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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 17:04

 

Ciel pour Zao Wou-Ki.

Massiccio della Presanella, Trentino Alto-Adige, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Zao Wou-Ki, peintre torrentiel

 

et passeur de poètes.

 

 

 

Dominique de Villepin : Zao Wou-Ki et les poètes Albin Michel, 264 p, 49 €.

 

Dominique de Villepin : Zao Wou-Ki, Flammarion, 400 p, 50 €.

 

 

 

 

 

« Une tache gagne

Les horizons du monde

Du corps aux ailes déployées

Jusqu’au rêve immobile

Loin du sel de la mer »

      Qui eût cru que ces vers soient de Dominique de Villepin, ancien premier ministre fort controversé ? S’il fut un homme politique aux talents de peu d’effets, il est un poète autant par ses strophes sensibles que par le regard qu’il porte sur l’œuvre du peintre Zao Wou-Ki, dont le talent a rejoint le ciel serein et coloré de la peinture en 2013. Ce dernier eût le bonheur et le privilège d’illustrer de nombreux poètes de son temps en de rares livres de bibliophilie, réservés aux happy few. Grâce à Dominique de Villepin, quelques pages aux élans magnifiques de ces rares recueils sont rassemblées en un bel ouvrage : Zao Wou-Ki et les poètes. Dont l’indispensable complément est le fort volume laconiquement intitulé Zao Wou-Ki, qui entreprend la traversée, de 1935 à 2010, d’une œuvre picturale torrentielle. Sait-on s’il s’agit d’abstraction lyrique ou de paysage ?

 

      Il est hasardeux d'établir une relation d'identité entre les vers du poète et l’image du peintre. Faut-il d’ailleurs en imposer une ? « La poésie est comme la peinture », disait Horace en son fameux « Ut pictura poesis[1] », préjugeant d’une irréductible équivalence entre ces deux arts. Cette doctrine prévaudra jusqu’à l’époque classique, bien que Lessing, en son Laocoon[2] publié en 1766, fracture cette apparente évidence pour séparer deux medias aux moyens irréductibles. Il est alors évident qu’autant Zao Wou-Ki que les poètes qu’il choisit d’illustrer sachent combien il ne faut rien attendre d’une ressemblance entre les images du texte et celle de l’art plastique. Il s’agit bien plutôt pour les écrivains d’entrer dans une relation de confiance avec celui dont les formes et les couleurs vont interagir avec le mouvement poétique.

      La carrière graphique et picturale de Zao Wou-Ki, né à Pékin en 1920, puis établi en France à partir de 1948, commence par une recherche de sa propre identité. Ce sont des graphismes de pins et de cabanes, quelques animaux et poissons, voire des silhouettes montagneuses, dans un espace indéfini, à la lisière du graphisme enfantin et de la peinture traditionnelle de paysage chinoise, de la calligraphie extrême-orientale et peut-être du trait de pinceau que jette en toute méditation créatrice la peinture zen. C’est en 1949 qu’Henri Michaux, qu’il ne connait pas encore, lui fait la surprise d’écrire sa « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki», où les arbres sont « derniers compagnons / experts en l’art de reviviscence[3] ». Leur amitié devient alors indéfectible et contribue aux rencontres avec bien des écrivains. Tel André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, dont notre artiste illustre La Tentation de l’Occident. Et jusqu’à sa mort, en 2013, ce rapport intime avec les poètes ne se démentira pas.

      Bientôt la rupture avec la figuration apparait définitive. De puissantes vagues de noir balaient une lave de rouge et de jaune pour l’Elégie de Léopold Sédar Senghor en 1978. Pour le Canto pisan LXXVI de l’américain Ezra Pound, c’est un sommet d’éblouissement coloré qui enflamme en 1972 la page où le jaune, le jade et le rose violacé exultent. Mais aussi « un tourment sombre » qui est peut-être le reflet de la tragédie qui frappe Zao Wou-Ki, en l’espèce la souffrance et la mort de son épouse May.

 

      Aux toiles sans cesse soulevées par l’intensité lyrique répondent en 1980 les aquarelles pour illustrer les mots errants d’Effilage du sac de jute de René Char. La liste des poètes ainsi magnifiée est éblouissante : Yves Bonnefoy, Roger Caillois, Philippe Jaccottet (dont le Beauregard est exalté par une danse de couleurs aux nuances jamais vues), François Cheng (où les noirs retrouvent les atmosphères et les expressivités de la calligraphie chinoise), encore René Char, Henri Michaux encore ! Sans compter de moins connus : Roger Laporte, Jocelyne François, Jean Laude, Kenneth White… Et, seuls parmi les contemporains, de plus lointains : Shakespeare, Khalil Gibran et Rimbaud.

      Avec l’art de Zao Wou-Ki, nous sommes dans la mouvance de ce que l’on appelle l’abstraction lyrique, vaste espace qui va des Américains Jackson Pollock et Marc Rothko aux Français Hans Hartung et Georges Mathieu. Tout élément d’ordre figuratif a disparu. Tout juste peut-on y déceler, plus exactement y imaginer, des ciels immenses, des plages et des mers, des mouvements de nuées ; mais ce serait là déjà abuser de ce qui fait d’abord image plastique. Si sont totalement abstraits les référents au réel figurable, c’est de toute évidence la possibilité des émotions qui fait loi : sérénité, indécision, agitation, tempête et passion, « mouvements lyriques de l’âme[4] », pour reprendre les mots de Baudelaire à propos du poème en prose. Mais surtout illumination, de la couleur, de la vision et de l’esprit, au sens du koan zen, des mystiques et du « château intérieur[5] » de Sainte Thérèse d’Avila. Ce pourquoi Zao Wou-Ki accompagna les proses flamboyantes, les « Aubes », « Marine » et « Mystique » des Illuminations d’Arthur Rimbaud[6], pour une édition plus largement accessible, puisqu’elle fut tirée à 5000 exemplaires, quoique évidemment fort recherchée. Ces « illuminations », icônes de lumière d’une mystique qui ne se préoccupe d’aucun dieu, sont de nouvelles enluminures pour le XXème siècle…

      La « sagesse joyeuse », mais aussi « le deuil et l’angoisse », sont, selon Dominique de Villepin, les jalons du peintre et illustrateur de la contemplation, de l’émotion et de l’éclat de la vie parmi le cosmos, en résonance intime avec les vers et les proses des poètes élus. Ainsi vont les leçons de l’art de Zao Wou-Ki, lui qui « avait le don de l’amitié ». Mais aussi, comme le disait René Char, le don de l’« amitié admirative ».

      Que voilà une initiative éditoriale judicieuse : en un beau livre, mettre à la portée du public amateur, qui sache aimer, de rares plaquettes pour bibliophiles, en reproduisant pour chacune au moins une double page, qui donne à lire et à contempler poèmes et estampes, couvertures et dédicaces, documents et photographies, tout en les accompagnant de plus vastes tableaux du maître au sourire flamboyant. Quoique les pages gravées de ces trente-sept livres ne soient pas qu’une réduction des grands tableaux, mais tout un jardin secret confié à l’amitié de la poésie et des poètes. Reste à espérer que ce livre, « vestige d’un monde disparu », pour reprendre les mots de Dominique de Villepin, relance le désir des artistes et des éditeurs pour ces bijoux de bibliophilie que notre futur nous reprochera de ne pas avoir su créer…

 

 

      Une fois de plus Dominique de Villepin est le passeur du peintre en un album qui est une somme magnifique, sondant et exposant toutes les étapes de la création torrentielle de Zao Wou-Ki. Comme tout jeune peintre, il commence par des portraits, des paysages, des bouquets, des arbres. Rien de très original en ce travail figuratif. La peinture traditionnelle étudiée dans l’Empire du milieu est bouleversée, à l’occasion de son arrivée en Europe, par la découverte de Matisse, des villes d’Italie. Mais la rencontre de l’œuvre de Paul Klee, sensible à partir de 1951, l’initie à un nouveau monde pictural : le graphisme symbolique trotte sur la toile. Il ne s’agit cependant pas pour lui de rester un « sous-Klee ». En effet les signes arbustifs (dans « Paysage vert ») font le lien entre les prémices de l’abstraction occidentale et la calligraphie orientale. S’il travaille à Paris à partir de 1948, son origine chinoise se rappelle à lui grâce à des « fantômes d’idéogrammes », en un merveilleux syncrétisme.

      Bientôt, dès 1955, le voici déployant son style propre : de vastes nappes colorées où reposent et dansent des signes qui n’en sont à peine, atteignant une assomption de l’abstraction lyrique, au-delà des peintres français d’alors, de Georges Mathieu à Pierre Soulages, en passant par Hans Hartung. Dès lors, cependant, ses toiles tumultueuses « sont des paysages », affirme Dominique de Villlepin. Reste à deviner, parmi ces épanchements d’émotion, ces calligraphies de la sensibilité, ces calmes explosifs, ces saveurs orchestrales, ces synesthésies de l’âme, des paysages marins et terrestres étoilés, mais absolument et secrètement allusifs, rarement titrés autrement que par une date, ou offerts en hommage à Henri Matisse, René Char ou Henri Michaux.

      Qu’est-ce qui fait la sûreté et l’art de Zao Wou-Ki, alors qu’aux yeux du néophyte cela pourrait passer de pour un brutal épandage de couleur, un hasardeux gribouillage de pinceau survolté ? Il faut en effet une initiation du regard pour percevoir cet immense équilibre, cette sureté de la composition, ce dévoilement poétique de l’instant et de l’infini, à la lisière du vide et du plein du Tao. Ode à la couleur, immersion dans le torrent de la vie et de la présence, ce sont des rouges flamboyants, des jaunes chantants, des bleutés sereins, des noirs tragiques. Tous dansent dans l’équilibre spatial et cosmique d’immenses toiles, parfois jusqu’à cinq mètres de long. Et si l’on ne peut qu’imaginer ressentir l’immersion du modeste spectateur devant et dans ces formats surhumains, le format de l’album, les reproductions soignées et généreuses permettent un avant-goût à une exposition imaginaire impossible, tant ces toiles sont dispersées aux quatre coins du monde, entre Japon et Etats-Unis. Somptueusement illustré, l’album reçoit en outre une biographie, un choix généreux de la « fortune critique » du peintre, entre le poète Yves Bonnefoy et l’historien Georges Duby, une pléthore d’expositions personnelles et de collections publiques abritant ces nouveaux temples zen de l’art que sont les toiles de notre cher Zao.

 

      On mesure avec modestie la difficulté de l’ekprhasis, cette figure de rhétorique qui désigne la description des œuvres d’art chez les Anciens, devant l’œuvre de Zao Wou Ki. Faut-il y voir un poème de Li Po, comme celui mis en épigraphe à ce maître volume des éditions Flammarion, et relire la poésie chinoise[7] ? Ou se confier aux poètes, comme Michaux, qu’il accompagna dans leurs éditions rares ? Ce serait peut-être tomber dans un littéralisme discutable. Y trouver un haïku de cinq mètres de long ? Y percevoir un torrent de nuées et de lumières, une métaphore des brûlures émotives et des sérénités humaines, une intense cosmologie ? À cet égard la belle prose poétique du préfacier, Dominique de Villepin, intitulée « Dans le labyrinthe des lumières », ne faillit pas à sa mission, même s’il s’agit d’une gageure. Il note un timide retour à la figuration dans un triptyque de 2004, « Le vent pousse la mer », dans lequel un mince graphisme signe la présence d’un bateau, donc d’un homme, parmi un souffle marin, non loin du romantique Turner, lui-même précurseur de l’abstraction. Est-ce à dire que le texte le plus proche du calme maelström de Zao Wou Ki serait celui de la béance et du chaos, sis dans les genèses des Métamorphoses d’Ovide et de L’Ancien testament, lumineux de toutes les potentialités des mondes ? À moins d’imaginer de regarder en écoutant Chronochromie d’Olivier Messiaen…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Horace : Art poétique, Janet et Cotelle, 1823, T II, p 442-443.

[2] Lessing : Laocoon, Hermann, 2002.

[3] Henri Michaux : « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki », À Distance, Mercure de France, 1997, p 51.

[4] Charles Baudelaire : Le Spleen de Paris. Petits poèmes en prose, Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, t 1, p 276.

[5] Sainte Thérèse d’Avila : Le Château intérieur, Le Cerf, 2003.

[6] Arthur Rimbaud : Illuminations, Club Français du Livre, 1966.

Zao Wou-Ki : Ezra Pound, Canto pisan LXXVI, éditions de L’Herne, 1965.

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 12:16

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Trois romans picaresques et burlesques.

 

Tobias Smollett : La carrière d’un vaurien,

L’Expédition de Humphry Clinker ;

 

Georg Weerth :

Vie et faits du fameux chevalier Schenapahnski.

 

 

 

Tobias Smollett : La Carrière d’un vaurien,

traduit de l’anglais par André Fayot, José Corti, 480 p, 22,40 €.

 

Tobias Smollett : L’Expédition de Humphry Clinker,

traduit de l’anglais par Sylvie Kleiman-Lafon, Phébus, 432 p, 22 €.

 

Georg Weerth : Vie et faits du fameux chevalier Schenapahnski,

traduit de l’allemand par Christophe Lucchese, RN, 232 p, 23,90 €.

 

 

 

 

      Comme de curieux cafards, les picaresques héros parcourent le monde, tentant de récolter quelques baies rouges de la fortune, nonobstant leurs échecs et rebonds. Qu’ils s’appellent Lazarillo de Tormes[1], le fondateur de l’espagnole lignée, en 1454, ou  l’Allemand Simplicissimus en 1668, ils sont misérables, le restent, ne s’en sortent provisoirement que par leurs pirouettes, leurs coups fourrés, leurs arnaques et séductions burlesques. Cependant le Vaurien et Humphrey Clinker de Tobias Smollet ou Schenapahnski de Weerth en sont des avatars du XVIII° et du XIX°, passablement infidèles au modèle originel de l’anti-héros picaresque, dont Maurice Molho soulignait la condition de gueux misérable et mendiant, tout en notant qu’il « ne tarda guère à élargir sa signification originelle pour évoquer extensivement toutes sortes de personnages louches, sans feu ni lieu, que l’oisiveté, la paresse et le vice conduisent à la délinquance[2] ». En ce sens, les délinquants de Smollet et de Weerth, s’ils ne viennent plus d’un milieu sordide, sont indubitablement de vicieux délinquants, quoique burlesques à souhait.

 

      Vaurien délibéré, noir scélérat et sans le moindre scrupule, tel est Ferdinand. Se prétendant, comte Fathom, son noble lignage usurpé ne l’empêche en rien d’être un gueux moral, mais l’empêche à peine de permettre que le roman de Smollet, publié en 1753, soit intrinsèquement considéré comme picaresque. Reste que, contant les aventures d’un salopard sensuel et révoltant, il s’agit d’animer de cent péripéties le récit de La Carrière d’un vaurien, qui alterne victoires et déboires avec un allant et une ironie inimitables.

      Escroc, voleur, violeur, notre vaurien quitte un moment « le domaine de Vénus pour l’âpre champ de Mars », où l’on plonge bientôt parmi le registre héroïcomique. Il revient cependant aux intrigues du séducteur pour outrager la vertu de la belle Elenor, se voit ensuite fêté dans le grand monde, puis assailli par bien des revers de fortune, entre pauvreté crasse et richesse insolente acquise par de douteux moyens. C’est par les femmes qu’il exerce ses pires talents, jusqu’à un providentiel mariage et ce qui parait être une rédemption sentimentale et morale pour parachever le roman, bien que l’incrédulité du lecteur ne s’y laisse guère prendre. La satire est évidemment pleine de vigueur et de couleur, au service d’une dimension morale, par la vertu du contre-exemple. Quoique le romancier, et le lecteur avec lui, prenne un malin plaisir à ce tourbillon d’exploits et d’avanies d’un malfaiteur patenté.

      On notera, non sans un frémissement de plaisir, à la fois de l’ordre de l’histoire littéraire et de « l’horrible épouvante qui anéantit peu à peu tous les secours de la raison et de la philosophie », que ce vaurien romanesque offre les prémices du roman gothique[3], avec une histoire de blanc fantôme féminin, et de « cadavre encore chaud d’un homme récemment poignardé », que notre piètre héros doit substituer à sa silhouette dans son lit pour éviter d’être poignardé à son tour, avant de s’échapper sous les yeux d’une « Hécate ratatinée »...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Au premier regard, L’Expédition de Humphry Clinker ne parait pas aussi palpitante que La Carrière d’un vaurien, dont le personnage de Fathom réapparait brièvement sous les traits d’un vertueux pharmacien de village. On aurait tort pourtant de s’arrêter au préambule entre le libraire-éditeur et l’auteur, ou par les premières pages qui semblent ne pas permettre que la mayonnaise prenne. Peut-être cela vient-il de la forme choisie, se dit-on. L’Expédition de Humphrey Clinker est en effet un roman épistolaire, genre fort en vogue à l’époque de l’Anglais Tobias Smollett, qui vécut de 1721 à 1771. Le roman par lettres nous ravit lors des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, mais il peut aussi, avec Richardson ou Rousseau, confiner à l’interminable…

      Peu à peu pourtant, cette expédition acquiert sa vitesse de croisière. Dès que Lydia vient à s’amouracher d’un jeune inconnu, d’un acteur forain qui se déguise en vieux juif, dès que cette passion évidemment réprouvée par sa famille de bon aloi est pimentée par le mystère, nous voilà accrochés. S’agirait-il vraiment d’un aristocrate tout ce qu’il y a de comme il faut ? Même Mr Bramble, qui a le malheur d’être l’oncle de cette écervelée et d’un jeune homme terriblement raisonnable, de plus flanqué d’une sœur infailliblement vieille fille, nous devient sympathique malgré son esprit chagrin. Le progrès qui le cerne, sans compter ses ennuis de santé, font de ce gentleman campagnard, le type du râleur. Aux prises avec un « si méprisable monde de duperie et de fausseté », avec cette « énorme masse » londonienne qui n’est qu’un « grand déferlement du luxe et de la corruption » il est sans nul doute l’écho du caractère de l’auteur qui en voulut beaucoup de ses insuccès à ses contemporains. Conservateur -on dirait aujourd’hui réactionnaire- le bonhomme fait preuve néanmoins de charité et n’hésite pas à défendre les droits outragés. Il va se lancer dans un voyage à travers l’Angleterre et l’Ecosse, et parmi des stations balnéaires, escorté par le valet Humphrey Clinker, garçon d’écurie un rien philosophe ramassé au bord de la route, qui devient vite un personnage non moins picaresque que les autres protagonistes, parmi un roman bientôt totalement prenant. Serait-il le fils illégitime de Mr Bramble ?

      Car la mauvaise humeur de Mr Bramble bascule bien souvent vers l’humour. Dénonçant la surabondance des vices anglais, le misanthrope, le mauvais coucheur en bute aux aléas d’un voyage semé d’embûches, de rencontres excentriques, est doué d’un esprit critique et caustique ; celui bien sûr de Smollet lui-même qui, après un voyage en Ecosse, s’en alla mourir à Pise avec le manuscrit de ce roman publié de manière posthume en 1770. On croise également bien des personnages hauts en couleurs. Outre le valet, c’est par exemple Lismahago, grand escogriffe à la gueule de violon, bourré de tics et qui se pique d’enseigner la phonétique… On laissera le lecteur imaginer quels retournements de situations et mariages inattendus vont animer un tel roman…

      Moins que l’intrigue et cette histoire de fils naturel retrouvé, ce sont les tableaux de mœurs, les moments burlesques qui font le prix de ce récit de voyage. De curieuses pages émaillent le cours des péripéties et des chroniques parfois fastidieuses des coutumes locales. On remarquera la description de l’usine littéraire où travaillent maints paperassiers, à peine transposée de l’entreprise que fonda Smollett lui-même pour achever son Histoire de l’Angleterre. Ou la dissertation du médecin sur les pollutions et autres excréments… L’artifice du roman épistolaire n’est finalement pas sans intérêt. Les mêmes faits racontés par cinq personnages différents (y compris le franc parler à l’orthographe pittoresque de Madame Jenkins) prennent un relief saisissant et contribuent à montrer la relativité des opinions humaines : notre bourru Mr Bramble peut alors passer pour un apôtre de la tolérance et d’une liberté de la presse tempérée par la crainte de la diffamation.

