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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:41

 

Dante Alighieri, Piazza dei Signori, Verona, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Traduire et vivre l’ébouriffante

 

Divine comédie de Dante :

 

René de Ceccatty et Enrico Malato.

 

 

 

Dante : La Divine comédie,

traduit de l’italien par René de Cecatty, Points Seuil, 704 p, 13,90 €.

 

Enrico Malato : Dante,

Les Belles Lettres, traduit de l’italien par Marilène Raïola, 384 p, 29,50 €.

 

 

 

 

 

 

 

      Jamais ne se sera autant vérifiée l’excitante formule de Jorge Luis Borges : « La métaphysique est une branche de la littérature fantastique[1] ». Car avec Dante les fictions nées de l’angoisse enclenchée par notre mortelle condition trouvent leur acmé. Mieux que le Livre des morts égyptiens, mieux que les enfers romains d’Ovide, La Divine comédie nous offre une fresque fabuleuse, tour à tour démoniaque et angélique, de l’au-delà. Ecrite au début du XIVème siècle par un Dante maniant avec virtuosité le dialecte florentin au point de devenir la langue phare de l’Italie, l’œuvre fascine lecteurs, peintres et traducteurs, qui sont des dizaines à s’être penché sur leur établi, de façon à sculpter et polir un écrin français digne du nom d’il miglior fabbro. S’il n’est probablement pas l’ultime poète, car il faut l’être pour oser se mesurer à Dante, René de Ceccatty n’en apparait pas moins un talentueux recréateur, avec une version qui a le mérite d’une fluide lisibilité. L’occasion est trop bonne pour ne pas y associer un essai biographique exégétique sur le Florentin exilé, là encore qui n’a pas la primeur du genre, mais dont il sera bon de munir, celui d’Enrico Malato ; afin de vivre au plus intime et au plus cosmique La Divine comédie.

 

 

      Pour reprendre les mots de René de Ceccatty en sa généreuse introduction, « La particularité de ce chef-d’œuvre est d’être à la fois un voyage chez les morts, une chronique politique, un traité de géographie et de cosmogonie et un ouvrage de réflexion théologique et philosophique ». L’aventureuse traversée de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis est successivement la descente, puis l’ascension d’un marcheur de montagnes parmi les affres, les épreuves et les suavités ; mais aussi l’initiation spirituelle, qui va de la connaissance du mal à la divinité rédemptrice.

      L’œuvre, tout à tour monstrueuse, eschatologique, effrayante et délicieuse, changeante et chatoyante, en ses immenses perspectives, en ses multiples récits emboités et infinis détails, traverse et insémine l’histoire des littératures. Victor Hugo, dans sa Légende des siècles, lui est redevable, Primo Levi la résume et la récite comme un talisman au sein du camp d’Auschwitz, dans son autobiographique Si c’est un homme, Giorgio Pressburger[2] en conçoit une réécriture hallucinée aux dépens du XXème siècle. Jorge Luis Borges en fait, au-delà du seul christianisme qui parait en être la justification unique, une « estampe de portée universelle ». Si selon ce dernier « l’astronomie ptolémaïque et la théologie décrivent l’univers de Dante[3] », sans omettre les enfers gréco-romains, de tous temps et de toutes cultures peuvent être ceux qui s’y reconnaitront pour y lire les figures d’une possible transcendance et de l’imaginaire eschatologique, sans omettre la question de la rétribution du bien et du mal.

      La catabase, ou descente au séjour des morts, reprend la tradition de Virgile, dans l’Enéide et d’Ovide, pour l’histoire d’Orphée, dans Les Métamorphoses. Prenant en charge la hiérarchie divine de l’après-vie autant que celle de l’humanité, Dante se fait chroniqueur de son temps, envoyant allégrement tel ou tel en Enfer, en Purgatoire ou en Paradis, dont les méfaits ou bienfaits sont rappelés. Mais au-delà de cette connaissance temporelle et spirituelle, une charge encyclopédique éclaire -ou parfois obscurci- le texte, fourmillant d’allusions, mythologiques, bibliques, géographiques, zodiacales, botaniques…

 

      S’il est une traduction de La Divine comédie à proscrire, c’est celle -nous tairons le nom de son auteur- parue dans la collection de La Pléiade. Il s’agissait de donner le texte de Dante dans le français du XIVème siècle pour en respecter l’historicité. Hélas, outre la lisibilité ardue de la chose, l’erreur de perspective était manifeste : l’Italien médiéval étant bien plus proche de celui d’aujourd’hui que l’idiome de l’ère gothique de notre langue. En conséquence, l’on devine que l’archaïsme est à proscrire au service d’une utile et soyeuse lisibilité.

      Nombre de traductions de La Divine comédie sont hélas en prose : Artaud de Montor[4], Alexandre Masseron[5], même si ce dernier affecte la forme des versets pour chaque tercet dantesque. L. Espinasse-Mongenet[6] choisit de jouer de strophes en vers libres. De même pour une redoutable et estimée concurrente, nous avons nommé la talentueuse Jacqueline Risset[7], de surcroit poète, tant en français qu’en italien. Malgré une quinzaine de traductions versifiées depuis les années trente, seul, René de Ceccatty a tenté, et réussi, une traduction intégrale qui renouvelle et réveille la scansion poétique de l’original, la terza rima, car en vers et, ô gageure ! en octosyllabes non rimés…

      Certes, Danièle Robert[8] vient de produire une belle version, en décasyllabes, elle rimée avec soin, quoique provisoirement limitée à L’Enfer. Qui, une fois achevée le triptyque, méritera peut-être les lauriers du traducteur-poète.

      Baudelaire, juge et poète sévère, préférait celle de Pier Angelo Fiorentino[9], publiée en 1846, dans une édition heureusement bilingue, en effet fort lisible et colorée, quoique en prose. La vivacité colorée de celle de René de Ceccatty réveillerait-elle La Divine comédie de son sommeil ?

 

 

      Dès le chant I, René de Ceccatty ose un « « Clopin-clopant sur la plage » qui répond au « Si chel ’l piè fermo sempre era ’l pui basso », c’est-à-dire « Si bien que le pied ferme était toujours le plus bas » (Fiorentino). Une fois de plus l’adage, « Traduttore, traditore » se révèle vrai ; mais au littéralisme peut-être vaut-il mieux préférer la surprise de l’image expressive.

      Quand Danièle Robert nous donne, au chant III, lors de la traversée de l’Achéron, où Charon était pour Jacqueline Risset, « un vieillard blanc, d’antique poil », les vers suivants :

Et voici que survient une embarcation

d’où un vieillard à barbe blanche nous hèle :

malheur à vous, âmes en perdition !

 

N’espérez pas de voir jamais le ciel :

je viens pour vous mener sur l’autre rive,

dans le noir éternel, chaleur et gel.

      René de Ceccatty préfère proposer :

Et voici que vers nous en barque

Venait un vieux chenu criant :

Malheur sur vous, âmes perdues !

 

N’espérez plus revoir le ciel.

Je vous conduis sur l’autre rive

Dans l’éternel, noir, froid brûlant. »

      Il est évident que du point de vue rythmique ce dernier y gagne ; de surcroît la concision réclamée par l’octosyllabe rend l’expressivité plus vive et répond en toute agilité à l’hendécasyllabe dantesque.

      Avec modestie, en son introduction soigneusement informée et argumentée, notre traducteur a bien conscience de devoir priser l’ellipse, de « sacrifier » du sens en choisissant l’agréable légèreté du lisible ; ce qui n’est pas une mince affaire, surtout si l’on surprend chez Dante autant l’aisance du parler populaire que la subtilité du raisonnement théologique et philosophique. Ainsi, appeler Saint-Paul « Popol » au chant XVII du Paradis parait culotté, mais songeons que « Polo » en italien est familier et insultant, ce qui conspue comme de juste l’insolence blasphématoire de Jean XXII. Sans oublier que le flux métaphorique de ce prodigieux rhétoricien rend le texte infiniment imagé, volubile, évocateur, ailé, que les périphrases, parfois pour nous obscures, sont des mines d’allusions bibliques, antiques ou médiévales.

      Comparant avec justesse et goût une traduction nouvelle avec une nouvelle interprétation de Bach ou de Schubert, notre traducteur ne se fait pas faute d’oublier de rendre hommage à Jacqueline Risset, comparée à la Callas, dont les qualités de lisibilité et de sensualité le ravissent.

      Il est permis de regretter l’absence de notes au bas des vers de René de Ceccatty chantant Dante ; mais c’eût été alourdir le volume, et à cet égard, il est loisible de se tourner vers les trois tomes fournis par Jacqueline Risset, que cependant les amateurs esthètes préféreront dans les grands volumes soignés, imprimés en plusieurs couleurs, et illustrés par les folles aquarelles de Miquel Barcelo[10]. Quoique l’on attende encore une ambitieuse édition  bilingue munie d’un indispensable index…

 

 

      L’on sait que le voyage de Dante commence lorsqu’il se voit menacé par trois animaux : un lion pour l’orgueil, une louve pour l’avarice, une once (léopard femelle) pour la luxure. Traduisant cette « lonza » par « lynx », René de Ceccatty ne perd-il pas une dimension à la fois érotique et allégorique, puisqu’il s’agit de la séduisante animalité de la luxure ?

     Aussi notre poète n’aura d’autre issue que de suivre son guide, le maître poète latin de l’Enéide, Virgile, qui selon la tradition chrétienne passait pour avoir annoncé la venue du Christ, et de traverser la fosse spiralée de l’Enfer, la montagne du Purgatoire, puis guidé par son ancien amour, Béatrice, à  laquelle succède Saint Bernard, de découvrir le Paradis, « Enrôlé par l’amour qui meut / Le soleil et les autres astres », selon les ultimes vers. Le voyage bien concret du marcheur est également une leçon morale : les auteurs de péchés capitaux sont punis de manière pittoresque, qui dans la flamme, qui dans la glace, et croissante jusqu’aux pires abominations, non sans raconter leur histoire, comme celles de Paolo et Francesca goûtant une allusive luxure, ou Ugolin qui dut au chant XXXIII dévorer ses enfants morts de faim. Ce qui est dit d’une belle et fameuse manière elliptique : « La faim l’emporta sur le deuil ». Enfin, au plus près du diable au « triple visage », est châtiée la traîtrise contre son bienfaiteur. En effet, lors du chant XXXIV, Judas (accompagné de Bruts et Cassius) broyé dans l’une des trois diaboliques gueules, « gigote la tête gobée », ce qui est une trouvaille d’une frappante concision, à l’humour grinçant, alors que Jacqueline Risset propose : « Sa tête est dans la gueule ; dehors il rue des jambes ». Nos deux arpenteurs de l’au-delà doivent s’accrocher au corps de Satan : « De poil en poil, on descendit / Entre toison et plaies gelées », et s’y retourner pour jaillir aux antipodes, au pied de la montagne du Purgatoire.

      Quittant la cavité de l’Enfer, qui fit la plus grande gloire de Dante, éclipsant les deux autres parties du triptyque sacré, le chant se fait peu à peu moins âpre. Avant d’accéder au sommet du Purgatoire, où fleurit le Paradis terrestre, le chemin croise l’humilité, l’amour et la liberté en Dieu, sans oublier les nécessaires purgations des pécheurs, comme ce Sordello embrassant son compatriote mantouan Virgile, ce qui donne l’occasion à Dante de conspuer l’esclavage politique italien. Là, chaque péché capital est étrillé, corrigé, lavé, par la vertu qui lui est opposée, comme l’orgueil à l’humilité ou la luxure à la pureté. Une fois de plus, Dante règle ses comptes : l’envieuse Sapia côtoie le pape Adrien V qui se récure de son avarice. Mais au chant XXX, « Dame Béatrice », qui passa « de chair à ombre », apparaît, morigénant le pauvre Dante, un tantinet infidèle, qui n’a pas su « suivre [son] vol désincarné », avant de prendre le relais de Virgile pour le guider parmi les sphères du Paradis.

      Ciel de la lune, de Mercure, de Vénus et du Soleil sont autant d’étapes spirituelles, comme les cieux de Mars, Jupiter, Saturne, ceux-ci sièges des vertus théologales : Foi, Espérance et Charité. Après le ciel cristallin, Béatrice doit céder la main à Saint-Bernard, pour permettre à son amant d’accéder à l’Empyrée, siège de la lumière divine aux rivières de couleurs et à la rose éclatante. Non loin de la Vierge Marie, Béatrice réapparait en gloire, les chants se font de plus en plus musicaux, comme si l’on entendait la Selva morale et spirituale de Monteverdi. Et si penser, comme René de Ceccatty, que le paradis dantesque est un espace totalitaire, avec une Béatrice imbue d’un prosélytisme autoritaire, est de l’ordre de l’anachronisme, il n’en reste pas moins que l’univers religieux de la perfection divine se présente comme un monde prédestiné, clos, où l’inutile liberté n’a plus lieu d’être. Reste que Dante y a réalisé des prouesses poétiques incomparables, donnant au Bien et au Beau (devant lequel il « déclare forfait ») des vitesses et des couleurs enchanteresses :

« En verre, en ambre ou en cristal,

Le rayon brille sans délai

Entre impact et efflorescence »

      Roman d’aventure et somme théologique, clavier poétique et creuset de culture de l’Antiquité, La Divine comédie brasse le temps médiéval de son auteur et l’intemporalité la plus profuse ; ce pourquoi, depuis le XIV° siècle, et jusque dans l’éternité, il y aura toujours un lecteur, ne serait-ce que la poussière des étoiles, pour le dantesque poème, auquel contribue avec talent René de Ceccatty. Egalement romancier, ce dernier, notons-le, n’est pas un débutant au royaume de la traduction. Outre celles du japonais, conjointement avec Ryôji Nakamura, il a tâté avec ardeur de Pasolini ou de Leopardi, sur lequel il a écrit d’ailleurs une sorte de biofiction[11]. S’il y un paradis des traducteurs, il reste à souhaiter qu’il y soit accueilli.

 

 

 

      Avant de relire une fois de plus ce qui est peut-être le poème le plus frappant de l’humanité, la curiosité ne peut que nous titiller au sujet de son auteur. Si, après celle de son contemporain Boccace[12], les biographies sont légion, d’Artaud de Montor[13], à Jacqueline Risset[14], celle d’Enrico Malato vient à point pour, au-delà de la seule vie du poète, présenter les plus récentes et perspicaces recherches exégétiques sur le texte, ses enjeux politiques, théologiques et poétiques.

      Notre Florentin, né en 1265, sera frappé par une sentence d’exil en 1302 pour aller séjourner à Vérone et mourir à Ravenne en 1321 ; ce pour avoir pris part au combat entre la ligue des Gibelins toscans  et les Guelfes Noirs et Blancs (auxquels il appartient). Fin rhétoricien, il connaît sur le bout des doigts Virgile et Ovide, la Bible et les Pères de l’Eglise. En philosophie, il allie Boèce et Saint Thomas d’Aquin.

      Mieux que ses Rimes[15], sa Vita nuova est une sorte d’autobiographie fictive, dans laquelle l’ami du poète Cavalcanti, bien qu’il épousât Gemma, parait ne se vouer qu’à sa Béatrice, rencontrée en toute chasteté à dix-neuf ans alors qu’elle en avait neuf. Il ne la reverra que neuf ans plus tard, avant de la savoir mourir à vingt-quatre ans, le laissant inconsolable. En toute courtoisie, il est un des créateurs du dolce stil nuovo, dont il dénoncera pourtant le trop de sensualité amoureuse, y compris chez Cavalcanti. Alors qu’il avait rédigé son traité La Monarchie universelle en latin, la décision d’écrire en toscan le conduisit à rédiger son Traité de l’éloquence vulgaire.

      Pour introduire son héros, Enrico Malato brosse le portrait de la prospère Florence aux cent-cinquante tours au XIII° siècle. Il ne se départit jamais de sa clarté et de sa rigueur pour évoquer les années de formation du poète, militaires, diplomatiques, au cœur des tourmentes entre Gibelins et Guelfes Blancs et Noirs, mais aussi philosophiques, du poète. De nombreuses allusions aux événements d’un contemporain guerrier, vengeur et injuste, sont lisibles dans le Banquet, et bien sûr La Divine comédie, où sont jetés, entre Enfer et Paradis, divers protagonistes. Hélas Florence n’est plus dans les Rimes que « ma ville qui hors de ses murs m’enferme ». Dès 1315, les deux premiers chants de La Divine comédie publiés, la renommée du poète enfle. À Vérone, il jouit de l’hospitalité de Cangrande della Stella, qui bénéficie en retour de la primeur des chants composés, puis d’une place dans le Paradis (XVII, 76). Heureusement le trépas sera clément au point d’attendre qu’il ait achevé et révisé son œuvre-maîtresse.

      Or Enrico Malata s’attache, en ce qui devient très vite un essai, à l’activité littéraire de Dante et d’abord à son « noviciat poétique ». Ainsi notre essayiste développe-t-il une heureuse analyse de la « casuistique » amoureuse, tiraillée entre célébration et péché. Jusqu’à ce que, dans La Vita nuova, les tourments amoureux et l’idéalisation de Béatrice, trop tôt emportée dans un au-delà qu’il reste à lui consacrer, permettent au poète de réconcilier amour de Dieu et d’une Dame, dans le cadre d’un amour de vertu et de raison, puis l’amènent à annoncer un « jour où je parlerai plus dignement d’elle », ce qui est considéré comme une prémisse de La Divine comédie. De l’éloignement qu’il éprouve pour son trop sensuel maître Cavalcanti à la paraphrase en 232 sonnets allégoriques du Roman de la rose qu’est le Fiore, tout semble gammes virtuoses avant le grand-œuvre. De même Le Banquet, « projet d’une somme du savoir médiéval en langue vulgaire », reste inachevé devant l’urgence de La Divine comédie, probablement rédigée entre 1304 et 1321. Hélas le problème des sources manuscrites, des copies successives, reste parfois criant : le texte fut souvent altéré. Il fallut à la philologie moderne de durs travaux pour aboutir à l’édition de Petrocchi qui fait autorité. Quant au mystérieux titre originel, Comedia, il fait probablement allusion à une fin heureuse, en opposition avec la tragédie, selon les termes d’Aristote.

