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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 10:17

 

Bibliothèque municipale, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Mark Z. Danielewski : La Maison des feuilles,

 

labyrinthe romanesque,

 

cosmologique et psychique.

 

 

 

Mark Z. Danielewski : La Maison des feuilles,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro,

Monsieur Toussaint Louverture, 2022, 692 p, 27,50 €.

 

Mark Z. Danielewski : O Révolutions,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro, Denoël, 2007, 372 p, 25 €.

 

Mark Z. Danielewski : L’Epée des Cinquante ans,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, Denoël, 2013, 288 p, 22 €.

 

 

 

 Dans la tradition totalement dévastée et revivifiée d’Edgar Allan Poe[1] et de Lovecraft[2], les soupçons et séductions du cauchemar nous prennent par la main jusqu'en une perdition psychologique et existentielle. Grâce à l'artifice classique du manuscrit retrouvé, à l’instar du Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki[3], qui plus est dans l'appartement d'un mort, nous nous trouvons entraînés à notre corps défendant dans le commentaire d'un film pour le moins étrange et lacunaire. Dans une « maison » inqualifiable, parmi une architecture aux interstices dangereux, aux gouffres abominables, parmi une famille bientôt dévastée, ce dans le roman étrangement nommé La Maison des feuilles ; qui sont autant de feuilles arbustives ou livresques... Et dans le gouffre d’une matrice textuelle plus labyrinthique que la spirale intérieure d'un psychisme aux dimensions insoupçonnées et lacunaires : celles de l'univers.

 

Johnny Errand, le narrateur initial de La Maison des feuilles, est un apprenti tatoueur un tantinet délirant qui découvre chez un vieil aveugle décédé, nommé Zampano, un manuscrit surprenant. Il s'agit d'un essai prolixe autour du Navidson Record, un film qui est l'objet central et obsessionnel de la curiosité de tous... Ce dernier narre l'emménagement d'une famille, puis sa perplexité, sa terreur devant les propriétés inédites de la maison. Le jeune Will Navidson est un photoreporter voyageur qui s'est marié avec Karen, belle ex-mannequin. De cette union sont nés deux enfants. Les bonheurs apparemment prévisibles liés à l'installation dans leur nouveau foyer parmi les campagnes de Virginie vont bientôt se fissurer devant l'obstination de Navidson à découvrir ce quelque chose qui cloche : en effet, la maison a des dimensions intérieures qui excèdent d'un rien celles extérieures. Est-ce possible ? On se fait géomètre, épiant chaque détail architectural, jusqu'à ce qu'une porte imprévue s'ouvre, découvrant un sombre couloir que l'on ne résiste pas explorer. Las, sa démesure dépasse les forces de l'aventurier en herbe qui a manqué s'égarer, qui doit, à l'aide d'explorateurs professionnels, se charger d'un impressionnant matériel de spéléologie pour dérober les secrets vides de ces pentes, de ces puits et tourbillons. Le réseau souterrain se creuse de couloirs, de salles aux plafonds démesurés, de gouffres. Ainsi le monstrueux dédale de la maison ne cesse de s’enrichir de nouvelles chambres noires, d'aventures épuisantes qui déchirent le couple, de folies intestines, voire d'abîmes meurtriers...

Chargé d'énigmes irrésolues, de références bouillonnantes et d'analyses prolixes, le roman se déploie en quelque sorte à l'identique de l'objet de sa narration, de par sa typographie, sa mise en page. Ainsi, parmi cette prolifération des notes de bas de page, cette abondance de la critique cinématographique, littéraire, et philosophique (on y croise par exemple Jacques Derrida, Harold Bloom et Stephen King) qui boursoufle avec gourmandise, voire cannibalisme, le volume, peut être lue comme une tentative d'investigation des contenus et d’un sens aporétique - à la fois du film, de la maison et du livre -, mais aussi comme une satire assez réjouissante de la critique universitaire. De plus, autour de ce cet arachnéen récit emboîté, se tisse l'histoire fragmentée du lecteur Johnny, qui, bien sûr, est un reflet biaisé de notre propre lecture. Sa paranoïa est-elle causée par l'abus de substances psychédéliques ou par ce manuscrit omnivore qu'il travaille à éditer ? Ou encore par son désir exacerbé pour une strip-teaseuse ? Quant à sa mère, Pelafina, qui est garée dans un institut psychiatrique, l’on en saura un peu plus sur son labyrinthe intérieur et sa relation confuse à son fils en lisant Les Lettres de Pelafina[4], retranchées du vaste roman et publiées de manière indépendante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans compter Tom, le frère de Navidson qui se sacrifie pour sauver la fille de ce dernier, (Daisy faillit être avalée par la maison), un personnage crucial du roman est l'explorateur Holloway que s'adjoint Navidson. Acculé par le bruit des profondeurs, il sombre dans la folie, trucide un de ses compagnons, pour enfin se suicider devant l'effroi de la perte de tous repères... Comme le capitaine Achab de Melville, il a échoué devant sa baleine blanche : La Maison des feuilles peut en effet être lue comme un nouveau Moby Dick, non plus marin, mais terrien, chtonien, quoique plus encore terriblement métaphysique. Car l'adversaire de cette épique entreprise est totalement inconnaissable, une sorte de présence du vide, de trou blanc, envers et au-delà des trous noirs du cosmos qui nous fait et nous détruit.

A l'intertextualité explicite qui phagocyte les notes, s'ajoute une intertextualité implicite, parmi lesquelles, il n'est pas toujours évident de démêler le vrai du faux. Il est rapidement évident que la cécité de l'écrivain Zampano puisse être une allusion au légendaire aède aveugle : Homère lui-même, comme pour appuyer la dimension épique de cette inégale lutte avec l'ange qu'est le combat sanglant contre la perverse maison. Celui qui paraît porter un nom de cirque fellinien a l'étrange particularité d'avoir eu sept amantes, chiffre mystique s'il en est, de plus aux prénoms empruntés aux sept lignes de défense de la bataille de Diên Biên Phù où il perdit la vue, métaphore supplémentaire de cette prédatrice maison des feuilles.

 

Hotel Monasterio, Boltaña, Huesca, Aragon.

Photo : T. Guinhut.

 

Plus vertigineuse qu'un dessin d'Escher, évidemment associée au labyrinthe et à son Minotaure venu de la mythologie grecque, cette « maison » (mot toujours imprimée en bleu) se multiplie en elle-même sans jamais dépasser par l'extérieur, comme un inépuisable cerveau aux complexités neuronales inconnaissables. Nantie d'un couloir qui défie les lois de l'architecture, de la géologie et du fantastique, la maison prend la forme des désirs, des angoisses et des phobies des personnages. L'événement est un « viol spatial » autant qu'un viol mental : « la maison tout entière est une incarnation physique des affres mentales de Navidson ». Sauf que bâtie en 1720, elle a eu « 0,37 propriétaires par an, la plupart traumatisés ».

La tradition du fantastique et de l'horreur, dans laquelle s'inscrit Danielewski, entre trois  grands Américains du genre, d'Henry James à Stephen King, en passant par Lovecraft, trouve ici une acmé exceptionnelle. « Est-ce possible ? » se demandent tous les auteurs et lecteurs de ces récits et romans inquiétants. C'est ainsi que Tzvetan Todorov[5] définit le genre : « Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par une être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel ». Entre rationnel et irrationnel, il s'agit plus de donner une forme à nos interrogations scientifiques irrésolues, à nos questionnements métaphysiques, plus de figurer nos peurs, que de représenter le réel. Sans compter le plaisir de s'adonner aux spéculations de l'imaginaire, à la construction du vertige, comme le conçoivent les espaces intérieurs du cerveau de Marc Z. Danielewski.

En cette maison, nous sommes à la lisière de deux des thèmes du fantastique tels que les définit Roger Caillois[6] : La demeure hantée, bien sûr, dans la continuité du roman gothique[7] du   XVIII°, depuis Le Château d'Otrante[8], mais aussi, non pas comme le propose ce pourtant perspicace essayiste, « la maison, la rue effacée de l'espace [9]», mais au contraire, en un subtil renversement, la maison qui se creuse et s'agrandit jusqu'à l'inconnaissable. Cet univers en expansion, mais vers l'intérieur, car rien de cet infini ne dépasse ni dehors ni dessous, est une sorte d’abyssale spéléologie aussi irrationnelle que fascinante, comme si la peau des choses était retournée, ou comme le trou noir des astrophysiciens. Une sorte de bruit de fond périodique, parmi « l'antichambre », le « grand hall » ou « l'escalier en spirale » ajoute alors à la dimension cosmologique. Peut-on imaginer que cette perspective architecturale interne et sans cesse changeante, où la boussole ne parle plus, soit une image de la nouvelle science, une sorte de figuration métaphorique de la physique quantique, celle de l’incertitude d’Heisenberg où  une particule est à la fois onde et corpuscule, soudain parvenue à notre échelle pour y perturber notre perception du monde, une déclinaison de la théorie des cordes, de ces univers parallèles, tels que les postulent des physiciens comme Stephen Hawking…

La problématique de la représentation innerve le roman en son entier. Qu’elle soit réalité, image filmique, dessins traumatiques des enfants Chad et Daisy, ou mots qui sont sous nos yeux, la maison est finalement irreprésentable : « A certains égards, le distillat de crayon et de pastel laissé par les mains de deux enfants rend mieux compte de l’horreur qui habite cette maison que tout ce qu’a pu restituer la pellicule ou la bande magnétique ». Ce qui n’est pas sans conséquence sur la démesure et la déconstruction derridienne qu’affecte la forme du livre tel qu’il est publié.

En effet, feuilles du livre et arborescences de l'esprit concourent à faire de ce roman postmoderne un exploit typographique autant que conceptuel. Les notes pléthoriques, les pages bourrées jusqu’à la gueule, les blancs immenses de pages de plus en plus désertées, puis repeuplées de signes, les polices de caractères qui permettent de  repérer les différents narrateurs, les encadrés et les ratures, les annexes et l'index, les commentaires parfois boulimiques, voire les essais et récits surajoutés, les bibliographies souvent fictives, tout cela  parait devoir laisser le lecteur perplexe, quoiqu'il se sente rapidement séduit, conquis, envoûté jusqu'à l'addiction fabuleuse, de l'ordre de cette « horreur délicieuse » dont parle Burke dans son Essai sur le sublime[10]. En particulier lors de cette descente vertigineuse dans le blanc omnivore des pages où les mots finissent par être mutilés, par disparaître, au moment de la pire intrusion et implosion douloureuse au plus profond du secret et abyssal tunnel de la maison dont la couleur gris cendre affecte la rétine, la perception et la raison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais c'est aussi, à travers le couple Navidson et ses enfants, une attendrissante et pathétique histoire d'amour familiale, d'autant que Karen se révèle bientôt claustrophobe, ce qui est bien sûr abondamment commenté. A la suite de l'ouverture du couloir, son intense appétit sexuel s'éteint. Sans compter, dans les notes parfois prolixes, entremêlant essai et passages narratifs, de Johnny, son amour intensément lyrique, voire mystique pour la rousse strip-teaseuse nommée « Pan-pan », ses expériences érotiques avec Tatiana et post-linguistique avec la belle Kyrie : « frissons et tremblements et tout au fond de sa gorge un millier de lettres s'écrasant en une chute non modulée », métaphore de la chute de la maison qui n'est plus celle d'Usher, mise en scène par Edgar Allan Poe...

Et, que ce soit dans le récit ou dans les notes, les plus ou moins dévorantes bribes d'essai contribuent à faire de ce livre, au-delà du roman d'aventure, psychologique et métaphysique, un objet littéraire en même temps que métalittéraire ; il se commente en même temps qu'il se fait, en même temps qu'il est sur la voie de l'édition, tout cela dans une mise en abyme généralisée. On sait d'ailleurs que Mark Z. Danielewski, suite à douze ans d'écriture, ayant un mal fou à accéder à la publication, a dû avoir recours à internet, où son texte acquit un statut d'objet culte auprès de quelques aficionados, avant de pouvoir convaincre un éditeur new-yorkais de le publier à deux mille exemplaires. Nul doute qu'il ait eu le temps de s'interroger sur les affres de la création, sur la justice discutable des dieux vides et tutélaires de l'édition...

Les psychanalystes jubilerons à l’occasion de la vaste métaphore de l’inconscient, et à l’occasion de l’analyse des « trois rêves » de Navidson, à l’onirisme exacerbé. Les cartographes et autres topographes frétilleront d’impatience à l’idée de dresser un plan crédible de l’objet du délit. Les théologiens et les philosophes y chercheront la totalité du dieu ou l’essence de l’Un. Les exorcistes se sentiront investis d’une mission sacrée : chasser le démon, la force impie, l’origine satanique du monde gisant dans les profondeurs et prête à se déchaîner au dehors, à l’instar des créatures de « Cthulhu », chez Lovecraft[11]. Les romanciers rêveront de l’égaler, les critiques universitaires de le commenter en long, en large, en travers et en profondeur, comme le fictif Traité de quatre mille pages sur le Navidson Record d’un certain Bernard Porch… Breat Easton Ellis ne disait-il pas : « On imagine Thomas Pynchon, J. G. Ballard, Stephen King et David Forster Wallace s’incliner devant Danielewski, saisis par la surprise, l’extase, l’émerveillement et la stupéfaction ».

Que faut-il préférer ? L’édition originale française de La Maison des feuilles, chez Denoël, outre cette qualité, présente un livre aux deux rabats et avec des cahiers cousus, donc plus maniable et solide ; mais évidemment épuisée. Celle publiée chez le déjà légendaire Monsieur Toussaint Louverture[12], qui affectionne les romans insolites et rarement négligeables, présente l’immense avantage d’être « remastérisée » ; c’est-à-dire conforme à l’originale américaine : le mot maison est imprimé en bleu (comme chez Denoël), mais de surcroit les lignes barrées et le mot « Minotaure » éclatent en rouge, sans oublier toutes les planches en couleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hélas, nous sommes bien moins conquis devant la difficulté auquel nous nous heurtons à la parution du second roman de Danielewski : O Révolutions. Il juxtapose les récits de deux héros - se lisant à l'endroit et/ou à l'envers, en un volume réversible -, dans lequel les adolescents Sam et Hailey sillonnent les points chauds de l'Histoire de l'Amérique, comme des échos de Roméo et Juliette de Shakespeare. Entre Appalaches, Mississipi, Badlands et Montana, et sans guère de concessions, l’espace américain grouille de crasse et de sang, d’insultes, de drogues et de fêtes : « On revisite la Nouba, ça suce, ça fume, ça vibre, ! Vapes, virevoltes ! ça picole aussi de plus belle ! Sans noUS merci ! On préfère se défausser ». Si La Maison des feuilles était centripète et tournée vers l’intérieur, O Révolutions est en expansion vers le monde, tout en suivant l’évolution de la relation entre les deux jeunes gens, entre lyrisme échevelé et geste épique contemporaine.

Cette fois ce sont les « o » qui sont en couleurs. Ocre d’un côté, vert de l’autre. Car Hailey a des « Yeux Verts pailletés d’Ors » et Sam des « Yeux Dorés pailletés de Verts ».  Chaque page elle-même est divisé en deux : une marge chargé d’une liste d’événements historiques, entre guerre de Sécession et guerre froide, et le texte proprement dit fait de paragraphes en plus gros caractères, jetés en une narration explosée. Les mots jouent de palindromes et d’anagrammes, presque dans une esthétique joycienne. Tout cela au moyen d'un éparpillement de courtes phrases et de dialogues saccadés, ce qui peut laisser le lecteur dubitatif ; à moins que, la lecture n’étant guère entraînante, nous n'ayons pas perçu le bien-fondé de l'entreprise... Finalement le livre est peut-être plus séduisant par l’énorme iris de sa couverture, la distribution aléatoire de la typographie, quoique les plantes et les animaux soient constamment en gras, que par l’objet proprement littéraire.

Autre performance, sous la plume virevoltante de Mark Z. Danielewski : L’Epée des Cinquante ans. Cette fois, il s’agit d’un conte, illustré de graphismes et de broderies de couleurs qui font songer à Henri Michaux. Mais un conte pour adultes, dans la tradition du roman gothique, une histoire de fantômes. Qui existe aux Etats-Unis sous la forme d’un livre enclos dans une boite de bois vernis évoquant un cercueil, aimable et luxueux.

Une apparemment banale soirée réunit une couturière, Chintana, la femme pour laquelle son mari l’a quittée, Bélinda, et cinq orphelins. Mais un conteur maléfique, aux « yeux deux lacs morts gelés », leur narre sa quête de « l’épée des Cinquante ans ». Car ses blessures ne prennent effet que le jour où le malheureux atteint son demi-siècle. Cette arme va-t-elle surgir entre les mains de  Chintana pour assouvir son désir de vengeance à l’égard de celle dont les « gencives reculaient autour de la lueur morte de ses dents » ? Si la narration paraît linéaire, la multiplicité des points de vue et les guillemets colorés permettent une polyphonie envoûtante. D’autant que le récit accuse la forme d’un poème en vers libres troué de blancs qui accentuent les vides entre les personnages ainsi que la dimension fantastique spectrale. L’on devine que les enfants verront « la neige s’éclabousser de rouge »…

 

Mieux vaut alors revenir à La Maison des feuilles, chef-d'œuvre indubitable et dont la dimension esthétique ne faillit pas. En ce roman fascinant, inoubliable, voire obsédant, coexiste une narration à toute première vue anodine, cependant bouleversante, déstabilisatrice, et l'avalanche d'innombrables strates culturelles : La Divine comédie de Dante, le Minotaure théséen, la nymphe Echo... et fourmillant d'interprétations et de surinterprétations. Le plus étonnant est que la complexité postmoderne du roman expérimental bourré jusqu'à la gueule de richesses pléthoriques et sans cesse troué de blancs, passe par un suspense haletant, par une légèreté narrative, une lecture aussi aisée que l'aventure est angoissante, que les perspectives intellectuelles sont ébouriffantes. Postmoderne certes, mais singulièrement solitaire. Un grand roman de la littérature mondiale est né pour longtemps. Vite, réveillez Jorge Luis Borges[13] du tombeau : il va adorer...

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[3] Jean Potocki : Manuscrit trouvé à Saragosse, José Corti, 1992.

[4] Mark Z. Danielewski : Les Lettres de Pelafina, Denoël, 2003.

[5] Tzvetan Todorov : Introduction à la littérature fantastique, Seuil, 1970, p 29.

[6] Dans la préface de son Anthologie du fantastique, Club français du Livre, 1958.

[8] Horace Walpole : Le Château d'Otrante, Club français du Livre, 1964.

[9] Roger Caillois, Anthologie du fantastique, Club français du Livre, 1958, p 10.

[10] Edmund Burke : Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009, p 227.

 

Monasterio Alto de San Juan de la Peña, Huesca, Aragon.

Photo : T. Guinhut.

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 12:18

 

Holfer Alpl, Fie Allo Sciliar / Völs am Schlern, Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Nature et Ethique littéraire

par Ralph Waldo Emerson & Charles Lane,

précurseurs des mouvements écologiques :

Les Travaux et les jours ;

 La Vie dans les bois.

 

 

Ralph Waldo Emerson : L’Ethique littéraire,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Pavans,

Les Belles Lettres, 2022, 160 p, 13,90 €.

 

Ralph Waldo Emerson : Les Travaux et les jours,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Blot,

Fédérop, 2010, 136 p, 14 €.

 

Ralph Waldo Emerson : La Nature,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrice Oliete Noscos,

Allia, 2012, 96 p, 6,10 €.

 

Charles Lane : La Vie dans les bois,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Gillybœuf,

Finitude, 2010, 80 p, 12 €.

 

 

Si le préjugé voulait imaginer que les Etats-Unis sont un pays dénué de philosophes, entre Hannah Arendt[1] et Leo Strauss, sans oublier aujourd’hui John Rawls et sa Théorie de la justice[2], il faut parmi bien d’autres compter Ralph Waldo Emerson (1803-1882), ce transcendantaliste pour qui l’essence spirituelle de l’être est fondamentale et dont L’Ethique littéraire s’adosse fièrement à la nature. Quant à cette belle publication des Travaux et les jours (tiré d’un ensemble plus vaste titré Société et solitude) elle se veut attirer notre attention sur l’harmonie de l’individu et de la nature dans le grand tout. Avec son contemporain Charles Lane, le philosophe Ralph Waldo Emerson est l’un des grands précurseurs des mouvements écologistes.

 

Charles Baudelaire et Marcel Proust étaient des admirateurs chaleureux de Ralph Waldo Emerson, ce qui ne peut que plaider en sa faveur. Précédée par une préface du traducteur Jean Pavans et un beau portrait d’Emerson ourdi par le romancier et nouvelliste Henry James, cette Ethique littéraire est en fait un recueil de cinq allocutions et conférences, prononcées entre 1838 et 1841. Il balance dialectiquement entre le « conservateur et le « réformateur », le second l’emportant sur le premier, de façon à former « le Jeune Américain ». À un pays neuf, à une nature immense, répondent les qualités d’une nouvelle génération fondatrice.

Pour ce philosophe d’outre-Atlantique, l’intellectuel est en quelque sorte un être surhumain, car son pouvoir « consiste en l’âme qui a créé le monde ». Ce pourquoi son « éthique littéraire » relève de l’idéalisme allemand, voire du platonisme, lorsqu’il « étudie le monde et ce que vaut le monde, et quel est le pouvoir du monde sur l’âme ». De surcroit, fidèle à la fierté américaine qui a su construire son indépendance au moyen d’une révolution libératrice au service de la démocratie, il considère que c’est à la fois son droit et sa liberté que d’interpréter le monde sans rester le valet des pensées européennes. Tout en étant enhardi par « les bardes immortels de la philosophie », mais aussi les poètes, son âme lui chuchote : « Je découvrirai tout par moi-même », ce qui n’est pas sans présomption. Aussi honore-t-il le concept romantique du génie et celui hégélien de l’individu historique-mondial. De plus, la nature et l’Histoire humaine sont les reflets de l’esprit absolu et divin. Les esprits critiques liront cela comme une fiction consolatrice…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne refusant en rien de faire l’éloge d’un pays industrieux, du commerce et des techniques, Emerson défend cependant « la qualité de vie de l’ouvrier ». En ce sens l’intellectuel, le poète, l’artisan et le paysan, voire le saint, sont indispensables. Or la nature étant « l’étalon de notre essor et de notre déclin », l’homme nouveau se doit de vivre en son sein. En ce sens, « l’aboutissement du monde dans un être humain paraît être l’ultime victoire de l’intelligence ». Ce qui ne contrarie en rien l’individualisme : « L’universel ne nous intéresse qu’à partir du moment où il se loge dans un individu », prône-t-il. Ainsi peut-on bâtir le « pays de l’avenir », mais en recommandant au jeune Américain de se dépendre de ce « système patriarcal [qui] devient promptement despotique ». Bien que d’une manière fort différente, l’on retrouve cette nécessité de la liberté individuelle et politique, telle qu’Alexis de Tocqueville la défendait, y compris contre la tyrannie de la majorité.

