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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 16:40

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Les Grands Romans Américains

de New-York et des Etats-Unis

par Garth Risk Hallberg & Jonathan Franzen :

City on Fire, Les Corrections, Freedom,

Et si on arrêtait de faire semblant ?

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peelaert, Plon, 2016, 992 p, 23,90 €.

 

Jonathan Franzen : Les Corrections,

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Rémy Lambrechts, L'Olivier, 2002, 720 p, 24 €.

Jonathan Franzen : Freedom,

traduit de l’anglais par Anne Wicke, L’Olivier, 2011, 720 p, 24 €.

Jonathan Franzen : Et si on arrêtait de faire semblant ?

traduit de l’anglais par Olivier Deparis, L’Olivier, 2020, 352 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Animé par un orgueil national, ou une secrète honte et détestation, chaque écrivain américain espère d’écrire et de voir couronné son Grand Roman Américain, à l’instar de celui de Philip Roth[1] ou du plus lourd Don de Lillo, avec Outremonde[2]. À sa manière singulière, Thomas Pynchon fit de Contrejour[3] un miroir aveuglant d’une Histoire de la bannière étoilée. De nouvelles générations marchent sur leurs traces en tentant de renouveler le genre, ainsi Garth Risk Hallberg, l’auteur de City on Fire, et Jonathan Franzen, compilateur des Corrections familiales et propagandiste de Freedom. Ce dernier se voulant par ailleurs une grande conscience américaine en intimant d’arrêter « de faire semblant » dans un tonitruant recueil d’essais. Reste que la hauteur de la littérature est parfois un pari bien risqué.

 

      Avec City on Fire, ce boutefeu de l’édition, et aux dépens de Mercer, un de ses personnages qui n’a que de trop vastes velléités d’écriture, Garth Risk Hallberg  a peut-être réussi son « Grand Roman Américain ». Et à toucher un chèque gigantesque de deux millions de dollars en vendant son manuscrit à Knopf, alors que l’éditeur français, Plon, a cassé sa tirelire en acquérant les droits pour, dit-on, près de 200 000 euros. Car si New-York est le symbole de l’Amérique, il s’agit du Grand Roman Newyorkais.

      Autour de la tentative d’assassinat de Samantha Cicciaro, les milieux sociaux les plus extrêmes s’acoquinent en ce roman, entre sphères richissimes de la finance au-dessus de Central Park et bas-fonds sordides du Bronx. Drogues et alcools, corruptions et manipulations, permettent à un magnifique plateau d’anti-héros de se croiser : plusieurs générations animent les chapitres aux points de vue internes et alternés, les retours en arrière, sans guère décevoir l’exigeante boulimie du lecteur.

      Des histoires d’amour décevantes et parallèles s’entrelacent dans la New-York des six premiers mois de l’année 1977. Celle homosexuelle du jeune professeur noir Mercer, qui, malgré la discrétion de William, découvre, ébahi, « le cercle enchanté des Hamilton-Sweeney », d’où vient son amant, également ancien punk. Celle hétérosexuelle des lycéens Samantha et Charlie, qui s’égarent dans les défonces des concerts rock. Le monde de Charlie, traversé par « la tempête de la puberté », est celui de « la saleté, la mort, la juste colère », d’une éducation politique sectaire, contestataire et violente dans le squat des punks. William se fait artiste hors normes, mais aussi dragueur junkie « des hommes adultes dans les toilettes publiques ». Regan, mère au cœur tendre, divorcée de Keith, l’amant de passage de Samantha, apprend à gérer la tentaculaire fortune familiale des « oligarques » et financiers énergiques.

      Toute une constellation de personnalités fait l’objet de la plume acérée, non sans tendresse, d’Hallberg. Chacun bénéficie d’un roman d’apprentissage, quand le coma de Samantha, « beauté enfermée dans un cercueil de verre et dont le royaume était en ruine », risque d’abattre les vices publics et privés du clan et de la « pieuvre Hamilton-Sweeney ». Ce grâce à l’enquête de Groskoph, un journaliste à « l’orgueil merdeux », au tragique destin, et de Pulaski, un inspecteur bossu. Inéluctablement, les fils épars de l’intrigue se dispersent, s’embrassent, se heurtent, se nouent…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un vaste roman de société, et pas seulement policier, se déploie autour du portrait de New-York, condensé du continent américain, de ses rêves et cauchemars. La fresque intense s’anime sous les yeux naïfs ou avertis de ceux qui parcourent leur roman d’initiation aux plaisirs et à la brutalité de ce monde urbain. La satire exhibe les hypocrisies, les magouilles immobilières, la menace d’une gigantesque banqueroute financière, le sexe pur ou sale ; tout ce temps le plus souvent gâché, sauf pour l’écrivain au clavier vif, même si la tension, inévitablement en un tel énorme opus, baisse parfois, faute d’avoir élagué quelques plus fades épisodes. Pour rebondir avec des journaux intimes manuscrits, une lettre paternelle, des fanzines, des documents divers qui s’intercalent entre les sept chapitres fleuves.

      L’écriture d’Hallberg (né en 1978) est émaillée de délicieuses surprises. Quand pour William, « l’artiste combine un besoin féroce d’être compris et l’amour le plus farouche de la solitude », Mercer découvre chez Regan « l’idée platonicienne d’une chambre de jeune fille », enseigne en offrant « des homards d’intelligence, des figues de sensibilité », et s’écrie : « Chante, Muse, les plafonds moulés et les bibliothèques pleines à craquer de volumes reliés ! » Qui sait s’il n’est pas un peu l’alter ego de son auteur…

      Tirant son titre des feux d’artifice du nouvel an, du père artificier de Samantha, du « temps chaotique » plombé d’injustices et de criminalités, mais aussi d’une chanson rock des « Ex Post facto », groupe où officia William, ce roman brûle ses destins dans une « ville en décomposition », pré-apocalyptique. Cette ode à New-York, construction romanesque savante et cependant aisément lisible, suspendue par les fils électriques de l’argent et du meurtre, s’élève jusqu’au sommet du suspense lors du « black-out » de juillet 1977, quand la ville fut de longues heures plongée dans une titanesque obscurité. C’est là que les émeutiers projettent de « reprendre la ville », que farcis de ressentiment et d’illusions ils dénoncent : « Cette ville de merde n’est qu’une gigantesque usine à inégalités ». C’est là, enfin, que vont et viennent « responsabilité, culpabilité et liberté se percutant. Désastre, honte, régénération ». Ainsi, le récit prend une dimension métaphysique, voire impossiblement eschatologique : « il attendait une indication, un doigt tendu, mais Dieu est plutôt la signification du doigt tendu ».

      Magnifiquement animé de bruit, de tendresse et de fureur, le roman-somme, aussi bien thriller que psychologique et sociétal, tient son lecteur en haleine jusqu’au climax longuement attendu. Bien que guère novateur, le sagement virtuose Garsk Risk Hallberg est un redoutable technicien du roman. Si nous restons dans la tradition balzacienne et dickensienne réaliste assumée, les chapitres s’achevant sur un suspense ouvert comme dans le roman-feuilleton, l’on devine qu’une adaptation de cet incendie romanesque, acheté avant que paru par les pontes d’Hollywood, mériterait de figurer en beauté parmi les meilleures série-télés. Qui sait cependant si l’avenir ne laisserait à ce bel incendie romanesque que la dimension et la rémanence perdue d’un feu de paille…

 

      Les sept cents pages des Corrections ont été couvertes d’éloges. Il est vrai que le romancier Jonathan Franzen sait décortiquer avec un scalpel de sociologie et de psychologue une famille moyenne dans une ville moyenne, en quelque sorte la quintessence du Middle West et le symbole de l’Amérique, à la fin des années quatre-vingt-dix. Au cœur de la maison familiale des Lambert gît le vieil Alfred, le père, ingénieur ferroviaire à la retraite, psychorigide en diable, qui déraille avec Parkinson et Alzheimer dans les désarrois de la démence sénile, sans omettre les conséquences hallucinatoires et hygiéniques désastreuses. Guère plus fréquentable, la mère insupportablement tyrannique règne en sa culpabilisante qualité de victime, manipulatrice comme la plus affutée des mégères L’on imagine que les trois enfants ne sont pas forcément brillants, malgré la réussite sociale, quoiqu’inégale : l’un est un financier névrosé, l’autre une chef cuisinière qui bat de l’aile, et le dernier un intellectuel dérisoire. Autour de l’événement fondateur, Enid exigeant de réunir ses enfants pour les dernières festivités de Noël en commun, la crise se répand parmi un bouquet d’odieux personnages, comme un indémêlable sac de nœuds. On s’entre-déteste cordialement, le cynisme répand son fiel verdâtre.

      L’on devine sans peine que Gary, Chip et Denise, ayant atteint la quarantaine, ont décampé d’un doux foyer où l’harmonie et l’amour sont aux abonnés radicalement absents. Cependant ils ne sont guère plus remarquable en ce qui concerne leur capacité au bonheur. Chip, professeur d'université médiocre s’est fait jeter dehors après avoir filé une aventure trop puquante avec une de ses étudiantes, et ne trouve rien de mieux que de s'embarquer pour la Lituanie et des aventures aussi « magouillantes » que peu reluisantes (est-ce un abcès inutile au roman ?). Comment un tel homme, écrivain raté, endetté auprès de sa sœur, peut-il en arriver à cacher un saumon dans son slip, ce que l’on trouvera désopilant ou pitoyable. Vu de l’extérieur, Gary, vice-président de la CenTrust Bank de Philadelphie, passablement sensé, aurait été un modèle de réussite, si la peur irrationnelle de la dépression ne le conduisait à la paranoïa ; il faut dire que sa femme ne ménage guère sa tyrannique attitude à son égard en usant de leurs trois enfants. La plus jeune, Denise, talentueuse cuisinière d’un restaurant gastronomique, ne peut se résoudre à se définir une identité qu’elle poursuit en vain tant ses amours tournent au désastre. De point de vue en point de vue, la narration s’étoile, et il n’est pas certain que l’on gagne toujours à lire le compte-rendu du même événement par différents narrateurs.

      Une entraînante ironie règle son compte à la luxueuse croisière qu’entreprennent Enid et Alfred, en compagnie de Scandinaves aussi aisés que leurs préjugés antiaméricains. L’humour oscille entre le sucré et le salé, voire le vitriol. Le vocabulaire use d’un luxe de précision parfois utile, parfois un brin exaspérant. Le réalisme embrasse autant les détails sordides du quotidien que le sort du capitalisme américain, écorné comme il se doit par le malheureux Chip, loser qui prétend devoir le haïr. Hypocrisie, mensonge, arnaque, dettes, chantage affectif, lâcheté, tyrannie, rarement un geste d’amour, un pardon bienvenu mais éphémère, soif avaricieuse de l’argent, banalité poisseuse, tout se coagule en un paquet de ficelles gluantes et monstrueuses. Le lecteur ne sait s’il doit compatir ou jeter par-dessus bord de tels insupportables parents, rejetons et comparses, sans compter la description initiale du désordre en la maison, les fiches biographiques assignées aux personnages de rencontre, les digressions sur la situation politique lituanienne, voire y jeter avec le livre aux velléités anthropologiques…

      La formule magique du bonheur n’a pas été trouvée, nous le savons, d’autant que finalement les personnages n’ont pas d’idéal, sinon sociologiquement consensuel, conservateur au sens le plus vermoulu du terme, médiocre, finalement étriqué. Qu’il s’agisse de transcendance ou d’art, la chose ne les effleure guère. L’Amérique moyenne a des prix, mais des valeurs au sens noble du terme pas l’ombre d’une, ce qui est peut-être de la part du romancier un jugement sommaire et peu indulgent, voire supérieur, sinon méprisant. Offrir un miroir à la société est une chose, mais y distiller ses haines et ses généralisations en est une autre.

      En cette saga domestique aux grands airs de concert et la pâte un peu lourde, l’espérance de corriger les erreurs parentales est vouée à l’échec. La présomption se révèle fatale. À l’optimisme d’une société qui s’affinerait et se régénèrerait, l’écrivain préfère la reproduction des générations et des comportements, le fatalisme d’une tragédie, non pas grecque, mais américaine, à laquelle ne correspond guère une catharsis.

      Non sans longueurs, la fresque relève d’un classicisme sans audace. Si les personnages, sans compter comme il se doit tout un tas de seconds rôles satellites, sont intensément fouillés, permettant au lecteur indulgent une nécessaire empathie, la dimension satirique ne dépasse guère celle du roman de moeurs. Imaginant de corriger un modèle familial déficient, ces « Corrections » font un roman de la famille américaine qui ne s’élève pas ; n’est pas Balzac qui veut, pour bâtir une Comédie humaine et user de splendeur stylistique.

 

 

      Comment expliquer un succès d’un million d’exemplaires ? Au moins une explosion de génie, sinon une parfaite adéquation avec l’horizon d’attente du lecteur américain, ce qui n’est pas forcément un compliment. Les deux ne coïncidant que fort rarement, il est à craindre que ce soit la seconde hypothèse qui prévale. Ainsi, après le triomphe des Corrections, celui de Freedom vaut au romancier Jonathan Franzen (né en 1959), les honneurs de la couverture du Times, rien de moins. Pourrait-on alors imaginer qu’à l’instar de Tolstoï il ait produit son Guerre et paix ? Son Grand Roman sociologique Américain ?

      Abordant le prologue, intitulé « De bons voisins », le lecteur a la maigre surprise d’un flot tranquille sans vie ni métaphore. Car nous avons la faiblesse d’attendre que la littérature soit au moins originalité ou concentré de vie. Rien de tout cela ici. Sortant de cette quarantaine de pages, l’indifférence prévaut : pourquoi cette famille, ce voisinage plutôt que d’autres ? La petite histoire du couple des Berglund, de leurs deux enfants, de leur maison retapée, bonheurs, conflits de génération et querelles de quartier n’a rien de saillant. C’est tout juste si une pointe d’intérêt sociologique vient s’immiscer : il faut croire que cette famille et leur environnement sont parfaitement représentatifs de la classe moyenne américaine et, par contrecoup, occidentale. Si ceci a valeur générale, c’est assez décevant pour l’humanité. Ces gens-là auraient pu tout aussi bien ne pas exister, ils n’apportent rien de plus à la science, à l’art, à la pensée, à la planète…

      Sauf des clichés peut-être. Ainsi, plus loin, la conversation écologico-industrielle au cours de laquelle Walter Berglund expose sa volonté de sauver un oiseau rare (la « paruline azurée ») et son habitat tout en permettant une exploitation concertée de montagnes explosées et réhabilitées, reste un brin pesante, quoique sérieusement ancrée dans les débats politiques, économiques et environnementaux les plus contemporains. Et comme il n’y a pas de bon roman américain sans rocker - ou joueur de base-ball - ni trio sentimental, autrement dit sans clichés, voilà Madame Patty Berglund hésitant de nouveau entre son bien sage mari et Richard Katz, meilleur ami de ce dernier et « bad boy » un peu has been qui eut son heure de gloire avec un tube : « Nameless Lake ». Ceci raconté dans son « autobiographie » thérapeutique à la troisième personne, où « des erreurs furent commises »…

      Franzen a au moins le talent insigne de la clarté, de l’adéquation au monde qui l’entoure, qu’il soit politique ou existentiel, du moins au seul niveau de la série Desperate housewives. Ainsi Patty Berglund se veut être « une femme au foyer et une mère exceptionnelle », et incarner, comme « le gagnant de la famille », son mari Walter « miraculeusement bon », quoique nanti du physique de « Kadhafi », l’Amérique idéale.  Cependant, au cours de son roman d’éducation étudiant puis conjugal, elle fait acte de liberté en quittant Eliza la droguée, en faisant une escapade trash puis une autre sexuelle avec Richard, en s’alcoolisant… Mais déprimée, mère abusive, minée par un adultère sans joie, aigrie par la passion de la belle et jeune indienne Lalitha pour Walter, elle n’est qu’une liberté entravée plus par elle-même que par les autres. Qu’il s’agisse de Walter, dévoué à sa femme jusqu’à l’obstination d’un idéalisme impossible, de Patty accrochée au rocker ou prédatrice affective de son fils Joey, lui-même prisonnier de sa Connie qui n’a d’autre volonté que de l’aimer, l’amour n’est guère ici liberté.

      Bien que construisant son univers avec une méticulosité impressionnante, le réalisme finalement morne de Franzen aplatit des personnages qui auraient pu être attachants. La neutralité de la narration gêne la montée de l’empathie du lecteur pour ces personnages. Le didactisme permanent, y compris au moyen de fins tableaux psychologiques, étouffe tout lyrisme, toute épopée. Une pesanteur désenchantée plombe cette Amérique sans grandeur ni passion, qu’elles soient humaine ou transcendantale…

      Pourtant, avec le recul, ce volumineux roman finit par prendre une autre dimension. Une réelle problématique américaine s’est faite jour : qu’a-t-on fait des valeurs américaines, des libertés inscrites dans le droit naturel ou la constitution ? Hélas, la réflexion de Franzen ne va pas jusqu’à ces dimensions philosophiques. De même, l’argumentation politique est passablement faible, y compris lorsque Walter  se lance dans sa vulgate pour « sauver la planète », qu’il s’agisse de la déforestation ou de la surpopulation, moulins à vent d’un donquichottisme pathétique, voire ridicule, battu en brèche par le cynisme peut-être nécessaire des forces économiques. Quand  chaque personnage se débat entre ses limites étroites et ses pauvres libertés personnelles, le pays croit encore à sa mission de héraut des libertés, y compris en Afghanistan et en Irak, ce qui n’est abordé que d’une manière incidente, par le biais de Joey, le fils républicain de Walter, qui négocie un contrat juteux mais foireux de pièces de camions pour l’Irak. Si ce dernier est tendance néoconservatrice et Bush, son père est farouchement libéral (au sens américain) tendance Al Gore, d’où la stupide guerre mentale intrafamiliale. Et l’on sent alors un peu trop poindre le roman à thèse, quoique avec une conviction minée par les déceptions, et par une remarque aussi immonde que péremptoire : « les intégrismes siamois de Bush et Ben Laden ».

      L’on craint ainsi que Jonathan Franzen, malgré l’ampleur et la précision indiscutable de son travail, n’ait pas atteint cette magie que ressent Patty (sa seule lueur intellectuelle) devant les pages de Tolstoï : « leur pertinence fut quasiment psychédélique ». Lui n’a que si peu d’images intéressantes, comme « un petit clitoris bien ferme de discernement et de sensibilité », ou « la conscience éthique d’une éponge de mer » ou encore « l’impérialisme romantique de son entichement pour quelqu’un de jeune venant d’Asie ». Son modèle avoué ne lui a laissé qu’une guerre trop lointaine, qu’une  paix morose, que de petites guérillas fétides de couples et de générations. Ce qui, à tout prendre, n’est en rien indigne d’une ambition d’écrivain et ce en quoi consiste finalement sa vraie réussite, à laquelle cependant il ne faut pas craindre d’infliger une correction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les Corrections était en effet le titre du premier roman de Jonathan Franzen. Il a cependant la présomption de vouloir corriger le monde tel qu’il l’entoure et tel qu’il va mal, dans un inégal bouquet d’essais : Et si on arrêtait de faire semblant ? Il n’est pas sûr d’ailleurs que le titre comminatoire soit bien choisi, alors qu’il ne s’agit que de celui de la dizaine de pages qui conclue ce volume. Car nous sommes menacés rien moins que par « l’apocalypse climatique » ! Nous laisserons à Jonathan Franzen collapsologue la responsabilité de son écologisme brûlant - que nous avons déjà tenté de réfuter[4] - de sa rhétorique de la peur parmi ses pages de manière récurrente, pour préférer les essais divers qui ponctuent plus intelligemment son ouvrage. Essais qui sont des conférences plus ou moins pertinentes ou qui flirtent largement avec le récit, pour notre plaisir. Plutôt qu’une critique discutable du plaisir à « être amoureux de son smartphone », nous le préférons « amoureux des oiseaux ».

      Aussi voyage-t-il à travers le monde pour l’amour des volatiles, trop souvent menacés, il faut bien l’admettre. Sur « l’île de la solitude », « Masafuera » au large du Chili, il campe dans un brouillard de pluie, non sans autodérision, et relit avec pertinence Robinson Crusoe, « roman de l’individualisme », dans un refuge précaire, il se tapit et se perche parmi des crêtes vertigineuses à la recherche du rare « Synallaxe » qu’il ne verra pas. Sa quête lui permet cependant de comprendre combien la solitude ne lui convient guère. Et de disperser quelques cendres de son ami l’écrivain suicidaire David Forster Wallace[5]. C’est à Chypre, halte migratoire de maints oiseaux, que l’ « horrible Méditerranée », révèle son industrie de la chasse à la glue. Avec deux compères, il tente de délivrer les volatiles et de saccager les pièges, en butte aux habitants, qui, s’ils doivent bien se nourrir de la chasse (argument non retenu), font d’un tel massacre une tradition et un sport national. Nous ne sommes pas étonnés que l’écrivain, passé par Malte, achève ce voyage, en se recueillant sur le site du « sermon aux oiseaux » de Saint-François d’Assise, en Ombrie. Hélas, en Chine, les quelques passionnés d’ornithologie voient les réserves naturelles fondre devant l’insolence de l’activité économique, devant le « marché aux oiseaux de Nankin ». De l’Egypte au Costa Rica, en passant par l’Albanie et l’Antarctique, la « cause aviaire » reste essentielle. Et malgré des nouvelles alarmantes, l’espoir n’est pas perdu : en témoigne l’interdiction des « filets maillants » par de nombreux Etats américains a permis à la population de guillemots de remonter en flèche.

