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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 18:47

 

Casanova : Histoire de ma vie, Privilège, Club Français du livre, 1966.

Album Pléiade Casanova, Gallimard, 2015.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Casanova, utopiste, érotomane, joueur,

occultiste & historien des mœurs :

de l’Icosaméron à l’Histoire de ma vie.

 

 

Casanova : Histoire de ma vie, Bibliothèque de la Pléiade,

Gallimard, 2015, trois volumes sous coffret, 4192 p, 195,50 €.

 

Alain Boureau : Casanova. Un générateur de hasard,

Les Belles Lettres, 2222, 152 p, 21 €.

 

Casanova. La Passion de la liberté, BNF Seuil, 2011, 244 p, 49,70 €.

 

 

 

 

Pourquoi ne pas le considérer comme un écrivain français à part entière ? Certes il est né vénitien et fut plus cosmopolitique et européen qu’Italien. Certes encore sa réputation de joueur de casino et de coureur de jupons ne joua pas en sa faveur. Mais n’écrit-il pas si bellement en français ? Nous voulons parler bien sûr de Casanova (1725-1798). Faut-il comprendre qu’on ne l’ait pas pris au sérieux, lorsqu’un vaste roman utopique, l’Icosaméron, parut dans une indifférence feutrée, lorsque resta confidentielle l’édition de sa Fuite des plombs, dont le récit sut cependant ravir la cour et la ville… Quant à ce que l’on appelait du bout du bec ses Mémoires, les pages en furent si rabotées que l’on crût à peine devoir ne pas les lire sinon d’une seule main, aux côtés de répréhensibles curiosa condamnés au feu éternel. Redorons donc le blason littéraire de Giocomo Casanova de Seingalt, dont le manuscrit de l’Histoire de ma vie a rejoint à grand prix la Bibliothèque Nationale de France, dont un coffret de la Pléiade s’enorgueillit, et dont s’emparent les plus avisés critiques, à l’instar d’Alain Boureau qui le voit en « générateur de hasards ». Avec délectation, nous serons casanoviens.

 

Indécemment inconnu est son Icosaméron. Ou Histoire d'Edouard et d'Elisabeth qui passèrent 81 ans chez les Mégamicres, habitants aborigènes du Protocosme dans l'intérieur de notre globe. Le roman, paru à Prague en 1788 à 330 exemplaires, est d’importance, non seulement par la pagination - près de huit-cents pages - mais également par les ébouriffantes perspectives. L’œuvre, richement pourvue, érudite et vivante, ressortit à la lignée des voyages extraordinaires[1] et des utopies qui berçaient l’imaginaire du XVIII° siècle. Casanova était à cet égard un connaisseur : « Platon, Erasme, le chancelier Bacon, Thomas Morus, Campanella, et Nicolas Klimius aussi sont ceux qui me firent venir envie de publier cette histoire, ou ce roman[2] ». Un tel parcours initiatique est en effet particulièrement redevable du Voyage souterrain de Nicolas Klim[3], publié en 1741 par le baron Danois Holberg, ce qui n’ôte rien à sa curieuse  originalité.

Edouard et Elisabeth sont les personnages, frère et sœur, de cette utopie des profondeurs terriennes. Car en août 1533 un maelstrom les a engloutis au large de la Norvège pour les projeter au sein de la terre, grâce à une ingénieuse caisse de plomb, chez les « Mégamicres », hauts de dix-huit pouces, androgynes et ovipares. Leurs mœurs sont étranges, au point que ces trente milliards d'individus se sustentent du lait écarlate de leur partenaire, nourrissent ainsi nos héros, ne connaissent ni sommeil, ni maladie, ni vieillesse : les couples « naissent pour s’aimer et meurent en s’aimant[4] ». Personne n’est privé d’amour : « Il n’y a point de Mégamicre qui soit sans inséparable[5] ». Et c’est philosophiquement que « les Mégamicres informés qu’ils doivent mourir, remercient Die[sic] qui ne les a pas condamnés à ignorer le moment de leur dissolution[6] ».

En une hiérogamie incestueuse obligée, Edouard et Elisabeth conçoivent quarante jumeaux à l’origine de quatre millions de descendants. Bientôt, entre autres péripéties nombreuses, Edouard devient le prince divinisé qui se charge de réformer et christianiser, le monde des « Mégamicres ». Rassurons-nous, une tellurique explosion expulse enfin le couple à la surface de notre globe ; leur retour devant présager une régénération de la civilisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les vingt journées de son Icosaméron, Casanova se paie le luxe d’inventer une théogonie et une religion solaire ordonnée par le « Grand Hélion », une langue des signes et chantée aux six voyelles - pour lui une langue originelle -, un urbanisme géométrique à « Poliarcopoli » la capitale, une hiérarchie sociale qui ne doit rien à l’égalitarisme utopique proposé par Thomas More[7], un système législatif et éducatif. Il y est également question d’ophtalmologie (l’opération de la cataracte), d’opéra et de feux d’artifice, en une dimension toute encyclopédique. Mais aussi, en une inventivité digne de la plus avancée des science-fictions, l’on découvre une aviation sous forme de chevaux volants, une télévision. Ainsi, souverain supérieurement éclairé, Edouard, qui maîtrise physique et mathématique, poésie et politique, est une allégorie du savoir universel, tel que serait Casanova lui-même.

De surcroit ne manque pas un repoussoir politique, la « République des Quatre-Vingts », dont l’organisation laisse pour le moins à désirer, dont les excès corrompent tout et chacun, ce qui ne manque pas d’être une satire allusive à l’égard de la Sérénissime Venise. Le favoritisme et le tirage au sort installent les membres du gouvernement au contraire d’une juste méritocratie. Les mœurs y sont outrageusement dépravés. La délation nourrit une pléthore d’espions. Un tribunal suprême fait immanquablement penser à l’Inquisition. L’ouvrage trouve son acmé au cours d’une vaste guerre contre les « géants », où il est question de stratégie et de justice : « Je suis persuadé d’être en agissant ainsi le ministre de la volonté du créateur qui ne m’a donné la force qu’afin que je l’emploie à l’extirpation des crimes qui offensent sa justice[8] ». Le maître de vérité se veut le parfait despote éclairé au service d’une action politique et théologique définitivement morale.

Probablement l’expérience maçonnique a-t-elle contribué à cette création littéraire visionnaire, hautement politique, au voyage initiatique des protagonistes vers « le monde intérieur [qui] est le Paradis Terrestre[9] » et vers la lumière de la Vérité. La fantaisie est autant un roman d’aventure qu’une vaste fable philosophique et une utopie considérable, ce qui donne une idée des qualités imaginatives et spéculatives prodigieuses de Casanova, alors qu’il sait être aussi réaliste que spirituel dans son Histoire de ma vie.

Hélas toutes les éditions de l’Icosaméron sont épuisées, qu’il s’agisse de la rarissime originale de 1788, de la plus modeste chez François Bourrin de 1994, ou encore celle en cinq volumes in octavo de 1928, publiée à Spoleto chez Claudio Argenteri et tirée à mille exemplaires, au confort de lecture plus qu’agréable…

 

 

Casanova : Icosaméron, Claudio Argenteri, Spoleto, 1928.

Photo : T. Guinhut.

 

Les avanies du manuscrit et du texte de l’Histoire de ma vie sont désormais bien connues. Après la mort de son auteur, en 1798, il est conservé plus de vingt ans au secret par sa famille. En 1822, l’éditeur Friedrich Arnold Brockhaus, le fait traduire en allemand. À partir de cette version, il est retraduit en français, piraté, caviardé, réécrit, expurgé des italianismes, de telles ou telles impudicités par un certain Jean Laforgue, qui n’omet pas un vernis chrétien, sous le titre fautif et pérenne des Mémoires de Casanova. L’ouvrage, considéré comme libertin, outrageusement scandaleux, se voit en 1834 inscrit à l'Index des livres interdits, en compagnie de toutes les œuvres du maître ès écriture. Passons sur diverses contrefaçons. En 1958, La Pléiade ne craignit pas de publier l’œuvre en cet état plus que discutable. C’est seulement en 1960 que Brockhaus engage une édition réellement conforme au manuscrit, sous le titre rétabli : Histoire de ma vie, en coédition avec Plon.

Enfin La Pléiade répara sa maladresse, offrant une édition scrupuleusement conforme au manuscrit original, trois volumes entre 2013 et 2015. Préfaces, notes et repentirs restent fidèles à la tradition d’une collection aussi agréable que savante. Au-delà du récit renouvelé d’aventures érotiques contées avec psychologie et alacrité, c’est à un prodigieux historien des mœurs que nous avons affaire.

Et si nous sommes felliniens, tant avec Huit et demi que Roma, le film qu’en donna Federico Fellini réduisit, dans une scénographie splendide, l’homme à un vieux grincheux et à une mécanique copulatoire, plus macho et inhumain que possible. C’est lui faire un procès infondé. Erotomane impénitent, mais en toute vertu - ou presque. Loin de son antithèse, Dom Juan, qu’il s’agisse de celui de Molière ou de Zorilla, séducteur au sens de violeur, « épouseur à toute mains », comme le dit Sganarelle, prenant et jetant les donzelles dès que consommées, notre Vénitien sait lui aimer, parfois fort longuement, et ne pas abandonner, en dotant celles qu’il laisse, en leur trouvant si nécessaire un mari. Toutefois il avouait : « J’ai aimé les femmes à la folie, mais je leur ai toujours préféré ma liberté. »

Cependant la hardiesse de notre héros est parfois pour le moins discutable,  affichant à plusieurs reprises la gloriole de ses abus, voire d’un viol, même si la fermière le pardonne ensuite, ce que les mœurs du temps n’excusent guère. À l’occasion de l’effroi d’un orage et de l’abri d’une calèche, il ne se gêne pas pour assaillir la belle : « Les chevaux se cambrent, et ma pauvre dame est prise par des convulsions spasmodiques. Elle se jette sur moi, me serrant étroitement entre ses bras. Je m’incline pour ramasser le manteau qui était tombé à nos pieds, et en le ramassant je prends ses jupes avec. Dans le moment qu’elle veut les rabaisser, une nouvelle foudre éclate, et la frayeur l’empêche de se mouvoir. Voulant remettre le manteau sur elle, je me l’approche, et elle tombe positivement sur moi qui rapidement la place à califourchon. Sa position ne pouvant pas être plus heureuse, je ne perds pas de temps, je m’y adapte dans un instant faisant semblant d’arranger dans la ceinture de mes culottes ma montre. Comprenant que si elle ne m’en empêchait pas bien vite, elle ne pouvait plus se défendre, elle fait un effort, mais je lui dis que si elle ne fait pas semblant d’être évanouie, le postillon se tournerait et verrait tout. En disant ces paroles, je laisse qu’elle m’appelle impie tant qu’elle veut, je la serre au croupion, et je remporte la plus complète victoire que jamais habile gladiateur ait remportée[10] ».

 

Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt, Gibert Jeune, 1950,

illustré par Brunelleschi.

Photo : T. Guinhut.

 

Maître en autobiographie, notre Vénitien pourrait en remontrer à Jean-Jacques Rousseau. Certes ce dernier est considéré à juste titre comme le fondateur du « pacte autobiographique », selon la formule de Philippe Lejeune[11], mais nous le trouvons un brin péremptoire et sans la moindre modestie : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi[12] ». Si ce préambule fut écrit en 1765, il ne fut publié de manière posthume qu’en 1782. Casanova commençant en 1792, il n’est pas certain qu’il en connût la teneur, alors qu’il fait mention par ailleurs de La Nouvelle Héloïse. Affichant son déisme, sa préface affirme : « J’ai toujours aimé la vérité avec tant de passion ». À ses lecteurs il se livre en toute sincérité : « sans nul déguisement tel que je suis à leur jugement ». Son histoire a un caractère « qui convient à une confession générale ». Ainsi « pour captiver le suffrage de tout le monde j’ai cru de devoir me montrer avec toutes mes faiblesses, tel que je me suis trouvé moi-même, en parvenant par-là à me connaître ; j’ai reconnu dans mon épouvantable situation mes égarements, et j’ai trouvé des raisons pour me les pardonner ; ayant besoin de la même indulgence de la part de ceux qui me liront, je n’ai rien voulu leur cacher, car je préfère un jugement fondé sur la vérité, et qui me condamne, à un qui pourrait m’être favorable fondé sur le faux ». Là est donc un réel maillon de l’entreprise autobiographique.

« La Langue française est la sœur bien-aimée de la mienne», écrivit-il dans un projet de préface de 1791. Mais c’est aussi parce qu’elle est « plus répandue » qu’il choisit celle dont il a toutes les subtilités et « le haut degré de beauté[13] », malgré quelques italianismes. Indubitablement la maîtrise de la langue et l’élégance du style s’unissent à la réflexion morale dans la lignée des maximes d’un La Rochefoucauld : « Il se peut aussi que j’aie très bien fait en lui cachant ma flamme, car il est vraisemblable que quand une révélation l’aurait mise dans le cas de ne plus en douter, elle ne m’aurait plus laissé jouir de certains privilèges que les femmes bien élevées n’accordent qu’à la prétendue indifférence[14] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au seuil de son essai, Alain Boureau, que nous connaissions pour son Feu des manuscrits[15], use du « biribi », un jeu de hasard qui fit la fortune de Giacomo, pour en faire la pertinente métaphore de l’existence de notre de Seingalt. Casanova. Un générateur de hasard déploie les marques du destin d’un homme qui fut au siècle de Louis XV ce que fut Saint-Simon à celui de Louis XIV. Car en détenant « son talent principal, l’entregent », il pouvait avoir la faveur de nombreux milieux, des cours et des salons. Or le récit de la fuite de la prison vénitienne des Plombs devient un sauf-conduit à Paris, là où, en financier visionnaire, il inventa le principe de la loterie d’Etat.

Si Alain Boureau néglige l’Icosaméron, il y fait tout de même allusion pour pointer le motif de l’inceste qui parcourt par deux fois l’Histoire de ma vie. Car depuis l’inceste parental il voit sa répétition filiale lorsque Giacomo faillit épouser Leonilda avant de reconnaître sa mère, Lucrezia, dont il fut l’amant, donc le géniteur de la belle. L’acte fut cependant à Naples consommé vers 1770 : « Nous nous arrangeâmes, et ma fille assise près de moi m’appela son mari en même temps que l’ai appelée ma femme. Nous confirmâmes par de doux baisers ce que nous venions de faire, et un ange même qui serait alors venu nous dire que nous avions monstrueusement outragé la nature nous aurait fait rire[16] ».

Quoique de manière passablement erratique, Alain Boureau mène une enquête à la recherche des carrefours, des nœuds, voire des leitmotivs décisifs, parmi l’architecture de l’entreprise autobiographique de Casanova. Il étudie le sens du discours de la dialectique de son modèle, soit « une pensée de la parole ». Il lève le rideau sur le sens de la mise en scène et du spectacle de son héros, lui-même fils d’acteur, sur les « jeux de l’occulte et du hasard », paraphrasant Marivaux. Casanova n’est pas dupe de ses « pyramides » cabalistiques avec les lesquelles il abuse ceux qui en sont friands, tel Monsieur de Bragadin. Plus tard, la Marquise d’Urfé, qui « prétendait posséder la pierre philosophale », sera sa dupe plus que consentante : « Je me suis rendu ce jour-là l’arbitre de son âme ; et j’ai abusé de mon pouvoir[17] ».

Notre essayiste confirme bien que parler de donjuanisme pour Casanova est une contradiction dans les termes. Celui qui a connu Lorenzo da Ponte et contribué à son livret pour le Don Giovanni de Mozart, « repoussait le miroir donjuanesque qu’on lui tendait », même s’il avait parfaitement conscience que « la nouveauté est le tyran de notre âme[18] ». Reste qu’avec humour Alain Bourreau applique à son Casanova le fameux « Copulo ergo sum ».

Cependant l’esprit universel de Casanova ne réside pas que dans la fiction de son Isocaméron. Alain Boureau nous apprend qu’il écrivit un essai sur le suicide, un autre sur le duel, qu’il usa du mot « spleen » bien avant Baudelaire, qu’il se livrait « à une fougue industrielle », ce dont témoigne son voyage en Courlande où non seulement il visita des mines mais de plus proposa des améliorations techniques fort utiles. Après cette « réforme minière », il « élabora en Russie un plan pour améliorer les cultures ». Loin de l’imagerie du léger séducteur, voici un homme des Lumières dans toute son acception, sans compter son déisme et son anticléricalisme dignes de Voltaire, qu’il connut d’ailleurs.

L’analyse fouillée d’Alain Boureau ne prétend pas à l’exhaustivité. Plutôt qu’édifier un portrait académique, il préfère, non sans pertinence, lire en Casanova un jeu de hasard, qui, par incidence, est d’autant plus émoustillé que le sexe d’un castrat est indécis. Ou qui se trouve excité par la ressemblance trompeuse d’une religieuse qui lui rappelle sa chère M. M. Le romanesque, comme à l’occasion des rencontres d’Henriette, femme aussi philosophe que lui, est le moteur de la sensibilité et de l’action. Et si le hasard est le lot de la vie de Casanova, l’Histoire de ma vie en est la nécessité.

Si le dernier épisode raconté remonte à 1776, pendant six ans, de 1792 jusqu’à sa mort en 1798, il œuvra sans relâche sur son manuscrit dont il ne vit jamais la publication. Puissent ses cendres en connaître la fortune tardive…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de la jaquette superbement illustrée de l’essai d’Alain Boureau avec un portrait en pied de Casanova par Pietro Longhi, voici un ouvrage plus que somptueux, même si le géométrisme de la couverture est discutable. C’est pour marquer un évènement considérable que parut Casanova. La Passion de la liberté : l’acquisition par la Bibliothèque Nationale de France, grâce à un généreux mécène, du manuscrit original de l’Histoire de ma vie. Ses trois mille sept-cents pages ont surnagé par-dessus plus de deux siècles. Pour accompagner, au cœur du volume au format généreux, un fac-simile de 57 pages restituant la vivante plume et bien lisible de Casanova, des essais dûs aux meilleurs casanovistes (Chantal Thomas ou Michel Delon) brossent le portrait du maître en séduction et en écriture, dont on connait les talents discutables de joueur professionnel, voire d’escroc, et ceux plus honorables de conseiller des princes. Et désormais d’écrivain et de styliste de la langue française. Il y est question de musique et de festins, de « voyage au Levant » et de Paris, d’aventuriers et d’homme d’affaire, voire d’« Assommer Voltaire ? », ce « premier des écrivains » et « dernier des philosophes », non sans une rivalité d’une certaine mauvaise foi. Une somptueuse iconographie accompagne le parcours, depuis le jeune et ardent vénitien jusqu’au vieux bibliothécaire du comte de Waldstein, remisé dans le château de Dux, en Bohême, là où la rage patiente de la rédaction de l’Histoire de ma vie ne s’arrêta qu’avec le verdict de la mort, alors qu’il manquait encore des décennies à l’immense et palpitante fresque, sans cesse animée par une primesautière liberté de pensée, une sensualité allègre, une piquante profondeur d’analyse, toutes qualités qui en font un fleuron du XVIII° siècle et des Lumières, mais aussi du présent éternel du vécu et de la littérature.


 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, Rue et Hôtel Serpente, Paris, 1787.

[2] Casanova : Icosaméron, Claudio Argenteri, Spoleto, 1928, T II, p IX.

[3] Baron Holberg : Voyage souterrain de Nicolas Klim, Ides et Calendes, Neufchatel, 1944.

[4] Casanova : Icosaméron, ibidem, T I, p XIX.

[5] Casanova : Icosaméron, ibidem, T II, p 136.

[6] Casanova : Icosaméron, ibidem, T II, p 104.

[8] Casanova : Icosaméron, ibidem, T V, p 200.

[9] Casanova : Icosaméron, ibidem, T I, p XI.

[10] Casanova : Histoire de ma vie, La Pléiade, Gallimard, 2015, Œuvres, t I, p 110.

[11] Philippe Lejeune : Le Pacte autobiographique, Seuil, 1996.

[12] Jean-Jacques Rousseau : Les Confessions, La Pléiade, Gallimard, Œuvres, T I, 2001, p 5.

[13] Casanova : Histoire de ma vie, ibidem, t I, p 1120, 11, 13.

[14] Casanova : Histoire de ma vie, ibidem, t I, p 668.

[16] Casanova : Histoire de ma vie, ibidem, t III, p 709.

[17] Casanova : Histoire de ma vie, ibidem, t II, p 85.

[18] Casanova : Histoire de ma vie, ibidem, t I, p 882.

 

Sestiere Cannaregio, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 18:13

 

Marché de La-Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Anges nocturnes, oiseaux, rêves, figures

& autres pollens romanesques

par Antonio Tabucchi.

 

 

Antonio Tabucchi : Récits avec figures,

traduit de l’italien par Bernard Comment, Gallimard, 2021, 290 p, 24 €.

 

Antonio Tabucchi : Les Oiseaux de Fra Angelico,

traduit par Jean-Baptiste Para, Christian Bourgois, 1989, 94 p, 50 F.

 

Antonio Tabucchi : Rêves de rêves,

traduit par Bernard Comment, Folio, 2007, 128 p, 7,60 €.

 

Antonio Tabucchi : L’Ange noir,

traduit de l’italien par Lise Chapuis, Folio, 2008, 208 p, 7,60 €.

 

Antonio Tabucchi : Nocturne indien, traduit par Bernard Comment,

Folio, 2015, 144 p, 6,50 €.

 

Antonio Tabucchi : Pereira prétend, traduit par Bernard Comment,

Folio, 2010, 219 p, 7,60 €.

 

 

 

 

Longtemps l’on a cru que peinture et poésie étaient semblables, selon la fameuse formule d’Horace : « Ut pictura poesis ». Cependant, Lessing, dans son Laocoon[1], montra qu’elles n’avaient ni les mêmes moyens ni le même langage. Ce qui n’empêche bien entendu pas les écrivains de s’aventurer dans le territoire des arts visuels, comme l’Italien Antonio Tabucchi (1943-2012), dont quelques-uns des livres sont suscités par Les Ménines de Vélasquez, dans Le Jeu de l’envers, ou deviennent des Oiseaux de Fra Angelico. Ainsi dans ses Récits avec figures, est-il une fois de plus inspiré par les plasticiens, peintres le plus souvent, photographes parfois, dont les œuvres illustrent avec soin ce volume. Parmi au moins une bonne trentaine de volumes, remontons le temps de l’écriture tabuchienne pour flirter avec son fameux Nocturne indien ou son Ange noir, mais aussi ses Rêves de rêves, qui, eux préfèrent s’emparer d’écrivains. En un puzzle mi-pictural, mi-poétique, les écrits d’Antonio Tabucchi emportent les ailes de l’imagination. Peut-on à cet égard considérer ces concaténations de brefs récits comme des pollens romanesques ?