Modèle pour tous les Américains, et en particulier les jeunes gens considérés comme des disciples potentiels, l’intellectuel a pour mission d’éclairer le monde et de rester exemplaire, dans son travail comme dans son comportement. Ce bel optimisme peut paraître admirable, voire irréaliste, sinon désuet. L’on doit cependant regretter que cette éthique redevable de l’idéalisme romantique du XIX° siècle ne soit plus aujourd’hui à l’ordre du jour dans le pays d’Emerson où socialisme et Cancel culture[3] gangrènent le présent et l’avenir…

Quoiqu’apparemment indépendante, cette « éthique » du fondateur de Transcendentalist Club à Boston, s’appuie sur la tradition romantique et rousseauiste ; car « ce surgissement, cette formation des meilleurs ouvrages littéraires à partir des affirmations de la nature est particulièrement manifeste en philosophie ». L’on ne s’étonnera pas qu’il ait exercé une profonde influence sur l’auteur de La Désobéissance civile : son ami et disciple Thoreau[4].

 

 

En toute cohérence, l’un des essais d’Emerson, publiés entre 1841 et 1844, s’intitule Nature. Conglomérat de huit petits textes, il progresse de « Nature » à « Perspectives », en passant par des mots-clefs qui lui demeureront essentiels : « Beauté », « Idéalisme », « Esprit », étant entendu qu’en accord avec la Nature, la Beauté est consubstantielle à l’Art…

Quoiqu’il s’agisse de sa toute première œuvre, il expose les principes dont il ne dérogera pas : unité de l’univers et de l’esprit individuel, correspondance symbolique entre lois naturelles et lois morales. Avec un lyrisme puissant il intime à son lecteur une voie philosophique grandiose : « La raison pour laquelle le monde manque d’unité et gît brisé et en morceaux, c’est que l’homme est séparé d’avec lui-même. Il ne peut étudier la nature tant qu’il ne satisfait pas à toutes les exigences de l’esprit. L’amour lui est aussi nécessaire que la faculté de percevoir. En fait, aucun des deux ne peut atteindre la perfection sans l’autre. Au plein sens du terme, la pensée est ferveur, et la ferveur est pensée ». En accord avec bien des penseurs de l’Antiquité, il prétend que la boussole du philosophe est « l’existence absolue de la nature ». L’on devra bien entendu pardonner une certaine grandiloquence, voire une certaine verbosité, telle qu’en la dernière phrase l’exaltation émersonienne se déploie dans le style prophétique : « Le règne de l’homme sur la nature, ce royaume que l’observation ne saurait faire advenir - un domaine tel qu’il est à présent au-delà de son rêve de Dieu -, l’homme y entrera sans plus d’étonnement que n’en ressent un aveugle recouvrant peu à peu une vue parfaite ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Empruntant son titre au texte fondateur de la mythologie grecque chanté par Hésiode, Les Travaux et les jours[5], Ralph Waldo Emerson fait plus précisément allusion à la partie didactique de ce poème concernant l’agriculture. Grâce à une prose intensément lyrique, il propose un bouquet de cinq petits essais vantant « La vie à la campagne », ce dans le cadre de ce qu’il faut appeler un romantisme américain. De la nostalgie de l’âge d’or à la communauté utopiste de « Brook Farm » où il rêvait d’une « économie fraternelle », le blâme de la propriété privée du territoire et du pouvoir de l’argent est l’envers d’un éloge du fermier (« celui qui crée »), du marcheur, des paysages et du climat du Massachussetts parmi lesquels « La marche exerce aussi une influence sur la beauté. ». Son éducation « en sciences de la beauté » et en savoir-faire agricole est à lire dans le cadre de ce que l’on appellera plus tard l’écologie : « Un homme devrait porter la nature dans sa tête ». Mais après un éloge des technologies du XIX°, Emerson reproche aux machines d’être « agressives » : elles « dépossèdent l’homme ». Dans la lignée de Rousseau, il considère que les progrès techniques ont contribué à faire décliner les mœurs. C’est avec bien trop d’idéalisme qu’il affirme que « ce qui a été fait de mieux dans le monde - les œuvres de génie - n’ont rien coûté ». Au contraire de l’éloge du commerce qui rapproche les peuples, contribue aux richesses et aux libertés selon Voltaire et Montesquieu, il déplore que « l’égoïste et cupide Commerce » soit le plus grand améliorateur du monde » au détriment du « grand cœur ». ce qui n’es pas sans un certain angélisme, une certaine naïveté.

Reste posé le problème de la validité de cette belle et sensible exaltation de la nature, de cette « science de la beauté », où « les montagnes sont des poètes silencieux », qui jouxte une méfiance discutable envers les progrès technologiques de la civilisation. Si Emerson peut aujourd’hui être considéré comme un précurseur des mouvements écologiques dans le meilleur sens du terme, il préfigure également leur face d’ombre : la décroissance, les préjugés antiscientifiques qui menacent l’évolution de l’humanité vers plus de bonheur. Il n’en reste pas qu’il reste loisible de méditer ses réflexions de sage, ici passablement amer, dans la tradition du poète  grec Hésiode : « Les travaux et les jours nous étaient offerts, et nous avons choisi les travaux ».

Celui qui fit preuve de scepticisme et d’une grande honnêteté intellectuelle, puisqu’il renonça au pastorat, conquit, tout en restant déiste, peu à peu sa liberté de pensée. Quoiqu’émergeant des soubassements puritains, il incarne les aspirations de l’Amérique du XIX° siècle. Rendons justice à ce philosophe également poète : son idéalisme n’était pas dénué d’humanisme, puisqu’en son versant libéral et dans le cadre de l’expansion américaine vers les terres de l’ouest, il prit position en faveur des Indiens, des esclaves fugitifs, de l’abolitionniste John Brown et du droit de vote des femmes. Et s’il appelle l’Amérique à faire chanter les poètes et se déployer les arts, c’est dans la perspective d’un large accès à la culture antique et contemporaine, mais aussi d’un retour à la nature qu’il est certes essentiel de savoir respecter. L’on est en droit trouver cela terriblement passéiste, ou délicieusement moderne, mais Emerson n’en a pas moins raison lorsqu’il exulte : « La vie n’est bonne que lorsqu’elle est magique et musicale, d’une harmonie et d’un accord parfait ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être la conscience écologique est-elle née avec le romantisme qui se souvenait de l’âge d’or de la mythologie antique[6]. Mais c’est aux Etats-Unis que Thoreau publia en 1854 son célèbre Walden ou la vie dans les bois. Sait-on qu’il rendait ainsi hommage à un court texte d’un autre ami cher ? Dix ans plus tôt, Charles Lane (1800-1870) avait en effet publié cet essai, La Vie dans les bois, dans un journal transcendantaliste. Ce végétalien libertaire rêvait d’une « Union universelle » et de « famille associative ». Hélas cet anti-esclavagiste se montra fort despotique dans la communauté de « Fruitlands » qu’il fonda, avant d’aller vivre en Angleterre une respectable existence victorienne. Comme quoi les utopistes peuvent savoir rimer avec despotisme. Reste que son idéal d’équilibre entre civilisation et vie sauvage est une bien belle utopie, mise en mots dans La Vie dans les bois ; quoique comme toutes les utopies, elles doivent rester une liberté pour quelques-uns et non devenir une tyrannie pour tous. Pour lui, la « vie de collectivité et de promiscuité » est un ennemi digne d’être éliminé par « un bras robuste armé d’une hache ». Ce qui ne place guère cet essai sous le signe de la tolérance, même si la polémique est talentueuse. Autres oppositions tranchées : une « cité commerçante raffinée » ne vaut pas la nature sauvage. Et l’homme blanc ne vaut pas l’indigène. Charles Lane se livre à un parfait éloge des Indiens, de leur religion du « Grand Esprit », de leur nomadisme et de leurs tribus. L’on se doute qu’il s’agit d’une idéalisation bien peu raisonnable. Quant à « l’étudiant civilisé », il n’est rien devant « l’étudiant naturel ». L’auteur vise cependant à « rendre le travail manuel plus digne et plus noble, et l’éducation intellectuelle plus libre et plus aimante ». On est certes en droit de trouver notre essayiste pour le moins idéaliste, voire réactionnaire, il n’en reste pas moins que cet « homme des bois » tant vanté dont « chaque sens est intégralement préservé », témoigne d’un mode de vie associé à une nature qui, elle aussi, s’il ne s’agit pas de la diviniser au dépens de l’homme, doit voir tous ses sens préservés.

Même si nous ne partageons pas toutes les convictions de ces enthousiastes penseurs, il faut se féliciter que des éditeurs aussi divers nous offrent de tels jalons de l’Histoire de la pensée, pas forcément inactuels, tant le culte de la nature professé par les thuriféraires de l’écologisme travaille notre temps, en un autre idéalisme.

 

En dignes et indignes précurseurs du sentiment écologique, Ralph Waldo Emerson et Charles Lane participent d’une filiation qui va de l’Antiquité gréco-romaine, avec les Géorgiques de Virgile, au préromantisme des Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. Cependant cette idéalisation d’une nature que n’auraient pas corrompu les hommes, la ville et l’ère industrielle, ne va pas jusqu’à emprunter toutes les voies délétères de l’obscurantisme écologiste[7] de notre contemporain, dont la pulsion régressive et totalitaire n’est plus à démontrer.

 

Thierry Guinhut

La partie sur Les Travaux et les jours

fut publiée dans Le Matricule des Anges,  janvier 2011

 Une vie d'écriture et de photographie


[2] John Rawls : Théorie de la justice, Seuil, 2009.

[5] Hésiode : Les Travaux et les jours, Mille et une nuits, 2006.

 

Monte Pelmo, Forno di Zoldo, Veneto. Photo : T. Guinhut.

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1 février 2022 2 01 /02 /février /2022 18:44

 

 Plage des Prises, La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Herman Melville, des Nouvelles intégrales

au tourment de Billy Budd,

par Olivier Rey et Christophe Averlan.

 

 

Herman Melville : L’Intégrale des nouvelles,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin et Thierry Gillybœuf,

Finitude, 2021, 832 p, 35 €.

 

Olivier Rey : Le Testament de Melville. Penser le bien et le mal avec Billy Budd.

Gallimard, Bibliothèque des idées, 2011, 256 p, 24,50 €.

 

Christophe Averlan : Billy Budd,

Libairie théâtrale, 2013, 108 p, 7,50 €.

 

 

 

Le marin de Nantucket, l’auteur de romans d’aventures grandioses et initiatiques, avait bien d’autres cordes à son arc, ou plutôt son harpon. Outre les chasseurs de baleines de Moby Dick, l’arbre qui cache la forêt de ses romans, ce sont trente-quatre nouvelles, toutes publiés dans cette intégrale bellement reliée. Certes le premier ouvrage d’Herman Melville (1819-1891), sous le titre de Typee, vaste récit de voyage dans les îles du Pacifique, rencontra un fulgurant succès en 1846. Mais en 1851, Moby Dick ne connut guère que l’indifférence, nonobstant quelques miettes de reconnaissance ; et ce fut de pire en pire avec une dizaine d’échecs romanesques, le pire étant Pierre et les ambigüités, convaincu d’être aussi immoral de par son histoire d’amour incestueuse, que nanti d’un style insupportable, ce que la critique nuancera par la suite. Or il fallait bien vivre, faire fructifier son talent, ce pourquoi notre romancier américain vendait des nouvelles à des revues et des journaux. Si certaines ont une réputation qui les hausse à la hauteur du mythe, comme Bartleby le copiste, d’autres sont restées dans l’ombre, voire jamais traduites, en somme d’heureux inédits à l’occasion desquels nous partons à la découverte. Y compris un premier jet de Billy Budd, roman dont l’étonnante dimension érotique et métaphysique se voit radiographiée par Olivier Rey, puis repris par Christophe Averlan pour être métamorphosé en brûlot théâtral.

 

Enfin les Nouvelles intégrales d’Herman Melville vinrent en leur bel habit vert et noir, bien digne du soin éditorial que l’on doit réserver aux œuvres les plus marquantes. Et même si le modeste auteur de ces lignes n’a pas entre ses mains le texte original et ne prétend en rien être un angliciste confirmé, le duo de traducteurs ne semble pas avoir démérité, tant la langue est ici somptueuse. Nous connaissions la plupart de ces textes sous le titre des Contes de la véranda[1], cette dernière fascinant un narrateur qui y voyait un point de vue vers un paysage enchanté, « loge royale » et « amphithéâtre ». Pourtant, « chaque nuit quand le rideau tombe, la vérité vient avec les ténèbres ». Ce qu’il est loisible de lire comme une clef de l’écriture melvillienne. Car au cœur, ou à la chute, de récits divertissants, enjoués, se cache un abîme, une noirceur…

Cependant les nouvelles maritimes puisent leur matière dans les quelques années passées par l’auteur au service de la marine à voile. Benito Cereno conte l’aventure d’un vaisseau négrier chargé d’esclaves : la révolte se brise en une pitoyable épopée : « Quelques mois plus tard, conduit au gibet attaché à la queue d’une mule, le Noir connut une fin tout aussi muette. Le corps fut brûlé et réduit en cendres ; mais pendant plusieurs jours, sa tête, cette ruche de subtilité, fichée sur un pieu sur la Plaza, croisa, inflexible, le regard des Blancs ». Le Vaisseau fantôme est un bref rejeton du roman gothique ; à l’instar du Campanile quoique situé dans le décor de la Renaissance italienne et à la manière d’une allégorie. En cette veine fantastique, et autour de La table en pommier, se produisent d’« insolites manifestations spirites ».

 

 

Les Encantadas sont une sorte de reportage en dix croquis solidement charpentés, parmi un archipel « maléfique et enchanté […] image globale du monde après une conflagration punitive » ; ainsi la vigueur et la beauté du style donne à ces « esquisses », une valeur allégorique. Car une fascinante richesse naturelle réside en ces îles désolées, comme pour éclairer par la puissance de l’écriture un fond de désespoir, qui n’est pas sans laisser deviner un substrat autobiographique. Désespoir en effet et lumière paradoxale dans Cocorico, qui sous son titre d’apparence enfantine cache une histoire familiale intensément tragique cependant illuminée par le chant d’un coq d’une puissance musicale et métaphysique incroyable. Ainsi le public contemporain de l’écrivain, qui reconnaissait là des topos populaires en son temps, et bien entendu d’aujourd’hui encore, voit son goût pour les contrées exotiques, les drames gothiques et les énigmes brûlantes du quotidien délicieusement comblé.

Une aporie métaphysique dévore le personnage de Bartleby. Face à son employeur, le narrateur de plus en plus perplexe et cependant humain, face à ses collègues qui lui sont radicalement dissemblables, il ne sait que dire « J’aimerais autant pas » (façon judicieuse de traduire le fameux « I would prefer not to »). Ancêtre de l’absurde beckettien, objet d’un culte peut-être malsain pour la démission et la fatigue de la vie, cet anti-héros fut la coqueluche de Maurice Blanchot qui y voyait l’écrivain par excellence ou de Gilles Deleuze qui le rêvait en messie révolutionnaire. Toutes interprétations bien abusives, tant le copiste est en fait le miroir à fantasme de la fascination pour la déréliction humaine.

 

Herman Melville : Benito Cereno, cartonnage Prassinos, 1951.

Photo : T. Guinhut.

 

L’on préfère une position de retrait, dans Moi et ma cheminée, où femme et filles réclament de détruire le précieux âtre, voire de rebelle contre l’institution sociale et morale. L’on devine alors que Le pudding du pauvre et les miettes du riche opposent deux conceptions antagonistes du monde, non sans ironie. Des personnalités en apparence dérisoires, comme celui dont le poème est « maudit » et qui se résigne à n’être qu’un « violoneux », ou ce marchand de paratonnerres confronté à un orage, sont les allégories du refus et de la mélancolie. Pourtant l’humour et l’hédonisme ne sont pas absents, comme à l’occasion du Paradis des célibataires.

Dans une étonnante satire de la phallocratie et du machinisme, Le Tartare des vierges présente, grâce au guide nommé « Cupidon », de pâles filles soumises à « un mariage perverti avec les machines », plus précisément un « piston » à l’origine de la fabrication de feuilles blanches ». Echo de la baleine blanche, métaphore sexuelle ou matière aporétique de l’auteur ?

Inédits sont des textes de jeunesse, ou pour des journaux satiriques, agrémentés de gravures. La maison du poète tragique résume l’épineuse confrontation d’un manuscrit avec le public et l’entremise d’un éditeur. Une fois de plus l’on assiste à la mise en abyme de l’écrivain en butte avec cet affront de l’incompréhension qui poursuivit longtemps Melville. Comme l’atteste le de personnage de Billy Budd, ce beau marin qui, dans l’ultime roman, répond à l’injustice par un coup fatal, et dont ici nous avons le premier jet, peut-être plus ramassé, plus bellement efficace : Babby Budd.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est des livres que les délices de la dynamique narrative n’empêchent pas de recueillir les plus prégnantes interrogations sur le monde, sur le mal et sur la nature humaine. Assurément les romans d’Herman Melville sont de ces baleines blanches. Mais, au-delà de cet incontournable Moby Dick, qui permet à Lewis Mumford de comparer l’écrivain à Beethoven et Wagner[2], l’on connait peut-être moins le point d’orgue de Billy Budd[3], œuvre testamentaire de Melville, puisque entièrement réécrite en 1891, l’année même de sa mort.

Oubliée dans une boite en fer blanc, elle faillit ne jamais paraître, avant de devenir une icône secrète de la littérature mondiale et de la culture gay, aux côtés de La Mort à Venise de Thomas Mann. Le jeune, pur et beau marin est conjointement l’objet de l’admiration du capitaine Vere et de la haine envieuse du maître d’armes Claggart, « agent maléfique de la discipline » (tel que le définit Lewis Mumford dans sa biographie de l’écrivain[4]). Jusqu’à ce que ce dernier l’accuse de fomenter une mutinerie. Ce à quoi Billy, incapable de s’exprimer, réplique par un coup de poing, hélas mortel. Cette mort sans intention de la donner le mènera à la pendaison, selon les lois de la marine du XVIII° siècle, pendaison ordonnée à son cœur défendant par cet homme supérieur, le capitaine Edward Fairfax Vere ou « Vere l’étoilé ». Comme le jeune marin de La Vareuse blanche[5], que la blancheur étrange (elle fut l’annonciatrice de la baleine blanche) de son vêtement place au centre de la curiosité générale, la beauté de Billy Budd est une marque de fatalité.

C’est avec autant de clarté que d’intelligence qu’Alain Rey éclaire dans son essai les interrogations qui fourmillent autour de ce bref roman, de cette mise à mort d’un ange enrôlé de force... Où est l’origine du mal ? Jusqu’où les protagonistes ont-ils conscience de cet amour idéalisé ou ravageur qu’ils ne peuvent en aucun cas réaliser ? Les interprétations psychanalytiques viennent alors au secours du lecteur pour éclairer les zones d’ombres d’une homosexualité non dite. La lecture d’Hannah Arendt[6], elle, propose Billy Budd comme « une réponse aux révolutionnaires français », en présentant notre marin en homme naturel et pur, germe d’une société parfaite, pourtant révolté contre la hiérarchie injuste, alors que l’on sait que la Terreur révolutionnaire est pire que la mort d’un innocent. Ainsi, s’affrontent « loi du cœur » contre « ordre social», et les culpabilités, depuis la méchanceté vulgaire jusqu’à celles de l’indulgence puis de l’intransigeance du capitaine, sont partagées. À moins que le jeune Billy soit l’image d’une beauté platonicienne équivalente au bien essentiel et justicier, ou de la « beauté comme scandale »… Ce qui autorise Olivier Rey à oser des comparaisons avec le Tonio Kröger de Thomas Mann, avec Yukio Mishima (dans Le Temple de l’aube) qui imagine un « Pays des grenades » où les jeunes « Aimés » sont destinés à des « amants-meurtriers-remembrants », avec le jeune Querelle de Jean Genet… Mais aussi avec l’opéra que Benjamin Britten a tiré de Billy Budd, dont le livret de Forster exploite la fibre de la beauté destinée à être détruite par ceux qui la décèlent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut attirer l’attention sur une curieuse réécriture théâtrale de Billy Budd par Christophe Averlan, dont c’est la sixième œuvre pour la scène. Certes, il y eut, sans compter le film de Peter Ustinov, un drame de Louis O. Coxe pour adapter ce roman. Si les réécritures ne peuvent épuiser les chefs-d’œuvre, ces derniers s’en trouvent parfois vivifiés. Il en est ainsi avec la pièce de Christophe Averlan, qui, en vingt-quatre tableaux, comme pour ancrer son œuvre dans l’unité de temps de la tragédie classique, commence par un « chant de marin » et se développe au travers de la vie à bord et de l’épisode judiciaire, dans un climat tendu, chargé d’érotisme. L’on peut trouver ce dernier superfétatoire, trop explicite ; peut-être… Ce que Melville n’avait fait que suggérer, époque oblige, notre dramaturge le rend dangereusement lisible : « Quand tu dormiras, je viendrai dans ton hamac pour te mordre et ça te réveillera mais tu te laisseras faire ». Mieux, l’ensemble se conclue par une scène hallucinante, une acmé fantasmatique, monologue au cours duquel l’aumônier du navire conte la dévoration du corps du jeune et beau Billy Budd par ses camarades. Peut-être n’est-il pas indu de ranger cette adaptation théâtrale fascinante, où s’affrontent les démons du désir, parmi la bibliothèque melvillienne…

Le rapport difficile entre la justice et l’offense est l’objet d’une récurrente interrogation dans l’œuvre melvillienne ; En témoigne la fin du poème « Après la partie de plaisir :

« Rien ne peut aider ni guérir

Quand l’amour irrité se souvient d’une offense.

