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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 16:31

 

Bois de Payolle, Campan, Hautes-Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les fantômes de David Mitchell :

 

Ecrits fantômes, Mille automnes, Slade House.

 

 

 

David Mitchell : Écrits fantômes, L'Olivier, 2004, 542 pages, 21 € ;

Le Fond des forêts, L’Olivier, 2009, 480 p, 23 €.

 

David Mitchell : Les Mille automnes de Jacob de Zoet, 2012, 704 p, 24 € ;

traduits de l’anglais par Manuel Berri.

 

David Mitchell : Slade House,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Manuel Berri, L’Olivier, 272 p, 22 €.

 

 

 

       Quel étrange et polymorphe écrivain ! A chaque publication, il change de monde, d'esprit, en une sorte de métempsychose, de renaissance romanesque... Il nous apparut d’abord comme un fantôme, ou cartographiant des univers, puis sortant du fond des forêts, chassant mille automnes japonais ; enfin explorant les abîmes de Slade House.

 

         Recueil de nouvelles ou roman ? Émiettant une dizaine de récits apparemment indépendants, et néanmoins palpitants, qu'un lecteur fureteur peut aborder au gré du hasard, David Mitchell vient nous piéger en ses fantômes. Distraitement, il abandonne des bouts de fils épars, des échos inattendus, des liens qui tressent un étrange et incertain réseau. Ce livre fascinant, à tous égards mystérieux, collationne une dizaine de pièces à conviction, chacune prise en charge par des narrateurs à la première personne, forts crédibles et tous différents, sauf le premier et le dernier, tous deux venus d'un « Pur » affilié à une secte apocalyptique. Il y aurait une raison à l'œuvre, un esprit peut-être, dans ces Écrits fantômes...

        Quel fantôme erre dans ce livre ? Celui de la raison littéraire ? De l'inconscient de l'écrivain ? Du dieu qui donnerait sens au livre et à l'univers ? Du lien holistique qui unirait les récits dispersés sur le globe et le réseau mondial afin d'en dévoiler l'entière destinée et nécessité ? À première lecture, il n'y a de fantomatique que l'état des personnages qui rêvent leur vie, fantasmant le « Nouvel Ordre » des « Purs », une vie conjugale idéale dans un chalet suisse jamais atteint, ou la consacrent à une jeune fille, une hutte à thé, un gourou meurtrier. Nous étions dans l'île d'Okinawa, fuyant le métro de Tokyo où le délire d'un illuminé déposa ce gaz mortel qui raya du monde quelques « impurs ». Nous rêvions d'une histoire d'amour adolescent et de jazz à Tokyo. Nous sommes à Hong Kong parmi les angoisses d'un avocat de la finance qui tous les jours détourne les lois. Nous montons les marches de « la montagne sacrée » où défilent les témoins et les acteurs de l'Histoire chinoise, du maoïsme, de la Révolution culturelle et de ses horreurs. Quand sur les steppes de la Mongolie, un esprit pratique la « transmigration » d'homme en femme, de Russe en enfant... Plus loin, à Saint-Pétersbourg, notre russe mafioso rencontre, au milieu d'un tragique trafic de tableaux de musée, l'écho des malversations financières de l'avocat dont l'ex-femme, à Londres, croise par hasard, croit-on la destinée d'un Don Juan amoureux. Plus loin encore, sur une île irlandaise, une femme tente, toutes peines perdues, de fuir les sbires d'une firme américaine qui a vu les bénéfices que l'industrie de l'armement pouvait tirer d'une spécialiste de la « cognition quantique ». Enfin, sur Night Train FM, aux États-Unis, le radionoctambule Bat Secundo, fait parler un gardien de zoo qui déborde de visions prophétiques et croit, à vue de satellite, déchiffrer un complot nucléaire, incroyable zombie qui met cependant la puce à l'oreille au FBI...

 

 

         Les genres se bousculent : polar, métaphysique, biographie, dialogue radiodiffusé... Même si la narration se fait parfois fantomatique, le lecteur ne peut s'empêcher, amusé, interpellé, commotionné, de s'engager dans un jeu de pistes, un puzzle aux archipels manquants, où traquer les détails récurrents, les allusions, les réseaux lexicaux, les personnages reparaissants ; comme dans La Comédie humaine de Balzac... « De notre point de vue de mortel, c'est le hasard. Mais si l'on porte un regard extérieur, comme à la lecture d'un livre, alors c'est bien la fatalité qui, de bout en bout, dirige notre existence. » La somme complexe des causes et conséquences permet-elle le libre-arbitre ? « Nous croyons tous contrôler notre existence, mais celle-ci n'est que l'œuvre des nègres du destin ». L'auteur, nègre d'une totalité impossible, a pour métaphore cet esprit qui « transmigre » dans les personnages visités, et dénonce les complots visant à décimer l'humanité.

        Traquant les défis planétaires, David Mitchell invente un troublant jeu de pistes narratif qui brouille les destinées individuelles. Œuvre ouverte, au sens d'Umberto Eco, ce roman polymorphe et postmoderne, infiniment séduisant, suscite une réflexion jamais close, à moins que tout ce galimatias pseudo-scientifique ne soit qu'un miroir aux alouettes pour gogos adonnés aux fantasmes de complots et autres fumées spiritualistes. Ce serait là moins un portrait du monde tel qu’il est, qu’une figure de notre irrationnel esprit…

 

 

     Nous avions cru, avec David Mitchell, nous habituer à des romans aux structures conceptuelles inhabituelles. Ecrits fantômes télescopait des récits par une distribution géographique, alors que Cartographie des nuages distribuait les temps historiques et biographiques jusqu’à l’horizon de la science-fiction. Il est, dans Le Fond des forêts, nettement plus traditionnel et réaliste. Au risque de proposer le roman autobiographique obligé de l’enfance s’ouvrant à l’adolescence.

          Mais il n’est pas facile d’être incompris. Par ses parents et, pire encore, par ses camarades qui ne jurent que par de stupides valeurs viriles. Le chemin à frayer est jonché d’embûches par les « barbares poilus » parmi lesquels il aimerait s’intégrer. Mais il faut cacher qu’il aime les livres et écrit des poèmes primés sous le pseudonyme d’Eliot Bolivar. Il sera traité de « pédoque » comme tous ceux qui lisent ou aiment Bach. Pire, notre Jason est affligé de « bégaiement tonique » et peut-être d’un « cancer de la personnalité ». Tel un chasseur de société primitive, il fera tout un parcours du combattant à la lisière de la délinquance pour faire partie du groupe. Hélas, il n’échappera pas aux humiliations en série, sauf au « fond des forêts ». Le voilà bientôt côtoyant l’Histoire de l’Angleterre, lorsqu’un ancien élève de son école meurt lors de la guerre des Malouines. Le récit bascule lors de la rencontre de Mme Crommelynck qui s’intéresse à son « œuvre ». Vif et pertinent, l’échange littéraire et critique donne une profondeur soudaine à la destinée de Jason qui s’interroge sur sa création : « Dès qu’un poème a quitté le nid, il n’en a plus rien à faire de vous ».

       Plein de fantaisie et de tendresse, de poésie et de psychologie, ce roman d’initiation -y compris à l’amour et au divorce de ses parents- a le mérite insigne de montrer, en une discrète et cependant efficace charge satirique, combien nos contemporains sont encore barbares à l’encontre des valeurs intellectuelles et poétiques.

 

 

       Encore une volte-face romanesque. Après la structure géographique des Ecrits fantômes, après Cartographie des nuages et ses archipels temporels, le recours au récit autobiographique du Fond des forêts tranchait également et absolument avec ce qui, dans Les Mille automnes de Jacob de Zoet, relève d’un genre apparemment passéiste : le roman historique.

      Nous sommes en effet en 1799. Dans le cadre de l’accord privilégié qui permit aux commerçants hollandais d’établir des comptoirs en un Japon jalousement fermé aux Européens, Jacob de Zoet obtient mandat de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales pour commercer avec l’Empire du soleil levant. C’est un jeune clerc, un brin naïf, qui devra affronter les regards sans indulgence et se frayer un chemin ardu. Surtout lorsqu’il devient amoureux d’une jeune femme captive du Seigneur Enomoto qui est plus proche du sadisme que de la cordialité. Au roman sentimental s’ajoutent les péripéties dramatiques du pavé farci d’aventures : enlèvement, esclaves sexuelles, visage semi-brûlé de la belle qu’il faudra sauver… On pourrait croire à un ouvrage dont l’objectif serait, outre l’exotisme, la distraction de son lecteur emporté par l’aisance de la narrativité. Mais l’acuité réaliste, par exemple la mise en scène d’un accouchement, puis de l’opération d’un calcul de la vessie, permet de percevoir l’état des sciences à la fin du XVIII°. L’échange encyclopédique de connaissances, économiques, politiques, entre Néerlandais et Japonais est ainsi fructueux, malgré l’interdiction d’apprendre la langue de l’archipel… Confrontant l’Orient et l’Occident, en un choc des cultures, entre un protestant passablement puritain et la langue salée des japonaises, leurs mœurs surprenantes, le jeune héros, déraciné, réenraciné, devient une sorte d’homme aux identités plurielles, un peu comme son auteur.

 

 

      La structure du roman puzzle est propice au fantastique. Ainsi David Mitchell compose un ensemble de cinq récits, dont le pivot est la maison du titre : Slade House. En dépit du temps, elle sait garder ses secrets, car tous les neuf ans, depuis 1979 jusqu’en 2015, elle engloutit ses visiteurs derrière sa porte cachée dans une ruelle. Là un jardin florissant, une demeure digne d’un manoir paraissent assurer le bonheur de ses habitants et de ses invités, comme la pianiste qui se voit fêtée.

      Pourtant ce réalisme, d’abord affecté par l’étrangeté, est de plus en plus perturbé, chamboulé par l’interversion du rêve et de la réalité, à laquelle est d’abord sensible un enfant, Nathan, qui oscille entre l’Amérique maternelle et la Rhodésie paternelle. Quant au policier qui rencontre l’amour auprès de la maîtresse du lieu, Chloe, il croit mener une enquête conventionnelle, concernant la disparition de Nathan et de sa mère, tout en devant accepter l’idée de paisibles fantômes, ceux des jumeaux Norah et Jonah venus du premier récit. « Promettez-moi que je ne suis pas en train de vous rêver », s’entend-il dire lorsque le délire de l’espace et le désordre du mental s’emballent. Y compris parmi le « club Paranormal », qui reprend l’enquête, les avaleurs d’âmes sévissent sans espoir de retour dans une introuvable maison.

      « Ton âme se dissoudrait comme un morceau de sucre », prévient un des personnages. Est-ce le destin qui attend tout visiteur, voire tout lecteur de Slade House ? David Mitchell, connu pour ses romans singuliers, aux structures étonnantes, comme La Cartographie des nuages, maîtrise en virtuose les particularités des voix narratives. En cette réécriture toute personnelle du mythe des vampires, il répond à un chef-d’œuvre contemporain de la littérature américaine fantastique : La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.

 

        Après avoir vécu au Japon, le romancier anglais David Mitchell, né en 1969, semble, au cours de sa carrière d’écrivain, prendre successivement en écharpe tous les genres romanesques. Jusqu’où ira-t-il ? S’il parait à chaque fois moins novateur qu’attendu, il s’en tire toujours avec richesse et brio, comme par une pirouette générique. Jacob de Zoet s’était acclimaté dans l’incroyable au point de se retrouver un étranger à son retour. De même, au sortir de chaque roman de David Mitchell, puzzle géographique, temporel, autobiographique ou historique, ou encore fantastique, le lecteur se sent à la fois, sans qu’il faille les opposer, plus étranger au monde et plus présent dans la littérature…

 

Thierry Guinhut

Les parties sur Ecrits fantômes et Le Fond des forêts ont été publiées

dans Le Matricule des Anges, juin 2004 et mars 2009, celle sur Les Mille automnes, avril 2012,

celle sur Slade House, juillet-aoüt 2019.

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 20:48

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le sonnet, un autoportrait d'amour :

 

Elizabeth Barrett Browning

 

et autres sonnétistes.

 

 

Elizabeth Barrett Browning : Sonnets portugais,

Traduits de l'anglais par Claire Malroux, Le Bruit du temps, 156 p, 13 €.

 

 

 

        Le sonnet amoureux, cet autoportrait, est-il une prérogative masculine ? Histoire de s’assurer la main sur la langue, le pouvoir de la persuasion sur la sensibilité et le corps féminins… Si l’on connaît ceux de Ronsard, adressés à Hélène, Marie ou Cassandre, ceux de Shakespeare qui virent s’affronter l’art et le temps, s’affronter l’amour et la bassesse du moi ; oublie-t-on les 23 sonnets de Louise Labbé (« Je vis, je meurs : je me brûle et me noye » [1]) ? Tous ceux que l’histoire littéraire a consacrés, en cet âge d’or du sonnet que fut le XVI°. Où il faudrait encore nommer Messieurs La Boétie, Du Bellay et Jean de Sponde. A moins que leur langage ne nous parle plus tout à fait autant qu’il le faudrait ; ou faute de notre modeste capacité d’empathie intellectuelle. C’est cependant avec une étonnante clarté, une fulgurante émotion que nous parlent amoureusement, quelques soient les siècles, Elizabeth Barret Browning, Silvina Ocampo, mais aussi Philip Sidney…

 

        Cette prise d’otage intérieure qu’est l’amour ne peut-elle s’exercer que par un homme ? Et faut-il la pardonner ? Mais à vouloir tenter le réquisitoire on en oublie le don, et cette œuvre d’art miniature qu’est le sonnet. Et qui n’est en rien une propriété masculine, comme l’a montré Louise Labbé, comme le montre Elizabeth Browning, dont une nouvelle traduction révèle les plis précieux. C’est une lettrée anglaise, née en 1806, déjà célèbre poétesse et essayiste, endeuillée, malade, cloîtrée par son père, lorsqu’en 1843, vint la voir Rober Browning, lui-même célèbre, dont elle admirait les vers. Non seulement l’amour masculin put avoir le bonheur de lui inspirer la réciproque, mais elle joignit grâce à lui le quasi-miracle de s’échapper de sa morbidité, de se marier, de partir avec lui en Italie. Mieux encore, dans son intime silence, elle écrivit 94 sonnets, que Robert proposa de titrer, sachant combien elle appréciait Camoens, Sonnets from the Portuguese, comme si l’apparente traduction permettait de masquer cette brûlante intimité.

