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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 19:09

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eric Reinhardt amoureux de l’amour :

Le Système Victoria, Comédies françaises.

Ingéniosité romanesque et goût des clichés.

 

 

Eric Reinhardt : Le Système Victoria, Stock, 2011, 528 p, 22,50 €.

Eric Reinhardt : Comédies françaises, Gallimard, 2020, 480 p, 22 €.

 

 

 

 

      Il n’est pas impossible qu’Eric Reinhardt soit amoureux de l’ange de l’amour. L’un de ces titres affichait d’ailleurs ce mot magique : L’Amour et les forêts[1]. Une héroïne au nom pompeux ou risible, « Bénédicte Ombredanne » n’en offrait guère, sauf du sexe passablement clinique, au détriment d’une personnalité malheureuse, celle d’une femme « sensible, intelligente et cultivée », en un roman psychologique poignant que l’auteur prétend fonder sur la rencontre d’une lectrice qui lui confia ses désarrois. L’épouse et mère empêtrée par sa condition domestique prend un amant amateur, comme Cupidon, de tir à l’arc, qui lui vaut quelques brèves exaltations à l’orée d’une forêt et de longs déboires, entre la jalousie tortionnaire du mari rompu au harcèlement et ses propres incapacités. Cette forêt est ambivalente, allégorique autant des bonheurs volés que des tourments de l’oppression familiale. Plus puissant peut-être, Le Système Victoria s’ombre d’une passion délétère, alors que le plus récent Comédies françaises imagine la poursuite des affinités amoureuses, quoique associées à une enquête politique. Indubitablement ses romans procurent un réel plaisir de lecture, hors des moments d’irritation incompressibles. Car il n’est pas certain que l’ingéniosité romanesque du romancier vienne à bout des clichés.

 

      C’est avec surprise et perplexité que nous nous sommes engagés dans la lecture de ce Système Victoria, qui - rare privilège d’un auteur français contemporain encombrant les tables des rentrées littéraires - a eu l’insolence de nous tenir en haleine à peu près jusqu’au bout… Eric Reinhard a indubitablement entre les mains un système narratif efficace. Malgré l’éclat et la lourdeur des clichés.

      C’est en effet grâce à une écriture souvent riche et pleine, parfois à la lisière de la phrase proustienne, qu’Eric Reinhard nous entraîne non sans ingéniosité dans la rencontre, annoncée dès l’abord comme fatale, d’un architecte et « Directeur de travaux » et d’une superbe Directrice des Ressources Humaines « monde ». L’on sait dès le corps du premier chapitre que retrouvée morte en forêt, Victoria aura précipité notre David Kolski dans les affres de la garde à vue, qu’il aura brisé son couple avec enfants, qu’il reste « à ruminer [sa] culpabilité » (…) « dans un hôtel de la Creuse »… Le suspense, depuis « l’étincelle » jusqu’à l’implosion, réside alors dans le comment, dans l’épaisseur des situations et des caractères.

      Sans nul doute, Eric Reinhard est un fin psychologue, voire clinicien aux abords de la psychiatrie. En témoignent ses portraits de Sylvie, l’épouse de David, glissant jusque dans des profondeurs maniaco-dépressives, ou du futur beau-père, militaire aussi rigide, tyrannique, qu’obscène de machisme obsessionnel… De même, notre « Directeur de travaux », responsable de l’avancement de la plus haute tour de France est un manager infatigable, saisi avec une acuité dévastatrice, en particulier pour l’ambiance délétère du travail où le personnel oscille entre son état d « esclave » motivé et ses impérities récurrentes. Mais en ce qui concerne Victoria, l’on hésite entre la faculté inouïe de peindre l’executive woman mondialisée qui gère les ressources humaines d’un fabuleux groupe industriel et joue avec les syndicats comme le chat avec la souris pour fermer une usine en Lorraine, filialiser puis vendre une autre… ou la caricature grossière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Efficace est la construction narrative alternée, entre l’avancée de la relation passionnelle David Victoria d’une part, et la narration de l’enfance, puis des amours conjugales et personnelles de David d’autre part, voire de l’interrogatoire policier. Mais un peu, voire pas du tout, la caractérisation des deux protagonistes et amants, magnétisés par leur pouvoir sexuel et radicalement opposés dans leurs conceptions politiques. L’un est « de gauche », « idéaliste », l’autre est la tenante d’un capitalisme libéral mondialisé…

      En ce sens, le débat autant que l’identification du lecteur sont biaisés. Si vous êtes de gauche, vous serez du côté de David, sinon, comme votre critique, vous éprouverez une certaine admiration pour Victoria, au prénom éloquent. Quant à David, s’il croit pouvoir vaincre sa tour Goliath, il se met le doigt dans l’œil et va jusqu’à céder aux sirènes du luxe international incarné par Victoria ainsi qu’à la corruption incarnée par un investisseur russe à la limite du mafioso… Las, l’argumentation politique, limitée à de brefs échanges, est étique. Et la fin tragique, comme un jugement de Dieu, voit venir la mort sordide de la méchante qui a voulu transgresser et l’ordre masculin, et l’ordre des valeurs familiales et, cerise sur le gâteau, l’ordre social. La tour Uranus étant évidemment une belle métaphore de l’hybris du capitalisme, sorte de Babel condamnée à l’impossible achèvement, aux vices de formes cachés : « allégorie de ce moment où nous nous foudroierons nous-mêmes »… Diable ! Comme le roman se prend pour le parangon de la sagesse et de la morale en précipitant l’incarnation femelle de l’ogre capitaliste dans les tréfonds de l’abjection !

      Malgré l’intensité affirmée de cette relation amoureuse et corporelle scandée par le récurrent « compte rendu de réunion », lisible sur Blackbery, qui est fait d’émouvantes et révélatrices pages de journal amoureux, il est rare que l’auteur nous donne à voir autre chose qu’une banale recension des canons de l’érotisme codifié ; ce dans une langue parfois magnifique qui, de prime abord, parvient à intéresser à « l’exotisme idéologique » de cette femme, aux sensations et analyses de l’homme, à ce qui « transforme [sa] vie en roman ». Mais, peu à peu, il a de plus en plus peine à faire frémir son lecteur, usant par éclats de quelques images intéressantes (les belles « coccinelles de cristal » de la sueur), usant et abusant d’ « exciter » et d’ « excitant », puis de « salope », finissant par sombrer dans la mécanique porno de bas étage en fin de roman, dans ce qui aurait pu être une acmé. L’on hésite alors entre l’infamie du cliché et la représentation critique du cliché. Même si l’on sait que l’addiction au sexe et au fantasme, que la réalisation du toujours plus de jouissance vont dans le sens voulu par l’auteur : celui de la dénonciation de l’accumulation sexuelle et d’un capitalisme et ultralibéralisme érotiques, ce qui n’est pas loin de la vision réductrice d’un Houellebecq[2].

      Ainsi s’agit-il de lire une histoire post-romantique dans laquelle l’amour passion d’une et pour une femme gérant avec dextérité planète économique, carrière, famille et amants - ce en quoi consiste le « système Victoria » - ne peut que mal finir. Ce moralisme désuet, cet anti-féminisme désastreux sont cependant combattus par l’héroïne, hélas châtiée par le deus ex machina du romancier dans une scène sordide que nous ne révélerons pas... Oyez la morale de cet apologue aux lourdes vertus : la sexualité libérale et du toujours plus est le miroir du toujours plus de retard dans les irréalisables travaux babéliens du capitalisme et dans ses pénalités qui se comptent en millions d’euros…

      Le « système Reinhard » plaira aux nostalgiques du roman dixneuviémiste. Dénonçant avec fascination la mécanique de la passion, dénonçant les tares de ce capitalisme qui assure notre prospérité, même imparfaite, il se dénonce lui-même comme une habile tour Uranus de clichés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’écriture tour à tour policée et volontairement négligée de Comédies françaises semble faire mouche. Au sens où le lecteur se laisse prendre à cette toile d’araignée romanesque. Pourquoi s’intéresser à un personnage mort à 27 ans dans un accident de la route, sinon parce qu’il cache des amours impétueuses, voire une enquête dangereuse ?

      Une construction alternée préside au portrait du héros, ou plus exactement anti-héros. Le jeune reporter ressent soudain l’urgence de la rencontre parfaite, de la jeune femme âme sœur, à Madrid, une « androgyne » au « nez busqué », dont la démarche a « le tombé naturel de l’être, comme on le dirait d’une étoffe ». Aussitôt perdue, il revoit sa baudelairienne « passante espagnole » à Paris, pour la reperdre encore, sans avoir pu lui parler. La quête, en dépit de l’éternel cliché, a ses impulsions magiques. L’on n’échappe pas à l’allusion à Nadja d’André Breton et à la « réalité habitée », car Dimitri est un afficionado du surréalisme et de ses coïncidences exagérées, au cours d’une évocation au lyrisme échevelé. Plus tard, en brûlant cœur d’artichaut, il s’essaie aux masturbations compulsives devant l’ordinateur, aux rencontres tarifées et velues, puis retrouve impromptu, lors d’un concert bordelais, son égérie madrilène sous les traits de Rosemary Roselle, une chanteuse : « la plus puissante histoire d’amour […] ramassée en une heure ». L’on devine que, malgré une consolatrice de talent, il faut s’attendre à une pelletée de déceptions…

      Il nous faut revenir en arrière pour connaître l’enfance et la formation de Dimitri, en passant par Sciences Po, sa passion pour le théâtre, dont le plateau est le « lieu de la transcendance », ce qui nous vaut une interminable énumération de troupes et de spectacles. Très vite il se fait embaucher comme « consultant en affaires publiques » avec 4200 euros sur 13 mois pour faire du lobbying, à la lisière de la corruption, avant de devenir reporter pour l’AFP, soit l’Agence France Presse. Un brin balzacien, notre Rastignac tente de conquérir autant les femmes que Paris.

      Notre Dimitri n’est pas sans ambition, puisque si jeune journaliste il imagine d’écrire un livre, en une mise en abyme peut-être fécondante, soit une enquête sur Louis Pouzin, l’inventeur précurseur d'un Internet qui aurait pu être français : le « datagramme ». L’aventure scientifique et politique est bien réelle, le protagoniste encore bien vivant, et cependant honteusement oublié, puisque que le président Giscard d’Estaing, conseillé par Ambroise Roux, PDG de la Compagnie Générale d’Electricité, préféra miser sur un Minitel dont la gloire fut éphémère. L’on devine les errements d’une politique économique étatique et constructiviste[3], aux dépens des libertés économiques et inventives. Mais c’est évidemment la droite que vise de manière convenue notre auteur en son réquisitoire, alors qu’il faudrait être naïf pour croire qu’en la matière la gauche serait plus pertinente…

      Est-ce cette enquête, visant à dénoncer « une falsification historique », tout aussi passionnée et maladroite que ses élans amoureux, qui sera cause de la mort précoce de Dimitri ? Plus qu’un roman policier, il s’agit d’un roman d’éducation, fauché dans la fleur de l’âge.

 

      Eric Reinhard sait habilement mener son personnage, prendre son lecteur dans les suspenses, tant amoureux, homosexuels et hétérosexuels, que journalistiques et économiques, non sans moments burlesques. Le père, Thierry, qui se reconvertit dans le bricolage et la réfection, jusqu’à un avion, est particulièrement réussi. Sa plume est souvent élégante, sinon proustienne, sinon grandiloquente, usant avec justesse des subjonctifs passés, mais trop souvent encline aux « putain », « c’est ouf », « cette meuf » et « bite », pour faire peuple, lors de conversations oiseuses et démesurées avec Alexandra. De plus, les superfétatoires plages didactiques dignes d’un manuel d’Histoire et de sociologie sont trop souvent d’une platitude souveraine.

      Si le roman paraît être très éclaté entre ses différentes perspectives, c’est loin d’être un défaut diront les uns, tant il reflète à la fois la complexité d’une personnalité et celle d’un réseau Internet en formation. L’on y croise des pages dignes de l’essai sur le théâtre, le peintre surréaliste Max Ernst en précurseur de l’Action painting et en amant de l’insatiable Peggy Guggenheim, tous miroirs de la personnalité de Dimitri et de ces centres d’intérêts.

      À moins que selon d’autres lecteurs la mayonnaise du pudding ne prenne pas, qu’il y manque cet entraînement narratif et cette limpide richesse qu’exige le roman. Comment, diront-ils, lire autrement qu’en rupture avec le pacte romanesque ces abcès documentaires, en particulier l’entretien avec Maurice Allègre sur les espoirs et déboires du datagramme français en Internet avorté qui n’occupe pas moins de quatre-vingts pages ? Il est vrai que vouloir d’un roman qu’il soit forcément linéaire, univoque et ressortissant de son seul genre littéraire pourrait être considéré comme classicisant, voire passéiste. Laissons notre lecteur, qui sait plus convaincu que nous, en juger…

      Le titre, Comédies françaises, doit-il être lu comme un indicateur de légèreté ou comme une satire amère d’années politiques perdues ? La chose est passablement manichéenne, teinte de ressentiment envers les élites politiques et surtout économiques, « le capitalisme financier » ; quoique cela puisse être mérité, même si l’on confond ici le capitalisme de connivence avec l’Etat et un réel capitalisme libéral. Néanmoins l’on ne peut se résoudre à des clichés longs comme le bras : « le monde tel qu’il allait, vendu aux grandes puissances simplifiantes du marketing globalisé ». La satire la plus efficace s’exerce envers une commune tartufferie : « Il avait beau être d’extrême-gauche, il aimait les beaux hôtels et les grands restaurants ».

 

 

      Peut-être Eric Reinhardt aimerait-il être un idéaliste ; il doit se résoudre à demeurer un réaliste. Comme nous tous à notre cœur défendant. Si l’on consent à pardonner des brassées de clichés à l’écrivain - quoique nous n’en soyons certainement pas indemnes - en particulier en son habitus politicus, c’est au-delà de cette perspective qu’il est utile de le lire. Ses personnages centraux, que l’on soupçonne être des alter ego, s’élancent vers des rêves d’amour et de fusion, et retombent parmi une déréliction familiale, sociale et politique intransigeante. La quête n’est cependant pas vaine en cette bibliothèque du moi.

 

Thierry Guinhut

 

Orchis violet, Santa Cruz de la Seros, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 09:17

 

Cartonnages Mame & Hetzel. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Babel en marche et imaginaire ethnologique

par Jean-Marie Blas de Roblès :

L’Île du Point Némo,

Ce qu’ici-bas nous sommes.

 

 

Jean-Marie Blas de Roblès :

L'Île du Point Némo, Zulma, 2014, 464 p, 22,50 €.

 

Jean-Marie Blas de Roblès :

Ce qu’ici-bas nous sommes, Zulma, 2020, 236 p, 20 €.

 

 

 

 

      Le bouillonnement de la psyché, tel ceux des vagues océaniques et des sables libyques, emporte l’écrivain imaginatif - ils ne le sont pas tous - vers des extrémités parfois joliment baroques. Ranimer tous les feux mythiques et éteints du roman d’aventure, tout en rejoignant des paysages étranges, au-delà de milliers de lieues l’île attendue du Capitaine Nemo, ou les déserts fabuleux, telle est l’ambition déraisonnable de Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain et archéologue, né en 1954. Fouiller aux « greniers de Babel » lui avait déjà permis de ramener de Là où les tigres sont chez eux, d’un Brésil aussi réaliste que magique, les histoires d’Athanasius Kircher[1], encyclopédiste baroque trop peu connu. Mais avec L’Île du Point Némo, la mission du narrateur touche-à-tout est plus ludique. En prestidigitateur du roman et de ses pouvoirs de fascination, il réussit à escamoter son lecteur dans le pur plaisir ; avec un brio supérieur à celui qui gisait Là où les tigres sont chez eux. Et quoique non sans risque de kitsch, il parvient à faire de son éloge de la lecture et de l’aventure, un éloge de la science. Quant au récit illustré comme une planche de dictionnaire Larousse du siècle dernier, Ce qu’ici-bas nous sommes, il a définitivement quitté les rivages du réalisme. Bien digne de l'archéologue Jean-Marie Blas de Roblès, voici un beau roman d'aventures et d'ethnologie fantasmagorique, pétillant d'imagination, qui, à lui seul, fait honneur à la rentrée littéraire.

 

      C’est avec Dulcie qu’Arnaud fonde une luxueuse usine de cigares en Périgord. Hélas la faillite entraine leur ruine, l’attaque cérébrale de la jeune femme qui reste inconsciente, la revente des lieux à un Chinois qui les reconvertit en usine d’assemblages de liseuses numériques : « B@bil Books ». Mais ce n’est là qu’un des noyaux du kaléidoscope romanesque de L’Île du Point Némo, commencé par la bataille d’Alexandre et de Darius, que l’on croyait vraie, mais qui n’était qu’une splendide bataille de soldats de plombs sous les doigts de Martial Canterel. Ce dernier est visité par John Shylock Holmes pour l’entraîner dans une enquête rocambolesque, autour de pieds morts trouvés sur une plage d’Ecosse, et à la recherche d’un diamant volé par « L’Enjambeur Nô »… Est-ce cette histoire, aux ramifications nombreuses, qu’Arnaud lit aux employées de « B@bil Books » ? Ce sont en effet « Trente nuits pour essayer de ramener Dulcie au cœur des lectures premières, seule matrice où il fût possible de retrouver le goût de naître. » De même, il s’agit d’offrir aux cigarières attentives la condition savante et bienheureuse du lecteur, passion bienfaisante, mais parfois dangereuse : « il y avait plus de révolte chez Edmond Dantès que dans toute l’œuvre de Marx ». En effet, disent-elles, « ce sont bien les romans qui nous ont ouvert l’esprit », comme, on l’a deviné, celui d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo.

      L’enquête, longue odyssée géographique sur les rails du Transsibérien, qualifié de « Babel en marche » et de « nef des fous », puis vers Pékin, est digne de Conan Doyle père de Sherlock Holmes. Elle se situe quelque part entre la fin du XIXème et le XXème siècle, quand les aventures entrepreneuriales de « B@bilBooks », qui n’est pas sans faire penser à un récit du même auteur, Les Greniers de Babel[2], sont évidemment très contemporaines. En première apparence, ces épisodes n’ont rien de connecté, de plus ils sont entrelardés de divers et brefs récits un tant soit peu salaces : on se masturbe en épiant sur son iPad les douches des employées, Louise, une ronde en mal d’amour, offre son opulente poitrine à la succion du Chinois : chroniques ordinaires des abus de pouvoir en entreprise. Sans compter des pages inspirées des Notes de l’oreiller[3] de la japonaise Sei Shonagon. L’on a d’abord peine à trouver la cohérence en cette superposition de récits entraînants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Des femmes endormies pour des années, un illusionniste qui recrache les balles tirées sur lui, jusqu’à ce que l’une le frappe mortellement, des sœurs siamoises, des sectes sibériennes assassines, des hermaphrodites, un diamant nommé « Ananké », comme la marque des baskets des cadavres mutilés… Quête rocambolesque et impitoyable destin gouvernent cet apparent désordre narratif. L’enquête policière, menée par un quatuor haut en couleurs, glisse des jeux du cirque vers les prestiges de l’épopée. À la faveur de divers moyens de transports, réalistes comme dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, ou de science-fiction, « Ekranoplane » et « Nautilus », voire d’épisodes omis avec bien de la légèreté, un tueur implacable sera poursuivi jusqu’à « l’île du point Némo », qui est une sorte d’utopie, où se sont réfugiés une poignée de chercheurs. Là seulement, l’on découvrira le surprenant coupable et son terrible châtiment, digne de Lovecraft…

      Un réjouissant catalogue des objets improbables et fabuleux saupoudre le récit : garde-robe du dandy Canterel, « Sainte Chemise de la Vierge » semblable au suaire de Turin, animaux du zoo catapultés lors d’une attaque du train, dirigeable de luxe, île flottante. Catalogue qui est également celui de la bibliothèque du « B@bil Books », et de Jean-Marie Blas de Roblès lui-même : ne puise-t-il pas son diamant parmi « Le diamant du rajah[4] » de Robert-louis Stevenson, mais aussi « L’escarboucle bleue » et « Le diadème de béryls[5] » d’Arthur Conan Doyle ? Sans oublier bien sûr son maitre tutélaire, Jules Verne, dont il ressuscite le personnage de Cyrus Smith, Nemo lui-même, d’une fabuleuse façon, et dont les réécritures et les marques intertextuelles émaillent le tissu romanesque chatoyant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quelque chose de postmoderne affleure en ce roman : la réutilisation des codes et de l’imagerie romanesque du passé et leur distanciation, voire leur ironie, leur aimable parodie. Comme si sous la couverture de léger carton bariolé et fleuri de Zulma transparaissaient les cartonnages rouges d’Hetzel, l’éditeur de Jules Verne, dont les cigares d’Arnaud évoquent les titres prestigieux en or et rouge. De même, la lecture aux ouvrières des manufactures de tabac, en Haïti et en Périgord, va des Misérables à Don Quichotte, en passant par Le Comte de Monte-Cristo et Vingt mille lieues sous les mers. C’est à double sens que les personnages sont fait de lectures, lorsqu’ils en font leur propre roman d’apprentissage, autant que lorsque que le romancier Jean-Marie Blas de Roblès les fabrique et les anime, comme le souvenir d’un collage régénérateur : « que reste-t-il dans nos mémoires, sinon un résumé flou et poussiéreux, de ces livres qui ont bouleversé notre existence ? Dulcie, elle se souvenait de tout ». L’artiste alors imite moins la vie que l’art des littérateurs qui l’ont précédé : « le réel n’est au contraire qu’un miroir servile de ce qui est déjà survenu dans les romans ». Peu ou prou comme le disait Oscar Wilde dans ses Intentions : «  La Vie imite l’Art beaucoup plus que l’Art n’imite la Vie[6] ».

      Ainsi, les cigares sont des « Rastignac pur corona, et un pur Salammbô aux doux accents créoles »… Le jeu d’aventures et le catalogue littéraire des allusions, où Blas de Roblès aurait puisé, n’est pas sans faire penser au Nouveau Magasin d’écriture[7] d’Hubert Haddad. Les personnages eux-mêmes sont faits d’échos, voire de reprises d’autres personnages célèbres : Claudia Chauchat, par exemple, vient de La Montagne magique de Thomas Mann. Sans que l’on ait peur des anachronismes.

      Aussi fasciné qu’Umberto Eco - dans La Mystérieuse flamme de la reine Loana[8] - par les héros de romans populaires, Blas de Roblès est un Robinson borgésien qui ne renie pas ses amours littéraire d’antan et d’aujourd’hui, qui en avoue et exhibe les mécanismes, dans une réécriture pimpante et sans complexe. Son art romanesque, lors du réalisme magique de Là où les tigres sont chez eux[9], ranimait les cendres d’Athanasius Kircher[10], cet hallucinant Jésuite encyclopédiste du XVII° siècle. Ses nouvelles, dans La Mémoire de riz[11], étaient vingt-deux fictions colorées comme des baraques de cirques, contes où les mythes s’affolent, avec une prédilection pour l’imagerie des Mille et une nuits. Aujourd’hui, c’est avec une rare aisance qu’il empile les topoï littéraires, et fait revivre en de nouveaux et séduisants avatars les fantômes du Docteur Mardrus (le traducteur de Shéhérazade), de Sherlock Holmes et du capitaine Némo, mais aussi des Thénardier qui donnent leur nom à un cuirassé. Ecrivain de Babel, Jean-Marie Blas de Roblès l’est bien. S’il n’écrit qu’en français, ce sont les langues de l’histoire littéraire qui viennent en ses livres babiller avec délectation.

      Reste que l’on peut se demander à quoi sert une telle entreprise romanesque aujourd’hui ? Un jeu du cirque romanesque nostalgique, une imagerie délicieusement colorée comme une collection de bonbons un peu kitsch, un rêve d’humour et de super héros pour tenter de définitivement s’évader d’une réalité grise, terrible et confuse… S’il faut suivre le « delectare et docere » d’Horace, ou selon la tradition classique « plaire et instruire », Jean-Marie Blas de Roblès sait de toute évidence plaire ; mais instruire ne semble d’abord  guère au programme : rien, ou à peine, d’encyclopédique ou de philosophique, au contraire de Là où les tigres sont chez eux, à peine une satire sociale à l’occasion des abus de pouvoir chez B@bil Books », peu de ces phrases qui sont pensée surprenante et féconde.

      L'on aurait alors pu craindre que le roman ne dépasse guère le pur exercice de style. Mais au cours du voyage marin vers l’île Némo, les créatures des abysses éveillent la dimension encyclopédique. La connivence de Verity, réveillée de son long sommeil, avec le chant des baleines, et sa réponse énigmatique, atteignent une réelle hauteur poétique. Quant au « B@bil Books », bientôt « liseuse one shot » et « jetable »,  il devient l’objet de la satire culturelle : « La bibliothèque numérique n’était qu’une variation moderne du péché d’orgueil, celui de parvenus pressés d’exhiber leur prospérité, s’entourant de reliures tape-à-l’œil - voire de simples reliures vides - qu’ils n’avaient jamais lus et ne liraient jamais ». Bientôt un logiciel permettrait de se passer des écrivains… Pourtant, nous ne passerons pas de Jules Verne, ni de la thérapie en guise de lectures emboitées de Blas de Roblès !

      Mieux encore, on ne peut douter que l’ « utopie rationnelle » de la communauté des savants, bâtie autour d’un cirque sur « l’île du point Némo », face à la dérive d’un monde qui n’est qu’une « Atlantide lente », soit la raison d’être et l’acmé splendide du roman. Le palais de nouvelles technologies, « organisme chargé de comprendre et de prédire les changements climatiques », (on pardonnera l’idéologie superstitieuse) est une merveille de science-fiction écologique. Egalement le prélude d’un monde où les nouveaux citoyens expérimentent une foule de nouvelles technologies, de libres initiatives éthiques et scientifiques. Une réelle éthique au secours de beaucoup d’esthétique ; voilà qui devient considérable. Mais n’est-il pas suffisant de dire que ce livre est une jubilation ?

 

A. Carolo Mullero : Tabulae in geographos Graecos minores,

Firmin Didot, MDCCCLV.

A. Bouché-Leclercq : Atlas pour servir à l'Histoire grecque de Curtius,

Ernest Leroux, 1888.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Jean-Marie Blas de Robles n’a pas avec Ce qu’ici-bas nous sommes quitté l’habit de prestidigitateur qui animait son « point Nemo ». Cette fois l’île est entièrement terrestre, sauf lorsque le roman tire le rideau et voit la montée des eaux lacustres effacer toute la cité et devenir mer. Comme les territoires délirants du rêve, une illusion s’est dissipée, mais en laissant derrière elle les cailloux infiniment colorés du conte.

      « Histoire mensongère », quoique tout soit prétendu vrai par le narrateur, Augustin Harbour, le roman d’aventures, qui doit quelque chose à L’Atlantide de Pierre Benoit et à sa reine Antinéa, est encadré par le tableau d’une clinique de luxe, au bord d’un lac du Chili. Ce sont deux espaces antinomiques, le premier étant celui d’une expédition ethnographique, le second, quarante ans plus tard, celui de la rédaction de ses souvenirs, au milieu d’une demi-douzaine de personnages, dont l’anachronique Aby Warburg, le fameux historien d’art qui dut être interné cinq ans dans une clinique suisse pour soigner son traumatisme causé par le désastre de la Première Guerre mondiale. S’il réussit en 1923 son rétablissement en prononçant une conférence, « Le rituel du serpent », qui relatait son voyage parmi les indiens Hopis en 1895 et 1896, le récit que tisse notre narrateur en est un peu la métaphore.

      Quelque part au sud du désert libyque, se cache une cité lointaine, que l’on atteint qu’au prix de la soif et de la mort. S’agit-il, au bout d’une tempête de sable qui désoriente les boussoles et l’errance, de celle des Garamantes, en cet oasis que le narrateur, Augustin Harbour, disciple de Claude Lévi-Strauss[12], atteint en compagnie d’Hamza. C’est avec aménité qu’ils sont logés dans la ville de Zindan. Ils vont de surprise en surprise. Ici l’on mange les défunts, et Hamza, convenablement engraissé se voit dévoré avec force réjouissances. Une voyageuse éreintée, Adélaïde McCord, vient le remplacer. Une Anglaise du siècle victorien, car l’on « arrivait à Zindan d’à peu près n’importe où, mais aussi d’à peu près n’importe quand ». De plus, en une sorte d’avant Babel, la compréhension des langues et spontanée. Les rituels de l’amour, du mariage et de l’accouchement sont évidemment déconcertants, d’autant qu’il existe, à côté de ceux des « Mangeurs de crevettes » et des « Trayeurs de chiennes », un « clan des Amazones ». Les mœurs sexuelles connaissent des courgettes en guise d’ « olisbos », ou phallus artificiel.

      Les voix sont enregistrées dans des poteries, grâce auxquelles il existe une « Encyclopedia lethargica ». Et si l’on imagine que la culture écrite est valorisée, car « il existe deux monnaies : l’eau et les livres », il faut déchanter, car ne compte que leur poids, d’autant qu’ils sont en coréen ! Cependant « les habitants de Zindan étaient eux-mêmes la bibliothèque », puisque leur peaux, abondamment tatouées par « Babeliôn », sont après leurs morts tannées et conservées dans les familles…

      Si l’on ne sait comment ont été franchies les portes de cet espace incongru, l’on se sait pas plus comme le quitter, surtout si l’on a conscience d’y être irréparablement séquestré par un mur invisible. Qu’importe, si le merveilleux prend de l’ampleur. Ainsi le chaman Hadj Hassan connait les « secrets inavouables » de ceux qui viennent le consulter, y compris de miss McCord et du narrateur entré en « béatitude », dont il est l’omniscient récitant. Aussi est-il Dieu en personne, nanti à son côté d’une vestale fascinante : Maruschka Matlich, qui, littéralement, foudroie d’un regard un meneur hérétique. Pourtant notre Augustin reste un sceptique raisonnable et matérialiste. Laissons alors le lecteur découvrir la fantasmagorique union du narrateur avec la houri et l’irréparable catastrophe qui s’en suit. Où la transgression est la cause d’un wagnérien crépuscule du Dieu.

      Le plus sérieux pince sans rire s’insinue l’air de rien dans le récit, lorsqu’Al-Fassik se voit nanti d’un « plumeau de commandement », orné d’un « QR code » - qui devient un QûmRan code », par allusion aux manuscrits bibliques - ; alors que celui du « Duc de Trou-Bonbon » est « tatoué sur sa fesse gauche ». L’humour agite également les clochettes de son bonnet de fou à l’occasion d’un « chasseur de tatous » qui s’appelle « Mélanchthon » (comme l’humaniste du XVI° siècle), ou de la « Chamelle Sixtine », de « Barbie la gnostique », et dans la barbe du « poète incombustible, vieil homme aux allures de primate », qui a celle du vénérable Victor Hugo, dans un dessin de marge…

 

 

      Il est permis de ne voir en ce roman qu’un grand n’importe quoi divertissant, « un monde à coefficient de rationalité variable en fonction des individus, ce qui est à la rigueur admissible, mais aussi du temps et de l’espace ». Quoique s’incruste de-ci de-là, maintes vraies et fausses éruditions venues d’une Antiquité réelle ou trafiquée. Mais songeons que par contrecoup la satire va se nicher où l’on ne l’attend pas. Comme à l’occasion du personnage d’Al-Fassik, qui « gouvernait en despote, préoccupé du seul bien-être de ses électeurs ». Les clins d’œil à notre actualité sont lourds d’ironie et d’avertissements, comme lorsque les hôtes de la clinique n’échappent pas aux informations : «  sept kamikazes français, issus de la bonne bourgeoisie parisienne, s’étaient fait exploser au cœur de Notre Dame. La cathédrale était en ruines. […] L’attentat avait été revendiqué par Alpha de la Lyre, un groupuscule végan qui entendait ainsi protester contre l’exploitation des animaux et le sacrifice pernicieux de l’agneau pascal ».

      Faut-il lire ce roman chatoyant comme un pastiche, ou une parodie, des classiques de l’ethnographie, comme l’est le récit de Michel Leiris, L’Afrique fantôme ? Il n’en reste pas moins que notre romancier partage sans nul doute la profession de foi de son héros : parvenir « au cœur de ce qui faisait sens », quoique cela paraisse en la demeure une gageure.

      Et bien que suffisamment réaliste, les quelques portraits et péripéties qui jalonnent les petits épisodes alternés relatant la vie de la clinique chilienne n’en est pas moins un contrepoint pour le moins étrange. Diego, expert informatique, s’est fait tatouer sur le modèle de « la momie de l’homme de Pazyryk », Dolorès a traduit Homère à quatorze ans, Ernst Ludwig expose ses tableaux où il a portraituré de manière obscènes tous les hôtes de la clinique…. Sans doute s’agit-il de signifier par ironie que notre humanité est digne d’un ethnologue curieux ; d’autant que là encore, le tragique n’est pas absent.

      En dialogue avec les forts nombreux dessins du romancier lui-même et les quelques gravures qui s’y entremêlent, comme un catalogue des armes et quincailleries, parfois jusqu’à la façon des collages surréalistes de Max Ernst ou de Prévert, mais aussi du palimpseste, le récit affiche beaucoup d’une encyclopédie consacrée à une civilisation disparue, avec ses tabous, ses sports et divertissements, son « rhapsodomancien », son « homilophilie », « vive excitation sexuelle en prononçant une leçon, un discours, un sermon ». Ainsi aux illustrations en noir et le plus souvent au trait, s’adjoignent de petits textes didactiques.

      Outre une affinité avouée avec L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet[13], et plus que suggérée avec Jules Verne, Jean-Marie Blas de Robles semble avoir un goût immodéré pour Le Tour du Monde, cette revue de voyages et d’explorations de la seconde moitié du XIX° siècle, illustrée de gravures évocatrices, dont l’auteur des Voyages extraordinaires raffolait et s’inspirait. Sauf qu’il doit à sa seule imagination fluviale et pétillante une foule d’anecdotes et de péripéties, toujours surprenantes et palpitantes.

 

 

      Pas de narcissique autofiction au fade réalisme et à la psychologie sordide au menu de Jean-Marie Blas de Roblès, pas plus de roman engagé dans les pièges idéologiques de l’Histoire contemporaine, pas de roman à thèse en faveur d’un écologisme niais ou d’un anticapitalisme aveugle et revanchard. L’écrivain revendique la plus folle liberté de la fiction, la création de contrées imaginaires, de civilisations fantasmagoriques, avec la patience de l’entomologiste. Est-ce une fuite hors notre monde dont on néglige d’être le fresquiste ? À moins qu’il s’agisse d’une indéfectible liberté, cette de l’imagination ; que Jean-Marie Blas de Roblès, exerce dans Ce qu’ici-bas nous sommes,[14] une hallucination, une fiction, une multiplication de la personnalité, à l’instar d’un autre opus, Dans l’épaisseur de la chair, où l’esprit d’un fils fabule l’histoire vraie de son père, Manuel Cortès, assisté par les sarcasmes du perroquet Heidegger. Ici-bas nous est confié un magnifique roman borgésien prodigieusement construit et délicatement ouvragé…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Joscelyn Godwin : Athanasius Kircher. Le théâtre du monde, Imprimerie Nationale, 2009.

[2] Jean-Marie Blas de Roblès : Les Greniers de Babel, Invenit, Ekphrasis, 2012.

[3] Sei Shonagon : Notes de l’oreiller, Stock, 1928.

[4] Robert-Louis Stevenson : Les Nouvelles mille et une nuits, Œuvres I, Pléiade, 2001.

[5] Arthur Conan Doyle : Les Aventures de Sherlock Holmes, Félix Juven, 1905.

[6] Oscar Wilde : « Le déclin du mensonge », Intentions, Œuvres, Pléiade, 1996, p 805.

[7] Hubert Haddad : Le Nouveau magasin d’écriture, Zulma, 2007.

[8] Umberto Eco : La Mystérieuse flamme de la reine Loana, Grasset, 2005.

[9] Jean-Marie Blas de Roblès : Là où les tigres sont chez eux, Zulma, 2008.

[10] Voir : Joscelyn Godwin : Athanasius Kircher. Le théâtre du monde, Imprimerie Nationale, 2009.

[11] Jean-Marie Blas de Roblès : La mémoire de riz, Zulma, 2011.

[14] Jean-Marie Blas de Roblès : Dans l’épaisseur de la chair, Zulma, 2017.

 

 

Le Tour du monde, 1889 ;

Jean-Marie Blas de Roblès : Ce qu’ici-bas nous sommes.

Photo : T. Guinhut.

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 07:27

 

Vierge XV°, Museo civico de Bolzano / Bozen, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Féminités littéraires,

du Moyen Âge à notre contemporain.

Martine Reid & Nathalie Heinich.

 

 

Femmes et littérature. Une histoire culturelle I & II,

Sous la direction de Martine Reid, Folio essais, 2020, 1040 p, 13,50 € et 592 p, 10,30 €.

 

Nathalie Heinich : Etats de femme. L’identité féminine dans la fiction occidentale,

Tel Gallimard, 2018, 402 p, 12,50 €.

 

 

 

 

      Il est loin le temps où l’on songeait à une Galerie des femmes célèbres avec un rien de condescendance, comme Sainte-Beuve, qui, tout en honorant deux douzaines de dames fort renommées, reines, duchesses et amoureuses, ne comptait qu’à peine une demi-douzaine d’écrivaines, quoique ce féminin ne fût pas employé. Madame de Sévigné pour ses lettres, Mademoiselle de Scudéry, pour les interminables préciosités de Clélie et sa « carte du Tendre », traitée d’ailleurs du bout du bec, ou George Sand, dont il aimait ses « tableaux de pastorales et de géorgiques bien françaises[1] ». Cette manière critique bien désuète se devait d’être dépassée. C’est chose faite, en toute ampleur et vigueur, avec Femmes et littérature. Une histoire culturelle, sous la direction de Martine Reid et avec le concours d’une dizaine de spécialistes. Les plumes féminines françaises et francophones méritaient au moins ces mille-six-cents pages, du Moyen Âge à notre contemporain. À cette somme, il ne faut pas manquer d’ajouter l’essai de Nathalie Heinich : Etats de femme. L’identité féminine dans la fiction occidentale, de façon à élargir encore la perspective, non sans se demander s’il y a bien une spécificité de l’écriture féminine et combien de représentations collent à la peau des femmes dans la littérature.