 

L’on devine qu’aux Récits avec figures, notre auteur ne se contente pas d’une évocation, si subtile soit-elle, comme l’est le genre de l’ekphrasis, soit la description d’une œuvre d’art en rhétorique. Très vite, grâce à « la transitivité de l’art », il se laisse entraîner dans le souffle de l’inspiration, les replis de la mémoire, le continuum de la narration : « l’écriture à son tour a conduit ces images ailleurs ». Le voyage visuel est également géographique et temporel, avec Robert-Louis Stevenson en partance pour « l’île d’Utopie », la Crête et son labyrinthe parmi les ruines, « les cafés parisiens » abritant l’ombre de Verlaine, ou encore Lisbonne où l’on voit méditer le poète Pessoa, dont les lunettes reflètent les bateaux en partance, poète qui le fascina longtemps. Mais aussi musical puisque que les chapitres se nomment « Adagios », « Andanti con brio » et « Ariettes ». L’ambition d’une œuvre d’art totale s’ouvre donc sous les yeux, avec le concours des cinq sens du lecteur.

Ce sont des rencontres et des échanges légèrement insolites, un jeune vendeur de glaces, une femme retrouvée lors d’une exposition consacrée à Van Gogh, rencontres propices à l’envol de la rêverie, à la lisière de la fuite du temps et de sa rédemption. D’autres personnages se contentent de se réjouir d’une ouverture salutaire vers le paysage. Cependant l’envol vers l’étrange, voire le surnaturel est récurrent. Un aquarelliste convoque des « créatures » venues de « galaxies lointaines » en un récit fantastique. L’un est plus loin un « émigré austral » en même temps qu’un « clown normal » ; l’autre entre dans un tableau où il croise un « ange gardien » et goutte « un plat qui anciennement se cuisinait ici, dans l’Atlantide disparue ». Un conte philosophique frappant nous amène auprès du lit d’agonie d’Empédocle qui se change en feu.

Valerio Adami, le peintre au graphisme tranché et aux aplats de couleurs vives, est un pivot en ce recueil où bruissent « Les céphalées du Minotaure », belle réécriture mythologique et métaphysique. Plus loin le genre du poème en prose est caressé dans vingt esquisses autour des couleurs de Vieira da Silva. Voire des haïkus parsemant les paragraphes.

Peut-être la vérité de ce livre est-elle ici : « Dans la réalité les utopies sont fragiles, mais si elles deviennent art elles ne craignent pas le temps, y gagnant une éternité bien à elles et une beauté qui n’a pas peur des modes et des vents qui la portent ».

Jonglant d’un genre littéraire à l’autre, d’un monde mental à l’autre, Antonio Tabucchi nous emporte dans une gamme de correspondances baudelairiennes entre les images et l’écriture qui tient du tourbillon. Ces textes originellement publiés lors de diverses expositions sont ici réunis sans laisser la moindre impression de fourre-tout, de raccord arbitraire, même si le rapport entre les récits et les figures est par moments très étroit, d’autres fois fort lâche. Qu’importe, à chaque fois il s’agit d’un nouvel embarquement suggestif et délicieusement poétique, sans mièvrerie aucune. Publié en 2011 en Italie, c’est un archipel testamentaire de rêves, qui « prend son envol dans le bleu céruléum ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En suivant l’envol des Oiseaux de Fra Angelico, notre Italien volète entre les genres : des nouvelles, trois lettres, des récits primesautiers, des essais, des méditations aériennes, d’autres plombées… Si les fresques de Fra Angelico suscitent l’adhésion de la sa sensibilité, il en est de même pour les tableaux de « La Bataille de San Romano », où Paolo Ucello (ce qui signifie en italien « oiseau ») fait s’entrechoquer chevaux et armures. Ces artistes fondateurs de la prime Renaissance italienne ont évidemment une fonction dynamique, au sens où ils enclenchent l’ébullition de la rêverie et de l’écriture. Autour d’eux s’agrègent des pensées « larvaires » qui n’ont pas revêtu les ailes de papillons romanesques. Qu’importe ! nous les goûtons telles qu’elles sont, y compris mélancoliques : « Anxiétés, insomnies, afflictions et allergies sont les muses boiteuses de ces courtes pages ».

L’arrivée des oiseaux dans l’abbaye est tout un mystère pour Fra Giovanni qui est appelé par une boule de plumes. Plus loin, le prosateur confie l’histoire de son « roman absent », dont il ne fut guère sûr de la valeur littéraire et qui ne gît plus que dans l’oubli. L’écrivain oscille entre promesse peut-être divine et aporie de la création.

Douze nouvelles ou bribes littéraires au souffle parfois léger, parfois plus lourd chantent. Et même si elles sont lacunaires, interrogatives en somme, elles touchent, elles émeuvent, comme le balbutiement de l’essence de la vie. Les bricoles négligeables et par là même lumineuses du quotidien, leurs inquiétudes plus profondes, se projettent à la surface de la langue. Là encore, le lecteur pourrait être le disciple d’Antonio Tabucchi, et, de tous ces pollens romanesques, faire croître une demi-douzaine de romans…

Donnons un exemple un peu étendu de l’écriture soyeuse, voyageuse, aérienne d’Antonio Tabucchi, dans sa « Lettre de Don Sébastien de Aviz, roi du Portugal, à Francisco Goya, peintre » : «  Dans l'axe central du tableau et bien en hauteur, entre les nuages et le ciel, vous ferez un vaisseau. Celui-ci ne sera pas un vaisseau représenté d'après la réalité, mais quelque chose comme un rêve, une apparition ou une chimère. Parce qu'il sera à la fois tous les vaisseaux qui emportèrent mes gens par des mers inconnues vers des côtes lointaines ou dans les abysses infinis des océans ; et en même temps il sera tous les rêves que mes gens ont formés depuis les falaises de mon pays tourné vers l'eau ; et les monstres qu'ils ont créés dans leur imagination, et les fables, les poissons, les oiseaux merveilleux, les deuils, et les mirages. Et en même temps il sera aussi mes propres rêves que j'ai hérités de mes ancêtres, et ma silencieuse folie. À la figure de proue de ce vaisseau, qui aura une apparence humaine, vous donnerez un aspect vivant qui puisse rappeler lointainement mon visage. Sur celui-ci flottera un sourire, mais un sourire incertain ou vaguement ineffable, comme la nostalgie irrémédiable et subtile de celui qui sait que tout est vain et que les vents gonflant les voiles des rêves ne sont rien d'autre que de l'air, de l'air, de l'air ».

Les lettres d’une cartomancienne à Dolores Ibarruri, la révolutionnaire espagnole, et de Calypso à Ulysse sont plus menaçantes. La « vengeance sanguinaire » du roi Dom Pedro est elle aussi un « message de la pénombre ». Et s’il est question de la mort dans une lettre que l’écrivain s’adresse à lui-même à propos de son roman Nocturne indien, il s’agit d’une naissance à venir dans « Les gens heureux ». Enfin, parmi ces « oiseaux » angéliques, flotte une « Dernière invitation », sorte de poème en prose où il est question des « pulsions de mort » de l’humanité, y compris nazie, et d’un catalogue de suicides. C’est la clôture du recueil, et elle préconise « la mort par saudade », cette mélancolie toute portugaise.

 

Photo : T. Guinhut.

 

Une telle prose onirique fait indubitablement écho, dans le continuum tabucchien, au titre d’un autre volume : Rêves de rêves : « Le désir m'a souvent gagné de connaître les rêves d'artistes que j'ai aimés. Malheureusement, ceux dont je parle dans ce livre ne nous ont pas laissé les parcours nocturnes de leur esprit. La tentation d'y remédier est grande, en appelant la littérature à remplacer ce qui est perdu. Je me rends pourtant compte que ces récits de substitution, imaginés par un nostalgique de rêves ignorés, ne sont que de pauvres suppositions, de pâles illusions, d'improbables prothèses. Qu'ils soient lus comme tels, et que les âmes de mes personnages, qui à présent rêvent de l'Autre Côté, soient indulgentes avec le pauvre représentant de leur postérité ». C’est par ses lignes qu’Antonio Tabucchi substitue aux lacunes du passé un présent nocturne, en se plaçant dans la perspective, presque dans la voix, des vingt figures mythiques, écrivains, peintres qu’il affectionne : Dédale, Ovide, Apulée, Rabelais, Villon, le Caravage, Coleridge, Stevenson, Rimbaud, Pessoa, Freud... L’hommage est tout en révérence, facétieux cependant.

Notre prosateur capteur de songes s’arroge avec élégance le rôle du dieu du sommeil Hypnos, de ses collaborateurs, Morphée pour l’apparition des êtres animés, Phantasos pour les rêves agréables, Phobétor pour les cauchemars, toutes allégories que l’on trouve dans les Métamorphoses d’Ovide, ce dernier se changeant d’ailleurs en papillon, insecte récurrent dans les œuvres de notre Italien. Et si Ovide est « poète et courtisan », Cecco Agiolieri est « poète et blasphémateur ». Un « écrivain et moine défroqué », où l’on a reconnu Rabelais, passablement affamé, voit défiler un gigantesque festin, en compagnie de sa créature, Pantagruel en personne, puis se repait d’oies farcies, de chapons à l'eau-de-vie et de pintades au roquefort ! Quant au « poète et malfaiteur », François Villon lui-même, il perçoit aux profondeurs de la nuit, une ballade chantée par un lépreux puis s’égare dans un bois où les branches regorgent de pendus. « Opiomane », Coleridge est emprisonné dans le vaisseau glacé de son Dit du vieux marin. Leopardi voit sa Silvia, tout argentée, en sélénite…

Autre façon de saisir le rêve, lorsque prémonitoire et inspirant il intime par la voix du Christ de peindre « La vocation de Saint-Matthieu ». Ce « peintre et homme irascible » n’est autre que le Caravage, dont le chef-d’œuvre n’attend plus que sa réalisation. Chacun passe en quelque sorte de l’autre côté du miroir de son œuvre. Ainsi Robert-Louis Stevenson aborde au rivage de son île au trésor promise, Federico Garcia Lorca entend couler de sa bouche ses chansons gitanes, Pessoa fait la connaissance de l’un ses hétéroymes, Goya sombre dans des visions plus que crépusculaires. Non sans oublier Sigmund Freud, « le découvreur de la symbolique onirique» - quoique l’oniromancien Artémidore l’ait précédé dans l’Antiquité - qui décide d’être l’une de ses patientes, Dora, dont il a cru déchiffrer l’inconscient, ce qui termine en toute ironie un recueil aussi divertissant que créatif.

 L’on ne peut alors s’empêcher de se demander si la création littéraire et artistique trouve son origine dans le creuset de nos songes nocturnes, ou si notre auteur a puisé dans les œuvres pour engendrer des réécritures qui en sont des doubles malicieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais à la rencontre d’un ange étrangement augural, l’étonnement conduisit Antonio Tabucchi à rédiger son Ange noir. Roman de l’incertitude, comme celle du chat de Schrödinger, L’Ange noir déplie des histoires dont la fin est ou n’est pas suspendue. D’ailleurs est-ce un roman ou un sextuor de nouvelles ? Le déclencheur est un ange insolite, puisqu’il a les ailes noires. Ange ou démon, d’apocalypse ou d’enfer ? « Les anges sont des êtres fatigants, surtout ceux de la race dont il est question dans ce livre. Ils n'ont pas des plumes caressantes, ils ont un pelage ras, qui pique. Suffit. Qu'ils s'en aillent comme ils sont venus », prévient l’auteur, empruntant son titre au poète Eugenio Montale, à son recueil intitulé Satura[2].

Dans un banal café non loin de l’Arno, apparait la voix d’un mystérieux « Tadeus ». Comme pour corroborer l’affirmation « Il se trouve déjà avec les maudits », un orage diluvien éclate. Voilà tout ou rien pour le premier fragment. Il faut ensuite creuser le puits des souvenirs, vers le Portugal. Il est alors question d’une fille jeune « qui voulait croire en la vie et la poésie », d’un recueil imprimé par Tadeus et d’un toast « à la poésie ». L’on pourrait penser aux amitiés menacées par le fascisme des jeunes poètes du Chilien Roberto Bolaño[3]. Une étrange « police politique » menace le groupe avec un pistolet avant de de se vanter de ses viols et meurtres de jeunes noires : « Il faut la haine. La haine pour défendre notre civilisation et notre race ». Tout cela en présence d’un fantasmatique « mérou » mourant. Ensuite un livre à quatre mains sur les jeux littéraires fait d’une jeune femme une spécialiste comblée, qui dans une chambre d’hôtel voit un « ange gardien », dont « les ailes n’avaient pas de plumes, mais un pelage sombre et dru comme un rat ». La confession de « Monsieur Papillon » est celle du ressentiment face au « Docteur Conscience » ; celle d’un « pauvre type » qui fut le chauffeur de l’assassin croisé quelques pages plus tôt. Battant des ailes, ce « papillon » provoquerait des catastrophes jusqu’à Pékin, selon « la théorie des fractales ». Un poète vieillissant brasse ses souvenirs et s’aperçoit que « la poésie et une erreur »… Comment lier ses plus ou moins maigres notules, sinon au cours d’un enchaînement combinatoire et contradictoire entre poésie et graves tourmentes politiques ? Comment agréger ce qui ne s’est pas cristallisé en roman ?

« Toute l’écriture est un péché contre soi-même, avez-vous compris ? », lance un personnage à son confesseur. Le narrateur s’interroge : « De quelle profondeur de sa mémoire montait une voix qui criait : « Le souterrain » ? » Probablement est-ce celui du mal. Car ces six récits trouvent leur fil constrictor à l’unisson du Mal. Les demeures obscures de l’existence ont ici une présence onirique, voire psychanalytique, certainement métaphysique. Les souvenirs sont lourds, la velléité de changer les choses reste légère. L’atmosphère souvent morbide permet de croiser un fantomatique Capitaine Nemo, venu de Jules Verne, qui exhibe au narrateur sa mère, perle d’une huitre géante. Passe aussi un « ange Duccio », une conscience habillée d’azur, comme l’impossible fiction du Bien…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rappelons-nous de Nocturne indien, dont l’errance n’est guère touristique, malgré les potentialités immenses des paysages et des cultures. Parmi douze lieux (notre auteur aime décidément le chiffre douze), de Bombay à Goa, un drôle de bonhomme, « Roux », est à la recherche de son ami Xavier dont nous ne saurons pas grand-chose, hors que, malade, il écrivait des histoires. La quête possiblement initiatique passe par d’autres protagonistes plus ou moins utiles, plus ou moins prolixes : un chauffeur de taxi Sikh, une prostituée, un médecin, une reporter qui photographie les miséreux de Calcutta, une voleuse, un prophète jain, sans exclusive. Roux trouvera-t-il son alter ego fantasmatique ? Car si le narrateur se nomme Roux, les uns et les autres l'appellent le rossignol italien, en portugais « Rouximol », alors qu’à l'avant-dernier chapitre l’anti-héros « Roux » appelle l’objet de son enquête : « Mister Nightingale ».

Cependant sous la surface de l’Inde, le Portugal dont Antonio Tabucchi était un spécialiste, puisqu’il traduisit en italien l’œuvre du poète Pessoa[4], est évoqué à plusieurs reprises : Xavier est de nationalité portugaise, Pessoa est un leitmotiv, l’on découvre des chroniques de la Compagnie de Jésus du XVII° siècle en portugais, un rêve encore, plus exactement un cauchemar dans lequel Alfonso de Albuquerque se signale par une apparition un peu tonitruante. Car le protagoniste cherche « des rats morts », soit des « chroniques anciennes, des choses englouties par le temps ».

À moins qu’il s’agisse d’une tentative pour déterminer en un miroir « nocturne » sa propre identité, non sans un sentiment de déception et d’acceptation d’un destin que rien ne sauvera, à la lisière de l’absurde. Si inaboutissement il y a, la quête est moins essentielle que le cheminement. Les avatars du roman policier et d’introspection se délitent parmi les reflets et les ombres. « Je trouve que c’est une fin un peu plate », conclue Christine. Mais, au mieux, Nocturne indien est un roman attachant fragmentaire, lacunaire. Comme nos vies ?

Bien moins fragmentaire est Pereira prétend, dont le titre italien est plus précisément : Sostiene Pereira. Una testimonianza, publié en 1994. Nous sommes encore au Portugal, à Lisbonne, cette fois en 1938, lorsqu’un homme de l'Alentejo est massacré sur sa charrette. Car les grèves grondent et il faut bien à Pereira, le héros peu brillant de ce roman, le journaliste peu inspiré, prendre conscience du monde qui l'entoure. Le déclencheur est pour lui la lecture d'un article passablement philosophique commis par le jeune Francesco Monteiro Rossi. La rencontre est déterminante pour Pereira tant il s’avère que son auteur est un ardent révolutionnaire, un antifasciste résolu, qui écrit avec le soutien de Pereira des éloges impubliables de Federico Garcia Lorca, de Vladimir Maïakovski, tant la censure est étouffante. Sans nul doute le terne Pereira au cœur malade, veuf plutôt reclus, en chemin vers l’obésité, suant sous la chaleur, amateur de littérature française, catholique assommé par son inertie, voit, malgré l'oppression ambiante du régime de Salazar et la montée des fascismes européens, sa vie bouleversée, au point de la secrètement consacrer au combat contre le despotisme. Le jeune homme n’est-il pas de mèche avec des recruteurs clandestins au service des brigades internationales destinées à intervenir contre l’encombrant voisin espagnol, Franco ? Nous, pauvre lecteur, avons peur pour le pauvre Pereira, quoique nous soutenions son idéal en gestation. La dimension historique se double d’une veine psychologique, et surtout d’un vibrant engagement politique, en un roman plus classique dont la fluide lecture emporte la conviction.

 

Oiseaux, anges, sont-ils une marque de la transcendance, une allégorie de l’écriture pour Antonio Tabucchi, cet anarchiste toscan qui vécut entre Sienne et Lisbonne ? Si ses histoires ont quelque chose du non finito pictural, de pollens romanesques qui n’écloront peut-être pas en roman, il en émane néanmoins une rémanence, un indéfinissable parfum, un charme enfin, quoique souvent vénéneux, que nous aimons renouveler.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Récits avec figures a été publiée

dans Le Matricule des anges, novembre 2021.


[1] Lessing : Laocoon, Hermann, 1990.

[2] Eugenio Montale : Satura, Mondadori, 1972.

 

Museo de Sigüenza, Guadalajara, Castilla-la-Mancha.

Photo : T. Guinhut.

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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 14:29

 

Forno de Zoldo, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les diagonales de l’Histoire

par Claudio Magris :

Secrets, Enquête, Classé sans suite

& Croix du sud.

 

 

 

Claudio Magris : Secrets,

traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Rivages, 2015, 96 p, 12 €.

 

Claudio Magris : Enquête sur un sabre,

traduit par Marie-Anne Toledano, L’Imaginaire Gallimard, 2015, 112 p, 8,50 €.

 

Claudio Magris : Classé sans suite,

traduit par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Gallimard, 2017, 482 p, 24 €.

 

Claudio Magris : Croix du sud,

traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Rivages, 2021, 172 p, 16 €.

 

 

 

      L’ombre de l’Histoire est la diagonale du fou qui traverse les livres de Claudio Magris. Diagonale géographique également puisqu’elle traverse l’Europe centrale et l’Italie, jusqu’aux rives de l’Argentine. Autant pour le voyage au long du Danube que lors de l’exercice de la pensée, le « moi se dilate et se contracte comme une méduse, un peu d’encre débordant de la bouteille dans une mer d’encre ». C’est ainsi que Claudio Magris, né à Triestre en 1939, introduit son essai-fleuve Danube[1], éclos en 1986, enquête géographique, historique, culturelle et intime. Il y a bien souvent chez cet auteur triestin, né lui en 1939, une démarche d’enquêteur, quoique bien peu policière, une démarche d’archiviste et de tisseur de prose poétique surprenante. Ce qui se vérifie, grâce aux hasards des éditions et rééditions françaises, d’une enquête sur les Secrets ou sur un sabre aux souvenirs sanglants et plus que mystérieux. Ainsi Claudio Magris se fait historien, associant documentation et art de la fiction, jusqu’au roman massif et fructueux qu’est Classé sans suite, dressé comme un testament inhumain de la guerre. Non sans essaimer dans le triptyque de Croix du sud, là où les strates culturelles se nimbent d’utopies souvent malheureuses.

 

      Ce n’est un secret pour personne que nous, individu ou Etat, avons des secrets : vilains ou abjects qu’il faut celer, charmants qu’il faut préserver ou partager, pour son bonheur et celui d’autrui. Quant à de plus politiques il serait bon que l’opinion publique en profite, au service du bien commun. De toutes ces problématiques, Claudio Magris offre une conscience aigüe, en un petit essai, lapidaire et cependant fort suggestif, publié en 2014 en Italie.

      Car c’est un paradoxe que son jeune cousin désirât une « insigne d’agent secret », pour exhiber qu’il sait ce qui doit être tu. Alors qu’un être secret oscille entre douleur de la solitude et sensation d’élection. Faut-il garder ce que l’on omet de dire, le respecter, ou le violer, se demande le moraliste… La littérature et le roman ont-ils pour fonction de révéler ou d’ajouter des « sens cachés » ? Or « l’écrivain est un espion, de lui-même ou d’autres personnes ».

      Plus le pouvoir est totalitaire, plus il s’entoure de secret. Est-ce à dire que toute transparence est nécessaire ? Peut-être ne révèle-t-on que ce qui est devenu inoffensif. Autrement il devient remord, ou « le Sacré, l’Ineffable », réservé aux initiés. Les « fumisteries mysticisantes », entourés d’un halo hypocrite et pompeux, dont relève le fascisme, sont « un cocktail par excellence d’horreur et de kitsch » ; alors que Jésus emprunte une autre voie : « je n’ai rien dit en secret ». Quand la vérité est dangereuse, « dissimulation » et diplomatie sont nécessaires. De même le secret de la confession reste une « valeur fondamentale », car il valide la dignité. Que dire alors de « ces temps de nudisme psychologique et d’enregistrement de masse universel », au travers d’internet des réseaux sociaux ? Reste qu’au-delà des pouvoirs dévolus à celui qui contrôle les secrets du monde, la capacité accordée à chacun de celer ce qu’il juge bon de conserver à part soi est un précieux gage de libertés.