 

 

      Voici un sacré chenapan ! Il est digne de marquer d’une pierre bariolée l’histoire littéraire allemande. Il s’agit en effet, en 1848, l’année même du Manifeste communiste, du premier roman feuilleton d’outre-Rhin, publié dans la gazette de Marx et d’Engels.

Etymologiquement, Shenapahnski, signifie « voleur de poules ». Il faut prendre cette appellation dans tous les sens, y compris figuré. Notre héros, et plus exactement anti-héros, ploie sous le poids des dettes et s’approprie plus ou moins indûment l’argent d’autrui. Quant aux femmes, il ne se fait pas faute de les oublier, poursuivant une carrière accidentée de séducteur aux insuccès et succès divers, jusqu’à une laide et chauve duchesse, heureusement fort riche et au cœur accueillant. Ce qui le mènera jusqu’au Parlement de Frankfort.

      Lecteur, tu t’amuseras beaucoup au cours de cette « rocambolesque épopée », de ces péripéties contées sur le mode héroïcomique et grivois. Une foule « d’amourettes », un duel, du « caviar de femme », des diamants achetés au nom de « Zeus » ; de Berlin à Rome, en passant par l’Espagne, les aventures burlesques s’entrechoquent avec un train d’enfer et une corrosive ironie. L’humour au galop cache cependant une satire insolente contre une classe de nobliaux plus préoccupée de ses aises et roublardises que du bonheur de ses concitoyens et du progrès de la société.

      Auteur d’un seul livre, le chroniqueur social Georg Weerth ne bénéficia que d’une courte vie (1822-1856). Il s’en fut mourir à La Havane, laissant à la postérité un irremplaçable roman à clefs brocardant le chevalier Lichnowsky-Shenapahnski qui exista bel et bien, mais surtout un fleuron du récit picaresque, dans la lignée rabelaisienne et du Simplicissimus de Grimmelshausen[4].

 

      Tobias Smollet et Georg Weerth fomentent de bien amusant anti-héros qui sont des avatars satiriques du genre picaresque, né avec Lazarillo de Tormes, cette confession anonyme parue dans l’Espagne de 1454. À cet égard la traduction des anonymes Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, publiée en 1801 et illustrée par des gravures de Ransonnette[5], est une belle infidèle puisque son deuxième volume, lui aussi anonyme, est un ajout postérieur dans lequel Lazarillo accède à une fortune sociale que sa condition aurait dû lui interdire : héritant d’un ermite, il se fait lui-même ermite, non sans avoir tenté de se marier et d’être roué de coups et volé par quatre femmes dont il se venge bientôt. Sa fin, passablement moralisatrice sera heureuse et pieuse. Or, ce qui n’était, de Lazarillo à Simplicissimus, qu’aventures de gueux picaresques condamnés à le rester, contamine avec Smollet et Weerth une bourgeoisie et une noblesse peu reluisantes. Il s’agit moins d’une évolution des mœurs que d’un renouvellement du regard des écrivains vers une satire sociale burlesque et endiablée qui n’épargne plus aucune classe sociale.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie-

La partie sur Smollet est paru dans Europe en 2006.

Celle sur Weerth dans Le Matricule des anges, janvier 2018.

 

 

[1] Lazarillo de Tormes, traduit de l’espagnol par Bernard Sesé, GF, 1993.

[2] Maurice Molho : Romans picaresques espagnols, La Pléiade, Gallimard, 1968, p 14.

[4] Grimmelshausen : Simplicissimus, traduit de l’allemand par Jean Amsler, Fayard, 1990.

[5] Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, Didot Jeune, 1801.

 

 

Gravure de Ransonnette pour :

Aventures et espiègleries de Lazarillo de Tormes, Didot Jeune, 1801. Photo : T. Guinhut.

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 16:13

 

Ossana, Trentino Alto-Adige, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Enquêtes et secrets de l’Histoire de la guerre

 

classés sans suite,

 

par Claudio Magris.

 

 

 

Claudio Magris : Secrets, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Rivages, 96 p, 12 €.

 

Claudio Magris : Enquête sur un sabre, traduit par Marie-Anne Toledano,

L’Imaginaire, Gallimard, 112 p, 8,50 €.

 

Claudio Magris : Classé sans suite,

traduit par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, L'Arpenteur, Gallimard, 482 p, 24 €.

 

 

 

      Autant pour le voyage au long du Danube que lors de l’exercice de la pensée, le « moi se dilate et se contracte comme une méduse, un peu d’encre débordant de la bouteille dans une mer d’encre ». C’est ainsi que Claudio Magris, né à Triestre en 1939, introduit son essai-fleuve Danube[1], éclos en 1986, enquête géographique, historique, culturelle et intime. Il y a bien souvent chez cet auteur triestin, né lui en 1939, une démarche d’enquêteur, quoique bien peu policière, une démarche d’archiviste et de tisseur de prose poétique surprenante. Ce qui se vérifie, grâce aux hasards des éditions et rééditions françaises, d’une enquête sur les Secrets ou sur un sabre aux souvenirs sanglants et plus que mystérieux. Ainsi Claudio Magris se fait historien, associant documentation et art de la fiction, jusqu’au roman massif et fructueux qu’est Classé sans suite.

 

      Ce n’est un secret pour personne que nous, individu ou Etat, avons des secrets : vilains ou abjects qu’il faut celer, charmants qu’il faut préserver ou partager, pour son bonheur et celui d’autrui. Quant à de plus politiques il serait bon que l’opinion publique en profite, au service du bien commun. De toutes ces problématiques, Claudio Magris offre une conscience aigüe, en un petit essai, lapidaire et cependant fort suggestif, publié en 2014 en Italie.

      Car c’est un paradoxe que son jeune cousin désirât une « insigne d’agent secret », pour exhiber qu’il sait ce qui doit être tu. Alors qu’un être secret oscille entre douleur de la solitude et sensation d’élection. Faut-il garder ce que l’on omet de dire, le respecter, ou le violer, se demande le moraliste… La littérature et le roman ont-ils pour fonction de révéler ou d’ajouter des « sens cachés » ? Or « l’écrivain est un espion, de lui-même ou d’autres personnes ».

      Plus le pouvoir est totalitaire, plus il s’entoure de secret. Est-ce à dire que toute transparence est nécessaire ? Peut-être ne révèle-t-on que ce qui est devenu inoffensif. Autrement il devient remord, ou « le Sacré, l’Ineffable », réservé aux initiés. Les « fumisteries mysticisantes », entourés d’un halo hypocrite et pompeux, dont relève le fascisme, sont « un cocktail par excellence d’horreur et de kitsch » ; alors que Jésus emprunte une autre voie : « je n’ai rien dit en secret ». Quand la vérité est dangereuse, « dissimulation » et diplomatie sont nécessaires. De même le secret de la confession reste une « valeur fondamentale », car il valide la dignité. Que dire alors de « ces temps de nudisme psychologique et d’enregistrement de masse universel », au travers d’internet des réseaux sociaux ? Reste qu’au-delà des pouvoirs dévolus à celui qui contrôle les secrets du monde, la capacité accordée à chacun de celer ce qu’il juge bon de conserver à part soi est un précieux gage de libertés.

      Si bref qu’il soit, cet essai est d’une richesse troublante. Pour traiter avec tant de finesse un tel sujet, Claudio Magris aurait-il un secret à cacher, au bord des lèvres ? Le brillant et abondant prosateur de Danube, sait ici suggérer avec acuité : tout un art. Il faut alors se demander s’il est complice des éditions Rivages qui ont choisi cet objet de curiosité pour illustrer leur fascinante couverture : ce noir rhinocéros, plus visible que « Lettre volée » d’Edgar Allan Poe, et cependant recélant l’introuvable solution des secrets de la nature…

 

 

      La Carnie est un territoire secret caché dans un pli de l’Histoire, à la lisière de l’Autriche et de l’Italie, au nord du Frioul. En grand connaisseur de la Mitteleuropa, Claudio Magris se penche sur l’étonnante utopie, offerte par Hitler à ces Cosaques qui avaient cru bon de choisir de s’allier avec les Nazis pour lutter contre le totalitarisme soviétique. Ce qui n’est pas sans répondre en écho à un de ses essais : Utopie et désenchantement[2]. Son Enquête sur un sabre, née en 1986, nous permet de découvrir l’officier Krasnov, chef de cette épopée : l’occupation de la Carnie, terre faussement promise.

      Un vieux prêtre rassemble ses souvenirs en une lettre à « don Mario », évoquant sa mission d’octobre 1944 : intercéder auprès des Cosaques pour qu’ils renoncent « aux abus et aux violences ». À la recherche du « secret du libre arbitre et de compatibilité avec l’intelligence divine », sans éluder la quête de celui de l’Histoire et du mal, il se demande qui est Krasnov, figure historique légendaire, gisant parmi les différentes versions mémorielles : « comme si le mystère de la foi se confondait avec celui d’un roman policier ». Il écrivait des « romans historiques » qui préfigurèrent son destin, fut mis à la tête de cette fantomatique armée cosaque, échoua dans une tombe de Carnie pour être exhumé douze ans plus tard, avec un sabre. Ce dernier, « promesse de gloire et sceau de vanité », se révéla peut-être faux, quoique son propriétaire prétendu, livré avec les siens par les Anglais, fût pendu par les Soviétiques en 1947. Restent des livres, des archives, des rumeurs et des fantasmes sur un trésor, sur des trahisons irrévocablement politiques, sur un homme, berné par les idéaux, qui ne révère que liberté sauvage et « veut fermer les yeux sur sa propre vérité ». Une énigme en fait des trahisons de l’Histoire…

      La prose judiciaire et palimpseste, qui relève des « documents de la mélancolie », tient les promesses de l’essai : ce qu’elle révèle est ahurissant de perplexité, de profondeur, écrit dans une langue splendide (que la traductrice a certainement su polir) de façon à contribuer à « la vérité de l’art ». Revenons alors à son plus vaste et probable chef d’œuvre, délicatement encyclopédique, Danube, et cependant partie émergée de sa formidable culture de la Mitteleuropa, dont témoigne par ailleurs Le Mythe et l’empire dans la littérature moderne[3]. Pour découvrir, en approchant du delta de son grand fleuve européen, comme parmi les secrets, mythes et idéologies qui gravitent autour de l’agitation forcenée du sabre, que « le mal, c’est un excès d’Histoire »…

 

      Achèteriez-vous par caisses et centaines de tonnes des « sous-marins d’occasion », des « ponts militaires bombardés » ? Il faudrait être fou furieux, ou d’une espèce d’historien scrupuleuse. Car Diego de Henriquez nourrit sans relâche un Musée de la guerre. Plus exactement « Arès pour Irène ou Arcana Belli. Musée total de la Guerre pour l’avènement de la Paix et la désactivation de l’Histoire ». Cet homme, ce musée, classé monument national en 1965, ont réellement existés, à Trieste : la rizerie de San Sabba, une usine à décortiquer le riz, devint, entre 1943 et 1945, un camp de concentration nazi, où juifs, antifascistes et autres résistants et politiques furent incarcérés avant la déportation, à moins qu’ils fussent abattus et incinérés dans le four crématoire construit sur place.

      La fiction intervient lorsque l’écrivain triestin imagine que Louisa Brooks, fille d’un aviateur noir-Américain et d’une Juive rescapée, reprend le flambeau. Flambeau n’étant pas une vaine métaphore, puisqu’en 1974 le professeur Henriquez périt tragiquement dans l’incendie d’un de ses entrepôts, accompagné par ses carnets réduits en cendres : ils recueillaient les graffitis des prisonniers qui dénonçaient leurs délateurs, profiteurs et autres sadiques impliqués dans la machinerie du camp. L’affaire fut classée sans suite, d’où le titre du roman, touffu, baroque à souhait, qui se veut rouvrir l’enquête, exhumer les culpabilités et les compromissions, faire toute la vérité sur une Histoire plus que fâcheuse, recouverte par une omission générale qui a tout du mensonge. Par exemple ce « SS-Hauptsturmführer Lerch, naguère en charge de l’abattoir et aujourd’hui membre incontournable de la dolce vita triestine ».

      Au-delà de ce terrible et sulfureux accident de l’Histoire du XX° siècle, qui est comme en « une banque de l’ADN », Claudio Magris nous emporte de salle en salle en ce musée, entrelace siècles et continents dans un turbulent réquisitoire adressé à l’humanité du mal. D’arme en arme, en écho avec l’Enquête sur un sabre, le récit déploie les frasques d’un arc ou d’une mitrailleuse, d’un tank ou d’une massue zapotèque, comme la hache du « Chamacoco », ou le fusil MP 44 du soldat Shimek, « condamné à mort et exécuté par la Wehrmacht pour avoir refusé de tirer sur des civils polonais ». On dévoile également une médaille posthume offerte à un tortionnaire : le « commissaire fasciste Collotti », mais aussi un « cactus marcescens Hitler » ! Ce jusqu’à des exemplaires de livres plus coupables encore que les armes, vingt mille d’entre eux, dont ceux de Sun Tzu, L’Art de la guerre, Clausewitz, De la guerre, Mao Tsé-toung, La Guerre révolutionnaire. Mais aussi le Malleus Maleficarum (ou Marteau des sorcières), Le Protocole des sages de Sion, trop fameux délire antisémite jailli de l’esprit d’un faussaire, et Mein Kampf, aux délétères talents que l’on sait ; car « la plume tue plus que l’épée ». Ce sont autant de d’exposés didactiques ou de récits emboités, parfois un peu fastidieux, animant des personnages auxquels on s’attache un instant, comme Sara qui « aimait traduire », ou repoussants, ramassis épique et terrible de guerriers, de témoins ou victimes, de collaborateurs et de profiteurs, y compris le « trisaïeul » Carlo Filippo, trafiquant d’esclaves, rythmés par la récurrente « Histoire de Luisa ».

      Les scènes où Louisa étudie les pièces du « musée de la Haine », galerie où s’ouvrent les fenêtres du temps et de l’espace, alternent avec de plus démentes fresques, comme celle bruyamment épique de la libération de Trieste par les armées alliées, voire des scènes surréalistes, lorsque le Haut-commandant Friedrich boit à l’anniversaire d’Hitler peu de jours avant son apocalyptique fin, scène qui voit officiers et industriels locaux se congratuler. On doute que tous les Triestins puissent déboucher leurs nez devant la putride responsabilité de leurs pères. Reste au lecteur celle, difficile, voire de l’ordre de la gageure, existentielle enfin, de pardonner l’imprescriptible[4].

 

      Drôle d’obsédé de veilleur de l’Histoire que ce collectionneur nécessaire : il dormait dans un sarcophage de son musée, coiffé d’un casque allemand et d’un masque de samouraï, et gardait bien ensevelis ses fantasmes sexuels : « esclave soumis humilié récompensé, je m’exaltais ». Une plus haute exaltation s’empare plus durablement de ce muséal conservateur, inspiré par Clio, Muse de l’Histoire. Car, nous confie le collectionneur, « ces armes, ce musée a été pour moi un véritable abri antiatomique, ils ont barré la route à la puissance dévastatrice de l’amour ». Plus loin, il nous confie la morale amère de son roman : « On serre des mains, le sang coagulé sous les ongles a disparu depuis longtemps ; l’Histoire, même encore jeune, est une bonne manucure ». Cependant, les souvenirs et les témoins rouillés des massacres historiques sont ici réunis au service d’une utopie : « la venue de l’époque du bien infini, celle où le mal sera aboli et où des armes il ne restera que cette part d’énergie cosmique qui a un rapport avec leur beauté et leur fonctionnalité ».

      Cette somme, cette mosaïque de pièces de musées, d’aventures et de méditation, parfois à la lisière de l’essai, écrite par un monstrueux travailleur de fond, coûta six ans de labeur et d’illuminations à Claudio Magris. Une composition voisine émaillait son précédent roman : À l’aveugle. Où la confession d’un vieil homme à son psychiatre devient un patchwork de voix. En sus de la sienne propre, résonnent celles d’un militant communiste puni par Tito, d’un corsaire danois du XIX° siècle, voire du mythologique Jason. De même l’espace, depuis Trieste, s’ouvre vers la Yougoslavie, la Tasmanie, Waterloo et Dachau, où la figure démultipliée du rebelle déchire des failles dans les idéologies en déroute. Une fois de plus, le drame de la conscience européenne est la matière romanesque cruciale.

 

      Souvenons-nous que « mensonge romantique et vérité romanesque » (pour reprendre le titre de René Girard[5]) se liguent pour rendre la vérité à l’Histoire. Claudio Magris, qu’il enquête sur le secret, sur un sabre, ou sur les ombres du totalitarisme nichées au cœur de l’Europe et de ses confins triestins, dissèque les entrailles de l’humanité. On ne peut s’empêcher de penser à la narration suspendue à une galerie voisine, celle du Musée de l’inhumanité, de l’Américain William Gass[6], roman dans lequel son personnage accumule les témoignages de la nature fondamentalement mauvaise de l’homme. De même l’on peut penser que Claudio Magris accole sa belle ambition romanesque à un essai comme celui de John Keegan, L’Art de la guerre[7]. La guerre de l’humaniste romancier est évidement au service de la mémoire, miroir tendu aux bas et pervers instincts de l’homme que nous ne devons pas être.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Secrets et Enquête ont paru dans Le Matricule des anges, janvier 2016

 

[1] Claudio Magris : Danube, L’Arpenteur, Gallimard 1988.

[2] Claudio Magris : Utopie et désenchantement, L’Arpenteur, Gallimard, 2001.

[3] Claudio Magris : Le Mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne, L’Arpenteur, 1991.

[5] René Girard : Mensonge romantique et vérité romanesque, Grasset, 1961.

[6] William Gass : Le Musée de l’inhumanité, traduit de l’américain par Claro, Le cherche midi, 2014.

 

 

 

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 19:41

 

Valdelugueros, León, España. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Georges R.R. Martin, du Trône de fer

à La Fleur de verre,

en passant par La Maison du ver :

fantasy, morale et philosophie politique.

 

 

George R.R. Martin : Le Trône de fer,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Sola, J’ai lu, 798 p, 15,90 €.

 

George R.R. Martin : Dans la maison du ver,

traduit par Pierre-Paul Durastanti, Pygmalion, 144 p, 15 €.

 

George R.R. Martin : La Fleur de verre,

traduit par Eric Holstein, Actu SF Hélios, 296 p, 8,90 €.

 

George R.R. Martin : R.R.Etrospective, divers traducteurs, Pygmalion, 1526 p, 32 €.

 

 

 

 

 

      Pourquoi rêver de mondes qui n’existent pas, qui n’existerons jamais ? Il est évident que se projeter en toute sécurité dans les affres et les délices d’univers extrêmes est plus apaisant qu’un réel décevant, plus cathartique que le non-sens qui peut nous environner. Plutôt que de nous avachir devant l’humiliante vulgarité d’un écran, où les acteurs de Game of thrones sont des quidams endimanchés de vêtures clinquantes et alourdis de fourrures sales, de plus affligés d’assourdissants orchestres poussiéreux, préférons le silence de la lecture, qui permet le développement de l’imaginaire et de la pensée. Or nous ne nous assiérons jamais sur les pointes acérées d’un trône, ni ne changerons de corps, ni ne chasserons les « grouns » ; sauf en lisant un maestro de la fantasy : George R.R. Martin, tel qu’en lui-même son imaginaire le métamorphose. Car au-delà de l’énorme massif du Trône de fer, se cachent des romans, comme Dans la maison du ver, et des nouvelles, comme La Fleur de verre, où l’heroic fantasy le dispute à l’horreur et à la science-fiction. Et loin de laisser apparaître un stérile espace littéraire, il s’agit là d’un miroir, d’une grille de lecture de nos désarrois moraux et politiques, de notre cosmos, en un mot de notre psyché.