      Dans un recueil aux pages plus qu’inégales, voire vaines parfois, ne se détachent guère un « Entretien avec l’Etat de New York », un hommage à la nouvelliste canadienne Alice Munro, « pourvoyeuse discrètes d’expériences intimes intensément savoureuses ». Alors que c’est avec raison que Jonathan Franzen déplore « l’extinction de l’essai » dans les magazines en faveur du « microrécit personnel et subjectif », il nous propose un essai autobiographique au sujet de l’addiction au tabac et de l’écriture d’un texte à ce sujet pour le New Yorker. L’on devine qu’il se fait modeste, lorsqu’il admet que « nul n’a jamais écrit un récit plus autobiographique que La Métamorphose ». Ainsi l’intérêt du lecteur rebondit. Utilement, il nous confie la manière de « façonner un récit », triant les « matériaux par catégories », ce qui permet à l’écrivain de considérer avec une inattendue pertinence l’élection de Donald Trump[6], due à une Hillary Clinton « négligente dans son usage de sa messagerie électronique » et à un « nationalisme anti-immigration ». Sa déception ne trouve à se consoler qu’avec les oiseaux du Ghana et des Etats-Unis.

      Si l’on peut avoir le sentiment que ce recueil eût mérité une sélection nettement plus drastique, si l’on peut se gausser du « progressisme » et de l’anticapitalisme de l’auteur, travers bien connus qui raviront les lecteurs entendus, il est cependant digne d’être conseillé. Reste, face à la haine qui est « un divertissement », la possibilité que la littérature puisse « sauver votre âme »…

 

      Ne doutons pas que le Grand Roman New-yorkais ou Américain soit une melvillienne baleine blanche à sans cesse poursuivre, au risque de n’en être qu’un capitaine Achab finalement broyé, englouti dans les mers de l’oubli littéraire. Ce qui laisse pourtant, au-delà de Philip Roth, de Thomas Pynchon, de Garth Risk Hallberg et de Jonathan Franzen, un champ infini aux découvertes de nouveaux espaces, de nouvelles esthétiques romanesques brûlantes. Par exemple, n’y aurait-il pas dans l’ère Donald Trump la matière d’un Grand Roman Américain ? Nul doute que bien des manieurs de mots, de préjugés et de perspectives visionnaires, tiendront à se lancer, non sans risque de productions plus que discutables que n’auront pas ennobli le sens de l’épopée,  de l’Histoire en action, des personnages vivants, éclairants et éclairés, le don de l’ironie, et les moyens de la philosophie politique. À vos claviers, jeunes gens !

 

 

[1] Philip Roth : Le Grand roman américain, Gallimard, 1980.

[2] Don de Lillo : Outremonde, Actes Sud, 1999.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Hallberg a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2016

 

Photo : T. Guinhut

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 07:15

 

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

 

 

 

 

Dérives post-américaines :

du champ romanesque au chaos politique.

 

T.C. Boyle, Amanda Boyden, Brando Skyhorse,

Walker Percy Denis Johnson & Margaret Wilkerson Sexton.

 

 

 

 

T.C. Boyle : Un Ami de la terre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin, Grasset, 2001, 398 p, 24,90 €.

 

Amanda Boyden : En attendant Babylone,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Judith Roze et Olivier Colette, Albin Michel, 2010, 448 p, 22,30 €.

 

Brando Skyhorse : Les Madones d’Echo Park,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso, L’Olivier, 2011, 302 p, 22 €.

 

Walker Percy : Le Syndrome de Thanatos,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bénédicte Chorier, Rivages, 1989, 370 p, 15,50 €.

 

Denis Johnson : Un Pendu ressuscité,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Demoures, 2000, 294 p, 25,35 €.

Denis Johnson : Déjà mort,

traduit par Brice Matthieussent, Christian Bourgois, 2000, 516 p, 170 F.

 

Margaret Wilkerson Sexton : Un Soupçon de liberté,

traduit par Laure Mistral, Actes Sud, 2020, 336 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      D’où vient le chaos qui fracture la société américaine en son âme politique, éclatée entre Républicains et Démocrates, entre racistes blancs et racistes noirs, entre libertariens et postmarxistes, sans oublier les éco-terroristes et la traînée de déliquance criminelle ? Si les récentes tempêtes politiques n’ont pas encore trouvé, à notre connaissance du moins, le romancier qui en serait aujourd’hui le fresquiste, à moins de revenir à La Tache de Philip Roth[1], peut-être pouvons-nous nous pencher sur des écrivains qui en ont assuré les prémices depuis quelques décennies. On ne peut pas dire que T.C. Boyle, Amanda Boyden, Brando Skyhorse, Walker Percy, Denis Johnson et Margaret Wilkerson Sexton, tous romanciers sismographes de leur temps et du futur, soient rassurants. De quelle Amérique ces écrivains, sociologues autant que schizophrènes, parlent-ils ? Comme si, plongées dans leurs dérives post-américaines, ils écrivaient depuis une nouvelle Californie, île et clone fous, séparée des Etats Unis après l’irréparable déchirure de la faille de San Andreas… L’Ami de la terre connait en 2025 une apocalyptique météo, alors qu’Amanda Boyden écrit En attendant Babylone et que Brando Skyhorse en appelle aux Madones d’Echo Park, les zombies d’hier et d’aujourd’hui de Denis Johnson promènent à la surface des pages leurs fantasmes dangereux, leurs vies déglinguées… La terre et les psychés se disloquent. « Pourquoi n’ai-je rien découvert au cœur du mal ? » demande quant à lui le Lancelot[2] de Walker Percy, un Lancelot qui ne peut compter avoir « découvert le Saint Graal et ranimé une terre défunte ». Une schizophrénie générale semble démultiplier, exploser les Etats Unis et les personnalités, alors qu’une généalogie délinquante semble emprisonner nombre de Noirs. L’idéal national américain s’effrite malgré ses « gardiens de la vérité[3] » qui courent après les ruines de l’éthique du roman policier et de la Théorie de la justice de John Rawls[4].

 

      T. C. Boyle (né en 1948) est coutumier des déjantés, des post-hippies, des cinglés new age, des ratés et des frimeurs. Une belle brochette de spécimens agite une panoplie de libidos excentriques parmi 25 histoires d’amour[5]. L’une de ces nouvelles burlesques propulsait un pauvre type derrière une allumée qui réalisait de minables attentats pour lutter contre le « génocide des animaux ». Dans L’Ami de la terre, la Postamérique est installée. Mais si le progrès médical de l’an 2025 permet aux habitants de vivre mieux et plus longtemps (« code ADN personnel, traitements antitélomérase et rajeunissants de l’épiderme »), ce même progrès à foutu en l’air la planète. Sécheresses au sud, tempêtes torrentielles au nord pour le climat, disparition galopante des espèces pour la faune. Ty, le narrateur, ancien « éco-guerrier » qui se consacre aux bestioles les moins attachantes, voit revenir vers lui son ex : Andréa. Dans quel plan dingo va-t-elle l’entraîner ?  Ranimant le pire passé de Ty et de sa fille Sierra en vue d’un livre, Andréa réveillera-t-elle les ardeurs du dynamiteur de pylônes, du saboteur en tous genres, qui, surnommé « l’Eco-vengeur » ou « la Hyène humaine » goûta plusieurs fois à la prison ?  Les voilà suivant les traces de cet Unabomber qui, en 1996, fut arrêté dans le Montana après avoir semé bombes et lettres piégées (trois morts et une douzaine de blessés) contre des « Ennemis de la terre », comme les présentent ces écologistes radicaux motivés par une idéologie antitechnologique. Probablement T. C. Boyle s’est-il inspiré de ce célèbre fait divers, en animant ses « éco-terroristes » qui pour être « amis de la terre » n’en sont pas moins des « ennemis du peuple ». A la folie consumériste américaine, son gaspillage d’énergies et de ressources, ses pollutions et urbanisations, quoique la nature y aille plutôt mieux qu’ailleurs, répondent la folie de ceux qui font de l’écologie une religion démente[6] qui postule une apocalypse fantasmatique, dont serait comptable son Satan : l’homme technologique.

      Loufoque, entraînant, et néanmoins sérieux sous masque de clown rock et rigolard, T.C. Boyle a toujours été un bavard qui aime s’écouter écrire. Il ne nous passe aucun détail, au risque de s’embourber dans le délayé chronique. Concentrer la narration serait salutaire. Cependant, traverser un livre de T.C. Boyle, c’est faire, dans une sauce à l’aigre rire, bombance de viandes romanesques bien saignantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Deux fois martyre est la Louisiane. Après l’ouragan Katrina, voici la marée noire causée par la négligence de British Petroleum. De plus, cette région est sans cesse menacée par les inondations du Mississipi qui est « un long trait de merde marron qu’allait se jeter dans l’eau bleu-vert du golfe. Le trou du cul de l’Amérique, voilà d’où elle vient la flotte de La Nouvelle-Orléans ». C’est ainsi qu’En attendant Babylone, Amanda Boyden décrit sa ville aimée avec passion, malgré ses turpitudes. Elle lui offre avec ce roman un éloge appuyé, lyrique et sans ennui. A travers une poignée de familles d’ « Orchid Street », représentantes des couleurs, noirs, blancs et Indiens immigrés, le narrateur omniscient dresse un tableau de mœurs généreux en détails et en émotions. L’entraide entre voisins, la cuisine fabuleuse, les amours conjugales et les aventures sexuelles, la succession des générations, des grands-parents jusqu’aux bébés, tous sont, malgré « les épreuves de la vie », les accidents, les maladies, formidables… C’est le moment de l’ouragan David qu’a choisi la romancière pour bouleverser son petit monde et montrer combien on aime cette ville et cette vie menacées. A travers l’évacuation, le retour après la fausse alerte, l’exubérance de festivités hautes en couleurs, l’on voit poindre les excès et les dysfonctionnements de nos sociétés : rappeurs friqués, vulgaires et provocateurs, Ed et Ariel, Joe et Prancie, les couples en crise, l’alcool à gogo, Fearius, le dealer adolescent et meurtrier sans avenir… Chaque personnage communique avec le lecteur grâce à un monologue intérieur et des dialogues qui intègrent sa voix, sa langue. Même si d’abord cette tranche de vie et de ville paraît avoir un peu trop de bonhomie idéalisatrice, le péché la gangrène de plus en plus jusqu’au bain de sang. A travers l’allusion à cette Babel que fut Babylone, ainsi qu’à l’imminence de la destruction apocalyptique, Boyden inscrit sa cité d’accueil dans un second mythe. S’agit-il d’une élégie à un monde en voie de disparition ? D’une prophétique vision d’une Amérique en voie de balkanisation ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Los Angeles est-elle toujours la ville des anges ? L’a-t-elle jamais été d’ailleurs… Si elle fascine, si le rêve hollywoodien et de la réussite est loin d’être sans fondements, cette immense cité à la limite du désert est aussi l’espace des fantasmes déçus, des cauchemars. Que se passe-t-il lorsque l’on est un immigré latino, attiré par l’espoir d’une vie meilleure ; est-on piégé par l’envers du miroir aux alouettes du consumérisme américain ? C’est à ces questions que répond Brando Skyhorse dans Les Madones d’Echo Park, en nous proposant la traversée en écharpe de trois générations mêlées et de la famille Esperanza qui porte si bien son nom. Elles font partie de ces milliers d’immigrés mexicains qui triment dans des boulots hasardeux, illégaux, sous-payés, qui réussissent parfois, qui galèrent, qui sombrent dans l’enfer sanglant des gangs, qui parviennent à « devenir Américains »… Entre un quotidien parfois sordide et les fantasmes clinquants de MTV, propagés par Mickaël Jackson et Madonna, les personnages sont tiraillés, fascinés, bouleversés. L’écriture de Skyhorse, pour ce qui aurait pu n’être qu’un documentaire (que d’abord il avait intitulé « Amexicain »), est, d’une manière surprenante, lyrique, voire épique. Au-delà de la xénophobie, le narrateur final (car les personnages alternent leurs histoires) réhabilite cette communauté ouverte en dédiant son livre à Aurora Esperanza, qu’il a cru blesser en la rejetant parce que Mexicaine : « une œuvre de fiction est un cadre idéal pour un aveu ». Les femmes et les jeunes filles du quartier d’ « Echo Park » sont bien, non sans tendresse, des « madones », trop souvent victimes du machisme et de la criminalité, et cependant porteuses d’espoir. Ce premier roman, un peu trop volontiers sociologique et compassionnel, emporte néanmoins son lecteur dans une fresque vivante, tendresse et violence, courage et désespoir, mais aussi travail acharné, d’où l’on devine que surgira peut-être un monde meilleur, à moins qu’il se fracture.

 

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

 

 

      Un peu plus classique et venu du sud faulknérien, le récit chez Walker Percy (né en 1948) reste plus circonspect, sinon complaisant dans l’introspection et le lyrisme inquiet. Les béances, fractures et folies charroyées par l’Américain moyen prennent chez lui une dimension métaphysique. Existe-t-il un moyen de le sauver ? Dans Le Syndrome de Thanatos, une pollution nucléaire savamment organisée, change les gens en désinhibés sexuels experts en calcul mental, mais atteints de troubles de la parole. Peut-être allait-on les débarrasser de tout comportement agressif, criminel et anti-social, édifier la nouvelle Amérique. Au risque de perdre leurs âmes… Une hypothèse science-fictionnelle s’infiltre dans la réalité quotidienne du sud profond pour l’anesthésier, le fissurer. La machination, ou le fantasmatique complot, menace l’Amérique toute entière.

      L’avocat Lancelot, dans le roman éponyme[7] de Walker Percy, ne voit son quotidien et le monde véritablement exploser que lorsqu’il découvre que sa fille adorée n’est pas de lui. Au cours du tournage d’un film qui a choisi sa maison pour décor, il épie avec des caméras sa femme Margot, conscient de la dissolution de l’amour universel, de la perte de cet éden sexuel qu’il croyait ne partager qu’avec elle, persuadé de l’avancée du péché originel : « Le secret de la vie est la violence et le viol, son évangile est la pornographie ». Obsédé par son ressentiment, Lancelot va manier l’épée de flamme du moralisme et pourfendre la décomposition des mœurs, comme un émule de Don Quichotte. C’est en prison qu’il achèvera sa descente dans la spirale de sa mémoire, après le crime et l’incendie de sa propriété de Louisiane. Un livre sombre comme la jalousie, comme l’obscurantisme, comme si l’Amérique s’effondrait dans la noire fracture mentale d’un de ses habitants désemparés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les personnages de Denis Johnson sont irrémédiablement cotonneux, déphasés. Ont-ils jamais abordé la réalité américaine ? Seul l’émiettement de leur psyché semble véritablement les concerner. Bien que ressuscité, le pendu nommé English, parvient à peine à épier une réalité qui lui échappe autant que les mystères du Ciel et de la résurrection, grâce à un emploi de détective privé pour le compte d’un policier à la retraite douteux, activiste de « l’Infanterie de la Vérité » qui ne réussira que son accident cardiaque. Sa liaison avec une femme dans une contrée où tout le monde est sensé être gay a-t-elle un sens ? Le « chevalier de la foi » English, qu’il serait plus juste de qualifier de non-entité, sait-il à quelles motivations métaphysiques il obéit en tentant d’assassiner un évêque ?  Psychotique ? Mystique contrarié ? C’est comme si, dans Un Pendu ressuscité, les béances de la réalité et de la religiosité américaines avaient été contaminées par un syndrome d’éclaboussures de la personnalité. Envoyé en prison, English pourrait être un voisin de cellule de Lancelot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Né en 1949, Denis Johnson, également auteur de reportages sur les guerres du Golfe et du Libéria, confie ainsi son penchant éthique et esthétique : « J’aime le chaos, je suppose. Il doit y avoir une part en nous qui veut que tout se détruise. ». Guère de certitudes non plus dans les nouvelles de Jésus’ Son[8] malgré le titre prometteur. Quant au narrateur du récit Le Nom du monde[9] il a perdu toute cohérence depuis que sa femme et sa fille ont été tuées dans un accident de la route. L’encéphale effiloché du narrateur empêche le récit de ne suivre aucune ligne stable. La banale performance d’une étudiante en art qui se rase le sexe en public semble permettre à cette « origine du monde » (pour reprendre le titre du fameux tableau de Courbet) de restaurer une cohérence perdue. A moins qu’elle puisse lui raconter « l’histoire de mon nom »... Est-ce à dire que Denis Johnson ne maîtrise pas ses fictions, qu’il nous perd dans le marasme de son absence romanesque ? Non. Là réside au contraire l’efficacité d’un écrivain sans cesse inquiet du sens. C’est seulement en acceptant d’effectuer un reportage sur la guerre du Golfe que le narrateur peut persévérer : « jour après jour dans une existence que je crois être absolument remarquable ».

      Parmi les cinq cent vastes pages de Déjà mort, nous ne trouvons que des personnages affectés de troubles psychiques : le MPD ou « Multiple Personnality Disorder ». A l’imitation de cette Californie dont certains voudraient qu’elle se sépare en deux, les errants et habitants de la côte nord font dans la schizophrénie ou, au choix, dans la réincarnation. Hippies rouillés, flic des puissances occultes, alcooliques et tueurs, cocaïnomanes et cinglés de tous bords ont pris la place de l’élite et de l’américain moyen. Le rêve américain, démocratique et progressiste, n’a ici plus aucune réalité. On pourrait taxer ce genre de fresque du sobriquet de « roman gothique californien ». Un désaxé se fait appeler Frankenstein. Van Ness vient « de se matérialiser ici dans le rôle d’un démon »… Le flic Navarro aura du mal à ne pas se laisser entraîner dans l’irrationnel. Et lorsqu’à la fin la quête de la « Côte perdue » échoue, lorsque le « V des vallées qui divulguent des fragments d’océan Pacifique comme la gorge des filles argentées » se révèle inatteignable, le lecteur ne peut pas ne pas penser à cet autre grand écrivain américain : Thomas Pynchon. Dans V[10], la quête se démultipliait à l’infini. Dans Vineland[11], une Californie mythique se rêvait encore. Chez Denis Johnson, le cauchemar a gangrené les Etats Unis en leur entier.

 

 

      Plus récemment, soit en 2017, Margaret Wilkerson Sexton fit paraître son roman Un Soupçon de liberté. Habilement conçu au moyen d’allées et venues narratives parmi trois générations noires, de 1944, en passant par 1986, et jusqu’en 2010, une généalogie familiale se superpose avec le tableau de la ville de La Nouvelle-Orléans. Entre espoirs de vies meilleures et délinquances récurrentes des mâles soumis à l’addiction au cannabis et au crack, incapables de se tirer d’une économie parallèle faite de trafic de drogues, le récit est un tantinet simplet, quoique attachant. Néanmoins quelques phrases résonnent comme la fatalité d’une tragédie grecque frappant la déréliction sociale et raciale. Comme lorsque le dénommé T.C., incarcéré, reçoit la visite de sa mère et de son fils, tout bébé : « Toute l’euphorie née de la présence de son fils avait été balayée dès son départ ; il redoutait soudain qu’en introduisant Malik dans cet enfer, même pour une simple visite, il ait lié le destin de l’enfant à ce lieu ». Un déterminisme sociétal, culturel, voire biologique, aurait-il ancré la négritude dans la pulsion délinquante et criminelle ? La faute à l’homme blanc, à la trainée infamante de l’esclavage et de la ségrégation, pourtant disparus, à la pauvreté, ou à un atavisme que l’éducation ne parviendrait pas à découdre tant le taux de délinquance des Noirs est presque 8 fois plus élevé que chez les Blancs alors que les premiers représentent moins de 15% des habitants des Etats-Unis. De là à ce que ces délinquants deviennent des activistes du pillage et de la violence sécessionniste anti-blancs, organisés en milices, l’Histoire récente semble le démontrer, de Chicago à Portland. Il ne faudrait pas cependant confondre race (un concept périmé d’ailleurs) et crime…

 

      De ce voyage polyphoniquement romanesque, et même si la plus grande partie des Etats-Unis sait vivre dans la paix et la prospérité, la psyché américaine sort fissurée. Quand en Postamérique, le changement climatique largement fantasmé aura moins dévasté la terre que l’économie par tyrannie écologiste, restera-t-il un seul esprit intact ? À moins qu’il suffise de l’explosive surconsommation de psychotropes, largement responsable de la criminalité pléthorique et des tueries de masse, tels que le révèle Roger Lenglet[12]. Pire encore, car bien plus réaliste, la schizophrénie politique fait d’une fraction des Démocrates des factieux postmarxistes, anarchistes et racialistes, qui, comme les personnages de Denis Johnson, aiment par dessus tout le chaos. Et comme ceux de l’Anglais James G. Ballard, dans Millenium people et Super-Cannes, romans dans lesquels les cadres très supérieurs de l’Eden-Olympia peuplent leurs loisirs du luxe du délit, du braquage et du meurtre[13] ; ce en quoi l’écrivain avait pressenti de telles mœurs destructrices. Un fascisme aux milices offensives et aux couleurs rouge-black-vert agrège des suprématistes noirs, des islamistes et des mouvements d'extrême-gauche enragés à détruire in nucleo l'Occident judéo-chrétien. Racistes noirs instrumentalisant le souvenir de l’esclavage et islamistes offensifs, cachant combien ils furent et sont encore esclavagistes[14], se tiennent par la main, du moins provisoirement avant de revendiquer chacun la tabula rasa, de prendre les armes au service d’une victoire totalitaire, pour déraciner les fondements de la démocratie libérale, menaçant de fracturer et araser la nation américaine, où se saborde et pourrit l’esprit de la Constitution de 1787. Terrible pessimisme ou salutaire avertissement pour que l’Amérique de Donald Trump[15] puisse restaurer la paix et la liberté ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir de divers articles parus dans La Revue des deux mondes et Le Matricule des anges

 

[2] Walker Percy : Lancelot, Flammarion, 2001.