      Si bref qu’il soit, cet essai est d’une richesse troublante. Pour traiter avec tant de finesse un tel sujet, Claudio Magris aurait-il un secret à cacher, au bord des lèvres ? Le brillant et abondant prosateur de Danube, sait ici suggérer avec acuité : tout un art. Il faut alors se demander s’il est complice des éditions Rivages qui ont choisi cet objet de curiosité pour illustrer leur fascinante couverture : ce noir rhinocéros, plus visible que « Lettre volée » d’Edgar Allan Poe, et cependant recélant l’introuvable solution des secrets de la nature…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La Carnie est un territoire secret caché dans un pli de l’Histoire, à la lisière de l’Autriche et de l’Italie, au nord du Frioul. En grand connaisseur de la Mitteleuropa, Claudio Magris se penche sur l’étonnante utopie, offerte par Hitler à ces Cosaques qui avaient cru bon de choisir de s’allier avec les Nazis pour lutter contre le totalitarisme soviétique. Ce qui n’est pas sans répondre en écho à un de ses essais : Utopie et désenchantement[2]. Son Enquête sur un sabre, née en 1986, nous permet de découvrir l’officier Krasnov, chef de cette épopée : l’occupation de la Carnie, terre faussement promise.

      Un vieux prêtre rassemble ses souvenirs en une lettre à « don Mario », évoquant sa mission d’octobre 1944 : intercéder auprès des Cosaques pour qu’ils renoncent « aux abus et aux violences ». À la recherche du « secret du libre arbitre et de compatibilité avec l’intelligence divine », sans éluder la quête de celui de l’Histoire et du mal, il se demande qui est Krasnov, figure historique légendaire, gisant parmi les différentes versions mémorielles : « comme si le mystère de la foi se confondait avec celui d’un roman policier ». Il écrivait des « romans historiques » qui préfigurèrent son destin, fut mis à la tête de cette fantomatique armée cosaque, échoua dans une tombe de Carnie pour être exhumé douze ans plus tard, avec un sabre. Ce dernier, « promesse de gloire et sceau de vanité », se révéla peut-être faux, quoique son propriétaire prétendu, livré avec les siens par les Anglais, fût pendu par les Soviétiques en 1947. Restent des livres, des archives, des rumeurs et des fantasmes sur un trésor, sur des trahisons irrévocablement politiques, sur un homme, berné par les idéaux, qui ne révère que liberté sauvage et « veut fermer les yeux sur sa propre vérité ». Une énigme en fait des trahisons de l’Histoire…

      La prose judiciaire et palimpseste, qui relève des « documents de la mélancolie », tient les promesses de l’essai : ce qu’elle révèle est ahurissant de perplexité, de profondeur, écrit dans une langue splendide (que la traductrice a certainement su polir) de façon à contribuer à « la vérité de l’art ». Revenons alors à son plus vaste et probable chef d’œuvre, délicatement encyclopédique, Danube, et cependant partie émergée de sa formidable culture de la Mitteleuropa, dont témoigne par ailleurs Le Mythe et l’empire dans la littérature moderne[3]. Pour découvrir, en approchant du delta de son grand fleuve européen, comme parmi les secrets, mythes et idéologies qui gravitent autour de l’agitation forcenée du sabre, que « le mal, c’est un excès d’Histoire »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Achèteriez-vous par caisses et centaines de tonnes des « sous-marins d’occasion », des « ponts militaires bombardés » ? Il faudrait être fou furieux, ou d’une espèce d’historien scrupuleuse. Car Diego de Henriquez nourrit sans relâche un Musée de la guerre. Plus exactement « Arès pour Irène ou Arcana Belli. Musée total de la Guerre pour l’avènement de la Paix et la désactivation de l’Histoire ». Cet homme, ce musée, classé monument national en 1965, ont réellement existés, à Trieste : la rizerie de San Sabba, une usine à décortiquer le riz, devint, entre 1943 et 1945, un camp de concentration nazi, où juifs, antifascistes et autres résistants et politiques furent incarcérés avant la déportation, à moins qu’ils fussent abattus et incinérés dans le four crématoire construit sur place.

      La fiction intervient lorsque l’écrivain triestin imagine que Louisa Brooks, fille d’un aviateur noir-Américain et d’une Juive rescapée, reprend le flambeau. Flambeau n’étant pas une vaine métaphore, puisqu’en 1974 le professeur Henriquez périt tragiquement dans l’incendie d’un de ses entrepôts, accompagné par ses carnets réduits en cendres : ils recueillaient les graffitis des prisonniers qui dénonçaient leurs délateurs, profiteurs et autres sadiques impliqués dans la machinerie du camp. L’affaire fut classée sans suite, d’où le titre du roman, touffu, baroque à souhait, qui se veut rouvrir l’enquête, exhumer les culpabilités et les compromissions, faire toute la vérité sur une Histoire plus que fâcheuse, recouverte par une omission générale qui a tout du mensonge. Par exemple ce « SS-Hauptsturmführer Lerch, naguère en charge de l’abattoir et aujourd’hui membre incontournable de la dolce vita triestine ».

      Au-delà de ce terrible et sulfureux accident de l’Histoire du XX° siècle, qui est comme en « une banque de l’ADN », Claudio Magris nous emporte de salle en salle en ce musée, entrelace siècles et continents dans un turbulent réquisitoire adressé à l’humanité du mal. D’arme en arme, en écho avec l’Enquête sur un sabre, le récit déploie les frasques d’un arc ou d’une mitrailleuse, d’un tank ou d’une massue zapotèque, comme la hache du « Chamacoco », ou le fusil MP 44 du soldat Shimek, « condamné à mort et exécuté par la Wehrmacht pour avoir refusé de tirer sur des civils polonais ». On dévoile également une médaille posthume offerte à un tortionnaire : le « commissaire fasciste Collotti », mais aussi un « cactus marcescens Hitler » ! Ce jusqu’à des exemplaires de livres plus coupables encore que les armes, vingt mille d’entre eux, dont ceux de Sun Tzu, L’Art de la guerre, Clausewitz, De la guerre, Mao Tsé-toung, La Guerre révolutionnaire. Mais aussi le Malleus Maleficarum (ou Marteau des sorcières), Le Protocole des sages de Sion, trop fameux délire antisémite jailli de l’esprit d’un faussaire, et Mein Kampf, aux délétères talents que l’on sait ; car « la plume tue plus que l’épée ». Ce sont autant d’exposés didactiques ou de récits emboités, parfois un peu fastidieux, animant des personnages auxquels on s’attache un instant, comme Sara qui « aimait traduire », ou repoussants, ramassis épique et terrible de guerriers, de témoins ou victimes, de collaborateurs et de profiteurs, y compris le « trisaïeul » Carlo Filippo, trafiquant d’esclaves, rythmés par la récurrente « Histoire de Luisa ».

      Les scènes où Louisa étudie les pièces du « musée de la Haine », galerie où s’ouvrent les fenêtres du temps et de l’espace, alternent avec de plus démentes fresques, comme celle bruyamment épique de la libération de Trieste par les armées alliées, voire des scènes surréalistes, lorsque le Haut-commandant Friedrich boit à l’anniversaire d’Hitler peu de jours avant son apocalyptique fin, scène qui voit officiers et industriels locaux se congratuler. On doute que tous les Triestins puissent déboucher leurs nez devant la putride responsabilité de leurs pères. Reste au lecteur la responsabilité difficile, voire de l’ordre de la gageure, existentielle enfin, de pardonner l’imprescriptible[4].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Drôle d’obsédé de veilleur de l’Histoire que ce collectionneur nécessaire : il dormait dans un sarcophage de son musée, coiffé d’un casque allemand et d’un masque de samouraï, et gardait bien ensevelis ses fantasmes sexuels : « esclave soumis humilié récompensé, je m’exaltais ». Une plus haute exaltation s’empare plus durablement de ce muséal conservateur, inspiré par Clio, Muse de l’Histoire. Car, nous confie le collectionneur, « ces armes, ce musée a été pour moi un véritable abri antiatomique, ils ont barré la route à la puissance dévastatrice de l’amour ». Plus loin, il nous confie la morale amère de son roman : « On serre des mains, le sang coagulé sous les ongles a disparu depuis longtemps ; l’Histoire, même encore jeune, est une bonne manucure ». Cependant, les souvenirs et les témoins rouillés des massacres historiques sont ici réunis au service d’une utopie : « la venue de l’époque du bien infini, celle où le mal sera aboli et où des armes il ne restera que cette part d’énergie cosmique qui a un rapport avec leur beauté et leur fonctionnalité ».

      Cette somme, cette mosaïque de pièces de musées, d’aventures et de méditation, parfois à la lisière de l’essai, écrite par un monstrueux travailleur de fond, coûta six ans de labeur et d’illuminations à Claudio Magris. Une composition voisine émaillait son précédent roman : À l’aveugle. Où la confession d’un vieil homme à son psychiatre devient un patchwork de voix. En sus de la sienne propre, résonnent celles d’un militant communiste puni par Tito, d’un corsaire danois du XIX° siècle, voire du mythologique Jason. De même l’espace, depuis Trieste, s’ouvre vers la Yougoslavie, la Tasmanie, Waterloo et Dachau, où la figure démultipliée du rebelle déchire des failles dans les idéologies en déroute. Une fois de plus, le drame de la conscience européenne est la matière romanesque cruciale.

 

      Souvenons-nous que « mensonge romantique et vérité romanesque » (pour reprendre le titre de René Girard[5]) se liguent pour rendre la vérité à l’Histoire. Claudio Magris, qu’il enquête sur le secret, sur un sabre, ou sur les ombres du totalitarisme nichées au cœur de l’Europe et de ses confins triestins, dissèque les entrailles de l’humanité. On ne peut s’empêcher de penser à la narration suspendue à une galerie voisine, celle du Musée de l’inhumanité, de l’Américain William Gass[6], roman dans lequel son personnage accumule les témoignages de la nature fondamentalement mauvaise de l’homme. De même l’on peut penser que Claudio Magris accole sa belle ambition romanesque à un essai comme celui de John Keegan, L’Art de la guerre[7]. La guerre de l’humaniste romancier est au service de la mémoire, miroir tendu aux bas et pervers instincts de l’homme que nous ne devons pas être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claudio Magris a-t-il définitivement abandonné les terres de la Mitteleuropa, celles traversées par ce Danube dont il abreuva son livre le plus emblématique ? Se tournant vers la Croix du sud, l’on pourrait croire qu’il a migré avec armes et bagages vers les cieux de l’hémisphère sud. Cependant chacun de ses trois personnages est lié avec l’ancienne Europe. Le premier, Janez Benigar, vient de quitter la Slovénie, le second, Orélie-Antoine de Tounens, est un Français, quand la troisième, Angela Vallese, est originaire du Piémont italien. Outre leur destination commune, la vaste Argentine, ils sont animés par une aspiration à l’utopie.

Non seulement Janez Benigar épouse une indigène, dont il a des enfants, mais il épouse sa cause, son langage. Entrepreneur agricole, ethnologue et linguiste, au point de rédiger un Dictionnario de la lengua auraucana, « slovéno-hispano-auraucan », il étudie un peuple à préserver, sa « pensée mythique » où règne la « Nécessité », sa religion attachée à la « sacralité des nombres ». Ainsi il poursuit dans la première moitié du XX° siècle « un idéal d’objectivité scientifique », tout en polémiquant contre le nationalisme, le racisme et l’étatisme centralisateur.

Etrange illuminé politique, Orélie-Antoine de Tounens débarque au Chili en 1860 pour refonder l’empire mapuche en se prétendant libérateur du peuple et roi de l’Araucanie et de la Patagonie. Il s’acoquine avec des caciques locaux, rédige une constitution, « chef d’œuvre surréaliste ou dadaïste », attirant les Indios épris de liberté. Sa capitale aurait dû être un eldorado. Mais, rattrapé, il est affamé dans un asile d’aliénés chilien, avant de revenir en France poursuive son rêve, et rallier encore l’espace de son pouvoir fantasmé. Ce « Don Quichotte » aurait aujourd’hui un « successeur officiel » : Frédéric Luz.

C’est aux indiens fuégiens que rend visite sœur Angela en 1880, dont l’habit monacal ressemble aux manchots noirs et blancs. Les territoires sont colonisés par les nouveaux propriétaires terriens et leurs troupeaux d’ovins. Face à l’extinction programmée des indigènes, grande est la douleur d’Angela, « si petite et si faible face à la grandeur du Mal », pour qui la Terre de Feu est bénie et qui poursuit sans relâche son « œuvre salvatrice » et charitable. Elle et ses consœurs sont « laïquement étrangères à toute stupide idéologie du bon sauvage », connaissent les instincts brutaux des Fuégiens, voient les ravages de l’alcool. À l’occasion de ce territoire proche de l’Antarctique, Claudio Magris regorge d’allusion à Poe, Jules Verne et Lovecraft.

Plaines, montagnes, immensité de l’espace, où tout est possible, construire une civilisation ou la voir s’effondrer dans le néant, conduisent l’écriture, ample et cependant incisive, véritable prose poétique, de Claudio Magris, qui déploie une fresque haute en couleurs. En ces paysages proches de l’infini se déroulent des épisodes « de cet abattoir qu’est l’histoire universelle ». Car les indigènes, Auraucans et Patagons, y sont massacrés, en un pays où se succédèrent les violences populistes et militaires.

Ce triptyque de récits, quoique de dimensions modeste, est vertigineux. Car Claudio Magris ne procède pas tout à fait de façon chronologique : sa narration, à la lisière de l’essai, s’étend en étoile, explorant la psychologie, les actions, les strates culturelles et littéraires, y compris des auteurs croisés lors de cette entreprise de recréation et de mémoire. Chacun de ses héros est une allégorie d’un pouvoir, cependant souvent dérisoire : scientifique d’abord, politique ensuite, religieux enfin. Le seul qui soit grotesque est évidemment le second, avec son royaume imaginaire qu’il tente d’imposer à un réel qui n’en veut pas, alors que les deux autres, bénéficient d’une admiration sans mélanges.

 

Quoique d’une érudition fine et nombreuse, le travail de Claudio Magris eut le bonheur de ne pas avoir été boudé par les lecteurs ; en particulier sa traversée de la Mitteleuropa au moyen de l’essai-fleuve envoutant que parvint à devenir son Danube. Ses autres livres, pour jouer sur l’un de ses titres, sont plus secrets, néanmoins prenants. Les prestiges et les tragédies de l’Histoire y croisent les inquiétudes d’une l’humanité bien décidée à contrer les horreurs du monde pour tenter d’y substituer les lueurs de la culture la plus enrichissante et la plus humaniste.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Secrets et Enquête ont paru dans Le Matricule des anges, janvier 2016,

celle sur Croix du sud, septembre 2021

 


[1] Claudio Magris : Danube, L’Arpenteur, Gallimard 1988.

[2] Claudio Magris : Utopie et désenchantement, L’Arpenteur, Gallimard, 2001.

[3] Claudio Magris : Le Mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne, L’Arpenteur, 1991.

[5] René Girard : Mensonge romantique et vérité romanesque, Grasset, 1961.

 

Ossana, Trentino Alto-Adige, Italia. Photo : T. Guinhut.

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 12:21

 

Dante Alighieri, Piazza dei Signori, Verona, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Fabrique et traduction de Dante

au service de l’ébouriffante Divine comédie :

Fondation Martin Bodmer,

René de Ceccatty & Enrico Malato.

 

La Fabrique de Dante,

MétisPresses, Fondation Martin Bodmer, 2021, 352 p, 48 €.

Dante : La Divine comédie,

traduit de l’italien par René de Cecatty, Points Seuil, 2017, 704 p, 13,90 €.

Enrico Malato : Dante,

Les Belles Lettres, traduit de l’italien par Marilène Raïola, 2017, 384 p, 29,50 €.

 

 

Jamais ne se sera autant vérifiée l’excitante formule de Jorge Luis Borges : « La métaphysique est une branche de la littérature fantastique[1] ». Car avec Dante les fictions nées de l’angoisse enclenchée par notre mortelle condition trouvent leur acmé. Mieux que le Livre des morts égyptiens, mieux que les enfers romains d’Ovide, La Divine comédie nous offre une fresque fabuleuse, tour à tour démoniaque et angélique, de l’au-delà. Comment lire cet ouvrage canonique, récit d’aventures, poème lyrique et amoureux, traité théologique et allégorique ? Comment le traduire ? C’est à l’occasion du septième centenaire de la mort du poète (1265-1321) que la Fondation Martin Bodmer nous révèle comment le voyageur infernal et paradisiaque s’est formé, avec force manuscrits et éditions rares, sous le titre à la fois d’une exposition[2] et d’un beau livre : La Fabrique de Dante. Ecrite au début du XIVème siècle par un poète érudit maniant avec virtuosité le dialecte florentin au point de devenir la langue phare de l’Italie, l’œuvre fascine lecteurs, peintres et traducteurs, qui sont des dizaines à s’être penché sur leur établi, de façon à sculpter et polir un écrin français digne du nom du Dante. S’il n’est probablement pas l’ultime poète, car il faut l’être pour oser se mesurer au sublime, René de Ceccatty n’en apparait pas moins un talentueux recréateur, avec une version qui a le mérite d’une fluide lisibilité. L’occasion est trop bonne pour ne pas y associer un essai biographique exégétique sur le Florentin exilé, là encore qui n’a pas la primeur du genre, mais dont il sera bon de se munir, celui d’Enrico Malato, ou encore la biographie au tempérament plus historique d'Alessandro Barbero ; afin de vivre au plus intime et au plus cosmique La Divine comédie.

 

Comprendre « la fortune de Dante », connaître sa bibliothèque, les éditions qui lui rendirent justice, jusqu’à des portraits - qui ne lui sont jamais contemporains -, tels sont les buts poursuivis par La Fabrique de Dante, somptueux volume né au sein de la Fondation Martin Bodmer, sous l’égide de Paola Allegretti et de Michael Jakob, et grâce à l’active collaboration de Jacques Berchtold et Nicolas Ducimetière. Il ne s’agit pas de lustrer la statue toujours recommencée du génie national italien, mais de creuser au plus près le connaisseur des classiques et des intellectuels médiévaux, le politique affligé par les vicissitudes de son temps, pour découvrir de quelle peau est faite le poète infini, qui ne négligea pas les allusions à ses contemporains, avec lesquels il règle ses comptes ; voire d’interroger des domaines plus obscurs, comme celui de la nécromancie qui l’occupa longtemps et fit l’objet en 1320 d’un procès en Avignon où incidemment son nom apparaît : il y est question de maléfice et d’envoûtement…

Ainsi, en ce bel objet didactique, l’on lit Dante en bonne compagnie, entre Walter Benjamin, Charles Baudelaire et José Lezama Lima, celle d’Ezra Pound[3] bâtissant ses Cantos comme un palimpseste, d’Ossip Mandelstam[4] conversant avec le Florentin pour lui rendre sa poésie étouffée par les analyses rhétoriques et mystiques, de Primo Levi le récitant dans l’enfer des camps, de Jorge Luis Borges[5] parodiant la Comédie dans « L’Aleph » ; tous en éclairent des versants insoupçonnés. De surcroît l’on lit en quelque sorte par-dessus l’épaule de notre excavateur d’enfer, escaladeur du purgatoire et ascensionniste du paradis, en consultant et admirant les manuscrits que lui-même aurait pu étudier, puisqu’ils proviennent de l’époque médiévale. Ainsi Homère, Lucain, Stace, Cicéron, et Virgile cela va sans dire, côtoient La Bible, Thomas d’Aquin, Isidore de Séville, Bernard de Clairvaux, dont les citations ou les évocations fourmillent parmi les cercles du texte, qui est « un livre-bibliothèque », jusqu’au sommet du ciel. Les pages exposées et reproduites avec clarté sont prodigieuses, parfois incroyablement enluminées ou comblées de gravures, montrant combien la Fondation Martin Bodmer aux 150 000 références est une bibliothèque d’une richesse inouïe. Plus subtil encore, la dynamique trinitaire de la Divine comédie se retrouve en ce volume animé par la numérologie : les éditions rares de Dante sont vingt-quatre, comme les heures du jour, ceux lus par ses yeux et de commentateurs ensuite sont chacun trente-trois, comme les trente-trois chants de chaque partie… Ainsi, pour reprendre les mots de Michael Jacob, l’œuvre dantesque est « un gigantesque laboratoire » dont la « fabrication continue à travers les siècles », alors que sa réception fut prolifique chez les anglophones, en Allemagne, mais en forme de « rencontre manquée ? » chez les Français, selon l’interrogation de Nicolas Ducimetière.

Un seul regret - que l’on oubliera volontiers parmi une telle somme d’érudition - peut-être eût-il été préférable d’observer un classement plus chronologique, en commençant par la bibliothèque de Dante, puis en terminant par les lecteurs, eux-mêmes distribués comme aléatoirement, de Zanzotto notre contemporain à Chaucer, en zigzaguant parmi Voltaire et des romantiques, en passant par Joyce ou Rimbaud ; tout en admettant qu’ainsi les surprises fourmillent. Comme ces pages dorées ou azurées intermédiaires aux chapitres, nourries d’orbes et d’étoiles, si dantesques, au sens paradisiaque du terme. Ce volume, qui fut l’objet de tant de soins, tant de la part des concepteurs que des rédacteurs, de l’éditeur que de l’imprimeur, est aussi délicieux que somptueux, au service de ce « couronnement du Moyen Âge finissant ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour reprendre les mots de René de Ceccatty en sa généreuse introduction, « La particularité de ce chef-d’œuvre est d’être à la fois un voyage chez les morts, une chronique politique, un traité de géographie et de cosmogonie et un ouvrage de réflexion théologique et philosophique ». L’aventureuse traversée de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis est successivement la descente, puis l’ascension d’un marcheur de montagnes parmi les affres, les épreuves et les suavités ; mais aussi l’initiation spirituelle, qui va de la connaissance du mal à la divinité rédemptrice.

