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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 13:18

 

Le Grand Cèdre, Saint-Pé-de-Bigorre, Hautes Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les Métamorphoses de Vivant.

 

Roman

 

Prologue :

 

 

 

C’est en montant l’escalier du Jardin des Plantes que je butai sur une métamorphose insolite. En lourds champignons concentriques -vert-moutarde à l’estragon dans la nuit- la mousse vomissait sur les marches. Je ne pouvais espérer quitter ces lieux où la chute du jour avait surpris mes rêveries bucoliques sans piétiner une aussi précieuse, effroyable et vivante matière. Etait-ce l’effet d’un thé vert prétendument anti-cancérigène et particulièrement corsé, de la vision monstrueuse du cuir gris des éléphants, des muqueuses immenses, gluantes et roses d’un hippopotame gueule ouverte ? Je me sentais patraque, déconnecté. Quatre heures du souffle du TGV sur l’oreille interne, ce rendez-vous proprement inespéré, déphasé, délirant, à tout prendre effrayant, avec cette journaliste furieusement à la mode… Je devais souper à l’hôtel Royal Monceaux et j’étais en retard.

Pourquoi m’étais-je attardé dans la Grande Galerie de l’Evolution ? Comme sur la touche tachée de sang d’un clavier d’ordinateur… Pour poser mon squelette peu charnu à côté de ceux du règne animal ? Être à peine plus que le rat, l’iguane et le bouc… Me menacer d’extinction sous les os aux tiges de fer des êtres paléontologiques… Et ce thé vert hallucinatoire que j’avais voulu boire à pleines amphores pour me garder l’esprit au vif et l’uriner à deux reprises dans les buissons déjà noirs… J’étais resté comme un couillon à méditer de la supériorité de l’espèce humaine, du tremblement devant une femme inaperçue, laissant passer l’heure raisonnable de quitter cette confortable terrasse dominant le jardin, me prenant pour la copie en mousse d’un laid Balzac en forme de sac non loin d’un autre jardin parisien… Parfait acte manqué. Sans compter mes égarements voluptueux et romantiques parmi les courbes des allées, les creux des bosquets. En fait, je le reconnais, la réputation et l’image d’Arielle Hawks, journaliste vedette, lolitesque et carnassière, me donnait la chair de poule. Bref, je finis par me retrouver enfermé dans le Jardin des Plantes avec l’écrasement du jour sur la terre urbaine. Aux plus hautes grilles, j’agrippai mes mains inutiles. Après avoir couru, haletant l’air comme un chien par la langue, je finis par trouver une grille qui me parut moins acérée, moins élevée. Avec les contorsions grotesques du grimpeur inexpert, je parvins à franchir, sans dommage pour mes génitoires crispés, l’obstacle hérissé. Non sans laisser le misérable trophée de la poche droite de ma veste accroché aux pointes de métal vert. Je tombai rue Cuvier.

L’heure de mon prestigieux rendez-vous -vingt heures- s’affichait à ma montre-gousset, et j’étais rue Cuvier ! Je me souvins soudain que c’était jour de grève des taxis. L’un d’eux s’était fait agresser l’avant-veille par un groupe de crânes roses armés de dogues. Ils réclamaient la liberté du port d’armes. Et j’allais devoir prendre le métro, faute de connaître la complexité du réseau de bus, d’ailleurs paralysé par les barrages filtrants de ces mêmes taxis encolérés.

Je ferai grâce au lecteur du parcours somnambulique que je dus m’imposer. La rue Geoffroy Saint-Hilaire, où, une fois de plus, me narguèrent du haut de leur resserre vitrée, bizarrement encore éclairée, les files torses et épineuses de vertèbres des hauts dinosaures disparus… La descente dans l’enfer puant des escaliers et couloirs métropolitains… L’épreuve de la promiscuité collante, chaude, étouffante, transpiration et bousculade, orteils écrasés, trépidation et panne fugitive d’électricité, arrêt noir de quelques dizaines de secondes dans les wagons matelassés d’humains plus ou moins usagés. Moi, Vivant d’Iseye, si éloigné de la foule, secret jusqu’à l’auto-séquestration bucolique… J’aurais voulu pouvoir courir au travers des marches pour dépasser l’exaspérante lenteur des escaliers roulants. Mais, outre que mes performances sportives n’ont jamais rien eu d’olympique, sinon pour le dégingandé blafard, toutes les issues étaient marrons de monde, pardessus, blousons, vestes, imperméables et chaussures me coinçant le pied gauche. Comment tant de gens peuvent-ils ne pas être des individualités pour nous ? C’est le flux lourd de l’humain et malodorant troupeau qui me poussa soudain vers la gifle soudaine de l’air libre. Glacial.

Pourtant, la nuit d’hiver pinçait moins que ma fatigue, que mon stress, ma crainte de paraître ridicule, grossier, plouc précieux, et moins que rien devant « l’Hawks » ; Arielle Hawks, jeune prêtresse des médias nocturnes. Par quel caprice voulait-elle une interview de ma personne ? Alors qu’il lui aurait suffi de filmer les pages silencieuses de mes livres. Elle avait faux sur toute la ligne avec moi. A moins qu’elle veuille me faire concourir pour le titre de l’auteur le moins vivant, le moins télégénique, avec ma tête de céleri-branche, mon visage aux traits effacés par la pudeur…

Qu’est-ce que j’avais fait de mes gants de peau ? La sueur qui m’avait imbibé alors que je ne pouvais penser à retirer mon manteau dans le bestial coude à coude, parut me saisir d’une nouvelle glaciation quaternaire, des omoplates au coccyx. Il me sembla que lorsque j’allais paraître en veston à la poche pendante devant l’égérie des télénoctambules, devant la dompteuse des situations extrêmes, j’allais dégager un parfum entêtant d’aisselles avariées. Alors que j’aurais voulu lui apparaître vêtu d’un pur et anonyme smoking au-dessus de la plus immatérielle chair. Sur une telle viande en voie de putréfaction, l’Hawks allait sûrement se jeter bec et ongles, actionnant les serres cruelles de son ironie, digérant rapidement mon peu de créature pour assurer la perfection post-adolescente de ses traits à l’angélisme calculé.

Vingt et une heures. Cela signifiait pour le moins une heure de retard. Peut-être serait-elle déjà partie, définitivement furieuse, vers des sujets autrement plus passionnants que moi. Après tout, tant mieux. N’était-ce pas ce que j’avais secrètement voulu ? Venir et la rater à mon corps défendant. Me et lui prouver mon peu de valeur. Moi, Vivant d’Iseye, si peu de choses, la discrétion, la sensibilité classique en personne, en quoi allait-elle me changer ? Je dus demander le célèbre hôtel à un passant qui leva une main lasse vers les lumières du bâtiment qui me clouait la vue. Décidemment j’allais être obligé d’entrer. J’imaginai la belle Arielle, créature ectoplasmique bombée par l’écran, inspectant les dix reflets de son vernis à ongle et leur trouvant à cause de moi une écaille à la fine extrémité de l’annulaire. Horreur ! Voilà bien le motif de se venger sans faillir d’un auteur qui avait rêvé les sentiments démodés de l’amour dans son dernier livre, de peu d’épaisseur.

Contre toute espérance, l’homme en livrée qui présidait à l’entrée du Royal Monceaux ne me plaqua pas sur le trottoir, malgré la dégaine lamentable de ma poche de veste dépassant du manteau, comme il l’aurait fait d’un de ces fades délinquants clochardiques qui tentent régulièrement d’ébrécher le monde des hommes et des femmes que le luxe avait abonné au bonheur. Dans la porte à tambour, je crus un instant ne pouvoir échapper au grotesque tournis continu des Chaplin et autres Marx Brothers. Débouchant dans le hall, je ne pus m’empêcher de sourire du prix que je tenais ainsi à remporter pendant mon concours de complexes. De toutes façons ce rendez-vous avec Arielle Hawks était sans importance ni conséquence sur mon réel travail, même si bien des demi-stars de la mode, du rock et de l’argent -ne parlons pas de l’écriture- me l’enviaient comme elles respiraient.

Je ne sus d’abord où me diriger. Puis je pris un pas de cow-boy de banlieue à raser les murs pour entrer à droite dans un grand salon qu’un tunnel d’exotique verdure encadrait. Mon manteau recommença à me donner chaud. Je me sentais des hanches étroites de chimpanzé en traversant les tablées, fauteuils et canapés ouverts comme autant de cabinets particuliers. Où était-elle, celle dont on ne pouvait manquer de reconnaître enfin la silhouette, le visage ? Bien des femmes que mon imaginaire et ma petitesse auraient parées de toutes les grâces qu’elles avaient déjà, ne me renvoyèrent que le dédain de leur paupière, l’absence de leur regard pour lequel j’étais plus transparent qu’un hippopotame dans son glauque marais à nénuphars géants. Je suppose que, si le cœur de l’hippopotame en question eût battu comme le mien en cherchant Arielle Hawks, une marée du siècle aussi spasmodique que les plus terribles tsunamis eût ravagé les régions avoisinantes du marais et de l’hôtel. Il fallut bien me rendre à l’évidence du vide. Arielle Hawks, qui m’avait brièvement décrit ce salon sur un élégant bristol, n’était pas, ou n’était plus là. Un froid frisson me sabota la colonne vertébrale malgré mon tropical manteau. Stupide animal ! Une chance pareille ne se reproduirait pas.

Penaud, agacé contre moi-même, j’allais quitter le champ des hostilités, lorsque je me ravisai. Je fonçai sur la réception. Au moins consommer ma défaite. Plus inexistant que la bassesse de mon humilité, tu désolidarises tes atomes aux yeux du goitre d’iguane de l’homme de la réception. Aussitôt que j’eus prononcé le sésame de mon nom, et plus exactement de celle par qui, pour qui et en qui j’existais ici, il appela un jeune chasseur.

-William, veuillez décharger Monsieur Vivant d’Iseye du poids de son manteau et de sa sacoche.

Apparemment satisfait de mon supplément d’aisance empruntée, il reprit, d’une voix de boa constrictor au moment de l’affut, penchant sa professionnelle discrétion vers l’orifice pleutrement complice de mon ouïe impatiente :

-Mademoiselle Hawks a fait téléphoner de Londres où elle recueille les entretiens de Lady Golem et de son basketteur noir de fiancé, vous savez, le fameux Margar Jordansonn, avant qu’ils ne quittent le monde accessible aux médias pour leur suite privée… Bref, je ne vous ferai, Monsieur d’Iseye, pas languir plus avant… Elle n’est donc pas dans nos murs. Quoique la vidéothèque de l’hôtel conserve, si vous souhaitez les consulter, toutes les copies de ses célèbres entretiens nocturnes. Elle m’a prié de l’excuser auprès de vous. Mais rassurez-vous, Monsieur d’Iseye, nous ferons tout notre possible pour rendre votre attente agréable. Il n’y a pas de fantôme de l’hôtel. Sauf la délicate empreinte toujours ici présente de Mademoiselle Hawks qui espère que vous aurez la patience de lui pardonner trois heures de retard. Elle sera parmi nous à onze heures. Vous n’avez pas à vous soucier d’un retard qui n’en est plus et qu’ici personne n’ébruitera. Vous aurez la joie d’entendre la vraie voix vous parler à vous et à nul autre dans une heure trois quarts. William, donnez une veste convenable à Monsieur d’Iseye et conduisez le à sa chambre-suite. Il désirera indubitablement se rafraîchir et croquer un en-cas. Puis vous lui montrerez le petit boudoir vert.

 (...)

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Les Métamorphoses de Vivant, roman

 

 

Illustration de Casajordi pour La Métamorphose de Kafka.

Reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur :

Casajordi : casajordi.blogspot.fr/ link

 

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 14:11

 

Bois de Lesponne, Beaudéan, Hautes Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les Métamorphoses de Vivant, roman.

 

II

 

Deuxième métamorphose :

 

Greenbomber, écoterroriste.