 

      Faut-il encore gloser sur A Game of Trhones, improprement traduit par Le Trône de fer ? Il parait suffisamment connu, mais il s’agit là d’affirmer non seulement sa dimension, qui en fait une rare somme romanesque, mais aussi sa qualité littéraire, y compris dans le détail de l’écriture. Certes l’impétrant qui s’engagerait dans le premier tome de la saga, qui en compte cinq à ce jour, parmi sept prévus, pourrait d’abord avoir le tournis et déplorer de ne pas accrocher les wagons des séquences qui s’attachent à une poignée de personnages, puis les abandonnent, pour en installer d’autres, sans que les connexions apparaissent immédiatement. Il faut quelques centaines de pages à notre incompétent lecteur pour rassembler les tesselles apparemment dispersées en une mosaïque au vaste dessein, dont un narrateur omniscient anime tour à tour les affres et les désirs, les exploits et les tragédies d’un narrateur interne, bientôt remplacé par d’abondantes péripéties de concurrents dans une autre contrée de Westeros, parfois jusqu’à leur mort. Il y a évidemment ici quelque chose de la technique du roman-feuilleton, lorsqu’interrompu avec plus ou moins de brusquerie, un chapitre laisse baver la langue du suspense.

      Dans un royaume partagé par de multiples factions et familles, une hantise domine toutes les autres : le mur du nord, au-delà duquel le froid, le noir, l’irrationnel et la plus mortelle barbarie de menaçantes créatures rôdent, au point de pouvoir déferler vers le sud. La « Garde de nuit » a pour redoutable mission de veiller aux intrusions et aux assassinats perpétrés par les « Autres », armés d’une « épée spectrale ». Aux terreurs glacées s’oppose plus tard le feu des dragons, ce qui explique que le titre du work in progress fut d’abord A Song of Ice and Fire.

      Le royaume des Sept couronnes ne cesse d’être disputé entre diverses nobles familles, tandis que la dynastie des Targaryen, sur le continent oriental, intrigue pour retrouver le trône perdu, en la personne d’une héritière. Traité avec un apparent réalisme, et un zeste de fantastique, ce monde est richement médiéval, brutalement féodal. Mais outre qu’il ne correspond à aucune réalité historique connue, il apparaît peu à peu que le merveilleux, qui semblait appartenir à un passé révolu, resurgit. Des œufs de dragons, censés rester pétrifiés, éclos dans le brasier, tels des phénix, donnent de nouveau rejetons recueillis par Daenerys : « le dragon crème-et-or lui tétait le sein gauche, le vert-et-bronze le sein droit (I, p 785) ».

      L’œuvre maîtresse de George R. R. Martin est évidemment redevable du Seigneur des anneaux de Tolkien, pour la fantasy, mais avec plus de puissance ; du roman historique de Maurice Druon, Les  Rois maudits, avec plus d’imagination ; voire de l’Histoire de la chute et de la décadence de l’Empire romain de Gibbon, si l’on pense au mur d’Hadrien au nord de l’empire romain ; sinon des sanglants excès du théâtre élisabéthain, en particulier le Richard III de Shakespeare ; sans oublier l’Angleterre médiévale, en particulier la Guerre des deux Roses. Tout ce chaudron d’influences confluant dans le philtre épique et politique du Trône de fer.

      Pour reprendre le titre du troisième volume, Le Trône de fer est une « tempête d’épées », mais aussi une tempête politique. Avec George R.R. Martin, la fantasy a définitivement quitté la niaiserie douceâtre de l’enfance et de l’adolescence, sa fade quincaillerie médiévale, ses elfes et sa magie. La violence guerrière, la perfidie confinant au sadisme, la sexualité aux multiples dards, où le viol et l’inceste sont monnaie courante, tout ceci nous interdit une lecture simplement pittoresque : il faut bientôt admettre que bien des « fleurs du mal » (pour reprendre le titre de Baudelaire), s’épanouissent bien saignantes, autant sur les champs de batailles que dans les geôles suspendues au-dessus du vide, que dans les tréfonds de la psyché de personnages que leur surmoi, miroir de nos bas instincts, n’encombre guère : « Comment veux-tu mourir, Tyrion, fils de Twin ? – Dans mon lit, le ventre plein de vin, ma queue dans la bouche d’une pucelle, et à quatre-vingts ans ». Le nain Tyrion Lannister, animé par une intelligence ductile, une fieffée rhétorique qui est sa meilleure arme, un sens avisé de l’humour et de la ruse politique, devient d’ailleurs celui qui manipule peu ou prou le destin des nations, non sans péripéties stupéfiantes : il use deux fois du duel judiciaire pour se disculper, est blessé jusqu’au coma, le nez arraché, lors d’une guerre qu’il remporte bien qu’on le fruste de sa victoire, tue son père qui couche avec sa maîtresse, voit une naine se faire à sa place décapiter, est réduit en esclavage… Laissons le romancier le mener encore où son sens de l’intrigue et des manipulations politiques l’entraîne.

      Bien moins confortable que le fantasme de Tyrion, et pourtant infiniment convoité, est le trône de fer : « Immense, hérissé de pointes et de lames acérées, tordues, déchiquetés comme à plaisir, enchevêtrées de façon grotesque, il était aussi, conformément aux dires de Robert, d’une démoniaque incommodité. […] Entre chacun de ses doigts posés sur les bras du trône, émergeaient, crochues comme des serres, des pointes d’épées tordues, […] Cette énorme bête noire agrémentée de lames de rasoir, de barbelures et de faveurs de métal mortel, ce hideux fauteuil capable de tuer et qui, à en croire les chroniqueurs, ne s’en était pas privé ( I, p 457 et 460) » Comme pour signifier toute l’abjection cruelle du pouvoir absolu, y compris contre soi, donc mâtinée de sadisme et de masochisme, ce qui est l’intrinsèque récompense et châtiment de l’orgueil.

      Qui sait alors, si ce jeu des trônes, en sus des fureurs shakespeariennes de Richard III, ne cache pas les ténèbres aveuglantes où gît le ballet de la succession entre Lénine, Trotsky et Staline, le second assassiné à coup de pic à glace. Au lecteur d’y lire d’autres jeux d’échecs aux pièces acérées de l’Histoire…

      Autre grande saga aux multiples volets de la fantasy, Harry Potter déploie également un vaste univers, de surcroît aussi cohérent que détaillé. Cependant, malgré ses mille qualités, ce dernier pêche par la platitude du style et le peu d’imagination du vocabulaire, même si de volume en volume, la psyché devient plus sombre, les « détraqueurs » plus béants, le mystère du mal plus angoissant. Ce qui n’est assurément pas le cas du Trône de fer, au vocabulaire soigné, parfois rare, aux métaphores coruscantes, aux personnages complexes et fouillés, aux facettes parfois contradictoires, aux zones de noirceurs, d’innocence et de grisaille plus qu’intrigantes. La narration s’anime au moyen du sens de l’ironie, du sarcasme, rarement du lyrisme, souvent du pire pathétique, d’un tragique rapidement jeté aux orties, et, par-dessus tout d’une dynamique épique tonitruante. Au point que jeux de rôles et jeux vidéo de stratégie fleurissent aux pieds du trône de fer…

      Harry Potter a une dimension morale positive : le Bien finit par triompher du Mal, à force de vertus, de combattivité. Le Trône de fer induit une morale bien différente : pour paraphraser La Fontaine, la raison du plus fort et du plus rusé triomphe, quoique provisoirement, sans respect pour la hauteur morale dont faisaient preuve les chevaliers de la Table ronde, opposés sans partage aux chevaliers félons. En ce sens Martin est plus fidèle à notre réalité, et en particulier à celle des empires : « Les dieux veulent ceci cela, par ici par là se situe la frontière entre le bien et le mal (I, p 755) ».

 

      Les héros sont mâtinés d’anti-héros, les bons tout autant méchants, les méchants passagèrement séduisants, sans l’ombre d’un artificiel manichéisme. S’il en est un qui puisse passer pour l’incarnation du bien, il sera bientôt corrompu, ou renvoyé à ses ancêtres. Ainsi Ned Stark, l’un de ceux qui fut « La Main du Roi », et auquel nous pourrions nous attacher, étant donné son charisme, son intégrité morale kantienne, est-il sans pitié abattu, décapité avec sa propre épée, nommée « Glace » ; s’en suivra d’ailleurs la guerre des cinq royaumes. Car « Ce que le Roi chie, la Main essuie ». Lecteur, songe donc qu’il est imprudent de s’identifier à un personnage, tant il est sur la corde raide ; qui sait si le prochain chapitre le maintiendra en vie, le rendra gravement handicapé ou le maintiendra sur le trône de fer. L’enfant qui s’y juche un temps est par ailleurs un sale gosse, gâté pourri par sa mère, capable d’une tyrannie infecte, et que l’on rêve de voir bientôt empalé sur son propre trône. Car, selon la moralité au moins reprise deux fois (I, 483 et 503), « Lorsqu’on s’amuse au jeu des trônes, il faut vaincre ou périr, il n’y pas de moyen terme ». En ce sens l’archétype du combat du Bien contre le Mal en prend un sale coup.

      Une lecture marxiste serait également inopérante : point de salut non plus pour les classes sociales les plus basses, dans une société stratifiée, qui associe un luxe exquis, outrageant, à de sordides cloaques, ce jusque dans l’âme (s’ils en ont une) des personnages. Un fil psychiatrique serait plus opérant, tant la folie du pouvoir, du sexe, de la violence, de l’humiliation danse parmi les loups humains ; seule Daenerys Targryen semble y échapper, paraissant incarner une reine conquérante et pacifique, digne des Lumières. Quant aux religions, elles sont plutôt officiellement polythéistes -ce qui est une forme de sagesse[1]-, même si viennent du Nord un animisme et de l’Est un monothéiste nanti d’un Dieu rouge moralement intraitable et coléreux. Faut-il y lire un reflet de notre Histoire et de notre contemporain ? Mais le phénomène religieux ne semble pas le principal levier parmi le jeu des trônes, d’autant que Tyrion se moque des superstitions, il ne semble avoir qu’une valeur allusive ; pensons par exemple au magnifique passage où l’on défile entre les statues et témoignages venus des dieux disparus et pris aux peuples vaincus. En tout état de cause, elle n’embarrasse pas Khaleesi lorsqu’elle choisit d’étouffer son époux, le beau barbare Khal Drogo, quand une opération menée par une vengeresse ensorceleuse prétendit le guérir pour faire de lui un légume ; ce qui est par ailleurs un choix éthique en terme d’euthanasie.

      Aux qualités du roman populaire addictif et pas le moins du monde anorexique, s’ajoute une dimension que le philosophe de la nature humaine saura enchaîner avec les classiques de la philosophie politique ; au point qu’un Michel Weber y lut les reflets des enjeux cruciaux de notre époque[2]. Une éthique machiavelienne y retrouverait-elle ses petits, lorsque, surpris dans le lit incestueux de sa sœur, la reine Cersei, Jaime Lannister choisit de défenestrer Bran, dont le témoignage aurait pu générer une guerre civile ? Ce qu’analyse Marianne Chaillan[3] en parlant à son propos de « morale conséquentialiste à la Bentham. N’entend-on pas au Trône de fer ce « l’homme est un loup pour l’homme » qui fit de l’auteur du Léviathan, Hobbes, un contradicteur de l’homme naturellement bon de Rousseau ? Ne devine-t-on pas en Tywin Lannister un prince qui a failli incarner les qualités du Prince de Machiavel[4] ?

      Nous ne prétendrons pas balayer l’œuvre entière et colossale de George R.R. Martin. Tentons cependant quelques coups de sonde vers un de ces romans courts, de plus joliment mis en page et en couverture noire, blanche et pailletée d’or. La Maison du ver, par exemple. Une première lecture pourrait tomber dans le piège du seul prisme de la fantasy simplette pour préadolescents, nantie de créatures passablement monstrueuses. « Ver blanc », « Viandard » et « grouns », voilà qui parait un conte puéril. Le jeune et bel Annelyn, passablement imbu de lui-même, se targue de descendre dans le terrier du Ver pour tuer le Viandard. Le nouveau Thésée descend dans une fosse, un « Sous-boyau », des tunnels, rencontrant le cadavre d’un ver géant, se heurtant à des pièges, des agressions, des « vers mangeurs », des « yaga-la-hai », un « groun » affreusement colossal, luttant contre la rouille, l’obscurité et l’humidité. Parviendra-t-il à honorer son défi ? Reste qu’il revient maigre et souillé…

      Cependant, si l’on consent à une psychanalyse des contes[5], vers quels gouffres de l’inconscient descend le jeune Annelyn ? En ce sens, le récit exerce une fonction thérapeutique, figurant les peurs ataviques et animant un héros adolescent qui les défie. Quête, épreuves, combat du bien contre le mal, l’on reconnaît la fonction d’initiation. En cet apologue, et dans une prose intensément poétique (il faut remercier le traducteur), il s’agit de se demander comment et si l’on peut lutter contre l’entropie, et plus encore de l’accepter. Car le Ver blanc est « corruption », « mort » et « entropie » ; « Et ne pleurons pas quand bien même le cercle du vivant s’étrécit et toute chose périt », pourrait être la morale.

 

      Le nouvelliste est également prolixe, sans galvauder son art. Choisissons quelques nouvelles, qui ne sont d’ailleurs pas indignes de celles de Ballard[6], parmi le recueil La Fleur de verre. Celle-ci a été offerte à une jeune fille qui se remémore « les mondes d’acier et de plastique où j’ai passé mes vies ». Il y a là « tant de mondes, tant de cultures différentes, tant de systèmes de valeurs et de niveaux de technologies », ce que l’on pourrait appliquer à l’œuvre entière du Maestro Martin. Un cyborg se propose de « tenter de gagner une nouvelle vie en jouant au jeu des esprits », alors que la maîtresse de ce dernier a plusieurs fois changé de corps, des plus immondes aux plus suaves. L’imaginaire dépasse alors nos perspectives de transhumanisme, de robotique et d’Intelligence Artificielle[7] : l’on connait « la maîtrise de la génétique aux sources de la beauté », il est possible de « retranscrire l’empreinte complète d’un esprit humain sur un cristal matrice »… Le lecteur avisé ne peut que s’interroger sur la caution éthique de telles avancées.

      En cette « Fleur de verre » aux richissimes pétales d’idées, l’écriture est à la fois ciselée et métaphysique, convoquant le sens de la vie, s’il en est un. Interviennent « douze Judas Iscariote », une chambre dont le dôme « forme une gigantesque mosaïque de vie et de mort », car c’est là que se déroule le jeu ; un jeu cruel de gladiateurs science-fictionnels où le mal et la douleur atteignent des hauteurs surnaturelles, un jeu dont le sens moral est plus que suspect, quoiqu’il s’agisse d’illusions. Le duel psychique de la narratrice avec Kleronomas, riche de savoirs et de « souvenirs cristallisés », bouillonne d’invention expressive et poétique : « Au jeu des esprits, plus encore que dans la vraie vie, images et métaphores sont tout ». Il n’est pas risqué d’y voir un manuel de manipulation psychique, voire médiatique et politique…

      Avec son Kenny Dorchester, dans « Le régime du singe », notre nouvelliste associe l’acuité psychologique qui travaille au scalpel un obèse et le fantastique le plus simiesque et horrifiant, avec une chute (dans les deux sens du terme) providentielle et désopilante. Et traversant ce recueil, sans le déflorer entièrement tant les surprises y sont sucrées comme une luxure effrayante, invitons le lecteur à découvrir les « déodandes » mort-vivants, un nécromant assassiné, une « Mémé Gombo » qui connait « les hommes aux aiguilles », une fin du monde où la « chair se mit à fondre sur ses os »…

 

      On se fera une petite idée de l’envergure colossale de notre Balzac de la fantasy, en feuilletant R.R.étrospective, soit 1526 pages, rassemblant trente-deux nouvelles (où l’on retrouve quelques-unes venues de La Fleur de verre), deux scénarios inédits, un commentaire souvent éclairant de l’auteur lui-même sur chaque étape créatrice, une bibliographie, tout cela rangé de façon chronologique et thématique ; et encore ce n’est qu’un choix ! Même si peut-être doit-on déplorer que l’éditeur n’ait pas conservé (ou traduit) le titre original commençant par Dreamsongs, qu’il n’ait pas fait de ce malcommode pavé un ou deux tomes reliés et cartonnés, que l’on se rassure, les fans, les aficionados, n’en feront pas une indigestion, au contraire…

      La marée des titres brasse notre appétence à l’imaginaire : « Le Volcryn », « Les héritiers du château des tortues », « Hybrides et horreurs » ou « Wild cards »… Aussi l’œuvre apparait bientôt dans toute sa polymorphie, du space opera science-fictionnel à l’horreur criarde des invasifs « Rois des sables » , en passant, last but not least, par la fantasy. Voici, outre nouvelliste et romancier, notre bonhomme Martin avec bésicles, casquette et barbe fournie, devenu scénariste, producteur, soit un véritable Protée de l’écriture. Qu’il s’agisse de vampires en un milieu historique, de SF horrifique, de magie, ou de fresques politiques galactiques, le minimalisme étique n’est pas son fétiche, pour notre plus grand plaisir. Passions et péchés capitaux, exotisme et sens de l’aventure, jeux de pouvoir, capacité à créer des personnages hauts en couleurs, en émotions et ambitions, mais aussi des cultures, à l’instar de Dan Simmons[8],  rien ne nous est épargné.

      Picorons en cette somme. Avec « Le Volcryn », qui a presque la dimension d’un roman, une novella en fait, une science-fiction largement cosmologique, dont les temps dépassent ceux de Jésus et des planètes, fait coexister en un étrange vaisseau spatial un hologramme et quelques voyageurs. Là il sera possible de tenir en ses mains « l’âme de cristal de l’Armageddon ». Mais gare à celui dont le crâne va bientôt exploser !

      Peut-être faut-il être un fan forcené pour affronter les scénarios in extenso, même si Hollywood et le chant des sirènes est un titre affriolant. C’est avec le plaisir de goûter le parfum putréfié de l’horreur que nous lirons les « Extraits du journal de Xavier Desmond ». Affligé d’une trompe éléphantesque à la suite d’un « xénovirus », ce dernier est un « joker ». Ses congénères, atteints de difformités, d’excroissances et hybridations diverses, meurent de manière atroce. Est-il vrai, demande-t-il, que « nos corps reflèteraient plus ou moins notre âme », selon ce que maintes religions préconisent ?

      Quelles que soient les nouvelles, les romans, George R.R. Martin a le sens de l’incipit tonnant in media res : « Au début, j’étais le seul public de mes histoires » (« Un fan de quadrichromie »), « Le Prophète s’en vint par le Sud, un drapeau dans la main droite, et un manche de pioche dans la gauche, afin de prêcher le credo de l’Américanisme » (« Et la mort est son héritage »). On croirait une allusion à La Guerre de la fin du monde de Mario Vargas Llosa[9].  Une autre nouvelle est un bijou épique où l’on sacrifie « le héros ». Le virtuose du clavier a également le sens affuté des allusions mythologiques, nombreuses ; ainsi lorsqu’un astronef nommé « Charon » vogue vers « Cerbère ». Et comme il n’y a pas de science-fiction de haut-vol si l’on n’invente pas les religions de ses planètes (comme chez Dan Simmons), on découvrira celle des Ch’kéens », qui se laissent dévorer vivants dans « Une chanson pour Lya ». Mieux, on prendra rendez-vous dans « La Cité de pierre », où « les Bâtisseurs ont noué les fils de l’espace-temps ». Georges R.R. Martin est bien l’un de ces bâtisseurs, qui, en outre, a su nouer les fils de l’heroic fantasy et de la science-fiction, à tel point que le lecteur n’aime rien tant qu’en découdre avec ses pages…

 

      Comme La Fontaine[10] ou Perrault[11], qui fabulaient et contaient pour les enfants, George R.R. Martin n’écrit-il que pour les adolescents ? Ses apologues, qu’ils soient au format du conte, de la nouvelle ou de la monstrueuse fresque romanesque (que Dieu, s’il existe, lui prête vie pour achever son septième trône) divertissent en un magnifique tohu-bohu aux couleurs outrageantes et délicates, et donnent à penser, autant en termes de morale politique que d’éthique scientifique. Plaire et instruire était la devise des classiques, venue du « placere et docere » d’Horace ; ce peut être celle de notre écrivain, qui alimente également les canaux de la peur fascinante et ceux de l’intellect, en particulier de la philosophie politique, grâce à son Histoire fictive parallèle à celle de l’humanité, grâce à ses jeux des trônes et des esprits.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Eloge du polythéisme

[2] Michel Weber : Pouvoir, sexe et climat. Philosophie du Trône de Fer, Editions du Cénacle, 2017.

