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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 17:18

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eloge et blâme

de l’Histoire mondiale de la France.

 

Histoire mondiale de la France,

sous la direction de Patrick Boucheron, Seuil, 800 p, 29 €.

 

 

      Science humaine, trop humaine… L’Histoire en effet n’a rien d’une science exacte, même si elle aussi a pour devoir de progresser vers la vérité. Or voir paraître une nouvelle vision de l’Histoire de France ne peut être que conceptuellement excitant, d’autant que visiblement, dès son titre, elle ne tombe pas dans les séductions délétères du protectionnisme et du nationalisme vieillots. Bien sain et on ne peut plus sensé est de montrer que tout territoire ne s’est pas construit sans être lieu de croisements et de circulations depuis des millénaires, et a fortiori depuis les derniers siècles. Sauf qu’aucune Histoire ne peut totalement échapper à l’idéologie, et il est à craindre que cette dernière mouture en regorge, entre Histoire diverse et Histoire identitaire. Il faudra donc se livrer conjointement et successivement à un éloge divers et à un blâme sévère de l’Histoire mondiale de la France, que Patrick Boucheron livre au seuil d’un nouveau monde, pour notre meilleur et, qui sait, pour notre pire.

 

      « L’art du récit et l’exigence critique » ; ainsi Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, ouvre-t-il le bal du généreux et didactique volume qu’il a dirigé, aidé de quatre coordonnateurs et d’une centaine de contributeurs, tous plus historiens les uns que les autres. La lecture en est en effet fort agréable, fluide, informée, enrichissante, surprenante, sans jargon ni pompeuse érudition. Quant à l’exigence critique, car engagée, il faudra l’examiner avec doigté : « une conception pluraliste contre l’étrécissement identitaire ». En effet, se réclamant avec justesse de Michelet qui affirmait en 1831 « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France », il s’agit de rappeler ce qui devrait être une évidence : il n’y a pas de nation qui se soit construite sans que la plupart de la planète y ait défilé. Certes que cette « glorieuse patrie […] pilote du vaisseau de l’humanité », toujours selon Michelet, soit une prétentieuse hyperbole, nul n’en doute, mais il est ici question de ce en quoi la France n’est qu’un arbitraire espace nourri de mille irrigations de la planète-monde, quoique cristallisant une Histoire et une pensée unique, où le Christianisme et les Lumières ont joué des rôles décisifs.

      Sinon un vide ratatiné sur soi, que serait la France sans les errantes populations celtes, les développements gallo-romains, les écrits des Grecs anciens, la démocratie athénienne, la Renaissance italienne, les Lumières venues d’Angleterre, Internet venu de Californie. Malgré les Capétiens, l’ordonnance linguistique de Villers-Cotterêt, le roi soleil Louis XIV, La « Déclaration des droits de l’homme et du citoyens » et le Général de Gaulle qui firent l’identité de la France, cette dernière n’est qu’un conglomérat d’influences méditerranéennes, européennes, mondiales enfin, d’où l’indiscutable bien-fondé de cette Histoire mondiale de la France. Il est en effet impossible de corseter l’historien de la francité dans un carcan strictement national qui serait une grande fiction. Ce serait comme interdire à Shakespeare d’avoir lu Plutarque et Ovide pour être le grand écrivain anglais que l’on sait. Au-delà de l’archétype nécessaire mais passablement fantasmatique de l’Etat-nation, l’on comprendra mieux la France en la connectant avec des dynamiques mondiales, en entendant combien nous sommes pétris de mondialisations successives.

 

      À la manière de Roberts et Westad[1], commençons aux « prémices d’un bout du monde », (34 000 avant J-C) soit l’âge des migrations préhistoriques. Passons sur le ridicule titre de bal masqué (sans doute pour faire non-genré) : « L’homme se donne un visage de femme » à propos de la Dame de Brassempouy (23 000 avant J-C). Mais qui aura le ridicule de parler d’art français au sujet des grottes de Lascaux et de Chauvet, dont le langage « fonde un nouveau monde, quoique sur le territoire aujourd’hui pompeusement national » ? Le « vieux mythe des origines gauloises » a bien du plomb dans l’aile, même s’il est abusivement mis sur le même plan que « la fiction narrative d’une providentielle conquête romaine ».

      Ce sont 146 dates qui ponctuent ce volume, de Cro-Magnon aux drapeaux de « Je suis Charlie » après les attentats de 2015. Elles sont classiques, comme la fondation phocéenne de Marseille en 600 avant J-C, ou le choix de Paris comme capitale par les Francs en 511, ou encore l’Encyclopédie de 1751, et, de toute évidence 1789, en une étrange formule globaliste à la mode : « Révolution globale qui inspire les patriotes de l’Europe entière », où l’on prend soin de pertinemment noter l’influence de la révolution américaine. La Grande guerre de 1914 et le Front populaire de 1936 ne manquent pas à l’appel, quand celle de 39-45 n’est vue que sous l’angle de la « défaite nationale », de la France libre de 1940 et du Vel’ d’Hiv’ de 1942. Les entrées finales de cette Histoire mondiale de la France sont croustillantes, en des sens bien différents : en Martinique, le chantre de la négritude, Aimé Césaire meurt en 2008, digne de tous les honneurs ; à New-York, en 2011, Dominique Strauss-Kahn se vit privé de sa porte vers l’élection présidentielle pour avoir eu l’indignité de se livrer à de rocambolesques frasques sexuelles.

      Ces dates sont surprenantes (des haches en jadéite italienne à Carnac en 4600 avant J-C), excitantes pour la curiosité intellectuelle (hors Alesia, les cités gauloises « se sont livrées à Rome en toute liberté » ou « Des gaulois au Sénat de Rome » en 48). Ce sont bien des « sociétés bigarrées », y compris lorsque les barbares peuvent être assimilés, avec un rien d’indulgence idéologique, à des « migrations germaniques »…

      Qui parmi nous sait qu’une « première alliance franco-russe » se fit en 1051, lorsqu’Henri I se maria avec Anne de Kiev ? Que les Normands, non seulement conquirent l’Angleterre en 1066, mais aussi la Sicile en 1091 ? Que les foires de Champagne, en 1202, liaient des accords avec des marchands italiens, des banquiers vénitiens, ce pour « des sommes colossales » ? Que Paris devint « la nouvelle Athènes de l’Europe », en 1215, grâce à son université ? Qu’en 1247 la science hydraulique d’al-Andalus contribua à l’assèchement et aux pratiques agricoles de l’étang languedocien de Montady en 1247 ?

      Ajoutons à la peste noire de 1347, venue d’Asie, et qui emporta la moitié des habitants des villes, le bûcher du 14 février 1349, à Strasbourg, où périt un millier de Juifs pour avoir, dit-on, empoisonné les puits. Ajoutons à la vie du grand argentier et commerçant Jacques Cœur sa vaine tentative de reconquérir Constantinople en 1456.

      Il est bon de dédorer le blason du Roi soleil, ce monarque absolu que fut Louis XIV, rayonnant depuis Versailles, « lorsqu’une France ceinturée par la frontière de fer de Vauban se découvre exsangue d’avoir été pressée fiscalement pour payer des guerres dont l’atrocité provoque dans toute l’Europe une profonde crise de conscience ». C’est l’époque où Colbert « fait aussi le choix d’un développement des Antilles par l’esclavage », où la révocation de l’Edit de Nantes chassa tant de Protestants utiles. Un tel soleil sent le roussi…

      On s’étonnera de voir se suivre deux dates antinomiques : 1793 pour la fondation du Museum d’histoire naturelle et 1794 pour le tournant de la Terreur révolutionnaire, terreur qui n’est pas une exception française, car « les guerres révolutionnaires provoquent bien un tournant autoritaire dans toute l’Europe ». De même l’ère napoléonienne se divise entre l’unicité du Code civil en 1804, qui inspira bien des nations, et un empereur « succombant à la démesure » aux dépens de ses voisins. Plus loin, la « révolution romantique est une forme de mondialisation culturelle ».

      Mais l’Histoire est aussi climatique, lorsque 1816, « l’année sans été », suite à l’éruption d’un volcan indonésien, fut une année de famines et de troubles sociaux. Et pandémique, lorsque le choléra frappe en 1832 la France et l’Europe.

      Autres contrastes et contradictions. Le ferment de libéralisme et de nationalisme de 1848 précède « la colonisation pénitentiaire » de la Guyane en 1852. Après 1860, date du traité de « libre-échange » avec le Royaume-Uni, la France exporte aux quatre coins du monde, quand le « génie français » s’enrichit de personnalités d’ascendance étrangère, Offenbach, Zola, Haussmann, Marie Curie… Pourtant, l’on forge le nouveau « récit national » en scandant « nos ancêtres les Gaulois ».

      La lecture nuancée de la Commune de 1871, peut-être indulgente, précède la conférence de 1882 de Renan qui professe en faveur d’une nation « spirituelle » et laïque, non plus soumise à une dynastie ou une « race », mais qui sait consentir au « désir de vivre ensemble ». Les origines coloniales de la francophonie coexistent avec la « mise en spectacle du génie national » lors de l’Exposition universelle de 1900.

 

 

      La part belle est donnée au XX° siècle, quand Paris est le berceau des avant-gardes et le siège de conférences pour la paix et du Congrès panafricain en 1919, aux espoirs déçus. Alors que la journée de huit heures de travail est enfin actée, Gabrielle Chanel parfume le monde dès 1921. La nationalité française, pour laquelle l’accession est facilitée en 1927, est bientôt souillée : « si la persécution des Juifs de France est une affaire française, leur extermination est un élément d’une histoire européenne ».

       L’universalisation des droits de l’homme en 1948 s’unit à la réinvention du féminisme avec le scandale du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir en 1949. Scandale autrement choquant avec la mort de Staline en 1953, car ressentie comme un deuil immense par les communistes viscéralement attachés à leur tyrannie. Une fois l’empire colonial évanoui, de nouveaux humanismes et antihumanismes tentent d’assoir leur légitimité, de l’Abbé Pierre en 1954, au tiers-mondisme de Franz Fanon, « arme de justification de la violence » anticoloniale, jusqu’à mai 68, complaisamment associé à l’antitotatalitarisme, si l’on se souvient de son courant maoïste. Autre complaisance, envers le désastreux socialisme d’Allende en 1973, dont la fin est abusivement qualifié d’« autre 11 septembre », même s’il n’y pas de raison de nier l’horreur de la répression de Pinochet, qui eut un grand retentissement dans l’hexagone. On ne sait s’il faut alors pardonner le penchant gauchiste de cette Histoire mondiale de la France, ou le tenir pour une grille de lecture sociologique rendant compte de notre société…

      Pêle-mêle, mais dans un divertissant chassé-croisé des événements, l’on croise la crise pétrolière de 1973, Giscard et les diamants de Bokassa en 1979, symbole d’une « Françafrique » délétère qui n’en finit pas de mourir, la rigueur de Mitterrand, en 1983, alors qu’il eût fallu dater de 1981 la plongée des déficits et la dette, ainsi que la croissance du chômage…

      Autre bonne idée en l’éphéméride. Pour 1984, la mort de Michel Foucault[2], qui fit la généalogie de l’universalisme des pouvoirs, est à la fois celle d’un philosophe emblématique, et l’apparition d’une nouvelle mort : par le sida. Mais l’on reste dubitatif devant le non-dit qui consiste à édulcorer l’enthousiasme de ce dernier pour la révolution islamique iranienne…

      Hélas, de plus en plus, à partir de 1989, quand nous aimons que Jessye Norman « drapée de tricolore » chantât la Marseillaise, l’opus (et surtout la tête de chapitre)  devient imbuvable, imbibée d’anticapitalisme, alors que le modeste auteur de ces lignes voit dans notre crise sociale et de l’emploi d’abord la responsabilité des politiques socialistes et colbertistes. De plus le cliché du « printemps arabe » a vécu. La « politique arabe de la France » est dénoncée, fonctionnant « comme un trompe l’œil pour préserver des marchés et des débouchés », caressant dans le sens du poil bien des dictateurs, sauf en contribuant à éliminer un Kadhafi, pour l’heureux résultat que l’on sait.

      En 1989, outre ce bicentenaire de la Révolution qui ne peut ignorer le génocide de la Terreur, une autre terreur se disloque, lorsque l’Union soviétique laisse s’ouvrir le mur de Berlin. L’horizon de la démocratie libérale se heurte cependant au 11 septembre 2001 et au terrorisme mondial, dont la France est hélas un point névralgique.

      L’on constate que les dates choisies ne sont pas forcément canoniques, parfois insolites, dans le but de voir essaimer le regard du lecteur sur la France et sur le monde. En ce sens ce manuel d’une consultation si aisée est une mine de découvertes didactiques et curieuses, quoique parfois discutables, une mise en bouche goûteuse à l’ouverture d’esprit vers une Histoire aux cosmopolites ramifications. Ainsi le travail de l’historien hexagonal révèle des pans méconnus autant que l’intrication des peuples, des nations et des pensées. Au-delà de l’hagiographie périmée d’une seule nation, au-delà du glorieux ou désastreux collier de perles de hauts et bas faits royaux, l’historien se cherche, avec légitimité, de nouvelles approches ; comme lorsque l’on explore l’Histoire des odeurs[3] ou du coup de foudre[4]

      Chacun se piquera d’ajouter une ou l’autre date à cette éphéméride que l’on peut lire avec la constance du chronologiste ou avec la curiosité vagabonde de qui picore un moment phare de ci de là. 1913, par exemple, plutôt que consacrée à la niçoise promenade des Anglais et à son tourisme international (et pourquoi pas), eût pu mettre en valeur une explosion culturelle exceptionnelle et bien cosmopolite. Cette parisienne année-là, Proust publia Du côté de chez Swann, Stravinsky et les ballets russes donnèrent Le Sacre du printemps, le cubisme de Braque et Picasso était en plein essor… Ou encore 1976, lorsque le Président Giscard d’Estaing autorisa le regroupement familial des immigrés, décision apparemment humaniste dont les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir…

      Il fallait certes dépoussiérer un peu plus le discours historique, même si assez peu nombreuses sont les vieilles lunes encore aujourd’hui attachées comme lierre au « roman national », dont le chantre patriotique fut Ernest Lavisse, auteur d’une Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1901) et d’une Histoire de la France contemporaine depuis la Révolution jusqu'à la paix de 1919 (1920-1922), mais aussi d’une Histoire de France, destinée aux écoles, en 1913. On sait qu’il est à l’origine d’une imagerie haute en couleurs vantant les exploits de nos rois et chevaliers, de nos empereurs et de notre République, statufiant l’héroïque Jeanne d’Arc et notre immense Napoléon (qui n’avait guère de pitié pour les millions d’hommes qu’il sacrifia) ; sans compter les clichés discutables, tels Charlemagne fondateur de l’école, ni omettre un penchant belliciste après la perte de l’Alsace et la Lorraine. Du fait historique, en passant par la légende, voire jusqu’à la plus fantaisiste fiction, Lavisse confine au vice (on pardonnera le trop facile jeu de mot). L’Histoire est une épopée au service de l’amour de son pays, passant sous silence le génocide vendéen lors de la Terreur révolutionnaire, par exemple. Un Dimitri Casalis se vit confier la continuation de cette ode nationaliste, depuis 1939, à l’occasion de la réédition anniversaire de 2013[5] : on devine par exemple que les méfaits de l’OAS en Algérie sont pudiquement oubliés en ce pastiche… Il faut bien qu’un Patrick Boucheron pose sur la même étagère son Histoire mondiale de la France pour déconcerter les certitudes rassises, quoiqu’avec des tours bien discutables, en particulier d'éviter de parler de la guerre d'Algérie en lui préférant le « quartier franco-algérien de Jérusalem » en 1962.

Photo : T. Guinhut.

 

      Outre le penchant idéologique gauchisant de l’opus, il n’en reste pas moins que cette Histoire mondiale de la France est sans cesse ponctuée de coups de griffes aux identitaires gaulois que serions restés depuis le XIX° siècle. Comme si l’on nous prenait pour des bœufs, des béotiens, des beaufs. Un peu de retenue dans l’ostracisme eût été plus noble. Sauf quelques cramés du bulbe cervical, il n’y a guère de monde pour s’exalter encore de la race française, du génie national à tous crins et du mépris des nations voisines. Il ne s’agit pourtant pas de battre sa coulpe et de se confire en lamentations sur l’avérée culpabilité française en Algérie, en esclavage, en guerres intra-européennes, de surenchérir sur le « complexe occidental », pour reprendre le titre d’Alexandre del Valle[6], alors qu’en matière de colonisation et d’esclavage la planète a connu bien pires engeances, en particulier islamiques, en temps et en quantité.