 

 

Mousse verte… Débris de tomate verte purulents, sur les murs, sur le sol, sur mes pantalons… Le crâne sanglé, la tête en cabane. A part ça, je suis couché à peu près tranquille. Enfin ! C’est une sécurité constamment inquiète dans le presque noir, mais ferme, avec un point fixe et sauvage dans le cerveau. Le jour se lève à travers les planches. C’est la toile verte de mes pantalons, de mes manches. Sales, terreux, herbeux ; une bonne saleté. Qu’est-ce que je fais avec cette cagoule déjà, crasseuse, collante sur la nuque ? Surtout ne pas l’ôter, la renfoncer. Des bouquins. Ouf ! Dans un piteux état, sur une étagère faite d’un tronc à peine équarri. C’est l’écorce neigeuse, argentée des bouleaux.

Ça va mieux. Je ne suis pas une créature qu’on dénoyaute nue. Je suis un homme ; c’est déjà ça. Je suis… Qu’est-ce que je fais dans ce corps bien trop dégingandé pour moi ? Maigre et dégueulasse, le fond de culotte à même un tas de graminées à peine sèches… Ça repose. Courbatures. Il faut que je me secoue. Elle doit être là dehors, sur la piste au bas du lever du jour. On y voit tout à fait clair maintenant dans la cabane, à travers la vitre de récupération. Même cette vitre, c’est une technologie en trop ! Il doit me rester de la soupe d’orties froide d’hier soir. Mais… Je suis un autre ! Je sens comme une tumeur maligne dans un cerveau malin qui me ronge. Le cervelas de cette viande sèche mal fringuée aux godillots de peau de bestiole. Quelle horreur ! Cohérent. Je dois être cohérent. Débarbouiller ma fumée. Je suis cohérent. Je m’assoie sur mon séant d’herbes naturelles, des « feuilles d’herbes » de mon cher Whitman…

Debout ! Chassons ce technorêve d’un autre, d’un individu complètement bouffé par la société industrielle et de consommation irraisonnée des ressources naturelles. La phase mondiale du plan est pour ce matin. Une chance pour elle qu’elle ait ce nom d’animal fier et sauvage, d’animal nettoyeur des pourrissures. Je suis tout à fait clair. Tout à fait net. Sûr.

Je pousse la porte. Dehors, le bois est calme, frais. Allons ! Une petite défécation purgative et fertilisante dans le coin du potager. Quel frémissement par vagues dans les feuilles agitées des bouleaux… Au-delà, après quelques dizaines de pas, la montagne élève sa lumière brune et pure. Voyons si plus bas… Oui. Il semble que l’abomination technologique d’un véhicule à moteur à explosion soit éteinte à l’angle de la piste défoncée par les pluies. C’est l’action, l’opération cagoule verte ! Visiblement elle est seule, comme convenu, avec sa grosse caméra sous le bras.

Quoi ! Je divague avec ces sensations de montagne sale, cette auto-mise en scène en homme des bois ! Suis-je, une fois de plus, prisonnier d’un corps, d’un comportement et d’un appareil mental qui ne sont pas les miens ? Changé en qui ? Et à l’intérieur desquels je conserve par éclats l’effroi de mes pensées qui ne sont pas celles de mes perceptions…

Mais tout ça, c’est des mauvaises bribes, des conneries, des tentations psychotiques précomportementalisées par la société d’en-dessous et d’en-deçà… Ça s’écrase comme une caméra jetée contre le granit quand on n’en a plus besoin. Il faut pourtant en passer par là, par cette quincaillerie technologique pour faire entendre raison naturelle à ces scienthumains qui squattent et empoisonnent notre planète mère. C’est comme ces puissantes jumelles militaires qui me permettent de l’épier, immobile, son joli cul en jean contre la tôle verte de sa caisse de luxe. Après l’élimination de tous ces technoprisonniers, plus besoin de ces faux yeux de surprédateur.

Elle attend mon signal. Il suffit que je sorte de ce bosquet de bouleaux. Que sur la pelouse à bruyère et myrtille, je brandisse et agite mon drapeau de toile verte. Tiens, il me reste une grosse pomme de terre froide d’hier soir. Je m’en mets plein la bouche, la peau avec entre les dents… Ça se mâche comme du pain. A la source d’abord. Elle peut faire piétiner son joli cul en jean et ceinture de croco en se demandant si je lui ai pas posé un lapin, si je me suis pas foutu de son minois à cosmétiques. Cette eau froide et pure entre deux touffes d’herbe. Toute la géologie, l’histoire de la création de la terre est là. Ah, la conne ! Elle se minaude dans son rétroviseur extérieur. La voilà qui filme un coup sa bagnole, la gadoue des ornières, la pente et le fouillis plongeant des hêtres ; et pour finir le nuage violet qui s’écrase sur les montagnes de l’est. Ah, tu peux le filmer : il a une gueule d’apocalypse…

Voilà, c’est lancé. Elle a enregistré mon signal. Elle commence à grimper dans le caillou et la bruyère. On voit qu’elle a pas l’habitude. Elle est sûrement plus forte en salle de gym avec vélo d’intérieur et tapis roulant de simulation de marche… Oh, la croquignolette ! Elle a de mignons brodequins de montagne en croute de cuir de poussin vert. Son jean est vert d’eau, sans ceinture, sa chemise de bucheron vert-sapin et son blouson matelassé vert-cyprès. La stupide opportuniste ! Charognarde et caméléon avec ça… Elle croit me prendre par les sentiments avec son écologisme vestimentaire de magazine de mode. Pour moi, elle n’est qu’un instrument. Oh, elle trébuche ! Elle est capable de péter sa caméra en dévirant sur les pierres… Non, elle tient le coup. Il lui faut bien encore dix minutes de montée.

Un dernier tour d’horizon : le ciel propre, ni hélicoptère, ni avion. Pas un mouvement suspect, pas un mouvement de lumière à travers les forêts et les vallées. Elle a bien fait de prendre ma menace au sérieux. A moins qu’ils soient parfaitement camouflés. Non, son éthique n’est pas celle de cette morale judéo-chrétienne qui fonda le capitalisme, mais celle de son business, uniquement. Je suis pour elle un contrat. Surtout ne pas le rater. Ça foutrait en l’air son suspense, sans compter son mythe, si elle me faisait coffrer par les flics, l’armée et tout le toutim… Il suffit que je m’asseye dans cette conque granitique pour me protéger de tous les regards possibles, sauf satellites, peut-être, et à l’abri du rayon de la caméra de l’Hawks…

Qu’est-ce que c’est que ce dingo que je suis ? Et je ne peux pas me défendre de dire de telles démantibulations du bulbe ? Je suis devenu trouffion de quelle secte ? Et pas moyen de se faire entendre de celui-là ! Il a la tête plus dure que son granit. Il a du faire du zen ou du yoga pour cesser de penser d’un coup comme ça. Si ça suffit pas d’être empaffé dans sa tête de bois d’arbre, je vais bientôt me retrouver en tôle et camisole en plus de ça ! Horreur, voilà que j’emploie son genre de vocabulaire. C’est un coriace qui va pas me lâcher au doigt et à l’œil, comme un cornichon dans son aigre bocal. J’ai ses mains de singe, ses dents cariés sous la langue, je peux même la bouger sous mon propre contrôle, trouver mes gencives croûteuses, mes incisives plâtrées de vieille boufffe salivée… Heurk… Et j’ai ses mots, ses phrases, je lui parle tout haut, tout seul, et ce sont mes lèvres que je sens s’ouvrir et se gercer dans le vent cisaillant de cette crête vide et pelée. Comment puis-je être un ténébreux pareil, avec ces mains couleur de thé usagé ? Qu’est-ce qu’il est parti pour me faire faire ? Avec son crâne dur de tortue malade et vénéneuse… Je suis changé en dément, et je ne peux pas m’en décoller de toutes mes fibres et de tous mes pores… Ah, l’horreur ; ça me passe partout quand nous parlons, comme la fuite d’un rat dans l’œsophage…

-Arielle Hawks ?

-Greenbomber ?

-Lui-même. En vert et en os. En vert et contre tous.

-Je doute que les plus élémentaires lois de l’hospitalité vous permettent de m’offrir un thé chaud…

-A moins que je laisse infuser mes mains dans l’eau de source glacée.

Je vis alors, à travers une pupille et un nerf optique qui n’étaient pas les miens et que je sentais pourtant s’animer d’influx comme étant partie intégrante de ma chair et de mes réactions, le visage d’Arielle Hawks cicatrisé par une moue de répugnance à la vue de mes ongles craquelés et jaunâtres, de leur quart de lune charbonneux, des plis nombreux et bruns de mes mains ensuifées, de mes manches cartonnées de crasse scintillante, sans compter la loque serrée de ma cagoule, dont la laine et le cuir sentaient la brebis chaude et le sanglier crouteux… Comment pouvais-je tenir ferme dans cet état immonde et devant l’Hawks, alors qu’un sixième sens venu d’on ne sait quel moi m’avertissait que le parfum de l’églantine, dans la vallée, l’avait frôlée ? Elle posa l’étui de cuir glacé de sa lourde caméra, s’accroupit et se mit à l’ouvrir. Puis elle braqua d’abord l’objectif vers le demi-cercle des montagnes bleues et voilées.

-Monsieur Greenbomber voit-il un inconvénient à ce que je prenne quelques plans du paysage ?

Pas le moindre.

-Vous ne craignez pas qu’on reconnaisse les formes des sommets ? Le dessin des vallées ?

-Ils ne sont guère caractéristiques. Du moins pour qui ne sait pas les aimer.

-Et si on les identifiait ?

Aucun problème, Mademoiselle Hawks. Cette cabane n’a aucune importance. Je n’ai pas le goût bourgeois de la propriété. Peut-être n’est-ce pas la bonne cabane. Et s’il faut effacer les traces, la brûler…

L’aisance de son coup d’épaule pour enfourcher la caméra me surprit. J’aurais voulu lui dire quelque chose alors que l’homme en quoi j’avais été changé prit ma place. Ou plutôt, une fois extériorisé, je devins, une fois de plus et sans cesse, lui.

- Greenbomber… Qui êtes-vous?

-Vous êtes une humoriste accomplie, Mademoiselle Hawks…

-Je ne vous demande pas d’ouvrir votre passeport. Ni votre sale cagoule.

-Quoi d’autre alors ?

-Vos motivations, votre stratégie. Votre sensibilité humaine, si vous en avez une.

-Je veux ça partout.

-Quoi ?

-Regardez. Tout ce qui s’étend sous le cercle de mes bras. Sous l’œil de votre satané bordel d’appareil qui s’obstine à rester braqué sur moi. Le bosquet de bouleaux. La source. La cabane de rondins. Ce serait mieux si elle avait été faite de pierres trouvées et de bois mort. Ciel et cirrus, montagnes, forêts et gorges rocheuses intouchées. Le vierge, le vivace, le bel aujourd’hui naturel. L’homme à l’orteil léger sur l’herbe aux mille espèces, du lichen à l’épicéa, de la bactérie au cerf, de la coccinelle à l’oiseau, des larves aux papillons. Le vent pur et libre.

-Résumons-nous, Greenbomber. Dix-huit attentats. Dont sept revendiqués. Onze légendairement attribués. Vous êtes un mythe pop. On vous consacre une cinquantaine de sites sur Internet. Une bibliographie dans la presse mondiale à faire couiner d’envie le Pape et le Dalaï-lama. Les philosophes Michel Foucault et Jean-François Revel vous ont chacun consacré un essai. Un éditeur de San-Francisco a imprimé vos libelles suivis d’une hagiographie avec du sang humain sur quatre-vingt feuilles d’érable reliées en écorce. Vos courriers sous papier recyclé ont tué à l’ouverture vingt-trois personnes, dont une fillette de trois ans, et blessé dix-sept autres aux Etats-Unis, Canada, Mexique, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni et Russie. Plus le Japon, Hong-Kong et l’Australie. L’une de vos victimes vit à Bilbao avec quatre membres artificiels et un convertisseur vocal sur le larynx. Avez-vous pitié ?

