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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 10:52

 

San Giacomo / Sankt Jacob, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Quand le Christ rencontre

de chrétiennes uchronies.

Jésus l’Encyclopédie,

Roger Caillois : Ponce Pilate,

David Toscana : Evangelia.

 

 

 

Jésus l’Encyclopédie, sous la direction de Joseph Doré, Albin Michel, 846 p, 59 €.

 

Roger Caillois : Ponce Pilate, L’Imaginaire, Gallimard, 128 p, 6,90 €.

 

David Toscana : Evangelia, traduit de l’espagnol (Mexique)

par Inés Introcaso, Zulma, 432 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Le fondateur du christianisme n’est-il qu’une fiction ? Quelque soit la réponse, même si c’est plutôt sa divinité qui est fictionnelle, il reste une haute figure historique, tant il a nourri la civilisation occidentale et au-delà. Malgré les innombrables et inévitables controverses, il n’en mérite pas moins une lecture encyclopédique. C’est chose faite avec Jésus. L’Encyclopédie. Si une immense part d’imaginaire nourrit la figure de Jésus, rien n’empêche d’étendre sa rêverie jusqu’à d’improbables et cependant curieuses extrémités. Ainsi Roger Caillois imaginait dans son Ponce Pilate que ce gouverneur romain graciait le Christ : en conséquence, il n’y eut pas de Christianisme. Avec son Evangelia, le Mexicain David Toscana préfère livrer une uchronie féminine et parodique.

 

 

      Non, une encyclopédie sur un être que l’on ne connait que par quelques évangiles n’est pas inutile, au contraire. Jésus L’encyclopédie est non seulement un document pluriel sur la foi - on s’en serait douté - mais sur une vie, une doctrine, sans cesse questionnées et mises au net, du moins dans la mesure du possible. Un aréopage d’auteurs se penche sur le fondateur du Christianisme, tous plus brillants les uns que les autres, tous plus circonspects et nuancés : leur sagesse est de n’être point dogmatiques, encore moins fanatiques ; ils sont des esprits ouverts à la controverse, à l’humanité, et bien sûr à la tolérance, ils placent le lecteur devant la responsabilité du libre-arbitre.

      L’Histoire, la littérature et l’archéologie peuvent tenter de nous apporter des informations sur la probabilité de l’existence de Jésus, personnage bien plus documenté par ailleurs que ses concurrents, Mahomet ou Bouddha. Quoique les fouilles ne rapportent rien du Messie, a contrario de Caïphe, Pilate et Hérode. Pourtant « tout est parti d’une rumeur », analyse Joseph Doré. Celle de la résurrection ; qui se répand au travers de l’empire romain, en un demi-siècle. Aussi est-il « celui qu’on peut contester, mais qu’on doit constater », selon la judicieuse formule de Jean-Luc Marion. Or le texte des Evangiles, dont quatre seulement sont canoniques, « n’a jamais été fixé ». Alors que le Christ est probablement mort le 3 avril 30, ils ont été récités, écrits dans la seconde moitié du I° siècle, copiés y compris de manière erronée depuis des originaux introuvables : « Ce caractère mouvant du texte reste l’un des remparts les plus sûrs contre le littéralisme », note Roselyne du Pont-Roc.

      Se consacrant à divers éclairages sur la vie de Jésus, l’encyclopédie n’oublie pas de mettre en valeur d’essentielles problématiques. Le Messie « invitent ceux qui l’entourent à réintégrer la vie sexuée », plaide en faveur des femmes pécheresses, préfère la charité à l’avarice, bien qu’il rende justice à l’argent, au travail et à l’investissement dans la parabole des talents (ce qui préfigure le capitalisme). Enfin il figure le mal sous forme de démons. Outre la dimension éthique, s’instaure une dimension étiologique. Sans oublier le langage des paraboles, dont Jésus use en poète et conteur, mais aussi en philosophe qui propose une quête de sens et ouvre à la liberté de l’interprétation. Certes il y a des messages difficiles à avaler, comme « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent », en lequel pourtant il faut voir miséricorde et non stratégie politique. Terminons sur « l’humour de Jésus », mis en relief par Michel Berder : la parabole de la paille et de la poutre dans l’œil est en effet devenue un adage aussi populaire que sensé.

      On ne mesure pas assez la « subversion évangélique », selon Jean-Claude Guillebaud : le sacrifice des coupables offert aux dieux devient le sacrifice du Dieu innocent en faveur des hommes qu’il sauve. Il s’agit d’un retournement anthropologique, quoique Nietzsche le dénonçât comme l’irruption de la morale des esclaves. Aussi, pour répondre à ceux qui croient contrer la violence coranique en accusant celle christique, faut-il, avec André Wénin, se demander : « Jésus est-il violent ? ». Le « glaive » qu’il apporte dans Saint Matthieu ne fait pas de lui un guerrier, mais celui qui coupe le cordon ombilical familial pour être rejoint. Même chassant les marchands du Temple, il n’use pas de violence à l’égard des individus. « Tu ne tueras point », écrit-il sur la poussière, confirmant la loi mosaïque.

      Merveilleusement illustré de peintures, mosaïques et manuscrits, de cartes et de photographies, qui sont toujours légendés avec générosité et précision, cette encyclopédie ne choit jamais dans la bondieuserie, jamais dans le niais catéchisme. Si des croyants en sont les auteurs, l’intelligence et la prudence ne leur manque jamais. Quant à nous, heureux sceptiques devant ce phénomène considérable de l’Histoire du monde et de la pensée, serons-nous hérétiques en niant la divinité de Jésus, comme dans l’arianisme, ou en niant son humanité, comme dans le docétisme ? Absolument arianistes, nous restons néanmoins impressionné par une certaine sagesse de Jésus, qui préfère l’amour à la haine, sait pardonner à la femme adultère et sépare l’Eglise et l’Etat, donc apparait comme un fondement civilisationnel.

 

 

      Outre les Evangiles, une foule de vies de Jésus ont envahi les rayonnages des bibliothèques, au premier chef celle de Renan. Le fils de la Vierge Marie et de Dieu le père, incontestablement masculin, doit son succès et sa postérité, non seulement à son message, mais aussi à une crucifixion couronnée par une résurrection miraculeuse, qui persuade volontiers les crédules.

      C’est avec une discrète ironie que Roger Caillois raconte l’achèvement de la vie du Christ. Il use d’un biais stratégique en choisissant de titrer son récit Ponce Pilate, publié en 1961. Voici un petit roman historique présentant un Ponce Pilate, Gouverneur romain de Jérusalem, excédé par « le fanatisme de la population ». C’est d’abord un portrait d’homme et de politique, qui fait preuve de « révolte de philosophe contre la crédulité humaine ». Aussi lorsqu’il reçoit Anne et le Caïphe pour entériner la crucifixion d’un « faux prophète », est-il sceptique. Son épouse, Procula, guidée par un rêve fantastique, plaide la cause du Messie. Un peu d’« oneirocritique » ne nuit pas et participe de la délibération, en laquelle Menenius, fin politique, conseille une mort qui ne concerne guère Rome. De même, Judas l’implore de le condamner, mais parce que « le salut du monde dépend de la crucifixion du Christ ». Mardouk quant à lui prévoit l’essor d’une telle religion et de « la fantasmagorie théologique », toute l’Histoire future en fait, en une aventureuse et ironique spéculation, jusqu’à un auteur du XX° siècle « qui publierait cette conversation aux éditions de la Nouvelle Revue Française, se flattant sans doute de l’avoir imaginée ».

 

 

      Fidèle à son essai Au cœur du fantastique[1], Le talent rare de Roger Caillois est ici à son comble, au moyen d’une prose limpide et somptueuse et au service d’une méditation sur les vanités des religions et du pouvoir politique, sur le déterminisme (« il restait libre d’être courageux »), au croisement d’une réflexion sur les philosophes stoïciens et le « clinamen » de Lucrèce...

      Mais au contraire des récits évangéliques, Ponce Pilate réussit bien à « limiter les exactions du fanatisme ». Son éthique réflexion nocturne lui permet de libérer le Messie, au prix que quelque émeute et d’une poignée de victimes : « Toutefois, à cause d’un homme qui réussit contre toute attente à être courageux, il n’y eut pas de christianisme ». Une ruse de l’Histoire et voici l’uchronie libérée. Et lorsqu’il s’agit de rêver un développement historique, il faut se rappeler d’une semblable ruse d’un autre uchronien : Philip K Dick en usa dans son Maître du Haut-château[2], amenant un écrivain isolé parmi une Amérique conquise par les Japonais et les Allemands à imaginer la victoire des Etats-Unis et de ses alliés.

      On ne s’étonnera pas que Roger Caillois soit un virtuose des songes et des temps imaginaires, puisqu’il orchestra deux anthologies, l’une du fantastique[3], l’autre sur les puissances du rêve[4]. De l’auteur de Méduse et cie et du Fleuve Alphée, qui sait si bien  agencer élégance et érudition, il faut faire l’éloge de sa trilogie de minéraliste collectionneur, bellement publiée sous le titre de La Lecture des pierres[5] et illustré d’« agates paradoxales ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Evangelia signifie en grec « la bonne nouvelle ». Ainsi titré, le récit de David Toscana est d’une savoureuse ironie. C’est un roman historique et légendaire bon enfant, dans lequel les rois mages suivent une étoile capricieuse. Devant l’enfant Jésus, une surprise désastreuse les attend. Car Emmanuelle, le rejeton de Marie, « n’aura jamais de barbe », s’irrite le Seigneur. L’ange Gabriel aurait failli dans sa mission ? L’on devine que, pour la prophétesse, ce n’est pas une sinécure que d’imposer le message divin, de recruter des apôtres, d’asseoir son autorité de fille de Dieu, de Déesse enfin. D’autant qu’il vient un frère cadet, Jacob, redoutable concurrent connu bientôt sous le nom de Jésus. Les péripéties, burlesques et graves, se succèdent, jusqu’à ce que Pierre devienne « l’apôtre d’Emmanuelle ».

      Sens de l’humour, rebondissements, discrète érudition, voici les qualités de cette réécriture parodique des Evangiles, dans la tradition du Virgile travesti de Paul Scarron. Sans oublier l’ironie égratignant foi et tyrannie religieuse : « Quiconque dira qu’assécher le figuier a été une infamie sera tenu pour hérétique », assène notre « meneuse d’une bande de guérilleros », notre « Christe » ! Le burlesque irrévérencieux atteint un sommet lorsque la barque de Pierre et de la « fille du Dieu Très-Haut » est assiégée par des cochons que l’apôtre doit écarter à coups de rame sanglante ! Voilà, parmi d’autres, une scène « indigne de la plume du plus crasseux des évangéliste », selon le mot d’un romancier qui ne recule pas non plus devant l’autodérision. La satire n’épargne évidemment pas les faiseurs de miracles. Emmanuelle joue à occire et ressusciter plusieurs fois Pierre. Joseph est quant à lui affligé par la lèpre. Plus loin, elle joue à « se déhancher » comme une nouvelle Salomé devant Hérode. Crucifiée nue, Emmanuelle va bien se réveiller du tombeau et jouir d’une ascension stratosphérique qui la verra périr de froid. Jusqu’à Dieu le père lui-même qui fulmine lorsqu’il apprend la naissance d’Emmanuelle et réfute sa proverbiale omniscience : « Crois-tu que j’accompagne chaque jour des millions de mortels aux latrines ? ».

      Outre la dimension uchronique -imaginer un temps historique et mythique qui n’a jamais existé- le Mexicain David Toscana, né en 1961 et auteur d’El Ultimo lector[6], offre un apologue universel et cependant ancré dans notre temps : il se moque d’une récurrente misogynie et milite à sa manière pour l’égalité homme-femme, y compris au sein de religions plus ou moins enclines à reconnaître la féminité dans sa dignité. Gageons d’ailleurs que si quelques Chrétiens s’irriteront de lire ce roman, ils n’iront guère jusqu’à le qualifier de blasphème, ce qui ne manquerait pas d’arriver dans le cadre d’une religion que nous ne nommerons pas.

 

      Si le Christ avait été une femme, la face du monde en aurait-elle été changée ? Autant que s’il n’y avait pas eu de christianisme ? Voilà qui est douteux. Qui sait cependant si nous y aurions gagné une plus respectueuse condition des femmes. À moins qu’il s’eût agi d’un motif supplémentaire de haine contre cette religion ? Le besoin d’au-delà, cette saine maladie, qu’il est permis de panser avec Jésus. L’Encyclopédie, devient trop souvent une humaine tyrannie qui s’empare d’une fantasmatique autorité divine pour subjuguer les foules, les opprimer, voire, dans le cas d’une religion explicitement meurtrière, recourir au génocide contre ceux qui ne partagent pas son escroquerie.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Evangelia a été publiée dans Le Matricule des anges, février 2018

 

[1] Roger Caillois : Au cœur du fantastique, Gallimard, 1965.

[2] Voir : Petit traité d'hitlérienne uchronie

[3] Roger Caillois : Anthologie du fantastique, Club Français du livre, 1958.

[4] Roger Caillois : Puissance du rêve, Club Français du livre, 1962.

[5] Roger Caillois : La Lecture des pierres, Xavier Barral, 2015.

[6] David Toscana : El Ultimo lector, Zulma, 2009.

 

 

Christ en croix, XIV°, Museo Correr, Venezia.

Photo : T. Guinhut.

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 18:55

 

Arte mudéjar, Alcazar, Sevilla, Andalucia. Photo T.Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Petite revue d’islamologie I :

 

l’Histoire de l’Islam, de Mahomet et du Coran

 

au mythe Al-Andalus.

 

 

 

 

Hela Ouardi : Les Derniers jours de Muhammad, Albin Michel, 366 p, 8,90 €.

 

Mathieu Guidère : Au Commencement était le Coran, Folio, Gallimard, 272 p, 7,80 €.   

 

Serafin Fanjul : Al-Andalus, l’invention d’un mythe,

traduit de l’espagnol par Nicolas Klein et Laura Martinez, L’Artilleur, 720 p, 28 €.

 

 

 

 

 

 

      Mortels sont les prophètes ; hélas, trois fois hélas, parfois trop immortelle est leur doctrine, d’autant qu’elle multiplie les morts. N’en déplaise aux esprits lénifiants, le cadavre de Mahomet ne cesse d’empuantir la planète, depuis ses « derniers jours », contés par Hela Ouardi. Son livre saint, depuis quatorze siècles, légitimant une sainte violence, nombre de penseurs musulmans en réclament une relecture contextualisée et surtout plus paisible, plus ouverte, selon Au Commencement était le Coran de Mathieu Guidère. Car, non content d’imposer le jihad guerrier, l’Islam veut nous faire croire en son irénisme. Reste à lever le voile sur les dessous du mythe Al-Andalus, à la manière de Serafin Fanjul. Les livres de ces nécessaires historiens des religions sont ouverts aux yeux qui veulent s’affranchir de l’ignorance, des préjugés, de l’obscurantisme : « Ose savoir », disait en effet Kant dans Qu’est-ce que les Lumières ?[1]

 

 

      Que s’est-il vraiment passé, à Médine, en juin 623, quand le prophète expira son dernier souffle ? La Tunisienne Hela Ouarbi se livre à une rigoureuse -tant que faire se peut- enquête sur une mort mystérieuse dans son essai historique Les Derniers jours de Muhammad. Qu’on se le dise, rien ici de l’hagiographie, rien de l’idéologie close sur elle-même, mais la tentative d’approcher au plus près de l’historicité un homme cerné par les rivalités au sein de son clan, par les ennemis et jaloux que ses conquêtes ont suscités, et par une guérilla familiale de succession qui aboutira au schisme entre les sunnites et les chiites.

      La bouche qui proféra les saintes sourates morte, on propage pourtant des versets jamais entendus. D’autres disparaissent opportunément. C’est entendu, le Coran, outre ses manuscrits sur des peaux et autres omoplates de chameaux plus tard détruites, est une fabrication a posteriori. Mais le plus étonnant n’est pas là : pourquoi laisse-t-on le corps pourrir deux jours, a-t-il été empoisonné, a-t-il été empêché de dicter son testament ? Voilà bien une histoire suspecte qu’environne « l’obsession du blasphème[2] ». « Roman familial », « complot », épouses diverses, dont  Aïsha, « sémillante petite rougeaude » qui, à neuf ans, dut avoir des relations conjugales avec le prophète, mais sensuelle, intelligente, ce qui lui permet de conserver un grand prestige. Tout cela se déchire entre versions diverses, voire antagonistes, faisant du prophète un doux agneau ou, ce qui est plus historique, un cruel chef de guerre[3] : « Comment les musulmans peuvent-iles être édifiés par une vie censée être exemplaire, faite d’un aussi grand nombre de paradoxes ? », médite Hela Ouarbi.

      Mahomet mort, en 632, la succession se partage en deux légitimités, de façon à prendre le contrôle de la communauté des croyants : Ali, gendre et fils spirituel, devient le chef des futurs chiites, quand Abû Bakr, le père d’Aïsha donnera naissance aux sunnites en devenant le premier calife. On connait la guerre perpétuelle qui s’en suivit et continue d’envenimer le Proche-Orient…

      Sourcilleusement érudit et basé sur de nombreuses sources, hadiths, « Sirâ », exégèses et chroniques, l’essai se lit comme un feuilleton. Il montre comment une religion, de surcroît aussi politique que celle-ci, est dès sa naissance, un champ de lutte d’influences et de pouvoir. Les terroristes de quatorze siècles sont bien, selon Hela Ouardi « la partie visible de cet immense iceberg qu’est le conformisme religieux, complice silencieux du crime », ce que nous disions sous les termes d’une autre métaphore, l’arbre et la forêt[4].

 

 

      Quoique le Coran, cette récitation, soit d’origine humaine, trop humaine, venu du pillage de l’Ancien et du Nouveau Testament, venu peut-être de manuscrits antéislamiques, car aucune œuvre n’existe ex nihilo, on est bien obligé de se référer au seul livre transmis avec vénération et fiel par la postérité, car Au commencement était le Coran, assure Mathieu Guidère. Ce dernier saisit le problème à bras le corps, dès son avant-propos : « la violence qui se réclame de l’Islam et qui puise sa légitimation dans le Coran même ». Ce dernier livre est non seulement un champ de « soumission » (c’est là le sens du mot du livre miraculeux) des Musulmans, et plus drastiquement contre les femmes, une objurgation continue à la violence contre les Juifs, les Chrétiens, « les « associateurs », les apostats, plus largement contre toutes les libertés, religieuses et politiques, mais aussi un livre prétendument révélé, incréé, éternel, ne varietur, donc fermé à toute interprétation contextualisée et ouverte. Ce livre (dont le kitsh répétitif et clinquant à désespérer des bibliothèques arabes inonde la couverture de l’essai de Mathieu Guidère) est « perçu comme un message anhistorique alors qu’il est devenu anachronique à bien des égards », ce qui est un doux euphémisme.

      Mathieu Guidère met avec sûreté l’accent sur les rares manuscrits, la construction arbitraire du Coran, ses « versets sataniques » et « magiques », ses sourates rangées de la plus longue à la plus brève, venues de La Mecque et de Médine, les plus anciens versets,  un peu plus conciliants, abrogés par les plus récents et plus radicalement cruels. Et, cerise sur le gâteau, « l’abrogeant universel », ce fameux « verset du sabre » (IX, 5)[5] : « Tuez les polythéistes partout où vous les trouvez », qui décrédibilise le trop souvent hypocrite « Nulle contrainte en religion » (II, 256). L’affaire est entendue, un fanatisme assassin[6] commande l’Islam. Jusque dans son au-delà, il est contradiction, car il fait couler le vin en son paradis et l’interdit sur terre. Et dire qu’une part énorme de l’humanité suit ou prétend suivre un tel tissu d’incohérences, de violences et d’obscurantisme…

      Reste qu’en retrouvant le chemin de la lecture, de l’interprétation, on arrive par exemple à lire le voile coranique (ce en arabe classique), comme ne devant cacher que « les plis du corps, la fente sexuelle ou fessière, ou encore la poitrine, les seins, l’échancrure (l’espace entre les seins) » Rien du visage donc, rien de cet étendard politique, à la fois de la soumission féminine et de l’exhibition nationaliste et tyrannique de l’oumma (la communauté des croyants). Ce qui ne dédouane en rien le livre dit saint ni sa religion dont nous conseillons de jeter le voile qu’il jette sur les libertés aux orties…

      Il faut alors réclamer une démarche de contextualisation du livre le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, passée voire à venir, une démarche critique. Mathieu Guidère s’est donné pour tâche de faire entendre les voix des penseurs musulmans qui veulent adapter ce livre et cette religion à notre monde contemporain, à son pluralisme, à ces libertés, aux droits de l’homme. « Ces penseurs invitent les croyants à vivre la religion comme une expérience individuelle, dans une relation directe à Dieu et sans prendre le verbe coranique au pied de la lettre ». Dénaturation ? Gageure ? Taqîya (dissimulation) ? À moins de penser, comme Aquila, que le meilleur service à rendre aux Musulmans et à l’humanité, soit « un monde sans Islam[7] ». Et si les Musulmans ne peuvent se passer de transcendance, de foi, de morale religieuse, ils trouveront mieux dans le Judaïsme et le Christianisme…

      Car qu’est le vrai Islam sinon celui du Coran mais aussi des haddits et de la jurisprudence musulmane en la charia ? Le désosser de ses versets génocidaires, violents, sexistes, tyranniques, comme le font mentalement ceux qui prétendent à un Islam de paix ou des Lumières, serait un salut qui en signerait la fin. Si le travail de Mathieu Guidère est plus qu’intéressant et nécessaire, il trouve là sa limite.

 

 

      Voici un point d’histoire nodal : l’Andalousie, paradis de la coexistence des cultures, chrétienne, juive et musulmane. Tudieu, quelle billevesée ! Répandue au point que Tidiane N’Diaye lui-même nous parle des « Lumières » du XI° siècle arabe et andalou »… Au contraire du mythe islamophile et romantique, la réalité historique est beaucoup plus radicale, ce qui est cohérent avec nos précédentes lectures. Serafin Fanjul, philologue arabisant et historien espagnol, montre avec ampleur et précision que la coexistence pacifique des trois cultures n’est qu’un fantasme rétrospectif qui fait fi des razzias, des massacres récurrents appliqués avec constance par les envahisseurs maures, de l’infamant statut de dhimmi appliqué aux Chrétiens et aux Juifs, de l’oppression quotidienne, y compris vestimentaire, de l’obligation de se convertir ou d’émigrer vers le nord ou encore d’être déporté vers le Maroc : « un régime plus proche, mutatis mutandis, de l’apartheid sud-africain que de l’Arcadie idyllique ».

      Pas un instant, Serafin Fanjul n’oublie les intolérances mutuelles entre les religions, particulièrement inhérente au Coran, pointant les illusions de ceux, comme Americo Castro, qui s’extasient à propos de « la doctrine coranique de la tolérance », faisant appel au : « Croyants ! Ne vous liez pas d’amitié avec les Juifs et les Chrétiens ! (Coran, V, 56) ». En la matière, Ibn ‘Abdun « compare Juifs et Chrétiens aux lépreux ». S’ils ne sont pas massacrés, comme à Cordoue en 850-57, à Grenade au XI° et XII° siècles, ils sont soumis à l’humiliation perpétuelle, à un impôt particulier, l’Islam ne supportant pas le métissage. Aussi, ils doivent, s’ils le peuvent, souvent fuir vers le nord, ou vers l’Orient, comme le savant Juif Maïmonide, qui cependant prescrivait la lapidation pour le « crime d’idolâtrie[8] ». N’omettons cependant pas que, moins violents, les Chrétiens de la Reconquista n’en pratiquaient pourtant pas moins une discrimination peu amène.

      C’est bien ce que l’on découvre au travers de l’essai de Serafin Fanjul, quoique le lecteur qui y chercherait un développement chronologique stricto sensu, depuis les Romains et les royaumes Wisigoths chrétiens jusqu’à la Reconquista achevée en 1492, en passant par l’invasion et huit siècles d’occupation arabe, serait un peu déçu. Il s’agit là en effet de la réunion de deux volumes espagnols : Al-Andalus contre l’Espagne et La Chimère Al-Andalus. Une argumentation erratique et cependant imparable déplie les exactions maures et le peu d’influence des Morisques sur la civilisation espagnole, malgré les beaux restes de l’architecture arabe et mudéjar (c’est-à-dire de l’Islam en terre chrétienne). À cet égard, rappelons avec notre auteur les fallacieux exemples du figuier de barbarie (venu du Mexique) ou du flamenco profondément endémique, et de plus récent. Tout cela documenté et référencé avec le soin le plus pointilleux.

      Il s’agit également de démonter les présupposés anti-espagnols (l’hispanité étant forcément un avatar du Franquisme) qui font saliver les yeux de Chimène de la Gauche au regard d’une idéalisation de l’ère arabo-andalouse. Ce dont témoigne l’islamophilie exacerbée de l’écrivain Juan Goytisolo[9], qui ne s’embarrasse guère de scrupules historiques et civilisationnels.

 

 

      On reproche au roi Ferdinand d’Espagne d’avoir, après dix ans de mûre réflexion,  consenti à l’expulsion des Morisques non convertis. Mais il s’agissait d’une « minorité non assimilable, qui se refusait à l’intégration et dont la connivence avec l’ennemi du moment n’était ni passive, ni méconnue » ; phrase à méditer...

