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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 14:12

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Pour une histoire de la poésie

du romantisme à la Shoah,

en passant par l’expressionnisme,

l’esprit nouveau & le surréalisme :

 

Anna de Noailles, Georg Trakl, Blaise Cendrars,

Luis Buñuel, Louis Aragon, Edith Bruck.

 

 

Anna de Noailles : Le Cœur innombrable, Bartillat, 2022, 152 p, 20 €.

 

Georg Trakl : Hélian et autres poèmes,

traduit de l’allemand par Gustave Roud, Allia, 2022, 96 p, 8 €.

 

Blaise Cendrars : La Fin du monde, filmée par l’ange M.D.,

illustré par Fernand Léger, Denoël, 2022, 80 p, 34 €.

 

Luis Buñuel : Le Chien andalou et autres textes poétiques,

traduit de l’espagnol par Philippe Lançon,

Poésie Gallimard, 2022, 416 p, 10,60 €.

 

Louis Aragon : Hourra l’Oural, Denoël, 2022, 160 p, 16 €.

 

Edith Bruck : La Voix de la vie,

traduit de l’italien par René de Ceccatty,

Rivages poche, 2022, 208 p, 9,50 €.

 

 

Ange incertain du verbe, la poésie vient transcender la langue et nos représentations du monde. Plurivoque cependant, elle parcourt une histoire littéraire qui se cherche des bornes, des sommets et des chemins. Des noms propres côtoient des ismes, parfois artificiels et ultérieurs, promis à l’oubli ou à l’honneur de la mémoire, parfois inscrits par de hautains critiques ou jetés par leurs créateurs comme des manifestes, des coups de poing. Or les hasards des paniers 2022 de l’édition nous permettent de voyager parmi ces mouvements littéraires, du romantisme à notre contemporain, en passant par l’expressionnisme et l’esprit nouveau, le surréalisme, y compris par la Shoah. Anna de Noailles en 1901 ouvre avec cœur le bal, George Trakl creuse les noirceurs de la faute et de la guerre, Blaise Cendrars fait son cinéma cubiste alors que Luis Buñuel le préfère dalinien. Et Louis Aragon se fourvoie dans la gloire du stalinisme quand bientôt un autre totalitarisme lui répond au travers des spectres d’Auschwitz ranimés en vain par Edith Bruck. Où va la poésie ? Comment l’écrire ? Dans quelle sensibilité fleurie, quelle noire tragédie, quelle utopie délétère, quelle déploration mémorielle…

 

Elle ressemble à un personnage de Marcel Proust[1]. Du moins ce dernier en fera non seulement une amie, avec laquelle il échangera longtemps des lettres chaleureuses : « Bien souvent, les moindres vers des Eblouissements me firent penser à des cyprès géants, à ces sophoras roses que l’art du jardinier japonais fait tenir, hauts de quelques centimètres, dans un godet de porcelaine de Hizen ». Mais aussi le modèle de la Vicomtesse de Réveillon, dans Jean Santeuil, et celui d’une « jeune princesse d’Orient » épousée par un cousin de Saint-Loup parmi les pages du Côté de Guermantes. Sans compter quelques motifs proustiens qui n’ont peut-être pas toute leur origine, du moins une correspondance au sens baudelairien, dans les vers de sa belle amie fêtée en 1901 pour son premier recueil : Le Cœur innombrable. Comtesse et femme du monde d’origine roumaine et néanmoins poète par-dessus tout, première femme commandeur de la Légion d'Honneur, Anna de Noailles (1876-1933) fut l'égérie de toute une génération d’amateurs de vers romantiques.

Le titre lui serait venu du reproche d’un pauvre homme : au vu de la modestie de son aumône elle n’avait pas le « cœur innombrable ». Il l’ignorait, mais il fut l’auteur d’une offrande pérenne : le moteur lexical et thématique d’un recueil qui contient en germe les développements futurs d’une œuvre abondante, surtout poétique, mais aussi romanesque, parfois faite de récits et d’évocations que l’on apprécie comme des poèmes en prose : Les Innocentes ou la sagesse des femmes[2].

Dans une perspective panthéiste, ses thèmes permettent une fusion de l’être avec la nature et les choses, la beauté de la terre et des saisons : « Le charme désolé du paysage roux / Soupire un air connu des vieilles épinettes ». Une nostalgie sensuelle marque les vers de son empreinte : « Mon cœur est un palais plein de parfums flottants / Qui s’endorment parfois aux plis de ma mémoire ». Mais aussi une mélancolie prégnante : « Et c’est aussi l’extase et la pleine vigueur / Que de mourir un soir, vivace, inassouvie ». Elle goûte l’Antiquité au travers d’« Eros » et de « Pan » : « D’invisibles Erôs habitent les forêts / Et des poisons subtils montent du cœur des plantes ». En outre, l’acceptation de la condition mortelle annonce un recueil ultérieur : L’Honneur de souffrir[3]. La dimension méditative et lyrique ne se révèle jamais mieux que dans « La vie profonde », qui est peut-être l'une de ses plus belles réussites :

« Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,

Etendre ses désirs comme un profond feuillage,

Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,

La sève universelle affluer dans ses mains.


Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,

Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,

Et goûter chaudement la joie et la douleur,

Qui font une buée humaine dans l'espace.


Sentir, dans son cœur vif, l'air, le feu et le sang

Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;

S'élever au réel et pencher au mystère,

Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.


Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,

Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l'eau,

Et comme l'aube claire appuyée au coteau

Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise... »

Le romantisme de Lamartine, de Victor Hugo et de Marceline Desbordes-Valmore est présent dans sa continuité, celui du plus sage Baudelaire, voire un relent verlainien et symboliste. Loin de l’innovation des poètes modernes, décadents et autres maudits, du virulent Baudelaire et du pur Mallarmé, sans parler des Apollinaire et Cendrars qui vont la remiser au grenier poétique, son style a quelque chose de délicieusement désuet, et cependant parfaitement singulier, comme une gageure entre passéisme et éternité. Elle reste fidèle longtemps aux quatrains, aux alexandrins, aux rimes. Sans cependant sacrifier à la forme du sonnet. Son art délicatement musical semble coller à un cliché de la poésie, mais dans le meilleurs sens du terme, tel qu’il est attendu par un public doué de sensibilité, son calme lyrisme est une sorte d’assurance contre la banalité, le prosaïsme et la vulgarité. Sa touchante inactualité lui permet d’atteindre l’universel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Noir. Noir. Visage creusé, orbites cernées de noir. Le mot revient en sa noirceur obsessionnelle lorsque dans les années 1910, sans plus de précision, Georg Trakl (né en 1887) écrit Hélian. Ce prénom releve d’Helios, une étymologie solaire donc, alors qu’il meurt trop tôt, en 1914, miné par le contact avec les blessés et les cadavres de la Première guerre mondiale dont il fut le gardien exclusif pendant deux jours traumatiques, et par une ultime dose de cocaïne. Probablement un autobiographique alter ego, cet Hélian est une sorte de soleil mort :

« Saisissante est la déchéance d’une race !

C’est l’heure où les yeux du voyant s’emplissent

De l’or de ses étoiles.

 

Un carillon retombe dans le soir et ne tinte plus ;

Les murs noirs croulent sur la place.

Le soldat mort appelle à la prière.

 

Le fils, un ange blême,

Entre dans la maison déserte de ses pères ».

Les vers et ses proses de cet Autrichien sont chargées de visions ténébreuses, désespérées, empoisonnées par l’obsession de la culpabilité - une tradition chrétienne - et de la déchéance, par l’inéluctabilité de la mort : « Vers le soir le père devint un vieillard ; dans les chambres obscures se pétrifia le visage de la mère et sur l’enfant pesa la malédiction de sa race dégénérée. […] Vers le soir il aimait à s’en aller au cimetière en ruine, ou contemplait les morts dans la pénombre du caveau, sur leurs belles mains les taches vertes de la pourriture ». La violence des images est sépulcrale, les mots sont le cri d’un « loup rouge qu’un ange étrangle » ; le recueil s’achevant sur un poème en prose « Révélation et chute au néant », dans lequel « la terre vomit un cadavre d’enfant ».

Il n’a guère le temps d’écrire beaucoup, mais son expressionnisme, s’il assume sa dette envers Hölderlin et Rimbaud, projette une fulgurance qui se brise au contact de son époque catastrophique, au cours de laquelle tous les mythes héroïques et surtout guerriers s’écroulent : « Tous les chemins débouchent dans une noire pourriture ».

Grâce au poète et traducteur suisse Gustave Roud, Philippe Jaccottet fit paraître en 1978 un recueil des poèmes de Georg Trakl. La présente édition est complétée des traductions inédites, des extraits de lettres de Rainer Maria Rilke, fervent défenseur de Georg Trakl, quoique d’une esthétique bien différente. Pour Gustave Roud, il appartient à la famille secrète des « voyants ». Que le destin aveugla de terre. Seule n’en reste que la matière noire de l’encre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il ne se suffit pas de sa météorique Prose du Transsibérien, publiée de manière si précoce en 1913. D’autant remarquable par la dynamique de ses vers libres que par les « couleurs simultanées » de Sonia Delaunay qui accompagnèrent la première édition. Six ans plus tard, soit en 1919, il offre aux éditions de la Sirène La Fin du monde filmée par l’ange N.-D., cette fois avec le peintre Fernand Léger. C’est un fac simile magnifique au généreux format que nous proposent les éditions Denoël, rééditant à l’occasion l’œuvre poétique entière[4].

Le Suisse Frédéric Louis Sauser (1887-1961) est sous le pseudonyme de Blaise Cendrars un écrivain fugueur, voyageur et aventurier. Est-il allé à Moscou et en Chine comme le prétend sa Prose du Transsibérien ? Il a bien cependant baroudé dans la Légion Etrangère, qui lui valut de perdre un bras, et sans nul doute bourlingué de boulots divers rédactions de romans aventureux. La typographie souvent colorée de sa Fin du monde, filmée par l’ange M.D. semble mimer ce déplacement perpétuel. Il n’y eut pas de hasard dans cette publication réellement originale : Blaise Cendrars était alors un collaborateur des éditions de la Sirène ; ce qui lui permit d’en superviser la fabrication. Caractères amples, pochoirs et dessins au trait, tout est fait pour magnifier l’hybride poétique et scénaristique.

Aussi brillant que le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel, le texte du poète manchot jette sur la page 55 paragraphes où se défoule la virtuosité d’un Dieu le Père en homme d’affaires américain. L’espace s’élance depuis Paris jusqu’à Mars, dépassant la Terre. La « fugue lyrique », jaillie en une seule nuit d’écriture, est également satirique, l’on s’en doute. Car une fois par an, Dieu fait son bilan. Il convoque ses « chefs de rayon » : le Pape, le Grand Rabbin, la Grand Lama, Raspoutine, entre autres, et le bilan est bon, car « la Grande Guerre rapporte ». Après une vaste énumération ferroviaire et industrielle, « le Barnum des religions » a lieu sur Mars. L’on est subjugué par « Les sortilèges, la réclame criarde, la musique tintamarresque, toute la mise en scène chamarrée, l’or des costumes, la violence des parfums, le tragique, l’horreur de certains spectacles ». Dieu fomente de rameuter ses prophètes et d’ouvrir un cinéma des plus grandioses faits de guerre au dépend des pacifiques Martiens. À Paris, l’ange N. D. souffle la fin du monde dans son clairon. Si la nature semble reprendre ses droit, ce n’est que brièvement. Le poète, second Saint-Jean de l’Apocalypse, réécrit avec feu une Genèse rembobinée, dans un déluge de plan-séquences simultanéistes.

Entre esprit nouveau poétique à l’intrépide déroulement et cubisme pictural, un tel volume, qui n’avait jamais été réédité depuis un siècle, prend toute sa place de jalon poétique et artistique nécessaire dans la bibliothèque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En vers libres ou en prose, les poèmes du Chien andalou datent peu ou prou de la même année, 1929, que le film du même nom réalisé avec Salvador Dali. Si nous le connaissons comme un étonnant cinéaste, de Viridiana au Fantôme de la liberté, Luis Buñuel (1900-1983) fut à Madrid puis à Paris, un poète insolent, de surcroit ami de Federico García Lorca[5] et Salvador Dalí. Ici augmenté de textes épars et sans le moindre chien, Le chien andalou brille comme un joyau de l’univers surréaliste, libre, facétieux, imaginatif en diable, non loin de l’univers du pape du mouvement : André Breton. Les métaphores aléatoires et cependant expressives en sont bien caractéristiques : « les ongles des morts / qui doivent ressusciter avec les doigts changés en fleurs / en fleurs d’agonie éteinte et de salut », image qui rappelle le catholicisme espagnol. Néanmoins ces textes des années 1920 témoignent d’une révolte libertaire contre les mœurs et la raison.

Force est cependant de constater que de telles pages tombent le plus souvent à plat, au mieux résonnent comme des blagues de potaches : « Que les cache-sexes reposent en paix !!! ». Quelques nouvelles curieuses (« Pourquoi je n’ai pas de montre »), quelques parodies théâtrales (« Hamlet. Tragédie comique ») rallument l’intérêt. Ce Chien andalou se veut selon son auteur un « passionné appel au meurtre ». De « La lame du rasoir traverse l’œil de la jeune fille en le sectionnant » à la « main, au centre de laquelle grouillent les fourmis qui sortent d’un trou noir », l’on reconnait de célèbres plans cinématographiques, dont l’iconicité peut laisser de marbre. À moins que l’on y reconnaisse un fantasme sadique…

La poésie ancienne étant évacuée comme tabula rasa, le surréalisme jubile. Il peut paraître gratuit, finalement vain, sinon grotesquement fantasmatique, il n’en est pas moins le lieu d’une réelle vivacité poétique, et comptera de plus des épigones qui sauront s’en détacher pour élire leur univers propre, certainement plus intelligent, tel, et non des moindres, le Mexicain Octavio Paz.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Promoteur du langage surréaliste, héritier du futurisme russe de Vladimir Maïakovski, des épopées de Blaise Cendrars, en voilà un qui fut capable du meilleur et du pire. Pourtant garant en quelques occasions d’une qualité poétique réelle, le nom d’Aragon ne résiste pas toujours à l’examen. Le Paysan de Paris fut en 1926 une belle déambulation urbaine et surréaliste ; les vers de « La Tapisserie de la grande peur[6] » (sur l’exode de mai 1940) sont parmi les plus intenses qu’il écrivit, au contraire de ceux démesurément gonflés des Yeux d’Elsa. Certainement son talent s’est couché pour sucer la poussière devant la puérile et militariste idéologie, l’esprit de parti (s’il reste là une bride d’esprit), l’aveuglement marxiste et communiste, la science infuse du matérialisme historique.

Peut-on parler de qualités littéraires à l’occasion de Hourra l’Oural, lorsque toute éthique politique s’est dissoute devant la foi marxiste ? Comment peut-on voyager en 1932 au travers des régions de l’Oural, alors en pleine industrialisation, sans quitter les lunettes rouges fournies par ses hôtes, par les édiles du parti, par les frais payés et rester un thuriféraire du communisme ? 

L’esthétique du réalisme socialiste (un oxymore !) fige cette suite de vingt-six poèmes dans le propagandisme le plus éhonté. C’est chaleureux comme un haut-fourneau et galvanisé comme une matraque : « Partisan Rouge prends les armes / nouvelles de l’habileté / Donne / Pour que vive à jamais Lénine / Que le Plan soit exécuté ». L’on croise l’éloge du « mélangeur de béton », en d’autres termes du stakhanovisme. « L’hymne » chante : « Gloire sur la terre et les terres / au soleil des jours bolcheviks / Et gloire aux Bolcheviks ». L’épopée pointe son nez immonde : « Le paysage est un géant enchaîné avec des clous d’usine ». Le dernier mot est grand comme de l’Antique : « Salut au Parti Bolchevik […] et à son chef le camarade Staline ».

Certes, nous direz-vous, en 1934, les crimes du stalinisme n’étaient pas tous connus en Occident. Mais les procès de Victor Serge entre 1928 et 1933, le clairvoyant Retour d’URSS d’André Gide, également invité, quoiqu’en 1936, sans oublier la méfiance nécessaire envers le collectivisme, la connaissance de la révolution bolchevique et des dix mesures totalitaires du Manifeste communiste de Karl Marx de 1848[7] auraient dû suffire à un esprit éclairé. Faut-il attribuer à la naïveté, à la servitude volontaire, au pleutre goût de la tyrannie commune et à la recherche de la collusion honorifique avec le pouvoir un tel enthousiasme ? Et si Louis Aragon s’est passablement engagé dans la résistance antinazie, ce n’est qu’après la fin du Pacte germano-soviétique, et jamais dans l’anticommunisme…

Nanti d’une couverture laide comme une affiche soviétique, ce recueil n’a qu’une qualité, et finalement pas des moindres, celle du documentaire historique et du repoussoir politique et éthique en quoi peut se mirer l’engagement malheureux du poète. Pendant ce temps d’admirables poètes russes, Ossip Mandelstam[8], Marina Tsvetaeva[9], Anna Akhmatova[10], moururent au Goulag, ou virent leurs proches y mourir, leurs poèmes interdits, traqués.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un totalitarisme nouveau dut nécessairement engendrer des poètes justement engagés, du moins s’ils avaient survécus. La parole restant aux témoins. Au-delà de Paul Celan[11] et des Brasiers d’énigmes de Nelly Sachs[12], de Yitskhok Katzenelson et son Chant du peuple juif assassiné[13], qui tous déplorèrent la Shoah, une Hongroise, détentrice de la nationalité italienne, doit attirer notre attention. Née en 1932 dans un village hongrois, elle fut en tant que Juive déportée à Auschwitz en 1944, dont elle réchappa. Fatalement, elle devait être une amie de Primo Levi - celui qui honora la littérature concentrationnaire de son Si c’est un homme[14]. Edith Bruck publia une poignée de recueils entre 1975 et 2021, dans la langue de Dante qu’elle choisit de faire sienne. Ils s’appellent Le Tatouage, Pour la défense du père ou Temps. Les voici réuni dans cette anthologie intitulée La Voix de la vie, après Pourquoi aurais-je survécu ?[15] Selon la préface de l’auteure même, la poésie « dit la vérité qui trouble les consciences ».

Entre prières, portraits et rêves, il y a place pour les aphorismes d’une sagesse empreinte de la douleur infligée à l’humanité par l’humanité :

« Elle n’a plus peur

que sa mère la découvre en ma compagnie

elle est nue chauve légère

je la traîne au sommet d’une pyramide

de squelettes pour l’installer près de Dieu

(auquel elle croyait tellement) recherché pour les crimes

Commis sous ses yeux ».

L’interrogation métaphysique sans réponse innerve la pensée, pour qui « le mal est indélébile ». Cependant elle se répand au travers de cette « mendiante d’affection », avec qui elle entretient un émouvant dialogue : « tu as eu de la chance / tu n’es pas un arbre / parmi six millions d’arbres ». La déploration est un art, même si elle n’a « pas de tombe / où pleurer / où apporter des fleurs ». Car sa mère « n’imaginait pas / qu’elle n’aurait pas plus  / que des millions d’innocents / ce mouchoir de terre ». Témoigner n’empêche en rien la beauté peut-être salvatrice de la langue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sont diverses manières d’envisager l’écriture de la poésie qui sont proposées ici. Le lyrisme du cœur nombreux pour Anna de Noailles, la défaite devant la tragédie humaine et guerrière pour Georg Trakl, et si l’on considère que le temps des grands récits historique a passé, l’épopée parodique de Blaise Cendrars. Mais devant le sens de l’Histoire à remettre en cause, s’affrontent les thuriféraires d’un engagement social, matérialiste, politique et finalement totalitaire assumé par la plupart des surréalistes tour à tour staliniens et trotskystes, et plus encore par l’une des hontes de la poésie : Louis Aragon. Que ceux qui peuvent encore lire en liberté apprécient tout le prix des quatre précédents auteurs ; et bien entendu de la « voix de la vie », dont put témoigner une Edith Bruck. Chaque poème, y compris traitant d’un brin d’herbe au vent plus précieux que les idéologies comminatoires, y compris de l’écologisme, ne doit-il pas interroger son éthique ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Anna de Noailles : Les Innocentes ou la sagesse des femmes, Fayard, 1922.

[3] Anna de Noailles : L’Honneur de souffrir, Grasset, 1927.

[4] Blaise Cendrars : Poésies complètes, 2022.

[6] Louis Aragon : « La Tapisserie de la grande peur », Le Crève-cœur et les yeux d’Elsa, La France Libre, Londres, 1944, p 40.