Vindicatif, il ne s’épargne pas lui-même :

Mais, pour mieux laisser le champ libre à sa vengeance,

Il se trahit, il se blasphème[7] ».

 

D’abord narrateur à succès d’aventures maritimes, puis génie férocement incompris, Hermann Melville, avait ce don incroyable pour imaginer des œuvres autant captivantes, animées de métaphores coruscantes, que digne de caresser la perplexité des lecteurs, d’abord violement choqués en son temps, tout en donnant force grain à moudre à d’ultérieurs talentueux critiques, philosophes et dramaturges. Quand le déroutant scribe Bartleby incarne la démission totale du monde (répétant jusqu’à la disparition son « I would prefer not to ») quand Moby Dick, cette charnelle et mystique baleine blanche, incarne l’invaincu métaphysique au-devant laquelle tente de lutter la quête vengeresse du Capitaine Achab, ce Billy Budd, dont l’icône tourmentait l’écrivain vieillissant, est la pure allégorie de la belle innocence humaine, en même temps que la confrontation terrible d’Eros et de Thanatos. Trois incarnations en butte avec l’impérissable envie, le ressentiment, l’incompréhension, mais aussi la fascination apeurée d’une trop basse humanité pour ce qui la dépasse souverainement.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur les Nouvelles fut publiée dans Le Matricule des Anges, janvier 2022,

celle sur Olivier Rey, octobre 2011.

 


[1] Herman Melville : Les Contes de la véranda, Œuvres IV, La Pléiade, Gallimard, 2010.

[2] Lewis Mumford : Herman Melville, Sulliver, 2006, p 203.

[3] Herman Melville : Billy Budd, marin. Suivi de Daniel Orme, Gallimard, 1980.

[4] Lewis Mumford, ibidem, p 385.

[5] Herman Melville : Redburn. Vareuse blanche, La Pléiade, Œuvres II, Gallimard, 2004, 1980.

[7] Herman Melville : Poèmes divers. 1876-1891, Gallimard, 1991, p 101.

 

 Port du Goisil, La Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 18:00

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Richard Powers ou les mystères du moi :

 

Générosité, La Chambre aux échos,

 

Sidérations.

 

 

Richard Powers : Générosité,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin,

Le Cherche Midi, Lot 49, 2011, 480 p, 22 €.

 

Richard Powers : La chambre aux échos,

traduit par Jean-Yves Pellegrin, Le Cherche Midi, Lot 49, 2008, 472 p, 23 €.

 

Richard Powers : Sidérations,

traduit par Serge Chauvin, Actes Sud, 2021, 400 p, 23 €.

 

 

 

 

Science et littérature peuvent-elles faire bon ménage ? Le risque est de choir dans le didactisme à thèse. Décidément spécialiste des romans basés sur une hypothèse scientifique, après la neurologie dans La Chambre aux échos, puis L'Ombre en fuite[1] et ses univers virtuels, Richard Powers récidive, avec la génétique et avec « Générosité », non sans doter son intrigue de talents psychologiques et dramatiques. Il semble que notre romancier américain (né en 1957), auteur d’une trentaine d’ouvrages, n’en ait jamais terminé avec les neurosciences et l’inquiétude devant l’univers, puisqu’après son Arbre-monde[2], une thérapie naturelle, technologique et cosmique doit autant soigner un enfant que la planète en son tout récent Sidérations, peut-être son roman le plus enchanteur. Des neurosciences à la cosmologie, Richard Powers anime une quête du meilleur de l'être humain.

 

Chroniqueur plutôt dépassé, sinon déphasé, hanté par ceux qu'il a moqués dans ses papiers publiés jadis dans de prestigieuses revues, le professeur-auxiliaire Russel Stone commence à Chicago son premier cours de littérature intitulé : « Journal de bord et carnet intime ». Ses étudiants n'ont pas l'air plus bénis par la vie. Sauf Thassa, une jeune Berbère qui, malgré ses atroces souvenirs de guerre civile en Algérie, reste imperturbablement « la réfugiée la plus radieuse au monde ». Il semblerait alors, ému, interloqué par cette splendeur mentale, que grâce à ses recherches dans le bouillonnement d’internet, il ait trouvé le mot clef : « l’hyperthymie ». Aux côtés d’une psychologue de l’Université, Candace, il devient le protecteur de la jeune fille, douée d’une qualité comportementale et biologique exceptionnelle.

Mais Russel, qui par ailleurs travaille comme nègre et correcteur pour le magazine « Devenir soi » (notons l’ironie), n'est pas le seul à être fasciné par la bienheureuse : bientôt le généticien Thomas Kurton qui « n'a jamais douté de la nature chimique du bonheur » va tenter de s'emparer de sa capacité à l'harmonie, de ce gène peut-être... Va-t-il trouver, en prélevant son ADN, la recette de l'allégresse, « la formule du soma », pour répondre au Meilleur des mondes d'Huxley ? Médias, industrie pharmaceutique, politiciens, tous se ruent sur les découvertes de Kurton qui imagine une « fiction postgénomique ». Jusqu'à la lisière de la tragédie... Thassa, surnommé « Miss Générosité », vendra-t-elle ses ovules au service de la félicité de l'avenir ou n'est-ce qu'une illusion ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre satire virulente des médias, des appétits industriels, et curiosité pour ces investigations scientifiques exaltantes et hasardeuses, entre bénéfices potentiels et dangers pour l'humanité, Richard Powers a la sagesse de rester ouvert, tout en mettant en scène un juge qui « revient sur le principe même d'une biovaleur appropriable ». Gageons que l’écrivain, qui fut l’un des tout premiers à faire séquencer son génome (en 2008), engage là une réflexion intime, longuement méditée et nuancée. En effet, la question ici posée est-celle de l’amélioration de l’humanité. Faudrait-il se priver de découvertes qui iraient dans le sens du plus de bonheur individuel et donc collectif ? Les hasards désastreux de la biologie personnelle qui font de l’un un dépressif, un mélancolique, voire un psychotique, ne doivent-ils pas être corrigés ? On a compris que nous sommes ici fort loin du créationnisme et des parfaits desseins de Dieu, à moins qu’il nous ait laissé ce libre arbitre qui doit nous permettre d’améliorer nos potentialités et non de les détruire.

        Qui sommes-nous sinon notre cerveau ? C’est également ce que postule Richard Powers dans son précédent roman: La Chambre aux échos. A travers l’aventure d’un accidenté de la route, de sa sœur, puis d’un spécialiste à succès des neurosciences, le roman embrasse plusieurs genres.

         Nous sommes dans l’Amérique du Nebraska, là où les grues affectionnent les étendues d’eau de la Platte River sur le passage de leur migration annuelle, où les habitants sont plutôt frustes et où les préjugés pèsent lourd. Une nuit d’hiver, le jeune Mark Schluter renverse son camion sur une route isolée. A l’article de la mort, il est transporté à l’hôpital, grâce à l’appel d’un inconnu qui a laissé quelques  mots : «  Je ne suis Personne / mais ce soir sur la North Line / DIEU me conduit jusqu’à toi / pour que Tu puisses Vivre / et ramener quelqu’un d’autre ». Chacun de ces vers est devenu le titre des cinq parties d’une roman, formant ainsi une sorte de charade, policière et scientifique. Un « ange auto-stoppeur » est-il l’auteur de ce billet ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Lorsque Mark reprend pied, il paraît réintégrer sa personnalité, son monde, mais sans pouvoir reconnaître sa sœur Karin qui vient d’abandonner son travail pour veiller sur lui. On comprend bientôt qu’il est victime d’un rare syndrome : celui de Capgras qui décrit chez un sujet soumis à une atteinte cérébrale l’absence du lien affectif qui le reliait avec ses plus proches. Ainsi, non seulement sa sœur, mais son chien, sa maison, lui paraissent être des faux, nés d’une coûteuse machination gouvernementale destinée à le tromper et le contrôler. On devine que nombre de phénomènes affectifs ou encore de délires -religieux, politiques ou du complot- qui nous paraissent constitutifs de la personnalité individuelle et native ne sont que les effets de dysfonctionnements cérébraux. Voilà qui est iconoclaste : nos qualités et défauts sont des produits de la bonne ou déficiente marche de diverses zones cervicales : « Mon cerveau, ce ramassis de parties séparées qui essaient de se convaincre les unes les autres… Où est mon moi ? », demande Mark.

           Les médecins locaux ne parvenant pas à guérir le patient, Karin fait appel à une sommité, le professeur Weber, auteur  de livres à succès dans lesquels il pille la mémoire de cas curieux pour le bien de la vulgarisation scientifique. Il reste attentif, puis prescrit un antipsychotique. Jusqu’à ce qu’elle constate: « Me voir aggrave son état » et « il a décidé que je ne serais plus jamais moi ». Mark mène alors son enquête sur le responsable éventuel de son étrange accident, suspectant ses potes et « le petit ami de sa fausse sœur » : Daniel, un écolo fanatique dévoué aux grues. De plus Karin, bien que saine, paraît plus déséquilibrée que Mark. Sans compter que Weber lui-même finit par s’abîmer dans ses doutes professionnels et ses perplexités intimes en rencontrant une étrange et dévouée Barbara. S’il y a bien un complot, c’est celui qui mènera à la construction d’un centre de loisirs face aux oiseaux menacés, métaphores et « échos » de l’intégrité mentale menacée des personnages.

        La dimension sociologique de ces romans est sensible à travers le contraste entre l’Amérique profonde de Mark et la côte Est -d’où vient Weber- qui est intelligemment marqué dans La Chambre aux échos, mais aussi entre le monde de la jeune immigrée de Générosité et celui du futur technologique en marche aux Etats-Unis. Quant à l’approche scientifique, qu’il s’agisse des neurosciences ou des problématiques liées au développement des connaissances et des thérapies génétiques, elles sont, dans un cadre romanesque bien charpenté, parfaitement claires autant qu’accessible au modeste lecteur que nous sommes. Ce dans la perspective à la fois de divertir et d’instruire, qu’il s’agisse de vulgarisation ou de questionnements éthiques.

Les esprits chagrins pourraient se froisser du didactisme appuyé de Richard Powers, de ce qui frôle le roman à thèse engagé dans des problématiques contemporaines. Mais outre qu'il est l'un des seuls, sinon le seul, à œuvrer avec tant d'efficacité en ce sens, il nous offre une écriture, précise, suggestive et pleines de bonnes surprises de pensée : ne boudons pas notre plaisir. Il faut en effet admettre qu’il a un indéniable talent pour dresser un vivant portrait de ses personnages et alterner leurs points de vue. Il sait instiller du suspense et ce qu’il faut d’émotion psychologique dans ce qui aurait pu être d’arides descriptions de cas. Que le roman de mœurs et de société s’intéresse aux plus intrigantes investigations de la science de la cognition, du comportement et de la génétique, justifie à lui seul la présence de Powers dans cette collection des écrivains américains novateurs: « Lot 49 ». Si ce label, au nom venu d’un livre de Thomas Pynchon (Vente à la criée du lot 49), n’existait pas, il faudrait l’inventer pour en reparler avec « générosité » dans « la chambre aux échos » de notre cerveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui sait si le lecteur sera sidéré par ce Sidérations ? Entre émotion et érudition scientifique, le romancier a trouvé un passeur : un enfant fort mal dans sa peau qu’il faut tenter de rédimer. Robin, dont la mère est décédée, reste seul avec son père, Théo Byrne, qui doit l’élever tant bien que mal. Est-il autiste, hypersensible, souffre-t-il d’un syndrome d’Asperger, ses crises de rage sont-elles à ranger du côté de troubles obsessionnels compulsifs ? Dans quelle mesure le décès de la maman, Alyssa, dans un accident de voiture, l’a-t-il affecté ? L’on devine qu’il est forcément harcelé à l’école, qu’il préfère quitter à la suite d’un de ses éclats. C’est alorsque Théo prend la décision d’emporter son fils de neuf ans dans une sidérante expérience humaine, écologique et neuroscientifique. Comme devant les mystères de l’univers, l’astrobiologiste se découvre effaré devant son enfant : « Mon fils était un univers de poche dont je n'atteindrais jamais le fond ». Son intelligence, sa curiosité intellectuelle sont plus que prometteuses : « Mon fils adorait la bibliothèque. Il adorait réserver des livres en ligne pour les trouver ensuite qui l'attendaient, attachés par un élastique avec un papier à son nom. Il adorait la bienveillance des rayonnages, leur cartographie du monde connu. […] La librairie était le plus beau des jeux d'exploration : on avait le plaisir du pillage et la joie de gravir les niveaux ».

Théo Byrne conduit le jeune Robin parmi les forêts et leurs richesses animalières et botaniques ; et bien au-delà, parmi la nomenclature et l'imaginaire astronomiques, comme sur et dans les planètes « Pelagos » ou « Falacha », tout cela avec un enthousiasme communicatif qui ne peut manquer de faire frissonner le lecteur. Car il a répertorié une foule d’exoplanètes dans un manuel, dont ses collègues se moquent un tantinet en l’appelant le « guide Byrne des extraterrestres », mais parmi lesquelles il fait voyager son fils en pédagogue. Son travail universitaire consiste à modéliser des scénarios de développement de vie, en appelant de tous ses vœux « le Guetteur », un super télescope qui recueillerait de quoi corroborer l'existence des mondes dont regorgent ses spéculations. Et, grâce à des retours en arrière plein d’alacrité, l’on découvre comment le jeune Théo, pourtant bien mal parti, découvrit la science grâce à une professeure excentrique et passionnément cultivée. Ainsi l’une des lignes de force de ce roman est celle de la nécessité de la transmission.

C’est pour éviter tout traitement chimique que le père offre à son fils une thérapie expérimentale aux bons soins d’un de ses collègues : en cartographiant les émotions dans le cerveau, il apprend à les contrôler en leur permettant de coïncider avec celles positives. Les résultats sont à la hauteur de l’espérance, au point d’autoriser Robin à orienter son empathie vers le monde alentour, même si ce dernier est dans un état alarmant. À cet égard Richard Powers use de la plume du satiriste pour dénoncer au vitriol les Etats-Unis d’Amérique, entre hyper capitalisme et hyper consommation, entre saccage des espaces naturels et éradications des créatures animales. Sans oublier un monde ubuesque où la théorie de l'évolution darwinienne est bafouée, ce à l’occasion d’un grotesque  « musée de la création divine et de l'Arche de Noé ». L’on devine que lorsqu’il raille un Président s’arrogeant le droit d'abattre des milliers d'hectares d'arbres prétendument responsables d'incendies, il pense à un Donald Trump ainsi calomnié. Que lorsqu’il se dresse contre une dictature où chacun est fiché et peut être arrêté s'il parle en dépit des idées obligatoires, il pense au totalitarisme chinois. Et si la science est coupable de coûter trop cher, donc sacrifiée, le voici cinglant de fortunés obscurantistes.

Cette pédagogie exploratoire n’a rien de sec et froid, au contraire. Elle est amour et tendresse, quoique probablement il s’agisse d’une idéalisation. Entre exactitude scientifique et rêverie exaltée, la beauté e la terre et d’univers possibles est sans cesse sidérante : « Un soir de la mi-août, il demanda une planète avant de se coucher. Je lui offris Chromat. Elle avait neuf lunes et deux soleils, l'un petit et rouge, l'autre grand et bleu. Ce qui produisait trois types de jour de longueur différente, quatre types d'aube et de couchant, des dizaines d'éclipses possibles, et d'innombrables saveurs de crépuscule et de nuit. La poussière dans l'atmosphère transformait les deux types de lumière solaire en aquarelles tourbillonnantes. Les langues de ce monde avaient pas moins de deux cents mots pour désigner la tristesse et trois cents pour la joie, selon la latitude et l'hémisphère ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plutôt que d’enchainer une froide démonstration scientifique, Richard Powers fait preuve de la sensible intelligence qui consiste à faire passer ses convictions par l’intermédiaire d’une couple dissemblable et complémentaire, qu’unit l’affection, bien que parfois orageuse. La dénonciation des désastres écologiques et le plaidoyer en faveur de l'exploration spatiale, entravée par les échéances électorales, voire les préjugés religieux, passent par les yeux de l’enfant afin de bouleverser le lecteur. Le manuel d’éducation n’est pas sans faire penser à l’Emile de Rousseau, lui-même confiant en la nature : « Un jour nous réapprendrons à nous connecter à ce monde vivant ».

Entre microcosme (le cerveau de l’enfant) et macrocosme (l’univers autour et au-dessus de lui), le drame psychologique se développe de manière fort attachante, mais aussi inquiétante : « Elles ont beaucoup en commun, l'astronomie et l'enfance. Toutes deux sont des odyssées à travers des immensités. Toutes deux en quête de faits hors de portée. Toutes deux théorisent sauvagement et laissent les possibles se multiplier sans limites ».

Cependant, dans ce cadre cosmique, le roman se ressent du voisinage de la science-fiction. Après ses deux parents, Robin accepte d’expérimenter les techniques du « neurofeedback », en entrant dans le tunnel d’Imagerie à Résonnance Médicale  pour percevoir et cartographier en cet « incubateur d’émotions » le « chagrin », « la vigilance », « l’extase », comme dans une sorte de « machine à empathie », où il rencontrera « l’empreinte cérébrale » de sa mère. Si la thérapie est un succès, ses décisions de vendre ses peintures zoologiques puis de manifester devant le capitole local pour alerter au sujet de la disparition des grands animaux risquent de le conduire à bien des avanies. L’osmose avec le cerveau maternel, qui est « revenu guérir son âme », lui permet de se sublimer. Et lorsque l’université décide de rendre l’expérience publique, en vantant des avancées prometteuses et une humanité optimisée, malgré l’anonymat requis, Robin l’enfant prodige aux capacités d’apprentissage inouïes devient un « spectacle ». Sans compter la « Croisade pour la Sacralisation de l’humain » ; et la régression, comme celle du malheureux héros habitant Des Fleurs pour Algernon[3]

Aussi, comme une sorte de guide scientifique et spirituel, le romancier embarque le fiston autant que son lecteur, soit virtuellement l’humanité tout entière, dans une quête et une thérapie qui viseraient à sauver rien moins que l’être humain et la planète, ce en corrélation avec de possibles exoplanètes où la vie trouverait refuge. De plus, nous sommes dans une Amérique guettée par le chaos politique, ravagée par les menaces climatiques, les canicules, inondations et pandémies animales et humaines, telles que les prédisent les catastrophistes. Une activiste environnementale adolescente « Inga Alder », dont Robin devient « violemment amoureux », quoique sur les écrans, est évidemment inspirée de Greta Thunberg, en une ridicule imagerie propagandiste, ce qui lui fait affirmer péremptoirement que « tous les coraux du monde seront morts dans dix ans ». Les angoissés climatiques que produit l’hystérie écologiste et médiatique trouveront là un panier de gourous, un rituel salvateur. Aussi l’écrivain, mais certainement avec la plus grande sincérité, surfe-t-il sur les peurs et les mythes de notre époque, en bonne conformité idéologique avec la doxa écologiste[4]. Ce serait pourtant sagesse lorsque « l’économie deviendrait écologie », au sens réellement scientifique et non idéologique du terme, ne serait-ce qu’en remédiant à la prolifération des pollutions.

Comme de juste, la mère de Robin, « qui aimait randonner comme on aime dormir », était une activiste écologiste, luttant contre la souffrance animale et la disparition des espèces, dont son décès est en quelque sorte la métaphore. Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce livre un beau plaidoyer à la mode, en une parabole efficace, dont les personnages sont intensément vivants par la grâce d’une écriture agile et colorée ; ou, au choix, un didactisme que d’aucuns trouveront un brin infantilisant. Sans compter (est-ce un effet de traduction ?) l’emploi sans cesse irritant du trop familier « on » en lieu et place du « nous »…

 

Qui sait s’il faut, de Richard Powers, préférer son Orfeo[5], plus dramatique, ancré qu’il est dans une étonnante collusion entre terrorisme et création musicale. Ou son Sidérations, car au-delà de son Arbre-monde, voici, malgré nos minces réserves, son roman le plus réussi, dont les récits et les descriptions de la nature sont poétiquement ciselés, dont les péripéties familiales sont si vigoureusement émouvantes, dont les perspectives scientifiques sont si stimulantes, même s’il pêche par un dommageable soupçon de messianisme écologiste. Et si l’enchainement des brefs chapitres de Sidération est un plaisir, malgré la fin tragique, au risque d’offrir la lecture la plus enchanteresse en même temps qu’éprouvante, au détriment de ses précédents romans parfois plus lourdement didactiques, l’engagement idéologique climatique, ravissant nombre de lecteurs acquis à cette thèse, peut sembler plus pesant pour des lecteurs plus libres. Néanmoins, le roman philosophique, genre favori du siècle des Lumières, est aussi celui auquel Richard Powers apporte brillamment sa contribution, entre neurosciences et cosmologie.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Générosité et La Chambre aux échos ont été publiées

dans Le Matricule des Anges, juillet-août 2008 et avril 2011

 


[1] Richard Powers : L’Ombre en fuite, Le Cherche midi, 2009.

[3] Daniel Keyes : Des Fleurs pour Algernon, J’ai lu, 2012.

Mallos de Riglos, Huesca, Aragon. Photo : T. Guinhut.

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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 11:43

 

Laguna negra de Neila, sierra de Urbion, Soria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les rêves des écrivains noirs américains :

Richard Wright, Ralph Ellison,

James Baldwin, Gil Scott-Heron

& Langston Hughes.

 

 

 

Liliane Kerjan : Ils ont fait un rêve.

Richard Wright, Ralph Ellison, James Baldwin : trois grands écrivains contre le racisme,

Albin Michel, 2020, 320 p, 21,90 €.

 

Gil Scott-Heron : La Dernière fête,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques,

L’Olivier, 2014, 304 p, 23 €.

