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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 13:04

 

Catedral de la Seu d'Urgell, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De l’origine et de la rédemption du mal :

 

théologie, neurologie et politique.

 

 

 

     Marchant sur les glaces ensanglantées, Dante n’aurais pas écrit La Divine Comédie, son Enfer, son Purgatoire, son Paradis, si le mal n’existait pas. Péché originel voulu par Dieu, par Satan, par le libre arbitre ou la condition neurologique ? C’est dans la sécurité de la bibliothèque que nous oserons agiter l’origine du mal et son éventuelle rédemption jusque dans le shaker politique, si tant est que nous saurons mieux faire que mal penser le mal…

 

        Dès le jardin d’Eden, cette nostalgie du bien originel pur et placentaire, c’est la libido sciendi qui assure le nom du péché originel, permettant ainsi l’éjection extra-utérine de l’accouchement de ceux qui « connaissent le bien et le mal[1] ».  Orgueil, Envie, Colère sont à la source du premier crime, celui de Caïn tuant son frère, après avoir accumulé les pertes de son investissement affectif en Dieu et les avoir investies dans une « forme bancaire de la colère[2] ». Plus loin, dans la Bible, le parangon du mal est Judas, au point que parmi les « Traître envers leurs Bienfaiteurs », il soit logé au dernier rang de l’Enfer de Dante, dans la « gueule » du Diable : « Cette âme qui là-haut subit (…) le pire supplice est Judas Iscariote, tête dedans, jambes qui se démènent [3]».  Selon Juan Asensio, Judas est le « Christ noir », le seul « qui a osé [4] » la révolte contre le verbe incarné et ainsi commettre le mal suprême contre le Christ, quoiqu’il fût nécessaire à la résurrection et à l’assomption, traître prévisible et accepté par ce dernier, donc par Dieu. A moins que seulement inspiré par le Diable…

       Ainsi Norman Mailer va jusqu’à imaginer de manière simpliste l’hypothèse selon laquelle le père et la mère d’Hitler auraient fait l’amour en compagnie du Malin[5]. Le romancier reprenant alors à son insu la thèse de Kant qui postule « le mal radical inné dans la nature humaine[6] ».

       Que le Diable inflige à ses créatures et séides l’Enfer, soit ! Mais Dieu ? Les pires péchés capitaux, envie et colère, sont-ils in nucleo dans le Dieu originaire, capable d’être un Père intraitable qui punit l’humanité par le déluge et par Sodome et Gomorrhe, ou dans le seul libre arbitre humain, laissé à sa discrétion par son créateur ? « quand le péché est incontestablement nôtre, qu’on ne peut vraiment pas le rejeter sur autrui, nous trouvons toujours de bonnes raisons pour nous décharger de la part la plus odieuse. C’est tantôt le Destin et le Déterminisme, tantôt la tyrannie de l’Instinct et de l’Inconscient ; et, plus souvent encore -non point seulement parmi les croyants- ce sont les machinations de Satan[7]. » Au même titre que Dieu, la grand fiction du Diable tente d’expliquer l’inexplicable, partage le bien et le mal, procure une direction morale, voire un sens à la vie… De plus, Satan, en tant que construction mythique et chose mentale, participe de la dynamique du bouc émissaire. Le tentateur, en son omnipotence digne du manichéisme de la religion de Mani, est injustement plus coupable que le tenté qui croit ainsi se déshabiller du mal qu’il a pourtant sous sa peau. En même temps, le Diable n’est-il pas « le libérateur du mal [8] » lorsqu’il permet de projeter en lui ce qui est en nous et ainsi le figurer, le connaître et le combattre ? Qui sait s’il redeviendra l’ange Lucifer ? C’est à l’homme pourtant que revient la responsabilité de cette hypothèse.

       On a pu arguer que les camps nazis et communistes étaient un enfer que ni Lucifer ni Dante n’avaient imaginé, et qu’au-delà de Dieu seul l’homme en fut capable, y compris avec le secours de la quotidienneté sans remords du mal qui trouve à se justifier dans un bien supérieur, la race, l’état, l’égalité des classes.. Ce en quoi, s’opposant à Kant, Hannah Arendt tire la conclusion suivante : « la leçon que nous a apprise cette longue étude sur la méchanceté humaine -la leçon de la terrible, de l’indicible, de l’impensable de la banalité du mal[9]. » Le mal satanique est une responsabilité de l’homme, moins de par une origine métaphysique que dans son innéité et sa quotidienneté tranquilles.

       Pour reprendre les lectures mythiques, et retrouver l’impensable continuité du mal, il faudrait aller lire du côté de Lovecraft, dont les romans[10] et nouvelles fantastiques le voient resurgir de sa préexistence à toute religion humaine, à toute créature anthropomorphe, sous forme de dieux anciens terribles, flasques, putrides et noirs comme des poulpes, figurant une innéité absolue du mal, à l’échelle de l’univers et de son infra-univers, et qui ne serait que provisoirement en recul pendant l’Histoire de l’humanité telle que nous la connaissons…

       Comment alors justifier ce mal imparable ? La Théodicée de Leibniz va jusqu’à concilier la justice divine avec la méchanceté du monde. Le mal aurait une raison d’être théologico-philosophique dans l’équilibre cosmique du démiurge. Scandale ? Ou véracité nécessaire de la condition humaine ? Mais que penser de l’inégale distribution du mal, qui n’effleure que par pincées nombre d’individus aux vies longues et globalement heureuses, quand une jeune fille juive, soudanaise ou congolaise doit servir d’esclave sexuelle à quelque sadique tortionnaire issu de la nécessité de l’hormone mâle ou de l’histoire… Nul doute que la compréhension de cette nécessité, qui devrait aboutir à un plus grand bien, échappe à la capacité petitement humaine, même si elle est celle du libre arbitre et de l’entendement faillible. A moins que cela suffise à éradiquer toute possibilité d’existence de quelque dieu que ce soit, justifiant l’athéisme, sauf s’il s’agit plus de Baal et de ses sacrifices humains que du Christ…

       Pourtant, Spinoza refusait l’idée selon laquelle le mal exprimerait une essence : « si vous pouviez démontrer que le mal, l’erreur, les crimes, etc., expriment une essence, je vous accorderais que Dieu est cause des crimes, du mal, de l’erreur, etc[11]. » Pour lui, le mal ne serait qu’une interprétation humaine dans un monde en soi parfait, préfigurant ainsi Nietzsche qui dépasse l’illusion morale pour trouver la dimension tragique du gai savoir.

       Y-a-t-il ainsi un horizon, une rédemption, du bien dans le mal ? Est-il à l’œuvre dans l’esprit de l’histoire cher à Hegel ? « La théodicée consiste à rendre intelligible la présence du mal face à la puissance absolue de la raison », affirme-t-il, continuant ainsi : « La raison ne peut pas s’éterniser auprès des blessures infligées aux individus, car les buts particuliers se perdent dans le but universel[12]. » Piètre consolation, lorsque le mal ne prétend être qu’une irrationnalité passagère parmi le développement humain. Faudrait-il alors croire qu’Auschwitz et la Kolyma, que le logaï et la fanatique charia ont enrayé définitivement le processus ? Le mal, ce négatif de la durée anthropologique et métaphysique, sera-t-il vaincu en son déterminisme naturel, jusqu’à devoir être maîtrisé par la raison, ce bien supérieur ? Ces théories de Leibniz (moquée par Voltaire dans son Candide) et d’Hegel restent aussi fumeuses que les cheminées de sinistre mémoire de Buchenwald, où œuvrèrent successivement nazis et communistes, au-dessus de la Weimar de Goethe et de Schiller… Le mal totalitaire et socialiste, qu’il soit nazi ou communiste, parut alors ne plus être un accident de l’histoire, mais une téléologie de l’humanité, au contraire d’un chemin pavé d’anges.

 

Dante : L'Enfer, illustré par Gustave Doré, Hachette, 1891.

Photo : T. Guinhut.

       Si comme Borges nous pensons que la religion, quelque qu’elle soit, correspond à cette image : « la métaphysique est une branche de la littérature fantastique[13] », il est évident qu’il faut ailleurs chercher l’origine du mal, principe anthropologique, résultat historique ou constitution neurologique…

        Ainsi Hobbes penche sans barguigner pour un mal chevillé à la nature humaine (« La volonté de nuire en l’état de nature est aussi en tous les hommes[14]. ») quand Rousseau a cru que l’on pouvait « rendre un homme méchant en le rendant sociable[15] ». La mal est pour ce dernier le résultat du développement de la société : « Les hommes sont méchants ; une triste et continuelle expérience dispense de la preuve ; cependant l’homme est naturellement bon, je crois l’avoir démontré ; qu’est-ce donc qui peut l’avoir dépravé à ce point sinon les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu’il a faits, et les connaissances qu’il a acquises[16]» La société corruptrice de la bonté originelle a bon dos, ce qui témoigne d’une argumentation spécieuse, sinon d’un syllogisme incohérent. On sait le développement marxiste, châtiant la culpabilité de la société par la révolution, qu’eut cette illusion, bien que l’auteur de La Nouvelle Héloïse ne l’eût certes pas approuvé. Hobbes, postulant la nécessité de l’Etat-Léviathan, dont l’organisation tend à protéger l’homme loup de l’homme loup, l’avait prévenu : « l’état naturel des hommes, avant qu’ils eussent formé des sociétés, était une guerre perpétuelle, mais non seulement cela, mais une guerre de tous contre tous[17] ». Ce que confirment les peuplades de bons sauvages de l’Amazone qui surent éradiquer par leurs guerres tribales un pourcentage de leur jeunesse que le XX° siècle n’atteint pas. Même si nous devons craindre autant le risque totalitaire dans le Léviathan de Hobbes que dans la volonté générale du Contrat social de Rousseau, seul un état régalien pourra pacifier les mœurs, armé du bras répressif d’une police et d’une justice destinées à juguler le mal tout en restant au service des libertés du bien. Au-delà de ces deux auteurs, nous devons plutôt penser que le bien et le mal sont autant répartis dans la nature humaine, ne serait-ce qu’en regardant le tableau de l’Histoire et l’état somme toute relativement satisfaisant, quoique bien perfectible, de nos sociétés. Il s’agit alors de constater qu’une civilisation policée, libérale et tolérante, mise au service de la création de richesses (quelles soient matérielles, intellectuelles et affectives) rend de moins en moins nécessaire le recours au mal et de plus en plus payant de recourir au bien.

      Hélas, une société laxiste qui aurait honte de réprimer le mal au nom de ce que ses détracteurs qualifient de valeurs ethnocentrées, postcolonialistes et capitalistes, selon que ce mal soit d’origine naturelle, selon que l’on puisse en attribuer les causes à une population immigrée ou à une dérive sociale, verrait et voit sourdre ces dangereux humains, trop humains, qui comptent « vivre uniquement au détriment de l’espèce, c’est à dire de façon déraisonnable, mauvaise[18] », évoqués par Nietzsche : « Là ils jouissent de l’affranchissement de toute contrainte sociale, ils se libèrent comme dans une jungle de la tension qui résulte de leur long emprisonnement, dans la séquestration dans la paix de la communauté, ils retournent à l’innocence du fauve, comme des monstres triomphants venus peut-être d’une suite abominable de meurtres, d’incendies, de viols et de tortures, l’âme sereine et exubérante[19] ». Ce à quoi le même Nietzsche, remettant en question cette nécessité selon laquelle « le sens de toute culture est d’extraire de l’homme-fauve un animal apprivoisé et civilisé », ne parait pas considérer que l’on doive devenir un homme civilisé, sinon comme « homme apprivoisé, irrémédiablement médiocre et désolant [qui] a appris à se considérer comme but et fin, comme sens de l’histoire, comme homme supérieur », signant ainsi sa nostalgie inquiétante des « races aristocratiques[20] », quoiqu’il s’agisse avant tout de supériorité intellectuelle et d’aristocratie de l’esprit, ce « fier savoir du privilège extraordinaire de la responsabilité, la connaissance de cette rare liberté, de cet empire sur lui-même et sur le destin[21] ».  Nous aimerions alors que ces vertus tiennent leurs promesses dans le cadre de l’horizon de la démocratie libérale, comme le postule Fukuyama[22].

       Ainsi, le mal doit pouvoir être un mensonge contre la nature humaine, même si le Marquis de Sade en loue « La vérité » dans ses vers : « Il n’est rien de sacré : tout dans cet univers / Doit plier sous le joug de nos fougueux travers[23]. » De fait, celui qui entraîna la création du mot « sadisme » en appelle, au moyen de son personnage de Dolmancé, à « la nature qui, pour le parfait maintien des lois de son équilibre, a tantôt besoin de vices et tantôt besoin de vertus. (…) Les crimes sont impossibles à l’homme. La nature, en lui inculquant l’irrésistible besoin d’en commettre, sut prudemment éloigner d’eux les actions qui pouvaient déranger ses lois. (…) Je ne mange jamais mieux, je ne dors jamais plus en paix que quand je me suis suffisamment souillés dans le jour de ce que les sots appellent des crimes[24] ». C’est sur ses derniers mots que s’achève La Philosophie dans le boudoir. Ce « principe naturel et zoologique de la cruauté, du faire-mal, du faire-souffrir  pour se rappeler[25] », cet égoïsme de la jouissance ne s’embarrassent évidemment pas de la liberté d’autrui…

      Pire, si possible, Les Cent journées de Sodome ne sont plus seulement celles du fantasme sadien mais celles de Pasolini au crépuscule du nazisme, dont l’ennemi héréditaire, le Juif, est à la fois le mal et la victime rituelle et banale du mal. Peut-être est-ce à entendre dans cette « Absence de remords » chantée par l’auteur de la littérature et le mal, Georges Bataille : « J’ai de la merde dans les yeux / J’ai de la merde dans le cœur / Dieu s’écoule /rit / rayonne (…) et mon crime est une amie / aux lèvres de fine[26] ». A ce compte-là, selon Derrida, « si la culpabilité est à jamais originaire (…) le pardon, la rédemption, l’expiation resteront à jamais impossibles[27] ».

 

 

      En les embûches de notre recherche de l’origine du mal, la neurologie peut alors nous être d’un grand secours conceptuel. Le cas de Phinéas Gage est emblématique : cet homme reçut au XIX° une barre de fer au travers du crâne et survécut. Mais en ayant perdu son empathie, ses affect, son équilibre, ses vertus : « Cette histoire m’a hantée par ce qu’elle suggérait d’affreux : la vie morale peut être réduite à un bout de chair cérébrale[28] », constate Siri Hustvedt. Pourtant n’y a-t-il pas, selon les individus, des zones plus ou moins actives, plus ou moins irriguées, ou inhibées, de l’agressivité comme de l’empathie, nécessaires à la polyvalence anthropique, à l’équilibre et au développement de l’être humain, sans compter ces fluides hormonaux qui parcourent nos viscères et connexions neuronales ? Si oui, nous sommes plus ou moins doués de capacité au bien et mal, comme munis de zones morales et amorales. La testostérone, produite au niveau des testicules, des ovaires et de la zone cortico-surrénale, quoique indispensable dans le cadre d’une activité concurrentielle et émulatrice socialement acceptable, n’est-elle pas plus virulente lorsqu’elle est masculine, ce dont témoigne la surreprésentation des jeunes hommes de seize à trente ans dans les prisons… Le mal, si l’on pense qu’il se produit deux-cents viols par jour en France[29], serait alors une biochimie qu’il pourrait être judicieux, tentant, voire dangereux de corriger, (par le moyen d’une thérapie chimique, ou carcérale, ou éducative ?) de canaliser au service de l’humaine humanité, ou d’un politiquement correct totalitaire…

     Ne sommes-nous alors qu’un « homme neuronal[30] », dont le psychisme n’est qu’une émanation biologique, comme la digestion est le produit de l’estomac ? L’immortalité de l’âme et la métaphysique du bien et du mal semblent alors de nuageuses fictions compensatoires. Que nous soyons munis dans nos corps et dans nos cerveaux de zones saupoudrées de mal et de bien, voilà pourtant qui n’efface guère la nécessité de la moralité et de la responsabilité individuelle. Au contraire, en conscience de ce patrimoine cervical et du concours de l’éducation, la connaissance de soi nous donnera plus d’outils pour canaliser le mal vers le bien, même si la frontière entre les deux peut-être poreuse, culturelle et discutable, mais là encore bornée par la liberté d’autrui.