[3] Michael Collins : Les Gardiens de la vérité, Christian Bourgois, 2001.

[4] John Rawls : Théorie de la justice, Seuil, 1987.

[5] T.C. Boyle : 25 histoires d’amour, Grasset, 2000.

[7] Walker Percy : Lancelot, J’ai lu, 2003.

[8] Denis Johnson : Jesus’s Son, Christian Bourgois, 1999.

[9] Denis Johnson : Le Nom du monde, Christian Bourgois, 2000.

 

 


 

Rue des Ors. Photo : T. Guinhut

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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 09:38

 

Sankt Gertraud / Santa Gertruda, Südtirol / Trentino Alto-Adige.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Tache sur l’Amérique, par Philip Roth,

 

& autres Contrevies de la Bête qui meurt.

 

 

 

Philip Roth : Les Faits, Gallimard, 2020, 240 p, 19,50 €.

Philip Roth : La Tache, Folio, 496 p, 9,70 €.

Philip Roth : La Bête qui meurt, Folio, 224 p 8 €,

Philip Roth : La Contrevie, Folio, 464 p, 9,70 €,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun.

 

 

 

      Les faits sont des « tremplins pour la fiction ». Voilà peut-être le credo, le moteur du romancier, et plus particulièrement de Philip Roth, qui rétablit Les Faits, en son « autobiographie d’un romancier », qui date de 1988. Et s’il faut revenir aux faits pour contrer les idéologies, reprenons un roman écrit hier et plus lisible encore en ces temps de déboulonnage idéologique de l’Histoire[1] : La Tache. De vies en contrevies, le maître d’une fiction qui sait sans cesse radiographier les mœurs sexuelles et politiques de l’Amérique, finit lui aussi par être, quoique par personnage interposé, une Bête qui meurt, puisque né en 1933, il nous quitta en 2018.

 

      Grâce à une nouvelle traduction de José Kamoun, Les Faits se veulent établis en leur réelle véracité par le romancier, devenu autobiographe à l’âge de sa maturité, sans qu’il soit dupe d’une telle prétention d’objectivité. Portraitiste du moi, il n’en joue pas moins avec ses doubles de papier. Ce pourquoi se pose ici de manière aigue la problématique inhérente à l’écriture autobiographique, soit l’union et la césure entre la vérité sans fard et les souvenirs de fiction, sans oublier que Philip Roth ne peut plus être lui-même sans son Nathan Zuckerman, qui n’a chair que d’encre et de papier. C’est au contraire de La Contrevie, « l’ossature de la vie sans la chair de la fiction », même si un tel projet est toujours un peu obéré par le choix du regard et teinté par l’imagination, en dépit de la véracité autobiographique, tel que crut la fonder à partir de 1765 le Rousseau des Confessions : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, ; et cet homme, ce sera moi[2] ».

      Moins qu’un déroulé de faits, il s’agit de « la genèse d’un écrivain ». Une « lettre de Roth à Zuckerman » et une autre « de Zuckerman à Roth » en forme d’autocritique encadrent un prologue et cinq parties. « Chez soi, à l’abri du monde » est l’appartement de l’enfance, « L’étudiant » se veut l’apprentissage de l’université, « La fille de mes rêves » recompose un mariage peu idyllique, « Tout ça reste en famille » conte le scandale orchestré par les Juifs lisant Goodby Colombus, enfin la liberté créatrice affranchie des convenances et des codes au point de donner Portnoy et son complexe. Si ces cinq éléments fondateurs sont ceux d’une vie écrivante, ne sont-ce pas ses livres qui en retour la fondent ? C’est suite à une dépression que l’écrivain a voulu retrouver le chemin de soi la plume à la main, « aller faire le plein à la citerne de sang magique », mais aussi suite à la mort de ses parents, pour « renouer avec la vie ».

      Les drames familiaux marquent intensément l’enfant prénommé Philip : appendicite du père, divorce de l’oncle, mère affectueuse éprouvée, dont la chair est « transmuée en un manteau en peau de phoque luisant »… Il lui faut tenir « le rôle mythologique d’un petit Juif qui grandit dans une famille comme la mienne - devenir le héros que son père n’a pu être - ». Des violences antisémites parmi les lycéens aux efforts studieux de l’étudiant en Droit, en passant par le « champ de bataille oedipien », le narrateur reste fidèle à « notre américanité » et sa vocation idéaliste, malgré « des projets érotiques inavouables ». Bientôt il est saisi par l’écriture, devient professeur de « composition littéraire » à Chicago, se marie avec Josie, « folle à lier au-dedans, blonde impassible à l’extérieur », qui grâce à ses talents de manipulatrice et de « pire ennemie », se révèle être l’un de ses « meilleurs professeurs d’écriture créative ». Le récit de l’immonde entourloupe à la fausse grossesse qui permit à Madame d’être épousée puis de dévorer une pension alimentaire est un édifiant morceau de bravoure.

      Face aux levées de boucliers contre la prétendue dimension anti-juive des nouvelles de Goodby Colombus, Philip Roth use de la plaidoirie. À partir d’une « virilité en lambeaux », l’homme se reconstruit avec May, écrit sa « catharsis » en l’espèce de Quand elle était gentille. La mort accidentelle de Josy est une sorte de « contrevie », soit « le télescopage improbable entre la fin de mon roman et celle de ma femme », deus ex machina libérant à la fois l’homme et l’écrivain…

      Transmuée par une écriture vigoureuse, aux métaphores incisives, une construction rigoureuse et spirituelle, Les Faits ne dépare pas un instant dans la bibliographie de Philip Roth, entre Opération Shylock et sa « trilogie américaine ». Le récit peut apparaître, quoique postérieur, comme une sorte de concentré des romans qui se sont déployés à partir de ce matériau vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Epurer l’Histoire passe par l’abrasive utilisation d’un détachant : tout ce qui fait tache doit être effacé, déboulonné, abattu, comme une statue[3] infamante à renverser et jeter aux ordures par un antiracisme dévoyé. Ainsi l’on croirait que Philip Roth a écrit, quoique en 2000, pour notre contemporain le plus urgent. Il connaissait l’imposture de la notion de « privilège blanc », qui envahissait les campus universitaires et aujourd’hui la société américaine, quoique principalement démocrate. Par exemple, en 2017, à l’université Evergreen, un professeur correctement progressiste et antiraciste, Bret Weinstein, fut brusquement accusé de racisme pour avoir exprimé son net désaccord avec l’officialisation d’une journée où les blancs devaient quitter le campus, rupture flagrante de l’égalité et de l’humanisme au profit de la couleur de la peau.

      The human stain, que traduit La Tache, autrement dit, souillure, honte et flétrissure humaine, est le troisième roman de la fresque américaine de Philip Roth. Au moyen d’un titre ironique, Pastorale américaine balayait la guerre du Viêt Nam ; quant à  J’ai épousé un communiste, il s’attaquait au maccarthysme. Troisième volet de la trilogie, La Tache fut écrit, alors qu’en 1998 l’affaire Monika Lewinsky, fellatrice occasionnelle du Président Bill Clinton, affole les Etats-Unis, entre dénégations, aveux télévisuels et menace de destitution. Cette « tache » romanesque  peut être lue comme une allusion à ce qui souilla la robe de la jeune Monika et qui allécha autant les médias que l’opinion. Cependant, si l’on s’intéresse au titre original, il n’est pas interdit d’y deviner une trace indélébile du péché originel adamique.

      C’est à peu d’année de la retraite que Coleman Silk, doyen d’Athéna et professeur de lettres classiques, qui sait enseigner Homère avec un charisme fou, est accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants : « Est-ce que quelqu’un connait ces gens ? Ils existent vraiment, ou bien ce sont des zombies ? », demande-t-il au sujet de deux récurrents absents, sans savoir qu’il sont noirs. Or, outre la signification ectoplasmique évidente, ce peut être un équivalent de « bamboula ». Notre homme choisit paradoxalement de démissionner plutôt que de confier « qu’à l’âge de soixante-et-onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre ». La sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, poursuivie par un ex-mari vétéran du Vietnam qu’anime la vengeance et le meurtre a pourtant, si l’on peut dire, la qualité d’être noire. Mais croyez bien qu’un « puritanisme malveillant […] va vous traîner dans la boue » pour vos sexcapades » !

      C’est le bien connu du lecteur de Philip Roth, Nathan Zuckerman, qui ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et se fait le narrateur de l’affaire. De façon à, sans abandonner la dramaturgie romanesque, dresser un vigoureux réquisitoire contre le « politiquement correct », contre ce conformisme intellectuel féminisme et antiraciste qui n’a guère à envier à la chasse aux sorcières médiévale. Cette université américaine qui devrait être un haut-lieu de savoir, est laminée par la médiocrité consensuelle et envenimée par le nouveau préjugé que devient toute suspicion de racisme, fondée ou non, qu’importe, en fait, nouvelle tyrannie aux mains d’activistes et favorisées par des pleutres.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Aujourd’hui, dans la même veine, l’inculture militante des étudiants fait ployer leurs professeurs qui ne peuvent plus étudier les auteurs blancs. Dans la nouvelle continuité de La Crise de la culture d’Hanna Arendt[4], Philip Roth brocarde la débâcle de l’enseignement : « Du temps de mes parents, et encore du mien et du vôtre, les ratages étaient mis sur le compte de l’individu. Maintenant, on remet la matière en cause. C’est trop difficile d’étudier les auteurs de l’Antiquité, donc c’est la faute de ces auteurs. Aujourd’hui, l’étudiant se prévaut de son incompétence comme d’un privilège. Je n’y arrive pas, c’est donc que la matière pèche, c’est surtout que pèche ce mauvais professeur qui s’obstine à l’enseigner. Il n’y a plus de critères, monsieur Zuckerman, il n’y a plus que des opinions ». Ainsi un doyen qui a fait de son université un lieu d’excellent en balayant la médiocrité, « qui introduisit la concurrence », et quoiqu’il ait embauché le premier enseignant noir d’Athéna, est bassement sommé de dégager pour avoir utilisé un mot avec justesse et non son usage vulgaire. Notons à cet égard que « Silk » en anglais signifie « soie », signant le raffinement du lettré. Voué aux gémonies comme en une tragédie grecque, il ne trouve plus autour de lui que des Furies, y compris si l’on apprend sa liaison incorrecte ; jusqu’au « meurtre-suicide »…

      La satire, aussi féroce que méritée, d’une société en voie de décomposition est trépidante et éprouvante. Un ancien du Vietnam, devenu « psychopathe » est jeté dans la fosse de l’exécration, Faunia, cependant pas si niaise, est une manipulatrice manipulée par des manipulateurs, Delphine Roux, une ancienne collègue de Coleman Silk, est une teigne dénonciatrice qui use d’une lettre anonyme abjecte, prétendant : « Il est de notoriété publique / que vous exploitez sexuellement / Une femme opprimée et illettrée / qui a la moitié de votre âge ».

      L’abjecte bien-pensance est fustigée en son conformisme, son grégarisme. La figure du Noir, esclave un siècle et demi plutôt, ségrégué un demi-siècle plus tôt, devient au nom de n’importe quel prétexte, surtout de mauvaise foi, un vengeur de sa race et un tyran de la différence et de la culture bafouées : « La force des convenances est protéiforme, leur domination se dissimule derrière mille masques : la responsabilité civique, la dignité des wasps, les droits des femmes, la fierté du peuple noir, l’allégeance ethnique, la sensibilité éthique des Juifs »…

      Cependant Coleman Silk, qui prend « le Viagra du Zeus », n’est pas dupe de Nathan Zuckerman à qui il se confie : « Que je lui aiguise son sens de la réalité, à ce romancier. Que je nourrisse la conscience d’un romancier, avec ses mandibules toujours prêtes. Chaque catastrophe qui s’abat lui est matière première. La catastrophe, c’est sa chair à canon. Mais moi, en quoi la transformer ? elle me colle à la peau. Je n’ai pas le langage, moi, la forme, la structure, la signification ; je me passe de la règle des trois unités, de la catharsis, de tout ».

      Il n’en reste pas moins que Coleman Silk, lui-même passablement « de couleur » -  soit un métis qui a caché son origine - est un peu l’alter ego du romancier et moraliste qui plaide ainsi la cause de l’humanité en dénonçant « la tyrannie du nous, du discours du nous, qui meurt d’envie d’absorber l’individu, le nous coercitif, assimilateur, historique, le nous à la morale duquel on n’échappe pas, avec son insidieux « E pluribus unum ». Il y préfère « le moi pur avec toute son agilité ». Le libéralisme politique est ici fidèle à la tradition de Tocqueville[5].

      Ne souffrant pas du syndrome du roman platement à thèse, La Tache est un ouvrage aussi vivant qu’un coup de poing fouillant les entrailles en voie de pourrissement de l’Amérique ; son argumentaire appelant la justice et la liberté a toute la vigueur d’un homme blessé à mort ; et toute la rigueur d’un romancier au mieux de sa forme.

      Laissons parler Claudia Roth Pierpont, qui, dans Roth délivré présente intelligemment « un écrivain et son œuvre », selon le sous-titre : « Le fantasme de la pureté, éternellement renouvelé - de l’extrémisme de la gauche anti-guerre, de l’extrémisme de la droite anticommuniste, du puritanisme hypocrite de tout un chacun, pour prendre les trois livres dans l’ordre - est terrifiant[6] ». C’est résumer la trilogie américaine brièvement, mais bien habilement…

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un sentiment mitigé peut nous envahir à la lecture de La Bête qui meurt : déception pour qui s’attendrait, après la Trilogie américaine, à un roman d’une ébouriffante ampleur et complexité, et cependant, éblouissement. Il s’agit bien de la « perfection lapidaire » (pour reprendre la quatrième de couverture) d’une nouvelle contrevie de Philip Roth, qui n’est pas sans rappeler ce récit brillant de la vie et de la mort d’un intellectuel atteint du sida, Ravelstein, de Saül Bellow[7], auquel notre auteur consacre des « relectures » dans Parlons travail. Reste qu’il n’est pas interdit de considérer La Bête qui meurt comme une réduction de biens des grandes thématiques qui savent innerver l’œuvre d’une vie, comme une mise en abyme d’un univers romanesque, même si les questions soulevées par la judaïté en sont absentes. Alors que dans La Contrevie, dont il faut fêter ici une nouvelle traduction, ces dernières y rayonnent comme une « explosante fixe », pour reprendre l’image d’André Breton, dans son Amour fou.

      L’obsession sexuelle de Philip Roth (et la nôtre) se mesure dans la fascination de la « bête », David Kepesh, pour les seins de Consuela, fruits de vie, splendeur et quintessence féminine, métaphore des globes fessiers et dispensateurs magiques de l’érection masculine. Ce qui par ailleurs le conduisit, dans un court et brillant roman fantastique et psychanalytique, Le Sein, à se métamorphoser en glande mammaire.

      Venue d’un poème de William Butler Yeats[8], « cette bête qui meurt » est une allégorie ambiguë. Est-ce la bestiale et parfaite qualité érotique de cette Consuela épiée trop jeune et trop belle par le cancer ? Est-ce le chant du cygne, le cri primal autant qu’esthétique du séducteur vieillissant pris au piège de l’exclusivité du désir ? Est-ce la pire bête se jetant sur les seins de cette jeune femme pour la faucher en pleine perfection et sonner le glas de la maturité sexuelle du professeur ? Il ne pourra, sans qu’on sache ce qu’il adviendra de la belle au cancer du sein, que photographier à sa demande la dernière danse de sa beauté, avant l’ablation de ce trésor de vie, de ce fétiche… D’où la tonalité élégiaque déchirante de ce court roman, ô combien humain et émouvant, quoique sans le moindre pathos.

      Evidemment, l’on imagine David Kepesh, venu de Professeur de désir et du Sein, professeur de littérature et critique à la télévision, comme un double de l’auteur. Infatigable contempteur de la « political correctness », Philip Roth fait de son alter ego un jouisseur sans entrave, mais qui a appris à protéger son indépendance, à prudemment recevoir ses étudiantes toutes portes ouvertes en attendant leur fin d’études pour pousser l’avantage de son prestige et d’une culture dans laquelle il évolue avec aisance. En fait, malgré le puritanisme crispé du sexuellement correct, il est encore l’activiste témoin de la libération sexuelle des années soixante : « l’insouciance sexuelle des jeunes filles bien élevées de mon séminaire est, à leur connaissance, garantie par la Déclaration d’indépendance ». Adepte de « la pure baise, entre bêtes » et néanmoins doté d’un rare et rationnel équilibre mental, non sans attention pour l’autre, il est loin de l’inquiet masturbateur que fut Portnoy. Depuis sa transsubstantiation en sein, et en dépit de cette tragédie de l'érotisme qu'est La Bête qui meurt, notre David Kepesh a gagné en sérénité. Est-ce parce qu’au contraire de Nathan, autre double, il est professeur et non écrivain ?

      Nathan Zuckerman est celui à qui trois héros racontent la trilogie américaine : le communisme et le maccarthysme dans J’ai épousé un communiste, le terrorisme gauchiste et la guerre du Vietnam dans Pastorale américaine, l’affaire Clinton et Monica dans La Tache, dans lequel il est opéré d’un cancer de la prostate qui le rend impuissant, obsession récurrente qui est le moteur de La Contrevie. Cette nouvelle traduction confirme comme une œuvre majeure cette rare maestria de l’écriture biographique, ce carrefour de vies et de fictions possibles pour deux frères juifs qui échangent leurs destins. Henry, dentiste, marié, des enfants, des maîtresses, meurt suite à une opération cardiaque qui lui permettrait de retrouver sa virilité. Une contrevie le change en « apprenti fanatique » dans une colonie juive d’Hébron, dans « un monde qui ne s’arrête pas au bourbier oedipien, mais où les gens font l’Histoire ». Ensuite, c’est Nathan, le sceptique libéral, qui meurt de la même opération. On entend son éloge funèbre par son éditeur ; Henry, puis Maria, lisent un manuscrit posthume qui les dissèque et dans lequel Nathan fait un enfant à cette chrétienne… Récits contradictoires glissant d’un personnage à l’autre, goûts et dégoûts de la fiction, distanciation ironique, La Contrevie est un joyau du roman postmoderne dans lequel Nathan est cet écrivain scandaleux qui aime « se servir des vies qu’il a sous la main » et qui fait « tourner le sang juif en eau de javel ».

 

      Dans Parlons travail[9], recueil inégal d’entretiens et d’essais souvent consacrés à des écrivains d’origine juive, l’on retrouve ce questionnement de la mémoire exercé par qui a vécu les camps nazis - Primo Levi, Aharon Appelfeld[10]. Ce séjour mental au bord de l’holocauste oblige à reconsidérer son identité : judéité fantomatique, ou assumée si l’on s’installe en Israël, sans se faire « l’esclave de la mémoire »… À moins qu’il s’agisse, chez Ivan Klima ou Milan Kundera, d’inventer sa liberté sous la censure soviétique, sans se laisser « priver de mémoire » ni « hypnotiser encore par la poésie totalitaire », comme le postule l'uchronique Complot contre l'Amérique[11] de notre romancier. Et Philip Roth de rappeler que « dans une culture comme la mienne, où rien n’est censuré, mais où les médias nous inondent de falsifications imbéciles, la littérature sérieuse n’est pas moins une bouée de sauvetage ». Littérature dans laquelle mémoire et liberté, sexualité, impuissance et multiplication biographique sont les ressorts de Philip Roth, bête de vie devant la mort.

 

Thierry Guinhut

La partie sur La Bête qui meurt a été publié dans Le Matricule des Anges, septembre 2004

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Jean-Jacques Rousseau : Les Confessions, Gallimard, La Pléiade, 2001, p 5.

[6] Claudia Roth Pierpont : Roth délivré. Un écrivain et son œuvre, Gallimard, 2015, p 376.

[7] Saül Bellow : Ravelstein, Gallimard, 2002.

[9] Philip Roth : Parlons travail, Gallimard, 2004.

 

 

Sierra d'Aguas Limpias, valle de Respumoso, Sallent de Gallego, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 14:47

 

Emmaüs Prahecq, Deux-Sèvres. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

De la fantasy encyclopédique

à la science-fiction politique,

par Ursula Le Guin.

La Vallée de l’éternel retour,

La Main gauche de la nuit, Les Dépossédés.

 

 

Ursula Le Guin : La Vallée de l’éternel retour,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez,

Mnémos, 2020, 610 p, 35 €.

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit,

traduit par Jean Baillache, Robert Laffont, 1969, 336 p,  €.

Ursula Le Guin : Les Dépossédés,

traduit par Henry-Luc Planchat, Robert Laffont, 1969, 400 p,  €.

 

Ursula Le Guin : Le Langage de la nuit. Essai sur la science-fiction et la fantasy,

traduit par Francis Guévremont, Aux Forges de Vulcain, 2016, 160 p, 12 €.

 

 

 

 

      Si la fantasy, ainsi nommée en 1949, est un genre littéraire qui aime à recréer un passé mythique et un monde médiéval agrémentés de merveilleux et de magie, Ursula Le Guin, en est une des plus prodigieuses représentantes, quoique décalée. Au-delà La Source au bout du monde de William Morris, du Seigneur des anneaux de Tolkien, du Monde de Narnia de C. S. Lewis, d’Harry Potter de J. K. Rowling, elle tire avec brio son épingle du jeu. Ce qui ne l’empêche en rien d’être une soprano brillante de la science-fiction. Polymorphe et polygraphe, telle est l’impressionnante Ursula Le Guin (1929-2018), brassant la science-fiction avec La Main gauche de la nuit, où règne la « précognition sur commande » ; mais aussi l’utopie et la dystopie avec Les Dépossédés. Probablement La Vallée de l’éternel retour est un roman plus proche de la fantasy, sans la puérile niaiserie qui peut saturer le genre d’elfes, dragons et autres magiciens. Non content de son talent de romancière, elle sait également se faire essayiste, théorisant son art dans Le Langage de la nuit, au langage plus rationnel que celui des rêves obscurs.