      Des premières aux dernières pages « le métissage irréductible de ses identités » est un concept récurrent, un mantra, un diktat à marteler les têtes des mal-pensants, un anachronisme enfin, tant le phénomène, quoique parfaitement juste en soi, résonne comme une ode à l’immigration actuelle que l’on croit désavouée par xénophobie et repli sur soi, alors que le métissage, qui peut avec bonheur offrir de jolies gammes de chocolat, du noir au blanc, sans oublier au lait, n’est que le masque torve de l’imposition d’une tolérance à l’intolérable islamisation des sociétés. Certes, et loin de là, tous les contributeurs ne se vautrent pas dans ces errements, et ne s’excitent pas comme des puces sauteuses à l’idée d’une France joyeusement battue de migrations et d’invasions. Il faut alors rappeler que depuis le Haut Moyen-Âge, suite au relatif raz de marée barbare qui déferla sur la Gaule romaine, la population française resta grosso modo stable en sa reproduction jusqu’à la fin du XIX° siècle. C’est un phénomène assez récent que de voir les Polonais, Italiens, Portugais et Espagnols irriguer le sang français, quand à partir des années 1850 « la France devient un grand pays d’immigration ». Mais il faut aujourd’hui trier le bon grain parmi l’ivraie des ressortissants des colonies du Maghreb et d’Afrique, enfin des réfugiés de guerres moyen-orientales, des desperados économiques, sans compter le prosélytisme de remplacement islamique, dont la perfusion et la prolifique natalité risquent de poser d’intraitables incompatibilités sanguines…

      Si ouverte, artificielle et fluctuante qu’elle soit, l’identité d’une nation n’est pas tout à fait à rayer des examens de la pensée, ce dont témoigne l’analyse de François Braudel en son essai L’Identité de la France[7]. En ce sens le travail de l’historien, en charge d’objectivité, consiste à « infliger une blessure narcissique à un pays attaché à un récit national tenu pour exceptionnel », pour reprendre les mots judicieux de Patrick Boucheron. Entre Terreur, campagnes militaires napoléoniennes et colonisation dispendieuse, prédatrice et meurtrière, même si elle eut ses penchants et effets bénéfiques (en particulier la presque suppression de l’esclavage), les zones putréfiées de l’Histoire de France sont nombreuses. Mais pas au point de méconnaître la dimension civilisatrice d’un pays de technique, d’art et de culture… Il n’en reste pas moins qu’exclusivement parler de la France, outre la gageure et la présomption, est forcément un malentendu, auquel n’échappe pas complètement cette Histoire mondiale de la France : entre Rhin et Pyrénées, si une Histoire particulière a marqué les mœurs et les esprits, elle est d’une importance pour le moins discutable face aux enjeux que sont ceux de la Civilisation, qui se tisse autant du « Qu’est-ce que les Lumières ? » de Kant que d’un kimono fleuri, des Variations Goldberg de Bach que de La Recherche du temps perdu de Proust, que de Pasteur, Flemming, Marie Curie, que de la constitution américaine et des gastronomies…

       Un manichéisme sûr de sa superbe affecte pitoyablement cette Histoire mondiale de la France, alors qu’elle eût bien mieux mérité : « la régression identitaire d’un nationalisme dangereusement étriqué » d’un côté, vouée aux gémonies des ploucs populistes et incultes (entendez le Front National et consorts), et de l’autre les intellectuels éclairés du multiculturalisme dont s’enorgueuillissent d’être cet aréopage d’historiens. Sauf que les deux camps, en leurs excès s’aveuglent, et qu’au mieux les érudits compères cornaqués par Patrick Boucheron sont les borgnes au royaume des aveugles. Ne fustige-t-il pas « les effets supposément destructeurs de l’immigration » ? Nous saurions l’approuver si l’Islam n’avait pas été inventé au VII° siècle pour déferler, bien au-delà du seul espace français. Car en la matière, il ne s’agit pas d’une Histoire mondiale de la France, mais d’une Histoire mondiale de l’Occident, de la planète et des libertés. En ce sens ce n’est pas le grotesque d’une critique nationaliste qui sied ici, mais la dignité d’une critique libérale.

      Outre la question soigneusement tue de l’irruption islamique totalitaire, le principal grief que l’on puisse faire à l’encontre de cette Histoire mondiale de la France, est la quasi absence de la France comme langue culturelle, comme celle de Racine, de La Fontaine et de Proust, qui, en sus d’avoir été nourris par l’Antiquité gréco-romaine, ont été traduits en une myriade de langues, comme l’on joue Lully, Rameau, Berlioz, Debussy et Messiaen sur toute la planète, du moins planète éclairée.

      On se doute que ce volume qui mérite autant l’éloge que le blâme fut encensé par Libération et Le Monde des livres (dont Patrick Boucheron est un contributeur) et descendu en flammes par Le Figaro littéraire. Polémiques symptomatiques tant chacun se rétracte sur son credo. L’inénarrable Eric Zemmour y accusa lourdement de « Dissoudre la France en 800 pages[8] », bien qu’il y pointât avec justesse la formule pro-islamiste de l’« illusion événementielle » que fut la victoire de Charles Martel sur les Sarrasins en 732. Le plus subtil Alain Finkielkraut y excava « Le tombeau de la France mondiale[9] ». Est-ce seulement parce qu’il regrette avec pertinence que de cette Histoire mondiale de la France disparaissent les écrivains, hors Sade « embastillé et universel », Balzac que l’on y juge dépourvu de cosmopolitisme, Malraux en sa « conscience universelle, Simone de Beauvoir qui bénéficie d’un brevet de féminisme ? Notre philosophe, d’une excellence parfois discutable[10], y voit avec effroi, et nous l’appuierons sur ce point, que l’on y préfère les footballeurs « black, blancs, beurs » de 1998, mais aussi l’aimable originaire d’Arménie Charles Aznavour, alors que sont évacués de ce distributeur de médailles de bien-pensance des dizaines d’écrivains, de philosophes, de peintres, de compositeurs de dimension mondiale. La sous-culture enterre avec une inqualifiable indignité la hauteur de la pensée et de l’esthétique…

      L’Histoire est trop souvent l’imposition de la doxa d’un temps sur d’autres temps. Regardons en ce manuel hors normes ce cliché bien de notre aujourd’hui : par exemple la mention d’un « réchauffement climatique » en 12 000 avant J-C, d’un autre entre 1570 et 1620 (dans un paragraphe incompréhensible p 292 où « réchauffement » rime avec « abaissement de la température » !), mais pas de celui si bénéfique au Moyen-Âge, mais pas le moindre refroidissement à l’époque de Louis XIV…

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Pire -est-ce possible ?- l’on décèle sans peine le message à la fois subliminal et martelé au pilon digne des ateliers du Creusot : en 719, près de Perpignan, le pillage d’une « troupe musulmane » (certes il n’est qu’un accident guerrier parmi d’autres), laisse à notre souvenir une tombe commune, qui recèle un « signe précurseur et insolite […] de notre bienveillance à l’égard du voisin ». En 1143, l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, fit réaliser la première traduction latine du Coran, que l’on devine encore perfectible. Cette curiosité occidentale, certes poussée par la nécessité de se défendre de l’hérétique ennemi sarrasin, dont la réciproque se fera bien des siècles attendre (car l’Arabe n’imaginait pas devoir traduire la Bible) est alors vilipendée par l’historien dont par pudeur nous tairons le nom, parce l’on reprochait à Mahomet sa « vie détestable ». Quel scandale que de parler de « l’exécrable Mahomet » ! Voudrait-on qualifier de blasphème[11] la position du Vénérable ? Hors la question inévitable des rivalités entre deux systèmes religieux concurrents, dire que « Pierre le Vénérable échoue à réellement dialoguer avec l’Islam » est une de ses vérités qui cache un mensonge : nos historiens n’ont lu ni le Coran, ni les hadits, sinon avec des lunettes de plomb, pour ne pas y lire l’évidence : la nature totalitaire et meurtrière de ces textes[12].

      Evidemment, la croisade de 1095 est le « signe du raidissement identitaire de la Chrétienté face aux Musulmans, aux Juifs et aux Grecs ». « Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises[13] ». Fallait-il laisser les Arabes, après avoir soumis les deux-tiers de la méditerranée par le fer, le sang et la conversion, détruire le Saint-Sépulcre et fermer la porte aux pèlerins ? Certes les Croisés n’étaient pas des anges face à Saladin -ils le prouvèrent en pratiquant de réels pogroms antijuifs et en pillant Constantinople-, mais se défendre serait « identitaire », donc équivalent à cette fachosphère sous-entendue, dont sont évidemment indemne ces bons Musulmans…

      La traduction de Galland, en 1704, n’est sauvé du fauchage littéraire que parce qu’il s’agit des Mille et une nuits arabes, et parce qu’en 1712 Galland « n’a pas agi différemment des compilateurs arabes » lorsqu’il ajouta le conte d’Aladin au corpus. Oyez, oyez bonnes gens, comme la culture arabe est grande, comme la soumission à l’Islam est désirable ! Beurk et rebeurk ! Alors que les compilateurs arabes ont pillé et fait disparaître les manuscrits de ces Mille et une nuits d’origine perse, chinoise, égyptienne, voire grecque et si peu arabe[14] et que seul un Français les a ressuscitées. Balzac, disions-nous, ne vaut pas un pet de lapin quand en son temps Claude Fauriel a établi en son Histoire de la poésie provençale, l’influence de la lyrique arabe, ce qui n’est d’ailleurs pas faux. Que pèsent alors Ronsard, Hugo, Baudelaire, devant quelques vers, certes charmants de la poésie d’al-Andalus[15] ? Tenez-vous le pour dit : ce que l’on appelait avec hauteur la civilisation française doit en vassale ployer le genou -et avec la plus grande contrition, puisque la France a eu l’impudence de détruire l’esclavagiste port barbaresque d’Alger en 1830 qui ravageait la Méditerranée- devant la musulmanie, dont on sait qu’elle nous apporta un rayonnement universel (dont il ne s’agit pas ici de nier les quelques qualités) dont elle consent encore à nous faire don !

     Les derniers mots de cette Histoire mondiale de la France sont consacrés à « l’exaltation de la France plurielle ». De cet euphémisme, devons-nous conclure avec le modeste auteur de ces lignes critiques qu’il s’agit d’accueillir les hommes, les livres et les musiques venus du haïku japonais et des économistes libéraux anglo-saxons, venus des Mille et une nuits, du jazz afro-américain ? Absolument. La « France plurielle », au même titre qu’une planète plurielle, doit être une augmentation par les Lumières, non pas une éradication par la barbarie des mœurs et de la théocratie.

 

      Il n’a pas échappé, même s’ils le taisent à-demi, aux auteurs réunis par Patrick Boucheron, qu’écrire l’Histoire, c’est donner une direction au futur, c’est en définitive à la manière d’historiens déconsidérés agiter la folle marotte d’une idéologie. Ainsi, sans aller jusqu’à les comparer à ces Attila, derrière lesquels l’herbe historienne ne repousse plus, des empereurs chinois brûlèrent tous les documents d’un passé inconvenant pour édifier et commencer avec eux un monde nouveau, ou Staline fit effacer de photographies compromettantes les dignitaires qui n’étaient plus censés avoir fondé son pouvoir. Effacer l’Histoire des Juifs était également le préalable indispensable au Reich de mille ans. Nous n’aurons pas la bassesse de succomber à la reductio ad hitlerum, qu’il serait indécent d’adresser aux talentueux auteurs réunis par Patrick Boucheron. Reste qu’un nouveau catéchisme du « métissage » sourd toutes trompettes glorieuses rugissantes de cette Histoire mondiale de la France. Nous ne nous en formaliserions pas instant, au contraire, s’il ne s’agissait que de montrer que la France fut et reste un patchwork ouvert aux circulations de peuples, de sciences, de cultures, indispensables à son enrichissement, et d’en comprendre la nécessité. Il faut alors garder en tête les éloges que mérite cette Histoire mondiale de la France, que d’aucuns qualifieraient peut-être, d’une manière improprement expéditive, d’islamo-gauchisme. Mais ne pas omettre le blâme s’il s’agit en ces pages d’euphémiser, voire réclamer un métissage ouvert à des éléments humains et idéologiques contraires aux idéaux des Lumières et qui contreviendraient aux droits naturels et aux libertés individuelles, non au sens d’une réductrice identité française. La réponse à opposer est alors un « non » vigoureux. C’est seulement ainsi que notre futur fera Histoire, et non régression et pétrification. Si le futur nous réserve qu’il y ait encore des Historiens libres de leur calame, de leur plume ou de leur clavier, et si notre occidentale civilisation avait le malheur de disparaître en mortelle, comme se délita l’empire romain, qu’en diraient-ils ? Sinon qu’une barbarie de quatorze siècles aurait enfin achevé son dessein…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[5] Ernest Lavisse : Histoire de France, édition augmentée par Dimitri Casali, Armand Colin, 2013.

[6] Alexandre del Valle : Le Complexe occidental, L’Artilleur/Toucan, 2014.

[8] Le Figaro, 19 janvier 2017.

[9] Le Figaro, 26 janvier 2017.

[13] Molière : Le Misanthrope, Acte I, scène 2, vers 314.

[15] Le Chant d’al-Andalus, une anthologie de la poésie arabe d'Espagne, Sindbad, 2011.

 

Photo : T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Histoire
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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 08:48

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Jean Claude Bologne, historien de l’amour :

du coup de foudre au couple,

en passant par la conquête amoureuse.

 

 

Jean Claude Bologne : Histoire du coup de foudre, Albin Michel, 2017, 320 p, 21,50 €.

Histoire de la conquête amoureuse, Seuil, 2007, 402 p, 23 €.

Histoire du couple, Perrin, 2016, 320 p, 21 €.

 

 

 

 

 

      Amant parfait ? On se gardera bien de poser une question si indiscrète. Or Jean Claude Bologne est sans nul doute un connaisseur de l’amour à nul autre pareil, dont on ne divorcera pas facilement, une fois entamée la lecture de sa trilogie. Quoiqu’il n’ait pas procédé dans l’ordre chronologique, son Histoire du coup de foudre est son premier coup de maître. S’ensuit en toute logique l’Histoire de la conquête amoureuse. Rien ne prouve cependant que ces événements déclencheurs et autres péripéties conduisent forcément à la naissance d’un couple, quoique faire l’histoire de ce dernier n’est pas faire celle du mariage. Toutes distinctions dont use avec rigueur et finesse Jean Claude Bologne, jusque dans son Histoire du couple, le dernier, du moins en leur logique sinon en date, de deux essais publiés coup sur coup…

 

      L’amour à la première vue, c’est ainsi que de nombreuses langues voisines appellent le coup de foudre, métaphore unique dans notre langue, apparue en 1741. Pourtant depuis Ramsès II, jusqu’à nos modernes adolescents, il régit la naissance instantanée  de l’amour, quand l’énamourement[1] est plus progressif. Le vieux pharaon, certes polygame, fut au premier regard ébloui par la jeune princesse hittite que la raison politique lui commanda d’épouser. C’est la première occurrence connue du coup de foudre, expression apparue en 1741, puis confirmée en 1779, à l’aube du préromantisme.

      Comment expliquer le coup de foudre ? On a d’abord eu « recours au surnaturel. Avant de passer à la « rationalisation », puis d’interroger la science et la biochimie.

      Platon, par la bouche d’Aristophane, donna naissance au mythe de l’androgyne, qui, séparé en deux, et découvrant sa moitié, ressentit cette immédiateté amoureuse. De même, Eros, ou Cupidon, armé de sa flèche, allait déclencher l’effusion de l’amour. Comme il peut s’agir d’une intervention divine, qui guide l’amant vers le spirituel.

      La rationalisation commence au XVII° avec la « Carte du Tendre[2] » qui cartographie la progression des sentiments. Elle passe par Descartes et ses Passions de l’âme, qui insiste sur l’admiration, pour trouver en 1822 une acmé avec la « cristallisation » stendhalienne[3]. Freud penche pour le narcissisme qui reconnaît un autre soi, pour la réminiscence et pour l’Œdipe, quand d’autres pensent à l’épilepsie et la folie. Il peut suffire de la réactivation d’un souvenir d’enfance, comme dans Lolita de Nabokov.

      Ainsi, contrairement au préjugé commun qui voudrait que le coup de foudre soit aussi innocent qu’inexplicable, celui qui le ressent est préparé à subir et goûter cette émotion considérable : « En fin de compte, la cristallisation inconsciente de Stendhal, les réminiscences freudiennes, l’encadrement esquissé par Barthes, ou les analyses de Marcelli sur la surprise vont dans le même sens, celui d’une mise en condition de l’amour permettant de brûler les étapes ». Le sociologue peut aller jusqu’à s’interroger sur les liens « entre l’amour romantique et l’industrialisation de l’Europe », étant donné la nouvelle mobilité familiale et des individus, sans compter l’influence de l’exaltation napoléonienne et des romans sentimentaux.

      La lecture scientifique du phénomène existe depuis au moins Dante, au XIII° siècle, qui s’appuie sur les trois âmes analysées par le Grec Galien, du cerveau, du cœur et du foie : toutes trois convergent dans l’amour. La théorie des « pierres d’aimant[4] » dans L’Astrée, en 1607, précède le magnétisme. L’abbé Conti, au XVIII°, y associe l’attraction universelle de Newton. La médecine du XIX° préférera parler d’ « érotomanie », voire de la « bile noire », cette mélancolie[5] venue de la rate. L’électricité y va de sa foudre. L’identité entre les amants est remplacée par la complémentarité. Enfin, en 1959, naissent les phéromones, ces hormones stimulantes véhiculées par l’odorat. Adrénaline, dopamine et ocytocyne n’ont plus qu’à entrer en jeu dans le « processus neurochimique » des compatibilités entre les êtres, en fonction de leurs « cartes affectives ». Sans en avoir conscience, on cherche un partenaire au plus loin du patrimoine génétique paternel…

      Reste que le vers de Racine ne prend pas une ride :

« Je le vis, je rougis, je palis à sa vue.[6] »

      Fallait-il le souligner ? Autant « récit collectif » que passion individuelle, le coup de foudre frappe également dans le champ de l’homosexualité, quelque soit l’interdit. Dans l’Hindoustan du XVI° siècle, Zahir-ed-Din-Mohammed est près de « s’en aller en fusion » devant un jeune garçon ; la rencontre de Charlus et Jupien, dans les pages de Sodome et Gomorrhe, de Marcel Proust, est comparée à la parade nuptiale du bourdon et de l’orchidée : Charlus croise l’un de ceux qui aspire à sa « part de volupté sur la terre : l’homme qui n’aime que les vieux messieurs[7] ». C’est à l’art proustien de rendre ce qui aurait pu paraître répugnant aux délicats (ou aux homophobes), émouvant et universel.

