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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 13:36

 

Sanxay, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Guerres d’Etats ou guerres anthropologiques ?

 

Pour une Histoire de la guerre par John Keegan.

 

 

John Keegan : Histoire de la guerre,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Régina Langer, Perrin, 640 p, 26 €.

 

 

 

      Testostérone ou stratégie politique, la guerre est d’abord « colère », selon le premier mot de l’Iliade d’Homère. Plaisir et surexcitation virile, douleur et abomination des clans, des ethnies, des religions et des nations, cette « activité universelle » n’a pas moins une généalogie, des étapes, des métamorphoses. John Keegan put en 1993 tenter de dresser une Histoire de la guerre, sous-titrée  non sans ambition: « Du néolithique à la guerre du Golfe ». S’il ne faut pas oublier que « toutes les civilisations doivent leur origine à la guerre », les compétences et les valeurs des soldats, la culture de ces derniers ne peut, selon Keegan, « être celles de nos civilisations ». À rebours des discours iréniques et lénifiants anti-guerre, à rebours également de la survalorisation de l’éthique du guerrier, il faut se demander si elle est nécessaire, pourquoi se fait-on la guerre, et surtout comment, au cours de l’Histoire, au-delà de bien des traditions guerrières, Keegan peut affirmer qu’il n’existe plus qu’une seule culture militaire…

 

      À quelque chose malheur est bon, dit-on. En effet, John Keegan, réformé à cause d’une maladie d’enfance qui le laissa handicapé, ne put mettre le pied sur aucun terrain d’action militaire : à son grand regret. Bien d’autres (y compris l’auteur de ce modeste compte-rendu) auraient apprécié d’être mis à l’écart des gloires et des tragédies. Et plutôt que de se morfondre, il choisit de consacrer sa vie à l’art de la guerre, en enseignant à la Royal Military Academy de Sandhurst, en écrivant des essais sur La guerre de Sécession, sur les deux Guerres Mondiales, mais aussi sur L’Art du commandement, d’Alexandre à Hitler[1]

      L’essai de John Keegan a le mérite de poser des questions cruciales. Animaux culturels, nous sommes, dont l’une des constantes anthropologiques est d’être des « créatures sanguinaires », rarement très pacifiques, sans cesse opposées par des luttes diverses, comme l’a montré Hobbes. Aujourd’hui, si la violence paraît une « aberration culturelle », ne restera digne, pour lutter contre elle, que la « guerre civilisée ». Ce qui se définit ainsi : « le port légal d’armes –selon un strict code d’éthique militaire et dans le corpus d’une législation humanitaire- a été accepté comme une nécessité pratique » ; hors par les pacifistes, voire par les authentiques libéraux qui se méfient de la propension des Etats à s’approprier la guerre au dépens de ses citoyens qu’ils convient à des « scènes d’abattoir ».

      Hélas, la théorie clausewitzienne de la guerre comme « continuation de la politique par d’autres moyens », munie d’ « armées disciplinées et rétribuées par un Etat bureaucratique », se voit sans cesse débordée par les guerres sales, les rebelles, les terroristes de la guerre sauvage… Comme les Cosaques qui garantissaient, pendant la Campagne de Russie, « une orgie de pillages », et pour qui « la guerre n’avait rien de politique, elle était une culture et une façon de vivre ». Ce qui est également vrai pour les hordes de Gengis Kan, mais aussi pour les pillards mahométans (dont la foi commande la guerre). On apprend ici le secret de leur guerre éclair qui leur permit de conquérir, au VIIIème siècle, les deux tiers de la Méditerranée : face à des armées en lignes, leur technique de razzias, de fuite et de harcèlement fut et reste payante… Ce qui permet d’opposer les guerriers individuels, comme les samouraïs, fiers de leur courage, aux rangs des régiments de soldats désindividualisés par une tactique rationnelle et efficace, mais fauchés par la mitraille à partir du XVIIIème siècle et surtout pendant la grande guerre de 1914. Ainsi, comme le montre John Keagan, il y a bien des cultures de la guerre, et non une seule.

      Le soldat, quoique enrégimenté, ne vaut pas cher sur le terrain s’il n’est pas animé par la conviction : révolutionnaire par exemple, comme ceux de la première république et de Napoléon, résolus à libérer l’Europe des aristocraties monarchiques, ou religieuse, comme les guerriers d’Allah. La passion du combat est un fil rouge qui fait les victoires ; unie aux technologies et aux stratégies, sa gloire est assurée, non pas le bien-fondé de son éthique. Car il s’agit là également de l’histoire des techniques, avec des constantes étonnantes : le char de guerre, apparu vers 1700 avant J.C., venu d’Egypte, de Mésopotamie et des steppes d’Asie, préfigure le char de la Seconde Guerre mondiale et de celle des Six jours.

      John Keegan découpe son Histoire de la guerre en quatre grands thèmes originels, presque mythiques, qui sont autant d’âges de l’action et de la pensée : la pierre des premières armes et des fortifications (jusqu’à la muraille de Chine), la chair des chevaux et des hommes enrôlés parmi les armées, sans oublier « ravitaillement et logistique », le fer de l’armement, le feu enfin, du « feu grégeois » des Byzantins, en passant par le canon, jusqu’aux missiles et aux têtes nucléaires. Chaque partie embrasse l’Histoire du monde, décrit des moyens et des stratégies, au service de la force. Reste à se demander si cette force est celle de la vertu au service de la paix ou celle du mal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La réflexion de John Keegan est somptueusement bourrée de faits historiques, d’anecdotes, d’impressionnants tableaux, qui ne nuisent pas un instant à sa démonstration. Comme « les morceaux d’os ou de dents provenant de leurs voisins dans les rangs », suite à l’utilisation des armes à feu, ce qui invalide toute conception romantique ou esthétique de la guerre. En-deçà du bon sauvage, « l’homme primitif avait du sang sur les mains », avec autant de fureur qu’aujourd’hui, quoique nous y consacrions bien moins de constance lorsque nous pouvons, grâce aux structures de l’Etat libéral, vivre des décennies de paix à l’échelle de continents entiers. Entre guerre prussienne de Clausewitz et stratégie « anti-clausewitzienne du Chinois Sun Tzu, entre anthropologie, historiographie et « compétition pour des ressources trop rares », « pulsion de mort » freudienne et structuralisme, entre partisans de la conscription et de l’armée de métier, entre voies romaines et chemin de fer, John Keegan marche sur un sentier de la guerre ouvert aux multiples pistes de lecture.

      Après avoir visité les contraintes géographiques des guerres terrestres et navales, le lecteur visite les Zoulous et les Maoris, les Yanomami de l’Orénoque, qui ont un « code » d’agressivité des plus terrifiants, enflammés par des hallucinogènes (on peut penser à cet égard aux islamistes du califat drogués au captagon), les Aztèques aux guerres rituelles pourvoyeuses de sacrifices humains... Les Sumériens et les Egyptiens (peu guerriers) précèdent la « phalange grecque » et « Rome, mère des armées modernes » (et créatrice des officiers de carrières : les centurions), dont les stratégies de conquêtes fondent une nouvelle ère de civilisation assise sur la guerre de frontières. Les cavaliers de la steppe, comme les Huns (guerriers pour l’amour de la guerre), menacèrent l’Empire romain, malgré son cruel impérialisme en fin de course, au point d’imposer la « barbarisation » de son armée, comme par les Wisigoths. Reste que l’on ne sait guère dater les débuts de la guerre largement organisée : à la préhistoire, à Sumer ? Peu à peu le rendement en morts va croissant, atteignant de sommets avec les conquêtes napoléoniennes, la guerre de Sécession et, bien sûr celle des tranchées. Conjointement à l’institutionnalisation de la discipline et des écoles militaires, à l’invention des mitrailleuses…

      On pourra évidemment discuter chez John Keegan quelques affirmations risquées, telle que la guerre « est une activité exclusivement masculine ». Certes, « la vie guerrière exerce un attrait puissant sur l’imagination masculine ». Sans compter les mythiques Amazones, l’évolution de l’égalité hommes-femmes entraîne les armées de métier à incorporer ces dernières, en tout volontariat ou en termes de conscription : il n’est que de considérer les Israéliennes et les Kurdes…

      De même, on peut se demander si notre historien n’est pas exagérément optimiste lorsqu’il voit dans la première guerre du Golfe la coalition internationale évacuer les Irakiens du Koweït, « sans infliger de pertes à la population civile », comme « le premier véritable triomphe de la morale d’une guerre juste, depuis que Grotius en avait défini les règles au XVII° siècle ». Fallait-il pousser plus loin, écarter Saddam Hussein ? Et non pas attendre la seconde guerre du Golfe. Evacuer un dictateur sanguinaire parait être toujours une bonne idée ; sans compter que pire peut advenir : une Histoire, dont John Keegan ne pouvait tenir compte en publiant son livre en 1993. Pire est advenu : les métastases de l’Islam radical dévorent l’aire arabo-musulmane, sinon partout où ses coreligionnaires se sont infiltrés. Quelle guerre juste faut-il mener ?

 

      En digne et redoutable concurrent de Clausewitz, John Keegan fait œuvre encyclopédique et profuse, à la lisière de l’Histoire et de la philosophie politique. Mais n’est-il pas un peu trop synthétique lorsqu’il semble affirmer pour aujourd’hui l’existence d’une seule culture militaire ? Celle mondialisée de l’Occident développé, appuyée sur ses écoles de stratégies, son industrie militaire énorme, son hypertechnologie ? La « guerre primitive » des peuples pré-civilisationnels, n’a pourtant rien perdu de son actualité. Si John Keegan cite à cet égard le conflit de l’ex-Yougoslavie, on ne pourra nier que les haines interethniques et inter-religieuses récurrentes sur la planète, en particulier les forcenés du califat islamique, gardent une dimension anthropologique profondément atavique, voire congénitale à l’être humain. John Keegan nous le rappelle cependant : « L’homme civilisé a découvert quelque chose de plus intéressant que le combat » : la philosophie politique, l’amour des siens et d’autrui, l’enseignement, l’économie, les techniques et l’art. Tous arts qui sont bien plus beaux que l’art laid de la guerre, hors celui qui réclame la légitime défense d’une civilisation…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Tous ouvrages publiés aux Editions Perrin.

 

Flavius Josephe : Histoire de la guerre des Juifs contre les Romains, Nyon, 1767 ;

Salluste : Guerre de Jugurtha, Alexis Eymery, 1813.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Guerre di Stati o guerre antropologiche ?

 

 

      Testosterone o strategia politica, la guerra è per prima cosa "rabbia" come prima parola del dell'Iliade di Omero. Dolore e abominio clan divertimento e l'eccitazione virili, etnie, religioni e nazioni, questa "azione universale" non meno di una genealogia, passaggi, metamorfosi. John Keegan nel 1993 poteva raccontare una storia della guerra , senza sottotitoli senza ambizioni: "Dal Neolitico alla Guerra del Golfo." Non si deve dimenticare che "tutte le civiltà devono la loro origine alla guerra," le competenze e valori dei soldati, la cultura di questi ultimi non possono, secondo Keegan, "sono quelli delle nostre civiltà." Evitando il discorso contro la guerra irenico e rilassante, anche la sopravvalutazione dell'etica guerriera, si deve chiedere se è necessaria, perché abbiamo la guerra, e soprattutto come, durante la storia, al di là di molte tradizioni guerriere, Keegan non può dire che  c'è una sola cultura militare ...

      In ogni nuvola è buono, dicono. Infatti, John Keegan, riformato a causa di una malattia infantile che lo lasciò disabile, non poteva mettere piede su qualsiasi campo azione militare: per il suo rammarico. Molti altri (tra cui l'autore di questo conto modesto) avrebbe apprezzato di essere lasciato fuori le glorie e tragedie. E invece di avvilirsi, ha scelto di dedicare la sua vita all'arte della guerra, l'insegnamento presso il Royal Military Academy Sandhurst, scrivendo saggi su La guerra civile, le due guerre mondiali, ma anche L'Arte di comando, da Alessandro a Hitler 
[1] ...

      Il processo di John Keegan ha il merito di porre domande critiche. Animali culturali ci sono, una delle costanti antropologiche è di essere "creature assetate di sangue", raramente molto tranquillo, costantemente opposti da conflitti, come dimostrato da Hobbes. Oggi, se la violenza viene visualizzata  come una "aberrazione culturale", resterà degna la lotta contro di essa, invece che la "guerra civile". Che è definita come: "la realizzazione legale di armi -secondo un rigoroso codice di etica militare e il corpus legislativo umanitario- è stata accettata come una necessità pratica"; dalla pace e dai liberali autentici che sono diffidenti nei confronti della tendenza degli Stati a prendere possesso della guerra a spese dei cittadini di essere in "scena come carne da macello."

      Ahimè, la teoria clausewitziana della guerra come "la continuazione della politica con altri mezzi" dotati "armato disciplinato e retribuito dallo Stato burocratico" viene costantemente sopraffatto dalle sporche guerre, ribelli, terroristi la guerra selvaggia ... Come i cosacchi che hanno garantito durante la campagna di Russia, "un'orgia di saccheggio," e che "la guerra non era la politica, ma era una cultura e un modo di vita."

      Ciò vale anche per le orde di Gengis Khan, ma anche per i saccheggiatori maomettani(il cui comando della guerra fede). Qui si impara il segreto della loro guerra lampo che ha permesso loro di conquistare, nel VIII secolo, i due terzi del Mediterraneo: il volto di linee armate, incursioni loro carica tecnica, perdite e molestie era e rimane ... Cosa permette di opporsi ai singoli guerrieri, i samurai  fieri del loro coraggio, le file dei soldati dei reggimenti dés individualisés attraverso tattica razionale ed efficace, ma falciati dal fuoco delle mitragliatrici del Settecento e soprattutto durante la Grande Guerra del 1914. Così, come mostrato John Keagan, ci sono molte culture della guerra, non una sola.

      Il soldato, anche se irreggimentato, non vale molto per terra, se non è animata dalla convinzione: rivoluzionaria, come quelli della prima repubblica e Napoleone, determinata a liberare l'Europa aristocrazie monarchiche, o religioso, come i guerrieri di Allah.

      La battaglia di passione è un filo rosso che rende le vittorie; tecnologie e strategie uniti, la sua gloria è assicurata, non i meriti di etica. Perché è anche il luogo dove la storia della tecnologia, con costanti sorprendenti: il carro della guerra, è apparso intorno al1700 aC, in Egitto, Mesopotamia e steppe dell'Asia, prefigurano il carro armatodella Seconda guerra mondiale e dei Sei Giorni.

      John Keegan ha tagliato la Storia della guerra in quattro temi originali, quasi mitici, che sono di tutte le età di azione e di pensiero: la pietra delle prime armi e fortificazioni (la Grande Muraglia Cinese) la carne di cavalli e uomini arruolati nell'armata, per non parlare di "approvvigionamento e la logistica," armamento di ferro, il fuoco, infine, il "fuoco greco" dei Bizantini, attraverso le armi, i missili fino alle testate nucleari.Ciascuna parte abbraccia la storia del mondo, descrive i mezzi e strategie al servizio del potere. Resta da chiedersi se questa forza è quella della virtù al servizio della pace o del male.

      La riflessione di John Keegan è sontuosamente ricca di fatti storici, aneddoti, dipinti impressionanti che non danneggiano un attimo la sua dimostrazione.Come "pezzi di ossa o denti dai loro vicini nei ranghi", seguito l'uso di armi da fuoco, che invalida qualsiasi disegno romantico o estetica della guerra. Sotto il buon selvaggio ", l'uomo primitivo aveva sangue sulle sue mani", con altrettanta furia oggi, anche se con meno costanza, in modo che attraverso le strutture dello Stato liberale, oggi possiamo vivere decenni di pace attraverso interi continenti. Tra prussiana diClausewitz e strategia "anti-clausewitziano cinese Sun Tzu, tra antropologia e la storiografia" competizione per risorse scarse "," pulsione di morte " freudiana e strutturalismo tra i sostenitori della coscrizione e militari scambi tra strade romane e ferrovie, John Keegan cammina su un sentiero di guerra aperta con più tracce di riproduzione.

      Dopo aver visitato i limiti geografici di terra e guerre navali, il lettore visita le tribù Zulu e Maori, gli Yanomami del Orinoco, che hanno un "codice" aggressività dei più terrificanti, infiammato da allucinogeni (si può pensare di riguardo al califfato islamico drogato con Captagon), Aztec rituali fornitori sacrifici umani di guerre ... ISumeri e gli egiziani (pochi guerrieri) precedono la "falange greca" e "Roma, madre degli eserciti moderni" (e creativi ufficiali di carriera: i centurioni) le cui strategie militari di conquista hanno fondato una nuova era di civiltà seduta ai confini della guerra. I cavalieri della steppa, come gli Unni (guerrieri per bene della guerra), hanno minacciato l'impero romano, nonostante la fine dell'imperialismo crudele della razza, fino al punto di imporre le "barbarie" nel suo esercito, di Visigoti. 

      Tuttavia, poco si sa circa la data di inizio della guerra in gran parte organizzata: nella preistoria, in Sumer?  A poco a poco cedono e i morti  aumentano, raggiungendo altezze tragiche con le conquiste napoleoniche, la guerra civile, e, naturalmente, le trincee. Insieme con l'istituzionalizzazione della disciplina e scuole militari, con l'invenzione delle mitragliatrici ...

 

Sun Zi : L'Art de la guerre, Guy Trédaniel, 2011.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Ovviamente si può parlare di John Keegan poche le affermazioni rischiose, come la guerra "è un'attività esclusivamente maschile." Certo, "la vita da guerriero esercita una forte attrazione sulla fantasia maschile." Oltre alle mitiche Amazzoni, l'evoluzione dellaparità di genere si traduce in eserciti professionali da incorporare anche loro, in tutto o in termini di coscrizione volontaria: si può considerare solo quella israeliana e curda ...