      À en croire les thuriféraires de l’Islam, la culture musulmane aurait brillé à l’époque médiévale et particulièrement entre Cordoue et Grenade, réactivant tout le patrimoine des Anciens qu’il aurait perpétré à lui seul, comme le soutint Sigrid Hunke[10], qui, en nazie bonne amie d’Himmler, méprisait la culture judéo-chrétienne et portait aux nues la civilisation arabo-musulmane. C’est faire peu de cas du monde hellénistique et romain, de la civilisation perse, des Byzantins, des Syriaques et des Arabes chrétiens, sans compter l’univers médiéval occidental. Certes Bagdad a pu faire traduire Aristote, Averroès le commenter, Al- Fârabî commenter Platon, mais ce ne sont que des textes compatibles avec la religion musulmane, et de surcroît des bribes d’œuvres que l’on trouvait entières dans les bibliothèques monastiques de Byzance et d’Europe, jusqu’au Mont Saint-Michel, comme le montre avec sûreté Sylvain Gouguenheim[11]. Certes encore, la poésie arabe, sur le sol andalou[12], s’épanouit avec une rare beauté qui ne manqua pas d’influencer nos troubadours. On ne manquera pas également de vanter la splendeur de l’architecture arabe à Séville, Cordoue et Grenade, mais où le renouveau intellectuel musulman ne dépassa guère ce qui contribuait à la science coranique (mais pas la science spéculative et rationnelle), à l’astronomie et à la médecine venue de Galien…

      Quant à l’influence arabe en Espagne, elle est quasiment nulle, insiste Fanjul. Trois mille vocables certes, mais peu usités, rien dans l’architecture populaire, tout au contraire ayant sa source à Rome et chez les Wisigoths, puis en Amérique latine et en Europe ; songeons par exemple au vocabulaire venu du français qui pullule dans le castillan qui est une langue latine. Avec justesse, il ridiculise ceux qui prétendent que les Morisques étaient espagnols, qu’ils ont découvert l’Amérique, qu’Al-Andalous était un « paradis originel », sans jamais se départir de sa rigueur historiographique.

      Le livre passionnant et profus de Fanjul ne fait évidemment pas l’unanimité. Tant des universitaires, écrivains et journalistes espagnols hallucinés honnissent la Reconquista (certes elle eut le tort insigne d’expulser les Juifs non convertis), honnissent l’Espagne, lui préférant un fantasme qui ne manquerait pas de décapiter leur liberté d’expression si le malheur voulait qu’il se rétablisse sur la péninsule ibérique. Il faut alors saluer le courage et la probité intellectuels de notre essayiste, par ailleurs modeste, s’appuyant sur des sources vérifiées, contrecarrant les falsifications de l’Histoire par des idéologues et autres ignorants. C’est ainsi, comme le souligne son préfacier, Arnaud Imatz, qu’il honore le nom d’Historien.

 

      Nos trois premiers essayistes pourraient probablement faire leur ce constat désabusé de Serafin Fanjul : « L’observation des sociétés anciennes ou moderne nous pousse à des conclusions pessimistes, dès lors que des groupes humains aux différences marquées vivent sur le même territoire ». Nous serons bien moins pessimistes, sauf dans le cas de l’Islam. Car reprend-il, « L’Islam contemporain s’obstine d’ailleurs à reproduire des conduites, à tenir compte de sentences religieuses et à appliquer des notions ou des châtiments fort heureusement abandonnés dans le monde occidental ». Une telle religion ne mérite-t-elle pas de s’effondrer ? Il semblerait que devant le terrorisme, l’esclavagisme et les petites et grandes tyrannies quotidiennes, alimentaires, vestimentaires et comportementales, sans oublier le risque de la mort pour apostasie, bien des fidèles l’abandonnent pour l’athéisme, mais également pour le christianisme, jusqu’à dix millions, selon le Père Micht Paccaw du National Catholic Register, connaisseur émérite du Proche-Orient et co-auteur, avec Daniel Ali, lui-même converti, de Inside Islam : A Guide for Catholics[13]. Que ce Christianisme et cet athéisme soient tempérés par les Lumières de la raison et de la tolérance, c’est ce qu’il faut souhaiter.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, Gallimard, Pléiade, 1985, t II, p 209.

[3] Voir : Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1994.

[5] Traduction Chouraki : « combattez les associateurs où que vous les trouviez, saisissez-les, assiégez-les, piégez-les » ; traduction Savary : « mettez à mort les idolâtres partout où vous les rencontrerez ».

[8] Moïse Maïmonide : Le Livre de la connaissance, PUF, 1990, p 243.

[10] Sigrid Hunke : Le Soleil d’Allah illumine l’Occident, Albin Michel, 1963.

[11] Sylvain Gouguenheim : Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Seuil, 2008.

[12] Le Chant d’al-Andalus, Actes Sud, 2011.

[13] Robert Spencer, Daniel Ali, Micht Paccaw : Inside Islam : A Guide for Catholics, Ascension Press, 2003.

 

Mapa de España, Alcazar de Sevilla, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 10:30

 

Sevilla, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme,

suivis d’un éloge du polythéisme.

Jean Robin, Olivier Hanne, Maurizio Bettini.

 

 

Jean Robin : Le Livre noir du catholicisme, Tatamis, 360 p, 20 €.

Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme, L’Homme Nouveau, 426 p, 23,50 €.

Maurizio Bettini : Eloge du polythéisme,

traduit de l’italien par Vinciane Pirenne-Delforge, Les Belles Lettres, 216 p, 14 €.

 

 

 

 

 

      « Tu ne tueras point », ordonnent les tables de la Loi mosaïque. Pourtant le Décalogue est suivi du « Code de l’Alliance », dans lequel la peine de mort peut s’appliquer, par exemple : « Qui traite indignement son père ou sa mère devra être mis à mort[1] ». Et bien que le Christ ait dit « Aime ton prochain comme toi-même[2] », le catholicisme se rendra gravement coupable de mille et un meurtres au cours de son histoire. Il faut alors, à la suite du Livre noir du communisme, ouvrir Jean Robin : Le Livre noir du catholicisme, farouche réquisitoire exact, mais brouillon. Ce pourquoi il faut le confronter avec l’essai d’Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme, plaidoyer plus indulgent en faveur de ce monothéisme. Or Maurizio Bettini trouve préférable de faire l’Eloge du polythéisme. Et, si nous ne sommes pas religieux[3], nous ne serons pas loin de préférer cette possibilité.

 

      Notre intérêt et notre déception sont tout aussi grands alors que nous ouvrons Le Livre noir du catholicisme. Jean Robin liste d’abondance les plus et moins célèbres crimes et forfaits de cette institution religieuse. En cela il fait œuvre documentaire utile, ouvrant imparablement les yeux à qui n’aurait pas voulu le savoir ou le croire : l’histoire du catholicisme est jonchée de cadavres, d’enfants violés, de persécutions contre les Juifs et les hérétiques de tous poils, ad libitum.

      On se rend cependant très vite compte que faute d’avoir écrit un essai, construit et argumenté, il nous livre un fatras de copié-collé, de citations, certes bien attribuées à leurs auteurs, dans un ordre pour le moins erratique. Ce serait une micro-encyclopédie, mais sans ordre alphabétique ; ce serait une Histoire, mais sans ordre chronologique. L'option thématique a prévalu, soit.

      Commençons, pourquoi pas, par la « Persécution des scientifiques », avec Bruno, Bacon, Galilée, les premiers brûlés vifs en 1293 et 1600 (quoique eux aussi rangés en dépit de la chronologie). Continuons par les Protestants persécutés, puis par les Juifs, jusqu’à la Shoah, ensuite par les athées, les païens et les dissidents catholiques, les Cathares, en passant par l’Inquisition. Ainsi soit-il. Mais non sans que l’on ait bifurqué par le Congo belge et le Mexique contemporain. S’ensuit une énumération de la pléthore de prêtres pédophiles aux quatre coins de la planète ; on rétrocède par Jeanne d’Arc ; on bifurque par l’Enfer des bibliothèques ; on zigzague du « prêtre nazi » à l’Opus Dei. Nous voilà accablés par une énumération d’une quarantaine de « papes ignobles », qui s’achève par la « soumission à l’Islam », lorsque le Pape Jean-Paul II « embrasse le Coran ». Cette dernière notation pourrait paraître ici hors de propos, mais, si l’on sait combien le livre du prophète est farci d’injonctions meurtrières, en particulier dans la sourate « Le butin », on comprendra en quoi il s’agit bien d’ignominie papale…

      Allons jusqu’au plus réjouissant « financement des bordels par l’église », avant de stigmatiser de manière discutable les croisades, mais de manière plus judicieuse les « collaborations avec les communistes », les conquistadores, pour enfin (ou presque) s’offrir deux nouvelles énumérations, entre « dictateurs catholiques du XX° siècle » et « Pire rois et reines catholiques ». Et terminons avec Jean-Marie Le Pen, sans qu’il soit très clairement établi ce qu’il fait là, faute de préciser explicitement que ses provocations haineuses viennent de qui se prétend catholique, à moins que l’on considère que sa présence en ce livre suffise pour le signifier. L’Abbé Pierre et son soutien au négationniste Jean Garaudy en prend pour son grade, alors que l’icône créatrice d’Emmaüs attribuait au peuple juif d’Israël une « vocation génocidaire » ! Il est à craindre que devant de tels catholiques les confessionnaux doivent se changer en bouches d’égout…

      Pour prendre quelques significatifs exemples au hasard, savions-nous qu’en 1415, le pape Bénédicte XIII interdit l’étude du Talmud et impose les sermons chrétiens dans les synagogues ? Que le pape Clément XIII fit mettre à l’index l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ? Qu’environ un million de sorcières furent brûlées au cours du Moyen Âge ?

      Mais pour reprendre un fil historique plus cohérent, on apprend que la naissance du Christianisme ne se fit pas sans résistance. Et que dès que le pouvoir bascula de son côté, les résistances du paganisme et des cultes romains furent brutalement punies, peu à peu éradiquées sans le moindre remord. C’est bien le drame d’un monothéisme sûr de soi. Et si le catholicisme paraît aujourd’hui beaucoup plus apaisé, ayant perdu beaucoup de son influence, n’oublions pas que la certitude de la vérité révélée peut conduire, en passant par l’intolérance, aux pires exactions…

      Si l’on réfléchit bien, en fait, tous les sept péchés capitaux que l’Eglise interdit sont ceux qu’elle pratique avec le plus de constance. L’Orgueil de prétendre être l’unique religion qui vaille, la Luxure avec viols et pédophilie, la Colère avec toutes ses exécutions de protestants, de cathares, Juifs et païens. On passera sur la Gourmandise qui est moins cruelle…

      Un tel volume ne se lit guère, il se consulte avec profit. On ne doute pas qu’il eût recueilli l’assentiment du regretté Umberto Eco lorsqu’il concocta son Vertige de la liste[4], quoique la méthode eusse paru plus que discutable sous les yeux de l’auteur d’Ecrits sur la pensée au Moyen Âge[5]… En effet, ce Livre noir du catholicisme eût été bien plus efficace si le clavier de Jean Robin en avait fait un dictionnaire : son caractère indispensable et documenté en eût été bien renforcé. Plus ennuyeux encore, Jean Robin entretient une dommageable confusion entre chrétienté (c’est-à-dire les nations chrétiennes) et le pouvoir catholique de l'Eglise.

      Le réquisitoire étant uniquement à charge -mais me direz-vous sans conteste, c’est le but recherché et avéré par les faits incontestables-, peut-on se tourner vers un essai un peu plus nuancé ?

 

 

      Bien mieux construit se révèle l’essai de l’historien Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme. Il y traite d’abord du rapport de l’Eglise avec la guerre, puis de la foi au risque de la raison, ensuite du refus des autres religions, avant d’aborder « adhésion monarchique et compromission politique », pour terminer avec l’Eglise en opposition aux libertés individuelles, en particulier celles sexuelles et féminines. Chacune de ces grandes parties étant organisées chronologiquement…

      Si on ne le savait déjà, l’on y apprend que ce sont moins les religieux, les pères de l’Eglise et les papes qui se sont livrés aux exactions que les rois et les Etats. Les premiers suivent approximativement les principes de Saint-Augustin et de Saint-Thomas d’Aquin en faveur de la seule guerre juste, d’un pacifisme nécessaire et de la clémence envers la vie. Les seconds préfèrent jouir de l’exercice des armes au service de leur gloire, de leurs conquêtes territoriales et de leur pouvoir.

      Ainsi les croisades ne peuvent être pensées comme une insulte à la prétendue légitimité islamique, mais « il s’agit pour tout le monde d’une libération et non d’une conquête ».

      Ainsi les guerres de religion entre catholiques et protestants opposent tout autant deux façons d’envisager la foi chrétienne que des rivalités politiques, sans oublier, au-delà de la Saint-Barthélémy de 1572, la fureur partagée par les deux camps, même si ce furent les protestants qui en furent les plus nombreuses victimes, entre massacres, persécutions et exil : « le pouvoir monarchique doit prouver qu’il sait réprimer les contestations religieuses mieux que le faisait l’Eglise autrefois ». Le Léviathan, ainsi qualifié par Hobbes, sait en ce domaine se surpasser, de façon à « justifier la mainmise de la société politique sur la religion civile », affirme notre historien ; sans pourtant rien minimiser : « Bien des massacres ont eu lieu au nom de l’Eglise et du catholicisme, pourquoi le nier ? »

      Une fois de plus, car nous l’avions montré à l’occasion d’une réflexion sur le blasphème[6], l’Etat, celui des rois et des princes, suit, outrepasse et contredit les injonctions de la hiérarchie catholique pour réduire ses opposants et dissidents...

       Il faut alors interroger des préjugés historiques. D’abord, affirme Olivier Hanne, « la justification de l’esclavage par les nations civilisées ne fut jamais catholique », ce dont témoigne le rôle de Las Casas[7] au XVI° siècle. Mais il ne faudrait pas qu’il oublie, comme le rappelle Jean Robin, les bulles de Nicolas V (en 1452 et 1455) encourageant le roi Alphonse V du Portugal à réduire en servitude (comprenez en esclavage) les populations païennes ! Cependant, contrairement à la légende noire du pape Pie XII, prétendu suppôt d’Hitler, quoiqu'il n'ait guère songé à l'excommunier, il contribua à sauver quelques centaines de milliers de Juifs. En 1943, il déclara sur Radio Vatican : « Quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu ». De plus, en France, bien des « intellectuels catholiques entrèrent en résistance contre l’occupation », comme Bernanos, Mauriac, Mounier... Rappelons cependant que l’Eglise française préférait Pétain à De Gaulle.

      Quant à l’antijudaïsme, il est affirmé depuis Tertullien, au II° siècle. L’Eglise construit peu à peu une « image négative du Juif », même si Saint-Augustin proclame : « La nation des juifs impies ne connaîtra pas une mort corporelle. Car celui qui les détruira endurera sept fois plus le châtiment ». Mais au Moyen-Âge, les activités d’usure des banquiers juifs entraînèrent le ressentiment des Chrétiens, augmenté de la rumeur selon laquelle les Juifs auraient été complices de la destruction du Saint Sépulcre de Jérusalem par un calife. On connaît hélas la suite...

      Si l’Eglise n’a « pas toujours la volonté ou les moyens de poursuivre les dissidents » hérétiques, le bras séculier pourra s’en charger. Contre les cathares, ce sont les populations et les princes qui massacrent à tour de bras, quand le pape Alexandre III réclame la clémence : « Mieux vaut absoudre les coupables, que s’attaquer, par une excessive sévérité aux vies d’innocents. L’indulgence sied mieux aux gens d’Eglise que la dureté ». Innocent III, désavouant son nom, fut bien moins tendre, en confiant à Simon de Montfort le soin de régler la chose dans le sang. L’Inquisition dominicaine nait en 1231. Et contrairement aux légendes, elle est plus prudente que la vindicte des foules : « Même l’Inquisition, dont le principe tranchait certes avec l’Evangile, offrait un cadre juridique plus équitable et plus serein que la plupart des tribunaux royaux ». Peu d’accusés sont remis au bras séculier qui, lui, se charge de la peine mortelle. Reste qu’il y eut des « inquisiteurs iniques », que le présupposé « était profondément brutal et incompatible ». Quant aux procès et bûchers de sorcières, ils concernent essentiellement les tribunaux civils.

      L’on sera étonné d’apprendre que l’Islam, même hérétique et combattu, a pu être lu, en particulier au XV° siècle, par Nicolas de Cues comme « une voie légitime de connaissance de Dieu ». Aujourd’hui encore, nombre d’édiles catholiques partagent jusqu’au pape, cet irénisme, s’aveuglant sur la nature viscéralement violente du Coran[8] (ce que ne dit pas Olivier Hanne).

      Sachons que « l’Eglise n’a jamais contrôlé le pouvoir politique » (sauf bien entendu, les Etats pontificaux en Italie). Ses collusions avec le pouvoir en firent le plus souvent une subordonnée. Hélas, elle « admit longtemps l’infériorité sociale de la femme » ; mais en attribuant le même libre arbitre aux deux sexes, en offrant une place éminente à la Vierge, en nommant deux femmes « Docteur de l’Eglise » (Hildegarde de Bingen et Sainte Thérèse), elle lui conférait une dignité qu’elle n’avait guère dans l’Antiquité. Cependant, l’Eglise a toujours, et aujourd’hui encore, cantonné la sexualité au mariage et à la procréation, et l’on n’ignore pas que ses positions sur l’avortement (même s’il faut souhaiter que la contraception le rende presque inutile) ou l’homosexualité ne sont guère empreintes d’humanisme et de libertés consenties…

      Avec un sens de la justice qui l’honore, Olivier Hanne ne masque en rien les abominations du catholicisme, tout en lui rendant sa dignité. On restera néanmoins passablement sceptique devant la thèse de l’essayiste, à la fin de sa partie « La foi sans raison » : L’Eglise « seule a pu alerter les peuples européens des risques que faisaient peser sur l’humanité les philosophies matérialistes et les doctrines totalitaires, en vain ». C’est faire bon marché de bien des compromissions et de tous ces athées et agnostiques qui se sont élevé contre les phénomènes totalitaires…

      Ne boudons cependant pas notre plaisir : l’essai d’Olivier Hanne est d’une admirable richesse et clarté, sans dogmatisme. Mais s’il fouille avec nuance la mémoire du catholicisme, sans l’absoudre de ses nombreux et réels péchés, il pèche par une once de tendre indulgence qu’il sera permis de discuter, voire de remettre en cause. Ce pourquoi il faudra naviguer entre son ouvrage et celui de Jean Robin pour lire les plis complexes de la vérité…

 

 

      Est-ce le monothéisme qui est la cause de la tyrannie religieuse, même si, on l’a vu, elle est plus souvent politique ? Les violences et les guerres au nom du drapeau religieux, quoique masque des pulsions populaires et des Etats, seraient-elles moins torrides, voire éliminées, si nous revenions au polythéisme, selon l’Antiquité ? C’est la thèse que défend, non sans pertinence, Maurizio Bettini, dans son Eloge du polythéisme. Si l’on se doute qu’elle se heurte au jusqu’auboutisme des monothéistes arcboutés sur leur foi et leur idéologie, l’idée selon laquelle plusieurs dieux peuvent coexister est bien séduisante.

      Il faut se souvenir en effet que les cultes antiques, grecs et romains, acceptaient l’existence de dieux exotiques, allant jusqu’à les intégrer à leurs panthéons (ce qui est la définition originelle de ce dernier mot). En ce sens, le polythéisme, pensé de manière erronée comme un stade primaire de l’évolution religieuse, n’a rien, au-delà de la métaphore esthétique et de sa dimension cognitive, de dépassé, au contraire.

      Nietzsche lui-même (cité par Bettini) arguait de « la plus grande utilité du polythéisme », car « il était permis d’imaginer une pluralité de normes : tel dieu ne niait ni ne blasphémait tel autre dieu ! C’était là que l’on osait imaginer des existences individuelles[9] ». Le lien de conséquence entre polythéisme est individualisme est ici intéressant.

      Il est dommage qu’à propos de polémiques italiennes sur les crèches qui heurtent la sensibilité musulmane et d’une mosquée « au pays de Giotto », Maurizio Bettini n’y voit que conflits entre ceux qui pensent qu’il ne peut y avoir « qu’un Dieu ». La crèche n’est plus seulement une foi, mais une tolérance folklorique, ce que ne sont pas les exigences musulmanes. Le Catholicisme et l’Islam sont trop différents pour les confondre, comme le montre avec brio François Jourdan[10]. Sans compter qu’attribuer à la polémiste italienne Oriana Fallaci, l’auteure de La Rage et l’orgueil[11], son combat contre le jihad et le Coran à une « intolérance religieuse » (tout aussi monothéiste) est aussi stupide qu’insultant ! Cependant Maurizio Bettini n’est pas tout à fait niais en la demeure puisqu’il évoque Tarik Ramadan et sa défense de la lapidation…

      Cela dit, notre auteur fait preuve de rigueur intellectuelle en notant que le récent Catéchisme de l’Eglise catholique propose une section intitulée : « Le devoir social de la religion et le droit à la liberté religieuse » (certes le catholicisme se présente toujours comme « la vérité »), courtoisie que ne partage pas l’Islam, sinon par taqiya (dissimulation). Qui d’ailleurs ne supporte pas que le nom de Dieu soit accordé à celui des Chrétiens…

      L’analyse est fort souvent palpitante, comme lorsque l’essayiste rappelle combien en sa crèche l’enfant Jésus veillé par le bœuf et l’âne est redevable du jeune Zeus nourri par une chèvre ou de Remus et Romulus allaités par une louve ; combien les figures de la crèche rappellent les sigilla romaines ; combien la fête de Noël a des origines antiques… De plus, les statuettes du laraire romain honoraient des dieux, des ancêtres, voire des philosophes, mais de son choix : ainsi Alexandre Sévère y juxtapose « Apollonius et le Christ, Abraham et Orphée, […] Virgile et Cicéron ». En fait un petit équivalent de la bibliothèque de l’auteur de ces lignes, de facto polythéiste…

 

 

      Pour en revenir à la thèse centrale de Maurizio Bettini, ce dernier note avec justesse que Grecs et Romains n’ont jamais guerroyé « pour des motifs de nature religieuse ou pour affirmer la vérité d’un dieu unique ». Que les Anciens établissaient « des correspondances entre des divinités appartenant à des peuples différents ». Ainsi, à Rome, l’on incorpore des dieux étrusques, gaulois ; quand Wotan est identifié à Mercure, Isis à Déméter… Tout le contraire donc de « l’exclusion mosaïque », de l’atavisme monothéiste : « les dieux d’autrui ont été perçus, non comme une menace à l’encontre de la vérité unique de son dieu spécifique, mais comme une possibilité, ou même comme une ressource ». Hélas, cette curiosité romaine n’a pas rencontré un dieu chrétien qui permettait son intégration, ce pourquoi il s’est résolu à parfois le martyriser. Pourtant le Christianisme n’est-il pas un « polythéisme masqué », entre Trinité, culte de la Vierge et des Saints ?

      Emporté par son enthousiasme, Maurizio Bettini oublie un peu que la souplesse des Grecs à accueillir d’autres dieux avait des limites. Il précise bien cependant qu’à Rome « le dieu étranger devait en passer par une procédure d’acceptation officielle, délibérée par le Sénat », que des répressions contre les Bacchanales ou le culte d’Isis eurent lieu, s’ils mettaient en danger la paix de la cité. Certes, rien d’équivalent au « Dieu jaloux » de l’Ancien Testament, ni au dieu assassin du prophète. Il n’en reste pas moins que son vœu pieux (« que les grandes religions monothéistes assument les cadres mentaux du polythéisme »), c’est à dire favoriser la coexistence paisible des cultes, est particulièrement rafraîchissant. Qu’attend-on pour s’en inspirer ? Reprenons le premier Père de l’Eglise, Tertullien : « Il est contraire à la religion de contraindre à la religion »…

      Malgré son peu de détails discutables, cet Eloge du polythéisme mérite un éloge vibrant : clair et précisément documenté, suscitant notre curiosité pour un monde trop peu connu, il est en même temps profondément humaniste et digne d’une société ouverte (pour reprendre le concept de Karl Popper[12]), tolérante et libérale…

 

      Reprenons la thèse parfaitement justifiée de Jacques Ellul, selon laquelle les noirceurs du catholicisme sont une « subversion » : « on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges, qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine », c’est-à-dire dans le Nouveau testament. Mais, si cela peut nous rassurer, malgré « l’adultération avec le pouvoir politique », « le christianisme ne l’emporte jamais décisivement sur Christ[13] ». Jean Robin reprenant le mot du Christ -« On juge un arbre à ses fruits »- jette-t-il le bébé avec l’eau sale du bain ? Coutumier du genre qu’est devenu « Le livre noir », puisqu’il en a publié plusieurs, dont Le Livre noir de la gauche, aux éditions Tatamis qu’il dirige (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), qu’attend-il pour livrer un autrement plus effroyable consacré à l’Islam ? Pour revenir au catholicisme, ne doit-il pas porter le poids de sa croix, tout en sachant assurer sa résurrection vers bien plus de vertu ? Cela dit, la pureté du message originel christique ne peut-elle s’incarner en laissant place à une réelle tolérance ? On peut supposer qu’avec des penseurs de la classe d’Olivier Hanne (qui a consacré plusieurs livres à l’Islam et au jihad) plaidant -avec une excessive indulgence- pour le « génie » du catholicisme, après celui du christianisme par Chateaubriand, et malgré l’hyperbole, la chose soit possible. Même si l’on juge préférable de n’être pas le moins du monde religieux, et de préférer ces spiritualités sans Dieu que sont les arts…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Exode, 20-13 et 21-15.

[2] Matthieu, 22-39.

[4] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[5] Umberto Eco : Ecrits sur la pensée au Moyen Âge, Grasset, 2016.

[9] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, traduit de l’allemand par Pierre Klossowski, Gallimard, 1982, p 158.

[10] François Jourdan : Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond, L’Artilleur, 2016.

[11] Oriana Fallaci : La Rage et l’orgueil, Plon, 2002.

[12] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

[13] Jacques Ellul : La Subversion du christianisme, Seuil, 1984, p 9, 157, 246.

 

 

Bacchus, Villa Borghese, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:59

 

Chapelle St Antoni, XVIIème, Kerns, Obwald, Suisse. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam II.

 

Un défi politique français.

 

Aquila : Pour un monde sans Islam ;

 

Céline Pina : Silence coupable ;

 

Philippe de Villiers :

 

Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

 

 

 

Aquila : Pour un monde sans Islam, Tatamis, 352 p, 20 €.

 

Céline Pina : Silence coupable, Kero, 256 p, 18,90 €.

 

Philippe de Villiers : Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

Albin Michel, 320 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Comment être entendu dans le silence des yeux grands fermés sur la réalité de l’Islam ? Sur sa forêt au-delà de l’arbre du terrorisme. Sinon en prenant le risque de prêcher dans le désert, d’être désavoué, ignoré, méprisé, voire pire… Une bouleversante  Kabyle d’Algérie, Aquila, réfugiée en France, y retrouve ce qu’elle avait fui et plaide Pour un monde sans Islam. Alors que le monde occidental s’islamise à grands pas, y compris selon une femme politique socialiste, Céline Pina, dans un Silence coupable. Ainsi son réquisitoire rejoint celui d’un homme politique pourtant d’un autre bord, trop souvent désavoué, Philippe de Villiers, qui, avec Les Cloches sonneront-elles encore demain ? plaide également, et non sans un talent fou, pour un sursaut de l’identité française et occidentale.

 

      Le vernis du non-dit craque avec grand bruit avec la confession d’une inconnue. Grâce à elle, l’essai de Gabriel Martinez-Gros sur le jihad[1] trouve sa confirmation inattendue dans un témoignage venu d’Aquila, que l’on devine être un pseudonyme, un prénom symbolique. C’est une femme, algérienne, Kabyle, réfugiée en France et qui avec raison craint de retrouver ce qu’elle a fui : « une sorte de bande annonce du film d’horreur qui vous attend ». L’autobiographie vaut le réquisitoire dans Un monde sans Islam, dont le titre exprime un vœu haletant vers un monde de paix et de liberté. Elle dénonce un mal qui dépasse tous les maux, un mal voué « à transformer ce monde en enfer ».

      Une famille de mariages arrangés et consanguins, de femmes battues et voilées, de frère « messie » et « terreur de la famille », au prophétique prénom que l’on devine, quoique « les premiers bourreaux en terre d’Islam [soient] les femmes ». Un incessant harcèlement sexuel côtoie le « bourrage de crâne » des écoliers qui haïront tout ce qui n’est pas musulman, grâce à l’arabisation des Frères musulmans. Par on ne sait quel libre-arbitre originel, la jeune Aquila, farouchement attachée à la liberté individuelle, se refuse à tous les aspects de l’Islam.

      Ne reste-plus, après la guerre civile contre le Front Islamiste (« les années Daech  de l’Algérie »), qu’à quitter le « joug de la colonisation musulmane », le « goulag algérien ». Mais en 2004, Marseille est devenu un « guet-apens » algérien et musulman, le goulet d’une « invasion » ; la Seine Saint-Denis est devenue « la partie invisible de l’iceberg islamique en France », cette « république islamo-gauchiste »… Le sommet de l’abîme est peut-être le moment où Aquila, décidant de se convertir au Christianisme, rencontre un prêtre ignorant qui loue l’Islam comme « religion de paix et d’amour » ; ce qui donne lieu à une féroce dénonciation contre une religion (et son Pape lui-même) gangrénée par une « grave dérive religieuse et éthique ».

      Poignant, effarant, choquant, hallucinant, le livre d’Aquila, mérite d’être lu et débattu sur les bancs du Parlement, sous les flashs des médias, par toutes les féministes, par toute humanité. Le pamphlet est aussi réaliste que virulent, livrant au jour le système tyrannique et corrompu de l’impôt islamique, qui finance le djihad, la stupidité du ramadan qui fait exploser le diabète, les accidents de la route, les violences, les intoxications alimentaires, les gaspillages, mais réduit l’économie au marasme, faute de quoi l’on est un mécréant, là où la « police des mœurs » est générale. Où l’islam est religion d’état, n’existent ni liberté individuelle, ni liberté de conscience. Grâce au voile, accepté et imposé par les femmes elles-mêmes, comme un « syndrome de Stockholm », c’est « un virus qui s’attrape par la tête », quand les « invocations satanistes » coulent des mosquées et des télés.

      Trop réaliste pour les aveugles volontaires, Aquila voit arriver la déferlante islamiste en Occident, voit une « France algérienne » courir à la catastrophe, à la « vallée du carnage », au sous-développement, tel qu’il est endémique en Algérie, alors que les voiles sont « un signe de conquête islamiste en marche », que ses femmes manipulées sont des « idiotes utiles » ! Elle « accuse l’immigration musulmane légale et illégale encouragée et subventionnée par la lâcheté des politiques et la naïveté des peuples qui les élisent ». Aimant la France et l’Occident, elle se rêve en « Charles Martel au féminin », alors que la guerre islamique des années 90 en Algérie, « cette histoire d’ogres réels […] est en train de se préparer et de se reproduire chez vous ». Aquila n’y va pas avec le dos de la cuillère : il s’agit de « réveiller les larves que vous êtes devenues à cause du politiquement correct et des fortes doses de marxisme culturel qui relativisent tout. De peur d’être traités de raciste et d’islamophobe, vous vous couchez devant l’Islam et les Musulmans, prêts à être égorgés docilement comme des moutons sans rien dire, sans bouger, de peur de heurter la sensibilité de vos bourreaux ! Levez-vous ! »

      Quelles solutions Aquila propose-t-elle ? Des solutions inaudibles, voire scandaleuses, peut-être sagaces, sinon inapplicables : « profilage religieux et culturel […] quarantaine, voire les déporter […] fermer toutes les mosquées, interdire le Coran, livre liberticide, antisémite comme Mein Kampf ». Vaut-il mieux plaider pour un Islam réécrit, modernisé, transcendé, débarrassé enfin de tous ses versets et hadiths violents, totalitaires et misogynes ?

 

 

      Quelle est en effet la situation de l’Islam en France, de cette religion française, de cette France islamisée, voire de l’Europe islamisée ?

      Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de juin 2005 à avril 2007, chercheur en économie et sociologie, chargé de recherche du CNRS à l’université Paris-IV, ne cache pas selon lui le chiffre réel du nombre de Musulmans en France, quoique des chiffres plus modestes approchent de 4 millions : ils seraient de 15 à 20 millions. Cependant, si l’on estime, avec Hakim el Karaoui, de l’Institut Montaigne[2], qu’environ 50 % d’entre eux sont soit conservateurs, soit autoritaires, il serait légitime de s’inquiéter. Ajoutons qu’un sondage de l’hebdomadaire Le Point (3-11-2016) montre que 87,4 % des jeunes Musulmans ne se sentent pas Français…

      Mercredi 28 septembre 2016, sur M6, un documentaire de l’émission « Dossier tabou », nourri de nombreux témoignages, a enfin montré sans dissimulation la réalité de l’emprise islamique sur le territoire français, grâce au talent d’investigateur du journaliste Bernard de La Villardière (d’ailleurs menacé par l’ire des censeurs et d’assassinat par des tweets assassins) : ainsi se dévoile le renoncement aux valeurs laïques et républicaines.

      Souvenons-nous que, bien avant d'être assassinée, la rédaction de Charlie Hebdo avait fait l’objet de poursuites devant les tribunaux  à l’initiative de la Mosquée de Paris et de l'Union des Organisations Islamiques de France, ramenant le péché de blasphème[3]  au goût du jour et menaçant gravement la liberté d’expression, cette expression fût-elle discutable. Une religion, et la charia qui lui est constitutive, tente donc de prendre d’assaut le droit pénal républicain. Rappelons à cet égard que la Constitution, le droit français et la Convention européenne des droits de l’homme stipulent, aux termes de l’article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction. »

      Ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le Royaume-Uni a reconnu l’existence légale de tribunaux islamiques dans certaines de ses délicieuses contrées banlieusardes. Ces « Sharia Councils » prononcent les attendus de la loi islamique en plein Londres, dans l’East End, habité par 65 % de Musulmans, particulièrement, mais pas que, dans le cadre des affaires familiales. De plus, en Ecosse, la police accepte que ses policières puissent être voilée…

     Chez Air France, on traque les islamistes parmi ses propres employés : on tague « Allahu akbar » sur des trappes à kérosène, avaries étranges, pannes récurrentes, des pièces sont trafiquées, des consignes de vol détournées... Les services de renseignements sont sur les dents, aux dires du Canard enchaîné. Selon le Journal Du Dimanche, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) atteint 15000 noms, surtout concentrés dans le Nord, l’Ile de France, le Lyonnais et de Marseille à la Côte d’Azur.

      Quand des manifestations antisémites en faveur de la Palestine sont autorisées, des manifestations contre la charia (à Bordeaux par exemple) sont interdites par la Préfecture. Alors que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, prévoyait en 2015 de bientôt doubler le nombre de mosquées, 2400 à cette dernière date en France.

      Parmi un bon tiers des femmes musulmanes, en portant le hijab ou la burqa, l’on craint autant Allah que le regard, le désaveu et les pressions de l’entourage, de la famille et de la communauté des grands frères, tyrans en herbe et en ronces… Ecoles privées musulmanes et coraniques couvent dans la cocotte-minute. La haine du Juif, du Chrétien, du Gaulois, du mécréant, se répand comme poudre en feu. Plus largement, la conquête du territoire, au-delà de poches ghettoïsées de banlieues, par la charia, et au moyen d’une démographie et d’une immigration conquérantes, est un objectif vigoureusement affiché par des imams, des salafistes, des Frères musulmans, des quidams, des adolescents excités par la testostérone fanatique et totalitaire. Heureusement déjoué, à moins qu’il ne fusse que raté, le projet d’attentat aux bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris, montre que loin de n’être que des victimes souvent consentantes de l’Islam, le femmes peuvent être parmi les plus activistes, les plus forcenées, dans l’accomplissement du jihad.

      Un parti musulman, L’Union des Démocrates Musulmans Français, a déposé une liste aux Régionales de 2015 en Île de France. S’il n’a provisoirement obtenu aucun élu, on notera qu’à Mantes-la-Jolie, avec 5,90 % des voix, il a dépassé le parti des Verts. Parmi son programme, le halal dans les cantines, le soutien à la finance islamique, l’arabe à l’école… Ce que ne désavouent pas tous les maires et politiques, qui préfèrent privilégier le clientélisme, achetant ainsi une paix sociale provisoire et des voix qui, espèrent-ils continueront de les faire élire. Car un tiers des Musulmans, selon  un rapport de l’Institut Montaigne, ne se reconnaissent pas dans la République. Combien, parmi ceux qui sont dans la police, dans la gendarmerie ont déjà refusé d’obéir à des ordres contre leurs « frères », combien sont surveillés pour radicalisation, ou inaperçus, car selon une enquête de l’Institut Français des Relations Internationales, les effectifs de l’Armée française comptaient en 2005 entre 10 et 20 % de soldats musulmans, soit 10 % de l’effectif du porte-avion Charles de Gaulle, engagé face au Califat islamique. À Roissy, un agent de piste refuse de guider un avion d’Air France, puisque piloté par une femme.  Combien, parmi ces jeunes surexcités par le sang du djihad, iraient à plaisir se gargariser d’une guerre civile ?

       L’Allemagne et le Danemark tolèrent le mariage des enfants mineures de moins de quinze ans parmi les migrants. Au cours des six premiers mois de 2016, les migrants ont été impliqués en Allemagne dans 142.500 crimes et délits, selon l'Office Fédéral de Police Criminelle. Soit 780 délits par jour, une hausse d’environ 40% par rapport à 2015. Nota bene : seuls sont comptabilisés crimes et délits ayant donné lieu à l'arrestation d'un suspect.

      En Suède, dans la ville de Södertälje, à l'ouest de Stockholm, des émeutes changent la ville en zone de guérilla pendant deux nuits d'affilée. Des jeunes migrants musulmans  jettent de puissants pétards sur la police, attaquent les transports publics, incendient voitures, pneus et ordures dans les rues. Ainsi, parmi des dizaines de zones de non-droit où règnent charia et criminalité, la police voit ses fonctionnaires démissionner tour à tour.

      En Bosnie (où la population compte 40% de Musulmans) Indira Sinanovic se présente intégralement voilée aux élections municipales.

      En Autriche, une conférencière a été condamnée pour avoir mis en cause publiquement les mœurs de Mahomet. Les juges autrichiens ont sacrifié la liberté d’expression à l’interdiction du « blasphème », pour protéger la « sensibilité religieuse » des fidèles musulmans et « la paix religieuse ». Ce qui, de facto, revient à appliquer la charia ! L’affaire est à présent devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.

      En France, environ une église est profanée par jour, tagguée, caillassée, vandalisée, pillée, incendiée, messe interrompue aux cris d’Allahu Akbar, même si quelques satanistes et gothiques sont de la partie. Dans l’indifférence générale ; alors que la moindre et rare profanation d’une mosquée, y compris avec simplement une tête de sanglier ou une tranche de jambon devant la porte fait pousser des cris d’orfraie, y compris devant les tribunaux, officialisant une fois de plus l’imaginaire délit de blasphème. La christianophobie, quand un génocide lessive le Moyen-Orient[4], est un mot inconnu dans le dictionnaire, quand l’islamophobie, pourtant juste peur et critique d’une idéologie, est l’objet d’une indignation officielle. « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ici », disait Paul Ricœur[5]

      En juin 2015, le Maire du Lavandou a suspendu la messe dominicale en plein air, pour ne pas irriter les Musulmans qui, eux prient couramment en pleine rue, contrevenant à la libre circulation… Dans quelques banlieues françaises, en particulier Sevran, les salafistes rôdent dans les rues de façon à éviter que la gent féminine circule au-delà de 18 heures. La polygamie permet à des familles aux nombreux enfants de recueillir de pléthoriques allocations familiales. Les conflits se multiplient dans les hôpitaux où les médecins et infirmiers hommes sont sommés de ne pas toucher les femmes de confession musulmane. Les universités, plus précisément Aix-en-Provence et Saint-Denis, voient leurs amphithéâtres se couvrir de voiles ; sans compter les contestations que l’on devine au sujet de la Shoah, du darwinisme, des Lumières...

      À Birmingham, où les femmes en burqa sont nombreuses, la police prévoit d'en recruter par souci de représentativité des communautés qu'elle sert. On se demande alors quel mâle délinquant pourraient-elles appréhender, de surcroît si sa piété lui commande le terrorisme !

 

 

      Femmes et hommes politiques en responsabilité ont-ils compris ? Bien rares ils sont, à l’instar de Céline Pina, qui fut conseillère régionale PS Île de France, et de Philippe de Villiers. La culpabilité de l’Islam étant avérée, reste celle du Silence coupable, selon Céline Pina. Elle a compris que l’arbre du terrorisme islamiste cache la forêt de l’Islam : « les islamistes quiétistes ne sont pas moins dangereux pour nos libertés ». Aussi dénonce-t-elle parmi nos associations, nos médias, nos politiques, les « islamo-serviles » et les « islamo-gauchistes », a fortiori une « inculture abyssale ». Là où le « vivre ensemble » est un slogan, la réalité des hôpitaux, des écoles, surtout de la Seine Saint-Denis qu’elle connait bien, est celle d’une occupation idéologique bourrelée d’agressions et jetée à la face de la « paralysie du pouvoir ». Car nos élus, afin d’être réélus, préfèrent le clientélisme paillasson à l’action en faveur d’une culture libérale.

      Celle qui fut évidemment traitée de raciste et d’islamophobe par ses congénères politiques, pointe le Salon musulman de Pontoise, consacré à la femme, pour ses intervenants, « tous plus obscurantistes et sexistes les uns que les autres », où l'irruption des Femen faillit se solder par un viol collectif. Alors que les politiques jouent au « qui ne dit mot consent » devant qui veut faire de la charia l’unique source du droit et « vise à islamiser le pays ». On préfère combattre sans risque le Front National, interdire les manifestations de Pegida, plutôt qu’affronter les tentacules de la théocratie.

      De toute évidence, Céline Pina ne peut se sentir que concernée en ce défi de civilisation, car « la femme est l’obsession de l’islamisme politique ». En cela elle s’appuie sur des versets du Coran, montre que le voile, « arme de destruction massive des principes fondateurs de notre monde commun » est contraire à « l’histoire de l’émancipation de femmes ». Nettement elle est clairvoyante : « S’il y a de bonnes Musulmanes, les voilées, les autres, non voilées, sont de mauvaises Musulmanes, une offense à Dieu, elles ne méritent pas le respect de leur intégrité physique ». Elles ne sont que des « fornicatrices », des lits de « bâtards », dignes d’être violées, voire lapidées, comme le montra l’épisode de Cologne[6]. Alors, « le sexisme est légitimé par le divin ». De surcroît, s’appeler « ma sœur », « mon frère » est une « forme de fraternité et de sororité particulièrement perverse », une invitation à la soumission, qui enferme dans l’oumma, la communauté des croyants, et dénie tout individualisme.

      Mais on recule, on demande aux femmes « d’intégrer une forme d’autocensure, comme si l’idéologie islamiste avait déjà réussi à contaminer nos façons de considérer le droit des femmes. Face à la violence des hommes, il est plus facile de contraindre les femmes que d’éduquer les mâles ». Ainsi « les politiques veulent exonérer les réfugiés de tout, pour ne pas perdre la face ». Céline Pina est une rare féministe, en fait réelle humaniste, à dresser son courage à la face de la tyrannie du silence devant une pire tyrannie.

      Voilà qui ne l’empêche pas, à juste raison, de réfuter l’hypothèse selon laquelle elle ferait « le jeu du F N », en répondant : « Front National versus Islamistes, la guerre des identitaires ». Elle somme « ceux qui aspirent aux fonctions politiques qu’ils retrouvent le sens de la République », car « les islamistes  (ici elle englobe tout l’Islam conquérant) ne font peur et ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux ». En conséquence, conclue-t-elle, il faut « être impitoyable envers ceux qui sont acharnés à détruire ce que nous sommes. »

      Cependant, malgré son inquiétude devant l’Islam « quiétiste », elle continue de vouloir séparer Musulmans et islamistes. Où est la cohérence ? Certes, bien des Musulmans ne le sont guère, voire restent respectueux de la laïcité et de la République, mais la vague de l’islamisation modifie les mœurs, étend sa nappe de ghettos, plante le décor pour l’islamisme rigoriste. Elle le montre assez pourtant…

    Même si la construction de l’essai, un peu au fil de la plume et de l’indignation légitime, peut manquer parfois de rigueur, Céline Pina, ex-socialiste toutefois courageuse, pratique un discours sans langue de bois. Elle a le mérite insigne, une fois dessillée, de jeter aux yeux du lecteur, averti ou non, une vérité certes dérangeante et dommageable, mais, il faut l’espérer, si l’on sait se prémunir par la fermeté, salvatrice.

 

 

      Ne nous égarons pas avec des préjugés sur Philippe de Villiers, avec des attaques ad hominem, en arguant de convictions politiques peut-être discutables : jugeons de facto son livre : Les cloches sonneront-elles encore demain ?

      Porté par une belle plume lyrique et élégiaque, Philippe de Villiers rappelle les cloches des églises de son enfance, alors qu’il est outré par les propos du recteur Boubaker de la Mosquée de Paris, qui veut doubler le nombre des mosquées en France, donc plus de quatre mille : « un grand concours de minarets ». Il rappelle que la Révolution, en 1793, descendit et fondit les cloches, ce qui déclencha la révolte vendéenne et bretonne. Sa plume, non sans rester élégante, devient celle du polémiste : « pour amadouer les jihadistes, il est recommandé de se priver de nos symboles, de nos traditions, de nos affections. Au nom de la laïcité, on va supprimer les galettes des Rois dans les cantines scolaires au moment d’y faire entrer le halal ». On remplace alors les cloches par le muezzin... Plus loin, sa plume emprunte une ironie digne de l’humour de San Antonio, qui lui permet de brocarder « la position du soumissionnaire » en analysant la « dhimmitude » française, quand politiciens et évêques réclament d’intégrer des fêtes musulmanes. « Chez nous les pouvoirs publics se taisent mais savent très bien quel est le programme mondial des islamistes : génocider les Chrétiens en Orient et effacer en Occident toute trace de Christianisme. » Les Chrétiens là-bas comptaient pour 20 % de la population, ils ne sont plus que 2%.

      In fine, il faudrait tout citer de l’essai de Philippe de Villiers tellement il est frappé au coin du bon sens et de la vérité. Ce non sans une réelle culture : il a lu et cite les nombreuses injonctions meurtrières du Coran (comme l’a fait le modeste auteur de cet article[7]), il a lu l’islamologue Gilles Kepel, Marc Fumaroli[8], Hannah Arendt[9] et le philosophe Rémi Brague[10]. Il n’ignore rien de la culpabilisation indue qui à l’occasion de l’islamophobie, se cache sous ce vocable[11]. « Colonisation », « défrancisation », les mots frappent juste. Les verts de l’Ecologie veulent « sauver la planète », les verts de l’Islam (car ce fut la couleur préférée de Mahomet) en extirper la civilisation libérale ! « Les villes basculent dans la France halal ». Les voiles font reculer les « souchiens », « notre langue recule », « Paris se met à l’unisson de La Mecque ». Non seulement Philippe de Villiers a le sens de la formule mais il a l’œil qu’il faut pour observer une mutation que l’on ne veut pas voir. Car le « Frankistan » est un objet de « conquête ». Car les centaines de millions de Musulmans de l’Afrique et du Moyen-Orient ont commencé de déferler, infiltrant des djihadistes, en France, en Europe, en Occident, passant par là où « le concierge était grec » : « Cette conquête est dans l’ADN de l’Islam ». En effet, « toutes les religions ne se ressemblent pas. C’est la grande erreur des Occidentaux de le croire ». La « mamamouchie Merkel » devient un « protectorat ottoman ». La « migration de remplacement » s’appuie sur un flagrant déséquilibre démographique, comme notre essayiste le note en s’appuyant sur les travaux de Michèle Tribalat[12]. Et notre Gauche politique, nos sinistres ministres, au premier chef « Najat » à l’Education, sont les « compagnons de route » de l’Islamisation, sont « une classe politique achetée », en particulier par les Qataris ! Le « ventre mou » français prépare un « nouvel Edit de Nantes » par le biais des « dhimmis de sacristie »…

      « Ô ma France douloureuse »…

      Arrêtons-là ce qui devrait être un déferlement de citations toujours pertinentes. Ces pages n’y suffiraient pas. Sachons que sans monotonie, la conviction, la verve polémique, mais tragique, de l’essayiste, ne faiblissent pas en 300 pages. Pensons à ce moment de satire redoutable autant que judicieuse : « Nous sommes passés de la « poule au pot », du roi Henri, venu de Navarre, aux « coqs halals » servis par nos dhimmis du Finistère, la crête tournée vers La Mecque ». Contre « l’Eurislam », il en appelle à la mémoire de la France et de l’Europe. Nous irons plus loin que lui, même s’il réprouve ce terme, il faut en appeler au libéralisme politique, économique et culturel contre la tyrannie théocratique galopante…

      Ajoutons, pour nuancer le propos de Philippe de Villiers, que ce n’est pas seulement parce que cloches et églises sont une part de notre identité et de notre Histoire qu’il faut les protéger du viol par les mosquées, mais parce que l’Islam n’est pas une religion équivalente au Christianisme. À la différence de ce dernier, la mahométane est celle de la « salafisation », du totalitarisme appliqué aux mœurs et à la pensée, s’il en reste…

 

      Les sociétés démocratiques n’auront-elles été « qu’une simple parenthèse de deux siècles ? » demande Gabriel Martinez-Gros. Et pour reprendre le titre de Philippe de Villiers, qui est probablement la personnalité politique la plus lucide sur l’islamisation en cours, Les cloches sonneront-elles encore demain ? Car, pour également reprendre Mohammed Sifaoui cité par Céline Pina : « Le problème n’est pas que la manifestation violente de l’islamisme, à travers le terrorisme, mais l’ensemble du corpus qu’il propose comme pensée anti-laïque, antirépublicaine, antiféministe, homophobe, misogyne, antisémite, et en somme, antimoderniste.[13] » À cette liste effarante, il faut tout simplement ne pas oublier « antilibérale ». En effet, face au roncier de la forêt de l’Islam, ce sont nos libertés qui sont en jeu. Que le lecteur réfute, s’il le peut, ou en prenne de la graine…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Hakim el Karaoui : Un Islam français est possible, Institut Montaigne, septembre 2016.

[5] Paul Ricœur : La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Seuil, 2000, quatrième de couverture.

[13] Mohammed Sifaoui : Angers mag, 27 Janvier 2016.

 

La Mecque. Alcoran de Mahomet. Traduction Du Ryer, Arkstée & Merkus,

Amsterdam, 1775. Photo : T. Guinhut.

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 17:28

 

Forno di Zoldo, Veneto. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam I.

 

Analyses et dénis.

 

 

Autour de Gabriel Martinez-Gros : Fascination du djihad ;

 

Bruno Dumézil : Les Barbares ;

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat.

 

 

 

 

Gabriel Martinez-Gros :

Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix,

PUF, 104 p, 12 €.

 

Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 1508 p, 32 €.

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 840 p, 25 €.

 

 

 

 

 

 

      Il semble enfin que le voile se déchire. Quoiqu’encore longtemps l’on continue de ne pas penser la dangerosité de l’Islam. À tel point que les actes terroristes égrenés sans repos en France et de par le monde focalisent une attention fascinée sans que l’on puisse ni voir ni analyser cette barbarie consubstantielle à la charia et au jihad, ce en une étonnante opération de déni : ils sont toutefois les arbres brûlants qui cachent l’étouffante forêt de l’Islam. Pourtant de plus en plus de quidams et d’analystes dessillés tentent de proposer leur discordante voix pour penser les textes, l’histoire et le présent d’une religion aux hydres planétaires. Ainsi un universitaire et islamologue, Gabriel Martinez-Gros radiographie la Fascination du djihad. Et pourtant façonnée par une cohorte savante, une encyclopédique somme historique, sous la direction de Bruno Dumézil, refuse d’accueillir parmi Les Barbares la barbarie de l’Islam. Il suffit alors d’ouvrir la réunion bienvenue des Ecrits historiques de combat, pour que Jean Sévillia fustige à notre service le « terrorisme intellectuel » de l’ « historiquement correct » appliqué à ce totalitarisme dont la forêt est en marche.

 

      Pour expliquer le djihad, la thèse de Gabriel Martinez-Gros est pour le moins originale. La conquête et l’impôt sont à la source des empires, explique-t-il, s’appuyant sur l’historien arabe du XIVème siècle, Ibn Khaldoun, ce qui permet « de vivre en paix sous la férule de l’empire ». Seules, en se débarrassant de cette dernière, l’Angleterre et la Hollande, puis l’Europe entière, permettront d’amorcer la révolution libérale scientifique. Hélas, ces deux violences, hégémonique et fiscale, sont également le ressort de la déferlante musulmane qui, de l’Espagne à l’Inde, à partir du VIIème siècle, assassine et asservit les populations. Ce en quoi la source du djihad est certes religieuse, mais avant tout structurelle et économique. Et son retour est également « un renouveau des conditions impériales ». Face à l’empire occidental, voire mondial, si tentant à piller, car riche, souvent non-violent et désarmé, le nouvel empire islamique en gestation suscite des confins barbares et excite ses conquérants. Ibn Khaldoun aurait reconnu en notre Occident sa vision de « la crise finale des dynasties […] : l’hypertrophie de l’appareil d’Etat y écrase une économie déjà anémiée », ne serait-ce que par le poids des dépenses sociales.

      Or, le djihadisme s’appuie sur un discours idéologique constitué, non seulement politiquement, mais religieusement. Ainsi « une élite de guerriers », « une dissidence bédouine », couvées par l’immigration et les banlieues, partent à l’assaut du ventre mou de l’empire occidental. Ce qui contredit absolument le discours de « victimisation postcoloniale », postmarxiste et tiersmondiste appliquée aux banlieues, ainsi que l’inénarrable culpabilisation de l’Occident. On peut arguer que la violence de ces dernières, n’est que « maquillée d’Islam ». Certes. Mais, sans choir dans la généralisation abusive, car tous les Musulmans ne sont pas jihadistes, la virulence du djihadisme est intrinsèquement musulmane et trouve ses injonctions et ses versets à travers la bouche de son prophète, dans le Coran[1], en particulier dans la sourate VIII « Le butin »  (ce qu’hélas Gabriel Martinez-Gros omet de préciser par des citations). Car il y a une « exception de l’Islam, religion née conquérante ».

 

 

      En effet, (y compris dans la bouche d’Ibn Khaldoun) le devoir de la charia et du califat est de perpétrer la guerre contre les infidèles, de les réduire à la mort, à l’esclavage, à la dhimmitude. Et c’est « la première fois depuis l’émergence de la Modernité voici deux siècles, qu’un nombre significatif de musulmans élevés au cœur de l’Occident et de ses Lumières y renoncent, et retournent à l’Islam à leurs yeux le plus pur ». Pour reprendre le sous-titre de Gabriel  Martinez-Gros, il s’agit bien de « Fureurs islamistes et défaite de la paix ». Depuis la fin de la guerre froide, alors que les talibans afghans résistaient contre le communisme, un autre univers géostratégique enclave l’Islam, du Maghreb à l’Indonésie, mais aussi du Québec à l’Australie, au moyen de son émigration militante, dans une résistance combattante contre la démocratie libérale, déployant en « barbares », « les valeurs d’une droite extrême et religieuse ». Il faut bien en prendre conscience : même si la civilisation islamique a su parfois se pacifier, « l’Islam est le seul monothéisme qui implique les devoirs de la guerre dans ceux de la religion ». Et enfin : « Le djihadisme, comme les grand totalitarismes du XXème siècle, est un récit historique sacralisé », de plus aujourd’hui mondialisé. « La question est de savoir si nous avons mérité d’être libres », conclue notre essayiste engagé, quoiqu’il faille non seulement conjuguer ce mérite au présent, mais aussi au futur.

      Gabriel Martinez-Gros, dont l’essai, si bref soit-il, est d’une immense clairvoyance, y compris au moyen de judicieux rapprochements avec la Chine ancienne, quoique l’on puisse regretter le peu de références précises aux textes d’Ibn Khaldoun[2], n’est pas aveugle sur « la cécité volontaire » de l’Occident. En effet, un « déni », un impensé récurrent posent une taie dommageable sur l’Islam.

 

 

      La barbarie islamique, autant du jihad que de la charia, depuis quatorze siècles, devrait avoir attiré l’attention de tous les esprits sensés et documentés. Pourtant, si l’on a la curiosité d’ouvrir le nourrissant pavé publié sous la direction de Bruno Dumézil, Les Barbares[3], on aura la surprise de ne trouver que de maigres entrées consacrées à l’Islam. Quoique, horreur indigne, ce dernier mot soit carrément absent de cette majestueuse somme aux alphabétiques entrées !

      Certes, le barbare, vient du grec, désignant celui qui parle en « bar-bar-bar, c’est-à-dire par des borborygmes éloignés du logos grec ». Le mot discrimine certes abusivement l’étranger, après avoir consacré ceux qui dévastèrent l’empire romain. Mais, ne l’oublions pas, dans le sens commun il s’agit de disqualifier ceux qu’anime le goût du viol, du meurtre sanglant et du pillage. La vaste érudition dont témoigne l’ouvrage aux dizaines de contributeurs s’aventure jusqu’aux barbares, y compris féminines, de nos séries littéraires, cinématographiques et télévisuelles, comme Mad Max ou Le Trône de fer, alias Game of Thrones.

      Mais en cet ouvrage aux richesses historiques avérées, surtout quant aux barbares de l’Antiquité et du Moyen-Âge, le politiquement correct moralisateur et culpabilisant pointe son nez. À l’entrée « Croisades » : « Ce cadre martial a dès lors limité l’ouverture à l’altérité qu’aurait pu représenter le contact prolongé produit par les croisades entre Latins et Musulmans ». Ou : « la croisade s’est faite ferment identitaire, justifiant la paix et l’unité entre chrétiens au profit d’une guerre supérieure contre l’autre ». La page sur « Mahomet » atteint des sommets de mauvaise foi. Certes le monde chrétien a pu sans trop de nuance le diaboliser, mais aller jusqu’à s’indigner de « l’intérêt malveillant porté au Prophète » apparait comme une indigne soumission (c’est le sens du mot Islam) de peur de risquer de paraître islamophobe. Que l’on se rassure, la notule s’achève sur « un portrait apaisé de Mahomet, tel […] Stendhal, pour qui le Prophète est un « puritain » (1822) » ! Pour l’article « Musulman », encore une fois signé Fanny Caroff, dès Charles Martel en 732, il s’agit de « la sauvagerie présumée de l’adversaire » ; ou encore : « l’image négative de l’adversaire musulman prévaut dès l’origine, avant même que l’Islam ne soit compris dans sa singularité ». On se taperait les cuisses de rire devant une telle méconnaissance décisivement aveugle d’une telle « singularité », si la question n’était si tragique…

      L’impensé, le déni, d’une même non-voix, sont bien installés. Seules deux maigres entrées, se concentrant sur la dimension spirituelle de l’Islam, honorent le Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions[4], alors qu’en ce domaine il y aurait fort à penser[5]. Une vision absolument lénifiante, quoique historique et spiritualiste, balaie les pages du Dictionnaire des religions dirigé par Paul Poupard[6], ainsi que celles de Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses[7]. Ne parlons pas du Dictionnaire amoureux de l’Islam de Malek Chebel[8], qui assume un propos louangeur, même si comme lui nous pouvons fort apprécier la poésie lyrique d’Al Andalus, celle soufie du Cantique des oiseaux d’Attar[9], l’architecture de Cordoue et de Grenade, la calligraphie arabe et les Mille et une nuits[10]. Reste à méditer une contre-argumentation à charge, celle d’Ibn Warrraq et son Pourquoi je ne suis pas Musulman[11].

 

 

      Cerise sur le gâteau empoisonné : les manuels d’Histoire confiés au bon entendement de nos chers bambins de 5ème, au collège[12]. Une vision lénifiante ne permet là de voir dans l’Islam que les versants les plus apaisés, en particulier l’éloge d’Al Andalus, selon lequel la coexistence des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens aurait été idylle et d’un brillant culturel inimitable. Ce qui repose sur un mythe qui ne tient pas compte des répressions et autres assassinats, du statut de dhimmi des non-Musulmans, surtaxés, nantis de droits inférieurs, interdits de construire des églises, ce que confirme Jean Sévillia, confondant les barbares de l’historiquement correct.

      En effet selon l’auteur d’Historiquement correct, il y a une « amnésie historique » à ne pas reconnaître que les croisades sont « une réponse à l’expansion militaire de l’Islam ». De même « dépeindre l’Espagne musulmane comme un modèle de coexistence pacifique entre religions relève de la fable[13] ».

      Il est alors « moralement correct » de caresser dans le sens du poil « la deuxième religion de France ». Il s’agit en fait d’un « Islam à deux visages » : on s’intègre en la profession de foi d’une laïcité libérale, mais l’on « succombe au courant identitaire ». Le ramadan devient prosélyte au point de faire jeûner des élèves mon-musulmans : « C’est parfois le début de la conversion ». Lors, près de 50 % des Musulmans français se prétendent de nationalité musulmane, dont 16 % approuvent les attentats suicides : « Est-ce manifester de l’islamophobie que de s’en inquiéter ? » La clairvoyance de l’essayiste n’ignore pas que ces derniers « expriment, en ce qui concerne le statut de la femme, une anthropologie incompatible avec la philosophie élaborée à Athènes, à Jérusalem et à Rome[14] ».

      Une réédition bienvenue de trois essais de Jean Sévillia, comme un tir groupé contre les fadaises d’une Histoire soumise à la repentance postcoloniale et au masochisme qui consiste à battre la coulpe du Christianisme, de l’Occident et de la France devant les saintes huiles de l’immigration islamique, permet de prendre la mesure d’un intellectuel engagé dans la recherche de la vérité. Historiquement correct voisine avec Moralement correct, avant de confluer avec Le Terrorisme intellectuel, en ce fort (dans bien des sens du terme) volume que sont ces Ecrits historiques de combat. Là sont démontées les vulgates anticléricale et marxiste d’une gauche intellectuello-médiatique attachée à réécrire le passé pour servir ses ambitions et son idéologie. C’est sans cesse d’une plume enlevée que Jean Sévilla, appuyé sur une réelle culture historique et sur l’acuité d’une abondante bibliographie, brosse une contre-Histoire autant qu’un réquisitoire contre la fatigue de la pensée de qui veut bien se coucher devant la doxa, plutôt qu’aller aux sources de l’Histoire, donc aux fleuves du présent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Certes, dans notre présent, du moins espérons-le, il y a bien des Musulmans, qui ne jouent du voile que comme un accessoire de mode identitaire et coloré, dont l’affiliation à une mode est comme toute mode forcément éphémère, voire soumis à un rejet horrifié peut-être prévisible. Certes, il y a bien des Musulmans habités par une foi intime, qui n’a pas vocation à envahir la scène publique et politique, ce en contradiction avec l’essence de l’Islam, bien des Musulmans qui rejettent plus ou moins explicitement les dizaines de versets du Coran ordonnant le djihad, le meurtre des mécréants, la haine du Juif, et la ségrégation honteuse des femmes. Mais une surabondante cohorte d’affidés de la soumission islamique, excités par les imams financés par les pays du Golfe ne considère pas un instant que ces attitudes soient licites.

      Car si nous avons été affolés par les 3000 morts du 11 septembre newyorkais, par les meurtres des journalistes de Charlie Hebdo et des clients de l’Hyper Casher, par les 130 morts du Bataclan, par les 80 morts du camion niçois, par l’assassinat d’un prêtre catholique et martyr, sans compter les nombreux blessés et mutilés à vie ; c’est voir l’arbre du terrorisme et ne pas entrapercevoir derrière lui la forêt de l’Islam, quoique bien des esprits commencent à ouvrir leur clairvoyance. En effet, quoique apparemment modérés, bien des Musulmans propagent l’Islam, c’est-à-dire le halal, le ramadan, le voile, la soumission féminine, le mariage forcé, voire la polygamie, donc fort souvent une batterie de comportement normatifs assortis d’injonctions, d’intimidations, de répressions envers ceux qui autour d’eux ne les pratiquent pas encore…

      Soyons clairs. Le « communautarisme », vocable euphémistique et cache-sexe parmi nos médias, n’est pas responsable du terrorisme ni de la tyrannie sociétale en cours. A-t-on vu la communauté portugaise ou chinoise se distinguer ainsi ? Seul l’Islam est en cause, donc à désigner explicitement. Le « multiculturalisme » n’est pas un échec si les cultures diverses peuvent coexister, s’enrichir les unes les autres, se tolérer ; mais en tant qu’euphémisme il cache l’incompétence constitutive de l’Islam à reconnaître la légitimité de cultures qui ne sont pas conformes à son diktat idéologique. De même la loi proscrit les signes religieux ostentatoires, dans l’enseignement primaire et secondaire ; pour ne pas avoir à stigmatiser ceux de l’Islam, alors que le caractère inoffensif de la croix et de la kippa est avéré ; le Chrétien et le Juif terroristes et propageant la haine étant en contradiction flagrante avec leur religion.

 

      Il ne suffira pas de couper l’arbre du terrorisme pour arrêter la forêt de de l’Islam. Commençons par ôter les voiles de l’euphémisation et du déni. Une réelle culture historique, religieuse et sociologique, tels qu’en font preuves Gabriel Martinez-Gros et Jean Sévillia, doit permettre d’abord de porter à nos yeux, à nos entendements, la connaissance du réel installé et en gestation. Sinon, ce ne seront pas quelques arbres terrorisants qui nous boucheront la vue, mais une forêt qui, inexorablement, « s’est mise en marche », comme celle qui mit fin au règne tyrannique de Macbeth[15]. À la différence que l’Islam est, si l’on n’y prend garde, non seulement la forêt, mais le puissant roncier du totalitarisme.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Ibn Khaldûn : Muqaddima, Le Livre des exemples, II, Gallimard, La Pléiade, 2013.

[3] Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 2016.

[4] Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, sous la direction de Stéphane Gumpper et Frankly Rausky, Bayard, 2013.

[6] Dictionnaire des religions, dirigé par Paul Poupard, PUF, 1984.

[7] Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 1976.

[8] Malek Chebel : Dictionnaire amoureux de l’Islam, Plon, 2004.

[11] Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[12] Vincent Tremolet de Villers : « Comment l'Islam est abordé dans les manuels scolaires ? » Le Figaro, 23-09-2016.

[13] Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 2016, p 55-65, 94.

[14] Jean Sévillia, ibidem, p 530-532.

[15] William Shakespeare : Macbeth, V, 5, Les Tragédies, traduction Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960,  p 637.

 

Etang de Bellebouche, Vendœuvres, Indre. Photo T. Guinhut.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:05

 

Biblia Sacra Vulgatae editionis, Rhotomagi, 1769 ;

Sacrorum Bibliorum Concordantiae, Coloniae Agrippinae, 1684.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Théologie portative du baron d’Holbach :

 

une charge pleine d’humour contre les tyrannies

 

et momeries des religions.

 

 

Paul-Henri Thiry D’Holbach : La Théologie portative,

Coda, 2007, Rivages, 2015, 160 p, 10 €.

 

Paul-Henri Thiry D'Olbach : Oeuvres philosophiques 1773-1790,

Système social, La Morale universelle, Catéchisme de la nature,

Coda, 2004, 864 p, 49 €.

 

 

 

      « Ecrasez l’infâme ![1] », c’est ainsi que le fanatisme religieux était conspué par Voltaire. Il restait pourtant déiste, attaché à l'azur d'un au-delà, comme Rousseau. Alors que d’autres philosophes des Lumières, Helvétius, d’Holbach, étaient résolument athées. On connait le Dictionnaire philosophique portatif de l’auteur de Candide. D’Holbach lui répond avec sa Théologie portative, texte rare, judicieusement réédité et préfacé par Raoul Vanegem, situationniste notoire, qui nous rappelle que l'édition de 1776 fut condamnée par le Parlement de Paris à être brûlée de la main du bourreau. Peu prompt à la crédulité et à la bêtise instituée en dogme, notre baron fait feu de toute ironie et raison.

 

      Publié à Londres en 1768 sous un faux nom (l’abbé Bernier), et non sans succès, l’exercice est savoureux, percutant, ravageur : « saintes persécutions » et « saintes boucheries » emplissent l’Avertissement de l’auteur. De « Aaron » à « Zoroastre », ce n’est pas exclusivement le christianisme qui est visé : « Mahométisme. Religion sanguinaire dont l’odieux fondateur voulut que sa loi fût établie par le fer et par le feu. On sent la différence de cette religion de sang et de celle du Christ qui ne prêcha que la douceur, et dont, en conséquence, le clergé établit ses saints dogmes par le fer et par le feu ». S’attaquer à des cultes alors lointains permet de dévoiler par rebond la face torve et ridicule du papisme. Ainsi les « effets » de la Foi « sont de plonger dans un saint abrutissement accompagné d’un pieux entêtement, et suivi d’un fort mépris pour la raison profane ». La tyrannie mentale ne demande qu’à s’évanouir après son dévoilement.

      Les quelques centaines de brefs textes de ce « dictionnaire abrégé » témoignent de la culture étonnante de son auteur autant que de son humanisme au service de la liberté de pensée et d’action. Et d’une franche bonne humeur : « Amour. Le Dieu des Chrétiens n’est point galant, il n’entend pas raillerie sur le fait de l’amour ». Voire d’un franc rire que l’on goûtera sans barguigner : « Ciboire (saint) : vase sacré, dans lequel, pour le garantir des rats, les prêtres catholiques renferment pour le besoin un magasin de petits dieux, qu’ils font manger aux chrétiens quand ils ont été bien sages ». Toutes les puérilités et momeries sont bonnes pour être avalées par les sectateurs et les fidèles. Si l’on veut retrouver l’esprit des libertins du XVIII° siècle, lisons ce qu’il dit des « Flagellations » : « Saintes et salutaires fessées que se donnent les chrétiens les plus parfaits dans la vue de mortifier la chair, de rendre l’esprit gaillard et de mettre en goguette le Père des miséricordes, qui rit dans sa barbe divine toutes les fois qu’on lui montre un derrière ou un dos bien et dûment étrillés ; surtout dans un chœur de nonnes et de moines, ou dans l’anti-sacristie, qui est le fessoir des dévotes ».

 

      On saura au mieux l’abjection des sicaires du christianisme, - mais sans exclusive - prétendant servir leur paisible Christ abonné à l’amour d’autrui (et jusqu’à ses ennemis) lorsque l’on ouvre cette Théologie portative à la page de l’ « Auto da fé. Acte de foi, régal appétissant que l’on donne de temps à autre à la Divinité. Il consiste à faire cuire en cérémonie des hérétiques ou des Juifs pour le plus grand bien de leurs âmes et pour l’édification des spectateurs ». D’Holbach n’omet pas d’ajouter à cette analyse un coup de griffe contre « la sainte Inquisition […] qui se divertit à cuire les œuvres impies de Galilée, de Descartes et de tous les philosophes qui se donnent des airs d’être plus raisonnables que les savants inquisiteurs ». Nul doute que notre baron pensait également aux auteurs des Lumières.

      Se faisant l'écho des scènes de la tragédie de Voltaire Mahomet ou le fanatisme[2], d'Holbach est plus vindicatif encore envers l'Islam, dans les pages de sa Morale universelle : « Que dans un coin de l'Asie un imposteur tel que Mahomet parvienne à persuader une centaine d'Arabes imbéciles et à leur faire croire qu'il est un grand prophète, cette erreur parait d'abord de très peu de conséquence. Cependant on trouve qu'au bout d'un siècle cette erreur a fait inonder de sang et l'Asie et l'Afrique et qu'elle est la cause fatale de l'engourdissement stupide dans lequel nous voyons encore gémir les malheureux habitants des plus belles contrées du monde, sur lequel un despotisme affreux exerce son empire destructeur. »

      Fabrique d’illusion et outil d’asservissement, la religion ne bénéficie d’aucune ombre d’indulgence de la part de l’essayiste en son dictionnaire presqu’exhaustif. Tout juste pourrait-on reprocher à ce pamphlet sans pitié ni piété, et un peu à l’emporte-pièce, mais c’est là la rançon de l’exercice, de négliger le pouvoir d’empathie et de pardon du clergé chrétien, sa dimension transcendante, sa modeste contribution à la morale, et sa contribution immense à la sphère artistique. Car le Christianisme, du moins sa philosophie depuis le message du Christ en passant par Saint-Thomas d'Aquin, jusqu'à la repentance du pape Jean-Paul II pour les erreurs commises par les Chrétiens dans l'Histoire, peut être, si elle sait se garder d'un dogmatisme étroit, une religion intelligente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Paul-Henry Thiry, Baron d’Holbach (1723-1789), abondant collaborateur de l’Encyclopédie, en particulier pour la chimie, était un familier des publications sous pseudonyme, censures et poursuites obligent. Son Christianisme dévoilé ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne, parut à Londres, sous le nom de Boulanger, en 1767. L’ouvrage, vigoureusement érudit, est un réquisitoire polémique dans les grandes largeurs, qui taille en pièce le christianisme, au moyen du rationalisme, en lui reprochant de ne guère contribuer à l’émancipation du genre humain. Contemporain de Kant, il ne ménage pas le « Sapere aude » (Ose savoir) de Qu’est-ce que les Lumières ?[3] Au point de faire table rase de toute possibilité religieuse au profit d’un athéisme aussi radical que revigorant. Ainsi, rester un fidèle de quelque culte que ce soit relève, après cette lecture incisive et roborative, de la gageure.

 

           Mais au-delà de ce qui peut paraître un mince opuscule, roboratif en diable, reste à se plonger parmi l'immense massif des Oeuvres philosophiques du baron d'Holbach, en cinq copieux volumes parus aux éditions Coda. Aux côtés de notre Théologie portative, l'on trouvera Le Christianisme dévoilé, auquel répond Le Catéchisme de la Nature, ce dans le cadre d'une Morale universelle. Moins pratiquée que celle des piliers des Lumières auxquels nous sommes habitués, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot et d'Alembert, sa philosophie mérite notre adhésion. Lisons par exemple en sa Morale universelle : « Tant que l'éducation sera négligée, la raison persécutée, la vertu méprisée, il ne faut pas s'attendre à voir les hommes ni meilleurs ni plus heureux ». Ou : « La liberté entre les mains d'un être sans culture et sans vertu est une arme tranchante entre les mains d'un enfant ». Ou encore, ce qui est aujourd'hui d'une actualité brûlante : « Les nations pauvres ne sont-elles pas à portée de supplanter les nations plus riches dans leur commerce ? L'étranger s'adressera toujours au peuple qui lui fournit les marchandises à meilleur compte. Une nation trop riche périt de son embonpoint et deviendra la proie des nations plus pauvres, qui n'auront point d'argent mais du fer pour la conquérir. »

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, novembre-décembre 2015

 

Capilla Santa Baldesca, Samitier, Huesca, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 17:11

 

Blasphème. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eloge du blasphème :

 

de Thomas d’Aquin à Salman Rushdie,

 

en passant par Jacques de Saint Victor,

 

 Alain Cabantous et Cesare Beccaria.

 

 

 

 

Jacques de Saint Victor : Blasphème. Brève histoire d'un crime imaginaire,

Gallimard, 130 p, 14 €.

 

Alain Cabantous : Histoire du blasphème en Occident. XVIème-XIXème siècle,

Albin Michel, 350 p, 16,50 €.

 

Cesare Beccaria : Des Délits et des peines,

traduit de l’italien par Alessandro Fontana et Xavier Tabet,

Gallimard, Bibliothèque de philosophie, 240 p, 25 €.

 

 

 

      Risible en définitive, le délit de blasphème, ce crime d'opinion à l'égard de fictions, paraissait ressortir à une antiquité poussiéreuse et pittoresque, digne de lourds volumes d’Histoire et de théologie. Pourtant, on assiste bien à un tour de cochon : le « retour du blasphème », tel qu’Alain Cabantous l’ajoute en la conclusion de son essai, Histoire du blasphème en Occident, qui est une sorte de chapitre détaillé destiné à enrichir le bref essai de Jacques de Saint Victor, contant l'histoire d'un crime imaginaire. Hélas, le Moyen-Orient et le Maghreb, le nord-est de l'Afrique, jusqu'au Pakistan, en infiltrant le monde occidental, ramènent sur la scène de l'actualité le blasphème comme délit, crime, digne de l'opprobre et du châtiment, non seulement de la part d'une religion aux moeurs venus du VII°siècle, mais, pire peut-être, de la pusillanimité de ce même Occident. Relisant Thomas d'Aquin et Salman Rushdie, en passant par Cesare Beccaria et Alberto Manguel, faut-il plaider la cause du blasphère, en faire l'éloge ? 

 

     Emprunté au grec et au latin, blasphemia qui est une parole de mauvais augure (à Rome, seuls les dieux le punissent), le vocable désigne une « parole outrageant la divinité[1] ». C’est injurier, calomnier, maudire, proférer des malédictions, user d’impiété, y compris par l’image. C’est frapper de profanation le Sacré, souiller l’hostie consacrée par exemple. Moïse, qui en délibéra avec Yahvé, annonce aux enfants d’Israël : « Tout homme qui maudit le poids de son Dieu portera le poids de son péché. Qui blasphème le nom de Yahvé devra mourir, toute la communauté le lapidera. Qu’il soit étranger ou citoyen, il mourra s’il blasphème le Nom.[2] » Notons qu’il y a des lustres que les enfants d’Israël ont abandonné une telle brutalité. Et que la parabole de la femme adultère, prononcée par le Christ, enterre la lapidation : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! […] Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas ; va, désormais ne pèche plus.[3] ».

      Pourtant, en 538, l’empereur Justinien décréta la peine de mort à l’encontre du blasphémateur, quoiqu’elle fût bien rarement appliquée, et « d’après les lois de Christian V de Danemark, promulguées en 1683, les blasphémateurs étaient décapités après avoir eu la langue coupée[4] ». L’idolâtre est également un sacrilège, ce qui ne manqua pas d’affleurer lors de la querelle byzantine de l’iconoclasme, au VIIIème et au IXème siècle. Comme l’idolâtre, le blasphémateur déclenche la colère et les foudres de l’orthodoxie religieuse, du fou de Dieu qui n’est jamais loin du Diable. Reste que le véritable athée ne s’intéresse guère au blasphème, dans la mesure où « le blasphème, en tant qu’il suppose la croyance en Dieu, est un hommage au Seigneur[5] ». Rire de tout[6], donc de Dieu et des dieux, est d’autant plus hilarant qu’il pisse avec aisance par-dessus la jambe du blasphème…

      Il est cependant de bon ton de blasphémer contre la religion de l’autre, réputée impie, hérétique. C’est ce que fait au II° siècle Celse lorsqu’il s’irrite de l’intolérance forcenée des zélotes du Christ  persécutés dans l’empire romain et démonte par une belle argumentation leur fiction, leur culte et leurs prétentions : « y-a-t-il rien de plaisant comme d’entendre les Juifs et les chrétiens attribuer à Dieu les mœurs et les manières d’un homme, que de les voir lui prêtant des paroles de colère, d’invective et de menace ? » « Nul Dieu ni fils de Dieu n’est descendu ni ne descendra ici-bas ». De plus il ne se prive pas de montrer tout ce que leurs préceptes doivent à Platon. Hélas son « essai de conciliation et appel à l’esprit de confraternité religieuse et patriotique de tous les chrétiens de bonne volonté[7] » ne rencontra guère d’écho.

      C’est ce que fait en toute bonne foi Dante, lorsqu’en sa Divine comédie il croise en Enfer le prophète Mahomet : « un damné / rompu depuis le menton jusqu’à l’endroit qui pète. / Entre ses jambes pendaient ses entrailles ; / le cœur et les autres viscères apparaissaient, et le triste sac / qui change en merde ce qu’on avale.[8] » Il serait alors de bonne guerre des mots qu’un écrivain musulman mette de même en son enfer le Christ, histoire de se taper entre auteurs édifiants une ou deux bosses (chameau ou dromadaire ?) de rire autour d’une tranche de … et d’un verre de …

 

      Un « crime imaginaire », contre un dieu imaginaire… Pourtant ce « péché de bouche » fut sanctionné jusqu’à son abolition officielle en 1791 par la France de la Révolution, suite à la liberté d’expression inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais aussi grâce au sort atroce du Chevalier de la Barre, défendu par Voltaire. C’est cette histoire que Jacques de Saint Victor, le plus clairement du monde, établit en la concision de son essai. Il confirme que ce fut bien la « monarchie de droit divin » qui se chargea d’une « annexion du divin par le pouvoir royal », et qu’en dépit de la clémence papale et ecclésiastique, c’est le bras armé de la politique qui se rendit coupable de la répression brutale du blasphème. Malgré l’embellie de la période révolutionnaire sur ce point, la Restauration puis le Second Empire profitèrent de la loi de 1819 quant à « l’outrage à la morale publique et religieuse ». S’il elle abandonnait le bûcher, il restait possible d’emprisonner et de punir d’amende un individu, un écrivain. Tels Eugène Sue, pour Les Mystères du peuple, Charles Baudelaire, pour Les Fleurs du mal, en 1857. On sait que la même année, Gustave Flaubert, pour Madame Bovary, échappa à la censure du même Procureur Pinard. Il fallut attendre 1879 pour qu’une loi libérale établisse définitivement la liberté de la presse, abolissant de fait toute trace pénale du blasphème.

      Définitivement ? Malgré « le discours anticlérical, ouvertement blasphématoire », de la fin du XIX° et du début du XX°, les ennemis de la liberté aux visages changeants trouvèrent le moyen de pénaliser en 1972 « la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », au moyen de la loi Pleven, introduisant de plus une dommageable confusion entre les paroles et les actes. Pire, les associations peuvent se pourvoir en justice : l’antiracisme, moralement justifié, devient alors censeur. Si le blasphème n’est plus apparemment convoqué, il reste à l’affut, au travers d’une discrimination à l’égard d’une religion. Même si la jurisprudence reste à peu près garante de la liberté de critiquer une religion, la notion d’injure aux croyants rôde. Heureusement Houellebecq, qui avait déclaré « L’Islam est la religion la plus con », fut relaxé à l’occasion d’une plainte d’associations musulmanes. De même Charlie Hebdo pour ces caricatures. Hélas le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adopte en 2009 une résolution visant à poursuivre la « diffamation des religions ». C’est alors que Jacques Saint Victor montre avec justesse combien une certaine gauche voit le blasphème contre l’Islam comme une conjuration « néocoloniale » et « raciste ». Voilà qui « travestit la liberté d’expression en instrument d’oppression islamophobe ». Devant les coups de boutoir intimidants et meurtriers d’une religion obscurantiste qui vise à l’hégémonie, faut-il sonner (discrètement s’entend) le glas de la liberté d’expression, de critique, de blasphème enfin, ce « crime imaginaire » ? Ni retour à un ordre moral chrétien brutal, ni soumission à un prophète : ce doit être là une éthique à retrouver… Saluons en Jacques de Saint Victor un humaniste libéral, un héritier des Lumières, qui ne veut céder à aucune soumission,  soutenant « qu’il doit être possible de critiquer sans réserve ».

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Malgré l’érudition scrupuleuse d’Alain Cabantous, en son indispensable  Histoire du blasphème en Occident, XVI°-XIX°siècle, il est un peu dommage, au contraire de Jacques de Saint-Victor, qu’il omette de consulter avec précision Thomas d’Aquin, philosophe et Docteur de l’Eglise du XIIIème siècle. Ce dernier qualifie le blasphème de « péché de malice caractérisée », ajoutant : « Le blasphème que l’on profère de propos délibéré procède de l’orgueil de l’homme qui se dresse devant Dieu[9] ». Même s’il s’agit de « l’intention de souiller [le] sacrement », l’église peut être encline au pardon, en effet « l’homme pécheur est capable de grâce[10] ». Le droit canon ne médite alors aucune sanction contre le blasphème.

      Hélas ni « le Temps de l’église », ni « le Temps du Prince » n’ont assez entendu la clémence de Thomas d’Aquin. Alain Cabantous, montre que pouvoir spirituel et pouvoir séculier sont la main dans la main pour punir ce « péché permanent », voire que le séculier a la main la plus lourde. Le blasphème est bien pour le pouvoir « cette immixtion intolérable du profane le plus vil à l’intérieur de l’espace sacré ». Il faut ensuite penser que le verbe étant Dieu, il ne peut être utilisé contre lui. Selon Jean Billot, au XVIII°, c’est un « déicide » ! L’historien rappelle néanmoins que le premier blasphémateur est Jésus, qui se prétend fils de Dieu et compte siéger « à la droite du Tout-puissant », ce pourquoi il fut crucifié.

      La chasse à la « parole infernale », selon Vincent de Paul, des XVI° au XVIII° est ardente. On s’insurge contre l’omniprésence des jurons. Catholiques et Protestants s’accusent réciproquement de blasphème, quand on va jusqu’à considérer de même la simple présence des communautés juives. On brula le Talmud à Rome en 1553, cinq Juifs furent pendus à Mantoue en 1603. Sous Louis XIII, on peut être condamné à mort pour requête à Belzébuth, donc pour activité de sorcellerie[11]. Très active est l’Espagne de la reconquête, des conversions forcées, puis de l’inquisition, quoique cette dernière ne tint compte du blasphème que pour une infime partie de ses procès... De plus « l’hérésie blasphématoire verse alors franchement dans l’athéisme et s’exprime surtout dans la culture écrite, libertine et souvent clandestine ». Spinoza étant évidemment visé. Kierkegaard, quoique sans réclamer de poursuite, voit dans « L’abandon du christianisme », un motif de scandale : « les mots même du Christ […] il faut, surtout à nous chrétiens, sans répit nous les intimer, nous les réitérer, nous les redire à chacun particulièrement. Partout où on les tait, partout du moins ou l’exposé chrétien ne se pénètre point de leur pensée, le christianisme n’est que blasphème[12] ». Ce qui est certes le cas lorsque les ecclésiastiques agissent en dépit de la parole christique.

      Mais la justice laïque en ce domaine supplanta bien vite celle ecclésiastique. Car plus violente, perçant la langue et les lèvres, elle se vit en revanche conseiller par le pape Clément IV « d’éviter d’infliger des peines corporelles ». Le XVI°, temps des guerres de religions, est particulièrement vindicatif : pour ses « reniements et blasphèmes », Armand Carrière, à Tarbes, en 1518, est « condamné à avoir la langue tranchée, à être pendu, puis brûlé ». Car bientôt blasphème et lèse-majesté unissent leurs prérogatives. Cependant « la société du blasphème », suite à « l’effacement progressif de ce délit parmi les préoccupations du Saint-Office », s'apaise et se change en une société qui sait avoir raison de la tyrannie religieuse et politique au cours du siècle des Lumières… Seul le Chevalier de la Barre, en 1766, fut exécuté, moins pour n’avoir pas ôté son chapeau devant une procession, que pour avoir frappé, selon la rumeur, un crucifix à coup d’épée ; ce qui donna lieu à l’indignation de Voltaire.

      Par ailleurs auteur d’une Histoire de la nuit, XVII°- XVIII° siècle[13], notre historien nous présente un tableau édifiant, nombreux et très documenté du blasphème occidental. Toutefois, si tatillon l’on est, pourrait-on lui reprocher un parcours un peu erratique, répétitif par endroits, et de proposer en conclusion de trop brèves incursions, quoique fort pertinentes, vers notre contemporain malmené par le blasphème : « Le retour du blasphème » et « Rire à en mourir ou l’autre retour du blasphème », sont des postfaces à cette réédition qui tiennent compte du « paroxysme vengeur, primitif et sanglant » contre les journalistes de Charlie Hebdo, contre des blogueurs saoudien et grec, Raif Badawi et Filippos Loïzos (pour une parodie d’un moine orthodoxe) diversement condamnés, tout en espérant beaucoup de la puissance libératrice du rire. Là il pointe la défaillance de l’Etat, lorsqu’il « renonce à octroyer au blasphémateur le rôle social qui était devenu le sien », quoique, notons-le, il doive prendre garde à ne pas imaginer un nouvel avatar du blasphème en sacralisant à l’excès le drapeau, la Marseillaise et la déesse Laïcité…

 

      Nul doute que l’italien Beccaria fasse allusion au blasphème lorsqu’il dit : « Je ne parle que des délits qui émanent de la nature humaine et du pacte social, non pas des péchés dont les peines, même temporelles, doivent être réglés par d’autres principes que ceux d’une philosophie limitée. » C’est ainsi, en 1764, au siècle des Lumières, qu’il sépare la Justice criminelle de la sphère religieuse, qu’il sépare les péchés et les crimes, préparant une réelle sécularisation du droit pénal. Il semble qu’à cet égard les principes de Beccaria en faveur de la laïcisation de la justice soient encore à atteindre, quand un Etat, le nôtre en l’occurrence, de par les filets de sa justice, croit encore recevables des plaintes pour diffamation religieuse (donc blasphème) et incitation à la haine d’une communauté, tant qu’il ne s’agit pas de prosélytisme explicite en faveur de la violence criminelle.

      Il faut saluer à cet égard cette nouvelle édition Des délits et des peines de Cesare Beccaria, sa traduction d’Alessandro Fontana et Xavier Tabet, enrichie de notes abondantes, judicieuses et précieuses. Outre que l’auteur, apprécié à sa juste valeur par Voltaire et les Encyclopédistes, combat « la cruauté des peines et l’irrégularité des procédures criminelles », et bien entendu la peine de mort, il promeut le principe général suivant : toute peine « doit être essentiellement publique, prompte, nécessaire, et la plus petite parmi celles possibles dans des circonstances données, proportionnée aux délits, dictée par les lois ». Surtout, en ce qui nous concerne ici, il se dresse contre « les barbares tourments multipliés avec une sévérité prodigue et inutile pour des délits non prouvés ou chimériques[14] ». Ainsi, au nom de la raison, dit-il combien le blasphème est une chimère puisqu’il s’adresse à d’autres chimères, les dieux, leurs images et les absurdes interdits édictés par leurs prophètes, soutenus avec vigueur et violence par leurs séides et affidés, contre l’homosexualité, contre le porc et le vin. Citons alors un délicieux propos blasphématoire de Charles Lamb contre un animal intelligent : « Le cochon ressemble à de la nourriture, une offrande dodue en brochette, prêt à perdre à tout instant son individualité et à glisser sur l’échelle métaphysique de l’état de créature à celui de chair à saucisse. […] Je ne pense pas que l’auteur du Lévitique ait correctement perçu les intentions de Dieu, et je suis enclin à croire lorsqu’il s’agit du porc, que ce serait de l’ingratitude, voire un blasphème, que de refuser d’en consommer.[15] »

      Cet éloge du blasphème s’arrêtera cependant aux portes des lieux de culte, quels qu’ils soient, par respect et discrétion, comme devant des espaces privés. À moins que ces lieux de culte soient des nids d’enseignement de la violence, de prosélytisme du djihad destinés à affecter non seulement l’espace mental des affidés mais aussi l’espace privé et public d’autrui, sans compter les vies… De même on n’ira pas jeter le blasphème à la face de celui qui, paisible, n’a rien demandé ni rien provoqué, question de correction, de respect minimal. Cependant ce dernier devra tolérer que dans l’espace public, et a fortiori dans l’espace privé d’autrui, soient blasphémées les images et les concepts de sa religion. Car, ne l’oublions pas, chaque religion est pour l’autre une parole blasphématoire, y compris tout athéisme, tout agnosticisme. Ce dont se moque Voltaire : « On accusa de blasphème les premiers chrétiens […] ; mais les partisans de l’ancienne religion de l’empire, les joviens qui reprochaient le blasphème aux premiers chrétiens, furent enfin condamnés eux-mêmes comme blasphémateurs sous Théodose II. Dryden a dit : Tel est chaque parti, dans sa rage obstiné, / Aujourd’hui condamnant, et demain condamné.[16] » Les Chrétiens seraient bien inspirés de se souvenir qu’il existe dans l’art du Christianisme une longue tradition de représentation du « Christ aux outrages », lorsqu’il est frappé de crachats, du fouet, puis sur la croix ; ce que l’affaire « Piss Christ » de Serrano[17] aurait dû rappeler opportunément.

qui est une sorte de chapitre détaillé destiné à enrichir le bref essai de Jacques de Saint-Victor, contant l’ « histoire d’un crime imaginaire ».

      Parmi son Livre des éloges, Alberto Manguel n’a pas manqué à faire celui du blasphème, quoiqu’il eût semblé aux Anciens un éloge paradoxal, comme le fit Lucien avec son « Eloge de la mouche[18] », écrit au IIème siècle. « Une inquiétante réaction d’intolérance chez certains groupes musulmans », ainsi qualifie-t-il la polémique autour des caricatures de Mahomet. « Imaginer qu’un petit dessin, une blague, un jeu de mots puisse offenser Celui pour qui l’éternité est comme un jour, ou son élu béni parmi tous les hommes, me semble le plus grand des blasphèmes. Nous faibles créatures humaines, n’aimons pas que l’on se moque de nous : mais il en va autrement pour un être que nous imaginons suprême, invulnérable et omniscient.[19] », argue-t-il avec une grande justesse. De plus Dieu ayant laissé le libre-arbitre à ses créatures, il doit savoir tout supporter de leur petitesse…

      L’occurrence la plus frappante, et presqu’inaugurale du renouveau du blasphème eu lieu lorsqu’en février 1989 Salman Rushdie[20] fut condamné à mort par l’Ayatollah Khomeiny. Pourquoi ? « Il y avait dans Les Versets sataniques le portrait d’un imam dans son genre, un imam devenu monstrueux, dont la bouche gigantesque dévorait sa propre révolution[21] ». Il faut admettre que le roman flirte allègrement avec le blasphème, d’abord par son titre, évoquant les versets du Coran où Satan aurait fait dire à Mahomet des paroles conciliantes avec le polythéisme, et plus précisément les déesses préislamiques Lata, Aloza et Ménat[22], ce qui ne manque pas de jeter la suspicion sur un prophète capable de se laisser corrompre par Satan. En outre il n’est pas chiche de scepticisme, ironie et autres irrévérences, entre autres : « La condition humaine, mais quelle est la condition des anges ? À mi-chemin entre Allahbonne et homo sapiens, ont-ils jamais douté ? Oui : défiant la volonté de Dieu, un jour ils se sont cachés sous le Trône, osant poser des questions interdites, des antiquestions. » Ou encore : « Dès le début, les hommes se sont servis de Dieu pour justifier l’injustifiable[23] », ad libitum...

      Le droit naturel à la satire, en l’occurrence contre le fondamentalisme religieux, fondamental pour tout écrivain, pour tout rieur, pour tout individu libre, était ainsi bafoué.

      Bien que le terme « blasphème » ne figure pas dans le Coran, le concept est implicite : « Ceux qui offensent Allah et son Envoyé, Allah les maudit en ce monde et dans l’autre, Il leur réserve un supplice avilissant. Ceux qui offensent les adhérents et les adhérentes, hors de ce qu’ils ont acquis, se chargent d’infamie, d’évidente iniquité ». De fait, y compris contre les hérésies rationalisantes, la loi islamique ne s’est pas privée de prescrire le châtiment, en particulier la lapidation, s’appuyant sur : « Aux effaceurs d’Allah, un supplice terrible ! » Ce qui contribue au djihad : « Combattez ceux qui n’adhèrent pas à Allah[24] », entre autres nombreuses occurrences du même…

      Balançant entre périodes de relative tolérance envers Juifs et Chrétiens (gens du Livre) et de fanatisme dogmatique, se faisant un spécialiste de l’horreur infligée au blasphème, l’Islam alla jusqu’à juger pornographique et blasphématoire Les Mille et une nuits, ce par la voix de l’Université al-Azhar du Caire, en 1985. L’on sait par ailleurs que La Ferme des animaux, d’Orwell, est interdite dans nombre de pays musulmans, car leurs principaux personnages sont des porcs. Mais en notre Occident, il faut noter à cet égard que la loi sur le blasphème, qui ne concernait que l’église anglicane, ne fut abolie qu’en 2008 au Royaume-Uni. Qu’elle permet aux Etats-Unis à quelques groupuscules d’éjecter des bibliothèques scolaires de divers Etats des auteurs comme William Faulkner et J.K. Rowling. Cependant l’on se souviendra que Salman Rushdie « fut consterné par le nombre d’hommes politiques travaillistes qui prenaient le train des islamistes[25] », pointant la pusillanimité, voire la soumission d’une partie de la classe politique.

      Or, malgré l’irruption, depuis quelques décennies, de l’Islam sur la scène de l’agressivité contre le blasphème, il ne faut pas omettre l’action sournoise et constante du traditionalisme catholique, dont on trouvera un troublant déroulé dans l’essai de Jean Boulègue : Le Blasphème en procès, 1984-2009[26]. Entre 1984 et 2009, les tribunaux français ont été harcelés par vingt procès, dont deux intentés par les Musulmans, les autres visant des films comme Ave Maria, de Jacques Richard en 1984, dont l’affiche montrait une jeune fille crucifiée les seins nus, qui fut attaquée en justice sous l’égide de Monseigneur Lefebvre et autres associations catholiques traditionnalistes. La dite affiche fut hélas interdite. Des cinéastes, comme Jean-Luc Godard, avec Je vous salue, Marie, Martin Scorsese ou Milos Forman subirent les mêmes avanies. Il faut déplorer alors que l’église et la mosquée aient parfois tendance à marcher la main dans la main pour s’offusquer du corps féminin. Qu’a fait la moitié de l’humanité pour voiler à l’autre ses seins, ses cheveux, ses lèvres, ses yeux, sans compter son esprit ?

 

      Le premier ministre dénonçant « la profanation inacceptable d’un lieu de prière musulman », lors des manifestations d’Ajaccio le 25 décembre 2015, n’a-t-il pas, en omettant d’utiliser le mot « vandalisme », reconnu de fait le délit de blasphème ? Dangereuse dérive qui force à reconnaître le sacré dans l’espace laïque de la République ! De même, lorsque l’on brûle des Corans, il serait bon de n’honorer cet acte que du nom de vandalisme, a fortiori lorsque l’on dépose une hure de sanglier sur une grille de mosquée (à Aubagne en octobre 2015), voire une tranche de jambon devant elle ou dans un rayon halal, les rendant ainsi « haram » selon les préjugés obscurantistes, est-il du rôle des agents de  l’Etat d’engager la moindre poursuite pénale, ce qui serait, de facto, faire entrer dans les mœurs le délit de blasphème ? Alors que l’on ne parle que de vandalisme, quoique dans le silence de l’immense majorité des médias, lorsqu’il s’agit des dizaines d’églises et de cimetières profanés. Au point qu’aujourd’hui, monter un arbre de Noël (oups, un « arbre du solstice », dit le novlangue), exhiber une crèche soit passible de la condamnation morale qui salue le nouvel ordre du blasphème…

      La critique, évidemment blasphématoire, de l’Islam est de l’ordre du péché originel et capital de l’Occident, comme le précise Ibn Warraq : « Alors que les musulmans se sentent libres d’insulter le christianisme, ils atteignent le paroxysme de la rage et de la violence au plus petit reproche fait à l’islam, qui doit être accepté sans critique aussi bien par les musulmans que par les non-musulmans, comme étant la révélation divine, que la structure de la société et la conduite de l’Etat doivent refléter[27] ».

 

      Aujourd’hui, près d’un pays sur deux, parmi notre planète, pénalise encore le blasphème. Et bien sûr ce qui en est le double, l’apostasie, soit le reniement de sa religion, en direction d’une autre ou de l’athéisme. Ce sur tous les continents ; avec une préférence plus marquée en ce qui concerne le Moyen-Orient, l’Afrique sub-saharienne, et jusqu’au Pakistan, c’est-à-dire principalement l’aire arabo-islamique, aire d’un récurrent massacre des innocents. Dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation de la Conférence Islamique tente avec constance d’imposer le concept de « diffamation des religions », piètre euphémisme pour le blasphème,  régulièrement rejeté au nom de la liberté d’expression ; jusqu’en 2009, lorsque le Conseil des Droits de l’Homme le reconnut officiellement ! En Europe, l’Allemagne, la Finlande, le Danemark, voire l’Alsace-Moselle, pénalisent également l’outrage envers la religion, quoiqu’occurrence et jurisprudence soient fort rares. Il est plus que temps que la loi se mette en accord avec les principes et les mœurs issus des Lumières et de Beccaria en particulier.

      En France enfin, l’« incitation à la haine et à la violence en raison de la religion », la « diffamation contre un groupe religieux » peuvent être sanctionnées au regard de la loi. Ce dont témoigne, la condamnation de l’hebdomadaire Valeurs actuelles pour une couverture représentant Marianne, allégorie de la République, voilée comme une musulmane. Ou le chroniqueur Eric Zemmour, condamné en septembre 2015 à 3000 euros d’amende pour provocation à la haine envers les musulmans, pour avoir dit « Ils ont leur code civil, c’est le Coran » et averti du risque de guerre civile. Quoique l’on pense du polémiste controversé, qui ne fait d’ailleurs que constater l’absence de séparation de la mosquée et de l’Etat dans la tradition coranique de la Charia, la France s’honorerait de ne plus pratiquer ces procès d’opinion et de cesser de mêler la loi pénale avec la critique des religions, d’autant que la critique du Christianisme ne souffre pas du même opprobre, loin s’en faut.

      Suite à la condamnation d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff, en Autriche, en première instance et en appel, en 2011, pour « dénigrement de doctrines religieuses » dans le cadre de ses  conférences sur les dangers de l'islam fondamentaliste, le 25 octobre 2018, la Cour européenne des droits de l'homme décréta que les critiques à l'encontre de Mahomet, trop célèbre fondateur de l'islam, étaient constitutives d'une incitation à la haine et ne relevaient pas du droit à la liberté d'expression, légitimant ainsi le code islamique du blasphème afin de « préserver la paix religieuse ».

 

 

      Pourquoi faut-il tolérer le blasphème, jusqu’à le désirer et en faire l’éloge ? Parce qu’il est la condition sine qua non de la liberté de pensée et d’expression, la liberté et le chemin de l’analyse critique. On peut ne ne pas apprécier le lourd mauvais goût de Charlie Hebdo, l’on doit supporter cependant de voir s’étaler ses grossières caricatures de nos convictions parmi les kiosques à journaux, au vu de tous, ainsi que le défend avec verdeur Caroline Fourest dans son Eloge du blasphème[28], à l’usage des « esprits libres menacés par les fanatiques, censurés par les lâches ». Faute de quoi ce serait - si ce n’est déjà le temps - murmurer, de peur d’être entendu, le Requiem de la liberté d’expression[29]. Ce qui doit être puni par la loi, loi strictement civile s’entend, ce sont les actes et non les pensées, aussi bien tues qu’exprimées, le vandalisme et les violences physiques, pas un instant la liberté d’expression et de critique face aux religions, quelles qu’elles soient. De surcroit, la nature religieuse de l’acte délictueux ou criminel ne doit en rien influer sur la décision du juge. Si le blasphème, fût-il haineux, peut susciter une réprobation morale et critique, il est d’abord la preuve d’une vitale liberté de conscience et d’expression, en toute nécessité protégée par le droit naturel et par le législateur. Nous supporterons alors le sac à merde de Dante, en riant, le « Dialogue entre un prêtre et un moribond » de Sade, dans lequel « dieu est une chimère […] et le plus plat de tous les  imposteurs[30] », les caricatures lourdingues de Charlie Hebdo contre un pape cacochyme, les picturales natures mortes faisant l’éloge de ce blasphème goûteux qu’est le jambon, en une saine jouissance libertine et esthétique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992, T II, p 230.

[2] Lévitique, 23, 14, La Sainte Bible, Le Club Français du Livre, 1964, T I, p 341.

[3] Evangile de Jean 7, 8, 7 et 11, La sainte Bible, ibidem, T III, p 3371.

[4] Henri-Charles Léa : Histoire de l’inquisition au moyen-Age, Alcide Picard, 1902, T I, p 266.

[5] François Porché : L’Amour qui ne dit pas son nom, Grasset, et P. Dupré : Dictionnaire des citations, Trévise, 1959, p 190.

[7] Celse : Contre les chrétiens, Sillage, 2014, p 50, 54, 91.

[8] Dante : Divine comédie, Enfer, XVIII, 23-27, Les Libraires Associés, 1965, p 146.

[9] Thomas d’Aquin : Somme théologique, Cerf, 1985, T III, p 101, 905.

[10] Thomas d’Aquin, ibidem, T IV, p 629.

[12] Sören Kierkegaard : Traité du désespoir, Tel Gallimard, 1996, p 493.

[13] Alain Cabantous : Histoire de la nuit, XVII°-XVIII° siècle, Fayard, 2009.

[14] Cesare Beccaria : Des Délits et des peines, Gallimard, Bibliothèque de philosophie, 2015, p 193, 207, 70.

[15] Charles Lamb, cité par Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, L’Âge d’homme, 1999, p 401.

[16] Voltaire : Dictionnaire philosophique, Bry Ainé, 1856, T II, p 75.

[18] Lucien de Samosate : « Eloge de la mouche », Œuvres, Hachette, 1874, T II, p 267.

[19] Alberto Manguel : Le Livre des éloges, L’Escampette, 2007, p 67-68.

[21] Salman Rushdie : Joseph Anton. Une autobiographie, Plon, 2012, p 23.

[22] Coran, sourate 53, versets 19-23, traduction Chouraki, Robert Laffont, 1990.

[23] Salman Rushdie : Les Versets sataniques, Christian Bourgois, 1989, p 108 et 111.

[24] Coran, sourate 33, versets 57-58, sourate 2, verset 104, sourate 9, verset 29, ibidem.

[25] Salman Rushdie : Joseph Anton. Une autobiographie, ibidem, p 157.

[26] Jean Boulègue : Le Blasphème en procès, 1984-2009. L’église et la mosquée contre les libertés, Nova éditions, 2010.

[27] Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, ibidem, p 415.

[28] Caroline Fourest : Eloge du blasphème, Grasset, 2015.

[29] Voir : Requiem pour la liberté d'expression

[30] Sade : Œuvres complètes, Tête de feuilles, 1972, T 14, p 58 et 59.

 

Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, Blaise et Belin-Leprieur, 1825.

Photo : T. Guinhut.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:50

 

Anse du Martray, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du  fanatisme morbide islamiste :

 

de L’Etat islamique de Samuel Laurent

 

aux Instants soufis d’Abdelwhab Meddeb,

 

en passant par le Coran,

 

la Bible et Thomas d’Aquin.

 

 

 

Samuel Laurent : L’Etat islamique, Points Seuil, 192 p, 6,50 €.

Abdelwahab Meddeb : Instants soufis, Albin Michel, 200 p, 15 €.

 

 

 

      Quelques Cassandres nous étions, depuis des années, en annonçant l’arrivée sur le sol occidental, européen et français, de la nuit et du sang, de la charia et de la tyrannie, en un mot de la barbarie islamiste. Après l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, des Juifs de l’Hypercasher, il y a moins d’un an, les cent-trente morts et autres trois cents cinquante blessés de six fusillades concertées entre Le Bataclan, le Grand Stade de France et quelques terrasses de café, nous n’exprimerons aujourd’hui pas le moindre triomphalisme de mauvais aloi pour avoir eu raison. Ni encore la moindre vanité de prétendre à une parfaite expertise. Depuis la révolution iranienne de l’Ayatollah Khomeyni, depuis le 11 septembre 2001 des deux tours newyorkaises, depuis l’attentat de la gare de Madrid qui changea le cours des élections espagnoles, depuis le tueur Merah, depuis plus précisément encore 2004 et la publication de Les Islamistes sont déjà là[1], une  messe noire avait été dite. Nous n’avons pas voulu la voir, telles les autruches de l’adage, croyant l’écarter, contribuant au contraire ainsi à l’accueillir, faute d’avoir prévu de la contrer. D’où vient donc cette barbarie prétendument aveugle du Califat islamique, comment en analyser le fanatisme mortifère ? Quelle part de responsabilité ont nos gouvernements et divers Etats, mais surtout l’Islam et son livre, le Coran, que l’on ne comparera qu’avec précaution avec la Bible

 

Une aveugle contribution

    Le plus souvent, nous sommes aveugles, sourds et muets, sans compter nos mains liées par nos propres soins, devant le terrorisme islamiste, qu’il s’agisse de ses armées du Califat islamiste entre Irak et Syrie, ses bandes armées entre Mali, Nigéria, Yémen et Pakistan, de ses porte-ceintures d’explosifs sur à peu près tous les continents, de ses plus simples couteaux encore anonymes et autres hypothèses opérationnelles venues de leur imagination morbide sans limites. Ainsi, bien moins prémunie qu’Israël, la France se surprend à vivre en une soirée ce que vivent chaque jour et savent le plus souvent éviter les habitants de la seule réelle démocratie libérale du Moyen-Orient.

      N’avons-nous pas contribué, par faiblesse et angélisme, un « angélisme exterminateur », pour reprendre le titre d’Alain-Gérard Slama[2], à faire entrer les loups dans la bergerie ? Une immigration non sélective, un appel d’air à coup d’aides sociales, des frontières plus poreuses que le conduit d’un aspirateur, des livraisons d’armes françaises aux « rebelles syriens », en fait des islamistes à des degrés divers, des relations diplomatiques et commerciales avec le Qatar et l’Arabie Saoudite à qui nous vendons des armes et qui financent l’Etat islamique, au point de penser qu’achetés, nous nous plions à leurs exigences, des aveuglements à la limite de la complicité lorsque la Maire de Paris remit la médaille de la ville à Mahmoud Abbas, Président de l’Organisation de Libération de la Palestine et chef terroriste notoire, lorsque nos Présidents honorent de visites et de réceptions les potentats arabes, une mansuétude inouïe envers les banlieues où pullulent les zones de « non-droit », donc de racaille-charia-délinquance-criminalité, les mosquées aux prêches salafistes et wahabbistes, tous lieux où la police craint de pénétrer pour ne pas y démanteler les réseaux pré-terroristes, pour ne pas y déterrer les caches d’armes (alors que seuls les bons citoyens n’ont pas droit à ce port d’arme qui pourrait assurer leur légitime défense), une absence de volonté d’éradiquer les prières de rues, les drapeaux de l’Etat islamique dans les manifestations pro-palestiniennes, les voiles et la menace sanitaire et religieuse du halal, une absence de volonté de surveillance réelle d’expulsion radicale et de mise sous écrou des propagandistes, impétrants et forcenés de l’islamisme (au moins 5000 terroristes potentiels fichés), une armée dispersée sur trop de théâtres extérieurs et qui n’a guère les moyens de nous protéger, voici les termes d’un tacite contrat qui a cru acheter notre sécurité et qui, en toute logique, la compromet gravement. Semblerait-il que l’on se réveille de ce sommeil enchanté ? À moins qu’avertis de la probabilité de ces attentats, et de noms de jihadistes, par diverses sources israélienne, turque, algérienne, syrienne, jusqu’au nom d’Omar Ismaïl Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, les services de renseignements français aient gravement failli ; à moins que, comme l’avancent d’horribles soupçons à quoi il faut peut-être se garder d’accorder crédit, le gouvernement ait sciemment attendu l’attentat pour reprendre la main de la puissance, par l’état d’urgence, et de la popularité, certes provisoire, en un cynisme plus que machiavélien, quoiqu'un certain nombre d'attentats aient pu être déjoués…

La Forteresse du l’Etat islamique

     Ainsi l’Etat islamiste (le mot Etat étant employé par euphémisme pour dissimuler sa vocation de Califat) n’est qu’un nid de fanatiques. Ce que confirme avec un brin d’ironie noire Samuel Laurent qui, dans son essai-enquête, commence par interroger « les fans du califat », dont le but proclamé sans fard est d’ « appliquer la Charia sur un territoire toujours plus vaste ». On saura tout, ou presque, sur les financements, les filières, l’hégémonie en projet à l’encontre des nations voisines, la menace envers le Liban et Israël, en lisant L’Etat islamique, enquête pourtant fort risquée de ce consultant international qui a su infiltrer les rangs et les territoires infestés de terroristes. Ces derniers, quoique surarmés de tanks et d’armes lourdes, mais éparpillés, sont, du moins leurs stratèges en chef, difficilement repérables, n’utilisant aucun moyen de communications modernes, bougeant imprévisiblement, ce qui explique pourquoi les frappes aériennes, fussent-elles internationales, ne pourront se passer de renseignement au sol. De plus, il ne faut pas se leurrer, sans troupes au sol, pour appuyer l’admirable travail des Kurdes (qui, notons-le, ont bien des femmes pas le moins du monde enfoulardées dans leurs rangs guerriers défensifs), il est à craindre que nos initiatives soient peine perdue. Samuel Laurent se montre également réaliste sur un point crucial : nous avons « de sinistres alliés comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui déploient un réseau tentaculaire au sein de nos banlieues et de la communauté musulmane. Depuis des années, et en toute impunité ! »

 

De la responsabilité des Etats

    Reste que si la responsabilité d’un prophète, des textes coraniques et de la Charia, n’obère pas un instant la responsabilité individuelle de celui qui n’a jamais usé (ou l’a abandonné) de son libre-arbitre, la responsabilité des Etats où règne à des degrés divers l’Islam, religion officielle, mais sans autorité hiérarchisée (au contraire du Christianisme) est également à pointer, là où l’on ne peut construire d’église, où se révéler athée peut être suivi par la peine de mort, comme au Maroc. Cependant, y compris en ces pays, l’Islam n’est pas toujours monolithique :  il est parfois travaillé par l’interprétation qui tente de contextualiser les propos violents et rétrogrades du Coran pour s’en éloigner ; démarche impie qu’exècre Daesh, cet acronyme qui est un euphémisme pour éviter de dire Califat islamique.

      Outre la responsabilité de l’idéologie religieuse, des Etats, et celle individuelle, il ne faut pas omettre un instant que l’Occident a parfois bien contribué à sa propre perte. Les Etats-Unis ont armé les islamistes afghans contre les Soviétiques, ont renversé Saddam Hussein en désœuvrant l’armée irakienne dont les anciens cadres et soldats nourrissent le Califat islamique (quoique l’invasion américaine du Japon et de l’Allemagne n’ait pas fait d’eux des pays revanchards et criminels, au contraire). L’incapacité et le sectarisme du gouvernement irakien chiite ont provoqué par réaction la floraison du Califat. La France elle-même a contribué à renverser Khadafi, laissant place à un chaos qui retentit jusqu’au Mali. En guise de mea culpa, il faut noter que l’auteur de ces lignes pensait lors de l’éradication de Saddam Hussein qu’il était toujours bon d’abattre un dictateur, ce en quoi il se trompait lourdement. Même si c’est se brouiller la vue que de croire que l’Islam du Califat n’était sans cela en gestation depuis au moins la fondation des Frères musulmans en 1928. C’est avec naïveté que nous avons arrosé d’argent et d’armes les « printemps arabes » et les « rebelles syriens », sans compter l’orgueil masqué sous cet altruisme, venu d’une fort excessive repentance des anciens colonisateurs. C’est avec retard que nous acceptons d’un peu moins tordre le nez devant un Bachar Al-Assad, certes abject, devant un Poutine, certes autocrate pas toujours recommandable, alors que ce dernier, nolens volens européen, a non seulement les moyens, mais la volonté de contribuer à l’éradication, si possible, du Califat islamique.

 

Archéologie des islamistes français

     Il est loisible également de battre sa coulpe lorsqu’une immigration pléthorique, venue de l’aire islamique, ne sait ni ne veut séparer, parmi les réfugiés de guerre et les migrants économiques, l’aspirant aux libertés de l’aspirant à l’Eurabia, agent d’une invasion idéologique pourtant annoncée et du terrorisme, sans que l’on sache assez s’interroger sur la nécessité de l’identité occidentale en tant qu’elle puise ses sources aux racines judéo-chrétiennes et des Lumières[3]. Et de se reprocher que depuis des décennies, sans que l’on ait le courage d’agir pour ne pas provoquer d’ « incidents » en heurtant la susceptibilité des minorités et pour racler le vote musulman, le sol des banlieues belges, anglaises, et françaises (ad libitum) soit truffé de poches de Charia et de caches d’armes ; cette « guerre secrète » des tapis de prière, des foulards et de la police religieuse, qu’au terme d’une minutieuse enquête courageuse, avaient en 2004 au grand jour dévoilé Christophe Deloire et Christophe Dubois, dans leur livre Les Islamistes sont déjà là[4]. Si l’on sait que l’argent n’a pas d’odeur, celui du pétrole de la péninsule arabique, lorsqu’il achète club de football, palace ou grand magasin parisiens, empeste l’hydre islamiste… Que n’a-t-on agi raisonnablement en France ? Le réquisitoire doit être peu complaisant, depuis que notre pays a donné refuge à l’ayatollah Khomeyni qui fit ensuite de l’Iran une République islamique jusqu’aux enfants de l’immigration que nous n’avons su ou pu intégrer dans une culture libérale, et dont un nombre non négligeable fournit nos terroristes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

      Cependant, selon un rapport publié par le Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam, tous les radicalisés ne viennent ni des mosquées ni de familles religieuses. Du moins si l’on se réfère aux signalements, car les familles musulmanes ne sont guère enclines à de telles initiatives. Quelques-uns (quand ce rapport idéologiquement orienté croit voir là le plus grand nombre) de ces jeunes gens viennent de classes moyennes, voire bien éduquées, athées, et se sont relevés d’états dépressifs en s’identifiant au mythe du chevalier héroïque véhiculé par des propagandistes et recruteurs islamistes fort au fait du contenu des Hadiths et du Coran, et qui savent s’inspirer des jeux vidéo de combat. On ne doute pas qu’une rhétorique particulièrement efficace permette de transmuer l’adolescent dans une mythologie compensatoire : celle du djihad, rythmée par le rap beur et par le ronflement des kalachnikovs, bien plus excitante qu’un emploi de chômeur sur les bancs de l’école ou du Kebab, sans parler de la disponibilité des captives sexuelles…

 

Culture de mort et martyrologie

      Une culture de mort s’attaque à la vie. Pourquoi ? Parce que, soumis à l’influence des masses vitupérant, celui qui a la naïveté, la faiblesse psychologique et intellectuelle, de croire à un paradis éternel peuplé de soixante-douze vierges sans cesse disponibles au macho, se glorifie, en prétendu martyr, de tuer des innocents, n’accorde guère de prix à la vie.

      Nietzsche, l’affirmait : « Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute[5] ».

      À la seule réserve que le martyr chrétien n’est pas un tueur, il n’est qu’une victime, le plus souvent paisible, du cirque romain ou de ses opposants farouches ; même si les Chrétiens ont fait bien des martyrs parmi les hérétiques à leur foi. Au contraire, le martyr de l’Islam est un assassin de victimes qui n’ont que le tort de ne pas partager sa foi, ou de ne pas l’observer avec le fanatisme requis. En effet, selon Thomas d’Aquin, philosophe chrétien du XIIIème siècle, si « le martyre est un acte de vertu […] il consiste à supporter comme il se doit des souffrances infligées injustement […] Donc le martyre est un acte de patience plus que de force.[6] » En ce sens, indubitablement, la martyrologie ne concerne que les victimes des attentats, en particulier ces Chrétiens du Moyen-Orient éradiqués dans l’indifférence quasi-générale[7]

      Le culte de la mort, équivalent au « Viva la muerte ! » des phalanges franquistes de sinistre mémoire, est évidement de la part de l’islamiste un choix éthique, que l’on ne peut lire que comme un renversement des valeurs, au lieu de célébrer, conserver et magnifier la vie. On voit bien les Palestiniens de Gaza envoyer leurs enfants mener l’intifada, la guerre des pierres, au-devant de la police israélienne, espérant pouvoir exhiber à la presse et à la face de la culpabilité complice occidentale, le cadavre d’un enfant, alors que le ventre de leurs femmes est une usine à martyrs et combattants enrégimentés, surabreuvés de propagande depuis le berceau. Cette « morbidité présuicidaire » n’est pas qu’ « une lassitude, camouflée, camouflée par le voile de la religion, à l’égard du monde et de la vie[8] », elle est un sens de la vie (en fait un non-sens), une eschatologie, une jouissance apocalyptique. Au point que l’on ait pu recenser 27000 attaques causées par l’islamisme depuis le 11 septembre 2001[9] ! En ce sens, il est difficile de décider si les psychopathes désœuvrés sont attirés par l’islamisme ou si l’islamisme ne fait pas que les formater, mais les suscite avec jubilation…

      L’on nous dit qu’il s’agit de déséquilibrés. Certes, s’il s’en glisse çà et là quelques-uns, c’est que comme des mouches attirés par la viande avariée, ils se collent aux occasions et grandes justifications collectives de lâcher la bride à leurs pulsions violentes et meurtrières. Prenons garde à ne pas oublier que la plupart des terroristes islamistes commencent leur initiation dans la délinquance (comme Staline ou les terroristes rouges de la bande à Baader qui ont d’abord œuvré dans l’attaque à main armée). Ils baignent dans « le mouv », une fraternité perverse qui est un mode de vie tout à fait « cool », dont le sommet devient l’orgasme du doigt qui commande le meurtre, dont l’acmé sadomasochiste est une explosion paradisiaque. Mais il faudrait également et surtout prendre garde que l’Islam est un équilibre, en lequel l’impétrant et le professionnel trouvent leur équilibre moral, leur foi et leur loi. Certes, il s’agit d’un équilibre conceptuel simpliste, mais en cela rassurant, dans lequel un manichéisme rigoureux sépare le bien et le mal, le dar es salam (territoire de la paix islamique) et le dar el darb (territoire de la guerre contre les infidèles). De plus une jouissance noire anime le corps, les mains et le visage du terroriste en action, surtout drogué au Captagon (cet euphorisant qui offre une sensation d’invincibilité), le plus souvent jeune, comme une décharge sexuelle, plus reproductible et plus durable, à la merci de celui qui se veut Ange exterminateur en éprouvant un sentiment de toute puissance totalitaire. Ce pourquoi faire appel à un Islam modéré, à une réforme théologique humaniste, serait inopérant contre de tels meurtriers. Qui plus est fort stimulés par un jeu de combat comme Assassin’s Creed, d’ailleurs en partie inspiré par ces « assassins » au nom d’Allah animés par la secte des « Haschischins » (une communauté chiite ismaélienne du XIème siècle), dont on lira le stupéfiant tableau romanesque mis en scène par le Slovène Vladimir Bartol dans  son roman : Alamut.

L'Alcoran de Mahomet, Edition Du Ryer, Arkstée & Merkus, 1775.

 

L’Islam et la morbidité de sa source coranique

      Nous n’avons voulu percevoir les islamistes que comme de rares fondamentalistes qui ne respecteraient pas le message de l’Islam, cette religion de « paix et d’amour », comme la taqiya (la dissimulation) et la propagande pro-tolérance le prétendent. C’est hélas méconnaître le message parfaitement clair de la parole d’Allah révélée à son prophète et à ses millions de zélotes, dans son livre saint (et abondamment confirmé par les Hadiths) rempli jusqu’à la gueule d’exhortations, d’interdits et d’appels aux meurtres : « Si vous rencontrez les infidèles, combattez-les jusqu’à ce que vous ayez fait un grand carnage ; chargez de chaines les captifs[10] », ordonne la Sourate XLVII, sans oublier bien sûr les captives…

      Ne nous voilons pas la face (image choisie à dessein), l’Islam est l’islamisme ; l’islamisme est l’Islam. Si tous les Musulmans ne sont pas des islamistes, c’est parce qu’en déshérence ils laissent les commandements coraniques qui sont contraires aux droits de l’homme et de la femme ; et parce que de nombreux courants ont traversé cette tradition religieuse et théocratique, parfois plus prudemment. Et tant mieux s’ils s’approchent de ce qui serait, quoiqu’hélas fort minoritaire, un Islam des Lumières, qui appellerait sur ces attentats et cette stratégie dissimulée de conquête une triple condamnation, éthique, juridique et religieuse ; au contraire de ce livre qui, de sa naissance à nos jours, voire pour longtemps, reste intrinsèquement incompatible avec la démocratie libérale[11]. Ce que confirme, sans la moindre ambiguïté, Al-Mawardi (974-1058), considéré comme l’un des meilleurs théoriciens politiques de l’Islam : « Dieu ne dissocie donc pas la rectitude de la religion de la bonne direction de l’Etat et du bon gouvernement des sujets. »[12] Pendant ce temps, presqu’autant que la bande de Gaza, nos banlieues regorgent de réjouissances, de cris antisémites, en apprenant le succès de ce carnage de « Céfrans »…

      L’on exhibe pour se dédouaner le début du fameux verset 32 de la sourate V du Coran : « Tuer un homme c’est comme tuer toute l’humanité ». Mais ne nous cachons pas qu’il est immédiatement suivi, en ce même verset 32 et au verset 33, par : « Mais voici, après cela, il est sur terre, un grand nombre de transgresseurs. Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses Envoyés, semant sur terre la violence, auront pour salaire d'être tués ou crucifiés[13] ». Si l’on imagine qu’il ne s’agit que d’un effet de traduction, il est permis de consulter, outre cette dernière de Chouraki, celle de Du Ryer, en 1775 : « la punition de ceux qui contrarient à la volonté de Dieu, à celle de son Prophète, et font leurs efforts pour salir la terre, est d'être tués, pendus, d'avoir le pied droit et la main gauche, ou la main droite et le pied gauche coupés, et d'être exterminés de dessus la terre ». Et pour ajouter un des nombreux versets qui ordonnent le meurtre, lisons la Sourate VIII, verset 12, traduction Chouraki : « Je jetterai au cœur des effaceurs la panique. Frappez sur les nuques ! Frappez toutes les phalanges ! » Sans omettre la Sourate IV, « Sur les femmes », verset 34, traduction Chouraki : « Les hommes ont autorité sur les femmes […] Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les ». Moralité : débarrassez le Coran de tous les versets contraires aux droits de l'homme et de la femme. Ce qu’un nombre pas tout à fait négligeable d’humanistes de confession musulmane réclament d’ailleurs, comme Nasser Khader, ancien membre du parlement danois, et chercheur d’origine syrienne au Hudson Institute de Washington.

 

Violence coranique et biblique, même combat ?

      Certes, toutes les religions, y compris les plus paisibles dans leurs textes sacrés, peuvent permettre d’armer des bras au service d’abominations ; on a vu des Bouddhistes devenir meurtriers. Mais le Christianisme ne le fait qu’en contradiction avec ses principes, de l’origine à Vatican II. Ce scandale théologique et éthique a été relevé avec brio par le philosophe Jacques Ellul : « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Eglise ait donné naissance à une société, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? […] on a accusé le Christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges, qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine […] Ce n’est pas du tout le même phénomène qu’entre les écrits de Marx et la Russie des goulags ni entre le Coran et les pratiques fanatiques de l’Islam. Ce n’est pas le même phénomène parce que dans ces deux derniers cas on peut certes trouver la racine de la déviation dans le texte même[14] ».

      En 1795, l’orientaliste français Volney, parmi les pages de son essai, Les Ruines, dans lequel il méditait sur le caractère éphémère des empires, et militait pour la tolérance religieuse, en digne représentant des Lumières, faisait se confronter les sectateurs des religions concurrentes en leurs prétentions et leurs ridicules. S’il n’épargnait pas le Christianisme, il était justement féroce contre les contradictions de l’Islam : « jeûner le jour (et manger de nuit), donner l’aumône de son bien (et ravir celui d’autrui) : tels sont les moyens de perfection institués par Mahomet, tels sont les cris de ralliement de ses fidèles croyants. Quiconque n’y répond pas est un réprouvé, frappé d’anathème, et dévoué au glaive. Un Dieu clément, auteur de la vie, a donné ces lois d’oppression et de meurtre ; il les a faites pour tout l’univers, quoiqu’il ne les ait révélées qu’à un homme[15] ».

      Certes le Christianisme n’a pas toujours été tendre envers ses hérétiques, tels les quinze mille morts lors des trois siècles de l’Inquisition, principalement espagnole ; pourtant une broutille (qui reste impardonnable) devant l’incommensurable nombre des infidèles oubliés parmi les sables de quatorze siècles de conquêtes musulmanes… Outre les guerres de religions, fratricides entre protestants et catholiques, là encore impardonnables, le reproche récurrent est associé aux croisades (certes plus qu’indélicates lorsque leurs soudards pillèrent Constantinople), ce péché capital aux yeux des islamistes, quoique l’équité réclame de considérer qu’il ne s’agissait que de reconquérir ce qu’avaient soumis à leur tyrannie sanglante les armées musulmanes…

Gustave Doré (1832-1883) : Moïse et les tables de la loi.

 

      C’est alors que l’on rétorquera que la Bible est aussi violente que le Coran. Comparaison n’est pas raison. Le second est censé être incréé, émanation ne varietur de la parole divine directement transfusée à son prophète et à son livre, destiné à être répété, récité et observé, rarement interprété, quand la première est bien plus rare en exhortations criminelles et n’est que rarement parole prophétique, comme lorsque Moïse rapporte le « Tu ne tueras point » du mont Sinaï. La Bible est écrite par des dizaines de bouches et de mains humaines, récit essentiellement historique, quoique mythographique, psaumes et cantiques… Elle génère, surtout autour de la Thora, une intense tradition d’interprétation. Aussi, lorsque nous lisons dans le Deutéronome : « Vous exterminerez tous les peuples que le Seigneur votre Dieu vous doit livrer » (traduction Le Maistre de Sacy) ou « Tu dévoreras donc tous ces peuples que Yahvé ton Dieu, sans les prendre en pitié et sans servir leurs dieux : car tu y serais pris au piège[16] » (traduction Gazelles, Ecole Biblique de Jérusalem), l’on peut y lire une abjection criminelle autant qu’une stratégie digne de Machiavel, mais, puisqu’ici Moïse ne parle plus en prophète mais en chef de peuple, un précepte à contextualiser historiquement. Lorsqu’il parle en prophète, dans le Lévitique, hélas il ordonne la mort de l’homme adultère, de celui « qui couche avec un homme comme on couche avec une femme », du « nécromant ou devin[17] », sans oublier que la liste des animaux impurs y est décidément surréaliste ! Dans L’Exode, qui « profanera le sabbat, devra être mis à mort[18] ». Voilà bien des siècles heureux que de tels châtiments ne sont plus appliqués, par Juifs et Chrétiens, perméables à l’évolution des mœurs et des libertés (hors quelques rares nostalgiques d’une orthodoxie digne des Zélotes), y compris en Israël, pays laïque de la Thora. Quant au Nouveau Testament, une seule occurrence meurtrière est à relever, chez Saint Luc 19 11 27 : « Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu de moi pour roi, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence.[19] » Il faut alors prendre garde que ce n’est là qu’une parole rapportée, celle d’ « un homme de haute naissance », par le Christ, au sein d’une parabole, celle des « Mines » (ou des « Talents » et du « Prétendant à la royauté » chez les autres évangélistes en cette matière bien plus bienveillants) qui n’a aucune valeur prescriptive et qui n’est destinée qu’à une méditation sur la rétribution et la justice… En un ensemble de quatre Evangiles qui ne sont à l’égard des hommes et des femmes que paroles d’amour, de paix et de pardon, cette citation qu’il ne faut ni tronquer ni éviter de contextualiser, est plus qu’isolée !

      En conséquence, au contraire de l’Islam qui est une religion fondamentalement politique, si le Christianisme s’est aventuré parmi l’espace du pouvoir politique au cours de son histoire, ce fut au pris d’une contradiction flagrante avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, telle que l’ordonne le Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu[20] ». Rien là de fanatique, n’est-il pas vrai ?

Entre wahhabisme et soufisme

      Pire encore, c’est au XVIIIème siècle que Mohammad ibn Abd al-Wahhâb mit au point sa doctrine, que son frère Souleyman dénonça dans Les foudres divines réfutant le wahhabisme. En effet même les musulmans rigoristes réprouvent le wahhabisme, conspué comme hérétique, puisqu’il érige en dogme le pillage et la razzia (certes pratiqués en abondance par le Prophète en personne en son VIIème siècle), puisqu’il va jusqu’à détruire les traces de la civilisation islamique (tombeaux et mosquées par exemple), sans parler évidemment des autres civilisations. L’Arabie Saoudite tire son nom des Saouds, la tribu qui accueillit Mohammad ibn Abd al-Wahhâb. Hélas, à cause du concours des pétrodollars (d’ailleurs venus de l’alliance commerciale pétrole contre protection entre les Etats-Unis les Saoudiens, via l’Aramco) et des imams saoudiens, c’est ce wahhabisme exterminateur, ainsi que le salafisme et les Frères musulmans, eux plutôt qataris et Egyptiens, désireux de revenir à la pureté originelle de l’Islam et de lutter contre l’occidentalisation, qui essaiment à travers le Califat islamique et ses séides armés jusque dans notre Occident. Au risque d’être en contradiction avec le Coran même, puisque ce dernier prohibe le suicide, donc les attentats au moyen de ceintures d’explosifs. Qu’importe, puisqu’en 1985, le leader spirituel des Chiites du Hezbollah lève l’interdit sur le suicide pour les combattants. Toutes raisons pour laquelle un certain nombre d’Etats et de Musulmans exècrent le Califat islamique, ce qui ne les empêche pas de soutenir avec ferveur un Islam prétendument modéré…

      C’est alors oublier qu’il existe des Instants soufis, pour reprendre le titre d’Abdelwahab Meddeb. « Instants » car ceux qui pratiquent le soufisme ne sont qu’un petit pour cent de l’Islam. Là, pas grand-chose de fanatique. On sera stupéfait d’apprendre qu’il y eut des femmes au sommet de cette spiritualité, des saintes, comme, au VIIIème siècle, Râbi’a. « Le soufi est celui qui a été ravi par Dieu », mais dans le cadre d’une « universalité [qui] est une vertu cardinale » et de « la reconnaissance de l’autre ». Jésus est considéré comme un modèle, en cette « société ouverte », en rien misogyne, où la connaissance de toutes les religions est encouragée, comme la pratiqua le philosophe et mystique andalou Ibn ‘Arabî (1115-1240), qui, amoureux de Nizâm, en fit la « figure d’amour », représentant « le Dieu Un ». Ainsi l’on déguste les « fruits divins », à la portée du lecteur de l’encyclopédie du soufisme titrée La Parure des saints. Comme de juste, cette ascèse sublime, animée par un « code chevaleresque », est soutenue par une intense poésie, celle de Niffarî, de Rumî, ou celle dont témoigne le vaste conte du Cantique des oiseaux d’Attâr[21], jusqu’au sommet d’une esthétique de l’extase.

      À moins qu’Abdelwahab Meddeb, bien conscient par ailleurs que les germes du terrorisme sont dans les textes fondateurs de l’Islam, se laisse emporter par son enthousiasme, il faut admettre qu’il a su rendre un bel hommage, aussi limpide qu’érudit, à cette estimable spiritualité qu’est le soufisme, clairement en contradiction avec l’Islam aussi bien courant que fondamentaliste. Il suffit de songer qu’en 2012, les fanatiques islamistes ont incendié en Tunisie, le mausolée de Sayyida Mannoubia, vénérable soufie. En effet, au contraire de la « Sourate sur les femmes » du Coran, violemment sexiste, Ibn ‘Arabî écrit en son poème : « Les femmes sont inséparables des hommes / dans le monde des esprits et des corps / […] Si tu observes le ciel et la terre / tu distingues les deux sans hiérarchiser.[22] »

      Ainsi, nous saurons ne pas faire de l’entièreté de l’Islam une abomination, ne pas « faire de l’arabité une maladie honteuse », selon la formule judicieuse de Malik Bezouh qui se livre à un examen documenté, hélas à peu près uniquement à charge, contre les « préjugés » accumulés parmi l’Histoire française à l’encontre de l’Arabe, dans son essai France-Islam. Le choc des préjugés[23], essai qui n’est tout de même pas indigne d’être médité.

      Hélas, le terroriste, wahhabiste ou salafiste, d’Al-Qaïda ou d’Al-Nosra, n’est que la partie émergée de l’iceberg d’un Islam qui vise, au moyen de la taqiya, à s’installer durablement au point d’imposer ses mœurs, aux dépens des mœurs locales et des principes de la République et de la démocratie libérale. La guerre lointaine au-delà de la Méditerranée, la guérilla dans les banlieues (alors que le mot « banlieue », vient du lieu du ban, soit de la loi) ne sont que le fer de la lance du jihad, quoiqu’ils puissent être compris comme une erreur parce qu’ils contreviennent à la stratégie de dissimulation d’un Islam qui ne veut que s’étendre sans trop effrayer ceux qui deviennent ses dhimmis obligés, en son territoire de paix et de soumission…

 

      Au-delà des grotesques objurgations au « Padamalgam », et au « Pas faire le jeu du Front National », le devoir de quête de vérité (dans la mesure où elle est à la portée de nos modestes moyens) s’impose. Devoir de vérité rétrospective lorsque nous savons combien la France et bien d’autres Etats occidentaux ont péché par laxisme sur leur propre territoire, tout en contribuant à la croissance de l’Etat islamique, diplomatiquement, militairement et financièrement ; devoir de vérité théologique en lisant les textes et l’histoire de l’Islam ; devoir de résolution et d’action pour protéger notre présent et notre futur. Il faudra plus qu’un Hercule veillant au communautarisme musulman pour vaincre l’hydre aux mille têtes et aux millions de serpents souterrains de l’islamisme de par le monde, plus qu’un James Bond (mythes d’ailleurs fort voisins), plus qu’un porte-avion, fût-il nommé « Charles de Gaulle ». Que faire ? Cesser tout commerce, toute relation diplomatique avec les pays coupables d’indulgence et de financements (au premier chef l’Arabie Saoudite, voire la Turquie d’Erdogan) pour le Califat islamique. Faire converger les forces militaires des démocraties, d’Israël (dont l’expertise est grande en ce domaine), de la Russie, des Etats-Unis, y compris de la dictature de Bashar al Assad, filtrer avec la plus grande rigueur l’immigration venue de l’aire et de l’idéologie coraniques, envisager peut-être une remigration, rétablir le droit et le respect des libertés individuelles dans les « territoires perdus de la République[24] ». Restaurer enfin l’humanité dans sa dignité, du moins tendre vers ce but seul envisageable devant le miroir que doit tendre à chacun un juste individualisme agnostique autant qu’une théologie humaniste…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, Albin Michel 2004.

[2] Alain-Gérard Slama : L’Angélisme exterminateur, Grasset, 1993.

[4] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, ibidem.

[5] Friedrich Nietzsche : L’Antéchrist, 53.

[6] Thomas d’Aquin : Somme Théologique, II, 124, Cerf, 1985, t III, p 744, 745, 746.

[8] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Libella Maren Sell, 2008, p 186.

[9] Voir : thereligionofpeace.com

[10] Coran, sourate XLVII, verset 4, traduction Savary, Garnier, 1958, p 481.

[12] Al-Mawardi : De l’éthique du prince et du gouvernement de l’Etat, Les Belles Lettres, 2015, p 360.

[13] Coran, Sourate V, versets 32 et 33, traduction Chouraki, Robert Laffont, 1990.

[14] Jacques Ellul : La Subversion du Christianisme, Seuil, 1984, p 9.

[15] C. F. Volney : Les Ruines, ou méditation sur les ruines des empires, Parmentier, 1826, p 115.

[16] Deutéronome, 7-16.

[17] Lévitique, 20-10,13,27.

[18] Exode, 31-15.

[19] Saint Luc, 11-27.

[20] Saint Luc, 20-25.

[22] Cité par Abdelwahab Meddeb, p 152, 153.

[23] Malik Bezouh : France-Islam. Le choc des préjugés. Notre histoire des croisades à nos jours, Plon, 2015.

[24] Les Territoires perdus de la République, sous la direction d’Emmanuel Brenner, Mille et une nuits, 2002.

 

 

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 18:41

 

Sevilla. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Christianophobie et désir de barbarie :

 

Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde.

 

 

 

 

Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde.

Sous la direction de Jean-Michel di Falco, Timothy Radcliffe, Andrea Riccardi,

XO Editions, 814 p, 24,90 €.

 

 

 

        Si l’on pense au célébrissime Livre noir du communisme[1] et à ses cent millions de morts, une lecture malavisée de ce nouveau titre pourrait laisser penser à un semblable réquisitoire à l’encontre des Chrétiens coupables de millions d’exactions. Pourtant, non ; aux rebours de bien des préjugés, au rebours d’une islamophobie bien plus stigmatisée qu’une plus sanglante christianophobie, ce sont eux les victimes des nouvelles bêtes de l’apocalypse en notre contemporain planétaire. Il s’agit bien du Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde ; quoique l’on eût pu, pour les trois quart de ce volume fort de ses huit cents vastes pages exhaustivement documentées, l’appeler Livre noir de l’Islam. Là où la pulsion de mort et le désir de barbarie sont pour beaucoup d'êtres humains une positivité du mal...

 

        Voici un monstre livre, une caisse noire, insoulevable par la seule compassion, de dossiers destinée au tribunal divin -s’il existe-, plus exactement à celui de la conscience de l’humanité entière, autant que de chacun de nous. Car si nous avons dit ailleurs « Pourquoi nous ne sommes pas religieux[2] », cela ne doit en rien empêcher de prendre fait et cause pour des victimes innocentes de par le monde. Les Chrétiens en effet sont aujourd’hui les premiers visés (même si leur grand nombre contribue à statistiquement expliquer cela) : 150 à 200 millions d’entre eux sont persécutés, quand 75% des violences religieuses les visent directement. Entre Syrie et Irak, le christianisme, qu’il soit nazaréen ou catholique, est en voie de disparition, Bible et croix sont rigoureusement proscrites, la crucifixion n’est plus un souvenir pittoresque de l’empire romain, n’est plus un objet de contemplation muséal et de méditation ecclésiale… Pourtant nous ne consentirons pas à illustrer cet article avec ces photos de charniers qui circulent avec raison sur le net…

      Savions-nous qu’en Inde, au Sri-Lanka ou en Birmanie, les nationalismes hindouistes et bouddhistes exercent des exactions contre les minorités paisibles : le pogrom anti-chrétien d’Orissa, en Inde, a fait 500 morts en 2008 et 50 000 sans-abris. Décidemment, il ne faut faire confiance à aucune religion, fut-elle aussi sage et méditative que le bouddhisme ! Certes, l’homme sait s’emparer de toutes les confessions pour jouir avec voracité de son pouvoir de violence, sait dénaturer et trahir leurs textes fondateurs, comme les Chrétiens eux-mêmes ont pu bafouer le message des Evangiles en fondant l’Inquisition, en brûlant les sorcières, en abattant les idoles païennes, et contribuer au génocide de nombre d’Indiens d’Amérique[3]. Ce qui ne doit entraîner aucune vengeance contre des innocents, si abondamment paisibles, la croix contre la poitrine.

      Savions-nous qu’en Chine, Corée du Nord, Vietnam et Cuba, ces délicieux paradis communistes, les intimidations, les persécutions, les emprisonnements guettent les Chrétiens ? La foi totalitaire et matérialiste ne supporte pas qu’une foi concurrente l’ignore et la dépasse, ne serait-ce qu’en sa dimension spirituelle et philosophique. Ainsi, les camps de travaux forcés de Corée du Nord recrutent et exécutent qui ne sacrifie pas au culte du leader rouge : « Posséder une Bible peut valoir le camp d’internement, voire l’exécution capitale ».

       Savions-nous qu’en Amérique latine, continent le plus christianisé, prêtres et pasteurs sont assassinés lorsqu’ils s’engagent contre la corruption et le narcotrafic ?

         Savions-nous que la distribution géographique de la répression anti-chrétienne est un nouvel archipel de la honte ? Le plus vaste, le plus terrible va du Maroc à l’Indonésie, de l’Iran au Nigéria et au Centrafrique, en passant par l’affreux Pakistan nanti d’une glorieuse loi contre le blasphème : l’aire arabo-musulmane est gangrénée par les tracasseries quotidiennes contre ceux qui doivent se résoudre à pratiquer leur culte et leurs vertus en secret, par les mouvements islamistes radicaux à l’affut du crime à commettre avec gourmandise contre l’infidèle. Là où charia et fanatisme livrent un combat manichéen : « Djihad versus McWorld[4] »

      Nous connaissons tous Boko Haram (signifiant « livres impurs ») qui, au Nigéria, est responsable de 3000 morts et vend des esclaves sexuelles.  Un autre exemple : il y a 25 ans, l’Irak comptait un million et demi de Chrétiens ; ils ne sont plus que 150 000. Songeons également que les Musulmans ahmadis, non reconnus comme Musulmans, souffrent également de répressions. Au point qu’une « éminence grise des Frères musulmans […] défend également l’idée que l’assassinat et la crucifixion sont des réponses appropriées face au crime que constitue le fait de quitter l’Islam pour une autre religion ».

        Et si l’on en est pas à ce point en Europe et en France, il suffit de parcourir les entrefilets des journaux pour y découvrir de nombreuses exactions contre des cimetières, des églises, profanés, voire pillées pour alimenter on ne sait quelles caisses…

       On estime alors que 80 % des persécutions religieuses dans le monde sont perpétrées contre des Chrétiens ; sinon ils sont Baha’is, animistes, et de toutes les confessions selon les régimes politiques et les pays qui ne tolèrent pas le libre-arbitre. Car « la liberté religieuse est un droit orphelin », selon la formule de Caroline Cox…

         Toutes « choses sur les persécutions, qu’il ne parait pas prudent de raconter ici pour n’offenser personne », dit le Pape François, cité par Jean-Michel di Falco. Quand dénoncer le crime n’est pas une offense, n’est-ce pas une façon trop chrétienne de tendre l’autre joue ? Cette « guerre globale », y compris contre femmes et enfants, ne voit guère se lever la main de la justice, dont la force est la vertu nécessaire, pour résister aux injures sanglantes.

 Chretiens-livre-noir.jpg

         À la barre des témoins, sous les espèces du réquisitoire, ce sont huit cents pages affolantes et encyclopédiques pour un ouvrage de référence qui a demandé deux ans de travail, soixante-dix contributeurs, forts de leurs soixante-dix témoignages et reportages, sans compter leurs analyses judicieuses ; trois directeurs d’ouvrage, l’un évêque et conseiller culturel (Jean-Michel di Falco Léandri), l’autre dominicain et enseignant dans le monde entier (Timothy Radcliffe), le troisième historien des religions (Andrea Riccardi). Ils sont dix-sept nationalités d’historiens, de journalistes, de dignitaires religieux, qu’il s’agisse du grand rabbin de France Haïm Korsia ou du recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Houbrou… Ce qui montre bien que l’Islam reste parfois capable d’enfanter des défenseurs de l’humanité et de la tolérance ; si nous ne nous risquons pas à le qualifier de taqiya, c’est-à-dire cette dissimulation et hypocrisie, qui est une catégorie juridique musulmane, prescrite par la charia…

        Une seule réserve face à cet imposant, émouvant et tragique ouvrage qui invite à la paix : trop souvent les auteurs, comme le mantra d’un cliché obligé, incriminent « la mondialisation ». C’est sans compter, grâce à cette dernière, le développement des échanges, des activités économiques, l’amélioration générale des conditions de vies des hommes et des femmes, sauf là où les tyrannies politiques et religieuses sont un frein considérable aux libertés commerciales, entrepreneuroriales, aux libertés de pensée et de conscience…

        Ne faut-il pas ouvrir les yeux sur ce martyr généralisé, pire que ceux figurés par l’imagerie de l’empire romain ? Car l’ « agneau du Seigneur [est] mené à l’abattoir ». Coptes ou Nazaréens, l’Egypte et la Syrie visent leur disparition, comme le monde arabe en sa plus grande part vise à désintégrer Israël. La Turquie, elle-même, à force d’ostracisme, a fini, ou à peu près, par effacer la poussière des pas chrétiens de son territoire. Cet « équivalent religieux de la purification ethnique » est commis « dans une quasi-indifférence » de nos médias et de nos politiciens.

        Force est de constater que la litanie sur les droits de l’homme ne mentionne guère ceux des Chrétiens ostracisés, pillés, exilés, massacrés. Que le génocide oublié du Sud-Soudan, que le fameux génocide arménien perpétré par le Turcs au début du XX° siècle ne sont que très rarement associés à une guerre de religion perpétrée par l’Islam, y compris contre les cultes animistes. Que les femmes chrétiennes sont trop souvent « violées, humiliées, lapidées », y compris des religieuses, rappelle une judicieuse féministe : Lucetta Scaraffia… À force d’associer abusivement le Christianisme à la répression physique et morale, on ne veut pas percevoir combien il est bafoué, immolé de par le monde. On monte en épingle la pédophilie réelle de quelques prêtres, et l’on ferme les yeux sur la forêt de glaive qui éventre les Chrétiens…

         Pourtant, y compris au Maghreb (où seule la Tunisie promulgue, en sa récente constitution, la liberté de conscience) les conversions au christianisme sont loin d’être rares ; sans compter la montée de l’athéisme. C’est ainsi qu’une spiritualité plus humaine et humaniste prend la place d’une religion si souvent régressive, tyrannique et barbare.

 

Gerlos, Zillertal, Österreich. Photo : T. Guinhut.

 

        En ce frénétique désir universel de barbarie, d’où vient cette radicalisation de jeunes occidentaux tentés par la terreur djihadiste ? Jeunes gens souvent banals, souvent dépressifs, aux profils psychologiques instables, venus très majoritairement de familles athées, qui trouvent soudain une vocation, une certitude, et surtout l’intensité de testostérone qui leur manquait. Soumission extatique au groupe, à une religion aux ambitions planétaires, servitude volontaire au service de la force, adhésion enthousiaste au leader, quête de sens et de reconnaissance, récupération des racailles délinquantes que la pression fiscale et le droit du travail contraignent à écarter de ce dernier, diabolisation de l’Occident perçu comme dominateur, instrumentalisation du ressentiment et de la haine, manipulation des impétrants via internet et les réseaux sociaux, propagande au service des convertis, manichéisme radical, tout cela impose une force de succion qui avale l’individu sans pensée, ni valeurs propres -au sens des Lumières-, comme le firent en leur temps (mais encore aujourd’hui) le marxisme et le communisme. S’y ajoutent, pèle-mêle, le mythe du chevalier héroïque, venu de Saladin, au service d’une cause transcendante et d’une eschatologie, la solution à la haine de soi, la réalisation concrète du jeu vidéo de guerre, la griserie de l’aventure exotique et du combat viril, l’assomption extatique de l’immolation, le sentiment de toute puissance lorsque meurt par soi et devant soi le réprouvé, Juif, Chrétien, apostat, infidèle…

        De plus, la constante anthropologique du mal et de la violence, cette pulsion de mort sur soi et sur autrui, enfouie à divers degrés en chacun de nous, n’attend que l’occasion pour se manifester et prospérer. Qu’il s’agisse de l’aubaine nazie ou communiste, de l’aubaine islamique, une idéologie de la force pour ses servants et chevaliers s’acoquine à celle d’une catégorie humaine à mépriser, déshumaniser, détruire, démembre, décapiter : Juifs, bourgeois, Juifs encore une fois et Chrétiens. Tout ceci étayé par des théories du complot s’appuyant sur Les Protocoles des sages de Sion -un faux avéré- et sur la satanisation de l’autre.

 

        Hélas, le sectarisme de la laïcité à la française s’exerce au premier chef à l’égard du christianisme. Certes il ne va pas jusqu’au martyr, mais un certain ostracisme l’écarte du droit de cité, au point que ses vertus morales, éducatives, soient ignorées, méprisées, au bénéfice d’une autre religion plus conquérante, rigoureusement intolérante, finalement terrifiante ; pour cette raison même tolérée, voire caressée dans le sens du poil par l’institution et les élus.

        Ainsi, en France, voire en Occident, quoique nous puissions en toute liberté et rationalité ne pas être religieux, du moins jusqu’à nouvel ordre, rejeter et reléguer le christianisme, en tant que rituel et spiritualité, est non seulement contreproductif, mais dangereux. Il ne s’agit pas un instant de revenir aux temps du catholicisme triomphant et arrogant, ni d’omettre le risque de fondamentalisme que peut receler l’adhésion à une religion. Mais d’avoir, comme Jean-Michel di Falco, cette conscience : « Dès lors qu’une religion se trouve en situation de pouvoir et d’hégémonie, la tentation pour elle est d’imposer sa vision à tous. Ce n’est pas le message de l’Evangile. » Ni du Judaïsme. D’où la position humaniste et supérieure de ces théologies et philosophies. Ne faut-il pas, en particulier dans l’éducation, ménager au Christianisme une dignité, dont ses valeurs de paix doivent être les garants, face à cet islamisme prédateur et totalitaire, contre lequel nous sommes loin de prendre les mesures qui s’imposent : réduction drastique de son immigration si elle est envenimée par la christianophobie, de son prosélytisme, de ses quartiers de charia, de sa délinquance, de son machisme… Pourquoi faisons-nous l’autruche, la tête dans le sable du désert relativiste ? Pourquoi tardons-nous à réagir ? Par angélisme communautariste, par culpabilité postcoloniale, par électoralisme, par peur inavouée de celui qui devient le plus fort, de l’omelette que l’on ne fera pas sans casser des œufs, avant que toute les poules juives, chrétiennes et laïques soient décapitées ? Sans compter les Musulmans innocents et respectueux de la démocratie libérale qui seront des victimes collatérales ? Tableau excessif, perspective alarmiste, nous direz-vous, probablement avec raison. Pourtant c’est déjà le cas entre l’Euphrate et le Tigre, là où le mythe biblique plaçait l’Eden…

     Christianophobie et judéophobie, qui ne reposent que sur une haine irrationnelle, puisque les arguments qui les justifient sont à peu près inexistants, s’opposent, de par le désir de barbarie avérée, assumée, d’une grande part de l’Islam, à l’islamophobie[5], qui n’est que très peu meurtrière alors qu’elle repose sur une peur rationnelle d’un Islam génocidaire… Ce qui ne signifie pourtant pas qu’il faille être musulmanophobe, car ce serait, par une excessive généralisation, reprocher à des individus innocents les crimes de certains de leur corréligionnaires.

 

        La vertu du Livre noir des Chrétiens dans le monde touchera-t-elle suffisamment de lecteurs ? Sera-t-elle l’occasion d’une nouveau devoir de mémoire, y compris du présent, comme le devraient être les crimes du communisme à l’égal de ceux du nazisme ? Certainement il faut apprendre à ne pas reprocher au Christianisme les crimes de quelques-uns de ses pères, au demeurant à la fois trop et assez peu nombreux au regard de l’Histoire, face aux quatorze siècles de jihad, dont notre aujourd’hui, et peut-être notre futur, deviennent une redoutable acmé. Nous aimerions tant que l’on écoute, plutôt que la torride pulsation du désir de barbarie et de sang, le cri d’alarme pour une civilisation en péril que nous livre Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde. Mais aussi, pour reprendre le titre du texte de Jean-Arnold de Clermont, ce « Plaidoyer pour un œcuménisme de paix »… 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Collectif : Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, 1997.

[4] Benjamin R. Barber : Djihad versus McWorld, Desclée de Brouwer, 1996.

[5] Voir : Sommes-nous islamophobes ?

 

Casere / Kasern, Trentino-Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 17:12

 

Temple bouddhique de Panillo, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Pourquoi nous ne sommes pas religieux.

 

Faut-il tolérer l’intolérable ?

 

Brian Leiter, Bertrand Russell et Ibn Warraq.

 

 

Brian Leiter : Pourquoi tolérer la religion ?

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Musquens, Markus Haller, 2014, 240 p, 16 €.

 

Bertrand Russell : La Mariage et la morale. Suivi de Pourquoi je ne suis pas chrétien,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Gabriel Beauroy et Guy Le Clech,

Les Belles Lettres, 2014, 296 p, 14,90 €.

 

Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman,

traduit de l’anglais (Etats-Unis), L'Âge d'homme, 1999, 440 p, 25,36 €.

 

 

 

 

        Les religions méritent-elles d’aller en enfer ? Jusqu’où faut-il tolérer l’intolérable ? Y compris s’il vient d’une religion… Qu’il vienne d’un dieu ou des hommes, d’une autorité prétendument suprahumaine ou étatique, il n’est pas pour autant dispensé de se taire devant les droits et les dignités de l’humanité. Ainsi, chacun à leur manière, trois auteurs, essayistes et philosophes, posent des conditions à la tolérance face aux religions, vont jusqu’à les refuser, non sans réfuter leurs fictions, momeries, fumisteries, supercheries et tyrannies. Brian Leiter propose une prudente et presque décisive « investigation philosophique et juridique » avec Pourquoi tolérer la religion ? Bertrand Russell précisait avec fermeté polémique Pourquoi je ne suis pas chrétien, avant qu’Ibn Warraq, avec Pourquoi je ne suis pas musulman, ouvre le bal de son réquisitoire torrentiel et néanmoins informé.

 

      Faut-il être plus tolérant envers les croyances religieuses qu’envers toutes les autres croyances et pratiques de nos sociétés ? Telle est la problématique fouillée par Brian Leiter, philosophe et juriste de l’Université de Chicago. En d’autres termes, respect à priori ou gestion rationnelle ? Lorsque « l’hyper-religiosité » américaine interdirait aux consciences de voter pour un Président athée, lorsque la charia se substitue aux mœurs républicaines, y compris dans des poches grandissantes du monde occidental, faut-il affecter la tolérance vertueuse ou poser les limites nécessaires à l’exercice des libertés ?

      Les religions, sans aucune exception, sont évidemment des fictions. Dont la fonction étiologique et leurs causalités rassurantes n’ont pas reculé autant qu’on aurait pu le supposer devant les avancées scientifiques et la hausse de l’espérance de vie. Imaginant des entités métaphysiques improbables à l’origine des mondes et des vies, leur multiplicité incohérente et leurs intolérances réciproques, invalident forcément leur prétendue universalité.  Chacune, non contente d’occuper le ciel et les consciences, d’y séparer de manière manichéenne le Paradis et l’Enfer, prétend attribuer à ses fidèles, ses officiants et dignitaires un pouvoir temporel plus ou moins absolutiste, s’alliant de plus avec des gouvernants animés des intentions les plus tyranniques. Ce pourquoi la séparation de l’église et de l’état, la laïcité, se doivent de poser des limites aux religions, limites sans lesquelles les libertés ne sont plus en sécurité.

        Brian Leiter avoue en tête de son ouvrage être parvenu à des « conclusions plus favorables à la croyance religieuse » qu’il le pensait en initiant son « investigation », qui s’appuie sur l’auteur de la Théorie de la justice, John Rawls et sur John Stuart Mill et son De la liberté. Un Sikh peut-il garder son couteau à l’école, quand un garçon de la campagne ne peut pas ? C’est ainsi que notre essayiste pose le problème. Seul le premier aura gain de cause car sa religion le lui prescrit, non point pour en faire usage contre ses camarades. La religion serait donc exemptée de règles communes ? « L’idéal moral de tolérance », issu de Voltaire et des Lumières,   justifie la liberté religieuse. À moins qu’un Etat tolérant puisse être « soit religieux, soit antireligieux ».

 

Voltaire : Mélanges, Oeuvres, IV, 1764. Photo : T. Guinhut.

 

       La liberté de croyance et de conscience est constitutionnelle dans les démocraties libérales. Elle garantit un « espace privé », ce qui est un « fondement utilitariste de la tolérance », en même temps qu’une prémisse de la recherche de la vérité, voire de la vérité morale. Or, « nous voulons identifier la religion de telle sorte que nous puissions voir pourquoi elle a quelques obligations morales, et éventuellement légale, à être traitée différemment ». Cependant, elle est foi et non raison, quand la raison a failli à répondre à nos questions, quand la foi est une voie (et une identité) plus sûre, plus facile et plus péremptoire que les complexités de la quête de la raison ; au point d’amener ses thuriféraires à une obéissance aveugle, à des actes fanatiques et meurtriers… Qu’en est-il donc des « croyances qui ont pour conséquence probables (mais non certaines) ou qui impliquent des actes portant atteinte à la liberté », ce qui vaut pour bien des religions, et au premier chef l’Islam ? Un discours qui est un danger imminent, comportant « des prescriptions catégoriques odieuses », peut-il être réprimé ?

        C’est alors que l’essai de Brian Leiter, théorique et rigoureux, peut sembler manquer de brio ; il n’en est pas moins une précieuse réflexion, là où l’individu est à la charnière de l’Etat et des religions. Si les religions ne violent en rien le principe de « non nuisance » (c’est la formule de John Stuart Mill), elles ont selon Brian Leiter, droit de cité (dans les deux sens du terme). Sinon, il conviendra d’établir des gardes fous au terme de la loi des démocraties libérales. Si la foi chrétienne (au mépris du message d’amour et de charité du Christ) permet de harceler des homosexuels, d’attaquer des écoles pour leur enseignement des sciences et de Darwin, quoiqu’elle ait pu résister contre le nazisme ou l’apartheid, elle n’est blâmable que pour ne pas respecter l’éthique pacifique de son maître à penser : le Christ.

        Quel « droit de la liberté religieuse dans une société religieuse » ? se demande Brian Leiter. L’Etat doit protéger la liberté de conscience, mais pas au point de « constitutionnaliser un droit à la désobéissance civile », qui risque d’outrepasser celle de Thoreau[1]. En ce domaine les religions ne peuvent avoir plus de droits que les militants végétaliens de la « libération animale », ou anticapitalistes, qui, armés de leurs convictions plus ou moins rationnelles et justifiables, intentent des actions délinquantes et destructrices. « Les exemptions de lois généralement applicables pour des motifs de conscience qui n’imposent pas de fardeau aux autres » ne paraissent pas devoir poser problème. Quoique l’Etat ne doive pas « faire passer les revendications de conscience religieux avant ses autres objectifs moraux importants, comme la sécurité, la santé, le bien-être, l’égalité de traitement devant la loi »…

      Est-ce à dire qu’il n’est pas tendre avec la laïcité à la française ? Si l’on doit avec lui  déduire qu’en vertu du fait que le voile ne nuit ni à l’espace public ni à autrui, il demeure licite. Si cet argument est fort solide en apparence, permettant à Brian Leiter de requérir que cette interdiction est « un cas d’intolérance inadmissible » envers l’Islam, il reste que le voile, y compris consenti, quoique le plus souvent tyranniquement imposé, outre qu’il est attentatoire à la dignité de la femme, est l’un des chevaux de Troie de l’Islam et par voie de conséquence de l’islamisme coercitif et assassin (en cela comparable au nazisme -ce que notre essayiste envisage avec trop de prudence- dont les signes ostentatoires sont interdits), même s’il est hors de question de réduire tous les Musulmans au terrorisme. Il ne s’agit pas d’éradiquer des croyances, mais la charia installée aux dépends de la loi républicaine, mais des pratiques concrètement liberticides. Il faut admettre cependant que cette interdiction ne résout pas grand-chose, sans compter qu’elle n’est guère appliquée, faute de la fermeté d’un Etat pusillanime qui devrait de la même façon aller en toute cohérence au bout du raisonnement : interdire le Coran et ses appels au meurtre des impies, fermer les mosquées et les écoles coraniques dont la vocation dépasse la simple prière intime. Tâche épineuse, voire irréalisable, censure insupportable et persécution, protection des libertés ? Est-il sûr que Brian Leiter, en son essai rigoureux et si souvent pertinent, attentif qu’il est aux « Chrétiens réactionnaires » américains, soit assez averti au sujet de l’Islam ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        La brièveté de l’essai du philosophe analytique Bertrand Russel (1872-1970) n’entrave en rien sa force percutante et l’efficacité de son argumentation. Pourquoi je ne suis pas chrétien (1927) peut ne paraître qu’un addenda à une plus large réflexion sur Le Mariage et la morale, mais non content d’en être le corollaire, il en est l’acmé.

         Dès la préface, écrite dans les années cinquante, il « considère sans exception les grandes religions du monde -le bouddhisme, l’hindouisme, le christianisme, l’islam et le communisme- comme fausses et néfastes ». L’ironie est corrosive, imaginant une divinité « se considérant récompensée par l’apparition finale d’Hitler, de Staline et de la bombe H. » De plus, la foi ne peut être ébranlée par une preuve contraire, ce qui l’entraîne à rêver d’un « monde libéré de la brutalité des groupes hostiles » et du fanatisme.

        Pourquoi, avec Bertrand Russell, ne sommes-nous pas chrétiens ? Avec lui, nous récusons les prétendus arguments rationnels de l’existence de Dieu : « cause première », « loi naturelle », « plan » intelligent, « argument moral » et « remède à l’injustice »… « Pensez-vous que si l’on vous accordait l’omnipotence et l’omniscience et des millions d’années pour perfectionner le monde, vous ne pourriez rien créer de mieux que le Ku Klux Klan ou la fascisme ? », modestes exemples auxquels il faudrait ajouter (entre autres) Gengis Khan, Mahomet, Lénine, Staline et Mao…

         Or « ce qui les persuade de croire en Dieu, ce n’est pas du tout un argument intellectuel. La plupart des gens croient en Dieu parce qu’on leur a appris à le faire dès leur petite enfance ». Ce à quoi il faudrait ajouter l’emprise de la « dérive sectaire », qui allie totalitarisme, prosélytisme et persécution[2]. Ce qu’il n’impute guère au Christ, auquel il reconnait plus d’une « excellente maxime », quoiqu’il lui reproche « une doctrine de cruauté » : en « laquelle le feu de l’enfer est la punition des péchés ». Selon Russel, la religion ne pousse pas toujours les gens à la vertu, et « bien des chrétiens se sont signalés par leur extrême méchanceté ». Il poursuit son réquisitoire en montrant « comment les Eglises ont retardé le progrès », en accablant l’indissolubilité du mariage, ce à quoi il pourrait ajouter aujourd’hui le refus de la contraception et de l’avortement… Il conclue avec verdeur en taxant la religion de « conception tirée du vieux despotisme oriental ». Que dirait-il en voyant l’état alarmant de l’Islam ?

      Lorsqu’ensuite Bertrand Russel demande : La religion a-t-elle contribué à la civilisation ? », un plus que rien de mauvaise foi l’emporte. C’est faire fi des cathédrales et des bibliothèques abbatiales, de l’art chrétien, du libre-arbitre selon Saint-Thomas d’Aquin, de l’éclosion de l’athéisme qui est le corollaire du doute du Christ sur la croix, du pardon toujours possible, de la séparation de l’église et de l’Etat… Si notre philosophe expert en « fumisterie intellectuelle[3] », pèche parfois par son talent polémique à l’emporte-pièce, il fait cependant preuve, sans la moindre langue de bois, d’une rafraichissante et vigoureuse argumentation en faveur de la liberté et de la paix des mœurs.

        En dépit du pacifisme du Christ, il faut à son égard rester méfiant. Tonnant contre ceux qui ne sont pas avec lui, il leur assure bien les flammes et la damnation éternelle. Mais cela, ce n’est après la mort, nous direz-vous ; certes, mais la tentation peut être grande pour ses affidés d’étendre ce châtiment avant le passage en l’autre monde et d’user de la folie de Dieu par la main vengeresse des hommes sur d’autres hommes, ce dont témoignèrent l’inquisition, les guerres de religions ou le procès assassin du Chevalier de la Barre, dénoncé par Voltaire au XVIIIème. Le dieu de l’Ancien Testament est quant à lui plus explicitement vengeur, risquant alors d’offrir un exemple de comportement à ses sujets ; ce que souligne Peter Sloterdijk : « les premiers portraits de Yahvé, le Seigneur d’Israël, sont tissés d’anthropomorphismes (ou plutôt d’anthropopsychismes) manifestes. Tout lecteur de la Bible a pu se convaincre du fait que le Dieu de l’Exode unit encore les traits d’un démon climatique théâtral à ceux d’un warlord mugissant et qui ne se maîtrise pas. » Cependant, on a pu interpréter, après le Déluge, l’apparition de l’arc-en-ciel comme « un symbole de tolérance important pour les deux parties, qui doit exprimer sa volonté qu’un tel acte de destruction ne se répète jamais[4] ». Comme lorsque les Erinyes de la mythologie grecque, ces déesses infernales de la vengeance qui poursuivent le crime, deviennent les Bienveillantes, envisageant le pardon.

        « En admettant que Dieu ne soit pas mort, est-ce trop demander à ses fidèles que de mettre un peu d’eau relativiste dans leur vin d’absolu ? », souligne le préfacier de Brian Leiter, Pierre Brunet. Hélas, la religion la moins capable de diluer son absolutisme, de par la nature de ses textes fondateurs, aussi bien que par le comportement intolérant et meurtrier de nombre de ses zélotes, est bien l’Islam. Ne faut-il pas imaginer, du fait de ce statut d’exception, de penser une exception dans la tolérance universelle et naïve ? Avec la méfiance suivante : l’Etat n’est pas forcément le mieux placé pour être justement intolérant...

 

Valle de Casies, Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

      La différence entre le Christianisme et l’Islam est fondamentale. Si les Juifs ont abandonné la virulence des Zélotes qui s’appuyait sur celle du dieu vengeur de la Bible, quoique plus que tempérée par le « Tu ne tueras point » de Moïse, le premier, dans ses textes fondateurs des Evangiles, n’ordonne pas l’ombre d’une violence, sépare l’Eglise de l’Etat (« Il faut rendre à César ce qui est à César ») et pardonne à la femme adultère en déniant au pécheur le droit de châtier, a fortiori jusqu’à la mort. En revanche, l’Islam, en son Coran, ordonne : « Les hommes ont autorité sur les femmes » […] « celles dont vous craignez la religion, reléguez les dans les dortoirs, battez-les » ; quant à celles « qui sont perverses » […] faites-les demeurer dans les maisons  jusqu’à ce que la mort les enlève[5] ». De même, il ordonne la décapitation des infidèles : « Quand vous rencontrez des effaceurs [du sentier d’Allah] frappez-les à la nuque, jusqu’à les abattre ». Il est à noter que ce sont sourates et versets de Médine, les plus chargés en djihad, qui abrogent ceux de la Mecque, antérieurs, s’ils viennent les contredire. Sans compter l’incohérence du livre, comme le trop fameux « Nulle contrainte en créance[6] », (ou en religion), vite contredit par l’injonction à tuer les apostats : « Allah ne pardonne pas aux effaceurs qui se détournent du chemin d’Allah et meurent en effaceurs[7] ».

 

       L’écrivain et poète contemporain Abdelwahad Meddeb[8] compare l’intégrisme de l’Islam à deux autres « maladies » : l’intolérance pour le catholicisme, le nazisme pour l’Allemagne. Passons sur des proportions certainement discutables. Il impute à la crispation historique de l’Islam la pulsion totalitaire qui irrigue le wahhabisme, le salafisme, les Frères musulmans, Al Qaïda, et autres fanatismes islamiques, mais aussi la généralisation excessive de l’accès à la lettre du livre saint à des incultes d’abord inquiets de leur jouissance du pouvoir et du sadisme, sans compter le ressentiment contre la réussite occidentale. Mais c’est un peu rapidement oublier la tradition modelée par leur prophète : guerre de conquête et massacre, pillage, esclavage et infiltration par la dissimulation. Abdelwahad Meddeb veut pourtant conclure son essai sur une note d’espoir, en citant un récent ministre de l’Education nationale tunisien, Mohamed Charfi : « l’enseignement dans les pays arabo-islamique […] a besoin d’être expurgé de tous les propos contraires aux droits de l’homme et aux fondements de l’Etat moderne[9] ». Il s’appuie également sur les versets semblables à « Nulle contrainte en créance », comme « Que celui qui le veut croie et que celui qui le veut reste incrédule[10] », ce qui, selon les uns, est invalidé par la suite, « Nous avons allumé des brasiers chez les méchants », ou, selon des commentateurs comme Râzî, devrait suspendre la notion de djihad. Vœu pieux ?

        Certes, nous l’avons dit, tout fidèle, et surtout détenteur du pouvoir, d’une religion, peut s’emparer de son drapeau pour commettre des abominations, ainsi firent le Ku Klux Klan en lynchant des hommes noirs, l’Eglise catholique en armant l’inquisition. Cependant, le Chrétien le fait en conspuant le message du Christ, quand le Musulman le fait en suivant à la lettre la vérité[11] indiscutable de son prophète : « le croyant ne doit pas avoir de repos tant qu’il vit dans un système politique non islamique ; sa vie ne prend de sens que si elle est consacrée à faire tomber la puissance étrangère dominante. » Ainsi Peter Sloterdijk explicite-t-il le « petit djihad », ce combat guerrier opposé et complémentaire au « grand jihad » qui, lui, est intérieur. Avant de conclure : «  Leurs actes peuvent bien être répugnants, leurs citations sont sans erreurs[12]. » Il s’agit évidemment d’erreurs philologiques et non morales…

        Il y a une religion tolérable, et une autre intolérable, à moins qu’elle observe la modération au point de récuser ses horreurs, au point d’être compatible avec la démocratie libérale issue des Lumières. Car « Allah est semblable au lion par la violence », relève Pietro Citati, qui, avec pertinence, range l’Islam parmi « les grands mythes dans l’histoire du monde[13] ». Il faudrait alors pratiquer sur le Coran une opération chirurgicale douloureuse et cependant indispensable, en effectuant l’ablation de tous les versets violemment sexistes et précisément guerriers à l’égard des infidèles, des apostats, du blasphème. Extraction d’une involution cancéreuse, amputation de deux membres, ou lobotomie du cœur et du système nerveux complets ? Sans oublier les hadiths et leur obsession du djihad, les fatwas, leur justice faite de châtiments corporels blessants et mortels, ainsi que les obligations connexes, quoiqu’elles ne soient pas toujours fondées sur le Coran : voile, excision…

 

 

          Pour ne pas, en cette critique sans fard, nous taxer d’ethnocentrisme, il n’est pas inutile d’aller voir du côté d’un intellectuel américain natif de l’aire arabo-musulmane (en l’occurrence du Pakistan) : Ibn Warraq. Loin d’être une creuse diatribe, son Pourquoi je ne suis pas Musulman, est un festival d’argumentations aussi précises qu’imparables. Bertrand Russell aurait jubilé. Préfacé par Talisma Nasrin, dont la féminité et l’intellect eurent à souffrir de l’Islam, cet essai encyclopédique semble né à l’occasion de l’affaire Rushdie[14], à laquelle il consacre son premier chapitre : une sorte de boutefeu du réquisitoire au rang du grand art. Car tout est bois sec pour l’incendie conceptuel qui s’empare des pages aussi vives que rigoureuses d’Ibn Warracq. Les origines de l’Islam, qui s’extrait avec peine des religions précédentes, dont le mazdéisme, qui pilla outrageusement la Bible, le goût du surnaturel échevelé digne des Mille et une nuits, quand Mahomet fait son ascension au paradis, les crimes de ce dernier qui pratiqua « l’assassinat politique » et le « massacre des Juifs », les sources plus que discutables du texte sacré, biaisé par ses « versets sataniques », détruites par ses sectateurs avec la mort du prophète[15], les « erreurs historiques » du Coran, la « nature totalitaire » du message, la séparation fratricide entre Chiites et Sunnites, l’incompatibilité avec les droits de l’homme, avec la démocratie et la tolérance, la « peur irrationnelle et injustifiée de l’Occident », le « colonialisme islamique », le « racisme arabe », le statut infamant des Juifs et des chrétiens, dhimmis ou morts, la révérence envers la soumission et la servitude, la négation de toutes les religions qui ne sont pas du livre, la haine absolue et assassine des apostats et des athées, le mythe de l’âge d’or andalou, parmi quatorze siècles et trois continents de tyrannie (et bientôt plus, si l’on n'y prend garde), l’irréfragable infériorité de la femme, voilée, lapidée, vendue, la propagation de l’esclavage, les grotesques « tabous : vin, porcs et homosexualité », la superstitieuse, antiscientifique et antihygiénique séparation entre halal et haram, sans oublier à l’occasion du dernier chapitre, le sommet de l’abomination, ou la bassesse de la prosternation, comme vous voudrez, la faiblesse de l’Occident devant l’Islam et sa « trahison des intellectuels ». Car Les Islamistes sont déjà là, rivalisant de « fascisme vert », s’il faut en croire le livre de deux Christophe[16] qui ont réalisé en France une édifiante « enquête sur une guerre secrète ». N’en jetez plus, la cour est pleine d’ordures qui empuantissent l’humanité…

 

 

        Aucun des points du réquisitoire d’Ibn Warracq n’est jeté au hasard : la connaissance des textes et de l’Histoire est validée par des notes, une bibliographie impressionnante. Et pourtant, « la civilisation islamique est souvent parvenue au sommet de sa splendeur malgré l’Islam 1 et l’Islam 2, et non pas grâce à eux », le 1 étant le Coran, le 2 les hadiths et la charia, le 3 étant « ce que les musulmans réalisent, c’est-à-dire la civilisation islamique », et, à son meilleur, la philosophie, l’art et la littérature.

        Il faut dire que, « sans complaisance » aucune pour son sujet, l’essayiste, reprenant à l’épigraphe Renan (« Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre »), s’appuie et avec perspicacité sur des philosophes du libéralisme politique et économique, garants des valeurs universelles de liberté individuelle : John Stuart Mill et Friedrich A. Hayek.

 

        Si nous ne sommes pas religieux, et ce par l’exercice de la raison et de la liberté, nous tolérerons et respecterons les religions paisibles, qui, tout au moins pour cette qualité, et de plus pour leur dimension de spiritualité et de savoir théologique, voire leur nécessité de transcendance, permettent de mériter que nous puissions être religieux. Ainsi Milton usa en 1644 de l’argument théologique pour défendre la liberté de la presse : « Nombreux sont ceux qui blâment la divine Providence d’avoir toléré la transgression d’Adam : bavardages d’insensés ! quand Dieu lui donna la raison, il lui donna la liberté du choix, sinon il n’eût été qu’un Adam artificiel comme on en voit aux marionnettes[17]. » A contrario, et en vertu de la légitime défense des libertés, nous devrons ne pas tolérer l’intolérable des religions tyranniques, auxquelles il faudra bien poser un mors à leurs sanglantes dents. Faut-il se demander si Giovanni di Modenna, peintre de l’Enfer en San Petronio de Bologne, qui vit en 2014 sa fresque menacée d’être détruite par les Musulmans, a eu raison d’y placer un Mahomet, dont l’âme est dépecée du corps par un diable ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Anne Fournier et Michel Monroy : La Dérive sectaire, PUF, 1999.

[4] Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette Pluriel, p 110 et 111.

[5] Le Coran, traduction André Chouraki, Robert Laffont, 1990, IV, 34 et 15.

[6] Le Coran, ibidem, II, 256.

[7] Le Coran, ibidem, XVVII, 35.

[8] Abdelwahad Medded : La Maladie de l’Islam, Seuil, 2002.

[9] Abdelwahad Medded : ibidem, p 219.

[10] Le Coran, XVIII, 28-29 ; Chouraqui : « Qui le décide, qu’il adhère ! Qui le décide, qu’il efface ! »

[12] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Maren Sell, 2008, p 96.

[13] Pietro Citati : La Lumière de la nuit. Les grands mythes dans l’histoire du monde, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

[15] Ce que l’on retrouve dans le livre de l’historien Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

[16] Christophe Deloire, Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là, Albin Michel, 2004.

[17] John Milton : Areopagitica pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier-Montaigne, 1956, p 163.

 

Santo Domingo de la Calzada, La Rioja. Photo : T. Guinhut.

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Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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