      Aisément didactique, Enrico Malato ne peut se passer d’étudier le « symbolisme des nombres », le rôle du trinitaire chiffre trois, pour les tercets et les trente-trois chants de chaque partie ; soit cent chants, chiffre parfait, si l’on ajoute celui introductif. Puis de préciser la cosmologie de Dante, « inspirée du système aristotélicien et ptolémaïque », et l’architecture des trois royaumes de l’eschatologie ; d’étudier « l’ordonnancement juridique et moral des royaumes de la peine, de l’expiation et de la béatitude », sans omettre les figurations littérale, allégorique, grâce auxquelles la fable devient poésie fulgurante et didactique. Notre essayiste a su sans bavardage excessif nous fournir un indispensable vade-mecum dantesque…

 

 

      Nous sommes tous ce voyageur qui descend tour à tour l’excavation de l’Enfer et gravit la montagne du Purgatoire, toutes deux spiralées, avant de rêver les orbes du Paradis. Or, ce que nous appelons aujourd’hui la fantasy aurait bien de la peine à nous offrir autant de merveilleux, saisissant les leviers horrifiques de la peur et ceux délicieux du ravissement, animant les fils soyeux de l’amour et du divin dans une quête fourmillante d’épreuves avec un tel sens de la poésie et de la spéculation philosophique. Aussi le pittoresque échevelé de la vision peut-être appréhendé avec un rare bonheur par l’athée, l’agnostique le plus rigoureux, comme un vaste et inégalable récit fantastique, comme une histoire d’amour, comme une vibration polymorphe de la poésie, comme une changeante allégorie de notre condition et des potentialités du sens de la vie. Ce qu’ont bien ressenti les dessinateurs, comme Sandro Boticelli, les peintres, comme Lucas Signorelli (sur la couverture de la traduction de René de Ceccatty), William Blake[16], ou plus contemporain, l’ébouriffant Miquel Barcelo, dont nous ne cesserons de faire l’éloge : qui eût cru qu’avec les seules et minces ressources de l’aquarelle un illustrateur, aux prises avec l’immense massif de La Divine comédie, puisse parvenir à un tel degré d’assomption picturale ?

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Jorge Luis Borges : « Tlon Uqbar orbis tertius », Fictions, Gallimard, 1951, p 31.

[3] Jorge Luis Borges : Neuf essais sur Dante, Œuvres complètes II, La Pléiade Gallimard, p 827, 829.

[4] Dante Alighieri : La Divine comédie, Au Bon Marché, 1906.

[5] Dante Alighieri : La Divine comédie, Le Livre Club du Libraire, 1958.

[6] Dante Alighieri : La Divine comédie, Les Libraires Associés, 1965.

[7] Dante Alighieri : La Divine comédie, Flammarion, 1985, 1988, 1990.

[8] Dante Alighieri : La Divine comédie, L’Enfer, Actes Sud, 2016.

[9] Dante Alighieri : La Divine comédie, Paris, 1846.

[10] Dante Alighieri : La Divine comédie. Illustrée par Miquel Barcelo, France Loisirs, 2003.

[12] Boccace : Vie de Dante Alighieri, Léo Scheer, 2002.

[13] Artaud de Montor : Histoire de Dante Alighieri, Adrien Le Clere et cie, 1841.

[14] Jacqueline Risset : Dante. Une vie, Flammarion, 1999.

[15] Dante : Rimes, Flammarion, 2014.

[16] Voir : William Blake ou l'infini

 

Dante Alighieri, Jacqueline Risset, Miquel Barcelo. Photo : T. Guinhut.

 

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 07:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Testament philosophique et Folle semence

 

de L’Orange mécanique,

 

par Anthony Burgess.

 

 

 

 

Anthony Burgess : L’Orange mécanique,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Georges Belmont et Hortense Chabrier,

Robert Laffont, 352 p, 9,50 €.

 

Anthony Burgess : Le Testament de l’orange,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Georges Belmont et Hortense Chabrier,

Robert Laffont, 238 p, 7,90 €.

 

 

 

 

 

 

      Il y a une vie après le succès de L’Orange mécanique, qui fit les délices cruels du film splendide de Stanley Kubrick en 1971. Mais une vie bousculée, controversée, qu’il faut à son créateur, l’écrivain anglais Anthony Burgess (1917-1993), assumer. C’est chose faite avec Testament de l’orange. Car le film, plus encore que le roman, fut taxé d’avoir contribué, par son influence pernicieuse sur la jeunesse, à une série d’actes délinquants particulièrement abjects. Burgess aurait pu s’en défendre en écrivant un plaidoyer dans la presse, un essai solidement argumenté, comme il en eut d’abord l’intention. Il a préféré, douze ans après, écrire un autre roman, qui n’est en rien une suite du premier, mais plus exactement un apologue parodique et philosophique. Comme le fut à son insolite manière La Folle semence[1], roman de science-fiction homosexuelle et politique…

 

      Rappelons le coup de poing linguistique et tragique qui fit de L’Orange mécanique, paru en 1962 outre-Manche, un incontournable marqueur des heurts de notre société, entre délinquance criminelle, charge culturelle et thérapeutique sociétale. « Humble narrateur et martyr », Alex est un adolescent, l’un des quatre « drougs » qui pratiquent la violence comme d’autres la danse ou la peinture expressionniste : « là-dessus, le sang a coulé, une vraie beauté, mes frères ». Leur première victime est un « viokcho veck », puis un patron de boutique et ses clients. La « castagne tzarrible » et la « bagarre salingue » vont bon train, l’extase d’Alex à l’écoute de Bach et Mozart l’emporte vers la « félicité » et vers le meurtre d’une vieille ; jusqu’à ce que les « milichiens » l’empoignent. On notera qu’Anthony Burgess, formidable inventeur linguistique, alla jusqu’à imaginer, pour le film La Guerre du feu, l’Ulam, un langage préhistorique.

      La chose va prendre une hauteur sociétale insoupçonnée lorsque la « Prison d’Etat » décide de soumettre Alex à un programme de soin expérimental inédit : la « Méthode Ludovico » qui doit permettre de « tuer le réflexe criminel ». Ainsi, « privé de la faculté d’exercer moralement un choix », drogué, il visionne des films tous plus atroces les uns que les autres. Alors qu’il aurait dû s’en gargariser et s’en féliciter, il est écœuré jusqu’aux tripes !

       Non seulement le « parler nadsat », mâtiné de russe et d’argot fait d’Orange mécanique une œuvre coruscante, mais le traitement infligé à Alex contribue à mettre en exergue la question de la criminalité et de son traitement : répression pénitentiaire[2], « châtiment stérile », soin psychologique, ou plus exactement conditionnement ? Il est loisible de se demander s’il s’agit là d’une forme de l’aristotélicienne catharsis, cette purgation des passions, sensée laver le spectateur d’une tragédie de ses pulsions malignes…

      « Orange mécanique » est le titre d’un essai qu’écrit l’une des victimes d’Alex et de ses comparses, dénonçant « la mécanisation de l’homme ». Cette mécanisation de la violence va cependant de pair avec une paradoxale association avec la musique classique et baroque. La « grande musique » étant censée contribuer à la civilisation, dans le cas d’Alex, elle l’a « affûté ». Le final de la neuvième de Beethoven, cette « Ode à la joie » et à l’amour de l’humanité, l’excite au plus haut point. Mais quand il lui parait injuste de l’associer aux films de meurtres et autres atrocités japonaises et nazies, elle lui fait le même effet vomitif. Car « les activités les exquises et les plus divines ressortissent pour une part à la violence -l’acte d’amour par exemple ; la musique par exemple ». Rassurons-nous, s’il se peut, notre charmant Alex retrouvera bientôt sa vraie nature.

      Un tel roman d’action sans cesse électrique balaie néanmoins les questions afférant à « la cause du mal », à la responsabilité individuelle, et à la gestion de la criminalité par le pouvoir régalien. Alex l’ultraviolent est devenu une loque, une victime, de la « réforme criminelle », de la musique, de ceux qui se vengent de lui, de ceux qui le récupèrent pour servir leur contestation politique, du gouvernement qui balaie ses contestataires ; mais surtout de son moi, celui de l’ « Ode à la joie » et à la jouissance du mal…

 

 

      Rythmé en diable par les symphonies de Beethoven, le film de Stanley Kubrick, enthousiasma par sa verve et choqua, au point que la presse et l’opinion tombèrent à bras raccourcis sur Anthony Burgess, accusé de complaisance envers ses anti-héros et de prosélytisme contagieux. La place restait à la défense, lorsqu’il publia un récit en forme de plaidoyer.

      Est-il utile de savoir que le personnage d’Enderby était déjà celui de trois romans éponymes ? Refermant le quatuor, ce Testament de l’orange se lit le plus indépendamment du monde. Le héros est un conférencier d’université, « vieux jeu », bien peu politiquement correct, auteur de poèmes aussi religieux qu’obscènes, autour de la figure de Saint-Augustin et de la question du libre arbitre, dont nous sont offerts de nombreux vers. Il est de plus le scénariste oublié qui s’est refait une jeunesse en adaptant le poème de Gerard Manley Hopkins Le Naufrage du Deutschland[3] pour le scénario d’un film à grand spectacle fort racoleur. C’est par là que le scandale arrive. Hors l’affreuse tempête, le clou en est un flash-back avec « viol de religieuses par des adolescents en chemises brunes », ensuite chassées d’Allemagne par les Nazis pour périr en mer.

      Le succès du film est tel que de jeune gars se sont attaqués à des religieuses, commettant un « nonnicide » : « La faute à l’art, toujours, n’est-ce pas ? Le péché originel ? ». La morale de l’apologue est explicite : « du jour où on vient à admettre qu’une œuvre d’art peut inciter les gens à se lancer dans le crime, alors on est foutu ». Car ils « accusent toujours l’art, la littérature, le théâtre d’être la cause de leurs propres méfaits ». Ainsi un professeur imagine d’interdire Hamlet aux jeunes ! De surcroît une lectrice indignée vient pour assassiner Enderby…

      Préoccupé de questions métaphysiques et théologiques, le poète s’inquiète également de la postérité de son œuvre. Ce qui ne l’empêche pas de batailler avec ses étudiants lors de cours d’histoire littéraire parodiques et burlesques. Et de tenter d’élever le niveau d’un atelier de création littéraire au-dessus des haines ethniques et raciales. Ainsi la poésie et la mission de l’artiste conscient du mal et du péché parmi la nature humaine sont au centre des problématiques de ce récit.

      Moins frappant que L’Orange mécanique, faute de l’invention linguistique russophile de ses délinquants ultra-violents et fans de Beethoven, le Testament de l’orange n’en est pas moins un complément indispensable, plein de truculence, de satire des mœurs et autres pruderies américaines, y compris du féminisme militant et des « résidus de l’adolescence érigés en art ». Enderby est une grande gueule poétique et polémique, probable alter ego de Burgess, qui joue sans cesse avec les niveaux de langues et les sociolectes, y compris lors de la transcription d’une émission télévisée où l’on invite notre provocateur héros, qui ne se fait pas faute de défendre la liberté créatrice, ce dans un contexte farci de vulgarités et de publicités. La parodie haute en couleurs, la satire burlesque de la vulgarité des médias ne sont pas sans receler leur poids de nécessité philosophique.

 

 

      La problématique n’est pas neuve. À la fin du XVIII° siècle, quelques jeunes lecteurs des Souffrances du jeune Werther de Goethe[4] endossèrent l’habit jaune et bleu du personnage et se suicidèrent à la façon de l’amoureux déçu, ce que l'on appelle parfois le complexe de Werther. De même, à propos d’une série titrée 13 Reasons why, l’on se demande aujourd’hui s’il faut la regarder pour mieux comprendre et être dissuadé de la tentation du suicide, ou si l’on cherchera à reproduire la stratégie vengeresse de la jeune fille. Les Grecs anciens demandaient déjà au théâtre s’il était catharsis ou imitation. Alors que l’art est avant tout sublimation.

      Il n’en reste pas moins que L’Orange mécanique et son avatar testamentaire visent moins à glorifier et susciter la violence qu’à en analyser le fonctionnement ainsi que les éventuelles méthodes utilisées pour la réprimer, l’éradiquer, en particulier chez les jeunes. Sans vouloir la ranger au banc des accusés, la chorégraphie intensément visuelle de Stanley Kubrick (d’ailleurs interdite en Grande Bretagne en son temps) excite et blesse l’œil bien plus que la langue d’Anthony Burgess ne blesse l’esprit. Qui doit se pencher sur la question afférente : peut-on tolérer d’effacer le libre-arbitre[5] au service de la plus tranquille des sécurités ? Quelle semence violente est-il loisible d’exciser ?

 

 

      Ainsi l’humanité est une « folle semence », selon un titre oublié -à tort !- d’Anthony Burgess. Outre sa violence native, elle a le dangereux défaut de proliférer, au point de menacer de s’écrouler sur elle-même par la faute de la surpopulation, sans compter l’épuisement de Mère nature (quoiqu’il s’agisse de perspectives discutables). La Folle semence est un roman d’anticipation malthusien, publié en 1962, serré d’angoisse, une anti-utopie prophétique terriblement efficace.

      Certes, aux alentours de l’an 2000, il ne s’est rien passé de tel. Et même si l’Afrique et l’Asie continuent de voir croître dangereusement leur population et de l’exporter, la transition démographique conduit l’Occident, et jusqu’au Japon, à la dénatalité. Jusqu’à ce que les autres continents, y compris peut-être ceux agités par l’Islam, suivent le même mouvement. Est-ce à dire que le roman de Burgess n’a plus rien à nous dire ?

      Il n’en est rien. Car outre le spectre encore menaçant de la croissance démographique outre-Méditerranée, reste celui de la diminution des ressources alimentaires, du moins dans l’esprit de ceux qui ne perçoivent pas la réalité de l’augmentation de l’inventivité et de la productivité humaine. Mais surtout, il s’agit de comprendre comment la terreur, réelle ou supposée, de voir la planète s’effondrer et se dessécher sous le poids de l’humanité, conduit à un régime totalitaire de gestion de la pénurie. Une tyrannie non moins puissante est celle du contrôle radical des naissances, et, par conséquent, de l’homosexualité valorisée, exhibée comme un devoir moral et politique : « Qui dit sapiens dit homo ».

      Un trio de personnage anime le roman, Tristram, professeur d’Histoire qui aura le tort de délivrer un enseignement qui relève de « l’hérésie pure », sa femme Béatrice-Johanna qui rêve de mettre au monde des enfants néanmoins interdits, Dereck, frère du premier et amant caché de la seconde, puisqu’il faut être homosexuel pour accéder aux plus hauts rangs de l’Etat. L’« anabase » de Tristram, gorgée d’action, se fait picaresque et épique, entre prison et période militaire, ce qui lui permettra de percer les cyniques secrets des gouvernements successifs, du « ministère de l’infertilité » à celui de la « Fertilité »…

      Pire, étant donné un insipide végétarisme obligatoire, puis la « rouille des récoltes » et la famine, on accède au cannibalisme des révoltés. Lorsque tout s’effondre, « il n’y a pas plus moral que la criminalité, par les temps qui courent », dit un homme auprès d’un barbecue fort suspect. Un autre ajoute : « Quand l’Etat dépérit, la nature humaine s’épanouit ». Enfin « le théâtre charnu » remplace de nouveau l’écran du plafond où sévissait la propagande : « des histoires où, automatiquement, les bons n’avaient pas d’enfants tandis que les méchants en avaient, où des homos s’aimaient entre eux, où des héros à l’image d’Origène se castraient pour l’amour de l’équilibre du globe » ! Le retour au christianisme et à la copulation générale autour du « totem priapique » ne se fait plus attendre, avant la guerre, ce « grand aphrodisiaque », qui n’est probablement qu’un autre moyen « d’en finir avec l’excédent de population »… L’association de l’action débridée, autour de la fuite de Tristram, et l’amère satire des errements de l’humanité font de La Folle semence un puissant roman engagé en faveur d’une sagesse philosophique peut-être introuvable.

 

      Au-delà de volumes consacrés à Napoléon[6] et Jésus de Nazareth[7],  Anthony Burgess est indubitablement un visionnaire tourmenté. La violence et la sexualité sont de tout temps des pulsions dangereuses à contrôler, à pacifier, ce dont L’Orange mécanique et La Folle semence sont l’écho alarmant. Ces avertisseurs sont-ils des incitateurs ? À ce compte-là, si l’art est si dangereux pour les mœurs, pourquoi ne pas condamner la Bible où les tragédies de Shakespeare… En toute logique, le siècle des totalitarismes ne pouvait que tenter le romancier, auquel il consacra une vaste fresque parodique, intitulée Les Puissances des ténèbres[8], qui met en scène le combat, à la fois intime et intensément épique, d’un Pape contre le Malin, dont le royaume s’étend jusqu’au camp de Buchenwald…

 

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Testament de l'orange a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2017

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Anthony Burgess : La Folle semence, Robert Laffont, 1973.

[3] Gérard Manley Hopkins : Le Naufrage du Deutschland, Poèmes, Seuil, 1957.

[6] Anthony Burgess : La Symphonie Napoléon, Robert Laffont, 1977.

[7] Anthony Burgess : Jésus de Nazareth, Robert Laffont, 1999.

[8] Anthony Burgess : Les Puissances des ténèbres, Robert Laffont, 2012.

 

 

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 08:46

 

Autoportrait au miroir ancien, Parador San Marcos, Leon, España.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Orhan Pamuk autobiographe d’Istanbul :

 

Cette chose étrange en moi, Istanbul.

 

 

Orhan Pamuk : Cette chose étrange en moi,

traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, Gallimard, 688 p, 25 €.

 

Orhan Pamuk : Istanbul, souvenirs d’une ville, traduit du turc par Savas Demirel,

Valérie Gay-Aksov et Jean-François Pérouse, Gallimard, 552 p, 35 €.