 

     Le roman commence lors d’une pérégrination familiale dans La Vallée de l’éternel retour, soit un paysage vallonné, paisible, où l’on croise villages et communautés accueillants du peuple Kesh, essentiellement constitué d’agriculteurs, sans industrie, même si progressivement apparaissent de ci de là électricité et informatique, traces enfouies d’une autoroute et pollution résiduelle. Cette société traditionnelle et utopique tient le partage pour parfait système. Peu à peu l’on devine que cela ressemble à la vallée de Napa (censée signifier l’endroit où l’on reviendra toujours, d’où le titre), en Californie, mais après un cataclysme qui l’inonda et en fit une île. Nous voilà projetés un demi-millénaire dans l’avenir, dans un espace un brin science-fictionnel, quoiqu’il ne soit guère technologique. Plus loin, dans les champs de lave, vit le peuple « Dayao », qui est l’opposé du précédent : le gouvernement monarchique du « Condor » est particulièrement autoritaire, le patriarcat est rigoureux, les castes compartimentées et l’on aime les guerres de conquêtes ; l’anti-utopie contribuant au manichéisme, qui, cependant est utile à la démonstration.

      À notre étonnement, le fil romanesque se fend, pour se disperser en un fleuve de nouvelles, de poèmes, de biographies, de récits, comme les « quatre contes romantiques », d’« Œuvres théâtrales », comme « L’homme qui hurle, la femme rousse et les ours », dignes d’une culture animiste et chamaniste. Néanmoins, outre le récit autobiographique de « Roche Qui Raconte », une femme Kesh, le personnage récurrent de Pandora est une sorte de guide parmi les arcanes de cette riche société : ainsi elle « converse avec l’archiviste de la bibliothèque de la loge du Madrone à Wakwaha-na » ; où les livres sont copiés, circulent et « sont mortels ». Là, si règne l’absence de censure, l’on s’interroge : « Dans un Etat, et même une démocratie, où le pouvoir est hiérarchique, comment pouvez-vous empêcher le stockage de données de devenir une source supplémentaire de pouvoir pour les puissants – un piston de plus dans la grande machine ? »  Elle écrit également des poèmes : « Noble la Tour bâtie avec les pierres de la Volonté / sur le rocher de la Loi : éternelle cette habitation ».

      Les plages documentaires pullulent. L’on découvre les « animaux de l’Obsidienne » ou « de l’argile bleue », l’on prend connaissance des structures de la parenté (un peu comme chez Lévi-Strauss[1]), des « lois interdisant l’inceste », des « pratiques médicales » ; mais aussi des « loges, sociétés, arts ». Parmi le volume souvent illustré s’étalent des partitions, des cartes géographiques. Les instruments de musique sont décrits, la « littérature orale et écrite » est transmise, jusqu’à des tableaux de « l’alphabet » et de « la syntaxe kesh ».

      Cette édition, par rapport à celle parue chez Actes Sud en 1994, est enrichie d’une cinquantaine de pages, dont une belle « méditation kesh », lorsque l’on vient s’assoir dans « La Neuvième maison », celle « de la paix de l’esprit ». Au-delà du fameux cycle de Terremer, ce roman, que l’on peut lire de manière linéaire comme en libre arborescence, témoigne d’un art achevé. À la lisière de l’écoféminisme, de l’ethnofiction et de l’anthropologie que son père enseigna, l’œuvre d’Ursula Le Guin fait dialoguer les genres romanesques et celui de l’encyclopédie, répondant à une vocation borgésienne. Jusque dans ses plus infimes détails, elle sait efficacement construire un monde, certes imaginaire, mais qui peut être lu comme celui de nos démons et de nos aspirations.

 

      « La Vérité est affaire d’imagination », commence Ursula Le Guin dans La Main gauche de la nuit. Surprenant paradoxe, qui ne peut que contrarier les lois de notre monde pour proposer celui, plus qu’alternatif, de « Gethen », la planète glacée, également appelée « Nivose ». Là où les gouvernements ne sont guère soucieux d’adhérer à l’organisation interplanétaire et interstellaire qui est censée fluidifier et unifier les échanges commerciaux.  La mission diplomatique du terrien du futur, Genly Aï, appelé « L’Envoyé », semble bien compromise.

      Assistant à une procession immense au cours de laquelle le roi scelle la dernière arche d’un gigantesque pont, il observe une étonnante société où l’humanité suivit un curieux destin génétique. Androgynes sont les habitants, recourant à telle ou telle caractéristique sexuelle au gré des circonstances, en une sorte d’identité de genre fluctuante, ce qui fait d’Ursula Le Guin un précurseur de tels questionnements individuels et sociétaux. Le plus souvent asexués, c’est à la suite de cette période de « soma » qu'une mensuelle « poussée hormonale » ou « kemma » fait apparaître un sexe, ou l’autre.

      Outre cette étrangeté sexuelle, le temps historique, « l’échiquier politique », les relations humaines, tout est pour Genly hors normes, alors que sa perpétuelle virilité passe pour une monstruosité, que son étrangeté passe pour une dangerosité dont les pouvoirs locaux se méfient. Cependant, à ses yeux, le « Palais d’Erhenrang » est « le produit de nombreux siècles de paranoïa délirante ». La disgrâce de son mentor, Estraven, le met dans une situation pour le moins inconfortable, face à un roi bougon, qui ne veut pas entendre parler de collaboration. Il ne lui reste qu’à traverser la planète vers les « citadelles »… Pour quelle destinée notre narrateur-personnage retrouvera-t-il Estraven le proscrit ?

      En un roman d’aventure et d’amitié trépidant, par-delà les conditions humaines, roman à la fois politique et sociologique, le style d’Ursula Le Guin, du moins au travers de cette traduction, est étonnamment coloré, d’une efficacité narrative et conceptuelle redoutable, au service d’une réflexion ouverte sur les différences sexuelles, morales et civilisationnelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Autres proscrits, ceux de la planète Urras, envoyés vers sa lune Anarres, dans Les Dépossédés. Grâce au Docteur Shevek, physicien de son état, l’on voyage alternativement d’Anaress, où l’on vit selon un libertaire communisme, à Urras, où règne le capitalisme. Croit-on que le monde lunaire soit une parfaite utopie ? L’on risque d’être à cet égard déçu, ne serait-ce que parce qu’Ursula Le Guin qualifie son roman d’ « utopie ambiguë ». En effet, les velléités de prise de parole singulière du jeune Sherek sont remises en place au moyen d’un « Arrête d’égotiser ! ». On lui préfère « un récit commun, chacun parlant à son tour ». Pourtant, sans le savoir, il reprenait le paradoxe d’Achille et la tortue, venu de Zénon d’Elée.

      Depuis cent soixante-dix ans le monde parfait d’Anaress méprise celui d’Urras, où les classes possédantes sont des oppresseurs, quoique qu’ils ne sachent rien de son évolution. L’idéologie égalitaire est visiblement inspirée de l’anarchisme de Kropotkine, Murray Bookchin et Paul Goodmann. Alors que le physicien Sherek travaille à développer une théorie temporelle générale, dont nous découvrons quelques aspects, le roman joue avec les retours en arrière. Outre l’enfance du chercheur, c’est le passé presque mythique d’Anaress qui est enseigné, mettant en scène une femme charismatique, Odo, qui fut à la tête d’une sédition ouvrière et anarcho-syndicaliste, et donna son nom à la révolution « odonienne », emprisonnée, exilée avant de pouvoir donner vie à la société « anarrestie ».

      Quoique cette société ne soit pas censée comporter la moindre institution autoritaire et coercitive, l’on découvre comment une tyrannie s’installe insensiblement en l’éthique anarchiste[2]. Non seulement l’existence y est rude, les ressources sont chiches étant donné l’aride climat, mais encore le mensonge règne quant aux réalités politiques et économiques d’Urras, l’ennemie ignorée. Un organisme prévaut : « Coordination de la Production et de la Distribution ». La vie est communautaire, l’ambition individuelle est laminée par un sourd conformisme intellectuel et comportemental : « vous devez travailler avec les autres, vous devez accepter la loi de la majorité. Mais toute loi est une tyrannie. Le devoir de l’individu est de n’accepter aucune loi, d’être le créateur de ses propres actes, d’être responsable. Ce n’est que s’il agit ainsi que la société pourra vivre, changer, s’adapter et survivre ». C’est ainsi que Sherek défend son droit à quitter son monde sclérosé. En cette société qui le désapprouve sans empêcher son transfert, un esprit d’élite comme Sherek a du mal à se déployer, contraint qu’il est par l’égalitarisme, car « il n’avait pas eu d’égaux », alors que sur Urras, « au pays de l’inégalité, il les rencontrait enfin » !

      Grâce au voyage inédit de Sherek, qui a pour ambition de partager et de mettre à l’épreuve ses théories physiques, la société d’Urras est un perpétuel sujet d’étonnement, même s’il est un peu trop balisé par les autorités. Capitaliste et en conséquence extrêmement brillante, elle n’en exclut pas moins les femmes : « elles ne sont pas douées pour la réflexion abstraite […] ce que les femmes appellent penser, elles le font avec leur utérus ». Sur une planète qui cependant réunit différents Etats, des plus ou moins libres aux plus totalitaires, la prospérité est cependant générale. Et, ô surprise, « l’attrait et l’obligation du profit étaient de toute évidence un succédané de l’initiative beaucoup plus efficace qu’on le lui avait fait croire ».

      L’on retrouve dans Les Dépossédés ce qui contribue grandement à l’intérêt de La Vallée de l’éternel retour, soit la dimension encyclopédique : histoire de la planète et de son satellite anarchiste, systèmes politiques et économiques, jusqu’à l’urbanisme, sans choir dans un manichéisme qui eût été dommageable et eût nui à la dimension narrative et dramatique. Et enfin spéculation sur le temps, les années lumières, et surtout sur la liberté. Le didactisme n’empêche en rien la vivacité et la profondeur morale des personnages, en particulier de l’attachant héros.

 

Photo T. Guinhut.

 

 

      Le Langage de la nuit est celui des rêves et de l’imaginaire. Aussi, en ses « Essais sur la science-fiction et la fantasy » et autres conférences réalisées entre 1973 et 1977, selon le sous-titre, notre auteure a soin de réhabiliter la littérature fantastique et merveilleuse, autant de par les développements de leurs mythes que par sa réception chez les enfants. Car d’abord lectrice avant de devenir écrivaine, elle n’en n’oublie pas ses premières émotions, ses premiers emballements, face aux récits de Lord Dunsany par exemple. En ce sens ce recueil d’essais présente une dimension autobiographique bienvenue.

      Ecrire, pour Ursula Le Guin, c’est continuer « à inventer des mythes ». Inventer aussi des îles, des archipels, comme ceux de la trilogie de Terremer[3], quoiqu’ils naissent sans plan préparatoire, au dur et à mesure de l’écriture de nouvelles, puis des romans. Au fil des voyages d’un jeune magicien, nommé Ged, se dessine son itinéraire initiatique, parmi dragons, sorciers et « haute-prêtresse du temple des Innommables », donc son expérience créatrice, à l’image du Prospéro de La Tempête de Shakespeare. Ainsi l’auteure confie son processus de création, permettant à la fantasy, qui n’a pas d’âge et s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes qui n’ont pas perdu leur capacité d’imagination, d’effectuer un voyage psychique et moral. Car il s’agit d’affronter notre part d’ombre,  comme dans le conte d’Andersen[4] : « L’ombre est l’autre face de notre psyché, le frère sinistre de notre pensée consciente. C’est Caïn, Caliban, le monstre de Frankenstein, Mr Hyde », dit-elle. De même, la conscience des contraintes et de la philosophie du genre est-elle réelle chez notre auteure : « Presque toutes les grandes œuvres de la fantasy se construisent sur la base d’une dialectique morale très forte, le plus souvent sous la forme d’un combat entre les ténèbres et la lumière ». Mais ici le mal et le bien ont quelque chose d’inextricable. En dépit d’une « méfiance profondément puritaine par rapport à la fantasy », cette dernière « s’approche de la poésie, du mysticisme et de la folie, beaucoup plus que ne le fait la fiction naturaliste ». Le plaidoyer trouve sa justification et son acmé dans les qualités des aventures et des univers mis en œuvre par la romancière.

      L’on ne s’étonnera pas que notre auteure s’intéresse à « la situation déplorable des femmes » dans ce genre littéraire a priori masculin qu’est la science-fiction, où « le mâle alpha trône au sommet ». De même le statut social du peuple n’y dépasse guère celui de la masse, les autres planètes étant de plus le plus souvent des colonies à exploiter. L’autre culturel ou racial est un alien dangereux à éliminer, faute de ce qu’elle souhaite être un « idéalisme humain ». Certes, ces remarques datent de 1975, et les choses ont passablement évolué à cet égard, grâce à des œuvres d’importance, plus somptueusement complexes, comme Hypérion de Dan Simmons, ne serait-ce que parce que Meina Gladstone y est la « Présidente de l’Hégémonie[5] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Confiant au lecteur l’origine et les réseaux de son imagination, Ursula Le Guin avance, en citant Virginia Woolf : « je crois que tous les romans commencent par un personnage ». En effet, ils ne sont pas pour elle des espaces doctrinaux, des modules théoriques. C’est d’ailleurs ce qui rend si humain et si empathiques les romans de notre auteure. Quelque soit le monde dans lequel elle nous entraîne, elle s’écarte en cela de nombre d’œuvres science-fictionnelles où les personnages sont bien moins marquants que l’espace et les vaisseaux. Il y a pourtant de rares exceptions, comme dans Nous de Zamiatine[6], qu’elle sait remarquable, de par son héros qui tente d’échapper à sa destinée de numéro dans une société affreusement dystopique. Au-delà des stéréotypes et des archétypes, une petite « Madame Brown », venue de Virginia Woolf, doit pouvoir vivre en science-fiction. Jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une intelligence artificielle capable d’émotions ? Cependant, au secours d’un personnage qui traverse un espace et un temps science-fictionnel, rien ne remplace pour l’écrivain, qui doit l’animer en un temps et des espaces, une vaste culture, de vastes lectures, de Shelley à Wells, de Marx à Kropotkine, ce géographe russe et libertaire, tous auteurs qui sont le creuset de la créativité et de la cohérence de la romancière…

      Plus personnelle encore, Ursula Le Guin rapporte en confidence la visuelle impulsion qui accoucha de La Main gauche de la nuit : « deux petites figures, fort lointaines, perdues dans un immense désert de glace et de neige ». De là déboulèrent « tous les réagencements de la sexualité humaine, toutes les thématiques de trahisons, de solitude et de froid ». Deux titres nocturnes, romanesque et essayiste, se croisent…

      Nous rencontrons, en Ursula Le Guin, une rare praticienne et théoricienne de ces genres jumeaux et frères ennemis que sont la fantasy et la science-fiction. La première nait en ce pays des chevaliers et des elfes, dont les références originaires sont La Source au bout du monde de William Morris[7] et Le Seigneur des anneaux de Tolkien, aux personnages plus complexes qu’il n’y parait. La science-fiction embrasse Frankenstein de Mary Shelley[8], les robots de Karel Capek[9] et Philip K. Dick, dans une expansion bientôt intergalactique. Or notre romancière et essayiste sait penser son art aux deux ambitieuses plumes : « Le but de l’art n’est pas de se détacher complètement des émotions, des sensations, du corps, pour s’envoler dans l’éther de la pure signification, ni de se fermer à la pensée pour se vautrer dans une irrationalité et une amoralité insensées ». Elle est ainsi indubitablement une créatrice de mythologies modernes.

 

      Si nous lisons de la fantasy et de la science-fiction, c’est probablement parce que notre monde n’est pas satisfaisant, et qu’en d’autres mondes serait le meilleur ; à moins que cela soit par peur d’y voir les reflets du pire en de monstrueux mondes en lutte les uns contre les autres. Il n’en reste pas moins que chez Ursula Le Guin, la frontière est ténue, voire poreuse ente fantasy et science-fiction, tant, par exemple, les contes s’intercalent dans le récit, parmi les pages de La Main gauche de la nuit. Plutôt que de se complaire aux pays des elfes et des vaisseaux spatiaux, elle choisit avec brio de construire des modèles et des contre-modèles sociétaux qui s’inscrivent entre utopie et dystopie, interrogeant nos capacités, nos abîmes et nos avenirs politiques.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur La Vallée de l'éternel retour a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2020.


[3] Ursula Le Guin : Terremer. L’intégrale, Le Livre de poche, 2018.

[4] Andersen : « L’ombre », Contes, II, Club des Libraires de France, p 79-90, 1954.

[7] William Morris : La Source de la fin du monde, Aux Forges de Vulcain, 2016.

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 18:10

 

Vouillé, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Gary Shteyngart, clown super triste

du roman de science-fiction et de mœurs :

Super triste histoire d'amour,

Mémoires d’un bon à rien, Lake Success.

 

 

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour ;

Gary Shteynegart : Mémoires d'un bon à rien,

Gary Shteynegart : Lake Success,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques,

L’Olivier, 2012, 416 p, 24 € ; 2015, 400 p, 23,50 € ; 2020, 384 p, 24 €.

 

 

 

 

      Se rire de soi, du monde et de l’humanité, c’est non seulement le don accordé au satiriste, mais une capacité cultivée par l’aisance du romancier qui sait être grave en paraissant léger. Au croisement de la comédie romantique et de l’anti-utopie, Gary Shteyngart concocte une Super triste histoire d'amour, en même temps qu'un super triste roman d’anticipation satirique. Ce qui n'est pas si mal pour celui qui prétendit écrire ses Mémoires d’un bon à rien. Reste à devenir meilleur, ou pire, parmi les routes et les orages des Etats-Unis où, opposés aux heureux nantis, les gueux américains ne survivent aux saletés de la réalité que grâce à l’humour et l’amitié. Aussi les love story risquent bien d'être source de désillusions nombreuses et raffinées, lorsque l’on s’est mis à voguer sur le Lake Success d’un roman de mœurs à la croisée des fonds spéculatifs et du picaresque. De la Russie aux Etats-Unis, le romancier Gary Shteyngart fait flèche de tout bois : satire, science-fiction, roman de mœurs, tendresse paternelle...

 

      Dans une science-fiction semi-contemporaine, le règne du superficiel, du kitsch, de l’apparence et de l’argent tyrannique est sans partage. Là, ne peut que se dérouler une Super triste histoire d'amour. « Lenny Abramov, dernier lecteur sur terre »,  travaille pour une vaste entreprise « d’extension indéfinie de la vie », grâce à laquelle les richissimes clients exhibent de jeunes quatre-vingts ans. Il est un super commercial au pouvoir d’achat confortable, quoique sur le déclin. A la quarantaine, il voit son capital santé et séduction s’éroder, son cholestérol et ses hormones s’afficher dangereusement. Aussi l’on se demande quelles sont les chances de ce lover défraichi lorsqu’il tombe amoureux de la jeune asiatique Eunice Park, ex-enfant maltraitée.

      D’autant que l’on peut savoir tout ou presque grâce à « l’äppärät », sorte d’IPhone ultra sophistiqué nanti, entre autres, d’une « Emosonde » qui « détecte toute variation de la tension artérielle » et devient indispensable en termes de « baisabilité » : « ça lui indique à quel point tu veux te la faire. » Les nouvelles technologies, ludiques et invasives, trouvent ici leur parodie. Sinon leur inquiétante omniprésence, au point que plus grand-chose ne puisse rester privé. Sous le masque de la comédie sentimentale, érotique, animée par l’échange de longs messages sur « GlobAdos », pointe l’apologue politique. Quelle société nous réserve cet avenir si proche ? Nous sommes dans un New-York de puissants et de « Médiacrates » dont la prospérité est menacée par le Yuan chinois et les créances abyssales, dans une atmosphère de décadence où la lecture, l’amour et l’écriture d’un journal intime sont de la dernière ringardise, en une sorte d’écho à 1984 d’Orwell[1]. Aussi, le souhait de nombreux Américains, encadrés par un état policier, voire sanglant au moyen de « l’Autorité de Rétablissement de l’Américanité », est-il d’émigrer vers le Canada.

      Le vocabulaire de cette anticipation s’enrichit d’abréviations, d’images, de néologismes, souvent avec une inventivité et une vulgarité sans complexe aux effets hilarants. On surfe sur « CulLuxe » et porte sans barguigner un jean « MoulesEnFoules ». On croise une « Médiapute », écoute « CriseInfo » et prend pour pseudonyme « Languedepute ». A moins qu’il s’agisse d’un appauvrissement qui est déjà le nôtre. Ainsi le langage post-ado de la petite Eunice, qui ne peux lire ni comprendre ni Tchekhov ni Kundera, et ce monde qui pratique une forme clinquante de novlangue, sont à l’opposé de celui, cultivé, profond, du narrateur personnage inactuel. Comme échappé des talents d’émotion et d’analyse du roman russe, il se heurte à une Amérique qui ne sait, ni ne veut plus lire. Lui sait, en son « Cher journal », parler de « sourire amphibien, ce rictus sans qualités ». L’aboutissement de ce décalage des générations et des mentalités laissera évidemment à désirer. L’on se doute que Lenny et Eunice, qui lui rappelle à l’envie combien il est un préhistorique croulant, ne vieilliront pas ensemble…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La stylistique et la construction romanesque de Gary Shteyngart permettent de mettre en scène et de visualiser le gouffre qui s’ouvre entre la littérature digne de ce nom et le piètre et bruyant flot de paroles qui parcourt les médias de masse et la foule de l’humanité courante. De cet américain né en Russie, nous connaissions Absurdistan[2], traversée loufoque d’un Moyen Orient aux mafieux obèses. L’humour est cette fois doux-amer et la portée plus nettement convaincante. Son anti-héros (au nom si proche de l’Oblomov de Gontacharov[3], ce paresseux pathologique) qui ne joue guère le jeu de l’adaptation nécessaire, amoureux des livres et de l’amour, est un peu son alter ego. Malgré le peu de concision, la légèreté, peut-être inévitable en la demeure, du bavardage, la satire anti-utopique du jeunisme, de la frime et de l’incurie économique est à son comble. Dans un univers où la superficialité est érigée en dogme, l’écrivain ne peut qu’aiguiser avec succès les flèches de l’ironie.

      Nul doute que Gary Shteyngart (né en 1972) ait pensé aux mémoires de Vladimir Nabokov intitulées Autres rivages[4]. Un « torrent nabokovien de souvenirs » l’entraîne en effet. Tous deux ont quitté, à presque un siècle de distance, la Russie soviétique pour les Etats-Unis, mais aux prestigieuses pages de son illustre devancier, celui qui s’appelait Igor Shteyngart a préféré en toute modestie ces Mémoires d’un bon à rien.

      Attendons-nous alors à un festival d’autodérision. À cet égard le lecteur n’est en rien déçu. Que faire de soi lorsque l’on nait prématuré et à moitié étouffé, que l’on souffre d’une enfance d’asthmatique, alors que son père aimant et déçu le traite de « morveux » ? Que faire de sa jeunesse lorsque les petites amies sont le plus souvent inatteignables, sinon se moquer allègrement de ses tares, en étudiant, au désespoir de la volonté parentale, l’écriture, en souhaitant être écrivain, pour faire pleurer en riant ses lecteurs préférés… Car, malgré son passage par « un enclos pour matheux multinationaux », il ne sait « rien faire », hors écrire, ou partir en quête d’une fille qui l’aime, osciller entre une sexualité pathétique ou grand-guignolesque.

      La satire de l’Union soviétique, corsetée dans sa petitesse idéologique, sa pénurie, côtoie une plus tendre satire, celle des mères juives, ainsi qu’un tableau burlesque de l’Amérique, en particulier universitaire. Reste que l’intérêt, plus profond et plus moral qu’il n’y paraît, de cette autobiographie est d’être également un vaste roman d’apprentissage, biaisé par une ironique distanciation, jusqu’à ce que son auteur éprouve les joies de la publication, avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes[5], autre « récit infidèle ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une fois de plus, l’adage selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur ne sera guère démenti, quoique avec modération, parmi les pages de Lake Success. Or la richesse du New-Yorkais Barry Cohen est indubitable, puisqu’à la tête d’un fonds spéculatif de plus de deux milliards de dollars, ainsi que d’une collection de montres précieuses qui lui procurent un réel sentiment de sérénité. Sauf que sa ravissante épouse, Seema, a mis au monde un enfant sévèrement autiste, prénommé Sheeva, qui pousse des cris dignes « d’un massacre villageois qui aurait eu lieu plusieurs siècles avant dans son histoire génétique ». Difficile pour le couple de ne pas se déchirer. Au point insupportable que Barry Cohen décide de prendre la poudre d’escampette. Fuir non seulement son ménage, mais New-York, et sa profession financière, d’autant plus qu’une enquête de la Commission boursière lui tombe sur le râble ! Où aller, sinon à l’autre bout des Etats-Unis, sinon dans un passé fantasmé où il retrouverait Layla, son premier amour ?

      Comme dans la tradition de l'épopée vers l'Ouest américain, la traversée parodique est d’abord une sorte d’ascèse. Abandonnant les vols transcontinentaux, il choisit les bus pour rejoindre le Nouveau-Mexique : « Barry s’était libéré du sombre carcan de sa propre existence ». L’on devine que les rencontres et les aventures seront peu luxueuses, et l’occasion d’avanies peu reluisantes. Une autre Amérique que celles gratte-ciels de luxe lui saute au visage, donnant lieu à des scènes pitoyables, burlesques, tendres et sordides, parmi les gares routières où « les toilettes puaient le détergent, mais puaient aussi la liberté », parmi les bus Greyhound et leur promiscuité, parmi les ivrognes et les rixes, là où s’agite toute une population picaresque, agressif vendeur de crack ou voyageur de hasard. Ce qui permet une sorte de reportage urbain, une prise de conscience de l’état de l’Amérique à tous les étages sociaux et parmi nombre de ses espaces géographiques, alors que Barry visite ses souvenirs, comme lorsqu’il retrouve la famille de Layla ou un riche ami à Atlanta. À moins qu’il vive une belle nuit d’amour avec la jeune et noire Brooklyn, qu’il se trouve à interroger sa lointaine judéité, lors d’un chemin initiatique. Et rejoigne enfin le Texas et Layla, divorcée, avec un enfant qui est tout le contraire de son fils : surdoué, passionné de trains et de cartes qu’il dessine avec brio. Cependant le havre de tendre amour rêvé doit être lâché. La quête devient une fuite, qui s’achèvera devant la justice. Et malgré l’élection de Donald Trump[6] (évidemment évoquée d’une manière  partisane), le happy end est peut-être au bout du retour, à moins d’un triste coup de théâtre. Notre anti-héros se réalisera-t-il en devenant écrivain racontant son odyssée, comme un double de son auteur, ou en étendant sa collection de montres au point qu’elle habite un « Montrarium » ? Qui sait si son fils Shiva deviendra son « Lake Success »…

      Du point de vue narratif, un va et vient s’organise de scène et scène entre des bribes du passé récent et les péripéties du voyage inter-Etats. L’antithèse est frappante entre deux mondes et des classes sociales radicalement étrangères, bien que dans le même pays : « la dignité du prolétariat et des classes moyennes » est au bout de la découverte. Ce qui permet au lecteur d’éprouver une réelle empathie pour les personnages, au premier chef desquels, malgré sa fatuité et son éthique financière discutable, Barry, dont le prénom, à moins de deux lettres près, est si proche de son auteur. Autre va et vient, entre Barry et son épouse Seema, qui ne dédaigne pas l’écrivain guatémaltèque, quoiqu’elle soit enceinte d’un deuxième enfant. Même si cette tranche de vie est peut-être moins palpitante pour le lecteur, elle n’en fait pas moins partie du roman de mœurs et de l’emprise de la satire. Il n’empêche que lorsqu’il est question du « taux de HYPMS » des écoles maternelles, c’est-à-dire de leurs futurs étudiants à Harvard, Yale, Princeton… l’on se demande s’il faut en rire ou pleurer !

      L’écriture de Gary Shteyngart ne manque ni de piquant, ni d’émotion. C’est devant une Vierge à l’enfant de Titien, à Venise, que Seema prend réellement conscience que son enfant ne l’avait jamais regardé dans les yeux. Une scène avec un écrivain, un « Tolstoï guatémaltèque », qui prend mentalement des notes sur son riche invité, peut se lire comme une mise en abyme dans laquelle notre auteur offre le reflet de sa démarche. De même pour les retours en arrière sur le « cours d’écriture créative » que suivait Barry en produisant une nouvelle qui lui tenait à cœur au point d’en pleurer. Même si le roman s’essouffle un peu à mi-parcours, c’est bientôt le roman de l’amour paternel qui se déploie, d’accidents en joies successives.

 

      Le moins que l’on puisse dire est que Gary Shteyngart est un inventif romancier, qui, de surcroît, a la capacité pas si courante de se renouveler de livre en livre, malgré un manque de concision parfois dommageable qui n’émousse qu’à peine les vertus de la satire et de la tendresse. N'est-ce pas un grand talent pour un bon à rien que de taquiner les ressources autobiographiques, que de savoir nous faire pleurer et rire avec ses piètres et super histoires, d'enfance et de formation, de petite sexualité et de grand amour, flirtant avec les plus pauvres et la richesse la plus dorée... Et d’en récolter un lac de succès !

Thierry Guinhut

Les parties sur Super triste histoire d'amour et Mémoires d’un bon à rien

ont été publiées dans Le Matricule des Anges, mai 2012 et mai 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Gary Shteyngart : Absurdistan, L’Olivier, 2008.

[3] I. A. Gontcharov : Oblomov, Le Club Français du Livre, 1959.

[4] Vladimir Nabokov : Autres rivages, Œuvres romanesques, T II, La Pléiade, Gallimard, 2010.

[5] Gary Shteyngart : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes, L’Olivier, 2005.

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 10:16

 

Charles-Théodore Perron : Portrait de Béhanzin, roi du Bénin, bronze, 1899.

Musée Sainte-Croix, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du péché de la couleur

 

à l’amour-propre de l’artiste :

 

John Edgar Wideman, Claudia Rankine,

 

Toni Morrison.

 

 

 

John Edgar Wideman : Mémoires d’Amérique,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard-Mas, Gallimard, 272 p, 21 €.

 

Claudia Rankine : Citizen. Ballade américaine,

raduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maïtreyi et Nicolas Pesquès, L’Olivier, 192 p, 21 €.

 

Toni Morrison : L’Origine des autres,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 96 p, 13 €.

 

Toni Morrison : La Source de l’amour-propre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 432 p, 23 €.

 

 

 

 

      Il n’y pas de péché originel, à moins qu’il s’agisse de la violence indue. Dont l’une des plus abjectes et ridicules s’attache à punir la couleur de la peau. En une vingtaine de nouvelles, John Edgar Wideman griffe de sang noir ses Mémoires d’Amérique, alors que ce sont essais et conférences que Toni Morrison choisit pour balayer les arguments du racisme, de L’Origine des autres à La Source de l’amour-propre. La combativité de ces deux écrivains trouve sa source dans un immense humanisme que nous partageons : en espérant que « l’obsession de la couleur » soit bientôt ramenée à ce qu’elle mérite : le mépris et l’oubli.

 

      Hélas, le treizième amendement à la Constitution américaine, qui abolit l’esclavage en 1865, ne permit pas à lui seul d’assurer l’égalité et la liberté à tous ses citoyens. Ségrégation, exploitation mirent plus d’un siècle à s’effacer, si tant est qu’aujourd’hui cela soit réellement le cas. C’est pourquoi, en ses Mémoires d’Amérique, John Edgar Wideman use du dialogue philosophique, certes onirique, entre deux grandes figures historiques, John Brown, militant anti-esclavagiste, et Frederick Douglass, abolitionniste, dans son « JB & FD ». Ce dernier est un orateur « capable de mener son peuple, tous les peuples, hors des chaînes de l’esclavage », alors que « Brown pressent la victoire d’esclaves de couleurs armés de bâtons et de pierres face aux canons ». De plus Douglass (dont le profil orne la couverture française) n’hésite pas à « proclamer le droit que Dieu accorde à chaque femme, tout comme lui, de jouir de tous les Droits de l’Homme », mais avant de s’abattre, mort.

      Plus discret est le dialogue entre un frère et une sœur, cependant chargé par la tragédie : pourquoi leur père a-t-il tué un homme ? « Un bon copain de mon père », témoigne le narrateur dans « Cartes et registres ». C’est ainsi qu’il « examine [son] empire. La cartographie. Couche son passé dans des registres ». Culpabilité, convulsions sociales, « hurlement » et « encore des larmes »…

      Tout est prétexte à « matière noire », que ce soient les conversations de bric et de broc, « la forme du monde », la femme enceinte, le suicide du haut d’un pont et, de toute évidence, une liste inévitable : « Mes morts ». Les méditations sur le mode du monologue intérieur quittent le terrain polémique du racisme, non sans alimenter une mémoire à la fois personnelle et américaine. Les souvenirs remontent, comme des élégies adressées à Madame Cosa, « prof de CM2 », avec « ses lunettes œil-de-chat », alors qu’il s’agit maintenant pour l’écrivain de savoir « enseigner l’écriture ». Comme pour réussir un « Collage », censé sauver la vie du peintre Jean-Michel Basquiat.

      À l’instar de nombre de ses romans, en particulier L’Incendie de Philadelphie, ou Le Rocking-chair qui bat la mesure[1], John Edgar Wideman (né en 1941 à Washington) use d’une écriture intense, jazzée, au service de la fibre engagée. Toutefois ces Mémoires d’Amérique sont-elles, comme l’annonce la couverture, réellement des nouvelles ? Ou plutôt le fil d’une vingtaine d’essais, de proses poétiques, de pages de journaux intimes, tous bouleversants, destinés, selon l’ultime phrase désabusée de ce recueil, à « racheter le péché de la couleur ».

 

 

      Si John Edgar Wideman frôle le poème en prose, Claudia Rankine (née en 1963 à La Jamaïque) en joue avec autant de vigueur que de liberté. Son livre est un objet météorique : illustré de photographies couleur, tagué de phrases rageuses et lyriques, il s’est étonnamment vendu à plus de 200 000 exemplaires aux Etats-Unis. Parce que voici une méthode inattendue, originale, de dénoncer la pléthore d’agressions racistes. Citizen est une Ballade au sens poétique du terme, comme celle « des pendus » de François Villon, et une balade au sens ironique du terme dans les rues américaines où être une personne de couleur expose au risque d’être victime de violences, verbales, policières, physiques. Quand « le moment pue », le livre agglutine reportages (sur Serena Williams et le monde du tennis), récits, coupures de presse et d’écrans, choses vues et entendues, impressions intimes, au service du malaise inhumain et du pamphlet politique : « tu te souviens qu’un ami t’a dit un jour qu’il existe un terme médical - le John Henryisme - pour désigner les personnes sujettes au stress dû aux agressions racistes ». Souvenirs de lynchages, passages à tabac, remarques biaisées, « la pire blessure est de sentir que tu ne t’appartiens pas ».  Même si l’intensité de l’objet littéraire reste à démontrer, au-delà de la vague d’indignation qui porte une telle cause, saluons cette technique du collage, vocal et visuel qui lui donne une saveur roborative. Comme quoi, dans la tradition du Français Agrippa d’Aubigné et du Russe Joseph Brodsky, la poésie engagée a de beaux jours devant elle, là où « les mots agissent comme une libération ».

 

 

      Judicieusement, Toni Morrison propose d’éliminer le mot « racisme » du vocabulaire, tant les races humaines n’existent pas (quoiqu’un Gobineau ou un Nietzsche entendent les races au sens des cultures), pour y substituer le « colorisme ». Parce qu’au-delà de ces romans, comme Beloved ou Délivrances, elle sait être une essayiste persuasive et rigoureuse. L’Origine des autres réunit six conférences, prononcées à l’Université d’Harvard, en 2016, à une époque où la brutalité policière ne manquait guère de toucher avec trop de gourmandise la population noire. Aux Etats-Unis en effet règne encore trop ce que la préfacière, plus militante que nuancée, Ta-Nehisi Coates, appelle « la politique identitaire du racisme ». Nous lui objecterons que malgré « la nature indélébile du racisme blanc », il en est de même du côté noir.

      Ce que confirme un souvenir d’enfance de Toni Morrison, dont l’arrière-grand-mère, considérée comme « le chef, sage, incontestable et majestueux de la famille », prononça, en voyant ses petites filles, ces mots terribles : « Ces petites ont été trafiquées ». Ce qui bien plus tard amène la romancière à comprendre : « Mon arrière-grand-mère étant noire comme du goudron, ma mère savait précisément ce qu’elle voulait dire : nous ses enfants, et par conséquent notre famille immédiate, nous étions souillées, non pures ». L’anecdote est capitale.

      Il est logique de dénoncer les thèses eugénistes, par exemple celles du Docteur Cartwright, en 1851 : « Le sang noir distribué au cerveau enchaîne l’esprit à l’ignorance, à la superstition et à la barbarie ». Eût-on cru une telle crétinerie possible ? Mais aussi de dénoncer un autre versant de l’argumentaire, qui consiste à « embellir l’esclavage », tel qu’il fut décrit dans un lénifiant roman d’Harriet Bercher Stowe, La Case de l’oncle Tom, paru en 1852 à Boston, et affligé de bien des stéréotypes, tels que la nature servile des nègres. Sauf qu’ici Toni Morrison est fort injuste, oubliant combien ce roman à succès attira la pitié des lecteurs blancs et contribua de beaucoup à l’éclosion de la cause abolitionnisme, à la défense des esclaves fugitifs et à la guerre de Sécession.

      Cependant « l’origine des autres » est très vite un ressenti injustement discriminant qui vise à nier à autrui son statut de personne ». Les écrivains les plus honorés ne sont pas forcément indemnes de clichés à cet égard, tels Hemingway peu amène envers l’individualité des gens de couleur en son roman viriloïde En avoir ou pas et Faulkner hanté par « l’inceste et le métissage », dans Absalon, Absalon ! C’est « l’horreur d’une unique goutte mystique de sang noir » qui assied la « supériorité blanche innée ». Voire conduit au lynchage, jusqu’au cœur du XX° siècle, ce dont notre conférencière donne une liste non exhaustive, parmi les Etats du Sud, dans ses « Configurations de la noirceur ». Souvenons-nous également que le Code pénal de 1847 interdisait à quiconque de réunir « des esclaves ou des nègres libres dans le but de leur apprendre à lire ou à écrire », que celui de Birmingham de 1944 ordonnait la ségrégation en refusant les jeux de cartes, de domino, de dames, s’ils étaient mixtes…

      À la lecture de ces conférences résolument engagées, dans lesquelles les références  aux romans de l’auteure sont récurrentes, de façon à expliquer et justifier son travail, à mi-chemin de l’Histoire et des histoires humaines où la couleur ne peut s’effacer, l’on balancera entre l’admiration envers un combat nécessaire, stimulant, humaniste enfin, et un soupçon d’agacement à l’occasion d’une systématisation parfois trop sensible : celle d’une conscience qui risquerait, en traquant avec vigueur les traces du pouvoir blanc, de laisser les coudées franches à un pouvoir noir, quoique cela ne soit probablement pas ce que Toni Morrison, née en 1931 et décédée en 2019, aurait voulu. N’a-t-elle pas imaginé dans Paradis[2] une dystopie de la pureté noire ?

      Il n’est pas difficile d’imaginer que Toni Morrison plaide pour résister « aux pressions qui peuvent nous faire nous raccrocher frénétiquement à notre propre culture, à notre propre langue, tout en rejetant celles d’autrui […] et résister à mort au caractère universel de l’humanité ». Elle aurait notre pleine et entière approbation s’il n’était pas nécessaire, au nom de cette dimension universelle, de résister à une culture religieuse qui fait profession de rejeter et d’éradiquer toutes celles qui ne sont pas la sienne. Rappelons le paradoxe de la tolérance selon Karl Popper : « Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l'impact de l'intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui[3] ».

 

 

      Plus divers et plus copieux est La Source de l’amour-propre, puisqu’il agglutine une quarantaine d’« essais choisis, discours et méditations », venus de plusieurs décennies, entre 1976 et 2011, quoiqu’ils ne soient pas classés par ordre chronologique. Mais en trois grandes parties, qui se veulent ascendantes : « La patrie de l’étranger », où elle montre la parenté du racisme et du fascisme, puis « Black Matter(s) où rôde « la construction de la noirceur et de la servitude », enfin « Le langage de Dieu », où s’invite « une foi stimulante » dans le paradis, qu’il soit religieux ou littéraire, chez Dante et Milton, autant que dans le roman de notre auteure intitulé Paradis, contant l’assassinat d’une communauté de femmes par des hommes noirs au point de suspecter toute peau trop claire. Chacun de ces textes s’adressait à des publics précis : étudiants diplômés, comités d' Amnesty International, associations de journalistes, visiteurs du Louvre ou de l'America's Black Holocaust Museum de Milwaukee… Ce qui n’empêche en rien qu’ils parlent à l’oreille de tout lecteur un tant soit peu sensible aux humanités politiques. Même si la dimension circonstancielle de certains textes ne contribue pas à leur force, ce dont témoigne une page sur « Les morts du 11 septembre ».

      Evidemment l’apport culturel des Afro-Américains, les tiraillements sociaux et raciaux sont abordés ; mais sans empêcher que la dynamique de l’imagination littéraire, que le pouvoir de l’artiste irrigue en ces pages nos sociétés. Car la nécessité de l’artiste est dès l’abord affirmée haut et clair : « La répression historique des écrivains est le tout premier signe avant-coureur de la privation régulière d’autres droits et libertés qui s’ensuivra ». Outre l’interdiction, l’incarcération et la mort, il faut craindre la « peur paralysante […] l’effacement d’autres voix, des romans non-écrits, des poèmes chuchotés […] des questions d’essayistes bravant l’autorité et qui ne seraient jamais posées ». Qu’il s’agisse de censure, d’autodafé[4] ou de doxa morale[5], l’œuvre ne s’écrit que pour ne pas être éditée, ni lue, voire ne s’ose même plus s’écrire. Saluons alors en Toni Morrison une défenderesse de la liberté d’expression.

      En une sorte de melting-pot intellectuel, l’on croise l’élan du jazz, la littérature afro-américaine, si tant est que l’on puisse en faire une catégorie séparée, la condition des femmes noires, radiographiée dans « Femmes, race et mémoire ». Mais un fil d’or relie secrètement toutes ces raisonnements : l’art, d’être et d’écrire. Car c’est au service de l’émotion qu’elle écrit, celle qui réprouve au premier chef les injustices. Par exemple lorsque sa lecture de « Cendrillon » lui permet de réprouver la contre-éducation que reçoivent ses demi-sœurs, entraînées par leur mère à mépriser et opprimer la jeune fille. La chaîne de la tyrannie domestique et politique pourrait-elle se briser ? Ou lorsqu’il faut se demander quelle est la légitimité de « l’amour-propre d’une esclave », celle de Beloved qui tue ses propres enfants pour leur épargner l’abomination de l’esclavage ». Il n’en reste pas moins qu’au-delà de l’émotion, de la persuasion donc, il s’agit de parvenir à la juste conviction : « Nous passons des données aux informations, puis aux connaissances, puis à la sagesse. Séparer les unes des autres, savoir distinguer entre elles et parmi elles, c’est-à-dire connaître les limites et le danger de l’exercice des unes sans les autres tout en respectant chaque catégorie d’intelligence, voilà ce dont il est généralement question dans une éducation sérieuse ». Soit une éducation libérale[6].

 

 

      Certes l’afflux de concepts pas toujours limpides pénalise un peu ce recueil. Ainsi l’on abuse de « mondialisme », « suprématisme », « africanisme », somme toute une revendication identitaire passablement creuse et vaniteuse. Peut-être est-ce dû, sinon à la traductrice, à la nature circonstancielle de nombre de ces textes, qui, bien que réunis du vivant de l’écrivaine, ne font pas un essai réellement construit. Être une propagandiste dans le meilleur sens du terme ne fait pas une philosophe. Parler de « la civilisation noire qui fonctionne à l’intérieur de la blanche », ne rend pas service à la cause de l’antiracisme, qui devient d’ailleurs un racisme inversé, d’autant que les notions sont aussi pâteuses que ridicules, fermant la pensée à toute analyse digne de ce nom, les choses étant bien plus complexes, et certainement pas réductibles à de telles clôtures.

      Toutefois il y a bien à revoir dans les catégorisations venues du monde blanc : « À une ou deux exceptions près, l’Afrique littéraire était un terrain de jeux inépuisable pour touristes et étrangers. Dans les œuvres de Joseph Conrad, de Karen Blixen, de Saul Bellow et d’Ernest Hemingway, qu’ils aient été imprégnés d’idées occidentales classiques d’une Afrique plongée dans l’ignorance ou qu’ils les aient combattues, les protagonistes trouvaient le continent aussi vide que le plateau pour la quête : un récipient attendant toutes les petites pièces de cuivre ou d’argent que l’imagination était contente d’y déposer ». Cependant s’intéresser aux écrivains noir-américains, par exemple James Baldwin, auquel elle consacre un « éloge funèbre », ne signifie pas qu’il faille les lire selon le seul colorisme. Dans la bibliothèque, ils ne revendiquent pas leur dos noirs opposés aux dos blancs. Si l’on veut bien « permettre au corps noir de participer au corps culturel dominant sans lui faire d’ombre », s’il s’agit de prendre en compte « la présence afroaméricaine dans la littérature américaine », sans « massacre, ni réification » sans se limiter à un universel occidental, il reste à souhaiter de pouvoir lire, hors des livres engagés sur ces questions colorées et encore nécessaires, sans pouvoir se voir jeter à la tête la couleur de l’auteur, sans pouvoir même la deviner. Aussi faut-il apprécier à sa juste valeur une telle profession de foi : Je voulais sculpter un monde à la fois spécifique à une culture et « sans race » », écrit l’auteure de L’Oeil le plus bleu.

      En ce sens, L’Origine des autres est peut-être plus rigoureux, à moins de revenir à son Discours de Stockholm[7], lorsqu’elle fut en 1993 récipiendaire du Prix Nobel de littérature. Là elle louait le pouvoir du conte, blâmait « le langage sexiste, le langage raciste, le langage théiste » (quoique sur ce dernier point c’est oublier la dimension philosophique et charitable de certaines religions, en particulier le Judaïsme et le Christianisme). Là elle affirmait avec une fine pertinence : « nous faisons le langage, c’est peut-être la mesure de nos vies ». Ce qu’il est permis de compléter en revenant à une page de La Source de l’amour-propre : « Je suis écrivain et ma foi dans le monde de l’art est intense, mais non irrationnelle et naïve. L’art nous invite à faire un voyage au-delà du prix, au-delà des coûts, pour témoigner du monde tel qu’il est et tel qu’il devrait être. L’art nous invite à reconnaître la beauté et à la faire naître des circonstances les plus tragiques ».

      L’une des grandes forces de l’essayiste est d’en appeler à la responsabilité individuelle : « Ce ne sont pas vos parents qui vous ont rêvés : c'est vous. Je ne fais que vous inciter à poursuivre le rêve que vous avez commencé. Car rêver n'est pas irresponsable : c'est une activité humaine de premier ordre. Ce n'est pas du divertissement : c'est du travail ». Rêver avec la plume de la conscience, avec la langue de l’oratrice, dont les mots ont indubitablement une réalité politique que l’on espère agissante. Le pouvoir sur un monde apaisé est au bout du langage.

 

 

      Alors que John Edgar Wideman use de l’écriture pour bâtir et questionner les stratifications de la mémoire, en un sens personnel, intime, qui cependant dévoile le creuset historique et tragique des Etats-Unis d’Amérique, c’est sans emphase ni cuistrerie que Toni Morrison, dont l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation fait la chair de ses romans, emprunte la posture morale du sage. Ecrire est une responsabilité, qu’elle n’assume pas à la légère. Il s’agit pour elle de vaincre les démons du racisme, plus précisément, redisons-le, du colorisme, et d’une ignorance noire, qui n’a pas la couleur noble de la peau. La connaissance du monde et l’amour des autres sont pour elle des destinations éthiques, dans la tradition des Lumières. Sauf si l’on fait de celle que Barack Obama qualifia de « trésor national » une icône au point que les Universités l’enseignent à toutes les sauces, (« on vous enseigne dans vingt-trois cours distincts de ce campus »), en une sorte de lecture politique obligée, ce qui ferait paradoxalement d’une ouverture culturelle une source de fermeture culturelle à tant d’autres champs d’investigation. Soit, encore une fois, la nécessité d’une éducation libérale.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Toni Morrison : Paradis, Christian Bourgois, 1998.

[3] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, t I, Seuil, 2011, p 222.

[7] Toni Morrison : Discours de Stockholm, Christian Bourgois, 1994.

 

Harriet Bercher Stowe, La Case de l’oncle Tom, Club Français du Livre, 1960.
Photo : T. Guinhut.

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 15:59

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Objectivisme et finitude,

 

ou la poésie de William Carlos Williams,

 

E. E. Cummings, George Oppen, Ron Padgett.

 

 

 

William Carlos Williams : Paterson,

traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2005, 272 p, 20 €.

 

Edward Estlin Cummings : Poèmes choisis, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Robert Davreu, José Corti, 2004, 272 p, 20 €.

 

George Oppen : Poésie complètes, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2011, 352 p, 23 €.

 

George Oppen : Poèmes retrouvés, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2019, 160 p, 19 €.

 

Ron Padgett : On ne sait jamais, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Claire Guillot, Joca seria, 2012, 112 p, 15 €.

 

 

 

      Comment conduire les mots vers les choses ? Et les choses vers les mots ? Les poètes objectivistes américains ont résolu ces interrogations à leur manière audacieuse et moderniste. Quoiqu’ils prétendent également à la réalité des choses indépendamment du regard, l’on ne confondra pas l'objectivisme philosophique développée par Ayn Rand[1] qui couvre les domaines de l'épistémologie, de la métaphysique, de l'éthique, de la politique et de l’esthétique, avec l’objectivisme poétique qui se veut une forme d'effacement du poète derrière des créations ayant pour ambition de donner accès objectivement au réel, tout en se démarquant du lyrisme. Les maîtres fondateurs, à la suite de l’imagisme d’Ezra Pound[2] (du moins avant les Cantos) sont, outre Louis Zukofski et Charles Reznikoff, William Carlos William, qui lança le mouvement à New-York en 1931, et dont Paterson est l’œuvre iconique. Parmi eux, si l’on excepte Edward Estlin Cummings qui fait un peu cavalier seul, George Oppen est loin d’être un épigone. Sans compter le plus récent Ron Padgett qui fréquente le sillage de l’objectivisme en interrogeant la finitude.

 

      Plutôt que l’épopée homérique, William Carlos Williams (1883-1963) a choisi celle d’une ville. Comme d’autres écrivent leur Grand Roman Américain[3], il écrit son Grand Poème Américain, près d’un siècle après le romantisme de Whitman[4], soit entre 1946 et 1958. Il a hérité sa méthode des peintres cubistes et du romancier John Dos Passos, dont l’esthétique du collage a nourri sa poétique ; mais aussi de l’influence de James Joyce qui mit sa ville en scène dans Ulysse. Ce médecin des corps fut également l’Orphée de la ville du New-Jersey à laquelle Paterson emprunte son titre. Le vaste poème, en six livres, coule comme le fleuve Passaic, dont il fait sa métaphore : « esprit / dans lequel des chutes invisibles / tombent et s’élèvent / et croulent encore ». Comme lui, il charrie vers brisés et proses enchâssées, images triviales et portraits, paysage urbain et coupures de presse, lettres privées (dont du jeune Allen Ginsberg) et rapport géologique, tout au service du portrait kaléidoscopique de sa ville, dont microcosme est le reflet du macrocosme.

      Les parties versifiées, de mètres différents, entrechoquent des scènes vues et des images glanées parmi la multiplicité de la ville. Au contraire d’une Enéide ancienne, cette épopée n’a pas de héros, mais des dizaines de figurants : « elle était habillée en homme / comme pour nous envoyer au diable ». Sans dieu ni transcendance, sa « seule vérité » se dispose sous nos yeux, avec le secours du langage, comme « une bouillie de coquilles - retrouvée dans un vieux pré dont l’histoire - dont l’histoire incomplète est celle de la mort ». Ce qui n’empêche qu’au milieu de la trivialité urbaine jaillisse la beauté : « Où réside la beauté / entre ces arbres ? / Est-elle parmi ces chiens que leurs maîtres / conduisent ici pour faire sécher leurs pelages ? » Ou encore : « Beauté, ta / belle vulgarité / dépasse toutes leurs perfections ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ses prénoms, Edward Estlin, furent abrégé en E. E. Cummings (1894-1962), comme il aimait bien casser les mots, les vers et la ponctuation, qu’elle soit noire ou blanche. Il fit un succès en publiant en 1922 L’Enorme chambrée, chronique de son incarcération en France pour pacifisme et suspicion d’espionnage. Cependant il eut bien du mal à publier et à faire apprécier ses poèmes modernistes, comme Tulipes et cheminées, puis &, avant d’accéder à la reconnaissance. S’il aime des formes plus traditionnelles comme l’acrostiche et le sonnet (l’un fait superbement parler « la Renommée » en faveur de John Keats), il jongle avec humour dans le fatras des vers et d’une syntaxe bousculés, voire en explosant les mots avec des silences ; l’on devine que le traducteur, Robert Davreu, s’est joliment coltiné le défi. En ce recueil, intitulé Poèmes choisis, à peu de choses près fidèle au Selected poems concocté par Cummings en personne, et en dépit du modernisme, il y a quelque chose d’orphique. Voilà un poète qui fait chanter le monde dans toute sa diversité, dans tout le bric-à-brac de l’univers, jusqu’à ne pas dédaigner une érotique écriture[5]. Ce sont la trivialité du quotidien et du destin, avec « deux milliards de poux du pubis dans un seul falzar (qui était mort) », ou les « Memorabilia » de Histoire et de l’art : « écoute Venise : incline la tienne oreille : vous verrerie de Murano ». Il n’hésite pas à chanter l’amour, les anges et les démons avec facétie. Et de tout cela, il ressort une utile exhortation : « Produisez vos fleurs et machineries : sculpture et prose ». D’où il ressort également que son flirt avec l’objectivisme n’oublie en rien le lyrisme : « les ombres sont des substances et les ailes sont des oiseaux ; / les au-dessous du rêve risquent les vérités des cieux »…

      Cependant, si l’on peut associer E. E. Cummings - qui, notons-le, revint d’un voyage en URSS farouchement anticommuniste -, à cet imagisme poundien qui rejetait le romantisme victorien pour privilégier la chose et l’image, sa parenté avec l’objectivisme est plus ténue, ne serait-ce que parce qu’il privilégie la sensation aux dépens des choses, alors que des auteurs comme William Carlos Williams, Louis Zukofsky, Charles Reznikoff et George Oppen en sont les acteurs privilégiés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le lyrisme est-il soluble dans les choses ? George Oppen fait en effet partie de ces poètes qui, loin d’étaler la gluance de leur sentimentalité, privilégient le regard sur le monde qui nous entoure, sur ses espaces, ses objets. Fort heureusement son objectivité de principe ne l’empêche pas, au contraire, de permettre une fragile émotion de la lyre.

      Entre 1908 et 1984, il eut une existence errante. Ce demi New-yorkais et Californien s’installe à Toulon en 1930, s’engage dans l’armée américaine en 1942 pour être grièvement blessé dans les Ardennes, est malgré cela poursuivi par le maccartisme au point de devoir s’exiler au Mexique avant de revenir aux Etats-Unis en 1962 pour engager la seconde partie de son œuvre, ramassée, précautionneuse. Sa discrétion est légendaire, sur son intimité, son fidèle sentiment pour sa femme Mary (sans le dire, il lui dédie « Les formes de l’amour »), sur son engagement communiste au cours duquel il s’obligea à un silence littéraire de vingt-cinq ans. Comme si, considérant la poésie indigne d’être prostituée à un militantisme politique, il savait quelque part son erreur : comme la Cité de Platon, l’impérialisme idéal du communisme préférait envoyer les poètes au goulag, comme le fit l’Union Soviétique de Joseph Brodsky pour « parasitisme social ».

      Fort heureusement, George Oppen s’est remis de sa mutité - au point de recevoir le Prix Pulitzer lors D’Etre en multitude - pour parler de nouveau en ses vers sans emphase de notre quotidien, des sensations modestes et radieuses, d’intenses vibrations au contact du monde, comme autant de haïku : « J’ai vu griffonnés à la craie les mots : Pose ta main sur ton cœur / Et plus loin, d’une autre écriture : / Joli Petit Cul / Et ce sont ceux qui tombent amoureux du monde / Qui vivent dans les affres de la mortalité. » Ainsi, ce sont bien les choses vues, les graffitis urbains, des images authentiquement photographiques, y compris à priori antipoétiques, l’affut sur une réalité triviale et contemporaine, qui fondent la partie réaliste de l’objectivisme.

      Si le lyrisme est le débondage parfois incontrôlé du sentiment personnel, George Oppen reste farouchement anti-lyrique. Mais s’il est révélation de son émotion, c’est  jusqu’à l’enthousiasme, quoique sans Dieu, à moins des « anges » des vitraux de Chartres, ou de « Qui, sinon la Déesse ? ». Car, devant ce que nous proposent « En ces temps disgracieux », la terre et ses habitants, il est cet émerveillement qui jaillit de l’interstice entre le regard et les objets. De cette façon notre Américain est un grand lyrique, d’autant plus que retenu, elliptique. Toujours il écrit non sans l’explosion modeste d’une interrogation métaphysique, d’une joie absolue, d’une légère plainte élégiaque, en peu de mots. Il sait trouver parmi « l’ordure », les « taudis » ces petits détails de vie qui sont tous chargés en quelque sorte de sauver le monde : c’est « la chaleur secrète de la ville », en un echo du Paterson de William Carlos Williams. À travers « la vitre du monde », se confirme son attachement aux sens, en particulier la vue, cette vision fureteuse et épiphanique qui innerve son écriture. C’est aussi « La beauté du silence », que l’on perçoit jusque dans les blancs entre ses vers. Le sens de la poésie est évidemment, chez un poète de cette envergure, sans cesse interrogé à travers « Cinq poèmes sur la poésie », ou : « Que nos mutations pourraient-elles apporter / A la chair sinon la fête ancienne du vers ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si l’on croyait tout connaître de l’œuvre, au demeurant assez mince, de George Oppen, nous voici agréablement détrompés. La redécouverte, en 2017, d’un ensemble de 21 Poems, endormi parmi les archives d’Ezra Pound, et sous ce titre publiés par New Direction, permet aux éditions Joé Corti de compléter le diptyque avec ces poèmes de jeunesse auxquels on adjoint quelque bribes éparses et surtout 26 fragments posthumes.

      Dans le corps de la femme, le poète célèbre la « Vie irrévocablement lumineuse », mais aussi, dans « un terrain vague », il note « Un compagnonnage distant, s’opposant à / Cette poussière, et une inflexible vigilance ». Bien qu’il s’agisse là de poèmes de jeunesse, c’est un peu comme s’il allait, sa vie poétique durant, suivre cette éthique programmatique. Plus tard, au début des années 1980, il persiste et signe : « Nous ne savons pas vraiment de quoi / est faite la réalité ». Tout en gardant sa modestie : « La poésie doit avoir au moins / autant de force que la musique, mais / je ne suis pas certain que cela / soit possible ». Il y a là d’incontestables réussites, comme lorsqu’il annonce : « Je rentrerai chez moi ô chez moi jusqu’à la pierre / rugueuse pour / la tourne la cadence le vers et la musique / l’essentielle ». Indubitablement, en son esthétique matérialiste et minimaliste, George Oppen écrivait « dans l’attente que / la lumière parle / du présent ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne resterait-il à la poésie qu’à ramasser la poussière ? « J’aime balayer le plancher (…) J’aime bien mon gros tas de poussière toute neuve. » confie Ron Padgett en ouvrant et refermant l’un de ses poèmes. C’est tout ? Où sont donc passées la beauté, la transcendance et la tendresse que l’on associait traditionnellement à la poésie ? Pourtant, de ses poussières, le poète américain (né en 1942) fait quelque chose de neuf. De toutes les banalités, les trivialités et les désordres minuscules du quotidien, il extrait, l’air de ne pas y toucher, de modestes et cependant parlantes épiphanies. Comme dans « la cage d’ascenseur » où se produit une sorte de miracle : « nous tombons dans l’élévation du rêve / qui inclut un oiseau mouche et Sainte Thérèse d’Avila ». Cette perception et cette écriture ont l’ambition assumée de « créer une réaction en chaîne / envoyer un amour en dents de scie à travers le monde et au-delà »…

      Les tâches répétitives, les objets d’usage commun, sont l’objet de vers libres, de petites proses qui semblent se contenter d’une qualité descriptive minimaliste. Ils sont dépourvus de toute prétention, voire affectent la plus pure simplicité. C’est lorsqu’il roule « à vélo », « laisse courir [ses] doigts » sur la table avec « un doux froufrou », ou « en rinçant la vaisselle » que de petits bonheurs le comblent. Quand, soudain, fait irruption « ce petit quelque chose d’inattendu », qui est également le credo de son atelier d’écriture. C’est le moment infime et attendu d’un questionnement métaphysique, d’autant plus efficace, « pour vivre en paix avec sa finitude ».

 

      Parfois, la dimension cosmique et existentielle se fait plus exigeante : « nous sommes une tornade / de tourbillons invisibles qui / tournent autour d’une statue de Giacometti. » Ou, dans une sorte d’ironie morbide et cependant critique des grands destins et des martyrs : « Il n’est pas si difficile de grimper / en haut d’une croix et des clous plantés / dans les mains et les pieds ». Ou encore, lorsqu’il rêve d’être « une jeune fille autrichienne (…) au dix-neuvième siècle », il se demande : « Mais mes arrière-petits-enfants seront-il des monstres ? ». Avec un humour plein de fraîcheur, il chante « les joies de la métaphore » en allant jusqu’à imaginer :

« Et si une métaphore vierge descendait du ciel

et se posait en douceur dans ton salon,

tourbillon changeant de tons gris et de fumée ?

Ce serait un dieu grec ! ça te ferait peur ! »

      Mais hors de ce rare moment qui bouscule notre entendement, Ron Padgett est plus mesuré dans sa rhétorique, plus ténu dans ses sensations et son intellection. Est-ce la poésie dont nous voulons toujours, dont nous avons besoin ? Passé le regret des vastes et précieuses formes, qui sait désirables et nécessaires entre toutes, de l’épopée au sonnet, faut-il se contenter des fragiles regards sur notre pauvre réel de tous les jours et de ses émotions, de ses failles où s’invite le tranquille lyrisme du bonheur ? L’acuité d’une pensée retenue, trop retenue peut-être, entre désarroi léger et cet accord avec notre terre à terre présent, sa petite sérénité métaphysique, sont-ils le contre-fa de la poésie ? Est-il possible, au-delà de l’humble sureté de l’esthétique de Ron Padgett, qui n’est pas loin du haïku, de trouver une dimension plus explosive au poème ? Qui sait si nous la trouverons dans d’autres recueils, Le Grand Quelque Chose[6] ou How to Be Perfect[7], au moins la poussière de l’explosion…

 

      Une fois de plus, après Marianne Moore[8] et Wallace Stevens[9], les éditions José Corti, fidèles à leur devise (« Rien de commun ») sans compter l’opiniâtre délicatesse des traducteurs, nous offrent un défilé de beaux recueils irremplaçables, parmi ce qu’elles sont en train de construire : le tableau aux multiples volets, comme un retable précieux, de la poésie américaine du XX° siècle. S’il est dommage que les volumes consacrées à William Carlos William et E. E. Cummings soient dénuées d’une préface qui servirait de boussole au lecteur désorienté, le travail d’édition est plus que méritoire, d’autant qu’il laisse espérer la future découverte de poètes plus contemporains. Pour parcourir le XIX° siècle, visitons le torrentiel Allen Ginsberg, chef de file de la Beat Generation, dont Howl[10] et Kaddish[11] marquèrent en 1956 et 1961 la poésie de leur fabuleux rythme syncopé et emporté, malgré le salmigondis de bouddhisme, de communisme et de pacifisme auquel il céda ensuite. Cependant la tradition de l’objectivisme est loin d’être obsolète, comme le prouve en 1990 Charles Simic, dans Le Livre des dieux et des démons,[12] qui aime les « objets trouvés » de la poésie, y compris dans une bibliothèque, avec « Anges et dieux blottis / Dans des livres noirs qu’on n’ouvre pas ». Les anges des objets ne sont-ils pas des livres ouverts comme des ailes…

 

Thierry Guinhut

   Une vie d'écriture et de photographie


[5] E. E. Cummings : Erotiques, Seghers, 2012.

