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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 16:08

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Deux adolescences américaines

 

entre éros et racisme.

 

Joyce Carol Oates : Le Sacrifice,

 

Le Mystérieux Monsieur Kidder.

 

 

 

Joyce Carol Oates : Le Sacrifice, Le Mystérieux Monsieur Kidder,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban,

Philippe Rey, 384 p, 22 € ; 330 p, 17 €; Points Seil, 2014, 6,50 €.

 

 

 

      La violence et la bonté, la société américaine et la filiation semblent être parmi les thèmes récurrents de Joyce Carol Oates romancière. Si l’on associe Le Sacrifice et Le Mystérieux Monsieur Kidder, elle y oppose l’enfer de Sybilla et la rédemption de Katya. Mais à chaque fois l’écrivaine dévoile la vérité là où elle ne semble pas être : au défaut des évidences, à l’écart des clichés et des attendus moraux, raciaux et politiques, par ailleurs trop souvent surexploités par nos horizons d’attente. Sans nul doute Joyce Carol Oates use d’un scalpel redoutablement efficace pour décrire et fouailler la société des Etats-Unis : une satire sans compromission, un conte de fée moderne, ainsi se présentent Le Sacrifice et Le Mystérieux Monsieur Kidder.

 

      Un éros abject paraît faire l’objet du Sacrifice. Ednetta Fry vit en 1987 en ce New Jersey où les jeunes noirs sont « une espèce menacée ». Dans toutes les rues d’un quartier du New Jersey, elle cherche sa fille disparue : Sybilla, quatorze ans. Très vite, l’alternance des voix donne à ce Sacrifice une ampleur sociale. La focalisation interne glisse du côté d’Ada. On vit auprès de la rivière polluée, des rues délinquantes, des recoins criminels, au milieu des usines désaffectées. Dans la cave de l’une d’entre elles, Ada découvre une fille ligotée, ensanglantée, couverte d’excréments de chien : c’est Sybilla Frye. Avec peine, de manière hachée, lacunaire, elle raconte comment des « flics blancs » l’ont attrapée, l’ont violée « genre avec leurs pistolets » ; car elle est leur « Prostituée nègre de Babyland », non sans une allusion biblique. La voix d’un urgentiste lui succède pour l’emmener à l’hôpital et lire sur son corps, tracé au marqueur et à l’envers : « PUTE NEGRE KU KLUX KLANN ». S’agit-il de « flics blancs » ou d’un « tissu de mensonges » ?, se demande l’enquêtrice Iglesias. On devine que la mère n’est pas très fiable, craignant des représailles, reléguant sa fille loin de toute enquête.

      Evidemment on n’évitera pas la récupération raciste et politique : « Car le racisme est une plaie, sauf quand il est à notre bénéfice », songe l’enquêtrice. Aussi l’on raconte partout l’histoire, déformée par le bouche à oreille, ajoutant de prétendus témoins qui auraient vu les trop fameux « flics blancs ». Le beau-père, Anis, violent et meurtrier sans doute récidiviste, est quant à lui obsédé par les émeutes de 1967[1], lors desquelles la police s’arrogeait le droit de tuer -des noirs évidemment-, au point qu’il bout de l’irrépressible soif de tuer un flic blanc. Au racisme anti-noir, peu à peu atténué par l’évolution des mœurs, répond un virulent racisme anti-blanc.

 

 

      Au cœur d’une narration parfois distendue, interviennent alors Marus et Byron, deux frères activistes et charismatiques du « patriotisme noir », respectivement prédicateur et avocat. Ils ont « le doigt sur le pouls des injustices subies par les Noirs », ils sont « le côté noir de l’Histoire ». Là est le tournant du roman. La mauvaise foi et l’opportunisme se conjuguent pour dénoncer le « boycott par les médias blancs », un « Etat raciste nazi », sans crainte des hyperboles et de la reductio ad hitlerum, alors que jusque-là Ednetta, fascinée par Marus, voulait que rien ne filtre. La petite Sybilla est bientôt instrumentalisée, exploitée, et sa mère achetée, au service au service de la lutte contre l’esclavage perpétuel perpétrée par « les sépulcres blanchis ». Ainsi Joyce Carol Oates exhibe la rhétorique militante et ses excès haineux avec une rare perspicacité. Emporté par son délire stratégique, son argumentation spécieuse, Marus prétend que « les Blancs habitaient des cavernes quand la race noire bâtissait des empires » et assure : « La philosophie, les mathématiques, l’astrologie : avant Socrate et les pédés grecs, nous les avions enseignées ». On sait que les totalitarismes n’aiment rien tant que réécrire l’Histoire. La satire contre le « raciste noir » qui professe de « servir sa race » et préfère s’adresser au « tribunal de l’opinion publique » plutôt qu’aux juristes pour dénoncer « un Etat raciste nazi », tout en s’appuyant sur « Jésus », est alors sévère. Sans omettre celle des médias : « le New York Times offrant ses colonnes de première page aux accusations sans preuve de ce provocateur ».

      Qui sait si la culpabilité revient aux « flics blancs » ou à une « bande jeunes Noirs ». Qu’importe si un jeune policier aux « cheveux jaunes » qui vient de se suicider fera le coupable idéal, heureusement disculpé. On notera les motifs colorés surexposés par l’ironie. Bientôt, Quarrquan, « le Prince noir », en outre soldat d’Allah », pourra convertir la jeune chrétienne sacrifié à « l’islam noir ». On saura enfin quelle sordide manipulation familiale a présidé à l’affaire…

      La polyphonie narrative est bien celle de « la pluralité des voix et des consciences indépendantes et distinctes », telle qu’elle permit à Mikhail Bakhtine d’expliciter le concept de « roman polyphonique[2] » à partir de sa lecture de Dostoïevski. Chacune des voix use de sa couleur, son rythme, l’empreinte de son sociolecte ; la « rhétorique prédicatrice » de Marus est écoutée « comme on aurait écouté les improvisations d’un musicien de jazz ». Comme celles de la rumeur qui enfle et des slogans scandés par la foule, à la semblance du chœur de la dramaturgie de la Grèce antique. Il est étonnant de voir -plus exactement d’entendre- combien Joyce Carol Oates a su, écrivant son roman, s’approprier les voies du gospel et du blues, voire du hard rock, et s’approprier des problématiques identitaires, non loin de Toni Morrison[3] et de John Edgar Wideman[4], mais pour les exploser.

      Roman policier d’investigation, roman psychologique, fresque sociale que ce Sacrifice ? C’est un peu tout cela à la fois. Les portraits des personnages de la romancière sont hauts en couleurs, sans oublier des tonalités fort sombres, d’une rare expressivité, y compris dans leurs silences et non-dits. À partir d’un fait divers, et bien au-delà des scies sur le racisme policier, certes avéré, la romancière élargit la perspective jusqu’à de vastes problématiques politiques et raciales (c’est le mot qu’hélas on emploie aux Etats-Unis), jusqu’à ébranler les plus irritantes, les plus monstrueuses, pulsions de pouvoir, qu’il soit noir ou religieux. Sans verser le moins du monde dans le misérabilisme, sans indulgence aucune pour la criminalité noire, Joyce Carol Oates est bien une redoutable critique des comportements et des mœurs. Elle sait la valeur de la responsabilité individuelle au lieu de privilégier la tendance à se réfugier derrière des causes sociales et sur la culpabilité de l’esclavage, alors que l’Islam ne peut être écarté de ce procès. Armée d’une réelle vigueur stylistique et d’une rare conscience éthique, elle sait porter le fer dans l’immondice des religions, et de la plus totalitaire d’entre elles, qui prétend être « une religion pour les Noirs du monde entier »…

 

 

      Ne nous fions pas à la légère vulgarité accrocheuse de la quatrième de couverture qui promet avec ce Mystérieux Monsieur Kidder un éros trouble, une « Lolita postmoderne » et un suspense vaguement policier. La jeune Katya Spivak, du haut de ses seize ans, qui n’a pas les douze années de l’héroïne de Nabokov, vaut mieux qu’une telle étiquette, malgré son milieu social et familial défavorisé, délinquant. Quant à Marcus Kidder, il n’est un rien un vieil obsédé, un piètre amateur de chair fraîche.

      Que faire, lorsque l’on veut fuir sa famille irresponsable, que l’on aime lire et rêve de poursuivre des études, sinon trouver un job d’été ? C’est sur la côte du New Jersey que Katia garde deux enfants dans une famille aisée, croquée avec un œil satirique : le yacht blanc, la mère pingre et sèche, le père aux yeux salaces… Quand un vieil homme élégant fait son apparition devant une vitrine de sous-vêtements raffinée, puis dans le square où elle veille les bambins. Impressionnée, quoique méfiante, elle accepte l’invitation, le goûter, le cadeau d’un livre pour enfants dédicacé, dont il se révèle être l’auteur. Oscillant entre fascination et dégoût, elle se rend à de nombreuses reprises dans sa splendide demeure aux fleurs de verre, au piano de concert blanc, au-dessus des dunes et de la mer, dans son atelier de peintre où elle sera le modèle de son Pygmalion, bientôt demie-nue…

 

 

      Ce serait trop convenu de s’attendre à une séduction sexuelle. Il s’agit bien de tout autre chose, pour qui ne veut pas être réduite à un corps désiré par les hommes : mais d’ « Heimweh », cette nostalgie d’ « un moi perdu », de cette beauté « platonicienne » du corps et de l’âme, par-delà le temps qui sépare les deux protagonistes. La peindre, la rémunérer, l’aimer, trouver et offrir l’accomplissement ; le comprend-elle totalement ?

      Mais, en quelque sorte piégée par son atavisme sociologique, par l’appel de sa mère indigne, qui lui soutire de l’argent en un immonde chantage affectif, par l’érotisme brutal de son cousin qui a déjà été condamné pour complicité de meurtre, elle se révolte -et l’on peut la comprendre- contre une nuit où elle imagine trop facilement que le vieil homme aurait abusé d’elle, quoique guère innocente. Son cousin jouera un rôle absolument atroce, barbare. Bourrelée de remords, Katya, accèdera aux pures et morbides dernières volontés de Marcus : « Ce lien entre nous (…) comme une fleur de verre prend forme, verre en fusion d’abord, et puis formée, achevée. »

      La dimension psychologique est flagrante : « Car Katya voulait être aimée, elle avait cette faiblesse : elle voulait désespérément être aimée, même par les gens qui lui déplaisaient. » Néanmoins, dans un contexte réaliste à la plume bien trempée de discret acide, Joyce Carol Oates instille une sorte de conte de fées. Ainsi le récit emboité du « vieux Roi » et de « la Belle Damoiselle », qui nous permettra de connaître le « secret » de l’amour et de la mort, de rencontrer la « Mort » allégorisée, est un apologue dont l’euthanasie volontaire et assistée de Markus est la résolution à la fois éthique et féérique, sans compter sa dimension « prénuptiale ».