[12] Nelly Sachs : Brasiers d’énigmes, Rombaldi, 1972.

[13] Yitskhok Katzenelson : Chant du peuple juif assassiné, Zulma, 2007.

[14] Primo Levi : Si c’est un homme, Robert Laffont, 1996.

[15] Edith Bruck : Pourquoi aurais-je survécu ? Rivages, 2022.

 

Anna de Noailles : Les Innocentes ou la sagesse des femmes, Fayard, 1922.

Anna de Noailles : L'Honneur de souffrir, Grasset, 1927.

Photo : T. Guinhut.

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1 octobre 2022 6 01 /10 /octobre /2022 10:38

 

Navia de Vega, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Eros et Thanatos,

ou la poésie de Lambert Schlechter :

Le Murmure du monde.

 

Lambert Schlechter : Le Murmure du monde. 40 ans d’écriture,

Phi, 2022, 656 p, 39 €.

 

Lambert Schlechter : Wendelin et les autres,

L’Herbe qui tremble, 2022, 82 p, 16 €.

 

Lambert Schlechter : Je n’irai plus jamais à Feodossia,

Tinbad, 2019, 232 p, 22,50 €.

 

 

Si nous ne sommes que poussière, rien de tel qu’un monument, non de marbre, mais fort de papier pour nous survivre. Du moins c’est que choisissent écrivains et poètes, s’ils ont un éditeur qui ait consenti à l’incertain investissement. Pour ce faire chaque mot devrait être à soi seul la quintessence du poème, appelant une sorte, sinon de minimalisme, de concision pure et impeccablement évocatrice, quoique l’on puisse y préférer un déferlement baroque. Mais au long d’une vie, vers et « proseries » glanées peuvent aboutir à une somme immense, même si, comme chez Lambert Schlechter, son titre parait chez un éditeur au nom d’une brièveté toute augurale : Phi. Modeste et cependant cosmologique, son livre réunissant quelques décennies de création use de l’oxymore pour apparaître : Le Murmure du monde. Auparavant ou conjointement, il faut compter sur un discret lyrisme qui insuffle aux vies croisées de ses personnages, parmi Wendelin et les autres, de proliférants et vigoureux murmures. Plus acide est son volume Je n’irai plus jamais à Feodossa. Tant que la Faucheuse n’arrêtera pas sa main, des addenda  ne cessent d’ajouter les codicilles d’Eros à ce murmure, génésique et pollinisateur.

 

 

Patiemment tissé au cours de ses plus fougueuses et mûres années, collationné à la veille du grand âge (notre poète est né en 1941), ce Murmure du monde semble un de ces codex médiévaux fait pour la continuité des siècles. Lourd et sévère volume, stèle poétique, orné du portrait buriné en noir et blanc de l’auteur, il impose, il séduit, il caresse les doigts de son cartonnage, invite à poser en quelque page secrète l’un des deux signets. C’est grâce à l’attention de Francis van Maele des Éditions Phi que ce volume de 655 pages aux « 40 ans d’écriture », prétend à l’exhaustivité chronologique, parfois en allemand à l’aube du recueil, presque toujours en français, car, bilingue, Lambert Schlechter est luxembourgeois.

Compilant en ordre concerté une longue quête poétique, non sans une poignée d’inédits, l’écrivain, grand ressasseur babélien et « loquèleur », fait s’entrechoquer la joie et le désespoir en une sorte d’autobiographie monstre dont ne pouvions reconnaître la mesure parmi les recueils épars jusqu’alors. Comme en un contraste bien senti entre l’immensité de l’œuvre et la modestie de la vie, il faut se reporter à la fin du volume pour consulter une « auto-bio-graphie » réaliste.

La liberté d’écriture est parlante dès le second volet de l’ensemble : La Muse démuselée. Lambert Schlechter aime les jeux de mots, mais les jeux de mots signifiants. Eros et Thanatos voisinent, se combattent, s’enrichissent l’un l’autre, « jetant cette grappe de sperme / pour féconder la fée alphabétique ». En une allusion à la naissance d’Aphrodite, la création poétique est comparée à un orgasme priapique. Femme autant que Muse, elle est « la plus sœur de mes putains / la plus ange de mes amantes ».

Poèmes en vers libre, parfois des vers blancs et en octosyllabes, voisinent avec de plus nombreux poèmes en prose, voire des aphorismes. Ainsi les premières pages prosaïco-poétiques de 1988, où il s’agit de boucher des « failles », ne sont pas sans faire penser à Henri Michaux. De brefs paragraphes sont plus loin des « Pieds de mouche » ; par exemple : « Le texte sera toujours hybride et orphelin. Ce que je dis autour de la mort, c’est tout ce que je peux dire ». S’en suit en conséquence « Le silence inutile », car « L’Antigone de dix-sept ans est devenue ma femme deux ans plus tard, à trente-huit ans elle est partie […] Deux mois après sa mort j’ai subitement recommencé à écrire ». Parmi ce qui pourrait être les bribes essentielles d’un journal, le flux du temps fuse, l’écriture est à nu, tragique, élégiaque. Ne reste alors, en cohérence avec le titre suivant, qu’une Ruine de parole, soit un « roman schématique et sentimental », en une facétieuse confusion des genres, roman poétique répondant à celui que lecteur entretient confusément au fond de lui-même. Car la déploration déferle quand « le cœur n’est plus qu’une baudruche d’éboulis ».

Les explorations encyclopédiques vers le passé, chinois, ou frappés par les tragédies de l’Histoire, se multiplient vers la nature et le cosmos, la dentelle de l’écriture allant du microcosme du « Papillon de Solutré » au macrocosme du « Piéton sur la voie lactée », pour reprendre quelques titres de-ci-de-là. Et quoique modeste, humble, ce murmure est parfois bruyant, résonnant, revendicatif, voire blasphématoire, tel ce nouveau fragment 9087 du Journal intime de Dieu :

« Pour ce qui est de la Trinité, il y en a deux selon les théologiens : la Trinité du Ciel, c’est moi, le Fiston et le Paraclet ; - et la Trinité terrestre : Jésus-Marie-Joseph, c’est les trois noms brodés en arc et en fil rouge sur la chemise de nuit de l’épouse au-dessus du trou pratiqué spécialement à la hauteur du bas-ventre pour qu’y passe, en cas de mâle & maritale fringale, le membre de l’époux afin d’accomplir, sans trop pécher, sa tâche de procréation, dans l’obscurité, sous la couette, et sous mon impassible regard, d’un nouveau corps stigmatisé, dès la première nanoseconde par le péché originel, damnation pour l’éternité, dans les flammes ou sous les glauques voutes des Limbes, sauf baptême à l’eau courante, en cas de mort prématurée, ce qui est le cas pour un bébé sur deux, sous mon impassible regard[1] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Célèbre pour son Classique du thé, premier ouvrage sur le sujet, Lu Yu est un écrivain chinois du VIII° siècle. Le voici devenu personnage récurrent et fictionnel de l’œuvre de Lambert Schlechter, sans doute une sorte d'alter ego. Parmi les nombreux « Billets pour Lu Yu sur presque la moitié des choses du monde », choisissons l’un des plus récents, inédit, que nous nous sommes permis de copier du mur Facebook du poète et que nous publions ici in extenso ; car se serait le mutiler que de se contenter de quelques bribes :

« C’est une permanente irrésolution, dis-je à Lu Yu, ce qui nous met dans une permanente évanescence, dis-je à Lu Yu, comme s’il pouvait, comme s’il voulait encore m’entendre, simulateur que je suis, nous sommes sur un fil assez tendu qui peut lâcher à tout moment, et j’en suis tout à fait conscient, dis-je à Lu Yu, dans l’intention de lui faire part à demi-mot de ma situation, mais Lu Yu a toujours préféré les entretiens sur le chanvre et les mûriers, plutôt que ces arpentages spéculatifs dans les marges de l’existence, où moi trop souvent je m’avance, couard et poltron, mimant une torve et interlope témérité quant au destin, je lui avais sans doute trop longuement parlé de mon souhait de retourner dans la bienveillance de Valérie que j’ai outragée dans un accès de démence érotique, je note la date du jour au bas d’un poème de Lu Yu où il y a déjà trois dates de lectures précédentes, « je n’abandonne jamais les poèmes », écrit-il, « mes yeux assombris lisent des livres qui me piquent comme des ronces », écrit-il, il est vieux, il écrit ce poème dans sa retraite de Shan yin au bord du lac du Miroir, à 79 ans, ce qui précède d’un an l’âge de 80, mon âge, l’âge définitif & avéré de toutes les dépravations et relâchements, l’âge où aucun rachat n’est plus envisageable, où toutes les tares camouflées remontent à la surface et se mettent au premier rang, faire front face au néant, où toutes les causes atténuantes s’épuisent, s’effilent, s’effilochent et s’effrangent, lamentablement, il écrit son poème, puis part à la forêt, sans sa canne, ramasser quelques branches mortes, il est encore vaillant pour porter du bois sec, et quand il rentre, il laisse courir le pinceau à sa guise, « comme des écailles de poisson les nuages tapissent le ciel du crépuscule… », il ne va pas réagir à mon aveu concernant l’outrage à Valérie, il n’a jamais thématisé ce domaine-là, j’ai agressé Valérie en me précipitant sur elle, pour soulever sa robe, agenouillé devant elle, par une sorte de dévotion aussi fervente que feinte, et l’envie irrépressible de poser un baiser sur le bas de sa culotte, et faire de tout ça une confession soumise à Lu Yu, qui ne doit pas se faire illusion sur qui je suis, un usurpateur, un obsédé, un simulateur quand j’évoque mes irrésolutions et l’évanescence dans laquelle j’évolue dans les marges de l’existence, escomptant que la bienveillance de Lu Yu déteindra sur Valérie et qu’elle veuille à nouveau m’accueillir dans sa bienveillance, d’où elle m’avait, à raison, chassé, quand elle arriva chez moi, elle m’avait dit, avec son magnifique sourire : « je suis la présence féminine », et avec la mauvaise foi de l’obsédé, j’avais pris ça au pied de la lettre, pensant qu’en quelque sorte elle s’offrait, et j’en avais profité pour l’assaillir, Lu Yu dit : « que veux-tu que je te dise », et ne dit rien, un peu désemparé, il rentre de sa randonnée avec une brassée de bois sec, et va puiser une casserole d’eau au puits, derrière le rang des mûriers, « ce soir, dit-il, on va se faire un petit thé, et on devisera des choses de la vie, je serai à ton écoute, dit-il, tu mettras ta chemise blanche et tu me réciteras tes louches romances, mais ne compte pas trop sur ma bienveillance, je ne pense pas que tu la mérites »

Entre confession et vérité autobiographique, le texte, obsessionnel et lancinant, fait feu de tout bois, érotisme encore, culpabilité, rédemption par l’écriture, finitude, heurt à la porte du destin et du monde… Car nombre de tragédies et de drames marquèrent l’existence de notre poète. En effet, outre les deuils, le 18 avril 2015, la maison dans laquelle il avait vécu depuis 2006 à Eschweiler dans les Ardennes fut détruite par un incendie, et des milliers de livres de sa vaste de bibliothèque, ainsi que 95 % de tous ses manuscrits furent anéantis. L’on imagine aisément le traumatisme, heureusement partiellement rédimé par la publication de l’immense opus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le ruissellement poétique témoigne d’une curiosité et d’une culture ogresques. Ainsi, dans Comment Mirka dans une clairière de la forêt Wolski permet à Copernic de déboutonner son corsage, titre coquin et cosmologique digne de froisser les pudibonds et les vétilleux, les allusions, entre Spinoza, Bach, Sloterdijk et Barthes, jamais gratuites, pullulent. Une liste en anaphores emporte tout sur son passage : « Comment, pour mettre la femme à nu, Schiele n’est jamais passé par une Eve ou une Diane ». Ou encore : « comment, pour ne pas écrire « la bile noire de l’amertume », on écrit « le sang violet de l’améthyste », - - - - - - c’est un beau souci que celui des beaux titres ». Et nous devons convenir qu'Une Mite sous la semelle du Titien, en est un bien beau...

 

Le goût du dialogue entre peinture et texte est consubstantiel à Lambert Schlechter, puisque Wendelin et les autres (présent parmi Le Murmure du monde, mais sans les illustrations) est orné par Lysiane Schlechter, dont la gravure encrée, les bleutés, les ocrés et les rosés ont quelque chose de délicieusement vieillot, non sans humour et ironie puisque l’écrivain âgé est figuré dans son sommeil, sous les traits d’une accumulation de crânes, à l’occasion d’un memento mori, contemplant des portes et des apparitions peut-être mystiques, siégeant sur le globe terrestre…

 Mais, nous direz-vous, Wendelin et les autres est un recueil de nouvelles et non de poèmes ! Outre que la chose est peu narrative, peu dramatique, il y a là une parenté bien sensible avec Je n’irai plus jamais à Feodossa, sous-titré « proseries », mot-valise qui n’est pas sans faire penser aux « proêmes » de Francis Ponge[2]. À la prose en effet se marient une musicalité, un flux métaphorique, caractéristiques de l’esthétique de la poésie.

Une quinzaine de proses faites d’une seule longue phrase se suivent et se répondent parmi Wendelin et les autres. Si cet homme ordinaire est le premier de la liste, les suivants, bien que se nommant Pietro d’Azaro, Carl Niggeler, Tsung Chih, Qaanoshinqaaha ou Ropanapor, en autant de déclinaisons de l’humanité qui parsèment le tour du monde, de la Chine au Pérou en passant par l’Italie, sont autant d’alter ego fantasmatiques, ce qu’autorise le don de métamorphose de la poésie. La preuve, notre Wendelin aperçoit depuis le tram « un corbeau perché sur un poteau pourri, comme un quatrain chinois » ; la preuve encore, il pense à l’herbier d’Emily Dickinson[3]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sont des épiphanies visuelles, comme cette « nature morte » de citrons devant le peintre qui veut faire sentir « la puanteur en peinture », comme ce gardien d’ossuaire qui tient un cahier marqué : « Almanach des Orchidées ». Voilà des occupations futiles et cependant essentielles, à la lisière du vide et plein cultivé par la calligraphie extrême-orientale. L’un s’occupe de « l’ouïe des escargots », l’autre d’un caméléon, alors qu’un excentrique est captivé par la « perspective du regard » au travers d’une enfilade de portes, mais aussi par ses tulipes et ses « merveilleuses parties honteuses » !

Ces étranges bonshommes, souvent des solitaires, voire des anachorètes, aiment les chemises blanches ; ils habitent sur une île, au bord d’un lac ou de la mer (car Qaanoshinqaaha est « prince de l’écume »), parfois d’une voie ferrée, vivent d’habitudes bien ancrées, sinon obsessionnelles, comme est obsessionnelle la mélopée de chacun de ces textes prenants. Reto Spingwa goûte le mot « béréchit » qui veut dire en hébreu « au commencement », et pourtant il hait Dieu. Quant à Nonatto, il égrène au rythme d’un « fabricant de clavecins », le catalogue de ses infirmités et malheurs, réels ou imaginaires ; alors que lui répond un fabriquant de masques, nommé « Herménégilde Duputois ». Drôle de zig, Paul-Emile Dotremont préfère « figoter dans les nébroleries », et lire son Petit Larousse Illustré, qui est une sorte de miroir mieux ordonné, mais moins étonnant que notre recueil, qui n’est pas sans mélancolie prégnante, ni sans joyeusetés piquantes.

Nouveau démiurge, Lambert Schlechter compose un rugueux et brillant bouquet de poèmes en prose testamentaire, car les personnages, sinon l’homme matriciel qui les réincarne, est âgé, car ce sont « des gammes de lucidité préventive ». Le coruscant recueil demande à être relu, dégusté…

 

Neuvième volume de la série intitulée Le Murmure du monde, Je n’irai plus jamais à Feodossa se veut une autre facette de l’écriture vigoureusement évocatrice, parfois grinçante de Lambert Schlechter. Reprenant le moule compositionnel et récurrent d’une page ou deux qui fluent sous le débord d’une vaste phrase, voici « 99 proseries ». Féodossia étant un port de Crimée, au sud de la Russie, nous voici emportés dans une vaste rêverie nostalgique en forme de périple géographique, car « la Terre tourne », en son vertige. Le « monologue » fait se croiser « mille scarabées en route », un « enchevêtrement proprement amazonien », le tout sur un rythme prestissimo. Indubitablement la raison en est capitale : « il écrit son livre, compulsivement, dans la mortelle ville, écrit son livre, afin de moins mourir ».

Pêle-mêle déferlent les allusions aux paysages et aux poètes chinois, la « mélancolie dévastatrice », « alpines & dolomitiennes & capadociques dégringolades ». La langue est travaillée, malaxée, subvertie, alternant les grâces poétiques et les attaques verbales contre le sort et le destin, les appétits érotiques crus, assumés, et l’orfèvrerie calculée de l’œuvre d’art que la prose poétique enfante : c’est « le cahier « Morphée », qui est le cahier des rêves ». Et là où rôde le souvenir de l’attachante et curieuse « Loula », le journal intime explose en fragments carabinés pour se ramasser en un vœu pieux : « dans le métaphorique cachot du désamour, le souci de soi quant à la quotidienne survie ». Ainsi le diariste aux perles baroques, sculpte, étrille et catapulte la langue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on veut découvrir le projet, voire le manifeste, qui innerve l’écriture de Lambert Schlechter, ouvrons Enculer la camarde, dont le titre, qui n’est pas loin de Maurice Roche[4], dit bien le défi jeté entre Eros et Thanatos :

« écrire c’est faire baisser
le niveau de l’encre dans l’encrier[…]

c’est choyer la respiration
échapper à l’étouffement

c’est à l’aveuglette
donner coloris au clapotis des minutes […]

c’est épuiser le mot mort […]

c’est faute de mieux

c’est bonheur lorsque le mot vient

c’est beau comme baiser
c’est horreur vermine & suicide

c’est les sept dernières paroles
sans vinaigre et sans violon

c’est aller comme va le scarabée

c’est l’échapper belle et à l’onction extrême

c’est éventer à tout le monde des trucs de syntaxe intimes
qui n’intéressent personne
sauf l’amante jolie et fraîche et secrète
qui demande : comment es-tu ?

c’est dégueuler le sirop bigot des curés

et réimaginer des religions fraternelles et poétiques

des prophètes souriants

et des saintes sans chasteté »

 

Le Livre de la mour et de l’à mort couronne non sans ironie la somme du Murmure du monde, qui achève l’énorme recueil, sinon l’œuvre, encore en devenir : « Tu es mort, lisant la page d’un mort ». Malgré le discours ici proposé, il y a bien un maître de cérémonie à la vie, et c’est bien le poète : « Il n’y a pas de maître de cérémonie qui préside au ruissellement des atomes à travers le néant - - - - - - et ça vous produit anémone goudron caillasse orties nuages orteils aisselles pieds nus - - - - - - et tous les dons que je devine ». Et encore nous passons l’abondance des « pubis joliment velus », parmi ce « livre des émerveillements », qui renvoie à des pages plus anciennes conçues comme une « théorie de l’univers ».

 

Il n’y a qu’un pas d’Eros à Thanatos. Et les poètes, depuis l’Antiquité le savent. Ce ressassement métaphysique use d’infinies variations ; et celles de Lambert Schechter ne sont pas les moindres, qu’il s’agisse de leur étendue ou de leur acuité, de l’abondance des thématiques et de sa personnelle stylistique. Baroque coruscant, rabelaisien jouissif, diariste poétique têtu, créateur d’une armée de mots pour livrer un combat perdu contre le néant, notre poète nous laissera néanmoins son explosante constellation.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Inédit - à paraître en janvier 2023.

[2] Francis Ponge : Le Parti pris des choses suivi de Proêmes, Poésie Gallimard, 1967.

[4] Maurice Roche : Camar(a)de, Macabré, Seuil, 1981 et 1994.

 

Museo de arte sacro de las Clarisas, Monforte de Lemos, Galicia.

Photo : T. Guinhut.

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 16:04

 

Tre Cime de Lavaredo, Cortina d'Ampezzo, Veneto.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Poésies verticales et résistances poétiques :

Roberto Juarroz, Taras Chevtchenko,

Pierre Seghers & Otis Kidwell Burger.

 

 

Roberto Juarroz : Poésies verticales,

traduit de l'espagnol (Argentine) par Fernand Verhesen,

Poésie Gallimard, 2021, 368 p, 9,50 €.

 

Taras Chevtchenko : Notre âme ne peut pas mourir,

traduit de l’ukrainien par Guillevic, Seghers, 2022, 128 p, 14 €.