[6] Ron Padgett : Le Grand Quelque Chose, Joca Seria, 2010.

[7] Ron Padgett : Comment devenir parfait ? Joca Seria, 2017.

[8] Marianne Moore : Poésie complète. Licornes et sabliers, José Corti, 2004.

[9] Wallace Stevens : Harmonium, José Corti, 2002.

[10] Allen Ginsberg : Howl et autres poèmes, Christian Bourgois, 2005.

11] Allen Ginsberg : Kaddish, Christian Bourgois, 1991.

[12] Charles Simic : Le Livre des dieux et des démons, Circé, 1995, p 117.

 

Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 16:25

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Uchronies, perspectives temporelles et politiques

 

chez Robert Silverberg :

 

Roma Aeterna, Shadrak dans la fournaise,

 

L’Homme stochastique.

 

 

 

 

Robert Silverberg : Roma Aeterna, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Jean-Marc Chambon, Pavillon poche, Robert Laffont, 544 p, 11,50 €.

 

Robert Silverberg : Shadrak dans la fournaise, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Robert Louit, Pavillon poche, Robert Laffont, 496 p, 11 €.

 

Robert Silverberg : L’Homme stochastique, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par René Lathière, Pavillon poche, Robert Laffont, 370 p, 10 €.

 

 

 

 

 

      En 473 le dernier empereur romain dépose son pouvoir aux pieds d’Odoacre, un roi barbare, signant la fin d’un empire millénaire que l’on croyait pérenne. La peste et le petit âge glaciaire du V° siècle achèveront le travail en laminant la population et la civilisation des Césars[1]. Il est permis cependant de rêver. Car sous le clavier de Robert Silverberg une uchronie postule que l’empire romain est toujours vivant. Et non seulement les empires, mais les hommes, singulièrement leurs tyrans, comme Shadrak dans la fournaise, visent l’éternité. Or en toute logique, le futur peut être définitivement établi par L’Homme stochastique. Si l’inventivité temporelle ahurissante de la science-fiction et ses perspectives philosophiques affolantes devaient être prouvées, Robert Silverberg y suffirait à lui seul.

 

      Ce n’est qu’un jalon de Roma Aeterna : nous sommes en l’an 1203 de l’histoire romaine, soit 450 de notre ère chrétienne, et, si les Barbares menacent, ils sont bientôt repoussés et vaincus : « Les guerres nordiques de Maximilianus III se soldèrent par un franc succès. Rome n’aurait plus jamais à se soucier d’invasions barbares à l’avenir ». Il en est de même en 1365, alors que l’Histoire réelle a définitivement signé l’éradication du monde de Virgile et Cicéron. Le monde fonctionne toujours ainsi en 2723, quoiqu’il s’agisse d’une « Seconde république ».

      Organisé en une dizaine de séquences par son démiurge, Rober Silverberg, Roma Aeterna égrène de siècle en siècle ses personnages, le plus souvent dans les cercles du pouvoir, dressant de saisissants tableaux. Alors que meurt le vieil empereur, que son successeur parait incompétent, un opportun accident de chasse élimine ce dernier, au bénéfice d’un autre Maximilianus, qui préfère pourtant visiter les bas-fonds de l’Urbs avec un ambassadeur grec : ce sont des commerces de pharmacopées animales étranges, des orgies dans le temple de Priape, un devin particulièrement sagace quant au destin de l’Empire. Ce successeur, d’ailleurs, réussira bientôt à conquérir le nouveau monde, « au-delà des colonnes d’Hercule », soit au loin du détroit de Gibraltar.

      Prospérités et accidents de l’Histoire, comme « le règne de la Terreur », jalonnent le vaste récit, sans affecter réellement Rome. Néanmoins, en 2723, alors qu’affluent en Egypte les « touristes romains ou nippons », un érudit prétend achever un manuscrit relatant « la chute de l’empire romain » (selon le procédé d’interversion dans Le Maître du Haut Château par Philip K. Dick[2]). Cette réincarnation d’Edward Gibbon se voit contraint de rédiger un nouvel « Exode », car un certain « Moshe » a l’ambition de réussir là où les Juifs noyés en Mer rouge ont échoué des millénaires plus tôt. Il fomente la projection de son peuple vers « le nouvel éden qui nous attend sur une autre planète », au moyen de l’« Exodus », allusion transparente au navire qui emmena tant de Juifs vers la terre promise de Palestine, donc Israël, en 1947, tel que le conte  le romancier Leon Uris[3]

      Le plus remarquable héros de cette Roma Aeterna est peut-être le frère de sang de l’empereur Julianus, Horatius, exilé pour expier ses « regrettables péchés » en « Arabia Deserta ». Il y découvre la fournaise de la laide « Macoraba », alias La Mecque. Un riche marchand, nommé « Mahmud », intrigue et fascine par son charisme, prétendant qu’existe un dieu unique, au contraire du polythéisme romain, prêchant l’union des « guerriers d’Allah à travers le monde, incendiant le cœur des hommes avec la nouvelle croyance ». Comment retrouver les grâces de l’empereur, sinon en supprimant un tel danger pour Rome ?

      Pas de christianisme, comme dans Ponce Pilate, le roman de Roger Caillois[4], dans lequel le gouverneur romain gracie Jésus ; pas d’Islam, mais un polythéisme tolérant et divers. L’on se doute que les destinées du monde en eussent été diamétralement changées : moins de béatitudes, mais aussi moins de fanatiques tyrannies, malgré le joug romain. C’est avec un sens du récit dramatique et coloré que le romancier excite l’imagination, le vertige temporel, du lecteur qui se prend à douter de tout déterminisme historique, de toute théodicée leibnitzienne.

      À l’instar de Philip K. Dick ou Philip Roth, qui s’attaquent aux hitlériennes révisions temporelles et géographiques[5], Robert Silverberg est un maître virtuose de l’uchronie. Son impressionnante fresque romaine, parue en 2003, qui témoigne d’un solide travail documentaire et d’une subtile capacité d’user de riches allusions culturelles, dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler un roman post-historique, est un univers à soi seul, grâce auquel le romancier se fait le redoutable concurrent alternatif de l’Historien, comme en une anticipatrice archéologie.

 

 

      Dès lors, l’on n’a qu’une envie : se plonger parmi les pages de Shadrak dans la fournaise. Après une éruption volcanique cataclysmique en 1991, suivie de pléthores de guerres, la planète entière plie sous le joug de « Gengis II Mao IV Khan », qui prétend conserver la jeunesse éternelle. Son nom triplice est évidemment une coagulation des plus fameux et horrifiques tyrans de l’Histoire de l’humanité. De Gengis Khan à Mao Tse Toung, la filiation des millions de morts asiatiques et évidente, sauf si l’on pointe l’ajout cosmétique d’une idéologie marxiste, tandis que le rejet du mot « Khan » à la fin de l’honorifique appellation glisse aux lisières des Mongols et des Islamistes.

      En Oulan Bator, capitale du monde reconstruit, nous sommes en 2012, soit une bonne trentaine d’années dans l’avenir, puisque le roman fut originellement publié en 1976. Le vieux Khan, potentat mondial chapeautant les représentations locales du « Comité révolutionnaire permanent », doit subir une énième greffe du foie, sous la surveillance experte et cependant inquiète du Docteur Shadrak Mordecai, héros éponyme et Noir américain aux techniques savamment folles, tellement indispensable au Khan que ce dernier songer à le nommer Pape. Se résoudra-t-il à transférer la personnalité du vieillard de quatre-vingt-douze ans dans un jeune corps, comme le postule le projet « Avatar » ? Mieux, le jeune corps serait celui de Mangu, « héritier présomptif » et charmant « substitut du président en public ». L’on se doute cependant qu’un corps rajeuni ne suffirait pas à inverser le cours de la sénilité mentale, d’où le suspens, médical autant qu’impérial.

      À l’intrigue scientifique et politique s’ajoute la liaison amoureuse de Shadrak avec Nikki Crowfoot, qui est à la tête d’« Avatar », et leur visite chez un « transtemporaliste ». À l’aide d’une « chronodrogue », il s’évade dans le passé, vers « la nuit du Cotopaxi », lors de laquelle un volcan géant a explosé, embrasant la terre de feux et de révolutions, sans oublier la fuite d’un virus depuis une usine bactériologique, entraînant « le pourrissement organique ». Nous étions à deux doigts de l’apocalypse et de l’extinction de l’humanité[6]

      Le problème moral n’est pas sans effleurer ce Shadrak qui a l’élégance de collectionner les livres et instruments médicaux anciens : servir un dictateur peut-il se soutenir ? Le serment d’Hippocrate excuse-t-il la servitude politique ? À moins que ce soit « lui ou le chaos ». L’on devine que la surveillance est plus qu’orwellienne, en une société totalitaire abominablement cohérente forgée avec sûreté par l’écrivain : les conspirateurs sont en conséquence envoyés aux « fermes d’organes ». Qu’importe si les arrestations torturent des innocents, tant que le pouvoir assied fermement son autorité, d’autant que Mangu est jeté du haut d’un immeuble. Attentat ou suicide ? Le sommet de l’empire vacillerait-il ? À moins qu’il ne s’agisse que d’un épiphénomène et que Shadrak soit à son tour destiné à être jeté « dans la fournaise » du projet « Avatar »…

      Ne reste plus qu’à basculer de Nikki à Katya, qu’à jouer contre la montre en prenant le temps dans l’espace, en voyageant, de Jérusalem à San Francisco, en passant par Rome.  Là où les vestiges du passé côtoient des populations frappées par la « tragédie du pourrissement organique », le voyage est une archéologie. Et d’accoucher du projet qui permettra à « Shadrak le guérisseur » de contrôler le cerveau du Khan, sa vie et sa mort…

      Là encore, l’écriture de Robert Silverberg est aussi précise que vigoureusement colorée, sensuelle et cruelle, ouvrant les pores de la pensée à profusion : « il est aussi amoureux de la mort, cette fin qu’il recule sans cesse et qui l’obsède, comme l’orgasme obsède l’homme qui s’échine à le différer ». Aussi l’écrivain invente-t-il « le pavillon de l’onirimort », où s’affichent les ornements et les cérémonies de l’Egypte antique, où Shadrak « tangue au vent eschatologique ». De même, chez les « transtemporalistes », un personnage, évacué des hautes sphères du régime, est « témoin des miracles » du Christ.  Une fois de plus, en ce beau roman, dont la chute est un habile retournement de situation et un message d’espoir sanitaire et politique, les strates des civilisations peuplent les univers du romancier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

      De prime abord, plus contemporain et plus réaliste est L’Homme stochastique, paru en 1975 et qui se projette un quart de siècle en avant. Lew Nichols est un prévisionniste américain qui travaille pour nombre d’entreprises. Il préfère les quitter pour assister un obscur député, cependant charismatique et qu’il devine pouvoir être le prochain Président des Etats-Unis. Paul Quin devient d’abord maire de New-York, « une arène offerte à toutes les haines ethniques et raciales accumulées depuis trois mille ans », auprès de laquelle la statue de la Liberté est en ruines, accumulant cependant de beaux succès.

     Si Lew Nichols est à son service c’est pour mieux le contrôler : « il était mon alter ego, mon bouclier, celui qui allait tirer les marrons du feu, mon pantin, mon homme de paille. Je voulais gouverner, je voulais le pouvoir ». Jusque-là rien de bouleversant. Mais il est un expert de la stochastique, soit l’analyse des faits au service de la connaissance des lendemains, de façon à « bâtir l’Histoire ». Mieux - ou pire - la rencontre du bizarre Carvajal, richissime petit bonhomme d’apparence médiocre, va le propulser vers une connaissance de l’avenir autrement plus efficace. Son mentor prétend n’obéir qu’au futur dont il a une vision imparable. Et qu’il s’agisse de la progression ou des anicroches à la carrière de Paul Quin qui, ce faisant, progresse avec sûreté, des gains de ses spéculations boursières, de son divorce avec la belle Sundara qui préfère rejoindre les « Transitistes » (des sortes de bouddhistes prônant l’absolu détachement), tout lui est dicté par Carvajal puisqu’il sait ce que commande l’avenir ! Le vieil homme au don surnaturel, qui de multiples fois a vu sa mort, s’efforce de transmettre son sens de l’anticipation absolue, quoique partielle, au d’abord plus réaliste Lew Nichols, interprète des tendances et non prophète ; ce pourquoi il s’agit plus de fantastique que de science-fiction.

      Il n’en reste pas moins qu’un abîme philosophique s’ouvre sous nos pas. Si un avenir inexorable nie toute relation de cause à effet, que reste-t-il du libre arbitre ? N’y a-t-il pas une « terreur existentielle » à penser que le futur est un « registre déjà imprimé » ? Plus rien ne permettra alors de « bâtir son propre destin », sinon la passivité devant des faits qui doivent et vont s’accomplir, comme le craint tant Paul Quin… Autre inquiétude, qui rejoint la dimension de l’anti-utopie : si Paul Quin devenait « le prochain führer, le duce de demain » ? Peu à peu le don de « vision » est intégralement transmis à Lew, au point qu’il puisse répandre auprès de quelques élus « l’évangile post-stochastique », avant de permettre à l’homme de se hisser « au rang des dieux »…

 

      Robert Silverberg, auteur de science-fiction américain fameux, né à New-York en 1935, fut à juste titre bardé de prix, dont le titre de « Grand maître de la science-fiction » en 2004. Dès 1978, il occupait une soixantaine de références dans l’index de l’Encyclopédie de la science-fiction préfacée par Isaac Asimov[7]. Sa trilogie, écrite à partir de 1980, Le Cycle de Majipoor, dont le premier volet parmi huit, Le Château de Lord Valentin, est son titre-phare pour ses lecteurs passionnés jusqu’à l’adulation. Plus charpenté de fantasy que de science-fiction (ce pourquoi l’on parle de science-fantasy), il transporte les terriens sur la vaste planète « Majipoor », dont la colonisation, rencontrant la résistance des « Piurivars » ou « Métamorphes », passe par une guerre victorieuse, quoique provisoirement, alors qu’une flopée d’extraterrestres intervient dans le destin du nouvel empire, auquel il faut imaginer un système politique implacable, sous la forme d’une royauté bicéphale. Le « Pontife », nanti du pouvoir législatif, siège dans un labyrinthe fortifié souterrain, quand le « Coronal », main du pouvoir exécutif, préfère le « Mont du Château », métaphore des pouvoirs visible et invisible, voire conscient et inconscient, et parcourt les trois continents. En effet, outre les capacités télépathiques de maints fonctionnaires, le « Roi des Rêves » est, lui, chargé d’une omnisciente surveillance de la rare criminalité et, in fine, des sanctions et châtiments cauchemardesques. C’est au cœur de cet écheveau que Valentin, jongleur aux rêves prémonitoires, devra assumer son destin en la personne de Lord Valentin, véritable « Coronal de Majipoor ». Lira-t-on ce cycle pour vibrer à la quête et aux aventures de Valentin, escorté de créatures tentaculaires et vibrionantes, ou pour en savourer l’invention politique, confortée par l’immense « Registre des Âmes », et concurrente de Machiavel, Hobbes ou George R. R. Martin, l’auteur du Trône de fer[8] ?

 

      D’une certaine manière, l’on peut considérer qu’en dépit d’une production pléthorique, l’essentiel de l’œuvre de Robert Silverberg est bicéphale. Quand le cycle de Majipoor se déploie selon un dessein spatial, les trois romans attachés à Rome, au Khan et à la stochastique interrogent nos perspectives temporelles. Certes ce romancier n’est pas tout à fait à la hauteur des fondateurs en la matière d’anti-utopie que sont Aldous Huxley et George Orwell, mais il en est pour le moins un digne continuateur, capable de variations qui éclairent la psyché de notre temps. Comme l’a montré Jean Clet Martin, dans Logique de la science-fiction. De Hegel à Philippe K. Dick[9], il n’y a pas de bon science-fictionneur, sans qu’il soit un peu philosophe. Maîtriser le temps d’un mortel, allongé jusqu’à une désirable éternité, c’est aussi maîtriser l’Histoire universelle, voire en castrant sa liberté, si la stochastique devient la science exacte du futur. Il faut à cet égard noter combien la science-fiction aime jouer avec les dés de la religiosité et de la politique, fonder et détruire des empires et des dictateurs, des sectes, des religions et des papautés improbables. Elle sait alors se muer en roman philosophique. Il serait bon cependant que pour affronter son Histoire future, autant armée d'Historiens que d'écrivains de science-fiction, l’humanité sache assurer la pérennité des civilisations[10] douées d’une certaine justesse et efficacité.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Roma Aeterna a été publiée

dans Le Matricule des anges, novembre 2019

 

 

Piazza di San Marco, Roma. Photo : T. Guinhut.

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 08:29

 

Col de Pourtalet, Laruns, Pyrénées-Atlantiques.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Survivre et vivre

 

dans la nature sauvage et la montagne vivante :

 

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich.

 

 

 

 

John Muir : Célébrations de la nature,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par André Fayot,

José Corti, Biophilia, 352 p, 22 €.

 

Nan Sheperd : La Montagne vivante,

traduit de l’anglais (Ecosse) par Marc Cholodenko,

Christian Bourgois, 173 p, 17 €.

 

Bernd Heinrich : Survivre à l’hiver, En été ;

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Bertrand Fillaudeau,

José Corti, Biophilia, 400 p, 24,50 € ; 320 p, 24,00 €.

 

 

 

 

 

      C’est en marchant dans la nature sauvage, giflée de neige ou caressée par l’odeur des feuillus, que l’on comprend sa dimension anthropologique : nous sommes des créatures issues de la boue primordiale, au même titre que l’ours et l’oiseau, des hominidés destinés à survivre, vivre et mourir. Mais aussi délicieusement condamnés à la connaissance de cette nature. Rien ne vaut alors se fier à des guides, aussi scientifiques que poètes. Au XIX° siècle, John Muir est le premier Américain à vouloir sanctuariser de vastes et exceptionnels espaces naturels, il reste pour la postérité l’inlassable découvreur des Montagnes Rocheuses. Ce pionnier de ce que l’on appelle outre-Atlantique le « nature writing » appelle une pionnière venue du XX° siècle, Ecossaise cette fois, qui vibre pour nous dans La Montagne vivante. Aujourd’hui, le naturaliste Bernd Heinrich nous montre comment plantes et animaux savent Survivre en hiver et vivre En été, tandis que notre amour inquiet d’une nature à préserver gagne heureusement en légitimité.

 

 

      Bien moins connu que Thoreau[1], voire qu’Emerson[2], dont il fut le guide lors d’une découverte du massif du Yosemite, John Muir mérite pourtant plus que notre amitié. Né Ecossais en 1838, mort Américain en 1914, c’est un fils de pionnier installé dans le Wisconsin. Son talent pour le bricolage inventif se manifeste dès l’enfance, autant que le goût pour la lecture ; ses études scientifiques et ses boulots divers ne l’empêchent pas de « s’échapper dans la nature fleurie » afin d’herboriser dans les Montagnes Rocheuses, alors peu explorées. Il se fait bientôt une plume : son premier article, sur les glaciers du Yosemite, est publié en 1871 dans le New York Tribune. Etudiant avec circonspection et amitié chaque plante, chaque écureuil, il partait randonner avec trois fois rien, sans même un manteau, sauf du pain et du thé, dormant dehors, y compris sur des sommets dépassant les trois mille mètres, poussant jusqu’en Alaska pour y découvrir des glaciers inconnus et monstrueux. Ses écrits, du moins un choix fort représentatif parmi ses livres, conjuguant le talent du reporter naturaliste et l’enthousiasme du conférencier, avec la fluidité évocatrice du poème en prose, sont pour nous réunis dans Célébrations de la nature. C’est grâce à ces articles, en particulier dans la revue Century, que le Congrès crée le premier Parc National au monde en 1890, soit celui du Yosemite, en Californie, qu’il fait découvrir au Président Theodore Roosevelt en personne. Plus modestement, il devient bientôt le Président du « Sierra Club », défendant ardemment la cause des forêts et des espaces sauvages. Toute cette activité américaine ne l’empêcha pas de voyager en Europe, de remonter l’Amazone en voilier…

 

 

      Marcheur impénitent et écrivain, John Muir alterne les textes à connotation scientifique (sur la « Laine sauvage »), faunistique (sur le turbulent écureuil de Douglas) et les récits d’explorations entre canyons et sommets, y compris hivernales. Nous sommes du côté de « Cathedral Peak », dans le Yosemite, dormant sur le sable de mica, entre les rocs et près d’un feu, admirant la lumière de la lune sur les parois, ce qu’il faudrait accompagner des photographies grandioses en noir et blanc d’Ansel Adams[3]. La « nuit périlleuse au sommet du mont Shasta » est une narration d’une beauté poétique inouïe, entre la poudreuse illuminée et le « continent de nuages […] plaine violette et montagnes argentées de cumulus », avant qu’une tempête de neige soit pour lui une « chance », car il s’est aménagé une cache douillette sous un bloc de lave rouge. La tempête suivante le saisit sur une crête entre bourrasques glacées et sol volcanique brûlant !

      La montagne est un terrain d’aventures, mais aussi de peintures verbales, car John Muir est un coloriste exceptionnel, usant de toute les palettes du vocabulaire pour décrire les changements d’atmosphères des paysages montagnards, quelque soit le temps, qu’il s’agisse du Grand Lac Salé, des séquoias de Californie ou du « gouffre de couleurs » du Grand Canyon nanti d’une profuse « collection de livres de pierre ». Au point qu’il contemple « ce somptueux tableau en élevant les bras afin de l’enfermer comme dans un cadre ».