-Non.

-Quelques-unes de vos victimes sont innocentes de tout ce que vous reprochez à l’homme civilisé.

-Non. La fillette dont vous parliez, en tant que petite fille de l’industriel milanais de la chimie Giancarlo Frescobaldi, n’avait aucune chance d’échapper au déterminisme éducationnel de son milieu.

-Et sa nourrice ?

-Idem. En tant que valet du capitalisme technologique, elle était sa prisonnière autant que sa complice et sa justification. Je l’ai délivrée.

-Vous êtes abominable, Greenbomber ! Un monstre !

-Tout doux, l’Hawks… Allons, je vais vous consoler d’un scoop. Parmi les onze attentats au courrier piégés qui me sont attribués, huit sont de mon fait. Seulement trois ont été réalisés par des fans, des imitateurs quelconques.

-Lesquels ?

-Celui de Sydney. Bien que j’aurais pu m’en charger. Il est parfaitement en accord avec mes vues.

-Pourtant… Saül Dutchberger… Le directeur de l’Opéra ! On ne peut pas dire qu’il complotait contre la nature.

-Erreur, l’Hawks. Toute culture est une injure à la nature. Il régnait sur son architecture à coques de béton, contribuait à massacrer des arbres pour faire hurler Stradivarius et Amati, et, suprême trahison envers Gaïa sa mère, a fait jouer l’opéra de Constanz Walz : Technic voices, dont les voix ne sont restituées qu’après un passage par des filtres électro-acoustiques. Celui-là méritait également de crever d’un éclatement de l’estomac. Quant à ce Walz, il saura qu’il ne peut plus ouvrir la moindre lettre, le moindre colis, de sa courte vie.

-Et les deux autres ?

-Munich.

-Christa Hebbel. La Présidente du parti des Verts. Et son secrétaire. Je comprends.

-Vous ne comprenez rien ! Là encore celui qui a fait cela a mon entier soutien. On ne peut être vert sans être radical. Ses arrangements avec le pouvoir n’étaient qu’une stratégie de corrompute, de salope !

-Et sexiste avec ça !

-La forme de son cul ne change rien à l’affaire.

-Et le dernier ? L’approuvez-vous également ?

-Clermont-Ferrand ? Non.

-Là, j’avoue, je ne comprends pas… Le directeur de recherche du Centre de Transgénie Végétale. Cela doit être pour vous une évidence que de désapprouver les manipulations génétiques sur les plantes agricoles…

-Celui qui lui a arraché la tête avec le colis qu’il a déposé dans sa voiture électrique n’est qu’un amateur. A un second regard, cet apprenti-sorcier de Marc Olivenstein prépare la revanche de la nature. Ses plantes modifiées deviendront folles contre l’homme en obéissant à la raison inconnue de Mère Nature.

(…)

Thierry Guinhut

 

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Les Métamorphoses de Vivant, roman : Synopsis et sommaire

 

Casajordi-Ecologiste.jpg

L'écologiste par Casajordi,               

reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur :          

http://casajordi.blogspot.fr/ : link

 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:51

 

Bibliothèque effacée. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Euphémisme et cliché euphorisant,

 

novlangue politique.

 

 

 

 

Tout pouvoir politique sait agiter la baguette du langage, bruissante des phylactères de la pensée magique : aujourd’hui ce novlangue a nom euphémisme et cliché euphorisant, ces effaceurs de bibliothèque et de vérité. L’état de notre langage n’est-il pas le reflet de l’état de nos sociétés ? Plus il est loin du réel, plus le réel est désastreux. On remédie au langage, faute de remédier au réel, que ce soit dans le domaine social, de la justice ou civilisationnel, en annonçant un messie sociétal qui ne viendra pas, ange cachant un démon…

 

Une grève n’est plus une grève. Même plus un conflit social, ce serait trop brutal, mais un mouvement social. Sans vouloir instant mettre en cause le droit de grève, cette liberté fondamentale, il est nécessaire de relever que la grève est trop souvent une défense d’un corporatisme professionnel et syndical au détriment de l’activité entrepreneuriale. La défense des salariés devient une prise d’otage, non seulement du public, des clients, des fournisseurs et des entrepreneurs, mais aussi des non-grévistes. Le mouvement social signifierait-il qu’en travaillant les salariés sont immobiles, et que c’est seulement en faisant grève qu’ils se bougent, exclusivement dans le sens de leur progrès social ? C’est alors qu’ils sont dans l’action, qu’ils se mobilisent, signifiant sûrement qu’hors ce moment festif du ressentiment, trop souvent anti-économique, ils sont en permanence démobilisés… L’euphémisme serait loufoque s’il n’était le masque d’une tyrannie.

Modèle social et service public sont des formules sacro-saintes, au point que nos voisins, plus heureux au moyen de réformes libérales (du Chili à la Suisse, en passant par l’Allemagne), les ont abandonnées ou ne les ont jamais empruntées. Qui voudrait de notre protection sociale exsangue, de notre système de retraite à bout de souffle, de notre sécurité sociale déficitaire, de notre coûteux assistanat profitant trop souvent à des immigrants inoccupés, que smic, charges et code éléphantesque du travail contribuent à écarter du marché du travail. Ce dernier n’ayant d’ailleurs plus guère du marché, sur-réglementé qu’il est, aimanté par Pôle Emploi, autre réjouissant euphémisme pour agence de congestion du chômage…

Le dogme du service public parait inattaquable. Mais pourquoi la SNCF par exemple ? Pourquoi pas la voiture, le pain du boulanger, bien plus nécessaires ? Alors qu’outre-Manche et outre-Rhin on a privatisé le chemin de fer avec succès. Le service public est alors un abus de langage, une confiscation du public et des deniers publics par une corporation syndiquée arcboutée sur des privilèges indus, comme les aiguilleurs du ciel qui travaillent trois jours par semaine pour un salaire fort confortable et sont par conséquent deux fois plus nombreux qu’au Royaume-Uni et en Allemagne pour le même service. Quand la pression fiscale qui les surpaie est un sévice public…

 

 

Admirons combien dans le domaine de la délinquance et de la criminalité le langage parait avoir désamorcé le danger. Dans les quartiers sensibles, ouverts au multiculturalisme, des personnes connues des services de la police se sont livrées à des incivilités qu’excuse leur exclusion. Admirable novlangue. Que chaque personne sensée traduira pourtant ainsi, n’en déplaisent aux oreilles chastes qui devront fermer les yeux sur les lignes suivantes : dans des poches de charia, des délinquants et criminels récidivistes, pour la plupart immigrés depuis l’aire arabe, ont saccagé, pillé, violé, tué. Alors que la république a déversé sur leurs quartiers la manne financière de la politique de la ville et les moyens de l’éducation républicaine ; hélas trop souvent en pure perte. Si la précédente phrase était peut-être excessive et caricaturale, c’est que l’on n’a pas su dire la vérité avec nuance et précision dans la première…

Le concept d’islamophobie (terme né en Iran sous Khomeiny) parait lui bien loin en apparence de l’euphémisme. Pourtant, par le biais de la stigmatisation et du déplacement du mal, ce dernier est affadi, effacé. Il est alors indécent, immonde, voire hérétique contre les valeurs du vivre ensemble, que d’avoir peur de l’Islam, de le révoquer. L’islam est euphémisé par la culpabilisation a priori de son rejet. Même s’il ne s’agit en rien de rejeter et de haïr a priori et par préjugé tous ceux qui pratiquent et professent en paix cette religion, mais de les protéger. Le juste islamophobe sait ce qu’il craint et désire écarter : ce qui dans le Coran participe de la misogynie active et criminelle (dans la sourate sur les femmes), du jihad conquérant, du mépris injurieux envers le judaïsme, le christianisme et l’athéisme, aux conséquences criminelles. On ne confondra donc pas l’islamophobie raisonnée ni avec le racisme ni avec l’antihumanisme.

Multiculturalisme, Vivre ensemble… Quelle ironie lorsqu’ils sont justement invalidés par des cultures (est-ce là encore euphémisme ?) qui ne veulent pas du multiculturalisme, qui ne veulent vivre qu’entre soi, pratiquant l’exclusion, la discrimination, l’intolérance, l’impérialisme théocratique… Il faudrait alors tendre la joue gauche quand le christianisme est plus désavoué, voire assailli de christianophobie, que cette religion de paix et d’amour (euphémisme) qui voile, excise, réduit en esclavage et lapide. En ce sens, déplacer la faute de l’islamophobie sur la victime et non sur le coupable est de l’ordre de l’euphémisation, espérant apaiser la violence inapaisable en une sorte de Munich laïque devant le totalitarisme du croissant.

 

C’est alors que l’envers du cliché euphorisant est le cliché stigmatisant. Comme lorsqu’ultralibéralisme et néolibéralisme, ces concepts parfaitement creux, paraissent signifier la violence capitaliste du renard libre dans le poulailler libre. Ils évitent de s’interroger sur le sens réel du mot libéralisme, pourtant à la portée de tout curieux de dictionnaire et de philosophie politique, quoique malgré la richesse séculaire de sa pensée il ne soit guère enseigné. Quand l'euphémisme fait son Tartuffe en couvrant de charme la plaie qu’on ne saurait voir, l’hyperbole infamante couvre de plaies imaginaires une plus douce réalité : celle de la liberté économique et des mœurs qui déplaisent tant aux professionnels du pouvoir, du clientélisme, quand la liberté de ceux qui ne seraient plus leurs gogos les rendraient inutiles. Il ne faudrait surtout pas voir qu’une grande partie du personnel politique et administratif est non seulement inutile mais nuisible. L’étatisme alors perdrait son prestige, une bonne part de ses hauts et bas fonctionnaires, ses élus empilés et cumulards…

 

Hannah Arendt a pointé le rôle de l’euphémisme et du « cliché euphorisant » pour faire entrer l’absolu du mal dans la « banalité du mal ». Eichmann œuvre au service de « la solution finale », non d’un massacre, use d’un procédé prophylactique, dans le cadre d’une bureaucratie aux parfaits rouages au sein d’un idéal de mille ans en cours de réalisation. En ce sens l’abjection est accomplie en toute innocence du fonctionnaire zélé… « Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression et de conduite conventionnels et standardisés ont socialement la fonction de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. »[1] Eichmann s’est consolidé une douce armure de langage reçue en héritage idéologique : « pour chaque période de sa vie et pour chacune de ses activités, l’accusé disposait d’un cliché euphorisant[2] » Par exemple : « Mon honneur est ma loyauté » (…) ces formules  « Eichmann les qualifiait de « mots ailés », et les juges de « bavardages creux »[3] ». Le pouvoir totalitaire fait main basse sur le langage qu’il travestit en éloges pour soi et en euphémismes pour l’autre s’il doit disparaitre sans heurter les sensibilités : «  Des diverses « règles de langage » méticuleusement mises au point pour tromper et pour camoufler, nulle n’eut un effet plus décisif sur l’état d’esprit des tueurs que ce premier décret du temps de guerre émis par Hitler, dans lequel on avait remplacé le mot « meurtre » par l’expression « accorder une mort miséricordieuse »[4] ». Hélas, il n’y a là euphorie que pour les vainqueurs…

 

Au-delà de la fonction d’adoucissement du réel, l’euphémisme et le cliché euphorisant ont une autre fonction : par le biais du langage, un pouvoir intellectuel et politique s’arroge la toute-puissance. Au miel de son euphorie il attire ces mouches que sont le badaud, le peuple d’électeurs captif, qui veulent croire, au sein chaud de leur servitude volontaire, en une utopie. Jusqu’à ce que mal lui en prenne. Ceux que frappe la ruine des euphémismes et des clichés, qui voient le roi nu et le réel dévasté derrière l’éventail enjoliveur des mots, se révoltent, votent ailleurs, voire là où il ne faudrait pas, attirés par d’autres mots magiques qui cachent leurs maux…

Comment reconnaître le cliché euphorisant ? Il est bien souvent ronflant : Ministre du redressement productif, qui sent son marteau conceptuel marxiste, qui ne redresse, ni ne produit rien, sauf des impôts dirigés dans une usine à air… Ou alors c’est une antiphrase, comme la République Démocratique Allemande qui était bien moins démocratique que la Fédérale, l’Allemagne de l’ouest.

Curieusement le verlan et les anglicismes peuvent jouer un rôle étrange. Un noir devient un black, un arabe un beur, dans le dernier chic du parler racaille. Ce qui sonne plus swag, plus rap. Ce qui côté Français de souche (s’il en est) parait infamant, identitaire, devient du côté black et beur du dernier chic identitaire…

L’euphémisation du monde s’accompagne alors de la surévaluation hyperbolique d’un autre monde, lorsqu’il n’a plus les barrières de la pudeur, du surmoi, du respect d’autrui pour s’affirmer. Le combat des mots, s’il ne sait pas rester ou devenir sage argumentation, peut précéder le combat des hommes. En conséquence, on peut lire l’euphémisation, mais aussi son double, la violence de l’hyperbole euphorisante, comme une élimination programmée des concepts moraux, le vrai, le bon, le bien ; comme une victoire du cynisme sur la vérité.

 

 

Dans 1984, Orwell prophétisait : « Il était entendu que lorsque le Novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l’Ancilangue serait oublié, une idée hérétique -c’est-à dire une idée s’écartant des principes de l’Angsoc- serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots.[5] » Orwell laissait entendre, à la suite d’Hayek, que le socialisme anglais deviendrait un Big Brother du langage. Quoique le Royaume-Uni ait choisi une voie plus libérale, cette ambition est devenue celle du socialisme français, mais seulement si nous voulons bien l’entendre de cette oreille. Au contact des vocables magiques de l’euphémisme et du cliché euphorisant les mots fondamentaux s’effritent. Si nous ne voulons pas succomber à la perte du langage, relisons Hayek : « La plus grande victime dans cet ordre d’idée est le mot : liberté. On l’emploie dans les Etats totalitaires aussi généreusement qu’ailleurs. (…) Nous avons vu plus haut le même abus des mots : justice, loi, droit et égalité. On pourrait allonger la liste et y aligner tous les termes courants de morale et de politique. (…) le langage devient totalement vicié, les mots sont comme des coquilles vides, dépourvus de toute signification[6] ». Heureusement, il n’y a plus grand monde pour écouter le novlangue de l’euphémisme et du cliché euphorisant. Ce qui fonctionne comme la méthode Coué, comme une suggestion hypnotique, dont nous ne sommes pas dupes, jusqu’à ce que la violence du réel déchire les paupières…

 

Il faut alors « prendre ses distances avec les épidémies d’opinion », selon la formule de Sloterdijk. Déchiffrer « que sur les abstractions mortelles se dépose un voile de langage coloré qui fait croire à la viabilité et à la lisibilité de ce qui n’est ni viable, ni lisible[7] ». L’état, cet « ogre philanthropique[8] » socialiste (qu’il soit de droite ou de gauche, depuis trois décennies), ses affidés et clients, ses maîtres chanteurs syndiqués et autres médias, non content de dévorer le vocabulaire avec des dents de rose, dévorent une prospérité économique en recul ainsi que l’espace de nos libertés. Ne faut-il pas dire de l’euphémisme, du cliché euphorisant, ces saintes huiles du novlangue contemporain, ce que disait du relativisme Karl Popper : « Le relativisme est un des nombreux crimes perpétrés par les intellectuels. Il est une trahison à l’endroit de la raison et de l’humanité[9] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Hannah Arendt : Considérations morales, Rivages, 1996, p 26-27.

[2] Hannah Arendt : Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, 2010, p 1069. 

[3] Ibidem : p 1119.

[4] Ibidem : p 1123.

[5] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 320.

[6] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 115-116.

[7] Peter Sloterdijk : Ni le soleil ni la mort, entretiens avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, p 98 et 117.

[8] Octavio Paz : « L‘ogre philanthropique », Le Débat, Gallimard, janvier 1981.

[9] Karl Popper : A la Recherche d’un monde meilleur, Les Belles Lettres, 2011, p 24.

 

 

Lucas de Leyde, 1494-1533 : Annonciation, Alte Pinakothek, Munich.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 08:17

 

Villa Adriana, Tivoli, Latium, Italie. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les Métamorphoses de Vivant, roman

 

V

 

Cinquième métamorphose

 

Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Le flyer… Où est-il ? Où ai-je laissé flotter les sept reflets de son hologramme ? Dans la poche de mon pyjama ? Non, stupidos. Cette fente pectorale de pyjama est un sac à malices, une hotte de Père Noël, un inconscient post-freudien, un nid à fumier, une cave à chauve-souris, un tonneau des Danaïdes, un cul de basse-fosse, un Léviathan. Impossible, puisque je dors nu. Je ne porte même pas un string pour nuire à l’effet apaisant du talc Springyear sur mes testicules fatigués par la vénération de mes fans femelles. Qu’est-ce que je raconte ?

C’est quoi ces reflets dansants au plafond ? Ce chatoiement de golfes clairs et de bleus méditerranéens ? Ce jour n’est pas naturel. Une fois de plus je fantasme comme un personnage d’emprunt. J’y suis : le flyer de Magaly ! Pourquoi mes draps sont-ils soudain violets ? Pourquoi ma chambre est-elle pleine de micros sur pieds, de cédés jetés sur le sol, de synthétiseurs bleuâtres, de baffles immenses et noires comme des temples ? Me voilà encore embarqué dans la cabine de croisière d’un corps que je ne peux réveiller ni quitter à mon gré. La méduse de mon cerveau à l’ancre entre deux os pariétaux inconnus, sans pouvoir animer du moindre mouvement ces jambes en croix de Saint-André sur un lit dévasté de sueur…

Tiens… Il y a une fille métisse qui clignote des yeux inquiets au-dessus de la moquette de laine claire où elle a l’air d’avoir passé la nuit dans la mélancolie d’un drap violet déchiré. Une fille avec des cheveux tressés par centaines comme des tortellinis au henné et deux ananas de poumons qui roulent comme un paquet de soutien-gorge et de vêtements maladroitement tassés entre deux talons aiguilles dorés. Elle se lève, comme le bondissement du lynx, et s’éclipse, laissant derrière l’embrasure de la porte l’ombre Mururoa de son cul noir se dissoudre dans l’air vicié au musc et aux fumées refroidies de cannabis.

On dirait qu’une lumière sous-marine monte le long de ce socle de garnit soudain clair avec des serpents qui… Non ! Ils ont l’air… Ouf, sculptés dans le bronze et le vert-de-gris comme pour s’enlacer aux colonnes et aux drôles de chapiteaux corinthiens d’un temple dont le fronton en lévitation cache une statuaire incompréhensible. La luette éclatante de l’aube se lève peu à peu jusqu’au fond de la gorge oraculaire de cette chambre… Bientôt je pourrai lire dans l’étrange torsion de cette statue qui va dire où je suis et qui je suis. Paix, ce n’est qu’un Bouddha. Mais un Bouddha émacié, ravagé de barbe, aux yeux sirupeux… On dirait qu’il a six bras comme je ne sais quelle divinité hindouiste. Six bras pour l’amour et le crime. Avec un sacré cœur aux épines et croix catholique sur la poitrine. Qu’est-ce que c’est que ce dieu hybride ? Un Bouddha shivaïque et saint sulpicien ! Je suis tombé dans une secte. Il ne manquerait plus que ce corps où je suis fondu et dont je ne peux bouger le sommeil soit celui d’un gourou complètement à la masse…

Il frémit… une conscience glauque palpite entre les oreillers de ce corps décharné. Il fait complètement jour maintenant. A chaque queue de serpent pendent un soutien-gorge et une petite culotte saumon. Sûrement la mulâtresse troubalante dont la violente fragrance d’aisselle crépue hante encore la chambre comme une trace d’argent escargot nocturne sur la lourdeur de l’air. Ça sniffe la vieille fumée de marijuana et d’encens. S’il pouvait faire la grasse matinée, d’après beuverie, orgie et sauterie, ça m’arrangerait. C’est un rare moment de repos où je ne suis personne. Pas de moi à assumer, hors cet espèce de coup de tournevis qui me vrille le haut du lobe frontal droit à intervalles réguliers, comme le battement du sang, et qui s’enfle comme lors du sommeil paradoxal du corps qui m’abrite. Suis-je encore Vivant d’Iseye ? Est-ce mon karma ? Ma transmigration d’âmes de personnages en destinées pour achever de grimper l’échelle d’abomination de l’espèce humaine ? Des réincarnations successives en avance rapide ? Bizarre, c’est pas moi ce genre de théorie à la déboité du mental, cette acceptation ruminante et roucoulante.

Ah, il bouge… Fausse alerte, j’espère. Rester dans cet état de semi pur esprit me siérait bien, à flotter sans douleur ni désir… Quoi ? Un trépied ? Sans caméra encore. Je sens que la mise en scène est prête pour que ça recommence. Elle ne me laissera jamais donc en paix, à me bousculer dans les fosses septiques de l’humanité, à me faire des démons dans le dos… Je sens qu’il n’y en a plus pour longtemps avant que les engrenages du trip infernal se mettent à entraîner la piste numérique d’un film à mes dépens. Aïe, j’ai envie d’uriner en même temps qu’une érection du diable ! C’est lui ou c’est moi… Où est-elle passée cette grognasse qui n’a pu changer ma bite en ange ? Elle a tout de même pas pu me larguer comme un gueux ! Il n’y a plus que sur scène et dans l’envie de pisser du réveil que je bande… Chiottes, ma tête ! J’ai un mixer à légumes dans le caillou. Et branché sur un pylône à haute tension.

Qu’est-ce que c’est que cette feuille de pécul de bout de rêve que j’ai eu ? J’étais un plouc inconnu, un zéro social, à peine vivant, un néant médiatique ! Enfer… J’ai réussi mon retour à la scène et au disque, non ? Dans trente minutes l’incontournable Arielle Hawks vient. Pour moi. Star ! A fond les chants grégoriens accélérés sans changer les hauteurs. Cette pulsation poussée sur les graves à 135 BPM. Les derviches tourneuses de ces boucles sopranos extatiques… Je suis l’inventeur de la technomystique !

Une douche patchouli rapide, j’enfile un pyjama de soie indienne en grignotant une aille de caille, en buvant le jus d’un pruneau sec. Hélas, mes doigts sont toujours aussi jaunes de nicotine et mes narines blanches de cocaïne. J’aurais pu les ramener transfigurés du royaume des ombres ; mais non. Le Triomphe du Temps et de la Vérité, n’est-ce pas… Le squelette puant de la vérité dans les chairs. Est-ce que cette Hawks est une baiseuse ? Difficile de se prononcer. Un tel cul wonderbra gorge de pigeon monté sur des mollets d’altitude… Les tendons de ses cuisses doivent lui monter jusqu’à la vibration du pubis… Ah, ce désir à fouetter jusqu’à la disparition ! Joli fantasme d’Aphrodite child des médias. A moins qu’elle soit aussi frigide que les pantalons en aluminium de couverture de survie du défilé de mannequin de Murakami Nosaka ? On laisse tomber la soie indienne pour le tee-shirt noir Bouddha et le futal aubergine molle… C’est elle ! Prêt. Canapé lamé or, ouverture automatique du volet terrasse méditerranée, ciel. Lumière. Son :

-Lou-Hyde Motion, vous étiez le Rimbaud du Rock and Rap, vous êtes maintenant le Bouddha du Techno Roll. Pourquoi ?

-J’ai décidé de lever aujourd’hui le mystère de mes trois mois de disparition.

-Où étiez-vous ?

-Une sorte de retraite. Qui préparait ma révolution musicale.

-On a dit que vous mouriez du sida.

-Il était question de mort, en effet. Ma mort, ma pulsion de mort, est la plus belle créatrice.

-Alors, ce sida ?

Négatif. Je ne donne pas ce plaisir à ceux qui m’ont insulté, inculpé, incriminé. Toutes ces rumeurs sur mon prétendu sida étaient le produit des envieux, des ringards... Il n’y a pas eu une aiguille pour me contaminer, pas un sexe pour me rendre séropositif, pas un dieu pour me jeter la première pierre. J’en prends vos showsectateurs à témoin, Arielle, vous pouvez sans risque goûter ma salive, mon sang et mon sperme.

-Non merci.

-Faut-il vous verser le tout dans un verre à cocktail ?

Ni vin de messe noire, ni vin de messe blanche, merci. Revenons à votre disparition. Vous avez pris le risque d’être oublié. Ou d’être encore plus idolâtré par les prestiges posthumes du regret. D’être vomi par votre public, si votre retour ne collait pas au fantasme caressé par les partisans d’une résurrection.

-J’ai réussi, non ?

-Votre nouvelle manière ne fait pas l’unanimité parmi le public.

-Des nostalgiques. Qui voulaient me clouer nu immobile au poteau d’une étape révolue de ma carrière. Ils ne comptent pas au regard des fans nouveaux qui m’ont rejoint.

-Un autre soupçon de mort a couru pendant votre absence…

-Lequel ?

-N’oubliez pas la réprobation qu’ont soulevée les paroles trop célèbres de quelques-unes de vos chansons : « Le jus homosexuel de la mort », « Suicide, mode de jouir », et autres « Sex, drugs and drums ». Sans compter la chanson « Pères, meurtres rituels », dont le refrain vengeur et le rythme survolté ont révolté les associations de défense de la famille.

-Vous pensez à la thèse de l’autosacrifice ?

-Elle a en effet été avancée. Il me semble cependant que pour votre producteur la nouvelle d’un suicide eût été un excellent investissement médiatique auprès de votre jeune public. Il ne reste plus…

-En effet.

-Que la drogue.

-Ce « dérèglement de tous les sens »…

-Dans quel outremonde étiez-vous, Lou-Hyde Motion ?

-J’ai étreint l’enfer des paradis artificiels. Benzédrines, amphétamines, héroïne, ecstasy, champignons hallucinogènes mexicains et vosgiens, LSD, opium chinois, canabis de Floride à 33% de tétrahydrocannabinol, vodka finlandaise, Prozac, Tranxène, Viagra, colle, éther, cocaïne, mescaline, et la liste exponentielle des drogues de synthèse qui n’ont même pas de nom, tout juste des numéros, comme les étoiles lointaines. J’ai tout essayé. Méthodiquement. Un par un, graduant les doses, puis en grappes, en séries… Parois, je jouais à la roulette russe en tentant un cocktail de hasard. Je pénétrais dans les souterrains de mon corps, nouant le contact avec des veines et des flux que je ne me connaissais pas, avec des flashs de jouissance généralisés jusqu’à la vibration de toutes les terminaisons nerveuses et oculaires, avec des tendons et des douleurs que personne n’avait catalogués, avec des neurones resurfacés par des bonheurs indicibles à notre pauvre altitude. Mon cerveau et mon corps tout entiers étaient un phallus explosé par l’orgasme-univers. Chaque substance ou nouvelle molécule née de la conjonction explosive des produits était un pouvoir me permettant de passer dans de nouveaux mondes, d’affronter des monstres d’angoisse et les caresses de princesses des plaisirs, comme dans un jeu vidéo où j’étais à la fois l’acteur, l’écran, les manettes et les logiciels interchangeables. J’épuisais dans mes voyages un nombre de vies considérables. Dans l’intérieur smatché de mes yeux je trouvais des galaxies, des éclipses totales et des pluies de météores. Des tornades secouaient mes globes oculaires au creux de mes orbites, distordant le monde alentour come fumées de couleurs. Alors que ma moelle épinière était branchée sur haute-tension, des éclairs de chaleur trouaient mes tempes. Pour y dérouler les bandes d’un film incontournable de sables d’orient et de fontaines de sperme. Pour abreuver la soif affective des princesses de harem de trottoir…

-C’est ce que vous avez célébré dans votre chanson « Xanadu ».

-Oui :

« Jardins d’encens et de poudres Guerlain,

Femmes se masturbant pour le démon qu’elles aiment,

Fontaines haletant des moiteurs du rut,

Free jazz acide et liqueur des voix…

Oui, c’était miracle d’un rare dessein,

Ce palais au soleil sur l’abîme de la mort,

Car ils ont bu le lait de Vénus,

Car elles ont mâché le muscle d’Hercule,

Ceux dont le paradis est l’héroïne ! »

 

-Chanson qui vous a valu d’être interpellé par le FBI lors de votre concert de Saint-Louis.

-Puis d’être relaxé, chère Arielle, par le juge Hoover de cette inculpation de prosélyte de la drogue au nom de la liberté d’expression poétique.

-Lou-Hyde Motion, combien d’adolescents cette chanson a-t-elle livré aux tortures du manque ?

(...)

 

Voir :

Les Métamorphoses de Vivant, roman : Prologue et synopsis

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

Illustration par Casajordi,

reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur :

http://casajordi.blogspot.fr/ link

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 19:25

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Une grande conscience noire 

 

 

Wideman : De la Trilogie de Homewood au Projet Fanon

 

John Edgar Wideman : Où se cacher, Le rocking-chair qui bat la mesure,

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Richard, Gallimard, 288 p, 22 €, 240 p, 17, 90 €.


Le Projet Fanon, traduit par Bernard Turle, 352 p, 23,90 €.



 

Un double traumatisme est à l’origine de l’écriture de Wideman. C’est dans Suis-je le gardien de mon frère ? qu’il prêta sa plume à son jeune frère Robert condamné à la  prison à perpétuité dans une affaire d’homicide, permettant ainsi à la fiction de remodeler l’événement, de lui donner une portée plus universelle. D’autre part, l’histoire toute entière des Afro-américains est sans cesse mise en abyme dans des romans aux accents d’épopée, qu’il s’agisse de L’Incendie de Philadelphie ou du Massacre du bétail. Mais plus encore dans sa Trilogie de Homewood et dans son fantasmatique et engagé Projet Fanon.

 

John Edgar Wideman est en effet natif (en 1941) d’Homewood, quartier noir de Pittsburgh. Bien que sa réussite universitaire rime avec ses succès littéraires -il enseigne à l’Université du Massachusetts et obtint par deux fois le PEN/Faulkner Award- il n’en est pas moins sensible au destin malveillant qui contrecarre l’épanouissement de la plupart de ses frères. C’est ainsi qu’il forma le projet de sa Trilogie de Homewood dont le premier volet, Damballah, présente un couple mixte originaire, esclave évadée et fils de famille, qui fonda dès 1840 une dynastie familiale. Où se cacher, puis Le rocking-chair qui bat la mesure en sont les second et troisième volets, plus contemporains, qui, chacun, peuvent se lire indépendamment.

 

Il s’agit d’abord d’une sorte d’oratorio blues à trois voix, un peu à la manière de Deux villes, roman qui opposait Pittsburgh à Philadelphie. Trois solitudes qui n’ont pas ou à peine « où se cacher »… D’abord Clément, le simple d’esprit, avec un « plein sac de saloperies qui lui bouche la tête », ensuite Miss Bess, la vieille qui règne en sa cabane bricolée au sommet du quartier, véritable mémoire féminine et mythique, enfin Tommy, le délinquant récidiviste, accusé de meurtre et traqué. Ces trois voix alternées permettent à la dynamique du roman de se démultiplier, parce que faites de souvenirs, de choses entendues, d’autres personnages qui parlent à travers elles : « Moi, mon téléphone, je l’ai dans ma poitrine » répond Bess, inaccessible en hiver, et qui refuse d’abord de cacher celui qui a la police aux trousses. Une arnaque au camion volé plein de « Sony » a dérapé en assassinat ou plus exactement en complicité de meurtre… Mais il s’agit de son arrière petit neveu. La « sorcière » qui ressemble à une « vieille squaw ou un vieux chef » en sa « case d’esclave » se décide à offrir une soupe à celui qui est « doué pour le bagout », et qui laisse une femme et un enfant nommé « Sonny » : « Un sans-cœur de sale nègre qui a tué ce visage de jeune fille ».

Finalement, chacun des personnages est une allégorie de la condition noire, oubliée, persécutée et vilainement dévoyée : « ça a toujours été une racaille et maintenant c’est un tueur », dit-on de Tommy. Wideman ne juge pas ses personnages ; il se contente de leur donner la parole. C’est ainsi que le rythme jazzy, saccadé, s’empare du monologue intérieur sans cesse irriguée par la langue de la rue, ses clichés, sa pauvreté. Et cependant c’est grâce à son écriture que l’auteur, reprenant la troisième personne, offre à ses anti-héros toute la force de son expression, sans même un plaidoyer. Car parmi « la lie du quartier » on ne se voile pas la face : Tommy et les autres ont bien conscience de leurs dérives qui leur collent à la peau, comme la fatalité à une tragédie.

Voici un lyric animé par l’oralité, saturé de culture populaire noire-américaine. Une fois de plus, même si la fin de ce roman est peut-être un peu convenue, fadement moralisatrice, il nous est prouvé que Wideman, dans la tradition d’Eschyle et de Sophocle, est un grand poète tragique, dont la dramaturgie contemporaine emprunte tour à tour à Faulkner, au gospel et au « blues des cheveuxqu’onpeigne ».

 

Dès le titre du troisième volet de sa trilogie, Wideman affirme on ne peut plus nettement la dimension musicale de son travail. Le rythme de l’écriture « bat la mesure » au moyen d’une voix qui s’écoute chanter et transmet son urgence, son émotion au lecteur. Les phrases sont courtes, syncopées, ou, si plus longues, marquées par des structures binaires, des parallélismes, des anaphores. De plus, le narrateur emporte dans son immense monologue intérieur ses personnages qui prennent à leur tour la parole et auxquels il parle directement, comme par répons et échos, contribuant ainsi à la persuasion qui enferre le discours dans l’oreille et l’esprit de l’auditeur. Mais c’est aussi la dimension élégiaque du blues qui est ici sensible par l’inscription de personnages mythiques dans le tableau du ghetto noir de Pittsburgh : Homewood. Où se joue un blues tragique.

Le rocking-chair qui bat la mesure est celui où s’ancre la mémoire des générations afro-américaines balancée par la langue et les litanies de l’écrivain qui est ici au point culminant de son triptyque. En effet, après Damballah et Où se cacher, ce roman, lui-même en un prologue et trois parties, met en scène les plus charismatiques parmi un quartier nourri d’êtres enjoués ou malheureux, ces porteurs symboliques de la charge de la condition noire et humaine d’Homewood. La tempête lyrique et tragique voit se dresser le fantôme d’Albert Wilkes, recherché pour avoir tué un policier blanc, et qui laisse son sang sur les touches du piano avant de finir « drapé d’un linceul ». Mais aussi John French qui avait promis de « buter, de ses mains » le mouchard. Le premier a été probablement le maître du pianiste Brother Tate, l’un des deux artistes du roman, avec le peintre Carl, tous deux géniaux. Lucy, quant à elle, est l’inspiratrice d’un amour fabuleux ; « la cour » qui lui est faite par Carl est un véritable poème en prose heurté par la langue de la rue. Elle est fascinante lorsqu’elle lui montre un bout d’os du crâne d’Albert descendu par les flics. Cette « Fille au Cœur-de-Pierre » a une « chaleur de délurée qu’il sent palpiter ».

Réinvestissant les territoires de son enfance, John, alter ego de l’auteur et narrateur-Orphée ramène à la vie par la voix son oncle Karl et l’ami de ce dernier, Brother Tate, le nègre albinos. Cet albinisme est comme la marque fatale posée sur son destin. Brother Tate ne parle jamais plus, depuis la mort de son fils dans un flamboiement d’essence, un 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. Mais il « tambourinait, fredonnait, grondait, grognait, savait chanter en scat et imiter les instruments de tout un orchestre ». Il joue « un blues haletant ». Car la musique est partout, dans la rue, dans les cris et les obscénités, dans le « Victrola » et ses disques, racontant les errances, les vengeances, pleurant les décès dans une rue qui est un « Baquet de Sang », même s’il s’agit surtout du rouge des boissons alcoolisées.

Hélas, l’Histoire va faucher ces carrières prometteuses. Enfants, ils jouent à frôler les trains lancés sur les voies. Envoyés au front pour une guerre qu’ils comprennent peu, ils sont sacrifiés sur l’autel des totalitarismes que doivent éradiquer les Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale : « partir à la guerre des blancs pour sauver leur musique imbécile ». Carl a subi les « attaque-suicides lancées à Okinawa ». Celui qui a « les doigts en feu » sera brisé par les morts qu’il a dû ramasser sur le front, par son obsession pour les trains qu’il ira rencontrer pour la dernière fois…

Grâce à ses deux personnages majeurs et au récitant qui remue cette histoire, peinture, musique et écriture forment également le grand triptyque de l’art de Wideman. Et même si la mélopée à la chronologie chamboulée peut parfois égarer et lasser le lecteur, on a sans nul doute affaire à un grand écrivain qui a le blues de l’écriture dans le sang. Comme si les chœurs de la tragédie grecque avaient accouché d’un lointain descendant auscultant la mélopée du peuple noir…

 

Aboutissement logique, l’écrivain se met en scène, en abyme, dans Le Projet Fanon. Comme un objet spéculaire de sa carrière et de ses ambitions, ce roman est vertigineux. Est-ce suffisant d’être un écrivain lyrique ? Un écrivain engagé ? Faut-il devenir, comme Fanon, un activiste au service de la cause noire ? C’est à la charnière problématique de l’écriture et de l’action que se situe le dernier roman de Wideman. C’est ainsi qu’en Thomas, son double créé pour l’occasion -comme Zuckerman pour Philip Roth-, l’auteur en son miroir convoque de nouveau les protagonistes de sa vie et de ses livres : son frère, Dambdallah… Thomas forme le projet d’écrire un livre sur Fanon, ce qui permet à la création littéraire de s’observer elle-même, de se mettre en question, non sans une vaste interrogation politique et métaphysique : « Comment être artiste dans un pays rongé par la névrose d’ordre qui attise la folie raciste ?[1] », note son commentateur informé, Yves-Charles Grandjeat. Pour qui et pourquoi écrire sur un homme qui sacrifia sa vie à la cause des outragés ?

Frantz Omar Fanon (1925-1961) fut un intellectuel martiniquais et algérien qui, dans Peau noire, masques blancs[2], dénonça vigoureusement le racisme, puis dans Les Damnés de la terre[3], proposa une analyse critique, sociologie et psychiatrique de la colonisation, et de son double la décolonisation, rêvant à l’émancipation du tiers-monde. Sartre conçut pour celui qui deviendrait une icône des Black Panthers une vive admiration. Admiration anxieusement partagée par Wideman et son alter égo romanesque.

La quête créatrice, poussée par le démon de l’identification, minée par l’incapacité de pousser la fidélité à son modèle au point de générer une nouvelle révolution, semblait avoir démarré avec ardeur. Quand il reçoit dans un carton une tête coupée. Qui est-elle ? Qu’est-ce qui a justifié cette violence injustifiable ? Est-ce la cause noire qui est devenue fanatique ou le racisme lui-même ? « C’est ta tête. » se dit-il. « Enveloppée dans le papier bulle qui tendu dessus comme un préservatif lui écrase les traits ». Accompagnée par une citation de Fanon qui exhorte à « porter la guerre chez l’ennemi ».

 

Une fois de plus l’écriture est haletante, comme un jazz sombre, empruntant les accents de l’argot, voire du rap (comme dans L’Incendie de Philadelphie)… Revisitant les prémisses de ses précédents romans, leurs protagonistes, dont son frère, devenu proprement allégorique, ce livre oscille entre exploration intérieure et thriller, entre biographie personnelle et biographie d’un peuple, entre drame intime d’une psyché fracturée et épopée grandiose. La dimension pamphlétaire est également virulente, dénonçant la surpopulation carcérale américaine, évidemment surchargée de Noirs. Même si, tour à tour idéaliste (« Combien d’anges peuvent tenir sur une tête dépingle ? ») et férocement réaliste (« Un lascar ça a toujours besoin d’un autre pour se foutre sur la gueule »), il n’apporte guère de solution. Mais, est-ce facile ? Il se confie, amer, face à l’inéluctable : « l’impasse où mes écrits m’avaient mené. »

Mieux, le roman frôle la lisière du fantastique, lorsqu’il s’agit de tenter de persuader Jean-Luc Godard de faire un film sur Fanon, lorsque pour ce dernier, « L’écran du rêve resplendit comme une salle d’opération », lorsqu’il imagine qu’il parle « la langue de Homewood » au cinéaste. Le combat du héros de la cause tiers-mondiste parvient alors à se déployer, comme si son écrivain l’habitait de l’intérieur. Les niveaux de réalité et de fiction s’emboitent vertigineusement… Car « John Edgar Wideman écrit dans une maison hantée[4] » Que ce soit par la mémoire, par la violence et par les voix de la conscience, moins d’un peuple de couleur, que de l’humanité toute entière.

 

Une conscience lyrique et tragique, une voix musicale, voilà l’irremplaçable et bouleversant Wideman. Qui ne s’embarrasse pas de flatter son lecteur, qui le prend à la gorge, parfois avec une pointe d’exaspération à force de ressassement, et toujours le met à la barre d’une justice qui n’est pas encore née. Ce pourquoi, dit-il, « écrire des romans m’a marginalisé autant que j’étais marginalisé par ma supposée appartenance à ma race »…

Thierry Guinhut


Les parties sur Où se cacher et Le Rocking-chair qui bat la mesure

ont paru dans Le Matricule des Anges, janvier 2007 et juin 2008

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie



[1] Yves-Charles Grandjeat : John Edgar Wideman, Belin, Voix américaines, 2000, p 112.

[2] Seuil, 1952 et 2001.

[3] La Découverte, 1961 et 2002.

[4] Yves-Charles Grandjeat : John Edgar Wideman, ibidem, p 8.

 

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 06:36

 

Portrait de prophète biblique, Museo de Leon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

De la révolution vieillarde :

 

Marc Villemain : Ils marchent le regard fier.

 

 

 

 

 

Marc Villemain : Ils marchent le regard fier.

Editions du Sonneur, 96 p, 13 €.

 

 

 

 

Ballard avait imaginé la révolte meurtrière des enfants, la fuite des adultes vers d’éternelles vacances. Mais pas la révolution des vieillards.

 

Passablement matois et retors, Marc Villemain emprunte le langage sans conséquence des vieux campagnards, leurs clichés et ressassements plein la bouche, non sans fausse naïveté, avant de basculer dans un projet ébouriffant. En quelle année sommes-nous ? La société n’est guère différente de la nôtre, mais avec ce  léger parfum répugnant d’anti-utopie, quand les jeunes commencent à faire la chasse, pit-bulls jetés sur les trognes moquées, quand l’administration impose des « quotas d’anciens ». S’en suit une manifestation de quatre millions d’ancêtres, menée par Donatien et le narrateur à qui vient la riche idée des « canne-épées » en cas d’agression…

Le réalisme est à petites touches quand la tyrannie du jeunisme n’est qu’allusivement évoquée. Au-delà de la brûlante question de société, le drame d’un homme, d’une famille montre en abyme les conflits de ce temps improbable et pourtant possibles, entre la vie confite des presque croulants et les jeunots arrogants. En filigrane de ce propos politique court un éloge émouvant de Marie, la femme de Donatien, de sa jeunesse à son grand âge, « Marie l’artiste, toujours dans ses livres qu’on aurait bien pu lui donner le prix de lecture, avec sa frimousse d’écureuil ».

 

Peut-être l’auteur aurait-il dû abréger son préambule présentant les personnages, et leur vie terne et moisie, pour entrainer avec plus de largeur de vue son lecteur dans cette surprenante contestation. Mais en ce qui n’est qu’une longue nouvelle, ou un court roman, on ne sait, réside un charme amer, une ironie du sort mordante… L’apologue moral est cruel, la révolte est un sursaut peut-être salutaire, quand la chute est désabusée. Il a choisi, plutôt que le vaste tableau d’un totalitarisme en marche et d’une résistance avortée, le drame et la pudeur des victimes ; en un louable parti-pris.

 

Thierry Guinhut

Article paru dans Le Matricule des Anges, avril 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 13:26

 

Sarcophage, Ostia antica, Latium. Photo : T Guinhut.          

 

 

 

 

 

Thierry Guinhut : Voyages en archipel.

 

roman

 

Editions Sillages, Noël Blandin, 1988.

 

 

 

 

 

I

 

De par Marie à Bologne descendu.

 

 

 

La ville, parcourue dans l’état grisaillé de la quête, arrache et tire l’intérieur vers des inconnues de lieux et d’êtres. A Bologne se déplace Marie, parmi les ocres de San Giovanni in Monte, les roses de San Petronio et les rouges des murs et des arcades ; Marie, ses hanches presque fluettes de garçon, le torse ailé pour des respirations plus claires. A Santa Maria dei Servi, Guido Reni peignit en une nuit à la lueur des torches ses fresques ; Alessandro tiendrait à donner un tel geste pour Marie, touches rapides à petits coups de pinceau, celles d’ironie, moues, mimiques de Marie, visage étonnamment mobile…

La disposition emmêlée des rues de Bologne propose à l’interrogation l’appartement où habiterait Marie. Parcours forcené dans la direction supposée d’un hasard jugé fou, mais poursuivi jusqu’au coin légèrement plissé des lèvres des Madones de la Pinacothèque. Alessandro s’est installé dans la via Alessandrini où devrait, pense-t-il, habiter Marie. C’est lors d’un voyage vers l’Adriatique qu’il est pris en stop par l’amant de la sœur supposée de Marie, puis il le croise de nouveau dans la via delli Foglie. Il n’y tient plus, au risque d’être ridicule ou d’être découvert, mais d’un ton enjoué, il lui demande l’adresse de Marie : via Filippo Neri, elle vit avec un Filippo. Via Filippo Neri, intrigue indigne, incongrue théorie et pratique de l’amour extrème.

Train de nuit pour Bologne, compartiment odeur de tabac froid, pericolo sporghesi, Alessandro tente de mêler le sommeil à l’insomnie, allongé, le dos mal cambré sur la banquette, le rêve d’une excroissance de ses hanches, de ses côtes, Marie née toute armée de son corps, de sa tête.

Concert d’après-midi à San Francesco de Bologne, Evangile selon Saint-Marc de Telemann, église vide si le recitativo arioso ne suppléait au manque idéalement présent. D’un coup, Marie, adossée contre un pilier ; course, errance méthodique, apparition, disparition, intermittences de pile en pile, la répétition multipliée des arcades en Bologne… D’autant plus que la présence de Marie, Giardino della Montagnola, concerts d’après-midi, mensa della studente, déjoue toute prévision ; d’antant plus qu’Alessandro est périodiquement absent pour un cycle de cours à Milan. Bologne elle-même exilée de Marie, lors de trop rares séjours, deux mois sans la voir, des jours peu favorables il est vrai, il la croise enfin via Altabella, l’émotion telle que c’est elle qui le salue, voix insinuante, impondérablement  grave, veloutée jusqu’aux viscères, le ravissement, jusqu’à quel point, bouleverse les ordres de la personne d’Alessandro, un instant de se croiser seulement, Marie, via Altabella, que serait se joindre à Marie jusqu’à la giration ascensionnelle et enlacée de deux anges parfaitement sexués ? La ville, tout à coup, un instant, plus rose vif encore, mais s’efface, ocres bruns, gris sales…

Alessandro, la barre de lui-même inlassablement ramenée vers ce point, ce moment, il y a deux mois, mensa della studente, le don de l’acrostiche à Marie. A-t-il su éviter le ton médiocre de l’épanchement, et du moins dans le texte cette tombée des forces et de la personnalité que le trouble insinue devant elle jusqu’au sang, cet immatériel, imaginaire halo, noli me tangere, ivre, autre comme en rêve, Alessandro les tendons de l’esprit et du corps coupés… Quant à elle, Marie, saura-t-elle voir au blanc de cette coupure ? Intrigue indigne ; jeune homme éperdument insistant, tu confines au ridicule, à l’indiscrétion à la maladresse.