[3] Marianne Chaillan : Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, Le Passeur, 2016.

[5] Voir : Bruno Bettelheim : Psychanalyse des contes de fées, Robert Laffont, 1976.

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 17:12

 

Pont Alexandre III, Paris. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Paris capitale des chiffonniers et du XIX° siècle :

 

Antoine Compagnon, Walter Benjamin.

 

 

 

Antoine Compagnon : Les Chiffonniers de Paris,

Gallimard, Bibliothèque illustrée des Histoires, 512 p, 32 €.

 

Walter Benjamin : Paris, capitale du XIX° siècle,

traduit de l’allemand par Jean Lacoste, Cerf, 976 p, 68 €.

 

 

 

 

 

      « Peaux de lapins ! » criait-on sur le boulevard en haut du jardin du modeste auteur de ces lignes, dans les années soixante… C’était un descendant de ces chiffonniers et  récupérateurs de bric et de broc qu’Antoine Compagnon rassemble en son étonnant, amusant, terrible parfois, Les Chiffonniers de Paris. Il y reproduit une gravure de 1820, par Carle Vernet, montrant « le marchand de peaux de lapin », l’un de ces gueux payés au poids, du papier sale à la toile de fil, qu’ils soient voleurs, « philosophes du ruisseau » ou indicateurs de police. Ils sont tout un infra-peuple, méconnu, soudain ramené à la lumière, de ce Paris qui fut, selon Walter Benjamin, la « capitale du XIX° siècle ».

 

      L’essai brillant, amusant, cependant pathétique, d’Antoine Compagnon est d’un historien scrupuleux, d’un sociologue attentif. Il est le portrait d’une ville, et d’une profession nombreuse, miséreuse, méprisée, mais souverainement utile à l’économie, préfigurant le recyclage, car du chiffon l’on faisait ce papier qui permet l’esprit des bibliothèques. Notre essayiste balise son champ historique des Tableaux de Paris de Mercier, en 1781, au décret du préfet Poubelle, en 1883, qui mit un coup d’arrêt à la dispersion des ordures. Déjà, la fin du Second Empire vit l’industrie du papier évoluer grâce à la fabrication à partir de fibre de bois, ce qui contribua peu à peu à rendre passablement obsolète la profession. Ne nous étonnons pas, le conservatisme spolié refusa la science : nos chiffonniers protestèrent vigoureusement contre les mesures hygiéniques du préfet, s’estimant lésés !

      Dès son introduction, Antoine Compagnon présente son personnage emblématique : « l’homme à tout faire, le maître-Jacques du XIX° siècle, à la fois rôdeur inquiétant des faubourgs, agent essentiel des progrès de l’industrie, et figurant coloré des arts et des lettres ». Et du même coup en quelque sorte le plan de son essai informé, généreux.

      Qui sont ces chiffonniers ? Essentiellement un bas peuple, un monde occulte, une « cour des miracles du Paris moderne », côtoyant -sinon fusionnant- avec celui des délinquants et des prostituées, qui, faisant lui aussi le trottoir (quoique ce dernier existe encore à peine), se nourrit des déchets d’une civilisation que l’expansion de l’artisanat et du capitalisme enrichit de linges, tissus et autres papiers. Ils en sont les collecteurs, lorsqu’abandonnés, ils peuvent permettre leur subsistance quotidienne, leur fortune modeste ; sans délaisser ferraille, cuir, verre, y compris les chevaux et chats crevés (comme dans L’Âne mort de Jules Janin), dûment recyclés… On estime que « trente à quarante mille individus des deux sexes, y compris les enfants, se livraient au chiffonnage dans la capitale ». Leur activité, essentiellement nocturne, et malgré leur ivrognerie, leur donne parfois une allure de philosophe péripatéticien ; ce qui n’empêcha pas ces précurseurs des agents de la voirie, « fouillant du croc l’ordure où dort plus d’un secret » selon Hugo, aguerris en glanant un pauvre trésor, de monter sur les barricades des Révolutions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En l’absence du moderne tout-à-l’égout (que l’on commença de construire après l’épidémie de choléra de 1832), l’on croise, remplis par les « gadouilleurs », les charrois de fange, d’excréments humains et chevalins qui ne se privent pas, avant de remplir « la vidange de Montfaucon » puis d’aller engraisser les champs, de souiller les passants ; ce qui entraîne un autre petit métier : celui du « décrotteur », voisin du chiffonnier, lui aussi forcément malodorant. Ainsi l’effrayant « tombereau de boue » côtoie le « diable chiffonnier », que l'on trouve au frontispice du Diable à Paris. Ouvrage justement célèbre dont Antoine Compagnon reproduit la gravure de Gavarni (visible au bas de cet article), noir marcheur dégingandé, enjambant un plan de la capitale, muni de son fanal, de son crochet et de son panier à chiffons. Ce volume et Les Français par eux-mêmes furent de ces feuilletons qui ramassent les cancans et se servent « de leur plumes comme d’un crochet avec lequel ils happent telle ou telle industrie ». Ils inondent le siècle de leurs papiers tombés de la hotte du personnage de Flammèche, recensant les collaborateurs et leurs « guenilles littéraires ». Dans la tradition du romantisme noir, Victor Hugo assimile le chiffonnier à Satan qui ramasse les âmes « dans les tas d’ordures ». Ce « terrible porte-hotte » a quelque chose du Juif errant, du croquemitaine.

      Outre les tableaux d’une richissime iconographie, les gravures de Gavarni, les caricatures hilarantes de Daumier et les photographies d’époque, les littérateurs offrent leurs témoignages : auteurs de mélodrames, chansonniers, poètes, journalistes ; comme lorsqu’en 1856, Le Figaro lança une charge contre « le chiffonnier réalisme ». Sans omettre l’Eugène Sue des Mystères de Paris, ni encore les Misérables d’Hugo, ce « roman du recyclage ». De toute évidence, Baudelaire tient en cet essai une place récurrente et tutélaire avec sa « charogne », ses « petites vieilles », ou sa « voirie » dans « Le Cygne », poème paru dans la partie appelée « Tableaux parisiens », et surtout « le vin des chiffonniers », qui, parmi le « vomissement confus de l’énorme Paris » se cognent « aux murs comme un poète ». Au service des Fleurs du mal et du Spleen de Paris, Baudelaire est en « écumeur des lettres » un chiffonnier qui ramasse tout ce qui traîne, toute cette boue dont il fait de l’or. Pour reprendre cette baudelairienne métaphore[1], Antoine Compagnon, prestidigitateur d’une savoureuse et sordide érudition, ramène de ces recherches un sale et bigarré matériau, riche d’anecdotes, dont il fait l’or de son attachant essai.

 

Cartonnages XIX°. Photo : T. Guinhut.

 

      On devine qu’Antoine Compagnon ne peut faire l’impasse sur un autre chiffonnier, lui penché depuis les années vingt et trente du XX° siècle sur le temps de Baudelaire, parmi les papiers de la Bibliothèque Nationale : Walter Benjamin, dont le magistral, et cependant inachevé, en l’état de tas de manuscrits, Paris capitale du XIX° siècle, glane les mémorables feuilles des « Passages parisiens », du Paris haussmannien, des expositions universelles, du « collectionneur », des vitrines de la mode et de la prostitution... Là où « la rue conduit celui qui flâne vers un temps révolu[2] », l’attitude du flâneur est un « condensé de l’attitude politique des classes moyennes sous le Second Empire[3] ». On pourrait en dire tout autant du chiffonnier, ce flâneur intéressé par les objets de sa dure subsistance qui jonchent le pavé parisien. Il est également un peu ce « vrai collectionneur » pour qui « chaque chose particulière […] devient une encyclopédie rassemblant tout ce qu’on sait de l’époque, du paysage, de l’industrie, du propriétaire dont elle provient[4] ».

 

      Là encore le personnage inquiétant et cependant digne de pitié du chiffonnier est un témoin des révolutions politiques, industrielles et sociales du siècle de Baudelaire, auquel Benjamin consacra un opus[5], lui aussi inaccompli, dont les analyses se croisent et se dédoublent parmi les pages de Paris capitale du XIX° siècle. Ce ramasseur des feuillets du ruisseau est un de ses témoins favoris du philosophe allemand. Cependant Antoine Compagnon voit moins le chiffonnier comme un allié de la classe ouvrière (ce qui allait dans le sens du marxisme de Benjamin), que comme « une ressource poétique irriguant toute l’œuvre du poète des Fleurs du mal, et, au-delà de celle-ci, tout le XIX° siècle ». Il est pour lui certes « un acteur économique », mais surtout un « double allégorique » de l’écrivain. Faut-il -au-delà du raffinement du tri sélectif sur le territoire helvétique- voir dans le phénomène des vide-greniers un équivalent plus moderne de ce recyclage, où l’écrivain pourrait glaner et le passé et le présent pour en nourrir un nouvel or de la littérature ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article publié dans Le Matricule des anges, nov-décembre 2017.

 

[1] Charles Baudelaire : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », « Projet d’un épilogue aux Fleurs du mal », Œuvres complètes, La Pléiade, Galimard, 2001, I, p 192,

[2] Walter Benjamin : Paris capitale du XIX° siècle, Cerf, 1989, p 434.

[3] Walter Benjamin : ibidem p 438.

[4] Walter Benjamin : ibidem, p 222.

[5] Voir : L'hydre de Lerne du Baudelaire de Walter Benjamin

 

 

Gavarni : frontispice du Diable à Paris, Hetzel, 1845.

Photo : T. Guinhut.

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 16:15

 

Santa Maria Gloriosa dei Frari, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

De la vulgarité langagière au règne du langage ;

 

avec le secours de Jean Yvane,

 

Richard Millet & Tom Wolfe.

 

 


 

Jean Yvane : Touche pas à ma langue,

Pierre-Guillaume de Roux, 2018, 192 p, 19,90 €.

 

Richard Millet : Français langue morte. Suivi de l’Anti-Millet,

Les Provinciales, 2020, 176 p, 18 €.

 

Tom Wolfe : Le Règne du langage,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen,

Robert Laffont, 2018, 216 p, 19€.

 

 

 

 

      « Une autre cause d’erreur, & qui tient pareillement à l’ignorance, c’est l’abus des mots & les idées peu nettes qu’on y attache[1] », disait le philosophe des Lumières Helvétius. Ajoutons l’abus des mots sales, des mots sottement empruntés à une autre langue, et de leurs substituts abrégés, travestis et retournés comme la peau d’un vil lapin. Toute cette basse sauce langagière contemporaine, outre la vulgarité native ou apprise des locuteurs, n’a guère d’autre cause que la paresse. Entre grossièretés, anglicismes clinquants, sigles et acronymes décérébrés, s’installe un royaume pourri, celui de la vulgarité, qui n’est pas seulement la grossièreté, mais aussi, selon l’étymologie latine -vulgus-, l’expression de la foule, rétive au raffinement et à la distinction. Même si nous ne voulons pas être un censeur du vocabulaire et ainsi le fermer d’un préservatif, comme le héros de Jean Yvane dans Touche pas à ma langue, il faut fustiger et éduquer notre parler, à moins que Français langue morte soit le glas sonné sans retour par Richard Millet, alors que, selon l’intelligent Tom Wolfe, l’homme doit son évolution au Règne du langage.

 

 

      Quel besoin a-t-on de se vautrer la langue dans la grossièreté ? Le stade anal, pointé par Freud, permet à l’homme -surtout masculin, mais sans exclusive-, de s’engraisser de scatologie. Mais à force de dire « merde », « fait chier », votre langue a un « goût de chiottes », à laquelle il faut offrir un papier-toilettes, pour que vous essuyiez l’orifice buccal qui excréta ce mot en forme d’odorant étron. Hélas vous n’avez pas l’humour de Rabelais, qui savait « torcher le cul » de Gargantua « d’une poule, d’un coq, d’un poulet, de la peau d’un veau », et qui leur préférait « un oison bien duveté […] car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique […] laquelle facilement est communiquée au boyau culier, et autres intestins, jusqu’à venir à la région du cœur et du cerveau[2] ». Il faut bien être rabelaisien pour avoir un cerveau qui s’élève de la vulgarité.

      De même, il vous échappe de la bouche si souvent le pet d’un « Putain ! », qu’il faut vous répondre : « Moi, c’est Thierry ; enchanté ». Chacun ses vertus, ou grossièrement sexistes, ou galamment polies. Tant d’allusions sexuelles piteuses et pisseuses vous tiennent-elles d’érections mentales ?

      Un Président français conspuant ceux qui « foutent le bordel », un Président des Etats-Unis qualifiant Haïti et la plupart des pays d’Afrique de « shit holes », ou trous à merde, ou encore trous du cul du monde, seraient évidemment comptables d’une vulgarité indigne de leur fonction ; pourtant ils ont ainsi l’oreille d’une frange (une fange ?) de leurs électeurs. Il n’en reste pas moins que, outre que cette saillie trumpienne fut démentie par les participants à la réunion où elle fut censée avoir été prononcée, sur le fond notre Donald a passablement raison : saleté environnementale, corruption, dictature, délinquance, théocratie, tyrannie contre les femmes, situation sanitaire en déshérence, sans vouloir tomber dans la généralisation abusive, sont hélas le lieu commun de nombre de ces pays, dont pourtant nombre de leurs habitants sortent ou tentent d’en sortir, et plus particulièrement par les migrations. S’il dit tout haut ce que beaucoup, y compris d’autres Présidents, pensent tout bas, il s’abaisse néanmoins à parler à la hauteur de son cul, car « sur le plus haut trône du monde on n’est jamais assis que sur son cul », disait Montaigne qui pouvait se permettre une telle licence. Et qui ajoutait : « Et les Rois et les philosophent fientent, et les dames aussi[3] »

      Pour rester dans la déferlante scatologique, la métaphore populaire « ça me troue le cul », pour signifier la stupéfaction (vocable ignoré, dirait-on), engage-t-elle à l’inconscient sodomite ou à l’exhibition viriloïde de qui se joue sans peur et sans reproche de sa vulgarité ? Ainsi les métaphores inénarrablement lourdes, comme « envoyer du lourd », qui est au sans-gêne malodorant ce que le canon est au pistolet à bouchon, car le bouchon de la délicatesse et de la politesse a sauté depuis longtemps, éclaboussant de sa mousse bréneuse le destinateur et le destinataire. Sans oublier le qualificatif  exclamatoire, « grave », dont on ne connait plus le sens originel, et qui tend à remplacer le langage articulé par l’expectoration.

      Autre métaphore, pour marquer son plaisir, l’on dit « une tuerie ». N’est-ce qu’une innocente antiphrase et hyperbole, ou le secret désir de sadique de tuer ? À moins de « se suicider au yaourt périmé », ce qui est plus amusant, donc de salir la « malbouffe », quoiqu’à cet égard la vulgarité langagière veuille bien dire ce qu’elle veut dire, coller enfin à l’infamie d’un gras McDonald… On parlera comme l’on mâche la lie du fromage industriel en éludant les négations, en aplatissant les mots : « chépas », dit-on la bouche pleine de phonèmes écrabouillés.

      De même les pires infamies, venues de l’infra-langage des cités islamisées, font flores : traiter un chacun de « bâtard », c’est revenir au mépris ancien des enfants abandonnés ou illégitimes. « Kiffer », pour aimer, fait aujourd’hui partie du langage courant, alors que l’on oublie qu’il vient de l’arabe « kief », qui signifie la drogue, le cannabis, vendu par de trafiquants délinquants. Entendons encore l’interjection « wesh », également venue de l’arabe « wesh rak », ou comment vas-tu ? quoi ? signal de salut et de provocation, souvent avec une connotation négative. Ce « wesh » est devenu, du moins  prétendument, une langue de la culture urbaine et du rap -ou d’une inculture revendiquée.

      Reste à pointer ces pléthoriques « voilà », « donc » et « voilà donc », dont on ne sait plus s’ils commencent ou achèvent, une phrase, un raisonnement, si tant est qu’il y en ait un. Ce sont des tics de langage, des hocquets, des parasites qui ne signalent que l’incapacité à parler, le manque outrageant de vocabulaire.

      Est-ce à dire que la vulgarité empire et qu’au temps jadis  nous étions plus policés ? Probablement non ; n’idéalisons pas le passé. Or, les médias télévisuels, radios et internet en réseaux donnent un plus grand rayon d’action, une plus grande visibilité à la populace, et visent à l’audimat, au plus grand nombre, donc au vulgaire, également féru de la vulgarité du sport[4]. Sans compter que cette familiarité du causer vulgaire contamine l’écrit, la presse, le roman, l’essai, pour « faire genre », faire peuple, et ouvrir sans gêne son manteau sur une décarrade de « cons » et de « bites », censée faire vrai…

 

      Ce pourrait être un enrichissement linguistique, dû aux nouvelles technologies ou à de nouveaux concepts ; non, le plus souvent l’anglais ne fait qu’effacer un équivalent français, l’appauvrir. Quand le Globish (ce mot-valise pour global anglais) est un pauvre jargon international néanmoins utile qui ne retient que les mots utilitaires et simples de l’idiome de Shakespeare, l’invasion des anglicismes pourrit un franglais de plus en plus agressif et régressif, refusant la modeste peine de la création linguistique ; ce que font par exemple les Québécois avec le mot-valise « clavarder » pour « tchatcher »…

      Déjà, dans Parlez-vous franglais ?[5] Etiemble dénonçait en 1964 cet empiètement de l’anglais sur le français, alors que ces deux langues doivent garder leur génie propre. S’il s’agit d’emprunter, utilisons par exemple le « paquebot », venu du « packed boat », disait-il. Mais s’il s’agit d’adopter un anglicisme par ignorance de sa propre langue, une régression est à l’œuvre.

      « Une preview du print de votre choix parmi votre best of photos », dit une publicité. On devine les vocables français -comme les épreuves d’imprimerie- qu’il faut rétablir en place de ce sabir petitement prétentieux. On veut bien cependant que ce qui vient des nouvelles technologies américaines enrichisse notre vocabulaire ; mais que n’a-t-on l’inventivité nécessaire pour franciser « haschtag », « big data », « hacker », « wifi », qu’il s’agisse de mot cliquable, d’information globale, de pirate informatique, de connectonde. On n’y risque pourtant pas le « burn out », cet épuisement professionnel, cet incendie mental. À moins de « fighter » ou combattre, d’aller au « clash » ou au conflit, avec le vulgaire, conflit dont on se gardera de « spoiler » la fin (ou révéler et déflorer, soit divulgâcher), tel est le « deal » ou le marché, sans « bullshit », que nous ne traduirions qu’avec vulgarité sexiste !

