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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 17:16

 

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

 

 

 

L’Identité française et son destin

 

face à l’immigration :

 

fantasme ou réalité ?

 

 

 

      En l’identité tout voudrait, selon son étymologie, être identique. La France serait alors identique à elle-même, à son essence, à l’idée que l’on s’en fait, et chaque Français identique à autrui selon des traits immédiatement reconnaissables, voire transcendants… Cependant, l’identité française, on ne l’ignore pas, dépasse la nation, tant au-delà des frontières de l’hexagone persistent des Français, Belges, Suisses, à Londres, en Afrique… Au-delà donc d’une nation, il s’agit d’une langue, d’une histoire, d’institutions, d’une culture, de paysages, de modes de vie : monolithiques et fermés sur eux-mêmes, ou en expansion, ouverts, mobiles et accueillants… En son méli-mélo de réalités et de fantasmes, que vaut notre identité française devant les défis que sont la mondialisation, l’immigration ? Peut-elle se perpétuer, s’enrichir, se magnifier, ou se dissoudre, s’abattre, enfin ?

 

      Que faut-il entendre par ce concept d’identité de la France ? Ce à quoi tente de répondre Fernand Braudel : « sinon une sorte de superlatif, sinon une problématique centrale, sinon une prise en main de la France par elle-même, sinon le résultat vivant de ce que l’interminable passé a déposé patiemment par couches successives, comme le dépôt imperceptible de sédiments marins a créé, à force de durer, les puissantes assises de la croûte terrestre. En somme un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. Un processus, un combat contre soi-même, destiné à se perpétuer. S’il s’interrompait, tout s’écroulerait ». Plus bas, l’historien ajoute : « il est certainement vain de ramener la France à un discours, à une équation, à une formule, à une image, à un mythe[1] »… L’on sait que ce dernier, dans L’Identité de la France, interrogea l’histoire et l’espace, la démographie, l’économie, les techniques et les traditions, le dynamisme du capitalisme. Omettant cependant la France de Racine et de Proust, celle de Rameau et de Monet…

      Certes l’on saura reconnaître l’identité française à nos campagnes hérissées de clochers, aux rives de la Seine parisienne, aux châteaux de la Loire, à nos boulangeries, à notre champagne et notre bordeaux, à notre gastronomie, à notre galanterie et notre diplomatie, à moins que ces dernières soient surévaluées et mises à mal. Bel héritage à préserver, à faire fructifier et augmenter. Mais quand nos lettres sont latines, notre démocratie grecque, notre chocolat ivoirien, notre thé indien, nos sushi japonais, quand nos chiffres sont arabes (mais plus exactement indiens), nos logiciels américains, nos smartphones californiens, coréens ou chinois, nos bibliothèques délicieusement lourdes de traductions parfois exotiques, aurions-nous la présomption de claironner que nous ne sommes que Français ? La mondialisation n’efface pas l’identité française, mais l’enrichit, qu’il s’agisse de technologies ou de nouveaux chefs d’œuvre littéraires, musicaux ou filmiques.

 

 

      Un héritage national, culturel et politique ne peut jamais être tout immaculé ou tout souillure. Si la Saint-Barthélémy et la contribution au commerce triangulaire de l’esclavage, le génocide vendéen et la Terreur, l’affaire Dreyfus et la collaboration, les maladresses désastreuses de la colonisation, le rôle trouble joué au Rwanda et la décision dommageable d’abattre Kadafi en Lybie font partie de notre histoire, ils doivent être regardés pour ce qu’ils sont. Sans pourtant que l’identité de la France, pas pire à cet égard que d’autres, voire moins infâme, soit obérée par une excessive culpabilité, une repentance contre-productive qui consisterait à jeter le bébé avec l’eau bien sale du bain…

     Hélas, quand dans les banlieues perdues de la Républiques se faire traiter de « Français », plus exactement de « céfran » est une insulte, il est clair que le blason de la France est à redorer avant de pouvoir être de nouveau respecté. L’identité française, comme toute identité nationale, se construit à partir et autour de sa police et de son armée. Quand la police, depuis mai 68, voire bien avant, est sans cesse décriée comme fasciste, en dépit de ses bévues, brutalités et incapacités de résolutions des crimes et délits, sans cesse interdite, caillassée, voire quand ses commissariats et gendarmeries (une vingtaine en juillet 2015) sont attaqués jusqu’à l’arme lourde dans les banlieues perdues de la République par des « bandes de jeunes », il est évident que le renversement des valeurs contribue au remplacement de l’identité française, républicaine de la civilisation par l’identité de la barbarie. A moins qu’il faille aller jusqu’à se demander si une infiltration de la police et de l’armée par des « jeunes issus de la diversité » puisse être indolore…

      Certaines voix s’élèvent pour regretter que l’armée de métier moderne ait évincé le service militaire, qui, quoique décrié pour sa ridicule inutilité à l’échelle individuelle et collective, sans compter son coût, permettait à chaque homme ou presque, à chaque famille d’avoir un lien personnel avec les forces du pays et leur nécessité. Ce dont témoigne encore le défilé du 14 juillet, car en ce sens la France est un des rares pays au monde à mettre en scène un défilé militaire sur sa plus belle avenue à l’occasion de la fête nationale. Quoique, ostentatoire et sûr de lui, il ressemble trop à une propagande grotesque pour y croire suffisamment, lorsqu’à quelques kilomètres des Champs Elysées, le Tartare de quelques arrondissements de Paris et de banlieues décérébrées organise à l’envie incendies de voitures, émeutes et pillages, embryons déjà trop mûrs de guérilla urbaine, évidemment celés, euphémisés, tolérés de fait, en conséquence encouragés par la lâcheté, l’opportunisme et l’électoralisme du pouvoir qui n’en est plus un. Ainsi le respect dus à une police et à une armée intègres doivent contribuer à ce que le territoire de l’identité française ne devienne pas un champ de mines et d’attentats comme l’Afghanistan.

 

      Accueillir au sein de l’identité plurielle française des migrants que la guerre a chassés de leurs terres parait d’abord un devoir moral républicain, une charité chrétienne, un humanisme universel. Certes.

      Mais avec deux réserves. D’abord que leur nombre reste mesuré de façon à ce qu’ils ne recouvrent, ne dispersent, n’effacent l’identité (même polymorphe) du pays et du continent d’accueil. Ensuite, et plus grave encore, qu’ils n’amènent pas avec eux un bagage culturel invasif et intolérant contrevenant aux libertés de pensée, d’expression, politiques et en particulier féminines, telles qu’elles fondent les Lumières européennes, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (sans omettre la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges), telles qu’elles fondent une démocratie libérale incompatible avec l’Islam[2].  

      En 1939, quelques centaines de milliers de réfugiés républicains espagnols ont afflué en France, de même pour les Pieds noirs venus d’Algérie dans les années soixante, de même pour les boat people vietnamiens et autres Chinois dans les années soixante-dix. Ils se sont adaptés, en contribuant à la vie économique, autant que faire se peut sous le croissant boisseau socialiste. On ne peut en dire tout à fait autant des Musulmans. Si un pourcentage non négligeable travaille et profite de l’éducation pour se qualifier et s’intégrer, une frange difficile à évaluer ne prospère que dans la délinquance, l’auto-ghettoïsation, le radicalisme religieux, parmi des poches exponentielles de banlieues… Regardons alors ces réfugiés venus du Moyen-Orient et de l’Afrique : environ 70 % d’hommes jeunes et célibataires, peu d’enfants, peu de femmes, souvent voilées avec plus ou moins de rigueur !

      Claude Lévi-Strauss avait dès 1984 cette prescience : « il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane.[3] » Plus tard, il ajoute, lors d’un entretien : « J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture[4] ».

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

      L’identité c’est d’abord un visage. Celui du drapeau national qu’il est suspect, au contraire des Etats-Unis, d’exhiber à sa fenêtre sous peine de passer pour un thuriféraire du front National. A évacuer le national on ouvre grand la porte au Front National. Un visage également lorsqu’il s’agit de l’enfermer entre les parois du hidjab, de le couvrir sous la burqa, de le nier, alors que notre police est contrainte de fermer les yeux sur son exhibition aux dépens d’une loi qui n’est guère appliquée. C’est bien le visage de la France et de la Française, de l’Occident et de la femme occidentale qui est ainsi avili, obéré, en dépit de la Sainte-face du Christ sur le voile de Véronique, en dépit de la tradition picturale et sculpturale du portrait depuis l’Antiquité gréco-romaine, jusqu’à la photographie, en passant par les portraits d’Ingres et d’Elizabeth Vigée Le Brun.

     Et pourtant le Salon Musulman du Val d’Oise, par exemple, n’oublie pas un instant son prosélytisme religieux, son antisémitisme et sa misogynie, ordonnant une soumission de la femme indigne des droits de l’homme.

      Faut-il alors imiter l’Australie qui raccompagne les bateaux de migrants d’où ils viennent ? Mais il s’agit d’une île et d’une nation unique, ce que l’Europe n’est pas. De surcroit leurs migrants économiques, voire prosélytes, ne fuient pas une guerre.

      Pourquoi les Etats Musulmans richissimes, telle l’Arabie Saoudite, ne reçoivent-ils pas les réfugiés et préfèrent financer pour eux des mosquées dans les pays européens et en particulier en Allemagne, dont la démographie native est en chute libre[5] ?

      Parce qu’au-delà des migrants consubstantiellement avides de liberté et de travail (alors que les 10% au bas mot du chômage français ne les y encouragent guère), à moins qu’il s’agisse de désir d’assistanat (l’allocation mensuelle de subsistance pour le demandeur du droit d’asile peut aller jusqu’à 718 €, sans compter la Couverture Maladie Universelle), la parabole du cheval de Troie de l’Odyssée d’Homère[6] est parlante : avec notre concours, un pourcentage, même minuscule et néanmoins terriblement dangereux de djihadistes terroristes éclaireurs du califat les infiltre d’une part, et, d’autre part, leurs cohortes d’adeptes de l’Islam n’amènent pas leur bréviaire d’un Islam des Lumières, mais celui d’une langue invasive et guère affamée de maitriser celle du pays d’accueil, du rituel halal, du voile, cet « uniforme idéologique » venu d’un « contexte patriarcal et phallocratique[7] », de l’oppression des femmes, des mariages forcés, de la polygamie, de la loi du talion et de ses infâmes châtiments corporels, de la charia enfin, qui parmi ses degrés divers peut devenir une « justice au service de la terreur[8] »… Quoiqu’il faille se garder de choir dans la généralisation abusive, il est loisible de se demander s’il s’agit d’accueillir de malheureux et valeureux migrants ou le fer de lance prolifique d’une invasion destinée à coloniser et islamiser l’Europe, jusqu’au Québec et ailleurs… Ce sur quoi ne se privent pas de nous avertir avec vigueur et pertinences des voix elles-mêmes venues de l’aire arabo-musulmane : comme Boualem Sansal avec son roman 2084[9] qui dénonce un totalitarisme plus ambitieux encore que ceux que le seul XXème siècle a connu, ou l’essayiste Ibn Warraq, dont l’argumentation imparable anime son Pourquoi je ne suis pas musulman[10].

      Est-ce à dire qu’il faut préférer les migrants chrétiens assyriens, les yazidis, les coptes, les baha’is, ces premières victimes du califat islamique (en tous cas nous ne devrions pas les oublier un instant), et bien sûr les athées, les esprits libéraux ? S’il faut faire un choix (et il sera délicat de trier le bon grain de l’ivraie), et pas uniquement selon des critères confessionnels, et en se souvenant que républicains espagnols, Pieds noirs et Boat peoples asiatiques n’ont guère été des fauteurs de troubles, que les Portugais forment encore le premier contingent d’immigrés, c’est pour valider le fait avéré que l’immigration (et son communautarisme) n’est pas un problème, si toutefois son chiffre reste assez modéré pour ne pas faire basculer les équilibres culturels de l’identité élargie de la France et de l’Europe, voire de l’Occident, mais aussi qu’une part de l’immigration venue de l’aire arabo-musulmane, voire sahélienne, est à même de saper les valeurs sur lesquelles l’Occident est assis, depuis au moins les Lumières…

      Si en 2008 l’immigration formait 8,4% de la population (un chiffre somme toute modéré au vu de pays voisins, dont l’Allemagne avec ses 13%), « la somme des personnes immigrées et de leurs enfants représente 20% de la population française », quand ceux « d’origine européenne et africaine représentent chacun 40% environ de l’immigration totale[11] ». Les chiffres ne paraissent ainsi pas effrayants, mais ils sont à relativiser devant l’afflux de ceux fuyant la Syrie, l’Erythrée, la Lybie et autres contrées voisines,  mais aussi les Balkans, quoiqu’ils préfèrent à la France des destinations économiquement plus généreuses et pour eux fourmillants de réseaux déjà installés, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède gangrenée. Mais l’absence de mixité résidentielle en territoire pseudo-français (en des quartiers où la police ne pénètre plus guère), l’activisme prosélyte de l’Islam, la culture de l’honneur, du mâle dominant homophobe et misogyne ont de quoi inquiéter raisonnablement. De surcroît, en observant la jeunesse française, « on tremble en imaginant aujourd’hui que c’est un quart d’une génération qui frise l’illettrisme[12] ». Il est à craindre que, comme dans les prisons où l’on sait que près de 70% des individus incarcérés sont musulmans, cette dernière population fort peu diplômée soit concernée de trop près par une carence éducative grave, dont les conséquences pourraient être culturellement désastreuses…

 

      Au-delà d’une problématique nationale, largement fantasmée, voire passablement obsolète, à l’exception de la question linguistique, l’identité française n’est pas séparable d’une identité européenne, occidentale issue de la démocratie et de la république gréco-romaines, du christianisme et surtout des Lumières. C’est cela qu’il faut voir perdurer et s’étendre pour le bien des peuples et des individus. En ce sens nous nous sentons plus proche de la culture japonaise telle qu’elle a pu évoluer vers la démocratie que vers l’inculture et la tyrannie d’un califat. On ne gagnera rien, sinon de dangereuses crispations, à regretter, pire à vouloir ranimer, le piètre paradis fantasmé des années soixante et de l’entre-soi gaullien. Aller de l’avant en cultivant tant nos particularismes qu’un cosmopolitisme vivifiant, ranimer une culture économique et scientifique libérale créatrice de richesses et d’emplois feront beaucoup pour relever tant les défis de la mondialisation que de l’immigration. A la condition expresse de ne pas transiger sur nos valeurs de liberté issues des Lumières et de repousser, non pas les hommes, sauf s’ils sont criminels, mais l’obscurantisme d’un communautarisme régressif et invasif.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de-photographie

 

[1] Fernand Braudel : L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986, volume I, p 17.

[3] Claude Lévi-Strauss : Tristes tropiques, Œuvres, Gallimard, La Pléiade, p 433-434.

[4] Propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », Magazine littéraire, Hors-série Claude Lévi-Strauss, 2003.

[6] Homère : Odyssée, VIII, 492-495.

[7] Abdelwahad Meddeb : Face à l’islam, Textuel, 2015, p 201 et 203.

[8] Samuel Laurent : L’Etat islamique, Seuil, 2014, p. 66.

[9] Boualem Sansal : 2084 La fin du monde, Gallimard, 2015.

[11] Nicolas Bouzou : Le Grand refoulement, Plon, 2015, p 106.