 

        Outre une rédemption neuropsychiatrique du mal, peut-on envisager une rédemption politique du mal ? Le Prince de Machiavel ne répugne pas à user du mal dictatorial au service d’un gouvernement des vertus, ce que confirme Raymond Aron : « Il est clair que Machiavel ne recommande pas les tyrannies et fait l’éloge de la liberté romaine. Mais il reconnait la nécessité des législateurs, des dictateurs, voire des princes absolus, lorsque les peuples corrompus sont indignes et incapables de liberté[31] ». Cette dernière étant le bien à restaurer au moyen d’un mal transitoire.

        De même, Nietzsche peut postuler un mal pour un bien : « Le nouveau est dans tous les cas le Mal en tant que ce qui veut conquérir, fouler aux pieds les anciennes frontières et les anciennes piétés (…) Mais à la fin tel champ ne rapporte plus et sans cesse il faut que la charrue du Mal vienne le remuer de nouveau[32]. » En ce sens le bien et le mal ne sont que d’historiques vues de l’esprit au regard des nécessités de l’évolution de l’humanité, là où Nietzsche ne dépasse Leibhiz et Hegel qu’au nom de l’acceptation du tragique, ce qui en fait son « gai savoir » ; au bout duquel « Le poison dont meurt une nature plus faible est un fortifiant pour le fort[33] », ce en une sorte de cruauté qu’il est peu aisé de pardonner.

      Une rédemption du mal… Est-ce possible ? Seulement s’il consent à une métamorphose anthropologique et éthique. Il s’agit alors de transmuer ce qui était la nécessité de la testostérone et de l’agressivité dans le contexte d’un environnement naturel violent en la nécessité du compromis et de la courtoisie en une société civilisée. Passer de la volonté d’ingérence, de domination, de séquestration et d’élimination de l’autre par la violence innée, à la décision du respect et de la tolérance au moyen d’une liberté réciproque cultivée, où nous sommes d’autant plus libres que les autres le sont… Là où la liberté n’a plus besoin de la violence et du mal pour s’assumer, là où bien d’autres plaisirs figurant le mal peuvent remplacer ceux du mal, ce qu’à bien compris la tragédie grecque. Comme le sport et son spectacle peuvent remplacer, hélas seulement en partie, les délices des jeux de gladiateurs sanglants.

       En conséquence, si le christianisme avait permis une ritualisation du mal dans le spectacle de la crucifixion, il reste une mission à l’art, qu’il s’agisse des littératures, de la peinture, de la musique (tel Le Sacre du printemps de Stravinsky), des séries télévisées, voire des jeux vidéo, celle de pouvoir assumer cette ritualisation et esthétisation de la barbarie, cette échappatoire de l’instinct de mal et cette catharsis…

 

       S’il faut n’en pas croire Rousseau, ce n’est guère la société qui est responsable de la perversion des hommes, mais, outre un atavisme de chasseur des savanes, usant de la testostérone et de la nécessité de la violence au service de la recherche des gibiers et des femelles, c’est l’inégale répartition du bien et du mal dans leur nature neuronale qui est la source de leurs inégalités. Pensons également à l’inégale répartition du Quotient Intellectuel et du Quotient Affectif que l’éducation contribue hélas trop peu à augmenter, qui sont à l’origine de l’inégalité d’accès aux richesses, ce qui n’empêche d’ailleurs pas la nécessité morale et rationnelle d’un égal accès sociétal à l’éducation, et de permettre libéralement que chaque mérite soit récompensé par le succès.

        Il est alors contreproductif d’offrir une prime, comme une sorte de discrimination positive, au mal, celui du délinquant et du criminel, forcément victime et en ce sens digne de toutes les attentions, en l’excusant grâce au secours de l’argument spécieux selon lequel c’est la société -bien entendu capitaliste, selon le préjugé façonné par une Envie grégaire et une passion pour la domination sociale- qui est responsable de son mal agir et de son inappétence au bien.

       A un moindre degré, quoique douloureusement éclairant, notons comme c’est « cool », parmi nombre de nos élèves, d’afficher médiocrité rebelle et grossièreté, là encore grégaires, et de stigmatiser les « intellos », mais aussi le raffinement des « pédés », preuve que le mal -ou sa singerie- bénéficie d’un plus grand prestige que le bien. Satan est, c’est bien connu, plus pittoresque et excitant que l’ange, et surtout plus facile et apparemment plus grandiose à imiter : un instinct et un instant de barbarie suffisent à détruire, quand des heures, des années, une vie, sont nécessaires pour construire une œuvre d’amitié, d’amour, de technique ou d’art. Ce que le Goetz de Sartre confirme ainsi : « A moi, ma méchanceté : viens me rendre léger ![34]  » En ce sens, le Discours sur les sciences et les arts de Rousseau, reprochant injustement à ces derniers de ne pas contribuer à la vertu est une dangereuse voie vers l’obscurantisme, bien que son auteur appartienne, par la voie de l’indispensable Contrat social, aux Lumières. Ces Lumières dont le raisonnement, l’application aux sciences et aux arts, la tolérance libérale aux libertés des mœurs et de l'économie sont des actions individuelles et politiques contre le mal. Est-ce ainsi que Jankélévitch plus optimiste, idéaliste, que la « fin de l’histoire » de Fukuyama, assure que l’humanité est destinée à atteindre sa perfection ?

 

       Sans compter le mal infligé aux animaux dont nous nous nourrissons, nous n’avons qu’effleuré la violence collective, le mal et la masse politique qui assurent une impunité à leurs factieux et séides, au nom d’idéologies sociales, raciales, théocratiques qui portent le masque du bien. En ces couvaisons de l’horreur, la ferveur de la certitude, la virulence de la libido dominandi assurée de sa main-mise absolue sur autrui sont les bras armés autant de la jouissance que de la conscience tranquille du bien, en un retournement paradoxal et pervers ; ainsi de Staline : « Choisir la victime, préparer soigneusement le coup à donner, assouvir inexorablement sa soif de vengeance, et puis aller dormir…[35] » La descendance de Caïn, cet homme neuronal du mal, ce pouvoir bientôt discipliné de la haine au moyen de la foi déicide, de la manipulation des masses et des concepts de justice sociale, au sein de sectes fondamentalistes géantes anti-libérales, ce que Sloterdijk appelle avec ironie le « Marx de l’islamisme[36] », a essaimé depuis trop longtemps dans le champ politique. Jusqu’à quelle rédemption, quel juste apaisement ? Malgré notre pessimisme hérité du XX° siècle, il faut avec conviction imaginer, en rempart contre le mal, comme Fukuyama, « que la démocratie libérale pourrait bien constituer le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et la forme finale de tout gouvernement humain[37] ».

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] La Genèse 3, La Sainte Bible, Le Club Français du Livre, 1964,  p 8.

[2] Pour reprendre la formule de Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette littératures, 2009, p 90.

[3] Dante : La Divine Comédie, Livre Club du Libraire, 1958, p 205 et 208.

[4] Juan Asensio : La Chanson d’amour de Judas Iscariote, Cerf littérature, 2010 p 78.

[5] Dans Un château en forêt, Plon, 2007.

[6] Emmanuel Kant : La Religion dans les limites de la raison, 1, III, Œuvres Philosophiques III, Pléiade, p 46.

[7] Giovanni Papini : Le Diable, Flammarion, 1954, p 291.

[8] Ibidem, p 295.

[9] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme,  Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, 2010, p 1262.

[10] Par exemple dans H. P. Lovecraft : Le Rôdeur devant le seuil, Christian Bourgois, 1983.

[11] Spinoza : Lettre XXIII à Blyenbergh, Œuvres complètes, Pléiade, 2006, p 1161.

[12] G. W. F. Hegel : La Raison dans l’Histoire, 10/18, 1996, p 68.

[13] Jorge Luis Borges : « Tlön, Uqbar, Orbis, Tertius », Fictions, Œuvres complètes I, Pléiade, 1999, p 459.

[14] Thomas Hobbes : Les Fondements de la politique (Du Citoyen), Œuvres I, Société d’édition typographique, Neufchatel, 1787, p 11.

[15] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres complètes III, Pléiade, 2003, p 162.

[16] Ibidem, note IX, p 202.

[17] Thomas Hobbes : ibidem p 17 et 18.

[18] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, Œuvres complètes V, Gallimard, 1971, p 49, 1982.

[19] Friedrich Nietzsche : La Généalogie de la morale, Œuvres complètes VII, Gallimard, 1971, p 238.

[20] Ibidem, p 239 et 240.

[21] Ibidem, p 253.

[22] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992.

[23] D. A. F. Sade : « La vérité », Œuvres XIV, Cercle du Livre Précieux, 1966, p 81. Voir : Sade, ou l’athéisme de la sexualité. Michel Delon : Sade, un athée en amour

[24] D. A. F. Sade : La Philosophie dans le boudoir, Œuvres XXV, Jean-Jacques Pauvert, 1968, p 306-316.

[25] Jacques Derrida : Séminaire La peine de mort I, Galilée, 2012, p 213.

[26] Georges Bataille : L’Archangélique et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2008,  p 142.

[27] Jacques Derrida : Pardonner. L’impardonnable et l’imprescriptible, Galilée, 2012, p 59.

[28] Siri Hustvedt : Vivre, penser, regarder, Actes sud, 2013.

[29] Selon Laurent Obertone : La France Orange mécanique, Ring éditions, 2012.

[30] Pour reprendre le titre de Pierre Changeux : L’Homme neuronal, Fayard, 1983.

[31] Raymond Aron : Machiavel et les tyrannies modernes, De Fallois, 1993, p 61.

[32] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, Œuvres V, Gallimard, 1982, p 55.

[33] Ibidem, p 67.

[34] Jean-Paul Sartre : Le Diable et le bon dieu, Gallimard, 1951, p 194.

[35] Cité par Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette littératures, 2009, p 90.

[36] Ibidem, p 311.

[37] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 11.

 

Dante : L'Enfer, illustré par Gustave Doré, Hachette, 1891.

Photo : T. Guinhut.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 12:20

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Traduire et vivre

 

les Sonnets de Shakespeare,

 

suivi de quelques traductions.

 

William Shakespeare : Sonnets,

traduits de l’anglais par Jacques Darras, Grasset, 2013, 336 p, 20,90 €.

 

 

 

 

Où recueillir notre sentir amoureux sinon d’abord dans les Sonnets de Shakespeare ? Ils sont en effet la synthèse expressive de notre pulsion d’Eros, et, dès leur parution en 1609,  l’une des plus parfaites résolutions linguistiques de son énigme et de son souffle. Certes, il y eut au XIV° siècle Pétrarque, puis, peu d’années avant le maître de Stratford, en 1581, la ferveur ailée des 104 sonnets de Philip Sydney, parus sous le titre programmatique d’Astrophil et Stella[1]. Mais à l’éclat de ceux de Shakespeare, rien ne résiste. Qu’importe que l’élu de Will soit un jeune homme blond, puis une « dark lady » concurrente apparue au sonnet CXXVII, tout lecteur y plonge en une ductile et inévitable identification pour y aussitôt substituer celle, celui qu’il aime, pour y trouver l’aspiration, la perte et le sens de l’amour, sans compter sa rédemption par les vers… Mais qu’on ne s’y trompe pas. Loin de se résumer à une passion pour un beau corps, le poète embrasse tout autant les questions fondamentales de la fuite du temps, de la procréation et de la création artistique, du beau et du bien, de l’auto-analyse, entre esthétique et éthique… Ainsi, tout sonnettiste, tout lyrique sentimental écrit dans l’ombre des Sonnets de Shakespeare pour y trouver sa propre lumière[2], y compris noire… A fortiori si, comme Jacques Darras, il passe par le filtre combien risqué de la traduction. Ou par celui de notre fatuité, si l'on ose ici se proposer le sacrilège exquis, en quoi consiste le geste de traduire.

 

Depuis qu’en prose on nivela et mutila les Sonnets, comme au XIX° François-Victor Hugo, voire au XX° Pierre-Jean Jouve, des dizaines de passeurs ont osé l’aventure forcément autant qu’exaltante que décevante de rendre et transmuer le sens et la musicalité des décasyllabes rimés, quoique parfois par de seules allitérations ou assonances. « Traduttore, traditore », dit l’adage italien. La « poétique du dire » est alors une éthique de la traduction, un « mouvement herméneutique », qui passe par « la générosité du traducteur[3] ». Ramener à la limpidité ce qui dans la langue première est explosion de langue et de création, devient une effroyable et délicieuse responsabilité, un balancement entre fidélité littérale et figuration réussie, avec la certitude de trop souvent sacrifier les plusieurs sens d’un même mot que les langues de Babel ne savent pas respecter en passant de l’une à l’autre. Pensons au jeu de mots sur le prénom « Will » et « will » au sonnet CXLIII, absolument intransmissible en français ; au contraire de la trahison de ces deux vers du sonnet LXIII :

« His beauty shall in this black lines be seen,

And they shall live, and he in them still green.

Jacques Darras nous propose, non sans limpide élégance :

« Sa beauté se lira dans l’encre de mes lignes,

Qui vivront avec, jeune à jamais en elle, lui. »

Quand Yves Bonnefoy offre un final plus fade :

« Sa beauté paraîtra dans les vers que j’écris,

Ces signes, noirs vivront, ils le garderont jeunes.[4] »

Ce qui permet à Jacques Darras, un brin cruel envers on prestigieux ainé, de tacler «  la platitude musicale du vers libre et le rabotage de l’hyperbole ». Mais où est passée l’antithèse entre le noir et le vert, sans compter la polysémie, pourtant présente en français, de ce dernier mot, idéalement jeté à la chute, en un concetto baroque ? Seul Robert Ellrodt la conserva :

« Sa beauté se verra dans le noir de ces lignes

Qui vivront, et en elles il vivra toujours vert. [5]»

Le sens de l’ellipse de Shakespeare, la concision de l’anglais rendent la translation plus qu’ardue, et bien malin, y compris, cela va sans dire, le bien modeste auteur de ces lignes, qui saurait résoudre la quadrature du cercle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reste que Jacques Darras, choisissant l’alexandrin, s’autorisant la souplesse de faire entendre l’élision du « e » à l’intérieur du vers, et de ne garder de la rime qu’une « trace interne voire terminale », par instant d’ailleurs totalement imperceptible, arguant avec un aplomb bien senti, quoique discutable : « sa butée systématique étant devenue insurmontable à l’oreille moderne », parvient bien à ce qu’il appelle avec gourmandise « une virtuosité rhétorique nouvelle ». Peut-être, après avoir traduit Malcom Lowry et Walt Whitman entre-t-il dans l’orbe des grands shakespeariens, aux côtés de l’élan immense Armel Guerne[6] et des exacts alexandrins suggestifs d’Henri Thomas[7].