 

 

      Guère manichéen, hors les comparses infects, la mère et le cousin, ce roman, sous son apparente légèreté anecdotique, propose une réflexion affutée sur le mal et la mort, sur l’amour et la beauté, sur la transmission et le don enfin. Récit initiatique fascinant et d’un charme confondant, il laisse le lecteur exercer son peut-être sévère jugement moral ou son adhésion esthétique et éthique. En ce sens, il s’agit bien d’un conte philosophique réussi. Il permet d’espérer qu’une jeune fille, en passant par une erreur désastreuse, par le remord et le pardon, parvienne à la clarté de l’art et d’une vie qu’une fin elliptique permet d’imaginer riche et sage…

      Joyce Carol Oates offre ici un étonnant mélange de réalisme sordide et de conte magique au service d’une « belle jeune fille », si l’on traduit littéralement le titre original : The Fair Maiden. Katya est-elle une allégorie d’une Amérique capable de trouver, au-delà de ses démons, une rédemption ?

 

 

      Au-delà de ces deux romans marquants, l’un d’un réalisme sans pitié, l’autre atteignant une dimension poétique rare, Joyce Carol Oates est prolifique au point de défier toutes les attentes, avec une soixantaine de romans publiés (du moins selon les traductions), sans compter les recueils de nouvelles. Tout juste si elle n’écrit pas plus vite que son lecteur ne la lit. Forcément, il s’y trouve des productions inégales, où la langue et la pensée ne sont pas toujours à la hauteur de la facilité. Se détachent par ailleurs deux portraits de femmes : sa monumentale résurrection de Marilyn Monroe en Blonde[5], ou encore Mudwoman[6], selon le surnom de celle qui s’extirpe de la boue de son enfance. Bien souvent, outre le sens du dramatisme, la romancière use d’une perspicacité psychologique et sociologique sans aménité pour le politiquement correct. Il y a bien une dimension engagée, féministe, dans le travail de Joyce Carol Oates. La cause des jeunes filles, qu’elles soient noires ou blanches, de leur devenir et de leur liberté lui importe, mais pas aux dépens de la vérité. En ce sens, elle est une romancière intensément moraliste.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Mystérieux Monsieur Kidder a été publiée dans Le Matricules des anges, avril 2014

 

[1] Auxquelles fait allusion Joyce Carol Oates dans son roman : Them, Stock, 1971.

[2] Mikhail Bakhtine : La Poétique de Dostoïevski, Seuil, 1970, p 32,33.

[5] Joyce Carol Oates : Blonde, Stock, 2000.

[6] Joyce Carol Oates : Mudwoman, Philippe Rey, 2012.

 

Oates-Blonde.jpgOates mudwoman

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:26

 

Plage de Beauregard, Ars-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Derek Walcott, poète des Caraïbes :

 

Le Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur.

 

 

Derek Walcott : Le Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur,

traduits de l’anglais par Claire Malroux, Circé, 1992, 120 p, 87 F et 1993, 170 p, 110 F.

 

 

 

Enfin Derek Walcott vint. Les rochers errants de ses poèmes peuvent ranimer en nous le goût du « fruit heureux » de la poésie, pour reprendre les mots de ses deux titres parus en français. Né en 1930 à Sainte-Lucie, dans les Petites Antilles anglaises, décédé en 2017, il fit ses études à la Jamaïque, et poursuivit de front l'animation d'un atelier de théâtre et l'écriture de pièces comme Le rêve sur le singe des montagnes. Il enseigne depuis aux Etats-Unis. Mais c'est d'abord le poète emblématique des Caraïbes que le Prix Nobel 1992 a couronné pour de nombreux recueils, dont Autre vie, Le golfe, Grappe de mer… Quoique Le Royaume du fruit-étoile et Heureux le voyageur soient indubitablement les plus remarquables, entraînants, imagés, parfois polémiques…

 

Loin de se replier sur le nombril abstrait de l'être heideggérien absent ou sur le champ de la linguistique et de la déconstruction dont se gargarise une bonne part de la poésie française et américaine, sans compter le maigre culte des objets et du quotidien sans lyrisme, Derek Walcott s'ouvre sur le monde, sur les hommes, dans leur géographie et leur histoire. L'exil du Russe Joseph Brodsky chassé par le régime soviétique ou les paradis fiscaux des Caraïbes peuvent nourrir le poète comme autant de thèmes dont l'universalité vient s'ancrer, comme du temps de William Shakespeare, dans le contemporain. Walcott ne cède pas au désespoir des voix condamnées à rester sans portée. Loin des fumées des camps de concentration chantées par la beauté des voix défaites de Nelly Sachs et de Paul Celan, loin de ceux qui clamèrent qu'écrire était impossible après Auschwitz et Hiroshima, loin de ceux qui crurent réduire la pensée poétique à la quintessence de la sobriété et à un au-delà suicidaire de la parole, Walcott, sachant qu'il écrit « aujourd'hui après Dachau et non après Jésus-Christ », renfloue les pouvoirs et les navires du langage pour une ulysséenne et moderne traversée. On se souvient d’ailleurs que revenant à l’un des fondamentaux originaires de la poésie occidentale, il a publié une réécriture épique d’Homère en sept livres et en hexamètres, Omeros, située autour de Sainte-Lucie, en Caraïbes contemporaines, hélas non traduite.

 

 

Sans vouloir revenir en arrière, sinon en écho aux accents classiques des Quatre quatuors de T.S. Eliot, Walcott renoue avec les richesses de la langue et de l'image. Il fait éclater la langue en « feuilles d'îles rousses » qui agrègent dans la métaphore maritime autant de réalités individuelles, sentimentales, politiques et métaphysiques. De même, il n'hésite pas à avoir recours à la poésie narrative, au souffle de l'épopée, nuancé s'il le faut d'ironie, pour, loin de l'aphorisme exsangue, impulser une dynamique voyageuse, une pulsion cosmique, et donner au recueil la dimension d'un portulan aventureux d'hier et d'aujourd'hui.

On pense bien sûr au sonnet « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » de Joachim du Bellay. L'errance n'est plus un geste vide, elle se fait somme patiemment acquise de connaissance et d'amour. Cet Ulysse, ici explicitement métaphorisé, effectue un périple dont les Ithaque et les Cyclope sont dispersés, du « sol grec » aux Caraïbes et aux côtes américaines. Le voyage s'élargit à la recherche des diverses racines culturelles du poète qui plongent dans les terreaux de Rome et d'Athènes, du Nord et du Sud, de l’Afrique, des Etats-Unis et du Yucatan. Quelques-uns en effet parmi les ancêtres de Walcott ont dû passer les colonnes d'Hercule de la vieille Europe pour mêler leur sang à celui des « native Americans » et des esclaves noirs:

« Je ne suis qu'un nègre rouge qui aime la mer, 

j'ai reçu une solide éducation coloniale,

j'ai du Hollandais en moi, du nègre, et de l'Anglais,

et soit je ne suis personne, soit je suis une nation. » 

Ainsi, le destin personnel du poète parle pour chacun de ceux qui s'interrogent sur leur généalogie, leur identité et leur condition, sur le sens de leur problématique, parfois tragique, mais fabuleux cheminement. La voix du poète a le même degré de responsabilité que l'élu, non au sens romantique du sage hugolien, mais au sens du mandat démocratique au service d’une cosmopolite nation.

De même, il va porter une langue et une thématique aussi métissées que ses origines. En Ulysse, dépositaire de l'imaginaire grec, il emprunte les facettes diverses des destinées et des cultures à travers les espaces et les temps de l'humanité. Il se fait conquistador rêvant de l'or de l'utopie et du meurtre, colon et quaker de Nouvelle-Angleterre, noir à fond de cale vers les bagnes agricoles, Indien voyant son exotique paradis pourrir sous le ver des économies de corruption.

Walcoot étoile

Chacun trouve ici des traces de sa langue, du « bobohl » créole aux jurons adressés à « l'île merdique ». L'anglais de Walcott se métisse et s'évade, donnant une autre dimension à l'utilitaire impersonnalité de l'anglais international. Les notes triviales côtoient et enrichissent les images grosses d'émanations poétiques fabuleuses, dignes de modernes Métamorphoses d'Ovide. Une intense émotion humaine faite de sensations courantes révèle à chaque instant le bonheur d'exister et de parler dans le monde. Car Derek Walcott croit en la langue du poème, en son éros, en ses « réelles présences », pour reprendre le titre de George Steiner[1]. S'il sent que « parfois la Muse s'en va, la Muse quitte l'Amérique », observant avec tendresse les Etats-Unis malades, il s'écrie soudain :

« Voici que je tombe amoureux de l'Amérique. 

Il me faut mettre les petits galets froids de la source

sur ma langue pour apprendre son langage,

parler en tremble et en bouleau, avec assurance. » 

Partout, le poète lit sur le monde le chiffre de la nature et de l'être: « l'aigrette sur une tablette de boue imprime son hiéroglyphe », y compris dans « le meilleur des Tiers mondes », où corruption et pauvreté sont le terreau d'un nouveau monde en gestation.

Embrassant « les dialectes de son archipel », les langues et les cultures, le poète caraïbe a pu être associé à l'étiquette imprécise de la World Fiction. Incarnant peut-être la revanche du Sud sur le Nord, revitalisant les langues des grandes traditions littéraires occidentales (anglais, français, espagnol) par les sangs mêlés des continents indiens, de l'Amérique latine et des pays arabes, la World Fiction rassemble des auteurs aussi divers que Carlos Fuentes, Salman Rushdie, Shashi Taroor, Amitav Gosh, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant. Le goût de la somme et de l'épopée, de l'ironie et des réseaux langagiers, une baroque gourmandise de la vie et des mots caractérisent ces auteurs de la World Fiction.