L’œuvre, tout à tour monstrueuse, eschatologique, effrayante et délicieuse, changeante et chatoyante, en ses immenses perspectives, en ses multiples récits emboités et infinis détails, traverse et insémine l’histoire des littératures. Victor Hugo, dans sa Légende des siècles, lui est redevable, Primo Levi la résume et la récite comme un talisman au sein du camp d’Auschwitz, dans son autobiographique Si c’est un homme, Giorgio Pressburger[6] en conçoit une réécriture hallucinée aux dépens du XXème siècle. Jorge Luis Borges en fait, au-delà du seul christianisme qui parait en être la justification unique, une « estampe de portée universelle ». Si selon ce dernier « l’astronomie ptolémaïque et la théologie décrivent l’univers de Dante[7] », sans omettre les enfers gréco-romains, de tous temps et de toutes cultures peuvent être ceux qui s’y reconnaitront pour y lire les figures d’une possible transcendance et de l’imaginaire eschatologique, sans omettre la question de la rétribution du bien et du mal.

La catabase, ou descente au séjour des morts, reprend la tradition de Virgile, dans l’Enéide et d’Ovide, pour l’histoire d’Orphée, dans Les Métamorphoses. Prenant en charge la hiérarchie divine de l’après-vie autant que celle de l’humanité, Dante se fait chroniqueur de son temps, envoyant allégrement tel ou tel en Enfer, en Purgatoire ou en Paradis, dont les méfaits ou bienfaits sont rappelés. Mais au-delà de cette connaissance temporelle et spirituelle, une charge encyclopédique éclaire -ou parfois obscurci- le texte, fourmillant d’allusions, mythologiques, bibliques, géographiques, zodiacales, botaniques…

S’il est une traduction de La Divine comédie à proscrire, c’est celle - nous tairons le nom de son auteur - anciennement parue dans la collection de La Pléiade. Il s’agissait de donner le texte de Dante dans le français du XIVème siècle pour en respecter l’historicité. Hélas, outre la lisibilité ardue de la chose, l’erreur de perspective était manifeste : l’Italien médiéval étant bien plus proche de celui d’aujourd’hui que l’idiome de l’ère gothique de notre langue. En conséquence, l’on devine que l’archaïsme est à proscrire au service d’une utile et soyeuse lisibilité.

Nombre de traductions de La Divine comédie sont hélas en prose : Artaud de Montor[8], Alexandre Masseron[9], même si ce dernier affecte la forme des versets pour chaque tercet dantesque. L. Espinasse-Mongenet[10] choisit de jouer de strophes en vers libres. De même pour une redoutable et estimée concurrente, nous avons nommé la talentueuse Jacqueline Risset[11], de surcroit poète, tant en français qu’en italien. Malgré une quinzaine de traductions versifiées depuis les années trente, seul, René de Ceccatty a tenté, et réussi, une traduction intégrale qui renouvelle et réveille la scansion poétique de l’original, la terza rima, car en vers et, ô gageure ! en octosyllabes non rimés…

Certes, Danièle Robert[12] vient de produire une belle version, en décasyllabes, elle rimée avec soin, quoique provisoirement limitée à L’Enfer. Qui, une fois achevée le triptyque, méritera peut-être les lauriers du traducteur-poète.

Baudelaire, juge et poète sévère, préférait celle de Pier Angelo Fiorentino[13], publiée en 1846, dans une édition heureusement bilingue, en effet fort lisible et colorée, quoique en prose. La vivacité colorée de celle de René de Ceccatty réveillerait-elle La Divine comédie de son sommeil ?

Dès le chant I, René de Ceccatty ose un « « Clopin-clopant sur la plage » qui répond au « Si chel ’l piè fermo sempre era ’l pui basso », c’est-à-dire « Si bien que le pied ferme était toujours le plus bas » (Fiorentino). Une fois de plus l’adage, « Traduttore, traditore » se révèle vrai ; mais au littéralisme peut-être vaut-il mieux préférer la surprise de l’image expressive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand Danièle Robert nous donne, au chant III, lors de la traversée de l’Achéron, où Charon était pour Jacqueline Risset, « un vieillard blanc, d’antique poil », les vers suivants :

Et voici que survient une embarcation

d’où un vieillard à barbe blanche nous hèle :

malheur à vous, âmes en perdition !

 

N’espérez pas de voir jamais le ciel :

je viens pour vous mener sur l’autre rive,

dans le noir éternel, chaleur et gel.

René de Ceccatty préfère proposer :

Et voici que vers nous en barque

Venait un vieux chenu criant :

Malheur sur vous, âmes perdues !

 

N’espérez plus revoir le ciel.

Je vous conduis sur l’autre rive

Dans l’éternel, noir, froid brûlant. »

Il est évident que du point de vue rythmique ce dernier y gagne ; de surcroît la concision réclamée par l’octosyllabe rend l’expressivité plus vive et répond en toute agilité à l’hendécasyllabe dantesque.

Avec modestie, en son introduction soigneusement informée et argumentée, notre traducteur a bien conscience de devoir priser l’ellipse, de « sacrifier » du sens en choisissant l’agréable légèreté du lisible ; ce qui n’est pas une mince affaire, surtout si l’on surprend chez Dante autant l’aisance du parler populaire que la subtilité du raisonnement théologique et philosophique. Ainsi, appeler Saint-Paul « Popol » au chant XVII du Paradis parait culotté, mais songeons que « Polo » en italien est familier et insultant, ce qui conspue comme de juste l’insolence blasphématoire de Jean XXII. Sans oublier que le flux métaphorique de ce prodigieux rhétoricien rend le texte infiniment imagé, volubile, évocateur, ailé, que les périphrases, parfois pour nous obscures, sont des mines d’allusions bibliques, antiques ou médiévales.

Comparant avec justesse et goût une traduction nouvelle avec une nouvelle interprétation de Bach ou de Schubert, notre traducteur ne se fait pas faute d’oublier de rendre hommage à Jacqueline Risset, comparée à la Callas, dont les qualités de lisibilité et de sensualité le ravissent.

Il est permis de regretter l’absence de notes au bas des vers de René de Ceccatty chantant Dante ; mais c’eût été alourdir le volume, et à cet égard, il est loisible de se tourner vers les trois tomes fournis par Jacqueline Risset, que l’on retrouvera bientôt en Pléiade, et que cependant les amateurs esthètes préféreront dans les grands volumes soignés, imprimés sur des pages de plusieurs couleurs, et illustrés par les folles aquarelles de Miquel Barcelo[14]. Quoique l’on attende encore une ambitieuse édition bilingue munie d’un indispensable index…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on sait que le voyage de Dante commence lorsqu’il se voit menacé par trois animaux : un lion pour l’orgueil, une louve pour l’avarice, une once (léopard femelle) pour la luxure. Traduisant cette « lonza » par « lynx », René de Ceccatty ne perd-il pas une dimension à la fois érotique et allégorique, puisqu’il s’agit de la séduisante animalité de la luxure ?

Aussi, notre poète n’aura d’autre issue que de suivre son guide, le maître poète latin de l’Enéide, Virgile, qui selon la tradition chrétienne passait pour avoir annoncé la venue du Christ, et de traverser la fosse spiralée de l’Enfer, la montagne du Purgatoire, puis guidé par son ancien amour, Béatrice, à  laquelle succède Saint Bernard, de découvrir le Paradis, « Enrôlé par l’amour qui meut / Le soleil et les autres astres », selon les ultimes vers. Le voyage bien concret du marcheur est également une leçon morale : les auteurs de péchés capitaux sont punis de manière pittoresque, qui dans la flamme, qui dans la glace, et croissante jusqu’aux pires abominations, non sans raconter leur histoire, comme celles de Paolo et Francesca goûtant une allusive luxure, ou Ugolin qui dut au chant XXXIII dévorer ses enfants morts de faim. Ce qui est dit d’une belle et fameuse manière elliptique : « La faim l’emporta sur le deuil ». Enfin, au plus près du diable au « triple visage », est châtiée la traîtrise contre son bienfaiteur. En effet, lors du chant XXXIV, Judas (accompagné de Bruts et Cassius) broyé dans l’une des trois diaboliques gueules, « gigote la tête gobée », ce qui est une trouvaille d’une frappante concision, à l’humour grinçant, alors que Jacqueline Risset propose : « Sa tête est dans la gueule ; dehors il rue des jambes ». Nos deux arpenteurs de l’au-delà doivent s’accrocher au corps de Satan : « De poil en poil, on descendit / Entre toison et plaies gelées », et s’y retourner pour jaillir aux antipodes, au pied de la montagne du Purgatoire.

Quittant la cavité de l’Enfer, qui fit la plus grande gloire de Dante, éclipsant les deux autres parties du triptyque sacré, le chant se fait peu à peu moins âpre. Avant d’accéder au sommet du Purgatoire, où fleurit le Paradis terrestre, le chemin croise l’humilité, l’amour et la liberté en Dieu, sans oublier les nécessaires purgations des pécheurs, comme ce Sordello embrassant son compatriote mantouan Virgile, ce qui donne l’occasion à Dante de conspuer l’esclavage politique italien. Là, chaque péché capital est étrillé, corrigé, lavé, par la vertu qui lui est opposée, comme l’orgueil à l’humilité ou la luxure à la pureté. Une fois de plus, Dante règle ses comptes : l’envieuse Sapia côtoie le pape Adrien V qui se récure de son avarice. Mais au chant XXX, « Dame Béatrice », qui passa « de chair à ombre », apparaît, morigénant le pauvre Dante, un tantinet infidèle, qui n’a pas su « suivre [son] vol désincarné », avant de prendre le relais de Virgile pour le guider parmi les sphères du Paradis.

Ciel de la lune, de Mercure, de Vénus et du Soleil sont autant d’étapes spirituelles, comme les cieux de Mars, Jupiter, Saturne, ceux-ci sièges des vertus théologales : Foi, Espérance et Charité. Après le ciel cristallin, Béatrice doit céder la main à Saint-Bernard, pour permettre à son amant d’accéder à l’Empyrée, siège de la lumière divine aux rivières de couleurs et à la rose éclatante. Non loin de la Vierge Marie, Béatrice réapparait en gloire, les chants se font de plus en plus musicaux, comme si l’on entendait la Selva morale et spirituale de Monteverdi. Et si penser, comme René de Ceccatty, que le paradis dantesque est un espace totalitaire, avec une Béatrice imbue d’un prosélytisme autoritaire, est de l’ordre de l’anachronisme, il n’en reste pas moins que l’univers religieux de la perfection divine se présente comme un monde prédestiné, clos, où l’inutile liberté n’a plus lieu d’être. Reste que Dante y a réalisé des prouesses poétiques incomparables, donnant au Bien et au Beau (devant lequel il « déclare forfait ») des vitesses et des couleurs enchanteresses :

« En verre, en ambre ou en cristal,

Le rayon brille sans délai

Entre impact et efflorescence »

Roman d’aventure et somme théologique, clavier poétique et creuset de culture de l’Antiquité, La Divine comédie brasse le temps médiéval de son auteur et l’intemporalité la plus profuse ; ce pourquoi, depuis le XIV° siècle, et jusque dans l’éternité, il y aura toujours un lecteur, ne serait-ce que la poussière des étoiles, pour le dantesque poème, auquel contribue avec talent René de Ceccatty. Egalement romancier, ce dernier, notons-le, n’est pas un débutant au royaume de la traduction. Outre celles du japonais, conjointement avec Ryôji Nakamura, il a tâté avec ardeur de Pasolini ou de Leopardi, sur lequel il a écrit d’ailleurs une sorte de biofiction[15]. S’il y un paradis des traducteurs, il reste à souhaiter qu’il y soit accueilli.

 

Avant de relire une fois de plus ce qui est peut-être le poème le plus frappant de l’humanité, la curiosité ne peut que nous titiller au sujet de son auteur. Si, après celle de son contemporain Boccace[16], les biographies sont légion, d’Artaud de Montor[17], à Jacqueline Risset[18], celle d’Enrico Malato vient à point pour, au-delà de la seule vie du poète, présenter les plus récentes et perspicaces recherches exégétiques sur le texte, ses enjeux politiques, théologiques et poétiques.

Notre Florentin, né en 1265, sera frappé par une sentence d’exil en 1302 pour aller séjourner à Vérone et mourir à Ravenne en 1321 ; ce pour avoir pris part au combat entre la ligue des Gibelins toscans  et les Guelfes Noirs et Blancs (auxquels il appartient). Fin rhétoricien, il connaît sur le bout des doigts Virgile et Ovide, la Bible et les Pères de l’Eglise. En philosophie, il allie Boèce et Saint Thomas d’Aquin.

Mieux que ses Rimes[19], sa Vita nuova est une sorte d’autobiographie fictive, dans laquelle l’ami du poète Cavalcanti, bien qu’il épousât Gemma, parait ne se vouer qu’à sa Béatrice, rencontrée en toute chasteté à dix-neuf ans alors qu’elle en avait neuf. Il ne la reverra que neuf ans plus tard, avant de la savoir mourir à vingt-quatre ans, le laissant inconsolable. En toute courtoisie, il est un des créateurs du dolce stil nuovo, dont il dénoncera pourtant le trop de sensualité amoureuse, y compris chez Cavalcanti. Alors qu’il avait rédigé son traité La Monarchie universelle en latin, la décision d’écrire en toscan le conduisit à rédiger son Traité de l’éloquence vulgaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Pour introduire son héros, Enrico Malato brosse le portrait de la prospère Florence aux cent-cinquante tours au XIII° siècle. Il ne se départit jamais de sa clarté et de sa rigueur pour évoquer les années de formation du poète, militaires, diplomatiques, au cœur des tourmentes entre Gibelins et Guelfes Blancs et Noirs, mais aussi philosophiques, du poète. De nombreuses allusions aux événements d’un contemporain guerrier, vengeur et injuste, sont lisibles dans le Banquet, et bien sûr La Divine comédie, où sont jetés, entre Enfer et Paradis, divers protagonistes. Hélas Florence n’est plus dans les Rimes que « ma ville qui hors de ses murs m’enferme ». Dès 1315, les deux premiers chants de La Divine comédie publiés, la renommée du poète enfle. À Vérone, il jouit de l’hospitalité de Cangrande della Stella, qui bénéficie en retour de la primeur des chants composés, puis d’une place dans le Paradis (XVII, 76). Heureusement le trépas sera clément au point d’attendre qu’il ait achevé et révisé son œuvre-maîtresse.

Or Enrico Malato s’attache, en ce qui devient très vite un essai, à l’activité littéraire de Dante et d’abord à son « noviciat poétique ». Ainsi notre essayiste développe-t-il une heureuse analyse de la « casuistique » amoureuse, tiraillée entre célébration et péché. Jusqu’à ce que, dans La Vita nuova, les tourments amoureux et l’idéalisation de Béatrice, trop tôt emportée dans un au-delà qu’il reste à lui consacrer, permettent au poète de réconcilier amour de Dieu et d’une Dame, dans le cadre d’un amour de vertu et de raison, puis l’amènent à annoncer un « jour où je parlerai plus dignement d’elle », ce qui est considéré comme une prémisse de La Divine comédie. De l’éloignement qu’il éprouve pour son trop sensuel maître Cavalcanti à la paraphrase en 232 sonnets allégoriques du Roman de la rose qu’est le Fiore, tout semble gammes virtuoses avant le grand-œuvre. De même Le Banquet, « projet d’une somme du savoir médiéval en langue vulgaire », reste inachevé devant l’urgence de La Divine comédie, probablement rédigée entre 1304 et 1321. Hélas le problème des sources manuscrites, des copies successives, reste parfois criant : le texte fut souvent altéré. Il fallut à la philologie moderne de durs travaux pour aboutir à l’édition de Petrocchi qui fait autorité. Quant au mystérieux titre originel, Commedia, il fait probablement allusion à une fin heureuse, en opposition avec la tragédie, selon les termes d’Aristote.

Aisément didactique, Enrico Malato ne peut se passer d’étudier le « symbolisme des nombres », le rôle du trinitaire chiffre trois, pour les tercets et les trente-trois chants de chaque partie ; soit cent chants, chiffre parfait, si l’on ajoute celui introductif. Puis de préciser la cosmologie de Dante, « inspirée du système aristotélicien et ptolémaïque », et l’architecture des trois royaumes de l’eschatologie ; d’étudier « l’ordonnancement juridique et moral des royaumes de la peine, de l’expiation et de la béatitude », sans omettre les figurations littérales et allégorique, grâce auxquelles la fable devient poésie fulgurante et didactique. Notre essayiste a su sans bavardage excessif nous fournir un indispensable vade-mecum dantesque…

La biographie au tempérament nettement historique d'Alessandro Barbero[20] est plus profuse à cet égard, se lisant comme un roman d'aventures. Dante ayant mille facettes, il est tour à tour un enfant privilégié, dans la plus riche ville d’Europe, Florence  à l’époque où l’on bâtit le Duomo et le Palazzo vecchio, un chevalier dans une bataille, un érudit voué à l’étude, un époux et un père, un politicien engagé et bientôt exilé, enfin le créateur incomparable que nous connaissons. L’ouvrage dresse un tableau profus de la politique du temps, en même temps qu’il inscrit le poète dans le cadre d’une société complexe, dont il saura extraire le miel et l’amertume pour édifier sa Divine comédie.

 

Nous sommes tous ce voyageur qui descend tour à tour l’excavation de l’Enfer et gravit la montagne du Purgatoire, toutes deux spiralées, avant de rêver les orbes du Paradis. Or, ce que nous appelons aujourd’hui la fantasy aurait bien de la peine à nous offrir autant de merveilleux, saisissant les leviers horrifiques de la peur et ceux délicieux du ravissement, animant les fils soyeux de l’amour et du divin dans une quête fourmillante d’épreuves avec un tel sens de la poésie et de la spéculation philosophique. Aussi le pittoresque échevelé de la vision peut-être appréhendé avec un rare bonheur par l’athée, l’agnostique le plus rigoureux, comme un vaste et inégalable récit fantastique, comme une histoire d’amour, comme une vibration polymorphe de la poésie, comme une changeante allégorie de notre condition et des potentialités du sens de la vie. Ce qu’ont bien ressenti les dessinateurs, comme Sandro Boticelli, les peintres, comme Lucas Signorelli (sur la couverture de la traduction de René de Ceccatty), William Blake[21], ou plus contemporain, l’ébouriffant Miquel Barcelo, dont nous ne cesserons de faire l’éloge : qui eût cru qu’avec les seules et minces ressources de l’aquarelle un illustrateur, aux prises avec l’immense massif de La Divine comédie, puisse parvenir à un tel degré d’assomption picturale ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Jorge Luis Borges : « Tlon Uqbar orbis tertius », Fictions, Gallimard, 1951, p 31.

[2] La Fabrique de Dante, du 24 septembre 2021 au 28 août 2022, Fondation Martin Bodmer, Genève.

[7] Jorge Luis Borges : Neuf essais sur Dante, Œuvres complètes II, La Pléiade Gallimard, p 827, 827.

[8] Dante Alighieri : La Divine comédie, Au Bon Marché, 1906.

[9] Dante Alighieri : La Divine comédie, Le Livre Club du Libraire, 1958.

[10] Dante Alighieri : La Divine comédie, Les Libraires Associés, 1965.

[11] Dante Alighieri : La Divine comédie, Flammarion, 1985, 1988, 1990.

[12] Dante Alighieri : La Divine comédie, L’Enfer, Actes Sud, 2016.

[13] Dante Alighieri : La Divine comédie, Paris, 1846.

[14] Dante Alighieri : La Divine comédie. Illustrée par Miquel Barcelo, France Loisirs, 2003.

[16] Boccace : Vie de Dante Alighieri, Léo Scheer, 2002.

[17] Artaud de Montor : Histoire de Dante Alighieri, Adrien Le Clere et cie, 1841.

[18] Jacqueline Rsset : Dante. Une vie, Flammarion, 1999.

[19] Dante : Rimes, Flammarion, 2014.

[20] Alessandro Barbero : Dante, Flammarion, 2021.

[21] Voir : William Blake, peintre et poète mystique

 

Dante Alighieri, Jacqueline Risset, Miquel Barcelo. Photo : T. Guinhut.

 

 

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8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 08:10

 

Sestiere Cannaregio, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Eloge de Venise :

strates vénitiennes et autres canaux d’encre,

entre Philippe Sollers, Andrea Zanzotto,

Martine & Philippe Delerm.

 

 

Histoires de Venise, Sortilèges / Les Belles lettres, 1996, 356 p, 135 F.

 

Alberto Tose Fei : Veneziaenigma, Elzeviro, 2004, 398 p, 22 €.

 

Philippe Sollers : Dictionnaire amoureux de Venise,

Plon, L’Abeille, 2021, 496 p, 12 €.

 

Andrea Zanzotto : Venise, peut-être,

traduit de l’italien par Jacques Demarcq et Martin Rueff,

Nous, 2021, 144 p, 16 €.

 

Martine Delerm & Philippe Delerm : Fragments vénitiens,

Seuil, 2021, non paginé, 29 €.

 

 

 

 

En forme de poisson depuis le ciel, Venise est un mirage de beauté réalisé, ville de mer, de canaux et de miroirs, de palais gothiques et d’églises baroques, de coupoles et de piazzas. Belle même dans sa décadence, dans ses ocres crépis pourris. Choyée par les écrivains, du Président de Brosses à Philippe Sollers, en passant par Giacomo Casanova ou Thomas Mann, Venise ne cesse de fasciner, d’interroger. Au travers d’une anthologie, retrouvons-là sous la plume des écrivains, et parmi le Dictionnaire amoureux de Philippe Sollers. Mais au-delà de ces strates historiques, fantasmatiques et esthétiques, un grand poète italien contemporain, Andrea Zanzotto, dans Venise, peut-être, vient confronter l’imagerie vénitienne à son présent, parfois plus grinçant, tandis que Martine Delerm préfère l'ocre des détails vénitiens.

 

Plutôt que de s’aventurer - au risque de s’égarer - dans une pléthorique bibliothèque consacrée à Venise, tant d’historiens que d’écrivains, voici une précieuse anthologie. Certes, elle ne s’ordonne ni par ordre chronologique, ni alphabétique, ni genre littéraire et l’on ne sait quelle pensée, faute de préface, a présidé à l’ordonnancement de ces Histoires de Venise, dont les textes ont été réunis par Sébastien Lapaque. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit là d’un efficace passe-partout afin de découvrir le passé et l’imaginaire de la ville.