Impossible ainsi de pénétrer plus avant dans la connaissance de Marie… Ses regards sont des appels, le sait-elle, en direction d’Alessandro, depuis des mois, depuis surtout ce geste qui rompit le canal unique des regards : la petite enveloppe noire, mensa della studente, le don de l’acrostiche à Marie :

 

Maintien des rêves palladiens,

Ailes composant le visage,

Rare soin de l’harmonie,

Idylle déjà conçue dans nos yeux,

Elan retenu.

 

Une prétention vaine aux sphères de la littérature et de l’amour, d’ailleurs sphères déconnectées, déhanchées de constellations multiples, trajets anachroniques dans la ville rouge, slogans, cris entrécartelés, traces encore d’un rang d’épaules pressé contre les palissades, « fuoco nello P.C.I. ». Dans un espace laissé libre parmi les mots d’ordre, Alessandro dispose les cinq vers de l’acrostiche à Marie…

 

(…)

 

 

 

 

Voyages en archipel, roman

 

I      De par Marie à Bologne descendu

II     Béatrice à Florence

III    Pléiades parisiennes

IV    Wanderung en Abruzzes

V     Un personnage rétais

VI    Au flanc des Alpes de marbre

VII   Dans les Picos de Europa

VIII  Agrégat d’azulejos

IX    De New-York à Pacifica

X     Une vénitienne annonciation

XI    Groupe de corps dans les Monts de Lacaune

 

© 1988, Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

Carnet de voyage italien. T. Guinhut.

 

 

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 19:12

 

Cimetière de Saint-Paul-d'Oueil, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Du mortel fait divers

 

et du paravent idéologique antifasciste.

 

 

 

 

Une fois de plus les guerres idéologiques sont plus têtues que les faits, y compris divers. Car il ne se passe guère de semaine sans que les journaux locaux mentionnent des rixes avinées ou excitées qui vont jusqu’aux blessures sanglantes, voire jusqu’à la mort, avec intention ou non de l’infliger. Ce sont des petits mâles bourrés à la testostérone, le couteau à la main, le poing américain à la gueule. Ils sont franchouillards, musulmans, corses, fan de rock métal ou de tango, marseillais, affiliés ou non à la plupart des partis politiques ambiants, quoique avec une légère préférence pour ceux imbibés de fanatisme, islamisme radical et anticapitalisme extrême, de droite ou de gauche… Pourtant il faut choisir le fait divers, victime et bourreau, qui va conforter les préjugés et permettre la stigmatisation commode, hissant le drapeau rouge et le paravent idéologique. Permettre enfin, par apparents bons sentiments, le plaisir de la guerre contre la guerre…

 

Il meurt, la face ensanglantée par un coup de poing… Nous tairons le nom de celui qui était trop jeune pour mourir, par pudeur, par respect pour ses parents. Un mort presque adolescent, fût-il étudiant en Sciences politiques, qui n’a pas eu le temps de s’amender, comme en d’autres temps on n’avait pu à temps se confesser, qui aurait pu se vider de l’illusion de sa colère politique et mûrir sa réflexion, peut-être jusqu’à aimer les libertés et la tolérance. On ne lui en aura pas laissé le temps. Nous ne pouvons que nous recueillir en instant de tristesse.

Tristesse également pour le bourreau, probablement jeune lui aussi, criminel probablement involontaire, pour lequel il faudra cependant ne pas abuser de l’indulgence. Il faudra aux juges, que l’on espère impartiaux, indépendants de toute coterie politique et idéologique -s’il en est-, une dose certaine d’objectivité, de force morale, de glaive et de clémence, selon qu’il sera judicieux de requérir la violence aggravée ou la légitime défense. Et surtout ne pas condamner à chaud, comme nous prenons le risque de le faire en écrivant sitôt après les faits.

 

Mais un concert d’antifascisme et de « No pasaran » retentit dans nos rues, bave pestilente sur les lèvres avides des médias, des personnalités politiques, des agitateurs professionnels et des citoyens de bonne foi. Oyez, peuple brave et politiquement correct, combien le méchant fasciste est méchant, combien l’antifasciste est pur ! Hélas, il est à craindre qu’il faille renvoyer dos à dos les blousons bruns et les blousons rouges. Les uns veulent casser du facho, les autres casser du gaucho. Y compris en marge des manifs pour tous, opposées au mariage pour tous. Ainsi l’on débusquerait, par une chasse citoyenne, le fascisme larvé, la botte brune et la croix gammée sous les chemises BCBG ; on leur ferait porter le casque de la provocation…

Qu’il existe des brutes fascisantes et gauchisantes, personne ne le niera. Mais on aura bien du mal à ne pas voir une vérité que l’on ne veut pas voir. Extrême-gauche et extrême-droite ont en leurs groupuscules, qu’ils s’agissent des jeunesses nationalistes et frontistes où des trotskistes révolutionnaires, voire des syndicats SUD et CGT, des troublions ataviquement, voire génétiquement, abreuvés au petit lait humain trop humain de la violence. De plus, leurs positions idéologiques se révèlent voisines. Elles sont souvent conjointement anti-capitalistes, anti-mondialistes ou anti-mondialisation, antisémites et antisionistes, comme des sœurs ennemies. La mince pellicule qui les sépare (les uns nationalistes, les autres internationalistes) est parfois poreuse, au point que des individus passent de l’une à l’autre. L’on sait d’ailleurs que les discours de Goebbels et d’Hitler étaient truffés de préoccupations sociales, de professions de foi de gauche, qu’Hitler admirait Lénine, que le National-Socialisme ne porte pas ce nom pour rien.

On qualifiera, avec la pince à linge sur le nez, le paragraphe précédent d’amalgame, au mépris des faits, de l’Histoire et de toute la philosophie politique. Qu’importe. Demandons-nous plutôt à qui profite le crime. Question toujours indispensable... Quelle merveille que le bourreau soit d’extrême-droite et la victime soit d’extrême-gauche ! Le saint rouge frappé par la peste brune ! Mais n’ont-ils pas tous cherché, provoqué, sucé la bagarre au goulot ? Alors advienne que pourra : le sang, la mort peut-être. La responsabilité est à tout agresseur, qu’il soit blanc ou noir. Y compris si elle ne va pas dans le sens du sacrosaint manichéisme. Et s’il s’avère que le rouge est à l’origine du harcèlement, de la chasse et des coups, quoiqu’il en soit la pire victime, il faudra bien déchanter. Hélas, l’imaginaire idéologique, lui, restera ancré dans les certitudes, y compris contre les faits. Car le fascisme n’a pas de couleur, sauf humaine, il se glisse sous les vestes et retourne les vestes de tous les fanatismes, y compris, quelle évidence, de gauche. N’est-ce pas vouloir faire croire à la puissance suffocante de quelques dizaines d’arriérés lourdingues au front bas, pour cacher la bien réelle déferlante délinquante des altermondialistes lors de leurs rituelles guérillas contre les sommets du G20 ? Pour ne pas voir et ne pas qualifier les émeutes urbaines des banlieues immigrées, qu’elles soient écartées de l’emploi et de l’entreprenariat ou gangrénées par l’islamisme…

Pour un peu, notre jeune homme, notre militant casse-facho, sacré martyr d’une cause aussi nauséabonde que celle qu’elle rêve d’exterminer, aurait droit aux funérailles nationales : « Au fascisme, le gauchisme reconnaissant. » A lui les honneurs douteux de la rue, et la virulence sûre d’elle-même de son cri de guerre sainte, alors qu’elle se bouche les yeux devant les menaces et les meurtres islamistes. Manœuvre qui, au passage, permet de tenter d’éclipser les précédentes occupations de rue par une droite traditionnelle et pacifique ; qu’il est permis de ne pas approuver. Mais quid de la grand-mère égorgée, du militant front-nationaliste tabassé, de l'élève ingénieur assassiné pour une clope, du blanc chrétien lapidé…

 Ce qui n’est qu’une guerre de rues entre bandes idéologiques rivales, devient alors une guerre de société. Il faudrait « Interdire la haine », pour suivre l’aval d’un ministre de l’Intérieur en vue. Mais où ira-t-on la chercher, la débusquer, sinon aux dépens de la liberté d’expression ? En traquant les péchés de la conversation, de la culture et des mots par une inquisition digne de l’orwellien crime par la pensée ? Interdire les groupuscules d’extrême-droite, mais pas ceux d’extrême-gauche -l’on admirera le traitement discriminatoire indu-, au risque de les forcer à se cacher, à se radicaliser. C’est contre la violence en acte qu’il faut sévir, au moyen des bras justes de la police et de la justice, pas contre les pensées, si débiles et mortifères soient-elles, sinon par l’éducation et l’argumentation. Une fois de plus la grande figure de l’antifascisme, cette invention à succès de Staline, sert d’oripeaux à la conscience de gauche. Mais il est à craindre que les trous de la tunique masquent mal la mauvaise conscience. A l’heure où l’on peut parader avec un tee-shirt Che Guevara, ce criminel au service du totalitarisme, et passer la nuit en garde à vue pour un tee-shirt de la manif pour tous ornée d’une famille unie, certes trop idéalement, il s’avère que la démocratie républicaine est malade, que la démocratie socialiste autocratique a évincé, par la pression fiscale et mentale, par l’agitation de son drapeau idéologique, la démocratie libérale. Sans compter qu’une fois encore, ô diversion bienvenue, le paravent du fait divers cache, quoique bien mal, jusqu’à ce qu’il se déchire, la grave crise économique socialiste des trois dernières décennies qui nous enchaîne à la catastrophe sociale.

 

Benoitement, les coïncidences de la chronique nécrologique nous proposent un autre enfumage. De tous bords, l’on salue la mémoire d’un ancien premier ministre socialiste, Pierre Maurois, pour ne pas le nommer. « Un homme de conviction », entend-on en boucle et de droite à gauche. Certes on respectera toujours une vie qui rejoint l’éternité, fût-elle celle de l’oubli. Mais faut-il respecter ses convictions, ses mesures phares : les nationalisations, l’impôt sur la fortune, la retraite à soixante ans ? N’est-il pas de notoriété publique que nos voisins aux succès économiques et sociaux indubitables, la Suisse ou l’Allemagne entre autres, nous envient ces trois conquêtes sociales… Oups ! Cette sainte trinité de notre déconfiture…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 14:59

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Voyages en archipel


IX


De New York à Pacifica

 

 


Sur les sphères, musicalités, ondes, corpuscules, on arrive, upway, freway, verre et alliages légers, aspirés au sortir de l’avion par la langue des couloirs mobiles, voix sucrée, vanillée de l’hôtesse, fly 3313 from Lisbonn, Alessandro et Isabella, fauteuils fuselés au-dessus du volume sensiblement sphérique de l’Atlantique, stéréotypes du voyage moderne… Est-ce parce qu’ils préfèrent aux glaces italiennes les vingt-huit parfums des glaces américaines ? Couloirs, air conditionné, musac, couloir plus étroits, passeports, Isabella, Alessandro, née à Santander, né à Albi, nationalités espagnole et française. Pénétrer la surface des lieux, couloirs de nouveau, mais vitrés en demie sphère, vue sur l’intrication de couloirs semblables, géométrie rayonniste, passagers immobiles, mannequins debout. Escaliers roulants, inoxydables et ronronnant. Les personnages enfin à l’air libre, ils se caractérisent, ils bougent, une ivresse légère les touche avec le soleil ; les deux pieds, par l’entremise des chaussures, sur le continent, bien qu’asphalté, américain.