 

 

Selon le poète russe Joseph Brodsky, Walcott vient d'une « Babel génétique ». Lui-même Prix Nobel en 1987, il est un admirateur et ami de Walcott auquel il consacra un petit essai : Le bruit de la marée. Leur fécond dialogue trouva son assomption dans un des plus beaux et dramatiques poèmes de Walcott : « Forêt d'Europe ». Forêt de vers dans laquelle il évoque le goulag et l'exil du poète russe, l'inscription de sa poésie dans l'universel, puis sa citoyenneté dans une langue nouvelle, cet anglo-américain où ils confluent. « Archipel du Goulag » et « Archipels de tourisme de mon Sud » se répondent, mais n'empêchent pas que la poésie soit « le pain qui dure quand ont pourri les systèmes ». Cette belle confiance dans la langue mène également Brodsky à la recherche des fondations et de l'avenir des langues, de l'Acqua Alta[2] de Venise, à la Suède et à l'East River, en passant par ses merveilleuses « Elégies romaines[3] » qui font rebondir l'écho de Goethe et les incessants miracles du présent du poème devant les soubresauts de la nostalgie.

 

C’est alors que Joseph Brodsky et Derek Walcott sont des nouveaux classiques. Si le Prix Nobel de littérature peut souvent se tromper, il aura eu par deux fois le mérite de remarquer une éthique et une esthétique poétiques qui sachent ne pas dire non au souffle lyrique appliqué à la vie et aux enjeux du monde contemporain. Au contraire d’une poésie française rétractée sur le rejet du lyrisme, sur l’abus des objets, voire des déchets du quotidien. Peut-être Derek Walcott n'a-t-il que le tort de sortir le poème de son ghetto et de sa honte d'être poème. Indubitablement, il a pour lui, et pour nous, le bonheur des voyages de connaissance, dans les temps et les lieux qui font le contemporain. Lui aussi, comme de Mandelstam auquel il rend hommage dans « Forêt d’Europe », il peut dire « chaque / métaphore le secouait de frissons ». Pour nous avec lui, voilà ce qu’est la poésie :

« mais aujourd’hui cette fièvre est un feu et sa braise

réchauffe nos mains, Joseph, tandis que nous grognons en primates,

échangeant des gutturales dans cette grotte d’hiver

d’un pavillon marron et, qu’en rafales dehors,

les mastodontes de leurs systèmes éventrent la neige. »

 

Thierry Guinhut

Article paru dans La République des Lettres, mai 1994, ici augmenté.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2]  Joseph Brodsky : Acqua Alta, Arcades Gallimard, 1992.

[3]  Joseph Brodsky : Poèmes 1961-1987, Gallimard, 1987, p 230-236.

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 11:58

 

La Fureur, gravure de Monnet pour Colardeau : Le Temple de Gnide,

Ballard, Le Jay, 1779. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Janus bifrons ou la double face

des amours conjugales

et du roman d’initiation

de l’artiste dramaturge.

Lauren Groff : Les Furies.

 

 

Lauren Groff : Les Furies, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Carine Chichereau, L’Oliver, 432 p, 23,50 €.

 

 

 

        Alecto, Tisiphone, Mégère, chargées de poursuivre l’éternel condamné à coup de fouets, de serpents et de linges ensanglantés sont les noms des Furies ou Erynnies, ces trois déesses du châtiment, aux Enfers de la mythologie grecque[1]. Les délices premiers de l’amour se changeront ils en furies ? Un tel titre parait inexorablement l’affirmer : Fates and fury, donc Destins et Furies.  Cependant rien de furieux, sinon à la marge, dans la vie de celui qui parait d’abord le personnage central, collectionnant les initiations dans l’Amérique qui est notre contemporaine. Un beau jeune homme prometteur et papillonnant séduit tout autour de lui, coule une vie paisible puis comblée, hors quelques heurts inévitables, et meurt prématurément. Ce n’est que la face claire d’un livre bifrons, impressionnant roman psychologique aux deux faces opposées, conduit d’une main passablement perverse par l’Américaine Lauren Groff.

 

      Mathilde est l’ « oiseau sexy », la « lionne d’azur » de Lotto, diminutif de Lancelot. Le jeune couple amoureux, ivre de bonheur sur la plage, sert de prologue à la biographie de Lotto, dont la mère travaillait comme sirène dans un aquarium, et qui, grâce à son père est un richissime héritier. Sa mémoire prodigieuse lui permet d’envisager une carrière d’acteur méconnu, puis de dramaturge comblé. Mais auparavant, une avalanche de morts, de suicides, de vexations et d’acné, tissent son roman d’éducation universitaire, sans que trop lui en coûte. Une fois heureusement marié, Lotto commence par la pauvreté, car pour cette raison sa mère lui a coupé les vivres, ce qui n’empêche guère les fêtes bruyantes et alcoolisées, pardonnable ou pitoyable cliché du roman estudiantin made in USA.

       C’est peu à peu, faute de percer en tant qu’acteur, qu’il écrit avec grand succès des pièces de théâtre, ce qui permet au couple impécunieux de trouver un nouvel élan. Cependant, alors qu’il tente de tisser un opéra autour du mythe d’Antigone dans une résidence d’artistes avec le compositeur Leo Sen, complicité artistique et amitié passionnée croissent : « Un haut-fourneau qui le carboniserait s’il l’ouvrait. Un secret si profondément enseveli que même Mathilde l’ignorait ». La collaboration avorte, la tragédie efface Leo, l’amour s’éteint…

      Ce qui aurait rester un superficiel récit conjugal, familial et d’amitiés diverses, laisse le pas au roman d’initiation de l’artiste, avec une ampleur d’abord insoupçonnée. Le drame n’est pas qu’un genre littéraire pratiqué avec bonheur, dont nous lisons ici quelques spécimens, mais une crevasse de la vie ; jusqu’à ce que « le célèbre dramaturge Lancelot Satterwithe » devienne à quarante-six ans un « cadavre froid ».

 

 

      Il ne reste plus aux « Furies », Erynnies ou Bienveillantes[2], qu’à se précipiter sur Mathilde, « créature très dangereuse et très calculatrice », qui, soudain, a un passé… Ce pourquoi l’envers de la première partie -un conte de fée conjugal juste un peu boiteux, où Madame est la parfaite âme sœur au service du génie juste un tantinet machiste- révèle un autre roman d’éducation, qui est son miroir noir et biaisé.

      Roman réaliste et de société piquant, puis effrayant, Les Furies, construit en deux volets, qui d’abord furent conçus pour être deux livres indépendants, « Fortune » (au double sens du mot) et « Les Furies » proprement dites, est également l’odyssée sucrée-salée, douloureusement mélancolique du couple. Si celle-ci montre ses zones de lumières, elle cache soigneusement, puis laisse éclater ses noirceurs, lors que le point de vue de l’un est chassé par celui de l’autre, dans la tradition d’Henry James. A mi-parcours du roman, Lauren Groff radiographie la face blessée de son héroïne, alors que le livre devient un traité sur la dissimulation, sur l’apparence et la vérité, sur les secrets de famille, d’enfance et d’adolescence. Entre prostitution de luxe avec un marchand d’art pour payer ses quatre ans d’études, avortement à l’insu de son Lotto qui aurait tant aimé un enfant, le roman bascule à la lisière d’un genre gothique[3] résolument noir pour la petite Aurélie qui deviendra la Mathilde que nous croyions connaître.

      Au point que la douce satire du mariage devienne affreusement corrosive, en particulier des clichés à la guimauve entourant l’amour conjugal. Heureusement d’ailleurs qu’il s’agit d’une -et non d’un- romancière- sinon le livre eût pu être qualifié de machiste, si terrible est la Mégère qui, en sourdine, conduit le destin de son mari, pour jouir ensuite de sa fortune.

      C’est en sourdine en effet, qu’elle reconnaît sur l’ordinateur de son mari « les prémices d’un chef d’œuvre », qu’elle retravaille le texte de celui qui, au réveil ne se souvient plus de ce qu’il a écrit : « elle n’eut pas de mal à présenter le texte comme étant entièrement de lui ». C’est ainsi que sa pièce « Les Sources » sera le succès inaugural de sa carrière de « dramaturge de la bourgeoisie ». De même, elle lui soufflera par la suite des sujets, des répliques, alors que « ses textes se corrigeaient tout seuls, la nuit, comme par magie »… Elle est bien, au dire de la naïveté de son mari, « une diseuse de vérité psychologique », alors qu’elle publie sous pseudonyme « des objets littéraires et clandestins ». Voilà qui jette une lumière trouble sur la question de savoir qui sont ces femmes qui vivent dans l’ombre de leur génie de mari, quelles sont leurs parts dans la créativité de l’époux artiste…

      Mais peut-on en vouloir à Mathilde ? Venue d’un milieu désastreux, oppressif, dont il lui fallait s’arracher, lourde des secrets d’une enfance sans amour, elle a bien su mener sa barque, non sans faire le bonheur de son mari Lotto, dont elle n’est que la douce Furie toujours amoureuse, et cependant vengeresse appliquée. Alors que les Furies se sont acharnées sur sa jeunesse, elle les retrouve plus tard, malgré sa richesse solitaire, dans l’amertume de son veuvage, courant après les tristes joies du sexe, reprenant le flambeau d’une vengeance opiniâtre.

 

 

      Un roman Janus, bifrons, ou « Double face », pour reprendre le personnage au visage brûlé d’un seul côté par le mal, dans Batman, tel pourrait être qualifié ce volume qu’il aurait peut-être fallu publier sous la forme de deux livres affrontés en un seul, aux deux couvertures opposées et se rejoignant au centre du volume, comme L’Envers du vent, contant l’histoire de Héro et Léandre, sous la plume de Milorad Pavic[4].

      Vive et facétieuse, l’écriture de Lauren Groff, dont on avait remarqué Les Monstres de Templeton[5], explorant les sombres détours d’une généalogie familiale, séduit, pétille, quand elle sait également se faire grave, terrible, au scalpel. Est-ce la raison de son statut de livre de l’année 2015 aux Etats-Unis ? La romancière avisée pullule d’images vigoureuses : « des traces de pattes de bécasseau sur le sable lui rappelaient une vulve, des packs de lait lui évoquaient des seins » ; « les yeux baissés comme une campanule timide, alors qu’à l’intérieur une tornade l’habitait ». La narration, rapide, emporte ses personnages dans une débauche de vie et de noirceur, une énumération frénétique, une mise en scène en mouvement perpétuel, qui pourraient agacer le lecteur amateur de lenteur. Ainsi l’on ne risque pas de s’ennuyer en une telle déferlante ; seule la construction un peu erratique de la seconde partie, alternant les temps, passé lointain et présent sans cesse en marche, peut laisser un brin insatisfait, dans la mesure où le récit semble abandonné dans un état un peu lacunaire. Mais probablement est-ce de la volonté de la romancière, permettant d’imaginer combien son personnage se cache encore à lui-même…

 

      Lecteur, nous avons été floués, manipulés par la stratégie originale de Lauren Groff. Si nous avions cru savoir qui est le personnage principal, notre dramaturge, perpétuel adolescent, s’efface quand sa femme, moins effacée et plus explosée de secrets terribles que prévu, devient le point focal du récit. A posteriori nous savons qu’en ne publiant que la première partie, comme c’était son initiale intention, elle n’eût livré qu’un bon roman, somme toute avec un peu plus qu’un banal talent. Ainsi, un brin de perversité romanesque et compositionnelle ne nuit pas : ce qui ne va pas sans notre intense plaisir.  Est-ce cette épouse bien plus manipulatrice qu’il n’y paraît qui a tant fasciné Barack Obama, dont on sait qu’il clama combien il s’agissait de son « meilleur roman de l’année » ? Serions-nous assez perfide pour nous demander s’il s’agissait également du livre de chevet d’Hillary Clinton ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Milorad Pavic : L’Envers du vent, Belfond, 1996.