 

Pierre Seghers : La Résistance et ses poètes. Récit & Anthologie,

Seghers, 2022, 528 p, 22 € & 336 p, 17 €.

 

Otis Kidwell Burger : L’Amour est une saison,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin,

Le Don des nues, Rue de l’échiquier, 2022, 64 p, 16,90 €.

 

 

 

Toujours debout se tient la poésie. Elle ne peut se coucher devant les « armées de travail obligatoires[1] » communistes, ni devant le productivisme capitaliste. Et malgré tous ceux qui voudraient l’enrôler dans un engagement idéologique et collectiviste, elle reste aussi individualiste que libre. Pour preuve, l’Argentin Roberto Juarroz et ses Poésies verticales ne se sont jamais pliés ni couchés devant quelque obédience politique que ce soit, déplaisant à tous ou à peu près. En revanche, Taras Chevtchenko, un Ukrainien du XIX° siècle paya de sa vie son combat en faveur de la liberté, tout en nous léguant ses poèmes engagés et enfiévrés. Une telle résistance est également la charpente de nombreux poètes français au cours de la Seconde Guerre mondiale, face au nazisme, quoique leur complicité avec le communisme fût trop souvent dommageable. Cependant, « allongée face contre terre dans l’herbe », Otis Kidwell Burger, une Américaine, dont les hasards de l’actualité éditoriale nous fournissent les sonnets, préfère choisir la résistance de l’intemporel.

 

Il dut se résoudre à publier à compte d’auteur ses quatre premiers recueils, quoique le troisième se vit gratifié d’une préface de Julio Cortazar ; avant de les voir un brin traduits et cependant appréciés avec ferveur loin de son Argentine natale. Né en 1915, Roberto Juarroz, de 1958 à sa mort en 1995, fit paraître jusqu’à quinze poésies verticales, ne variant jamais d’un iota son titre.

Comme dans le cadre de la théologie négative à l’égard de Dieu, l’on peut approcher la connaissance de Roberto Juarroz au moyen de tout ce qu’il n’est pas. Il n’est en effet pas le moins du monde narratif ni autobiographique. « Abandonner la biographie », professe-t-il dans son douzième volume, mais également dans le onzième :

« Je ne puis admettre aucune histoire,

ni filiation ni origine.

Toute histoire est toujours autre.

Même ma propre histoire ».

L’écho du « je est un autre » rimbaldien est cependant ténu, car bien moins exalté. Il n’est pas plus lyrique, ni prophétique, ni polémique, en aucun cas fantastique, et guère réaliste, évidemment en rien politique. Comme Jorge Luis Borges relégué sur le marché aux volailles par le pouvoir de Peron, il fut licencié puis arbitrairement déplacé de son poste de bibliothécaire, pour non-conformité politique. Au contraire de maints poètes latino-américains qui se précipitèrent tête baissée dans la foi communiste, dont l’éhonté Pablo Neruda qui reçut le Prix Staline de la Paix, quoiqu’Octavio Paz eût le mérite de ne pas succomber à de telles sirènes, Roberto Juarroz tint à garder sa dignité intérieure : « J’ai toujours détesté la politique, et je crois que c’est le plus grand ennemi de la poésie, quelle que soit sa couleur ». Loin de n’être qu’un superficiel rejet, la conviction du poète relève d’une réelle acuité : « La politique, le pôle contraire de la poésie à mes yeux, consiste dans la lutte, l’action ou l’élucubration centrée (ou décentrée) sur le possible, sur la conquête et l’exercice du pouvoir, grâce en particulier à l’organisation toujours plus ou moins coercitive (pour ne pas dire totalitaire) de l’Etat », dit-il dans Poésie et réalité.

 

La précédente allusion religieuse à la théologie négative n’est pas là en vain. Car s’il perdu définitivement la foi, une sorte de mysticisme sans dieu anime sa poésie en vers libres. Face à un dieu absent, « elle est un essai d’exprimer ce qu’il est quasi impossible d’exprimer[2] ». Entre ontologie et tentative métaphysique, entre vertige existentiel et tentative méta-poétique, « la poésie est la religion originelle de l’humanité, originelle et finale[3] », tempère-t-il. En ce sens la poésie de notre Argentin est sévère, sans concessions, peut-être minimaliste, s’attachant à faire sortir du chaos universel l’œuvre, allusive, ténue, ferme cependant, telle que dans la IIIème poésie verticale :

« Les formes naissent de la main ouverte.

Mais il y en a une qui naît de la main fermée,

de la plus intime concentration de la main,

de la main fermée qui n'est et ne sera pas un poing.

L'homme prend corps autour d'elle

comme la fibre ultime de la nuit

lorsqu'elle engendre la lumière qui coïncide avec la nuit.

Peut-être avec cette forme sera-t-il possible

de conquérir le zéro,

l'irradiation du point sans résidu,

le mythe du rien dans la parole. »

 

Ainsi ce sont peu de métaphores, qui habitent ses vers, sinon choisies avec soins et sans emphase, seul « le texte qui équivaut à être ». Non seulement les mystiques, Maître Eckhart par exemple, ont joué un rôle dans l’apprentissage poétique de Roberto Juarroz, mais son approche du vide, de l’univers et de la parole, n’est pas sans devoir quelque chose au bouddhisme zen. Ainsi oppose-t-il l’aspiration à  la transcendance à la réalité de l’immanence. Reste alors

« Une écriture qui supporte l’intempérie,

qui puisse se lire sous le soleil ou la pluie,

sous la nuit ou le cri,

sous le temps dénudé ».

 

Cependant, malgré son apparente abstraction, « la poésie est une porte d’accès à la réalité », selon les mots du préfacier Réginald Gaillard, qui rapproche avec pertinence cette ascèse avec L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti. En outre, si « elle ouvre l’échelle du réel », il s’agit plus exactement une quête de la réalité intellectuelle, une recherche du sens, « pour obtenir un visage de paroles / que l’abîme n’efface pas ». Voire « le rite indispensable / de fonder un autre langage ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affirmant que « le langage est la clef de la capacité créatrice de l’homme[4] », et face à la condition absurde, Roberto Juarroz élève son ambition à la hauteur de l’art. Son éthique est une esthétique et une gnoséologie. Et malgré sa nécessité, il n’est pas certain qu’elle soit une consolation, son seul mérite étant sa beauté, son abîme et sa verticalité devant le temps, son ascension et sa pesanteur ; par exemple dans la IIIème poésie verticale :

« Crevasse dans le cœur de l'imminence,

tandis que le pied de l'espérance

danse son temps bleu,

amoureux de sa propre ombre.


Il y a un hymne en attente

qui ne peut commencer

avant que la danse n'achève

sa culture du temps.


C'est un hymne vers l'arrière,

une imminence inversée,

l'ultime aiguillée pour lier la source

avant que sa coulée ne l'emporte.


Il y a des chansons qui chantent.

D'autres sont immobiles.

Les plus profondes reculent

dès leur première lettre ».

Cette anthologie ne comprend que les quatre premières et la onzième des Poésies verticales, original et traduction. Quoique laissant espérer des œuvres complètes peut-être à venir en édition également bilingue, elle reste fort méritoire, d’autant plus qu’elle s’enrichit d’un essai de 1987 : Poésie et réalité. Une voix à nulle autre pareille, une poétique de la présence du langage au monde, nous est révélée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si notre poète argentin tient à faire abstraction de l’Histoire, ce n’est en rien le cas de ceux qui sont acculés à la Résistance face à un pouvoir totalitaire, une tyrannie militaire et guerrière envahissante. L’actualité russo-ukrainienne, si elle a un seul mérite, permet de redécouvrir un auteur venu d’Ukraine et du XIX° siècle. Taras Chevtchenko, né en 1814, mourut d’épuisement en 1861 à la suite des divers emprisonnements, vexations et déportations infligés par le pouvoir tsariste : Nicolas Ier exigea de surcroit qu’il ne puisse ni dessiner, ni écrire. Il n’empêche qu’il avait en 1845 produit un intense recueil : Kobzar, du nom des chanteurs errants. En voici un choix avec Notre âme ne veut pas mourir, aujourd’hui judicieusement réédité, dans la même traduction de Guillevic parue en 1964. Traduits en vers blancs, ces poèmes s’inscrivent en des genres divers : ballades, élégies, chansons, pamphlets, épopées enfiévrées… Le lyrisme et la nostalgie sont parfois tendres : « Mon cœur s’envole / vers un jardinet sombre dans l’Ukraine ». Hélas ils sont frappés au coin du tragique :

« J’ai grandi dans la servitude

Et c’était chez des étrangers,

En esclavage je mourrai

Sans voir les larmes de mes proches ».

Cependant, bien loin de l’Ukraine, le Caucase, où périt l’un de ses amis officiers, est « Un massif montagneux entouré de nuages / Tout couvert de chagrin, tout entouré de sang ».

L’on sait que le maître-mot du romantisme est la passion, qu’elle soit amoureuse ou à l’égard de la liberté, comme dans le cas de Lord Byron, de Percy Bysshe Shelley[5]. Ou encore du hongrois Sándor Petőfi, du Polonais Adam Mickiewicz. Mais aux confins de l’Europe, Taras Chevtchenko l’aime jusqu’à la mort, tout en affirmant que l’âme d’un peuple ne peut mourir : « la liberté, / arrosez la avec le sang de l’ennemi ». Romancier, dramaturge, peintre, poète-fleuve, qui fut également à l’origine de l’orthographe ukrainienne, il est donc considéré comme le poète national et fondateur. Comme ses ancêtres qui durent également lutter contre les rois polonais et les sultans turcs, il n’eut de cesse de combattre l’expansionnisme de la Russie impériale, l’Eglise n’étant par ailleurs guère qu’une complice des Tsars :

« Ce n’est certes pas pour l’Ukraine

Mais c’est pour son bourreau que tu répands ton sang.

Tu as dû boire le poison moscovite,

Le poison moscovite il t’a fallu le boire. »

Ou encore :

« Pas la liberté désirée.

Elle dort. Le tsar Nicolas

L’a mise en sommeil, et, crois-moi,

Cette chétive liberté

Pour la réveiller tout d’abord,

Il nous faut nous mettre tous ensemble

À tremper la tête de hache ».

Et d’ardemment inviter son peuple à s’unir, à prendre les armes : « Fraternisez ! », « Brisez vos chaines ! », « Aiguisez la hache ! » L’on peut aisément imaginer que la poésie de Taras Chevtchenko est vigoureusement épique. En effet, quoique bref, « Galamia » relate l’expédition des Cosaques entreprenant d’arracher leurs frères prisonniers des griffes turques. Jusqu’au registre du merveilleux : « Le Bosphore se mit à trembler car jamais / Il n’avait entendu les Cosaques pleurer ».

Voilà un beau recueil, dont l’actualité ne se dément pas et dont il ne faut pas se priver ; d’autant que les bénéfices seront reversés à l’action humanitaire de L’AMC France-Ukraine. Ainsi pourra-t-on rendre l’héritage du poète à son peuple, lui qui s’est peint sous les traits de « Perebendia », un homme fantasque, un vieil errant qui chante en dissipant la tristesse…

Que les quelques dizaines de milliers de morts sous les feux et les bombes de la Russie poutinenne l’entendent ! Pourtant aucun d’entre eux, fût-il poète, ne fut protégé par la poésie. À moins que celle de Taras Chevtchenko ne galvanise les héros qui combattent l’envahisseur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ces mêmes éditions Seghers, voici une autre réédition d’importance : La Résistance est ses poètes, soit deux volumes complémentaires, « Récit » et « Anthologie », initialement parus en 1974. Pourtant le premier, qui se déroule de la « drôle de guerre » jusqu’à la Libération, dont l’auteur déplore l’hypocrisie et les crimes de résistants opportunistes, n’est pas qu’une histoire de la Résistance entre 1940 et 1945, puisqu’il est enrichi de nombreuses citations, voire de poèmes entiers. C’est à une véritable enquête que nous participons, à la découverte de poètes connus, d’autres méconnus, voire enfouis dans la poussière du temps. Car ils sont parfois anonymes, au point que l’historien ne puisse toujours lever cet anonymat. D’autres fois leur jeunesse lyrique et polémique s’acheva trop tôt sous les balles des exécutions nazies.

Ne doutons pas que Pierre Seghers eût toute autorité pour rédiger et ordonner une telle somme. Lui-même poète et résistant, il connait jusqu’aux publications les plus clandestines, celles qui purent à mots cryptés tromper la censure. Il précise - et cela va sans dire - qu’il ne s’agit « pas de la poésie d’un parti politique, mais celle de l’homme en danger de mort ».

Voici la grande fresque de l'aventure individuelle et collective des poètes qui se sont noblement engagés, qui ont offert leurs mots et leurs vies au service du combat contre l'occupant allemand. De bien grands noms de la poésie française du XX° siècle répondent présents, comme Louis Aragon, René Char, André Desnos, Paul Eluard, Jules Supervielle… Et bien d’autres qui ne trouvent qu’ici la trace de leur écriture interrompue par la mort, leur stèle poétique, si mince soit-elle et pourtant vivante encore.

Parmi l’inépuisable coffre aux trésors qu’est ce diptyque, l’on risque forcément d’être injuste en oubliant tant de cris pathétiques et tragiques, tant de polémiques pamphlets contre l’occupant, tant de beautés brûlantes. Pensons aux XX Cantos publiés en 1942 par Pierre Emmanuel, à l’occasion de la fusillade des otages de Chateaubriand, mais avec une écriture dont la discrétion, la concision, au service de la puissance évocatoire, n’a guère d’équivalent :

« Les roulements des roues

les cahots des ténèbres

les tambours qui s’ébrouent

la lune aux mains de neige

Paris Nantes Bordeaux

nos peines capitales

nos vergers les plus beaux sont greffés par nos balles »

Plus loin, un malheureux  qu’Auschwitz n’a pas épargné, Maurice Honel, use d’un dernier courage pour écrire ce qu’il faut nommer poésie concentrationnaire[6] :

« Nous étions vingt pour mille

Restés vivants

Moins-values débiles

À danser dans le brouillard de septembre

Dans le charbon perpétuel

Au cirque des crématoires ».

L’anthologie préfère ranger ces voix historiques par ordre alphabétique, depuis un anonyme, pour qui « La prison bourdonne, dents serrées », jusqu’au « Poème macabre » de François Wetterwald, qui demande « tête ballante, sexe ballant… Squelette, squelette, où vas-tu ? », en passant par Loys Masson : « Liberté - son printemps glisse en coulées de menthe sur les morts / vers les prisons assises entre leurs pieds grêlés d’astres ». Ces trop minces citations laissent entendre combien cette période poétique est extraordinairement riche, combien les vers peuvent être l’unique au-delà nécessaire.

Si la résistance face au totalitarisme nazi, qu’elle fut active ou intérieure, ne pût être qu’un impératif catégorique au sens kantien, il est néanmoins remarquable que nombre de ces poètes résistants furent des thuriféraires du communisme, au point qu’un Aragon écrivit une « Ode à Staline ». Résister, et aujourd’hui se parer d’une telle noblesse, n’est pas être borgne en pratiquant la servitude volontaire, la tyrannie agissante au service d’un autre totalitarisme auquel l’Histoire n’a pas opposé de procès de Nuremberg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Longuement méconnue, soudain redécouverte, Otis Kidwell Burger (1923-2021) sait résister aux sirènes délétères de la politique et des idéologies, pour leur préférer la résistance de la nature et de l’amour. Elle découvre avec ses deux jeunes enfants, au printemps 1957, une maison isolée parmi les montagnes Catskill, au nord de New York. Cette  semaine de solitude, sans électricité ni téléphone, entre prairies et forêt donne lieu à un recueil troublant, délicieux : L’Amour est une saison. Outre une nature éblouissante, c’est l’arrivée d’un couple, en particulier du mari, qui bouleverse notre poétesse ; ce qui est narré en guise de préface, par l’auteur elle-même. Un amour interdit s’épanche, se dénoue, entre extase et un départ vécu comme un deuil, cependant discret, bienveillant : « oh, continue, sans savoir, et sois libre ! »

En quarante-sept sonnets (quoiqu’ils ne se distribuent pas en quatrains et tercets), la poétesse américaine se découvre amoureuse : « c’est être informé par le feu » ; « Je t’entends comme le sang dans mon propre corps / Ou comme le vent qui souffle autour de la maison », car une relation intense se noue entre l’amour et la nature environnante, omniprésente, où « le printemps arrive toujours en crabe », alors que la demeure est déglinguée : « Cette maison est remplie d’esprits interrompus ; / Les livres d’un mort entassés dans une pièce poussiéreuse ».

Le pudique récit du coup de foudre amoureux et de son sillage empruntent des voies métaphoriques inouïes : «  Tous les amours surgissent / De racines trop cachées et tortueuses ». Le lyrisme en devient incandescent : « 

« Oh, ne laisse pas le pouvoir et la mortalité de l’amour

Etre écrasés sous la multitude des mondes, des étoiles,

Et des êtres hypothétiques dans les cieux ».

Debout devant la vie, sans le moindre sentimentalisme, Otis Kidwell Burger interroge et résout l’éternel mystère de l’amour en son recueil à la beauté poignante :

« car quelle colombe

Dans sa délicate loyauté, a jamais entendu

Ce qui, pour l’innocence ailée, est véritablement faux ;

L’amer bestiaire des fautes de l’amour ».

L’on aimerait avoir écrit de tels vers. Même si l’on peut regretter que ce recueil ne soit pas bilingue, il a le bonheur de se découvrir digne des rayons de notre intime bibliothèque. Et, parfois, l’on devine une filiation secrète avec les Sonnets de Shakespeare, jusque dans les dernier vers : « Oh, Temps / Porte moi délicatement ; moi qui un jour ai connu / Ton énigme et ta promesse tout au fond de mes os ». L’on aimerait également lire son Cats, Loves & Other Surprises[7]

Dans la même collection, joliment nommée « le don des nues », Tony Durand imagine Devenir chevreuil. Grâce à une osmose fantastique il devient un jeune cervidé dans une nature exubérante, lui-même étant animé d’une belle vivacité musculaire et poétique…

 

Quoique Otis Kidwell Burger partage avec Roberto Juarroz une saine indifférence à la politique, du moins dans ce recueil, et avec des moyens poétiques fort différents, il s’agit du droit naturel à la liberté créative, amoureuse, métaphysique. La priorité de la politique ne devrait-elle pas être la capacité à protéger le droit à la solitude, à la créativité, à des activités aussi peu engagées que la poésie ? En ce sens cette dernière est l’engagement ultime.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Roberto Juarroz : Poésie et création, José Corti, 2010, p 30.

[3] Roberto Juarroz : Poésie et création, ibidem, p 45.

[4] Roberto Juarroz : Poésie et création, ibidem, p 48.

[7] Otis Kidwell Burger : Cats, Loves & Other Surprises, Nirala Series, 2017.

 

Monte Elmo, Inichen / Sans Candido, Südtirol.

Photo : T. Guinhut

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 18:37

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Retour du lyrisme

& nouvelle poésie rimbaldienne :

Nathalie Riera, Sanda Voïca,

Jacques Viallebesset, Grégory Rateau.

 

 

Nathalie Riera : Paysages d’été, LansKine, 2013, 112 p, 14 €.

 

Nathalie Riera : Instantanés des géographies de l’amour,

Les carnets d’Eucharis, 36 p, 2020.

 

Sanda Voïca : Epopopoèmémés, Impeccables, 2015, 136 p, 22 €.

 

Jacques Viallebesset, Claude Legrand :

Le Plain chant des hautes terres, Le Nouvel Athanor, 2019, 72 p, 23 €.

 

Grégory Rateau : Conspiration du réel,

Editions Unicité, 2022, 82 p, 13 €.