 

Langston Hughes : The Big sea. Une Autobiographie,

Seghers, 2021, 400 p, 22 €.

 

 

Il devrait être ridicule de présenter un homme à l’aune de sa couleur de peau. Nonobstant, le noir était constitutif de millions d’Américains qui de ce fait ne l’étaient pas entièrement, tant ils étaient les victimes d’une ségrégation inique. Ecrire était alors un choix, non seulement esthétique, mais existentiel. Traversant tout le XX° siècle, un trio d’écrivains, Richard Wright, Ralph Ellison, James Baldwin, a dû s’affirmer avec le noir de ses machines à écrire, affrontant bien des résistances, offrant des œuvres puissantes. Liliane Kerjan, essayiste rompue à la connaissance de la littérature américaine, les présente avec aménité, tant dans leurs combats que dans leurs univers littéraires. Ajoutons à ce tableau une personnalité singulière de la contestation et du rock, Gil Scott Heron qui, avec sa Dernière fête, offre une autobiographie en noir. L’autobiographie étant également un ressort de l’affirmation d’une identité américaine chez Langston Hughes.

 

Non pas tour à tour, mais entrelacés parmi quatre grandes parties, voici, sous l’orchestrale baguette de Liliane Kerjan, un triptyque de l’écriture tentant de se décarcasser de la peau dont ont héritée Richard Wright, Ralph Ellison et James Baldwin. Plus que des témoins, des militants, des penseurs, ils sont avant tout des écrivains, des créateurs de mondes. Leur parcours est politique lorsqu’ils haranguent leurs publics en faveur de l’égalité des droits et contre les injustices, dont la ségrégation. Leur parcours est initiatique, lorsque d’une expérience traumatisante sourd la conduite du récit, l’art du romancier.

Tous trois viennent des ghettos noirs à l’époque de la ségrégation, et seule leur passion pour la littérature, leur « extraordinaire pugnacité », leurs permettront de se faire un nom. En ce sens il y a nécessairement un volet biographique au service de ces trois auteurs, sans qu’il soit suffisant, car l’analyse de leurs œuvres et de leurs impacts sur la société et l’évolution des mentalités reste essentielle.

« Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens refusent de me voir », ainsi Ralph Ellison (1914-1994) justifiait le titre de son roman fleuve : Homme invisible, pour qui chantes-tu ? paru en 1952. « Être noir en Amérique, c’est être en colère presque tout le temps », témoignait en 1965 James Baldwin (1924-1987), dans le magazine Ebony, qui inaugura sa carrière d’écrivain en 1953 avec Les Elus du Seigneur. Richard Wright (1908-1960), petit-fils d’esclave, tire la matière de son Black Boy en faisant fructifier son enfance misérable dans le Mississipi. Battu, abandonné par son père, affamé, jeté dans « l’orphelinat des pauvres », il a bien failli ne jamais devenir écrivain. Parmi la « terreur permanente des Blancs », et les petits boulots à leur service, seuls le collège et l’écriture de contes, de nouvelles le sauvent ; ce que pourtant sa famille réprouve violemment. Après avoir fui vers le Nord, son premier livre porte un titre symbolique : Les Enfants de l’oncle Tom, par allusion au classique antiesclavagiste d’Harriet Beecher Stowe[1], publié en 1852.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Egalement petit-fils d’esclave, Ralph Ellison vient de l’Oklahoma et connait la pauvreté. D’abord trompettiste athlétique, il intègre une université noire et découvre la littérature. Des taudis de Harlem, « scandale social et racial », sort James Baldwin, fils illégitime battu que la lecture sauve, tandis qu’il se fait provisoirement prédicateur pentecôtiste. Devenu l’ami d’un peintre noir connu, il prend confiance en sa vocation d’écrivain révolté, avant de rencontrer en 1945 Richard Wright, qui vient de publier avec succès Un Enfant du pays. James Baldwin rédige un essai polémique « The Harlem ghetto » pour une revue, prélude à son roman Harlem Quartet. Ce sont « trois adolescents qui refusent le marasme de leur condition et deviennent des hommes prêts à s’exposer ». Par-dessus tout, ils ont « faim d’égalité » ; ce qui est le titre du récit autobiographique de Richard Wright. Ce dernier a des démêlés pas toujours amènes avec les communistes qui l’enrôlent et devient l’ami de Ralph Ellison. Sa carrière est météorique : Black Boy, premier volet de son autobiographie connaît un succès fulgurant. Ce qui lui permet d’aider James Baldwin à obtenir une bourse et d’être reconnu jusqu’à Paris où les aventures bouillonnantes contribuent à son inspiration et à l’écriture d’un roman, Go Tell It on the Mountain : l’accueil est élogieux. Le thème de l’amour homosexuel anime Giovanni’s room, tandis qu’il marche sur tous les fronts, essais, théâtre, par exemple en offrant son 12 Million Black Voices : A Folk History of the Negro in the United States, vaste chronique qui balaie toute une généalogie depuis l’arrivée des esclaves vers les champs de coton jusqu’aux taudis de Harlem. À Paris, aux côtés de Sartre et de Camus, il milite contre le racisme et le colonialisme, voit ses livres traduits, croise Aimé Césaire, voyage en Afrique. Hélas lui aussi était leurré par le rêve marxiste. Ce pourquoi le maccarthisme tatillon veillait sur lui d’un œil torve. Aux portes de sa mort précoce, ses derniers livres reçoivent un accueil plus mitigé.

Ralph Ellison se fait chroniqueur et nouvelliste avant de pouvoir achever son roman épique et picaresque, unissant les dimensions autobiographique et historique : Homme invisible, pourquoi chantes-tu ? Ce dernier est accueilli en 1952 par un concert de louanges. Il obtient le Prix de Rome américain pour pouvoir écrire en toute patience dans la ville éternelle. Son recueil d’essais Shadow & Act rassemble des analyses sur la littérature, la musique de jazz et la culture américaine. Partout fêté, il devient un incontournable. « Célèbre, cultivé, pondéré : Ellison est parfait dans ces cercles du pouvoir blanc où la présence d’un auteur noir est inédite ». Cependant la sortie acclamée d’un recueil d’essais ne peut masquer que son nouveau roman, dont un manuscrit brûla, ne parait que par fragments, n’avance guère et restera inabouti à sa mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si Ralph Ellison préfère se tenir au-dessus de la mêlée, James Baldwin est un « missionnaire des droits civiques ». Son expérience de l’injustice et de l’exploitation nourrit son écriture et sa détermination. Le lynchage du jeune Emmett Till et l’acquittement de ses meurtriers lui fournit en 1963 l’impulsion d’une pièce de théâtre : Blues for Mister Charlie. Successivement, c’est un roman sur l’esclavage, puis une biographie de Booker T. Washington, figure cardinale de l’éducation des Noirs. Il choisit la détermination pacifique de Martin Luther King en faveur de l’assimilation contre la violence de Malcolm X, numéro deux des Black Muslims, partisan du séparatisme. Hélas le « rêve » (« I have a Dream ») du premier sera interrompu dans le sang à Memphis ; et le second lui aussi assassiné. Dans I am not your Negro, James Baldwin leur rendra hommage. Faire admettre les Noirs dans les Universités blanches du Sud entraîne des émeutes, des crimes, des répressions, des coups de main du Ku Klux Klan, des lynchages. Contre cette abomination, James Baldwin est le modèle de l’écrivain engagé, de la conscience humaniste, qui écrit en 1964 dans la revue Transition : « Un Noir en soi n’a pas d’existence », une formule hautement polysémique. Les mœurs n’évoluent que lentement, quoiqu’en 1967, un juriste Noir, Thurgood Marshall, est nommé à la Cour Suprême.

Si ces trois écrivains n’influencèrent guère les sectaires étroits, les suprémacistes blancs, ils purent cependant tirer bien des lecteurs de leur ignorance et ouvrir les yeux de tous les curieux d’autrui et de la condition humaine. C’est ainsi qu’ils sont dignes de l’admiration du romancier Philip Roth[2].

Illustré par un cahier de photographies, l’essai biographique de Liliane Kerjan progresse par étapes, alternant ses trois héros et « compagnons de lutte » : d’abord « Des enfants du pays », puis « Des ténèbres au monde visible », ensuite « Les grands combats », enfin « Les radeaux de l’espoir ». Le triptyque est ainsi un tableau de la ségrégation, de l’émancipation et des luttes pour les libertés. Si nos écrivains « ont fait un rêve », pour reprendre le titre, ce rêve n’a certes pas encore absolument touché le sol de la réalité, il est toujours en chemin. Jusqu’à ce que, mais c’est peut-être une utopie, il ne soit plus nécessaire d’ajouter les adjectifs « blanc » ou noir » quand il s’agit de littérature, d’hommes.

Livres fondateurs, ceux de nos trois hérauts de la dignité noire, qui ont contribué à l’évolution des mentalités et à la lutte pour les droits des Afro-Américains, ne le sont pas seulement par militantisme et par l’inscription historique, parmi une époque troublée qui vit peu à peu et non sans violences se desserrer l’étau de la ségrégation, mais par la qualité intrinsèque de leurs œuvres, dont la richesse ne faiblit pas un demi-siècle plus tard, ne cessant pas d’inséminer la réflexion. Ils sont de plus les pères fondateurs d’une littérature colorée, sont les noms aujourd’hui respectés sont ceux de Toni Morrison[3] ou de John Edgar Wideman[4]. Et même si l’on peut regretter un sens de l’à-propos un tant soit peu discutable et racoleur en faisant dès l’introduction appel au mouvement « Black Lives Matters », qui propage pourtant un autre racisme[5], l’essai de Liliane Kerjan est roboratif, plein de vie et de fureurs, permettant d’initier le lecteur à des figures irremplaçables non seulement de la littérature américaine mais de l’émancipation de la pensée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut encore que ce soit un manifeste, surtout s’il concerne une personnalité disparue en 2011, une personnalité qui, née en 1949,  passa son enfance dans le Tennessee, bastion de la ségrégation et du souvenir de l’esclavage. Que l’on s’affirme par la chanson et le rock and roll, ou par la littérature, par le roman ou par La Dernière fête, une autobiographie en noir sous la plume de Gil Scott-Heron, reste alors un combat identitaire, sous-tendu par une thèse indéfectible : les droits et la dignité des noirs doivent être ceux des blancs.

Probablement faut-il être un amateur de Michael Jackson, de Bob Marley et de Steve Wonder pour apprécier pleinement ce volume, d’un chanteur et musicien certes moins connu, mais qui eut ses heures de gloire, avec « The Revolution Will Not Be Televised », satire virulente des médias et de la publicité. On observera cependant que le rythme de son récit à la première personne est aussi vif que celui de ses chansons, bourré de péripéties, de réflexions de bric et de broc, et d’épreuves autant intimes que politiques.

De sa naissance à son « attaque cérébrale », l’autobiographe fait défiler une vie familiale chaotique. Puis des études courageuses, ponctuées par l’écriture, à 19 ans, d’un polar ancré dans les bas-fonds newyorkais, Le Faucon. C’est alors que l’éditeur lui dit : « La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un chèque de deux mille dollars pour toi. La mauvaise, c’est que tu dois subir une lourde opération chirurgicale avant de l’encaisser. » C’est-à-dire, « réécrire tout le dialogue du ghetto pour en faire de l’anglais » et « intervertir les personnages ». Finalement, c’est pour Wolrd Publishing et cinq mille dollars qu’il le retravaille et voit son recueil de poèmes, Small Talk at 125th and Lenox également publié.

Peu à peu il quitte la scène secrète de la littérature, et une « carrière de prof de littérature à la fac », pour la vie publique de la scène musicale, ce monde où « il y a des héros et des zéros », entre concerts et tournées, avec des tubes comme « Angel Dust », à mi-chemin du blues, du jazz, de la pop et du rap. Jusqu’à chanter avec « Stevie » Wonder sur une scène qui est « un chaos chorégraphié digne de la Rome antique » ; puis avec « Mike » Jackson dont il mesure le talent bluffant avec humilité, mais sans être capable en son texte d’en rendre et analyser la réelle mesure…

Conjointement, il s’engage parmi l’arène du militantisme, « en protestation contre la mort par balles d’étudiants noirs ». Il n’a de cesse de parvenir à ce qu’un « Martin Luther King day » soit célébré et férié dans toute l’Amérique. En ce sens, l’on peut considérer que ce volume posthume est également l’autobiographie d’une Amérique musicale et en devenir. Quoique « la politique n’était pas [son] domaine de prédilection dans le domaine de la poésie », il se répand en lamentations à l’occasion de l’élection de Ronald Reagan, dont il a « embroché le passé politique » dans un poème : « B Movie ». Malgré les anecdotes et les comportements pas toujours judicieux, la naïveté du ton et de l’enthousiasme entre « frères », l’odyssée vers la gloire s’enrichit d’une dimension picaresque et sociologique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ponctuée par le traumatisme de la mort de sa mère, une vie se construit, se bagarre et s’érode au fil des pages,  à l’instar de sa voix rauque : « Je ne suis franchement pas sûr de savoir à quel point je suis capable d’amour »,  « Aimer n’était pas un verbe actif dans ma famille et ma vie ». Ce ne sont peut-être que des euphémismes, en tout cas des ellipses, témoignant de la difficulté à se dire de la part de l’autobiographe. Tabac, drogues, sida, goût forcené du crack (ce dont il ne fait pas mention), solitude (on devine qu’il ne fut ni un amant, ni un père de rêve), tout participe de la pente fatale vers la déchéance, comme chez trop de stars du rock, de la pop et du rap : « J’étais défoncé pétrifié ossifié ». Au point que la mort l’emporte trop tôt, au point que ses mémoires, étroitement liées à l’histoire de l’émancipation noire, soient évidemment inachevées. En un pathétique requiem.

Entre poésie engagée et goût forcené pour les mots,  depuis la Bible que lui lisait sa grand-mère, le combat idéologique s’accompagne d’un combat contre, avec et pour la langue. Même si les vocables « cool » et « truc » parsèment le récit au langage coulant et relâché, une esthétique se fait jour : « J’avais des affinités avec le jazz et la syncope, ma poésie venait de la musique ». Hélas les poèmes, ou textes de chansons, insérés dans cette autobiographie, sont d’une faiblesse insigne. Pourtant, à l’occasion de l’assassinat de John Lennon, « le discours de Stevie a ressemblé à un solo de jazz », quoique rien ou à peine n’en filtre ici. Reste une éthique du juste milieu, loin des positions extrêmes des Black Panthers. Sa tolérance se veut universelle : « je ne serais pas censé les apprécier ou apprécier leur art parce qu’ils ne sont pas noirs ? Quoi ? Passez à autre chose ! N’est-ce pas contre ça que l’on s’est battu pendant des années ? » Ou encore : « Tout Américain, élevé dans un climat de mauvais traitements et de violence, qui suggérait qu’on pouvait surmonter des siècles de discrimination délibérée sans rendre la pareille à son oppresseur était plus qu’estimable, il était inestimable ».

Certes, la faiblesse inhérente à ce genre d’ouvrage est son versant à thèse. Une thèse juste, mais que l’évidence - hélas pas toujours partagée - devrait condamner à l’obsolescence. On ne devrait pas avoir à se battre pour les libertés et l’égalité en droits des Afro-Américains. Il n’en reste pas moins que l’intérêt documentaire, psychologique et sociologique pour ce pays exotique, étrange, qu’est celui des grandes figures musicales noires est rarement absent parmi les pages de Gil Scott-Heron. Grâce à l’emprise des figures de la pop-rock dans l’univers du show-business, la cause de la tolérance parait être gagnée. Que l’on se rassure ; le pays du racisme, mais aussi de ses donneurs de leçons, est parfois ancré au plus profond de l’homme, anti-noir ou anti-blanc. La nécessité du témoignage, du manifeste en faveur de l’égale dignité des peaux et des cœurs a encore de beaux et terribles jours devant elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre autobiographie, celle de Langston Hughes, titrée The Big sea. Il faut lire évidement ce titre comme une métaphore, même si le poète a connu tant « les bateaux morts » bloqués sur l’Hudson que ceux « qui voyagent ». Publiée en 1940 alors que l’écrivain (1901-1967) avait encore bien des années à vivre, elle témoigne d’une attachante personnalité et d’une quête littéraire qui lui permit d’introduire le blues et le jazz dans sa poésie : « La beauté de Susanna Jones dans sa robe rouge / embrase mon cœur d’une flambée d’amour, aiguë comme une peine ». Plus tard, en 1956, il offrit à ses lecteurs un second volet, I Wonder as I Wander. Il voulut et su « donner une voix aux rêves et aux peines que connaissent tous les Noirs ». The Big sea est plus narratif qu’intimiste. À partir du pivot des « vingt et un ans » (c’est le titre de la première partie), lorsqu’il jette ses livres à la mer pour prendre un nouveau départ, voici une bordée de brefs chapitres qui reviennent aux origines familiales. Au-delà de ses lectures et des spectacles, « le monde réel n’était pas sans enchantements ». Une enfance itinérante aux Etats-Unis et au Mexique avec son père qu’il n’aimait guère lui permet de se faire professeur d’anglais. Paysages, corridas, femmes mexicaines, églises, « une tragédie à Toluca », tout est décrit et raconté avec vivacité, alors qu’il se prépare à rejoindre l’université de Columbia. « Le Noir parles des fleuves » est alors son premier poème à être publié. Cependant la pauvreté le rattrape à Harlem. Ne reste qu’à s’embarquer comme matelot.

« En pleine mer », la seconde partie, conte une jeunesse aventureuse jusqu’en  Afrique sous la coupe de la colonisation ; là il est « traité de Blanc ». Entre « aventure de la cage aux singes » et tempêtes, le retour n’est pas glorieux et de nouveaux embarquements s’imposent, vers les Pays-Bas, puis la France où il parvient à travailler dans une boite où l’on joue du blues jusqu’au fond de la nuit. Quelques histoires d’amour, des bagarres homériques, l’Italie puis retour aux Etats-Unis, où, étonnement ce sont ses poèmes qui lui ouvrent les portes : un premier prix, des « amitiés littéraires et artistiques », une dame qui lui offre une bourse pour l’université de Lincoln, puis l’édition pour The Weary Blues. Au récit picaresque succède presque un conte de fées…

Ces  deux précédents volets sont couronnés par l’épopée de « la Renaissance de Harlem », dont il se fait le chroniqueur, voire l’historien. « Les Noirs étaient à la mode » dans les années vingt. Entre réceptions et spectacles, l’on découvre une satire douce-amère des Noirs aisés et snobs, ce qui ne permet pourtant pas à cette partie d’être la plus intéressante, car moins personnelle, sauf lorsqu’une mécène lui permet d’écrire sans souci son roman : Not Without Laugther. C’est un succès : « je vis mes poèmes se transformer en pains, ma prose en logement et en habillement ».

Toutes ces pages ont quelque chose du déroulé d’un roman de formation. Si le racisme ne peut être occulté par Langston Hughes, la dénonciation n’est ni virulente, ni amère, ni revancharde ; le ton est plutôt enjoué, à rapprocher de la dimension humoristique du blues : « malheureusement, je ne suis pas vraiment de couleur noire », dit-il non sans autodérision.

Curieusement, cet auteur fort connu aux Etats-Unis, souvent cité par Martin Luther King, et qui réussit à vivre de sa plume, n’eut pas les honneurs de la reconnaissance lors de la première parution de cette traduction, sous le titre des Grandes profondeurs en 1947 chez Seghers. Souhaitons que cette édition revue soit un peu plus remarquée, tant le récit est fluide, entraînant, riche d’aventures et de rencontres déterminantes, tout en radiographiant son temps, pour un poète, romancier et nouvelliste, que James Baldwin tenait en haute estime.

 

Romancier précurseur de l’inoubliable Black Boy et conférencier avec par exemple « The Literature of the Negro », Richard Wright peut être opposé à Ralph Ellison en tant qu’ « esthète mélomane », alors que James Baldwin, qui réclamait de « libérer les Blancs de leurs préjugés », peut être qualifié par Liliane Kerjan d’ « activiste révolutionnaire ». Gil Scott-Heron est quant à lui leur successeur et complice musical, aux côtés de Langston Hughes. Qu’importe, ce ne sont pas là des barrières en tant qu’ils appartiennent à la littérature universelle.

 

Thierry Guinhut

 

Laguna negra de Urbion, sierra de Urbion, Soria. Photo : T. Guinhut.

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 16:05

 

Sant Climent de Taüll, Val de Boi, Lleida, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Richard Zimler ou la transcendance,

entre holocauste et résurrection :

Les Anagrammes de Varsovie, Lazare.

 

 

Richard Zimler : Les Anagrammes de Varsovie,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Bastide-Foltz,

Buchet Chastel, 2013, 348 p, 22 €.

 

Richard Zimler : Lazare,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Bastide-Foltz,

Le Cherche midi, 2021, 456 p, 22 €.

 

 

 

Que fait, du haut de son ciel, Dieu ? Aurait-il omis de ressusciter les victimes de l’holocauste et du ghetto de Varsovie ? Pourtant, en la personne de son fils, il prétendit ressusciter Lazare. Ce sont là de fortes interrogations métaphysiques, tant associées au Judaïsme qu’au Christianisme, dont s’empare avec une poigne puissante le romancier américain Richard Zimler. Dont Les Anagrammes de Varsovie et Lazare sont de tragiques et néanmoins  roboratifs romans historiques. Mais pour quelle transcendance ?

 

Encore un roman sur l’holocauste ! Faut-il céder à la fatigue honteuse et l’ignorer, ou le respecter a priori, au moyen d’une politiquement correcte admiration insincère ? Pourtant, passées ces pitoyables irrésolutions, l’étonnement saisit le lecteur dès le prologue, réalisant que le narrateur est un défunt, qu’il rend visite aux siens pour restituer plus que l’Histoire des dates et des chiffres : « Le moins que nous puissions faire pour nos mort est de rendre à chacun sa singularité. »

Ainsi, Richard Zimler fuit avant tout l’univers statistique de la trop célèbre solution finale pour aller à la recherche de l’identité profonde de quelques disparus. « Sachant que les Juifs du ghetto utilisaient des anagrammes », il s’attache à les décoder, autant pour mener l’investigation de son personnage que pour décrypter les sens de leurs vies et de leur génocide.

