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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 16:13

 

Cartonnage Vegnios & Zachos, 1920. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Gamal Ghitany, des Illuminations

 

aux Sémaphores égyptiens.

 

 

 

Gamal Ghitany : Le livre des illuminations ; Sémaphores,

traduits de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman et Emmanuel Varlet,

Seuil, 885 p, 35 € et 240 p, 21 €.

 

 

 

      Le versant spirituel et le versant séculier se partagent l’œuvre de l’Egyptien Gamal Ghitany. Le livre des illuminations, son vaste roman initiatique, nous emporte vers un empyrée qui, bien que relatif au versant soufi de l’Islam, a quelque chose de syncrétique, tant cette spiritualité peut toucher tout être humain, à l’instar de la Divine comédie de Dante ou du Cantique des oiseaux d’Attâr[1]. Quant à ses « Carnets », dont Sémaphores est le second volet, ils sont le reflet de ses voyages terrestres, et plus précisément ferroviaires.

 

      Le lecteur que nous sommes sera-t-il illuminé ? Partagés entre notre qualité de mécréant et le souffle de ce roman, nous ne pouvons que rester dubitatifs devant le mysticisme, le lyrisme inspiré, non sans beauté certes, mais trop inféodé à la rhétorique religieuse, à la sujétion à la parole de ou d’un dieu... Reste que ce « voyage » surnaturel est impressionnant. S’il ne nous est pas donné de le lire comme un croyant, mais comme un amateur de récits fantastiques, nous avons le bonheur de pénétrer dans un univers aussi rigoureux que poétique.

      Après avoir confié dans L’Epître des destinées (Seuil, 1993) ses déceptions liées à notre trop terrestre et trop bref passage, autant qu’à la pauvreté de l’Egypte, Gamal Ghitany, né en 1945, s’envole dans un au-delà aux multiples rebondissements. C’est au retour de voyage que le narrateur apprend la mort de son père. Sa douleur lui vaut d’être présenté devant le « Divan », étrange trio d’esprits supérieurs qui lui accorde de voyager d’illumination en illumination… Ainsi, le temps est vaincu, la liberté écarte les contingences jusqu’à la révélation et l’union avec Allah. Mais au cours de ce grandiose périple qui emprunte son éthique et son mouvement à la mystique soufie, d’autres pères, d’autres guides apparaissent. Dont Nasser, père politique de l’Egypte moderne, qui pourtant déçut le marxiste qu’est Gamal Ghitany, d’ailleurs envoyé en prison pour avoir douté du rêve nassérien. C’est ainsi qu’une destinée personnelle embrasse les destinées d’un pays…

 

 

      C’est à la fois un récit venu des grands voyageurs arabes, sinon des Mille et une nuits, une épopée frémissante de poésie, mais aussi un guide spirituel et philosophique (s’il est permis de rendre poreuse la frontière entre philosophie et religion) non sans allusion à son maître aimé : le grand maître soufi du XIIème siècle, Ibn Arabi, auteur d’un récit intitulé Chimie de la joie. A moins que se glisse une allusion au Livre des morts égyptien. Ou encore un écho de la Divine comédie de Dante. Sans compter -tradition culturelle oblige- Le Coran, dont les notes nous restituent les références. On se fatiguerait à chercher les sources, comme si l’auteur n’était pas un authentique créateur, mais un compilateur. Peut-être enfin s’agit-il d’une fabuleuse entreprise autobiographique intérieure, d’une auto-thérapie…

     On apprend comment se ramasser dans une goutte d’eau, on voit l’instant de la fécondation de l’ovule, comment des « flashes » conduisent dans le passé, auprès des grands penseurs, poètes et prophètes d’une prolifique civilisation arabe : « J’ai vu une foule d’êtres disparates entre lesquels étaient répartis les atomes de mon père ». Le délire maîtrisé coule à pleins bords, la langue du poète semble donner accès à chaque infiniment grand et infiniment petit. Après « Les Illuminations », ce sont « Les Voyages », puis « Les Stations », enfin « Les Etats ». Entre la mort du père et celle de la mère, toute une cosmogonie est visitée, habitée : « Par l’étoile quand elle décline, votre compagnon ne s’égare ni n’est fol, ni ne tient langage de passion. Ceci n’est que Révélation à lui révélée dont l’instruisit un pouvoir intense et pénétrant. » Ce verset du Coran prend en écharpe le livre entier.

 

Aquarelles de Zao Wou Ki pour les Illuminations de Rimbaud,

Club Français du Livre, 1966

     

      Mais guère de libre arbitre dans cet écheveau de récits, dans cet envol : tout appartient à la décision de Dieu. Si le soufisme est pour Gamal Ghitany du côté de la lumière, rejetant le wahhabisme intolérant dans l’obscurantisme, il nous est permis, nous occidentaux, quoique fortement charmés par ce roman, de préférer les Lumières du XVIIIème siècle, qui furent une des aubes de nos libertés. Remarquons cependant à ce propos que le narrateur dit « je ». Ce dont, on le comprend, les écrits arabes ne sont paraît-il guère friands. Autre trait de liberté cependant, lorsque le conteur ose montrer son père et sa mère faisant l’amour…

     Ce sont parfois de furtifs actes amoureux que commet le narrateur avec une inconnue, dans un train égyptien. Parmi quarante petits récits, qui ont par instant de « doux effluves » de poèmes en proses, le diariste sans date nous propose ses impressions de voyages, géographiques et intérieurs. Sémaphores est le second volume -et probablement pas le dernier- des « Carnets » de Gamal Ghitany, après celui si bellement titré Muses et Egéries[2].

      L’encyclopédie ferroviaire est aussi celle de la mémoire et du désir, du nord au sud de l’Egypte, entre Alexandrie et Assouan, mais aussi en suivant les rails suisses, hongrois, russes et chinois… Où fourmillent les anecdotes, d’intérêt inégal ou révélateur, telles celle, tragique, du jeune homme qui se précipite par la portière ouverte dans un fleuve… Bagages empilés, horaires nocturnes et retards (à cause du convoi du « Roi »), grossièretés et marchands ambulants, « déracinements » et retours, toute une sociologie se côtoie et s’entasse au rythme des locomotives poussives ou rapides. Car pour Gamal Ghytani, depuis son enfance et la main de sa mère sur le quai, le voyage n’a qu’une acception : « Le seul mot qui puisse s’appliquer et faire sens est pour moi celui-ci : train. » Il est vite évident qu’il s’agit en tous ces trajets d’une métaphore métaphysique : « L’idée de l’origine et de la fin est vitale pour un homme. » La dimension autobiographique brasse alors maints souvenirs et détails, comme ces paniers de nourritures odorantes qui voyagent pour relier les familles séparées.

Ghitany-Illuminations.jpg

 

      Sa fonction de jeune contrôleur de « l’art du tapis oriental » l’amène à visiter Basse et Haute-Egypte, jusqu’aux oasis lointaines. Observer alors en une « furtive intimité » de belles inconnues est un moment rare du désir brûlant et de la découverte de l’autre. Le motif est récurrent de wagon en wagon : lorsque parmi la foule, une « lycéenne », frotte « son postérieur généreux » contre lui ; lorsque dans un wagon désert, ou à la faveur de la nuit, des femmes lui livrent leur volupté en silence. Ces éclairs d’intense érotisme témoignent de la sexualité rare et terriblement contrainte, d’autant plus explosive, du monde arabe. Y compris lorsqu’un ravissant « éphèbe » est « prisonnier d’un jeune homme très laid », suscitant colère, indignation, jalousie, et intervention d’un « bey » qui emmène l’enfant en première classe. De même, un autre bey use de son pouvoir pour qu’on lui ramène, enroulée nue dans un tapis, la jeune fille qui était venue offrir son corps à notre narrateur…

      Parfois, les trains sont ceux de l’exil vers le sud, lorsque l’auteur crut pouvoir lutter contre la corruption en l’entreprise qui l’employait. Son sens de la justice et « des idéaux auxquels [il n’a] jamais renoncé » est alors bafoué. Dans cet « éloignement », il découvre « les vertus du monologue intérieur, de l’introspection », la richesse « de l’effort de mémoire ». Non sans fixer ses oreilles et ses yeux vers les voies ferrées du fantasme… Ainsi, « Il est facile d’abolir la distance qui nous sépare des lieux ; en revanche, celle qui nous sépare des temps passés ne peut être franchie que par le truchement des images et des souvenir ».

 

      Théologie (quoique ouverte à toutes les religions, y compris à l’athéisme d’après l’auteur lui-même) ou brillance et liberté du roman ? Aux côtés de Naguib Mahfouz, cet autre grand écrivain égyptien, voici un prosateur qui sait être poète lyrique inspiré, grandiose, autant que réaliste, attaché aux détails des humains cheminements. Même si la seconde quête n’a pas l’intensité de la première, Gamal Ghitany est sans cesse à la recherche de la lumière, que ce soit celle de l’au-delà divin ou celle des espaces terrestres ponctués des sémaphores des trains, métaphores des illuminations de la vie, de ses rencontres et de ses plaisirs. Comme ces lignes, parmi les Illuminations de Rimbaud, dans « Départ » : « Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs. / Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours. / Assez connu. Les arrêts de la vie – O rumeurs et visions ! »

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Livre des Illuminations a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2005

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 19:27

 

Eloy d'Amerval : La Grande Diablerie, Georges Hurtrel, 1884. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

La Conscience de Bordeaux : Le contrat faustien.

 

La République des rêves II

 

 

 

 

C’est lors d’une de ces premières après-midi de mai, quand le soleil époussète les terrasses de café de la Place de la Victoire, que Camille sent un fauteuil d’osier craquer contre sa claire solitude et disponibilité. L’impeccable dentition de Martial Lespinassières offre un sourire prédateur aussi large que sa silhouette est haut perchée.

-Cher Camille, voilà des mois que nous n’avons pas parlé. Et vous n’avez pas conquis Bordeaux. Pas même avancé d’une rognure d’ongle.

-Et quel moyen martial, en vue de la victoire, me proposez-vous ?

-Trois possibilités s’offrent à toi. Uno : coucher avec le Conservateur du Nouveau Musée. Notre vigoureux Paul-Pascal à un entregent extraordinaire et il aimerait assez ta nouvelle photographie s’il pouvait s’assurer que tu es bien dans son camp et dans celui de notre maire Demas-Vieljeux qui le protège comme un fils prodigue en lui allouant un salaire mensuel de quatre-vingt-dix mille francs, sans compter des notes de frais en première classe et un appartement privé sur le Grand Canal pour monter le pavillon du Nouveau Musée lors des Biennales de Venise. Ce qui te permettrait du même coup de renouer avec les grâces de Delmas-Vieljeux et de sa petite fille Aude que tu as désespérément omises de cultiver.

Due : flatter la vanité de Misstress Vital-Carles, qui est d’ailleurs amie publique, et peut-être de lit, du républicain Député-Maire de Gradignan, Dalbret, le jeune loup aux chemises bleues qui, notons-le, a une chance d’un jour conquérir la place de Delmas-Vieljeux le plus que vieillissant, en lui dédiant un portfolio de photographies de fragments corporels féminins empreint de cette sensualité baroque que révèlent tes fragments de paysages.

Tre : prendre une carte du parti socialiste et te montrer assidu à ces réunions et meetings où l’on croise le philosophe Léo Morillon, qui lui ne s’allonge pas avec tout ce qui bouge, et Virgile de Saint-Avit, notre Conseiller Culturel Régional inspiré, ascète notoire, sans compter notre Ministre de la Culture, Raymond Lecommunal qui aime à se ressourcer à la base du parti. Pour chacune de ces voies, je suis en mesure de te parrainer. Qu’en dis-tu ?

-Prostitution. Prostitution. Prostitution. Qui êtes-vous, Lespinassières, ou plutôt qui croyez-vous êtes ? Le Méphistophélès de la comédie bordelaise ? Je ne sache pas que vous ayez vous même conquis la capitale aquitaine.

-Peut-être n’avez-vous pas, Monsieur Braconnier, la carrure d’un Faust, tout simplement.

-Un artiste, sinon rien. Quant à vous, je n’ai pas eu le plaisir de vous inviter.

-Adieu, Monsieur l’incorruptible, pur d’entre les purs.

Et néanmoins guilleret, le dégingandé Lespinassières s’en va trouver à l’autre extrémité de la vaste terrasse un gogo, un complice, un puissant, qui sait…

Longtemps, c’est à Flore que Camille se contente d’offrir la charnelle sensibilité de ces images paysagères, cueillies par monts et par vaux et réunies en bouquets de clairs encadrements sur le mur de son boudoir, en haut du quartier des Grands Hommes. Jusqu’à ce que, des mois plus tard, un Lespinassières rayonnant, apparu en onzième page du Courrier d’Aquitaine, en qualité de « Consultant d’opinion » à la Mairie de Bordeaux, fasse parvenir à Camille sa carte pour lui proposer « un rendez-vous qui intéresse sa carrière de photographe »…

Moins par ambition et génuflexion de courtisan que par voyeurisme à l’égard de la soudaine promotion du personnage, Camille s’engage dans les escaliers d’apparat, dans les couloirs lambrissés, parmi les halls clairs et spacieux où de décoratives hôtesses aiguillent les visiteurs vers d’utiles bureaux. Pourtant, le nom de Lespinassières semble plonger un sourcil délicatement épilé dans l’embarras. Sa fonction encore plus. Qui est-ce ? Où a-t-on casé ce gugusse là ? Voire, existe-t-il ? Et si vous alliez fureter, oui, du côté du service Communications ? Dans l’aile droite. Là-haut, vous demanderez…

Les marches commencent à branler, les peintures à s’écailler, on l’envoie sur un palier encombré de portemanteaux bancals, de chaises empilées en déglingue, de cartons qui vomissent leurs dossiers moisis, quand il s’entend appeler :

-Monsieur Braconnier, par-là, par ici… Oui, c’est cela, au dernier recoin du grenier. Entrez. Faites attention à la porte en l’ouvrant, ne vous arrachez pas le nombril ! Excusez-moi, on est un peu à l’étroit. Prenez ce tabouret. Ce n’est pas brillant, comme vous le voyez, mais l’essentiel est d’être dans la place, n’est-ce pas… On a vidé d’urgence un placard à balais, avec seaux, serpillières et bidons de désinfectants, on m’a poussé un bureau d’écolier, un banc, on m’a alloué cet ordinateur, lui flambant neuf, quoique d’une puissance misérable. On m’a cloqué une ampoule nue au bout de deux fils, un téléphone en bakélite noire que l’on dirait tombé du catalogue des armes et cycles éditions 1887. Je n’ouvre pas la fenêtre de peur de la recevoir sur les omoplates. Je ne ferme pas non plus la porte, la serrure et la poignée vont choir en poussière. Je ne fixe pas la moindre carte postale sur les murs, de peur de ne plus pouvoir passer entre les têtes des punaises ; déjà que ces charmantes bestioles font leur nid dans les boursouflures d’un papier qui a été peint avant les primitifs italiens… Bref, le paradis !

-Au moins, si vous n’en menez pas large, vous avez une belle hauteur de plafond…

-Voilà qui convient à l’altitude de ma minceur, en effet. Tous les espoirs me sont permis vers le haut. Sauf si l’on ne me débarrasse pas de cette araignée au plafond. Trêve de plaisanterie. Si mes émoluments restent modestes, dix fois moins que ceux de Paul-Pascal Ferrères, mes pouvoirs ont le bras long. Voyez, « La Conscience de Bordeaux », grâce à son titre officiel de « Consultant d’opinion », n’a pas failli à vous attirer dans sa toile.

-Qu’attendez-vous de moi ?

-Que vous mettiez vos talents de photographe au service de la ville de Bordeaux et de son Maire Delmas-Vieljeux, ancien résistant contre l’occupant nazi, quarante ans d’empire municipal et depuis vingt ans Prince de la région Aquitaine. 

-Mais encore ?

-Vous avez montré un talent certain en photographiant le vignoble girondin. Jamais les vignes, les châteaux et les chais n’ont été si beaux que dans votre livre.

-Vous êtes un vil flatteur, Lespinassières.

-Taratata… Vous devez vivre, assurer votre promotion et offrir à votre art l’ampleur et l’assise officielle qu’il mérite.  Il me semble, car ma proposition est encore strictement officieuse, que notre Maire, aimerait pouvoir feuilleter et offrir un beau livre qui rendrait justice à sa ville. Vous êtes capable de le faire.

-Photographier Bordeaux… S’agirait-il d’une commande ?

-Pourquoi pas. Ce que vous avez fait avec le pays des vins, vous le feriez au centuple avec la ville des villes. D’une telle beauté urbaine couchée le long de la Garonne, vous ferez une splendeur. Vous tendrez le miroir le plus esthétique à cette jolie femme qui vous rendra tous vos baisers !

-Vraiment, je ne sais que dire…

-Mais je le sais pour vous ! Camille, nous imaginons un plan de financement, la ville prend en charge vos frais de pellicule, de documentation et tout le toutim, nous programmons une exposition dans les Grands Salons de la Mairie, la presse, les télés, la gloire, l’exposition est accueillie dans une douzaine de villes européennes, le livre est livré par palettes entières dans les librairies, les supermarchés et les Offices de Tourisme, les droits d’auteur vous tombent dessus comme le jackpot, Madame Vital-Carles du Musée des Beaux-Arts vous embrasse derrière l’oreille, et Virgile de Saint-Avit en est raide de jalousie de ne pas y avoir pensé, même Paul-Pascal Ferrères tombe à genoux devant la beauté comme Saint-Paul sur le chemin de Damas, quant au Ministre Lecommunal… Ouhaou !