 

 

 

 

 

 

      Détestable ! doit penser Recep Tayyip Erdogan d’un tel roman, d’un tel écrivain, qui fut censuré en février 2017 pour avoir osé dans Hürriyet, un quotidien turc, critiquer son gouvernement. La nostalgie d’Orhan Pamuk et de ses personnages pour la Turquie laïque d’Atatürk n’arrange rien. Cependant une plus prégnante nostalgie est mise en scène et en pages au travers deux miroirs ouverts ; l’un au profit d’un modeste marchand des rues, dans Cette chose étrange en moi, un fort roman, l’autre au cours d’un album qui se fait vaste autobiographie, enrichi d’une myriade de photographies, laconiquement titré Istanbul.

 

      Qu’est-ce que « cette chose étrange en moi » ? Sinon le culte du souvenir, sinon une histoire d’amour ? Mais autant pour une femme, que le jeune Mevlut enlève et épouse au détour d’un quiproquo, croyant échapper ainsi aux mariages arrangés, que pour, au-delà du village de son Anatolie natale, la ville-phare Istanbul, ses collines et son détroit.

      Mevlut est un « bozaci », un vendeur ambulant de « boza », une boisson traditionnelle à partir de millet fermenté. Mais au fil des ans, le raki, dix fois plus alcoolisé, d’ailleurs autorisé par Atatürk, remplace son goût sucré-amer, signant l’évolution des mœurs. Face à la modernité, la mémoire enjolive le passé : « Istanbul avait tellement changé tout au long des vingt-cinq dernières années que ces souvenirs lui semblaient tout droit sortis d’un conte ». En ce sens Mevlut est le prototype d’un temps ancien que sa nostalgie confronte aux temps présents et que l’écrivain ressuscite.

      Pour entrelacer les portes mémorielles, la narration alterne les dates significatives, entre les années cinquante et 2012, sans compter la polyphonie des voix de ceux qui entourent le récit de témoignages divers, multipliant les portraits et les vies des Stambouliotes. L’enfance de Mevlut, dans un village reculé d’Anatolie, s’achève à douze ans lorsqu’il part pour Istanbul avec son père. Une immense part de sa vie tourne sa page lorsqu’en 2009 sa petite maison, rachetée par un promoteur, est détruite : « Tout fut soudain pulvérisé d’un coup de pelleteuse – son enfance, les repas qu’il avait pris, ses devoirs et ses leçons, les odeurs qu’il avait humées, les ronflements de son père endormi et des centaines de milliers de souvenirs ». Il ira désormais vivre dans un appartement. « La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », « écrivait Baudelaire dans « Le cygne[1] », ce que reprend Orhan Pamuk à l’épigraphe de son ultime chapitre, confirmant la dimension élégiaque de son roman, qui, à l’aune de la vie d’un pauvre, prend en écharpe un demi-siècle.

      Quoiqu’attachant, le roman voit sa narration rester trop souvent factuelle et sentimentale, sans ce dynamisme dramatique ou cette pointe de satire qui pimenterait l’ensemble ; même si, par exemple, l’épisode de la découverte du commerce parallèle et des arnaques des employés dans le restaurant « Binbom » vaut son pesant de réalisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Mais en traversant tout un tas de quartiers, comme le fit l’écrivain pendant les six années qu’il eût à cœur de consacrer à son enquête urbaine et à l’écriture de Cette chose étrange en moi, le personnage d’Orhan Pamuk est un observateur, un sociologue sans le savoir, qui voit une délinquance nouvelle le menacer, voire l’islamisme le cerner. Mais c’est aussi un esprit traditionnaliste qui paraît s’accorder avec le retour du religieux, à condition qu’il reste modéré. Il est par exemple bien gêné de se trouver auprès de « Son Excellence » qui enseigne la calligraphie ancienne et professe dans sa « loge soufie ». Il est également un discret contempteur des mœurs trop occidentalisés, quoiqu’il respecte la mémoire d’Atatürk, mais de manière bien mesurée puisqu’il permit une libéralisation qui ne l’agrée pas toujours. Au cours de son voyage en train vers Istanbul, Mevlut croise un écriteau rappelant que Mustapha Kemal Atatürk but du café sous un platane en 1922. Le détail apparent innocent, rappelle que malgré sa dimension dictatoriale, le président turc institua une république laïque. Si l’écrivain partage en son roman social cette nostalgie (somme toute superficielle) de son personnage, il est certain qu’il ne partage guère son traditionalisme. Mevlut n’est donc pas l’alter ego d’Orhan Pamuk, qui a préféré s’éloigner de son moi, faire parler autrui, y compris s’il ne partage pas ses convictions.

      Un tel personnage qui ne reste pauvre parmi ceux qui parviennent à une relative prospérité, anti-héros apparemment innocent, qui ne ferait pas de mal à une mouche, qui aime sa femme Rayiha (y compris dans le plaisir sexuel) et ses deux filles, n’est pas sans soulever bien des questions. S’il vit au milieu de divers événements politiques, coups d’Etat militaires, coups de poing entre gauchistes et nationalistes, islamisme rampant puis agressif, il n’est en guère affecté. Sa perche à bacs de boza sur l’épaule, et quoique son commerce périclite, il se refuse à évoluer, à s’adapter ; sauf lorsque pendant cinq ans il devient gérant de restaurant. Comme bien des ruraux venus de la Turquie intérieure, il vote pour un maire religieux, Erdogan pour ne pas le nommer, comme s’en abstient le romancier, contribuant à faire le lit de l’Islam rigoriste, offensif et liberticide du susnommé Erdogan. Dans quelle mesure en est-il responsable ?

      Orhan Pamuk ne s’embarrasse pas de grand flamboiements rhétoriques, d’images précieuses ni de secrets sous-entendus. Une écriture limpide emporte sans peine le lecteur, même si son caractère méticuleux peut par instants confiner au manque de concision. Il s’agit de prendre un personnage de modeste extraction à bras le corps, de suivre son destin, celui de sa famille ; mieux, il devient un personnage finalement emblématique des aspirations humaines des Stambouliotes à la tranquillité, une allégorie de son pays : la Turquie. Ce qu’ont bien compris ses lecteurs, puisque Cette chose étrange en moi est devenu là-bas, comme en un mouvement un brin narcissique, un best-seller. En dépit de ses ambigüités, inhérentes à un personnage à la fois un brin nostalgique du laïque Atatürk et néanmoins attaché à la religion. Aussi Pamuk ménage tout son public, ne portant pas de jugement sur ses personnages, laissant s’identifier le lecteur comme il l’entendra, en faveur d’un passé traditionnel fantasmé, ou lui permettant une lecture critiques des forces qui sous-tendent le devenir d’une telle ville-monde.

 

 

      Ne nous laissons pas abuser par un premier regard. Istanbul parait d’abord un lourd volume encombré de pléthoriques photos en noir et blanc, poussiéreuses, d’une netteté quelquefois discutable. Dès lors on craindrait que le texte soit à l’avenant. Cependant, si l’on consent à plonger en cet univers, l’on est infailliblement happé par la langue, si proche du lecteur qui s’identifie immédiatement tant avec l’enfant, qui ainsi revit, qu’avec l’adulte qui écrit et revient avec précision et tendresse sur son passé et sur celui de sa ville fétiche.

      La patiente, méticuleuse, écriture autobiographique s’enlace étroitement, comme le lierre autour de l’arbre, avec le portrait d’une ville personnifiée. De la naissance, en 1952, à l’aube de l’âge mûr, tout concourt, même sans le savoir, à la décision qui clôt le livre : « Je ne serai pas peintre, dis-je, moi je serai écrivain ». Enfin, le livre achevé devient « une deuxième vie ».

      Dans une riche famille qui s’appauvrit peu à peu, apparait « le sentiment […] que je constituais un moi à part entière ». Aussi Orhan Pamuk respecte le pacte autobiographique mis en place à l’orée des Confessions par Jean-Jacques Rousseau : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature[2] ». Il paraît ne rien celer, y compris l’enfantin « durcissement » de son « zizi ». Le « monde parallèle des rêves », qui est celui de tout enfant, semble cependant les prémices de l’écrivain futur.

      L’horizon sentimental s’ouvre avec un « premier amour », dont le prénom signifiait « rose noire » en persan. Il a dix-neuf ans, elle vient à dix-sept ans visiter son atelier de peintre, puis poser pour lui et faire l’amour. La colère des riches parents, qui redoutent un peintre désargenté pour leur fille, les oblige à échanger leurs baisers dans un musée, et pousse cette dernière à demander : « Enlève-moi ». Mais c’est dans une école suisse que ses parents l’envoient. Ne reste que « la souffrance de l’amour ».

      De la « maison-musée » familiale aux paysages du Bosphore, une « Encyclopédie » -et en quelque sorte autobiographie- d’Istanbul prend peu à peu de l’ampleur, parallèlement au développement de celui qui entame son initiation centrifuge, mais aussi centripète, car le ramenant sans cesse à l’appartement originel que l’écrivain d’âge mûr habite toujours. L’espace s’élargit, le temps littéraire également, qu’il s’agisse de celui de l’auteur ou des auteurs romantiques convoqués : Nerval, Gautier, Flaubert, explorant l’ancienne Constantinople. Ce sont cette culture, ces lectures, et bien d’autres (« Woolf, Freud, Sartre, Mann, Faulkner »), qui permirent à ses compagnons de le taxer sans aménité du sobriquet d’« intellectuel ».

      En effet, l’horizon intellectuel s’élargissant sur l’Occident, il ne peut que buter en même temps sur le nationalisme et sur la religion. L’anniversaire de la chute de Constantinople, ou de sa conquête, selon le parti-pris, en 1953, permet de raviver la mémoire enfouie, et de mentionner les pillages, saccages, viols de « Rums », meurtres de prêtres grecs en 1955, que les photographies de rues chargées de débris illustrent ; ce qui permet au lecteur de prendre conscience de l’éjection des Chrétiens de Turquie au cours des dernières décennies.

      Dans les années cinquante et soixante, seuls les pauvres stambouliotes se montraient religieux. On est « indisposé par les bigots ». Devant une vieille domestique en prière, l’enfant est mal à l’aise : « la peur que j’éprouvais, comme toute la bourgeoisie turque laïque, n’était pas la crainte de Dieu, mais la crainte de la colère de ceux qui croient trop en lui ». Il émet une hypothèse non négligeable : « c’était peut-être parce qu’ils croyaient autant en Dieu qu’ils étaient resté pauvres ». La satire de la religiosité se mêle à une autre lourde inquiétude : « En glissant subrepticement de la religion à la sphère de l’islam politique […] et des coups d’Etat militaires, je crains de rompre la secrète harmonie de ce livre ».

      Riche de détails, de culture et d’émotions, bourrée jusqu’à la gueule d’anecdotes, de révolte adolescence et de sagesse, cette autobiographie talentueuse nous renvoie à notre propre enfance et jeunesse. Si différente soit-elle, c’est dans son mouvement et son travail d’accouchement du temps passé qu’elle nous permet, par rebonds, de nous récréer en notre singularité.

      Clichés grisés et travail de remémoration entraînent fatalement une certaine mélancolie, ce « hüzün », terme passablement intraduisible, auquel notre autobiographe consacre de longues et subtiles analyses, entre des versets du Coran et l’Anatomie de la mélancolie de Robert Burton[3]. La « mélancolie des ruines » côtoie « les beautés pittoresques » des faubourgs, or « ces vestiges, pour la plupart aujourd’hui disparus, étaient l’âme d’Istanbul ».

      L’auteur, encore jeune photographe amateur, n’est pas naïf. Comme pour l’écrivain, sa foi dans le réalisme est bien mesurée : « En posant pour l’avenir, nous arrangions aussi le présent ». Grâce à ces clichés, il s’engouffre en « la redécouverte de notre vécu ». De plus, par ces détails que le photographe n’avait pas l’intention de voir, l’on découvre mille secrets du quotidien perdu, d’où le « hüzün » qui imprègne immanquablement ces images, qui, quoique poudrées, parfois impeccablement composées, allient l’émotion élégiaque à l’esthétique. Car les images familiales côtoient celles des grands photographes de son temps, comme Ara Güler, ou de divers anonymes.

      Mais à observer avec plus d’attention cette pléthore de photographies, Bosphore, mosquées, rues, immeubles, collines et maisonnettes, l’on ne peut qu’être frappé par l’occidentalisation des costumes, donc des mœurs, dans une « société qui désirait s’occidentaliser », en ces années cinquante et soixante : il est fort rare, hors dans quelque ruelle d’un lointain faubourg, d’y croiser une femme voilée (le voile ayant été interdite en 1925 par Ataturk). Nul doute que le paysage urbain soit hélas aujourd’hui quadrillé de voiles.

      Quoiqu’Istanbul ait été déjà publié en 2007 par Gallimard, il s’agit là d’une édition considérablement enrichie, tant de deux-cents nouvelles photographies que d’une introduction, voire de passages ajoutés, un work in progress en somme. Témoignant d’une passion jamais démentie, depuis la plus prime enfance, pour le pouvoir de la photographie, qui « répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement », selon les mots de Roland Barthes. Or Pamuk, comme le dit si bien l’auteur de La Chambre claire (qu’il n’ignore pas) fait « revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps[4] ».

 

      Notre Prix Nobel de littérature 2006, né en 1952, qui vient de se voir consacré par un Cahier de l’Herne bienvenu, collectionne les photos anciennes, de même il réunit en ces romans une foule de vies, anecdotes, paysages et sensations. Comme un autre de ses anti-héros collectionnait dans Le Musée de l’Innocence[5] les objets rappelant son amour, lui-même commit un album muséal intitulé L’Innocence des objets. Certainement pour nous dire que la mission de l’écrivain, associant roman d’apprentissage des humbles et autobiographie de la formation d’un écrivain, au-delà de ce monde premier qui est le noyau de son identité et le substrat de sa ville polymorphe, est d’être un collectionneur de mondes. Mais aussi, d’être un intellectuel engagé, au risque de la prison, voire de la vie, en une Turquie qui, sous la férule d’Erdogan, ne supporte plus la moindre déviance envers le nationalisme, la moindre mécréance envers l’Islam totalitaire. Ainsi, en 2005, Orhan Pamuk fut poursuivi par la justice de son pays pour avoir publiquement reconnu le génocide arménien, dont on sait que les causes ne furent pas uniquement ethniques, mais également un projet d’éradication du christianisme sur le territoire turc. Il ne se fait pas faute de ne pas dénoncer le monstre politico-religieux qui s’abat sur un pays qui exporte moins des productions économiques et des livres d’écrivains que des thuriféraires et séides…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres I, La Pléiade, Gallimard, 2001, p 85.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Les Confessions, La Pléiade, 2001, Gallimard, p 5.

[4] Roland Barthes : La Chambre claire, Œuvres complètes III, Seuil, 1994, p 1112, 1192.

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 13:57

 

Vide-Greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Frédéric Bastiat ou le libéralisme

contre l’hydre de l’Etat,

cette grande illusion.

 

 

Frédéric Bastiat : L’Etat ou la grande illusion, Arfuyen, 160 p, 11 €.

 

 

 

 

 

 

      Comment ignorer Bastiat ? Victime de l’ignorance, de la méconnaissance, voire de l’ostracisme, ce penseur politique français illustre hélas à merveille l’adage : nul n’est prophète en son pays. En ce pays où l’Etat est un collectivisme, où l’individu, l’homo economicus, n’est qu’une bille parmi des milliers peinant dans les rouages grinçants de l’Etat, dont il suce les saintes huiles rances, on croit paraître cultivé et avisé en conspuant le libéralisme anglo-saxon. Alors qu’un Français du XIXème siècle est un digne continuateur de la pensée libérale de Montesquieu, de Tocqueville et de Jean-Baptiste Say, mais plus précisément dans le domaine économique, alors que la réfutation du socialisme est l’âme de l’œuvre de Bastiat. Une judicieuse anthologie, L’Etat ou la grande illusion, permet de prendre en écharpe l’ardeur et l’acuité de sa pensée.

 

 

      Qui est cet illustre inconnu dont la vie trop brève fut emportée à Rome par la tuberculose, en ses 49 ans ? Né à Mugren, dans les Landes, en 1801, l’apprentissage du négoce, puis la gestion de l’entreprise agricole familiale n’empêchèrent pas Frédéric Bastiat de s’intéresser à la philosophie et à l’Histoire, puis aux économistes anglais, tel Adam Smith, concepteur du libéralisme économique, de la division du travail et de la main invisible du marché. De même Richard Cobden, ardent défenseur du libre-échange, dont il devint en Angleterre l’ami, l’enthousiasma, au point d’entamer une campagne de presse, dans Le Journal des économistes, ce qui le conduisit en 1845 à publier Sophismes économiques[1] et permit en 1846 l’abolition du protectionnisme. À l’issue de la Révolution de 1848, il est élu député des Landes. Son autre ennemi déclaré fut également le socialisme de Louis Blanc, Proudhon et Marx, dont on trouve la réfutation dans ses pamphlets politiques, dans ses essais, La Loi[2] et Les Harmonies économiques[3], ce dernier achevé en 1850. Là il préconise le rapprochement des classes sociales en direction d’un plus prospère revenu et d’un progrès général. Ce but sera atteint, non par un constructivisme étatique, mais par les libertés économiques, ce que l’avenir se chargea de mettre en œuvre, même imparfaitement, en dépit du socialisme. La propriété individuelle, le travail et la libre concurrence sont alors des valeurs incontournables au service du bien commun. Bastiat est bien autant libéral en économie que dans le domaine des mœurs : il pourfend en effet la peine de mort, l’esclavage, le colonialisme, et défend avec ardeur le droit de grève, les caisses mutuelles de travailleurs et la liberté de la presse, dans le sillage de Benjamin Constant[4].

