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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 10:14

 

Hitler-Joseph-Steib-Le-Conquerant--1942.jpg

Joseph Steib : Le conquérant, 1942

 

 

 

 

Une résistance contre l’hydre du nazisme :

Hans Fallada : Seul dans Berlin

 

Hans Fallada : Seul dans Berlin,

traduit de l’allemand par Laurence Courtois, Denoël, 736 p, 26,90 €.

 

 

La fiction est parfois plus efficace, et surtout plus vivante, que le document historique. Car elle donne un visage, une intimité permettant l’identification du lecteur avec des figures et des anonymes du temps disparu. C’est ce qu’a bien compris Hans Fallada en élevant une stèle romanesque au service des Allemands couchés sous le joug du nazisme. Seul dans Berlin, enfin intégralement édité, rend justice aux oubliés de l’infâme l’épopée aryenne. Là où des hommes et des femmes tiennent à rester debout, même sous le pire régime, même au dépend prévisible de leur vie.

 

Chronique des petits quartiers et des entreprises berlinois, le roman centré autour d’un immeuble devient vite éprouvant, étouffant, tant augmente la pression de l’omniprésent nazisme. Entre les « cartes de rationnement » et la pieuvre du parti, la victoire claironnée sur la France de 1940 ne fait guère d’effet aux petits héros et anti-héros désabusés de l’épopée. Une Juive, Frau Rosenthal, la famille Persicke, dont un fils, Baldur, est un SS surexcité, le couple Quangel, dont l’enfant vient de mourir sur le front de France, la factrice Eva Kluge sont les pivots de la tragédie. Exaspérés, le couple Quangel va prendre une décision inouïe : subrepticement distribuer des tracts antinazis parmi la ville. Hélas, ils ne tromperont que peu d’années la Gestapo, dont les archives, sous le nom des Hampel, conservent la trace de cette histoire vraie…

Si peu, une sourde résistance s’égrène : un vieux juge cache la dame Juive, la jeune Trudel, dont le fiancé vient d’être tué sur le front, appartient à une « cellule communiste » secrète, quoiqu’inefficace. Mais les héros du roman sont indubitablement les Quangel. Ce sont plus de deux cents cartes postales que le couple dépose parmi les gares, les cages d’escalier, « avec des appels contre le Führer et le parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables ». Leur courage hallucinant n’est pourtant guère payant. Les cartes sont à peine lues, aussitôt rapportées à la Gestapo par de zélés informateurs et de pleutres dénonciateurs : elles leur vaudront, en avril 1943, la décapitation. Quangel n’aura converti qu’un homme, celui qui finit par l’arrêter, et qui se suicide…

Fallada bénéficia, pour écrire son vaste et méticuleux opus, des dossiers que lui fournit le futur ministre de la culture de la RDA. Dossiers incomplets qui permirent au romancier de faire de ses personnages des figures nimbées d’un héroïsme sans faille, n’abdiquant rien de leur intransigeance. Alors que l’on sait qu’en prison, les Hampel se dénoncèrent l’un l’autre, renièrent leur antinazisme. En vain.

 

Hitler George Grosz Caïen ou Hitler en enfer, 1944

Georg Grosz : Caïn ou Hitler en enfer, 1944

 

Dans la tradition du réalisme balzacien, chaque personnage correspond à un type humain : le nazi fervent, le nazi contraint, la Juive cachée dont le mari est incarcéré, mais aussi le dénonciateur, le profiteur, le délinquant minable, décliné en de multiples avatars. Il s’agit alors également un roman picaresque, à la suite du Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin[1], enchaînant les portrait de petites gens, de « moins que rien », de gueux, d’ivrognes, de voleurs et de menteurs, d’humbles méritants et de salauds carabinés, parmi des péripéties sordides, parfois d’un intérêt inégal. En ce sens ce n’est pas le nazisme qui fait ce peuple, mais ce peuple qui le fait, même si tous ne le méritent pas, si beaucoup le subissent sans rien avoir demandé, si d’autres en jouissent en sadiques consommés, en une radicalité du mal imperturbable, mais aussi en une banalité du mal, digne de l’analyse d’Hannah Arendt[2]. Ainsi la factrice Eva Kluge, dont le fils est un SS, « ne croyait pas que son garçon, qu’elle avait un jour porté dans son sein, serait capable de déshonorer des jeunes filles juives, pour les tuer aussitôt d’une balle dans la tête ». Pourtant, une photo le montre cognant la tête d’un enfant juif « contre le pare-choc d’une voiture ».

Le roman à thèse n’empêche pas l’efficacité, malgré de longs défilés de personnages secondaires, comme le pitoyable « tire-au-flanc » Enno Kluge qui séduit les femmes vieillissantes, un moment suspecté, pendant l’enquête de la Gestapo, digne du roman policier le plus sordide. Le témoignage et la charge contre le régime hitlérien contribuent au tableau de société sous la férule du totalitarisme, où toute l’économie, tout l’emploi, du moins pour ceux qui ne sont ni soldats ni dans les camps de concentration, sont tournés vers l’effort de guerre. Le favoritisme à l’égard des membres du parti est une institution. La propagande pullule. Le langage est également vicié : voler une Juive, c’est « aryaniser ses biens ». Comme dans 1984 d’Orwell, penser est un délit : « Qu’ils obéissent, c’est tout. C’est le Führer qui s’occupe de penser ». Car « dans cet Etat, pas même les pensées n’étaient libres. » L’Allemagne est l’achèvement de la tyrannie, là où « une moitié du peuple enferme l’autre ». Finalement, malgré l’inéluctable verdict, une morale paradoxale universelle se fait jour : « Vous savez très bien que celui qui est ici derrière les barreaux est convenable, et que vous qui êtes dehors n’êtes qu’une crapule, que le criminel est libre mais que l’homme convenable est condamné à mort ».

Ce n’est pas du haut du vaste panoramique de l’historien, mais auprès des petits, des sans-grades, qu’Hans Fallada nous présente l’Allemagne nazie. Certes l’omniscience du romancier permet de balayer les vies, les abominations, les émotions, les peurs et le courage de ses nombreux personnages, dont il ne nous épargne aucun détail dérisoire ou abject. Mais l’empathie du romancier est irremplaçable. Dans le cadre d’une nouvelle objectivité aisément satirique, non loin de ses contemporains, les peintres Otto Dix et George Grosz, il peint à l’acide, mais non sans tendresse ses personnages de prolétaires, de petits bourgeois, d’avocats pourris par le système, de procureurs haineux… Mais aussi dans des romans comme Quoi de neuf petit homme ?[3], en 1932, ou Les Employés[4], en 1929, dans lequel il dressa une fresque de la crise économique.

 

D’abord écrit sous le nom de Rudolf Ditzen, car Fallada est un pseudonyme, Seul dans Berlin a l’insigne mérite de mettre l’accent sur la solitude de l’individu broyé par l’immense machine collectiviste de cette tyrannie qui s’incarne dans autrui, les voisins, l’administration, la police, la justice, les masses… Pensons également à la solitude d’Hans Fallada (1893-1947), lui-même arrêté pendant onze jours par les SA en 1933,  et qui s’est vu au sortir de la guerre contraint à écrire un pavé on l’on souffre, tue, meurt en surabondance. Travaillant comme journaliste à Berlin Est, c’est là qu’il écrivit Seul dans Berlin. Hélas, la mort cueillit trop tôt celui qui était poursuivi par ses addictions sévères, entre drogues, cigarettes et alcool. La censure soviétique tailla dans le vif en vue d’une publication posthume. Il fallait que les personnages soient exemplaires, en quelque sorte manichéens. C’est ainsi que l’on supprima le chapitre 17, « où l’on apprend qu’Anna Quangel était membre active de la Ligue des femmes nazies, la Frauenschaft ». Diverses coupes et modifications entachèrent l’édition de 1947, ainsi que la traduction française de 1967, comme l’appartenance de la factrice au parti nazi. Une résistante devait être une pure héroïne. Nous savons que la réalité est plus complexe. Ce que nous restitue cette nouvelle traduction, dans sa version originelle et débarrassée de toute censure. Le dur visage vert de gris du nazisme, parfois teinté du bleuté d’une résistance hélas vouée à l’échec, est ici exposé dans sa lumière la plus crue.

 

Ce qui jusque-là aurait pu être lu comme une hagiographie des simples, qui osent se dresser contre Hitler, comme une iconologie de l’antifascisme socialiste, devient grâce à cette édition conforme à la plume d’Hans Fallada, une tragédie aux fatalités trop humaines, en même temps qu’une allégorie du mal et du courage. Chacun, en se plongeant dans le labyrinthe effroyable du quotidien berlinois des années nazies, peut s’identifier dangereusement avec les personnages. Qui aurions-nous été dans de telles circonstances ? Le modeste héros bientôt broyé, le SS vaniteux et tortionnaire, le dénonciateur anonyme et infâme ? Saurions-nous lever le petit doigt pour devenir un ou une Kangel ? A moins de penser qu’une résistance intérieure, à la Ernst Jünger[5], eût été plus judicieuse…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alfred Döblin : Berlin Alexanderplatz (publié en 1929), Gallimard, 2009.

[3] Denoël, 2007.

[4] Les Belles Lettres, 2012.

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:54

 

Autoportrait aux photographies de montagne,

Parador de Vielha, Val d'Aran, Espagne. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

 

À partir de Nathalie Heinich :

 

Le Paradigme de l'art contemporain

 

 

Nathalie Heinich : Le Paradigme de l’art contemporain.

Structures d’une révolution artistique, Gallimard,

Bibliothèque des sciences humaines, 384 p, 21,50 €.

 

 

 

Se photographier dans le reflet du verre entre deux photographies de montagnes est-il de l’art ? Ainsi emprunter une œuvre d’autrui, des techniques d’autrui, entre reproduction photographique, IPhone et Instagram, et s’autoportraiturer par piètre narcissisme et défi délavé qui se voudrait position artistique suffiraient-ils ? Il fallait juste y penser, comme il y a bientôt un siècle le fit Duchamp en pensant arracher un urinoir aux lieux d’aisance et l’accrocher dans la sacralité d’un lieu muséal. De ce geste inaugural et révolutionnaire découle une grande part de l’art contemporain. C’est ainsi que Nathalie Heinich ouvre son livre, assistant à la délibération du « Prix Marcel Duchamp 2012 », au Centre Pompidou. Il s’agit de justifications par le « discours », de « disparition de la peinture encadrée et de la sculpture sur socle », d’ « effacement du critère de beauté », d’allusions philosophiques floues et prétentieuses. Ne reste-t-il que rebuts, esbroufe, laideur parmi ces objets, ces images, ces installations ? Quand l’écume des siècles magnifiera encore Titien et Friedrich, que restera-t-il de l’art contemporain ?

 

Sociologue, Nathalie Heinich scrute le nouveau « paradigme » de l’art contemporain, ses sectateurs et ses clients, ses commentateurs et ses institutionnels. Objectif, l’exposé peut être lu deux manières, avoue-t-elle : « témoignage de l’intelligence, du sérieux et du savoir-faire des protagonistes » ou « charge satirique contre ce que certains dénoncent comme une fumisterie ». Dans ce monde de l’entre-soi, il y a les initiés, et au-dehors les exclus, dont le jugement s’oppose. S’appuyant sur la « neutralité axiologique » de Max Weber, elle n’a pour but que de cerner la spécificité de l’art contemporain, étranger aux attendus de l’art classique, romantique et moderne. Que de comprendre « les règles non dites -qualités pour les uns, défauts pour les autres- dont la transgression tout à la fois motive l’accusation et nourrit l’argumentaire de la défense ».

