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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 07:29

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le roman d’un cinéaste

 

de science-fiction biotechnologique.

 

David Cronenberg :

 

de Consumés à ExistenZ.

 

 

 

David Cronenberg : Consumés, traduit de l’anglais (Canada)

par Clélia Laventure, Gallimard, 382 p, 21 €.

 

 

 

      Il est souvent à craindre qu’un cinéaste, une fois la plume, ou le clavier, sous les doigts, ne livre qu’un pseudo-roman, un ersatz de scénario, plus étiré qu’un chewing-gum et nanti d’une pauvrette, exaspérante écriture. Rassurons-nous, ce n’est pas le cas avec le Canadien David Cronenberg, qui aime fouiller le rose de la chair humaine. Le réalisateur coruscant de cette inhumaine métamorphose, La Mouche, livre avec Consumés non seulement un thriller implacable, mais aussi une osmose impressionnante entre science-fiction, biotechnologies et pathologie. Quoiqu’aux voyeurismes sexuels et morbides du journalisme à sensation ne soient pas épargnés les dangers de la complaisance, loin au-dessous de la qualité de son film le plus stupéfiant : ExistenZ.

 

      Deux intrigues parallèles se déroulent et se consument, alternant leurs séductions et leurs pièges. Deux amants, et néanmoins concurrents dans le domaine du photojournalisme, mènent dans deux villes étrangères leur reportages à la limite et au-delà de l’étrange et du crime. Naomi Seberg est à Paris, puis à Tokyo, pour enquêter sur le meurtre de Célestine Arostéguy, dont le mari, également philosophe à la Sorbonne, a disparu. Est-ce lui qui l’a tuée, mutilée, qui aurait dévoré quelques fragments de son corps ? Naomi rencontre ses étudiants, étudiants non seulement en philosophie mais en coucheries diverses avec les deux stars de l’intellect. À Budapest, Nathan Math interviewe à la fois Molnar, un  chirurgien aux pratiques controversées, illégales, et son cobaye Dunja aux seins « officiellement radioactifs », avec laquelle il couche, contractant l’épouvantable « maladie de Roiphe ».

 

 

      On devine que cette paire d’intrigues vénéneuses sur des « affaires juteuses » vont se rejoindre, se polluer l’une l’autre, dans une progression sensationnaliste, inéluctable et perturbante. Imaginez : « J’ai inventé une infestation parasitoïde de mon cru, pour elle, pour Célestine. Je me suis dit qu’elle méritait d’avoir une espèce qui lui serait propre, qui pondrait avec amour ses œufs en elle ». Ou encore « Le sein ? Elle était vivante… quand vous l’avez mangé ? » À moins qu’il ne s’agisse que de « répliques bioplastiques »… Ce sont en effet les possibilités, les sexualités, les errances, les travers et les métamorphoses cliniques et technologiques des corps qui sont le sujet privilégié de David Cronenberg. On lira cela -jusqu’au bout si l’on a le cœur bien accroché-, comme un tableau des perversions les plus salaces, loufoques et infâmes ; ou comme un examen clinique de la nature humaine, au tréfonds de ses ténèbres charnelles et de ses pulsions, là où git « la malignité sordide ».

      Roman sadien ou roman philosophique ? Faut-il voir dans le duo Arostéguy un écho du couple Sartre Beauvoir, où du meurtre que perpétra Althusser sur sa femme ? Voire une empreinte du fameux Hannibal Lecter gourmand de chair humaine… En ce cas, il serait tout entier une parodie baroque et hyperréaliste. Ce « rapport esthétique au sexe », cette théâtralité sur écran mental, est un avatar branché de plus au roman d’horreur gothique venu du Frankenstein de Mary Shelley[1]. Le thriller peut-être également lu comme une satire de l’hyperconsommation, du trafic d’organes et de l’omniprésence des réseaux connectés, non sans facilités convenues, parmi lesquels évoluent nos deux journalistes de l’extrême humanité. La rencontre de la fascination de l’image avec les extrémités du cannibalisme et du fétichisme peut passer pour une dénonciation, à moins d’un hyper-appétit, de nos voyeurismes, et plus particulièrement de ceux sexuels et morbides du journalisme à sensation.

      À moins que cela soit trop d’éloges. Les tics bien en cours de la science-fiction, le catalogue des attitudes et des appétits pervers plus ou moins chics ont tendance à plomber de leur complaisance le fil narratif. Le bel exercice de style loué par Stephen King a parfois quelque chose de vain, là où manquerait une analyse plus incisive, non pas des blessures et des accessoires, mais de l’origine neurologique, fantasmatique du mal, de ses plaisirs et de ses tréfonds. Ce que, mieux que Consumés, semblent suggérer de manière plus incisive quelques-unes des productions cinématographiques de notre auteur.

      On retrouve dans ce premier roman du cinéaste né en 1943 à Toronto le goût exacerbé du dernier cri des technologies, le voisinage de la chirurgie et de la maladie avec l’appétit sexuel. Ce que le film Crash, défilé d’accidentologie routière d’après le livre de Ballard[2], rendait iconique. On revoit également s’enclencher l’engrenage morbide peu à peu intensifié, que des films comme Chromosome III ont porté à l’acmé de la peur.

      Il faut alors se tourner vers une somme bien documentée, celle que Serge Grünberg réunit, avec une dizaine d’entretiens, une filmographie, une généreuse préface, en présentant le « cinéma cerveau » de David Cronenberg. Même si, ce livre datant de l’année 2000, il ne peut que faire l’impasse sur des œuvres plus récentes, comme l’obsédant Spider, venu d’un roman de Patrick McGrath[3], dont la verdâtre claustrophobie mentale est assurée avec une opiniâtre intelligence. De film en film, son esthétique gore, facile au premier abord, s’en trouve haussée à une dimension presque philosophique, lorsque les révolutions de la peur et de l’éros coïncident avec nos révolutions technologiques et biologiques. Ce dont témoigne une pellicule comme Faux semblants, dans laquelle deux jumeaux gynécologues, homosexuels et incestueux (qui, frères siamois, se sont eux-mêmes séparés à coup de bistouri) sont retrouvés morts dans leur luxueux cabinet.

      C’est d’ailleurs dans ses entretiens que David Cronenberg, sensible aux réactions outrées suscitées par quelques-uns de ses films, assure : « n’importe quelle doctrine politique est mortelle pour l’art[4]». Cette judicieuse méfiance devant les programmes sociétaux et moraux antétotalitaires, restant à nuancer si l’on pense au libéralisme classique. Il n’en demeure pas moins que les hypothèses scientifiques, biologiques et psychiques explorées par le cinéaste permettent de tester notre anticipation de l’avenir autant que nos présupposés mentaux et éthiques, sans compter l’ingénieuse multiplication de nos fantasmes.

      On ne sera finalement pas étonné que ce familier de Burroughs, de DeLillo et de Ballard se soit senti pousser des ailes d’écrivain, alors que son film EXistenZ (1999) reste probablement son chef d’œuvre. Branchant une console de jeu organique et animale de synthèse, en forme d’intestinal cerveau, sur les corps au moyen d’un « bioport » et grâce à un cordon ombilical,  Allegra Geller est bien une artiste, sinon une prêtresse sacrée, un brin autoérotique et fétichiste, qui couve sur ses genoux sa créature aux possibilités ludiques stupéfiantes. Pour échapper à la menace de meurtre d’une secte « réaliste » aux relents fanatiques inspirée par l’affaire Rushdie[5], la créatrice de cet univers mental nanti de divers « mondes » se voit avec ses partenaires de jeu (qui sont douze, comme dans la Cène) voyager parmi les labyrinthes de l’imaginaire et de l’inconscient. Cependant, alors que l’existence a été remplacé par l’EXistenZ, les frontières entre le jeu et la réalité, s’effacent, se dispersent, comme en un indémêlable ruban de Möbius, affectant la perception, le psychisme entier des joueurs, sinon celui du spectateur : « Sommes-nous encore dans le jeu ? », demande à la toute fin un joueur qui, aux prises avec son addiction sacrée, n’a peut-être jamais quitté ce dernier, appelé, avec une étrange clairvoyance, « transCendanZ », ce qui aurait remplacé la transcendance. Une dimension philosophique vertigineuse s’empare, soudain, avec David Cronenberg, d’un cinéma aux métamorphoses plus proliférantes que celle de Kafka.

 

      Romancier ou cinéaste ? Si l’on a l’habitude de constater que la plupart des adaptations d’un livre sont des appauvrissements de l’œuvre initiale (hors de notables exceptions comme celles d’Hitchcock, de Visconti ou de Kubrick), le contraire se produit ici. Celui qui a su avec maîtrise adapter Le Festin nu de Burroughs ou Crash de Ballard, a créé avec Consumés un avatar romanesque de son univers cinématographique, auquel il offre ainsi une astucieuse initiation. Mais le manque de concision et de vitesse narrative, dont ne souffre pas un instant EXistenZ (au scénario totalement original) ne permet pas tout à fait qu’avec autant d’émotion et de conviction il séduise son lecteur, qui préférera s’enfouir à ses risques et périls, mentaux et conceptuels, dans les dédales de l’effroi et de la fascination des biotechnologies en ébullition, en un mot, pour reprendre le titre d’un de ses films : en ce Videodrome où, partiellement, nous vivons…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Consumés a été publiée dans Le Matricule des anges, février 2016.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Patrick MacGrath : Spider, Gallimard, 2002.

[4] Serge Grünberg : David Cronenberg, Cahiers du Cinéma, 2000.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:01

 

Charles Perrault : Contes, Emile Guérin éditeur, fin XIX°. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De la Lecture dans la gueule du loup

 

à la Haine de la littérature,

 

jusqu’à Ceux qui brûlent les livres :

 

Hélène Merlin-Kajman,

 

William Marx, George Steiner.

 

 

 

Hélène Merlin-Kajman : Lire dans la gueule du loup. Essai sur une zone à défendre, la littérature, Gallimard, 334 p, 23,50 €.

 

William Marx : La Haine de la littérature, Minuit, 224 p, 19 €.

 

George Steiner : Ceux qui brûlent les livres, traduit de l’anglais (Royaume-Uni),

par Pierre-Emmanuel Dauzat, L’Herne, 88 p, 9,50 €.

 

 

 

 

 

      Le loup caché dans les livres se révèle soudain effrayant, comme celui des Contes de Perrault. Reste à l’apprivoiser. Où le haïr, sinon le brûler… Les pouvoirs de la lecture sont inouïs. De l’apaisement à la thérapie par le rêve, ils sont aimables et bienheureux. Mais ils peuvent avoir un versant plus cruel, de par le désir ou l’effroi engendré, cet appétit ou cet avertissement face aux terribles facettes du mal. Pouvoirs dérangeants au point qu’individus, partis, Etats ou religions vomissent leur haine de la littérature, et se livrent enfin aux plaisirs brutaux de l’autodafé, en brûlant des livres. Cet enchainement cumulatif de pouvoirs et de contre-pouvoirs est au nœud du maelström dont accouche le livre imprimé, et dont se font les défenseurs trois essayistes fort pertinents : Hélène Merlin-Kajman, William Marx et George Steiner aiment pardessus tout la séduction et la puissance de la pensée jaillie des pages, au point de dresser chacun une édifiante plaidoirie pour les pouvoirs de la littérature autant qu’un réquisitoire documenté contre tous ceux qui haïssent les Lumières de la culture.

 

      La littérature n’est-elle que machine textuelle pour spécialistes, ou bouleversement de passions, de positions morales et immorales, de combats politiques ? C’est ce dernier bastion que redécouvre avec une feinte naïveté Hélène Merlin-Kajman en son essai où elle se jette « dans la gueule du loup » lettré. C’est cette même conscience qui la pousse encore plus à l’amour des belles Lettres.

      À partir du XIXème siècle, la littérature a perdu sa double autorité : « plaire et instruire », suivant la devise d’Horace et des Classiques. Bientôt, avec Mallarmé, elle « n’a plus d’autre fin qu’elle-même ». Quoique gardant sa liberté critique, elle devient un travail sur la langue, une poétique de la construction, tant les mots ne sont pas les choses, perdant son « illusion référentielle » et par là son contact avec le réel, du moins en monde universitaire clos. C’est ce que déplore Hélène Merlin-Kajman, en affirmant qu’elle peut et doit avoir un fort impact sur nos consciences et nos vies, qu’elle n’est pas sans dimension morale, qu’elle fournit des modèles et des repoussoirs…

      C’est en effet autre chose de lire entre universitaires que de lire à un enfant qui prend de plein fouet les textes. Car à l’occasion du « Mauvais vitrier », un poème en prose de Baudelaire, où le poète brise les vitres, le fils de notre essayiste s’écrie : « mais ce n’est pas bien » ! De même, Le Grand cahier d’Agota Kristof propose des images violentes, insoutenables, qui ne sont pas que des effets textuels. Ainsi « gaités traumatiques », « part sexuelle », « morale et religion » se bousculent parmi nos livres, qu’il ne s’agit plus de lire en seuls narratologues et autres rhétoriciens.

      Avec la pertinence de qui ne craint pas de se jeter « dans la gueule du loup », Hélène Merlin-Kajman propose une refondation salutaire des Lettres, cette « zone à défendre » (on passera sur le choix malheureux de cette expression lourdement connotée par l’actualité écologiste et politique). N’en déplaise aux formalistes, la littérature « produit un effet sur le monde interne de ses auditeurs et lecteurs » ; c’est celui du « partage transitionnel » des affects, effrois et bonheur, de la transmission de la beauté et du sens. Au-delà, il faut « privilégier sa fonction réparatrice ». Même les pires loups de la littérature doivent être accessibles à la catharsis d’Aristote : comprendre et purger les passions les plus terribles de l’humanité. Or, la conclusion d’Hélène Merlin-Kajman est à cet égard aussi belle que juste : « Si notre société se prive de ce langage exceptionnel, nous n’aurons aucune chance d’échapper au renouveau des fondamentalismes religieux qui offrent aussi aux blessures subjectives provoquées par les bouleversements sociaux propres à notre époque des formes d’élaboration, de réparation ou d’exutoire fondées non sur le lien entre-passible et le libre jeu des figures, mais sur le repli communautaire, le sens univoque de la lettre, voire la mystique de la mort ».

      Nombreux sont les récalcitrants et autres tyrans chasseurs de loups, radiographiés et dénoncés par William Marx, qui ont contracté La haine de la littérature. Souvenons-nous que, dès le VIème siècle avant notre ère, Socrate, qui aimait tant le Beau, fut sommé de boire la cigüe parce ses idées portaient, selon ses détracteurs, préjudice à la cité. Pas tout à fait injuste retour des choses puisqu’il prétendait exclure les mensongers poètes de sa République. Pourtant, bien auparavant, ces derniers avaient, inspirés par les Muses, la voix de la vérité.