 

 

      Avec une salubre ironie, Bastiat demande qu’on lui « définisse » l’Etat, qui aurait « du pain pour toutes les bouches » et, par conséquent, « nous dispense tous de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d’expérience d’ordre, d’économie, de tempérance et d’activité ». Aussi « ce médecin universel, ce trésor sans fond, ce conseiller infaillible » n’a pas d’autre moyen que « de jouir du travail d’autrui » et de nous abreuver du même sort, finalement ruineux, tout en favorisant au premier chef ses ministres et ses pléthoriques fonctionnaires.

      L’Etat est le monstre doré qui est chargé de réaliser une myriade d’utopies. Toutes les aspirations et réclamations semblent trouver en lui leurs solutions. Hélas, il faut pour cela une autre myriade, mais d’impôts. L’impôt est en fait une « spoliation légale[5] », qui permet une redistribution des richesses arbitraire et abusive, une justice sociale coercitive et de plus contre-productive, qui est l’essence du totalitarisme. Analyse qui n’empêche en rien la libre association et la solidarité entre les hommes au moyen de caisses mutuelles. Gare cependant, « que le gouvernement intervienne. […] Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il permettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable ». C’est aujourd’hui le principe de la Sécurité sociale, d’origine communiste, peu performante et toujours déficitaire.

      En outre, il y a contradiction flagrante entre le désir de plus de services publics et l’aspiration à la baisse des impôts. Sans compter que l’Etat, n’étant guère le créateur ni celui qui a à cœur de mener à bien sa propre entreprise pour des motifs justement égoïstes, est un fort mauvais gestionnaire, souvent déficitaire.

      Dénonçant « la grande illusion » de l’Etat, certes un mal nécessaire en ce qui concerne les questions régaliennes, Bastiat montre de surcroît qu’il prétend réguler et chapeauter un libre marché réputé désastreux. En fait, non seulement il sape la capacité de production du marché, mais « l’Etat c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de toute le monde », écrit-il dans L’Etat ; ce qui est probablement sa formule la plus frappante. En effet, argumente en sa préface Damien Theillier, tout en promettant de garantir les « droits à » (logement, santé, éducation prétendument gratuits) qui ne seront jamais réellement offerts, tout en multipliant les aides (à l’emploi par exemple) et les dépenses sociales, notre trop cher Etat ne sait que contraindre et gaspiller au prix d’impôts coercitifs, d’un chômage exponentiel et d’une dette abyssale.

      Combien résonnent alors les prémonitoires pensées de Bastiat en notre temps, plus actuelles que jamais : « Il y a trop de législateurs, organisateurs, conducteurs de peuples, pères des nations. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter ». Avec pour conséquence l’inflation des lois, des codes, des normes, des impôts, des taxes, aux dépens de la liberté individuelle, de la responsabilité et de l’initiative privée. Le socialisme incompétent et le collectivisme  liberticide viennent subvertir ce capitalisme libéral[6], y compris des plus modestes, qui est le nerf des progrès de l’humanité.

      Le « Socialisme », qui va en ses rêves « jusqu’à la puérilité », décrète une fraternité qui n’est plus spontanée : alors « la prévoyance gouvernementale viendrait anéantir la prévoyance individuelle en s’y substituant » ; sans compter que la première ne se fait pas faute d’être injuste et dispendieuse. Ainsi « la répartition des fruits du travail sera faite législativement » ! De plus par des gouvernements et des bureaucrates moins compétents en leurs matières que leurs créateurs qui ont d’abord intérêt à leur succès.

Que reste-t-il au gouvernement, sinon « à prévenir et à réprimer les dols, les délits, les crimes, les violences », à garantir la propriété, la concurrence et la multiplication des capitaux ? De façon à ce que se réalise « l’affranchissement des classes ouvrières ». L’impôt ne doit être qu’ « une contribution unique, proportionnelle à la propriété réalisée », sans ces « pièges fiscaux tendus sur toutes les voies du travail ». Pas plus que la presse, l’éducation elle-même n’a pas à être « décrétée et uniforme »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La « Lettre à MM les électeurs de l’arrondissement de Saint-Sever » devrait être un modèle pour tout aspirant à la députation. En rien démagogue, Bastiat ne cache pas ses convictions. Il y sépare les fonctions régaliennes du pouvoir de ce qui doit rester à l’initiative privée : dès lors, le pouvoir est « fort », « peu couteux » et « libéral ». Car il « devient couteux à mesure qu’il devient oppressif » ! Il est à craindre aujourd’hui qu’une telle argumentation soit inaccessible aux impétrants tant qu’aux électeurs…

      « Détruire la concurrence, c’est détruire l’intelligence ». Ainsi Bastiat défend-il la liberté commerciale. « Quand l’Etat se fait le distributeur et le régulateur des profits, toutes les industries le tiraillent en tous sens pour lui arracher un lambeau de monopole », ce aux dépends du créateur d’une nouvelle technique, d’une nouvelle ressource, meilleure et moins chère, donc du consommateur.

      C’est également dans cette Lettre qu’il fustige le « système colonial [qui] est la plus funeste des illusions qui ait jamais égaré les peuples ». Ne serait-ce que parce qu’il y faut une dépense financière et humaine immense et peu rentable, sans compter les jeunes gens sacrifiés. Il a compris que l’Algérie est « le boulet qui nous enchaîne », et, ajouterons-nous, jusqu’à aujourd’hui et demain…

      « La pétition des fabricants de chandelles » est un bel apologue, hilarant, et cependant profondément judicieux, riche d’enseignements. Figurez-vous que ceux-là se plaignent du soleil et demandent à calfeutrer portes et fenêtres pendant le jour de façon à protéger leur activité d’une déloyale concurrence ! Le « rival étranger inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit ». Le raisonnement par l’absurde invalide le protectionnisme économique[7]. Nous ferions bien, aujourd’hui encore d’en tirer la leçon idoine…

 

 

      On ne s’étonnera pas que Damien Theillier, enseignant de philosophie, Fondateur de l’Ecole de la liberté et Président de l’Institut Coppet (qui hébergea Madame de Staël et Benjamin Constant), ait concocté pour notre plus grand bonheur cette anthologie de quelques-uns des textes les plus représentatifs, les plus vifs et coruscants de Bastiat, petite initiation aux lumières du libéralisme. Pour notre anthologiste et préfacier, dont l’initiative privée est d’utilité publique, il n’est rien moins qu’un « Socrate de l’économie politique ».

      À la lecture de cette judicieuse anthologie, dont on retrouve trois extraits représentatifs dans une autre anthologie, Les Penseurs libéraux[8], ne suit que le regret qu’elle soit si brève. Mais aux lecteurs curieux mis ainsi en appétit, nous proposerons de s’armer d’un joyeux courage en commandant les sept tomes des Œuvres complètes de Frédéric Bastiat[9], soit à peu près 3500 pages, d’après l’édition de 1862-1864, publiée par Paillottet chez Guillaumin. Edition parmi laquelle on découvrira Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas[10] qui est également un essai particulièrement sagace de notre Bastiat. Où l’on trouve la parabole de « la vitre cassée » par « un enfant terrible », selon laquelle cette dernière encourage le travail et la prospérité des vitriers. C’est ce qu’on voit. Ce qu’on ne voit pas c’est que l’argent dépensé aurait pu servir à créer de nouvelles richesses au lieu de remplacer les anciennes. Que sans vitre cassé on aurait une vitre intacte et une nouvelle vitre à un nouveau bâtiment ou tout autre objet utile, chaussure ou livre. Il applique ce raisonnement lucide au licenciement, à l’impôt, à la subvention aux arts, obérée d’une énorme part au profit de ceux qui la perçoivent, la distribuent, l’administrent et, in fine, restreignent à la mesure de leur esprit, souvent conventionnel, la créativité qui, ainsi perd en liberté… Appliquons-le aujourd’hui à une mode écologiste : le consommer local. Ce qu’on voit, ce sont les bénéfices du producteur proche et l’économie de transport et de pollution. Ce qu’on ne voit pas c’est le protectionnisme déguisé, la diminution des échanges, la négation de la division du travail, des produits plus chers puisqu’inadaptés au sol local, la restriction d’exportation, le tarissement de la variété des produits et des échanges, donc, à terme, un appauvrissement, tant des goûts que des ressources…

      On aurait deviné que parmi ces Œuvres complètes l’on découvre également un pertinent Contre l’économie d’Etat[11]. Ne doutons-pas que l’on trouvera grand profit (intellectuel et financier) à lire ses Sophismes économiques[12]. Voici la réfutation de l’un d’eux : « À la vérité le mot « gratuit » appliqué aux services publics renferme le plus grossiers des sophismes. Mais il n’y a vraiment rien de gratuit que ce qui ne coûte rien à personne. Or les services publics coûtent à tout le monde ; c’est parce que tout le monde les a payés d’avance qu’ils ne coûtent plus rien à celui qui les reçoit ».

 

      Sans vouloir donner un instant dans le patriotisme culturel, il est terrifiant de constater que la pensée des philosophes et économistes libéraux, et plus précisément de Bastiat, est moins connue en France qu’aux Etats-Unis par exemple. Avec une mauvaise foi qui serait hilarante si elle n’était si délétère, nos gouvernements prétendent avoir tout essayé, mais seulement du keynésianisme et du socialisme ; sauf la libéralisation de l’économie. Ils feraient bien d’avoir pour livre de chevet et de poche cette anthologie, dont la jolie minceur est inversement proportionnelle à la belle intelligence.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Frédéric Bastiat : Sophismes économiques, Les Belles Lettres, 2005.

[2] Frédéric Bastiat : La Loi, lulu.com, 2008.

[3] Frédéric Bastiat : Les Harmonies économiques, BookSurge Publishing, 2001.

[9] Frédéric Bastiat, Œuvres complètes, Institut Coppet, 2015.

[10] Frédéric Bastiat : Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, Romillat, 2005.

[11] Frédéric Bastiat : Contre l’économie d’Etat, Berg International, 2014.

[12] Frédéric Bastiat : Sophismes économiques, Les Belles Lettres, 2005.

 

 

 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:14

 

Cibiana di Cadore, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Kamel Daoud, mémoire, réécriture

 

et réalisme magique :

 

Meursault contre-enquête, Zabor ou les Psaumes.

 

 

 

Kamel Daoud : Meursault contre-enquête, Actes Sud, 160 p, 19 € ; Babel, 6,80 €.

 

Kamel Daoud : Zabor ou les Psaumes, Actes Sud, 336 p, 21 €.

 

 

 

 

 

      L’imitation des chefs d’œuvre des Anciens était une vertu à l’époque du classicisme, sans cependant qu’il s’agisse de singer Homère ou Sophocle. La Fontaine[1] sut faire de cet art la merveille que l’on sait en imitant Esope, toujours avec ce pas de côté qui caractérise le goût, la personnalité, l’inventivité. Kamel Daoud, Algérien, imitant la langue française pour mieux la faire résonner et raisonner, écrit aujourd’hui d’après des livres, occidentaux et arabes, mais sans servilité, les questionnant, leur retournant la peau, pour mieux interroger l’Histoire de l’Algérie et ses destinées en des réécritures tragiques, marquées des flamboiements du conte. De Meursault contre-enquête au tout jeune Zabor ou les psaumes, et aux travers de ses doubles, il nous étouffe, nous régénère, nous ravit…

 

 

      Meursault contre-enquête s’attaque en toute clarté à un morceau de choix, une vache sacrée de la littérature française, lue et relue, étudiée dans tous les lycées, on l’a compris, L’Etranger d’Albert Camus, jamais nommé. Le récit apparaît de prime abord comme une sorte de règlement de compte à l’égard de ce « crime commis dans un livre », de cette histoire volée à la mémoire algérienne et arabe, car Meursault tue un « Arabe », également jamais nommé. Mais, peu à peu, ce récit laisse entrevoir, comme en son double fond, un réquisitoire contre l’Algérie, qui a son allégorie, la mère de cet Arabe fictif.

      Ainsi Kamel Daoud donne un nom, Moussa, au grand vide qu’est la victime de Meursault, ce « roumi ». Quoique devenu personnage à part entière, il ne permet pas à sa mère d’en retirer bénéfice : le corps n’ayant pas été retrouvé, elle ne percevra aucune pension pour réparer la perpétuelle absence. De par cette mère qui fait de son affliction un destin, le jeune frère, Haroun, narrateur de son état, marqué au fer par la fatalité, subit sans cesse le poids de la malédiction. Anti-héros condamné à la déréliction, il subit une ascendance et une tradition délétère : « M’ma avait l’art de rendre vivants les fantômes, et, inversement, d’anéantir ses proches, de les noyer sous ses monstrueux flots d’histoires inventées ».

      Plus tard, en 1962, donc vingt ans après, dès l’indépendance algérienne acquise, Haroun tue de deux coups de feu un « Français qui avait eu le malheur de venir se réfugier chez nous ». On entend la réécriture de la scène centrale et solaire de Camus : « Ce furent comme deux coups brefs frappés à la porte de la délivrance », plutôt qu’ « à la porte du malheur ». La vengeance sordide apaise la mère, libère le fils, « comme après un coït ». Une brève arrestation pour crime commis hors temps de guerre officiel ne le perturbe guère. Une autre vie semble commencer lorsqu’une visite inattendue se produit : Meriem prépare une thèse sur le livre du meurtrier, titré L’Autre, avatar supplémentaire de la réécriture, pour, encore une fois, ne pas nommer Camus. Quelle sorte d’incandescence amoureuse connaîtra notre Haroun ? On devine que la trop libre étudiante restera un infini regret pour le vieillard qui se confesse à son lecteur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Kamel Daoud emprunte une narration spiralée, qui ne progresse guère, hors dans la deuxième moitié du récit, à l’occasion du meurtre du Français et de la rencontre de Meriem, sauf si l’on considère que l’enfance du narrateur se dirige vers son inéluctable vieillesse. Par instant, l’on piétine, le ressassement, la longue lamentation, frisent la répétition stérile. Néanmoins l’ensemble demeure considérablement efficace, marquant, ne serait que grâce à une écriture limpide et cependant somptueuse. L’autobiographie fictive, quoique cantonnée dans un cadre réaliste, déborde ce dernier, puisqu’il s’agit de se greffer sur des personnages que l’illusion mimétique ne consolide pas. Nés du livre d’autrui, Meursault et l’Arabe génèrent par association une famille pour ce dernier, un narrateur-personnage, encore plus fictionnels. Ainsi se mêlent l’intimité d’une mince famille et la fresque historique d’Alger et des villes algériennes, de leurs mœurs, de la fin de la colonisation à une libération décevante, à une indépendance qui n’en est pas une, faute de se libérer de la tradition et de l’Islam.

      On sent que le romancier veut faire de Moussa, cet Arabe anonyme tué par Meursault, un symbole mémoriel, celui de tous les Arabes tués et oubliés par la colonisation française. Pourquoi pas. Mais une telle victimisation politique pourrait agacer tant elle va dans le sens du politiquement correct, contempteur de l’impérialisme colonisateur, qui d’ailleurs oublie allègrement celui des Arabes et des Ottomans, ainsi que les lendemains de la décolonisation. Car elle « s’en est même prise aux cimetières des colons et on a souvent vu des gamins jouer au ballon avec des cranes déterrés ».

      À moins que Kamel Daoud, de toute évidence, soit plus subtil ; à moins qu’il s’agisse d’une satire d’une Algérie confite en ses ressentiments, un pays incapable de faire son propre procès, de se métamorphoser, de se projeter vers un avenir plus ouvert, plus libre : « Si tu m’avais rencontré il y a des décennies, je t’aurais servi la version de la prostituée/terre algérienne et du colon qui en abuse par viols et violences répétés. Mais j’ai pris de la distance ». Son personnage a vu « se consumer l’enthousiasme de l’indépendance, s’échouer les illusions », il laisse entendre le poids putrescent de la religion sur le pays. Ne restent qu’ « un minaret hideux qui provoque l’envie de blasphème absolu en moi […] une meute de bigots ». L’imam qui vient lui parler en vain de Dieu est l’écho du prêtre dérisoire qui vient visiter Meursault dans sa cellule, la veille de son exécution.

      Or la dénonciation de l’Islam, du Coran est sans fard : « je déteste les religions et la soumission ». Plus loin : « C’est l’heure de la prière que je déteste le plus ». Plus loin encore : « Je feuillette parfois leur livre à eux. Le Livre, et j’y retrouve d’étranges redondances, des jérémiades, des menaces », ce en quoi il ne se trompe pas[2]… On ne s’étonnera pas qu’une fatwa ait été prononcée contre l’écrivain. En 2014, suite à la parution de Meursault contre-enquête et diverses apparitions médiatiques, il fut ainsi menacé de mort pour hérésie et apostasie par un imam salafiste algérien, ancien de ce Front Islamique du Salut qui ensanglanta longtemps l’Algérie. Fort heureusement, l’imam en question fut condamné par la justice algérienne. Ce dernier reprocha également à l’écrivain de s’être attaqué à la langue arabe. Péché salvateur parfaitement assumé par Haroun, ici alter ego de son auteur : « cela me poussa à apprendre une langue capable de faire barrage entre le délire de ma mère et moi ». Ou de l’Algérie et l’arabité comme mère indigne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Comme et mieux encore que dans Meursault contre-enquête, où le narrateur exprimait la volonté de se faire « une langue à moi », cet autre orphelin, cette fois de mère, Zabor, qui vit avec sa tante et son grand-père mutique, est rejeté par la communauté. D’abord par sa famille, par sa belle-mère et son père, car l’un de ses demi-frères prétend avoir été jeté dans un puits sec par ses soins, puis par sa différence, sa chétiveté, sa propension aux rêveries et sa fringale de lecture. Mais en contrepartie, il sait se constituer une intense identité grâce aux mots français, aux livres et à l’écriture. Surtout, à l’instar du réalisme magique de Salman Rushdie[3], il écrit de manière compulsive dans ses surabondants cahiers pour « contrer la mort », « pour sauver des vies ». Il s’agit d’un don divin : « quand je me souviens avec netteté et que j’utilise les bons mots, la mort redevient aveugle et tourne en rond dans le ciel, puis s’éloigne ». Sa réputation de guérisseur des agonisants gagne peu à peu le village. Ce qui n’empêche pas ses brutaux demi-frères de le mépriser. Pourtant, ils viennent le prier de sursoir l’agonie de leur riche et détestable père égorgeur de moutons (ce pourquoi Zabor ne mange pas de viande) au moyen de ses écritures. C’est « saisir la bandelette pour inverser la momification », comme par allusion au Livre des morts égyptien. C’est entrevoir « trois déesses grecques dans le corps d’un imbécile », par allusion aux Parques. Il sera cependant frappé, chassé par le « scandale », par l’appel aux imams. S’il tente encore, mais de loin, de repousser la mort cancéreuse de la bouche du père gagnée par « des insanités incontrôlables », c’est compter sans la « panne du don »…

      Notre Zabor ira jusqu’à couvrir les murs, les trottoirs, de ses écrits, accrocher ses carnets dans des sacs, ce pourquoi, comme Haroun, il passera un jour en prison. Malgré un « cahier parfait », le dernier, la mort du père sera pour lui un sévère échec. Ou peut-être une nouvelle liberté, si l’on peut imaginer que le monstrueux paternel est la terrible allégorie d’une société patriarcale oppressante, pourtant pas prête de lâcher la bride.