[12] Nicolas Bouzou, ibidem, p 118.

 

C. F. Delamarche : Atlas élémentaire, 1806. Photo : T. Guinhut.

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 17:20

 

Bois Henri IV, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Martin Amis, vivisecteur du nazisme

 

et d’Auschwitz :

 

de La Flèche du temps à La Zone d’intérêt.

 

 

Martin Amis Amis : La Zone d’intérêt,

traduit de l’anglais (Royaume Uni) par Bernard Turle,

Calmann-Lévy, 396 p, 21,50 €.

 

 

 

      Que voilà une charmante pastorale… La rencontre d’une « plantureuse » jeune mère en robe blanche parmi les ombres et les feux de l’été émeut grandement Thomsen, qui conçoit alors la « météorologie du coup de foudre ». Non sans ironie, Martin Amis, l’auteur prolifique de L’Information et des poupées crevées[1], semble engager les péripéties d’une églogue sentimentale, quoiqu’elle se passe dans la « zone d’intérêt ». C’est ainsi, par euphémisme, que les Nazis désignaient les camps de concentration et d’extermination. « Solution finale », « Espace vital », « Zone d’intérêt », ces formules parent des noblesses raisonnables de la langue les lieux abjects du génocide et de la guerre que le romancier Martin Amis avait déjà traversés avec La Flèche du temps. Mais en ce précédent roman, Auschwitz n’était qu’un moment, nodal certes, d’une fiction biographique, alors que le dernier né, La Zone d’intérêt, plonge intégralement les bluettes amoureuses et autres gaudrioles sexuelles de ses personnages dans la boue cadavérique du lieu de sinistre mémoire, sans jamais le nommer cependant.

 

      Le premier narrateur, Angelus Thomsen, officier SS et neveu du secrétaire d’Hitler, aime jouer de l’« interlude sentimental » avec la vulgaire Isle, quoiqu’il soit fort amoureux de la femme du commandant Paul Doll. Cette dernière est pour le galant un brin vaniteux « l’idéal national de la jeune féminité ». Quand le commandant devient narrateur à son tour, il se plaint des épreuves de son travail, que son épouse ne contribue guère à soulager, et se gargarise de son idéologie national-socialiste : il est le « Fer de lance de l’ambitieux programme national d’hygiène appliquée ». Cet homme « complètement normal » et cependant « pochetron », victime d’un vaudeville conjugal qui coûte la vie d’un prisonnier, gère la mort avec « radicalisme, fanatisme »… Le trio se referme avec le « Sonder » Smulz, qui est l’un « des hommes le plus triste de toute l’histoire de l’humanité ». Ce malheureux Juif est « le plus ancien fossoyeur » et dort avec les « sacs de cheveux ». Peu à peu, chacun des personnages, y compris Hannah Doll, voit ses reins et son cœur sondés jusqu’aux plus intimes, rêveuses et abjectes motivations, en une vivisection romanesque presque concurrente de celles exercées par les médecins nazis.

      Sans cesse en mouvement, l’écriture de Martin Amis est pétrie de finesse, d’ironie, et de non-dits suggestifs : sous la carapace mondaine, le vernis se fendille par petites touches pour laisser subodorer ce qui se trame derrière les miradors. Alors que l’on les filles du commandant jouant à cache-cache dans les fleurs, des cris lointains, une « odeur », suggèrent une monstrueuse proximité : « des gens qui font semblant que c’est la nuit de Walpurgis et qui jouent à se faire peur », les rassure-t-on. L’écrivain joue au chat et à la souris avec son lecteur : « Tout ce que je peux offrir, comme atténuation, en guise d’apaisement, c’est l’entièreté, la perfection de mon impuissance », dit ce petit mammifère. Le médecin qui préside à la « Selektion » promet de garder « purs et bénis et [sa] vie et [son] art ». Bientôt, rien ne peut empêcher que les « macchabées rachitiques » et les champs de cadavres soient aussi inévitables que la froideur réjouie des exécuteurs. Le Commandant Doll va jusqu’à fomenter un sordide complot pour faire assassiner sa femme, « mariée à un des assassins les plus prolifiques de l’histoire », et devenue aussi méprisante que compromettante, par le Sonder Smulz…

      Les SS sont titulaires de doctorats, un sergent récite de la poésie lors d’un spectacle, leurs coucheries ont les conséquences que l’on devine, quand, au dehors, l’on marche « dans la vase brun violacé d’une latrine infinie ». L’un « veut plus d’esclaves », l’autre « plus de cadavres », malgré la défaite en Russie bientôt évidente. Les femmes parviennent  à être, contrairement au préjugé courant, tout aussi ardemment nazies et férocement cruelles. « Qu’il était humiliant, qu’il était méprisable d’appartenir à la race des maîtres », pense bientôt Thomsen. Le contraste, aigu, est édifiant !

      D’aucun diraient que cette Zone d’intérêt est de peu d’intérêt, privilégiant d’une manière indécente, scandaleuse, les parties de jambes en l’air des uns et des autres, du Commandant Doll qui force sa maîtresse à subir un avortement dans le camp même, ou l’évocation des romantiques Souffrances du jeune Werther de Goethe, quand seul Smulz est la petite voix sacrifiée de la shoah… Mais au pinacle de ce roman se dresse la figure du Commandant Doll, salopard fier de lui, ivrogne patenté, bureaucrate autant zélé pour les intérêts nazis que pour les siens, amoral sans nul doute, borné, veule cependant, s’élevant et s’écroulant comme le type inénarrable du Nazi qui fit l’Histoire et que cette dernière défit pourtant, personnage bas en couleurs qui est le vrai trophée du romancier.

 

 

      Dans La Flèche du temps (1991), qui était plus continûment percutant, Martin Amis imaginait la vie à rebours d’un Américain qui se révélait ancien officier-médecin d’Auschwitz, cet « Anus Mundi ». Il s’agissait de sortir les Juifs des fours puis des douches (appelées en ce nouveau roman, le « sauna ») pour les rendre à leur vie : « C’était moi, Odilo Unverdorben, qui enlevais personnellement les pastilles de Zyklon B et les confiais au pharmacien en blouse blanche […] le travail dentaire était d’habitude effectué quand les patients n’étaient pas encore vivants[2] ».

      Indubitablement le styliste britannique possède l’art troublant de revisiter les monstres sacrés de l’Histoire et de la littérature que l’on n’aborde qu’en tremblant de commettre impair, lourdeur, poncif, sans oublier le rédhibitoire faux pas éthique. En outre le romancier n’a rien perdu de sa verve métaphorique : « le ciel gris était en train de virer de l’huître au maquereau »… Certes, quelques pages sur la gestion, la rationalisation et le cynisme de la solution finale paraissent avoir été déjà évoquées avec une conscience plus radicale par Jonathan Littell, dans Les Bienveillantes[3], qui est, n’en doutons pas, d’une dimension bien plus formidable. Au-delà du classique Si c’est un homme de Primo Levi (que la circonspecte et prolixe bibliographie n’oublie pas) il y a place pour toutes les investigations menées parmi les instigateurs et les gérants du « mal radical inné dans la nature humaine », selon la formule de Kant[4]. Car ici, le mal n’est banal que pour les Nazis dont l’ardeur au meurtre interdit tout recours au concept de « la banalité du mal » tel que le théorisa Hannah Arendt[5]. Car Doll rejette « le système chrétien du bien et du mal ». Comme, de l’aveu même de l’auteur, son Lionel Asbo[6], bien qu’anglais, était une graine de nazi, chauffé par la délinquance et le goût de la violence… Alors qu’Odilo Unverdorben, dans La Flèche du temps, est « capable de faire ce que tout le monde fait, bien ou mal, sans limite, une fois couvert par le nombre[7] ». Après le temps du témoignage, vient le temps des libertés de la fiction exploratrice des noirceurs de l’humanité.

 

      L’on sait que La Zone d’intérêt fut rejeté par Gallimard, bien qu’il fût le fidèle éditeur de celui qui est bien plus que le fils indigne d’un ex-jeune homme en colère (selon le nom choisi par un groupe d’auteurs britanniques de l’après-guerre) le romancier Kingsley Amis. Risquerait-on l’empathie avec de tels Allemands, que la focalisation interne choisie permet de rendre si dangereusement intimes au lecteur ? Calmann-Lévy avait refusé les Bienveillantes, il tente aujourd’hui de faire ainsi amende honorable. Une pudibonderie éditoriale ridicule aurait-elle failli nous priver de l’« intérêt » d’une telle gaudriole nazie, sarcastique, et abyssalement tragique ? Qui, peut-être, par le biais de la fiction romanesque, voudrait être la thérapie, la catharsis de l’Histoire…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Martin Amis : La Flèche du temps, Christian Bourgois, 1993, p 147, 142, 143.

[4] Emmanuel Kant : La religion dans les limites de la raison, Œuvres philosophiques, III, Gallimard, Pléiade, 1986, p 46.

[7] Martin Amis : La Flèche du temps, ibidem, p 183.

 

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 08:08

 

Plage des Prises, La Couarde, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

David Forster Wallace : L’Infinie comédie,

esbroufe ou génie ?

Le pandémonium des drogues et du suicide.

 

 

David Foster Wallace : L’Infinie comédie (Infinite Jest)

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francis Kerline, L’Olivier, 1488 p, 27,50 €.

Le Roi pâle, traduit par Charles Recoursé, J’ai lu, 736 p, 9,90 €.

 

 

 

      Précédés par une réputation souterraine, complice et complaisante, chuchotée entre initiés, ou bruyante, trop comminatoire, certains romans attendent parfois longtemps le défi de la traduction. Défi enfin relevé par David Kerline en nouveau Sisyphe, dix-neuf ans après la parution américaine, pour Infinite Jest, quoique le titre français paraisse insister sur un comique très discutable au lieu de la « plaisanterie », voire du « jeu », attendue… S’agit-il de la comédie du génie, singé par un post-lycéen, tennisman post-boutonneux, esbroufeur et dépressif ? De toute évidence, singeant l’infini avec ses presque 1500 pages, elle ne parvient pas -qui le pourrait ?- à la dimension cosmique de cet infini annoncé. Le pathétique apprenti écrivain s’est suicidé au pied de la ruine romanesque dont l’édification impossible, à moins qu’il en fut puérilement et vaniteusement satisfait, ne résiste pas à l’examen. À moins qu’il s’agisse là justement de la pureté négative et réalisée du projet aux lueurs splendides…

 

      Hal Incandenza est-il un génie ? Il semble incollable autant sur la grammaire prescriptive que sur le fouriérisme, évidemment sur « le symbolisme tertiaire dans l’érotique justinienne ». En attendant, le jeune prodige du tennis semble avoir du mal à réussir son admission à l’université, plus exactement à Enfield Tennis Academy, où l’on suit également des « cours de Divertissement ». Résultats peu flatteurs, malaise devant la commission, sans compter son amour de la « défonce », et son obsession du « mal radical », le personnage central semble bientôt atomisé par des personnages parasites, comme un médecin Saoudien loufoque bientôt assassiné, et, plus tard, le « gourou du fitness » ou « Madame Psychose ». Quand apparait son frère Orin Incandenza, obsédé par les cafards et « l’étreinte autour de la gorge de son âme », rêvant « de la tête coupée de sa mère liée à la sienne tel un phylactère ». Avant de proposer un retour en arrière dans lequel le père, le Dr Incandenza, épouse une bombe sexuelle, le Dr Avril Mondragon… Telle est la base de lancement d’un roman qui ambitionne l’état vibrionnant du missile atomique de la littérature.

      Peu ou prou, et au détour de quelques centaines de pages, trop souvent oiseuses, bavardes, creuses, inconséquentes, une intrigue finit par s’esquisser. En un futur passablement proche (« une époque postsoviétique et postjihad »), l’immense fédération formée par l’union du Canada et des Etats-Unis abrite la famille Incandenza, au carrefour d’une élite universitaire cernée par les médias, la surconsommation et la pléthore de drogues. James, le père des trois rejetons, qui « s’est donné la mort en introduisant sa tête dans un four à micro-ondes », aurait commis une vidéo aux pouvoirs d’addiction fatale considérables, intitulée, justement, Infinite Jest. Une organisation occulte de séparatistes québécois ne rêve alors que de s’en emparer…

      Outre Hal, et Orin, les deux sportifs, Mario est une sorte de cinéaste parodique de son père, puisqu’héritant du mythique et sophistiqué matériel paternel. Né difforme, il est hélas « ratatiné, saurien, homodonte ». L’action, si l’on peut parler d’action au cours d’une logorrhée souvent bien peu dynamique, d’une cohérence pour le moins erratique, et plus exactement les quelques vagues de conversations et les nombreux récits diversement monolithiques, se partage entre l’académie de tennis d’Enfield, Massachusetts, un centre de désintoxication de Boston, une montagne au-dessus de Tucson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Chacun des chapitres est titré, comme un journal, parmi l’« Année des sous-vêtements pour adultes incontinents dépend ». Comme si, en cette gratuite provocation (mais on comprend plus tard qu’il s’agit d’un moyen pour le spectateur de ne pas quitter le fauteuil du divertissement), c’était l’incontinence verbale de l’auteur lui-même qui était auto-fustigée ; comme est dénoncée l’incompétence du monde des adultes, en une gigantesque satire. De même, l’Organisation des Nations d’Amérique du Nord, qui a pour acronyme ONAN, est porteuse d’une intention satirique, cinglant la pente onaniste de la population. Hélas, avant de prendre conscience de tels objectifs romanesques, il faut en ce bric-à-brac confus, se farcir des narrations et des portraits particulièrement statiques, des lettres, des articles de presse, une dissertation d’Hal sur les héros des séries policières, des dialogues dépourvus parfois de la moindre ombre d’intérêt, qui, incidemment, débouchent sur une justification forcenée du tennis et de l’entrainement intensif au nom d’un collectivisme que le lecteur pourra trouver totalitaire. Ainsi le tennis permet devenir un « joueur collectif dans une plus vaste arène : le chaos moral plus subtilement diffracté du dévouement civique dans un Etat » est opposé au « plaisir béat de l’individu seul ». Soudain, la portée de l’opus s’en trouve grandement améliorée…

      De même, le discours de Marathe, activiste du séparatisme québécois, et membre des « Assassins en Fauteuils Roulants », fustige l’individu « fanatisé par le désir, un esclave des sentiments de votre petit moi individuel subjectif ». Sauf que le lecteur peut y lire la connivence des organisations sportives, révolutionnaires et étatiques, promptes à vouloir à toute force contraindre et encager l’individu libre… Il est d’ailleurs légitime de supposer que les paroles de Steeply, en conversation avec ce même Marathe, soient le reflet de la pensée de l’auteur de leurs jours romanesques : « je crois que j’en suis resté au vieux rêve américain, aux idéaux fondamentaux. Le refus de la coercition, de la tyrannie, de la terreur, la lutte pour la liberté de conscience et d’opinion ». Mais aussi « l’utilitarisme » et sa maximisation des plaisirs…

      Qu’est-ce que cette « cartouche de Divertissement », conçue par James « Soi-Même », ce film « anti-Divertissement », ce « Divertissement si splendide qui tuera celui qui le regarde », censé « contrer la létalité » de l’omniprésent Divertissement, cet « antidote contre la séduction du Divertissement » ? Une arme de libération massive contre une « nation emmurée », dont les séparatistes rêvent de se saisir comme d’un gaz terroriste à répandre… Orin, quant à lui, ayant lâché le tennis pour le football, n’aime guère « le cinéma, les cartouches et le théâtre et tout ce qui le réduisait à un rôle de simple spectateur grégaire ». Comme on le comprend !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’infini de l’opus est sans nul doute à mettre en relation avec un essai de David Foster Wallace sur l’infini selon le mathématicien Cantor, Everything & more[1], dans lequel il s’intéresse au paradoxe de Zénon et à ses intervalles infinis au sein d’un mouvement. En effet le tennis est comparé à « un continuum cantorien d’infinités de coups et de réponses possibles, cantorien et beau parce qu’infoliant ». Ce pourquoi l’on a effectivement la sensation de ne guère avancer en cet espace romanesque non euclidien, où se succèdent infiniment activités sportives compulsives, parfois sexuelles, mais aussi addictions, désintoxications, sevrages, rechutes, dans les griffes de l’alcool et de la drogue. Le défilé des déchéances sordides de comparses comme Poor Tony, sans oublier des scènes de baston et d’overdose infâmes, ornées du langage adéquat, est proprement vomitif, hyperréaliste, voire complaisant. De même les listes exhaustives de conseils et de précautions d’usage, les typologies des usagers chamarrées de tatouages, les confessions des personnalités détruites en voie de sevrage parmi les centres de désintoxication peuvent passer pour l’ange du bizarre d’un poème en prose ou pour un manuel de sociologie pour amateur de paumés et autres traumatisés par les addictions les plus crades. L’énumération boulimique, compulsive, visiblement documentée avec une exactitude affolante, peut également passer pour une acmé de la culture junkie et underground américaine. De surcroît, et s’il en était besoin, la dimension encyclopédique de ce roman prétendument total veut trouver sa caution dans les 150 pages de « notes et errata » (elles traduites par Charles Decoursé). Ce sont des extensions prolixes et informées, sur les drogues, les médicaments, la « filmographie » in extenso de James O. Incandenza, sur le « séparatisme québécois »…

 

      De loin en loin, d’heureuses formules perlent sur la page. Après une nuit d’hallucinogènes, celui qui fait partie « des jeunes gens génétiquement programmés pour avoir un problème de drogue secret », « Hal affirmait que l’aube semblait conférer à sa psyché une espèce d’aura pâle, une luminescence ». De même les films tournés par James et son fils Mario, caméra visée sur sa tête difforme, font l’objet d’ekphrasis généreuses, de grotesques et inquiétantes parodies du cinéma d’art et d’essai, tel celui qui ne filme en direct que ses propres spectateurs, tel « Sœurs de sang ou la religieuse dure à cuire », entre bikers, rédemption, combats sanglants et catharsis…

      D’heureux et fascinants moments clefs explosent parmi la kyrielle des pages : Joelle, une « majorette d’une beauté actéonisante », fascine Orin au point qu’il se sente victime du « complexe d’Actéon […] à savoir une sorte de profonde peur phylogénique de la beauté surhumaine ». Hélas cette Joelle van Dyne avec qui il va bientôt emménager deviendra l’étrange porteuse d’un voile de lin blanc, à l’instar du pasteur au « voile noir » d’Hawthorne[2], adepte de surcroit de « l’Association des Hideusement et Improbablement Difformes », confirmant que la beauté suprême confine à la difformité : « Je suis si belle que j’affole quiconque est doté d’un système nerveux. Ceux qui m’ont vue une fois ne peuvent plus penser à autre chose, ne veulent plus regarder autre chose, oublient leurs responsabilités quotidiennes et s’imaginent que, s’ils peuvent m’avoir à leurs côtés éternellement, tout ira bien. Tout. Comme si j’étais la solution à leur profond désir aliénant d’être joue contre joue avec la perfection ». Là (p 737) est peut-être le secret, la problématique matricielle de l’immense fatras qu’est L’Infinie comédie : comment rejoindre cette perfection ? Drogue, alcool, mal-être, sport compulsif, suicide ? On devine que cette insupportable beauté digne de Méduse n’est pas loin de la mythique cartouche de Divertissement… Est-ce bien elle qui joue le rôle d’une allégorie : « Madame Psychose dans une incarnation de la figure archétypale de la Mort » ? Est-ce pour cette raison qu’elle devient une suicidaire profonde et méticuleuse ? Qu’elle doit rejoindre le centre de désintoxication où elle figure l’ange discret de cette cour des miracles, penchée un moment au-dessus de Gately, sur son lit de souffrance, qui se remémore sa vie de défonce et de délinquance en grand angle…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Plus tard, bien plus tard, dans la nébuleuse de la pagination (car au millier de pages, le lecteur est abruptement captivé, passionné), la quête de la cartouche de Divertissement conflue avec celle de Joelle, qui en fut peut-être l’actrice. Les séparatistes québécois sacrifient des « Sujets cobayes » pour visionner des cartouches (c’est alors que le mot prend son sens plein), jusqu’à succomber devant un exemplaire enfin découvert, mais « en lecture seule », donc non-duplicable : « l’instrument susceptible de conduire la logique d’autodestruction de l’O.N.A.N. à sa conclusion finale était à présent à leur portée ». Le thriller politique et terroriste prend de plus en plus d’ampleur alors que Marathe, lui aussi voilé, rêve d’approcher la belle voilée…

      Etonnement, un aussi long, touffu et aporétique roman, fabriqué comme avec la « fonction du balai[3] » qui ne trie pas les poussières, rencontra un assez large succès, et suscita une adulation hyperbolique. Au point qu’il entraîna la rédaction d’un véritable guide du lecteur[4]. Comme si, en son faciès romanesque démultiplié, il rencontrait l’esprit du temps, fait d’inadaptation au monde trop formaté, de flambées soudaines de génie, de paranoïa politique, de naufrages dans le trio formé par la dépression, la drogue et le suicide. Chaque époque n’a-t-elle pas les idéaux qu’elle mérite ? À cet égard le portrait à charge de l’Amérique n’est guère ragoûtant : mélancolies psychotiques, désespoirs éthyliques et hallucinogènes, déchets polluants menaçant le territoire au point qu’il faille leur céder toute une province, gouvernants obsédés par la stérilisation, omniprésence et médiocrité des divertissements télévisuels et en cartouches entraînant lors de leurs cycles de modes, de monopoles et de concurrences, de vastes perturbations économiques. L’hyperpuissance devient de plus en plus spectrale…

      L’académie de tennis, et son entraînement forcené, deviennent une école du malaise psychique, voire de la folie ; et l’on se demande s’il n’en est pas de même pour le centre de désintoxication, malgré sa vertu affichée, voire « sa composante Dieu »… Ces deux espaces, centraux et parallèles, du roman, hors celui nocturne, désertique et montagnard, où se déroule la conversation Steeply Marathe, sont bien des métaphores du monde dans lequel vivait David Foster Wallace - voire le nôtre - et dans lequel seule peut-être l’écriture était pour lui capable de toucher « le ministère de l’euphorie, en quelque sorte, dans le cerveau humain ». Le delirium tremens thématique et compositionnel accouche d’un dégueulis de logorrhée ou d’une Babel aux ambitions dignes d’être saluées, voire révérées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il n’est pas indifférent de noter que le nom de la famille Incandenza est une invite à être sensible à l’incandescence des relations humaines, des créations de l’esprit et de l’activisme politique, mais surtout de l’incandescence des drogues, de la solitude frustrée, du déni, du suicide et de la mort. Le titre lui-même, Infinite Jest, est à lire en écho avec la phrase de Shakespeare, lorsqu’Hamlet converse avec Horatio et qualifie le fou Yorick, dont il tient le crâne en sa main, de « fellow of infinite jest[5] » (d’un jeu -ou d’une plaisanterie- infini), inscrivant ainsi l’ouvrage dans une longue tradition de mélancolie, depuis l’antique acedia, en passant par l’Anatomie de la mélancolie de Burton[6], d’ailleurs cité. Dans le cadre d’une mise en abyme, « L’Infinie Comédie » serait également le titre du Divertissement létal. De plus, les jeunes élèves de l’Académie de tennis jouent à « l’Eschaton », un jeu de combat géopolitique et nucléaire, comparé au Voyage du pèlerin de John Bunyan[7], et dont les courts de tennis sont une « carte du monde légèrement rectangulaire ». Il n’en reste pas moins que la vie des Incandenza, que le monde à venir des Américains coincés entre le Divertissement omniprésent, les Mr Propre gouvernementaux, la pléthore de déchets et de pollutions, y compris psychiques, est une amère plaisanterie…

      Si l’on est généreux, l’on peut considérer cette Infinie comédie, et en tenant abusivement compte du titre français, comme une fort lointaine sécularisation de la Divine comédie de Dante, dans laquelle il y plus d’enfer psychiatrique quotidien que de paradis, sinon artificiel des drogues, jamais montrées sous un jour positif, menacées par le manque, par un long sevrage, dont les vertus sont parfois récompensées, quoique fort péniblement. En ce sens, le roman peut ressembler au cerveau réalisé et déboulonné de son auteur, dont l’addictive dépression finit par le conduire au suicide en 2008, à l’âge de de 46 ans ; en écho d’ailleurs avec un autre récit du même : Le Sujet dépressif[8]. Le personnage de Kate Gompert, est également « suicidaire par Idéation et Intention ». Ce qui conduit à imaginer que L’Infinie comédie s’organise comme un autoportrait en anamorphose de son auteur, tennisman lui-même, dépressif lui-même, connaisseur en séjours en asile psychiatrique, élève surdoué de De Lillo et Pynchon. Il est vrai que la technique énumérative et cumulative, labyrinthique de David Foster Wallace n’est pas sans faire penser à Thomas Pynchon[9]. De plus, « des rêveries secrètes dignes d’un journal intime » fusent parmi le puzzle démesurément distendu. Comme Madame Psychose, dont le show radiophonique traite souvent de cinéma, Hal, son probable alter ego, jouit d’« une vision sans ironie mais lugubre de l’univers en général ».

      Les commentaires sur ce roman, lors de sa sortie aux Etats-Unis en 1996, furent pour le moins contrastés. Au point que certains critiques dénoncèrent l’illisible obsolescence de l’objet, à moins de se servir de ce pavé comme instrument de suicide, et que d’autres, comme Jeffrey Eugenides[10], donnèrent dans l’hyperbole : « David Foster Wallace est l’héritier de la grande tradition comique, entre Sterne, Swift et Pynchon ». Certes la satire du monde universitaire, tel qu’il est mis en lumière dans la scène inaugurale où Hal Incandenza, tennisman prétendument génial, est soumis à une évaluation, n’est pas sans instants comiques. Mais la mayonnaise du burlesque ne prend que rarement, y compris devant la perruque de Teeply, et encore si l’on est indulgent. L’ensemble de l’opus peut plutôt passer pour une vaste machinerie pathétique, une usine désaffectée, un chantier en déconstruction, un dépôt d’ordures vomissant, un marais desséché d’ennui, d’où émergent, çà et là, quelques fabuleuses pages, aphorismes étonnants, coups de patte métaphoriques, arcs tendus d’intelligence dans un champ de ruines…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sans doute, hystérico-réaliste est bien L’Infinie comédie, bourrée jusqu’à la gueule, jusqu’à l’overdose, de rapports et de témoignages exhaustifs et méticuleux sur les « Alcooliques Anonymes » et autre « Narcotiques  Anonymes », sur des figures du tragique et de la déjection humaine. Bagarreurs, meurtriers, nettoyeur de merde, tueur de rats, de chats, de chien, comme Lenz, le catalogue est un pandémonium, un cimetière de la beauté humaine et morale, opposé à celle de Joelle, peut-être fatale, peut-être rédemptrice. Ce que d’aucun verront comme la volonté de s’infliger (et à son lecteur) la lie du dégoût, quand d’autres y verront le souci d’une profonde humanité pour les vaincus les plus apparemment abjects des addictions, en une fresque sociologique dantesque, aux registres de langues kaléidoscopiques, de la vulgarité au morbide, de la technique tennistique à la dispute de philosophie politique...

      La liste est longue des suicidés ou en attente de suicide en cet opus, James Incandenza, Kate et Joelle, déjà nommés, Clipperton qui « se défonce le crâne » au « Glock », la mère de Madame Psychose « avec un broyeur d’ordures », les volontaires du Manitoba qui veulent « se faire implanter des électrodes de stimulation p », c’est-à-dire du centre du plaisir, tout en sachant que des rats et autres animaux sont morts d’« une addiction fatale au plaisir électrique. Mais le plus pur et le plus raffiné des plaisirs […] la distillation neuronale de… mettons… l’orgasme, de l’extase religieuse, des drogues hallucinogènes »… Est-ce le fin mot de la cartouche de Divertissement recherchée ? Un plaisir hautement suicidaire ?

      A moins que le roman lui-même soit suicidaire, faisant de loin en loin monter un suspense éclatant qui n’éclate pas. La dernière page refermée, l’on se demande : « Et alors ? » Rien, ou presque, n’aboutit. La « cartouche de Divertissement » originelle n’est pas retrouvée. Comme si David Foster Wallace s’était arrêté là, en panne de cerveau, laissant à son lecteur une amère sensation d’inachevé (à la page 1328, en toute modestie). Le rôle de Joelle (indubitablement le personnage le plus réussi) restant indécis, cette indécision seule est sublimement poétique.

 

      David Foster Wallace est-il un génie ou un esbroufeur ? Si l’esbroufe parait manifeste au cours d’un bon paquet de papier, il est nécessaire de persévérer. C’est au voisinage des pages 400 et des bricoles qu’une vitesse de croisière est peu à peu atteinte. Au-delà des pages 500 les fragments trouvent, quoique parfois péniblement, leurs liens subtils, comme une mosaïque recueillie par des fouilles patientes et méticuleuses. Un génie ? Peut-être pas. Mais un surdoué, absolument, avec toutes les qualités et les défauts inhérents à cette engeance, dont les moindres ne sont pas un manque de concision plus que  dommageable et une incapacité à l’efficacité de la structure. Pour reprendre un de ses précédents titres, La Fonction du balai serait-elle de balayer L’Infini comédie, pour sa prétention, son anarchie compositionnelle parfois rédhibitoire ? David Foster Wallace lui-même, mentionne un « de ces enfoirés critiques d’avant-garde qui avait écrit que, même dans ses films publicitaires, le talon d’Achille d’Incandenza était l’intrigue, qu’il n’y avait jamais chez lui d’intrigue intéressante, aucune action dramatique susceptible de captiver et de soutenir l’attention. » Sans nul doute est-ce une autocritique pertinente. À moins, de toute évidence qu’il s’agisse là de tout autre chose : le dallage du réel, si bien organisé qu’il soit, à l’instar de la mécanique rassurante, mais parfaitement ennuyeuse, d’une compétition de tennis, et la surface de l’humanité se sont effrités, éclatés en un puzzle abjectement splendide, malgré la surabondance des morceaux superfétatoires…

 

      Notre Infinite Jest n’est pas sans lien avec le dernier roman, inachevé, de David Foster Wallace, aujourd’hui réédité en poche. Il y est incidemment question d’une « révolte fiscale » canadienne contre le gouvernement de l’O.N.A.N. Alors que Le Roi pâle est tout entier plongé dans les arcanes de la fiscalité. On y retrouvera les qualités et les défauts ici inventoriés, aggravés encore par l’inachèvement. L’incipit est d’un beau lyrisme paysager. Alors que l’agaçante méticulosité de l’écrivain égrène 700 pages (un tiers du total à venir disait-il) pour concocter et explorer un monde kafkaïen de fonctionnaires appelés à calculer, traquer et percevoir l’impôt au cœur inflexible de l’Illinois. Aux frais du contribuable, ils bénéficient d’une ubuesque formation de survie à l’ennui. Etrangement, le chapitre 9 est un « Avant-propos de l’auteur », assurant qu’il s’agit là d’une « autobiographie non-fictionnelle avec des composantes additionnelles de journalisme reconstructif, de psychologie organisationnelle, des bases d’instruction civique et de théorie fiscale ». Nous pardonnerons « l’enfoiré de critique » (mais pour cette fois seulement) de ne pas l’avoir lu plus que cela, de faire une pause bien méritée, et de garder pour une prochaine dégustation dépressive ce satané Roi pâle qui ne peut que receler en ses 50 chapitres (c’est promis, foi de David Foster Wallace) des pages tourneboulantes. Telles qu’au hasard : « le gouvernement, la bureaucratie gouvernementale et les règlements gouvernementaux constituaient le moyen le plus dispendieux le plus stupide et le plus antiaméricain de faire tout et n’importe quoi ». On y croise en effet un narrateur « payé pour rester assis à lire un bouquin de développement personnel insipide ». La satire politique, l’anti-utopie dérisoire ne sont peut-être pas sans auto-ironie…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] David Forster Wallace : Everything & more, W. Norton & Company, 2003.

[2] Nathaniel Hawthorne : « Le voile noir du pasteur », Contes et récits, Actes Sud, Babel, 2007.

[3] David Forster Wallace : La Fonction du balai, Le Diable Vauvert, 2009.

[4] Stephen Burn : David Foster Wallace’s Infinite Jest : A Reader’s Guide, second edition. Continuum, 2012, New York, London.

[5] William Shakespeare : Hamlet, acte V, scène 1.

[6] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2000.

[7] John Bunyan : Le Voyage du pèlerin, CLC, 1982.

[8] David Forster Wallace : Le Sujet dépressif, Le Diable Vauvert, 2010.

 

 

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:41

 

Villa Borghèse, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Giambattista Basile : Le Conte des contes

 

ou Pentamerone ;

 

le merveilleux rabelaisien.

 

 

 

Giambattista Basile : Le Conte des contes,

traduit du napolitain par Françoise Decroisette, 

Circé, 496 p, 25,90 €.

 

 

 

     Réjouissant, toujours réjouissant ! Quand Perrault et Grimm bénéficient à juste titre d’une universelle réputation, ce Conte des contes, venu du XVIIème siècle italien, est scandaleusement méconnu de ce côté-ci des Alpes. Sous la plume agile de Giambattista Basile, le difforme et le grossier, le splendide et le raffiné, les ruses et entourloupes, le merveilleux et la morale se mélangent à profusion et avec une verve sans cesse renouvelée.

 

      C’est abrité par l’anagramme Gianlesio Abbattutis -un peu comme Alcofribas Nasier pour François Rabelais- que Giambattista Basile écrivit en 1625 ce Pentamerone (publié de manière posthume en 1634-1636 par sa sœur Adriana), c’est-à-dire cinq journées, dans la lignée des dix journées de Boccace : le Decameron. Ce sont en effet cinq fois dix contes, sous la langue de cinq femmes difformes qui mettent leur invention au service de la Princesse Lucia, en passe d’accoucher, et ainsi fabuleusement distraite par autant d’histoires palpitantes, comiques, grivoises et édifiantes. Comme chez Boccace -ou Marguerite de Navarre en son Heptameron- le récit-cadre permet d’initier la vraisemblance de la prolixité narrative, mais en lui-même déjà il est un récit merveilleux. Car la princesse Zoza, qui ne rit jamais, est tirée de son sérieux par l’entrejambe d’une vielle qui glisse devant la fontaine. Cette dernière lui jette un sort qui lui intime de n’épouser que le prince de Ronde Prairie, endormi dans une tombe. Elle devra le réveiller avec une cruche de larmes. Hélas, Lucia, l’esclave maure, achève indument ce travail de larmes et épouse le prince. Enceinte, elle éprouve alors le désir d’écouter des histoires. Parmi les dix conteuses, Zoza grimée sera la dernière, enchantant « son auditoire par la douceur de ses paroles », pour parvenir enfin à faire condamner l’usurpatrice à être enterrée vive, retrouvant ainsi son prince, ce qui est la matière de l’épilogue, bouclant la vaste boucle ornementée des récits.

 

      Sous-titré « Le divertissement des petits enfants », quoique franchement leste, il n’échappe pas à la règle qui veut, à l’instar de la vocation des Contes de Charles Perrault[1], que l’amusement des enfants soit le passeur de l’acquisition d’une moralité, ni non plus à l’infatigable propension des contes à réjouir les adultes les plus matures qui en goûtent à la fois l’invention, la fantaisie et la transmission d’une intelligence de la vie et des enseignements moraux. Ainsi les morales sont souvent explicites, comme à l’orée du « Troisième divertissement » de la première journée : « Un bienfait n’est jamais perdu ; qui sème la courtoisie récolte les grâces ». Mais aussi son contraire : « Chante à l’âne, il te rend des pets ! » (II,4).

      Un moteur narratif revient régulièrement : il s’agit du récit de revanche. Un être difforme et laid, plutôt bête de surcroit, devient peu à peu grâce à quelque vertu (bonté, ruse, expérience acquise) un être récompensé par la richesse et la beauté : « Et dès qu’il eut parlé, de jobard qu’il était, d’orque, de mascaron, il devint chardonneret, Narcisse, beau garçon » (I,3). Parfois, cependant, la chance parait suffire : « Vardiello, qui n’est qu’une bête, rend mille mauvais services à sa maman, et pour finir il perd une pièce de drap qu’elle lui a confiée. En voulant sottement la reprendre à une statue, il devient riche. » (I,4) Tel est l’en-tête d’un récit qui s’achève plus heureusement : « Ainsi la bêtise du fils rendit la mère riche, et le bon sens de la mère remédia à la stupidité du fils »…

 

 

       Rédigé en napolitain, situant ses intrigues dans la province de la Basilicate, Le Conte des contes s’inspire de la tradition orale locale, sans que Basile néglige les fruits de son imagination propre. Cependant, on trouve la trace de récits antérieurs, tels ceux de Straparola, dont Les Nuits facétieuses sont également à la portée du lecteur français[2]. Des sortes d’invariants originels essaiment parmi ces contes : comme le personnage que l’on retrouve sous la « Peau d’Âne » de Perrault, puisqu’il vient à l’idée d’un roi d’épouser sa sœur (11,2), ou « Cendrillon », à l’enseigne de Zezolla devenue « Chatte des Cendres », qui perd une des jolies mules de ses pieds, ou encore « Les Fées » du même, comme dans « Les deux petites pizzas » (IV,7), car en offrant sa pizza la courtoise Marziella se voit accorder un don par une vieille « qui jouait la tragédie du Temps sur la scène de son échine bossue ». Elle souffle alors « des roses et des jasmins », quand ses cheveux débordent « de perles et grenats ». On devine que Puccia la « pimbêche » verra les poux tomber de ses cheveux, et que pour sa mère indigne « la neige de la jalousie tomba sur le brasier de la rage »…

      À chaque conte, l’action et les péripéties dévalent en cascade, sans barguigner sur le merveilleux et la magie : une beauté est enchaînée par une sirène, une mignonne doit épouser un ogre, sept frères sont nantis d’autant de dons extraordinaires, une puce nourrie par un roi devient « plus grosse qu’un eunuque » et finit écorchée, tannée. Sans oublier la formule consacrée : « Il était une fois le roi de Haute cime qui fut mordu par une puce ». Les plantes elles-mêmes ont des vertus magiques, « branche de myrte » dont un prince devient amoureux, ou « dattier d’or » d’où sort une fée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le rire et l’insulte grossiers jaillissent à quelques lignes des élans poétiques les plus précieux. Cette écriture étonnamment baroque produit un irrésistible effet de surprise et de plaisir. Dès l’ouverture le ton est donné : « Vas-tu fermer les vannes, vieille sorcière, aïeule de Belzébuth, sangsue, croqueuse de marmots, chiailleuse, foireuse, face de péteuse. » Mais à peine une page plus loin, le narrateur se fait lyrique : « lorsque la Nuit fait proclamer par ses oiseaux une forte récompense à qui lui donnera des nouvelles d’un troupeau d’ombres perdues »… Les dialogues sont très imagés, venus de l’imagination linguistique populaire. Ainsi, quand le roi morigène sa fille enceinte : « Comment a-t-elle pu s’embarrasser de ce pied-plat velu ? Ah, infâme, aveugle, fourbe, quelles métamorphoses sont-ce là ? Te faire génisse pour un porc afin que je me transforme en bouc ? » (I,3). Même les princesses, pour faire mentir le mythe, ont la langue bien chargée, verte et rabelaisienne : « Tu me dois un peu plus de respect, car, en fin de compte, je suis fille de roi, et il n’y a pas d’étrons sans petites odeurs ! » (I,7). Quant à la sorcière séductrice qui tient à enchaîner les hommes avec ses cheveux, elle parait « un morceau de gourmet : imaginez un caillé moelleux, une pâte d’amande, qui ne tournait jamais les boutons de ses yeux sans tailler une amoureuse boutonnière dans les cœurs » (I,7)…

      Pour pointer son nez camard, la parodie est en effet omniprésente. En ces contes, on peut être engrossée par la parole d’un bêta ou par un pet. Les récits merveilleux, ailleurs trop policés, sont moqués par des motifs picaresques, des images scatologiques, et il en est de même pour la tradition des récits emboités venus de Boccace et de sa langue toscane plus élégante. Les dix conteuses ne sont pas des nobles dames, mais Zeza la boiteuse, Meneca la goitreuse, Antonella la baveuse, Iacova la merdeuse… Et si chaque journée s’achève sur une églogue en vers, c’est pour mieux les animer de « paroles de poids, gorgées de suc », entendez pleine de verve sans gêne et sans guère de pudeur. Voyez par exemple la princesse amaigrie dont les « yeux étaient si enfoncés qu’il aurait fallu la lunette de Galilée pour en voir la pupille »…

 

      Que le lecteur n’hésite pas un instant ! Qu’il ouvre séance tenante Le Conte des contes ! Le plaisir tient ses promesses à chaque page. À tel point qu’il faut sentir Giambattista Basile, poète et érudit qui fit partie, près de Venise, de « l’académie des Extravagants », se trémousser de bonheur et de rire du fond de la tombe lointaine qu’il habite depuis 1632. N’a-t-il pas dédié son livre au « Roi des Vents », plutôt qu’à l’ingratitude des hommes ? Avec lui, assurément, nous saurons à la fois nous divertir et nous instruire, en particulier sur l’opposition des vices et des vertus, comme il est de tradition immémoriale parmi les merveilles du conteur : où l’on reconnaîtra (IV,2) « la Vertu à son petit nez pointu ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Straparola : Les Nuits facétieuses, José Corti, 1999.

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:15

 

Bois Henri IV, La Couarde, Ile de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Stefan Brijs,

l’esprit de la guerre et de la science :

 

Courrier des tranchées, Le Faiseur d'anges.

 

 

Stefan Brijs : Courrier des tranchéesLe faiseur d'anges,

traduits du néerlandais (Flandre) par Daniel Cunin,

Héloïse d’Ormesson, 2015, 464 p, 23 €, 2010, 592 p, .

 

 

      Il suffit à Stefan Brijs de deux romans aussi sombres, voire noirs, que de lecture aisée pour ausculter l’esprit de la guerre et de la science. Visiblement il ne porte aucune des deux en haute estime, ce que l’on peut comprendre pour la première, mais bien moins pour la seconde. Un jeune homme vit son inquiet roman de formation dans l’Angleterre contemporaine de la Grande Guerre et se fait observateur du Courrier des tranchées. Un médecin pratique des expérimentations génétiques pour le moins risquées en ce Faiseur d’anges qui fait de lui l’héritier des « faiseuses d’anges », ces avorteuses désignées par euphémisme. Deux romans excitants pour l’intellect, quoique désespérés.

 

      Rien de trop volontairement sensationnel en ce Courrier des tranchées. Plutôt que de nous plonger ex abrupto dans l’enfer bien connu des tranchées de la guerre 14-18, le romancier choisit de se pencher sur le regard de l’arrière, sur ceux qui restent en une Angleterre menacée jusque dans ses ports, voire jusqu’à Londres, et saignée à grands flots par les troupes de jeunes gens qu’elle envoie au front. Deux personnages opposés sont au centre de l’intrigue : John Patterson et son ami Martin Bromley, du moins celui qu’il pense devoir rester son ami. Le premier préfère la paix des livres et de la littérature, digne héritier de sa mère décédée et de son père qui constitue une splendide bibliothèque qu’il ne lit pas et calfeutre contre la guerre, en toute fidélité pour la disparue. Le second est son frère de lait, un trop jeune garnement, voire un délinquant, qui ne rêve que d’endosser l’uniforme et qui y parviendra grâce à une douteuse entourloupe. L’affaire se complique lorsque la jeune fille, Mary, que convoite amoureusement John, parait céder aux avances des uns et des autres. Amitié et amours contrariés façonnent rudement le développement intellectuel et affectif de notre jeune héros, d’autant que, bientôt, son père, facteur de son état, miné par les avis de décès militaires qu’il doit livrer à la pelle, omet de remettre à la mère de Martin un courrier affligeant…

      Au-delà du chassé-croisé sentimental, le tableau de l’époque est parfaitement mis en scène. Autour de John la pression est considérable : ne pas s’engager est vu par ses camarades, par la société entière, par les femmes, comme une indigne lâcheté. C’est à un autre courage que se livre William, un condisciple de John, en envoyant aux journaux une lettre ouverte qui ne sera jamais publiée, mais qui dénonce avec une furieuse acuité le bellicisme ambiant ainsi que les manipulations du gouvernement et d’une propagande  éhontée.

      A cet égard la seconde partie, plus mince, est un peu moins convaincante. Cerné par les fins tragiques de ses proches, notre jeune narrateur s’engage et patauge parmi les champs boueux et macabres des tranchées. Il devient l’ordonnance d’un officier, qui, passionné de botanique, lui confie : « Il faut savoir se satisfaire du moindre témoignage de beauté ». C’est au cours d’une excursion entre les champs de bataille qu’avec joie de dernier trouve la fleur de la « vinca minor », avant de réaliser qu’elle a poussé entre les doigts d’un cadavre… Dans l’abri d’une tranchée, il s’extasie devant un œuf de merle, ce qui donne l’occasion aux deux militaires de communier dans le souvenir de la poésie de John Keats: « Un objet de beauté est une joie éternelle ». Ce qui est un leitmotiv du roman puisque les Lettres de Keats à Fanny Browne ne quittent jamais notre jeune héros, souvenir de sa mère et lien imaginaire avec cette Mary qu’il n’aime qu’avec l’idéalisation illusoire de son ardent désir, sans l’ombre du moindre succès.

      Alors que son père était « un collectionneur qui ne lisait pas », il est « devenu un lecteur qui ne collectionne rien ». Fort heureusement, le romancier a su collectionner pour nous une vie, un monde, quoique également brisés. Le roman d’éducation, profondément déceptif, est cependant un torrentiel tableau d’une époque orageuse. Son réalisme scrupuleux, son art consommé d’une narration solidement classique ne font tout de même pas de Stefan Brijs un brillant styliste, alors qu’il sait avec sûreté saisir son lecteur entre ses griffes, comme dans son précédent volume, aux menaces fort différentes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne vous fiez pas à l’incipit apparemment conventionnel de ce Faiseur d’anges, avec juste ce qu’il faut de suspense. Un Docteur débarque dans une ville frontalière (entre Belgique, Pays-Bas et Allemagne) en étonnant les braves gens. N’a-t-il pas, comme son père, un « bec de lièvre » et, dit-on, trois bébés jumeaux dont les cervelles ressemblent « A une noix. Mais en bien plus gros. Et tout visqueux. » On prendra la chose pour de stupides commérages…

      Mais gare ! Ce roman va bientôt, et dans un crescendo efficace et crédible, nous emporter vers une fin proprement hallucinante. Car notre mystérieux et peu sympathique Docteur, souffrant du syndrome d’Asperger (difficulté à ressentir des émotions, à différencier le bien et le mal, à communiquer) même s’il sauve d’abord un enfant, finit par nous délivrer le secret de son enfance martyre, puis de sa vocation : la médecine, le clonage. Ainsi les trois bambins, élevés par une aimable institutrice, ressemblent-ils violemment à leur père, sans pouvoir espérer d’échapper au vieillissement accéléré. Notre Docteur se révolte contre « une faute commise par Dieu, une erreur qu’il convenait de réparer ». Autour de lui, on s’inquiète : « Fallait-il freiner un génie au motif qu’il montrait des signes de démence ? » Avant de peut-être parvenir à affiner sa technique pour un couple en mal d’enfant perdu, son mysticisme délirant le poussera au sacrilège suprême au bout d’un chemin de croix… Ce que l’habitué de la culture flamande pourrait lire comme une mise en scène digne de l’enfer de Jérôme Bosch.

      Bien sûr, on peut lire cette fiction d’abord réaliste, qui culmine cependant parmi le fantastique et la science-fiction, en ce sens ressortissant du réalisme magique, comme une réécriture du mythe de Frankenstein[1], dans une vision où l’aventure scientifique ne peut rivaliser avec Dieu et ne mène qu’au désastre, selon une tradition morale, bien établie, trop bien établie. En ce sens, il est permis de considérer ce roman comme un brin réactionnaire, déniant à l’homme le droit de corriger la nature, le droit de prendre des risques pour améliorer ses enfants. Si l’on est en droit de trouver Stefan Brijs excessif dans son propos mystique et antiscientifique, il a mérite de poser d’indéniables problèmes éthiques.

 

      Critique de l’emballement de ceux qui se prennent de passion pour la guerre, des dérive d’une science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme, pour reprendre Rabelais, notre romancier néerlandais, né en 1969 dans le Limbourg belge, est bien un humaniste. Si son Faiseur d’anges était une réussite, quoique empreint d’un double anathème contre le viol de la nature par la science et contre les scientifiques sans âme, anathème passablement excessif, son Courrier des tranchées, plus simplement réaliste, à mi-chemin du roman historique et du roman d’initiation d’un jeune homme, passera pour une radiographie, pleine d’humanité, d’une époque terrible.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Lecture du mythe de Frankenstein

 

Bois Henri IV, La Couarde, Ile de Ré. Photo : T. Guinhut.

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 08:23

 

Museo de la Catedral de Leon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Sorcières historiques

 

et écriture contemporaine de Macédoine :

 

Venko Andonovski : Sorcière 

 

 

Venko Andonovski : Sorcière 

traduit du macédonien par Maria Béjanovska, Kantoken, 482 p, 22 €.

 

 

 

      Venu d’une contrée littéraire inexplorée, la Macédoine, voici un objet d’art bifide. Ses deux langues sont celle d’un roman historique situé au XVIIème siècle et d’un récit contemporain. Sorcière  avec son point exclagorratif, signifiant certitude et doute des protagonistes, met en scène une interrogation existentielle sur le mal : « on veut vérifier si le diable est matériel et réel, venimeux et créé. »

 

      Le Padre Benjamin parcourt la Croatie et Macédoine. Quoique émissaire du Pape, ami de savants et philosophes représentant la raison, Descartes et Galilée, il est confronté à l’obscurantisme d’un Grand Inquisiteur fanatique, dont la passion dogmatique traque les sorcières séduites par le Malin. Mais c’est une sexualité rentrée qui anime les procès ordonnateurs de sévices. Car « l’origine des films porno se trouve dans ces témoignages de l’inquisition sur le sexe de groupe et les orgies ». De plus, « l’homme aux yeux de serpent » est l’incarnation de la violence absolue : « la vérité lui appartenait, car il avait entre les mains… le bûcher. »

      À cet écho lointain du Nom de la rose d’Umberto Eco, répond une intrigue amoureuse : le Padre Benjamin est séduit par une intelligente rousse que son mari accuse de le rendre stérile et d’être une sorcière. Le prêtre bientôt défroqué écoute alors l’histoire de Jovana, qui fut l’esclave d’un bey islamique, puis d’un marchand, sans vouloir renier sa religion. Jusqu’où Benjamin devra-t-il manœuvrer pour sauver sa sorcière et écrire son livre sur les sciences diaboliques ?

 

 

      Abruptement, le roman est périodiquement interrompu. Par des considérations en italiques, passablement oiseuses de l’auteur impécunieux, dont l’éditeur demande des histoires policières vendables. Le procédé narratif -plus exactement la métalepse- parait une affèterie postmoderne gratuite, bientôt plus fine : « Il est toujours temps de mourir d’une narration classique, ampoulée, stylisée ! » Jusqu’à ce que l’on perçoive, après des dizaines de pages, qu’arguments historique et contemporain se répondent par un lien ténu : deux femmes rousses, à quatre siècles de distance, fascinent le personnage et son narrateur : « les amants se retrouvent après des siècles, après que la mort les a séparés […] dès leur renaissance, ils se cherchent mais dans d’autres corps. » Ainsi, de celle qui ensorcelle d’amour Benjamin à l’étudiante en médecine, un écho subtil se noue, inscrivant l’ouvrage dans une esthétique digne du réalisme magique. « En fait, ce n’est qu’une recette pour écrire un roman ». Qui, enfin, se retourne sur lui-même pour être offert et dédicacé à « la rouquine ». Ce pourquoi Milan Kundera est un préfacier enthousiaste de ce grand roman européen, quoique trop peu disert.

      Sans nuire à la fluidité romanesque, la richesse intellectuelle et métaphorique imbibe la langue, les pages. De la « fille-lettrine » à Jovana « la rousse, belle comme une lettrine », en passant par le séminariste et futur « doctor angelicus », grâce à sa connaissance du doute, tout s’inscrit « dans l’objet le plus secret de la magie diabolique qui du mensonge fait la vérité : le livre. » Là où bientôt l’Inquisiteur est démasqué : il est le Diable ! Dans une langue aisée, les débats théologiques éclairent les problématiques du roman, à l’instar de l’apologue nietzschéen, lorsque le Padre Benjamin dévoile l’illusion du théâtre d’ombres. L’œuvre polyphonique, à la lisière du conte et de l’essai encyclopédique, dénonçant ce grand massacre des femmes prétendues sorcières[1], oppose la terreur documentée des tortures et l’érotisme brûlant du poème en prose.

 

      Il faut explorer ces marges de l’Europe, où des auteurs surgissent à nos yeux soudain dessillés, aussitôt ébahis. Venko Andonovski, né en 1964, qui enseigne les littératures d’Europe centrale et la théorie narrative à l’université de Skopje, est chamarré d’une bibliographie impressionnante : Sorcière  cet étonnant roman philosophique, en est à sa huitième édition en Macédoine, Le Nombril du monde à sa douzième, ses volumes de nouvelles à la sixième, son théâtre et ses essais jouent dans la cour de l’abondance. Hélas, seule sa pièce Cunégonde en Carlalande[2], imaginaire pays où la promise de Candide découvre la folie de l’Occident, est traduite en français. Il tient de surcroit dans un quotidien une chronique  hebdomadaire: « Le dictionnaire des passions humaines ». Un univers à soi seul et à découvrir, parmi lequel un titre comme L’Alphabet des désobéissants est particulièrement fascinant…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Article publié -et ici augmenté- dans Le Matricule des Anges, juin 2015

 

[2] Venko Andonovski : Cunégonde en Carlalande, même traductrice, L’Espace d’un instant, 2013.

 

Bolzano / Bozen, Südtirol / Trentino / Alto-Adige. Photo : T. Guinhut.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 07:51

Santa Maria degli Angioli, Lugano, Ticino. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Giorgio Pressburger :

 

Histoire humaine et inhumaine

 

de l’obscur royaume des enfers

 

du XXème siècle

 

et autres Nouvelles triestines.

 

 

 

Giorgio Pressburger : L’Obscur royaume, Histoire humaine et inhumaine,

traduits de l’italien par Marguerite Pozzoli,

Actes Sud, 288 p, 22,50 €, 432 p, 25 €.

 

Giorgio Pressburger : Nouvelles triestines,

traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli,

Actes Sud, 160 p, 19,50 €.

 

 

 

      La tentation est grande pour tout écrivain italien, ou pour qui, comme Giorgio Pressburger, l’est devenu, de se mesurer au poète emblématique et fondateur : Dante en personne. Sa Divine comédie surplombant le ciel littéraire, il convient de la respecter, de l’éviter, de la pasticher, si tant est que cela soit possible, ou de la parodier. C’est ce dernier parti qu’a choisi, non sans risques, Pressburger, en publiant son Enfer, en l’espèce de L’Obscur royaume, avant d’y adjoindre un Purgatoire et un Paradis. Le premier volet du triptyque est ici suivi des deux autres volets, réunis sous le titre univoque Histoire humaine et inhumaine, eux-mêmes sous-titrés « Dans la région profonde » et « Dans les régions heureuses ». Réécrivant la Divine comédie, cette trilogie, cet opus en quelque sorte testamentaire, propose-t-il exorcisme, catharsis ? Plus apaisées, quoique parfois inquiétantes, sont Les Nouvelles triestines d'un romancier démiurgique.

 

      Chez Dante l’enfer était une caution morale qui envoyait les méchants parmi les tourments et les tortures. S’appuyant sur un Dieu qui l’avait voulu, conjointement au purgatoire et au paradis, il était justice et punitions, il était sens ultime, la réalité implacable et la fin impeccable du bien et du mal. Mais chez Pressburger, en son Obscur royaume, rien n’est aussi simple. Tout y est bouleversé : les bourreaux côtoient les victimes, qu’ils viennent du nazisme ou du goulag… Car en tant que Juif hongrois né en 1937 qui vécut l’occupation allemande et a fui son pays en 1956, lors du coup de force des chars soviétiques, il connait intimement, presque génétiquement, l’aberration des totalitarismes qui exercent leurs violences sur les corps et les esprits.

      Que Giorgio Pressburger se serve d’une chiromancienne et pythonisse d’occasion, arnaqueuse de surcroît, puis de Sigmund Freud comme anachronique thaumaturge et thérapeute, au travers d’une succession de séances psychanalytiques qui sont autant de visions hallucinatoires, montre bien qu’il s’écarte à la fois de la théologie dantesque et de sa fable merveilleuse. Il inscrit la catabase -cette descente spirituelle dans l’Enfer- de son personnage dans un voyage intérieur qui relève, de par son ancrage réaliste, psychologique et psychanalytique, dans le genre fantastique : sommes-nous en plein surnaturel ou en pays de phantasmes, ou encore dans une accumulation d’archives historiques et tragiques ? C’est ainsi que la « méthode des associations d’idées » proposée par Freud permet de visionner le film intérieur que projette ce malheureux Orphée sans pouvoir poétique qui tente de revoir dans cet au-delà putride son père et son frère jumeau.

       Comme Dante se servait de son Enfer pour y plonger ses pires contemporains, voire y régler ses comptes, dans un climat politique agité, entre Guelfes et Gibelins, notre romancier dessillé ne lésine guère. Sous la férule des tortionnaires surtout nazis, où l’on trouve « ce petit tas de cendres vêtu d’un habit à rayures », mais aussi des fascistes argentins et italiens, bourreaux et victimes continuent de s’entrechoquer en cet inframonde perpétuel fait d’exécutions, de coups, de tortures et d’aveux, de douches gazeuses… Y compris des figures parfois autant criminelles que victimes, comme la Fraction Armée Rouge de Baader, terroristes assassinés dans leur prison… Parmi ces paliers effroyables, l’on croise nombre de personnalités du XX° écrasées par les tyrannies qui ont voulu bâtir une humanité nouvelle, et plus précisément des personnalités créatrices : Walter Benjamin, Rosa Luxembourg, Anne Franck, Primo Levi (alors accusé d’avoir condamné l’état d’Israël après les massacres de Sabra et Chatila et coupable de s’être suicidé), la Milena de Kafka… Nombre d’entre elles, comme lors des rencontres faites par Dante et son Virgile, racontent leur histoire. Ainsi Paul Celan expose son destin tragique, celui d’un poète qui se définissait comme un « pont », « sur lequel passaient les messagers d’une possible compréhension humaine et les tanks de [s]on siècle ». Il est heureux que dans ce malheureux vingtième siècle (qui a cependant bien des bonheurs à nous offrir) notre auteur ne se contente pas de faire défiler les victimes d’un seul totalitarisme. Le communisme y a sa part, avec Maïakovski, Marina Tsvetaeva, Mandelstam, Isaac Babel, ou celui qui dut « choisir entre le bolchevisme et… la poésie », ou encore Trotsky, assassiné d’un coup de piolet : « Tuer des millions d’individus pour construire le monde nouveau : à ses yeux c’était juste ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ainsi la dimension historique et politique de cette catabase croise et complète le parcours intime et familial du héros. Ce qui, dans cette perspective de réinvestissement de l’œuvre phare du patrimoine littéraire par une réécriture à la fois poétique et polémique, ressortit au postmodernisme, trouve par les abondantes notes fournies par le romancier lui-même, une posture esthétique à la fois métalittéraire et critique. Comme lorsque les ombres de Pound, de Céline et d’Hamsun, ces trois thuriféraires du nazisme, sont pris à partie et associées aux trois têtes de Cerbère, ce chien gardien de l’enfer. D’ailleurs, dans la même perspective, Heidegger est conspué pour son silence coupable, sa complicité. Quoique, en nouveau Paolo, il côtoie l’amour de sa Francesca : Hannah Arendt, l’auteure d’ « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal »… Reste que les écrivains complices de la tyrannie communiste n’ont pas ici la place qu’ils méritent.

            Hélas, grâce à ce roman trépidant, voire difficilement supportable pour les âmes sensibles, le dépassement des contradictions, la catharsis -ou purgation des passions- ne semble guère possible : la déploration et la prière aux morts ne paraissent guère accorder d’apaisement à quiconque. Car l’enfer n’est plus une fiction des dieux et du diable, mais la réalité de l’humanité, par les hommes et pour les hommes. Ainsi, les bourreaux ont-ils pour châtiment de rester pour l’éternité des bourreaux ? Mais les innocents ? Où est leur rédemption ?

      Il est donc difficile, pour le narrateur, d’affronter ses démons, intérieurs autant qu’historiques, de façon à « rester un homme libre et conscient » comme le lui demande son mentor, ce Freud qui lui permet de développer la vision refoulée, qui lui promet la « guérison ». Ainsi le narrateur demande à la Hongrie, à son passé trouble, nazi, antisémite et communiste : « Défèque ce qu’il y de pourri en toi ! » Seule la poésie reste un espoir, malgré l’élégie récurrente associée aux grands écrivains que selon lui on ne lit hélas plus guère, de par ces nombreux personnages de poètes qui réhabilitent cet art trop oublié. Est-ce opérer un salut ? L’inachèvement du voyage initiatique, de la thérapie, au moment où le narrateur retrouve parmi une « montagne de cadavres » son père et son frère, est-il le prélude d’ « un autre récit » finalement annoncé, ou l’expectative qui laisse le lecteur devant les démons de l’histoire et sa propre responsabilité dans la quête de sens ? Y-aura-t-il un purgatoire et un paradis ?

      Parfois, l’on glisse jusqu’au pastiche le plus cru des procédés dantesques, en particulier lorsque s’ouvre le portail des morts, en réalité celui d’Auschwitz, sans pourtant que l’on atteigne la qualité poétique de la langue du maître médiéval italien ; mais sans doute n’était-ce pas l’ambition de Pressburger. Et, sans cesse, le texte, narratif et dialogué, est environné de notes explicatives, parfois superfétatoires, comme une parodie des pléthoriques éditions universitaires de la Divine Comédie. Même si le développement et la répétition du procédé des tragiques rencontres peut sembler parfois un peu trop platement didactique, si la langue pourrait être à la fois plus elliptique et plus expressive, dans ce projet, cette fresque macabre et splendide, des morceaux sont profondément émouvants, douloureusement problématiques, comme lors de la confession, parmi un « fleuve de femmes », des amours d’Hannah Arendt pour Heidegger, ce philosophe qui trahit la philosophie.

 

 

      Quittons l’Enfer, cet Obscur royaume, pour traverser avec Pressburger le Purgatoire et le Paradis, respectivement « Dans la région profonde » et « Dans les régions heureuses », réunions en un second volume devenu Histoire humaine et inhumaine. Par cohérence, plutôt que cette solution bancale, n’aurait-il pas mieux valu publier trois volumes, ou réunir l’ensemble en un seul fort opus ? Autre objet d’irritation : la « scansion indiquée par des espaces blancs entre certains mots » (ce que ne présentait pas le premier volet), systématique, et fatigant la lecture.

      Une fois notre mauvaise humeur passée, nous avons là l’entier d’un projet splendide, bourré de notes éclairantes. Quoique la tentation de penser à une surexploitation du filon soit en nous aux aguets. Tour à tour politique et tragique, poétique et romanesque, ce voyage parmi l’au-delà, commencé en « tram », ne se fait plus, comme chez Dante, guidé par Virgile et Béatrice, mais par Freud et Simone Weil. On peut supposer que la vocation du premier est d’offrir une lecture de l’inconscient du siècle ; à condition de tenir la psychanalyse en haute estime. Quant à la seconde, qui qualifie Marx de « prophète », il est permis de douter de sa lucidité intellectuelle. Pire, Che Guevara se lève de sa mort, réclamant la « guérilla planétaire ». Ce sont là deux engagements que l’on peut trouver discutables, plus exactement criminels. Ecrivains, poètes, artistes, philosophes, voire scientifiques, défilent en ce labyrinthe souvent obscur, chargé de « gaz et de fumées », par allusion aux camps de la mort, jusqu’au « silence pompeux des bienheureux », cependant bien terrestre. Parmi ces « rencontres avec les figures tragiques du siècle passé », Kafka est  hautement privilégié. Mais point de réel paradis, cette fois abordé en fourgonnette, plutôt une « cacographie », le « marécage des martyrs » et l’extinction parmi les « particules élémentaires ». L’apologue est cruel, ironique, car même les pires dictateurs sont « tous dans ce lieu de délices ».

      Loin d’être un genre mineur (comme le savaient les Anciens) la réécriture est une riche porte vers de possibles œuvres plus que talentueuses. Ainsi, les mythologies, grecques et chrétiennes, sont d’infinies sources de renouvellement de l’inspiration. En s’appuyant sur un riche substrat culturel et historique, Giorgio Pressburger vient de nous en donner une preuve éclatante. Reste que l’on peut contester sa position: a-t-il ainsi raison de constater, après la mort de Dieu, s’il est bien mortel, que le bien et le mal n’ont plus ni limites ni sens ? Veut-il dénoncer cette bouillie morale dont fut fait le dernier siècle, ou nous infliger son incapacité de départager les enfers et les paradis qui sont la chair de  l’humanité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une carte de la ville de Trieste ne serait pas inutile pour accompagner ces Nouvelles triestines. Chacun de ces sept récits est lié en effet à une rue, un quartier, qui n’ont pas grand-chose de prestigieux. Comme leurs personnages, qui sont souvent des vieux, entrepreneurs plus ou moins retraités, dames vénérables. Les voilà un brin toqués, parfois artistes velléitaires. L’un n’écrit que deux pages de roman, l’autre achète des tableaux anciens ou cache un rare talent de pianiste, comme « Frau Musika », qui réussit son dernier et mortel concert.

      Mais l’art est toujours menacé. Les bruits obscènes de la vie chassent les élèves de « Frau Musika », une vieille femme aux ardeurs sexuelles et amoureuses incessantes sème la confusion entre deux amis amateurs de peinture et de ventes aux enchères. La mort surtout attend son heure auprès de nos anti-héros, qu’ils laissent leur fortune à leur femme de ménage slovène, ou finissent, à la veille de succomber au cancer, par assouvir une vengeance matrimoniale. Insaisissable, « Margot la folle » hante la ville, quand la belle inconnue excentrique comme une actrice du café Tomaseo fait fantasmer son monde par son silence, avant de se changer en virago. Le bouquet de nouvelles est âcre et tendre, satirique et pathétique, amusant comme l’absurde. À l’acuité psychologique répond la vacuité métaphysique.

      Si les deux dernières nouvelles sont moins convaincantes, le recueil est souverain et entraînant, tendu entre réalisme sordide et comique irrésistible. « Une passion » a des relents de tragédie grecque, non sans parodie : véritable Erinye, la mère de Télémaque lacère les tableaux précieux et lourdement érotiques. Giorgio Pressburger a quitté les vastes romans dantesques des noirceurs du XX° siècle, dépeintes dans L’Obscur royaume de son Histoire humaine et inhumaine, pour rejoindre la sphère des écrivains triestins, d’Italo Scevo à Joyce et Umberto Saba.

 

Thierry Guinhut

La partie sur Nouvelles triestines a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet-août 2019

Une vie d'écriture et de photographie

 

Gustave Doré : Dante et Virgile en Enfer. Photo : T. Guinhut.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 13:07

 

Atlas National, Fayard, 1864. Photo : T. Guinhut.
 

 

 

 

 

Elégie et ambition

 

au chevet des grandeurs de la France.

 

Peter Sloterdijk, Patricia Tardif-Perroux.

 

 

Peter Sloterdijk : Ma France,

traduit de l’allemand par Olivier Manonni,

Libella Maren Sell, 256 p, 20 €.

 

Patricia Tardif-Perroux : La France, son territoire, une ambition,

L’Harmattan, 320 p, 29,90 €.

 

 

 

      « Une implosion spirituelle permanente », voilà comment le philosophe allemand Peter Sloterdijk qualifie la France. Une telle perspicacité sans compromis ne plaira pas forcément au lecteur français qui eût cru se reconnaître le plus beau en ce miroir. Pourtant on ne peut manquer d’être charmé par le versant affectif du pronom personnel du titre : Ma France. Ainsi l’histoire culturelle, la vie politique, les paysages de l’hexagone sont réunis en cette déclaration d’amour pour le pays de Voltaire et de Tocqueville, de Jules Verne et de Cioran. Quoique cet essai ait quelque chose d'élégiaque, il n'en reste pas moins que La France n'est ni sans atouts ni sans ambition, comme le montre Patricia Tardif-Perroux, dans La France, son territoire, une ambition, même si elle ne laisse guère d'espérance au libéralisme qui devrait l'animer.

 

      Au plaisir de feuilleter ce recueil de Peter Sloterdijk, autant fait le pour le lecteur allemand que français, se mêle un plus que rien de déception. Une grosse poignée de ces textes en effet n’est pas inédite. S’il s’agit d’une anthologie bienvenue, elle rassemble des essais déjà parus dans Tempéraments philosophiques[1] (sur Descartes, Pascal, Sartre et Foucault), son Derrida un Egyptien[2], divers fragments pris parmi Les Lignes et les jours[3], voire à Colère et temps[4], Le Palais de cristal[5], Tu dois changer ta vie[6], ou à la trilogie Sphères[7] Seuls cinq textes sur vingt-quatre sont inédits et se consacrent à Jean-Jacques Rousseau, Paul Valéry et René Girard, en comptant la préface et l’entretien final.

      Reste que pour l’impétrant lecteur peu familier de la pensée de Sloterdijk, nous ne saurons qu’ardemment lui conseiller cet opus, initiation par la petite porte à son univers et à ses regards pour le moins informés et décapants. À cet égard la préface, écrite en un parfait français par notre germanique philosophe, n’est en rien tendre pour la France. Cette dernière n’a pas su, comme l’Allemagne, se fonder « sur un principe d’autorégulation du marché agencée par une liberté d’entreprise clairement affranchie des lourdeurs administratives et autocratiques de l’économie nationalisée ». Pour le dire en clair, le libéralisme économique est tragiquement aux abonnés absents. De plus, elle a perdu le contact avec les « maîtres d’antan » de la philosophie, y compris jusqu’à Barthes et Derrida. Il faut alors lire ce livre comme une élégie à un monde disparu.

      Un partiel manuel de philosophie française s’ouvre alors. De la « noblesse cartésienne de la compétence », qui est « victoire des ingénieurs sur les théologiens », en passant par Rousseau, ce jalon de la « subjectivité moderne » de par sa propension à la rêverie, et jusqu’à l’assemblée des foules revanchardes de la Révolution, l’histoire de l’intellect et celle de la sensibilité confinent dans une histoire politique coléreuse et sans cesse insatisfaite. Ce pourquoi Le Comte de Monte Cristo, considéré comme une « Iliade moderne », fut un si populaire roman-feuilleton de la vengeance contre les usurpateurs de l’amour, du pouvoir et de la richesse, en une sorte d’équivalent de la colère du peuple théorisée par Marx.

      Or le virus marxiste, fil rouge du livre, a plus intensément contaminé la France que son voisin d’outre-Rhin, malgré la nationalité de son idéologue. Ce pourquoi la partie sur le Français Althusser parle moins de ce malheureux philosophe communiste assassin de son épouse que de l’auteur du Manifeste communiste, en une verrue sur la face d’un livre philosophique, qui, dirait-on, ne peut faire montre de son sérieux sans avoir glosé sur une des plus grandes plumes du totalitarisme qui ait marqué le monde et l’histoire de sa griffe cruelle. D’autant qu’il faudrait infléchir le point de vue conclusif de Sloterdijk affirmant que, en tant que « savoir du pouvoir », le communisme n’a que ce point commun, « sur le plan philosophique, avec le fascisme ». En-deçà de son fantasme de la disparition de l’Etat, dernier stade du communisme, ce dernier est bien, de par son contrôle de l’économie et des masses, de par son éradication de l’individualisme et des libertés issues des Lumières, un frère jumeau du fascisme ; ce que n’a pas manqué de pointer Hayek[8].

 

Atlas National, Fayard, 1864. Photo : T. Guinhut.

 

 

      On n’est pas certain que ce que Sloterdijk -ainsi que la tradition française du même pas- retient de la culture hexagonale lui fasse toujours honneur : Sartre, « génie de la biographie analytique », certes, mais ici trop brièvement traité pour que son engagement communiste délétère soit châtié par une juste raison morale. Cioran qui « est, après Kierkegaard, l’unique penseur de haut niveau à avoir rendu irrévocable la compréhension du fait que nul ne peut désespérer selon des méthodes sûres », ne peut nous être de guère d’utilité, hors une esthétique du pessimisme. En revanche sur l’auteur de La Violence et le sacré[9], Sloterdijk ne manque pas de voir qu’il recycle le mythe du péché originel : « Girard serait-il en vérité un gnostique portant l’habit du théoricien de la civilisation ? » Cependant la conclusion de sa réflexion sur René Girard témoin d’une « réintroduction de la violence de la jalousie dans la civilisation », vaut son pesant d’or : « comment la modernité veut-elle reprendre le contrôle de son expérimentation sur la mondialisation de la jalousie ? » Ce qui est un écho bien senti des thèses de Colère et temps, dans lequel les « banques de la colère[10] » montent à l’assaut du capitalisme…

      Dans sa « Théorie des après-guerres », Sloterdijk montre combien le couple franco-allemand, et plus largement les Européens, ont heureusement « remplacé la préparation de la guerre par le souci de la conjoncture. Ils ont abjuré les dieux militaires et se sont convertis de l’héroïsme au consumérisme » ; mais aussi en remplaçant « des événements réels par les événements du souvenir, phénomène qui a débouché sur une industrie florissante du jubilé -une grande cuisine où seul compte le réchauffé ». Au soulagement apporté par une éthique de paix et d’économie démocratisée, se mêle la satire du pouvoir qui ne vend que l’illusion rassise de sa grandeur.

      Avec force pertinence, il esquisse également un réquisitoire de la société intellectuelle française : « Cette église combattante de la résistance après coup sut se généraliser en critique de la société bourgeoise et de l’ère du capitalisme tardif en mélangeant le marxisme, la sémiologie et la psychanalyse pour en faire un amalgame suggestif ». Ainsi Lacan « se trompe » avec son « dogmatisme de la psychose originelle », comme, diront-nous, le marxisme en arguant du capitalisme comme péché originel…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Cependant son éloge de Foucault, trop bref, souffre du même défaut qu’une bonne part des textes extraits des Tempéraments philosophiques, à la pertinence souvent émoussée. Quand la reprise de « Derrida, un Egyptien », bel exercice de style sloterdijkien, explorant les facettes et les reflets de la « pyramide » derridienne, peine à offrir un miroir suffisant à la pensée du maître. Qui le pourrait d’ailleurs ? Il faut à cet égard pointer le format lilliputien du texte consacré à Tocqueville, cet essentiel penseur de la démocratie libérale et contempteur de la tyrannie de la majorité…

      On ne refusera pas son plaisir à lire cette mosaïque d’essais divers, quoiqu’inégaux, consacrés à la France. L’entretien final, consacré à la passion du philosophe pour le vélo et son ascension du Ventoux avec un maillot jaune, dont, avec son talent de créateur de métaphores stimulantes, il s’amuse (« on a le sentiment de traverser le paysage comme un signal d’alarme vivant »), confirme la relative modestie de l’anthologie d’occasion. Reste qu’admiratif d’une France qui va de Pascal à Derrida, il ne mâche pas son réquisitoire envers notre surdité politique.

      Parmi « la vague montante du néolibéralisme, la France veut être l’exception - et ne peut pas l’être, parce que le temps force ses enfants à suivre la règle », accuse notre réaliste essayiste. Ainsi le socialisme français, auquel on peut légitimement agglomérer le colbertisme de droite, est « de l’étoffe dont on fait les fables ». A-t-on besoin alors d’un philosophe allemand, si talentueux soit-il, pour voir ce qu’ici l’on ne veut voir, pour nous déciller devant l’évidence ? Quoique dans un recueil un peu boiteux et peut-être d’opportunité éditoriale qui n’ajoutera rien à sa gloire, Peter Sloterdijk se penche avec sollicitude et pertinence affutée au chevet d’une France moribonde, coupable de méconnaître le libéralisme économique et de n’avoir plus qu’une culture philosophique appartenant déjà au passé.

     

Elisée Reclus : Nouvelle géographie universelle. La France, Hachette, 1879.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Connaissons-nous, au-delà des préjugés, notre France ? Pour qui voudrait radiographier l’état présent de notre territoire, ses atouts, ses faiblesses, ses défis et perspectives, le livre de Patricia Tardif-Perroux est une mine d’informations précieuses… C’est ainsi que nous saurons tout sur la « reconfiguration démographique et urbaine », sur le tissu de communications, les performances de la main d’œuvre et la qualité de vie à la française. Et pourtant, son libéralisme introuvable est son pire handicap…

           Quoique en disent les litanies anti-mondialisation (qu’elles viennent de droite ou de gauche) la France est le deuxième investisseur économique mondial, quand elle attire une foule d’entreprises internationales. En effet, 22510 filiales étrangères sont chez nous présentes, employant un salarié sur quatre. Il serait plus que juste d’admettre que nous devons une grand part de notre prospérité à l’étranger, surtout grâce aux Européens et Américains qui investissent durablement, malgré un fléchissement récent dû à la crise. Jusqu’au Chinois Huawei qui annonça en 2009 la création d’un centre de recherche autour des technologies sans fil… Mieux, notre pays compte 39 firmes multinationales parmi les 500 premières mondiales, dont certaines sont les leaders de leur secteur : Accor, Axa, EADS, LVMH, Total, Pernod-Ricard, etc.

            Hélas, ce tableau de la France n’est pas totalement idyllique : la croissance reste « atone » dans un contexte mondial hautement concurrentiel, le rayonnement international est « encore modeste », doux euphémisme pour signifier une perte de vitesse, voire la sanction d’un orgueil aujourd’hui grotesque après que le prestige de la France des Lumières dont la langue rayonnait sur l’Europe se soit effrité… Pire, la puissance économique est en repli. Malgré son attractivité, notre pays se voit accusé « dans son droit du travail jugé trop rigide et son système d’emploi trop couteux ». Si la France reste le sixième exportateur mondial, ce n’est qu’avec 4% des marchandises échangées dans le monde et avec un déficit commercial récurrent et de plus en plus alarmant, quand l’Allemagne affiche un excédent insolent. Quant aux dépôts de brevets français, ils voient leur part mondiale, malgré un 6° rang, diminuer, en particulier dans les nouvelles technologies.

 

 

           Que faire ? C’est alors que dans sa troisième partie, Patricia Tardif-Perroux part à l’assaut des « grands défis » : investir, innover, créer, « créer les conditions de la croissance ». Personne ne s’élèvera contre ces vœux pieux. Reste que notre auteur, Inspectrice à la Direction Générale des Finances Publiques, et membre de jurys de concours de recrutement, qui affiche une culture impressionnante, un esprit de clarté, de synthèse fort louable, se heurte à la limite de l’exercice du haut-fonctionnaire en ses œuvres. Certes, l’état peut impulser des législations (sur la propriété intellectuelle par exemple, à condition qu’elle ne soit pas déconnectée de l’international) des politiques d’investissement, en particulier le plan « France numérique 2012 ».  Mais elle a beau constater avec sagacité un déficit d’investissement productif, tant de la part de l’état que des grands groupes qui préfèrent investir à l’étranger, ainsi qu’une « inefficacité patente de l’interventionnisme économique des collectivités territoriales » (sinon de l’état lui-même), on ne voit pas l’ombre d’une proposition libérale à même de décrisper la croissance française. Ses idées restent typiquement colbertistes et keynésiennes : « redéployer l’offre de financement », « créer un écosystème de croissance et d’innovation » (on admirera au passage le vocabulaire à la mode), « orienter l’industrie »…

               Quand « 6000 dispositifs d’aide économique sont décomptés », par ailleurs en contradiction avec les salutaires règles de la concurrence édictées par l’Union européenne, quand « aucune corrélation entre les montants accordés et le nombre d’entreprises créées n’a été démontrée », quand « les effets incitatifs sur les décisions d’investissement des entreprises semblent modestes, voire contre-productifs » (ce qui est confirmé par la Cour des Comptes), faut-il ne proposer qu’une « refonte du système » ?

         « Bien que depuis vingt ans le soutien de l’état et des collectivités territoriales aux entreprises compte parmi les plus élevés du monde, le tissu productif des PME peine à s’adapter à la mondialisation ». Face à ce constat accablant, votre modeste chroniqueur aimerait proposer quelque chose de radical : cesser immédiatement ce flot de soutiens, aides et subventions. S’il est contre-productif, le supprimer sera un appel d’air salutaire. Et d’où croyez-vous que vienne ce flot ? Mais de nos impôts parbleu ! De cette fiscalité qui accable deux fois plus nos entreprises que celles d’outre-Rhin ! De ce peuple de fonctionnaires qui suce le sang des entreprises privées, que les collectivités territoriales sur-embauchent et sous-emploient par clientélisme (alors qu’ils pourraient contribuer à créer de réelles richesses), de ce dissuasif et idéologique impôt sur la fortune qui rapporte à peine plus que ce qu’ils coûte à percevoir, de cette propension de nos politiques hexagonaux à vouloir passer pour les pères et mères protecteurs de la nation. Que l’on rende leur liberté aux entreprises, que l’on cesse de les accabler par l’imposition, et notre croissance retrouvera son dynamisme. Retrouver le libéralisme, là est le véritable défi auquel notre auteur et notre pays devraient se confronter.

 

      Mieux vaut alors retrouver le plus intense, le plus fin, le plus novateur Peter Sloterdijk en ouvrant de nouveau ses essais magistraux. Si l’on peut à juste titre se sentir intimidé par la monumentalité des volumes de la trilogie Sphères, le plus modeste format de Colère et temps vaudra largement pour une initiation tonitruante. Ainsi l’on saura combien la colère, au-delà d’être traditionnellement un des sept péchés capitaux, est un moteur psychopolitique considérable. Une colère polie ne messiérait pas devant la France, dont l’un des principaux défauts est bien son atonie politique et économique gangrénée de socialisme. Probablement lui manque-t-il également de ne pas avoir de philosophe vivant de la stature de notre cher Peter Sloterdijk…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Peter Sloterdijk : Tempéraments philosophiques, Libella Maren Sell, 2011.

[2] Peter Sloterdijk : Derrida un Egyptien, Maren Sell, 2010.

[4] Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette Littératures, 2009.

[5] Peter Sloterdijk : Le Palais de cristal, Libella Maren Sell, 2006.

[6] Peter Sloterdijk : Tu dois changer ta vie, Libella Maren Sell, 2011.

[8] Dans Friedrich Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2013.

[9] René Girard : La Violence et le sacré, Hachette Pluriel, 2011.

[10] Peter Sloterdijk : Colère et temps, ibidem, p 87.

 

Elisée Reclus : Nouvelle géographie universelle. La France, Hachette, 1879.

Photo : T. Guinhut.

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 17:23

 

Bödmen, Wolfenschiessen, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La dette grecque au flot

 

du tonneau des Danaïdes.

 

 

 

       Si la Grèce antique a inventé la démocratie, elle a également créé des mythes qui sont encore notre miroir, et celui de la Grèce d’aujourd’hui. Parmi ceux et celles qui ont été condamnés par les dieux à purger d’éternelles peines dans la noire partie des Enfers que l’on nomme le Tartare, les Danaïdes sont trois sœurs qui doivent, sans espoir aucun de rémission, remplir un tonneau (une jarre plutôt, car ce sont les Gaulois qui l’ont inventé) dont l’eau s’enfuit sans discontinuer. Depuis des années, voire des décennies, sinon des siècles, la Grèce est ce tonneau d’où fuit irrémédiablement l’argent de l’Europe, cette génisse que Zeus a saillie. Quoique personne n’eût le pouvoir de couper l’arrivée d’eau dans les Enfers, Angela Merkel et les banquiers européens n’ont-ils pas le devoir de fermer le robinet pour cet impayé insolent et récurrent ?

 

      Au lieu d’agiter le mouchoir spectaculaire sur les pauvres Grecs, sans compter celui du catastrophisme salivant à l’avance de ce qui serait un château de cartes des pays européens ébranlé par une éventuelle sortie de la Grèce du giron de l’Union européenne, il serait bon de s’interroger sur les causes historiques et psychopolitiques de la chose.

      Que les Grecs aient inventé la démocratie, soit ! S’il faut s’en savoir redevable, ne faut-il pas reconnaître qu’elle a trouvé un terreau plus fécond encore avec la République romaine, puis avec la monarchie parlementaire anglaise et la constitution américaine inspirée des Lumières. Ce qui conduit à dévaloriser l’argument selon lequel nous ne pourrions abandonner un berceau de la démocratie qui après plus de deux millénaires n’a guère tenu ses promesses.

      Pensons aux quatre siècles pendant lesquels la Grèce a été violement soumise aux Turcs, à l’Islam donc. Rester Grec et Chrétien orthodoxe dans l’âme faisait du citoyen un dimmhi assujetti à de lourds impôts. D’où un atavisme certain -et sain- qui consiste à ruser avec une excessive fiscalité, à œuvrer sous le manteau. Au début du XIXème siècle, le pays retrouve son indépendance, mais peine à construire un Etat. Pas moins de six faillites ont ébranlé ce dernier. Certes l’Allemagne connu sept faillites étatiques, mais on sait comment elle a su s’en relever. Rien de tel en Grèce où l’Etat n’a jamais su collecter correctement l’impôt, oscillant entre fiscalité confiscatoire contre les uns et mansuétude pour les autres, sans compter l’Eglise orthodoxe traditionnellement exemptée. N’oublions pas que le berceau de Périclès, depuis la seconde guerre mondiale a vu se succéder quelques gouvernements fascistes (la Grèce des colonels) et socialistes (Papandréeou), toutes structures familières d’une économie antilibérale, du clientélisme, de l’embauche forcenée de fonctionnaires. De surcroît, la menace turque toujours d’actualité contraint à un budget militaire de l’ordre de 4% du Produit Intérieur Brut, soit le plus élevé d’Europe.

      N’oublions pas que la monnaie unique, l’Euro pour ne pas la nommer, fut surtout une volonté française, un rien présomptueuse. Que la Grèce n’entra en l’Union européenne qu’en présentant des comptes falsifiés, qu’en dilapidant maintes aides financières à l’occasion des Jeux olympiques. Que cette même Union a subventionné développement et infrastructures (le luxueux métro d’Athènes), alors que les tuyaux des Danaïdes grecques étaient percés par la corruption et l’impéritie de son administration. Ce pays vivait avant l’adhésion dans un état permanent d’inflation, soumis à des taux d’intérêts élevés, et dévaluait régulièrement la drachme. Soudain, il a pu emprunter des flots d’argents à des taux indolores. L’illusion économique et financière aveuglait les réalités. Jusqu’à ce que la crise de 2008 déchire le voile doré : le syndrome Madoff affectait la Grèce ! Seuls furent décillés quelques borgnes au pays des aveugles. L’Europe a-t-elle aussitôt fermé le robinet ? Que nenni ! Un clystère de 240 milliards, en 2010 et 2011 (mais aussi pour sauver les banques qui avaient eu l’imprudence de souscrire en titres de dette), un effacement d’ardoise de 107 milliards (en 2011) permirent de « restructurer » (admirez l’euphémisme et la langue de bois) la dette publique. Alimenter son vice n’est-il pas le meilleur moyen d’encourager le pécheur ?

      Ne nous leurrons pas sur l’état présent de l’économie grecque. Un chômage à 25,8 %, des fonctionnaires pléthoriques qui ne fonctionnent guère au point que certains soient payés pour rester chez eux, un enseignement public médiocre qui prétend avoir besoin de quatre fois plus d’enseignants par habitant que la France, des retraites à 57 ans, souvent à partir de 50 ans parmi les régimes spéciaux, des pensions de retraite à 95% du salaire précédent, une démographie peu dynamique, un treizième et un quatorzième mois payés à la fonction publique, un SMIC deux fois supérieur à celui des Tchèques ou des Polonais, peu d’impôts fonciers, alors que 70% des Grecs sont propriétaires… Et, bien sûr, au vu de l’incapacité à percevoir une fiscalité vécue comme confiscatoire ou come une galéjade, un travail au noir considérable, alors que l’on estime le patrimoine moyen des Grecs à environ cent mille euros, soit deux fois plus que les Français.

      Et enfin une dette publique stratosphérique et exponentielle : 172 % du PIB, dépassant largement d’autres excités de l’impéritie financière, l’Italie (133 %), le Portugal (126%), l’Espagne (99%) ou la France (97%). Une dette de 321,7 milliards d’euros, contractée auprès du Fonds Monétaire International, de la Banque Centrale Européenne, de divers organismes et banques, mais surtout auprès du Fonds Européen de Stabilité Financière, qui agrège une dizaine d’Etats : d’abord l’Allemagne pour 56,5 milliards d’euros, puis la France pour 42,4 milliards d’euros, etc.

      Que faire ? Effacer la dette, alors qu’il y a quelques années 54 % de celle-ci l’a déjà été ? Continuer de prêter de façon à rembourser les intérêts de la dette en permettant d’emprunter encore ? Et ainsi encourager d’autres Etats à recourir au même laxisme, aux mêmes revendications…

      Au-delà de l’argumentation victimaire, du délire anti grand capital, des haros contre les créanciers étrangleurs, l’Europe ne doit-elle pas assumer un égoïsme judicieux ? On plaidera que la solidarité, voire la charité, doit venir au secours des pauvres Grecs. Tous le ne sont pas, pour avoir placé leurs capitaux hors des frontières hellènes. Certains, de toute évidence le sont, pauvres et appauvris, non pas seulement par l’austérité nécessaire, mais floués par leurs gouvernements successifs, qu’ils ont eu le tort d’élire.

      Quant à ceux qui ont le front d’arguer que l’Allemagne n’a jamais remboursé ses dettes de guerre, ils font pour le moins preuve de légèreté. En effet, ce sont, au sortir de 1945, les Alliés qui ont décidé de ne lui imposer aucun remboursement, ayant trop bien compris le poids du ressentiment qui accabla les Allemands à la suite du Traité de Versailles ; ce qui conduisit aux conséquences nazies que l’on sait.

      Que l’Europe soit une structure surétatique qui exerce un pouvoir peut-être indu, il ne faut pas totalement en douter ; mais pas au point de choir dans l’antieuropéanisme primaire, dans le nationalisme souverainiste démagogique partagé autant par les extrêmes droites que les extrêmes gauches grecques et françaises et qui conduirait à rêver d’un grand soir où les dettes s’effacent par la volonté du peuple ! Ce qui serait un ersatz de pensée magique et de démocratie populiste, mais en rien de démocratie libérale fondée sur le respect des contrats.

      On n’a pas compris qu’une monnaie unique ne peut fédérer des Etats dont les modèles sont fourmis ou cigales. Les dépensiers insatiables ne dépensent qu’aux dépens de ceux qui produisent. Tant que l’Union européenne -et a fortiori la zone euro- ne bénéficie pas d’une convergence fiscale, budgétaire, voire sociale, grâce à des règles d’or qui limiteraient à la fois les régimes fiscaux et les dépenses des Etats, elle ne peut guère espérer une saine et fructueuse gestion ; quoiqu’au risque d’un déni de souveraineté des Etats. Mais que vaut être souverain si c’est pour commettre de monstrueuses erreurs aux dépens de ses citoyens ?

      Certes les banques, les Etats et les Fonds monétaires internationaux et européens ont leur part de responsabilité en cette affaire. Non pas toutefois en tant que créanciers étrangleurs, mais pour avoir prêté à l’insolvable et à tire-larigot, en pensant qu’il se trouverait toujours parmi eux un pompier pour arroser l’inondation en se branchant sur les sources les plus profondes et les plus captives, celles des citoyens contribuables, des économies privées qui ont le tort de trop bien investir et travailler au point d'être saignées à blanc.

      En attendant une radicale solution qui ne viendra pas, les histrions démagogues, qui préfèrent l’arrosage national des dépenses publics aux investissements privés productifs, affolent les chancelleries et les médias. Alexis Tsipras, premier ministre grec, parade au sommet des assemblées, pérore en bavant la salive qu’il suce au tonneau des Danaïdes sur les micros qu’avec complaisance on lui tend. Entre orgueil et addiction soudaine au pouvoir, il excite le reflet de son narcissisme, venu d’un autre mythe grec signifiant. Usant d’un référendum à la clarté pour le moins brouillonne, le manipulateur s’autorise du « non » populaire pour refuser les mesures d’austérité proposées par l’Europe ; ce pour proposer à son tour une purge plus sévère, flouant ses crédules électeurs une fois de plus.

      Mais de quelle prétendue austérité parle-t-on ? Proposer une retraite à 67 ans (c’est-à-dire 10 à 17 ans de travail en plus), alors que les Allemands s’en accommodent fort bien, allongement de la vie et sûreté budgétaire obligent ; une baisse du nombre de fonctionnaires dont on sait que la pléthore est une mortelle sangsue appliquée au budget de l’Etat, à la fiscalité et in fine à la croissance économique de tous… Quand à proposer une TVA haussée à 23%, même si celle-ci est l’impôt qui rentre le mieux, voilà qui est risible. Le travail au noir, les paiements en liquide non déclarés en Grèce sont tels qu’une mesure pareille ne ferait que les encourager encore plus, la rendant contreproductive. De même le vœu pieux de faire payer les armateurs qui acquittent une fiscalité minuscule ne conduirait qu’à une catastrophe de plus : l’exil entrepreneurial… En outre, taxer l’église orthodoxe autrement qu’avec circonspection pourrait être une erreur : quand elle possède surtout des églises, elle se consacre avec assez d’efficacité à pratiquer la charité envers les plus démunis.

      Sans oublier le coût induit par les contrôleurs eurotechnocrates, par la répétition des sommets censés prendre des décisions, continuer d’arroser d’argent frais la Grèce serait une faute morale autant que financière. Que dire alors à ceux dont la rigueur budgétaire est réelle, Lettons, Polonais, Autrichiens et Allemands, à ceux, Irlandais ou Portugais qui se redressent avec des efforts considérables, sinon : dépensez à vau-l’eau l’argent d’autrui, soyez les vampires des contribuables auxquels vous faites les poches ! Quel langage tenir à ceux, Slovaques, Lettons, Espagnols, Italiens, qui œuvrent sur la voie des réformes financières et économiques avec un résultat déjà tangible ? Que répondre aux pauvres Bulgares, Estoniens ou Slovaques qui paient pour les riches Grecs ? Quand les cigales chantent aux dépens des fourmis trop prêteuses, ne faut-il pas se souvenir que le socialisme ne dure qu’aussi longtemps que dure l’argent des autres…

      Aussi la pusillanimité d’Angela Merkel, sans parler de la mollesse compassionnelle de François Hollande, ne font que retarder l’inévitable, encourager la fuite des robinets ouverts au-dessus du tonneau des Danaïdes. Le manque de courage européen est plus que dommageable. Assumons nos erreurs, au premier chef celle d’avoir trop prêté à un panier percé. Quitte à assumer le coût d’un argent que nous ne reverrons plus, que cela soit tout de suite. Chaque nouveau prêt, alors que dans l’état actuel des créances les échéances grecques courent jusqu’en 2054, chaque atermoiement supplémentaire nous coûtera plus chers en énergies et en liquidités, malgré le soin de la planche à billet européenne. Cela dit, le principe de réalité est peut-être déjà à l’œuvre : les banques grecques ne délivrent plus guère d’euros quand les touristes paient en dollars, bien des Grecs pratiquent ou méditent l’exit vers des économies plus solides ; de facto la sortie de l’euro se profile insidieusement, avant le « Grexit ». Grexit duquel il ne faut peut-être pas avoir peur : une économie qui ne compte que pour 2% du PIB de la zone euro ne nous manquera guère. Quant au risque de dégradation des marchés, il semble évident que ces derniers l’ait déjà bien anticipé.

      Maintenir la Grèce sous la perfusion de l’argent européen est non seulement une erreur économique pour tous (il y va de la crédibilité de la zone euro), mais plus encore une forme de paternalisme infantilisant et méprisant. Que libres, les descendants de Platon et d’Aristote montrent de quoi ils sont capables !

 

      En attendant que l’on dégraisse, le feuilleton offert par la Grèce est un bel écran de fumée qui permet de masquer de pires menaces. La France elle-même, alourdie par le boulet de ses 2050 milliards de dette publique, pour laquelle la future et nécessaire hausse des taux d’intérêt est une autre épée de Damoclès, et de ses 80 milliards de déficit annuel moyen, devrait tirer l’indispensable leçon. Depuis quatre décennies, le budget aux pieds d’argile n’est plus à l’équilibre, la dette pourrit, alors que les socialismes corsètent de plomb les entrepreneurs. Conjointement, l’Etat-providence arrose d’aides sociales ou abandonne un peuple improductif, volontaire ou forcé, l’étatisme économique et l’antilibéralisme aveugle entretiennent et multiplient le chômage. Il n’y aura pas de refondation européenne et française sans cette refondation économique et politique dont l’Allemagne a donné l’exemple avec tant de talent…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Sankt Jakob in Deferenberg, Österreich. Photo : T. Guinhut.

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 16:43

 

Parthenay, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Umberto Eco : Numéro Zéro,

 

petit pamphlet romanesque

 

d’une Italie pressée par les médias.

 

 

Umberto Eco : Numéro Zéro,

traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano,

Grasset, 224 p, 19 €.

 

 

 

      Sous quelle porte, en quelque vorace boite aux lettres glissera-t-on ce Numéro Zéro ? Il peut paraître étrange qu’Umberto Eco quitte l’épaisseur des vastes romans et la lumière des archivistes attachés à faire revivre avec brio le Moyen-âge du Nom de la rose[1] et de Baudolino[2], ou le dix-septième siècle de L’Île du jour d’avant[3], ou encore le dix-neuvième siècle du Cimetière de Prague. À moins qu’il ne grimpe une échelle romanesque chronologique… Le nouveau-né Numéro Zéro se présente en effet comme un assez bref opuscule, au rythme passablement enlevé, inscrit dans le plus récent contemporain. Cependant la relation avec ses préoccupations d’essayiste est soudain évidente : c’est l’auteur de La Guerre du faux[4] qui ressurgit parmi cette satire de la presse et sous la veste légère du narrateur journaliste…

 

      Une intrigue un rien alambiquée tombe sur Colonna, un piètre écrivain raté et nègre d’occasion, légèrement dépressif à la Houellebecq[5], et qui a du mal à joindre les deux bouts. On lui confie le soin de rédiger un livre grassement payé qui s’appellera « Domani » (Demain), et qui ne serait jamais destiné à paraître, narrant sous la forme d’une « épopée » les coulisses de l’aventure journalistique à venir. Car, à charge, il lui suffirait de rester une épée de Damoclès au-dessus de têtes qui valent leur pesant d’or. Conjointement, Colonna est promu journaliste et relecteur, sous la direction cynique du rédacteur Simei, avec quatre autres hommes et une jeune femme, pour concocter le « numéro zéro » d’un quotidien. Ce dernier devra exceller dans les scoops et les ragots, mais aussi dans l’horoscope, à mi-chemin de la feuille de chou nationale et du tabloïd insinuant et vulgaire. Ce faisant, il devra sourdement menacer quelques structures et personnalités politiques et économiques. C’est ainsi que, sans avoir besoin de jamais paraître, il doit permettre à son riche commanditaire expert en immobilier et en chantage, le « Commandeur » Vimercate, d’entrer au capital et au conseil d’administration de grandes sociétés.

      La presse a célébré, comme par joyeux masochisme, ou pour paraître se dédouaner de toute accusation impertinente, la satire de cette même presse menée avec brio par Umberto Eco. Le pamphlet rassemble en effet une sorte d’anthologie des manies, des vices et des incompétences des journaux et des médias pour s’attacher un lecteur, le flouer et le flatter en ses plus bas instincts. L’ « actionnaire de référence » du journal, faux Commandeur de surcroît, contraint ses journalistes d’investigation dont l’idéalisme est pour le moins suri, à passer sous les fourches caudines de son imprimatur ; en d’autres mots : « pour chaque mot, nous devrions savoir s’il plait au Commandeur ». Il ne s’agira plus, pour ne gêner aucun pouvoir, légal ou non, que de faire fumer le sensationnel et de révéler le superficiel. Que d’ignorer les choses qui fâchent les pouvoirs assurés de leurs intérêts. Que de préférer les réactions sentimentales aux faits et aux analyses. Que d’user des clichés pour lécher l’égo du lecteur, des euphémismes pour ne pas désigner le mal, tout en pratiquant « la jouissance de l’infortune d’autrui ». Que de paraître anodin en rapprochant des événements et des informations qui laisseront, de manière subliminale, accoucher des soupçons, des préjugés, des polémiques… Lecteur, as-tu reconnu tes journaux papier, radio et télé ? Car « ce ne sont pas les informations qui font le journal, mais le journal qui fait l’information ».

      On devine évidemment derrière cette fiction un pamphlet à charge contre Silvio Berlusconi, dont les collusions entre son pouvoir politique et son empire de presse furent pour le moins douteuses, mais aussi contre une botte italienne entière qui semblerait avoir marché dans quelque matière nauséabonde. Il n’est pas indifférent de noter que 1992 est l’année de l’opération « Mains propre » (Mani pulate), cette offensive anti-corruption qui fit le ménage parmi la classe politique, mais aussi de l’assassinat du Juge Falcone par la Mafia. « L’œil du cyclone » de la corruption recèle en son sein nos protagonistes, enthousiastes, roublards ou dégoûtés…

      Hélas, les spéculations oiseuses sur les dimensions et les performances des voitures, sur les nouvelles à publier pour induire un soupçon, les deux pages de blagues font décrocher le lecteur, comme lors d’un creux remplissage. On sait le goût de notre auteur pour le Vertige de la liste[6], mais deux pages encore de divers fondateurs d’ordres de Malte, achèveraient de vexer notre patience. Sans omettre le long récit circonstancié de la fuite, de l’arrestation et de la mort de Mussolini qui permet à Braggadocio d’imaginer un complot bien juteux : le Duce n’aurait pas été tué, hors son sosie, mais caché par le Vatican, puis l’Argentine ! S’en suit tout un imbroglio d’hypothèses liées aux communistes, aux alliés, aux néofascistes, à la mafia, aux Brigades rouges, à la C.I.A, dont les métastases iraient infiltrer jusqu’à l’année 1992, où se joue et se déjoue l’intrigue… L’assassinat de Braggadocio, fouilleur des dépôts d’ordures d’un demi-siècle d’Histoire et de politique, viendra pimenter le tout. Un parfum rassis de thriller empoisonne la satire des mœurs médiatiques, qui fait les pages les plus perspicaces.

      En effet, ou le roman de notre pourtant cher Umberto Eco manque de concision sagace, ou faute d’une plus grande ampleur, il agit un peu comme un pétard mouillé. La satire est facile, un brin convenue, en ce qui n’est pas à plein temps un grand roman de société ; à moins qu’il faille le prendre comme une novella qui vise à beaucoup divertir avec un succès mitigé, et un peu instruire…

      Il faut cependant admettre que bien des pages sont savoureuses : sur les clichés langagiers de la profession où se vautre un veule et médiocre lectorat, là où l’on reconnait les talents de notre sémiologue. Sur la question de savoir si les journaux « disent aux gens ce qu’ils doivent penser », à moins que ce soit l’opinion qui les commande. De même, l’historiette d’amour entre notre narrateur et Maia est attendrissante et pleine de vie, à la lisière d’une sympathique eau de rose, sans grande prétention, mais non sans finesse psychologique.

      Loin d’être un ovni romanesque, dans le parcours d’Umberto Eco, Numéro Zéro est en parfaite cohérence avec des pistes de réflexion lancées dès 1980, dans les chroniques, « La multiplication des médias », « Culture comme spectacle », « La falsification et le consensus », regroupées ensuite dans La Guerre du faux[7]. Comme dans Lector in fabula, où était analysée « la propension idéologique des lecteurs[8] ». Conjointement, le récent Cimetière de Prague[9] était autant une réécriture du roman-feuilleton à la Eugène Sue qu’une catacombe de mensonges et complots, où pourrissait Le Protocole des sages de Sion, ce trop fameux faux évangile antisémite. Ainsi, Numéro zéro, petit roman à thèse, à l’usage de qui ne lit pas ou plus d’essais, est une « guérilla sémiologique », là où « un pays appartient à celui qui contrôle les communications[10] ».

 

      La recherche de la vérité journalistique, aussitôt capturée par les médias, singée par ce « Numéro zéro » qui ne verra jamais le jour, préalablement manipulé par des tireurs de ficelles politiques, idéologiques, financiers ou mafieux, échoue alors dans les poubelles étincelantes de la fausseté. Est-ce à dire qu’Umberto Eco transite vers la théorie du complot généralisé ? Il serait abusif de ne pas imaginer que l’art de son ironie ne puisse s’adresser également à cette florissante théorie, mais aussi à « la démoplutojudéocratie en embuscade ». La morale de ce roman reste néanmoins : « Soupçonner, soupçonner toujours, ainsi tu trouves la vérité. »

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982.

[3] Umberto Eco : L’Île du jour d’avant, Grasset, 1996.

[4] Umberto Eco : La Guerre du faux, Grasset, 1985.

[6] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[7] Umberto Eco : La Guerre du faux, ibidem, p 136, 166, 183.

[8] Umberto Eco : Lector in fabula, Grasset, 1985, p 235.

[9] Umberto Eco : Le Cimetière de Prague, Grasset 2011.

[10] Umberto Eco : La Guerre du faux, ibidem, p 127.

 

 

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« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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