-Vous oubliez un petit problème.

-Dites, que je sectionne la chose à la racine.

-Les vignobles de Médoc et de Saint-Emilion étaient déjà beaux avant que je me mette à travailler. Je n’ai fait qu’amplifier, et révéler la chose quand il s’agissait d’un débris de fut dans la vase de l’estuaire. Pour Bordeaux, rien à voir. Vous savez comme moi que la ville est loin d’être aussi séduisante. Puis-je me contenter de photographier l’Esplanade des Quinconces et le Grand Théâtre ? La Place de la Bourse et le Pont de Pierre ? Ce serait magnifique. Mais incomplet. Que ferons-nous des dépôts d’engrais et de produits chimiques de La Bastide, dont les conditions de stockage sont loin d’être sécurisantes ? Des putes défraîchies sur le Quai de Bacalan ? Du vieux Bordeaux qui menace parfois ruine, plâtras et poutres bouffées aux termites ? Du quartier Mériadeck dont la modernité architecturale est loin d’être une réussite, de l’avis unanime, bien qu’elle ressorte de la volonté de Delmas-Vieljeux ? Que ferons-nous enfin de votre placard à balai ?

-Tout doux, Camille. Vous ne pourrez pas, de toutes façons, tout montrer, photographier toutes les rues. On ne vous demande pas d’être aussi exhaustif que l’annuaire, de pondre une encyclopédie comme nos Grands Hommes. Non. Il vous suffit de choisir ce qui satisfait votre aspiration à la beauté.

-Ce serait un mensonge. Un portrait de ville falsifié. Le plus raffiné des maquillages peut rendre la beauté à un bijou, à un lobe d’oreille peut-être, mais pas à une ville, fascinante certes, mais dont certains quartiers, certains ateliers et terrains vagues, certains immeubles sont atteints de lèpre chronique. Vu comme ça, en acceptant de prendre en compte des réalités qui font que Bordeaux a tant de facettes, des plus prestigieuses aux plus sordides, je serais partant.

-Ne confondez pas, Camille, notre ville avec ces péripatéticiennes qui font le pittoresque de nos quais… Il va falloir, si nous voulons faire affaire, que vous composiez avec d’autres réalités : politique, d’image… L’art n’est-il pas au service de la cité ?

-C’est bien pour cette raison que je ne dois pas le prostituer.

-Décidément, vous êtes obsédé, Monsieur Braconnier.

-Et mon travail en cours sur le Périgord ? Ne peut-il pas séduire Delmas-Vieljieux, puisqu’il est Président de la région Aquitaine ?

-Vous posez là le pied sur un terrain délicat, voire boueux. Le Périgord, bien qu’aquitain, est le fief, vous n’êtes pas sans le savoir, d’Antonelli, Député de Biron, Président du Conseil Général de la Dordogne, et par ailleurs Trésorier National du Parti Socialiste. Delmas-Vieljeux peut-il faire un tel cadeau à Antonelli ? Deux personnalités qui se détestent franchement. Une tête de hérisson pour Antonelli, une tête de couleuvre à collier clouté pour Delmas-Vieljeux. Notre hérisson devra longtemps jeûner sur ce plat là. Réfléchissez plutôt à ma proposition bordelaise. La nuit porte conseil. Ne laissez pas passer une occasion pareille. Je suis sûr que vous allez venir à des sentiments plus coopératifs. Et puis, sûrement réussirez-vous à transmuer le sordide en sublime… A demain.

Mais, le soir venu, ce n'est plus pour le contrôle d'une familière dame aux monnayables vertus et entretétons décaparaçonnés que le gyrophare du fourgon de police jaunit par à-coups un angle visible de la Rue Condillac. Seul le puissant téléobjectif de Camille voyeur pour la circonstance permet de vérifier que la silhouette connue, menottes scintillant dans la nuit des poignets, une main striée de sang, est bien celle d’un Lespinassières spasmodique et de force dégluti par la gueule obscure du véhicule, refermé d’un claquement vif par un agent dont la joue s’orne de filets sanguinolents.

Rencontrant Robert lors d'une matinale réception d’œnologues californiens, Camille l'interroge:

-Tu n'as pas lu Le Courrier d’Aquitaine de ce matin? « La Conscience de Bordeaux » prise en flagrant délit de chantage! Il ramassait sous ses ongles crasseux tant de vices de la ville qu'il en avait les poches pleines de merde. Mais ça a fini par sentir mauvais. Il venait de décrocher auprès du Maire qu'il entretenait de ses flatteries, bons mots et ragots, sa chaise percée de « Consultant d'opinion ». Jusqu'à ce que tranquillement il menace son bienfaiteur du dossier de sa petite pute privée avec des photographies prises depuis je ne sais quelles fenêtres sous les toits. Alors dessillé, Delmas-Vieljeux lui laisse présenter le montant de sa prestation d'enquête, filature et voyeurisme sous couvert du plus complice silence. Et préciser les termes financiers du contrat au téléphone de la garçonnière préalablement équipée d'un mouchard... Et hop, cueilli avec les numéros des billets apportés rue Condillac, près de chez toi, par notre Maire en personne qui suivait le conseil de la Juge Judith-Renée Clavières! Sans compter que le budget alloué à la communication par la ville était en train de prendre de la gîte. A trop tirer les œufs du cul de la poule pondeuse, on la rend hargneuse...

-Et comment se tire le Maire de son histoire de petite protégée?

-Il la tirera encore, rit Robert. Madame Delmas-Vieljeux et Monsieur publient un communiqué conjoint dans lequel ils vantent les vertus d'un long mariage fondé sur des objectifs communs et sur l'amitié. Quant à cette greluche noire comme une chocolaterie… Cette greluche qu'on a dit lointaine descendante d'un chef de tribu Ibo exporté aux Antilles par un négrier bordelais du dix-huitième siècle, cette poupée Barbie appelée Galante Assomption qu'on dit adepte du Vaudou... Elle fait tressauter ses fesses dans le décor de garçonnière conçu exprès par Madame le Maire, fine décoratrice bien connue, au plus haut d’un immeuble de la rue Planterose. Bah, si ça les amuse! Ca ne choque que quelques vieilles bourgeoises aux larmes de bénitier. Ces histoires de gaudriole ne nous intéressent pas. C'est un excusable petit délassement dans les marges d'une lourde responsabilité. Nos époux modèles ont raison de confirmer que la bonne gestion de la ville est l'essentiel. Voilà qui donne au passage une leçon à tous les hypocrites! Le seul dindon de la farce est notre Arétin arrêté pour chantage au grand pied, abus de confiance, détournement des finances publiques et voie de fait sur agent. Sais-tu qu’il a déchiré jusqu’à l’os la joue d’un jeune flic en le traitant de néo-nazi ? Lui qui se vantait d’avoir sa carte chez les Républicains et chez les Socialistes ! Et l'on dit maintenant qu'il enseignait sans diplôme dans son lycée quitté sans préavis. Je me demande combien ça va aller chercher derrière les barreaux. Traître envers son bienfaiteur, ça doit être bien profond dans l’Enfer… Quel couillon ! Il n'y a bien qu'un fouille-merde comme lui pour se salir dans notre belle ville. Voilà ce qu'en dit l'opinion.

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves, sommaire

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Goethe : Faust, illustré par louis Icart, Editions Levasseur, 1943.

 

 

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 13:50

 

Bateau peint, Les Portes-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Bironpolis

 

Incipit

 

 

La République des rêves III

 

 

 

 

       Au matin, Camille petit-déjeune seul, légèrement fébrile, comme s’il était au centre et en haut de son itinéraire. Puis, ayant revêtu les vêtements d’usage, il descend se mêler à la foule des congressistes du château de Biron. Une hôtesse lui remet son badge et le programme où il a le petit crissement de vanité de voir figurer son nom. C’est à peine s’il a le temps de repérer les noms d’Arthur et de Robert qu’il est accosté, happé, entraîné par ce dernier.

       -Ah, te voilà ! Nous t’attendions hier au soir… Il y avait du Château Gilette dans les verres et des poèmes sur les lèvres… Je ne te précise pas ce qui était le meilleur… Nous t’imaginions en train de dormir en braconnier dans une cabane de branches en plein taillis. Viens-tu chercher ces lauriers de la consécration qu’on accole au lièvre au four, chausser les palmes académiques pour nager à l’aise dans le bocal de la gloire de clocher ? Viens, je vais te présenter, s’époumone Robert, comme grisé par les parfums intellectuels qui auraient déjà dû éclater à l’odorat de Camille parmi cette digne assemblée d’individus papotant.

      -Regarde cette basse-cour ! Les officiels gallinacés se dresser sur leurs jabots… Sarlande, chauve Président Républicain du Fonds Régional d’Art Contemporain ; Antonelli, Député aux lourds sourcils de Biron, Président du Conseil Général de Dordogne et Trésorier National du Parti Socialiste ; Madame et Monsieur Delmas-Vieljeux, plus jeunes que jamais malgré leurs quarante ans de règne sur Bordeaux et l’Aquitaine ; Dalbret, Député-Maire de Gradignan, dont tu reconnais la chemise bleu républicain comme s’il rythmait en tenue d’été la circulation des carrefours pour faire se garer Delmas-Vieljeux vers le cimetière et prendre sa place à la Mairie de Bordeaux; Madame Vital-Carles, pétulante Conservatrice du Musée des Beaux-Arts dans sa robe aux verts nymphéas… Tout Bordeaux, toute l’Aquitaine, est là. Sauf Martial Lespinassières qui, lui, est en résidence au colloque de Prisonpolis ! Sans compter ceux qui sont déjà dans l’amphi…

     -Arrête, ami bavard, où est Arthur ?

     -Il est là. Suis-moi. Tu vas rencontrer David Johannes qui avec Arthur a accroché tes photos, édité l’affiche et le dépliant que tu as joliment titré « Herbes, feuillages et chemins périgourdins ». Tu sais qu’il est un des dévoués auteurs d’Arthur. Il délaye tellement le poème dans le blanc de la page qu’on dirait l’intérieur d’une boite de lait en poudre. Ou alors, il joue avec les nouilles alphabet du potage. C’est pâteux. La langue y reste plantée.

     C’est bien Arthur qui se lève vers lui, raide avec une jambe qui semble retarder, le toupet d’une mèche pâle agité au-dessus d’un sourire naïf, triste et crispé… La voix paraît sortir d’un appareil mécanique et pulvérisé de blancs dont la vitesse ne peut être changée ni modulée :

      -Ca va très bien ? Je vais beaucoup mieux. Je peux parler phrases manquées. Camille, ça va très bien, vous voyez. L’orthophoniste m’aide beaucoup. Je fais des progrès de… Il s’arrête, la bouche épuisée, vidée.

       -J’ai vu que tu allais lire quelque chose…

     -C’est mots d’avant. Pas commencé écrire… Johannes dira moi. Connaissez Johannes : le nouvel Hölderlin de Bordeaux. Pardon, je vais… Une place fatiguée… écouter. Merci beaucoup, Messieurs… La saccade trouée de sa diction s’achève, à bout d’énergie.

Johannes, inquiet, le suit des yeux. Jusqu’à ce qu’Arthur s’asseye le plus lentement possible. Ce Johannes est un drôle de jeune homme, grand blond fou frisé, le nez droit dans le prolongement de son front d’éphèbe, le menton aussi croquant qu’une pomme de terre nouvelle, l’œil amusé et  mouillé comme s’il était enrhumé, batifolant du regard sans s’accrocher longtemps quelque part, joli comme une publicité pour un parfum aux épices et au cédrat. Il se tourne soudain vers Camille :

    -Heureux de vous voir enfin. Vos photos. Des miniatures baroques, n’est-ce pas ? Du minimalisme magique. Ou le drapeau vert du militant écologique?

      -Pas du tout ! Un regard qui ne se laisse pas enrôler… Merci pour l’accrochage. Est-ce que l’on peut aider Arthur ?

       -Non, celui qui reste dans le corps d’Arthur veut s’aider seul. Faites comme si de rien n’était.

       -Mais où sont les artistes, les savants, les écrivains de ce colloque ? Et Virgile de Saint-Avit ?

       -Sans nous compter, et hors les scientifiques qui ne sont pas arrivés, il y en a là quelques-uns, répond David Johannes, la langue excitée de salive. Le gros jovial, là-bas, Marcos Patureau, jacasseur et courtisan de tout ce qui porte titre officiel, est  « le peintre abstrait le plus radical qui soit » selon ses propres termes. Il couvre ses toiles de dizaines de couches de blanc pour ne laisser apparaître qu’un point. Toutes les nuances les plus infimes des couleurs sont tour à tour convoquées et caractérisent sur chaque tableau le point. Dans quelques dizaines d’années, s’il ne meurt pas avant, le dernier point sera également blanc sur le dernier tableau. C’est un théoricien bavard qui t’en dira plus si la patience t’en dit.  Ah, voici Patrice Letellier dont le dernier livre, Silence blanc, vient de paraître.

      L’écrivain tend alors une main longue aux ongles en deuil sous un visage blême masqué de lunettes cerclées de noir. Non sans répugnance, Camille saisit cette main qui se révèle sans force, aussi molle et suintante qu’un préservatif frais débondé, bien que chargée d’une bague aux dents cruelles et entartrées de vert de gris. L’écrivain se détourne aussitôt, comme retournant à la majesté de son intériorité.

       -Il a consacré à Bordeaux plusieurs livres, précise Johannes, où des personnages falots à la Beckett figurent la décomposition des milieux d’affaires et d’administration… C’est notre grand écrivain. L’écrivain des désabusements, des amours jamais vécues, des vies épuisées. C’est le délectateur du morose, le conspueur de la condition humaine, celui qui figure la face pourrie de l’universel. Celui qui a fondé le concept de judaïté intime de l’écrivain sous l’occupation capitaliste qui le déporte vers le camp du silence. Son dernier livre, péniblement publié par Arthur, suscite la ferveur de quelques-uns et l’indifférence de tous. C’est une sorte de récit intérieur et fragmenté dont l’enjeu est la dissolution du monde et de la parole jusqu’à l’accession à l’ange absent de la mort…

      -En voilà un, coupe Robert, qui a trempé sa plume dans le sang de navet qui lui défigure les traits. Sans compter le venin plaintif de l’idéologie marxiste qui lui tient la langue sous perfusion continue… Peut-on dire de telles conneries : assimiler le capitalisme au nazisme !

       -Comment explique-t-on la ferveur de quelques-uns ? interroge Camille.

       -Sans compter Saint-Avit qui en raffole, quelques intellectuels et officiels des Commissions à la Lecture et de la Direction du Livre sont impressionnés par sa logique incontournable de la fin dernière de la littérature qui est assomption et adéquation au silence et à la mort…

     -Pouah ! s’ébroue Robert. Quel plat morbide et grotesque tu nous sers… Johannes, tu te laisses complètement piéger. Voilà bien le dénominateur commun des auteurs à gueule de raie pas fraîche d’Arthur. On se demande pourquoi  il publie ma paillarde œnologie et les photos de Camille dont l’ouverture sensuelle au réel est à cent mille continents de cette démission devant la vie subventionnée par le ministère Lecommunal. Sûrement parce que ce sont les seules choses qui font vivre et non crever sa boite. Quoique je la voie maintenant bien mal partie…

      -Les intentions de l’éditeur sont impénétrables, conclue Johannes avec un sourire doucement sucré. Quoique ma gueule de poète soit, dit-on, la plus fraîche de Bordeaux. Venez maintenant. La première partie du colloque commence à côté.

       La petite foule débouche en effet dans la salle du Conseil Général. Sur la pierre ocre, scintille l’aluminium et l’ébène d’un faisceau de colonnes post-modernes, dessinant autour et au-dessus des conférenciers attablés le masque vide d’un temple dédié au dieu improbable du civisme. A peine une centaine de personnes s’assied sur le bois et velours rouge de l’hémicycle. Le Ministre de la Culture et des Télécommunications du gouvernement socialiste, Raymond Lecommunal, vient à la tribune, hausse son menton au plus haut que sa petite taille le lui permet, lisse du plat de la main les épis de sa coupe de coiffeur pour garçonnet, fait claquer son papier au sortir d’un porte-document de cuir précieux et fauve, et commence, d’une voix fluette, et de bon ton.

       -Je déclare, Mesdames et Messieurs, l’Aquitaine Communauté des Savants ouverte. Où nous allons répondre ensemble et chacun à cette question : Comment amener la communauté humaine à plus de communauté, de communication, de qualités ? N’est-ce pas l’union de l’art, de la science et de la politique, et leurs progrès, qui fonderont le sens et la destinée de la communauté ? Ici, nous avons élu les artistes et les savants, dignes de représenter l’Aquitaine et l’humanité, et de nous ouvrir à la planète, en un bel éclectisme. C’est avec l’espoir d’imaginer avec eux un monde meilleur de convergences que nous sommes là, d’imaginer la conviviale et parfaite communauté pour laquelle l’état est l’ordonnateur privilégié. Ce sont les savants et les politiques qui font le monde. Alors, pourquoi des artistes ? Sinon pour le regard et la perspective, pour illustrer et rendre visible ? Le savoir ne suffit pas puisqu’il y faut l’art, le faire et la forme, puisque les objets de la science et du politique passent aux mains du designer et du publiciste. Nous irons chercher parmi les artistes les plus avancés l’image esthétique de l’esprit du temps pour qu’ils trouvent leur légitimité dans le circuit économique généralisé et au-delà. C’est ainsi qu’ils pourront irriguer de leurs formes et de leurs lumières chaque fibre d’une démocratie où chacun se révèle bientôt un artiste à une seconde planétaire et, si vous le permettez, idéale. A nous, je vous prie, la communauté généralisée : notre Aquitaine Communauté des Savants !

     Saisissant des deux pouces les gris revers lustrés de son costume Yves Saint-Laurent, Lecommunal s’incline enfin parmi la mollesse des applaudissements, pendant que Robert persifle à l’oreille de Camille :

       -Regarde, il rejoint Léo. Il a dû prêter la main à son discours rasant…

    -Mais c’est fou ça, s’irrite Camille, c’est mégalo, trop beau, pourri d’illusions. C’est de l’enrôlement dans l’Etat-Dieu ; il ne manque plus qu’un Roi Soleil et son cortège d’artistes officiels…

        -Ils sont là partout, pouffe Robert. Et guère lumineux…

     -Un monde pareil, ça ne peut pas exister. Pour que le monde avance, il faut aussi de la désunion, de la liberté. Et si le désigner et le publiciste travaillent pour séduire et créer une clientèle, pour la plus grande majorité possible, l’artiste travaille pour lui, pour son projet, et pour quelque- uns. Il n’a guère l’illusion du consensus.

       -Oui, l’apaise Robert. Mais le sculpteur des cathédrales travaillait pour la foule. Pour une foule à édifier et enrôler, certes, qui cependant y trouvait éducation et plaisir. Et il y a des publicitaires qui sont plus artistes que ceux que tu vois ici. Ces tableaux monochromes de Patureau qui sont de la même couleur que les murs. Ces  sculptures sur le parvis en carcasses de voitures chiffonnées  et calcinées, couvertes de tags roses et verts fluos… Pendant que toi on t’a mis derrière les tables du buffet. Et qui dit que tu es un artiste ? Avec tes petits feuillages, tes sentiers et tes monts de rien du tout, tes bouts de villes et de villages ?

       -Un début d’artiste, peut-être. S’il y a une émotion inédite, une construction fictive un peu signifiante, un autre regard et une autre liberté, critique, interrogative ou contemplative, ça suffit…

         -Chut, ça reprend.

        En effet, on subit aussitôt les pompes et ronronnements des discours officiels d’ouverture, des échanges d’hommages, remerciements et compliments formels entre élus, entre la petitesse de Lecommunal et les hauts sourcils broussailleux d’Antonelli, entre la calvitie de Sarlande et la silhouette d’éternel jogger de son beau-père Delmas-Vieljeux dont les étoiles de rides scintillent d’amabilités trop mielleuses et ronflantes pour être honnêtes à l’adresse de ses adversaires politiques. Les personnalités changent et le discours est le même, jusque dans l’humour attendu… Tout cela plonge Camille dans l’étonnement, l’abattement, l’ennui, l’éloignement enfin… Très vite, il n’écoute plus, éprouvant une terrible nostalgie de la nuque de Flore, de la finesse de ses cheveux, de la marche entre les fourrés, sur un chemin aux ornières colorées… Parfois, il regarde de loin Arthur, le dos droit, les traits tirés, semblant agripper de force ses oreilles aux discours, ou serrant en silence une main aussitôt disparue dans l’indistinct murmure entre deux allocutions, un blanc de fauteuils vides et rouges autour de lui. Lorsqu’en conclusion, Raymond Lecommunal revient les bras largement ouverts inviter l’assemblée à prendre part à l’apéritif, Camille doit réveiller Robert ronflant sur sa panse…

      -Mais il ne s’est rien passé ! Et déjà une matinée de ce fameux colloque est passée, s’exclame Camille.

     -Au contraire, tout s’est déjà passé, s’amuse Robert. Les officiels se sont mutuellement changés en canards laqués de respectabilité et de culture. Les communications littéraires, artistiques et scientifiques annoncées ne sont pour eux que menu fretin dont seul compte le degré de prestige admis de leurs auteurs. Ils vont cacher leur ennui sous les ocelles de leurs queues de paons ou s’éclipser pour réapparaître lors des allocutions du buffet de clôture. Où ils s’autocongratuleront de nouveau. Quant à nous, pour qu’il se passe quelque chose, irons-nous enfin, sur le rôti de bœuf annoncé, boire notre Château Latour ?

     L’après-midi vit s’égrener les communications des « Délégués à l’Action Culturelle », « Conseillers Artistiques », « Directeurs des Offices du Livre » et autres « Conservateurs de Musée » qui vinrent faire un glorieux bilan de leur travail. Précautionneux, glacial, gourmé, le visage filiforme de Virgile de Saint-Avit offrait affablement parole aux ronds de jambes et de langues de Paul-Pascal Ferrères dont la grosse figure de garçon gâté rosissait par tranches de magrets successives, hélas changé en lard brûlé dès lors qu’il devait céder la place au beau nez en bec d’aigle de la brune et impérieuse Madame Vital-Carles… On apprit comment se distribuait et se gérait l’argent public, quelles manifestations, quels artistes, éditeurs et associations avaient été soutenus, mais aussi et surtout où était l’avenir des arts. L’autosatisfaction régnante ne fut qu’un instant interrompue par la banderole rouge sur fond noir d’un vieil insubventionné et impublié chronique, barbu gris jusqu’au ventre, manuscripteur et distributeur à tour de bras dans l’Aquitaine entière de ses interminables « poèmes ouvriers » sous le label de « La Plume et l’Outil » qui manifestait « contre l’écriture assistée par ordinateur et le gaspillage des deniers publics » et qui ne réussit qu’à indisposer de son odeur de bouc de Katmandou le pauvre Virgile de Saint-Avit réfugié dans les senteurs de sa pochette de soie blanche.

       -Dommage, persifla Robert, qu’on ne ressuscite pas le drôle Martial Lespinassières de sa prison pour l’occasion. Il nous ferait un discours comme un strike de bowling dans les pantins de cette comédie !

       C’est au sortir de ces allées labyrinthiques, rayonnantes et soigneusement balayées de la politique culturelle que Camille Braconnier se voit servir d’exemple et d’illustration. Virgile de Saint-Avit, Conseiller Culturel pour l’Aquitaine, qui a proposé « ce coup de pouce au travail de création du photographe » justifie son choix en une brève allocution. Il souligne « l’amitié au réel aquitain », « la conciliation de la nature et de son aménagement par l’homme », « l’équilibre aussi bien écologique que formel révélé par la rigueur et la sensibilité de l’artiste »… Avant de s’éloigner vers des gloses sur les paysages de Ruysdael, ces cimetières et arbres morts, ce qui parut à Camille en désaccord total avec sa démarche. A qui il est permis, en quelques phrases posées, de rétablir un peu de la chair son esthétique. Il ne sait si les applaudissements, qui lui glissent un frisson de plaisir le long des vertèbres, s’adressent à la qualité de ses images, de sa prestation, ou au théâtre convenu de l’événement… Un apéritif est aussitôt offert devant l’accrochage de ses photographies de collines emmêlées, de prés marquetés et de chemins tournoyants, de petits espaces botaniques subrepticement ouverts sur des habitations, des zones artisanales, sur des horizons ennuagés, images alternativement agitées, apaisées… Il y a un murmure poli d’approbation, un toast par un adjoint au maire qui reconnaît « avec une fierté communale légitime » un bout de sa maison et de ses géraniums sur une photo… Du souffle puissant de ses narines aussi velues que ses sourcils, Antonelli se félicite de « l’inscription de l’artiste dans son terroir », regrettant cependant « l’absence de ces grands panoramas francs comme la main où souffle l’esprit du pays » et vient ostensiblement serrer de sa large pogne prédatrice la main de Camille, vérifiant d’un œil charbonneux qu’il est bien sous le cadrage des caméras et des flashs.

         -Félicitations, Monsieur Braconnier ! On est toujours du pays de son enfance.

         -Merci. Mais je ne suis pas natif du Périgord. Désolé.

        -C’est vrai, vous êtes un Bordelais, un promeneur… L’argent de nos contribuables n’a pas été dévoyé, si, grâce à lui, nous pouvons regarder notre Périgord comme nous ne l’avions jamais vu.  Vous voilà un peu mon enfant adoptif…

         -C’est trop d’honneur…

       Mais on est déjà passé dans la salle suivante où Virgile de Saint-Avit tient par l'épaule le jeune Omar Kaled, vantant ses « sculptures agressées », « leurs vertus de pillage, d'arrachement et de marquage tribal », « ces trophées culturels des guérillas dans les  banlieues exclues du monde bourgeois », « ces pulsions du droit à la différence », « ces revendications pour la frater­nité des peuples »… Ce sont des portes de bagnoles déglinguées peintes de tags fluos et des petits bonhommes combatifs des jeux vidéo. Alors qu'on change encore de salle pour méditer devant les « peintures punctiformes de la même couleur unie que les murs » par l’inénarrable Marcos Partureau, Robert grommelle plus haut qu'il ne faudrait:

      -Quelles couillonnades d'analphabètes ! Sous prétexte que cet Omar a la peau couleur de cirage maghrébin, on n'ose plus porter un jugement. Ce que Virgile de Saint-Vide appelle vertu, je l'appellerais plutôt vice. Questions de valeurs culturelles, certainement! 

      Camille lui fait alors doucement remarquer que cet Omar a le mérite au moins de poser un problème éthique, sinon esthétique…

     Dans la cour, la foule empressée, se tasse, se heurte autour des micros et caméras de télévisions régionales et si possible nationales, dont l'une a cru tout à l'heure survoler un instant les Sentiers de Périgord de Camille…

         Raymond Lecommunal, Ministre de la Culture et de la Communication, Virgile de Saint-Avit, Conseiller Culturel pour l'Aquitaine, et Léo Morillon, le philosophe bien connu de La Cité responsable, rivalisent avec la plus grande aisance de remerciements et rhétoriques officielles, choquant le verre de l'amitié, et brillent de phénoménologiques et platoniciens commentaires sur les sculptures d'un petit homme italien fort célèbre dans la sphère de l'art, et cependant modeste, discret, monopolisé par nos trois Parques culturelles, et qui repart de suite pour New York sans pouvoir honorer le buffet généreux en spécialités aquitaines... Buffet bientôt pris d'assaut par l'avidité, la rapacité des ongles et des dents des congressistes abondants…

        Près de l'immense pièce montée couverte de roses socialistes en sucre pillées par les mains des invités, le Ministre Lecommunal serre, avec une réti­cence que ne cachent pas les verres de ses lunettes floues, les doigts républicains du Député Maire de Bordeaux, Delmas-Vieljeux, dont les rides semblent se crisper comme un citron desséché. Très vite, le potentat aimé du Vieux Président se rabat sur sa garde gauche, à la rencontre d’Antonelli, Trésorier National du Parti Socialiste et Député de Biron, exalté, qui mouline l’air de ses bras puissants et agite ses larges lèvres préhensibles en approchant Lecommunal. Il lui consacre une généreuse et longue accolade sous l’œil attendri des caméras, malgré la troublante différence de taille. Hilare, Antonelli domine le Ministre de toute la violence altière de ses sourcils hirsutes dont le centre de gravité semble avoir déplacé le système pileux du visage de Staline. Les rejoint la calvitie brillante de Sarlande, apportant dans une nouvelle et triplice accolade sa ville pourtant républicaine de Pauillac offerte comme l’agneau sacrifié sur le banquet de Bironpolis.

        Séparé de Robert par la foule -Léo s'est agglutiné avec succès à la veste de Lecommunal qui lui tend un verre de Lynch Bages 1966 en même temps qu'à Antonelli apparemment assoiffé- Camille est repoussé dans la cour-jardin, vers les travaux du sculpteur italien:

        Ce sont, dans un bosquet peu visité, des écorces de bronze figurant des hommes en marche, ou couchés, aux bras enroulant des troncs, des nids de feuilles de cuivre. Des oreilles, mains et pubis féminins en terre cuite sont dispersés dans les hasards de l'herbe.

      Coude à coude et bousculés, Camille tente d'approcher et de parler enfin à Virgile de Saint-Avit. Mais après avoir reçu avec onction les remerciements, celui-ci reste formel et distant, semblant de ne pas entendre que ses photographies ne sont pas seulement des instruments de conciliation idylliques ni des dénonciations écologiques, mais qu’elles sont des métaphores plastiques... Il dit « oui », « très beau », « à confirmer », et s'éloigne au moyen d’un « excusez-moi » furtif, laissant Camille niais, avec le verre vide distraitement offert, et seul sur le côté de la société.

       -Laisse, le console Robert. Ce Virgile n'aime que les puissants. Que les grosses légumes. Avec son visage aussi jaune perché qu'un salsifis, son saint avis n'est que celui des médaillons de foie de veau distribués par le prestige institué, académique et artificiel. Tu gratteras sans fin sous ses couches de vernis pour ne pas y trouver la moindre moelle d'authenticité, le moindre sentiment personnel. Il parle peu. C'est pour garder son mystère d'oracle dit-on. En fait pour impressionner les niais et réserver sa salive au lèche-cul des ministres et des plus courtisés parmi les commissaires d'expositions internationales. Il pète et pisse et rote comme tout le monde, mais avec une telle retenue et onction qu'il finira par se pétrifier d'une glaciation des sphincters...

       Le soir venu, Camille retrouve un moment de sérénité dans la solitude de la cour-jardin, parmi, sur le sol, les « Pierres de Dordogne » du sculpteur italien Giuseppe Penone, galets parfois énormes, scarifiées de feuilles et de mains, par endroits recouverts de lyrismes végétaux, de peaux de bronze et des pommes de terre en or.

          (...)

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves

Une vie d'écriture et de photographie

 

Giorgione (1777-1511) : Les Trois philosophes,

Vienne, Kunsthistorisches Museum.

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 08:50

 

Pic du Midi de Bigorre et vallée de Lesponne, Haute-Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les nuages de Titien

 

La République des rêves III

 

Colloque de Bironpolis

 

 

 

 

     En début d'après-midi, Léo apparaît parmi eux. Il a troqué son chapeau jaune contre une pochette pinson sur un trois pièces ample, bleu roi, et chemise blanche fermée, sans cravate.

       -Ah, voilà mon contradicteur ... Notre sophiste... dit-il en apercevant Camille.

       -Le sophisme est la philosophie de l'autre, cher ami…

       -Je n'entrerai pas dans cette discussion. D'ailleurs, c'est à moi de parler.

       Et d’une démarche insoupçonnée, dansante, Léo monte à la tribune:

 

       -Mesdames, Messieurs. Pour ouvrir cette demie journée consacrée à l'art, qu'il soit ancien ou contemporain, car son essence est une au travers de ses changeants effets et reflets, je vous parlerai des nuages de Titien. Nuages clairs, joufflus et colorés dans l'azur qui, vous me permettrez de le croire, auront aujourd'hui un moment d'existence au-dessus de notre Biron­polis. En eux, en effet, dans leur volatile et cependant présente forme blanche et or, sont résumés et contenus à la fois le cosmos, l'éros et le logos. Dans La présentation de la Vierge, dans Bacchus et Ariane, dans L'amour sacré et l'amour profane, ils sont. Dans la chrétienté, dans l'antiquité classique et dans leur fusion en éros et en mystique. Au-dessus du désordre des actions humaines, au-dessus, et comme en dedans, des agissements et des présences des dieux, s'épandent et s'élèvent les nuages de Titien. L'ordre de leur beauté dépasse et transcende l'humain comme ils réalisent la transmutation de l'eau en gaz et en lumière. Rarement comme Titien on a su trouver la vérité des nuages et leur forme parfaite qui est autant physique qu'idée.

       Il y a la puissance sphérique et splendide du cumulus, sombre à sa face tournée vers la terre qu'il peut noyer d'un orage et illuminer d'un éclair soudain, tandis que sa face supérieure réfléchit la lumière d'en haut. Ce cumulus où, comme Goethe, je vois s’équilibrer les forces opposées de l’univers, cet « être-nuage » nietzschéen en attente de l’éclair de l’instant. Il y a l'altitude rêveuse du cirrus, le calme, les flèches blanches sur l'azur. De plus, comme l'on sait, aux nuages tout est possible: formes de chiens et de géants, formes de femmes et de montagnes. Ils peuvent tout peindre; du sein au phallus, des fesses à la courbe du front. Ils se meuvent, ils se transforment incessamment. Mais ils ont su trouver en Titien leur unité, leur instant parfait, leur diapason d'or dans l'éternité conceptuelle et sensible, immobile et cependant non figée, du tableau. Ces nuages, dont la clarté rêve dans l'altitude, disent la sublimation totale et nécessaire, l'unicité originaire de l'être dégagé de la terre. Leur souffle, celui de la beauté, s'évade de l'homme et rachète la vie. Comme celles des anges, si je pense, les hiérarchies des nuages m'entendent. Car les nuages de Titien sont un concept, le concept originel de l’être, idéal et définitif, la trace spirituelle du sacré céleste dans le réel, la formulation inatteignable du pur logos, la cristallisation apparente de l'essence. En ce sens, ils sont la philosophie de Socrate à Heidegger, l’au-delà de la lumière qui n'est pas là et pourtant là par la vertu de cette pensée rendue sensible: l'art. Plutôt que des rêves irresponsables, les nuages de Titien sont la forme où parvenir de la pensée, la substance difficilement transmissible par le pauvre et pourtant rationnel et subtil verbe humain. Ils sont le bouillon originel et le précipité cristallin de signes qui une fois pertinemment lus diraient la structure et le sens résolutif du monde. Et seule la pensée de l'artiste et du philosophe peut rendre l'accès à la logique et à la beauté de ce Qui est l’essence avec un grand E, cette essence perdue, ce que nous savions et que nous ne savons plus. C'est dans les nuages de Titien que l'art révèle le mieux qu'il est idée de nature. Ainsi la fonction de l'artiste et du philosophe est de chercher et de trouver cette idée source. La sculpter, la peindre et la définir par un de ces traités exacts qui auraient le son du poème. Titien, lui, trouve et figure le principe transcendant et éternel, le nombre d'or fractal, qui règle la construction apparemment aléatoire et chaotiquement belle de ces nuages. Comme les anges réservés au domaine de la foi spéculative, il appartiennent à l'imaginaire de la vérité, nécessaires et soudain visibles en un signe iconique vague, faute de notre perception, et cependant parfait.

       N'allons pas croire que les nuages servent à soutenir ou sortir les dieux! Ils sont en fait le dessin et la couleur visibles de leur présence en nous idéelle. Ils sont l'être stable de la ratio socratique. En qui sait la reconnaître, s'élabore la personnalité induite des nuages de Titien pour former avec autrui une société et une civilisation selon leur modèle, un moi collectif et bienheureux sans frontières entre le moi privé, les autres et le monde, une communauté philosophique, un communisme démocratique et poétique.

       Ce pourquoi j'irai jusqu'à formuler le concept de ville-nuage dont la globalité résoudrait tous les aspects problématiques de l'urbanité, problèmes économiques, sociaux, culturels, éducatifs, affectifs et sexuels de tous les citadins, dépassant ainsi l’opposition entre la Jérusalem céleste et la Babylone terrestre.

        L’aménagement conceptuel du bâti devrait permettre à chacun, selon l'expression convenue, de marcher sur un nuage. Ce serait une vision organiciste de la ville-corps dont les cellules et les artères s'harmoniseraient selon une pédagogie collective. Grâce à l'évidence et à la lumière en nid d'abeilles des micro-ensembles individuels dans le réseau architectural, la ville-nuage entraînerait la désuétude et la déshérence des disfonctionne­ments urbains, tels que solitude et exclusion, crimes et délit. De fait, l'accès immédiat au multiculturalisme engendrera tolérance et harmonie. Pour l'instant, hélas, faute de notre désir, faute des corruptions de la société marchande et de consommation, la ville-nuage, volatile, nous échappe. De par sa masse chargée d'électricité, cette électricité que la communauté de la fête pourrait canaliser, elle peut encore orager…

    La ville et la société sont malades de se penser mal. Seule la solide légèreté d'une pensée-nuage pourrait prendre en charge l'individu pour l'optimiser au sein d'une urba-nuage. En ce sens, le nuage, face lumineuse, face noire, tour à tour bienfaisament clair, pluvieux et violemment orageux, est la métaphore de l'urba classique et moderne, de la philosophie politique tout entière, de la réconciliation en un concept unique, quoique apparemment contradictoire, comme l'oxymore qu'il est, de la philosophie et de la politique. Ce en quoi j'appelle à transcender Marx par Platon, à infiltrer au libéralisme la conscience, le ça et le surmoi communistes, en un socialisme démocratique, en une Urba-nuage qui aura la couleur rose des aubes nouvelles. Ainsi la libido politique de chaque corps séparé se tournera vers le corps complet de la ville-nuage pour se trouver et se rejoindre dans la communauté de l’œuvre d'art.

       De même qu'il y a en philosophie politique des caractéristiques transhisto­riques du bien et du bon, il y a pour l'art des caractères permanents du beau visible et sensible selon la formule du logos constructif et de l'éros olympien paisible des nuages de Titien. Ainsi, plus durables sont les nuages de Titien, ces sujets et objets de l'art, que ceux par exemple de la science et de la politique qui n'en sont que les servants. Ce qui me permet de dire qu'en art contemporain il suffit d'un souffle sur la plume ôtée d'une aile antérieure, d'un souffle sur la seule nudité inductive d'un pinceau pour retrou­ver et rematérialiser un peu de l'idée des nuages de Titien. Parfois, dans le vacillé des dessins de Twombly le romain, je soupçonne comme un de leurs brouillons, une de leurs gestations. Ils ont dans la forme d'haleine en terre cuite de Giuseppe Penone et dans ses pommes de terre en or. Ils sont dans les vitres apposées sur les murs et les grilles ainsi éclairés d'une sacralisation artistique de Pascal Convert. Et plus généralement dans nombre d’œuvres de l'art conceptuel, dans la disposition des pièces anté-sculpturales de Carl André, dans la représentologie de Joseph Kossuth, dans les signes absolus de la géométrie et de la mathématique de Sol Le Witt, dans ces tableaux de la même couleur que leurs murs, signes trouvés d’une ascèse uniquement spirituelle et détachée de tout désir. Mais dans ces derniers, trop humains encore, ils restent statiques, squelettes sans vie, en deçà même des esclaves de Michel-Ange. Nulle part ailleurs que chez Titien, sinon peut-être dans La piscine de New York de Matisse, il n'ont cette tension belle, sereine et légèrement déchirante d'un au-delà présent et inaccessible qui réunit à la fois la beauté et l'idée, l'essence et la finalité en un mot parfait, total et suffisant, encore incréé.

        Aujourd'hui, où les fumées des hommes rongent les statues de l'Acropole, où les seuls nuages dont on parle sont ceux radioactifs de Tchernobyl, ira-t-on jusqu'à ne plus pouvoir percevoir et contempler les nuages de Titien? Ou préfigurerons-nous en notre Bironpolis l'Uurba-nuage ?

     

      Après un silence convenable, des applaudissements, parfois enthousiastes et bruyants, souvent mesurés et formels, retentissent et s'éteignent. On entend décroître quelques mots: « Brillant... Prétentieux… Impressionnant… Confus… Tarabiscoté… Grandiloquent… Poétique… Pompeux… Inopérant… Génial… Vieillot… Prémonitoire… »

      -Peuh! lâche Robert. Qui achèterait ce joli philosophe? Il parle de ce qui n'existe pas. Seuls ceux qui ont à se consoler de la vie peuvent en vouloir.

      -C'est beau, dit Camille. Mais il rêve. Sa fiction n'est qu'une belle possibili­té abstraite. Il rêve en idéaliste de la philosophie comme la plupart de ses confrères qui font des châteaux d'air de leurs systèmes. Il fait fi de la nécessité, des contingences et du divers. Il fuit les réalités. Il ne veut pas voir les noirceurs et les couleurs des réalités. Il croit que le monde de ses idées va descendre en perfection coercitive sur la terre. Il ne veut voir que ce qui le flatte…

     -Eh oui, répond Robert. Il est socialiste. Il professe la résolution de l'économie par ce bien commun que pense l'état. Il veut selon son cher Platon que toutes les richesses appartiennent à tous en la personne de l'état. Non! Il se trompe. La socialisation de l'économie ne peut que déboucher sur la suppression des libertés. Y compris politiques et culturelles. Le socialisme est structurellement incompatible avec la démocratie. Sais-tu qu'il a publié L'Etincelle contrariée. Essai sur l'éducation pénitentiaire? Il y défend l'idée originelle du bien dans chaque individu dévoyé par la société et condamné à l'irrémission par la prison. Si cette vision honore l'homme et mérite attention, elle me parait bien peu réaliste. Le bien est un concours de circonstances, puis un calcul qui s'érige en vertu. D'autres vivent autrement. En prédateurs violents de la société. Qui faut-il d'abord comprendre et défendre? Le prédateur ou la société? Le criminel ou sa victime? Chut. Le voici!

       -Alors, notre artiste, aimes-tu Le Titien?

     -Oui. J'aime les nuages de Titien, répond Camille. Mais j'aime plus encore ses portraits, ses montagnes et ses femmes nues.

      - Tu es trop sensuel, mon garçon, le reprend Léo. Mais comme mon contradicteur a su voir et dire, dans une de ses photographies un de ces nuages de couleur rose au-dessus de l'ombre d'un cimetière de campagne...

      -Oui. Mais entre autres choses. Il y a aussi du chaos, du désordre, du contingent, du parcellaire, du particulier. Et du vivant de feuilles, d'herbes et de terre. Des constructions, des traces humaines dans le paysage. Du réel aimé et pas du tout transcendé, sinon par sa simple présence.

       -Parce que tu n'as fait qu'entrevoir au-delà de la caverne de terre ces nuages auxquels tu n'es pas parvenu. Si le monde est imparfait. il devra correspondre à l'idée idéale que nous en avons et qui existe en deçà, en dedans et au-delà de lui.

      -Le monde n'est ni parfait ni imparfait. Nos idées ne sont que les créations de nos regards et de nos désirs pour nous adapter le monde. Il y a les perceptions du réel, si fugitives soient-elles. Et aucune essence pour les dépasser et les évacuer. Seulement l'arbitraire de qui sent, construit sa vision et communique ou non avec autrui.

      -Sophismes ridicules. Pauvres matérialismes! Nietzschéisme de pacotille! C'est une incapacité. Et une méconnaissance. Comme celle de ce grotesque Letellier.

     -Non. Le vide de sa vie, c'est avec toi l'envers du même coup de tabac: la déception du réel, l'orgueil.

     -Sophismes encore. A qui sait les lire, cher jeune homme, mes nuages sont une métaphore politique. Seules la force brute et la perversion de l'économie ont détrôné la raison d'une cité qui sera fondée sur l'universalité native de chaque homme et qui s'appuiera sur la légalité social-démocrate. Une Bironpolis à l'échelle européenne dans un premier temps. Une Urba aussi socia1e que le nuage pour chacune de ses molécules. Je prône la république communau­taire sans propriété ni richesse privée contre la sottise de la division en classes, contre la séparation économique, contre les injustices!

    -Heureusement qu'il y a des richesses privées. Ne seraient-ce que les bibliothèques personnelles, gages des libertés contre les intégrismes de la religion et de la raison politique. Heureusement pour la société qu'il y a des compétences et des intérêts différents. Chaque homme est génétiquement et culturellement divers. Et je doute que tous soient délicieux au point de faire de ton urba un ennuyeux paradis

      -Horreur! Si jeune et conservateur! Réactionnaire! Les hommes deviendront délicieux. Faute de quoi, ils resteront des barbares. Comment, sinon par égoïsme, peut-on ne pas rêver d'une fluide communauté des hommes au monde?

     -Pardon, je t'ai bien lu, mais j'en à charge mon moi solitaire et différent dans et devant le monde. Il me semble qu'il peut aussi être utile comme ça.

       -Il n'y a que dans et à la raison commune qu'on est utile.

      -En fait, je n'ai pas choisi contre ta philosophie. C'est un beau possible à veiller comme une constante de l'esprit humain parmi d'autres, dont la religion. Mais ton idéal est un ressentiment contre la vie. Tu es un utopiste.

      -Il n'y a que l'utopie pour nous légitimer. Et rien pour te légitimer. Bonsoir Messieurs.

       -Et dangereux avec ça, pouffe Robert. Aurait-il en main le décret de recevabilité que tu serais viré de son Bironpolis... Goulaguisé comme un malpropre par la censure effarouchée du politiquement parfait.

       Pendant ce temps, on avait laissé passer dans la salle de conférence une prestation consacrée à quelques fresques romanes retrouvées par une ronde érudite en pull mohair vert pomme…

 

Thierry Guinhut

Extrait de La République des rêves, roman

Une vie d'écriture et de photographie

 

Titien : Présentation de la Vierge au Temple, 1534-1539, Venise, Academia.

 

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 13:57

 

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Portrait de Dame Murasaki Shikibu

 

 

 

 

Mieko Kawakami : De toutes les nuits, les amants, 288 p, 21,80 € ;

Seins et œufs, 112 p, 13,50 €, traduits du japonais par Patrick Honnoré, Actes Sud.

 


 

Qui sait si Dame Murasaki Shikibu a trouvé une lointaine et plus modeste descendante en la personne de Mieko Kawakami ? La première dépliait au XIème siècle, sous le voile translucide d’un érotisme discret, la vie des femmes de la cour, leurs amours intenses et souvent contrariés, en un immense roman-fleuve constellé de poèmes allusifs : les waka. La seconde reçut le fameux prix Agutagawa pour sa nouvelle au titre indécent et comique. Elle sut alors comment rendre intéressante les vies les plus banales. Il semble en effet qu’il s’agisse d’un art maîtrisé par les auteurs japonais contemporains, au premier rang desquels la jeune Mieko Kawakami, née en 1978. On l’avait remarquée avec son bref roman Seins et Œufs ; elle récidive en explorant la personnalité, si pauvre en apparence, d’une anti-héroïne.

 

C’est par antiphrase que le titre nous accroche. Car Fuyuko n’a pas le moindre amant pour ses nuits, en sa chasteté rétrécie, ni grand-chose pour plaire d’ailleurs. Elle est passe-partout, la trentaine peu causante, quoique volontiers attentive, elle couve une addiction pitoyable au saké, qui alourdit son haleine. Sa culture est d’une faiblesse insigne, puisqu’elle ne retient rien de ce qu’elle lit. Pourtant, elle est correctrice free-lance, maniaque invétérée de son métier qu’elle exerce comme un sacerdoce laïque et moral : « C’était comme si je n’existais nulle part ». Ses rares rencontres sont formelles, avec Hijiri, sa patronne néanmoins amicale et dont la vie relationnelle et sexuelle est agitée, nombreuse, en une parfaite antithèse. Mais aussi, peu à peu, de loin en loin, avec un homme, Mitsutsuka, professeur de physique, dont le discours sur la lumière la fascine. Va-t-elle laisser ouvrir sa carapace au contact de ces deux êtres ? Saura-t-elle ce qu’est l’amitié, voire l’amour avec celui qui offre un disque de Chopin, avec qui elle mange « une soupe de terre » ?

Au creux des abîmes existentiels de la solitude psychologique et de la relation avec l’étrangeté de l’autre, Mieko Kawakami sait offrir à son lecteur, entraîné à son corps défendant, une intrigue qui le confronte aux incompétences et aux possibilités de son existence. Correctrice, peut-être s’agit-il d’une métaphore de nos tentatives de pouvoir sur le monde et sur autrui ; timide, introvertie, s’agit-il de notre piètre destin sous influence, qui peu à peu s’éclaire en des épiphanies lyriques… Le roman réaliste devient peu à peu sentimental, profondément émouvant, quoique pas un instant à l’eau de rose. Il traque la condition féminine japonaise au tournant de son évolution, alors que la solitude de l’anti-héroïne s’exile entre femmes indépendantes sexuellement actives et femmes mariées insatisfaites qui se confient à la narratrice.

 

 Mieko Seins-et-oeufsMieko-Kawakami.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les générations de femmes japonaises sont en effet l’un des fils d’Ariane de la romancière et nouvelliste : Dans Seins et œufs, c’est en toute sensibilité qu’elle opposa une fille et sa mère de quarante ans, dont le projet, la lubie, est de se faire refaire les seins. Sa petite poitrine, plate comme des « œufs », est en effet pour elle une « malédiction ». On se doute que la chirurgie esthétique serait une revanche sur la jeunesse perdue, voire une concurrence insidieuse avec son enfant en devenir de femme. L’adolescente pubertaire tourne  ses réflexions angoissées vers son propre corps, ses règles, la reproduction sexuée ; au point de demander aux ovules et aux spermatozoïdes » si l’on « devrait éviter de les faire se rencontrer ». Elle ne communique qu’avec les notes d’un carnet, se mure dans le silence, dans son journal intime dont les pages alternent avec le récit de Natsu, la cadette célibataire de Makiko. Comme au cours de Toutes les nuits, les amants, le réalisme du huis clos, un rien clinique, est légèrement tragicomique. Reste que toute japonaise que soit, la sensibilité de Mieko Kawakami (malgré l’imparable du cliché), entre analyse impitoyable des fantasmes, des peurs et des désillusions et compassion, elle devient la nôtre, reflétant plus que des destins de femmes, mais d’humanité.

 

La même formule pourrait sans peine être appliquée à Murasaki Shikibu, cette fabuleuse femme de lettres du XIème siècle, qui inventa le roman psychologique, fort avant Madame de Lafayette. Elle fit s’épanouir, non sans que bien des fleurs s’y fanent, le cœur des femmes de la cour, dans le roman fondateur aux multiples volets de la culture nippone, le Dit du Genji[1]. Certainement peut-on imaginer que Mieko Kawakami, sociologue de la condition et de la sensibilité féminine du XXIème siècle, où les femmes ont plus de liberté, mais non moins de solitude, malgré le format modeste de ses romans, en soit un lointain avatar. Sans compter que ses seins ont de nombreux amants : lecteurs et lectrices…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

La Partie sur De toutes les nuits, les amants a été publiée dans Le Matricule des anges, avril 2014



[1] Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, Diane de Selliers, 2007.

 

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 07:51

 

Photo T Guinhut.

 

 

 

 

Eros à Sauvages

 

Première journée

prologue

 

La République des rêves IV, roman

 

 

 

       Au travers des herbes et des branches qu’on avait laissées pousser sur l’étroite route, des ronces vigoureuses, Camille aperçoit par intermittences le granit clair du bâtiment. Il guide Flore parmi de folles graminées, parmi ce qui pourrait sans peine passer pour un taillis sauvage. Ils débouchent enfin sur un îlot gazonné, tondu de frais, émeraude de rosée sous le soleil matinal, propice aux pas, à quelque déjeuner sur l’herbe façon Watteau où les dames mouillent leurs dessous -ce qui n’est pas dit dans le tableau. Le castel de Sauvages, dont la rudesse du matériau granitique est tempérée par un discret satin de mousse, demeure silencieux. Vu du perron, un vent imperceptible agite les feuillages dans la trouée sur les pentes des monts d’Ambazac. Du bout des doigts, comme magiques soudain, Flore effleure le fermoir de la porte de chêne qui, s’ouvrant, révèle un blanc vestibule. Seule sa voix, hésitante, comparant les lieux au château de la Belle au Bois Dormant, s’éteint dans la pièce. Et c’est presque sans surprise qu’ils découvrent, poussant un panneau intérieur laqué blanc, un homme penché sur une forme indubitablement féminine, dans un peignoir brouillé d’un désordre de dentelles immaculées. D’une buée de cheveux ondulés, virevoltants et bruns, un rose et frais minois darde un regard bleu campanule sur l’homme qui aborde ses effluves, puis sur les visiteurs.

 

       -Eros, éveille-toi.

    -Eros n’est-elle pas éveillée depuis longtemps en toi et nos invités en qui je reconnais Flore et Camille… Me trompé-je ?

       -Je ne t’appellerai pas autrement qu’Eros…

       -Julius se tourne alors vers les nouveaux venus, leur prend le bras et les guide vers une pièce adjacente où les attend un solide et chatoyant petit-déjeuner.

       -Buvez et restaurez-vous selon vos goûts sans que l’esprit qui est dans les sens en soit alourdi, annonce-t-il, s’asseyant et se servant un grand café noir comme l’encre des contes.

    Levés depuis deux heures, Flore et Camille font honneur à l’irréprochable abondance de la table, pain de campagne et rillettes d’oie pour l’un, thé jasmin et croissant pour l’autre.

     -Vous saurez tout à l’heure qui sont mes deux autres invités ; et vous aurez tout loisir d’apprécier la belle Eros qui, je l’espère, inspirera vos discours. Sachez seulement qu’elle s’est nourrie ce matin d’un jus de cerises rouges et d’un soupçon de confiture de pétales de roses ; non, ne parlez pas ! Gardez votre langue pour de plus passionnés propos et usages…

      La voix grave et feutrée de Julius résonne un instant encore parmi le cristal de la table, le chintz abondement fleuri des doubles rideaux, la toile de Jouy des murs… Peut-être a-t-elle fait légèrement frémir dans son cadre la nymphe endormie nue d’une gravure dix-huitième…

      Un moment plus tard, chacun s’assied dans le grand salon, sur des canapés blancs, au milieu d’un décor également blanc, hors une demi-douzaine de luxuriantes plantes vertes. Eros porte une robe ornée de grand iris bleus sur fond vanille et suffisamment vague pour laisser entendre qu’elle est transparente alors qu’il n’en est rien ; ses cheveux sont noués au-dessus de la nuque avec cette hâte étudiée de qui veut offrir la beauté dans le plus parfait naturel des clichés. Pas le moindre bijou, pas même de chaussures, comme pour préserver la pureté de ses mains et pieds qui serviraient sans peine d’argument à une publicité pour Dieu. Au-dessus du smoking le plus conventionnel, Julius lisse de l’index sa courte moustache poivre et sel, et commence :

      -Chers amis, avant d’en arriver au but de cette petite réunion, de ces trois jours que nous allons passer ensemble, laissez-moi vous présenter les uns aux autres. Il est inutile cependant d’en dire plus sur celle qui m’accompagne. Son nom seul, « Eros », mieux que le trop humain prénom Rose qu’on aurait cru pouvoir lui attribuer, et ce que les mortels ne savent nommer que « Beauté » suffisent à l’introduire dans notre monde. Ensuite, Flore, la malicieuse, la médecin-gynécologue, la croqueuse boulimique de magazines de mode, la maritime, la curieuse du goût et des sens, vêtue aujourd’hui d’un ensemble pantalon et chemisier hortensia rose. Avec elle, Camille Braconnier, le chasseur d’images, qui enseigne depuis peu l’histoire de la photographie à Bordeaux, qui avec son livre Médio Acquae regarde le pays des vins comme je regarde une femme, et dans son livre Sentiers du Périgord voit les touffes du paysage, vallées humides, monts gonflés, Camille le baladeur, qui a laissé au vestiaire ses vestes autrichiennes, ses brodequins de marche, et s’est vêtu pour nous plaire avec un soupçon de dandysme. Geneviève, blonde comme Le Printemps de Botticelli, et dont le léger strabisme rêveur n’est pas sans emprunter à cette figure tutélaire cette magie toujours à poursuivre. Geneviève, belle également quand elle reçoit contre l’opulence de son sein sa nichée d’enfants, belle très exactement comme la femme blonde, à la National Gallery de Londres, dont le pinceau de Palma Vecchio, depuis le début du XVIème siècle, sut nous rendre le visage, le sein droit découvert par un lâcher de ruban vert sur un tissu blanc. Sachez que sous un pseudonyme ravissant elle est l’auteure et l’illustratrice d’albums de contes pour enfants sages à l’heure de la récréation. Gérard, ingénieur en aéronautique, mais aussi mycologue et découvreur de phallus impudicus dans le secret des bois, est son époux. Enfin, vous me pardonnerez je l’espère si je me présente moi-même bien que je vous soit connu : Julius, veuf d’il y a bien des années, la cinquantaine, portant beau, haut et fort, collectionneur de ces livres qu’Amour inspire (vous n’aurez qu’à tirer ce rideau pour accéder aussitôt à l’enfer rose et noir des bibliothèques). Et, par ailleurs, propriétaire récoltant d’un de ces grands crus bordelais qui font si souvent rosir les lèvres des dames.

 

         Dès ce matin, et pour trois jours, nous voici réunis pour bavarder sans ambages ni badinages du sexe, des sexes et de l’amoureuse sexualité. Comme les narrateurs du Decameron de Boccace, comme les historiennes des Cent vingt journées de Sade, nous parlerons chacune et chacun de nos expériences et souvenirs, rêveries et fantasmes, désirs et réflexions, sans toutefois recourir aux perversions violentes, car cela n’est ni de notre goût ni de nos principes. Nous conterons le plus souvent sous le coup de la tension fruitée de l’éblouissement et du désir… De ces conversations, de ces récits, ou grappes de récits, faits à l’abri de la grande peste moderne de l’amour, surgiront maints bonheurs et enseignements. Geneviève, c’est à toi, si tu veux, de commencer à raconter :

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 19:38

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

  Eros à Sauvages

 Les belles inconnues.

 

 

La République des rêves, IV.

 

 

 

           Après le repas, où abondèrent chapons, fromages et raisins, puis une promenade à l’ombre des lisières du parc, c’est au tour de Camille de prendre la parole dans le grand salon aux fenêtres ouvertes :

Je parlerai de l'éblouissement, de la distance. J'ai vu ainsi mes premières jeunes filles. Encore jamais vues, aussitôt disparues. Grâce à celles qu'ensuite j'ai connues de plus près, j'ai pu pénétrer, engranger, progresser, par plages et par écueils, dans le mouvant monde féminin. Mais dans l'ordre des belles inconnues, déesses d'un instant, je n'ai en rien progressé; sinon dans l'affinement de ma sensation, dans la déchirure de mon aspiration intime au plus lointain de l'autre et de la beauté.

Mais comment fait elle pour supporter le poids de sa beauté, pour ne pas s'élever et disparaître dans l'air sous le sans poids de sa beauté, me disais-je, l'apercevant, qui tournait le coin de la rue, à jamais, brune aux yeux prunes, plastique inspirée, sensibilité possible... Qui est-elle? A qui se donne-t-elle? Questions béantes jusqu'au creux du ventre noué par une faim qu’elle même peut-être ne saurait résoudre. C’est un visage clair et animé de sourires intérieurs. C'est la beauté de deux mains soyeuses et manucurées qui pousse à rêver, si l'on osait, si le monde était autre, de les prendre, à désirer les voir, les sentir caresser votre corps jusqu'à l'âme, s'il en est (âme est d'ailleurs incomplètement le mot amour). C'est la bouche ouverte prête à respirer, prête à goûter les fruits tendus et pulpeux de l'amour, c'est cette belle inconnue toujours nouvelle et autre, identité inatteignable et dispersée de l'amour... C’est voir une femme fuselée aux fesses en forme de melons, aux seins en forme de pomme et de poire, au visage lisse et au cerveau mystérieux comme un cerneau de noix, les cils volatiles comme la pensée, les narines fluides comme la sensibilité, et la voir s’évanouir… Soudain, une chair caramel en mouvement, une prunelle rauque à la rencontre de mon larynx étranglé, une nuque turgide pour le ravissement de ma main, une prude volte-face et disparition dans le scintillement d’une odeur de peau me tétanise, me lave de nostalgie, m’effraie comme l’inconnue perfection d’un archet sur la corde en boyau de ma perception. Celle-là est blanche comme un yaourt, sa main est languide contre sa joue, son regard me badigeonne du blanc d’œuf du désir, la lourde mollesse de ses seins sous le chemisier me cisaille la langue de salive, la porcelaine de son nez me donne le fantasme d’être le thé qu’elle hume et que ses lèvres affolamment grasses absorbent, avant que son départ précipité sonne le glas de mon éjaculation neuronale en gestation. Une autre, ange aux cheveux très courts, blonde et vêtue, cares­sée, dessinée, d'une robe souple et collante, ses talons nus et précieux comme un sorbet de tendons, elle redonne un visage à mon désir d’embrasser la création… Et, voyant passer une belle cycliste, abondants cheveux noirs pétillants, bouche spirituelle et chamois, que j’appelle furtivement Eglantine, pour ne la revoir jamais… Est-ce la splendeur de la vie qui m’échappe ? Amours sacrées, amours profanes ?

J'ai imaginé en vain (combien de fois ai-je désiré sans retour!) qu’une de ces belles inconnues se coule dans mes bras, avec la demande d'amour la plus intense: « Je me sens si seule, et de si près je peux te sentir exister », me dirait-elle... J'aurais pour elle le don d'une découverte caressante et d’une étreinte progressive, d’une explosion vibratile des sensations ; jusqu’à la réunion des fibres infinies de l’esprit et des plus intimes muqueuses orgasmiques du corps... Rarement, j'ai pu observer ces déesses de hasard plus d'un instant, perdues qu'elles étaient aussitôt pour mon vivre, pour l'existence, même d'un jour, d’une heure, que j'aurais pu avoir avec elles. Et probablement qu'aussitôt observées à satiété, qu'aussitôt vécues, elles ne seraient plus les déesses que j’aurais aimées, mobiles statues effritées de mon exaltation et désillusion, mais des Mégère et Médée, des Madame Michu…

Donc, très vite, sur le passage des belles inconnues, astres impossibles et éphémères, j'ai fondé une mythologie. Quelques-unes, revues régulièrement, purent devenir des étoiles fixes que je n'osais ni ne voulais approcher, poursuivies de seule contemplation lointaine, telle celle dont les cheveux plats glissaient longuement sur un pull bleu pastel de mohair, ce pourquoi je la surnommais Pastelle... 

Je la nommais Diotima. Brune, les cheveux lisses et retenus par un mince chignon, c'était un de ces visages au-dessus du monde dont la lumière et l'équilibre des traits disent la plénitude des sens et la paix à laquelle il faudrait parvenir. Je la croisais, rarement, l'observais, comme derrière la vitre de l’impossible. Elle me regardait encore plus rarement, quoique avec tranquillité... Existais-je pour elle, qu’étais-je pour elle ? Je ne pouvais désirer l'approcher, ne la rêvant qu'en termes de contemplation... Je sus bientôt, par on-dit, qu'elle était étudiante en fac de philosophie. A quels mystères de l'amour ne m'eût-elle pas initié, sur quels rivages chair et roses de l’intellect ne m'eût-elle pas amené ? Je ne pensais pas au sexe en sa présence, alors que nous étions séparés par au moins trente mètres de dallage dans le hall du restaurant universitaire : j'étais bien loin d'imaginer que ses lèvres, source d'une parole que je n'entendais pas, puissent sucer le lait de mon jaillissement orgasmique. Peut-on imaginer éjaculer dans l’âme d’une philosophe ? Et rien ne s'ensuivit. Ces regards se poursuivirent jusqu'à ce qu'elle disparaisse de la scène de la ville. Je fus son Hölderlin vierge et muet faute d'avoir été son Socrate. Et, selon les mots de ce dernier, je voyais en elle, en toute bonne foi, « la perfection du bien et du beau », « la beauté elle-même sous sa forme unique ». Ce pourquoi peut-être je n'allais pas jusqu'à l'amour passion, ce pourquoi il était hors de question de lui parler. Il fallait protéger mon admiration par la distance, sacraliser la timidité, ne pas souiller le rêve par une ombre de rebuffade. La cause était entendue et stérilisée par le bien et le beau, sans compter le vrai, avant d'avoir été jouée. Sa qualité de belle inconnue ne pouvait que lui interdire d’être flétrie par la moindre banalité, petitesse et réalité. Quand à tenter d’assister à un cours pour être son voisin de banc, je ne pouvais m’autoriser ce déicide. Ou probablement était-ce un travestissement de mon incapacité, une image de ma dépendance envers l'incorruptible et terrifiante autant que rassurante beauté-mère.

Un jour que je battais le pavé magnifiquement solaire de l’université, devant ce que je prenais pour le temple de la philosophie, où officiait une si pure déesse, elle vint à passer, ne m’offrant qu’un placide regard où j’aurais pu engouffrer toutes mes espérances. D’un coup d’épaule, un garçon plus couvert d’acné que mon adolescence pourtant tardive, me renseigna :

-Baisable, la gorette, non ? Tu peux la mater comme un obsédé, la langue pendante, ça y changera rien. Tout le monde sait qu’elle est amoureuse à crever du prof de philosophie platonicienne, Leo Morillon, cette tête de veau vinaigrette qui se prend pour le spectre de Marx. Elle lui bave des yeux à dessécher les éviers. Lui paraît pas s’en apercevoir. On se demande bien pourquoi, avec la chance qu’il a. Moi à sa place… On se demande ce qu’elle lui trouve. Il est aussi moche qu’une méduse, tu sais ces sandales de plastique mou pour marcher dans la vase. Et toi, tu peux toujours courir… En plus, cette Yolande dit pas trois mots à l’heure. Elle préfère Plotin aux potins. Elle est snob, ou bête à manger du foin ?

Effrayé d’une telle vulgarité et d’un prénom si laid qui souillaient mon idole exquise, je m’enfuis, dévasté. Comment pouvait-il imaginer la comprendre ? L’ombre d’une perturbation pluvieuse couvrait déjà l’esplanade…

J'aurais pu croire, si toutes ces belles inconnues n'avaient suivi que leur et mon instinct pour m'ouvrir leurs pensées et leur lit, qu'allait se réaliser le rêve du pays de l'amour libre en la communauté de toutes avec moi, des drogues douces dans la seule haleine des baisers et de la paix universelle, comme si le monde avait pu se résoudre à n'être que circulation de beaux et belles inconnus faits pour se connaître et s'échanger dans une félicité intellectuelle et sensuelle sans trêve.

Mais, quand s'enhardit l'assurance, il y a celles que l'on peut aborder et dont le masque de beauté tombe au fur et à mesure de la rencontre, de la connaissance. « Quel brugnon splendide! » me dis-je un peu plus tard, la voyant sur la même place, à la même heure, fesses moulées par les paumes des dieux et la poitrine des anges, cul bombé, haut sur jambes, dansant et plastique, comme me parlant de toutes les fibres du bonheur, visage éclatant et poupin sous le jean, mobile et soyeux sous l’imaginaire et flatteuse caresse… Ce n’est qu'au bout de quelques jours que j’en vis l’envers : la tête brunette  haut perchée m’offrait ses traits, charmante correspondance avec l’aménité du fessier, lèvres également pulpeuses et joues poupines, yeux naïvement fendus. Mais j'avais d'abord été pris par l'émotion poignante, l'exaltation joyeuse que m'avait délivré ce postérieur élevé aux demeures du sublime, quoique se pavanant au-dessus de rues et de places vulgaires. Quelques regards croisés, sourires et invites me permirent très vite de lier connaissance, comme si dès le premier coup d’œil, elle éprouvait pour moi ce même sentiment foudroyant, ce même désir labouré d’affects que j’avais eu pour les deux hémisphères de sa beauté. Mais, dès les premiers mots échangés, la pauvreté de son vocabulaire, ses accentuations terriblement affectées me frappèrent de stupeur, m'empêchèrent d'aller plus avant, me firent reculer. Pourtant cette Véronique me convoitait, éperdument semblait-il dans ses yeux, s'agenouillant au pied de mon fauteuil, glissant ses mains au plus près de mon bras, le visage ouvert et levé vers moi, les yeux donnés et gluants de prières, la bouche platement abreuvée de sidérantes banalités, lors de mon unique visite dans son studio, en présence de témoins, la main frémissante et posée à portée de caressante étreinte sur l’accoudoir commun dans un cinéma... Je participais un temps rapide à l'insondable vide de sa conversation, puis ne reparus plus près d'elle. Comment se pouvait-il que la beauté de l’esprit d’une belle inconnue ne réponde pas à la beauté de son corps ? Je ne revis et n’évitai que de loin en loin le filet visqueux de ses yeux qui n’osèrent d’autre initiative. Elle avait, de mon monde, tout simplement disparu. Peut-être aujourd'hui, ne serait-ce qu'un moment, jouirais-je de son beau corps et ne la décevrais-je qu’après le bonheur... Avais-je imaginé ou senti qu’avec son désir triste elle serait devenue collante comme un timide bataillon de harcèlements affectifs et pleurnicheurs, avec une poigne de fer pour me tenir par la main sur les trottoirs, mais aussi une petite culotte de fer pour ne donner et ne prendre qu’un maigre plaisir inaccompli en une névrotique liaison? Ou tremblais-je de devoir déballer un pénis glabre et ses couillons velus au bas d’un garçon inexpérimenté devant un corps dont il aurait fallu ouvrir les portes de beauté dans un contexte à la hauteur de son aspiration et de mon éthéré fantasme… Car si quelques-unes de mes masturbations avaient pu croire approcher la perfection imaginée des fesses de Mademoiselle Véronique Carbonnieux, tout, sa voix couinante trop haut perchée, ses péremptoires banalités faites pour se mouler sur la conversation ambiante, prouvait que nous ne pouvions effleurer ensemble une telle spirituelle sensation, qui me parut irrémédiablement hors de sa portée.

Voilà comment les belles inconnues peuvent devenir de belles déconvenues…

C'étaient de vieux récits. Et malgré les belles inconnues que je suis parvenu à connaître et dont je me suis ébloui jusque bien après les avoir approchées, malgré ma vie avec Flore (qui reste quelque part en elle une belle inconnue), je suis toujours et encore sensible à ces beautés nouvelles infiniment dispersées de par la ville. La rondeur d'une lèvre, des yeux perles, une poitrine légèrement animée, et la chasse exquise et poignante en moi reprend. Ou, la voyant, celle-ci, rousse jusqu'au son de la peau, les traits potelés et rieurs, l'éblouisse­ment me traverse par toutes les fibres du corps, la pensée bue par l'éclat  de sa chair, le pétillement unique de ses veux... « Quelle impossible et si proche à l'intime de moi beauté à atteindre... », balbutiai-je, ravi. Sûrement sa beauté inédite est l’exact reflet de sa sensibilité, de sa personnalité, jusque dans le détail de ses goûts, de sa façon d’aborder le monde et l’intimité du lit partagé… Il lui suffit d'un signe pour que je lui appartienne, me donnant, lui donnant. En même temps, la pensée de son sexe m'émeut jusqu'aux larmes ; sexe de rousse, dodu, planté de duvets d'or ductile, ses lèvres humides et roses me parlant au plus creux du cœur. J'aurais pour elle tous les baisers dont je suis capable, pour sa joie, pour son jouir... Jusqu'à ce que rassasié un peu, dans une portion de rue, une autre de ces belles inconnues irremplaçables et rares, me surprenne et m'emporte pour un instant vite soufflé par sa disparition...

Mais vous devrez attendre demain pour savoir comment de belles inconnues, peuvent devenir également de belles déconvenues.

-Ah, j’aime cet assoiffement là! Lance Julius. Il n'y a rien de plus heureux et de plus vivant que le désir. Il me semble que j'aurais tenté de détourner cette Diotima entichée de son Léo Morillon. Et je n'aurais pas résisté aux vœux de cette Véronique au beau cul, même pour passagèrement ! Je sais qu'après la distance, malgré son charme infini, malgré les vertus de l'inaccessibilité de l'éros, vient le rapprochement. Et peut-être nous raconteras-tu demain, après la séquence « Celles que l'on a pas eues », celles dont tu as partagé le lit réel... 

-Toutes ces beautés, commente Gérard après un silence, et qui ne peuvent se livrer à mon désir... C'est parfois tellement frustrant que l'on préfère se passer de les regarder.

-Alors c'est cette culture de la frustration, au lieu des joies contemplatives du désir, qui pousse à interdire aux femmes leurs évolutions et exhibitions, se rebiffe Camille. Pour la paix des âmes envieuses, des ascètes, des imams, des censeurs et des tristes, mieux vaut donc les voiler, les calfeutrer dans un malheureux, minable et méchant cirque privé?

-Oh, merci Camille, de nous défendre, de me défendre, susurre Eros... Cela me plait mieux que ta désuète idéalisation pour cette Diotima.

-Jamais je n'ai désiré les hommes ainsi, reprend Geneviève...

-Eh bien, comment les désires tu ? demande Camille.

-Ce n'est pas exactement désirer. J'attends, et peut-être provoque, un désir. Je ne le reçois que s'il me comble. J'accorde le droit ou non de me désirer. Je désire en retour du désir que j'ai élu. 

-On dirait que d'après toi une femme ne peut souffrir d'un désir non partagé, intervient Flore.  Mais je ne pense pas, arrête-moi si je me trompe, que tu fasses de ton sentiment une généralité sur les femmes. Car je désire, moi, non pas certes comme le chasseur, mais avec cette bouffée d'ardeur qui n'est pas elle du sexe (il est pour moi d'abord et dans l'autre abstrait et anonyme), cette bouffée d'ardeur qui est possession, d'abord amusée, puis entière, enveloppante... Qu'en pense Eros silencieuse ?

-Mais Camille ne nous a parlé que de son désir pour les belles inconnues. Il n'en a pas fini avec le désir. Et qui peut dire les formes qu'emprunte le désir ? Il est déjà le bonheur lui-même dans l'anticipation qu'il contient. On rêve aussi au bel inconnu. Quant à celle qu'on appelle ici Eros, peut-elle désirer pour elle-même si elle est le désir amoureux natif en chacun de nous ?

-Eros restera mystérieuse aujourd'hui, souligne Julius...

-Voyez, Julius trépigne du désir de parler, laissons lui faire son premier récit.

-Je parlerai donc ; non sans le regret d'en entendre si peu de la bouche d'Eros...

 

 

Nota : on retrouvera le philosophe Léo Morillon dans : Les nuages de Titien

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir...

La République des rêves, sommaire et synopsis

La République des rêves, roman

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 17:41

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Erasme et Aldo Manuzio,

 

pères des Adages et de l’humanisme.

 

 

Erasme : Adages, édition, traductions du grec et du latin

dirigées par Jean-Christophe Saladin,

Les Belles Lettres, coffret de cinq volumes, 5592 p, 199 € pour l’Editio minor.

 

Verena von der Heyden-Rynsch : Aldo Manuzio, le Michel-Ange du livre,

L’art de l’imprimerie à Venise,

traduit de l’allemand par Sébastien Diran, Gallimard, 206 p, 23,50 €.

 

 

 

 

        « De mémoire d’homme », « Jeter de la poudre aux yeux », « Hâte-toi lentement », « C’est l’intention qui compte »,  « Regarder dans le vide », « Il ne vaut même pas un bout de ficelle », « Aussitôt dit, aussitôt fait » ; combien de ces adages sont encore aujourd’hui sur toutes les lèvres ? Sans savoir un instant d’où ils viennent… Ainsi, auriez-vous imaginé que « Youpi ! », vient du « péan » grec qui est un hymne victorieux, et dont on trouve la trace chez Ovide et Horace ? Ce sont quelques-uns, parmi des milliers, des Adages, venus des auteurs grecs et latins, rassemblés et commentés avec précision, érudition, humour, sagesse et ferveur par le légendaire humaniste Erasme. Qui dut une part de son renom grâce à un grand imprimeur vénitien également humaniste : Aldo Manuzio.

 

        Erasme de Rotterdam (1466-1536) n’est pas seulement l’auteur célébré de l’Eloge de la folie (qu’il rangea avec autodérision parmi les livres « futiles[1] »), cet éloge paradoxal où sauront lire les sages. Ces derniers cultivent des adages aussi vifs que parlants : « De la farine, non des mots ! », « C’est la richesse qui fait l’homme », « Un âne affamé se moque du bâton », « C’est ton propre rêve que je te raconte », « Le vin porte ombrage à la sagesse », « Risquer la peau des autres », « Avoir les mains sous la toge » (pour les oisifs). D’autres sont d’une rabelaisienne verdeur : « Puni pour de la bouse », nous dit Aristophane, « Tussis pro crepitu » ou « Tousser pour péter ». Nous saurons ravis d’apprendre que « Se prendre un doigt d’honneur », « une injure et un mépris suprême » qui « consiste à montrer le doigt du milieu tout en repliant les autres, en guise d’insulte », vient d’Aristophane et de Juvénal. Quant à « L’argent a bonne odeur d’où qu’il vienne », il s’agit d’un mot de l’empereur Vespasien, « qui avait inventé un impôt sur l’urine, en homme honteusement cupide qu’il était ». Ce pourquoi il est nécessaire de « Mordre avec son vote », comme le dit Aristophane dans Les Acharniens. Et comme nos lecteurs seront ravis de le faire, à condition de ne mordre l’un que pour ne pas avaler l’autre…

 

 

         Guère d’apparence d’ordre en cette somme : ni chronologique, ni par auteur ou par genre originel, à moins de déceler quelques traces d’organisation alphabétique ou thématique. Que ces quatre mille cent cinquante et un adages, ou proverbes et maximes, plus exactement notes de lectures, soient venus du théâtre d’Aristophane et de Plaute, du dialogue philosophique de Lucien ou de Platon (on apprend au passage qu’il existe un « Platon le comique »), des traités d’Aristote et de Cicéron, ou de la poésie d’Homère… Seuls comptent le souci de la variété, de façon à dérider l’ennui et la mélancolie, à stimuler la joie d’apprendre, parmi l’Histoire, la fable, l’ethnologie, la philologie, les sujets moraux et politiques. Brièvement, en un style enlevé (grâce en soit rendue aux traducteurs) il offre des anecdotes, cite dix mille vers, dénonce l’hypocrisie sociale et les perversions de la vie chrétienne, éclaire des controverses et des scandales religieux contemporains, grâce à des parallèles entre paganisme et christianisme, car à partir de 1515 apparaissent des références bibliques. Il s’agit d’une œuvre hybride et ouverte, toujours prête à se multiplier, se gonfler, se disséminer, pour laquelle les index du cinquième tome sont bien précieux. Cependant, au début de chaque centaine ou milliers, de chaque tome, se trouvent des adages d’importance. Au point que leurs commentaires soient de véritables traités (car on ne dit pas encore « essai » avant Montaigne).

 

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Albrecht Dürer : Erasme, 1526

 

         L’adage 3001, par exemple, « La guerre parait douce à ceux qui n’en ont pas l’expérience », compte une quinzaine de pages fort abondantes. « rien n’est plus impie, plus funeste, plus largement destructeur, plus obstinément tenace, plus affreux ni plus complètement indigne de l’homme, pour ne pas parler du chrétien. Or il étonnant de voir aujourd’hui comme on l’engage partout, à la légère, pour n’importe quelle raison, et comme on la fait avec cruauté et barbarie : pas seulement les païens, mais aussi les chrétiens, pas seulement les laïcs, mais aussi les prêtres et les évêques ; pas seulement les jeunes gens sans expérience, mais aussi les vieillards qui en ont fait tant de fois l’expérience ; pas seulement le peuple et la foule mobile par nature, mais en premier lieu les princes, dont le devoir serait de contenir par la sagesse et la raison les mouvements irréfléchis de la sotte multitude. » (tome IV, p 2) Voilà qui reste d’une brûlante actualité, cinq siècles plus après ce sommet d’humanisme politique, digne de côtoyer La Boétie, Montaigne et Thomas More, et propose au lecteur maints fils de méditation, sans compter la parfaite somptuosité rhétorique des anaphores, des antithèses et de la période…

         Cette édition bilingue, où rien n’est « L’ombre de l’âne » (chose insignifiante), reprenant la dernière de son auteur, en 1536, est autant un trésor de travail des éditeurs et traducteurs, qu’un trésor de divertissement, d’érudition et de sagesse philosophique pour le lecteur. La postface de l’« adagiomaniaque » Jean-Christophe Saladin, « La révolution humaniste », au début du tome V, est aussi claire qu’érudite, non sans humour. Feuillant à loisir ce coffret aux merveilles, voici une ludique manière de renouer avec la culture antique dont Erasme pouvait en son temps avoir connaissance. Il disposait en effet de la plupart des manuscrits médiévaux qui avaient recueilli les auteurs anciens. Quoique l’on estime que 90% des textes aient été perdus, probablement irrémédiablement, méprisés, oubliés, dévastés, brûlés par de trop susceptibles chrétiens puis musulmans… Cela dit, Erasme lui-même, pour avoir osé traduire le Nouveau testament depuis le grec en s’écartant de la Vulgate, ainsi que pour avoir fait la promotions des auteurs païens, fut mis à l’index par la papauté, lors du Concile de Trente en 1559. Ce qui explique qu’après la floraison éditoriale de son siècle, le flux se tarit. Il faut alors remercier Les Belles Lettres de pouvoir nous offrir à vil prix (à moins de préférer l’édition reliée et numérotée à 400 €) cet éléphantesque coffret, autant pour le poids que pour la mémoire…

        Quant à celui qui ne voudrait pas ouvrir les Adages, sous peine de déciller les yeux de ses préjugés contre les vieilleries savantes, on pourrait lui opposer ce petit dernier : « On persuaderait plus vite un scarabée de changer d’avis », qui vient du Pseudologiste de Lucien…

         De la première édition parisienne en 1500 à l'édition de 1536, les Adagia ont connu dix révisions et enrichissements, de 800 à 4151 adages, notamment dans l'atelier d'Alde Manuce en 1508 : c'est cette édition aldine que copia Johann Froben en 1513 et qui lui permit de rencontrer Erasme, et de collaborer avec lui jusqu'à la mort de l'imprimeur en 1527.

         Notons d’ailleurs que l’adage 1001 d’Erasme, « Hâte-toi lentement » (tome II), rend hommage à celui qui le choisit pour devise, Alde Manuce, son imprimeur, dont l’emblème s’illustre d’un dauphin enlaçant une ancre : « l’ancre symbolise le temps de la délibération et le dauphin la vitesse de la réalisation » (p 15). L’éloge de l’artisan cultivé est abondant, car il sert ceux « qui aspirent à une érudition vraie et antique, pour la restauration de laquelle cet homme semble né, fait et modelé par le destin même. […] il travaille avec un zèle si fatigable, il n’est aucune tâche qu’il ne refuse pour restaurer notre bagage littéraire intégralement, sans que le texte soit altéré ou corrompu, à l’usage des gens de bien. » (p 8) Il « relève la littérature de ses ruines […] il est en train de construire une bibliothèque qui n’a pas de murs, sauf ceux du monde lui-même. » (p 9)

 

 

         Ainsi Alde Manuce, ou plus exactement Aldo Manuzio (1449-1515), est un jalon essentiel dans le développement de l’œuvre d’Erasme, donc de l’humanisme. Un beau livre de Verena von der Heyden-Rynsch lui rend un indispensable hommage, en un essai-biographie particulièrement aisé, brossant autant le portrait d’une cité-état que d’un homme d’exception.

          Dans Venise, micro univers de « culture et luxure », un helléniste romain devint l’imprimeur le plus éminent de la Renaissance. Là s’étaient installés les disciples de Gutenberg. Entre 1494 et 1515, sans compter ses descendants, Aldo Manuzio publia plus de cent cinquante livres en grec, latin, italien, mais aussi en hébreu. Non content de ce talent, il inventa des fontes d’imprimeries en grec ainsi que les caractères de l’italique, l’apostrophe et le point-virgule. Artisan autant qu’intellectuel de goût, parmi ses collaborateurs, dont Griffo son graveur de caractères, parmi un réseau d’érudits, dont certains rapportèrent des manuscrits de Constantinople (tombée en 1453), de mécènes et de clercs, il fut le centre du bouillonnement  humaniste. Liberté politique, alphabétisation et floraison des arts dans la cité des doges permirent ces avancées, ce succès. Songeons que Dürer, qui grava le portrait d’Erasme, vint à pied d’Innsbruck, dès 1494, pour y découvrir Bellini.

        Notre Aldo, dit le Romain, étudia dans Ferrare, pour y briller avec Pic de la Mirandole, théoricien du libre-arbitre, avec Ange Politien, poète de la Fable d’Orphée, avec des collectionneurs, avant d’assoir sa réputation. Les éditions aldines furent remarquées pour leur format in octavo, peu coûteuses, ancêtres de nos livres de poche. Une fois de plus une révolution intellectuelle ne va pas sans une révolution économique. Aristote en cinq volumes, Lucrèce et Ovide, la Divine comédie de Dante, chaque ouvrage était tiré à mille exemplaires ! Certes, la corporation des copistes se plaignit de cette concurrence, comme lorsque toute nouveauté bouleverse le marché.

 

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         Tant Aldo Manuzio étendait la réputation de son talent, tant on lui envoyait des manuscrits pour qu’il les imprime avec son soin coutumier : Platon, Plutarque, Aristote, Sophocle, le Talmud en hébreu, Virgile, Bembo… Mais c’est avec Erasme qu’il rencontra son meilleur complice, convaincus tous les deux de la nécessité intellectuelle et morale de la langue grecque et de ses auteurs. L’imprimeur, parmi son « Académie aldine, parmi son atelier « presque capitaliste », bruissant d’une trentaine de collaborateurs, publia d’abord la traduction d’Euripide de « l’humaniste critique et tolérant », avant de contribuer à la fortune de ses Adages.

        Probablement le chef-d’œuvre d’Aldo Manuzio est-il l’Hypnerotomachia Poliphili, ou Songe de Poliphile[2], ce prestigieux incunable publié en 1499, vaste récit allégorique de Francisco Colonna qui conte en cinq mystères le chemin de l’amour entre Poliphile et Polia. Le texte, en un italien polyglotte et complexe, décrit des châteaux, des jardins et des ruines somptueux, sert avec une grande subtilité néoplatonicienne cet « amour en songe », puis son dialogue, dans le cadre du « culte de l’antiquité et de l’Eros comme maître es arts de l’univers ». Typographie, mise en page, les cent soixante-douze gravures attribuées à Mantegna et Bellini, les hiéroglyphes, tout concourt à l’élégance, à la perfection. De plus c’est là que l’on vit naître l’ancre aldine, symbole de l’imprimeur devenu mythique…

         Hélas, Aldo Manuzio dut en 1508 fuir Venise, menacée par la Ligue de Cambrai. L’ « humaniste vagabond » y revint en 1513, pour imprimer encore et encore, non sans avoir inventé le principe de l’index et ajouté de précieuses préfaces de sa propre main. En 1515, « le cercueil de l’imprimeur fut entouré en guise de trophées par des livres de son atelier ». Au-delà de ce précurseur génial, Verena von der Heyden-Rinsch n’omet pas d’évoquer ses descendants, moins talentueux, et surtout ses héritiers spirituels : Plantin et Grolier en France, Froben à Bâle, sans compter les bibliothèques européennes qui s’enrichirent de ses volumes devenus légendaires. Au point que ses petits formats aient été glissés par Thomas More dans la poche de son héros et narrateur, Raphaël Hythlodée, parmi les pages de son Utopie[3]

 

         Certes, il y eut des humanistes avant Erasme et Aldo Manuzio ; ne serait-ce que Pétrarque au XIVème siècle. Mais la rencontre inouïe de l’auteur des Adages et d’un imprimeur prolixe, tous deux animés d’un même amour pour les auteurs grecs et latins, fait de ce tournant du XVIème siècle, à Venise, un moment phare des humanités antiques retrouvées. Ce qui est en cohérence avec un intérêt nouveau pour l’homme considéré comme fin, en dépit de la théologie qui prend Dieu pour centre : « Homme je suis, rien d’humain ne m’est étranger[4] ». Montaigne choisit cette citation du romain Térence pour la faire figurer sur les poutres de sa librairie. Nous n’oublierons pas que l’humanisme est aussi celui d’une conscience politique et philosophique, telle celle d’Erasme, tenant du libre-arbitre et d’une démocratie inspirée de la Grèce antique ; au-delà de laquelle de grands textes, comme le Discours de la Servitude volontaire de La Boétie et l’Areopagitica Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure de Thomas More viendront ouvrir les voies du libéralisme classique et des Lumières.

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 


[1]  Adage 1001, Tome II, p 11.

[2]  Francisco Colonna : Discours du songe de Poliphile, Les Fermiers généraux (avec les bois gravés par Jean Goujon et Jean Cousin) 1956.

[4]  Térence : L’Héautontimoruménos, I, 1, 77, Comédies, Garnier, sans date, p 194.

 

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Francisco Colonna : Hypnerotomachia Poliphili,

Aldo Manuzio, Venezia, 1499,

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 17:39

 

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Plaisirs et déboires de l'identification romanesque


Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

 


 


         Lorsque Goethe, en 1774, publia Les Souffrances du jeune Werther, il n’imaginait pas que quelques-uns de ses jeunes lecteurs allaient revêtir l’habit jaune et bleu de son personnage et, comme lui, se suicider. Une si extrême identification ne manqua pas de faire regretter à son auteur de l’avoir publié, lui qui l’avait écrit pour se débarrasser de la pulsion suicidaire du drame de l’amour non payé de retour. Ainsi, Goethe, quoique romantique, et contrairement au projet assumé dans son roman d’éducation, Willhelm Meister, ne conseillait pas toujours l’identification. Le roman permet-il toujours à son lecteur de s’identifier à son personnage principal ? Pourtant il s’agit d’un ressort fondamental de l’adhésion à la narration, d’un plaisir privilégié de la lecture. Alors que, malgré l’indéniable qualité d’un objet romanesque, le personnage peut faire figure de repoussoir, de contre modèle ; alors qu’il peut être particulièrement pervers, au point de séduire notre adhésion malgré son abjection, comme dans le cas de Lolita de Nabokov. A moins que l’intérêt du roman soit ailleurs…

 

 

           Un certain nombre de critères physiques et moraux, facilitent l’identification du lecteur : le sexe, l’âge, les préoccupations personnelles, le milieu social et historique, l’orientation sexuelle, la culture, les valeurs partagées. Les similitudes entre héros et celui qui fait sa rencontre sous la première de couverture, engagent une adhésion immédiate, au point que le corps et l’esprit du personnage aspirent celui dont les yeux parcourent les signes de la page.

          Jeune lecteur ou lectrice que l’amour fait rêver ou pleurer, combien seront nous à adhérer sans ambages à la « fascination » qu’éprouve une lycéenne envers un bel adolescent qui révélera ses qualités et pouvoirs vampiriques chez Stephanie Meyer. Mais aussi, dans L’Education sentimentale de Flaubert, au coup de foudre de Frédéric devant Madame Arnoux : « Ce fut comme une apparition. […] Leurs yeux se rencontrèrent. » Ces phrases magiques agissent comme un charme pour celui ou celle qui a ressenti -ou rêve de ressentir- les mêmes émotions. Etre amoureux, ou plus simplement rêver de l’être, suffit à s’identifier aussi bien à Frédéric qu’Aschenbach, le héros enthousiaste et malheureux de cette longue nouvelle, ou court roman, La Mort à Venise de Thomas Mann, lors de leurs coups de foudre éblouis. Afin que chacun puisse s’y retrouver, quelques soient le sexe et l’âge, ranimant ses souvenirs, anticipant ses affections. Au point que l’apparente barrière de l’orientation sexuelle soit bien fragile.

        Harry Potter sait faire adhérer à sa destinée bien des jeunes lecteurs. Non seulement il est animé des mêmes préoccupations scolaires, d’intégration, des mêmes émotions dans le domaine des amitiés, des conflits et des amours, de choix équivalents dans le cadre d’une vaste confrontation entre le bien et le mal, mais il grandit de tome en tome, au même rythme que ses lecteurs. L’accession progressive à la maturité est réciproque.

         C’est alors que la focalisation interne favorise grandement l’identification. Plus encore, qu’un personnage dise « je », et, lecteurs, nous sommes ce « je ». Une transfusion de visions, de sentiments, se produit aisément de la page animée vers notre psyché soudain vivante d’un autre être. Même décrite et racontée à la troisième personne du singulier, la pathétique prise de conscience, la sédition, grâce à l’écriture interdite dans un journal, grâce à l’amour également interdit, de Winston, dans 1984 d’Orwell, nous fait vibrer au souffle de sa condition misérable, de ses aspirations légitimes et cependant broyées par « Big Brother ».

         On lira plus facilement un langage courant si l’on est d’une culture modeste, alors qu’un langage soutenu ravira celui qui est fort cultivé : c’est ainsi que s’ouvrent les portes de la perception et de l’identification. Lire un roman en vers, comme Golden Gate de Vikram Seth[1], demande des lecteurs avertis, capables de goûter ses centaines de sonnets, quoique les personnages, ces jeunes yuppies californiens brossés d’une plume (ou d’un clavier) réaliste, soient forts proches de nous, par leurs mœurs, leurs intrigues amicales et amoureuses…

       Ce qui montre que le réalisme contribue grandement à l’identification : un monde minutieusement décrit, plausible, des personnages dont on peut reconnaître le milieu, campagnard, urbain, social, et culturel, tout cela contribue à rendre aisée l’entrée du lecteur dans un univers qu’il connait bien et parmi lequel il peut découvrir, par l’entremise de son héros, de nouvelles aventures et perspectives. Ce qui n’a pas peu contribué à la réussite du grand courant réaliste européen du XIXème siècle, de Balzac à Dickens, en passant par le Tolstoï d’Anna Karénine, où l’on retrouve nos préoccupations concernant le couple, le mariage de raison et d’amour, le divorce…

           Mieux, un héros positif, doué de qualités indéniables, permettra au lecteur de se valoriser, de se projeter dans un moi idéal. Les super héros, comme le Comte de Monte Cristo, chez Dumas, lui donneront les capacités d’acquérir la connaissance, de s’évader de la prison du château d’If, d’entrer en possession d’un trésor incalculable et d’assurer une vengeance splendide.

          Cependant, un anti-héros peut également ouvrir la porte à l’identification : aucun de nous n’est un super héros. Aussi un jeune homme comme Frédéric, dans L’Education sentimentale de Flaubert, peut susciter l’adhésion : comme lui, nos amours n’ont pas toujours le succès espéré. S’il a longuement aimé Madame Arnoux, il n’en a retenu qu’une mèche de cheveux blancs. Le roman de la désillusion peut être le nôtre. A moins que le héros déceptif soit un repoussoir à l’identification…

 

           La panne de l’identification se produit lorsque l’on ne se sent rien en commun avec un Aschenbach : se découvrir homme trop mûr aimant un bel adolescent n’est pas toujours une perspective séduisante, malgré l’intérêt d’une problématique esthétique et érotique, philosophique enfin, pas toujours accessible à tous les lecteurs, surtout si l’on meurt à Venise. Mais aussi lorsque le personnage principal déçoit. Comme Meursault, de L’Etranger de Camus, qui parait si froid, si dépourvu d’empathie, qui commet un crime absurde au soleil. Bien qu’il dise « je », nous nous désolidarisons très vite de lui. Nous ne faisons que l’observer de l’intérieur, voire le juger sans guère d’indulgence. Seule la parodie de procès et son lyrisme, lors de son acceptation finale de la condition humaine, à la veille de son exécution, nous réconcilient partiellement avec lui.

       Bardamu, dans le Voyage au bout de la nuit de Céline, même si l’on peut approuver sa lâcheté devant la grande guerre, n’est guère reluisant : malgré sa propension à la satire, à la dénonciation des turpitudes d’autrui, il ne répugne pas à un infâme colonialisme, à exploiter ses maîtresses, à de pitoyables incapacités, sans compter que son auteur, antisémite enragé[2], ne fait guère envie… Qui voudrait être un Bardamu ? Qui voudrait être Joseph K. lorsque ce dernier est arrêté sans savoir pour quel crime, si même il est coupable ou innocent, dans un Procès[3] incompréhensible, qui ne s’achève que par une mort infamante : « comme un chien »…

          Pire encore, le SS des Bienveillantes de Jonathan Littell[4], confiant sa vie à son lecteur, avec un cynisme peut-être intolérable, est un personnage hautement répulsif. Adhérer au nazisme, être un inspecteur des camps d’extermination, même en se targuant de défendre le matériel humain juif, assassiner sa mère, se livrer à l’inceste avec sa sœur, tuer son meilleur ami pour sauver sa peau, puis dissimuler sa précédente et abjecte identité… Un lecteur de sens commun, appuyé sur une éthique humaniste, ne peut que refuser l’identification, ainsi se construire dans le refus de tout ce que représente ce criminel ; malgré notre capacité à reconnaître l’épaisseur de l’intérêt de ce livre.

       L’absence de réalisme peut également contribuer à écarter le lecteur de l’identification. Le fantastique, et a fortiori le merveilleux, peuvent barrer la route à l’adhésion d’un lecteur rationaliste. Ainsi, ce dernier méprisera le bric-à-brac médiéval et magique du Seigneur des anneaux, l’école des sorciers d’Harry Potter, les vampires de Fascination de Stephanie Meyer[5]. D’autres encore seront réfractaires à la science-fiction, qualifiée de gratuite spéculation, dépourvue de validité scientifique. Des « portes distrans » et des vaisseaux effectuant des « sauts quantiques », en lisant Le Cycle d’Hypérion de Dan Simmons[6] : que de gratuites billevesées ! A quoi bon se mettre dans la peau de Winston et de Julia, dans 1984 d’Orwell, traqués par les impossibles « télécrans » de « Big Brother » et son invraisemblable tyrannie mondiale ; de plus pour se faire mal en ressentant de l’intérieur leurs atroces souffrances, lorsqu’ils sont emprisonnés, l’un muselé avec un rat, se dénonçant l’un l’autre, et finissant dans la pire abjection : « Il aimait Big Brother ». A moins de savoir y lire un apologue politique d’une inattaquable portée…

          Hélas peut-être, lecteurs, nous sommes enserrés dans les liens tissés par Céline, par Kafka, par Littell, par Orwell. Malgré nous, une insidieuse et frissonnante identification nous surprend. Le plus troublant étant atteint avec Lolita de Nabokov. L’écriture virevoltante, l’ironie captivante, d’une intelligence infinie, du narrateur qui écrit depuis sa prison une édifiante confession, nous permet de devenir l’homme mûr Humbert, dont les motivations nous sont exposés avec un luxe de détail et de poésie rarement atteints. Et de devenir celui qui met une fillette de douze ans dans son lit, profitant de ses faveurs par diverses séductions et chantages, qui la séquestre et la poursuit à travers tous les Etats-Unis, et assassine avec une préméditation calculée, jouissive, l’homme qui lui a enlevé, quoique pas si innocente, sa nymphette en qui il voyait la réincarnation du vert paradis des amours enfantines. Non, nous ne nous sommes pas mis à la place de ce « nympholepte », de ce pédophile, pour qui Lolita est « le feu de mes reins » ! On devine qu’être une lectrice féministe, et plus simplement humaniste, n’adoucit pas le rejet d’une telle adhésion à corps défendant. Nabokov met alors son lecteur en posture délicate face à la problématique romanesque de l’identification…

         Ainsi nous ne dirons pas toujours, comme il est attribué à Flaubert : « Madame Bovary c’est moi ». Toutefois, dans la sécurité de la fiction, car le roman est d’abord un ouvrage d’imagination en prose, rien n’empêche d’en prendre le risque, là où la catharsis, comme dans la tragédie antique -dont Les Bienveillantes de Littell sont une réécriture- devra peut-être nous assurer de la purgation de nos passions, y compris les plus discutables, les plus coupables. Est-ce à dire que le roman, en plus de nous éclairer, peut nous sauver ?


 

         Assurément, la fonction du roman ne se suffit-elle pas de l’identification. Mieux se comprendre et se réaliser grâce au roman d’éducation, s’ouvrir à autrui grâce au roman psychologique, à la différence grâce au roman historique et de voyage, au mal grâce au policier et à la terreur, à d’autres univers et perspectives technologiques grâce à la science-fiction, à des perspectives politiques redoutables grâce à l’anti-utopie, sont les facettes de la fonction du roman, qui engagent autant l’identification que son absence. L’imagination, la découverte sont en effet fondamentales. Comprendre, voire changer le monde, peuvent être des horizons d’attente de la destination romanesque. Vivre par procuration les aventures de Phileas Fogg, dans le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, permet de voyager dans son fauteuil, de parcourir la planète, ses paysages, ses mœurs, ses techniques… Lire Lolita, ou Les Bienveillantes, c’est entrer dans la psyché d’un criminel, pas seulement dans le but le devenir le temps de la lecture, mais de se faire juge en connaissance de cause, de pratiquer le devoir de mémoire et d’humanité. D’où l’universalité du roman. Ainsi s’identifier ou non au personnage principal n’est pas l’essentiel : le voyage qu’il nous procure, dans le temps, l’espace, parmi d’autres moi, est un accès par l’aventure d’une ou de plusieurs personnalités à une encyclopédie du monde. Au-delà de l’identification au personnage, principal ou secondaire, l’identification à l’écrivain est assurément la voie la plus sûre. Avec lui nous sommes des créateurs de moi et de mondes. C’est le cas avec Pynchon[7], dont des romans comme L’Arc-en-ciel de la gravité ou Contre-jour ne favorisent guère l’empathie avec leurs nombreux personnages. Or, ici, se trouvent quelques-uns des plus fascinants labyrinthes et puzzles de la littérature contemporaine, thetrum mundi, roman-sommes et portraits diffractés de la science et de la nature humaine…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 17:14

 

 

Saint-Michel piétinant le Démon, retable médiéval,

Museu Diocesa, La Seu d'Urgell, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Front Socialiste National et antilibéralisme,

 

le cancer français.

 

 

 


         Tous masqués, ces bateleurs et démagogues, harangueurs et profiteurs, ne cachent qu’avec peine leur vice, qui est le péché capital de l’économie et des libertés : le socialisme. Qu’il s’agisse du Front National ou du Front de Gauche, sans oublier les partis intermédiaires de nos constellations idéologiques, tous n’ont d’autre terrible pitrerie que leur socialisme, leur étatisme, leur colbertisme, leur keynésianisme, ce cancer français, trop français. Pourquoi un tel succès du F N aux récentes élections européennes ? Que proposer pour le contrer et rendre la prospérité à la France ? Imputons l’échec économique de la France aux partis au pouvoir -dits modérés-, avant de dévoiler en quoi l’absence de la brûlante question de l’immigration profite au FN. Montrons enfin la convergence de ces deux Fronts pour parvenir à débusquer l’aveugle obsession contreproductive française : l’antilibéralisme.

 

 

             Le Front National parvient à réaliser un score apparemment étonnant avec 25 % des voix aux dernières élections européennes. Cependant, si l’on tient légitiment compte des abstentions, voici les scores réels : Abstention 58 %, FN 10,7, UMP 8,6%, PS 6,1 %, UDI-Modem 4,2 %, Verts 3,7 %, FG 2,8 %, etc. Pas de quoi fouetter un électeur de bon sens. Ainsi, le FN serait le grand gagnant du scrutin des Européennes ? A moins que les autres partis du plus ou moins tous pourris, tous profiteurs et tous inefficaces soient les grands perdants ; avant que le premier puisse les rejoindre dans leur fastueux club. Reste que l’on peut se livrer à l’examen des causes d’une apparente victoire.

 

              La première cause de la montée du FN est évidemment la débilité du comportement, de la pensée et de l’action des partis de gouvernement qui accumulent échecs sur échecs. D’abord corruptions, emplois fictifs, népotismes, trains de vie somptueux, valises de billets secrètes... Quelques-uns de ces soucis, d’ailleurs, n’auraient plus de raison d’être si les partis politiques pouvaient se financer grâce aux cotisations et aux dons, libres et non plafonnés, à la seule condition que leur montant et leur origine soient publiés en toute transparence. Ce qui permettrait de cesser de faire rembourser les frais de campagne par le contribuable. On a voulu assainir, réguler, corseter : on a encore plus de cadavres dans le placard à finances de la démocratie.

           Il semble de surcroit que la lobotomisation de l’UMP, dépourvu d’idées énergiques, empêtré dans ses affaires de surfacturations, étêté par la démission de ses chefs, n’apparaisse plus comme le meilleur ennemi du Parti Socialiste, au profit du FN. Certes on peut s’étonner de la providentielle coïncidence : que l’affaire Bygmalion éclate si peu de jours après la débâcle du parti socialiste aux Européennes en dit peut-être long sur la célérité des enquêteurs et de la justice que l’on dirait mandatés à point pour qu’un rideau de fumée masque les lambeaux du parti jumeau.

Cancer-atlas-bleu.jpg

 

               Un sondage Ifop aurait montré que moins on est instruit plus on vote FN. Soit. Mais on n’en est pas moins instruit du réel, là où gît la seconde raison de ce succès relatif. Faut-il croire que le manque d’éducation autant que sa surabondance font de nous des votants qui se trompent depuis au moins trois décennies, que les seuls savants, cependant inconscients de ce qu’il faudrait savoir, savent s’abstenir devant le pipeau des urnes, qui donnent bénédiction à des oligarchies aux méthodes voisines pour nous rançonner, nous appauvrir… Reste que les électeurs du FN, sans compter les silencieux, les indifférents, les désabusés, les libéraux qui s’ignorent ou n’ont personne pour les représenter, font un évident constat : la progression du chômage et l’appauvrissement minent notre hexagone (sans compter les DOM TOM) et ce avec le soutien obstiné de nos partis au pouvoir depuis trois décennies, et malgré leur alternance, quoique avec l’actuel socialisme la chute soit plus criante encore.

            Quand des entreprises jadis florissantes (même si certaines n’ont pas su s’adapter) cèdent leurs vastes locaux refaits à neuf à Pôle Emploi, où des bataillons de nouveaux inscrits poussent dehors ceux qui renoncent à y pointer en constatant la dépensière inutilité du monstre omnivore : ce sont, depuis deux ans, un demi-million de nouveaux chômeurs embarqués dans la trappe à dégoût du socialisme autiste et clientéliste, dont l’imagination ne dépasse pas les recettes keynésiennes usées jusqu’à la corde des gossplans soviétiques :  emplois jeunes, contrats aidés, n’en jetez plus !

                La dette publique a doublé depuis le début des années 90 jusqu’à atteindre 95 % d’un PIB en berne ; le taux de prélèvements obligatoires dépasse les 46 % du PIB ; pire l’on vient de constater la véracité de la courbe de Laffer : plus on augmente les impôts, moins ils rapportent à l’état épuisant et épuisé. Le salaire minimum et la complexité du Code du travail contribuent à raréfier ce dernier. Nos gouvernements socialistes (droite et gauche confondue) ayant réussi à appliquer une bonne partie du programme communiste de Georges Marchais, le rouge engorge de plus en plus le rose.

 

           Certes il est de bon ton de se moquer à juste titre des compétences ubuesques de la bureaucratie européenne qui va jusqu’à se préoccuper de la courbure des bananes, de se scandaliser de l’absentéisme de ses parlementaires, des salaires et des retraites exorbitants de ses fonctionnaires. Cependant, elle n’empêche en rien l’Allemagne d’avoir un niveau de vie supérieur au nôtre, un chômage deux fois plus faible et une balance du commerce extérieur avec la Chine excédentaire. De plus, elle peut nous permettre de nous débarrasser des monopoles lourds, déficitaires et désuets, de la SNCF et de la Sécurité sociale en nous contraignait à une concurrence libératoire. Songeons en effet que la Sécu a un coût de gestion deux fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, pour des assurances le plus souvent privées. L'Europe n’est pourtant pas si liberticide. Sans elle, personne ne pourrait envisager de quitter la Sécurité sociale. France Telecom resterait un monopole. José Bové aurait conduit à interdire toute recherche sur les OGM, quoique ce but soit à peu près atteint. Reste à savoir si la bureaucratie de Bruxelles est un contrepouvoir suffisant à notre propre bureaucratie…

 

Cancer-Atlas.jpg

 

           La troisième cause de la montée du FN est le déni de réalité, d’abord quant à une délinquance et une criminalité récurrentes, sinon exponentielles, que la police ne peut endiguer, que la justice excuse[1], parfois ignore… Pire, s’il en est, à un phénomène qui est lié au précédent : l’immigration venue d’Islam. Quand les mairies, de Nantes ou de Bordeaux, accueillent des mosquées et des prétendus centre culturels musulmans sur des terrains à peu près offerts, quand des maires fêtent le ramadan et ignorent Pâques, des ministres inaugurent des mosquées, remettent des légions d’honneur à des propagandistes de la charia et du jihad, alors que le christianisme est persécuté dans toutes les terres d’Islam, seul la voix du Front National est assez audible pour s’indigner. Certes, hélas, c’est au nom d’une identité nationale en grande partie fantasmatique, voire de la xénophobie, et non de l’humanisme et des Lumières, que cette protestation court souterrainement. Car ce n’est pas au nom d’un parti, a fortiori d’extrême-droite, que l’on doit se lever, mais au nom des libertés. En effet, l’Islam, mais peut-être pas tous les Musulmans, est indéracinablement antilibéral, au sens non seulement des libertés économiques, mais des libertés politiques et de consciences[2].

 

 

Qu’on nous permette de citer la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen qui posa les questions suivantes à l'Assemblée Nationale :

« Où est la justice sociale quand on repousse l'âge légal de la retraite alors que tout étranger de 65 ans n'ayant jamais travaillé ni cotisé en France, a droit à une retraite de 780 euros par mois dès son arrivée ? Où est la justice sociale quand une femme de paysan ayant travaillé 50 ans à la ferme, n'a pas droit à ces 780 euros au prétexte que son mari et elle dépassent le plafond de 1200 euros de minimum vieillesse pour un couple ? Où est la justice sociale quand la sécurité sociale en faillite continue de payer à l'étranger, sans le moindre contrôle, des retraites à d'innombrables centenaires disparus depuis des lustres ? Où est la justice sociale quand l'Aide Médicale d’État soigne 220 000 sans papiers chaque année, à raison de 3500 euros par malade, alors que la sécurité sociale ne dépense que 1600 euros par affilié qui travaille et cotise ? Où est la justice sociale quand des étrangers bénéficient de la CMU et d'une mutuelle gratuite, alors que 5 millions de Français n'ont pas de mutuelle, trop riches pour bénéficier de la mutuelle CMU mais trop pauvres pour s'en payer une ? 30% des Français ont différé leurs soins en 2011 ! Où est la justice sociale quand on sait que 10 millions de fausses cartes Vitale sont en circulation et permettent de soigner des milliers d'étrangers sous une fausse identité, au détriment des ayant-droits ? Où est la justice sociale quand la France entretient des milliers de polygames, certains d'entre eux percevant plus de 10 000 euros par mois sans travailler, alors que la polygamie est interdite et que nos comptes sociaux sont dans le rouge ? Où est la justice sociale quand une famille nombreuse étrangère est prioritaire pour un logement social, alors qu'un jeune couple français doit attendre sept ou huit ans son premier logement pour avoir un enfant ? Où est la justice sociale quand on sait qu'un million de faux passeports, donnant droit à la manne sociale, sont en circulation sur les sept millions de passeports biométriques soi-disant « infalsifiables » ? Où est la justice sociale quand un Français né à l'étranger doit prouver sa nationalité à l'administration, ce qui se traduit souvent par un véritable parcours du combattant, alors qu'on brade chaque année la nationalité française avec des milliers de mariages blancs ? Où est la justice sociale quand la délinquance explose et que les droits des voyous passent avant ceux des victimes ? » La seule réponse de la ministre concernée Marisole Touraine a été: « Vous êtes là pour inciter à la haine et à la discrimination »...

Si ces questions sont bien légitimes, quoique un spécialiste y trouverait peut-être quelque détail à corriger, il faudrait ajouter que les contraintes du  marché du travail sont telles qu’elles empêchent la plupart des immigrés, peu ou pas qualifiés, d’y accéder. Avons-nous alors participé à la « lepénisation des esprits » en reproduisant ces questions ? Non. Que l’on y réponde, que l’on résorbe cette fuite en avant de l’Etat providence, quand les Pays-Bas viennent d’abandonner enfin ce fardeau, que l’on rétablisse la justice et la paix dans les quartiers dits sensibles, plus exactement cancérisés de charia et de délinquance, que l’on rende la création d’entreprises de richesses et d’emplois à tous ceux qui voudront bien y révéler leurs potentialités étouffées, et le Front National se dégonflera comme un vieux pneu crevé.

Cance-crabe.jpg

 

       Le Front National est un national-socialisme. S’il n’a pas les projets génocidaires du nazisme, il avoue par la voix de sa Présidente vouloir s’allier, au Parlement européen, avec les éminences néo-nazies des Grecs d’Aube Dorée et des Hongrois du Jobbik. En revanche, il n’a rien à voir avec le leader anglais de l’Upik, Nigel Farage qui, eurosceptique, milite pour le retrait du Royaume Uni de l’Europe et pour la restriction des flux migratoires. Nigel Farage, libertarien, est en faveur de la flat tax et de l’état-minimum. Rien à voir avec le FN, comme trop de médias voudraient nous le faire croire, amalgamant les « populistes » en usant de ce terme aussi vague que dilatoire.

        Anti-européen, mais surtout anti-libre-échange, anti-mondialisation, donc vigoureusement protectionniste, le FN est de plus favorable aux nationalisations, au développement exponentiel des services publics, à une forte hausse des dépenses militaires, à une planification économique…

            Il faut alors noter qu’il a de fort nombreux points communs avec le Front de Gauche, lui international socialiste. Ne les séparent que de légères variantes sémantiques. Les deux Fronts exigent un pôle stratégique de l’industrie, des contrôles des prix, l’augmentation du nombre des fonctionnaires, la perpétuation et l’extension des monopoles d’état (poste, rail, énergie...), l’encadrement de l’activité financière et le blocage de la spéculation (criant haro sur la finance cosmopolite où il faut deviner « Juif »), sans oublier la retraite à soixante ans, l’augmentation radicale du SMIC et un impôt fortement progressif sur le patrimoine… Ce qui explique la porosité de ces deux partis, les électeurs fuyant l’un pour l’autre. Ne les séparent plus que le rejet total du capitalisme et l’affection intéressée pour un capitalisme national de connivence, que l’ouverture et la fermeture à l’immigration. Le masque rouge du tyran table sur la solidarité, quand le masque brun du tyran ne jure que sur le patriotisme. Ne les séparent qu’un antisémitisme résiduel chez les anciens, les cadres, les activistes du FN, qu’un antisémitisme, sous le masque de l’antisionisme, ravageur chez le FG. Le bonnet d’âne de l’étatisme autoritaire, de la tyrannie enveloppante n’a qu’une légère différence de couleur. L’on sait qu’Hitler, Goebbels, Himmler admiraient le putsch léniniste, qu’ils se réclamaient sans cesse, dans leurs discours, du socialisme.

           Tous deux, FN et FG, ils dénoncent l’ultralibéralisme. Pourtant, avec plus de 29 000 lois européennes, la PAC, un code du travail qui a triplé son poids depuis 1978 et 60 000 dispositifs français d’aides aux entreprises, il semble que l’Europe ne soit qu’assez peu libérale, et la France encore moins. Pourtant, les économies qui ont bifurqué vers plus de libéralisme -Allemagne, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Israël, Chili, Nouvelle Zélande, Australie- sont nettement plus performantes, autant en termes de croissance que d’emplois… Ainsi, tous deux, FN et FG, fronts bas et taurins, tous deux sont aussi bouchés qu’incultes, ne connaissant rien du libéralisme[3] et le caricaturant ignominieusement. Tous deux prétendent protéger le peuple, en lui mentant, du loup capitaliste et ultralibéral, suivis en cela par le PS qui n’est qu’à peine une potion light de cette doxa marxiste à laquelle ne résiste que fort mal l’UMP et l’UDI, formatés, soumis à un chantage permanent, qui les empêchent d’ouvrir leurs cerveaux aussi bien aux penseurs du libéralisme qu’aux résultats engrangés par les pays qui l’approchent.

        Voilà une sourde complicité qui doit faire craindre que les échecs continus de nos gouvernements, comme ceux de la démocratie de Weimar dans les années vingt, amènent à un reflux en masse des déçus, des indignés, des envieux et des coléreux vers le parti rouge-brun qui saura les haranguer, lécher le fondement de leurs bassesses, leur promettre une séduisante tyrannie de façon à jouir à son tour des prérogatives d’un pouvoir sectaire, se heurtant à de vastes manifestations, désordres, répressions, révoltes et guérillas. Assez ! Ne jouons pas au vautour de mauvais augure…

 

 

            Un philosophe libéral, Friedrich A. Hayek, avait avant nous, dans La Route de la servitude, en 1944, pointé «  les racines socialistes du nazisme », donc cette actuelle coïncidence des Fronts. Dans son chapitre « Les totalitaires parmi nous », il dénonçait « La sélection par en bas » et « un rapprochement toujours plus grand entre les conceptions économiques de la gauche et de la droite, leur opposition commune au libéralisme[4] ». Gauche et droite créent ainsi l’illusion d’être indispensables à la population, prônant des politiques globales et constructivistes, au lieu de faire confiance aux multiplicités créatrices de l’humanité, dont elles n’aiment fondamentalement pas l’indépendance, l’imprévisibilité, pourtant bien plus productives en termes de libertés et de richesses, ce au bénéfice du plus grand nombre.

 

         Ainsi, le problème n’est pas le capitalisme, ni le libéralisme, mais le manque de capitalisme et de libéralisme. Relisons le sociologue Raymond Boudon : « les maux qu’engendrent les sociétés libérales peuvent être dus, non à ce qu’elles appliquent les principes du libéralisme, mais à ce qu’elles s’en écartent ». Certes, il n’était pas aveugle sur « les effets pervers de l’ordre libéral[5] », ne seraient-ce que la médiocrité de la culture de masse, les dangers inhérents au risque entrepreneurial, ou la surévaluation d’un produit inutile, voire dangereux, mais aussi ces inégalités dont on nous rabat tant les oreilles et qui ne sont désastreuses que pour celui qui est contraint de rester pauvre par une structure étatique castratrice. Mais, d’une part, les régimes planificateurs ne sont pas à l’abri de tels errements, en ce cas plus graves encore puisque monopolistiques et tentaculaires, d’autre part, les pertes sont bien inférieures aux gains sociétaux, comme l’ont montré les succès des démocraties libérales en terme de développement humain.

 

 

         Les politiques étatistes, fiscocratistes et en conséquence corruptrices, n’aboutissent, par la collusion de l’envie et de la contrainte, qu’à la ruine de l’économie, qu’à la turpitude des extrêmes idéologiques dressés à monter au pinacle. Ces derniers rivalisent d’incantations et de réquisitoires contre la « puissance du marché », la « société de consommation », le « capitalisme prédateur », le « virus libéral »… Hélas, on fait tout pour brider, étrangler, lobotomiser, un reste de libéralisme, s’il en est. Pour éviter que l’immense pouvoir des régulateurs prétendument intelligents de l’économie soit atomisé : entendez les obsédés du pouvoir total, ces grands ponctionneurs et redistributeurs que sont nos élus et nos haut-fonctionnaires. Pourtant, « à l’emprise contraignante du groupe sur l’individu qui caractérise la communauté, se substitue, dans la société, la complémentarité des individus et leur autonomie[6] ». Pourtant, on a tout essayé, sauf le libéralisme…

 

 

            On peut dire la même chose du libéralisme et de la mondialisation : ils sont « un bouc émissaire très utile », selon le chercheur suédois Johan Norberg. Cependant, pour ce dernier, « La mondialisation ne reçoit pas d’applaudissements quand les choses vont mieux, quand l’environnement s’améliore, quand l’économie roule à grande vitesse et que la pauvreté diminue. […] Si ce mouvement doit se poursuivre, il devra s’appuyer sur un combat idéologique en faveur de la liberté et à l’encontre des barrières et des contrôles[7] ». La seule réponse crédible au Font National, ainsi qu’à tous les autres partis socialistes, c’est la croissance, la création de richesses et d’emplois, grâce au libéralisme, qu’il s’agisse du travail du dimanche, de l’impôt unique et minimum,  de la concurrence encouragée, des OGM et du gaz de schiste. Que fuient d’ici ceux qu’effraient nos libertés ! Et toi, qui promit de diviser le chômage par deux et qui tint ta promesse, chère Margaret Thatcher, reviens !

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 121, 99 et 132.

[5] Raymond Boudon : Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, 2004, p 195, 161.

[6] Raymond Boudon, ibidem, p 122.

[7] Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, p 260.

 

Constellation du Cancer,

Atlas céleste d’Alexander Jamieson, 1862.

 

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Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur, tombeau post-nucléaire

Eloges gourmands des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Lauren Groff : Les Furies

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables 1

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge et blâme de l'Histoire mondiale de la France

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Hattemer Higgins : le troisième Reich

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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