      Une société rurale et clanique, consanguine et bestiale forme le terreau de cette Algérie obscurantiste, coagulée dans ses coutumes, étranglée par la religiosité, à peu près fermée au monde de l’humanisme, de la science et de la raison. Heureusement, « le véritable sens du monde était dans les livres », quoique Zabor reste confiné dans le merveilleux, dans l’irrationnel, comme échappatoire. Reste que ce « Robinson arabe », n’a pas son pareil pour fixer et griffer d’un trait de plume vigoureusement satirique les Algériens qui l’entourent et pour brosser d’un pinceau de couleurs et d’amour les paysages, montagnes, désert, nuit, bourgades, en un hommage permanent à la beauté qui n’est jamais celle des hommes.

      Quant aux femmes, on les voit peu, cloîtrées, incultes, « décapitées » par une idéologie repoussante, ou soudain magnifiées par l’amour et la prose de Zabor. Sa tante, abandonnée par son promis, est devenu une réprouvée, de même pour sa mère qui fut répudiée ; quant à Djemila, « qui ne sait ni lire ni écrire », cachée derrière sa fenêtre, Zabor ne peut l’épouser car divorcée. La plaidoirie de l’écrivain tente de rendre justice à ces femmes.

      Devant ce lyrisme continu, touffu, parfois oppressant, d’aucuns seront un peu déçus du peu de péripéties, de la « prédilection pour les digressions » et les paragraphes en italiques. La progression en un triptyque (« Le corps », La langue », « L’extase ») aide peu au dynamisme. La tension qui était celle de Meursault contre-enquête, n’est pas toujours au rendez-vous. Beaucoup plus empreint de sensuelle prose poétique, à la lisière du conte fourmillant, Zabor ou Les psaumes, de par la connotation biblique de son sous-titre, a quelque chose de la prière, mais en direction de la vie et de l’univers, a contrario de ce qui est explicitement le livre-repoussoir, le Coran, (« un Livre sacré qui n’était plus unique »), parfois cité, dans la traduction de Malek Chebel : « les poètes sont suivis par les égarés ».

      En conséquence, au-delà des « près de sept mille livres lus », de ceux que Zabor réécrit, comme Robinson Crusoé, ou Le Seigneur des anneaux changé en histoire de « vendeur de bague devenu éternel », et de ses « psaumes » lancinants, l’on pense à l’imaginaire foisonnant (quoique avec bien moins de récits que par la grâce de Schéhérazade) des Mille et une nuits. Notre auteur ne se fait pas faute de pas le prendre en compte, ne serait-ce qu’en reprenant les histoires du père, dont celle de la famine et de sa misère qu’il ne peut s’empêcher de reprocher à sa descendance. Cet anonyme chef d’œuvre de l’humanité, que l’on a retrouvé en arabe, même s’il est probablement d’origine persane et s’il est fort cosmopolite, s’adosse à la multiplicité des livres et des cultures pour défier, non sans perspicacité polémique, et rejeter ce qui se veut le « Livre unique », cet abêtissant et aliénant Coran, pour ne pas le nommer. En ce sens, non seulement Kamel Daoud propose un manuel d’écriture, par la vertu des réécritures et de la métaphore, qui « était une sorte de verset qui allait du corps vers le ciel et pas l’inverse », mais il manifeste une intention politique, une nécessité d’exil intérieur, de libertés et d’indépendances. Ainsi il échappe à son « village et à son sort de caillou ».

 

 

      Journaliste engagé né en 1970, Kamel Daoud tint des régulières chroniques dans Le Quotidien d’Oran, où il vit, outre ses interventions de chroniqueur de l’état du monde, parmi les pages de l’hebdomadaire français Le Point. Plus de deux mille textes, témoignant d’une plume agile et affutée, mais aussi très lue. Parmi ceux-ci, cent quatre-vingt-deux figurent dans Mes Indépendances. Chroniques 2010-2016[4]. Là il pourfend l’Islam politique (ce qui est un pléonasme), la déliquescence du régime militaire et socialiste algérien, tout en saluant ces révolutions arabes qui ne tinrent pas leurs apparentes promesses de liberté, mais aussi, et surtout, condition sine qua non de la liberté, celle des femmes, si malmenée, si niée dans le monde islamique. Une chronique sur la misère sexuelle arabe lui valut la grotesque accusation d’islamophobie, qui d’ailleurs ne devrait pas être une accusation, mais une saine et humaniste réaction après analyse critique. Depuis, il dut interrompre ses contributions au journal algérien. Plus isolé dans son pays, Kamel Daoud est en fait plus intégré au monde tel qu’il se doit, à l'instar de son talentueux confrère romancier Boualem Sansal[5], contempteur de l'Islam théocratique. Les livres de l’écrivain et de ses doubles, Haron et Zabor, paraissent encore chez Actes Sud (et Barzakh en Algérie), les chroniques du journaliste paraissent encore -jusqu’à quand ?- dans Le Point, dans un pays qui veut croire encore aux libertés.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 19:42

 

Piazza dei Signori, Verona. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Michal Ajvaz ,

 

fantastique géographique et livresque :

 

L'Âge d'or de l’Autre ville.

 

 

Michal Ajvaz : L’Âge d'or,

traduit du tchèque par Michel Pacvon et Aline Azoulay-Pacvon,

Mirobole, 2017, 322 p, 22 €.

 

Michal Ajvaz : L’Autre ville,

traduit du tchèque par Benoît Meunier,

Mirobole, 2015, 224 p, 19 €.

 

 

      Seuls le rêve, le voyage, un regard particulièrement affuté, peuvent modifier l’espace. Mais également l’art, qu’il soit architectural ou littéraire. Comme un Piranèse de fantaisie, entre roman et surréaliste poème en prose, un Tchèque étrange, nommé Michal Ajvaz, né en 1949, déplace et perturbe les îles et les villes pour en faire de précieux et déstabilisants labyrinthes. De L’Âge d'or à L’Autre ville, le plaisir du conte borgésien ne cesse de se renouveler, en un fascinant diptyque.

 

      Sommes-nous dans une île digne de L’Utopie de Thomas More ? S’il s’agit dans L’Âge d'or de montrer un modèle à la perfection absolue et finalement destructrice des libertés et de l’individu, Michal Avjaz répond absent : « que le lecteur ne redoute point qu’on lui présente insidieusement un idéal social ou moral ». Ni utopie ni contre utopie à la Huxley ou Orwell… Que faire alors d’un livre qui n’a aucun but politique ? Eh bien, jouir, sans arrière-pensée, des bonheurs perplexes de l’imagination. Car dans cette île montagneuse on savoure « toutes les nuances des plaisirs de l’insensé ». Les insulaires ont par exemple des murs d’eaux transparents et des mines de pierres précieuses dans leurs maisons. Sans oublier qu'ils considèrent «  les taches dessinées sur les murs comme l'écriture par laquelle leur dieu leur communiquait ses messages et ses volontés ». On y croise une princesse et des « tapis rêveurs », la Métaphysique d'Aristote et un volume imaginaire d'Averroès...

 

 

      Le pittoresque magique bute bientôt sur le caractère informe, instable et indéfini de toute une culture : les mots sont changeants, le Livre unique peut être sans cesse réécrit. D'ailleurs ce « Livre insulaire était plus complexe que Les Impressions d'Afrique de Raymond Roussel, dans lequel Michel Foucault dénombra neuf niveaux de digressions ». Malgré ses « poches blanches de digressions », ses histoires de « taches », il forme, avec une lutte entre deux clans royaux, avec un prince observant au télescope une autre vie et une autre langue, puis avec des « statues en gelée », des romans dans le roman, des « parodies de l’art » bientôt disparues. Face à la ville de Prague où le narrateur revient écrire son mémoire, l’île et ses habitants démentent toute logique, absorbant leurs colonisateurs, désunissant les amours, effaçant les gouvernants et les noms.

       Labyrinthes, miroirs, quête de « la couche originelle du Livre » sont des thèmes borgésiens certes, mais le Tchèque Michal Avjaz les accommode d’une manière toute personnelle, dans un étonnant roman qui flirte autant avec l’essai qu’avec la description géographique, le tout avec une fantaisie polymorphe et chatoyante. Ce livre qui, au moyen d’une mise en abyme vertigineuse, recèle son fameux et déroutant « Livre insulaire », s’est déroulé « sans avoir succombé aux sirènes du sens, de l’idée et du didactisme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Après cette exploration d’un espace îlien peuplé d’excentriques jouant à sans cesse modifier un livre labyrinthique, L’Autre ville choisit de receler un « livre à reliure violette ». Ce dernier ne peut qu’attirer l’attention d’un amateur de Prague qui est peut-être un alter ego de notre conteur. Ecrit dans un alphabet inconnu, il emporte son nouveau propriétaire dans une quête compulsive et hallucinante. Un bibliothécaire -sage ou pusillanime ?- tente de le dissuader : « Oubliez ces livres étranges qui vous rappellent les frontières de notre univers ». Les « lettres phosphorescentes » du volume fascinent notre narrateur au point qu’un cylindre caché dans une colline le conduit en cette « autre ville », qui est peut-être le kaléidoscope de son ancien imaginaire d’enfant. Dans une immense église, un prêtre entame un sermon éminemment borgésien, se référant à des « livres saints », aux « commentaires contradictoires », bourrés de facettes mythologiques, de détails ubuesques. Une fois cette porte fermée, les soixante-seize caractères du livre sont ceux d’un « alphabet maudit », selon le narrateur d’un récit emboité interrompu. Où sont les « portes interdites », où passe le « tramway de marbre vert » ?

      Sans cesse se muant en fascinante prose poétique le roman ajvazien navigue à la lisière d’un guide touristique qui serait devenu fou et d’une métaphysique aporétique. Quelque part entre la « bibliothèque universitaire » et le « temple rupestre », parmi les cafés qui se changent en jungles, repose le secret introuvable d’un livre qui n’est pas étranger au « naufrage parmi des rayonnages couverts de livres » de malheureux bibliothécaires disparus. Qui sait s’il s’agit là d’une métaphore du communisme qui sévit si longtemps sur Prague ? Est-ce pour cette raison que notre auteur, dont l’enfance fut contrainte par l’interdiction qui pesait sur les livres non-réalistes, aime à se réfugier et se perdre dans des univers parafictionnels ? De même, lorsque dans L’Âge d'or, le Livre voit s’effacer et se réécrire sans répit l’Histoire, comme si une impalpable tyrannie rendait impossible toute permanence, toute transmission.

 

 

      De Michal Ajvaz, il est à souhaiter que l’édition française imagine de traduire son Retour du vieux dragon de Komodo, dans lequel un archéologue s’aventure à la recherche d’un empire oublié. Bien sûr, il y aura encore en ces pages, un étonnant texte à lire, gravé en une cathédrale. À moins de préférer Rues vides : cette fois il s’agit d’un peintre qui consacre son talent à peindre les objets comme s’ils étaient de secrets hiéroglyphes. Heureusement pour le lecteur français, et quoiqu’il soit aujourd’hui épuisé en sa première édition parue en 2007, chez Panama, il se peut que L’Âge d'or soit son plus brillant roman, entre ethnographie, philosophie et conte. Là où le livre sans cesse compulsé et retravaillé par les îliens est une sorte d’hypertexte, une mémoire en perpétuelle mouvance, dissolution et création.

 

      L’ailleurs spatial et temporel, bruissant de toutes ses potentialités mentales et oniriques, est à l’évidence un thème récurrent, voire obsessionnel, chez ce romancier, poète et essayiste, pour lequel les éditions Mirobole sont parvenus à reconstituer un troublant diptyque. Ainsi s’aiguise notre insatisfaite curiosité pour cet auteur qui a consacré des essais à Derrida et Borges. Décidemment « l’entrée de la bibliothèque est dangereuse », mais aussi séduisante, surréaliste et unique sous la plume chatoyante de Michal Ajvaz, sans cesse mobilisé par l’avalanche d’univers parallèles où le langage est pris au piège de son propre soupçon. Sommes-nous parmi les seules spéculations et constellations romanesques du fantastique, du merveilleux, du gourmand fantasme, ou parmi l’inquiétante étrangeté de la paranoïa ?

Thierry Guinhut

À partir d’articles publiés dans Le Matricule des anges, avril 2007 et avril 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

Treviso, Veneto. Photo : T. Guinhut.

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 12:58

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut

 

 

 

 

 

 

Les prodiges des forêts

 

par Peter Wohlleben et Christopher Stone :

 

La Vie secrète des arbres,

 

suivi de :

 

Les Arbres doivent-ils pouvoir plaider ?

 

 

 

 

Peter Wohlleben : La Vie secrète des arbres,

traduit de l’allemand par Corinne Tresca, Les Arènes, 272 p, 20,90 €.

 

Christopher Stone : Les Arbres doivent-ils pouvoir plaider ?

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Tristan Lefort-Martine,

Le Passager clandestin, 158 p, 12 €.

 

 

 

 

 

 

 

      Ils vivent autour de nous. D’une vie simplement végétative, sans un mot, en silence, sauf le vent dans les feuilles, qui les ploie, qui les fracasse parfois. Leur chute est leur seul bruit de terreur, si l’on veut leur accorder cette personnification. Il faut cependant réviser notre perception naïve, engranger de plus perspicaces connaissances ; ce dès l’ouverture du livre étonnant de Peter Wohlleben : La Vie secrète des arbres. L’essai ressortit d’abord à l’écologie -au sens scientifique du terme- mais également à la poétique. Faut-il y ajouter le droit, lorsque l’on se demande, avec Christopher Stone : Les Arbres doivent-ils pouvoir plaider ?

 

      Sous-titré « ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent », ce bréviaire du marcheur en forêt est étonnant à plus d’un titre. Le plus stupéfiant est la capacité de communication des arbres : par les odeurs, par les modifications chimiques avertissant des attaques d’un prédateur et permettant de le repousser, par les racines qui redistribuent d’arbre en arbre les substances nutritives et les informations, par la douleur et la mémoire. « Je me demande parfois si nous ne serions pas contraints de traiter les arbres et l’ensemble des végétaux avec plus d’égards s’il s’avérait sans contestation possible qu’ils partagent de nombreuses facultés avec les animaux », assure Peter Wohlleben

      Toute une vie est exposée à qui sait la regarder, l’analyser. D’arbre en arbre, tout un univers de microscopiques champignons bouillonne à leurs pieds. L’écorce (dont ils se desquament, comme nous nos peaux mortes) et les cercles du duramen disent l’âge du pluri-centenaire. Le houppier sommital s’élance vers la lumière. Cependant les cerfs érodent et broutent feuilles et jeune bois. Les blessures attirent insectes et larves. Le lierre et le gui sont de dangereux parasites. On y lit jusqu’aux crimes, dus à la foudre, aux tornades, aux insectes ravageurs, aux pics verts et noirs qui creusent, brisent et rongent les seigneurs des forêts. Quant aux platanes, tilleuls et autres espèces urbaines, ils sont bien plus fragiles, survivant isolés, sans congénères, dans une terre pauvre et trop tassée, dans la chaleur du goudron et du béton, assoiffés.

      De toute évidence, sachant parfaitement s’adapter aux saisons et aux ères climatiques, « la forêt est un gigantesque aspirateur à CO2 », ce dernier ayant d’ailleurs « un effet fertilisant ». Elle produit, du moins le jour, l’oxygène dont nous avons besoin. Elle est de plus un garant de la biodiversité ; par exemple, au seul bois mort, sont inféodés « 6000 espèces végétales et animales actuellement connues », espèces certainement précieuses pour le zoologue, le botaniste. Mais aussi un régulateur de climat, grâce à son abondante humidité, jusqu’au centre des continents.

    

 

      Aussi passionné qu’attentif, Peter Wohlleben, forestier de son état, nous raconte avec entrain, et sans nous ennuyer une seconde, comme une véritable biographie de ses amis. Leur naissance, leur croissance, leurs maladies, leur mort, sans oublier leur progéniture, dont quelques-uns de ces « bébés-arbres grandissent sans parents » autour d’eux, donc plus vulnérables. Quant aux « enfants-arbres », ils « doivent souvent patienter des centaines d’années avant de pouvoir eux-mêmes fleurir et transmettre [leurs] gènes ». D’où l’« éloge de la lenteur » de ceux qui savent avoir des caractéristiques individuelles. Et visiblement le hêtre, « grand vainqueur » de la compétition arbustive, plus que l’épicéa et le chêne, est son préféré, même si l’if peut perdurer plus de mille ans.

      Servi par une écriture limpide, un agréable didactisme, même s’il se répète un tantinet, Peter Wohlleben, obscur forestier, mérite la succès qui le met en lumière, quoiqu’il préfère se retrancher derrière le tronc de ses arbres aimés.