      Allo stesso modo, ci si può chiedere se il nostro storico non è troppo ottimista quando vede nella prima guerra del Golfo la coalizione internazionale evacuare gli iracheni dal Kuwait, "senza infliggere perdite sulla popolazione civile" come "il primo trionfo della morale di una guerra giusta che il Grozio aveva definito le regole nel XVII secolo. " 

      Dovremmo andare oltre, rimuovere Saddam Hussein? E non fino alla seconda guerra del Golfo. Evacuare un dittatore sanguinario sembra ancora come una buona idea; oltre il peggio può accadere: una storia, tra cui John Keegan potrebbe prendere in considerazione la pubblicazione il suo libro nel 1993. Peggior successo: metastasi dell'Islam radicale divorano il mondo arabo-musulmano, altrimenti ovunque suoi correligionari erano infiltrati. Qual'è la richiesta di guerra giusta? 

      Un degno e formidabile concorrente di Clausewitz, John Keegan ha fatto un lavoro profuso ed enciclopedico sul bordo della storia e della filosofia politica. Ma non è un po troppo sintetica per la conoscenza d'oggi, quando sembra affermare l'esistenza di un unica cultura militare? 
Globalizzato lo sviluppo occidentale, appoggiandosi sulle sue strategie di scuola, la sua enorme industria militare, la sua è iper? La "guerra primitiva" popoli pre-civiltà, ma non ha perso nulla della sua attualità.

      Se John Keegan cita a questo proposito il conflitto nella ex Jugoslavia, si può negare che l'odio inter-etnico e inter-religioso ricorrenti del pianeta, in particolare nel fanatico califfato islamico, può mantenere una dimensione antropologica profondamente atavica o congenita all'uomo


      John Keegan però ci ricorda: "L'uomo civilizzato ha scoperto qualcosa di più interessante la lotta" e la filosofia politica, l'amore della  famiglia e gli altri, l'educazione, l'economia, tecnica e l'arte. Tutte le arti sono molto più belle che la brutta arte della guerra, tranne la persona che l'afferma in caso di auto-difesa di una civiltà ...


[1] Tutti i lavori pubblicati dalle Edizioni Perrin.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Traduit en italien par le site Sa Defenza

http://sadefenza.blogspot.it/2015/06/storia-della-guerra-di-john-keegan.html

 

L. M. P. de Laverne :

L'Art militaire chez les nations les plus célèbres de l'Antiquité et des temps modernes,

Legras et Cordier, 1805. Photo : T. Guinhut.

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 08:50

 

Montesquieu : Lettres persanes, Pierre Marteau, 1754. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

L’éloge des arts et du luxe

 

dans Les Lettres persanes de Montesquieu :

 

une éthique politique et économique des Lumières.

 

 

 

      Le trepalium était un instrument de torture chez les Romains : il a donné notre mot « travail ». On devine que de là vient notre peu d’appétit pour ce dernier. Pourtant un Philosophe des Lumières, Montesquieu, en fait un ardent éloge, couplé avec celui des richesses, dans l’une de ses Lettres persanes. Paru en 1721 de façon anonyme, ce roman épistolaire met en scène des Persans venus visiter l’Europe, échangeant une correspondance régulière entre Perse, Paris et Venise… C’est à l’occasion de la lettre CVI que l’auteur de L’Esprit des lois entreprend de nous convaincre de la nécessité des arts et du luxe. Comment l’écrivain des Lumières conduit-il son argumentation au service des richesses de tous et de l’Etat ? Etudions la posture épistolaire, puis les procédés de l’éloge, avant d’inscrire cette lettre dans le mouvement des Lumières et du libéralisme économique.

 

      On connait la célèbre phrase de la lettre XXX : « Comment peut-on être Persan ? » L’étrangeté du personnage étonne le tout Paris par l’exotisme de son vêtement et son origine inusitée. La date elle-même de la lettre CVI, « le 14 de la lune de Chalval », témoigne d’un calendrier exotique, donc d’un espace divertissant. Si Montesquieu n’est pas l’inventeur de l’artifice persan et musulman (qui se ressent de l’influence de la traduction des Mille et une nuits[1] par Galland en 1704), il permet d’offrir à l’étonnement d’un regard neuf « la ville du monde la plus sensuelle » : Paris. Mais aussi de se livrer à une critique des mœurs que n’eût pas osé un Français, et que la naïveté d’un Persan excuse ; ce qui permet de ne guère risquer la censure. L’exercice moral est doublé d’une analyse politique, puisqu’il est question dans cette lettre CVI du « prince «  et de l’Etat ». Mais en relation avec la question du développement économique, puisqu’il est question des « arts », au sens technique du terme, et pas seulement des « beaux-arts ».

      Dans la lettre précédente, Rhédi déplorait que la science et les arts eussent conduit à la découverte des « bombes » et de la « poudre », dénonçant « les ravages de la chimie », ainsi à l’origine de tant de morts. Au point de s’exclamer : « Heureuse l’ignorance des enfants de Mahomet ! ». Cet angélisme faisait d’ailleurs l’impasse sur les guerres de conquête de ces derniers. Mais à une telle dépréciation des arts et des techniques, Usbek ne peut rester indifférent : c’est avec une vigoureuse contre-argumentation qu’il répond à son ami. Le procédé épistolaire permet alors d’incarner les personnages de cette fiction. L’échange est rendu vivant par le tutoiement observé par Usbek à l’égard de Rhédi, par l’insistance à répéter le « tu », à invoquer son nom à plusieurs reprises. Ce qui contribue à l’amicale persuasion, quand Usbek fait la leçon à Rhédi, employant le registre polémique puis didactique. Au point que le « je » employé par le premier permette l’identification du lecteur que nous sommes. La lettre nous est, in fine, destinée.

      Elle est également destinée à contrecarrer les préjugés du destinataire, à lui montrer ses propres contradictions : « Tu as quitté ta patrie pour t’instruire, et tu méprises toute instruction. Tu viens pour te former dans un pays où l’on cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. » Anaphores, parallélisme et antithèses contribuent à ridiculiser l’incohérence de Rhédi, dans le cadre d’une écriture polémique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ce pour nous convaincre du bienfait des arts. Là est la thèse, que Montesquieu, sous la plume d’Usbek, va assortir d’arguments et d’exemples, dans un registre didactique, puisqu’il vise à instruire son interlocuteur. Argument historique d’abord pour dénoncer l’idée selon laquelle « les arts amollissent les peuples et, par là, sont la cause de la chute des empires ». Les « Grecs », qui « cultivaient les arts », ont vaincu les Perses. Argument basé sur des faits reconnus, donc raisonnable et digne de convaincre. Montesquieu n’était pas ignorant en la matière puisqu’il écrivit des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.

      Dire « que les arts rendent les hommes efféminés » (ce qui est un oxymore), est renvoyé à son illogisme, puisque pour jouir d’un art, il faut « en cultiver un autre », illustration de l’adage selon lequel on n’a rien sans rien, donc sans travail, sinon la pauvreté ainsi blâmée : « honteuse ». La conséquence logique est que « l’oisiveté et la mollesse [au sens de paresse] sont incompatibles avec les arts ».

      Pour appuyer son éloge des arts, du travail, de la richesse et du luxe, Montesquieu use de l’exemple parisien : « la ville du monde la plus sensuelle ». Le champ lexical du bonheur (« plaisirs », « délicieusement ») vise à séduire et persuader. L’argument économique lui emboite le pas : « cent autres travaillent sans relâche », « cinquante artisans ne dorment plus ». Les chiffres, même exagérés, contribuent à l’éloge de l’industrie. Certes, l’on pourrait arguer qu’ « un homme », « une femme » commandent outrageusement pour profiter du luxe fourni par tant de travail. Un marxiste y verrait une outrageuse exploitation. Mais « l’intérêt est le plus grand monarque de la terre ». L’allégorie hyperbolique montre que les artisans exploitent le riche pour s’enrichir à leur tour à l’aide de leur art. Mieux, l’ « ardeur au travail », la « passion de s’enrichir » innervent toute la société, sauf la noblesse implicitement blâmée pour son mépris du travail. Même si Montesquieu, un brin satirique, et non sans ironie, se moque de celui qui travaille au point « d’accourcir ses jours », bien qu’il ait « de quoi vivre jusqu’au jour du jugement », il passe du particulier au général, par un raisonnement inductif, car « le même esprit gagne la nation : on n’y voit que travail et industrie ». Ce qui est mis en valeur par l’hypothèse à l’antithèse, selon laquelle un royaume sans arts « qui ne servent qu’à la volupté ou à la fantaisie », serait « un des plus misérables ».

      Après avoir usé du registre judiciaire (en plaidant la cause des Grecs anciens), puis épidictique (en blâmant une femme et un homme, mais surtout en faisant un éloge nombreux des arts, des artisans, du travail et de la richesse), Montesquieu conclut la lettre d’Usbek par le registre délibératif en conseillant, exhortant le prince (donc le souverain, et bientôt Louis XV) à encourager ses sujets [pour qu’ils] vivent dans les délices » ; donc dans le luxe. L’anaphore « il faut » est bien au service d’un futur meilleur : « pour qu’un prince soit puissant […] il faut qu’il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluités, avec autant d’attention  que les nécessités de la vie ». Que nos princes d’aujourd’hui sachent entendre ces lumières !

 

Montesquieu : Oeuvres, Lequien, Paris, 1819. Photo : T. Guinhut.

 

      Ce sont là en effet les valeurs du siècle des Lumières. Montesquieu, philosophe politique de L’Esprit des lois, met ici en avant la connaissance de l’Histoire ancienne, dans la tradition humaniste, mais surtout le « travail », « l’industrie », les « arts » (au sens technique du mot) et les « beaux-arts », tout ce que la future Encyclopédie - ce Dictionnaire raisonné des arts et des métiers - sous l’égide de Diderot et d’Alembert, publiera, de par sa vocation didactique, ne serait-ce qu’au moyen de ses volumes de planches, décrivant avec précision les techniques des artisans et des artistes, de l’imprimeur au mines de fer, en passant par les ruches et l’argenterie… Bien d’autres auteurs des Lumières défendront une thèse similaire. Voltaire, dans son poème « Le mondain », en 1736, revendique son goût pour le luxe : « J’aime le luxe, et même la mollesse [au sens de confort] / Tous les plaisirs, les arts de toute espèce ». Il aime également « De voir ci l’abondance à la ronde, / Mère des arts et des heureux travaux ». L’Encyclopédie elle-même, par la voix de Saint-Lambert, consacrera en 1766, un article au « Luxe ». L’éloge de ce dernier se double alors d’une injonction à multiplier les « manufactures » qui « augmenteront encore l’aisance ». On voit augmenter « le nombre des propriétaires […] on y voit diminuer l’extrême distance et la vile dépendance du pauvre au riche », donc les inégalités. Pourquoi ? Parce le pauvre « vendra chèrement son travail au riche », dans le but de s’enrichir lui-même.

      On comprendra que, de Montesquieu à Saint-Lambert, en passant par Voltaire, qui fit l’éloge du commerce dans ses Lettres philosophiques consacrées à l’Angleterre, nous sommes également dans le siècle du libéralisme économique. Adam Smith, dans La Richesse des nations, en 1776, étendra cette thèse en faveur du commerce, de l’industrie, du luxe, dont l’égoïsme profite bientôt à tous, dans ce qui est considéré comme le premier livre moderne d’économie politique. Pour Montesquieu, le « prince » et « l’Etat », devant veiller à ce que « ses sujets vivent dans les délices », travailler « à leur procurer toutes sortes de superfluités », on se doute qu’il n’attend pas d’eux qu’ils leur applique une fiscalité confiscatoire, de peur d’étrangler la croissance, mais qu’il encourage l’enrichissement du peuple…

 

      Ne nous y trompons pas : l’artifice amusant du roman épistolaire exotique fait des Lettres persanes, certes une argumentation indirecte, à la manière d’un apologue, mais surtout, et particulièrement dans cette lettre CVI, une argumentation directe en faveur des arts au service des progrès de l’humanité. Auteur des Lumières et du libéralisme économique et politique, Montesquieu saura, dans L’Esprit des lois, défendre la monarchie parlementaire, donc la démocratie aux dépens de l’absolutisme, défendre la liberté, lorsqu’il use de l’ironie pour dénoncer l’esclavage. En digne écrivain engagé, défendant des valeurs universelles, il pourrait dire, comme Voltaire : « J’écris pour agir ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Montesquieu : Oeuvres, Lequien, Paris, 1819. Photo : T. Guinhut.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 13:58

 

Ginkgo Biloba. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Poèmes d’Extrême-Orient :

 

Anthologie de la poésie chinoise,

 

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui.

 

 

Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu,

La Pléiade, Gallimard, 1548 p, 65 €.

 

101 poèmes du Japon d’aujourd’hui, Philippe Picquier, 182 p, 19 €.

 

 

 

 

      Une anthologie est toujours une gageure : songez à ces trois mille ans et à ce continent que quelques pages, fussent-elles 1500, ne sauraient dire. Pourtant, après les superbes anthologies de poésie consacrées en Pléiade à l’Allemagne, à l’Espagne, à l’Italie et à l’Angleterre, sans compter la France, il fallait bien franchir les anciens parapets de l’Europe. C’est évidemment à la Chine qu’il fallait songer, d’autant qu’elle est depuis la plus haute antiquité coutumière de la pratique anthologique : Confucius, au Vème siècle avant notre ère, aurait déjà compilé la sienne. En toute logique, le Japon devrait lui emboiter le pas. S’il faut combler cette attente, enjambons les millénaires pour lire en 101 poèmes du Japon d’aujourd’hui comment la tradition est revisitée, voire conspuée.

 

      De « l’aigle pêcheur » qui introduit (vers l’an -1045) une chanson d’amour, et « Laisse le soleil chasser l’aube / Bouger mon poème » qui, en 1988, ferme cette Anthologie de la poésie chinoise, la nature, son paysage de montagne et d’eau, est une constante rarement oubliée, comme chez Tao Yuanming :

« Longtemps j’ai vadrouillé par les monts et les lacs […]

L’humaine vie n’est rien, si ce n’est illusion.

Et tout doit pour finir retourner au néant. »

      Pour figurer l’ascension spirituelle, le marcheur monte vers le ciel ; non loin de la pensée du taoïsme et du bouddhisme. Ainsi, la poésie est le sceau de l’harmonie du monde, de l’homme et de la nature, au-delà même des convulsions politiques qui font changer les dynasties, depuis les Zhou, en passant par les Tang et les Song, suivis par les Yuan mongols, les Ming, et les Qing mandchous qui vinrent clore l’Histoire impériale en 1911. C’est ainsi, chronologiquement, que s’organise cette anthologie, guide des émotions par-delà les millénaires.

      En Chine, la poésie a longtemps bénéficié d’une indéfectible reconnaissance sociale, du plus humble paysan qui chante les travaux et les jours, jusqu’au plus prestigieux lettré et au souverain, qui sont des calligraphes accomplis, et connaissent les « six arts », base de l’éducation en Chine ancienne. Liberté dans un monde corseté, refuge de la paix et de la beauté dans une Histoire où cicatrisent les guerres, le poème est une sorte de sacralité, d’ivresse intime. On se réfère toujours à Li Bai (701-162), y compris chez les écoliers, pour élire une paradoxale permanence de la sensibilité : « Nuages flottants, état d’âme du voyageur ». Dire son cœur avec une portée philosophique, telle serait l’ambition du poète. Surtout au cours de la période Tang, âge d’or poétique, parmi lequel fleurissent Du Fu (712-770) et Li Bai (dont l’art virtuose n’est pas loin de celui du haïkaï du japonais Bashô[1]) :

« Au pied du lit la lune étend son vif éclat ;

On croirait presque voir du givre sur la terre.

Si je lève les yeux, c’est la lune brillante.

Si je baisse les yeux, le pays de mes pères. »

      Autres thèmes récurrents, l’exil, l’amitié, la poésie elle-même, le vin, la musique. Récurrente également l’imitation des textes anciens, en une posture cultivée obligée, ce qui n’interdit pas, comme chez Li Bai, l’invention de mots et d’images novateurs. Quand l’image picturale est souvent de la même main que celle du calligraphe et poète. La lecture de la nostalgie d’un des poètes du « Yuefu » suggère alors une peinture à venir :

« Je désire être l’un des deux cygnes jaunes,

Voler haut dans les airs et renter au pays ! »

      Quoique célébrées, aimées, surtout si elles sont chanteuses ou danseuses, peu de femmes écrivent (ou ont été retenues par le temps) en poésie chinoise : Li Qingzhao (1084-1155) ou Qiu Jin (1877-1907) disent les amours perdues. Ecoutons la première :

« Les fleurs d’elles-mêmes fanent et se dispersent, les eaux s’écoulent à leur gré,

Une seule et même pensée amoureuse,

Deux lieux à notre peine sans fin.

Ce sentiment, nul leurre ne peut l’éliminer,

Sitôt tombé entre les sourcils,

Il remonte à la pointe du cœur ».