       Lors de cette biographie intérieure, elle est soudain métamorphosée, sentant : « une Forme mystique bouger / dans mon dos, me tirer en arrière par les cheveux ; / Et une voix impérieuse dit, comme je luttais, / « Devine qui te tient ! » - « La Mort » dis-je – mais, alors, / Tinta la claire réponse… « Non, pas la Mort, l’Amour. » (p 23). Le journal d’une résurrection s’élance alors : « -Si tu m’y invites, / Je surmonterais mon abaissement, aussitôt. » (p 53). L’échange intérieur du je et du tu devient follement lyrisme, cet enthousiasme de la langue. Alors la fonction de la poésie est d’ « Eveiller ou éteindre la rumeur des mondes / Dans leur ruée, d’une mélodie pure » (p 55). Plus que romantisme, il s’agit d’intemporalité du souffle de la parole accomplie et de l’élan vers le vivre : « Deux âmes (…) / Jusqu’à ce que leurs ailes s’étirant prennent feu » (p 65). Si elle se qualifie, avec trop de modestie, de « viole usée / Jouant faux » (p 85), elle ne peut pas ne pas se savoir écrire « à neuf l’épigraphe de [son] avenir » (p 105) aussi bien avec Robert Browning qu’avec ses sonnets éblouissants… Qu’elle ne confia qu’une fois mariée, après l’offrande d’une boucle de cheveux, à son aimé. Passion, pudeur et engagement poétique sont ici associés pour ce qui est un trop rare exemple de la réciprocité. Car le sonnettiste amoureux se plaint trop souvent d’un amour impossible. Alors, pensons à poser dans la bibliothèque le recueil de celle qui, trop tôt, disparut en 1861, contre L’Anneau et le livre [2] de celui qui lui fut destiné…

 

Elizabeth Barrett-Browning et Robert Browning.

 

 

      Quoi de plus parfait que la forme ramassée du sonnet, cette exigeante stèle où se grave soudain une construction lyrique, élogieuse, élégiaque, dramatique, argumentative, jusqu’à l’acmé du dernier vers, cette chute obligée, brillante, surprenante… Dans et grâce à la contrainte formelle, « disposant délicieusement avec proportion des mots qui s’accompagnent de l’art enchanteur de la musique [3] », l’idée jaillit plus intense, que ce soit par le concours et l’empêchement de la rime, du choix du mètre, alexandrin le plus souvent, ou décasyllabe : « Si je n’avais pas adopté ce parti prosodique, quatorze vers distribués en deux quatrains et deux tercets, ces poèmes n’auraient pas existé (…), mais je n’aurais pas su ce que quelqu’un en moi avait à me dire. [4] » A cet égard, Elizabeth Barrett Browning prend des libertés avec la stricte euphonie des rimes, use de l’enjambement pour jouer de contrastes, de vitesses… Seule la talentueuse traductrice Claire Malroux, si familière par ailleurs avec Emily Dickinson, ose tenter de respecter la structure de chaque vers [5], de surprendre une musicalité :

 

XIII

« Et tu voudrais que je façonne en paroles,

Sans manquer de mots, l’amour que je te porte,

Que dans les vents violents je tienne haut la torche

Entre nos visages, pour chacun les éclairer ?...

Je la lâche à tes pieds. Je ne puis habituer

Ma main à tenir mon âme si loin de moi-même…

Moi… que je t’apporte la preuve en mots…

De l’amour en moi caché, hors d’atteinte.

Non, - laisse le silence de ma féminité

Confier mon amour de femme à ta foi, -

Voyant que courtisée, je reste inconquise,

Et déchire le vêtement de ma vie, en bref,

Avec la plus muette, résolue force d’âme,

De peur que touché, ce cœur n’exhale sa peine. [6] » (p 47)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Gérard Gacon, lui, traducteur de Philip Sidney, sonnettiste anglais de la fin du XVI°, parvient avec une aisance redoutable à l’alexandrin rimé. Quelle injustice a fait qu’aux côtés des 154 indépassables Sonnets de Shakespeare, l’histoire littéraire fasse chez nous si peu de cas d’Astrophil et Stella [7] et de ses 108 bijoux élizabéthains ? Alors, nous sommes tous astrophiles et amoureux de cette Stella insensible : « sachant ces yeux dépositaires / D’Amour, elle leur fit cet habit de grand deuil, / Hommage aux morts que Stella saigne d’un coup d’œil ». Allant jusqu’à se moquer des rimailleurs, Sidney ne se contente pas du flot lyrique, il établit une esthétique poétique, une interrogation éthique et métaphysique, toute une sapience amoureuse, avec des accents très modernes : « J’écris donc, en doutant d’écrire, pour occire / Mes maux à perte d’encre. »

     S’il fallait trouver, au-delà des Sonnets à Orphée de Rilke, de bien d’autres à laisser à la liberté du lecteur, une correspondante féminine plus contemporaine, pourront-nous penser à Silvina Ocampo ? L’épouse de Bioy Casares, l’amie de Borges, mais d’abord nouvelliste et poète, publia ses Poèmes d’amour désespérés [8] en Argentine, en 1949, alors qu’elle avait quarante-six ans. Parmi lesquels les sonnets du même nom, mais aussi « du jardin ». Elle chante avec une sensibilité exacerbée, peut-être d’hyperbole, et néanmoins poignante : « Ah, comme les mains du vent / caressaient ma gorge pour me tuer ! » Ou encore, un peu pus loin : « Comme dans la nuit obscure d’un bordel / je cherche l’amour fallacieux par les ténèbres. / Dans une chambre, sans tes portraits, / je commets, te haïssant, des meurtres / ô régions de limbes et de brumes ! »…

 

        Le sonnet aujourd’hui n’est pas mort, loin s’en faut. Toujours renaissant de son ombre, il est pudeur néoclassique, richesse mythologique et pensée lyrique chez Yves Bonnefoy [9], il est jeu avec les tics et les mœurs du contemporain chez Valérie Rouzeau, dans Vrouz [10], un titre qui donne le ton. Certainement ce corset archaïsant peut-il susciter encore des libertés, mille victoires intimes sur soi et sur le monde…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Poètes du XVI° siècle, La Pléiade, Gallimard, 1969, p 283.

[2] Robert Browning : L’Anneau et le livre, Le Bruit du temps, 2009.

[3] Philip Sidney : « Défense de la poésie »,  Astrophil et Stella, Orphée La Différence, 1994, p 109.

[4] Yves Bonnefoy : L’Heure présente, Mercure de France, 2011,  p 119.

[5] Au contraire de Lauraine Jungelson : Poésie Gallimard, 1994.

[6] Le sonnet anglais, au contraire du sonnet français, ne sépare pas toujours  les strophes, sinon chez Shakespeare ; quand Philip Sidney se contente d’un alinéa devant chaque quatrain et tercet…

[7] Voir note 3.

[8] Silvana Ocampo : Poèmes désespérés, José Corti, 2010.

[9] Voir note 4.

[10] Valérie Rouzeau : Vrouz, La Table ronde, 2012.

 

Photo : T. Guinhut.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:40

 

Foz de Lumbier, Navarra. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une Histoire de la Mélancolie

 

en l’âme occidentale :

 

Laszlo Földényi, Robert Burton.

 

 

Laszlo Földényi : Mélancolie, essai sur l'âme occidentale,

traduit du hongrois par Natalia Huzsvai et Charles Zaremba,

Actes Sud, 2012, 352 p, 24, 80 €.

 

Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, traduit de l'anglais (Royaume Uni),

par Bernard Hoepffner et Catherine Goffaux,

José Corti, 2000, 2 tomes, 2100 p, 70 €.

 

 

 

     Saviez-vous que la mélancolie avait une Histoire ? Qu’elle n’est pas seulement un être dépressif, une éprouvette de la psychiatrie, un ersatz du romantisme, mais la « bile noire » de l’Antiquité… Du Hongrois Laszlo Földény à l'Anglais Robert Burton, elle traverse l'âme occidentale depuis l'Antiquité. Ainsi Aristote alla jusqu’à dire que « les hommes qui se sont illustrés dans la philosophie, la poésie ou les arts sont […] tous des mélancoliques » (p 15). Cicéron voyait l’acedia, aujourd’hui pauvrement taxée du nom de dépression, en apanage des génies ; jusqu'au spleen baudelairien…

 

        Les définitions changeant avec l’état des mythes (Hercule fut un grand mélancolique, accablé par les dieux de la nuit), avec l’état des mentalités et des sciences, il n’en reste pas moins que l’objet fuyant de l’essayiste hongrois, qui publia cet essai en 1984, est un abaissement des capacités de l’homme, ou une lucidité supplémentaire devant la condition humaine et l’incertitude métaphysique. Donc un défaut auto-complaisant, une faiblesse, une paresse, ou une qualité intellectuelle affrontée à l’urgence de la création devant la fugacité de l’existence et la vanité de l’esprit.

     Parmi les plus intenses destructeurs mélancoliques, l’on compte Hamlet à l’expression fabuleuse, quand Freud fut parmi les destructeurs de la noblesse de cette tristesse déchirée du moi, née de ce qu’il appelait « le sentiment de perte » (p 294). Cette mania frappait nombre de comiques, nombre de musiciens, comme Gustav Mahler qui disait volontiers : « Ma vie entière est un mal du pays » (p 311). Bien qu’il s’agisse d’un « sentiment de non-accomplissement » (p 314), où « le manque est une sorte d’accomplissement » (p 321), où l’on voit le monde comme un « chaos nu » (p 317), celui qui mâche sa fatalité, qu’elle soit métaphysique ou biologique, nous a fourni des dépassements de son mal intime et universel par le tableau, l’opéra où la poésie…

        Alors que le Moyen-Age ne connaissait qu’un seul créateur, Dieu, reléguant le mélancolique dans la folie et dans l’œuvre diabolique, la Renaissance ramène ce dernier à la conception aristotélicienne de son génie. Ainsi, « la mélancolie des grands hommes correspond au délire divin de Platon » (p 111). Le tourment, comme chez Michel-Ange, est la marque de celui qui doit assumer sa génialité. Si Dürer et sa célèbre gravure n’échappent pas à la sagacité de notre essayiste, curieusement il accorde une place étonnante au miroir des « Epoux Arnolfini » de Van Eyck : cet objet est le témoin de la fugacité, surtout lorsque le peintre y calligraphie qu’« il fut ici en 1434 » (p 129). Comme une marque de vanité au dos d’un couple sûr de lui et de sa richesse…

 

      Le romantique allait jusqu’à la pulsion suicidaire à la Werther, jusqu’à être « à-demi amoureux de la mort secourable[1] », mais aussi jusqu’au sublime, selon Burke et Kant, tout en se nourrissant « aussi bien d’utopie que de réalité » (p 198). Non sans y associer l’ironie. Hélas, l’homme contemporain, sans compter le thérapeuthe, délégitime celui qui câline sa déréliction. Pourtant, dans l’exposition « Mélancolie, génie et Occident[2] » Jean Clair, en 2006, rassembla 250 œuvres au Grand Palais, pour en montrer les vocables imagés, les splendeurs picturales et sculpturales, de Dürer à Caspar-David Friedrich. Etait-ce le signe d’un renouveau de l’anoblissement de cette catégorie psychologique et intellectuelle ? A condition de se demander avec Földényi : « Et si la mélancolie n’était pas définissable en tant que maladie ? » (p 261). Et de ne pas se contenter du narcissisme morose, mais de s’élever à la délectation de la création et du créateur…

       Rassurons-nous donc. Un tel essai ne concourt pas à plonger son lecteur dans les affres du soleil noir, dans les seules interrogations de la psychiatrie et de la biologie morale… Informé, stimulant pour l’esprit, ce livre réussi, quoiqu’il s’égare parfois un peu, par exemple sur l’amour, cette érotomanie frustrée, cette spiritualité impossible, sans se resserrer sur l’objet de sa prédilection. Heureusement : « L’amour est une œuvre d’art [qui dépend] de sa capacité à faire de la mélancolie un principe formel » (p 243). Ne manque alors que d’un index. Et de vérifier cette contre-vérité : Nietzsche serait selon Földényi « indifférent à la politique ! » (p 217)[3]. Ou encore, peut-être, dans sa conclusion, d’une projection vers cette fragile bouteille à la mer, la solide œuvre d’art devant le temps et le vertige du néant, comme lorsque Proust conçut l’antidote de La Recherche du temps perdu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Au-delà de la somme de Robert Burton qui au XVII° compila, non sans le liant de l’élégance et de l’inspiration, l’immensité des connaissances antiques et de son temps dans son Anatomie de la mélancolie, Földényi (né en 1952) sait donner un nouveau souffle, plus léger, néanmoins roboratif, au genre, parvenant à rendre toute sa noblesse à ce sentiment hélas trop souvent relégué par notre contemporain du côté de l’indésirable. Gageons que notre essayiste hongrois doit être un beau philosophe mélancolique pour réussir à sculpter une telle stèle littéraire à son modèle…

      L'on devine que Robert Burton qui, né en 1576, plongea dans la tombe en 1640, passa la majeure partie de ses jours et de ses nuits à compiler et sculpter les 2100 pages de son Anatomie de la mélancolie, se demandant sans cesse si nous sommes plus ou moins qu'une poussière noire dans le monde, si notre éphémère finitude mérite d'accoucher d'une œuvre d'art qui assoirait la légitimité d'un homme. Fouillant avec opiniâtreté les sources antiques, médiévales et Renaissance, il n'en est pas moins le vénérable ancêtre de la psychologie moderne, voire de la psychanalyse et de la psychiatrie. Ne déclarait-il pas : « la vie que nous menons est contentieuse, sourcilleuse, tumultueuse, mélancolique et misérable ; à tel point que si nous étions capables de deviner ce qui va nous arriver et si nous avions le choix, nous préférerions sans doute refuser cette vie de souffrance plutôt que l'accepter. » Outre son érudition torrentielle, son écriture est d'une vigueur rhétorique et d'une couleur profonde, couleur noire évidemment : « En bref, le monde est lui-même un labyrinthe, un dédale parsemé d'erreurs, un désert, un lieu sauvage, un repaire de brigands, de tricheurs, &c., il est rempli de mares dégoûtantes, d'horribles récifs, de précipices, c'est un océan d'adversité, un joug pesant, les infirmités et les calamités s'y succèdent comme les vagues se pressent les unes derrière les autres à la surface de la mer ; et si nous parvenons à éviter Scylla, nous sombrons sur la côte de Charybde ; ainsi pour toujours apeurés, laborieux et angoissés, nous courons d'un fléau, d'un malheur, d'un fardeau à un autre, assujettis à une dure servitude, et il nous serait plus facile de dissocier le poids du plomb, la chaleur du feu, l'humidité de l'eau, la lumière du soleil, que d'épargner à l'homme la misère, le mécontentement, le souci, les calamités et le danger. » (II p 463). Il est vrai qu'en son autoportrait philosophique et encyclopédique, Robert Burton écrivait en un siècle moins clément que le nôtre.Voilà bien une lecture à ne pas envisager comme thérapie, à moins d'être nanti d'un foie solide et d'un esprit inénarrablement curieux de l'âme humaine.

 

        Dernière incarnation, qui sûrement aurait ravi notre Hongrois et notre Anglais, Melancholia, le film de Lars von Trier, allait non seulement entraîner son héroïne ophélienne dans l’attraction d’une planète saturnienne, mais emporter jusqu’à la terre entière, finalement soufflée. Sans nul doute, ce film, esthétisant, à la fois réaliste et allégorique, parvient à la suprême aporie de la mélancolie et à l’étrangeté fascinante de l’art…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] John Keats : « Ode au rossignol », Sur l’aile du phénix, José Corti, 1996, p 69.

[2] Jean Clair : Mélancolie, génie et occident, Réunion des Musées nationaux, Gallimard, 2006.

 

Torrent de Zinal, Valais, Suisse. Photo : T. Guinhut.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 20:13

 

Bibliothèque A. R. Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

 

Petit précis de civilisations comparées :

 

la supériorité culturelle

 

de l'Occident en question.

 

 

Jean-Francois Mattéi :

Le Procès de l’Europe. Grandeur et misère de la culture européenne,

PUF, 254 p, 22 €.

 

 

 

      Comme il existe un indice de développement humain, un classement des pays en termes de libertés individuelles et économiques, il n’est pas interdit d’imaginer de proposer un indice de civilisation, de comparer les civilisations entre elles, ne serait-ce que dans une démarche intellectuelle prospective, fût-elle à risque… Qu’est-ce qu’une civilisation ? C’est au prix de l’établissement des critères qui permettent d’en juger que l’on pourra discriminer celles que l’humanité a pu créer. Et peut-être de postuler, comme Jean-François Mattéi, la supériorité culturelle et morale de l’Occident.  Afin de proposer, en pesant avec la balance de la Justice, de quelle aire intellectuelle, arobomusulmane ou d’Occident, laquelle nous voulons…

 

      C’est d’abord de civilité qu’est faite une civilisation, de civis (membre d’une société libre) et civitas en latin, d’où viennent la cité, le citoyen… Elle est, sine qua non, une « articulation du politique et de l’éthique[1] », une urbanité, un vivre ensemble policé, une courtoisie, un accomplissement scientifique, politique, social et artistique raffiné, un respect kantien de la liberté d’autrui : « on prend ainsi la liberté de pensée au sens où elle s’oppose à la contrainte sur les consciences, où, en dehors de toute pression extérieure, des membres de la cité s’érigent dans les choses de la religion en tuteurs des autres, et, remplaçant les arguments par des formules de pitié imposés (…) excellent à bannir, au moyen de l’empreinte précoce exercée sur les âmes, tout examen par la raison[2]. » Ainsi la religion dans la cité doit rester une liberté personnelle et intérieure, au détriment de tout expansionnisme politique. En effet, depuis Des Délits et des peines[3] de l’italien Beccaria en 1765, le droit pénal est totalement indépendant du pouvoir religieux chrétien, l’Etat ne lui est plus en rien soumis, ce qui n’est évidemment pas le cas de la sharia, inféodée à l’Islam.

      Les Grecs se pensaient comme supérieurs, les autres étant des barbares. Certes, il y avait une part de fatuité, mais on leur doit l’invention d’une démocratie à parfaire et la richesse de leur philosophie, de leurs poètes et historiens qui atteignent à l’universalisme. Sans compter que malgré leurs guerres avec leurs voisins, ils n’ont pas commis de génocide. Le relativisme ne permet pas de leur attribuer le même degré de civilisation qu’aux Jivaros réducteurs de têtes. Ce qui n’empêche en rien l’égalité initiale de la dignité humaine et la possibilité que tout individu de toute culture soit animé de qualités. D’autant qu’il est loisible d’immigrer vers une civilisation plus accueillante et plus libérale, d’en accepter les règles du jeu, quelque soit son origine, sans forcément renier toutes les composantes de sa culture de départ. Ce dont témoigne la paisible intégration de nombre d’immigrés, y compris musulmans et déjà bien civilisés qui viennent ici justement chercher un degré supplémentaire de civilisation. L’ostracisme n’a pas à être jeté sur un individu au prorata de son aire culturelle originelle. Si l’on ne doit pas accepter qu’il importe en Occident l’excision (qui serait souterrainement pratiquée jusqu’en Espagne) ou une quelconque charia, on doit lui laisser, sans préjugé ni exclusion, la possibilité d’exprimer ses capacités dans une liberté raisonnable.

      Certes l’Islam, au-delà et en dépit de son originelle théocratie, au moyen du Coran, des hadits et de la charia, qui en font un terrain peu propice à la civilisation, est aussi un espace de civilisation dans la mesure où il a pu développer arts et commerce, et surtout dans la mesure où son territoire s’est agrégé d’influences persanes, mogholes, berbères, syriaques, byzantines, chrétiennes et juives…

      Qu’est-ce qui fait civilisation, sinon l’inscription du citoyen dans le concert d’une nation, d’une aire linguistique, et plus largement d’un consensus politique et culturel ? Lequel se fait autour de la figure centralisée d’un monarque, d’un tyran, d’une oligarchie, ou mieux encore (évidemment en terme qualitatif) autour du concept de démocratie libérale. Ce sont les principes issus de l’humanisme, des Lumières et des constitutions républicaines, notamment celle des Etats-Unis en 1787, qui font de la civilisation occidentale quelque chose de supérieur. Non pas au point bien sûr de qualifier toute autre civilisation d’inférieure au sens des races inférieures, concept aussi stupide que dépourvu de sens. D’autant qu’historiquement des civilisations peuvent avoir été ou être dominantes sans être éthiquement supérieures. Au-delà de la réductio ad hitlerum, habituelle chez les orfraies d’un politiquement correct qui vise à interdire la pensée dans ce qu’elle a de plus noble, pouvons-nous établir en quoi une ou des civilisations sont équipées au mieux pour être au service du développement de l’humanité ? Emettre des jugements de valeur n’a rien d’intolérable, au contraire, en permettant de réfléchir et de poser les valeurs de travail et de mérite, de liberté et de tolérance qui nous guident et nous légitiment, de façon à choisir dans quel monde nous sommes en droit de vivre et d’agir.

      Les collectivismes, nazi et fasciste, communiste et socialiste, religieux et théocratique, sont à n’en pas douter un degré bien inférieur de civilisation, jusqu’à la barbarie, comparés à ce degré supérieur où les individus peuvent développer leurs libertés et leurs responsabilités, à l’abri si possible des délits et des crimes d’autrui et de l’état. Certes, qualifier une civilisation ou une société de désastreuse ne signifie pas qu’il faille l’éliminer au moyen d’on ne sait quelle croisade Occidentale ou japonaise. Il n’est en rien question de devoir commettre un génocide en Corée du nord ou à Cuba. Au contraire, il ne reste qu’à souhaiter la libération de ces populations opprimées grâce à une seconde chute du mur de Berlin. Pourtant cette pulsion génocidaire est bien à l’œuvre lorsque certains islamistes radicaux, ataviquement antisémites, réclament la liquidation d’Israël, voire de l’Occident entier…

      Reste qu’à l’intérieur d’une même civilisation, des sociétés peuvent être plus performantes tant du point de vue humain que du point de vue économique. Est-ce le cas de l’Allemagne et surtout de la Suisse vis-à-vis de la France ?

      Faut-il croire que ceux -intellectuels, se prétendent-ils- qui clament que toutes les civilisations se valent, pour paraître ne vexer personne, par pusillanimité, soient épris des barbaries contraires aux droits de l’homme, cette malheureuse fiction occidentale ? Ce n’est pas rendre service à l’humanité en son entier que de refuser l’art de la discrimination[4] intellectuelle et d’abuser du relativisme par démagogie et prétention : ainsi ils paraitraient aimer tout le monde également, en un angélisme béat, mais ils haïraient, mépriseraient l’humanité et le nom même de progrès humain, économique, culturel et moral  qui inspirent le meilleur des civilisations.

      Laquelle respecte plus les droits de l’homme ? Certaines aires géographiques cumulent les retards démocratiques, scientifiques, économiques et moraux. Leurs tyrannies se doublent de tyrannies contre toute leur population féminine, contre leurs clitoris, contre l’enrichissement (hors clanique et de copinage) de leurs pseudo-citoyens. Le choix est alors aisé à faire…

      En dépit des inconséquences d’une civilisation qui d’Europe s’est étendue des Amériques en Australie et qui par ailleurs a étendu son influence libératrice de l’espérance de vie et du mieux vivre, elle reste globalement préférable. Y compris si l’on est en droit d’adorer la calligraphie chinoise ou arabe, la miniature persane et la poésie d’al-Andalus[5]. Reste qu’il n’y a pas de Proust zoulou, mais un Lezama Lima[6] cubain, pas de Mary Shelley papoue, mais une Murasaki Shikibu japonaise[7], pas de Bach kenyane ou saoudienne, du moins pas encore. Nous ne pouvons qu’encourager tout individu à la création universelle…

 

 

      Certes, nous pouvons difficilement nous poser en donneurs de leçons. Une civilisation qui a pratiqué la Saint-Barthélémy, la guerre de Sécession, inventé le nazisme, mais aussi ces produits d’exportation, le marxisme et le communisme, deux totalitarismes de belle venue, sans compter la bombe atomique, l’agent orange au Vietnam ou les dettes exponentielles européennes, contribué à la pollution atmosphérique et fluviale, ne peut guère s’ériger en parfait modèle. Mais au cœur d’une civilisation dont les principes peuvent être parmi les plus honorables, ne faut-il pas compter l’invention d’Auschwitz et de la Kolyma comme des preuves de décivilisation ? On ne doute pas que des cultures concurrentes dans cette hiérarchisation délicate aient également été probantes dans le domaine de l’abjection : sacrifices humains aztèques ou excisions arabo-musulmanes, polygamie et absence de droits individuels attentatoires à la féminité, lapidation de femmes adultères sous leur burqa honteuse déshonorent le nom d’humanité. De plus, hélas, un élément constitutif de la civilisation, c’est-à-dire le progrès technique et scientifique, a pu être mis au service de la barbarie. A Hiroshima et Nagasaki, quoiqu’on puisse arguer que cela ait permis d’arrêter une guerre qui promettait d’être encore bien longue et meurtrière (mais pourquoi deux bombes, qui plus est sur des populations civiles ?), à Auschwitz encore où la technicité administrative, ferroviaire et industrielle fut l’esclave d’une volonté d’extermination d’un peuple pourtant brillant. Lequel peuple a su faire d’Israël une démocratie avancée qui, avec sa dizaine de millions d’habitants, sait déposer des milliers de brevets par an quand l’Arabie saoudite, bien plus nombreuse, n’en dépose qu’une quarantaine…

      Que le respect des civilisations dans ce qu’elles ont de respectable soit la règle, bien. Mais pourquoi, sinon, par crainte devant le plus menaçant, vouloir respecter l’Islam et crier haro sur le Christianisme et le Judaïsme qui ne sont pas des religions polluées par le concept de jihad ? Qui n’ont guère, ou il y a bien longtemps, été les commanditaires d’assassinats et de terrorisme, comme ceux qui se pratiquent aujourd’hui contre les Chrétiens, du Nigéria à l’Irak… D’autant que l’Islam, déchiré dans la fracture entre sunnites et chiites,  continue à jouer les fauteurs de conflits dignes de notre guerre de Trente ans entre catholiques et protestants, heureusement révolue. Pourquoi haïr le capitalisme occidental, quand il n’est pas celui d’une oligarchie privilégiée, du monopole et de la connivence, alors qu’il est essentiel au développement civilisé ? Sinon par envie d’une part et par désir d’asservissement d’autrui d’autre part ? Non aux collectivismes, qu’ils soient social-étatiste, fasciste, communiste ou religieux. Oui à une civilisation du capitalisme libéral pour tous, du progrès scientifique en cohérence avec la nature et l’humain, du libre-arbitre, des richesses individuelles, matérielles et culturelles, et de la tolérance et de la justice issues des Lumières européennes. Voilà qui devrait pouvoir lui permettre d’être à la hauteur de ses idéaux…

      Le grand poète arabe et syrien Adonis, au nom si grec, dénonçant ceux qui « invoquent les Livres Saints / et transforment le ciel / en poupée ou en guillotine [8]» déplore l’absence de liberté d’expression dans ce monde arabo-musulman qui ainsi se dessert lui-même. Où sont les libertés des philosophes Al Fârâbi[9] ou Ibn Arabi[10], du poète Hâfez[11], du satiriste Mouhamad Ibn-Dâniyâl[12], de l’érotologue Cheïkh Nefzaoui dans son traité de l’amour Le Jardin parfumé[13] écrit au XVI° ? Peut-on lire encore avec sérénité Les Mille et une nuits, ou les auteurs contemporains comme Naguib Mahfouz[14], Alaa al-Aswani[15] et Gamal Ghitany[16] ? S’ébahir de l’art de l’Islam[17] sans sentir sa gorge se nouer ? Ne faut-il constater la déréliction de la femme arabe qu’à travers l’enfer du Sexe d’Allah[18] ? Nous sommes alors au regret de ne pas pouvoir considérer cette civilisation, et plus précisément ce qu’elle est devenue, comme indigne du nom de civilisation… Car dans le monde arabe, souligne Malek Chebel, « dès le XIII° siècle, l’ensemble des conduites constituant le cœur vivant du raffinement, à savoir la liberté, l’inventivité comportementale et une certaine autodérision faite de paradoxe et d’excès, subit de plein fouet l’étroitesse de vue d’une frange de théologiens réactionnaires et de fondamentalistes[19] ». Le retour contemporain de ces derniers n’est-il qu’un provisoire sursaut morbide devant l’ouverture à l’Occident ? Il faut, avec un penseur comme Malek Chebel appelant un « Islam des Lumières [20]», l’espérer…

      Reconnaissons avec plaisir que nous devons continuer à nous ouvrir aux autres cultures autant qu’à remettre en question la nôtre, ce que ne font pas toujours celles concurrentes. Car on ne peut compter tellement c’est merveille et richesse ce que les autres civilisations nous ont apporté, de la tomate au safran, des kimonos aux masques dogons, de l’ikebana aux traités bouddhiques en passant par l’Alhambra de Grenade. Ainsi, au-delà de l’aire gréco-judéo-chrétienne, nous nous multiplions. Plus encore aujourd’hui où toutes ces cultures ont tendance à s’interpénétrer, dissolvant les blocs identitaires, fondant une sorte de civilisation globale et polymorphe, ouverte à la circulation des idées, des biens et des individus, cette ouverture même permettant alors de qualifier la qualité d’une civilisation, au contraire de celles fermées et exclusives…

      Il est vrai que le Ministre de l’Intérieur - Monsieur Claude Guéant pour ne pas le nommer - par qui le pseudo scandale arrive, même s’il s’appuie sur de judicieux arguments, en affirmant le 4 février 2012 que « toutes les civilisations ne se valent pas », ne brille pas par son ouverture. Contrôler une immigration si elle est fauteuse de troubles et de délits, soit, mais refouler les bonnes intentions venus d’ailleurs et des diplômés étrangers qui ne nous nuiraient pas, au contraire, mais aussi se priver des Français que l’absence d’opportunité de valoriser leur travail contraint à l’émigration sous des cieux fiscaux meilleurs, s’avère aussi maladroit, incohérent que contre-productif.