 

 

Sur un réel plus souvent gris qu’à son tour, les mots du poème se posent comme pétales de couleurs éphémères. Ce serait ouvrir la boite à poudre de la poésie que d’écrire avec soin et sens de la métaphore pour enjoliver et baroquiser le monde. Et Puisque Beauté il y a, le recours au lyrisme se fait non seulement nécessaire, mais vital. C’était le titre d’un précédent recueil de Nathalie Riera[1], et ses Paysages d’été ne démentent en rien cet engagement inaugural. L’enthousiasme amoureux qui se dégage de ces poèmes trouve un écho décalé dans l’enthousiasme inquiet qui parcourt et assure le poème-journal de Sanda Voïca en ses Epopopoèmémés. Deux voix, un bain sans complexe dans le flot du lyrisme, une application forcenée, quoique non sans humour, à écrire et vivre le poème. Aux voix  poétiques bruissantes de par le monde des auteurs, ces derniers rendent aimablement hommage au modeste critique en lui envoyant leurs récentes parutions, parmi lesquelles il lui faut également rendre justice. Ainsi le régionalisme lyrique de Jacques Viallebesset emprunte son souffle aux paysages des « hautes terres » ; ainsi la Conspiration du réel de Grégory Rateau semble s’attaquer à l’idéal…

 

L’apparente platitude du titre de Nathalie Riera pourrait laisser imaginer qu’elle va consacrer une ode convenue aux paysages lumineux de Provence, où elle est née en 1966 : Paysages d’été, dit-elle. Pourtant, celle qui anime la revue Les Carnets d’Eucharis, placée sous le signe de la nymphe de Rimbaud[2], fait exploser une lave lyrique et de beauté, qui serait insoutenable pour ceux, trop nombreux, qui ont définitivement chassé de la poésie ces concepts, leur préférant les objets du quotidien et la déréliction.

Dès les premiers versets, un érotisme solaire, impétueux, se déploie, tout en « tremblement de la jupe imprégnée de vous ». Sans la moindre ombre de gauloiserie ou de vulgarité - fallait-il le noter ? - le bonheur amoureux, celui qui veut « voir jouir tes lèvres », s’exalte en une relation étroite entre l’éros et l’écriture : « sur la feuille à voix basse dans le calme de la chambre le mot tremblement le mot tendrement et dans la foulée une profonde pénombre où ne cesser de t’être délicieuse ». Ou encore : « les mains sur la page blanche sous la jupe sans mots la peau et la langue ».

Nathalie Riera, quoique dans un texte qui présente toutes les apparence du genre poétique, se situe « dans la pénombre du roman ». Il y a là, comme chez Roland Barthes, dans sa Préparation du roman[3], une tentation de réagir à l’afflux sensoriel et sentimental par le passage au continuum de la narration romanesque, à sa totalité construite. Pourtant ne reste que ce désir, cet élan, parmi les archipels chaleureux de la pulsion incantatoire.

Qu’importe alors si cette rencontre amoureuse n’est que fugitive, n’est que « l’or de la fable ». Ce pourquoi elle cite l’auteur de cette cinématographique machine à illusion qui est L’Invention de Morel de Bioy Casarès[4]. De même, elle ne craint pas de faire allusion à celles qui l’inspirent, de la photographe Martine Franck à la romancière Nathalie Sarraute.

Ce qui frappe dans le lyrisme prodigieusement assumé de Nathalie Riera, c’est, au contraire de la vogue et de la pose de la déréliction, l’accent mis sur la joie : « me taire de joie m’enduire de joie ». Mais aussi  inséparablement sur l’éblouissement sensuel. C’est en conséquence le refus de l’ostinato, trop distendu par l’habitude, de l’austérité et de la mélancolie, qui est devenu un cliché de trop de poètes contemporains. Ne veut-elle pas « s’arracher des élégies » ? Mieux, « en elle rien de noué ou de navré aux ailes ». Tout ce recueil, qui, non ponctué, a pour seule ponctuation celle du souffle, est une « terre fraîche pour l’irréductible poème, pour le roman de ce qui est vécu pour l’insaisissable désirable ». Il se conclue sur la délicieuse « cicatrice du trouble » qui a su marquer le papier d’une mémoire à vif : celle de la beauté du vivre… Le choix éthique est en cohérence avec le choix esthétique.

Dans la continuité de ce lyrisme intense, les Instantanés des géographies de l’amour ont quelque chose de plus torrentiel, voire baroque. Bien que placé sous l’autorité d’un vers de Pétrarque à l’épigraphe, ce n’est pas un recueil de sonnets, mais des poèmes en prose : « L’œil photographique pour rendre grâce. Le corps même de ce que je suis, un détroit d’ombre et de lumière sur la chair franchie, affranchie jusqu’au secret d’une pierre de lune. Ne meurent pas les images, j’entends d’elles encore leur musique, des éclats dedans nos yeux ». Parfois Nathalie Riera préfère les versets, les vers libres, où chanter « les corps tigrés de secrets qui se courtisent ». En un vert livret qu’il faut goûter, elle offre au lecteur enchanté et à profusion « des essaims de phrases qui butinaient la mélisse ». Encore une fois, et nous ne nous en plaindrons pas, l’amour est une éthique sensuelle : « La violette ou la rose ou l’iris se rappeler l’amour un long poème sa terre de bruyère ou corne en forme de lyre ou cachemire ». Comment ne pas aimer une telle ode à la profusion de la vie ?

 

 

Peut-être découragent pour le lecteur, le titre volontairement alambiqué choisi par Sanda Voïca, Epopopoèmémés, dit pourtant assez la rencontre entre l’épopée et les poèmes jouant avec l’onomatopée et la puérilité sans complexe, dont la singularité et la modestie quotidienne contredisent avec ironie le genre a priori grandiose qui fit le bonheur d’Homère. C’est bien cependant un combat de l’écriture poétique contre la banalité des jours. Il s’agit alors de tout écrire, jour à jour, de le faire advenir dans la grande forme du poème, quoique sans cesse contrariée, nourrie, par le quotidien du monde qui l’entoure, de le ranimer par l’humour, le calembour et la distanciation : « Ce poème est ma prose de la journée. / Et sa poésie ? / Qui me la montrera ? »  Ce sont 37 poèmes, entre vers libres et versets, irradiant les marques à la fois d’un autoportrait mental, culturel, voire charnel, et d’une ouverture sur le monde contemporain. La comparaison entre la « bibliothèque de l’Est » et celle de l’Ouest », où « la guerre froide se reproduisait », est à cet égard parlante, puisque Sanda Voïca est née roumaine en 1962, alors qu’après avoir publié un recueil à Bucarest, elle s’empare de la langue française, en 1999, à son arrivée en France, pour y manifester sa maîtrise, son aisance ; ce que la directrice de la revue Paysages écrits appelle : « la révolution de ma propre planète ».

L’on trouve de tout parmi les vers facétieux de Sanda Voïca, genre du journal oblige : un chat, le café, sa fille Clara, les résonnances de ses lectures, entre Beckett et Michaux, entre Nietzsche et l’Evangile de Marc, Nabokov et Jouffroy, mais aussi l’irruption de la vision : « Mes papillons sont les voix et les images qui volent vers moi ». L’air de rien, avec un air mutin, s’ouvre comme une perspective métaphysique : « Il y a un essentiel même de l’inessentiel - comme l’essence de poires, hier soir : essentielle pour moi ». Parfois cependant, le pathétique pointe : « Je suis blessée et plus ou moins guérie par la même flèche : celle de la langue de mes écrits ».

En quoi Sanda Voïca est-elle lyrique, par instant élégiaque ? Parce qu’elle accueille les vies offertes par la vie, parce que malgré les déboires, la difficulté à se vivre en poésie, elle les chante : « ma vie toujours ouverte, béante »… Il est toujours l’heure de « traire le silence », en cet anti-manuel d’écriture : « Plusieurs jours que mon état d’âme m’empêche de coller à mes mots, / Que, orphelines, mes paroles ont été abritées dans les tentes du vent - / Dans le camp du drap d’or, peut-être, mais sans moi. »

Il est évident que Nathalie Riera est plus intensément lyrique que Sanda Voïca. Cependant cette dernière, et non la moindre, sait insuffler et voir en ses carnets quotidiens les cristaux du lyrisme. Il y a bien un engagement profond, quoique divers, chez ces deux poètes : pas cet engagement dévoyé dans les chaînes d’une idéologie politique, mais un engagement pour les plus modestes et les plus intenses dramaturgies de l’amour, de la joie, de l’écriture par-dessus tout, pour les conserver, les transcender peut-être ; ainsi est légitimée la nécessité de la poésie. À ces instances, la vie vaut d’être autant vécue qu’écrite…

 

 

C’est avec le concours du peintre Claude Legrand que Jacques Viallebesset publie Le Plain chant des hautes terres. À la vigueur parfois rude des paysages du Cézallier, entre Cantal et Puy de Dôme, il faut l’accord du verbe et de la peinture, emportée, lyrique, colorée, à la limite du réalisme et de l’abstraction, voire lointaine parente de Zao Wou-Ki[5]. Une démarche et une esthétique  semblables animent par ailleurs José Carralero lorsqu’il illustre le recueil classique du poète Antonio Machado (1907-1917), Campos de Castilla[6], consacré aux plateaux du centre de l’Espagne. Ce qui donne dans « Terres de Soria » : « Mais si vous grimpez sur une colline et que du haut / Des pics où habite l’aigle vous regardez les champs / Tout n’est que chatoiement de carmin et d’acier, / Plaines couleur de plomb, mamelons argentés / Cernés de montagnes violettes, / Aux cimes enneigées de rose[7] ».

Un vent de vigueur passe des couleurs aux mots de Jacques Viallebesset, non sans la dimension musicale suggérée par le titre : Le Plain chant des hautes terres, en une habile synesthésie. Quand la peinture est alchimie et calligraphie, l’écriture est écoute du ciel venteux et des plateaux bosselés que pâturent les bêtes lorsque les neiges ne les blanchissent pas. De telles « pérégrinations » ont quelque chose de démiurgique : « Marcher d’un pas à faire naître la terre / Dans quelques arpents d’imaginaire / Ces étendues bleues comme faïences lointaines ». L’on devine une parenté secrète avec la poésie chinoise, voire le haïku japonais. De toutes évidence, sur cette « haute solitude », c’est là qu’il faut trouver les « chemins de soi ».

Entre « le village enchanté » et « le silence du vallon », la quête des sensations est propice à l’irruption de l’imaginaire, à la création poétique, là où le « palimpseste » est celui du jour qui efface et réécrit par-dessus le précédent : « Chaque coucher le vent efface / Sur l’ardoise magique du ciel / L’énigmatique calligraphie / Tracée par les branches des arbres ». L’espace est à déchiffrer, lire comme le texte de la création qui gît dans « la tourbe originelle ». De même « le limon des nuages et l’humus des cœurs » associés sont le signe d’une osmose entre l’homme et la nature : « J’habite vivant un pays vert qui m’habite ». En cet ici-bas qui est un « Ici-haut », un tel « chant du monde » est jubilatoire. Outre le talent de la description paysagère, ou de la topographie pour employer un terme rhétorique, ce recueil dévoile un art poétique.

Les vers libres non rimés de l’auteur, que l’on imagine marchant le carnet à la main, tournoient autour du fantôme de l’alexandrin, rarement ponctués ; ses distiques, quatrains et tercets ont le rythme des pas de grande ampleur dans le hors sentiers de l’espace. Ainsi le recueil de Jacques Viallebesset, dont le lyrisme est sans mièvrerie aucune, est empreint d’une belle dimension postromantique, au sens d’une relation étroite et passionnée avec la nature sauvage et le cosmos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’il soit platonicien ou domestique, voire politique, l’idéal lutte contre ce dont Grégory Rateau a fait son titre : Conspiration du réel. Bien que rimbaldienne (« Pour qui parle le poète ? »), l’écriture est résolument contemporaine. Elle évoque, elle rêve, elle claque. Entre exaltation et désert de nos cités, où rôde la solitude, le verbe est empreint par une vie vécue, tatoué sur le corps autant que dans la psyché. Souffrance, solitude, main tendue, désarroi du monde alentour, tout conspire à inspirer une voyance poétique :

 

« Plus de courant

plus de divertissement

des natures mortes ici et là

ça grouille dans tous les coins

l’angoisse sur une corde à linge

l’ennui

le rien

Je saisis mon briquet

la flamme s’étire lentement

se prosterne devant mon ombre orgueilleuse

la pièce est prise de délires

on ne peut plus l’arrêter

La Camera obscura

se déploie par-delà ma rétine

 

Je dois absolument calligraphier dans l'urgence

en simple exécutant

je suis le passeur

des non-civilisations à venir

 

« Une vieille plume traîne dans un tiroir

un peu de salive

de l’encre injectée

et la voici qui exulte

qui pénètre la page

s’incurve dans sa blancheur

Image du monde inversée

frustrations

souvenir d’une existence

entièrement déréglée

par la lumière bleutée des algorithmes

Dépendance volatile

altération de tout

du Je

Un vaste réseau fantôme aux ramifications profondes

relié aux quatre coins du monde

à rejouer sans cesse les mêmes notes privées de musique

jusqu’à cette libération honteuse

Retour à cet anonymat définitif »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré l’étreinte d’un monde souvent décevant, voire inculte, « les mots coulent comme une étreinte ». Grégory Rateau, né en 1984, ne cherche pas l’originalité pour l’originalité, mais il atteint une réelle authenticité. Dans un poème appelé « Bucarest », capitale où il vit, les « gloires statufiés » côtoient les « aigreurs bureaucratiques », aux accents de satire. Comme lorsqu’il pointe des « vies alignées / verticalité de bâtons de chaises ». Aux îles d’Aran, il trouve la « surdité de la roche », dans « Ma banlieue », le « Pôle nord parisien », à Beyrouth sont « les appartements traversés de part en part / éclats de balles », à Katmandou il « hume la cendre des envolés ». Le voyage géographique, souvent décevant, voire tragique, est un voyage mental, dont seul surgit le « poème païen », à la lumière grise du vers, qui veut se « dresser face au réel ».

 

Avec le concours de ces quatre poètes bien divers, nous aurons collectionné des esthétiques poétiques : attitudes devant la vie, actives et contemplatives, joyeuses et mélancoliques, écritures caressantes et lyriques, abruptes et baroques… Nul doute qu’associés dans une boite bibliothèque, il se ferait un bruit de soie et de bric-à-brac, de sensations, de fantasmes et de souvenirs, soit l’étonnante constellation du son poétique…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Nathalie Riera : Puisque beauté il y a, LansKine, 2010.

[2] « Puis dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps. » « Après le déluge, Arthur Rimbaud : Les Illuminations, Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, 2009, p 289.

[3] Roland Barthes : La Préparation du roman I et II, Seuil IMEC, 2003.

[4] Adolfo Bioy Casares : L’Invention de Morel, Robert Laffont, 1952.

[6] Antonio Machado : Campos de Castilla, Reino de Cordelia, 2021.

[7] Traduit par Sylvie Sésé-Léger et Bernard Sésé, Anthologie bilingue de la poésie espagnole, Gallimard, La Pléiade, 1995, p 585.

 

Saccourvielle, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 09:15

 

Bois de Saint-Benoit, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Philippe Jaccottet

ou les derniers recueils de l’inquiète beauté :

Le Dernier livre de Madrigaux,

La Clarté Notre-Dame.

 

 

 

Philippe Jaccottet : Le Denier livre de Madrigaux,

Gallimard, 2021, 48 p, 9 €.

 

Philippe Jaccottet : La Clarté Notre-Dame,

Gallimard, 2021, 48 p, 10 €.

 

 

 

La disparition de l’homme est encore l’apparition du poème. D’abord parce que le 24 février dernier Philippe Jaccottet a rejoint la tombe, ensuite parce que deux recueils posthumes viennent nous enchanter, et surtout parce que la poésie garde sans cesse, à chaque fois qu’une page ouvre, son « cahier de verdure », et le pouvoir de vivre dans ses mots. De La Clarté Notre-Dame au Dernier livre des madrigaux, l’écriture conserve sa finesse translucide, non sans ombres orphiques.

 

Inactuelle, intemporelle, la poésie de Philippe Jaccottet trouve refuge dans la lecture, et son corollaire la traduction, dans la musique et dans une nature qui ne se range sous aucun drapeau, qu’il soit romantique ou écologiste. De modestes éblouissements, comme des aquarelles verbales, parcourent le Cahier de verdure ou Le Verger, ce depuis son premier recueil d’importance, L’Effraie, paru en 1953.

La conscience de l’impuissance de la littérature n’empêche pas son développement, comme celui d’un enfant destiné à grandir. Pourtant, dès son Requiem de 1947, dont il condamnait l’emphase et qu’il consentit néanmoins à voir publier en appendice du volume de La Pléiade[1], face à des photographies de maquisards abattus par les Nazis, il n’a pu que pleurer ceux qui n’ont pu atteindre la maturité, fauchés par la violence du monde, par les balles du totalitarisme.

Reste en dépit du mal une « lumière terrestre » à célébrer. Ainsi La Clarté Notre-Dame confronte une délicieuse promenade et l’évocation d’un journaliste emprisonné à Damas qui entend les cris des torturés : « J’ai pensé aussitôt que je ne pourrais jamais chasser cette scène de mon esprit, et qu’elle était de nature à saper tout ce que j’avais pu et pourrais encore essayer d’édifier à la gloire de cette lumière terrestre que j’avais eu la chance, indue, sûrement indue, de recevoir en partage ». L’écriture est alors une conjuration, un exorcisme, comme celle exercée par la « clarté » de l’école de Notre-Dame, cette esthétique musicale de la fin du XI° siècle, dans laquelle s’illustrèrent les voix religieuses et transcendantes et résonantes du « Viderunt omnes » de Perotin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on ne sait dans quelle mesure Philippe Jaccottet fait allusion à cette dernière musique, c’est de toute évidence plus explicitement qu’il titre un recueil Le Dernier livre de Madrigaux, nommant en outre Monteverdi (1567-1643) en ces vers. Il fut en effet le génial madrigaliste qui inventa le « stilo concitato » (agité) en ces neuf livres de madrigaux, dont le célèbre « Combat de Tancrède et Clorinde », sans omettre les opéras, en particulier Orfeo, auquel notre poète fait écho, en évoquant l’inéluctable disparition d’Eurydice :

 

« On croirait, quand il chante, qu’il appelle une ombre

qu’il aurait entrevue un jour dans une forêt

et qu’il faudrait  fût-ce au prix de son âme, retenir :

c’est par urgence que sa voix prend feu ».

 

Tout prodige de la lyre est en effet un Orphée qui poursuit l’ombre de son Eurydice que les enfers retiennent. L’on devine également les reflets mouvants des lectures qui accompagnèrent longtemps Philippe Jaccottet : Ovide, Dante, mais surtout Hölderlin, révéré à la fin de La Clarté Notre-Dame

Une voix orphique chante « la lampe » des « cerisiers blancs », puis « le chariot » des étoiles. Le vin offert « À la beauté du monde » se voit couplé « À la douleur du monde ». Rêvant autour des jeunes filles de Dante et de Cavalcanti, il voit ses « mains tachées par l’âge », alors que menacent de sombres barques.

C’est alors qu’une mince trentaine de poèmes devient aussi vaste que les mythes et que le ciel aux constellations éparses. Le royaume des ombres est traversé en empruntant les traces d’Orphée, d’Ulysse et Pénélope, qui retisse « le tissu bleu du ciel » ; les saisons sont chargées de lumière, ce thème récurrent depuis des décennies. Tout cela illuminé par une intense musicalité, par l’afflux des couleurs : « vert cru, rose angélique et bleu d’iris ». Peut-être faut-il lire en cette esthétique une conception platonicienne : « Il est une beauté que les yeux et les mains touchent / et qui fait faire au cœur un premier degré dans le chant ». Elle s’élève dans le feu diurne des moissons, mais aussi dans l’immensité des nocturnes constellations. Elle est quelque sorte une transcendance sans dieu : « comme si / le Cygne insaisissable entrait enfin dans notre chambre / et qu’il nous eût frôlé de son regard ou de ses plumes… ».

 Il ne s’agit pas cependant d’une écriture néo-classique, mais plutôt d’effluves baroques, comme lorsque celui qui pourrait être Eros apparait en un « archer noir aux trop froides flèches ». C’est à la recherche de la beauté, la beauté poignante d’une écriture : « Mais la lumière de ma vie, oiseaux cruels, / laissez-la-moi pour éclairer novembre ».

 

Clocher de Saint-André, Niort, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

Aux vers libres du Dernier livre de Madrigaux, répondent, comme en un miroir biaisé, les proses de La Clarté Notre-Dame, écrites entre 2015 et 2020. Lors d’une promenade, une mince cloche des vêpres « à la Clarté Notre-Dame », éveille l’affut des sens et de l’intellect. Quel est ce  signal précieux de l’existence qu’il faut « garder vivant comme un oiseau dans la paume de la main », en une rare synesthésie ? Est-ce « figurer le silence », une « sorte de parole » ?

Se remémorant son Requiem de 1946, c’est en son « grand âge » que « si peu de signes du monde » l’atteignent encore, comme une évidence dont il faudrait tirer, qui sait, une résolution salvatrice. Les souvenirs affluent, depuis les montagnes de Sils-Maria et la chambre de Rainer Maria Rilke à Soglio. Nature et poésie vont la main dans la main ; cependant, bien que cette cloche soit venue d’un couvent, elle est « sans résonnance religieuse ». Reste ce qui légitime l’éphémère existence : « beauté surnaturelle », « joie ». Quoiqu’en un mouvement pendulaire ces dernières soient toujours menacées par les « plus bas cercles de l’enfer ». De surcroit viendrait-on à composer le plus beau poème « pour écran à la mort […] rien n’y ferait »…

Poétiques, ces proses crépusculaires le sont sans nul doute, malgré la méfiance envers les comparaisons, les métaphores, « le recours au « comme », l’outil presque trop empressé et quelquefois machinal des poètes ». La difficile cristallisation de l’émotion au moyen des mots et de la syntaxe, sans aucune grandiloquence, trouve une fragile acmé face à une désolante métaphysique.

Si le premier recueil vient des années quatre-vingts, son jumeau est un nouveau-né. Voilà bien une volonté délibérée de la part du poète de les livrer au dernier soir de sa vie, voire de manière posthume, en guise de mélancolique et testamentaire poétique, à tout le moins une quintessence en héritage, soit « des essaims d’anges très frêles ».

Le moins que l’on puisse est que le sentiment de finitude inéluctable traverse l’œuvre entière, comme l’ombre des orages empêche la lumière du jour, dès le recueil L’Effraie[3], en quelque sorte inaugural :

 

« Sois tranquille, cela viendra!
Tu te rapproches, tu brûles!
Car le mot qui sera à la fin du poème, plus que le premier sera proche de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche la pire soif, la douce bouche avec ses cris doux, même quand tu serres avec force le nœud de vos quatre bras pour être bien immobiles dans la brûlante obscurité de vos cheveux
elle vient,
Dieu sait par quels détours, vers vous deux, de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille, elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux
».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repensons à ce bouquet de textes critiques consacrés à la poésie française du XX° siècle, L’Entretien des muses[2] : « Jamais un livre de poèmes n'aura été pour moi objet de connaissance pure : plutôt une porte ouverte, ou entrouverte, quelquefois trop vite refermée sur plus de réalité. Tout simplement, je n'ai commencé d'écrire des chroniques que pour avoir été attiré, éclairé, nourri, par certaines œuvres ; pour m'être attristé ou indigné de les voir méconnues ; pour avoir espéré leur gagner quelques lecteurs. Aussi s'agissait-il moins, pour moi, de bâtir une œuvre critique à leur propos, que d'essayer d'ouvrir un chemin dans leur direction ; en souhaitant que ce chemin, une fois l'œuvre atteinte, fût oublié ». Or, au-delà de cette ascèse qui sait se disposer au service d’autrui, ce « plus de réalité », si il a son plus grâce la parole poétique, ne peut plus se satisfaire, malgré la nostalgie qu’elle en a, des mythes orphiques, des consolations de l’au-delà. Ainsi écrivait-il dans cet incisif recueil, À la lumière d’hiver[4]:

 

« Longuement autrefois j’ai regardé ces barques des tombeaux

pareilles à la corne de la lune.

Aujourd’hui je ne crois plus que l’âme en ait l’usage,

ni d’aucun baume, ni d’aucune carte des Enfers ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repensons à la façon dont en 1990 Philippe Jaccottet évoque, dans les proses poétiques de son Cahier de verdure[5], les pivoines : « Non qu’elles soient farouches, ou moqueuses, ou coquettes ! Elles ne veulent pas qu’on parle à leur place. Ni qu’on les couvre d’éloges, ou les compare à tout et à rien. (…) Elles habitent un autre monde en même temps que celui d’ici ; c’est pourquoi justement elles vous échappent, vous obsèdent. Comme une porte qui serait à la fois, inexplicablement, entrouverte et verrouillée ». Et, ajouterons-nous, comme celle du « blason vert et blanc » d’un petit verger de cognassiers en fleurs. Au-delà de la dévoration du temps et de la contingence, il y a une nécessité inhérente à la condition de l’homme dans le monde : « j’en viens à me demander si la chose « la plus belle », ressentie instinctivement comme telle, n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde, la traduction la plus fidèle du message qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous ; ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement, sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant ». Est-ce un écho du mythe de l’âge d’or ? De l’idylle et de la pastorale qui ont marqué l’histoire littéraire ? Ou plus exactement la responsabilité de toujours qui incombe au poète de dire l’ineffable beauté…

 

Peu après Yves Bonnefoy[6], décédé en 2016, un autre grand confiant en la tradition de la poésie nous quitte discrètement, alors qu’il semble avoir choisi pour ultimes recueils de livrer avec ceux-ci la clef labile de son esthétique, et ainsi entrouvrir une porte vers la clarté inquiète de son œuvre entière. « Ainsi ma vie, si près de s’achever, se découvrirait-elle enfin comme une apparence de sens », conclue-t-il dans La Clarté Notre-Dame, tout en observant un conditionnel. Né en 1925 en Suisse romande, vivant le plus souvent à Grignan dans la Drôme, à l’ombre séculaire de Madame de Sévigné, il avait traversé presque un siècle, dont les convulsions l’ont paradoxalement amené à l’essentiel. Il fut un traducteur scrupuleux et sensible, rien moins que du grec l’Odyssée d’Homère, en vers libres, de l’allemand L’Homme sans qualités de Robert Musil, ou La Mort à Venise de Thomas Mann, de l’italien Giuseppe Ungaretti, du russe Ossip Mandelstam[7]… Savait-il que pour bon nombre d’entre nous ses recueils ne nous quitteraient pas, qu’ils auraient un nid secret dans nos bibliothèques, qu’ils sauraient témoigner de la beauté métaphysiquement menacée du monde sensible ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Philippe Jaccottet : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 2014.

[2] Philippe Jaccottet : L’Entretien des muses, Poésie Gallimard, 2015.

[3] Philippe Jaccottet : L'Effraie. Poésie 1946-1967, Poésie Gallimard, 1971.

[4] Philippe Jaccottet : À la lumière d’hiver, Poésie Gallimard, 1994.

[5] Philippe Jaccottet : Cahier de verdure, suivi de Après beaucoup d’années, Poésie Gallimard, 1990.

[7] Voir : Pour Mandelstam ou de la poésie à Voronej

 

Bougon, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 17:53

 

Vide-greniers de Chef-Boutonne, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Quatre continents de poésie :

indienne, arabe, américaine et russe.

Amjad Nasser, Mohammed Bennis,

Beat Attitude, Karina Borowicz, Boris Ryji,

Novalis, Dana Gioia.

Suivi de : Que reste-t-il de la poésie ?

 

 

Un Feu au cœur du vent. Trésor de la poésie indienne,

divers traducteurs, Poésie Gallimard, 2019, 336 p, 8,60 €.

 

Amjad Nasser : Le Royaume d’Adam et autres poèmes,

traduit de l’arabe (Jordanie) par Antoine Jockey, Sindbad Actes Sud, 2021, 176 p, 17,50 €.

 

Mohamed Bennis : Fleuve entre des funérailles,

traduit de l’arabe (Maroc) par Mostafa Nissabouri, L’Escampette, 2003, 112 p, 15 €.

Mohamed Bennis : Vin, traduit par l'auteur et Mostafa Nissabouri, L’Escampette, 2020, 144 p, 16 €.

 

Beat Attitude. Femmes poètes de la Beat Generation,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Analisa Mari Pegrum & Sébastien Gavignet,

Bruno Doucey, 2020, 224 p, 20 €.

 

Karina Borowicz : Tomates de septembre,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Juliette Mouïren, Cheyne, 2020, 178 p, 24 €.

Boris Ryji : La Neige couvrira tout, traduit du russe par Jean-Baptiste Para, Cheyne, 2020, 96 p, 22 €.

 

Novalis : À la fin tout est poésie, traduit de l’allemand par Olivier Shefer, Allia, 2020, 272 p, 15 €.

Dana Gioia : Que reste-t-il de la poésie ?

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Renaud Toulemonde, Allia, 2021, 64 p, 6,50 €.

 

 

 

Vortex des mythes, la poésie poursuit au long de l’Histoire sa course comme l’expansion de l’univers. En tous temps et sur toutes les terres chantent les poètes. Et même si nous manque, en ces hasards de l’éditoriale actualité, l’Océanie, ce sont ici quatre continents qui viennent versifier. En une vertigineuse énumération, glissons de l’Inde immémoriale aux pays arabes, entre Jordanie et Maroc, avec Mohammed Bennis et Amjad Nasser, en passant par les Etats-Unis de la féminine Beat Generation et de Karina Borowicz, jusqu’à la Russie de Boris Ryji. Faut-il faire confiance au vœu pieux de Novalis pour qui À la fin tout est poésie ? Car si l’art du poète a pu être paré d’un rare prestige, l’on est en droit de se demander avec Dana Gioia : Que reste-t-il de la poésie ?

                                    

Un sous-continent, immense, dépassant aujourd’hui le milliard d’habitant, usant de dizaines de langues, du sanscrit à l’anglais, de l’hindi au bengali, nanti d’une Histoire plus que millénaire, ne peut qu’avoir une riche tradition poétique. C’est à une gageure que se livre l’éditeur et préfacier Zéno Bianu en présentant une anthologie forcément partielle, et cependant brillante : Un Feu au cœur du vent. Trésor de la poésie indienne.

L’on ne s’étonnera pas qu’elle commence avec un mythe de la création du monde, dans le Rig-Véda, venu d’environ 1300 avant Jésus-Christ : « L’Ordre et la Vérité sont nés / de l’Ardeur qui s’allume ». La parole poétique est une approche de l’absolu. Eveil spirituel de siècle en siècle, la poésie sait également se faire intensément charnelle : « Faites-vous une demeure soit au bord du Gange, qui lave dans ses eaux les souillures de l’âme, soit entre les seins d’une jeune femme », conseille joliment Bhartrihari au VII° siècle.

Si le poète le plus connu en notre Occident est certainement Rabindranath Tagore (1861-1941), dont les « chants sont des bancs d’algues / qui ne se sont jamais arrêtés où ils ont vu le jour », c’est là l’occasion de découvertes lyriques étonnantes. Lisons Lokenath Bhattacharya (1927-2001) : « Depuis que j’ai posé ma main sur toi, comment pourrais-tu éviter d’être l’aimée, la rivière de la confluence ? ». À Lalan Fakir (1774-1890), qui sait que « le même jeu cosmique se joue dans le corps humain », répond en visionnaire celui qui connait « le moment de la conflagration décisive du temps », Ayyappa Paniker (1930-2006). Plus près de nous, Pritish Nandy (né en 1951) confie : « tout ce que j’aime rencontre le brutal anonymat de la mort », en un tragique aphorisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les quatrièmes de couvertures sont trop souvent dithyrambiques. Mais dans le cas d’Amjad Nasser (1955-2019), Jordanien passant pour « l’une des voix les plus originales de la poésie arabe contemporaine », il faut consentir à s’incliner face à cette création adamique. En une anthologie intelligemment mise au point et traduite avec souffle par Antoine Jockey, ce ne sont pas seulement des thématiques arabes traditionnelles qui affleurent, mais plus largement universelles. De la création d’Adam à la ville de New York, mythe et Histoire se télescopent, en passant par la prise de Grenade et le mythe de Faust. Car il s’agit d’ « Ôter le monstre qui gît dans la cage thoracique des fils d’Adam », de dénoncer « Après le 11 septembre […] l’année des faux prophètes et de leurs versets sataniques ».

Parfois l’art de la profuse énumération a quelque chose de borgésien : « Un jour je fus cette feuille qui tombe lentement, […] La rose qui s’est dénigrée lorsque l’automne l’a offerte / À son inspiratrice rousse, / Le tigre qui se croit libre alors qu’il est dans un enclos ». C’est là le premier poème du volume qui musarde parmi neuf recueils, et qui est l’un des derniers écrits, car cette anthologie inverse l’ordre chronologique, pour retrouver les « Louanges pour un autre café », de 1979.

Le plus souvent en vers libres, parfois en prose, cette poésie fait feu de tout genre : dialogue philosophique, récit, élégie, « éloge du nombril », engagement politique humaniste, et « Conversation ordinaire sur le cancer », car le poète est hélas mort d’un cancer au cerveau… En « langue méditerranéenne » ce recueil d’un « prophète sans religion ni adeptes » prend l’espace et la condition humaine à bras-le-corps. Comme « la nuit des voyageurs », il est « un manteau de regrets argentés ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Loin de la Jordanie, et néanmoins parlant également arabe, la poésie de Mohammed Bennis (né en 1948) s’épanouit depuis le Maroc. Sachant qu’il a eu le soin de traduire Yves Bonnefoy[1], l’on ne se s’étonnera de la finesse de sa voix, qu’à leur tour les traducteurs ont à cœur de restituer pour nous. Elle est Fleuve entre des funérailles, elle quête la sérénité et « Une langue / par quoi j’ai pu accéder / aux mystères d’un sanglot dans l’invisible / par quoi j’ai accueilli / ce que la combustion de la couleur rend moite dans les organes ».

La poétique de Mohammed Bennis est à la fois élégiaque et cosmogonique. Un monde disparait en ses funérailles perpétuelles, un monde coule comme un fleuve et l’écriture y est créatrice : « J’ajoute au papillon une tache supplémentaire ». La dimension géographique et fondatrice y est prégnante, car ce « fleuve » y est « négroïde », « Chaldéen » et « Berbère », humanité sans nationalisme ni fermeture.

Entre vers libres et poèmes en prose, le navigateur du fleuve de la parole laisse libre cours à une déferlante d’images de la nature, associée à un « soleil de mythes ». Démiurge, Mohammed Bennis anime ses pages d’un souffle intensément lyrique, mais aussi terriblement pathétique : « Un vent / façonne des embarcations / pour ceux qui cherchent le poème ». Sait-on cependant si, parmi « un amas de terreur », le poème peut servir de « guide » ? Car l’on peut trouver « dans chaque lettre de l’alphabet une clameur dont le plafond était fait de larmes ». Aussi, entre Nil et Euphrate, « l’encre des langues / consolide aux vaisseaux de mes doigts / la douleur de l’hémorragie »…

Et si nous avons soif d’un autre recueil de Mohammed Bennis, voici Vin, qui est en français un quasi original, puisqu’il s’est ici traduit lui-même, avec le concours de Mostafa Nissabouri. Nous naviguons au plus près de l’excès de l’ivresse : « J’efface par ivresse des pages entières de sagesse ». Mais aussi de la qualité de l’inspiration. Car il n’est pas impossible que ce vin, « gisement de rubis », soit la métaphore de l’aimée et de la poésie : « trempe / mes membres / d’amour », réclame-t-il. Si ce Vin, qui rêve une « Andalousie » fantasmatique, n’a pas, nous semble-t-il, l’immensité et la subtilité du précédent recueil, l’on y découvre de belles braises quand « la terre est branchage de sang / au gosier »…

  

Quittons les théâtres méditerranéens aux accents immémoriaux pour des confins aux charnières d’une modernité insolente, celle de la Beat Generation américaine, et plus précisément, en son versant un tant soit peu occulté, des femmes poètes de la Beat Attitude. Car au-delà des maîtres fondateurs que furent Allen Ginsberg et Jack Kerouac dans les années cinquante, ces dames ont arraché leur liberté d’agir et d’écrire : elles s’appellent Diane di Prima, Hettie Jones, Denise Lervertov ou Anne Walman. L’errance du voyage, les musiques ardentes, l’attrait du bouddhisme et les drogues psychédéliques, voilà qui n’est pas un terrain de chasse exclusivement mâle, sans compter la revendication de l’avortement.

Si cette anthologie fut d’abord publiée en 2018, il faut sans regret en oublier la première édition, tant celle-ci se voit incendiée avec l’inédit The Love Book et par les soins intensément érotiques de Lenore Kandel. L’on devine que cette petite dizaine de pages fut condamnée pour obscénité en 1966. Pourtant quelle belle énergie en ce que l’appela une « pornographie hardcore » : « Ta bite s’élève et palpite dans mes mains / une révélation / comme en vécut Aphrodite ». Un tel amour est celui du « désir des anges érotiques qui baisent les étoiles », d’un « ange osmotique » enfin.

Cette poursuite de la liberté sexuelle est également le moteur d’Elise Cowen : « Je voulais une chatte de plaisir doré / plus pure que l’héroïne ». Femmes, elles chantent la « louange de mon mari » ou leurs « règles », comme Diane de Prima, mais aussi la difficulté de la condition féminine, par les voix d’Hettie Jones et Joanne Kyger. Cependant malgré l’éclatement des sensations, des choses vues et des idées en vers libres, cela reste trop souvent prosaïque, et marqué au coin d’une naïve utopie, proclamant avec Mary Norbert Körte : « l’avènement de l’amour ». Aussi, non sans ironie, Janine Pommy Vega dénonce la « tyrannie des poètes rassemblés ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus récente et venue de la côte est, l’Américaine Karina Borowicz (née au milieu des années soixante) aime les intersaisons, celle des Tomates de septembre. En vers libres non ponctués, c’est une poésie du regard, à l’affut des vies cachées, des détails et des signes, comme ce « tout petit globe d’eau qui hésite/ au bout du robinet ». Le poème inaugural examine avec soin et tendresse ces « plants de tomates en fin de vie », alors qu’en toute discrétion affleure une dimension métaphysique. Sans rien de bruyant ni de grandiloquent, le verbe est toute délicatesse et tendresse envers les choses et les êtres, telles ces veuves de marins aux « tresses d’argent ». La nature n’est pas chez elle un thème désuet, abeilles et hibou participent du mystère de la vie, quand « nous sommes en quête de n’importe / quel vestige de sacré ». Tout est prétexte à la méditation, du « cercle de feu » sur la gazinière, en passant par « le visage du pain » ou un scarabée, jusqu’aux outils, provocant l’interrogation : « Poussière humaine / pourquoi as-tu erré si loin ? » Par instants la poétesse glisse à la lisière du fantastique, avec une « chemise blanche [qui] va lentement / mourir de faim dans le placard noir / ayant cessé d’être nourrie/ par la chaleur de ses poignets ». Aussi l’on ne s’étonnera pas qu’elle rende hommage à Emily Dickinson[2] en visitant sa maison, mais également celle de Marina Tsvetaeva[3]. L’émotion est si labile, si prégnante lors de l’élégie et lorsqu’elle a peur « que le rouge parfait / qui fleurit quand je me souviens de toi n’ait perdu / la force d’apparaître au monde ».  Parfois le poème, si souvent descriptif, passe par une « Harde de chevaux au pinceau et à l’encre », venue de la grotte de Lascaux, pour confronter l’art de l’écriture à celui de la peinture.

Nous ne refermons ce beau recueil, si sensible, qu’à regret, pour le rouvrir…

Restons avec le même éditeur, Cheyne, qui est à la poésie un continent à lui seul, grâce à son bouillant catalogue et ces livres bilingues soigneusement édités, pour traverser les continents jusqu’en Russie, où d’ailleurs Karina Borowicz a un temps résidé.

La vie brève de Boris Ryji, né en 1974 dans l’Oural, n’a couru que vingt-six ans. Voici une inédite anthologie, intitulée La Neige couvrira tout, de ce Rimbaud russe, qui connut une enfance néanmoins heureuse sous la chape de plomb du communisme, monde auquel il était adapté, et une jeunesse entravée au cours de laquelle sa ville de Sverdlovsk était sous la coupe de la mafia locale. La tragédie poétique de celui qui fut également champion de boxe junior semble préparer un destin tout aussi tragique après le paradis perdu de l’enfance : « Lourde est ma dette envers la vie. / La mort seule est silence et générosité ». Le suicide a brisé l’espoir de nouveaux recueils. La nostalgie, la description d’un milieu urbain et de ses travailleurs, car « la Russie est un vieux cinéma », permettent d’éclairer un passé à rédimer, là où « l’art avait la même tendresse ». En ce sens la mission du poète doit également se dépasser : « Ils brilleront d’un lustre paneuropéen / les mots du poète transasiatique, / j’oublierai la magie de Sverdlovsk / et la cour d’école du quartier prolétaire. » Il n’en reste pas moins que ce serait réducteur de le qualifier de poète prolétarien, à la mode désuète de l’idéologie soviétique. Cet héritier de Pouchkine sait que « quand meurent les fontaines / il est d’usage de pleurer ». Lui qui se demandait : « Sur quoi les pierres grises font elles silence ? », conserve cependant un art poétique : « La pensée, transfigurée en statue, est redevenu pensée ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il semblerait alors que selon le vœu de Novalis, À la fin tout devient poésie. C’est le titre qu’a choisi de donner l’éditeur à ces magnifiques manuscrits posthumes, venus des années 1799 et 1800.  Sa vie également brève, de 1772 à 1801, fut cependant toute entière poétique, quoiqu’il fut également philosophe et minéralogiste, ce qu’il n’estimait en rien contradictoire. En fanal du romantisme allemand, il prétendait que « la mort est le principe romantisant de notre vie », et même « mourir joyeux » de cette tuberculose qui tua également la jeune Sophie qu’il aimait.

Ce recueil est constellé de fragments philosophiques, religieux, scientifiques et médicaux, de notes pour la « fleur bleue » de son roman Heinrich von Ofterdingen, d’aphorismes et autres « semences littéraires » ; comme celle-ci : « Un roman doit être poésie de part en part [comme si] s’éveillait en nous le sens juste du monde ». Or il y a pour Novalis, idéaliste invétéré, une « prose proprement romantique - suprêmement changeante - merveilleuse tournures étranges - sauts brusques - entièrement dramatique ». L’art d’écrire n’a qu’une volonté qui vaille : « Il est parfaitement compréhensible qu’à la fin tout devienne poésie - Le monde ne devient-il pas au final âme ? » S’il n’est pas certain que nous croyions encore à l’âme, croirons-nous en la poésie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivre en poésie tient cependant de la gageure. D’autant s’il s’agit d’être professeur en la matière, dénonce avec verdeur Dana Gioia, poète également, né en 1950, en jetant son pamphlet à la face de l’institution américaine : Que reste-t-il de la poésie ? La question est rhétorique : autrement dit, rien. L’on est en 1991 aux Etats-Unis arrivé à une professionnalisation de la chose. Du point de vue de la sécurité pécuniaire, l’enseigner à l’université et animer des ateliers d’écriture est certes un bien ; mais un mal si la presque sinécure devient le havre du consensus en termes d’esthétique. Dana Gioia dénonce une discipline qui est « l’apanage d’une coterie », car « plusieurs décennies de subventions publiques et privées ont créé un entre-soi littéraire ». Le vase-clos entraîne la disparition de l’actualité poétique, le vers n’est plus que petitement lyrique et a presque disparu au profit de la prose. La poésie a « perdu son universalité », elle est « au rebut de la culture », au risque de voir mourir la littérature et la nation avec elle…

Que faire ? Dana Gioia propose quelques pistes : lors des soirées, les poètes devront lire les œuvres d’autres artistes, et les ouvrir à d’autres arts, n’inclure en des anthologies « que des poèmes qu’ils admirent vraiment », utiliser la radio, surtout, « quitter l’ennuyeuse salle de classe » et « jeter au feu les conventions mortifères qui nous encerclent pour voir renaître de ses cendres la poésie éternelle, immortel phénix aux plumes d’encre ». S’il nous arrive avec trente ans de retard, ce bref et vigoureux pamphlet n’a rien perdu de son actualité, au contraire. Il est cependant plus criant que jamais, aux Etats-Unis, voire en France, dans la mesure où le politiquement correct et la « cancel culture », soit l’élimination de tout propos non conforme à une doxa politique, antiraciste, féministe, gay, transgenre, décoloniale[4] et tutti quanti, arase la liberté d’expression, a fortiori, on l’imagine, poétique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Trésor de la poésie indienne a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2020,

Celle sur Amjad Nasser, février 2021

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 15:59

 

Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Objectivisme et Format américain,

 

ou la poésie de William Carlos Williams,

 

E. E. Cummings, George Oppen,

 

Ron Padgett, Rosmarie Waldrop.

 

 

 

William Carlos Williams : Paterson,

traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2005, 272 p, 20 €.

 

Edward Estlin Cummings : Poèmes choisis, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Robert Davreu, José Corti, 2004, 272 p, 20 €.

 

George Oppen : Poésie complètes, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2011, 352 p, 23 €.

 

George Oppen : Poèmes retrouvés, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2019, 160 p, 19 €.

 

Ron Padgett : On ne sait jamais, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Claire Guillot, Joca seria, 2012, 112 p, 15 €.

 

Format américain, sous la direction de Juliette Valéry,

Editions de l’Attente, 2021, 1120 p, 39 €.

 

 

 

 

 

      Comment conduire les mots vers les choses ? Et les choses vers les mots ? Les poètes objectivistes américains ont résolu ces interrogations à leur manière audacieuse et moderniste. Quoiqu’ils prétendent également à la réalité des choses indépendamment du regard, l’on ne confondra pas l'objectivisme philosophique développée par Ayn Rand[1] qui couvre les domaines de l'épistémologie, de la métaphysique, de l'éthique, de la politique et de l’esthétique, avec l’objectivisme poétique qui se veut une forme d'effacement du poète derrière des créations ayant pour ambition de donner accès objectivement au réel, tout en se démarquant du lyrisme. Les maîtres fondateurs, à la suite de l’imagisme d’Ezra Pound[2] (du moins avant les Cantos) sont, outre Louis Zukofski et Charles Reznikoff, William Carlos William, qui lança le mouvement à New-York en 1931, et dont Paterson est l’œuvre iconique. Parmi eux, si l’on excepte Edward Estlin Cummings qui fait un peu cavalier seul, George Oppen est loin d’être un épigone. Sans compter le plus récent Ron Padgett qui fréquente le sillage de l’objectivisme en interrogeant la finitude. Mais au-delà du seul objectivisme, voici un monstre magnifique au Format américain, soit plus de mille pages au service d’une cinquantaine de poètes à la recherche de voies inédites !

 

      Plutôt que l’épopée homérique, William Carlos Williams (1883-1963) a choisi celle d’une ville. Comme d’autres écrivent leur Grand Roman Américain[3], il écrit son Grand Poème Américain, près d’un siècle après le romantisme de Whitman[4], soit entre 1946 et 1958. Il a hérité sa méthode des peintres cubistes et du romancier John Dos Passos, dont l’esthétique du collage a nourri sa poétique ; mais aussi de l’influence de James Joyce qui mit sa ville en scène dans Ulysse. Ce médecin des corps fut également l’Orphée de la ville du New-Jersey à laquelle Paterson emprunte son titre. Le vaste poème, en six livres, coule comme le fleuve Passaic, dont il fait sa métaphore : « esprit / dans lequel des chutes invisibles / tombent et s’élèvent / et croulent encore ». Comme lui, il charrie vers brisés et proses enchâssées, images triviales et portraits, paysage urbain et coupures de presse, lettres privées (dont du jeune Allen Ginsberg) et rapport géologique, tout au service du portrait kaléidoscopique de sa ville, dont microcosme est le reflet du macrocosme.

      Les parties versifiées, de mètres différents, entrechoquent des scènes vues et des images glanées parmi la multiplicité de la ville. Au contraire d’une Enéide ancienne, cette épopée n’a pas de héros, mais des dizaines de figurants : « elle était habillée en homme / comme pour nous envoyer au diable ». Sans dieu ni transcendance, sa « seule vérité » se dispose sous nos yeux, avec le secours du langage, comme « une bouillie de coquilles - retrouvée dans un vieux pré dont l’histoire - dont l’histoire incomplète est celle de la mort ». Ce qui n’empêche qu’au milieu de la trivialité urbaine jaillisse la beauté : « Où réside la beauté / entre ces arbres ? / Est-elle parmi ces chiens que leurs maîtres / conduisent ici pour faire sécher leurs pelages ? » Ou encore : « Beauté, ta / belle vulgarité / dépasse toutes leurs perfections ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ses prénoms, Edward Estlin, furent abrégé en E. E. Cummings (1894-1962), comme il aimait bien casser les mots, les vers et la ponctuation, qu’elle soit noire ou blanche. Il fit un succès en publiant en 1922 L’Enorme chambrée, chronique de son incarcération en France pour pacifisme et suspicion d’espionnage. Cependant il eut bien du mal à publier et à faire apprécier ses poèmes modernistes, comme Tulipes et cheminées, puis &, avant d’accéder à la reconnaissance. S’il aime des formes plus traditionnelles comme l’acrostiche et le sonnet (l’un fait superbement parler « la Renommée » en faveur de John Keats), il jongle avec humour dans le fatras des vers et d’une syntaxe bousculés, voire en explosant les mots avec des silences ; l’on devine que le traducteur, Robert Davreu, s’est joliment coltiné le défi. En ce recueil, intitulé Poèmes choisis, à peu de choses près fidèle au Selected poems concocté par Cummings en personne, et en dépit du modernisme, il y a quelque chose d’orphique. Voilà un poète qui fait chanter le monde dans toute sa diversité, dans tout le bric-à-brac de l’univers, jusqu’à ne pas dédaigner une érotique écriture[5]. Ce sont la trivialité du quotidien et du destin, avec « deux milliards de poux du pubis dans un seul falzar (qui était mort) », ou les « Memorabilia » de Histoire et de l’art : « écoute Venise : incline la tienne oreille : vous verrerie de Murano ». Il n’hésite pas à chanter l’amour, les anges et les démons avec facétie. Et de tout cela, il ressort une utile exhortation : « Produisez vos fleurs et machineries : sculpture et prose ». D’où il ressort également que son flirt avec l’objectivisme n’oublie en rien le lyrisme : « les ombres sont des substances et les ailes sont des oiseaux ; / les au-dessous du rêve risquent les vérités des cieux »…

      Cependant, si l’on peut associer E. E. Cummings - qui, notons-le, revint d’un voyage en URSS farouchement anticommuniste -, à cet imagisme poundien qui rejetait le romantisme victorien pour privilégier la chose et l’image, sa parenté avec l’objectivisme est plus ténue, ne serait-ce que parce qu’il privilégie la sensation aux dépens des choses, alors que des auteurs comme William Carlos Williams, Louis Zukofsky, Charles Reznikoff et George Oppen en sont les acteurs privilégiés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le lyrisme est-il soluble dans les choses ? George Oppen fait en effet partie de ces poètes qui, loin d’étaler la gluance de leur sentimentalité, privilégient le regard sur le monde qui nous entoure, sur ses espaces, ses objets. Fort heureusement son objectivité de principe ne l’empêche pas, au contraire, de permettre une fragile émotion de la lyre.

      Entre 1908 et 1984, il eut une existence errante. Ce demi New-yorkais et Californien s’installe à Toulon en 1930, s’engage dans l’armée américaine en 1942 pour être grièvement blessé dans les Ardennes, est malgré cela poursuivi par le maccartisme au point de devoir s’exiler au Mexique avant de revenir aux Etats-Unis en 1962 pour engager la seconde partie de son œuvre, ramassée, précautionneuse. Sa discrétion est légendaire, sur son intimité, son fidèle sentiment pour sa femme Mary (sans le dire, il lui dédie « Les formes de l’amour »), sur son engagement communiste au cours duquel il s’obligea à un silence littéraire de vingt-cinq ans. Comme si, considérant la poésie indigne d’être prostituée à un militantisme politique, il savait quelque part son erreur : comme la Cité de Platon, l’impérialisme idéal du communisme préférait envoyer les poètes au goulag, comme le fit l’Union Soviétique de Joseph Brodsky pour « parasitisme social ».

      Fort heureusement, George Oppen s’est remis de sa mutité - au point de recevoir le Prix Pulitzer lors D’Etre en multitude - pour parler de nouveau en ses vers sans emphase de notre quotidien, des sensations modestes et radieuses, d’intenses vibrations au contact du monde, comme autant de haïku : « J’ai vu griffonnés à la craie les mots : Pose ta main sur ton cœur / Et plus loin, d’une autre écriture : / Joli Petit Cul / Et ce sont ceux qui tombent amoureux du monde / Qui vivent dans les affres de la mortalité. » Ainsi, ce sont bien les choses vues, les graffitis urbains, des images authentiquement photographiques, y compris à priori antipoétiques, l’affut sur une réalité triviale et contemporaine, qui fondent la partie réaliste de l’objectivisme.

      Si le lyrisme est le débondage parfois incontrôlé du sentiment personnel, George Oppen reste farouchement anti-lyrique. Mais s’il est révélation de son émotion, c’est  jusqu’à l’enthousiasme, quoique sans Dieu, à moins des « anges » des vitraux de Chartres, ou de « Qui, sinon la Déesse ? ». Car, devant ce que nous proposent « En ces temps disgracieux », la terre et ses habitants, il est cet émerveillement qui jaillit de l’interstice entre le regard et les objets. De cette façon notre Américain est un grand lyrique, d’autant plus que retenu, elliptique. Toujours il écrit non sans l’explosion modeste d’une interrogation métaphysique, d’une joie absolue, d’une légère plainte élégiaque, en peu de mots. Il sait trouver parmi « l’ordure », les « taudis » ces petits détails de vie qui sont tous chargés en quelque sorte de sauver le monde : c’est « la chaleur secrète de la ville », en un echo du Paterson de William Carlos Williams. À travers « la vitre du monde », se confirme son attachement aux sens, en particulier la vue, cette vision fureteuse et épiphanique qui innerve son écriture. C’est aussi « La beauté du silence », que l’on perçoit jusque dans les blancs entre ses vers. Le sens de la poésie est évidemment, chez un poète de cette envergure, sans cesse interrogé à travers « Cinq poèmes sur la poésie », ou : « Que nos mutations pourraient-elles apporter / A la chair sinon la fête ancienne du vers ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si l’on croyait tout connaître de l’œuvre, au demeurant assez mince, de George Oppen, nous voici agréablement détrompés. La redécouverte, en 2017, d’un ensemble de 21 Poems, endormi parmi les archives d’Ezra Pound, et sous ce titre publiés par New Direction, permet aux éditions Joé Corti de compléter le diptyque avec ces poèmes de jeunesse auxquels on adjoint quelque bribes éparses et surtout 26 fragments posthumes.

      Dans le corps de la femme, le poète célèbre la « Vie irrévocablement lumineuse », mais aussi, dans « un terrain vague », il note « Un compagnonnage distant, s’opposant à / Cette poussière, et une inflexible vigilance ». Bien qu’il s’agisse là de poèmes de jeunesse, c’est un peu comme s’il allait, sa vie poétique durant, suivre cette éthique programmatique. Plus tard, au début des années 1980, il persiste et signe : « Nous ne savons pas vraiment de quoi / est faite la réalité ». Tout en gardant sa modestie : « La poésie doit avoir au moins / autant de force que la musique, mais / je ne suis pas certain que cela / soit possible ». Il y a là d’incontestables réussites, comme lorsqu’il annonce : « Je rentrerai chez moi ô chez moi jusqu’à la pierre / rugueuse pour / la tourne la cadence le vers et la musique / l’essentielle ». Indubitablement, en son esthétique matérialiste et minimaliste, George Oppen écrivait « dans l’attente que / la lumière parle / du présent ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne resterait-il à la poésie qu’à ramasser la poussière ? « J’aime balayer le plancher (…) J’aime bien mon gros tas de poussière toute neuve. » confie Ron Padgett en ouvrant et refermant l’un de ses poèmes. C’est tout ? Où sont donc passées la beauté, la transcendance et la tendresse que l’on associait traditionnellement à la poésie ? Pourtant, de ses poussières, le poète américain (né en 1942) fait quelque chose de neuf. De toutes les banalités, les trivialités et les désordres minuscules du quotidien, il extrait, l’air de ne pas y toucher, de modestes et cependant parlantes épiphanies. Comme dans « la cage d’ascenseur » où se produit une sorte de miracle : « nous tombons dans l’élévation du rêve / qui inclut un oiseau mouche et Sainte Thérèse d’Avila ». Cette perception et cette écriture ont l’ambition assumée de « créer une réaction en chaîne / envoyer un amour en dents de scie à travers le monde et au-delà »…

      Les tâches répétitives, les objets d’usage commun, sont l’objet de vers libres, de petites proses qui semblent se contenter d’une qualité descriptive minimaliste. Ils sont dépourvus de toute prétention, voire affectent la plus pure simplicité. C’est lorsqu’il roule « à vélo », « laisse courir [ses] doigts » sur la table avec « un doux froufrou », ou « en rinçant la vaisselle » que de petits bonheurs le comblent. Quand, soudain, fait irruption « ce petit quelque chose d’inattendu », qui est également le credo de son atelier d’écriture. C’est le moment infime et attendu d’un questionnement métaphysique, d’autant plus efficace, « pour vivre en paix avec sa finitude ».

 

 

      Parfois, la dimension cosmique et existentielle se fait plus exigeante : « nous sommes une tornade / de tourbillons invisibles qui / tournent autour d’une statue de Giacometti. » Ou, dans une sorte d’ironie morbide et cependant critique des grands destins et des martyrs : « Il n’est pas si difficile de grimper / en haut d’une croix et des clous plantés / dans les mains et les pieds ». Ou encore, lorsqu’il rêve d’être « une jeune fille autrichienne (…) au dix-neuvième siècle », il se demande : « Mais mes arrière-petits-enfants seront-il des monstres ? ». Avec un humour plein de fraîcheur, il chante « les joies de la métaphore » en allant jusqu’à imaginer :

« Et si une métaphore vierge descendait du ciel

et se posait en douceur dans ton salon,

tourbillon changeant de tons gris et de fumée ?

Ce serait un dieu grec ! ça te ferait peur ! »

      Mais hors de ce rare moment qui bouscule notre entendement, Ron Padgett est plus mesuré dans sa rhétorique, plus ténu dans ses sensations et son intellection. Est-ce la poésie dont nous voulons toujours, dont nous avons besoin ? Passé le regret des vastes et précieuses formes, qui sait désirables et nécessaires entre toutes, de l’épopée au sonnet, faut-il se contenter des fragiles regards sur notre pauvre réel de tous les jours et de ses émotions, de ses failles où s’invite le tranquille lyrisme du bonheur ? L’acuité d’une pensée retenue, trop retenue peut-être, entre désarroi léger et cet accord avec notre terre à terre présent, sa petite sérénité métaphysique, sont-ils le contre-fa de la poésie ? Est-il possible, au-delà de l’humble sureté de l’esthétique de Ron Padgett, qui n’est pas loin du haïku, de trouver une dimension plus explosive au poème ? Qui sait si nous la trouverons dans d’autres recueils, Le Grand Quelque Chose[6] ou How to Be Perfect[7], au moins la poussière de l’explosion…

      Une fois de plus, après Marianne Moore[8] et Wallace Stevens[9], les éditions José Corti, fidèles à leur devise (« Rien de commun ») sans compter l’opiniâtre délicatesse des traducteurs, nous offrent un défilé de beaux recueils irremplaçables, parmi ce qu’elles sont en train de construire : le tableau aux multiples volets, comme un retable précieux, de la poésie américaine du XX° siècle. S’il est dommage que les volumes consacrées à William Carlos William et E. E. Cummings soient dénuées d’une préface qui servirait de boussole au lecteur désorienté, le travail d’édition est plus que méritoire, d’autant qu’il laisse espérer la future découverte de poètes plus contemporains. Pour parcourir le XIX° siècle, visitons le torrentiel Allen Ginsberg, chef de file de la Beat Generation, dont Howl[10] et Kaddish[11] marquèrent en 1956 et 1961 la poésie de leur fabuleux rythme syncopé et emporté, malgré le salmigondis de bouddhisme, de communisme et de pacifisme auquel il céda ensuite. Cependant la tradition de l’objectivisme est loin d’être obsolète, comme le prouve en 1990 Charles Simic, dans Le Livre des dieux et des démons,[12] qui aime les « objets trouvés » de la poésie, y compris dans une bibliothèque, avec « Anges et dieux blottis / Dans des livres noirs qu’on n’ouvre pas ». Les anges des objets ne sont-ils pas des livres ouverts comme des ailes…

 

 

Notre objectiviste de métier, George Oppen, est aussi le premier parmi le millier de pages de Format américain, avec « Un langage de New York », dont il révèle « la joie pure / Du fait minéral ». Le monstre est d’ampleur, réunissant 44 livrets publiés entre 1993 et 2006, sans compter sept hors-série et inédits traduisant une cinquantaine de poètes américains, comme en en autant d’Etats, entre Atlantique et Pacifique. L’affaire dirigée par Juliette Valéry avait été livrée auprès des adhérents de l’association « Un Bureau sur l’Atlantique ». Aujourd’hui introuvables, ces fascicules sont ici reliés en conservant la mise en page et les inventives couvertures en noir et blanc, quoique l’on puisse regretter l’austérité de la nouvelle couverture à rabats.

Evidemment, l’on s’attend à ce que soit extrêmement varié et l’on n’est pas déçu. En vers libres ou en prose, même s’il faut peut-être déplorer l’absence de formes fixes, de sonnets (ou c’est un faux « sonnet »), l’espace et le corps sont convoqués avec réalisme, telle Julie Kalendek qui, dans une « intraitable élégie », en a « soupé d’avoir un corps ». En insinuant que « Le manque a l’avantage du beau », ne satisfait-elle pas le désir de poésie ? Alors qu’un Peter Gizzi semble lui répondre : « La beauté parcourt le monde. Elle date toute chose ». Ou encore Lyn Hejinian : « Bien sûr la complétude est d’un fort attrait ».

Même si nombre de pages peuvent paraître trop prosaïques, trop peu ailées, futiles en un mot, la navigation en Format américain est roborative. Nous nous étonnons de la « Lamentation pour les créateurs » de Jack Spicer. Nous goûtons Helena Bennett, pour qui, dans son « Exit Jésus », « improviser un monde / représente une tâche colossale ». Nous aimons Rosmarie Waldrop, dont « Le sens de certitude brûle. Même si la vérité échappe, il faut poser ses mains sur des corps ».

Certes la chose n’est pas bilingue ; elle est assez volumineuse pour sans cesse intriguer et surprendre, car, cela n’est pas anodin, il compte 22 poétesses. L’ouvrage - dans lequel « le monde ressemble à l’écriture », selon Abigail Child - s’ouvrant au hasard, ou se dépliant en cinquante journées de petites lectures, il est une sorte de boite au bric-à-brac et aux trésors, toujours curieux, parfois angoissants, parfois lyriques, interrogeant souvent la poésie elle-même sur ses destinées et ses légitimités, comme il se doit en toute éthique et esthétique.

 

 

Thierry Guinhut

   Une vie d'écriture et de photographie


[5] E. E. Cummings : Erotiques, Seghers, 2012.

[6] Ron Padgett : Le Grand Quelque Chose, Joca Seria, 2010.

[7] Ron Padgett : Comment devenir parfait ? Joca Seria, 2017.

[8] Marianne Moore : Poésie complète. Licornes et sabliers, José Corti, 2004.

[9] Wallace Stevens : Harmonium, José Corti, 2002.

[10] Allen Ginsberg : Howl et autres poèmes, Christian Bourgois, 2005.

11] Allen Ginsberg : Kaddish, Christian Bourgois, 1991.

[12] Charles Simic : Le Livre des dieux et des démons, Circé, 1995, p 117.

 

Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:26

 

Plage de Beauregard, Ars-en-Ré, Charente-Maritime. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Derek Walcott, poète des Caraïbes :

 

Le Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur.

 

 

Derek Walcott : Le Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur,

traduits de l’anglais par Claire Malroux,

Circé, 1992, 120 p, 87 F et 1993, 170 p, 110 F.

 

 

 

Enfin Derek Walcott vint. Les rochers errants de ses poèmes peuvent ranimer en nous le goût du « fruit heureux » de la poésie, pour reprendre les mots de ses deux titres parus en français. Né en 1930 à Sainte-Lucie, dans les Petites Antilles anglaises, décédé en 2017, il fit ses études à la Jamaïque, et poursuivit de front l'animation d'un atelier de théâtre et l'écriture de pièces comme Le rêve sur le singe des montagnes. Il enseigne depuis aux Etats-Unis. Mais c'est d'abord le poète emblématique des Caraïbes que le Prix Nobel 1992 a couronné pour de nombreux recueils, dont Autre vie, Le golfe, Grappe de mer… Quoique Le Royaume du fruit-étoile et Heureux le voyageur soient indubitablement les plus remarquables, entraînants, imagés, parfois polémiques…

 

Loin de se replier sur le nombril abstrait de l'être heideggérien absent ou sur le champ de la linguistique et de la déconstruction dont se gargarise une bonne part de la poésie française et américaine, sans compter le maigre culte des objets et du quotidien sans lyrisme, Derek Walcott s'ouvre sur le monde, sur les hommes, dans leur géographie et leur histoire. L'exil du Russe Joseph Brodsky chassé par le régime soviétique ou les paradis fiscaux des Caraïbes peuvent nourrir le poète comme autant de thèmes dont l'universalité vient s'ancrer, comme du temps de William Shakespeare, dans le contemporain. Walcott ne cède pas au désespoir des voix condamnées à rester sans portée. Loin des fumées des camps de concentration chantées par la beauté des voix défaites de Nelly Sachs et de Paul Celan, loin de ceux qui clamèrent qu'écrire était impossible après Auschwitz et Hiroshima, loin de ceux qui crurent réduire la pensée poétique à la quintessence de la sobriété et à un au-delà suicidaire de la parole, Walcott, sachant qu'il écrit « aujourd'hui après Dachau et non après Jésus-Christ », renfloue les pouvoirs et les navires du langage pour une ulysséenne et moderne traversée. On se souvient d’ailleurs que revenant à l’un des fondamentaux originaires de la poésie occidentale, il a publié une réécriture épique d’Homère en sept livres et en hexamètres, Omeros, située autour de Sainte-Lucie, en Caraïbes contemporaines, hélas non traduite.

 

 

Sans vouloir revenir en arrière, sinon en écho aux accents classiques des Quatre quatuors de T.S. Eliot, Walcott renoue avec les richesses de la langue et de l'image. Il fait éclater la langue en « feuilles d'îles rousses » qui agrègent dans la métaphore maritime autant de réalités individuelles, sentimentales, politiques et métaphysiques. De même, il n'hésite pas à avoir recours à la poésie narrative, au souffle de l'épopée, nuancé s'il le faut d'ironie, pour, loin de l'aphorisme exsangue, impulser une dynamique voyageuse, une pulsion cosmique, et donner au recueil la dimension d'un portulan aventureux d'hier et d'aujourd'hui.

L'on pense bien sûr au sonnet « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » de Joachim du Bellay. L'errance n'est plus un geste vide, elle se fait somme patiemment acquise de connaissance et d'amour. Cet Ulysse, ici explicitement métaphorisé, effectue un périple dont les Ithaque et les Cyclope sont dispersés, du « sol grec » aux Caraïbes et aux côtes américaines. Le voyage s'élargit à la recherche des diverses racines culturelles du poète qui plongent dans les terreaux de Rome et d'Athènes, du Nord et du Sud, de l’Afrique, des Etats-Unis et du Yucatan. Quelques-uns en effet parmi les ancêtres de Walcott ont dû passer les colonnes d'Hercule de la vieille Europe pour mêler leur sang à celui des « native Americans » et des esclaves noirs:

« Je ne suis qu'un nègre rouge qui aime la mer, 

j'ai reçu une solide éducation coloniale,

j'ai du Hollandais en moi, du nègre, et de l'Anglais,

et soit je ne suis personne, soit je suis une nation. » 

Ainsi, le destin personnel du poète parle pour chacun de ceux qui s'interrogent sur leur généalogie, leur identité et leur condition, sur le sens de leur problématique, parfois tragique, mais fabuleux cheminement. La voix du poète a le même degré de responsabilité que l'élu, non au sens romantique du sage hugolien, mais au sens du mandat démocratique au service d’une cosmopolite nation.

De même, il va porter une langue et une thématique aussi métissées que ses origines. En Ulysse, dépositaire de l'imaginaire grec, il emprunte les facettes diverses des destinées et des cultures à travers les espaces et les temps de l'humanité. Il se fait conquistador rêvant de l'or de l'utopie et du meurtre, colon et quaker de Nouvelle-Angleterre, noir à fond de cale vers les bagnes agricoles, Indien voyant son exotique paradis pourrir sous le ver des économies de corruption.

 

 

 

Chacun trouve ici des traces de sa langue, du « bobohl » créole aux jurons adressés à « l'île merdique ». L'anglais de Walcott se métisse et s'évade, donnant une autre dimension à l'utilitaire impersonnalité de l'anglais international. Les notes triviales côtoient et enrichissent les images grosses d'émanations poétiques fabuleuses, dignes de modernes Métamorphoses d'Ovide. Une intense émotion humaine faite de sensations courantes révèle à chaque instant le bonheur d'exister et de parler dans le monde. Car Derek Walcott croit en la langue du poème, en son éros, en ses « réelles présences », pour reprendre le titre de George Steiner[1]. S'il sent que « parfois la Muse s'en va, la Muse quitte l'Amérique », observant avec tendresse les Etats-Unis malades, il s'écrie soudain :

« Voici que je tombe amoureux de l'Amérique. 

Il me faut mettre les petits galets froids de la source

sur ma langue pour apprendre son langage,

parler en tremble et en bouleau, avec assurance. » 

Partout, le poète lit sur le monde le chiffre de la nature et de l'être: « l'aigrette sur une tablette de boue imprime son hiéroglyphe », y compris dans « le meilleur des Tiers mondes », où corruption et pauvreté sont le terreau d'un nouveau monde en gestation.

Embrassant « les dialectes de son archipel », les langues et les cultures, le poète caraïbe a pu être associé à l'étiquette imprécise de la World Fiction. Incarnant peut-être la revanche du Sud sur le Nord, revitalisant les langues des grandes traditions littéraires occidentales (anglais, français, espagnol) par les sangs mêlés des continents indiens, de l'Amérique latine et des pays arabes, la World Fiction rassemble des auteurs aussi divers que Carlos Fuentes, Salman Rushdie, Shashi Taroor, Amitav Gosh, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant. Le goût de la somme et de l'épopée, de l'ironie et des réseaux langagiers, une baroque gourmandise de la vie et des mots caractérisent ces auteurs de la World Fiction.

 

 

Selon le poète russe Joseph Brodsky, Walcott vient d'une « Babel génétique ». Lui-même Prix Nobel en 1987, il est un admirateur et ami de Walcott auquel il consacra un petit essai : Le bruit de la marée. Leur fécond dialogue trouva son assomption dans un des plus beaux et dramatiques poèmes de Walcott : « Forêt d'Europe ». Forêt de vers dans laquelle il évoque le goulag et l'exil du poète russe, l'inscription de sa poésie dans l'universel, puis sa citoyenneté dans une langue nouvelle, cet anglo-américain où ils confluent. « Archipel du Goulag » et « Archipels de tourisme de mon Sud » se répondent, mais n'empêchent pas que la poésie soit « le pain qui dure quand ont pourri les systèmes ». Cette belle confiance dans la langue mène également Brodsky à la recherche des fondations et de l'avenir des langues, de l'Acqua Alta[2] de Venise, à la Suède et à l'East River, en passant par ses merveilleuses « Elégies romaines[3] » qui font rebondir l'écho de Goethe et les incessants miracles du présent du poème devant les soubresauts de la nostalgie.

 

C’est alors que Joseph Brodsky et Derek Walcott sont des nouveaux classiques. Si le Prix Nobel de littérature peut souvent se tromper, il aura eu par deux fois le mérite de remarquer une éthique et une esthétique poétiques qui sachent ne pas dire non au souffle lyrique appliqué à la vie et aux enjeux du monde contemporain. Au contraire d’une poésie française rétractée sur le rejet du lyrisme, sur l’abus des objets, voire des déchets du quotidien. Peut-être Derek Walcott n'a-t-il que le tort de sortir le poème de son ghetto et de sa honte d'être poème. Indubitablement, il a pour lui, et pour nous, le bonheur des voyages de connaissance, dans les temps et les lieux qui font le contemporain. Lui aussi, comme de Mandelstam auquel il rend hommage dans « Forêt d’Europe », il peut dire « chaque / métaphore le secouait de frissons ». Pour nous avec lui, voilà ce qu’est la poésie :

« mais aujourd’hui cette fièvre est un feu et sa braise

réchauffe nos mains, Joseph, tandis que nous grognons en primates,

échangeant des gutturales dans cette grotte d’hiver

d’un pavillon marron et, qu’en rafales dehors,

les mastodontes de leurs systèmes éventrent la neige. »

 

Thierry Guinhut

Article paru dans La République des Lettres, mai 1994, ici augmenté.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2]  Joseph Brodsky : Acqua Alta, Arcades Gallimard, 1992.

[3]  Joseph Brodsky : Poèmes 1961-1987, Gallimard, 1987, p 230-236.

 

Plage de Beauregard, Ars-en-Ré, Charente-Maritime. Photo : T. Guinhut.

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 17:01

 

Jardino dipinto di Villa di Livia, Palazio Massimo alle Terme, Roma.

Photo : T. Guinhut

 

 

 

 

 

Yves Bonnefoy ou la poésie du legs :

 

Ensemble encore ; L’Echarpe rouge,

 

La Poésie et la gnose.

 

 

Yves Bonnefoy : Ensemble encore. Suivi de Perambulans in noctem ; L’Echarpe rouge,

Mercure de France, 144 p, 14,80 € ; 272 p, 19 €.

Yves Bonnefoy : La Poésie et la gnose, Galilée, 112 p, 18 €.

 

 

 

       Sur cette terre, nous sommes ensemble encore avec l’écharpe rouge qu’Yves Bonnefoy porte sur un sentier de givre et de printemps. Ses 93 ans nous ont offert 63 ans de poésie et de pensée, sur les mythologies, sur l’art baroque, sur les littératures, sur la poétique, y compris des traductions de Shakespeare, de Yeats, de Leopardi. Sa langue a cependant bon pied bon œil sur la terre où l’être se déploie, avec une vigueur et une suavité que bien des poètes pourraient lui envier. Bien que plus rares que ses proses, ses poèmes n’ont en rien perdu le chemin d’affinement que doit tracer toute carrière poétique. Coup sur coup, paraissent deux recueils : Ensemble encore. Suivi de Perambulans in noctem,  bouquet de vers libres et de sonnets ; L’Echarpe rouge, reprise de vers de 1964, une « vieille idée de récit », auquel le soudain éclairage autobiographique donne une lueur d’abord insoupçonnée. Bien qu’élégiaque et philosophique, il ne s’agit guère d’une démarche gnostique, question que creuse un bref et néanmoins dense essai : La Poésie et la gnose.

 

      En son premier recueil, de 1953, Douve criait sa fureur : « Je t’ai vue ensablée au terme de ta lutte / Hésiter aux confins du silence et de l’eau, / Et la bouche souillée des dernières étoiles / Rompre d’un cri d’horreur de veiller dans ta nuit[1] ». Depuis, quelque chose s’est longtemps calmé. Une ombre de sérénité, quoiqu’encore légèrement tempêtueuse, se dépose aujourd’hui. Parmi le balancement entre poèmes et prose et sonnets versifiés, quelque chose de nocturne et d’apaisé, voire -faut-il l’oser ?- de testamentaire, s’insinue en cet Ensemble encore :

« Mes proches, je vous lègue

La certitude inquiète dont j’ai vécu,

Cette eau sombre trouée des reflets d’un or. (p 19) »

      C’est alors dire la légitimité du vivant, fondée non pas sur le divin (« Le dieu en nous que nous n’aurons pas eu (p 20) »), ou sur l’absurde à la façon d’Albert Camus, mais sur la beauté, du monde, de la langue et du sens : « Je crois, presque je sais / Que la beauté existe et signifie (p 11) ». Un enthousiasme, plus vif que jamais au grand soir de sa vie, perle parmi les vers libres, malgré cette « cendre entassée (p 20) » qui est peut-être une métaphore de l’encre sur ses nombreux livres. Inquiétude et ravissement s’échangent encore dans les quelques dialogues poétiques : un bruit, un feu, « comme si le monde allait finir (p 25) ».

 

 

      Autre legs, apparemment plus concret : « J’ai à léguer quelques photographies (p 20) », dit-il. Cela paraitrait moins vain si nous repensions à son étrange essai Poésie et photographie, dans lequel il commente une nouvelle de Maupassant, « La nuit ». Là il note que l’image a toujours « un fond d’inquiétude, dont il y a lieu de penser qu’il est même ce qui assure à certains tableaux leur beauté agitée, fiévreuse ». A fortiori dans la photographie, cette « cristallisation » où le hasard prend une place insoupçonnée, ainsi que la ténuité de l’être figé dans l’éphémère de sa disparition. Comme dans la prose de la folie de Maupassant où l’on aperçoit « un autre du moi qui le dépossède de soi[2] ». Ce sont aussi « des photos, en liasses qui s’éparpillent. Que c’est triste, dilapider ces images (p 48) ».

      Ne doutons guère qu’il ait une vision très élégiaque de la photographie, comme celle de Roland Barthes, dans La Chambre claire, qui la percevait « faisant revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps[3] ».

      Ensemble encore est comme une sorte de coda, de grand air de rappel dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy. Outre des thèmes déjà traités, mais ici distillés avec l’aisance du maître, ce sont d’abord des vers libres, puis au centre des sonnets, enfin des poèmes en prose, en un triptyque savamment conçu, après que ses différentes parties ont paru en revues ou dans des tirages à petit nombre. L’esthétique n’est en rien de l’ordre du lyrisme sentimental, ni de la sécheresse réaliste. Sans vouloir effrayer son lecteur cependant confiant, on peut la qualifier de poésie philosophique, quoique cela ne soit guère incompatible avec sa sensibilité, son émotion devant l’être et les choses du monde, sa capacité à l’amitié et à l’amour.

      En effet, l’art du sonnet, « gravissant la musique (p 65) », même s’ils ne sont qu’une dizaine, brille d’un éclat mat au centre du recueil, ne serait-ce que parce qu’ils sont faits de vers irréguliers sans rimes : « l’œuvre […] leur prit les mains, afin d’en faire / Reconnaissance et partage et désir (p 59) ». À la chute sépulcrale d’un autre sonnet, ce sont « Deux corps glissant dans le temps qui n’est plus (p 61) ».

      Plus loin, un savoir vivre se déploie : « Que ce soit ton œuvre / De regarder le ciel au-dessus des arbres (p 71) ». Ainsi, le poète offre à son lecteur, nouvel Adam, la clé de l’acte de création. À cet effet, la beauté est au centre de l’émotion et de la réflexion du poète : « Je crois en une beauté de par derrière le monde (p 38) ». Musique, peinture surtout, écriture implicitement, plus que la photographie, sont les clés de la transmission, là où « C’est l’amande de l’invisible, qui s’ouvrait (p 75) », retrouvant une métaphore familière à Paul Celan[4]. Mieux encore, dans ce qui est peut-être la plus belle pièce de ce recueil : « ces couleurs : qui nous enseignent / Que la vie ne sait rien des mondes périssables (p 76) ».

      On ne s’étonnera pas que cet Ensemble encore agrège le bouillonnement du souvenir, là où le poète, à l’occasion de son Perambulans in noctem, revient « dans la maison du très lointain autrefois (p 115) », où le grenier recelait, comme symboliquement, « Je sais tout, encyclopédie mondiale illustrée (p 116) ». Mais aussi la certitude de ce qu’ « ensemble encore » vivent les mots et le sens, malgré la faillite des corps. Il y a quelque chose de proustien, lorsque dans « Une fête d’anniversaire (p 97) », une assemblée de petits vieillards qui ont perdu jusqu’à leur sexe heurte la mémoire d’un temps qui n’est guère retrouvé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Plus que jamais la mémoire est le signe de L’Arrière-pays[5]. Ce en cohérence avec une pensée platonicienne, lorsque l’on « ne peut plus pleinement penser son appartenance à l’être du monde. La poésie est la mémoire de cette perte, un effort pour rétablir avec ce qui est le contact perdu[6] ». Ce que confirme la lecture d’Olivier Himy : « La parole poétique n’est pas un dépassement du langage, elle n’est pas non plus pure musique, mais elle permet la remémoration de l’intimité première avec le monde.[7] » Certes, le lecteur peut prendre cette remémoration comme celle illusoire d’une fiction splendide et consolatrice, mais il n’en reste pas moins qu’elle permet de bellement non seulement faire œuvre, mais aussi de proposer dans l’objet poétique un contact avec la présence que la langue permet moins de rétablir que de construire. Car « le signe est plus / que la chose qui s’est perdue (p 72) », y compris lorsque « l’encre s’est faite une flaque de ciel (p 83) »…

      Le rouge est chez Yves Bonnefoy une constante, depuis Le Nuage rouge[8]. C’est « tout un ciel rouge (p 35) », dans Ensemble encore, une « chemise, rouge (p 45) ». Le « dossier de L’Echarpe rouge », resté inachevé depuis 1964, est réouvert. Ce sont des fragments en vers libres, dans lesquels un homme met de l’ordre dans les  papiers de son passé. Y revenir un demi-siècle après, a quelque chose d’un nœud de Möbius, comme pour contrer l’inéluctabilité du temps et de la mort. L’écharpe était celle d’une « jeune fille aux jacinthes »… C’est moins l’intérêt du texte en soi qui suscite le retour que le mystère de la création et de son abandon : il trouve sa presque solution dans la quête autobiographique, qui en arrive aux rives des frustrations et des silences parentaux : « Le silence est la ressource de ceux qui reconnaissent, ne serait-ce qu’inconsciemment, de la noblesse au langage ».

      Ne sont-ce que des récits anecdotiques et nourris de compassion ? À moins que là, « complexe d’Œdipe » et « complexe d’Orphée » se nouent ? Le rouge est soudain « cette couleur de sang qui barre les poitrines au niveau du cœur », plus exactement encore « le lien du sang ». La prose apparemment anodine bascule dans les lisières de la psychanalyse, les abysses de la mémoire, les touffeurs des temps mêlés qui prennent à la gorge le narrateur auto-analyste ainsi que le lecteur. En effet, cette jeune fille, « c’est [sa] mère » ! Qui offrit l’écharpe à son père, scellant un don…

      Aussi le poète était « sollicité de préserver dans [sa] vie à venir des emplois de mots dont [son] père se sentirait incapable ». Voilà donc un récit de vocation, passant bientôt par le surréalisme et « un tableau de Max Ernst », par les « bréviaires » d’André Breton. Démêlant les fils de cette filiation, tant généalogique qu’artistique, on croisera un « Chevalier Balin », une « Danaé dans la pluie d’or », un « masque de la Nouvelle Guinée, balises de la créativité poétique en gestation, en efflorescence…

      En ces proses, la beauté[9] encore est la boussole du poète, au sens platonicien, voire plus précisément plotinien, « la beauté dès le premier jour », si proche et inatteignable : « Faute d’accéder à l’essence de la beauté, ou de la vérité, qui en est si proche, tenter comment on se met ou se rêve sur la voie». Sans oublier que « l’art, ce serait ce qui profite du déni conceptuel de la finitude pour le plaisir -un plaisir qui souvent prend figure d’une souffrance- et non plus pour la connaissance[10] ». Indubitablement, le poète se double d’un philosophe de l’esthétique, quoique l’on dénie de validité aux fictions platoniciennes, pourtant délicieusement nécessaires…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


      « Toutefois, la poésie n’est pas la philosophie », prévient-il. L’une des dernières interrogations d’Yves Bonnefoy est de se demander si l’expérience des gnostiques et celle du poète sont les mêmes. Dans La Poésie et la gnose, le premier essai, parmi deux autres sur « Le palimpseste et l’ardoise » (qui pourrait se rapprocher du projet de L’Echarpe rouge) et sur « Alain Veinstein », la poésie est « une anti-gnose, une lutte contre le rêve gnostique qui certes se renflamme à bien des moments dans les poèmes ». La poésie selon Bonnefoy récuse le gnostique qui voie dans la vie « une ténèbre qui vicie toutes ses heures », ce pourquoi il a besoin d’une prétendue réalité supérieure aux enseignements ésotériques où se réfugier à part soi et entre initiés. Récusant la plénitude de l’enfance, notre poète ami préfère « un monde supérieur dont la poésie atteste le fait [qui] semble bien être le monde ordinaire vécu d’une meilleure façon ». La poésie enfin « reste éprise du monde dont elle souffre » ; ce pourquoi il lui faut organiser la réalité. À cet égard, Yves Bonnefoy apparait moins platonicien que l’on aurait pu le penser, même s’il s’agit d’une « esquisse de l’Idéal avec les crayons de la sensibilité la plus naturelle ». La gnose serait alors le « péché originel » de la poésie. Laquelle est « palimpseste », car « il n’y a aujourd’hui de poésie digne  de ce nom qu’accompagnée d’une réflexion sur la poésie ». Que voilà de fines analyses, où brille le destin de Baudelaire, qui est un de ses initiateurs avoués. Toujours, lisant Yves Bonnefoy, nous sommes dans « un moment de pleine existence à partager »…

 

      Il s’avèrerait fort difficile - et peut-être vain - de classer l’esthétique d’Yves Bonnefoy dans une case préconçue. Pas le moins du monde outrageusement moderne, pas un instant venue d’un passéisme vieillot, plutôt quelque chose de néoclassique, ce dont témoigne son affinité avec le néoplatonisme, avec une dimension, à première vue discrète, et cependant irradiante de la langue. Tout juste pourrait-on reprocher - mais le faut-il ? - à Yves Bonnefoy de ne guère s’intéresser au monde contemporain, alors qu’il préfère demeurer dans une intemporalité, où nous vivons avec le souvenir des mythes et les reflets indispensables de la présence. Et, en cela, faire œuvre, pour son fidèle récipiendaire - nous avons nommé le lecteur - de legs, cette encre précieuse…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Yves Bonnefoy : Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, Mercure de France, 1953, p 17.

[2] Yves Bonnefoy : Poésie et photographie, Galilée, 2014, p 15, 17, 25.

[3] Roland Barthes : La chambre claire, Œuvres complètes, 1995, Seuil, t 3, p 1192.

[5]  Yves Bonnefoy : L’Arrière-pays, Albert Skira, 1972.

[6] Yves Bonnefoy : Poésie et photographie, Galilée, 2014, p 11.

[7] Olivier Himy : Yves Bonnefoy, Ellipse, 2006, p 133.

[8] Yves Bonnefoy : Le Nuage rouge, Mercure de France, 1977.

[10] Yves Bonnefoy : La Beauté dès le premier jour, William Blake & Co, 2010, p 12, 41.

 

Jardino dipinto di Villa di Livia, Palazio Massimo alle Terme, Roma.

Photo : T. Guinhut

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 20:38

 

Périgné, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

De l’anti-lyrisme à la maladresse poétique.

 

Antoine Emaz : En-deça, de l'air.

 

James Sacré : Figures qui bougent un peu.

 

 

 

Antoine Emaz : En-deça, Fourbis, 1990, non paginé, 65 F ;

Antoine Emaz : De l’air, Le Dé bleu, Eclats d'encre, 2006, 112 p, 13,50 €.

 

James Sacré : Figures qui bougent un peu et autres poèmes,

Poésie Gallimard, 288 p, 7,90 €.

 

 

 

 

       Est-il possible, envisageable même, que la poésie se prive du secours du lyrisme ? Certes, elle a pu être épique, comique, objectiviste, donc rarement sans ce je ne sais quoi d’enthousiasme qui fait chanter l’objet du discours… Mais à se priver de ce doigté de chant sublime, de sentiment personnels soufflés sur le monde, les choses ou l’aimé(e), ne risque-t-elle pas de perdre l’essentiel de ce qui lui est consubstantiel, d’être enfin veuve d’elle-même ? Seul Antoine Emaz parait approcher cette frange du désaveu du lyrisme, sans tomber définitivement En-deça, dans la fosse où il ne trouverait plus que le cadavre sec du poème… Pourtant, avec lui, une force, une nécessité, une pierre taillée de la poésie résiste. Quant à James Sacré, c'est au paradoxal moyen de la maladresse poétique et en ses Figures qui bougent un peu qu'il parvient à approcher le lyrisme.

 

        Au premier abord, la concision, l’épure règnent en maître. Il est clair que rien de superflu, de bavardage, ne doit être concédé à ce qui doit restersolide, à cette opiniâtreté d’une écriture, non pas de soi, mais de la seule présence amétaphysique de l’être corporel pensant : « Rien de lyrique / là / on est juste / sur une carie du temps / on fore ».

       Peu de majuscule, rarement ou pas de ponctuation à ce qui ne parait plus un vers, qui n’est évidemment aucun souvenir du noble et souple alexandrin, voire du vers libre : les mots, les phrase brèves, sont jetés, posés avec peine et retenue, parmi un blanc qui n’est pas l’irradiation de la blancheur mallarméenne. Les piètres vers parfaits dans leur réticence et les semblants de strophes n’ont d’autre nécessité que celle d’un souffle d’homme accroché à la page. Pour quelle survie ? « Creuser », « extraire », « forer » sont des tâches récurrences pour l’avancée de la prosodie. Comme une taupe dans la terre où vivre un tiret de vie, la démarche intellectuelle d’Antoine Emaz est d’abord physique. Car, lors de rares épiphanies -« on plonge / dans le rouge du géranium / longtemps »- ne subsiste que « comme une tache / qui dit / quelque chose vraiment autre / que l’on ne comprend pas ». Le monde alors ne parait pas lisible pour le poète. La fonction de ce dernier n’est plus que celle du « constat de travail », comme si la parole poétique n’avait d’autre nécessité, raison et projection que celle d’un être là : « on peut encore poser les mots / comme un rebord de fenêtre / une rambarde qui n’enlève rien au vide ».

       Il est clair que cette amie formidablement complice du lyrisme, la transcendance, n’a pas sa place chez Antoine Emaz. A l’au-delà, il oppose un « en-deça ». Sans cesse, l’homme, le poète, ce « sac d’os et de viande » parait-être à bout, laminé, privé d’assise et de justification dans l’univers et sur le sol. Pourtant il résiste ; et c’est cette résistance qui marque la page, comme après la déréliction irattrapable de Sisyphe, comme après la faillite du projet absurde de Camus. « Demeure seul » un « moulage » vide et solipsiste. Une continuité de métaphores minérales balise alors ce qui n’est pourtant pas l’étalage complaisant du désespoir. Parmi « pente brusque », « éboulis », où « une force déblaie », ne persistent rien : « statues pilées (…) du chirico démoli ». La vanité la plus totale, jusqu’à celle de l’art, mine la dignité humaine. Y compris devant les livres : « La bibliothèque, l’étouffement. Volumes rangés, verticaux, pierres, inertes ».

       Le temps, la mémoire n’ont plus grand-chose d’élégiaque, sinon refusé : « cheveux blancs et pantoufles », « temps plat et lent », ou presque intimiste : « image de la mère / neurones coincés sur image / il faudrait une poubelle de tête »… La grise noirceur de cette « fête triste » qu’est la vie -où la mort est implicite- selon Antoine Emaz pourrait nous inciter à jeter ces recueils dans la poubelle la plus profonde de la bibliothèque. Nous n’en *faisons cependant rien. Car peut-être est-il un clinicien précieux de la mélancolie, un acharné tranquille et malheureux de la vie, si médiocre soit-elle, au travers du miroir révélateur et juste, sculptural, inassuré, et cependant solide sur la page, du texte soudain poétique devant le mental stupéfait du lecteur. Le « poème de la fatigue » est continu et cependant découpé avec netteté ; « et les poèmes deviennent comme des bulles / d’une souffrance insonore ». Quoique la sonorité d’Antoine Emaz soit indubitable, quelque part mémorable.

       Le langage lui-même, et son souffle, qui n’est que celui des poumons, au détriment du souffle apollinien ou dionysiaque, est au bout du rouleau : « Peu de souffle restant / et un goût dans la bouche de mots mâchés trop longtemps. » Ou encore : « parler / interminable souffle / qui n’atteint ni ne cerne / ne résout ni ne transforme ». La vanité du langage touche la limite du néant. Pourtant (ce dernier adverbe parait alors résumer l’éthique émazienne), une vingtaine de recueils se complètent, se réfutent, s’annulent et rebondissent dans une quête qui n’a pas de but, sinon la scansion de l’acte de parole. Où le travail, qui permet un reste de respect de soi, se fixe une direction : « Il faudrait que chaque mot pèse autant qu’une pierre ». Provisoire est cependant le témoignage du vivant en un monde pire que terraqué : « un rien à voir / comme la sensation d’un sol mou sous le pied / homme de si peu de poids / dans l’incertitude / qui dure ».

       Pouvons-nous imaginer que cette écriture ait une postérité, tant Antoine Emaz parait creuser, comme un laborieux travailleur, un orfèvre pauvre et circonspect des mots, le lit inaccueillant du langage, du temps, de la terre, ainsi que de notre condition humaine ? Probablement non, tant il paraît à bout de souffle, si l’on veut bien prendre cette image en sa meilleure part. Avoir laminé le lyrisme, raboté le poème, ne parait pas permettre autre chose après lui qu’un rebond d’un lyrisme, à redécouvrir, à ranimer… Qu’importe, restent, après les « stèles » esthétiques de Ségalen, celles, rugueuses, nées de la « force » d’Antoine Emaz.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La maladresse de la poésie. Un tel titre devrait paraître un blâme… Il n’en est rien. James Sacré en effet publie des poèmes intitulés « Quels mots pas possibles ? » ou « Si quelque chose d’affirmé ? », et des recueils ténus qui s’appellent Quelque chose de mal raconté, ou Des pronoms mal transparents, ici réunis sous le chapeau de Figures qui bougent un peu et autres poèmes. En première instance, James Sacré écrit mal. Mais au second regard cette maladresse est un délicat savoir écrire, est celle de la tendresse.

      Souvenons-nous que Platon incrimine la poésie quant à son incapacité à exprimer le vrai[1]. Que la dichotomie foucaldienne entre « les mots et les choses » interdit l’étreinte du réel par les mots. De cette problématique le poète James Sacré a parfaitement conscience. Son incapacité à dire tient autant au lexique et à la syntaxe qu’à l’imparable altérité des choses et des êtres. Il n’en reste pas moins que son écriture poétique sait fixer dans le tremblement de l’émotion toutes les « figures qui bougent un peu » sous l’ombre de son regard.

     Vers, versets, prose ? Le parler-écrit, un peu chanté (comme on dirait le Sprechgesang) de James Sacré oscille entre ces dénominations, sans vouloir se fixer une loi, somme toute en liberté de phrasé : « ça finit dans un poème pas trop construit ». La syntaxe et le vocabulaire, plus que courants, voire familiers, signent la vocation maladroite de la parole, non par misérabilisme, mais par une sorte d’enfantine formulation qui tremble d’émotion devant la difficulté à dire autant que devant le mystère et l’inaccessible sens du monde : « de quoi est-ce qu’on a peur vraiment d’arriver où ? » Ce qui laisse entendre qu’il y a bien une dimension métaphysique, philosophique, en cette poésie qui n’intimide pas son lecteur, car selon le jeu sur les mots du préfacier, lui-même poète, Antoine Emaz : « il est clair que Sacré refuse d’endosser les habits sacerdotaux du Poète ».

      Reste que l’écriture, sans avoir l’air d’y toucher, ne néglige pas une réflexion sur son art : « La poésie, comment dire ? » Voilà qui pourrait paraître simplet, si l’on ne poursuivait : « Est-ce qu’un poème ressemble à la verte indifférence de l’herbe, / Ou s’il peut être aussi comme un geste pour voir ? ». Sans grand mots, la dimension orphique de la poésie est mise en question…

      Ces Figures qui bougent un peu sont une suite de poèmes « en forme de figure », en même temps qu’un art poétique. On y croise l’automne, Bossuet, « un pneu noir de bicyclette ça fait longtemps », des promenades au dehors et des promenades intérieures, des grillages et des vitrines. « Des choses concrètes surtout pas le mot poème » ; pourtant ce dernier est partout, confiant la minuscule tragédie de l’écriture qui veut dire le monde sans pouvoir se passer d’elle-même, comme malhabile outil et filtre devant le réel. Parmi ces Figures qui bougent un peu (elles sont 46), la quarante-cinquième juxtapose problématiquement les mots et les choses. Ce sont des oiseaux « redevenus comme vivants dans le beau papier […] d’Eleazar Albin Histoire naturelle des oiseaux à La Haye / en mille sept cent cinquante aujourd’hui / un pigeon mort dans les feuilles sales d’un boulevard parisien / n’est plus rien pour ainsi dire sauf un motif ». Comme si était plus vivant l’oiseau des livres, de ses gravures anciennes, que celui dont la vie est éphémère et crevée, comme en une métaphore de la condition humaine.

      Lyrique est évidemment James Sacré, mais sans la moindre emphase. Ni sentimentalisme ni désespérance romantique, malgré l’empreinte autobiographique, depuis « les cahiers d’écolier », ou « le sourire bonheur niaiserie de ma mère ». L’atome de nostalgie ne verse pas dans la mélancolie outrancière. Au contraire, un sentiment presqu’exalté du bonheur ne cesse de se déployer. Un apprentissage de la beauté du monde est ici à l’œuvre : « C’est comme le volume du mot bonheur »

      Le paysage américain, de la campagne poitevine, de la Nouvelle-Angleterre, urbain et parisien, est un motif inépuisable : « ce paysage de campagne mal en ordre », le ravit autant que celui d’un « jardin bien fait qui sent l’ordre et le linge ». Mieux, il s’agit d’ « un passé comme un herbier soigné ». Ou d’un jardin d’enfance, car « le jardin c’est toujours comme une sorte de plaisir bien habillé ». Le voir, la mémoire et l’écrit au service des lieux visités et aimés s’agglomèrent et se renforcent avec la circonspection nécessaire, y compris là où « les trottoirs devenaient comme une espèce de jeu de l’oie défait ».

      Bouleversante est cette grappe de poèmes dédiée à « Katia » : « Une petite fille silencieuse ». On n’ignore pas ici l’hôpital et la mort. Là « Quelqu’un dort dans le blanc des draps la couleur pas trop ». Là, où tout est respectueux, allusif, « Remuent des bouteilles contre un espèce de mât à roulettes ». Pas de pathos, « là où le cœur s’inquiète beaucoup », mais la petite corde nue de l’amour et de l’écoute :

« Pourquoi moi, demandait la voix, encore.

Ça a résonné jusqu’à on sait pas où dans le fond mal arrangé du monde.

[…] Je ne verrai plus assise à côté des iris sans fleurs

Une enfant qui regarde un animal familier. »

      Amitié, amour, attention aux êtres et aux choses, « à la musique en allée de toi », tout se cristallise dans les mots de l’élégiaque poème. Pourtant :

« Au moment de penser à toi le poème

T’oublie en cet endroit des mots

Que c’est peut-être encore mourir ».

      Le terrible est dit avec des moyens discrets, cependant d’autant efficaces : « l’espace insensé / Où l’expression de ton visage, avant que tu meures, / A disparu (comme le silence est véhément !) » On retrouve, plus modestement, quelque chose des Sonnets à Orphée de Rainer Maria Rilke, qui célébrait la disparition d’une jeune danseuse…

      Nous aimons chez James Sacré, né en 1939 en Vendée, et qui vit à Montpellier, « la fesse intime de l’amour », pour reprendre l’un des premiers versets d’Ecrire pour t’aimer ; à S.B.[2] La délicatesse de l’érotisme y conflue avec les mouvements et le bric à brac du quotidien : « Non pas que je tienne à sauver des sentiments de la ruine / Mais parce que le grand bien-être et force dans le cœur, / A dire tout bonnement que je t’aime, ça ressemble vraiment / A l’ange qui galope dans tous mes poèmes : on le voit mal, mais j’écrirai toujours ».

      Nous aimons ces Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme)[3], dans lesquelles « un mouvement du cœur fait bouger dedans un défaut du verre », quoique « on y trouve jamais rien bouteilles vides leur couleur toute partie en écriture »…

      Nous aimons ces pages où le poème hésite entre « lavis » et « montagne », entre la peinture des paysages du Maroc et l’écriture des dessins de Guy Calamusa[4] : « Comme un allusif fond mouillé qui a / rendu vif un paysage ». Cette « sorte de raccommodage en peinturant » est à la fois une ekphrasis et une émotion frémissante des mots…

 

      « Si la maladresse paraît, et presque rien / Dans ces poèmes, c’est tout de ma faute sans doute ». Mais aussi tout de ton mérite, James. Comme, malgré tout, nous aimons le rugueux terrassement des vers d'Antoine Emaz,  nous aimons ta maladresse innée, feinte et assumée, ta maladresse assurée qui est le diapason de l’amour devant la beauté et le tragique du monde ; qu’il est si difficile d’appréhender sans les blesser, sans les affadir. Car :

« Les mots pour aimer, c'est toujours

Une manière de braire assez.

Une manière de braire

En velours et vent déchiré.[5] »

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Platon : République X 600 e.

 

[2]  James Sacré : Ecrire pour t’aimer ; à S.B. Ryôan-ji, 1984.

[3] James Sacré : Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), Castor Astral & Noroît, 1986.
[4] James Sacré : Le paysage est sans légende, Al Manar, Alainn Grotius, 2012.
[5] James Sacré : Un Paradis de poussières, André Dimanche, 2007, p 117.

 

Photo : T. Guinhut.

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Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Philosophie féline, bestioles, musicanimales

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

Pour l'annulation de la Cancel-culture

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

Histoire du repos, lenteur, loisir, paresse

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau

Profondeurs, lumières du noir et du blanc

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie