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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:31

 

 

 

 

Toni Morrison, le noir vous va si bien :

 

Délivrances, Love, du racisme à la rédemption

 

par le roman polyphonique

 

 

 

Toni Morrison : Délivrances,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière,

Christian Bourgois, 200 p, 18 €.

 

Toni Morrison :  Love, traduit par Anne Wicke,

Christian Bourgois 308 pages, 22 €. 

 

 

 

      « Nous mourons. C’est peut-être le sens de la vie. Mais nous faisons le langage. C’est peut-être la mesure de nos vies ». Ainsi Toni Morrison dévoilait le sens de son engagement littéraire, lors de son Discours de Stockholm[1], en 1993. Femme, noire, elle est née en 1931 dans l’Ohio, sous le nom de Chloe Anthony Woffor, pour se faire un nom de Prix Nobel, avec une œuvre romanesque qui va de L’œil le plus bleu, en passant par Beloved, jusqu’à ce récent Délivrances, qui ne se contente pas d’être un roman à thèse, qui nous délivrerait du racisme, mais un intense conte psychologique doué d'une écriture touffue, vive et colorée. De livre en livre, roman polyphonique et réalisme magique s'allient pour tracer un cheminement historique qui, inspiré par les noirceurs de Love, culmine avec celles de Délivrances.

 

      « Sa couleur est une croix qu’elle portera toujours ». Aussi Délivrances est une œuvre de noirceur et de culpabilité. Aussi bien pour la mère et le père, « mulâtres au teint blond » à la peau claire, que pour la petite Lula Ann Bridewell, élevée avec dureté par celle qui a été abandonnée ; car aucun des deux parents, presque blancs, n’a pu supporter cette naissance « noire comme le Soudan ».

      Plus tard, Luna Ann, devenue Bride[2], est directrice régionale d’une entreprise de cosmétique. Car les regards jetés sur elle se sont métamorphosés : son intense beauté noire, toujours habillée de blanc sur le conseil d’un coach, ses capacités intellectuelles surtout, lui permettent une réelle ascension sociale. Comme si Toni Morrison tendait un miroir à la communauté afro-américaine : qui est la plus belle ce soir ? lui dit-elle. Car « le noir fait vendre ; c’est la matière première la plus en vogue du monde civilisé ».

      Mais, outre le souvenir de cette relégation dans la noirceur par sa mère, un autre drame pèse sur la jeune femme qui croit pouvoir se racheter grâce à la compassion et à l’argent. Son enfance en effet a été marquée par une histoire criminelle et judiciaire : en toute fausseté elle a dénoncé, lorsqu’elle avait huit ans, parmi d’autres accusatrices, et pour complaire à sa mère, une institutrice prétendument coupable de pédophilie violente. Sofia Huxley, qui achève le cycle de ses années de prison, rejette alors violement son argent. C’est une beauté au visage dévasté, tuméfiée, qui ressort de la confrontation : la directrice de « Toi Ma Belle » ne se reconnait plus. « J’ai vendu mon élégante noirceur à tous ces fantômes de mon enfance et maintenant ils me la payent. », pense-t-elle.

      La composition, quoique centrée sur Bride, fait alterner les voix, comme en une musicale polyphonie (ce qui n’est évidemment pas sans faire penser à Jazz[3]) : Brooklyn, sa collègue de travail, Sweetness, sa mère. Mais aussi Sofia : « Comment pouvait-elle s’imaginer que de l’argent liquide effacerait quinze ans d’une vie identique à la mort ? » Plus loin, ce sont Rain, l’enfant recueillie, puis Booker l’amant trompettiste de Bride dont on entend les récits et les pensées, voire le courant de conscience, jusqu’aux notes d’un journal intime. Ce pourquoi Toni Morrisson œuvre dans la perspective du roman polyphonique, théorisé par Mikhaïl Bakhtine, et particulièrement sensible parmi les romans de Dostoïevski et de Faulkner.

      Le deuxième axe de ce roman, hors l’évolution de la condition de la femme afro-américaine contemporaine, est la charge contre l’infamie de la pédophilie, à travers la petite Rain, prostituée par sa mère, à travers Adam, le frère de Booker, torturé, assassiné. Il entre ainsi en résonnance contre une autre atteinte à l’enfance, lorsque, dans Beloved[4], situé dans la seconde moitié du XIXème siècle, l’ancienne esclave nommée Sethe reste marquée par la petite fille de deux ans qu’elle a égorgée. La violence, parfois insoutenable, ensanglante les romans de Toni Morrison, comme au sein d’Harlem, dans les années vingt, le couple Joe et Violette Trace assassine deux fois la jeune maîtresse du premier, parmi les pages les plus abruptes de Jazz. De cette violence noire, bien des personnages veulent se défaire grâce à la beauté, ne serait-ce que la petite héroïne de L’œil le plus bleu,[5] qui, si elle avait eu de tels yeux, aurait, imagine-t-elle, échappé au viol paternel. On devine qu’au-delà de la beauté physique de Bride, il s’agit d’atteindre quelque chose de plus, et de plus pérenne (pensons alors à cette femme qui est ancien Prix de beauté dans Tar baby[6]) : la beauté morale et intellectuelle, d’autant qu’amaigrie, sans seins, elle a perdu sa splendeur. Seule la réconciliation, au-delà des non-dits et des mensonges, avec Booker, lui permettra de retrouver et de sublimer ses atouts physiques et spirituels. Depuis Un Don[7], situé au XVIIème siècle, il faut alors rassembler les fragments épars d’une vaste épopée romanesque afro-américaine ; mais aussi d’une taraudante analyse psychologique, d’une réelle réflexion morale sur les comportements humains, entre désir et obsessions.

      Suivant le fil d’un récit à l’impeccable clarté, l’intrigue nous mène d’une délivrance à une autre : de l’accouchement inaugural à la libération des strates pulvérulentes du passé. Comme elle fait le lien entre la précision du réalisme et une pincée de merveilleux. Cette naissance de presque petite sorcière a son versant rationnel, celui d’une causalité génétique, ainsi que la figuration mentale de la réappropriation de son enfance et de son identité. Cependant la métamorphose (en quelque sorte inversée) qui voit Pride peu à peu perdre sa pilosité et ses seins, est-elle due au départ de son amant regretté, Booker, l’homme transporté par sa noirceur, sa « peau obsidienne » ; est-elle due à une « hallucination » ? Bride imagine un instant que la maison où elle recherche Booker est « l’antre d’une sorcière ». Tout ceci contribue au glissement vers l’esthétique du réalisme magique (quoique Toni Morrison n’aime guère cette appellation), au « retour magique de ses seins parfaits » auprès de l’amour retrouvé et augmenté.

      Qui sait s’il fallait, en un respect minimal de l’auteur, garder le titre original, trop chrétien pour les pudibondes oreilles françaises : God Help the Child ? Dieu aide en effet Lula Ann. La polysémie du titre français, qui va de la « délivrance » pour l’accouchement, lors de la naissance qui préside à la première page, à la délivrance des préjugés liés à la couleur de la peau, n’est pas sans séduction. De même, Sofia trouve, après la venue de Pride, « la délivrance des larmes versées depuis quinze ans ». Le parfait entrelacement thématique ne néglige certes pas le luxe de la langue, les images vigoureuses. Comme lorsque Bride et Booker font l’amour : « Sobres comme des prêtres, créatifs comme des diables, ils inventaient le sexe. Croyaient-ils ».

      La généalogie du racisme et de la condition noire aux Etats-Unis a toujours été le fer de lance émotionnel et obsessionnel de Toni Morrison : depuis les créatures de la traite négrière aux siècles précédents, parmi les pages de Beloved, son grand roman de l’esclavage,  jusqu’à l’enfant noire de Délivrances dont la psyché fut viciée par le rejet maternel. C’est en ce sens que les fureurs, les pièges et les ressources de la mémoire sont mis en scène. Pourtant, en une sorte d’apaisement, voire de rédemption, une fois assumée la faute morale de l’enfance, Lula Ann parvient à se reconstruire, à envisager d’être enceinte avec sérénité. Est-ce aller trop loin que d’imaginer qu’elle est une sorte d’allégorie politique de l’Amérique en devenir ? « Ici-bas, au paradis », pour reprendre la conclusion de Paradis[8], il reste la tâche ardue et cependant délicieuse de vivre.

      « Essayer de comprendre la malignité du racisme ne fait que le nourrir », écrit la plume de Booker. Est-ce le fond de la pensée de la romancière ? Pourtant « la fabrication d’une persona africaniste est réflexive ; c’est une extraordinaire méditation sur le soi ; une exploration vigoureuse des peurs et des et des désirs qui habitent la conscience de l’écrivain[9] », écrit Toni Morrison parmi l’un de ses essais.

      Revenons en 2003, lorsque Toni Morrison publie son fiévreux roman du désamour, pourtant titré Love, libérant d’entêtants parfums de désir et de haine. Le lecteur qui s’attendrait à une histoire d’amour au sens convenu du terme courrait ici le risque d’être désarçonné. Espoirs, idylle, déceptions enfilés par une narration qui ne se poserait aucune question, voilà qui n’est pas le souci de Toni Morrison. Mais l’amour au sens de ce qui s’enlace comme un nœud de serpents brillants, sensuels et cependant étouffants, déchirés, voilà ce qui pourrait définir l’atmosphère et l’enjeu narratif de l’hôtel de Bill Cosey, de ses femmes et de sa descendance.

      Car ici, aucun personnage ne peut vivre sans être englué d’une manière ou d’une autre dans l’orbite de Cosey, riche entrepreneur et propriétaire d’un hôtel au bord de l’Atlantique qui fit les beaux jours et les belles nuits de la bourgeoisie noire. Jusqu’à la jeune Junior, paumée déterminée qui parvient à se faire embaucher par Heed la veuve pour l’aider à écrire ses prétendues mémoires, et qui sera elle aussi fascinée par « l’Homme ».

      Le portrait de Bill Cosey, magnétique, érotique, « égoïste et coureur de jupons », s’élève par-delà sa mort. Mais attention, terrain piégé. C’était « un homme remarquable, un chef-né, qui avait baissé la garde devant des femmes qui se haïssaient, et qui les avaient laissées détruire tout ce qu’il avait bâti ». Selon les diverses narratrices, l’une est « la créature la plus méchante de toute la côte », l’autre se voit « avec des fourmis rouges pour toute famille ». Les luttes sont sournoises, parfois physiques, symboliques, jusqu’à en venir aux mains devant la tombe pour savoir s’il faut « passer les diamants » au cadavre.

      Cosey, une fois enterré sa première femme, n’a-t-il pas été jusqu’à prendre une sauvageonne de 11 ans qui « ne lui donna jamais le moindre têtard » ? Bientôt, le voilà retournant vers sa favorite, Celestial. Un fils mort, une folle complètent le tableau… « Chacune revendiquait un titre à l’affection de Cosey ; chacune l’avait jadis  sauvé d’un désastre quelconque ou lui avait épargné un péril imminent ». Et Christine d’ajouter : « Cette maison était à moi, et tout d’un coup ce fut elle. » D’un tel « panier de crabes » femelles, de telles rancœurs et luttes de pouvoir, personne ne sort indemne. Car les rapports de parenté sont pour le moins complexes : Christine n’a-t-elle pas un an de plus que la dernière femme de son grand-père ? La jeune Junior, apparente observatrice se laisserait-elle piéger en ce miroir, ou tirera-t-elle son épingle du jeu ?

      Écrire, pour Toni Morrison, c’est retrouver le chemin d’un monde clos, balayé par le temps » comme une vague qui, en reculant, abandonne derrière elle un texte de coquillage et de varech, éparpillé et illisible. » C’est ainsi qu’il faut tenter de lire et de repérer la polyphonie des voix des narratrices, de lire, avec avocats interposés, le sens indéterminé de ce testament griffonné sur un menu qui exacerbe les positions des femmes, celles qui ont tenté de régner par l’éros ou par la cuisine, et maintenant par la mémoire… Junior joue ici un rôle plus qu’étrange, car elle est celle qui relie le monde des morts et celui des vivants, une médium qui permet le passage de la voix de Bill Cosey vers celles des femmes, en quelque sorte héritières de sa monstrueuse personnalité. Ce pourquoi le réalisme magique innerve les fils non-linéaires de la narration.

      Toni Morrison nous enjoint de se garder de lire avec des œillères féministes, ou avec celles qui consisteraient à répéter « black is beautiful ». Certes les femmes dominent ce Love, mais soumises, rongées par le fantôme d’un homme, d’un père. Quant à la négritude, même si les mouvements d’émancipation des Noirs sont là en filigrane, elle n’est rien sinon le sort ni plus ni moins positif que celui du commun des mortels. Tout noirs qu’ils sont, ils s’entre-déchirent pour un héritage, se haïssent et se désirent jusqu’à la folie. L’auteure de Beloved (certains voient en ce roman violemment lyrique, aux résonances de tragédie grecque, son chef-d’œuvre) casse nombre de clichés lénifiants. Depuis longtemps, au-delà de l’anecdotique ébène de sa peau, nous lisons sa chair et sa psyché, au-delà peut-être de l’influence de Faulkner, nous lisons la force, la détermination et la sensualité des voix qui sont celles des Afro-Américains autant que les nôtres. Ce dans une écriture touffue, puissante et rauque, qui attendra Délivrances pour trouver sa lumière noire.

 

      Quand donc cesserons-nous d’attribuer à la couleur de la peau des vices et des vertus qu’elle n’a pas ? Pour enter notre judicieuse discrimination sur les seuls vices et vertus, sur les seuls méfaits et bienfaits ? Alors qu’il n’y a que des nuances de chocolat : chocolat blanc, noir, caramel… Ou, pour reprendre les métaphores de Toni Morrison, « quel que soit leur teint, de l’ébène au lait, en passant par la limonade ». Si l’on cessait de devoir se demander, ou de penser sans y penser que les hommes et les femmes ont la couleur de notre épiderme, au moins parmi nos romans, peut-être aurions-nous fait un grand pas vers l’humanité. Ce pas, c’est aussi celui de la langue éthique et poétique de Toni Morrison. « Ne te rappelles-tu pas d’avoir été jeune, alors que le langage était une magie sans signification ?[10] » La maturité lui a conféré à la fois la signification et la magie.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Toni Morrison : Discours de Stockholm, Christian Bourgois, 1994, p 18.