      Quoique ami à la vie à la mort de ses compagnons des bois, Peter Wohlleben n’a rien d’un jusqu’au-boutiste écologiste ou végan : « Nous utilisons des êtres vivants qui sont tués pour satisfaire nos besoins, il est inutile d’enjoliver la réalité. Pour autant est-ce blâmable ? Nous sommes nous aussi partie intégrante de la nature et ainsi constitués que la substance organique d’autres espèces vivantes est indispensable à notre survie. […] Nous devons veiller à ne pas puiser dans l’écosystème forestier au-delà du nécessaire et nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles ». Il plaide pour une exploitation forestière non invasive, pour une biodiversité des frondaisons, d’ailleurs plus productive (comme l’est la permaculture),  pour que la sylviculture permette une part de reconstitution primaire. Ne fait-il pas ainsi preuve de sagesse ?

      Nous saurons avec lui trouver une paix, une osmose avec la vie intense des arbres, en pratiquant l’art de marcher[1] parmi une hêtraie, sous les rousseurs des frondaisons, si possible dans une forêt primaire d’un massif montagneux isolé, là où l’on respire la fraîcheur feuillue et la vivacité de nos pensées…

 

     

      En France, la surface forestière a doublé depuis un siècle. En Californie, quelques illuminés, tentés par les sirènes de l’irrationnel embrassent le tronc d’un arbre, parfois à plusieurs, de façon à s’imprégner de leur énergie positive. Les poètes ont depuis longtemps été impressionnés par la puissance, la symbolique et l’esthétique arbustive, tel Paul Valéry et son « Dialogue de l’arbre », dans lequel Tityre sait « ce que vaut ce que m’enseigne l’arbre[2] », ou Rainer Maria Rilke parmi ses Sonnets à Orphée :

« Or, un arbre monta, pur élan, de lui-même.

Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille ![3] »

      Il n’est pas tout à fait étonnant que l’essai de Peter Wohlleben vienne d’Allemagne, où il rencontre un succès prodigieux, et plus précisément des forêts des massifs de l’Eifel et du Harz. Souvenons-nous des forêts germaniques et de leur dimension identitaire, mentionnées par l’Historien romain Tacite, de la passion pour les silhouettes ligneuses dans les tableaux du peintre romantique Caspar David Friedrich, de la tradition écologiste allemande, y compris dans le culte de la nature explicite chez les Nazis[4], de l’atavisme forestier rarement démenti outre-Rhin, tel que la lecture du magnifique livre de Simon Schama, Le Paysage et la mémoire[5], peut nous en convaincre.

 

     Tournons-nous vers les Etats-Unis, pour aller un peu plus dans la réflexion. Si, vivants et précieux, les arbres sont des créatures sentientes, qui sait si leur dignité, leur droit naturel à l’existence et au développement, ne doivent pas leur permettre d’acter en justice. C’est la thèse que défend Christopher Stone, dans son bref essai Les Arbres doivent-ils pouvoir plaider ? paru en 1972 outre-Atlantique et seulement aujourd’hui en France. Non seulement les arbres, une forêt, une rivière, comme lorsqu’en Nouvelle-Zélande le parlement accorda en mars 2017 le statut de personne juridique au fleuve Whanganui, qu’une communauté maorie voyait dangereusement menacé par un barrage. Le droit à l’existence, à la pérennité, d’un bel arbre, d’un espace naturel exceptionnel, s’il ne peut être défendu par leurs soins, doit, selon Christopher Stone, être représenté par une association, voire un Etat. Reste le risque que ces derniers s’emparent abusivement d’une prérogative qui deviendrait une tyrannie écologiste[6], menaçant le développement humain. Comment hiérarchiser la beauté et l’utilité des animaux (et le faut-il ?) face à la hiérarchie anthropique ? Christopher Stone, s’il est partisan des « droits de l’environnement », dans le cadre de ce qui deviendra la « deep ecology », et de la personnalité juridique d’une nature à défendre contre les crimes commis à son égard, n’ignore pas tout à fait ces interrogations. S’attachant aux « aspects juridico-opérationnels » et aux « aspects psychologiques et psycho-sociaux », son essai informé fait aujourd’hui référence pour les juristes, mais aussi pour le philosophe. À l’heure où un Président des Etats-Unis[7] déclassifie quelques parcs naturels pour y permettre des recherches pétrolières et gazières, faut-il être intransigeant en statufiant les espaces protégés, ou faut-il s’assurer que de nécessaires exploitations n’auront qu’un impact léger, au point d’exiger qu’une fois l’exploitation sélective réalisée, la nature soit rendue à son état originel ? La sagesse reste entre les lèvres de Christopher Stone : « Il se pourrait que la plus noble des tâches qui ait été assignée à la Cour suprême ne soit pas de faire tomber ses sentences, mais de relever dans l’esprit humain les idées les meilleures, les plus délicates et les plus généreuses qui y abondent, et de leur donner forme, réalité, et légitimité ».

 

      Après la vision scientifique de Peter Wohlleben, puis celle juridique de Christopher Stone, penchons-nous sur un « essai d’une philosophie occidentale » : le Traité de l’arbre[8] conçu par Robert Dumas, petit livre séduisant, savant et illustré. De « l’arbre symbolique » au « gouvernement des arbres », toute une histoire des forêts s’associe à celle de l’humanité occidentale. Le botaniste les nomme et les classe, le propriétaire et le planteur spéculent sur les gains à venir grâce à ces troncs et ces branches qu’exploite la machine économique. Le philosophe s’étonne de lire la suite de Fibonacci dans la distribution des feuilles sur une tige ; mieux, après un coup d’œil vers Kant et Hegel, Deleuze oppose l’arbre du pouvoir au rhizome de l’anarchie, quoique selon Robert Dumas « le rhizome ne brise pas la logique de l’arbre, il l’accomplit et la surdétermine ». Enfin la littérature -et plus particulièrement la poésie, dont celle d’Hugo- chante l’habitat des petits oiseaux, quand la peinture, à la suite du jardin d’Eden, consacre le roi des forêts comme arbre de vie et de la connaissance. Avant de devenir sujet de représentation par lui-même et de peupler le calme des tableaux classiques de Poussin et de Le Lorrain, puis le romantisme inquiet de Caspar David Friedrich…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Paul Valéry : « Dialogue de l’arbre », 1943, Eupalinos ou l’Architecte, L’Âme et la Danse, Dialogue de l’Arbre, Poésie Gallimard, 1970.

[3] Rainer Maria Rilke : Sonnets à Orphée, 1922, Les Elégies de Duino, suivi de Sonnets à Orphée, Points Seuil, 2006.

[4] Voir : Luc Ferry : Le Nouvel ordre écologique, Grasset, 1992.

[5] Simon Schama : Le Paysage et la mémoire, Seuil, 1999.

[6] Voir : Du suicide économique et écologique. Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

[7]  Voir : De quelle tyrannie ou de quelle rhinocérite Donald Trump est-il le nom ?

[8] Robert Dumas : Traité de l’arbre, essai d’une philosophie occidentale, Actes Sud, 2002.

 

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 15:29

 

Globe terrestre, vide-grenier de La Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Entre Islam et Russie, savoir choisir ses ennemis,

ou les tournants de la géopolitique.

Alexandre del Valle :

Les Vrais ennemis de l’Occident ;

Hubert Seipel : Poutine, une vision du pouvoir.

 

 

 

Alexandre del Valle : Les Vrais ennemis de l’Occident.

Du rejet de la Russie à l’islamisation des sociétés ouvertes, L’Artilleur, 560 p, 23 €.

 

Hubert Seipel : Poutine, une vision du pouvoir,

traduit de l’allemand par Claude Haenggli, Syrtes, 360 p, 22 €.

 

 

 

 

 

      Certes nous préférerions devoir ne penser qu’à l’amitié, qu’à la paix. Cependant nécessité, réalisme, perspicacité, realpolitik nous contraignent non pas à désigner arbitrairement nos ennemis et ainsi œuvrer en faveur de la guerre, mais à savoir qui sont ceux qui nous désignent comme leur ataviques ennemis. « Il vous faut un ennemi » disait un chauffeur de taxi newyorkais à Umberto Eco[1]. Non pour le plaisir de la testostérone mais parce que, selon l’adage romain : si vis pacem para bellum ; si tu veux la paix, prépare la guerre. Ainsi Alexandre del Valle établit avec clairvoyance qui sont Les Vrais ennemis de l’Occident, l’Islam en son entier, plutôt que la Russie, coiffée par un Poutine dont Hubert Seipel nous propose une vision du pouvoir en forme de plaidoirie raisonnée. Ce pourquoi il nous paraît que l’OTAN doive considérablement évoluer et changer son fusil d’épaule.

 

 

      La thèse d’Alexandre del Valle est aussi évidente que judicieuse : depuis la chute pacifique du communisme et l’éclatement de l’Union soviétique, la Russie, fût-elle incarnée par Poutine, n’est plus l’empire du mal, alors que l’hydre de l’Islam l’a, de manière plus sidérante, remplacé. Aussi plutôt que d’errer, selon son sous-titre, « du rejet de la Russie à l’islamisation des sociétés ouvertes » (on devine le concept de Karl Popper), les Etats-Unis et l’Occident, Europe en tête et au premier chef l’Allemagne et la France, doivent impérativement prendre conscience qu’une alliance avec Moscou est non seulement judicieuse mais vitale, face à cet arbre du terrorisme cachant la forêt de l’Islam totalitaire[2].

      La démonstration est en deux temps : d’abord un réquisitoire fort documenté, d’une implacable précision à l’encontre de l’Islam ; ensuite la plaidoirie en faveur de la Russie.

      Si on ne le savait déjà, Alexandre del Valle se livre à un vaste dévoilement du financement et du prosélytisme -planétaires et opiniâtres- du projet d’islamisation ; ce par l’invasion conjointe d’une charia apparemment pacifique et du terrorisme guerrier, directement pilotés par l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, mais aussi la Turquie et le Pakistan. Ce sont des milliards de dollars qui s’écoulent depuis les pétromonarchies pour payer des imams, pour financer la construction de milliers de mosquées, le plus souvent salafistes, ou émanant des Frères musulmans, des Etats-Unis à Rome, de l’Andalousie à l’Indonésie, de l’Australie aux Pays-Bas, de la Norvège au Nigéria, sans oublier, ajouterons-nous, Poitiers, pour venger la défaite devant Charles Martel en 732. Sans négliger les écoles coraniques, les centres culturels, les associations, qui œuvrent dans la dissimulation et la manipulation politique. De façon à instituer « un ordre social islamique » et réaliser la « conquête politico-spirituelle du monde »…

      Non content de cette énumération aussi perspicace, référencée qu’effrayante et pléthorique, notre essayiste, par ailleurs Docteur en Histoire contemporaine et professeur de géopolitique et de relations internationales, montre -s’il était besoin- en quoi cette entreprise de conquête religieuse, de djihad et de soumission, trouve son origine dans le Coran lui-même, citations de versets et sourates haineux, violents, criminogènes à l’appui[3], et dans toute la tradition de la jurisprudence musulmane, y compris la plus contemporaine, invalidant la fiction selon laquelle l’islamisme ne serait qu’une lecture fondamentaliste et partielle des textes fondateurs et canoniques ; jusqu’au trop fameux Al-Hallal wal-Haram (Le Licite et l’illicite en Islam) du téléprédicateur Youssef Al-Qaradâwî[4]. Il faut alors, aux prises avec les manifestations explicitement liberticides du phénomène et les « sources théologiques de la violence théocratique légale », ne pas craindre de parler avec Del Valle, de « vision totalitaire », telle que définie par Hanna Arendt[5].  

      Ainsi « les alliés sunnites de l’Amérique sont responsables du financement d’Al-Qaïda et de Daech, notamment la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït », appuie Alexandre del Valle.  Que faire sinon proposer aux Etats-Unis de dénoncer le pacte du Quincy (« pétrole contre sécurité ») conclu en 1945 avec l’Arabie saoudite et renouvelé en 2005 pour soixante ans, l’or noir étant désormais ailleurs. Car de facto le royaume wahhabite est un irréconciliable ennemi de Washington et des démocraties occidentales. Elles-mêmes empêtrées par des investissements considérables de la part de ce tonneau des danaïdes de l’Islam, y compris en France, conjointement avec le Qatar, dans le domaine hôtels de luxe, des clubs de football, des entreprises aussi stratégiques qu’EADS, pervers investissements que nos gouvernements encouragent par d’éhontés privilèges fiscaux que n’ont pas les Français.

      En ce domaine l’on se rend compte, mais avec retard, que les Etats-Unis n’ont pas fait preuve d’une réelle connaissance de l’Islam, tant ils ont joué les moudjahidines afghans contre l’Union soviétique (« quinze milliards de dollars d’assistance militaire ») tant ils ont nourri les réseaux du « muslim belt » à l’origine de l’attentat du 11 septembre, tant ils ont contribué au noyautage islamique dans l’ex-Yougoslavie, tant ils ont fait exploser le relatif verrou qu’était Saddam Hussein en Irak, sans compter l’aveuglement français qui acheva un Kadhafi pour laisser place au chaos et à la poudrière en Libye, tant Obama et Hillary Clinton sont notoirement des islamophiles invétérés. Ce qui revient à parler d’« une folie géopolitique », en l’occurrence de « l’alignement sur les puissances sunnites et [du] refus des propositions russes », la Russie défendant autant les Serbes de Milosevic, pour le moins complices de génocide, que la Syrie de Bachar el-Assad, qui eut le tort de libérer des combattants du Califat islamique, si imparfait soient-il.

      En ce sens, les Etats-Unis, et l’Europe en leur sillage, ont continué à penser la Russie comme la créature et clone de l’Union soviétique, ont persisté à privilégier la gestion des voies du pétrole moyen-oriental plutôt que le réel « choc des civilisations », pour reprendre le concept d’Huntington[6], même si ce dernier y voyait un antagonisme chrétienté Islam (parmi huit civilisations dans le monde) alors qu’il faut y voir un irréductible antagonisme entre obscurantisme totalitaire et sociétés ouvertes du libéralisme et les Lumières.

      En conséquence, et conformément à l’esprit d’Alexandre del Valle, oserait-on ici proposer une nouvelle et nécessaire orientation de l’OTAN ? D’une part, si cet organisme s’est étendu vers l’Europe centrale, de la Pologne jusqu’aux pays Baltes -ce qui fut ressenti par la Russie comme une humiliation- il s’agit, plutôt que de pousser l’Ukraine, intrinsèquement russe, à l’intégrer, de proposer à la Russie même une intégration à un OTAN repensé en fonction des nouveaux déséquilibres planétaires. Or, en 1994, puis 1997, Poutine avait ratifié le Partenariat pour la paix de l’OTAN, processus que les ingérences occidentales en Géorgie, Ukraine, Kosovo, sans oublier l’obsession anti Bachar el-Assad ont dangereusement interrompu. Ce qui permettrait de contractuellement protéger le destin des pays Baltes, guère menacés, la Russie ayant d’autres chats à fouetter, entre le trouble duo ukrainien et biélorusse et les républiques islamistes de la fédération sur son flanc caucasien. D’autre part, il est évident que la Turquie, dont Alexandre del Valle, dans un précédent essai[7], pointait avec pertinence les dérives et exactions (colonisation de la Chypre du nord, menace sur les Arméniens, évacuation des Chrétiens, contentieux au sujet des îles grecques et dérive islamiste d’Erdogan), n’a plus rien à faire dans l’OTAN. Les Etats-Unis, qui ne l’ont qu’à demi compris en évacuant subrepticement leur base stratégique d’Incirlik, ne peuvent que se séparer d’un état dictatorial dont les complicités avec non seulement le terrorisme islamique, mais avec l’islamisation militante de nos sociétés sont avérées.

 

 

      Mais qui est ce Vladimir Poutine dont nous pensons qu’il mérite d’avoir l’amitié des démocraties libérales ? L’autocrate à la main de fer, aux multiples mandats présidentiels, l’ancien du KGB, le viriloïde affiché qui réprouve, voire réprime l’homosexualité de ses concitoyens, sinon les journalistes et ses sujets, pourtant en immense majorité satisfaits de sa prestation et des progrès économiques. « Plus libéral que l’on croit », affirme Alexandre del Valle. Il est pourtant honni par la bien-pensance  américano-occidentale, soit qu’elle n’a pu se départir de l’aversion anticommuniste et des réflexes de la guerre froide, soit que l’islamogauchisme le trouve trop orthodoxe à son goût.

      La réponse est-elle chez Hubert Seipel : Poutine, une vision du pouvoir ? En un essai d’abord passablement erratique, le journaliste allemand, fort bien en cour à Moscou, tisse un volume pas toujours efficace, avec des bribes de récits, d’entretiens, des pages sur l’avion de Malasya Airlines abattu au-dessus de l’Ukraine, sans que l’on sache quel maladroit ou provocateur en est l’auteur. Mais après une petite centaine de pages, l’essai prend son rythme de croisière, devient résolument efficace, croisant la biographie de Poutine avec l’exercice de son pouvoir, au cœur des stratégies internationales.

      Le jeune politicien, issu d’un milieu modeste de Saint-Pétersbourg, puis des services secrets, efficace, discret, devient premier ministre d’Elstine qui en fait son successeur. Devenu Président, Poutine conduit la réunification des églises russes, engage une loi sur l’enregistrement des financements étrangers pour tout organisme, institue un impôt de 13% sur les entreprises et combat la fraude fiscale. Désorganisé par la chute poussiéreuse de l’Union soviétique, par le pillage des ressources et des industries sous la main des oligarques, l’Etat trouve une légitimité et une efficacité. La population au-dessous du seuil de pauvreté a considérablement décru, l’insécurité est tempérée, la démographie reprend vie. Poutine, assure à raison Hubert Seipel, « est certainement tout sauf communiste ».