C’est au combien attendu sonnet CXXVII, consacrant l’apparition de la musicienne dame brune, avant que sa dimension sexuelle et tyrannique se fasse jour, que le traducteur fait merveille de fluidité et d’antithèses, malgré l’effacement d’ « every tongue says beauty » du dernier vers :

« Noir, dans les temps anciens, n’était pas jugé beau,

Ou du moins, s’il l’était, n’avait pas nom beauté ;

Or noir, dorénavant, est l’héritier légal

De l’ancienne beauté décriée comme bâtarde :

Car depuis que les mains ont pouvoir naturel

D’user de l’art du faux pour rendre beau le laid,

Beauté n’a plus de nom, n’a plus de temple sacré,

Car elle est profanée, voire survit en disgrâce.

Les yeux de ma maîtresse, eux, sont noir comme corbeau,

Ils s’accordent si bien qu’ils semblent porter le deuil

De celles dont la beauté n’étant pas naturelle

Diffame la création de toute leur fausseté.

Leur deuil s’harmonise tant à leur peine que partout

L’on dit qu’ils apparaissent un modèle de beauté. »

Le poète quitte alors une conception néoplatonicienne du beau pour, dans une perspective baroque et déjà romantique, flirter avec la beauté du laid. Un bond conceptuel semblable à celui à l’œuvre après les dix-sept premiers sonnets, plus conventionnels, malgré le « Tu vivras portraitiste de tes plus doux talents », qu’à lui-même il pourrait s’appliquer. Shakespeare dépasse alors le rose pétrarquisme pour atteindre une rare introspection angoissée, voire honteuse, qui reste profondément moderne. Au lyrisme s’ajoute le dramatisme, quand le jeune homme blond accorde ses douceurs au poète rival, quand l’idéalisation se déshabille des épaules de l’être faillible et défectueux. Pire, la dame brune se révèle infidèle, s’acoquinant avec notre blondinet, en un trio chargé de désir, de mensonge et de fiel… En cette théâtralité, la dimension éthique redouble la dimension métaphysique. Ce parcours de la sensibilité et de l’intellect serait-il parallèle à celui qui pousse le dramaturge vers les interrogations de ses plus époustouflantes tragédies…

Et parfois, Jacques Darras, en ce bréviaire d’amour soigneux, attentif, hyperbolique et infernal, et bien sûr bilingue, sait surprendre par des trouvailles. Voyons ce qu’au crucial sonnet CXLIV il sait faire de « Wich like two spirits do suggest me still », bien qu’inévitablement effaçant la suavité de l’allitération :

J’ai deux amours, mon réconfort mon désespoir,

Ce sont comme les deux anges de mon inspiration :

L’ange le meilleur des deux est un homme, tendre et blond,

L’ange le moins bénéfique, une femme fort colorée. »

C’est en quelque sorte l’acmé de son Adam et de son Eve que le poète démiurge anime, au moyen de cette « inspiration » qu’a su y insuffler son traducteur ami, et poète lui-même, comme il se doit. Ainsi ce dernier orne le sonnet CXXXV de cette pépite sonore, sémantique, érotique :

« Préfères-tu faire plutôt tes grâce à autrui

Que laisser mon outil s’éjouir dans ton oui ? »

La bibliographie sur les Sonnets en français reste hélas lacunaire. Qu’attend-on pour traduire le livre de Robert Matz[8] ? Dans lequel on saura tout, ou presque, sur les questions biographiques irrésolues (qui sont W. H., le jeune homme blond et la dame brune ?), sur le raffinement du langage et « le Miroir de Courtoisie » qui pourtant s’effrite avec la dame brune, sur la capacité d’écrire les Sonnets en étant ou non amoureux (car le « je » des vers n’est pas toujours celui du William qui tint la plume, ce en quoi Jacques Darras insiste en sa postface), sur les lieux communs de la littérature de la Renaissance, sur l’homosexualité qui unirait Shakespeare à Michel-Ange sonnettiste, sur la « science des sonnets »...

Ils sont en effet un monde que l’histoire de la littérature et la sensibilité contemporaine n’ont pas fini d’explorer : notre enrochement culturel et érotique, notre miroir, notre horizon. Même si Jacques Darras voit Shakespeare dépassé par un monde nouveau, celui de « l’homme de la City, le businessman, le négociant qui nie le repos (negans otium) », même si les « chevaliers poètes et autres condottières élisabéthains amoureux du sonnet », font « place aux Machiavel », avant « l’effondrement du mythe stellaire ou solaire de l’incomparable Dame Poésie », ne sommes-nous pas confrontés inexorablement, dans le cadre d’une atavique universalité, à la douce et violente tension d’Eros, que, peut-être seule, la forme parfaite des quatorze vers du sonnet saura concentrer, figurer et disposer dans une momentanée certitude du sens devant la mort ? Ce que les sonnettistes du XIX° surent retrouver, entre Nerval et Baudelaire, ce que ceux de demain ne manqueront pas de renouveler, de bouleverser…

 

 À qui dédier la poussière de ce minuscule article, qui aura la discrétion de ne pas encombrer la bibliothèque incommensurable entourant l’œuvre de Shakespeare ? Au toujours mystérieux « W. H. », peut-être objet ou protecteur de l’ardeur du Roméo élisabéthain ? Peut-être à E. D.[9] Mieux encore à « M », puisque qu’il s’agit d’abord d’aimer les Sonnets et d’aimer avec eux…

Thierry Guinhut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Shakespeare : Sonnets

 

XVIII, XIX, LXXVI, LXXXVI, CXXVII et CXLIV.

 

 

 

XVIII

 

Dois-je te comparer à l’été, à son jour?

Ton art est plus d’amour et plus de tempérance :

De brutaux vents secouent les chers bourgeons de Mai,

Et le bail de l’été connaît tôt échéance :

 

Parfois trop de brillance en l’œil du ciel s’échauffe,

Et parfois son teint d’or voit ternir vénusté,

Et trop souvent la beauté de beauté décline,

Par sort ou nature changeante, dévastée :

 

Mais ton été sans fin ne pourra s’évanouir,

Ni perdre possession de beauté qui est tienne,

Ni la Mort ne prendra ton errance en son ombre

Lorsqu’aux vers éternels le temps t’aura grandi :

 

Si souffle à l’homme, aux yeux la vue, ne sont ravis,

Si loin que vit sonnet, sonnet te donne vie.

 

XIX

 

Temps dévorant, du lion arase la griffe,

Fais dévorer à la terre ses doux enfants ;

Arrache canine à la mâchoire du tigre,

Et brûle du phénix les jours longs dans son sang,

 

Réjouis et fais honte aux saisons quand tu t’enfuis,

Et fais ton bon vouloir, pieds si légers du Temps :

Au vaste monde, à toutes ses douceurs enfuies :

Mais à toi j’interdis odieux crime dément,

 

Ne grave pas ton heure en le beau front que j’aime

Ni ne dessine ligne de l’antique plume ;

Permets qu’en ta course il soit, sans tes exactions,

Modèle de beauté aux hommes succession.

 

Qu’importe l’outrage, vieux Temps, use du vice,

Mon amour en mes vers, jeune toujours, sait vivre.

 

 

LXXVI

 

Pourquoi mes vers sont-ils d’un neuf orgueil stérile,

Si loin de variation, ou de changer, rapides ?

Pourquoi ne pas, à la mode, jeter un œil

Aux alliages étranges, méthodes inouïes ?

 

Pourquoi écris-je uniment, toujours identique,

Mauvaise herbe connue, empêchant l’invention,

Au point que chaque mot, ou presque, dit mon nom,

Exhibant sa naissance et ascendant unique ?

 

Sachez-le, doux amour, j’écris toujours de vous

Et l’unique argument sera l’amour et vous ;

Le mieux que je dirai, c’est vêtir mots anciens,

Consumant à nouveau le déjà consumé ;

 

Car, tel soleil ancien et nouveau chaque jour,

Ainsi, ce qui fut dit est dit neuf par l’amour.

 

 

LXXXVI

 

Est-ce fière voilure d’un lyrisme fou,

Bondissant vers le prix de votre précieux vous,

Qui, dans mon cerveau, inhuma mes pensées mûres,

Enterrant l’utérus où elles ont mûri ?

 

A-t-il, esprit inspiré, appris à écrire,

Plus haut que les mortels, pour frapper et m’occire ?

Que non ; ni lui, non, ni ses complices nocturnes,

Ne lui donnant aide, n’ont horrifié mes vers.

 

Ni lui, ni son fantôme familier, affable,

Qui nuitamment vient le duper d’intelligence,

Ne pourront se vanter, vainqueurs, de mon silence,

Je n’ai pas souffert la crainte de par leur fable :

 

Mais quand ton approbation vint combler ses lignes,

Je manquais de matière ; et miennes en languirent.

 

 

CXXVII

 

Aux temps anciens, n’était pas jugé beau le noir,

Ou s’il l’était n’avait pas pour nom la beauté ;

Mais aujourd’hui lui succède noire beauté,

Pour beauté diffamer avec honte bâtarde.

 

Depuis que toute main prend pouvoir naturel,

Embellissant le laid, art d’emprunt, faux visage,

Suave beauté sans nom, sans plus de bois sacré,

Est profanée, si elle ne vit en disgrâce.

 

Cependant ma maîtresse a les yeux noir-corbeau,

Yeux s’accordant si bien qu’ils semblent deuil porter

De ceux nés sans blondeur, qui manquent de beauté,

Calomnient création avec estime fausse.

 

Ainsi leur deuil est tel, commençant leur malheur,

Que toute langue dit : beauté sera leur sœur.

 

 

                                  CXLIV

 

Deux amours j’ai, pour consolation, désespoir,

Qui sont les deux souffles de mon inspiration :

Le meilleur ange est homme aux blondes décisions,

Le pire esprit est femme et vénéneuse et noire.

 

La diablesse femelle en m’offrant damnation,

Veut tenter mon ange de quitter mon côté,

Veut corrompre mon saint pour en faire un démon,

De son orgueil infect poursuit sa pureté ;

 

Et sais-je si mon ange est devenu démon,

Je peux le supposer, sans pouvoir l’affirmer ;

Mais tous deux loin de moi, tous deux amis liés,

Je devine un bon ange aux fers de l’autre enfer.

 

Jamais je ne saurais, mais je vis dans le doute,

Si le pire ange incendia le bon en déroute.

 

Traduits de l’anglais par Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Orphée La Différence, traduit de l’anglais par Gérard Gacon, 1994.

[2] Comme j’ai tenté de le faire dans

[3] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998,  p 403.

[4] William Shakespeare : Les Sonnets, précédé de Vénus et Adonis et du Viol de Lucrèce, présentation et traduction d’Yves Bonnefoy, Poésie Gallimard, 2007.

[5] William Shakespeare : Œuvres complètes, Laffont Bouquins, 2002.

[6] William Shakespeare : Poèmes et Sonnets, Desclée de Brouwer, 1964.

[7] William Shakespeare : Œuvres complètes, tome XII, Club Français du Livre, 1968.

[8] Robert Matz : An introduction. The World of Shakespeare’s Sonnets, McFarland & Company, 2008.

 

 Photo : T. Guinhut.

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 20:34

 

Ostia romana, Latium. Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

Davide Longo :

 

L’homme vertical devant la barbarie

 

 

Davide Longo : L’homme vertical,

traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Stock, 2013, 422 p, 22 €.

 

Davide Longo : Un Matin à Irgalem,

traduit par Catherine Baldisseri, La Fosse aux ours, 2004, 192 p, 17,20 €.

 

 

 

       Villages dévastés, maisons pillées et incendiés, meurtres sauvages, voilà tout ce qui bientôt reste du paysage nord-italien, comme si une nouvelle chute de la civilisation romaine avait frappé. Quelle crise économique, institutionnelle, de civilisation, a-t-elle pu entraîner aussi soudainement la barbarie ? Le romancier Davide Longo, né en 1971, parmi les pages de son Homme vertical, ne nous le dira jamais, ne s’attardant que sur ses conséquences et sur la manière dangereuse et contrariée avec laquelle la dignité humaine peut encore se tenir debout…

 

       L’écroulement de l’intime destin du personnage central est en quelque sorte le miroir de ces terribles avanies. Sauf que pour lui nous saurons peu à peu la nature de la catastrophe. Professeur, écrivain réputé, une histoire d’amour et de sexe avec une de ses étudiantes qui le séduisit, le dénonça, le piégea, preuves à l’appui, lui fit perdre emploi, femme, famille et amis et goût d’écrire. Il ne reste plus à Leonardo qu’à se réfugier dans le village de ses Préalpes natales. C’est alors que, quelque part après l’an 2025, les populations s’égaillent, les banques ne servent plus leurs clients, l’armée ou les milices quadrillent les grands axes, des sauvageons incontrôlables, des brutes armées sèment la violence, le vol, le pillage et le meurtre. Les villageois, le plus souvent vainement, organisent leur autodéfense, jusqu’à ce que la maison de Léonardo soit ravagée, couverte d’excréments, sa bibliothèque renversée dans l’essence… Il ne lui restera plus qu’à partir avec sa fille, son beau-fils, que leur mère lui a confiés, en direction de la Suisse ou de la France, aux frontières fermées, où la civilisation suit encore son cours.

     Au périple se joindra un chiot. Entre temps, séquestré dans un camp itinérant d’une meute de jeunes aux rituels infâmes, Leonardo devra, quand sa fille est continûment violée par une sorte de gourou charismatique, l’affronter en sacrifiant ses doigts, sa main, et signer la fin du piètre chef de bande. Un éléphant sera le compagnon de cette nouvelle étape de l’odyssée, sans cesse menacée par des péripéties dramatiques, voire tragiques. Heureusement, au-delà du courage de cet « homme vertical », au-delà de son refuge avec des enfants dans une île déserte et méditerranéenne, l’on retrouve la confiance avec ses congénères : un embryon de civilisation se relève. Et à la manière d’une autre anti-utopie, Fahrenheit 451 de Bradbury, les histoires venues des livres vont être réclamées, entendues, prêtes à une renaissance : « Nous savons que tu gardes les histoires (…) Nous aimerions les écouter. » Comme quoi la perte de confiance envers la littérature est aussi une faille ouverte entre l’homme et le monde, entre les profondeurs troubles du moi et la dignité d’une humanité policée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Est-ce le roman qu’il faut avoir publié, par réelle nécessité politique et  métaphysique ? « Des années plus tôt, devant un de ses livres fraîchement publiés, il avait trouvé inexplicable d’avoir consacré trois années de sa vie à ce long récit en vers, hermétique et désuet, que beaucoup de ses lecteurs et la majorité des critiques avaient déjà classé comme une œuvre mineure et maniérée ». Sans nul doute Longo, par le biais de son personnage, met en balance un vécu traumatique jeté à la face de l’humanité et une œuvre solipsiste…

       Pire encore, depuis « le signal de la curée », qu’il faut entendre au sens de sa descente aux enfers personnelle aussi bien que générale et civilisationelle, journaux et éditeurs ont disparu, Internet s’est tu, ôtant apparemment toute validité à l’écrit, devant les hordes de racailles illettrées et bientôt analphabètes, abruties au sexe prédateur, à l’alcool et aux drogues, rangées sous les oripeaux de structures claniques erratiques et sadomasochistes… Ainsi, la pensée et les bibliothèques n’ont pas su nous protéger.