      Vers de quatre ou sept syllabes, poèmes en prose parfois, que seraient-ils si nous traduisions littéralement ? « oiseau voler montagne forêt, lune briller tard ciel », propose en note Rémi Mathieu. Deux syntaxes, chinoise et occidentale, irréductibles, là où il faut pourtant préférer la mise en langue française, mais la plus allusive possible. Reste que les poèmes réguliers appelés « shi », sont ici en alexandrins, décasyllabes et octosyllabes : bel effort de la part de la demie douzaine de traducteurs de la langue han, qui ont œuvré pour quatre mille poèmes, et environ neuf cents auteurs. Ce sont disent les sages amateurs : « jades parmi les cailloux ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Avec le XXème siècle, la poésie chinoise connaît sa révolution : les poètes ne sont plus des fonctionnaires de l’Empire, mais de simples écrivains. À la suite du réalisme socialiste prôné par le maoïsme, la Chine de Taiwan poursuit une voie plus novatrice, bientôt rejointe par les nouveaux poètes qui n’ont pas connu la Révolution culturelle, et ceux qui écrivent en exil. Plus contemporains sont les « poèmes de Tian’anmen », que l’on devine guère officiels, quand résonne « Le brasier de la révolution détruisant l’impureté », quand des anonymes ont des « larmes en place de paroles ». Né en 1949, Bei Dao semble incarner une nouvelle ère à lui seul :

« La liberté est couvercle doré de cercueil

Suspendu au plafond de la prison […]

L’exil des mots a commencé »

      Auprès de ce volume, les Chinois adorant les anthologies, dont les visées sont autant morales, politiques, qu’esthétiques, nous nous sentons un peu Chinois, quoique avec le détachement de leurs sages qui se fient moins aux turpitudes des hommes qu’à la beauté des montagnes. Rassurons ceux que les forts et dignes volumes de La Pléiade impressionnent, effraient : cette anthologie est rafraichissante : on ne la lira pas obligé de se courber en toute son humilité devant toutes ces soigneuses pages et ces notes profuses. Mais, surpris du bonheur de ce voyage millénaire, au hasard d’une pérégrination, selon Bei Dao,

« Le verre des mots une fois bu

Donne plus soif encore. »

 

     

      En attendant que La Pléiade nous offre l’équivalent pour le voisin Japonais, voici que les éditions Philippe Picquier, éminentes spécialistes de l’Extrême-Orient, nous ouvrent les portes de 101 Poèmes du Japon d’aujourd’hui. Le plus anciens de ces poètes est né en 1913, le plus jeune en 1955. Il faut donc compter qu’ils écrivent depuis les années trente. Les formes prestigieuses du haïkaï et du waka ne retiennent plus prisonniers les auteurs, que l’influence occidentale a contribué à libérer : longs poèmes, parfois en prose, refrains, versets…  

      Les poèmes écrits au titre de l’effort de guerre furent, après la défaite, fort controversés, bientôt rejetés : art officiel, propagande, à quoi il fallut opposer une renaissance. Ainsi Ayukawa Nobuo est « A la recherche d’un garde-fou contre la mort », dans son « Chant du matin dans un hôtel à l’ancre ». Désespoir et scepticisme, « devant l’avenir mollet / De ces œufs fendillés », confluent lorsqu’il demande :

« Nous-même, notre dieu

L’aurions-nous pour toujours étranglé sur ce lit ? »

      S’il semble s’agir d’un dieu intime, peut-on le lire comme une allusion au Japon, à son empereur, lorsque l’ultime strophe constate :

« Naissance entre deux grandes guerres à l’ouest et à l’est

Echec de l’amour comme de la révolution »…

      De même, Yoshimoto Takaaki, croise « dans ses guenilles de victime de guerre un jeune homme », « une jeune fille d’un monde abandonné ».

      Au-delà de « la gare transparente du passé » vue par Tanikawa Shuntarô, il faut alors redécouvrir la vie, écrire avec conscience et sans naïveté :

« Si je n’ai jamais éprouvé de haine à leur égard

Je n’ai pas eu non plus d’affection pour les mots

Certains font dresser le poil de la honte

D’autres, par leur transparence, font oublier qu’ils sont des mots

D’autres encore, au terme d’une longue réflexion, peuvent déboucher sur un génocide. »

      On croirait entendre un écho des « Moines », chargé de tous les péchés par le poème satirique de l’irrévérencieux Yoshioka Minoru. L’humour ancestral des habitant de l’archipel du soleil levant reprend ses droits, y compris lorsqu’Itô Himori « prépare des boulettes de farine de riz enrobées de sucre qu’à mon ami / Je vais porter » et qui sont « lisses comme des fesses »…

      Cette poésie contemporaine, malgré le dynamisme économique et civilisationnel du Japon, est volontiers désespérée, quoique inventive ; elle a quitté les clichés zen parmi les brumes des montagnes. Quelle distance étonnante avec nos préjugés envers l’Extrême-Orient poétique ! Ces 101 poèmes nous révèlent un Japon d’aujourd’hui pour le moins inattendu, comme la beauté soudaine d’une fêlure dans un bol à thé…

 

      « Il y a là dans ces vers et si légère / Toute ma vie », écrit en 1970, le Japonais Kuroda Saburô. Ces deux vers pourraient parler au nom de tous les poètes de ces deux anthologies, de Chine et de Japon. Comment si bien voyager dans un fauteuil, sinon dans le temps et l’espace lointain, devenus intérieurs de ces deux anthologies de l’humanité ? Comme l’écrit vers 1368, la Chinoise Yifenr, ce sont des « Feuilles rouges répandues » :

« Feuilles rouges répandues : dragon de feu laisse tomber ses écailles ;

Pins verts délicatement tordus : un python montre ses crocs.

Il y a là de quoi faire des vers,

Matière à peindre, non moins ! »

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Basho Seigneur ermite : L'integrale des haikus

 

Photo : T. Guinhut.

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 16:41

 

Photo : T. Guinhut.
 

 

 

 

 

Eleanor Catton : La Répétition

 ou le petit théâtre de la pédophilie ;

suivi des Luminaires

du roman d'aventures néo-zélandaises.

 

 

 

 

 

Eleonor Catton : La Répétition,

traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Erika Abrams, Denoël, 448 p, 22 €.

 

Eleanor Catton : Les Luminaires,

traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Erika Abrams, Buchet-Chastel, 992 p, 27 €.

 

 

 

 

 

      Pour assurer un minime succès de curiosité au roman de mœurs contemporain, il faut au moins pointer l’un des tabous les plus puissants. Ce sera celui de la pédophilie, du moins celui de la sexualité des adolescentes confrontée à la sujétion des adultes dans l’univers d’un lycée. Pourtant, Eleonor Catton, dès ses 23 ans, a su aller au-delà des clichés moralisateurs comme de la seule provocation en proposant un roman aussi dynamique que d’analyse, intitulé La Répétition. Après cette réussite aux allures fort contemporaines, la jeune néo-zélandaise née en 1985 retrouve les fondamentaux des romanciers victoriens. La surprise est alors grande de lire avec Les Luminaires un pastiche des grandes narrations anglaises du XIXème siècle. Avec sûreté, à l’aide de narrateurs à la douzaine, la romancière de 30 ans est aux commandes d'un vaste puzzle de voyage et d’investigation parmi les mers et les terres lointaines de l'Océanie.

 

      La Répétition est fait de deux intrigues qui courent, finalement se rejoignent et dont la seconde est la « répétition » de la première, au sens propre et au sens théâtral. D’abord, l’histoire de Victoria, enregistrée par une étrange professeur de saxophone qui recueille les commentaires et impressions de ses élèves et de leurs parents ; ensuite, celle de l’école de théâtre dont le concours et le cursus sont le centre de l’univers du jeune Stanley. L’on devine que les ados et les profs sont peu conventionnels, que la problématique de la pédophilie y était traitée avec audace, en y mêlant d’habiles masques théâtraux.

      S’il ne s’agissait que de la relation sexuelle entretenue par Mr Saladin et Victoria, son élève mineure, l’anecdote vaudrait à peine la peine d’être rapportée. Mais Eleanor Catton sait donner un relief, une incroyable épice de vérité à ses personnages. Elle les fait parler avec une langue acérée, sans concession, nourrie d’images coruscantes, en particulier cette prof de saxo dont le franc parler, les qualités d’analyse voisines du cynisme ne s’embarrassent pas de politiquement correct : elle enseigne «  la langue du saxophone » comme celle « des orphelins et des bâtards et des putains », elle veut des élèves « duvetées et pubescentes », elle voit le « péché » de Victoria comme « un état, une maladie fourrée tout au fond d’elle », conception certes discutable. Elle va jusqu’à comparer l’initiation de Victoria avec celle par « un copain », « un garçon sans caractère », et pas au bénéfice de ces derniers. La dimension provocatrice pourra choquer…

      La satire du monde des adultes est criante En particulier le grotesque psychologue qui fait subir à la classe de Terminale des séances moralisatrices bêlantes d’ennui, parfois dynamitées par l’ironie de Julia, l’élève hors normes. Ou encore le père de Stanley, également psychologue et amateur de blagues lourdement scabreuses ; sans compter les mères abusives. Mais elle est dépassée par un tableau sans fard de la perception des adolescentes assez peu horrifiées, surtout curieuses, voire jalouses de l’expérience menée par le trentenaire et sa tendre élève. D’autant que cette dernière continue, après l’éclatement du scandale, de voir en cachette son amoureux renvoyé du collège, à qui Julia ne reproche que de n’avoir pas su attendre les quelques mois qui la séparaient de ses dix-huit ans.

      Certes, ce chiffre est arbitraire. Mais il en faut bien un, d’autant plus que la séduction, si apparemment consentie, s’accompagne d’abus de pouvoir : « Monsieur Saladin, en tant qu’enseignant, a abusé de son autorité en cherchant à nouer une relation avec une élève », requiert avec justesse le psychologue, malgré l’hypocrite euphémisme, même si l’analyse du « risque » proposée par Julia le dépasse visiblement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il est indéniable que ce livre, s’il n’avait été écrit par une femme, aurait pu valoir à son auteur quelque soupçon de complaisance envers la pédophilie. Eleonor Catton vient cependant dénoncer le « culte de la victime », cette « rumeur » infondée selon laquelle Victoria « finira en sérial coucheuse » en « loque émotionnelle ». De plus, son sens de la suggestion fait merveille. Elle sait nous faire deviner une tendresse à tous inconnue entre Victoria et Mr Saladin, ainsi que l’émotion de Stanley, brisé par le double jeu de la petite sœur de Victoria, cette trop jeune Isolde (pour les dix-huit ans passés du garçon) qui ressent « cette panique écorchée du désir en abysses » qui lui aura permis de réaliser le rêve lesbien de Julia.

      Même si son goût de l’ambiguïté peut laisser perplexe, rien d’obscène en ce roman aux fines analyses psychologiques. Sauf peut-être les franges de la perversion et de la manipulation mentale exercés par les maîtres de théâtre qui n’hésitent pas à laisser leurs élèves s’aventurer sur le territoire dangereux de la représentation du scandale, autre « répétition » de la manipulation de Saladin, au nom venu des troubles magies des Mille et une nuits…       

      Car les « Maître d’Interprétation » et du « Mouvement », la « Maîtresse d’improvisation » règnent sur cette école extrêmement sélective où ils forment des acteurs, comme d’étranges gourous, semi-sensés, semi-hallucinés : « Le théâtre est un concentré de la vie ordinaire », « Il acceptera d’être laid si son art l’exige », « Nous vous encourageons à soigner votre condition physique, à tomber amoureux, à vous masturber. » Quant à « l’exercice inspiré du Théâtre de la Cruauté », il franchit les bornes de la violence et de l’humiliation publique…

      Ainsi, les coups de griffe contre les systèmes éducatifs sont nombreux. En témoigne cette diatribe de Julia à méditer : « ce n’est plus le meilleur qu’on distingue. Au contraire, il n’y en a que pour les classes de rattrapage et de soutien, l’enseignement spécialisé et les enfants à problèmes… »

      L'on pourra reprocher à ce parti-pris narratif de n’avoir qu’une fin partielle. Ou apprécier au contraire sa conclusion ouverte qui laisse toute liberté aux personnages de se développer selon leurs choix et nos imaginaires. En ce roman de formation en forme de points de suspensions, on choisira le point de vue du lecteur adulte à moins de celui des adolescentes effrayées ou séduites jusqu’à la jalousie par l’expérience hors-normes vécue avec audace par leur consœur… Quel jugement moral la romancière veut-elle porter sur ses personnages ? Au lecteur de répondre par son propre verdict, s’il peut être nuancé.

      La richesse stylistique, même si les parties consacrées aux leçons de théâtre ronronnent parfois dans la facilité d’une narration factuelle à l’intérêt discutable, l’angle d’attaque de son sujet -les analyses des adolescents et celui de profs non conventionnels- nous laissent espérer que ce jeune roman n’est que le premier d’une longue chaîne de surprises. Surtout, qu’Eleanor Catton n’abandonne pas son exigence de vérité intérieure, la vigueur déstabilisante de son regard sur nos motivations secrètes et les failles de nos sociétés. Que notre néo-zélandaise demeure, en gagnant encore de la puissance, une réelle romancière. Qu’elle nous épargne de devenir une faiseuse de scénarios convenu à l’écriture neutre…

 

      Un séduisant roman d’aventure, où « le châtiment est à la mesure du crime », s’ouvre sous nos yeux ébahi par ces Luminaires. À mi-chemin des traversées maritimes et exotiques de Stevenson[1], des quêtes minières de Jack London et des investigations de Sherlock Holmes… Le voyage narratif est traversé de pluviosités record, de tempêtes et naufrages, de bars appelés « La Poudre et la Pépite », d’escrocs et de courtiers, d’espérances mirifiques. La côte sud-ouest de Nouvelle-Zélande, assaillie par les chercheurs d’or, voit se multiplier « les fortunes montantes ou déjà au faîte du succès, les fortunes déclinantes, tombées, en suspens ». Le capitalisme en accéléré donc. Or, au cœur de cette suractivité, un nœud de mystères réunit une douzaine de personnages dans le fumoir d’un hôtel ; au premier chef Balfour, menacé de chantage, environné de « scélérats ». Autour de lui, un révérend, un politicien, un prospecteur, un trafiquant d’opium, un Maori évidemment tatoué… On y évoque Anna, une prostituée qui s’adonne à l’opium et manie un pistolet pour dames, un capitaine Carver à l’identité fluctuante. Des malles égarées, un notable fortuné disparu, un trésor en or dans une cabane perdue où meurt un ivrogne, et l’enchaînement des péripéties devient vertigineux, malgré les efforts des tenants de la loi : « où peut-on mieux cacher un cadavre que dans la tombe d’un autre ? »

      En ce roman historique, situé autour de 1860, la sagacité psychologique est   sans faute lorsque l’on sonde son narcissisme, son estime de soi, ses interrogations, ses travers ; comme le Maori Te Rau qui « se mit en quête de la sagesse, afin d’apprendre à douter de lui-même ». Le narrateur omniscient se charge de nous guider parmi les protagonistes de l’intrigue, ménageant les fils de son labyrinthe, les ressorts du suspense, en cette « quête de la vérité »…

      L’on devine que l’indubitable talent d’Eleanor Catton a séduit les lecteurs d’un pays aux deux îles australes, grâce auquel ils retrouvent, magnifiée, l’Histoire de leur nation, ses paysages marins et montagnards, ses habitants, colons et Maoris. Au point que la réputation de ce modèle romanesque à l’ancienne se soit répandue parmi les contrées anglo-saxonnes, qui lui ont attribué le prestigieux Man Booker Prize. Notons d’ailleurs qu’elle en est la plus jeune récipiendaire avec le livre le plus volumineux : un roman écrit « par déférence pour l’harmonie des sphères tournantes du temps ».

      Car au-delà de cette histoire aux facettes nombreuses, chacun des personnages, tour à tour prenant en son chapitre le fauteuil du conteur, se voit affublé d’un signe du zodiaque : Thomas Balfour est le Sagittaire, Te Rau est Aries. Ils sont douze à être figurés par des constellations, sans compter les sept planètes associées aux acteurs des machinations  criminelles : Vénus pour Lydia Wells-Carver, Mars pour le martial Francis Carver, escroc et peut-être meurtrier… La composition est cosmique, habile et curieuse.

 

      Au-delà de l'indéniable réussite de la distribution et du drame romanesque, l’intermittente ironie du narrateur, qui chapeaute l’ensemble, et cette construction zodiacale et planétaire qui explique les Luminaires du titre, suffisent-elles à assurer à ce vaste et ambitieux roman une aura postmoderne parfaitement convaincante ? Le risque étant d’associer à la rigueur compositionnelle de ce beau volume les séductions artificielles de la superstition. Aussi l’on est en droit de préférer La Répétition : quoique écrit par une plus jeune écrivaine, le roman révèle une fraicheur, une acuité plus révélatrice des psychologies humaines, de leurs beautés et de leurs travers.

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matricule des anges, octobre 2011 et janvier 2015

Une vie d'écriture et de photographie

 

La Serrurerie, Poitiers. Photo : T. Guinhut.

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 20:17

 

San Giacomo / Sankt Jakob, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Bethsabée, la muse charnelle de Rembrandt,

 

par Claude-Louis-Combet

 

& Simone van der Vlugt.

 

 

 

 

Claude Louis-Combet : Bethsabée, au clair comme à l'obscur,

José Corti, 2015, 194 p, 21 €.

 

Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre,

traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Guillaume Deneufbourg,

Philippe Rey, 2020, 304 p, 20 €.

 

 

 

Le peintre tient d'une main ferme le pinceau de la féminité. Hélas, une tragédie fend la vie de Rembrandt en deux : la mort de son épouse Saskia. De plus, il doit se séparer de la servante Geertghe, qui lui fit un procès faute d'une promesse de mariage non honorée, et fut internée à cause de ses violences, y compris contre les enfants du maître. Fort heureusement, en cette période noire, le destin de l'artiste fut illuminé par l’arrivée d’Henrdrickje Stoffels (1626-1663) qui, outre l’entrée à son service, devint sa maîtresse, et son modèle. C’est à cet accord parfait, quoique tragique, que Claude Louis-Combet consacre un récit somptueux, profond comme les ombres, lumineux comme le pinceau du styliste. Cependant Geertghe Dircx n’a peut-être pas dit son dernier mot et se voit en passe d’être réhabilitée par le roman de Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre. Être un génie protège-t-il du mal ?

 

L’on connaît, au Louvre, le portrait d’Henrdrickje Stoffels au béret de velours, peint de pâtes tendres aux couleurs assourdies par le temps. Or elle devint également le modèle de toiles mythologiques : « Danaé », « Bethsabée », d’où le titre choisi par notre prosateur. Ce n'était pourtant qu'une servante, qui « ne savait pas lire », mais qui sut écouter le peintre lui lire la Bible, pour comprendre comment prendre la pose de son personnage : cette Bethsabée au bain qui tenta le roi David et lui donna deux héritiers, dont le futur roi Salomon.

L'art et l'érotisme, autant que les deux personnages, se complètent :« Le Maître aimait l'éclat solaire des chairs dénudées, les seins gonflés de vie, les cuisses palpitantes dans la lumière. » Non content d'apaiser le désir, « la ferveur sexuelle » permet également « la fusion du charnel et du spirituel [qui] consistait exclusivement dans la beauté de l'oeuvre ». Au point de se demander qui féconde qui… Les allusions mythologiques nourrissent la fertilité du peintre autant que du ventre de la femme qui, après avoir été la nourrice de son fils préféré, Titus, lui donne bientôt une fille nommée Cornelia : « comme Pasiphaé, Hendricjke avait été visitée, et, dans les abysses de sa chair, travaillée d'une violence bestiale qui lui avait arrachée de longs gémissements ». Ce qui permet à Rembrandt de produire une de ses « toiles refusées et interdites », hélas ravagée plus tard, lors d'un incendie. Hendrijcke restera un fidèle soutien de celui qui sera bientôt accablé de dettes...