      Il n’y a sous des cieux humains aucune civilisation ni justice parfaites ; reste la volonté de tenter avec prudence d’y accéder : « Car la liberté que nous, nous pouvons espérer n’est pas l’impossibilité de toute nouvelle injustice dans l’Etat : qui pourrait l’escompter ici-bas ? Mais avec la libre audition des griefs, leur examen attentif et leur prompte réforme est atteinte l’extrême limite de la liberté civique à notre portée, celle que recherchent les sages[21] ». Ainsi s’exprimait au XVII° le poète et philosophe Milton. Un des garants des vertus de notre civilisation…

 

 

      Et si Jean-François Mattéi avait raison ? L’absurde thèse de la supériorité culturelle et morale de l’Occident, retrouverait-elle un digne prestige ? Hélas, les épisodes justement décriés des croisades, du commerce triangulaire, de l’esclavage, de la colonisation, sans parler de ces dignes productions européennes, le nazisme et le communisme, qui ont ensanglanté le vingtième siècle, paraissent devoir définitivement invalider sa crédibilité. Pourtant, c’est bien l’Occident qui aurait été à l’origine de valeurs universelles…

      Cette conception universaliste, explique Jean-François Mattéi, vient en droite ligne de Platon, en passant par le christianisme, puis l’humanisme, jusqu’aux Lumières. Les valeurs qui fondent l’universalité de l’Europe et les développements de sa civilisation trouvent leur origine dans les concepts humanistes et la raison scientifique qui ne font qu’un avec le droit naturel : « Si l’on veut comprendre l’invariabilité des lois physiques, comme celles des lois humaines, en d’autres termes leur universalité, il faut supposer que leur existence est antérieure à leur découverte. » Ainsi « Le modèle européen de rationalité s’est imposé dans le monde comme outil indispensable d’intelligibilité ».

      Opposant les sociétés extra-européennes « closes » à celle que nous savons « ouverte », il montre que cette confrontation tolérante à l’autre a contribué à l’esprit critique, y compris contre soi. Au point que l’Europe ait trop tendance à s’auto-flageller. Certes, elle a commis des crimes en son sein autant qu’en s’ingérant, y compris par la violence, parmi les autres cultures, mais à trop vouloir la repentance, ne risque-t-on pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, de délégitimer les acquis humanistes qui doivent nous protéger de la barbarie, y compris intérieure[22] ? Il rappelle alors que les autorités chrétiennes ont toujours condamné l’esclavage et que seul l’Occident est presque parvenu à l’éradiquer sur notre planète.

      Les déclarations universelles des droits de l’homme, prétendument ethnocentrées, se heurtent alors à l’oxymore de « La déclaration islamique universelle des droits de l’homme », fondée sur la charia, puisqu’une religion, de plus exclusive, ne peut prétendre à l’universalité, puisqu’un droit fondée sur la soumission, et plus particulièrement des femmes, ne peut qu’être attentatoire à la liberté et à la raison. Ces cultures du sud qui prétendraient nous désavouer, nous corriger de notre prétention, ont-elles fait preuve de repentance quant à leurs pratiques encore contemporaines de l’esclavage, quant à l’excision, quant à la lapidation des femmes adultères, quant aux condamnations à mort pour blasphèmes, quant aux intouchables ? Que les cultures africaines, arabes, indiennes, ne soient pas réductibles à ces horreurs, nous n’en douterons pas, reste que la crispation sur l’identité culturelle fait fausse route et que rien ne vaut quand leur esprit d’ouverture se manifeste. Seul l’Occident a su pleurer, trop pleurer, le « sanglot de l’homme blanc[23] » au nom de ses valeurs. Qui sont celles, kantiennes, du modèle idéal de l’homme civilisé, respectueux de l’autre et d’une éthique responsable.

      Certes Jean-François Mattéi n’a aucune tendresse pour les exactions de la colonisation, mais il ose, avec justice, rappeler ses bienfaits, en particulier au Maghreb : éducation, santé, communications, développement économique pour un retour d’investissement en métropole guère avéré, qui hélas, il faut le rappeler, se sont heurté à la limite de la représentativité démocratique insuffisamment concédée au peuple algérien. Il pointe également les excès de ceux qui voudraient faire payer à l’Europe ses crimes passés. Outre que l’on n’a pas à être dédommagé pour des crimes que l’on n’a pas subis, il faut aller voir du côté des abominations colonialistes et génocidaires dont les autres cultures ne se sont pas privé la jouissance et pour lesquelles on ne voit pas pointer le moindre nez de repentance. Il suffit de penser à l’occupation sanglante des deux tiers du pourtour méditerranéen par les Arabes et les Turcs… Tirons un trait  sur le passé, sur ses leçons nécessaires, et allons de l’avant vers une civilisation mondiale meilleure…

      Notre essayiste absout donc l’Europe du crime d’universalisme qui n’en est pas un, également de celui d’ethnocentrisme. Mieux, il montre qu’elle est la seule à savoir se remettre en question au nom justement de ses propres valeurs d’ouverture et de tolérance. Non sans regretter qu’elle renie un peu trop ses fondements, de par sa « christianophobie », de par « le mal de Munich », ce renoncement devant la « montée du nihilisme culturel », devant le relativisme qui dénie toute valeur en postulant la subjectivité et l’égalité de toutes les cultures, fussent-elles incultes. Il faudrait alors dénier toute universalité à la culture dominante du mâle blanc occidental, au profit des créateurs noirs et femmes, voire homosexuels, comme dans certaines universités américaines. Les revendications particularistes et communautaristes iraient désagréger ces valeurs universelles qui fondent l’humanité. C’est pourquoi la déconstruction de Derrida trouve ici sa limite : la fermeture sur soi, la négation de tout jugement et de toute aspiration à l’altitude de la pensée et de la culture, choses qui ne dépendent pas des couleurs de peau, de sexe ou des origines socioculturelles…

      C’est devant le tribunal du relativisme que la thèse de l’universalité européenne trouve son acmé. Toutes les cultures ne sont pas en effet également respectables. Que penser de la tyrannie esclavagiste et gorgée de sacrifices humains des Aztèques ? Des cultures communistes aux goulags affolants ? Des burkas qui essaiment à l’ombre délétère de la charia ? Rien d’autre que la pensée que la qualité d’une culture se mesure autant à ses œuvres technologiques, spirituelles et artistiques qu’à son droit international et qu’aux propriétés de son respect humain. Et c’est probablement à ses succès que l’Europe doit le ressentiment, autre mot pour la jalousie, de ceux qui n’ont pas encore atteint son niveau de développement, de justice et de libertés.

      L’un des rares défauts de ce livre percutant et intellectuellement stimulant est l’appel à l’argument de l’impénétrabilité des desseins de Dieu, donc à la théodicée leibnitzienne. Certes, les Noirs américains ont aujourd’hui une vie meilleure, grâce aux souffrances de leurs ancêtres, mais n’allons pas croire qu’une Histoire y « cache son plan secret » et « fait usage du mal pour parvenir au bien ». Une humaine immigration eût été plus efficace du point de vue autant moral qu’économique, même si les Etats-Unis restent un modèle (quoique passablement imparfait) de démocratie libérale.

      Et si Jean-François Mattéi a bien fait la preuve de la supériorité scientifique, technique, intellectuelle et morale de l’Europe, il semble oublier la richesse de bien des cultures, qu’elles soient zen ou qu’elles aient produit depuis la Perse Les Mille et une nuits, oubliant, lorsqu’il affirme avec Kundera que le « roman est une forme littéraire européenne », cette merveille romanesque du XI° siècle japonais : le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, une femme remarquable au point de pouvoir être comme un Proust oriental. Ce que notre philosophe appelle, dans la perspective de Braudel, les « unités brillantes [24]», ces œuvres de l’esprit et de l’art, ne sont bien sûr pas qu’européennes.

      Notre essayiste montre enfin combien notre « culture universelle » est capable de s’ouvrir au point d’intégrer un « horizon plus vaste que l’horizon de notre culture particulière », comment l’Europe est capable de revitaliser d’autres ères culturelles, ce qui, entre autres, dans le cas du Japon, par digestion de l’influence occidentale est devenu la  vertu d’une ère Meiji continue, au contraire de l’ère arabo-musulmane dont l’apport scientifique reste fort faible, à moins que les aspirations actuelles à la démocratie, mais pas encore aux libertés de conscience, laisse percer un espoir…     

 

      À l’heure où la supériorité économique de l’Europe, et de son épigone les Etats-Unis, est fort menacée par la Chine et les pays émergents du Sud, qu’en est-il ? Reste que les valeurs européennes de démocratie, de liberté individuelle, du capitalisme libéral, si bien défendues par Mattéi, essaiment de plus en plus de par le monde au service de la prospérité matérielle, intellectuelle et humaine. À moins qu'outre l'agression de l'Islam, celles-ci perdent confiance en elles...

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Vocabulaire européen des philosophies, sous la direction de Barbara Cassin, Seuil Le Robert, 2004, p 220.

[2] Kant : Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? Œuvres Philosophiques, La Pléiade, Gallimard, 1985, tome II, p 543.

[3] Becaria : Des Délits et des peines, GF, 2006.

[4] Au premier sens du Petit Robert : « Action de discerner, de distinguer les choses les unes des autres avec précision, selon des critères définis ».

[5] Le Chant d’al-Andalus, une anthologie de la poésie arabe d’Espagne, Sindbad, 2011.

[6] Voir José Lezama Lima : Paradiso, Seuil, 1971.

[7] Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, Diane de Selliers, 2007.

[8] Adonis : Tombeau pour New-York, Sindbad, 1986, p 64.

[9] Voir son Traité des habitants de la cité idéale, Vrin, 1990, ou La Philosophie de Platon, Allia, 2002 .

[10] Voir : Ibn Arabi : Traité de l’amour, Albin Michel, 1986.

[11] Hâfez : Le Divân, Verdier, 2006.

[12] Mouhammad Ibn-Dâniyâl : Le Mariage de l’émir conjonctif, L’Esprit des péninsules, 1997.

[13] Cheïkh Nefzaoui : Le Jardin parfumé, Tchou, 1981.

[14] Voir par exemple Naguib Mahfouz : Les Mille et une nuits, Actes Sud, 1997.

[15] Alaa al-Aswani : L’Immeuble Yacoubian, Actes Sud, 2006.

[16] Voir : Gamal Ghitany : Le Livre des illuminations, Seuil, 2005.

[17] Titus Burckhardt : L’Art de l’Islam, langage et signification,  Sindbad, 1985.

[18] Martine Gozlan : Le Sexe d’Allah, Grasset, 2004.

[19] Malek Chebel : Traité du raffinement, Payot, 1999, p 48.

[20] Voir par exemple Malek Chebel : Manifeste pour un Islam des Lumières, Hachette Littérature, 2004.

[21] Milton : Aeropagitica, pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier, 1956, p 121.

[22] Cf Jean-François Mattéi : La Barbarie intérieure, PUF, 2001.

[23] Cf Pascal Bruckner : Le sanglot de l’homme blanc, Tiers monde, culpabilité, haine de soi, Seuil, 1983.

[24] Dans Fernand Braudel : Grammaire des civilisations, Arthaud, 1987.

 

 

Art arabe et Renaissance, Casa de Pilatos, Sevilla.

Photo : T. Guinhut.

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 17:51

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Naipaul essayiste, voyageur et romancier :

 

du Masque de l'Afrique

 

et autres Semences magiques.

 

 

V. S. Naipaul : Le Masque de l’Afrique,

traduit de l’anglais par Philippe Delamare, Grasset, 336 p, 19 €.

 

V. S. Naipaul : Semences magiques,

traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, Plon, 300 p, 21 €.

 

 

 

      Né à Trinidad en 1932, cette ancienne colonie britannique peuplée d’esclaves, V. S. Naipaul a plus d’une corde à son arc pour peindre les terres de ses ancêtres divers et les aspirations des peuples. Romancier et écrivain voyageur, il sait tremper sa plume autant dans l’empathie que dans l’acide, qu’il parcoure l’Afrique, l’Inde ou l’Angleterre.

 

      A mi-chemin du journal de voyage et de l’essai anthropologique, Naipaul n’est évidemment pas à la hauteur du styliste et penseur qu’est Claude Lévi-Strauss dans cet illustre modèle : Tristes tropiques. Mais ce serait injuste de ne pas accorder toute son attention à ce curieux qui sait entendre « la voix des masques » pour reprendre le titre de notre illustre disparu. Car Naipaul peut difficilement être qualifié d’ethnocentriste. Né Caribéen, son origine métissée (il est d’ascendance indienne) paraît donner une aura supplémentaire à sa qualité de prix Nobel de littérature 2001. Ce qui lui permit de parcourir les terres du Crépuscule sur l’Islam[1] en offrant une image peu tendre de la montée de l’intégrisme musulman, l’autorise aujourd’hui à donner dans Le Masque de l’Afrique quelques « aperçus de la croyance africaine ».

      Parcourant le continent, entre Ouganda, Nigéria, Ghana, Côte d’Ivoire et Gabon, il observe, écoute, interroge. Il lui faut admettre que ce n’est pas toujours reluisant. Il voit « la religion étrangère comme une maladie contagieuse, même si le christianisme et l’islam proposent tous les deux un au-delà ». Le réquisitoire est sans appel. En effet l’Islam est « parmi les impérialismes essayant de contrôler l’esprit africain » : au nord, « le système coranique les conduisait (…) à faire des tâches inférieures qui leur permettaient tout juste de subsister. » La polygamie et le harem, même expliqués par « l’idée d’une unité familiale plus large », sont des exercices d’esclavage, ce dont témoigne l’histoire de Laïla…

      Quant à l’animisme traditionnel, il est pétri d’irrationalité : « plus insouciante, la religion africaine n’offre que le monde des esprits et les ancêtres », quoique Susan, interrogée, la trouve « traumatisante ». Ainsi, notre enquêteur poursuit sorciers, devins, féticheurs et guérisseurs, plus ou moins grotesques, affamés de crédulité et d’argent. Autour de leurs cabinets improbables, des immondices, les violences pullulent : « dans la religion païenne, il n’y a pas de pardon », confie un Nigérian. Heureusement de beaux mythes perdurent, comme le « bâton de la Source de la Vie ». Au Gabon, la fascinante forêt des Fangs et Pygmées n’est qu’esprits, rites d’initiation et sacrifices humains. Au Ghana, où les dieux ordonnent de tout interpréter, imposent des tabous, « la religion traditionnelle meurt lentement » face à la modernité et au christianisme, grâce auxquels l’éducation permet de dépasser « l’impasse de la vie instinctive ».

      Loin d’idéaliser le passé politique précolonial, il exhibe ses sauvageries lors des visites de tombes royales en Ouganda fournis en images de crimes collectifs perpétrés par les rois locaux, tyrans guerriers depuis le XIX°, mais aussi des souvenirs de récents massacres : « La période coloniale britannique, avec ses lois et sans guerres locales, doit être considéré comme un interlude ». Certes, mais d’autres terrains, comme le Congo belge, furent ceux d’un moins tendre colonialisme… L’avenir ne parait pas toujours meilleur : parmi corruption, richesses insolentes, des quartiers de Lagos « débordaient d’énergie », côtoyant une pauvreté endémique : « avec l’explosion de la population (…) vient l’apathie sociale ». Quant à l’Afrique du Sud, elle tente de digérer ses métissages…

     L’indépendance de vision de Naipaul, son franc-parler sont proverbiaux. Son politiquement incorrect lui a valu bien des jugements sévères. Reste que, sans mépris, malgré la tendance anecdotique d’une promenade parfois risquée, il a le don de soulever le « masque de l’Afrique » et d’alimenter un débat crucial : « la comédie de la vieille culture de la brousse (…) qui résiste à la rationalité », est-elle forcément en tout respectable ? Si le choc des cultures ne fait guère le bonheur de l’Africain, sa capacité à les faire coexister est remarquable.

      L’infatigable curiosité du voyageur essayiste se penche autant au chevet de l’Afrique que sur l’Inde et la Grande Bretagne. C’est en  romancier que Naipaul propose ce qui est peut-être l’autre « moitié d’une vie ». Ainsi nous retrouvons, après La Moitié d’une vie[2], le personnage de Willie Chandran, alter ego ou repoussoir de l’écrivain. Ce sang mêlé venu d’Inde luttait à Londres pour construire son identité, une sexualité, une carrière d’écrivain. Lorsque l’amour lui fit suivre une femme en Afrique, jusqu’à ce qu’il la quitte, révulsé par sa phobie des mouvements de libération anti-coloniaux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Dans Semences magiques, nous le découvrons à la quarantaine, dans Berlin-ouest. Peut-être se lasserait-il des luttes politiques si sa sœur Sarojini ne le houspillait pour qu’il s’engage dans une nouvelle révolution. Plutôt que de se sentir « pareils aux gens des publicités », elle le convainc de s’associer à la guérilla paysanne de « Kandapalli ». On pense bien sûr à Kondappalli, ce leader des rebelles maoïstes qui tentèrent d’imposer la domination des castes inférieures dans les campagnes indiennes. Mais Willie, bien que s’élevant dans la hiérarchie combattante, garde une distance intérieure envers ces « semences magiques » de la libération des peuples opprimés. Il comprend combien les coups de semonce peu magiques de sa donneuse de leçons de sœur et de ses frères révolutionnaires fondent une tyrannie assénée aux pauvres : « Nous parlions de l’oppression qu’ils subissaient, mais nous ne faisions que les exploiter. Nos idées et nos discours comptaient plus que leurs vies et les ambitions qu’ils avaient pour eux-mêmes. » C’est avec un frère retors surnommé « Einstein » qu’il négocie une reddition, qui lui vaut dix ans d’emprisonnement pour une histoire de meurtre de policiers, malgré la sensation que sa « vie de révolutionnaire avait été innocente ».

      De guerre lasse, et libéré grâce au militantisme de sa sœur d’une prison où les prisonniers politiques étudient « Mao et Lénine tous les soirs » (ce pourquoi il demande à être relégué parmi les délinquants), il revient en Angleterre, trouve un emploi dans un magazine d’architecture. Là, il prend conscience d’autres « semences magiques », d’une révolution sociale en cours. Depuis les chaînes des époux, des amants et des maîtresses jusqu’au fondamentalisme musulman, chacun y va de sa revendication de liberté qui est en fait un nouveau moyen d’asservir le prochain.Ainsi, « tels de jeunes taureaux élevés en vue du massacre dans l’arène, ces enfants sont mis au monde en grand nombre en vue des allocations socialistes qu’ils rapportent dans un foyer de cité ». Un peuple de délinquant « pompe l’argent des impôts ». On pourra être choqué de ce discours si l’on est bien-pensant, ou révolté, comme les personnages amers de Naipaul, par ces « semences » empoisonnées qui lèvent dans nos démocraties… On voit que l’on fait ici peu confiance à la nature humaine. Les vraies « semences magiques » sont-elles les fruits menaçants de ce mariage interracial : les enfants ? Naipaul ose cette maxime finale : « On a tort d’avoir une vision idéale du monde. C’est là que le mal commence »…

      Un même désabusement semble s’être emparé de l’écrivain, qui annonça, lors de la sortie anglaise de ce roman, qu’il n’écrirait plus. Ce grand auteur du déracinement, des identités mélangées et introuvables, aurait-il perdu la foi romanesque pour finalement reprendre le collier avec le documentaire ? Ce qui est également sensible dans le discours révolutionnaire des personnages, qui n’est plus qu’un catéchisme dogmatique creux. Volontaire dénonciation par le cliché, ou perte de substance ? Le risque est de déconnecter le lecteur d’une narration et d’une problématique qui aurait mérité plus de vigueur, voire la parodie, pour mieux faire le procès des illusions de ces révolutions qui sèment l’oppression… La partie londonienne met en scène des personnages plus convaincants, qui tentent de changer leur vie, même maladroitement, et non celle des peuples : des êtres vivants, non des dogmes.

 

       Depuis le 11 septembre 2001, après avoir dénoncé l’impérialisme et l’asservissement colonial, Naipaul hausse le ton contre le « colonialisme musulman », pour lui plus dangereux que le prosélytisme chrétien, non sans s’attirer les regards courroucés des Anglais autant que de la communauté islamique. Il reste, alternant le désabusement et l’enthousiasme au service de l’humanisme et de l’universalité des droits de l’homme, un critique avisé de ces révolutionnaires et autres porteurs de bannières religieuses qui sont moins au service des opprimés que de pseudo-libérations, enferrées  dans de pires tyrannies peut-être à venir...

 

Thierry Guinhut

La partie sur Semences magiques est parue dans Le Matricule des Anges, octobre 2005

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Réédité en « Cahiers rouges », Grasset 2011.

[2] V. S. Naipaul : La Moitié d'une vie, Plon, 2002.

 

Photo : T. Guinhut.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 10:02

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?



Emily Dickinson : Poésies complètes,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) et présentation par Françoise Delphy,

Flammarion, 2009, 1472 p, 39 €.

 

Une Âme en incandescence (poèmes),

traduit et présenté par Claire Malroux, José Corti, 624 p, 27 €.

 

 

 

      Tu étais celle qui se vêtait de blanc et aimait les grives à gorges rouges. Vivant volontairement cloîtrée à ta fenêtre, parmi ta famille excessivement puritaine, tu ne lisais à peu près que la Bible et Shakespeare. Né en 1830, très certainement mourus-tu vierge, en 1886. Ce qui ne t’a guère empêché d’être amoureuse de tes professeurs, d’un révérend marié, d’un juge… Comment pourrais-je peindre et justifier l’émotion qui me prend délicieusement à la gorge à la lecture de la plupart de tes 1789 poèmes presque jamais publiés de ton vivant ? Au point que je pourrais, de toi, Emily, être amoureux…

 

    Puisque tu sus cultiver ton aura en t’appelant toi-même « Le Mythe » dans tes lettres, te décrivant cachée pour tes visiteurs dont tu écoutais les voix et le piano, je ne peux que te cultiver, avec le plus profond respect attendu, que comme un mythe -quoique depuis longtemps collectif- imparablement personnel. Et puisque tu obtins un second prix des comices agricoles pour ton pain de seigle, aurais-tu bien consenti à me nourrir de pain et de poèmes ?

    Probablement étais-tu « un peu fêlée », selon le fort conventionnel homme de Lettres Higginson, conseiller pourtant fidèle, qui ne sut que te trouver laide (quel fat, quel goujat !), et hypersensible, un peu rousse. Qui sait si parmi tes milliers de lettres[1], ou celles qu’à ce dernier tu signais « Votre élève », aphoristiques poèmes en proses trouées de poèmes, l’une, l’un, m’auraient été destinés…

     Pour qui sont tes trois lettres au « Maître » ? Le Révérend Charles Wadsworth ? Samuel Bowles ? Tous deux mariés, justement inaccessibles, malgré l’arc amoureux qui tend tes phrases… Comme le juge Otis P. Lord à qui tu confessas l’aimer, quoique lui refusant sa main. Plutôt à une Muse composite, tu adressais ton cœur. Emily, je t’en prie, écris-moi une de ces lettres d’amour lointain, avec une esquille de tes os terreux, avec le fouet suave des mots parmi tes vers… Car tu habites « le possible - / Maison plus belle que la prose » (p 441).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Je ne pourrais alors t’approcher qu’avec des mains de lys, espérer que ton indulgence te permette de me confier, à tes pieds, tes cahiers cousus par tes doigts. Où j’aurais pu croire à la corporéité panthéiste de l’âme, même si « Le Cerveau – est plus vaste que le ciel (p 559). A toi.

« Nous trouverons la Racine carrée de l’Arc-en-ciel -

Cela - ne fait aucun doute -

Mais la Courbe de la conjecture Amoureuse

Nous échappera toujours - » (p 1205)

 

       Chère Emily, que sont tes os devenus ? Mes mots suffiront-ils à t’insuffler les neurones de vie qui manquent à ton désir ? Où sont les baisers que tu n’as pas reçus ? Pourquoi étais-tu celle qui parlait tant à la Mort avec, dans les mains, des abeilles, des collines de Nouvelle-Angleterre ? Quoique familière du décès de ta mère et du petit Gilbert tant aimé, tu parlais trop de la Mort pour ne pas te faire une tombe de silence de ta chambre, pour ne pas lui céder ta vie. Avant que j’aie le temps de parvenir près de toi…

     J’aime ton intelligence perforante, ailée, caressante, de sibylle. Toi qui es « débauchée de Rosée » (p 185), tu dévastes mes pauvres sens et mon piètre verbe avec tes perspicacités, tes formules, comme un vent échevelé dans l’esprit. J’aime ta « Poitrine pleine de taches de rousseur ! » (p 235). Emily, écris moi encore ces vers : Nuits Sauvages - Nuits Sauvages ! / Si j’étais avec toi / Ces Nuits Sauvages seraient / Notre luxe ! » (p 237). Emily, habites-tu « Cette Frontière Scintillante qui / Borde des Arpents de Peut-être » (p 677) ? Parfois, ton inspiration, qui parait ne pas quitter ton jardin, s’envole vers les Alpes et les tigres ; et si je te lis traduite, tu me traduis en Emily Dickinson . Car tu sais traduire en langue les mystères des tempêtes et du calme du moi, les gouffres de l’au-delà, les escarpements du lyrisme. Et si Françoise Delphy a l’immense mérite de te traduire avec une complétude et une exhaustivité imparables, peut-être faut-il y préférer la traduction de Claire Malroux , passeuse vers l’amour de toi, grâce à son sens de l’ellipse, de l’inquiète musicalité qui est tien…

      On sait que tu lus avec passion les Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning[2], qui sont parmi les plus beaux et forts poèmes amoureux de la littérature féminine - et poétique - toute entière. Que tu parsemais tes vers mal fichus, tranchants et souples à la fois, de tirets, d’infinitifs étranges, comme d’incessants points d’orgue, suspensions passagères du temps, interrogations implicites dans le souffle.

      Oui, l’art de l’ellipse porté à son comble, où tu es toute entière, est l’acmé la plus surprenante, la plus bouleversante, de ton art. D’un trait de plume (d’ici je l’entends voler), Emily, tu passes de quelques lignes offertes et ancrées au quotidien ou à la nature, à un vers soudain métaphysique, interrogateur, cantate sonore qui résonne longtemps dans l’intellect et l’émotion du lecteur pétrifié de bonheur : que je suis. Ton humilité, ta haute conscience du petit moi que nous sommes sont celles des grands inspirés. Ton obscurité est plus éclairante que la clarté de maints rigoureux alexandrins, leurs  hémistiches bien rangés, bien rimés. Car sans toi, Emily, « Comme le Vent doit se sentir seul la Nuit » (p 1159)…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Alors, je frissonne d’un coup sous l’orage de ton encre dans le blanc d’une page, oreiller où je pourrais dormir en paix : 

« Je mourus pour la Beauté –mais à peine étais-je

Ajustée dans la Tombe

Que Quelqu’un mort pour la Vérité, fut couché

Dans la chambre d’à côté –

 

Il me demanda doucement « Pourquoi es-tu tombée ? »

« Pour la Beauté » répliquai-je -

« Et Moi - pour la Vérité - Qui ne font qu’Un -

Nous sommes Frère et Sœur » dit-il -

 

Et ainsi, tels des Parents, qui se rencontrent une Nuit -

Nous devisâmes d’une chambre à l’autre -

Jusqu’à ce que la Mousse atteigne nos lèvres -

Et recouvre - Nos noms - » (p 425)

 

     Etais-tu un peu platonicienne ? La transcendance était-elle contre ta joue, ou était-elle ton inquiétude ? Quand en 1863, tu écrivis 295 poèmes, presqu’un par jour, y en a-t-il un qui me fût destiné ? Oui, je veux supporter ton « doigt de Brûlant Email » (p 741). Le copeau d’une syllabe de l’un d’entre eux vaut plus que mes trop nombreuses, verbeuses et modestes pages qui ne serviront pas de papillotes pour tes bagues aux doigts nus…

      Qui sait si femme tu avais un caractère invivable. A une telle sensibilité, à une telle qualité de regard sur le monde, fût-il aussi étroit que l’infini de ta fenêtre - « Ce Pin à ma fenêtre était-il un « Membre / De la Royale » infinité ? » (p 783)- à un tel gouffre d’aspiration vers le haut, à un tel art des vers, il faudrait ne dire que la caresse d’haleine de l’amour.

 

        Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ? Oui, chère Emily, ta langue sait parvenir à mes lèvres qui t’embrassent…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Autoportrait au roitelet, Correspondance, traduit par Patrick Remaux, Hatier, 1990. Et Lettres aux amis proches, traduit par Claire Malroux, José Corti, 2012.

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 18:30

 

Grand'Rue, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Ayn Rand, d’Atlas shrugged

 

à La Grève libérale.


Roman populaire et roman philosophique.

 

 

Ayn Rand : La Grève, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Sophie Bastide-Foltz, Les Belles lettres, 1168 p, 29,50 € et format poche : 1336 p, 19 €.

 

Alain Laurent : Ayn Rand ou la passion de l'égoïsme rationnel,

Les Belles Lettres, 240 p, 24 €.