      Mais, à moins de ne pas l’avoir comprise, la pensée de Longo est pour le moins elliptique, voire peu cohérente. Dans sa « pièce des livres » que Leonardo a été contraint d’abandonner, résidait « une anthologie de ce qu’était ou aurait dû être la vie ». C’est alors qu’il confie : « J’aime infiniment ces histoires, pourtant je sais qu’elles portent la responsabilité de ce que je suis. Un homme défaillant. » Veut-il nous signifier cet argument éculé selon lequel les livres ne sont rien devant la vie ? Alors que toute bonne bibliothèque connait déjà l’irruption de la barbarie, qu’il s’agisse des pillages de Rome ou celle de Big Brother dans 1984 d’Orwell… Le procès fait à la littérature est-il là excessif, injuste ? S’agit-il là de confesser une honte à écrire alors qu’il faudrait parer aux horreurs qui secouent la planète et bafouent l’humanité ? Alors que la dignité se révèle également dans l’œuvre de pensée et d’art.

 

        Peut-être, à moins de préférer la suggestion, aurait-il mieux valu nous en dire plus, s’attacher à l’analyse et non à une action aux longueurs parfois complaisantes, lorsque de la séquestration parmi le clan itinérant, comme à l’occasion d’un futur script de film intellectuellement pas trop fatiguant qu’on aura la faiblesse de tirer de ce roman… Pourtant, quelques modestes phrases frôlent des problématiques qu’il eût été indispensable de fouiller : « Le mal a-t-il germé en notre sein, ou avons-nous été contaminés ? » Ou encore, parmi les « graffitis tracés à la bombe ou au charbon » : « les idéaux au bûcher ». Quant à s’interroger sur les causes sociétales de ce retour aux barbares, rien de cela n’est esquissé. Certes, il eût fallu, pour se faire, et ainsi contribuer à prévenir ce genre de déshérence, une plume plus vaste et plus fine, comme celle d’Ayn Rand, dans La Grève[1], le mélange des genres, l’essai et l’action, un roman-somme…

        En ce livre à demi-réussi, cependant impressionnant, les échos résonnent. Curieusement, la cohabitation avec une femme obèse et un éléphant dans sa cage, qui devient un compagnon de voyage à la recherche d’une Ithaque, a quelque chose de tendrement fellinien, quand les jeunes sauvageons sont plus brutalement pasoliniens… Peut-on penser à La Route de Cormak McCarthy, cette frappante et fuligineuse post-odyssée dans la cendre du monde, mais également peu fouillée, elliptique et intellectuellement décevante ? A La Peste écarlate de Jack London ? Ainsi L’Homme vertical s’inscrit avec un brio mesuré parmi toute une lignée de récits post-apocalyptiques, même si Longo l’a inscrit, avec peut-être une prudence retorse, dans le contexte d’une seule nation, là où la crise économique actuelle est l’une des plus inconséquentes ; mais aussi  parmi le salutaire avertissement de l’apologue…

      Reste, en arrière-bouche amère, de cette lecture, un goût de malaise et d’effroi : notre civilisation serait donc si fragile ? Nos jeunes et moins jeunes serait-ils sourdement des sauvages tribaux animés par la hâte de tuer, de s’avachir et de piller ? Nos responsables politiques et sociaux ne sauraient-ils prévenir une telle fatale dérive ? Nous ne sommes hélas séparés du mal que par la peau transparente de l’humain…

 

       Tout autre est Un Matin à Irgalem du même Davide Longo. L'action se déroule en 1937, en Éthiopie, sous l'occupation colonisatrice italienne, désastreuse. Au cours d'un procès, le sergent Prochet, accusé de crimes, est défendu par Pietro Bailo, un avocat militaire. Hélas, les charges sont accablantes. Mais le plus intéressant peut-être est la manière dont Pietro découvre, en marge de l'affaire judiciaire, l'Afrique entre d'oiseuses parties de cartes et surtout les conversations avec Nicola, un médecin militaire homosexuel. Nostalgique de Turin où l'attend peut-être Clara, et cependant amoureux de la belle Teferi « à la peau d'ambre », Pietro tente désespérément de préserver son intégrité intellectuelle dans un monde implacable, dépourvu d'empathie, de morale. Davide Longo aime les sombres apologues, les tragédies grandioses autant que celles plus intimes. Là aussi « les idéaux [sont] au bûcher »...

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Villa Adriana, Tivoli, Latium. Photo : T Guinhut.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:37

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Céline et Proust,

 

ou la recherche du voyage romanesque.

 

 

 

 

 

Est-ce faute de pouvoir voyager que le lecteur s’évade de page en page, ou pour donner un sens au voyage de la vie ? Cette recherche de sens par le roman fut cependant dénié par un de nos écrivains les plus marquants, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), l’auteur plus que controversé de Guignols band, de Nord ou d’Un château l’autre, qui en 1932, dans son œuvre phare, Voyage au bout de la nuit, jeta, non sans mépris : « Le voyage, c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons…[1] » Le roman n’est-il que ce maigre voyage destiné à des niais ? S’il y a bien des vertiges géographiques décevants dans la littérature romanesque, il n’en reste pas moins que la recherche du voyage romanesque permet une traversée du temps perdu proustien et des sociétés, sans compter que, quelques soient ses avatars, il puisse par-dessus tout plaire et instruire.

 

Il n’est pas douteux qu’il faille d’abord appliquer cette citation à Céline lui-même. C’est dans un mouvement d’autodérision de Bardamu, narrateur du roman autobiographique, que la voix de l’auteur se devine, pour se déprécier lui-même et ses « petits vertiges », autant que pour déprécier cette pérégrination de « rien du tout » qu’est Le Voyage au bout de la nuit. Quel but en effet poursuit le personnage ? Le sait-il ? Se jetant dans les bras de l’armée dans un moment de vertige, il se retrouve balloté au milieu des massacres et des morts parmi « l’abattoir » de la première guerre mondiale ; sa tentative de faire fortune dans l’Afrique coloniale sombre dans l’enfer de la chaleur et des fièvres ; le séjour aux Etats-Unis oscille entre solitude urbaine et déshumanisation de l’ouvrier chez Ford. Ensuite, médecin parmi les pauvres, il ne côtoie que des spécimens avariés du populaire, dont le piètre Robinson… Anti-héros picaresque, gueux sans espoir ni volonté de s’élever, son seul professionnalisme est celui de la fuite, de la lâcheté. Son « voyage » ne lui apporte « au bout de la nuit » aucune valeur ajoutée. Même le vertige de l’amour, lui qui préfère avec Lola les ébats du corps à ceux du cœur, n’est pour lui que piètre jeu de rôle pour « couillon ».

Le voyage provincial et normand de Madame Bovary est pourtant celui de la recherche du vertige de l’héroïne. Son romantisme de carte postale se heurte à un réel bien moins tendre. Faute d’avoir su composer avec ce dernier, elle ajoute à l’adultère le poids insurmontable des dettes abyssales ; la moins que rien finit par se suicider à l’arsenic. Charles Bovary n’est-il pas le « couillon » de l’histoire ?

C’est ainsi que sont décevants d’autres horizons, tels ceux de Candide. Son voyage va d’avanie en avanie en ne découvrant que les capacités de l’homme au mal : à lui, pas si loin de Céline qui s’en souviendra peut-être, également est réservée la guerre meurtrière, la rencontre éprouvante de l’esclavage et l’utopie américaine, cependant plus souriante et douée de foi en l’humanité que celle du pamphlétaire antisémite qui, par ailleurs, ne saura pas comme le héros éponyme de l’apologue qu’ « il faut cultiver notre jardin[2] ». A moins que l’ironie voltairienne sauve Candide, et qu’au-delà du voyage géographique, s’ouvre celui du temps des Lumières…

 

Louis-Ferdinand Céline par Gen Paul.

 

Le romancier qui s’aventure parmi les temps et les sociétés est rarement à « la recherche de ce rien du tout ». Au contraire ; il va jusqu’ A la Recherche du temps perdu, pour parvenir au Temps retrouvé. Le petit « rien » de Proust, n’était-ce pas cette « cuillérée de thé où j’avais laissée s’amollir un morceau de madeleine »… D’où le surgissement de « l’édifice immense du souvenir[3] ». L’intensité du vertige proustien est loin de celui que Céline réserve au couillon, pour réutiliser ce vocabulaire vulgaire et scatologique dont se pourlèche l’auteur de Guignol’s band, à mille lieux du raffinement stylistique d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs. De ce petit rien qui unit la mémoire involontaire à celle volontaire, nait peu à peu une totalité. Le roman d’initiation, psychologique et de société aboutit alors à une totalité : le roman-somme.

Flaubert lui-même ne se résume pas à des existences gâchées, qu’ils s’agissent de celles de la famille Bovary ou de celle de Frédéric dans L’Education sentimentale. Le roman de mœurs et celui d’éducation n’utilisent des éclats de romantisme dans le cadre d’un réalisme omniprésent que pour offrir un tableau de société plus vertigineux que les vertiges d’une épouse insatisfaite et d’un jeune homme qui n’est guère capable de prendre à bras le corps l’existence et l’Histoire qui l’entoure. Ce que parviennent à réaliser indubitablement l’écrivain Flaubert et son lecteur.

Aux vertiges qui n’aboutissent à rien, sinon à la perte et à l’autodestruction, il faut alors opposer la raison, qu’il s’agisse de celle de Madame de Lafayette ou de celle de Balzac. Premier roman psychologique occidental, en 1678, La Princesse de Clèves, reconstitue une société aristocratique du temps d’Henri II, pour permettre à son héroïne de tenir les rênes à la passion dangereuse et de garder une digne conduite. Quant à Balzac, dans le cadre immense, qui n’est certes pas rien, de La Comédie humaine, il sait nous dire en romantique que « la passion est toute l’humanité[4] », mais aussi, avec « quatre mille personnages », « faire concurrence à l’Etat-Civil » et « donner l’histoire des mœurs.[5] » Dans un espace romanesque réaliste également rationnel, des Rastignac feront leur chemin, roman d’initiation et ascension sociale dans le cadre de celle du XIX° siècle, sans craindre de nous enseigner.

 

Ainsi, « plaire et instruire[6] », la devise du classicisme, est également le sésame du roman. Si Madame de La Fayette est bien représentative de ce que l’on appellera après elle le classicisme, de par sa bienséance, sa rigueur raisonnable, sa noblesse de ton et son langage élevé, Céline est bien dans un autre univers. Loin du dégoût de lui-même et de toute la société qui pousse Bardamu à cet exercice d’autodépréciation du voyage et du roman, Céline consacre son énergie à une fresque emportée, à une satire de l’humanité entière, balayant la langue de son rythme frénétique, de son amalgame réussi de la langue soutenue et du parler populaire. C’est ainsi qu’il plait, ce jusqu’à l’adulation des célinolâtres. Mais aussi qu’il nous instruit, malgré son goût enfiévré pour l’invective, le mépris et la caricature, sur la rigidité des officiers, le charnier de la guerre de quatorze, sur les abominations du colonialisme, sur la déshumanisation des usines Ford.

A contrario, c’est par la finesse de son analyse, l’exploration des méandres de l’esprit humain, que Proust séduit celui qui sait y retrouver son moi, y découvrir le « côté de chez Swann » et celui de « Guermantes », qui sont ceux des classes sociales autant que ceux de l’amour, de la vanité et de l’art. On connaît moins la satire et l’humour de Proust lorsqu’il décrit les salons, on sait cependant combien l’on va s’instruire en s’immergeant dans les trois mille pages de cette cathédrale romanesque…

Il faut plaire avec le fantastique, y compris avec le secours de l’effroi si l’on lit Lovecraft ou Harry Potter, plaire avec le roman merveilleux et la fantasy, qu’il s’agisse d’Alice au pays des merveilles ou du Seigneur des anneaux, tenter l’impossible voyage dans le futur avec La Machine à explorer le temps de Wells ; tout est possible au roman. Y compris la lutte archétypale du bien et du mal qui les occupe. S’instruire avec les romans didactiques, géographiques et scientifiques de Jules Verne, quand il sait les animer au moyen de héros fascinants et surhumains comme le Capitaine Némo. Voire découvrir le monde par les yeux d’un immonde pédophile lorsque Nabokov sublime sa Lolita, par les yeux d’un criminel nazi, dans Les Bienveillantes[7] de Littell… Il y a toujours une dimension morale plus ou moins implicite au roman, qu’il s’agisse du respect de la vérité et de la fidélité par la Princesse de Clèves, ou des anti-utopies du Meilleur des mondes d’Huxley, de 1984 d’Orwell muni de son si contemporain Big Brother…

 

Il n’y a pas de contradiction entre vivre et lire : l’un complète efficacement et indispensablement l’autre. La « recherche de ce rien du tout », traces d’encre sur des pages, papier ou écran, permet de rencontrer des « vertiges » immenses, voire de la totalité, dans un roman. Si Bardamu est peut-être un fameux « couillon », il est le piètre et obstiné héros du cependant vertigineux Voyage au bout de la nuit. Quant à la porte de l’éblouissement et de la connaissance, elle s’ouvre en même temps que les pages de Proust, sans compter tous ceux qui font du roman une « Invitation au voyage ». Saurons-nous, à rebours d’une réalité souvent trop décevante, voire infâme, comme Baudelaire, suggérer qu’au roman « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté[8] » ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, Romans I, Pléiade, 1992, p 214.

[2] Voltaire : Candide, Romans et contes I, Club des Libraires de France, 1958, p 294.

[3] Marcel Proust : A la Recherche du temps perdu I, Du côté de chez Swann, Pléiade, 1989, p 44 et 46.

[4] Honoré de Balzac : La Comédie Humaine, « Avant-propos », Pléiade I, 2003, p 16.

[5] Ibidem, p 10 et 9.

[6] Horace : Art poétique, vers 344.

[8] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres complètes I, Pléiade, 2001, p 53.

 

Voir : Céline ou l’indignité du génie

Voir : Le baiser à Albertine. Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

 

Marcel Proust par Van Dongen.

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 13:23

 

Machiavel : Le Prince, Henry Wetstein, 1684 ; 

Discours politiques sur la I. Décade de Tite-Live, Henry Desbordes, 1701.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Actualités de Machiavel :

 

Le Prince d'un nouveau monde politique.

 

 

 

Machiavel : Le Prince,

traduit de l’italien par Jacqueline Risset, présenté par Patrick Boucheron,

illustrations choisies et commentées par Antonelle Fenech Kroke,

Nouveau Monde éditions, 224 p, 49 €.

 

Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini : Machiavel. Une vie en guerre,

Passés / composés, 2020, 616 p, 27 €.

 

 

 

       Machiavélique… Machiavel a le trouble honneur d’être le seul philosophe politique de bénéficier, par antonomase, d’un adjectif d’emploi courant qui pourtant travestit sa pensée. Il n’est évidemment pas une sorte de sadique retors dans l’art du pire gouvernement. La parution d’une nouvelle et splendide édition de son œuvre maîtresse, Le Prince, vient à point nommé pour examiner l’actualité de son temps, son balancement entre tyrannie et liberté, mais aussi pour avoir l’indécence de s’interroger : y-a-t-il aujourd’hui une actualité de Machiavel ? Car ce Prince d'un nouveau monde politique nous parle, pour peu que l'on veuille bien le lire.