Rétablissons si possible un cheminement chronologique où le poète Joachim du Bellay a la primeur en moqueur patenté, faisant allusion aux noces du Doge avec la mer : « Mais ce que l’on en doit le meilleur estimer, / C’est quand ces vieux cocus vont épouser la mer, / Dont ils sont les maris et le Turc l’adultère ». Honoré de Balzac, d’ailleurs, nous promet le « trésor » des Doges, dans sa nouvelle Facino Cane. Les poètes comme Théophile Gautier célèbrent avec jubilation une « Venise [qui] pour le bal s’habille. / De paillettes tout étoilé, / Scintille, fourmille et babille / le carnaval bariolé ». Ou bien Alfred de Musset qui chante le crépuscule : « Dans Venise la rouge, / Pas un bateau qui bouge, / Pas un pêcheur dans l’eau, / Pas un falot » ; alors que lui répond non sans ironie son amante George Sand qui observe goulument les types d’hommes vénitiens. Le romancier Italo Svevo préfère quant à lui l’éloge de la gondole et de sa lenteur.

Pour notre bonheur nous n’échappons pas à la mélancolie sublime de La Mort à Venise de Thomas Mann, dans laquelle Aschenbach meurt pour être resté trop longtemps dans la ville empestée de choléra, afin de contempler le bel adolescent Tadzio. Ni au personnage d’Henry James qui mange des glaces au café Florian face à Saint Marc et « son hérissement de broderies », dans Les Papiers de Jeffrey Aspern. Quoique Marcel Proust, dans La Fugitive, soit peut-être ici notre préféré, aimanté par « l’Ange d’or du campanile », non sans explorer la Venise « des humbles campi, des petits rii abandonnés » ; c’est ainsi qu’il magnifiait ce « haut-lieu de la religion de la beauté ». En donnant un pluriel à Venises, Paul Morand sait que « les canaux de Venise sont noirs comme de l’encre ; c’est l’encre de Jean-Jacques, de Chateaubriand, de Proust ». Il va du « péristyle d’un théâtre ferroviaire mussolinien » au « défilé triomphal sur le Grand Canal », bien que moins glorieux y soient les prostituées et les « pédérastes ». Et si avec l’arrivée nocturne d’Yves Bonnefoy la mer y est noire, l’eau est d’un « vert d’absinthe ». Laissons le dernier mot, un rien hyperbolique, à Michel Butor, qui découvre là « une histoire du monde en abrégé ».

La richesse de l’Histoire, l’énigme de la beauté, la splendeur de l’art et la mélancolie d’une ville menacée par le temps n’en finissent pas d’émouvoir et d’inspirer les écrivains, comme une nécessité de trouver à la vie un sens précieux devant le temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre mosaïque littéraire, cette fois sous la plume unique d’Alberto Toso Fei, saura ravir celui qui lit l’Italien : Veneziaenigma. À la recherche de l’essence de Venise, ce sont là treize siècles de chroniques, de mystères, de curiosités, entre Histoire et mythe, « tesselle après tesselle ».  En une cartographie divisée en six promenades documentées, les six quartiers de la ville livrent leurs entrées évidentes et secrètes, leurs signes et leurs allégories. Les statues, églises et palais de l’Histoire côtoient les traditions populaires, les contes et légendes témoignent ainsi de l'ancienne splendeur et de la puissance de la Sérénissime. Elégamment mis en page, le volume est de plus judicieusement illustré de photographies en noir et blanc, non pour décliner les clichés grandioses, mais éclairer des détails curieux, des points de vues étranges, des ombres et des lumières architecturales intrigantes. Avec tant de canaux et d’âmes lumineux et ténébreux, il n’est pas étonnant de trouver un « pont du diable », un « hôpital des putains », une gueule de pierre destinée aux dénonciations secrètes[1] », une « dame en noir », le « vampire du Rio Morto », ce parmi les strates historiques, politiques et économiques de l’édification d’une ville en songe, d’une utopie…

 

Canale grande e Basilica di Santa Maria della Salute, Venezia.

Photo : T. Guinhut.

 

Romancier controversé, successivement maoïste et pape des revues Tel Quel et L’Infini,  Philippe Sollers[2] est un lyrique invétéré, un fidèle enthousiaste de la cité des Doges. De page en page, au gré d’une érudition ailée, il n’a de cesse de convier le lecteur dans ses enthousiasmes et ses enchantements. Forcément fidèle au principe de la collection « Le dictionnaire amoureux » - qui parcourut des sujets aussi divers que la Bretagne, le rugby ou Mozart - il se joue de l’ordre alphabétique avec brio, du musée de « l’Academia » au quai des « Zattere ».

L’on s’en serait douté, les écrivains licencieux ont ici une place privilégiée : le politique Arétin, redoutable pamphlétaire, Baffo, « homme d’Etat et poète pornographique », Casanova, séducteur impénitent, qui s’échappa de la prison des « Plombs » au-dessus du Palais ducal. Sensible à la « liberté et à la licence » qui règnent ici, Charles de Brosses fait un éloge appuyé des architectures de Palladio, des courtisanes et des religieuses qui chantent les œuvres du prêtre roux : Vivaldi ; et peut-être plus de Claudio Monteverdi : « Place à la splendeur », ajoute notre essayiste. Des souvenirs plus désastreux surgissent, comme celui de Bonaparte qui, expéditif tyran, fit en 1797 détruire l’Arsenal et livra Venise à l’Autriche, d’où la décadence politique et économique qui s’en suivit…

Célébrés sont les peintres : Bellini, qui « peint comme il prie », à la fois « des Vénus nues et des Assomptions volantes », Tintoret à San Rocco, Tiepolo aux fresques lumineuses et dansantes, Canaletto et ses vedute, la « souveraineté » de Titien, les architectures presque abstraites et le « soir d’or » de Turner… Mais aussi, passage obligé, les églises et pardessus tout l’octogone baroque à coupole de la Salute, les palais, comme la Ca d’Oro, « fruit du gothique fleuri oriental », la basilique Saint-Marc et le Campanile. Indubitablement le guide touristique est autant didactique que poétique.

Comme s’identifiant aux écrivains qui ont été éblouis par Venise, Philippe Sollers vibre avec Chateaubriand, avec Da Ponte librettiste de Mozart, avec le dramaturge Goldoni, qui a sa statue dans le quartier San Marco, Goethe l’européen… L’on y croise Hemingway et son colonel amoureux d’une jeune comtesse et pratiquant des caresses intimes dans une gondole. Henry James est lui, hélas, traité à la va-vite. Les ombres de Nietzsche, écrivant les aphorismes lumineux d’Aurore, et de Wagner mourant s’opposent. « Au fond, deux visions de Venise, s’affrontent presque constamment. L’une bonapartiste et germano-autrichienne (thèse de l’effondrement inéluctable), et l’autre, éblouie, française (paradis et résurrection, Proust, Manet, Monet) ». C’est un peu réducteur, schématique, mais parlant.

Notre panégyriste n’ignore pas que, ville de l’imprimerie florissante, Venise abrita, autour de l’an 1500, le célèbre imprimeur humaniste Alde Manuce[3], qui fit tant pour le rebond des lettres grecques et latines.

 

 

Loin de se complaire dans le passé, Philippe Sollers fait un éloge vigoureux de la cantatrice Cecilia Bartoli. Ce qui ne l’empêche de jeter un œil caustique sur le carnaval d’aujourd’hui : « faux, parodique et grimaçant », « du bruit, de la laideur, des masques empilés sur des masques ». Egalement sur Régis Debray, celui qui « se dévoue pour cracher sur Venise[4] », ou encore « un frustré de la politique et de l’Histoire, un grand blessé du plaisir, de la littérature et de l’art ». Le blâme n’y va pas de main morte, y compris lorsque le pesant Heidegger fait une halte dans la Sérénissime sur le chemin de la Grèce, en ratant notre ville préférée...

Philippe Sollers aime les énumérations, celles des bateaux, aux origines cosmopolites, les chroniques historiques et biographiques, les citations abondantes (y compris les autocitations), de strophes entières de Byron par exemple. Faut-il lui pardonner de consacrer à lui-même une notice, entre Sartre et Stendhal ? C’est ainsi qu’il mêle le genre du commentaire subjectif, voire sentimental, avec celui de l’anthologie.

Avis aux esprits lourds, aux insensibles, au panurgisme touristique, à la menace d’une « Exposition universelle » : « Être là est un art », affirme à bon droit Philippe Sollers. Et même si ce livre est marqué d’un rien d’autosatisfaction, voire de narcissisme en sa « chambre » d’écrivain avec vue vénitienne, il est écrit comme au rythme d’un incessant poème en prose, il est à picorer au hasard des lettres et des lieux, des écrivains, des peintres et des musiciens, de l’irremplaçable Claudio Monteverdi, baroque « chant du phénix », jusqu’à Stravinski et ses cantiques modernistes. Venise est en somme une ville posée sur un miroir dont l’autre nom devrait être en toute évidence et magnificence : l’art.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est bon de renouveler son regard grâce à la plume incisive d’un poète vénitien qui collabora en 1976 avec Fellini à l’occasion de son Casanova : Andrea Zanzotto (1921-2011). L’auteur de la forêt de métaphores intitulée La Galatée au bois[5], qu’il publia en 1978, est natif de Pieve di Soligo, qu’il ne quitta guère. Pour être ancré au nord de la Vénétie, aux pieds des premières montagnes des Dolomites, il n’en est pas moins attentif à la précieuse Sérénissime, où se déclinent splendeur précieuse et décadence morbide. Elle n’est pas qu’un miracle de l’Histoire, une ambition esthétique accomplie dans l’écrin de sa lagune, mais elle est ancrée dans sa région, entre la plaine populeuse, ses « tours infernales de l’industrie », et les crêtes où s’affrontèrent l’Autriche et l’Italie pendant la Première guerre mondiale, puis les fascistes, nazis et partisans pendant la Seconde. Elles sont également pour Zanzotto, qui lui-même participa à la Résistance antifasciste, l’écho du Mont Ventoux escaladé par Pétrarque au XIV° siècle.

La topographie vénitienne urbaine repose sur sa boue, sur les pieux que l’on y planta pour faire surgir palais et ruelles, canaux et églises, « servant de base et de socle à l’épanouissement des monuments » : tout l’or de l’art. Il est cependant aujourd’hui  nécessaire de « se laver de la faute de se sentir dans un des centres mondiaux de l’aliénation touristique ». Pourtant, même à l’occasion du carnaval, moment d’utopie luxueuse et sensuelle, qui fait également preuve de contre-culture, « tout n’est pas muséifié ». Ressurgissent à cette occasion le compositeur d’opéra Vivaldi, le dramaturge Goldoni, le poète licencieux Baffo. Reste à percevoir combien parmi la lagune, « La nacre la plus pure se fond dans les irisations équivoques des rejets industriels ». La ville est un palimpseste auquel prédispose l’écriture stratifiée d’Andrea Zanzotto.

C’est hélas une « Vénétie qui s’en va », dont le territoire est « mangé par la lèpre », dont les dialectes tombent en désuétude. La dimension élégiaque est prégnante. D’autant qu’il est bien difficile de se loger dans ce qui fut « un monde pictural prodigieux », où le bâti devient exponentiel : « Il s’est produit une damnation de cette mémoire territoriale millénaire », face aux paysages éternels des peintures de Giorgione et de Titien. Or « la poésie est concernée par cette prolifération de contradictions à laquelle s’est réduite notre réalité la plus concrète ».

Plus au sud, vibrent les « collines Euganéennes » dont les paysages sont également surchargés de mémoire, « concrétions ou archipels de lieux » chantés depuis l’Antiquité, refuge de la poésie lyrique occitane et de Pétrarque, puis romantique avec Ugo Foscolo. Ainsi les lieux sont des rêves, ce que souligne le « peut-être » du titre. Le reportage topographique devient défilé d’images mentales.

Hélas encore « le visage ancien des villes se trouve presque partout défiguré, les campagnes sont infiltrées par une espèce de tissu urbain effiloché qui prolifère avec ses constructions amorphes ». Nostalgique et toutefois curieux de comprendre ce qui évolue et déborde la signification, tel est l’écrivain, qu’il évoque Nino, un ami vigneron, ou le mariage de la ville aquatique avec la mer.

Ce recueil de proses intensément poétiques, voire férocement réalistes, égrène des textes parus entre 1964 et 2006. On ne le lira pas comme un prospectus régionaliste usé de clichés, un dépliant touristique tapageur, mais en emblème contrasté auquel ne manquent pas les images - au sens métaphorique du terme - en fait une méditation lyrique et inquiète sur les destins des espaces.

 

 

Plutôt que de vastes panoramas, Martine Delerm & Philippe Delerm ont choisi leurs Fragments vénitiens. L’on ne cherchera pas en cet album à l’italienne les grands canaux et palais prestigieux, les musées et les églises, tout ce qui fait la gloire touristique de la Sérénissime. L’écrivain, au moyen d’une dizaine de petites proses comme autant de chapitres, et surtout la photographe (une affaire de famille donc) vont puiser parmi l’infinie palette de détails offerts à qui sait regarder hors des avenues du cliché cartepostalesque. Ce sont surtout les ocres, des pierres et des crépis, ce dont témoigne la couverture. « L’effritement », « les dégradations sublimées », telles sont les émouvantes marques du temps de la lagune et de sa ville historique. Philippe Delerm ponctue l’ouvrage avec une douzaine de petits poèmes en prose, célébrant le rouge du marché aux poissons, « la lumière qui tournoie », un « contrejour sur le miroitement », et « des couleurs encerclées d’eau ». Aux murs, arcades et graffitis répondent les reflets mobiles dans les canaux, alors que les ombres découpent une intensité lumineuse frappante. Une chaine, une affiche, des linges, des volets verts, des mousses, des boites aux lettres et des lettrages, et surtout une acuité réelle du regard de la photographe, que l’on devine, avisée, avoir longtemps été à l’affut. Une paix délicieuse se dégage de ce bel ouvrage.

 

« Une république fameuse, longtemps puissante, remarquable par la singularité de son origine, de son site et de ses institutions, a disparu de nos jours, sous nos yeux, en un moment[6] » ; ainsi Pierre Daru, à l’orée du XIX° siècle, inaugurait sa monumentale Histoire de la république de Venise en neuf volumes. Elle ressuscite cependant sans cesse au moyen de la grâce de son architecture marmoréenne, ocre et aquatique. À la fois un mirage vivant d’eau et de ciel et un rêve minéral, Venise est la cristallisation de l’art dans le temps, sinon éternel du moins solide, éclairée par les reflets mouvants des bateaux colorés, des palais et de leurs fenêtres à arcades, de leurs portes mystérieuses donnant sur une eau obscure, dont les reflets mouvants capturent des blasons picturaux.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Zanzotto a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2021

 

[4] Régis Debray : Contre Venise, Gallimard, 1995.

[5] Andrea Zanzotto : La Galatée au bois, Arcane 17, 1986.

[6] Pierre Daru : Histoire de la république de Venise, Firmin Didot 1853, p 1.

 

Rio dei Greci, sestiere San Marco, Venezia. Photo T. Guinhut.

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 15:21

 

Piz dles Conturines, San Cassiano, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Erri de Luca, justicier politique discutable

et sculpteur de romans :

Impossible, La Nature exposée.

 

 

Erri de Luca : Impossible, traduit de l’italien par Danièle Valin,

Gallimard, 2020, 176 p, 16,50 €.

Erri de Luca : La Nature exposée, traduit de l’italien par Danièle Valin,

Gallimard, 2017, 176 p, 16,50 €.

 

 

 

Parmi les monstrueuses faces rocheuses des Conturines va se jouer un drame. Cette montagne calcaire, culminant à 3064 mètres, s’élève au-dessus de San Cassiano, dans les Dolomites, soit le Südtirol italien. En ces parages redoutables, le romancier italien Erri de Luca situe le point névralgique de sa quête de justice, tandis qu’à cet Impossible répond une autre quête, celle à la fois artistique et théologique vibrante dans les pages de La Nature exposée.

 

S’il distingue une chute lointaine dans la paroi, le narrateur se voit contraint de tomber dans les rets de la Justice, et entre les mains d’un magistrat vindicatif. Pourtant nulle relation causale entre cette dégringolade et la présence de l’alpiniste témoin, si l’on en croit l’homme d’âge mûr qui doit assurer sa défense. Seul le magistrat rapporte cette mort accidentelle à une coïncidence « impossible », à la présence simultanée des deux amateurs de montagne qui ne sont pas inconnus l’un à l’autre, quoique le narrateur n’en ait rien su, sauf d’avoir vu dévaler une silhouette et d’avoir ensuite appelé les secours ; du moins s’il doit être considéré comme fiable. Car une vieille querelle politique les enlace.

Voilà un homme venu de « la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire d'Italie ». Accusé d'être le meurtrier d’un de ses anciens camarades parmi une organisation révolutionnaire armée, que l’on devine être (même si elle n’est jamais nommée) les Brigades rouges. Car ce dernier fut un Judas, dénonçant à la police ses pairs, afin de bénéficier non seulement d’une réduction de peine mais aussi d’une remise en liberté. Face à ce juge résolument convaincu de sa culpabilité, de sa préméditation et de son meurtre de sang-froid, il se doit d’argumenter : un tel assassinat est « impossible », pour reprendre le titre laconique. Non sans faire face au lecteur, qui a du mal à éprouver de l’empathie pour un tel personnage calculateur et glacé, alors qu’il ne regrette pas un instant son activisme en faveur de mouvements politiques terroristes d’extrême-gauche.

La rigueur de la composition romanesque s’impose au moyen de l’alternance des questions et des réponses de l’interrogatoire, comme saisies par un greffier, et les méditations du narrateur, isolé dans une cellule, se remémorant ses années de prison pour son engagement politique affilié à une organisation terroriste, dont il a le front de ne rien regretter. Certes ne pas trahir ses convictions parait une vertu, mais quand il s’agit d’un tel entêtement en faveur d’une entité révolutionnaire et mortifère, le vice est avéré, ce qui empêche d’adhérer à un personnage aussi sûr de lui.  L’avancée du suspense, mais aussi, paradoxalement, la détermination, la résistance de l’accusé devant le pilonnage abusif, dénué de toute neutralité objective du réquisitoire du Juge d’instruction, usant de plus de mauvaise foi en paraissant pactiser avec son adversaire et se laisser persuader par ses valeurs attachées à la pratique de la montagne, tout cela parvient à convaincre et enserrer le lecteur, qui n’en éprouve guère plus de confiance en la Justice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le huis-clos ne s’éclaire que grâce aux souvenirs de l’emprisonné, aux lettres émouvantes écrites à son « Ammoremio » à sa sérénité inattaquable, tout ce qui ne peut manquer de susciter une admiration soumise à caution. Campés avec une redoutable sûreté psychologique, les deux protagonistes, appartenant à deux camps radicalement opposés, combattent chacun pour leurs valeurs. Si le Juge doit se résoudre à relâcher sa proie, faute de la moindre preuve, il ne croit pas aux coïncidences. Ainsi la caractérisation psychologiques de deux caractères forts opposés en un réquisitoire et une plaidoirie implacables, font de ce bref roman une réussite taillée dans le vif et le roc, affrontant deux générations, le vieux routard des combats rouges et du solide argumentaire sans fard, et le jeune magistrat imbu de sa fonction. Non loin par moment d’une construction théâtrale, à l’instar des Justes d’Albert Camus.

Est-ce une histoire de vengeance contre « un homme vivant avec le poids d’une infamie qui l’a laissé indemne lui et qui a détruit les vies des autres pendant des dizaines d’année », alors que celui qui prononce ce discours a lui-même contribué à un terrorisme qu’il tait ? Est-ce un acte manqué, de jubilation, une charge polémique contre la Justice ? En tous cas il s’agit d’un bel et troublant apologue, bien peu manichéen, dont la lecture sans accrocs laisse imaginer bien des morales politiques, contradictoires, complaisantes, car aucun des deux ne peut être l’allégorie la Justice. Avec une rare pertinence se glisse également une réflexion sur le langage : « La langue est un système d'échange comme la monnaie. La loi punit ceux qui impriment de faux billets mais elle laisse courir ceux qui écoulent des mots erronés. Moi, je protège la langue que j'utilise ». C’est ce qui permet à l’homme d’expérience de mener haut la main le duel oratoire. Reste au lecteur à se ranger du côté du prévenu ou de le désavouer.

Nous ne bouderons pas notre plaisir en découvrant une éthique de la montagne ici à l’œuvre : « Je cherche des endroits difficiles, en dehors des sentiers battus, pour me sentir à l’écart du monde ». Ne doutons pas qu’il s’agit là d’une métaphore intellectuelle et politique, qui n’est pas sans parenté avec une éthique politique forte, quoique d’un bord éloigné, celle du Traité du rebelle ou le recours aux forêts[1] et de la figure de l’« anarque », dans Eumeswill[2], d’Ernst Jünger. Aussi, retrouvant la liberté, retourne-t-il parmi les vires du Val Badia : « Je me suis aperçu que mon souffle s’était mis à chantonner ».