      Au nom de l’autorité, de la vérité, de la moralité et de la société. C’est ainsi que notre brillant essayiste liste « les quatre procès principaux intentés à la littérature ». C’est ainsi que selon quatre parties sont balayées les histoires littéraires, d’Homère à Auschwitz, en passant par Madame Bovary et les « cultural studies ». Une « galerie de grotesques » préside à ces attentats contre l’imagination et la pensée : Dominicain et pasteur, philologue et chimiste, procureur et moraliste, ministre et Président de la République.

      Reste qu’heureusement les plus recommandables Homère et Platon se font les fils conducteurs de l’essai admirablement documenté ; la haine ou l’amour de la poésie originelle présidant à tout examen religieux politique ou populaire de la littérature. Il y a cependant une pensée théologique qui, non sans méfiance, lui rend justice. Saint Thomas d’Aquin, le philosophe médiéval souverain, prétendant que la poésie est « le plus bas de tous les savoirs », avance, compliment paradoxal, que « l’usage de métaphore est plus conforme à la connaissance que nous avons de Dieu en cette vie », puisqu’en permettant de « mesurer véritablement ce que nous disons ou pensons de Dieu », qui n’est en fait qu’une méconnaissance.

      De manière surprenante, l’essayiste, passe soudain à l’année 1959, alors qu’un certain Snow propose une conférence à Cambridge qui impressionna jusqu’au président Kennedy : « Les deux cultures et la révolution scientifique ». Culture scientifique et littéraire s’ignorent scandaleusement. Jusque-là tout va bien. Mais le propos dérape lorsque la première est parée de toutes les vertus de rigueur et de simplicité, et que la seconde n’est que « mensonge, snobisme, passéisme »… Sans omettre que la première est « résolument hétérosexuelle », oubliant le cas d’Alan Turing, qui se donna la mort après avoir été condamné pour homosexualité, bien qu’il eût décrypté le code Enigma en pleine guerre mondiale et jeté les bases de l’ordinateur ! Pire encore, le conférencier demande avec aplomb si « l’influence de ce qu’ils représentent n’a pas contribué à rendre Auschwitz possible ? » Les poètes fusillés par l’argument ad hitlerum ! Sans compter bien sûr qu’ils sont passibles « d’un sentiment antisocial ». À ce compte-là, nous nous honorons d’être antisociaux. Mieux vaut en rire, et remercier William Marx de déterrer un épisode grotesque et oublié pour le délassement de nos cordes hilarantes, plutôt que de se faire peur : il y a bien une pulsion totalitaire et sociale (l’une n’est jamais loin de l’autre) parmi nos sociétés, fussent-elles civilisées, contre les fêlés de littérature.

      Bien avant le procès intenté à Madame Bovary en 1857, les traités sur la « crémation des livres hérétiques » et la « futilité de la poésie » abondent. La littérature « corrompt les cœurs par des peintures dangereuses », dit-on de longtemps et pour longtemps. Rousseau lui-même, qui s’alarma de voir son Emile ou de l’éducation brûlé, regrettait « qu’on ne fît point de bûchers de livres », car selon lui, les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ajoutons qu’à l’heure où Salman Rushdie est régulièrement condamné à mort par des fatwas imbéciles, Lolita de Nabokov n’aurait guère de chance d’être publié sans échapper à un procès pour pédophilie. N’imaginons cependant pas un instant que ces derniers arguments échapperaient à William Marx.

      Il faut se moquer du malheureux qui dénia la légitimité de la lecture de La Princesse de Clèves lors de quelque obscur concours de la fonction publique, Nicolas Sarkozy, pour ne pas le nommer : « Le plus grave et le plus étrange était qu’un président préoccupé par la question de l’identité nationale n’eût pas compris qu’elle se définissait entre autres par une importance particulière attachée à la littérature ». Craignons que William Marx, par conformisme, n’accorde trop d’importance à une telle babiole, qui n’était pas même haine de la littérature, mais inculture manifeste et risible, néanmoins inquiétante lorsqu’il s’agit de la plus haute fonction politique. Rassurons-nous en effet, ce n’était que billevesée, quoique significative, de la part d’un pouvoir aux ongles heureusement rognés (du moins sur ce sujet) alors qu’ironie, Madame de La Fayette entrait dans la Bibliothèque de la Pléiade.

      Aujourd’hui encore, la littérature se voit menacée par une dérive des « cultural studies » qui se veut dénoncer la ségrégation à l’œuvre chez les écrivains. Il ne faudrait plus lire un tel s’il n’a pas su donner une image politiquement correcte de la négritude, de la féminité, de l’homosexuel. Une fois de plus la vertu, l’éthique, deviennent des outils d’ostracisme, autre forme de bûcher, certes culturel mais bien antilittéraire. Après L’Adieu à la littérature[1] qui montrait combien elle pouvait s’attaquer à elle-même, entre auteurs, voire jusqu’aux auteurs qui doutaient d’elle au point de souhaiter l’invalider, William Marx brocarde et glisse sous le scalpel de son analyse ceux qui œuvrent au service des égouts où jeter les écarts de la littérature.

      « Se serait-on trompé du tout au tout sur l’idéal platonicien de la censure ? » interroge George Steiner, dans Ceux qui brûlent les livres, et en pensant aux nombreux loups de la littérature et de la liberté d’expression qui menacent les petits chaperons rouges de l’enfance : « déluge d’erotica sadique qui submerge aujourd’hui nos librairies, nos kiosques et le Net » ou « littérature programmatique des sévices aux enfants, de la haine raciale et de la criminalité aveugle ». Pire, car ces derniers ne sont pas forcément des manuels d’éducation à l’infamie pour disciples obligés, « les citations de livres prétendument « révélés » -le livre de Josué, l’épître de Paul aux Romains, le Coran, Mein Kampf, le Petit livre rouge de Mao- sont le prélude au massacre, sa justification ».

      Se nécessairement poser la question ne suffit pas à justifier une condamnation qui risquerait de faire boule de neige et d’éradiquer les œuvres complètes de Sade et la moindre scène choquante d’un roman, de justifier enfin les orages de la censure et les feux de l’autodafé. Car « la tolérance et le compromis supposent un contexte immense », quand « la haine, l’irrationalité, la libido de pouvoir lisent vite ». Devant ce livre qui « peut exalter ou avilir, séduire ou rebuter, appeler à la vertu ou à la barbarie », il faut cependant prendre conscience que « les livres sont notre mots de passe pour devenir plus que ce que nous sommes ».

      Malgré la brièveté de l’opuscule, car George Steiner nous a habitué a de plus généreux ouvrages délicieusement savants[2], Ceux qui brûlent les livres est un essai à la fois enthousiaste et polémique, un ardent et précieux plaidoyer : « un livre authentique […] peut attendre des siècles pour éveiller un écho vivifiant ». Il faudrait tout citer en ces petites quatorze pages, tant la densité du texte et son élan éveillent en nous la « neurochimie de l’acte d’imagination ». Ainsi, « ceux qui brûlent les livres, qui bannissent et tuent les poètes, savent exactement ce qu’ils font ». Ne pourrait-on dire, comme le fit Robert Darnton[3], qu’ils leurs rendent un paradoxal hommage ?

      Un si mince essai, écrit en 2000 pour la Foire du Livre de Turin, n’aurait certes pas démérité d’être publié à soi seul. L’éditeur a cru bon, et on ne lui en voudra pas un instant, au contraire, d’y ajouter en toute cohérence, deux textes brillants sur le « Peuple du Livre », donc du judaïsme, et sur « Les dissidents du livre ». Il s’agit en ce dernier essai de défendre les lecteurs curieux et affutés contre « l’oralité pénitentielle et prophétique » des premiers Chrétiens, contre « l’imprimatur et l'Index des livres interdits de la tradition catholique ».

      Il s’agit également de défendre, face à la vaste mémoire des ordinateurs, celle ainsi menacée de ceux qui lisent les livres en main, et dont la parole échange les défis du livre. Est-ce à dire que l’internetisation du livre est un indolore autodafé ? L’illusion de l’infinie disponibilité de la littérature sur le Net, où « ce qui est écrit et stocké […] n’a plus à être mémorisé », peut en effet être un terrible prétexte à l’abandon du livre et des bibliothèques[4]. Il ne faut surtout pas que « le grand art de la mémoire tombe en désuétude ». Devant la massification fasciste ou théocratique, ou encore de la démocratisation des loisirs de masse, y compris littéraires, voire devant l’insidieuse menace du politiquement correct, celui qui lit un grand livre est un dissident. Quoique quelques-uns, parmi ceux qui écrivirent de grands livres, Pound, Céline, Heidegger, Sartre, se soient commis avec des totalitarismes abjects, entre nazisme et communisme…

      Si George Steiner dénonce avec un peu trop de facilité les jeunes assoiffés de bruit musical et de compulsivité portable et rétifs aux livres, c’est avec plus de pertinence qu’il pointe ce préjugé selon lequel « la vie en acte […] a plus de poids que la somme entière du savoir livresque ». L’Emile de Rousseau est à cet égard désastreux, rejetant la lecture des grands livres de son éducation, comme le radicalisme du vieux Tolstoï répudiant jusqu’à ses propres romans. Comme lorsque les révolutionnaires de la tabula rasa et du renouveau reprochent aux livres de ne pas nourrir les affamés. Voilà bien des haines de la littérature qui n’ont que peu à envier à « ceux qui brûlent les livres ». Ces derniers ressortissent de ces « fondamentalistes de tous crins [qui] sont d’instinct des brûleurs de livres ».

 

      Hélène Merlin-Kajman, William Marx et George Steiner ont bien le même but, et le même idéal : défendre nos littératures contre les pouvoirs répressifs, qu’ils soient animés de haine ou des guenilles apparemment splendides de la vertu et de l’éthique. Pensons alors au roman d’Elias Canetti, publié en 1935, Auto-da-fé[5], sombre suicide d’un érudit, au travers de l’incendie de sa bibliothèque, qui capitule devant la médiocrité revancharde et autoritaire d’une femme, métaphore d’un nazisme en train d’éclore. Les loups bruns ont gagné une partie, avant d’être heureusement éradiqués, avant que d’autres meutes idéologiques, politiques et religieuses, se lancent à l’assaut. Aux meutes de loup de la réalité, aurons-nous la sagesse de savoir leur opposer les libertés et les beautés de ces loups de fiction : ceux de la littérature ?

 

Thierry Guinhut

La partie sur Lire dans la gueule du loup a été publiée dans Le matricule des anges, février 2016.

 

[1] William Marx : L’Adieu à la littérature, Minuit, 2005.

[5] Elias Canetti : Auto-da-fé, Gallimard, traduit de l’allemand par Paule Arheix, 1968.

 

 

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:31

 

Globe terrestre sur Les Césars de l'Empereur Julien,

Denys Mariette, 1696. Photo : T. Guinhut. 

 

 

 

 

Une Histoire du monde

 

en trois tours de Babel.

 

Roberts et Westad, suivi de Fukuyama.

 

 

 

J.M. Roberts, O.A. Westad : Histoire du monde, I « Les Âges anciens »,

traduit de l’anglais par Jacques Bersani, 464 p, 22 € ;

II « Du Moyen-Âge aux temps modernes »,

traduit par Martine Devillers-Argouac’h, 512 p, 24 € ;

III « L’Âge des révolutions », traduit par Antoine Bourguilleau, 608 p, 24 € ; Perrin, 2016.

 

Francis Fukuyama : Le Début de l’histoire, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre Guglielmina, Saint-Simon, 2012, 472 p, 25 €.

 

 

 

    « L’Histoire, nous devons bien le reconnaître, continue d’encombrer notre présent et rien n’indique qu’il puisse, un jour, en être autrement (III, p 585) ». Ainsi concluent J.M. Roberts et O.A. Westad au sortir des 1200 pages de leur Histoire du monde. Pourtant, malgré le format passablement imposant de leur trilogie, rien ne permet d’affirmer qu’elle encombrera nos bibliothèques. Au contraire. Ces trois tours de Babel balisent un immense passé, donc les ciments du présents, les fondations de notre avenir, enrichissent avec une séduisante facilité notre compréhension des marches successives de nos civilisations. Soudainement, grâce à nos deux compères historiens, et même si quelques points nous amènent à des réserves, nous nous sentons à raison, plus intelligents…

 

     Des plus anciens outils trouvés en Ethiopie (il y a 2,5 millions d’années), en passant par la préhistoire, en 7000 avant J.C., à nos plus contemporains, dont ces « intellectuels chinois [qui] parlent aujourd’hui le langage du libéralisme ou du marxisme (III, p 584) », ces trois volumes ambitionnent à juste titre d’être une somme narrative, explicative et argumentative. Cultures et empires, religions et révolutions, techniques et structures politiques, migrations et conquêtes, nomadisme et urbanisation, tout concourt à emporter le lecteur dans le vaste fleuve de l’humanité.

    Mais loin de se contenter d’une vision européanocentrée, même si les étapes, parfois erratiques, du développement de l’Europe sont longuement narrées, nos deux auteurs nous font entrer dans des zones plus excentrées et néanmoins fondamentales : la sphère byzantine des Chrétiens d’Orient, l’expansion de l’Islam, l’Inde classique, la Chine impériale, le Japon… Or l’épopée émancipatrice des Lumières, des révolutions politiques et scientifiques, s’accompagne, pour le meilleur et pour le pire de l’expansionnisme colonisateur, de l’hégémonie européenne et étatsunienne, bientôt contrée par les rivages asiatiques, voire le retour de l’infiltration musulmane…

 

      Ainsi le premier tome, orné d’une mosaïque du XIIIe siècle, venue de la basilique Saint-Marc de Venise, va des prémices de l’humanité à la chute de l’empire romain d’Occident, mais aussi de celui des Han chinois, autour de l’an 500. Le second, orné également d’une construction de la tour de Babel, mais une peinture de l’école flamande du XVIème, siècle, venue de la Pinacothèque nationale de Sienne, embrasse non pas dix siècles, jusqu’au XVIème (comme l’annonce la quatrième de couverture de manière erronée), du Moyen-Âge à la Renaissance, marqués par la naissance de l’Islam et les grandes découvertes maritimes occidentales, mais douze siècles jusqu’aux Lumières du XVIIIème. Le troisième tome enfin, semble orné d’une tour de Babel Art Déco (car aucune de ces couvertures n’est hélas légendée), pour traverser les révolutions politiques et industrielles qui marquèrent l’aurore du XIXème, dès 1789, jusqu’à notre contemporain. Comme si le Big-bang de l’Histoire élargissait le cône de son expansion en enclenchant sa mondialisation et en s’approchant de nous…

      Depuis la nuit de la pierre taillée et l’aube de l’écriture cunéiforme, le rôle de l’imprimerie et la diffusion de la lecture sont capitaux : en 1800, « le vieux continent recèle une proportion d’érudits plus forte que les autres cultures (II, p 472) ». Quoiqu’au XXème siècle, « la radio, le cinéma puis la télévision restaureront cette suprématie de l’oral et du visuel (II, p 473). C’est à l’occasion de telles phrases que l’on mesure la hauteur d’analyse de Roberts et Westad, eux-mêmes dépendants et successeurs de ces inventions du lettré et de l’Historien.

      On ne lit pas souvent les introductions. Dans le cas de l’Histoire du monde, on aurait diantrement tort. Grâce à la plume d’Odd Arne Westad, qui continua l’œuvre de son camarade après sa mort, l’on apprend comment telle problématique est l’assise et le fil conducteur conceptuel de ces trois volumes : « J’ai cherché d’emblée à repérer, là où c’était possible, les éléments qui, par l’influence générale qu’ils exercèrent, eurent l’impact le plus large et le plus profond, plutôt que de me contenter d’aborder dans l’ordre, une fois de plus, les thèmes que la tradition juge importants (I, p 15) ». Aussi l’ « Histoire » ne débute pas, au regard de nos deux compères, dès la traditionnelle distinction avec la préhistoire, c’est-à-dire à la naissance de l’écriture ; mais quelque part dans les généalogies de l’anthropologie, lorsque les grands singes se lèvent, lorsqu’ils utilisent des outils, lorsqu’ils parlent, tous événements plus qu’ardus à dater.

      De plus, en cette même « Introduction générale », on comprend que ne s’intéresser qu’aux successions des guerres reste insuffisant : « Roberts et moi sommes d’accord, par exemple, pour penser que les échanges et les alliances entre les cultures humaines ont beaucoup plus compté en général que les confrontations qui ont pu survenir entre elles, et nous sommes d’avis tous deux que ce schéma est appelé selon toute ressemblance à se répéter dans l’avenir (I, p 16) ». Il y bien là un sens de l’Histoire, évidemment pas aussi téléologique que celui d’Hegel, pas aussi iréniquement idéologique que celui de Francis Fukuyama.

      C’est également en cette introduction qu’il s’agit de noter les tensions entre « l’Occident et nombre de sociétés islamiques (I, p 17) ». Il faut se reporter au chapitre sur la naissance de l’Islam et y lire ses succès civilisationnels au Proche-Orient entre le VIIIème et le XIIème siècle. Il y manque alors une analyse de l’idéologie prophétique chevillée par le jihad, qui conquit les deux tiers du pourtour méditerranéen, puis jusqu’à l’Indonésie, par le fer et le sang, non sans pratiquer le génocide, et dont quatorze siècles de tyrannie (malgré d’indéniables baisses de tension) n’ont pas fini de nous accabler de coups de boutoir. Songeons que le nazisme de sinistre mémoire, dura douze ans, eut pour conséquence, non seulement les guerres et massacres que l’on sait, mais la mainmise de l’Union Soviétique sur l’Europe de l’Est pendant quarante-cinq ans. Songeons que cette même idéologie communiste saccagea la Russie pendant soixante-dix ans, qu’elle balaya la Chine et autres satellites, qu’elle pétrifie encore la Corée du Nord et Cuba, voire le Venezuela, en son petit frère socialiste, et que les traces pérennes du marxisme ont de longtemps des conséquences dramatiques pour les libertés économiques et politiques en de nombreuses parties du monde. Aussi la poudrière Marx, qui a un siècle et demi de conflagration, voire encore un avenir assuré, n’est, avec divers fascismes plus brefs dans le temps, qu’une billevesée au regard des quatorze siècles d’Islam, hélas appelés à vouloir pérenniser jusqu’en un avenir imprévisible sa théologie et ses mœurs traditionnels et obscurantistes, malgré de notables dissidences plus modernistes en son sein. En ce sens l’Histoire, au-delà de Roberts et Westad, doit penser ses sources de tyrannies et de chaos autant que ses échanges de libertés.

      On peut à cet égard noter, mais quel auteur, quel éditeur peut se targuer d’y échapper ? une belle coquille : « Mahomet nait vers 750 (II, p 31) ». Il s’agit en fait d’une inversion, puisqu’il est né vers 570. On l’aura deviné puisque quatre pages plus tard, on nous confirme que le départ de la Mecque, appelé l’Hégire, a lieu en 622.

      Peu ou prou, c’est ainsi que nos deux gargantuesques historiens s’attachent en fait à séparer, quoiqu’avec une circonspection bienvenue, le bien et le mal dans l’Histoire. Si « les échanges et les alliances entre les cultures humaines » déjà cités font plus pour l’humanité que les guerres, les cloisonnements des nations, des empires, et la calcification des religions, il s’agit d’exalter une certaine conception de l’homme créateur de mondes.

      Le concept de civilisation, qui guide les pas à la fois de l’humanité et de Roberts et Westad, dès le IVème millénaire avant Jésus Christ, est fréquemment récurrent : « interaction qui se produit entre des êtres humains, d’une manière très créative, lorsqu’une masse de potentiel culturel, si l’on peut dire, et un certain surplus de ressources se trouvent réunis. Le propre d’une civilisation, c’est de porter les capacités de développement qui se trouvent en l’homme à un niveau totalement inconnu jusqu’alors (I, p 76) ». Mais aussi comme pour répondre à la question d’une discrimination judicieuse entres ses divers avatars. Ainsi les Romains de l’époque de Justinien « appartiennent à une civilisation particulière, la meilleure que l’on puisse concevoir, aux yeux de certains d’entre eux du moins. En cela ils ne sont pas les seuls : on peut en dire autant des autres civilisations, des Chinois par exemple (II, p 13) ». De la Mésopotamie à l’Egypte, de la Grèce à Rome, une marche erratique vers les progrès techniques et culturels, en passant par l’invention de la politique, ignore cependant la Chine ancienne. « Le commerce, la flotte, la confiance en soi et la démocratie (I, p 265), qui caractérisent Athènes, deviennent le plus sûrement des invariants du développement, ce dont témoigneront plus tard l’Angleterre des Lumières et les Etats-Unis d’Amérique.

      Au-delà des grandes figures dirigeantes de l’Histoire, le récit n’oublie pas les petites gens, tels ce « citoyen romain de nom, mais prolétaire de fait (I, p 319). République, oligarchie, dictature, culte de l’Empereur, sont les moteurs et les broyeurs de ces petites gens, soldats et paysans de Rome, où « le gangstérisme, la corruption et le meurtre défiguraient la vie publique et discréditaient le Sénat (I, p 322). Ce à l’aube de César et de l’âge d’Auguste qui fondèrent la dignité de l’Empire jusqu’à sa chute. Une chute due autant aux barbares qu’à la suradministration et aux impôts[1], ce « fardeau détesté (I, p 341) ». Alors que les religions passèrent de la tolérance pour toute forme de croyance, en passant par le culte impérial obligé, jusqu’au monothéisme chrétien peu tolérant. Ainsi, le socialisme romain, confiscatoire et tyrannique, prodigue de distribution de pains et de jeux du cirque, puis cette évolution religieuse, restent des modèles de compréhension de notre temps.

      Petites gens également en Chine ancienne, lorsque « les millions de paysans chinois firent les frais de ce que la Chine fut à même de réaliser en termes de civilisation et d’organisation politique (I, p 201). Ce qui se vérifiera une fois de plus au XXème siècle, à l’instigation de Mao, trop fameux tyran communiste. Mais aussi dans l’Inde classique, où un « Conseil royal chapeautait une société fondée sur un système de caste (I, p 417) ».

      Les civilisations fleurissent, fanent et meurent. Sous les coups des barbares, Huns ou Mongols. Sous les coups des Ottomans, lorsqu’en 1453, « Constantinople, la capitale chrétienne millénaire (II, p 111) », s’écroule, suivie par les Balkans, Trébizonde et l’Egypte, marquant « la fin de l’hellénisme (II, p 112) ». Lorsque la Méditerranée est un « lac arabe (II, p 120) », on assiste par ailleurs à la genèse de l’Europe. Plus loin, les empires du Ghana et du Mali sont des pays de l’or, avant de s’éroder dans les sables musulmans. Les Etats africains sont éphémères, les empires précolombiens, comme celui des Mayas, brillent puis s’effacent, sous les coups de mystérieux déclins bien moins que du fait des colonisateurs européens : « Si les conquistadors peuvent être considérés comme les destructeurs de cette civilisation, c’est uniquement dans le sens le plus formel : à leur arrivée, son effondrement est déjà une réalité (II, p 211) ».

      En Europe, dès le Moyen Âge, l’Histoire « se fonde dans les débuts de la mondialisation (II, p 218) ». Le clergé puis l’architecture religieuse, surtout gothique, « dessine le paysage européen […] jusqu’à l’arrivée du chemin de fer (II, p 223-224) ». Mais les épidémies de peste minent la démographie du XIVème siècle… Lors de la Renaissance, outre le développement du commerce et des banques, la redécouverte humaniste de l’Antiquité, la floraison artistique et scientifique et la pépinière des universités, « avec la déferlante des expéditions maritimes, va commencer la véritable Histoire du monde (II, p 265) ». Pendant ce temps, « le christianisme a secrété une essence utilisable contre lui, laquelle permet un regard critique indépendant, en rupture complète avec le monde de Thomas d’Aquin et d’Erasme (II, p 282) ». Ce à quoi l’on peut objecter que le libre arbitre est un pilier du thomisme et que l’encyclopédisme d’Erasme a quelque chose d’encyclopédique.

      Une fois de plus, mais à une puissance supérieure due à la mondialisation du XIXème et du XXème siècles, l’ère moderne voit l’Histoire devenir « un enchevêtrement graduel de luttes réciproques qui vont plonger le monde dans des guerres toujours plus complexes, un monumental iceberg dont la politique, l’impérialisme et l’expansionnisme militaire ne sont que la partie émergée (II, p 284) ». De plus, « En 1900, le contexte dans lequel les agriculteurs européens travaillent est, qu’ils le réalisent ou pas, mondialisé ; le prix du guano chilien ou de l’agneau néo-zélandais fixe déjà les prix des produits sur leurs marchés locaux (III, p 25) ». De quoi dessiller le lecteur naïf et permettre de visualiser l’imbroglio de l’histoire guerrière, économique et civilisationnelle. Et bientôt industrielle : « Ironie de l’Histoire, cette révolution industrielle met un terme à la primauté d’une agriculture à laquelle elle doit son émergence (III, p 26) ». L’évolution des mentalités suit évidemment, idéalisant alors la campagne, au contraire d’une « vision esthétique et morale négative de la vie citadine (III, p 31) ».

      La masse d’informations est ici proprement stupéfiante, de l’anecdote remarquable de l’achat de territoires mexicains par les Etats-Unis, à la capacité de faire des deux guerres mondiales des récits entraînants, quoique tragiques et cependant édifiants. On trouve en la lecture de ce fleuve aux cent bras des perles étonnantes, comme lorsque les colonisateurs des Amériques, outre l’argent, l’or et le sucre, rapportent « la culture du tabac, une drogue que certains considèrent, avec la syphilis, […] comme la vengeance du Nouveau Monde après sa violation par la Vieille Europe (II, p 433) ». Toujours pourtant, le fil de la liberté innerve l’humanité, comme lorsque « les hindous anglicisés s’en sortent mieux que la plupart des musulmans », alors que la transformation graduelle de l’Inde est moins due au travail du gouvernement qu’à la liberté grandissante qui lui est accordée (III, p 153) ». On devine, à travers la « Révolution dans les sciences et les perceptions (III, p 363) », un enthousiasme de nos auteurs envers cette Histoire dont les développements ne peuvent que continuer à nous étonner, entre Spoutnik et Projet Génome Humain. De même, malgré « la stagnation du monde arabe (III, p 569) » et le dénuement endémique de certains pays, tels Haïti, la sortie récente de la pauvreté de la plupart des populations mondiales, grâce à la généralisation du capitalisme, permet à Roberts et Westad de conclure : « Mais s’il est une leçon à tirer de l’Histoire, c’est que la possibilité de changement est toujours présente, même aux moments ou dans les lieux les plus sombres (III, p 570) ». Souhaitons que la crise éruptive et tentaculaire de l’Islam puisse, par un apaisement libéral consenti, leur donner brillamment raison.

      Tout juste pourrait-on tenter de mettre un brin de frein à leur confiance en la domination étatique : « L’idée qu’il serait possible d’obtenir des avancées majeures en contournant une institution aussi dominante que l’Etat parait aussi irréaliste que pouvaient être l’anarchie ou les mouvements utopistes du XIXème siècle (III, p 407) ». Une avance libérale telle que l’internet est bien là pour tempérer ce propos.

      Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus touffu, un peu plus ardu que cette trilogie de l’Histoire du monde, il en sera un fort pertinent complément, en dressant un tableau fouillé des systèmes politiques en gestation, en consolidation et en déshérence. Encore moins européanocentré que Roberts et Westad, il montre comment s’est effectué le passage de l’état de nature à l’Etat de droit. Ce sont d’abord des sociétés tribales, où règne « la tyrannie des cousins (p 67) », avant de devenir les proies du Léviathan. L’Etat centralisé nait en Chine, avec les Han, se construit en Inde, en Grèce et à Rome, s’esquisse en Islam avant de se fortifier avec les Ottomans, se structure et s’acoquine avec les religions, jongle avec le despotisme et l’absolutisme, avant de se trouver une nouvelle voie avec le parlementarisme anglais, américain, puis européen, non sans sombrer dans les pétrifications du socialisme et du communisme…

      Cependant, en digne historien et philosophe libéral, et comme pour contrer le propos de Roberts et Westad, il n’hésite pas à conspuer « L’Etat comme crime organisé (p 212) ». On se souvient en effet que Francis Fukuyama publia en 1992 son essai marquant, La Fin de l’Histoire et le dernier homme[2], dans lequel il postulait la démocratie libérale comme horizon de l’humanité et non l’Etat absolutiste. Il s’agit ici de remonter aux origines confuses où les peuples s’érigèrent en nations, en structures étatiques, avant de concevoir, malgré leurs divergences culturelles, que le respect de l’individualisme valait mieux que les idéaux de puissance et de tyrannie aux conséquences chaotiques et sanglantes.

 

      Un étrange phénomène s’empare du lecteur de l’Histoire du monde : que l’on s’attelle au début ou que l’on ouvre au hasard, l’accoutumance, la dépendance, et même l’addiction la plus délicieuse, nous font craindre toute occasion de malencontreusement interrompre notre navigation parmi ces pages, et nous attirent à la reprendre, quelque-soit le chapitre, quelque-soit la page, lorsque le sens du détail n’invalide pas un instant la largeur de vue. Le rythme de l’épopée, jamais grandiloquent, toujours aisé, ne se départit jamais de la clarté et du soin de l’analyse. Si Francis Fukuyama, en son Début de l’Histoire, est plus complexe, il n'en dresse pas moins un tableau fouillé des motivations humaines au service des systèmes politiques en gestation, en consolidation. Cependant, à chaque seconde, l’Histoire avance, bifurque, s’efface et s’échafaude. Comme nous ne croyons plus guère aux oracles[3], encore moins aux destinations marxistes, nous laisserons une apéritive incertitude s’élever parmi les développements scientifiques, parmi les nébuleuses de l’imaginaire, pour effleurer le futur de l’Histoire, non sans être nourris de ceux qui ont pensé, après Edward Gibbon et Jules Michelet, en leurs pages vivifiantes, l’humus grandiose, mélancolique, exaltant et éclairant, du passé…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, traduit de l’anglais par Denis-Armand Canal, Flammarion, 1992.

[3] Voir : Colonomos : La Politique des oracles ou la responsabilité du futur

 

Mosaïque romaine, Museo Nationale Romano,

Palazzo Massimo alla Terme. Photo : T. Guinhut.

 

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 17:00

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les écritures philosophiques et historiques

 

du secret,

 

par Claudio Magris.

 

 

Claudio Magris : Secrets, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Rivages, 96 p, 12 €.

 

Enquête sur un sabre, traduit par Marie-Anne Toledano, L’Imaginaire Gallimard, 112 p, 8,50 €.

 

 

 

      Autant pour le voyage au long du Danube que lors de l’exercice de la pensée, le « moi se dilate et se contracte comme une méduse, un peu d’encre débordant de la bouteille dans une mer d’encre ». C’est ainsi que Claudio Magris introduit son essai-fleuve Danube[1], paru en 1986, enquête géographique, historique, culturelle et intime. Il y a bien souvent chez cet auteur triestin, né lui en 1939, une démarche d’enquêteur, quoique bien peu policière, une démarche d’archiviste et de tisseur de prose poétique surprenante. Ce qui se vérifie, grâce aux hasards des éditions et rééditions françaises, d’une enquête sur les Secrets ou d’un sabre aux souvenirs sanglants et plus que mystérieux.

 

      Ce n’est un secret pour personne que nous, individu ou Etat, avons des secrets : vilains ou abjects qu’il faut celer, charmants qu’il faut préserver ou partager, pour son bonheur et celui d’autrui. Quant à de plus politiques il serait bon que l’opinion publique en profite, au service du bien commun. De toutes ces problématiques, Claudio Magris offre une conscience aigüe, en un petit essai, lapidaire et cependant fort suggestif publié en 2014 en Italie.

      Car c’est un paradoxe que son jeune cousin désirât une « insigne d’agent secret », pour exhiber qu’il sait ce qui doit être tu. Alors qu’un être secret oscille entre douleur de la solitude et sensation d’élection. Faut-il garder ce que l’on omet de dire, le respecter, ou le violer, se demande le moraliste… La littérature et le roman ont-ils pour fonction de révéler ou d’ajouter des « sens cachés » ? Or « l’écrivain est un espion, de lui-même ou d’autres personnes ».

      Plus le pouvoir est totalitaire, plus il s’entoure de secret. Est-ce à dire que toute transparence est nécessaire ? Peut-être ne révèle-t-on que ce qui est devenu inoffensif. Autrement il devient remord, ou « le Sacré, l’Ineffable », réservé aux initiés. Les « fumisteries mysticisantes », entourés d’un halo hypocrite et pompeux, dont relève le fascisme, sont « un cocktail par excellence d’horreur et de kitsch » ; alors que Jésus emprunte une autre voie : « je n’ai rien dit en secret ». Quand la vérité est dangereuse, « dissimulation » et diplomatie sont nécessaires. De même le secret de la confession reste une « valeur fondamentale », car il valide la dignité. Que dire alors de « ces temps de nudisme psychologique et d’enregistrement de masse universel », au travers d’internet des réseaux sociaux ? Reste qu’au-delà des pouvoirs dévolus à celui qui contrôle les secrets du monde, la capacité accordée à chacun de celer ce qu’il juge bon de conserver à part soi est un précieux gage de libertés.

      Si bref qu’il soit, cet essai est d’une richesse troublante. Pour traiter avec tant de finesse un tel sujet, Claudio Magris aurait-il un secret à cacher, au bord des lèvres ? Le brillant et abondant prosateur de Danube, sait ici suggérer avec acuité : tout un art. Il faut alors se demander s’il est complice des éditions Rivages qui ont choisi cet objet de curiosité pour illustrer leur fascinante couverture : ce noir rhinocéros, plus visible que « Lettre volée » d’Edgar Allan Poe, et cependant recélant l’introuvable solution des secrets de la nature…

      La Carnie est un territoire secret caché dans un pli de l’Histoire, à la lisière de l’Autriche et de l’Italie, au nord du Frioul. En grand connaisseur de la Mitteleuropa, Claudio Magris se penche sur l’étonnante utopie, offerte par Hitler à ces Cosaques qui avaient cru bon de choisir de s’allier avec les Nazis pour lutter contre le totalitarisme soviétique. Ce qui n’est pas sans répondre en écho à un de ses essais : Utopie et désenchantement[2]. Son Enquête sur un sabre, parue en 1986, nous permet de découvrir l’officier Krasnov, chef de cette épopée : l’occupation de la Carnie, terre faussement promise.

      Un vieux prêtre rassemble ses souvenirs en une lettre à « don Mario », évoquant sa mission d’octobre 1944 : intercéder auprès des Cosaques pour qu’ils renoncent « aux abus et aux violences ». À la recherche du « secret du libre arbitre et de compatibilité avec l’intelligence divine », sans éluder la quête de celui de l’Histoire et du mal, il se demande qui est Krasnov, figure historique légendaire, gisant parmi les différentes versions mémorielles : « comme si le mystère de la foi se confondait avec celui d’un roman policier ». Il écrivait des « romans historiques » qui préfigurèrent son destin, fut mis à la tête de cette fantomatique armée cosaque, échoua dans une tombe de Carnie pour être exhumé douze ans plus tard, avec un sabre. Ce dernier, « promesse de gloire et sceau de vanité », se révéla peut-être faux, quoique son propriétaire prétendu, livré avec les siens par les Anglais, fût pendu par les Soviétiques en 1947. Restent des livres, des archives, des rumeurs et des fantasmes sur un trésor, sur des trahisons irrévocablement politiques, sur un homme, berné par les idéaux, qui ne révère que liberté sauvage et « veut fermer les yeux sur sa propre vérité ». Une énigme en fait des trahisons de l’Histoire…

      La prose judiciaire et palimpseste, qui relève des « documents de la mélancolie », tient les promesses de l’essai : ce qu’elle révèle est ahurissant de perplexité, de profondeur, écrit dans une langue splendide (que la traductrice a certainement su polir) de façon à contribuer à « la vérité de l’art ». Revenons alors à son plus vaste et probable chef d’œuvre, délicatement encyclopédique, Danube, et cependant partie émergée de sa formidable culture de la Mitteleuropa, dont témoigne par ailleurs Le Mythe et l’empire dans la littérature moderne[3]. Pour découvrir, en approchant du delta de son grand fleuve européen, comme parmi les secrets, mythes et idéologies qui gravitent autour de l’agitation forcenée du sabre, que « le mal, c’est un excès d’Histoire »…

 

Thierry Guinhut

À partir d’un article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des anges, janvier 2016

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Claudio Magris : Danube, L’Arpenteur, 1988.

[2] Claudio Magris : Utopie et désenchantement, L’Arpenteur, 2001.

[3] Claudio Magris : Le Mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne, L’Arpenteur, 1991.

 

 

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 15:16

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Walt Whitman,

 

entre Nouvelles et Feuilles d’herbe,

 

le chantre engagé de l’Amérique.

 

 

 

Walt Whitman : Ecrits de jeunesse. Nouvelles,

 

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pauline Choay-Lescar,

 

Actes Sud, 160 p, 16 €.

 

 

 

 

      Savions-nous que Walt est un diminutif de Walter ? Ainsi Walter Whitman (1819-1892), avant de publier en 1855 son recueil torrentiel, Feuilles d’herbe, sans cesse augmenté et remanié jusqu’à sa mort et  jusqu’à l’ultime totalité de ses 411 poèmes, fut-il l’auteur d’un modeste recueil de nouvelles. Six, parmi neuf, sont ici pour la première fois traduites ; et généreusement postfacées par Pauline Choay-Lescar. Elles sont un prélude surprenant et engagé à la destinée du chantre des grands espaces américains.

 

      Celui qui eut l’ambition de présenter à l’Amérique sa Bible poétique, éloge d’une nature immense et d’un homme nouveau, fut auparavant, quoiqu’il s’en cachât, un nouvelliste réaliste. Outre son métier d’imprimeur, celui qui fut instituteur itinérant dénonce la violence des maîtres dans l’effrayant « Mort à l’école », ou celle de ceux qui exploitent le travail des enfants dans « L’enfant et le libertin ». En ce récit, l’alcoolisme est également la cible du moraliste qui dénonce « une joyeuse saoulerie ». Il permet également à une « brute avinée » de se faire corriger par un libertin repenti, qui « souhaitait subvenir aux besoins de la veuve et de sa famille ».

      Mais c’est compter sans l’amour et la mort. En effet, dans « Le garçon amoureux », la nouvelle s’achève aussi tragiquement qu’allégoriquement : « La flèche de Cupidon, profondément enfoncée en lui, avait répandu en son corps un poison puissant mais invisible qui l’avait tué ». Ou encore à travers la « forme humaine martyrisée, tailladée et ensanglantée » du « fils rebelle », où l’inquiétude existentielle côtoie un fétichisme morbide, comme parmi les pages de « Fleurs de tombe ». Il s’agit bien, pour le jeune écrivain engagé, de défendre la cause des enfants, des adolescents, des amoureux, face à une société répressive et ses tyrans brutaux.

      Au fil des rééditions de ses fictions couronnées de succès, Whitman eut tendance à effacer des traces d’obscénité, comme l’amour de deux garçons, qui, dans « L’enfant et le libertin », devient ici tout juste suggéré et bien plus moral. Pourtant l’on sait que Feuilles d’herbe, bien moins apprécié en ses débuts, regorge d’enthousiasmes érotiques, entre le regard d’une femme sur les ébats aquatiques d’une vingtaine de jeunes hommes, et ces dormeurs qui « dorment comme des amis tendres côte à côte[1] »…

      Le barde passablement vaniteux des Feuilles d’herbe, le nouvel Homère des Etats-Unis d’Amérique aura enfanté en son poème, qui a « la cadence des  lyriques[2] », deux héros. D’abord le jeune Américain fondateur de la démocratie, quoiqu’il fut déjà né avec les pères fondateurs et le libéralisme de la constitution, sensible dans la « Commémoration du Président Lincoln ». Ensuite lui-même en Narcisse paternaliste, ce dont témoigne le vaste « Chant de moi-même », qui lui valut d’être exécré par bien des lecteurs et des critiques. Seul Emerson[3] sut le premier saluer sa qualité d’artiste.

      Son enthousiasme romantique pour les vastes espaces américains parle la même langue que son ode continue à l’adresse des muscles et du corps au service de l’aube d’une nation à dimension mondiale. Il chante aussi bien la patrie et le progrès, l’herbe et les ruisseaux d’automne, l’Ontario bleu, les villes, les trains et les navires, qu’il « s’arroge le droit d’imposer son Moi, son corps, son verbe inapprivoisé, son phallus, ses images fracassantes[4] ». En ses versets bibliques, une mystique sociale se déploie conjointement à une sorte de panthéisme géographique. Au-delà de l’individu, le rythme de la foule enfle depuis Long Island jusqu’à l’américain cosmos.  Certes, un lecteur peu indulgent pourrait objecter à ces rythmes immenses une certaine monotonie de ton, une grandiloquence dommageable, hors d’inspirés morceaux de bravoure.

 

 

      On retrouve la dimension engagée inhérente à ces nouvelles dans les Feuilles d’herbe, lorsqu’il observe la vente au marché aux esclaves, où « quelques soient les offres des enchérisseurs, elles ne pourront jamais être assez élevées pour lui », car « dans cette tête est le cerveau, l’universel vainqueur », quelques soient les « membres rouges, noirs ou blancs[5] ». Ce qui, en digne Américain, lui permet de valoriser une éthique politique : « Votre ferme, votre ouvrage, votre emploi, / La sagesse démocratique en dessous, comme un terrain solide pour tous[6] ». Cependant, et c’est quelque part heureux, il reste un insoumis, non loin de La Désobéissance civile de Thoreau[7] : « Résiste beaucoup, obéis peu », c’est ce qu’enjoint Whitman « aux Etats », car « une fois admise l’obéissance qui ne se discute pas, c’est l’asservissement total[8] ».

 

Thierry Guinhut

À partir d’un article publié dans Le Matricule des anges, janvier 2016

 

[1] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, traduit par Léon Balzagette, Mercure de France, 1909, II, p 179.  

[2] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, 1909, II, p 251.

[4] Alain Bosquet : Whitman, Gallimard, 1959, p 56.

[5] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, I, p 139.

[6] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, II, p 329.

[8] Walt Whitman : Feuilles d’herbe, ibidem, I, p 24.

 

 

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 18:11

 

Anse du Martray, La Couarde, île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Pouvoirs et libertés de Michel Foucault en Pléiade :

 

un mausolée splendide et vénéneux ?

 

 

Michel Foucault : Œuvres, 2 tomes sous coffret,

Gallimard, La Pléiade, 1640 et 1740 p, 130 €.

 

 

 

      « Comme à la limite de la mer un visage de sable », l’homme tel que nous le connaissons depuis l’humanisme du XVIème siècle, s’effacerait-il ? À l’instar d’André Breton, que l’on surnomma le Pape du surréalisme, l’on peut se demander si à Michel Foucault n’échut pas une sorte d’auréole de la papauté pour la philosophie française, dont les premiers cardinaux seraient de toute évidence Deleuze et Derrida. Qui serait assez fou pour lire -ou relire- religieusement les trois mille trois cents pages de ce coffret, sans compter les trois mille quatre cents pages des Dits et écrits, et contribuer ainsi à l’Histoire de la folie du maître. Pourtant l’apport foucaldien à la philosophie contemporaine, voire à la littérature, reste incontournable, salutairement décapant contre les avatars des pouvoirs, en ce mausolée splendide où il est pléiadisé, quoiqu’il soit, peut-être, en sa descendance sociétale, vénéneux. À moins de considérer avec plus de justesse son apport équilibré à une réflexion sur la dichotomie entre pouvoir et liberté…

 

Pouvoirs et volonté de savoir

      Une puissance de travail redoutable animait Michel Foucault (1926-1984). Imaginez : pensant travailler sur la répression sexuelle du XIXème siècle victorien, le voilà renvoyé aux origines de la connaissance de la sexualité, c’est-à-dire à l’antiquité grecque et romaine, d’où naitront les trois volumes de l’Histoire de la sexualité, comme au prélude d’une encyclopédie qui, si le dieu du sida lui avait prêté vie, aurait pu le mener, au lieu de trois, à une dizaine de tomes pour le moins, jusqu’à notre urgent contemporain. Il découvrit alors, après Forberg[1], combien les mœurs sexuelles antiques reposaient au cœur de chaines morales, de permissions et d’interdits complexes, malgré leur apparente liberté. Ainsi la tyrannie de l’ordre s’abattait sur les plaisirs, les parquant, les organisant, mais sans les castrer néanmoins.

      Un pouvoir politique et moral présidait alors autant à la sexualité que sur la nef des fous de la psychiatrie carcérale, qu’au sein des prisons, dont l’acmé du « surveiller et punir » se situa dans le panoptique de Bentham, autant qu’au creux des mots qui constituent L’Ordre du discours, et qui, pourtant ne sont pas les choses. Il s’agit alors de philosopher, non sur la philosophie, mais sur des écarts : la folie plutôt que la raison, la sexualité plutôt que l’ascétisme philosophique, la prison plutôt que la liberté. Et pas seulement à partir de concepts, mais à partir d’archives, souvent méconnues, d’où la démarche d’historien. Ainsi le pouvoir de la curiosité de Michel Foucault, bien au-delà de cette démarche qui fut celle de L’Archéologie du savoir, s’étendait en une sorte de plurivers : de la communauté gay californienne aux « Ménines » de Velasquez, de l’hermaphrodisme d’Herculine Barbin[2] à la créature du capitalisme, du « souci de soi » à la subversion du politique, des lettres de cachet dans Le Désordre des familles aux amitiés avec Bataille ou Blanchot…

 

Le mausolée Pléiade

      On ne trouve en ce coffret aux deux Pléiades magistraux, ce traditionnel et bienvenu mausolée où l’on enferme les morts, mais pour mieux les faire briller sous la direction de Frédéric Gros, et c’est déjà immense, que les livres d’auteur. Il fallait bien écarter les articles et entretiens des Dits et écrits, les volumes en collaboration, pour rassembler l’assise essentielle de l’œuvre, non sans y ajouter quelques textes judicieux : sur « la transgression », « le corps utopique », sur la notion d’ « auteur », quoique sa réflexion sur le « Qu’est-ce que les Lumières ? » de Kant soit un peu décevante.

      Il faut alors admettre que la langue de Michel Foucault est souvent somptueuse. N’a-t-il pas hérité de Rousseau et de Marx l’art de l’incipit frappant et inspiré, comme à la première page de l’Histoire de la sexualité : « Longtemps nous aurions supporté, et nous supporterions aujourd’hui encore, un régime victorien. L’impériale bégueule figurerait au blason de notre sexualité, retenue, muette, hypocrite (II, p 617) ». Phrases toujours d’usage : car c’est ainsi que notre Facebook s’offusqua d’un sein que l’on ne saurait voir, que la visite du chef du gouvernement iranien suggèra aux Romains, pas le moins du monde forcés à la chose, de couvrir de caissons de bois des statues dont la nudité pourrait causer des frémissements coupables… Dès les têtes de chapitre, les premiers mots, la pensée de Foucault bouscule les horizons, un pas de côté herméneutique et éthique est pour le moins requis. Par exemple dès ce « Monde correctionnaire », à lire comme celui de la prison et du monde entier, dans Surveiller et punir. Ou, dans Raymond Roussel, des figures métaphoriques ouvertes : « Aubes, mine, cristal », « La Métamorphose et le Labyrinthe ». Michel Foucault écrit comme un peintre, lorsqu’il évoque la « nef des fous » au début de l’Histoire de la folie, comme un critique d’art enthousiaste devant « Les Ménines » de Vélasquez, qui sont « comme la représentation de la représentation classique (I, 1060) », et devant lesquelles il sait dire bellement sa problématique : « on a beau dire ce qu’on voit, ce qu’on voit ne loge jamais dans ce qu’on dit, et on a beau faire voir, par des images, des métaphores, des comparaisons, ce qu’on est en train de dire, le lieu où elles resplendissent n’est pas celui que déploient les yeux, mais celui que définissent les successions de la syntaxe (I, 1054) ». Il écrit absolument comme un poète à la fin, fameuse trop fameuse, des Mots et les choses.

      Et quoique son écriture devienne plus sobre, plus didactique, dans ses derniers livres, dont l’Histoire de la sexualité, une beauté ascétique s’en dégage. Relisons à cet égard les pages sur les « aphrodisia » de Galien : « Le sophisme du sexe ne réside donc pas simplement dans une disposition anatomique subtile et dans des mécanismes soigneusement aménagés ; il consiste aussi dans leur association avec un plaisir et un désir, dont la force singulière est au-delà-des mots (II, 1063) ». L’écriture même de ces trois volumes ne fut-elle pas pour Foucault, comme en sa conclusion, « un type de travail sur soi qui implique déchiffrement de l’âme et herméneutique purificatrice des désirs ? (II, 1180) », même si, hélas, la mort faisant son ouvrage, il n’a pu dépasser la fin de l’Antiquité, où « une nouvelle érotique (II, 1172) » voit le jour. Ce sont, après la pédérastie et les aphrodisia, les valeurs nouvelles de l’amour dans le mariage, de la chasteté et de la fidélité, qui s’affirment, mais en même temps qu’apparaît le christianisme, au travers des romans hellénistiques de Chariton, d’Achille Tatius et d’Héliodore[3].

      Comme de Don Quichotte, dans Les Mots et les choses, on peut dire de notre Philosophe : « Tout son être n’est que langage, texte, feuillets imprimés, histoire déjà transcrite (I, p 1092) », quoiqu’il s’attache à la démasquer plutôt qu’à la transcrire. Jusqu’à ce que son être se heurte à ce que les Victoriens auraient pu appeler la malédiction du Sida, quoiqu’il ne faille y voir qu’une anecdote de l’Histoire de l’humanité et de la continuation de la « naissance de la clinique »…

 

Les archives des tyrannies du pouvoir

      De L’Archéologie du savoir à L’Ordre du discours, les fondations du savoir rejaillissent du déblai considérable des archives : « Histoire de ces philosophies d’ombre qui hantent les littératures, l’art, les sciences, le droit, la morale et jusqu’à la vie quotidienne des hommes […] discipline des langages flottants, des œuvres informes, des thèmes non liés. Analyse des opinions plus que des savoirs, des erreurs plus que de la vérité, non des formes de pensée, mais des types de mentalité (II, p 144) ». C’est aussi l’Histoire des corps, qu’ils soient suppliciés, enfermés, disciplinés, entre lieux pour la folie, la délinquance et le crime, et lieux pour les usages de la guerre, de l’économie et de l’éducation. Ainsi les pouvoirs psychiatriques et cliniques, les pouvoirs linguistiques et érotiques sont déclinés moins par la lecture de Machiavel ou de Hobbes que par celle des mille règlements de nos institutions et de nos mœurs, en un mot : de la normalisation. Ce jusqu’à dénoncer, au travers de l’image de la prison panoptique de Bentham, l’anti-utopie de la surveillance généralisée, sans que Michel Foucault, notons-le, ne connût la déferlante Internet : « le Panopticon ne doit pas être compris comme un édifice onirique : c’est le diagramme d’un mécanisme de pouvoir ramené à sa forme idéale […] c’est en fait une figure de technologie politique (II, p 487) ».

      Pire, le pouvoir de la prison, au lieu de redresser les mœurs, après que l’on ait préféré briser les corps, devient un agent de la contagion délinquante et criminelle, contribuant non seulement à encore plus menacer le pouvoir, mais aussi les libertés : « La prison ne peut pas manquer de fabriquer des délinquants (II, p 561) ». Ce fut là le scandale de la parution de Surveiller et punir. De là à dire qu’il fallait ouvrir les prisons, jouer la carte des remises de peine, il n’y eut qu’un pas. Pourtant dénoncer un état de fait carcéral désastreux, ne signifiait pas qu’il fallait laisser déferler le mal sur la société. Humaniser les prisons, envisager avec discernement les peines de substitution, n’empêche pas d’enfermer celui qui doit l’être, même si notre philosophe réclame à juste titre que « les détenus doivent être isolés (II, p 565) » ; sans oublier le vœu pieux de « l’éducation du détenu (II, p 566) ».

      Cependant, ce pouvoir, généralisé, quantique en toutes nos fibres, en toutes nos structures, n’est pas qu’un outil de répression et d’ostracisme : L’Histoire de la sexualité, en ses trois volets, le dira bien. Certes l’interdit là encore surveille et punit, mais ce n’est pas pour rien que la sphère de la sexualité humaine se décline (comme en ses trois sous-titres) en « volonté de savoir », en « usage des plaisirs », puis en « souci de soi », même si le spectre du péché chrétien viendra éroder, et parfois abattre, cet édifice d’apprentissage inscrit parmi la culture antique. Un tome IV, intitulé « Les aveux de la chair », aurait dû lire les textes originels du Christianisme, y concevoir l’introspection de la conscience et la verbalisation de la confession qui auront tant d’avenir dans le domaine de la subjectivation et de la naissance de l’individualisme moderne, mais non sans dénoncer la domination masculine ; seul le cours du Collège de France sur Le Gouvernement de soi et des autres[4] en porte la trace ; ainsi que de cette recherche éthique qui anima les dernières années du philosophe réfugié face au cloître d’une bibliothèque dominicaine.

      Image bien à rebours de la figure de l’intellectuel engagé, a fortiori de marxiste, de gauchiste au sens le plus caricatural du terme. Certes il combat le racisme, les violences policières, l’arbitraire politique du gouvernement Pompidou, le régime franquiste, il est l’un des créateurs du Groupe d’Information sur les Prisons. Mais en s’intéressant à la cause des dissidents soviétiques, de Solidarnosc en Pologne, des réfugiés et « boat people » asiatiques, en se gardant de tout étatisme, en lisant les philosophes libéraux, il apparaît moins comme un chien en laisse du pouvoir d’un parti ou d’une idéologie que comme un homme dont les savoirs sont le plus souvent au service de l’humain et des libertés.

 

Un savoir de l’homme

      Que sont ces savoirs que les pouvoirs ont conquis, distribués, emprisonnés ? Ainsi problématisant, peut-être pourrons-nous en rendre les usages à ceux qui en sont privés. Un savoir sur les fous eut pour conséquence le « grand enfermement (I, p 156) » du XVIIème siècle, sans distinction de folies, jusqu’au blasphème et à la sodomie. C’est la découverte « de la part d’ombre de la grande Raison classique, décrite comme un instrument d’exclusion », pour reprendre les mots de Frédéric Gros (en son introduction pleine de sagacité) raison renvoyée à sa piètre prétention d’immutabilité…

     L’Histoire du regard sur le malade, dans Naissance de la clinique, répond étrangement au Raymond Roussel, parus la même année, en 1963. D’un côté l’irruption de la méthodologie scientifique, de l’autre les jeux de langue de l’écrivain, dans les deux cas le langage est premier : il nomme, sépare, ou multiplie, sait ou joue.

      Ainsi la connaissance de l’homme, ce sujet de la subjectivité et de la raison, est la résultante d’une démarche linguistique et stylistique ; ce que développa Les Mots et les choses. Comment notre savoir, ou ce que nous croyons savoir, est-il devenu ce qu’il est ? De la Renaissance au XIX° positiviste, en passant par l’âge classique, une certaine idée du monde et de l’homme se constitue. D’abord la ressemblance prébabélienne, ensuite le visible préféré au lisible, puis le coude à coude de la science et de l’Histoire. Dieu jadis, la liberté ensuite, enfin le hasard et la nécessité, sans compter les ruptures instituées par l’évolution darwiniste, l’inconscient de la psychanalyse et la critique généralisée des bons sentiments par Nietzsche, voilà les étapes de la constitution linguistique du cogito, puis de sa disparition en tant que sujet de l’Histoire.

      Or, non, Michel Foucault ne désire pas, « comme à la limite de la mer un visage de sable (I, p 1457) », effacer, encore moins assassiner l’homme. Une certaine idée de l’homme, fondée par les sciences humaines, assise sur le socle de la conscience libre et anhistorique, étant d’invention récente, s’efface si l’on pense cet homme comme un produit de l’Histoire, des discours, des sciences et des pouvoirs. Il constate ainsi qu’une certaine façon datée de nouer les connaissances s’éloigne, qu’une idée de l’homme se défait. Qu’une vision humaniste et hégélienne du sens de l’homme, qu’une Histoire, presque théologique, ou marxiste, dirigée vers un avenir meilleur et logique, furent une illusion passagère. Ne reste qu’un destin, plus ou moins aléatoire, où la figure instituée de l’homme, en effet, tend à se désagréger. À moins que la thèse de Fukuyama[5], présentant la démocratie libérale comme un horizon atteignable de l’humanité, puisse être valide, réhabilitant ainsi, d’une part la liberté, d’autre part la capacité à agir dans l’Histoire, malgré le retour de bâton d’un obscurantisme religieux…

 

Un philosophe vénéneux ?

      La volonté de savoir imposée au prisonnier eut pour conséquence l’immensité de la prison panoptique qui est à la fois surveillance et contagion. La liberté critique de Foucault, dans la descendance de Nietzsche (une « archéologie du savoir » dans la descendance de « la généalogie de la morale » qui tend à rechercher les motivation du pur savoir dans un désir de pouvoir moins pur) se double d’une liberté à offrir. Quoiqu’il faille se demander si c’est vertu charitable ou vice de briser les chaines des fous, de briser les portes des prisons, et ce faisant de libérer la folie et le crime sur monde, qui n’a pas vraiment besoin de leur violence… Casernes, écoles sont également pour lui des lieux dont les portes doivent imploser. La Société punitive -ce qui est une autre façon de dire qu’elle est une institution pénale- libérant toutes ses libertés, ne court-elle pas le risque de se punir elle-même et de punir tous ses citoyens ?

      Il y a là-dessous quelque chose, hélas, d’anti-occidental, de contraire à l’humanisme, au point qu’il aille jusqu’à en appeler -une erreur de maturité, sans doute- à l’assomption d’une tyrannie en Iran. Ce fut bien la peine d’être anti-américain, pour le Vietnam (donc pour la tyrannie communiste ?), d’être contre la dictature du Chah d’Iran, si ce fût pour qu’en 1978 le « gouvernement islamique » l’ait « impressionné dans sa tentative aussi pour ouvrir dans la politique une dimension spirituelle[6] », si ce fût pour qualifier l’Ayatollah Khomeini de « saint homme exilé à Paris[7] ». Ainsi l’illusion postromantique de la révolution fermerait les œillères intellectuelles sur les tyrannies, qu’elles soient communistes ou islamistes. Rappelons qu’une réelle lueur de lucidité enflamma Jacques Lacan, lorsque devant les étudiants de mai 68 il lança : « Vous voulez un maître, vous l’aurez » ! C’est bien ainsi que « l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable », que l’individuation serait balayée par les régimes qui promettent le salut politique et religieux, par les socialismes et les théocraties…

      N’incriminons cependant pas trop vigoureusement notre philosophe. Nous avons déjà dit combien ses combats traquaient les abus de pouvoir venus de tant d’horizons. N’a-t-il pas exigé de lui-même, après l’accession au pouvoir de l’Ayatollah aux terribles conséquences que l’on sait : « Être respectueux quand une singularité se soulève, intransigeant dès que le pouvoir enfreint l’universel.[8] » Est-ce à dire enfin que l’universalité demande à être un critère de vérité ?

      Pourtant, en 1981, Michel Foucault assurait : « La vérité est avant tout un système d’obligations. Il est tout à fait indifférent par conséquent que ce qui est, à un moment donné, considéré comme vrai ne le soit plus à un autre.[9] » Est-ce à dire qu’en même temps que le visage de l’homme, s’efface le visage de la vérité ? À moins que la vérité scientifique, qui a également une Histoire erratique, puisse être réaffirmée en même temps qu’une vérité morale universelle prudente…

 

 

      Ce contrôle sociétal, dont Foucault traquait les origines et les manifestations est paradoxalement devenu un bastion des foucaldiens qui assurent ce que Jean Sévillia nomma du doux nom de « terrorisme intellectuel[10] ». La lutte contre les pouvoirs et les savoirs est devenue un pouvoir. Ce en défendant toutes les minorités, idéologiques, ethniques, sexuelles à défendre, mais au-delà de la raison et aux dépens de la juste défense de l’homme blanc occidental. Il y a en effet un risque, en se libérant de la « société punitive », de libérer les tentations et réalités de la violence impunie et ainsi encouragée. Il faut certes « réformer le système interne de la prison, de manière qu’elle cesse de fabriquer cette armée de périls intérieurs[11] » ; mais pas au point qu’elle libère les périls extérieurs. Il faut de plus garder à l’esprit la sagesse de la phrase suivante : « Un système général de surveillance-enfermement pénètre toute l’épaisseur de la société, prenant des formes qui vont des grandes prisons construites sur le modèle du Panopticon jusqu’aux sociétés de patronage et qui trouvent leurs points d’application non seulement chez les délinquants, mais chez les enfants abandonnés, les orphelins, les apprentis, les lycéens, les ouvriers, etc.[12] »  Mais pas au point d’en faire le passeport d’une société sans structure ni garde-fous, que des lois pénales trop clémentes fragiliseraient. À trop s’incliner devant la Bible de Surveiller et punir, on risque de choir dans un angélisme pénal favorisant un laxisme dommageable[13]. Ce en quoi ce serait moins la pensée Michel Foucault qui serait vénéneuse que sa descendance, dont, s’il revenait tout libéré des affres du sida, il s’effraierait peut-être…

 

Biopolitique et libéralisme

      Outre l’épistémé, cette révélation des a priori historiques et du socle sur lesquels se construisent les savoirs, Michel Foucault est bien connu pour être un forgeur de Concepts. Dont celui de biopolitique, qui n’est pas loin de son peut-être descendant, la pensée des bulles et sphères d’immunité chez Peter Sloterdijk[14]. Il s’agit chez notre philosophe de penser la société civile et sa gouvernance comme une gestion des crises sanitaires et comme un projet d’amélioration de la santé générale, sans en exclure la sexualité et la natalité. Moins attendue cependant, parmi ces réflexions sur les aires des pouvoirs sociétaux, est la connaissance étonnante que manifeste Michel Foucault du libéralisme économique dans sa Naissance de la biopolitique, sans écarter le moins du monde Hayek ou Adam Smith, dont la théorie de la main invisible du marché ne parait guère l’indisposer. Loin de tirer à boulets rouges sur le néolibéralisme, comme il est de cliché à gauche, même s’il n’en n’ignore pas les dérives et les laissés pour compte, il déplie un exposé passablement objectif qui montre bien la qualité éthique du chercheur : volonté de savoir, déplier, exposer, interroger. Ainsi, n’en déplaise au foucaldien dogmatique, déplier un pouvoir n’est pas toujours le vouer aux gémonies, à moins qu’il s’agisse de prendre sa défense. Qu’on en juge : « cette théorie de la main invisible, entendue comme disqualification de la possibilité même d’un souverain économique, c’est la récusation de cet Etat de police dont je vous parlais l’an dernier[15] ». Le pouvoir libéral est alors un anti-pouvoir, au sens où le pouvoir de la liberté oppose une main visible aux pouvoirs des tyrannies économiques et politiques…

 

      Michel Foucault, en Pléiade, en ce papier Bible splendide où sans jargon il repose, est désormais un peu plus une forme de pouvoir, qui est la suivante : « Lutter contre les formes de pouvoir là où il en est à la fois l’objet et l’instrument : dans l’ordre du savoir, de la vérité, de la conscience, du discours[16] ». À condition que cette légitime méfiance envers la destinée oppressive du pouvoir ne se fasse pas entrave au pouvoir vivre et créer, ce en quoi Foucault ne serait qu’un ver vénéneux prêt à toujours pourrir en son mausolée. Ainsi, parler de Foucault, comme sur ces pages, c’est moins délivrer un savoir ex cathedra qu’exhiber une modeste et partielle volonté de savoir, et plus trouver une voie de liberté par-delà les pouvoirs, un pouvoir de liberté critique, autant devant Foucault lui-même, un de ces monstres sacrés aux côtés de Derrida et Deleuze, trio d’une philosophie déjà d’hier, dont l’historicité séminale, loin de toute sacralisation, ne doit pas nous échapper. Qui sait -ce que l’on se gardera de souhaiter- si l’on peut bien parier que l’homme Foucault s’effacerait, « comme à la limite de la mer un visage de sable »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1]  Friedrich-Karl Forberg : Manuel d’érotologie classique, Joëlle Losfeld, 1995.

[4] Michel Foucault : Le Gouvernement de soi et des autres I et II, EHESS, Gallimard, Seuil, 2008 et 2009.

[5] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992.

[6] Michel Foucault : « À quoi rêvent les Iraniens ? » Dits et écrits, T 2, Quarto Gallimard, 2012, p 694.

[7] Michel Foucault : « La révolte iranienne… » ? Dits et écrits, ibidem, p 711.

[8] Le Monde, 11 mai 1979. Cité par David Macey : Michel Foucault, Gallimard, 1994, p 421.

[9] Michel Foucault : Subjectivité et vérité, EHESS, Gallimard, Seuil, 2014, p 15.

[10] Jean Sévillia : Le Terrorisme intellectuel, Perrin, 2000.

[11] Michel Foucault : La Société punitive, EHESS, Gallimard, Seuil, 2013, p 258.

[12] Michel Foucault : La Société punitive, ibidem, p 264.

[15] Michel Foucault : Naissance de la biopolitique, EHESS, Gallimard, Seuil, 2004, p 287.

[16] Michel Foucault : « Entretien avec Gilles Deleuze », L’Arc n° 49, cité dans La Société punitive, ibidem, p 280.

 

Anse du Martray, La Couarde, île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 18:14

 

Alano, Haut-Aragon, Pyrénées espagnoles, T. Guinhut.

 

 

 

 

Le Passage des sierras.

 

III

 

Vihuet, une disparition.

 

 

(…)

      Pourtant, si j’avais eu la veille une intensité du dénivelé et de la distance, la pierre cristalline et fractale de la haute montagne, dans ses démultiplications minérale, végétale, aérienne de la beauté, je cherchais au matin sur la route une autre intensité. L’homme est-il tant ingrat, me dis-je, avec tout ce que j’ai croqué, mâché, à peine digéré sous la dent de beauté, que je demande encore plus et autre ! Mon corps, lui, marionnette d’os, de chairs et de tendons endoloris, réclamait une journée plus calme. J’allais flâner de village en hameau, souvent à flanc, sans montée intempestive. Et contempler dans la lumière catalane des églises aux pierres frustes et précises comme une orfèvrerie : les deux de Tahull, où, en vue des six étages du clocher de Sant Clement, une terrasse de café diffusait un merveilleux raga indien animé d’une voix féminine. Là, dans mon carnet, faute de coucher dans mes bras une belle danseuse de pierre venue des temples de Kajuraho, je couchais sur le papier le premier jet de cet épisode que le chemin de Salardu m’avait permis de concevoir. Puis j’enchaînais routes, pistes et sentiers, souvent plats, et en pentes légères, pour croiser parmi la pléthore de verts de la vallée de Noguera de Torr. Glissade contemplative aux perspectives sud éclatantes, pendant lesquelles mes yeux perdaient toute mesure, avaient du mal à s’imprégner assez de la folle marquèterie des points de vue…

      Poursuivant le versant, remontant une épaule charnue de roches et de prés, j’avais labouré un parcours plus long qu’imaginé. Quand, plus bas, à Sarroquetta, où l’on aurait pu m’ouvrir une grange pour la nuit, on m’apprit que Vihuet, à moins d’une heure de là, était totalement abandonné, ouvert à tous vents et baladins de montagne. Je pouvais alors stimuler ma fatigue pour atteindre un lieu fantôme…

     Devant Vihuet, le « Tchagalda » (ce que faute d’autre mot j’éructai quand me frappait le sublime) me frissonna de la nuque aux orteils. Sous une falaise grise, en forme de pointe de flèche, une quinzaines de maisons blanchâtres, parfois écroulées, et le clocher rural d’une fruste église disposaient encore leurs rectangles maladroits. Au-dessous, des pentes ensauvagées de végétation brillaient d’un sourd éclat vert de gris autours de carrés de prés émeraude. Au-dessus, un ciel au bulldozer, encombré de rapides nuages de catastrophe, gris comme le front d’un rhinocéros paranoïaque. Le raide sentier d’accès était barré d’herbes folles, de ronces qui me sciaient le pantalon, de caillasses qui roulaient sous mes pas malhabiles, courbaturés. La fatigue accumulée de dix jours de marche se faisait rudement sentir. Et je voyais bien cette nuit en village abandonné comme le final et le couronnement de l’aventure. Car demain, j’allais devoir rentrer en France, en ville et en île pour d’autres peaux de vie.

      Montant, je trouvai d’anciennes terrasses dévorées de sureaux, de noisetiers, de buis, de murets écoulés et reconquises par les orties, les genets épineux, les figuiers, en un cataclysmique mélange et chaos de végétations de moyenne montagne et de versant méditerranéen.

       Je butai sur de premiers pans de murs arasés avant d’accéder à un replat. De là, le touchant presque, je pouvais considérer, sous sa monolithique falaise, l’organisation d’ensemble du village de Vihuet : deux rangées de façades irrégulières sur deux niveaux et orientées plein sud, les crépis clairs, l’ocre des pierres de coins, le bleu écaillé qui entourait parfois les ouvertures, les fenêtres souvent comme orbites vides auxquelles on avait ôté les yeux. Je trouvais encore des portes, des vitres, des volets à certaines bâtisses, qui paraissaient devoir s’ouvrir sur le corps, les vêtements et le visage d’un habitant…

      Soudain, mollets et cuisses tétanisées par l’impatience de la montée, je me trouvai devant une seule vraie rue, d’herbe et de terre, quelques dizaines de mètres bardés de maisons plus vides que la coquille d’une huitre mangée par une génération précédente. D’ailleurs, sous sa roche grisâtre, presque surplombante, à l’unisson du ciel, le village rendait cette sonorité particulière aux coques vidées de l’intérieur, bateaux de pierres et de poutres, condamnés à ne plus embarquer aucun être humain pour le voyage de la vie. Des crépis s’écaillaient, avaient chu par plaques sur le sol. Des fenêtres s’étaient abattues. Je voyais au travers du squelette de certaines maisons sans voir la moindre trace de d’organe de chair ou de mobilier. Sinon des pierrailles, des bois éclatés et enchevêtrés.

      Mais la plupart des maisons paraissaient intactes, comme entretenues par la main négligente et ironique du fantôme de l’humanité. Je pénétrai dans l’une d’elle, poussant une porte récalcitrante. Le plancher était couvert de minces gravats. Une ruine de chaise somnolait dans la poussière que je réveillai devant l’âtre aux noirs débris. Sans prendre un moment de repos, j’explorais toutes les maisons. Une seule était fermée, paraissant receler la possibilité qu’un habitant, même saisonnier, la fasse frémir d’une vie sédentaire. Dans l’une, des placards ouvraient leurs ailes plumeteuses de toiles d’araignées, sur une demi-douzaine d’assiettes crasseuses, une cruche de faïence verdâtre et fendue. Dans l’autre, un escalier me parut assez confiant pour que je monte dans des chambres où des journaux mangés des souris jonchaient les courbes des planchers sans laisser lire le moindre fragment daté.

      Un court sentier de roches et de verdure montait à l’église miniature, à son clocher bancal, à son plâtre sur le pavé, à son autel où la nappe s’était lassé de rêver de lavandières, à son placard sacré, porte pendante, déserté des objets du dieu, à ses bancs où s’assoir encore, mais pour quelle cérémonie sinon l’envol des chauve-souris, à son bénitier sec…

      Il me restait quelques demeures à fouiller, autant pour choisir le plus potable des gites nocturnes possibles, que par passion d’archéologue de pacotille penché sur les témoignages d’un passé qui avait à peine l’honneur d’un demi-siècle. Car c’était après la seconde guerre qu’un exode massif avait dépeuplé nombre de villages parmi la Catalogne montagneuse et le Haut Aragon. L’une, apparemment costaude, s’ouvrait sur les ruines de l’étage et du toit effondrés dans lesquelles les ronces poussaient déjà. L’autre m’ouvrit sa porte couinante grâce à la rouille d’un loquet. La pièce du bas, intacte, avait une large cheminée qui lui tenait lieu de mur nord. Une table sans pied était debout contre un mur de côté. La poussière avait acquis ici une odeur presque fraîche, d’une paisible acidité. Dans la niche d’une fenêtre et au bord de sa vitre marronne, il restait un vase de verre dont la paroi et le fond disaient qu’une fleur à grande tige était morte là, laissant une infime et longue croûte verdâtre s’écailler dans un temps dont les battements s’étaient ralentis jusqu’à frôler l’absolu de l’éternité. Pourtant, parfois, lorsque s’écroulait brusquement quelque toit sous l’insidieuse action de l’entropie, le temps avait une éruption qui reléguait un monde dans le néant du passé.

      L’escalier avait une rampe tremblante. Et c’est un sacré coup de « Tchagalda » que je me pris devant la grande chambre : des boiseries en forme d’arcades, peintes de bleu et de blanc, abritaient une paire de lit du même matériau, leurs extrémités surmontées de boules patinées. Deux matelas jaunâtres reposaient là, dans le silence. Rien d’autre. Hors une petite fenêtre que je pus ouvrir sur les quelques toitures houleuses, sur la vallée verdâtre. Compressée sous un fort plafond nuageux, la lumière de fin de soirée eut un dernier feu étrange pour mieux éclairer mon gite tout trouvé. Probablement ce mobilier complet devait-il son abandon à son imposante dimension et au fait d’avoir été conçu pour cette seule pièce. Peut-être un ancien, retiré près de la chaleur humaine d’un village voisin et vivant, un berger, un baladin de hasard, venait-il quelquefois dormir sur un de ces lits, sur leurs toiles tachées…

      Je dus allumer ma lampe, une bougie tirée du sac-à-dos. Précautionneux, je dépliais mon duvet et son sac protecteur sur le lit de droite. Un baladin comme moi, danseur de marche en montagnes, bouffon ambulant, philosophe de guingois, poète de prose malhabile, ne pouvait songer à négliger l’occasion de dormir dans le meilleur lit du village, du moins dans l’un des deux, étant donné mon état de solitude. Ce dont je ne m’étais pas plaint depuis dix jours. Au contraire. Mais là je regrettais qu’un compère, ou mieux une allante et charmante compagne, ne profite de l’aventure et de ma joie. Dans la nudité nocturne, fenêtre ouverte, où les hulottes criaient, je me sentais le roi du village, malgré la sournoise oppression du vide, la déliquescence régnante.

(…)

Thierry Guinhut

Extrait de « Vihuet, une disparition »,

Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

Guaso y sierra de Galardon, Alto Aragon. Photo : T.Guinhut.

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 12:52

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

James Sacré, la maladresse de la poésie :

 

Figures qui bougent un peu et autres poèmes.

 

 

James Sacré : Figures qui bougent un peu et autres poèmes,

Poésie Gallimard, 288 p, 7,90 €.

 

 

 

      La maladresse de la poésie. Un tel titre devrait paraître un blâme… Il n’en est rien. James Sacré en effet publie des poèmes intitulés « Quels mots pas possibles ? » ou « Si quelque chose d’affirmé ? », et des recueils ténus qui s’appellent Quelque chose de mal raconté, ou Des pronoms mal transparents, ici réunis sous le chapeau de Figures qui bougent un peu et autres poèmes. En première instance, James Sacré écrit mal. Mais au second regard cette maladresse est un délicat savoir écrire, est celle de la tendresse.

 

      Souvenons-nous que Platon incrimine la poésie quant à son incapacité à exprimer le vrai[1]. Que la dichotomie foucaldienne entre « les mots et les choses » interdit l’étreinte du réel par les mots. De cette problématique le poète James Sacré a parfaitement conscience. Son incapacité à dire tient autant au lexique et à la syntaxe qu’à l’imparable altérité des choses et des êtres. Il n’en reste pas moins que son écriture poétique sait fixer dans le tremblement de l’émotion toutes les « figures qui bougent un peu » sous l’ombre de son regard.

     Vers, versets, prose ? Le parler-écrit, un peu chanté (comme on dirait le Sprechgesang) de James Sacré oscille entre ces dénominations, sans vouloir se fixer une loi, somme toute en liberté de phrasé : « ça finit dans un poème pas trop construit ». La syntaxe et le vocabulaire, plus que courants, voire familiers, signent la vocation maladroite de la parole, non par misérabilisme, mais par une sorte d’enfantine formulation qui tremble d’émotion devant la difficulté à dire autant que devant le mystère et l’inaccessible sens du monde : « de quoi est-ce qu’on a peur vraiment d’arriver où ? » Ce qui laisse entendre qu’il y a bien une dimension métaphysique, philosophique, en cette poésie qui n’intimide pas son lecteur, car selon le jeu sur les mots du préfacier, lui-même poète, Antoine Emaz[2], « il est clair que Sacré refuse d’endosser les habits sacerdotaux du Poète ».

      Reste que l’écriture, sans avoir l’air d’y toucher, ne néglige pas une réflexion sur son art : « La poésie, comment dire ? » Voilà qui pourrait paraître simplet, si l’on ne poursuivait : « Est-ce qu’un poème ressemble à la verte indifférence de l’herbe, / Ou s’il peut être aussi comme un geste pour voir ? ». Sans grand mots, la dimension orphique de la poésie est mise en question…

      Ces Figures qui bougent un peu sont une suite de poèmes « en forme de figure », en même temps qu’un art poétique. On y croise l’automne, Bossuet, « un pneu noir de bicyclette ça fait longtemps », des promenades au dehors et des promenades intérieures, des grillages et des vitrines. « Des choses concrètes surtout pas le mot poème » ; pourtant ce dernier est partout, confiant la minuscule tragédie de l’écriture qui veut dire le monde sans pouvoir se passer d’elle-même, comme malhabile outil et filtre devant le réel. Parmi ces Figures qui bougent un peu (elles sont 46), la quarante-cinquième juxtapose problématiquement les mots et les choses. Ce sont des oiseaux « redevenus comme vivants dans le beau papier […] d’Eleazar Albin Histoire naturelle des oiseaux à La Haye / en mille sept cent cinquante aujourd’hui / un pigeon mort dans les feuilles sales d’un boulevard parisien / n’est plus rien pour ainsi dire sauf un motif ». Comme si était plus vivant l’oiseau des livres, de ses gravures anciennes, que celui dont la vie est éphémère et crevée, comme en une métaphore de la condition humaine.

      Lyrique est évidemment James Sacré, mais sans la moindre emphase. Ni sentimentalisme ni désespérance romantique, malgré l’empreinte autobiographique, depuis « les cahiers d’écolier », ou « le sourire bonheur niaiserie de ma mère ». L’atome de nostalgie ne verse pas dans la mélancolie outrancière. Au contraire, un sentiment presqu’exalté du bonheur ne cesse de se déployer. Un apprentissage de la beauté du monde est ici à l’œuvre : « C’est comme le volume du mot bonheur »

      Le paysage américain, de la campagne poitevine, de la Nouvelle-Angleterre, urbain et parisien, est un motif inépuisable : « ce paysage de campagne mal en ordre », le ravit autant que celui d’un « jardin bien fait qui sent l’ordre et le linge ». Mieux, il s’agit d’ « un passé comme un herbier soigné ». Ou d’un jardin d’enfance, car « le jardin c’est toujours comme une sorte de plaisir bien habillé ». Le voir, la mémoire et l’écrit au service des lieux visités et aimés s’agglomèrent et se renforcent avec la circonspection nécessaire, y compris là où « les trottoirs devenaient comme une espèce de jeu de l’oie défait ».

 

      Bouleversante est cette grappe de poèmes dédiée à « Katia » : « Une petite fille silencieuse ». On n’ignore pas ici l’hôpital et la mort. Là « Quelqu’un dort dans le blanc des draps la couleur pas trop ». Là, où tout est respectueux, allusif, « Remuent des bouteilles contre un espèce de mât à roulettes ». Pas de pathos, « là où le cœur s’inquiète beaucoup », mais la petite corde nue de l’amour et de l’écoute :

« Pourquoi moi, demandait la voix, encore.

Ça a résonné jusqu’à on sait pas où dans le fond mal arrangé du monde.

[…] Je ne verrai plus assise à côté des iris sans fleurs

Une enfant qui regarde un animal familier. »

      Amitié, amour, attention aux êtres et aux choses, « à la musique en allée de toi », tout se cristallise dans les mots de l’élégiaque poème. Pourtant :

« Au moment de penser à toi le poème

T’oublie en cet endroit des mots

Que c’est peut-être encore mourir ».

      Le terrible est dit avec des moyens discrets, cependant d’autant efficaces : « l’espace insensé / Où l’expression de ton visage, avant que tu meures, / A disparu (comme le silence est véhément !) » On retrouve, plus modestement, quelque chose des Sonnets à Orphée de Rainer Maria Rilke, qui célébrait la disparition d’une jeune danseuse…

 

      Nous aimons chez James Sacré, né en 1939 en Vendée, et qui vit à Montpellier, « la fesse intime de l’amour », pour reprendre l’un des premiers versets d’Ecrire pour t’aimer ; à S.B.[3] La délicatesse de l’érotisme y conflue avec les mouvements et le bric à brac du quotidien : « Non pas que je tienne à sauver des sentiments de la ruine / Mais parce que le grand bien-être et force dans le cœur, / A dire tout bonnement que je t’aime, ça ressemble vraiment / A l’ange qui galope dans tous mes poèmes : on le voit mal, mais j’écrirai toujours ».

      Nous aimons ces Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme)[4], dans lesquelles « un mouvement du cœur fait bouger dedans un défaut du verre », quoique « on y trouve jamais rien bouteilles vides leur couleur toute partie en écriture »…

      Nous aimons ces pages où le poème hésite entre « lavis » et « montagne », entre la peinture des paysages du Maroc et l’écriture des dessins de Guy Calamusa[5] : « Comme un allusif fond mouillé qui a / rendu vif un paysage ». Cette « sorte de raccomodage en peinturant » est à la fois une ekphrasis et une émotion frémissante des mots…

 

      « Si la maladresse paraît, et presque rien / Dans ces poèmes, c’est tout de ma faute sans doute ». Mais aussi tout de ton mérite, James. Nous aimons ta maladresse innée, feinte et assumée, ta maladresse assurée qui est le diapason de l’amour devant la beauté et le tragique du monde ; qu’il est si difficile d’appréhender sans les blesser, sans les affadir…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1]  Platon : République X 600 e.

[3] James Sacré : Ecrire pour t’aimer ; à S.B. Ryôan-ji, 1984.

[4] James Sacré : Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), Le Castor Astral & Le Noroît, 1986.

[5] James Sacré : Le paysage est sans légende, Al Manar, Alain Grotius, 2012.

 

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 15:58

 

 

Vents et nuées. T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Marina Tsvetaeva et Ariadna Efron,

 

le  combat du lyrisme contre le totalitarisme :

 

Poèmes, Carnets

 

et Chroniques d’un goulag ordinaire

 

 

 

Marina Tsvetaeva : Poésie lyrique. Poèmes de Russie, 1912-1920, Poèmes de maturité, 1921-1941,

traduits du russe et préfacé par Véronique Lossky,

Syrtes, 900 et 800 p, 20 € chaque, coffret, 40 €.

 

Marina Tsvetaeva : Les Carnets. Publiés sous la direction de Luba Jurgenson,

traduits du russe par Eveline Amoursky et Nadine Dubourvieux,

Syrtes, 1136 p, 43 €.

 

Ariadna Efron : Chronique d’un goulag ordinaire,

traduit du russe par Simone Goblot, Phébus, 288 p, 19,50 €.

 

 

      « Il lave le rouge le plus lumineux / l’amour[1] », écrivait en 1917 Marina, l’année même du déclenchement de la révolution rouge, bolchevique et communiste, de sinistre mémoire. Qui eût cru qu’il restait autant d’inédits de la grande poétesse Marina Tsvetaeva (1892-1941) ? Que deux magnifiques volumes de Poésie lyrique allaient nous ravir, nous pousser à pleurer, à toucher enfin les sommets délicieux et terribles du lyrisme russe… De surcroît, grâce aux soins inquiets de sa fille Ariadna qui rassembla la matière de dix tomes d’écrits intimes, voici entre nos mains des Carnets qui balaient toute une vie intensément créatrice. En même temps que nous sont révélées les lettres du goulag de celle par qui la mémoire de la poésie russe de la première moitié du XX° fut sauvée.

 

      Du Siècle d’argent au siècle rouge, résonne toute la splendeur lyrique et tragique de Marina Tsvetaeva. Enfant-poète fêtée par sa famille et ses pairs, née en 1892, elle subit de plein fouet la violence bolchevique et stalinienne qui balaie son pays, jusqu’à son suicide, en 1941. Amours séparés, exil, retour dans une patrie qui ne la publie plus, rien ne lui est épargné, sauf le génie qui lui permet seul de vivre en toute intensité ses amour-passions… Jusque-là, en français, ses poèmes vivotaient plus ou moins orphelins dans des recueils, des anthologies. Quoique ces derniers fussent bouleversants, rien n’égale l’étonnement et l’émotion charmée devant un évènement de poids : la publication intégrale des Poèmes de Russie et de maturité, 1700 pages bilingues. Un fleuve d’amours parmi les barrages de l’Histoire, et un poids sur le cœur…

      Alors que les premiers poèmes célèbrent une enfance heureuse avec « Le prince et les cygnes », alors que Psyché s’annonce encore comme relevant du « romantisme », Marina écrit en 1921 Le Camp des saints, recueil qu’elle sait impubliable en Russie soviétique, puisqu’il y est fait l’éloge funèbre de l’armée blanche, fidèle au Tsar, écrasée. Son cher mari, Sergueï Efron, en avait été un élève-officier, contraint à l’exil :

« Je me rappelle ton visage clair, la nuit,

Dans l’enfer du wagon des soldats.

Je chasse mes cheveux dans le vent

Et garde les épaulettes dans un coffret. »

      En 1922, elle le rejoint à Berlin. Car même si elle eut d’autres amours (dont saphique en 1915), elle garde à son égard une fidélité à toute épreuve. C’est surtout à partir de 1917, que « Le plus grand fracas de mon siècle », la rattrape, quoique sa révolte reste intacte : « Mais jamais je n’embrasserai un bourreau ! » Comme son pays, elle peut dire, en dépit de la propagande : « Je suis un champ dévasté au dedans ». Ainsi sa poésie, qui est bientôt son unique amie, devient aussi vigoureusement engagée que secrète : « Et nous - sous la bâche funèbre pour avoir dit « le tsar » ! » Ou encore : « Brebis soumises et vous - moutons, / Esclaves d’Hitler, avec Staline marchez ! »  Elle n’est pas dupe devant l’identité des deux totalitarismes et reste sans illusion : « À la bouche noire des fusils, offrez tempes et sein. » Pourtant elle aime passionnément sa Russie : « Ô mère – ma Russie, / Cheval ensorcelé ! » Quelques soient les circonstances les plus âpres, le lyrisme ne la quitte pas, il est la seule âme qui l’anime jusqu’au bout de ses errances et de ses solitudes.

 

Marina Tsvetaeva chez Clémence Hiver.

 

      Marina, dont le nom peut être approximativement traduit par « La fleurie », reviendra en sa patrie pour s’y faner jusqu’au désespoir, lorsqu’elle met fin à ses jours. Entre temps elle a pu dire : « Merci à ma table de travail fidèle » et anticiper son au-delà : « on me déposera nue / Avec deux ailes pour linceul ! » Le tragique n’est en effet jamais amputé de l’assomption de l’écriture :

« Je me suis ouvert les veines : la vie

Gicle, ininterrompue et irrécupérable.

Mettez dessous : assiettes, jattes… […]

Irrécupérable, elle gicle : la poésie. »

      Alors que nombre de ses vers ont attendu longtemps leur publication posthume, notre édition bilingue est un prodige de complétude autant que de traduction. Véronique Lossky n’a-t-elle pas veillé à retranscrire les assonances ? Par exemple en respectant le « y » russe qui est un son « ou » : « Feux de nuit, à mon cou - perles d’or. / À ma bouche - goût de feuilles - liens des jours »… À travers ce titanesque coffret, les « Brumes anciennes de l’amour » et une foule d’inédits ressurgissent, comme les Poèmes à la Tchécoslovaquie. Particulièrement émouvants sont ses tous derniers vers :

« Il est temps d’ôter l’ambre,

de changer le vocabulaire,

Temps d’éteindre le réverbère

Au-dessus de ma porte. »

      Si les plus beaux récits ont été publiés par l’éditrice passionnée Clémence Hiver, puis réunis dans les Œuvres[2] complètes en cours de publication, il manquait à l’évidence cette immense chronique intime, de la révolution bolchevique à l’exil, jusqu’à la traque stalinienne et au suicide, en passant par une vie littéraire et amoureuse intensément remplie. En ces Carnets, torrent de lettres, de brouillons, de notes et de vers traduit en intégralité, passe « tout un incendie »… Marina est une « personne écorchée » pour laquelle « tout tombe comme une peau, et sous la peau il y a la chair à vif et le feu ». Mais aussi une hyperactive de l’écriture : « Le désœuvrement c’est le vide le plus béant, la croix qui rend le plus vide. C’est pourquoi -peut-être-, je n’aime ni la campagne ni l’amour heureux. »  Elle s’éprouve sans limites, capable de « mener dix relations (bonnes relations !) à la fois et soutenir à chacun, du tréfonds de mon être, qu'il est le seul et unique ». C’est ainsi qu’elle aime son mari, qu’elle aime l’amie, plus exactement « l’Amour sous sa forme féminine » dans l’Histoire de Sonetchka[3]; qu’elle correspond avec Rilke et Pasternak, prise de passions intellectuelles flamboyantes, mais aussi avec maints auteurs russes : « J’ai tellement, tellement à vous dire qu’il me faudrait cent mains »… Elle rend ainsi hommage à autrui, comme lorsqu’elle écrit De vie à vie[4], chaleureux éloge du poète Maximilian Volochine, qu’elle nommait son « père spirituel ». Tout en cherchant une expression qui lui échappe : « Aucune forme ne me convient -même pas celle, très vaste, de mes vers ! Je ne peux vivre. Rien ne ressemble à rien. Je ne peux vivre qu'en rêve ». Ce pourquoi, au-delà du dénuement lors du retour en Union Soviétique et de l’oppression policière, elle choisit de se tuer, en une sorte d’allégorie du destin de la Russie ; tout ce dont rend également compte avec précision la riche biographie de Maria Razumovsky[5].

      Après une enfance dorée et une jeunesse météorique de poète précoce, elle doit fuir une révolution (l’une de ses filles mourut de faim à trois ans) qui très vite récusa toute création libre, originale. Croit-elle trouver dans l’exil des complicités littéraires, que Paris, malgré quelques succès, la déçoit cruellement. Le retour au pays est illusoire jusqu’au terrible : « Puisque j’ai pu cesser d’écrire des poèmes, je pourrai un beau jour cesser d’aimer. (…) Bien sûr, j’en finirai par un suicide, car mon désir d’amour est un désir de mort. » Ce qui prouve que chaque bribe de ces Carnets, entre 1913 et 1939, de ce lyrisme sacrifié, est aussi soignée qu’une page de vers, même si ce matériau littéraire ne fut guère destiné à la publication…

      L’immense fresque des Carnets peint une autobiographie éclatée, éclatante et poignante, une revendication permanente d’individualisme poétique dans un continent laminé par l’idéologie collectiviste, un atelier frissonnant d’enthousiasmes et d’effrois, une matrice polymorphe en vue des proses et des poèmes en gestation. Car sa vie est une avalanche de cataclysmes affectifs, financiers, politiques ; et seule la vie « transfigurée » par l’art a valeur à ses yeux : « chaque livre est à lui seul tout un monde, et ce sentiment profond de malaise : comment mourir alors que j’ai tant de livres ? » Cette « sténographe de l’être » (ce fut l’épitaphe dont elle rêvait) connaissait la teneur et la réalité de son génie, bien qu’elle eût grand mal à être publiée. Aujourd’hui semble enfin réalisé le souhait le plus cher de sa fille : rendre justice à son originalité, à son amplitude ; à celle qui écrivait :

« Les poèmes poussent, des étoiles, des roses,

et de la beauté

- inutiles pour la vie familiale.

Quant aux couronnes et aux apothéoses -

Une seule réponse : - d’où  cela me vient-il ?[6] »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Est-ce ce désir fou qui soutint Ariadna Efron lors de ses deux longs séjours au goulag ? Si elle paraît noter, en sa Chronique d’un goulag ordinaire, le « plaisir de voir le drapeau rouge flotter au-dessus de notre combinat dans un ciel d’un bleu pur », ce n’est que parce que ses lettres sont indubitablement surveillées. L’on sait en effet que Marina rejeta le communisme, refusant d’adorer « l'homme nouveau [...] moitié machine -moitié singe- moitié mouton ». Sa mère morte, son père arrêté, puis exécuté, Ariadna n’a d’autre joie, pendant ses efforts de survie que seule l’intériorisation de la censure paraît rendre acceptables, que de savoir retrouvés les précieux manuscrits maternels. Les pages si tendres de son « Essai sur maman » consacré au culte de Marina, permettent à cette chronique de n’être pas éclipsée par les plus grands, Soljenitsyne et Chalamov, chantres indépassables de l’horreur du « goulag ordinaire ».

 

      Lire et relire ces deux destins tragiques, ces deux journaux de vies malmenées et transfigurées… S’immerger dans l’atelier littéraire et intime de Marina Tsvetaeva, picorer un aphorisme, un brouillon de poème, une page de journal : quel bonheur de lecture, en une édition splendide, illustrée, sur le papier ivoire des Carnets ! Mais rien ne vaut ce coffret de poèmes de Russie et de maturité pour extraire tout le suc d’une existence innervée du pur et amer bonheur de la poésie. Quoique trop souvent balayée par le vent d’angoisse des guerres et de ce totalitarisme communiste teinté du rouge de tant de sang. Au-delà de ce qui fut dans les Carnets l’utérus originel, et grâce à cette édition bilingue, ses « sombres poésies lyriques » trouvent enfin le lecteur de l’éternité. Leur tour est enfin venu d’être lues, aimées :

« Dispersés dans la poussière des librairies

Où personne ne les prenait, où personne

Ne les prend ! - mes poèmes seront

Comme des vins précieux : leur tour viendra.[7] »

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

A partir d'articles -ici augmentés- publiés dans Le Matricule des Anges,

avril 2005 et novembre-décembre 2016

 

[1] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, Fourbis, 1992,  p 75.

[2] Marina Tsvetaeva : Œuvres I Prose autobiographique, II Récits et essais, Seuil, 1009 et 2011.

[3] Marina Tsvetaeva : Histoire de Sonetchka, Clémence Hiver, 1991.

[4] Marina Tsvetaeva : De vie à vie, Clémence Hiver, 1991.

[5] Maria Razumovsky : Marina Tsvetaieva, mythe et réalité, Noir sur blanc, 1988.

[6] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, ibidem p 93.

[7] Marina Tsvetaeva : L’Offense lyrique, ibidem,  p 22.

 

 

Tsvetaeva-Carnets.-Syrtes.jpg

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:05

 

Capilla Santa Baldesca, Samitier, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La Théologie portative du baron d’Holbach :

 

une charge pleine d’humour contre les tyrannies

 

et momeries des religions.

 

 

D’Holbach : Théologie portative, Rivages poche, 306 p, 9,60 €.

 

 

 

      « Ecrasez l’infâme ![1] », c’est ainsi que le fanatisme religieux était conspué par Voltaire. Il restait pourtant déiste, attaché à l'azur d'un au-delà, comme Rousseau. Alors que d’autres philosophes des Lumières, Helvétius, d’Holbach, étaient résolument athées. On connait le Dictionnaire philosophique portatif de l’auteur de Candide. D’Holbach lui répond avec sa Théologie portative, texte rare, judicieusement réédité et préfacé par Raoul Vanegem, situationniste notoire, qui nous rappelle que l'édition de 1776 fut condamnée par le Parlement de Paris à être brûlée de la main du bourreau. Peu prompt à la crédulité et à la bêtise instituée en dogme, notre baron fait feu de toute ironie et raison.

 

      Publié à Londres en 1768 sous un faux nom (l’abbé Bernier), et non sans succès, l’exercice est savoureux, percutant, ravageur : « saintes persécutions » et « saintes boucheries » emplissent l’Avertissement de l’auteur. De « Aaron » à « Zoroastre », ce n’est pas exclusivement le christianisme qui est visé : « Mahométisme. Religion sanguinaire dont l’odieux fondateur voulut que sa loi fût établie par le fer et par le feu. On sent la différence de cette religion de sang et de celle du Christ qui ne prêcha que la douceur, et dont, en conséquence, le clergé établit ses saints dogmes par le fer et par le feu ». S’attaquer à des cultes alors lointains permet de dévoiler par rebond la face torve et ridicule du papisme. Ainsi les « effets » de la Foi « sont de plonger dans un saint abrutissement accompagné d’un pieux entêtement, et suivi d’un fort mépris pour la raison profane ». La tyrannie mentale ne demande qu’à s’évanouir après son dévoilement.

      Les quelques centaines de brefs textes de ce « dictionnaire abrégé » témoignent de la culture étonnante de son auteur autant que de son humanisme au service de la liberté de pensée et d’action. Et d’une franche bonne humeur : « Amour. Le Dieu des Chrétiens n’est point galant, il n’entend pas raillerie sur le fait de l’amour ». Voire d’un franc rire que l’on goûtera sans barguigner : « Ciboire (saint) : vase sacré, dans lequel, pour le garantir des rats, les prêtres catholiques renferment pour le besoin un magasin de petits dieux, qu’ils font manger aux chrétiens quand ils ont été bien sages ». Toutes les puérilités et momeries sont bonnes pour être avalées par les sectateurs et les fidèles. Si l’on veut retrouver l’esprit des libertins du XVIIIème siècle, lisons ce qu’il dit des « Flagellations » : « Saintes et salutaires fessées que se donnent les chrétiens les plus parfaits dans la vue de mortifier la chair, de rendre l’esprit gaillard et de mettre en goguette le Père des miséricordes, qui rit dans sa barbe divine toutes les fois qu’on lui montre un derrière ou un dos bien et dûment étrillés ; surtout dans un chœur de nonnes et de moines, ou dans l’anti-sacristie, qui est le fessoir des dévotes ».

      On saura au mieux l’abjection des sicaires du christianisme, -mais sans exclusive- prétendant servir leur paisible Christ abonné à l’amour d’autrui (et jusqu’à ses ennemis) lorsque l’on ouvre cette Théologie portative à la page de l’ « Auto da fé. Acte de foi, régal appétissant que l’on donne de temps à autre à la Divinité. Il consiste à faire cuire en cérémonie des hérétiques ou des Juifs pour le plus grand bien de leurs âmes et pour l’édification des spectateurs ». D’Holbach n’omet pas d’ajouter à cette analyse un coup de griffe contre « la sainte Inquisition […] qui se divertit à cuire les œuvres impies de Galilée, de Descartes et de tous les philosophes qui se donnent des airs d’être plus raisonnables que les savants inquisiteurs ». Nul doute que notre baron pensait également aux auteurs des Lumières.

 

     Paul-Henry Dietrich, Baron d’Holbach (1723-1789), abondant collaborateur de l’Encyclopédie, en particulier pour la chimie, était un familier des publications sous pseudonyme, censures et poursuites obligent. Son Christianisme dévoilé ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne, parut à Londres, sous le nom Boulanger, en 1767. L’ouvrage, érudit en diable, est un réquisitoire polémique dans les grandes largeurs, qui taille en pièce le christianisme, au moyen du rationalisme, en lui reprochant de ne guère contribuer à l’émancipation du genre humain. Contemporain de Kant, il ne ménage pas le « Sapere aude » (Ose savoir) de Qu’est-ce que les Lumières ? Au point de faire table rase de toute possibilité religieuse au profit d’un athéisme aussi radical que revigorant. Ainsi, rester un fidèle de quelque culte que ce soit relève, après cette lecture incisive et roborative, de la gageure.

 

      Fabrique d’illusion et outil d’asservissement, la religion ne bénéficie d’aucune ombre d’indulgence de la part de l’essayiste en son dictionnaire presqu’exhaustif. Tout juste pourrait-on reprocher à ce pamphlet sans pitié ni piété, et un peu à l’emporte-pièce, mais c’est là la rançon de l’exercice, de négliger le pouvoir d’empathie et de pardon du clergé chrétien, sa modeste contribution à la morale, et sa contribution immense à la sphère artistique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article, ici augmenté, publié dans Le Matricule des anges, novembre-décembre 2015

 

[1] Dans ses lettres à Damilaville.

 

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Chevalier

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Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

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Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

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Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

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Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

Danielewski

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Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

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Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

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Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours, précurseur de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

Fables 1

 

Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

facebook-livre.jpg

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

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De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

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Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

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Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

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Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

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Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

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Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

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Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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