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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 17:39

 

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Plaisirs et déboires de l'identification romanesque


Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

 


 


         Lorsque Goethe, en 1774, publia Les Souffrances du jeune Werther, il n’imaginait pas que quelques-uns de ses jeunes lecteurs allaient revêtir l’habit jaune et bleu de son personnage et, comme lui, se suicider. Une si extrême identification ne manqua pas de faire regretter à son auteur de l’avoir publié, lui qui l’avait écrit pour se débarrasser de la pulsion suicidaire du drame de l’amour non payé de retour. Ainsi, Goethe, quoique romantique, et contrairement au projet assumé dans son roman d’éducation, Willhelm Meister, ne conseillait pas toujours l’identification. Le roman permet-il toujours à son lecteur de s’identifier à son personnage principal ? Pourtant il s’agit d’un ressort fondamental de l’adhésion à la narration, d’un plaisir privilégié de la lecture. Alors que, malgré l’indéniable qualité d’un objet romanesque, le personnage peut faire figure de repoussoir, de contre modèle ; alors qu’il peut être particulièrement pervers, au point de séduire notre adhésion malgré son abjection, comme dans le cas de Lolita de Nabokov. A moins que l’intérêt du roman soit ailleurs…

 

 

           Un certain nombre de critères physiques et moraux, facilitent l’identification du lecteur : le sexe, l’âge, les préoccupations personnelles, le milieu social et historique, l’orientation sexuelle, la culture, les valeurs partagées. Les similitudes entre héros et celui qui fait sa rencontre sous la première de couverture, engagent une adhésion immédiate, au point que le corps et l’esprit du personnage aspirent celui dont les yeux parcourent les signes de la page.

          Jeune lecteur ou lectrice que l’amour fait rêver ou pleurer, combien seront nous à adhérer sans ambages à la « fascination » qu’éprouve une lycéenne envers un bel adolescent qui révélera ses qualités et pouvoirs vampiriques chez Stephanie Meyer. Mais aussi, dans L’Education sentimentale de Flaubert, au coup de foudre de Frédéric devant Madame Arnoux : « Ce fut comme une apparition. […] Leurs yeux se rencontrèrent. » Ces phrases magiques agissent comme un charme pour celui ou celle qui a ressenti -ou rêve de ressentir- les mêmes émotions. Etre amoureux, ou plus simplement rêver de l’être, suffit à s’identifier aussi bien à Frédéric qu’Aschenbach, le héros enthousiaste et malheureux de cette longue nouvelle, ou court roman, La Mort à Venise de Thomas Mann, lors de leurs coups de foudre éblouis. Afin que chacun puisse s’y retrouver, quelques soient le sexe et l’âge, ranimant ses souvenirs, anticipant ses affections. Au point que l’apparente barrière de l’orientation sexuelle soit bien fragile.

        Harry Potter sait faire adhérer à sa destinée bien des jeunes lecteurs. Non seulement il est animé des mêmes préoccupations scolaires, d’intégration, des mêmes émotions dans le domaine des amitiés, des conflits et des amours, de choix équivalents dans le cadre d’une vaste confrontation entre le bien et le mal, mais il grandit de tome en tome, au même rythme que ses lecteurs. L’accession progressive à la maturité est réciproque.

         C’est alors que la focalisation interne favorise grandement l’identification. Plus encore, qu’un personnage dise « je », et, lecteurs, nous sommes ce « je ». Une transfusion de visions, de sentiments, se produit aisément de la page animée vers notre psyché soudain vivante d’un autre être. Même décrite et racontée à la troisième personne du singulier, la pathétique prise de conscience, la sédition, grâce à l’écriture interdite dans un journal, grâce à l’amour également interdit, de Winston, dans 1984 d’Orwell, nous fait vibrer au souffle de sa condition misérable, de ses aspirations légitimes et cependant broyées par « Big Brother ».

         On lira plus facilement un langage courant si l’on est d’une culture modeste, alors qu’un langage soutenu ravira celui qui est fort cultivé : c’est ainsi que s’ouvrent les portes de la perception et de l’identification. Lire un roman en vers, comme Golden Gate de Vikram Seth[1], demande des lecteurs avertis, capables de goûter ses centaines de sonnets, quoique les personnages, ces jeunes yuppies californiens brossés d’une plume (ou d’un clavier) réaliste, soient forts proches de nous, par leurs mœurs, leurs intrigues amicales et amoureuses…

       Ce qui montre que le réalisme contribue grandement à l’identification : un monde minutieusement décrit, plausible, des personnages dont on peut reconnaître le milieu, campagnard, urbain, social, et culturel, tout cela contribue à rendre aisée l’entrée du lecteur dans un univers qu’il connait bien et parmi lequel il peut découvrir, par l’entremise de son héros, de nouvelles aventures et perspectives. Ce qui n’a pas peu contribué à la réussite du grand courant réaliste européen du XIXème siècle, de Balzac à Dickens, en passant par le Tolstoï d’Anna Karénine, où l’on retrouve nos préoccupations concernant le couple, le mariage de raison et d’amour, le divorce…

           Mieux, un héros positif, doué de qualités indéniables, permettra au lecteur de se valoriser, de se projeter dans un moi idéal. Les super héros, comme le Comte de Monte Cristo, chez Dumas, lui donneront les capacités d’acquérir la connaissance, de s’évader de la prison du château d’If, d’entrer en possession d’un trésor incalculable et d’assurer une vengeance splendide.

          Cependant, un anti-héros peut également ouvrir la porte à l’identification : aucun de nous n’est un super héros. Aussi un jeune homme comme Frédéric, dans L’Education sentimentale de Flaubert, peut susciter l’adhésion : comme lui, nos amours n’ont pas toujours le succès espéré. S’il a longuement aimé Madame Arnoux, il n’en a retenu qu’une mèche de cheveux blancs. Le roman de la désillusion peut être le nôtre. A moins que le héros déceptif soit un repoussoir à l’identification…

 

           La panne de l’identification se produit lorsque l’on ne se sent rien en commun avec un Aschenbach : se découvrir homme trop mûr aimant un bel adolescent n’est pas toujours une perspective séduisante, malgré l’intérêt d’une problématique esthétique et érotique, philosophique enfin, pas toujours accessible à tous les lecteurs, surtout si l’on meurt à Venise. Mais aussi lorsque le personnage principal déçoit. Comme Meursault, de L’Etranger de Camus, qui parait si froid, si dépourvu d’empathie, qui commet un crime absurde au soleil. Bien qu’il dise « je », nous nous désolidarisons très vite de lui. Nous ne faisons que l’observer de l’intérieur, voire le juger sans guère d’indulgence. Seule la parodie de procès et son lyrisme, lors de son acceptation finale de la condition humaine, à la veille de son exécution, nous réconcilient partiellement avec lui.

       Bardamu, dans le Voyage au bout de la nuit de Céline, même si l’on peut approuver sa lâcheté devant la grande guerre, n’est guère reluisant : malgré sa propension à la satire, à la dénonciation des turpitudes d’autrui, il ne répugne pas à un infâme colonialisme, à exploiter ses maîtresses, à de pitoyables incapacités, sans compter que son auteur, antisémite enragé[2], ne fait guère envie… Qui voudrait être un Bardamu ? Qui voudrait être Joseph K. lorsque ce dernier est arrêté sans savoir pour quel crime, si même il est coupable ou innocent, dans un Procès[3] incompréhensible, qui ne s’achève que par une mort infamante : « comme un chien »…

          Pire encore, le SS des Bienveillantes de Jonathan Littell[4], confiant sa vie à son lecteur, avec un cynisme peut-être intolérable, est un personnage hautement répulsif. Adhérer au nazisme, être un inspecteur des camps d’extermination, même en se targuant de défendre le matériel humain juif, assassiner sa mère, se livrer à l’inceste avec sa sœur, tuer son meilleur ami pour sauver sa peau, puis dissimuler sa précédente et abjecte identité… Un lecteur de sens commun, appuyé sur une éthique humaniste, ne peut que refuser l’identification, ainsi se construire dans le refus de tout ce que représente ce criminel ; malgré notre capacité à reconnaître l’épaisseur de l’intérêt de ce livre.

       L’absence de réalisme peut également contribuer à écarter le lecteur de l’identification. Le fantastique, et a fortiori le merveilleux, peuvent barrer la route à l’adhésion d’un lecteur rationaliste. Ainsi, ce dernier méprisera le bric-à-brac médiéval et magique du Seigneur des anneaux, l’école des sorciers d’Harry Potter, les vampires de Fascination de Stephanie Meyer[5]. D’autres encore seront réfractaires à la science-fiction, qualifiée de gratuite spéculation, dépourvue de validité scientifique. Des « portes distrans » et des vaisseaux effectuant des « sauts quantiques », en lisant Le Cycle d’Hypérion de Dan Simmons[6] : que de gratuites billevesées ! A quoi bon se mettre dans la peau de Winston et de Julia, dans 1984 d’Orwell, traqués par les impossibles « télécrans » de « Big Brother » et son invraisemblable tyrannie mondiale ; de plus pour se faire mal en ressentant de l’intérieur leurs atroces souffrances, lorsqu’ils sont emprisonnés, l’un muselé avec un rat, se dénonçant l’un l’autre, et finissant dans la pire abjection : « Il aimait Big Brother ». A moins de savoir y lire un apologue politique d’une inattaquable portée…

          Hélas peut-être, lecteurs, nous sommes enserrés dans les liens tissés par Céline, par Kafka, par Littell, par Orwell. Malgré nous, une insidieuse et frissonnante identification nous surprend. Le plus troublant étant atteint avec Lolita de Nabokov. L’écriture virevoltante, l’ironie captivante, d’une intelligence infinie, du narrateur qui écrit depuis sa prison une édifiante confession, nous permet de devenir l’homme mûr Humbert, dont les motivations nous sont exposés avec un luxe de détail et de poésie rarement atteints. Et de devenir celui qui met une fillette de douze ans dans son lit, profitant de ses faveurs par diverses séductions et chantages, qui la séquestre et la poursuit à travers tous les Etats-Unis, et assassine avec une préméditation calculée, jouissive, l’homme qui lui a enlevé, quoique pas si innocente, sa nymphette en qui il voyait la réincarnation du vert paradis des amours enfantines. Non, nous ne nous sommes pas mis à la place de ce « nympholepte », de ce pédophile, pour qui Lolita est « le feu de mes reins » ! On devine qu’être une lectrice féministe, et plus simplement humaniste, n’adoucit pas le rejet d’une telle adhésion à corps défendant. Nabokov met alors son lecteur en posture délicate face à la problématique romanesque de l’identification…

         Ainsi nous ne dirons pas toujours, comme il est attribué à Flaubert : « Madame Bovary c’est moi ». Toutefois, dans la sécurité de la fiction, car le roman est d’abord un ouvrage d’imagination en prose, rien n’empêche d’en prendre le risque, là où la catharsis, comme dans la tragédie antique -dont Les Bienveillantes de Littell sont une réécriture- devra peut-être nous assurer de la purgation de nos passions, y compris les plus discutables, les plus coupables. Est-ce à dire que le roman, en plus de nous éclairer, peut nous sauver ?


 

         Assurément, la fonction du roman ne se suffit-elle pas de l’identification. Mieux se comprendre et se réaliser grâce au roman d’éducation, s’ouvrir à autrui grâce au roman psychologique, à la différence grâce au roman historique et de voyage, au mal grâce au policier et à la terreur, à d’autres univers et perspectives technologiques grâce à la science-fiction, à des perspectives politiques redoutables grâce à l’anti-utopie, sont les facettes de la fonction du roman, qui engagent autant l’identification que son absence. L’imagination, la découverte sont en effet fondamentales. Comprendre, voire changer le monde, peuvent être des horizons d’attente de la destination romanesque. Vivre par procuration les aventures de Phileas Fogg, dans le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, permet de voyager dans son fauteuil, de parcourir la planète, ses paysages, ses mœurs, ses techniques… Lire Lolita, ou Les Bienveillantes, c’est entrer dans la psyché d’un criminel, pas seulement dans le but le devenir le temps de la lecture, mais de se faire juge en connaissance de cause, de pratiquer le devoir de mémoire et d’humanité. D’où l’universalité du roman. Ainsi s’identifier ou non au personnage principal n’est pas l’essentiel : le voyage qu’il nous procure, dans le temps, l’espace, parmi d’autres moi, est un accès par l’aventure d’une ou de plusieurs personnalités à une encyclopédie du monde. Au-delà de l’identification au personnage, principal ou secondaire, l’identification à l’écrivain est assurément la voie la plus sûre. Avec lui nous sommes des créateurs de moi et de mondes. C’est le cas avec Pynchon[7], dont des romans comme L’Arc-en-ciel de la gravité ou Contre-jour ne favorisent guère l’empathie avec leurs nombreux personnages. Or, ici, se trouvent quelques-uns des plus fascinants labyrinthes et puzzles de la littérature contemporaine, thetrum mundi, roman-sommes et portraits diffractés de la science et de la nature humaine…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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Published by Thierry Guinhut - dans Dissertations
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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 17:14

 

 

Saint-Michel piétinant le Démon, retable médiéval,

Museu Diocesa, La Seu d'Urgell, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Front Socialiste National et antilibéralisme,

 

le cancer français.

 

 

 


         Tous masqués, ces bateleurs et démagogues, harangueurs et profiteurs, ne cachent qu’avec peine leur vice, qui est le péché capital de l’économie et des libertés : le socialisme. Qu’il s’agisse du Front National ou du Front de Gauche, sans oublier les partis intermédiaires de nos constellations idéologiques, tous n’ont d’autre terrible pitrerie que leur socialisme, leur étatisme, leur colbertisme, leur keynésianisme, ce cancer français, trop français. Pourquoi un tel succès du F N aux récentes élections européennes ? Que proposer pour le contrer et rendre la prospérité à la France ? Imputons l’échec économique de la France aux partis au pouvoir -dits modérés-, avant de dévoiler en quoi l’absence de la brûlante question de l’immigration profite au FN. Montrons enfin la convergence de ces deux Fronts pour parvenir à débusquer l’aveugle obsession contreproductive française : l’antilibéralisme.

 

 

             Le Front National parvient à réaliser un score apparemment étonnant avec 25 % des voix aux dernières élections européennes. Cependant, si l’on tient légitiment compte des abstentions, voici les scores réels : Abstention 58 %, FN 10,7, UMP 8,6%, PS 6,1 %, UDI-Modem 4,2 %, Verts 3,7 %, FG 2,8 %, etc. Pas de quoi fouetter un électeur de bon sens. Ainsi, le FN serait le grand gagnant du scrutin des Européennes ? A moins que les autres partis du plus ou moins tous pourris, tous profiteurs et tous inefficaces soient les grands perdants ; avant que le premier puisse les rejoindre dans leur fastueux club. Reste que l’on peut se livrer à l’examen des causes d’une apparente victoire.

 

              La première cause de la montée du FN est évidemment la débilité du comportement, de la pensée et de l’action des partis de gouvernement qui accumulent échecs sur échecs. D’abord corruptions, emplois fictifs, népotismes, trains de vie somptueux, valises de billets secrètes... Quelques-uns de ces soucis, d’ailleurs, n’auraient plus de raison d’être si les partis politiques pouvaient se financer grâce aux cotisations et aux dons, libres et non plafonnés, à la seule condition que leur montant et leur origine soient publiés en toute transparence. Ce qui permettrait de cesser de faire rembourser les frais de campagne par le contribuable. On a voulu assainir, réguler, corseter : on a encore plus de cadavres dans le placard à finances de la démocratie.

           Il semble de surcroit que la lobotomisation de l’UMP, dépourvu d’idées énergiques, empêtré dans ses affaires de surfacturations, étêté par la démission de ses chefs, n’apparaisse plus comme le meilleur ennemi du Parti Socialiste, au profit du FN. Certes on peut s’étonner de la providentielle coïncidence : que l’affaire Bygmalion éclate si peu de jours après la débâcle du parti socialiste aux Européennes en dit peut-être long sur la célérité des enquêteurs et de la justice que l’on dirait mandatés à point pour qu’un rideau de fumée masque les lambeaux du parti jumeau.

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               Un sondage Ifop aurait montré que moins on est instruit plus on vote FN. Soit. Mais on n’en est pas moins instruit du réel, là où gît la seconde raison de ce succès relatif. Faut-il croire que le manque d’éducation autant que sa surabondance font de nous des votants qui se trompent depuis au moins trois décennies, que les seuls savants, cependant inconscients de ce qu’il faudrait savoir, savent s’abstenir devant le pipeau des urnes, qui donnent bénédiction à des oligarchies aux méthodes voisines pour nous rançonner, nous appauvrir… Reste que les électeurs du FN, sans compter les silencieux, les indifférents, les désabusés, les libéraux qui s’ignorent ou n’ont personne pour les représenter, font un évident constat : la progression du chômage et l’appauvrissement minent notre hexagone (sans compter les DOM TOM) et ce avec le soutien obstiné de nos partis au pouvoir depuis trois décennies, et malgré leur alternance, quoique avec l’actuel socialisme la chute soit plus criante encore.

            Quand des entreprises jadis florissantes (même si certaines n’ont pas su s’adapter) cèdent leurs vastes locaux refaits à neuf à Pôle Emploi, où des bataillons de nouveaux inscrits poussent dehors ceux qui renoncent à y pointer en constatant la dépensière inutilité du monstre omnivore : ce sont, depuis deux ans, un demi-million de nouveaux chômeurs embarqués dans la trappe à dégoût du socialisme autiste et clientéliste, dont l’imagination ne dépasse pas les recettes keynésiennes usées jusqu’à la corde des gossplans soviétiques :  emplois jeunes, contrats aidés, n’en jetez plus !

                La dette publique a doublé depuis le début des années 90 jusqu’à atteindre 95 % d’un PIB en berne ; le taux de prélèvements obligatoires dépasse les 46 % du PIB ; pire l’on vient de constater la véracité de la courbe de Laffer : plus on augmente les impôts, moins ils rapportent à l’état épuisant et épuisé. Le salaire minimum et la complexité du Code du travail contribuent à raréfier ce dernier. Nos gouvernements socialistes (droite et gauche confondue) ayant réussi à appliquer une bonne partie du programme communiste de Georges Marchais, le rouge engorge de plus en plus le rose.

 

           Certes il est de bon ton de se moquer à juste titre des compétences ubuesques de la bureaucratie européenne qui va jusqu’à se préoccuper de la courbure des bananes, de se scandaliser de l’absentéisme de ses parlementaires, des salaires et des retraites exorbitants de ses fonctionnaires. Cependant, elle n’empêche en rien l’Allemagne d’avoir un niveau de vie supérieur au nôtre, un chômage deux fois plus faible et une balance du commerce extérieur avec la Chine excédentaire. De plus, elle peut nous permettre de nous débarrasser des monopoles lourds, déficitaires et désuets, de la SNCF et de la Sécurité sociale en nous contraignait à une concurrence libératoire. Songeons en effet que la Sécu a un coût de gestion deux fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, pour des assurances le plus souvent privées. L'Europe n’est pourtant pas si liberticide. Sans elle, personne ne pourrait envisager de quitter la Sécurité sociale. France Telecom resterait un monopole. José Bové aurait conduit à interdire toute recherche sur les OGM, quoique ce but soit à peu près atteint. Reste à savoir si la bureaucratie de Bruxelles est un contrepouvoir suffisant à notre propre bureaucratie…

 

Cancer-Atlas.jpg

 

           La troisième cause de la montée du FN est le déni de réalité, d’abord quant à une délinquance et une criminalité récurrentes, sinon exponentielles, que la police ne peut endiguer, que la justice excuse[1], parfois ignore… Pire, s’il en est, à un phénomène qui est lié au précédent : l’immigration venue d’Islam. Quand les mairies, de Nantes ou de Bordeaux, accueillent des mosquées et des prétendus centre culturels musulmans sur des terrains à peu près offerts, quand des maires fêtent le ramadan et ignorent Pâques, des ministres inaugurent des mosquées, remettent des légions d’honneur à des propagandistes de la charia et du jihad, alors que le christianisme est persécuté dans toutes les terres d’Islam, seul la voix du Front National est assez audible pour s’indigner. Certes, hélas, c’est au nom d’une identité nationale en grande partie fantasmatique, voire de la xénophobie, et non de l’humanisme et des Lumières, que cette protestation court souterrainement. Car ce n’est pas au nom d’un parti, a fortiori d’extrême-droite, que l’on doit se lever, mais au nom des libertés. En effet, l’Islam, mais peut-être pas tous les Musulmans, est indéracinablement antilibéral, au sens non seulement des libertés économiques, mais des libertés politiques et de consciences[2].

 

 

Qu’on nous permette de citer la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen qui posa les questions suivantes à l'Assemblée Nationale :

« Où est la justice sociale quand on repousse l'âge légal de la retraite alors que tout étranger de 65 ans n'ayant jamais travaillé ni cotisé en France, a droit à une retraite de 780 euros par mois dès son arrivée ? Où est la justice sociale quand une femme de paysan ayant travaillé 50 ans à la ferme, n'a pas droit à ces 780 euros au prétexte que son mari et elle dépassent le plafond de 1200 euros de minimum vieillesse pour un couple ? Où est la justice sociale quand la sécurité sociale en faillite continue de payer à l'étranger, sans le moindre contrôle, des retraites à d'innombrables centenaires disparus depuis des lustres ? Où est la justice sociale quand l'Aide Médicale d’État soigne 220 000 sans papiers chaque année, à raison de 3500 euros par malade, alors que la sécurité sociale ne dépense que 1600 euros par affilié qui travaille et cotise ? Où est la justice sociale quand des étrangers bénéficient de la CMU et d'une mutuelle gratuite, alors que 5 millions de Français n'ont pas de mutuelle, trop riches pour bénéficier de la mutuelle CMU mais trop pauvres pour s'en payer une ? 30% des Français ont différé leurs soins en 2011 ! Où est la justice sociale quand on sait que 10 millions de fausses cartes Vitale sont en circulation et permettent de soigner des milliers d'étrangers sous une fausse identité, au détriment des ayant-droits ? Où est la justice sociale quand la France entretient des milliers de polygames, certains d'entre eux percevant plus de 10 000 euros par mois sans travailler, alors que la polygamie est interdite et que nos comptes sociaux sont dans le rouge ? Où est la justice sociale quand une famille nombreuse étrangère est prioritaire pour un logement social, alors qu'un jeune couple français doit attendre sept ou huit ans son premier logement pour avoir un enfant ? Où est la justice sociale quand on sait qu'un million de faux passeports, donnant droit à la manne sociale, sont en circulation sur les sept millions de passeports biométriques soi-disant « infalsifiables » ? Où est la justice sociale quand un Français né à l'étranger doit prouver sa nationalité à l'administration, ce qui se traduit souvent par un véritable parcours du combattant, alors qu'on brade chaque année la nationalité française avec des milliers de mariages blancs ? Où est la justice sociale quand la délinquance explose et que les droits des voyous passent avant ceux des victimes ? » La seule réponse de la ministre concernée Marisole Touraine a été: « Vous êtes là pour inciter à la haine et à la discrimination »...

Si ces questions sont bien légitimes, quoique un spécialiste y trouverait peut-être quelque détail à corriger, il faudrait ajouter que les contraintes du  marché du travail sont telles qu’elles empêchent la plupart des immigrés, peu ou pas qualifiés, d’y accéder. Avons-nous alors participé à la « lepénisation des esprits » en reproduisant ces questions ? Non. Que l’on y réponde, que l’on résorbe cette fuite en avant de l’Etat providence, quand les Pays-Bas viennent d’abandonner enfin ce fardeau, que l’on rétablisse la justice et la paix dans les quartiers dits sensibles, plus exactement cancérisés de charia et de délinquance, que l’on rende la création d’entreprises de richesses et d’emplois à tous ceux qui voudront bien y révéler leurs potentialités étouffées, et le Front National se dégonflera comme un vieux pneu crevé.

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       Le Front National est un national-socialisme. S’il n’a pas les projets génocidaires du nazisme, il avoue par la voix de sa Présidente vouloir s’allier, au Parlement européen, avec les éminences néo-nazies des Grecs d’Aube Dorée et des Hongrois du Jobbik. En revanche, il n’a rien à voir avec le leader anglais de l’Upik, Nigel Farage qui, eurosceptique, milite pour le retrait du Royaume Uni de l’Europe et pour la restriction des flux migratoires. Nigel Farage, libertarien, est en faveur de la flat tax et de l’état-minimum. Rien à voir avec le FN, comme trop de médias voudraient nous le faire croire, amalgamant les « populistes » en usant de ce terme aussi vague que dilatoire.

        Anti-européen, mais surtout anti-libre-échange, anti-mondialisation, donc vigoureusement protectionniste, le FN est de plus favorable aux nationalisations, au développement exponentiel des services publics, à une forte hausse des dépenses militaires, à une planification économique…

            Il faut alors noter qu’il a de fort nombreux points communs avec le Front de Gauche, lui international socialiste. Ne les séparent que de légères variantes sémantiques. Les deux Fronts exigent un pôle stratégique de l’industrie, des contrôles des prix, l’augmentation du nombre des fonctionnaires, la perpétuation et l’extension des monopoles d’état (poste, rail, énergie...), l’encadrement de l’activité financière et le blocage de la spéculation (criant haro sur la finance cosmopolite où il faut deviner « Juif »), sans oublier la retraite à soixante ans, l’augmentation radicale du SMIC et un impôt fortement progressif sur le patrimoine… Ce qui explique la porosité de ces deux partis, les électeurs fuyant l’un pour l’autre. Ne les séparent plus que le rejet total du capitalisme et l’affection intéressée pour un capitalisme national de connivence, que l’ouverture et la fermeture à l’immigration. Le masque rouge du tyran table sur la solidarité, quand le masque brun du tyran ne jure que sur le patriotisme. Ne les séparent qu’un antisémitisme résiduel chez les anciens, les cadres, les activistes du FN, qu’un antisémitisme, sous le masque de l’antisionisme, ravageur chez le FG. Le bonnet d’âne de l’étatisme autoritaire, de la tyrannie enveloppante n’a qu’une légère différence de couleur. L’on sait qu’Hitler, Goebbels, Himmler admiraient le putsch léniniste, qu’ils se réclamaient sans cesse, dans leurs discours, du socialisme.

           Tous deux, FN et FG, ils dénoncent l’ultralibéralisme. Pourtant, avec plus de 29 000 lois européennes, la PAC, un code du travail qui a triplé son poids depuis 1978 et 60 000 dispositifs français d’aides aux entreprises, il semble que l’Europe ne soit qu’assez peu libérale, et la France encore moins. Pourtant, les économies qui ont bifurqué vers plus de libéralisme -Allemagne, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Israël, Chili, Nouvelle Zélande, Australie- sont nettement plus performantes, autant en termes de croissance que d’emplois… Ainsi, tous deux, FN et FG, fronts bas et taurins, tous deux sont aussi bouchés qu’incultes, ne connaissant rien du libéralisme[3] et le caricaturant ignominieusement. Tous deux prétendent protéger le peuple, en lui mentant, du loup capitaliste et ultralibéral, suivis en cela par le PS qui n’est qu’à peine une potion light de cette doxa marxiste à laquelle ne résiste que fort mal l’UMP et l’UDI, formatés, soumis à un chantage permanent, qui les empêchent d’ouvrir leurs cerveaux aussi bien aux penseurs du libéralisme qu’aux résultats engrangés par les pays qui l’approchent.

        Voilà une sourde complicité qui doit faire craindre que les échecs continus de nos gouvernements, comme ceux de la démocratie de Weimar dans les années vingt, amènent à un reflux en masse des déçus, des indignés, des envieux et des coléreux vers le parti rouge-brun qui saura les haranguer, lécher le fondement de leurs bassesses, leur promettre une séduisante tyrannie de façon à jouir à son tour des prérogatives d’un pouvoir sectaire, se heurtant à de vastes manifestations, désordres, répressions, révoltes et guérillas. Assez ! Ne jouons pas au vautour de mauvais augure…

 

 

            Un philosophe libéral, Friedrich A. Hayek, avait avant nous, dans La Route de la servitude, en 1944, pointé «  les racines socialistes du nazisme », donc cette actuelle coïncidence des Fronts. Dans son chapitre « Les totalitaires parmi nous », il dénonçait « La sélection par en bas » et « un rapprochement toujours plus grand entre les conceptions économiques de la gauche et de la droite, leur opposition commune au libéralisme[4] ». Gauche et droite créent ainsi l’illusion d’être indispensables à la population, prônant des politiques globales et constructivistes, au lieu de faire confiance aux multiplicités créatrices de l’humanité, dont elles n’aiment fondamentalement pas l’indépendance, l’imprévisibilité, pourtant bien plus productives en termes de libertés et de richesses, ce au bénéfice du plus grand nombre.

 

         Ainsi, le problème n’est pas le capitalisme, ni le libéralisme, mais le manque de capitalisme et de libéralisme. Relisons le sociologue Raymond Boudon : « les maux qu’engendrent les sociétés libérales peuvent être dus, non à ce qu’elles appliquent les principes du libéralisme, mais à ce qu’elles s’en écartent ». Certes, il n’était pas aveugle sur « les effets pervers de l’ordre libéral[5] », ne seraient-ce que la médiocrité de la culture de masse, les dangers inhérents au risque entrepreneurial, ou la surévaluation d’un produit inutile, voire dangereux, mais aussi ces inégalités dont on nous rabat tant les oreilles et qui ne sont désastreuses que pour celui qui est contraint de rester pauvre par une structure étatique castratrice. Mais, d’une part, les régimes planificateurs ne sont pas à l’abri de tels errements, en ce cas plus graves encore puisque monopolistiques et tentaculaires, d’autre part, les pertes sont bien inférieures aux gains sociétaux, comme l’ont montré les succès des démocraties libérales en terme de développement humain.

 

 

         Les politiques étatistes, fiscocratistes et en conséquence corruptrices, n’aboutissent, par la collusion de l’envie et de la contrainte, qu’à la ruine de l’économie, qu’à la turpitude des extrêmes idéologiques dressés à monter au pinacle. Ces derniers rivalisent d’incantations et de réquisitoires contre la « puissance du marché », la « société de consommation », le « capitalisme prédateur », le « virus libéral »… Hélas, on fait tout pour brider, étrangler, lobotomiser, un reste de libéralisme, s’il en est. Pour éviter que l’immense pouvoir des régulateurs prétendument intelligents de l’économie soit atomisé : entendez les obsédés du pouvoir total, ces grands ponctionneurs et redistributeurs que sont nos élus et nos haut-fonctionnaires. Pourtant, « à l’emprise contraignante du groupe sur l’individu qui caractérise la communauté, se substitue, dans la société, la complémentarité des individus et leur autonomie[6] ». Pourtant, on a tout essayé, sauf le libéralisme…

 

 

            On peut dire la même chose du libéralisme et de la mondialisation : ils sont « un bouc émissaire très utile », selon le chercheur suédois Johan Norberg. Cependant, pour ce dernier, « La mondialisation ne reçoit pas d’applaudissements quand les choses vont mieux, quand l’environnement s’améliore, quand l’économie roule à grande vitesse et que la pauvreté diminue. […] Si ce mouvement doit se poursuivre, il devra s’appuyer sur un combat idéologique en faveur de la liberté et à l’encontre des barrières et des contrôles[7] ». La seule réponse crédible au Font National, ainsi qu’à tous les autres partis socialistes, c’est la croissance, la création de richesses et d’emplois, grâce au libéralisme, qu’il s’agisse du travail du dimanche, de l’impôt unique et minimum,  de la concurrence encouragée, des OGM et du gaz de schiste. Que fuient d’ici ceux qu’effraient nos libertés ! Et toi, qui promit de diviser le chômage par deux et qui tint ta promesse, chère Margaret Thatcher, reviens !

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 121, 99 et 132.

[5] Raymond Boudon : Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, 2004, p 195, 161.

[6] Raymond Boudon, ibidem, p 122.

[7] Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, p 260.

 

Constellation du Cancer,

Atlas céleste d’Alexander Jamieson, 1862.

 

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 17:44

 

Afrodite al bagno accovacciata, Villa Adriana, Museo Nazionale Romano,

Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Faillite et universalité de la beauté,

 

de Platon à l’art contemporain.

 

 

 

 

          Il semble évident que la beauté puisse être celle des visages et des corps, de la nature, de l’œuvre d’art enfin, qu’elle soit une pure et parfaite utopie, ou érodée par le temps, comme la tendre joue d’une Aphrodite. Mais au-delà d’un modèle abstrait ou classique, n’y-a-t-il cent beautés variés, voire contradictoires ? Pire, avec l’explosion planétaire de l’art contemporain, elle est conspuée, évacuée, niée. Est-ce à dire qu’il faille la rayer de notre vocabulaire, en décrier la prétention platonicienne et universaliste ? A moins que notre capacité à percevoir et conceptualiser le beau mérite d’être étendue, remodelée…

 

           L’affaire paraissait entendue avec Platon : le beau, le bien et le vrai sont équivalents, l’en soi esthétique est en conséquence un en soi moral. En-deçà et au-delà de l’humain, comme les mathématiques, la beauté est aussi éternelle qu’universelle ; son pouvoir de persuasion est irrésistible : « Les hommes, ceux du moins qui sont beaux, ô Hippias, comme toutes les décorations, les peintures ou les sculptures, charment nos regards lorsqu’ils sont beaux[1] […] Le beau est ce qui plait par l’ouïe et par la vue. » Cependant, la polysémie du terme est déjà vaste : il s’agit aussi  d’un avantage, d’une honnêteté, d’une distinction, d’une gloire… Il semble alors que le beau soit dans l’objet et non dans la perception. Beauté des corps, des discours et des actions, des âmes, confluent dans l’idéalité du beau en soi. Non sans compter la splendeur du cosmos, d’où vient notre cosmétique moderne, et son au-delà des sphères célestes, où l’impalpable essence du beau, comme « l’être », ne peut être contemplé que par l’intellect -le pilote de l’âme-[2] ». Bien sûr, plus bas en notre caverne, le beau s’oppose radicalement au laid, au difforme, au vil, au déshonorant.

          Lorsqu’Alberti[3], au détriment de la mimesis, en vient à privilégier le beau, l’inspiration néoplatonicienne et le culte du nombre d’or nourrissent la Renaissance. La lecture de Plotin est alors fondamentale, grâce auquel le monde des idées ne se sépare pas du visible. Cependant, chez ce dernier, l’objectivisme du beau se voit contré par sa dimension spirituelle : la forme ne suffit pas sans l’ascèse de l’œil intérieur qui voit « cette beauté de l’âme bonne ». Plotin ordonne : « ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste », afin de devenir « une lumière sans mesure […] Que tout être devienne d’abord divin et beau, s’il veut contempler le Beau et le Divin. […] En tous cas, le Beau est dans l’intelligible[4] ». Pour l’âme, la laideur, qui « la souille, la rend impure et y mélange de grands maux[5] », est l’exacte antithèse. Ce pourquoi Umberto Eco aura beau jeu de consacrer deux volumes encyclopédiques opposés, et cependant accolés, à l’Histoire de la beauté[6] et à l’Histoire de la laideur[7].

        Dans la tradition du beau et du bien platonicien, Adam Smith, au XVIIIème siècle continue à faire l’éloge de « la beauté attachée au gouvernement civil du fait de son utilité », ce dans sa Théorie des sentiments moraux[8], ce qui pourrait nous permettre de nous interroger : le beau est-il dans les choses, ou n’est-il qu’un sentiment moral ? Ce à quoi répond Kant, pour qui le seul attribut véritable du beau est le sentiment esthétique et non la propriété de l’objet observé.

 

 

          Les critères permettant de définir le beau, depuis essentiellement la statuaire grecque et ses Aphrodite, jusqu’à l’époque classique, sont la complétude, la symétrie, la justesse des proportions (depuis Vitruve), la mimesis et la sérénité. Ce que n’oublie pas de mentionner Hegel dans son Idée du beau : « ce qui caractérise avant tout l’idéal, c’est le calme et la félicité sereine », en particulier « la calme sérénité des personnages créés par les œuvres d’art de l’antiquité[9] ». Cependant Hegel, probablement lecteur de Burke, a intégré une nouvelle dimension : l’« horreur délicieuse[10] » du sublime romantique. « Dans l’art romantique, le déchirement et la dissonance intérieurs sont plus accusés […] c’est souvent (pas toujours cependant) la laideur ou la non-beauté qui se substitue à la beauté sereine.[11] » Gageons qu’après que le sublime ait dévasté le beau, la beauté du laid s’impose, comme lorsque Baudelaire publie Les Fleurs du mal et fait l’éloge paradoxal de « La charogne[12] ».

 

          Mais à l’attaque de la beauté du laid s’est ajoutée une autre déconvenue : Voltaire, dans « Beau, beauté », son article du Dictionnaire philosophique, ouvre la boite de Pandore du relativisme, non sans se moquer du « to kalon » de Platon : « Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon : il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée, le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté. » Il conclut en toute logique, et ce dans la tradition de Descartes, malgré le piquant d’une facile ironie, « que le beau est souvent très relatif[13] ».

          C’est plus nettement à partir de Nietzche que s’ouvre définitivement la faille : car « rien, absolument rien ne nous garantit que le modèle de beauté soit l’homme. » En effet, selon son antiplatonisme, « Le beau en soi n’est qu’un mot, pas même une idée. […] le jugement du beau c’est la vanité de l’espèce[14]. » Bientôt, aux côtés de la démultiplication du goût, l’anthropocentrisme et l’éthnocentrisme se liguent alors pour autoriser une déconstruction du concept de beauté, dans la perspective de Derrida. A moins que, selon Jean-Pierre Changeux, une « neuroesthétique[15] » permette à la beauté et à la laideur d’illuminer des aires neuronales différentes, donc révéler des constantes anthropologiques…

 

 

          Faut-il alors regretter que l’art moderne se soit souvent consacré au goût, voire au culte, de la laideur ? Jean Clair, dans son Hubris, voit surgir trois figures tutélaires de la représentation humaine : le mannequin ou homoncule, le géant des dictatures (depuis « Le colosse » de Goya), l’acéphale, que célébra Georges Bataille : « Plutôt que la beauté donc, et plutôt que l’immortalité apollinienne des Anciens dont ne rêvent plus guère les sciences de la biologie et de la génétique, l’art et la poésie d’aujourd’hui, dans leurs composantes modernistes, se voudront une sorte de retour à la fureur dionysiaque ». Là encore, l’empreinte de Nietzsche, cette fois dans La Naissance de la tragédie, est sensible. Jean Clair, en polémiste aguerri, dénonce « le déchaînement des formes les plus agressives et les plus repoussantes ». Son jugement est sans appel : « A un homme que l’on souhaite désormais parfait et immortel, répond un art mal venu et voué à la caducité ». Clairvoyance ou aveuglement du critique ? L’art se serait-il abandonné à l’hubris, cette « démesure, l’abandon à l’orgueil, aux débords sexuels, aux pulsions criminelles […] ce qui était en Grèce ancienne une faute majeure, un crime », ou ne l’exposerait-il que pour mieux dévoiler les vertiges de l’inconscient, voire une catharsis salutaire ? Et encore la tératologie de Jean Clair s’est-elle arrêtée aux monstres de Goya, à l’homme élastique de Dali, aux angoissés de Munch, aux cauchemars de Klinger, aux acéphales de Masson, aux titans staliniens et hitlériens, ces hommes supérieurs du trotskisme et du nazisme, à « L’Ange du foyer » de Max Ernst qui illustre sa couverture… Seul réel artiste réellement contemporain, le sculpteur Ron Mueck, dont le « Big man » nu, daté de 2000, est « un géant à la façon du  colosse, mais mélancolique, atrabilaire lui aussi, dans la pose canonique du lunatique effondré sur lui-même, abattu, prostré[16] ». A moins qu’il s’agisse du portrait mental de Jean Clair lui-même devant l’omniprésence de l’art contemporain, ce contempteur de la beauté…

 

 

      La critique nietzschéenne de l’idéalisme, dissociant l’art du beau, entraîne tout l’art contemporain dans son sillage. Ce que Carole Talon-Hugon, dans L’Art contre l’esthétique, confirme à l’envie. Car l’esthétique déborde largement le champ de l’art, ne serait-ce que grâce au design, à la déco, et parce que l’esthétique est bien souvent veuve de l’art contemporain qui a bien d’autres préoccupations : surprendre, choquer, faire évoluer le regard et la pensée sur notre quotidien, notre éthique et notre politique… Parmi cette « crise de l’idée de l’art », « on est passé de l’idée selon laquelle la beauté est l’alpha et l’oméga de l’art […] à celle selon laquelle il est affaire de sensibilité au sensible ». Carole Talon-Hugon, Présidente de la Société Française d’Esthétique, dont l’essai, délicieusement érudit, parcourt l’histoire de la philosophie du beau, du goût, de « l’art entre beauté absolue et beauté relative », nous avertit : « l’art n’a pas d’essence ». Il oscille en effet entre technique, mimesis, fonctions religieuses et politiques, impression visuelle, « irréductibilité des arts extra-européens ». Bientôt le trop fameux urinoir de Duchamp, ou la sculpture « Litanie » de Robert Morris dénient explicitement toute qualité esthétique. La peinture, faute de rester poétique, intellectuelle, émouvante ou iconologique, n’est plus que rétinienne et aspectuelle. Reste-t-il encore un charme à l’œuvre ? Ainsi, le « paradigme esthétique de l’art » est « préjudiciable à l’art » et le « conduit à une sorte d’insignifiance et peut-être même d’auto dissolution[17] ». Ce qui, n’en déplaise à Carole Talon-Hugon, est encore peut-être de l’art. Reste qu’il faudra bien un jour choisir parmi ce que nous dirons être le meilleur de l’art[18]

 

 

      Au point que des artistes puissent afficher la laideur, la vulgarité et la provocation de façon à faire art. Au point que Claude Lévêque propose des œuvres dont le ressort est la répulsion : un spectateur n’est pas censé les supporter plus que quelques minutes, ce qui devient alors le critère sine qua non de qualité. Ecrire en néon de couleurs quelques petits mots, dont « aphrodite » sur un vieil arrosoir, « vice » dans une cage à oiseaux, « ta gueule » sur rien d’autre que le mur, suffit-il à séculariser les mythes et les catégories morales, à dépasser la puérilité grossière et donner une dimension muséale, sacrale, au vocabulaire de la rue ? D’où le remplacement du beau par le kitch, le conventionnel, la quotidienneté, la reproduction mécanisée ; son chemin de croix est outragé par l’ironie.

      Ainsi, le beau a quitté autant le terrain artistique que le souvenir platonicien. Ainsi, Selon Peter Sloterdijk, « l’abandon de l’Être qui caractérise les territoires de l’art était inéluctable ». Ce dernier note que pour « les derniers penseurs de l’Être […] l’histoire de l’art la plus récente est une danse des morts illuminée par des restes d’âmes perdus[19] ». Cela dit, au vu de l’importance accordée par l’art contemporain à l’idée, au concept, aux dépens de l’esthétique, ne peut-on pas considérer que la belle idée soit l’âme centrale dans l’imposition d’une œuvre ? La valeur artistique sans dimension esthétique est-elle une autoroute où tout et rien se précipiteraient, ou un leurre ? Peut-il exister un sensible sans signification ni beauté ?

      La démocratisation de la beauté, non seulement par l’extension du capitalisme de consommation, mais aussi de la fréquentation des musées, montre à la fois qu’elle ne réside plus guère dans l’idéalité platonicienne, ou christique et mariale, et qu’elle réside dans la soif esthétique qui gît en chacun de nous et ne demande qu’à s’éduquer, se multiplier en ses incarnations et avatars… Ainsi, pour nous tous, Gérard Titus-Carmel parle d’un « cuisant sentiment de la beauté » et du « soupçon de la beauté comme seul moyen de racheter [son] enfance sans paradis[20] ».

 

Claude Lévêque : aphrodite, 2013

Photo Fabrice Seixas © ADAGP Claude Lévêque.

Courtesy the artist and Kamel Mennour, Paris

 

      Comment dépasser la contradiction entre une beauté ethnocentrée à prétention universaliste et le relativisme subjectiviste ? Si à peu près tout le monde sent et sait que le beau existe, les définitions ont explosé jusqu’à n’avoir plus même d’ombre dans les caprices strictement personnels et subjectifs. Les préjugés et les ignorances peuvent alors sur ce sujet (sinon bien d’autres) être assimilés au refus de penser. Pourtant, si divers paraisse-t-il, le sentiment du beau reste universel. Mais beaucoup plus dans la perception humaine que dans les choses, qu’elles soient naturelles ou artificielles.

      Le beau reste un sentiment esthétique et moral, dont les déclinaisons émotionnelles ont plus de cohérence aux quatre coins du globe et de l’histoire qu’il n’y parait. On aime toujours la beauté complète, proportionnée, harmonieuse, sereine, d’un visage japonais ou massaï, finlandais ou persan… Mais aussi le non finito, l’attendrissant défaut qui humanise la perfection, le sfumato, le vide et le plein des paysage zen, l’esthétique des ruines, voire des déchets… Ainsi Gérard Titus-Carmel s’émeut-il de tout ce qui menace : « Car la beauté ne réside pas dans l’idée univoque de la confection et de la perfection de la forme selon un canon établi ainsi qu’il en était pour les valeurs classiques de l’esthétique, mais, au contraire, dans ce qui la met en péril et menace de la dissoudre ». Est-ce ce péril qui rendrait l’art contemporain aussi éprouvant qu’émouvant ? Car, pour reprendre Gérard Titus-Carmel, « Peut-on impunément parler de la beauté sans avoir une conscience aiguë du monde dans lequel elle se manifeste, autrement dit là où la laideur et le mal ne cessent partout et à tout moment de s’entendre pour la contraindre ou l’empêcher d’apparaître[21] ? » La beauté, même entravée, conspuée, ironisée, effacée, est évidemment une réponse obligée à la banalité et à la radicalité du mal, qu’il s’agisse de la beauté du mal, de la beauté parmi la banalité ou de celle de l’exception de l’œuvre d’art. A moins que la petite lumière d’Aphrodite sur un réel mal fichu ne s’éteigne…

 

 

      Peut-être faudrait-il revenir aux Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, de Schiller, qui ne consentait pas à réduire la beauté « à n’être qu’un simple jeu, alors qu’elle est un instrument de culture ». Ainsi, prévient-il, dans la tradition des Lumières : « dès que la raison prononce : une humanité doit exister, elle a par cela même édicté la loi : il doit y avoir une beauté ». Devant la beauté, qu’elle soit de la statuaire grecque, ou des anti-beautés de l’art contemporain, « nous nous trouvons simultanément dans l’état de suprême repos et dans celui de suprême agitation ; il en résulte la merveilleuse émotion pour laquelle l’intelligence n’a pas de concept, ni la langue de nom.[22] » Ce nom, ne serait-ce pas la beauté elle-même, ancienne et nouvelle, formelle et conceptuelle, pureté ou chaos, élogieuse ou satirique… Ce que confirme, dans une autre île du vaste spectre de la philosophie esthétique, la pensée de Deleuze : « L’art n’est pas le chaos, mais une composition du chaos qui donne la vision ou la sensation[23] ».

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Platon : Hippias majeur, 298 a, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 543.

[2] Platon : Phèdre, 247 c, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 1263.

[4] Plotin : Ennéades, I 6-9, Les Belles Lettres, 1924, p 105 et 106.

[5] Plotin : Ennéades, I, 6-5, Les Belles lettres, 1924, p 101.

[6] Umberto Eco : Histoire de la beauté, Flammarion, 2004.

[7] Umberto Eco : Histoire de la laideur, Flammarion, 2007.

[8] Adam Smith : Théorie des sentiments moraux, PUF, 2011, p 261.

[9] Hegel : Esthétique, II, L’Idée du beau, Aubier, 1964, p 112.

[10] Burke : Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009, p 227.

[11] Hegel : Esthétique, II, L’Idée du beau, Aubier, 1964, p 113.

[13] Voltaire : Dictionnaire philosophique, Bry Ainé, 1856, tome II, p 49.

[14] Friedrich Nietzsche : Le Crépuscule des idoles, § 19, Mercure de France, 1952, p 151 et 152.

[15] Jean-Pierre Changeux : Du vrai, du beau, du bien, une nouvelle approche neuronale, Odile Jacob, 2008, p 103.

[16] Jean Clair : Hubris, La fabrique du monstre dans l’art moderne, Gallimard, 2012, p 20, 21, 172, 97.

[17] Carole Talon-Hugon : L’Art victime de l’esthétique, Hermann, 2014, p 7, 15, 11, 43, 123, 124, 13.

[19] Peter Sloterdijk : Essai d’intoxication volontaire, suivi de L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, Hachette Pluriel, 2001, p 226.

[20] Gérard Titus-Carmel : Le Huitième pli ou Le travail de beauté, Galilée, 2013, p 24.

[21] Gérard Titus-Carmel, ibidem, p 123, 161.

[22] Schiller : Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, Aubier Montaigne, 1943, p 203, 201, 209.

[23] Gilles Deleuze et Félix Guattari : Qu’est-ce que la philosophie ? Minuit, 1991, p 192.

 

Photo : T. Guinhut.

 

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 07:42

 

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Christopher Miller : L'Univers de carton

ou l’avatar de Philip K. Dick.

 

 

Christophe Miller : L’Univers de carton,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro, Le Cherche-midi, 640 p, 23,80 €.

 

 

A condition d’être un peu plus déglingué, Borges aurait prodigieusement aimé ce monstre littéraire. Cette savante biographie est-elle consacrée à un auteur purement fantasmatique, ou à un clone d’un OVNI de la SF, qui l’était déjà bien assez ? Œuvre de fiction ou compilation universitaire, il y a là quelque chose de la poursuite de l’écrivain Archimboldi par les critiques dans 2666 de Roberto Bolano[1]. Il faut lire cependant l’objet polymorphe qu’est L’Univers de carton de l’Américain Christopher Miller (né en 1975) en se confiant à son humour.

 

Considérons qu’il s’agit d’un roman. Car les deux personnages, William Boswell et Owen Hirt, les deux maîtres d’œuvre de la monumentale biographie critique de Phoebus K. Dank, sont des sortes de jumeaux professionnels, frères ennemis sans cesse animés par une vivace rivalité. De plus, leur partialité est sans pudeur : le premier, en sa qualité d’ami de l’écrivain, admire inconditionnellement Dank, quand le second le déteste avec persévérance, qualifie ses écrits de « puérils » et « médiocres », au point que l’on puisse le suspecter d’avoir assassiné l’objet de leur prolixe étude. Ce qui entraîne un micro-roman policier. Le récit de la relation du trio s’intercale avec les éclairages sur la bibliographie dankienne.

Imaginons qu’il s’agit d’une thèse universitaire. Ouvrons alors ce pavé aux têtes de chapitres alphabétiques, comme une encyclopédie didactique. « Ouvrage de référence » et « essence concentrée du génie de Dank », il est doté d’une chronologie, d’un index, de notes, de résumés des œuvres plus ou moins introuvables. Ce sont, rangés par ordre alphabétique, les synopsis des nouvelles et des romans, parmi lesquels les deux compères introduisent leurs commentaires, leurs analyses, digressions et parties narratives. Sans oublier les entrées plus investigatrices, d’ « Agoraphobie » à « Pornographie », où l’on sonde indiscrètement les penchants intimes et les quatre mariages de leur idole obèse. Ainsi la cruauté de la dissection par le biographe est pourfendue.

Le plus réjouissant est enfin de lire L’Univers de carton comme une parodie. Sans cesse se déploie et s’aiguise la satire des tics et des travaux universitaires, des critiques qui s’emparent de leur écrivain et objet d’étude, fétiche et marotte, de leurs enjeux de pouvoir intellectuel et professionnel. Et « Lorsque les deux auteurs se disputent pour savoir lequel a imaginé l’autre », le débat onirique s’élève entre Miller et Dank, entre le créateur et sa créature qui crée son créateur, comme le lecteur est à l’origine de la naissance de l’auteur. Ainsi l’esthétique postmoderne s’en donne à cœur joie au cours du ping-pong verbal entre les deux exégètes.

 

 

Jusqu’où faut-il prendre au sérieux un auteur à la vie désastreuse, qui voit des colonisations utérines par les Martiens, dont « l’addiction aux amphétamines » le mène à la paranoïa ? Il agite en ses pages, entre hallucination et science-fiction, un « scarabée mutant », un « concours de beauté » alternatif, « une épidémie de syndrome de la Tourette », des « taux de réalité » variables… Les titres, bien qu’imaginés, comme « La Fabrique de migraines » ou « Planète Adam », savent frôler les thèmes favoris de l’auteur aux mêmes initiales que le héros malheureux de cette fiction cannibale.

 

On aura compris qu’il s’agit d’une vraie-fausse biographie du « maître du haut-château » de la Science-Fiction : Philip K. Dick, tel qu’en lui-même le romancier et critique le change, le diffracte en facettes déjantées, en un « univers » parallèle. Lawrence Sutin avait commis en 1999 une fort sérieuse vie de ce dernier, intitulée Invasions divines[2]. Parodique, celle de Christopher Miller est un jeu de piste loufoque, magnifiquement monté, une psychédélique explosion d’ironie et de perspectives, mieux écrite que par Philip K. Dick, ce médiocre styliste aux idées géniales. Rappelons-nous en effet ses romans du retournement du temps, comme A rebrousse-temps ou En attendant l’année dernière[3], ses nouvelles science-fictionnelles et hallucinatoires, ses spéculations politiques, comme Rapport minoritaire[4], dans lequel « Précrime » punit avant le délit, son uchronie magistrale, Le Maître du haut-château[5], dans laquelle le Japon et l’Allemagne nazie se sont partagés les Etats-Unis…

 

Thierry Guinhut

Article paru dans Le Matricule des anges, avril 2014

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Lawrence Sutin : Invasions divines, Philip K. Dick, une vie,  Folio SF, 2002.

[3] Philip K. Dick : Romans 1965-1969, J’ai lu, 2013.

[4] Philip K. Dick : Nouvelles, tome II, Denoël, 2006, p 347-392.

[5] Philip K. Dick : Le Maître du haut-château, Opta, 1970.

 

 

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 17:25

 

Val Lliterola, Benasque, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le Testament de Job.

 

La République des rêves, roman, VII.

 

 

 

Camille, médusé, se retrouve bientôt, comme s'il jouait un rôle inconnu, après avoir lui aussi ouvert sa carte d'identité, assis en silence dans la pénombre d'une pièce tendue de tapisseries brunes. Le notaire, beau barbu blanchâtre compassé de correction et de savoir-vivre désuet, range ses papiers avec une précision décorative sur un large bureau Louis XV surchargé d'ornements de bronze exotiques, palmiers, lions et chameaux, d'encriers en écailles de tortue, de sous-mains et de nécessaires à buvards, sous le cône jaune d'une lampe, potiche énorme de porcelaine parcourue de dragons bleutés chinois et dont l'abat-jour sable leur fait comme une tente orientale et chaude...

-Madame, Messieurs, moi, Roger-Stéphane Le Tellis des Allebasses, ci-devant notaire à Job, en présence des dénommés Jean Roche-Savine, Geneviève et Gérard Laurenque, Antoine Merlot et Camille Braconnier, et devant Dieu et l'Etat français, vais procéder à l'ouverture du testament du regretté Julius Roche-Savine. Il est entendu qu'hors la quotité réservataire dévolue à Madame Mère Roche-Savine qui avec nous partage, encore et selon la volonté de Dieu, la terre, et hors Mademoiselle Jeannie Roche-Savine, exclue de la succession pour cause d'indignité, le défunt susnommé peut disposer à sa guise de la quotité disponible, étant donné l'absence de conjoint vivant et de descendance.

De ses doigts longs, cérémonieux et jaunis par l'âge ou le tabac, il brise le cachet de cire rouge d'une enveloppe toilée brune pour en extraire un fort feuillet qu'il fait subrepticement claquer.

-Voici lecture du testament olographe, daté et signé du 23 mai dernier et de la main du testateur lui-même, et enregistré au fichier central des dispositions des dernières volontés sis à Aix en Provence:

« Je soussigné, Julius Roche-Savine, sain de corps et d'esprit, annule par la présente toute disposition précédente et dispose de mes biens comme suit:

Toutes mes propriétés, bâties et non bâties, sises dans les limites de la sous-préfecture d'Ambert, reviendront à ma mère.

Le château et le Vignoble de Saint-Amant iront à mon frère Jean, y compris tous les biens et les actifs financiers de la société du même nom. A charge pour lui de laisser la jouissance sans contrepartie financière du pavillon de garde à Antoine Merlot. Il devra également, en accord avec ce dernier, lui conserver toutes ses attributions et avantages liés à sa profession de maître de chai de Saint-Amant. La maison et les vignes de Lesparrey à Saint-Médard reviendront à Antoine Merlot.

A Camille Braconnier, à charge pour lui de réaliser une œuvre photographique originale et d'ampleur, reviendra la somme de cent mille francs, hors frais, droits de successions et impôts divers.

A Flore Hellens-Braconnier, le collier à six rangs de perles baroques.

A Geneviève et Gérard Laurenque, ma maison et son parc de Bordeaux, y compris tous les biens mobiliers.

Mes portefeuilles d'actions et d'obligations seront répartis selon les instructions laissées à mon notaire de Bordeaux sous le sceau du secret.

Les sommes restantes sur mes divers comptes et coffres iront à part égales à Recherche contre le Sida et à des associations d'aide aux enfants handicapés laissées au choix du notaire.

-Voilà tout. Madame, Messieurs, j'aurais à la suite de cette lecture, et dans les jours prochains, l'honneur de dresser les actes légaux, l'acte de notoriété, les attestations et certificats de propriété, la déclaration de succession, sans omettre le procès verbal d'inventaire de tous les éléments d'actifs et de passifs de la succession et pour finir les acceptations ou renoncements des héritiers...

Pour Camille, le reste se perdit dans le brouhaha de ses pensées qui lui permirent seulement de retenir que les legs seraient effectifs dans les six mois... Il pétille d'une sensation de liberté, d'une gratitude supplémentaire envers Julius, comme dans ces contes de fée où l’orphelin se découvre soudain une riche et noble lignée... Il s'inquiète fébrilement de ne pas savoir quoi faire et de ce que mériterait la mémoire de Julius. Il aperçoit en même temps que c'est en face de lui-même seul qu'il doit faire autre chose qu'une œuvre sur le papier, mais transmettre une vie rendue visible…

Dehors, on s’étonne et se congratule dans la lumière de midi : Jean, rayonnant, se répète, incrédule : « Alors, je vais changer de vie ? » Non sans avoir signalé à la ronde que « la mère allait cracher de fureur en apprenant que Julius avait légué à des étrangers », il embrasse chacun de larges accolades et entraîne comme vers de nouvelles aventures Antoine Merlot.

Gérard, visiblement impressionné, donne le bras à Geneviève qui, la larme et le rire à l'œil exulte doucement :

-Je sais, le parc c'est pour les enfants. Quel père Julius eût fait!

-Allons, la taquine Camille, nous n'allons pas donner dans le complexe du père. C’est à nous de jouer maintenant…

-On te ramène à Bordeaux? Nous partons de suite, demande Gérard.

-Merci. Je vais profiter du buffet à l'hôtel. De l'après-midi pour marcher vers le haut... Et de quelques jours pour aller à pied voir la Danse Macabre de La Chaise-Dieu.

-Tu te mets au travail?

-Je ne savais pas encore que j'y étais déjà.

-Bon courage, alors. Tu nous raconteras plus tard, n'est-ce pas?

En montant, par des chemins de ferme et une route communale, glacis de prairies au-dessus des bandes semi-brumeuses bleues et jaunes de la vallée de la Dore, en avant de l'énorme massif de hêtraie sapinière du Forez, Camille se demande ce qu'il va faire de lui. Si l'argent lui permettra certaine­ment, sans compter son impulsion, de faire quelque chose de plus et autrement, il sait qu'il ne peut pas seulement refaire un travail circonscrit par un lieu, ni s'aventurer dans un continent de photographies féminines et érotiques. Ce que Julius ne lui avait en aucune manière intimé: « De ce que je suis, de cela seul, moi seul, je peux faire quelque chose! » se dit-il dans le souffle plus appuyé d'un raide virage en épingles à cheveux devant une ferme.

Au cul de sac de la route, et sous le départ du sentier grimpant à l'assaut du sous-bois montagneux, Camille tombe en arrêt, comme pour une pause respiration, relaxation, devant un superbe tas de fumier jaune et noir encore fumant. Se retournant, il peut disposer dans le cadre de sa vision le village de Job sur son fumier. La puanteur riche, la pourriture de paille et de purin, agitée de micros organismes et de bactéries, déjà prête à se changer en fertile engrais vivant, dégage à son sommet de subtiles vapeurs, agitant d'un mystique encens ou des photons d'un mirage, le village de Job groupé autour de son fort clocher...

Une fois suffisamment amusé de ce tableau, Camille adapte son pas à l'ombre raide, feuillue et résineuse, à une de ces montées dont l'effort orchestré, balancé des muscles allume les pensées, puis les empêche. Certes, il ne sait pas quel grand projet va naître. Délivré des trop bêtes photos de commandes alimentaires par ce legs, cette manne, par son poste de professeur d'histoire de la photographie, il peut prendre le temps d'imaginer un objet fabuleux. Il avait cru rentrer aussitôt la mise en terre faite, et maintenant, après avoir appelé Flore au téléphone, et décidé d'abandonner la énième série de photos de vignobles qu'il aurait pu vendre à quelque magazine, il se retrouve en chemin d'il ne sait quel prestigieux millésime photographique sur les sentiers du Puy de Dôme et de Haute-Loire. Avec la liberté d'inventer n'importe quoi au passage, sans même avoir à se soucier pour l'instant de but. La terre se mélange de feuilles de hêtre roussâtres, les cônes de pins s'écrasent ou roulent sous ses chaussures, les troncs et les branches dessinent sur son passage des répétitions jamais semblables. Mâchonnant la dynamique possible d’un langage sous des rais de soleil des bois, comme courtisant quelque Phébus-Apollon ou jardin zen intérieur, sa pensée se dilue dans la sueur de l’effort, dans l’odeur d’écorce et de champignons de la forêt de la Volpie…

Après une bonne demi-heure d'effort, il débouche sur une cheville de la montée, un mince balcon d'herbes et de rocs dégagé des feuillages au bord supérieur du Rocher de la Volpie. Le cœur battant, il pose le sac et s'assied au bord du paysage. Il est à mi-hauteur de montagne, au-dessus d'une conque de prés enchâssés dans le grand mouvement d'échine du Forez qui va vers le sud se mélanger avec les Monts du Livradois. Sentant venir le calme, il prend possession des cent quatre-vingt degrés des monts, boisés de brillantes couleurs automnales, de la vallée de la Dore, parfois bleue visible, Job derrière invisible, le monde comme pour lui délié. Après le rythme s'apaisant du souffle saoulant de vitesse et de force, une jubilation d'équilibre s'installe, comme aux lumières fuguées des suites et Partitas de Bach. Ce rocher du renard, dont le nom venait du vulpus latin, lui suggère une certaine ruse, acquise comme Ulysse au cours de ses humaines pérégrinations, ruse bien tempérée dont le but serait l'accord et la tenue de soi. En ces moments, tranquillement posé perché sur l'extrusion rocheuse devant l'espace, il pourrait éprouver la minuscule et rare velléité de fumer, comme quelques années plus tôt, une cigarette qu'il aurait patiemment roulée. N'eût été le goût maintenant désagréable et la vulgarité du geste, qui d'ailleurs suffisait pour lui à désérotiser une jolie femme, il aurait apprécié de voir, comme matérialisant l'accord de son souffle apaisé et de l'espace, s'échapper, à la fois calmement et rapidement, les volutes d'abord parfaites, puis tourbillonnant en désordres bouclés, en soies de cirrus incalculables, mimant la consumation lente et ardente de la vie. Mais il n'a plus besoin de cet objet. Il lui suffit d'y avoir pensé pour inspirer, expirer, respirer enfin consciemment, cependant profondément et sans poids, sentir ce même dessin de la colonne d'air plus pure que la fumée dans l'intérieur et jusqu'aux plus fines alvéoles de ses poumons. Alvéoles également sollicitées par les bancs de brouillards sporadiques et blancs s'évadant en plumetis dans les amonts de vallées et sous le soleil. Au fond, il voit se former une bande de petits nuages bizarrement roses, striés par les bandes pâles d'un moignon d'arc en ciel, l'un en forme de Ferrari Testarossa, l'autre grossissant depuis le sud-ouest en forme de ville chaotique et brûlée, et soudain, proche à le toucher dans le bas, la montée aussitôt évaporée d'une petite brume en forme de gracieux sein féminin... Dans le pré, deux cent mètres en dessous, un cerf doré est assis, faisant à peine bouger ses grands bois au rythme de l'air, comme dans une pause royale de l'ardeur de la saison du rut. Un peu plus tard, il n'y est plus. D'un cerf à l'autre, des hasards peuvent coïncider à un sens que Camille peut donner après coup. Il s'amuse à penser qu'après ces scènes de réalisme à Job, il peut se jouer un air de consolation financière et lyrique en devinant au loin l'endroit où la Dolore se jette dans la Dore... En accord avec le mouvement, le renouvellement ininterrompu de ses atomes et des atomes de l'espace qu'il sent s'agiter en lui et autour de lui, il perçoit le souffle de l'univers palpiter doucement entre les osselets du centre de l'équilibre dans l'oreille, comme au son d'une infime trompe grave venue des roches intérieures de la terre, comme au son d'une basse de viole au-dessus de laquelle établir les harmonies fruitées d'un concert spirituel...

La nuit suivante, une pluie catastrophique s'abattit sur la montagne.

 

Thierry Guinhut

Extrait d’un roman à paraître

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : La République des rêves, roman : synopsis et sommaire

 

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Job sur son fumier, miniature médiévale.

 

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 14:51

 

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Frans van den Wyngarde : Satyre ennivré ou le rêve de Silène, d'après Rubens, 1614

 

 

 

Le Pogge : Facéties

et autres satires morales et humanistes


 

Le Pogge : Facéties, traduit du latin par Etienne Wolff,

Les Belles Lettres, 238 p, 40 €.

 

 


 

        D’un auteur italien du XVème siècle qui écrivait en latin, c’est à priori une édition bilingue pour spécialiste, d’un texte rare, avec introduction savante, bibliographie, « note philologique », notes diverses et index... Mais quel bonheur de lecture, picorant au hasard parmi ces 273 courts morceaux facétieux et satiriques, au point que l’on ne rechigne pas à les dévorer du premier au dernier, sans imaginer jamais les quitter.

 

        Les récits très concentrés, farcesques et bouffons, bons mots et railleries font mouche : « Ici le savoir et la culture ne servent à rien. Emploie-toi plutôt quelques temps à désapprendre si tu veux te faire bien voir du pape ». On retrouve souvent la satire du personnel religieux et le trio mari, femme, amant. Tromperies, corruptions, ignorance, vanités, scatologie et joyeuses luxures abondent, comme ce prêcheur de chasteté qui fornique « pour dompter et mortifier cette misérable chair ». On lira, avec une rabelaisienne inclination, l’anecdote de ce cardinal, requérant d’être rafraîchi par un éventail, qui se voit gratifié d’un « vent », c’est-à-dire d’un « pet retentissant ». Ne ratons pas l’histoire de celui qui « pissa sur la table », ou de cette mariée déçue que « l’outil » de son mari ne soit pas de la taille de celui d’un âne. En un mot, « il n’y a pas de meilleur remède à la folie des femmes » -et des hommes- que la copulation…

      Avec un tel esprit, on ne s’ennuyait pas parmi la chancellerie pontificale. Le Pogge, intellectuel très chrétien, auteur également d’Un vieillard doit-il se marier ? vivait plus que facétieusement, épousant une jeunette de vingt ans au sortir d’une carrière de mauvais garçon. Hors le divertissement et la grivoiserie, le but qu’il se propose en se faisant le créateur du genre est également moral, entre « mirabilia » et petits contes philosophiques. Il dénonce l’inutilité des reliques, les médecins ignorants, les usuriers... Mais il sait faire preuve de clémence envers les blasphémateurs. Les vices de ses contemporains sont ici lacérés, étripés, dans la tradition des Satires de Juvénal et du « castigat ridendo mores », comme le disait Horace qui, lui aussi, savait châtier les mœurs par le rire.

 

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      Bracciolini Poggio, dit Le Pogge, vécut entre 1380 et 1459, entre Toscane et Rome. Philologue, il était avide de manuscrits d’œuvres antiques, dont il fut un grand découvreur ; traducteur de Xénophon et de Cicéron, linguiste, historien, théoricien de l’art épistolaire, il était un humaniste italien, non loin de Pétrarque. Son humour, son irrévérence et ses invectives ne sont pas incompatibles avec l’humanisme : pensons à l’Eloge de la Folie, d’Erasme, quoique ce dernier le traitât de « braillard ». Ses satires pourfendaient, en d’enlevés traités, avares et nobles. Les moines de son temps ne perdirent rien pour attendre les flèches de son style acéré : dans Contre l’hypocrisie, la polémique anti-ecclésiastique est particulièrement cinglante ; ce que l’on retrouve dans ces Facéties, où toute la hiérarchie ecclésiastique, du haut en bas, s’avère ignorante, débauchée, cupide, vaniteuse et sensuelle.

 

          Bien avant Le Tartuffe de Molière, les hypocrites sont parmi les cibles préférées du Pogge, ce en quoi il reste on ne peut plus actuel : « Voilà bien le comportement de ces maudits hypocrites à qui tout est bon. Ils veulent toujours couvrir leur ambition et leurs crimes de quelque voile honorable. » Rêvons qu’il puisse se dresser hors du tombeau et poursuivre aujourd’hui, de ses mots d’esprits et de ses caractères bien en chair, bien des politiques, des religieux ou des figures des médias qui nous enfument de leur superbe morale…


Thierry Guinhut

Article paru, et ici augmenté, dans Le Matricule des Anges, juin 2005.

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Le Poggio

Le Pogge Facéties Jean Trepperel, entre 1512 1527 

 


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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires Italie
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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 10:14

 

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Joseph Steib : Le conquérant, 1942

 

 

 

 

Une résistance contre l’hydre du nazisme :

Hans Fallada : Seul dans Berlin

 

Hans Fallada : Seul dans Berlin,

traduit de l’allemand par Laurence Courtois, Denoël, 736 p, 26,90 €.

 

 

La fiction est parfois plus efficace, et surtout plus vivante, que le document historique. Car elle donne un visage, une intimité permettant l’identification du lecteur avec des figures et des anonymes du temps disparu. C’est ce qu’a bien compris Hans Fallada en élevant une stèle romanesque au service des Allemands couchés sous le joug du nazisme. Seul dans Berlin, enfin intégralement édité, rend justice aux oubliés de l’infâme l’épopée aryenne. Là où des hommes et des femmes tiennent à rester debout, même sous le pire régime, même au dépend prévisible de leur vie.

 

Chronique des petits quartiers et des entreprises berlinois, le roman centré autour d’un immeuble devient vite éprouvant, étouffant, tant augmente la pression de l’omniprésent nazisme. Entre les « cartes de rationnement » et la pieuvre du parti, la victoire claironnée sur la France de 1940 ne fait guère d’effet aux petits héros et anti-héros désabusés de l’épopée. Une Juive, Frau Rosenthal, la famille Persicke, dont un fils, Baldur, est un SS surexcité, le couple Quangel, dont l’enfant vient de mourir sur le front de France, la factrice Eva Kluge sont les pivots de la tragédie. Exaspérés, le couple Quangel va prendre une décision inouïe : subrepticement distribuer des tracts antinazis parmi la ville. Hélas, ils ne tromperont que peu d’années la Gestapo, dont les archives, sous le nom des Hampel, conservent la trace de cette histoire vraie…

Si peu, une sourde résistance s’égrène : un vieux juge cache la dame Juive, la jeune Trudel, dont le fiancé vient d’être tué sur le front, appartient à une « cellule communiste » secrète, quoiqu’inefficace. Mais les héros du roman sont indubitablement les Quangel. Ce sont plus de deux cents cartes postales que le couple dépose parmi les gares, les cages d’escalier, « avec des appels contre le Führer et le parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables ». Leur courage hallucinant n’est pourtant guère payant. Les cartes sont à peine lues, aussitôt rapportées à la Gestapo par de zélés informateurs et de pleutres dénonciateurs : elles leur vaudront, en avril 1943, la décapitation. Quangel n’aura converti qu’un homme, celui qui finit par l’arrêter, et qui se suicide…

Fallada bénéficia, pour écrire son vaste et méticuleux opus, des dossiers que lui fournit le futur ministre de la culture de la RDA. Dossiers incomplets qui permirent au romancier de faire de ses personnages des figures nimbées d’un héroïsme sans faille, n’abdiquant rien de leur intransigeance. Alors que l’on sait qu’en prison, les Hampel se dénoncèrent l’un l’autre, renièrent leur antinazisme. En vain.

 

Hitler George Grosz Caïen ou Hitler en enfer, 1944

Georg Grosz : Caïn ou Hitler en enfer, 1944

 

Dans la tradition du réalisme balzacien, chaque personnage correspond à un type humain : le nazi fervent, le nazi contraint, la Juive cachée dont le mari est incarcéré, mais aussi le dénonciateur, le profiteur, le délinquant minable, décliné en de multiples avatars. Il s’agit alors également un roman picaresque, à la suite du Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin[1], enchaînant les portrait de petites gens, de « moins que rien », de gueux, d’ivrognes, de voleurs et de menteurs, d’humbles méritants et de salauds carabinés, parmi des péripéties sordides, parfois d’un intérêt inégal. En ce sens ce n’est pas le nazisme qui fait ce peuple, mais ce peuple qui le fait, même si tous ne le méritent pas, si beaucoup le subissent sans rien avoir demandé, si d’autres en jouissent en sadiques consommés, en une radicalité du mal imperturbable, mais aussi en une banalité du mal, digne de l’analyse d’Hannah Arendt[2]. Ainsi la factrice Eva Kluge, dont le fils est un SS, « ne croyait pas que son garçon, qu’elle avait un jour porté dans son sein, serait capable de déshonorer des jeunes filles juives, pour les tuer aussitôt d’une balle dans la tête ». Pourtant, une photo le montre cognant la tête d’un enfant juif « contre le pare-choc d’une voiture ».

Le roman à thèse n’empêche pas l’efficacité, malgré de longs défilés de personnages secondaires, comme le pitoyable « tire-au-flanc » Enno Kluge qui séduit les femmes vieillissantes, un moment suspecté, pendant l’enquête de la Gestapo, digne du roman policier le plus sordide. Le témoignage et la charge contre le régime hitlérien contribuent au tableau de société sous la férule du totalitarisme, où toute l’économie, tout l’emploi, du moins pour ceux qui ne sont ni soldats ni dans les camps de concentration, sont tournés vers l’effort de guerre. Le favoritisme à l’égard des membres du parti est une institution. La propagande pullule. Le langage est également vicié : voler une Juive, c’est « aryaniser ses biens ». Comme dans 1984 d’Orwell, penser est un délit : « Qu’ils obéissent, c’est tout. C’est le Führer qui s’occupe de penser ». Car « dans cet Etat, pas même les pensées n’étaient libres. » L’Allemagne est l’achèvement de la tyrannie, là où « une moitié du peuple enferme l’autre ». Finalement, malgré l’inéluctable verdict, une morale paradoxale universelle se fait jour : « Vous savez très bien que celui qui est ici derrière les barreaux est convenable, et que vous qui êtes dehors n’êtes qu’une crapule, que le criminel est libre mais que l’homme convenable est condamné à mort ».

Ce n’est pas du haut du vaste panoramique de l’historien, mais auprès des petits, des sans-grades, qu’Hans Fallada nous présente l’Allemagne nazie. Certes l’omniscience du romancier permet de balayer les vies, les abominations, les émotions, les peurs et le courage de ses nombreux personnages, dont il ne nous épargne aucun détail dérisoire ou abject. Mais l’empathie du romancier est irremplaçable. Dans le cadre d’une nouvelle objectivité aisément satirique, non loin de ses contemporains, les peintres Otto Dix et George Grosz, il peint à l’acide, mais non sans tendresse ses personnages de prolétaires, de petits bourgeois, d’avocats pourris par le système, de procureurs haineux… Mais aussi dans des romans comme Quoi de neuf petit homme ?[3], en 1932, ou Les Employés[4], en 1929, dans lequel il dressa une fresque de la crise économique.

 

D’abord écrit sous le nom de Rudolf Ditzen, car Fallada est un pseudonyme, Seul dans Berlin a l’insigne mérite de mettre l’accent sur la solitude de l’individu broyé par l’immense machine collectiviste de cette tyrannie qui s’incarne dans autrui, les voisins, l’administration, la police, la justice, les masses… Pensons également à la solitude d’Hans Fallada (1893-1947), lui-même arrêté pendant onze jours par les SA en 1933,  et qui s’est vu au sortir de la guerre contraint à écrire un pavé on l’on souffre, tue, meurt en surabondance. Travaillant comme journaliste à Berlin Est, c’est là qu’il écrivit Seul dans Berlin. Hélas, la mort cueillit trop tôt celui qui était poursuivi par ses addictions sévères, entre drogues, cigarettes et alcool. La censure soviétique tailla dans le vif en vue d’une publication posthume. Il fallait que les personnages soient exemplaires, en quelque sorte manichéens. C’est ainsi que l’on supprima le chapitre 17, « où l’on apprend qu’Anna Quangel était membre active de la Ligue des femmes nazies, la Frauenschaft ». Diverses coupes et modifications entachèrent l’édition de 1947, ainsi que la traduction française de 1967, comme l’appartenance de la factrice au parti nazi. Une résistante devait être une pure héroïne. Nous savons que la réalité est plus complexe. Ce que nous restitue cette nouvelle traduction, dans sa version originelle et débarrassée de toute censure. Le dur visage vert de gris du nazisme, parfois teinté du bleuté d’une résistance hélas vouée à l’échec, est ici exposé dans sa lumière la plus crue.

 

Ce qui jusque-là aurait pu être lu comme une hagiographie des simples, qui osent se dresser contre Hitler, comme une iconologie de l’antifascisme socialiste, devient grâce à cette édition conforme à la plume d’Hans Fallada, une tragédie aux fatalités trop humaines, en même temps qu’une allégorie du mal et du courage. Chacun, en se plongeant dans le labyrinthe effroyable du quotidien berlinois des années nazies, peut s’identifier dangereusement avec les personnages. Qui aurions-nous été dans de telles circonstances ? Le modeste héros bientôt broyé, le SS vaniteux et tortionnaire, le dénonciateur anonyme et infâme ? Saurions-nous lever le petit doigt pour devenir un ou une Kangel ? A moins de penser qu’une résistance intérieure, à la Ernst Jünger[5], eût été plus judicieuse…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alfred Döblin : Berlin Alexanderplatz (publié en 1929), Gallimard, 2009.

[3] Denoël, 2007.

[4] Les Belles Lettres, 2012.

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:54

 

Autoportrait aux photographies de montagne,

Parador de Vielha, Val d'Aran, Espagne. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

 

À partir de Nathalie Heinich :

 

Le Paradigme de l'art contemporain

 

 

Nathalie Heinich : Le Paradigme de l’art contemporain.

Structures d’une révolution artistique, Gallimard,

Bibliothèque des sciences humaines, 384 p, 21,50 €.

 

 

 

Se photographier dans le reflet du verre entre deux photographies de montagnes est-il de l’art ? Ainsi emprunter une œuvre d’autrui, des techniques d’autrui, entre reproduction photographique, IPhone et Instagram, et s’autoportraiturer par piètre narcissisme et défi délavé qui se voudrait position artistique suffiraient-ils ? Il fallait juste y penser, comme il y a bientôt un siècle le fit Duchamp en pensant arracher un urinoir aux lieux d’aisance et l’accrocher dans la sacralité d’un lieu muséal. De ce geste inaugural et révolutionnaire découle une grande part de l’art contemporain. C’est ainsi que Nathalie Heinich ouvre son livre, assistant à la délibération du « Prix Marcel Duchamp 2012 », au Centre Pompidou. Il s’agit de justifications par le « discours », de « disparition de la peinture encadrée et de la sculpture sur socle », d’ « effacement du critère de beauté », d’allusions philosophiques floues et prétentieuses. Ne reste-t-il que rebuts, esbroufe, laideur parmi ces objets, ces images, ces installations ? Quand l’écume des siècles magnifiera encore Titien et Friedrich, que restera-t-il de l’art contemporain ?

 

Sociologue, Nathalie Heinich scrute le nouveau « paradigme » de l’art contemporain, ses sectateurs et ses clients, ses commentateurs et ses institutionnels. Objectif, l’exposé peut être lu deux manières, avoue-t-elle : « témoignage de l’intelligence, du sérieux et du savoir-faire des protagonistes » ou « charge satirique contre ce que certains dénoncent comme une fumisterie ». Dans ce monde de l’entre-soi, il y a les initiés, et au-dehors les exclus, dont le jugement s’oppose. S’appuyant sur la « neutralité axiologique » de Max Weber, elle n’a pour but que de cerner la spécificité de l’art contemporain, étranger aux attendus de l’art classique, romantique et moderne. Que de comprendre « les règles non dites -qualités pour les uns, défauts pour les autres- dont la transgression tout à la fois motive l’accusation et nourrit l’argumentaire de la défense ».

 

Chacun s’est engouffré dans l’urinoir de Duchamp, ce « pont aux ânes de la culture artistique du XXème siècle » où « ce sont les regardeurs qui font les tableaux ». Pour dire que, grâce au ready made salvateur, tout peut être art, que chacun peut-être artiste, délivré des contraintes de l’apprentissage et de l’élitisme du génie, à condition qu’un discours affirme l’artitude d’un objet, d’un geste ou d’une absence, à condition qu’il y ait transgression, provocation, et singularité. Car « l’œuvre n’est plus dans l’objet ». C’est alors que l’art contemporain se définit en ce qu’il n’est pas d’abord perçu comme art. Il s’agit parfois de peindre une puérile moustache à une Joconde que l’on ne saurait plus peindre, de copier ou de photographier un tableau d’autrui au mépris du droit intellectuel et de propriété, d’industrialiser la production comme Warhol. Et d’aller jusqu’à porter un coup fatal au tableau, comme lorsque Fontana crève, crible et fend ses toiles, jusqu’à effacer l’art : comme lorsque Rauschenberg achète un dessin de De Kooning pour le gommer et exposer sa disparition, comme lorsque Rutault présente des peintures de la même couleur que les murs. Le savoir-faire des maîtres n’est plus, un savoir-penser, qu’il soit politique, sociologique, critique ou anti-esthétique, suffit, y compris devant des ordures, un tas de bonbons de Gonzalez-Torres, où le public peut se servir, l’ironie du kitsch de Jef Koons, une ligne de cailloux dans la montagne par Richard Long, une liste de chiffres par Opalka, de dates par On Kawara, un exhibitionnisme sexuel ou morbide, le vide d’une galerie…

Ephémère, conceptualisée, informe, l’œuvre est chose mentale dont il faut percevoir et transcrire dans le langage la substantifique moelle. Les installations dont il faut décrypter le message sont hybrides et variables : elles sont faites d’« objets du quotidien arrangés et agencés dans l’espace », de déchets, de « matériaux les plus triviaux » qui n’appartiennent pas au champ traditionnel de l’art (mie de pain, tubes de néon, pollens, réfrigérateurs, graisse, crottes de mouches). Ce sont des provocations : un « Mur de purée », un lapin transgénique fluorescent, un « Mètre-carré de rouge à lèvres », une oreille artificielle greffée sur un bras, des sculptures de glace destinées à fondre, des vidéos tremblotantes projetés sur un drap par Bill Viola[1], du « Net-art », des happenings, parmi lesquels Herman Nitsch danse sur des entrailles animales et sanglantes, dont on ne vend que des photos, des certificats, des modes d’emploi : lors, les documents deviennent les œuvres. De même que « les attitudes deviennent formes », selon l’exposition montée par Harald Szeemann en 1969. La démarche se doit être aussi cohérente qu’inventive, au travers d’un discours qui est l’ambassadeur autant que le réalisateur de l’œuvre.

Mieux (ou pire) l’insertion dans un réseau est la condition sine qua non de la visibilité de l’artiste. Il faut être bien en cour, en relation d’amitié ou de complicité avec ceux qui comptent. La coterie, « l’entre-soi », la « stratégie marketing », la collaboration des critiques, les institutions culturelles, les musées et centres d’art, les foires (comme Art Basel), la « communauté intellectuelle internationale », les commandes, les salles des ventes, voire la relation intime entre l’artiste (immédiatement reconnu de plus en plus jeune) et le collectionneur-investisseur, font peut-être plus l’art que l’œuvre elle-même. Sans compter que les commissaires d’expositions, ou « curateurs », se « sont substitués aux artistes pour définir l’art », selon le mot d’Yves Michaud. Les assurances, les entreprises de transport, la fiscalité, le droit ont enfin leur mot à dire pour identifier l’objet comme art…

Faut-il dire « hélas ! », quand la peinture est désacralisée, stigmatisée, ringardisée, au point que la reconnaissance d’un Garouste[2] en souffrit ? Ainsi les tableaux peuvent être repeints par leurs acheteurs ou conservateurs, n’être que monochromes, donc anti-picturaux. Ce malgré des réactions virulentes de retour à la picturalité, grâce à la Transavangarde italienne, par exemple, avec Clementi ou Paladino, ou grâce au retour à l’honneur d’un Lucian Freud. Reste que la peinture n’a droit de cité que si elle est ironiste, référentielle à l’histoire de l’art, forcément non naïve. On préfère définitivement à l’accrochage, sur les traditionnelles cimaises, la scénographie d’une exposition. En d’autres termes la théâtralité interactive à l’image figée. Malgré la fragilité, voire l’obsolescence des œuvres, faites de graisse, d’épluchures cousues ou de fleurs destinées à se dégrader, de néons prêts à claquer. Il faut alors remplacer des parties de l’œuvre, en faisant fi de l’aura de l’original et de la main qui la fit… D’où les affres nouvelles de la restauration et de la conservation, qui dépassent de loin celles de la traditionnelle peinture.

 

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Damien Hirst : Original screenprint with Diamond Dust, 

2007, Galerie Bartoux. 

 

Damien Hirst le dit bien : tout ce qu’il fait est art à ses yeux. A quoi bon alors acheter un requin flottant dans le formol, cette ambivalence entre la vie et la mort, entre la sculpture-spectacle et le musée d’Histoire naturelle, s’il suffit d’acheter un des chèques qu’il signe, un de ses pets, un de ses mots, échappés de son corps ? Nous avions acheté, dès 1961, une « Boite de merde d’artiste », signée Piero Manzoni (c’est-à-dire une production intime et personnelle) ; nous contemplons en 2001 « Cloaca », cette machine de Wim Delvoye qui reproduit le fonctionnement du tube digestif.  Devant le risque de banalisation du tout est art, ne résisterait plus que la vertu de scandale : un lustre de tampons hygiéniques (qui peut passer pour une réflexion féministe) au château de Versailles par Joana Vasconcelos, des mannequins d’enfants pendus (qu’il faudra chercher à interpréter) par Maurizio Cattelan, le tatouage d’un homme, qui s’est engagé à être dépecé après sa mort au profit du collectionneur, par Wim Delvoye, encore lui…

Car, hors le concept, point de salut pour l’artiste : la transgression des valeurs morales de l’enfance, de la dignité du corps et de l’Histoire devient alors un fonds de commerce pour l’art contemporain. Ce qui a au moins le mérite d’interroger ces dernières, devant la hauteur et la modestie de la pensée, y compris devant la fronde populaire et des tribunaux. On va jusqu’à récuser le concept de création, lorsque le peintre minimaliste ne peint que des bandes, comme Buren, lorsque le plasticien installe des néons, pose des pots… Bon goût et beauté sont également invalidés, insultés, quoique la beauté du laid et de l’effroi puisse être plaidée. Seul le prix acquitté par le marché reste l’ombre d’une valeur.

Quand le collectionneur se targue plus des records que des œuvres, les sommes colossales payées au tribut de l’art contemporain relèvent non plus de l’exception raffinée, mais de la vulgarité ostentatoire. Vingt et un millions de dollars pour « un énorme cœur suspendu en acier inoxydable, rouge et or », de Jeff Koons, qui n’est que l’ostentation du plus piètre kitsch ; quand il faudrait acquitter bien plus que le prix des 8 601 diamants incrustés dans un crâne de platine par Damien Hirst, alors que le capitalisme s’y voyait flatté, que la tradition de la vanité baroque s’y voyait illuminée, quoique assombrie par des centaines de mouches noires collées sur un autre crâne, aussi effroyable que précieusement beau. La bulle spéculative éclatera-t-elle plus rapidement qu’un crâne soumis aux pressions géologiques ? Un artiste contemporain se serait-il constitué prisonnier pour « escroquerie à grande échelle » ?

 

Nous ne risquons pas de prendre le livre de Nathalie Heinich pour une basse satire, tellement il est analytique et informé, sans lourdeur, malgré quelques redites. Indubitablement, elle sait montrer combien l’art contemporain obéit à un autre « paradigme » que l’art ancien et moderne. Pourtant l’étalage des excentricités des artistes, mais aussi des connivences, voire du suivisme et du mimétisme, du milieu financier et institutionnel, risque d’entraîner le lecteur, en un rejet sans appel, à évacuer vers les poubelles de l’Histoire de l’art cette désordonnée cohorte. Quoique ce ne soit pas l’objet de cet essai, c’est faute de plaidoirie argumentative, de grille d’interprétation que toutes ces œuvres puissent paraître nulles et non avenues. Car hélas, l’originalité, la provocation et le rejet de toutes les marques traditionnelles de l’art deviennent également des clichés, une norme, un nouvel académisme vite ronronnant et stérile. Quel est le sens de ces productions de l’art contemporain ? Car les contestations « se déploient sur une grande variété de registres de valeurs : esthétique, éthique, civique, esthésique, pur, mystique, herméneutique ». Que nous disent ces œuvres sur notre vision du monde, en dehors d’une banalisation de la culture[3] ? On le devine cependant, en creux, à travers cet essai. Il s’agit alors de surprendre le regard, la perception et la pensée, les sortir de leurs gonds, de leurs doxas et préjugés, comme lorsque Maurizio Cattelan se représente dans une installation, jaillissant d’un trou du plancher. Et, au premier chef de sortir l’art de ses fonctions séculaires : sacralité, mimésis, historicité, beauté et bon goût. Ludique, déstabilisateur, moteur de « singularité », l’art contemporain déconstruit et balaye les limites de l’art et du non-art, expose des idées nouvelles eu de nouvelles idées reçues. Pour araser toutes les idées et évacuer le sens, ou pour répondre à un comment vivre contemporain, à un quelle est la vie bonne et universelle ? Pour interroger enfin (et la liste n’est pas close) le concept et le symbole, l’apparence, la réalité et la fiction, l’image et l’identité, la mort et la violence, la construction et la destruction : ce qui nous constitue, nous innerve et nous change.

 

Cependant, armés que nous sommes du clair et rigoureux essai de Nathalie Heinich -malgré l’oxymore improbable du « modèle romantique de l’art pour l’art »- et « truffé d’anecdotes », édifiantes et parfois loufoques (comme ces douaniers qui déballèrent un Christo !), pouvons-nous tenter de séparer le bon grain de l’ivraie ? En d’autres termes, comme si nous étions une Histoire de l’art anticipatrice, jeter aux oubliettes de la fumisterie pléthore de vaines productions pour conserver celles qui éclaireraient un sens en devenir…

Le kitsch rutilant des icônes contemporaines, qu’il s’agisse de Mickey, de Marylin, d’une héroïne de manga, ou d’un chien fait du ballon saucissonné d’une foire à neuneu, a remplacé les dieux splendides et pompeux des allégories autant que le réalisme psychologique des portraits ; le déchet et l’ordinaire des objets du quotidien et de l’industrie ont remplacé le savoir-faire des métiers d’art : voici le prix à payer pour que l’art représente notre époque et nos ardeurs. Il faut croire que les artistes adorent le maigre nombril de notre présent, à moins qu’ils en soient les satiristes impitoyables.

 

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Maurizio Cattelan : Him, 2001.         

 

On nous assène que le beau n’est plus une catégorie recevable de l’art contemporain. Le beau classique peut-être. Mais cette puissante émotion esthétique, sensuelle, intellectuelle et éthique qui nous soulève, nous ravage, devant une œuvre, qu’on appellera encore et toujours l’appel du beau, existe autant et exige autant de nous devant un Praxitèle ou un Titien que devant un Maurizio Cattelan ou un Damien Hirst. C’est peut-être par ailleurs ce que confirme, au-delà de la tabula rasa du passé de l’art moderne, l’irruption du postmodernisme, capable de réinvestir l’ancien en de neuves créations. Et, quoique l’intériorité de l’artiste ne soit plus guère à la mode, la production d’objets, de leurs mises en scène, ou de performances, peut permettre l’irruption de cette dimension esthétique et intellectuelle. Ainsi « Piss Christ », de Serrano[4],  scatologiquement laid et plastiquement beau, est-il empreint d’iconologie et de théologie, l’histoire de l’art et la transgression, confrontant la lumière et le mal.

Choisissons, parmi bien d’autres productions dignes d’admiration, deux œuvres de Maurizio Cattelan : « Him » et « La nona hora ». La première est la plus frappante. De la taille d’un enfant, un mannequin, vêtu d’un costume gris, coiffé d’une moustache et de cheveux humains, est agenouillé dans l’attitude de la prière, les mains jointes, la tête levée devant la lumière venue d’une ouverture murale. Ce « lui », à la connotation accusatrice, est l’ersatz d’Adolf Hitler. Celui qui n’aurait pu prier que pour l’éradication totale des Juifs, avant de s’en prendre au christianisme qui ne coïncidait pas à son panthéon aryen, semble là offrir son humilité, sa repentance, sa méditation, à lui-même, au spectateur, à la Torah, à un dieu, au cosmos. Y-a-t-il une humanité dans la personne d’Hitler ? Y-a-t-il un Juif, un tribunal, une transcendance pour pardonner l’imprescriptible de tels crimes[5] ? La puissance tragique, théologique et philosophique d’une telle œuvre, retrouvant la tradition du peintre d’Histoire, entraîne alors la brusque sensation du beau moral et du sublime ; surtout si on la met en dialogue avec « La nona hora » dans laquelle le pape est tombé sous le coup d’une météorite. Dieu peut-il soutenir un tel jeu de quille, être un fan de l’ironie ? A moins que les desseins de l’absence de Dieu soient impénétrables…

 

Que dit l’art contemporain sur notre condition et notre pensée ? Que la démocratisation et le relativisme ont fait leur œuvre : tout est art si on le veut et si on parvient à le faire accepter à la main qui paie et satisfait ainsi son ego. Mais il est probable qu’au-delà de la subjectivité intellectuelle de tout critique, y compris le modeste auteur de ces lignes, l’avenir saura, probablement non sans risque d’erreur, dégager du vide fatras qui court les musées les artistes qui auront le plus fortement interrogé notre psyché, notre temps, notre universalité... N’est-ce pas, à toutes fins utiles, la mission de l’art ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 06:23

 

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Ernst Jünger

des Carnets de guerre aux tempêtes du siècle

 

 

 

Ernst Jünger : Carnets de guerre, 1914-1918,

traduit de l’allemand par Julien Hervier, 576 p, 24 €.

Julien Hervier : Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle, Fayard, 538 p, 26 €.


 

« Une tapisserie confuse tissée par les événements d’un siècle », ainsi Ernst Jünger (1895-1998) qualifiait-il son bref roman Abeilles de verre. Sans doute, malgré la clarté de son style, pourrions-nous étendre cette définition à son œuvre entière. Car entre l’exactitude des textes autobiographiques ou scientifiques et la perplexité que l’on peut légitimement éprouver devant ses engagements idéologiques et éthiques, restent de fidèles zones grises.

 

« De larges flaques de sang rougissaient la rue et des morceaux de cervelle restaient collés contre un pilier. » Nous ne sommes qu’au quatrième jour d’un journal de quatre ans ! Pourtant nous lisons peu un réquisitoire contre la guerre… Stupéfiant Ernst Jünger. Héros national et guerrier, écrivain allégorique et entomologiste, nazi selon les uns, sage anti-nazi plus vraisemblablement, paisible vieillard centenaire, il défie les catégories, les jugements éthiques et esthétiques. Entres ses Carnets de guerre, 1914-1918 qui sont ses tout-premiers écrits, et la biographie de Julien Hervier, le temps vient de faire le point sur une lumière sombre de la littérature allemande.

Les « attaques au gaz » ne l’empêchent pas d’avoir « pioncé », d’aller « au cinéma », au « bordel », de vivre une brève idylle avec une Française ; malgré la chair mitraillée. Stoïcien, il parait imperméable à la peur ; mais plein d’empathie pour ses hommes et ceux d’en face. Faut-il admirer en Jünger le courage, la joie du combat, la rectitude du soldat et de l’officier, sa constance d’écrivain parmi les tranchées, son aisance dans un univers infernal, ou déplorer son militarisme, son inconscience d’une mort qui, malgré ses quatorze blessures, l’a épargné ? Difficile d’être catégorique. Ces Carnets inédits, souillés de boue et de sang, ont une valeur documentaire inouïe, non seulement historique, mais aussi littéraire, puisqu’ils sont le réservoir de notes qui permettra de tisser le fameux roman-journal : Orages d’acier. L’écriture reste brute de décoffrage, terriblement évocatrice de cette « guerre de merde »…

 

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La Première guerre mondiale voit la défaite de l’homme devant l’industrie, la seconde verra cette dernière alliée aux totalitarismes. Faut-il être l’apologiste de la technique ou la refuser et préférer un mode de vie agreste en se livrant aux délices de l’entomologie, dont il est un spécialiste ? Autre interrogation brûlante : dans quelle mesure Jünger fut-il nazi ? La controverse n’est pas éteinte ; il fut officier sous la croix gammée, mais guère combattant. Pourtant son roman magnifique et allégorique, Sous les falaises de marbre, publié en 1939, met en scène une paisible population de sages, menacée par les barbares du « Grand Forestier », où l’on devine Hitler. On ne sacrifia pas le héros de la première guerre, même s’il connaissait les auteurs de l’attentat qui faillit tuer le tyran. Jünger, d’ailleurs, le dissimulait sous le nom peu flatteur de « Kniebolo » dans son Journal. Quant à son nationalisme ou son humanisme, puisqu’il créa le type de « l’Anarque », dans son roman trop peu lu, Eumeswill, on doit le penser, les années s’épurant, sous les traits d’un secret individualiste attaché à une profonde liberté intérieure.

Sur ces questions, Julien Hervier, en sa biographie, Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle, ne se départit jamais de sagacité, d’objectivité et de sens des nuances. Narrateur passionnant d’une vie séculaire, le biographe est intimement documenté. Il a traduit une vingtaine d’ouvrages de l’écrivain, publié des entretiens, établi l’édition de la Pléiade des Journaux de guerre, recueilli les témoignages de sa veuve. On découvre les cent-trois ans d’une personnalité protéiforme et controversée. « Journaliste de combat », il est resté à l’écart des séductions nazies, sans fuir l’Allemagne, comme Thomas Mann. Lecteur d’un Léon Bloy réactionnaire, il devient une conscience de l’écologie, un acteur de l’amitié franco-allemande. Styliste néoclassique brillant en ces romans philosophiques, il est diariste infatigable, exact entomologiste et prosateur poète des Chasses subtiles aux insectes, des voyages exotiques.

 

Si l’on n’épouse pas toutes les facettes de Jünger, malgré ce que Julien Hervier appelle avec justesse sa « dignité », on reste fasciné par la vie abondante, l’œuvre coruscante de celui qui parvint peut-être à une sagesse introuvable parmi les pires tempêtes du siècle des totalitarismes et des démocraties.

Thierry Guinhut


Article paru dans Le Matricule des anges, février 2014

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 18:45

 

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Les Dyschroniques, une brassée de science-fiction

 

et d’écofictions

 


Damon Knight : Le Royaume de Dieu ; Poul Anderson : La main tendue ;

Franck M. Robinson : Vent d’est, vent d’ouest,

Marion Zimmer Bradley : La Vague montante,

traduits de l’anglais (Etats-Unis)

par Nathalie Dudon, Maxime Barrière, Jean-Marie Dessaux et Elisabeth Vonarburg,

Le Passager clandestin, 160, 80, 80, 144 p, 8, 6, 5 et 8 €.

 

Christian Chelebourg : Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde,

Les Impressions nouvelles, 256 p, 19,50 €.


 

Probablement Mary Shelley, avec Frankenstein, Jules Verne, avec son Nautilus, et H. G. Wells, avec La Machine à explorer le temps, furent-ils les inventeurs de la science-fiction, alors appelée anticipation. Ce dernier postula, dans Quand le dormeur se réveillera, la magnificence tyrannique d’une civilisation qui s’étendrait deux siècles plus tard. Déjà des « dyschroniques ».Trouvant sa source dans le dix-neuvième siècle, l’âge d’or de la science-fiction creusa au vingtième siècle un immense réservoir d’auteurs enthousiastes ou effrayés par l’avenir. Si l’on n’oublie pas Huxley et Orwell, ni les cycles de Fondation par Asimov, de Dune par Frank Herbert ou celui d’Hypérion par Dan Simmons, ni encore les nouvelles de Philip K. Dick, il faut tenter de dépoussiérer des planètes oubliées. C’est la mission que se sont fixée les éditions du Passager clandestin en déterrant des bibliothèques science-fictionnelles un lot de courts romans. Dotés d’une élégante couverture grise, d’un graphisme rouge et noir avec vignette symbolique (menottes, salle de conférence, vaisseau spatial ruiné…) ces douze volumes de la collection Dyschroniques invitent à de vertigineuses aventures de la pensée, rien moins que le destin de l’humanité, future, voire présente. Menaces sur les civilisations, terreur et utopie, crises  politiques et religieuses, mais aussi catastrophes écologiques, dignes des plus grandes Ecofictions, font de ces récits les pièces d’un jeu d’échec interplanétaire, post-apocalyptique et prospectif...

 

Utopies, dystopies et anti-utopies se distribuent parmi les titres des Dyschroniques, qui puisent leurs auteurs parmi les années cinquante et soixante-dix américaines. C’est avec une modeste curiosité que l’on lira La Tour des damnés ou Le Testament d’un enfant mort, quand Norman Spinrad, dans Continent perdu, nous entraîne dans les abîmes d’une civilisation américaine défunte : prédiction, punition, échec de l’orgueil ou de la sagesse humaine ? Les dernières livraisons de la collection sont peut-être les plus remarquables.

Violences, criminalité pourront-elles disparaître ? C’est bientôt chose faite, grâce à l’empathie triomphante, au Royaume de Dieu de Damon Knight. Niaise rêverie ou maturation de l’humanité au moyen de l’éthique de réciprocité ? Une créature venue d’ailleurs, « monstruosité roto-stomachique », pousse par maintes péripéties l’humanité à comprendre le « Qu’il vous soit fait ce que vous faites ». Elle élimine toute cruauté, répand l’amour et la paix, aux dépens des tyrannies et des gouvernements, au profit de sociétés libertaires.

Plus dense est Poul Anderson. Il postule des races humaines venues de planètes exogènes, trapus Skontariens ou gracieux humanoïdes de Cundaloa, à qui, après des conflits meurtriers, s’ouvre La Main tendue. Mais à l’arrogant grossier n’est offerte aucune collaboration, quand la beauté recueille « une aide pratiquement illimitée » au cours d’une réunion des dirigeants Soliens. La morale politique est-elle lésée ? Non seulement les psychologies séparent ces peuples, mais aussi leurs éthiques et esthétiques. Code d’honneur brutal pour les uns, hédonisme raffiné pour les autres. « le génie technicien » est celui des Terriens, quand les Cundaloiens sont « une race de poètes ». La culture de ces derniers devra se plier devant la loi de l’efficacité, disparaitre, grâce à « des campagnes d’information »,  une « modification du système d’éducation » et se convertir au « néopanthéisme », avant de devenir pâture à touristes, « aliénée au modèle solien ». Celle des Skontariens, isolée, compte sur ses propres forces pour prospérer et non se soumettre. Certainement devons-nous méditer ces enjeux et préceptes…

Au-delà de l’anticipation, qui figure les siècles, voire les millénaires, à venir, on mesure combien la science-fiction est un reflet de l’époque où elle fut écrite. Ainsi, La Main tendue, publié en 1950, fait irrésistiblement penser à la guerre froide, aux affrontements diplomatiques entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, à la colonisation. Le Royaume de Dieu, venu de 1954, lors du rejet de la guerre du Vietnam, reste à l’image de nos peurs, de nos désirs de paix et d’amour. La spéculation littéraire se double d’une réflexion civilisationnelle.

On a souvent reproché, à juste raison, à la science-fiction d’agiter des aventures puériles au milieu d’une quincaillerie spatiale, et dans une langue peu soucieuse de richesses stylistiques et d’idées profondes. Ce n’est en rien le cas parmi la plupart des titres des Dyschroniques, variantes temporelles des dystopies, vade-mecum et apologues politiques. Car ces miniatures science-fictionnelles ouvrent sur le macrocosme philosophique.

 

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Autre auteur membre des Dyschroniques, Marion Zimmer Bradley, dans La Vague montante, imagine en 1955, et en rousseauiste impénitent, une société d’abondance frugale qui s’est débarrassée de l’empire des technologies. Libération ou cauchemar, cette utopie est certes aussi aimable que réactionnaire. Si la science est domestiquée pour se soumettre à cet idéal agreste, l’utopie a un fort parfum d’anti-utopie, de tyrannie enfin : « chacun d’entre nous mène une vie paisible, équilibrée, à l’intérieur du petit horizon de son village, où l’on est responsable de soi, et responsable envers son entourage. Et d’autre part, si on en est capable, on mène une vie élargie, en dehors du village, en travaillant pour d’autres, mais, encore et toujours, pour des individus et non des idéaux abstraits. »

Marion Zimmer Bradley (rare femme science-fictionneuse) s’oppose alors radicalement avec Franck M. Robinson, dont Vent d’est, vent d’ouest montre pour notre plus grand effroi un monde où la passion automobile, voire son fétichisme, l’emporte sur le besoin de respirer, où « le ciel vire au brun ». Certes, ce dernier auteur avait bien des excuses, lorsqu’en 1972, il écrivit ce triste apologue à thèse. N’est-on pas en train d’imaginer aujourd’hui que cette pollution va s’amenuiser, non par diminution du parc automobile, mais par évolution des technologies, moins énergivores, plus filtrantes, bientôt peut-être ne se nourrissant que d’hydrogène, d’air comprimée, d’eau…

 

Nous alertant, jouant sur nos peurs, la science-fiction se fait alors Ecofictions, pour reprendre le titre de Christian Chelebourg. Faute d’exalter le progrès, les deux cents romans, films, bandes dessinées, essais et autres publicités, sélectionnés dans cette ambitieuse étude, dressent un réquisitoire sans appel contre les sociétés industrielles. Coupables, forcément coupables, elles ne sont guère vues pour ce qu’elles sont : un formidable progrès en termes d’espérance, de sécurité et de loisir de vie. Mais pour le poids de catastrophes écologiques, réelles ou fantasmées, qui s’abattent en avalanches sur l’humanité. Pollutions plus crasseuses les unes que les autres, réchauffement climatique imparable -cette probable fiction de scientifiques et de politiques en mal de prophétie, de reconnaissance et de pouvoir-, catastrophes naturelles, épidémies anciennes et nouvelles, manipulations génétiques aux conséquences effarantes, tout y passe. S’il est difficile de croire en toute vérité à ces fictions littéraires et cinématographiques, il est plus que divertissant, inquiétant et fascinant de se plonger dans les mondes emboités en cet essai, mené de main encyclopédique par Christian Chelebourg. « Surenchère et grand spectacle », « fléau », « souillure » et « démiurgie », OGM et CO2, prophètes et savants, « population zéro » fondent les classifications de l’essayiste qui offre un miroir hallucinant à l’imagination née de l’apocalyptique effroi du lendemain…

 

Le dix-neuvième siècle, volontiers scientiste, croyait au progrès. Le vingtième siècle en a vu à la fois l’incroyable perfectionnement au service de l’humanité, autant que les dérives nucléaires ou chimiques, par bombes atomiques et surpollutions interposées. Au point que notre vingt et unième siècle fasse de chaque jour nouveau un jour de science-fiction. Pire ou meilleur ? Il serait bon que, de plus en plus, les progrès scientifiques soient aux petits soins autant pour les hommes que pour la planète. A condition que les politiques  écologistes ne les entravent pas par la religiosité de leurs tyrannies étatistes et idéologiques. Qui sait si une nouvelle science-fiction, une nouvelle sagesse, sauront nous éclairer, ou nous tromper…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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Amis

De La Flèche du temps à la zone d'interêt

Réussir L'Information Martin Amis

Chien jaune, Guerre au cliché

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre

 

 

 

 

 

 

Amour

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

L'amour, horizon politique ? Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Rimes de la philosophie et de l'amour : Dante, Ogien, Ackerman

Décadence et permanence de l'éros : Pauvert, Mirabeau, Vargas Llosa

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

Ampuero

 

Andonovski

Venko Andonovski : Sorcière ?

 

Animaux

Jean Ursin : La Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la-mythologie et des Enfers

Rome du libéralisme au socialisme

Le Pogge et Lucrèce

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Conscience morale et littérature : lecture de Walter Benjamin

Arendt Eichmann-a-Jerusalem

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

Aristote

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

Faillite et universalité de la beauté

Théories et fiction du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

Cantique-des-oiseaux 4

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

Babel cavalerie rouge

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

Bachmann journal

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'état ?

L'anarchisme : confession tyrannique ou liberté ?

bakounine2

 

Ballard

Millenium people, Crash

Ballard: un artiste de la science fiction

Ballard Millenium

 

Bang

Mikaël, Les Quatre diables

Bang Mikael

 

Barcelo

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

Butor Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L'integrale des haikus

Paravent Hasegawa Tohaku

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

 

 

 

 

 

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Lauren Groff : Les Furies

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

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Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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