 

Chacun s’est engouffré dans l’urinoir de Duchamp, ce « pont aux ânes de la culture artistique du XXème siècle » où « ce sont les regardeurs qui font les tableaux ». Pour dire que, grâce au ready made salvateur, tout peut être art, que chacun peut-être artiste, délivré des contraintes de l’apprentissage et de l’élitisme du génie, à condition qu’un discours affirme l’artitude d’un objet, d’un geste ou d’une absence, à condition qu’il y ait transgression, provocation, et singularité. Car « l’œuvre n’est plus dans l’objet ». C’est alors que l’art contemporain se définit en ce qu’il n’est pas d’abord perçu comme art. Il s’agit parfois de peindre une puérile moustache à une Joconde que l’on ne saurait plus peindre, de copier ou de photographier un tableau d’autrui au mépris du droit intellectuel et de propriété, d’industrialiser la production comme Warhol. Et d’aller jusqu’à porter un coup fatal au tableau, comme lorsque Fontana crève, crible et fend ses toiles, jusqu’à effacer l’art : comme lorsque Rauschenberg achète un dessin de De Kooning pour le gommer et exposer sa disparition, comme lorsque Rutault présente des peintures de la même couleur que les murs. Le savoir-faire des maîtres n’est plus, un savoir-penser, qu’il soit politique, sociologique, critique ou anti-esthétique, suffit, y compris devant des ordures, un tas de bonbons de Gonzalez-Torres, où le public peut se servir, l’ironie du kitsch de Jef Koons, une ligne de cailloux dans la montagne par Richard Long, une liste de chiffres par Opalka, de dates par On Kawara, un exhibitionnisme sexuel ou morbide, le vide d’une galerie…

Ephémère, conceptualisée, informe, l’œuvre est chose mentale dont il faut percevoir et transcrire dans le langage la substantifique moelle. Les installations dont il faut décrypter le message sont hybrides et variables : elles sont faites d’« objets du quotidien arrangés et agencés dans l’espace », de déchets, de « matériaux les plus triviaux » qui n’appartiennent pas au champ traditionnel de l’art (mie de pain, tubes de néon, pollens, réfrigérateurs, graisse, crottes de mouches). Ce sont des provocations : un « Mur de purée », un lapin transgénique fluorescent, un « Mètre-carré de rouge à lèvres », une oreille artificielle greffée sur un bras, des sculptures de glace destinées à fondre, des vidéos tremblotantes projetés sur un drap par Bill Viola[1], du « Net-art », des happenings, parmi lesquels Herman Nitsch danse sur des entrailles animales et sanglantes, dont on ne vend que des photos, des certificats, des modes d’emploi : lors, les documents deviennent les œuvres. De même que « les attitudes deviennent formes », selon l’exposition montée par Harald Szeemann en 1969. La démarche se doit être aussi cohérente qu’inventive, au travers d’un discours qui est l’ambassadeur autant que le réalisateur de l’œuvre.

Mieux (ou pire) l’insertion dans un réseau est la condition sine qua non de la visibilité de l’artiste. Il faut être bien en cour, en relation d’amitié ou de complicité avec ceux qui comptent. La coterie, « l’entre-soi », la « stratégie marketing », la collaboration des critiques, les institutions culturelles, les musées et centres d’art, les foires (comme Art Basel), la « communauté intellectuelle internationale », les commandes, les salles des ventes, voire la relation intime entre l’artiste (immédiatement reconnu de plus en plus jeune) et le collectionneur-investisseur, font peut-être plus l’art que l’œuvre elle-même. Sans compter que les commissaires d’expositions, ou « curateurs », se « sont substitués aux artistes pour définir l’art », selon le mot d’Yves Michaud. Les assurances, les entreprises de transport, la fiscalité, le droit ont enfin leur mot à dire pour identifier l’objet comme art…

Faut-il dire « hélas ! », quand la peinture est désacralisée, stigmatisée, ringardisée, au point que la reconnaissance d’un Garouste[2] en souffrit ? Ainsi les tableaux peuvent être repeints par leurs acheteurs ou conservateurs, n’être que monochromes, donc anti-picturaux. Ce malgré des réactions virulentes de retour à la picturalité, grâce à la Transavangarde italienne, par exemple, avec Clementi ou Paladino, ou grâce au retour à l’honneur d’un Lucian Freud. Reste que la peinture n’a droit de cité que si elle est ironiste, référentielle à l’histoire de l’art, forcément non naïve. On préfère définitivement à l’accrochage, sur les traditionnelles cimaises, la scénographie d’une exposition. En d’autres termes la théâtralité interactive à l’image figée. Malgré la fragilité, voire l’obsolescence des œuvres, faites de graisse, d’épluchures cousues ou de fleurs destinées à se dégrader, de néons prêts à claquer. Il faut alors remplacer des parties de l’œuvre, en faisant fi de l’aura de l’original et de la main qui la fit… D’où les affres nouvelles de la restauration et de la conservation, qui dépassent de loin celles de la traditionnelle peinture.

 

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Damien Hirst : Original screenprint with Diamond Dust, 

2007, Galerie Bartoux. 

 

Damien Hirst le dit bien : tout ce qu’il fait est art à ses yeux. A quoi bon alors acheter un requin flottant dans le formol, cette ambivalence entre la vie et la mort, entre la sculpture-spectacle et le musée d’Histoire naturelle, s’il suffit d’acheter un des chèques qu’il signe, un de ses pets, un de ses mots, échappés de son corps ? Nous avions acheté, dès 1961, une « Boite de merde d’artiste », signée Piero Manzoni (c’est-à-dire une production intime et personnelle) ; nous contemplons en 2001 « Cloaca », cette machine de Wim Delvoye qui reproduit le fonctionnement du tube digestif.  Devant le risque de banalisation du tout est art, ne résisterait plus que la vertu de scandale : un lustre de tampons hygiéniques (qui peut passer pour une réflexion féministe) au château de Versailles par Joana Vasconcelos, des mannequins d’enfants pendus (qu’il faudra chercher à interpréter) par Maurizio Cattelan, le tatouage d’un homme, qui s’est engagé à être dépecé après sa mort au profit du collectionneur, par Wim Delvoye, encore lui…

Car, hors le concept, point de salut pour l’artiste : la transgression des valeurs morales de l’enfance, de la dignité du corps et de l’Histoire devient alors un fonds de commerce pour l’art contemporain. Ce qui a au moins le mérite d’interroger ces dernières, devant la hauteur et la modestie de la pensée, y compris devant la fronde populaire et des tribunaux. On va jusqu’à récuser le concept de création, lorsque le peintre minimaliste ne peint que des bandes, comme Buren, lorsque le plasticien installe des néons, pose des pots… Bon goût et beauté sont également invalidés, insultés, quoique la beauté du laid et de l’effroi puisse être plaidée. Seul le prix acquitté par le marché reste l’ombre d’une valeur.

Quand le collectionneur se targue plus des records que des œuvres, les sommes colossales payées au tribut de l’art contemporain relèvent non plus de l’exception raffinée, mais de la vulgarité ostentatoire. Vingt et un millions de dollars pour « un énorme cœur suspendu en acier inoxydable, rouge et or », de Jeff Koons, qui n’est que l’ostentation du plus piètre kitsch ; quand il faudrait acquitter bien plus que le prix des 8 601 diamants incrustés dans un crâne de platine par Damien Hirst, alors que le capitalisme s’y voyait flatté, que la tradition de la vanité baroque s’y voyait illuminée, quoique assombrie par des centaines de mouches noires collées sur un autre crâne, aussi effroyable que précieusement beau. La bulle spéculative éclatera-t-elle plus rapidement qu’un crâne soumis aux pressions géologiques ? Un artiste contemporain se serait-il constitué prisonnier pour « escroquerie à grande échelle » ?

 

Nous ne risquons pas de prendre le livre de Nathalie Heinich pour une basse satire, tellement il est analytique et informé, sans lourdeur, malgré quelques redites. Indubitablement, elle sait montrer combien l’art contemporain obéit à un autre « paradigme » que l’art ancien et moderne. Pourtant l’étalage des excentricités des artistes, mais aussi des connivences, voire du suivisme et du mimétisme, du milieu financier et institutionnel, risque d’entraîner le lecteur, en un rejet sans appel, à évacuer vers les poubelles de l’Histoire de l’art cette désordonnée cohorte. Quoique ce ne soit pas l’objet de cet essai, c’est faute de plaidoirie argumentative, de grille d’interprétation que toutes ces œuvres puissent paraître nulles et non avenues. Car hélas, l’originalité, la provocation et le rejet de toutes les marques traditionnelles de l’art deviennent également des clichés, une norme, un nouvel académisme vite ronronnant et stérile. Quel est le sens de ces productions de l’art contemporain ? Car les contestations « se déploient sur une grande variété de registres de valeurs : esthétique, éthique, civique, esthésique, pur, mystique, herméneutique ». Que nous disent ces œuvres sur notre vision du monde, en dehors d’une banalisation de la culture[3] ? On le devine cependant, en creux, à travers cet essai. Il s’agit alors de surprendre le regard, la perception et la pensée, les sortir de leurs gonds, de leurs doxas et préjugés, comme lorsque Maurizio Cattelan se représente dans une installation, jaillissant d’un trou du plancher. Et, au premier chef de sortir l’art de ses fonctions séculaires : sacralité, mimésis, historicité, beauté et bon goût. Ludique, déstabilisateur, moteur de « singularité », l’art contemporain déconstruit et balaye les limites de l’art et du non-art, expose des idées nouvelles eu de nouvelles idées reçues. Pour araser toutes les idées et évacuer le sens, ou pour répondre à un comment vivre contemporain, à un quelle est la vie bonne et universelle ? Pour interroger enfin (et la liste n’est pas close) le concept et le symbole, l’apparence, la réalité et la fiction, l’image et l’identité, la mort et la violence, la construction et la destruction : ce qui nous constitue, nous innerve et nous change.

 

Cependant, armés que nous sommes du clair et rigoureux essai de Nathalie Heinich -malgré l’oxymore improbable du « modèle romantique de l’art pour l’art »- et « truffé d’anecdotes », édifiantes et parfois loufoques (comme ces douaniers qui déballèrent un Christo !), pouvons-nous tenter de séparer le bon grain de l’ivraie ? En d’autres termes, comme si nous étions une Histoire de l’art anticipatrice, jeter aux oubliettes de la fumisterie pléthore de vaines productions pour conserver celles qui éclaireraient un sens en devenir…

Le kitsch rutilant des icônes contemporaines, qu’il s’agisse de Mickey, de Marylin, d’une héroïne de manga, ou d’un chien fait du ballon saucissonné d’une foire à neuneu, a remplacé les dieux splendides et pompeux des allégories autant que le réalisme psychologique des portraits ; le déchet et l’ordinaire des objets du quotidien et de l’industrie ont remplacé le savoir-faire des métiers d’art : voici le prix à payer pour que l’art représente notre époque et nos ardeurs. Il faut croire que les artistes adorent le maigre nombril de notre présent, à moins qu’ils en soient les satiristes impitoyables.