      Même si certains textes, plutôt destinés à une promotion touristique, sont d’un intérêt plus modeste, comme « Le parc national de Yellowstone », l’intérêt ne faiblit guère en cette lecture encyclopédique. Quoique l’écrivain ne soit pas religieux, sa capacité à l’admiration passionnée change la nature en une cathédrale universelle.

      Outre l’étonnement devant la complexité et la beauté de la faune, de la flore et de la géologie sauvages, il y a chez John Muir un tropisme polémique, dénonçant « l’idée barbare selon laquelle les ouvrages de la nature ont quelque chose d’essentiellement grossier ». Il s’emporte avec raison contre le dogme « qui considère que le monde a été fabriqué spécialement à l’usage de l’homme » et préfère laisser la nature vivre sa vie plutôt que l’exploiter inconsidérément.

 

 

      John Muir étant né en Ecosse, pensons à Nan Sheperd qui en parcourut les montagnes avec une belle obstination, mais au cours du XX° siècle, puisqu’elle vécut de 1893 à 1981. Pourtant grande voyageuse, de la Norvège à l’Afrique du Sud, en passant par la Norvège, elle préférait inlassablement revenir arpenter la région montueuse de Cairngorm, au plus rude de l’Ecosse, ce, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente… Ce n’est qu’une contrée de collines basses granitiques et de falaises ruinées, qui ne dépasse guère 1200 mètres d’altitude, cependant les influences arctiques sont telles qu’un blizzard têtu y glace plus que les oreilles.

      Ecrite dans les années 1940, cette Montagne vivante est faite de douze chapitres, chroniques à la lisière du récit, de l’essai et du poème en prose. Il ne s’agit pas d’un palmarès de courses et d’ascensions, encore moins d’exploits d’alpinistes en mal de vanité, mais de traversées attentives, d’explorations aussi vastes qu’intimes, le but n’étant pas le seul sommet aussitôt quitté, mais le recherche des « recoins » et leur « distillation de beauté ». Là règnent en maître la connaissance de l’espace et la sensibilité profonde à l’égard de la nature, alors que les cinq sens sont affutés, y compris avec le concours de nuits à la belle étoile. Sans oublier les habitants de ces contrées, rudes à la tâche et accueillants, qui « constituent l’ossature de la montagne ».

      Le regard de Nan Shepherd à la précision de l’entomologiste et la plus vaste amplitude cosmologique : « Depuis les brins de bruyère tout proches jusqu’au plus lointain pli de la terre, chaque détail se dresse dans sa propre validité ». Par la grâce de son écriture persuasive, aussi sensuelle et rugueuse que la nature traversée, elle nous propose des expériences initiatiques, comme cette ascension dans le blanc du nuage, soudain doublé par celui de la neige : « un blanc de non-vie ». Pourtant « ce n’était pas un monde vide. Car partout dans la neige, les oiseaux et les animaux avaient laissé leurs traces ». En ces moments la « déferlante écumante » du brouillard est à la fois une menace, tant pour les marcheurs que pour les avions qui ont laissé leurs carcasses dans les parois, et une esthétique[4].

      Hélas, lorsqu’arrivent les forestiers pour abattre du bois, elle « tremble particulièrement pour la mésange huppée, dont la rareté fait la fierté de ces bois ». Or les écorces des pins sont « épaisses comme des livres ». Toute une sensibilité avec la nature est service par une langue que le traducteur a su, nous le devinons, retranscrire…

Elle grimpe des couloirs escarpés, elle descend dans les lochs inondés, parfois au risque de sa vie : ce dont témoignent ceux que l’on a retrouvés brisés par une chute ou gelés par le blizzard, ceux qui « ont sous-estimé la puissance de la montagne ». Ses qualités physiques d’endurance s’associent avec une capacité hors du commun à faire de la description un art : les milles formes qu’emprunte la glace, les couleurs des crépuscules, du bleu-ardoise au mauve, ou celle du mois d’octobre parmi les jaunes bouleaux et les sorbiers des oiseleurs aux baies rouges. Marchant, il lui faut devenir un peu zoologue auprès des cerfs élaphes et des aigles royaux, un peu botaniste auprès de la flore alpine, pour observer sur les hauteurs « la ténacité de la vie ». Son matérialisme paysager et biologiste se suffisant à lui-même, alors que « le corps pense », elle n’a pas besoin de transcendance, sinon de l’éthique du marcheur[5] : « les sens accordés, on marche avec la chair transparente ».

      Dans un genre différent, l’on serait bien curieux de lire les trois romans modernistes que Nan Shepherd publia autour de 1930 : The Quarry Wood, The Weatherhouse et A Pass in the Grampions Ou les poèmes de In the Gairngorms. Mais, tel que dans cette Montagne vivante, son régionalisme atteint à l’universel. Son lyrisme scientifique et maraudeur n’est jamais grandiloquent et son sens du voyage à pied s’inscrit dans ce que l’on appelle outre-Atlantique le « Nature Whriting ». Ce recueil fut d’ailleurs publié, en 1977, lorsque parurent les livres de Bruce Chatwin, En Patagonie[6], et En Alaska de John McPhee[7], suivis par l’éblouissant et himalayen Léopard des neiges de Peter Matthiessen[8], puis les œuvres d’Annie Dillard[9].

 

 

      Comment un minuscule roitelet, à peine plus gros qu’une pièce de monnaie, peut-il Survivre à l’hiver, à la neige, aux blizzards qui laminent le nord du continent américain pendant de longs mois ? Car « au cours de l’hiver, la cristallisation de l’eau détermine en fin de compte le destin de toute chose ». Sous-titré « L’ingéniosité animale », l’essai, originellement publié en 2003, a été longuement tissé par un professeur de l’Université du Vermont, Bernd Heinrich.

      Même si, avec leur « forme hexagonale », les cristaux de neige sont « une métaphore de la beauté de la terre », ils sont avec la glace les ennemis implacables de la chaleur de la vie. Pour survivre, les écureuils entrent en hibernation près de leur cache où ils entreposent des « cônes à graines » ; la tortue peinte tombe en léthargie sous la couche glacée, « où toute respiration, tout mouvement, et vraisemblablement presque toute activité cardiaque ont cessé. Au printemps, elle remonte, se réchauffe, respire un peu d’air et reprend sa vie là où elle s’était arrêtée ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines grenouilles gèlent, du moins la moitié de l’eau de leur corps, mais pour cligner des yeux et s’agiter au retour de la douceur ! Et pour revenir au roitelet, c’est en gonflant ses plumes qu’il parvient à se protéger. Le monarque, un papillon, émigre, d’hiver en été, du Canada vers les montagnes du Mexique…

      L’essai scrupuleux est également autobiographique, dans la mesure où Bernd Heinrich raconte ses promenades, ses explorations, de l’Etat de New-York au Minnesota, ses prélèvements et expériences, mais aussi ses étonnements communicatifs. Documentaire pointu, et cependant servi par une prose attentive et sensuelle, tel apparait Survivre à l’hiver. Nanti de fines illustrations crayonnées, de la main de l’auteur lui-même, de notes et d’une bibliographie, toutes scrupuleuses, l’ouvrage ravira autant le scientifique que le promeneur hivernal, sans oublier le poète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Après avoir survécu aux frimas, vient « une saison d’abondance », selon le sous-titre de Bernd Heinrich. Plantes et animaux accueillent avec ardeur leur saison favorite, là où il est urgent de vivre et de fleurir, et surtout de « se reproduire à tout prix » et de grandir En été. C’est l’équinoxe de printemps, vers le 20 mars, qui, entraînant plus de soleil que de nuit, sonne la grande marche de l’été. Nous sommes dans le Maine, au nord-est des Etats-Unis, où l’on voit arriver les « oiseaux précoces ». Bientôt l’on entend le « tchiiip enthousiaste » des passereaux « phébis ». Auquel répond le « chœur des grenouilles ».

      Saviez-vous que les papillons « Cecropia », émergeant de leur chrysalide, « injectent du sang » à leurs ailes pour tenter un accouplement de quinze heures et pondre aussitôt des « paquets d’œufs » ? Que dans une carcasse de dindon pullulent les coléoptères : « des nécrophores aux élytres oranges et noirs »… Tout est spectacle à qui sait comme Bernd Heinrich regarder, comme le « colibris à gorge rubis », qui est le seul de son espèce en cette région, les mésanges qui se nourrissent de chenilles, les mousses et lichens qui revivent à la moindre pluie, la « sarabande » des mouches, les « guerres de fourmis ».

      Cette fois en un cahier couleurs pullulent crocus et capricornes, chenilles et papillons pour ajouter à notre plaisir, quoiqu’il soit à son comble en picorant ses anecdotes botanistes et sa « psychologie animalière », publiées en 2009 aux Etats-Unis, et, on le suppose, dans plein de l’été. Aux connaissances pointues du naturaliste, Bernd Heinrich ajoute un sens de la narration et de l’anecdote, parmi lesquels la rigueur scientifique n’exclut en rien la poésie. Son diptyque, qui rejoint la belle collection « Biophilia[10] » des éditions José Corti, est en mesure de lui permettre de voisiner avec la réputation de Thoreau et de l’entomologiste français Jacques-Henri Fabre[11].

 

      Par-delà l’amplitude temporelle de cette belle poignée de livres, qui court sur plus d’un siècle, et au-delà de la dimension scientifique et poétique, de l’émerveillement devant la beauté, la destination politique est implicite, sinon explicite dans le cas de John Muir qui œuvra pour la création de Parcs nationaux. Sans que nous voulions choir dans un niais écologisme[12], ce sont en quelque sorte des auteurs engagés en faveur de la nécessaire protection de zones naturelles dédiées à la biodiversité et à la sauvagerie intouchée, sinon par les pas discrets des marcheurs…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Bernd Heinrich ont été publiées

dans Le Matricule des anges, février et novembre 2019.

 

 

[1] Voir Thoreau

[3] Ansel Adams : Yosemite and the High Sierra, Little, Brown and Company, 1994.

[6] Bruce Chatwin : En Patagonie, Grasset, 1979.

[7] John McPhee : En Alaska, Payot, 1992.

[8] Peter Matthiessen : Le Léopard des neiges, Galimard, 1983.

[11] Jacques-Henri Fabre : Souvenirs entomologiques, Bouquins, Robert Laffont, 2000.

[12] Voir : Imposture climatique et suicide économique

 

Macizo de Andara, Picos de Europa, Cantabria. Photo : T. Guinhut.

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 13:08

 

Monte Ritte, Cibiana di Cadore, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les errances enfantines américaines

 

de Valeria Luiselli et Rebecca Makkai :

 

Archives des enfants perdus, Chapardeuse.

 

 

 

 

Valeria Luiselli : L’Histoire de mes dents, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Nicolas Richard, L’Olivier, 2017, 192 p, 19,50 € ; Points, 6,50 €.

 

Valeria Luiselli : Archives des enfants perdus,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, L’Olivier, 2019, 480 p, 24 €.

 

Rebecca Makkai : Chapardeuse,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Samuel Todd,

Gallimard, 2012, 384 p, 21 €.

 

 

 

      Le voyage motorisé parmi les routes américaines - ou road-trip si l’on préfère l’anglicisme - est depuis Jack Kerouac une constante de la littérature et du cinéma, entre Nouvelle-Angleterre et Californie. Les romanciers sont sur les dents en s’interrogeant : comment le renouveler ? Eh bien, répond Valeria Luiselli, en y adjoignant la bande-son, comme pour se faire son cinéma auditif, et en recherchant les enfants perdus de ces migrations qui ont fondé le pays aux cinquante Etats, y compris parmi des chemins et sentiers des Montagnes Rocheuses. À moins, comme Rebecca Makkai, de promener un gamin qui est le symbole de la liberté constitutionnelle menacée au plus profond de l’Amérique.

 

      À cheval donné, on ne regarde pas les dents, dit l’adage. Mais aux dents vendues par le loufoque commissaire-priseur Gustavo Sanchez imaginé par Valeria Luiselli, on ne vérifie guère l’authenticité. De tels outils, fort irréguliers, notre personnage a vidé sa mâchoire pour les remplacer par celles de Marylin Monroe, plus flatteuses, achetées lors d’une vente aux enchères. On imagine que ces dernières sont évidemment des faux. Mieux encore, Gustavo entreprend de faire passer les ornements dégingandés de sa bouche hâbleuse pour des « lots hyperboliques », des « reliques métonymiques », qu’il vante en citant la Bible (« œil pour œil, dent pour dent »), « Miguel Sanchez Foucault » et Quintilien ! Ces « fenêtres de l’âme » sont celles de Platon, Saint-Augustin, Pétrarque, Virginia Woolf (qui est le lot le plus disputé), Borges, Vila-Matas, etc. En dépit du réjouissant exercice d’ironie, voilà qui reste néanmoins un hommage à la culture européenne.

      Atteindrons-nous les tréfonds de la dérision, lorsque son fils, nommé Siddhartha, se portera acquéreur des témoins de sa généalogie ? Non, car les « lots allégoriques » suivants, dont une « montagne de merde », parodient la boite de « Merdre d’artiste » de Piero Manzoni, voire le marché de l’art contemporain en son entier[1].

      Un tel roman, sobrement, mais avec mordant, intitulé L’Histoire de mes Dents, n’est pas à prendre trop au sérieux. Mieux vaut en rire. Et surtout en déceler la part de satire, stigmatisant le monde des arnaqueurs, des faussaires et la crédulité la plus débridée. Valeria Luiselli, née mexicaine en 1983, a réussi à imprimer un ton sans cesse enlevé à ce récit granguignolesque, intégrant au final neuf photographies testamentaires, puis une chronologie officielle du vendeur le plus incroyable, quoique plus fin et plus psychologue du désir humain, du péché capital de l’Envie, qu’il n’y paraît. Ne s’agirait-il pas d’une sorte d’apostille à La Guerre du faux d’Umberto Eco[2] !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Résolument touche à tout, Valeria Luiselli a quitté le burlesque et la satire développée dans L’Histoire de mes dents avec son personnage de faussaire prodige, mais pas tout à fait le domaine de l’art. Cette fois elle cultive l’« archéologie linguistique » et  les « gravats sonores » : le projet de la romancière américaine et newyorkaise quelque chose de scientifique en même temps que poétique. Car « le fait d’enregistrer des sons donnait accès à une strate plus profonde, toujours invisible de l’âme humaine ». Ainsi, avec leurs enfants, un couple, mari et femme, arpente les Etats-Unis afin de constituer une bibliothèque sonore du monde qui les entoure, à la fois sociologique et psychologique. De New York aux grandes plaines, jusqu’en Arizona, ils habitent leur voiture, en direction du sud-ouest, où une réserve indienne intrigue magnétiquement le père, abritant « les derniers Apaches Chiricahuas » : « les Guerriers Aigles étaient un groupe d’enfants apaches, tous guerriers, dont le chef était un garçon plus âgé ». Ainsi une famille entière poursuit une vaste quête mémorielle parmi les espaces américains.

      Au cours du voyage, les narrateurs alternent, entre les adultes et les enfants (quoique l’on puisse se demander si l’on confie de manière crédible une telle voix à un gosse de dix ans). Les voici confrontés à une grave fracture qui les « a brisés en mille morceaux » : en effet la condition des enfants d’immigrés sud-américains est l’objet d’étude de la mère. Ces derniers apparaissent au détour d’une route désertique, voire sur le toit d’un train, « à l’intérieur d’un wagon abandonné », errants pathétiques, ou sont toujours disparus, comme ces deux fillettes mexicaines séparées de leur mère. Ou encore ces sept enfants dont l’histoire est ici emboitée. La romancière tisse une interrogation récurrente sur les destinées des jeunes générations, privilégiées ou sacrifiés par les conditions économiques, les décisions étatiques, la délinquance des ainés, par le vent de l’Histoire…

      Peu à peu, alors que le voyage avance, que le temps passe, entre anecdotes, choses vues et longues plages méditatives, entre constat documentaire, analyse ethnographique et fiction réaliste, les enfants grandissent, leurs visions du monde sont en expansion, non sans soulever la question de la transmission. Car, un jour, eux aussi ont disparu dans les montagnes des Rocheuses, partis à la recherche d’une « croisade des enfants », pour écrire un chapitre nouveau sur ceux que leur invisibilité protège et menace à la fois, et qui sont mis à nu dans leur condition humaine. Ce serait trop facile, voire erroné, de la part de la romancière, que de nommer des responsables ; elle a la sagesse, la pudeur, de laisser le réquisitoire aux tribuns de la politique. Son projet esthétique, résistant à la lourdeur du roman à thèse et engagé, n’en reste pas moins empreint d’une réelle dimension psychologique et éthique. D’autant qu’il n’est pas loin d’un essai de 2017, Raconte-moi la fin[3], rapportant son expérience d’interprète dans les tribunaux américains de l’immigration, parmi les enfants fuyant la violence des gangs mexicains, essai à la fois judiciaire et politique, empreint d’une profonde humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Même si le récit manque parfois de vivacité, avec des plages lentes, bien trop étirées et peu dramatiques, et si la nécessité d’ajouter de fades polaroïds en noir et blanc - pris par le garçon - en fin d’ouvrage n’est pas avérée, le roman de Valeria Luiselli, séduit, touche, aussi bien par son sens du phrasé, par ses fenêtres sur l’intimité que par ses vastes perspectives, par ses allusions à Jack Kerouac, Ezra Pound, Walter Benjamin, Emily Dickinson... Sa construction, passablement virtuose, enchaîne les narrations, du « Paysage sonore familial » au voyage en « Apacheria », en même temps qu’elle enchâsse tour à tour sept « boites », jusqu’à celles qui font partie des « Archives des enfants perdus » proprement dites, en une belle mise en abyme. La carte géographique des Etats-Unis est associée à celle mémorielle, aussi bien familiale qu’historique. Au moyen d’un regard d’entomologiste, la performance artistique rejoint les préoccupations sociétales les plus criantes.

      Née à Mexico en 1983, Valeria Luiselli enseigne aujourd’hui la création littéraire dans la région de New-York. Parmi son œuvre déjà abondante, il faut compter Des êtres sans gravité [4] qui est peut-être un reflet de sa condition d’écrivain d’abord inexpérimenté : car une jeune Mexicaine, avec mari et enfants, écrit d’élégiaques nouvelles et roman sur les fantômes de sa libre jeunesse new-yorkaise, époque où elle fatiguait les bibliothèques à la recherche d’un artiste passionné de Duke Ellington, de Federico Garcia Lorca[5] et d’Emily Dickinson[6]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est dans le cadre d’une réécriture assumée de Lolita de Nabokov que Rebecca Makkai imagine l’histoire d’un « chapardeuse » d’enfant. Si elle n’atteint pas la puissance de son inspirateur, elle trouve le la de son originalité à travers le road-trip d’une bibliothécaire. Dans une ville perdue du Midwest, Lucy, attentive à ses jeunes lecteurs, prend particulièrement soin du petit Ian, dix ans, esprit curieux, véritable bibliophage. Il est en butte avec sa mère chrétienne fondamentaliste, qui filtre ses lectures : « Voici une liste des contenus que j’aimerais qu’il évite. » Parmi laquelle : « Satanisme, Contenu pour adultes, La théorie de l’évolution, Harry Potter… » Ce qui parait à notre bibliothécaire contrevenir au premier amendement de la constitution américaine sur la liberté d’expression, même si « sa sélection de livres était clan-des-ti-ne ». Ainsi, lorsque son petit lecteur soupçonné d’homosexualité s’enfuit pour venir dormir dans la bibliothèque, non seulement elle le recueille, mais tentant de le ramener chez lui, elle se laisse complaisamment embarquer dans un jeu de piste de plusieurs jours, une aventure automobile parmi les motels, le conduisant auprès de la frontière canadienne, mais aussi jusque dans sa famille d’origine russe et dissidente… Alors qu’elle culpabilise, commet-elle un réel enlèvement, ou une œuvre de charité humaniste ? Certes, de ce voyage dans l’est des Etats-Unis, il eût pu surgir peu à peu un roman d’éducation permettant de voir évoluer l’enfant. C’est un aspect qui, hélas, n’est guère esquissé par Rebecca Makkai, quoiqu’elle se livre à une profession de foi : « Les livres le sauveraient ». Cependant  l’on assiste plus réellement à une quête de son identité profonde de la part de la narratrice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Née en 1978 à Chicago, Rebecca Makkai n’a guère été traduite en français, et c’est probablement dommage. The Great Believers[7] fait se rencontrer d’une manière explosive l’art et le sida. Le galeriste Yale Tishman est à la tête d’une fabuleuse collection de peinture des années vingt. Hélas, le virus fauche très vite ses amis, et surtout Nico, puis lui-même. Trente ans plus tard, Fiona, sœur de Nico, entreprend de fouiller le déroulé de cette tragédie, avec le concours d’un photographe qui se fit le reporter de l’épidémie. L’amour et la mort, l’art et la mémoire dialoguent en ce roman plus qu’intrigant, plus qu’émouvant…

 

      Confronté à des expériences parfois inquiétantes, il faut chercher l’alchimie des  livres sensibles de Valeria Luiselli et Rebecca Makkai. Les romancières posent leurs oreilles et leurs yeux non seulement sur un territoire, mais sur des individualités révélatrices,  en s’interrogeant sur les valeurs de l’Amérique, du destin de ses émigrants ; et de leurs libertés.

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matricule des anges, octobre 2017 et octobre 2019

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Umberto Eco : La guerre du faux, Grasset, 1985.

[3] Valeria Luiselli : Raconte-moi la fin, L’Olivier, 2018.

[4] Valeria Luiselli : Des Êtres sans gravité, Actes Sud, 2013.

[7] Rebecca Makkai : The Great Believers, Viking, 2018.

 

Vide-greniers de Chef-Boutonne, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut

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Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

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Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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