 

Santa Maria Gloriosa dei Frari, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Une fois de plus, le Val Badia, dans le nord des Dolomites, est le théâtre déclencheur de cette histoire, même si La Nature exposée déplace son action de la montagne à la mer. Ce « récit théologique » met en avant un vieux sculpteur, plus exactement réparateur de sculptures. « La montagne est mon hospice », dit-il, mais aussi le théâtre de son activité, rémunérée pour ses camarades, bénévole pour lui, de passeur de migrants parmi une frontière escarpée, que l’on devine être celle de l’Autriche. L’un d’eux, devenu écrivain, raconte son passage et rend célèbre notre homme, qui s’en dédie : « la célébrité est une dérision ». Ce pourquoi, désavoué par les siens, il doit quitter le village. Dans un autre village au bord de la mer, l’attend un crucifix de marbre digne de la Renaissance, dont il faut ôter le drapé superfétatoire et révéler la « nature ». Mais si sur une photographie ancienne se révèle « un début d’érection », faut-il être fidèle à l’intention de l’artiste ? Pourtant sa nature n’est-elle pas celle du pardon ? De plus « l’ébauche d’érection est le détail le plus émouvant de toutes les images chrétiennes ». Mais « en retrouvant l’original le scandale est assuré », assure l’évêque, cependant confiant dans les qualités de l’artiste, du restaurateur, et du sacré…

Devant ce corps à la souffrance puissante s’offre une révélation, celle de la compassion : « C’est l’effet que doit produire l’art : il dépasse l’expérience personnelle, il fait atteindre des limites inconnues au corps, aux nerfs, au sang ». Le travail de restauration est un véritable soin, une attention à la nature humaine, une ascèse et une révérence, tant envers la souffrance du crucifié qu’envers la beauté. La partie détruite doit être de nouveau sculptée, et « c’est une œuvre en soi et non une partie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le récit prend encore plus d’épaisseur à l’occasion de retours en arrière, lorsque l’épouse du narrateur s’efforçait de faire de lui un artiste, de l’exposer ; lui préférant l’humilité : « elle dit qu’elle avait vécu avec un artiste et qu’elle ne voulait pas vivre avec un contrebandier ». Des rencontres, une femme attentive, un drame et une réconciliation en montagne, un rabbin, qui découvre en ce détail anatomique « la réhabilitation du serpent », ponctuent l’avancée du travail, enrichie par de sagaces réflexions sur l’art, chrétien et païen. Laissons au lecteur la découverte de la chute de ce beau récit, surprenante et éclairante…

Hélas la naïveté d’Erri de Luca, voire l’aveuglement volontaire, se fait jour non seulement vis-à-vis des migrants apparemment innocents, mais aussi lorsqu’un pêcheur rapporte un livre trempé qu’il donne à un ouvrier algérien : un Coran, que ce dernier baise et qui suscite ce commentaire du narrateur : « Je dis qu’un livre sert de porte-bonheur, de compagnon de voyage, d’ange gardien ». Certes, mais c’est se méprendre sur la réalité d’un tel livre saint, au contenu génocidaire avéré[3]. Si les connaissances bibliques de l’auteur sont solides, celles coraniques laissent pour le moins à désirer…

 

L’œuvre d’Erri de Luca, né à Naples en 1950, est prolifique. Outre son goût pour la montagne, son passé de militant politique, qu’il est permis de trouver discutable, permet de lire, toute proportions gardées, Impossible, comme un avatar du roman autobiographique. Communiste dès seize ans, il glisse vers l’anarchisme et devient un dirigeants de « Lotta continua », sans passer à la lutte armée. Sa vie de modeste ouvrier s’éclaire avec l’étude de la Bible et de l’hébreu, avant qu’il devienne écrivain et passionné d’alpinisme. Altermondialiste patenté, donc anticapitaliste, il est accusé d’incitation au sabotage contre la ligne de train grande vitesse Lyon Turin et relaxé en 2015. Tous ces éléments trouvent leur trace, voire leur acmé, dans une œuvre d’abord autobiographique, puis plus romanesque, parmi une trentaine de titres chez nous traduits avec la plume attentive de Danièle Valin. Les prix littéraires ne lui ont pas manqué, comme celui au nom d’Ulysse en 2013. Entre d’une part luttes politiques dans la lignée marxiste et anarchiste, certes comptables de controverses et analyses polémiques[4], et d’autre part  culture judéo-chrétienne et goût pour l’art, Erri de Luca a bien mérité du Prix Européen de Littérature, encore en 2023. Il est tout de même assez frappant de constater que tant d’intellectuels, à l’instar de ce romancier au talent insigne, nonobstant leur sincérité pour la cause des ouvriers opprimés et des réfugiés instrumentalisés, n’entendent pas la raison libérale pour y préférer un tropisme vers des solutions totalitaires ; ce que n’a pas manqué de pointer Friedrich A. Hayek dans Les Intellectuels et le socialisme[5].

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Ernst Jünger : Le Traité du rebelle ou le recours aux forêts, Christian Bourgois, 1951.

[2] Ernst Jünger : Eumeswill, La Table ronde, 1978.

[5] Friedrich A. Hayek : Les Intellectuels et le socialisme, University of Chicago Law Review, 1949.

 

Piz Sella, Val Gardena, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:22

 

Notre-Dame la Grande, XI° siècle, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 


Vita nuova et Rimes

 

du Banquet d’amour et de sagesse

 

par Dante Alighieri.

 

 

 

 

Dante : La Vita nuova et autres poèmes, traduit de l’italien par René de Ceccatty,

Points, 2019, 276 p, 11 €.

 

Dante : Rimes, traduit de l’italien par Jacqueline Risset,

Flammarion, 2014, 416 p, 25 €.

 

Dante : Le Banquet, traduit de l’italien par René de Ceccatty,

Seuil, 2019, 324 p, 24  €.

 

 

 

 

      Que l’amour s’éveille, une vie nouvelle s’élève… Dante pourrait être considéré comme le premier poète, sinon le seul, qui a porté l’éros jusqu’à son sommet spirituel le plus inatteignable. En effet, de La Vita nova à La Divine comédie[1], la femme aimée et intouchée passe du statut d’égérie intérieure à celui d’initiatrice au-devant de la divinité, puisqu’au-delà de l’enfer et du purgatoire, Béatrice guide le poète parmi le paradis. Héritier des troubadours[2] et précurseur de Pétrarque[3], le poète parcourt les degrés qui vont de la sensualité à la sainte béatitude. De nouvelles traductions de La Vita nuova et des Rimes viennent ranimer la beauté d’une littérature fondatrice venue du XIV° siècle, ne serait-ce que parce qu’écrite en langue vulgaire, le toscan, et non plus en latin, il s’agit là du creuset de la langue italienne. Plus rarement traduit, encore une fois avec le talent de René de Ceccatty, Le Banquet convie à d’autres nourritures spirituelles, celle de la sagesse.

 

      Indispensable prélude à La Divine comédie, La Vita nuova joue sur les cordes alternées de la prose et du vers. L’œuvre de Dante Alighieri (1265-1321) se situe bien évidemment dans la tradition du dolce stil nuovo, mais à l’anecdote amoureuse - de la rencontre à la mort de Béatrice Portinari en 1290 - s’ajoute une réelle altitude philosophique, la poésie se devant d’être allégorique, mais aussi éducation à la mort et manuel théologique.

      C’est à juste titre que sont célèbres l’incipit et l’excipit de La Vita nuova. D’abord une belle formule pré-proustienne, « cette partie du livre de ma mémoire, avant laquelle il n’y avait pas grand-chose de lisible » ; enfin cette prometteuse annonce : « j’espère dire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune femme », c’est-à-dire non seulement la vigilante présence de Béatrice au paradis dantesque, mais sa fonction de subtile théologienne. Car cette « vie nouvelle », outre l’initiation à l’amour vrai, est celle de la transcendance et de la révélation du divin. Il n’en reste pas moins que la dame de ses pensées est bien réelle, nous n’en aurons pour preuve que la discrétion dont il l’entoure, grâce à de fugitives « dames-écrans », ainsi qu’une « noble dame » qui veille aux pleurs du poète après la mort de Béatrice. Celui qui fut également traducteur du japonais rappelle dans sa préface qu’un tel procédé est utilisé dans le Genji monogatori de Murasaki Shikibu au XI° siècle.

      À la différence de Pétrarque, la poésie trouve son commentaire dans la prose, en une sorte de métapoétique fort moderne, à moins que sonnets et ballades constituent la quintessence achevée du receuil. Le procédé trouvera plus tard sa pleine puissance et subtilité dans Le Banquet.

 

 

      La « dame glorieuse » et « très jeune angelotte »  apparait vêtue de « rouge sang » ; elle suscite des rêves érotiques et surtout symboliques, ce que le récit doit sublimer en un sonnet qui scella l’amitié du poète avec Cavalcanti :

« Joyeux me semblait Amour en tenant

Mon cœur dans la main, portant dans ses bras

Madame endormie dans les plis d’un drap. »

      « Bataille d’amour », « science de l’amour », tout s’accorde avec les pleurs, surtout quand une vision prémonitoire accable le poète : « Amour dit : « Je ne te le cache plus : / Viens contempler notre dame qui gît ». Car bientôt elle « s’en est allée / Au monde digne de son excellence ». L’aventure sentimentale autant que spirituelle s’achève dans une préfiguration de La Divine comédie :

« Au-delà de la sphère, aux cercles larges,

Monte le soupir que mon cœur exhale.

L’intelligence nouvelle qu’Amour

En pleurant place en lui l’attire en haut ».

      Outre l’intelligence de la perception du texte (sans omettre les notes aussi claires qu’érudites), René de Ceccatty sait pertinemment que l’on ne peut traduire la poésie en faisant fi des vers et du mètre. Aussi c’est avec bonheur qu’il use du décasyllabe, voire de l’heptasyllabe (quoique non rimés), comme le feront plus tard les poètes de la Pléiade et Ronsard, rendant plus musicale et touchante la part lyrique et autobiographique, sans oublier celle onirique. Nul doute que, par-delà les siècles, l’émotion du poète est celle du traducteur et, cela va sans dire, celle du lecteur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Moins connues, les Rimes ne sont pas un recueil à proprement dit, au contraire de La Vita nova ; mais une collection des poèmes épars de la jeunesse du Florentin, entre 1283 et 1308, et inégaux, dont on choisit parfois d’écarter ceux dont l’attribution reste délicate. Chansons, sonnets et ballades usent parfois de formules empruntées, voire alambiquées, venues de la tradition des troubadours, de traditionnelles joutes poétiques, d’argumentations rhétoriques. Quelques pages sortent néanmoins du lot, comme celles des « pierreuses » :

Semblablement, cette femme inouïe

Se tient gelée comme la neige à l’ombre :

Ne l’altère pas, pas plus qu’une pierre,

Le doux temps qui réchauffe les sommets. »

      Ce qui devient, sous la plume de Jacqueline Risset :

« Semblablement cette nouvelle dame

Reste gelée comme neige dans l’ombre :

Et jamais ne s’émeut plus que la pierre

Au doux temps qui tiédit les collines ».

      Outre les « dialogues » avec d’autres poètes, se détachent également un portrait satirique de l’avare (chanson 46) ou la finesse psychologique et esthétique de la cinquantième chanson : « Car si elle écoutait mon cri du cœur / La pitié rendrait moins beau son visage »…

      Ce pourquoi il faut remercier René de Ceccatty et Jacqueline Risset d’avoir ajouté à leurs immenses traductions, audacieuses, coruscantes et suaves, de la Divine comédie[4], cet ensemble de près de quatre-vingts poèmes ; même si la traductrice (qui nous a quittés en 2014) choisit en son édition bilingue de manier le décasyllabe mais aussi le vers libre et d’oublier la rime, au sens de la contrainte phonique en fin de vers ; car le mot « rime » signifiait au Moyen-Âge poème…

 

 

      « S’agit-il, dans tel ou tel poème, de Béatrice, ou d’une anti-Béatrice, ou d’une pargoletta, quasi-fillette interchangeable (Fioretta, Violetta, Lisetta), ou bien d’une cruelle inconnue aussi dure que la pierre, ou encore d’une pure allégorie : « Dame Philosophie » ? Ainsi Jacqueline Risset présente-t-elle avec une séduisante pertinence ces variations amoureuses. Peut-on dire qu’ici Dante est philosophe ? ll l’est certainement plus dans La Divine comédie. Pourtant une éthique de l’amour se fait jour dans ces Rimes, ne serait-ce qu’au moyen de l’allégorie :

« Beauté et Vertu parlent à l’esprit,

et  disputent comment un cœur peut se tenir

entre deux dames avec parfait amour.

Le source du noble langage leur répond

qu’on peut aimer la beauté par plaisir

et la vertu pour bien agir. »

      Ainsi, agents de l’ascension spirituelle, l’écriture et l’amour naissent l’un  de l’autre. Sans savoir jusqu’où l’amour serait une condition sine qua non de la poésie, ni combien écrire contribue à aimer, à travers la palette des émotions et du talent stylistique :

« Chanson, qu’en sera-t-il de moi dans l’autre

doux temps nouveau, quand pleut

amour sur terre de tous les cieux,

puisque durant ce gel

amour n’est qu’en moi, et non ailleurs ?

Il en sera ce qu’il en est d’un homme de marbre

si en jeune fille est un cœur de marbre. »

      Cependant, tout, en ce recueil, n’est pas redevable du Dolce Stil Nuovo : d’une part la section dite « tenson avec Forese », où cette dernière a froid au point de dormir « en chausses », qui ne mâche pas son comique et son obscénité ; d’autre part les rimes « pierreuses », dédiées à une Madona Pietra, écrites en « parler âpre » : « si belle qu’elle aurait inspiré à la pierre / l’amour que j’ai même à son ombre ». La dureté, la violence de l’amour s’opposent radicalement à l’angélisation, donc sans naïveté ni fadeur, de celle qui est « à la cime des mes pensées », ce qui est évidemment une image de cette absolue idéalisation amoureuse, matrice d’illusions, qui nourrira le lyrisme romantique.

 

 

      Troisième œuvre dantesque rédigée en italien, entre 1297 et 1314, soit au temps de la composition de La Divine comédie, placée sous l’égide du « désir de savoir », Le Banquet ouvre chacune de ses trois parties à la faveur d’autant d’apéritives chansons d’amour. L’on devine qu’elles ont une dimension allégorique et que leurs saveurs seront intellectuelles : après la passion fervente de La Vita nuova, la tempérance et la maturité de la pensée. Si l’on hume l’allusion au fameux Banquet de Platon, où l’on tente de dire ce qu’est l’amour aux travers des discours de Phèdre, de Pausanias, d’Aristophane et de Socrate, il ne s’agit pas là de dialogues, mais de proses argumentatives, cependant liées aux modèles antiques d’Aristote ou de Boèce, dont La Consolation de la philosophie fournit le canevas structurel. Comme ce dernier et comme Saint-Augustin dans Les Confessions, Dante se résout, pour se justifier, à employer la première personne.

      L’œuvre didactique intitulée en italien le Convivio devait initialement présenter quinze parties. Elles ne sont que quatre, en comptant l’introduction, à avoir été achevées. Elles sont néanmoins du meilleur art de Dante, qui se révèle ici amant zélé de la sagesse. Ce « banquet » n’est pas celui des privilégiés assis à une table gourmande, mais de l’humble élève de la vertu qui a pour vocation d’instruire les princes, chevaliers et autres nobles dont la langue n’est pas le latin, considéré comme le pain de froment. Le chant est alors le mets quand la prose est le pain d’orge, quoique tout cela participe du « pain verbal » et du « pain angélique ». Et si les poèmes sont d’amour, la prose dit l’amour de cette langue vulgaire créative, sa « pertinente générosité », aussi digne d’éloge que celle de la Rome de Cicéron. C’est, dans une œuvre philosophique sévère, digne d’un moraliste, et cependant séduisante de toutes ses beautés, un tendre amour pour la langue.

 

 

      L’un des passages les plus remarquables, au début du deuxième traité - par ailleurs consacré à un commentaire sur l’amitié dans l’Ethique à Nicomaque d’Aristote - concerne la lecture des grands textes. À celle « littérale » succède celle « allégorique », « c’est ce qui se cache sous le manteau des fables » ; ensuite elle doit être « morale » et « anagogique, c’est-à-dire supersens. Et c’est quand on explique spirituellement une écriture », autrement dit en son rapport avec la vérité et l’au-delà. C’est en effet de cette façon que l’on doit lire La Divine comédie, nourrie autant des Métamorphoses[5] d’Ovide que des Pères de l’Eglise, en particulier Saint-Augustin et Saint Thomas d’Aquin. L’association de la culture antique et de la théologie médiévale est caractéristique de l’humanisme, qui cependant reste dans la perspective cosmique héritée Du ciel d’Aristote, dont Dante discute de la validité, lui préférant neuf ciels mobiles, au lieu de huit, en une démarche scientifique, évidemment pré-copernicienne, puisque dans le traité suivant il mentionne « cette boule [dont] on peut facilement voir comment le soleil tourne autour ».

      À partir de la beauté de la Dame, qui « est cette Dame de l’entendement qui s’appelle Philosophie », le troisième traité s’intéresse à la consubstantialité du beau et du vrai, dans une optique platonicienne, puis à la couleur et la vision, si fondamentale à l’occasion du voyage infernal, purgatorial et paradisiaque. La part philosophique glisse encore une fois vers la science, en particulier l’optique. C’est enfin dans le quatrième traité que Dante, au travers de La Politique d’Aristote, interroge le comment vivre en ce monde et la possibilité du bonheur humain, à partir des âges de la vie et surtout d’un parallèle entre l’Histoire romaine et l’Histoire de l’Eglise chrétienne, de façon à édifier un juste gouvernement : celui de « l’art impérial ». La dimension politique est loin d’être inactuelle, puisque Dante justifie le non-respect de lois abusives autant que la liberté individuelle. Ce qui ne manque pas d’être cohérent avec la « tenace calomnie de son exil », alors que le poète est chassé de Florence. L’on trouve ensuite un éloge de la richesse spirituelle au détriment de celle matérielle. En bon disciple de Saint-François d’Assise (ce qui justifie le choix de l’illustration de couverture) le poète ne pouvait que réprouver la cupidité. En effet, bientôt les allusions à l’Antiquité courbent l’échine devant celles bibliques. L’on ne peut que rêver aux traités que Dante projetait d’écrire ensuite, sur l’art d’aimer, puis de juger…

      Prélude intellectuel spéculatif à la dimension narrative, mais à considérer autant allégoriquement qu’anagogiquement, de La Divine comédie, Le Banquet peut se lire comme un vitrail éclairant la somme des connaissances médiévales. Notons qu’à cet égard la préface de René de Ceccatty est d’une réelle finesse philosophique, sans oublier les notes, approchant en cela la démarche herméneutique de l’essayiste et poète.

 

      En un beau triptyque, l’œuvre italienne de Dante est traduite par René de Ceccatty qui a mis toute son humilité au service de ce long travail. Gageons que s’il existe une sphère pour les traducteurs au paradis, il y aura sa place. Mais pas tout de suite ! De façon à ce qu’il nous surprenne encore. Qui sait s’il saura traduire le De Vulgari eloquentia, que paradoxalement Dante écrivit en latin pour défendre la langue vulgaire, donc du peuple, et en faire une belle langue littéraire qui deviendra l’italien. Quant au peintre, n’est-il pas également un traducteur ? C’est à la suite d’une commande qu’en 1824 William Blake peignit sa Divine comédie[6] - superbement éditée par Taschen - se consacrant en priorité à l’Enfer, vision enflammée, tournoyante, effarante, lyrique et fluide, un brin naïve, infiniment puissante néanmoins…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Dante : La Divine comédie, Flammarion, 1985.

[5] Voir : Les Métamorphoses d'Ovide et les mythes grecs

[6] William Blake : La Divine comédie de Dante, Taschen, 2017.

 

St Valentin, Versciaco / Vierschach, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 17:55

 

Saint Jean l’évangéliste à Patmos, Museo del Duomo, Milano.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Le triomphe de Pétrarque :
du Canzoniere aux Triomphes
illustrés par le vitrail de l’Aube au XVI° siècle.

 

 

Pétrarque : Canzoniere, traduit de l’italien par René de Ceccatty,

Poésie Gallimard, 560 p, 12 €.

 

Pétrarque : Les Triomphes illustrés par le vitrail de l’Aube au XVI° siècle,

traduits par Jean-Yves Masson, Diane de Selliers, 322 p. sous coffret, 195 €.

 

 

 

 

 

Vous qui en ces rimes éparses écoutez

Le son de ces soupirs dont j’ai nourri mon cœur

Au temps de ma première et juvénile erreur

Quand j’étais un autre homme enfanté du passé,

 

Où je pleure et raisonne en un style varié

Parmi vaines espérances, vaines douleurs,

Si par vécu vous connaissez d’amour l’erreur

Je veux trouver, sinon indulgence, pitié.

Mais je vois bien combien, du peuple tout entier,

Je fus la fable si longtemps et dont souvent

Je tirais grande honte envers moi tout entier.

Et de mes errements la honte est bien le fruit

Et tout le repentir et clair savoir autant,

Quand tout ce qui plait au monde est un songe enfui.

 

      C’est à la honte de votre modeste critique que d’avoir tenté cette traduction en alexandrins rimés du premier sonnet du fondateur du pétrarquisme. Broutilles en langue vulgaire, ou plus exactement « nugae » en latin, ainsi Pétrarque écartait d’un revers de manche les sonnets en italien de son Canzoniere, même s’il considérait avec plus d’indulgence ses Triomphes. Car le poète réservait à la noble langue latine ses essais humanistes, jusqu’à ses Invectives[1] et ses lettres[2]. Mais au regard de l’histoire littéraire, ses sonnets et canzones ont acquis une noblesse inégalable, qu’il était bien temps d’offrir comme il se doit au lecteur français. Le défi est relevé avec brio par René de Ceccatty qui, plus sage, traduit en décasyllabes ce que l’on n’ose appeler le Chansonnier, tant le terme est connoté. De même Jean-Yves Masson s’empare du décasyllabe pour honorer Les Triomphes, magnifiés par une illustration aussi insolite, pertinente qu’inédite, venue des vitraux de l’Aube, où trône Saint Jean l’évangéliste.

 

      Qu’est-ce que le Canzoniere ? Ce ne fut tout d’abord pas un recueil ; écrivant des pièces éparses pendant une vingtaine d’années, ce ne fut que vers 1353 que Pétrarque (1304-1374) songea réunir ses poèmes. Embrasé en 1327, dans l’église Sainte-Claire d’Avignon, par une passion soudaine et chaste pour une jeune Laure de Noves (qui serait d’ailleurs l’ancêtre du marquis de Sade) il lui restera fidèle, au-delà de la mort de cette dernière, du moins poétiquement, puisque ses aventures lui donnèrent deux enfants. Chanoine il fut pourtant, et bien entendu grand intellectuel humaniste[3].

      Laure est l’aura, soit l’inspiration poétique, l’oro, soit l’or, et il lauro, soit le laurier d’Apollon et du poète. L’on se doute qu’une telle polysémie se prête aux jeux de langue et de sens. Si elle est blonde beauté physique, elle est aussi l’allégorie de la retenue, quoique parfois intentionnellement séductrice, et la muse poétique indispensable, sans omettre la beauté spirituelle, quoiqu’elle soit bien plus humaine que la Béatrice de Dante. Trois cent cinquante et un sonnets, une poignée de madrigaux, ballades, chansons et sizains, lui sont exclusivement consacrés, allant de l’amour profane à l’amour sacré, « En liant l’idylle à l’hymne mystique ». Hélas, au sortir du sonnet 263, se clôt le cycle « En vie de Madame Laure », pour basculer ensuite « En mort de Madame Laure », car en 1343 la peste eut raison d’elle. En conséquences les amères lamentations se font plus noires, voire morbides tourments, sans céder aux trop faciles anecdotes de l’autobiographie.