[2] Bride signifie future marié ou jeune mariée.

[3] Toni Morrison : Jazz, Christian Bourgois, 1998.

[4] Toni Morrison : Beloved, Christian Bourgois, 1989.

[5] Toni Morrison : L’œil le plus bleu, Christian Bourgois, 1994.

[6] Toni Morrison : Tar baby, Christian Bourgois, 1996.

[7] Toni Morrison : Un Don, Christian Bourgois, 2009.

[8] Toni Morrison : Paradis, Christian Bourgois, 1998, p 365.

[9] Toni Morrison : Playing in the Dark, Christian Bourgois, 1993, p 37.

[10] Toni Morrison : Discours de Stockholm, ibidem, p 20.

 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 14:02

 

 

 

 

Chesterton, le géant fantaisiste

 

du roman policier catholique

 

 

 

François Rivière : Le Divin Chesterton, Rivages, 224 p, 21 € ;

G. K. Chesterton : Homme à la clef d’or,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Maurice Beerblock, Les Belles Lettres, 450 p, 14,90 € ;

Magie, traduit par Thierry Beauchamps, Rivages, 128 p, 7,50 € ;

La Sphère et la croix, traduit par Charles Grolleau, Rivages, 320 p, 9 €.

 

 

 

       Dans le combat entre biographie et autobiographie, qui sera le vainqueur ? On aurait tendance à penser que Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) serait le mieux placé pour présenter ce même Chesterton. L’abondance, la précision et le style inimitable, peu amène pour les clichés, en font le document furieusement vivant de ce géant excentrique anglais. Sauf que Le Divin Chesterton, de François Rivière, a le mérite d’être d’un abord plus aisé, plus synthétique, nous présentant « l’étrange usine de sa tête ébouriffée ». Cet « homme à la clef d’or » est en effet une usine incroyablement prolixe, d’où jaillirent un festival d’essais, de romans et de nouvelles, au point de frottement détonant du catholicisme et de l’investigation policière.

 

      Le jeune dessinateur et caricaturiste (dont François Rivière offre en têtes de chapitres quelques exemples), féru de contes de fées, doute de son orientation sexuelle, avant d’épouser chastement la dévouée Frances. Mais « la question du mal ne le quitte plus » ; ce pourquoi celui qui s’impose en chroniqueur-journaliste devient adepte du « socialisme chrétien ». Ce gros buveur bientôt obèse, parfois surnommé « Gargantua », se fait remarquer par ses essais brillants contre les préjugés intellectuels dans Le Défenseur. Biographe enthousiasme (aux citations peu scrupuleuses) de Browning et Dickens, critique passionné de William Blake[1], la « tête léonine » de Chesterton accouche d’un héros marquant : le Père Brown, étonnant détective en catholique soutane, qui, en de nombreux, spirituels et haletants récits, contribue formidablement à son succès. Ce à travers des recueils comme Le Club des fous[2] ou L’Incrédulité du Père Brown[3]. Où l’on découvrira, parmi bien d’autres, un titre fort énigmatique et affriolant : « Le poignard ailé ». À moins d’aimer rencontrer un autre détective imaginé par l’inépuisable littérateur : Gabriel Gale, fantaisiste débridé bien décidé à côtoyer la folie. Au point qu’un personnage du Poète et les fous avoue avoir « quelque chose de grave […] une maladie qui rend cet endroit terrifiant. –Que voulez-vous dire ? demanda-t-elle aussitôt. Il y eut un court silence, puis il répondit avec flegme. –J’ai toute ma raison[4] ».

      Fort conservateur, l’écrivain multiplie ses positions contre le divorce, contre l’athéisme, ce « labyrinthe qui n’a pas de centre ». Misogyne, résolument opposé à  Hitler, il dénonce les capitalistes, « princes de notre communauté », tout en s’opposant au socialisme de Wells et de Shaw. Le biographe cependant évoque l’antisémitisme, alors que l’auteur s’en défend de manière argumentée…

      L’original autobiographique, prolixe, bourrée de notes éclairantes, perd en concision narrative ; mais en cet Homme à la clef d’or, ultime et posthume ouvrage, où « se remémorer » est un « tour de passe-passe psychologique », on trouvera le style unique de Chesterton : bons mots, circonlocutions, autodérision, paradoxes. C’est « une poignée de sujets, de types, de métaphores dépareillées », moins un récit qu’un « vivre en anecdotes » savoureuses, qu’un festival d’analyses et d’essais sur l’enfance, sur « l’art d’être un cancre », « d’être loufoque », sur l’amitié et les célébrités de son temps politique.

      Chesterton avait bien en effet une « clef d’or » pour voir le monde : la foi. Son voyage à Jérusalem, contribue à sa conversion au catholicisme en 1922, dont il devient un propagandiste, assignant à son œuvre une mission moralisatrice. Conférencier inépuisable aux Etats-Unis, homme de radio percutant, il laisse de nombreux volumes d’essais, souvent inédits en français.

 

      Infatigable, il échafauda de nombreux romans, dont le versant fantasque, voire burlesque, nous séduit encore aujourd’hui : comme l’inventif apologue qu’est La Sphère et la croix. Un dirigeable londonien abrite un « professeur Lucifer » et un « moine Michaël » qui s’affrontent avec un surprenant brio : « L’un de nous doit tuer l’autre ou le convertir ». La satire des fanatismes conduit le récit vers un asile kafkaïen incendié. Quoiqu’aventures, duels et poursuites de police servent la victoire de la « croix » et l’amitié des deux protagonistes réconciliés. L’allégorie manichéenne est dépassée, pacifiée. On lira également une « comédie fantastique » au rythme enlevé, Magie, dans laquelle un magicien (plus exactement un illusionniste) invité par un duc, séduit la jeune Patricia, alors que chacun cherche à connaître sa « vérité ». Car « il est bien plus extraordinaire d’expliquer un miracle que d’en causer un ». À moins qu’il s’agisse de la magie divine…

      Le miracle, pour rester en son vocabulaire, est que les livres de Chesterton ne tombent jamais dans le prêche de grenouille de bénitier. Son fameux enquêteur, le rond Father Brown, dénoue les mystères inquiétants des pires criminels avec un sens du réalisme exact, une ingéniosité intellectuelle rare, un humour pince sans rire et une solide conviction théologique : il est de son humaine mission de traquer les envoyés du Mal qui infestent l’humanité. Les secrets magnifiquement maîtrisés de l’intrigue policière côtoient dans ses dizaines de nouvelles la fable métaphysique[5].

 

       La fable chestertonienne peut également se révéler politique. Ainsi « le crime du communiste » est une nouvelle dans laquelle ce dernier « voulait détruire les dix commandements, exterminer la religion et la civilisation à qui il devait tout. Il criait haro sur le droit de propriété, le bon sens et l’honnêteté ». Mais le Père Brown ajoute : « Bien sûr le communisme est une hérésie, mais ce n’est pas une hérésie que vous acceptez les yeux fermés. C’est le capitalisme que vous ne voyez plus, ou plutôt les vices d’un capitalisme qui a pris les traits d’un darwinisme suranné[6] ». On devine que notre talentueux détective, n’est pas aussi sagace dans le domaine de la philosophie politique, en mettant sur le même plan ces deux systèmes économique. Si le second n’est pas indemne de tout péché, il a permis, au contraire du premier, et permettra encore, un développement humain considérable… Que proposer, lorsque l’on est Chesterton, pour humaniser le capitalisme ? Eh bien, comme dans Le Retour de Don Quichotte[7], les méthodes de travail de la chrétienté médiévale : voilà qui va solutionner les conflits mis à jour par une grève industrielle ! Indubitablement l’humanité, et particulièrement le monde contemporain, ont besoin du merveilleux : le déraisonnable est au service de la raison. Devons-nous nous contenter de sourire de telles billevesées romanesques ?

 

      On trouve cependant parmi les récits de cet excentrique anglais une curieuse portée prophétique ; que l’on croit d’abord ne pas devoir prendre trop au sérieux. Loufoque est bien, entre autres exemples, un roman tel que L’Auberge volante, roman de chevalerie contemporaine publié en 1914, dans lequel ces institutions que sont les pubs britanniques sont attaquées par un Islam invasif revendiquant une « polygamie supérieure[8] ». Car un tyran local, influencé par un fanatique musulman, est décidé à imposer un ordre moral corseté. Il faudra un chevalier donquichottesque, en l’occurrence Patrick Dalroy, rentré d’une campagne militaire fabuleuse contre les Turcs, pour rétablir la liberté essentielle de la dive bouteille. Sombre ou grotesque prémonition ?

 

     Etonnant et sémillant bonhomme, Chesterton sut unir une joyeuse argumentation philosophico-religieuse et de piquantes qualités de narrateur et de dialoguiste. Avec une œuvre romanesque aux marges de la fantasy et du thriller, celui qui fit rire Kafka préfigure bien des développements de son siècle littéraire, préparant le genre populaire et auparavant méprisé de l’investigation policière à une nouvelle et noble reconnaissance : « le roman policier est l’Iliade de la grande ville[9] », affirme-t-il avec un bel aplomb. Malgré l’avis dégoûté d’Orwell qui se pinçait le nez devant ses controverses religieuses passablement rassises, Borges n’a-t-il pas salué les labyrinthes policiers de Chesterton, qui est pour lui « le meilleur héritier de Poe[10] »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article -ici augmenté- publié dans Le Matricule des anges, mai, 2015

 

[2] G.K. Chesterton : Le Club des fous, L’Âge d’homme, 1983.

[3] G.K. Chesterton : L’Incrédulité du Père Brown, Gallimard, 1932.

[4] G.K. Chesterton : Le Poète et les fous, L’Arbre vengeur, 2011, p 289.

[6] G. K. Chesterton : Le Scandale du Père Brown, L’Âge d’homme, 1982, p 127 et 125.

[7] G. K. Chesterton : Le Retour de Don Quichotte, L’Âge d’homme, 2000.

[8] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[9] G. K. Chesterton : Le Défenseur, Egloff, sans date, p 131.

[10] Jorge Luis Borges : « Le Roman policier », En marge des Sept nuits, Œuvres complètes, t II, Gallimard, la Pléiade, 1999, p 764.

 

 

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 17:16

 

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

 

 

 

L’Identité française et son destin

 

face à l’immigration :

 

fantasme ou réalité ?

 

 

 

      En l’identité tout voudrait, selon son étymologie, être identique. La France serait alors identique à elle-même, à son essence, à l’idée que l’on s’en fait, et chaque Français identique à autrui selon des traits immédiatement reconnaissables, voire transcendants… Cependant, l’identité française, on ne l’ignore pas, dépasse la nation, tant au-delà des frontières de l’hexagone persistent des Français, Belges, Suisses, à Londres, en Afrique… Au-delà donc d’une nation, il s’agit d’une langue, d’une histoire, d’institutions, d’une culture, de paysages, de modes de vie : monolithiques et fermés sur eux-mêmes, ou en expansion, ouverts, mobiles et accueillants… En son méli-mélo de réalités et de fantasmes, que vaut notre identité française devant les défis que sont la mondialisation, l’immigration ? Peut-elle se perpétuer, s’enrichir, se magnifier, ou se dissoudre, s’abattre, enfin ?

 

      Que faut-il entendre par ce concept d’identité de la France ? Ce à quoi tente de répondre Fernand Braudel : « sinon une sorte de superlatif, sinon une problématique centrale, sinon une prise en main de la France par elle-même, sinon le résultat vivant de ce que l’interminable passé a déposé patiemment par couches successives, comme le dépôt imperceptible de sédiments marins a créé, à force de durer, les puissantes assises de la croûte terrestre. En somme un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. Un processus, un combat contre soi-même, destiné à se perpétuer. S’il s’interrompait, tout s’écroulerait ». Plus bas, l’historien ajoute : « il est certainement vain de ramener la France à un discours, à une équation, à une formule, à une image, à un mythe[1] »… L’on sait que ce dernier, dans L’Identité de la France, interrogea l’histoire et l’espace, la démographie, l’économie, les techniques et les traditions, le dynamisme du capitalisme. Omettant cependant la France de Racine et de Proust, celle de Rameau et de Monet…

      Certes l’on saura reconnaître l’identité française à nos campagnes hérissées de clochers, aux rives de la Seine parisienne, aux châteaux de la Loire, à nos boulangeries, à notre champagne et notre bordeaux, à notre gastronomie, à notre galanterie et notre diplomatie, à moins que ces dernières soient surévaluées et mises à mal. Bel héritage à préserver, à faire fructifier et augmenter. Mais quand nos lettres sont latines, notre démocratie grecque, notre chocolat ivoirien, notre thé indien, nos sushi japonais, quand nos chiffres sont arabes (mais plus exactement indiens), nos logiciels américains, nos smartphones californiens, coréens ou chinois, nos bibliothèques délicieusement lourdes de traductions parfois exotiques, aurions-nous la présomption de claironner que nous ne sommes que Français ? La mondialisation n’efface pas l’identité française, mais l’enrichit, qu’il s’agisse de technologies ou de nouveaux chefs d’œuvre littéraires, musicaux ou filmiques.

 

 

      Un héritage national, culturel et politique ne peut jamais être tout immaculé ou tout souillure. Si la Saint-Barthélémy et la contribution au commerce triangulaire de l’esclavage, le génocide vendéen et la Terreur, l’affaire Dreyfus et la collaboration, les maladresses désastreuses de la colonisation, le rôle trouble joué au Rwanda et la décision dommageable d’abattre Kadafi en Lybie font partie de notre histoire, ils doivent être regardés pour ce qu’ils sont. Sans pourtant que l’identité de la France, pas pire à cet égard que d’autres, voire moins infâme, soit obérée par une excessive culpabilité, une repentance contre-productive qui consisterait à jeter le bébé avec l’eau bien sale du bain…

     Hélas, quand dans les banlieues perdues de la Républiques se faire traiter de « Français », plus exactement de « céfran » est une insulte, il est clair que le blason de la France est à redorer avant de pouvoir être de nouveau respecté. L’identité française, comme toute identité nationale, se construit à partir et autour de sa police et de son armée. Quand la police, depuis mai 68, voire bien avant, est sans cesse décriée comme fasciste, en dépit de ses bévues, brutalités et incapacités de résolutions des crimes et délits, sans cesse interdite, caillassée, voire quand ses commissariats et gendarmeries (une vingtaine en juillet 2015) sont attaqués jusqu’à l’arme lourde dans les banlieues perdues de la République par des « bandes de jeunes », il est évident que le renversement des valeurs contribue au remplacement de l’identité française, républicaine de la civilisation par l’identité de la barbarie. A moins qu’il faille aller jusqu’à se demander si une infiltration de la police et de l’armée par des « jeunes issus de la diversité » puisse être indolore…

      Certaines voix s’élèvent pour regretter que l’armée de métier moderne ait évincé le service militaire, qui, quoique décrié pour sa ridicule inutilité à l’échelle individuelle et collective, sans compter son coût, permettait à chaque homme ou presque, à chaque famille d’avoir un lien personnel avec les forces du pays et leur nécessité. Ce dont témoigne encore le défilé du 14 juillet, car en ce sens la France est un des rares pays au monde à mettre en scène un défilé militaire sur sa plus belle avenue à l’occasion de la fête nationale. Quoique, ostentatoire et sûr de lui, il ressemble trop à une propagande grotesque pour y croire suffisamment, lorsqu’à quelques kilomètres des Champs Elysées, le Tartare de quelques arrondissements de Paris et de banlieues décérébrées organise à l’envie incendies de voitures, émeutes et pillages, embryons déjà trop mûrs de guérilla urbaine, évidemment celés, euphémisés, tolérés de fait, en conséquence encouragés par la lâcheté, l’opportunisme et l’électoralisme du pouvoir qui n’en est plus un. Ainsi le respect dus à une police et à une armée intègres doivent contribuer à ce que le territoire de l’identité française ne devienne pas un champ de mines et d’attentats comme l’Afghanistan.

 

      Accueillir au sein de l’identité plurielle française des migrants que la guerre a chassés de leurs terres parait d’abord un devoir moral républicain, une charité chrétienne, un humanisme universel. Certes.

      Mais avec deux réserves. D’abord que leur nombre reste mesuré de façon à ce qu’ils ne recouvrent, ne dispersent, n’effacent l’identité (même polymorphe) du pays et du continent d’accueil. Ensuite, et plus grave encore, qu’ils n’amènent pas avec eux un bagage culturel invasif et intolérant contrevenant aux libertés de pensée, d’expression, politiques et en particulier féminines, telles qu’elles fondent les Lumières européennes, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (sans omettre la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges), telles qu’elles fondent une démocratie libérale incompatible avec l’Islam[2].  

      En 1939, quelques centaines de milliers de réfugiés républicains espagnols ont afflué en France, de même pour les Pieds noirs venus d’Algérie dans les années soixante, de même pour les boat people vietnamiens et autres Chinois dans les années soixante-dix. Ils se sont adaptés, en contribuant à la vie économique, autant que faire se peut sous le croissant boisseau socialiste. On ne peut en dire tout à fait autant des Musulmans. Si un pourcentage non négligeable travaille et profite de l’éducation pour se qualifier et s’intégrer, une frange difficile à évaluer ne prospère que dans la délinquance, l’auto-ghettoïsation, le radicalisme religieux, parmi des poches exponentielles de banlieues… Regardons alors ces réfugiés venus du Moyen-Orient et de l’Afrique : environ 70 % d’hommes jeunes et célibataires, peu d’enfants, peu de femmes, souvent voilées avec plus ou moins de rigueur !

      Claude Lévi-Strauss avait dès 1984 cette prescience : « il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane.[3] » Plus tard, il ajoute, lors d’un entretien : « J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture[4] ».

Joan Blaeu : Atlas maior, 1665.

 

      L’identité c’est d’abord un visage. Celui du drapeau national qu’il est suspect, au contraire des Etats-Unis, d’exhiber à sa fenêtre sous peine de passer pour un thuriféraire du front National. A évacuer le national on ouvre grand la porte au Front National. Un visage également lorsqu’il s’agit de l’enfermer entre les parois du hidjab, de le couvrir sous la burqa, de le nier, alors que notre police est contrainte de fermer les yeux sur son exhibition aux dépens d’une loi qui n’est guère appliquée. C’est bien le visage de la France et de la Française, de l’Occident et de la femme occidentale qui est ainsi avili, obéré, en dépit de la Sainte-face du Christ sur le voile de Véronique, en dépit de la tradition picturale et sculpturale du portrait depuis l’Antiquité gréco-romaine, jusqu’à la photographie, en passant par les portraits d’Ingres et d’Elizabeth Vigée Le Brun.

     Et pourtant le Salon Musulman du Val d’Oise, par exemple, n’oublie pas un instant son prosélytisme religieux, son antisémitisme et sa misogynie, ordonnant une soumission de la femme indigne des droits de l’homme.

      Faut-il alors imiter l’Australie qui raccompagne les bateaux de migrants d’où ils viennent ? Mais il s’agit d’une île et d’une nation unique, ce que l’Europe n’est pas. De surcroit leurs migrants économiques, voire prosélytes, ne fuient pas une guerre.

      Pourquoi les Etats Musulmans richissimes, telle l’Arabie Saoudite, ne reçoivent-ils pas les réfugiés et préfèrent financer pour eux des mosquées dans les pays européens et en particulier en Allemagne, dont la démographie native est en chute libre[5] ?

      Parce qu’au-delà des migrants consubstantiellement avides de liberté et de travail (alors que les 10% au bas mot du chômage français ne les y encouragent guère), à moins qu’il s’agisse de désir d’assistanat (l’allocation mensuelle de subsistance pour le demandeur du droit d’asile peut aller jusqu’à 718 €, sans compter la Couverture Maladie Universelle), la parabole du cheval de Troie de l’Odyssée d’Homère[6] est parlante : avec notre concours, un pourcentage, même minuscule et néanmoins terriblement dangereux de djihadistes terroristes éclaireurs du califat les infiltre d’une part, et, d’autre part, leurs cohortes d’adeptes de l’Islam n’amènent pas leur bréviaire d’un Islam des Lumières, mais celui d’une langue invasive et guère affamée de maitriser celle du pays d’accueil, du rituel halal, du voile, cet « uniforme idéologique » venu d’un « contexte patriarcal et phallocratique[7] », de l’oppression des femmes, des mariages forcés, de la polygamie, de la loi du talion et de ses infâmes châtiments corporels, de la charia enfin, qui parmi ses degrés divers peut devenir une « justice au service de la terreur[8] »… Quoiqu’il faille se garder de choir dans la généralisation abusive, il est loisible de se demander s’il s’agit d’accueillir de malheureux et valeureux migrants ou le fer de lance prolifique d’une invasion destinée à coloniser et islamiser l’Europe, jusqu’au Québec et ailleurs… Ce sur quoi ne se privent pas de nous avertir avec vigueur et pertinences des voix elles-mêmes venues de l’aire arabo-musulmane : comme Boualem Sansal avec son roman 2084[9] qui dénonce un totalitarisme plus ambitieux encore que ceux que le seul XXème siècle a connu, ou l’essayiste Ibn Warraq, dont l’argumentation imparable anime son Pourquoi je ne suis pas musulman[10].

      Est-ce à dire qu’il faut préférer les migrants chrétiens assyriens, les yazidis, les coptes, les baha’is, ces premières victimes du califat islamique (en tous cas nous ne devrions pas les oublier un instant), et bien sûr les athées, les esprits libéraux ? S’il faut faire un choix (et il sera délicat de trier le bon grain de l’ivraie), et pas uniquement selon des critères confessionnels, et en se souvenant que républicains espagnols, Pieds noirs et Boat peoples asiatiques n’ont guère été des fauteurs de troubles, que les Portugais forment encore le premier contingent d’immigrés, c’est pour valider le fait avéré que l’immigration (et son communautarisme) n’est pas un problème, si toutefois son chiffre reste assez modéré pour ne pas faire basculer les équilibres culturels de l’identité élargie de la France et de l’Europe, voire de l’Occident, mais aussi qu’une part de l’immigration venue de l’aire arabo-musulmane, voire sahélienne, est à même de saper les valeurs sur lesquelles l’Occident est assis, depuis au moins les Lumières…

      Si en 2008 l’immigration formait 8,4% de la population (un chiffre somme toute modéré au vu de pays voisins, dont l’Allemagne avec ses 13%), « la somme des personnes immigrées et de leurs enfants représente 20% de la population française », quand ceux « d’origine européenne et africaine représentent chacun 40% environ de l’immigration totale[11] ». Les chiffres ne paraissent ainsi pas effrayants, mais ils sont à relativiser devant l’afflux de ceux fuyant la Syrie, l’Erythrée, la Lybie et autres contrées voisines,  mais aussi les Balkans, quoiqu’ils préfèrent à la France des destinations économiquement plus généreuses et pour eux fourmillants de réseaux déjà installés, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède gangrenée. Mais l’absence de mixité résidentielle en territoire pseudo-français (en des quartiers où la police ne pénètre plus guère), l’activisme prosélyte de l’Islam, la culture de l’honneur, du mâle dominant homophobe et misogyne ont de quoi inquiéter raisonnablement. De surcroît, en observant la jeunesse française, « on tremble en imaginant aujourd’hui que c’est un quart d’une génération qui frise l’illettrisme[12] ». Il est à craindre que, comme dans les prisons où l’on sait que près de 70% des individus incarcérés sont musulmans, cette dernière population fort peu diplômée soit concernée de trop près par une carence éducative grave, dont les conséquences pourraient être culturellement désastreuses…

 

      Au-delà d’une problématique nationale, largement fantasmée, voire passablement obsolète, à l’exception de la question linguistique, l’identité française n’est pas séparable d’une identité européenne, occidentale issue de la démocratie et de la république gréco-romaines, du christianisme et surtout des Lumières. C’est cela qu’il faut voir perdurer et s’étendre pour le bien des peuples et des individus. En ce sens nous nous sentons plus proche de la culture japonaise telle qu’elle a pu évoluer vers la démocratie que vers l’inculture et la tyrannie d’un califat. On ne gagnera rien, sinon de dangereuses crispations, à regretter, pire à vouloir ranimer, le piètre paradis fantasmé des années soixante et de l’entre-soi gaullien. Aller de l’avant en cultivant tant nos particularismes qu’un cosmopolitisme vivifiant, ranimer une culture économique et scientifique libérale créatrice de richesses et d’emplois feront beaucoup pour relever tant les défis de la mondialisation que de l’immigration. A la condition expresse de ne pas transiger sur nos valeurs de liberté issues des Lumières et de repousser, non pas les hommes, sauf s’ils sont criminels, mais l’obscurantisme d’un communautarisme régressif et invasif.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de-photographie

 

[1] Fernand Braudel : L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986, volume I, p 17.

[3] Claude Lévi-Strauss : Tristes tropiques, Œuvres, Gallimard, La Pléiade, p 433-434.

[4] Propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », Magazine littéraire, Hors-série Claude Lévi-Strauss, 2003.

[6] Homère : Odyssée, VIII, 492-495.

[7] Abdelwahad Meddeb : Face à l’islam, Textuel, 2015, p 201 et 203.

[8] Samuel Laurent : L’Etat islamique, Seuil, 2014, p. 66.

[9] Boualem Sansal : 2084 La fin du monde, Gallimard, 2015.

[11] Nicolas Bouzou : Le Grand refoulement, Plon, 2015, p 106.

[12] Nicolas Bouzou, ibidem, p 118.

 

Giovanni Domenico Tiepolo : La Procession du cheval de Troie, 1773,

National Gallery, London.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 17:20

 

Bois Henri IV, La Couarde, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Martin Amis, vivisecteur du nazisme

 

et d’Auschwitz :

 

de La Flèche du temps à La Zone d’intérêt.

 

 

Martin Amis Amis : La Zone d’intérêt,

traduit de l’anglais (Royaume Uni) par Bernard Turle,

Calmann-Lévy, 396 p, 21,50 €.

 

 

 

      Que voilà une charmante pastorale… La rencontre d’une « plantureuse » jeune mère en robe blanche parmi les ombres et les feux de l’été émeut grandement Thomsen, qui conçoit alors la « météorologie du coup de foudre ». Non sans ironie, Martin Amis, l’auteur prolifique de L’Information et des poupées crevées[1], semble engager les péripéties d’une églogue sentimentale, quoiqu’elle se passe dans la « zone d’intérêt ». C’est ainsi, par euphémisme, que les Nazis désignaient les camps de concentration et d’extermination. « Solution finale », « Espace vital », « Zone d’intérêt », ces formules parent des noblesses raisonnables de la langue les lieux abjects du génocide et de la guerre que le romancier Martin Amis avait déjà traversés avec La Flèche du temps. Mais en ce précédent roman, Auschwitz n’était qu’un moment, nodal certes, d’une fiction biographique, alors que le dernier né, La Zone d’intérêt, plonge intégralement les bluettes amoureuses et autres gaudrioles sexuelles de ses personnages dans la boue cadavérique du lieu de sinistre mémoire, sans jamais le nommer cependant.

 

      Le premier narrateur, Angelus Thomsen, officier SS et neveu du secrétaire d’Hitler, aime jouer de l’« interlude sentimental » avec la vulgaire Isle, quoiqu’il soit fort amoureux de la femme du commandant Paul Doll. Cette dernière est pour le galant un brin vaniteux « l’idéal national de la jeune féminité ». Quand le commandant devient narrateur à son tour, il se plaint des épreuves de son travail, que son épouse ne contribue guère à soulager, et se gargarise de son idéologie national-socialiste : il est le « Fer de lance de l’ambitieux programme national d’hygiène appliquée ». Cet homme « complètement normal » et cependant « pochetron », victime d’un vaudeville conjugal qui coûte la vie d’un prisonnier, gère la mort avec « radicalisme, fanatisme »… Le trio se referme avec le « Sonder » Smulz, qui est l’un « des hommes le plus triste de toute l’histoire de l’humanité ». Ce malheureux Juif est « le plus ancien fossoyeur » et dort avec les « sacs de cheveux ». Peu à peu, chacun des personnages, y compris Hannah Doll, voit ses reins et son cœur sondés jusqu’aux plus intimes, rêveuses et abjectes motivations, en une vivisection romanesque presque concurrente de celles exercées par les médecins nazis.

      Sans cesse en mouvement, l’écriture de Martin Amis est pétrie de finesse, d’ironie, et de non-dits suggestifs : sous la carapace mondaine, le vernis se fendille par petites touches pour laisser subodorer ce qui se trame derrière les miradors. Alors que l’on les filles du commandant jouant à cache-cache dans les fleurs, des cris lointains, une « odeur », suggèrent une monstrueuse proximité : « des gens qui font semblant que c’est la nuit de Walpurgis et qui jouent à se faire peur », les rassure-t-on. L’écrivain joue au chat et à la souris avec son lecteur : « Tout ce que je peux offrir, comme atténuation, en guise d’apaisement, c’est l’entièreté, la perfection de mon impuissance », dit ce petit mammifère. Le médecin qui préside à la « Selektion » promet de garder « purs et bénis et [sa] vie et [son] art ». Bientôt, rien ne peut empêcher que les « macchabées rachitiques » et les champs de cadavres soient aussi inévitables que la froideur réjouie des exécuteurs. Le Commandant Doll va jusqu’à fomenter un sordide complot pour faire assassiner sa femme, « mariée à un des assassins les plus prolifiques de l’histoire », et devenue aussi méprisante que compromettante, par le Sonder Smulz…

      Les SS sont titulaires de doctorats, un sergent récite de la poésie lors d’un spectacle, leurs coucheries ont les conséquences que l’on devine, quand, au dehors, l’on marche « dans la vase brun violacé d’une latrine infinie ». L’un « veut plus d’esclaves », l’autre « plus de cadavres », malgré la défaite en Russie bientôt évidente. Les femmes parviennent  à être, contrairement au préjugé courant, tout aussi ardemment nazies et férocement cruelles. « Qu’il était humiliant, qu’il était méprisable d’appartenir à la race des maîtres », pense bientôt Thomsen. Le contraste, aigu, est édifiant !

      D’aucun diraient que cette Zone d’intérêt est de peu d’intérêt, privilégiant d’une manière indécente, scandaleuse, les parties de jambes en l’air des uns et des autres, du Commandant Doll qui force sa maîtresse à subir un avortement dans le camp même, ou l’évocation des romantiques Souffrances du jeune Werther de Goethe, quand seul Smulz est la petite voix sacrifiée de la shoah… Mais au pinacle de ce roman se dresse la figure du Commandant Doll, salopard fier de lui, ivrogne patenté, bureaucrate autant zélé pour les intérêts nazis que pour les siens, amoral sans nul doute, borné, veule cependant, s’élevant et s’écroulant comme le type inénarrable du Nazi qui fit l’Histoire et que cette dernière défit pourtant, personnage bas en couleurs qui est le vrai trophée du romancier.

 

 

      Dans La Flèche du temps (1991), qui était plus continûment percutant, Martin Amis imaginait la vie à rebours d’un Américain qui se révélait ancien officier-médecin d’Auschwitz, cet « Anus Mundi ». Il s’agissait de sortir les Juifs des fours puis des douches (appelées en ce nouveau roman, le « sauna ») pour les rendre à leur vie : « C’était moi, Odilo Unverdorben, qui enlevais personnellement les pastilles de Zyklon B et les confiais au pharmacien en blouse blanche […] le travail dentaire était d’habitude effectué quand les patients n’étaient pas encore vivants[2] ».

      Indubitablement le styliste britannique possède l’art troublant de revisiter les monstres sacrés de l’Histoire et de la littérature que l’on n’aborde qu’en tremblant de commettre impair, lourdeur, poncif, sans oublier le rédhibitoire faux pas éthique. En outre le romancier n’a rien perdu de sa verve métaphorique : « le ciel gris était en train de virer de l’huître au maquereau »… Certes, quelques pages sur la gestion, la rationalisation et le cynisme de la solution finale paraissent avoir été déjà évoquées avec une conscience plus radicale par Jonathan Littell, dans Les Bienveillantes[3], qui est, n’en doutons pas, d’une dimension bien plus formidable. Au-delà du classique Si c’est un homme de Primo Levi (que la circonspecte et prolixe bibliographie n’oublie pas) il y a place pour toutes les investigations menées parmi les instigateurs et les gérants du « mal radical inné dans la nature humaine », selon la formule de Kant[4]. Car ici, le mal n’est banal que pour les Nazis dont l’ardeur au meurtre interdit tout recours au concept de « la banalité du mal » tel que le théorisa Hannah Arendt[5]. Car Doll rejette « le système chrétien du bien et du mal ». Comme, de l’aveu même de l’auteur, son Lionel Asbo[6], bien qu’anglais, était une graine de nazi, chauffé par la délinquance et le goût de la violence… Alors qu’Odilo Unverdorben, dans La Flèche du temps, est « capable de faire ce que tout le monde fait, bien ou mal, sans limite, une fois couvert par le nombre[7] ». Après le temps du témoignage, vient le temps des libertés de la fiction exploratrice des noirceurs de l’humanité.

 

      L’on sait que La Zone d’intérêt fut rejeté par Gallimard, bien qu’il fût le fidèle éditeur de celui qui est bien plus que le fils indigne d’un ex-jeune homme en colère (selon le nom choisi par un groupe d’auteurs britanniques de l’après-guerre) le romancier Kingsley Amis. Risquerait-on l’empathie avec de tels Allemands, que la focalisation interne choisie permet de rendre si dangereusement intimes au lecteur ? Calmann-Lévy avait refusé les Bienveillantes, il tente aujourd’hui de faire ainsi amende honorable. Une pudibonderie éditoriale ridicule aurait-elle failli nous priver de l’« intérêt » d’une telle gaudriole nazie, sarcastique, et abyssalement tragique ? Qui, peut-être, par le biais de la fiction romanesque, voudrait être la thérapie, la catharsis de l’Histoire…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Martin Amis : La Flèche du temps, Christian Bourgois, 1993, p 147, 142, 143.

[4] Emmanuel Kant : La religion dans les limites de la raison, Œuvres philosophiques, III, Gallimard, Pléiade, 1986, p 46.

[7] Martin Amis : La Flèche du temps, ibidem, p 183.

 

 

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 08:08

 

Plage des Prises, La Couarde, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

David Forster Wallace : L’Infinie comédie,

esbroufe ou génie ?

Le pandémonium des drogues et du suicide.

 

 

David Foster Wallace : L’Infinie comédie (Infinite Jest)

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francis Kerline, L’Olivier, 1488 p, 27,50 €.

Le Roi pâle, traduit par Charles Recoursé, J’ai lu, 736 p, 9,90 €.

 

 

 

      Précédés par une réputation souterraine, complice et complaisante, chuchotée entre initiés, ou bruyante, trop comminatoire, certains romans attendent parfois longtemps le défi de la traduction. Défi enfin relevé par David Kerline en nouveau Sisyphe, dix-neuf ans après la parution américaine, pour Infinite Jest, quoique le titre français paraisse insister sur un comique très discutable au lieu de la « plaisanterie », voire du « jeu », attendue… S’agit-il de la comédie du génie, singé par un post-lycéen, tennisman post-boutonneux, esbroufeur et dépressif ? De toute évidence, singeant l’infini avec ses presque 1500 pages, elle ne parvient pas -qui le pourrait ?- à la dimension cosmique de cet infini annoncé. Le pathétique apprenti écrivain s’est suicidé au pied de la ruine romanesque dont l’édification impossible, à moins qu’il en fut puérilement et vaniteusement satisfait, ne résiste pas à l’examen. À moins qu’il s’agisse là justement de la pureté négative et réalisée du projet aux lueurs splendides…

 

      Hal Incandenza est-il un génie ? Il semble incollable autant sur la grammaire prescriptive que sur le fouriérisme, évidemment sur « le symbolisme tertiaire dans l’érotique justinienne ». En attendant, le jeune prodige du tennis semble avoir du mal à réussir son admission à l’université, plus exactement à Enfield Tennis Academy, où l’on suit également des « cours de Divertissement ». Résultats peu flatteurs, malaise devant la commission, sans compter son amour de la « défonce », et son obsession du « mal radical », le personnage central semble bientôt atomisé par des personnages parasites, comme un médecin Saoudien loufoque bientôt assassiné, et, plus tard, le « gourou du fitness » ou « Madame Psychose ». Quand apparait son frère Orin Incandenza, obsédé par les cafards et « l’étreinte autour de la gorge de son âme », rêvant « de la tête coupée de sa mère liée à la sienne tel un phylactère ». Avant de proposer un retour en arrière dans lequel le père, le Dr Incandenza, épouse une bombe sexuelle, le Dr Avril Mondragon… Telle est la base de lancement d’un roman qui ambitionne l’état vibrionnant du missile atomique de la littérature.

      Peu ou prou, et au détour de quelques centaines de pages, trop souvent oiseuses, bavardes, creuses, inconséquentes, une intrigue finit par s’esquisser. En un futur passablement proche (« une époque postsoviétique et postjihad »), l’immense fédération formée par l’union du Canada et des Etats-Unis abrite la famille Incandenza, au carrefour d’une élite universitaire cernée par les médias, la surconsommation et la pléthore de drogues. James, le père des trois rejetons, qui « s’est donné la mort en introduisant sa tête dans un four à micro-ondes », aurait commis une vidéo aux pouvoirs d’addiction fatale considérables, intitulée, justement, Infinite Jest. Une organisation occulte de séparatistes québécois ne rêve alors que de s’en emparer…

      Outre Hal, et Orin, les deux sportifs, Mario est une sorte de cinéaste parodique de son père, puisqu’héritant du mythique et sophistiqué matériel paternel. Né difforme, il est hélas « ratatiné, saurien, homodonte ». L’action, si l’on peut parler d’action au cours d’une logorrhée souvent bien peu dynamique, d’une cohérence pour le moins erratique, et plus exactement les quelques vagues de conversations et les nombreux récits diversement monolithiques, se partage entre l’académie de tennis d’Enfield, Massachusetts, un centre de désintoxication de Boston, une montagne au-dessus de Tucson.

 

 

      Chacun des chapitres est titré, comme un journal, parmi l’« Année des sous-vêtements pour adultes incontinents dépend ». Comme si, en cette gratuite provocation (mais on comprend plus tard qu’il s’agit d’un moyen pour le spectateur de ne pas quitter le fauteuil du divertissement), c’était l’incontinence verbale de l’auteur lui-même qui était auto-fustigée ; comme est dénoncée l’incompétence du monde des adultes, en une gigantesque satire. De même, l’Organisation des Nations d’Amérique du Nord, qui a pour acronyme ONAN, est porteuse d’une intention satirique, cinglant la pente onaniste de la population. Hélas, avant de prendre conscience de tels objectifs romanesques, il faut en ce bric-à-brac confus, se farcir des narrations et des portraits particulièrement statiques, des lettres, des articles de presse, une dissertation d’Hal sur les héros des séries policières, des dialogues dépourvus parfois de la moindre ombre d’intérêt, qui, incidemment, débouchent sur une justification forcenée du tennis et de l’entrainement intensif au nom d’un collectivisme que le lecteur pourra trouver totalitaire. Ainsi le tennis permet devenir un « joueur collectif dans une plus vaste arène : le chaos moral plus subtilement diffracté du dévouement civique dans un Etat » est opposé au « plaisir béat de l’individu seul ». Soudain, la portée de l’opus s’en trouve grandement améliorée…

      De même, le discours de Marathe, activiste du séparatisme québécois, et membre des « Assassins en Fauteuils Roulants », fustige l’individu « fanatisé par le désir, un esclave des sentiments de votre petit moi individuel subjectif ». Sauf que le lecteur peut y lire la connivence des organisations sportives, révolutionnaires et étatiques, promptes à vouloir à toute force contraindre et encager l’individu libre… Il est d’ailleurs légitime de supposer que les paroles de Steeply, en conversation avec ce même Marathe, soient le reflet de la pensée de l’auteur de leurs jours romanesques : « je crois que j’en suis resté au vieux rêve américain, aux idéaux fondamentaux. Le refus de la coercition, de la tyrannie, de la terreur, la lutte pour la liberté de conscience et d’opinion ». Mais aussi « l’utilitarisme » et sa maximisation des plaisirs…

      Qu’est-ce que cette « cartouche de Divertissement », conçue par James « Soi-Même », ce film « anti-Divertissement », ce « Divertissement si splendide qui tuera celui qui le regarde », censé « contrer la létalité » de l’omniprésent Divertissement, cet « antidote contre la séduction du Divertissement » ? Une arme de libération massive contre une « nation emmurée », dont les séparatistes rêvent de se saisir comme d’un gaz terroriste à répandre… Orin, quant à lui, ayant lâché le tennis pour le football, n’aime guère « le cinéma, les cartouches et le théâtre et tout ce qui le réduisait à un rôle de simple spectateur grégaire ». Comme on le comprend !

 

      L’infini de l’opus est sans nul doute à mettre en relation avec un essai de David Foster Wallace sur l’infini selon le mathématicien Cantor, Everything & more[1], dans lequel il s’intéresse au paradoxe de Zénon et à ses intervalles infinis au sein d’un mouvement. En effet le tennis est comparé à « un continuum cantorien d’infinités de coups et de réponses possibles, cantorien et beau parce qu’infoliant ». Ce pourquoi l’on a effectivement la sensation de ne guère avancer en cet espace romanesque non euclidien, où se succèdent infiniment activités sportives compulsives, parfois sexuelles, mais aussi addictions, désintoxications, sevrages, rechutes, dans les griffes de l’alcool et de la drogue. Le défilé des déchéances sordides de comparses comme Poor Tony, sans oublier des scènes de baston et d’overdose infâmes, ornées du langage adéquat, est proprement vomitif, hyperréaliste, voire complaisant. De même les listes exhaustives de conseils et de précautions d’usage, les typologies des usagers chamarrées de tatouages, les confessions des personnalités détruites en voie de sevrage parmi les centres de désintoxication peuvent passer pour l’ange du bizarre d’un poème en prose ou pour un manuel de sociologie pour amateur de paumés et autres traumatisés par les addictions les plus crades. L’énumération boulimique, compulsive, visiblement documentée avec une exactitude affolante, peut également passer pour une acmé de la culture junkie et underground américaine. De surcroît, et s’il en était besoin, la dimension encyclopédique de ce roman prétendument total veut trouver sa caution dans les 150 pages de « notes et errata » (elles traduites par Charles Decoursé). Ce sont des extensions prolixes et informées, sur les drogues, les médicaments, la « filmographie » in extenso de James O. Incandenza, sur le « séparatisme québécois »…

 

      De loin en loin, d’heureuses formules perlent sur la page. Après une nuit d’hallucinogènes, celui qui fait partie « des jeunes gens génétiquement programmés pour avoir un problème de drogue secret », « Hal affirmait que l’aube semblait conférer à sa psyché une espèce d’aura pâle, une luminescence ». De même les films tournés par James et son fils Mario, caméra visée sur sa tête difforme, font l’objet d’ekphrasis généreuses, de grotesques et inquiétantes parodies du cinéma d’art et d’essai, tel celui qui ne filme en direct que ses propres spectateurs, tel « Sœurs de sang ou la religieuse dure à cuire », entre bikers, rédemption, combats sanglants et catharsis…

      D’heureux et fascinants moments clefs explosent parmi la kyrielle des pages : Joelle, une « majorette d’une beauté actéonisante », fascine Orin au point qu’il se sente victime du « complexe d’Actéon […] à savoir une sorte de profonde peur phylogénique de la beauté surhumaine ». Hélas cette Joelle van Dyne avec qui il va bientôt emménager deviendra l’étrange porteuse d’un voile de lin blanc, à l’instar du pasteur au « voile noir » d’Hawthorne[2], adepte de surcroit de « l’Association des Hideusement et Improbablement Difformes », confirmant que la beauté suprême confine à la difformité : « Je suis si belle que j’affole quiconque est doté d’un système nerveux. Ceux qui m’ont vue une fois ne peuvent plus penser à autre chose, ne veulent plus regarder autre chose, oublient leurs responsabilités quotidiennes et s’imaginent que, s’ils peuvent m’avoir à leurs côtés éternellement, tout ira bien. Tout. Comme si j’étais la solution à leur profond désir aliénant d’être joue contre joue avec la perfection ». Là (p 737) est peut-être le secret, la problématique matricielle de l’immense fatras qu’est L’Infinie comédie : comment rejoindre cette perfection ? Drogue, alcool, mal-être, sport compulsif, suicide ? On devine que cette insupportable beauté digne de Méduse n’est pas loin de la mythique cartouche de Divertissement… Est-ce bien elle qui joue le rôle d’une allégorie : « Madame Psychose dans une incarnation de la figure archétypale de la Mort » ? Est-ce pour cette raison qu’elle devient une suicidaire profonde et méticuleuse ? Qu’elle doit rejoindre le centre de désintoxication où elle figure l’ange discret de cette cour des miracles, penchée un moment au-dessus de Gately, sur son lit de souffrance, qui se remémore sa vie de défonce et de délinquance en grand angle…

 

 

      Plus tard, bien plus tard, dans la nébuleuse de la pagination (car au millier de pages, le lecteur est abruptement captivé, passionné), la quête de la cartouche de Divertissement conflue avec celle de Joelle, qui en fut peut-être l’actrice. Les séparatistes québécois sacrifient des « Sujets cobayes » pour visionner des cartouches (c’est alors que le mot prend son sens plein), jusqu’à succomber devant un exemplaire enfin découvert, mais « en lecture seule », donc non-duplicable : « l’instrument susceptible de conduire la logique d’autodestruction de l’O.N.A.N. à sa conclusion finale était à présent à leur portée ». Le thriller politique et terroriste prend de plus en plus d’ampleur alors que Marathe, lui aussi voilé, rêve d’approcher la belle voilée…

      Etonnement, un aussi long, touffu et aporétique roman, fabriqué comme avec la « fonction du balai[3] » qui ne trie pas les poussières, rencontra un assez large succès, et suscita une adulation hyperbolique. Au point qu’il entraîna la rédaction d’un véritable guide du lecteur[4]. Comme si, en son faciès romanesque démultiplié, il rencontrait l’esprit du temps, fait d’inadaptation au monde trop formaté, de flambées soudaines de génie, de paranoïa politique, de naufrages dans le trio formé par la dépression, la drogue et le suicide. Chaque époque n’a-t-elle pas les idéaux qu’elle mérite ? À cet égard le portrait à charge de l’Amérique n’est guère ragoûtant : mélancolies psychotiques, désespoirs éthyliques et hallucinogènes, déchets polluants menaçant le territoire au point qu’il faille leur céder toute une province, gouvernants obsédés par la stérilisation, omniprésence et médiocrité des divertissements télévisuels et en cartouches entraînant lors de leurs cycles de modes, de monopoles et de concurrences, de vastes perturbations économiques. L’hyperpuissance devient de plus en plus spectrale…

      L’académie de tennis, et son entraînement forcené, deviennent une école du malaise psychique, voire de la folie ; et l’on se demande s’il n’en est pas de même pour le centre de désintoxication, malgré sa vertu affichée, voire « sa composante Dieu »… Ces deux espaces, centraux et parallèles, du roman, hors celui nocturne, désertique et montagnard, où se déroule la conversation Steeply Marathe, sont bien des métaphores du monde dans lequel vivait David Foster Wallace -voire le nôtre- et dans lequel seule peut-être l’écriture était pour lui capable de toucher « le ministère de l’euphorie, en quelque sorte, dans le cerveau humain ». Le delirium tremens thématique et compositionnel accouche d’un dégueulis de logorrhée ou d’une Babel aux ambitions dignes d’être saluées, voire révérées.

 

 

      Il n’est pas indifférent de noter que le nom de la famille Incandenza est une invite à être sensible à l’incandescence des relations humaines, des créations de l’esprit et de l’activisme politique, mais surtout de l’incandescence des drogues, de la solitude frustrée, du déni, du suicide et de la mort. Le titre lui-même, Infinite Jest, est à lire en écho avec la phrase de Shakespeare, lorsqu’Hamlet converse avec Horatio et qualifie le fou Yorick, dont il tient le crâne en sa main, de « fellow of infinite jest[5] » (d’un jeu -ou d’une plaisanterie- infini), inscrivant ainsi l’ouvrage dans une longue tradition de mélancolie, depuis l’antique acedia, en passant par l’Anatomie de la mélancolie de Burton[6], d’ailleurs cité. Dans le cadre d’une mise en abyme, « L’Infinie Comédie » serait également le titre du Divertissement létal. De plus, les jeunes élèves de l’Académie de tennis jouent à « l’Eschaton », un jeu de combat géopolitique et nucléaire, comparé au Voyage du pèlerin de John Bunyan[7], et dont les courts de tennis sont une « carte du monde légèrement rectangulaire ». Il n’en reste pas moins que la vie des Incandenza, que le monde à venir des Américains coincés entre le Divertissement omniprésent, les Mr Propre gouvernementaux, la pléthore de déchets et de pollutions, y compris psychiques, est une amère plaisanterie…

      Si l’on est généreux, l’on peut considérer cette Infinie comédie, et en tenant abusivement compte du titre français, comme une fort lointaine sécularisation de la Divine comédie de Dante, dans laquelle il y plus d’enfer psychiatrique quotidien que de paradis, sinon artificiel des drogues, jamais montrées sous un jour positif, menacées par le manque, par un long sevrage, dont les vertus sont parfois récompensées, quoique fort péniblement. En ce sens, le roman peut ressembler au cerveau réalisé et déboulonné de son auteur, dont l’addictive dépression finit par le conduire au suicide en 2008, à l’âge de de 46 ans ; en écho d’ailleurs avec un autre récit du même : Le Sujet dépressif[8]. Le personnage de Kate Gompert, est également « suicidaire par Idéation et Intention ». Ce qui conduit à imaginer que L’Infinie comédie s’organise comme un autoportrait en anamorphose de son auteur, tennisman lui-même, dépressif lui-même, connaisseur en séjours en asile psychiatrique, élève surdoué de De Lillo et Pynchon. Il est vrai que la technique énumérative et cumulative, labyrinthique de David Foster Wallace n’est pas sans faire penser à Thomas Pynchon[9]. De plus, « des rêveries secrètes dignes d’un journal intime » fusent parmi le puzzle démesurément distendu. Comme Madame Psychose, dont le show radiophonique traite souvent de cinéma, Hal, son probable alter ego, jouit d’« une vision sans ironie mais lugubre de l’univers en général ».

      Les commentaires sur ce roman, lors de sa sortie aux Etats-Unis en 1996, furent pour le moins contrastés. Au point que certains critiques dénoncèrent l’illisible obsolescence de l’objet, à moins de se servir de ce pavé comme instrument de suicide, et que d’autres, comme Jeffrey Eugenides[10], donnèrent dans l’hyperbole : « David Foster Wallace est l’héritier de la grande tradition comique, entre Sterne, Swift et Pynchon ». Certes la satire du monde universitaire, tel qu’il est mis en lumière dans la scène inaugurale où Hal Incandenza, tennisman prétendument génial, est soumis à une évaluation, n’est pas sans instants comiques. Mais la mayonnaise du burlesque ne prend que rarement, y compris devant la perruque de Teeply, et encore si l’on est indulgent. L’ensemble de l’opus peut plutôt passer pour une vaste machinerie pathétique, une usine désaffectée, un chantier en déconstruction, un dépôt d’ordures vomissant, un marais desséché d’ennui, d’où émergent, çà et là, quelques fabuleuses pages, aphorismes étonnants, coups de patte métaphoriques, arcs tendus d’intelligence dans un champ de ruines…

 

 

      Sans doute, hystérico-réaliste est bien L’Infinie comédie, bourrée jusqu’à la gueule, jusqu’à l’overdose, de rapports et de témoignages exhaustifs et méticuleux sur les « Alcooliques Anonymes » et autre « Narcotiques  Anonymes », sur des figures du tragique et de la déjection humaine. Bagarreurs, meurtriers, nettoyeur de merde, tueur de rats, de chats, de chien, comme Lenz, le catalogue est un pandémonium, un cimetière de la beauté humaine et morale, opposé à celle de Joelle, peut-être fatale, peut-être rédemptrice. Ce que d’aucun verront comme la volonté de s’infliger (et à son lecteur) la lie du dégoût, quand d’autres y verront le souci d’une profonde humanité pour les vaincus les plus apparemment abjects des addictions, en une fresque sociologique dantesque, aux registres de langues kaléidoscopiques, de la vulgarité au morbide, de la technique tennistique à la dispute de philosophie politique...

      La liste est longue des suicidés ou en attente de suicide en cet opus, James Incandenza, Kate et Joelle, déjà nommés, Clipperton qui « se défonce le crâne » au « Glock », la mère de Madame Psychose « avec un broyeur d’ordures », les volontaires du Manitoba qui veulent « se faire implanter des électrodes de stimulation p », c’est-à-dire du centre du plaisir, tout en sachant que des rats et autres animaux sont morts d’« une addiction fatale au plaisir électrique. Mais le plus pur et le plus raffiné des plaisirs […] la distillation neuronale de… mettons… l’orgasme, de l’extase religieuse, des drogues hallucinogènes »… Est-ce le fin mot de la cartouche de Divertissement recherchée ? Un plaisir hautement suicidaire ?

      A moins que le roman lui-même soit suicidaire, faisant de loin en loin monter un suspense éclatant qui n’éclate pas. La dernière page refermée, l’on se demande : « Et alors ? » Rien, ou presque, n’aboutit. La « cartouche de Divertissement » originelle n’est pas retrouvée. Comme si David Foster Wallace s’était arrêté là, en panne de cerveau, laissant à son lecteur une amère sensation d’inachevé (à la page 1328, en toute modestie). Le rôle de Joelle (indubitablement le personnage le plus réussi) restant indécis, cette indécision seule est sublimement poétique.

 

      David Foster Wallace est-il un génie ou un esbroufeur ? Si l’esbroufe parait manifeste au cours d’un bon paquet de papier, il est nécessaire de persévérer. C’est au voisinage des pages 400 et des bricoles qu’une vitesse de croisière est peu à peu atteinte. Au-delà des pages 500 les fragments trouvent, quoique parfois péniblement, leurs liens subtils, comme une mosaïque recueillie par des fouilles patientes et méticuleuses. Un génie ? Peut-être pas. Mais un surdoué, absolument, avec toutes les qualités et les défauts inhérents à cette engeance, dont les moindres ne sont pas un manque de concision plus que  dommageable et une incapacité à l’efficacité de la structure. Pour reprendre un de ses précédents titres, La Fonction du balai serait-elle de balayer L’Infini comédie, pour sa prétention, son anarchie compositionnelle parfois rédhibitoire ? David Foster Wallace lui-même, mentionne un « de ces enfoirés critiques d’avant-garde qui avait écrit que, même dans ses films publicitaires, le talon d’Achille d’Incandenza était l’intrigue, qu’il n’y avait jamais chez lui d’intrigue intéressante, aucune action dramatique susceptible de captiver et de soutenir l’attention. » Sans nul doute est-ce une autocritique pertinente. À moins, de toute évidence qu’il s’agisse là de tout autre chose : le dallage du réel, si bien organisé qu’il soit, à l’instar de la mécanique rassurante, mais parfaitement ennuyeuse, d’une compétition de tennis, et la surface de l’humanité se sont effrités, éclatés en un puzzle abjectement splendide, malgré la surabondance des morceaux superfétatoires…

 

      Notre Infinite Jest n’est pas sans lien avec le dernier roman, inachevé, de David Foster Wallace, aujourd’hui réédité en poche. Il y est incidemment question d’une « révolte fiscale » canadienne contre le gouvernement de l’O.N.A.N. Alors que Le Roi pâle est tout entier plongé dans les arcanes de la fiscalité. On y retrouvera les qualités et les défauts ici inventoriés, aggravés encore par l’inachèvement. L’incipit est d’un beau lyrisme paysager. Alors que l’agaçante méticulosité de l’écrivain égrène 700 pages (un tiers du total à venir disait-il) pour concocter et explorer un monde kafkaïen de fonctionnaires appelés à calculer, traquer et percevoir l’impôt au cœur inflexible de l’Illinois. Aux frais du contribuable, ils bénéficient d’une ubuesque formation de survie à l’ennui. Etrangement, le chapitre 9 est un « Avant-propos de l’auteur », assurant qu’il s’agit là d’une « autobiographie non-fictionnelle avec des composantes additionnelles de journalisme reconstructif, de psychologie organisationnelle, des bases d’instruction civique et de théorie fiscale ». Nous pardonnerons « l’enfoiré de critique » (mais pour cette fois seulement) de ne pas l’avoir lu plus que cela, de faire une pause bien méritée, et de garder pour une prochaine dégustation dépressive ce satané Roi pâle qui ne peut que receler en ses 50 chapitres (c’est promis, foi de David Foster Wallace) des pages tourneboulantes. Telles qu’au hasard : « le gouvernement, la bureaucratie gouvernementale et les règlements gouvernementaux constituaient le moyen le plus dispendieux le plus stupide et le plus antiaméricain de faire tout et n’importe quoi ». On y croise en effet un narrateur « payé pour rester assis à lire un bouquin de développement personnel insipide ». La satire politique, l’anti-utopie dérisoire ne sont peut-être pas sans auto-ironie…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] David Forster Wallace : Everything & more, W. Norton & Company, 2003.

[2] Nathaniel Hawthorne : « Le voile noir du pasteur », Contes et récits, Actes Sud, Babel, 2007.

[3] David Forster Wallace : La Fonction du balai, Le Diable Vauvert, 2009.

[4] Stephen Burn : David Foster Wallace’s Infinite Jest : A Reader’s Guide, second edition. Continuum, 2012, New York, London.

[5] William Shakespeare : Hamlet, acte V, scène 1.

[6] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2000.

[7] John Bunyan : Le Voyage du pèlerin, CLC, 1982.

[8] David Forster Wallace : Le Sujet dépressif, Le Diable Vauvert, 2010.

 


 

 

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:41

 

Villa Borghèse, Rome. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Giambattista Basile : Le Conte des contes

 

ou Pentamerone ;

 

le merveilleux rabelaisien.

 

 

 

Giambattista Basile : Le Conte des contes,

traduit du napolitain par Françoise Decroisette, 

Circé, 496 p, 25,90 €.

 

 

 

     Réjouissant, toujours réjouissant ! Quand Perrault et Grimm bénéficient à juste titre d’une universelle réputation, ce Conte des contes, venu du XVIIème siècle italien, est scandaleusement méconnu de ce côté-ci des Alpes. Sous la plume agile de Giambattista Basile, le difforme et le grossier, le splendide et le raffiné, les ruses et entourloupes, le merveilleux et la morale se mélangent à profusion et avec une verve sans cesse renouvelée.

 

      C’est abrité par l’anagramme Gianlesio Abbattutis -un peu comme Alcofribas Nasier pour François Rabelais- que Giambattista Basile écrivit en 1625 ce Pentamerone (publié de manière posthume en 1634-1636 par sa sœur Adriana), c’est-à-dire cinq journées, dans la lignée des dix journées de Boccace : le Decameron. Ce sont en effet cinq fois dix contes, sous la langue de cinq femmes difformes qui mettent leur invention au service de la Princesse Lucia, en passe d’accoucher, et ainsi fabuleusement distraite par autant d’histoires palpitantes, comiques, grivoises et édifiantes. Comme chez Boccace -ou Marguerite de Navarre en son Heptameron- le récit-cadre permet d’initier la vraisemblance de la prolixité narrative, mais en lui-même déjà il est un récit merveilleux. Car la princesse Zoza, qui ne rit jamais, est tirée de son sérieux par l’entrejambe d’une vielle qui glisse devant la fontaine. Cette dernière lui jette un sort qui lui intime de n’épouser que le prince de Ronde Prairie, endormi dans une tombe. Elle devra le réveiller avec une cruche de larmes. Hélas, Lucia, l’esclave maure, achève indument ce travail de larmes et épouse le prince. Enceinte, elle éprouve alors le désir d’écouter des histoires. Parmi les dix conteuses, Zoza grimée sera la dernière, enchantant « son auditoire par la douceur de ses paroles », pour parvenir enfin à faire condamner l’usurpatrice à être enterrée vive, retrouvant ainsi son prince, ce qui est la matière de l’épilogue, bouclant la vaste boucle ornementée des récits.

 

 

      Sous-titré « Le divertissement des petits enfants », quoique franchement leste, il n’échappe pas à la règle qui veut, à l’instar de la vocation des Contes de Charles Perrault[1], que l’amusement des enfants soit le passeur de l’acquisition d’une moralité, ni non plus à l’infatigable propension des contes à réjouir les adultes les plus matures qui en goûtent à la fois l’invention, la fantaisie et la transmission d’une intelligence de la vie et des enseignements moraux. Ainsi les morales sont souvent explicites, comme à l’orée du « Troisième divertissement » de la première journée : « Un bienfait n’est jamais perdu ; qui sème la courtoisie récolte les grâces ». Mais aussi son contraire : « Chante à l’âne, il te rend des pets ! » (II,4).

      Un moteur narratif revient régulièrement : il s’agit du récit de revanche. Un être difforme et laid, plutôt bête de surcroit, devient peu à peu grâce à quelque vertu (bonté, ruse, expérience acquise) un être récompensé par la richesse et la beauté : « Et dès qu’il eut parlé, de jobard qu’il était, d’orque, de mascaron, il devint chardonneret, Narcisse, beau garçon » (I,3). Parfois, cependant, la chance parait suffire : « Vardiello, qui n’est qu’une bête, rend mille mauvais services à sa maman, et pour finir il perd une pièce de drap qu’elle lui a confiée. En voulant sottement la reprendre à une statue, il devient riche. » (I,4) Tel est l’en-tête d’un récit qui s’achève plus heureusement : « Ainsi la bêtise du fils rendit la mère riche, et le bon sens de la mère remédia à la stupidité du fils »…

 

 

       Rédigé en napolitain, situant ses intrigues dans la province de la Basilicate, Le Conte des contes s’inspire de la tradition orale locale, sans que Basile néglige les fruits de son imagination propre. Cependant, on trouve la trace de récits antérieurs, tels ceux de Straparola, dont Les Nuits facétieuses sont également à la portée du lecteur français[2]. Des sortes d’invariants originels essaiment parmi ces contes : comme le personnage que l’on retrouve sous la « Peau d’Âne » de Perrault, puisqu’il vient à l’idée d’un roi d’épouser sa sœur (11,2), ou « Cendrillon », à l’enseigne de Zezolla devenue « Chatte des Cendres », qui perd une des jolies mules de ses pieds, ou encore « Les Fées » du même, comme dans « Les deux petites pizzas » (IV,7), car en offrant sa pizza la courtoise Marziella se voit accorder un don par une vieille « qui jouait la tragédie du Temps sur la scène de son échine bossue ». Elle souffle alors « des roses et des jasmins », quand ses cheveux débordent « de perles et grenats ». On devine que Puccia la « pimbêche » verra les poux tomber de ses cheveux, et que pour sa mère indigne « la neige de la jalousie tomba sur le brasier de la rage »…

      À chaque conte, l’action et les péripéties dévalent en cascade, sans barguigner sur le merveilleux et la magie : une beauté est enchaînée par une sirène, une mignonne doit épouser un ogre, sept frères sont nantis d’autant de dons extraordinaires, une puce nourrie par un roi devient « plus grosse qu’un eunuque » et finit écorchée, tannée. Sans oublier la formule consacrée : « Il était une fois le roi de Haute cime qui fut mordu par une puce ». Les plantes elles-mêmes ont des vertus magiques, « branche de myrte » dont un prince devient amoureux, ou « dattier d’or » d’où sort une fée.

 

      Le rire et l’insulte grossiers jaillissent à quelques lignes des élans poétiques les plus précieux. Cette écriture étonnamment baroque produit un irrésistible effet de surprise et de plaisir. Dès l’ouverture le ton est donné : « Vas-tu fermer les vannes, vieille sorcière, aïeule de Belzébuth, sangsue, croqueuse de marmots, chiailleuse, foireuse, face de péteuse. » Mais à peine une page plus loin, le narrateur se fait lyrique : « lorsque la Nuit fait proclamer par ses oiseaux une forte récompense à qui lui donnera des nouvelles d’un troupeau d’ombres perdues »… Les dialogues sont très imagés, venus de l’imagination linguistique populaire. Ainsi, quand le roi morigène sa fille enceinte : « Comment a-t-elle pu s’embarrasser de ce pied-plat velu ? Ah, infâme, aveugle, fourbe, quelles métamorphoses sont-ce là ? Te faire génisse pour un porc afin que je me transforme en bouc ? » (I,3). Même les princesses, pour faire mentir le mythe, ont la langue bien chargée, verte et rabelaisienne : « Tu me dois un peu plus de respect, car, en fin de compte, je suis fille de roi, et il n’y a pas d’étrons sans petites odeurs ! » (I,7). Quant à la sorcière séductrice qui tient à enchaîner les hommes avec ses cheveux, elle parait « un morceau de gourmet : imaginez un caillé moelleux, une pâte d’amande, qui ne tournait jamais les boutons de ses yeux sans tailler une amoureuse boutonnière dans les cœurs » (I,7)…

      Pour pointer son nez camard, la parodie est en effet omniprésente. En ces contes, on peut être engrossée par la parole d’un bêta ou par un pet. Les récits merveilleux, ailleurs trop policés, sont moqués par des motifs picaresques, des images scatologiques, et il en est de même pour la tradition des récits emboités venus de Boccace et de sa langue toscane plus élégante. Les dix conteuses ne sont pas des nobles dames, mais Zeza la boiteuse, Meneca la goitreuse, Antonella la baveuse, Iacova la merdeuse… Et si chaque journée s’achève sur une églogue en vers, c’est pour mieux les animer de « paroles de poids, gorgées de suc », entendez pleine de verve sans gêne et sans guère de pudeur. Voyez par exemple la princesse amaigrie dont les « yeux étaient si enfoncés qu’il aurait fallu la lunette de Galilée pour en voir la pupille »…

 

      Que le lecteur n’hésite pas un instant ! Qu’il ouvre séance tenante Le Conte des contes ! Le plaisir tient ses promesses à chaque page. À tel point qu’il faut sentir Giambattista Basile, poète et érudit qui fit partie, près de Venise, de « l’académie des Extravagants », se trémousser de bonheur et de rire du fond de la tombe lointaine qu’il habite depuis 1632. N’a-t-il pas dédié son livre au « Roi des Vents », plutôt qu’à l’ingratitude des hommes ? Avec lui, assurément, nous saurons à la fois nous divertir et nous instruire, en particulier sur l’opposition des vices et des vertus, comme il est de tradition immémoriale parmi les merveilles du conteur : où l’on reconnaîtra (IV,2) « la Vertu à son petit nez pointu ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Straparola : Les Nuits facétieuses, José Corti, 1999.

 

Illustration de Franz von Bayros pour le

Pentamerone de Giambattista Basile.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires Italie
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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:15

 

Bois Henri IV, La Couarde, Ile de Ré. Photo : T. Guinhut

 

 

 

Stefan Brijs, l’esprit de la guerre

et de la science :

 

Courrier des tranchées, Le Faiseur d'anges.

 

 

Stefan Brijs : Courrier des tranchéesLe faiseur d'anges,

traduits du néerlandais (Flandre) par Daniel Cunin,

Héloïse d’Ormesson, 2015, 464 p, 23 €, 2010, 592 p, .

 

 

      Il suffit à Stefan Brijs de deux romans aussi sombres, voire noirs, que de lecture aisée pour ausculter l’esprit de la guerre et de la science. Visiblement il ne porte aucune des deux en haute estime, ce que l’on peut comprendre pour la première, mais bien moins pour la seconde. Un jeune homme vit son inquiet roman de formation dans l’Angleterre contemporaine de la Grande Guerre et se fait observateur du Courrier des tranchées. Un médecin pratique des expérimentations génétiques pour le moins risquées en ce Faiseur d’anges qui fait de lui l’héritier des « faiseuses d’anges », ces avorteuses désignées par euphémisme. Deux romans excitants pour l’intellect, quoique désespérés.

 

      Rien de trop volontairement sensationnel en ce Courrier des tranchées. Plutôt que de nous plonger ex abrupto dans l’enfer bien connu des tranchées de la guerre 14-18, le romancier choisit de se pencher sur le regard de l’arrière, sur ceux qui restent en une Angleterre menacée jusque dans ses ports, voire jusqu’à Londres, et saignée à grands flots par les troupes de jeunes gens qu’elle envoie au front. Deux personnages opposés sont au centre de l’intrigue : John Patterson et son ami Martin Bromley, du moins celui qu’il pense devoir rester son ami. Le premier préfère la paix des livres et de la littérature, digne héritier de sa mère décédée et de son père qui constitue une splendide bibliothèque qu’il ne lit pas et calfeutre contre la guerre, en toute fidélité pour la disparue. Le second est son frère de lait, un trop jeune garnement, voire un délinquant, qui ne rêve que d’endosser l’uniforme et qui y parviendra grâce à une douteuse entourloupe. L’affaire se complique lorsque la jeune fille, Mary, que convoite amoureusement John, parait céder aux avances des uns et des autres. Amitié et amours contrariés façonnent rudement le développement intellectuel et affectif de notre jeune héros, d’autant que, bientôt, son père, facteur de son état, miné par les avis de décès militaires qu’il doit livrer à la pelle, omet de remettre à la mère de Martin un courrier affligeant…

      Au-delà du chassé-croisé sentimental, le tableau de l’époque est parfaitement mis en scène. Autour de John la pression est considérable : ne pas s’engager est vu par ses camarades, par la société entière, par les femmes, comme une indigne lâcheté. C’est à un autre courage que se livre William, un condisciple de John, en envoyant aux journaux une lettre ouverte qui ne sera jamais publiée, mais qui dénonce avec une furieuse acuité le bellicisme ambiant ainsi que les manipulations du gouvernement et d’une propagande  éhontée.

      A cet égard la seconde partie, plus mince, est un peu moins convaincante. Cerné par les fins tragiques de ses proches, notre jeune narrateur s’engage et patauge parmi les champs boueux et macabres des tranchées. Il devient l’ordonnance d’un officier, qui, passionné de botanique, lui confie : « Il faut savoir se satisfaire du moindre témoignage de beauté ». C’est au cours d’une excursion entre les champs de bataille qu’avec joie de dernier trouve la fleur de la « vinca minor », avant de réaliser qu’elle a poussé entre les doigts d’un cadavre… Dans l’abri d’une tranchée, il s’extasie devant un œuf de merle, ce qui donne l’occasion aux deux militaires de communier dans le souvenir de la poésie de John Keats: « Un objet de beauté est une joie éternelle ». Ce qui est un leitmotiv du roman puisque les Lettres de Keats à Fanny Browne ne quittent jamais notre jeune héros, souvenir de sa mère et lien imaginaire avec cette Mary qu’il n’aime qu’avec l’idéalisation illusoire de son ardent désir, sans l’ombre du moindre succès.

      Alors que son père était « un collectionneur qui ne lisait pas », il est « devenu un lecteur qui ne collectionne rien ». Fort heureusement, le romancier a su collectionner pour nous une vie, un monde, quoique également brisés. Le roman d’éducation, profondément déceptif, est cependant un torrentiel tableau d’une époque orageuse. Son réalisme scrupuleux, son art consommé d’une narration solidement classique ne font tout de même pas de Stefan Brijs un brillant styliste, alors qu’il sait avec sûreté saisir son lecteur entre ses griffes, comme dans son précédent volume, aux menaces fort différentes.

      Ne vous fiez pas à l’incipit apparemment conventionnel de ce Faiseur d’anges, avec juste ce qu’il faut de suspense. Un Docteur débarque dans une ville frontalière (entre Belgique, Pays-Bas et Allemagne) en étonnant les braves gens. N’a-t-il pas, comme son père, un « bec de lièvre » et, dit-on, trois bébés jumeaux dont les cervelles ressemblent « A une noix. Mais en bien plus gros. Et tout visqueux. » On prendra la chose pour de stupides commérages…

      Mais gare ! Ce roman va bientôt, et dans un crescendo efficace et crédible, nous emporter vers une fin proprement hallucinante. Car notre mystérieux et peu sympathique Docteur, souffrant du syndrome d’Asperger (difficulté à ressentir des émotions, à différencier le bien et le mal, à communiquer) même s’il sauve d’abord un enfant, finit par nous délivrer le secret de son enfance martyre, puis de sa vocation : la médecine, le clonage. Ainsi les trois bambins, élevés par une aimable institutrice, ressemblent-ils violemment à leur père, sans pouvoir espérer d’échapper au vieillissement accéléré. Notre Docteur se révolte contre « une faute commise par Dieu, une erreur qu’il convenait de réparer ». Autour de lui, on s’inquiète : « Fallait-il freiner un génie au motif qu’il montrait des signes de démence ? » Avant de peut-être parvenir à affiner sa technique pour un couple en mal d’enfant perdu, son mysticisme délirant le poussera au sacrilège suprême au bout d’un chemin de croix… Ce que l’habitué de la culture flamande pourrait lire comme une mise en scène digne de l’enfer de Jérôme Bosch.

      Bien sûr, on peut lire cette fiction d’abord réaliste, qui culmine cependant parmi le fantastique et la science-fiction, en ce sens ressortissant du réalisme magique, comme une réécriture du mythe de Frankenstein[1], dans une vision où l’aventure scientifique ne peut rivaliser avec Dieu et ne mène qu’au désastre, selon une tradition morale, bien établie, trop bien établie. En ce sens, il est permis de considérer ce roman comme un brin réactionnaire, déniant à l’homme le droit de corriger la nature, le droit de prendre des risques pour améliorer ses enfants. Si l’on est en droit de trouver Stefan Brijs excessif dans son propos mystique et antiscientifique, il a mérite de poser d’indéniables problèmes éthiques.

 

      Critique de l’emballement de ceux qui se prennent de passion pour la guerre, des dérive d’une science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme, pour reprendre Rabelais, notre romancier néerlandais, né en 1969 dans le Limbourg belge, est bien un humaniste. Si son Faiseur d’anges était une réussite, quoique empreint d’un double anathème contre le viol de la nature par la science et contre les scientifiques sans âme, anathème passablement excessif, son Courrier des tranchées, plus simplement réaliste, à mi-chemin du roman historique et du roman d’initiation d’un jeune homme, passera pour une radiographie, pleine d’humanité, d’une époque terrible.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 08:23

 

Luis Ricardo Falero : Départ au Sabbat, 1878

 

 

 

 

 

Sorcières historiques

 

et écriture contemporaine de Macédoine :

 

Venko Andonovski : Sorcière 

 

 

Venko Andonovski : Sorcière 

traduit du macédonien par Maria Béjanovska, Kantoken, 482 p, 22 €.

 

 

 

      Venu d’une contrée littéraire inexplorée, la Macédoine, voici un objet d’art bifide. Ses deux langues sont celle d’un roman historique situé au XVIIème siècle et d’un récit contemporain. Sorcière  avec son point exclagorratif, signifiant certitude et doute des protagonistes, met en scène une interrogation existentielle sur le mal : « on veut vérifier si le diable est matériel et réel, venimeux et créé. »

 

      Le Padre Benjamin parcourt la Croatie et Macédoine. Quoique émissaire du Pape, ami de savants et philosophes représentant la raison, Descartes et Galilée, il est confronté à l’obscurantisme d’un Grand Inquisiteur fanatique, dont la passion dogmatique traque les sorcières séduites par le Malin. Mais c’est une sexualité rentrée qui anime les procès ordonnateurs de sévices. Car « l’origine des films porno se trouve dans ces témoignages de l’inquisition sur le sexe de groupe et les orgies ». De plus, « l’homme aux yeux de serpent » est l’incarnation de la violence absolue : « la vérité lui appartenait, car il avait entre les mains… le bûcher. »

      À cet écho lointain du Nom de la rose d’Umberto Eco, répond une intrigue amoureuse : le Padre Benjamin est séduit par une intelligente rousse que son mari accuse de le rendre stérile et d’être une sorcière. Le prêtre bientôt défroqué écoute alors l’histoire de Jovana, qui fut l’esclave d’un bey islamique, puis d’un marchand, sans vouloir renier sa religion. Jusqu’où Benjamin devra-t-il manœuvrer pour sauver sa sorcière et écrire son livre sur les sciences diaboliques ?

      Abruptement, le roman est périodiquement interrompu. Par des considérations en italiques, passablement oiseuses de l’auteur impécunieux, dont l’éditeur demande des histoires policières vendables. Le procédé narratif -plus exactement la métalepse- parait une affèterie postmoderne gratuite, bientôt plus fine : « Il est toujours temps de mourir d’une narration classique, ampoulée, stylisée ! » Jusqu’à ce que l’on perçoive, après des dizaines de pages, qu’arguments historique et contemporain se répondent par un lien ténu : deux femmes rousses, à quatre siècles de distance, fascinent le personnage et son narrateur : « les amants se retrouvent après des siècles, après que la mort les a séparés […] dès leur renaissance, ils se cherchent mais dans d’autres corps. » Ainsi, de celle qui ensorcelle d’amour Benjamin à l’étudiante en médecine, un écho subtil se noue, inscrivant l’ouvrage dans une esthétique digne du réalisme magique. « En fait, ce n’est qu’une recette pour écrire un roman ». Qui, enfin, se retourne sur lui-même pour être offert et dédicacé à « la rouquine ». Ce pourquoi Milan Kundera est un préfacier enthousiaste de ce grand roman européen, quoique trop peu disert.

      Sans nuire à la fluidité romanesque, la richesse intellectuelle et métaphorique imbibe la langue, les pages. De la « fille-lettrine » à Jovana « la rousse, belle comme une lettrine », en passant par le séminariste et futur « doctor angelicus », grâce à sa connaissance du doute, tout s’inscrit « dans l’objet le plus secret de la magie diabolique qui du mensonge fait la vérité : le livre. » Là où bientôt l’Inquisiteur est démasqué : il est le Diable ! Dans une langue aisée, les débats théologiques éclairent les problématiques du roman, à l’instar de l’apologue nietzschéen, lorsque le Padre Benjamin dévoile l’illusion du théâtre d’ombres. L’œuvre polyphonique, à la lisière du conte et de l’essai encyclopédique, dénonçant ce grand massacre des femmes prétendues sorcières[1], oppose la terreur documentée des tortures et l’érotisme brûlant du poème en prose.

 

      Il faut explorer ces marges de l’Europe, où des auteurs surgissent à nos yeux soudain dessillés, aussitôt ébahis. Venko Andonovski, né en 1964, qui enseigne les littératures d’Europe centrale et la théorie narrative à l’université de Skopje, est chamarré d’une bibliographie impressionnante : Sorcière  cet étonnant roman philosophique, en est à sa huitième édition en Macédoine, Le Nombril du monde à sa douzième, ses volumes de nouvelles à la sixième, son théâtre et ses essais jouent dans la cour de l’abondance. Hélas, seule sa pièce Cunégonde en Carlalande[2], imaginaire pays où la promise de Candide découvre la folie de l’Occident, est traduite en français. Il tient de surcroit dans un quotidien une chronique  hebdomadaire: « Le dictionnaire des passions humaines ». Un univers à soi seul et à découvrir, parmi lequel un titre comme L’Alphabet des désobéissants est particulièrement fascinant…

 

 

Thierry Guinhut

Article publié -et ici augmenté- dans Le Matricule des Anges, juin 2015

 

 

[2] Venko Andonovski : Cunégonde en Carlalande, même traductrice, L’Espace d’un instant, 2013.

 

 

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 08:24

 

Eclipses, XVI° siècle, Museu Diocesa, La Seu d'Urgell, Catalunya.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Le crescendo du temps

 

et de l’amour faustien :

 

Carlos Fuentes : L'Instinct d'Inez.

 

 

Carlos Fuentes : L’Instinct d’Inez,

traduit de l’espagnol par Céline Zins, Gallimard, 208 p, 17,50 €.

 

 

 

      Certes, les premières pages n’ont pas d’instinct cette vitesse éblouissante de la narration qui anime Diane ou la chasseresse solitaire[1], ni ce bouillonnement qui contribue à faire de Christophe et son œuf[2] une œuvre-monde. Ce roman aux dimensions modestes paraît d’abord ne nous intéresser qu’à la destinée finissante et lasse d’un chef d’orchestre, Gabriel Atlan Ferrara, quoiqu’un étrange « sceau de cristal », pupille d’une nouvelle vision, révéré et bientôt rageusement détruit, ouvre de faustiennes et hallucinantes perspectives…

 

      Grâce aux vertus narratives d’un vaste retour en arrière, notre jeune chef, lors d’une représentation londonienne de La Damnation de Faust, ce flamboyant opéra d’Hector Berlioz, se pique d’amour pour une cantatrice qui chante le rôle de Marguerite : Inez Prada. La reverra-t-il ailleurs que sur la scène de la communion et de l’affrontement artistique ?

      Il faudra attendre soixante pages pour basculer dans un retour en arrière bien  plus gigantesque. Lorsque notre diva paraît habitée par une femme de l’ère paléolithique des grandes glaciations, et porteuse d’une ancestrale tragédie : amours que l’on ne sait pas incestueuses dans une grotte aux peintures, vie tribale secouée par le parricide puis le fratricide du chef… Un immense crescendo lyrique unit les passages alternés consacrés à la préhistoire et aux représentations, de vingt ans en vingt ans, à Londres, Mexico, Salzbourg… Et ce jusqu’à l’acmé de cette mise en scène de La Damnation de Faust où apparaît nue la femme venue d’un âge primal et révolu, portant, comme la Marguerite aimée par le Docteur Faust, la petite fille sacrifiée ; ce en echo du chef-d’œuvre bien connu de Goethe. C’est ainsi que « vous aurez donné un autre temps à l’instant que vous vivez, vous aurez bouleversé les temps, vous aurez ouvert un champ interdit à ce que vous avez déjà vécu dans le passé ». L’instinct d’Inez est là. Plus loin que sa vie, que son histoire, l’aventure primordiale de l’humanité nous innerve, en un ancestral atavisme, malgré les artifices de la civilisation, et recommence, grâce à l’origine magique de la musique et grâce aux pouvoirs de l’œuvre d’art.

 

 

       Plutôt que de parler de métempsycose, de vies antérieures, il faudrait invoquer la génétique des populations et le pouvoir d’une fiction qui ranimerait une lointaine et tellurique mémoire. Comme avec Terra nostra[3], qui fait coexister un apocalyptique an 2000, l’antiquité romaine et le siècle d’or espagnol, c’est avec L’instinct d’Inez, que nous percevons le mieux l’ambition du projet du mexicain Carlos Fuentes, projet digne de La Comédie humaine de Balzac, quoique plus fou encore : disposer sa trentaine de romans, dont sept restant à écrire, dans un cycle appelé « L’Âge du temps ». En ce sens, un pacte faustien est signé avec la durée d’une vie humaine, avec l’Histoire, grâce aux pouvoirs de la fiction… On pense à l’ « éternel retour » nietzschéen, mais également au cubain Alejo Carpentier qui, dans Guerre du temps[4] imagina une nouvelle (« Retour aux sources ») où l’on vit à rebours de la chronologie usuelle, plus exactement de sa morbide vieillesse à sa naissance…

 

 

      C’est un grand roman d’amour, entre érotisme et esthétique, d’amour rarement comblé, différé, à la recherche d’une pureté originelle et animale, soudain explosif, et cependant délivré de la damnation : « je n’ai pas péché, vous les anges vous le savez, vous m’emportez au paradis à contrecœur,  mais vous ne pouvez qu’accepter ma joie sensuelle dans les bras de mon amant »… Ce qui ne paraissait pas, lors des premières pages, devoir être un livre fabuleux finit par nous emporter dans un irrésistible courant fantastique digne du plus grand réalisme magique. La relecture du mythe de Faust, la passion effrénée pour la musique et l’opéra, la fantasmatique amoureuse, l’initiation aux mystères du temps, tout concourt à multiplier les dimensions de la perception, de l’imaginaire et de l’œuvre d’art romanesque.

 

      L’Instinct d’Inez est bien à compter parmi les plus denses des œuvres narratives de Carlos Fuentes (1928-2012), peut-être l’un des plus grands, avec le péruvien Mario Vargas Llosa[5], des écrivains latino-américains. Tout deux ont pris en écharpe les destinées de leur continent, tous deux portraiturent et dénoncent les dictateurs et les révolutionnaires, tous deux construisent d’entraînants et persuasifs espaces romanesques, et si leurs convictions politiques divergent -Vargas Llosa vers le libéralisme et Fuentes vers le socialisme- le premier l’emporte grâce à sa maturité politique quand ce dernier l’emporte par ses qualités de styliste virtuose -trop virtuose disent ses détracteurs aigris…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Carlos Fuentes : Christophe et son œuf, Gallimard, 1990.

[3] Carlos Fuentes : Terra nostra, Gallimard, 1979.

[4] Alejo Carpentier : Guerre du temps, Gallimard, 1980.

[5] Voir : Mario Vargas Llosa romancier des libertés

 

Amman Jobst : Allégorie du Temps,

Ecole allemande, 1557.

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 07:51

 

Agnolo Bronzino : Portrait allégorique de Dante, 1530,

Washington, National Gallery of Art.

 

 

 

 

Giorgio Pressburger :

Histoire humaine et inhumaine

de l’obscur royaume des enfers

du XXème siècle

 

 

 

Giorgio Pressburger : L’Obscur royaume, Histoire humaine et inhumaine,

traduits de l’italien par Marguerite Pozzoli,

Actes Sud, 288 p, 22,50 €, 432 p, 25 €.

 

 

      La tentation est grande pour tout écrivain italien, ou pour qui, comme Giorgio Pressburger, l’est devenu, de se mesurer au poète emblématique et fondateur : Dante en personne. Sa Divine comédie surplombant le ciel littéraire, il convient de la respecter, de l’éviter, de la pasticher, si tant est que cela soit possible, ou de la parodier. C’est ce dernier parti qu’a choisi, non sans risques, Pressburger, en publiant son Enfer, en l’espèce de L’Obscur royaume,  avant d’y adjoindre un Purgatoire et un Paradis. Le premier volet du triptyque est ici suivi des deux autres volets, réunis sous le titre univoque Histoire humaine et inhumaine, eux-mêmes sous-titrés « Dans la région profonde » et « Dans les régions heureuses ». Réécrivant la Divine comédie, cette trilogie, cet opus en quelque sorte testamentaire, propose-t-il exorcisme, catharsis ?

 

      Chez Dante l’enfer était une caution morale qui envoyait les méchants parmi les tourments et les tortures. S’appuyant sur un Dieu qui l’avait voulu, conjointement au purgatoire et au paradis, il était justice et punitions, il était sens ultime, la réalité implacable et la fin impeccable du bien et du mal. Mais chez Pressburger, rien n’est aussi simple. Tout y est bouleversé : les bourreaux côtoient les victimes, qu’ils viennent du nazisme ou du goulag… Car en tant que Juif hongrois né en 1937 qui vécut l’occupation allemande et a fui son pays en 1956, lors du coup de force des chars soviétiques, il connait intimement, presque génétiquement, l’aberration des totalitarismes qui exercent leurs violences sur les corps et les esprits.

      Que Giorgio Pressburger se serve d’une chiromancienne et pythonisse d’occasion, arnaqueuse de surcroît, puis de Sigmund Freud comme anachronique thaumaturge et thérapeute, au travers d’une succession de séances psychanalytiques qui sont autant de visions hallucinatoires, montre bien qu’il s’écarte à la fois de la théologie dantesque et de sa fable merveilleuse. Il inscrit la catabase -cette descente spirituelle dans l’Enfer- de son personnage dans un voyage intérieur qui relève, de par son ancrage réaliste, psychologique et psychanalytique, dans le genre fantastique : sommes-nous en plein surnaturel ou en pays de phantasmes, ou encore dans une accumulation d’archives historiques et tragiques ? C’est ainsi que la « méthode des associations d’idées » proposée par Freud permet de visionner le film intérieur que projette ce malheureux Orphée sans pouvoir poétique qui tente de revoir dans cet au-delà putride son père et son frère jumeau.

       Comme Dante se servait de son Enfer pour y plonger ses pires contemporains, voire y régler ses comptes, dans un climat politique agité, entre Guelfes et Gibelins, notre romancier dessillé ne lésine guère. Sous la férule des tortionnaires surtout nazis, où l’on trouve « ce petit tas de cendres vêtu d’un habit à rayures », mais aussi des fascistes argentins et italiens, bourreaux et victimes continuent de s’entrechoquer en cet inframonde perpétuel fait d’exécutions, de coups, de tortures et d’aveux, de douches gazeuses… Y compris des figures parfois autant criminelles que victimes, comme la Fraction Armée Rouge de Baader, terroristes assassinés dans leur prison… Parmi ces paliers effroyables, l’on croise nombre de personnalités du XX° écrasées par les tyrannies qui ont voulu bâtir une humanité nouvelle, et plus précisément des personnalités créatrices : Walter Benjamin, Rosa Luxembourg, Anne Franck, Primo Levi (alors accusé d’avoir condamné l’état d’Israël après les massacres de Sabra et Chatila et coupable de s’être suicidé), la Milena de Kafka… Nombre d’entre elles, comme lors des rencontres faites par Dante et son Virgile, racontent leur histoire. Ainsi Paul Celan expose son destin tragique, celui d’un poète qui se définissait comme un « pont », « sur lequel passaient les messagers d’une possible compréhension humaine et les tanks de [s]on siècle ». Il est heureux que dans ce malheureux vingtième siècle (qui a cependant bien des bonheurs à nous offrir) notre auteur ne se contente pas de faire défiler les victimes d’un seul totalitarisme. Le communisme y a sa part, avec Maïakovski, Marina Tsvetaeva, Mandelstam, Isaac Babel, ou celui qui dut « choisir entre le bolchevisme et… la poésie », ou encore Trotsky, assassiné d’un coup de piolet : « Tuer des millions d’individus pour construire le monde nouveau : à ses yeux c’était juste ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ainsi la dimension historique et politique de cette catabase croise et complète le parcours intime et familial du héros. Ce qui, dans cette perspective de réinvestissement de l’œuvre phare du patrimoine littéraire par une réécriture à la fois poétique et polémique, ressortit du postmodernisme, trouve par les abondantes notes fournies par le romancier lui-même, une posture esthétique à la fois métalittéraire et critique. Comme lorsque les ombres de Pound, de Céline et d’Hamsun, ces trois thuriféraires du nazisme, sont pris à partie et associées aux trois têtes de Cerbère, ce chien gardien de l’enfer. D’ailleurs, dans la même perspective, Heidegger est conspué pour son silence coupable, sa complicité. Quoique, en nouveau Paolo, il côtoie l’amour de sa Francesca : Hannah Arendt, l’auteure d’ « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal »… Reste que les écrivains complices de la tyrannie communiste n’ont pas ici la place qu’ils méritent.

      Hélas, grâce à ce roman trépidant, voire difficilement supportable pour les âmes sensibles, le dépassement des contradictions, la catharsis -ou purgation des passions- ne semble guère possible : la déploration et la prière aux morts ne paraissent guère accorder d’apaisement à quiconque. Car l’enfer n’est plus une fiction des dieux et du diable, mais la réalité de l’humanité, par les hommes et pour les hommes. Ainsi, les bourreaux ont-ils pour châtiment de rester pour l’éternité des bourreaux ? Mais les innocents ? Où est leur rédemption ?

      Il est donc difficile, pour le narrateur, d’affronter ses démons, intérieurs autant qu’historiques, de façon à « rester un homme libre et conscient » comme le lui demande son mentor, ce Freud qui lui permet de développer la vision refoulée, qui lui promet la « guérison ». Ainsi le narrateur demande à la Hongrie, à son passé trouble, nazi, antisémite et communiste : « Défèque ce qu’il y de pourri en toi ! » Seule la poésie reste un espoir, malgré l’élégie récurrente associée aux grands écrivains que selon lui on ne lit hélas plus guère, de par ces nombreux personnages de poètes qui réhabilitent cet art trop oublié. Est-ce opérer un salut ? L’inachèvement du voyage initiatique, de la thérapie, au moment où le narrateur retrouve parmi une « montagne de cadavres » son père et son frère, est-il le prélude d’ « un autre récit » finalement annoncé, ou l’expectative qui laisse le lecteur devant les démons de l’histoire et sa propre responsabilité dans la quête de sens ? Y-aura-t-il un purgatoire et un paradis ?

      Parfois, l’on glisse jusqu’au pastiche le plus cru des procédés dantesques, en particulier lorsque s’ouvre le portail des morts, en réalité celui d’Auschwitz, sans pourtant que l’on atteigne la qualité poétique de la langue du maître médiéval italien ; mais sans doute n’était-ce pas l’ambition de Pressburger. Et, sans cesse, le texte, narratif et dialogué, est environné de notes explicatives, parfois superfétatoires, comme une parodie des pléthoriques éditions universitaires de la Divine Comédie. Même si le développement et la répétition du procédé des tragiques rencontres peut sembler parfois un peu trop platement didactique, si la langue pourrait être à la fois plus elliptique et plus expressive, dans ce projet, cette fresque macabre et splendide, des morceaux sont profondément émouvants, douloureusement problématiques, comme lors de la confession, parmi un « fleuve de femmes », des amours d’Hannah Arendt pour Heidegger, ce philosophe qui trahit la philosophie.

 

      Quittons l’Enfer, cet Obscur royaume, pour traverser avec Pressburger le Purgatoire et le Paradis, respectivement « Dans la région profonde » et « Dans les régions heureuses », réunions en un second volume devenu Histoire humaine et inhumaine. Par cohérence, plutôt que cette solution bancale, n’aurait-il pas mieux valu publier trois volumes, ou réunir l’ensemble en un seul fort opus ? Autre objet d’irritation : la « scansion indiquée par des espaces blancs entre certains mots » (ce que ne présentait pas le premier volet), systématique, et fatigant la lecture.

      Une fois notre mauvaise humeur passée, nous avons là l’entier d’un projet splendide, bourré de notes éclairantes. Quoique la tentation de penser à une surexploitation du filon soit en nous aux aguets. Tour à tour politique et tragique, poétique et romanesque, ce voyage parmi l’au-delà, commencé en « tram », ne se fait plus, comme chez Dante, guidé par Virgile et Béatrice, mais par Freud et Simone Weil. On peut supposer que la vocation du premier est d’offrir une lecture de l’inconscient du siècle ; à condition de tenir la psychanalyse en haute estime. Quant à la seconde, qui qualifie Marx de « prophète », il est permis de douter de sa lucidité intellectuelle. Pire, Che Guevara se lève de sa mort, réclamant la « guérilla planétaire ». Ce sont là deux engagements que l’on peut trouver discutables, plus exactement criminels. Ecrivains, poètes, artistes, philosophes, voire scientifiques, défilent en ce labyrinthe souvent obscur, chargé de « gaz et de fumées », par allusion aux camps de la mort, jusqu’au « silence pompeux des bienheureux », cependant bien terrestre. Parmi ces « rencontres avec les figures tragiques du siècle passé », Kafka est  hautement privilégié. Mais point de réel paradis, cette fois abordé en fourgonnette, plutôt une « cacographie », le « marécage des martyrs » et l’extinction parmi les « particules élémentaires ». L’apologue est cruel, ironique, car même les pires dictateurs sont « tous dans ce lieu de délices ».

 

      Loin d’être un genre mineur (comme le savaient les Anciens) la réécriture est une riche porte vers de possibles œuvres plus que talentueuses. Ainsi, les mythologies, grecques et chrétiennes, sont d’infinies sources de renouvellement de l’inspiration. En s’appuyant sur un riche substrat culturel et historique, Giorgio Pressburger vient de nous en donner une preuve éclatante. Reste que l’on peut contester sa position: a-t-il ainsi raison de constater, après la mort de Dieu, s’il est bien mortel, que le bien et le mal n’ont plus ni limites ni sens ? Veut-il dénoncer cette bouillie morale dont fut fait le dernier siècle, ou nous infliger son incapacité de départager les enfers et les paradis qui sont la chair de  l’humanité ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Sandro Boticelli, 1444-1510 : L'Enfer de Dante, Bibliothèque du Vatican.

 

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Réussir L'Information Martin Amis

Chien jaune, Guerre au cliché

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre

 

 

 

 

 

 

Amour

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

L'amour, horizon politique ? Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Rimes de la philosophie et de l'amour : Dante, Ogien, Ackerman

Décadence et permanence de l'éros : Pauvert, Mirabeau, Vargas Llosa

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

Ampuero

 

Andonovski

Venko Andonovski : Sorcière ?

 

Animaux

Jean Ursin : La Prosopopée des animaux

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la-mythologie et des Enfers

Rome du libéralisme au socialisme

Le Pogge et Lucrèce

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Conscience morale et littérature : lecture de Walter Benjamin

Arendt Eichmann-a-Jerusalem

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

Aristote

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

Faillite et universalité de la beauté

Théories et fiction du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

Cantique-des-oiseaux 4

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

Babel cavalerie rouge

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

Bachmann journal

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'état ?

L'anarchisme : confession tyrannique ou liberté ?

bakounine2

 

Ballard

Millenium people, Crash

Ballard: un artiste de la science fiction

Ballard Millenium

 

Bang

Mikaël, Les Quatre diables

Bang Mikael

 

Barcelo

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

Butor Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L'integrale des haikus

Paravent Hasegawa Tohaku

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

 

 

 

 

 

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours, précurseur de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

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Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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