      Hélas, rien d’assuré pour que le coup de foudre, qui a ses lieux rituels (église, salle de spectacle…) soit réciproque. Certes, l’on sait que le désir puisse être séducteur, mais il peut condamner à l’amertume et à la solitude… Si le coup de foudre est plus nombreux à l’adolescence, il touche de bien plus murs, comme Horace Walpole et Madame du Deffand à 48 et 68 ans. Mais aujourd’hui l’essayiste peut aller jusqu’à se demander : « notre époque serait-elle réfractaire au coup de foudre » ? L’amour romantique n’est plus sacralisé, il est rationalisé : les agences matrimoniales et les sites de rencontre permettent un choix plus prudent, car le coup de foudre est une dangereuse perte de contrôle, trop rarement payée de retour.

      Après les unions arrangées par la famille, « le mariage d’amour est une conquête du XX° siècle », qui rencontre « la standardisation des critères de beauté ». La libéralisation sexuelle permet coups de sang et tocades, le divorce et son consentement mutuel permettent de sortir la tête haute de situations auparavant statufiées pour l’éternité. Y compris bien sûr à l'occasion des grossesses non désirées : « force est de constater que les inconvénients de l’amour immédiat sont bien atténués par la société moderne ».

      Avec élégance, sans lourdeurs érudites, Jean-Claude Bologne écrit en pédagogue aimable. Plutôt qu’un coup de foudre pour cet historien, nous aurons une amitié de longue fréquentation. L’Histoire proprement dite emprunte avec lui souvent à l’histoire littéraire, philosophique et scientifique, voire aux témoignages contemporains, les sites internet (eDarling), les émissions de radio (Ménie Grégoire), les magazines (Marie Claire), la publicité, là où le coup de foudre et son parfum gardent un prestige indétrônable…

      Concluant, Jean Claude Bologne souligne un paradoxe : nous nous voulons indépendants, sauf dans l’amour. Autre contradiction : l’éblouissement amoureux glisse trop souvent dans la routine, voire l’exécration, conjugale…

 

 

      Coup de foudre ou pas, il faut bien arriver à ses fins, qu’elles soient conjugales ou celle d’un coup d’un soir. Voici place pour l’Histoire de la conquête amoureuse. Depuis l’Art d’aimer d’Ovide au premier siècle, qui donne de précieux conseils de séduction, les préceptes accusent une remarquable constance. Cependant le flirt naît avec le développement des transports et des loisirs au XIX° quand la drague accompagne la libération sexuelle. Regrettons alors amèrement que Jean Claude Bologne, préoccupé de « terminologie », ne s’indispose pas du mot « drague », né en 1953, cette vulgarité qui racle la boue du fond des ports, et dont il use, abuse et surabuse. L’éditeur hélas n’était pas en reste avec son bandeau exagérément racoleur : « L’invention de la drague » !

      Du premier regard au mariage, que d’étapes pour persuader, de la première conversation au premier baiser, à la première nuit… Mais il apparaît très tôt que l’art -ou la maladresse- de la séduction est un privilège trop souvent masculin ; seul le XX° siècle a vu apparaître, selon le titre de Marcel Prévost, les « Don Juanes[8] », de « redoutables dragueuses, plus audacieuses que les hommes ». Sans oublier que la condition sociale de l’élue (dame du monde, paysanne, prostituée) et le but poursuivi (badinage, acte sexuel, amour platonique, ou justes noces) changent les manières, le langage, l’habit, le carrosse ou la moto du charmeur, de l’entreprenant ou du timide.

      Sociologie et psychologie ne sont pas sans secours pour l’historien. Il étudie, outre la littérature (il prend soin de ne pas oublier pas Les Liaisons dangereuses  De Choderlos de Laclos), les manuels de séduction, les correspondances et les journaux intimes, voire les archives judiciaires (que peuplent les séducteurs malchanceux, car homosexuels, ou violents). Tout en prévenant : « la plupart des textes qui évoquent la conquête amoureuse l’ont condamnée ou enfermée dans un cadre moral strict ».

      Peut-être la préhistoire n’était-elle, à cet égard, que brutale. L’Antiquité grecque ne s’embarrasse pas du libre arbitre féminin ; l’amour des jeunes gens est ici plus chanceux. Le viol, chez les Romains, peut-être une affaire d’Etat. Heureusement, « la civilisation commence avec la conquête amoureuse », lorsque l’autre a quelque chose d’un individu libre. Ovide, avec L’Art d’aimer et Les Amours, quoique « la loi sur la pudeur qu’il entend respecter est celle qui punit l’adultère des femmes libres », sera contraint d’attendre l’amour courtois médiéval, où la femme devient une « Dame » supérieure, pour trouver un successeur à son raffinement. Bientôt, la promesse de mariage devient un argument du séducteur, préparant la naissance du mythe de Don Juan au XVII° siècle.

      Signe de l’évolution des mœurs, la Renaissance et le Grand Siècle verront le développement de la galanterie, même si les gens du peuple en sont exclus. Ce qui n’empêche pas Brantôme, en une époque gaillarde, de préférer le « tordion de remuement ». L’amour précieux n’est que pour quelques-unes alors que la danse devient de plus en plus un rite social propice à la séduction. Plutôt bourrues, les classes populaires connaissent bien mieux « la facilité des relations sexuelles ». Peu à peu plus permissif, le siècle des Lumières permet d’afficher un amant ou une maîtresse. Casanova écrit alors, au soir de sa vie, ce qui le justifie aux yeux de lui-même et du monde, ses mémoires de séducteur : entre amour vrai et libertinage, il n’est pas un vil Don Juan, veillant à établir si possible celles qu’il délaisse.

      Audace d’un côté, candeur et timidité de l’autre, toutes les stratégies sont bonnes, y compris, « l’effémination du séducteur » en dandy… Car le romantisme amène un « raz-de-marée sentimental ». Cependant la Révolution et les guerres napoléoniennes amènent les femmes à préférer l’uniforme, cet argument de séduction inimitable. Reste que faire sa déclaration devient un feu risquée, une diplomatie délicate. Le langage des lettres, des poèmes et des fleurs y est pour beaucoup, sans compter celui des éventails. Naissent alors, dans les journaux, les annonces matrimoniales, puis les agences spécialisées à cet effet. Les petites annonces de Libération, à partir de 1974, ont « révolutionné le genre », par leur humour et leur crudité sans gêne.

      Femmes délurées, « garçonne », flirt sans engagement : la liberté de la séduction façonne peu à peu notre contemporain. La « cible masculine » vaut bien la féminine, en un reflet de la société de consommation. Lorsqu’en 1946 les « maisons closes » ferment, « l’éclipse du macho » préalablement initié précède l’égalité (relative) des désirs et des signaux sexuels, sans oublier le rôle libérateur de la contraception, des sex-shops et du féminisme (qui envoie au diable les recettes éculées de la séduction bien lourde), même si, depuis, le sida est passé par là. L’ère de la publicité et des stratégies marketing peut permettre de se déclarer en accrochant une banderole à un avion, en louant un espace publicitaire : mieux vaut étudier « la communication non-verbale » que de recourir à l’offrande d’un bouquet de violettes…

       Notre essayiste faisant preuve d’une fabuleuse, gouleyante et réjouissante érudition, ne devrait-on pas placer cette Histoire de la conquête amoureuse, qui est peut-être le plus beau de ses livres, aux côtés des trois volumes de l’Histoire de la sexualité de Michel Foucault[9] ? L’essai est en effet riche d’anecdotes diverses et fouillées, qui visent, plus qu’à divertir, à caractériser les comportements et les sociétés.

 

      Les lendemains de la conquête, on le sait, ne font pas toujours le couple. Qui n’est pas non plus toujours amoureux. Avec son Histoire du couple, Jean Claude Bologne ne s’intéresse pas seulement à ce qui nous bouche les yeux : le mariage. Certes, il est historiquement l’archétype du couple, forcément hétérosexuel, mais quid des deux amis, du ménage homosexuel autrefois secret, de nos jours exhibé, du pacs, de la fratrie, de l’amant et de la maîtresse…

      Il n’y a d’ailleurs plus aujourd’hui que 37 % des Français qui soient mariés. Un simple fait qui doit rendre la démarche de l’essayiste moins iconoclaste qu’il ne le parait. Une fois évacuées les questions de reproduction, soudée par la reconnaissance des enfants, et d’héritage, qui incombaient au seul mariage, une disponibilité des statuts se fait jour.

      Quand la polygamie ne fait pas couple, la cohabitation des époux ne suffit plus à épouser les termes : paire ou couple d’amis sont Achille et Patrocle, Montaigne et La Boétie. Comme quoi le couple ne signifie pas forcément copulation, même si les mots ont la même racine latine.

      Historiquement, en ce qui concerne le mariage, « l’Antiquité songe d’abord à la transmission du patrimoine ; le christianisme au sacrement […] ; l’époque contemporaine à l’amour », voire à l’empilement d’habitudes communes et domestiques. Mais au vu de l’allongement considérable de la vie, chacun peut vivre plusieurs couples. Mais le couple n’est plus aussi soudé, il peut préserver les espaces et individualités de chacun, à la lisière d’un célibat à deux. C’est tout ce mouvant qui suscite l’intérêt de l’essayiste et intrigue avec lui le lecteur.

      S’il est malaisé de pontifier sur le couple préhistorique, le modèle d’Adam et Eve irrigue la pensée occidentale. Notons que née d’une côte d’Adam, Eve est donc son égale, puisqu’elle ne vient ni de sa tête, ni de ses pieds. Ailleurs, d’autres traditions mythiques parlent de « matriarcat originel », sous forme de « polyandrie », ou de polygamie au profit des hommes. Cependant, bien des primates préfèrent la fidélité en sein du couple. Pour ce qui concerne la famille humaine, une « base patriarcale » permet la « légitimation de l’héritier »…

      Depuis Périclès et Aspasie, en Grèce antique, où, malgré concubines et hétaïres, « le mariage légitime seul confère la citoyenneté », ce dernier devient une affaire d’Etat. La République romaine puis l’Empire vont jusqu’à prévoir de manière complexe « trois formes de mariage », concédant à la « matrone » un pouvoir non négligeable. Pourtant l’association économique et reproductrice ne s’embarrasse guère de l’amour. Dans le sillage du stoïcisme, le droit chrétien aura à cœur de simplifier la chose. Ainsi Athènes, Rome et Jérusalem fixent peu à peu pour nous les invariants du couple, lors que le Christianisme, après le Judaïsme, confirme, en l’Eglise, la sacralité du mariage. Non sans humour, Jean Claude Bologne note que les problèmes des mariés restent paradoxalement réglés par un clergé fait d’hommes faisant profession de vivre dans le célibat et la chasteté. Peu à peu néanmoins l’Eglise joue « un rôle civilisateur incontestable », non seulement en supprimant l’esclavage, mais en imposant une morale égale pour la femme et le mari. Le concubinage peut devenir, de fait, mariage, comme notre auteur le signale entre France, Espagne et pays scandinaves. Longtemps, du moins jusqu’au XX° siècle, le modèle est invariablement conjugal et hétérosexuel.

      Il n’en reste pas moins que « la vie en couple peut sembler plus horrible que la mort ». En 1651, Jeanne-Marie Varin « saupoudre de poison l’œuf de son déjeuner » pour échapper à un mari contrefait. Les jeunes épousées ont parfois espoir en la mort de leur trop vieux galant, et pour échapper aux nombreuses violences conjugales. Parfois, quoique marié, l’on ne cohabite pas, comme en son élégance Madame de Lafayette.

      Or « le couple amoureux » n’est peut-être qu’une « invention du XIX° siècle », grâce à l’influence du roman-feuilleton. On croise ici les amours de Tocqueville, qui aime sa femme et le lui prouve « physiquement », tout en ne sachant pas résister aux aventures parisiennes. L’âme-sœur n’en est pas moins fantasmée, jusqu’à l’acmé du « couple fusionnel » de la fin du XX° siècle, qui veut se retrouver dans le cocon du foyer…

      Célibataire à deux, pacsé avec son frère ou sa sœur, colocataires, amis de fesse ou d’élection, les possibilités explosent. Le concubinage et le mariage voient leurs statuts se rapprocher, devant la loi, devant le fisc. Enfin, en notre XXI° siècle, le mariage pour tous semble proclamer le couple pour tous. Mais l’irruption du monde musulman ramène sur le derrière de la scène les spectres de la virginité obligée, du mariage forcé, de la répudiation, de la polygamie. Et, Jean Claude Bologne oublie de le préciser, de l’endogamie jusqu’à la consanguinité, du fait de la trop courante reproduction des unions entre cousins…

 

 

 

      Pourrait-on instiller que de livre en livre notre historien se répète ? En fait, rarement. Hors d’inévitables effet de tuilage à cause des sujets adjacents, voire intriqués (par exemple le mythe de l’androgyne évoqués à deux reprises), il est évident qu’il a pris garde d’éviter cet écueil. C’est sans crainte que l’on peut aborder un volume après l’autre, la perspective et les informations de toutes sortes se renouvelant sans cesse. Toujours, le travail est fouillé, richement documenté, ouvrant sans cesse de nouvelles fenêtres sur les origines et les développements de nos comportements amoureux et sociaux. Les anecdotes historiques sont légion, piquantes, curieuses, révélatrices.

       Oserait-on confier une nouvelle charge à notre historien ? Celle d’écrire une histoire du divorce, qui commencerait avec les plus anciennes répudiations, quoiqu’elles ne soient après peu que du fait des hommes… Rien d’impossible en effet à ce collectionneurs des mœurs occidentales, à celui qui commit également une Histoire du mariage en Occident en 1995, puis une Histoire du célibat en 2004. Gageons que Jean Claude Bologne, né en 1956, également spécialiste d’iconologie médiévale, ne divorcera jamais d’avec l’Histoire. Sa passion, venue d’un coup de foudre, ou d’un énamourement sait-on, est à la fois celle d’un archiviste est d’un homme de sensibilité. Mais elle reste toujours une conquête à reconquérir par l’étude, l’écriture et la pédagogie, ce dont il ne se prive pas, pour le plus grand bonheur de la séduction par la curiosité et la connaissance. Jean Claude Bologne peut sereinement penser, comme Ovide, en conclusion de ses Amours : « Vous délicates élégies, et toi, Muse légère : Adieu ! Mon Œuvre vivra, après moi…[10] »

 

Thierry Guinhut

 

 

 

[1] Voir : Francesco Alberoni : Le Choc amoureux, Pocket, 1993.

[2] Madeleine de Scudéry : Clélie. Histoire romaine, Honoré Champion, 2001, p 179.

[3] Stendhal : De l’amour, Club des Libraires de France, 1960, p 50.

[4] Honoré d’Urfé : L’Astrée, Perrin, 1928, p 73.

[6] Racine : Phèdre, I, 4, Théâtre, La Pléiade, Gallimard, 1997, p 758.

[7] Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe, À la recherche du temps perdu, t III, La Pléiade, Gallimard, 1988,  p 9.   

[8] Marcel Prévost : Les Don Juanes, Fayard, 1930.

[10] Ovide : Les Amours, Athéna, 1954, p 189.

 

 

Ovide : Les Amours, Athéna, 1954.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Histoire
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 16:47

 

Geai des chênes, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Le silence des odeurs.

 

Alain Corbin : Histoire du silence ;

 

Le Miasme et la jonquille.

 

 

 

Alain Corbin : Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours,

Albin Michel, 216 p, 16,50 €.

 

Alain Corbin : Le Miasme et la jonquille.

L’odorat et l’imaginaire social XVIII-XIXème siècles.

Champs Flammarion, 432 p, 9 €.

 

 

 

      Comment faire l’histoire de ce silence qui n’a pas la parole, qui est disparition et vide ? Pourtant, là où se réfugient la paix et le secret, il hante nos livres, nos tableaux, nos religions. « De la Renaissance à nos jours », pour reprendre le sous-titre de cet essai au thème pour le moins original, Alain Corbin revisite les vertus trop oubliées de son objet d’étude et en dresse un éloge aussi documenté que patiemment lyrique. Hélas, s’il faut trop souvent se boucher les oreilles pour trouver la paix des sens et de l’esprit, il a également fallu se boucher les narines et trouver « le silence des odeurs », quand, au détour du XVIIIème et du  XIXème siècle, on décida de faire un choix entre Le Miasme et la jonquille.

 

      Il n’est « pas seulement l’absence de bruit », mais lieu de méditation, de création : cherchons le silence chez les écrivains, Julien Gracq et son Rivage des Syrtes confiné dans l’attente, Georges Rodenbach et sa Bruges la morte, la chambre tapissée de liège de Proust. D’abord, en un subtil paradoxe, « le vertige de la page blanche est imprégné de silence, un trait d’union entre le néant et la création ». Cependant là nait cette parole qui a sa musique, et suscite la puissante rencontre de l’imaginaire de l’auteur et du lecteur, prêt à relayer de manière discrète ou tonitruante le message, qu’il soit religieux ou politique. Pour l’art cinématographique, après les films muets barricadés par une musique d’accompagnement, « le silence pose un défi aux cinéastes ». L’historien Alain Corbin se fait alors lecteur des arts.

      Le religieux et le romantique sont chacun à leur façon en quête de silence, soit en anachorète, dans l’oraison monastique, l’exercice spirituel et « l’ars meditandi », soit dans « les profondeurs de l’espace » et des montagnes. Il est partout, dans la vaste nature, dans l’intimité, tous lieux que fuit notre contemporain bruyant, bruitiste et hyperconnecté. Mais c’est depuis le XIXème siècle que bruits urbains et décibels devinrent, jusqu’au raffut des cloches, objets de vindicte, rappelle notre essayiste, qui se fait également psychologue et philosophe.

      « L’anéantissement du sujet ou l’incommunicabilité entre les êtres » peuvent se produire dans un vide insonore et loud. La discipline et la contrainte du silence, qu’il s’agisse de celui de l’autorité ou de celui de la haine, peuvent aller jusqu’à la cruelle punition pénitentiaire, à l’angoissant isolement, et ainsi confiner à l’insupportable, à la mort. Sans oublier le tragique absolu de la disparition du globe terrestre, qui évacue tout phénomène sonore.

      Quand il se fait culture, il peut devenir « tactique », comme pour les militaires ou les paysans « taiseux » ; ou, mieux, politesse, respect d’autrui, voire distinction suprême. Face à la guerre, à l’industrie, à l’omniprésence du pop-rock and rap, au courroux médiatique, s’entendre se taire devient, outre une liberté, une joie savamment recherchée. Il est solitaire, ou dans la complicité de deux amants. En effet les yeux et le cœur savent sans besoin de parler, surtout si l’on s’abîme dans le sans-mot de la jouissance et de sa petite mort…

      Les plus beaux silences sont chez les peintres (un cahier central nous les présente), avec les chandelles de Georges de la Tour, les Vierges de Raphaël, de Piero della Francesca, surtout Fernand Khnopff et sa dame en  blanc le doigt sur les lèvres, car les symbolistes savent se taire avec l’intensité du mystère ; jusqu’aux toiles colorées, inquiètes et solitaires d’Edward Hopper… Car la peinture est « muta eloquentia ». Le voyageur de Caspar David Friedrich contemple non seulement le sublime de l’immensité, mais aussi le calme de sa vie intérieure.

      Romanciers, peintres et philosophes, tous savent dire les dimensions essentielles du silence. Surtout grâce à l’éminente discrétion de l’essayiste Henri Corbin, dont l’érudition, jamais pédante, découvre un monde insoupçonné. Seul bémol (chuchoté) : regrettons l’absence d’une vaste période passée sous silence qui serait un premier volet, de l’Antiquité à la Renaissance. Cette énumération fouillée, murmurée à la quiète oreille du lecteur, tout empreinte d’humilité et de calme enthousiasme, se fait délicieuse invitation à de plus vastes lectures, écoutes et visions, silencieuses, cela va sans dire. Un silence de Mozart est, dit-on, encore du Mozart.

 

 

      Nous n’irons pas jusqu’à dire que les odeurs et autres puanteurs peuvent être mesurées en qualité, et en infection, comme les bruits, par des décibels. Mais le Moyen-Âge, la  Renaissance, l’Ancien Régime puaient. On jetait les vases d’urines et les fèces par les fenêtres, on conchiait les coins de rue, les ordures gisaient en désordre jusqu’à ce qu’un charretier consentisse à les ramasser, les chevaux égrenaient leur crottin fumant. Bateaux, prisons et hôpitaux sont alors les tréfonds de la putridité. Cimetières, poissonneries, ateliers de tanneurs, tout mêle ses effluves peu ragoutants, immondes.  La promiscuité des santés et des propretés suspectes gagne jusqu’à l’opéra. À la longue, cette enrichissante Histoire des odeurs à ranger au côté du roman de Patrick Süskind, Le Parfum[1], menacerait le cœur le plus accroché, au point que l’on se demande si Alain Corbin a établi ses recherches et son manuscrit une pince à linge sur le nez et une pochette d’eau de Cologne au revers de sa veste…

      Il fallut à la fin du XVIIIème et au XIXème siècle imposer un peu de tenue aux immondices malodorants et autres accumulations nauséabondes. Ainsi Alain Corbin découvrit comment on parvint au « silence des odeurs » ; ce en écrivant Le Miasme et la jonquille, plus exactement « l’histoire des perceptions olfactives ». L’odorat est en effet un « construit social », car le peuple est puant, alors que les classes sociales élevées, la bourgeoisie et l’aristocratie tente de s’en distinguer en se dégageant de la contrainte des odeurs sui generis, et en s’aspergeant de musc et de jonquille.

      Sous l’Ancien Régime les miasmes pestilentiels sont réputés porter l’épidémie et la mort. Au tréfonds de l’insupportable, le XVIIIème siècle vise à abaisser les « seuils de tolérance ». Car « la capitale n’est plus qu’un vaste cloaque ». Louis-Sébastien Mercier, l’auteur du Tableau de Paris [2](1781-1788) est un incessant contempteur de l’infamie parisienne et de ses effluves orduriers, maladifs et morbides. Il imaginait d’ailleurs un futur plus sain dans son récit d’anticipation L’An 2440[3], quoique nous n’ayons pas eu à atteindre jusque-là…

      En effet, autour de 1800, « l’hygiéniste est promu au rang de héros qui brave les plus tenaces des répugnances ». On pensa d’abord qu’aromates et parfums avaient des vertus thérapeutiques, puis qu’ils pouvaient être fatals. Mais bientôt la chimie, la science toute entière vinrent au secours des narines et des corps affectés par les miasmes urbains et campagnards. L’hygiène intime imposa le « silence olfactif », qui n’est pas sans rapport avec le goût du plein air des élites sociales, avec le voyage romantique vers les horizons marins et montagnards. Le musc animal est remplacé par l’eau de rose ; mouchoirs et sachets parfumés sont le nid de l’élégance. Dès avant le préromantisme, l’odorat devient « le sens générateur des grands mouvements de l’âme ».

      Des égouts aux poubelles (auxquelles le préfet du Second Empire donna son nom), de l’aération à la désinfection, l’espace urbain vérifie peu à peu l’impact de ces mots d’ordre : « Paver. Drainer. Ventiler ». Mais aussi « Désinfecter ». On assèche les marais pestilentiels, on évacue les ordures ménagères, les vidangeurs sont soumis à de stricts règlements. Le tout-à-l’égout (voté en 1889) peine à s’installer au XIXème siècle pour s’évacuer dans la Seine et les rivières. On attendra le XXème siècle pour songer aux stations d’épuration… Bientôt les salles de bain, la parfumerie, les jardins fleuris participent du luxe avant de gagner les classes moyennes. Le « compositeur de parfums » suscite le flacon et l’ivresse, y compris érotique, par le biais du « libertinage du nez » ; au contraire de  « la fiente verbale » et de « la scatologie du Carnaval »  populaires. Enfin, « l’industrie s’est substituée à l’excrément dans la hiérarchie nauséeuse. Une nouvelle sensibilité écologique se profile ».

      Outre son titre du plus charmant effet, Le Miasme et la jonquille, initialement paru en 1982, est un essai infiniment et précisément documenté. Où l’on saura tout sur les débats des philosophes et des hygiénistes, sur l’équarrissage et la désinfection à « l’eau chlorurée », sur les fumées du charbon de terre, sur la nécessité de « décrotter le misérable », sur « l’apprentissage de la défécation en milieu scolaire » ! Moins élégamment, mais sans le moindre euphémisme, Dominique Laporte publiait en 1978 une édifiante Histoire de la merde[4], quoiqu’il ait « fait preuve du plus total dédain pour la chronologie ». Alain Corbin rend ses lettres de bassesse et de noblesse à l’odorat, perçu comme le « sens de l’animalité selon Buffon, exclu par Kant du champ de l’esthétique […] affecté par Freud à l’analité ». Il s’agit bien d’une Histoire des goûts et des dégoûts…

 

 

      L’Histoire fut d’abord celle de l’épopée et des mythes avec Homère, puis celle des actions guerrières royales et humaines à partir de Xénophon, jusqu’à ce que des siècles plus récents s’intéressent à l’histoire sociale, y compris du plus petit peuple. Alain Corbin, né en 1936, innove encore dans le champ de l’Histoire. Evolution des matières, des mentalités, des sentiments et des concepts permettent également d’examiner notre généalogie. Ce pourquoi il s’intéressa à l’Histoire du corps. De la Révolution à la Grande Guerre[5]. Cette pente historienne est du même ordre chez un Jean Claude Bologne, dont on lit avec plaisir l’Histoire du couple[6] ou encore l’Histoire de la conquête amoureuse. [7].

      Mais aussi, pour revenir à Alain Corbin -en marge de Michel Foucault[8] - aux évolutions de nos sexualités, de Les Filles de noces. Misère sexuelle et prostitution au XIXème siècle[9], à L’Harmonie des plaisirs : les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie[10]. Le temps qu’il fait, la perception du paysage, la mer, l’arbre sont parmi les inépuisables curiosités de l’historien qui permettent, en mage de la succession événementielle des hauts et bas faits d’armes, d’Ibn Khaldûn à Michelet, de faire connaissance avec la relation que l’humanité entretient avec ses sens et son environnement. On ne doute pas que pour ce faire, le silence de la concentration et la paix des odeurs soient hautement nécessaires…

 

 

Thierry Guinhut

La partie sur Histoire du silence a été publiée dans Le Matricule des anges, mai 2016.

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Patrick Süskind, Le Parfum, Fayard, 1985.

[2] Louis-Sébastien Mercier : Tableau de Paris, La découverte, 2006.

[3] Louis-Sébastien Mercier : L’An 2440, France Adel, 1977.

[4] Dominique Laporte : Histoire de la merde, Christian Bourgois, 1978.

[5] Alain Corbin : Histoire du corps. De la Révolution à la Grande Guerre, Seuil, 2005.

[6] Jean-Claude Bologne : Histoire du couple, Perrin, 2016.

[7] Jean-Claude Bologne : Histoire de la conquête amoureuse, Seuil, 2007.

[9] Les Filles de noces. Misère sexuelle et prostitution au XIXème siècle Champs, Flammarion, 1982.

[10] L’Harmonie des plaisirs : les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Champs, Flammarion, Perrin, 2007.

 

Fernand Khnopff : Silence, 1890.

Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.

 

 
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:31

 

Globe terrestre sur Les Césars de l'Empereur Julien,

Denys Mariette, 1696. Photo : T. Guinhut. 

 

 

 

 

Une Histoire du monde

 

en trois tours de Babel.

 

Roberts et Westad, suivi de Fukuyama.

 

 

 

J.M. Roberts, O.A. Westad : Histoire du monde, I « Les Âges anciens »,

traduit de l’anglais par Jacques Bersani, 464 p, 22 € ;

II « Du Moyen-Âge aux temps modernes »,

traduit par Martine Devillers-Argouac’h, 512 p, 24 € ;

III « L’Âge des révolutions », traduit par Antoine Bourguilleau, 608 p, 24 € ; Perrin, 2016.

 

Francis Fukuyama : Le Début de l’histoire, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre Guglielmina, Saint-Simon, 2012, 472 p, 25 €.

 

 

 

    « L’Histoire, nous devons bien le reconnaître, continue d’encombrer notre présent et rien n’indique qu’il puisse, un jour, en être autrement (III, p 585) ». Ainsi concluent J.M. Roberts et O.A. Westad au sortir des 1200 pages de leur Histoire du monde. Pourtant, malgré le format passablement imposant de leur trilogie, rien ne permet d’affirmer qu’elle encombrera nos bibliothèques. Au contraire. Ces trois tours de Babel balisent un immense passé, donc les ciments du présents, les fondations de notre avenir, enrichissent avec une séduisante facilité notre compréhension des marches successives de nos civilisations. Soudainement, grâce à nos deux compères historiens, et même si quelques points nous amènent à des réserves, nous nous sentons à raison, plus intelligents…

 

     Des plus anciens outils trouvés en Ethiopie (il y a 2,5 millions d’années), en passant par la préhistoire, en 7000 avant J.C., à nos plus contemporains, dont ces « intellectuels chinois [qui] parlent aujourd’hui le langage du libéralisme ou du marxisme (III, p 584) », ces trois volumes ambitionnent à juste titre d’être une somme narrative, explicative et argumentative. Cultures et empires, religions et révolutions, techniques et structures politiques, migrations et conquêtes, nomadisme et urbanisation, tout concourt à emporter le lecteur dans le vaste fleuve de l’humanité.

    Mais loin de se contenter d’une vision européanocentrée, même si les étapes, parfois erratiques, du développement de l’Europe sont longuement narrées, nos deux auteurs nous font entrer dans des zones plus excentrées et néanmoins fondamentales : la sphère byzantine des Chrétiens d’Orient, l’expansion de l’Islam, l’Inde classique, la Chine impériale, le Japon… Or l’épopée émancipatrice des Lumières, des révolutions politiques et scientifiques, s’accompagne, pour le meilleur et pour le pire de l’expansionnisme colonisateur, de l’hégémonie européenne et étatsunienne, bientôt contrée par les rivages asiatiques, voire le retour de l’infiltration musulmane…

 

      Ainsi le premier tome, orné d’une mosaïque du XIIIe siècle, venue de la basilique Saint-Marc de Venise, va des prémices de l’humanité à la chute de l’empire romain d’Occident, mais aussi de celui des Han chinois, autour de l’an 500. Le second, orné également d’une construction de la tour de Babel, mais une peinture de l’école flamande du XVIème, siècle, venue de la Pinacothèque nationale de Sienne, embrasse non pas dix siècles, jusqu’au XVIème (comme l’annonce la quatrième de couverture de manière erronée), du Moyen-Âge à la Renaissance, marqués par la naissance de l’Islam et les grandes découvertes maritimes occidentales, mais douze siècles jusqu’aux Lumières du XVIIIème. Le troisième tome enfin, semble orné d’une tour de Babel Art Déco (car aucune de ces couvertures n’est hélas légendée), pour traverser les révolutions politiques et industrielles qui marquèrent l’aurore du XIXème, dès 1789, jusqu’à notre contemporain. Comme si le Big-bang de l’Histoire élargissait le cône de son expansion en enclenchant sa mondialisation et en s’approchant de nous…

      Depuis la nuit de la pierre taillée et l’aube de l’écriture cunéiforme, le rôle de l’imprimerie et la diffusion de la lecture sont capitaux : en 1800, « le vieux continent recèle une proportion d’érudits plus forte que les autres cultures (II, p 472) ». Quoiqu’au XXème siècle, « la radio, le cinéma puis la télévision restaureront cette suprématie de l’oral et du visuel (II, p 473). C’est à l’occasion de telles phrases que l’on mesure la hauteur d’analyse de Roberts et Westad, eux-mêmes dépendants et successeurs de ces inventions du lettré et de l’Historien.

      On ne lit pas souvent les introductions. Dans le cas de l’Histoire du monde, on aurait diantrement tort. Grâce à la plume d’Odd Arne Westad, qui continua l’œuvre de son camarade après sa mort, l’on apprend comment telle problématique est l’assise et le fil conducteur conceptuel de ces trois volumes : « J’ai cherché d’emblée à repérer, là où c’était possible, les éléments qui, par l’influence générale qu’ils exercèrent, eurent l’impact le plus large et le plus profond, plutôt que de me contenter d’aborder dans l’ordre, une fois de plus, les thèmes que la tradition juge importants (I, p 15) ». Aussi l’ « Histoire » ne débute pas, au regard de nos deux compères, dès la traditionnelle distinction avec la préhistoire, c’est-à-dire à la naissance de l’écriture ; mais quelque part dans les généalogies de l’anthropologie, lorsque les grands singes se lèvent, lorsqu’ils utilisent des outils, lorsqu’ils parlent, tous événements plus qu’ardus à dater.

      De plus, en cette même « Introduction générale », on comprend que ne s’intéresser qu’aux successions des guerres reste insuffisant : « Roberts et moi sommes d’accord, par exemple, pour penser que les échanges et les alliances entre les cultures humaines ont beaucoup plus compté en général que les confrontations qui ont pu survenir entre elles, et nous sommes d’avis tous deux que ce schéma est appelé selon toute ressemblance à se répéter dans l’avenir (I, p 16) ». Il y bien là un sens de l’Histoire, évidemment pas aussi téléologique que celui d’Hegel, pas aussi iréniquement idéologique que celui de Francis Fukuyama.

      C’est également en cette introduction qu’il s’agit de noter les tensions entre « l’Occident et nombre de sociétés islamiques (I, p 17) ». Il faut se reporter au chapitre sur la naissance de l’Islam et y lire ses succès civilisationnels au Proche-Orient entre le VIIIème et le XIIème siècle. Il y manque alors une analyse de l’idéologie prophétique chevillée par le jihad, qui conquit les deux tiers du pourtour méditerranéen, puis jusqu’à l’Indonésie, par le fer et le sang, non sans pratiquer le génocide, et dont quatorze siècles de tyrannie (malgré d’indéniables baisses de tension) n’ont pas fini de nous accabler de coups de boutoir. Songeons que le nazisme de sinistre mémoire, dura douze ans, eut pour conséquence, non seulement les guerres et massacres que l’on sait, mais la mainmise de l’Union Soviétique sur l’Europe de l’Est pendant quarante-cinq ans. Songeons que cette même idéologie communiste saccagea la Russie pendant soixante-dix ans, qu’elle balaya la Chine et autres satellites, qu’elle pétrifie encore la Corée du Nord et Cuba, voire le Venezuela, en son petit frère socialiste, et que les traces pérennes du marxisme ont de longtemps des conséquences dramatiques pour les libertés économiques et politiques en de nombreuses parties du monde. Aussi la poudrière Marx, qui a un siècle et demi de conflagration, voire encore un avenir assuré, n’est, avec divers fascismes plus brefs dans le temps, qu’une billevesée au regard des quatorze siècles d’Islam, hélas appelés à vouloir pérenniser jusqu’en un avenir imprévisible sa théologie et ses mœurs traditionnels et obscurantistes, malgré de notables dissidences plus modernistes en son sein. En ce sens l’Histoire, au-delà de Roberts et Westad, doit penser ses sources de tyrannies et de chaos autant que ses échanges de libertés.

      On peut à cet égard noter, mais quel auteur, quel éditeur peut se targuer d’y échapper ? une belle coquille : « Mahomet nait vers 750 (II, p 31) ». Il s’agit en fait d’une inversion, puisqu’il est né vers 570. On l’aura deviné puisque quatre pages plus tard, on nous confirme que le départ de la Mecque, appelé l’Hégire, a lieu en 622.

      Peu ou prou, c’est ainsi que nos deux gargantuesques historiens s’attachent en fait à séparer, quoiqu’avec une circonspection bienvenue, le bien et le mal dans l’Histoire. Si « les échanges et les alliances entre les cultures humaines » déjà cités font plus pour l’humanité que les guerres, les cloisonnements des nations, des empires, et la calcification des religions, il s’agit d’exalter une certaine conception de l’homme créateur de mondes.

      Le concept de civilisation, qui guide les pas à la fois de l’humanité et de Roberts et Westad, dès le IVème millénaire avant Jésus Christ, est fréquemment récurrent : « interaction qui se produit entre des êtres humains, d’une manière très créative, lorsqu’une masse de potentiel culturel, si l’on peut dire, et un certain surplus de ressources se trouvent réunis. Le propre d’une civilisation, c’est de porter les capacités de développement qui se trouvent en l’homme à un niveau totalement inconnu jusqu’alors (I, p 76) ». Mais aussi comme pour répondre à la question d’une discrimination judicieuse entres ses divers avatars. Ainsi les Romains de l’époque de Justinien « appartiennent à une civilisation particulière, la meilleure que l’on puisse concevoir, aux yeux de certains d’entre eux du moins. En cela ils ne sont pas les seuls : on peut en dire autant des autres civilisations, des Chinois par exemple (II, p 13) ». De la Mésopotamie à l’Egypte, de la Grèce à Rome, une marche erratique vers les progrès techniques et culturels, en passant par l’invention de la politique, ignore cependant la Chine ancienne. « Le commerce, la flotte, la confiance en soi et la démocratie (I, p 265), qui caractérisent Athènes, deviennent le plus sûrement des invariants du développement, ce dont témoigneront plus tard l’Angleterre des Lumières et les Etats-Unis d’Amérique.

      Au-delà des grandes figures dirigeantes de l’Histoire, le récit n’oublie pas les petites gens, tels ce « citoyen romain de nom, mais prolétaire de fait (I, p 319). République, oligarchie, dictature, culte de l’Empereur, sont les moteurs et les broyeurs de ces petites gens, soldats et paysans de Rome, où « le gangstérisme, la corruption et le meurtre défiguraient la vie publique et discréditaient le Sénat (I, p 322). Ce à l’aube de César et de l’âge d’Auguste qui fondèrent la dignité de l’Empire jusqu’à sa chute. Une chute due autant aux barbares qu’à la suradministration et aux impôts[1], ce « fardeau détesté (I, p 341) ». Alors que les religions passèrent de la tolérance pour toute forme de croyance, en passant par le culte impérial obligé, jusqu’au monothéisme chrétien peu tolérant. Ainsi, le socialisme romain, confiscatoire et tyrannique, prodigue de distribution de pains et de jeux du cirque, puis cette évolution religieuse, restent des modèles de compréhension de notre temps.

      Petites gens également en Chine ancienne, lorsque « les millions de paysans chinois firent les frais de ce que la Chine fut à même de réaliser en termes de civilisation et d’organisation politique (I, p 201). Ce qui se vérifiera une fois de plus au XXème siècle, à l’instigation de Mao, trop fameux tyran communiste. Mais aussi dans l’Inde classique, où un « Conseil royal chapeautait une société fondée sur un système de caste (I, p 417) ».

      Les civilisations fleurissent, fanent et meurent. Sous les coups des barbares, Huns ou Mongols. Sous les coups des Ottomans, lorsqu’en 1453, « Constantinople, la capitale chrétienne millénaire (II, p 111) », s’écroule, suivie par les Balkans, Trébizonde et l’Egypte, marquant « la fin de l’hellénisme (II, p 112) ». Lorsque la Méditerranée est un « lac arabe (II, p 120) », on assiste par ailleurs à la genèse de l’Europe. Plus loin, les empires du Ghana et du Mali sont des pays de l’or, avant de s’éroder dans les sables musulmans. Les Etats africains sont éphémères, les empires précolombiens, comme celui des Mayas, brillent puis s’effacent, sous les coups de mystérieux déclins bien moins que du fait des colonisateurs européens : « Si les conquistadors peuvent être considérés comme les destructeurs de cette civilisation, c’est uniquement dans le sens le plus formel : à leur arrivée, son effondrement est déjà une réalité (II, p 211) ».

      En Europe, dès le Moyen Âge, l’Histoire « se fonde dans les débuts de la mondialisation (II, p 218) ». Le clergé puis l’architecture religieuse, surtout gothique, « dessine le paysage européen […] jusqu’à l’arrivée du chemin de fer (II, p 223-224) ». Mais les épidémies de peste minent la démographie du XIVème siècle… Lors de la Renaissance, outre le développement du commerce et des banques, la redécouverte humaniste de l’Antiquité, la floraison artistique et scientifique et la pépinière des universités, « avec la déferlante des expéditions maritimes, va commencer la véritable Histoire du monde (II, p 265) ». Pendant ce temps, « le christianisme a secrété une essence utilisable contre lui, laquelle permet un regard critique indépendant, en rupture complète avec le monde de Thomas d’Aquin et d’Erasme (II, p 282) ». Ce à quoi l’on peut objecter que le libre arbitre est un pilier du thomisme et que l’encyclopédisme d’Erasme a quelque chose d’encyclopédique.

      Une fois de plus, mais à une puissance supérieure due à la mondialisation du XIXème et du XXème siècles, l’ère moderne voit l’Histoire devenir « un enchevêtrement graduel de luttes réciproques qui vont plonger le monde dans des guerres toujours plus complexes, un monumental iceberg dont la politique, l’impérialisme et l’expansionnisme militaire ne sont que la partie émergée (II, p 284) ». De plus, « En 1900, le contexte dans lequel les agriculteurs européens travaillent est, qu’ils le réalisent ou pas, mondialisé ; le prix du guano chilien ou de l’agneau néo-zélandais fixe déjà les prix des produits sur leurs marchés locaux (III, p 25) ». De quoi dessiller le lecteur naïf et permettre de visualiser l’imbroglio de l’histoire guerrière, économique et civilisationnelle. Et bientôt industrielle : « Ironie de l’Histoire, cette révolution industrielle met un terme à la primauté d’une agriculture à laquelle elle doit son émergence (III, p 26) ». L’évolution des mentalités suit évidemment, idéalisant alors la campagne, au contraire d’une « vision esthétique et morale négative de la vie citadine (III, p 31) ».

      La masse d’informations est ici proprement stupéfiante, de l’anecdote remarquable de l’achat de territoires mexicains par les Etats-Unis, à la capacité de faire des deux guerres mondiales des récits entraînants, quoique tragiques et cependant édifiants. On trouve en la lecture de ce fleuve aux cent bras des perles étonnantes, comme lorsque les colonisateurs des Amériques, outre l’argent, l’or et le sucre, rapportent « la culture du tabac, une drogue que certains considèrent, avec la syphilis, […] comme la vengeance du Nouveau Monde après sa violation par la Vieille Europe (II, p 433) ». Toujours pourtant, le fil de la liberté innerve l’humanité, comme lorsque « les hindous anglicisés s’en sortent mieux que la plupart des musulmans », alors que la transformation graduelle de l’Inde est moins due au travail du gouvernement qu’à la liberté grandissante qui lui est accordée (III, p 153) ». On devine, à travers la « Révolution dans les sciences et les perceptions (III, p 363) », un enthousiasme de nos auteurs envers cette Histoire dont les développements ne peuvent que continuer à nous étonner, entre Spoutnik et Projet Génome Humain. De même, malgré « la stagnation du monde arabe (III, p 569) » et le dénuement endémique de certains pays, tels Haïti, la sortie récente de la pauvreté de la plupart des populations mondiales, grâce à la généralisation du capitalisme, permet à Roberts et Westad de conclure : « Mais s’il est une leçon à tirer de l’Histoire, c’est que la possibilité de changement est toujours présente, même aux moments ou dans les lieux les plus sombres (III, p 570) ». Souhaitons que la crise éruptive et tentaculaire de l’Islam puisse, par un apaisement libéral consenti, leur donner brillamment raison.

      Tout juste pourrait-on tenter de mettre un brin de frein à leur confiance en la domination étatique : « L’idée qu’il serait possible d’obtenir des avancées majeures en contournant une institution aussi dominante que l’Etat parait aussi irréaliste que pouvaient être l’anarchie ou les mouvements utopistes du XIXème siècle (III, p 407) ». Une avance libérale telle que l’internet est bien là pour tempérer ce propos.

 

 

      Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus touffu, un peu plus ardu que cette trilogie de l’Histoire du monde, il en sera un fort pertinent complément, en dressant un tableau fouillé des systèmes politiques en gestation, en consolidation et en déshérence. Encore moins européanocentré que Roberts et Westad, il montre comment s’est effectué le passage de l’état de nature à l’Etat de droit. Ce sont d’abord des sociétés tribales, où règne « la tyrannie des cousins (p 67) », avant de devenir les proies du Léviathan. L’Etat centralisé nait en Chine, avec les Han, se construit en Inde, en Grèce et à Rome, s’esquisse en Islam avant de se fortifier avec les Ottomans, se structure et s’acoquine avec les religions, jongle avec le despotisme et l’absolutisme, avant de se trouver une nouvelle voie avec le parlementarisme anglais, américain, puis européen, non sans sombrer dans les pétrifications du socialisme et du communisme…

      Cependant, en digne historien et philosophe libéral, et comme pour contrer le propos de Roberts et Westad, il n’hésite pas à conspuer « L’Etat comme crime organisé (p 212) ». On se souvient en effet que Francis Fukuyama publia en 1992 son essai marquant, La Fin de l’Histoire et le dernier homme[2], dans lequel il postulait la démocratie libérale comme horizon de l’humanité et non l’Etat absolutiste. Il s’agit ici de remonter aux origines confuses où les peuples s’érigèrent en nations, en structures étatiques, avant de concevoir, malgré leurs divergences culturelles, que le respect de l’individualisme valait mieux que les idéaux de puissance et de tyrannie aux conséquences chaotiques et sanglantes.

 

      Un étrange phénomène s’empare du lecteur de l’Histoire du monde : que l’on s’attelle au début ou que l’on ouvre au hasard, l’accoutumance, la dépendance, et même l’addiction la plus délicieuse, nous font craindre toute occasion de malencontreusement interrompre notre navigation parmi ces pages, et nous attirent à la reprendre, quelque-soit le chapitre, quelque-soit la page, lorsque le sens du détail n’invalide pas un instant la largeur de vue. Le rythme de l’épopée, jamais grandiloquent, toujours aisé, ne se départit jamais de la clarté et du soin de l’analyse. Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus complexe, il n'en dresse pas moins un tableau fouillé des motivations humaines au service des systèmes politiques en gestation, en consolidation. Cependant, à chaque seconde, l’Histoire avance, bifurque, s’efface et s’échafaude. Comme nous ne croyons plus guère aux oracles[3], encore moins aux destinations marxistes, nous laisserons une apéritive incertitude s’élever parmi les développements scientifiques, parmi les nébuleuses de l’imaginaire, pour effleurer le futur de l’Histoire, non sans être nourris de ceux qui ont pensé, après Edward Gibbon et Jules Michelet, en leurs pages vivifiantes, l’humus grandiose, mélancolique, exaltant et éclairant, du passé…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, traduit de l’anglais par Denis-Armand Canal, Flammarion, 1992.

[3] Voir : Colonomos : La Politique des oracles ou la responsabilité du futur

 

Mosaïque romaine, Museo Nationale Romano,

Palazzo Massimo alla Terme. Photo : T. Guinhut.

 

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 12:14

 

Lucrèce : De natura rerum, édition Coustellier, 1744.

 

 

 

Le Pogge et Lucrèce au cœur

 

du Quattrocento de Greenblatt

 

 

Stephen Greenblatt : Quattrocento,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud,

Champs Flammarion, 8 €.

 

 

 

 

      Un livre peut-il changer le cours du monde ? Il semblerait qu’un manuscrit trouvé au fond d’une abbaye ait pu jouer ce rôle excitant et dangereux. En 1417 en effet, Poggio Bracciolini, que l’on appelle plus familièrement Le Pogge, découvrit une copie du De rerum natura de Lucrèce, un vaste poème en vers qui allait se révéler bien sulfureux. N’allait-il pas remettre en cause bien des dogmes chrétiens enracinés depuis une bonne dizaine de siècles, et enflammer la Renaissance ? C’est autour de cet événement fondateur que Stephen Greenblatt tisse un récit-essai qui a l’art bienvenu d’allier un suspense mesuré à une claire érudition : Quattrocento ou le portrait d’un siècle d’humanisme et de bouillonnements culturels.

 

       Bibliophile, voir bibliomane, tel était Le Pogge. Outre l’écriture de ses Facéties[1], volontiers satiriques et grivoises, quoique non sans fondement moral, et dont le succès ne se démentit pas, il cultivait l’amour de l’antiquité et de la belle langue latine, en particulier celle de Cicéron. Aussi traquait-il les manuscrits anciens et oubliés, qu’il se hâtait de copier au moyen de sa calligraphie particulièrement claire, élégante, qui lui valait l’admiration de ses commanditaires et qui contribua à l’éclat de sa carrière. À Saint-Gall il trouva l’Institution oratoire de Quintilien, qu’il mit cinquante-quatre jours à copier, à Cluny des Oraisons de Cicéron. L’un de ses amis, Niccoli, laissa à sa mort, pas moins de huit cents manuscrits, comme lui amoureux de l’éloquence des Anciens. Lui-même fut de plus un polygraphe ingénieux, produisant un essai Contre les hypocrites (entendez les religieux volontiers séducteurs), des dialogues philosophiques sur l’avarice, sur le Malheur des princes. Il fustigeait volontiers les vices de la curie, les monastères criminels, l’ignorance et les préjugés…

      La longue vie du Pogge, puisqu’il naquit en Toscane en 1380 et mourut en 1459, à soixante-dix-neuf ans, fut marquée par sa qualité de secrétaire apostolique de deux papes, le cynique Balassare Cossa, dit Jean XXIII, et plus tard Nicolas V, lui-même savant humaniste auquel il dédia son Malheur des princes. Agitée de péripéties, sa carrière fut enfin couronnée par le poste honorifique de chancelier de Florence, non sans qu’il achevât d’écrire un dialogue, De la misère de la condition humaine, une Histoire de Florence, et traduire en latin le luxurieux et comique Lucius ou l’âne de Lucien de Samosate. Entre temps, il avait séjourné en Allemagne et  jusqu’en une Angleterre qui le déçut. Il eut dix-neuf enfants, les uns avec sa maîtresse Lucia, les autres avec une jeune épouse d’une grande famille aristocratique florentine, écrivant à cette occasion un dialogue animé : Un vieux doit-il se marier ? Il collectionna les antiquités, dont des bustes en marbre, finit par s’acheter une maison « grâce à la copie d’un manuscrit de Tite-Live pour la coquette somme de cent-vingt florins d’or ». Quelle vie d’aventures, d’érudition et de passions !

      Comme en une enquête romanesque, Stephen Greenblatt introduit son récit par une chevauchée dans les vallées boisées de l’Allemagne du sud, lorsque Le Pogge parcourt les abbayes reculées pour y dénicher les objets de son irrépressible appétit. Depuis un siècle en effet l’Italie se passionne pour les manuscrits reproduisant les textes antiques, à l’imitation de Pétrarque[2] qui sut retrouver des textes de Tite-Live, Cicéron et Properce. Il faut au Pogge une réelle persévérance, brassant les parchemins parfois moisis de l’abbaye de Fulda, pestant contre les palimpsestes qui ont effacé des textes ainsi perdus. Un poème épique de Silius Italicus, un ouvrage d’astronomie par Manilius jaillirent entre ses mains éblouies. Mieux encore, la beauté des vers latins le stupéfia : il s’agissait du De rerum natura (De la nature des choses), de Lucrèce, écrit autour de 50 avant Jésus Christ. Vanté par Ovide et Cicéron, on n’en connaissait qu’un ou deux maigres fragments. Soudain réapparaissent les sept mille quatre cents vers !

 

 

      Disciple d’Epicure, Lucrèce met en scène, en son poème philosophique, la théorie des atomes, venue de Leucippe, et de ce « clinamen » qui, alors qu’ « ils errent dans le vide[3] », les fait pencher aléatoirement les uns vers les autres pour s’agréger en corps et pour concourir au libre-arbitre. Certes il n’est guère scientifique, puisqu’il croit les voir dans la poussière au soleil, quoiqu’il préfigure la physique du XXème siècle. Aucune intervention divine n’est requise ; de même les dieux n’ont aucune influence sur la vie humaine qui n’a rien à en attendre en cette vie: « Quand ils imaginent que les dieux ont tout organisé pour les mortels / ils semblent vraiment s’éloigner de la droite raison[4] ». Ni après la mort : « les esprits et les âmes légères sont soumis à la naissance et à la mort[5] ». Hors l’illusion des religions, le but suprême de la vie n’est plus alors que le plaisir, quoique frugal selon Epicure.

      On devine ce qu’une telle pensée pouvait avoir de scandaleux, d’hérétique, parmi la chrétienté qui entourait le Pogge. Lui-même, matois ou sincère, prétendait ne s’intéresser qu’à la splendeur des vers. Certes, l’on pouvait arguer que Lucrèce était un païen qui n’avait pu bénéficier de la révélation chrétienne, mais l’opinion des religieux lettrés oscillait entre une tolérance scientifique et une interdiction rigoureuse. On ne manqua pas d’ailleurs de travestir Epicure en gourmand débauché (les pourceaux d’Epicure), et de faire de Lucrèce un fou délirant. Car Jésus préfère pleurer que rire, Saint-Benoît préfère les douleurs du repentir aux jouissances physiques, moines et moniales pratiquent l’autoflagellation préférée aux plaisirs sensuels. Et plutôt qu’à Lucrèce et à l’épicurisme, note le sagace Greenblatt, « le christianisme a emprunté au platonisme sa représentation de l’âme, à l’aristotélisme la notion de « cause première », au stoïcisme son modèle de providence ».

      Pourtant, l’influence du De rerum natura fut considérable : maintes fois recopié -une cinquantaine de manuscrits au XVème siècle- puis imprimé trois fois, dont à Venise par les soins d’Aldo Manuzio[6] en mille exemplaires, il agit comme une traînée de charme et de poudre. L’atomisme est moqué par Savonarole, chrétiennement réfuté par Erasme, mais il est médité en secret par Machiavel, par Marsile Ficin qui crut devoir s’en détacher pour devenir un néoplatonicien ardent. Ce « bréviaire d’athéisme » et d’épicurisme influença Lorenzo Valla qui écrivit un Sur les plaisirs en y incluant « l’éloge de l’alcool et du sexe », mais aussi du « jardin de la philosophie ». Au XVIème, Giordano Bruno paya sur le bûcher l’hérésie de sa réfutation épicurienne de la providence divine. Montaigne cite Lucrèce une bonne centaine de fois, annotant copieusement son exemplaire, et faisant preuve en ses Essais d’un réel scepticisme épicurien.

      En cette talentueuse vulgarisation historique et philosophique, Stephen Greenblatt, qui usa d’un comparable talent en se consacrant à Shakespeare[7], nous introduit dans des mondes divers : les bibliothèques d’Herculanum renfermant les rouleaux de papyrus encrés et calcinés par l’éruption du Vésuve, celle d’Alexandrie, les abbayes aux étagères poussiéreuses où il faut ruser pour obtenir la clémence des abbés, le travail des moines copistes, la cour papale rongée par les intrigues politiques et privées, la paix des humanistes qui s’échangent et copient les manuscrits. Il ne se contente pas un instant de la sèche biographie de son héros, mais dresse un tableau des mœurs du Quattrocento, jusqu’à la cruelle Inquisition, jalouse de son interprétation du monde. Les chapitres qui content la mission de secrétaire apostolique du Pogge parmi la « fosse à renards », la fin édifiante et cruelle du pape Baldassare Cossa, dont le nom, Jean XXIII, fut « rayé de la liste des papes », ainsi que ceux des exécutions de précurseurs de la réforme protestante, comme Jan Hus, sont particulièrement colorés et impressionnants…

 

      À partir d’un personnage et acteur, certes emblématique, Stephen Greenblatt anime sous nos yeux mentaux toute la Renaissance, non seulement ses écrivains, mais plus loin encore toute « la postérité » de Lucrèce, ses scientifiques, Galilée ou Copernic, l’atomiste Newton… Certes Le Pogge est le moteur, le pivot de ce livre. Sa découverte du De rerum natura est ici comprise, peut-être avec un rien d’excès, comme le déclencheur d’un monde nouveau, celui de la Renaissance, ce pourquoi le titre n’emprunte ni le nom du Pogge, ni celui de Lucrèce, mais celui d’un siècle qui fut un tournant de civilisation. Non seulement vers le réinvestissement de l’Antiquité, mais vers le scepticisme, voire l’athéisme, en un chemin qui va de l’humanisme aux Lumières.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Lucrèce : La Nature des choses, II, trad. Jackie Pigeaud, Les Epicuriens, La Pléiade, Gallimard, 2010, p 312.

[4] Lucrèce, ibidem, p 315.

[5] Lucrèce, ibidem, p 365.

[7] Voir : Shakespeare, le mystère dévoilé. Stephen Ggreenblatt : Will le magnifique

 

Le Lucrèce de Montaigne, édition de 1563,

Cambridge University Library.

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 13:36

 

Museo Nazionale Romano, Palazzo Massimo alle Terme, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Guerres d’Etats ou guerres anthropologiques ?

 

Pour une Histoire de la guerre par John Keegan.

 

 

John Keegan : Histoire de la guerre,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Régina Langer, Perrin, 640 p, 26 €.

 

 

 

      Testostérone ou stratégie politique, la guerre est d’abord « colère », selon le premier mot de l’Iliade d’Homère. Plaisir et surexcitation virile, douleur et abomination des clans, des ethnies, des religions et des nations, cette « activité universelle » n’a pas moins une généalogie, des étapes, des métamorphoses. John Keegan put en 1993 tenter de dresser une Histoire de la guerre, sous-titrée  non sans ambition: « Du néolithique à la guerre du Golfe ». S’il ne faut pas oublier que « toutes les civilisations doivent leur origine à la guerre », les compétences et les valeurs des soldats, la culture de ces derniers ne peut, selon Keegan, « être celles de nos civilisations ». À rebours des discours iréniques et lénifiants anti-guerre, à rebours également de la survalorisation de l’éthique du guerrier, il faut se demander si elle est nécessaire, pourquoi se fait-on la guerre, et surtout comment, au cours de l’Histoire, au-delà de bien des traditions guerrières, Keegan peut affirmer qu’il n’existe plus qu’une seule culture militaire…

 

      À quelque chose malheur est bon, dit-on. En effet, John Keegan, réformé à cause d’une maladie d’enfance qui le laissa handicapé, ne put mettre le pied sur aucun terrain d’action militaire : à son grand regret. Bien d’autres (y compris l’auteur de ce modeste compte-rendu) auraient apprécié d’être mis à l’écart des gloires et des tragédies. Et plutôt que de se morfondre, il choisit de consacrer sa vie à l’art de la guerre, en enseignant à la Royal Military Academy de Sandhurst, en écrivant des essais sur La guerre de Sécession, sur les deux Guerres Mondiales, mais aussi sur L’Art du commandement, d’Alexandre à Hitler[1]

      L’essai de John Keegan a le mérite de poser des questions cruciales. Animaux culturels, nous sommes, dont l’une des constantes anthropologiques est d’être des « créatures sanguinaires », rarement très pacifiques, sans cesse opposées par des luttes diverses, comme l’a montré Hobbes. Aujourd’hui, si la violence paraît une « aberration culturelle », ne restera digne, pour lutter contre elle, que la « guerre civilisée ». Ce qui se définit ainsi : « le port légal d’armes –selon un strict code d’éthique militaire et dans le corpus d’une législation humanitaire- a été accepté comme une nécessité pratique » ; hors par les pacifistes, voire par les authentiques libéraux qui se méfient de la propension des Etats à s’approprier la guerre au dépens de ses citoyens qu’ils convient à des « scènes d’abattoir ».

      Hélas, la théorie clausewitzienne de la guerre comme « continuation de la politique par d’autres moyens », munie d’ « armées disciplinées et rétribuées par un Etat bureaucratique », se voit sans cesse débordée par les guerres sales, les rebelles, les terroristes de la guerre sauvage… Comme les Cosaques qui garantissaient, pendant la Campagne de Russie, « une orgie de pillages », et pour qui « la guerre n’avait rien de politique, elle était une culture et une façon de vivre ». Ce qui est également vrai pour les hordes de Gengis Kan, mais aussi pour les pillards mahométans (dont la foi commande la guerre). On apprend ici le secret de leur guerre éclair qui leur permit de conquérir, au VIIIème siècle, les deux tiers de la Méditerranée : face à des armées en lignes, leur technique de razzias, de fuite et de harcèlement fut et reste payante… Ce qui permet d’opposer les guerriers individuels, comme les samouraïs, fiers de leur courage, aux rangs des régiments de soldats désindividualisés par une tactique rationnelle et efficace, mais fauchés par la mitraille à partir du XVIIIème siècle et surtout pendant la grande guerre de 1914. Ainsi, comme le montre John Keagan, il y a bien des cultures de la guerre, et non une seule.

      Le soldat, quoique enrégimenté, ne vaut pas cher sur le terrain s’il n’est pas animé par la conviction : révolutionnaire par exemple, comme ceux de la première république et de Napoléon, résolus à libérer l’Europe des aristocraties monarchiques, ou religieuse, comme les guerriers d’Allah. La passion du combat est un fil rouge qui fait les victoires ; unie aux technologies et aux stratégies, sa gloire est assurée, non pas le bien-fondé de son éthique. Car il s’agit là également de l’histoire des techniques, avec des constantes étonnantes : le char de guerre, apparu vers 1700 avant J.C., venu d’Egypte, de Mésopotamie et des steppes d’Asie, préfigure le char de la Seconde Guerre mondiale et de celle des Six jours.

      John Keegan découpe son Histoire de la guerre en quatre grands thèmes originels, presque mythiques, qui sont autant d’âges de l’action et de la pensée : la pierre des premières armes et des fortifications (jusqu’à la muraille de Chine), la chair des chevaux et des hommes enrôlés parmi les armées, sans oublier « ravitaillement et logistique », le fer de l’armement, le feu enfin, du « feu grégeois » des Byzantins, en passant par le canon, jusqu’aux missiles et aux têtes nucléaires. Chaque partie embrasse l’Histoire du monde, décrit des moyens et des stratégies, au service de la force. Reste à se demander si cette force est celle de la vertu au service de la paix ou celle du mal.

      La réflexion de John Keegan est somptueusement bourrée de faits historiques, d’anecdotes, d’impressionnants tableaux, qui ne nuisent pas un instant à sa démonstration. Comme « les morceaux d’os ou de dents provenant de leurs voisins dans les rangs », suite à l’utilisation des armes à feu, ce qui invalide toute conception romantique ou esthétique de la guerre. En-deçà du bon sauvage, « l’homme primitif avait du sang sur les mains », avec autant de fureur qu’aujourd’hui, quoiqu’avec bien moins de constance, alors que, grâce aux structures de l’Etat libéral, nous pouvons aujourd’hui vivre des décennies de paix à l’échelle de continents entiers. Entre guerre prussienne de Clausewitz et stratégie « anti-clausewitzienne du Chinois Sun Tzu, entre anthropologie, historiographie et « compétition pour des ressources trop rares », « pulsion de mort » freudienne et structuralisme, entre partisans de la conscription et de l’armée de métier, entre voies romaines et chemin de fer, John Keegan marche sur un sentier de la guerre ouvert aux multiples pistes de lecture.

      Après avoir visité les contraintes géographiques des guerres terrestres et navales, le lecteur visite les Zoulous et les Maoris, les Yanomami de l’Orénoque, qui ont un « code » d’agressivité des plus terrifiants, enflammés par des hallucinogènes (on peut penser à cet égard aux islamistes du califat drogués au captagon), les Aztèques aux guerres rituelles pourvoyeuses de sacrifices humains... Les Sumériens et les Egyptiens (peu guerriers) précèdent la « phalange grecque » et « Rome, mère des armées modernes » (et créatrice des officiers de carrières : les centurions), dont les stratégies de conquêtes fondent une nouvelle ère de civilisation assise sur la guerre de frontières. Les cavaliers de la steppe, comme les Huns (guerriers pour l’amour de la guerre), menacèrent l’Empire romain, malgré son cruel impérialisme en fin de course, au point d’imposer la « barbarisation » de son armée, comme par les Wisigoths. Reste que l’on ne sait guère dater les débuts de la guerre largement organisée : à la préhistoire, à Sumer ? Peu à peu le rendement en morts va croissant, atteignant de sommets avec les conquêtes napoléoniennes, la guerre de Sécession et, bien sûr celle des tranchées. Conjointement à l’institutionnalisation de la discipline et des écoles militaires, à l’invention des mitrailleuses…

      On pourra évidemment discuter chez John Keegan quelques affirmations risquées, telle que la guerre « est une activité exclusivement masculine ». Certes, « la vie guerrière exerce un attrait puissant sur l’imagination masculine ». Sans compter les mythiques Amazones, l’évolution de l’égalité hommes-femmes entraîne les armées de métier à incorporer ces dernières, en tout volontariat ou en termes de conscription : il n’est que de considérer les Israéliennes et les Kurdes…

      De même, on peut se demander si notre historien n’est pas exagérément optimiste lorsqu’il voit dans la première guerre du Golfe la coalition internationale évacuer les Irakiens du Koweït, « sans infliger de pertes à la population civile », comme « le premier véritable triomphe de la morale d’une guerre juste, depuis que Grotius en avait défini les règles au XVII° siècle ». Fallait-il pousser plus loin, écarter Saddam Hussein ? Et non pas attendre la seconde guerre du Golfe. Evacuer un dictateur sanguinaire parait être toujours une bonne idée ; sans compter que pire peut advenir : une Histoire, dont John Keegan ne pouvait tenir compte en publiant son livre en 1993. Pire est advenu : les métastases de l’Islam radical dévorent l’aire arabo-musulmane, sinon partout où ses coreligionnaires se sont infiltrés. Quelle guerre juste faut-il mener ?

 

      En digne et redoutable concurrent de Clausewitz, John Keegan fait œuvre encyclopédique et profuse, à la lisière de l’Histoire et de la philosophie politique. Mais n’est-il pas un peu trop synthétique lorsqu’il semble affirmer pour aujourd’hui l’existence d’une seule culture militaire ? Celle mondialisée de l’Occident développé, appuyée sur ses écoles de stratégies, son industrie militaire énorme, son hypertechnologie ? La « guerre primitive » des peuples pré-civilisationnels, n’a pourtant rien perdu de son actualité. Si John Keegan cite à cet égard le conflit de l’ex-Yougoslavie, on ne pourra nier que les haines interethniques et inter-religieuses récurrentes sur la planète, en particulier les forcenés du califat islamique, gardent une dimension anthropologique profondément atavique, voire congénitale à l’être humain. John Keegan nous le rappelle cependant : « L’homme civilisé a découvert quelque chose de plus intéressant que le combat » : la philosophie politique, l’amour des siens et d’autrui, l’enseignement, l’économie, les techniques et l’art. Tous arts qui sont bien plus beaux que l’art laid de la guerre, hors celui qui réclame la légitime défense d’une civilisation…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Tous ouvrages publiés aux Editions Perrin.

 

Otto Dix, 1891-1969 : Cadavre dans les tranchées

 

 

 

Guerre di Stati o guerre antropologiche ?

 

 

      Testosterone o strategia politica, la guerra è per prima cosa "rabbia" come prima parola del dell'Iliade di Omero. , Dolore e abominio clan divertimento e l'eccitazione virili, etnie, religioni e nazioni, questa "azione universale" non meno di una genealogia, passaggi, metamorfosi. John Keegan nel 1993 poteva raccontare una storia della guerra , senza sottotitoli senza ambizioni: "Dal Neolitico alla Guerra del Golfo." Non si deve dimenticare che "tutte le civiltà devono la loro origine alla guerra," le competenze e valori dei soldati, la cultura di questi ultimi non possono, secondo Keegan, "sono quelli delle nostre civiltà." Evitando il discorso contro la guerra irenico e rilassante, anche la sopravvalutazione dell'etica guerriera, si deve chiedere se è necessaria, perché abbiamo la guerra, e soprattutto come, durante la storia, al di là di molte tradizioni guerriere, Keegan non può dire che  c'è una sola cultura militare ...

      In ogni nuvola è buono, dicono. Infatti, John Keegan, riformato a causa di una malattia infantile che lo lasciò disabile, non poteva mettere piede su qualsiasi campo azione militare: per il suo rammarico. Molti altri (tra cui l'autore di questo conto modesto) avrebbe apprezzato di essere lasciato fuori le glorie e tragedie. E invece di avvilirsi, ha scelto di dedicare la sua vita all'arte della guerra, l'insegnamento presso il Royal Military Academy Sandhurst, scrivendo saggi su La guerra civile , le due guerre mondiali, ma anche L'arte di comando , da Alessandro a Hitler 
[1] ...

      Il processo di John Keegan ha il merito di porre domande critiche. Animali culturali ci sono, una delle costanti antropologiche è di essere "creature assetate di sangue", raramente molto tranquillo, costantemente opposti da conflitti, come dimostrato da Hobbes. Oggi, se la violenza viene visualizzata  come una "aberrazione culturale", resterà degna la lotta contro di essa, invece che la "guerra civile". Che è definita come: "la realizzazione legale di armi -secondo un rigoroso codice di etica militare e il corpus legislativo umanitario- è stata accettata come una necessità pratica"; dalla pace e dai liberali autentici che sono diffidenti nei confronti della tendenza degli Stati a prendere possesso della guerra a spese dei cittadini di essere in "scena come carne da macello."

      Ahimè, la teoria clausewitziana della guerra come "la continuazione della politica con altri mezzi" dotati "armato disciplinato e retribuito dallo Stato burocratico" viene costantemente sopraffatto dalle sporche guerre, ribelli, terroristi la guerra selvaggia ... Come i cosacchi che hanno garantito durante la campagna di Russia, "un'orgia di saccheggio," e che "la guerra non era la politica, ma era una cultura e un modo di vita."

      Ciò vale anche per le orde di Gengis Khan, ma anche per i saccheggiatori maomettani(il cui comando della guerra fede). Qui si impara il segreto della loro guerra lampo che ha permesso loro di conquistare, nel VIII secolo, i due terzi del Mediterraneo: il volto di linee armate, incursioni loro carica tecnica, perdite e molestie era e rimane ... Cosa permette di opporsi ai singoli guerrieri, i samurai  fieri del loro coraggio, le file dei soldati dei reggimenti dés individualisés attraverso tattica razionale ed efficace, ma falciati dal fuoco delle mitragliatrici del Settecento e soprattutto durante la Grande Guerra del 1914. Così, come mostrato John Keagan, ci sono molte culture della guerra, non una sola.

      Il soldato, anche se irreggimentato, non vale molto per terra, se non è animata dalla convinzione: rivoluzionaria, come quelli della prima repubblica e Napoleone, determinata a liberare l'Europa aristocrazie monarchiche, o religioso, come i guerrieri di Allah.

      La battaglia di passione è un filo rosso che rende le vittorie; tecnologie e strategie uniti, la sua gloria è assicurata, non i meriti di etica. Perché è anche il luogo dove la storia della tecnologia, con costanti sorprendenti: il carro della guerra, è apparso intorno al1700 aC, in Egitto, Mesopotamia e steppe dell'Asia, prefigurano il carro armatodella Seconda guerra mondiale e dei Sei Giorni.

      John Keegan ha tagliato la Storia della guerra in quattro temi originali, quasi mitici, che sono di tutte le età di azione e di pensiero: la pietra delle prime armi e fortificazioni (la Grande Muraglia Cinese) la carne di cavalli e uomini arruolati nell'armata, per non parlare di "approvvigionamento e la logistica," armamento di ferro, il fuoco, infine, il "fuoco greco" dei Bizantini, attraverso le armi, i missili fino alle testate nucleari.Ciascuna parte abbraccia la storia del mondo, descrive i mezzi e strategie al servizio del potere. Resta da chiedersi se questa forza è quella della virtù al servizio della pace o del male.

      La riflessione di John Keegan è sontuosamente ricca di fatti storici, aneddoti, dipinti impressionanti che non danneggiano un attimo la sua dimostrazione.Come "pezzi di ossa o denti dai loro vicini nei ranghi", seguito l'uso di armi da fuoco, che invalida qualsiasi disegno romantico o estetica della guerra. Sotto il buon selvaggio ", l'uomo primitivo aveva sangue sulle sue mani", con altrettanta furia oggi, anche se con meno costanza, in modo che attraverso le strutture dello Stato liberale, oggi possiamo vivere decenni di pace attraverso interi continenti. Tra prussiana diClausewitz e strategia "anti-clausewitziano cinese Sun Tzu, tra antropologia e la storiografia" competizione per risorse scarse "," pulsione di morte " freudiana e strutturalismo tra i sostenitori della coscrizione e militari scambi tra strade romane e ferrovie, John Keegan cammina su un sentiero di guerra aperta con più tracce di riproduzione.

      Dopo aver visitato i limiti geografici di terra e guerre navali, il lettore visita le tribù Zulu e Maori, gli Yanomami del Orinoco, che hanno un "codice" aggressività dei più terrificanti, infiammato da allucinogeni (si può pensare di riguardo al califfato islamico drogato con Captagon), Aztec rituali fornitori sacrifici umani di guerre ... ISumeri e gli egiziani (pochi guerrieri) precedono la "falange greca" e "Roma, madre degli eserciti moderni" (e creativi ufficiali di carriera: i centurioni) le cui strategie militari di conquista hanno fondato una nuova era di civiltà seduta ai confini della guerra. I cavalieri della steppa, come gli Unni (guerrieri per bene della guerra), hanno minacciato l'impero romano, nonostante la fine dell'imperialismo crudele della razza, fino al punto di imporre le "barbarie" nel suo esercito, di Visigoti. 

      Tuttavia, poco si sa circa la data di inizio della guerra in gran parte organizzata: nella preistoria, in Sumer?  A poco a poco cedono e i morti  aumentano, raggiungendo altezze tragiche con le conquiste napoleoniche, la guerra civile, e, naturalmente, le trincee. Insieme con l'istituzionalizzazione della disciplina e scuole militari, con l'invenzione delle mitragliatrici ...

      Ovviamente si può parlare di John Keegan poche le affermazioni rischiose, come la guerra "è un'attività esclusivamente maschile." Certo, "la vita da guerriero esercita una forte attrazione sulla fantasia maschile." Oltre alle mitiche Amazzoni, l'evoluzione dellaparità di genere si traduce in eserciti professionali da incorporare anche loro, in tutto o in termini di coscrizione volontaria: si può considerare solo quella israeliana e curda ...

      Allo stesso modo, ci si può chiedere se il nostro storico non è troppo ottimista quando vede nella prima guerra del Golfo la coalizione internazionale evacuare gli iracheni dal Kuwait, "senza infliggere perdite sulla popolazione civile" come "il primo trionfo della morale di una guerra giusta che il Grozio aveva definito le regole nel XVII secolo. " 

      Dovremmo andare oltre, rimuovere Saddam Hussein? E non fino alla seconda guerra del Golfo. Evacuare un dittatore sanguinario sembra ancora come una buona idea; oltre il peggio può accadere: una storia, tra cui John Keegan potrebbe prendere in considerazione la pubblicazione il suo libro nel 1993. Peggior successo: metastasi dell'Islam radicale divorano il mondo arabo-musulmano, altrimenti ovunque suoi correligionari erano infiltrati. Qual'è la richiesta di guerra giusta? 

      Un degno e formidabile concorrente di Clausewitz, John Keegan ha fatto un lavoro profuso ed enciclopedico sul bordo della storia e della filosofia politica. Ma non è un po troppo sintetica per la conoscenza d'oggi, quando sembra affermare l'esistenza di un unica cultura militare? 
Globalizzato lo sviluppo occidentale, appoggiandosi sulle sue strategie di scuola, la sua enorme industria militare, la sua è iper? La "guerra primitiva" popoli pre-civiltà, ma non ha perso nulla della sua attualità.

      Se John Keegan cita a questo proposito il conflitto nella ex Jugoslavia, si può negare che l'odio inter-etnico e inter-religioso ricorrenti del pianeta, in particolare nel fanatico califfato islamico, può mantenere una dimensione antropologica profondamente atavica o congenita all'uomo


      John Keegan però ci ricorda: "L'uomo civilizzato ha scoperto qualcosa di più interessante la lotta" e la filosofia politica, l'amore della  famiglia e gli altri, l'educazione, l'economia, tecnica e l'arte. Tutte le arti sono molto più belle che la brutta arte della guerra, tranne la persona che l'afferma in caso di auto-difesa di una civiltà ...


[1] Tutti i lavori pubblicati dalle Edizioni Perrin.

 

Thierry Guinhut

Traduit en italien pr le site Sa Defenza

http://sadefenza.blogspot.it/2015/06/storia-della-guerra-di-john-keegan.html

 

Paolo Uccello : La Bataille de San Romano, 1435-1455, Musée des Offices, Florence.

 

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 18:56

 

 

Ostia antica, Latium, Italie. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Rome du libéralisme au socialisme :

Leçons de tyrannie et de barbarie pour notre aujourd’hui

 

Philippe Fabry : Rome du libéralisme au socialisme. Leçon antique pour notre temps,

Jean-Cyrille Godefroy, 2014, 160 p, 15 €.

 

 

 

À quoi faut-il attribuer la chute de l’empire romain ? Les hypothèses se sont accumulées, querelles politiques intestines, amollissement dans les délices de Capoue, intoxication par les canalisations au plomb, pestes, baisse démographique, refroidissement climatique qui contribua à la poussée des barbares germains, tous arguments judicieux, mais sans assurer une totale pertinence. Voici enfin une réponse particulièrement convaincante, de la part de Philippe Fabry : Rome aurait, après son libéralisme initial, succombé sous le poids de son propre socialisme ; ce pourquoi il faudrait en tirer une leçon pour notre contemporain.

 

Il faut passer sur un apparent anachronisme : en effet ni le terme de libéralisme, ni de socialisme, nés autour du XVIIIème et du XIXème siècle, n’existaient au temps de Cicéron. Reste que les concepts, ici explicités à l’aide d’Hayek, deviennent particulièrement opérants si l’on songe à la liberté civique et économique qui régnait au temps de la république romaine, puis à la monopolisation du pouvoir politique, militaire, fiscal et social par les Empereurs et leurs cohortes pyramidales de fonctionnaires, plus particulièrement à partir du règne d’Auguste. Car progressivement, et ce depuis le IIIème siècle avant Jésus Christ, « l’état de droit est effacé par le droit de l’Etat. »

Ne pensons pas un instant que Philippe Fabry n’obéit qu’au brillant de son hypothèse. Le sérieux de sa démonstration repose sur la connaissance de nombreux historiens antiques, de Polybe à Suétone, d’Ammien Marcellin à Zosime, puis modernes, de Montesquieu et Gibbons à Paul Veyne, mais aussi de juristes, comme Ulpien, s’appuyant sur de nombreuses, précises et édifiantes citations. Non sans omettre la précaution requise : le libéralisme de la République romaine n’en était un qu’à la réserve suivante : l’institution de l’esclavage, alors général sur la planète, et qui ne s’effaça qu’avec le christianisme.

Après la guerre civile romaine qui suivit l’assassinat de Jules César, « il n’y eut aucun compromis entre la pratique libérale républicaine traditionnelle et la pratique socialiste populiste du dernier siècle de la République, mais seulement un compromis entre le socialisme par le haut des oligarques et la socialisme par le bas de la plèbe, qui fusionnèrent dans le socialisme impérial, sorte de fascisme romain, le libéralisme républicain traditionnel étant purement et simplement exterminé ». Peu à peu, Rome, au moyen du culte impérial obligé, révulse Juifs et Chrétiens, étrangle la liberté de conscience et persécute ces derniers ; jusqu’à ce que le christianisme devienne religion officielle.

 

 

D’Auguste à Dioclétien, l’Empire transforme le régime « de dictature autoritaire en dictature totalitaire avec culte universel, dirigisme économique et social étendu ». Ainsi, clientélisme, corruption, distribution de blé, thermes, théâtres, grands travaux, propagande et art officiel, jeux du cirque (« panem et circenses »), ne sont rien d’autre que « redistribution, emplois publics, subventions, toute la panoplie de l’Etat socialiste ». Le dirigisme économique, le contrôle des prix et la planification de la production deviennent la règle, les ouvriers étant marqués au fer des manufactures d’Etat, au nom de « l’utilitas publica ». Au point de refuser les innovations (comme une nouvelle méthode pour transporter des colonnes) afin de nourrir le peuple par des emplois. Ce qui ne manque pas, ce dans le cadre du « collectivisme philosophique flagrant chez Marc-Aurèle », de castrer tout esprit d’initiative et d’entreprise : « Produire quelque chose devient fiscalement si coûteux que beaucoup renoncent et abandonnent leurs champs ». De plus, « ceux qui recevaient les faveurs de l’Etat devenaient plus nombreux que les contribuables »…

Comment s’en tirait donc l’Empire ? Mais en étendant ses conquêtes territoriales sur tout le pourtour méditerranéen, en pillant les nouvelles provinces et leurs mines d’or, en leur faisant payer le tribut, puis par des impôts toujours nouveaux. Jusqu’à ce que ces dernières, à leur tour étouffées par le dirigisme, ne suffisent plus à remplir les caisses impériales, à payer une armée pléthorique, dont on avait doublé la solde par démagogie, à nourrir les robinets assoiffés de la dépense publique et de l’inflation monétaire… Percevoir les impôts dans les provinces, de juteuse affaire, devint pour les décurions une charge ruineuse qu’on l’on fuit : « Le riche, ou l’enrichi, était destiné à être réquisitionné avec sa fortune pour le service exclusif de la collectivité ». Quant à la justice impériale, elle devint tyrannique et sanglante pour les moindres délits. Là-dessus, les barbares, que l’on avait jusque-là repoussés sans peine, ne trouvèrent plus en face de leurs déprédations la cohésion romaine nécessaire, qu’une armée émiettée par les sécessions, que des généraux punis pour les victoires (de crainte de velléités d’usurpation du pouvoir), au point que les citoyens et le peuple aillent jusqu’à préférer le plus de liberté barbare à la tentaculaire tyrannie impériale. Quand Rome s’effondra, de pire façon encore que l’Union Soviétique qui reproduisit une grande part de ses abjectes tyrannies. Ainsi sont mortelles les civilisations. Quod erat demonstrandum.

 

Sous-titrant son essai, d’Histoire et de philosophie politique, aussi entraînant que passionnant, « Leçon antique pour notre temps », Philippe Fabry, historien du droit et des idées politiques, ose un parallèle judicieux avec le destin des Etats-Unis. Depuis le libéralisme des fondateurs de la constitution américaine, cette superpuissance est en train de vaciller sur ses principes : le poids de l’Etat fédéral, de l’administration, particulièrement celle d’Obama, une fiscalité sournoisement omniprésente, le « Patriot Act » et ses conséquences sur les libertés, malgré la nécessité sécuritaire, pourraient laisser penser que l’Amérique se laisse glisser sur la pente socialiste et tyrannique qui fut fatale à l’Empire romain. À moins que l’inspiration des mouvements libéraux et du « Tea party » lui rende ses entières capacités d’innovation économique et intellectuelle…

 

Reste que Philippe Fabry eût pu aller plus loin dans son parallèle. N’a-t-on pas en France, et dans trop de sociétés occidentales, un budget de l’Etat sans cesse en déficit, des dettes colossales, un recours excessif à la planche à billet, une économie corsetée par un capitalisme de connivence, par les normes, par une fiscalité confiscatoire, par une redistribution pléthorique ? Tout ceci décourageant la croissance, le travail, la création de richesses, l’innovation ; sans compter la liberté d’expression mise à mal. Pire, les barbares ne sont pas à nos portes, mais dans nos murs. Il ne s’agit plus seulement de Goths et autres Vandales qui pillèrent Rome en 412, mais d’immigrés venus de l’aire sahélienne et arabo-musulmane, voire de jeunes Français, à qui nous avons offert du travail (quand il y en avait) et à qui nous versons de généreuses allocations comme au tonneau des Danaïdes, parmi lesquels une croissante proportion ne pratique pas seulement le pillage délinquant, mais le prosélytisme et la tyrannie de l’Islam. Comme lorsque ce qui restait de l’Empire romain d’Orient, de Byzance, s’écroula sans peine au VIIIème siècle sous les coups du jihad musulman, parce que pas grand monde ne souhaitait défendre une structure si peu propice aux libertés. Hélas les Chrétiens d’Orient ne cessèrent de tomber de Charybde en Scylla. Nous y sommes. Faut-il attendre les prophéties de quelque Sybille dans les ruines, ou veiller à construire l’avenir d’une civilisation[1] digne de ce nom…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Giovanni Paolo Pannini : Prophétie de la Sybille dans les ruines romaines, 

1745-1750 Musée de l'Hermitage Saint Petersbourg

 

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 18:09

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Histoire et oppression des femmes

 

par Silvia Federici :

 

Caliban et la Sorcière.

Femmes, corps et accumulation primitive.

 

 

 

 

 

Histoire et oppression des femmes ; Silvia Federici : Caliban et la Sorcière.

Femmes, corps et accumulation primitive, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par le collectif Senonevero, Entremonde, 464 p, 24 €.

 

 

 

Disons-le tout net : il est profondément dommage qu’un tel essai aux richesses immenses soit vicié par une omniprésente perspective marxiste. La phraséologie pâteuse de la préface et de l’introduction serait bien capable de décourager le lecteur de bonne volonté. Sans compter, ensuite, de nombreux vices de pensée : d’où vient et quel est ce capitalisme dont il assuré à longueur de pages qu’il est le coupable originel et perpétuel[1] ? Pourquoi marxisme et féminisme, en quoi oppression capitaliste et sorcières paraissent-ils irrévocablement liés ? Dommage encore. Et pourtant, poursuivant avec un méritoire courage notre lecture de cet essai, que de perspectives historiques s’ouvrent ici à nous, que de questions sont soulevées… Débarrassé de ses oripeaux idéologiques, ce Caliban et la sorcière, commis par une universitaire et militante féministe radicale née en 1942, serait, en vue de rendre justice aux Caliban opprimés et aux sorcières brûlées, hautement recommandable.

 

Titre un peu discutable d’abord. Si l’on sait que le personnage de Caliban est devenu le symbole des indigènes colonisés et persécutés, c’est méconnaître la pièce de Shakespeare. En effet, dans La Tempête, Caliban n’est mis en esclavage par Prospéro qu’après avoir bénéficié d’une bienveillante éducation et qu’après qu’il ait trahi la confiance offerte en tentant de violer Miranda. Certes, on arguera qu’il s’agit là d’une diabolisation du colonisé. Cependant l’on comprend mieux le titre, sachant que Caliban est devenu le symbole des exploités et des opprimés, quand la sorcière est celui des femmes diabolisées, également opprimées et sacrifiées. Ce qui résume parfaitement la thèse de Silvia Federici, appuyée par le sous-titre, dont la connotation féministe affirmée permet de ranger l’ouvrage dans la bibliothèque américaine des women studies.

Absence de définition précise (et c’est un comble pour un tir de barrage marxisant) du capitalisme. Plus exactement, s’agit-il de celui né avec les banquiers florentins et flamands au XVème siècle, ou de son expansion au moyen de la révolution industrielle anglaise au XVIIIème, ou des artisans, de leurs ateliers, voire des seigneurs et exploitants agricoles ? Notre auteur emploie indifféremment, dans un flou non artistique, les termes de capitalisme et de « précapitalisme » pour caractériser la période qu’elle étudie, du Moyen-Âge à l’aube du XIXème.

Evidement le capitalisme est le coupable sine qua non, le grand Satan postulé les yeux fermés. Certes, « l’accumulation primitive » du capital se fait trop souvent, au cours de l’Histoire, à coups d’oppression, d’exploitation, d’esclavage. Ce en quoi on ne peut qu’approuver le réquisitoire de Federici. Mais cette dernière semble n’avoir aucune lueur du capitalisme libéral -donc en opposition au capitalisme tyrannique qui s’appuie sur la force, sur l’état monarchique, voire sur le clergé- qui permet à partir des Lumières anglaises une sortie, progressive et inégale selon les régions, de la pauvreté et des exactions pour la plus grande part de l’humanité. Il faut admettre pourtant que, parfois, notre auteur mentionne des contre-arguments venus, par exemple, d’Adam Smith qui défendit les enclosures en arguant de leur meilleure rentabilité et productivité agricole.

 

 

Ces précautions prises, et dépassant une pâteuse introduction dont la doxa marxiste est du plus piteux effet, il faut tout de même, et avec conviction, conseiller la lecture de Caliban et la sorcière. Car il s’agit d’un panorama impressionnant des misères de l’humanité. Entre servage, guerres, famines, pestes noires, la condition du « prolétaire » (si l’on peut employer cet anachronisme) est tout sauf reluisante. Il faut là se souvenir à travers quoi sont passés nos ancêtres pour que nous puissions parvenir à notre société d’abondance et de relatives libertés.

D’après Federici, le Moyen-Âge, une fois désagrégé le servage, est un presque havre de prospérité pour les ruraux, qui peuvent jouir des « communaux », là où la vie paysanne communautaire parait bien trop idéalisée par notre essayiste, dont le rêve communiste perdure jusqu’à la déraison. Mais, à la fin du XVIème, les propriétaires anglais mirent en place les « enclosures », « privatisant les terres ». Même si Thomas More, au début de son Utopie, en a justement déploré les conséquences, jetant nombre de paysans dans le vagabondage, la faim et la délinquance, notre auteure en fait le péché originel du capitalisme, à l’égal de la propriété chez Rousseau qui, pour lui, est la cause de l’inégalité. Mais les enclosures sont un phénomène anglais, et non européen, et bien d’autres causes peuvent être à la source de la paupérisation des campagnes, ainsi que des ouvriers des villes. Encore une fois, guerres (de Trente ans par exemple), famines, pestes, baisses démographiques, contribuent au désarroi économique. Bientôt les richesses affluant d’Amérique, obtenues grâce à l’esclavage, contribuent à faire baisser les salaires des ouvriers européens. Sans compter le refroidissement climatique du règne de Louis XIV dont notre auteure ne tient pas compte. Hélas la croissance démographique revenue, elle contribue à égarer les pauvres sans terre, dont les femmes, souvent prostituées par nécessité.

 

 

Il faut en effet attendre la page 180 pour entendre sérieusement parler de la condition féminine. Il n’est pas étonnant que celles que Marx et Foucault ont oubliées, (remarque faite avec justesse par Federici) subissent de plein fouet les dégradations générales. D’autant que l’église et l’état se préoccupent de natalité, jetant l’ostracisme sur les femmes non mariées, sur les naissances hors mariage, les abandons d’enfants, les méthodes contraceptives et abortives des fameuses sorcières, poursuivies par l’Inquisition, souvent brûlées… La vision de la femme comme mégère va peu à peu faire place à l’idéalisation punitive de la femme chaste, de la serviable et corvéable femme au foyer. Quoique, faut-il rétorquer, l’idéalisation perdure, depuis la Vierge Marie, en passant par l’amour courtois, jusqu’au romantisme…

Ainsi, « la persécution des sorcières fut le point culminant de l’intervention de l’Etat contre le corps prolétaire de l’époque moderne. » Leur magie, associée aux superstitions populaires, que semble regretter notre auteure, doit s’effacer devant la montée du rationalisme, pourtant plus efficace. Cette dernière, même s’il faut avec elle déplorer cette hécatombe de femmes non conformes, semble (encore une fois) les idéaliser, oublier leur versant de délinquance et de criminalité, ainsi que celui des Caliban qui infestent cours des miracles, campagnes et faubourgs.

De même, la sorcière est éradiquée sur les terres du nouveau monde, dans le cadre d’une mise au pas par les grands propriétaires, par la religion, et au moyen d’une discrimination sexuelle et raciale. Sans oublier le génocide, qu’il soit guerrier, sanitaire[2] ou à cause des mines, dont de mercure, où les Indiens étaient, de fait, sacrifiés. Les Européens ne se font pas faute, à travers l’évangélisation, de castrer également leur liberté sexuelle, d’un bout à l’autre du continent américain.

Le bilan est confondant : « La chasse aux sorcières était aussi un instrument pour la construction d’un nouvel ordre patriarcal où le corps des femmes, leur travail, leurs pouvoirs sexuel et reproductif étaient mis sous la coupe de l’Etat et transformés en ressources économiques. »

 

Il n’en reste donc pas moins que Silvia Federici, malgré nos peu indulgentes réserves, fait œuvre utile et roborative. Il suffit, outre le texte lui-même, toujours fort nourri, généreusement illustré de gravures, de se plonger dans les notes, aussi savantes qu’abondantes, aussi précises que disertes, pour être convaincu du sérieux scientifique, quoique partisan, de la démarche historique. Certes, il y a eu de forts réussies histoires des femmes en Occident[3], mais faire le lien entre l’oppression des pauvres, celle des femmes et des sorcières reste une perspective originale. Sans compter la réhabilitation des figures de la sorcière, trop souvent méprisée, ostracisée. Mais pourquoi enchaîner marxisme et féminisme ? Alors que le capitalisme a fait plus pour les femmes que tous les régimes mortifères issus des perspectives tyranniques du cerveau de Marx[4] ! L’imprimerie, les appareils ménagers, la contraception, ne sont-ils pas, après tout, des réussites universelles du capitalisme libéral au service de la liberté féminine, non seulement matérielle, corporelle, mais aussi intellectuelle ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Histoire des femmes en Occident, sous la direction de Georges Duby et Michelle Perrot, Perrin, 1992.

 

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 18:49

 

Vicenzo Coronelli : Globe terrestre, 1681-1683, BNF, Paris. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Colonialisme et destruction des Indes,

 

de Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

Las Casas : La destruction des Indes,

traduit de l’espagnol par Jacques de Miggrode, Chandeigne, 320 p, 17 €.

 

Jules Verne : Voyages extraordinaires. Les Enfants du Capitaine Grant. Vingt mille lieux sous les mers.

Pléiade, Gallimard, 1404 p, 57,50 €.

 

 

 

 

 

Il eût mieux valu que l’Amérique restât cachée, plutôt que découverte en 1492 par Christophe Colomb, ce glorieux conquérant digne d'être couronné par les anges. Du moins pour ceux qui habitaient ces Indes. C’est par millions qu’ils moururent de cette rencontre malencontreuse. Les conquérants espagnols les massacrèrent en toute impunité. Sauf la mémoire de l’Histoire, grâce à la voix, au réquisitoire implacable de Bartolomé de las Casas : sa Brève relation de la destruction des Indes, publiée en 1552. Et loin d’être une exception, le génocide parcourut la plupart des entreprises de colonisation, ce dont témoigne également, au-delà du récit et pamphlet de Las Casas, et trois siècles plus tard, un roman de Jules Verne.

 

Il fallut un sens de la foi chrétienne bien accroché pour que Bartolomé de Las Casas devienne le défenseur des Indiens. Né à Séville en 1484, il fut parmi les premiers évangélisateurs des îles caraïbes. Malgré la proclamation de la liberté des Indiens par la Couronne espagnole, les conquistadors et grands propriétaires des encomiendas régnaient par le servage. Aussi fut-il outré par les travaux forcés, par les sévices infligés à ceux qui portent « des âmes rationnelles » et qui ont un « droit naturel » (ce concept venu de Sant-Thomas d’Aquin) à jouir de leurs terres. Ce ne sont pas uniquement des châtiments injustes, mais des massacres, un réel génocide. Non seulement il assimile la figure de l’Indien persécuté à celle du Christ des Evangiles, mais il va jusqu’à exiger la réforme de la colonisation des Indes. Malgré le bon vouloir de Charles Quint et de ses Leyes Nuevas, les pressions des grands propriétaires ne permirent guère à la situation de se retourner.

Certes Bartolomé de Las Casas eut la mauvaise idée, mais avec d’autres, d’importer des esclaves noirs pour les substituer aux Indiens ; mais il en éprouva plus tard du remord. Mais outre qu’en 1536 il parvint à évangéliser le Guatemala par des moyens pacifiques, il contribua à la publication de la bulle Sublimis Deus par le pape Paul III en 1537, qui proclamait que « les dits Indiens et tous les autres peuples qui pourront être découverts plus tard par les chrétiens, ne peuvent être en aucun cas privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, même s’ils demeurent en dehors de la foi de Jésus-Christ ». Bel exemple d’humanisme que les chrétiens du nouveau continent et de bien d’autres contrées ne suivront guère. Evidemment notre avocat des peuples fut calomnié. Et l’on se souvient qu’il fut opposé à Sepulvedra, fervent tenant de l’esclavage, dans le cadre de la fameuse controverse de Valladolid, qui n’aboutit qu’à bien peu d’avancées.

 

 

Le réquisitoire qu’est cette Brève relation de la destruction des Indes est pourtant sans appel : malgré un manichéisme appuyé, car on ne fera pas croire que les Indiens ne fussent que de doux agneaux, on est obligé de constater que les tyrans espagnols firent des Amériques un enfer pire que celui de Satan, qui, au moins, ne châtiait que les méchants. Las Casas n’épargne aucune horreur : « sur plus de trois millions d’âmes qui étaient dans l’Ile espagnole et que nous avons vues, il n’y a point maintenant des naturels du pays que deux cents ». Il estime que « plus de quinze millions d’âmes » ont été sacrifiées parmi les nouvelles Indes, et avec le concours des épidémies, ce que les historiens ne contestent pas. Entre buchers, enfants fracassés contre les murs, familles jetées aux chiens, femmes enceintes dont on ouvre le ventre, mutilations et égorgements, la litanie est insupportable. D’autant qu’elle couvre un territoire exponentiel, entre Floride, Yucatan, Cuba et Pérou. On appréciera l’injure, lorsque Las Casas traite les Espagnols de « continuateurs de Mahomet », alors qu’ils venaient de chasser les Mores de leur péninsule.

On ne sera pas étonné d’apprendre que ce pamphlet aux sûrs moyens rhétoriques, fut aux mains des protestants une arme efficace dans le cadre du désaveu du catholicisme, alors que le Pape ne pouvait faire respecter son autorité. De plus, les éditeurs ne se bousculèrent pas pour publier ce texte qui fait honte à la nation espagnole : seulement trois éditions en trois siècles. Car de telles exactions « déshonorent Dieu et dérobent le roi », conclue Las Casas…

Pourquoi signaler cette édition due aux bons soins de Chandeigne, parmi bien d’autres d’un texte aujourd’hui bien connu ? Parce qu’elle concilie les qualités esthétiques, l’exactitude historique et la richesse informée de l’appareil critique de son meneur de jeu Jean-Paul Duviols. Outre la première traduction française en 1579, par Jacques de Miggrode, la reproduction des gravures en noir et blanc de Théodore de Bry, parues en 1598, dignes de la plume de l’infâme Marquis de Sade, et toutes commentées, on trouve ici un superbe et terrible cahier de seize aquarelles venues d’un manuscrit de 1582. Aquarelles flamboyantes, tant par leurs coloris jaunes et rouges que par la cruauté des sévices dépeints. « Heureux celui qui devient sage / En voyant d’autrui le dommage », proclame une page de titre du temps ; adage qu’il faut aujourd’hui encore méditer...

 

 

Autre voyageur qui pourtant ne mit guère les pieds ailleurs que dans la bibliothèque de la fameuse revue géographique de la seconde moitié du XIXème siècle, Le Tour du monde, Jules Verne ne manqua pas lui aussi de dénoncer le génocide du colonisateur, cette fois anglais (mais il faut admettre qu’il était un tantinet plus tendre pour la France). Retrouvons ses propres mots issus d’un de ses romans les plus célèbres et cependant pas assez lu : Les Enfants du Capitaine Grant, que publie la Bibliothèque de la Pléiade, comme de juste en les illustrant avec les gravures des éditions Hetzel :

« Paganel, tout en chevauchant, traitait cette grave question des races indigènes. Il n’y eut qu’un avis à cet égard, c’est que le système britannique poussait à l’anéantissement des peuplades conquises, à leur effacement des régions où vivaient leurs ancêtres. Cette funeste tendance fut partout marquée, et en Australie plus qu’ailleurs.

Aux premiers temps de la colonie, les déportés, les colons eux-mêmes, considéraient les noirs comme des animaux sauvages. Ils les chassaient et les tuaient à coups de fusil. On les massacrait, on invoquait l’autorité des jurisconsultes pour prouver que l’australien étant hors la loi naturelle, le meurtre de ces misérables ne constituait pas un crime. Les journaux de Sydney proposèrent même un moyen efficace de se débarrasser des tribus du lac Hunter : C’était de les empoisonner en masse.

Les anglais, on le voit, au début de leur conquête, appelèrent le meurtre en aide à la colonisation.

Leurs cruautés furent atroces. Ils se conduisirent en Australie comme aux Indes, où cinq millions d’Indiens ont disparu; comme au Cap, où une population d’un million de Hottentots est tombée à cent mille. Aussi la population aborigène, décimée par les mauvais traitements et l’ivrognerie, tend-elle à disparaître du continent devant une civilisation homicide. Certains gouverneurs, il est vrai, ont lancé des décrets contre les sanguinaires bushmen !

Ils punissaient de quelques coups de fouet le blanc qui coupait le nez ou les oreilles à un noir, ou lui enlevait le petit doigt, « pour s’en faire un bourre-pipe ». Vaines menaces! Les meurtres s’organisèrent sur une vaste échelle et des tribus entières disparurent. Pour ne citer que l’île de Van–Diemen, qui comptait cinq cent mille indigènes au commencement du siècle ; ses habitants, en 1863, étaient réduits à sept ! Et dernièrement, le Mercure a pu signaler l’arrivée à Hobart-Town du dernier des Tasmaniens.

Ni Glenarvan, ni le major, ni John Mangles, ne contredirent Paganel. Eussent-ils été anglais, ils n’auraient pas défendu leurs compatriotes. Les faits étaient patents, incontestables.[1] »

Comme quoi les Voyages extraordinaires de Jules Verne, outre leurs qualités récréatives, de par leurs aventureuses péripéties, et leurs qualités encyclopédiques et géographiques, témoignent de la dimension éthique de l’écrivain, humaniste attentif au progrès non seulement des sciences, mais aussi des consciences. Sans compter que pour être juste, il faudrait ne pas se limiter, en cette affaire planétaire, à couvrir de honte Espagnols et Anglais, mais y comprendre Français, Belges[2], sans limitation de nations…

 

 

Ces réquisitoires de Las Casas et de Jules Verne signifient-t-ils que l’Occident soit toujours coupable ? Non ; car bien des colonisateurs ont également pensé au développement et à l’éducation de leurs colonisés, à l’éradication de l’esclavage, en particulier en Afrique, en même temps qu’à l’exploitation des richesses, même si les bénéfices ne furent pas toujours à la hauteur des investissements considérables. Hélas, nous savons qu’aucune partie de l’humanité n’est indemne de génocides, qu’ils s’agissent des peuplades amazoniennes entre elles, des trafics et des castrations d’esclaves par les Arabes, des abominations commises contre les Arméniens, les koulaks russes, les paysans chinois… Commis au nom d’idéologies ou de religions idéales, Reich de mille ans ou communisme radieux, ou simplement de la haine, du mépris et du sadisme ordinaires, ils sont le péché originel et continuel de l’humanité, chose cachée depuis la fondation du monde[3] et dévoilée par de grands humanistes, qu’ils aient nom Bartolomé de Las Casas ou Jules Verne. Trop souvent l’homme, qu’il soit occidental, d’orient ou d’islam, a dévoyé, bafoué, torturé le droit naturel, les Evangiles et l’esprit des Lumières.

 

Serait-ce une vaine espérance que de compter, non sur la vengeance infecte et les stériles réparations du passé, mais sur un monde meilleur aujourd’hui et demain ? Il est heureusement avéré, malgré bien des troubles au sein et aux franges des aires musulmanes, que la mondialisation de la démocratie et du capitalisme va dans ce sens. Ce que confirme un analyste et philosophe aussi raisonnable qu’informé, Francis Fukuyama : « la démocratie libérale constitue en réalité la meilleure solution possible pour le problème de l’humanité[4] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Jules Verne : Les Enfants du Capitaine Grant, Pléiade, Gallimard, 2012, p 418, 419. Je dois la retrouvaille de cette page à Jean-Clet-Martin. Qu’il en soit remercié.

[3] Pour reprendre le titre de René Girard : Des Choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset, 1978.

[4] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 378.

 

 

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En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur, tombeau post-nucléaire

Eloges gourmands des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Manguel : la curiosité dantesque

Les Rimes de la philosophie et de l'amour

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Gérondeau : Tyrannie écologique

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Lauren Groff : Les Furies

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

facebook-livre.jpg

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

Eros-statue.jpg

 

Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

La Belle France antilibérale : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge et blâme de l'Histoire mondiale de la France

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Hattemer Higgins : le troisième Reich

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

Kiyoko Murata : Fille de joie

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Magris

Secrets, Enquête sur un sabre

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. Wagner : En-vie, Maï : Divino sacrum, Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

1969, Les Bébés de la consigne automatique, Chansons populaires de l'ère Showa

Murakami bébés

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900-conclusions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Robert Marteau : Ecritures, le sonnet quotidien

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie, Poutine

Islam, Russie, choisir ses ennemis

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

 

 

 

 

 

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Strougatski L-Ile-habitee

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnets autobiographiques

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Temps, horloges

Landes: L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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