 

 

 


      Les voies du succès sont-elles impénétrables? Dans le cas de La Grève d’Ayn Rand, cette romancière et philosophe américaine, rescapée de la révolution bolchevique, qui vécut entre 1905 et 1982, il s’en faut de peu pour que nous arrivions à totalement élucider les raisons qui ont permis de faire de ce livre le plus lu aux Etats-Unis après la Bible, avec dix millions d’exemplaires vendus, grâce à l’adéquation du roman populaire et de son efficace philosophie politique. Hélas, bien moins vendu en France…


     Au cours de cette apocalypse programmée de l’économie ses Etats-Unis, parmi laquelle se débattent la féminine Dagny Taggart, entrepreneuse en chemins de fer, l’industriel de l’acier Hank Rearden et le mystérieux John Galt, les ressorts du roman populaire et d’aventure, venus d’Alexandre Dumas et d’Eugène Sue, sont utilisés avec autant de dynamisme que de finesse. En effet, complot, filatures mystérieuses, enlèvement, amours lointaines et romanesques, suicide mélodramatique, adultère infâme, attaque d’usine par les émeutiers sont le lot de ce fleuron romanesque. Suspense et rebondissements ne cessent d’irriguer ce roman feuilleton large, intense, foisonnant et coulant comme un fleuve. A ceux qui trouveraient cette accumulation dramatique un peu trop hollywoodienne, qui la traiteraient de bruyante et racoleuse boite à outil de la facilité démagogique, on ne peut que leur demander pourquoi ils n’en font pas autant, voire mieux. Car la vie est une aventure. L’érection du capitalisme libéral également. Les héros que sont les entrepreneurs, Dagny, Hank et John, réussissent à construire des rails d’une nouvelle qualité, des ponts et des lignes audacieux, un moteur révolutionnaire qui fait de l’électricité statique de l’air une électricité cinétique.
     Hélas, devant la rapacité du social étatisme, la disparition mystérieuse des entrepreneurs et des travailleurs créatifs est bien cette « grève » des meilleurs qui refusent de cautionner une société collectiviste et confiscatoire, captatrice de leur bonheur et de leur richesse : finalement destructrice de l’économie du pays entier et source de pauvreté, hors quelques parasites au sommet de l’état, là où un capitalisme de connivence égalitariste gère bien mal la pénurie inévitable. Contre le Léviathan, le mystérieux John Galt (« Qui est John Galt ? » étant la phrase inaugurale, puis récurrente et devenue magique) se dresse, humble et fier, débauchant l’élite.
      Evidemment, pour poser les limites de l’exercice, on peut arguer du type marmoréen de ces héros, durs et inflexibles, élégants et acérés, à la limite de la vraisemblance, où la compétence et le mérite n’ont rien de coupable. Ils sont opposés à celui veule et mou d’un James Taggart qui se couche devant le gouvernement et sa redistribution tentaculaire, de la conventionnelle, bête et poisseuse femme d’Hank, Lilian, des grands patrons suçant les aides publiques et castrant la concurrence, et de bien d’autres, revanchards et plaintifs ou pontifiants intellectuels envenimés par le communisme. N’oublions pas à cet égard qu’Ayn Rand écrit dans un contexte historique particulier : celui de la guerre froide.
       Cette somme est également un tableau géographique, entre New York et la Californie, grâce à la dimension symbolique des chemins de fer qui innervent la conquête du continent américain, de ce réseau économique qui nourrit les échanges ; mais aussi grâce au lyrisme intense des paysages évoqués. A cette nouvelle conquête de l’Ouest par la construction de la « John Galt Line » dans les Rocheuses (ce en quoi Ayn Rand observe une continuité avec une mythologie fondatrice américaine) s’ajoutent les péripéties exaltantes de la réussite.
       Mais les forces de la réaction, dans un combat titanesque et archétypal entre le bien et le mal, détruisent tous leurs efforts en prenant aux riches pour engraisser de paresseux fonctionnaires, des assistés et d’incapables et tonitruants idéologues au prétexte de l’égalité. Ce qui permet une satire pénétrante des intellectuels progressistes et altruistes (traduisez : tyrans marxistes et collectivisateurs à leur profit). Contrer les entrepreneurs, les faire échouer, entraîner la ruine générale, les révoltes, les pillages et la famine du pays entier, tout cela ressemble à un film à grand spectacle. Qui parait s’achever par une apocalypse économique définitive, d’abord pathétique, ensuite profondément tragique. Bien sûr, en une sorte d’happy end promis, après que l’héroïque, le surhomme nietzschéen, John Galt ait ridiculisé ses geôliers et soit délivré par ses amis, le continent pourra relancer, sur ces gravats fumants, la production de l’acier, du chemin de fer et du fabuleux moteur, mais aussi l’activité des intellectuels, écrivains et musiciens, des génies de la constitution américaine révisée. De façon que, même si cela peut paraître un peu trop messianique, l’utopie concrètement réalisable de la prospérité libérale s’installe sur le monde. Mais n’est-ce pas ce qu’ont, en grande partie, réussit les Américains, depuis l’idéal des pionniers et de la constitution de 1787, quoique entravé par des guerres intra et extraterritoriales, par des épisodes désastreusement keynésiens…

 


      La dimension anti-utopique, dans la lignée de Zamiatine, Huxley, Orwell ou Bradbury, est criante : au gouvernement idéal et planétaire de l’entraide universelle, d’inspiration évidemment léniniste et communiste répond la réalisation effective de l’incurie, de l’irresponsabilité et de l’égalitarisme : l’effondrement économique, la paupérisation généralisée et le chaos criminel. Alors qu’une réaliste utopie, plus pragmatique et mesurée que celle de Thomas More, et soumise aux seuls devoirs du travail échangé et de la liberté, réussit à s’implanter grâce à cette création de John Galt : « Atlantis » (p 703) ou l’Atlantide dans les Rocheuses ». Cette cité idéale cachée « du libre-échange et de la libre pensée » (p 1066) est le fruit de la bonne volonté d’esprits d’élite, avec un banquier, un juriste, un compositeur et bien d’autres, chacun travaillant là de ses mains, après avoir lâché le monde pourri du collectivisme. D’Anconia va plus loin que la grève, il peaufine faillites et krachs pour précipiter la chute et espérer, après la table rase, construire un nouveau monde. Notre John Galt, loin d’être un richissime financier, est un étudiant et ouvrier modeste, animé par la raison et la sérénité.
        Si l’on voit dans La Grève l’ascension des créateurs et des travailleurs au service de leurs propres intérêts égoïstes, l’on y voit également cette « vertu égoïste », (pour reprendre le titre de l’essai d’Ayn Rand ) opposée à l’altruisme, qu’elle appelle « mal absolu » et « cannibalisme moral » (Laurent p 74). Car la solidarité obère en effet la liberté et l’égoïsme nécessaire de la créativité et du mérite récompensé. Certes, mais c’est un peu trop faire fi d’une empathie, d’une charité privée qui doit rester possible si elle n’a pas pour effet pervers de déresponsabiliser celui qui la reçoit…

      Une réflexion éthique sous-tend également la richesse des portraits psychologiques. La critique de la notion de péché originel (p 1023) en tant que culpabilité innée au détriment de la pensée libre permet d’expliquer pourquoi la femme de Hank, Lilian, ne peut voir l’amour que comme une salissure. Quant à la précieuse et pathétique Cherryl qui se suicide après son mariage prometteur avec l’infect James Taggart, voilà tout un roman réaliste et social dans le roman, qui montre comment les aspirations les meilleures peuvent être fauchées par la veulerie d’un homme qui prétend être aimé pour lui-même, comme par une sorte de charité universelle, alors qu’il ne le mérite en rien. L’amour n’est pas un dû, son besoin ne permet en rien sa légitimité. De même le « à chacun selon ses besoins » de Marx est ici invalidé par la tyrannie des besoins des employés d’une usine dont ils détruisent les capacités, au détriment des valeurs du travail et du mérite, car « toutes les valeurs sont relatives ! » (p 992)
      Ainsi en cet apologue dont la morale est explicite, rien de cette société avilie  ne résiste à l’exigence d’Ayn Rand en grande redresseuse de torts. L’éducation « ne peut laisser la moindre place à l’irrationnel » (p 786). Les arts n’échappent pas à sa vindicte  : « Des galeries d’art où elle retrouvait le style de dessins qu’elle avait vu tracés à la craie sur les trottoirs des quartiers déshérités de son enfance ; des romans qui prétendaient prouver l’absurdité de la science, de l’industrie, de la civilisation et de l’amour, dans un langage que son père n’aurait pas employé dans ses pires moments d’ivrognerie. » (p 874) La justice n’existe plus : « les questions du bien et du mal n’avaient pas leur place dans une salle d’audience et que les hommes chargés de rendre la justice étaient assez sages pour savoir que la justice n’existait pas. » (p 930)  
      L’amour, en tant qu’indispensable élément romanesque, est traité non sans les égards de la raison, dans le cadre de l’objectivisme d’Ayn Rand, ce qui ne lui ôte aucune poésie. Qu’importe que Dagny ait trois amants d’amour successifs, d’Anconia, Hank Rearden et John Galt. Qu’importe que le second soit marié. Ce lien strictement conventionnel n’a aucune réalité devant le sens de l’amour fondé sur l’admiration juste et réciproque, en de belles pages lyriques. Le mariage, s’il n’est que convention sociale, n’est bon qu’à être méprisé, jeté, ce dont témoigne la façon méritée dont Lilian est abolie par son mari Rearden, dont l’adultère, un moment considéré en son for intérieur comme coupable, devient aussi juste que l’est Dagny elle-même. Ainsi ces amours romantiques et cependant réalistes se vivent au-delà des préjugés et des interdits. Et il est juste qu’il en soit ainsi.

 

Triptyque par Decoechoes.

 

      Au-delà et au cœur du roman, conjointement à l’enchaînement des actions, intimes ou à grand spectacle, conversations et argumentations permettent d’assoir le substrat philosophique. Les soixante pages du vaste discours radiophonique de John Galt sont évidemment une mise en abyme du roman tout entier : ce que l’action mettait efficacement en place est ici théorisé en une énorme production argumentative. Lorsque l’éditeur demanda des coupures, elle rétorqua : « Couperiez-vous la Bible ? » (Laurent, p 101). Superfétatoire pour les uns, hautement nécessaire pour les autres, on peut imaginer que ce discours est inaudible pour l’immense majorité des auditeurs radiophoniques, mais il est le coup de tonnerre de l’expression de la liberté intellectuelle, surtout sachant que son auteur bloque toutes les émissions nationales pour propager à la place ses principes. Parmi lesquelles la démonstration de la ruine obligée d’un système collectiviste étouffant toute initiative, sauf celle de « la grève » des meilleurs en attendant de pouvoir revigorer le pays. C’est un réel essai de philosophie politique à l’acmé du roman, le morceau de bravoure du mystérieux héros en même temps que le manifeste « objectiviste » d’Ayn Rand, grande lectrice d’Aristote : le réel est connaissable au moyen de la raison, de l’identité et de la causalité, et l’égoïsme est rationnel car il permet le développement de soi et de chacun pour soi dans le cadre d’une société juste et non biaisée par la redistribution. L’égoïsme y est valorisé au contraire de cet altruisme obligatoire qui plombe les réussites pour encourager l’assistanat : « Je jure, sur ma vie et sur l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres, ni demander aux autres de vivre pour moi », conclue John Galt (p 1068).
       En « Atlantis » (p 703), ce dernier martèle : « nous échangeons des réussites, pas des faillites ; des valeurs pas des besoins. Nous sommes indépendant les uns des autres et pourtant nous nous développons ensemble. » (p 724) Ce qui n’est pas loin de la main invisible du marché d’Adam Smith et réduit la part nécessaire de l’état. En effet le capitalisme libéral de l’industrie et du commerce rendent bien plus de service à l’humanité que les états dont le rôle doit se limiter à maintenir la paix et protéger propriétés et contrats. Ce pourquoi « un gouvernement légitime a trois fonctions régaliennes » (p 1062), police, armée et justice, ce qui est  conformes aux conceptions limitatives du philosophe Robert Nozick. Reste, ajouterons-nous, à convenir d’un état, d’une constitution et de législateurs qui protègent avant tout les libertés, individuelles, de propriété, de contrat et de concurrence. Développer les potentialités de tous, bien ; mais que faire des plus faibles ? Certes ils dépendent d’une économie de la richesse qui leur assurera emploi et reconnaissance, mais pense-t-on aux faiblesses physiques et mentales, aux plus déshérités de la vie ? Le roman n’aborde pas cette question pourtant judicieuse…
     Egalité des chances, principe de précaution, collectivisation des moyens de production, redistribution des riches spoliateurs vers les besoins des plus pauvres, tels sont les dogmes de l’état tyrannique honni qui oppresse cette Amérique de fiction jusqu’à laminer toutes ses richesses. Ainsi le titre américain, Atlas shrugged, est bien ce titan qui porte le monde sur ses épaules. Mais à force de le surcharger du poids de l’état et de l’altruisme, vient le jour où doit secouer le joug et faire grève. La Grève d’ailleurs était le titre préparatoire, abandonné pour éviter d’éventuelles confusions avec celles des syndicats.
       Nous savions depuis les premiers chapitres qu’il s’agissait d’un roman à thèse, catégorie trop facilement méprisée, puisqu’ici le gros de la doctrine est bien corroborée par l’Histoire qui a pu constater l’échec des communismes et la réussite des démocraties et économies libérales, y compris pour le plus grand nombre. Les titres de chapitres relancent alors l’intrigue ou abordent des points doctrinaux (« A but non lucratif », « Exploitants et exploités », « Le signe du dollar ») quand les dialogues des personnages sont truffées d’idées, d’arguments et de contre-arguments, sans empêcher le plaisir de la lecture. Ainsi liberté individuelle, égoïsme objectif, respect et vertu de l’argent, travail, créativité et poursuite du bonheur, sont les valeurs infrangibles du livre et de la pensée d’Ayn Rand. Sans compter le féminisme, puisque Daggny est une femme d’affaire intrépide, talentueuse et libre de préjugés, quoique capable de soumission, voire de masochisme, devant l’amour charnel du mâle, fait rare et conspué encore en 1957 quand le roman parut. Ce « réalisme romantique » (Laurent p 123) selon Ayn Rand elle-même, et pétri d’idéaux n’est pas sans participer à la persuasion romanesque de ce roman total et non totalitaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Certes, cette épopée du libéralisme économique et des mœurs peut sembler un brin caricaturale, voire trop manichéenne. Mais on répondra que le socialisme, cette « route de la servitude » pour reprendre le titre d’Hayek, a mené la Russie à la même abomination. Ayn Rand, née en 1905 à Saint-Pétersbourg, a vécu cette spoliation par les médiocres, les idéologues et la violence de la révolution bolchevique, de l’intérieur. Le rayon de la mort fabriqué par les sbires du gouvernement en son roman est l’image de cette volonté d’éradication de toute vie libre. C’est en 1926 qu’elle réussit à fuir le communisme afin de brillamment construire sa liberté de scénariste et d’écrivaine aux Etats-Unis, ce dont témoigne avec autant de précision que de clarté la biographie d’Alain Laurent.
       Le biographe en effet ne se contente pas d’un récit de la carrière hollywoodienne et d’écrivain d’Ayn Rand, de ses amours controversées, mais il déplie avec soin la pensée de son héroïne, son athéisme (récusant la droite religieuse, ses communautés peu individualistes) son antiracisme et son anticommunautarisme, respectueuse en cela de la dignité de l’individu. Comme les Libertariens, elle postule qu’ « esprits libres et marché libre » vont de pair (Laurent p 134). Sans être un panégyriste, il n’oublie pas son côté despotique (en contradiction avec l’éthique de La Grève), sa propension à caricaturer les philosophes qu’elle connait bien trop peu, ses lourdeurs péremptoires comme le « A est A » (p 1013) répété du discours de John Galt, les dérives sectaires de ses disciples propagandistes. Cependant le peu d’intégrité de l’auteur ne doit pas occulter l’intérêt indubitable de l’œuvre, même excessive. Ce pourquoi nous ne ferons pas de La Grève une Bible, ni de la Bible d’ailleurs…
        Il reste une talentueuse écrivaine qui sait insuffler dramatisme à son intrigue, vastitude à son épopée, pénétration intellectuelle à ses idées et psychologie dynamique à ses personnages, parfois repoussants, parfois magnifiquement attachants. Avec des héros enfin positifs, sans niaiserie. Serait-ce excessif de compter Ayn Rand parmi les grandes auteures mondiales, au côté de Murasaki Shikibu, de Mary Shelley, d’Emily Dickinson ?


       Quant à la France, elle n’est plus, dans le roman d’Ayn Rand, qu’une de ces « républiques populaires d’Europe » (p 552) où « produire et faire du commerce étant illégal, les meilleurs hommes d’Europe n’ont de d’autre choix que de se réfugier dans l’illégalité » (p 583) parmi des « populations réduites à l’état primitif » (p 825). Zones déshéritées par la tyrannie social-communiste, que l’on doit par solidarité (l’autre nom de la tyrannie) abreuver de subsides, d’aides, par bateaux entiers, ce contre quoi s’insurge Ragnar Dönneskjold en les coulant par le fond. Lorsque notre écrivain composait son manuscrit, dans les années cinquante, le parti communiste était fort influent dans l’hexagone.  S’il le parait moins aujourd’hui, ce n’est qu’une illusion tant l’idéologie socialo-marxiste imprègne les mentalités. La dette française est abyssale, l’état providence est une fiction clientéliste et contre-productive, son prétendu modèle social est un panier percé, son industrie n’est pas encore complétement exsangue, saignée par les prélèvements obligatoires, ses créateurs de richesses sont conspués, s’exilent trop souvent… On regarde son nombril malade, sans voir que près de nous des pays savent réussir en pratiquant une politique économique plus libérale: Suède, Allemagne ou Canada. On ne s’étonne pas, hélas, que La Grève soit, au pays d’un Voltaire trahi, si peu lue, ou du bout d’un bec méprisant, en fait dangereusement ignorée. La prédiction d’Ayn Rand est-elle en train de s’accomplir ? Il y a bien urgence à lire Atlas schrugged.


Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Lire également : Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 13:58

 

Carnets de blog. Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

 

Du Blog comme œuvre d’art.

 

 

 

      Lorsque l’anonyme artiste d’Ampurias sculpta son Aphrodite, probablement dans la tradition de Praxitèle, il élevait la nature au-delà de la reproduction du réel - en ce cas un corps féminin - pour lui offrir une dimension synthétique, universelle, pour dire des canons esthétiques révélateurs de la géométrie intime du corps et de l’univers, ainsi que pour obéir à la nécessité d’une idéalisation surhumaine, de l’ordre de la transcendance. L’art a depuis bien d’autres fonctions, plus modestes : la précision du bonheur visuel, intellectuel et plastique peut se suffire d’un panier de fraises des bois par Chardin ou d’une simple botte d’asperges par Manet. Sans compter que le comble de la bassesse, un urinoir, pût être, dans sa dignité monacale et blanche, qualifié d’œuvre d’art par la seule décision du regard de Marcel Duchamp… Outre les romans de Stendhal et les Cantates de Bach, les photographies de Gursky et les aphorismes de Nietzsche, l’objet sans objet qu’est l’iconicité d’un écran internet peut-il parvenir à la dignité de ces derniers ? Comme un sonnet de Shakespeare ou de Brodsky peut être une œuvre d’art miniature, un blog, un site internet peut-il être considéré comme une œuvre d’art ? Qu’il s’agisse de son visuel, de son architecture ou de son contenu de pensée, sans compter son public, donc de ses qualités esthétiques, intellectuelles et morales, il ne faudra plus en douter.

 

      Le projet esthétique du blog est primordial. Séduction immédiate, beauté classique ou surprenante, convulsive ou apaisante, beauté lovecraftienne et rock métal, il va retenir l’œil, le laisser glisser et s’accrocher. Couleurs baroques, vides cisterciens, mise en page aux marges respirables où se distribuent les icones de l’index, ingéniosité de l’imagination, les possibilités sont infinies, sans devoir obéir à un canon prédéterminé, sinon une lisibilité répondant aux fonctionnalités du média, aux capacités cognitives de l’esprit humain, ainsi qu’aux attendus toujours trop restrictifs d’un public visé…

      Ainsi les photographies, vivantes et colorées, venues d’IPhone et carré frangé, répondent aux articles, aux essais, aux sonnets et aux romans : illustratives, abstraites, allusives, symboliques ou ironiques, elles vont des plages de l’Ile de Ré aux Alpes suisses, des musées de Roma, de Paris, de Bilbao, de Sevilla et de Leon, des architectures de Luzern et de Grenada, du bric-à-brac d’Emmaüs au raffinement des villas Borghèse et d’Este, du nuage au bol à thé japonais, du jardin aux graffs urbains, des montagnes d’Aragon aux cathédrales de Bourges et de Poitiers, de l’infime pétale et insecte au paysage cosmique, en passant de toute évidence par l’immensité temporelle et spirituelle de la bibliothèque…

      Retable aux multiples volets, de culture et d’esthétique, de par sa construction logique, aux chemins labyrinthiques, le blog est un espace plié qui se déplie au gré des doigts du lecteur cliquant sur une si bien nommée icône, sur un lien, au sens affectif autant que du synapse. L’architecture du web est déjà, depuis une longue histoire qui parait rejeter les autres esthétiques dans une préhistoire, un vaste champ des possibles où la navigation du regard, les choix, les clics de souris ou les caresses tactiles de l’IPhone vont entraîner le voyageur en des sites nouveaux, en des langues nouvelles, en des services divers, de par une arborescence qui peut aller jusqu’aux fractales multiplicités de nouveaux univers. Un seul blog est alors la mise en abyme du web entier. Un modeste projet d’infini peut alors naître sous les doigts du créateur, comme une bibliothèque potentiellement ouverte en chacune de ses pièces, de ses rayons et de ses pages…

 

Carnet de blog. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Malgré la fragile impermanence du net qui nous délivre d’éphémères photons -tant que l’électricité, la technologie informatique et le réseau mondial fonctionnent- ce type d’architecture inédite au livre, cette liberté du publiable et de l’ailleurs impubliable (sauf à recourir aux servitudes et aux coûts du compte d’auteur et malgré la plus sûre pérennité de l’encre, du papier et du livre) sont un équivalent de la cité idéale du politique. Non pas au sens où une utopie platonicienne ou marxiste déboucherait sur sa suite logique tyrannique et totalitaire, mais au sens de la libéralité et de la disponibilité démesurées de l’information, de l’intellect et de l’esthétique, à condition de recourir à la curiosité du disciple et de l’impétrant autant qu’au respect du sage.

      Au-delà de la vulgaire fonction de réaction quotidienne voire épidermique aux événements publics et privés, aux mouvements d’humeur qui risquent d’entraîner l’obsolescence programmée sinon immédiate du contenu, le blog doit présenter comme un cerveau réalisé, ouvert sur la toile. Un minimum d’ambition intellectuelle se doit de présider à cette liberté politique et religieuse, à ce libéralisme en acte et en interface, qu’il s’agisse du lyrisme absolument désengagé d’un vers aux métaphores sensuelles et pétillantes de pensée, ou de l’argumentation de la critique littéraire ou philosophique…

      Ainsi, en ce blog, l’on tentera de ne pas avoir d’opinions, mais des convictions, appuyées sur des faits, des connaissances, sur les sources lettrées et philosophiques de l’humanité, sans ignorer notre condition d’être erroné, ni que ces dernières sont sans cesse révisables, en vue d’œuvrer parmi un chemin de justice et de vérité. Car, disait Mirabeau, « la plupart des citoyens, énervés par l’influence du gouvernement, aveuglés, soit par ignorance des faits, soit faute d’examen, soit faute de prévoyance et de sagacité, embrassent plutôt une opinion, qu’ils ne suivent des principes fixes et réfléchis[1] ».

 

      Dans le cadre d’une hyperbole nécessaire, il s’agit enfin de beauté esthétique, par la photographie et la mise en page, de beauté intellectuelle et de beauté morale, de par la fidélité éthique au libéralisme des Lumières et du « Ose savoir » kantien. Il faut alors se garder de toute immodestie devant de telles ambitions à demi surhumaines. Narcissique et exhibitionniste, limité dans ses moyens et sa portée, un blog est forcément une vanité : le mien parmi les premiers. Qu’importe si la critique d’auteurs plus ou moins reconnus, les micro-essais de naïve philosophie politique, voire les commentaires et dissertations destinés aux lycéens et étudiants, recueillent incomparablement plus de lecteurs que l’incompétence de mon œuvre personnelle, tant romanesque que poétique. Qu’importe si ce que je parais offrir à autrui n’est que le masque du manque affectif ou de la suractivité petitement intellectuelle, le blog est prise de risque et bouteille à la mer, invitation au dialogue et aux îles de la pensée : là où l’arbre de ma connaissance cache la forêt de mon ignorance… Il est et peut contenir ce que l’on peut dire à tous et à personne, ce qu’il n’aurait pas valu la peine d’écrire sans éditeur disponible et sans lui, ce qui n’intéressera personne, qui restera invisité, secret et cependant disponible, mais qui trouvera peut-être, parmi les milliards de possibilités exponentielles du net, son secret lecteur dans l’espace, sa secrète lectrice dans le temps.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Gabriel-Honoré Riquetti-Mirabeau : Essai sur le despotisme, Le Jay, 1792, p 69-70.

 

Carnets de blog. Photo : T. Guinhut.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 07:03

 

Val de Cestrède, Gèdre, Hautes-Pyrénées, photo T. Guinhut

 

 



TROIS VIES DANS LA VIE D’HEINZ M.

 

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

                                                                              Au secret lecteur dans le temps


I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel


I


Une année sabbatique 1.

 

 

 



Lire Hölderlin dans la nuit encore du matin,
où ai-je laissé ma tête
pour désaxer le cours du jour
et le prendre à rebours,
songer à la poésie,
ayant depuis longtemps tiré la chasse d’eau sur elle,
et me conduire en bouffon
dans le désarroi du sans jour ?

***

A sept heures du matin,
fraîcheur des cris pour quoi faire d’oiseaux,
sur le balcon Vénus froide,
la tête enfin vide,
un quotidien dévasté sur le sol,
niais tranquille m’imaginant portraituré
dans l’œil collé au parking d’un écureuil
vu de lampadaire.

***

Dans la ville,
le jour sonne sur les cartes de crédit.
Tous magasins bureaux ouverts,
les portes des hommes sont fermées.
Trottoir des solitudes de groupe,
Voies rapides et sourdes des foules,
bruit batteur de rock and disco standard.
Sortir de la ville des fils de pères…
Et dans la montagne,
marcher le ciel terreux dans la bouche,
le cri soudain bleu cherchant à exister,
trouver un arbre à passion
et semer, l’écorce aux lèvres,
le poème qui ne fera pas de vertes feuilles,
dans le temps des rocades post-industrielles,
des machines à écrire anciennes éclatées sur les décharges.

***

Les barres des banlieues
répétées quinconces sales sans cases de sortie,
la dingue seringue au caillot de néant
craquant sous la sculpture du brodequin,
le gravât défait de marelle pavillonnaire…
Où écrabouiller d’encre
la plume or d’une vie ?

***

Derrière,
comme écartant d’un geste de lâcher de tête,
derrière,
un au-delà ?
Dans le no monde’s land
happant l’air post-nucléaire,
bouche à bouche avec l’échappement des fumées,
comptant les bétons chus jusqu’à la poussière…
Où vivre du compte-chèque de solitude,
son talon d’Achille de sérénité
déchiré de sa reliure de société ?
Où vivre la drôle d’année sabbatique du poème ?

***

Le bleu du moi dans la rage,
dans les traînées de sans rencontre…
Vieilleries semi-urbaines du paysage,
cubes gris de dieux et d’hommes dans la pourrissure…
La nuit en plein jour de pluie,
la sortie de ville sans Massif central encore,
sans hauteur d’alpe :
dans le sang animé de rouge du voyageur,
le vent de fureur,
l’avalanche taurine,
la plus légère montagne de mots.

***

Entré, résolument,
dans la lisière nivale du jour,
ayant cru, on ne peut plus faussement,
plus en deçà qu’hier,
que le jour était une réponse métaphysique essentielle,
je marche avec mon sac à dos de mondes ruinés,
la vigueur rebelle au long du corps,
celle des jambes et des pensées,
sur l’espace aux déchets de plastique.
Odeurs, volumes, couleurs et sons semi industriels,
ne serait-ce qu’en abord de neige dure
la buée du souffle…

***

Ligne ivoire du soleil avant midi
sur la perspective haute tension d’une plaine à pylônes,
les bras animés du mouvement de la marche,
un homme qui a avalé les hommes de travers,
pour quelques minutes
à l’unisson des planètes
qui jouent avec lui d’un imprévisible flipper
dans le temps cosmique des dieux gelés.

***

Jour,
près de la toute lumière et cendre anthracite,
derrière les panneaux publicitaires éclairés de côté,
je te parle
comme un homme qui a foi dans l’ange du lyrisme,
un homme qui a pourtant depuis longtemps avalé la poésie de travers,
et joue des coudes
au travers des épanchements convenus et mièvres,
des métaphores désertiques,
leurs vers muets,
pour avancer
dans son chemin terreux du poème.

***

Dehors,
Toujours en dehors de quelque chose,
en désaccord avec des fragments naturels et humains du monde,
avec les éclaboussures du banal tragique sur le monde…
Bric et broc des champs et des villes,
le médiocre sommet du moi monté
à l’écart de la plate autoroute,
les secondes inégales continues des véhicules
sur la flèche de l’espace moi-temps…
Un mouvement de bassin derrière le talus :
ciel ouvert et bousculé de gris,
terre de sentes et d’obstacles,
en l’accord.

 

***
Matin,
labourant des genoux la courbe terrestre
comme si après trois siècles des Lumières
l’homme avait allumé la mèche du globe,
sur le roide plateau de Millevaches,
le café bien loin,
je veux casser la glace pour boire,
pour exister à la proximité immédiate
de la géologie, du gel, de l’eau
et du boire.

***

Par la vallée de la Maulde,
immersion dans le sans lumière rauque d’une fin d’après-midi,
couleurs cuivres et rousseurs
des bois chaotiques et interminés,
un homme descend,
un homme affamé de mondes,
avec son feulement tranquille de loup,
le long des strates animées du temps.

***

Ecrire,
une seule phrase libre,
sous l’amorce d’une montagne,
j’aimerais pour m’envoler en mots vivants…
Cassant la larmoyante musiquette à remontoir
du piteux poète,
chantant faux
dans la fureur hirsute,
la douce inspirée,
trouvant des nids de coléoptères
prêts à l’envol doré
sur le chantier de l’autoroute
lyrique et bleutée.

***

M’en allant,
je cherche et crois toucher
comme une narrativité orphique du poème,
comme l’haleine aubépine des nuées,
sous le ciel cocaïne :
l’haleine imbuvable des dieux morts de terre
ou ma seule respiration
de sang et de cervelle ?

***

Traînant ma viande sur la terre,
au lieu de vivre sur écran télé reflété gris,
le creux d’estomac
chassant le restaurant de village
qui ne sert pas du vent,
à peine une trace de spirituelle nourriture
sur le tranquille tablier de boucher
de l’époque.

 

Sankt Gertraud / San Gertrude, Südtirol / Trentino Alto-Adige.

Photo : T. Guinhut.

***

Une rue de crépi sans montagne au bout.
Un quidam âgé d’humanité
en veston, parfois,
sur les chaos du Massif central.
Qu’est-ce qu’on peut faire dans un bled pareil ?
Est-ce vivant
comme la poussière en feuilles dans une bibliothèque
a goût de cerisier sauvage,
de femme,
de sa cuisse et de sa bouche,
comme peut-être encore jeune le monde ?

***

Sur un plateau violet
(l’âge des bruyères)
aucune définition autre qu’un court lointain,
approche et mur de la pluie.
Je pisse contre une saute d’humeur du vent,
contre l’odeur des tanneries du bas-Limousin.
le pantalon humide et plaqué sur la cuisse,
j’avance,
m’empoignant avec le souffle soleil
qui fait aux nuées des jambes d’ange illusoire,
pour scruter ce que je fais là.

***

Quoi, dans la contemporain,
j’irais flirter
et me rouler dans le moi du poème,
dans ses phrases-mots trop belles et sans réels,
dans ses vieilles images à bousiller,
dans sa quasi-narration délinquante ?
J’irais me griser dans des boues de demi-montagnes
et trouver un noisetier d’exode
pour ma respiration sonore,
sans fuir le contemporain ?

***

Plus loin,
une zone de montagnes basses en Creuse.
Quand sentir la hauteur ?
Quand sentir les chaos qui élèvent,
les eaux qui rabotent,
les vents qui secouent et lissent et neigent ?
Quand sentir
sur les pelouses arbustives
le grondement des dieux écroulés en tas ?

***

Un bureau d’esprit sur la montagne,
des temps se télescopent,
des mois de poème et de terre
fermentent et pourrissent aussitôt
pour l’éclair senti pensé du moi…
Irais-je croire au poème,
au puits de mine du rêve
dans les cadavres secs des hommes et des dieux ?
Un dépit de moi et du monde
sur la montagne en Creuse,
un dépit de l’esprit…
Un reste sec de neige dans la buée de la vue…

***

Mais cette angoisse
dans le temps,
trouvant sans cesse le cherchant,
elle est dynamique…
Marche de nuit sans voir le pourquoi de l’univers,
Au-dessus de l’électrique tableau à vivre en Creuse ,
sentier de loin vers luisants,
de lune étoiles entre les nuages,
d’ici je ne vois pas
l’empreinte de pied sur son cratère…
Comme joyeux au rythme des pas sur le monde.

***

Heinz M.,
tu écris de la poésie au lieu de vivre,
au lieu de travailler au monde.
Tu te retires
dans des vieux coins de Corrèze et de Creuse
sans pouvoir brancher ton traitement de texte.
Tu écris de la poésie de défonce à la main
comme du plain chant agité dans une retraite
comme le vieux mort demain
fait un jardin de légumes et de dahlias sous la pluie,
de laurier sauce trempé
avec son chapeau de toile sale,
aussi sale qu’un homme d’hier à jeter.

***

Une chenille crevée en Haute-Loire
qui ne deviendra même pas papillon…
Ou papillon de poème dans le moi,
les ailes au soleil de l’illusion,
entre deux noirs d’averse
et de neige mouillée…
Est-ce l’éclair humide du poème,
son pétard mouillé ?

***

Un instant de trouée,
Sous le plein branchu d’un plateau…
Le vent vif de solitude
jouant des cordes sur la falaise,
la rivière couleur de lait des mères vers la source,
le soleil blessure rouge blessure caillée vers l’aval,
tranquille.

***
A peine des montagnes,
des forêts sans besoin d’homme au lieu du monde,
au lieu du contemporain.
Et tu joues sur le monde
ton petit clavier bien intempéré,
l’artiste d’une autre regard sur l’harmonie
à tête de cochon.
La mousse humide et verte
sur un tronc de sous-bois noir
au lieu de l’humide et vif regard
de la joue, lèvre et cheveux
du féminin.

***

Ce dos neigeux de bois de Cantal,
ce moi éclatant de givre
et le sang d’une mésange frais tuée…
Que faire du bavard
qui comprend les crimes de la gent ailée
(anges et rapaces)
et pas ceux des hommes,
entre eux et sur leur terre ?

***

Qui es-tu monde ?
Quand pas un dieu n’a planté ce carré de forêt
tombé au cri des tronçonneuses
quand le contreplaqué gémit
sous les télés aphones.
Poète efflanqué loup solitaire,
pas une miette de pain dur totalitaire
pour ta gueule inutile
pour ta langue tempête et passion.
D’une pousse de noisetier libre
Ferais-je ma sérénité haydnienne,
Ma paix classique ?

 

***

 

Sans doute,
dans le contemporain,
Orphée s’est tué en quittant la route du poème…
On écrase les corps imaginaires des Muses
sous les pneus à sculptures du réalisme…
Et je croirais les ressusciter avec des mots ?
Sous mes yeux et leurs ailes,
l’avalancheuse banlieue de Clermont.
Le volcan éteint des pentes
qui ne s’éveillerait
que pour la mort.

***

Soudain,
chaman de fiction,
homme à la baguette en bois de poème,
je suscite ce qui n’a jamais été,
ce qui est par la langue :
l’arbre insoupçonné du printemps,
le coup d’aile opalin du ramier dans l’air,
le bonheur échangé de mot en mot,
l’œil aux couleurs du monde,
le monde aux couleurs d’Aphrodite…
Ces boues fermentées splendides,
ces boues de l’idéalisation,
ce réel auparavant invisible…

***

Comme entrevue dans une rue d’Aurillac,
la déesse aux fesses grecques,
l’onde des cheveux dans le dos,
l’essence de narcisse du plaisir
qui a chair de sexe et duvet d’esprit…
Comme le rêve à mains réelles par le poète,
la rue vide,
une montagne au bout.

 

***

 

Avec ton lourd sac à dos de mythologies,
sais-tu voir, Heinz M.,
l’écrou tombé sur la route,
et qui ferait tenir le contemporain,
le vélo déglingué poussé à la main du grand père dans la côte,
ou le blanc montagneux
dont une eau brille encore
dans un fossé d’herbe drue ?

***

Faut-il rentrer chez les hommes pour exister ?
Ou s’éreinter sur les chemins désertés du monde
comme au détour d’un puy boisé du Forez,
sous le vent boueux,
le ciel nu aiguisant la tête,
les flaques en train de geler,
les pieds de s’échauffer sous la laine et le cuir,
la poitrine raboteuse et vide de présences aimées…

***

Quand l’inquiétude du poème cessera-t-elle ?
De ta vieille eau polluée de vers
je ne veux plus pour croupir,
sinon pour m’abattre
comme la queue humide de truite
dans le splash de l’eau-rivière.
Voulant écrire pourtant
le poème du contemporain,
le déconnecté poème rêveur,
le décohérent poème…
Marquer un instant d’air et de moi,
matière et couleur volatile,
comme sous la baguette d’or
d’un portrait de jeune femme ancien.

 

                                                  (...)

 

 

 

Ein Jahr im Leben des Heinz M.



Einmal mehr
kotz ich das Gedicht aus,
dem ich widerwillig nachgegeben hatte…
Sirenen der Anmut
Nutten der Anmut,
(lyrisch-elegisches Schnarchen der Verse),
ich dreh euch langsam denn Hals um.
Und dennoch,
könnte ich, Heinz M., den leben
ohne das Gedicht, im Zeitgeist…

***
Scheiße und sonstwas aufs Gedicht,
Gedicht von süßem süßem Klang…
Sich ernähren und entleeren, ist das Gedicht?
Unterm Wind stehend scheien,
auf dem Lande ums fetttriefende Hoch-Wien
und sich zuletzt ein deutsches Bier reinsaugen
in eine Granitdorf
schafft mir das Sinn genug,
Licht genug?

***
Ich muss mit dir brechen,
zu junger, zu alter Hölderlin,
die auf die Frese spucken, wenn’s sein muss,
und andernort, wo du nicht sein kannst,
mein Sprache sprechen.

 

Thierry Guinhut

 Une vie d'écriture et de photographie

Dans une précédente version, la première « vie » est parue en trois livraisons

dans les revues Europe, Po&sie et Détours d’écriture.


Traduit du français en allemand par Manfred Ratzenböck,
paru dans la revue Konzepte, Dezember 1988.

 

Benasque, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 19:34

 

T. Guinhut : Contemplation, crayon, gouache et collage sur papier.

 

 

 

 

 

Trois vies dans la vie d’Heinz M.

 

I

 

Une année sabbatique 2.

 

 

 

 

 

Une après-midi morte

Du jour le plus court de l’an.

Un archipel de vie,

Un grand bonhomme de hêtre,

Voudrait se déployer,

Plus loin que la feuille de hêtre du poème.

Où ne reste-t-il qu’à mâcher la poussière d’hiver,

Payer le prix quotidien des morts

Sur la table rase du temps ?

 

***

 

D’une poignée pourrie de feuilles

(Ramassées ou crées ?)

Ai-je assez pour un arbre ?

Des arbres dans plusieurs paysages,

Dans ce val vert en bas,

Sur cet aride rocher près du sommet,

Sur des versants divers comme autant de moi…

Cet arbre nain va-t-il grandir ?

En cette saison de vent acide,

Plus une seule feuille lisible aux forêts.

 

***

 

Trouvant les baies nourricières gelées,

La neige sale, blafarde,

Traitre pour les doigts et la plume bientôt…

Dépassant la limite des arbres,

La neige nue,

L’homme nu pour le souffle.

Seul sur le dos du Forez,

Horizon nettoyés,

Le craquement mien des empreintes,

L’aspiration à la limite de l’air,

Bien au-dessus du bois de Chorsin,

Oblique, hachuré de noir,

Bien au-dessus du moi rayé,

Troué de blanc vif.

 

***

 

Ce n’est qu’un instant d’altitude,

De blancs et de vallonnements,

Les provisions du jour dans le sac...

Une eau nue bue à mains terreuses,

Sans urgence,

Des pommes et des noix trouvées sur la terre,

Au premier froid.

En montant, des noisettes et des cèpes,

Sur la gelée.

Petites réserves

Pour le grand aplat d’en haut, en vide et en neige.

Pourquoi verte, encore et déjà,

Au plus haut bois,

Une feuille de hêtre ?

 

***

Envisageant le réel,

Ses montagnes rabotées de villes enneigées,

Sous les espèces précises de la lumière

Et sous les espèces noires de l’inconnaissable,

Je me fragmente, je me rassemble,

Et comme un bousier,

Je roule ma boule elliptique,

Mon sac à dos de planètes,

De pensées jeunes et désirantes…

 

***

 

Dans le temps, sur la montagne,

Sur la terre boule et bleue dans l’espace,

Quoique ce soit pour éclater la coque du non-vivre…

Une pluie sur la lourdeur touffeuse de l’air,

Une femme-fantasme nymphe et libre et nue

Dans une eau de torrent et de nuée,

Un tremblement de poème

Sur la noix d’encre du sentir…

 

***

 

J’ai besoin des images du monde,

Ne serait-ce que la silhouette

D’un château d’eau devant un bois,

Ne serait-ce qu’un journal vieux d’une semaine

Dans un fossé,

Besoin de la literie des hôtels,

Ou d’une botte de paille sous l’auvent d’une grange,

Besoin des boulangeries

(Je pousse la porte,

La patronne se lève dans l’odeur de farine),

J’ai besoin quelquefois du sexe,

Du regard,

Et du toucher d’un autrui.

 

***

 

Selon les contraintes,

Le poudroiement d’angoisses et de joies

De la marche,

Vivre m’a semblé mortel

(J’ai pu vérifier qu’il en était ainsi).

Bords escarpés des feuillages,

Roches et fougères à demi-écroulées.

Remontant la vallée de la Maronne

À l’entrée du Cantal,

Le sentier,

Tout à l’heure s’amenuisant,

N’est plus.

Mes pas se démènent et se débattent lentement,

À coups d’écarts et de détours,

Visant le tendre pubis

D’un sommet de Cantal herbacé,

Qu’en métaphore on nomme « Mont de Vénus »,

Bouton de sein physique

Sur le ciel vaporeux.

 

***

 

Moi, Heinz M.,

Ayant trouvé un point solide dans l’univers

(« Moi »),

Point mobile dans la fumée du monde,

Comme le frisson dispersé du désir…

Sur la courbe en montée de la départementale,

Les empreintes dessinées du tracteur

Avec terre, herbes et coquillages minimes

Des temps anciens.

 

***

 

Avec mes mots de bric et de broc,

Le cône disséminé de mes phonèmes,

Lèverais-je sur un bout de miroir

La buée de l’aventure ?

Fourrager dans le vide omnivore du moi,

Marcher dans le mouvement du vers,

Construire dans le grand massif ajouré du poème…

Petite cabane devant l’espace,

Peut-être dans la lumière

Et l’ange du poème :

Le vert de ses ailes,

Un mouvement de branches et de feuilles

Sur le soleil.

 

***

 

Un moi gonflé de paroles,

Crapaud croassant dans le rien,

Cherchant l’amicale femelle,

Saura-t-il

Ce peu de tintinabulement

Sur le dedans noir des tombes,

Sur l’étang noir des Dombes ?

 

***

 

Inquiétude de midi

Au lieu de la certitude solaire,

Moi qui me vanterais presque

De toucher à la sérénité…

Peut-être ne s’agit-il que du manger et du boire,

Ou du visage d’une femme entre deux amandes de la vision…

Me faut-il être prêt à saisir le soleil par les cuisses

Aux trouées d’un stratocumulus ?

Ridicule pour courir le féminin cosmos

Et boire quelque part le suc d’accomplissement…

 

***

 

Matin d’herbes et de rosée,

De fils de la vierge dans le soleil,

Je désire vivre clair.

Matin à chaque fois lustral,

Cette impression non révolue…

Me suis-je levé pour l’amour des plantes et des corps,

Pour le versant mêlé

Des accidents, des hasards ?

Sur un univers qui n’a pas de pourquoi,

Champ ouvert et fraîchement labouré de Limagne,

Une mouette blanc vif, incongrue,

Remue.

 

***

 

Et cet arbre,

Parce qu’il est lointain,

Effilé,

Et plus haut…

Un petit arbre jaunissant,

Un rapace tournant.

On pourrait y rester tout un instant.

Comme sur un moi un souffle d’hiver

Alternant avec l’été

Sur des décennies de bois noirs et verts…

 

 

Voir : Trois vies dans la vie d'Heinz M.

 

Thierry Guinhut

Vers publiés dans la revue Paysages écrits, juin 2016.

Une vie d'écriture et de photographie

 

Valle de Roda de Isabena, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

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Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations et féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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