[5] Lauren Groff : Les Monstres de Templeton, Plon, 2008.

 

 

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 15:14

 

Erato, Muse de la poésie érotique, gravure de Réveil, 1829. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Muse de Jonathan Galassi,

 

entre satire du monde de l’édition

 

et éloge de la poésie.

 

 

Jonathan Galassi : Muse, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Anne Damour, Fayard, 272 p,  €.

 

 

 

      Saisissant la plume tendue par sa Muse, Jonathan Galassi écrit avec une étonnante légèreté, celle, double, du roman et de la poésie. Sans nul doute cet inspiré décrit un milieu qu’il connait bien : né en 1949 dans l’Etat de Washington, il devint éditeur et Président de Farrar Strauss & Giroux. Non content d’être un magnat de l’industrie éditoriale, il traduit les poèmes d’Eugenio Montale, de Giacomo Leopardi[1], et sa production poétique (hélas inédite en français) ne semble pas négligeable, avec Morning Run, Left-handed, et North Street. D’où une alliance thématique subtile en Muse. Il y a en effet en ce roman un séduisant tour de force. Outre la traversée des milieux de l’édition confrontés à la crise, la création d’un personnage de poète, sans omettre de citer abondamment des échantillons de sa production, fait du roman de Jonathan Galassi une réussite joliment époustouflante.

 

      Jeune passionné de littérature, Paul Dukach gravit, au cours du roman d’initiation, les échelons d’une carrière éditoriale, d’abord obscure, puis brillante, chez Purcell & Stern, dominée par la figure haute en couleurs d’Homer, « un homme de marketing », « un chien truffier », dont le nom n’est pas sans ironie. On a évidemment deviné qu’il s’agit d’un reflet un rien biaisé de Farrar Straus & Giroux, cette prestigieuse maison d’édition qui collectionne les Prix Nobel comme d’autres les bibelots. Purcell & Stern, qui arbore les noms d’un compositeur baroque et d’une étoile, reste, malgré ses prodigieux succès, une entreprise aux conceptions traditionnelles. Pourtant elle est la rivale d’ « Impetus », menée par l’impétueux Sterling, dont l’un des titres de gloire est de publier Ida Perkins, une poétesse fastueuse.

      Le tableau des mœurs éditoriales est édifiant, satirique à souhait. Si la chronique de la Foire de Frankfort est un peu convenue, les éditeurs  forts en gueule, « hantés par Ceux Qui M’Ont Echappé », les frasques sexuelles, les engouements pour Arnold, « un vrai croyant », en fait poète stalinien américain, auteur pitoyable d’une « Enéide du communisme international », en font un roman de société aussi divers que pétri d’acuité psychologique et sociologique, voire politique. Non sans que le microcosme éditorial et journalistique américain se soit livré au jeu du roman à clef : qui est qui ? Si Homer Stern est sans conteste Roger Straus, le séducteur dandy de la maison homonyme, les agents littéraires (dont l’une est surnommée « Nympho ») et les auteurs restent livrés aux mystères croustillants du qu’en dira-t-on. Mieux vaut, à défaut d’en pleurer, en rire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Mais le personnage le plus fascinant de ce tableau en mouvement est sans conteste « l’iconique Ida Perkins », rousse « Vénus callipyge », qui « montrait une vertu toute aristocratique -glace pour le monde extérieur, brasier en profondeur ». Cette fiction côtoie pourtant de réels écrivains du XXème siècle, au point que l’on puisse croire qu’elle existe bien sur les rayons des librairies. Pour ce faire, le romancier nous propose une anthologie fournie des poèmes de son Ida Perkins, comme le « scandaleux « Verga », parmi lequel on devine le sens de l’image érotique : « Corps blanc souillé de sa tache cyclamen »… D’une borgésienne stratégie risquée qui consiste à non seulement inventer un auteur mais aussi son œuvre, Jonathan Galassi, même s’il faudrait pour bien en juger lire les originaux en anglais, se tire avec brio. Jusqu’au dernier recueil, Mnemosyne, dont la tonalité élégiaque est sans pathos. Paul, qui aura tant rêvé de rencontrer son idole des lettres, parvient à réaliser son rêve à Venise, alors qu’elle est fort âgée, son admiration n’en étant pas un instant affectée. De manière inattendue, il devient l’éditeur posthume de sa Muse, non sans une troublante révélation…

      Il est permis également de lire ce roman comme une série de variations sur les fidélités et les infidélités. Fidélité de Paul à sa maison d’édition, dont il gravit les échelons, à une certaine conception de la littérature et du livre dans toute sa noblesse élitiste, et infidélité, quoique relative, lorsqu’il devient l’amant de l’un des ténors de l’édition électronique chez la menaçante « Medusa », masque transparent d’Amazon. Fidélité d’Ida à la maison d’édition présidée par son cousin et amant occasionnel Sterling, et infidélité au creux des vers de la poétesse, ce pourquoi son posthume recueil devra être publié par Paul : 

« fermer

la porte

ouvrir

ton médaillon et

toucher tes cheveux ».

      Le titre peut être lu sous divers regards : Ida est bien la « Muse » de Paul, qui le guide par la vertu de l’admiration, mais aussi parmi le sacerdoce et les embûches de son métier d’éditeur. Reste à savoir, en un suspense habilement mené, à travers une lecture des carnets cryptés d’Arnold et une analyse des ultimes poèmes de la diva, qui est la dernière « Muse » d’Ida, qui est son Erato, vouée à la poésie érotique. Il faudra enfin écouter « Mnémosyne », cette déesse de la mémoire qui fut la mère des neuf Muses :

« Mnémosyne se souvient. C’est son rôle.

La chaleur immobile,

l’éblouissement, l’exaltation

le pas

alangui ; puis le soir qui tombe ».

 

      Ainsi, entre satire haute en couleur du monde de l’édition et éloge des vertus du poème, l’ « élégie satirique » de Galassi charme puissamment son lecteur, sonnant peut-être l’aube du glas des maisons d’éditions indépendantes et réellement vouées à l’exception créatrice. Le plus étonnant, en un contexte éditorial étripé entre concentrations capitalistiques, bouquins de consommation courante pour masses de supermarché et lecture sur ebook, est cette ode à la poésie savamment dressée par Jonathan Galassi. Mnémosyne n’atteint-il pas, au creux de cette fiction, 750 000 exemplaires ? On ne sait s’il s’agit d’un rêve irréaliste, d’une fiction consolatoire, ou d’un manifeste esthétique nécessaire…

 

Thierry Guinhut

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 08:33

 

Sandro Boticelli : dessin pour le chant XXIV de L’Enfer de Dante, 1485-1495.

 

 

 

Les démonologies américaines de Rick Moody :

À la recherche du voile noir, Purple America,

Hôtels d’Amérique du Nord…

 

 

 

Rick Moody : Purple America,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Lederer,

L’Olivier, 432 p, 14,90 € ;

Démonologie, traduit par Marc Amfreville, L’Olivier, 384 p, 14,90 € ;

À la recherche du voile noir, traduit par Emmanuelle Ertel, L’Olivier, 416 p, 23 € ;

Hôtels d’Amérique du Nord, traduit par Michel Lederer, L’Olivier, 240 p, 21 €.

 

 

 

 

Un rien de vertige et nous voilà entraînés à réunir les livres de Rick Moody, né en 1962, sous l’étiquette des démons américains. « Qui pourrait aimer le genre d’homme qui tire sur des membres de sa famille ? » conclue le narrateur de Purple America, en finale d’un livre touffu, lyrique et démesurément sombre, voire apocalyptique. Voilà qui contraint lecteurs et critiques à détester ou aduler un tel romancier et nouvelliste, expert en « démonologie », qualifié par Dale Peck  comme « le pire auteur de sa génération », volontiers broyeur de maux les plus noirs et souverainement catastrophiste. Ainsi sonne L’Etrange horloge du désastre, ornée de tous les avatars des monstres américains, qui ne méritent qu’un « voile noir », quand les Hôtels d’Amérique du Nord sont l’occasion de sonder les reins noirs de la solitude…

 

Plusieurs narrateurs se chargent du poids du roman Purple America : un fils qui s’occupe de sa mère gravement malade, la mère bien sûr, mais aussi tous les acteurs d’un récit de vie qui unit la nostalgie des bonheurs perdus à la menace des orages accumulées depuis des décennies. La « philosophie de la déflagration » est la seule qui puisse convenir pour ce flot romanesque aussi large que « les eaux glacées du grand fleuve Connecticut qui se mêlent à l’océan ». Car sur son bord, le criminel voit défiler « les centres commerciaux et leurs magasins franchisés, les euthanasies, les morts subites, les tenants de la suprématie de la race blanche, les milices antigouvernementales, les mères célibataires, les nouveaux virus ». Une fuite d’eau contaminée dans une centrale nucléaire où travaille le second mari de la mère n’est que le rappel du ciel pourpre qui suivit une explosion nucléaire dans le Pacifique en 1946. Comme si la déflagration n’avait pas fini de contaminer les personnages et l’Amérique entière, dont ils sont la mise en abyme. Les idéaux et les illusions s’effritent et noircissent les consciences. En cette nuit fatidique, suite aux retombées d’un gigantesque péché originel, tout s’écroule. Il est assez évident que ce péril atomique est la métaphore d’un péril psychique virulent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant aux douze nouvelles de Démonologie, certes inégales, elles sont souvent placées sous le signe de la parodie. Un voile de fausseté enveloppe tous les événements de la vie. L’échange de coups de feu près d’un Mc Donald est-il vrai ? Ou n’est-il qu’une réminiscence des films hollywoodiens ? Les mariages du « Manoir sur la colline » ne sont-ils vécus que pour être mis en scène ? Les masques abondent, du « Masque de poulet » de l’homme-sandwich qui fait la pub d’une chaîne de restaurant, jusqu’aux « costumes Disney dernier cri » d’une fête d’Halloween où les enfants sont de troubles protagonistes, en passant par le jeu de cache-cache entre deux universitaires qui se jettent à la tête des citations de Derrida et de Lacan dans « L’inéluctable modalité du vaginal ». Ainsi va le déballage des passions les plus monomaniaques, comme ce raide dingue des œufs d’autruche, ce compilateur de cassettes, cet auteur d’un catalogue de livres d’occasion franchement délirant et creux. Les crimes sourdent de l’ennui qui talonne l’américain moyen, jaillissent des tréfonds de leurs perversions soigneusement cultivées. Le lecteur décidera s’il s’agit d’une salutaire mise en garde ou d’une dangereuse complaisance…

 

Rick Moody lui-même n'a-t-il pas livré ses mémoires sous un titre révélateur : The Black Veil ? Ce « voile noir » qui dans la nouvelle de Nathaniel Hawthorne publiée en fin de volume, se charge d’exhiber, tout visage masqué, la couleur des péchés…  Ainsi l’héritage puritain fait son inéluctable et traumatique retour. Partiellement autobiographique, À la recherche du voile noir n’omet pas de nous conter les internements psychiatriques de l’écrivain, son alcoolisme, sa toxicomanie, ses phobies récurrentes et autres pétrifications dépressives. Faute d’explication plus cohérente, ou à moins d’admettre un fil génétique continu, il fait porter cette charge à son ancêtre, celui qui sut inspirer à Nathaniel Hawthorne la fameuse nouvelle dans laquelle un austère pasteur couvre son visage d’un « voile noir », jusqu’en son inhumation. Peut-être faut-il considérer que pour son auteur la littérature est une tentative d’auto-thérapie, histoire de décharger ses peurs et ses haines sur la nation qui l’héberge, bon an mal an. 

 

 

Rien de rassurant en effet parmi l’œuvre abondante de Rick Moody. Dans Tempête de glace1], une catastrophe météo coïncide avec une tempête d’échangisme : des couples trompent leurs conjoints, pendant qu’à l’étage leurs enfants découvrent les troubles de leurs corps. L’irresponsabilité d’une génération souffle en tempête sur la suivante. Une sexualité urgente et inquiète imbibe les pages de cette « comédie » comme ce porte-jarretelles pollué comparé à « une dépouille de serpent » et au « suaire de Turin ». On devine, à travers ces métaphores religieuses, que les séquelles d’un puritanisme visqueux continuent de hanter les sous-bois mentaux de Rick Moody et de son Amérique, volontiers pécheresse et coupable… Car, au-dessus de l’écrivain, L’Etrange horloge du désastre2] recueil de onze nouvelles expertes en souffrances physiques et mentales, ne cesse de compter les heures, pire que le corbeau d’Edgar Poe.

 

 

 

Plus récemment, un obèse roman vit le jour sous la fureur du clavier de Rick Moody : Le Script3]. Satire vitriolée de la communication, de l’insignifiance des médias et des télévisions, d’une sous-culture de masse vulgaire et mafieuse, il invite un personnage passablement caricatural : Vanessa Meandro, productrice de cinéma fort déglinguée, qui fait et défait les idoles, qui explose le show-biz et les séries télé. La recherche d’un scénario disparu, d’un braqueur et d’un coursier, sert de fil noir à une intrigue étirée parmi laquelle les personnages, soumis à un tir aux pigeons permanent, frôlent trop souvent l’internement en asile psychiatrique. Le roman semble crouler sous ses feuillets, et malgré une ambition aussi indéniable que légitime, la montagne littéraire semble accoucher d’une souris qui peine à grignoter l’abondance des pages… 

 

 Une autre façon de découper l’Amérique en tranches, de fouiller ses entrailles, est de visiter ses hôtels ; mieux, de devenir le chroniqueur de « Notezvotrehotel.com ». En peut-être alter ego de Rick Moody, son modeste héros, pourtant plus intime avec les anti-héros, Reginald Edward Morse, séjourne parmi les Hôtels d’Amérique du Nord pour les évaluer, en faire l’éloge, ou les éreinter. Cette sorte de guide Michelin, ou plutôt de TripAdvisor, même s’il fait partie des « volumes collectors » de l’éditeur, pourrait en littérature sembler parfaitement vain. Cependant la rare tendresse, l’humour et la coruscante acidité des commentaires permettent de dépasser la futilité documentaire et la vocation pratique attendues.

 

 

Pour nous qui ne séjournerons probablement dans aucun de ces hôtels des Etats-Unis, à moins qu’ils soient purement fictifs, cette mosaïque semi-romanesque, à la lisière du journal et du recueil de nouvelles, dessine un portrait en creux d’un pays et de ces habitants, guère flatteur, « tragicomique » enfin. Face à l’illusion de la sollicitude hôtelière, le spectre de la solitude hante chaque hall, chaque chambre, de la plus modeste à la plus prestigieuse. L’horreur est parfois dans les détails (petits gâteaux, boules de coton et pèse-personne), qui laissent à penser que le « Dupont Embassy » de Washington est l’équivalent d’une « résidence médicalisée » pour seniors. On circule du somptueux palace au « taudis », de l’antre des « amours clandestines » au « préservatif drapé sur le fauteuil de bureau », sans oublier « le liquide séminal séché sûrement incrusté dans les dessus-de-lit », et leur corollaire : la « dilution des liens conjugaux ». On se trouve parfois devoir dormir par terre, au pied de sa porte de chambre, à cause de l’irritante et ingérable clé magnétique. Quant au « Presidents’ City Inn, Quincy Massachussets », il n’est rien moins qu’un « bazar porte-malheur fourguant décisions funestes et toutes sortes d’opiacés de synthèse ». Ainsi saynètes burlesques, croquis piquants et hyperréalistes abondent pour le plaisir trouble et voyeuriste du lecteur…

On s’en doute, connaissant la science démonologique de l’écrivain, chaque note critique de ce qui peut passer pour un nouveau genre de roman épistolaire, via le web, laisse entrevoir, par une abondance de failles, la tragédie humaine, a fortiori celle du narrateur, le malheureux Reginald, ce nomade nanti d’une « ex-femme ». Car, on l’apprend par Rick Moody lui-même, qui prétend n’écrire que la « postface », le chroniqueur star de la sphère Internet, « infarctussement proche de Dieu », a malencontreusement et soudain disparu !

  

Dans sa nouvelle titre -la dernière du recueil Démonologies- l’auteur nous propose le credo de son esthétique : « Je sais que je devrais fictionnaliser tout ça davantage, je devrais me cacher. Je devrais réfléchir aux responsabilités qu’il y a à représenter la réalité sans masque… » A la fois terrifiant et gorgé d’humour, Rick Moody, ce post-moderne baroque, pourrait n’apparaître que comme un satiriste de l’american way of life. Peut-être un peu d’humilité et moins d’anti-américanisme nous permettraient-ils de lire chez lui un mode d’emploi des noirceurs de bien des âmes humaines, démones patentées. À moins de considérer que la noirceur de l’écrivain, qui est fondamentalement d’un puritain outré, d’un héritier du roman gothique[4], ne soit que trop due à son psychisme exacerbé de démonologue de l’humanité, alors qu’il ne veut ni ne peut apprécier les réussites économiques, morales et intellectuelles des Etats-Unis. Mais n’est-ce pas l’un des devoirs de l’écrivain que d’appuyer sur l’abcès d’une réalité qui fait mal ? Pour le crever, ou l’encourager, telle est la question…

 

 Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Rick Moody : Tempête de glaceL’Olivier, 2003.

[2] Rick Moody : L’Etrange horloge du désastre, Rivages 2004.

[3] Rick Moody : Le Script, L’Olivier, 2006.

 

 

 

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 16:02

Plateau de Rugghubel, Engelberg, Suisse.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Crime, justice et châtiment américains.

Sergio De La Pava : Une Singularité nue.

 

 

Sergio De La Pava : Une Singularité nue,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro,

Le Cherche Midi, Lot 49, 848 p, 23,50 €.

 

 

 

On ne s’étonnera pas que quelques dizaines d’éditeurs aient refusé le pavé de La Pava (si l’on pardonne le facile jeu de mots) :  Une Singularité nue. Est-ce en effet un roman, un essai ? Débutant par une interminable énumération de cas de délinquances diverses, qu’animent des dialogues répétitifs entre un avocat et ses divers clients, renvoyés à la chaine par un juge peu amène, le catalogue des procédures risque bien de lasser le lecteur accablé. Pire, la prolixité bavarde et parfois creuse gangrène le récit, où les mondes entrechoqués de la justice et du crime sont mis au banc des accusés…

 

 

Mais on ne s’étonnera pas non plus que ce titre ait fait son chemin à compte d’auteur et sur Internet à la rencontre de lecteurs enthousiastes, avant que la maison d’éditions University Chicago Press s’en empare en 2008. Il se révèle en effet un formidable tableau de la justice pénale américaine, une charge détonnante d’un implacable réalisme contre cette machine à inculper, emprisonner, rarement relaxer, pour des délits, du plus grave homicide au plus mineur, souvent liés à des consommations et des trafics de stupéfiants, parfois à l’instigation de la police pour piéger le coupable, ou supposé coupable vainement repenti. L’industrieuse institution à même de remplir les prisons fonctionne à plein tube, surtout si la récidive, y compris après bien des années, s’en mêle. Cette singularité obscène ne semble qu’à peine choquer l’actif jeune avocat newyorkais qui est l’acteur, le témoin et le narrateur de cette vertigineuse liste, non sans ironie : « vous voilà prêt désormais à déclarer Hobbes contre Rousseau sans avoir besoin de délibérer plus avant ». C’est-à-dire les tenants, respectivement, de la guerre de tous contre tous et de l’homme naturellement bon corrompu par la société.

Plus tard, on en apprend un peu plus sur notre modeste héros besogneux, un avocat commis d’office nommé Casi (alter ego possible de son auteur), sur les procès qu’il ne perd jamais, quoiqu’un filandreux échec devienne le tournant de son existence, sur sa famille d’origine colombienne, sur ses frustrations, sur sa mère qui veut jouer pour lui l’ « excellente entremetteuse » et lui trouver une gentille petite épouse, sur sa nièce, la « petite Marie du Silence », qui finira par parler…

 

 

« J’existerais bien en dehors des normes et soucis de la société, mon seul souci étant mon avancement et mon évolution personnels en tant qu’être humain », confie sans vergogne le narrateur, imaginant à l’instigation d’un comparse de prendre son envol vers l’indépendance risquée du « crime parfait », au moyen de dizaines de millions de dollars venus d’une transaction parmi les divers intermédiaires d’un cartel de la drogue. Le romancier plante alors les bases d’une méditation morale à l’adresse du lecteur. Quoique notre avocat rêve d’avoir, une fois riche, « une bibliothèque », en une belle page lyrique, il s’attend à « une conséquence quasi sophocléenne ». On devine que les choses ne se passeront pas toutes comme prévu, qu’une enquête criminelle frôlera Casi : « À part le fric, un désastre absolu ». Et à part quelques paragraphes bien sentis, de pléthoriques digressions, de longues pages étirées singeant le polar noir…

 

Pour reprendre l'épigraphe des Psaumes, « tous sont égarés, tous sont pervertis ». En effet « une certaine violence s’est déchaînée et il n’y a rien dans notre univers impie pour l’arrêter ». De ce roman de société satirique en trois volets et aux accents par instants grandioses, entre registre didactique et dramatique, les Etats-Unis ne sortent pas grandis, là où, selon les physiciens, notre « univers s’effondre dans […] une singularité nue ». Ce qui permet d’offrir une caution intellectuelle et cosmologique venue de la physique relativiste au trou noir du chef-d’œuvre fantasmé.

 

 

Outre-Atlantique, les éloges dithyrambiques ont plu sur l’ambitieux grand-œuvre irrésolu -comparé aux plus emblématiques, entre Herman Melville[1] et Thomas Pynchon[2]- de Sergio de la Pava, un avocat né en 1970, dont la famille est, comme son personnage, originaire de Colombie. Rien n’empêche cependant d’imaginer que sérieusement élagué, radicalement caressé par l’esprit de concision, l’ampleur de ce Crime et châtiment newyorkais n’eût rien perdu, au contraire. Sans oublier que la dimension judiciaire, psychologique et métaphysique du chef d’œuvre de Dostoïevski est à mille coudées au-dessus de ce documentaire en tas et de cette velléité de thriller. Pourtant, à la colonie de châtiments de la machine pénitentiaire de Sergio de la Pava, pour une foultitude de crimes divers, parfois sans crime, répondent, avec une étrange pertinence, le crime sans châtiment de Casi et de son compère, sinon une forme de remord…

 

Il fallait un traducteur compulsif et passionné pour sillonner un tel fleuve encombré de cailloux, d’eau sales et de vastes terres sèches, où ramasser quelques pépites éclatantes : Claro, par ailleurs interprète de Thomas Pynchon (excusez du peu), qui parvient à restituer tant les arguties de la rhétorique et de la correspondance judiciaire que la vitesse des dialogues à la William Gaddis[3], la couleur des sociolectes, les allusions à la génétique, à la boxe, à la philosophie, aux recettes de cuisine colombiennes, à une surabondance de sujets, les rythmes divers de la narration et de l’introspection.

 

 

Avec Personae[4], d’abord auto-publié en 2011 aux Etats-Unis, dont nous attendons avec une piquante curiosité la traduction, Sergio de la Pava a peut-être affiné son art. En effet, avec 216 pages, ce roman radicalement différent laisse espérer que la concision est enfin au rendez-vous. Si nous écoutions, dans Une Singularité nue, la voix du seul Casi, les voix des personae sont plurielles. Explorant les ramifications de la création artistique, à l’instar, qui sait, du Dernier acte de William Gaddis, le roman fonctionne comme une sorte de puzzle laissé à l’attention du lecteur, alternant récit-cadre, documents divers et notes. Car un vieil homme, trouvé mort, peut-être assassiné, laisse après lui un carnet, une nouvelle, un bref roman, un drame titré Personae, tous écrits là recueillis, non sans le commentaire en forme d’essai de la détective et musicienne Helen Tame. Les allusions à Garcia Marquez et Virginia Woolf côtoient celles à Wittgenstein et Aristote. Roman expérimental fatigant, roman philosophique brillant ? Il semble en tout état de cause une enquête et un portrait du cerveau d’un artiste au passé (le personnage), et de Sergio de la Pava, artiste encore en devenir…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des anges, septembre 2016.

 

 
 

 

[3] Voir : William Gaddis, un géant sibyllin

[4]  Sergio de la Pava : Personae, University of Chicago Press, 2013. 

 

 

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 08:59

 

Illustration d'Edmond Dulac pour "La vision":

Omar Khayyam : Rubaiyat, Piazza, 1910.

 

 

 

 

Chuck Palahniuk : De la science de l’orgasme

 

à la science-fiction capitaliste et politique.

 

 

Chuck Palahniuk : Orgasme,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude,

Sonatine, 359 p, 18 €.

Points Seuil, 288 p, 7,30 €.

 

 

      Le réalisme crade est la spécialité de Chuk Palahniuk. On se souvient peut-être du club de combat clandestin et jusqu’au-boutiste créé par son anti-héros dans Fight Club[1], où il va connaître la vérité de la douleur. Aujourd’hui, s’il s’agit d’atteindre la vérité du plaisir, l’on devine dès la couverture d’Orgasme que ce romancier américain, né en 1962, ne fait pas dans la délicatesse. Il suffit d’appuyer sur le rose interrupteur, évidemment métaphorique, pour obtenir l’orgasme des personnages. Et pourtant ce n’est pas par ses postures dignes du Kama Sutra qu’il provoquera celui du lecteur. Mais bien par une imagination pyrotechnique qui lui permet de changer le plaisir féminin en anti-utopie terriblement politique…

 

      « Violée devant un tribunal fédéral », Penny vient de larguer Linus Maxwell. Pourtant la modeste apprentie avocate et féministe d’occasion avait conquis « l’homme le plus riche de la planète ». En cette variation moderne sur le prince charmant et sa princesse, et après un intermède où le chevalier reste respectueux, les choses se corsent : « D’abord il vous rend célèbre », ensuite « il vous isole ». Et si l’on a l’inconséquence de passer à l’acte on découvre qu’ « Orgasmus Maxwell », spécialiste de la sexualité, obsédé de l’intensité du plaisir féminin, est un froid scientifique. Il s’ingénie à méticuleusement tester sur Penny les accessoires et autres aphrodisiaques sophistiqués, carnets d’expériences en main, de sa future gamme « Beautiful You » (d’où le titre original), dont elle est le cœur de cible : « Je t’aime parce que tu es incroyablement ordinaire ». En effet, une fois les produits mis au point, une fois l’infinie jouissance conquise par les femmes, « un milliard de maris seront remplacés » par le parfait « ersatz d’amour ».

      Mais, au-delà de sa propension pour un réalisme outrageux, à la recherche des pires pulsions de l’humanité, Chuck Palahniuk s’aventure avec un burlesque brio dans les entrailles de la science-fiction, mais aussi du merveilleux. Il faut alors accepter que le quota de bonheur de Penny auprès de son mentor soit compté : « cent-trente-six jours », comme pour celles qui l’ont précédée, Alouette d’Ambrosia, actrice à succès, Clarissa Hind, devenue Présidente des Etats-Unis. Car Maxwell les contrôle toutes, clientes innombrables comprises, les inondant à distance d’orgasmes insoutenables, les assujettissant à tous les vêtements et objets divers que l’excitation érotique leur ordonne d’acheter. L’empire commercial devient alors totalitaire, alors que, prises d’une folle addiction à leur onanisme incessant, toutes les femmes dépérissent. En cette anti-utopie de la jouissance forcenée, le monde est menacé d’apocalypse, les hommes pleurent toutes les larmes de leur psyché ou, plus rarement, tentent de sauver leurs compagnes possédés par le démoniaque et tentateur Orgasmus. Car le tyran du sexe féminin est allé jusqu’à insérer aux veines de ses cobayes des « nanorobots », par le moyen de « libellules » qu’avalent vagins affamés, jusqu’à confondre délice et douleur, extase et mort…

 

     

      Seule « Baba Barbe-Grise », qui vit dans une grotte « tout en haut de l’Everest », sorcière qui jadis initia Maxwell aux os et onguents magiques, aux techniques tantriques, pourra peut-être permettre à Penny de sauver l’humanité de ce détournement manifeste de l’éthique du plaisir. Solution combien loufoque à la lisière des comics, et qui se permet en passant de glisser une satire au fer rouge des spiritualités himalayesques et indiennes…

      Romancier rose et noir, entre « pantoufle de vair » des contes et médias surexcités auprès de « la Cendrillon du Geek », conteur palpitant, grinçant et cru, Chuck Palahniuk (né en 1962), mène son intrigue à la baguette, avec une retorse jouissance. Comme en tous ses romans, dont le contagieux Peste, ou le bouquet de récits aux épines vénéneuses qu’est À l’estomac[2],  le lecteur hésite entre adhésion amusée et répulsion, entre éclat de rire et dégoût, avant d’admettre qu’un tel imaginaire outrepasse (quoique provisoirement peut-être) avec feu et cendres les possibilités humaines et technologiques. Sa tyrannie sexuelle est évidemment une satire d’un capitalisme planétaire et outrancier, en même temps qu’une charge contre la mégalomanie, et surtout contre cette pulsion de pouvoir qui pousse à vouloir contrôler autrui jusqu’aux dernières extrémités du totalitarisme.

 

 

      Si la fable, dans la tradition la plus délirante du mythe du savant fou, peut nous laisser incrédule, et peut être écartée par les prudes pour monstrueuse faute de goût, elle n’en reste pas moins, outre son ironie cinglante, d’une sagacité psychologique et politique remarquable. Car ce que l’on appelle aujourd’hui la « réalité augmentée », ainsi que ses « casques de réalité virtuelle » adaptés au plaisir sexuel, ne sont peut-être que les prémices d’une telle déferlante humaine et inhumaine. En ce sens, le romancier de science-fiction et d’anticipation sociale, si incrédules qu’il nous laisse, est, en même temps qu’un sismographe des sourdes tendances de son temps, un agent de prédiction, mais aussi de prudence devant l’hubris et les vices de nos contemporains…

 

Thierry Guinhut

A partir d'un article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des anges, avril 2016.

 

[1] Chuck Palahniuk : Fight Club, Gallimard, 2002.

 

 

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 08:59

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

 

un feu d’artifice de personnages

 

dans une ode à New-York.

 

 

Garth Risk Hallberg : City on Fire,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peelaert,

Plon, 992 p, 23,90 €.

 

 

 

      Avec City on Fire, ce boutefeu de l’édition, et aux dépens de Mercer, personnage qui n’a que de vastes velléités d’écriture, Garth Risk Hallberg  a réussi son « Grand Roman Américain ». Et à toucher un chèque gigantesque de deux millions de dollars en vendant son manuscrit à Knopf, alors que l’éditeur français, Plon, a cassé sa tirelire en acquérant les droits pour, dit-on, près de 200 000 euros. Car autour de la tentative d’assassinat de Samantha Cicciaro, les milieux sociaux les plus extrêmes s’acoquinent en ce roman, entre sphères richissimes de la finance au-dessus de Central Park et bas-fonds sordides du Bronx. Drogues et alcools, corruptions et manipulations, permettent à un magnifique plateau d’anti-héros de se croiser : plusieurs générations animent les chapitres aux points de vue internes et alternés, les retours en arrière, sans guère décevoir l’exigeante boulimie du lecteur.

 

      Des histoires d’amour déceptives et parallèles s’entrelacent dans la New-York des six premiers mois de l’année 1977. Celle homosexuelle du jeune professeur noir Mercer, qui, malgré la discrétion de William, découvre, ébahi, « le cercle enchanté des Hamilton-Sweeney », d’où vient son amant, également ancien punk. Celle hétérosexuelle des lycéens Samantha et Charlie, qui s’égarent dans les défonces des concerts rock. Le monde de Charlie, traversé par « la tempête de la puberté », est celui de « la saleté, la mort, la juste colère », d’une éducation politique sectaire, contestataire et violente dans le squat des punks. William se fait artiste hors normes, mais aussi dragueur junkie « des hommes adultes dans les toilettes publiques ». Regan, mère au cœur tendre, divorcée de Keith, l’amant de passage de Samantha, apprend à gérer la tentaculaire fortune familiale des « oligarques » et financiers énergiques.

 

  L'art de la guerre, enluminure médiévale.

 

      Toute une constellaion de personnalités fait l’objet de la plume acérée, non sans tendresse, d’Hallberg. Chacun bénéficie d’un roman d’apprentissage, quand le coma de Samantha, « beauté enfermée dans un cercueil de verre et dont le royaume était en ruine », risque d’abattre les vices publics et privés du clan et de la « pieuvre Hamilton-Sweeney ». Ce grâce à l’enquête de Groskoph, un journaliste à « l’orgueil merdeux », au tragique destin, et de Pulaski, un inspecteur bossu. Inéluctablement, les fils épars de l’intrigue se dispersent, s’embrassent, se heurtent, se nouent…

      Un vaste roman de société, et pas seulement policier, se déploie autour du portrait de New-York, condensé du continent américain, de ses rêves et cauchemars. La fresque intense s’anime sous les yeux naïfs ou avertis de ceux qui parcourent leur roman d’initiation aux plaisirs et à la brutalité de ce monde urbain. La satire exhibe les hypocrisies, les magouilles immobilières, la menace d’une gigantesque banqueroute financière, le sexe pur ou sale ; tout ce temps le plus souvent gâché, sauf pour l’écrivain au clavier vif, même si la tension, inévitablement en un tel énorme opus, baisse parfois, faute d’avoir élagué quelques plus fades épisodes. Pour rebondir avec des journaux intimes manuscrits, une lettre paternelle, des fanzines, des documents divers qui s’intercalent entre les sept chapitres fleuves.

 

      L’écriture d’Hallberg (né en 1978) est émaillée de délicieuses surprises. Quand pour William, « l’artiste combine un besoin féroce d’être compris et l’amour le plus farouche de la solitude », Mercer découvre chez Regan « l’idée platonicienne d’une chambre de jeune fille », enseigne en offrant « des homards d’intelligence, des figues de sensibilité », et s’écrie : « Chante, Muse, les plafonds moulés et les bibliothèques pleines à craquer de volumes reliés ! » Qui sait s’il n’est pas un peu l’alter ego de son auteur…

      Tirant son titre des feux d’artifice du nouvel an, du père artificier de Samantha, du « temps chaotique » plombé d’injustices et de criminalités, mais aussi d’une chanson rock des « Ex Post facto », groupe où officia William, ce roman brûle ses destins dans une « ville en décomposition », pré-apocalyptique. Cette ode à New-York, construction romanesque savante et cependant aisément lisible, suspendue par les fils électriques de l’argent et du meurtre, s’élève jusqu’au sommet du suspense lors du « black-out » de juillet 1977, quand la ville fut de longues heures plongée dans une titanesque obscurité. C’est là que les émeutiers projettent de « reprendre la ville », que farcis de ressentiment et d’illusions ils dénoncent : « Cette ville de merde n’est qu’une gigantesque usine à inégalités ». C’est là, enfin, que vont et viennent « responsabilité, culpabilité et liberté se percutant. Désastre, honte, régénération ». Ainsi, le récit prend une dimension métaphysique, voire impossiblement eschatologique : « il attendait une indication, un doigt tendu, mais Dieu est plutôt la signification du doigt tendu ».

 

      Magnifiquement animé de bruit, de tendresse et de fureur, le roman-somme, aussi bien thriller que psychologique et sociétal, tient son lecteur en haleine jusqu’au climax longuement attendu. Bien que guère novateur, le sagement virtuose Garsk Risk Hallberg est un redoutable technicien du roman. Si nous restons dans la tradition balzacienne et dickensienne réaliste assumée, les chapitres s’achevant sur un suspense ouvert comme dans le roman-feuilleton, l’on devine qu’une adaptation de cet incendie romanesque, acheté avant que paru par les pontes d’Hollywood, mériterait de figurer en beauté parmi les meilleures série-télés…

 

Thierry Guinhut

Article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, mars 2016

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 07:29

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le roman d’un cinéaste

 

de science-fiction biotechnologique.

 

David Cronenberg :

 

de Consumés à ExistenZ.

 

 

 

David Cronenberg : Consumés, traduit de l’anglais (Canada)

par Clélia Laventure, Gallimard, 382 p, 21 €.

 

 

 

      Il est souvent à craindre qu’un cinéaste, une fois la plume, ou le clavier, sous les doigts, ne livre qu’un pseudo-roman, un ersatz de scénario, plus étiré qu’un chewing-gum et nanti d’une pauvrette, exaspérante écriture. Rassurons-nous, ce n’est pas le cas avec le Canadien David Cronenberg, qui aime fouiller le rose de la chair humaine. Le réalisateur coruscant de cette inhumaine métamorphose, La Mouche, livre avec Consumés non seulement un thriller implacable, mais aussi une osmose impressionnante entre science-fiction, biotechnologies et pathologie. Quoiqu’aux voyeurismes sexuels et morbides du journalisme à sensation ne soient pas épargnés les dangers de la complaisance, loin au-dessous de la qualité de son film le plus stupéfiant : ExistenZ.

 

      Deux intrigues parallèles se déroulent et se consument, alternant leurs séductions et leurs pièges. Deux amants, et néanmoins concurrents dans le domaine du photojournalisme, mènent dans deux villes étrangères leur reportages à la limite et au-delà de l’étrange et du crime. Naomi Seberg est à Paris, puis à Tokyo, pour enquêter sur le meurtre de Célestine Arostéguy, dont le mari, également philosophe à la Sorbonne, a disparu. Est-ce lui qui l’a tuée, mutilée, qui aurait dévoré quelques fragments de son corps ? Naomi rencontre ses étudiants, étudiants non seulement en philosophie mais en coucheries diverses avec les deux stars de l’intellect. À Budapest, Nathan Math interviewe à la fois Molnar, un  chirurgien aux pratiques controversées, illégales, et son cobaye Dunja aux seins « officiellement radioactifs », avec laquelle il couche, contractant l’épouvantable « maladie de Roiphe ».

 

 

      On devine que cette paire d’intrigues vénéneuses sur des « affaires juteuses » vont se rejoindre, se polluer l’une l’autre, dans une progression sensationnaliste, inéluctable et perturbante. Imaginez : « J’ai inventé une infestation parasitoïde de mon cru, pour elle, pour Célestine. Je me suis dit qu’elle méritait d’avoir une espèce qui lui serait propre, qui pondrait avec amour ses œufs en elle ». Ou encore « Le sein ? Elle était vivante… quand vous l’avez mangé ? » À moins qu’il ne s’agisse que de « répliques bioplastiques »… Ce sont en effet les possibilités, les sexualités, les errances, les travers et les métamorphoses cliniques et technologiques des corps qui sont le sujet privilégié de David Cronenberg. On lira cela -jusqu’au bout si l’on a le cœur bien accroché-, comme un tableau des perversions les plus salaces, loufoques et infâmes ; ou comme un examen clinique de la nature humaine, au tréfonds de ses ténèbres charnelles et de ses pulsions, là où git « la malignité sordide ».

      Roman sadien ou roman philosophique ? Faut-il voir dans le duo Arostéguy un écho du couple Sartre Beauvoir, où du meurtre que perpétra Althusser sur sa femme ? Voire une empreinte du fameux Hannibal Lecter gourmand de chair humaine… En ce cas, il serait tout entier une parodie baroque et hyperréaliste. Ce « rapport esthétique au sexe », cette théâtralité sur écran mental, est un avatar branché de plus au roman d’horreur gothique venu du Frankenstein de Mary Shelley[1]. Le thriller peut-être également lu comme une satire de l’hyperconsommation, du trafic d’organes et de l’omniprésence des réseaux connectés, non sans facilités convenues, parmi lesquels évoluent nos deux journalistes de l’extrême humanité. La rencontre de la fascination de l’image avec les extrémités du cannibalisme et du fétichisme peut passer pour une dénonciation, à moins d’un hyper-appétit, de nos voyeurismes, et plus particulièrement de ceux sexuels et morbides du journalisme à sensation.

      À moins que cela soit trop d’éloges. Les tics bien en cours de la science-fiction, le catalogue des attitudes et des appétits pervers plus ou moins chics ont tendance à plomber de leur complaisance le fil narratif. Le bel exercice de style loué par Stephen King a parfois quelque chose de vain, là où manquerait une analyse plus incisive, non pas des blessures et des accessoires, mais de l’origine neurologique, fantasmatique du mal, de ses plaisirs et de ses tréfonds. Ce que, mieux que Consumés, semblent suggérer de manière plus incisive quelques-unes des productions cinématographiques de notre auteur.

      On retrouve dans ce premier roman du cinéaste né en 1943 à Toronto le goût exacerbé du dernier cri des technologies, le voisinage de la chirurgie et de la maladie avec l’appétit sexuel. Ce que le film Crash, défilé d’accidentologie routière d’après le livre de Ballard[2], rendait iconique. On revoit également s’enclencher l’engrenage morbide peu à peu intensifié, que des films comme Chromosome III ont porté à l’acmé de la peur.

      Il faut alors se tourner vers une somme bien documentée, celle que Serge Grünberg réunit, avec une dizaine d’entretiens, une filmographie, une généreuse préface, en présentant le « cinéma cerveau » de David Cronenberg. Même si, ce livre datant de l’année 2000, il ne peut que faire l’impasse sur des œuvres plus récentes, comme l’obsédant Spider, venu d’un roman de Patrick McGrath[3], dont la verdâtre claustrophobie mentale est assurée avec une opiniâtre intelligence. De film en film, son esthétique gore, facile au premier abord, s’en trouve haussée à une dimension presque philosophique, lorsque les révolutions de la peur et de l’éros coïncident avec nos révolutions technologiques et biologiques. Ce dont témoigne une pellicule comme Faux semblants, dans laquelle deux jumeaux gynécologues, homosexuels et incestueux (qui, frères siamois, se sont eux-mêmes séparés à coup de bistouri) sont retrouvés morts dans leur luxueux cabinet.

      C’est d’ailleurs dans ses entretiens que David Cronenberg, sensible aux réactions outrées suscitées par quelques-uns de ses films, assure : « n’importe quelle doctrine politique est mortelle pour l’art[4]». Cette judicieuse méfiance devant les programmes sociétaux et moraux antétotalitaires, restant à nuancer si l’on pense au libéralisme classique. Il n’en demeure pas moins que les hypothèses scientifiques, biologiques et psychiques explorées par le cinéaste permettent de tester notre anticipation de l’avenir autant que nos présupposés mentaux et éthiques, sans compter l’ingénieuse multiplication de nos fantasmes.

      On ne sera finalement pas étonné que ce familier de Burroughs, de DeLillo et de Ballard se soit senti pousser des ailes d’écrivain, alors que son film EXistenZ (1999) reste probablement son chef d’œuvre. Branchant une console de jeu organique et animale de synthèse, en forme d’intestinal cerveau, sur les corps au moyen d’un « bioport » et grâce à un cordon ombilical,  Allegra Geller est bien une artiste, sinon une prêtresse sacrée, un brin autoérotique et fétichiste, qui couve sur ses genoux sa créature aux possibilités ludiques stupéfiantes. Pour échapper à la menace de meurtre d’une secte « réaliste » aux relents fanatiques inspirée par l’affaire Rushdie[5], la créatrice de cet univers mental nanti de divers « mondes » se voit avec ses partenaires de jeu (qui sont douze, comme dans la Cène) voyager parmi les labyrinthes de l’imaginaire et de l’inconscient. Cependant, alors que l’existence a été remplacé par l’EXistenZ, les frontières entre le jeu et la réalité, s’effacent, se dispersent, comme en un indémêlable ruban de Möbius, affectant la perception, le psychisme entier des joueurs, sinon celui du spectateur : « Sommes-nous encore dans le jeu ? », demande à la toute fin un joueur qui, aux prises avec son addiction sacrée, n’a peut-être jamais quitté ce dernier, appelé, avec une étrange clairvoyance, « transCendanZ », ce qui aurait remplacé la transcendance. Une dimension philosophique vertigineuse s’empare, soudain, avec David Cronenberg, d’un cinéma aux métamorphoses plus proliférantes que celle de Kafka.

 

      Romancier ou cinéaste ? Si l’on a l’habitude de constater que la plupart des adaptations d’un livre sont des appauvrissements de l’œuvre initiale (hors de notables exceptions comme celles d’Hitchcock, de Visconti ou de Kubrick), le contraire se produit ici. Celui qui a su avec maîtrise adapter Le Festin nu de Burroughs ou Crash de Ballard, a créé avec Consumés un avatar romanesque de son univers cinématographique, auquel il offre ainsi une astucieuse initiation. Mais le manque de concision et de vitesse narrative, dont ne souffre pas un instant EXistenZ (au scénario totalement original) ne permet pas tout à fait qu’avec autant d’émotion et de conviction il séduise son lecteur, qui préférera s’enfouir à ses risques et périls, mentaux et conceptuels, dans les dédales de l’effroi et de la fascination des biotechnologies en ébullition, en un mot, pour reprendre le titre d’un de ses films : en ce Videodrome où, partiellement, nous vivons…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Consumés a été publiée dans Le Matricule des anges, février 2016.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Patrick MacGrath : Spider, Gallimard, 2002.

[4] Serge Grünberg : David Cronenberg, Cahiers du Cinéma, 2000.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 15:16

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Walt Whitman,

 

entre Nouvelles et Feuilles d’herbe,

 

le chantre engagé de l’Amérique.

 

 

 

Walt Whitman : Ecrits de jeunesse. Nouvelles,

 

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pauline Choay-Lescar,

 

Actes Sud, 160 p, 16 €.

 

 

 

 

      Savions-nous que Walt est un diminutif de Walter ? Ainsi Walter Whitman (1819-1892), avant de publier en 1855 son recueil torrentiel, Feuilles d’herbe, sans cesse augmenté et remanié jusqu’à sa mort et  jusqu’à l’ultime totalité de ses 411 poèmes, fut-il l’auteur d’un modeste recueil de nouvelles. Six, parmi neuf, sont ici pour la première fois traduites ; et généreusement postfacées par Pauline Choay-Lescar. Elles sont un prélude surprenant et engagé à la destinée du chantre des grands espaces américains.

 

      Celui qui eut l’ambition de présenter à l’Amérique sa Bible poétique, éloge d’une nature immense et d’un homme nouveau, fut auparavant, quoiqu’il s’en cachât, un nouvelliste réaliste. Outre son métier d’imprimeur, celui qui fut instituteur itinérant dénonce la violence des maîtres dans l’effrayant « Mort à l’école », ou celle de ceux qui exploitent le travail des enfants dans « L’enfant et le libertin ». En ce récit, l’alcoolisme est également la cible du moraliste qui dénonce « une joyeuse saoulerie ». Il permet également à une « brute avinée » de se faire corriger par un libertin repenti, qui « souhaitait subvenir aux besoins de la veuve et de sa famille ».

      Mais c’est compter sans l’amour et la mort. En effet, dans « Le garçon amoureux », la nouvelle s’achève aussi tragiquement qu’allégoriquement : « La flèche de Cupidon, profondément enfoncée en lui, avait répandu en son corps un poison puissant mais invisible qui l’avait tué ». Ou encore à travers la « forme humaine martyrisée, tailladée et ensanglantée » du « fils rebelle », où l’inquiétude existentielle côtoie un fétichisme morbide, comme parmi les pages de « Fleurs de tombe ». Il s’agit bien, pour le jeune écrivain engagé, de défendre la cause des enfants, des adolescents, des amoureux, face à une société répressive et ses tyrans brutaux.

      Au fil des rééditions de ses fictions couronnées de succès, Whitman eut tendance à effacer des traces d’obscénité, comme l’amour de deux garçons, qui, dans « L’enfant et le libertin », devient ici tout juste suggéré et bien plus moral. Pourtant l’on sait que Feuilles d’herbe, bien moins apprécié en ses débuts, regorge d’enthousiasmes érotiques, entre le regard d’une femme sur les ébats aquatiques d’une vingtaine de jeunes hommes, et ces dormeurs qui « dorment comme des amis tendres côte à côte[1] »…

      Le barde passablement vaniteux des Feuilles d’herbe, le nouvel Homère des Etats-Unis d’Amérique aura enfanté en son poème, qui a « la cadence des  lyriques[2] », deux héros. D’abord le jeune Américain fondateur de la démocratie, quoiqu’il fut déjà né avec les pères fondateurs et le libéralisme de la constitution, sensible dans la « Commémoration du Président Lincoln ». Ensuite lui-même en Narcisse paternaliste, ce dont témoigne le vaste « Chant de moi-même », qui lui valut d’être exécré par bien des lecteurs et des critiques. Seul Emerson[3] sut le premier saluer sa qualité d’artiste.

      Son enthousiasme romantique pour les vastes espaces américains parle la même langue que son ode continue à l’adresse des muscles et du corps au service de l’aube d’une nation à dimension mondiale. Il chante aussi bien la patrie et le progrès, l’herbe et les ruisseaux d’automne, l’Ontario bleu, les villes, les trains et les navires, qu’il « s’arroge le droit d’imposer son Moi, son corps, son verbe inapprivoisé, son phallus, ses images fracassantes[4] ». En ses versets bibliques, une mystique sociale se déploie conjointement à une sorte de panthéisme géographique. Au-delà de l’individu, le rythme de la foule enfle depuis Long Island jusqu’à l’américain cosmos.  Certes, un lecteur peu indulgent pourrait objecter à ces rythmes immenses une certaine monotonie de ton, une grandiloquence dommageable, hors d’inspirés morceaux de bravoure.

 

 

      On retrouve la dimension engagée inhérente à ces nouvelles dans les Feuilles d’herbe, lorsqu’il observe la vente au marché aux esclaves, où « quelques soient les offres des enchérisseurs, elles ne pourront jamais être assez élevées pour lui », car « dans cette tête est le cerveau, l’universel vainqueur », quelques soient les « membres rouges, noirs ou blancs[5] ». Ce qui, en digne Américain, lui permet de valoriser une éthique politique : « Votre ferme, votre ouvrage, votre emploi, / La sagesse démocratique en dessous, comme un terrain solide pour tous[6] ». Cependant, et c’est quelque part heureux, il reste un insoumis, non loin de La Désobéissance civile de Thoreau[7] : « Résiste beaucoup, obéis peu », c’est ce qu’enjoint Whitman « aux Etats », car « une fois admise l’obéissance qui ne se discute pas, c’est l’asservissement total[8] ».

 

Thierry Guinhut

À partir d’un article publié dans Le Matricule des anges, janvier 2016

 

[1] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, traduit par Léon Balzagette, Mercure de France, 1909, II, p 179.  

[2] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, 1909, II, p 251.

[4] Alain Bosquet : Whitman, Gallimard, 1959, p 56.

[5] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, I, p 139.

[6] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, II, p 329.

[8] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, I, p 24.

 

 

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L'anarchisme : confession tyrannique ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

Ballard Millenium

 

Bang

Mikaël, Les Quatre diables

Bang Mikael

 

Barcelo

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

Butor Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L'integrale des haikus

Paravent Hasegawa Tohaku

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

 

 

 

 

 

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur, tombeau post-nucléaire

Eloges gourmands des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Lauren Groff : Les Furies

Gary Shteyngart : Super triste histoire d'amour

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables 1

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

La Belle France antilibérale : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge et blâme de l'Histoire mondiale de la France

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Hattemer Higgins : le troisième Reich

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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