nos nécessaires libertés individuelles et sur la portée de la connaissance, toujours trop menacées.

 

Thierry Guinhut

Article, ici augmenté, publié dans Le Matricules des Anges de mai 2010

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Strougatsky-Stalker-folio.jpg

 

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Emeutes et violences urbaines

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II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge et blâme de l'Histoire mondiale de la France

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Hattemer Higgins : le troisième Reich

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

Kiyoko Murata : Fille de joie

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Magris

Secrets, Enquête sur un sabre

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. Wagner : En-vie, Maï : Divino sacrum, Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

1969, Les Bébés de la consigne automatique, Chansons populaires de l'ère Showa

Murakami bébés

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900-conclusions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Robert Marteau : Ecritures, le sonnet quotidien

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

 

 

 

 

 

 

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnets autobiographiques

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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