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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 17:39

 

Autoportrait au Petit Palais, Paris. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Plaisirs et déboires

 

de l'identification romanesque :

 

Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

 

 

 


         Miroir du lecteur, le roman agite des personnages que nous sommes sommés d'être. Lorsque Goethe, en 1774, publia Les Souffrances du jeune Werther, il n’imaginait pas que quelques-uns de ses jeunes lecteurs allaient revêtir l’habit jaune et bleu de son personnage et, comme lui, se suicider. Une si extrême identification ne manqua pas de faire regretter à son auteur de l’avoir publié, lui qui l’avait écrit pour se débarrasser de la pulsion suicidaire du drame de l’amour non payé de retour. Ainsi, Goethe, quoique romantique, et contrairement au projet assumé dans son roman d’éducation, Willhelm Meister, ne conseillait pas toujours l’identification. Le roman permet-il toujours à son lecteur de s’identifier à son personnage principal ? Pourtant il s’agit d’un ressort fondamental de l’adhésion à la narration, d’un plaisir privilégié de la lecture. Alors que, malgré l’indéniable qualité d’un objet romanesque, le personnage peut faire figure de repoussoir, de contre modèle ; alors qu’il peut être particulièrement pervers, au point de séduire notre adhésion malgré son abjection, comme dans le cas de Lolita de Nabokov. A moins que l’intérêt du roman soit ailleurs…

 

 

           Un certain nombre de critères physiques et moraux, facilitent l’identification du lecteur : le sexe, l’âge, les préoccupations personnelles, le milieu social et historique, l’orientation sexuelle, la culture, les valeurs partagées. Les similitudes entre héros et celui qui fait sa rencontre sous la première de couverture, engagent une adhésion immédiate, au point que le corps et l’esprit du personnage aspirent celui dont les yeux parcourent les signes de la page.

          Jeune lecteur ou lectrice que l’amour fait rêver ou pleurer, combien seront nous à adhérer sans ambages à la « fascination » qu’éprouve une lycéenne envers un bel adolescent qui révélera ses qualités et pouvoirs vampiriques chez Stephanie Meyer. Mais aussi, dans L’Education sentimentale de Flaubert, au coup de foudre de Frédéric devant Madame Arnoux : « Ce fut comme une apparition. […] Leurs yeux se rencontrèrent. » Ces phrases magiques agissent comme un charme pour celui ou celle qui a ressenti -ou rêve de ressentir- les mêmes émotions. Etre amoureux, ou plus simplement rêver de l’être, suffit à s’identifier aussi bien à Frédéric qu’Aschenbach, le héros enthousiaste et malheureux de cette longue nouvelle, ou court roman, La Mort à Venise de Thomas Mann, lors de leurs coups de foudre éblouis. Afin que chacun puisse s’y retrouver, quelques soient le sexe et l’âge, ranimant ses souvenirs, anticipant ses affections. Au point que l’apparente barrière de l’orientation sexuelle soit bien fragile.

        Harry Potter sait faire adhérer à sa destinée bien des jeunes lecteurs. Non seulement il est animé des mêmes préoccupations scolaires, d’intégration, des mêmes émotions dans le domaine des amitiés, des conflits et des amours, de choix équivalents dans le cadre d’une vaste confrontation entre le bien et le mal, mais il grandit de tome en tome, au même rythme que ses lecteurs. L’accession progressive à la maturité est réciproque.

         C’est alors que la focalisation interne favorise grandement l’identification. Plus encore, qu’un personnage dise « je », et, lecteurs, nous sommes ce « je ». Une transfusion de visions, de sentiments, se produit aisément de la page animée vers notre psyché soudain vivante d’un autre être. Même décrite et racontée à la troisième personne du singulier, la pathétique prise de conscience, la sédition, grâce à l’écriture interdite dans un journal, grâce à l’amour également interdit, de Winston, dans 1984 d’Orwell, nous fait vibrer au souffle de sa condition misérable, de ses aspirations légitimes et cependant broyées par « Big Brother ».

         On lira plus facilement un langage courant si l’on est d’une culture modeste, alors qu’un langage soutenu ravira celui qui est fort cultivé : c’est ainsi que s’ouvrent les portes de la perception et de l’identification. Lire un roman en vers, comme Golden Gate de Vikram Seth[1], demande des lecteurs avertis, capables de goûter ses centaines de sonnets, quoique les personnages, ces jeunes yuppies californiens brossés d’une plume (ou d’un clavier) réaliste, soient forts proches de nous, par leurs mœurs, leurs intrigues amicales et amoureuses…

       Ce qui montre que le réalisme contribue grandement à l’identification : un monde minutieusement décrit, plausible, des personnages dont on peut reconnaître le milieu, campagnard, urbain, social, et culturel, tout cela contribue à rendre aisée l’entrée du lecteur dans un univers qu’il connait bien et parmi lequel il peut découvrir, par l’entremise de son héros, de nouvelles aventures et perspectives. Ce qui n’a pas peu contribué à la réussite du grand courant réaliste européen du XIXème siècle, de Balzac à Dickens, en passant par le Tolstoï d’Anna Karénine, où l’on retrouve nos préoccupations concernant le couple, le mariage de raison et d’amour, le divorce…

           Mieux, un héros positif, doué de qualités indéniables, permettra au lecteur de se valoriser, de se projeter dans un moi idéal. Les super héros, comme le Comte de Monte Cristo, chez Dumas, lui donneront les capacités d’acquérir la connaissance, de s’évader de la prison du château d’If, d’entrer en possession d’un trésor incalculable et d’assurer une vengeance splendide.

          Cependant, un anti-héros peut également ouvrir la porte à l’identification : aucun de nous n’est un super héros. Aussi un jeune homme comme Frédéric, dans L’Education sentimentale de Flaubert, peut susciter l’adhésion : comme lui, nos amours n’ont pas toujours le succès espéré. S’il a longuement aimé Madame Arnoux, il n’en a retenu qu’une mèche de cheveux blancs. Le roman de la désillusion peut être le nôtre. A moins que le héros déceptif soit un repoussoir à l’identification…

 

 

           La panne de l’identification se produit lorsque l’on ne se sent rien en commun avec un Aschenbach : se découvrir homme trop mûr aimant un bel adolescent n’est pas toujours une perspective séduisante, malgré l’intérêt d’une problématique esthétique et érotique, philosophique enfin, pas toujours accessible à tous les lecteurs, surtout si l’on meurt à Venise. Mais aussi lorsque le personnage principal déçoit. Comme Meursault, de L’Etranger de Camus, qui parait si froid, si dépourvu d’empathie, qui commet un crime absurde au soleil. Bien qu’il dise « je », nous nous désolidarisons très vite de lui. Nous ne faisons que l’observer de l’intérieur, voire le juger sans guère d’indulgence. Seule la parodie de procès et son lyrisme, lors de son acceptation finale de la condition humaine, à la veille de son exécution, nous réconcilient partiellement avec lui.

       Bardamu, dans le Voyage au bout de la nuit de Céline, même si l’on peut approuver sa lâcheté devant la grande guerre, n’est guère reluisant : malgré sa propension à la satire, à la dénonciation des turpitudes d’autrui, il ne répugne pas à un infâme colonialisme, à exploiter ses maîtresses, à de pitoyables incapacités, sans compter que son auteur, antisémite enragé[2], ne fait guère envie… Qui voudrait être un Bardamu ? Qui voudrait être Joseph K. lorsque ce dernier est arrêté sans savoir pour quel crime, si même il est coupable ou innocent, dans un Procès[3] incompréhensible, qui ne s’achève que par une mort infamante : « comme un chien »…

          Pire encore, le SS des Bienveillantes de Jonathan Littell[4], confiant sa vie à son lecteur, avec un cynisme peut-être intolérable, est un personnage hautement répulsif. Adhérer au nazisme, être un inspecteur des camps d’extermination, même en se targuant de défendre le matériel humain juif, assassiner sa mère, se livrer à l’inceste avec sa sœur, tuer son meilleur ami pour sauver sa peau, puis dissimuler sa précédente et abjecte identité… Un lecteur de sens commun, appuyé sur une éthique humaniste, ne peut que refuser l’identification, ainsi se construire dans le refus de tout ce que représente ce criminel ; malgré notre capacité à reconnaître l’épaisseur de l’intérêt de ce livre.