      Certes, pour crime de lèse-peuple, votre modeste satiriste risque le « bashing », ce qui est un éreintement, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas un « jogger », et méprise le « fast food », même pour le « fun ». « Et pis », en not’ « time », les « top model » sont « trop cool » ou trop « people » et  « bling bling » ; de véritables « alien », qu’il vaut mieux « zapper », dans le bon « timing ». D’autant que devant la menace des « Fake news », ces fausses informations, ou pire de celles de leur interdiction au moyen de la loi, il risque de dénoncer que la liberté d’expression[6], c’est « dead »…

      Tréfonds de la paresse, ces sacrosaints apocopes, aphérèses, verlans et acronymes, qui font chébrans. Que ce soit « pub » pour publicité, « télé », « projo », salle « poly », une civilisation épuisée n’a même plus la force de prononcer les mots entiers. Ou mange, en avalant de faiblesse sa propre langue, le début des vocables : on se « phone », on prend le « bus », on va sur le « net ». C’est « chelou », n’est-ce pas ? On va m’prend pour un keuf du langage, hein keum, ferai mieux de faire la teuf… Quel effet bœuf et bauf ça fait d’être appelée « meuf », verlan de femme, cette dernière étant meuglée. Prétendument d’jeun, le verlan est pourtant avéré depuis le XVI° siècle.

      Prenez-garde à rester chébrans, s’il s’agit d’un projet de loi sur la PMA ou la GPA. Nos législateurs et journalistes ont-ils un abcès purulent sur la langue, qu’il leur faille user du sigle technocratique pour la Procréation Médicale Assistée (ou procréméda) et de la Gestation Pour Autrui (ou ventreloué). L’Education Nationale (pardon l’EN), est friande des babioles sigliques et acronymiques : Les filières S, L et ES côtoient les STMG et les ST2S, les assistants d’éducation ont la joie d’être des assédus, les assistants de vie scolaires sont honorés d’être des AVS, les apprenants vont en SVT, en Littsoc (nous vous laissons sécher devant ce lit de sottises), en EPS, tellement qu’avec l’Education Physique et Sportive on se la pète adonf ! Le pire du pire de cette déshumanisation, de cette déculturation étant le CDI (Centre de documentation et d’information) qui avait le tort de s’appeler bibliothèque, où sous prétexte d’être technique et d’accueillir ordinateur et internet (sûrement pour faire du copier-coller), l’on jette les livres au pilon. Et s’il en reste quelques-uns, les lecteurs de « books » se font une PAL, une pile à lire ! C’est au point que des expressions élégantes, comme maisons de retraites (certes un euphémisme), subissent un ravalement de façade avec un affreux acronyme : EHPAD (pour Etablissement d’Hébergement de Personnes Handicapées et Dépendantes). Ainsi nous voici tous des personnes dépendantes des sigles, des accros à l’acronyme.

      Passons en baillant sur les expressions pompeuses et alambiquées, incorrectes en fait, lorsque l’on prétend « solutionner une problématique », alors qu’il s’agit le plus souvent de résoudre un problème ; d’ « accidentogène » pour dangereux, d’ « instrumentaliser » pour manipuler, de « finaliser » pour finir le plus simplement du monde, et tutti quanti…

      Que reste-t-il de l’art de parler et d’écrire (ne parlons pas de rhétorique cicéronienne) lorsque la fatigue de l’organe du langage signe la disparition du passé simple ? Faut-il corréler le phénomène à la baisse du QI, ou quotient intellectuel, de nos populations ? Reste à prononcer un RIP, un Requiescat in pace pour la langue, surtout si elle s’encombre de latinismes ringards ! En la demeure, soyons un poil indulgents pour ces prolos de la langue de veau et de bois : errare humanum est, sed perseverare diabolicum est. Puisqu’il faut traduire : l’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique.

 

      Il y a bien une vulgarité infligée à la face de la langue, lorsque l’on attente à son raffinement, à son histoire, pour la plier aux bassesses de la rue, aux idéologies du jour, aux diktats de sectes prétentieuses et péremptoires. C’est ce que dépeint avec verve Jean Yvane en son apologue : Touche pas à ma langue.  « Il s’agit avant tout de lutter contre le rachitisme de la langue », s’insurge son personnage, qui entreprend de répondre, comme Rousseau en son temps, à une question posée par l’Académie sur « les atteintes portées aux langues nationales, et, plus particulièrement, au français ». L’universitaire Michel Barbet risque pourtant sa carrière et la contrariété de son épouse cantatrice en épousant la « croisade » de la défense de la langue contre les barbarismes, les aplatissements, les détournements, le « métissage », les castrations que lui font subir le vulgaire et les prétendants au pouvoir sur les ruines de la littérature. En outre, son fils Tom est un adolescent qui, après avoir été moqué, frappé, pour « ses perfections langagières », colle à toutes les vulgarités et paresses de la langue, « e » muet à tout bout de champ, américanisation du vocabulaire et autres « S’lut M’man », « Ben, quoi »,  « heu », « ciné », « Laisse béton », « F’chier », « Ça m’fout les bou’l »…

      « On ne parle plus le français, on le chie, on le rote, on l’émascule », déclare un condisciple. « Pécher contre la langue, c’est déjà pécher contre l’esprit », lui répond Barbet. Ses collègues traquent également l’évolution de la langue, dont Driss, dit « le Maure », qui « lance une fatwa contre les pollueurs du langage avant d’entraîner vers la porte Mlle Lamiaux promise au tchador ». Un autre parle du « complot de la médiocrité », accuse le yéyé et le rap. L’on se demande, devant l’invasion des sons étrangers, si « l’environnement phonétique détermine nos modes de pensée, tout autant que la syntaxe et le vocabulaire ». « Sus au newspeake ! », s’exclame Barbet, de plus en plus délirant, « tyrannique […] bretteur engrammairisé ». « Vive les mélanges, au bout du compte, et même la saleté », lui objecte-t-on, en lui offrant des biscuits appelé « Délices de Babel ». Voici, posé de manière amusante, aigûment piquante, le problème de la pureté de la langue, du « phonétiquement correct », de ses frontières ouvertes ou trop poreuses. Sombrons-nous dans un « purisme excessif » ?

      Ses pairs, ses étudiants, tous abandonnent Michel Barbet, sauf s’il se réconcilie avec son fils et son épouse. Que restera-t-il de cet « obsédé du phonème », et de son intransigeance ravageuse et nationaliste, signant la mort annoncée du (trop ?) beau parler. Ne gît plus sur le sol de nos bibliothèques publiques désertées qu’un exemplaire de cet apologue savoureux à l’écriture enlevée, à l’humour rayonnant, ravageur, qui se joue des subjonctifs et des pirouettes, joliment satirique et pathétique : ce Touche pas à ma langue au titre grammaticalement incorrect, on ne sait pourquoi provisoirement exempt de pilonnage et de poubellage…

      Le romancier Jean Yvane fut dix ans expert pour le programme Babel qui favorisait le multilinguisme. On devine que la richesse des vocables lui tient à cœur, soutenu en son combat donquichottesque par son préfacier, le linguiste Claude Hagège, qui voit ce petit roman une « sotie » burlesque.

      L’on pourrait ajouter à l’apologue de Jean Yvane cette réécriture de la série policière adolescente du Club des cinq, à la fois politiquement correcte et expurgée du passé simple et du vocabulaire complexe, ces réformes de l’orthographe, cette grammaire inclusive[7] : voilà bien sous l’apparent courage des réformateurs et des censeurs, une démission devant l’intelligence. Car les difficultés orthographiques n’empêchent en rien, voire au contraire, l’acquisition d’une langue (sinon où en seraient les Japonais ?), car les caprices du genre grammatical ne sont guère les reflets d’une domination masculine indue.

      En ce sens, la vulgarité de langue est aussi celle de l’inculture, de la facilité d’embrasser la profession de censeur devant la difficulté de faire œuvre : l’un, démetteur en scène, change la fin de l’opéra de Bizet, Carmen, pour ne pas faire injure aux femmes, prétend-il, en faisant assassiner Don José par Carmen ; l’autre veut attenter à l’Histoire en débaptisant les rues et les places lorsque Colbert fut le promulgateur du Code noir, qui réglementait l’esclavage, alors qu’il ne pense pas aux avenues Lénine de nos banlieues rouges…

 

     

      Vulgaire, paresseuse, bête crasse et franglaise, le langage des élites de l’infamie signerait-il l’enterrement du Français langue morte, tel que le déplore avec verdeur et alacrité Richard Millet ? En son pamphlet, l’essayiste, un tant soit peu désespéré, veille encore à défendre la langue : « seule responsabilité politique que je me sente », dit-il. Le livre est fait d’aphorismes, jetés dirait-on à la va-comme-je-te-pousse, mais non sans art, de la plus brève trouvaille, « Langue lyophilisée », ou facilité, « On s’abandonne aujourd’hui à l’anglais comme au tout-à-l’égout », jusqu’au paragraphe touffu et argumenté. Les exemples ici fournis de la crasse post-linguistique et idéologique sont édifiants : « malbouffe », le « coaching », « un apprenant », « avoir un date », « éco-responsable », le « vivre-ensemble », habiter « sur Paris ». Voilà en quoi « on est parlé par la doxa bien plus qu’on s’exprime en français ».

      De telles propositions, qui font le plus souvent mouche, sont placées sous un « liminaire » en forme de prière d’insérer, attribuant le délitement de la langue aux « coups de la pression migratoire, de la dé-catholisation, [au] remplacement du génie français par le multiculturalisme d’Etat et [aux] mots d’ordre de l’anglais international ». De plus, s’éloigner des origines gréco-latines, se couper du classicisme, « être devenue incertaine quant à la syntaxe et à la sémantique », font indubitablement partie du diagnostic. L’exercice pamphlétaire peut sembler excessif, il n’en est pas moins perspicace, même si le coq français doit déposer son orgueil : « Nous vivons dans les ruines d’une grande langue dont les locuteurs ont élu la barbarie réinversée pour modèle de civilisation ». La propension pour une civilisation des loisirs débouche sur « la haine de la langue, du travail, de la profondeur, de la mémoire ». Ainsi la publicité véhicule un parler appauvri, l’oralisation évacue les liaisons, le tutoiement généralisé et les mots orduriers précipitent la langue dans la fange. Au point que l’industrie du livre ne propose plus guère que des « flatulences post-littéraires ». Richard Millet appartient ici sans nul doute à la succession d’un pamphlétaire grandiose et fort discutable : Léon Bloy.

      Le polémique et virulent propos de l’auteur du Sentiment de la langue[8] dépasse un premier regard sur la langue pour y agréger ce qui participe de son effondrement : un antiracisme qui devient un racisme anti-blanc et anti-français, une expansion de l’influence musulmane qui dévalorise et pollue la syntaxe et le vocabulaire français…

      Non que cela soit dépourvu d’intérêt, nous laisserons de côté le second volet de ce volume, soit L’Anti-Millet, plaidoirie de l’écrivain qui fut ostracisé pour avoir publié un Eloge littéraire d’Anders Breivik[9] (au titre probablement malheureux que l’on n’a pas voulu dépasser en lisant l’essai pourtant peu amène envers le terroriste) car il est hors de propos quant à notre étude. Nous passerons également sur l’engagement chrétien respectable de l’auteur, qui marque justement le lien entre le verbe divin et la langue, mais qui n’empêche en rien à un athée de déplorer l’affaissement du vocabulaire contemporain. Reste que ce Français langue morte, au titre aussi percutant que pertinent, mérite bien plus qu’un intérêt apitoyé.

 


 

      Nos mots, nos phrases, notre syntaxe seraient donc si précieux ? C’est la thèse de Tom Wolfe dans Le Règne du langage, un essai aussi sérieux que facétieux, dont la lecture est inévitablement captivante. Stupéfait de constater qu’un aréopage de linguistes, dont le pape de l’anticapitalisme Noam Chomsky, déclarât forfait devant la question de l’origine du langage, Tom Wolfe se gausse à plaisir de leurs prétentions écroulées. Non, il n’existe pas la moindre « racine génétique de la parole », pas d’ « organe du langage » sis dans le cerveau humain. La preuve, il existe une peuplade amazonienne, les « Pirahas », documentée par l’anthropologue Daniel Everett, qui est à peu de choses près sans langue, à un niveau préhistorique. Ils n’emploient que le présent, gazouillent, n’ont que trois voyelles et huit consonnes, n’ont pas de chiffres, leur langage « ignore la récursivité », chère à Chomsky. Or, ils sont restés sans religion ni cérémonie, sans mariage ni ornements, sans chef ni musique, ni esthétique ; pire, dans l’incapacité de spéculer, de planifier et d’imaginer des mythes, de construire une Histoire. C’est alors que Tom Wolfe brocarde Chomsky et son idéal d’anarchie, l’envoyant aller se faire voir chez les « Pirahas » !

      Passer de la communication animale, cette « sémantique simiesque » au langage articulé et conceptuel, marque une « distinction essentielle entre l’homme et la bête », affirme Tom Wolfe. Si l’on peut lui accorder que quelques singes ne sont pas loin de la franchir, le prédicat de Darwin, selon lequel les êtres humains sont eux-mêmes des animaux[10], vole en éclat. Fort informé, Tom Wolfe navigue de Cuvier et Linné aux travaux du généticien Mendel et du linguiste Swadesh, en passant par ceux de Darwin et d’Alfred Russel Wallace, dont The Limit of Natural Selection as Applied to Man[11]. Le discours humain n’aurait donc pas de « généalogie animale ». Pourtant, selon le « glottogénésiste »  Morris Swadesh, il permet de manipuler le monde autant extérieur que mental et offre un avantage considérable sur les autres espèces.

      C’est moins la théorie de l’évolution selon Darwin, qui, selon Tom Wolfe, satiriste de haut vol et penseur de bon sens, a fait de nous ce que nous sommes, que l’acquisition du langage, cet « outil culturel » à la sophistication croissante, au moyen d’ailleurs de la « mnémotechnie ». Grâce à ce dernier les civilisations se sont constituées, les sciences, les arts et les lettres ont permis nos progrès et nos bonheurs, même s’il a également contribué aux guerres et aux tyrannies, qu’elles soient politiques ou religieuses, entre Aristote, Galilée, Pasteur, Jésus, Marx ou Mahomet. Ne l’abimons pas, de peur de perdre notre humanité, laisse-t-il entendre. Entre érudition dansante et humour piquant, Tom Wolfe réalise un essai aussi plaisant que nécessaire. Il fallait bien le romancier à succès du Bûcher des vanités[12] et du Gauchisme de Park Avenue[13] pour faire l’éloge du langage, cette « toute première invention » fondatrice, et défendre « l’Homo loquax » contre tous ceux qui l’avilissent.

 

 

      Si la limite de notre vocabulaire est celle de notre monde, « ce serait néanmoins une témérité de juger de tous les hommes par le langage[14] », disait Vauvenargues, quoique pour reprendre Marshall McLuhan, le medium soit le message[15]. L’hypocrite et le Tartuffe savent en effet se parer des plus belles plumes de la langue. Il n’en reste pas moins qu’un sale langage ne manque guère de salir celui qui s’en enduit. Aussi ramassons -mais avec des pincettes- quelques-unes de ces réflexions sur le règne de la vulgarité langagière, en se penchant, le nez soigneusement bouché, sur les « chiottes ». Les uns y vont pour chier, excréter, faire ses besoins, se soulager. D’autres préfèrent les WC, sec acronyme pour l’anglais water closet (traduisons : les eaux fermées). Nous préférons les toilettes, lieux plus propres, où asseoir l’acte que l’on y commet, aussi bien que le règne du langage. Et pour reprendre la collusion entre un anglicisme et un acronyme, pensons à DAESH, qui, pour éviter de dire Califat islamique, ce qui est plus réaliste et plus religieusement et théocratiquement effrayant, est de surcroît un de ces euphémismes[16] qui gâtent la langue au point d’en faire un terrible et vulgaire assujettissement de la pensée politique. Rêvons cependant que toute cette vulgarité langagière puisse aboutir à une exception esthétique, comme le tribal, sale et rageur graffiti coloré aux murs du Street art…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Helvétius : De l’Esprit, I, IV, Londres, 1781, p 37.

[2] François Rabelais : Gargantua, Œuvres, Bry Ainé, 1858, p 28.

[3] Montaigne : Essais, III, XIII, PUF, 1965, p 1115, 1085.

[5] Etiemble : Parlez-vous franglais ? Gallimard, 1964.

[7] Voir : Eloge et blâme de la langue de porc : petite philosophie porcine et inclusive

[8] Richard Millet : Le Sentiment de la langue, La Table ronde, 1993.

[9] Richard Millet : Eloge littéraire d’Anders Breivik, Pierre-Guillaume de Roux, 2012.

[10] Charles Darwin : La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, Champion Classiques, 2013.

[11] Alfred Russel Wallace : « The Limit of Natural Selection as Applied to Man », in Contributions to the Theorie of Natural Selection, Macmillan and co, New York, 1871.

[12] Tom Wolfe : Le Bûcher des vanités, Robert Laffont, 2007.

[13] Tom Wolfe : Le Gauchisme de Park Avenue, Gallimard, 1972.

[14] Vauvenargues : Introduction à la connaissance de l’esprit humain, Persan et cie, 1822, p  36.

[15] Marshall McLuhan : Pour comprendre les médias, Points Seuil, 2015.

[16] Voir : Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

 

Rue de l'Ancien champ de foire. Photo : T. Guinhut.

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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 14:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Histoire du vin et de la bonne chère ;

 

culture alimentaire de la Bible à nos jours :

 

Nourrisson, Lecoutre, Montanari, Stengel.

 

 

 

 

Didier Nourrisson : Une Histoire du vin, Perrin, 384 p, 22,50 €.

 

Matthieu Lecoutre : Le Goût de l’ivresse. Boire en France depuis le Moyen-Âge, Belin, 462 p, 23 €.

 

Massimo Montanari : La Chère et l’esprit. Histoire de la culture alimentaire chrétienne, traduit de l’italien par Martine et Jacques Pagan-Dalarun, Alma, 296 p, 25 €.

 

Kilien Stengel : Poètes de la bonne chère. Anthologie, La Table ronde, 208 p, 8,70 €.

 

 

 

 

 

 

      « Buvez et mangez en tous, ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Sous cette phrase chrétienne et mémorielle, outre la dimension religieuse et spirituelle, s’affirme notre nécessité quotidienne du boire et du manger. Pratiques alimentaires, breuvages blancs ou rouges, calories et goûts sont également au service d’une histoire culturelle. Ce dont témoignent nos historiens des mœurs, animés par un appétit de la langue et de l’estomac autant que par celui de la connaissance, ainsi roboratifs et savants. Les uns nous font boire par franches goulées leurs Histoire du vin et leur Goût de l’ivresse, les autres nous asseyent à la table chrétienne avec la Chère et l’esprit, et nous ouvrent un franc gueuleton poétique au travers d’une anthologie.

 

      Le vin est une « invention proche-orientale » : de l’Egypte ancienne à la Mésopotamie, le jus fermenté de la vigne est l’objet de libation, de commerce et de sacralisation. L’épopée de Gilgamesh mentionne une « vigne enchantée », et l’on sait que l’Ancien Testament fait de Noé un amateur du jus de la treille ; de plus, enivré par ses filles, Loth se vit forcé de copuler avec ses filles après la destruction de Sodome et Gomorrhe pour engendrer des descendants. Les Grecs honorent la « triade » blé, olivier et vigne. Presqu’autant que Dionysos, Alexandre le Grand était un grand buveur. Les Romains ne connaissaient pas moins de six sortes de vin, souvent mêlés de miel. Mais « bientôt le calice chrétien remplace le cratère païen », ce qui est une des belles formules de Didier Nourrisson en son Histoire du vin.

      Au Moyen-Âge, « les vins nobles côtoient les vins ignobles » au service du « peuple du vin », en particulier les moines, qui l’honoraient lors de la messe. Hélas, selon Turpin, « la défaite de l’armée de Charlemagne commandée par Roland, devant les Sarazins, s’expliquerait par l’amour du vin ». Comme quoi ce dernier tourne non seulement les esprits, mais aussi l’Histoire. Or la règle de Saint-Benoit réprouve l’ivresse, car « le vin fait apostasier même les sages ».

      À la Renaissance, « le vin quitte la cave ecclésiastique et alimente l’élite intellectuelle ». Il est chanté par les musiciens, peint par Velasquez, adoré en la « Dive bouteille » de Rabelais, pour qui le rire et le boire sont le propre de l’homme. Longtemps, les écrivains ont chanté ou déchanté devant le vin, qu’il soit celui des amants ou de l’assassin chez Baudelaire, ou encore celui de l’ivrognerie, jusqu’au fatal delirium tremens de Coupeau dans L’Assommoir de Zola…

      Mais Chez Didier Nourrisson les routes du vin, les « maisons de Champagne », les ventes et les consommations sont objets du délit autant que du commerce et de la réussite financière. Les maladies du vin et ces levures qui le font devenir vinaigre sont étudiées par Pasteur, aussi le voilà devenu sujet des sciences. On saura tout sur la « soif pendant la guerre », « l’effondrement du gros rouge » et « la gastronomie du boire », sur la production aux Etats-Unis et la consommation Chine, jusqu’à la française « loi Evin » (au nom prédestiné) quant à la publicité pour les boissons alcoolisées, sur l’alcoolisme et la prévention…

      Sait-on si Didier Nourrisson est un fin œnologue, mais il mérite de recevoir le tastevin d’or du savant œnophile. Littérature, religions, art, droit, économie, tout est bon pour remplir le verre de son sujet, jusqu’à déborder de gouleyantes informations, car l’essai se lit comme un roman, celui de l’humanité assoiffée d’un plaisir réprouvé par les malheureux adeptes d’une religion que nous ne nommerons pas, sauf en son imaginaire paradis.

 

 

      Sur un sujet parfaitement jumeau, l’Histoire du vin, Matthieu Lecoutre choisit un angle différent : comment boit-on ? se demande-t-il dans Le Goût de l’ivresse. Car « boire est un geste bio-culturel ».

      Depuis les vins gallo-romains offerts à flots aux adeptes de Bacchus, surtout blancs, jusqu’au contemporain « binge drinking », ou « biture express », la soif, puis la fête se sont changées en arme d’auto-destruction massive. Il est cependant heureux que toute une évolution des mœurs et des normes sanitaires balaie la virilité de l’alcoolisation au profit de la tempérance et de la sobriété. Le péché de gourmandise, l’un des sept péchés capitaux du christianisme, devint, sous François Ier, le crime d’ivrognerie, alors qu’aujourd’hui l’alcool au volant est frappé d’un interdit et passible d’amende, voire de prison. Il est bien sûr ici question, comme chez Didier Nourrisson, d’alcoolisme, y compris ouvrier et féminin, sans que l’on omette la lutte anti alcoolique. Sachons, hélas, qu’en 2006, « les jeunes Bretons de 17 ans sont les champions français de l’ivresse régulière », quoique les jeunes filles de la même province ne soient guère mieux loties ! Seuls sept pour cent des Français sont réellement abstinents.

      Là encore, la lecture de cette fontaine aux liquides pour gosiers altérés, de cette corne d’abondance qu’est Le Goût de l’ivresse, offre une mine de connaissances et de plaisirs, intellectuels s’entend. Sous-titré « Boire en France depuis le Moyen-Âge », l’essai historique ne se limite pas aux boissons alcoolisées. Il y est heureusement question d’eau (et pas seulement d’« eaux de vie »), de soupe et de lait, de café et de chocolat à l’époque de Louis XIV, de bière et de sodas, de cidre et de thé, montrant comment d’une boisson à l’autre les valeurs et l’économie évoluent, entre quotidienneté, bassesse et distinction, entre éducation et industrie agroalimentaire. Peu à peu les régions viticoles affirment leur savoir-faire et leur réputation, de la Bourgogne au Bordelais, en passant par la Champagne. Risquons donc de succomber avec Mathieu Lecoutre à l’ivresse intellectuelle, en découvrant combien le « banquet sacré » s’est de siècle en siècle sécularisé. Le « goinfre romain » peut relever d’une « culture bachique » alors que le gastronome, de Brillat-Savarin à nos jours, se fera un devoir de partager sa culture œnologique. Selon les classes sociales, l’on boit la piquette et l’excellence, jusqu’aux merveilleux premiers grands crus classés et autres Sauternes que sont les Châteaux Suduiraut et d’Yquem. Le thé, « boisson proustienne par excellence », opposé à l’ancien « vin rural », devient alors, outre un marqueur social, un gage de santé, voire de spiritualité, de sérénité. Mais aujourd’hui « la boisson apparaît comme un enjeu identitaire ». À l’appui de cette pudique remarque, il faut noter les apéritifs « saucisson pinard » qui entendent desserrer le carcan d’un Islam oppressif. Evidemment notre auteur préfère rester politiquement correct en omettant ce phénomène, et en concluant avec les conséquences du réchauffement climatique auquel apprennent à s’adapter les viticulteurs.

 

 

      Si boire est un besoin vital premier, manger est rapidement le second. Mais il faut bientôt savoir unir La Chère et l’esprit, selon Massimo Montanari, qui nous propose, d’après son sous-titre, une étonnante « Histoire de la culture alimentaire chrétienne ». Contrairement au Judaïsme et à l’Islam, il n’existe pas un régime alimentaire chrétien. C’est dans les Actes des apôtres, qu’un songe de Saint-Pierre délivre les Chrétiens des interdits alimentaires juifs[1]songe dans lequel une nappe remplie de tous les animaux descend du ciel, comme le figure la couverture de cet essai. Il n’existe plus « de souillé ni d’impur ». Une révolution culturelle dans le verre et l’assiette en fait, si tant est que l’on en utilisât. N’oublions pas que Jésus, loin de mépriser et corseter les plaisirs des papilles et de l’estomac, multiplie les poissons et le vin, ritualise le pain et le vin, qu’il spiritualise un souvenir du cannibalisme afin d’absorber symboliquement le Dieu unique. Reste que vont néanmoins s’installer des règles, autour du gras et du maigre par exemple, de l’abondance et du jeûne.

      Si l’on est au jardin d’Eden végétarien, Noé institutionnalise le vin et la viande, sauf le sang, interdit qui est le prélude des nombreuses contraintes alimentaire du Judaïsme. Le Christianisme, lui, permet de tout manger, en rendant grâce à Dieu ; on réfrénera seulement les aliments réputés aphrodisiaques, et bien sûr la gourmandise, associée à la luxure. En ce sens la chrétienté réprouve l’ivresse  et le souvenir de Dionysos. Car la nourriture est une « corporéité » qui ne doit pas nuire à la spiritualité monastique. Honorés, le pain et le vin, christiques et quotidiens, sont cependant depuis l’Antiquité « un marqueur de l’habileté et de l’intelligence de l’homme ». Le vin fait la vie, disait-on, d’autant que l’eau était rarement potable, quoiqu’il fût souvent coupé d’eau ; ce dernier représentant l’Ancien testament quand le premier représentait le Nouveau.

      À l’encontre de la tradition chrétienne volontiers carnivore, des Catholiques et des Protestants invoquent la charité envers les animaux, en pratiquant le végétarisme, à l’instar de Plutarque et de Porphyre, vertement critiqués par Saint-Augustin. Le poisson convient aux moines, puis à tous les Chrétiens, lors du vendredi et du carême, qui sont des « jours maigres », ne serait-ce que parce qu’il fut un signe de reconnaissance, et parce que, outre « le tabou du sang », il ne saurait, comme la viande, attiser l’appétit de luxure. Pourtant ce tabou s’est peu à peu effacé, ce dont témoignent le sanguinaccio (un plat italien) et le boudin, dont on trouve ici la recette, venue du XIII° siècle, l’abattage du pourceau devenant une fête. Le Christianisme étant la seule religion du livre à « se reconnaître dans la consommation de sang et de porc », et à goûter « le porcelet pascal », quoique le cochon soit aussi une tradition « romano-barbare », ainsi réinvestie.

      La réforme de Luther affirma : « mangez, buvez et habillez-vous comme bon vous semble », jetant par-dessus les orties jeûne et carême, et allumant un nouveau feu de controverses. Elle prépare cependant le retour à un « idéal de frugalité ». En même temps, toute la chrétienté oppose « vice de gourmandise et vertu du jeûne ». Car Adam et Eve furent des gourmands en mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance, quoiqu’il s’agisse plutôt d’orgueil. Le « péché de gueule » est « folie du ventre », qui empêche l’homme gros et lourd de devenir ange ; alors que le jeûne est de l’ordre de l’angélisme. Ce péché est aussi, selon Saint Thomas d’Aquin, « une offense au principe de charité ». Ainsi, affirme avec raison Massimo Montanari, « le message chrétien s’adapte à des critères propres à la culture d’aujourd’hui ».

      L’ascète chrétien cependant préféra le cru au cuit, rejetant le passage du cru au cuit qui signa, selon Lévi-Strauss, la transition de la barbarie à la civilisation, attitude ascétique qui ne fut pas toujours du goût des autorités ecclésiastiques. Si la cuisine médiévale s’attache à bien et beaucoup cuire, quand les monastères sont « des lieux d’élection de la culture gastronomique », aujourd’hui un retour du cru est lié à des valeurs rousseauistes de nature sauvage et d’écologie, mais aussi aux vertus du réfrigérateur et des vitamines.

      Loin de se contenter d’énumérer les pratiques alimentaires chrétiennes, Massimo Montanari s’attache au symbolisme de ce que l’on absorbe. La dimension civilisationnelle du pain et de tout ce qui l’accompagne relie l’homme à Dieu. Songeons que les pratiques alimentaires et culinaires ont également conduit le goût à devenir le bon goût, qui est faculté d’apprécier, et qui conduit à la délectation, y compris à la lecture de cet essai. Car, comme le disait notre saint-patron Guillaume de Saint-Thierry, « goûter c’est comprendre ».

      L’éditeur de Massimo Montanari parait en sa quatrième de couverture ne pas éviter de montrer combien aujourd’hui les modèles et contre-modèles alimentaires marquent nos sociétés de leur empreinte. En fait, à notre grande déception, il en est trop peu question en son ouvrage, sauf s’il s’agit de la « galette mal cuite » des Musulmans au dire des Chrétiens médiévaux et bien sûr du « saint du cochon », c’est-à-dire Saint-Antoine. Malgré la promesse polémique racoleuse de l’éditeur, l’essai historique et théologique reste au demeurant gourmant d’une érudition bienvenue. Qu’il s’agisse des amateurs de viande opposés à la mode ou -l’éthique si l’on préfère- du véganisme, ou des gourmets de cochonnailles porcines opposant leurs libertés au contraintes superstitieuses, antihygiéniques et religieusement totalitaires du hallal, se nourrir, entre diététique, éthique, écologie et religions n’a rien d’innocent. Derrière nos choix alimentaires se cachent un projet de société autant qu’un individualisme, un communautarisme ou un théocratisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sous sa couverture arcimboldesque, l’anthologie cuisinée par Kilien Stengel nous ouvre un poétique menu aux entrées venues du XIV° siècle et aux desserts les plus contemporains. Ces Poètes de la bonne chère sont parfois fort connus, comme Boileau, Apollinaire ou Boris Vian, ou méconnus, au point que l’on ne puisse pas même consacrer une miette biographique à Louise L’Hermitte ou Léon de Fos. Du poème gastronomique le plus savant et nourri d’alexandrins, aux facéties gourmandes en octosyllabes, en passant par une publicité versifiée pour le chocolat, il ne faut pas manquer de s’allécher et de s’amuser grâce à ce recueil d’autant plus réjouissant qu’il semble être le premier de son espèce.

      L’éloge est comme attendu roi ; on y loue le fromage et le melon, et par Charles Monselet, l’andouillette : « Certes ta peau douillette / Court un grave péril. / Pour toi, ronde fillette / Je défonce un baril ». Mais au XVII° siècle, Mathurin Régnier et Nicolas Boileau font la satire d’un « repas ridicule » : l’un y rencontre « damoiselle Famine », quand l’autre se gausse : « Et sur les bords du plat six pigeons étalés / Présentaient pour renfort leurs squelettes brûlés ». Que l’on se rassure, de nouveau l’on entre en « odeur de goinfrerie » avec Gabriel Vicaire, l’on se goberge de l’escargot avec Jean-Gabriel Rouyer qui l’aime « Cuit, avec jus, lard ; puis mis en coquille, / D’épices, de beurre et d’herbes farci ». Rien n’empêche nos maître-queux d’écrire leurs recettes et menus en vers, comme Blaise Cendrars qui raffole du « Foie de tortue verte truffé », ou comme Louise L’Hermitte et ses « Pommes de terre à la lyonnaise », ou encore lorsque le poème devient, avec Albert Samain, une picturale et festive nature morte : « C’est un étal vibrant de fruits verts, de légumes, / De nacre d’argent clair, d’écailles et de plumes ».

      On se doute que de la bouche gourmande au baiser il n’y a qu’un pas, ce que dit avec grâce galante et spirituelle Léon Guillot de Saix  dans son ode allégorique adressée à « Gourmandise » :

Tes lèvres sont de fraise et tes yeux de réglisse,

De pétales de roses adorables on fit

Tes ongles délicats que du sucre confit ;

Une ambroisie exquise en ton verbe se glisse…

 

Toi seule satisfais mes sens inapaisés,

Ta langue est un fondant, tes dents sont des amandes.

Viens, je détaillerai tes voluptés gourmandes.

Apparais-moi, je vais te manger de baisers !  »

      La poésie gastronomique et culinaire, proche des chansons à boire, n’est certes pas un art fort noble, comme l’épopée ou la tragédie, mais force est de constater qu’ici le talent rhétorique est de mise, l’humour sans gêne, au point que se serait gageure de sortir de cette lecture pour gourmets lettrés sans une envie furieuse de goûter quelque mets en salade, de croquer quelque cuissot et de se pourlécher de vanille et de chocolat…

 

      « Un mauvais goût gâte tout, ainsi qu’un mauvais estomac tourne en corruption les meilleures viandes[2] », disait Balthasar Gracian au XVII°, prônant ainsi l’éducation du goût, culinaire, comme esthétique, voire moral, à laquelle nos trois historiens contribuent intelligemment. À moins, nonobstant notre condition omnivore et l’entredévoration des animaux, qu’il faille s’abstenir de viande, comme le pensent avec verdeur et verdure les végans. Leur position morale ascétique les pousse, comme Gary Francione dans son Petit traité de véganisme[3], dont nous avions déjà défendu les thèses sur les animaux sentients[4], à penser, voire imposer, ce qui serait attentatoire aux libertés et à notre humanité-animalité, que nous n’avons pas d’autre choix que de devenir végétaliens. Ce serait priver notre santé et notre goût de bien des libertés et richesses, et priver nos livres de trop de terrains de connaissances et de jeux poétiques.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Actes des apôtres, X, 9-16.

[2] Balthasar Gracian : L’Homme universel, Pierre Gosse & Pierre de Hondt, 1724, p 108.

[3] Gary L. Francione, Anna E. Charlton : Petit traité de véganisme, L’Âge d’homme, 2015.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 18:36

 

Scuola grande di San Rocco, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Eric Poindron, un invité en habit noir

au bal des curiosités

et des fantômes de la littérature :

Comme un bal de fantômes,

L’Etrange questionnaire.

 

 

 

Eric Poindron : Comme un bal de fantômes, Le Castor Astral, 240 p, 17 €.

 

Eric Poindron : L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron, Le Castor Astral, 128 p, 14,90 €.

 

 

 

 

 

      Si tu manques de sens de l’humour, lecteur, passe ton chemin. Voici poindre un personnage qui enfile la cape ailée de Fantomas ou de Batman, collectionne les curiosités et curiosa dans son cabinet aux globes et aux livres : il porte l’habit noir du lecteur sévère, de l’Académicien des supercheries, des éruditions surprenantes… Mais loin de se confire dans les billevesées et autres coquecigrues, il prend le temps, en catimini, de nous bombarder de livres surprenants, délicieux, érudits sans affèterie ni cuistrerie derridienne, en homme pas le moins du monde abonné à la poésie austère et lapidaire qui fait terriblement sérieux. Son Comme un bal de fantômes est un catalogue facétieux de moments vitaux et de poètes ; quand son Etrange questionnaire est un livre-jeu de questions réponses, qui fait du moi et du monde un cabinet de curiosités en archipel.

 

      Peu ou prou, ce recueil, sous-titré « camaraderie et chemins chuchotés », fait se succéder cinq saisons où apparaissent et virevoltent papillons et poètes ; là est leur « bal de fantômes ». La dimension autobiographique emprunte la voie du « presbytère de mon enfance », et « Les premiers pas dans le noir », sont ceux où l’on croise « des dames blanches des fous égarés/ Des fantômes malheureux et un peu égarés ». De même, « dans un grenier de l’enfance », réapparait le dessin d’un « vaisseau fantôme ». L’air de rien, tout un art poétique se dessine :

« Mon navire de papier et de glace

Met à mal mes enfances certitudes.

Et toujours à flot mon imagination. »

      Fort heureusement Eric Poindron n’a grandi qu’en talent. Il aime « le crachin romanesque », « l’encre neige / sympathique et daguerréotype ». Nous aimons avec lui entrer « Tous en Seine » (où rôde l’ombre d’Apollinaire), voyager et « collectionner les départs ». Surtout, il « invente des poèmes à la gloire des hommes libres » ; mais aussi des poèmes en forme de cabinets de curiosité où trône l’étrangeté d’un « rhinocéros empaillé », ou de « papillons éteints ». Ce qui fait de son recueil un autoportrait en forme de collage à la Max Ernst, où le lecteur ne s’empêchera pas de retrouver des tesselles de son miroir.

      Au cœur de cent menus faits, impressions et imaginations, l’art de l’énumération fait son numéro de trapèze volant, appelant tour à tour Shakespeare et Pouchkine, nommément ou par allusion, Borges, Baudelaire, ou encore Jacques-Henri Fabre, l’entomologiste, papillons obligent.  Notre poète se voit ici changé en « bibliolibrius », jouant avec les calembours, néologismes et mot-valises pour polir une ode à la bibliophilie et, ajouterons-nous, à la polygraphilie…

      Dans une démarche d’intertextualité -mais sans la moindre cuistrerie-, nombre de poètes sont ainsi invités au « bal de fantômes ». Est-ce à dire que caché derrière ses translucides émanations, Eric Poindron est lui-même un fantôme ? Pas tout à fait ; il est l’homme-orchestre d’un chant dans lequel l’emploi du vers libre n’empêche en rien la musicalité, le chantre de l’énumération enthousiasme et de tout ce que la vie et la littérature comportent de bonheurs, même si transparait parfois « une croûte en forme de deuil » et l’ombre de Nerval pendu. La fantaisie du « raconteur de marelle, essayeur de labyrinthe », cède un instant le pas à la mélancolie de l’élégie.

      Une filiation surréaliste innerve le travail d’Eric Poindron, dont l’apparente facilité cache probablement le soin d’un travail attentif. « Un jour j’écrirai un roman sur le tourbillon / et papillon de la vie », confie-t-il en sa dernière page. Sûrement il aurait quelque chose de nabokovien…

 

 

      L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron n’a guère à voir avec le fameux questionnaire Marcel Proust, qui vise à cerner les contours d’une personnalité et d’une sensibilité. Il nous est livré tout vêtu de noir, chic comme le smoking d’un fantôme et pas triste pour un sou neuf. Proposant soixante questions, toutes affairées dans le monde de l’ « étrange », et sous-titré « le livre qu’il vous faudra en partie écrire (ou dessiner) », il laisse des blancs, plus ou moins généreux, à l’adresse de la réactivité du lecteur, comme des fantômes typographiques. On hésitera entre respecter la virginité des possibles parmi ces blancs paragraphes ou y calligraphier avec le plus grand soin ses inquiétudes et ses fantasmes colorés.

      Que l’on se rassure, notre auteur n’abandonne pas tout à fait son lecteur-contributeur à l’angoisse de la page blanche, ni le condamne à acheter un livre définitivement lacunaire, un coup de dé aboli par le hasard, un Bartleby de l’écriture. Il ajoute en bas de page des notes, des citations, des nota bene, des bouts de poèmes de son cru, toutes illustrations comme autant de directions à la réflexion.  Il compose également une préface qui est « le presque conte de Monsieur Pourquoi », puis une sorte de postface en six facettes « afin d’instruire son lecteur », tout en citant un écrivain « quasi-fantôme » : John B. Frogg. Le généreux vade-mecum de l’apprenti écrivain complète le propos : or, lecteur, à toi de jouer !

      « Monsieur Pourquoi », c’était lui enfant, et c’est toujours lui à l’âge mûr. Surtout qu’il le reste, et que nous ne cessions pas d’interroger le monde, sous peine de mort intellectuelle et, cela va sans dire, poétique. Poser une question, a fortiori inédite, est déjà susciter une ou un faisceau de réponses. « Les questions chrysalides deviendraient ténébrionides ». Là encore, nous voici au seuil d’un cabinet de curiosités. Il est question de « poésie scientifique », de « fous littéraires », comme chez Blavier[1], de « bric-à-brac ineffable » et d’ombres inquiétantes », toutes choses et bricoles délicieusement inactuelles.

      Commençons à répondre. « La première phrase d’un roman ou d’un livre étrange à venir ? » : « Qui, parmi nos neuf artistes, sortira gagnant de ce jeu voyeuriste et cruel ?[2] » Cela se complique à merveille : « Que cachez-vous derrière votre masque et que cache l’Autre derrière le sien ? » Nous laisserons l’épineux soin de la réponse à nos lecteurs… On aimera : « En dehors de la tête réduite, et sous vitrine de votre mère, quels sont les cinq objets étranges auxquels vous tenez ou que vous souhaiteriez posséder ? » Ou « Racontez-moi la bibliothèque -étrange ou non- que vous aimeriez posséder ». Ou encore « confessez-moi l’insolite ou l’innommable ». Mieux : « Peut-on faire voisiner sur une étagère de bibliothèque deux auteurs irrémédiablement brouillés pour la vie, & pourquoi ? » Proposons d’accoler un roman libertin avec le Coran, et laissons-les se débrouiller pendant la nuit, en rêvant que le premier corrompe heureusement le second.

      À cet Etrange questionnaire, intrigant, stimulant et aussi riche qu’un microcosme, et qui est une branche étoilée de la littérature psychologique, spéculative et fantastique, répondent pour nous les collections les plus étranges, de minéraux, de nuages, de livres rares, de fictions métaphysiques et eschatologiques.

      Le poète facétieux a cependant composé une œuvre interactive et ouverte, au sens d’Umberto Eco. Le livre est « structuré comme une constellation d’éléments qui se prêtent à diverses relations réciproques», y compris avec le lecteur-interprète : « Nous ne sommes plus devant des œuvres qui demandent à être repensées et revécues dans une direction structurale donnée, mais bien devant des « œuvres ouvertes », que l’interprète accomplit au moment même où il en assume la médiation[3] ».

      Un narcissisme bon enfant pousse de surcroit notre aimable inquisiteur à se photographier dans sa bibliothèque, en son cabinet de curiosités, à emprunter des photographies anciennes plus moins célèbres pour y glisser son facies intelligemment chauve, sa virile moustache, ses bésicles à l’acuité sourcilleuses, conduisant un immense vélocipède à roue unique, feuilletant d’énormes et rares folios, comme le manuscrit du Codex Gigas, où s’agite un diabolique fretin.

      Là encore le collage à la Max Ernst, quelque chose du cadavre exquis surréaliste complotent pour livrer une création originale, où le poète narcisse a l’élégance de laisser la parole au lecteur devenu créateur, comme dans une relation d’interactivité promise par l’écran d’ordinateur et le mode web. Là où la légèreté apparente du propos confie à la profondeur borgésienne…

      Il y a néanmoins quelque chose de grave sous les pirouettes et autres poses d’Eric Poindron : rien moins que le mystère de la création et de l’univers. Sa modestie bavarde l’empêcherait de vous l’avouer, mais il faut résister, et pourquoi pas ainsi, au tragique et à l’absurde de la condition humaine. Rien moins qu’être l’encyclopédiste des causes curieuses ne peut que légitimer une existence et a fortiori une plume d’oie tachant d’encre un clavier de poésie…

 

      Prolifique et polygraphe, Eric Poindron a publié une trentaine de volumes, depuis Le Champagne. Dix façons de le préparer[4], jusqu’à De l’égarement à travers les livres[5], en passant par Marginalia & curiosités[6]. Il fait preuve avec ses deux derniers livres (gare aux suivants !) d’une créativité roborative. Souhaitons qu’il ne se prenne pas trop au sérieux (mais nous n’en doutons pas) et qu’il ne se rengorge pas devant ce qui n’est en cette critique en rien une flatterie. Si l’on peut se permettre une amicale boutade, conseillons à notre ami Eric Poindron de cesser de toute urgence de fumer sur ses photographies. Faute de quoi il s’effacerait de ces dernières, bien trop tôt pour ses lecteurs impatients d’autres sérieuses facéties, et partirait en fumée pour rejoindre son bal des fantômes.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] André Blavier : Les Fous littéraires, Editions des Cendres, 2000.

[3] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965, p 117, 17.

[4] Eric Poindron : Le Champagne. Dix façons de le préparer, L’Epure, 2008.

[5] Eric Poindron : De l’égarement à travers les livres, Castor Astral, 2011.

[6] Eric Poindron : Marginalia & curiosités, Les Venterniers, 2015.

 

 

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 11:28

 

Santo Domingo y San Martin, Huesca, Aragon. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Le protéiforme Alan Moore ;

du roman-monstre aux comics anti-utopiques :

La Voix du feu, Jérusalem,

V for Vendetta, Watchmen,

L’Hypothèse du lézard.

 

 

 

Alan Moore : La Voix du feu, traduit de l’anglais (Royaume Uni)

par Patrick Marcel, Hélios ActuSF, 376 p, 10 €.

 

Alan Moore : Jérusalem,

traduit par Claro, Inculte, 1248 p, 28,90 €.

 

Alan Moore et David Lloyd : V for Vendetta, Urban Comics, 352 p, 28 €.

 

Alan Moore et Dave Gibbons : Watchmen, Urban Comics, 464 p, 35,70 €.

 

Alan Moore et Cindy Canévet : L’Hypothèse du lézard,

ActuSF, traduit par Patrick Marcel, 138 p, 19 €.

 

 

 

 

 

      Un ange peint de la coupole s’arrache de sa fresque pour admonester l’un des personnages d’Alan Moore, comme pour frapper l’auteur de Jérusalem d’une inspiration torrentielle. Icône des aficionados de comics, avec ses célébrissimes From Hell, V for Vendetta et surtout Watchmen, son opus scénaristique le plus impressionnant, Alan Moore a fini, après dix ans de gésine, par accoucher d’un monstrueux chef d’œuvre. Anarchiste à la barbe de barde, aux bagues voyantes, libertaire jusqu’aux tripes, le bonhomme fut profondément marqué par une enfance pauvre parmi les Boroughs, ces quartiers ouvriers de Northampton, ville satellite de Londres qui reste sa tanière et son moyeu. Au point qu’il leur ait consacré ses deux romans. La Voix du feu, publié en 1996, un volume qui n’a guère fait de ronds dans l’eau littéraire. Enfin, doté d’une structure peu ou prou semblable, Jérusalem vint, fresque polymorphe et somptueuse sur sa ville aimée, sa famille et l’Histoire du monde, indubitablement son assomption. Quelle est donc la mesure du génie protéiforme, entre dimension sociologique, visionnaire et expérimentale ?

 

      La Voix du feu associe chronologiquement douze vies, chacune tirée d'une période historique spécifique, offertes à la première personne, à divers lieux de la ville, Northampton bien évidemment. Ces douze récits, à première vue indépendants, vont de la préhistoire, 4000 avant Jésus Christ, à notre contemporain, en 1995. La langue de la première est volontairement d’une syntaxe grossière : « Moi est pas vouloir devenir pas en vie par feu ». À la fin de l’âge de pierre, un jeune homme mentalement retardé raconte péniblement ses désirs et ses souffrances. En 2500 av. J.C., les « mots coulent sans effort » ; ce sont des « amas de connaissances, de malédictions et de souvenirs », face à un rituel mortuaire de la « crémation ». Comme les strates d’une fouille archéologique à Northampton, le texte palimpseste remonte en l’an 43, puis 290, pour voir les Romains envahir le territoire, puis les Chrétiens. Un saut immense nous propulse en 1064, avec un jeune homme qu’un ange dissuade de partir vers Rome et une moniale affligée de cauchemars venus d’un passé qui appartient à un autre personnage. Au centre des récits, tissés avec une écriture toujours évocatrice, somptueuse, apparait « Jérusalem », qu’un ancien Croisé a manqué de visiter ; il ne lui reste qu’un ciel vide de Dieu. On croise également l’astronome et alchimiste John Dee, un juge érotomane en passe de se faire dépecer, deux sorcières lascives et abonnées aux esprits malins, sur le point de brûler sur le dernier bûcher anglais en 1705. En progressant vers 1994, le feu du titre, depuis les « champs de crémation » jusqu’à une voiture et un homme incendiés, les anges, y compris sexuels, sont parmi les leitmotivs qui parcourent le puzzle narratif de liens historiques, irrationnels et fantasmatiques. Ainsi le roman se faisant l’écho d’au moins douze voix différentes parait tisser un même fil, celui de l’humanité qui de vague et divague, parcourt le lieu et le temps : « L’histoire est une chaleur, un feu doux sur lequel la planète commence juste à entrer en ébullition ». En une sorte de coda, le dernier chapitre, daté de 1995, rassemble sous l’autorité d’Alan Moore lui-même, dont la tâche est d’« invoquer les morts pour qu’ils nous disent ce qu’ils savent », les strates de Northampton et les motifs du roman : « la fournaise de notre passé ».

      Comme Protée et Morphée, Alan Moore se glisse dans ses personnages, dans leurs aventures et leurs obsessions, il fait du comté de Northampton « une carte de la folie » qui irradie dans l’esprit du lecteur. Si ces douze nouvelles peuvent se lire indépendamment, où dans un ordre aléatoire, on y perdrait cependant la sensation d’être propulsé dans le tunnel du temps, parmi ses douze heures d’un jour cosmique et historique, brassant quelques-unes des destinées potentielles de l’humanité, des plus réalistes à celles frisant le fantastique et le surnaturel…

 

 

      À l’origine de la déflagration des 1248 pages de Jérusalem, l’on découvre Alma et Michaël, frère et sœur, l’un étant inspiré du propre frère du romancier, l’autre prétendant « être moi en drag-queen ». Le « Prélude » juxtapose un moment de leur enfance et un autre de leur âge mûr, lorsque Michaël lui confie son accident qui lui fit entrevoir « un plafond », avant de s’arrêter au seuil de l’exposition de tableaux d’Alma, comme si le roman tout entier allait en être l’illustration. En outre, ce prélude, « work in progress » au son joycien, est également le titre d’un tableau, mise en abyme évidente au seuil du roman monstrueux qui catapulte et collectionne les temps dans un savant désordre.

      Ainsi ces deux personnages sont les pivots du roman et de la ville, Alma étant en quelque sorte l’âme artiste de son frère Michael. Le volume s’ouvrant sur le cheminement de Michael vers l’exposition d’Alma, il se ferme en son « Postlude » sur la description de chacun des tableaux, tandis qu’au centre des deux parties consacrées à la ville, s’ouvre l’univers de Mansoul, fantasme du même Michael parmi sa catabase.

      Dans la première partie, nous sinuons dans les Boroughs, ces quartiers pauvres de Northampton, pour emprunter en 1865, les pas d’Ern Vernall, ancêtre de nos frérots. La misère populaire en cette ère victorienne est abjecte. Il y a d’ailleurs là quelque chose du roman victorien à la Dickens, ce qui n’est qu’un des avatars romanesques employés par Alan Moore et son narrateur omniscient, tirant de son chapeau de magicien du récit un prodigieux faisceau d’impressions, visuelles et psychologiques, de suspense et de terreurs métaphysiques.

     Alors que le réalisme semble d’abord prévaloir, bientôt le fantastique étend ses ailes diaphanes et néanmoins inquiétantes. Ern, restaurateur de fresques religieuses, voit un ange peint du dôme changer son expression et lui parler, « chaque syllabe s’écoulant à travers un millier de fissures et de capillaires au sein d’Ern », lui annoncer : « Justice au-dessus des rues » ; s’agit-il des prémices de la folie paternelle ? La nacelle redescendue, plus personne « ne l’appellerait plus jamais le Rouquin ».

      Aussitôt l’on change de monde, avec Marla, pauvre droguée sordide qui « fait le tapin », obsédée par la mort de Lady Diana et par Jack l’Eventreur ; et l’on change en conséquence de langage, volontairement pauvre et vulgaire. La coupe sociologique est sans fard, cruelle. Ce qui parait se confirmer avec le chapitre suivant, « les sans-abris » ; pourtant quelques-uns d’entre eux traversent des sortes de murs de temps, « un passage dans le passé », comme si l’on traversait le mur de la gare dans Harry Potter, mangent de merveilleux « Galutins » qui semblent être des mandragores. Ne sont-ils pas des « anciens vivants » ? Ils observent une symbolique partie de billard dont la table est gravée en ses coins des symboles figurés sur la couverture de notre roman. Nous voilà propulsé en l’an huit cent dix, lorsqu’un moine revient de Jérusalem : il doit rapporter une croix de pierre au « centre mystique de l’Angleterre », nous l’avons deviné, dans ce qui va devenir les Boroughs. Ce ne sont là que quelques-unes des échelles de la marelle aux plusieurs dimensions historiques et sociologiques montant et descendant les degrés de la famille Vernall, depuis la Fantasy médiévale jusqu’aux temps modernes, parmi lesquels les cycles de la pauvreté semblent ne pouvoir échapper à un déterminisme implacable, entre folie récurrente, alcoolisme et libre arbitre empêché.

 

      La deuxième partie quitte le réalisme pour le merveilleux. « Mansoul » postule un monde d’En haut, découvert par Michael à l’occasion de sa fausse mort à l’âge de trois ans, avec le concours de passeurs : Phyllis, une petite fille, Sam O’Day, en fait le démon Asmodée, en écho à Lesage dans son Diable boiteux. Errant parmi les « Greniers du Souffle », ascensionnant la « Volée de Jacob », toutes les aventures de Michael dans « la gelée temporelle » de l’au-delà durent plus de quatre cents pages, alors que s’étouffant il n’a frôlé la mort que quelques instants. Les descriptions de ce monde incertain sont déstabilisantes et proprement somptueuses : « la plus infime détail semblait inviter à le fixer, médusé, pendant des heures ».  C’est « un univers mouvant de veines évoquant des lignes de marée sur une carte, avec des striations invisibles ondulant depuis le vortex de nœuds en plumages de paons » ; tandis que le tabac d’Asmodée « aurait un goût de Paris, de rapport sexuel et de meurtre, quelque part entre la viande et la réglisse ». Confronté aux « quatre Maîtres Bâtisseurs [qui] n’arrêtent jamais leur partie de Trillard », le minuscule Michael, pour le moins secoué, va surplomber une Northampton fantasmatique dans un « déluge changeant de temps simultané », jusqu’à pouvoir « contempler « le monde des vingt-cinq mille nuits »…

 

      Troisième volet du triptyque (où la composition ne doit rien au hasard) « L’enquête Vernall », où « le monde est un prodigieux écorché » multiplie les points de vue. L’écriture est d’abord oraculaire ; plus loin, il s’agit d’un dialogue théâtral entre le poète John Clare et les Beckett, le tout confirmant qu’Alan Moore a les moyens de nombre de ses ambitions, dont celle de concurrencer Ulysse de Joyce. Le « texte » se met à nous parler, sous forme de « Nuages dépliés », balayant ses personnages au travers de « folie, amour, deuil, destin et rédemption ». Le narrateur plonge dans les secrets et la personnalité sédimentaire et créatrice d’Alma, à la veille de son exposition. Avant de « battre la campagne » en empruntant l’orthographe et la syntaxe barbares de Lucia, de traverser l’histoire de l’or, de la monnaie et de l’économie au travers de la figure de Roman, cambrioleur, homosexuel et syndicaliste. Plus loin, il s’agit du destin politique du Royaume-Uni et de la faculté de juger du bien et du mal… D’aucuns diront que la dimension expérimentale de ce troisième volet n’en fait pas le plus convaincant, et, a fortiori, le plus allant.

 

 

      Le motif de l’art, de la peinture, court dans le roman comme un leitmotiv pour trouver son acmé dans le « Postlude ». Ern, quoiqu’analphabète, manie ses couleurs de restaurateur, Ben, pitoyable poète d’« Atlantis » (une œuvre avortée) rencontre une ancienne camarade, Alma, qui « avait fini par transformer sa monomanie et se tailler une belle réputation », et qui marche « en quête d’inspiration pour quelque monstrueuse œuvre future ». Le « Postlude » ouvre en effet les portes de l’exposition d’Alma, avec « une maquette incroyablement détaillée du quartier disparu », maquette en papier mâché par ses propres mâchoires et qu’elle finira par brûler, en écho à La Voix du feu. La mise en abyme époustouflante du roman déroule alors une splendide série d’ekphrasis, descriptions d’œuvres d’art absolument coruscantes, qui à chaque fois renvoient à des scènes marquantes du roman, comme celle s’intitulant « L’En haut », « le tout peint en touches si subtiles qu’elles en étaient presque impossibles ». Sauf que pour Michael, dont les portraits émaillent les tableaux, sidéré « devant la peinture qui le mythologisait », « sa sœur donnait de l’art une image de décharge sauvage ». Mais pour le lecteur attentif, il s’agit bien de délivrer le sens auparavant introuvable de la vie des personnages, de leur éternité, là où, à l’instar de Proust, « la vraie vie est la littérature », et bien entendu la peinture. Car l’art « sauve toute chose du temps ».

 

      Entre la généalogie familiale des Vernall, qu’innerve la folie héréditaire, et la géographie de la ville, cet « assommoir urbain », gangrenée par la pauvreté et une politique prédatrice, c’est toute une sociologie et une sismographie qui innerve sans cesse les tesselles de cette immense mosaïque qu’est Jérusalem. Aussi l’on pourrait croire que le titre est une hyperbole au service des Boroughs, de façon à leur donner une aura historique et sacrée au travers d’une ode mystique offerte à une ville étendue aux dimensions de l’univers ; ce qui est loin d’être faux, et se confirme à l’occasion de maintes pages, par exemple quand Ern monte dans le dôme d’une cathédrale londonienne lors d’un orage pour être frappé d’une vision. Cependant il s’inspire d’un poème de William Blake[1] : « Jérusalem». En effet, selon le poète romantique anglais, la ville sainte de Jérusalem est « l’émanation du géant Albion», avant qu’il soit à l’origine de Britannia, la Grande-Bretagne. C’est également pour lui le pays intérieur dans lequel on doit vivre en esprit. Il faut imaginer qu’Alan Moore se figure les Boroughs de Northampton comme un équivalent de la Jérusalem terrestre et son « Mansoul » comme une contre-proposition de la Jérusalem céleste. Car Blake précise que les fils d’Albion furent « les premiers transgresseurs » cherchant à « anéantir Jérusalem », et parmi eux sont « les deux limites, Satan et Adam[2]  ». À plusieurs reprises notre romancier fait allusion à Blake, « qui avait habité en haut de Hercules Road », donc dans les Boroughs, qui « avait également vu les créatures de l’autre monde ». Dans la tradition du poète, Alan Moore, par la voix d’Alma, son alter ego, prétend : « Chaque zone de quartier insalubre est la cité d’or éternelle ».