 

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Maurizio Cattelan : Him, 2001.         

 

On nous assène que le beau n’est plus une catégorie recevable de l’art contemporain. Le beau classique peut-être. Mais cette puissante émotion esthétique, sensuelle, intellectuelle et éthique qui nous soulève, nous ravage, devant une œuvre, qu’on appellera encore et toujours l’appel du beau, existe autant et exige autant de nous devant un Praxitèle ou un Titien que devant un Maurizio Cattelan ou un Damien Hirst. C’est peut-être par ailleurs ce que confirme, au-delà de la tabula rasa du passé de l’art moderne, l’irruption du postmodernisme, capable de réinvestir l’ancien en de neuves créations. Et, quoique l’intériorité de l’artiste ne soit plus guère à la mode, la production d’objets, de leurs mises en scène, ou de performances, peut permettre l’irruption de cette dimension esthétique et intellectuelle. Ainsi « Piss Christ », de Serrano[4],  scatologiquement laid et plastiquement beau, est-il empreint d’iconologie et de théologie, l’histoire de l’art et la transgression, confrontant la lumière et le mal.

Choisissons, parmi bien d’autres productions dignes d’admiration, deux œuvres de Maurizio Cattelan : « Him » et « La nona hora ». La première est la plus frappante. De la taille d’un enfant, un mannequin, vêtu d’un costume gris, coiffé d’une moustache et de cheveux humains, est agenouillé dans l’attitude de la prière, les mains jointes, la tête levée devant la lumière venue d’une ouverture murale. Ce « lui », à la connotation accusatrice, est l’ersatz d’Adolf Hitler. Celui qui n’aurait pu prier que pour l’éradication totale des Juifs, avant de s’en prendre au christianisme qui ne coïncidait pas à son panthéon aryen, semble là offrir son humilité, sa repentance, sa méditation, à lui-même, au spectateur, à la Torah, à un dieu, au cosmos. Y-a-t-il une humanité dans la personne d’Hitler ? Y-a-t-il un Juif, un tribunal, une transcendance pour pardonner l’imprescriptible de tels crimes[5] ? La puissance tragique, théologique et philosophique d’une telle œuvre, retrouvant la tradition du peintre d’Histoire, entraîne alors la brusque sensation du beau moral et du sublime ; surtout si on la met en dialogue avec « La nona hora » dans laquelle le pape est tombé sous le coup d’une météorite. Dieu peut-il soutenir un tel jeu de quille, être un fan de l’ironie ? A moins que les desseins de l’absence de Dieu soient impénétrables…

 

Que dit l’art contemporain sur notre condition et notre pensée ? Que la démocratisation et le relativisme ont fait leur œuvre : tout est art si on le veut et si on parvient à le faire accepter à la main qui paie et satisfait ainsi son ego. Mais il est probable qu’au-delà de la subjectivité intellectuelle de tout critique, y compris le modeste auteur de ces lignes, l’avenir saura, probablement non sans risque d’erreur, dégager du vide fatras qui court les musées les artistes qui auront le plus fortement interrogé notre psyché, notre temps, notre universalité... N’est-ce pas, à toutes fins utiles, la mission de l’art ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

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Published by Thierry Guinhut - dans Esthétique
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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 06:23

 

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Ernst Jünger

des Carnets de guerre aux tempêtes du siècle

 

 

 

Ernst Jünger : Carnets de guerre, 1914-1918,

traduit de l’allemand par Julien Hervier, 576 p, 24 €.

Julien Hervier : Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle, Fayard, 538 p, 26 €.


 

« Une tapisserie confuse tissée par les événements d’un siècle », ainsi Ernst Jünger (1895-1998) qualifiait-il son bref roman Abeilles de verre. Sans doute, malgré la clarté de son style, pourrions-nous étendre cette définition à son œuvre entière. Car entre l’exactitude des textes autobiographiques ou scientifiques et la perplexité que l’on peut légitimement éprouver devant ses engagements idéologiques et éthiques, restent de fidèles zones grises.

 

« De larges flaques de sang rougissaient la rue et des morceaux de cervelle restaient collés contre un pilier. » Nous ne sommes qu’au quatrième jour d’un journal de quatre ans ! Pourtant nous lisons peu un réquisitoire contre la guerre… Stupéfiant Ernst Jünger. Héros national et guerrier, écrivain allégorique et entomologiste, nazi selon les uns, sage anti-nazi plus vraisemblablement, paisible vieillard centenaire, il défie les catégories, les jugements éthiques et esthétiques. Entres ses Carnets de guerre, 1914-1918 qui sont ses tout-premiers écrits, et la biographie de Julien Hervier, le temps vient de faire le point sur une lumière sombre de la littérature allemande.

Les « attaques au gaz » ne l’empêchent pas d’avoir « pioncé », d’aller « au cinéma », au « bordel », de vivre une brève idylle avec une Française ; malgré la chair mitraillée. Stoïcien, il parait imperméable à la peur ; mais plein d’empathie pour ses hommes et ceux d’en face. Faut-il admirer en Jünger le courage, la joie du combat, la rectitude du soldat et de l’officier, sa constance d’écrivain parmi les tranchées, son aisance dans un univers infernal, ou déplorer son militarisme, son inconscience d’une mort qui, malgré ses quatorze blessures, l’a épargné ? Difficile d’être catégorique. Ces Carnets inédits, souillés de boue et de sang, ont une valeur documentaire inouïe, non seulement historique, mais aussi littéraire, puisqu’ils sont le réservoir de notes qui permettra de tisser le fameux roman-journal : Orages d’acier. L’écriture reste brute de décoffrage, terriblement évocatrice de cette « guerre de merde »…

 

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La Première guerre mondiale voit la défaite de l’homme devant l’industrie, la seconde verra cette dernière alliée aux totalitarismes. Faut-il être l’apologiste de la technique ou la refuser et préférer un mode de vie agreste en se livrant aux délices de l’entomologie, dont il est un spécialiste ? Autre interrogation brûlante : dans quelle mesure Jünger fut-il nazi ? La controverse n’est pas éteinte ; il fut officier sous la croix gammée, mais guère combattant. Pourtant son roman magnifique et allégorique, Sous les falaises de marbre, publié en 1939, met en scène une paisible population de sages, menacée par les barbares du « Grand Forestier », où l’on devine Hitler. On ne sacrifia pas le héros de la première guerre, même s’il connaissait les auteurs de l’attentat qui faillit tuer le tyran. Jünger, d’ailleurs, le dissimulait sous le nom peu flatteur de « Kniebolo » dans son Journal. Quant à son nationalisme ou son humanisme, puisqu’il créa le type de « l’Anarque », dans son roman trop peu lu, Eumeswill, on doit le penser, les années s’épurant, sous les traits d’un secret individualiste attaché à une profonde liberté intérieure.

Sur ces questions, Julien Hervier, en sa biographie, Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle, ne se départit jamais de sagacité, d’objectivité et de sens des nuances. Narrateur passionnant d’une vie séculaire, le biographe est intimement documenté. Il a traduit une vingtaine d’ouvrages de l’écrivain, publié des entretiens, établi l’édition de la Pléiade des Journaux de guerre, recueilli les témoignages de sa veuve. On découvre les cent-trois ans d’une personnalité protéiforme et controversée. « Journaliste de combat », il est resté à l’écart des séductions nazies, sans fuir l’Allemagne, comme Thomas Mann. Lecteur d’un Léon Bloy réactionnaire, il devient une conscience de l’écologie, un acteur de l’amitié franco-allemande. Styliste néoclassique brillant en ces romans philosophiques, il est diariste infatigable, exact entomologiste et prosateur poète des Chasses subtiles aux insectes, des voyages exotiques.

 

Si l’on n’épouse pas toutes les facettes de Jünger, malgré ce que Julien Hervier appelle avec justesse sa « dignité », on reste fasciné par la vie abondante, l’œuvre coruscante de celui qui parvint peut-être à une sagesse introuvable parmi les pires tempêtes du siècle des totalitarismes et des démocraties.

Thierry Guinhut


Article paru dans Le Matricule des anges, février 2014

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 18:45

 

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Les Dyschroniques, une brassée de science-fiction

 

et d’écofictions

 


Damon Knight : Le Royaume de Dieu ; Poul Anderson : La main tendue ;

Franck M. Robinson : Vent d’est, vent d’ouest,

Marion Zimmer Bradley : La Vague montante,

traduits de l’anglais (Etats-Unis)

par Nathalie Dudon, Maxime Barrière, Jean-Marie Dessaux et Elisabeth Vonarburg,

Le Passager clandestin, 160, 80, 80, 144 p, 8, 6, 5 et 8 €.

 

Christian Chelebourg : Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde,

Les Impressions nouvelles, 256 p, 19,50 €.


 

Probablement Mary Shelley, avec Frankenstein, Jules Verne, avec son Nautilus, et H. G. Wells, avec La Machine à explorer le temps, furent-ils les inventeurs de la science-fiction, alors appelée anticipation. Ce dernier postula, dans Quand le dormeur se réveillera, la magnificence tyrannique d’une civilisation qui s’étendrait deux siècles plus tard. Déjà des « dyschroniques ».Trouvant sa source dans le dix-neuvième siècle, l’âge d’or de la science-fiction creusa au vingtième siècle un immense réservoir d’auteurs enthousiastes ou effrayés par l’avenir. Si l’on n’oublie pas Huxley et Orwell, ni les cycles de Fondation par Asimov, de Dune par Frank Herbert ou celui d’Hypérion par Dan Simmons, ni encore les nouvelles de Philip K. Dick, il faut tenter de dépoussiérer des planètes oubliées. C’est la mission que se sont fixée les éditions du Passager clandestin en déterrant des bibliothèques science-fictionnelles un lot de courts romans. Dotés d’une élégante couverture grise, d’un graphisme rouge et noir avec vignette symbolique (menottes, salle de conférence, vaisseau spatial ruiné…) ces douze volumes de la collection Dyschroniques invitent à de vertigineuses aventures de la pensée, rien moins que le destin de l’humanité, future, voire présente. Menaces sur les civilisations, terreur et utopie, crises  politiques et religieuses, mais aussi catastrophes écologiques, dignes des plus grandes Ecofictions, font de ces récits les pièces d’un jeu d’échec interplanétaire, post-apocalyptique et prospectif...

 

Utopies, dystopies et anti-utopies se distribuent parmi les titres des Dyschroniques, qui puisent leurs auteurs parmi les années cinquante et soixante-dix américaines. C’est avec une modeste curiosité que l’on lira La Tour des damnés ou Le Testament d’un enfant mort, quand Norman Spinrad, dans Continent perdu, nous entraîne dans les abîmes d’une civilisation américaine défunte : prédiction, punition, échec de l’orgueil ou de la sagesse humaine ? Les dernières livraisons de la collection sont peut-être les plus remarquables.

Violences, criminalité pourront-elles disparaître ? C’est bientôt chose faite, grâce à l’empathie triomphante, au Royaume de Dieu de Damon Knight. Niaise rêverie ou maturation de l’humanité au moyen de l’éthique de réciprocité ? Une créature venue d’ailleurs, « monstruosité roto-stomachique », pousse par maintes péripéties l’humanité à comprendre le « Qu’il vous soit fait ce que vous faites ». Elle élimine toute cruauté, répand l’amour et la paix, aux dépens des tyrannies et des gouvernements, au profit de sociétés libertaires.

Plus dense est Poul Anderson. Il postule des races humaines venues de planètes exogènes, trapus Skontariens ou gracieux humanoïdes de Cundaloa, à qui, après des conflits meurtriers, s’ouvre La Main tendue. Mais à l’arrogant grossier n’est offerte aucune collaboration, quand la beauté recueille « une aide pratiquement illimitée » au cours d’une réunion des dirigeants Soliens. La morale politique est-elle lésée ? Non seulement les psychologies séparent ces peuples, mais aussi leurs éthiques et esthétiques. Code d’honneur brutal pour les uns, hédonisme raffiné pour les autres. « le génie technicien » est celui des Terriens, quand les Cundaloiens sont « une race de poètes ». La culture de ces derniers devra se plier devant la loi de l’efficacité, disparaitre, grâce à « des campagnes d’information »,  une « modification du système d’éducation » et se convertir au « néopanthéisme », avant de devenir pâture à touristes, « aliénée au modèle solien ». Celle des Skontariens, isolée, compte sur ses propres forces pour prospérer et non se soumettre. Certainement devons-nous méditer ces enjeux et préceptes…

Au-delà de l’anticipation, qui figure les siècles, voire les millénaires, à venir, on mesure combien la science-fiction est un reflet de l’époque où elle fut écrite. Ainsi, La Main tendue, publié en 1950, fait irrésistiblement penser à la guerre froide, aux affrontements diplomatiques entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, à la colonisation. Le Royaume de Dieu, venu de 1954, lors du rejet de la guerre du Vietnam, reste à l’image de nos peurs, de nos désirs de paix et d’amour. La spéculation littéraire se double d’une réflexion civilisationnelle.

On a souvent reproché, à juste raison, à la science-fiction d’agiter des aventures puériles au milieu d’une quincaillerie spatiale, et dans une langue peu soucieuse de richesses stylistiques et d’idées profondes. Ce n’est en rien le cas parmi la plupart des titres des Dyschroniques, variantes temporelles des dystopies, vade-mecum et apologues politiques. Car ces miniatures science-fictionnelles ouvrent sur le macrocosme philosophique.

 

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Autre auteur membre des Dyschroniques, Marion Zimmer Bradley, dans La Vague montante, imagine en 1955, et en rousseauiste impénitent, une société d’abondance frugale qui s’est débarrassée de l’empire des technologies. Libération ou cauchemar, cette utopie est certes aussi aimable que réactionnaire. Si la science est domestiquée pour se soumettre à cet idéal agreste, l’utopie a un fort parfum d’anti-utopie, de tyrannie enfin : « chacun d’entre nous mène une vie paisible, équilibrée, à l’intérieur du petit horizon de son village, où l’on est responsable de soi, et responsable envers son entourage. Et d’autre part, si on en est capable, on mène une vie élargie, en dehors du village, en travaillant pour d’autres, mais, encore et toujours, pour des individus et non des idéaux abstraits. »

Marion Zimmer Bradley (rare femme science-fictionneuse) s’oppose alors radicalement avec Franck M. Robinson, dont Vent d’est, vent d’ouest montre pour notre plus grand effroi un monde où la passion automobile, voire son fétichisme, l’emporte sur le besoin de respirer, où « le ciel vire au brun ». Certes, ce dernier auteur avait bien des excuses, lorsqu’en 1972, il écrivit ce triste apologue à thèse. N’est-on pas en train d’imaginer aujourd’hui que cette pollution va s’amenuiser, non par diminution du parc automobile, mais par évolution des technologies, moins énergivores, plus filtrantes, bientôt peut-être ne se nourrissant que d’hydrogène, d’air comprimée, d’eau…

 

Nous alertant, jouant sur nos peurs, la science-fiction se fait alors Ecofictions, pour reprendre le titre de Christian Chelebourg. Faute d’exalter le progrès, les deux cents romans, films, bandes dessinées, essais et autres publicités, sélectionnés dans cette ambitieuse étude, dressent un réquisitoire sans appel contre les sociétés industrielles. Coupables, forcément coupables, elles ne sont guère vues pour ce qu’elles sont : un formidable progrès en termes d’espérance, de sécurité et de loisir de vie. Mais pour le poids de catastrophes écologiques, réelles ou fantasmées, qui s’abattent en avalanches sur l’humanité. Pollutions plus crasseuses les unes que les autres, réchauffement climatique imparable -cette probable fiction de scientifiques et de politiques en mal de prophétie, de reconnaissance et de pouvoir-, catastrophes naturelles, épidémies anciennes et nouvelles, manipulations génétiques aux conséquences effarantes, tout y passe. S’il est difficile de croire en toute vérité à ces fictions littéraires et cinématographiques, il est plus que divertissant, inquiétant et fascinant de se plonger dans les mondes emboités en cet essai, mené de main encyclopédique par Christian Chelebourg. « Surenchère et grand spectacle », « fléau », « souillure » et « démiurgie », OGM et CO2, prophètes et savants, « population zéro » fondent les classifications de l’essayiste qui offre un miroir hallucinant à l’imagination née de l’apocalyptique effroi du lendemain…

 

Le dix-neuvième siècle, volontiers scientiste, croyait au progrès. Le vingtième siècle en a vu à la fois l’incroyable perfectionnement au service de l’humanité, autant que les dérives nucléaires ou chimiques, par bombes atomiques et surpollutions interposées. Au point que notre vingt et unième siècle fasse de chaque jour nouveau un jour de science-fiction. Pire ou meilleur ? Il serait bon que, de plus en plus, les progrès scientifiques soient aux petits soins autant pour les hommes que pour la planète. A condition que les politiques  écologistes ne les entravent pas par la religiosité de leurs tyrannies étatistes et idéologiques. Qui sait si une nouvelle science-fiction, une nouvelle sagesse, sauront nous éclairer, ou nous tromper…


Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 18:19

 

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Combat des Grecs et des Amazones, vase attique, IV° siècle avant J.C. Naples, Musée National

 

 

 

 

 

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière.

Anthropologie de la division sexuelle du travail,


Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 192 p, 17,90 €.

 

 

A moins de les trouver parmi les tombes Scythes, les guerrières Amazones semblent n’avoir été qu’un mythe. Les armes sont masculines, le foyer est féminin. Mais à l’heure où les débats sur l’égalité des sexes font rage, il est bon de dépasser le déni d’une réalité  sexuée ou l’idéalité d’un monde unisexe. D’où vient cette prégnante division sexuelle du travail ? L’anthropologue permet de déceler, comprendre les croyances enfouies au fond des comportements humains depuis la préhistoire.

 

Pourquoi les femmes ne chassent-elles pas, ne sont ni soldats, ni bouchers ? Une immense majorité de cultures les cantonne à la maternité, au tissage, à la cueillette. Parce que le sang des règles et de l’accouchement entraîne une conséquence inouïe : «  Les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux ».  On évite « la conjonction du même avec le même » de peur de catastrophes, ce qui se justifie dans le cas de la consanguinité. De plus « ce partage des tâches est strictement parallèle à celui entre domaine animal et végétal », sauf aux régions arctiques. L’explication « combine motifs symboliques et contraintes économiques ». De même la femme est exclue de la prêtrise (mais aussi du rabbinat) parce qu’elle ne peut toucher le sang du Christ. Le suicide est partagé selon les sexes, sanglant ou non. Cave à vin, sidérurgie, sont royaumes masculins, souvent interdits à la femme. Il y a « laboureur et semeuse », car la charrue coupe la terre, alors que le sexe féminin est associé à une coupure. L’agriculture est féminine quand les Iroquois sont d’abord guerriers. Et le progrès technique semble défavorable à la femme, « servante de la machine » : dès qu’un travail devient métier, il devient masculin. Seules chasseresses et soldates de l’Histoire, Diane et Jeanne d’Arc, parce que vierges…

 

Tabous et préjugés s’effacent à grand peine, alors que les femmes ont aujourd’hui le droit d’investir les sous-marins français. Les Israéliennes sont couramment des amazones, quand les cuisinières sont encore rarement les grands chefs. L’essai d’Alain Testart, aussi clair que roboratif, permet de radiographier la persistance de nos mentalités, pourtant dignes d’évoluer. Au point que, Messieurs, les femmes soient en train d’investir tous vos domaines d’élection, voire bien souvent vous dépasser…

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, mars 2014

 

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 19:17

 

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Aubrey Beardsley : Isolde, 1900

 

 

 

Richard Wagner : Tristan und Isolde


par Philippe Jordan, Peter Sellars et Bill Viola, Opéra Bastille


 


Mourir d’amour à l’opéra est possible, d’autant plus si l’on meurt d’amour pour la musicalité. Pourtant, l’orchestre wagnérien peut être hélas parfois pâteux. Avec Philippe Jordan, il est d’une solide clarté, d’une lisibilité ineffable, presque jusqu’à suggérer des accents debussystes. Le motif du désir est une montée languissante des accords qui ne s’apaise jamais. L’aspiration à l’amour et à la communion érotique est sans cesse appelée vers le haut tout en étant inéluctablement et déceptivement attirée vers le bas. Le cor est une ductile nostalgie ; les cordes sont soyeuses et la dynamique surprenante, éblouissante… Le désir de nuit et de mort qui enténèbre l’opéra Bastille nous rappelle qu’il s’agit là d’une réécriture, à la fois du mythe médiéval, à la fois de l’amour de Wagner pour une Mathilde Wesendonck mariée, tout en  retrouvant un écho des Hymnes à la nuit de Novalis.

 

La performance du ténor Robert Dean Smith en Tristan est impressionnante. S’il parait au début être un peu effacé par l’omnipotence de la voix de la soprano Violeta Urmana en Isolde, tour à tour d’une étincelante puissance et d’une suave intimité, il prend toute son ampleur dramatique dans le troisième acte. Jochen Schmekenbecher en Kurnewal est époustouflant de vigueur et de sensibilité. La basse Franz Josef Selig en roi Marke est si profonde, le grain est si sûr, que l’on regrette de l’entendre si peu. Le chœur des marins, seule originalité scénique, quoique modeste, chante du haut des balcons, en un bel effet de spatialité, comme entre Irlande et Cornouailles.

 

Mais dans l’espace strictement, voire tristement, fonctionnel de l’Opéra Bastille, le degré zéro, virgule zéro un, de la mise en scène est atteint par Peter Sellars. Au point de se demander si son absence n’est pas requise pour un tel assaut de minimalisme, ce qui est déjà un concept trop flatteur à son égard. Certes, il faut craindre pour Wagner la surabondance historiciste, le kitsch de la mise en scène ; et, pour Tristan en particulier, le bateau avec la proue du drakkar, les voilures gonflées et les marins hâlant les cordes, les armures de chevalier, les somptueuses robes royales, tout ce qui serait illustration et grandiloquence.

Mais à trop dépoussiérer il ne reste que le vide : seule un maigre parallélépipède sert au choix de banquette, de tombeau, de lit d’amour bien inconfortable autant que rigoriste. Tout cela dans le presque noir, où bougent si peu les chanteurs, vêtus de costumes et robes longues noirs, sacs féminins et toiles prolétaires, recyclés d’Emmaüs, seulement nuancés, sans nécessité, de beige au troisième acte.

En son amour-haine pour Wagner, qu’a voulu nous dire Peter Sellars ? Qu’il n’y a plus aucun être-là pour l’amour passion postromantique, sauf dans une abstraction conceptuelle qui ne se réalise que dans le fantasme musical de l’œuvre d’art totale ? Que la théâtralité du décor n’est qu’une obscénité ? Qu’il n’y a plus rien à dire sur Tristan, sauf Tristan lui-même ? Que le transposer dans un décor petit bourgeois du XIX°, chez les princes arabes ou chez les dignitaires nazis et soviétiques n’est plus une transgression ni une lecture riche d’enseignements, que le soupçon d’homosexualité entre Tristan et le roi Marke (malgré le baiser de ce dernier) qui ne punit pas son fidèle et ne cherche qu’à le pardonner, voire de la part de Kurnewal qui ne cesse d’appeler Tristan « Mon héros », n’intéresse plus personne, même s’il s’agit peut-être du reflet de la relation triangulaire entre Wagner, Cosima et Louis II de Bavière[1]… Sans compter que l’on n’est pas sûr de voir mourir Isolde, restée debout. Car le puritain hiératisme ne parvient qu’à figer les non-acteurs dans de brefs carrés de lumière, au sol…

Reste la seule audace visuelle : les vidéos de Bill Viola. Pour signifier ou parer à l’inexistence de la mise en scène, l’image filmique a l’avantage considérable de ne rien coûter (quoique le vidéaste doive saler sa note, lorsqu’il expose conjointement au Grand Palais), et le désavantage considérable de signifier au spectateur que son statut culturel d’afficionado de l’opéra n’a qu’à s’incliner devant la vulgarité commune de l’image télévisuelle tremblotante. S’il y a de beaux moments métaphoriques où un couple se dévêt comme des allégories de la Nuda Veritas, lave son visage et son corps sous une eau lustrale, où des bulles d’air circulent dans un bleu marin, où les flammes s’embrasent, formant des antithèses eau et feu, stèle de lumière et de couleurs au-dessus des chanteurs, bien d’autres sont des crachouillis de flous agités, de flashs éblouissants au travers des feuillages, détournant désastreusement l’attention hors des personnages.

 

Reste l’émotion. Servie par un orchestre parfait, des chanteurs au grain de voix et aux phrasés puissants et sensibles, elle résiste en toute splendeur poignante aux parasites de la vidéo, au désert scénique qui parait signifier l’épuisement du budget autant que de l’imagination. Au-dessus même des couleurs de Bill Viola, sont les couleurs sonores de l’impossible passion, de l’impossible joie dans le réel, de l’impossible mystique des amours nocturnes, qu’ils soient sourdement homosexuels ou apothéotiques de l’aspiration à l’union du féminin et du masculin. La castration de l’éros qui condamne les amants, autant que la réalisation de la féminité, atteint son acmé dans le chaos savant et épuré d’une musique aux accents brutalement et suavement universels. Seuls philtres d’amour, la nature humaine inéluctable et l’opéra wagnérien, dont le temps, quoique plus épais qu’un sang coagulé, s’enfuit toujours trop vite…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie


Voir : Céline et Wagner : encore l'indignité du génie ?



[1] Voir Philippe Olivier : « Le roi Marke, Kurnewal et Melot ou trois évangiles de l’homosexualité wagnérienne », Obliques Wagner, 1979.

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:42

 

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Fuginraijin Tawarya : Dieux du tonnerre et du vent, XVII°, Musée national de Kyoto

 

 

 

 

Alain Nadaud : Des montagnes et des dieux,


deux espaces de fiction

 

 


Alain Nadaud : Le Passage du col, Albin Michel, 324 p, 19€ ; 

Dieu est une fiction, Serge Safran éditeur, 288 p, 19 €.

 


 

Où sont les dieux du tonnerre et du vent ? Au-dessus des nuages, parmi les sommets des montagnes, sont le séjour des dieux. Et si Alain Nadaud a rencontré les montagnes réelles pour en faire des fictions parmi ses livres, il n’a rencontré nulle part les dieux, sinon leur fiction. Arpentant avec la même aisance le roman et l’essai, il garde la tête froide et fort critique devant les spiritualités tibétaines autant que parmi la ribambelle de déités qui règne sur les cerveaux de l’Histoire et de nos contemporains.

 

Dans notre imaginaire le Tibet oscille entre l’actualité politique, des paysages époustouflants et une religiosité intense. Si Alain Nadaud n’avait fait que réunir habilement ces trois instances, il aurait déjà bien mérité du roman. Mieux encore, il ajoute à ce roman d’aventure entraînant qu’est Le Passage du col une analyse de la collusion entre la psyché et l’écriture tout à fait pertinente.

Il commence comme un simple récit de voyage, en toute modestie donc. Un écrivain, peut-être en mal d’inspiration, franchit les gorges de l’Himalaya, plus éprouvantes, plus vertigineuses les unes que les autres, à bord de véhicules brinquebalant sur des pistes en devers et en surplomb. Jusqu’à ce que, bloqué par un éboulement titanesque, sans compter les tracasseries des policiers chinois, il doive accepter l’hospitalité de deux lamas dont la sagesse lui sera bénéfique. En contrepartie, il devra rendre compte de son expérience et ainsi rendre justice à ce Tibet opprimé. La marche, aussi belle qu’épuisante, purificatrice, passe par le col, lieu de transition symbolique. Grâce à la méditation en un pauvre monastère, il parvient à une révélation : les rêves sont des traces dispersées depuis nos vies antérieures… Bientôt, il ne connaît plus guère la frontière entre réalité et fiction, entre vie vécue et vie écrite. C’est ainsi que le roman autobiographique et poétique devient un roman d’initiation.

Que sont ces vies antérieures ? L’écrivain -et le lecteur avec lui- a la surprise de bientôt constater qu’il s’agit de réminiscences des précédents romans d’Alain Nadaud lui-même. Est-ce une façon de dire que nos vies antérieures sont à la source de nos créations qui n’en sont que des répétitions ? Ou le contraire ? S’agit-il de l’ironie d’un moraliste qui ne croit guère en ces fictions religieuses ou -appelons les autrement- ces superstitions… Parmi ces vies, le voilà « pêcheur à Délos » subjugué par « l’homéride », « légionnaire romain » mourant, moine copiste qui se découvre écrivain, ou archéologue. C’est donc à la découverte de son inexplicable destinée d’écrivain, depuis son enfance, lorsqu’il se découvrit cette vocation, que ce voyage montagnard et spirituel conduit. Mais ce « passage du col » est aussi celui de l’utérus maternel par lequel retrouver ses origines, ses vies antérieures et leurs dangers. Danger également en cette lamasserie perdue où les soldats chinois viennent imposer leur campagne de rééducation socialiste et vexatoire, où l’écrivain est découvert par une furieuse et néanmoins désirable soldate…

Lors de ces échappées paysagères et spirituelles, on pense aux poèmes de Segalen, et plus particulièrement à celui en prose du même nom : « Le passage du col », dans le recueil Equipée[1], ensemble de mouvements voyageurs et mentaux au travers du continent chinois et jusqu’au Tibet. Alain Nadaud ne rend-il pas discrètement hommage au poète ?

Trop souvent, le Tibet et le bouddhisme donnent lieu à des spiritualités de bazar. Sans compter que le mythe des vies antérieures et des réincarnations, « trop beau pour être vrai » n’est probablement qu’une « religiosité de pacotille », une faribole consolatoire à l’usage de ceux qu’une vie de peines ne remplit pas de satisfaction. Ce que dénonce l’écrivain, y compris devant le lama qui alors devient son guide vers une méditation plus fine entre « voie de l’éveil » et « voie de l’endormissement ».

Le voyage vers cet au-delà, ou plutôt en-deçà, tel que présenté par Alain Nadaud, a le mérite insigne de proposer une distance critique, en ramenant ces vies rêvées à ce qu’elles sont : des fictions. L’écrivain apprendra pourtant à retrouver confiance en son art et en sa nécessité. Ainsi, une réelle logique relie ses voyages, montagnards et intérieurs, sa culture de l’antiquité et des mythes avec les étapes d’une écriture particulièrement évocatrice et qui n’oublie pas d’être un espace de liberté contre les oppressions, qu’elles soient chinoises ou religieuses. En cet horizon de sommets et de miroirs romanesques, Alain Nadaud se montre borgésien, mais à sa personnelle manière, avec autant de virtuosité que de clarté : celle du rêveur sans illusion de mythes. Comme lorsqu’avec une rigueur implacable, il démonte et dénonce la fiction. Mieux vaut alors lire la fiction de l’écrivain que croire en celle d’un dieu.

 

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Cette critique du religieux trouve bientôt son pendant dans un essai rigoureusement ordonné : Dieu est une fiction. Le sous-titre est parlant : « Essai sur les origines littéraires de la croyance. » Autrement dit, les textes sacrés ne sont écrits que de main d’homme, il est nécessaire et pertinent de leur appliquer une méthode de lecture critique et historique. Lire la Torah, la Bible, Les Métamorphoses d’Ovide et le Coran n’est rien d’autre que lire des romans, des poèmes et des propositions juridiques. La Théogonie d’Hésiode et les Evangiles sont des « œuvres d’imagination ». La seule chose qui les sépare est qu’en la première plus personne ne croit plus. Inventer des dieux « pour ne pas se désespérer de son sort » reste une activité honorable, si elle ne devient pas une tyrannie contre autrui, « au coût exorbitant de son asservissement, de la confiscation de sa liberté de pensée et d’agir ».

De là à en inférer que « le culte de la littérature ne faisait aujourd’hui que participer à la perpétuation de la croyance », il y a peut-être un pas qu’il ne fallait franchir qu’avec précaution : aimer les textes ne signifie pas croire aveuglement en la réalité de leurs personnages et en l’autorité irréfragable de leurs maximes… probablement s’agit-il là d’une mélancolie venue d’une perte de confiance en l’écriture, d’une anomie de l’inspiration, comme en témoigne son Journal du non-écrire[2].

L’essai Dieu est une fiction dévêt les croyances de leurs voiles. Anthropomorphes, bouffis du besoin d’être adulés, capricieux et vengeurs sont trop souvent les dieux. Avec modestie, Alain Nadaud, qui ne prétend ni à la vérité, ni à l’exhaustivité, charge toutes, ou presque, les religions. L’animisme est conspué pour sa naïveté et son ridicule, malgré les qualités d’imagination et de fascination de ses conteurs inspirés. Les mythes n’ont plus qu’un statut littéraire, « projection splendide ou sordide des passions qui animent l’humanité ». Les prophéties bibliques sont des stratagèmes pour faire parler Dieu lui-même ; les prodiges d’un récit « à plusieurs mains », nourrissant l’exégèse juive, n’ont pas été retenus par les historiens, quoique flattant l’orgueil du « peuple élu », sans cesse frappé de déception. Le christianisme est plus universaliste, moins contraignant, il réussit à faire avaler une fiction risquée : Dieu s’incarne en un homme. Contribuant à la fin de l’esclavage et à la séparation des pouvoirs spirituel et temporel, le discours pacifiste des Evangiles ne sera pas toujours entendu, en tout cas pas à la hauteur du mystère de la Sainte-Trinité, « invention délirante et acrobatique », source de querelles, de schismes et d’hérésies. Quant au monothéisme de l’Islam, il n’est qu’un outil politique et guerrier de conquête, assure-t-il, s’appuyant sur l’excellent historien Rodinson[3]. Le Coran n’a « aucun ordre logique », n’est qu’une incantation répétitive, obsessionnelle et autoritaire. Pillant la Torah dont Allah prétend être l’auteur, puis le personnage de Jésus, sans compter la bourde des « versets sataniques », il assure la tyrannie d’un dieu abstrait au moyen du « plagiat et de l’artifice littéraire ». Déçu par le recul des Juifs devant son chef-d’œuvre, Mahomet les vouera aux pires exécrations sanguinaires, tout en perpétuant une « brutale domination sexuelle » en moyen des vierges à disposition dans le paradis. Le Coran ne supporte guère la comparaison littéraire avec la Bible, Mahomet ne pouvant rivaliser avec une création d’un millénaire. La critique du style et de la composition du « texte acrimonieux et vindicatif » est sans indulgence. Pourtant sa persuasion presque planétaire est affolante…

Quelques soient les dieux, ils « n’apparaissent et ne s’imposent que dans et par l’imaginaire des hommes » et au moyen de leurs clergés trop souvent impérialistes. Rendons grâce à toutes ces religions pour les trésors d’art, de musique et de littérature, et aux Grecs de n’avoir été ni prosélytes ni fanatiques. Pourtant, le fanatisme et l’extrémisme sont des « raidissements » devant « la sourde perte de croyance ». Car comment comprendre que ces dieux ne se soient adressé qu’à quelques tribus, au lieu de la terre entière, sinon en démasquant leur fausseté. Ce qui surexciterait la susceptibilité des bras armé des dieux.

La lecture d’Alain Nadaud est aussi savante et informé que fluide, son argumentation raisonnée parait ne souffrir aucune contradiction. Y compris lorsqu’il démonte l’argument de l’intraduisible texte sacré, en arguant des traductions de Don Quichotte[4] qui n’empêchent pas le vent du chef-d’œuvre. En revanche il n’est pas sûr que l’exégèse soit toujours un « gaspillage d’intelligence », si l’on sait que l’étude du Talmud vivifie l’intellect des Juifs, quand la récitation coranique abrutit celui des Musulmans. Car « le croyant défend bec et ongles son désir de soumission à une autorité qui pense pour lui ». Nous sommes alors bien loin de la devise des Lumières selon Kant[5] : « Ose savoir ! »

Au-delà de cette soif de croire, ne reste au bout du compte, selon Alain Nadaud, qu’à trouver « une mystique de l’athéisme », formule peut-être excessive. La « lucidité » de l’athée le conduit à savoir que « l’homme est l’ultime horizon de lui-même », qu’il doit « aménager le vivre ensemble », à repousser la question du mal, imputé à Satan, vers l’humanité elle-même. La sagesse critique d’Alain Nadaud est évidemment de l’ordre d’un humanisme, sans qu’il soit nécessaire d’y aménager une place pour des dieux dangereux. Polémiste il conclue : « la religion est le trou noir de l’intelligence », ce que l’on peut trouver bien excessif… Il en appelle à une « spiritualité » de l’athéisme, recentrée sur « les activités artistiques […] l’amour d’une femme ou d’autrui ». Et pourquoi ne pas penser aux activités économiques au service de l’humanité ?

 

Au sortir de deux livres plaisants, efficaces, roboratifs, usant des deux facettes du roman et de l’essai, la pensée du lecteur ne peut que s’élever, autant au passage du col montagneux qu’à la hauteur des mensonges décryptés des dieux, humains, trop humains. Pourquoi accordons-nous tant de prix à ces fictions que sont les dieux du tonnerre et du vent, Aphrodite ou Bouddha (quoiqu’il fût selon la légende un homme), Christ ou Allah, sinon pour nous illusionner… A moins qu’ils soient le soupçon, l’appel de cette transcendance qui nous est consubstantielle et consolatoire. Est-ce à dire qu’il faut rejeter les textes religieux ? S’il y a parmi eux de la sagesse et de la beauté humaines, certes non. S’ils sont fanatisme, obscurantisme et intolérance, voire appel à l’esclavage des femmes et au meurtre, on gagnera bien sûr à les ranger dans les bas rayons des mauvais documents, aux côtés de Mein Kampf et du Manifeste communiste, ces fictions dangereuses aux montagnes de morts bien réelles, à seule fin des historiens des mœurs.

 

Thierry Guinhut

La Partie sur Le Passage du col est parue dans Le Matricule des Anges, mars 2009

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Victor Ségalen : Stèles, Peintures, Equipée, Club du Meilleur Livre, 1955.

[2] Tarabuste Editeur, 2014.

[3] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 16:38

 

Bibliothèque astronomique. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Umberto Eco : de la nécessité de l’ennemi

et autres embryons occasionnels.

 

 

Umberto Eco : Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels,

traduit de l’italien par Myriem Brouzaher, Grasset, 304 p, 19 €.

 

 

Comme l’homme bleu du Graduale Ludwig, le savant et facétieux médiéviste Umberto Eco sait éclairer nos ignorances d’un jour nouveau, jusqu’aux « astronomies imaginaires ». Seul un esprit jaloux pourrait alors être l’ennemi d’Umberto Eco. Pourtant, il fut fort étonné lorsque son chauffeur lui fit comprendre qu’il lui en fallait au moins un. Construire l’ennemi, l’essai-titre, est certainement le plus pertinent de ceux réunis par l’illustre Umberto Eco en ce recueil, quoique ces textes modestement occasionnels aient tous leur charme, leur grain de sel fécond. Leur intérêt historique, bibliophilique, ne préjuge cependant pas de la dimension sociétale et de philosophie politique des plus percutants, sur la question de l’ennemi et de l’embryon, de l’absolu et du relatif, à partir de quoi nous pouvons peut-être rêver et construire une éthique.

 

Certes, il y a là des pages diverses et inégales. On pourra plonger avec gourmandise dans « La flamme est belle », sur le feu divin et infernal, feu de Prométhée et de l’inquisition, dans les « Délices fermentés », sur les fromages presqu’aussi putréfiés que les cadavres, venus du gourmet littéraire Camporesi. S’en suit une judicieuse, à la fois affective et ironique, analyse de la « grandiloquence » et du « style excessif », nourri d’oxymores de Victor Hugo, dans laquelle il s’attache à la figure de Gwynplaine, anti-héros de L’Homme qui rit et figure de la laideur. Sans compter « la Liste Interminable » qui parsème et alourdit Quatre-vingt-treize. On devine qu’Umberto Eco y lit également ses propres penchants et curiosités puis qu’il a produit aussi bien une Histoire de la laideur[1] qu’un Vertige de la liste[2]. Reconnaissant que le sublime hugolien peut être à la hauteur de la Révolution et de la Vendée, il termine avec un « Hélas. » Visiblement il est plus impressionné, ému, par un autre romantique, fils de la plume d’Alexandre Dumas, Edmond Dantès. Ce dernier est le surhomme et super héros, mythe auquel il a consacré un essai entier[3], du roman-feuilleton, dont l’ « agnition », ou reconnaissance, est l’un des principaux moteurs narratifs et infaillibles.

 

Graduale Ludwig, 1460-1480, Paul Getty Museum, Los Angeles

 

Plus loin, il se penche sur les « Astronomies imaginaires », confiant à son lecteur comment il a baptisé sa collection de livres anciens : « Bibliothèque sémiologique, curieuse, lunatique, magique et pneumatique ». Il rétablit alors la vérité sur un mythe : non, ni l’Antiquité ni le Moyen-Âge n’ont cru que la terre était plate, seuls quelques-uns, reprenant Lactance, Cosmas ou autres farfelus ont entériné cette naïveté. Le propos, illustré par des cartes anciennes, parfois bien étranges, est un voyage érudit parmi des cosmographies pittoresques, imaginatives, ingénieuses ou plus rigoureusement scientifiques. Qui se continue jusqu’au travers des astronomies de la science-fiction, aux fantasmes de la « Terre creuse », aux « mirabilia » de fumeux géographes, avant de rebondir au travers d’une autre communication qui se demande « pourquoi l’île n’est jamais trouvée ». On devine qu’il s’agit des variations autour de l’ile d’Utopie, qui est un de ses lieux favoris de légende[4]

Si l’on peut déceler une pointe d’humour parmi ces voyages bibliophiliques, rien ne vaut à cet égard l’énumération des dix-sept arguments opposés au génie de Joyce. Ulysse s’y voit étripé de belles et indues façons, au moyen des préjugés, de l’inculture, du conservatisme, voire de l’antisémitisme de divers critiques oubliés. Au point que cette anthologie de billets malintentionnés permet en creux de deviner toute l’estime qu’Umberto Eco porte à cette réécriture moderne d’Homère.

 

 

Mais les plus inspirés et utiles essais s’intéressent à nos libertés de pensée et de vivre, qu’il s’agisse de la notion d’ennemi ou de celle du relativisme. Car en son taxi newyorkais, il fut forcé de se confronter au « besoin ancestral d’avoir des ennemis ». En effet, son chauffeur s’étonna qu’en tant qu’Italien, il ne se connaisse aucun ennemi. Victoire pacifique de l’Europe sur elle-même et sur les autres qui ne seraient plus des barbares, ou ignorance bien naïve ? S’appuyant sur l’exemple des Américains qui « risquaient de perdre leur identité jusqu’à ce que Ben Laden […] leur ai tendu une main miséricordieuse », il révise son raisonnement. Si « un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un nouvel obstacle, mesurer son système de valeur », il ne s’agit pas pour lui de retrouver la guerre comme valeur, ou de « marquer l’infamie d’autrui », qu’il soit « Juif » ou « Nègre ». Son analyse historique de la « puanteur » de l’ennemi, « Gitan » ou « Sarrazin », de la femme comme « sac d’excréments », selon Odon de Cluny, est à la fois hilarante et tragique. Défilent alors les « procès en sorcellerie » et « staliniens » contre l’ennemi fantasmé et anathèmisé par les religions fanatiques, y compris les variantes du marxisme, jusque chez Orwell.

Que faire si l’on est ami de la paix ? « Je dirais que l’instance éthique survient non quand on feint qu’il y ait pas d’ennemi, mais quand on essaie de les comprendre, de se mettre à leur place ». Indubitablement, Umberto Eco a raison en cette humaniste position. Cependant l’ennemi n’a pas toujours la même éthique, au contraire. Il faudra bien s’en défendre pour ne pas voir les valeurs de la tolérance et de la liberté éradiquées par celles de l’obscurantisme, du fanatisme et du machisme, dont le principal agent contemporain n’est pas ici nommé, mais que notre patient lecteur n’aura pas de peine à identifier. Du moins s’il ne fait pas preuve de mauvaise foi, de lâcheté, s’il ne pousse pas de cris de saint outragé devant le sous-entendu prétendument nauséabond[5]. Si Umberto Eco nous a parfaitement dit comment « construire l’ennemi », il n’a pas daigné déconstruire notre ennemi pour mieux construire l’amitié de la civilisation.

 

 

C’est avec bien des précautions rhétoriques qu’Umberto Eco prévient qu’il ne vise pas à « soutenir des positions philosophiques, théologiques et bioéthiques sur les problèmes d’avortement ». Cependant, se limitant à « donner la position de Saint Thomas d’Aquin », il ne peut que s’interroger, presque d’une façon foucaldienne, sur l’archéologie des savoirs, et laisser son lecteur libre d’infirmer ou de confirmer cette thèse médiévale qui est loin d’être obscurantiste et obsolète.

Quand l’âme est-elle « insérée dans le fœtus » ? Voici la réponse de Saint Thomas d’Aquin : « Dieu introduit l’âme uniquement quand le fœtus acquiert, au fur et à mesure, d’abord l’âme végétative, puis l’âme sensitive ». L’ « âme rationnelle » étant l’identité humaine de l’individu. Ainsi, « l’embryon est animal avant d’être homme » et il ne prendra pas « part à la résurrection de la chair si d’abord il n’a pas été animé par l’âme rationnelle. » C’est-à-dire, traditionnellement, pas avant quarante jours. Il ne s’agit pas alors de penser à absoudre l’avortement. Mais on peut se demander si l’Eglise n’adoptera pas un jour un point de vue plus indulgent ; comme elle a su interpréter de manière non créationniste, mais darwinienne, les sept jours de la création, qui sont sept « phases, du moins complexe au plus complexe ».

Un rien malicieux, s’arrêtant là pour livrer « ces documents à la réflexion de [ses] auditeurs », lors d’un congrès sur « L’éthique de la recherche », Umberto Eco ne manque pas d’instiller le délicieux poison de la tolérance entre l’église, la conscience individuelle et la science. Reste que les progrès de cette même science et de l’éducation à la contraception devraient pouvoir éliminer le problème de l’avortement, survivance barbare pour les femmes autant que pour l’enfant à naître, réelle liberté à respecter, quoiqu’elle soit plus avisée lorsqu’elle se prend en main à égalité entre homme et femme, au moment de l’acte sexuel. A moins qu’il ne s’agisse là que d’un vœu pieux que l’auteur de ces modestes lignes aimerait dédier à Saint-Thomas d’Aquin, théoricien du libre arbitre…

Ce dernier croyait en un Absolu divin. Nous avons heureusement en ce domaine relativisé. Mais avec le désastreux penchant de ne voir plus que le relatif, que le tout se vaut, que le chacun son idée : « il semble que cette distinction entre divers critères de vérité, typique de la pensée moderne et en particulier de la pensée logico-scientifique, donne lieu à un relativisme entendu comme maladie historique de la culture contemporaine, qui nie toute idée de vérité. » Défendant mordicus la vérité scientifique, que cette vérité soit Dieu ou non, Umberto Eco n’en garde pas moins le souci d’une « loi morale ». Que cette dernière ne soit pas un « Absolu », certes, il reste du moins à notre sens du respect de l’humain d’établir sa légitimité, dans le cadre de son intégrité et de sa liberté.

 

L’humilité de l’essayiste, qui parait ne jeter que d’un clavier léger ces brefs et vifs essais, cache à peine un vaste vaisseau philosophique. Ainsi l’auteur du Nom de la rose, quoiqu’il n’écrive pas là d’essais longuement fouillés, sait offrit à ses lecteurs préférés des embryons occasionnels déjà bien en corps, et qui ne demandent qu’à devenir des pensées de pleine maturité. Son érudition historique et bibliophilique, toujours enrichissante, parfois malicieuse, nous laisse alors la responsabilité de construire éthiquement nos jugements de valeur, sans choir dans la terreur de l’absolu ni dans l’aporie du relatif.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir également :

Eco, Darnton : Destins du livre, du papyrus à google-books

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Umberto Eco : Baudolino ou les merveilles du Moyen-âge

Umberto Eco Numéro zéro : petit pamphlet romanesque d'une Italie pressée par les médias

 


[1] Umberto Eco : Histoire de la laideur, Flammarion, 2007.

[2] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[3] Umberto Eco : De Superman au Surhomme, Grasset, 1993.

[4] Umberto Eco : Histoire des lieux de légende, Flammarion, 2013.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 12:42

 

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Borges amoureux :

lecture des Poèmes d'amour,

une anthologie magnifique et discutable.

 

Jorge Luis Borges : Poèmes d’amour, traduit par Silvia Baron-Supervielle,

Gallimard, 144 p, 15,90 €.

 

 

Parmi tous les dieux et les mythologies qui fécondent l’œuvre du poète de Genève et Buenos Aires, Eros semble absent. Jamais Borges n’a écrit de recueil amoureux. Aucun des récits des Fictions ou de L’Aleph n’est, malgré leur complétude cosmique, réellement tenté par l’amour, qu’il soit tendresse spirituelle ou sexualité invasive. Ce manque cruel est-il rude pudeur ou chasteté, ou peur de souiller ses récits par une facilité ? Pourtant le chasseur sentimental, une chasseresse en l’occurrence, puisqu’il s’agit de Sylvia baron-Supervielle, peut avec patience et minutie, trouver les traces sensibles du sentiment d’Eros parmi les poèmes de l’Argentin qui règne sur les bibliothèques de l’éternité. D’où le prix, pourtant discutable, de ces Poèmes d’amour, heureusement bilingues, quand ne le sont pas les volumes de la Pléiade qui fondent la Babel du maître.

 

Presque chaque recueil de Borges, de Ferveur de Buenos Aires en 1923, en passant par L’Or des tigres en 1972, jusqu’à Atlas en 1984, cache quelques vers amoureux. Souvent, de manière surprenante, à la fin, en une chute révélatrice, douloureuse, parfois heureuse : « un visage qui ne veut pas de mon souvenir »… Que ce soit dans des sonnets ou des poèmes en prose, surgit un « toi » inattendu, inexpliqué, cependant chargé d’émotion : « Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps ». Un « toi » élégiaque innomé, qui est la marque d’un manque fondamental : « Ton absence m’entoure / comme la corde autour de la gorge. » La solitude rôde autour de celui qui se peint en « spectateur de ta beauté ».

 

 

Qui est-elle ? Question vaine et grotesque. Changeante ou la même. Elle est cependant « définitive comme un marbre », son « front clair comme une fête » n’empêche pas qu’il reste au poète « le goût d’être triste ». Celui qui a « vieilli dans tant de miroirs » se confie : « Une voix attendue m’attendrait / Dans la dégradation de chaque jour / Et dans la paix de la nuit amoureuse ». Cependant seul il reste, dans « l’abus de la littérature », là où l’amour réciproque est fiction : il est « L’amour qui n’espère pas être aimé. » L’écriture s’élève alors aux plus hautes lueurs de la métaphore et de la pensée :

« Dans l’ombre de l’autre on cherche notre ombre ;

Dans le cristal de l’autre, notre réciproque cristal. »

Parmi tant de textes aux accents cosmiques ou épiques, le lyrisme amoureux, en sa brièveté, apparait comme une respiration humaine indispensable, trop souvent refusée, évidemment sans la moindre velléité de niaiserie : « C’est l’amour avec ses vaines mythologies, ses vaines petites magies ».

 

 

Le plus émouvant témoignage d’amour est peut-être, plutôt que de poursuivre grâce au souffle des vers de belles inaccessibles, de poser parmi ses grands recueils le nom de celle qui partagea la fin de sa vie : Maria Kodama, nommée à neuf reprises, à qui il dédicaça, en conclusion d’une de ces énumérations fabuleuses aux savoirs millénaires dont il a le secret, Histoire de la nuit, en 1977, puis Le Chiffre, en 1981. Car « la dédicace d’un livre est une opération magique ». Plus tard, en 1984, dans Atlas, elle est présente au point d’en avoir réalisé les photographies, souvent parmi la Grèce. Il s’agit là bien plus qu’une dédicace, le témoignage d’une création complice et partagée, d’une reconnaissance intellectuelle et affective : « Maria Kodama et moi nous avons partagé avec joie et surprise la trouvaille des sons, de langues, de crépuscules, de villes, de jardins et de personnes toujours distinctes et uniques. Ces pages voudraient être des monuments de cette longue aventure qui se poursuit. »

On connait la légataire universelle, la veuve intraitable et procédurière, réputée pour ses manipulations jalouses, en particulier lors de son conflit avec Jean-Pierre Bernès, méritant maître d’œuvre des deux volumes de La Pléiade, et dont le mariage tardif alarma le microcosme borgesien. Est-ce grâce à ce recueil qu’elle retrouvera la vérité de l’amour que vouait l’écrivain à sa dernière lectrice et secrétaire ? Au point qu’elle écrivît presque comme lui, dans l’épilogue d’Atlas. Hélas, l’ « Avant-propos » offert à cette anthologie n’est pas sans naïveté ni orgueil : « je me transforme en protagoniste et en amour de cette vie splendide et merveilleuse ».

 

Qui sait si Borges eût apprécié ce volume inquisiteur, en un florilège inédit qui exhibe ce qui était discrètement disséminé… Cette création d’un recueil artificiel que son auteur n’a jamais voulu, à moins qu’il l’eût médité en secret, nous est pourtant précieuse. Le génie tutélaire des labyrinthes et des bibliothèques millénaires avait cette humanité qui est profondément la nôtre : des Aphrodite fuyaient sa tendresse, quand l’une d’entre elles, Maria Kodama, consentit à s’égarer avec lui « dans le temps, cet autre labyrinthe ». Est-ce Eros qui parle lorsque le poète enseigne : « Celui qui lit mes mots les invente à mesure »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Voir : Christian Garcin : Borges, de loin

Voir : Un Borges idéal équivalent de l'univers : Anthologie personnelle ou de l'Art de poésie

 

Pompeo Girolamo Batoni : Eros, Diane et Cupidon, détail, 1761.

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 14:16

 

 

L'Ermafrodito dormiente, Museo Nazionale Romano, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Michel Foucault et Herculine Barbin :

un hermaphrodite au cœur de la théorie du genre.

 

Michel Foucault présente : Herculine Barbin, dite Alexina B.

Suivi d’Oscar Panizza : Un Scandale au couvent, Gallimard, 272 p, 19,50 €.

 

 

 

Pline l’Ancien rapporte que les hermaphrodites « qui ont l’un et l’autre sexe », « étaient appelés autrefois androgynes et tenus pour des prodiges, mais ils sont à présent considérés comme des objets d’agrément ». Il affirme de plus que « la transformation de femmes en hommes n’est pas une fable », rapportant avoir vu « un citoyen de Thysdrus, changé en homme le jour de son mariage[1] ». La société antique voyait dans la naissance d’un hermaphrodite une rupture au cœur du pacte entre les hommes et les dieux. Souvent, on les noyait sans autre forme de procès, à moins de les acheter sur le marché aux monstres. Aujourd’hui encore, ne les considère-t-on pas comme une erreur d’une nature qui n’a pas su séparer l’inconciliable, et qu’il faut corriger par un diktat arbitraire et chirurgical ? Pourtant ce sont des êtres humains dignes et souffrants, ce dont témoigne le récit autobiographique d’Herculine Barbin, emblématique au point d’avoir contraint l’auteur de l’Histoire de la sexualité, Michel Foucault, à les préfacer d’une plume polémique, au point d’être devenu un classique des études de genre.

 

Emouvante, la confession d’Herculine se ressent d’une rhétorique religieuse désuète et d’un pathétique à la Eugène Sue, puisque venue du milieu du XIXème siècle. Cependant, elle témoigne d’une indécision anatomique et sexuelle qui transcende les époques et les sociétés. Elevée à l’Hospice, puis au couvent, elle se prend d’affection pour une jeune fille qui décède bientôt. Retournée dans sa famille, la voilà « bouleversée à la lecture des Métamorphoses d’Ovide ». Elle se prépare à « l’état servile » d’institutrice, soumise à la tyrannie de ses supérieurs hiérarchiques. A dix-sept ans, « un léger duvet » apparait en même temps qu’un sentiment de différence. Ses émois devant ses condisciples féminines n’ont de cesse. Devenue institutrice heureuse, elle éprouve une passion pour Sara : on la croit son « amie », alors qu’elle est « son amant », malgré des « joies incomplètes » ! Le plus troublant peut-être est le passage du féminin au masculin parmi ses mots : « Ai-je été coupable, criminel, parce qu’une erreur grossière m’avait assignée une place qui n’aurait pas dû être la mienne ? »

Bientôt « Camille » (dont la bisexualité du prénom donnée par sa marraine est bien commode) doit se confesser auprès de l’évêque, d’un médecin, avant de « provoquer un jugement en rectification de [son] état civil ». Perdant ses prénoms féminins, il trouve une identité masculine ; comme le fera Calliope en devenant Cal dans Middlesex d’Eugenides[2], qui, d’ailleurs, écrivit son roman en réaction à ce récit. Hélas, il doit fuir sa province, les commérages, les exposés de la presse pour, malgré le soutien de son protecteur aimé, l’évêque, trouver des emplois intermittents à Paris et mener une vie misérable, quoique toujours chaste et attachée au souvenir de Sara. « Je n’ai pas souillé […] mon corps de hideux accouplements », plaide-t-il. Misère et solitude pousseront au suicide celui qui se cache sous les pseudonymes et tente de faire oublier son hermaphrodisme. Car, se dit-il, « jamais une vierge ne t’accordera les droits sacrés d’un époux ». Le lecteur ne peut qu’être sensible au cas insolite et à son humanité.

En fait Herculine n’est pas réellement un hermaphrodite qui aurait les deux sexes ; mais l’inachèvement du développement des deux permet alors de parler d’intersexuation : le rapport du médecin décrit « un corps péniforme de 4 à 5 cm imperforé », des « grandes lèvres […] très saillantes », avec « une ébauche de vagin ». L’absence de règles et « l’écoulement spermatique » paraissent faire d’elle un homme, ainsi que l’absence de poitrine et la pilosité. L’autopsie révéla qu’il « pouvait jouer dans le coït indistinctement le rôle de l’homme et de la femme », quoique stérile ; que le vagin servait à « l’émission du sperme ». S’agit-il de « tératologie », cette science des monstres ?

 

 

C’est en 1978 que Michel Foucault redécouvre et présente, dans la revue Arcadie, ce texte emblématique. Pour la première fois sont réunis aujourd’hui ce qui devient une préface, le texte autobiographique d’Herculine, les dossiers médicaux d’époque et la nouvelle de Panizza. Préface modeste de la part du philosophe, comparée à l’abondance qui entoure Moi, pierre Rivière[3]… Le projet de Foucault apparait ici tel qu’il est explicite dans son Histoire de la sexualité : « réinterpréter tout le dispositif de sexualité en termes de répression généralisée[4] ». En effet, au Moyen-Âge, l’hermaphrodite est sommé de choisir son sexe en se mariant, à condition de ne pas en changer, « sous peine d’être considéré comme sodomite » ; à partir du XVIII° siècle, le basculement vers l’obligation immédiate d’identité sexuée s’opère : « Désormais, à chacun, un sexe, et un seul ».

Pour reprendre la judicieuse postface d’Eric Fassin, « la thèse foucaldienne » énonce que « l’identité sexuelle ne préexiste pas à la loi ; elle se constitue dans le rapport au pouvoir ». Herculine est passée selon Foucault des « limbes heureuses d’une non identité », au milieu des jeunes filles, point de vue peut-être idéaliste, à la cassure du moi séparé par l’interdit. « Avons-nous vraiment besoin d’un vrai sexe ? » interroge alors Foucault. Pourtant l’on peut se demander si, en ce polymorphisme incomplet, elle était une lesbienne ou un hétérosexuel masculin, à moins d’imaginer sortir des carcans des catégories en parlant d’homme lesbien. Nous dirons aujourd’hui qu’attirée par les femmes dans un milieu féminin, l’hétérosexualité d’Herculine est en fait une homosocialité…

 

 

Une fois de plus « l’archéologie des savoirs », guide la réflexion de Foucault. Qui choisit pour son héroïne, en redoublant les noms féminins du titre, lorsqu’elle est dite « Alexina », une identité féminine. Non pour des raisons anatomiques, mais pour des raisons de genre, en tant qu’elle a vécu une éducation de fille, et contre l’imposition légale de la masculinité, bien qu’elle paraisse l’avoir souhaitée. En effet, il y a là, rappelle Eric Fassin, « pour l’homme chrétien, l’obligation de manifester en vérité ce qu’il est lui-même ». Pourtant, lorsque le sexe est biologique et le genre culturel, Herculine/Camille échappe à cette distinction puisqu’elle a les deux sexes, quoique aucun des deux ne soit complet. Cependant son éducation en tant que fille dans un milieu presque exclusivement composée de femmes n’a pu que renforcer son sentiment et ses appétences féminins, de façon à faire de l’identité biologique impossible une mosaïque d’identité de genre.

 

Herculine n’a pas cessé d’exciter la curiosité des cliniciens et des essayistes. L’écrivain allemand Oscar Panizza, lui-même médecin, revisita ce qui était devenu un cas célèbre pour le travestir en  Un Scandale au couvent[5], nouvelle qu’il publia en 1914. Le point de vue n’est plus autobiographique, mais celui, interne, de l’abbé, curieux de morale et de « tribadisme », qui doit statuer sur les relations de la jeune maîtresse Alexina et d’Henriette. Découvertes nues, enlacées, par leurs jeunes consœurs, elles sont conspuées : « Le diable et sa fiancée ! » Là encore un agrégé de médecine établira la masculinité de celle qui a « du poil aux jambes ». Le ton est volontiers amusé, ironique, agrémenté de la trouvaille des lettres offertes par Alexina à sa belle protégée, intensément lyriques, où « les « embrassements » sont des « symboles ». Ce « garçon-fille » et « faune » des couvents, selon Foucault, n’est pas loin de la rébellion de La religieuse de Diderot. Certes, malgré quelques légères allusions érotiques, voire joliment coquines, Panizza nous parait aujourd’hui assez sage, même si son récit eût pu choquer. Mais bien moins que sa « tragédie céleste », qui lui valut un an de prison, Le Concile d’amour[6], ce « chef d’œuvre de perdition » qui fouille « l’abîme du mal », selon André Breton qui eut à cœur de le préfacer en 1960.

 

 

 

L’on estime qu’un à quatre individus sur mille nait hermaphrodite, ou plus exactement intersexuel, selon des modalités diverses, dont le plus souvent des dérèglements hormonaux. Et quoique le cerveau se construise différemment selon les sexes, lorsque ces derniers sont plus ou moins indistincts les complexités interactives de la nature et de la culture rendent également floues les distinctions entre le sexe et le genre. Au-delà des cas d’intersexualité, la plasticité de la personnalité permet évidemment l’errance (nous n’avons pas dit l’erreur) entre les assignations de sexe. Ce qui n’enlève cependant pas sa légitimité à la masculinité et à la féminité, tout en sachant que selon les individus les frontières en termes de genre sont plus ou moins circonspectes… Reste que l’habituelle catégorisation en deux sexes est passablement obsolète. On parle alors d’ « archipel du genre ».

S’agirait-il alors d’un éros bisexuel originel ? Ce « trouble dans l’identité » signifie-t-il qu’il n’y a pas là de vrai sexe, au sens médico-légal ? On doit craindre par ailleurs qu’il n’existe pas de sexe sans loi, à moins d’imaginer que chaque corps puisse évoluer dans l’espace libre de sa propre loi en interaction avec celle d’autrui. En ce sens la liberté hétérosexuelle, homosexuelle, transsexuelle, ne se discute pas. A condition, certes, qu’elle ne franchisse pas les limites dangereuses de l’arrogance et du prosélytisme institutionnel, voire du commissariat politique, comme quelques thuriféraires de la théorie du genre auraient tendance à le faire.

 

Il n’est pas nécessaire de s’effrayer de la théorie du genre, de donner dans la caricature et dans l’hystérisation du discours, lorsqu’elle contribue à légitimer les identités des personnes intersexuées, à légitimer leurs choix et leurs libertés. Et lorsqu’elle contribue à lutter contre les violences chirurgicales imposées à des enfants par le corps médical ou les parents, lorsqu’elle permet une reconnaissance sociale à ceux qu’autrefois la honte reléguait dans l’interdit.

Au-delà de ces premisses, faut-il aller jusqu’à des enfants transgenres ? Les bourrer d’hormones pour les changer de sexe, voire les opérer, pour satisfaire le prétendu désir de ces enfants et surtout les fantasmes idéologiques des parents… C’est jusqu’à de telles affreuses extrémités que la théorie du genre peut conduire. Pourtant, dire qu’il y a en chacun de nous une part plus ou moins grande de féminin et de masculin, que le genre n’est pas le sexe, qu’une part de la représentation sexuée est sociale, tout cela reste judicieux. Mais dans la cadre de la liberté des individus, et non dans celui d’une surenchère idéologique qui voudrait survaloriser l’homosexualité et le transgenre, imposer une indétermination sexuelle à tout va, une rééducation de l’inconscient et des modèles, y compris auprès des enfants.

 

Herculine Barbin n’a pas vécu en vain. Son témoignage est une parole source des « gender studies ». Au point que le Mouvement intersexe commémore sa naissance chaque 8 novembre. Qu’elle ait reçu l’assentiment militant de Foucault ou la caution romancée et scandaleuse de Panizza contribue à faire d’elle -ou de lui, car il nous manque ici un mot intersexuel- un emblème de la reconnaissance des identités ouvertes et multiples, identités voyageuses et floues. En espérant que cette reconnaissance leur permette de moins subir le pouvoir sexué de nos sociétés, et contribue à les rendre plus heureuses, sinon moins malheureuses. Sans vouloir imposer cependant ce qui serait une nouvelle norme, un monde homosexualisé, une population où, au détriment du sexe biologique, n’aurait plus voix au chapitre que le genre. La déconstruction sexuée reste judicieuse, s’il s’agit de se laver des préjugés sexistes, mais pas au point de dénier toute validité au masculin et au féminin, autant biologique que mental. Car ouvrir les mentalités ne doit pas aller jusqu’au transformisme de société…

 Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir de Foucault

 


[1] Pline l’Ancien, Histoire naturelle, Livre VII, Pléiade, 2013, p 319, 320.

[3] Michel Foucault : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère. Un cas de parricide au XIX° siècle, Gallimard/ Julliard, 1973.

[4] Michel Foucault : Histoire de la sexualité 1, la volonté de savoir, Gallimard, 1976, P 173.

[5] Voir le recueil de huit nouvelles d’Oscar Panizza : Un scandale au couvent, La Différence, 2002.

[6] Oscar Panizza : Le Concile d’amour, Jean-Jacques Pauvert, 1960.

 

Louis-Gabriel Blanchet : Hermaphrodite Borghese, 1765.

 

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Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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