 

 

       L’absence de réalisme peut également contribuer à écarter le lecteur de l’identification. Le fantastique, et a fortiori le merveilleux, peuvent barrer la route à l’adhésion d’un lecteur rationaliste. Ainsi, ce dernier méprisera le bric-à-brac médiéval et magique du Seigneur des anneaux, l’école des sorciers d’Harry Potter, les vampires de Fascination de Stephanie Meyer[5]. D’autres encore seront réfractaires à la science-fiction, qualifiée de gratuite spéculation, dépourvue de validité scientifique. Des « portes distrans » et des vaisseaux effectuant des « sauts quantiques », en lisant Le Cycle d’Hypérion de Dan Simmons[6] : que de gratuites billevesées ! A quoi bon se mettre dans la peau de Winston et de Julia, dans 1984 d’Orwell, traqués par les impossibles « télécrans » de « Big Brother » et son invraisemblable tyrannie mondiale ; de plus pour se faire mal en ressentant de l’intérieur leurs atroces souffrances, lorsqu’ils sont emprisonnés, l’un muselé avec un rat, se dénonçant l’un l’autre, et finissant dans la pire abjection : « Il aimait Big Brother ». A moins de savoir y lire un apologue politique d’une inattaquable portée…

          Hélas peut-être, lecteurs, nous sommes enserrés dans les liens tissés par Céline, par Kafka, par Littell, par Orwell. Malgré nous, une insidieuse et frissonnante identification nous surprend. Le plus troublant étant atteint avec Lolita de Nabokov. L’écriture virevoltante, l’ironie captivante, d’une intelligence infinie, du narrateur qui écrit depuis sa prison une édifiante confession, nous permet de devenir l’homme mûr Humbert, dont les motivations nous sont exposés avec un luxe de détail et de poésie rarement atteints. Et de devenir celui qui met une fillette de douze ans dans son lit, profitant de ses faveurs par diverses séductions et chantages, qui la séquestre et la poursuit à travers tous les Etats-Unis, et assassine avec une préméditation calculée, jouissive, l’homme qui lui a enlevé, quoique pas si innocente, sa nymphette en qui il voyait la réincarnation du vert paradis des amours enfantines. Non, nous ne nous sommes pas mis à la place de ce « nympholepte », de ce pédophile, pour qui Lolita est « le feu de mes reins » ! On devine qu’être une lectrice féministe, et plus simplement humaniste, n’adoucit pas le rejet d’une telle adhésion à corps défendant. Nabokov met alors son lecteur en posture délicate face à la problématique romanesque de l’identification…

         Ainsi nous ne dirons pas toujours, comme il est attribué à Flaubert : « Madame Bovary c’est moi ». Toutefois, dans la sécurité de la fiction, car le roman est d’abord un ouvrage d’imagination en prose, rien n’empêche d’en prendre le risque, là où la catharsis, comme dans la tragédie antique -dont Les Bienveillantes de Littell sont une réécriture- devra peut-être nous assurer de la purgation de nos passions, y compris les plus discutables, les plus coupables. Est-ce à dire que le roman, en plus de nous éclairer, peut nous sauver ?

 

 

         Assurément, la fonction du roman ne se suffit-elle pas de l’identification. Mieux se comprendre et se réaliser grâce au roman d’éducation, s’ouvrir à autrui grâce au roman psychologique, à la différence grâce au roman historique et de voyage, au mal grâce au policier et à la terreur, à d’autres univers et perspectives technologiques grâce à la science-fiction, à des perspectives politiques redoutables grâce à l’anti-utopie, sont les facettes de la fonction du roman, qui engagent autant l’identification que son absence. L’imagination, la découverte sont en effet fondamentales. Comprendre, voire changer le monde, peuvent être des horizons d’attente de la destination romanesque. Vivre par procuration les aventures de Phileas Fogg, dans le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, permet de voyager dans son fauteuil, de parcourir la planète, ses paysages, ses mœurs, ses techniques… Lire Lolita, ou Les Bienveillantes, c’est entrer dans la psyché d’un criminel, pas seulement dans le but le devenir le temps de la lecture, mais de se faire juge en connaissance de cause, de pratiquer le devoir de mémoire et d’humanité. D’où l’universalité du roman. Ainsi s’identifier ou non au personnage principal n’est pas l’essentiel : le voyage qu’il nous procure, dans le temps, l’espace, parmi d’autres moi, est un accès par l’aventure d’une ou de plusieurs personnalités à une encyclopédie du monde. Au-delà de l’identification au personnage, principal ou secondaire, l’identification à l’écrivain est assurément la voie la plus sûre. Avec lui nous sommes des créateurs de moi et de mondes. C’est le cas avec Pynchon[7], dont des romans comme L’Arc-en-ciel de la gravité ou Contre-jour ne favorisent guère l’empathie avec leurs nombreux personnages. Or, ici, se trouvent quelques-uns des plus fascinants labyrinthes et puzzles de la littérature contemporaine, thetrum mundi, roman-sommes et portraits diffractés de la science et de la nature humaine…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 12:07

 

La Fontaine: Fables, Editions Guérin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Jean de La Fontaine,

 

auteur de Fables enfantines et politiques.

 

 

 

 

 « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ». C’est ainsi que La Fontaine, en sa dédicace « A Monseigneur le Dauphin », présentait dès 1668 ses Fables choisies et mises en vers. Mais les hommes ont-ils toujours été convaincus de leurs qualités d’instruction? En 1774, l’Abbé Aubert, autre fabuliste, dut dans son « Epitre sur l’Apologue », s’élever contre les préjugés attachés à l’auteur du « Loup et l’agneau » : « Ces Ecrits » […] « n’auraient que le faible avantage / D’occuper, comme Cendrillon, les loisirs d’un enfant volage. / Quoi ! ces Récits où le plus sage / pourrait puiser quelque leçon, / Seraient, sans nulle différence, / Mis au rang de ces contes bleus… » En d’autres termes, les fables ne sont-elles destinées qu’aux enfants ? Certes, nombre de ces poèmes sont chers au cœur des bambins, mais ils contiennent une portée morale et souvent politique qui ne peut s’adresser avec profit qu’à l’adulte confirmé. A moins que l’universalisme de la Fontaine et de l’apologue traverse tous les âges et toutes les générations.

 

Bien des fables sont récitées par les enfants : « Le loup et l’agneau », « Le corbeau et le renard ». Placés dans des situations aisément compréhensibles (« une cigale ayant chanté tout l’été »,  une fourmi « pas prêteuse») les animaux personnages parlent de manière vivante et simple, délivrant des morales explicites et accessibles : « La raison du plus fort est toujours la meilleure » ou « Trompeurs, c’est pour vous que j’écris : / Attendez-vous à la pareille ». Le catalogue d’animaux est divertissant au point qu’il a tenté bien des illustrateurs, d’Oudry à Grandville, y compris d’images et de bons points à collectionner. De plus le lion, le renard, « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » sont pittoresques et distrayants, dotés de traits évidents, de psychologies typiques et reconnaissables : la puissance royale du roi lion, la ruse du renard madré, le ridicule et la prétention du batracien sont de familiers caractères amusants, des modèles et contre-modèles aux vertus pédagogiques perceptibles sans peine, donc parfaitement adaptées aux enfants. De même, les allégories de « L’Amour et la Folie », permettent d’apprendre avec fantaisie pourquoi l’amour est aveugle et pourquoi il est guidé par la folie ; c’est de manière amusante, imagée, et intuitive, que l’enfant peut apprendre à rire et se méfier de l’amoureuse passion qu’il ne connait pas encore. La Fontaine n’écrivait-il pas pour le fils du roi Louis XIV, Dauphin de sept ans ?

 

Cependant ce sont des vertus plus dignes d’un futur roi qu’enseignent également les Fables. Un enfant peut-il démasquer les tours et détours rhétoriques de l’argumentation judiciaire, du réquisitoire et de l’inutile plaidoirie de l’agneau ? Mieux encore, les figures du bon et du mauvais gouvernement dans « Les grenouilles qui demandent un roi », la satire du peuple et la dignité moralisatrice du dieu « Jupin » demandent pour être comprises, une expérience du monde, voire une initiation politique préalable : le passage de la démocratie à la monarchie, puis au tyran génocidaire qu’est la « grue » ne sont que le résultat de la bêtise du peuple. Lorsqu’au « Conseil tenu par les rats », il s’agit de se débarrasser du chat, donc de sa tyrannie, il y a plus de bavards que de héros : « Ne faut-il que délibérer / La cour en conseillers foisonne ; / Est-il besoin d’exécuter, / L’on ne rencontre plus personne ». Quant à « Les animaux malades de la peste », elle présente toutes les couches de la société, roi, clerc, guerriers et tiers états à travers un jugement inique. C’est une démonstration politique aux dimensions trop graves pour un enfant en même temps qu’une leçon donnée non plus seulement à un futur louis XV, mais aussi, non sans risques, à Louis XIV lui-même : en effet, elle dénonce l’absolutisme royal, les courtisans mauvais conseillers, la lâcheté de la foule, le sacrifice expiatoire du plus faible. La Fontaine est fabuliste, mais aussi philosophe politique. Avec « un trait de fable », il dialogue avec Machiavel et Hobbes… Même si Rousseau, dans L’Emile, eut le tort de déconseiller les fables aux enfants, à eux inaccessibles disait-il.

 

La Fontaine illustré par Oudry (1729-1734)

aux Editions Diane de Selliers.

 

« Delectare et docere » disait Horace. Plaire et instruire sont les vertus inséparables et complémentaires de l’apologue. Sous l’habit animal de la fable qui amuse, car « Tout y parle, même les poissons », l’enfant sent confusément qu’une plus haute valeur s’attache au bon sens du récit. Avec plus de finesse et de psychologie, de grandeur et de poésie que son prédécesseur Esope, la portée morale, explicite ou implicite, des œuvres de La Fontaine, qu’elle soit évidente, intuitive ou cryptique, prend en écharpe toutes les générations de lecteurs. C’est dans une continuité que l’amateur des fables est d’abord enfant puis adulte, et bien sûr de par l’éducation qu’elles continuent de délivrer. Comme le dénonce l’Abbé Aubert, ce ne sont pas des « contes bleus » (appellation des contes de nourrices et de fées) si l’on doit mépriser ce genre. Cependant Charles Perrault, l’auteur de « Cendrillon » et contemporain du classicisme de La Fontaine, est lui aussi depuis longtemps reconnu pour être découvert avec plaisir et profit par tous les âges de lecteurs, y compris par Bruno Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées. L’apologue n’est plus un genre puéril, mais un genre noble où l’historien des mœurs, le moraliste et l’analyste viennent puiser leurs enseignements. Ainsi, l’on peut inscrire La Fontaine dans une grande tradition de l’apologue qui englobe non seulement les fabulistes, mais aussi les romanciers : pensons à Micromégas ou Mémnon ou la sagesse humaine de Voltaire, en un siècle des Lumières qui ne dédaigne pas le récit plaisant pour que l’obscurantisme laisse place à la raison et de la tolérance.

  

L’Abbé Aubert, fabuliste oublié et pourtant talentueux, savait déjà combien La Fontaine mérite plus que la récitation de l’école primaire. Si nous retrouvons plus tard et avec ce dernier un tel plaisir, c’est avec la conscience de la vertu didactique du genre : nous sommes alors sensible au « Pouvoir des fables », dans laquelle :

« A ce reproche l’assemblée,

Par l’apologue réveillée,

Se donne entière à l’Orateur :

Un trait de fable en eut l’honneur ».

          Nos contemporains, notre siècle même peuvent-être lus par des adultes avertis avec le prisme des fables[1]. Elles étaient destinées à l’éducation d’un prince. Nous devenons aujourd’hui tous des princes de la poésie et de la pensée si nous pouvons goûter La Fontaine. Car, disait Horace, « On est charmé de voir, dans un tout régulier, / La vérité, la fable, en ses vers s’allier.[2] » Loin d’être puéril, le masque des animaux, des cochons, n’a-t-il pas inspiré Georges Orwell, prince de l’anti-utopie, lorsqu’il écrivit La Ferme des animaux pour dénoncer les totalitarismes du XX° siècle ?

 

 

[1] Comme l’auteur de ces lignes a tenté de le faire dans ses : Fables politiques

[2] Horace : Art poétique, traduit par Daru, Janet et Cotelle, 1823, t 2, p 425.

 

La Fontaine : "Conseil tenu par les rats",

illustré par Gustave Doré, 1867

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 06:28

 

Livre Club du Libraire, 1957. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Perrault n'a-t-il écrit ses Contes

 

que pour les enfants ?

 

 

 

           

Dès leurs frontispices successifs, les Contes de Perrault désignent clairement leurs destinataires : les enfants. Le dessin de Perrault gravé par Clouzier en 1697 montre un jeune garçon et une jeune fille attentifs aux récits d’une femme filant ; celui de Doré en 1862 cloue d’étonnement une délicieuse marmaille autour d’une grand-mère lisant dans un livre immense. Cependant un lecteur perspicace ne peut manquer de percevoir qu’au cœur du genre enfantin se cachent des mondes plus perceptibles à des adultes avertis et cultivés. Les Contes de Perrault ne seraient-ils donc pas destinés qu’aux enfants ? Nous verrons que la conception littéraire est telle qu’elle ne peut manquer son public de prédilection, mais aussi que dans l’écriture se glissent nombre d’allusions aux mœurs et aux querelles de l’époque, sans compter la lecture qu’en peut faire un psychanalyste.

 

En préfaçant des contes de Nodier, Hetzel, sous le pseudonyme de Stahl, relevait les caractéristiques des littératures pour enfant, et ce en incluant nommément Perrault dont il sera l’éditeur avec le concours de Doré. L’écriture, le récit doivent être simples : mis à part Grisélidis exclu au XIXème, et Peau d’Âne réécrit en prose, la concision toute classique de Perrault fait merveille. Il ne doit pas y avoir de « confusion entre le bien et le mal ». En effet, le manichéisme règne : bonnes et mauvaise fées dans « La belle au bois dormant », méchant ogre et rusé Petit Poucet, qui plus est doté d’un esprit fraternel à toute épreuve.

Le merveilleux enchante les enfants : une fée change une citrouille en carrosse, la clef est « fée », une « Peau d’âne » devient Princesse, le « Prince charmant » (pour reprendre le titre de Madame d’Aulnoy) épouse la  « Cendrillon » persécutée par ses sœurs et sa marâtre. Ainsi, grâce au pouvoir consolateur et compensateur du conte, le jeune auditeur ou lecteur s’identifie aisément à cet autre enfant qui met en scène ses frustrations et parvient à les surmonter, avec le concours des fées, ou par sa seule intelligence. Souvent les fées, comme dans le conte du même nom, sont la métaphore de la reconnaissance des qualités méconnues de la jeune héroïne. On retrouve là l’un des secrets de la fascination exercée sur nos enfants par « Cendrillon » ou « La Belle au bois dormant » lorsqu’ils sont magnifiés par Walt Disney.

Au bout du conte, le petit homme, aidé par la morale et l’effroi, intègre une notion clef de la vie : La curiosité est un vilain défaut ou le méchant est toujours puni pour « La Barbe Bleue », accompagner naïvement un loup séducteur entraîne la mort pour « Le Petit Chaperon rouge »… Il s’agit de plaire à l’enfant tout en l’instruisant, comme dans tout bon apologue.

 

 

Mais au plaisir du narratif, s’ajoutent pour l’adulte averti -et bibliophile grâce à Doré- des allusions plus fines qui offrent une instruction historique, littéraire et psychanalytique.

Le bon gouvernement du temps est évoqué à travers la figure du Prince et de la Princesse dans Grisélidis, au point qu’on puisse imaginer que l’auteur s’adresse indirectement à Louis XIV lui-même, sous forme de conseil éclairé. Les mœurs paysannes, crainte des loups, famine, dépenses irréfléchies (« Le Petit Poucet ») sont le lot quotidien d’une seconde moitié du XVIIème siècle qui fut une mini ère glacière selon les mots de Leroy-Ladurie dans son Histoire du climat. La bourgeoisie et ses richesses somptueuses, parfois outrageuses, dans la demeure de « La Barbe bleue », sont peintes dans les Contes au point qu’un critique marxiste y lirait l’oppression financière de la bourgeoisie montante.

Perrault écrit à l’intention du lecteur cultivé de son temps, et ce dans le cadre de la Querelle des Anciens et des Modernes. Il maîtrise dans « Riquet à la houppe » les attendus de la rhétorique galante dans le débat entre esprit et beauté, envisage l’histoire du « boudin » des « Souhaits » comme une provocation face aux excès de raffinement de L’Astrée ou de Clélie, comme une réhabilitation de la littérature populaire, rabelaisienne et scatologique. C’est une façon de pendre au nez des Précieuses un joli boudin littéraire… Jupiter est moqué de par la bassesse de ce qu’il accorde. N’est-ce pas un pied de nez aux références antiques prisées par les Anciens ? De plus nous savons que Perrault n’imite ici aucun auteur antique, mais bien des modernes : les Italiens Boccace ou Straparole.

Sans compter l’humour et l’ironie de Perrault qui glisse à l’occasion du mariage entre le Prince et sa Belle au bois dormant un « Ils dormirent peu, la princesse n’en avait pas grand besoin » qui en dit long in eroticis, le familier de Freud et de Bruno Bettelheim lit notre conteur d’un autre œil. Le fuseau auquel se pique la Belle est une métaphore de la survenue des règles, le complexe d’Œdipe est au cœur des pulsions incestueuses interdites dans « Peau d’Âne », le loup est l’agresseur sexuel du « Petit chaperon rouge »…

 

Le « delectare et docere » (« plaire et instruire ») venu d’Horace s’applique à quiconque entre dans l’univers de Perrault. Mais sûrement réunira-t-il ces deux âges de la vie si l’on réalise que le conte permet à l’enfant de devenir adulte, par le biais de l’initiation, des épreuves à traverser : affronter le mal et ruser pour accéder à sa condition d’élection. On lisait le magazine Tintin « de sept à soixante-dix sept ans », les grands contes se lisent de la maternelle à la tombe, et leurs structures se répondent par delà les siècles et les continents, des Contes de Perrault aux Mille et une nuits (qui provisoirement les détrônèrent avec la traduction de Galland à partir de 1704) jusqu’à notre ami Harry Potter qui, perdu chez les « Moldus », a sa méchante marâtre en la personne des Dudley, et voit surgir la fée Hagrid pour accéder à sa vraie condition magique.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Perrault Doré Chat

 

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:37

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Céline et Proust,

 

ou la recherche du voyage romanesque.

 

 

 

 

 

Est-ce faute de pouvoir voyager que le lecteur s’évade de page en page, ou pour donner un sens au voyage de la vie ? Cette recherche de sens par le roman fut cependant dénié par un de nos écrivains les plus marquants, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), l’auteur plus que controversé de Guignols band, de Nord ou d’Un château l’autre, qui en 1932, dans son œuvre phare, Voyage au bout de la nuit, jeta, non sans mépris : « Le voyage, c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons…[1] » Le roman n’est-il que ce maigre voyage destiné à des niais ? S’il y a bien des vertiges géographiques décevants dans la littérature romanesque, il n’en reste pas moins qu’il permet une traversée du temps et des sociétés, sans compter que, quelques soient ses avatars, il puisse par-dessus tout plaire et instruire.

 

Il n’est pas douteux qu’il faille d’abord appliquer cette citation à Céline lui-même. C’est dans un mouvement d’autodérision de Bardamu, narrateur du roman autobiographique, que la voix de l’auteur se devine, pour se déprécier lui-même et ses « petits vertiges », autant que pour déprécier cette pérégrination de « rien du tout » qu’est Le Voyage au bout de la nuit. Quel but en effet poursuit le personnage ? Le sait-il ? Se jetant dans les bras de l’armée dans un moment de vertige, il se retrouve balloté au milieu des massacres et des morts parmi « l’abattoir » de la première guerre mondiale ; sa tentative de faire fortune dans l’Afrique coloniale sombre dans l’enfer de la chaleur et des fièvres ; le séjour aux Etats-Unis oscille entre solitude urbaine et déshumanisation de l’ouvrier chez Ford. Ensuite, médecin parmi les pauvres, il ne côtoie que des spécimens avariés du populaire, dont le piètre Robinson… Anti-héros picaresque, gueux sans espoir ni volonté de s’élever, son seul professionnalisme est celui de la fuite, de la lâcheté. Son « voyage » ne lui apporte « au bout de la nuit » aucune valeur ajoutée. Même le vertige de l’amour, lui qui préfère avec Lola les ébats du corps à ceux du cœur, n’est pour lui que piètre jeu de rôle pour « couillon ».

Le voyage provincial et normand de Madame Bovary est pourtant celui de la recherche du vertige de l’héroïne. Son romantisme de carte postale se heurte à un réel bien moins tendre. Faute d’avoir su composer avec ce dernier, elle ajoute à l’adultère le poids insurmontable des dettes abyssales ; la moins que rien finit par se suicider à l’arsenic. Charles Bovary n’est-il pas le « couillon » de l’histoire ?

C’est ainsi que sont décevants d’autres horizons, tels ceux de Candide. Son voyage va d’avanie en avanie en ne découvrant que les capacités de l’homme au mal : à lui, pas si loin de Céline qui s’en souviendra peut-être, également est réservée la guerre meurtrière, la rencontre éprouvante de l’esclavage et l’utopie américaine, cependant plus souriante et douée de foi en l’humanité que celle du pamphlétaire antisémite qui, par ailleurs, ne saura pas comme le héros éponyme de l’apologue qu’ « il faut cultiver notre jardin[2] ». A moins que l’ironie voltairienne sauve Candide, et qu’au-delà du voyage géographique, s’ouvre celui du temps des Lumières…

 

Louis-Ferdinand Céline par Gen Paul.