Le ghetto de Varsovie est en 1940 une « île de grottes et de labyrinthes urbains »,  parmi laquelle l’oncle Erik veille sur son jeune neveu Adam, déjà bien au fait de la contrebande auprès des quartiers chrétiens. Jusqu’à ce qu’il soit retrouvé sur les barbelés, un membre en moins. Comme Anna, un peu plus tôt, comme d’autres garçons, dont on s’apercevra qu’à chaque fois une partie du corps manque, là où une marque de naissance attirait l’œil ; et à destination des collections de Buchenwald…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les péripéties s’enchainent avec un art du tragique consommé : famine et marché noir, maladies, amours interdites, grossesses et suicides, crimes juifs et exactions nazies, augmentés par le suspense haletant d’une sortie d’Erik par de souterrains passages, sous l’apparence d’un dignitaire allemand, qui se termine par les coups de pelle providentiels d’une Polonaise sur l’officier qui arrêtait notre héros… Hélas, le sursis est de courte durée. Une fois l’enquête résolue par le vieux psychiatre freudien, tout « sentiment de transcendance disparu », il faudra fuir, se cacher, et mourir dans un camp.

Ainsi, les souffrances juives, les comportements héroïques et les traîtres exactions ne sont plus des abstractions, dans Varsovie relevée de ses ruines par la fiction, où « l’assassin avait voulu amputer le monde de toute sainteté ». L’écriture, hérissée de détails justes (l’on devine un travail de documentation soigneux), est colorée, expressive, profondément capable de délivrer au lecteur une réelle empathie avec les personnages. Entre reconstitution historique et réalisme exacerbé, mais aussi, à l’aide de son fantomatique narrateur, à la lisière du roman fantastique, le lecteur, en état d’apesanteur romanesque, se surprend à se demander un moment s’il n’est pas lui-même réincarné parmi cette faille immonde de l’Histoire. Dans une « langue qui a ses propres nuances de culpabilité et de remords », Richard Zimler retrace bien plus que l’odyssée de quelques individus traqués, celle du peuple du Livre, dans un « combat pour empêcher nos ombres de disparaitre », et « luttant pour que personne ne puisse écrire le mot Fin d’une autobiographie de quatre mille ans ».

Il fallait oser : coudre en ce tableau du ghetto sous la tyrannie nazie l’intrigue d’une enquête policière hallucinante. Quoiqu’un fil dans la bouche d’un jeune mort soit un indice non négligeable, l’on pourra peut-être s’indigner que la ficelle policière et romanesque soit un peu abusive en cette mémoire des pires heures de Varsovie. Malgré ce que d’aucun verront à tort comme la facilité du thriller historique, le récit, tissé avec une rigueur visionnaire, est éprouvant ; non sans une dimension morale impressionnante. En effet, il permet qu’une grave leçon soit tirée : être parmi les bafoués du ghetto juif destinés à la Shoah ne protège pas du mal, banalement quotidien selon Hannah Arendt ou absolu et radical selon Kant[1], y compris de la collaboration avec les monstres du nazisme.

 

Bible in folio, Michel Estienne, 1580. Photo : T. Guinhut.

 

Quoique moins immédiatement célèbre que celle du Christ, la résurrection de Lazare est brièvement contée, mais non sans souffle divin, dans l’Evangile de Jean[2]. Aussi faut-il être doué d’une rare puissance narrative pour en faire un roman historique lourd de plus de quatre cents feuillets.

Que l’on prenne garde si les premières pages paraissent un rien confuses et sibyllines. L’on comprend assez vite que cette nécessaire confusion est celle de Lazare, le narrateur, lorsqu’il s’éveille des deux jours de sa mort ; « le temps que tu t’appropries ton enveloppe charnelle », lui dit son ami, que d’autres admettrons être le fils incarné de Dieu et Dieu lui-même à la fois. De même que Jésus, soit Yeshua, il a son nom juif : Eliezer. Or une vaste population se déploie autour des protagonistes. Elle est pleine d’attentions, de rivalités, et nantis de maints détails vivants, de la fille de Lazare, Nahara, jusqu’au chat, Gephen, dont s’amuse Jésus, en passant par la mère de ce dernier, Maryam. Le personnage éponyme parle araméen et grec, travaille comme poseur de mosaïques pour le riche et prétentieux Lucius, et subit l’hostilité des prêtres du Temple, jaloux du pouvoir de Jésus.

Pourquoi Lazare a-t-il été ainsi choisi parmi les morts ? Alors que Jésus n’a pas ressuscité un bébé qui lui fut présenté. Alors que Lazare ne garde aucun souvenir de l’au-delà, ce qui ne laisse pas de l’inquiéter et d’introduire le doute en son esprit quant à une éventuelle dimension eschatologique. Probablement est-ce grâce à son amitié avec Jésus, qu’à l’âge de huit ans il a sauvé de la noyade. Ce qui l’entraîne dans un vaste retour en arrière, revisitant son enfance, sa vie à Béthanie, à Jérusalem, avant que le récit se mette à parcourir au pas de charge les deniers jours, ceux de la Passion, de la Crucifixion, mais aussi les temps qui suivirent l’Ascension, c’est-à-dire ceux où le Christianisme se propage.

En une fresque vigoureusement sculptée, toute une époque troublée se lève autour de Lazare, dans un monde truffé de conflits, lourd de superstitions, celui du choc des civilisations entre la colonisation romaine sous Pilate et l’univers hébraïque. L’on y découvre un bordel à Jérusalem, où Lazare apprécie « une jeune nubienne », ou encore le mépris, les rivalités et rancœurs familiales, entre Lazare et ses sœurs, l’une vindicative, Marta, l’autre plus tendre, Mia : qui sait si l’une ne le trahira pas... Les personnages hauts en couleur abondent, tel Lucius, un homme aux multiples surprenantes facettes, un ancien acteur rompu aux imitations et aux faux semblants, qui est le commanditaire de la symbolique mosaïque à laquelle œuvre Lazare... Sans oublier les insultes et les coups portés par les Romains aux Juifs, les assassinats et les crucifixions. La popularité de Jésus lui permet d’entraîner disciples et foule autour de Jérusalem, de libérer deux colombes comme une promesse, puis de chasser les marchands du Temple, ce qui ne cesse d’attiser la haine d’Annas, grand Prêtre juif orgueilleux, craignant tant d’être effacé par le Messie.

Une fois ce dernier arrêté, ne reste à Lazare qu’un vain espoir : convaincre l’astrologue de Pilate, nommé Augustius Sallustius, de plaider la cause de son ami. Ce qui  vaut au lecteur une scène d’anthologie, dans un palais somptueux, face à un personnage hallucinant, comme si l’écrivain avait été inspiré par les pouvoirs de Flaubert, dans Salammbô, alors que notre héros, nanti de sa chouette aux ailes brisées, joue le rôle d’un devin qu’aurait inspiré Minerve pour sauver « le fils de Picus ». Nous le savons, rien n’empêchera l’atroce crucifixion, ici traitée sur le mode hyperréaliste…

 

Cependant, s’il est loin d’être certain que ce Jésus soit réellement le fils de Dieu, il est l’homme providentiel pour le malheureux Lazare, qui n’a « jamais eu le moindre contrôle sur la marche du monde », ni sur lui-même tant il poursuit avec une obsession folle, voire suicidaire, son désir de sauver celui que d’autres appelleront le Sauveur. Ne le reniant jamais, comme put le faire l’apôtre Pierre, il reste l’incarnation la plus parfaite de l’amitié, malgré la tragédie sanglante qui le poursuit. Les apôtres d’ailleurs sont bien en retrait, à peine évoqués, la Cène inexistante…

En ce sens le romancier ne donne en rien dans l’hagiographie, préférant à raison un tableau contrasté, non manichéen, entrainant son lecteur dans une encyclopédique chronique, pleine de péripéties, de sagesse juive et grecque, cependant animée par un suspense qui devient haletant quant à la destinée de l’homme Jésus ; même si nous connaissons l’inévitable fin. Il reste alors de nombreuses années à vivre pour Lazare, qui devra s’exiler non sans peines et privations avec ses enfants dans l’île de Rhodes pour y trouver la sérénité, alors que nous sommes « soixante-sept ans après que Rome a conquis Sion », sous le règne de l’empereur Auguste. Hélas, l’enseignement de Jésus est récupéré par les uns et les autres, trahi par « des sectes nouvelles », certaines pensant « que le corps de la femme était le réceptacle du mal » ; chacun le réduisant « à la dimension et à la forme de ses propres désirs », par exemple un messie « venu à nous pour frapper nos ennemis avec le glaive »…

Ainsi, plus qu’une autobiographie fictive, le roman devient une réflexion sur les destinées des prophètes et des religions, finalement plus humaines que divines, menées par des hommes « prêts à taxer d’hérétiques tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux ». Aussi bien devine-t-on qu’un tel Jésus, qui ne ressuscite pas, qu’une telle Marie qui n’a rien d’une vierge, ne plairont guère aux catholiques dogmatiques. N’en doutons pas, il y a peu de siècles, ce roman eût été qualifié d’hérétique, et placé parmi les pages de l’Index des livres prohibés.

L’on devine qu’il a fallu l’alliance d’une solide documentation historique, d’une sérieuse connaissance de la Torah et d’une grande qualité d’imagination pour mener à bien ce projet original, où, bien plus que la présence divine, les qualités et horreurs humaines sont au rendez-vous, où Jésus est ramené à sa seule dimension de prophète Juif. Richard Zimler, qui a probablement « invoqué à haute voix le nom d’un ange : Jaholel, le scribe du ciel », sait donner une nouvelle vigueur à des épisodes connus, comme celui de la femme adultère, en le restituant dans leur violence. Il faut alors accepter cette association d’un réalisme historique et d’un récit à la dimension mystique, bien qu’il s’agisse de fiction, au sens romanesque d’abord, et au sens du sceptique ensuite.

Quoique plus inspiré par l’univers de l’Histoire des Juifs de Flavius Joseph que par les auteurs latins, ce roman n’est pas sans faire penser aux Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, même si le premier se joue dans un contexte monothéiste alors que la romancière préféra le polythéisme sensuel romain.

 

 

Ecrivain américain d’ascendance juive, né en 1956, qui vit au Portugal, Richard Zimler a commis également un roman au titre intrigant : Le Dernier Kabbaliste de Lisbonne[3]. Comme le narrateur rétrospectif du Nom de la rose, Bérékhia Zarco prend la décision de rédiger l'histoire de sa famille et celle de son oncle. Car ce dernier, prénommé Abraham, fut assassiné à Lisbonne, dans une salle de prière clandestine, aux côtés d’une jeune inconnue. Tous deux ont eu la gorge tranchée, selon le rituel ancestral du boucher fidèle à la tradition casher. Quel mystère a-t-il ainsi fallu trancher ? Ces meurtres seraient-ils l'œuvre de juifs mystiques ? Ils auraient subtilisé la précieuse Haggadah, ce livre saint qui était l’objet de tous les soins de son oncle Zarko. Sous le regard pointilleux de Zarko, l’enquête tente de remonter aux sources. Cependant, le temps est pour le moins troublé, puisqu’en 1506 la sécheresse grille les blés, la famine rôde, la peste flamboie et l’Inquisition fulmine. Les processions de pénitents, de flagellants et de religieux fanatiques entraînent à leur suite les Portugais en foule, qui vomissent désarroi et rage, faute de recueillir une eau salvatrice que le ciel leur refuse. Le tableau historique est impressionnant, le thriller pour le moins brûlant…

 

Si les noms de Dieu et de la création sont dans les lettres, il est fort à parier qu’il est la présence cachée, sinon la « présences réelle », au sens de George Steiner[4], des romans de Richard Zimler. Quel fut son dessein lorsqu’il ranima Lazare, sans ranimer Jésus, sauf pour les Chrétiens ? Quel fut son dessein lorsqu’il resta immobile et muet au-dessus du ghetto de Varsovie et d’Auschwitz ? La naissance de Dieu est infuse dans l’être pour la mort, à moins qu’elle soit infuse dans l’être pour la fiction.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Jean, XI, 38.

[3] Richard Zimler : Le Dernier Kabbaliste de Lisbonne, Cherche midi, 2005.

 

Prières de Pâques juives. Photo : T. Guinhut.

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 16:40

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Les Grands Romans Américains

de New-York et des Etats-Unis

par Garth Risk Hallberg & Jonathan Franzen :

City on Fire, Les Corrections, Freedom,

Et si on arrêtait de faire semblant ?

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peelaert, Plon, 2016, 992 p, 23,90 €.

 

Jonathan Franzen : Les Corrections,

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Rémy Lambrechts, L'Olivier, 2002, 720 p, 24 €.

Jonathan Franzen : Freedom,

traduit de l’anglais par Anne Wicke, L’Olivier, 2011, 720 p, 24 €.

Jonathan Franzen : Et si on arrêtait de faire semblant ?

traduit de l’anglais par Olivier Deparis, L’Olivier, 2020, 352 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Animé par un orgueil national, ou une secrète honte et détestation, chaque écrivain américain espère d’écrire et de voir couronné son Grand Roman Américain, à l’instar de celui de Philip Roth[1] ou du plus lourd Don de Lillo, avec Outremonde[2]. À sa manière singulière, Thomas Pynchon fit de Contrejour[3] un miroir aveuglant d’une Histoire de la bannière étoilée. De nouvelles générations marchent sur leurs traces en tentant de renouveler le genre, ainsi Garth Risk Hallberg, l’auteur de City on Fire, et Jonathan Franzen, compilateur des Corrections familiales et propagandiste de Freedom. Ce dernier se voulant par ailleurs une grande conscience américaine en intimant d’arrêter « de faire semblant » dans un tonitruant recueil d’essais. Reste que la hauteur de la littérature est parfois un pari bien risqué.

 

      Avec City on Fire, ce boutefeu de l’édition, et aux dépens de Mercer, un de ses personnages qui n’a que de trop vastes velléités d’écriture, Garth Risk Hallberg  a peut-être réussi son « Grand Roman Américain ». Et à toucher un chèque gigantesque de deux millions de dollars en vendant son manuscrit à Knopf, alors que l’éditeur français, Plon, a cassé sa tirelire en acquérant les droits pour, dit-on, près de 200 000 euros. Car si New-York est le symbole de l’Amérique, il s’agit du Grand Roman Newyorkais.

      Autour de la tentative d’assassinat de Samantha Cicciaro, les milieux sociaux les plus extrêmes s’acoquinent en ce roman, entre sphères richissimes de la finance au-dessus de Central Park et bas-fonds sordides du Bronx. Drogues et alcools, corruptions et manipulations, permettent à un magnifique plateau d’anti-héros de se croiser : plusieurs générations animent les chapitres aux points de vue internes et alternés, les retours en arrière, sans guère décevoir l’exigeante boulimie du lecteur.

      Des histoires d’amour décevantes et parallèles s’entrelacent dans la New-York des six premiers mois de l’année 1977. Celle homosexuelle du jeune professeur noir Mercer, qui, malgré la discrétion de William, découvre, ébahi, « le cercle enchanté des Hamilton-Sweeney », d’où vient son amant, également ancien punk. Celle hétérosexuelle des lycéens Samantha et Charlie, qui s’égarent dans les défonces des concerts rock. Le monde de Charlie, traversé par « la tempête de la puberté », est celui de « la saleté, la mort, la juste colère », d’une éducation politique sectaire, contestataire et violente dans le squat des punks. William se fait artiste hors normes, mais aussi dragueur junkie « des hommes adultes dans les toilettes publiques ». Regan, mère au cœur tendre, divorcée de Keith, l’amant de passage de Samantha, apprend à gérer la tentaculaire fortune familiale des « oligarques » et financiers énergiques.

      Toute une constellation de personnalités fait l’objet de la plume acérée, non sans tendresse, d’Hallberg. Chacun bénéficie d’un roman d’apprentissage, quand le coma de Samantha, « beauté enfermée dans un cercueil de verre et dont le royaume était en ruine », risque d’abattre les vices publics et privés du clan et de la « pieuvre Hamilton-Sweeney ». Ce grâce à l’enquête de Groskoph, un journaliste à « l’orgueil merdeux », au tragique destin, et de Pulaski, un inspecteur bossu. Inéluctablement, les fils épars de l’intrigue se dispersent, s’embrassent, se heurtent, se nouent…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un vaste roman de société, et pas seulement policier, se déploie autour du portrait de New-York, condensé du continent américain, de ses rêves et cauchemars. La fresque intense s’anime sous les yeux naïfs ou avertis de ceux qui parcourent leur roman d’initiation aux plaisirs et à la brutalité de ce monde urbain. La satire exhibe les hypocrisies, les magouilles immobilières, la menace d’une gigantesque banqueroute financière, le sexe pur ou sale ; tout ce temps le plus souvent gâché, sauf pour l’écrivain au clavier vif, même si la tension, inévitablement en un tel énorme opus, baisse parfois, faute d’avoir élagué quelques plus fades épisodes. Pour rebondir avec des journaux intimes manuscrits, une lettre paternelle, des fanzines, des documents divers qui s’intercalent entre les sept chapitres fleuves.

      L’écriture d’Hallberg (né en 1978) est émaillée de délicieuses surprises. Quand pour William, « l’artiste combine un besoin féroce d’être compris et l’amour le plus farouche de la solitude », Mercer découvre chez Regan « l’idée platonicienne d’une chambre de jeune fille », enseigne en offrant « des homards d’intelligence, des figues de sensibilité », et s’écrie : « Chante, Muse, les plafonds moulés et les bibliothèques pleines à craquer de volumes reliés ! » Qui sait s’il n’est pas un peu l’alter ego de son auteur…

      Tirant son titre des feux d’artifice du nouvel an, du père artificier de Samantha, du « temps chaotique » plombé d’injustices et de criminalités, mais aussi d’une chanson rock des « Ex Post facto », groupe où officia William, ce roman brûle ses destins dans une « ville en décomposition », pré-apocalyptique. Cette ode à New-York, construction romanesque savante et cependant aisément lisible, suspendue par les fils électriques de l’argent et du meurtre, s’élève jusqu’au sommet du suspense lors du « black-out » de juillet 1977, quand la ville fut de longues heures plongée dans une titanesque obscurité. C’est là que les émeutiers projettent de « reprendre la ville », que farcis de ressentiment et d’illusions ils dénoncent : « Cette ville de merde n’est qu’une gigantesque usine à inégalités ». C’est là, enfin, que vont et viennent « responsabilité, culpabilité et liberté se percutant. Désastre, honte, régénération ». Ainsi, le récit prend une dimension métaphysique, voire impossiblement eschatologique : « il attendait une indication, un doigt tendu, mais Dieu est plutôt la signification du doigt tendu ».

      Magnifiquement animé de bruit, de tendresse et de fureur, le roman-somme, aussi bien thriller que psychologique et sociétal, tient son lecteur en haleine jusqu’au climax longuement attendu. Bien que guère novateur, le sagement virtuose Garsk Risk Hallberg est un redoutable technicien du roman. Si nous restons dans la tradition balzacienne et dickensienne réaliste assumée, les chapitres s’achevant sur un suspense ouvert comme dans le roman-feuilleton, l’on devine qu’une adaptation de cet incendie romanesque, acheté avant que paru par les pontes d’Hollywood, mériterait de figurer en beauté parmi les meilleures série-télés. Qui sait cependant si l’avenir ne laisserait à ce bel incendie romanesque que la dimension et la rémanence perdue d’un feu de paille…

 

      Les sept cents pages des Corrections ont été couvertes d’éloges. Il est vrai que le romancier Jonathan Franzen sait décortiquer avec un scalpel de sociologie et de psychologue une famille moyenne dans une ville moyenne, en quelque sorte la quintessence du Middle West et le symbole de l’Amérique, à la fin des années quatre-vingt-dix. Au cœur de la maison familiale des Lambert gît le vieil Alfred, le père, ingénieur ferroviaire à la retraite, psychorigide en diable, qui déraille avec Parkinson et Alzheimer dans les désarrois de la démence sénile, sans omettre les conséquences hallucinatoires et hygiéniques désastreuses. Guère plus fréquentable, la mère insupportablement tyrannique règne en sa culpabilisante qualité de victime, manipulatrice comme la plus affutée des mégères L’on imagine que les trois enfants ne sont pas forcément brillants, malgré la réussite sociale, quoiqu’inégale : l’un est un financier névrosé, l’autre une chef cuisinière qui bat de l’aile, et le dernier un intellectuel dérisoire. Autour de l’événement fondateur, Enid exigeant de réunir ses enfants pour les dernières festivités de Noël en commun, la crise se répand parmi un bouquet d’odieux personnages, comme un indémêlable sac de nœuds. On s’entre-déteste cordialement, le cynisme répand son fiel verdâtre.

      L’on devine sans peine que Gary, Chip et Denise, ayant atteint la quarantaine, ont décampé d’un doux foyer où l’harmonie et l’amour sont aux abonnés radicalement absents. Cependant ils ne sont guère plus remarquable en ce qui concerne leur capacité au bonheur. Chip, professeur d'université médiocre s’est fait jeter dehors après avoir filé une aventure trop puquante avec une de ses étudiantes, et ne trouve rien de mieux que de s'embarquer pour la Lituanie et des aventures aussi « magouillantes » que peu reluisantes (est-ce un abcès inutile au roman ?). Comment un tel homme, écrivain raté, endetté auprès de sa sœur, peut-il en arriver à cacher un saumon dans son slip, ce que l’on trouvera désopilant ou pitoyable. Vu de l’extérieur, Gary, vice-président de la CenTrust Bank de Philadelphie, passablement sensé, aurait été un modèle de réussite, si la peur irrationnelle de la dépression ne le conduisait à la paranoïa ; il faut dire que sa femme ne ménage guère sa tyrannique attitude à son égard en usant de leurs trois enfants. La plus jeune, Denise, talentueuse cuisinière d’un restaurant gastronomique, ne peut se résoudre à se définir une identité qu’elle poursuit en vain tant ses amours tournent au désastre. De point de vue en point de vue, la narration s’étoile, et il n’est pas certain que l’on gagne toujours à lire le compte-rendu du même événement par différents narrateurs.

      Une entraînante ironie règle son compte à la luxueuse croisière qu’entreprennent Enid et Alfred, en compagnie de Scandinaves aussi aisés que leurs préjugés antiaméricains. L’humour oscille entre le sucré et le salé, voire le vitriol. Le vocabulaire use d’un luxe de précision parfois utile, parfois un brin exaspérant. Le réalisme embrasse autant les détails sordides du quotidien que le sort du capitalisme américain, écorné comme il se doit par le malheureux Chip, loser qui prétend devoir le haïr. Hypocrisie, mensonge, arnaque, dettes, chantage affectif, lâcheté, tyrannie, rarement un geste d’amour, un pardon bienvenu mais éphémère, soif avaricieuse de l’argent, banalité poisseuse, tout se coagule en un paquet de ficelles gluantes et monstrueuses. Le lecteur ne sait s’il doit compatir ou jeter par-dessus bord de tels insupportables parents, rejetons et comparses, sans compter la description initiale du désordre en la maison, les fiches biographiques assignées aux personnages de rencontre, les digressions sur la situation politique lituanienne, voire y jeter avec le livre aux velléités anthropologiques…

      La formule magique du bonheur n’a pas été trouvée, nous le savons, d’autant que finalement les personnages n’ont pas d’idéal, sinon sociologiquement consensuel, conservateur au sens le plus vermoulu du terme, médiocre, finalement étriqué. Qu’il s’agisse de transcendance ou d’art, la chose ne les effleure guère. L’Amérique moyenne a des prix, mais des valeurs au sens noble du terme pas l’ombre d’une, ce qui est peut-être de la part du romancier un jugement sommaire et peu indulgent, voire supérieur, sinon méprisant. Offrir un miroir à la société est une chose, mais y distiller ses haines et ses généralisations en est une autre.

      En cette saga domestique aux grands airs de concert et la pâte un peu lourde, l’espérance de corriger les erreurs parentales est vouée à l’échec. La présomption se révèle fatale. À l’optimisme d’une société qui s’affinerait et se régénèrerait, l’écrivain préfère la reproduction des générations et des comportements, le fatalisme d’une tragédie, non pas grecque, mais américaine, à laquelle ne correspond guère une catharsis.

      Non sans longueurs, la fresque relève d’un classicisme sans audace. Si les personnages, sans compter comme il se doit tout un tas de seconds rôles satellites, sont intensément fouillés, permettant au lecteur indulgent une nécessaire empathie, la dimension satirique ne dépasse guère celle du roman de moeurs. Imaginant de corriger un modèle familial déficient, ces « Corrections » font un roman de la famille américaine qui ne s’élève pas ; n’est pas Balzac qui veut, pour bâtir une Comédie humaine et user de splendeur stylistique.

 

 

      Comment expliquer un succès d’un million d’exemplaires ? Au moins une explosion de génie, sinon une parfaite adéquation avec l’horizon d’attente du lecteur américain, ce qui n’est pas forcément un compliment. Les deux ne coïncidant que fort rarement, il est à craindre que ce soit la seconde hypothèse qui prévale. Ainsi, après le triomphe des Corrections, celui de Freedom vaut au romancier Jonathan Franzen (né en 1959), les honneurs de la couverture du Times, rien de moins. Pourrait-on alors imaginer qu’à l’instar de Tolstoï il ait produit son Guerre et paix ? Son Grand Roman sociologique Américain ?

      Abordant le prologue, intitulé « De bons voisins », le lecteur a la maigre surprise d’un flot tranquille sans vie ni métaphore. Car nous avons la faiblesse d’attendre que la littérature soit au moins originalité ou concentré de vie. Rien de tout cela ici. Sortant de cette quarantaine de pages, l’indifférence prévaut : pourquoi cette famille, ce voisinage plutôt que d’autres ? La petite histoire du couple des Berglund, de leurs deux enfants, de leur maison retapée, bonheurs, conflits de génération et querelles de quartier n’a rien de saillant. C’est tout juste si une pointe d’intérêt sociologique vient s’immiscer : il faut croire que cette famille et leur environnement sont parfaitement représentatifs de la classe moyenne américaine et, par contrecoup, occidentale. Si ceci a valeur générale, c’est assez décevant pour l’humanité. Ces gens-là auraient pu tout aussi bien ne pas exister, ils n’apportent rien de plus à la science, à l’art, à la pensée, à la planète…

      Sauf des clichés peut-être. Ainsi, plus loin, la conversation écologico-industrielle au cours de laquelle Walter Berglund expose sa volonté de sauver un oiseau rare (la « paruline azurée ») et son habitat tout en permettant une exploitation concertée de montagnes explosées et réhabilitées, reste un brin pesante, quoique sérieusement ancrée dans les débats politiques, économiques et environnementaux les plus contemporains. Et comme il n’y a pas de bon roman américain sans rocker - ou joueur de base-ball - ni trio sentimental, autrement dit sans clichés, voilà Madame Patty Berglund hésitant de nouveau entre son bien sage mari et Richard Katz, meilleur ami de ce dernier et « bad boy » un peu has been qui eut son heure de gloire avec un tube : « Nameless Lake ». Ceci raconté dans son « autobiographie » thérapeutique à la troisième personne, où « des erreurs furent commises »…

      Franzen a au moins le talent insigne de la clarté, de l’adéquation au monde qui l’entoure, qu’il soit politique ou existentiel, du moins au seul niveau de la série Desperate housewives. Ainsi Patty Berglund se veut être « une femme au foyer et une mère exceptionnelle », et incarner, comme « le gagnant de la famille », son mari Walter « miraculeusement bon », quoique nanti du physique de « Kadhafi », l’Amérique idéale.  Cependant, au cours de son roman d’éducation étudiant puis conjugal, elle fait acte de liberté en quittant Eliza la droguée, en faisant une escapade trash puis une autre sexuelle avec Richard, en s’alcoolisant… Mais déprimée, mère abusive, minée par un adultère sans joie, aigrie par la passion de la belle et jeune indienne Lalitha pour Walter, elle n’est qu’une liberté entravée plus par elle-même que par les autres. Qu’il s’agisse de Walter, dévoué à sa femme jusqu’à l’obstination d’un idéalisme impossible, de Patty accrochée au rocker ou prédatrice affective de son fils Joey, lui-même prisonnier de sa Connie qui n’a d’autre volonté que de l’aimer, l’amour n’est guère ici liberté.

      Bien que construisant son univers avec une méticulosité impressionnante, le réalisme finalement morne de Franzen aplatit des personnages qui auraient pu être attachants. La neutralité de la narration gêne la montée de l’empathie du lecteur pour ces personnages. Le didactisme permanent, y compris au moyen de fins tableaux psychologiques, étouffe tout lyrisme, toute épopée. Une pesanteur désenchantée plombe cette Amérique sans grandeur ni passion, qu’elles soient humaine ou transcendantale…

      Pourtant, avec le recul, ce volumineux roman finit par prendre une autre dimension. Une réelle problématique américaine s’est faite jour : qu’a-t-on fait des valeurs américaines, des libertés inscrites dans le droit naturel ou la constitution ? Hélas, la réflexion de Franzen ne va pas jusqu’à ces dimensions philosophiques. De même, l’argumentation politique est passablement faible, y compris lorsque Walter  se lance dans sa vulgate pour « sauver la planète », qu’il s’agisse de la déforestation ou de la surpopulation, moulins à vent d’un donquichottisme pathétique, voire ridicule, battu en brèche par le cynisme peut-être nécessaire des forces économiques. Quand  chaque personnage se débat entre ses limites étroites et ses pauvres libertés personnelles, le pays croit encore à sa mission de héraut des libertés, y compris en Afghanistan et en Irak, ce qui n’est abordé que d’une manière incidente, par le biais de Joey, le fils républicain de Walter, qui négocie un contrat juteux mais foireux de pièces de camions pour l’Irak. Si ce dernier est tendance néoconservatrice et Bush, son père est farouchement libéral (au sens américain) tendance Al Gore, d’où la stupide guerre mentale intrafamiliale. Et l’on sent alors un peu trop poindre le roman à thèse, quoique avec une conviction minée par les déceptions, et par une remarque aussi immonde que péremptoire : « les intégrismes siamois de Bush et Ben Laden ».

      L’on craint ainsi que Jonathan Franzen, malgré l’ampleur et la précision indiscutable de son travail, n’ait pas atteint cette magie que ressent Patty (sa seule lueur intellectuelle) devant les pages de Tolstoï : « leur pertinence fut quasiment psychédélique ». Lui n’a que si peu d’images intéressantes, comme « un petit clitoris bien ferme de discernement et de sensibilité », ou « la conscience éthique d’une éponge de mer » ou encore « l’impérialisme romantique de son entichement pour quelqu’un de jeune venant d’Asie ». Son modèle avoué ne lui a laissé qu’une guerre trop lointaine, qu’une  paix morose, que de petites guérillas fétides de couples et de générations. Ce qui, à tout prendre, n’est en rien indigne d’une ambition d’écrivain et ce en quoi consiste finalement sa vraie réussite, à laquelle cependant il ne faut pas craindre d’infliger une correction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les Corrections était en effet le titre du premier roman de Jonathan Franzen. Il a cependant la présomption de vouloir corriger le monde tel qu’il l’entoure et tel qu’il va mal, dans un inégal bouquet d’essais : Et si on arrêtait de faire semblant ? Il n’est pas sûr d’ailleurs que le titre comminatoire soit bien choisi, alors qu’il ne s’agit que de celui de la dizaine de pages qui conclue ce volume. Car nous sommes menacés rien moins que par « l’apocalypse climatique » ! Nous laisserons à Jonathan Franzen collapsologue la responsabilité de son écologisme brûlant - que nous avons déjà tenté de réfuter[4] - de sa rhétorique de la peur parmi ses pages de manière récurrente, pour préférer les essais divers qui ponctuent plus intelligemment son ouvrage. Essais qui sont des conférences plus ou moins pertinentes ou qui flirtent largement avec le récit, pour notre plaisir. Plutôt qu’une critique discutable du plaisir à « être amoureux de son smartphone », nous le préférons « amoureux des oiseaux ».

      Aussi voyage-t-il à travers le monde pour l’amour des volatiles, trop souvent menacés, il faut bien l’admettre. Sur « l’île de la solitude », « Masafuera » au large du Chili, il campe dans un brouillard de pluie, non sans autodérision, et relit avec pertinence Robinson Crusoe, « roman de l’individualisme », dans un refuge précaire, il se tapit et se perche parmi des crêtes vertigineuses à la recherche du rare « Synallaxe » qu’il ne verra pas. Sa quête lui permet cependant de comprendre combien la solitude ne lui convient guère. Et de disperser quelques cendres de son ami l’écrivain suicidaire David Forster Wallace[5]. C’est à Chypre, halte migratoire de maints oiseaux, que l’ « horrible Méditerranée », révèle son industrie de la chasse à la glue. Avec deux compères, il tente de délivrer les volatiles et de saccager les pièges, en butte aux habitants, qui, s’ils doivent bien se nourrir de la chasse (argument non retenu), font d’un tel massacre une tradition et un sport national. Nous ne sommes pas étonnés que l’écrivain, passé par Malte, achève ce voyage, en se recueillant sur le site du « sermon aux oiseaux » de Saint-François d’Assise, en Ombrie. Hélas, en Chine, les quelques passionnés d’ornithologie voient les réserves naturelles fondre devant l’insolence de l’activité économique, devant le « marché aux oiseaux de Nankin ». De l’Egypte au Costa Rica, en passant par l’Albanie et l’Antarctique, la « cause aviaire » reste essentielle. Et malgré des nouvelles alarmantes, l’espoir n’est pas perdu : en témoigne l’interdiction des « filets maillants » par de nombreux Etats américains a permis à la population de guillemots de remonter en flèche.

      Dans un recueil aux pages plus qu’inégales, voire vaines parfois, ne se détachent guère un « Entretien avec l’Etat de New York », un hommage à la nouvelliste canadienne Alice Munro, « pourvoyeuse discrètes d’expériences intimes intensément savoureuses ». Alors que c’est avec raison que Jonathan Franzen déplore « l’extinction de l’essai » dans les magazines en faveur du « microrécit personnel et subjectif », il nous propose un essai autobiographique au sujet de l’addiction au tabac et de l’écriture d’un texte à ce sujet pour le New Yorker. L’on devine qu’il se fait modeste, lorsqu’il admet que « nul n’a jamais écrit un récit plus autobiographique que La Métamorphose ». Ainsi l’intérêt du lecteur rebondit. Utilement, il nous confie la manière de « façonner un récit », triant les « matériaux par catégories », ce qui permet à l’écrivain de considérer avec une inattendue pertinence l’élection de Donald Trump[6], due à une Hillary Clinton « négligente dans son usage de sa messagerie électronique » et à un « nationalisme anti-immigration ». Sa déception ne trouve à se consoler qu’avec les oiseaux du Ghana et des Etats-Unis.

      Si l’on peut avoir le sentiment que ce recueil eût mérité une sélection nettement plus drastique, si l’on peut se gausser du « progressisme » et de l’anticapitalisme de l’auteur, travers bien connus qui raviront les lecteurs entendus, il est cependant digne d’être conseillé. Reste, face à la haine qui est « un divertissement », la possibilité que la littérature puisse « sauver votre âme »…

 

      Ne doutons pas que le Grand Roman New-yorkais ou Américain soit une melvillienne baleine blanche à sans cesse poursuivre, au risque de n’en être qu’un capitaine Achab finalement broyé, englouti dans les mers de l’oubli littéraire. Ce qui laisse pourtant, au-delà de Philip Roth, de Thomas Pynchon, de Garth Risk Hallberg et de Jonathan Franzen, un champ infini aux découvertes de nouveaux espaces, de nouvelles esthétiques romanesques brûlantes. Par exemple, n’y aurait-il pas dans l’ère Donald Trump la matière d’un Grand Roman Américain ? Nul doute que bien des manieurs de mots, de préjugés et de perspectives visionnaires, tiendront à se lancer, non sans risque de productions plus que discutables que n’auront pas ennobli le sens de l’épopée,  de l’Histoire en action, des personnages vivants, éclairants et éclairés, le don de l’ironie, et les moyens de la philosophie politique. À vos claviers, jeunes gens !

 

 

[1] Philip Roth : Le Grand roman américain, Gallimard, 1980.

[2] Don de Lillo : Outremonde, Actes Sud, 1999.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Hallberg a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2016

 

Photo : T. Guinhut

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 07:15

 

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

 

 

 

 

Dérives post-américaines :

du champ romanesque au chaos politique.

 

T.C. Boyle, Amanda Boyden, Brando Skyhorse,

Walker Percy Denis Johnson & Margaret Wilkerson Sexton.

 

 

 

 

T.C. Boyle : Un Ami de la terre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin, Grasset, 2001, 398 p, 24,90 €.

 

Amanda Boyden : En attendant Babylone,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Judith Roze et Olivier Colette, Albin Michel, 2010, 448 p, 22,30 €.

 

Brando Skyhorse : Les Madones d’Echo Park,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso, L’Olivier, 2011, 302 p, 22 €.

 

Walker Percy : Le Syndrome de Thanatos,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bénédicte Chorier, Rivages, 1989, 370 p, 15,50 €.

 

Denis Johnson : Un Pendu ressuscité,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Demoures, 2000, 294 p, 25,35 €.

Denis Johnson : Déjà mort,

traduit par Brice Matthieussent, Christian Bourgois, 2000, 516 p, 170 F.

 

Margaret Wilkerson Sexton : Un Soupçon de liberté,

traduit par Laure Mistral, Actes Sud, 2020, 336 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      D’où vient le chaos qui fracture la société américaine en son âme politique, éclatée entre Républicains et Démocrates, entre racistes blancs et racistes noirs, entre libertariens et postmarxistes, sans oublier les éco-terroristes et la traînée de déliquance criminelle ? Si les récentes tempêtes politiques n’ont pas encore trouvé, à notre connaissance du moins, le romancier qui en serait aujourd’hui le fresquiste, à moins de revenir à La Tache de Philip Roth[1], peut-être pouvons-nous nous pencher sur des écrivains qui en ont assuré les prémices depuis quelques décennies. On ne peut pas dire que T.C. Boyle, Amanda Boyden, Brando Skyhorse, Walker Percy, Denis Johnson et Margaret Wilkerson Sexton, tous romanciers sismographes de leur temps et du futur, soient rassurants. De quelle Amérique ces écrivains, sociologues autant que schizophrènes, parlent-ils ? Comme si, plongées dans leurs dérives post-américaines, ils écrivaient depuis une nouvelle Californie, île et clone fous, séparée des Etats Unis après l’irréparable déchirure de la faille de San Andreas… L’Ami de la terre connait en 2025 une apocalyptique météo, alors qu’Amanda Boyden écrit En attendant Babylone et que Brando Skyhorse en appelle aux Madones d’Echo Park, les zombies d’hier et d’aujourd’hui de Denis Johnson promènent à la surface des pages leurs fantasmes dangereux, leurs vies déglinguées… La terre et les psychés se disloquent. « Pourquoi n’ai-je rien découvert au cœur du mal ? » demande quant à lui le Lancelot[2] de Walker Percy, un Lancelot qui ne peut compter avoir « découvert le Saint Graal et ranimé une terre défunte ». Une schizophrénie générale semble démultiplier, exploser les Etats Unis et les personnalités, alors qu’une généalogie délinquante semble emprisonner nombre de Noirs. L’idéal national américain s’effrite malgré ses « gardiens de la vérité[3] » qui courent après les ruines de l’éthique du roman policier et de la Théorie de la justice de John Rawls[4].

 

      T. C. Boyle (né en 1948) est coutumier des déjantés, des post-hippies, des cinglés new age, des ratés et des frimeurs. Une belle brochette de spécimens agite une panoplie de libidos excentriques parmi 25 histoires d’amour[5]. L’une de ces nouvelles burlesques propulsait un pauvre type derrière une allumée qui réalisait de minables attentats pour lutter contre le « génocide des animaux ». Dans L’Ami de la terre, la Postamérique est installée. Mais si le progrès médical de l’an 2025 permet aux habitants de vivre mieux et plus longtemps (« code ADN personnel, traitements antitélomérase et rajeunissants de l’épiderme »), ce même progrès à foutu en l’air la planète. Sécheresses au sud, tempêtes torrentielles au nord pour le climat, disparition galopante des espèces pour la faune. Ty, le narrateur, ancien « éco-guerrier » qui se consacre aux bestioles les moins attachantes, voit revenir vers lui son ex : Andréa. Dans quel plan dingo va-t-elle l’entraîner ?  Ranimant le pire passé de Ty et de sa fille Sierra en vue d’un livre, Andréa réveillera-t-elle les ardeurs du dynamiteur de pylônes, du saboteur en tous genres, qui, surnommé « l’Eco-vengeur » ou « la Hyène humaine » goûta plusieurs fois à la prison ?  Les voilà suivant les traces de cet Unabomber qui, en 1996, fut arrêté dans le Montana après avoir semé bombes et lettres piégées (trois morts et une douzaine de blessés) contre des « Ennemis de la terre », comme les présentent ces écologistes radicaux motivés par une idéologie antitechnologique. Probablement T. C. Boyle s’est-il inspiré de ce célèbre fait divers, en animant ses « éco-terroristes » qui pour être « amis de la terre » n’en sont pas moins des « ennemis du peuple ». A la folie consumériste américaine, son gaspillage d’énergies et de ressources, ses pollutions et urbanisations, quoique la nature y aille plutôt mieux qu’ailleurs, répondent la folie de ceux qui font de l’écologie une religion démente[6] qui postule une apocalypse fantasmatique, dont serait comptable son Satan : l’homme technologique.

      Loufoque, entraînant, et néanmoins sérieux sous masque de clown rock et rigolard, T.C. Boyle a toujours été un bavard qui aime s’écouter écrire. Il ne nous passe aucun détail, au risque de s’embourber dans le délayé chronique. Concentrer la narration serait salutaire. Cependant, traverser un livre de T.C. Boyle, c’est faire, dans une sauce à l’aigre rire, bombance de viandes romanesques bien saignantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Deux fois martyre est la Louisiane. Après l’ouragan Katrina, voici la marée noire causée par la négligence de British Petroleum. De plus, cette région est sans cesse menacée par les inondations du Mississipi qui est « un long trait de merde marron qu’allait se jeter dans l’eau bleu-vert du golfe. Le trou du cul de l’Amérique, voilà d’où elle vient la flotte de La Nouvelle-Orléans ». C’est ainsi qu’En attendant Babylone, Amanda Boyden décrit sa ville aimée avec passion, malgré ses turpitudes. Elle lui offre avec ce roman un éloge appuyé, lyrique et sans ennui. A travers une poignée de familles d’ « Orchid Street », représentantes des couleurs, noirs, blancs et Indiens immigrés, le narrateur omniscient dresse un tableau de mœurs généreux en détails et en émotions. L’entraide entre voisins, la cuisine fabuleuse, les amours conjugales et les aventures sexuelles, la succession des générations, des grands-parents jusqu’aux bébés, tous sont, malgré « les épreuves de la vie », les accidents, les maladies, formidables… C’est le moment de l’ouragan David qu’a choisi la romancière pour bouleverser son petit monde et montrer combien on aime cette ville et cette vie menacées. A travers l’évacuation, le retour après la fausse alerte, l’exubérance de festivités hautes en couleurs, l’on voit poindre les excès et les dysfonctionnements de nos sociétés : rappeurs friqués, vulgaires et provocateurs, Ed et Ariel, Joe et Prancie, les couples en crise, l’alcool à gogo, Fearius, le dealer adolescent et meurtrier sans avenir… Chaque personnage communique avec le lecteur grâce à un monologue intérieur et des dialogues qui intègrent sa voix, sa langue. Même si d’abord cette tranche de vie et de ville paraît avoir un peu trop de bonhomie idéalisatrice, le péché la gangrène de plus en plus jusqu’au bain de sang. A travers l’allusion à cette Babel que fut Babylone, ainsi qu’à l’imminence de la destruction apocalyptique, Boyden inscrit sa cité d’accueil dans un second mythe. S’agit-il d’une élégie à un monde en voie de disparition ? D’une prophétique vision d’une Amérique en voie de balkanisation ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Los Angeles est-elle toujours la ville des anges ? L’a-t-elle jamais été d’ailleurs… Si elle fascine, si le rêve hollywoodien et de la réussite est loin d’être sans fondements, cette immense cité à la limite du désert est aussi l’espace des fantasmes déçus, des cauchemars. Que se passe-t-il lorsque l’on est un immigré latino, attiré par l’espoir d’une vie meilleure ; est-on piégé par l’envers du miroir aux alouettes du consumérisme américain ? C’est à ces questions que répond Brando Skyhorse dans Les Madones d’Echo Park, en nous proposant la traversée en écharpe de trois générations mêlées et de la famille Esperanza qui porte si bien son nom. Elles font partie de ces milliers d’immigrés mexicains qui triment dans des boulots hasardeux, illégaux, sous-payés, qui réussissent parfois, qui galèrent, qui sombrent dans l’enfer sanglant des gangs, qui parviennent à « devenir Américains »… Entre un quotidien parfois sordide et les fantasmes clinquants de MTV, propagés par Mickaël Jackson et Madonna, les personnages sont tiraillés, fascinés, bouleversés. L’écriture de Skyhorse, pour ce qui aurait pu n’être qu’un documentaire (que d’abord il avait intitulé « Amexicain »), est, d’une manière surprenante, lyrique, voire épique. Au-delà de la xénophobie, le narrateur final (car les personnages alternent leurs histoires) réhabilite cette communauté ouverte en dédiant son livre à Aurora Esperanza, qu’il a cru blesser en la rejetant parce que Mexicaine : « une œuvre de fiction est un cadre idéal pour un aveu ». Les femmes et les jeunes filles du quartier d’ « Echo Park » sont bien, non sans tendresse, des « madones », trop souvent victimes du machisme et de la criminalité, et cependant porteuses d’espoir. Ce premier roman, un peu trop volontiers sociologique et compassionnel, emporte néanmoins son lecteur dans une fresque vivante, tendresse et violence, courage et désespoir, mais aussi travail acharné, d’où l’on devine que surgira peut-être un monde meilleur, à moins qu’il se fracture.

 

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

 

 

      Un peu plus classique et venu du sud faulknérien, le récit chez Walker Percy (né en 1948) reste plus circonspect, sinon complaisant dans l’introspection et le lyrisme inquiet. Les béances, fractures et folies charroyées par l’Américain moyen prennent chez lui une dimension métaphysique. Existe-t-il un moyen de le sauver ? Dans Le Syndrome de Thanatos, une pollution nucléaire savamment organisée, change les gens en désinhibés sexuels experts en calcul mental, mais atteints de troubles de la parole. Peut-être allait-on les débarrasser de tout comportement agressif, criminel et anti-social, édifier la nouvelle Amérique. Au risque de perdre leurs âmes… Une hypothèse science-fictionnelle s’infiltre dans la réalité quotidienne du sud profond pour l’anesthésier, le fissurer. La machination, ou le fantasmatique complot, menace l’Amérique toute entière.

      L’avocat Lancelot, dans le roman éponyme[7] de Walker Percy, ne voit son quotidien et le monde véritablement exploser que lorsqu’il découvre que sa fille adorée n’est pas de lui. Au cours du tournage d’un film qui a choisi sa maison pour décor, il épie avec des caméras sa femme Margot, conscient de la dissolution de l’amour universel, de la perte de cet éden sexuel qu’il croyait ne partager qu’avec elle, persuadé de l’avancée du péché originel : « Le secret de la vie est la violence et le viol, son évangile est la pornographie ». Obsédé par son ressentiment, Lancelot va manier l’épée de flamme du moralisme et pourfendre la décomposition des mœurs, comme un émule de Don Quichotte. C’est en prison qu’il achèvera sa descente dans la spirale de sa mémoire, après le crime et l’incendie de sa propriété de Louisiane. Un livre sombre comme la jalousie, comme l’obscurantisme, comme si l’Amérique s’effondrait dans la noire fracture mentale d’un de ses habitants désemparés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les personnages de Denis Johnson sont irrémédiablement cotonneux, déphasés. Ont-ils jamais abordé la réalité américaine ? Seul l’émiettement de leur psyché semble véritablement les concerner. Bien que ressuscité, le pendu nommé English, parvient à peine à épier une réalité qui lui échappe autant que les mystères du Ciel et de la résurrection, grâce à un emploi de détective privé pour le compte d’un policier à la retraite douteux, activiste de « l’Infanterie de la Vérité » qui ne réussira que son accident cardiaque. Sa liaison avec une femme dans une contrée où tout le monde est sensé être gay a-t-elle un sens ? Le « chevalier de la foi » English, qu’il serait plus juste de qualifier de non-entité, sait-il à quelles motivations métaphysiques il obéit en tentant d’assassiner un évêque ?  Psychotique ? Mystique contrarié ? C’est comme si, dans Un Pendu ressuscité, les béances de la réalité et de la religiosité américaines avaient été contaminées par un syndrome d’éclaboussures de la personnalité. Envoyé en prison, English pourrait être un voisin de cellule de Lancelot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Né en 1949, Denis Johnson, également auteur de reportages sur les guerres du Golfe et du Libéria, confie ainsi son penchant éthique et esthétique : « J’aime le chaos, je suppose. Il doit y avoir une part en nous qui veut que tout se détruise. ». Guère de certitudes non plus dans les nouvelles de Jésus’ Son[8] malgré le titre prometteur. Quant au narrateur du récit Le Nom du monde[9] il a perdu toute cohérence depuis que sa femme et sa fille ont été tuées dans un accident de la route. L’encéphale effiloché du narrateur empêche le récit de ne suivre aucune ligne stable. La banale performance d’une étudiante en art qui se rase le sexe en public semble permettre à cette « origine du monde » (pour reprendre le titre du fameux tableau de Courbet) de restaurer une cohérence perdue. A moins qu’elle puisse lui raconter « l’histoire de mon nom »... Est-ce à dire que Denis Johnson ne maîtrise pas ses fictions, qu’il nous perd dans le marasme de son absence romanesque ? Non. Là réside au contraire l’efficacité d’un écrivain sans cesse inquiet du sens. C’est seulement en acceptant d’effectuer un reportage sur la guerre du Golfe que le narrateur peut persévérer : « jour après jour dans une existence que je crois être absolument remarquable ».

      Parmi les cinq cent vastes pages de Déjà mort, nous ne trouvons que des personnages affectés de troubles psychiques : le MPD ou « Multiple Personnality Disorder ». A l’imitation de cette Californie dont certains voudraient qu’elle se sépare en deux, les errants et habitants de la côte nord font dans la schizophrénie ou, au choix, dans la réincarnation. Hippies rouillés, flic des puissances occultes, alcooliques et tueurs, cocaïnomanes et cinglés de tous bords ont pris la place de l’élite et de l’américain moyen. Le rêve américain, démocratique et progressiste, n’a ici plus aucune réalité. On pourrait taxer ce genre de fresque du sobriquet de « roman gothique californien ». Un désaxé se fait appeler Frankenstein. Van Ness vient « de se matérialiser ici dans le rôle d’un démon »… Le flic Navarro aura du mal à ne pas se laisser entraîner dans l’irrationnel. Et lorsqu’à la fin la quête de la « Côte perdue » échoue, lorsque le « V des vallées qui divulguent des fragments d’océan Pacifique comme la gorge des filles argentées » se révèle inatteignable, le lecteur ne peut pas ne pas penser à cet autre grand écrivain américain : Thomas Pynchon. Dans V[10], la quête se démultipliait à l’infini. Dans Vineland[11], une Californie mythique se rêvait encore. Chez Denis Johnson, le cauchemar a gangrené les Etats Unis en leur entier.

 

 

      Plus récemment, soit en 2017, Margaret Wilkerson Sexton fit paraître son roman Un Soupçon de liberté. Habilement conçu au moyen d’allées et venues narratives parmi trois générations noires, de 1944, en passant par 1986, et jusqu’en 2010, une généalogie familiale se superpose avec le tableau de la ville de La Nouvelle-Orléans. Entre espoirs de vies meilleures et délinquances récurrentes des mâles soumis à l’addiction au cannabis et au crack, incapables de se tirer d’une économie parallèle faite de trafic de drogues, le récit est un tantinet simplet, quoique attachant. Néanmoins quelques phrases résonnent comme la fatalité d’une tragédie grecque frappant la déréliction sociale et raciale. Comme lorsque le dénommé T.C., incarcéré, reçoit la visite de sa mère et de son fils, tout bébé : « Toute l’euphorie née de la présence de son fils avait été balayée dès son départ ; il redoutait soudain qu’en introduisant Malik dans cet enfer, même pour une simple visite, il ait lié le destin de l’enfant à ce lieu ». Un déterminisme sociétal, culturel, voire biologique, aurait-il ancré la négritude dans la pulsion délinquante et criminelle ? La faute à l’homme blanc, à la trainée infamante de l’esclavage et de la ségrégation, pourtant disparus, à la pauvreté, ou à un atavisme que l’éducation ne parviendrait pas à découdre tant le taux de délinquance des Noirs est presque 8 fois plus élevé que chez les Blancs alors que les premiers représentent moins de 15% des habitants des Etats-Unis. De là à ce que ces délinquants deviennent des activistes du pillage et de la violence sécessionniste anti-blancs, organisés en milices, l’Histoire récente semble le démontrer, de Chicago à Portland. Il ne faudrait pas cependant confondre race (un concept périmé d’ailleurs) et crime…

 

      De ce voyage polyphoniquement romanesque, et même si la plus grande partie des Etats-Unis sait vivre dans la paix et la prospérité, la psyché américaine sort fissurée. Quand en Postamérique, le changement climatique largement fantasmé aura moins dévasté la terre que l’économie par tyrannie écologiste, restera-t-il un seul esprit intact ? À moins qu’il suffise de l’explosive surconsommation de psychotropes, largement responsable de la criminalité pléthorique et des tueries de masse, tels que le révèle Roger Lenglet[12]. Pire encore, car bien plus réaliste, la schizophrénie politique fait d’une fraction des Démocrates des factieux postmarxistes, anarchistes et racialistes, qui, comme les personnages de Denis Johnson, aiment par dessus tout le chaos. Et comme ceux de l’Anglais James G. Ballard, dans Millenium people et Super-Cannes, romans dans lesquels les cadres très supérieurs de l’Eden-Olympia peuplent leurs loisirs du luxe du délit, du braquage et du meurtre[13] ; ce en quoi l’écrivain avait pressenti de telles mœurs destructrices. Un fascisme aux milices offensives et aux couleurs rouge-black-vert agrège des suprématistes noirs, des islamistes et des mouvements d'extrême-gauche enragés à détruire in nucleo l'Occident judéo-chrétien. Racistes noirs instrumentalisant le souvenir de l’esclavage et islamistes offensifs, cachant combien ils furent et sont encore esclavagistes[14], se tiennent par la main, du moins provisoirement avant de revendiquer chacun la tabula rasa, de prendre les armes au service d’une victoire totalitaire, pour déraciner les fondements de la démocratie libérale, menaçant de fracturer et araser la nation américaine, où se saborde et pourrit l’esprit de la Constitution de 1787. Terrible pessimisme ou salutaire avertissement pour que l’Amérique de Donald Trump[15] puisse restaurer la paix et la liberté ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir de divers articles parus dans La Revue des deux mondes et Le Matricule des anges

 

[2] Walker Percy : Lancelot, Flammarion, 2001.

[3] Michael Collins : Les Gardiens de la vérité, Christian Bourgois, 2001.

[4] John Rawls : Théorie de la justice, Seuil, 1987.

[5] T.C. Boyle : 25 histoires d’amour, Grasset, 2000.

[7] Walker Percy : Lancelot, J’ai lu, 2003.

[8] Denis Johnson : Jesus’s Son, Christian Bourgois, 1999.

[9] Denis Johnson : Le Nom du monde, Christian Bourgois, 2000.

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 09:38

 

Sankt Gertraud / Santa Gertruda, Südtirol / Trentino Alto-Adige.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Tache sur l’Amérique, par Philip Roth,

 

& autres Contrevies de la Bête qui meurt.

 

 

 

Philip Roth : Les Faits, Gallimard, 2020, 240 p, 19,50 €.

Philip Roth : La Tache, Folio, 496 p, 9,70 €.

Philip Roth : La Bête qui meurt, Folio, 224 p 8 €,

Philip Roth : La Contrevie, Folio, 464 p, 9,70 €,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun.

 

 

      Les faits sont des « tremplins pour la fiction ». Voilà peut-être le credo, le moteur du romancier, et plus particulièrement de Philip Roth, qui rétablit Les Faits, en son « autobiographie d’un romancier », qui date de 1988. Et s’il faut revenir aux faits pour contrer les idéologies, reprenons un roman écrit hier et plus lisible encore en ces temps de déboulonnage idéologique de l’Histoire[1] : La Tache. De vies en contrevies, le maître d’une fiction qui sait sans cesse radiographier les mœurs sexuelles et politiques de l’Amérique, finit lui aussi par être, quoique par personnage interposé, une Bête qui meurt, puisque né en 1933, il nous quitta en 2018.

 

      Grâce à une nouvelle traduction de José Kamoun, Les Faits se veulent établis en leur réelle véracité par le romancier, devenu autobiographe à l’âge de sa maturité, sans qu’il soit dupe d’une telle prétention d’objectivité. Portraitiste du moi, il n’en joue pas moins avec ses doubles de papier. Ce pourquoi se pose ici de manière aigue la problématique inhérente à l’écriture autobiographique, soit l’union et la césure entre la vérité sans fard et les souvenirs de fiction, sans oublier que Philip Roth ne peut plus être lui-même sans son Nathan Zuckerman, qui n’a chair que d’encre et de papier. C’est au contraire de La Contrevie, « l’ossature de la vie sans la chair de la fiction », même si un tel projet est toujours un peu obéré par le choix du regard et teinté par l’imagination, en dépit de la véracité autobiographique, tel que crut la fonder à partir de 1765 le Rousseau des Confessions : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, ; et cet homme, ce sera moi[2] ».

      Moins qu’un déroulé de faits, il s’agit de « la genèse d’un écrivain ». Une « lettre de Roth à Zuckerman » et une autre « de Zuckerman à Roth » en forme d’autocritique encadrent un prologue et cinq parties. « Chez soi, à l’abri du monde » est l’appartement de l’enfance, « L’étudiant » se veut l’apprentissage de l’université, « La fille de mes rêves » recompose un mariage peu idyllique, « Tout ça reste en famille » conte le scandale orchestré par les Juifs lisant Goodby Colombus, enfin la liberté créatrice affranchie des convenances et des codes au point de donner Portnoy et son complexe. Si ces cinq éléments fondateurs sont ceux d’une vie écrivante, ne sont-ce pas ses livres qui en retour la fondent ? C’est suite à une dépression que l’écrivain a voulu retrouver le chemin de soi la plume à la main, « aller faire le plein à la citerne de sang magique », mais aussi suite à la mort de ses parents, pour « renouer avec la vie ».

      Les drames familiaux marquent intensément l’enfant prénommé Philip : appendicite du père, divorce de l’oncle, mère affectueuse éprouvée, dont la chair est « transmuée en un manteau en peau de phoque luisant »… Il lui faut tenir « le rôle mythologique d’un petit Juif qui grandit dans une famille comme la mienne - devenir le héros que son père n’a pu être - ». Des violences antisémites parmi les lycéens aux efforts studieux de l’étudiant en Droit, en passant par le « champ de bataille oedipien », le narrateur reste fidèle à « notre américanité » et sa vocation idéaliste, malgré « des projets érotiques inavouables ». Bientôt il est saisi par l’écriture, devient professeur de « composition littéraire » à Chicago, se marie avec Josie, « folle à lier au-dedans, blonde impassible à l’extérieur », qui grâce à ses talents de manipulatrice et de « pire ennemie », se révèle être l’un de ses « meilleurs professeurs d’écriture créative ». Le récit de l’immonde entourloupe à la fausse grossesse qui permit à Madame d’être épousée puis de dévorer une pension alimentaire est un édifiant morceau de bravoure.

      Face aux levées de boucliers contre la prétendue dimension anti-juive des nouvelles de Goodby Colombus, Philip Roth use de la plaidoirie. À partir d’une « virilité en lambeaux », l’homme se reconstruit avec May, écrit sa « catharsis » en l’espèce de Quand elle était gentille. La mort accidentelle de Josy est une sorte de « contrevie », soit « le télescopage improbable entre la fin de mon roman et celle de ma femme », deus ex machina libérant à la fois l’homme et l’écrivain…

      Transmuée par une écriture vigoureuse, aux métaphores incisives, une construction rigoureuse et spirituelle, Les Faits ne dépare pas un instant dans la bibliographie de Philip Roth, entre Opération Shylock et sa « trilogie américaine ». Le récit peut apparaître, quoique postérieur, comme une sorte de concentré des romans qui se sont déployés à partir de ce matériau vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Epurer l’Histoire passe par l’abrasive utilisation d’un détachant : tout ce qui fait tache doit être effacé, déboulonné, abattu, comme une statue[3] infamante à renverser et jeter aux ordures par un antiracisme dévoyé. Ainsi l’on croirait que Philip Roth a écrit, quoique en 2000, pour notre contemporain le plus urgent. Il connaissait l’imposture de la notion de « privilège blanc », qui envahissait les campus universitaires et aujourd’hui la société américaine, quoique principalement démocrate. Par exemple, en 2017, à l’université Evergreen, un professeur correctement progressiste et antiraciste, Bret Weinstein, fut brusquement accusé de racisme pour avoir exprimé son net désaccord avec l’officialisation d’une journée où les blancs devaient quitter le campus, rupture flagrante de l’égalité et de l’humanisme au profit de la couleur de la peau.

      The human stain, que traduit La Tache, autrement dit, souillure, honte et flétrissure humaine, est le troisième roman de la fresque américaine de Philip Roth. Au moyen d’un titre ironique, Pastorale américaine balayait la guerre du Viêt Nam ; quant à  J’ai épousé un communiste, il s’attaquait au maccarthysme. Troisième volet de la trilogie, La Tache fut écrit, alors qu’en 1998 l’affaire Monika Lewinsky, fellatrice occasionnelle du Président Bill Clinton, affole les Etats-Unis, entre dénégations, aveux télévisuels et menace de destitution. Cette « tache » romanesque  peut être lue comme une allusion à ce qui souilla la robe de la jeune Monika et qui allécha autant les médias que l’opinion. Cependant, si l’on s’intéresse au titre original, il n’est pas interdit d’y deviner une trace indélébile du péché originel adamique.

      C’est à peu d’année de la retraite que Coleman Silk, doyen d’Athéna et professeur de lettres classiques, qui sait enseigner Homère avec un charisme fou, est accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants : « Est-ce que quelqu’un connait ces gens ? Ils existent vraiment, ou bien ce sont des zombies ? », demande-t-il au sujet de deux récurrents absents, sans savoir qu’il sont noirs. Or, outre la signification ectoplasmique évidente, ce peut être un équivalent de « bamboula ». Notre homme choisit paradoxalement de démissionner plutôt que de confier « qu’à l’âge de soixante-et-onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre ». La sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, poursuivie par un ex-mari vétéran du Vietnam qu’anime la vengeance et le meurtre a pourtant, si l’on peut dire, la qualité d’être noire. Mais croyez bien qu’un « puritanisme malveillant […] va vous traîner dans la boue » pour vos sexcapades » !

      C’est le bien connu du lecteur de Philip Roth, Nathan Zuckerman, qui ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et se fait le narrateur de l’affaire. De façon à, sans abandonner la dramaturgie romanesque, dresser un vigoureux réquisitoire contre le « politiquement correct », contre ce conformisme intellectuel féminisme et antiraciste qui n’a guère à envier à la chasse aux sorcières médiévale. Cette université américaine qui devrait être un haut-lieu de savoir, est laminée par la médiocrité consensuelle et envenimée par le nouveau préjugé que devient toute suspicion de racisme, fondée ou non, qu’importe, en fait, nouvelle tyrannie aux mains d’activistes et favorisées par des pleutres.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Aujourd’hui, dans la même veine, l’inculture militante des étudiants fait ployer leurs professeurs qui ne peuvent plus étudier les auteurs blancs. Dans la nouvelle continuité de La Crise de la culture d’Hanna Arendt[4], Philip Roth brocarde la débâcle de l’enseignement : « Du temps de mes parents, et encore du mien et du vôtre, les ratages étaient mis sur le compte de l’individu. Maintenant, on remet la matière en cause. C’est trop difficile d’étudier les auteurs de l’Antiquité, donc c’est la faute de ces auteurs. Aujourd’hui, l’étudiant se prévaut de son incompétence comme d’un privilège. Je n’y arrive pas, c’est donc que la matière pèche, c’est surtout que pèche ce mauvais professeur qui s’obstine à l’enseigner. Il n’y a plus de critères, monsieur Zuckerman, il n’y a plus que des opinions ». Ainsi un doyen qui a fait de son université un lieu d’excellent en balayant la médiocrité, « qui introduisit la concurrence », et quoiqu’il ait embauché le premier enseignant noir d’Athéna, est bassement sommé de dégager pour avoir utilisé un mot avec justesse et non son usage vulgaire. Notons à cet égard que « Silk » en anglais signifie « soie », signant le raffinement du lettré. Voué aux gémonies comme en une tragédie grecque, il ne trouve plus autour de lui que des Furies, y compris si l’on apprend sa liaison incorrecte ; jusqu’au « meurtre-suicide »…

      La satire, aussi féroce que méritée, d’une société en voie de décomposition est trépidante et éprouvante. Un ancien du Vietnam, devenu « psychopathe » est jeté dans la fosse de l’exécration, Faunia, cependant pas si niaise, est une manipulatrice manipulée par des manipulateurs, Delphine Roux, une ancienne collègue de Coleman Silk, est une teigne dénonciatrice qui use d’une lettre anonyme abjecte, prétendant : « Il est de notoriété publique / que vous exploitez sexuellement / Une femme opprimée et illettrée / qui a la moitié de votre âge ».

      L’abjecte bien-pensance est fustigée en son conformisme, son grégarisme. La figure du Noir, esclave un siècle et demi plutôt, ségrégué un demi-siècle plus tôt, devient au nom de n’importe quel prétexte, surtout de mauvaise foi, un vengeur de sa race et un tyran de la différence et de la culture bafouées : « La force des convenances est protéiforme, leur domination se dissimule derrière mille masques : la responsabilité civique, la dignité des wasps, les droits des femmes, la fierté du peuple noir, l’allégeance ethnique, la sensibilité éthique des Juifs »…

      Cependant Coleman Silk, qui prend « le Viagra du Zeus », n’est pas dupe de Nathan Zuckerman à qui il se confie : « Que je lui aiguise son sens de la réalité, à ce romancier. Que je nourrisse la conscience d’un romancier, avec ses mandibules toujours prêtes. Chaque catastrophe qui s’abat lui est matière première. La catastrophe, c’est sa chair à canon. Mais moi, en quoi la transformer ? elle me colle à la peau. Je n’ai pas le langage, moi, la forme, la structure, la signification ; je me passe de la règle des trois unités, de la catharsis, de tout ».

      Il n’en reste pas moins que Coleman Silk, lui-même passablement « de couleur » -  soit un métis qui a caché son origine - est un peu l’alter ego du romancier et moraliste qui plaide ainsi la cause de l’humanité en dénonçant « la tyrannie du nous, du discours du nous, qui meurt d’envie d’absorber l’individu, le nous coercitif, assimilateur, historique, le nous à la morale duquel on n’échappe pas, avec son insidieux « E pluribus unum ». Il y préfère « le moi pur avec toute son agilité ». Le libéralisme politique est ici fidèle à la tradition de Tocqueville[5].

      Ne souffrant pas du syndrome du roman platement à thèse, La Tache est un ouvrage aussi vivant qu’un coup de poing fouillant les entrailles en voie de pourrissement de l’Amérique ; son argumentaire appelant la justice et la liberté a toute la vigueur d’un homme blessé à mort ; et toute la rigueur d’un romancier au mieux de sa forme.

      Laissons parler Claudia Roth Pierpont, qui, dans Roth délivré présente intelligemment « un écrivain et son œuvre », selon le sous-titre : « Le fantasme de la pureté, éternellement renouvelé - de l’extrémisme de la gauche anti-guerre, de l’extrémisme de la droite anticommuniste, du puritanisme hypocrite de tout un chacun, pour prendre les trois livres dans l’ordre - est terrifiant[6] ». C’est résumer la trilogie américaine brièvement, mais bien habilement…

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un sentiment mitigé peut nous envahir à la lecture de La Bête qui meurt : déception pour qui s’attendrait, après la Trilogie américaine, à un roman d’une ébouriffante ampleur et complexité, et cependant, éblouissement. Il s’agit bien de la « perfection lapidaire » (pour reprendre la quatrième de couverture) d’une nouvelle contrevie de Philip Roth, qui n’est pas sans rappeler ce récit brillant de la vie et de la mort d’un intellectuel atteint du sida, Ravelstein, de Saül Bellow[7], auquel notre auteur consacre des « relectures » dans Parlons travail. Reste qu’il n’est pas interdit de considérer La Bête qui meurt comme une réduction de biens des grandes thématiques qui savent innerver l’œuvre d’une vie, comme une mise en abyme d’un univers romanesque, même si les questions soulevées par la judaïté en sont absentes. Alors que dans La Contrevie, dont il faut fêter ici une nouvelle traduction, ces dernières y rayonnent comme une « explosante fixe », pour reprendre l’image d’André Breton, dans son Amour fou.

      L’obsession sexuelle de Philip Roth (et la nôtre) se mesure dans la fascination de la « bête », David Kepesh, pour les seins de Consuela, fruits de vie, splendeur et quintessence féminine, métaphore des globes fessiers et dispensateurs magiques de l’érection masculine. Ce qui par ailleurs le conduisit, dans un court et brillant roman fantastique et psychanalytique, Le Sein, à se métamorphoser en glande mammaire.

      Venue d’un poème de William Butler Yeats[8], « cette bête qui meurt » est une allégorie ambiguë. Est-ce la bestiale et parfaite qualité érotique de cette Consuela épiée trop jeune et trop belle par le cancer ? Est-ce le chant du cygne, le cri primal autant qu’esthétique du séducteur vieillissant pris au piège de l’exclusivité du désir ? Est-ce la pire bête se jetant sur les seins de cette jeune femme pour la faucher en pleine perfection et sonner le glas de la maturité sexuelle du professeur ? Il ne pourra, sans qu’on sache ce qu’il adviendra de la belle au cancer du sein, que photographier à sa demande la dernière danse de sa beauté, avant l’ablation de ce trésor de vie, de ce fétiche… D’où la tonalité élégiaque déchirante de ce court roman, ô combien humain et émouvant, quoique sans le moindre pathos.

      Evidemment, l’on imagine David Kepesh, venu de Professeur de désir et du Sein, professeur de littérature et critique à la télévision, comme un double de l’auteur. Infatigable contempteur de la « political correctness », Philip Roth fait de son alter ego un jouisseur sans entrave, mais qui a appris à protéger son indépendance, à prudemment recevoir ses étudiantes toutes portes ouvertes en attendant leur fin d’études pour pousser l’avantage de son prestige et d’une culture dans laquelle il évolue avec aisance. En fait, malgré le puritanisme crispé du sexuellement correct, il est encore l’activiste témoin de la libération sexuelle des années soixante : « l’insouciance sexuelle des jeunes filles bien élevées de mon séminaire est, à leur connaissance, garantie par la Déclaration d’indépendance ». Adepte de « la pure baise, entre bêtes » et néanmoins doté d’un rare et rationnel équilibre mental, non sans attention pour l’autre, il est loin de l’inquiet masturbateur que fut Portnoy. Depuis sa transsubstantiation en sein, et en dépit de cette tragédie de l'érotisme qu'est La Bête qui meurt, notre David Kepesh a gagné en sérénité. Est-ce parce qu’au contraire de Nathan, autre double, il est professeur et non écrivain ?

      Nathan Zuckerman est celui à qui trois héros racontent la trilogie américaine : le communisme et le maccarthysme dans J’ai épousé un communiste, le terrorisme gauchiste et la guerre du Vietnam dans Pastorale américaine, l’affaire Clinton et Monica dans La Tache, dans lequel il est opéré d’un cancer de la prostate qui le rend impuissant, obsession récurrente qui est le moteur de La Contrevie. Cette nouvelle traduction confirme comme une œuvre majeure cette rare maestria de l’écriture biographique, ce carrefour de vies et de fictions possibles pour deux frères juifs qui échangent leurs destins. Henry, dentiste, marié, des enfants, des maîtresses, meurt suite à une opération cardiaque qui lui permettrait de retrouver sa virilité. Une contrevie le change en « apprenti fanatique » dans une colonie juive d’Hébron, dans « un monde qui ne s’arrête pas au bourbier oedipien, mais où les gens font l’Histoire ». Ensuite, c’est Nathan, le sceptique libéral, qui meurt de la même opération. On entend son éloge funèbre par son éditeur ; Henry, puis Maria, lisent un manuscrit posthume qui les dissèque et dans lequel Nathan fait un enfant à cette chrétienne… Récits contradictoires glissant d’un personnage à l’autre, goûts et dégoûts de la fiction, distanciation ironique, La Contrevie est un joyau du roman postmoderne dans lequel Nathan est cet écrivain scandaleux qui aime « se servir des vies qu’il a sous la main » et qui fait « tourner le sang juif en eau de javel ».

 

      Dans Parlons travail[9], recueil inégal d’entretiens et d’essais souvent consacrés à des écrivains d’origine juive, l’on retrouve ce questionnement de la mémoire exercé par qui a vécu les camps nazis - Primo Levi, Aharon Appelfeld[10]. Ce séjour mental au bord de l’holocauste oblige à reconsidérer son identité : judéité fantomatique, ou assumée si l’on s’installe en Israël, sans se faire « l’esclave de la mémoire »… À moins qu’il s’agisse, chez Ivan Klima ou Milan Kundera, d’inventer sa liberté sous la censure soviétique, sans se laisser « priver de mémoire » ni « hypnotiser encore par la poésie totalitaire », comme le postule l'uchronique Complot contre l'Amérique[11] de notre romancier. Et Philip Roth de rappeler que « dans une culture comme la mienne, où rien n’est censuré, mais où les médias nous inondent de falsifications imbéciles, la littérature sérieuse n’est pas moins une bouée de sauvetage ». Littérature dans laquelle mémoire et liberté, sexualité, impuissance et multiplication biographique sont les ressorts de Philip Roth, bête de vie devant la mort.

 

Thierry Guinhut

La partie sur La Bête qui meurt a été publié dans Le Matricule des Anges, septembre 2004

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Jean-Jacques Rousseau : Les Confessions, Gallimard, La Pléiade, 2001, p 5.

[6] Claudia Roth Pierpont : Roth délivré. Un écrivain et son œuvre, Gallimard, 2015, p 376.

[7] Saül Bellow : Ravelstein, Gallimard, 2002.

[9] Philip Roth : Parlons travail, Gallimard, 2004.

 

 

Sierra d'Aguas Limpias, valle de Respumoso, Sallent de Gallego, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:10

 

Vouillé, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Gary Shteyngart, clown super triste

du roman de science-fiction et de mœurs :

Super triste histoire d'amour,

Mémoires d’un bon à rien, Lake Success.

 

 

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour ;

Gary Shteynegart : Mémoires d'un bon à rien,

Gary Shteynegart : Lake Success,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques,

L’Olivier, 2012, 416 p, 24 € ; 2015, 400 p, 23,50 € ; 2020, 384 p, 24 €.

 

 

 

 

      Se rire de soi, du monde et de l’humanité, c’est non seulement le don accordé au satiriste, mais une capacité cultivée par l’aisance du romancier qui sait être grave en paraissant léger. Au croisement de la comédie romantique et de l’anti-utopie, Gary Shteyngart concocte une Super triste histoire d'amour, en même temps qu'un super triste roman d’anticipation satirique. Ce qui n'est pas si mal pour celui qui prétendit écrire ses Mémoires d’un bon à rien. Reste à devenir meilleur, ou pire, parmi les routes et les orages des Etats-Unis où, opposés aux heureux nantis, les gueux américains ne survivent aux saletés de la réalité que grâce à l’humour et l’amitié. Aussi les love story risquent bien d'être source de désillusions nombreuses et raffinées, lorsque l’on s’est mis à voguer sur le Lake Success d’un roman de mœurs à la croisée des fonds spéculatifs et du picaresque. De la Russie aux Etats-Unis, le romancier Gary Shteyngart fait flèche de tout bois : satire, science-fiction, roman de mœurs, tendresse paternelle...

 

      Dans une science-fiction semi-contemporaine, le règne du superficiel, du kitsch, de l’apparence et de l’argent tyrannique est sans partage. Là, ne peut que se dérouler une Super triste histoire d'amour. « Lenny Abramov, dernier lecteur sur terre »,  travaille pour une vaste entreprise « d’extension indéfinie de la vie », grâce à laquelle les richissimes clients exhibent de jeunes quatre-vingts ans. Il est un super commercial au pouvoir d’achat confortable, quoique sur le déclin. A la quarantaine, il voit son capital santé et séduction s’éroder, son cholestérol et ses hormones s’afficher dangereusement. Aussi l’on se demande quelles sont les chances de ce lover défraichi lorsqu’il tombe amoureux de la jeune asiatique Eunice Park, ex-enfant maltraitée.

      D’autant que l’on peut savoir tout ou presque grâce à « l’äppärät », sorte d’IPhone ultra sophistiqué nanti, entre autres, d’une « Emosonde » qui « détecte toute variation de la tension artérielle » et devient indispensable en termes de « baisabilité » : « ça lui indique à quel point tu veux te la faire. » Les nouvelles technologies, ludiques et invasives, trouvent ici leur parodie. Sinon leur inquiétante omniprésence, au point que plus grand-chose ne puisse rester privé. Sous le masque de la comédie sentimentale, érotique, animée par l’échange de longs messages sur « GlobAdos », pointe l’apologue politique. Quelle société nous réserve cet avenir si proche ? Nous sommes dans un New-York de puissants et de « Médiacrates » dont la prospérité est menacée par le Yuan chinois et les créances abyssales, dans une atmosphère de décadence où la lecture, l’amour et l’écriture d’un journal intime sont de la dernière ringardise, en une sorte d’écho à 1984 d’Orwell[1]. Aussi, le souhait de nombreux Américains, encadrés par un état policier, voire sanglant au moyen de « l’Autorité de Rétablissement de l’Américanité », est-il d’émigrer vers le Canada.

      Le vocabulaire de cette anticipation s’enrichit d’abréviations, d’images, de néologismes, souvent avec une inventivité et une vulgarité sans complexe aux effets hilarants. On surfe sur « CulLuxe » et porte sans barguigner un jean « MoulesEnFoules ». On croise une « Médiapute », écoute « CriseInfo » et prend pour pseudonyme « Languedepute ». A moins qu’il s’agisse d’un appauvrissement qui est déjà le nôtre. Ainsi le langage post-ado de la petite Eunice, qui ne peux lire ni comprendre ni Tchekhov ni Kundera, et ce monde qui pratique une forme clinquante de novlangue, sont à l’opposé de celui, cultivé, profond, du narrateur personnage inactuel. Comme échappé des talents d’émotion et d’analyse du roman russe, il se heurte à une Amérique qui ne sait, ni ne veut plus lire. Lui sait, en son « Cher journal », parler de « sourire amphibien, ce rictus sans qualités ». L’aboutissement de ce décalage des générations et des mentalités laissera évidemment à désirer. L’on se doute que Lenny et Eunice, qui lui rappelle à l’envie combien il est un préhistorique croulant, ne vieilliront pas ensemble…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La stylistique et la construction romanesque de Gary Shteyngart permettent de mettre en scène et de visualiser le gouffre qui s’ouvre entre la littérature digne de ce nom et le piètre et bruyant flot de paroles qui parcourt les médias de masse et la foule de l’humanité courante. De cet américain né en Russie, nous connaissions Absurdistan[2], traversée loufoque d’un Moyen Orient aux mafieux obèses. L’humour est cette fois doux-amer et la portée plus nettement convaincante. Son anti-héros (au nom si proche de l’Oblomov de Gontacharov[3], ce paresseux pathologique) qui ne joue guère le jeu de l’adaptation nécessaire, amoureux des livres et de l’amour, est un peu son alter ego. Malgré le peu de concision, la légèreté, peut-être inévitable en la demeure, du bavardage, la satire anti-utopique du jeunisme, de la frime et de l’incurie économique est à son comble. Dans un univers où la superficialité est érigée en dogme, l’écrivain ne peut qu’aiguiser avec succès les flèches de l’ironie.

      Nul doute que Gary Shteyngart (né en 1972) ait pensé aux mémoires de Vladimir Nabokov intitulées Autres rivages[4]. Un « torrent nabokovien de souvenirs » l’entraîne en effet. Tous deux ont quitté, à presque un siècle de distance, la Russie soviétique pour les Etats-Unis, mais aux prestigieuses pages de son illustre devancier, celui qui s’appelait Igor Shteyngart a préféré en toute modestie ces Mémoires d’un bon à rien.

      Attendons-nous alors à un festival d’autodérision. À cet égard le lecteur n’est en rien déçu. Que faire de soi lorsque l’on nait prématuré et à moitié étouffé, que l’on souffre d’une enfance d’asthmatique, alors que son père aimant et déçu le traite de « morveux » ? Que faire de sa jeunesse lorsque les petites amies sont le plus souvent inatteignables, sinon se moquer allègrement de ses tares, en étudiant, au désespoir de la volonté parentale, l’écriture, en souhaitant être écrivain, pour faire pleurer en riant ses lecteurs préférés… Car, malgré son passage par « un enclos pour matheux multinationaux », il ne sait « rien faire », hors écrire, ou partir en quête d’une fille qui l’aime, osciller entre une sexualité pathétique ou grand-guignolesque.

      La satire de l’Union soviétique, corsetée dans sa petitesse idéologique, sa pénurie, côtoie une plus tendre satire, celle des mères juives, ainsi qu’un tableau burlesque de l’Amérique, en particulier universitaire. Reste que l’intérêt, plus profond et plus moral qu’il n’y paraît, de cette autobiographie est d’être également un vaste roman d’apprentissage, biaisé par une ironique distanciation, jusqu’à ce que son auteur éprouve les joies de la publication, avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes[5], autre « récit infidèle ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une fois de plus, l’adage selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur ne sera guère démenti, quoique avec modération, parmi les pages de Lake Success. Or la richesse du New-Yorkais Barry Cohen est indubitable, puisqu’à la tête d’un fonds spéculatif de plus de deux milliards de dollars, ainsi que d’une collection de montres précieuses qui lui procurent un réel sentiment de sérénité. Sauf que sa ravissante épouse, Seema, a mis au monde un enfant sévèrement autiste, prénommé Sheeva, qui pousse des cris dignes « d’un massacre villageois qui aurait eu lieu plusieurs siècles avant dans son histoire génétique ». Difficile pour le couple de ne pas se déchirer. Au point insupportable que Barry Cohen décide de prendre la poudre d’escampette. Fuir non seulement son ménage, mais New-York, et sa profession financière, d’autant plus qu’une enquête de la Commission boursière lui tombe sur le râble ! Où aller, sinon à l’autre bout des Etats-Unis, sinon dans un passé fantasmé où il retrouverait Layla, son premier amour ?

      Comme dans la tradition de l'épopée vers l'Ouest américain, la traversée parodique est d’abord une sorte d’ascèse. Abandonnant les vols transcontinentaux, il choisit les bus pour rejoindre le Nouveau-Mexique : « Barry s’était libéré du sombre carcan de sa propre existence ». L’on devine que les rencontres et les aventures seront peu luxueuses, et l’occasion d’avanies peu reluisantes. Une autre Amérique que celles gratte-ciels de luxe lui saute au visage, donnant lieu à des scènes pitoyables, burlesques, tendres et sordides, parmi les gares routières où « les toilettes puaient le détergent, mais puaient aussi la liberté », parmi les bus Greyhound et leur promiscuité, parmi les ivrognes et les rixes, là où s’agite toute une population picaresque, agressif vendeur de crack ou voyageur de hasard. Ce qui permet une sorte de reportage urbain, une prise de conscience de l’état de l’Amérique à tous les étages sociaux et parmi nombre de ses espaces géographiques, alors que Barry visite ses souvenirs, comme lorsqu’il retrouve la famille de Layla ou un riche ami à Atlanta. À moins qu’il vive une belle nuit d’amour avec la jeune et noire Brooklyn, qu’il se trouve à interroger sa lointaine judéité, lors d’un chemin initiatique. Et rejoigne enfin le Texas et Layla, divorcée, avec un enfant qui est tout le contraire de son fils : surdoué, passionné de trains et de cartes qu’il dessine avec brio. Cependant le havre de tendre amour rêvé doit être lâché. La quête devient une fuite, qui s’achèvera devant la justice. Et malgré l’élection de Donald Trump[6] (évidemment évoquée d’une manière  partisane), le happy end est peut-être au bout du retour, à moins d’un triste coup de théâtre. Notre anti-héros se réalisera-t-il en devenant écrivain racontant son odyssée, comme un double de son auteur, ou en étendant sa collection de montres au point qu’elle habite un « Montrarium » ? Qui sait si son fils Shiva deviendra son « Lake Success »…

      Du point de vue narratif, un va et vient s’organise de scène et scène entre des bribes du passé récent et les péripéties du voyage inter-Etats. L’antithèse est frappante entre deux mondes et des classes sociales radicalement étrangères, bien que dans le même pays : « la dignité du prolétariat et des classes moyennes » est au bout de la découverte. Ce qui permet au lecteur d’éprouver une réelle empathie pour les personnages, au premier chef desquels, malgré sa fatuité et son éthique financière discutable, Barry, dont le prénom, à moins de deux lettres près, est si proche de son auteur. Autre va et vient, entre Barry et son épouse Seema, qui ne dédaigne pas l’écrivain guatémaltèque, quoiqu’elle soit enceinte d’un deuxième enfant. Même si cette tranche de vie est peut-être moins palpitante pour le lecteur, elle n’en fait pas moins partie du roman de mœurs et de l’emprise de la satire. Il n’empêche que lorsqu’il est question du « taux de HYPMS » des écoles maternelles, c’est-à-dire de leurs futurs étudiants à Harvard, Yale, Princeton… l’on se demande s’il faut en rire ou pleurer !

      L’écriture de Gary Shteyngart ne manque ni de piquant, ni d’émotion. C’est devant une Vierge à l’enfant de Titien, à Venise, que Seema prend réellement conscience que son enfant ne l’avait jamais regardé dans les yeux. Une scène avec un écrivain, un « Tolstoï guatémaltèque », qui prend mentalement des notes sur son riche invité, peut se lire comme une mise en abyme dans laquelle notre auteur offre le reflet de sa démarche. De même pour les retours en arrière sur le « cours d’écriture créative » que suivait Barry en produisant une nouvelle qui lui tenait à cœur au point d’en pleurer. Même si le roman s’essouffle un peu à mi-parcours, c’est bientôt le roman de l’amour paternel qui se déploie, d’accidents en joies successives.

 

      Le moins que l’on puisse dire est que Gary Shteyngart est un inventif romancier, qui, de surcroît, a la capacité pas si courante de se renouveler de livre en livre, malgré un manque de concision parfois dommageable qui n’émousse qu’à peine les vertus de la satire et de la tendresse. N'est-ce pas un grand talent pour un bon à rien que de taquiner les ressources autobiographiques, que de savoir nous faire pleurer et rire avec ses piètres et super histoires, d'enfance et de formation, de petite sexualité et de grand amour, flirtant avec les plus pauvres et la richesse la plus dorée... Et d’en récolter un lac de succès !

Thierry Guinhut

Les parties sur Super triste histoire d'amour et Mémoires d’un bon à rien

ont été publiées dans Le Matricule des Anges, mai 2012 et mai 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Gary Shteyngart : Absurdistan, L’Olivier, 2008.

[3] I. A. Gontcharov : Oblomov, Le Club Français du Livre, 1959.

[4] Vladimir Nabokov : Autres rivages, Œuvres romanesques, T II, La Pléiade, Gallimard, 2010.

[5] Gary Shteyngart : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes, L’Olivier, 2005.

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Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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