 

       A l’aube du XVI° siècle, en 1513, naquit ce traité, à l’intention de Laurent le Magnifique. Répondant à l’universelle interrogation du politicien : comment parvenir au pouvoir, et surtout comment le conserver ? Parmi les convulsions de l’Italie, de ses principautés, entre les intrigues du pouvoir papal et les tentatives hégémoniques françaises ou germaniques, la cité de Florence compta un secrétaire et diplomate fort actif et cependant peu récompensé, puisqu’à l’occasion de la victoire des Français qui rétablirent les Médicis aux dépens de la florentina libertas, il fut emprisonné et torturé : Nicolo Machiavelli (1469-1527). Son œuvre emblématique (il écrivit également un Art de la guerre[1]), explosive pour la morale, mise à l’index par la Papauté en 1559, a été mille fois rééditée, traduite, mais rarement comme par les Editions du Nouveau monde. C’est grâce à une somptueuse iconographie, convoquant toutes les ressources de la peinture (Titien, Bronzino, Léonard de Vinci…), de l’allégorie et des antiques, de la sculpture et de la bibliophilie que l’on découvre les acteurs de la Renaissance italienne ; mais aussi avec le concours d’une introduction circonstanciée, qui nous éclaire sur les réceptions ultérieures du Florentin, et de têtes de chapitres aussi claires que pédagogiques.

         De ses activités de négociateur au cœur de l’action politique, Machiavel tira une philosophie toute nouvelle, s’appuyant à la fois sur les ambitions et les guerres de son temps et sur la lecture des historiens romains, dans la tradition humaniste. Il serait alors vain de lire Le Prince sans le secours des Discours sur la première décade de Tite Live[2]. En ce sens, la philosophie politique ne siège pas dans les nuages, entre universaux moraux et utopies, mais sur le terrain de la réalité contemporaine, autant que dans les réservoirs de témoignages de l’Histoire : « il m’a paru convenable d’aller tout droit à la vérité effective de la chose plutôt qu’à l’imagination qu’on s’en fait », prévient-il au seuil du fameux chapitre XV. Voilà qui pose « le primat de l’observation sur l’éthique[3] ». Voyant l’Histoire s’agiter avec bruit et fureur autour de lui, cherchant moins une solution à l’établissement de l’autorité du Prince que son maintien en faveur de la prospérité de l’état et des libertés civiles, il fait de son manuel une machine de guerre : « Aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon, et d’en user et de n’en pas user selon la nécessité » (…) « car tout bien considéré, il pourra trouver une chose qui parait une vertu, et la suivre serait sa ruine ; et une autre qui parait un vice, et, s’il la suit, il en naitra son bien et sa sécurité »  (chap XV).

        Quoique jusqu’à lui si peu avouée en tant que principe politique légitime, la soumission des moyens, légaux, moraux ou non, aux fins est une caractéristique bien connue. Notons cependant que les fins, ne pouvant être connues, « il ne saurait exister pour lui de modèles préétablis orientant les conduites humaines » (pour reprendre le préfacier). Machiavel n’est pas platonicien, il s’agit seulement pour lui d’accorder la vertu et la fortune… On connait également les nécessités de ne plus compter sur les mercenaires payés, mais sur les propres armées de l’état, et d’être craint plutôt qu’aimé. Ce pourquoi ce penseur choqua et mérita d’être caricaturé par l’adjectif qui se repaît de l’accuser.

       Le Prince, quoique parfois erratique, certainement complexe au regard de notre modestie, n’est pas un texte désorganisé : il pense d’abord les types de principats, ensuite les exigences militaires, puis les vertus princières utiles à l’état, enfin le plaidoyer pour l’Italie menacée par ses voisins… Ses préceptes raisonnables et polémiques en vingt-six chapitres sont au service de tout apprenti et professionnel du pouvoir…

 

       Est-ce à dire qu’il serait le théoricien exclusif de la tyrannie, comme le préjugé commun pourrait l’imaginer, et comme la lecture de ces principes policiers semble l’indiquer ? A moins que cette machiavélienne main tyrannique n’ait pour but que la liberté des citoyens : « celui qui devient prince grâce à la faveur doit conserver son amitié. Ce qui lui sera facile, puisque tout ce que le peuple demande est de ne pas être opprimé » (chap IX).

         Cet attachement du Florentin à la liberté a bien été entendu par les penseurs libéraux : « Le fondement de la morale est immoral ; le fondement de la légitimité est l’illégitimité ou la révolution ; le fondement de la liberté est la tyrannie[4] », ainsi Léo Strauss synthétise-t-il la pensée de ce maître de l’art politique qui eut pour descendant Hobbes, fondateur de la souveraineté de l’état Léviathan, mais aussi un Rousseau peut-être trop enthousiaste, en son aura de sectateur de la volonté générale : « en feignant de donner des leçons aux Rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel est le livre des Républicains.[5] » De plus, nous rappelle le préfacier Patrick Boucheron, non sans pertinence, «  Machiavel a écrit un livre intitulé De Principatibus, et qui portait avant tout sur les états de ce temps » ; donc portant pas seulement sur la destinée du détenteur du pouvoir, mais sur celle de l’Etat. Cet art du gouvernement n’est évidemment pas au service d’un monde d’anges roses, mais confronté aux pires conditions de l’humanité méchante. Ainsi, le jeu vidéo Assassin’s Creed propose aujourd’hui un Machiavel virtuel et cynique dont la mission est de veiller à la préservation du libre-arbitre de l’humanité, noble mission s’il en est. Laissons penser Raymond Aron : « Il est clair que Machiavel ne recommande pas les tyrannies et fait l’éloge de la liberté romaine. Mais il reconnait la nécessité des législateurs, des dictateurs, voire des princes absolus, lorsque les peuples corrompus sont indignes et incapables de liberté[6] ». Concluons sur ce point avec Machiavel lui-même (chap XXVI), citant Pétrarque : « Vertu contre fureur prendra les armes ».

       Certes, l’usage de ce manuel, qui n’est pas l’apanage des enfants de chœur de l’abbaye des oiseaux, peut être lu et utilisé par de moins sages mains, ce dont témoigne, en 1924, la préface qu’en donna Mussolini, en une ode au fascisme (mais aussi Berlusconi en 1992 !). Le lirons-nous comme le manuel de la main de fer du pouvoir ? Il y bien des préceptes qui permettent l’établissement solide d’une tyrannie. Nombreux sont ceux qui ont associé Machiavel aux procédés infects qui ont permis l’accession au pouvoir et à l’hégémonie meurtrière, traîtresse, des totalitarismes, aux mains de Lénine, d’Hitler, et bien d’autres… Raymond Aron s’interrogea par exemple sur une familiarité de Machiavel avec Marx lorsqu’il imagina le concept du « parti-Prince collectif[7] », non seulement immoral mais machiavélique au sens courant du terme. Il suffit alors de penser aux procès de Moscou…

       Non ; à celui qui préférait, dans ses Discours, les républiques aux monarchies, il faut réserver une lecture des libertés. Ce prince n’est pas l’homme providentiel, mais celui qui, envers et contre tout, devra et saura maintenir les rênes d’une démocratie des libertés. Difficile fil du rasoir, me direz-vous, si une constitution manque à cet égard de prudence. Que souhaiter alors à la postérité de Machiavel ? Que les moyens tyranniques du Prince, au-delà des fachocommunismes et des démocraties corrompues, soient, seulement s’il est hélas absolument nécessaire, au service d’Etats garants des libertés économiques et intellectuelles des citoyens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Reste-t-il une actualité de Machiavel qui soit loisible aujourd’hui ? Il faut se pencher avec humilité sur les tares de notre temps. Quand les grands ne sont plus détenteurs de la vertu, quand ils ne sont pas ni Churchill, ni De Gaulle, ni Margaret Thatcher, ni Angela Merkel, quand le peuple leur réclame plus de corporatisme protégé, de prodigalité dépensière en creusant la dette des générations, où gît la vertu politique sinon dans les décombres de l’avenir ? Faut-il appeler un nouveau Machiavel pour descendre des nuages conceptuels du socialisme, pour  prendre effet de l’état du pays et de sa tyrannie socialiste corrompue et restaurer avec vigueur une juste et avare gestion, une démocratie réellement libérale… Il faut bien une Dame de fer pour se délier des fers socialistes. Il est sûr alors que le Prince sera plus craint qu’aimé, en particulier de ceux, syndicats, assistés, hauts et bas fonctionnaires et affidés des médias, qui devront céder de leurs avantages indus, de leur ponction fiscale et législative permanente aux dépens des libertés et prospérités des citoyens… Relisons le chapitre XVI, sur la prodigalité et l’avarice, « De libéralité et parcimonie » et méditons le au regard de nos princes français, présents et des trois dernières décennies (tout entendant le mot « libéral » au sens premier de généreux) : « il y a plus de sagesse à garder le nom de ladre, qui engendre une infamie sans haine, qu’à se mettre dans la nécessité, pour vouloir le renom de prince libéral, d’encourir le nom de rapace, qui engendre une infamie accompagnée de haine ». Et que penser d’un prince républicain qui croit user d’un hypocrite art de la guerre extérieure pour raviver une popularité exsangue…

 

 

      Comme le montre la biographie fouillée de Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, Machiavel ne peut se concevoir sans son actualité, celle du XVI° siècle. Une Italie en guerre perpétuelle l’entoure, le menace. L’Espagne et la France tentent de tailler en pièces l’Italie et se partagent des zones d’influence, jusqu’à ce que la bataille de Pavie se révèle en 1725 une belle catastrophe pour les Français, et jusqu’à l’impensable : le « sac de Rome », par des troupes espagnoles, italiennes et des lansquenets luthériens au service de l'empereur Charles Quint, commandées par Charles III de Bourbon, le 6 mai 1527, soit deux mois avant la mort de l’auteur du Prince. Les conflits deviennent en ce siècle de plus en plus rapides, brutaux et meurtriers, ce qui exige de les repenser, d’où L’Art de la guerre de notre observateur avisé, qui s’élève contre la pratique de la soldatesque payée par telle ou telle faction. Notre philosophe républicain est aux premières loges : légat florentin en France, puis auprès de César Borgia, de l’empereur d’Allemagne, ses missions sont souvent décevantes, sauf auprès des Médicis qui l’engagent à écrire « les annales et chroniques florentines ». Ce qui lui vaut de mériter le titre de « Citoyen & secrétaire de Florence ». Avoir été révoqué, condamné, emprisonné, ensuite honoré, et une certaine amertume devant les aléas de l’Histoire ne l’empêchèrent en rien d’atteindre cette hauteur intellectuelle qui le conduisit à écrire Le Prince, qui tient beaucoup moins de la théorie d’une politique idéale que d’un réel et nécessaire pragmatisme. Ainsi le voici pratiquant « l’écriture comme combat », relisant, réinterprétant l’Histoire romaine « révélatrice de l’histoire florentine », tout en sachant pertinemment qu’« aimer la paix et savoir faire la guerre » est la seule alternative qui vaille. Sans oublier que Machiavel est également poète et dramaturge, que son rire est aussi politique que carnavalesque, animant sa comédie La Mandragore.

      Cette biographie, prodigieusement informée, puisant à de nombreuses sources, y compris la correspondance peu connue, et nonobstant la complexité stratégique et diplomatique du temps, se lit comme un roman d’aventure aux péripéties, complots, renversements de situations nombreux, celui d’un « combattant pour la liberté de l’Italie ».

 

       Décidément les traductions précises et élégantes de Jacqueline Risset, ici respectant la vivacité d’un Prince parfois elliptique et fait de ruptures, lapidaire et rapide, ont l’insigne honneur de figurer en de beaux livres d’art. Songeons que sa lecture de La Divine comédie[8] de Dante eut le bonheur d’être illustrée par les hallucinantes aquarelles de Miquel Barcelo[9]. Souhaitons qu’aux plus beaux frontons des œuvres emblématiques de la pensée italienne elle ait de nouveau l’occasion de s’illustrer tout en étant bellement illustrée. L’union de l’art et de la pensée politique ne doit-elle pas nous protéger de la tyrannie et de la barbarie…

 

Thierry Guinhut

Une vie vie d'écriture et de photographie

 

[1] Garnier-Flammarion, 1991.

[2] Gallimard, Bibliothèque de philosophie, 1991.

[3] Raymond Aron : Machiavel et les tyrannies modernes, De Fallois, 1993, p 62.

[4] Leo Strauss, Joseph Cropsey : Histoire de la philosophie politique, PUF, 1994,  p 327.

[5] Jean-Jacques Rousseau : Le Contrat social, Œuvres III, Pléiade, 2003,  p 409.

[6] Raymond Aron : Machiavel et les tyrannies modernes, De Fallois, 1993, p 61.

[7] Ibidem p 253.

[8] Dante : La Divine comédie, France loisirs, 2003.

[9] Voir à ce sujet : Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

 

Machiavel : Œuvres, Volland, 1793. Photo : T. Guinhut.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eloge des péchés capitaux du capitalisme.

 

 

 

 

      Un spectre hante la planète : c’est le spectre du capitalisme. Pour le traquer, toutes les puissances des sophismes, de l’envie et de l’utopie se sont liguées en une sainte chasse à courre[1]. Que ses péchés, depuis l’aube de l’humanité, sont nombreux, conspués par Karl Marx, pires que ceux Les Sept péchés capitaux peints par son contemporain, romancier et feuilletoniste Eugène Sue, qui commença de les publier en 1848, l’année du Manifeste communiste… Avare oppresseur coléreux, paresseux spéculateur et orgueilleux bâtisseur avant d’être le gourmand qui dévore la planète, le capitalisme mérite-il cet opprobre ? A moins de plaider sa juste cause  au point de le réhabiliter… En effet, quoi d’autre, sinon le capitalisme libéral, a su largement améliorer le sort de l’humanité et saura l’améliorer encore ? Ce ne sont pas les systèmes claniques, théocratiques, constructivistes, socialistes, communistes et étatistes qui le réalisent, mais bien les initiatives spontanées des millions de mains invisibles des Lumières d’Adam Smith, conjuguées avec la démocratie libérale, qui nous sortent des ornières de la pauvreté et de l’ignorance pour nous propulser vers la prospérité matérielle et intellectuelle.

 

      La propriété fut pour Rousseau le péché originel de toute société capitaliste : « dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans laquelle on vit germer l’esclavage, et la misère germer et croître avec les moissons[2] ». Ainsi la propriété individuelle du capital, opposée à la communauté des biens, devint un équivalent d’une avarice perverse.

      Depuis toujours, le riche, y compris s’il n’a pas acquis ses biens par la rapine et le meurtre, mais par son ingéniosité, son commerce et son industrie, est voué aux gémonies par le pauvre qui n’a pas bénéficié des mêmes talents et bénéfices. Pour châtier ce bourgeois capitaliste, cet avare bouffi d’orgueil, il allait, selon la Bible, être « plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu[3] ».

      Le sommet de l’abjection fut atteint lorsque Marx promit une nouvelle eschatologie : c’est sur la terre des hommes que le capitaliste allait être exproprié, bientôt assassiné et goulaguisé par les thuriféraires du philosophe, comme le riche koulak profiteur que foncièrement il est invariablement. L’exploiteur du prolétaire, l’esclavagiste de classes sociales entières, de générations de femmes et d’enfants, était l’unique responsable des maux de l’humanité. Son  avarice bourgeoise, sa colère rapace, sa paresse spéculatrice, sa luxure forcément conséquente, son envie concurrentielle et sa gourmandise au point d’affamer le pauvre, son orgueil conquérant enfin, permettaient de le jeter aux abysses de l’infamie, plus profond que l’enfer de Dante, puisque en tant que Juif cosmopolite et koulak bourgeois il allait peupler les camps de la mort bruns et rouges…

 

      L’histoire politique et économique ne fut pas et n’est pas en reste pour renouveler les motifs de la condamnation. L’on pensa en effet d’abord que le capitalisme avait d’abord l’immense tort d’opprimer les masses humaines, de les réduire à un immense esclavage, de pressurer leur force de travail au seul bénéfice de quelques puissants possédants. Ce qui n’était pas tout à fait faux au cours du XIX° siècle, quoique sauvant les masses de la brutalité et de la brève espérance de vie des campagnes, et permettant à beaucoup d’accéder aux plaisirs des classes moyennes. Pourtant, lorsque l’on ne put que constater qu’il tendait à enrichir, ne serait-ce que parce qu’il lui fallait des consommateurs, et à améliorer les conditions de vie de ces mêmes masses humaines, qui par voie de conséquence accédaient eux-mêmes, quoique à des degrés divers, à ces mêmes bénéfices, y compris au capitalisme, les opposants obsessionnels à ce dernier durent retourner leur veste et inventer un second péché capital, pire si possible : il n’était rien de moins que responsable de la destruction de la planète.

      Alors, la gourmandise capitaliste allait s’emparer de toutes les ressources non renouvelables et les changer en excréments de la pollution. Selon le credo religieusement entonné par les Verts qui, faut-il l’admettre, sont des experts en recyclage de la pensée marxiste, l’industrie capitaliste est la responsable de la mort des océans, de la disparition des espèces, du changement climatique et de la prochaine extinction de l’humanité sous le poids de sa prédation. La messe est-elle dite ?

 

 

      Peut-on pourtant absoudre, mieux, justifier à bon droit, le capitalisme de ses péchés capitaux ? Il y a en effet bien des motifs philosophiques, économiques et moraux à cette réhabilitation.

      Pour valoriser la fructification de la monnaie ou du talent individuel, par le travail et la juste usure, la « parabole des talents » nous enseigne : « tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais recouvré mon bien avec un intérêt[4]. » Notons que l’on emprunte ici à la Bible non en tant que quelconque justification par la révélation divine, mais pour son poids d’histoire des mentalités, de sagesse, de philosophie et de rationalité. Pour rester dans le contexte religieux, malgré « Saint Thomas d’Aquin qualifiant de turpitudo la recherche du profit[5] », relisons Max Weber : le protestantisme ascétique a permis à « l’esprit du capitalisme moderne à accoucher de son ethos spécifique, c’est-à-dire de l’éthos de la bourgeoisie moderne[6] ». Tout ceci permettant d’affirmer que l’éthique du travail, du gain, de la thésaurisation, de l’investissement et de la richesse ont un fondement moral, y compris spirituel au sens religieux du terme.

      Cela dit, cet ascétisme protestant réprouve, comme Rousseau d’ailleurs, le luxe. Heureusement Voltaire plaide efficacement sa cause : « J’aime le luxe, et même la mollesse, / Tous les plaisirs, les arts de toute espèce, / La propreté, le goût, les ornements[7] ». Ajoutant : « Le gout du luxe entre dans tous les rangs ; / Le pauvre y vit des vanités des grands ; / Et le travail, gagé par la mollesse, / S’ouvre à pas lents la route à la richesse ». Non sans faire l’éloge de Colbert : « Mais le ministre, utile avec éclat, / Sut par le luxe enrichir notre état[8] ».

      L’avarice alors se change en générosité, non par le philanthropisme des capitalistes, mais par leur capacité à entraîner le mouvement de la production et des échanges, comme le montra Mandeville en 1703 dans la Fable des abeilles, où l’intérêt privé concourt au bien commun : « L’avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice dénaturé et diabolique était esclave du noble défaut de la prodigalité. Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. La vanité, cette passion si détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore. L’envie même et l’amour propre, ministres de l’industrie, faisaient fleurir les arts et le commerce. (…) C’est ainsi que le vice produisant la ruse, et que la ruse se joignant à l’industrie, on vit peu à peu la ruche abonder de toutes les commodités de la vie, l’aise et le repos étaient devenus des biens si communs que les pauvres même vivaient plus agréablement alors que les riches ne le faisaient auparavant »[9]. Dans la même veine, Adam Smith, en 1776, montra la rédemption économique et morale des péchés capitaux, en particulier de cette avarice qui n’est qu’égoïsme : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de leurs besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage[10] ».

      Mieux encore, c’est avec régularité que le travail capitaliste permet à la plupart de nos produits d’être bien moins chers et rares que ce qu’ils coûtaient à nos aïeux, sans compter leur qualité souvent accrue et a fortiori l’apparition d’objets auparavant inconnus, tels nos ordinateurs et nos smartphones, qu’il permet de s’enrichir honnêtement et non par le vol et le pillage. N’est-ce pas ainsi qu’il y a sans conteste une moralité du capitalisme… S’il n’a pas encore abouti à l’égalité qui, à condition qu’elle soit souhaitable et non confiscatoire (et par voie de conséquence non attentatoire au but d’enrichissement généralisé qu’elle se promettait) ne faut-il pas en accuser les gouvernements tyranniques et socialistes qui freinent l’innovation et l’esprit d’entreprendre, ne faut-il pas en accuser la nature humaine et ses capacités inégalement partagées, même si l’état se doit d’assurer l’éducation de tous (par exemple au moyen du chèque éducation) : les uns préfèrent leur paresse et leur envie à l’accession au capitalisme, les autres préfèrent leur modeste modération et leur retrait du monde de l’activité capitaliste, ce dernier parti restant respectable.

      Quant à cette planète outragée par le capitalisme, il faut admettre que l’activité humaine n’a pas toujours complétement réussi à améliorer la condition de ses habitants. La pollution au charbon du XIX° et de la première moitié du XX° fut abominable, son exploitation permettant cependant l’augmentation du niveau de vie général. Celle nucléaire, notamment en Union soviétique, pour ne donner que quelques exemples, fut loin de la réussite, sans compter les sous-marins qui parsèment les fonds du Grand nord… Mais sans tomber dans l’angélisme, il faut savoir remarquer que le capitalisme est capable de répondre à la demande du consommateur d’espace et de santé en dépolluant les eaux, en rendant la Seine et l’Hudson aux poissons, en filtrant les métaux lourds, en retraitant et recyclant les déchets, les plastiques… Quid alors du « réchauffement de la planète »,  dont les manifestations ne sont pas aussi fulgurantes que l’espèrent les catastrophistes ? La cause anthropique n’est guère avérée, la nature étant assez grande pour se réguler et se déréguler. Cela ne signifiant pas qu’il faut ne pas se préoccuper de l’intégrité esthétique et sanitaire de notre environnement ; d’autant que le capitalisme pourra savoir répondre à ce défi. Reste l’épuisement des ressources. Là encore la menace brandie par les écologistes est une galéjade. Outre le frein à la consommation qui résulte de la diminution de l’offre, les capacités d’adaptation du capitalisme et de l’invention humaine restent sous-évaluées. Loin de s’épuiser, les réserves pétrolières et gazières ne cessent d’augmenter, leur exploitation tend à être de plus en plus performante et propre, y compris pour les gaz de schiste. Sans compter que de nouvelles technologies insoupçonnées ne cessent de survenir et de nous surprendre pour nous offrir de nouveaux développements, de nouvelles richesses, y compris en nous offrons une planète plus vivante…

 

 

      Nous ne nierons pas que le capitalisme puisse être prédateur, voyou et irresponsable, jusqu’au monopole, ce pourquoi il faut à l’état régalien faire respecter le droit à la concurrence, la clarté et le respect des contrats, sans compter la nécessaire responsabilité devant le consommateur, ce dans le cadre des principes du libéralisme ; qu’il peut être cruel au point de licencier pour des raisons de rentabilité et de faillite, mais ce dans le cadre de ce que Schumpeter appelait justement la « destruction créatrice[11] » ; qu’il peut s’engager dans des ententes illicites, dans des connivences, via le lobbying, avec l’état. En ce sens, en accord avec le droit naturel à la liberté d’entreprendre, il faut à la puissance publique ne pas se mêler d’être un acteur économique… Alors seulement le capitalisme peut faire fructifier ses péchés capitaux en toute vertu, enrichissant de plus en plus de parts et d’individus de la population mondiale, comme il l’a montré au cours des deux derniers siècles. Et comme il le montrera au cours des prochains, si le socialisme et son impéritie prodigue et confiscatoire ne lui brise pas les jambes.

 

      Faut-il alors être aussi indulgent envers les péchés capitaux de l’anticapitalisme : envie et colère ? Il est évident que son buts, de par son immodérée passion de l’égalité niveleuse, voire coupeuse de tête, de par sa libido dominandi, est de parvenir, malgré son apparemment idyllique gestion de l’économie par l’état, à moins du chimérique espoir de la disparition de ce dernier et de la communauté magique des richesses, à une tyrannie économique et intellectuelle, dont les socialismes, qu’ils soient national socialiste ou communiste, nous ont gratifié en d’édifiantes expériences. Que les antilibéraux aient un idéal délétère, grand bien leur fasse : qu’ils appliquent à eux-mêmes, dans une principauté lointaine, leurs bas procédés de décapitation des libertés et des richesses, mais, de grâce, qu’ils épargnent au reste de l’humanité leur envie et leur colère mortifères…

 

      Moral ou pas, le capitalisme est transparent. A travers lui transparaissent et s’expriment les intentions et les désirs les plus humains. En ce sens, si l’homme n’est pas naturellement bon, mais seulement un défi d’hormones agressives, il propose un capital d’armes et de poisons, d’actifs pourris et de corruptions. Au contraire, il n'est pas impossible que le capitalisme propose des objets et des comportements vertueux. Que sont les produits agricoles et industriels, les services, les médicaments, les livres, sinon des vertus en actes ? Le capitalisme est infiniment plastique, il est le reflet des aspirations, vertueuses ou vicieuses, des hommes, qui en sont responsables, et au premier chef des aspirations à l’accroissement du bien-être. Pour reprendre les mots de Joyce Appleby : « Le capitalisme n’est pas un système unifié et coordonné, malgré ce que suggère le mot « système ». C’est plutôt un ensemble de pratiques et d’institutions qui permet à des milliards d’individus de poursuivre leurs intérêts économiques sur le marché.[12] »

 

      Que souhaiter aux péchés capitaux du capitalisme ? D’être la chose la mieux partagée du monde. Non pas au sens où un illusoire état idéalement sage redistribuerait les richesses du premier, mais parce ce dernier ne se mêlerait pas d’empêcher tout un chacun d’accéder, même modestement, au capitalisme des libertés, qu’il s’agisse de celle d’entreprendre ou de celle de jouir de la main invisible du marché et de la concurrence renouvelés. Relisons alors le trop oublié Eugène Sue : chacun de ses Sept péchés capitaux se révèle, conformément à la théorie des passions de Charles Fourier, finalement bénéfique pour la société : « un avare, ministre des finances d’un Etat, et apportant dans la gestion, dans l’économie des deniers publics, cette inflexibilité qui caractérise l’avarice : il enfantera des prodiges.[13] » Le moins que l’on puisse dire est que l’anticapitaliste prodigalité généreuse de nos gouvernements avec l’argent de leurs concitoyens, n’enfante que des prodiges de dettes et de pauvreté. Au contraire de tant d’utopies toujours impalpables, sinon dans leur terrible contre-utopie, le capitalisme reste un idéal moral atteint et atteignable…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] On aura ici reconnu une parodie de l’incipit du Manifeste communiste de 1848 ; Karl Marx : Philosophie, Folio essais, 2003, p 98.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres complètes, III, Pléiade, 2003, p 171.

[3] Evangile selon Saint-Luc, 18-25.

[4] Evangile selon Saint-Matthieu, 25-27.

[5] Max Weber : L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1981, p 77.

[6] Ibidem, p 291.

[7] Voltaire : « Le Mondain », Mélanges, Pléiade, 1995, p 203.

[8] Voltaire : « Défense du mondain, ou l’apologie du luxe », Mélanges, Pléiade, 1995, p208 et 209.

[9] Bernard de Mandeville : Fable des abeilles, in Alain Laurent et Vincent Valentin : Les Penseurs libéraux, Les Belles Lettres, 2012, p 195 et 196.

[10] Adam Smith : Enquête sur la nature et les cause de la richesse des nations, PUF, 1995, I- II, p 16.

[11] Joseph Schumpeter : Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1951, p 107.

[12] Joyce Appleby : Capitalisme. Histoire d’une révolution permanente, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury, Piranha, 2016, p 475.

[13] Eugène Sue : Les Sept péchés capitaux, L’Avarice, Marpon et Flammarion, sans date, p 204.

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 15:15

 

Astun, Canfranc, Alto-Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les amertumes de l'Histoire

 

parmi la terreur communiste.

 

Irina Golovkina : Les Vaincus ;

 

Iouri Annenkov : Journal de mes rencontres.

 

Olga Slavnikova : 2017.

 

 

 

Irina Golovkina : Les Vaincus, traduit du russe par Xénia Yagello,

Syrtes, 1120 p, 45 €.

 

Iouri Annenkov : Journal de mes rencontres,

traduit du russe par Marianne Gourg, Odile Melnik-Ardin et Irène Sokologorsky,

Syrtes, 800 p, 28 €.

 

 

Olga Slavnikova : 2017, traduit du russe par Christine Zeitounian-Beloüs,

Gallimard, 500 p, 25 €.

 

 

 

      L’Histoire est, dit-on, écrite par les vainqueurs. Pourtant, la littérature soviétique est tombée aux oubliettes du réalisme socialiste, médiocre, mensonger. L’envers d’un décor de soixante-dix ans fut alors brossé avec courage par Soljenitsyne, par Chalamov, avant que son terrible hiver politique s’écroule sous le poids de son impéritie. Moins connus sont ces auteurs  russes qui, pour l’une, Irina Golovkuna, témoigne de l’abjecte répression communiste, et  pour l’autre, voyage parmi ses rencontres littéraires, comme Iouri Annenkov. Alors que le centenaire de la révolution bolchevique honnie se profile, Olga Slavnikova la commémore avec son 2017, non sans amère ironie.

 

      La plume d’Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline. Oleg est le pivot de cette vaste fresque familiale et nationale. Autour de l’ancien officier du Tsar, gravitent les derniers représentants de la noblesse, de la culture russe et européenne, alors que les brutes prolétariennes les assiègent jusqu’à l’exil et la mort. A l’instar de cette constellation de personnages, le récit omniscient se partage entre plusieurs narrateurs, suivant Oleg ou Liolia, nous confiant le journal intime d’Elizaveta. Ainsi deux femmes aiment le noble et bel Oleg : Elizaveta, infirmière, qui le soigne avant de disparaitre de l’hôpital, gardera dans son cœur une admiration passionnée pour le jeune héros qui est pour elle un symbole de la Russie. Plus tard, à Saint-Pétersbourg, devenue Leningrad, elle le revoit dans les bras de la jeune Assia qu’il épouse. Cette fragile pianiste aux longs cils lui donnera deux enfants. Mais, quoique caché sous un faux nom, chassé de son travail, traqué par la Guépéou, il finira fusillé, à cause de son origine. Une myriade d’acteurs forme une microsociété de l’ancien régime en perdition, tandis que dans les appartements devenus communautaires, les ouvriers du parti, pétris de langue de bois, de vulgarité,  sont infiltrés de mouchards, et que la pauvreté la plus sordide gangrène le pays, hors quelques privilégiés et profiteurs du nouveau régime : ce sont « les attributs incontournables de la dictature du prolétariat », où « la conscience de chacun doit être soumise au contrôle de la société ». Dans les camps, parmi les vexations, la promiscuité, le froid sibérien, les travaux d’esclaves, « la situation sanitaire est désastreuse ». Liola est forcée de devenir indicatrice au service de la Guépéou, avant de goûter du goulag pour avoir tu l’origine aristocratique d’Oleg. Même le parfait prolétaire méritant, Viatcheslav, doute avant d’être broyé par la terreur stalinienne.  Pourtant des rebondissements, des retrouvailles sont parfois possibles : le prolétaire et l’aristocrate, en une union sacrée dans les tenailles de la tyrannie, s’aiment un court instant. Ainsi ce tableau documentaire de la classe abattue, des souffrances populaires est aussi criant qu’historiquement avéré.

 

      Certes, un tel roman-feuilleton tire parfois sur la corde du pathétique, mais il ne perd jamais sa redoutable efficacité. Y compris lorsque, apportant un éclairage inédit,  la romancière montre les protagonistes tentant de conserver leur mode de vie, leurs bonnes manières, le rituel élégant des maigres repas, lorsqu’ils bradent leurs trésors de famille pour subsister, lorsque la fidélité à l’église orthodoxe est une résistance. Le pieux Mika s’écrie : « Mais que valent alors toute cette morale communiste et toutes ces promesses de vie heureuse ? »

      La finesse psychologique n’est pas en reste : qu’il s’agisse des liens d’amour ou des portraits, surtout féminins, Irina Golovkina met au service de son roman autobiographique une profonde connaissance de l’humanité. En effet, l’on sait que la romancière (1904-1989), petite fille du compositeur Rimski-Korsakov, s’appuie sur les avanies subies par sa famille pour écrire dans les années soixante ce qui fut d’abord diffusé en samizdat, puis publié de manière posthume en 1992. Grâce à la technique narrative qui fit la réussite du réalisme du XIX° et de Tolstoï, ce roman bouleversant, à la langue juste et élégante, cette somme sans longueur, mérite de rester, au-delà du témoignage, un classique.

 

 

      C’est presqu’un siècle d’Histoire et de littérature qu’embrasse la vie d’Iouri Annenkov. En effet, né en 1889 et mort en 1974, il aura vécu la fin du tsarisme, la révolution bolchevique, le stalinisme, deux guerres mondiales et le dégel de Khrouchtchev, quoiqu’il se fût exilé en France dès 1924, ce qui lui sauva probablement la vie. Il ne lui manqua que la chute du communisme.

      Aussi son Journal de mes rencontres ne peut manquer d’être sous-titré « Un cycle de tragédies ». Peintre de mots, de couleurs et de dessin, Annenkov illustre chacun de ses vingt-cinq portraits de croquis toujours saisissants. Quand les vivantes évocations d’écrivains, de poètes, sont le plus souvent amicales, louangeuses, celles, finales, sur Lénine et Trotski sont plus acides. Par exemple : « Trotski crut à la nécessité de « l’absurdité suprême », des combats mortifères au nom de la paix et du bonheur des générations futures et en fut, pour finir, la victime. »

      Le lecteur côtoie de presque inconnus, mais une foule de figures emblématiques du roman et surtout de la poésie russes. Zamiatine, auteur avec Nous autres de la première utopie anti-communiste en 1921, fut censuré, exilé. Maïakovski « s’était servi de la poésie pour lutter contre le capitalisme […] c’est justement pour ces raisons là qu’il s’est suicidé », alors que « tant aient été discrètement fusillés ou liquidés ».

      Si l’on s’étonne, en cette formidable encyclopédie des lettres et des mœurs politiques sous la plume d’Iouri Annenkov, où pérorent « les pique-assiette du parti communiste », de ne pas rencontrer Mandelstam ou Tsvetaeva, Anna Akhmatova garde « la musicalité étouffée de sa douce voix », parmi tous ces martyrs de la tyrannie soviétique. Car les femmes, comme Irina Golovkina, n’échappèrent pas aux cruelles tragédies de l’avenir radieux du communisme…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Roman d’idées dans la grande tradition russe de Tolstoï et de Boulgakov, 2017 prend prétexte du centenaire de la révolution bolchevique pour mettre en question le lien trouble qui unit la Russie à un passé qui ne passe pas. Fomenté par Olga Slavnikova, ce récit polymorphe à plusieurs voix et plusieurs registres est impulsé par une passion en pointillés entre Krylov, tailleur de pierres précieuses, et Tania, mystérieuse « beauté incolore ». Nous sommes autour d’une ville semi-fictionnelle et dans les monts Riphées, lorsque le narrateur, tentant de fuir son ex-épouse -la richissime oligarque Tamara- va de rencontres en rendez-vous risqués avec sa Tania, tout en partant avec le professeur Anfilogov, en quête d’une mine de gemmes fabuleux, ce à la limite de la légalité… A cheval entre réalisme et science-fiction, voire fantasy, ce feuilleton aussi dense que fantomatique (qui reçut le Russian Booker Prize en 2006) imagine un défilé commémoratif des Blancs et des Rouges qui remettent le couvert en s’affrontant jusqu’au sang : « Ceux qui se déguisent se sentent inspirés par leurs oripeaux révolutionnaires ». Mais aussi un tableau d’un pays à la limite du sordide, où des poches de beauté naturelle, de luxe artificiel jouent de contrastes hallucinants…

      Ainsi, parmi « une épidémie d’Histoire », satire politique et anti-utopie d’une part, idylle amoureuse contrariée, et paysages empoisonnés d’autre part font de ce livre un palpitant croisement entre roman d’aventure et roman philosophique. A l’inquiétante étrangeté de l’anticipation et du fantastique, comme chez Sorokine, autre contemporain russe qui, quoique plus grinçant, peut lui être comparée, s’ajoute chez Slavnikova une plus que talentueuse, émouvante, écriture, aux images merveilleusement évocatrices ; sans compter la sûreté psychologique et sociologique… N’en jetez plus, le plein panier d’éloges ne suffira pas à rendre compte de la portée et du charme de ce trésor romanesque, dont l'ironie mordante ne laisse guère d'illusions au communisme qui pourrit soixante-dix ans de la vie de la Russie, sans comptés ses voisins et affidés.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'articles parus dans Le Matricule des anges

 

Bosque de Aubas, Bossost, Val d'Aran, Caralunya.

Photo : T Guinhut.

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:09

 

L'oiseau mouche. Buffon : Histoire naturelle, Les Oiseaux,

Furne, 1853. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le Cantique des oiseaux,

 

une poétique soufie de l’interprétation,

 

par Farid od-dîn ‘Attar.

 

 

 

Farid od-dîn ‘Attar : Le Cantique des oiseaux,

traduit du persan par Leili Anvar,

illustré par la peinture d’Islam d’Orient

sous la direction iconographique de Michael Barry,

Diane de Selliers, 432 p, relié sous coffret, 195 €.

 

 

 

         Olivier Messiaen offrit aux oiseaux d’être leur secrétaire, leur voix, leur toucher et leur orchestre. Dans le Catalogue d’oiseaux pour piano, ou son opéra Saint François d’Assise, il sut les chanter avec autant d’humilité, que d’enthousiasme. Probablement eût-il été enchanté par cet immense et délicieux poème, ici exhumé de l’oubli et magnifié : Le Cantique des oiseaux, composé au XII° siècle par Farid od-dîn 'Attar. L’original persan, Mantiq al-Tair, avait été traduit en prose en 1863 par « Le langage des oiseaux » ; il méritait pourtant une nouvelle traduction, inspirée par le souffle des anges de Rilke et digne de ses 4600 vers, chef-d’œuvre de la poésie et de la mystique soufie.

 

       Imaginez que l’assemblée des oiseaux se réunisse en délibération, afin de partir à la recherche du mythique oiseau-roi, autrement dit le Simurgh, et se choisisse pour chef cette huppe, qui, selon le Coran, servit de messagère entre le roi Salomon et de la reine de Saba. Sans cesse, la huppe se doit de stimuler les ardeurs de ses congénères, qui désirent se soustraire au difficile voyage, en alléguant maintes « excuses », qu’il s’agisse de celles du bouvreuil ou du hibou. C’est avec le secours de maints contes, doués de dimension morale, qu’elle parvient à les amener à visiter sept vallées successives : la connaissance, l’indépendance, l’union, l’étonnement et l’anéantissement intérieur. Au bout de leur quête, ils parviennent à se joindre au Simurgh, allégorie transparente de leur propre essence, profondément celée en eux-mêmes… Il s’agit bien sûr d’une figuration du chemin semé d’obstacles en direction de Dieu, ou du souverain Bien, au sens platonicien. L’abondance des récits et des péripéties, les images colorées de la poésie préservent du moindre instant d’ennui cette vaste épopée de la mystique soufie, mais également néoplatonicienne.

          Comme Dante sut illustrer la quête de sa Béatrice aimée, en même temps que de la pure contemplation de Dieu, parmi les embûches de l’Enfer et du Purgatoire, à l’aide de son guide Virgile, au moyen de la richesse narrative, du sens des images frappantes et suggestives, de la vie entraînante des allégories, ‘Attar fait ici montre d’un talent aussi séduisant qu’étourdissant. Qui eût cru que ce poème mystique unisse le charme des oiseaux qui ont la parole, grâce à la prosopopée, à la dimension réaliste où se déploie peu à peu toute une société, sans compter le procédé récurrent des histoires emboitées à la façon des Mille et une nuits. La formule magique « Il était une fois » jalonne alors les récits. Animaux, renards, chien, papillons, sans compter le phénix, ou acteurs des apologues, « Le roi et son esclave », « Le bourgeois et le fou », auraient pu inspirer La Fontaine…

 

Artiste anonyme : Faucon, Inde moghole, XVII° siècle.

Le Cantique des oiseaux, Diane de Selliers.

 

 

        C’est ainsi qu’en ce poème apparaissent tant de personnages, derviches et princes, mendiants et souverains, amoureux et religieux… Parmi lesquels l’archange Gabriel lui-même, « le Très-Haut », mais aussi un « marchand de miel » qui s’insurge : « Donne-t-on rien pour rien ? » ; alors que le « Soufi » entend une « voix céleste » qui lui donne tout : « La Grâce est un soleil brillant de toutes parts / et qui bénéficie au moindre des atomes ». La sagesse, mais aussi la folie des désirs et des innombrables fous, les délires d’amour, le passage par les sept « vallées », jusqu’à celle « du dénuement et de l’anéantissement », s’unissent en construisant une pensée philosophique (au point de convoquer « Le tombeau de Socrate »), au sein d’une haute vision cosmique où jouir de l’éblouissement de la connaissance.

          Dans une perspective également mystique, c’est au XII° siècle que le Persan Attar composa son Livre divin[1]. Dans lequel un défilé de contes et apologues est relié par la volonté d’un souverain : il demande à ses six fils quels seraient leurs désirs. La fille des Péri, une coupe où se reflète le monde, l’anneau de Salomon ou les secrets de la magie deviennent alors l’image de la vanité des désirs. Mieux, cette fille des Péri signifie l’âme, quand la coupe figure l’intellect. Outre la dimension allégorique, la variété des trois-cents récits emporte l’adhésion ravie…

          Le poète « parfumeur » du Cantique des oiseaux ayant « chanté dans la gamme des amants », conclue : « Ô lecteur, si tu es un homme de la Voie / Ne vois pas dans mon œuvre des rimes et des sophismes » (…) « Fécondant le papier de la plume des mots / De l’océan du vrai, je fais jaillir les perles » (…)

« Et pour toutes les roses prises au jardin de l’âme

Que j’ai semées pour vous dans mes récits en vers

Souvenez-vous de moi en bien, ô mes amis ! »

 

Photo : T. Guinhut

 

          C’est en bien que nous nous souviendrons d’Attar et de Diane de Selliers… En effet, parmi des centaines de manuscrits persans, turcs et indo-musulmans, Diane de Selliers et son équipe ont, avec un goût sûr, choisi des enluminures époustouflantes. Les unes venues d’un manuscrit royal de 1487 à Hérat, les autres choisies parmi les grands textes de la culture persane, le tout éclairé par des commentaires, des exégèses iconologiques et religieuses, aussi précis et informés que sans jargon. Le flamboiement des couleurs, le détail infini des motifs, la danse de la calligraphie, le charme encyclopédique des oiseaux, les étrangetés de la perspective, la richesse des paysages, les monstres caricaturaux, la minutie psychologique des visages… Tout concourt à l’étonnement, à l’effacement de soi devant la prodigalité de la création divine et des artistes. En se mêlant à la tradition figurative de l’islam persan, l’influence plastique chinoise est plus ou moins explicite, alors que la dynastie mongole adopta la foi coranique de ses sujets. La richesse picturale s’explique par la multiplicité des traditions, des croyances, par une tolérance inattendue, lors de la « renaissance timouride » à Hérat, en Afghanistan, au XV° siècle.

         Les portes de l’interprétation restent ainsi ouvertes : outre le commentaire libre du livre saint qu’est aussi ce Cantique des oiseaux, la liberté de l’imagination des peintres et du poète est patente. Au point que, quelque soit la couleur de la religion ou de la civilisation du lecteur, il puisse s’identifier dans cette interrogation et cette quête de la dimension mystique, qu’il s’agisse de religion ou d’amour : pensons par exemple à l’irremplaçable figure de « Dame de beauté ».

       Témoignage d’une époque et d’une contrée où la brillance culturelle et spirituelle put rayonner, ce Cantique des oiseaux bénéficia de l’écoute et du mécénat des rois. Dans le cadre d’une curiosité prolixe envers les autres cultures, même si les souverains ne s’empêchaient pas d’être de fameux tyrans et des professionnels de la guerre de conquête, voire d’extermination, n’y a-t-il pas, en ce poème, en cette iconographie merveilleuse, la précieuse vertu et liberté de la création, qu’elle soit poétique ou picturale, lorsque l’interdit de la représentation de la figure humaine par l’islam n’a pas ici cours… Nous sommes alors iconophiles et non iconoclastes, ouverts aux sentiers de l’art et de l’interprétation, grâce auxquels l’univers visible et ses images de main d’homme sont le miroir de la divinité. Hélas, ce qui n’était tout de même pas un islam des Lumières (on ne respectait ni la séparation des pouvoirs, ni celle du temporel et du spirituel), fut fauché par une invasion chiite, qui rétablit l’obscurantisme. Il faut chercher alors de nouvelles enluminures dans les parages de l’Iran, de la Turquie, du Pakistan, dispersées dans les musées du monde, réunis sous nos yeux en ce volume à la complétude unique.