      Si son régime réprime les provocations et exactions des Pussy Riot, il va les gracier en 2013, en même temps que l’oligarque spoliateur Khodokorvski. Certes son interdiction du prosélytisme homosexuel est plus que désastreuse, sans que la liberté sexuelle en soit pour autant menacée ; mais il faut noter que la récente répression sévère subie par des homosexuels en Tchétchénie est du fait des autorités musulmanes, même si l’attitude officielle russe n’est guère encourageante. Par ailleurs Poutine peut s’honorer d’avoir accordé l’asile politique à Edward Snowden, qui révéla le scandale des écoutes politiques par les Etats-Unis. On connait la phrase célèbre du maître de Moscou à propos du terrorisme islamiste en Tchétchénie : « poursuivre les terroristes jusque dans les toilettes ».

      Hubert Seibel corrobore des assertions d’Alexandre del Valle, en particulier au sujet des financements américains destinés à encourager l’opposition à Poutine lors de sa dernière élection, sans omettre ceux aux rébellions ukrainiennes et géorgiennes. Aussi lors des désordres ukrainiens, qu'il a sans doute contribué à fomenter en y jetant des troupes russes sans uniforme, et au cours desquels l’Occident effectua de dommageables livraisons d’armes, au bénéfice de la démocratie disait-il, à des rebelles autant attirés par le mirage de l’Union européenne que par des idéologies néo-nazies, Poutine défend-il la population russophones, il obtient sans peine un rattachement plébiscité et justifié de la Crimée à la Russie. O comprend, alors qu’il proposait une zone de libre-échange avec l’Union Européenne, « de Lisbonne à Vladivostok », combien fut-il heurté par le bouclier anti-missiles et les fusées nucléaires de l’OTAN installés en Pologne et en Roumanie. Tout cela, faute de raison américaine et européenne, pour aboutir, selon les mots d’Hubert Seipel, à l’actuelle « paix froide ».

      Sans illusion sur l’islamisme, tout en sachant que Moscou compte deux millions de Musulmans, partageant les valeurs occidentales, Poutine fut également ulcéré par les sanctions économiques occidentales (désastreuses pour les deux parties y compris françaises) suite au bourbier ukrainien envenimé par les ingérences américaines et européennes. Ce pourquoi, à au grand dam de nos économies, il préfère se tourner vers des partenariats et de colossaux investissements en direction de la Chine.

      Hubert Seipel est-il trop tendre avec son modèle ? Il ne fait guère en effet allusion aux inquiétudes afférentes à la liberté d’expression et de la presse. La Russie est un triste pays où des journalistes sont assassinés, comme Anna Polikovskaïa en 2006, bien connue pour son opposition à Poutine et ses enquêtes sur les réseaux tchétchènes. Ce dernier n’a pas omis d’exiger l’arrestation du coupable, ce qui fut fait. Deux journalistes ont été assassinés en 2017. Des sujets sensibles, comme la corruption, la Tchétchénie, les potentats divers, peuvent valoir de tels sorts à ceux qui se risquent à des investigations cependant nécessaires. Il serait peut-être présomptueux de faire du seul Poutine le levier d’une telle tyrannie…

 

      L’analyse d’Alexandre del Valle est d’une rare complétude, d’une rare pertinence. Même si quelques développements, en particulier sur la question ukrainienne, manquent un peu de concision, même si sa conclusion, « Comment vaincre ou neutraliser nos vrais ennemis », hors des propositions de parfait bon sens contre le salafisme et les Frères musulmans ou la reconquête des quartiers islamisés, s’embourbe un tantinet dans les clichés des énergies renouvelables, certes dans le cadre d’un nécessaire retrait des approvisionnements pétroliers venus de la péninsule arabique. Il n’en reste pas moins que son essai, Les Vrais ennemis de l’Occident. Du rejet de la Russie à l’islamisation des sociétés ouvertes, mériterait d’être enseigné parmi nos institutions, de façon à ce que nos sociétés redeviennent des sociétés ouvertes, selon la définition de Karl Popper. Pour ce faire, et selon ce dernier, il est plus que loisible de cesser de promouvoir l’intolérance au nom de la tolérance. En d’autres termes, l’Islam, atavique totalitarisme, doit disparaître du monde des Lumières, sauf comme objet d’analyse, d’Histoire et d’érudition.

      Faute de comprendre et de lier un réel dialogue, une vitale collaboration avec ce Poutine dont Hubert Seipel nous livre une autre « vision » que celle des clichés et des éructations médiatiques au petit pied, nous nous privons d’un échange, non seulement économique, mais stratégique et géopolitique aux conséquences historiques et civilisationnelles majeures. Vous vouliez la paix ; vous aurez la soumission ou la guerre. À moins que, seuls espoirs et hypothèses improbables, les jeunes générations musulmanes rejettent le fanatisme de leurs pères et lui préfèrent la liberté, à moins qu’une lame de fond, venue d’une prise de conscience et d’un dégoût d’une telle religion, amplifie chez eux le mouvement de conversion au christianisme et l’accession à l’athéisme.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Youssef Al-Qaradâwî : Al-Hallal wal-Haram (Le Licite et l’illicite en Islam) Al-Qalam, 2004.

[6] Samuel Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.

[7] Alexandre del Valle : La Turquie dans l’Europe. Un cheval de Troie islamiste ? Syrtes, 2004.

 

 

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 13:53

 

Val Presanella, Vermiglio, Trentino-Alto Adige, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

John Edgar Wideman, conscience noire tourmentée.

De la Trilogie de Homewood au Projet Fanon,

en passant par le dossier Louis Till.

 

 

John Edgar Wideman : Où se cacher, Le rocking-chair qui bat la mesure,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Richard,

Gallimard, 288 p, 22 €, 240 p, 17, 90 €.

 

Le Projet Fanon, traduit par Bernard Turle, Gallimard, 352 p, 23,90 €.

 

Ecrire pour sauver une vie. Le dossier Louis Till,

traduit par Catherine Richard-Mas, Gallimard, 226 p, 20 €.

 

 

 

 

      Un double traumatisme est à l’origine de l’écriture de Wideman. C’est dans Suis-je le gardien de mon frère ? qu’il prêta sa plume à son jeune frère Robert condamné à la  prison à perpétuité dans une affaire d’homicide, permettant ainsi à la fiction de remodeler l’événement, de lui donner une portée plus universelle. D’autre part, l’Histoire toute entière des Afro-américains est sans cesse mise en abyme dans des romans aux accents d’épopée, qu’il s’agisse de L’Incendie de Philadelphie ou du Massacre du bétail. Mais plus encore dans sa Trilogie de Homewood et dans son fantasmatique et engagé Projet Fanon, cette grande conscience noire des Etats-Unis réclame que l’essence de la démocratie libérale qui inspira la constitution américaine vivifie toutes les individualités, quelques soient leur couleur ; au point de réhabiliter, comme Louis Till, ceux qui ont subi une justice injuste, car fondamentalement raciste.

 

      John Edgar Wideman est en effet natif (en 1941) d’Homewood, quartier noir de Pittsburgh. Bien que sa réussite universitaire rime avec ses succès littéraires -il enseigne à l’Université du Massachusetts et obtint par deux fois le PEN/Faulkner Award- il n’en est pas moins sensible au destin malveillant qui contrecarre l’épanouissement de la plupart de ses frères. C’est ainsi qu’il forma le projet de sa Trilogie de Homewood dont le premier volet, Damballah, présente un couple mixte originaire, esclave évadée et fils de bonne famille blanche, qui fonda dès 1840 toute une dynastie familiale. Où se cacher, puis Le rocking-chair qui bat la mesure en sont les second et troisième volets, au service des descendants plus contemporains, qui, chacun, peuvent se lire indépendamment.

      Une sorte d’oratorio blues à trois voix anime Où se cacher, un peu à la manière de Deux villes, roman qui opposait Pittsburgh à Philadelphie. Trois solitudes qui n’ont pas ou à peine « où se cacher »… D’abord Clément, le simple d’esprit, avec un « plein sac de saloperies qui lui bouche la tête », ensuite Miss Bess, la vieille qui règne en sa cabane bricolée au sommet du quartier, véritable mémoire féminine et mythique, enfin Tommy, le délinquant récidiviste, accusé de meurtre et traqué. Ces trois voix alternées permettent à la dynamique du roman de se démultiplier, parce que faites de souvenirs, de choses entendues, d’autres personnages qui parlent à travers elles : « Moi, mon téléphone, je l’ai dans ma poitrine » répond Bess, inaccessible en hiver, et qui refuse d’abord de cacher celui qui a la police aux trousses. Une arnaque au camion volé plein de « Sony » a dérapé en assassinat ou plus exactement en complicité de meurtre… Mais il s’agit de son arrière petit neveu. La « sorcière » qui ressemble à une « vieille squaw ou un vieux chef » en sa « case d’esclave » se décide à offrir une soupe à celui qui est « doué pour le bagout », et qui laisse une femme et un enfant nommé « Sonny » : « Un sans-cœur de sale nègre qui a tué ce visage de jeune fille ».

 

 

      Finalement, chacun des personnages est une allégorie de la condition noire, oubliée, persécutée et vilainement dévoyée : « ça a toujours été une racaille et maintenant c’est un tueur », dit-on de Tommy. Wideman ne juge pas ses personnages ; il se contente de leur donner la parole. C’est ainsi que le rythme jazzy, saccadé, s’empare du monologue intérieur sans cesse irriguée par la langue de la rue, ses clichés, sa pauvreté. Et cependant c’est grâce à son écriture que l’auteur, reprenant la troisième personne, offre à ses anti-héros toute la force de son expression, sans même un plaidoyer. Car parmi « la lie du quartier » on ne se voile pas la face : Tommy et les autres ont bien conscience de leurs dérives, qui leur collent à la peau, comme la fatalité à une tragédie.

      Voici un lyric animé par l’oralité, saturé de culture populaire noire-américaine. Une fois de plus, même si la fin de ce roman est peut-être un peu convenue, fadement moralisatrice, il nous est prouvé que Wideman, dans la tradition d’Eschyle et de Sophocle, est un grand poète tragique, dont la dramaturgie contemporaine emprunte tour à tour à Faulkner, au gospel et au « blues des cheveux qu’on peigne ».

      Dès le titre du troisième volet de sa trilogie, Wideman affirme on ne peut plus nettement la dimension musicale de son travail. Le rythme de l’écriture « bat la mesure » au moyen d’une voix qui s’écoute chanter et transmet son urgence, son émotion au lecteur. Les phrases sont courtes, syncopées, ou, si plus longues, marquées par des structures binaires, des parallélismes, des anaphores. De plus, le narrateur emporte dans son immense monologue intérieur ses personnages qui prennent à leur tour la parole et auxquels il parle directement, comme par répons et échos, contribuant ainsi à la persuasion qui enferre le discours dans l’oreille et l’esprit de l’auditeur. Mais c’est aussi la dimension élégiaque du blues qui est ici sensible par l’inscription de personnages mythiques dans le tableau du ghetto noir de Pittsburgh : Homewood. Où s’orchestre un blues tragique et presque cosmique.

 

 

      Le rocking-chair qui bat la mesure est celui où s’ancre la mémoire des générations afro-américaines balancée par la langue et les litanies de l’écrivain, qui est ici au point culminant de son triptyque. En effet, après Damballah et Où se cacher, ce roman, lui-même en un prologue et trois parties, met en scène les plus charismatiques parmi un quartier nourri d’êtres enjoués ou malheureux, ces porteurs symboliques de la charge de la condition noire et humaine d’Homewood. La tempête lyrique et tragique voit se dresser le fantôme d’Albert Wilkes, recherché pour avoir tué un policier blanc, et qui laisse son sang sur les touches du piano avant de finir « drapé d’un linceul ». Mais aussi John French qui avait promis de « buter, de ses mains » le mouchard. Le premier a été probablement le maître du pianiste Brother Tate, l’un des deux artistes du roman, avec le peintre Carl, tous deux géniaux. Lucy, quant à elle, est l’inspiratrice d’un amour fabuleux ; « la cour » qui lui est faite par Carl est un véritable poème en prose heurté par la langue de la rue. Elle est fascinante lorsqu’elle lui montre un bout d’os du crâne d’Albert descendu par les flics. Cette « Fille au Cœur-de-Pierre » a une « chaleur de délurée qu’il sent palpiter ».

      Réinvestissant les territoires de son enfance, John, alter ego de l’auteur et narrateur-Orphée ramène à la vie par la voix son oncle Karl et l’ami de ce dernier, Brother Tate, le nègre albinos. Cet albinisme est comme la marque fatale posée sur son destin. Brother Tate ne parle jamais plus, depuis la mort de son fils dans un flamboiement d’essence, un 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. Mais il « tambourinait, fredonnait, grondait, grognait, savait chanter en scat et imiter les instruments de tout un orchestre ». Il joue « un blues haletant ». Car la musique est partout, dans la rue, dans les cris et les obscénités, dans le « Victrola » et ses disques, racontant les errances, les vengeances, pleurant les décès dans une rue qui est un « Baquet de Sang », même s’il s’agit surtout du rouge des boissons alcoolisées.

      Hélas, l’Histoire va faucher ces carrières prometteuses. Enfants, ils jouent à frôler les trains lancés sur les voies. Envoyés au front pour une guerre qu’ils comprennent peu, ils sont sacrifiés sur l’autel des totalitarismes que doivent éradiquer les Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale : « partir à la guerre des blancs pour sauver leur musique imbécile ». Carl a subi les « attaque-suicides lancées à Okinawa ». Celui qui a « les doigts en feu » sera brisé par les morts qu’il a dû ramasser sur le front, par son obsession pour les trains qu’il ira rencontrer pour la dernière fois…

      Grâce à ses deux personnages majeurs et au récitant qui remue cette histoire, peinture, musique et écriture forment également le grand triptyque de l’art de Wideman. Et même si la mélopée à la chronologie chamboulée peut parfois égarer et lasser le lecteur, on a sans nul doute affaire à un grand écrivain qui a le blues de l’écriture dans le sang. Comme si les chœurs de la tragédie grecque avaient accouché d’un lointain descendant auscultant la mélopée du peuple noir…

 

 

      Aboutissement logique, l’écrivain se met en scène, en abyme, dans Le Projet Fanon. Comme un objet spéculaire de sa carrière et de ses ambitions, ce roman est vertigineux. Est-ce suffisant d’être un écrivain lyrique ? Un écrivain engagé ? Faut-il devenir, comme Fanon, un activiste au service de la cause noire ? C’est à la charnière problématique de l’écriture et de l’action que se situe ce roman de Wideman. C’est ainsi qu’en Thomas, son double créé pour l’occasion -comme Zuckerman pour Philip Roth[1]-, l’auteur en son miroir convoque de nouveau les protagonistes de sa vie et de ses livres : son frère, Dambdallah… Thomas forme le projet d’écrire un livre sur Fanon, ce qui permet à la création littéraire de s’observer elle-même, de se mettre en question, non sans une vaste interrogation politique et métaphysique : « Comment être artiste dans un pays rongé par la névrose d’ordre qui attise la folie raciste ?[2] », note son commentateur informé, Yves-Charles Grandjeat. Pour qui et pourquoi écrire sur un homme qui sacrifia sa vie à la cause des outragés ?

      Frantz Omar Fanon (1925-1961) fut un intellectuel martiniquais et algérien qui, dans Peau noire, masques blancs[3], dénonça vigoureusement le racisme, puis dans Les Damnés de la terre[4], proposa une analyse critique, sociologie et psychiatrique de la colonisation, et de son double la décolonisation, rêvant à l’émancipation du tiers-monde. Sartre conçut pour celui qui deviendrait une icône des Black Panthers une vive admiration. Admiration anxieusement partagée par Wideman et son alter ego romanesque.

      La quête créatrice, poussée par le démon de l’identification, minée par l’incapacité de pousser la fidélité à son modèle au point de générer une nouvelle révolution, semblait avoir démarré avec ardeur. Quand il reçoit dans un carton une tête coupée. Qui est-elle ? Qu’est-ce qui a justifié cette violence injustifiable ? Est-ce la cause noire qui est devenue fanatique ou le racisme lui-même ? « C’est ta tête. » se dit-il. « Enveloppée dans le papier bulle qui tendu dessus comme un préservatif lui écrase les traits ». Accompagnée par une citation de Fanon qui exhorte à « porter la guerre chez l’ennemi ».

      Une fois de plus l’écriture est haletante, comme un jazz sombre, empruntant les accents de l’argot, voire du rap (comme dans L’Incendie de Philadelphie)… Revisitant les prémisses de ses précédents romans, leurs protagonistes, dont son frère, devenu proprement allégorique, ce livre oscille entre exploration intérieure et thriller, entre biographie personnelle et biographie d’un peuple, entre drame intime d’une psyché fracturée et épopée grandiose. La dimension pamphlétaire est également virulente, dénonçant la surpopulation carcérale américaine, évidemment surchargée de Noirs. Même si, tour à tour idéaliste (« Combien d’anges peuvent tenir sur une tête dépingle ? ») et férocement réaliste (« Un lascar ça a toujours besoin d’un autre pour se foutre sur la gueule »), il n’apporte guère de solution. Mais, est-ce facile ? Il se confie, amer, face à l’inéluctable : « l’impasse où mes écrits m’avaient mené. »

      Mieux, le roman frôle la lisière du fantastique, lorsqu’il s’agit de tenter de persuader Jean-Luc Godard de faire un film sur Fanon, lorsque pour ce dernier, « L’écran du rêve resplendit comme une salle d’opération », lorsqu’il imagine qu’il parle « la langue de Homewood » au cinéaste. Le combat du héros de la cause tiers-mondiste parvient alors à se fantasmatiquement déployer, comme si son écrivain l’habitait de l’intérieur. Les niveaux de réalité et de fiction s’emboitent vertigineusement… Car « John Edgar Wideman écrit dans une maison hantée[5] » Que ce soit par la mémoire, par la violence et par les voix de la conscience, moins d’un peuple de couleur, que de l’humanité toute entière.

 

 

      John Edgar Wideman est une mémoire, la mémoire de la noirceur dans laquelle on a trop souvent confiné les Noirs. Comme Louis Till. Aussi le romancier se fait un devoir d’Ecrire pour sauver une vie. Sauvetage symbolique, car post-mortem. En 1955, à Chicago, « Emmet Till avait été assassiné parce qu’il était noir et avait prétendument sifflé une femme blanche ». Devant « un jury d’une blancheur immaculée », l’adolescent devient un « martyr des droits civiques », sacrifié par un lynchage légal. Car ses assassins, « deux péquenauds blancs », furent acquittés. Poussé par la nécessité de la vérité et de la justice, Wideman reprend l’enquête en main, inventorie la famille, « Mamie Till » et surtout le père, Louis Till, enrôlé dans l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Car ce dernier est un personnage assez étonnant : jugé et condamné à mort pour viol meurtrier en 1945, il fut le voisin de prison du poète Ezra Pound[6], avant d’échouer dans un cimetière de l’Oise. Sur cette tombe seulement numérotée, car « mort sans honneur », Wideman va se recueillir. Fatalité paternelle ou injustice blanche ? Le fils a-t-il pâti du crime supposé du père ? Le trou noir de l’Amérique est bien celui où sont jetés les cadavres de la criminalité indissolublement mêlés à ceux de l’injustice.

      Roman historique, puisque la fiction s’empare du réel, journal d’investigation et roman à thèse, Ecrire pour sauver une vie est à la fois un documentaire, et une tragique élégie, un  amer réquisitoire et un intense devoir de mémoire à la hauteur de l’humanité.

 

 

      Une conscience lyrique et tragique, une voix musicale, voilà l’irremplaçable et bouleversant John Edgar Wideman. Qui ne s’embarrasse pas de flatter son lecteur, qui le prend à la gorge, parfois avec une pointe d’exaspération à force de ressassement, et toujours le met à la barre d’une justice qui n’est pas encore née, sans angélisme ni manichéisme. Ce pourquoi, dit-il, « écrire des romans m’a marginalisé autant que j’étais marginalisé par ma supposée appartenance à ma race ». Cette marginalité nécessaire ne devrait s’éteindre que lorsqu’un écrivain noir n’aura plus besoin de s’affirmer à travers la condition humaine de sa peau, lorsqu’il aura pu abandonner cette aporie identitaire et sociétale de la couleur aux vieilles lunes des curiosités du passé.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Où se cacher et Le Rocking-chair qui bat la mesure ont paru

dans Le Matricule des Anges, janvier 2007 et juin 2008

 

[2] Yves-Charles Grandjeat : John Edgar Wideman, Belin, Voix américaines, 2000, p 112.

[3] Seuil, 1952 et 2001.

[4] La Découverte, 1961 et 2002.

[5] Yves-Charles Grandjeat : John Edgar Wideman, ibidem, p 8.

 

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 14:54

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les dystopies d’Evgueni Zamiatine,

Andreï Platonov & Anna Starobinets,

de l’Etat unitaire au service d’ordre planétaire.

 

 

 

Evgueni Zamiatine : Nous,

traduit du russe par Hélène Henry, Actes Sud, 2017, 352 p, 21 €.

 

Andreï Platonov : Moscou heureuse,

traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard, Robert Laffont, 1996, 192 p, 20 €.

Andreï Platonov : Tchevengour,

traduit du russe par Louis Martinez, Robert Laffont, 1996, 432 p, 25,50 €.

 

Anna Starobinets : Le Vivant,

traduit du russe par Raphaëlle Pache, Mirobole, 2015, 480 p, 22 €.

 

 

 

 

      Orwell et  Huxley auraient-ils écrit 1984 et Le Meilleur des mondes, si l’auteur de Nous n’avait pas existé ? À lui seul, le Russe Evgueni Zamiatine (1884-1937) a inventé un genre romanesque, quoiqu’issu de la tradition de l’apologue : l’anti-utopie, elle-même hérité des utopies des Thomas More[1], Campanella et Karl Marx[2]. Partisan trop enthousiaste de la révolution bolchevique de 1917, il a bien vite déchanté : dès 1920 il tirait les leçons indispensables, en écrivant un roman apparemment bien éloigné de son  temps, puisque censé voir se dérouler son action en un futur lointain, six siècles en avant, donc relever de la science-fiction. Le bonheur terrible de l’Etat Unitaire mis en scène dans Nous trouve ses avatars parmi les cités radieuses de son contemporain Platonov, et son correspondant contemporain dans le « service d’ordre planétaire » imaginé par Anna Starobinets, dans Le Vivant.

 

      Sans guère de bruit, la première édition française, Nous autres, parut chez Gallimard en 1929, sous les doigts de Cauvet-Duhamel, s’inspirant d’une version anglaise. L’œuvre-phare d’Evgueni Zamiatine fut rééditée en 1971 avec une préface de Jorge Semprun. Outre le titre, plus conforme en sa concision à l’original, Nous, jamais édité en sa langue du vivant de l’auteur, l’on est frappé en cette nouvelle traduction par de réelles beautés, venues du texte russe établi en 1988 et qui fut fort symboliquement publié à l’occasion de la perestroïka. Le présent de narration remplace le passé, la formule plus judicieuse « contrainte idéale », remplace le « manque idéal de liberté ». En ce journal aux quarante « Notes », dédié aux « lecteurs planétaires », l’écriture est entrechoquée, plus étonnement métaphorique, elle gagne en intensité à mesure qu’elle passe du monde mathématique à celui de la liberté, hélas éphémère, comme en un cubisme coloré.

      Outre un « Mur de verre », pour se protéger de la nature, « la Science de l’Etat Unitaire » a construit, grâce à Taylor, le « bonheur mathématiquement infaillible pour tous » ; où « être original, c’est enfreindre l’égalité ». La vie, y compris les « jours sexuels », est programmée par la « lex sexualis » communautaire et les « Tables » du temps commun. Ne restent que deux « heures privatives » par jour. Rien n’est propriété privée, même les enfants. Ceux que leur liberté a condamnés sont exécutés par liquéfaction dans un amphithéâtre, avec le concours d’un poète officiel, de la main du Bienfaiteur même.

      Les noms chiffrés des personnages, déshumanisants, viennent, non sans humour, des numéros des pièces de charpente métallique du célèbre brise-glace Alexandre Newsky, pour lequel Zamiatine avait assuré le suivi de chantier. Aussi le héros, « D-503 », qui est un mathématicien rationaliste parfaitement intégré, se délecte de son métier de constructeur du vaisseau spatial « L’Intégrale » et d’ « O-90 » à la « bouche rose ». Cependant il se voit soudain bouleversé devant « I-330 » par le désir et l’éros, par la beauté du monde et l’aspiration à la liberté. Tentant de de briser le carcan sociétal en devenant un individu, il a « développé une âme » ! Jusqu’à ce qu’il soit brisé à son tour… La raison scientifique et politique exécute l’ablation de l’imagination du pauvre héros consentant, tandis qu’il voit sans état d’âme la « Cloche » torturer sa bien-aimée. Orwell n’oubliera pas ces scènes, pour en proposer une puissante réécriture et variation, à la fin de son 1984[3].

      De cet univers parfait, Zamiatine a rendu un tableau solaire, effarant, au rythme haletant, intensément lyrique et tragique, grâce à une « maternité clandestine », une révolte éphémère des « Méphi », ces « ennemis du bonheur », sacrifiés sans pitié par la raison d’Etat. À la vigueur dramatique de l’intrigue répond la puissance politique d’un roman illustrant le hiatus entre libéralisme et totalitarisme.

 

 

      Zamiatine sut également être un bon écrivain de mœurs, par exemple avec L’Inondation[4], un récit de 1929. Trophim et Sophia vivent paisiblement, quoique pauvrement et privés d’enfant ; aussi ils adoptent la jeune Ganka. Qui bientôt rejoint Trophim dans son lit. Quand se mettent à monter les eaux de la Néva il faut déménager à l’étage. Tout rentre dans l’ordre, sauf la râpe de la jalousie, et la hache… Dans la grande tradition russe de la nouvelle réaliste, de Tourgueniev à Tchékhov, Zamiatine montre une facette plus discrète de son talent, descriptif et psychologique. On aurait pu imaginer que cette « inondation », pourtant d’origine naturelle, puisse être une métaphore d’une plus insidieuse encore invasion humaine, celle de la tyrannie soviétique. Plus simplement c’est celle de la montée des sentiments, de la haine et de la colère tragique ; puis d’une culpabilité modestement voisine de Crime et châtiment de Dostoïevski, le tout dans une prose habile et peu à peu expressionniste.

      De ce météore des lettres russes, on lira également Au Diable vauvert[5], bref roman satirique que l’on jugea antimilitariste, à moins de préférer Les Insulaires[6], charge vigoureuse contre le conformisme et le machinisme. Ce qui ne manquera pas de nous rendre plus attachant encore cet avertisseur, dont la sûreté éthique n’est plus à démonter…

      On ne s’étonnera pas que, poursuivi par le régime stalinien, Zamiatine, ce misérable hérétique du communisme et de l’Union Soviétique, affreusement méconnu, meure à Paris en 1937. Son échec est le miroir du destin du personnage numéroté de Nous. C’est avec un amer plaisir que nous lisons et relisons, en une version plus fidèle à l’original, « un infect pamphlet contre le socialisme », selon l’Encyclopédie littéraire soviétique en 1931. Un tel jugement lapidaire ne peut que donner une furieuse et succulente envie, non seulement aux tristes contemporains éclairés de Staline, mais à notre temps, en rien immunisé contre les prometteurs totalitarismes, férus d’éradication de l’individualisme et de l’imagination, de méditer un ouvrage prémonitoire et brillant qu’il est urgent de réhabiliter en son génie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une fois de plus un tragique destin attendait un écrivain soviétique, contemporain de Zamiatine. Il ne s’appelait qu’Andreï Klimentof ; aussi choisit-il le prénom de son père Platon, pour se faire un pseudonyme digne du philosophe grec et utopiste de La République. Communiste fervent, son œuvre n’eut pas la place qu’il lui rêvait dans la radieuse cité soviétique. Né en 1899, mort en 1951 dans un sordide misère, il écrivit de nombreux textes dont peu virent le jour de son vivant, car interdite de publication en raison de son scepticisme envers la collectivisation stalinienne. Il avait cru naïvement que la révolution libérerait l'esprit populaire. Or il fut repoussé par Maxime Gorki, traité de « salaud » par Staline, effacé par l’Histoire soviétique. Seule la fin de la perestroïka et l'exhumation des archives secrètes du KGB permirent qu’il fût tardivement réhabilité.

      Son roman, Moscou heureuse, est celui d’une allégorique jeune fille prénommée « Moscou » et détentrice glorieuse d’un de ces noms que la révolution offrit à la génération nouvelle. En tant qu’orpheline elle illustre cette tabula rasa d’après l’esclavage bourgeois et d’avant le bonheur collectiviste. Elle participe à toutes les activités du grand socialisme dont elle est le porte-drapeau. Libre et heureuse, elle séduit tous les hommes, ingénieurs et savants. Mais leur désir est une trahison de l’idéal, tel que le ressent Sartorius : « Le monde nouveau était dans les échafaudages, mais son cœur à lui, indigent, restait éternellement fidèle au sentiment solitaire d’un temps où se seules relations étaient sa parentèle ». Le dilemme est poignant entre individualisme et collectivisme, entre éros et politique.

      Les récits de Platonov sont des paraboles, des contes philosophiques, explosifs l’air de rien. Usant d’un style protéiforme qui suscita l’admiration du poète Joseph Brodsky, Platonov oscille entre panégyrique de la langue de bois, lyrisme, naturalisme, et bien sûr ironie. En fait il est un maître méconnu de l’anti-utopie. Ce que confirme son plus vaste roman Tchevengour, écrit entre 1926 et 1929, dont le titre désigne encore une fois une ville. Sauf qu’il s’agit d’une maigre bourgade qui ambitionne d’incarner l’achèvement du communisme. Imitant malgré lui Don Quichotte, Kopionkine a nommé son cheval « Force prolétarienne » et mène une quête picaresque pour instaurer un socialisme non seulement mystique, mais d’un ascétisme forcené. Une fois exterminés capitalistes, Russes blancs, demi-blancs et koulaks, les bolcheviks de Tchevengour ne sont plus douze, apôtres misérables et cruels, antithèses pitoyables de ceux du Christ. Là pas de travail, car il entraîne au désir des fruits de son travail, et la propriété - c’est bien connu - c’est le vol et l’oppression. Des discours, une vie sociale omniprésente, plus rien de personnel, plus de pensée libre, plus d’amants. Les habitants sont des « amaigris du bonheur ». Ne reste que le dénuement le plus terrible. La satire de l'Homo sovieticus est sans pitié.

Pourtant le désir et la faim reviendront pour donner vie à l’immensité de l’espace. Car Tchevengour est également un hymne eu terroir russe, aux fleuves qui l’irriguent, à l’intransigeance de son climat. Ce roman-poème, cette caricature d’épopée, coule animée d’un vaste rythme, parfois heurté, souvent âpre, charriant les vicissitudes, les tyrannies et les vanités de la condition humaine.

      Moscou heureuse et  Tchevengour sont à glisser entre les utopies de Thomas More et d’Aldous Huxley, mais aussi, pour le domaine russe, entre Les Hauteurs béantes de Zinoviev et L’Archipel du goulag de Soljénitsyne. Ces paraboles ironiques et dystopiques, ces fresques décapantes sont sans le moindre doute la prémonition autant que la vérification de l’impossible réalisation du communisme radieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Autre anti-utopie aux versants également vertueux et infâmes : Le Vivant de la russe Anna Starobinets. Peut-on exister sans être répertorié ? se demande son roman. À cette question angoissante, surtout parmi ces temps où l’œil de Big Brother[7] guette nos connexions et nos mot-clefs, où la France traque les « discours de haine[8] », où la Chine communiste surveille et châtie ses citoyens grâce à une reconnaissance faciale en voie de devenir universelle, la jeune auteure russe donne une réponse science-fictionnelle qui n’aura pas grand-chose pour nous rassurer. Pire encore si un « Service d’ordre planétaire », s’appuyant sur des technologies les plus sophistiquées et intrusives, s’assure le pouvoir définitif, comme l’imagine Anna Starobinets en 2014. Cette romancière russe, aux armes fictionnelles bien affutées, a su créer un univers cohérent et troublant, mais aussi son vocabulaire. La littérature est pour elle, dans la tradition des auteurs de dystopies, un moyen sûr de nous alerter sur les révolutions anthropologiques et politiques des pouvoirs peut-être à venir, empruntant un dévoiement de l’intelligence artificielle au service d’une post-humanité.

      Chacun porte un « implant » qui le relie à un organisme total : « Le Vivant ». L’ADN d’un mort renaissant au sein d’un nouveau corps, la population ne peut, selon le fondateur « Livre de la vie », excéder trois milliards. En la perfection réalisée d’un tel monde, l’impensable ne peut surgir pour imaginer un contrepied romanesque et enclencher l’intention dramatique. Que faire d’un inconnu sans « incode » ni patrimoine génétique, que l’on se résout à appeler « Zéro » ? Ce dissident, peut-être involontaire, enfreint gravement les règles du « Service d’ordre planétaire ». Traqué par Ed et Cerbère, il confie son autobiographie, ses inquiétudes au lecteur, alors que « toute déconnexion du socio entraîne la suppression des paramètres individuels ». Quoique « corrigé », qui sait s’il peut être un criminel, alors que ce monde n’en contient plus aucun. À moins que les criminels aient pris le pouvoir…

      Ce futur, probable, est à la fois délicieusement tentant et terrifiant. Par exemple, « en mode luxure, tu partages avec tes amis, chacun des cinq sens auxquels tu as accès ». Attention cependant, si l’on fait partie des individus « à vecteur criminalo-destructeur », à ne pas devoir séjourner en cette « maison de Correction » où « le Fils du Boucher »,  « Cracker » et « Zéro » sont bientôt soumis à la « rétrospection incarnationnelle » !

 

      Dans la mouvance d’une science-fiction russe déjantée, où s’illustre également un Vladimir Sorokine[9], Anna Starobinets nous piège en cette anti-utopie coruscante et cinglante, qui est un digne successeur des chefs-d’œuvre d’Huxley[10] et d’Orwell[11] : ce Zéro, est-ce le souvenir du malheureux héros de Nous ? Est-ce vous, est-ce moi ? Jusqu’à nos strates les plus profondes, ce nouveau régime romanesque nous étudie, nous réjouit, nous rééduque, nous efface. Rééduquer et traquer la population masculine criminelle n’est qu’une prémisse de la rééducation universelle. Dans la tradition de ses aïeuls Zamiatine et Platonov, Anna Starobinets interroge et remet en question la nature de l’identité individuelle et par conséquent de la liberté au sens politique, menacée en sa fragilité, dans le cadre d’une société où l’interconnexion informatique et celle neuronale ne font qu’un…

 

Thierry Guinhut

Une vie-d'écriture et de de photographie

La partie sur Zamiatine a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2017,

celle sur Platonov dans La République des Lettres, décembre 1996.

 

[4] Evgueni Zamiatine : L’Inondation, Actes Sud, 2014.

[5] Evgueni Zamiatine : Au Diable vauvert, Verdier, 2006.

[6] Evgueni Zamiatine : Les Insulaires, 10/18, 1991.

 

  

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  • : Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.
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Index des auteurs et des thèmes traités

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Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Amis

De La Flèche du temps à la zone d'interêt

Réussir L'Information Martin Amis

Chien jaune, Guerre au cliché

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Eros décadent : de Pauvert à Vargas Llosa

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Andonovski

Venko Andonovski : Sorcière ?

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Rome et l'effondrement de l'empire

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Conscience morale et littérature : lecture de Walter Benjamin

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ une icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Averroès

La caduque opposition Averroès Ghazali

 

 

 

 

 

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

 

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Flâneurs et voyageurs

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques vaticane et militaires ou les livres sauvés

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

La Haine de la littérature

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques fictionnelles : Mehring, Ménager, Stark

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

Diane de Selliers du Dit du Gengi à Shakespeare

Eloge de l'Atelier contemporain

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

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