      La richesse du langage d’Alan Moore et de son narrateur omniscient vise de toute évidence à étendre le champ de la connaissance, et de la perception visionnaire de son lecteur. Une écriture chargée d’analyse psychologique, sensuelle, sans cesse inventive, changeante selon les chapitres et au gré des personnages successifs, populaire ou raffinée, vulgaire, pauvre, ou sophistiquée, bourrée d’allusions historiques ou littéraires, charrie le lecteur dans le maelström de ce qui est tout un monde à soi seul : « propulsant allègrement son canoé percé sur son flux de conscience engorgé d’algues, tel est le sort de Benedict ». Ce jusqu’à inclure un chapitre (« Le Jolly smokers ») entièrement écrit en sixains versifiés. La richesse du vocabulaire et la somptuosité des métaphores affleurent en feux d’artifices récurrents et cependant jamais répétitifs. À cet égard, et une fois de plus, il faut saluer la verve et l’opiniâtreté de l’inénarrable traducteur Claro, qui, après Pynchon[3] ou Seth[4], fait preuve d’une séduisante pyrotechnie linguistique, allant jusqu’à rimer avec soin le chapitre versifié.

 

      Avec le scénariste de comics Alan Moore, nous sommes en 1997 au sein d’une Angleterre ressemblant à celle de 1984 de George Orwell. En 1988, une guerre atomique a ravagé le monde, laissant le fascisme s’établir à Londres. Dans V pour Vendetta, paru pour la première fois en 1990, la « Voix du destin », radio officielle, est le seul média. Quand un masque, rappelant Guy Fawkes et la Conspiration des poudres de 1605, sauve des pattes de la police -les « agents de la main »- une jeune fille qui tentait  de se prostituer pour rédimer sa pauvreté. Avant de faire exploser le Parlement. Son repaire secret, le « musée des ombres », abrite des tableaux et une bibliothèque, car « ils ont effacé la culture ». Le personnage de V (pour Vérité, Valeurs et Vendetta) lit V de Thomas Pynchon, comme de juste. Et bientôt Prothero, irremplaçable « Voix du destin », enlevé par « V », devient inutilisable, réduit à l’imbécillité par notre super-héros, amant de la liberté et de l’Anarchie, qui poursuit sa « vendetta » contre les tortionnaires du camp de concentration de Larkhill. Qu’importe s’il est finalement abattu, sa jeune disciple reprendra le flambeau…

      Le scénario -nous passerons sur les illustrations, potables- est digne d’un roman, meilleur que bien des polars ; le masque de Guy Fawkes est devenu celui des Anonymous, ces hacktivistes d’internet, œuvrant au service de la liberté d’expression, si l’on en croit leur profession de foi. Comme en un écho dressé vers le futur Jérusalem, V affirme ne pas abandonner « la lutte spirituelle […] tant que nous n’aurons pas construit Jérusalem au pays vert et charmant d’Angleterre ». À la terrible anti-utopie répond une plus douce utopie, nommément anarchiste : au-delà d’une « poignée d’oppresseurs qui a dirigé nos vies quand nous aurions dû les diriger nous-même, l’anarchie ouvre une autre voie ». On ne saura guère comment nous serions plus libres sans l’Etat[5] ; c’est un peu court, mais la bande dessinée n’a guère vocation au traité de philosophie politique. Une fois de plus, n’ayons pas peur du cliché : la tyrannie n’est que fasciste[6] ; Orwell était plus subtil, avec « l’AngSoc », ce socialisme anglais. Foin du communisme et de l’islamisme…

 

      Mais lorsqu’à l’occasion de Watchmen, Alan Moore s’acoquine avec Dave Gibbons, le dessin, plus coloré, offre une variété d’imagination qui va des décors urbains couverts d’affiches, de journaux, d’enseignes, à la limite du palimpseste, aux paysages martiens, en passant par les scènes de violence et l’intensité psychologique gravée sur les traits des personnages. Les Watchmen sont des super-héros de comics plus ou moins à la retraite, mais surtout humains trop humains. Le récit glisse jusqu’aux tréfonds des anti-héros, lorsqu’assassinés, arrêtés, mis en accusation, ils sombrent dans le doute, avant que les survivants puissent, qui sait, résoudre l’enquête policière et politique. Ce pourquoi la série, publiée à la fin des années quatre-vingts, révolutionna non seulement le genre des comics, entre réalisme et science-fiction, mais également le mythe des supermen, en une sorte de crime de lèse-majesté, même si cela contribue à les rendre attachants. De plus, Alan Moore joue avec virtuosité d’une composition en contrepoint lorsqu’un marchand de journaux commente l’actualité, ou, mieux, lorsqu’un jeune noir, assis près de son kiosque, lit des bandes dessinées d’aventures apocalyptiques, ce qui constitue de surcroît une signifiante mise en abyme. Cette fois ce n’est pas le fascisme qui est l’arrière-fond du récit, qui par ailleurs ne néglige pas l’analepse en revenant sur les souvenirs de nos héros, mais la guerre froide. Sans nul doute, avec un tel opus, la bande dessinée a pris des galons, qu’il s’agisse de l’art graphique ou de l’art littéraire.

     

      Protéiforme une fois de plus, Alan Moore maîtrise avec brio l’art de la nouvelle, ou plus exactement de la « novella », ce terme anglais pour désigner ce qui frôlerait la dimension du roman sans en atteindre l’ampleur. Il ne faut voir là rien de restrictif, tant l’univers de L’Hypothèse du lézard est solidement campé.

      La cité de Liavek, où vivent les protagonistes relève certes de la fantasy, mais aussi du fantasme de voyage en de lointaines contrées désertiques, où à la chaleur s’adosse une sensualité omniprésente et pernicieuse, car « en plus d’être un océan de hasard sans limites, le monde était également un chaotique tourbillon de sexe ». C’est en effet moins l’étrange et somptueux pittoresque du décor et de l’économie passablement médiévaux qui intéressent notre auteur, que les extrémités de la passion et les ambigüités de genre qui sont le lot des quelques prostitués qui peuplent un lupanar, « la Maison sans Horloges », une « ménagerie d’êtres exotiques », destinée au sorciers de la ville, sous la gouverne de « maîtresse Ouish » et de la servante appelée « Livre »…

      Au centre de l’intrigue, se noue, se dénoue, se renoue, et se brise dans le sang, la liaison entre Foral Yatt, acteur déclinant, et Raura Chin, jeune travesti qui s’éloigne pour entamer une brillante carrière d’artiste. Son retour le verra enchaîné sous la coupe de son amant, jusqu’au crime…

 

 

      Cependant, celle qui domine le récit est bien l’incroyable narratrice, la jeune Som-Som à la « douloureuse beauté », qui ne pouvant parler, sauf quelques rares formules, assure une sorte de voix intérieure, autant qu’une fonction d’écoutante et modeste consolatrice des heurs et malheurs d’autrui. En effet, dans l’objectif d’une prostitution raffinée, rituelle, sinon sacrée, elle subit d’abord une délicate opération, à la lisière de la science-fiction et de la chirurgie magique. Un « physiomancien de grand renom » va intervenir entre les deux lobes du cerveau : « on détruirait cette délicate passerelle, on la sectionnerait avec un scalpel affûté afin de ne plus permettre de communication entre les deux moitiés de la psyché de l’enfant ». Lui restera sa beauté, couverte d’un demi-visage de porcelaine, le « Don au Silence », et sa qualité de témoin : « L’énormité de ce qui s’était passé demeura enclose en elle, créature écailleuse, froide et répugnante, à l’intérieur de son esprit ».

      Quant à l’hypothétique lézard du titre, c’est enclos dans une sphère de cuivre qu’il symbolise la logue hibernation de l’amour, peut-être capable et incapable de ressusciter, comme le chat de Schrödinger. Menée comme une tragédie grecque, la novella infuse et impressionne l’esprit du lecteur, fasciné par le venin narratif, par une écriture opalescente et térébrante. Qui sait si Borges aurait goûté un tel récit ?

      Un peu comme il a travaillé en duo avec l’illustratrice Melinda Gebbie (qui devint son épouse) à l’occasion de la conception du roman graphique érotique Filles perdues, c’est une trentaine d’années après la parution anglaise de L’Hypothèse du lézard, en 1987, que Cindy Canévet vient marier son dessin, et parfois sa couleur au récit, accentuant son trouble et sculptural érotisme, insistant sur le feu passionnel et la morbidité, en un festival d’encre de Chine, ce qui permet d'offrir un beau livre, de plus cartonné, relié, avec signet rouge-feu.

 

      Anarchiste, Alan Moore exècre Margaret Thatcher et Tony Blair, cite le philosophe Zizek, procommuniste avéré, au point de devoir se demander si le barde barbu est décidément bien moins fréquentable que son œuvre. Sans compter qu’outre sa prétention de magicien, il prétend vénérer Glycon, auquel il fait allusion à la fin de La Voix du feu, une divinité-serpent romaine, symbole de fertilité, une oraculaire émanation d’Esculape : « Je suis Glycon, issu du souverain des dieux / Je fais luire aux mortels la volonté des cieux », lui fait dire le philosophe grec Lucien[7]. Certes il s’agit là du pittoresque exhibitionnisme d’Alan Moore, dira-t-on… Son anarchisme affiché mâtiné de religiosité fumeuse n’est visiblement pas du bois dont on fait le libéralisme politique et économique. Et lorsqu’à la fin de Jérusalem il convoque l’économiste Adam Smith dont la « main invisible[8] » du marché fut -dit-il de manière fort réductrice- inspirée par un métier à tisser mécanique, il s’embourbe dans une vindicte luddiste et réactionnaire anti-Thatcher, lui attribuant la pauvreté des Boroughs.

 

      Qu’importe ! Nous ne jugerons pas un romancier à ses opinions politiques, à ses incompétences en histoire économique, fussent-elles abracadabrantes, mais à l’œuvre abondante, au service de laquelle un Guide habilement concocté par Laurent Queyssiet Nicolas Trespalle[9] ouvre des pistes judicieuses. Et pour qui aurait la patience, sacramentelle dirions-nous, d’entrer depuis les ruelles des Boroughs jusqu’aux derniers ateliers et dernières alvéoles du labyrinthe urbain, extratemporel et artistique qu’est Jérusalem, ce monstre délicieux défiant l’analyse, le parcours initiatique au long cours dans la puissance du verbe se révèle proprement, outre la dimension protéiforme, démiurgique. Si nous n’irons pas jusqu’à l’hyperbole en conduisant Alan Moore par la main à la hauteur de Proust ou de Joyce, peut-être n’est-il pas indigne de figurer non loin d’eux, sur un somptueux strapontin.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] William Blake : « Jérusalem », Ecrits prophétiques des dernières années, traduit de l’anglais par Pierre Leyris, José Corti, 2007, p 31, 34, 35.

[7] Lucien de Samosate : « Alexandre ou le faux prophète », Œuvres I, Hachette, 1874, p 461.

[8] Adam Smith : La Richesse des nations, IV, II, PUF, 1995, p 513.

[8] Laurent Queyssiet Nicolas Trespalle : Le Guide Alan Moore, ActuSF, 2020.

 

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 15:06

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Omniscience et théorie du tout :

 

André Ourednik et Tom McCarthy,

 

romanciers de la science-fiction spéculative.

 

 

 

 

 

André Ourednik : Omniscience, traduit du tchèque par Ondrej Sykora,

La Baconnière, 276 p, 19 €.

 

Tom McCarthy : Satin Island, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Thierry Decottignies, L’Olivier, 208 p, 20 €.

 

 

 

 

 

       Combien notre connaissance est-elle limitée ! Et combien même peut-être l’intelligence artificielle[1] ne saura, d’origine humaine et trop humaine qu’elle est, parvenir à l’omniscience, non seulement d’une gigantesque base de données, mais de tous les phénomènes surgis des mains et des neurones de l’humanité, sans compter ceux de l’univers ? Dans le cadre de ce qui devient une science-fiction spéculative, deux romanciers, André Ourednik  et Tom McCarthy, quoiqu’éloignés dans l’espace, l’un Tchèque, l’autre Anglais, explorent les fils et rhizomes des informations et des réseaux événementiels.

 

      Serait-ce outrepasser Dieu que de plonger dans l’Omniscience d’André Ourednik ? Goan Si travaille au « Service la mémoire », comme « data scientist ». Plonger dans l’océan de l’archivage et de l’information n’est pas une métaphore, il y faut un scaphandre sans faille. Là, en suivants des fils narratifs, il est possible de lire aussi bien « la découverte d’une nouvelle planète, ou le secret cochon d’une sénatrice ». Nous sommes quelques deux siècles en avant, quand le papier et le numérique ont été remplacés par un immense réseau dans un dangereux bassin, peut-être sans fond, comme en un gigantesque bocal à connexions neuronales, où erreurs, fantasmes et folies feraient leurs lits.

      Autour, ils sont une dizaine de personnages à croiser leurs histoires, entre banalité du quotidien et effroi de ce nouvel univers, dont un « archéologue clochard », un « ver de métal » qui use de la parole. Turmdjik chapeaute le Service en physicien familier du Big bang et des trous noirs, dont l’Omniscience est l’équivalent. Un autre révise le statut de l’œuvre d’art qui pourrait en être, quoique partiel, un autre équivalent. Parmi les minces péripéties il faut compter la satire de tous ceux qui ne pensent qu’à « accéder à la direction ». S’agit-il d’accéder à un pathétique statut divin ?

      Méditation philosophique plus qu’intrigue, tableau kaléidoscopique de l’intellect étendu à la dimension du monde plutôt que drame, cet étrange roman spéculatif étonne, séduit, jusque dans ses contes emboités, venus du glacier ou du désert. On s’interroge : « Une traduction d’une œuvre en numérique était-elle encore l’expression d’une même œuvre » ? Qui sait en effet si la dématérialisation du livre est une alchimique transmutation sans risque pour son intégrité, tant esthétique qu’intellectuelle ? Lors, cette équivalence du monde humain n’est-elle plus ce dernier mais une gangrène quantique sans fin…

      André Ourednik, né en 1978 à Prague, géographe enseignant à Neufchatel en Suisse, a quelque chose de l’auteur de Stalker[2], dans ses explorations de zones inconnues, fantastiques et science-fictionnelles. Avec un rare talent rhétorique, il multiplie les descriptions concrètes autant que les allusions cultivées (une bibliographie ferme le livre), par exemple à « La bibliothèque de Babel » de Borges : « Ta vie, la mienne : chacune n’est qu’un échantillon infime des combinaisons potentielles de l’univers ».

      Dans Les Cartes du Boyard Kraienski[3] André Ourednik imagine un Joachim Brink qui s’attelle à publier en ligne une cartographie européenne révisée, tant ses confins oscillent. Mandatés par les hautes sphères européennes, il s’engage à scanner une monumentale collection de cartes, qui repose chez le Boyard-titre, ce aux lisières immédiates de la frontière dacène. Evidemment, là rien n’est simple, le fantastique s’immisce dans la réalité, les péripéties écroulent les certitudes, comme en un no man’s land post-apocalyptique. Une fois de plus, l’on ne sait s’il s’agit de lire un récit, un conte philosophique, un essai, à cheval sur les territoires du burlesque et ceux d’un espace non euclidien…

 

 

      La théorie du tout serait pour les physiciens le Graal qui réconcilierait physique quantique et relativité générale. Au cœur de Satin Island, lacunaire roman de Tom McCarthy, elle rendrait compte de toutes les interactions se produisant à la surface du globe terrestre.

      Lancé à la recherche de cette utopie conceptuelle, son personnage, laconiquement nommé U., est son propre narrateur : il nous fait voyager du négatif du Saint-Suaire de Turin à New-York, Staten Island, d’où le titre, qui en est une poétisation, car il s’agit d’un « grand dépotoir ». Anthropologue consultant pour une influente organisation internationale, dont le logo est une tour de Babel, employé pour sa « pénétration culturelle » au sein du « Projet Koob-Sassen », U. observe chaque détail d’un regard perçant et rêveur : écrans et « déversement de pétrole », « pli » deleuzien du jeans, comportements tribaux des individus, visite d’un musée allemand d’anthropologie, en vue de livrer « le Grand Rapport » essentiel et définitif sur notre temps. Ce passionné de Lévi-Strauss, qui a pour adamique mission de « nommer ce qui est en train de se passer en ce moment », est censé être au service du conseil aux entreprises et aux gouvernements que dirige Peyman, tête pensante des tendances, et comparé à une « déité », qui leur fournit la connaissance de ce qu’il y a « de politique, structurel et sacré » en tout produit, en toute société.

      Moins qu’un roman, il s’agit d’une sorte d’essai spéculatif sur « l’avenir du savoir », d’une discrète satire des exponentielles mégadonnées du big data, d’un vaste recueil de poèmes en prose, d’une mise en abyme de la totalité brisée en un micro-roman inévitablement partiel. L’écriture de Tom McCarthy est suggestive, précise et rêveuse. Peu d’action, hors l’étrange histoire de Madison, l’amie d’U., mais de borgésiennes strates méditatives s’élançant de toutes parts.

      Pour quelques critiques d’outre-Manche, Tom McCarthy, romancier postmoderne né en 1969, serait rien moins que le Pynchon[4] anglais. Même s'il s'agit là probablement une exagération, il faut en effet se souvenir de son plus ambitieux roman, C[5], mais peut-être plus traditionnel, qui, dans une démarche passablement postmoderne, se présente comme le roman d’éducation de Serge Carrefax. Enfant sourd, Serge grandit entre son père, un excentrique inventeur, et sa sœur, tous préoccupés de science et de la manière dont la surdité pourrait ne pas empêcher la naissance de la parole. Suite au suicide de sa sœur aimée, il fuit l'Angleterre pour une ville thermale allemande, s’engage dans l'aviation anglaise durant la Première Guerre mondiale, plonge dans la débauche et l’opium à Londres, accompagne l'un des découvreurs de la sépulture de Toutankhamon, Lord Carnavon, cette victime d’une légendaire malédiction… Le romancier s'est inspiré d'Alexander Graham Bell, l'inventeur du téléphone, lorsque son héros s’intéresse aux fréquences radio, imaginant de « créer une machine assez sensible au moyen de laquelle il pourrait converser avec lui dans le cas où l'existence dans l'au-delà se révélait être non seulement une présupposition métaphysique mais également un fait physique ». La dimension faustienne du personnage, si elle est moins proche de la science-fiction que du bildungsroman germanique, voire du récit picaresque, est néanmoins prégnante.

      Depuis 1999, Tom McCarthy se targue d’être le Secrétaire Général d’une semi-fictionnelle organisation (co-fondée avec le philosophe Simon Critchley) : l’International Necronautical Society, agrègeant une poignée d’artistes et d’écrivains qui se proposent d’être aussi surréalistes avec la mort que les surréalistes l’étaient avec le rêve. Outre Tintin et le secret de la littérature[6], il a publié Les Cosmonautes au paradis[7], dans lequel, comme pour répondre au Pragois Ourednik, une bande de personnages excentriques recherche à Prague une icône volée, tout en déambulant dans des espaces burlesques, politiques et métaphysiques.


 

      Explorateurs, scientifique ou anthropologique, les héros inquiets d’André Ourednik et Tom McCarthy sont tous deux des avatars du Docteur Frankenstein, ou du Docteur Faust, outrepassant les prérogatives naturelles de l’humain pour atteindre un supplément de connaissance, de pouvoir et d’âme, voire d’éternité. Nos romanciers semblent cependant manquer de confiance envers la science, tant il se dégage de leurs étranges opus science-fictionnels une vanité ultime, un desengaño empreint de renoncement et de mélancolie devant l’irréductibilité de notre lilliputienne condition ? Perdent-ils volontairement pied devant les dangereuses potentialités de la technique et de la gestion de l’information ? Risquer la dilution de l’intelligibilité de l’univers humain et du cosmos est en effet un aporétique pari.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’articles parus dans Le Matricule des anges, octobre et juin 2017

 

 

[3] André Ourednik : Les Cartes du Boyard Kraïenski, La Baconnière, 2015.

[5] Tom McCarthy : C, L’Olivier, 2012.

[6] Tom McCarthy : Tintin et le secret de la littérature, Hachette littératures, 2006.

[7] Tom McCarthy : Les Cosmonautes au paradis, Hachette littératures, 2009.

 

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Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

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Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

Diane de Selliers : Dit du Gengi, Shakespeare

Eloge de l'Atelier contemporain

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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