 

 

          Un tel livre a l’immense vertu de nous faire un temps sortir de notre ethnocentrisme, tout en étant le gage des valeurs de la poésie et de la mystique ; à condition que ce soit sans déchoir de celles des libertés venues des Lumières. En effet, on se surprend à adhérer au pouvoir de persuasion de cette fable volubile, de ce mysticisme soufi. Adhérer poétiquement, mais pas jusqu’à la conversion à l’islam. S’il est de bonne guerre d’y lire des récits où un maître spirituel tombe amoureux d’une chrétienne au point de devenir apostat, la conclusion morale ne se fera pas attendre : tous les deux rejoindront la vraie religion. On peut trouver de semblables victoires dans la littérature occidentale et chrétienne, par exemple dans La Jérusalem Délivrée du Tasse. La vraie religion est évidemment une vue de l’esprit ethnocentrée. Si une noble et humble tolérance doit être à l’ordre du jour, il n’en reste pas moins qu’au soufisme, parfois plus que molesté par l’islamisme, un respect serein et prudent doit être adressé. Avec la nécessaire conviction, acquise à la lecture des textes du Coran, de la Sunna et de la biographie d’un Mahomet tyrannique et sanguinaire par Maxime Rodinson[2], qu’il y a des religions plus intolérantes que d’autres, plus meurtrières que d’autres, et dont il faut se garder. Avec la liberté inaliénable de jouir de la beauté du Cantique des oiseaux.

 

         Les éditions Diane de Selliers se sont donné pour mission de propager et d’honorer les chefs-d’œuvre de l’humanité. En leurs volumes et coffrets soignés, luxueux, ont paru quelques-uns parmi les textes fondateurs et emblématiques de nos civilisations. A cette haute ambition répondent La Divine comédie de Dante, illustrée par Botticelli, Les Métamorphoses d’Ovide ornées par la peinture baroque, La Fontaine par Oudry et Fragonard, Le Décaméron de Boccace, Les Fleurs du mal de Baudelaire, Don Quichotte éclairé par les gouaches de Gérard Garouste, Le Ramayana indien, le Dit du Genji japonais… Qu’après Mille ans de poésie d’Orient, paraisse ce Cantique des oiseaux, offre une fenêtre supplémentaire sur les beautés du monde et de l’esprit. Oserions-nous suggérer, pour rester dans une volonté d’ouverture aux libres beautés du récit et de l’humanité, de publier une vaste édition splendidement illustrée des Mille et une nuits ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Albin Michel, 1990.

[2] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

 

Photo : T. Guinhut

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 15:01

 

Aconit napel, vallée de Bassia, Gèdre, Hautes-Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Révolutions vertes et révolution libérale.

 

Bénédicte Manier :

 

Un Million de révolutions tranquilles.

 

 

 

Bénédicte Manier : Un Million de révolutions tranquilles,

Les Liens qui libèrent, 346 p, 22,90 €.

 

 

 

     L’auteur et l’éditeur seraient probablement fort étonnés d’apprendre que leur livre est d’essence profondément libérale ; quoique nombre de ses affirmations et diatribes paraissent l’en éloigner irréductiblement. Ces « révolutions », le plus souvent vertes, sont en effet celles des millions de modestes citoyens qui réinventent leur liberté de ne plus avoir faim, de ne plus être pauvres, de créer des entreprises locales et de revitaliser l’agriculture. Ce qui est exposé en cet essai de Bénédicte Manier, Un Million de révolutions tranquilles, avec générosité, enthousiasme, mais aussi avec une curieuse cécité envers les vertus du capitalisme et du libéralisme.

 

         La lecture de cet essai informé est roborative. Découvrir ainsi que, des Etats-Unis au Japon, de la France au Canada, de l’Inde à l’Australie, des initiatives sans cesse inventives renouvellent le rapport au monde et à l’économie, mais aussi des individus entre eux, laisse entendre un chant d’espoir en faveur de l’amélioration de nos conditions de vie, de notre planète et du lien social.

         L’une des activités sur laquelle s’étend à l’envie Bénédicte Manier est celle agricole, ou plus exactement d’« agroculture ». A Détroit, par exemple, ville laminée par la crise de l’industrie automobile, les habitants mettent à profit le moindre massif, trottoir, friche et lopin de terre pour cultiver des légumes et des fruits, éradiquant ainsi la faim, voire la malbouffe. De cette « guérilla verte », de cette main verte individuelle et bientôt associative, collective, nait une éthique de la gratuité et du don, mais aussi un commerce local, une dynamique entrepreneuriale. A New-York, à Paris, et peut-être partout ailleurs, les toits en terrasses accueillent les jardins, favorisant une saine activité, une alimentation bio, sans compter qu’un toit jardiné contribue grandement à tempérer la dépense énergétique d’un bâtiment.

        En Inde, en Afrique (les « agronomes aux pieds nus du Burkina Faso), les plus déshérités parmi les agriculteurs, souvent des femmes (comme l’Indienne Chandramma), redécouvrent des pratiques anciennes, des semences locales, des gestions du sol et de l’eau qui permettent de trouver à la fois productivité, biodiversité, dignité, indépendance économique. Ainsi, villes et campagnes, voire déserts, reverdissent. Plus loin, des villages, des îles, deviennent autonomes grâce aux énergies renouvelables.

        Ce sont aussi, de l’Europe au continent américain, des échanges d’objets et de services, des vide-greniers gratuits, plutôt que des ventes et des achats, de façon à contrer le gaspillage et la pollution, de façon à ouvrir une niche économique coopérative et nouvelle à la circulation des biens et des compétences.

      Dans un autre ordre d’idée, des « cliniques gratuites américaines», des « écologements », le « cohabitat en propriété partagée » , des banques « socialement responsables » surgissent de la volonté de quelques citoyens, dans une démarche associative, y compris « sans but lucratif », pour préserver des entreprises, en créer de nouvelles, dans un but moins capitaliste qu’humaniste…

 

 

           Ce « million de révolutions tranquilles » serait bel et bon, si une choquante cécité n’écornait pas sérieusement les qualités d’un tel livre.

       Oserait-on suggérer à Bénédicte Manier, pourtant journaliste efficace et talentueuse, d’ouvrir un dictionnaire à la recherche des mots « libéral » et « libéralisme », et de s’intéresser à la philosophie politique autrement que par clichés et caricatures de mauvaise foi. Elle y lirait que libéralisme signifie liberté individuelle, des mœurs et d’entreprendre. Ainsi elle comprendrait (mais c’est probablement peine perdue, étant donné l’aveuglement idéologique des anti-capitalistes et des pourfendeurs de ce qu’ils appellent néo et ultralibéralisme) que toutes les initiatives défendues dans son livre, qu’elles soient individuelles ou associatives, sont d’essence profondément libérale. Le fait qu’elles s’écartent des méthodes du capitalisme multinational n’obère en rien leurs qualités libérales. Le capitalisme libéral, qu’il soit micro-entrepreneurial ou d’un conglomérat mondialisé, reste et doit rester ouvert et respectueux de la liberté d’entreprendre, des vertus de la concurrence, de la clarté des contrats et de la responsabilité des entrepreneurs et contractants.

     C’est ainsi que l’on se trompe d’ennemi : ce sont presque toujours l’interventionnisme d’état et les pratiques anti-concurrentielles, jusqu’au monopole, qui invalident le libéralisme et non les « révolutions tranquilles » des citoyens. Un exemple suffira : Bénédicte Manier dénonce avec raison le règlement européen de 1994 qui « interdit à un agriculteur de réensemencer ses champs avec ses récoltes, sauf s’il paie une redevance aux multinationales semencières ». De même « les variétés anciennes » seraient interdites. Accuser « le libéralisme agricole » est alors stupide, quand la collusion des lobbys industriels, des législateurs et des gouvernements contrevient justement au principe premier du libéralisme qui est de respecter l’initiative et la responsabilité individuelles.

     Reste le problème des subventions. Il heureux que les états et les gouvernements ne s’intéressent guère à ces « révolutions tranquilles », sauf à leur mettre des bâtons dans les roues, par une fiscalité confiscatoire et une suradministration invalidante. S’il s’agit de contribuer à cet activisme citoyen, mieux vaut éviter de le dénaturer en le subventionnant, par exemple lorsqu’il est question d’installer des éoliennes ou du photovoltaïque, ne serait-ce que parce qu’il a fallu ponctionner un impôt dans les poches des créateurs de richesses, qui sont bien obligés d’avoir recours au capital, à la spéculation, à l’investissement pour contribuer à la prospérité de tous, y compris de leurs opposants idéologiques. Comme quoi l’individualisme n’est pas dépourvu d’une forme de convivialité. Il est alors à craindre qu’en reliant « les zones d’agroécologie à des marchés équitables », il faille « les faire bénéficier d’aides publiques ». Ces gens veulent bien bénéficier des ressources fiscales consenties par le capitalisme ou confisquées au capitalisme, mais usent d’activités qui se défaussent de l’imposition, pourtant nécessaire, en pratiquant des activités non-lucratives et gratuites dans des « réseaux démonétisés ». L’ironie est patente.

       Les limites de l’exercice citoyen de ces révolutionnaires tranquilles, qui semble par hyperbole de l’ordre de la religiosité écologique, sont pourtant frappantes. Il est fort douteux que la population mondiale et surtout urbaine puisse être entièrement nourrie par les jardins des rues et des toits et par les paysans locaux du tiers monde, si grandes soient leur vertus nécessaires. L’agriculture industrielle et l’agroalimentaire seules ont permis d’éradiquer en grande partie la faim dans le monde et de libérer des bras pour d’autres services. Produire ces ordinateurs dont sont si friands les acteurs et propagandistes de ces « révolutions tranquilles » ne peut guère se faire sans des Steve Jobs et des Windows qui furent d’abord de modestes chercheurs individuels avant de devenir des fleurons du capitalisme international. D’où la nécessité des activités capitalistes lucratives multinationales et mondialisées.

      L’erreur de perspective, hélas partagée par l’ensemble du spectre politique, du moins en France, veut que la crise économique et les oubliés de la mondialisation soient dus au capitalisme et à ses excès irrationnels et rapaces. Certes il y a bien des capitalistes, car en toute choses l’homme est humain trop humain -si l’on reprend l’expression nietzschéenne- pour choir dans ces travers. Mais nous savons d’expérience que ce sont les politiques interventionnistes des prédateurs état-providences socialistes (qu’ils soient d’Etats-Unis, de France ou d’ailleurs) qui ont freiné et contrecarré, voire abattu, les progrès économiques et humains que seules ont permis les qualités de la démocratie libérale. Prions pour qu’elles épargnent les mobilisations citoyennes défendues par Bénédicte Manier.

 

       Ce livre se veut « une alternative définie et globale au libéralisme ». Soit. Outre qu’il a, n’en déplaise à son auteur, une vertu foncièrement libérale, il reste à souhaiter que cette « alternative » reste de l’ordre de la liberté et ne nous soit pas imposée. Je veux bien, pour reprendre la conclusion du Candide de Voltaire, « cultiver mon jardin », mais celui de ma bibliothèque, et non mettre la main à la bêche et à la terre. La « division du travail » et « la main invisible » du marché, chères au philosophe et économiste du XVIIIème Adam Smith, théoricien indépassable du libéralisme, m’ont bien permis cette liberté. Que ce soit également notre révolution tranquille…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Tusson, Charentes. Photo : T. Guinhut.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 09:43

 

Vide-greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Margaux Fragoso, ou le tigre de la pédophilie.

 

Margaux Fragoso : Tigre, tigre, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Marie Darrieussecq, 416 p, 21 €.

 

 

 

       Il manquait au génial roman de Nabokov, dominé par le point de vue du prédateur de nymphette, celui de Lolita, fillette complice et outragée. Margaux Fragaso, grâce à écriture radicalement différente, fait mieux que remplir ce rôle nécessaire et ingrat ; elle offre en son Tigre, tigre et à son lecteur inquiet le regard plein d’humanité de la victime sur son dominateur sexuel.

 

         En un récit résolument autobiographique, la romancière narre sa dépendance entre les mains d’un pédophile, de sept à vingt-deux ans. A l’écart de ses parents déglingués (l’une par les délires dépressifs, l’autre par l’alcool et la fureur) elle trouve refuge chez Peter, la cinquantaine, dont la maison regorge d’animaux, au point d’affirmer : « Peter est davantage mon père que lui ». Quand la mère est complice de cette amitié dont elle ne voit pas l’envers pervers, il est si tendre et attentif que l’affection passe peu à peu aux massages, caresses sexuelles et fellations, avec un art de la persuasion et de la manipulation impeccable, arguant que le sexe est beauté. Il lui voue un culte, dans le temple de sa chambre orné de ses photographies. Mieux, ils communiquent par des codes subtils, des fantasmes dont la lectrice précoce se fait l’écrivaine : elle devient « Nina » (« mon chef-d’œuvre en matière de femme ») puis une « personne-tigre », d’où le titre, qui est également n relation avec le poème du m^me nom de William Blake. S'agit-il de s'affirmer tigre devant le tigre pédophile? Maintes péripéties dramatiques, une séparation forcée, les soupçons, un désir d’enfant lorsqu’elle a dix-sept ans, les disputes, voire les coups, une fidélité presque à toute épreuve jalonnent ce roman de formation atypique, jusqu’à ce que le vieillissant Peter se jette d’une falaise…

          Elle est « abimée » par cette énigme : « c’était un homme matriochka, chaque secret était dans un ventre (…) un champ de maïs labyrinthique ». Peut-être bien plus par la folie apathique et hallucinée de la mère, par les scènes de violence autoritaire du père. La sexualité avec Peter est un traumatisme continu, quoique sans défloration. Mais n’a-t-il pas su, malgré sa perversion d’homme meurtri par ses pulsions irrésistibles (a-t-il violé un garçon, abusé d’autres filles ? nous ne le sauront jamais), créant un asile d’amitié entre adulte et enfant, donner un sens à la vie d’une fille que ses parents et son milieu souvent sordide ne lui accordaient pas... « Je l’aimais, pourtant, et je lui avais évité la prison », s’avoue-t-elle lorsque refuse de le dénoncer. C’est à la fois un amour fabuleux, pérenne, et une sexualité indue. Ainsi, la carrière du séducteur désaxé, qui fut, très jeune, violé par des stripteaseuses, devient un problème moral qu’il est difficile d’évacuer de façon péremptoire.

 

 

          Le miracle de ce récit troublant, pas un instant racoleur, est son absence de manichéisme, de par l’humanité accordée aux personnages, complexes, fragiles, dévorés, parmi lesquels la narratrice parait la plus forte. Indispensable témoignage, il s’élève au-delà par la noblesse de ton, la richesse métaphorique, l’aisance du déroulement et les nuances de l’analyse qui forcent le respect. Margaux ne pose pas en victime comme son statut aurait pu l’y inviter, ne nous assène pas un réquisitoire forcené à l’encontre du pédophile. Au contraire, elle tisse un réaliste tableau social au vitriol, des portraits effarants, attendrissants, jamais caricaturaux.

 

           Ainsi, y compris pendant cette expérience de quinze ans, c’est avec une étonnante maturité, malgré ses abîmes, ses replis sur soi et sur sa relation avec Peter, que la romancière autobiographique se domine et domine son sujet avec brio, sans pudeurs inutiles, sans vulgarités expéditives. A-t-elle pardonné ce qui n’était pas pardonnable ? Cette écriture qui conjugue finesse et richesse a certainement contribué à lui apporter une sérénité que nous avions devinée, sans qu’il fût besoin d’une postface, un truisme sur la nécessité de dénoncer la pédophilie. On sait également par les remerciements que nombre de relectures amicales ont contribué à sa réussite humaine et littéraire ; mais à Margaux Fragoso seule revient le mérite d’avoir mis en forme si vivante, intense, et pure de toute jérémiade, la vérité intime et édifiante de son histoire.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, octobre 2012

Une vie d'écriture et de photographie

 

William Blake : "Le tigre",

Les Chants d'expérience, 1793.

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Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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