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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 10:30

 

Sevilla, Andalucia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme,

suivis d’un éloge du polythéisme.

Jean Robin, Olivier Hanne, Maurizio Bettini.

 

 

Jean Robin : Le Livre noir du catholicisme, Tatamis, 360 p, 20 €.

Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme, L’Homme Nouveau, 426 p, 23,50 €.

Maurizio Bettini : Eloge du polythéisme,

traduit de l’italien par Vinciane Pirenne-Delforge, Les Belles Lettres, 216 p, 14 €.

 

 

 

 

 

      « Tu ne tueras point », ordonnent les tables de la Loi mosaïque. Pourtant le Décalogue est suivi du « Code de l’Alliance », dans lequel la peine de mort peut s’appliquer, par exemple : « Qui traite indignement son père ou sa mère devra être mis à mort[1] ». Et bien que le Christ ait dit « Aime ton prochain comme toi-même[2] », le catholicisme se rendra gravement coupable de mille et un meurtres au cours de son histoire. Il faut alors, à la suite du Livre noir du communisme, ouvrir Jean Robin : Le Livre noir du catholicisme, farouche réquisitoire exact, mais brouillon. Ce pourquoi il faut le confronter avec l’essai d’Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme, plaidoyer plus indulgent en faveur de ce monothéisme. Or Maurizio Bettini trouve préférable de faire l’Eloge du polythéisme. Et, si nous ne sommes pas religieux[3], nous ne serons pas loin de préférer cette possibilité.

 

      Notre intérêt et notre déception sont tout aussi grands alors que nous ouvrons Le Livre noir du catholicisme. Jean Robin liste d’abondance les plus et moins célèbres crimes et forfaits de cette institution religieuse. En cela il fait œuvre documentaire utile, ouvrant imparablement les yeux à qui n’aurait pas voulu le savoir ou le croire : l’histoire du catholicisme est jonchée de cadavres, d’enfants violés, de persécutions contre les Juifs et les hérétiques de tous poils, ad libitum.

      On se rend cependant très vite compte que faute d’avoir écrit un essai, construit et argumenté, il nous livre un fatras de copié-collé, de citations, certes bien attribuées à leurs auteurs, dans un ordre pour le moins erratique. Ce serait une micro-encyclopédie, mais sans ordre alphabétique ; ce serait une Histoire, mais sans ordre chronologique. L'option thématique a prévalu, soit.

      Commençons, pourquoi pas, par la « Persécution des scientifiques », avec Bruno, Bacon, Galilée, les premiers brûlés vifs en 1293 et 1600 (quoique eux aussi rangés en dépit de la chronologie). Continuons par les Protestants persécutés, puis par les Juifs, jusqu’à la Shoah, ensuite par les athées, les païens et les dissidents catholiques, les Cathares, en passant par l’Inquisition. Ainsi soit-il. Mais non sans que l’on ait bifurqué par le Congo belge et le Mexique contemporain. S’ensuit une énumération de la pléthore de prêtres pédophiles aux quatre coins de la planète ; on rétrocède par Jeanne d’Arc ; on bifurque par l’Enfer des bibliothèques ; on zigzague du « prêtre nazi » à l’Opus Dei. Nous voilà accablés par une énumération d’une quarantaine de « papes ignobles », qui s’achève par la « soumission à l’Islam », lorsque le Pape Jean-Paul II « embrasse le Coran ». Cette dernière notation pourrait paraître ici hors de propos, mais, si l’on sait combien le livre du prophète est farci d’injonctions meurtrières, en particulier dans la sourate « Le butin », on comprendra en quoi il s’agit bien d’ignominie papale…

      Allons jusqu’au plus réjouissant « financement des bordels par l’église », avant de stigmatiser de manière discutable les croisades, mais de manière plus judicieuse les « collaborations avec les communistes », les conquistadores, pour enfin (ou presque) s’offrir deux nouvelles énumérations, entre « dictateurs catholiques du XX° siècle » et « Pire rois et reines catholiques ». Et terminons avec Jean-Marie Le Pen, sans qu’il soit très clairement établi ce qu’il fait là, faute de préciser explicitement que ses provocations haineuses viennent de qui se prétend catholique, à moins que l’on considère que sa présence en ce livre suffise pour le signifier. L’Abbé Pierre et son soutien au négationniste Jean Garaudy en prend pour son grade, alors que l’icône créatrice d’Emmaüs attribuait au peuple juif d’Israël une « vocation génocidaire » ! Il est à craindre que devant de tels catholiques les confessionnaux doivent se changer en bouches d’égout…

      Pour prendre quelques significatifs exemples au hasard, savions-nous qu’en 1415, le pape Bénédicte XIII interdit l’étude du Talmud et impose les sermons chrétiens dans les synagogues ? Que le pape Clément XIII fit mettre à l’index l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ? Qu’environ un million de sorcières furent brûlées au cours du Moyen Âge ?

      Mais pour reprendre un fil historique plus cohérent, on apprend que la naissance du Christianisme ne se fit pas sans résistance. Et que dès que le pouvoir bascula de son côté, les résistances du paganisme et des cultes romains furent brutalement punies, peu à peu éradiquées sans le moindre remord. C’est bien le drame d’un monothéisme sûr de soi. Et si le catholicisme paraît aujourd’hui beaucoup plus apaisé, ayant perdu beaucoup de son influence, n’oublions pas que la certitude de la vérité révélée peut conduire, en passant par l’intolérance, aux pires exactions…

      Si l’on réfléchit bien, en fait, tous les sept péchés capitaux que l’Eglise interdit sont ceux qu’elle pratique avec le plus de constance. L’Orgueil de prétendre être l’unique religion qui vaille, la Luxure avec viols et pédophilie, la Colère avec toutes ses exécutions de protestants, de cathares, Juifs et païens. On passera sur la Gourmandise qui est moins cruelle…

      Un tel volume ne se lit guère, il se consulte avec profit. On ne doute pas qu’il eût recueilli l’assentiment du regretté Umberto Eco lorsqu’il concocta son Vertige de la liste[4], quoique la méthode eusse paru plus que discutable sous les yeux de l’auteur d’Ecrits sur la pensée au Moyen Âge[5]… En effet, ce Livre noir du catholicisme eût été bien plus efficace si le clavier de Jean Robin en avait fait un dictionnaire : son caractère indispensable et documenté en eût été bien renforcé. Plus ennuyeux encore, Jean Robin entretient une dommageable confusion entre chrétienté (c’est-à-dire les nations chrétiennes) et le pouvoir catholique de l'Eglise.

      Le réquisitoire étant uniquement à charge -mais me direz-vous sans conteste, c’est le but recherché et avéré par les faits incontestables-, peut-on se tourner vers un essai un peu plus nuancé ?

 

 

      Bien mieux construit se révèle l’essai de l’historien Olivier Hanne : Le Génie historique du catholicisme. Il y traite d’abord du rapport de l’Eglise avec la guerre, puis de la foi au risque de la raison, ensuite du refus des autres religions, avant d’aborder « adhésion monarchique et compromission politique », pour terminer avec l’Eglise en opposition aux libertés individuelles, en particulier celles sexuelles et féminines. Chacune de ces grandes parties étant organisées chronologiquement…

      Si on ne le savait déjà, l’on y apprend que ce sont moins les religieux, les pères de l’Eglise et les papes qui se sont livrés aux exactions que les rois et les Etats. Les premiers suivent approximativement les principes de Saint-Augustin et de Saint-Thomas d’Aquin en faveur de la seule guerre juste, d’un pacifisme nécessaire et de la clémence envers la vie. Les seconds préfèrent jouir de l’exercice des armes au service de leur gloire, de leurs conquêtes territoriales et de leur pouvoir.

      Ainsi les croisades ne peuvent être pensées comme une insulte à la prétendue légitimité islamique, mais « il s’agit pour tout le monde d’une libération et non d’une conquête ».

      Ainsi les guerres de religion entre catholiques et protestants opposent tout autant deux façons d’envisager la foi chrétienne que des rivalités politiques, sans oublier, au-delà de la Saint-Barthélémy de 1572, la fureur partagée par les deux camps, même si ce furent les protestants qui en furent les plus nombreuses victimes, entre massacres, persécutions et exil : « le pouvoir monarchique doit prouver qu’il sait réprimer les contestations religieuses mieux que le faisait l’Eglise autrefois ». Le Léviathan, ainsi qualifié par Hobbes, sait en ce domaine se surpasser, de façon à « justifier la mainmise de la société politique sur la religion civile », affirme notre historien ; sans pourtant rien minimiser : « Bien des massacres ont eu lieu au nom de l’Eglise et du catholicisme, pourquoi le nier ? »

      Une fois de plus, car nous l’avions montré à l’occasion d’une réflexion sur le blasphème[6], l’Etat, celui des rois et des princes, suit, outrepasse et contredit les injonctions de la hiérarchie catholique pour réduire ses opposants et dissidents...

       Il faut alors interroger des préjugés historiques. D’abord, affirme Olivier Hanne, « la justification de l’esclavage par les nations civilisées ne fut jamais catholique », ce dont témoigne le rôle de Las Casas[7] au XVI° siècle. Mais il ne faudrait pas qu’il oublie, comme le rappelle Jean Robin, les bulles de Nicolas V (en 1452 et 1455) encourageant le roi Alphonse V du Portugal à réduire en servitude (comprenez en esclavage) les populations païennes ! Cependant, contrairement à la légende noire du pape Pie XII, prétendu suppôt d’Hitler, quoiqu'il n'ait guère songé à l'excommunier, il contribua à sauver quelques centaines de milliers de Juifs. En 1943, il déclara sur Radio Vatican : « Quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu ». De plus, en France, bien des « intellectuels catholiques entrèrent en résistance contre l’occupation », comme Bernanos, Mauriac, Mounier... Rappelons cependant que l’Eglise française préférait Pétain à De Gaulle.

      Quant à l’antijudaïsme, il est affirmé depuis Tertullien, au II° siècle. L’Eglise construit peu à peu une « image négative du Juif », même si Saint-Augustin proclame : « La nation des juifs impies ne connaîtra pas une mort corporelle. Car celui qui les détruira endurera sept fois plus le châtiment ». Mais au Moyen-Âge, les activités d’usure des banquiers juifs entraînèrent le ressentiment des Chrétiens, augmenté de la rumeur selon laquelle les Juifs auraient été complices de la destruction du Saint Sépulcre de Jérusalem par un calife. On connaît hélas la suite...

      Si l’Eglise n’a « pas toujours la volonté ou les moyens de poursuivre les dissidents » hérétiques, le bras séculier pourra s’en charger. Contre les cathares, ce sont les populations et les princes qui massacrent à tour de bras, quand le pape Alexandre III réclame la clémence : « Mieux vaut absoudre les coupables, que s’attaquer, par une excessive sévérité aux vies d’innocents. L’indulgence sied mieux aux gens d’Eglise que la dureté ». Innocent III, désavouant son nom, fut bien moins tendre, en confiant à Simon de Montfort le soin de régler la chose dans le sang. L’Inquisition dominicaine nait en 1231. Et contrairement aux légendes, elle est plus prudente que la vindicte des foules : « Même l’Inquisition, dont le principe tranchait certes avec l’Evangile, offrait un cadre juridique plus équitable et plus serein que la plupart des tribunaux royaux ». Peu d’accusés sont remis au bras séculier qui, lui, se charge de la peine mortelle. Reste qu’il y eut des « inquisiteurs iniques », que le présupposé « était profondément brutal et incompatible ». Quant aux procès et bûchers de sorcières, ils concernent essentiellement les tribunaux civils.

      L’on sera étonné d’apprendre que l’Islam, même hérétique et combattu, a pu être lu, en particulier au XV° siècle, par Nicolas de Cues comme « une voie légitime de connaissance de Dieu ». Aujourd’hui encore, nombre d’édiles catholiques partagent jusqu’au pape, cet irénisme, s’aveuglant sur la nature viscéralement violente du Coran[8] (ce que ne dit pas Olivier Hanne).

      Sachons que « l’Eglise n’a jamais contrôlé le pouvoir politique » (sauf bien entendu, les Etats pontificaux en Italie). Ses collusions avec le pouvoir en firent le plus souvent une subordonnée. Hélas, elle « admit longtemps l’infériorité sociale de la femme » ; mais en attribuant le même libre arbitre aux deux sexes, en offrant une place éminente à la Vierge, en nommant deux femmes « Docteur de l’Eglise » (Hildegarde de Bingen et Sainte Thérèse), elle lui conférait une dignité qu’elle n’avait guère dans l’Antiquité. Cependant, l’Eglise a toujours, et aujourd’hui encore, cantonné la sexualité au mariage et à la procréation, et l’on n’ignore pas que ses positions sur l’avortement (même s’il faut souhaiter que la contraception le rende presque inutile) ou l’homosexualité ne sont guère empreintes d’humanisme et de libertés consenties…

      Avec un sens de la justice qui l’honore, Olivier Hanne ne masque en rien les abominations du catholicisme, tout en lui rendant sa dignité. On restera néanmoins passablement sceptique devant la thèse de l’essayiste, à la fin de sa partie « La foi sans raison » : L’Eglise « seule a pu alerter les peuples européens des risques que faisaient peser sur l’humanité les philosophies matérialistes et les doctrines totalitaires, en vain ». C’est faire bon marché de bien des compromissions et de tous ces athées et agnostiques qui se sont élevé contre les phénomènes totalitaires…

      Ne boudons cependant pas notre plaisir : l’essai d’Olivier Hanne est d’une admirable richesse et clarté, sans dogmatisme. Mais s’il fouille avec nuance la mémoire du catholicisme, sans l’absoudre de ses nombreux et réels péchés, il pèche par une once de tendre indulgence qu’il sera permis de discuter, voire de remettre en cause. Ce pourquoi il faudra naviguer entre son ouvrage et celui de Jean Robin pour lire les plis complexes de la vérité…

 

 

      Est-ce le monothéisme qui est la cause de la tyrannie religieuse, même si, on l’a vu, elle est plus souvent politique ? Les violences et les guerres au nom du drapeau religieux, quoique masque des pulsions populaires et des Etats, seraient-elles moins torrides, voire éliminées, si nous revenions au polythéisme, selon l’Antiquité ? C’est la thèse que défend, non sans pertinence, Maurizio Bettini, dans son Eloge du polythéisme. Si l’on se doute qu’elle se heurte au jusqu’auboutisme des monothéistes arcboutés sur leur foi et leur idéologie, l’idée selon laquelle plusieurs dieux peuvent coexister est bien séduisante.

      Il faut se souvenir en effet que les cultes antiques, grecs et romains, acceptaient l’existence de dieux exotiques, allant jusqu’à les intégrer à leurs panthéons (ce qui est la définition originelle de ce dernier mot). En ce sens, le polythéisme, pensé de manière erronée comme un stade primaire de l’évolution religieuse, n’a rien, au-delà de la métaphore esthétique et de sa dimension cognitive, de dépassé, au contraire.

      Nietzsche lui-même (cité par Bettini) arguait de « la plus grande utilité du polythéisme », car « il était permis d’imaginer une pluralité de normes : tel dieu ne niait ni ne blasphémait tel autre dieu ! C’était là que l’on osait imaginer des existences individuelles[9] ». Le lien de conséquence entre polythéisme est individualisme est ici intéressant.

      Il est dommage qu’à propos de polémiques italiennes sur les crèches qui heurtent la sensibilité musulmane et d’une mosquée « au pays de Giotto », Maurizio Bettini n’y voit que conflits entre ceux qui pensent qu’il ne peut y avoir « qu’un Dieu ». La crèche n’est plus seulement une foi, mais une tolérance folklorique, ce que ne sont pas les exigences musulmanes. Le Catholicisme et l’Islam sont trop différents pour les confondre, comme le montre avec brio François Jourdan[10]. Sans compter qu’attribuer à la polémiste italienne Oriana Fallaci, l’auteure de La Rage et l’orgueil[11], son combat contre le jihad et le Coran à une « intolérance religieuse » (tout aussi monothéiste) est aussi stupide qu’insultant ! Cependant Maurizio Bettini n’est pas tout à fait niais en la demeure puisqu’il évoque Tarik Ramadan et sa défense de la lapidation…

      Cela dit, notre auteur fait preuve de rigueur intellectuelle en notant que le récent Catéchisme de l’Eglise catholique propose une section intitulée : « Le devoir social de la religion et le droit à la liberté religieuse » (certes le catholicisme se présente toujours comme « la vérité »), courtoisie que ne partage pas l’Islam, sinon par taqiya (dissimulation). Qui d’ailleurs ne supporte pas que le nom de Dieu soit accordé à celui des Chrétiens…

      L’analyse est fort souvent palpitante, comme lorsque l’essayiste rappelle combien en sa crèche l’enfant Jésus veillé par le bœuf et l’âne est redevable du jeune Zeus nourri par une chèvre ou de Remus et Romulus allaités par une louve ; combien les figures de la crèche rappellent les sigilla romaines ; combien la fête de Noël a des origines antiques… De plus, les statuettes du laraire romain honoraient des dieux, des ancêtres, voire des philosophes, mais de son choix : ainsi Alexandre Sévère y juxtapose « Apollonius et le Christ, Abraham et Orphée, […] Virgile et Cicéron ». En fait un petit équivalent de la bibliothèque de l’auteur de ces lignes, de facto polythéiste…

 

 

      Pour en revenir à la thèse centrale de Maurizio Bettini, ce dernier note avec justesse que Grecs et Romains n’ont jamais guerroyé « pour des motifs de nature religieuse ou pour affirmer la vérité d’un dieu unique ». Que les Anciens établissaient « des correspondances entre des divinités appartenant à des peuples différents ». Ainsi, à Rome, l’on incorpore des dieux étrusques, gaulois ; quand Wotan est identifié à Mercure, Isis à Déméter… Tout le contraire donc de « l’exclusion mosaïque », de l’atavisme monothéiste : « les dieux d’autrui ont été perçus, non comme une menace à l’encontre de la vérité unique de son dieu spécifique, mais comme une possibilité, ou même comme une ressource ». Hélas, cette curiosité romaine n’a pas rencontré un dieu chrétien qui permettait son intégration, ce pourquoi il s’est résolu à parfois le martyriser. Pourtant le Christianisme n’est-il pas un « polythéisme masqué », entre Trinité, culte de la Vierge et des Saints ?

      Emporté par son enthousiasme, Maurizio Bettini oublie un peu que la souplesse des Grecs à accueillir d’autres dieux avait des limites. Il précise bien cependant qu’à Rome « le dieu étranger devait en passer par une procédure d’acceptation officielle, délibérée par le Sénat », que des répressions contre les Bacchanales ou le culte d’Isis eurent lieu, s’ils mettaient en danger la paix de la cité. Certes, rien d’équivalent au « Dieu jaloux » de l’Ancien Testament, ni au dieu assassin du prophète. Il n’en reste pas moins que son vœu pieux (« que les grandes religions monothéistes assument les cadres mentaux du polythéisme »), c’est à dire favoriser la coexistence paisible des cultes, est particulièrement rafraîchissant. Qu’attend-on pour s’en inspirer ? Reprenons le premier Père de l’Eglise, Tertullien : « Il est contraire à la religion de contraindre à la religion »…

      Malgré son peu de détails discutables, cet Eloge du polythéisme mérite un éloge vibrant : clair et précisément documenté, suscitant notre curiosité pour un monde trop peu connu, il est en même temps profondément humaniste et digne d’une société ouverte (pour reprendre le concept de Karl Popper[12]), tolérante et libérale…

 

      Reprenons la thèse parfaitement justifiée de Jacques Ellul, selon laquelle les noirceurs du catholicisme sont une « subversion » : « on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges, qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine », c’est-à-dire dans le Nouveau testament. Mais, si cela peut nous rassurer, malgré « l’adultération avec le pouvoir politique », « le christianisme ne l’emporte jamais décisivement sur Christ[13] ». Jean Robin reprenant le mot du Christ -« On juge un arbre à ses fruits »- jette-t-il le bébé avec l’eau sale du bain ? Coutumier du genre qu’est devenu « Le livre noir », puisqu’il en a publié plusieurs, dont Le Livre noir de la gauche, aux éditions Tatamis qu’il dirige (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), qu’attend-il pour livrer un autrement plus effroyable consacré à l’Islam ? Pour revenir au catholicisme, ne doit-il pas porter le poids de sa croix, tout en sachant assurer sa résurrection vers bien plus de vertu ? Cela dit, la pureté du message originel christique ne peut-elle s’incarner en laissant place à une réelle tolérance ? On peut supposer qu’avec des penseurs de la classe d’Olivier Hanne (qui a consacré plusieurs livres à l’Islam et au jihad) plaidant -avec une excessive indulgence- pour le « génie » du catholicisme, après celui du christianisme par Chateaubriand, et malgré l’hyperbole, la chose soit possible. Même si l’on juge préférable de n’être pas le moins du monde religieux, et de préférer ces spiritualités sans Dieu que sont les arts…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Exode, 20-13 et 21-15.

[2] Matthieu, 22-39.

[4] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[5] Umberto Eco : Ecrits sur la pensée au Moyen Âge, Grasset, 2016.

[9] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, traduit de l’allemand par Pierre Klossowski, Gallimard, 1982, p 158.

[10] François Jourdan : Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond, L’Artilleur, 2016.

[11] Oriana Fallaci : La Rage et l’orgueil, Plon, 2002.

[12] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

[13] Jacques Ellul : La Subversion du christianisme, Seuil, 1984, p 9, 157, 246.

 

 

Bacchus, Villa Borghese, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Religions et société
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:59

 

Chapelle St Antoni, XVIIème, Kerns, Obwald, Suisse. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam II.

 

Un défi politique français.

 

Aquila : Pour un monde sans Islam ;

Céline Pina : Silence coupable ;

Philippe de Villiers :

Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

 

 

 

Aquila : Pour un monde sans Islam, Tatamis, 352 p, 20 €.

 

Céline Pina : Silence coupable, Kero, 256 p, 18,90 €.

 

Philippe de Villiers : Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

Albin Michel, 320 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Comment être entendu dans le silence des yeux grands fermés sur la réalité de l’Islam ? Sur sa forêt au-delà de l’arbre du terrorisme. Sinon en prenant le risque de prêcher dans le désert, d’être désavoué, ignoré, méprisé, voire pire… Une bouleversante  Kabyle d’Algérie, Aquila, réfugiée en France, y retrouve ce qu’elle avait fui et plaide Pour un monde sans Islam. Alors que le monde occidental s’islamise à grands pas, y compris selon une femme politique socialiste, Céline Pina, dans un Silence coupable. Ainsi son réquisitoire rejoint celui d’un homme politique pourtant d’un autre bord, trop souvent désavoué, Philippe de Villiers, qui, avec Les Cloches sonneront-elles encore demain ? plaide également, et non sans un talent fou, pour un sursaut de l’identité française et occidentale.

 

      Le vernis du non-dit craque avec grand bruit avec la confession d’une inconnue. Grâce à elle, l’essai de Gabriel Martinez-Gros sur le jihad[1] trouve sa confirmation inattendue dans un témoignage venu d’Aquila, que l’on devine être un pseudonyme, un prénom symbolique. C’est une femme, algérienne, Kabyle, réfugiée en France et qui avec raison craint de retrouver ce qu’elle a fui : « une sorte de bande annonce du film d’horreur qui vous attend ». L’autobiographie vaut le réquisitoire dans Un monde sans Islam, dont le titre exprime un vœu haletant vers un monde de paix et de liberté. Elle dénonce un mal qui dépasse tous les maux, un mal voué « à transformer ce monde en enfer ».

      Une famille de mariages arrangés et consanguins, de femmes battues et voilées, de frère « messie » et « terreur de la famille », au prophétique prénom que l’on devine, quoique « les premiers bourreaux en terre d’Islam [soient] les femmes ». Un incessant harcèlement sexuel côtoie le « bourrage de crâne » des écoliers qui haïront tout ce qui n’est pas musulman, grâce à l’arabisation des Frères musulmans. Par on ne sait quel libre-arbitre originel, la jeune Aquila, farouchement attachée à la liberté individuelle, se refuse à tous les aspects de l’Islam.

      Ne reste-plus, après la guerre civile contre le Front Islamiste (« les années Daech  de l’Algérie »), qu’à quitter le « joug de la colonisation musulmane », le « goulag algérien ». Mais en 2004, Marseille est devenu un « guet-apens » algérien et musulman, le goulet d’une « invasion » ; la Seine Saint-Denis est devenue « la partie invisible de l’iceberg islamique en France », cette « république islamo-gauchiste »… Le sommet de l’abîme est peut-être le moment où Aquila, décidant de se convertir au Christianisme, rencontre un prêtre ignorant qui loue l’Islam comme « religion de paix et d’amour » ; ce qui donne lieu à une féroce dénonciation contre une religion (et son Pape lui-même) gangrénée par une « grave dérive religieuse et éthique ».

      Poignant, effarant, choquant, hallucinant, le livre d’Aquila, mérite d’être lu et débattu sur les bancs du Parlement, sous les flashs des médias, par toutes les féministes, par toute humanité. Le pamphlet est aussi réaliste que virulent, livrant au jour le système tyrannique et corrompu de l’impôt islamique, qui finance le djihad, la stupidité du ramadan qui fait exploser le diabète, les accidents de la route, les violences, les intoxications alimentaires, les gaspillages, mais réduit l’économie au marasme, faute de quoi l’on est un mécréant, là où la « police des mœurs » est générale. Où l’islam est religion d’état, n’existent ni liberté individuelle, ni liberté de conscience. Grâce au voile, accepté et imposé par les femmes elles-mêmes, comme un « syndrome de Stockholm », c’est « un virus qui s’attrape par la tête », quand les « invocations satanistes » coulent des mosquées et des télés.

      Trop réaliste pour les aveugles volontaires, Aquila voit arriver la déferlante islamiste en Occident, voit une « France algérienne » courir à la catastrophe, à la « vallée du carnage », au sous-développement, tel qu’il est endémique en Algérie, alors que les voiles sont « un signe de conquête islamiste en marche », que ses femmes manipulées sont des « idiotes utiles » ! Elle « accuse l’immigration musulmane légale et illégale encouragée et subventionnée par la lâcheté des politiques et la naïveté des peuples qui les élisent ». Aimant la France et l’Occident, elle se rêve en « Charles Martel au féminin », alors que la guerre islamique des années 90 en Algérie, « cette histoire d’ogres réels […] est en train de se préparer et de se reproduire chez vous ». Aquila n’y va pas avec le dos de la cuillère : il s’agit de « réveiller les larves que vous êtes devenues à cause du politiquement correct et des fortes doses de marxisme culturel qui relativisent tout. De peur d’être traités de raciste et d’islamophobe, vous vous couchez devant l’Islam et les Musulmans, prêts à être égorgés docilement comme des moutons sans rien dire, sans bouger, de peur de heurter la sensibilité de vos bourreaux ! Levez-vous ! »

      Quelles solutions Aquila propose-t-elle ? Des solutions inaudibles, voire scandaleuses, peut-être sagaces, sinon inapplicables : « profilage religieux et culturel […] quarantaine, voire les déporter […] fermer toutes les mosquées, interdire le Coran, livre liberticide, antisémite comme Mein Kampf ». Vaut-il mieux plaider pour un Islam réécrit, modernisé, transcendé, débarrassé enfin de tous ses versets et hadiths violents, totalitaires et misogynes ?

 

 

      Quelle est en effet la situation de l’Islam en France, de cette religion française, de cette France islamisée, voire de l’Europe islamisée ?

      Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de juin 2005 à avril 2007, chercheur en économie et sociologie, chargé de recherche du CNRS à l’université Paris-IV, ne cache pas selon lui le chiffre réel du nombre de Musulmans en France, quoique des chiffres plus modestes approchent de 4 millions : ils seraient de 15 à 20 millions. Cependant, si l’on estime, avec Hakim el Karaoui, de l’Institut Montaigne[2], qu’environ 50 % d’entre eux sont soit conservateurs, soit autoritaires, il serait légitime de s’inquiéter. Ajoutons qu’un sondage de l’hebdomadaire Le Point (3-11-2016) montre que 87,4 % des jeunes Musulmans ne se sentent pas Français…

      Mercredi 28 septembre 2016, sur M6, un documentaire de l’émission « Dossier tabou », nourri de nombreux témoignages, a enfin montré sans dissimulation la réalité de l’emprise islamique sur le territoire français, grâce au talent d’investigateur du journaliste Bernard de La Villardière (d’ailleurs menacé par l’ire des censeurs et d’assassinat par des tweets assassins) : ainsi se dévoile le renoncement aux valeurs laïques et républicaines.

      Souvenons-nous que, bien avant d'être assassinée, la rédaction de Charlie Hebdo avait fait l’objet de poursuites devant les tribunaux  à l’initiative de la Mosquée de Paris et de l'Union des Organisations Islamiques de France, ramenant le péché de blasphème[3]  au goût du jour et menaçant gravement la liberté d’expression, cette expression fût-elle discutable. Une religion, et la charia qui lui est constitutive, tente donc de prendre d’assaut le droit pénal républicain. Rappelons à cet égard que la Constitution, le droit français et la Convention européenne des droits de l’homme stipulent, aux termes de l’article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction. »

      Ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le Royaume-Uni a reconnu l’existence légale de tribunaux islamiques dans certaines de ses délicieuses contrées banlieusardes. Ces « Sharia Councils » prononcent les attendus de la loi islamique en plein Londres, dans l’East End, habité par 65 % de Musulmans, particulièrement, mais pas que, dans le cadre des affaires familiales. De plus, en Ecosse, la police accepte que ses policières puissent être voilée…

     Chez Air France, on traque les islamistes parmi ses propres employés : on tague « Allahu akbar » sur des trappes à kérosène, avaries étranges, pannes récurrentes, des pièces sont trafiquées, des consignes de vol détournées... Les services de renseignements sont sur les dents, aux dires du Canard enchaîné. Selon le Journal Du Dimanche, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) atteint 15000 noms, surtout concentrés dans le Nord, l’Ile de France, le Lyonnais et de Marseille à la Côte d’Azur.

      Quand des manifestations antisémites en faveur de la Palestine sont autorisées, des manifestations contre la charia (à Bordeaux par exemple) sont interdites par la Préfecture. Alors que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, prévoyait en 2015 de bientôt doubler le nombre de mosquées, 2400 à cette dernière date en France.

      Parmi un bon tiers des femmes musulmanes, en portant le hijab ou la burqa, l’on craint autant Allah que le regard, le désaveu et les pressions de l’entourage, de la famille et de la communauté des grands frères, tyrans en herbe et en ronces… Ecoles privées musulmanes et coraniques couvent dans la cocotte-minute. La haine du Juif, du Chrétien, du Gaulois, du mécréant, se répand comme poudre en feu. Plus largement, la conquête du territoire, au-delà de poches ghettoïsées de banlieues, par la charia, et au moyen d’une démographie et d’une immigration conquérantes, est un objectif vigoureusement affiché par des imams, des salafistes, des Frères musulmans, des quidams, des adolescents excités par la testostérone fanatique et totalitaire. Heureusement déjoué, à moins qu’il ne fusse que raté, le projet d’attentat aux bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris, montre que loin de n’être que des victimes souvent consentantes de l’Islam, le femmes peuvent être parmi les plus activistes, les plus forcenées, dans l’accomplissement du jihad.

      Un parti musulman, L’Union des Démocrates Musulmans Français, a déposé une liste aux Régionales de 2015 en Île de France. S’il n’a provisoirement obtenu aucun élu, on notera qu’à Mantes-la-Jolie, avec 5,90 % des voix, il a dépassé le parti des Verts. Parmi son programme, le halal dans les cantines, le soutien à la finance islamique, l’arabe à l’école… Ce que ne désavouent pas tous les maires et politiques, qui préfèrent privilégier le clientélisme, achetant ainsi une paix sociale provisoire et des voix qui, espèrent-ils continueront de les faire élire. Car un tiers des Musulmans, selon  un rapport de l’Institut Montaigne, ne se reconnaissent pas dans la République. Combien, parmi ceux qui sont dans la police, dans la gendarmerie ont déjà refusé d’obéir à des ordres contre leurs « frères », combien sont surveillés pour radicalisation, ou inaperçus, car selon une enquête de l’Institut Français des Relations Internationales, les effectifs de l’Armée française comptaient en 2005 entre 10 et 20 % de soldats musulmans, soit 10 % de l’effectif du porte-avion Charles de Gaulle, engagé face au Califat islamique. À Roissy, un agent de piste refuse de guider un avion d’Air France, puisque piloté par une femme.  Combien, parmi ces jeunes surexcités par le sang du djihad, iraient à plaisir se gargariser d’une guerre civile ?

       L’Allemagne et le Danemark tolèrent le mariage des enfants mineures de moins de quinze ans parmi les migrants. Au cours des six premiers mois de 2016, les migrants ont été impliqués en Allemagne dans 142.500 crimes et délits, selon l'Office Fédéral de Police Criminelle. Soit 780 délits par jour, une hausse d’environ 40% par rapport à 2015. Nota bene : seuls sont comptabilisés crimes et délits ayant donné lieu à l'arrestation d'un suspect.

      En Suède, dans la ville de Södertälje, à l'ouest de Stockholm, des émeutes changent la ville en zone de guérilla pendant deux nuits d'affilée. Des jeunes migrants musulmans  jettent de puissants pétards sur la police, attaquent les transports publics, incendient voitures, pneus et ordures dans les rues. Ainsi, parmi des dizaines de zones de non-droit où règnent charia et criminalité, la policière voit ses fonctionnaires démissionner tour à tour.

      En Bosnie (où la population compte 40% de Musulmans) Indira Sinanovic se présente intégralement voilée aux élections municipales.

      En Autriche, une conférencière a été condamnée pour avoir mis en cause publiquement les mœurs de Mahomet. Les juges autrichiens ont sacrifié la liberté d’expression à l’interdiction du « blasphème », pour protéger la « sensibilité religieuse » des fidèles musulmans et « la paix religieuse ». Ce qui, de facto, revient à appliquer la charia ! L’affaire est à présent devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.

      En France, environ une église est profanée par jour, tagguée, caillassée, vandalisée, pillée, incendiée, messe interrompue aux cris d’Allahu Akbar, même si quelques satanistes et gothiques sont de la partie. Dans l’indifférence générale ; alors que la moindre et rare profanation d’une mosquée, y compris avec simplement une tête de sanglier ou une tranche de jambon devant la porte fait pousser des cris d’orfraie, y compris devant les tribunaux, officialisant une fois de plus l’imaginaire délit de blasphème. La christianophobie, quand un génocide lessive le Moyen-Orient[4], est un mot inconnu dans le dictionnaire, quand l’islamophobie, pourtant juste peur et critique d’une idéologie, est l’objet d’une indignation officielle. « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ici », disait Paul Ricœur[5]

      En juin 2015, le Maire du Lavandou a suspendu la messe dominicale en plein air, pour ne pas irriter les Musulmans qui, eux prient couramment en pleine rue, contrevenant à la libre circulation… Dans quelques banlieues françaises, en particulier Sevran, les salafistes rôdent dans les rues de façon à éviter que la gent féminine circule au-delà de 18 heures. La polygamie permet à des familles aux nombreux enfants de recueillir de pléthoriques allocations familiales. Les conflits se multiplient dans les hôpitaux où les médecins et infirmiers hommes sont sommés de ne pas toucher les femmes de confession musulmanes. Les universités, plus précisément Aix-en-Provence et Saint-Denis, voient leurs amphithéâtres se couvrir de voiles ; sans compter les contestations que l’on devine au sujet de la shoah, du darwinisme, des Lumières...

      À Birmingham, où les femmes en burqa sont nombreuses, la police prévoit d'en recruter par souci de représentativité des communautés qu'elle sert. On se demande alors quel mâle délinquant pourraient-elles appréhender, de surcroît si sa piété lui commande le terrorisme !

 

 

      Femmes et hommes politiques en responsabilité ont-ils compris ? Bien rares ils sont, à l’instar de Céline Pina, qui fut conseillère régionale PS Île de France, et de Philippe de Villiers. La culpabilité de l’Islam étant avérée, reste celle du Silence coupable, selon Céline Pina. Elle a compris que l’arbre du terrorisme islamiste cache la forêt de l’Islam : « les islamistes quiétistes ne sont pas moins dangereux pour nos libertés ». Aussi dénonce-t-elle parmi nos associations, nos médias, nos politiques, les « islamo-serviles » et les « islamo-gauchistes », a fortiori une « inculture abyssale ». Là où le « vivre ensemble » est un slogan, la réalité des hôpitaux, des écoles, surtout de la Seine Saint-Denis qu’elle connait bien, est celle d’une occupation idéologique bourrelée d’agressions et jetée à la face de la « paralysie du pouvoir ». Car nos élus, afin d’être réélus, préfèrent le clientélisme paillasson à l’action en faveur d’une culture libérale.

      Celle qui fut évidemment traitée de raciste et d’islamophobe par ses congénères politiques, pointe le Salon musulman de Pontoise, consacré à la femme, pour ses intervenants, « tous plus obscurantistes et sexistes les uns que les autres », où l'irruption des Femen failler se solder par un viol collectif. Alors que les politiques jouent au « qui ne dit mot consent » devant qui veut faire de la charia l’unique source du droit et « vise à islamiser le pays ». On préfère combattre sans risque le Front National, interdire les manifestations de Pegida, plutôt qu’affronter les tentacules de la théocratie.

      De toute évidence, Céline Pina ne peut se sentir que concerné en ce défi de civilisation, car « la femme est l’obsession de l’islamisme politique ». En cela elle s’appuie sur des versets du Coran, montre que le voile, « arme de destruction massive des principes fondateurs de notre monde commun » est contraire à « l’histoire de l’émancipation de femmes ». Nettement elle est clairvoyante : « S’il y a de bonnes Musulmanes, les voilées, les autres, non voilées, sont de mauvaises Musulmanes, une offense à Dieu, elles ne méritent pas le respect de leur intégrité physique ». Elles ne sont que des « fornicatrices », des lits de « bâtards », dignes d’être violées, voire lapidées, comme le montra l’épisode de Cologne[6]. Alors, « le sexisme est légitimé par le divin ». De surcroît, s’appeler « ma sœur », « mon frère » est une « forme de fraternité et de sororité particulièrement perverse », une invitation à la soumission, qui enferme dans l’oumma, la communauté des croyants, et dénie tout individualisme.

      Mais on recule, on demande aux femmes « d’intégrer une forme d’autocensure, comme si l’idéologie islamiste avait déjà réussi à contaminer nos façons de considérer le droit des femmes. Face à la violence des hommes, il est plus facile de contraindre les femmes que d’éduquer les mâles ». Ainsi « les politiques veulent exonérer les réfugiés de tout, pour ne pas perdre la face ». Céline Pina est une rare féministe, en fait réelle humaniste, à dresser son courage à la face de la tyrannie du silence devant une pire tyrannie.

      Voilà qui ne l’empêche pas, à juste raison, de réfuter l’hypothèse selon laquelle elle ferait « le jeu du F N », en répondant : « Front National versus Islamistes, la guerre des identitaires ». Elle somme « ceux qui aspirent aux fonctions politiques qu’ils retrouvent le sens de la République », car « les islamistes  (ici elle englobe tout l’Islam conquérant) ne font peur et ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux ». En conséquence, conclue-t-elle, il faut « être impitoyable envers ceux qui sont acharnés à détruire ce que nous sommes. »

      Cependant, malgré son inquiétude devant l’Islam « quiétiste », elle continue de vouloir séparer Musulmans et islamistes. Où est la cohérence ? Certes, bien des Musulmans ne le sont guère, voire restent respectueux de la laïcité et de la République, mais la vague de l’islamisation modifie les mœurs, étend sa nappe de ghettos, plante le décor pour l’islamisme rigoriste. Elle le montre assez pourtant…

    Même si la construction de l’essai, un peu au fil de la plume et de l’indignation légitime, peut manquer parfois de rigueur, Céline Pina, ex-socialiste toutefois courageuse, pratique un discours sans langue de bois. Elle a le mérite insigne, une fois dessillée, de jeter aux yeux du lecteur, averti ou non, une vérité certes dérangeante et dommageable, mais, il faut l’espérer, si l’on sait se prémunir par la fermeté, salvatrice.

 

 

      Ne nous égarons pas avec des préjugés sur Philippe de Villiers, avec des attaques ad hominem, en arguant de convictions politiques peut-être discutables : jugeons de facto son livre : Les cloches sonneront-elles encore demain ?

      Porté par une belle plume lyrique et élégiaque, Philippe de Villiers rappelle les cloches des églises de son enfance, alors qu’il est outré par les propos du recteur Boubaker de la Mosquée de Paris, qui veut doubler le nombre des mosquées en France, donc plus de quatre mille : « un grand concours de minarets ». Il rappelle que la Révolution, en 1793, descendit et fondit les cloches, ce qui déclencha la révolte vendéenne et bretonne. Sa plume, non sans rester élégante, devient celle du polémiste : « pour amadouer les jihadistes, il est recommandé de se priver de nos symboles, de nos traditions, de nos affections. Au nom de la laïcité, on va supprimer les galettes des Rois dans les cantines scolaires au moment d’y faire entrer le halal ». On remplace alors les cloches par le muezzin... Plus loin, sa plume emprunte une ironie digne de l’humour de San Antonio, qui lui permet de brocarder « la position du soumissionnaire » en analysant la « dhimmitude » française, quand politiciens et évêques réclament d’intégrer des fêtes musulmanes. « Chez nous les pouvoirs publics se taisent mais savent très bien quel est le programme mondial des islamistes : génocider les Chrétiens en Orient et effacer en Occident toute trace de Christianisme. » Les Chrétiens là-bas comptaient pour 20 % de la population, ils ne sont plus que 2%.

      In fine, il faudrait tout citer de l’essai de Philippe de Villiers tellement il est frappé au coin du bon sens et de la vérité. Ce non sans une réelle culture : il a lu et cite les nombreuses injonctions meurtrières du Coran (comme l’a fait le modeste auteur de cet article[7]), il a lu l’islamologue Gilles Kepel, Marc Fumaroli[8], Hannah Arendt[9] et le philosophe Rémi Brague[10]. Il n’ignore rien de la culpabilisation indue qui à l’occasion de l’islamophobie, se cache sous ce vocable[11]. « Colonisation », « défrancisation », les mots frappent juste. Les verts de l’Ecologie veulent « sauver la planète », les verts de l’Islam (car ce fut la couleur préférée de Mahomet) en extirper la civilisation libérale ! « Les villes basculent dans la France halal ». Les voiles font reculer les « souchiens », « notre langue recule », « Paris se met à l’unisson de La Mecque ». Non seulement Philippe de Villiers a le sens de la formule mais il a l’œil qu’il faut pour observer une mutation que l’on ne veut pas voir. Car le « Frankistan » est un objet de « conquête ». Car les centaines de millions de Musulmans de l’Afrique et du Moyen-Orient ont commencé de déferler, infiltrant des djihadistes, en France, en Europe, en Occident, passant par là où « le concierge était grec » : « Cette conquête est dans l’ADN de l’Islam ». En effet, « toutes les religions ne se ressemblent pas. C’est la grande erreur des Occidentaux de la croire ». La « mamamouchie Merkel » devient un « protectorat ottoman ». La « migration de remplacement » s’appuie sur un flagrant déséquilibre démographique, comme notre essayiste le note en s’appuyant sur les travaux de Michèle Tribalat[12]. Et notre Gauche politique, nos sinistres ministres, au premier chef « Najat » à l’Education, sont les « compagnons de route » de l’Islamisation, sont « une classe politique achetée », en particulier par les Qataris ! Le « ventre mou » français prépare un « nouvel Edit de Nantes » par le biais des « dhimmis de sacristie »…

      « Ô ma France douloureuse »…

      Arrêtons-là ce qui devrait être un déferlement de citations toujours pertinentes. Ces pages n’y suffiraient pas. Sachons que sans monotonie, la conviction, la verve polémique, mais tragique, de l’essayiste, ne faiblissent pas en 300 pages. Pensons à ce moment de satire redoutable autant que judicieuse : « Nous sommes passés de la « poule au pot », du roi Henri, venu de Navarre, aux « coqs halals » servis par nos dhimmis du Finistère, la crête tournée vers La Mecque ». Contre « l’Eurislam », il en appelle à la mémoire de la France et de l’Europe. Nous irons plus loin que lui, même s’il réprouve ce terme, il faut en appeler au libéralisme politique, économique et culturel contre la tyrannie théocratique galopante…

      Ajoutons, pour nuancer le propos de Philippe de Villiers, que ce n’est pas seulement parce que cloches et églises sont une part de notre identité et de notre Histoire qu’il faut les protéger du viol par les mosquées, mais parce que l’Islam n’est pas une religion équivalente au Christianisme. À la différence de ce dernier, la mahométane est celle de la « salafisation », du totalitarisme appliqué aux mœurs et à la pensée, s’il en reste…

 

      Les sociétés démocratiques n’auront-elles été « qu’une simple parenthèse de deux siècles ? » demande Gabriel Martinez-Gros. Et pour reprendre le titre de Philippe de Villiers, qui est probablement la personnalité politique la plus lucide sur l’islamisation en cours, Les cloches sonneront-elles encore demain ? Car, pour également reprendre Mohammed Sifaoui cité par Céline Pina : « Le problème n’est pas que la manifestation violente de l’islamisme, à travers le terrorisme, mais l’ensemble du corpus qu’il propose comme pensée anti-laïque, antirépublicaine, antiféministe, homophobe, misogyne, antisémite, et en somme, antimoderniste.[13] » À cette liste effarante, il faut tout simplement ne pas oublier « antilibérale ». En effet, face au roncier de la forêt de l’Islam, ce sont nos libertés qui sont en jeu. Que le lecteur réfute, s’il le peut, ou en prenne de la graine…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Hakim el Karaoui : Un Islam français est possible, Institut Montaigne, septembre 2016.

[5] Paul Ricœur : La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Seuil, 2000, quatrième de couverture.

[13] Mohammed Sifaoui : Angers mag, 27 Janvier 2016.

 

La Mecque. Alcoran de Mahomet. Traduction Du Ryer, Arkstée & Merkus,

Amsterdam, 1775. Photo : T. Guinhut.

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Published by Thierry Guinhut - dans Religions et société
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 17:28

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La Couarde, Île de Ré. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam I.

 

Analyses et dénis.

 

 

Autour de Gabriel Martinez-Gros : Fascination du djihad ;

 

Bruno Dumézil : Les Barbares ;

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat.

 

 

 

 

Gabriel Martinez-Gros :

Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix,

PUF, 104 p, 12 €.

 

Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 1508 p, 32 €.

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 840 p, 25 €.

 

 

 

 

 

 

      Il semble enfin que le voile se déchire. Quoiqu’encore longtemps l’on continue de ne pas penser la dangerosité de l’Islam. À tel point que les actes terroristes égrenés sans repos en France et de par le monde focalisent une attention fascinée sans que l’on puisse ni voir ni analyser cette barbarie consubstantielle à la charia et au jihad, ce en une étonnante opération de déni : ils sont toutefois les arbres brûlants qui cachent l’étouffante forêt de l’Islam. Pourtant de plus en plus de quidams et d’analystes dessillés tentent de proposer leur discordante voix pour penser les textes, l’histoire et le présent d’une religion aux hydres planétaires. Ainsi un universitaire et islamologue, Gabriel Martinez-Gros radiographie la Fascination du djihad. Et ourtant façonnée par une cohorte savante, une encyclopédique somme historique, sous la direction de Bruno Dumézil, refuse d’accueillir parmi Les Barbares la barbarie de l’Islam. Il suffit alors d’ouvrir la réunion bienvenue des Ecrits historiques de combat, pour que Jean Sévillia fustige à notre service le « terrorisme intellectuel » de l’ « historiquement correct » appliqué à ce totalitarisme dont la forêt est en marche.

 

      Pour expliquer le djihad, la thèse de Gabriel Martinez-Gros est pour le moins originale. La conquête et l’impôt sont à la source des empires, explique-t-il, s’appuyant sur l’historien arabe du XIVème siècle, Ibn Khaldoun, ce qui permet « de vivre en paix sous la férule de l’empire ». Seules, en se débarrassant de cette dernière, l’Angleterre et la Hollande, puis l’Europe entière, permettront d’amorcer la révolution libérale scientifique. Hélas, ces deux violences, hégémonique et fiscale, sont également le ressort de la déferlante musulmane qui, de l’Espagne à l’Inde, à partir du VIIème siècle, assassine et asservit les populations. Ce en quoi la source du djihad est certes religieuse, mais avant tout structurelle et économique. Et son retour est également « un renouveau des conditions impériales ». Face à l’empire occidental, voire mondial, si tentant à piller, car riche, souvent non-violent et désarmé, le nouvel empire islamique en gestation suscite des confins barbares et excite ses conquérants. Ibn Khaldoun aurait reconnu en notre Occident sa vision de « la crise finale des dynasties […] : l’hypertrophie de l’appareil d’Etat y écrase une économie déjà anémiée », ne serait-ce que par le poids des dépenses sociales.

      Or, le djihadisme s’appuie sur un discours idéologique constitué, non seulement politiquement, mais religieusement. Ainsi « une élite de guerriers », « une dissidence bédouine », couvées par l’immigration et les banlieues, partent à l’assaut du ventre mou de l’empire occidental. Ce qui contredit absolument le discours de « victimisation postcoloniale », postmarxiste et tiersmondiste appliquée aux banlieues, ainsi que l’inénarrable culpabilisation de l’Occident. On peut arguer que la violence de ces dernières, n’est que « maquillée d’Islam ». Certes. Mais, sans choir dans la généralisation abusive, car tous les Musulmans ne sont pas jihadistes, la virulence du djihadisme est intrinsèquement musulmane et trouve ses injonctions et ses versets à travers la bouche de son prophète, dans le Coran[1], en particulier dans la sourate VIII « Le butin »  (ce qu’hélas Gabriel Martinez-Gros omet de préciser par des citations). Car il y a une « exception de l’Islam, religion née conquérante ».

 

 

      En effet, (y compris dans la bouche d’Ibn Khaldoun) le devoir de la charia et du califat est de perpétrer la guerre contre les infidèles, de les réduire à la mort, à l’esclavage, à la dhimmitude. Et c’est « la première fois depuis l’émergence de la Modernité voici deux siècles, qu’un nombre significatif de musulmans élevés au cœur de l’Occident et de ses Lumières y renoncent, et retournent à l’Islam à leurs yeux le plus pur ». Pour reprendre le sous-titre de Gabriel  Martinez-Gros, il s’agit bien de « Fureurs islamistes et défaite de la paix ». Depuis la fin de la guerre froide, alors que les talibans afghans résistaient contre le communisme, un autre univers géostratégique enclave l’Islam, du Maghreb à l’Indonésie, mais aussi du Québec à l’Australie, au moyen de son émigration militante, dans une résistance combattante contre la démocratie libérale, déployant en « barbares », « les valeurs d’une droite extrême et religieuse ». Il faut bien en prendre conscience : même si la civilisation islamique a su parfois se pacifier, « l’Islam est le seul monothéisme qui implique les devoirs de la guerre dans ceux de la religion ». Et enfin : « Le djihadisme, comme les grand totalitarismes du XXème siècle, est un récit historique sacralisé », de plus aujourd’hui mondialisé. « La question est de savoir si nous avons mérité d’être libres », conclue notre essayiste engagé, quoiqu’il faille non seulement conjuguer ce mérite au présent, mais aussi au futur.

      Gabriel Martinez-Gros, dont l’essai, si bref soit-il, est d’une immense clairvoyance, y compris au moyen de judicieux rapprochements avec la Chine ancienne, quoique l’on puisse regretter le peu de références précises aux textes d’Ibn Khaldoun[2], n’est pas aveugle sur « la cécité volontaire » de l’Occident. En effet, un « déni », un impensé récurrent posent une taie dommageable sur l’Islam.

 

 

      La barbarie islamique, autant du jihad que de la charia, depuis quatorze siècles, devrait avoir attiré l’attention de tous les esprits sensés et documentés. Pourtant, si l’on a la curiosité d’ouvrir le nourrissant pavé publié sous la direction de Bruno Dumézil, Les Barbares[3], on aura la surprise de ne trouver que de maigres entrées consacrées à l’Islam. Quoique, horreur indigne, ce dernier mot soit carrément absent de cette majestueuse somme aux alphabétiques entrées !

      Certes, le barbare, vient du grec, désignant celui qui parle en « bar-bar-bar, c’est-à-dire par des borborygmes éloignés du logos grec ». Le mot discrimine certes abusivement l’étranger, après avoir consacré ceux qui dévastèrent l’empire romain. Mais, ne l’oublions pas, dans le sens commun il s’agit de disqualifier ceux qu’anime le goût du viol, du meurtre sanglant et du pillage. La vaste érudition dont témoigne l’ouvrage aux dizaines de contributeurs s’aventure jusqu’aux barbares, y compris féminines, de nos séries littéraires, cinématographiques et télévisuelles, comme Mad Max ou Le Trône de fer, alias Game of Thrones.

      Mais en cet ouvrage aux richesses historiques avérées, surtout quant aux barbares de l’Antiquité et du Moyen-Âge, le politiquement correct moralisateur et culpabilisant pointe son nez. À l’entrée « Croisades » : « Ce cadre martial a dès lors limité l’ouverture à l’altérité qu’aurait pu représenter le contact prolongé produit par les croisades entre Latins et Musulmans ». Ou : « la croisade s’est faite ferment identitaire, justifiant la paix et l’unité entre chrétiens au profit d’une guerre supérieure contre l’autre ». La page sur « Mahomet » atteint des sommets de mauvaise foi. Certes le monde chrétien a pu sans trop de nuance le diaboliser, mais aller jusqu’à s’indigner de « l’intérêt malveillant porté au Prophète » apparait comme une indigne soumission (c’est le sens du mot Islam) de peur de risquer de paraître islamophobe. Que l’on se rassure, la notule s’achève sur « un portrait apaisé de Mahomet, tel […] Stendhal, pour qui le Prophète est un « puritain » (1822) » ! Pour l’article « Musulman », encore une fois signé Fanny Caroff, dès Charles Martel en 732, il s’agit de « la sauvagerie présumée de l’adversaire » ; ou encore : « l’image négative de l’adversaire musulman prévaut dès l’origine, avant même que l’Islam ne soit compris dans sa singularité ». On se taperait les cuisses de rire devant une telle méconnaissance décisivement aveugle d’une telle « singularité », si la question n’était si tragique…

      L’impensé, le déni, d’une même non-voix, sont bien installés. Seules deux maigres entrées, se concentrant sur la dimension spirituelle de l’Islam, honorent le Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions[4], alors qu’en ce domaine il y aurait fort à penser[5]. Une vision absolument lénifiante, quoique historique et spiritualiste, balaie les pages du Dictionnaire des religions dirigé par Paul Poupard[6], ainsi que celles de Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses[7]. Ne parlons pas du Dictionnaire amoureux de l’Islam de Malek Chebel[8], qui assume un propos louangeur, même si comme lui nous pouvons fort apprécier la poésie lyrique d’Al Andalus, celle soufie du Cantique des oiseaux d’Attar[9], l’architecture de Cordoue et de Grenade, la calligraphie arabe et les Mille et une nuits[10]. Reste à méditer une contre-argumentation à charge, celle d’Ibn Warrraq et son Pourquoi je ne suis pas Musulman[11].

 

 

      Cerise sur le gâteau empoisonné : le manuels d’Histoire confiés au bon entendement de nos chers bambins de 5ème, au collège[12]. Une vision lénifiante ne permet là de voir dans l’Islam que les versants les plus apaisés, en particulier l’éloge d’Al Andalus, selon lequel la coexistence des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens aurait été idylle et d’un brillant culturel inimitable. Ce qui repose sur un mythe qui ne tient pas compte des répressions et autres assassinats, du statut de dhimmi des non-Musulmans, surtaxés, nantis de droits inférieurs, interdits de construire des églises, ce que confirme Jean Sévillia, confondant les barbares de l’historiquement correct.

      En effet selon l’auteur d’Historiquement correct, il y a une « amnésie historique » à ne pas reconnaître que les croisades sont « une réponse à l’expansion militaire de l’Islam ». De même « dépeindre l’Espagne musulmane comme un modèle de coexistence pacifique entre religions relève de la fable[13] ».

      Il est alors « moralement correct » de caresser dans le sens du poil « la deuxième religion de France ». Il s’agit en fait d’un « Islam à deux visages » : on s’intègre en la profession de foi d’une laïcité libérale, mais l’on « succombe au courant identitaire ». Le ramadan devient prosélyte au point de faire jeûner des élèves mon-musulmans : « C’est parfois le début de la conversion ». Lors, près de 50 % des Musulmans français se prétendent de nationalité musulmane, dont 16 % approuvent les attentats suicides : « Est-ce manifester de l’islamophobie que de s’en inquiéter ? » La clairvoyance de l’essayiste n’ignore pas que ces derniers « expriment, en ce qui concerne le statut de la femme, une anthropologie incompatible avec la philosophie élaborée à Athènes, à Jérusalem et à Rome[14] ».

      Une réédition bienvenue de trois essais de Jean Sévillia, comme un tir groupé contre les fadaises d’une Histoire soumise à la repentance postcoloniale et au masochisme qui consiste à battre la coulpe du Christianisme, de l’Occident et de la France devant les saintes huiles de l’immigration islamique, permet de prendre la mesure d’un intellectuel engagé dans la recherche de la vérité. Historiquement correct voisine avec Moralement correct, avant de confluer avec Le Terrorisme intellectuel, en ce fort (dans bien des sens du terme) volume que sont ces Ecrits historiques de combat. Là sont démontées les vulgates anticléricale et marxiste d’une gauche intellectuello-médiatique attachée à réécrire le passé pour servir ses ambitions et son idéologie. C’est sans cesse d’une plume enlevée que Jean Sévilla, appuyé sur une réelle culture historique et sur l’acuité d’une abondante bibliographie, brosse une contre-Histoire autant qu’un réquisitoire contre la fatigue de la pensée de qui veut bien se coucher devant la doxa, plutôt qu’aller aux sources de l’Histoire, donc aux fleuves du présent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Certes, dans notre présent, du moins espérons-le, il y a bien des Musulmans, qui ne jouent du voile que comme un accessoire de mode identitaire et coloré, dont l’affiliation à une mode est comme toute mode forcément éphémère, voire soumis à un rejet horrifié peut-être prévisible. Certes, il y a bien des Musulmans habités par une foi intime, qui n’a pas vocation à envahir la scène publique et politique, ce en contradiction avec l’essence de l’Islam, bien des Musulmans qui rejettent plus ou moins explicitement les dizaines de versets du Coran ordonnant le djihad, le meurtre des mécréants, la haine du Juif, et la ségrégation honteuse des femmes. Mais une surabondante cohorte d’affidés de la soumission islamique, excités par les imams financés par les pays du Golfe ne considère pas un instant que ces attitudes soient licites.

      Car si nous avons été affolés par les 3000 morts du 11 septembre newyorkais, par les meurtres des journalistes de Charlie Hebdo et des clients de l’Hyper Casher, par les 130 morts du Bataclan, par les 80 morts du camion niçois, par l’assassinat d’un prêtre catholique et martyr, sans compter les nombreux blessés et mutilés à vie ; c’est voir l’arbre du terrorisme et ne pas entrapercevoir derrière lui la forêt de l’Islam, quoique bien des esprits commencent à ouvrir leur clairvoyance. En effet, quoique apparemment modérés, bien des Musulmans propagent l’Islam, c’est-à-dire le halal, le ramadan, le voile, la soumission féminine, le mariage forcé, voire la polygamie, donc fort souvent une batterie de comportement normatifs assortis d’injonctions, d’intimidations, de répressions envers ceux qui autour d’eux ne les pratiquent pas encore…

      Soyons clairs. Le « communautarisme », vocable euphémistique et cache-sexe parmi nos médias, n’est pas responsable du terrorisme ni de la tyrannie sociétale en cours. A-t-on vu la communauté portugaise ou chinoise se distinguer ainsi ? Seul l’Islam est en cause, donc à désigner explicitement. Le « multiculturalisme » n’est pas un échec si les cultures diverses peuvent coexister, s’enrichir les unes les autres, se tolérer ; mais en tant qu’euphémisme il cache l’incompétence constitutive de l’Islam à reconnaître la légitimité de cultures qui ne sont pas conformes à son diktat idéologique. De même la loi proscrit les signes religieux ostentatoires, dans l’enseignement primaire et secondaire ; pour ne pas avoir à stigmatiser ceux de l’Islam, alors que le caractère inoffensif de la croix et de la kippa est avéré ; le Chrétien et le Juif terroristes et propageant la haine étant en contradiction flagrante avec leur religion.

 

      Il ne suffira pas de couper l’arbre du terrorisme pour arrêter la forêt de de l’Islam. Commençons par ôter les voiles de l’euphémisation et du déni. Une réelle culture historique, religieuse et sociologique, tels qu’en font preuves Gabriel Martinez-Gros et Jean Sévillia, doit permettre d’abord de porter à nos yeux, à nos entendements, la connaissance du réel installé et en gestation. Sinon, ce ne seront pas quelques arbres terrorisants qui nous boucheront la vue, mais une forêt qui, inexorablement, « s’est mise en marche », comme celle qui mit fin au règne tyrannique de Macbeth[15]. À la différence que l’Islam est, si l’on n’y prend garde, non seulement la forêt, mais le puissant roncier du totalitarisme.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Ibn Khaldûn : Muqaddima, Le Livre des exemples, II, Gallimard, La Pléiade, 2013.

[3] Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 2016.

[4] Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, sous la direction de Stéphane Gumpper et Frankly Rausky, Bayard, 2013.

[6] Dictionnaire des religions, dirigé par Paul Poupard, PUF, 1984.

[7] Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 1976.

[8] Malek Chebel : Dictionnaire amoureux de l’Islam, Plon, 2004.

[11] Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[12] Vincent Tremolet de Villers : « Comment l'Islam est abordé dans les manuels scolaires ? » Le Figaro, 23-09-2016.

[13] Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 2016, p 55-65, 94.

[14] Jean Sévillia, ibidem, p 530-532.

[15] William Shakespeare : Macbeth, V, 5, Les Tragédies, traduction Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960,  p 637.

 

 

Forêt domaniale du col de Joux, Orgeix, Ariège. Photo T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Religions et société
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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:50

 

Anse du Martray, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du  fanatisme morbide islamiste :

 

de L’Etat islamique de Samuel Laurent

 

aux Instants soufis d’Abdelwhab Meddeb,

 

en passant par le Coran,

 

la Bible et Thomas d’Aquin.

 

 

 

Samuel Laurent : L’Etat islamique, Points Seuil, 192 p, 6,50 €.

Abdelwahab Meddeb : Instants soufis, Albin Michel, 200 p, 15 €.

 

 

 

      Quelques Cassandres nous étions, depuis des années, en annonçant l’arrivée sur le sol occidental, européen et français, de la nuit et du sang, de la charia et de la tyrannie, en un mot de la barbarie islamiste. Après l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, des Juifs de l’Hypercasher, il y a moins d’un an, les cent-trente morts et autres trois cents cinquante blessés de six fusillades concertées entre Le Bataclan, le Grand Stade de France et quelques terrasses de café, nous n’exprimerons aujourd’hui pas le moindre triomphalisme de mauvais aloi pour avoir eu raison. Ni encore la moindre vanité de prétendre à une parfaite expertise. Depuis la révolution iranienne de l’Ayatollah Khomeyni, depuis le 11 septembre 2001 des deux tours newyorkaises, depuis l’attentat de la gare de Madrid qui changea le cours des élections espagnoles, depuis le tueur Merah, depuis plus précisément encore 2004 et la publication de Les Islamistes sont déjà là[1], une  messe noire avait été dite. Nous n’avons pas voulu la voir, telles les autruches de l’adage, croyant l’écarter, contribuant au contraire ainsi à l’accueillir, faute d’avoir prévu de la contrer. D’où vient donc cette barbarie prétendument aveugle du Califat islamique, comment en analyser le fanatisme mortifère ? Quelle part de responsabilité ont nos gouvernements et divers Etats, mais surtout l’Islam et son livre, le Coran, que l’on ne comparera qu’avec précaution avec la Bible

 

Une aveugle contribution

    Le plus souvent, nous sommes aveugles, sourds et muets, sans compter nos mains liées par nos propres soins, devant le terrorisme islamiste, qu’il s’agisse de ses armées du Califat islamiste entre Irak et Syrie, ses bandes armées entre Mali, Nigéria, Yémen et Pakistan, de ses porte-ceintures d’explosifs sur à peu près tous les continents, de ses plus simples couteaux encore anonymes et autres hypothèses opérationnelles venues de leur imagination morbide sans limites. Ainsi, bien moins prémunie qu’Israël, la France se surprend à vivre en une soirée ce que vivent chaque jour et savent le plus souvent éviter les habitants de la seule réelle démocratie libérale du Moyen-Orient.

      N’avons-nous pas contribué, par faiblesse et angélisme, un « angélisme exterminateur », pour reprendre le titre d’Alain-Gérard Slama[2], à faire entrer les loups dans la bergerie ? Une immigration non sélective, un appel d’air à coup d’aides sociales, des frontières plus poreuses que le conduit d’un aspirateur, des livraisons d’armes françaises aux « rebelles syriens », en fait des islamistes à des degrés divers, des relations diplomatiques et commerciales avec le Qatar et l’Arabie Saoudite à qui nous vendons des armes et qui financent l’Etat islamique, au point de penser qu’achetés, nous nous plions à leurs exigences, des aveuglements à la limite de la complicité lorsque la Maire de Paris remit la médaille de la ville à Mahmoud Abbas, Président de l’Organisation de Libération de la Palestine et chef terroriste notoire, lorsque nos Présidents honorent de visites et de réceptions les potentats arabes, une mansuétude inouïe envers les banlieues où pullulent les zones de « non-droit », donc de racaille-charia-délinquance-criminalité, les mosquées aux prêches salafistes et wahabbistes, tous lieux où la police craint de pénétrer pour ne pas y démanteler les réseaux pré-terroristes, pour ne pas y déterrer les caches d’armes (alors que seuls les bons citoyens n’ont pas droit à ce port d’arme qui pourrait assurer leur légitime défense), une absence de volonté d’éradiquer les prières de rues, les drapeaux de l’Etat islamique dans les manifestations pro-palestiniennes, les voiles et la menace sanitaire et religieuse du halal, une absence de volonté de surveillance réelle d’expulsion radicale et de mise sous écrou des propagandistes, impétrants et forcenés de l’islamisme (au moins 5000 terroristes potentiels fichés), une armée dispersée sur trop de théâtres extérieurs et qui n’a guère les moyens de nous protéger, voici les termes d’un tacite contrat qui a cru acheter notre sécurité et qui, en toute logique, la compromet gravement. Semblerait-il que l’on se réveille de ce sommeil enchanté ? À moins qu’avertis de la probabilité de ces attentats, et de noms de jihadistes, par diverses sources israélienne, turque, algérienne, syrienne, jusqu’au nom d’Omar Ismaïl Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, les services de renseignements français aient gravement failli ; à moins que, comme l’avancent d’horribles soupçons à quoi il faut peut-être se garder d’accorder crédit, le gouvernement ait sciemment attendu l’attentat pour reprendre la main de la puissance, par l’état d’urgence, et de la popularité, certes provisoire, en un cynisme plus que machiavélien, quoiqu'un certain nombre d'attentats aient pu être déjoués…

La Forteresse du l’Etat islamique

     Ainsi l’Etat islamiste (le mot Etat étant employé par euphémisme pour dissimuler sa vocation de Califat) n’est qu’un nid de fanatiques. Ce que confirme avec un brin d’ironie noire Samuel Laurent qui, dans son essai-enquête, commence par interroger « les fans du califat », dont le but proclamé sans fard est d’ « appliquer la Charia sur un territoire toujours plus vaste ». On saura tout, ou presque, sur les financements, les filières, l’hégémonie en projet à l’encontre des nations voisines, la menace envers le Liban et Israël, en lisant L’Etat islamique, enquête pourtant fort risquée de ce consultant international qui a su infiltrer les rangs et les territoires infestés de terroristes. Ces derniers, quoique surarmés de tanks et d’armes lourdes, mais éparpillés, sont, du moins leurs stratèges en chef, difficilement repérables, n’utilisant aucun moyen de communications modernes, bougeant imprévisiblement, ce qui explique pourquoi les frappes aériennes, fussent-elles internationales, ne pourront se passer de renseignement au sol. De plus, il ne faut pas se leurrer, sans troupes au sol, pour appuyer l’admirable travail des Kurdes (qui, notons-le, ont bien des femmes pas le moins du monde enfoulardées dans leurs rangs guerriers défensifs), il est à craindre que nos initiatives soient peine perdue. Samuel Laurent se montre également réaliste sur un point crucial : nous avons « de sinistres alliés comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui déploient un réseau tentaculaire au sein de nos banlieues et de la communauté musulmane. Depuis des années, et en toute impunité ! »

 

De la responsabilité des Etats

    Reste que si la responsabilité d’un prophète, des textes coraniques et de la Charia, n’obère pas un instant la responsabilité individuelle de celui qui n’a jamais usé (ou l’a abandonné) de son libre-arbitre, la responsabilité des Etats où règne à des degrés divers l’Islam, religion officielle, mais sans autorité hiérarchisée (au contraire du Christianisme) est également à pointer, là où l’on ne peut construire d’église, où se révéler athée peut être suivi par la peine de mort, comme au Maroc. Cependant, y compris en ces pays, l’Islam n’est pas toujours monolithique :  il est parfois travaillé par l’interprétation qui tente de contextualiser les propos violents et rétrogrades du Coran pour s’en éloigner ; démarche impie qu’exècre Daesh, cet acronyme qui est un euphémisme pour éviter de dire Califat islamique.

      Outre la responsabilité de l’idéologie religieuse, des Etats, et celle individuelle, il ne faut pas omettre un instant que l’Occident a parfois bien contribué à sa propre perte. Les Etats-Unis ont armé les islamistes afghans contre les Soviétiques, ont renversé Saddam Hussein en désœuvrant l’armée irakienne dont les anciens cadres et soldats nourrissent le Califat islamique (quoique l’invasion américaine du Japon et de l’Allemagne n’ait pas fait d’eux des pays revanchards et criminels, au contraire). L’incapacité et le sectarisme du gouvernement irakien chiite ont provoqué par réaction la floraison du Califat. La France elle-même a contribué à renverser Khadafi, laissant place à un chaos qui retentit jusqu’au Mali. En guise de mea culpa, il faut noter que l’auteur de ces lignes pensait lors de l’éradication de Saddam Hussein qu’il était toujours bon d’abattre un dictateur, ce en quoi il se trompait lourdement. Même si c’est se brouiller la vue que de croire que l’Islam du Califat n’était sans cela en gestation depuis au moins la fondation des Frères musulmans en 1928. C’est avec naïveté que nous avons arrosé d’argent et d’armes les « printemps arabes » et les « rebelles syriens », sans compter l’orgueil masqué sous cet altruisme, venu d’une fort excessive repentance des anciens colonisateurs. C’est avec retard que nous acceptons d’un peu moins tordre le nez devant un Bachar Al-Assad, certes abject, devant un Poutine, certes autocrate pas toujours recommandable, alors que ce dernier, nolens volens européen, a non seulement les moyens, mais la volonté de contribuer à l’éradication, si possible, du Califat islamique.

 

Archéologie des islamistes français

     Il est loisible également de battre sa coulpe lorsqu’une immigration pléthorique, venue de l’aire islamique, ne sait ni ne veut séparer, parmi les réfugiés de guerre et les migrants économiques, l’aspirant aux libertés de l’aspirant à l’Eurabia, agent d’une invasion idéologique pourtant annoncée et du terrorisme, sans que l’on sache assez s’interroger sur la nécessité de l’identité occidentale en tant qu’elle puise ses sources aux racines judéo-chrétiennes et des Lumières[3]. Et de se reprocher que depuis des décennies, sans que l’on ait le courage d’agir pour ne pas provoquer d’ « incidents » en heurtant la susceptibilité des minorités et pour racler le vote musulman, le sol des banlieues belges, anglaises, et françaises (ad libitum) soit truffé de poches de Charia et de caches d’armes ; cette « guerre secrète » des tapis de prière, des foulards et de la police religieuse, qu’au terme d’une minutieuse enquête courageuse, avaient en 2004 au grand jour dévoilé Christophe Deloire et Christophe Dubois, dans leur livre Les Islamistes sont déjà là[4]. Si l’on sait que l’argent n’a pas d’odeur, celui du pétrole de la péninsule arabique, lorsqu’il achète club de football, palace ou grand magasin parisiens, empeste l’hydre islamiste… Que n’a-t-on agi raisonnablement en France ? Le réquisitoire doit être peu complaisant, depuis que notre pays a donné refuge à l’ayatollah Khomeyni qui fit ensuite de l’Iran une République islamique jusqu’aux enfants de l’immigration que nous n’avons su ou pu intégrer dans une culture libérale, et dont un nombre non négligeable fournit nos terroristes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

      Cependant, selon un rapport publié par le Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam, tous les radicalisés ne viennent ni des mosquées ni de familles religieuses. Du moins si l’on se réfère aux signalements, car les familles musulmanes ne sont guère enclines à de telles initiatives. Quelques-uns (quand ce rapport idéologiquement orienté croit voir là le plus grand nombre) de ces jeunes gens viennent de classes moyennes, voire bien éduquées, athées, et se sont relevés d’états dépressifs en s’identifiant au mythe du chevalier héroïque véhiculé par des propagandistes et recruteurs islamistes fort au fait du contenu des Hadiths et du Coran, et qui savent s’inspirer des jeux vidéo de combat. On ne doute pas qu’une rhétorique particulièrement efficace permette de transmuer l’adolescent dans une mythologie compensatoire : celle du djihad, rythmée par le rap beur et par le ronflement des kalachnikovs, bien plus excitante qu’un emploi de chômeur sur les bancs de l’école ou du Kebab, sans parler de la disponibilité des captives sexuelles…

 

Culture de mort et martyrologie

      Une culture de mort s’attaque à la vie. Pourquoi ? Parce que, soumis à l’influence des masses vitupérant, celui qui a la naïveté, la faiblesse psychologique et intellectuelle, de croire à un paradis éternel peuplé de soixante-douze vierges sans cesse disponibles au macho, se glorifie, en prétendu martyr, de tuer des innocents, n’accorde guère de prix à la vie.

      Nietzsche, l’affirmait : « Que des martyrs prouvent quelque chose quant à la vérité d'une cause, cela est si peu vrai que je veux montrer qu'aucun martyr n'eut jamais le moindre rapport avec la vérité. Dans la façon qu'a un martyr de jeter sa certitude à la face de l'univers s'exprime un si bas degré d'honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d'esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu'on le réfute[5] ».

      À la seule réserve que le martyr chrétien n’est pas un tueur, il n’est qu’une victime, le plus souvent paisible, du cirque romain ou de ses opposants farouches ; même si les Chrétiens ont fait bien des martyrs parmi les hérétiques à leur foi. Au contraire, le martyr de l’Islam est un assassin de victimes qui n’ont que le tort de ne pas partager sa foi, ou de ne pas l’observer avec le fanatisme requis. En effet, selon Thomas d’Aquin, philosophe chrétien du XIIIème siècle, si « le martyre est un acte de vertu […] il consiste à supporter comme il se doit des souffrances infligées injustement […] Donc le martyre est un acte de patience plus que de force.[6] » En ce sens, indubitablement, la martyrologie ne concerne que les victimes des attentats, en particulier ces Chrétiens du Moyen-Orient éradiqués dans l’indifférence quasi-générale[7]

      Le culte de la mort, équivalent au « Viva la muerte ! » des phalanges franquistes de sinistre mémoire, est évidement de la part de l’islamiste un choix éthique, que l’on ne peut lire que comme un renversement des valeurs, au lieu de célébrer, conserver et magnifier la vie. On voit bien les Palestiniens de Gaza envoyer leurs enfants mener l’intifada, la guerre des pierres, au-devant de la police israélienne, espérant pouvoir exhiber à la presse et à la face de la culpabilité complice occidentale, le cadavre d’un enfant, alors que le ventre de leurs femmes est une usine à martyrs et combattants enrégimentés, surabreuvés de propagande depuis le berceau. Cette « morbidité présuicidaire » n’est pas qu’ « une lassitude, camouflée, camouflée par le voile de la religion, à l’égard du monde et de la vie[8] », elle est un sens de la vie (en fait un non-sens), une eschatologie, une jouissance apocalyptique. Au point que l’on ait pu recenser 27000 attaques causées par l’islamisme depuis le 11 septembre 2001[9] ! En ce sens, il est difficile de décider si les psychopathes désœuvrés sont attirés par l’islamisme ou si l’islamisme ne fait pas que les formater, mais les suscite avec jubilation…

      L’on nous dit qu’il s’agit de déséquilibrés. Certes, s’il s’en glisse çà et là quelques-uns, c’est que comme des mouches attirés par la viande avariée, ils se collent aux occasions et grandes justifications collectives de lâcher la bride à leurs pulsions violentes et meurtrières. Prenons garde à ne pas oublier que la plupart des terroristes islamistes commencent leur initiation dans la délinquance (comme Staline ou les terroristes rouges de la bande à Baader qui ont d’abord œuvré dans l’attaque à main armée). Ils baignent dans « le mouv », une fraternité perverse qui est un mode de vie tout à fait « cool », dont le sommet devient l’orgasme du doigt qui commande le meurtre, dont l’acmé sadomasochiste est une explosion paradisiaque. Mais il faudrait également et surtout prendre garde que l’Islam est un équilibre, en lequel l’impétrant et le professionnel trouvent leur équilibre moral, leur foi et leur loi. Certes, il s’agit d’un équilibre conceptuel simpliste, mais en cela rassurant, dans lequel un manichéisme rigoureux sépare le bien et le mal, le dar es salam (territoire de la paix islamique) et le dar el darb (territoire de la guerre contre les infidèles). De plus une jouissance noire anime le corps, les mains et le visage du terroriste en action, surtout drogué au Captagon (cet euphorisant qui offre une sensation d’invincibilité), le plus souvent jeune, comme une décharge sexuelle, plus reproductible et plus durable, à la merci de celui qui se veut Ange exterminateur en éprouvant un sentiment de toute puissance totalitaire. Ce pourquoi faire appel à un Islam modéré, à une réforme théologique humaniste, serait inopérant contre de tels meurtriers. Qui plus est fort stimulés par un jeu de combat comme Assassin’s Creed, d’ailleurs en partie inspiré par ces « assassins » au nom d’Allah animés par la secte des « Haschischins » (une communauté chiite ismaélienne du XIème siècle), dont on lira le stupéfiant tableau romanesque mis en scène par le Slovène Vladimir Bartol dans  son roman : Alamut.

L'Alcoran de Mahomet, Edition Du Ryer, Arkstée & Merkus, 1775.

 

L’Islam et la morbidité de sa source coranique

      Nous n’avons voulu percevoir les islamistes que comme de rares fondamentalistes qui ne respecteraient pas le message de l’Islam, cette religion de « paix et d’amour », comme la taqiya (la dissimulation) et la propagande pro-tolérance le prétendent. C’est hélas méconnaître le message parfaitement clair de la parole d’Allah révélée à son prophète et à ses millions de zélotes, dans son livre saint (et abondamment confirmé par les Hadiths) rempli jusqu’à la gueule d’exhortations, d’interdits et d’appels aux meurtres : « Si vous rencontrez les infidèles, combattez-les jusqu’à ce que vous ayez fait un grand carnage ; chargez de chaines les captifs[10] », ordonne la Sourate XLVII, sans oublier bien sûr les captives…

      Ne nous voilons pas la face (image choisie à dessein), l’Islam est l’islamisme ; l’islamisme est l’Islam. Si tous les Musulmans ne sont pas des islamistes, c’est parce qu’en déshérence ils laissent les commandements coraniques qui sont contraires aux droits de l’homme et de la femme ; et parce que de nombreux courants ont traversé cette tradition religieuse et théocratique, parfois plus prudemment. Et tant mieux s’ils s’approchent de ce qui serait, quoiqu’hélas fort minoritaire, un Islam des Lumières, qui appellerait sur ces attentats et cette stratégie dissimulée de conquête une triple condamnation, éthique, juridique et religieuse ; au contraire de ce livre qui, de sa naissance à nos jours, voire pour longtemps, reste intrinsèquement incompatible avec la démocratie libérale[11]. Ce que confirme, sans la moindre ambiguïté, Al-Mawardi (974-1058), considéré comme l’un des meilleurs théoriciens politiques de l’Islam : « Dieu ne dissocie donc pas la rectitude de la religion de la bonne direction de l’Etat et du bon gouvernement des sujets. »[12] Pendant ce temps, presqu’autant que la bande de Gaza, nos banlieues regorgent de réjouissances, de cris antisémites, en apprenant le succès de ce carnage de « Céfrans »…

      L’on exhibe pour se dédouaner le début du fameux verset 32 de la sourate V du Coran : « Tuer un homme c’est comme tuer toute l’humanité ». Mais ne nous cachons pas qu’il est immédiatement suivi, en ce même verset 32 et au verset 33, par : « Mais voici, après cela, il est sur terre, un grand nombre de transgresseurs. Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses Envoyés, semant sur terre la violence, auront pour salaire d'être tués ou crucifiés[13] ». Si l’on imagine qu’il ne s’agit que d’un effet de traduction, il est permis de consulter, outre cette dernière de Chouraki, celle de Du Ryer, en 1775 : « la punition de ceux qui contrarient à la volonté de Dieu, à celle de son Prophète, et font leurs efforts pour salir la terre, est d'être tués, pendus, d'avoir le pied droit et la main gauche, ou la main droite et le pied gauche coupés, et d'être exterminés de dessus la terre ». Et pour ajouter un des nombreux versets qui ordonnent le meurtre, lisons la Sourate VIII, verset 12, traduction Chouraki : « Je jetterai au cœur des effaceurs la panique. Frappez sur les nuques ! Frappez toutes les phalanges ! » Sans omettre la Sourate IV, « Sur les femmes », verset 34, traduction Chouraki : « Les hommes ont autorité sur les femmes […] Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les ». Moralité : débarrassez le Coran de tous les versets contraires aux droits de l'homme et de la femme. Ce qu’un nombre pas tout à fait négligeable d’humanistes de confession musulmane réclament d’ailleurs, comme Nasser Khader, ancien membre du parlement danois, et chercheur d’origine syrienne au Hudson Institute de Washington.

 

Violence coranique et biblique, même combat ?

      Certes, toutes les religions, y compris les plus paisibles dans leurs textes sacrés, peuvent permettre d’armer des bras au service d’abominations ; on a vu des Bouddhistes devenir meurtriers. Mais le Christianisme ne le fait qu’en contradiction avec ses principes, de l’origine à Vatican II. Ce scandale théologique et éthique a été relevé avec brio par le philosophe Jacques Ellul : « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Eglise ait donné naissance à une société, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? […] on a accusé le Christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges, qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration d’origine […] Ce n’est pas du tout le même phénomène qu’entre les écrits de Marx et la Russie des goulags ni entre le Coran et les pratiques fanatiques de l’Islam. Ce n’est pas le même phénomène parce que dans ces deux derniers cas on peut certes trouver la racine de la déviation dans le texte même[14] ».

      En 1795, l’orientaliste français Volney, parmi les pages de son essai, Les Ruines, dans lequel il méditait sur le caractère éphémère des empires, et militait pour la tolérance religieuse, en digne représentant des Lumières, faisait se confronter les sectateurs des religions concurrentes en leurs prétentions et leurs ridicules. S’il n’épargnait pas le Christianisme, il était justement féroce contre les contradictions de l’Islam : « jeûner le jour (et manger de nuit), donner l’aumône de son bien (et ravir celui d’autrui) : tels sont les moyens de perfection institués par Mahomet, tels sont les cris de ralliement de ses fidèles croyants. Quiconque n’y répond pas est un réprouvé, frappé d’anathème, et dévoué au glaive. Un Dieu clément, auteur de la vie, a donné ces lois d’oppression et de meurtre ; il les a faites pour tout l’univers, quoiqu’il ne les ait révélées qu’à un homme[15] ».

      Certes le Christianisme n’a pas toujours été tendre envers ses hérétiques, tels les quinze mille morts lors des trois siècles de l’Inquisition, principalement espagnole ; pourtant une broutille (qui reste impardonnable) devant l’incommensurable nombre des infidèles oubliés parmi les sables de quatorze siècles de conquêtes musulmanes… Outre les guerres de religions, fratricides entre protestants et catholiques, là encore impardonnables, le reproche récurrent est associé aux croisades (certes plus qu’indélicates lorsque leurs soudards pillèrent Constantinople), ce péché capital aux yeux des islamistes, quoique l’équité réclame de considérer qu’il ne s’agissait que de reconquérir ce qu’avaient soumis à leur tyrannie sanglante les armées musulmanes…

Gustave Doré (1832-1883) : Moïse et les tables de la loi.

 

      C’est alors que l’on rétorquera que la Bible est aussi violente que le Coran. Comparaison n’est pas raison. Le second est censé être incréé, émanation ne varietur de la parole divine directement transfusée à son prophète et à son livre, destiné à être répété, récité et observé, rarement interprété, quand la première est bien plus rare en exhortations criminelles et n’est que rarement parole prophétique, comme lorsque Moïse rapporte le « Tu ne tueras point » du mont Sinaï. La Bible est écrite par des dizaines de bouches et de mains humaines, récit essentiellement historique, quoique mythographique, psaumes et cantiques… Elle génère, surtout autour de la Thora, une intense tradition d’interprétation. Aussi, lorsque nous lisons dans le Deutéronome : « Vous exterminerez tous les peuples que le Seigneur votre Dieu vous doit livrer » (traduction Le Maistre de Sacy) ou « Tu dévoreras donc tous ces peuples que Yahvé ton Dieu, sans les prendre en pitié et sans servir leurs dieux : car tu y serais pris au piège[16] » (traduction Gazelles, Ecole Biblique de Jérusalem), l’on peut y lire une abjection criminelle autant qu’une stratégie digne de Machiavel, mais, puisqu’ici Moïse ne parle plus en prophète mais en chef de peuple, un précepte à contextualiser historiquement. Lorsqu’il parle en prophète, dans le Lévitique, hélas il ordonne la mort de l’homme adultère, de celui « qui couche avec un homme comme on couche avec une femme », du « nécromant ou devin[17] », sans oublier que la liste des animaux impurs y est décidément surréaliste ! Dans L’Exode, qui « profanera le sabbat, devra être mis à mort[18] ». Voilà bien des siècles heureux que de tels châtiments ne sont plus appliqués, par Juifs et Chrétiens, perméables à l’évolution des mœurs et des libertés (hors quelques rares nostalgiques d’une orthodoxie digne des Zélotes), y compris en Israël, pays laïque de la Thora. Quant au Nouveau Testament, une seule occurrence meurtrière est à relever, chez Saint Luc 19 11 27 : « Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu de moi pour roi, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence.[19] » Il faut alors prendre garde que ce n’est là qu’une parole rapportée, celle d’ « un homme de haute naissance », par le Christ, au sein d’une parabole, celle des « Mines » (ou des « Talents » et du « Prétendant à la royauté » chez les autres évangélistes en cette matière bien plus bienveillants) qui n’a aucune valeur prescriptive et qui n’est destinée qu’à une méditation sur la rétribution et la justice… En un ensemble de quatre Evangiles qui ne sont à l’égard des hommes et des femmes que paroles d’amour, de paix et de pardon, cette citation qu’il ne faut ni tronquer ni éviter de contextualiser, est plus qu’isolée !

      En conséquence, au contraire de l’Islam qui est une religion fondamentalement politique, si le Christianisme s’est aventuré parmi l’espace du pouvoir politique au cours de son histoire, ce fut au pris d’une contradiction flagrante avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, telle que l’ordonne le Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu[20] ». Rien là de fanatique, n’est-il pas vrai ?

Entre wahhabisme et soufisme

      Pire encore, c’est au XVIIIème siècle que Mohammad ibn Abd al-Wahhâb mit au point sa doctrine, que son frère Souleyman dénonça dans Les foudres divines réfutant le wahhabisme. En effet même les musulmans rigoristes réprouvent le wahhabisme, conspué comme hérétique, puisqu’il érige en dogme le pillage et la razzia (certes pratiqués en abondance par le Prophète en personne en son VIIème siècle), puisqu’il va jusqu’à détruire les traces de la civilisation islamique (tombeaux et mosquées par exemple), sans parler évidemment des autres civilisations. L’Arabie Saoudite tire son nom des Saouds, la tribu qui accueillit Mohammad ibn Abd al-Wahhâb. Hélas, à cause du concours des pétrodollars (d’ailleurs venus de l’alliance commerciale pétrole contre protection entre les Etats-Unis les Saoudiens, via l’Aramco) et des imams saoudiens, c’est ce wahhabisme exterminateur, ainsi que le salafisme et les Frères musulmans, eux plutôt qataris et Egyptiens, désireux de revenir à la pureté originelle de l’Islam et de lutter contre l’occidentalisation, qui essaiment à travers le Califat islamique et ses séides armés jusque dans notre Occident. Au risque d’être en contradiction avec le Coran même, puisque ce dernier prohibe le suicide, donc les attentats au moyen de ceintures d’explosifs. Qu’importe, puisqu’en 1985, le leader spirituel des Chiites du Hezbollah lève l’interdit sur le suicide pour les combattants. Toutes raisons pour laquelle un certain nombre d’Etats et de Musulmans exècrent le Califat islamique, ce qui ne les empêche pas de soutenir avec ferveur un Islam prétendument modéré…

      C’est alors oublier qu’il existe des Instants soufis, pour reprendre le titre d’Abdelwahab Meddeb. « Instants » car ceux qui pratiquent le soufisme ne sont qu’un petit pour cent de l’Islam. Là, pas grand-chose de fanatique. On sera stupéfait d’apprendre qu’il y eut des femmes au sommet de cette spiritualité, des saintes, comme, au VIIIème siècle, Râbi’a. « Le soufi est celui qui a été ravi par Dieu », mais dans le cadre d’une « universalité [qui] est une vertu cardinale » et de « la reconnaissance de l’autre ». Jésus est considéré comme un modèle, en cette « société ouverte », en rien misogyne, où la connaissance de toutes les religions est encouragée, comme la pratiqua le philosophe et mystique andalou Ibn ‘Arabî (1115-1240), qui, amoureux de Nizâm, en fit la « figure d’amour », représentant « le Dieu Un ». Ainsi l’on déguste les « fruits divins », à la portée du lecteur de l’encyclopédie du soufisme titrée La Parure des saints. Comme de juste, cette ascèse sublime, animée par un « code chevaleresque », est soutenue par une intense poésie, celle de Niffarî, de Rumî, ou celle dont témoigne le vaste conte du Cantique des oiseaux d’Attâr[21], jusqu’au sommet d’une esthétique de l’extase.

      À moins qu’Abdelwahab Meddeb, bien conscient par ailleurs que les germes du terrorisme sont dans les textes fondateurs de l’Islam, se laisse emporter par son enthousiasme, il faut admettre qu’il a su rendre un bel hommage, aussi limpide qu’érudit, à cette estimable spiritualité qu’est le soufisme, clairement en contradiction avec l’Islam aussi bien courant que fondamentaliste. Il suffit de songer qu’en 2012, les fanatiques islamistes ont incendié en Tunisie, le mausolée de Sayyida Mannoubia, vénérable soufie. En effet, au contraire de la « Sourate sur les femmes » du Coran, violemment sexiste, Ibn ‘Arabî écrit en son poème : « Les femmes sont inséparables des hommes / dans le monde des esprits et des corps / […] Si tu observes le ciel et la terre / tu distingues les deux sans hiérarchiser.[22] »

      Ainsi, nous saurons ne pas faire de l’entièreté de l’Islam une abomination, ne pas « faire de l’arabité une maladie honteuse », selon la formule judicieuse de Malik Bezouh qui se livre à un examen documenté, hélas à peu près uniquement à charge, contre les « préjugés » accumulés parmi l’Histoire française à l’encontre de l’Arabe, dans son essai France-Islam. Le choc des préjugés[23], essai qui n’est tout de même pas indigne d’être médité.

      Hélas, le terroriste, wahhabiste ou salafiste, d’Al-Qaïda ou d’Al-Nosra, n’est que la partie émergée de l’iceberg d’un Islam qui vise, au moyen de la taqiya, à s’installer durablement au point d’imposer ses mœurs, aux dépens des mœurs locales et des principes de la République et de la démocratie libérale. La guerre lointaine au-delà de la Méditerranée, la guérilla dans les banlieues (alors que le mot « banlieue », vient du lieu du ban, soit de la loi) ne sont que le fer de la lance du jihad, quoiqu’ils puissent être compris comme une erreur parce qu’ils contreviennent à la stratégie de dissimulation d’un Islam qui ne veut que s’étendre sans trop effrayer ceux qui deviennent ses dhimmis obligés, en son territoire de paix et de soumission…

 

      Au-delà des grotesques objurgations au « Padamalgam », et au « Pas faire le jeu du Front National », le devoir de quête de vérité (dans la mesure où elle est à la portée de nos modestes moyens) s’impose. Devoir de vérité rétrospective lorsque nous savons combien la France et bien d’autres Etats occidentaux ont péché par laxisme sur leur propre territoire, tout en contribuant à la croissance de l’Etat islamique, diplomatiquement, militairement et financièrement ; devoir de vérité théologique en lisant les textes et l’histoire de l’Islam ; devoir de résolution et d’action pour protéger notre présent et notre futur. Il faudra plus qu’un Hercule veillant au communautarisme musulman pour vaincre l’hydre aux mille têtes et aux millions de serpents souterrains de l’islamisme de par le monde, plus qu’un James Bond (mythes d’ailleurs fort voisins), plus qu’un porte-avion, fût-il nommé « Charles de Gaulle ». Que faire ? Cesser tout commerce, toute relation diplomatique avec les pays coupables d’indulgence et de financements (au premier chef l’Arabie Saoudite, voire la Turquie d’Erdogan) pour le Califat islamique. Faire converger les forces militaires des démocraties, d’Israël (dont l’expertise est grande en ce domaine), de la Russie, des Etats-Unis, y compris de la dictature de Bashar al Assad, filtrer avec la plus grande rigueur l’immigration venue de l’aire et de l’idéologie coraniques, envisager peut-être une remigration, rétablir le droit et le respect des libertés individuelles dans les « territoires perdus de la République[24] ». Restaurer enfin l’humanité dans sa dignité, du moins tendre vers ce but seul envisageable devant le miroir que doit tendre à chacun un juste individualisme agnostique autant qu’une théologie humaniste…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, Albin Michel 2004.

[2] Alain-Gérard Slama : L’Angélisme exterminateur, Grasset, 1993.

[4] Christophe Deloire et Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là. Enquête sur une guerre secrète, ibidem.

[5] Friedrich Nietzsche : L’Antéchrist, 53.

[6] Thomas d’Aquin : Somme Théologique, II, 124, Cerf, 1985, t III, p 744, 745, 746.

[8] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Libella Maren Sell, 2008, p 186.

[9] Voir : thereligionofpeace.com

[10] Coran, sourate XLVII, verset 4, traduction Savary, Garnier, 1958, p 481.

[12] Al-Mawardi : De l’éthique du prince et du gouvernement de l’Etat, Les Belles Lettres, 2015, p 360.

[13] Coran, Sourate V, versets 32 et 33, traduction Chouraki, Robert Laffont, 1990.

[14] Jacques Ellul : La Subversion du Christianisme, Seuil, 1984, p 9.

[15] C. F. Volney : Les Ruines, ou méditation sur les ruines des empires, Parmentier, 1826, p 115.

[16] Deutéronome, 7-16.

[17] Lévitique, 20-10,13,27.

[18] Exode, 31-15.

[19] Saint Luc, 11-27.

[20] Saint Luc, 20-25.

[22] Cité par Abdelwahab Meddeb, p 152, 153.

[23] Malik Bezouh : France-Islam. Le choc des préjugés. Notre histoire des croisades à nos jours, Plon, 2015.

[24] Les Territoires perdus de la République, sous la direction d’Emmanuel Brenner, Mille et une nuits, 2002.

 

Gustave Moreau (1826-1898) : Hercule et l'hydre de Lerne, Musée Gustave Moreau, Paris.

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Published by Thierry Guinhut - dans Religions et société
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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 18:41

 

Sevilla. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Christianophobie et désir de barbarie :

 

Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde.

 

 

 

 

 

Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde.

Sous la direction de Jean-Michel di Falco, Timothy Radcliffe, Andrea Riccardi,

XO Editions, 814 p, 24,90 €.

 

 

        Si l’on pense au célébrissime Livre noir du communisme[1] et à ses cent millions de morts, une lecture malavisée de ce nouveau titre pourrait laisser penser à un semblable réquisitoire à l’encontre des Chrétiens coupables de millions d’exactions. Pourtant, non ; aux rebours de bien des préjugés, au rebours d’une islamophobie bien plus stigmatisée qu’une plus sanglante christianophobie, ce sont eux les victimes des nouvelles bêtes de l’apocalypse en notre contemporain planétaire. Il s’agit bien du Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde ; quoique l’on eût pu, pour les trois quart de ce volume fort de ses huit cents vastes pages exhaustivement documentées, l’appeler Livre noir de l’Islam. Là où la pulsion de mort et le désir de barbarie sont pour beaucoup d'êtres humains une positivité du mal...

 

        Voici un monstre livre, une caisse noire, insoulevable par la seule compassion, de dossiers destinée au tribunal divin -s’il existe-, plus exactement à celui de la conscience de l’humanité entière, autant que de chacun de nous. Car si nous avons dit ailleurs « Pourquoi nous ne sommes pas religieux »[2], cela ne doit en rien empêcher de prendre fait et cause pour des victimes innocentes de par le monde. Les Chrétiens en effet sont aujourd’hui les premiers visés (même si leur grand nombre contribue à statistiquement expliquer cela) : 150 à 200 millions d’entre eux sont persécutés, quand 75% des violences religieuses les visent directement. Entre Syrie et Irak, le christianisme, qu’il soit nazaréen ou catholique, est en voie de disparition, Bible et croix sont rigoureusement proscrites, la crucifixion n’est plus un souvenir pittoresque de l’empire romain, n’est plus un objet de contemplation muséal et de méditation ecclésiale… Pourtant nous ne consentirons pas à illustrer cet article avec ces photos de charniers qui circulent avec raison sur le net…

      Savions-nous qu’en Inde, au Sri-Lanka ou en Birmanie, les nationalismes hindouistes et bouddhistes exercent des exactions contre les minorités paisibles : le pogrom anti-chrétien d’Orissa, en Inde, a fait 500 morts en 2008 et 50 000 sans-abris. Décidemment, il ne faut faire confiance à aucune religion, fut-elle aussi sage et méditative que le bouddhisme ! Certes, l’homme sait s’emparer de toutes les confessions pour jouir avec voracité de son pouvoir de violence, sait dénaturer et trahir leurs textes fondateurs, comme les Chrétiens eux-mêmes ont pu bafouer le message des Evangiles en fondant l’Inquisition, en brûlant les sorcières, en abattant les idoles païennes, et contribuer au génocide de nombre d’Indiens d’Amérique[3]. Ce qui ne doit entraîner aucune vengeance contre des innocents, si abondamment paisibles, la croix contre la poitrine.

 

Duccio di Buoninsegna : Crucifixion (détail), 1311,

Museo dell Opera dell Duomo, Firenze.

 

      Savions-nous qu’en Chine, Corée du Nord, Vietnam et Cuba, ces délicieux paradis communistes, les intimidations, les persécutions, les emprisonnements guettent les Chrétiens ? La foi totalitaire et matérialiste ne supporte pas qu’une foi concurrente l’ignore et la dépasse, ne serait-ce qu’en sa dimension spirituelle et philosophique. Ainsi, les camps de travaux forcés de Corée du Nord recrutent et exécutent qui ne sacrifie pas au culte du leader rouge : « Posséder une Bible peut valoir le camp d’internement, voire l’exécution capitale ».

       Savions-nous qu’en Amérique latine, continent le plus christianisé, prêtres et pasteurs sont assassinés lorsqu’ils s’engagent contre la corruption et le narcotrafic ?

         Savions-nous que la distribution géographique de la répression anti-chrétienne est un nouvel archipel de la honte ? Le plus vaste, le plus terrible va du Maroc à l’Indonésie, de l’Iran au Nigéria et au Centrafrique, en passant par l’affreux Pakistan nanti d’une glorieuse loi contre le blasphème : l’aire arabo-musulmane est gangrénée par les tracasseries quotidiennes contre ceux qui doivent se résoudre à pratiquer leur culte et leurs vertus en secret, par les mouvements islamistes radicaux à l’affut du crime à commettre avec gourmandise contre l’infidèle. Là où charia et fanatisme livrent un combat manichéen : « Djihad versus McWorld[4] »

      Nous connaissons tous Boko Haram (signifiant « livres impurs ») qui, au Nigéria, est responsable de 3000 morts et vend des esclaves sexuelles.  Un autre exemple : il y a 25 ans, l’Irak comptait un million et demi de Chrétiens ; ils ne sont plus que 150 000. Songeons également que les Musulmans ahmadis, non reconnus comme Musulmans, souffrent également de répressions. Au point qu’une « éminence grise des Frères musulmans […] défend également l’idée que l’assassinat et la crucifixion sont des réponses appropriées face au crime que constitue le fait de quitter l’Islam pour une autre religion ».

        Et si l’on en est pas à ce point en Europe et en France, il suffit de parcourir les entrefilets des journaux pour y découvrir de nombreuses exactions contre des cimetières, des églises, profanés, voire pillées pour alimenter on ne sait quelles caisses…

       On estime alors que 80 % des persécutions religieuses dans le monde sont perpétrées contre des Chrétiens ; sinon ils sont Baha’is, animistes, et de toutes les confessions selon les régimes politiques et les pays qui ne tolèrent pas le libre-arbitre. Car « la liberté religieuse est un droit orphelin », selon la formule de Caroline Cox…

         Toutes « choses sur les persécutions, qu’il ne parait pas prudent de raconter ici pour n’offenser personne », dit le Pape François, cité par Jean-Michel di Falco. Quand dénoncer le crime n’est pas une offense, n’est-ce pas une façon trop chrétienne de tendre l’autre joue ? Cette « guerre globale », y compris contre femmes et enfants, ne voit guère se lever la main de la justice, dont la force est la vertu nécessaire, pour résister aux injures sanglantes.

 

Chretiens-livre-noir.jpg

 

        À la barre des témoins, sous les espèces du réquisitoire, ce sont huit cents pages affolantes et encyclopédiques pour un ouvrage de référence qui a demandé deux ans de travail, soixante-dix contributeurs, forts de leurs soixante-dix témoignages et reportages, sans compter leurs analyses judicieuses ; trois directeurs d’ouvrage, l’un évêque et conseiller culturel (Jean-Michel di Falco Léandri), l’autre dominicain et enseignant dans le monde entier (Timothy Radcliffe), le troisième historien des religions (Andrea Riccardi). Ils sont dix-sept nationalités d’historiens, de journalistes, de dignitaires religieux, qu’il s’agisse du grand rabbin de France Haïm Korsia ou du recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Houbrou… Ce qui montre bien que l’Islam reste parfois capable d’enfanter des défenseurs de l’humanité et de la tolérance ; si nous ne nous risquons pas à le qualifier de taqiya, c’est-à-dire cette dissimulation et hypocrisie, qui est une catégorie juridique musulmane, prescrite par la charia…

        Une seule réserve face à cet imposant, émouvant et tragique ouvrage qui invite à la paix : trop souvent les auteurs, comme le mantra d’un cliché obligé, incriminent « la mondialisation ». C’est sans compter, grâce à cette dernière, le développement des échanges, des activités économiques, l’amélioration générale des conditions de vies des hommes et des femmes, sauf là où les tyrannies politiques et religieuses sont un frein considérable aux libertés commerciales, entrepreneuroriales, aux libertés de pensée et de conscience…

        Ne faut-il pas ouvrir les yeux sur ce martyr généralisé, pire que ceux figurés par l’imagerie de l’empire romain ? Car l’ « agneau du Seigneur [est] mené à l’abattoir ». Coptes ou Nazaréens, l’Egypte et la Syrie visent leur disparition, comme le monde arabe en sa plus grande part vise à désintégrer Israël. La Turquie, elle-même, à force d’ostracisme, a fini, ou à peu près, par effacer la poussière des pas chrétiens de son territoire. Cet « équivalent religieux de la purification ethnique » est commis « dans une quasi-indifférence » de nos médias et de nos politiciens.

        Force est de constater que la litanie sur les droits de l’homme ne mentionne guère ceux des Chrétiens ostracisés, pillés, exilés, massacrés. Que le génocide oublié du Sud-Soudan, que le fameux génocide arménien perpétré par le Turcs au début du XX° siècle ne sont que très rarement associés à une guerre de religion perpétrée par l’Islam, y compris contre les cultes animistes. Que les femmes chrétiennes sont trop souvent « violées, humiliées, lapidées », y compris des religieuses, rappelle une judicieuse féministe : Lucetta Scaraffia… À force d’associer abusivement le Christianisme à la répression physique et morale, on ne veut pas percevoir combien il est bafoué, immolé de par le monde. On monte en épingle la pédophilie réelle de quelques prêtres, et l’on ferme les yeux sur la forêt de glaive qui éventre les Chrétiens…

         Pourtant, y compris au Maghreb (où seule la Tunisie promulgue, en sa récente constitution, la liberté de conscience) les conversions au christianisme sont loin d’être rares ; sans compter la montée de l’athéisme. C’est ainsi qu’une spiritualité plus humaine et humaniste prend la place d’une religion si souvent régressive, tyrannique et barbare.

 

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William Bouguereau : Dante et Virgile aux Enfers,

1850, Musée d'Orsay, Paris.

 

        En ce frénétique désir universel de barbarie, d’où vient cette radicalisation de jeunes occidentaux tentés par la terreur djihadiste ? Jeunes gens souvent banals, souvent dépressifs, aux profils psychologiques instables, venus très majoritairement de familles athées, qui trouvent soudain une vocation, une certitude, et surtout l’intensité de testostérone qui leur manquait. Soumission extatique au groupe, à une religion aux ambitions planétaires, servitude volontaire au service de la force, adhésion enthousiaste au leader, quête de sens et de reconnaissance, récupération des racailles délinquantes que la pression fiscale et le droit du travail contraignent à écarter de ce dernier, diabolisation de l’Occident perçu comme dominateur, instrumentalisation du ressentiment et de la haine, manipulation des impétrants via internet et les réseaux sociaux, propagande au service des convertis, manichéisme radical, tout cela impose une force de succion qui avale l’individu sans pensée, ni valeurs propres -au sens des Lumières-, comme le firent en leur temps (mais encore aujourd’hui) le marxisme et le communisme. S’y ajoutent, pèle-mêle, le mythe du chevalier héroïque, venu de Saladin, au service d’une cause transcendante et d’une eschatologie, la solution à la haine de soi, la réalisation concrète du jeu vidéo de guerre, la griserie de l’aventure exotique et du combat viril, l’assomption extatique de l’immolation, le sentiment de toute puissance lorsque meurt par soi et devant soi le réprouvé, Juif, Chrétien, apostat, infidèle…

        De plus, la constante anthropologique du mal et de la violence, cette pulsion de mort sur soi et sur autrui, enfouie à divers degrés en chacun de nous, n’attend que l’occasion pour se manifester et prospérer. Qu’il s’agisse de l’aubaine nazie ou communiste, de l’aubaine islamique, une idéologie de la force pour ses servants et chevaliers s’acoquine à celle d’une catégorie humaine à mépriser, déshumaniser, détruire, démembre, décapiter : Juifs, bourgeois, Juifs encore une fois et Chrétiens. Tout ceci étayé par des théories du complot s’appuyant sur Les Protocoles des sages de Sion -un faux avéré- et sur la satanisation de l’autre.

 

        Hélas, le sectarisme de la laïcité à la française s’exerce au premier chef à l’égard du christianisme. Certes il ne va pas jusqu’au martyr, mais un certain ostracisme l’écarte du droit de cité, au point que ses vertus morales, éducatives, soient ignorées, méprisées, au bénéfice d’une autre religion plus conquérante, rigoureusement intolérante, finalement terrifiante ; pour cette raison même tolérée, voire caressée dans le sens du poil par l’institution et les élus.

        Ainsi, en France, voire en Occident, quoique nous puissions en toute liberté et rationalité ne pas être religieux, du moins jusqu’à nouvel ordre, rejeter et reléguer le christianisme, en tant que rituel et spiritualité, est non seulement contreproductif, mais dangereux. Il ne s’agit pas un instant de revenir aux temps du catholicisme triomphant et arrogant, ni d’omettre le risque de fondamentalisme que peut receler l’adhésion à une religion. Mais d’avoir, comme Jean-Michel di Falco, cette conscience : « Dès lors qu’une religion se trouve en situation de pouvoir et d’hégémonie, la tentation pour elle est d’imposer sa vision à tous. Ce n’est pas le message de l’Evangile. » Ni du Judaïsme. D’où la position humaniste et supérieure de ces théologies et philosophies. Ne faut-il pas, en particulier dans l’éducation, ménager au Christianisme une dignité, dont ses valeurs de paix doivent être les garants, face à cet islamisme prédateur et totalitaire, contre lequel nous sommes loin de prendre les mesures qui s’imposent : réduction drastique de son immigration si elle est envenimée par la christianophobie, de son prosélytisme, de ses quartiers de charia, de sa délinquance, de son machisme… Pourquoi faisons-nous l’autruche, la tête dans le sable du désert relativiste ? Pourquoi tardons-nous à réagir ? Par angélisme communautariste, par culpabilité postcoloniale, par électoralisme, par peur inavouée de celui qui devient le plus fort, de l’omelette que l’on ne fera pas sans casser des œufs, avant que toute les poules juives, chrétiennes et laïques soient décapitées ? Sans compter les Musulmans innocents et respectueux de la démocratie libérale qui seront des victimes collatérales ? Tableau excessif, perspective alarmiste, nous direz-vous, probablement avec raison. Pourtant c’est déjà le cas entre l’Euphrate et le Tigre, là où le mythe biblique plaçait l’Eden…

     Christianophobie et judéophobie, qui ne reposent que sur une haine irrationnelle, puisque les arguments qui les justifient sont à peu près inexistants, s’opposent, de par le désir de barbarie avérée, assumée, d’une grande part de l’Islam, à l’islamophobie[5], qui n’est que très peu meurtrière alors qu’elle repose sur une peur rationnelle d’un Islam génocidaire… Ce qui ne signifie pourtant pas qu’il faille être musulmanophobe, car ce serait, par une excessive généralisation, reprocher à des individus innocents les crimes de certains de leur corréligionnaires.

 

        La vertu du Livre noir des Chrétiens dans le monde touchera-t-elle suffisamment de lecteurs ? Sera-t-elle l’occasion d’une nouveau devoir de mémoire, y compris du présent, comme le devraient être les crimes du communisme à l’égal de ceux du nazisme ? Certainement il faut apprendre à ne pas reprocher au Christianisme les crimes de quelques-uns de ses pères, au demeurant à la fois trop et assez peu nombreux au regard de l’Histoire, face aux quatorze siècles de jihad, dont notre aujourd’hui, et peut-être notre futur, deviennent une redoutable acmé. Nous aimerions tant que l’on écoute, plutôt que la torride pulsation du désir de barbarie et de sang, le cri d’alarme pour une civilisation en péril que nous livre Le Livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde. Mais aussi, pour reprendre le titre du texte de Jean-Arnold de Clermont, ce « Plaidoyer pour un œcuménisme de paix »… 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Collectif : Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, 1997.

[4] Benjamin R. Barber : Djihad versus McWorld, Desclée de Brouwer, 1996.

[5] Voir : Sommes-nous islamophobes ?

 

Henryk Siemiradzki : Le martyr chrétien sous les yeux de Néron, 1890.

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 17:12

 

Temple bouddhique de Panillo, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Pourquoi nous ne sommes pas religieux.

 

Faut-il tolérer l’intolérable ?

 

Brian Leiter, Bertrand Russell et Ibn Warraq.

 

 

Brian Leiter : Pourquoi tolérer la religion ?

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Musquens, Markus Haller, 2014, 240 p, 16 €.

 

Bertrand Russell : La Mariage et la morale. Suivi de Pourquoi je ne suis pas chrétien,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Gabriel Beauroy et Guy Le Clech,

Les Belles Lettres, 2014, 296 p, 14,90 €.

 

Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman,

traduit de l’anglais (Etats-Unis), L'Âge d'homme, 1999, 440 p, 25,36 €.

 

 

 

 

        Les religions méritent-elles d’aller en enfer ? Jusqu’où faut-il tolérer l’intolérable ? Y compris s’il vient d’une religion… Qu’il vienne d’un dieu ou des hommes, d’une autorité prétendument suprahumaine ou étatique, il n’est pas pour autant dispensé de se taire devant les droits et les dignités de l’humanité. Ainsi, chacun à leur manière, trois auteurs, essayistes et philosophes, posent des conditions à la tolérance face aux religions, vont jusqu’à les refuser, non sans réfuter leurs fictions, momeries, fumisteries, supercheries et tyrannies. Brian Leiter propose une prudente et presque décisive « investigation philosophique et juridique » avec Pourquoi tolérer la religion ? Bertrand Russell précisait avec fermeté polémique Pourquoi je ne suis pas chrétien, avant qu’Ibn Warraq, avec Pourquoi je ne suis pas musulman, ouvre le bal de son réquisitoire torrentiel et néanmoins informé.

 

      Faut-il être plus tolérant envers les croyances religieuses qu’envers toutes les autres croyances et pratiques de nos sociétés ? Telle est la problématique fouillée par Brian Leiter, philosophe et juriste de l’Université de Chicago. En d’autres termes, respect à priori ou gestion rationnelle ? Lorsque « l’hyper-religiosité » américaine interdirait aux consciences de voter pour un Président athée, lorsque la charia se substitue aux mœurs républicaines, y compris dans des poches grandissantes du monde occidental, faut-il affecter la tolérance vertueuse ou poser les limites nécessaires à l’exercice des libertés ?

      Les religions, sans aucune exception, sont évidemment des fictions. Dont la fonction étiologique et leurs causalités rassurantes n’ont pas reculé autant qu’on aurait pu le supposer devant les avancées scientifiques et la hausse de l’espérance de vie. Imaginant des entités métaphysiques improbables à l’origine des mondes et des vies, leur multiplicité incohérente et leurs intolérances réciproques, invalident forcément leur prétendue universalité.  Chacune, non contente d’occuper le ciel et les consciences, d’y séparer de manière manichéenne le Paradis et l’Enfer, prétend attribuer à ses fidèles, ses officiants et dignitaires un pouvoir temporel plus ou moins absolutiste, s’alliant de plus avec des gouvernants animés des intentions les plus tyranniques. Ce pourquoi la séparation de l’église et de l’état, la laïcité, se doivent de poser des limites aux religions, limites sans lesquelles les libertés ne sont plus en sécurité.

        Brian Leiter avoue en tête de son ouvrage être parvenu à des « conclusions plus favorables à la croyance religieuse » qu’il le pensait en initiant son « investigation », qui s’appuie sur l’auteur de la Théorie de la justice, John Rawls et sur John Stuart Mill et son De la liberté. Un Sikh peut-il garder son couteau à l’école, quand un garçon de la campagne ne peut pas ? C’est ainsi que notre essayiste pose le problème. Seul le premier aura gain de cause car sa religion le lui prescrit, non point pour en faire usage contre ses camarades. La religion serait donc exemptée de règles communes ? « L’idéal moral de tolérance », issu de Voltaire et des Lumières,   justifie la liberté religieuse. À moins qu’un Etat tolérant puisse être « soit religieux, soit antireligieux ».

       La liberté de croyance et de conscience est constitutionnelle dans les démocraties libérales. Elle garantit un « espace privé », ce qui est un « fondement utilitariste de la tolérance », en même temps qu’une prémisse de la recherche de la vérité, voire de la vérité morale. Or, « nous voulons identifier la religion de telle sorte que nous puissions voir pourquoi elle a quelques obligations morales, et éventuellement légale, à être traitée différemment ». Cependant, elle est foi et non raison, quand la raison a failli à répondre à nos questions, quand la foi est une voie (et une identité) plus sûre, plus facile et plus péremptoire que les complexités de la quête de la raison ; au point d’amener ses thuriféraires à une obéissance aveugle, à des actes fanatiques et meurtriers… Qu’en est-il donc des « croyances qui ont pour conséquence probables (mais non certaines) ou qui impliquent des actes portant atteinte à la liberté », ce qui vaut pour bien des religions, et au premier chef l’Islam ? Un discours qui est un danger imminent, comportant « des prescriptions catégoriques odieuses », peut-il être réprimé ?

        C’est alors que l’essai de Brian Leiter, théorique et rigoureux, peut sembler manquer de brio ; il n’en est pas moins une précieuse réflexion, là où l’individu est à la charnière de l’Etat et des religions. Si les religions ne violent en rien le principe de « non nuisance » (c’est la formule de John Stuart Mill), elles ont selon Brian Leiter, droit de cité (dans les deux sens du terme). Sinon, il conviendra d’établir des gardes fous au terme de la loi des démocraties libérales. Si la foi chrétienne (au mépris du message d’amour et de charité du Christ) permet de harceler des homosexuels, d’attaquer des écoles pour leur enseignement des sciences et de Darwin, quoiqu’elle ait pu résister contre le nazisme ou l’apartheid, elle n’est blâmable que pour ne pas respecter l’éthique pacifique de son maître à penser : le Christ.

        Quel « droit de la liberté religieuse dans une société religieuse » ? se demande Brian Leiter. L’Etat doit protéger la liberté de conscience, mais pas au point de « constitutionnaliser un droit à la désobéissance civile », qui risque d’outrepasser celle de Thoreau[1]. En ce domaine les religions ne peuvent avoir plus de droits que les militants végétaliens de la « libération animale », ou anticapitalistes, qui, armés de leurs convictions plus ou moins rationnelles et justifiables, intentent des actions délinquantes et destructrices. « Les exemptions de lois généralement applicables pour des motifs de conscience qui n’imposent pas de fardeau aux autres » ne paraissent pas devoir poser problème. Quoique l’Etat ne doive pas « faire passer les revendications de conscience religieux avant ses autres objectifs moraux importants, comme la sécurité, la santé, le bien-être, l’égalité de traitement devant la loi »…

      Est-ce à dire qu’il n’est pas tendre avec la laïcité à la française ? Si l’on doit avec lui  déduire qu’en vertu du fait que le voile ne nuit ni à l’espace public ni à autrui, il demeure licite. Si cet argument est fort solide en apparence, permettant à Brian Leiter de requérir que cette interdiction est « un cas d’intolérance inadmissible » envers l’Islam, il reste que le voile, y compris consenti, quoique le plus souvent tyranniquement imposé, outre qu’il est attentatoire à la dignité de la femme, est l’un des chevaux de Troie de l’Islam et par voie de conséquence de l’islamisme coercitif et assassin (en cela comparable au nazisme -ce que notre essayiste envisage avec trop de prudence- dont les signes ostentatoires sont interdits), même s’il est hors de question de réduire tous les Musulmans au terrorisme. Il ne s’agit pas d’éradiquer des croyances, mais la charia installée aux dépends de la loi républicaine, mais des pratiques concrètement liberticides. Il faut admettre cependant que cette interdiction ne résout pas grand-chose, sans compter qu’elle n’est guère appliquée, faute de la fermeté d’un Etat pusillanime qui devrait de la même façon aller en toute cohérence au bout du raisonnement : interdire le Coran et ses appels au meurtre des impies, fermer les mosquées et les écoles coraniques dont la vocation dépasse la simple prière intime. Tâche épineuse, voire irréalisable, censure insupportable et persécution, protection des libertés ? Est-il sûr que Brian Leiter, en son essai rigoureux et si souvent pertinent, attentif qu’il est aux « Chrétiens réactionnaires » américains, soit assez averti au sujet de l’Islam ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        La brièveté de l’essai du philosophe analytique Bertrand Russel (1872-1970) n’entrave en rien sa force percutante et l’efficacité de son argumentation. Pourquoi je ne suis pas chrétien (1927) peut ne paraître qu’un addenda à une plus large réflexion sur Le Mariage et la morale, mais non content d’en être le corollaire, il en est l’acmé.

         Dès la préface, écrite dans les années cinquante, il « considère sans exception les grandes religions du monde -le bouddhisme, l’hindouisme, le christianisme, l’islam et le communisme- comme fausses et néfastes ». L’ironie est corrosive, imaginant une divinité « se considérant récompensée par l’apparition finale d’Hitler, de Staline et de la bombe H. » De plus, la foi ne peut être ébranlée par une preuve contraire, ce qui l’entraîne à rêver d’un « monde libéré de la brutalité des groupes hostiles » et du fanatisme.

        Pourquoi, avec Bertrand Russell, ne sommes-nous pas chrétiens ? Avec lui, nous récusons les prétendus arguments rationnels de l’existence de Dieu : « cause première », « loi naturelle », « plan » intelligent, « argument moral » et « remède à l’injustice »… « Pensez-vous que si l’on vous accordait l’omnipotence et l’omniscience et des millions d’années pour perfectionner le monde, vous ne pourriez rien créer de mieux que le Ku Klux Klan ou la fascisme ? », modestes exemples auxquels il faudrait ajouter (entre autres) Gengis Khan, Mahomet, Lénine, Staline et Mao…

         Or « ce qui les persuade de croire en Dieu, ce n’est pas du tout un argument intellectuel. La plupart des gens croient en Dieu parce qu’on leur a appris à le faire dès leur petite enfance ». Ce à quoi il faudrait ajouter l’emprise de la « dérive sectaire », qui allie totalitarisme, prosélytisme et persécution[2]. Ce qu’il n’impute guère au Christ, auquel il reconnait plus d’une « excellente maxime », quoiqu’il lui reproche « une doctrine de cruauté » : en « laquelle le feu de l’enfer est la punition des péchés ». Selon Russel, la religion ne pousse pas toujours les gens à la vertu, et « bien des chrétiens se sont signalés par leur extrême méchanceté ». Il poursuit son réquisitoire en montrant « comment les Eglises ont retardé le progrès », en accablant l’indissolubilité du mariage, ce à quoi il pourrait ajouter aujourd’hui le refus de la contraception et de l’avortement… Il conclue avec verdeur en taxant la religion de « conception tirée du vieux despotisme oriental ». Que dirait-il en voyant l’état alarmant de l’Islam ?

      Lorsqu’ensuite Bertrand Russel demande : La religion a-t-elle contribué à la civilisation ? », un plus que rien de mauvaise foi l’emporte. C’est faire fi des cathédrales et des bibliothèques abbatiales, de l’art chrétien, du libre-arbitre selon Saint-Thomas d’Aquin, de l’éclosion de l’athéisme qui est le corollaire du doute du Christ sur la croix, du pardon toujours possible, de la séparation de l’église et de l’Etat… Si notre philosophe expert en « fumisterie intellectuelle[3] », pèche parfois par son talent polémique à l’emporte-pièce, il fait cependant preuve, sans la moindre langue de bois, d’une rafraichissante et vigoureuse argumentation en faveur de la liberté et de la paix des mœurs.

 

Garofalo : L'Ascension du Christ, 1520-1530,

Galerie Nationale d'Art Antique, Rome.

 

        En dépit du pacifisme du Christ, il faut à son égard rester méfiant. Tonnant contre ceux qui ne sont pas avec lui, il leur assure bien les flammes et la damnation éternelle. Mais cela, ce n’est après la mort, nous direz-vous ; certes, mais la tentation peut-être grande pour ses affidés d’étendre ce châtiment avant le passage en l’autre monde et d’user de la folie de Dieu par la main vengeresse des hommes sur d’autres hommes, ce dont témoignèrent l’inquisition ou le procès assassin du Chevalier de la Barre, dénoncé par Voltaire au XVIIIème. Le dieu de l’Ancien Testament est quant à lui plus explicitement vengeur, risquant alors d’offrir un exemple de comportement à ses sujets ; ce que souligne Peter Sloterdijk : « les premiers portraits de Yahvé, le Seigneur d’Israël, sont tissés d’anthropomorphismes (ou plutôt d’anthropopsychismes) manifestes. Tout lecteur de la Bible a pu se convaincre du fait que le Dieu de l’Exode unit encore les traits d’un démon climatique théâtral à ceux d’un warlord mugissant et qui ne se maîtrise pas. » Cependant, on a pu interpréter, après le Déluge, l’apparition de l’arc-en-ciel comme « un symbole de tolérance important pour les deux parties, qui doit exprimer sa volonté qu’un tel acte de destruction ne se répète jamais[4] ». Comme lorsque les Erinyes de la mythologie grecque, ces déesses infernales de la vengeance qui poursuivent le crime, deviennent les Bienveillantes, envisageant le pardon.

        « En admettant que Dieu ne soit pas mort, est-ce trop demander à ses fidèles que de mettre un peu d’eau relativiste dans leur vin d’absolu ? », souligne le préfacier de Brian Leiter, Pierre Brunet. Hélas, la religion la moins capable de diluer son absolutisme, de par la nature de ses textes fondateurs, aussi bien que par le comportement intolérant et meurtrier de nombre de ses zélotes, est bien l’Islam. Ne faut-il pas imaginer, du fait de ce statut d’exception, de penser une exception dans la tolérance universelle et naïve ? Avec la méfiance suivante : l’Etat n’est pas forcément le mieux placé pour être justement intolérant...

 

Sultan Mohammad : L'Ascension de Mahomet,

Khamsé de Nîzamî, 1539-1543, Tabriz, Iran.

 

      La différence entre le Christianisme et l’Islam est fondamentale. Si les Juifs ont abandonné la virulence des Zélotes qui s’appuyait sur celle du dieu vengeur de la Bible, quoique plus que tempérée par le « Tu ne tueras point » de Moïse, le premier, dans ses textes fondateurs des Evangiles, n’ordonne pas l’ombre d’une violence, sépare l’Eglise de l’Etat (« Il faut rendre à César ce qui est à César ») et pardonne à la femme adultère en déniant au pécheur le droit de châtier, a fortiori jusqu’à la mort. En revanche, l’Islam, en son Coran, ordonne : « Les hommes ont autorité sur les femmes » […] « celles dont vous craignez la religion, reléguez les dans les dortoirs, battez-les » ; quant à celles « qui sont perverses » […] faites-les demeurer dans les maisons  jusqu’à ce que la mort les enlève[5] ». De même, il ordonne la décapitation des infidèles : « Quand vous rencontrez des effaceurs [du sentier d’Allah] frappez-les à la nuque, jusqu’à les abattre ». Il est à noter que ce sont sourates et versets de Médine, les plus chargés en djihad, qui abrogent ceux de la Mecque, antérieurs, s’ils viennent les contredire. Sans compter l’incohérence du livre, comme le trop fameux « Nulle contrainte en créance[6] », (ou en religion), vite contredit par l’injonction à tuer les apostats : « Allah ne pardonne pas aux effaceurs qui se détournent du chemin d’Allah et meurent en effaceurs[7] ».

 

       L’écrivain et poète contemporain Abdelwahad Meddeb[8] compare l’intégrisme de l’Islam à deux autres « maladies » : l’intolérance pour le catholicisme, le nazisme pour l’Allemagne. Passons sur des proportions certainement discutables. Il impute à la crispation historique de l’Islam la pulsion totalitaire qui irrigue le wahhabisme, le salafisme, les Frères musulmans, Al Qaïda, et autres fanatismes islamiques, mais aussi la généralisation excessive de l’accès à la lettre du livre saint à des incultes d’abord inquiets de leur jouissance du pouvoir et du sadisme, sans compter le ressentiment contre la réussite occidentale. Mais c’est un peu rapidement oublier la tradition modelée par leur prophète : guerre de conquête et massacre, pillage, esclavage et infiltration par la dissimulation. Abdelwahad Meddeb veut pourtant conclure son essai sur une note d’espoir, en citant un récent ministre de l’Education nationale tunisien, Mohamed Charfi : « l’enseignement dans les pays arabo-islamique […] a besoin d’être expurgé de tous les propos contraires aux droits de l’homme et aux fondements de l’Etat moderne[9] ». Il s’appuie également sur les versets semblables à « Nulle contrainte en créance », comme « Que celui qui le veut croie et que celui qui le veut reste incrédule[10] », ce qui, selon les uns, est invalidé par la suite, « Nous avons allumé des brasiers chez les méchants », ou, selon des commentateurs comme Râzî, devrait suspendre la notion de djihad. Vœu pieux ?

        Certes, nous l’avons dit, tout fidèle, et surtout détenteur du pouvoir, d’une religion, peut s’emparer de son drapeau pour commettre des abominations, ainsi firent le Ku Klux Klan en lynchant des hommes noirs, l’Eglise catholique en armant l’inquisition. Cependant, le Chrétien le fait en conspuant le message du Christ, quand le Musulman le fait en suivant à la lettre la vérité[11] indiscutable de son prophète : « le croyant ne doit pas avoir de repos tant qu’il vit dans un système politique non islamique ; sa vie ne prend de sens que si elle est consacrée à faire tomber la puissance étrangère dominante. » Ainsi Peter Sloterdijk explicite-t-il le « petit djihad », ce combat guerrier opposé et complémentaire au « grand jihad » qui, lui, est intérieur. Avant de conclure : «  Leurs actes peuvent bien être répugnants, leurs citations sont sans erreurs[12]. » Il s’agit évidemment d’erreurs philologiques et non morales…

        Il y a une religion tolérable, et une autre intolérable, à moins qu’elle observe la modération au point de récuser ses horreurs, au point d’être compatible avec la démocratie libérale issue des Lumières. Car « Allah est semblable au lion par la violence », relève Pietro Citati, qui, avec pertinence, range l’Islam parmi « les grands mythes dans l’histoire du monde[13] ». Il faudrait alors pratiquer sur le Coran une opération chirurgicale douloureuse et cependant indispensable, en effectuant l’ablation de tous les versets violemment sexistes et précisément guerriers à l’égard des infidèles, des apostats, du blasphème. Extraction d’une involution cancéreuse, amputation de deux membres, ou lobotomie du cœur et du système nerveux complets ? Sans oublier les hadiths et leur obsession du djihad, les fatwas, leur justice faite de châtiments corporels blessants et mortels, ainsi que les obligations connexes, quoiqu’elles ne soient pas toujours fondées sur le Coran : voile, excision…

 

          Pour ne pas, en cette critique sans fard, nous taxer d’ethnocentrisme, il n’est pas inutile d’aller voir du côté d’un intellectuel américain natif de l’aire arabo-musulmane (en l’occurrence du Pakistan) : Ibn Warraq. Loin d’être une creuse diatribe, son Pourquoi je ne suis pas Musulman, est un festival d’argumentations aussi précises qu’imparables. Bertrand Russell aurait jubilé. Préfacé par Talisma Nasrin, dont la féminité et l’intellect eurent à souffrir de l’Islam, cet essai encyclopédique semble né à l’occasion de l’affaire Rushdie[14], à laquelle il consacre son premier chapitre : une sorte de boutefeu du réquisitoire au rang du grand art. Car tout est bois sec pour l’incendie conceptuel qui s’empare des pages aussi vives que rigoureuses d’Ibn Warracq. Les origines de l’Islam, qui s’extrait avec peine des religions précédentes, dont le mazdéisme, qui pilla outrageusement la Bible, le goût du surnaturel échevelé digne des Mille et une nuits, quand Mahomet fait son ascension au paradis, les crimes de ce dernier qui pratiqua « l’assassinat politique » et le « massacre des Juifs », les sources plus que discutables du texte sacré, biaisé par ses « versets sataniques », détruites par ses sectateurs avec la mort du prophète[15], les « erreurs historiques » du Coran, la « nature totalitaire » du message, la séparation fratricide entre Chiites et Sunnites, l’incompatibilité avec les droits de l’homme, avec la démocratie et la tolérance, la « peur irrationnelle et injustifiée de l’Occident », le « colonialisme islamique », le « racisme arabe », le statut infamant des Juifs et des chrétiens, dhimmis ou morts, la révérence envers la soumission et la servitude, la négation de toutes les religions qui ne sont pas du livre, la haine absolue et assassine des apostats et des athées, le mythe de l’âge d’or andalou, parmi quatorze siècles et trois continents de tyrannie (et bientôt plus, si l’on n'y prend garde), l’irréfragable infériorité de la femme, voilée, lapidée, vendue, la propagation de l’esclavage, les grotesques « tabous : vin, porcs et homosexualité », la superstitieuse, antiscientifique et antihygiénique séparation entre halal et haram, sans oublier à l’occasion du dernier chapitre, le sommet de l’abomination, ou la bassesse de la prosternation, comme vous voudrez, la faiblesse de l’Occident devant l’Islam et sa « trahison des intellectuels ». Car Les Islamistes sont déjà là, rivalisant de « fascisme vert », s’il faut en croire le livre de deux Christophe[16] qui ont réalisé en France une édifiante « enquête sur une guerre secrète ». N’en jetez plus, la cour est pleine d’ordures qui empuantissent l’humanité…

 

        Aucun des points du réquisitoire d’Ibn Warracq n’est jeté au hasard : la connaissance des textes et de l’Histoire est validée par des notes, une bibliographie impressionnante. Et pourtant, « la civilisation islamique est souvent parvenue au sommet de sa splendeur malgré l’Islam 1 et l’Islam 2, et non pas grâce à eux », le 1 étant le Coran, le 2 les hadiths et la charia, le 3 étant « ce que les musulmans réalisent, c’est-à-dire la civilisation islamique », et, à son meilleur, la philosophie, l’art et la littérature.

        Il faut dire que, « sans complaisance » aucune pour son sujet, l’essayiste, reprenant à l’épigraphe Renan (« Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre »), s’appuie et avec perspicacité sur des philosophes du libéralisme politique et économique, garants des valeurs universelles de liberté individuelle : John Stuart Mill et Friedrich A. Hayek.

 

        Si nous ne sommes pas religieux, et ce par l’exercice de la raison et de la liberté, nous tolérerons et respecterons les religions paisibles, qui, tout au moins pour cette qualité, et de plus pour leur dimension de spiritualité et de savoir théologique, voire leur nécessité de transcendance, permettent de mériter que nous puissions être religieux. Ainsi Milton usa en 1644 de l’argument théologique pour défendre la liberté de la presse : « Nombreux sont ceux qui blâment la divine Providence d’avoir toléré la transgression d’Adam : bavardages d’insensés ! quand Dieu lui donna la raison, il lui donna la liberté du choix, sinon il n’eût été qu’un Adam artificiel comme on en voit aux marionnettes[17]. » A contrario, et en vertu de la légitime défense des libertés, nous devrons ne pas tolérer l’intolérable des religions tyranniques, auxquelles il faudra bien poser un mors à leurs sanglantes dents. Faut-il se demander si Giovanni di Modenna, peintre de l’Enfer en San Petronio de Bologne, qui vit en 2014 sa fresque menacée d’être détruite par les Musulmans, a eu raison d’y placer un Mahomet, dont l’âme est dépecée du corps par un diable ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Anne Fournier et Michel Monroy : La Dérive sectaire, PUF, 1999.

[4] Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette Pluriel, p 110 et 111.

[5] Le Coran, traduction André Chouraki, Robert Laffont, 1990, IV, 34 et 15.

[6] Le Coran, ibidem, II, 256.

[7] Le Coran, ibidem, XVVII, 35.

[8] Abdelwahad Medded : La Maladie de l’Islam, Seuil, 2002.

[9] Abdelwahad Medded : ibidem, p 219.

[10] Le Coran, XVIII, 28-29 ; Chouraqui : « Qui le décide, qu’il adhère ! Qui le décide, qu’il efface ! »

[12] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, Maren Sell, 2008, p 96.

[13] Pietro Citati : La Lumière de la nuit. Les grands mythes dans l’histoire du monde, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

[15] Ce que l’on retrouve dans le livre de l’historien Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

[16] Christophe Deloire, Christophe Dubois : Les Islamistes sont déjà là, Albin Michel, 2004.

[17] John Milton : Areopagitica pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier-Montaigne, 1956, p 163.

 

Giovanni di Modenna : L’enfer de Dante, San Petronio de Bologne, 1440.

 

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 09:56

 

La Alhambra, Grenada. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam.

 

 

 

« Il ne faut pas juger », entend-on trop souvent… Alors à quoi servent connaissance, entendement, raison ? On supposera que sur le terrain de la justice intellectuelle, un érudit des cultures, un ethnologue de renommée mondiale tel que Claude Lévi-Strauss soit à même de porter de judicieux jugements. Pourtant, il y a peu de doutes que bien des pudeurs et bienpensances pousseraient aujourd’hui des cris d’orfraies, le vouant aux gémonies, en relisant les pages qu’à l’Islam il consacra parmi ses Tristes tropiques. Sur quoi s’appuie donc le blâme de cette religion dans une œuvre consacrée au point d’être entrée dans La Pléiade ?

 

 Comme l’historien, l’ethnologue devrait pouvoir faire l’examen des peuples qu’il visite sans porter de jugement, ou, plus exactement, en ne manifestant ni sympathie ni antipathie. Cependant lorsqu’en ses Tristes tropiques, Claude Lévi-Strauss observe au Brésil les Indiens Nambikwara, il ne manque pas de noter qu’ils « sont hargneux et impolis jusqu’à la grossièreté. » Ne s’agit-il que d’un jugement européanocentré, en lequel la politesse viendrait de la « polis » grecque et de la courtoisie de Batalsar Gracian[1] ? Peu après, il conclue le chapitre XXVII ainsi : « On devine chez tous une immense gentillesse, une profonde insouciance, une naïve et charmante satisfaction animale, et, rassemblant ces sentiments divers, quelque chose comme l’expression la plus émouvante et la plus véridique de la tendresse humaine[2] ». Nul doute que cette tendresse humaine relève de l’universalité, nonobstant le fait que « la société occidentale était la seule à produire des ethnographes ; que c’était là sa grandeur[3] ». Observation objective, dégoût, et amitié se partagent donc les « carnets de notes » du voyageur (car l’on sait combien cet ouvrage scientifique est également récit de voyage et autobiographie). L’ethnologue, dont « La pensée sauvage » parcourut toutes les Amériques avec une patience infinie envers les populations indigènes, se trouve bien moins patient lorsqu’à l’occasion de son retour, au cours d’un séjour en Inde, et avec une rare conviction, il blâme l’Islam :

« L’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même : le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures. […] Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-Musulmans les angoisse. […] les Musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grands principes : liberté, égalité, tolérance; et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.  […] Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique, […] « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien du dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. […] Ne consacrerions nous pas notre perte si, renforçant notre erreur de celle qui lui est symétrique, nous nous résignions à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde à ces dix ou quinze siècles d’appauvrissement spirituel ».

Dans le cadre d’une comparaison entre Bouddhisme, Christianisme et Islam, ne prétend-il pas que ce dernier est « la pensée religieuse […] la plus dangereuse des trois » ? Le point culminant pour nos oreilles est peut-être ici : « il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane.[4] » On admirera la préscience du maître. Non seulement, il publie Tristes tropiques en 1955, mais il n’a pas cru devoir en retrancher une ligne lors de sa réédition définitive, en 2008, dans la collection de La Pléiade.

Pourtant Claude Lévi-Strauss avait pris soin dans ses pages d’énoncer qu’ « aucune société n’est foncièrement bonne ; mais aucune n’est absolument mauvaise.[5] » Et de s’appuyer sur « la fraternité humaine[6] ». C’est dire combien l’Islam le révulse. Au point qu’il persiste et signe en 2003 dans un entretien accordé au Magazine littéraire : « J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture[7] ».

 

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Y-a-t-il contradiction dans la pensée de Claude Lévi-Strauss ? L’on sait en effet combien il s’insurge contre le racisme dans le fameux opuscule Race et histoire[8], publié en 1951. Dans lequel il réfute la thèse racialiste sur « l’inégalité des races humaines » de Gobineau, affirme la pluralité et l’interaction des cultures, tout en accordant à l’Occident la qualité de « culture cumulative », de par ses progrès, non pas dus au prétendu génie de la race mais à des conditions locales objectives, sans vouloir juger de la supériorité des cultures. Mais à cet irénisme, en 1971, il apporta, au moyen de Race et culture, une réfutation nécessaire :

« Sans doute nous berçons-nous du rêve que l’égalité et la fraternité règneront un jour entre les hommes, sans que soit compromise leur diversité. Mais si l’humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice des seules valeurs qu’elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec  l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création.[9] »

En d’autres termes, notre ethnologue affirme le droit à l’identité culturelle, avant qu’elle ne devienne une Identité malheureuse, malgré les limites conceptuelles du terme identitaire, et pour reprendre le titre de Finkielkraut[10]… De plus, l’indignation contre tout racisme, cohérente avec le sens de la dignité humaine, rencontre alors ce même sens de la dignité humaine bafoué par l’Islam lorsque ce dernier bâche le corps et la liberté féminine, lorsqu’interdisant l’apostasie et le blasphème il est fondamentalement attentatoire envers la liberté politique et de conscience qui fonde l’Occident et ses Lumières.

 

 

Certes, redisons-le, si besoin est, ce réquisitoire adressé à quatorze siècles d’islam, qui voudraient se cloner pour castrer notre à peu de choses près bel aujourd’hui issu du progrès des sciences et des Lumières, ne comprend pas en son sein tous les Musulmans. Car, outre la diversité géographique et culturelle de l’aire islamique, sans compter ses créations littéraires, poétiques, plastiques, architecturales et philosophiques, les individus qui composent aussi bien le cœur que la diaspora musulmans peuvent savoir vivre leur religion non seulement d’une façon discrète, mais laïque, respectueuse des usages et des mœurs des civilisations occidentales et orientales. Ce dans le cadre d’une sécularisation de l’Islam et d’une fragmentation, d’un délitement de sa vérité[11], voire d’un Islam des Lumières cohérent avec les libertés individuelles… Certainement Claude Lévi-Strauss, dont l’islamophobie[12] est somme toute raisonnée, n’aurait pas dérogé à cette argumentation nuancée, ce pourquoi nous ne lui intenterons pas de mauvais procès, pas la moindre reductio ad hitlerum.

 

Il y a bien liberté et nécessité à juger, à intellectuellement discriminer. Au-delà de l’honnêteté qui consiste à réserver son jugement si l’on sait ne pas disposer de suffisamment d’éléments, au-delà de l’argument d’autorité qui consiste à se placer sous le patronage de Claude Lévi-Strauss, toute démarche d’humanité doit exercer sa capacité à juger dans le respect des valeurs de tolérance mutuelle et de liberté. C’est d’ailleurs en 1976 que l’auteur du Cru et le cuit[13] publia ses « Réflexions sur la liberté[14] ». Dans lesquelles il pointe la « date relativement récente » de ce concept, « qu’une fraction de l’humanité adhère » à ce « caractère distinctif de la volonté humaine ». Au-delà des embûches, « entre le fanatisme spontané » et « le dirigisme », le « caractère relatif » et « arbitraire » de la notion de liberté rend difficile son expression. Il s’agit pourtant de « fonder les droits de l’homme sur sa nature, non pas d’être moral, mais vivant ». Ce qui inclut la préservation des espèces, de notre environnement, y compris culturel. Si les libertés sont « faites d’héritage, d’habitudes et de croyances qui préexistent aux lois », elles doivent rendre possibles de se libérer de toutes ces dernières, dans le respect, au sens kantien, de la liberté d’autrui. Mieux, s’appuyant sur Renan, notre ethnologue conspue « l’impertinence vaniteuse de l’administration » (autre mot pour l’Etat) « qui, sur tout citoyen, fait peser une insupportable dictature ». Serait-ce à dire qu’attaché à Montesquieu, il est enfin un libéral ? Pour conserver toute la vitalité de notre liberté, devant une possible « explosion de l’Islam », ou plutôt, espérons-le, sa libéralisation peut-être en cours, et si c’est encore possible, nous ne pouvons que nous faire les défenseurs de la culture de Claude Lévi-Strauss…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Claude Lévi-Strauss : Tristes tropiques, Œuvres, La Pléiade, p 292 et 293.

[3] Ibidem p 417.

[4] Ibidem, p 430 à 438.

[5] Ibidem, p 414.

[6] Ibidem, p 421.

[7] Recueilli par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », Magazine littéraire, hors-série, 2003.

[8] Claude Lévi-Strauss : Race et histoire, Folio essais, 2007.

[9] Claude Lévi-Strauss : « Race et culture », Le Regard éloigné, Plon, 1983, p 47.

[13] Claude Lévi-Strauss : Mythologiques I, Le Cru et le cuit, Plon, 1964.

[14] Claude Lévi-Strauss : « Réflexions sur la liberté », Le Regard éloigné, Plon, 1983, p 371 à 382.

 

 

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VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

Jean Claude Bologne historien de l'amour

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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