 

Le romancier qui s’aventure parmi les temps et les sociétés est rarement à « la recherche de ce rien du tout ». Au contraire ; il va jusqu’ A la Recherche du temps perdu, pour parvenir au Temps retrouvé. Le petit « rien » de Proust, n’était-ce pas cette « cuillérée de thé où j’avais laissée s’amollir un morceau de madeleine »… D’où le surgissement de « l’édifice immense du souvenir[3] ». L’intensité du vertige proustien est loin de celui que Céline réserve au couillon, pour réutiliser ce vocabulaire vulgaire et scatologique dont se pourlèche l’auteur de Guignol’s band, à mille lieux du raffinement stylistique d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs. De ce petit rien qui unit la mémoire involontaire à celle volontaire, nait peu à peu une totalité. Le roman d’initiation, psychologique et de société aboutit alors à une totalité : le roman-somme.

Flaubert lui-même ne se résume pas à des existences gâchées, qu’ils s’agissent de celles de la famille Bovary ou de celle de Frédéric dans L’Education sentimentale. Le roman de mœurs et celui d’éducation n’utilisent des éclats de romantisme dans le cadre d’un réalisme omniprésent que pour offrir un tableau de société plus vertigineux que les vertiges d’une épouse insatisfaite et d’un jeune homme qui n’est guère capable de prendre à bras le corps l’existence et l’Histoire qui l’entoure. Ce que parviennent à réaliser indubitablement l’écrivain Flaubert et son lecteur.

Aux vertiges qui n’aboutissent à rien, sinon à la perte et à l’autodestruction, il faut alors opposer la raison, qu’il s’agisse de celle de Madame de Lafayette ou de celle de Balzac. Premier roman psychologique occidental, en 1678, La Princesse de Clèves, reconstitue une société aristocratique du temps d’Henri II, pour permettre à son héroïne de tenir les rênes à la passion dangereuse et de garder une digne conduite. Quant à Balzac, dans le cadre immense, qui n’est certes pas rien, de La Comédie humaine, il sait nous dire en romantique que « la passion est toute l’humanité[4] », mais aussi, avec « quatre mille personnages », « faire concurrence à l’Etat-Civil » et « donner l’histoire des mœurs.[5] » Dans un espace romanesque réaliste également rationnel, des Rastignac feront leur chemin, roman d’initiation et ascension sociale dans le cadre de celle du XIX° siècle, sans craindre de nous enseigner.

 

Ainsi, « plaire et instruire[6] », la devise du classicisme, est également le sésame du roman. Si Madame de La Fayette est bien représentative de ce que l’on appellera après elle le classicisme, de par sa bienséance, sa rigueur raisonnable, sa noblesse de ton et son langage élevé, Céline est bien dans un autre univers. Loin du dégoût de lui-même et de toute la société qui pousse Bardamu à cet exercice d’autodépréciation du voyage et du roman, Céline consacre son énergie à une fresque emportée, à une satire de l’humanité entière, balayant la langue de son rythme frénétique, de son amalgame réussi de la langue soutenue et du parler populaire. C’est ainsi qu’il plait, ce jusqu’à l’adulation des célinolâtres. Mais aussi qu’il nous instruit, malgré son goût enfiévré pour l’invective, le mépris et la caricature, sur la rigidité des officiers, le charnier de la guerre de quatorze, sur les abominations du colonialisme, sur la déshumanisation des usines Ford.

A contrario, c’est par la finesse de son analyse, l’exploration des méandres de l’esprit humain, que Proust séduit celui qui sait y retrouver son moi, y découvrir le « côté de chez Swann » et celui de « Guermantes », qui sont ceux des classes sociales autant que ceux de l’amour, de la vanité et de l’art. On connaît moins la satire et l’humour de Proust lorsqu’il décrit les salons, on sait cependant combien l’on va s’instruire en s’immergeant dans les trois mille pages de cette cathédrale romanesque…

Il faut plaire avec le fantastique, y compris avec le secours de l’effroi si l’on lit Lovecraft ou Harry Potter, plaire avec le roman merveilleux et la fantasy, qu’il s’agisse d’Alice au pays des merveilles ou du Seigneur des anneaux, tenter l’impossible voyage dans le futur avec La Machine à explorer le temps de Wells ; tout est possible au roman. Y compris la lutte archétypale du bien et du mal qui les occupe. S’instruire avec les romans didactiques, géographiques et scientifiques de Jules Verne, quand il sait les animer au moyen de héros fascinants et surhumains comme le Capitaine Némo. Voire découvrir le monde par les yeux d’un immonde pédophile lorsque Nabokov sublime sa Lolita, par les yeux d’un criminel nazi, dans Les Bienveillantes[7] de Littell… Il y a toujours une dimension morale plus ou moins implicite au roman, qu’il s’agisse du respect de la vérité et de la fidélité par la Princesse de Clèves, ou des anti-utopies du Meilleur des mondes d’Huxley, de 1984 d’Orwell muni de son si contemporain Big Brother…

 

Il n’y a pas de contradiction entre vivre et lire : l’un complète efficacement et indispensablement l’autre. La « recherche de ce rien du tout », traces d’encre sur des pages, papier ou écran, permet de rencontrer des « vertiges » immenses, voire de la totalité, dans un roman. Si Bardamu est peut-être un fameux « couillon », il est le piètre et obstiné héros du cependant vertigineux Voyage au bout de la nuit. Quant à la porte de l’éblouissement et de la connaissance, elle s’ouvre en même temps que les pages de Proust, sans compter tous ceux qui font du roman une « Invitation au voyage ». Saurons-nous, à rebours d’une réalité souvent trop décevante, voire infâme, comme Baudelaire, suggérer qu’au roman « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté[8] » ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, Romans I, Pléiade, 1992, p 214.

[2] Voltaire : Candide, Romans et contes I, Club des Libraires de France, 1958, p 294.

[3] Marcel Proust : A la Recherche du temps perdu I, Du côté de chez Swann, Pléiade, 1989, p 44 et 46.

[4] Honoré de Balzac : La Comédie Humaine, « Avant-propos », Pléiade I, 2003, p 16.

[5] Ibidem, p 10 et 9.

[6] Horace : Art poétique, vers 344.

[8] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres complètes I, Pléiade, 2001, p 53.

 

Voir : Céline ou l’indignité du génie

Voir : Le baiser à Albertine. Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

 

Marcel Proust par Van Dongen.

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:09

 

Orphée charmant les animaux, gravure  d'Eisen ;

Ovide : Les Métamorphoses, Desray, 1808. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Des fonctions de la poésie,

 

ou les pouvoirs d'Orphée.

 

Dissertation.

 

 

 

 

          « Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses ». Ainsi Baudelaire était un nouvel Orphée dans « Le balcon », publié en 1857 parmi Les Fleurs du mal. Ramener le passé à la présence réelle et donner au présent son plein éclat grâce au pouvoir des mots et des vers, seraient donc la fonction du poète. Sensations et sentiments sont alors son miel et écrire un poème, c'est privilégier le registre lyrique. Mais la poésie a-t-elle pour unique fonction cette expressivité des sentiments? Certes, le lyrisme, et plus précisément le romantisme, sont le ressort des vers ; pourtant, la fable, la poésie engagée, l'Art pour l'art ont bien d'autres fonctions, quoique avant de devoir servir à quelque chose, la création poétique soit d'abord et dans tous les cas osmose réussie entre un dire, ses images et sa musicalité.

 

          Le sens commun dirait sans doute que la poésie sert à exprimer ses sentiments. Si le mot grec « poiêsis » signifie création, elle est aussi une qualité d'émotion, donc, de manière élective, le support de ce lyrisme qui existe depuis l'Antiquité et sous tous les climats. Et bien sûr l'amour en est le thème roi. Du Romain Properce « A la gloire de Cynthie », jusqu'aux Yeux d'Elsa d'Aragon, en passant par Les Amours de Ronsard, tout est tendresse et passion, charme et éloge :

« Marie, qui voudrait votre nom retourner,

Il trouverait aimer ! Aimez-moi donc, Marie, »

      Ainsi chante au XVI° le poète de la Pléiade qui affectionne le sonnet pour exalter et offrir à l'aimée ses plus purs sentiments, comme l'a fait avant lui Shakespeare, ou plus tard Baudelaire...

          Mais d'autres lyrismes proposent d'extérioriser d'autres affections, pour les calmer peut-être. Lorsque Hugo va sur la tombe de sa fille Léopoldine dans « Demain, dès l'aube», sa plainte et sa détresse s'expriment avec pudeur dans un registre élégiaque. Eluard, lui, propose un ardent éloge à « Paris [sa] belle ville » dans « Courage ». Nombre d'entre eux utilisent le « je » pour marquer leur intimité et permettre ainsi l'identification du lecteur qui trouvera son sentir mieux exprimé qu'il en était capable...

          Indubitablement, c'est le romantisme qui a porté à l'incandescence les sentiments personnels. John Keats, dans l'« Ode à un rossignol » est « à demi amoureux de la mort secourable », dans une exacerbation de sa mélancolie. Lamartine, dans « Le Lac » et devant la fugacité du bonheur des amants, commande vainement : « O temps ! suspends ton vol ». Plus loin, dans Les Méditations poétiques, (1820) il énonce ce que nous avons tous ressenti : « Un seul être vous manque est tout est dépeuplé ». Nerval commence ainsi son sonnet : « Je pense à toi, Myrto, divine enchanteresse », pour terminer « El desdichado » par :

« Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée. »

      Il pense offrir à l'aimée autant qu'au lecteur la quintessence de l'expression des sentiments, de façon à les persuader de leur intensité et de sa sincérité... Orphée, d'ailleurs, étant l'archétype du poète lyrique puisqu'il parvient à séduire par son chant aussi bien les animaux que les dieux des Enfers pour presque parvenir à en ramener son Eurydice. Cependant, même les romantiques ont su ne pas se limiter à la poésie lyrique.

 

 

          En effet, qu'ils s'appellent Vigny ou Hugo, ils ont cherché à exprimer bien autre chose que des sentiments personnels, à travers le didactisme ou l'engagement. Dans la tradition de l'apologue, Vigny fait des alexandrins de « La mort du loup » un précepte stoïcien, enseignant l'homme à supporter la douleur, à l'exemple des animaux. C'est dans ce genre, où se sont illustrées les Fables choisies mises en vers de La Fontaine, que nous connaissons tous « Le corbeau et le renard », que nous retenons que « Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute ». Ainsi divertir et instruire sont les fonctions jumelles de la poésie. Nous savons qu'

« A ce reproche l'assemblée,

Par l'apologue réveillée

Se donne entière à l'orateur :

Un trait de fable en eut l'honneur. »

      Victor Hugo, lui, a mis toute sa passion pour la liberté des peuples dans Les Châtiments, conspuant Napoléon III et son coup d'état, celui qu'il appelait par ailleurs « Napoléon le petit ». Cette poésie engagée, dans la tradition des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné qui, au XVI°, s'attaque aux vices des puissants et dénonce les guerres de religions, trouve son champ d'élection pendant la Seconde guerre mondiale, lorsqu'Aragon, Desnos et Eluard appellent à la Résistance, à la libération de la France occupée par la tyrannie nazie, dans un recueil commun, clandestin et signé de seuls pseudonymes : L'honneur des poètes. On se souvient que « Liberté, j'écris ton nom » d'Eluard fut par jeté par les avions anglais au-dessus de la France résistante : quelle belle preuve du pouvoir des mots et des vers... Pierre Seghers, dans La résistance et ses poètes, refuse que ces derniers se réfugient dans une « tour d'ivoire » et légitime l'engagement de celui dont le devoir ne se limite pas à chanter sa bien-aimée. Il s'agit donc d'une poésie argumentative qui, au-delà de ses talents de persuasion, de conviction et de délibération (comme lorsque Eluard dans « Courage » appelle les Français à libérer Paris), manie tous tous les talents de l'image et de la musicalité, non sans faire parler l'émotion.

          Il y a bien moins d'émotion , hors l'admiration esthétique, dans l'Art pour l'art. Au milieu du XIX° Gautier préfère le marbre : « le carrare / Avec le paros dur », car « l'art robuste / Seul a l'éternité. » Les Parnassiens fondent une école poétique, en réaction contre le romantisme, qui perdurera jusqu'aux sonnets des Trophées de José Maria de Hérédia. La poésie alors ne doit rien au didactisme, ni aux sentiments, ni à l'engagement, elle se veut pure perfection plastique, non sans froideur peut-être. L'écriture des poèmes sert-elle alors à la société ? Ne sert-elle pas d'abord le langage, notre capacité à dire le moi et le monde...

 

          Que l'on compose en classiques alexandrins, en vers libres, en versets, voire à l'occasion d'un poème en prose, il ne suffit pas d'avoir un bon sujet, qu'il soit émouvant, moral, politique ou esthétique, encore faut-il savoir y unir la suggestion des images et les pouvoirs de la musicalité, cette « sorcellerie évocatoire » dont parlait Baudelaire, de façon, comme le fit Orphée, à charmer hommes et animaux, peut-être jusqu'aux dieux des Enfers. La preuve : dans la poésie en prose, comme chez Baudelaire dans Le Spleen de Paris, ou dans « L'huître » de Ponge, les métaphores rayonnent : « Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre d'où l'on trouve aussitôt à s'orner ». De plus les assonances en « ou » et « o » permettent à cette formule linguistique, à ce bijou de mots tiré du Parti pris des choses (1942) d'accéder à une puissante magie incantatoire.

           Qu'il s'agisse des vers de Baudelaire dans « L'invitation au voyage » :

« Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté »,

ou du « Tendre est la nuit » de Keats dans son « Ode à un rossignol », l'orphique pouvoir de suggestion suscite l'envolée de l'imagination du lecteur. Ne s'agit-il pas là de la plus haute fonction de la poésie, nous transporter dans un état second de la perception pour une connaissance plus pure du monde et du moi...

 

          « Un poète est un monde enfermé dans un homme » disait Hugo. Mais le devoir de ce perpétuel Orphée n'est-il pas, en recourant à l'expression poétique de ses sentiments, d'ouvrir ce monde à autrui, à ses secrets lecteurs ? Monde d'émotions, d'indignation politique anti-totalitaire, d'art plastique, qu'il soit inspiré par la statuaire grecque ancienne ou par le zen japonnais, il est, comme le disait Verlaine « De la musique avant toute chose », une « invitation au voyage » vers le réel autant que vers l'imaginaire. Faut-il penser avec Shelley, aux dernières lignes de sa Défense de la poésie, que « Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde » ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Franz von Stuck : Orphée, 1891.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 18:23

 

Ostia Antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Chanter et enchanter en poésie

depuis Du Bellay.

Dissertation.

 

 

Quelle autre porte de sortie peut-il y avoir à la douleur que la fin de la douleur, l’apaisement, le bonheur enfin… Dire son mal, surtout s’il est moral, est pourtant tout autant nécessaire, ce dont témoigne la cure par la parole devant le psychanalyste. Mieux encore, peut-être, le travail de l’écriture poétique permet-il de donner à sa peine une dimension expressive et esthétique. Dans le sonnet XII des Regrets, Du Bellay « pleure » ses « ennuis » : « Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante ». En chantant son mal, le poète parvient-il à l’enchanter ? Nous présenterons d’abord la pérennité du mal malgré le chant, ensuite la dimension d’enchantement qui permet de le dépasser, pour terminer sur la mission de la poésie.

 

Hélas, le tourment du poète ne cesse pas au moyen de l’écriture de ses vers. Du Bellay lui-même, grand sonnettiste de la Pléiade au XVI°, intitule son recueil entier Les Regrets. Ces derniers n’ont pas cessé, la plainte pathétique et élégiaque serre le cœur de l’auteur qui se sent à Rome exilé, au point que le sonnet XII se termine par l’image du « prisonnier maudissant sa prison ». Quelque soit le soin de Musset ou d’Apollinaire écrivant « Les mie prigioni » ou « A la santé », ils n’en restent pas moins enfermés, purgeant leur peine jusqu’au bout. Leur souffle poétique ne leur permet pas de s’envoler à travers les barreaux. « Cachot », « triste », « ennui », « sinistre », le champ lexical du « désespoir » hante sans cesse le texte. Au point de se demander si, pour Apollinaire, le ressassement par les anaphores et les comparaisons avec un « ours » dans sa « fosse » ou l’allusion évangélique à « Lazare entrant dans sa tombe », ne creusent pas encore plus le champ du désespoir. Au lieu de la fuir, l’écriture redouble la peine.

Baudelaire aura beau cultiver Les Fleurs du mal, il y aura au bout du recueil plus de mal que de fleurs, plus de « spleen » que d’ « idéal ». Jusqu’à la dernière partie, « La mort », cette autobiographie poétique ensemence le terrain aride de la douleur avec une application qui parait peu thérapeutique, sinon masochiste, ancrant le destin du poète dans un mal qui est à la fois défaite personnelle et mal-être durable, cultivé jusqu’à la lie, sans issue. Sartre dira que Baudelaire avait mérité et recherché son malheur. Peut-être parce que, dans la tradition  romantique, il n’y a pas de grande poésie sans mélancolie. « Les chants désespérés sont les chants les plus beaux » ajoute Musset.

En effet le mal et le malheur n’éteignent pas le chant. Ils le nourrissent ; au point qu’une secrète jouissance, une délectation assumée s’emparent du poète lorsqu’il compose. Le plaisir de Musset est tel qu’il affirme la supériorité esthétique de la douleur. Chanter est pour Du Bellay plus qu’un moyen d’expression, mais un bonheur sensible dans le rythme tournoyant des anaphores, des assonances et des allitérations, au point qu’il s’exalte et s’étourdisse comme un danseur ravi. Musset, dans « Le mie prigioni », n’est que brièvement incarcéré, mais il en profite pour apprécier maints détails : « les rayons de l’automne », « un réseau d’or », jusqu’aux « caricatures » des murs de son cachot qui « semblent des vers », tandis qu’Albertine Sarrazin veut s’ « évader dans les pavots », sommeil magique que seul le poème peut figurer.

Le mal est une réalité prosaïque, le chanter c’est lui donner la dimension de la poésie, c'est-à-dire, pour revenir au sens étymologique, d’une création, d’une œuvre d’art, qui doit perdurer au-delà de la douleur et au-delà de son auteur, par sa beauté, sa richesse expressive et intellectuelle. Ainsi, sachant cette fonction inévitable de la poésie, le poète fait plus que chanter  son mal : il l’enchante.

C’est par l’enchantement, cette opération magique qui transmue la douleur en ravissement poétique transmissible que la poésie trouve son sens : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » disait Baudelaire. En nouvel Orphée, le poète qui offre une forme langagière, plastique et musicale à son mal, apaise ceux qui viennent l’écouter : animaux les plus féroces, dieux des Enfers qui lui permettront de retrouver son Eurydice à la condition que l’on sait. C’est avec « la harpe thracienne » (en fait la lyre d’Orphée) que Du Bellay, dans Les Antiquités de Rome, entreprend « De rebastir au compas de la plume / ce que les mains ne peuvent maçonner ». C’est donc par enchantement que les mots du poète reconstruisent le réel perdu et dressent à son mal un monument de guérison : « je calme, je console, je guéris, / je ressuscite la morte » annonce Michaux dans « Pourquoi faut-il que je compose ». Alors le lyrisme, ce chant sublime, a pour fonction de chanter, autant que d’enchanter, les sentiments personnels, mais ainsi universels.

 

George Frederic Watts, 1818-1904 : Allégorie de la Poésie.

 

Cependant, au-delà de ces lieux communs de la poésie que sont la plainte, la mélancolie et le chant des larmes, peut-être peut-on imaginer d’autres enchantements. La poésie parnassienne par exemple, qui, s’opposant au romantisme, veut évacuer sentimentalisme et émotion larmoyante, avec ses vers sculptés dans le marbre de la langue, son culte de « l’art pour l’art » : « L’art robuste / Seul a l’éternité » affirme Théophile Gautier, dans son recueil Emaux et camées. Théodore de Banville lui répond dans ses Odelettes : « Le poète oiseleur / Manie / L’outil du ciseleur » sur « Un métal au cœur dur ». La poésie est sculpture, elle n’enchante que l’art, au-dessus des vaines agitations du mal, humain, trop humain, « belle comme un rêve de pierre », pour reprendre le poème « La beauté », de Baudelaire…

Ou encore la poésie engagée, de Victor Hugo conspuant le coup d’état de Napoléon III dans Les Châtiments, à Aragon affichant la cruauté de l’invasion nazie, en passant par Eluard et son « Liberté chérie ». Les vers ne chantent plus le mal, mais le dénoncent, choisissant le camp de la paix, de la compassion et de la beauté, contre celui de la violence et de l’oppression. Même si ces deux derniers poètes ont hélas également exalté le communisme stalinien… Leur répond en 1979 le caribéen Dereck Walcott, dédiant « Forêt d’Europe » (Le Royaume du fruit-étoile, Circé, 1992, p 177) à son ami joseph Brodsky qui lui connut les travaux forcés du goulag :

« De main en bouche, à travers les siècles,

pain qui dure quand ont pourri les systèmes,

que dans sa forêt de branches de barbelés

un prisonnier tourne en rond, mâchant la seule phrase

dont la musique durera plus longtemps que les feuilles ».

 

Ainsi la poésie est un « pain » qui donne une longévité, sinon une immortalité, aux émotions, à l’art, aux combats de l’être libre contre les totalitarismes. Que la poésie soit lyrique et élégiaque pour chanter son mal, qu’elle se veuille magie langagière pour l’enchanter, que polémique elle veuille dénoncer le mal commis par les tyrannies et les tyrans, toujours elle doit nous enchanter. Un poème ne refermera pas une plaie, ni ne ressuscitera les morts. Mais le lecteur en reçoit un surcroit de vie. Compensation imaginaire, certes, mais d’autant plus nécessaire qu’on n’ennoblit pas l’humanité avec des crimes… Avec des monuments poétiques, Sonnets de Shakespeare ou Sonnets à Orphée de Rainer Maria Rilke, oui.

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Allégorie Poésie -Eustache Lesueur

Eustache Le Sueur, 1616-1655 : Allégorie de la Poésie

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 18:03

 

Charles Natoire, 1700-1777 : Erato jouant de la lyre, Musée du Petit Palais, Paris.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Poésie en vers et poésie en prose,

 

de Wordsworth à Baudelaire.

 

 

 

Le « Bourgeois gentilhomme » fut fort surpris d’apprendre qu’il faisait de la prose. Probablement Molière le serait-il encore plus en apprenant que l’on écrit de la poésie en prose. Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle qu’Aloysius Bertrand puis Baudelaire inventèrent le poème en prose, ajoutant une corde à la lyre de la Muse Erato. Cependant, dès 1800, dans sa Préface aux Ballades lyriques, Wordsworth rapproche ces deux opposés : « Non seulement une grande partie du langage de tout bon poème, même du caractère le plus élevé, doit nécessairement, exception faite du mètre, être conforme en tous points conforme à celui de la meilleure prose, mais également certains des passages les plus intéressants des meilleurs poèmes sont écrits strictement dans le langage de la prose, pour autant qu’elle soit de qualité. » S’il ne voulait parler que d’une écriture prosaïque dans le cadre de la métrique du vers, peut-on considérer qu’il ouvre la voie à la possibilité que la poésie puisse être écrite en prose ? Certes la poésie traditionnelle brille de tous ses pouvoirs grâce à la régularité du vers, mais la prose poétique puis la poésie en prose trouveront les faveurs des poètes qui veulent se libérer des contraintes. Cependant, au-delà de cette confrontation peut-être est-ce la nature de la poésie qu’il faut interroger.

 

Depuis Homère et Orphée, toujours le poète chante en vers épiques ou lyriques sur sa lyre. Inspiré par les muses nées de Zeus et de Mémnosyme, déesse de la mémoire, il diffuse son récit ou ses émotions grâce à la régularité du mètre et le rappel de la rime. Wordsworth ne déroge pas à cette règle : les Ballades lyriques sont en vers, même s’il permet à des formules prosaïques d’y résider avant les grands élans nostalgiques de « Tintern Abbey », adressés aux montagnes et à un fleuve, dont même en traduction française, on ressent le rythme et la musicalité grâce à des rimes et des assonances  (présentes, quoique différentes en anglais) :

 

« Que de fois, en esprit, me tournai-je vers toi,

Ô Wye sylvestre, ô toi errante à travers bois,

Que de fois mon esprit s’est orienté vers toi ! »

 

Ainsi, de Shelley à Lamartine, les grands romantiques respectent le vers, chantant dans « Mont Blanc », « La tranquille caverne de cette enchanteresse, / La poésie »… et, dans un hémistiche inoubliable, « Ô temps ! suspends ton vol » de l’élégie fondatrice « Le lac » de ce romantisme français qui attendait son versificateur inspiré.

D’Hugo à Rimbaud, on se gardera bien d’oublier le vers rimé. Dès La Fontaine, nos écoliers identifient avec lui la poésie dont les plus grands moments lyriques culminent avec Baudelaire qui peut affirmer sans présomption dans un impeccable alexandrin : « Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses ». Sa musicalité rejoint par métaphore son célèbre « La musique souvent me prend comme une mer ! » Verlaine l’affirme encore : « De la musique avant toute chose ». Même s’il ajoute « Et pour cela préfère l’impair »… Car Verlaine écrit là avec des vers de neuf syllabes, cassant les mètres obligés. Un vent de liberté souffle sur le poème, préparant le vers libre qu’aimeront les surréalistes au XX° et Breton en tête. Le respect du mètre n’est plus alors la condition sine qua non de la poésie.

Déjà les préromantiques, Rousseau dans son roman épistolaire La Nouvelle Héloïse, usaient d’une prose aux accents musicaux et lyriques pour révéler dans la montagne « un séjour plus serein, d’où l’on voit dans la saison le tonnerre et l’orage se former au-dessous de soi ». Cette prose poétique, amplifiée par Chateaubriand dans René, n’était pas le poème en prose, mais elle le préparait.

 

 

C’est ainsi que Baudelaire, précédé par Aloysius Bertrand, auquel il rend hommage dans sa lettre-préface, imagine « le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme ». Ce sont les « Petits poèmes en prose », sous-titre du Spleen de Paris, paru à partir de 1862. Au-delà de la « singerie rimée » dénoncée par Baudelaire dans « Genèse d’un poème », la « sorcellerie évocatoire » de la poésie investit la prose grâce à sa musicalité et l’abondance de ses images. Ainsi, il va jusqu’à réécrire « La chevelure », originellement en alexandrins, pour en faire « Un hémisphère dans une chevelure » dont la prose chante indubitablement : « Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs ».

Suivant cette voie prometteuse, Rimbaud écrit dans « un dérèglement de tous les sens » les poèmes en prose des Illuminations ; nul doute qu’il veut s’affranchir de la règle des vers rimés dans laquelle il a pourtant excellé avec « Ma bohème » ou « Le bateau ivre ». Le XX°, de Segalen à Michaux, dans les explorations chinoises d’Equipée ou dans « Façons d’endormi, façons d’éveillé », trouvent « l’extase » en prose et « Une montagne dans ma chambre » qui n’a pas besoin du vers pour soulever le rêve par le langage poétique. Comparant le « bleu » de cette montagne avec « une faïence égyptienne, un petit hippopotame pharaonique », Michaux déploie l’image jusqu’à en faire le bijou culminant d’une œuvre d’art langagière.

 

 

Vain est probablement le débat entre vers et prose. La poésie comme « la vraie vie » de Rimbaud, est « ailleurs ». Non pas dans quelque choix technique, mais dans la capacité, au-delà du dire, à « évoquer », comme le montre Roger Caillois dans son essai  Approches de la poésie. Musicalité et capacité de l’image inédite à nous entraîner vers l’autre monde de l’analogie, vers Les Portes de la perception, pour reprendre le titre d’Huxley (d’où les « Doors » menés par cet autre poète, Jim Morrison ont choisi leur nom), sont les conditions sine qua non du pouvoir de la poésie. En grec, poésie veut dire création. C’est une création magique, séductrice et propice à l’émotion et à la pensée, miroir des sentiments et d’un monde à lire autrement. Comme dans « l’Hymne à la beauté intellectuelle » de Shelley, elle est « l’esprit de la beauté ». Y compris lorsque Baudelaire, dans Le Spleen de Paris, s’attache « à la description de la vie moderne », à « la fréquentation des villes énormes ».

 

Probablement le vers restera-t-il longtemps le plus populaire. La chanson aime la rime, le rap et le slam la cultivent. Les quatorze vers du sonnet, forme parfaite de Pétrarque à Ronsard en passant par la « Dame noire » et le « jeune homme blond » des Sonnets de Shakespeare, forme oubliée, reprirent de la vigueur avec Baudelaire, Nerval et Rimbaud. Qui sait si, avec la perfection de son vers noble aux rimes précieuses, avec l’impeccabilité et l’élégance de sa démonstration, il ne fera pas demain de nouveau fureur ? Le vers n’a pas cédé à la consomption du lyrisme, il n’a rien perdu de son pouvoir de séduction. Malherbe comparait la prose « au marcher ordinaire et la poésie à la danse ». Nul doute que le poème en prose puisse également offrir une danse du cœur et de l’intellect. Le « marcher ordinaire » de Ponge, dans Le Parti-pris des choses, permet de faire danser la prose grâce aux images de « L’huitre » : « une formule perle à son gosier de nacre d’où l’on trouve aussitôt à s’orner ». Ainsi, le poème en prose ne signe pas la fin du vers, mais une possibilité supplémentaire, un univers parallèle de la poésie, comme Internet ne fait pas la mort du livre, il n’est qu’un livre un peu plus arborescent et en cela poétique, dans la bibliothèque privée autant qu’universelle.

 

  Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

William Wordsworth, 1770-1850.

 

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Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

Kiyoko Murata : Fille de joie

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Magris

Secrets, Enquête sur un sabre

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. Wagner : En-vie, Maï : Divino sacrum, Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

1969, Les Bébés de la consigne automatique, Chansons populaires de l'ère Showa

Murakami bébés

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900-conclusions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Robert Marteau : Ecritures, le sonnet quotidien

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

 

 

 

 

 

 

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnets autobiographiques

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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