Aussitôt, trajet dans le taxi loué par la tante d’Isabella, voyage en l’état second de la fiction, odeur d’hamburger-frites, déjà le souvenir typique à ramener en Europe. Babil, délire verbal de haute volée de la tante, panégyrique des U.S.A., pendant que le chauffeur pousse une harangue sur les escargots farcis du restaurant français de son frère sur la dix-neuvième avenue. Halètement intérieur, pression continuelle sur le diaphragme, Alessandro, la tempe collée contre la buée de la vitre, tente d’apercevoir derrière l’horizon, oui, légèrement brunes et bleues, plus haut encore que le regard les cherchait, la même sensation à la vision, au-dessus des nuages, du mont Viso, l’amas compact et gracile des tours de Manhattan.

Ils montent d’abord, très vite, sur la terrasse sommitale du World Trade Center, à quatre cent dix mètres, vent atlantique, giration, aluminium et verre, terre et parallélépipèdes agglomérés sur trois cent soixante degrés ou presque, hors la surface des eaux. Un homme debout lit, avec une lente attention dirait-on, un livre intitulé noir sur jaune, La Publicité directe. Il pourrait lire à cette altitude Jose Lezama Lima ou Robert Musil. Un fauteuil, un bon manteau, ce serait le miroitement intégral du lieu. Il ne s’agit pas seulement de voir, quelques vieux gratte-ciels romantiques dans le bas, air vivace au tympan et au souffle, épingle de Saint-Paul’s Chapel dans une crevasse, fil lumineux et arachnéen dans le soleil du Verrazano Bridge, bronze et marbre élancés de Mies Van Der Rohe, l’Hudson coulure bleue descendue de ses Adirondacks… On devine Rome, Syracuse, Bayonne, Saarinen, Brunelleschi, Paterson, New Rochelle… Quelques cargos dansent dans les détroits. Jubilation, la tête prête à éclater d’impressions et de langages, il faudrait, Sixième Avenue, en marchant, un petit magnétophone à la ceinture ou plus simplement quelque secrétaire roulant à son côté sur une chaise automotrice et tapant sans interruption cette pléthore langagière. Tante Laureen se saoule à tout leur montrer à la fois, le rouge à lèvre liquéfié tellement elle s’excite en parlant ; la ville on dirait sa création personnelle. Isabelle l’écoute, dérive pendant les rares silences accordés, et laisse enfin s’effilocher ses regards, ses pensées. Alessandro ne dit rien, il ne sait pas d’où vient ce qui se bouscule dans sa tête, il ne dit rien sur ce seul coin désert de la terrasse, il se récite une phrase lue dans un guide : « La tour de contrôle du Kennedy International Airport est protégée à son sommet par une carapace de doubles vitres vertes pour résister à des vents de cent quarante-cinq kilomètres heure ». Il y a une menace sur ce seul coin désert de la terrasse ; l’imagination fulgurante devrait se perdre dans le corps de l’ange atlantique qui soutiendrait de ses ailes translucides le plus long texte jamais écrit descendant le long de la paroi de verre du building et s’enlaçant aux blocs suivants, parcourant toutes les rues de la ville ; d’ailleurs c’est ce que fait le New York Times chaque matin…

(…)

Thierry Guinhut

Extrait du roman Voyages en archipel, 1988

Voyages en archipel I De par Marie à Bologne descendu


Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

Voyages archipel

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Published by Thierry Guinhut - dans Voyages en archipel - roman
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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 07:49

Carre-magique.jpg

 

 

Osman Lins : Avalovara,

 

carré magique et assomption amoureuse

 

 

Osman Lins : Avalovara, traduit du brésilien par Maryvonne Lapouge,

Les Lettres Nouvelles, Denoël, 360 p, 7,90 €.

 

 

 

Lecteur convenu qui entre ici et cherche les clichés, laisse toute espérance ! Je vais tenter de lutter contre le crâne de la mort, de ressusciter un roman qui eut peu de lecteurs, un volume peut-être encore disponible, mais cimenté dans l’oubli, en un article qui aura moins de lecteurs encore. Ce Brésilien portait un prénom impossible, un nom plus vif que le reflet d’un bijou sur le poignet d’une femme disparue. Il cisela un titre plus impossible encore, Avalovara, entre 1969 et 1972, un de ces rares romans de quête et d’amour, œuvre d’art totale et tombée du babil de la bibliothèque de Borges.

 

Une structure étonnante et librement contraignante, une dynamique narrative pourtant aisée, une empathie profonde du lecteur avec les personnages… Imaginez alors  le carré magique, lisible dans tous les sens, aux termes palindromes suivants :

 

S   A   T   O   R

A   R   E   P   O

T   E   N   E   T

O   P   E   R   A

R   O   T   A   S

 

Trouvé en 200 avant J. C. par Loreius, un esclave de Pompéi, au péril de sa liberté et de sa vie, il est le couronnement de sa quête intellectuelle et mystique : « la sentence est absolument limpide et son seul mystère consiste en un redoublement de sens. Il y est dit : Le laboureur maintient soigneusement la charrue dans le sillon. Qui s’entend également : Le laboureur maintient soigneusement le monde sur son orbite. » C’est ainsi qu’Osman Lins maintient soigneusement son roman sur son orbite spiralée. Car le carré est le « champ de cet ouvrage », quand « A chacune des huit lettres différentes correspond un thème, les huit thèmes réapparaissent périodiquement chaque fois que sur le carré la spirale, entraînée par son mouvement giratoire, fait retour sur celui des huit carrés auquel correspond le thème ».  Le récit, apparemment aléatoire et en archipel obéit donc à une rigoureuse organisation, tissant les vies du narrateur, Abel, et de la femme, représentée par un runique symbole qui, comme le nom de Dieu, ne peut se prononcer ; non pas de manière chronologique, mais en une avancée spiralée depuis leurs vies passées et diverses, jusqu’au moment présent et éternel dans le N central qui est celui de leur amour.

En cette architecture allégorique, la lecture du lecteur acteur construit alors le puzzle jusqu’à sa complétude. C’est au travers de leurs chemins de vies contrariés que ce nouvel Adam rejoint sa nouvelle Eve, sur un édénique tapis où le mari violent, violeur et trompé vient jouer Caïn en les tuant. Mais sans corrompre l’épiphanie de leur extase érotique et lyrique en ce vaste poème en prose en forme de marelle spirale.

Entre temps, Abel a vécu (lettre A) « Ross et les villes », une aventure géographique, poursuivant de ville en ville européennes l’inaccessible et sophistiquée Anneliese Ross. Une autre (lettre T) « Cécilia et les lions » est une jeune hermaphrodite de Recife : « Deux voix m’appellent dans sa bouche : simultanées ?  Deux voix, l’une grave, l’autre aigue, gémissent : Viens ! » La mort l’appellera sur une plage, avec des chevaux. Quand l’amour adultère, et charnel amour courtois, d’Abel et de son aimée se déroule à Sao Paulo, non sans que cette dernière prenne la parole pour devenir, avec la lettre O, narratrice de son destin et de son amour.

Quand « L’horloge de Julius Heckethorn » (lettre P) aussi complexe que le roman, est à la fois cosmos et logos : elle joue le temps et Scarlatti, sa sonate K 462, mais exécutée de manière aléatoire, comme une pièce de Stockhausen. Dans son ordre immuable, son créateur introduit « un principe de désordre ». Elle « atteint, grâce à cette imperfection, à la perfection ». Même si Julius est contraint de fuir le temps du nazisme… Cet épisode, apparemment détaché du reste du roman, est en fait la métaphore de son déroulement.

Ainsi, science ancienne et moderne, mythes et Histoire, autobiographie fictive et  introspection intellectuelle et sensuelle sont intégrés par le romancier en un melting-pot érudit et cependant aussi fluide que les contes des Mille et une nuits. Dans un roman somme, une œuvre d’art totale.

 

L’érotisme, vibrant tout au long du parcours narratif, touche à l’apothéose lors de la conclusion mortelle, charnelle et spirituelle ouverte : « Et le paradis ». Non sans les ressources libres, émerveillées, l’envol d’une langue enthousiaste et presque non ponctuée : «  et nous resserrons notre étreinte, un nouvel éclair dans la pièce et l’aboiement furieux plein de dents furieuses nous emplit les oreilles et nous franchissons un seuil et nous intégrons le tapis sommes tissés dans le tapis berges moi et moi d’une claire rivière murmurante peuplée de poissons et de voix nous et les papillons nous et les tournesols, nous et l’oiseau bienveillant les aboiements des chiens de plus en plus distants s’instaure un nouveau et lumineux silence la paix s’instaure et plus rien ne nous atteint, plus rien, nous nous promenons, comblés, enlacés, en compagnie des animaux et des plantes du Jardin. »

 

L’ascétisme clinique du Nouveau Roman, voire l’ambition joycienne, a trouvé ici une branche baroque bienvenue, dans laquelle les jeux formels de l’Oulipo ne sont pas loin. Comme les recherches ludiques de Julio Cortazar, dans 62, maquette à monter[1]. Mais avec une vaste dispersion de réalisme magique. De même, l’alliance de la structure  quadrillée, comme par l’espace de vie et de société qui nous est imparti, et du mouvement ascensionnel narratif et mystique de la spirale permettent au lecteur d’initier son propre cheminement, de lecture et d’initiation personnelle. Au sens du concept d’ « œuvre ouverte[2] », tel que théorisé par Umberto Eco. Chez Osman Lins, la structure précise et symbolique n’a rien de vain, elle est au service du sens romanesque ; mais aussi de l’explosion concerté du lyrisme et du tragique : où l’Avalovara est l’oiseau de paradis.

 

Osman Lins (1924-1978) a réalisé là son chef d’œuvre, entre hardiesse formelle rare, distribution géographique, temporelle, et intensité érotique. Malgré les neuf nouvelles baroques et réalistes du Retable de sainte Joana Carolina[3], malgré le roman populiste, western brésilien et nouvelle Enéide, consacré au combat du bien contre le mal, Le Fléau et la pierre[4], et son roman-journal La reine des prisons de Grèce[5] dans lequel un écrivain tente de ressusciter la vie de Julia et son manuscrit. C’est dans ce dernier opus qu’il livra une sorte de credo esthétique : « Je veux voir dans les fous du roman (…) la face noire et crue de l’écriture ». La cruauté du Brésil qui lui était contemporain -hélas il ne vit pas le développement économique considérable qui suivit- lui permit tout de même d’en décrire les noirceurs, mais également, en son sein, les ors de l’écriture, les roseurs les plus fabuleuses de l’éros.

Les livres que nous lisons sont autant le miroir de ce que nous sommes que les livres que nous écrivons ; parce qu’auparavant ils manquaient à la bibliothèque universelle. Qu’Avalovara, ce roman d’une richesse et d’un charme inouïs, jamais, ne lui manque…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Gallimard, Du Monde entier, 1968.

[2] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965.

[3] Denoël, Les Lettres Nouvelles, 1971.

[4] Actes Sud, 1989.

[5] Gallimard, Du monde entier, 1980.

 

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Hattemer Higgins : le troisième Reich

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

Kiyoko Murata : Fille de joie

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Magris

Secrets, Enquête sur un sabre

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. Wagner : En-vie, Maï : Divino sacrum, Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

1969, Les Bébés de la consigne automatique, Chansons populaires de l'ère Showa

Murakami bébés

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900-conclusions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

Robert Marteau : Ecritures, le sonnet quotidien

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

 

 

 

 

 

 

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnets autobiographiques

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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