 

 

      Qui eût pensé que dans la même collection Poésie/Gallimard la précédente traduction du Canzoniere, par  Gramont, date de 1842 ? Pire elle était en prose, certes passable, mais bien peu musicale. Il faut cependant mentionner une belle réalisation bilingue, en alexandrins rimés, par Jacques Langlois[4], en 1936, qui ne compte hélas que trois cent dix-huit sonnets, et omet les canzone et sixains ! Aussi était-il nécessaire qu’un tel classique fondateur soit retraduit à sa juste valeur. Même si cette édition n’est pas bilingue, ce qui est toujours dommageable en cas de poésie, la traduction complète du recueil en décasyllabes, plutôt qu’avec l’alexandrin « pompeux, autoritaire » (ce qui est discutable), « dans un vocabulaire et selon une syntaxe généralement modernes », rythmée, colorée, de René de Ceccatty vaut déjà référence. Tout juste pourrait-on en chipotant lui reprocher un rien de sécheresse, par exemple en balayant la périphrase « vago lume » (belle et douce lueur) qui devient banalement « ses yeux ». Certes il faut être un connaisseur de la langue italienne, de surcroît médiévale, mais surtout un poète pour bien traduire, voire en tel cas, qui sait, être amoureux. Nul doute que René de Ceccatty soit amoureux de la langue de Pétrarque. Et s’il a renoncé à la rime, mais pas à sa liberté d’interprète, c’est pour ne pas « distordre le sens », même si la métrique encourt le même risque ; les difficultés étant assez nombreuses à l’occasion du maniérisme de Pétrarque. Parfois, le traducteur semble avoir égalé le maître (et ce n’est pas le moindre des compliments) en ce sonnet synthétique de la pensée de Pétrarque :

 

« Amour de son trait m’a placé pour cible

Et, neige au soleil, cire près du feu,

Brume au vent, j’ai perdu ma voix, Madame,

Vous appelant, sans qu’il vous importe.
 

Un coup mortel est parti de vos yeux.
Je n’ai ni temps ni lieux pour l’éviter.
Vous êtes l’origine, et c’est un jeu,

Du soleil, du feu, du vent qui m’attaquent.

Les pesées sont des traits, et le visage

Un soleil, le désir le feu, ces armes

Font qu’Amour me frappe, éblouit, consume.

 

La musique angélique et les paroles

Ont la douceur dont rien ne me défend,

Un pur esprit qui souffle et me détruit. »

 

      Explicitant sa démarche avec modestie, la généreuse préface de René de Ceccatty compare Pétrarque à Dante, son contemporain, qu’il a également traduit[5] en un diptyque nécessaire. Le Canzoniere est « un monument sentimental et conceptuel d’une grand abstraction lyrique », note-t-il. La forme du sonnet y parait si parfaite, si expressive, passant par sa volta argumentative entre les quatrains et les tercets, et s’achevant sur une chute souvent brillante, qu’elle fit école et séduisit Ronsard, Du Bellay et tant de poètes de la Pléiade, sans compter Shakespeare[6], et jusqu’à Pasolini[7]. Universalité et intimité, amour brûlant et élégiaque, jeux d’oppositions et d’antithèses, tout conspire à la musicalité qui trouva ses échos dans les madrigaux de Monteverdi, dans les pianistiques Années de pèlerinage de Liszt.

      « Gai prisonnier », célébrant la beauté de Laure, Pétrarque conserve son humanité : « Je perds mes poils, mon visage se ride », dit le sonnet 195. Plus loin, la belle aux blondes tresses devient « os disjoints de leurs nerfs », quoiqu’elle reste beauté dans l’amour et dans le poème. Sans cesse, un va et vient, un paradoxe animent les vers : « Je crains tant l’assaut de ses beaux yeux où / Demeurent l’Amour et ma mort ».

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Bien moins connus sont Les Triomphes. Dont voici cependant un triomphe de l’édition. Après Dante illustré par Boticelli et Boccace par les peintres de son temps, est complétée chez Diane de Selliers la triade des humanistes qui fondèrent la langue italienne, le Tre corone fiorentine. C’est un volume sous coffret d’une élégance rare : Les Triomphes illustrés par le vitrail de l’Aube au XVI° siècle,

      Songe initial de la survenue d’Amour, Les Triomphes est un poème allégorique en six volets, dont seuls les deux derniers sont restés inachevés. L’Amour, passant par les épreuves de la Chasteté et de la Mort, parvient à la Renommée, éphémère devant le Temps que transcende enfin l’Eternité. La somme d’expériences trouve sa perspective spirituelle. Y compris grâce à la forme choisie des tercets, la « terza rima » héritée de Dante, et qui « rend hommage à la Trinité chrétienne », selon l’analyse de Jean-Yves Masson.

      Ces Triomphes voient défiler le cortège des hommes illustres (en une allusion à Plutarque) depuis l’Antiquité, car tous sont passés sous les fourches caudines du dieu Amour. Les vainqueurs romains sont remplacés par des vaincus. Mais à chaque nouveau cortège allégorique, le précédent est lui aussi vaincu, comme Laure cuirassée en Chasteté, à son tour bafouée par la Mort (ce qui est une allusion au Canzoniere). La trame narrative n’est pas sans dimension morale, car seule vaut la vie éternelle de l’âme. De la Provence à l’île de Cythère, de Naples à Rome, là où triomphe Laure (et où Pétrarque fut couronné des lauriers du poète), le périple prend ensuite une dimension plus largement cosmique. Si l’énumération de personnages illustres de l’Histoire et de la mythologie peut paraître fastidieuse, quoique la perspective humaniste y soit probante, et surtout si l’on pense à la rapprocher de tous ceux que Dante rencontre en l’Enfer de sa Divine comédie, la présence de Laure, l’évocation de sa mort rendent le poème plus palpitant, plus émouvant, sans compter que les tableaux oniriques y sont impressionnants.

 

Francesco Petrarca, Antonio Zatta, Venezia, 1784.

Photo : T. Guinhut.

 

      Les vers alternent la puissance de l’évocation avec le charme de l’émotion : « de ses beautés je composais ma mort », confie le poète à la vue de Laure. Le voici dans « le cloître d’amour », confiant également son art poétique : « depuis ce jour je couvre de pensées, / d’encre et de larmes des pages sans nombre, / et j’en noircis autant que je déchire ». Ou encore : « Pour cette mer, mon style est un ruisseau ». Alors, en ce premier Triomphe, défilent les poètes soumis au dieu… Hélas la Chasteté couvre « soudain son beau visage / d’un vertueux bouclier de bravoure » et piétine, sur le vitrail, Amour. Vient ensuite le memento mori, quand « de tous côtés les champs de morts s’emplirent », et quand « sur ses beaux traits la Mort paraissait belle » ; alors que le vitrail exhibe les squelettes des Parques. Et plus que les guerriers, les rois et les reines, la Renommée se plait à choyer les philosophes, Platon et Aristote, les poètes, Homère et Virgile, Pline et Plotin ; son justaucorps vitré se voit truffé d’yeux et de langues. Tout est repris par le Temps avide : « enfant à l’aube – et ce soir, un vieillard ! » Heureusement, l’Eternité console, « où vrais et faux mérites deviendront / plus transparents qu’une œuvre arachnéenne ».

      Outre bien des traductions en prose, Fernand Brisset avait en 1903 traduit Les Triomphes en alexandrins, mais il s’agissait plus d’une réécriture francisée que d’une réelle recréation. Jean-Yves Masson, comme René de Ceccatty, choisit de transposer l’hendécasyllabe italien en décasyllabes non rimés[8]. Car pour lui, la contrainte de la rime tient de « l’acrobatie » (alors qu’elle peut-être occasion de virtuose création) ; or il lui préfère la « pulsation » du rythme, ce qui n’est pas sans pertinence si les images savent y fleurir également dans la langue d’accueil, comme c’est le cas ici. De plus, à « l’ampleur et la solennité » de l’alexandrin, le scrupuleux traducteur préfère le décasyllabe qui selon lui retrouve « la rapidité nerveuse de l’hendécasyllabe ». Ce qui peut paraître discutable, à condition de ne pas enfermer son alexandrin dans le balancement formel des deux hémistiches. Il faut admettre que Jean-Yves Masson sait animer le récit avec élégance et vivacité, non sans une communicative ferveur.

      Notre édition d’élection est évidemment bilingue, en une mise en page d’une réelle clarté, jamais cependant écrasée par l’illustration somptueuse. Le généreux et précis appareil critique est évidemment à l’avenant, tant sur le poème que sur le vitrail, commenté avec une rare pertinence.

 

Le Triomphe de l'Amour,

Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Chatel, Aube.

 

      « Ut pictura poesis », chantait Horace[9]. Or le miroir idéal du poème est dans ce vitrail méconnu, haut de 5,20 m, d’une modeste église, Saint-Pierre-ès-Liens, d’Ervy-le-Chatel, dans l’Aube, où flamboient six allégories de l’Amour, de la Chasteté, de la Mort, de la Renommée, du Temps et enfin de l’Eternité, ce depuis l’an 1502. Il s’agit d’une donation de Jehanne Leclerc, en hommage à son époux décédé, qui est une mise en scène des vers de l’humaniste italien. Personnages en prières, attributs symboliques, Vierge à l’enfant couronnée de soleil, phylactères, flutiste et miroir, anges musiciens, paire de lunettes sur les yeux d’un lecteur concentré, armures dorées, tout concourt au ravissement du regard, à une lecture initiatique, de bas en haut, comme une marelle sublime. Le plus étonnant et insolite, au regard de l’iconographie chrétienne, est la représentation du païen dieu Amour, entouré de chaines, bandant son arc et ses flèche, ailé de rouge, rose et demi-nu alors que ses yeux sont bandés de fleurs, « jeune enfant cruel », dit le poète.

      Jamais l’on ne pourra contempler d’aussi près de telles beautés, enchâssées entre les plombs du vitrail : grâce à une luminosité photographique exceptionnelle, rouge-rubis, grisaille et jaune d’argent révèlent tant la splendeur et la tendresse des figures que le cabinet de curiosités des détails. Par exemple ces ruches, ces fruits et ces larmes, parfois venus de vitraux voisins du même département de l’Aube et de Troyes en particulier, qui fut à cet égard un carrefour culturel. Pensons également que ce fabuleux travail d’édition n’a pas peu contribué à une campagne de restauration, pour rendre aux vitraux leur intégrité, leur opalescence, leur illumination, même s’il reste un indispensable travail pour lutter encore contre le triomphe du Temps.

      Ce livre, à tous égards exceptionnel, est une double révélation, dont les accords parfaits sont chantants de couleurs et de langue : un recueil poétique jaillit de l’art de la traduction, alors qu’il semblait poussiéreux, et un chef d’œuvre Renaissance l’éclabousse de lumières inouïes.

 

      Un volume de poche associé à un écrin de luxe ! Tous deux cependant peuvent paraphraser les derniers vers des Triomphes : « Heureux le marbre où sa face est enclose », qu’il s’agisse de celle de Laure et de Pétrarque, ou encore, des traducteurs, photographe et éditrice qui ont présidé à la beauté langagière et plastique qui nous fonde et nous importe. Ils ont su réveiller la trilogie d’un monde enfoui, le révéler à la lumière soudain neuve de la beauté des vers, de la pensée humaniste et de l’art des vitriers de la Renaissance…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Pétrarque : Invectives, Jérome Millon, 2003.

[2] Pétrarque : Sans titre, Jérome Millon, 2003.

[4] Pétrarque : Les Sonnets amoureux, Editions Marc Artus, 1936.

[8] Cette traduction sera prochainement publiée par Les Belles Lettres.

[9] « La poésie est comme la peinture », Horace : Art poétique, 361, Œuvres II, Janet et Cotelle, 1823, p 442.

 

 

Photo : T. Guinhut

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 07:56

 

Dante Alighieri. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Enfer, Paradis et Purgatoire

de la traduction idéale

de la Divine comédie de Dante,

par Joachim-Joseph Berthier, Jacqueline Risset

et Danièle Robert,

suivis d’une réécriture dessinée de Michael Meyer.

 

 

 

Dante Alighieri : La Divine comédie, traduit de l’italien par Joachim-Joseph Berthier,

Desclée de Brouwer, 1024 p, 32 €.

 

Dante Alighieri : La Divine comédie, traduit de l’italien par Jacqueline Risset,

illustré par Botticelli, Diane de Selliers, 506 p, 68 €.

 

Dante Alighieri : La Divine comédie, traduit de l’italien par Danièle Robert, Actes Sud,

Enfer, 528 p, 25 €, Purgatoire, 544 p, 26 €, Paradis, 544 p, 27 €.

 

Dante Alighieri & Michael Meier : En Enfer avec Dante,

traduit de l’allemand par Emmanuel Gros, Casterman, 136 p, 19 €.

 

 

 

 

 

      Atteindre le paradis dantesque n’est pas un chemin aisé, plutôt encombré de ronce et de gel, de remords cuisants, de sataniques effrois, enfin illuminé de ravissements angéliques inaccessibles au mortel. A fortiori lorsqu’il faut le traduire en un autre idiome que celui fondateur de Dante Alighieri, poète autant du dolce stil nuovo que du fracas des spirales infernales. Cherchons, après celle plus qu’honorable de René de Ceccatty[1], la traduction idéale de La Divine comédie, celle digne de figurer aux cotés de la voix des anges. Nous croyons trouver le volume le plus commode avec cette traduction de Joachim-Joseph Berthier, le plus élégant avec Jacqueline Risset et Botticelli, quand surviennent l’Enfer et le Purgatoire, sous les vers rimés de Danièle Robert. Le choix, cornélien, n’a cependant que l’avantage de nous faire revisiter le démoniaque et divin chef d’œuvre, en beauté, mais aussi en toute parodie dessinée par Michel Meyer, qui ne s’embarrasse pas d’un vain respect pour exercer l’art de traduire.

 

      Récit d’aventure en vers semé d’embûches et de joies, la Comédie, dont le titre bientôt affublé de l’adjectif « divine » s’explique parce qu’elle présente une fin heureuse et non tragique, est également un traité de théologie morale, catalogue des péchés et des peines infernales, purgation vers le salut, et enfin extase mystique.

      Après un chant inaugural dans lequel Dante est sauvé des trois animaux du vice par Virgile, l’œuvre se joue en trois parties. Chacune d’entre étant distribuée en trente-trois chants, la composition mathématique complexe est évidemment symbolique, eût égard à la Sainte Trinité, sans compter la dimension cabalistique qui nous reste largement inaccessible. D’ailleurs l’action commence le Vendredi saint huit avril 1300 pour s’achever le jeudi de Pâques treize avril 1300. Béatrice apparait à l’exact milieu du chant XXX du Purgatoire, en vue du Paradis terrestre, alors que doit s’effacer le docte païen Virgile, quoique  prétendument annonciateur du Christianisme dans sa quatrième églogue. Le chiffre neuf est le chiffre mystique par excellence ; l’Enfer étant divisé en neuf cercles, le Purgatoire en neuf terrasses, le Paradis en neuf cieux concentriques, conformément à la cosmologie médiévale. Au dernier chant de l’Enfer siège Satan, l’ange du mal, là où la profondeur infernale se retourne vers la montagne du Purgatoire, qu’il faut atteindre en s’accrochant aux poils du monstre pour effectuer enfin une volte-face salvatrice, de toute évidence symbolique. À ce neuvième cercle infernal habité par Lucifer répond au loin le neuvième ciel paradisiaque, celui de la « vision intuitive de Dieu ».

      Conformément à la pensée médiévale, Dante s’appuie dans Le Banquet sur une doctrine qui ne doit pas échapper au lecteur de la Comedia : « Les écrits doivent être entendus et doivent être expliqués en quatre sens. Le premier s’appelle le sens littéral, et c’est celui qui ne s’étend pas plus loin que la lettre du texte proprement dite ; le second s’appelle le sens allégorique, et c’est celui qui se cache sous le manteau des fables […], le troisième s’appelle le sens moral, et c’est celui que les lecteurs doivent chercher avec grande attention dans les œuvres écrites […], le quatrième s’appelle le sens anagogique, c’est-à-dire « supersens » : et c’est celui que l’on a parce qu’on explique au point de vue spirituel un écrit qui, tant par le sens littéral que par les choses signifiées, représente les choses de la vie éternelle[2] ». Au voyage parmi les trois espaces, s’ajoutent les trois initiateurs. Le poète et guide Virgile, vient de l’Antiquité, quand la Dame d’Amour, Béatrice, appartient à cet absolu, à la fois platonicien et chrétien, que l’auteur et ascensionniste peut rejoindre en se lavant de ses péchés, alors que l’amour aussi mystique que le poème lui permet de la connaissance de Dieu et la vie éternelle. Au Paradis, la connaissance des mystères de la Trinité et de l’incarnation de Jésus, est assurée grâce à l’intervention de Saint Bernard, lui procurant une ineffable délectation, grâce à la fusion de l’effort physique et mental du poète (qui est aussi la raison hellénique) et de la grâce divine.

      Guelfe blanc, Dante avait une vision déjà moderne de la politique, grâce à laquelle il s’agit de s’opposer à l’immixtion du Pape dans la vie politique et de soutenir l’indépendance du pouvoir temporel, conformément au message du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu[3] ». Ce pourquoi, alors qu’il écrit entre 1304 et 1321, de nombreux Papes sont par ses soins jetés dans son Enfer, dans la cinquième bolge du huitième cercle, celui des trompeurs : Nicolas III, Boniface VIII, et Clément V, qui régnèrent sur l’Eglise entre 1277 et 1314. Ce que l’on lit également au chant XVI du Purgatoire :

« L’Eglise de Rome, dis-le désormais,

Pour avoir les deux pouvoirs mélangé,

Tombe dans la boue, elle et eux souillés. »

 

 

      Tenons-nous entre nos mains respectueuses l’édition française parfaite de La Divine comédie ? D’autant qu’elle se présente sous la forme d’un seul volume agréablement relié, plus maniable qu’un Pléiade au papier précieux. Il peut paraître étrange de rééditer une traduction de 1924. À ce compte, celle de Fiorentino[4], qui fut la préférée de Baudelaire, mériterait-elle cet honneur ? Joachim-Joseph Berthier, qui consultait volontiers cette dernière, place la patience de son travail sous l’autorité de la strophe du Chant IX de l’Enfer :

« Ô vous qui avez l’intelligence saine,

admirez la doctrine qui se cache

sous le voile des vers étranges ! »

      Didactique et poétique sont par conséquent inséparables. Aussi Berthier vise-t-il la littéralité : « Je voulais une sorte de mot à mot, qui serait pour quelques-uns comme un guide dans la lecture et l’intelligence du texte original ». Le risque est qu’un souffle poétique propre à la langue française soit éraillé, sinon absent.

      Au contraire du choix fait par René de Ceccatty, les notes en bas de page sont abondantes et, quoique concises, éclairantes. Sachons ainsi que la panthère, le lion et la louve qui assaillent le poète au premier chant, symbolisent respectivement la luxure, l’orgueil et l’avarice. Sinon comment savoir en effet que la lettre « P » gravée sept fois avec son épée par l’ange du Purgatoire sur le front du poète signifie les sept péchés capitaux ? Un index (ou « Table doctrinale abrégée »), quoique trop bref, est particulièrement bienvenu : ainsi sur les anges, sur l’art, sur les apparitions de Béatrice, sur la gourmandise… Vous saurez tout sur la « hiérarchie des anges », sur l’ange portier du Purgatoire, au chant IX : « je le vis assis sur le degré supérieur, / Et tel dans sa face que je ne pus le supporter ». Ce qui a peut être inspiré Rainer Maria Rilke dans sa première Elégie de Duino.

      Mais l’on ne manquera pas d’apprendre, au chant V du Paradis, le secret de la liberté :

« Le plus grand don que Dieu dans sa largesse

fit en créant, et qui à sa bonté

est le plus conforme, et celui que plus il apprécie,

ce fut la liberté de la volonté,

dont les créatures intelligentes,

toutes et seules, furent et sont dotées. »

      Car seul le libre-arbitre, conformément à Saint Thomas d’Aquin (notons que Berthier contribua à une édition critique de ce dernier), permet d’atteindre le bien moral. Dante lui-même, n’at-il pas fourni tant son éthique d’écrivain que la morale du traducteur, en son chant IX du Purgatoire ?

« Lecteur, tu vois bien comment j’élève

mon sujet, et si donc avec plus d’art

je l’embellis, ne t’en fais point merveille. »

 

 

      Iconique est devenue la traduction de Jacqueline Risset, lexicalement précise, en vers libres (en général de dix à douze syllabes), d’abord parue en 1985 chez Flammarion. L’on peut sans doute lui appliquer ce que dit Dante, à l’orée du Purgatoire : « Mais qu’ici la morte poésie resurgisse, / ô saintes muses, puisque je suis à vous ». De l’aveu de l’éditrice, Diane de Selliers, « sous sa plume, les vers de Dante sont des étoiles qui nous guident vers notre propre lumière ».

      Car voici cette traduction magnifiée par la totalité des dessins de Sandro Botticelli, soit quatre-vingt-douze, venus de de Berlin et du Vatican. C’est à la fin du XIV° siècle que Lorenzo di Pier Francesco de Médicis commande à l’artiste ces illustrations faites au moyen d’une pointe métal sur le parchemin, puis rehaussées à l’encre. Faut-il regretter que Botticelli n’ait pu ajouter la couleur à ses dessins ? Ils ne sont en effet qu’une toute petite poignée à briller de rouges, de bleus et de bruns, dont le fameux « cratère » de l’enfer. Mais à la manière d’une bande dessinée moderne, la liberté et la grâce du trait animent en cette édition somptueuse une voix narrative continue, parmi laquelle la concision du trait n’a d’égale que la qualité de la suggestion poétique. Comme lorsque que de simples flammèches entourent l’envol de Béatrice et Dante…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

          

      C’est faire preuve d’humilité, comme Jacqueline Risset, que d’offrir une édition bilingue de l’Enfer et du Purgatoire, chaque double page faisant jouxter l’original de Dante et la prise de risque de la traduction. Ainsi pour mieux respecter la langue vulgaire florentine, les terzine (strophe de trois vers) et les endécasyllabes (vers de onze syllabes), Danièle Robert use de tercets rimés, et c’est là un défi et une beauté nouvelle.