Rien n'empêche le narrateur de prendre de la hauteur, spirituelle et temporelle, en particulier lorsqu'il compare les portraits de la femme, de la servante (au sens noble du terme), de la muse, à la « Beata Beatrix » de Rossetti, à « Mademoiselle Rose » de Delacroix. On se doute alors que la profession de foi de l'écrivain n'est pas loin : « Les figures de l'art semblaient anticiper les expériences de la vie et en tracer les promesses ».

Témoin et démiurge de son œuvre-miroir de l'artiste et de la vie, Claude Louis-Combet termine en mélancolie, enterrant, après celui de l'aimée, le corps de son peintre. Il est « à quelques pas en arrière […] le Prosator, appelé Homme du Texte, appliqué à ne rien perdre du spectacle de cet enterrement furtif et désolant ».

 

 

Après Blesse, ronce noire et Le Livre du fils1, l'univers de Claude Louis-Combet est une fois de plus totalement inactuel ; en ce sens intemporel. Le corps, la chair, le désir, l'art et la transcendance peut-être possible sont des thèmes obsessionnels caressés avec la paume d'une langue intensément sensuelle et chargée de sens. Y compris s'il use (voire abuse) des métaphores du « clair » et de « l'obscur », pour reprendre son évocateur et profondément mystique sous-titre. Il est évident que l'écrivain cherche -et parvient- à peindre une œuvre d'art, au sens où, représentant les tableaux de Rembrandt, et les faisant palpiter de vie, il réalise des ekphrasis : en écrivant comme peint son maître, changeant tout ce qu'il narre et décrit en tableau.

Si Claude Louis-Combet n’est pas le seul à avoir écrit sur un tel sujet (Paul de Roux offrit à cet égard un roman, Une Double absence2, et Pierre Benoît un Bethsabée en 1938) il sait à merveille envelopper son lecteur dans un monde profus et touffu, aux lumières chaudes, aux ombres brutales. Récit ? Plutôt « mythobiographie », dit-il. Eloge et blason de l'amour et de l'art ? Plutôt un vaste poème en prose, dans une lointaine consanguinité splendide avec cet autre amant de l'art : Charles Baudelaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le roman de Simone van der Vlugt, La Maîtresse du peintre, le point de vue est radicalement différent. C’est un pan ignoré de la personnalité du peintre, de sa vie sentimentale et domestique qui est ici éclairé de sombre manière. Rembrandt van Rijn vécut plusieurs années avec Geertje Dircx, gouvernante de son fils Titus après la disparition de son épouse Saskia Uylenburgh. Une telle liaison s’est conclue par l'arrestation puis l'emprisonnement de Geertje en maison de correction. Ce fut bien à la demande du peintre que le forfait, si l’on peut appeler cela ainsi, s’accomplit.

S’appuyant sur des recherches historiques, Simone van der Vlugt peint à son tour le portrait moins d’un peintre que d'un homme, auquel elle contribue par un brin d’imaginaire pour se glisser dans la psyché du personnage féminin. Loin du mythe et de l’aura picturale, la réalité serait plus retorse. Sombre et manipulateur, ainsi apparait le génial peintre qui écarte une femme, la condamne au silence faute d’avoir vécu selon le souhait du maître, comme de nombreuses femmes de leur temps. Le roman fait résonner les cordes sensibles du pathétique et de la pitié, penchant - un peu trop ? - vers la compassion à l’égard d’une gouvernante bafouée.

Car Geertje avait joui des bijoux de Saskia que lui avait confiés Rembrandt. Et lorsque le mariage qui paraissait miroiter à ses yeux se voit remplacé par une plus jeune servante, Henrdrickje Stoffels, la presque promise se rebelle, exigeant une pension. Et alors qu’il lui avait interdit de vendre les bijoux, il découvre qu’elle les avait mis mis en gage. Voilà le corps du délit qui contraignit  Rembrandt à faire enfermer Geertje, qui ne sortira de la maison de correction qu’au bout de six ans. Triste destin.

Reste que l’écriture, fluide et attachante de ce roman réaliste, n’a pas la puissance poétique et métaphysique de l’art de Claude Louis-Combet.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

1 José Corti, 1995 et 2010.

2 Paul de Roux : Une Double absence, Gallimard, 2000.

 

Ostia antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 19:23

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les satires de Will Self :

 

Parapluie, une conscience londonienne enfouie ;

 

No-smoking, Candide au pays des non-fumeurs.

 

 

Will Self : Parapluie, traduit de l’anglais (Royaume-Uni), par Bernard Hoepffner,

L’Olivier, 416 p, 24 €.

 

Will Self : No smoking, traduit de l’anglais par Francis Kerline,

L’Olivier, 350 p,  22 €.

 

 

    

      Les objets ont soudain un rôle inattendu chez le romancier britannique Will Self. Un « parapluie » s’ouvre et se déploie dans l’esprit fermé d’une femme. C’est grâce à un personnage longuement récurrent chez le trublion des lettres Will Self, le psychiatre Zachary Busner, que le récit déboule en avalanche, ramenant au jour de la conscience et du lecteur le monde londonien des années 1915. Cependant dans No Smoking, un modeste mégot déclenche une procédure infinie, tout un drame sociétal à l’aube du XXI° siècle. Le romancier anglais Will Self enfourche la cavalerie de la satire avec délectation

 

      Audrey Death ne porte pas en vain son nom : elle est en effet morte psychiquement  depuis un demi-siècle. À l’écoute de cet étrange cas, le Docteur Busner part à la rencontre du labyrinthe mental de sa patiente : « Plantés dans la chair du présent, se trouvent les fragments de miroir d’une explosion dévastatrice : une bombe à retardement a été amorcée dans le futur et larguée dans le passé. » Le diagnostic est rien moins qu’aisé : « démence précoce, paralysie générale des aliénés, syphilis, dépendance au socialisme, schizophrénie », on appréciera à sa juste valeur l’énumération et son coup de griffe politique. La déploration sur la vieillesse « qui prend votre nourriture pour en faire des purées » est au contraire émouvante.

      Pourquoi un Parapluie ? Eh bien, figurez-vous une phrase de Joyce : « Un frère s’oublie plus facilement qu’un parapluie ». Et parce que la brave dame travailla dans une usine de parapluies et qu’elle a en quelque sorte refermé le parapluie de l’atonie sur ses angoisses. À une époque où les femmes trimaient dans des usines de munitions, où le féminisme et le socialisme tentaient leurs premières armes, Audrey Death vit sa jeunesse tourner court.

      Il serait vain de chercher là un récit linéaire, une structure chronologique. L’enfance, l’adolescence, la jeunesse ouvrière de Madame Audrey, ses deux frères, tout cela se télescope sur les pages d’un volume en forme de cerveau aux connections éteintes et rallumées, à l’enveloppe molle, aux noyaux durs. Le chaos biographique est cependant exploré avec détermination par un Docteur Busner, qui fait autant pour la cause humaine et psychiatrique, que pour sa gloire et son avancement. Administrant à sa pitoyable vieille patiente une drogue voisine LSD, le « L-dopa », il ranime la psyché éteinte -et non pas folle- sous forme de flashes et de projections colorées, essore l’éponge d’une vie, explose la langue.

       Se ravivent alors les personnalités contrastées des deux frères : Albert, doté d’une mémoire éidétique (ou absolue), qui devient « Sir Albert », et Stanley, qui disparut lors de la guerre, probablement à cause de son propre frère et « ces putains d’obus foireux ». Ce  qui nous vaut des images terrifiantes de la guerre des tranchées. Le premier reproche à sa sœur d’avoir été une « pacifiste autoproclamée », une « socialiste et collectiviste », une « championne violente du droit et du suffrage des femmes » : reviennent alors au jour « les munitionnettes, les suffragettes, les révolutionnaires déchaînées ».

 

 

      L’écriture de Will Self est à la fois heurtée, dansante, hip-hop et enveloppante ; ce que rend parfaitement la traduction de Bernard Hoepffner. Elle est également psychédélique, comme se ressentant du LSD administré, entrelacée de plusieurs niveaux de conscience et d’inconscient, bourrée de néologismes, comme lorsque les chaussures « crêpellent sur le sol », presque joycienne. La réussite narrative et stylistique, ébouriffante, rejoint les meilleures pages de son plus étonnant roman, Les Grand singes ; tout en dépassant de loin la tentative, remarquable quoique peut-être avortée, de créer un nouveau langage dans Le Livre de Dave[1]. Dans lequel Dave Rudman use d’élucubrations argotiques pour noircir un manuscrit qu’il enterre en un jardin ; cinq siècle plus tard, son livre devient une nouvelle Bible fondatrice du « dialecte Mokni »…

      C’est en Parapluie, un festival de métaphores inédites, surprenantes : sous le « plafond vert arsenic », elle a des « paupières de crasse », une « joue fromageuse »… Sociolectes et tics de langages se bousculent. Il faut bien au Docteur Busner cette ironie enjouée, passablement cynique, pour survivre et dominer ce monde hospitalier glauque et sénescent. La satire du monde psychiatrique, de ses asiles de vieillards est guillerette et féroce : face au pouvoir médical, infirmier et bureaucratique, elle s’en donne à cœur joie. Cependant, l’asile d’aliénés, peint à l’acide le plus réaliste, annonce au-dessus d’une de ses portes le projet du roman : « Art-thérapie et salle de réminiscence ». Ainsi, Will self reste fidèle à son « réalisme magique sale[2] », même s’il s’est moqué de cet appât pour critiques littéraires.

      La technique du « courant de conscience », à la suite de Virginia Woolf et de James Joyce, trouve ici une acmé remarquable. Quoique notre romancier exige de son lecteur une attention, une conscience aigüe de son texte, de ses ramifications et de ses rubans de Moebius, il n’est en rien obscur. S’il imite la structure stratifiée en désordre du cerveau de la patiente réveillée par le Docteur Busner de sa léthargie encéphalique, ce dernier, sorte d’alter ego de l’écrivain, nous permet d’y pénétrer avec intensité. Non sans y ajouter, sans que la limite soit toujours précisée, les propres circonvolutions de son monologue intérieur, amplifiant ainsi la dimension polyphonique. Certes, sans aucun chapitre, et bien peu de paragraphes, la compacité du bloc romanesque ne parait pas faciliter la tâche du lecteur. Reste à se confier à une immersion, parmi laquelle les parties immergées de la conscience sont montueuses et continentales. Et si l’on consent à ce voyage exploratoire, l’on saura que l’écriture joycienne, qui semblait fermer la porte qu’elle avait ouverte, a ici trouvé un descendant, un disciple, qui, quelque part a dépassé le maître, en étant plus lyrique et sensuel, malgré la dimension affreusement pathétique, voire tragique du cas humain, plus fluide et violemment évocateur. À moins de considérer que le modernisme de Will Self a quelque chose de suranné, ranimant avec un brio certain une vieille lune encombrante des expérimentations littéraires, comme « maulaidroitement disséqué ». Sur quelques pages, c’est splendide, vertigineux, sur un pavé macdonaldesque de quatre cents pages, il faut un solide appétit. Que l’on ne peut qu’encourager, l’effort de mastication étant récompensé par la dégustation…

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Une fois de plus la satire selfienne est lancée à plein poumons : famille, tourisme, pays en développement, rien n’est épargné. Dix ans après avoir changé le genre humain en primates au pays des Grand singes, Will Self imagine un Candide au pays des non-fumeurs, dans un nouveau pays-continent, sorte d’Australie tribale et postcoloniale, pour se moquer avec un « comique funeste », autant des occidentaux que des indigènes. Les désarrois du tourisme postcolonial sont fustigés sous une plume satirique.

      Un anti-héros plat et naïf, Tom Brodzinski, prend d’exotiques vacances avec femme et enfants. Persuadé d’en finir avec les cigarettes, il en projette le dernier « mégot » (The Butt, titre original) par son balcon. Hélas, le corps du délit va heurter le front d’un vieillard, qui, marié à une jeune fille locale, possède la double nationalité. De ce point de départ incandescent s’ensuivront de tristes et grotesques péripéties judiciaires. Peut-être sa responsabilité de blanc est-elle générique au pays où le tabac est violemment réprimé dans l’espace public… Il va falloir à notre niais inculpé tout un périple sous continental pour payer son péché originel, cette « tentative de meurtre » et ses « dommages collatéraux » sur un vieillard qui paraît être bientôt en phase terminale. Mieux vaut alors indemniser à coup de dollars, de faitouts et de fusils une communauté indigène au nom impayable et imprononçable, à l’autre bout de la forêt vierge et des déserts. Le lecteur a compris que la vaste initiation de notre impétrant qui doit aller livrer sa lourde obole n’est qu’une arnaque de première, avec la complicité active du gouvernement, du système judiciaire, de la police, des tribus, de l’aide humanitaire, voire de la femme du pauvre Tom…

      Les personnages sont des caricatures jetés à la face des bons sentiments. L’épouse modèle abandonne son mari dans l’étau des lois locales. Les enfants sont une ado crispante et un adopté acheté devenu semi-obèse et obsédé de consoles de jeux. Le consul est un profiteur expert en prise d’otage du pauvre touriste occidental. Les blancs -« les Anglos »- sont des racistes impénitents, traitant de « foutus bamboulas » le moindre indigène, souvent satisfait de son misérabilisme ou bien rebelle d’une guérilla pitoyable et meurtrière, s’il n’est pas lui-même un des rouages huilé de la corruption et de la suffisance du pouvoir. Quant à celui qui devrait tout surplomber de sa hauteur morale, le « neuroanthropologue », c’est un mage allemand pontifiant qui a réinventé la culture tribale de la population qu’il domine. Ce post-structuraliste et déconstructionniste, également chirurgien, va jusqu’à pratiquer la lobotomie sur le corps calleux du cerveau de ses affidés et du pauvre Tom, châtié sans ciller parce que condamné par la culpabilité coloniale, par une tyrannie spiritualiste qui balaye « la quintessence de la science occidentale » : « la fiction narrative des Anglos ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pire encore, les systèmes sociaux et économiques sont crânement viciés, leçon putride jetée à la face d’un monde pseudo libéral, ou seulement libéral pour le profit des exploiteurs de toutes peaux. Le mélange des lois occidentales, des usages tribaux et des assurances capitalistes en fait un tout complexe, imbécile et finalement criminel. L’exploitation d’une mine de bauxite et son traitement des ouvriers locaux est révoltante. Le fonctionnement de l’action humanitaire est confiscatoire pour l’occidental, infantilisant pour l’indigène et symptomatique de la prétention de ses acteurs à dispenser bonne parole et bonne action pour un résultat infâme.

      Tous les genres balayés sont parodiés : le road novel post Kerouac devient une odyssée désertique sans profit intellectuel ou de liberté; l’apologue, dans la lignée de Swift et du Candide de Voltaire, est criant d’ironie devant les paysages splendides où l’humanisme n’a jamais part ; le héros du roman d’initiation n’apprend guère, perpétuellement manipulé qu’il est, finissant en victime consentante de l’abattoir mental. Sans compter un appel du pied au Cœur des Ténèbres de Conrad, nommément cité, où le meneur de jeu blanc et teuton utilise en la dépassant la folie spiritualiste indigène. Et même si la partie centrale du roman (le voyage au désert) est moins trépidante et d’une écriture moins intense qu’attendue, le style de Will Self reste marqué par ses métaphores coruscantes, par une réjouissante et inquiétante férocité satirique.

 

 

      Le roman du toujours jeune et vieux Will Self (il est né en 1961) est bien un « accélérateur de particules linéaires humaines ». Critique de société, satire à tous crins, psychologie et psychiatrie, et expérimentation romanesque font alors bon ménage. Répondant, selon son auteur, au principe de la fiction : « comment dire quelque chose de vrai à partir de mensonges[3] ». Fleuve aux cent bras entremêlés, le récit selfien emporte et englue irrésistiblement son lecteur. Faut-il regretter la dynamique narrative et la plénitude de sa plus grande réussite : Les Grands singes[4], dans lequel le Docteur Busner était un chimpanzé également psychiatre qui prenait soin d’un de ses semblables primates qui avait le front de se prendre pour un homme…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Will Self : Le Livre de Dave, traduit de l’anglais par Robert Davreu, L’Olivier, 2010.

[2] Will Self, Jonathan Coe : Un véritable naturalisme littéraire est-il possible ou même souhaitable ? traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Pleins Feux / Villa Gillet, 2003, p 47.

[3] Will Self, Jonathan Coe : ibidem, p 25.

 

 

Pic de Sesques, Laruns, Pyrénées-Atlantiques. Photo : T. Guinhut
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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 13:18

 

Constellation de la Balance, cadran solaire de Bianchini,

Chiesa Santa Maria degli Angeli, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De l’argument spécieux des inégalités.

 

Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek...

 

 

 

 

      La justice serait-elle au côté du pauvre quand l’injustice assure les biens du riche ? Les inégalités se propagent et se creusent, pense-t-on faussement, fomentant monstrueusement la bassesse de la pauvreté. Prendre au riche pour enrichir le pauvre est alors, pense-t-on naïvement, la solution idoine. Cependant, en paraissant assurer la légitimité morale et économique de l’intervention étatique, au moyen de la redistribution, au service de l’égalité et du bonheur économique, l’argument des inégalités, cet argument apparemment éclatant, mais faux, destiné à tromper les naïfs, n’est-il pas spécieux ? Ne vaut-il pas mieux s’intéresser à la pauvreté, à ces causes, et lever les barrières qui l’empêchent de devenir richesses… Plutôt que de se servir de l’argument spécieux des inégalités pour transformer les sociétés en une contre-utopie corsetée, ne faut-il pas mieux se servir de l’argument de la pauvreté, scandaleuse en soi, pour rendre à la cité ses libertés ?

 

De Rousseau à Marx, le réquisitoire contre le riche

 

       Une archéologie des inégalités, pour reprendre le concept de Michel Foucault[1], ne doit omettre ni Rousseau, ni Marx. Le philosophe des Lumières était assez éclairé pour séparer les deux natures de l’inégalité : « Je conçois dans l’Espèce humaine deux sortes d’inégalité ; l’une que j’appelle naturelle ou physique, parce qu’elle est établie par la Nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’Esprit, ou de l’Ame ; l’autre qu’on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention. […] Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants qu’eux, ou même de s’en faire obéir.[2] »

      Cependant, Rousseau, en clamant que la décision de clore un terrain en proclamant « Ceci est à moi », lui fit jeter un anathème malvenu sur la propriété privée : « Vous êtes-perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n’est à personne[3] ». Donc, in fine, une réprobation sans appel sur la propriété entrepreneuriale et capitaliste. Au point de vouloir « qu’on établisse de fortes taxes […] sur cette foule d’objets de luxe, d’amusement et d’oisiveté[4] » ; forgeant ainsi le principe de l’impôt fortement progressiste, non seulement sur la richesse mais ce sur quoi l’Etat se permet indument une réprobation morale. Etait-ce encore, de la part de Rousseau, Lumières ? Il est permis d’en douter, face à un autre essayiste de l’Enlightenment : l’économiste Adam Smith qui préféra, aux causes de l’inégalité les causes de la richesse des nations[5]

      Digne -en dépit de leur indignité commune sur ce point- successeur de Rousseau, Marx ordonna : « L’égalité comme raison du communisme en est la justification politique », non sans mentionner que « pour surmonter la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle[6] ». Le remède ultime et supérieur aux inégalités serait donc la confiscation, l’interdiction de la propriété privée. Ce que confirment les « mesures » réclamées par cette désastreuse déclaration d’intention qu’est Le Manifeste communiste : « Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat. Impôt sur le revenu fortement progressif. Abolition du droit d’héritage ; confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale à capital d’Etat et au monopole exclusif. » On ne s’attardera pas ici sur la « Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport et de communication » et sur le « Travail obligatoire pour tous[7] »… Le communisme, intrinsèquement et génétiquement tyrannique, aux conséquences historiques, meurtrières et totalitaires que l’on sait, bien plus que la propriété selon Proudhon - qui d’ailleurs nuança son propos -, c’est le vol.

 

Jean-Jacques Rousseau : Œuvres , Dupont, 1823. Photo : T. Guinhut.

 

 

Inégalités planétaires et doxa selon Piketty

 

      Voici le type de réquisitoire qu’aime développer à l’envi l’icône de la doxa contre les inégalités -nous avons nommé Thomas Piketty- : 350 millions de personnes les plus pauvres de la planète équivalent aux 85 personnes les plus riches de cette même planète, les premiers vivant avec 486 dollars, les second avec 20 millions de dollars. De plus, au sein des pays développés, le revenu des 10% de plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, selon le journal L’Humanité[8]. Malgré notre confiance plus que prudente envers un organe communiste, on doit supposer que l’information est crédible. Doit-on, de plus, croire l’information selon laquelle les 1% les plus riches soient en passe de posséder plus que le reste des habitants de la planète ? Affirmation fort sujette à caution, ne serait-ce que parce qu’elle ne tient pas compte de la mobilité des fortunes. Alors, la cause est entendue : l’écrasante inégalité qui règne sur le monde est le péché originel du capitalisme.

      Si, selon Thomas Piketty, « les inégalités se sont réduites en France au XXème siècle », malgré la persistance de l’inégalité des revenus, c’est moins par l’augmentation à peu près continue des taux d’imposition pour les plus riches, que par l’augmentation du pouvoir d’achat qu’a permis la croissance de la productivité -quantitative et qualitative- du capitalisme. Pourtant, vient arguer Piketty, ces inégalités, criantes avant la première guerre mondiale, se sont réduites au travers des « chocs subis par le grand capital », guerres, inflation et crises économiques, mais la cause majeure en est l’impôt progressif sur l’accumulation des patrimoines. Notre diva de l’économie est cependant plus mesurée en sa conclusion que l’on pourrait l’attendre sur ce terrain : « L’impôt progressif a le mérite d’empêcher que ne se reconstituent des situations analogues à celle qui prévalaient à la veille de la première guerre mondiale, et sa mise à mal pourrait avoir pour effet de long terme une certaine sclérose économique[9] ». Ah, qu’en termes prudents ces choses-là sont dites ! Alors que cette sclérose économique va s’aggravant en France depuis trois décennies, passant aujourd’hui de la sclérose en plaque au cancer généralisé…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’on sait, depuis Le Capital au XXIème siècle[10] que Piketty a conclu à un fort accroissement des inégalités patrimoniales et de revenus depuis les trente dernières années parmi les pays développés. Pour lui, le rendement du capital aurait tendance à croître au-delà du taux de croissance. En conséquence de quoi, il préconise, outre un impôt sur les hauts revenus jusqu’à 80 %, une taxation mondiale du capital. On n’a pas manqué de contester sa méthode et sa thèse. Il n’est pas sûr que les évaluations des patrimoines mobiliers soit fort objectives. De plus il faut invalider sa prémisse selon laquelle les grandes fortunes n’ont de cesse de croître. Bien des nouvelles fortunes mondiales sont fort récentes, d’autres, plus anciennes, se sont érodées, la mobilité est plutôt la règle, signe d’une prime à l’inventivité plutôt qu’au capital lui-même. Enfin le capitalisme de connivence avec l’Etat est omis par Piketty, au point de penser qu’il soit un frein oublié au développement des entreprises concurrentielles, donc de la démocratisation de l’enrichissement. L’idéologie postmarxiste, quoique invalidée par les faits, a de beaux jours -ou plutôt d’affreuses nuits- devant elle, secourue par la démagogie. L’on sait que ce livre, quoique son auteur affecte de rejeter l’auteur du Manifeste communiste, se veut un rejeton scientifique de l’opus de Karl Marx. Or, lourd et verbeux, bourré de tableaux et de courbes, il est plus acheté que lu, en tant que garant de l’idéologiquement correct et de l’aura de solidarité dont il aime s’entourer.

      Il est de plus battu en brèche par maintes analyses, dont la plus pertinente et accessible est celle menée sous la direction de Jean-Philippe Delsol, Nicolas Lecaussin et Emmanuel Martin, et intitulée Anti-Piketty. Vive le capital au XXI° siècle[11], dénonçant une mystification économique et idéologique. Raisonnements lacunaires, chiffres tordus et tyrannie fiscale sont les mamelles du pikettisme, alors que les inégalités n’ont cessé de décroître sur la planète depuis surtout un demi-siècle, grâce à la mondialisation du capitalisme libéral. L’ultra-égalitarisme du sieur Piketty, gourou de son état, mènerait sans nul doute à une débâcle économique et sociale.

 

 

 

Le rôle positif des inégalités

 

      Mais au Siècle des Lumières, il n’y a pas place que pour l’égalité imposée par la volonté générale du Contrat social rousseauiste. Répondant à la question de la reproduction des richesses inégales par les privilèges et les héritages, Diderot rétorque légitimement : « A chacun son mérite » […] « En même temps que le mérite sera plus honoré, la cupidité diminuée, le prix de l’éducation mieux senti, les fortunes seront moins inégales. [12] » Plus tard, en 1848, c’est-à-dire la même année que le Manifeste communiste, Adolphe Thiers, contribue à l’idée de la moralité des inégalités : « De la transmission héréditaire proviennent de nouvelles inégalités acquises, qui, s’ajoutant aux inégalités naturelles, produisent certaines accumulations qu’on appelle la richesse. Ces accumulations n’ont rien de contraire à l’équité, car elles n’ont été dérobées à personne, contribuent à l’abondance commune, servent à payer les produits les plus élevés de toute industrie perfectionnée, et, nées du travail, se dissipant et périssant par l’oisiveté, présentent l’homme récompensé ou puni par la plus infaillible des justices, celle du résultat[13]. » Ce qui permet au péché capital de la cupidité et de l’avarice de trouver le moyen d’être utile au capitalisme libéral qui irrigue la société entière[14]. Reste évidemment, pour compenser les inégalités de départ liées à l’héritage, autant financier que culturel, d’assurer l’éducation gratuite pour tous, ne serait-ce que par le chèque éducation, seule redistribution qui reste un investissement indispensable.

      Plus tard encore, Fukuyama, en 1992, déplie la défense des inégalités : « Les sociétés de classe moyenne sont destinées à rester fortement inégalitaires à certains égard, mais les raisons en seront de plus en plus imputables à la différence naturelle des talents et à la division économiquement nécessaire du travail. On peut interpréter en ces termes la remarque de Kojève selon laquelle l’Amérique de l’après-guerre a effectivement réalisé la « société sans classes » de Marx ». Alors que « le projet marxiste a cherché à promouvoir une forme extrême d’égalité sociale aux dépens de la liberté[15] », c’est-à-dire l’égalité du goulag, hors quelques dignitaires soviétiques au sommet de leur sphère, inégalité plus extrême et plus honteuse que tout autre, parce que non seulement économique, mais aussi politique, de plus sans le moindre espoir de sortir des bas-fonds. Ce qu’a contrario permet le capitalisme libéral, qui ne s’est pas gêné pour assurer aux masses une aisance que n’eurent pas rêvé ni le zek ni le kolkhozien…

      Certes, les inégalités spoliatrices, c’est-à-dire acquises par le vol et la tyrannie, par exemple dans la possession des terres en Amérique latine aux dépens des petits propriétaires, des indigènes, sont moralement et pénalement condamnables devant le tribunal du droit naturel. En revanche les inégalités attribuables au travail et au mérite ne sont que positives et n’ôtent rien aux pauvres, qui, au contraire, trouvent à en profiter grâce à l’accroissement de l’activité concurrentielle, de l’offre, corrélé à la baisse des prix. À condition, une fois encore, que la fiscalité ne gonfle pas ces derniers…

      Il faut alors percevoir que les inégalités ont un rôle positif : dans la mesure où les pauvres sont motivés à créer de la richesse, où les jeunes générations choisissent de faire fonctionner l’ascenseur social, dans le cadre de la liberté des échanges et de la mondialisation. Ce que confirme Johan Norberg : « contrairement à ce qu’on pourrait penser, les inégalités entre les pays ont diminué constamment depuis le début des années 1970. […] les économistes mesurent habituellement le degré d’inégalité à l’aide du coefficient Gini [qui] pour le monde entier est passé de 0,6 en 1968 à 0,52 en 1997, soit une baisse de plus de 10 %.[16] » Malgré quelques exceptions notoirement socialistes et communistes, théocratiques et soufflées par la guerre, le mouvement d’augmentation du niveau de vie ne semble pas près de s’arrêter.

      Une étude de l’Institut Economique Molinari[17] bat en brèche l’argument des inégalités en pointant que les émoluments des cent Présidents Directeurs Généraux les mieux payés au Canada équivalent à 171 fois le salaire moyen. Horreur ! Mais cette même étude offrait un calcul fort simple : divisant cette colossale rémunération par le nombre de leurs salariés (2 423 530), on obtient 326 dollars par an, soit 90 cents par jour, ou encore 0,7 % de hausse salariale. Dérisoire… Comme quoi la redistribution est parfaitement vaine. Pire encore, en imaginant que cette dernière soit assurée par l’Etat, le coût prohibitif de sa gestion la rendrait encore plus pitoyable, sans compter les dommages ravageurs à l’encontre de la société toute entière, privées non seulement du savoir-faire de ces patrons, mais également de leur dévouement à leur propre porte-monnaie qui est la source du dévouement de l’économie à la prospérité générale. Loin de contribuer à cette dernière, la redistribution contribue à la détruire. Vouloir à toute force et par idéologie recourir à la surabondance de la redistribution épuisant les acteurs économiques serait de l’égalitarisme forcené, au même titre qu’une tyrannie économique et sociale voisine du totalitarisme.

      On s’amusera en citant Michel Onfray qui, dans une perspective nietzschéenne, parvient à une réelle pertinence, en animalisant poétiquement l’égalité, intrinsèquement envieuse et revancharde : « Un triangle noir sur le dos / La tarentule prêche l’égalité. / Animal de la vengeance / Elle nomme justice / Sa haine et son aigreur. / La tarentule prêche l’égalité ; / Araignée de la jalousie / Elle déteste ce qui est / Fort et puissant. / Bête du ressentiment / Elle calomnie le monde / La vie et la vigueur. / La tarentule prêche l’égalité.[18] »

      Méfions-nous donc de l’égalité : outre son Envie prête à dévorer la liberté d’autrui, elle entraîne bien trop souvent la pauvreté de l’envieux. Autant l’inégalité devant le droit est à proscrire, autant les inégalités de richesses sont à considérer dans leur perspective dynamique d’enrichissement général… Tocqueville savait que « les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté. […] Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie[19] ». Tout est dit.

 

 

 

L’Ethique de la redistribution selon Jouvenel

 

      L’Etat est un « minotaure », accuse en 1951 Bertrand de Jouvenel, dans son Ethique de la redistribution ; surtout lorsque devenu Etat-providence, il use de son usine à gaz à redistribuer les revenus. Son omnipotence fabrique des assistés aux dépens non seulement des plus riches, mais des classes moyennes ; « et, tout compte fait, encombré du fardeau de ses multiples engagements, il n’applique les consignes de la redistribution que dans sa façon de prélever l’argent, et non dans sa manière d’en faire profiter largement sa population[20] ». Ainsi  « tout pouvoir de redistribution signifie un surcroît de pouvoir dévolu à l’état[21] ». Ce qui ne laisse pas d’être inquiétant, ne serait-ce que dans le domaine culturel, aux dépens du pluralisme. La conclusion de Bertrand de Jouvenel est sans appel : « les pouvoirs publics n’ont d’autre choix, s’ils veulent donner à tous, que de prendre à tous. […] les familles aux revenus faibles dans leur ensemble, versent au Trésor public davantage d’argent qu’elles n’en retirent.[22] » Ce qui ne vaut pas pour celles qui sont sans travail et ne vivent que des subsides alloués par l’Etat, qui par là-même, au moyen de sa sur-fiscalité et d’une législation du travail coercitive, les prive de ce travail qui assurerait leur indépendance…

      Lutter contre les inégalités est trop souvent le masque des parasites politiques et bureaucratiques qui démagogiquement gèrent la redistribution, aux dépens des créateurs de richesses et donc d’emplois. Les inégalités sont bien un argument spécieux, en tant qu’au nom d’une solidarité électoraliste, il sert de levier à l’Etat spoliateur, justicier et stratège, à ses hordes d’élus et de fonctionnaires, en particulier des ministères des finances, ainsi à tous ceux, mus par l’Envie, qui pensent en profiter.

      La redistribution peut rester morale et défendable lorsqu’elle pallie aux handicaps de ceux qui ne peuvent travailler. Hélas, elle a rapidement le grave défaut d’employer une noria de fonctionnaires exponentielle pour sa gestion d’une part, et d’autre part, à partir d’un seuil trop vite atteint, quoique assez subjectif, de décourager les entrepreneurs dont la motivation financière n’a rien de méprisable, de réduire leurs capacités d’investissement, sans oublier la fuite des énergies au-delà des frontières, comme en témoignent les 400 000 français vivant à Londres, dans un Royaume-Uni ainsi dopé, qui vient dépasser la France, en devenant à son tour cinquième puissance économique mondiale. Pire, s’il en est, la recette publique s’affaiblit alors, la courbe de Laffer venant opportunément vérifier l’adage selon lequel trop d’impôt tue l’impôt.

      Force est de constater qu’une France dont 57% du PIB sont consacrés aux dépenses publiques ne contribue qu’à appauvrir ses habitants et contraindre au chômage une énorme partie d’entre eux ; alors que des pays comme l’Allemagne ou la Norvège, avec un chiffre de 45 % ont un chômage deux fois moindre et une économie bien plus florissante. Tout en criant haro sur les riches, les seuls riches qui paraissent légitimes sont ceux qui, élus et haut-fonctionnaires, vivent au bénéfice de la fiscalité oppressive. Curieusement, ils sont traditionnellement bien moins dépréciés que les chevaliers d’industries et les patrons d’entreprise, du plus aisé au plus modeste. Ce que note Bertrand de Jouvenel : « Pendant toute la période dominée par la société commerciale, depuis la fin du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, la fortune du riche marchand a inspiré bien plus de ressentiment que le faste dont s’entouraient les dirigeants.[23] »

      Plutôt que de reprocher aux riches Bill Gates ou François Pinault leurs fortunes insolentes, remarquons qu’ils les ont gagnées en créant des richesses et des emplois, qu’ils la dépensent pour contribuer à la santé, au développement des Africains pour l’un et à l’expressivité et au niveau de vie des artistes pour l’autre ; alors que tant de magnats du pétrole arabique répugnent à élever le niveau de vie et de liberté de leurs citoyens et immigrés…

      La reproduction sociale -si chère à Bourdieu[24]-, si décriée, est pourtant, au-delà de la sélection aristocratique des seuls descendants, une sélection des savoirs, des compétences et des mérites. Pourquoi, au nom de l’origine sociale des parents, faudrait-il se priver de toutes ces qualités, même si cette reproduction est également, pour une grande part celle des inégalités ? Seule la réhabilitation d’une école exigeante et d’une éducation aux nobles ambitions pourra redonner du lustre à l’ascenseur social, de façon à donner leurs chances aux esprits venus des milieux les plus modestes.

 

      La majeure partie des Etats étant furieusement endettée, ce n’est certes pas en taxant les riches, qu’ils se reproduisent de manière endogame ou non, que l’on parviendrait à mieux user de leur argent, mais à le dilapider. Mieux vaut alors faire confiance aux riches et à ceux qui ont la capacité de le devenir pour dynamiser l’économie et la croissance, y compris le porte-monnaie des pauvres. Et se défier de notre Etat. Fiscocratie[25] s’il en est, la France a eu l’ingéniosité de mettre en place cinquante taxes nouvelles en six ans, sans compter la hausse de plus anciennes, quand en 2014, 182 articles de lois fiscales ont été adoptés. Taux de prélèvement obligatoire à 45% du PIB, taux d’impôt maximal sur les sociétés à 38 %. En toute logique, le chômage ne cesse également d’augmenter et dépasse 11 % de la population active, sans compter tous les désinscrits… L’Heritage Fondation publie chaque année un Indice de Liberté Economique. Que croyez-vous qu’il arrive à la France ? Elle est honteusement classé 73ème, après le Kazakhstan et l’Albanie, à cause du poids de l’Etat et de la rigidité de la législation du travail.

      Autour de la France et de quelques pays idéologiquement rétrogrades à son image, le monde s’enrichit, la pauvreté recule sur la planète, les classes moyennes renforcent leur nombre, les riches se multiplient. L’extrême pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour) a reculé de cinquante pour cent depuis 1990. Et cela grâce, non au communisme et aux systèmes de redistribution étatiques, mais à la mondialisation capitaliste. C’est bien ce que note Johan Norberg, dont le Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste remplace avantageusement (et plus lisiblement) Piketty : « Au cours du demi-siècle qui vient de se terminer, le développement matériel a permis de sortir plus de trois milliards de personnes de la pauvreté[26] ».

      Ainsi, l’on peut reprendre une réflexion d’Hannah Arendt, jetée parmi son Journal de pensée, en 1955, vérifiant une fois de plus sa perspicacité : « À propos de « Property and Equality » : c’est une erreur que de croire qu’on peut parvenir à l’égalité caractéristique de l’homogénéité grâce à l’ « equality of condition » […] donc par l’homogénéité des rapports de propriété. […] c’est l’homogénéité du troupeau qui se met en place.[27] » Du troupeau à l’abattoir totalitaire, il n’y a qu’un pas ; en effet, assure-t-elle, « L’égalité de condition parmi leurs sujets a été l’un des principaux soucis des despotismes et des tyrannies depuis l’Antiquité[28] ». Voilà, s’y l’on n’y prend garde, à quoi peut mener la lutte étatique contre les inégalités économiques. Au nom du « mirage de la justice sociale ou distributive », l’injustice passe son rouleau compresseur sur la société entière. Hayek savait cela bien avant 1976 lorsqu’il écrivit : « Aussi longtemps que la croyance à la « justice sociale » régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire[29]. »

 

      L’on peut se demander d’ailleurs dans quelle mesure un anarchiste et socialiste libertaire comme Proudhon ne frôle-t-il pas cette dimension totalitaire en étant si persuadé : « J’ai démontré […] que l’inégalité des fortunes, bien qu’en vertu de conventions expresses et dans l’intérêt des relations économiques elle puisse être l’objet d’une certaine tolérance, n’a rien en soi cependant de nécessaire et d’humain ; qu’en tant qu’elle est le fait de la nature, c’est un accident auquel la prudence du législateur, l’habileté de l’économiste, la sagesse du pédagogue, sont appelés à porter remède ; en tant qu’elle résulte de l’anarchie politique, mercantile et industrielle, une violation du droit ». Il prétend à « une certitude désormais invincible[30] » !

      Un argumentaire aussi fin, rigoureux, que synthétique vient à point pour répondre à Proudhon et pour étayer notre thèse : Harry G. Frankfurt, professeur émérite à l’Université de Princeton, publiait en 2015 un bref et roboratif essai, sous le titre d’On Inequality, volontairement laconique. Ce n’est pas à la pensée égalitariste que nous devons faire allégeance, à fin de démagogie, mais à la nécessité morale d’éradiquer la pauvreté.  Que « certains ne possèdent pas assez » est un problème autrement pressant que celui de savoir si d’autres possèdent trop, d’autant plus que le curseur du trop est sujet à caution. Il y a bien un vice intellectuel à vitupérer contre les inégalités plutôt que contre la pauvreté, en fait ce qui anime le préjugé est moins l’altruisme que la virulence de l’envie, du pouvoir désiré d’arracher la richesse au profit de sa tyrannie prétendument au service de tous. Car « une répartition égalitaire des revenus ne maximise pas nécessairement l’utilité agrégée ».

      Le « conflit entre égalité et liberté » est trop souvent oublié, surtout lorsqu’intervient l’argument du mérite et de l’excellence du travail récompensé au service de l’humanité. De plus « exagérer l’importance morale de l’égalité économique s’avère nuisible, parce que cela est aliénant. En agissant ainsi, on sépare l’individu de sa réalité propre, et on l’incite à focaliser son attention sur des désirs et des besoins qui ne sont pas authentiquement les siens ». Avec De l’inégalité[31] Harry G. Frankfurt fait œuvre salubre, digne d’être lue : la réflexion économique est également morale, non sans souligner, bien plus que l’exigence de l’égalité, celle du respect d’autrui.

 

      Au-delà des forces d’imposition (dans les deux sens du mot) que sont le socialisme et le théocratisme, l’individualisation de la richesse permet sans nul doute les progrès des conditions, des mœurs et de l’esprit humain, sans empêcher en rien -au contraire- ses dimensions spirituelles et culturelles : « La meilleure manière de comprendre la vague individualiste est sans doute de la considérer comme une forme luxueuse de l’être-dans-le-monde[32] », affirme avec justesse Peter Sloterdijk. Ainsi l’argument spécieux des inégalités et de la redistribution étatique est balayé par celui, nettement plus efficace, de l’enrichissement des pauvres au moyen de la mondialisation des initiatives et du capitalisme libéral. Alors qu’incessamment le David de la pauvreté socialiste tente de terrasser le Goliath de la richesse, en se gonflant de lui jusqu'à en éclater, il faut se rendre à l’évidence : en vérité, le David de la richesse tend à terrasser le Goliath de la pauvreté.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres III, Gallimard, Pléiade, 2003, p 131.

[3] Jean-Jacques Rousseau : ibidem, p 164.

[4] Jean-Jacques Rousseau : Sur l’économie politique, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 276.

[5] Adam Smith : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, PUF, 1995.

[6] Karl Marx : Economie et philosophie, Œuvres II, Pléiade, 1968, p 98.

[7] Karl Marx : Le Manifeste communiste, Œuvres I, Gallimard, Pléiade, 1963, p 182.

[8] L’Humanité.fr, 28 décembre 2014.

[9] Thomas Piketty : Les Hauts revenus en France au XXème siècle, Grasset, 2014, p 547, 548.

[10] Thomas Piketty : Le Capital au XXIème siècle, Seuil, 2013.

[11] Anti-Piketty. Vive le capital au XXI° siècle, sous la direction de Jean-Philippe Delsol, Nicolas Lecaussin et Emmanuel Martin, Libréchange, 2015.

[12] Denis Diderot : « Réfutation d’Helvétius », Œuvres politiques, Garnier, 1963, p 475.

[13] Adolphe Thiers : De la Propriété, Paulin, Lheureux et cie, 1848, p 96.

[15] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 328-329.

[16] Johan Norberg : Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, p 44-45.

[17] Etude publiée sur Contrepoints : http://www.contrepoints.org/2015/01/04/193268-reverser-aux-salaries-le-salaire-des-patrons-90-cents-par-employe

[18] Michel Onfray : Bestiaire de Nietzsche, Galilée, 2014, p 43.

[19] Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, II, II, 1, Œuvres, t II, Gallimard, Pléiade, 2001, p 611.

[20] Bertrand de Jouvenel : L’Ethique de la redistribution, Les Belles lettres, 2014, p 106.

[21] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p79.

[22] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 113.

[23] Bertrand de Jouvenel : ibidem, p 120.

[24] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : La Reproduction sociale, Minuit, 1970.

[26] Johan Norberg : ibidem, p 20.

[27] Hannah Arendt : Journal de pensée, Seuil, 2005, p 741.

[28] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Quarto Gallimard, 2010, p 632.

[29] Friedrich A. Hayek : Droit, législation et liberté, II Le Mirage de la justice sociale, PUF, 1981, p 82.

[30] P J. Proudhon : De la justice dans la révolution et dans l’église, Garnier, 1858, p 380

[31] Harry G. Frankfurt : De l’inégalité, Markus Haller, 2017.

[32] Peter Sloterjik : Ecumes, Sphère III, Hachette Pluriel, 2006, p 737.

 

Photo : T. Guinhut.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 12:38

 

 

"Il n'y a pas d'autre vainqueur que Dieu", La Alhambra,

Grenada. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Houellebecq, extension du domaine

 

de la soumission :

 

satire ou adhésion ?

 

 

Michel Houellebecq : Soumission, Flammarion, 304 p, 21 €.

 

Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013, Poésie Gallimard, 224 p, 10,70 €.

 

 

 

 

      Une histoire de zizi… De livre en livre, Houellebecq déplie les complexes et les manques de ce petit oiseau qui est aussi le nôtre. Dans Extension du domaine de la lutte, un jeune cadre incapable de lever les belles de boites de nuit se vit conseiller de recourir au meurtre des beautés féminines pour ainsi les posséder et s’en venger. La rhétorique marxiste du titre était logiquement constituée par une Envie qui s’étendait du domaine économique au domaine sexuel. Dans Les Particules élémentaires, une seconde solution devenait plus radicalement efficace : nous deviendrions, dans un proche futur de science-fiction, tous clonés, tous également beaux, donc sexuellement enviables et satisfaits. L’égalité avait remplacé la liberté. Plus tard, dans Plateforme, une troisième hypothèse, plus réaliste, prenait place parmi les camps de vacances des Européens favorisés sur les plages du tiers-monde : une prostitution à bas coût comblait les braguettes des messieurs, via l’exploitation des femmes. Si l’on excepte La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire, dont le creux de la vague laisse parfaitement insensibles les souvenirs du lecteur -malgré un prix Goncourt-, la logique houellebecquienne trouve aujourd’hui un nouvel avatar dans le problème sexuel du mâle occidental : la Soumission à l’Islam lui permet, grâce à la polygamie, d’assouvir des désirs sous couvert du silence des burqas. Faut-il se soumettre à Houellebecq ? Il est à craindre que Soumission soit son meilleur roman ; et sa pire utopie politique. La satire de la tyrannie n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? S’arrête-t-elle à la porte de la « soumission » désirée ?

 

Uchronie et anti-utopie politique et religieuse

 

       Le conscient et l’inconscient collectifs des Européens, voire de la planète entière, le spectre de nos peurs sont l’une des cibles privilégiées de nos grands romanciers. Quoiqu’on en dise, l’Islam, dont la traduction littérale est « soumission », est aujourd’hui la première peur géopolitique, civilisationnelle, religieuse, morale et sexuelle. Houellebecq est inévitablement en adéquation avec cette peur en la retournant d’une ironique manière en son uchronie, c’est-à-dire en un temps qui n’existe pas, qui n’existera probablement pas, du moins de la manière décrite.

      Le narrateur personnage nommé François, spécialiste de l’écrivain du XIXème Huysmans, s’accommode au mieux d’une démocratique et presque pacifique domination de la France par l’Islam ; au contraire d’une guerre civile redoutée. S’appelle-il d’ailleurs François, parce que Français, parce que François Mitterrand et François Hollande qui ont leur part de responsabilité en cette évolution prévisible ? « À l’issue de ses deux quinquennats calamiteux », ce dernier disparait. En « un Occident qui sous nos yeux se termine », « alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers » (ce qui n’est aujourd’hui que trop vérifiable), le narrateur personnage se sent « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Cependant l’on sait bien qu’être politisé socialiste, UMP, « Fraternité musulmane », sans oublier Front National, ne répond en rien aux désastres économiques et civilisationnels qu’il faudrait affronter avec une conviction nettement plus assurée des libertés. Doit-on considérer qu’il est pire de choisir, au lieu de la « guerre civile », de rester « résignés et apathiques » ?

      Quoique trop bénin et trop rapide pour être totalement crédible -2022 pour une élection d’un Président musulman- le télescopage temporel permet de rendre cette uchronie plus imminente et plus prégnante qu’elle ne l’est peut-être, même si l’on songe à la thèse du grand remplacement prônée par Renaud Camus, s’appuyant sur des projections démographiques, peut-être discutables en France, plus sévères en Suède ou en Allemagne, ce pour rejoindre le titre alarmant de Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparait[1].

      Si, selon les estimations, les Musulmans représentent environ 8 % à 10 % de la population française, la conversion politico-religieuse de la France parait hautement improbable, irréaliste. Mais il ne faut pas mésestimer les ardeurs immigrationistes et démographiques d’une minorité active, prosélyte et violente. Quant à savoir si tous les Musulmans français voteraient pour un Président d’Islam, il faudrait se demander combien d’entre eux votent déjà et voteraient alors pour Marine Le Pen, excédés par leurs coreligionnaires fondamentalistes et délinquants.

     Irréaliste est peut-être encore le fait que nos « enseignants devraient embrasser la foi musulmane » ? Quoique. Combien n’ont-ils pas embrassé la foi marxiste et communiste ? Il faut alors recourir au triste rappel d’Heidegger qui ne craignit pas de prêter serment au Troisième Reich, en tant que recteur d’université.

    Une fois islamisés, leurs salaires triplés, les enseignants reprennent leurs cours presqu’intégralement, même si « la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude ». Le pays voit la délinquance « divisée par dix », le chômage « en chute libre », grâce « à la sortie massive des femmes du marché du travail » : en compensation, les allocations familiales bénéficient d’une revalorisation considérable ». L’éducation nationale s’allège : « l’obligation scolaire s’arrêtait à la fin du primaire »…

      Pour le personnage de Soumission, la soumission aux événements est totale. Un séjour dans l’Abbaye de Ligugé est un échec. Quand une proposition le sauve du suicide : diriger l’édition des œuvres de Huysmans dans La Pléiade. Retrouver son poste d’universitaire, être trois fois mieux payé qu’une belle pension de retraite, prendre des épouses de quinze ans : se convertir, au moyen d’une argumentation fournie, mais spécieuse, et d’une justification de la tyrannie chapeautée par quelques puissants, est un jeu d’enfant. Même si le dernier chapitre est au conditionnel, il n’y a aucun doute : il se soumettra. Car « le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue », qui est comparée à celle masochiste d’Histoire d’O. D’où l’identité entre deux soumissions : à ce dernier livre et au Coran…

      Il est évident que, politiquement, la confrontation entre les deux candidats à la présidence de la République, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbès, doit paraître comme deux faces voisines de la même médaille du renoncement à la liberté, quoique le second, affirmant le nom du prophète de sinistre mémoire, soit, malgré son apparence faussement modérée à la Erdogan première manière, sa diplomatie huilée, la plus terrifiante. Pourtant, grâce à la pleutre alliance du Parti socialiste, qui, devant deux dangers choisit le pire, aveuglé par sa haine antédiluvienne et atavique du Front National, c’est à lui que le pays se confie, de guerre lasse, courbé sous la menace, acceptant la paix du dhimmi, l’humiliation de l’esclave, la solide certitude de l’idéologie de la charia. Perspective effrayante…

       Le « grand remplacement », annoncé par Renaud Camus, est ici avancé à 2022. Ce dernier paraitrait écrire les discours de Marine Le Pen en cette fiction, citant un auteur des Lumières, Condorcet et son Des Progrès de l’esprit humain[2]. Etonnante prise de conscience, hélas balayée. Ce qui prouve bien d’ailleurs que Houellebecq ne participe que peu de la « lepénisation » des esprit, mais de leur islamisation, par le biais du désaveu des Lumières.

     L’avertissement lancé par Thilo Sarrazin dans L’Allemagne disparait se voit renvoyé à une uchronie dangereusement proche, heureusement improbable à si court terme. Si l’on peut penser qu’il ne s’agit là que du fantasme prégnant du personnage, voire de l’auteur, on ne s’étonnera guère de cette conversion française, si l’on sait que d’après un sondage du CSA, 54% des Musulmans de France sont favorables à une application, au moins partielle, de la charia. En Grande Bretagne, des tribunaux islamiques peuvent rendre des décisions sanctionnées par la High Court, l'équivalent de notre Cour d'Appel, ce dans les questions de divorce et de garde d’enfants ; or ces 85 tribunaux observant la charia ne reconnaissent pas les mêmes droits aux hommes et aux femmes.

   Ainsi les Musulmans, hors quelques minces passages pauvrement pornographiques, y compris leurs radicaux, auraient bien tort de se choquer de Soumission : ce proche avenir peint par Houellebcq ne peut que leur convenir, le roman paraissant alors islamocorrect. Hors cette interrogation : comment un pouvoir musulman pourrait-il tolérer que des professeurs d’université, fussent-ils convertis à la loi coranique, enseignent des écrivains -sans parler évidemment de Voltaire[3]- comme Huysmans, qui, outre son décadentisme, commit l’outrage de se convertir à la spiritualité chrétienne ?

 

 

 

Le projet polygame

 

       Selon le romancier des Particules élémentaires, le capitalisme néolibéral visait à la sursatisfaction des libidos occidentales. Seule la liberté féminine posait une barrière à cette volonté de puissance sexuelle masculine. Sur ce plan l’Islam permet une régulation par la loi théocratique. À la soumission politico-religieuse répond la compensation de la polygamie (évidemment réservée aux seuls hommes) : avoir plusieurs femmes satisfait non seulement l’appétit de luxure mais aussi la libido dominandi. Il reste en effet pour se consoler avec profit une bête de somme sur laquelle décharger sa sexualité et sa piètre volonté de puissance. Marché aux esclaves et harem seraient donc complémentaires dans le cadre de la domination du marché réglé par l’argent des pétrodollars et par le pouvoir patriarcal. Ainsi la lassitude de l’homme occidental (sans parler encore de celle de la femme) irait se confier sans résistance à la servitude volontaire de l’Islam ? Tout cela pour quelques services sexuels ?

      Sommes-nous déjà halal et salam ? L’Iran des mollahs est-il notre avenir ? En deçà du choc de civilisations diagnostiqué par Huntington[4], du Jihad versus Mc World[5], le choc annoncé n’aura pas lieu : la France ouvre avec délectation ses draps polygames à la saillie de l’Islam… La soumission houellebecquienne a le mérite, en voilant la France, de dévoiler un avenir possible de la distribution sexuelle, si l’on n’y prend garde au plus vite : « L’inégalité entre les mâles –si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devaient nécessairement en être privées- ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais comme un effet recherché ». Mâle dominant, sélection, maîtrise de la soumission féminine, ces concepts expliquent le succès de la chose. Un chien morbide a besoin de la laisse dorée du pouvoir, de quincaillerie spirituelle et de sexe avec des femmes enfants consentantes aux caprices du maître. Seconde perspective effrayante…

      Cette polygamie avait déjà fait l’objet d’un projet de société romanesque dans une Angleterre islamisée. En 1914, Chesterton fit en effet annoncer à l’un de ces personnages « cette grande expérience sociale la grande méthode polygamique qui s’est levée à l’Est […] cette polygamie supérieure », tout cela dans le cadre d’un drôle de roman de chevalerie secourant les pubs menacés et leurs libertés : L’Auberge volante[6]. Houellebecq n’est donc pas tout à fait le premier prophète occidental. Sans oublier Jean Raspail et son Camp des saints, publié en 1973, dans lequel une invasion d’immigrées délinquants et violeurs balaie la France[7]. Houellebecq a choisi un protocole plus pacifique, quoique plus retors, en imaginant que la moitié de l’humanité, en l’occurrence les femmes, seraient consentantes.

     Misanthropie, misogynie ? Ne peut-il imaginer qu’au lieu de la soumission, nombre de femmes, comme autant d’amazones allaient se soulever ? Hélas, peu après l’élection, «  toutes les femmes étaient en pantalon ». La Sorbonne islamique (qui n’est que la continuation de notre Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi) ne connait plus que des femmes « voilées ». Les « Aïcha » de ces messieurs ont quinze ans. La dignité humaine est aux abonnés absents…

 

 

De la satire

 

      Roman irréaliste, soit. À moins de le lire, sous la surface de son ton doucereux, comme une double satire d’autant plus féroce qu’elle affecte une apparente innocuité. Satire d’abord de nos gouvernements socialistes (mais aussi de « centre-droit ») qui, avec la Fraternité musulmane « n’ont aucune divergence sur l’économie, ni la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité ». Ainsi, par antilepénisme obsessionnel, ils se font digérer par le parti musulman et les talents rhétoriques de Mohamed Ben Abbes. De même, la plupart des Français (on ne fait que deviner les autres luttant pour une cause perdue, voire exterminés) sont comme des veaux claquemurés dans l’indignité : « le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran ». La satire est d’autant plus mordante que le basculement s’effectue de manière presque indolore, amoureusement consentie, dans l’aveulissement et l’abandon de toutes les valeurs des Lumières, il faut bien l’avouer, fatigantes, car énergivores. « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est donc condamné », face au monothéisme « qui dispose du meilleur taux de reproduction ». Pourtant, dans les trouées du silence des médias -silence qui ne fait que confirmer un peu plus les tendances de bien de nos médias contemporains- les assauts des bureaux de vote, les affrontements meurtriers, un moment constatés dans une station-service par le narrateur, laissent penser à un putsch.

      La leçon de politique-fiction est aussi sérieuse que l’analyse des bassesses de nos partis, de leurs alliances. La stratégie de Mohamed Ben Abbes et de sa Fraternité musulmane est un chef d’œuvre de dissimulation (la taqiya) et de manipulation, présentant « l’islam comme la forme achevée d’un humanisme nouveau », respectant « les trois religions du Livre » (on notera la vision bien irénique !) et dont le modèle pour son Eurabia est « l’Empire romain ». Cependant le « Front républicain » verrait ce dernier confortés par le PS (dont la « mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ») et l’UMP obsédés par leur phobie du FN, vaincu par pire que lui… À ce jeu, tout lecteur est renvoyé à ses fantasmes, ses peurs, ses pesanteurs idéologiques, ses sursauts…

      Mais aussi satire du Français moyen, y compris censément intellectuel, lorsque François confie à Myriam, à propos de la menace qui pèse sur les Juifs : « je ne connaissais au fond pas bien l’Histoire ». Quant à notre François moyen, il est séduit, avec son maître universitaire Rediger, par le culte de l’homme politique providentiel. Satire évidemment beaucoup plus considérable, celle du doux cancer de l’Islam. Sans oublier la satire du mâle, machiste et paternaliste, voire de la satire des femmes qui se plient avec tant de bonne grâce au comportement exigé. Satire de l’Islam et de la veulerie française ou satire antilibérale de la perte des valeurs traditionnelles de la France, selon que l’auteur se sépare ou se solidarise de son personnage ? S’il ne faut pas craindre de séparer l’homme Houellebecq, cultivant son apparence de clochard décadentiste, quelle est la part de la satire d’une France ramollie et du vouloir non-vivre post-nietzschéen ? C’est là que l’ambigüité de l’auteur Houellebecq laisse considérablement perplexe le lecteur : écrit-il pour dénoncer ou pour adhérer à ce retour du religieux ?

      Et que disent les femmes en ce roman ? Rien ; apparemment elles consentent, sauf la seule qui compte un peu, Myriam, qui parait savoir aimer notre personnage aussi blet qu’un navet, et s’expatrie en Israël à la suite de sa clairvoyante famille. Est-ce à dire que le seul pays qui défendrait encore la liberté féminine serait ce dernier ? Ainsi la France judenrein et satirisée se couche comme une putain -ou comme un putain, si l’on ne veut pas être sexiste- sous le fleuve montant d’une population conquérante, quoique accueillie et entretenue par l’Etat providence, sous le flot des pétrodollars islamistes. Ce qui n’est hélas qu’une légère hyperbole de la situation de la France déjà trop islamisée. Rien ne sauve ce roman du blâme, quand, sans le moindre déchirement de conscience morale et politique, l’antipape François se convertit dans le sein d’une religion sexiste et antilibérale. Doit-on pointer que la conscience libérale de Houellebecq manque pour le moins de consistance, aux antipodes du libéralisme politique et économique qui anime Hayek et Adam Smith…

 

 

Une technique romanesque redoutable

 

      Pris dans le récit étonnamment aisé, entraînant, le lecteur s’immerge en toute immédiateté dans le mental du personnage, dans son univers plausible et dans une France peu à peu bouleversée sans que l’on paraisse y remarquer une faute de progression. Pour ce faire, la technique de l’écrivain est redoutable. Le réalisme pauvre de Houellebecq use d’images frappantes à l’occasion des souvenirs du restaurant universitaire : « nos rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital ». Ou de son « existence corporelle » : « lavabo bouché, Internet en panne ». De même le portrait psychologique, dépressif et veule, possède une prégnance irréfutable. La tentation de l’abandon ronge le personnage qui se laissera persuader par le confort matériel, sociétal et sexuel de la « soumission » à l’Islam, autant que par une spiritualité de confort. Mieux que la spiritualité chrétienne : « Au monastère, au moins on vous assurait le gîte et le couvert -avec en prime la vie éternelle dans tous les cas ». Mais en ce dernier lieu, ni orgueil, ni luxure. Ce que permet le nouveau gouvernement à ses affidés. L’intellect et le spirituel ont abandonné le terrain aux tyrannies des besoins médiocres du réel, aux tyrannies des jouissances sexistes. On est alors étonné de l’aisance apparente de la démonstration par un narrateur (et par le personnage de Rediger) dont le propos est sans cesse dégraissé. Mais également dégraissé de tout ce qui pourrait déranger la mauvaise foi de son adaptation au nouveau pouvoir. Hélas, aucun personnage n’est là pour contredire efficacement l’argumentaire, hors Marine Le Pen citant Condorcet, aussitôt évacuée.

      Réaliste, voire misérabiliste, la tristesse des relations humaines est sans amitié ni amour, les rapports sexuels banalisés ou tarifés sont sans la moindre chaleur érotique. Là encore le réalisme cynique s’est débarrassé autant du lyrisme que de l’idéalisation : « Ma bite était au fond le seul de mes organes qui ne se soit jamais manifesté à ma conscience par le biais de la douleur, mais par celui de la jouissance. […] elle m’incitait parfois, humblement, sans acrimonie et sans colère, à me mêler davantage à la vie sociale. »

      Le réalisme houellebecquien sait en outre l’art de mêler à ses personnages fictionnels, des personnalités réelles : Hollande, Pujadas, Onfray, Mélanchon, Bayrou devenu Premier Ministre de Ben Abbes, et « vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou »… Ce qui contribue, outre la focalisation interne ininterrompue, à stimuler la fiction par un effet de réel. Les dialogues entre les personnages, dont Alain Tanneur, analyste politique viré de la DGSI pour avoir signalé les « incidents » susceptibles de se produire dans les bureaux de vote, sont efficacement menés. Cette conversation étant menée dans le Lot, au village de « Martel », l’allusion à Charles Martel est explicite. Quoique caricatural, le séisme politique et civilisationnel est redoutablement bien mis en œuvre, au moyen d’une mise en scène « légèrement expressionniste[8] », selon son auteur.

      L’apparente absence de jugement de la part du romancier permet à chaque lecteur d’y trouver l’occasion de son assentiment ou de son rejet : l’islamiste peut se trouver conforté dans la légitimité et la réussite affichée de son entreprise d’arabisation de la France ; comme le laïc ou le catholique qui réprouve Islam et immigration peut y voir un argument contre cet asservissement. Oiseau de bon ou de mauvais augure, selon les uns ou les autres, le romancier, laisse son apologue entre les deux yeux de la sagacité de son lecteur responsable. Cette France collaborationniste n’est-elle qu’un mauvais et improbable retour du refoulé de la période nazie, ou l’image soudain dévoilée par une Cassandre que personne ne veut entendre alors qu’elle dit la vérité ?

      À quelle soumission indigne se soumet le critique qui croit écrire avec pertinence après que tant de moutons de Panurge guère rabelaisiens y soit allée de leur logorrhée ? Faut-il se faire le maître censeur d’une idéologie et d’un art romanesque ? Outre le problème civilisationnel mis en exergue par Houellebecq, on eût aimé que la narration, l’espace du roman, puissent se déployer bien au-delà de quelques confessions, ratiocinations et conversations autour du nombril du narrateur. Créer d’autres personnages, d’autres rebondissements, imaginer une révolte des femmes, tout cela est-il au-dessus des forces de notre piètre et redoutable romancier ? À moins de considérer qu’une vaste saga épique puisse être moins efficace que l’art de la suggestion…

 

 

De l’identification auteur personnage

 

      L’auteur est-il son personnage ? François est-il Houellebecq ? Il faut cependant toujours se méfier des identifications naïves et abusives. Quoique parmi des romans ou le héros -plus exactement toujours anti-héros- présente à peu de choses près toujours la même psyché écœurée de désespoir, de pulsions sexuelles plus ou moins molles, de mépris des femmes, de veulerie et de projections vers un au-delà prétendu meilleur, qu’il s’agisse du clonage, de la prostitution sud-asiatique ou de la polygamie islamique. Or un élément semble valider cette hypothèse : la production poétique de Michel Houellebcq ouvre la parole à un « je » qui présente le même profil psychologique. Quoique, une fois de plus, il faille aller jusqu’à se méfier de l’identification du « je » poétique avec son auteur, si proche de la posture de la confession soit-il. Cela signifie-t-il que le romancier souhaite lui-même d’adhérer à la doxa musulmane la plus traditionnaliste ? Plutôt ne fait-il que se dénoncer -et nous à travers lui- comme un collabo opportuniste qui ne craint pas de profiter des avantages financier et sexuels fournis au service de l’occupant (mais aussi de l’édition).

      « Dans l’abrutissement qui me tient lieu de grâce » : cet alexandrin ouvre le dernier poème de l’ « Anthologie personnelle 1991-2013 » de Houellebecq, titrée Non réconcilié. Voilà qui est parallèle au vertige éteint de François, lorsque dans Soumission, devant la Vierge noire de Rocamadour, il se sent « ratatiné, restreint » ; et dégoûté par l’humanité. Poésie et roman participent de la même déréliction, de la même aspiration empêchée au religieux, sauf qu’en ses romans une perspective fictionnelle (le clonage pour Les Particules élémentaires, l’Islam pour Soumission) fournit une eschatologie terrestre ; quoique à chaque fois liberticide. La poésie reste alors terrestre, lourde, ses minces facettes lyriques ont su mal à décoller, comme si l’auteur imposait au moule qui se voudrait aérien du poème en vers rimés le poids de ses « intestins écartelés », « dans l’univers privé de sens ». Le drame du poète autant que du romancier n’est-il pas de n’avoir pas su donner sens au monde, au point qu’il se persuade d’en épouser un, fusse-t-il fourni par une religion barbare qui affecterait des airs de spiritualité. Alors qu’il ne va même pas jeter un œil au soufisme, par exemple…

 

Du héros vicié à la dignité bafouée

 

      La pire faiblesse du roman (peut-on dire à thèse ?) est hélas conceptuelle : la satire n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? Un nietzschéisme[9] post-nazi, un nazislamisme indécent, un ressentiment morbide contre le monde, un dégoût de soi et de l’autre, une misogynie salace, un appétit de l’argent, des honneurs sociétaux, des prestiges universitaires et ministériels aux dépends des valeurs morales, une haine de « l’individualisme libéral », un antihumanisme viscéral, tout ceci conspire à faire du héros houellebecquien un monstre défaitiste et mou gagné par la persuasion de l’islam ; aux dépens de toute dignité morale. Une fois encore il faut se poser la question de l’adéquation de l’auteur à ces anti-valeurs. Même si les rejeter avec lucidité n’empêche pas de considérer ce roman dans sa fonction satirique d’autodérision et de miroir sombre de notre société. Un chien morbide a besoin d’une laisse dorée. « L’athéisme est trop triste. Le besoin de sens revient[10] », affirme Houellebecq. Mais pourquoi l’athéisme ne pourrait-il être gai ? Qu’importe que la mort soit une fin. Et s’il s’agit d’un sens insensé ? La spiritualité chrétienne peut être compatible avec la liberté, quand celle de l’Islam a considérablement besoin de réformer ses textes fondateurs en ce sens. Et postuler à son service un Mohamed Ben Abbes si pacifique et consensuel est bien une illusion. Houellebecq préparerait-il le terrain pour un tel avenir ou nous mettrait-il en garde ? « La vérité, c’est que je ne le sais pas moi-même », même en pensant que « l’islam est la religion la plus simple[11] », plaide-t-il…

 

 

      Faute d’adhérer le moins du monde, ni avec Houellebecq, ni avec aucun de ses personnages qui sont souvent également, ne l’oublions pas, nos hommes et femmes politiques, quand Mohamed Ben Abbes peut être vu comme une captatrice euphémisation de la violence totalitaire de l’islam, il reste cependant loisible, voire salutaire, de louer ce roman visionnaire. Le tableau clinique, déprimant, avilissant, est d’une force cataclysmique. Un cri mou de sujétion ; ou de révolte ? Cet avertisseur sera-t-il entendu ? Comment saurons-nous réagir face à cette tyrannie politique et sexuelle ? En la personne d’Aristophane, les Grecs de l’antiquité trouvèrent une intéressante solution à la tyrannie masculine. Pour dissuader les hommes de partir guerroyer, Lysistrata convainc les femmes de se révolter d’une intéressante manière : « femmes, si nous voulons forcer les hommes à faire la paix, il faut nous abstenir… de la chose[12] ». C’est-à-dire l’acte sexuel. Que nos féministes ne se trompent pas de cible, que la soumission des femmes musulmanes, que leur servitude volontaire, se retournent contre leurs oppresseurs pour se libérer. Et nous libérer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des Progrès de l’esprit humain, Dubuisson Marpon, 1864.

[4] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1996.

[5] Benjamin R ; Barber : Djihad versus Mc World, Desclée de Brouwer, 1997.

[6] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, traduit de l’anglais par Pierre Boutang, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[7] Jean Raspail : Le Camp des Saints, Robert Laffont, 2011.

[8] Entretien avec Jean-Marie van der Plaetsen, Le Figaro Magazine, 9-10 janvier 2015.

[10] Entretien, ibidem.

[11] Entretien, ibidem.

[12] Aristophane : Lysistrata, traduit du grec par Ch. Zevort, Charpentier, 1898, p 35.

 

L'Arioste : Satires, Laurent, 1826. Photo : T. Guinhut.

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 17:54

 

Condorcet : Vie de Voltaire, Imprimerie de la société littéraire-typographique, 1789.

Voltaire : Mélanges, 1764. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Tolérer Voltaire

 

& retrouver notre sens politique :

 

du Fanatisme au Traité sur la tolérance.

 

 

 

 

      Décidément Voltaire est intolérable. Auteur de tragédies post-raciniennes fastidieuses, de contes pour sujets de commentaires littéraires lors de l’épreuve du Baccalauréat, d’une correspondance pléthorique (24 000 lettres en treize tomes de la Pléiade), de divers textaillons intolérablement boutefeux qu’il vaudrait mieux laisser dormir au secret… Pourtant, lire Voltaire, c’est retrouver notre sens politique ; ce que nous montrerons grâce au badinage de quelques extraits de la tragique Mort de César, de l’érotique Pucelle, du fanatisme dans la Henriade et Mahomet, à moins d’oublier les billevesées de l’ « Horrible danger de la lecture », de la « Liberté d’imprimer » et du « Traité sur la tolérance ». Auxquelles il faudra d’importance apporter le correctif de Karl Popper.

 

       Face à César, Brutus est un farouche républicain. Si l’on sait que le héros a mauvaise presse, tant il fut l’assassin du premier empereur en ensanglantant les dernières scènes de la tragédie, si l’on n’approuve pas l’acte criminel, il est chez Voltaire un défenseur des libertés. Ecoutons-le :

« Je déteste César avec le nom de roi ;

Mais César citoyen serait un dieu pour moi ;

Je lui sacrifierais ma fortune et ma vie.

César :

Que peux-tu donc haïr en moi ?

                        Brutus :

                                                           La tyrannie. »

       Quand César prétend que « Rome demande un maître », Brutus répond en usant de l’exemple de Sylla :

« Longtemps dans notre sang Sylla s’était noyé ;

Il rendit Rome libre et tout fut oublié.[1] »

        Qui a dit que les tragédies de Voltaire étaient ennuyeuses et pompeuses ? Certes, il n’ajoute guère aux qualités du vers racinien qui l’a précédé, à l’imitation de l’Antiquité qui était le crédo des Classiques, mais, en 1735, la pensée des Lumières est bien là, dans la tradition du Traité du gouvernement civil de Locke et de L’Esprit des lois de Montesquieu, lorsqu’il défend la démocratie et la liberté romaines contre l’absolutisme impérial qui sera celui d’Auguste et de ses successeurs[2].

 

        Au noble sérieux de la tragédie, Voltaire sut plus tard opposer un humour fort coquin. Dans La Pucelle, il conte, une fois de plus en vers, la vie de la pucelle d’Orléans, en d’autres mots Jeanne d’Arc, quoique d’une façon passablement irrévérencieuse. Voulez-vous savoir, aux yeux du roi, « Comment elle eut son brevet de pucelle » :

« Jeanne lui dit : O grand sire, ordonnez

Que médecins, lunettes sur le nez,

Matrones, clercs, pédants, apothicaires,

Viennent sonder ces féminins mystères :

Et si quelqu’un se connait à cela,

Qu’il trousse Jeanne, & qu’il regarde là.[3] »

        On consulte ici une édition de 1780, prétendument publiée à Londres, sous le manteau, quoiqu’à Paris, chez Cazin, modestement classée parmi les curiosa ou erotica, tant l’irrespectueux humour envers la sainte patronne de la France choqua. Ce qui nous semble aujourd’hui bénin, d’une légère gaillardise rabelaisienne, passait pour fortement indécent, voire blasphématoire, et risquait d’être brûlé, tant ce texte, publié anonymement en 1755, attirait les foudres du clergé et du pouvoir royal. Pourtant un peu d’humour ne ternit en rien la vertu de celle qui défendit sa patrie contre l’invasion étrangère, donc encore une fois la liberté. Certes, Jeanne est ici une grossière servante qui doit garder sa pureté pendant un an, faute de quoi la France serait perdue, qui est poursuivie par les assiduités du démon hermaphrodite Conculix, puis d’un baudet qui lui sert de coursier, avant de céder après le temps requis à de beaux bras amoureux ; mais cette parodie libertine de poème chevaleresque ne fait pas de mal à une mouche, sauf aux esprits chagrins qui s’imaginent blessés par quelques centaines de décasyllabes. La satire anticléricale va jusqu’à rire des ébats des soudards aux dépends de moniales ; du moine Lourdis qui vit au « règne de la Sottise ». Dévots fanatiques, écartez-vous prestement du chemin de Voltaire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Ainsi une pièce -irreprésentable aujourd’hui- quoique par ironie dédiée au Pape Benoît XIV qui la reçut avec grâce en 1741, accable une autre religion : Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète. Ce dernier est haï par Zopire qui ne voit en lui qu’un imposteur, fanatique instigateur du meurtre de sa femme et de ses fils. Le prophète fomente de faire assassiner Zopire par Séide, car il a de plus le bonheur intolérable d’être aimé par Palmire. Le prophète engage Séide au meurtre, ce devoir commandé par Allah. Aussitôt après avoir exécuté l’ordre abject, l’assassin expire à son tour au moyen d’un poison obligeamment offert par Mahomet. Palmire, privée de son amant, se tue sous les yeux de celui qui voit disparaitre l’objet de ses désirs.

        Cette tragédie fit se lever les foudres de la controverse. La critique virulente de toute forme de fanatisme, de superstition, sans oublier la soumission à l’arbitraire du dogme, fit passer Voltaire, que l’on sait pourtant déiste, pour un indécrottable athée. Depuis, la pièce est top souvent taxée d’ « une faible valeur littéraire[4] ». Quoique… Rien n’est moins sûr en effet. Dès les premiers vers le talent rhétorique et politique de Voltaire est redoutable. Ainsi fait-il tonner Zopire :

« Qui ? moi, baisser les yeux devant ces faux prodiges !

Moi, de ce fanatique encenser les prestiges ! »

Ce à quoi lui répond le sénateur de la Mecque, Phanor :

« Mahomet citoyen ne parut à vos yeux

Qu’un novateur obscur, un vil séditieux :

Aujourd’hui c’est un prince, il triomphe, il domine,

Imposteur à la Mecque, et prophète à Médine,

Il sait faire adorer à trente nations

Tous ces mêmes forfaits qu’ici nous détestons. »

Plus loin, dans l’acte II, le lieutenant Omar répond de Séide :

« Séide est tout en proie aux superstitions ;

C’est un lion docile à la voix qui le guide. »

      On n’y verra bien entendu aucune anachronique allusion au terrorisme islamiste de notre siècle. D’autant que ce Séide, qui eut la chance de passer à la postérité par antonomase en devenant un nom commun, est solidement assermenté par Omar :

« J’ai mis un fer sacré dans sa main parricide,

Et la religion le remplit de fureur.»

Et si Séide a la présomption d’hésiter, le voilà conspué, excité par son maître :

« On devient sacrilège alors qu’on délibère.

Loin de moi les mortels assez audacieux

Pour juger par eux-mêmes et pour voir par leurs yeux !

[…] Obéissez, frappez ; teint du sang d’un impie,

Méritez par sa mort une éternelle vie. »

        Assez ! La cruelle clairvoyance de Voltaire est intolérable ! Qu’on l’embastille et le censure ! Surtout après avoir entendu Séide se préparer à obéir :

« Affermissez ma main saintement homicide.

Ange de Mahomet, ange exterminateur,

Mets ta férocité dans le fond de mon cœur ![5] »

      Non seulement Voltaire est ici un fin psychologue, en mettant à nu les mécanismes de la sujétion au fanatisme, mais il exécute une précieuse satire religieuse et politique, sans donner le moindre crédit au prétendu délit de blasphème, au service de la lutte contre l’obscurantisme, donc au service de la liberté des Lumières.

        Le fanatisme est aussi, hélas, chrétien, quoique en contradiction totale avec le message du Christ dans les Evangiles. C’est au cœur de La Henriade, une épopée de 1723, dans laquelle Henri IV met fin aux fratricides guerres de religion, entre catholiques et calvinistes, épopée prétendument ratée, prolixe et touffue, que des vers formidables tonnent :

« La Discorde attentive en traversant les airs,

Entend ces cris affreux, & les porte aux Enfers.

Elle amène à l’instant de ces Royaumes sombres,

Le plus cruel Tyran de l’Empire des ombres.

Il vient, le FANATISME est son horrible nom :

Enfant dénaturé de la Religion,

Armé pour la défendre, il cherche à la détruire,

Et reçu dans son sein, l’embrasse & le déchire.[6] »

        Qui a dit que la poésie était une bluette, une niaiserie sentimentale ? Poète engagé, dont le style ici allégorique peut ne pas convaincre, Voltaire l’est pourtant supérieurement.

 

Frontispice de 1768 pour La Henriade de Voltaire. Photo : T. Guinhut.

 

        Cependant la prose de l’auteur de Candide, sait être tout aussi vigoureuse, ne pas rater d’un pouce la cible des superstitions obscures. Comme en un bref essai aiguisé par l’ironie : « De l’horrible danger de la lecture ». Sous la forme d’une lettre, d’une ordonnance, Voltaire imagine en 1765 un « mouphti du Saint-Empire ottoman », nommé par dérision « Joussouf-Chéribi », qui « par la grâce de Dieu », se met en tête « de condamner, de proscrire, anathémiser ladite infernale invention de l’imprimerie ». Mais pourquoi, nous direz-vous ? Elle tend en effet à « dissiper l’ignorance, qui est la gardienne des Etats bien policés », à proposer « des livres d’histoire dégagés du merveilleux ». Qui sait si « de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit avoir jamais de connaissance » ? C’est alors que « nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence ». Ne croirait-on pas entendre Boko Haram (ce qui signifie livres impurs) : « nous défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle […] nous défendons expressément de penser ». Voilà l’édit prononcé dans le « palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l’an 1443 de l’hégire[7] ». Le blâme paradoxal est succulent, fort d’une ironie corrosive et joviale. C’est par l’absurde que le mouphti se décrédibilise, ridiculisé par la caricature, qui, hélas, est trop souvent réaliste, y compris au IVème siècle des Lumières.

 

Voltaire : Mélanges, 1764. Photo : T. Guinhut.

      Ainsi la voltairienne « Liberté d’imprimer » préconise : « En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel. […] Mais paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. Voilà un homme abominable, qui a imprimé que si nous n’avions point de mains, nous ne pourrions faire des bas ni des souliers [Helvétius, De l’Esprit, I, 1] : quel blasphème ! Les dévotes crient, les docteurs fourrés s’assemblent, les alarmes se multiplient de collège en collège, de maison en maison ; des corps entiers sont en mouvement et pourquoi ? pour cinq ou six pages dont il n’est plus question au bout de trois mois. Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. »

      On peut cependant rétorquer à notre philosophe, même avec un brin d’anachronisme, qu’il eût dû connaître quelques livres qui aient fait du mal réel. Ce sont ces volumes aux contenus totalitaires et génocidaires : le Coran, le Manifeste communiste, Mein Kampf, Le Petit livre rouge… Quoique l’on puisse arguer que ce sont moins ces livres que les hommes qui les manient qui font le mal[8]

 

 

         Si Henri IV était le héros historique de la tolérance, Voltaire en son Traité de la tolérance, en est enfin le héraut. Son chapitre XIII, « Prière à Dieu », est à cet égard éclairant. Comme un pasteur protestant, le philosophe déiste tutoie Dieu : « Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais […] que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelées hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. » Ce bel aveu de modestie est une ode au respect des différences, mais pas au point de tolérer la différence intolérante du fanatisme : « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes[9] ». Que ce texte militant soit né en 1763, à l’occasion de l’affaire Calas, et des funestes querelles entre catholiques et protestants, à peu de choses près révolues, n’enlève rien à son universalité, à son éternité.  

 

        Comment pourrions-nous respecter la tradition des Lumières, sans, comme Voltaire, être irrespectueux envers les baudruches sanglantes des tyrannies politiques religieuses ? C’est seulement ainsi que l’on pourra retrouver notre sens politique : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur[10] », disait Figaro. Blâmer les théocraties, les fanatismes mahométans, communistes ou nazis, reste un voltairien devoir de la liberté. Il faudra donc, pour honorer la liberté et l’humanité, tolérer celui qui, comme Peter Sloterdijk, « se fonde sur l’éthique de la science universelle de la civilisation[11] », tolérer enfin  Voltaire.

 

Mais à ce vœu pieux il est nécessaire d’ajouter un correctif, celui du paradoxe de la tolérance, tel qu’avec brio et clarté il est énoncé par Karl Popper et que nous citons in extenso : « Le paradoxe de la tolérance est moins connu : Une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi tout mouvement prêchant l'intolérance se place hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple[12] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voltaire : La Mort de César, III, 4, Théâtre, t I, Garnier, sans date, p 168-169.

[3] Voltaire : La Pucelle, chant second, A Londres, 1780, p 44.

[4] Dictionnaire des œuvres, Laffont-Bompiani, 1958, t II, p 324.

[5] Voltaire : Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, Théâtre, ibidem, p 226, 251, 252, 253.

[6] Voltaire : La Henriade, Genève, 1768, p 88.

[7] Voltaire : « De l’horrible danger de la lecture », Mélanges, Gallimard, Pléiade, 1995, p 713-714.

[8]  Voltaire : Dictionnaire philosophique, J. Bry ainé, 1857, t IV, p 223.

[9] Voltaire : « Traité sur la tolérance », Mélanges, ibidem, p 638.

[10] Beaumarchais : Le Mariage de Figaro, V, 3, La Trilogie de Figaro, Club des Libraires de France, 1959, p 294.

[11] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Libella/Maren Sell, 2008, p 188.

[12] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 2011, t I, p 222.


 

Voltaire : Correspondance avec les souverains, Baudoin, 1828.

Voltaire : La Pucelle, 1775. Photo : T. Guinhut.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 13:43

 

Pissenlits dents de lion, Aisa, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Yasunari Kawabata :

 

des Pissenlits aux Premières neiges

 

sur le Mont Fuji.

 

 

Yasunari Kawabata : Première neige sur le mont Fuji,

traduit du japonais par Cécile Sakai, Albin Michel, 2014, 176 p, 16 €.

 

Yasunari Kawabata : Les Pissenlits, traduit du japonais par Hélène Morita,

Albin Michel, 2012, 252 p, 18 €.

 

 

 

      Parmi l’exposition « Le Japon au fil des saisons », au Musée Cernushi, parmi paravents et kakemonos de feuillages, d’insectes, d’oiseaux et de fleurs, auprès d’un mont Fuji peint par Tani Bunchô, j’ai repensé à Kawabata. Nous croyions tout savoir de ce dernier, avec une dizaine de titres traduits en France, parmi lesquels les inoubliables Kyôto et Pays de neige. Ou ces Belles endormies qui fascinent l’éros subtil et la pulsion contemplative du lecteur, et dans lesquelles la quête du beau côtoie la conscience tragique de la finitude et de la mort. L’atmosphère de ses romans est toujours singulièrement raffinée, d’une grande finesse psychologique, d’une esthétique précieuse et menacée. Ce que l’on retrouve tout autant dans un recueil de nouvelles inédites à l’ombre du mont Fuji que parmi un roman inachevé au parfum de pissenlits.

 

      Pour qui aurait la malchance de ne pas connaître Kawabata, ce recueil de six nouvelles inédites, titré Première neige sur le mont Fuji, est une parfaite introduction à son univers. Car sa réputation de délicatesse n’est pas usurpée.

      Ce sont surtout les circonstances dramatiques de la vie qui, à demi-mots, sont moins dites que suggérées : un couple se retrouve après plusieurs années, une guerre, un autre mariage, lorsque nostalgie incurable et avenir en suspens frémissent à la vue de la « première neige », métaphore du temps qui passe. De même, dans « Une rangée d’arbres », les « ginkgos » se séparent entre arbres nus et feuillus, pour cristalliser, d’une manière presque proustienne, une symbolique temporelle et métaphysique. Ainsi, « La jeune fille et son odeur » prennent toute leur valeur devant la tombe des ancêtres…

      On soupçonne des présences fantomatiques, lors du retour en « Terre natale », à mi-chemin du souvenir et de l’oubli. Ou lorsque les « Gouttes de pluie » couvrent « la discussion que les parents menaient à voix feutrée ». Comme quoi la communication entre les êtres, entre les êtres et les lieux, est au cœur de ce recueil…

Ce qui compte chez Kawabata, à l’instar de Mozart ou les silences entre et après  les notes sont encore du Mozart, ce sont moins les dialogues que leurs silences, leurs sens devinés, à l’image de la lueur de la « Première neige sur le Fuji ». Plus tragique, dans « En silence », l’écrivain « Ômiya Akifusa ne prononce plus le moindre mot », ni n’écrit. Lors d’un entretien prodigue en questions, le narrateur doit se résigner : « Le silence était mon interlocuteur ». La paralysie du vieillard n’explique pas tout. Comme si demeurait une volonté d’aphasie littéraire alors que l’écriture a perdu « toute sa puissance ». Ce qui n’est en rien le cas pour ce bouquet parfumé de nouvelles, venue des années cinquante du maître japonais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Les mêmes qualités de discrètes intensités se retrouvent dans Les Pissenlits, cet inédit inachevé -faut-il dire hélas ?- conformément à une esthétique récurrente. Près de la mer, à Ikuta, la floraison des pissenlits et le son d’une cloche paraissent pouvoir guérir les hôtes de « l’asile de fous » ; là où Ineko souffre d’une mystérieuse « cécité sporadique devant le corps humain ». Lorsque la mère de la jeune fille et son fiancé Hisano la quittent, leurs interrogations s’échangent, leurs mondes intérieurs se déploient, par petites touches, réminiscences et confessions intimes. Le souvenir de la mort du père, ancien officier de la guerre du Pacifique tombé d’une falaise, fonde peut-être la scène primitive du handicap. Refuse-t-elle de voir une partie de sa vie quand disparait pendant l’acte amoure le corps de son amant ? Maladie psychologique ou irruption du surnaturel dans un réel fragile, qui sait, non loin du monde imaginé par Kôbô Abé… C’est avec une tendresse infinie que Kawabata peint ses personnages, dialoguant dans une auberge jusque tard dans la nuit. Nous sommes conviés en un univers tout de sensibilité : un arbre « pleure » pour les fous, le jeune insiste pour épouser son aimée et devenir son thérapeute. Mais aussi de « démons intérieurs » lorsque le psychiatre voit poindre des « temps démoniaques »…

      En ce huis-clos poignant où le dialogue est à la fois anecdotique, psychologique, onirique, voire métaphysique, si, parfois, l’échange paraît tourner en rond, c’est pour exprimer les plus infimes nuances des émotions. La connaissance de l’autre, jusqu’au mystère de sa disparition, est ici sondée, quoique avec le soupçon qu’une part en reste à jamais inconnaissable. Au-delà, les oiseaux, les fleurs sont de purs signes difficilement déchiffrables. Lorsqu’un arc-en-ciel apparait au moment de l’étreinte remémorée, l’étrange et beau roman s’éteint, à la frange du réalisme et du fantastique.

 

      Il est permis de rêver à la suite fabuleuse que ne désirait peut-être pas écrire le maître japonais lorsqu’il s’est donné la mort en 1972… Ou de la trouver peinte parmi les jaunes pétales et les aériennes ombelles des pissenlits peints sur un kimono. Comme lorsque dans Tristesse et beauté,[1] Otoko « avait représenté des fleurs estivales mais d’une manière si audacieusement abstraite qu’on ne pût croire que ce fut elle qui les eût dessinées. Cela ressemblait à des volubilis, mais c’étaient en fait des fleurs imaginaires qui se coloraient de nuances variées conformes au goût du jour. Le tout donnait une impression de jeunesse et de fraîcheur. Otoko avait dû dessiner ces fleurs à l’époque où Keiko et elle étaient inséparables ».

Thierry Guinhut

À partir d’articles parus dans Le Matricule des anges, mars 2012 et octobre 2014

Une vie-d'écriture et de photographie

 

[1] Yasunari Kawabata : Tristesse et beauté, traduit du japonais par Amina Okada, Albin Michel, 1981, p 123.

 

Photo : T. Guinhut.

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Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland parfaite république des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations et féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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