 

 

      À qui était-il permis d’écrire, au Moyen Âge ? Fallait-il encore savoir lire… «  La grande dame, la religieuse ou la veuve » seules était susceptibles de pages épistolaires, dévotes, plus rarement poétiques à l’instar des troubadours, ou de ce qui devenait le roman. Mais en français, et non en latin, ce qui les rendaient méprisables aux yeux des lettrés. Quoiqu’elles fussent également commanditaires, copistes, enlumineresses, jouant un rôle parfois crucial dans la chaine du livre, encore manuscrit. L’une de ces artistes, Anastaise, nous est connue par l’éloge qu’en fit Christine de Pizan, dans son Livre de la Cité des Dames. Celle-ci, après Marie de France et ses Lais, est la « nonpareille », présentée avec conviction par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, qui la traduisit en français moderne[2]. Aux autorités paternelle et masculine, Christine de Pizan préfère « Raison et Philosophie ». Ce qui lui permet d’être fort polémique à l’encontre de la misogynie du Roman de la rose. Sa Cité des dames présente les femmes célèbres, tant dans la guerre que la sainteté et les arts, le Livre des Trois Vertus répond aux Enseignements moraux. Se faisant homme en mettant la main à la plume qui la fait vivre, elle est « la première figure d’une intellectuelle écrivant en français ». Comme quoi « les femmes auteurs ne se sont pas coulées dans un modèle d’amour, d’amour dit courtois, qui n’a pas été pensé par elles ».

 

      La Renaissance fut-elle également féminine ? Souvent encore, la femme subit les attaques des auteurs qui la conspuent : elle est libidineuse, folle et traitresse, selon Toulouse Gratien du Pont, qui, en 1534, publia les Controverses des sexes Masculin et Femenin. Tout ou presque, y compris la police des mœurs est au service des hommes. À une époque où se poursuit la chasse aux sorcières[3], le développement de l’imprimerie bénéficia cependant à nos auteures, malgré une exclusion des lieux d’éducation : « une floraison inattendue, puisque près de cent-quarante autrices ont pu y être repérées, là où les dix siècles précédents en avaient laissé émerger à peine une cinquantaine ». En effet, l’aristocratie et une certaine bourgeoisie encouragent une éducation de leurs filles. Princesses et reines sont au pouvoir, les salons apparaissent, quand les imprimeurs travaillent avec leurs femmes et filles, et la veuve reprend parfois l’affaire. Bientôt l’on publie une Fleur des dames ou une Vie des femmes célèbres. Quand des humanistes se font « champions des dames », le néoplatonisme et le pétrarquisme contribuent aux « idéologies philogynes ». Et si la poésie de Scève et Ronsard loue la femme, leur répond Louise Labé. Marguerite de Navarre, après une œuvre étendue, dont théâtrale avec pas moins de onze pièces, laisse inachevé son Heptaméron, publié de manière posthume. Si les Reines du temps sont prolixes, sans compter des écrits politiques injustement oubliés, l’on retient les noms de Pernette du Guillet, d’Hélisenne de Crenne, dont il faudrait lire le « grandiose roman » : Les Angoysses douloureuses qui procèdent d’amours. Elle y jette « les bases du roman psychologique qu’on dit à tort inventé par Madame de Lafayette ».

      La « dénonciation de la sujétion féminine » et des violences masculines, dans l’Heptaméron par exemple, est évidement féministe, même si le mot n’existe pas encore. À quoi répond l’éloge des « femmes fortes ». Cependant ce sont aussi des hommes qui se font les éditeurs, les anthologistes de cette « renaissance des Muses », dans la lignée d’une Sappho redécouverte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Enfin vint « un grand siècle pour les femmes auteurs » ! Le XVII° de Mesdames de Lafayette, de Villedieu, d’Aulnoy et de Sévigné, est aussi le grand siècle où elles « revendiquent l’égalité politique, sociale et économique entre les sexes ». L’émergence de volumes aux petits formats, la vogue de la prose romanesque et du français au détriment du latin, tout contribue à l’émergence d’« Amazones, femmes fortes et frondeuses » ; comme Barbe d’Ernecourt, qui porta l’épée pour défendre ses terres et conçut des tragédies. L’on s’arrache avec délectation les romans épiques, politiques, chevaleresques et pastoraux de Madeleine de Scudéry, Artamène ou le grand Cyrus et Clélie, histoire romaine, comptant chacun dix volumes, quand le premier exhibe treize mille pages, soit le plus long roman français jamais écrit ! Ces modèles de chroniques guerrières, de la préciosité et de la galanterie, de l’art d’aimer en de baroques développements, coulaient d’une main révoltée contre la tyrannie du mariage, qu’elle évita en restant célibataire. N’empêche que si l’on ne lit plus guère ses pages aujourd’hui, peut-être à tort, elles eurent une affolante réputation et une influence considérable pendant plus d’un siècle, jusque dans les développements du roman anglais. Hélas, les précieuses à la Clélie sont moqués par Boileau, quoique louées par Huet, deviennent « ridicules » avec Molière, qui en récolte grand succès…

      Avec Zaïde puis La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette participe à la « naissance des grands classiques ». Madame de Villedieu n’a pas cette chance, à cause d’un vent de scandale. Madame D’Aulnoy publie en 1690 le premier conte de fées, avant Perrault, donnant lieu à un engouement pour ce nouveau genre presque exclusivement féminin, qui influencera grandement les Lettres anglaises. Probablement a-t-on eu grand tort d’enfouir dans l’oubli les romancières Murat et de La Force. C’est alors que le Dictionnaire de l’Académie, mais aussi ceux de Richelet et Furetière, incluent autant hommes que femmes sous le mot « auteur », ce qui permet à la signataire de ce vaste chapitre, Miss Joan Dejean, de « rester fidèle au choix des premiers grands lexicographes français » et d’adopter « les termes d’auteurs et d’écrivains sans recourir à une forme féminine » ; sage posture sans polémique superflue.

 

      Paradoxalement, le siècle des Lumières ne fut pas aussi prolixe en auteurs féminins. Ce qui n’empêche pas les dames de la République des Lettres de dialoguer avec les penseurs du temps et les encyclopédistes. Si la question du droit des femmes est intensément débattue, au travers de L’Egalité des deux sexes de Poulain de la Barre que discute Louise d’Epinay, de Voltaire qui prétend que l’imagination passive et servile est féminine quand celle active et créatrice est masculine, sans oublier Sophie fort inférieure à Emile chez Rousseau, auquel l’on préférera la défense de l’éducation dans Les Conversations d’Emilie de Louise d’Epinay, elle aboutira à une revendication occultée, celle de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en 1791, par la dramaturge et essayiste Olympe de Gouges, guillotinée lors de la Terreur révolutionnaire.

      Il n’en reste pas moins qu’en ce siècle des salons et des académies, des figures essentielles surgissent, tant Emilie du Chatelet, mathématicienne et physicienne dont la traduction française des Principia Mathematica de Newton fait toujours autorité, sans compter son essai De la liberté, que Françoise de Grafigny, dont les excellentes Lettres d’une Péruvienne participent de la curiosité des Lumières à l’égard des nouveaux mondes, ou Marie-Jeanne Riccoboni, aux vastes romans épistolaires sentimentaux et polémiques, ou encore Germaine de Staël[4], qui déborde sur le XIX° siècle.

 

Madame du Boccage : La Colombiade, Desaint & Saillant, 1756.

Œuvres, Chez les Frères Périsse, 1770.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Placé « sous le signe de la différence des sexes », le siècle inauguré par Napoléon entérine en son Code civil de 1804 l’inégalité des sexes. Germaine de Staël dénonce l’existence « incertaine » des femmes, George Sand vitupère contre « l’esclavage féminin », Hortense Allard défend l’éducation, le divorce, la liberté de conduite. Pendant ce temps la satire s’amuse à caricaturer la savante et l’auteure, comme le fit Frédéric Soulier dans sa Physiologie du bas-bleu, en 1841. Aurore Dupin prit le pseudonyme que l’on sait, Rachilde se targuait de cartes de visite ainsi libellées : « homme de lettres ». Libraires et éditeurs féminins sont encore bien rares.

      C’est cependant le temps des livres pour la jeunesse, pour les filles, dans une visée éducative, écrits par Félicité de Genlis ou la comtesse de Ségur. Cénacles, salons, presse féminine, librairies se développent peu à peu. Quelques rares voyageuses peuvent publier, comme la malheureuse Flora Tristan avec ses Pérégrinations d’une paria. Mais aussi des mémoires, des autobiographies, telle l’Histoire de ma vie, sous la plume de George Sand. Quant à la poésie, elle reste un discours « genré », où parmi une abondante production domine la romantique Marceline Desbordes-Valmore, que Baudelaire ne dédaignait pas, poétesse honorée, mais à condition qu’elle reste fidèle à une poésie de femme… Nombreuses et lyriques, ces poétesses parlent du cœur, des fleurs et de l’âme, jusqu’à la musicalité synesthésique d’Anna de Noailles ; rares sont celles qui accèdent autour de 1900 à la capacité de laisser entendre leur homosexualité, telle Renée Vivien ou Natalie Clifford Barney dont on retient Quelques portraits-sonnets de femmes.

      Genre féminin, le roman se doit être sentimental. Sophie Cottin et Madame de Staël, avec Corinne ou l’Italie sont parmi les meilleures ventes. Il en est de même avec George Sand, puis à la Belle époque, Marcelle Tynaire, Gérard D’Houville, alors que ces dames n’hésitent pas à investir les genres gothique, historique, comme Madame de Genlis, avec Mademoiselle de Lafayette ou le siècle de Louis XIII, voire libertin, avec Monsieur Vénus de Rachilde. Cependant il s’agit d’investir l’essai, là encore avec Germaine de Staël dont l’Essai sur les fictions n’est pas aussi célèbre que De l’Allemagne. C’est sous le nom de Daniel Stern que Marie d’Agout, amante de Franz Liszt, publie son brillant et méconnu Essai sur la liberté considérée comme principe et fin de l’activité humaine, dans lequel elle défend ardemment le droit des femmes, à l’éducation, au divorce, au choix de la maternité !

      Le XIX° littéraire n’était pas si misogyne que l’on voulut nous le faire croire. Au rebours de nombre de contempteurs méprisant une romancière prétendue médiocre, l’auteur de L’Âne mort, et critique renommé, Jules Janin, déclara en 1839 : « Le roi des romanciers modernes, c'est une femme ». Certes il ne pensait pas à détrôner Balzac, mais à louer George Sand, elle-même admirée par l’auteur de La Comédie humaine et par Flaubert, rien de moins ! Celle qui a publié plus de soixante-dix romans[5] obtint un succès considérable avec Indiana, s’illustra scandaleusement au cours du roman-poème Lélia dans la révolte métaphysique et l’expression d’une sexualité féminine en 1833. Mauprat est à la fois un roman historique, familial, d'amour, d'aventures, noir, humanitaire, et social, quand Nanon réécrit l'histoire de la Révolution par le truchement des lèvres d’une paysanne. Pauline est le roman de formation de l'artiste, alors que le triptyque champêtre formé par La Mare au Diable, François le Champi et La Petite Fadette, la révèle en pionnière de l'ethnographie et de l'ethnolinguistique, non sans compter l'ethnomusicologie avec Les Maîtres sonneurs. Par ailleurs Chopin transparait dans  Lucrezia. La Ville noire est un roman industriel à la fois réaliste et utopiste. N’est-elle pas également précurseure du Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne, lorsque Laura, voyage dans le cristal associe voyage initiatique, conte fantastique et science, en particulier la minéralogie ?

 

Madame de Grafigny : Lettres d'une Péruvienne, Didot l'Ainé, 1797 ;

Ménard et Desenne, fils, 1822. Photo : T. Guinhut.

 

      Foisonnant, explosant toutes ou presque les barrières, le XX° siècle voit la vogue de Colette, qui aura droit à des funérailles nationales en 1959, malgré ses thématiques parfois homosexuelles, voire incestueuses, puis celle du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, le flux du féminisme et les éditions « Des femmes ». Une Marguerite de Yourcenar se voit accéder à l’Académie française, Françoise Sagan ou Marguerite Duras éclipsent bien des messieurs. Les « étrangères de Paris » viennent de Russie pour devenir Nathalie Sarraute ou Irène Némirovski, dont Suite française, posthume, ne sera publié qu’en 2004. Le roman politique fait d’Elsa Triolet une thuriféraire du Parti Communiste, alors que Charlotte Delbo participe de la littérature concentrationnaire. Sans compter que le roman sentimental devient stéréotypé, rose avec Delly et « passion » avec les surproductions de la collection « Arlequin » qui abreuve les lectrices en mal d’amour, c’est « Eros au féminin » qui vient troubler le jeu : l’on se souvient, malgré la censure encore vive, d’Histoire d’O, de Pauline Réage, de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, d’Emmanuelle

      Être romancière n’a plus rien qui puisse être dépréciatif. Journalistes, philosophes comme Simone Weil, poétesses comme Andrée Chédid, peut-on dire que le récent siècle réalise le rêve de l’équité ?

 

      Une foule de poétesses, théologiennes, romancières, épistolières, essayistes éclosent sous nos yeux en ce livre-fleuve, parfois introuvables, comme Madame du Boccage[6], au XVIII° qui fit une tragédie sur Les Amazones, mais aussi, quoiqu’elle soit ici trop peu évoquée, une belle épopée en vers sur Christophe Colomb et la découverte de l’Amérique : La Colombiade. Une redécouverte s’impose, non pas par égalité des sexes, car ce serait un critère usurpé face à celui de la qualité littéraire, mais de par une réelle équité, une curiosité créatrice, jusqu’à une actuelle et féminine francophonie.

      « Chacune des contributrices », dit-on ; est-ce à dire qu’aucun contributeur ne fut invité ? Au risque du sectarisme féminin qui considérerait que l’on ne peut faire œuvre féminine que par des femmes. Ce qui, gageons-en, serait à cent lieues de l’esprit dans lequel Christine de Pizan, George Sand ou Simone Weill ont écrit. Un rien de dogmatisme, aimant traquer pas toujours avec nuance, l’« antiféminisme ordinaire » (à propos des « chosettes » de Christine de Pizan qui devinrent au XIX° des « chaussettes »), imprègne de manière par instant dommageable ce vaste ensemble, quoique nos femmes savantes de cette « histoire culturelle échappent presque toujours à ce travers. Insistons avec vigueur, l’ouvrage, qui eût gagné à être édité avec des couvertures cartonnées, reste au long cours prodigieusement intéressant, lisible comme un bon roman, érudit et roboratif.

Nous avouerons qu’en apercevant un entrefilet annonçant cette parution, nous imaginions une anthologie documentée et commentée, de façon à découvrir maintes auteures ignorées. Faut-il regretter que cela ne soit pas le cas ? Oui et non. Certes ces deux volumes comptent des citations judicieusement choisies et permettent d’éclairer ce qui fut occulté, mais la perspective s’intéresse autant au contenu proprement littéraire qu’aux conditions sociétales et idéologiques qui président à cette créativité moins contrainte que l’on aurait pu l’imaginer, qui a cependant pu exploser au cours du XX° siècle, grâce à sa libération des femmes. Sans oublier les lectrices et bien plus tard les éditrices.

      Nos auteures rappellent avec pertinence Hélène Cixous, affirmant en 1975 combien il est « impossible de définir une pratique féminine de l’écriture », et Julia Kristeva, elle aussi en 1975, pensant « de plus en plus qu’il faudrait se garder de sexualiser les productions culturelles ». L’on sait à ce propos qu’aujourd’hui ces messieurs, au contraire de Georges Sand au XIX° siècle, ne répugnent pas le moins du monde à user d’un pseudonyme féminin, tel Yasmina Khadra, qui se révéla en 1999, s’appeler Mohammed Moulessehoul, ce qui ne manque pas de sel si l’on pense à l’origine culturelle maghrébine de tels noms…

 

 

      En complément de cette vaste traversée, ne faut-il pas s’intéresser à « l’identité féminine dans la fiction occidentale » ? L’essai de Nathalie Heinich (dont nous connaissions la réflexion sur l’art contemporain[7]), Etats de femmes, aurait pu se passer d’un tel titre pour ne conserver que le sous-titre plus explicite. L’essayiste s’attache à décrire les « structures élémentaires de l’identité féminine » parmi le roman occidental du XVIIIe siècle à notre contemporain, sans ignorer contes, nouvelles, pièces de théâtre et films. Soit, à la suite de Claude Lévi-Strauss, « les structures élémentaires de l'identité féminine ». Comment représente-t-on les personnages féminins, selon quels regards, quelles stratégies ? Ils sont évidemment et de manière écrasante hétérosexuels, fort souvent adossés au sentiment amoureux et à un projet matrimonial, en situation de sujétion face aux entités masculines.

      Nathalie Heinich structure sa réflexion selon trois états de la femme romanesque : la première, jeune fille à marier, devient souveraine légitime face au mari, et mère comblée comme il se doit ; la seconde, rivale ou maîtresse, est aux prises à la menace d’une autre fantasmée ; la troisième est gouvernante, veuve, vieille fille ou « bas bleu », en ce sens exclue du monde sexué, elle n’est rien ni n’est touché par la rivalité entre les précédentes. L’on se demande alors où placer la courtisane, la prostituée et fille des rues et de bas-étage, « la grisette et la débauchée », ou encore « concubine et maîtresse ». Même si l’on observe la survenue de nouvelles figures, en particulier entre les deux guerres mondiales, comme la « femme non-liée », indépendante financièrement et assumant sa sexualité, qui chamboule la représentation traditionnelle du féminin.

      Cependant des modèles iconiques surgissent, telle Rebecca, chez Daphné Du Maurier, qui est éprouvée par le « complexe de la seconde », soit l’ « incertitude quant à sa propre position, obsession d’une autre magnifiée, rabaissement puis négation de soi, endossement successif de rôles toujours plus infériorisant. » Nathalie Heinich y décèle un « Œdipe au féminin », ce qui s’explique par « l’identité de la structure entre la situation de la seconde épouse en rivalité avec la première pour l’amour du mari, et la situation de la fille en rivalité avec sa mère pour l’amour du père ». Ainsi, de Charlotte Brontë à Marguerite Duras, d’Henry James à Delly, l’on saura comment et quelle femme être, quelle femme remplacer dans le cœur ou le panier de mariage de messieurs exigeants, ou dupés. L’on devine que les désillusions dues au mariage sont nombreuses. Il en va ainsi en étudiant le cas de Madame Bovary par l’entremise de Flaubert, de Gervaise dans L’Assommoir de Zola. L’on ne pouvait rater les romans de Colette, icône de « l’affranchissement sexuel de la femme moderne », en particulier La Seconde, où les relations extraconjugales perturbent Fanny, l’épouse de Farou, quoique notre essayiste fasse l’impasse sur ce titre. Ni ces personnages emblématiques, Jane Eyre, menacée par une première femme folle, dans les pages addictives de Charlotte Brontë, « Tess, âgée de seize ans, violée au fond des bois, dans sa robe de fête » sous la plume de Thomas Hardy… Veuve joyeuse et dangereuse, femme passive ou révoltée, harem, polygamie, sorcière, « divorce et délivrance », « écriture et indépendance », ce sont cent « états de femme » qui donnent le vertige.

      Malgré la riche énumération d’intrigues romanesques et d’allusions à des personnages aux prises avec leur féminité, le roman ne se contente pas ici d’être un objet littéraire, il devient le « terrain » d’une enquête sociologique, anthropologique et psychanalytique. Le désir qui peut être tyrannie de la possession de l’autre chez l’homme peut devenir, au-delà du désir de procréation, au-delà de la domination patriarcale, un désir de reconnaissance chez la femme, celui d’un statut familial, social, intellectuel. L'appréciation traditionnelle des qualités littéraires des œuvres n’est pas ici la tasse de thé de Nathalie Heinich. Qu’importe, le but est autre, préférant scruter le récit, les personnages, en tant que témoignages et moteurs d’un temps, en tant que structures des mentalités. Il postule avec pertinence que le roman est un moyen pour les femmes de se connaître et d'exister, comme auteur et comme lectrice.

      In fine, faut-il saluer la probité de la chercheuse qui ne campe pas au sommet d’une position dogmatique, «  pour s’abstenir de toute position idéologique et, en l’occurrence, de tout engagement féministe », assumant une sociologie de la compréhension, ou se chagriner qu’elle ne joue pas dans la cour d’une lecture critique, déconstructive et militante du champ masculin à l’œuvre dans la fiction littéraire, se démarquant ainsi de ce que l’on appelle la recherche féministe ? La seconde démarche polluerait qui sait la première…

 

 

      Certes l’Histoire littéraire, dans les manuels scolaires de Lagarde et Michard, par exemple, honorait une écrasante majorité d’hommes. Mais, quand un tropisme hérité du XIX° siècle ne daignait pas considérer les « bas-bleus », ce n’était pas faute de candidates honorables ; il suffit de feuilleter ces copieux volumes de Femmes et littérature pour s’en convaincre. Ces dames ne sont plus seulement des personnages de la fiction occidentale, le plus souvent écrite par des hommes, quoiqu’ils puissent dire avec justesse « Madame Bovary c’est moi », mais depuis longtemps et pour longtemps des créatrices à part égale. Espérons qu’un avenir venu de la dystopie de Noami Alderman, dont Le Pouvoir[8] met en scène une tyrannie féminine, ne nous obligera pas à devoir imaginer un essai en miroir intitulé « Hommes et littérature »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Sainte-Beuve : Galerie des femmes célèbres, Garnier Frères, sans date, p 435.

[5] George Sand : Romans I et II, La Pléiade, Gallimard, 2019.

[6] Madame du Boccage : Œuvres, Les Frères Périsse, 1770.

[8] Voir : Révolution anthropologique, féministe et politique du Pouvoir par Naomi Alderman

 

Madame de Genlis : Mademoiselle de La Fayette ou le siècle de Louis XIII,

Maradan, 1813. Photo : T. Guinhut.

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 19:13

 

Salon des collectionneurs, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

A la recherche du Proust perdu :

 

Le Mystérieux correspondant et autres nouvelles.

 

 

 

Marcel Proust : Le Mystérieux Correspondant et autres nouvelles,

Editions de Fallois, 176 p, 18,50.

 

 

 

      Comme un parfum dont la rémanence interroge, la mystérieuse source de La Recherche reste à identifier. Est-elle dans l’éphémère bouillon génétique et biochimique de l’homme qui l’écrivit, dans le terreau culturel du Paris de la fin du XIX° siècle, dans les figures et les amours qui croisèrent la destinée de l’écrivain ? Sans résoudre définitivement bien sûr de telles problématiques inhérentes à toute création artistique, la publication d’un bouquet d’inédits vient à propos. Le jeune Marcel Proust (1871-1922) écrivit de tragiques bluettes qu’il ne daigna pas publier dans Les Plaisirs et les jours, à moins qu’elles fussent trop révélatrices : Le Mystérieux Correspondant et autres nouvelles, aujourd’hui révélées. Si elles ne sont qu’un jeu de gammes pianistique, cependant fort troublant, du futur orchestrateur de sa cathédrale romanesque, elles voisinent avec des documents afférents aux sources de ce qui faillit s’appeler Les Intermittences du cœur pour accéder à la dignité d’À la recherche du temps perdu.

 

      Comment est-ce possible ? Retrouver après plus d’un siècle des nouvelles d’un écrivain si convoité, si unanimement salué ! De plus souvent des inédits… Ces manuscrits brouillons (parfois ici photographiés), ces bribes encore mal raboutées, contemporains de l’élaboration des Plaisirs et les jours, recueil publié en 1896, viennent des archives de Bernard de Fallois, décédé en 2018, ce pourquoi elles peuvent aujourd’hui nous être livrées. Non sans peut-être un parfum de vieux scandale craint tant par l’auteur que par ses héritiers.

      Car l’intimité s’y dévoile au moyen d’une homosexualité transposée, néanmoins avouée. Certes rien d’obscène, mais un questionnement psychologique, une dimension morale affleurent sans cesse. Cette homosexualité induit une souffrance psychologique, voire le sentiment d’une malédiction sociale et biblique, ce dont le futur volume titré Sodome et Gomorrhe accuse la trace. L’on est ici bien loin du Corydon de Gide, dont l’objet est un dialogue philosophique sans fard sur ce sujet. Pourtant Les Plaisirs et les jours n’évite pas complètement l’objet du délit. Si Marcel Proust n’y a pas inclus ces pages, c’est que, bourgeons malhabiles, elles n’étaient pas tout à fait des fleurs.

      Publié en 1896, Les Plaisirs et les jours fut rien moins que préfacé par le célèbre Anatole France et accompagné de quatre pièces pour piano de Reynaldo Hahn. Les joies enfantines et les beautés de la nature y perdent leurs saveurs en passant par le dessèchement de la vie mondaine. Cet arasement de la sensibilité s’accompagne d’une délectation mélancolique qui brise le personnage de « Violante ou la mondanité », et condamne un dilettante dans « La mort de Baladassare Silvando, vicomte de Sylvanie ». La satire des plaisirs mondains, conspués pour leur vanité, s’efface devant des nouvelles plus nettement psychologiques, comme « Confession d’une jeune fille » et « La fin de la jalousie », où l’imagination amoureuse n’est pas sans danger mortel, ce en lien avec les thématiques abordées dans ce Mystérieux correspondant et autres nouvelles. Ces dernières rejoignent en quelque sorte, dans l’édition de la Pléiade, quatre petits « Textes non publiés par Proust », évoquant deux beaux jeunes hommes et deux jardins, répondant ainsi aux proses des « rêveries couleur du temps ».

 

      Nous sommes avant Jean Santeuil, qui se veut « l’essence de ma vie », premier jet et immense brouillon de La Recherche, qui se dote d’un narrateur externe au récit et conte la vie et les émois de son personnage à la troisième personne, et bien avant l’invention géniale d’un narrateur interne qui efface toutes (ou presque) les traces de Marcel, dans le cadre d’un roman autobiographique, d’initiation, psychologique, de société, soit un roman-somme.

      Les stratégies narratives de ces proses sont à chaque fois différentes, comme si l’écrivain encore en herbe s’essayait sur plusieurs cordes d’un instrument encore immature. Le statut du narrateur ici est varié, homme, femme, il dit parfois « je », comme celui qui raconte sa visite à « Pauline de S » bientôt mourante. Cependant le « souvenir » du capitaine qui nous offre en une nouvelle épistolaire le récit à la première personne de son émoi pour un brigadier, nanti « d’exquis yeux calmes », quoiqu’il reste dans l’ignorance de la nature de son penchant, peut être lu comme l’émanation d’une sorte d’alter ego de l’écrivain.

      C’est de la main d’un « mystérieux correspondant » que Françoise reçoit une lettre en forme de déclaration d’amour. Cependant l’intérêt se déplace vers son amie Christiane qui, possédée par un « douloureux secret », meurt d’une « maladie de langueur », en fait son amour passionné pour Françoise, sans que son confesseur lui accorde le droit de contenter son amie, ce qui pourtant est conseillé par le médecin, qui croit à un amour hétérosexuel. Le lecteur perspicace, et bouleversé, devine que ce « mystérieux correspondant » n’est autre que Christiane : qui d’autre en effet aurait pu laisser messages et réponses ? La transposition est une pudeur, mais aussi un exorcisme.

      Le désespoir amoureux trouve une consolation lorsque son allégorie, sous forme de « bel écureuil-chat blanc », apparait près d’un homme. Ce beau poème en prose, titré « La conscience de l’aimer », est une rare occurrence du fantastique dans l’œuvre de Proust, non loin du « Corbeau » d’Edgar Allan Poe. Une telle souffrance fait également partie du « Don des fées », outre la fatalité d’être « perpétuellement méconnu », et de ne pouvoir aller aux « Champs Elysées où tu joueras avec une petite fille », comme plus tard l’une des « jeunes filles en fleurs », Gilberte. Une fée supplémentaire le console : « la maladie a sa grâce dont tu jouiras profondément ». Ne devine-ton pas là cette capacité de perception du monde qui permettra la longue création d’une œuvre d’art…

      En effet, plus loin, nous espérons en la « Grâce ». Elle se déploie « Après la 8° symphonie de Beethoven » : « C’est l’âme vêtue de son, ou plutôt la migration de l’âme à travers les sons,  c’est la musique ». Les derniers quatuors du même, et les œuvres de Vinteuil, sonate et septuor, sauront plus tard amplifier cette réflexion.  

       « Aux Enfers » appartient au genre du dialogue des morts, là un peu scolaire, dans la tradition grecque et classique de Fénelon et de Fontenelle, qui ne saurait effacer la perspective de l’enfer chrétien. Mais n’en retrouve-t-on pas un écho, lorsqu’Albertine devra écrire une consolation de Sophocle à Racine à l’occasion de l’insuccès d’Athalie ?

      Ce n’est plus la charmante mélancolie fin de siècle des Plaisirs et les jours ; aussi Proust a bien eu conscience qu’il risquait de déséquilibrer le recueil en y intégrant ces nouvelles parfois mortuaires, parfois morcelées, dont l’écriture encore inassurée trahit le manuscrit en chantier, sans compter le parfum trop insistant des amours maudites.

Marcel Proust : À la Recherche du temps perdu,

illustré par Van Dongen, Gallimard, 1947.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Jean-Yves Tadié, maître d’œuvre de l’édition d’À la Recherche du temps perdu  en Pléiade, et perspicace auteur de Proust et le roman[1], pointe « l’intérêt littéraire bien faible » de ces nouvelles abandonnées en leur chantier, et de surcroit un auteur « mou et sentimental[2] ». Certes ce n’est que rétrospectivement que l’on peut se pencher avec un réel intérêt sur les gammes avortées de celui qui n’est pas un enfant prodige, comme le fut Rimbaud, mais qui dut atteindre la maturité pour déployer son génie. Cependant elles ne sont ni sans grâce, ni sans puissance séminale.

      Car en soi, malgré leur finesse, ces nouvelles n’auraient qu’un intérêt modeste, si elles ne contenaient pas in nucleo quelques-unes des intuitions de La Recherche. En n’abusant pas un instant de la critique biographique à la Sainte-Beuve, ni de la trop facile interprétation oraculaire, l’on préférera voir comment le romancier y prépare des filigranes qui veinent La Recherche ; où la transposition est encore plus vaste, puisque le narrateur, seul à ne pas être affecté par le virus, découvre peu à peu l’homosexualité de bien des personnages, de Charlus à Saint-Loup, sans oublier Albertine. La culpabilité au sens catholique du terme sera rejetée dans les limbes au profit d’une sorte de religion de l’art, même si l’on peut considérer que les figures luxurieuses de Charlus et de Saint-Loup s’exaspèrent en contrepoint de la Première guerre mondiale. De plus l’écoute consolatrice de la « 8° symphonie de Beethoven » préfigure le rôle dévolu aux œuvres de Vinteuil, « hymne national » de l’amour de Swann et Odette, comme le rôle de passeur de Botticelli qui auréole la perception du beau militaire aimé préfigure Swann aimant Odette la cocotte par l’entremise de l’art du peintre, seule réalité essentielle, lorsque « la vraie vie c’est la littérature ». Les moments emblématiques exploités par les nouvelles se multiplieront pour devenir un vaste roman d’apprentissage, depuis l’enfant qui attend le baiser de sa mère jusqu’à l’homme qui voit vieillir tous les protagonistes de son univers qu’il faudra d’urgence se résoudre à cristalliser en beauté dans Le Temps retrouvé de l’œuvre. Le microcosme social mondain dans lequel évoluent ces quelques personnages deviendra une véritable galaxie romanesque, incluant satire et vanité, médecins et militaires, écrivains, peintres et musiciens… Enfin le travail du capitaine repassant son souvenir peut être considéré comme un embryon de celui de la mémoire volontaire secourue par celle involontaire. Quoiqu’au rebours de tout cela, nous l’avons dit, il faille concéder que le narrateur que nous attendons est loin d’être ici conçu.

      Les motifs précoces proliférants, qui ne trouveront leur pleine expression que dans sa future somme romanesque, attestent que le jeune Proust est loin d’être un mondain superficiel, mais déjà un écrivain à part entière, qui joue avec presque sûreté des genres qu’il abandonnera cependant ensuite : le dialogue des morts, le récit à suspense ou fantastique. Seul le portrait psychologique est au travail. D’autant que la subtile et profonde phrase proustienne est déjà là par éclats : « Les méditations sur la vie et sur l’âme, les profondeurs d’émotion où nous nous sentons descendre au cœur même de notre être, la bonté, le pardon, la pitié, la charité, le repentir au premier plan, seuls réels ». Ou encore : « La face de nos âmes change aussi souvent que la face du ciel. Nos pauvres vies flottent désemparées entre les courants de la volupté où elles n’osent pas rester et le port de la vertu qu’elles n’ont pas la force d’attendre ».

 

Marcel Proust : À la Recherche du temps perdu,

illustré par Van Dongen, Gallimard, 1947.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      En fin de volume, Luc Fraisse nous offre quelques clefs afin d’accéder « Aux sources de la Recherche du temps perdu ». L’œuvre serait-elle moins grande avec les béquilles de ces éléments documentaires ? Certes non, mais s’interroger sur l’alchimie de la création n’a rien de vain. La géographie de Balbec, les « jeunes filles en fleurs[3] » ne sont pas nées ex nihilo.

      L’on sait maintenant que les essais du sociologue Gabriel Tarde, Les Lois de l’imitation et La Logique sociale (1890 et 1895) ont contribué à la conception de l’évolution du noyau Verdurin vers une influence considérable dans le Faubourg Saint-Germain, que celui de Joseph Baruzzi, La Volonté de la métamorphose (1909), qui montre que la création artistique est essentiellement un effort individuel et qui préfigure la proustienne mémoire involontaire ont été des leviers pour l’écrivain. Il n’en reste pas moins que la transmutation intellectuelle qui conduisit à l’ampleur romanesque n’appartient qu’à Proust.

      Les personnages trouvent aussi leurs sources. La reprise de passages de lettres à Reynaldo Hahn trouve sa pleine expression dans la jalousie de Swann à l’égard d’Odette. Gilberte était probablement un garçon aux Champs Elysées, et emprunte plus tard des traits au chauffeur de Proust, Agostinelli : elle révèle au narrateur l’étonnante proximité des côtés de chez Swann et de Combray, quand celui-là connaissait si bien les routes d’Illiers et de Cabourg, devenus Combray et Balbec. À Cabourg, ce furent des « jeunes gens en fleurs » qui donnèrent l’occasion d’esquisser une « ode » à des « golfeurs », dont un certain Marcel Plantevignes, qui, en 1966, publia un recueil de souvenirs sur l’écrivain. L’on n’en déduira évidemment pas que tous les personnages féminins ont une source masculine. L’on sait, par exemple, qu’il y a beaucoup de Madeleine Lemaire, peintre de roses, dans Madame Verdurin, de Marie Bénardaky dans Gilberte, que la bicyclette d’Albertine est celle de Marie Nordlinger, que la duchesse de Guermantes est un condensé des comtesse Greffulhe, de Chevigné, et caetera. Reste qu’au-delà du matériau autobiographique et social seul le moi profond de l’artiste anime la création : « un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices[4] », affirme l'auteur de La Recherche dans son Contre Sainte-Beuve. Seule la cristallisation dans la fiction donne leur pleine dimension, au-delà de modèles épars et partiels agrégés, aux personnages qui animent l’œuvre d’art.

 

      Présenté avec soin et sagacité par Luc Fraisse, ce mince recueil n’est en rien indigne d’être glissé auprès des volumes de la Pléiade sacralisant À la Recherche du temps perdu. Une intense mélancolie sans affèterie transporte ses textes injustement oubliés, ourdis qu’ils sont par les fils rouges de la mort, des amours impossibles et de l’homosexualité, qui chacun à leurs façons seront transcendés dans le fleuve romanesque à plusieurs bras, qui nous affirme que ni Proust, ni son art, ni nous-même, n’avons vécus en vain. Et même les dissertations du jeune Marcel, au lycée Condorcet, n’auront pas été écrites en vain : outre leur utilité formatrice, elles seront bientôt publiées avec diverses pages de jeunesse en compagnie d’un carnet de citations composé par maman Jeanne Proust. C’est en miroir de La Recherche que l’on peut lire également la Correspondance avec sa mère[5], dans laquelle cent-cinquante-neuf lettres, de 1897 à 1905, se croisent entre deux êtres qui s’aimaient d’amour tendre : elle aussi était bien inquiète de ce baiser retardé au début de Combray

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Jean-Yves Tadié : Proust et le roman, Gallimard, 1971.

[2] Le Monde des livres, 18 octobre 2019.

[4] Marcel Proust : Correspondance avec sa mère, 10/18, 2019.

[5] Marcel Proust : Contre Sainte-Beuve, La Pléiade, Gallimard, 200, p 221-222.

 

 

Marcel Proust : À la Recherche du temps perdu,

illustré par Van Dongen, Gallimard, 1947.

Photo : T. Guinhut

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 12:46

 

Santuario de la Virgen, siglo XIV, Ujue, Navarra.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Des Troubadours à l’érotisme médiéval,

 

par Michel Zink et Corinne Pierreville.

 

 

 

Michel Zink : Les Troubadours, Tempus, Perrin, 384 p, 9,50 €.

 

Anthologie de la littérature érotique du Moyen-Âge,

traduit et commenté par Corinne Pierreville,

Honoré Champion, 496 p, 25 €.

 

 

      L’on savait la littérature latine pleine de coquineries alléchantes, scabreuses, voire pornographiques. Martial a des Epigrammes particulièrement salaces, Ovide un Art d’aimer très galant, Juvénal des Satires parfois salées, Properce des Elégies délicieusement amoureuses. Plus particulièrement obscène est le recueil composé au premier siècle de notre ère, Les Jeux de Priape[1], en l’honneur de « l’emblème viril », dont nous n’oserons ici proposer des citations, au risque d’injurier le bon goût de nos lecteurs. Plus convenable et néanmoins fort leste est le Moyen-Âge littéraire, dont on a tort de penser qu’il fut une période d’austérité sans nom ou de dévergondage brutal et sans raffinement, ne serait-ce qu’au regard de sculptures plus qu’osées parmi les églises romanes et les cathédrales. Cette Anthologie de la littérature érotique du Moyen-Âge est à cet égard bien propre à dissiper les préjugés autant qu’à réjouir le lecteur. Reste que le raffinement était bien celui de l’art des troubadours, auquel Michel Zink rend un bel hommage.

 

      L’on dit que « lassées d’être traitées avec grossièreté et comparées à des juments, les dames se seraient tournées vers Robert d’Arbrissel, qui leur prêtait une attention flatteuse et dont l’exigence spirituelle et morale satisfaisait les aspirations les plus hautes ». Ainsi Guillaume IX d’Aquitaine, froissé, aurait renoncé aux chansons obscènes destinées à ses compagnons, pour se mettre à composer des chants d’amours destinés à rivaliser, du moins dans la partie profane, avec l’élévation du fondateur de l’abbaye de Fontevraud, ennemi de la luxure. L’hypothèse est séduisante, mais trop généreuse envers ce seul poète affamé de sexe et néanmoins de délicatesses, confie Michel Zink. Nous sommes au début du XII° siècle, en plein essor de la langue d’oc, qui, en un temps médiéval trop souvent fruste, fit des miracles. Ce sont de surcroit les plus anciens poèmes conservés en une langue moderne ; car ceux du nord de la France[2], en particulier en Artois et Picardie, en langue d’oil, chevauchent le XII° et le XIII° siècle.

      Séducteur et courtois, mais aussi « bouffon lubrique », ainsi apparait Guillaume, comte de Poitiers, qui savait « trobar e cantar », c’est-à-dire trouver et chanter - d’où viennent les vocables trouvère et troubadour, qui chantaient leurs compositions, ou les faisaient chanter par un jongleur. Il savait aussi, facétieux, « faire un poème sur rien du tout », dans lequel il déclare : « J’ai une amie, je ne sais qui c’est ». Indispensable ingrédient et fin en soi, l’amour épuré, affiné, parfait, devient « fin’amor » grâce à « ce vers sorti de mon atelier ». Le comte semblerait avoir été influencé par le « muwwashah » et le « zadjal » pratiqués par les poètes arabes et juifs d’Al-Andalus. Au-delà de la chanson amoureuse ou pastourelle qui aime conter la rencontre avec une bergère, non sans obscénité et brutalité, il soupire après la princesse lointaine, comme son successeur Jaufré Rudel. Ce en quoi il est le bien le premier troubadour.

      Lui succède, avec constance dans le raffinement, Bernard de Ventadour, qui « semble sentir / Un vent de paradis » du côté de sa bien-aimée. Elégiaque et courtois, il est avec Cercamon le créateur d’un archétype, celui d’un amour qui échappe sans cesse à l’amant : « Hélas, avec quelle douceur elle m’a tué », dit ce dernier. Bernard de Ventadour adore « cette prison dans laquelle Amour me tient lié et captif ». Si l’on condamne l’érotisme bestial, ainsi que l’adultère, l’on célèbre un amour soutenu par les vertus courtoises : Jeunesse, Valeurs, Mesure…

      Une poignée de poèmes seulement ont été conservés. De Jaufré Rudel, par exemple, l’on n’en connait que six. Il espère en vain en « l’amor de lonh » : Que Dieu qui a fait tout ce qui va et vient  / Et qui a créé cet amour de loin, / Me donne le pouvoir, car j’en ai le désir, / De voir cet amour de loin ». Il pense sans cesse à une introuvable comtesse de Tripoli, peut-être fictive.

      Brûlant et timide, entre retenue et sensualité, l’amour balance entre corps et cœur, tout en valorisant ce dernier. Ainsi Bernard de Ventadour meurt de désir : « Faites que votre corps farouche / Me soit si proche que je le touche. / Car si je meurs, dame charmante, / De ne jamais vous toucher nue,  Mon corps en aura souffrance / Et mon âme en sera dolente. » Reste le pouvoir du poème, comme l’écrit Bernard Marti : « Ainsi je vais entrelaçant / Les mots et affinant la mélodie : / La langue est entrelacée / Dans le baiser ».

 

 

      Ils s’appellent également Raimon de Miraval,  Peire d’Auvergne, Marcabru, Peire Vidal, Raimbaut de Vaqueiras, Guiraut Riquier ou encore Arnaud Daniel, ce dernier tant admiré par Dante. Ils sont nobles, comme Raimbaut d’Orange, qui pratique le « trobar clus », soit hermétique et cultivé, quand d’autres préfèrent le « trobar naturau », plus naturel ; ce qui donne lieu à des joutes esthétiques dans lesquels ils se répondent. À moins qu’ils soient moines défroqués, comme Peire Rogier. Tous sont à la fois « le riche d’amour et le mendiant d’amour », selon la formule de Michel Zink. Poitou, Limousin et Périgord sont le berceau de tous ces troubadours, dont l’art disparait à la fin du XIII° siècle.

      Habilement mené, l’ouvrage mêle la dimension historique, les biographies des troubadours les plus marquants, et l’analyse de leur esthétique. Il intercale des poèmes comme en une anthologie, de plus bilingue, le français du XII° siècle ne vous étant guère familier. Ainsi de Jauffré Rudel : « D’aquest amor sui cossiros / Vellan e puies sompnhan dormen : / Quar lai ai joi meravelhos, / Per qu’ieu la jau jauzitz jauzen. » Autrement dit : «  À cause de cet amour je suis dans l’angoisse / Quand je veille et puis quand je dors, en songe : / J’ai une joie surnaturelle, car je jouis avec elle, donnant et recevant de la jouissance. »

      L’on devine que l’empathie de Michel Zink, non seulement pour son sujet, mais pour son lecteur, est considérable. Consacrant un ouvrage, aussi érudit, aussi précis en ses notes que tissé de ferveur aimable, il confesse n’avoir effectué qu’une « promenade » qui n’atteint pas le XIII° siècle. Il n’a presque rien dit de Bertrand de Born ni des grands troubadours de langue d’oc italiens ou catalans qui culminent avec un Guiraut Riquier, dont les vers s’organisent comme un roman. Qu’importe. Il suffit à notre bonheur.

 

      L’on attend du Moyen-Âge, du moins de son apogée, du XII° au XV° siècle, qu’il mette en exergue le fin amor des troubadours. Mais en ne se consacrant qu’à la suave beauté de leurs chants, l’on ne saurait voir l’aiguillon d’amour d’Eros que de l’œil le plus raffiné et spirituel alors qu’il peut s’exprimer de fort charnelle manière, ainsi que nous l’enseigna l’anthologie concoctée par René Nelli[3] ; alors qu’il voisine avec l’expression d’une luxure ardente et gaillarde jusqu’à l’obscénité. Car en cette Anthologie de la littérature érotique du Moyen-Âge, l’on n’attend pas d’accent moralisateur, mais une libre expression des plaisirs charnels. Corinne Pierreville, érudite traductrice et préfacière, assume avec justesse : « la littérature érotique s’intéresse à l’expression du désir et du plaisir pour eux-mêmes et n’exige pas l’aval des sentiments ». Il s’agit pour les poètes de partager avec le lecteur cette ivresse des sens, ce qui n’empêche en rien, au-delà de la stricte pornographie, une dimension esthétique, tout en jouissant de la transgression « délestée du poids des contraintes morales, sociales, religieuses et verbales ».

      Même si les autorités ecclésiastiques bombardaient de jours et mois de pénitences tous les actes sexuels non autorisés, les esprits médiévaux étaient plus tolérants que ceux des censeurs du XIX° siècle, quoique nombre d’auteurs écrivirent sous le manteau des obscénités, tel Lamartine[4]. Si l’on se penche sur l’Histoire de la sexualité[5], l’on sait que la chasteté était valorisée par l’autorité ecclésiastique du Haut-Moyen-Âge, mais à partir du XIII° siècle, l’on pouvait aller jusqu’à encourager les plaisirs du mariage, y compris la jouissance féminine, mais aussi cette littérature, propices à la procréation.

 

      Que les chastes yeux s’éloignent de cette lecture ! Nous allons citer des vers sans fard, souvent anonymes, et traduits du français médiéval, car ceux en latin, comme les Carmina burana, qui nourrirait pourtant notre objet d’étude, en montrant combien « Vénus me brûle jusqu’à la moelle[6] », sont ici écartés. Ce sont surtout des poèmes, mais aussi des romans, voire du théâtre, qui réjouiront les amateurs de curiosa, et qui savent vanter avec verve les amours extra-conjugales.

      Que pensez-vous de cette « Demoiselle qui ne pouvait entendre parler de foutre sans avoir mal au cœur », et à qui l’on ferait bien de glisser sous l’oreiller ce Speculum al foderi ou Miroir du foutre, joli traité catalan de pratiques sexuelles, de façon qu’elle devienne cette « demoiselle qui songeait qu’on la baisait »… Rare « Kama sutra » catalan, ce Miroir du foutre est un véritable traité d’érotologie de la fin du XIV° ou du début du XV° siècle, rédigé par un anonyme médecin, prodigue en positions sexuelles et attentif au plaisir de la partenaire féminine, conseillant comment attendre de jouir et faire jouir : « malaxe son sexe, frotte-le et masse-le jusqu’à ce qu’elle commence à gémir, trembler et crier ».

      Quelle hypocrite, cette demoiselle qui défaille aussitôt qu’elle entend parler de « verge » « de baise ou de coucherie », car dès que David prétend éprouver le même dégoût, dès que des images poétiques s’emparent du désir, elle joue aisément à la bête à deux dos. Le fabliau dialogué est aussi leste que charmant, car dans le sexe, aussi bien que dans les seins, « Rien en eux n’est ni sale ni laid ».

      Même Le Roman de la rose de Jean de Meun, au XIII° siècle, si allégorique et poétique soit-il, laisse bien entendre de quel « beau reliquaire » il s’agit : « Je l’embrassais fort dévotement et afin de le mettre en sécurité dans son étui, / je voulus introduire dans la meurtrière / mon bourdon derrière lequel pendait la besace ». Renaut de Beaujeu propose à son Bel inconnu la dame amoureuse du « Château de l’Île d’Or » : « Ses seins et sa poitrine / étaient blancs comme la fleur d’aubépine ». Mais gare à la chasteté d’une jeune fille, qui est protégée par une épée sachant jaillir de son fourreau et frapper l’imprudent Gauvain du Chevalier à la charrette. Mieux vaut la leçon de musique d’Eustache Deschamps, qui, dans Marion, écoutez-moi, file la métaphore musicale pour mener à bien une initiation à la copulation. Plus ambigüe est, sous la plume de Robert de Blois, la séduction de la belle Lyriopé par Floris, travesti en femme : « Jamais encore je n’avais entendu dire / que deux jeunes filles pouvaient autant s’aimer, / mais je n’aimerais, je crois, / aucun homme autant que toi ». L’on devine qu’elle « perdit sa virginité »…

      Les dames ne se privent pas d’écrire, telle Béatrice de Die et son J’ai subi un cruel tourment : « J’aimerais bien tenir un soir / Mon chevalier nu entre mes bras ». Quant à la dame de Jean Bodel, dans Le Souhait insensé, la voilà faisant un songe : la foire est pleine de magasins où l’on ne vend rien, « à l’exception de couilles et de verges » ! Le fabliau de La Saineresse conte lui la prétention d’un bourgeois qui se vante d’être impossible à cocufier. L’on devine la chute ; l’amant étant introduit sous le travestissement d’une guérisseuse…

      Parfois l’on reste plus allusif, comme dans Le Roman de la rose de Jean de Meun, comme chez Chrétien de Troyes, faisant goûter les plaisirs charnels à Lancelot et à la reine, ou à Erec et Enide, lorsque le même lit les unit. La métaphore vient au secours de la pudeur. À moins qu’elle soit au service de l’humour et de la gaillardise, quand les testicules sont des « petits marteaux », ou la verge un « poulain » prompt à s’abreuver en une féminine fontaine…

      Se moquant de la virginité, de l’inexpérience et de la niaiserie, l’on vante au contraire la découverte du plaisir et les dames volages, y compris copulant avec des religieux, comme Margot confessant d’avoir couché avec un moine, « plus de sept fois cette nuit-là ». Que voilà un libertinage bien en chair, bien avant le XVIII° siècle ! Cependant l’éloge de la beauté corporelle ne va pas sans la jeunesse, les vieux corps étant jugés indignes du désir. Reste que l’on est ici délivré de la haineuse misogynie des Pères de l’Eglise, comme Tertullien qui commandait à l’orée du III° siècle la « pudicité » aux femmes[7], et d’un clergé ronchon, autant que d’une fade idéalisation courtoise. La fête des sens affirme sans cesse la nécessité et la beauté de la vie.

      En ces pages que d’aucuns, sans cœur et sans goût, qualifieront de cochonnes, les couilles sont velues, les trous affamés, l’éjaculation laisse le vit ballant, les draps à tordre, une demoiselle au rêve ardent chevauche son violeur qui croyait abuser de son sommeil, les allusions sodomites et lesbiennes se font insistantes, comme lorsque Bieris de Roman s’en ressent pour la belle Maria, les préliminaires sont abondamment enseignés, l’orgasme simultané devient l’enviable apogée. Notre anthologiste aux reins solides et à l’esprit vif parle alors d’une « excitation à la fois intellectuelle et sensuelle ». Car ces textes réjouissants et pleins de vie ont été conçus avec un solide et séduisant art rhétorique, un sens de la musicalité poétique affirmé.

 

      De l’amour courtois à l’érotisme le plus débridé, le Moyen-Âge surprendra toujours. Le récit et l’analyse de Michel Zinc sont aussi poétiques que son objet d’étude, quand l’anthologie mise en œuvre par Corinne Pierreville, heureusement bilingue et par ailleurs illustrée de quelques enluminures et marginalia bienvenus et parfois salaces, est, pour des textes souvent rares, documentée avec un appétit communicatif. Comme quoi il n’y a guère de progrès en érotisme, au contraire de ce que laisserait penser la récente libération des mœurs, à moins que l’on puisse se demander s’il faut envier à la période médiévale ce que de nouveaux puritanismes rêvent de voiler et de nous arracher…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Les Jeux de Priape. Anthologie d’épigrammes érotiques, Le Promeneur, 1994.

[3] René Nelli : Ecrivains anticonformistes du Moyen-âge occitan, Phébus, 1977.

[4] Alphonse de Lamartine : Trois petits poèmes érotiques : C'est à savoir : La Foutriade, La Masturbomanie et La Foutromanie, La Bourdonnaye, 2016.

[6] Carmina burana, L’Imprimerie Nationale, 1994, p 262.

[7] Tertullien : De la pudicité, p 443-509, Œuvres, tome III, Louis Vivès, 1852.

 

 

Monasterio de Yuso, San Millàn de la Cogolla, La Rioja.

Photo : T. Guinhut.

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 14:28

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Christine de Pizan,

poète féministe du Moyen-âge flamboyant :

Cent ballades d’amant et de dame ;

La Cité des dames ; L’Epitre d’Othéa.

 

 

 

Christine de Pizan : Cent ballades d’amant et de dame, Poésie Gallimard,

traduit du français du XIV° siècle par Jacqueline Cerquiglini-Toulet,

Poésie Gallimard, 336 p, 10 €.

 

Christine de Pizan : La Cité des dames,

traduit par Thérèse Moreau et Eric Hicks, Stock, 312 p, 18,50 €.

 

Christine de Pizan : L’Epitre d’Othéa, PUF Sources,

traduite par Hélène Basso, 194 p et 152 p, 45 €.

 

Le Moyen-âge flamboyant. Poésie et peinture,

Diane de Selliers, 380 p, 190 €.

 

 

 

 

      Mesdames, qui vous plaignez que l’histoire de la littérature n’ait pas fait assez place aux femmes, qu’attendez-vous pour vous mettre au travail, écrire l’une des œuvres marquantes et rêvées, pour être un Dante ou un Proust féminin ? En attendant cette alléchante perspective, il est encore temps de se pencher sur les plumes de ces dames, plus que délectables, et parfois occultées. Comme Murasaki Shikibu, Madeleine de Scudéry, Ayn Rand[1] ou Yoko Ogawa[2] pour le roman, Simone de Beauvoir et Hannah Arendt[3] pour la philosophie, Emily Dickinson[4] pour la poésie. Notre Moyen-Âge lui-même ne fut pas en reste à cet égard, avec Hildegarde Bingen[5], Marie de France, dont les Lais [6] viennent d’être bellement éditées en Pléiade, et Christine de Pizan. Cette dernière mérite aujourd’hui notre amicale et tendre attention. Non seulement elle cisèle Cent ballades d’amant et de dame, tout autant que l’Epitre d’Othéa, mais il faut sans nul doute la compter comme l’ancêtre d’un intelligent féminisme, grâce aux pages ardentes judicieuses de La Cité des dames.

 

      Probablement Christine de Pizan est-elle la première femme de lettres à vivre de sa plume. Née en 1364 à Venise et décédée en 1430 à Poissy, elle a malheureusement glissé dans l’oubli après la Renaissance, pour ne retrouver qu’au XX° siècle la reconnaissance qui lui est souverainement due. En effet son autorité littéraire s’étendait jusqu’aux domaines politiques, philosophiques et historiques, sans oublier la poésie. Aussi c’est suite à une commande que furent rédigées les Cent ballades d’amant et de dame, ce qui n’ôte rien à leur sincérité. Mieux, c’est à un défi qu’elle doit répondre : réparer les griefs faits à Amour dans un ouvrage précédent, Le Livre du Duc de vrais amans. N’avait-elle pas, au travers de la voix de son personnage, « Sybille de la Tour », tenté de détourner une dame d’aimer ! Ainsi le nouveau recueil peut être lu et offert en guise de « gage dans un jeu courtois », pour reprendre la belle formule de la préfacière et traductrice.

      Un amant et une dame, qui ne sont pas nommés, dialoguent, quoique le mari jaloux, irrités par les médisants, s’interpose à l’occasion de la quarante-deuxième ballade. Menacé de mort par l’Amour, l’amant convainc progressivement la dame jusqu’au baiser, lors de la ballade soixante-quatre. Mais les obstacles à l’union, les séparations, dont un voyage « Du bon, bel et gracieux / Qui navigua en mer / Loin dans une contrée sauvage », les retrouvailles, la difficulté de rester fidèle à l’honneur chevaleresque, le combat du temps contre l’ardeur du sentiment, « les médisants qui avaient préparé / contre nous un dur breuvage », les soupçons de la jalousie enfin entre les deux protagonistes conduisent à l’affaiblissement de l’amour jusqu’à sa mort. Par-delà le prologue, les cent ballades se referment avec le « lai de la mort », qui, prédit la dame, « Me fera tourner en cendre ».

      Sous le couvert d’une intrigue apparemment simple, de la convention de la poésie courtoise, un véritable art d’aimer et de désaimer est divulgué. Pour ce faire, Christine de Pisan use d’allégories, comme « Amour », « Raison », « Fortune » ou « Mort », d’oxymores, comme « paix haineuse », ou « haine amoureuse ». Les métaphores les plus heureuses balisent le discours : « Que deviendra mon cœur quand je reverrai / Mon doux médecin ? »

      Le chiffre cent vise à une certaine perfection, comme lors des dix nouvelles des dix narrateurs du Décaméron de Boccace. La subtile composition joue avec les chiffres pour placer au numéro cinquante la lassitude des aventures guerrière de l’amant qui s’écrie : « Ah ! Mieux vaut être couché entre deux draps / Douce dame, et vous tenir dans mes bras ! »  Au refrain de la centième et dernière ballade, l’on peut lire : « En escrit y ai mis mon nom » ; « En escrit » étant l’anagramme de Crestine…

      En traduisant le français du début du XIV°, Jacqueline Cerquiglini-Toulet parvient à respecter quelques-unes des rimes de l’original, tout en veillant, tant que faire se peut, à conserver le rythme des vers. Et bien sûr celui de la ballade, le plus souvent composée de trois couplets et d’une demi-strophe, l’envoi, et nantie d’un refrain. L’édition heureusement bilingue permet de retrouver la voix et le suc du lyrisme d’antan. Par-delà six siècles, ce recueil poétique, émouvant et beau, nous parle toujours…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le terme étant né sous la plume de Charles Fourier en 1837, ce serait un peu anachronique de dire que Christine Pizan fut féministe. Cependant elle mit toute son énergie à défendre la cause féminine, d’une part en s’opposant à la misogynie de Jean De Meung affirmée dans son Roman de la rose[7], d’autre part en rédigeant en prose sa fameuse Cité des dames. Une sorte de songe, l’apparition lumineuse de trois dames, « Raison », « Droiture » et « Justice », va la convaincre d’édifier son ouvrage.

      C’est évidemment d’une allégorique cité qu’il s’agit, répondant à La Cité de Dieu de Saint-Augustin[8]. Adaptant un texte de Boccace, Des Dames de renom[9], elle engage ces dernières dans une entreprise bien plus vaste. En effet toutes les dames de l’Histoire, biblique et de l’Antiquité, et en particulier les Amazones, sont ici énumérées au service d’une argumentation en faveur de la féminité et en tant que métaphorique matériau. Or cette cité est construite en trois étapes. D’abord « l’impulsion » au service de la fondation dans « le champ des Lettres » avec « la pioche de ton intelligence ». Puis les murs, l’édification des bâtiments intérieurs, enfin les toitures et « quelles furent les nobles dames choisies pour peupler les grands palais et les hautes tours ». Le monument est un rempart contre la barbarie faites aux femmes, contre l’ignorance dans laquelle on préfère les laisser. Aussi plaide-t-elle en faveur de leur éducation : « Je m’étonne fort de l’opinion avancée par quelques hommes qui affirment qu’ils ne voudraient pas que leurs femmes, filles ou parentes fassent des études, de peur que les mœurs s’en trouvent corrompues. […] Cela te montre bien que les opinions des hommes ne sont pas toutes fondées sur la raison, car ceux-ci ont bien tort. On ne saurait admettre que la connaissance des sciences morales, lesquelles enseignent précisément la vertu, corrompe les mœurs ».

      La dimension polémique prend en faute les préjugés misogynes. Comme celui d’Aristote et des aristotéliciens pensant que c’est « par débilité et faiblesse que le corps qui prend forme dans le corps de la mère devient celui d’une femme ». De plus, elle est « navrée et outrée d’entendre des hommes répéter que les femmes veulent être violées et qu’il ne leur déplait point d’être forcées, même si elles s’en défendent tout haut ». Ainsi elle affirme l’égalité des sexes, s’insurge contre le viol et le mariage forcé avec des vieillards, auquel cas elle préfère, « me sentant jeune et débordante de vie […] prendre un amant » !

      L’actualité de Christine de Pizan, considérablement en avance sur son temps, est surprenante. Certes, venue d’un milieu aisée et payée pour son travail par ses mécènes princiers, elle avait le bonheur d’avoir une écritoire et une « chambre à soi », pour reprendre la formule de Virginia Woolf[10]. Mais elle n’omit pas de souhaiter, dans Le Livre de la Mutation de Fortune, un autre de ses ouvrages, que cette dernière la prenne en pitié et la change en homme. Malgré l’abondance des femmes politiques et guerrières, des femmes savantes (et non au sens ironique de Molière), malgré leur chasteté, leur patriotisme, toutes ses qualités mises en avant par notre femme de lettres n’ont guère fait avancer les mentalités avant le vingtième siècle. Or « l’étude inlassable des arts libéraux », telle qu’elle la pratique et la vante, fait venir l’esprit aux femmes, donc à l’humanité, qui ne doit pas ignorer que « l’excellence ou l’infériorité des gens ne réside pas dans leur corps selon le sexe, mais en la perfection de leurs mœurs et vertus » ; aujourd’hui l’on ajouterait plutôt que dans leur couleur de peau…

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Visiblement copistes et enlumineurs (quoiqu’ils fussent parfois féminins) n’en ont pas pour autant dédaigné de calligraphier et de peindre cette Cité des dames, comme tant d’autres de ses œuvres. Par exemple, celle que les éditions PUF, associées à la Fondation Martin Bodmer, sise à Genève, ont publié, dans leur merveilleuse collection « Sources » : l’Epître d’Othéa à Hector, sur la « droite chevalerie ». Plus exactement un fac-simile d’un manuscrit réalisé vers 1460, probablement à Bruges par un copiste adroit et un enlumineur virtuose et à l’intention d’un grand bibliophile du temps : Antoine, Grand Bâtard de Bourgogne. Notons que ce coffret de deux volumes reliés, l’un pour le fac-simile, l’autre pour la traduction en français moderne, est préfacé par la même spécialiste diligente qui préside à nos Cent ballades d’amant et de dame : Jacqueline Cerquiglini-Toulet.

      Déesse de la Prudence, la plus précieuse des vertus cardinales, Othéa, dont le nom vient peut-être d’O Theos, et derrière laquelle réside Christine de Pizan elle-même, rédige une lettre pédagogique destinée à Hector de Troie, un chevalier de quinze ans. Alors que son propre fils, Jean de Castel, a quinze ans en cette année 1400. Outre son métier, elle lui enseigne ses devoirs moraux et spirituels. Manuel d’éducation et mythologie se répondent, au travers de figures exemplaires.

      Là encore ce sont cent poèmes, plus exactement des quatrains, didactiques et délibératifs, soit des conseils, à chaque fois suivis d’une « glose » et d’une « allégorie interprétative » en prose. À travers l’éloge et le blâme de Cadmus ou de Narcisse, le jeune destinataire se voit découragé du vice et encouragé à la vertu :

« Toutes les vertus, tu les entes et les plantes

En toi. Tout ainsi qu’Isis fait les plantes

Et l’ensemble des grains fructifier

Toi, tu as le devoir d’édifier. »

      Ainsi les armes, l’amour et la sagesse sont le triptyque sur lequel repose l’éducation d’un prince.

 

      L’œuvre de Christine de Pizan est d’importance, abondante, voire démesurée. Pensons à son Chemin de longue étude, achevé en 1402, un poème encyclopédique prolixe, puisqu’il chante en quelques six mille vers le voyage en rêve de l’auteure vers le Parnasse et différents Ciels, là où Dame Raison et autres personnages allégoriques cherchent le remède aux maux de l’humanité en imaginant un Roi aux sages vertus. Elle fut chargée ensuite de faire l’éloge d’un roi plus réaliste : Charles V. Ses talents étaient éclectiques, appréciés par nombre d’illustres protecteurs, au point qu’elle écrivit un ouvrage sur l’art militaire, le Livre des Faits d’Armes et de Chevalerie, et un autre sur l’art de gouverner le peuple, le Livre du Corps de Policie. Elle commit également en 1407 une étrange autobiographie, l’Avision, toujours dans une dimension allégorique, depuis son enfantement dans le ventre du Chaos jusqu’à sa rencontre avec Philosophie. Marquée par les maux des guerres qui ravagent la France, elle écrivit une Lamentation et, en 1413, un Livre de la Paix, pour achever son œuvre avec un éloge : Le Ditié de Jeanne d’Arc. Reste à l’édition de s’emparer de ces titres, pour notre plus grand bonheur.

 

      Poésie, roman, essai allégorique, peinture et musique sont les ingrédients du flamboiement culturel médiéval. Comme pour Hildegarde de Bingen, comptons parmi les merveilles du Moyen-âge la reine de la Cité des dames. Il n’est pas étonnant qu’avec deux ballades et un virelai Christine de Pizan figure en bonne place au cœur de l’écrin du Moyen-Âge flamboyant, l’un de ces volumes somptueux dont l’éditrice Diane de Selliers a le secret. Ce sont cent-dix poèmes du XII° au XV° siècle, illustré par des manuscrits français des XIV° et XV° siècles et préfacé par Michel Zink, spécialiste des troubadours[11]. On a rarement vu autant de manuscrits enluminés de coloris époustouflants comme en ce beau livre, cités féériques, dames et chevaliers, luxure et vertu, jardins et enfers, guerre et paix, art de vivre et de mourir…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[6] Marie de France et autres auteurs : Lais du Moyen-Âge, La Pléiade, Gallimard, 2018.

[7] Jean de Meung et Guillaume de Lorris : Le Roman de la rose, Le Livre de poche, 1992.

[8] Saint Augustin : La Cité de Dieu, La Pléiade, Gallimard, 2000.

[9] Boccace : Des Dames de renom, Ombres, 1998.

[10] Virginia Woolf : Une Chambre à soi, 10/18, 2001.

[11] Michel Zink : Les Troubadours, Perrin, 2017.

 

 

Photo : T. Guinhut

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 12:04

 

Martigny, Valais, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Boualem Sansal,

sismographe algérien des tyrannies :

Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu ;

suivi du Dictionnaire des écrivains algériens.

 

 

 

Boualem Sansal : Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu,

Gallimard, 256 p, 20 €.

 

Boualem Sansal : Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller,

Gallimard, 272 p, 17 €.

 

Salim Jay : Dictionnaire des écrivains algériens,

Serge Safran éditeur, 480 p, 27,90 €.

 

 

 

 

      Remarquables pour leur ponctualité, les trains suisses sont aussi ceux d’une confédération du prospère libéralisme économique et politique. Nombreux sont ceux qui auraient aimé pouvoir les emprunter pour quitter maints régimes honnis ! Hélas, Le Train d’Erlingen ne viendra jamais au secours des opprimés, coincés dans une Allemagne fantasmatique. Résistant de la liberté, Boualem Sansal imagine en son roman une glaciale dystopie, terrifiante pour notre humanité, dressant un impressionnant tableau allégorique de l’attente et de la soumission à une tyrannie, plus précisément islamique. Il répond ainsi à l’un de ses précédents romans, Le Village de l’Allemand, honorant à la fois la langue française et sa nationalité algérienne dissidente, parmi ceux que l’on découvre à la faveur du Dictionnaire des écrivains algériens de Salim Jay.

 

      La richissime Ute Von Herbert écrit en Allemagne, à Erlingen, quand sa fille Hannah, est à Londres. Sans réponse à ses lettres, elle ajoute des « notes de lecture » pour un roman en cours, aux fragments dissimulés dans « notre cachette », dont un mémoire sans concession sur la « saga des Von Ebert ». À Erlingen, l’on dit que « la désintégration est planétaire », que guerre et épidémie rôdent avec « l’envahisseur sans nom », et l’on attend un train d’évacuation bondé qui ne viendra jamais. Nombre d’édiles de la ville préfèrent payer « le tribut d’allégeance » à ceux que l’on ne veut nommer, qui exigent « la SOUMISSION ou la mort », ou fuir en abandonnant leurs concitoyens, plutôt que le combat, « la reconquista » face aux « Serviteurs universels ». À moins qu’Ute ranime le feu de la liberté en manipulant « le gang de la Rosa and Co »…

      L’apologue est limpide. Entre le « train d’Erlingen », inséparable d’une arrière-pensée associée au nazisme, à ses déportations, et la tyrannie religieuse en marche, inséparable de l’avancée de l’Islam, sans réduire l’ouvrage à cette seule interprétation, Boualem Sansal sculpte une forme allégorique impressionnante, qui révèle notre passé, présent et futur. En ce sens, ce roman, dont le vortex se partage entre le leitmotiv des migrations et  les tyrannies obsédantes, se situe à la croisée de ses précédents livres, sans les répéter, mais aussi des lettres intimes et du brouillon de ce qui  devient, sous la main de la narratrice, un recueil d’aphorismes : « les pacifistes sont les ennemis de la paix », ou encore : « Nous en sommes à la fin de l’Histoire, notre Histoire, et nous allons, pour solde de tout compte, la terminer par notre propre génocide ».

      Tout cet héritage doit être trié par Léa, narratrice de la deuxième partie, qui est un roman-miroir de la première. Car sa mère, professeure, victime d’un attentat islamiste, de plus perpétré par un de ces anciens élèves (ce qui est une satire à peine voilée d’une Education Nationale dévoyée) devient une autre : Ute elle-même ! Cette « métamorphose », dont la dimension onirique confine au fantastique, s’ajoute à celle de Dieu, « dont la mission est précisément de soumettre le monde ».

      Même si le noyau de la pensée de Boualem Sansal est peu ou prou toujours le même, il métamorphose sans cesse et avec brio la forme. Après le « journal » entrecroisé des « Frères Schiller », au nom si européen dans Le Village de l’Allemand, puis un roman dystopique situé dans la société mythique de 2084[1], c’est un roman épistolaire, puis un méta-roman, voire un essai de géopolitique.

      L’écriture est entraînante, riche, urgente. Le pathétique et la peur sont orchestrés avec sûreté, sans cet excès d’effet qui serait du pathos, de l’emphase. Contrastée et colorée, elle est veinée d’allusions culturelles, historiques et littéraires, dans le cadre d’une judicieuse intertextualité : l’angoisse de La Métamorphose de Kafka, l’attente du Désert des Tartares de Buzzati, La Désobéissance civile de Thoreau, voire l’analyse du totalitarisme par Hannah Arendt au travers du prénom de la jeune correspondante…

      Selon notre orientation idéologique, le roman déplaira, si nous trouvons intolérable l’amalgame entre nazisme et Islam (comme dans Le Village de l’Allemand qui rapprochait la Shoah des massacres du Groupe Islamiste Armé en Algérie), si nous craignons d’agiter le spectre des peurs xénophobes ; ou il frappera par sa perspicacité visionnaire. Alors l’on saura le lire comme un avertisseur, mais aussi une satire politique de nos gouvernements, séduits par « irénisme », lâches, compromis ou aveugles : « J’espère de tout cœur que le monde encore indemne va réagir et commencer par réfléchir ». Boualem Sansal va jusqu’à utiliser judicieusement la prosopopée en faisant parler feu le naturaliste et philosophe américain Henry David Thoreau[2] : « Où sont vos hommes libres… les descendants des fiers Gaulois ? Qu’est-ce donc qui a été aboli chez vous, l’esclavage ou la liberté ? nous demanderait-il ».

      Seules les quelques pages et « notes » finales, qui se veulent un petit peu trop explicatives, didactiques, aurait mérité de ne pas s’ajouter à la construction biface et judicieuse de l’apologue : nous avions compris qu’il s’agissait de dénoncer la geste tyrannique de l’Islam. Il va jusqu’à proposer des mesures prophylactiques : « Pourquoi diable a-t-on supprimé les bagnes d’antan, Cayenne, la Guyane, le Nouvelle-Calédonie, les îles du Salut, c’est là qu’il faut expédier les malfaisants »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Et si nous n’avions pas compris, lisons quelque entretien offert par Boualem Sansal à un hebdomadaire, que les autruches prétendument progressistes qualifient de « nauséabond », voire d’extrême-droite, sans craindre la grotesque reductio ad hitlerum : « Si, dans certains pays les colonisations ont bâti de grandes civilisations, dans d’autres ils ont simplement exterminé les autochtones et pillé leurs richesses. […] L’Islam étant par nature prosélyte, conquérant, communautariste et rétif à toute intégration dans des sociétés chrétiennes, la cohabitation avec les autochtones s’avère impossible. […] La France [est] une cible privilégiée dans le plan d’islamisation planétaire. » De plus, notre auteur distingue « la phase 1, le prosélytisme gentil […], la phase 2, les islamistes ont fait de maintes banlieues de véritables républiques islamiques qui se gouvernent par la charia, et la phase 3, celle du jihad, est arrivée, inaugurée par les attentats de 2015. […] plus de protection et de sécurité incline à l’irresponsabilité individuelle et collective, voire à la soumission ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Hélas vrai de surcroît. De la part de celui qui a « fait de l’alerte le cœur de [ses] livres[3] » et dont nous devrions nous inspirer au risque de perdre identités et libertés…

      Si vis pacem para bellum[4], dit l’adage latin venu du grec de Thucydide ; soit : si tu veux la paix, prépare la guerre. Nous n’avons pas identifié l’ennemi des démocraties libérales, ou bien trop tard, nous n’avons pas préparé la guerre juste ; serons-nous les vaincus ?

      La reduction ad hitlerum, ou encore le qualificatif pseudo infamant d’islamophobe[5], qui équivaut à un appel au meurtre, seraient d’autant plus absurdes que Boualem Sansal, outre qu’il connait parfaitement ce qu’a de génocidaire et de liberticide le texte du Coran[6], a construit un précédent roman, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frères Schiller, sur une mise en parallèle des exterminations de masse menées avec entrain par le Groupe Islamiste Armé en Algérie et celles perpétrés avec sérieux par les Nazis.

      Formant une sorte de diptyque, deux frères confrontent leurs expériences permettant de mesurer l’horreur de la guerre civile et religieuse en Algérie dans les années quatre-vingt-dix, mais aussi la déréliction des banlieues françaises où s’installe peu à peu « une république islamique parfaitement constituée », à laquelle il faudra bientôt « faire la guerre ». Rachel et Malek, tous deux fils de Schiller, ont eu un père qui « a sciemment commis la faute de transmettre la vie sachant que tout ou tard la vérité viendrait à la surface et que ses enfants souffriraient le martyr ». Ainsi, au cours d'une quête qui mène dans un village algérien perdu, découvrent-ils que leur géniteur est un ancien bourreau nazi qui s’est reconverti vers le Front de Libération Nationale algérien, en passant par l’Egypte. Or le FNL est le parti « national-socialiste du grand Raïs », quand les religieux sont les bras armés des « gestapos islamistes ». L’ex moudjahid a secrètement conservé son insigne des Wafer SS. Effarés, Rachel visite le camp d’Auschwitz-Birkenau, touchant du doigt l’horreur de la Shoah. Cette fois l’hypotexte est celui de Primo Levi, Si c’est un homme. Le roman est torturé, implacable, néanmoins salutaire si l’on consent à en tirer la substantifique morale politique.

 

 

      Une fois de plus, loin des nombrilismes fatigués de trop de romanciers hexagonaux atones, Boualem Sansal, Algérien né en 1949, signe une œuvre forte, courageuse qui honore la langue française : indispensable. C’est alors qu’il faut prendre conscience de l’importance de ces écrivains d’outre-Méditerranée ; ce à quoi contribue Salim Jay avec son Dictionnaire des romanciers algériens. L’auteur du Train d’Erlingen y est présenté à l’aide de pages généreuses où l’on apprend qu’il se dit « islamistophobe ». Sa « prose tellurique » ausculte l’Algérie fracturée et sanglante, dès Le Serment des barbares,  Cependant nous restons plus que dubitatifs devant un tel jugement à l’emporte-pièce, aussi petitement infamant qu’incohérent, puisque Boualem Sansal ne cesse de dénoncer les fascismes : « Il arrive parfois que ses mises en garde coïncident bien involontairement avec la rhétorique la plus outrancière de l’extrême-Droite ». Il n’en reste pas moins que Salim Jay reconnait à notre romancier la capacité de synthétiser « le destin algérien ». Il note avec perspicacité combien « l’imbrication de l’angoisse existentielle et de l’analyse morale et politique » est chez lui cruciale.

      À notre grande surprise, ce Dictionnaire des romanciers algériens nous met sous les yeux une réalité passablement invisible. Albert Camus était Algérien autant que Français, l’avions-nous oublié ? Entre Français, Harkis, Berbères ou Kabyles, qui est Algérien ? Mohammed Dib voyait d’ailleurs en cette question de l’identité un « sophisme ». La plupart de ces écrivains usent de la langue française, quelques-uns seulement de l’Arabe, voire sont berbérophones, ou même italophones, ce qui n’est pas sans poser la question d’une introuvable légitimité linguistique, que les attendus politiques et religieux empoisonnent. Il n’est d’ailleurs pas impossible que beaucoup d’entre eux soient plus connus en France qu’en Algérie. D’autant que traduire les auteurs algériens, du français à l’Arabe, est presque peine perdue. Un roman ainsi transposé « est reçu comme un grain de sable qui vient bloquer un nuage », pour reprendre l’humour amer d’Amin Zaoui.

      La profusion et la multiplicité des voix originales est stupéfiante, invitant à la découverte. Nous connaissons (un peu) Kateb Yacine, Rachid Mimouni, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud, Nina Bouraoui, (n’y-a-t-il pas trop peu de romancières, au regard de telles origines culturelles ?), ou Malek Chebel et Benjamin Stora, plus connus comme essayiste et historien ; mais nous ignorons tout de Mehdi Charef, de Sandrine Charlemagne et de Samir Toubi…  Si la plupart « refusent la bienséance hypocrite et la langue de bois », tous s’opposent à une « littérature obscurantiste », selon les mots d’Abdelhamid Benhedouga, qui écrit en arabe.

      C’est avec un enthousiasme encyclopédique, sans naïveté, que Salim Jay, nous livre son intelligente préface, ses fiches synthétiques, ses analyses, ses témoignages, ses rencontres, ses lectures boulimiques enfin. Ses qualités documentaires sont d’autant plus impressionnantes qu’il a déjà œuvré au service d’un Dictionnaire des écrivains marocains[7]. C’est ainsi qu’il combat « l’indifférence au talent »…

 

      « Nul ne saurait aliéner sa liberté de juger ni de penser ce qu’il veut, et tout individu, en vertu d’un droit supérieur de la nature, reste maître de sa réflexion[8] », disait Spinoza. C’est justement en quoi l’Islam aliène la liberté, ce dont ne cesse de nous prévenir avec raison un écrivain éclairé comme Boualem Sansal, à la fois romancier et pamphlétaire à l’égard de l’embrigadement des consciences. Comme lui esprit critique souverainement indépendant, Kamel Daoud[9], n’est pas plus en odeur de sainteté auprès des Islamistes, qui réprouvent évidemment le culte des saints autant que les Lumières, et dont l’inculte fanatisme est pétri de haine envers les descendants de Voltaire[10].

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Train d’Erlingen a été publiée

dans Le Matricule des anges, octobre 2018

 

[3] Entretien avec Anne-Laure Debaecker, Valeurs actuelles, 22 novembre 2018, p 22-27.

[4] D’après Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, 1, 124, 2 ; in Renzo Tossi : Dictionnaire des sentences latines et grecques, Jérome Millon, 2010, p 610.

[7] Salim Jay : Dictionnaires des écrivains marocains, Paris Méditerranée-Eddif, 2005.

[8] Baruch Spinoza, Traité des autorités théologiques et politiques, Gallimard, La Pléiade, 2006, p 898.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 18:36

 

Scuola grande di San Rocco, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Eric Poindron, un invité en habit noir

au bal des curiosités

et des fantômes de la littérature :

Comme un bal de fantômes,

L’Etrange questionnaire.

 

 

 

Eric Poindron : Comme un bal de fantômes, Le Castor Astral, 240 p, 17 €.

 

Eric Poindron : L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron, Le Castor Astral, 128 p, 14,90 €.

 

 

 

 

 

      Si tu manques de sens de l’humour, lecteur, passe ton chemin. Voici poindre un personnage qui enfile la cape ailée de Fantomas ou de Batman, collectionne les curiosités et curiosa dans son cabinet aux globes et aux livres : il porte l’habit noir du lecteur sévère, de l’Académicien des supercheries, des éruditions surprenantes… Mais loin de se confire dans les billevesées et autres coquecigrues, il prend le temps, en catimini, de nous bombarder de livres surprenants, délicieux, érudits sans affèterie ni cuistrerie derridienne, en homme pas le moins du monde abonné à la poésie austère et lapidaire qui fait terriblement sérieux. Son Comme un bal de fantômes est un catalogue facétieux de moments vitaux et de poètes ; quand son Etrange questionnaire est un livre-jeu de questions réponses, qui fait du moi et du monde un cabinet de curiosités en archipel.

 

      Peu ou prou, ce recueil, sous-titré « camaraderie et chemins chuchotés », fait se succéder cinq saisons où apparaissent et virevoltent papillons et poètes ; là est leur « bal de fantômes ». La dimension autobiographique emprunte la voie du « presbytère de mon enfance », et « Les premiers pas dans le noir », sont ceux où l’on croise « des dames blanches des fous égarés/ Des fantômes malheureux et un peu égarés ». De même, « dans un grenier de l’enfance », réapparait le dessin d’un « vaisseau fantôme ». L’air de rien, tout un art poétique se dessine :

« Mon navire de papier et de glace

Met à mal mes enfances certitudes.

Et toujours à flot mon imagination. »

      Fort heureusement Eric Poindron n’a grandi qu’en talent. Il aime « le crachin romanesque », « l’encre neige / sympathique et daguerréotype ». Nous aimons avec lui entrer « Tous en Seine » (où rôde l’ombre d’Apollinaire), voyager et « collectionner les départs ». Surtout, il « invente des poèmes à la gloire des hommes libres » ; mais aussi des poèmes en forme de cabinets de curiosité où trône l’étrangeté d’un « rhinocéros empaillé », ou de « papillons éteints ». Ce qui fait de son recueil un autoportrait en forme de collage à la Max Ernst, où le lecteur ne s’empêchera pas de retrouver des tesselles de son miroir.

      Au cœur de cent menus faits, impressions et imaginations, l’art de l’énumération fait son numéro de trapèze volant, appelant tour à tour Shakespeare et Pouchkine, nommément ou par allusion, Borges, Baudelaire, ou encore Jacques-Henri Fabre, l’entomologiste, papillons obligent.  Notre poète se voit ici changé en « bibliolibrius », jouant avec les calembours, néologismes et mot-valises pour polir une ode à la bibliophilie et, ajouterons-nous, à la polygraphilie…

      Dans une démarche d’intertextualité -mais sans la moindre cuistrerie-, nombre de poètes sont ainsi invités au « bal de fantômes ». Est-ce à dire que caché derrière ses translucides émanations, Eric Poindron est lui-même un fantôme ? Pas tout à fait ; il est l’homme-orchestre d’un chant dans lequel l’emploi du vers libre n’empêche en rien la musicalité, le chantre de l’énumération enthousiasme et de tout ce que la vie et la littérature comportent de bonheurs, même si transparait parfois « une croûte en forme de deuil » et l’ombre de Nerval pendu. La fantaisie du « raconteur de marelle, essayeur de labyrinthe », cède un instant le pas à la mélancolie de l’élégie.

      Une filiation surréaliste innerve le travail d’Eric Poindron, dont l’apparente facilité cache probablement le soin d’un travail attentif. « Un jour j’écrirai un roman sur le tourbillon / et papillon de la vie », confie-t-il en sa dernière page. Sûrement il aurait quelque chose de nabokovien…

 

 

      L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron n’a guère à voir avec le fameux questionnaire Marcel Proust, qui vise à cerner les contours d’une personnalité et d’une sensibilité. Il nous est livré tout vêtu de noir, chic comme le smoking d’un fantôme et pas triste pour un sou neuf. Proposant soixante questions, toutes affairées dans le monde de l’ « étrange », et sous-titré « le livre qu’il vous faudra en partie écrire (ou dessiner) », il laisse des blancs, plus ou moins généreux, à l’adresse de la réactivité du lecteur, comme des fantômes typographiques. On hésitera entre respecter la virginité des possibles parmi ces blancs paragraphes ou y calligraphier avec le plus grand soin ses inquiétudes et ses fantasmes colorés.

      Que l’on se rassure, notre auteur n’abandonne pas tout à fait son lecteur-contributeur à l’angoisse de la page blanche, ni le condamne à acheter un livre définitivement lacunaire, un coup de dé aboli par le hasard, un Bartleby de l’écriture. Il ajoute en bas de page des notes, des citations, des nota bene, des bouts de poèmes de son cru, toutes illustrations comme autant de directions à la réflexion.  Il compose également une préface qui est « le presque conte de Monsieur Pourquoi », puis une sorte de postface en six facettes « afin d’instruire son lecteur », tout en citant un écrivain « quasi-fantôme » : John B. Frogg. Le généreux vade-mecum de l’apprenti écrivain complète le propos : or, lecteur, à toi de jouer !

      « Monsieur Pourquoi », c’était lui enfant, et c’est toujours lui à l’âge mûr. Surtout qu’il le reste, et que nous ne cessions pas d’interroger le monde, sous peine de mort intellectuelle et, cela va sans dire, poétique. Poser une question, a fortiori inédite, est déjà susciter une ou un faisceau de réponses. « Les questions chrysalides deviendraient ténébrionides ». Là encore, nous voici au seuil d’un cabinet de curiosités. Il est question de « poésie scientifique », de « fous littéraires », comme chez Blavier[1], de « bric-à-brac ineffable » et d’ombres inquiétantes », toutes choses et bricoles délicieusement inactuelles.

      Commençons à répondre. « La première phrase d’un roman ou d’un livre étrange à venir ? » : « Qui, parmi nos neuf artistes, sortira gagnant de ce jeu voyeuriste et cruel ?[2] » Cela se complique à merveille : « Que cachez-vous derrière votre masque et que cache l’Autre derrière le sien ? » Nous laisserons l’épineux soin de la réponse à nos lecteurs… On aimera : « En dehors de la tête réduite, et sous vitrine de votre mère, quels sont les cinq objets étranges auxquels vous tenez ou que vous souhaiteriez posséder ? » Ou « Racontez-moi la bibliothèque -étrange ou non- que vous aimeriez posséder ». Ou encore « confessez-moi l’insolite ou l’innommable ». Mieux : « Peut-on faire voisiner sur une étagère de bibliothèque deux auteurs irrémédiablement brouillés pour la vie, & pourquoi ? » Proposons d’accoler un roman libertin avec le Coran, et laissons-les se débrouiller pendant la nuit, en rêvant que le premier corrompe heureusement le second.

      À cet Etrange questionnaire, intrigant, stimulant et aussi riche qu’un microcosme, et qui est une branche étoilée de la littérature psychologique, spéculative et fantastique, répondent pour nous les collections les plus étranges, de minéraux, de nuages, de livres rares, de fictions métaphysiques et eschatologiques.

      Le poète facétieux a cependant composé une œuvre interactive et ouverte, au sens d’Umberto Eco. Le livre est « structuré comme une constellation d’éléments qui se prêtent à diverses relations réciproques», y compris avec le lecteur-interprète : « Nous ne sommes plus devant des œuvres qui demandent à être repensées et revécues dans une direction structurale donnée, mais bien devant des « œuvres ouvertes », que l’interprète accomplit au moment même où il en assume la médiation[3] ».

      Un narcissisme bon enfant pousse de surcroit notre aimable inquisiteur à se photographier dans sa bibliothèque, en son cabinet de curiosités, à emprunter des photographies anciennes plus moins célèbres pour y glisser son facies intelligemment chauve, sa virile moustache, ses bésicles à l’acuité sourcilleuses, conduisant un immense vélocipède à roue unique, feuilletant d’énormes et rares folios, comme le manuscrit du Codex Gigas, où s’agite un diabolique fretin.

      Là encore le collage à la Max Ernst, quelque chose du cadavre exquis surréaliste complotent pour livrer une création originale, où le poète narcisse a l’élégance de laisser la parole au lecteur devenu créateur, comme dans une relation d’interactivité promise par l’écran d’ordinateur et le mode web. Là où la légèreté apparente du propos confie à la profondeur borgésienne…

      Il y a néanmoins quelque chose de grave sous les pirouettes et autres poses d’Eric Poindron : rien moins que le mystère de la création et de l’univers. Sa modestie bavarde l’empêcherait de vous l’avouer, mais il faut résister, et pourquoi pas ainsi, au tragique et à l’absurde de la condition humaine. Rien moins qu’être l’encyclopédiste des causes curieuses ne peut que légitimer une existence et a fortiori une plume d’oie tachant d’encre un clavier de poésie…

 

      Prolifique et polygraphe, Eric Poindron a publié une trentaine de volumes, depuis Le Champagne. Dix façons de le préparer[4], jusqu’à De l’égarement à travers les livres[5], en passant par Marginalia & curiosités[6]. Il fait preuve avec ses deux derniers livres (gare aux suivants !) d’une créativité roborative. Souhaitons qu’il ne se prenne pas trop au sérieux (mais nous n’en doutons pas) et qu’il ne se rengorge pas devant ce qui n’est en cette critique en rien une flatterie. Si l’on peut se permettre une amicale boutade, conseillons à notre ami Eric Poindron de cesser de toute urgence de fumer sur ses photographies. Faute de quoi il s’effacerait de ces dernières, bien trop tôt pour ses lecteurs impatients d’autres sérieuses facéties, et partirait en fumée pour rejoindre son bal des fantômes.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] André Blavier : Les Fous littéraires, Editions des Cendres, 2000.

[3] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965, p 117, 17.

[4] Eric Poindron : Le Champagne. Dix façons de le préparer, L’Epure, 2008.

[5] Eric Poindron : De l’égarement à travers les livres, Castor Astral, 2011.

[6] Eric Poindron : Marginalia & curiosités, Les Venterniers, 2015.

 

 

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 18:52

 

Portrait de prophète biblique, Museo de Leon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

De la révolution vieillarde

et autres rivières infranchissables de la jeunesse, par Marc Villemain :

Ils marchent le regard fier ;

Il y avait des rivières infranchissables.

 

 

 

 

 

Marc Villemain : Ils marchent le regard fier.

Editions du Sonneur, 96 p, 13 €.

Marc Villemain :

Il y avait des rivières infranchissables, Joëlle Losfeld, 152 p, 14,50 €.

 

 

 

 

      Les âges de la vie ne peuvent qu’inspirer l’écrivain conscient de lui-même et d’autrui. De l’enfance à la vieillesse, nous passons de révolution en révolution, qu’elles soient amoureuses, sociales, politiques. Ainsi vont les personnages de Marc Villemain, animés avec la modestie du nouvelliste. L’Anglais J. G. Ballard[1] avait imaginé la révolte meurtrière des enfants, la fuite des adultes vers d’éternelles vacances. Mais pas la révolution des vieillards. Ce que Marc Villemain met en scène dans Ils marchent le regard fier. L’autre versant de la vie, plus proche d’Eros que de Thanatos, est illustré par les nouvelles d’Il y avait des rivières infranchissables. Ainsi l’on saura comment un écrivain discret s’attache à capter les éblouissements et les fractures de nos existences…

                                              

      Passablement matois et retors, Marc Villemain emprunte le langage sans conséquence des vieux campagnards, de ceux qui « marchent le regard fier ». Il remâche leurs clichés et ressassements plein la bouche, non sans fausse naïveté, avant de basculer dans un projet ébouriffant. En quelle année sommes-nous ? La société n’est guère différente de la nôtre, mais avec ce  léger parfum répugnant d’anti-utopie, quand les jeunes commencent à faire la chasse, pit-bulls jetés sur les rides et les trognes moquées, quand l’administration impose des « quotas d’anciens ». S’en suit une manifestation de quatre millions d’ancêtres, menée par Donatien et le narrateur à qui vient la riche idée des « canne-épées » en cas d’agression…

      Le réalisme est à petites touches quand la tyrannie du jeunisme n’est qu’allusivement évoquée. Au-delà de la brûlante question de société, le drame d’un homme, d’une famille montre en abyme les conflits de ce temps improbable et pourtant possibles, entre la vie confite des presque croulants et les jeunots arrogants. En filigrane de ce propos politique court un éloge émouvant de Marie, la femme de Donatien, de sa jeunesse à son grand âge, « Marie l’artiste, toujours dans ses livres qu’on aurait bien pu lui donner le prix de lecture, avec sa frimousse d’écureuil ».

      Peut-être l’auteur aurait-il dû abréger son préambule présentant les personnages, et leur vie terne et moisie, pour entrainer avec plus de largeur de vue son lecteur dans cette surprenante contestation. Mais en ce qui n’est qu’une longue nouvelle, ou un court roman, on ne sait, réside un charme amer, une ironie du sort mordante… L’apologue moral est cruel, la révolte est un sursaut peut-être salutaire, quand la chute est désabusée. Il a choisi, plutôt que le vaste tableau d’un totalitarisme en marche et d’une résistance avortée, le drame et la pudeur des victimes ; en un louable parti-pris.

 

 

      « Les rivières infranchissables » sont-elles celles du temps ? En un recueil de treize nouvelles élégiaques, Marc Villemain capte les émois de l’adolescence, les écueils du passage à l’âge adulte, lors des bourgeons, des floraisons et des pourrissements de l’amour. On trouve dans la nouvelle inaugurale, « Douceur en milieu tempéré », un bel hommage, qui est un des souterrains leitmotivs du volume : « Tout un art. C’est cela, pour lui, alors, une femme ». Et lorsque le jeune héros sent deux mains prendre les siennes dans ses poches, l’une pour le désir, l’autre pour l’amour, lui aussi, « il marche le regard fier ». Pourtant leur première fois est avortée, l’art d’aimer n’est pas au rendez-vous, la solitude reprend son cours. Plus loin, l’innocence de l’enfance se heurte à la mort subite. Ou, « crinière lascive, candide sylphide », la vision soudaine de la nudité embrase un enthousiaste. Etonnemment, l’embrasement est réciproque, quoique si bref, trois nuits, et son départ. On retrouve dans « Petite fermière », cet hommage, avec « une peau plus luxueuse que l’angora, une fille avec de la tendresse » et « toute cette poésie en elle ».

      Une banlieue près de l’océan, un bar médiocre, une HLM, des collégiens, la rentrée et la sortie des classes, une discothèque, un bal rural, une boum, un concert de heavy metal, des joints, les années quatre-vingts ; l’attirail du réalisme et de la déréliction infuse l’écriture. À moins que les étés campagnards illuminent l’atmosphère, en une sorte de pastorale, allusive et néanmoins érotique. Ou que les neiges des pistes de ski donnent l’occasion d’une rencontre entre « le petit jaune » et une jeune fille « aux « cheveux caramel » qu’il peut réconforter. En un autre récit, qui sait si « c’était lui, le tremblant, le penaud, l’encombré, que la plus belle fille de ce bled pourri ait jamais vue venait d’embrasser ». L’on saura bientôt combien l’amertume succède au miracle…       

      Souvent, « maladresse est mère des sentiments » ; parfois le pain et le chocolat ont la saveur d’une proustienne madeleine ; toujours « à chaque instant tout pouvait basculer, être détruit ou magnifié ». Reste le mystère de l’amour, invérifiable, entre « les petits attouchements de circonstance et les petits béguins sans lendemain », d’un « je t’aime aussi », à la merci de l’inaccompli, voire d’un réel sordide. Ainsi « les rivières infranchissables » sont également celles de l’amour plus rêvé que vécu, et d’un rite de passage fort malaisé, au point que trop souvent l’on vivra sa vie sans trouver le gué, sans que l’éblouissement amoureux caresse les années. Mais, étonnement, en une surprenante antithèse temporelle, la dernière nouvelle propulse le lecteur auprès d’un vieil écrivain et d’une femme « friable », à Venise ; là encore on est amoureux. Le miracle aurait-il lieu sur le tard ? Car « c’est le bonheur qui les a tués ». Celui qui vient de terminer un livre de nouvelles est-il, en une belle mise en abyme, une projection de notre auteur ?

      L’exercice de nostalgie va sans mièvrerie, sans misérabilisme, le romantisme sans pathos. L’attendrissement s’adresse à la fois à ce qui est peut-être, et discrètement, un puzzle autobiographique, et à ces adolescents que l’enseignant côtoie, que chacun de nous croise, que l’écrivain ausculte avec psychologie et un doigté prudent…

      Est-ce un brin désuet ? À l’image d’une couverture assez laide, même si métaphorique avec sa vieille cassette audio qu’il faut encore entendre. À moins que le charme de ces pages tienne justement à ce que le nouvelliste flirte avec ces thématiques à cheval sur le réalisme et une poésie trop oubliée. Il y a là un air de modestie sentimentale, bien assumée par le clin d’œil du titre, qui n’est celui d’aucune nouvelle, mais est tiré d’une chanson de Michel Jonasz : « Je t’aime ». Si le lot d’un recueil est d’être soumis au risque des inégales compositions (« Un enfant de Dieu » et « Inexactitude des heures à venir » sont un peu pâles, quand d’autres, comme « La boum », ont bien plus de vigueur), il reste entre nos doigts un précieux parfum de fleurs fanées que l’écrivain a su ranimer. Et sublimer dans l’ultime, concise, elliptique et magnifique nouvelle titrée « De l’aube claire jusqu’à la fin du jour ».

 

      L’usage de la nouvelle est un art délicat, entre minimalisme et puissance, entre vivacité et suggestion. Marc Villemain l’a bien compris, lui qui en use avec constance ; et non sans succès. N’a-t-il pas écopé du Grand prix de la Société des Gens de Lettres de la Nouvelle pour Et que les morts s’ensuivent ? Qui sait s’il a l’ambition louable (du jeune écrivain encore puisqu’il est né en 1968) d’égaler les maîtres du genre, de Julio Cortazar à Henry James[2]

 

Thierry Guinhut

La partie sur Ils marchent le regard fier a été publiée dans Le Matricule des Anges, avril 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 12:24

 

Benjamin Constant : Cours de politique constitutionnelle,

Plancher & Béchet, 1820. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les libertés politiques et romantiques

 

de Madame de Staël et Benjamin Constant

 

à la Fondation Bodmer.

 

 

 

Germaine de Staël et Benjamin Constant, l’esprit de liberté, Perrin / Fondation Bodmer,  208 p, 35 €.

Ghislain de Diesbach : Madame de Staël, Perrin, 656 p, 26 €.

Madame de Staël : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 1728 p, 65 €.

Benjamin Constant : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 1696 p, 65 €.

 

 

 

 

 

 

      Les amitiés et les amours littéraires sont les plus beaux, surtout si, dépassant les fictions qu’ils ourdissent, les amis et amants sont eux-mêmes écrivains. Qui plus est si ce sont des amants de la liberté, comme Germaine de Staël et Benjamin Constant. L’une fête le bicentenaire de sa mort, en 1817, l’autre les deux-cent cinquante ans de sa naissance, en 1767. Ce pourquoi la Fondation Bodmer, sise à Genève, a l’intelligence de les réunir dans une somptueuse exposition et dans un tout aussi somptueux album catalogue. Ces pionniers du romantisme et du libéralisme, malgré les orages de leur passion, voient également la possibilité de joindre joue contre joue deux Pléiades qui leurs sont consacrés.

 

      « J’en devins passionnément amoureux », dit-il tout net dans son récit intitulé Cécile. C’était à Lausanne en 1794, alors qu’elle découvrait « un homme plein d’esprit ». S’il n’y avait eu que la passion ! Mais de surcroît et plus vrai, une réelle intimité intellectuelle les unit. Germaine et Benjamin sont en effet sont des « enfants des Lumières », réprouvent autant la Terreur révolutionnaire et l’absolutisme napoléonien, et tous deux écrivent bientôt des romans psychologiques qui magnifient la sensibilité.

      Née  Necker en 1766 à Paris, Germaine de Staël fut élevée par sa mère avec grande ambition, un peu comme l’Emile de Rousseau, mais non comme Sophie, quoiqu’elle la fit lire bien plus tôt que lui. Elle vit ensuite à Coppet auprès du lac Léman, et le restera trop à son gré, exilée d’une ville parisienne qui lui est politiquent contraire. La biographie généreuse, pétulante et roborative de Ghislain de Diesbach nous la présente très tôt douée pour les Lettres. Elle doit son nom à son époux Erick Magnus de Staël-Holstein, passablement indifférent. À cet égard Ghislain de Diesbach entraîne son lecteur, avec un luxe de détails stupéfiant, comme si l’on y était, parmi les passions et intrigues politiques de la Révolution, ne cachant rien du courage de son héroïne pendant la Terreur, des orages de l’adultère et des enfants probablement venus de la cuisse de Benjamin : Germaine est attachante, insupportable, brillante. Sa passion pour la liberté politique ne sera pas vue d’un bon œil par Napoléon, qui n’aura de cesse de l’empêcher de revenir à Paris : ce qui lui fit écrire Dix ans d’exil.

      « Vilain Don Juan », Benjamin Constant entre en scène. Ses aventures amoureuses, sa passion du jeu rivalisent de rocambolesque.  À force de persuasion, il emporte la place sur ses concurrents nombreux. Elle conçoit, en 1796, de ses expériences sentimentales tempêtueuses, un traité : De l’Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. Ses talents de salonnière et d’intrigante, sa liberté amoureuse autant que ses convictions en faveur d’une sage République lui valent admiration, mais aussi cabales et hostilités misogynes. Bientôt, dans ses Considérations sur la révolution française, elle se fait hostile envers la prise de pouvoir de Napoléon, préférant au despotisme le modèle parlementaire anglais et ne voulant pas « prostituer la pensée à la force ».

      Elle deviendra la femme la plus célèbre d’Europe, en commençant par De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, en 1800, qui inaugure son volume d’œuvre d’Œuvres en Pléiade. Là elle examine chaque littérature en ses « rapports avec la religion, les mœurs et le gouvernement », puis « l’état actuel des Lumières en France ». Non sans dénoncer « les préjugés contre les femmes qui cultivent les Lettres ». C’est avec un enthousiasme critique sans cesse renouvelé qu’elle rend compte « de la marche lente, mais continuelle, de l’esprit humain dans la philosophie, et de ses succès rapides, mais interrompus, dans la poésie et les arts ».

 

 

      Delphine, son roman épistolaire, comme il était de mode depuis Richardson, Rousseau, Goethe et Choderlos de Laclos, est un brin touffu. Ce qui n’empêchera pas cette « histoire de la destinée des femmes » d’obtenir un franc succès. Publié en 1802, il conte les amours contrariées de l’héroïne éponyme et de Léonce. Les jalousies et calomnies vont s’enflammer, les conflits moraux, nés des conventions de la société, vont s’exacerber au point d’empêcher leur union amoureuse. Deux morts tragiques chapeauteront enfin l’intrigue un peu démesurée, mais dont les qualités d’analyse psychologique sont sans nombre.

      Il suffit de lire les premiers chapitres de Corinne ou l'Italie (1807) pour se convaincre sans peine que Madame de Staël écrit avec autant d’élégance que de richesse. Son personnage, Oswald, un riche Anglais en route vers l’Italie, est un mélancolique que taraudent des souvenirs paternels, archétype romantique digne de Robert Burton et de son Anatomie de la mélancolie[1]. Ce qui ne l’empêche pas de se comporter en héros, resté cependant modeste, lors d’un incendie à Ancône. Mais voyant et entendant sur le Capitole la belle Corinne couronnée des lauriers du poète, il « était trop captivé par les charmes de Corinne pour se rappeler alors ses anciennes opinions sur l’obscurité qui convenait aux femmes ». Ainsi elle est une femme idéale au sein de l’idéalisme romantique et une icône d’un féminisme revendiqué.

      Corinne ou l’Italie justifie parfaitement son titre lorsque son héroïne guide avec lyrisme et enthousiasme Oswald à travers Rome, du Panthéon au Vatican et au Forum ; le lecteur est avec eux emporté dans ce voyage culturel, d’autant mieux s’il l’a lui-même vécu. On pourra cependant trouver que cet hybride de roman et de guide sacrifie un peu l’intrigue. Une dimension esthétique et éthique s’élève devant la splendeur impériale romaine, lorsqu’Oswald, pensant aux esclaves et aux Chrétiens persécutés, « cherchait partout un sentiment moral, et toute la magie des arts ne pouvait jamais lui suffire ». Tourmenté par le souvenir de son père qui avait souhaité lui voir épouser la trop jeune alors Lucile, Oswald ne peut se résoudre à succomber jusqu’au bout à Corinne, elle passionnément amoureuse et sans ambages. Ni Oswald ni Corinne n’oserons vraiment rompre avec « les préjugés de leurs nations ». Elle n’ose révéler son illustre naissance anglaise dont elle s’est détachée en épousant l’Italie. Il n’ose accepter la légèreté italienne. Le départ d’Oswald pour la carrière militaire en Angleterre, puis ses noces contraintes avec Lucile, alors que Corinne lui a sacrifié sa carrière littéraire, seront l’engrenage de la tragédie. Le conflit entre l’amour et le devoir innerve le roman, dont le personnage féminin est le plus remarquable, à l’aube d’un XIX° siècle qui peine à reconnaître la liberté des femmes. En lisant cette affinité et ces distances entre les tempéraments anglais et italiens, on n’est pas sans penser aux futurs romans d’Henry James[2]

      On peut être stupéfait de constater qu’un grand absent trône au cœur de ce Pléiade Madame de Staël : De l’Allemagne[3] ! Cet essai brillant, connaisseur de la littérature Sturm und Drang et de la philosophie allemandes de son temps, rompant avec la dévotion française pour le classicisme, et montrant la curiosité et la culture de son auteure, de Goethe à Kant, fut pourtant stupidement censuré et détruit par la France en 1810, au motif d’être un éloge de l’étranger. Il est vrai qu’avec prêt de 600 pages, le Pléiade eût explosé ! À moins d’attendre un second volume augmenté des 600 pages des Considérations sur la Révolution française.

      Si la relation de cette « diablesse de femme » avec Benjamin Constant alterne les azurs, les jalousies criantes et les scènes violentes, jusqu’à leur rupture en 1811, des choix politiques les réuniront toujours.  Favorable à la liberté de la presse, elle n’en reste pas moins contemptrice des journaux qui se livrent à la calomnie et flattent la curiosité du public au lieu de susciter l’admiration pour le mérite.

 

 

      On sait combien Benjamin Constant fut également sensible à la question de la liberté de la presse. Dans le chapitre VIII du Cours de politique constitutionnelle[4], il dresse la liste des libertés fondamentales : « la liberté personnelle ; le jugement par jurés ; la liberté religieuse ; la liberté d’industrie ; l’inviolabilité de la propriété ; la liberté de la presse ».

      Son œuvre politique est plus abondante que celle autobiographie, comme dans Le Cahier rouge, picaresque récit d'enfance et de jeunesse qui accumule les ratages. Un roman, Adolphe, en 1816, égare le lecteur qui voudrait y trouver des clefs. Adolphe est-il le double de son auteur, Ellénore, qui est « un bel orage », est-elle Charlotte, épousée en 1809, où l’ombre de Germaine ? Le romancier de l’introspection réfute toute lecture autobiographique ; peut-être par pudeur. Il n’en reste pas moins que la confession du personnage éponyme, handicapé par sa sécheresse de cœur et son mal du siècle trop romantique, ne lui permet pas d’accéder à l’amour idéalement romantique d’Ellénore…

      L’essayiste multiplie les ouvrages et les brochures politiques, apportant son soutien à une république modérée dans De la Force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier, en 1796, ou conspuant la Terreur révolutionnaire, dans Des effets de la Terreur en 1797. Auxquels Germaine de Staël répondra en 1818 par ses Considérations sur la Révolution française. Ce en quoi ils sont bien d’ardents défenseurs du libéralisme politique.

       L’ouvrage le plus remarqué de Benjamin Constant fut en 1819 son De la liberté des Anciens, comparée à celle des Modernes. C’est-à-dire celle de « la participation active et constante au pouvoir politique » et celle de « la jouissance paisible de l’indépendance privée ». Elu plusieurs fois député à partir de 1819, il est un orateur habile, dénonçant  la traite des noirs, défendant la liberté des croyances.

      Cependant, en son introduction aux quatre volumes du Cours de politique constitutionnelle, en 1820, il balise sa pensée libérale : « Il sera certain dans cent ans, comme aujourd’hui, qu’il ne faut pas charger ceux qui profitent des mesures arbitraires, de réprimer les mesures arbitraires ; ceux qui s’enrichissent par les dépenses publiques, ceux qui sont payés par le produit des impôts, de diminuer la masse des impôts ; ceux qui doivent leur fortune aux prérogatives de l’autorité, de s’opposer à l’accroissement des prérogatives de l’autorité ». Hélas, deux siècles plus tard, la France, championne des impôts et taxes, droguée à l’étatisme, n’en est en rien convaincue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De cet immense corpus politique, le volume Pléiade des Œuvres de Benjamin Constant ne donne qu’un choix, certes judicieux, en particulier les précieux Principes de politique, dans lequel, outre son rejet du despotisme, il se montre plus que méfiant envers la « souveraineté du peuple », cette « volonté générale » prônée par Rousseau, qui peut être une autre forme de despotisme, comme le montra la Révolution. En effet « la reconnaissance abstraite de la souveraineté du peuple n’augmente en rien la somme de la liberté des individus ; et si l’on attribue à cette souveraineté une latitude qu’elle ne doit pas avoir, la liberté peut être perdue malgré ce principe, ou même par ce principe ».

      Ce Pléiade se concentre en premier lieu sur ce qui fit sa gloire romantique, Le Cahier rouge et ses deux romans, Adolphe et Cécile. Remarquons à cet égard, comme pour Madame de Staël, que les prénoms sont à la fois des moteurs romanesques et des marqueurs de la personnalité et de l’intimité. On y découvre de plus des titres rares, ses Réflexions sur la tragédie, et deux chapitres de son immense ouvrage De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements. Mais aussi une ardente philippique anti-napoléonienne : De l’esprit de conquête et de l’usurpation. Le libéralisme politique trouve en Benjamin Constant une de ses thuriféraires majeurs, après Locke et Montesquieu, et avant Tocqueville[5].

 

 

      Après celles, aussi splendides qu’érudites consacrées à Sade[6] ou bien Frankenstein[7], la Fondation Bodmer est particulièrement pertinente en cette exposition : Germaine de Staël et Benjamin Constant, l’esprit de liberté.  Entre le château de Coppet, où résidait Madame de Staël et dont elle fit le « lieu des états généraux de l’opinion européenne », et la Fondation de Cologny, ne les séparent que l’extrémité ouest du lac de Genève. De plus, son riche fonds de philosophie politique s’est accru, en 2015, de maintes éditions rares de l’auteure de Corinne ou l’Italie. Le catalogue, réalisé sous la direction de Léonard Burnand, Stéphanie Génand et Catriona Seth (maîtresse d’œuvre du Pléiade Madame de Staël), et préfacé par Jacques Berchtold, directeur de la Fondation, est construit avec le soin remarquable du livre d’art, auquel les éditons Perrin ont apporté leur savoir-faire. Non seulement en ce qui concerne la qualité des textes, que celle des photographies de tableaux, statues, lettres, éditions originales, si émouvants, de nos deux écrivains. Le châle orangé et brodé, négligemment posé sur un fauteuil du château de Coppet, laisse entendre que Madame de Staël l’a abandonné à l’instant… Aussi n’abandonnerons-nous pas si aisément nos deux amants, autant passionnés qu’orageux et infidèles, cependant restés imperturbablement fidèles aux libertés romantiques et politiques.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2004.

[3] Madame de Staël : De l’Allemagne, Garnier Flammarion, 1993.

[4] Benjamin Constant : Cours de politique constitutionnelle, Plancher & Béchet, 1820.

[7] Voir : Lectures du mythe de Frankenstein créé des ténèbres

 

 

Club des Libraires de France, 1963. Photo : T. Guinhut.

 

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Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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