      Forcément, puisque rimes françaises et décasyllabes il y a, la littéralité du mot à mot est impossible. Antinomique à la traduction de Berthier est donc le travail d’orfèvre de Danièle Robert. N y-a-t-il pas une musicalité supplémentaire :

« Ô vous qui êtes d’un entendement sain,

considérez le sens profond caché

sous le voile de mes vers sibyllins. »

      Cependant, le risque est de tordre le vers, voire le sens, au service d’une rime française, d’autant que les finales en « o », « a » et « i » sont bien plus nombreuses en italien qu’en français. Ce qui peut donner :

« Réfléchissez bien sur votre naissance :

non pas pour vivre en bêtes conçus

mais pour suivre vertu et connaissance. »

      L’on s’aperçoit que pour le bien de la rime en « u » (avec « convaincu » à la strophe suivante), le mot « conçu » parait un intrus. Ce qui est en effet au chant XXVI de l’Enfer :

« Considerate la vostra semenza :

fatti , non foste a viver como bruti,

ma per seguir virtute e canoscenza. »

      Hors de rares tentatives, les traductions françaises évitent l’écueil des vers rimés. Traduire en prose, comme amputer des passages trop savants, étant une hérésie,  l’évidence doit s’imposer : un tel poème ne peut trouver sa voie et sa vie dans une autre langue qu’en vers rimés. L’on peut se demander alors pourquoi Danièle Robert n’a pas choisi l’évidence de l’alexandrin. Par crainte de sa monotonie dit-elle. Et pourquoi pas toujours l’hendécasyllabe, comme Dante, qui pratique cependant souvent l’élision ? Il est si rare en français, donc il côtoiera le décasyllabe ; et rendra clair ce qui est obscur au chant XXXIII du Purgatoire :

« Il se peut que ma narration obscure,

tels Thémis et le Sphinx, te convainquent peu,

car tout comme eux l’intellect elle obture. »

 

 

      « Art de la perte », dit Danièle Robert en sa préface, la traduction doit cependant s’envoler autant vers le sens que vers la musique. Ce n’est pas un « décalque », mais un « entrelacs créateur d’une nouvelle harmonie ». Or la rime n’a pas forcément besoin d’être toujours riche ; parfois l’assonance suffit. Comme chez Dante lui-même, la noblesse et le lyrisme côtoient la familiarité et le grotesque, « la putain et la bestialité » (Purgatoire XXXII) sont repoussées par la pure beauté.

      Lisons comment au dernier chant de l’Enfer, apparait Lucifer, « l’empereur du règne de souffrance » :

« Des six yeux il pleurait et, sanguinolents,

des trois mentons pleurs et baves coulaient.
Dans chaque bouche il broyait de ses dents

un pécheur, tout comme on macque le lin,

et en faisait ainsi trois corps souffrants. »

      Voyons plus loin, dans le Purgatoire, et avec les yeux de l’âme, comment trois demoiselles admonestent Dante, qui peut enfin contempler sa Béatrice :

« Elles dirent : « N’épargne pas tes regards :

nous t’avons face aux émeraudes placé,

par où Amour lança sur toi ses dards. »

 

Dante : Divine comédie, éditions diverses. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Incroyable à quel point Dante a pu fixer pour des siècles de christianisme la géographie de l’eschatologie : fosses concentriques de l’Enfer, montagne du Purgatoire, qui lui répond inversement, cieux concentriques en Paradis où flamboient les anges autour de Dieu. Il est un peu curieux à cet égard qu’à une préface sur l’éthique de la traduction, aux pieds de l’Enfer, succède une préface sur le Purgatoire proprement dit, marquant une légère déception du lecteur quand à cet Enfer qui est à peine présenté. Mais après l’horreur sans nombre du châtiment éternel aux impressionnantes figures qui marquèrent les esprits des lecteurs et des peintres, comme Ugolin dévorant ses enfants ou l’amour coupable et cependant réuni de Paolo et Francesca lisant les amours de Guenièvre et Lancelot, le Purgatoire offre aux pécheurs des peines consenties et enluminées d’espérance, sachant qu’ils aboutiront en la musicalité du Paradis.

      Gageure de la traduction, il ne fallait alors ne pas rater ces vers musiciens du chant IX, caractéristiques du répons grégorien :

« Et ce que j’entendais me renvoyait

l’image même de ce qui prévaut

quand à chanter l’organum on s’essaie,

et que s’entendent alors, ou non, les mots. »

      Même si le jaloux est toujours en droit de chipoter, il faut admettre que le travail est fort réussi : sur l’oreille spirituelle, la magie opère.

      La sommitale marche de l’escalier dantesque est franchie avec autant de succès par Danièle Robert lorsque parait l’indispensable troisième volet du retable qu’est le Paradis. L’éclat de Béatrice s’intensifie, les anges pullulent, les saints enseignent avec bienveillance, la poésie est aussi musicale que philosophique, la beauté céleste est à la fois esthétique et morale :

« Ici l’on se plonge dans l’art, éclat

d’un tel amour, on discerne le bien

qui fait régir là-haut le monde d’en bas. »

      Reste à souhaiter qu’in fine, le grand-œuvre aux belles couvertures (qui ne néglige pas les notes profuses en fins d’ouvrages) soit publié en un seul volume élégamment relié, comme l’éditeur sait si soigneusement le faire, avec par exemple son Dictionnaire de la Méditerranée[5].

 

 

      Les grand illustrateurs de Dante, Sandro Boticelli, Gustave Doré, Salvador Dali et Miquel Barcelo, n’auront, espérons-le, pas à rougir de la traduction de Michael Meier. Outre la réécriture contemporaine de l’œuvre dantesque par le prosateur Giorgio Pressburger[6], jetons un œil amusé sur une bande dessinée, qui, par des moyens différents, saupoudre elle aussi le chef d’œuvre dantesque d’allusions aux tragédies du XX° siècle.

      Peinture et dessin sont également des traductions, ici dans un langage plus familier. En Enfer avec Dante est une bande dessinée où dominent le rougeoyant et la noirceur, non sans des verts méphitiques, sous les doigts scénaristes et graphistes à la fois de l’Allemand Michael Meier. La chose est absolument parodique, car un « hipster quadra », aux cheveux et barbe roux, s’égare lors d’une randonnée. La forêt sombre est le symbole des tentations pécheresses de la société de consommation. Une luxurieuse dodue, un léonin conseiller en développement personnel, un loup de la finance : seul un chacal virgilien sauve notre nouveau Dante. Les cercles de l’Enfer se succèdent, rythmés par des avalanches, un téléphérique, un métro, tandis que les allusions à des émissions de télévision, et surtout à l’Histoire démente du siècle dernier pullulent.

      Il y est question d’« évadé fiscal », de « tirer le diable par la queue », de « sans-papiers » ; la « Gorgone de la STASI » a des yeux en « laser à deux balles », Hitler « mijote dans le sang » en compagnie de Pinochet, plus loin des damnés tapent des thèses sur IPhone… C’est satirique en diable et fort divertissant, non sans une réelle intelligence du texte dantesque.

      « Ut pictura poesis », écrivait Horace[7]. Il n’est pas si sûr que la poésie ressemble à la peinture, tant sont différent les moyens de ces arts, ce d’autant que la bande dessinée a le plus souvent quelque chose de réducteur par rapport à son modèle littéraire. La réduction est aussi celle qui va du sublime dantesque au trivial et au comique…

 

      « La tâche du traducteur est de faire mûrir, dans la traduction, la semence du pur langage[8] », disait en 1923 Walter Benjamin, à l’occasion de sa version des « Tableaux parisiens » de Baudelaire, seconde partie des Fleurs du mal. Il faut craindre cependant que la traduction devienne vulgarisation, affadissement, perte des scintillements poétiques et des réseaux de sens. Le poème ne sert pas qu’à la communication de faits, d’idées, ici chez Dante de doctrine ; aussi le traducteur se saisissant des fleurs du texte ne devra pas (si l’on nous pardonne cette l’image triviale) en faire de la compote, mais en offrir les fruits mûris dans sa langue. Au travers de sa transparence, la traduction laisse voir le texte original, quoique sans le remplacer, sans user de l’illusion du mimétisme. Si le texte de Dante est immuable, le devoir de traductibilité universelle invite une pléiade, une chaîne de traducteurs à remettre sans cesse sur le métier à tisser le poème la soie rauque et chatoyante du langage. Encore une fois, comme l’écrivait George Steiner[9] parmi son chapitre inaugural « Comprendre c’est traduire », dans Après Babel : « Toute lecture approfondie d’un texte sorti du passé d’une langue ou d’une littérature est un acte d’interprétation aux composantes multiples[10] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Dante : Le Banquet, Œuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, 1965, p 313-314.

[3] Luc, XX, XXV.

[4] Dante Alighieri : La Divine comédie, L’Agenza libreria, Tendler et Shaefer, Paris, 1846.

[5] Dictionnaire de la Méditerranée, sous la direction de Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy, Actes Sud, 2016.

[6] Voir : Giorgio Pressburger : L'Obscur royaume ou l'enfer du XX°siècle

[7] Horace : Art poétique, vers 361, Œuvres, Janet et Cotelle, 1823, p 442.

[8] Walter Benjamin : « La tâche du traducteur », Œuvres I, Folio Gallimard, 2000, p 255.

[10] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998, p 51.

 

Dante : Divine comédie, par Gustave Doré, Les harpies, Hachette, 1891 ;

par Sandro Boticelli, Club des Libraires, 1958,

Photo : T. Guinhut.

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 07:23

 

Santillana del mar, Cantabria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les géants imbéciles d’Ermanno Cavazzoni,

ou l’école de l’ironie :

Les Géants, Les Idiots.

 

 

Ermanno Cavazzoni : Les Géants,

traduit de l’italien par Monique Bacelli, Le Nouvel Attila, 256 p, 21 €.

 

Ermanno Cavazzoni : Les Idiots,

traduit de l’italien par Monique Bacelli, Attila, 208 p, 17,25 € ; Points, 192 p, 6,30 €.

 

 

 

 

      L’humour ne nuit pas à la littérature, y compris dans le domaine du merveilleux, trop souvent d’un sérieux extatique et abyssal. Amateur de curiosités fantastiques et merveilleuses, l’Italien Ermanno Cavazzoni a publié un Guida agli animali fantastici[1], hélas non traduit. De même pour Le tentazioni di Girolamo[2], un roman qui mériterait d’être acclimaté en notre langue. Réjouissons-nous cependant des efforts méritoires de nos éditeurs pour acclimater dans la langue de Molière cet excellent amuseur des Lettres. Car volontiers burlesque et satirique, il aime à enguirlander ses pages d’une galerie de grands bestiaux, dans Les Géants, et de grotesques Idiots, dont la tête est ornée des idées courtes les plus loufoques et déglinguées. Sous la franche rigolade, quoique parfois pathétique, le chroniqueur de l’école de l’ironie cache cependant bien des enseignements en ses apologues colorés…

 

      Les chevaliers gothiques devaient combattre de dangereux géants. Si avec Don Quichotte ils sont avec certitude devenus purement imaginaires, ils n’en restent pas moins fascinants. Venus des romans de chevalerie médiévaux, du Roland furieux de L’Arioste, du Roland amoureux de Boiardo ou du cycle e la Table ronde, ils font l’objet d’un portrait polymorphe, en soixante-dix petits récits et essais par Ermanno Cavazzoni.

      Les voici balourds et brutaux, égocentriques et ignares, psychotiques et contrefaits, « en forme d’échelles », sinon (on s’en serait douté) « en forme de moulins », voire carrément « péronistes ». Quand ils ne combattent pas -pour être souvent occis- ils excellent en « concours de force, fanfaronnades, joie débridée, plaisanteries grasses et bruyants concours de rots et de pets ». Ils sont en effet « inaptes à l’idée de civilisation » et sont avérés avoir des « origines de sauriens mahométans ratés », comme ces dinosaures que redécouvre la paléontologie. Affligés de tous les défauts, ils sont voleurs, batailleurs, bestiaux, et leur filiation mahométane n’y est pas pour rien, en un manichéisme passablement burlesque. Il y a cependant de « rares géants philosophes » que leur mal de vivre à contraint à réfléchir sur leur condition.

      Quant aux également rares géantes, elles sont « peu excitantes ». Aussi leur capacité de reproduction n’est pas un mince exploit. Car « Satan lui-même aurait peur de faire l’amour avec elle » ! Néanmoins, on connait des familles géantes. Gare à la mère de famille qui peut être redoutable : « Les statistiques enseignent que pédophiles, pornographes, sadiques, ravisseurs, maniaques et assassins en tous genres sont moins dangereux qu’une mère dans sa cuisine ». L’on conçoit que la chose soit un brin réaliste, comme lorsque l’ami du narrateur confie : « les épouses sont des géantes rapetissées, mais en conservent l’instinct ». Se greffant à l’occasion sur les récits, la satire contemporaine est douce-amère.

      Mieux vaut alors croiser une fée, car celle-ci « pratique à outrance l’amour libre », préférant cependant les beaux chevaliers, ce qui n’est pas sans danger pour ces derniers, d’autant que les géants peuvent signer avec elles des « contrats de sortilèges » ; ainsi ils peuvent se multiplier de manière exponentielle, devenir par exemple une « bombe humanoïde » montée sur un griffon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Or, condamnés par leur « irrationalité militaire et stratégique », par leurs « tares génétiques », contre lesquelles ils tentent de lutter en s’abreuvant du sang de vierges (remède peu sûr !), décimés par les Croisés et autres chevaliers, les géants ont disparu. Ce qui pousse notre narrateur à se demander : « Et si je m’éteignais, comme les géants ? » Leur seule trace se trouve parmi l’« oncle Ago », féru de tripots et de marxisme, les cas psychiatriques, des « crétins » et des « flemmards », qu’il ne faut cependant pas provoquer. Ce qui n’est pas sans rappeler un autre opus de notre humoriste rabelaisien, consacré aux idiots.

      Farfelu, certes, mais le chroniqueur des gigantomachies, de leur antiquité et de leur « système mafieux » (autre pique adressée à notre contemporain) est aussi, l’air de ne pas y toucher, un érudit, qui précise entre parenthèses les références de quelques-uns de ses dires, puisés parmi les romans de chevaleries du Moyen-Âge et de la Renaissance, en quelque sorte réhabilités, et auxquels il rend un hommage affectueux. Non sans pratiquer un pittoresque télescopage entre les mythiques créatures de la chevalerie et les membres passablement décérébrés de la famille du narrateur, entre les poètes de la chevalerie et les théories de Marx, Darwin, Keynes ou Linné, sensées expliquer la disparition des géants.

      Il est délicieusement évident que notre écrivain, qui ne destine guère ses contes aux enfants, au nez et la barbe de l’esprit de sérieux et non loin de Queneau et des surréalistes, ne se prend pas au sérieux et se plie les côtes de rires : « Je parie que Darwin enlèverait la tendre damoiselle plutôt que se taper la géante de huit mètres ». On se demande bien d’ailleurs comment une « géante rouge » pourrait dévorer le soleil. Du merveilleux épique à l’astrophysique, il n’y a qu’un pas, si vite franchi. Et si notre narrateur, au détour d’un rêve, apparu en 1643, « d’un Paris assiégé par les Sarrasins », faisait avec ironie allusion à notre contemporain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Expert en récits burlesques, Ermanno Cavazzoni aime agréger les formes courtes, à la lisière des nouvelles et des chroniques. Un mois d’écriture, selon toute apparence, lui permet de lister trente et un Idiots, farfelus, abrutis et autres prétentieux « à la manque », en son Calendrier des imbéciles, ce qui était le titre d’une précédente édition[3] de ce bouquet délétère de récits.

      Chaque jour ayant son Saint patron, mais il faut admettre que les Saints ne sont  guère raisonnables, embarrassés qu’ils sont de fictions, exaltés de visions, attaqués par les tentations des démons, il a maintenant son imbécile tutélaire. Voici donc une petite collection de « brèves vies d’idiots », qu’il n’est pas interdit de lire comme une lointaine parodie de ces vies des saints contenues dans la Légende dorée de Jacques de Voragine[4], écrite au XIII° siècle. La preuve, si besoin est, la jeune Adèle, par ailleurs peu finaude, aperçoit dans un genévrier la Madone, et répond grâce aux questions les plus diverses, y compris de mathématiques…

      Un bricoleur fait de sa Fiat un aéroplane qui ne décolle pas, et l’envoie, faute de freins, mourir contre un talus. Un « crétin » a pour passe-temps de jeter des cailloux en l’air ; avec les conséquences que l’on devine. Un « calculateur prodige » n’est pas épargné par la « confusion mentale », comme celui qui craint par-dessus-tout la vitesse de la terre « filant à 108 000 kilomètres à l’heure dans l’espace ». À moins que l’on préfère le « pyromane sournois », le « preneur de tension » qui se prend pour un médecin, celui qui se laque le visage, un demeuré nanti d’un faux nez. Peut-on faire un pied de nez risqué en racontant avec ironie la vie celui qui n’a jamais compris qu’il avait séjourné dans un camp de concentration nazi…

      Ou l’idiot suprême, l’écrivain lui-même, qui dans un livre qui énumère ses congénères en idiotie, inclut une énumération des « Suicides du travail », puis des « Faux suicides », où chacun est suicidé avec un outil de son métier ou de son art, en une véritable obsession gourmande et suspecte des bizarreries criminelles et autodestructrices de ses contemporains. Il faut alors recommander à ces pauvres candidats de la mort volontaire « l’usage de l’aimant contre les idées fixes morbides ».

      Parfois la satire est également politique. Un « marxiste convaincu » pense que le Christ et les rois mages sont des extraterrestres ; s’en suit une controverse granguignolesque entre l’illuminé « fou furieux » et les tenants du marxisme dialectique lu plus orthodoxe, tout aussi exaltés par leur religiosité. Le moins que l’on puisse dire est que l’humanité n’est pas faite que d’Einstein et de Michel-Ange, et que le tableau qu’en offre Ermanno Cavazzoni est peu flatteur. Le pire est de prendre conscience que l’on habite « la république des idiots congénitaux ». Hélas, seul « le diable n’était pas un idiot »…

      Avec bonne humeur, l’on se moquera de ces farfelus, obtus et hurluberlus, de ces esprits irrémédiablement diminués ou « microcéphales », non sans s’apitoyer un peu sur ces lubies qui leur ont gâché la vie, sans compter celle de leurs familles. Tout en se demandant s’ils sont tous fictionnels, car s’y glisse Cesare Lombroso, savant du XIX° siècle, qui mesurait les criminels et leurs capacités crâniennes. Qui est alors l’idiot ? Quant au poète Dino Campana, également du XIX° siècle, mort dans un asile psychiatrique, il est l’objet d’une ridicule fascination parmi les thésards et les professeurs qui en perdent leur faculté de juger en un tournemain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’art de l’auteur est à même de nous offrir des textes enlevés, ciselés avec précision, dont la chute est incisive. L’on se doute qu’un tel écrivain ne peut se passer d’un brin d’autodérision. En quarante-neuf fables, le voici se livrant à un réjouissant jeu de massacre : ils sont Les Ecrivains inutiles[5], ceux qu’une satire aiguisée livre au scalpel de l’ironi, bouffis d’orgueils et vains comme des coqs de basse-cour, vicieux et encombrés de vacuité, tels qu’ils pourraient être déplumés dans de modernes Caractères de La Bruyère. L’un d’entre eux se trouve d’ailleurs parmi Les Idiots : c’est un « écrivain réaliste » à la production absolument indigente, minuscule, et de surcroît maladivement répétitive.

      Quels enseignements peut-on tirer des opus apparemment sans prétention d’Ermanno Cavazzoni ? Une littérature chevaleresque aux nobles propos et aux buts élevés s’est vue peu à peu contaminer par une plus basse dérision, comme les parodiques géants, cependant hautement éduqués, de Rabelais. Bientôt la chevalerie embrumant l’esprit du Don Quichotte de Cervantès[6] se vit moquée. La littérature descendait peu à peu des hautes sphères de l’idéal pour se heurter au réalisme et au sens du comique, jusqu’à se pencher sur l’imbécillité humaine. En ce sens, Ermanno Cavazzoni relève de « l’école de l’ironie », selon le mot de Thomas Pavel[7].

 

      Entre érudition facétieuse et burlesque, Ermanno Cavazzoni, qui fut professeur d’esthétique, se moque de ses cibles à grands bruits, quoique non sans une secrète tendresse pour les géants de l’imbécilité. Un humour rabelaisien jamais démenti anime la prose de ce chroniqueur satiriste et encyclopédiste de l’imaginaire. Notre poète comique est non moins roboratif et plus gouleyant que le Manuel de zoologie fantastique de Jorge Luis Borges[8], avec lequel il entretient d’implicites relations, puisque l’on y croise quelques-uns de ses animaux fréquentés par les géants, comme le catoblépas. Familier des travaux de l’Oulipo, Ermanno Cavazzoni est également complice d’italo Calvino : pensons au Chevalier inexistant[9] de ce dernier, qui joue également des recueils de micro-fictions, comme Aventures.[10] Sans compter qu’il faudrait ranger ses énumérations de géants et d’imbéciles sous la bannière du Vertige de la liste d’Umberto Eco[11]. En outre, notre facétieux italien, né à Reggio nell’Emilia en 1947, est loin d’être un inconnu dans la péninsule : Fellini n’a-t-il pas tiré le scénario de La Voce dell aluna de son roman Le Poèmes des lunatiques[12]? Cette nébuleuse d’écrivains et de cinéastes redevables du merveilleux, de la satire et des facéties s’enrichit d’un nouveau géant, mais au rire modeste…

 

                                Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Les Géants a été publiée dans Le Matricule des anges, mars 2018

 

[1] Ermanno Cavazzoni : Guida agli animali fantastici, Guanda, 2011.

[2] Ermanno Cavazzoni : Le tentazioni di Girolamo, Bollati Boringhieri, 1991,

[3] Austral, 1996.

[4] Jacques de Voragine : La Légende dorée, Diane de Selliers, 2000.

[5] Ermanno Cavazzoni : Les Ecrivains inutiles, Attila, 2012.

[7] Thomas Pavel : La Pensée du roman, Gallimard, 2003, p 260.

[8] Jorge Luis Borges : Manuel de zoologie fantastique, Christian Bourgois,

[9] Italo Calvino : Le Chevalier inexistant, Seuil, 1962.

[10] Italo Calvino : Aventures, Seuil, 1964.

[11] Umberto Eco : Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[12] Ermanno Cavazoni : Le Poèmes des lunatiques, POL, 1988.

 

 

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Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations et féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile