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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 10:16

 

San Millan de la Cogolla, La Rioja. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Populisme & complotisme,

mamelles paradoxales de la doxa.

 

Platon, Pierre Rosanvallon, Karl Popper,

Emmanuel Kreis, Luc Boltanski, Rudy Reichstadt, George Orwell.

 

 

Une silhouette populiste complote dans l’ombre ; pour usurper ou retrouver le pouvoir… Pourtant le peuple, y compris ses silhouettes inquiétantes, est en démocratie souverain, dit-on. Y compris si selon la volonté générale il se prononce pour adouber la tyrannie qui vient l’opprimer avec son art consommé de la démagogie. Est-ce donc cela le populisme ? Que l’on appellera complotisme dès que le peuple aurait désavoué l’autorité institutionnelle pour lui substituer son discours délirant ou injustement décrié ? Du haut de la souveraineté officielle et éclairée, associant les pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires, économiques et médiatiques, populisme et complotisme sont les mamelles paradoxales de la doxa, là où elle puise le lait de sa justesse, de sa caution, mais aussi de ses certitudes abusives et de ses hautaines exécrations. N’y a-t-il que de mauvais populismes, voire que de mauvais complotismes ?

 

Car le populisme se veut un terme infamant pour tout discours politique s'adressant aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants. Opposant le peuple aux élites, cet archipel de discours emprunte et rameute la voix de ceux qui s’estiment exclus de l’efficacité du pouvoir, y compris démocratiquement élu, du moins apparemment, s’il n’est pas l’émanation d’une oligarchie récurrente et manipulatrice. Certes de forts relents démagogiques teintent parfois jusqu’à la lie le discours populiste, préconisant des « ya qu’à » simplistes, à l’encontre de problèmes complexes, brossant dans le sens du sale poil les plus bas instincts d’une ochlocratie en devenir. Mais au populisme ainsi conspué l’on entend accoler de manière implicite un relent de fascisme, nauséabond comme il se doit, de façon à disqualifier toute thèse, toute argumentation droitiste. Le Front ou Rassemblement National serait populiste, alors que l’on se garde souvent de nommer un populisme de gauche, celui qui prétend depuis des siècles assurer le bonheur populaire en spoliant et évinçant les riches, alors que les solutions égalitaristes et confiscatrices socialistes et communistes ont montré leur contreproductivité au dépend de la prospérité du plus grand nombre.

Aussi le terme « populisme » ressortit-il du cliché politiquement orienté, voire de l’orwellien novlangue, alors que les peuples se voient dépossédés de leur légitimité décisionnelle, tant des décisions supranationales ou internationales sont prises par des organisations élues de manière lointaine, comme l’Union Européenne, tant la dilution des voix d'un peuple parmi bien d'autres est considérable, ou non élues, pour aller dans une direction nouvelle du spectre politique et économique, comme les GAFA, ces entreprises du numérique, dont Google, Apple, Facebook, Amazon, Twiter, etc.

Le populisme cependant serait l’émanation du peuple, serait sa voix essentielle, celle qu’il faudrait emprunter au risque de la volonté générale. Il s’agit au regard de l’Histoire, une invention récente, celle de la souveraineté du peuple depuis la Révolution française et la Déclaration d’indépendance américaine, et par voie de conséquence l’ordre constitutionnel qui en découla. Sauf que le peuple n’est pas la somme de la population, ni même la communauté nationale, mais également le socle démographique, la populace, ce qui péjorativement vient de la tourbe, de la plèbe et du vulgaire (turba, plebs et vulgus latins), desquels découla le prolétariat, exalté et floué par le communisme. Or aller dans le sens démocratique du peuple serait autant du devoir moral du prince de l’Etat que d’une inqualifiable collusion démagogique.

 

 

Entre l’idée du peuple raisonnable et la masse manipulable autant qu’ingérable et capable des pires errements, la fracture se creuse autant que la crainte des populismes qui iraient flatter les pires et bas instincts de la foule. Suivant Platon, dans La République, « la liberté excessive doit amener tôt ou tard à une extrême servitude […] c’est-à-dire qu’à la liberté la plus pleine et la plus entière succède le despotisme le plus absolu et le plus intolérable[1] ». Ainsi l’irruption du demos menaça l’intégrité aristocratique et l’autorité du nomos, cet ordre naturel et immémorial du droit chez les Grecs, autant que l’actuelle oligarchie issue des urnes et de leurs manipulations par des élites qui n’ont d’autre destin que de se reproduire, voire au dépend de leur qualité, se trouve bien dépourvue lorsque le peuple réclame des comptes et prétend penser autrement que la voie idéalement tracée, car si l’on entend Rousseau « à l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre[2] ». Aussi ne reste-t-il qu’à réprimer par la force, de la violence, ou de la persuasion par le chantage au populisme par lequel on prétend disqualifier qui ne passe par le moule de la doxa. La crainte étant de voir des démagogues entraîner ce peuple aux instincts étroits et brutaux, aux prétentions envieuses, le pouvoir établi tient à polir ses mythes et à ne pas les voir remis en question. Aussi sommes-nous pris de court entre deux tyrannies, à moins qu’il s’agisse de deux  légitimités dangereuses. Si le peuple n’est pas aggloméré selon un idéal commun et un pacte juridique, c’est être coincé entre une aristocratie prédatrice et une ochlocratie revancharde, aux dépends de la démocratie libérale.

 

La méprisante, insultante dénonciation par le populisme s’abat sur les peuples frappés de l’insultant qualificatif de xénophobes. À leur égoïsme s’adjoint une apparente fermeture d’esprit et de mœurs insupportable aux prétendus progressistes. Cependant n’est-il pas hautement défendable qu’un peuple tende au respect de son identité et de sa culture, tant qu’elles ne sont pas fondées sur l’agression d’autrui ? Qu’un peuple ne veuille pas se résoudre à disparaître, à se fondre en une acculturation ? Et surtout qu’ils se doivent de réprouver l’irruption de l’Islam tant il est à la fois menace contre des particularismes nationaux et culturels, contre la dignité humaine et contre le droit naturel à la liberté. Comme le prétend le mouvement de droite populiste allemand PEGIDA, soit « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident », que l’on dit hélas inféodé par des individus susceptibles de néonazisme. Quelques soient les reproches que l’on puisse faire par ailleurs à des pays comme la Hongrie (hélas passablement antisémite), ou la Pologne (hélas d’un conservatisme catholique dommageable), ne faut-il pas apprécier leur résistance et leur horreur de la collaboration avec un ennemi redoutable, dans le cadre d’une invasive religion et d’un conflit de civilisation qui avance plus ou moins rampant…

Aussi le soupçon infamant de populisme tend à « pathologiser l’adversaire[3] », selon Konrad Paul Liessmann, évitant de s’interroger sur l’éventuelle validité politique et morale de ses arguments, tant le concept est flou et attrape-tout.

Le siècle des populismes, pour reprendre le titre de Pierre Rosenvallon[4], est forcément celui du XX° siècle, voire, de cet initial XXI° siècle, cet essayiste balayant large, voire abusivement, du boulangisme au brexistisme de Boris Johnson, du chavisme vénézuélien à l’insoumission de Mélanchon,  du péronisme argentin à Donald Trump. Une élite, plus ou moins fantasmatique, supposément corrompue doit être débordée par un peuple supposément vertueux, que cela vienne de la gauche ou de la droite, des Franquistes et des Nazis, des Bolcheviques et des Castristes, des conservateurs ou des révolutionnaires. Ce peuple aux contours mouvants verrait dans toute crise, réelle ou fantasmée, qu’elle soit économique, écologique ou morale, la main captatrice des profiteurs, qu’ils soient mus par le capitalisme ou par la pulsion totalitaire. Le culte des leaders providentiels, la foi dans le protectionnisme, l’appétit pour les référendums populaires, le souverainisme contre le globalisme, l’incompréhension de la complexité et en particulier de la science, la justification de la colère sont des constantes du populisme qui laisseraient accroire qu’il n’y a qu’irrationalité en la demeure. Pourtant que le peuple soit floué par une oligarchie n’a rien de d’exceptionnel dans l’Histoire, que la souveraineté d’un peuple soit mise sous le boisseau par des instances supranationales n’a rien d’imperceptible : en ce sens un populisme rationnel ne serait pas inenvisageable. L’exemple du chômage et l’abondance des taxes sont des réalités que le peuple subit et qu’il ne peut qu’attribuer à des responsables : l’Etat ou le capitalisme, voire la connivence du premier avec le second, la deuxième explication étant la favorite des démagogues de gauche. Il n’est pas sûr que, comme le prétend Pierre Rosenvallon, le populisme soit toujours illibéral, tant il peut concevoir de restaurer des libertés d’entreprendre face à la fiscalité et au normativisme, ce que l’on a pu constater à l’occasion de la reprise économique et à la considérable baisse du chômage dues aux réformes fiscales drastiques de Donald Trump. Ainsi ce Président, pourtant populiste en terme de rhétorique et de style, a rendu un fier service à son peuple en permettant à des millions d’emplois de fleurir. En ce sens, même avec des réponses simplistes à des problèmes par ailleurs complexes, le populisme n’est pas forcément antidémocratique, ce que reconnaît Pierre Rosenvallon qui tient à demeurer attentif à « l’œil » et à « la voix » du peuple, sans aller bien sûr jusqu’à l’adage discutable : « vox populi, vox dei ».

Cependant c’est en un stérile manichéisme que l’on oppose élitisme et populisme. Le peuple est alors idéalisé aux dépend de sa vulgarité et de son ignorance, alors que l’élite ne l’est que par ses positions de pouvoir et non par ses qualités intellectuelles et ses capacités de porter remède aux crises.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La disqualification par le populisme n’ayant guère réussi à faire régresser l’opposition, vient un autre temps rhétorique : celui du complotisme.

« Complotisme », ou encore « conspirationnisme », devient l’injure suprême, marquant au fer rouge l’irrationnel abruti. Pourtant souvenons-nous qu’une telle injure rappelle bien des dictatures, qui disqualifiaient avec virulence quiconque tenter de révéler leurs crimes et machinations et en particulier les dissidents, par exemple en Union Soviétiques, où les complots bourgeois, trotskistes puis juifs légitimaient la répression.

Au revers de ces conspirations imaginaires concoctées pour durcir le pouvoir, existent, dans des sociétés plus libres, une foultitude de théories du complot qui sont de pures élucubrations, surtout d'ils se prétendent mondiaux.

Dans La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper écrivait en 1962 : « Il existe une thèse, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. Le rôle principal des sciences sociales est, à mon avis, d’analyser ces réactions et de les prévoir dans toute la mesure du possible[5] ». Ainsi entendu, le comploteur est-il un ennemi de la société ouverte, celle de la démocratie libérale…

L’on connait tous des théories du complots qui firent et font encore long feu : Le Protocole des sages de Sion, un faux notoire fabriqué par la police tsariste, qui attribuait aux Juifs le projet de dominer le monde, ensuite diffusé aux Etats-Unis par Henry Ford, brûlot qui fut un noyau de la propagande nazie et qui connaît encore aujourd’hui le plus grand succès au Moyen-Orient. Auquel l’on peut ajouter le fumeux et plantureux essai d’Edouard Drumont, La France juive, qui connut pléthore d’éditions et vilipendait Gambetta en « Barabbas » et « Empereur juif ». Idem pour les Francs-maçons, voire les Illuminati et les extraterrestres manipulateurs, sinon les sempiternels agents de l’étranger, sans compter les grotesques platistes pour qui la terre est une assiette, les connaisseurs du 11 septembre qui savent mordicus combien le F.B.I. et Israël sont le vrai, l’unique coupable. Il y a les adeptes de X Files et des ufologues, du Da Vinci Code et du mariage de Jésus avec Marie-Madeleine, des Jésuites tentaculaires, Templiers suprêmes et Francs-maçons savamment patients, des occultistes et satanistes, tels que listés et radiographiés par Emmanuel Kreis dans son édifiante anthologie Les Puissances de l’ombre[6], qui va de la révolution de 1789 à la fin du vichysme. Ou encore des fadas de l’implantation corticale de puces électroniques. Des allumés du méga-complot omniscient. De plus modérés attribuant une intention manipulatrice mondiale à l’Organisation Mondiale du Commerce, au club de Davos, étrangement assez peu d’obsédés de la perversion mondialiste des communistes. Ils bouillonnent sous le feu de leur goût de l’étrange et du fantastique, voire du surnaturel, de leur paranoïa, de leur ressentiment à évacuer pour le jeter sur un groupe, un concept, si fumeux soit-il ; le spectaculaire ayant la vertu de tirer le pseudo initié de sa médiocrité, de son ennui, de sa sensation de non existence. Ils agitent de manière masturbatoire leur pseudo-secret choyé jusqu’à l’outrecuidante caricature. Car la fascination du mythe, du sensationnalisme, l’odeur excitante de la haine, le goût opiacé de la crédulité, la persuasion d’en être, soit parmi les seuls initiés, la sensation de pouvoir imminent, de revanche à portée de main, de complicité avec les opprimés susceptibles d’être rédimés par la revanche, tout cela chauffe la fructueuse cassolette d’encens du complotisme.

 

 

Parmi une enquête informée, Luc Boltanski traque Enigmes et complots[7], tant parmi le roman policier et d’espionnage que par les observations sociologiques. Le plus intéressant est la façon dont il montre combien le spectre du complot focalise les soupçons adressés à l'exercice du pouvoir. Où est-il, qui le détient et le cache ? Au lieu des autorités étatiques, quelles sont les instances qui agissent dans l'ombre ? Sont-ce des banquiers, des anarchistes, des sociétés secrètes ? Les forces du mal, usant d’illégalité concertée, unissent leurs efforts pour affecter le cours de l’Histoire, en dépit de la concaténation historique, du hasard événementiel et d’explications multicausales. Au visible analysable s’opposent des marionnettistes officieux et menaçants, plus vrais que vrais, ainsi frappés d’irréfutabilité…

Poison démocratique à abattre, tel est le complotisme pour Rudy Reichstadt, directeur du site ConspiracyWatch.info, en son essai vigoureux : L’Opium des imbéciles[8]. La termitière à rumeurs et fausses nouvelles que favorisent les réseaux sociaux, la falsification des faits au nom d’une vérité autoproclamée, tout fait enrager le polémiste. Aussi « parler du complotisme en entomologiste, sans rien dire de la somme de lâcheté morale et de renoncement intellectuel qu'il a fallu accumuler de ces dernières années pour que recommencent à circuler, sous nos latitudes, des croyances contre lesquelles on pouvait s'estimer durablement prémunis est chose impossible ». Le risque étant de disqualifier le concept de vérité, la validité des faits au service d’une instrumentalisation ubuesquement orientée. Derrière le bric-à-brac complotiste, se cachent autant d’idéologies, antisémites, islamistes, anticapitalistes (c’est nous qui ajoutons ce dernier mot). De plus la « complosphère » parviendrait à se financer grâce à la vente de produits dérivés et à la publicité visionnée sur ses sites par les gogos. Ne considérer ces grotesques que sous l’angle de la « lubie inoffensive, aux côtés de l’homéopathie et de l’astrologie » est bien une erreur dommageable. Car « la théorie du complot falsifie l’histoire […] Elle prépare les génocides », ce que le Nazisme n’a que trop amplement montré en faisant du Juif un diabolus in politica.

Là encore toutefois, comme à l’égard du populisme, la dénonciation du complotisme ne doit pas être à l’emporte-pièce. D’autant que le bruit de fond des théories du complot officielles ou doxologiques a pour fonction de détourner des menaces réelles.

Le flou du concept de complotisme n’a d’égal que son utilisation pour discréditer une opinion, une hypothèse, une analyse non conformes, en une intention, voire une conjuration diffamatoires. Ainsi conçu il est une variante du point Godwin, de la reductio ad hitlerum, au service de gardiens de la doxa, d’activistes et militants d’une idéologie elle-même totalisante. Le complot islamophobe serait un péché capital, s’il ne contribuait à masquer la dangerosité avéré de l’Islam lui-même. Le libéralisme et sa variante rhétorique néo ou ultra, selon les vices d’un novlangue consommé, serait un complot économico-politique au service d’un anticapitalisme à visée totalitaire. Ainsi les anticomplotistes se saisiraient eux-mêmes d’une rhétorique du complot pour mener à bien leur conspiration politique. Ainsi les mamelles paradoxales de la doxa que sont le populisme et le complotisme permettent de se donner les prestiges de la vérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, au-delà d’invérifiables rumeurs lourdes de fantasmes, nombre de réels complots ont été menés au cours de l’Histoire, avec des succès inégaux, fracassants, voire rarement couronnés de succès. Comme l’assassinat de Jules César, la révolte des esclaves de Spartacus, la Fronde pendant la minorité de Louis XIV, le complot d’Orsini contre Napoléon III, le bolchevisme en Russie tsariste, celui de la « solution finale » nazie, la tentative d’assassinat d’Hitler, les conspirations spéculatives dans le domaine des transactions boursières, le communisme américain maladroitement débouté par le maccarthisme, etc. Les uns au service de projets totalitaires, de factions délétères, d’intérêts privés, les autres au service des libertés.

Or, restant cependant d’une prudence olympienne, l’esprit suspicieux ne peut manquer de s’interroger. À quel complot fomenté par les grandes firmes pharmaceutiques attachées à de profitables vaccins contre le coronavirus faut-il attribuer la dépréciation de l’hydroxycloroquine, sans compter les comités d’experts qui assistent les gouvernements attachés à la domestication citoyenne ? Ne faut-il réduire l’accusation de servitude sanitaire qu’au conspirationisme de quelques dissidents déglingués ? Dans quelle mesure notre coronavirus fut-il ou devint-il une arme bactériologique chinoise destinée à la destabilisation économique et politique de l’Occident ? L’Etat profond contrôlé par les Démocrates de la suite des Clinton et de Barack Obama mena-t-il une entreprise de fraude électorale colossale pour empêcher Trump d’accéder à un second mandat, en un coup d’Etat détruisant les fondements démocratiques de l’Amérique ? Toutes questions dignes du complotisme le plus sournoisement bêta, le plus délirant, ou d’une liberté intellectuelle qui glisserait un fer indu dans l’engrenage… Malgré le « pouvoir qu’exerce […] la majorité sur la pensée[9] », ainsi qu’en avertissait Tocqueville dans La Démocratie en Amérique au XIX° siècle, il y a une vengeance crasse ou naïve, à moins qu’il s’agisse de suspicion intelligente, à ce qu’une minorité soupçonne un ou une concaténation de complots.

 

« On peut être corrompu par le totalitarisme sans vivre dans un pays totalitaire. La simple prédominance de certaines idées peut répandre une sorte de poison qui rend un sujet après l’autre impossible[10] », disait George Orwell. Le concept de liberté d’expression n’est qu’une coquille vide si l’on se et vous maintient dans l’ignorance, le mensonge par omission, voire le mensonge délibéré, en une nappe de consensus. Autrement dit, à la difficulté que présente « la liberté d’être libre[11] », selon l’analyse d’Hannah Arendt, s’ajoute l’écueil de la connaissance inutile, selon le procès fait par Jean-François Revel[12], soit la somme d’informations que l’on refuse de considérer. Ainsi au devoir d’être d’informé sur les faits, au dépend des complotismes, doit répondre celui de rendre des comptes au peuple. Relisons Mirabeau qui écrivait en 1792 : « la plupart des citoyens, énervés par l’influence du gouvernement, aveuglés, soit par ignorance des faits, soit faute d’examen, soit faute de prévoyance et de sagacité, embrassent plutôt une opinion, qu’ils ne suivent des principes fixes et réfléchis[13] ». Aussi faut-il s’interroger sur la validité de termes tels que populisme et complotisme, à chaque occurrence, muni non du réflexe pavlovien du mépris, mais de la démarche zététique du sceptique.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Platon : Œuvres, Charpentier, 1869, t VII, La République, VIII, 564 a, p 419.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Le Contrat social, III 15, La Pléiade, Gallimard, 2003, p 431.

[3] Konrad Paul Liessmann : La Haine de la culture, Armand Colin, 2020, p 206.

[4] Pierre Rosenvallon : Le siècle des populismes, Seuil, 2020.

[5] Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979, t II, p 67-68.

[6] Emmanuel Kreis : Les Puissances de l’ombre, CNRS éditions, 2012.

[7] Luc Boltanski : Enigmes et complots, Gallimard, 2012.

[8] Rudy Reichstadt : L’Opium des imbéciles, Grasset, 2019.

[9] Alexis de Tocqueville : La Démocratie en Amérique, Œuvres II, Gallimard, La Pléiade, 2001, p 292.

[10] George Orwell : Essais choisis, Gallimard, 1960, p 215.

[11] Hannah Arendt : La Liberté d’être libre, Payot, 2019.

[13] Gabriel-Honoré Riquetti-Mirabeau : Essai sur le despotisme, Le Jay, 1792, p 69-70.

 

San Millan de la Cogolla, La Rioja. Photo : T. Guinhut.

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 11:14

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

À la recherche des années Trump :

peser le pour et le contre.

Jérôme Cartillier & Gilles Paris :

Amérique années Trump ;

Guy Millière : Après Trump ?

 

 

Jérôme Cartillier & Gilles Paris :

Amérique années Trump, Gallimard, 2020, 400 p, 23 €.

 

Guy Millière : Après Trump ? Balland, 2020, 222 p, 18 €.

 

 

 

Vous accueille au mieux un regard de commisération, pire un verdict d’insensé demeuré, si vous avez l’incongruité de défendre un instant l’histrion américain, le dangereux fasciste. Nous aurons l’indécence de nommer le Président Donald Trump autrement qu’avec force sarcasmes entendus, reductio ad hitlerum et autres grégaires vociférations. Peut-on se faire une conviction saine, à l’abri des fleuves de blâmes viraux ; mais aussi de rares éloges dithyrambiques ? Sans se contenter de lire ce qui confortera notre opinion, observons avec équanimité Jérôme Cartillier et Gilles Paris dresser une fresque édifiante de l’Amérique années Trump, accumulant les motifs de réquisitoire au risque de ne s’intéresser qu’au style et guère aux résultats. Alors que dans son Après Trump Guy Millière ne néglige pas de les mettre en avant, avec une admiration sans mélange ; ce pourquoi le blâme fomenté par les uns doit être dialectiquement opposé à l’éloge proposé par le second, auxquels notre lecteur devra s’affronter en gardant la tête froide. Dangereux histrion majeur ou ardent défenseur de la démocratie libérale, de la paix et de la prospérité ? Après une première analyse[1] il y a trois ans, l’auteur de ces modestes lignes, qui ne prétend pas tout savoir et peut se tromper,  doit écrire à l’ère d'un éventuel crépuscule trumpien. Non sans s’inquiéter d’une succession qui placerait la démocratie libérale dans une posture dangereuse, car si l’Amérique parait débarrassée d’une tignasse rousse, il est à craindre qu’un voile rouge veuille la recouvrir…

 

Attentifs correspondants à Washington, au plus près de la Maison blanche, journalistes pour l’Agence France Presse et Le Monde, Jérôme Cartillier et Gilles Paris ont beau jeu de lister les travers de Donald Trump, ses foucades et fanfaronnades, ses tweets impénitents, ses revirements et ses rapports conflictuels avec ses collaborateurs ; mais aussi le populisme[2], les collusions avec les chrétiens conservateurs et autres évangélistes, avec le Tea Party partisan du moins d’Etat, avec la chaîne Fox News, en tant qu’il participe d’une proximité avec le peuple, celui déclassé, laminé par le chômage, oublié par les élites des côtes Est et Ouest lors de l’ère Obama, qui fut d’ailleurs, ne l’oublions pas, également un auteur de tweets impénitent.

Cependant un rien de mauvaise foi anime la paire de journalistes lorsqu’ils postulent « Un système électoral sur mesure », alors que l’on sait que le vote d'une majorité n’entraîne pas forcément la composition du collège électoral, le système favorisant Démocrates ou Républicains, selon les cas, même s’il bénéficia en 2016 à Donald Trump. Cette mauvaise foi atteint des sommets en attribuant la baisse du chômage aux efforts de Barak Obama, à l’aide fédérale, alors que seuls les baisses d’impôts (pas seulement pour les hauts revenus) et de normes ont permis à Donald Trump de diviser ce chômage par deux, soit 3,5 % en février 2020, avant la crise du coronavirus. L’on a compris que les deux compères ne sont en rien des partisans du libéralisme économique et comptent pour peu de choses les millions d’Américains qui ont accédé à un emploi et ont amélioré leur condition. Le taux de chômage de novembre dernier, suite au choc du coronavirus et des confinements, autour de 8 %, ferait pourtant pâlir d’envie tout Français en tant soit peu sensé que n’aveugle pas l’enfer fiscal. Ce qui nous ramène au grief de « l’optimisation fiscale » réalisée en sa faveur par Donald Trump, controversée, et cependant légale.

Conspuant le discours anti-immigration de Donald Trump et son mur, notre duo de choc oublie que ce dernier a été soutenu par Barack Obama, que l’immigration n’est plus ce melting pot qui fit l’Amérique, mais en sus des pauvres qui veulent améliorer leur condition, la violence des gangs mexicains et la menace de l’islamisme… De même, s’il s’agit de libre-échange, qui serait menacé selon nos journalistes, n’oublions pas que la « guerre commerciale » et les barrières douanières contre la Chine ne l’invalident pas, au contraire, dans la mesure où cette dernière ne pratique pas la réciprocité et pille sans vergogne les découvertes technologiques d’autrui. Déplorant la fin de l’Obamacare, le duo oublie combien il s’agissait de la confier à peu d’entreprises qui allaient en bénéficier au dépend d’une augmentation des coûts pour les Américains. La baisse drastique du chômage est à cet égard bien plus efficace.

Il est vrai que tout n’est pas brillant dans le bilan des années Trump : « l’envolée de la dette fédérale », poursuivant celle de son prédécesseur. L’essai ne néglige rien pour noircir le tableau. L’abandon des Kurdes au Moyen-Orient signe la fin de la mission démocratique américaine à travers le monde et de l’interventionnisme militaire. Faut-il le regretter, alors que sept-mille boys sont morts sur des fronts lointains depuis l’invasion de l’Afghanistan, pour un résultat plus que mitigé ? Cependant affirmer qu’il s’agit d’une « diplomatie délaissée » est pour le moins spécieux, tant les Kurdes du PKK sont des terroristes, et tant les Kurdistan irakien et syrien sont devenus des zones de non belligérance entre Turcs et Russes. Même si le dossier coréen, avec un Kim Jong-un provisoirement assagi, se révèle décevant, revenir sur les accords avec Cuba et l’Iran est peut-être de bonne prudence, tant le premier reste un fossile communiste et tant le second est une sérieuse menace nucléaire et terroriste. Exiger que tous les membres de l’OTAN payent leur quote-part n’a rien d’indécent. Faut-il remarquer combien la paix au Proche-Orient a gagné, grâce aux accords entre Israël et les pays arabes, même s’ils ont été réalisés depuis l’écriture de ce livre ? On lui reproche « sa fascination pour la Russie » et « ses diatribes contre l’Islam ». Sans que la première soit un modèle, et dont le Président se méfie, mieux vaudrait ne pas se tromper d’ennemi[3]. Nos deux journalistes n’appréciant pas le moins du monde la reconnaissance des colonies israéliennes et de Jérusalem capitale, est-ce à dire qu’ils préfèrent le terrorisme palestinien à une démocratie libérale avancée ? De surcroît tout est mis en œuvre pour déplorer l’assassinat du général iranien Qassem Souleimani, pourtant responsable de la mort de centaines d’Américains, alors que les prédécesseurs du Président ont eux déclenché des guerres, dont bien évidemment Barack Obama. Certes, quant au coranavirus, la réaction présidentielle n’a peut-être pas été à la hauteur, selon « de longues semaines d’atermoiements », des remarques pour le moins approximatives et à l’emporte-pièce, une gestion erratique, des emportements partisans, voire des appels à la désobéissance civile à l’égard d’Etats qui prônent le confinement ; mais quel Président peut se targuer d’une réelle efficacité ? N’a-t-il pas assez tôt fermé les aéroports aux avions venus de Chine ? Reste « une occasion manquée » de s’affirmer face au candidat démocrate Joe Biden, alors que la Chine et les Etats-Unis ne s’affrontent plus seulement dans un conflit commercial et douanier, mais dans une responsabilisation de la diffusion du virus, voire une guerre bactériologique initiée par le régime communiste

Quant à l’affaire George Floyd, scandaleusement plaqué au sol par la police, quoique criminel et drogué notoire mort d’overdose au Fentanyl (ce que taisent nos journalistes), elle est l’occasion de conspuer Donald Trump, qui « reste immobile ». Comme si seule la police blanche tuait les Noirs ! L’indignation relève pourtant d’une récupération indigne, d’un racisme anti-blanc et d’une radicalisation antifasciste et extrême gauchiste… Cependant un Président s’honorerait de consentir à débaptiser les bases militaires portant des noms de généraux sudistes, donc esclavagistes. Mais peut-on lui reprocher de vouloir rétablir l’ordre lors des émeutes, des pillages et des meurtres qui émaillèrent des manifestations prétendument pacifiques ? C’est pourtant ce que font sans vergogne nos journalistes, scandalisés que Donald Trump dénonce « un nouveau fascisme d’extrême gauche », pourtant avéré…

Tout conspire en cet essai à quatre mains à dézinguer le Président : « hystérisation de la politique », « abandon de l’exemplarité personnelle », « inaction climatique », « défiance vis-à-vis de la science », « mépris des fonctionnaires fédéraux », « xénophobie », « mépris des dossiers et de leur complexité », « inconstance » et « brutalité », « unilatéralisme méprisant les engagements internationaux des Etats-Unis », « soif de reconnaissance », « absence du couple Trump » (ce impliquant Melania qui n’en peut mais), il a « sollicité une ingérence étrangère pour favoriser sa réélection »,  prétention à avoir le droit de faire ce qu’il veut avec le ministère de la Justice (selon sa propre faconde), influence du couple formé par sa fille Ivanka et son mari Jared à la limite du népotisme, valse des collaborateurs éjectés, les éloges discutables des dirigeants russe, turc et chinois. Malgré nos objections passablement informées, le réquisitoire contre « le style de la présidence » ravira les inconditionnels de l’antitrumpisme et les trumpophobes qui se drapent dans leur dignité morale en accusant les traits déjà peu élégants d’un homme brut de décoffrage, sinon vulgaire, aux références historiques pour le moins approximatives, passablement girouette et vaniteux.

Mais en s’attachant au style plus que discutable, ne ratent-ils pas la visibilité des résultats ? Il est vrai que comme la foule des Démocrates il n’y a pour eux guère de résultat qui compte hors l’affichage de l’idéologie étatiste au service d’une justice sociale qui entretient la pauvreté d’autrui et couvre de rentes le capitalisme de connivences et les serviteurs de l’Etat, qu’il soit parmi les cinquante ou fédéral.

Un dialogue de sourds s’instaurerait avec nos deux journalistes si l’on venait à dénoncer la comédie de l’impeachment pour collusion avec la Russie puis celle de l’affaire ukrainienne, soit l’obstination démocrate qui fait feu de toute mauvaise foi pour tenter de masquer les réussites. Et, n’en doutons pas, si notre duo écrivait après l’élection de novembre 2020, il balaierait d’un revers de main les allégations trumpiennes de fraudes démocrates…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De toute évidence, Jérôme Cartillier et Gilles Paris, certes fort informés et au plus près du volcan, mais  partisans jusqu’à la moelle, sont des fervents du côté démocrate, voire « progressiste », selon une terminologie idéologique post-marxiste. Guy Millière, lui, appartient au camp républicain et va jusqu’à penser que l’Amérique file un coton communiste. La tentation pourrait être de les renvoyer dos à dos, si ne l’on ne pointait pas combien les premiers dénoncent le populisme trumpiste, et combien le second réhabilite la légitimité du peuple et dénonce le complot démocrate qui entache l’élection de 2020 de fraudes avérées, alors que les premiers appartiennent à la doxa qui veut laisser croire au complotisme des partisans des succès des années Trump. Cas d’école s’il en est que cette arène politique, idéologique et rhétorique…

La cause parait entendue, et surtout en France : Donald, histrion majeur, est un fauteur de troubles, indigne de sa fonction. Y aurait-il quelqu’un, sans être un fanatique au verbe creux, pour assurer sa défense ? Guy Millière prend le risque d’assumer de jouer ce rôle avec une rare conviction, dans son essai Après Trump ? Et non seulement plaide-t-il la cause de son champion, mais de surcroit il charge de son réquisitoire acéré le camp démocrate, accusé de « coup d’Etat ». Car selon lui, « la quasi-totalité de ce qui se dit et s’écrit sur le sujet en France est essentiellement négatif […] est aussi essentiellement inexact ».

L’essai de Guy Millière est vigoureux, ordonné, argumenté. Depuis 2016, alors qu’ils pensaient leur victoire certaine, les Démocrates n’ont cessé de contester l’élection de Donald Trump, de fomenter des complots pour l’abattre. Le rapport Mueller était censé montrer la collusion avec la Russie, il se révéla pourtant vide, quoique de telles rumeurs aient pu entraîner l’accession d’une majorité démocrate à la Chambre des Représentants en 2018. L’allégation d’échange d’une enquête sur Hunter Biden (notoirement corrompu) contre des aides financières à l’Ukraine, quoique Donald Trump publia l’entretien téléphonique anodin, conduisit les Démocrates à voter comme un seul homme un impeachment qui ne put aboutir. Il fallait trouver autre chose, alors que les succès économiques et le plein emploi semblaient mener à une réélection. La crise du coronavirus vint à point pour accuser le Président d’inaction, alors qu’il ferma dès février la venue des avions de Chine, puis d’Europe en mars, ce pourquoi on l’accusa de xénophobie, alors qu’il conseilla le confinement (mais cela restait du ressort des Etats). Et lorsque la situation se stabilisa, ce sont les Etats et les villes démocrates qui n’ont pas libéré l’économie, sachant combien le rebond n’allait pas les favoriser. C’est bien ce qui se passa quand l’affaire George Floyd éclata providentiellement, le mouvement « marxiste Black Lives Matters » accusant le pays de racisme, usant de « méthodes léninistes », entraînant un climat insurrectionnel, abattant les statues, incendiant les villes démocrates d’émeutes violentes et criminelles, alors que ces dernières s’ingéniaient à les laisser flamber : il leur faut des pauvres et des victimes pour voter pour eux. Et « s’ils perdent les voix noires, ils sont finis politiquement », dit Candace Owens, une noire conservatrice.

L’enseignement lui-même est soumis à la propagande de la gauche extrême, qui vise à « remplacer la connaissance » ; ce pourquoi Donald Trump a promu l’enseignement d’excellence gratuit dans les « charter schools ». Sans compter les médias plus qu’orientés, les réseaux sociaux, jusqu’à Google, qui ne négligent pas la censure. Les juges sont le plus souvent à gauche, et la nomination du conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême suscita une absurde et infamante allégation de viol à son encontre par une militante démocrate.

Guy Millière n’hésite pas à taxer le « sénile » Joe de Biden aux « propos incohérents », de corruption avec la Chine et l’Ukraine, via son fils Hunter, tant les preuves existent, quoique savamment passées sous silence. Le taxer d’avoir un programme calqué sur celui du délirant gauchiste Bernie Sanders, soit de fortes augmentations d’impôts, la quasi doublement du salaire minimum, une politique keynésienne anti-libérale, la reprise des réglementations abolies par Donald Trump, suivies de bien des nouvelles réglementations au service d’un capitalisme de connivence avec l’Etat ; ce qui ne manquera pas d’affaiblir l’économie et de briser les reins de l’emploi, sans compter la régularisation d’une dizaine de millions d’immigrés et la création de deux nouveaux Etats, dont Porto Rico, tous destinés à voter démocrate. Sans oublier « les logements gratuits pour les criminels sortant de prison », la fin du pétrole et du charbon en un écologisme totalitaire, la fin des « charter schools », « une aide au définancement des forces de police et au remplacement des policiers par des travailleurs sociaux ». La Vice-présidente Kamala Harris étant bien évidemment en phase…

Parmi ses nombreuses publications, le politologue français Guy Millière (né en 1950) parti s’installer au Etats-Unis, dénonce vigoureusement l’antisémitisme, les dangers de l’Islam radical ; mais aussi, en tant que spécialiste de la politique américaine, il analysa l’ère de Georges Bush et celle délétère de Barack Obama[4], Président islamophile, au vu du discours du Caire en 2009, et passablement socialiste. Penseur libéral au sens classique (et proche de Friedrich A. Hayek et de Leo Strauss) Guy Millière est également l’une des âmes du site polémique Dreuz.info, un blog qui se revendique comme « pro-américain », « pro-israélien » et « néo-conservateur » et qui d’après Décodex et le journal Le Monde « publie régulièrement de fausses informations, notamment sur l'immigration ». Quoiqu’il publie de régulières informations sourcées sur les élections américaines et sur les nombreuses fraudes ; comme en ce rigoureux indispensable essai, précisément nanti de sources en de nombreuses notes, même s’il est affecté de bien des coquilles, probablement dues à une publication hâtive.

Que Donald Trump soit soutenu par des « suprémacistes blancs », par des délirants aux fantasmes sataniques de la secte QAnon, soit, mais l’associer à ces derniers est pour le moins délirant tant l’on n’est pas responsable de ses soutiens, lui accoler l’étiquette de « pouvoir raciste » est indigne, si l’on se souvient que son club de Floride a été le premier à s’ouvrir aux Noirs. Que Donald Trump soit vulgaire, doive plus souvent tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de s’exprimer - défauts que Guy Millière passe sous silence - certes, mais à ne regarder que le masque de celui que l’on prend pour un clown empêche de se déciller sur l’efficacité de sa politique. Aussi n’entendre que le style d’harangueur de foire et de téléréalité, la démagogie de bateleur attisant les rancœurs et les enthousiasmes d’un bas peuple, ou de gens simples, c’est se condamner à ne pas voir les faits, les actions, largement positifs, dépliés parmi les pages profuses de l’essai de Guy Millière à méditer, si l’on n’avait pu pleinement les percevoir au travers de nos médias plus qu’orientés. Les accomplissements de la présidence Donald Trump sont lisibles sur la page de la Maison blanche[5].

Premier Président n’ayant impliqué les États-Unis dans aucune guerre depuis Eisenhower, déménageant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem devenue capitale, il a su négocier plusieurs plans de paix au Proche-Orient, les accords Abraham entre Israël et des pays arabes, dont l’Arabie saoudite qui tend à se réformer et a cessé ses financements terroristes. Il a volatilisé l’Etat islamique et éliminé les deux principaux terroristes au monde dont Abou Bakr al-Baghdadi. Dénonçant l’accord nucléaire avec l’Iran, il a asphyxié le régime iranien, qui a dû également cesser ses financements terroristes, et supprimé les aides à l’Autorité Palestinienne tant qu’elle ne renoncerait pas à salarier à vie les terroristes et leurs familles. Par ailleurs l’accord de normalisation économique entre la Serbie et le Kosovo ne lui est pas étranger. La construction du mur aux frontières du Mexique, quoiqu’inachevé, a considérablement réduit l’immigration illégale, dont celles des gangs de trafiquants de drogue hyper-violents. Sans oublier qu’il a mis fin à la politique de capture suivie de libération sans contrôle des immigrés illégaux.

 

Les résultats économiques ont été stupéfiants, le chômage chutant à 3,5% avant le coronavirus, et sont indubitables. Grâce à la baisse des impôts sur les entreprises (à 21%) et les particuliers, grâce à l’abolition de maintes réglementations fédérales qui bridaient les activités et les innovations, un nombre considérable d’entreprises est rentré aux Etats-Unis, les salaires ont augmenté, la capitalisation des retraites a bondi, permettant d’augmenter les pensions. Plus de quatre millions d'américains sont sortis du seuil de pauvreté en trouvant un travail. Le chômage des Noirs et des Latino-américains n’a jamais été aussi bas qu’au printemps dernier. De plus le Président, qui ne touche pas son salaire de 400 000 dollars annuels, a contribué à l’arrêt de la politique judiciaire des « trois coups », soit jusqu’à la prison à vie à la troisième récidive, quelques soient le délit ou le crime, politique qui affectait d’abord les jeunes Noirs.

En se retirant de l'accord de partenariat transpacifique, les échanges commerciaux ont été rééquilibrés avec la Chine, lui imposant des tarifs douaniers plus équitables, par exemple des taxes douanières sur les machines à laver, les panneaux solaires, dont elle est une exportatrice forcenée. Ainsi le Président a-t-il imposé des taxes ou interdit des produits qui menacent l’indépendance américaine, comme la 5G d’Huawei, qui a pour destination une surveillance totalitaire, au-delà de ses frontières. Il a remplacé l’ALENA qui favorisait les entreprises étrangères au détriment des constructeurs Américains par l’USMCA ; tout en taxant par ailleurs les Etats profiteurs de l’OTAN qui ne réglaient pas leur contribution.

La corruption profonde et pro-démocrate latente à l’intérieur du FBI, de la CIA, de la NSA a été entrebaillée, alors que dans le même temps une pédophilie frôlant le milieu Clinton et Hollywood fut dévoilée dans le sillage de l’affaire Epstein. La collusion partisane des médias avec la doxa démocrate a été mise en évidence.

Permettant aux Etats-Unis de devenir le premier producteur de pétrole au monde, qui plus est exportateur (même si la crise du coronavirus a infléchi la donne), il a réactivé les projets de construction de deux oléoducs, Keystone et Dakota, avec le Canada, bloqués par Barack Obama pour des raisons environnementales, tout en permettant au charbon de retrouver un certain lustre, malgré ses discutables pollutions. Il faut alors admettre que la problématique entre la vie économique et la décroissance écologique est à cet égard criante.

Parmi les financements fédéraux, il faut compter les collèges Black, les patrouilles frontalières, des parcs nationaux (donc en faveur de la nature et de la biodiversité), le doublement du financement de la lutte contre les incendies de forêt, 100 millions de dollars pour le logement des citoyens à faible revenu.

En ce qui concerne la Santé, il a non seulement imposé des baisses massive des prix des médicaments sur ordonnance, mais donné 100.000 dollars sur sa propre cassette pour financer un traitement contre le Covid 19. L’obligation tyrannique de souscrire à Obamacare a été supprimée, de façon à éviter un projet monopolistique, des coûts prohibitifs, et permettre une concurrence saine.

En ce qui concerne la Justice, 53 juges ont été nommés dans 13 cours des États-Unis, 205 juges à la Cour fédérale, 3 juges à la Cour suprême. De surcroit, le Président a déclenché une chasse à MS-13, le pire gang des Etats-Unis. Il a mené une lutte contre le trafic d’enfants, qui, selon des voix qu’il resterait à certifier, ne sont pas sans lien avec l'arrestation de Jeffrey Epstein puis celle de Ghislaine Maxwel.

Acharné à la défense du monde libre et de la civilisation occidentale face aux régimes totalitaires, qu’il s’agisse de l’Islam ou de la Chine communiste, Donald Trump n’a visiblement pas été compris par la plupart de l’Europe alors qu’Europe et Etats-Unis devraient rester des alliés naturels dans le cadre des démocraties libérales, alors qu’il a tenté, hélas sans guère de succès, de faire barrage au socialisme américain, pourtant d’une virulence inquiétante.

Comment peut-on imaginer élire un Joe Biden ? se demande Guy Millière. Une marionnette de langue de bois sénile, manipulée par une oligarchie dangereuse, voire pré-totalitaire (l’on censure Trump de Twitter à CNN), qui cherche et perd ses mots, confond sa femme et sa fille, a voté la politique pénale des trois coups abolie par Trump, a régné 40 ans comme sénateur puis vice-président sans que le chômage ait diminué. Et c’est à cet homme-là que va la préférence de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Turquie…

Il est à craindre que les décrets de Joe Biden soient désastreux. Ouverture des frontières à l’immigration mexicaine (le Mexique étant l’un des plus violents Etats du monde) et depuis les pays islamiques terroristes, intégration de millions d’immigrés illégaux destinés à être naturalisés donc à voter démocrate, réintégrer l’accord de Paris sur le climat donc au dépens de l’économie américaine et au profit de la Chine non concernée, coup d’arrêt au pipe-line et à l’indépendance énergétique des Etats-Unis au profit de la dépendance auprès des Etats du Golfe persique, préférence accordée aux Palestiniens au dépens d’Israël, etc.

Il faut imaginer un nouvel essai fomenté par Guy Millière. Faut-il accorder crédit aux allégations de fraudes ? Cent millions de vote par correspondance, l’absence de carte d’identité obligatoire, des centaines de témoignages sous serment arguant de fraudes massives, des camions de bulletins trimballés, des machines à voter « Dominion » trafiquées et connectées à Internet, des milliers et milliers de votes Trump volatilisés dans les « swing states », des comtés et des Etats présentant 1,8 millions d’électeurs de plus que ceux en âge de voter, c’est ce qui semble ressortir malgré les dénégations. Face à de telles aberrations, un Guy Millière fulmine : les juges semblent ne plus assumer leur mission, n’ayant pas voulu examiner les preuves, jusqu’à la Cour suprême et au Vice-Président qui laissent passer ce que d’aucuns considèrent comme le couronnement d’un coup d’Etat signant la mort de la démocratie libérale américaine. Tandis que cinq cents éditeurs se liguent pour ne pas publier de livre de Donald Trump ou des membres de son administration, une « ombre totalitaire » pèse sur les Etats-Unis ; avec la complicité de Facebook, Twitter et autres GAFA gourmands de censure[6]….

 

Hélas le dernier acte de la Présidence Trump ne plaide guère en sa faveur : appeler ses partisans à manifester devant le Congrès lors des certifications de Joe Biden en se réclamant du vol de l’élection risquait bien d’amener des débordements, quoiqu’il ait appelé à « une marche pacifique », et n’ait pas appelé à une violence qu’il condamna ensuite, tant il faut se méfier de la foule et tant les Démocrates en seraient friands. Envahir le Congrès et le Capitole est un crime grave, déniant la démocratie, néanmoins plus près du chahut que de la tentative de putsch, quelques centaines de manifestants non armés n’en ayant guère les moyens (l’on s’émut bien moins lorsque des démocrates envahirent le même lieu en décembre 2017), loin des pillages et destructions ailleurs menés par les Antifas. Faut-il alors se demander pourquoi la police n’a su ou voulu empêcher une telle intrusion de grotesques factieux excédés par une élection qu’ils pensent être une injustice, alors que Washington a un maire démocrate et que le Pentagone a d’abord rejeté la demande de déploiement de la garde nationale ? À moins que, selon quelques témoignages, se soient infiltré des antifascistes (le F.B.I. ayant inculpé l’activiste de gauche John R. Sullivan qui incita les émeutiers à l’intrusion), d’autant que deux bombes ont explosé (sous le contrôle de démineurs) le même jour au siège du parti républicain et que, de plus, l’on imagine que l’on ne criera pas aux « violences policières », lorsque quatre personnes ont été tuées.… Faut-il craindre une sécession entre l’Amérique trumpiste et celle démocrate ? Reste que les Démocrates en s’indignant peuvent jubiler, pensant ainsi voir définitivement décrédibilisé Donald Trump et assoir leur triomphe à la Maison blanche et au Congrès. Certainement, pour restaurer leur brillant aux Etats-Unis, il faudra un autre candidat républicain en 2024, en espérant qu’il puisse être porté à la dignité suprême dans le cadre d’une intégrité électorale sans faille. Mais il ne faut pas vendre la peau de l’éléphant avant de l’avoir tué…

Thierry Guinhut

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 07:15

 

Villa Adriana, Tivoli, Latium. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Esthétique des ruines,

historiques & photographiques :

Alain Schnapp & Josef Koudelka.

 

 

Alain Schnapp : Une Histoire universelle des ruines,

éditions du Seuil, 740 p, 49 €.

 

Josef Koudelka : Ruines,

Editions Xavier Barral / Bibliothèque Nationale de France, 368 p, 55 €.

 

 

 

En 1791, alors qu’une tourmente politique effaçait l’Ancien régime, Volney offrit à ses lecteurs bienveillants une « méditation sur les révolutions des empires », titrée Les Ruines. Ce monument du préromantisme commençait par une « invocation » tragique : « O tombeaux, que vous possédez de vertus ! vous épouvantez les tyrans ». Marchant par les paysages de Syrie, l’écrivain s’étonnait : « souvent je rencontrais d’antiques monuments, des débris de temples, de palais et de forteresses ; des colonnes, des aqueducs, des tombeaux : et ce spectacle tourna mon esprit vers la méditation des temps passés, et suscita dans mon cœur des pensées graves et profondes[1] ». Au-delà de cette réflexion poétique et pré-philosophique, qui mena Volney à engager une pensée politique au service de la liberté, puis une splendide et virulente satire des religions, une sorte de catalogue de l’archipel des ruines que devient notre monde, siècles après siècles, peut être engagé. Ainsi deux imposants volumes ont à la fois en commun leur ruiniforme thématique et le nom d’Alain Schnapp, d’abord comme historien, excusez du peu, dans son Histoire universelle des ruines, « des origines aux Lumières », ensuite comme plus modeste préfacier d’une exposition et d’un album de photographies. Un tel panorama bifrons des ruines est à la fois un examen de la mortalité des civilisations et la naissance, la métamorphose d’une sensibilité. Entre cette science humaine que se veut demeurer l’Histoire et le déploiement des émotions, il y place pour ce qui devient une esthétique. En particulier sous l’objectif du photographe Josef Koudelka, parcourant le bassin méditerranéen pour pérenniser la beauté noire de ses ruines.

 

Au regard ignorant, ce ne sont que des cailloux, des rocs et des débris, qui encombrent le sol, au regard pratique c’est une carrière où commodément puiser les pierres déjà taillées, les matériaux de sa demeure en construction, sans que l’on n’y voit le palimpseste des civilisations et des arts. Une autre démarche est-elle alors possible à l’égard de ces vestiges, toutefois dignes de l’attention et du culte des morts honorables ? C’est ce à quoi répond avec une rare abondance, une largeur de vue, une érudition scrupuleuse, la somme stupéfiante d’Alain Schnapp : Une Histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières. L’historien et archéologue bénéficia de la patience des années pour élever sept-cent pages imprimées en doubles colonnes, sans oublier cent-cinquante-six illustrations, photographies, plans et cartes. Ainsi propose-t-il « non pas une histoire de toutes les ruines dans toutes les sociétés, mais une tentative d’exploration stratigraphique de la pensée des ruines à travers des cultures diverses qui nous ont laissé des traces de leur intérêt ou de leur aversion pour le passé ».

Si l’on pense derechef aux colonnes des temples grecs et romains, éclatées, tronquées et gisant sur le sol pierreux de l’ingratitude, ou sur celui herbu des sites protégés et jardinés, il faut cependant interroger d’autres civilisations antiques, méditerranéennes et au-delà, jusqu’en Extrême-Orient, mais aussi d’autres époques, tant les ruines médiévales sont nombreuses. L’oubli après les épidémies de pestes ravageuses du VI° siècle, ou les saccages des Barbares balayant l’Empire romain, des guerres de religions modernes, en sont la cause. Aussi, face au dédain, à la négligence, face aux brutalités des tyrannies décidées à effacer l’Histoire qui les a précédées, face aux fanatismes théocratiques, si l’on pense aux colonnades de Palmyre injuriées par les Islamistes, la nécessité de la conservation, voire d’une restauration soignée, est impérieuse. C’est là une autre façon de constater combien « les traces du passé annoncent le futur ».

Ecrivains, philosophes, poètes, historiens et esthètes, dès l’Antiquité ils ont été frappés par la beauté et la déréliction des ruines. Si avec le christianisme les ruines étaient comprises comme la marque du dessein de Dieu sur la fugacité des œuvres humaines, la Renaissance et l’humanisme initièrent les relevés, mesures et plans des monuments admirés, dans une démarche de connaissance. Ensuite la sensibilité moderne à leur égard naquit avec Diderot, Volney et Chateaubriand à la charnière des Lumières et du romantisme, mais aussi à la lisière de la démarche scientifique et de la conscience métaphysique de la fragilité humaine. Les Voyage en Orient de Chateaubriand, de Lamartine ou de Nerval ont tous cette dimension élégiaque devant la fugacité d’impérissables constructions de l’orgueil.

 

 

Ce pourquoi s’instaure un incessant « dialogue entre les poèmes et les monuments ». Dès l’Egypte ancienne, où pourtant la pierre a le dernier mot, le papyrus Cheaster Beatty parvient à nous parler par-delà les millénaires : « Le scribe l’emporte sur tous. / On leur a construit des portes monumentales et des chapelles, elles se sont effondrées / Leurs autels sont salis par la terre / Les prêtres chargés des morts s’en sont allés / Leurs chapelles funéraires oubliées. / Mais on cite leurs noms et leurs écrits, ceux qu’ils sont composés / Car ils subsistent par la puissance de leur achèvement ». Toutefois, dans le monde juif, « les ruines des villes sont un memento mori collectif » ; ce dont témoignent dans la Bible Sodome et Gomorrhe, puis le prophète Isaïe à propos de la ville impie d’Edom : « Dans ces palais monteront les ronces ». Mais après la chute du second temple de Jérusalem tout invite à « penser son absence et à la compenser par la prière, l’étude et l’observation des prescriptions de la Loi », et toujours à la refondation du judaïsme. Le monde gréco-romain avait pu être celui des « ruines apprivoisées ». Mais entre Corinthe détruite, la Gaule ravagée et Rome outragée, Rutilius Namatianus, au V° siècle, tire une implacable conclusion morale : « Ne nous indignons pas si les corps mortels ont une fin, nous savons par des exemples que des villes peuvent mourir ».

Dans le désert d’avant l’Islam, le poète connait « les ruines de l’être ». Abû Ya’qûb al-Huraymî évoque au IX° siècle la cité dévastée de Bagdad, car « ses pierres ont sué le sang ». Ce qui n’empêche pas de pratiquer le réemploi, comme lorsqu’au Caire, un linteau gravé de hiéroglyphes au sens alors perdu sert de seuil pour une porte de caravansérail…

Dès le XI° siècle, les Chinois imprimèrent des catalogues illustrés de ces vases de bronze anciens qu’ils collectionnaient. Leur poétique des ruines est celles des inscriptions gravées dans les montagnes, des « paysages de mots », celle de la « tension entre caducité et continuité ». Et « face au destin, face à la décrépitude qui menace l’esprit, le corps et les choses, le renonçant japonais fait profil bas, il tente de s’adapter à ce qu’il ne peut éviter, de réduire son empreinte sur le monde. Cette attitude est en complet contraste avec celle de l’Occident ».

Saturée de vestiges, l’Europe médiévale est à la fois prise d’admiration et d’exécration face aux ruines de l’Empire romain, dont il faut conserver les vertus mais extirper les miasmes du paganisme. Les réemplois architecturaux contribuent à la reconquête chrétienne qui doit soumettre les ruines à son nouvel ordre religieux. Pourtant une autre fonction, profane cette fois, des ruines se fait jour lorsque l’on découvre à Glastonbury la tombe du roi Arthur, ajoutant les reliques de l’Histoire à celles des saints.

De même, l’Italie de la Renaissance use des monuments antiques comme un « outil de la refondation politique ». Non seulement la poésie, de Pétrarque, pour qui « les arcs de triomphe tremblent sur leurs murs défaits », à Du Bellay, contemplant « ce qu’a rongé le temps injurieux », mais la peinture aiment à la folie les ruines, jusqu’à une sublime esthétisation par Botticelli, Ghirlandaio ou le Flamand Posthumus. Ainsi le premier livre « qui esquisse une description philosophique des ruines de Rome » est le De Varietate Fortunae de Poggio Bracciolini (1380-1459). Quant au premier livre illustré d’antiquités il revient à Colonna dont Le Songe de Poliphile parut en 1499. Alors que celles des empires aztèques et mayas fournissent un nouveau centre de gravité au topos des civilisations mortelles, les pyramides des Amériques entrent en concurrence avec celles de l’Egypte, bouleversant les a priori de l’Histoire.

L’inflation des ruines, y compris celles artificielles qui furent en vogue au XVIII° siècle, entraîne alors leur universalité. L’apogée de leurs représentations picturales rayonne chez Piranèse, Nicolas Poussin, Claude Le Lorrain et Hubert Robert. À la dimension tragique répond bientôt une présence plus décorative et charmeuse, encyclopédique et mélancolique du « théâtre de la vie humaine ». Là où règne sans partage un acteur invincible : « Le Temps, qui doit tout dévorer, / Sur le fer et la pierre exerce son empire », selon le poète François Maynard. Mais face à cette méditation digne du classicisme, face à l’encyclopédisme des Lumières, quand Diderot fait de la ruine un outil philosophique, Louis-Sébastien Mercier imagine en 1771 et surtout en novateur les « ruines du futur », dans son époustouflant roman d’anticipation L’An deux mille quatre cent quarante. Rêve s’il en fut jamais. Lui aussi, à l’instar de Diderot, use de la ruine comme satire de l’orgueil et de la tyrannie des puissants, comme critique sociale. Prélude cependant dangereux lorsque la Convention propose de réduire la ville de Lyon en ruines pour avoir été contre-révolutionnaire…

La critique étant on le sait plus facile que l’art, suggérons à notre cher Alain Schnapp, dont notre ruiniforme pensée n’approche pas ses pieds de marbre, de jeter un œil à cette étrange mutation qui vit poindre une nouvelle ère des « ruines hantées », celles des châteaux et abbayes médiévales où le roman gothique[2] aimait à voir errer ses spectres morbides et ses cruels moines sadiens, tels ceux d’Horace Walpole et de Lewis, les romanciers anglais du romantisme noir.

 

C. F. Volney : Les Ruines, Parmentier, 1826 ;

Vues de la Grèce moderne, Dondey-Dupré, 1824.

Photo : T. Guinhut.

 

Cependant ce volume, échappant aux sirènes de l’Histoire de l’Art traditionnelle et à l’européocentrisme, glisse parmi les sables de l’Egypte et de la Mésopotamie, parmi les terres d’Islam, la Perse, les steppes de la Chine et les jungles d’Angkor au Cambodge, où la puissance de la nature enlace et fend la pierre des siècles. Et jusque parmi les îles de la Polynésie. De plus, en une démarche comparatiste, les conceptions que l’on se fait des ruines oscillent selon les cultures et selon la vision que l’on a du passé. Elles peuvent être l’objet d’une vénération, comme en une Chine qui prise avant tout la stabilité, voire d’une détestation si elles sont étrangères ou pré-islamiste pour les purs de l’Etat islamiste.

Or chacune de ces civilisations ne se confient pas de la même manière à la mémoire. Les Egyptiens avaient une foi inaltérable envers la puissance de leurs monuments et de leurs hiéroglyphes gravés dans la pierre, et quand la brique crue des Mésopotamiens ne laissait que poussière il fallait enfouir ses commémorations, ériger une statue pour solennellement inscrire le code d’Hammourabi. Les Chinois recueillent leur inscriptions sur la pierre et sur le bronze, alors que les Celtes, les Scandinaves, les Arabo-Musulmans chargent leurs bardes et leurs poètes de transmettre les grands récits. Plus conservateurs, les Japonais reconstruisent sans cesse à l’identique leurs temples de bois orné.

Autant contribution à la mémoire de l’humanité qu’hommage à la beauté des arts confrontés au temps, ce volume impose le respect, autant que son vaste sujet, tant du point de vue de la rigueur de la recherche, de l’érudition délicieuse que de la richesse de l’iconographie. Sa bibliographie, impressionnante, ne néglige ni les classiques sur le sujet, Benjamin Peret, George Simmel, et butine à loisir vers l’historien de l’art Erwin Panofsky et le dramaturge William Shakespeare, embrasant un champ pluridisciplinaire. Même si l’on est en droit de s’étonner, du haut de notre petitesse, de ne pas voir évoqué Athanasius Kircher, qui publia nombre d’ouvrages illustrés sur l’Antiquité, l’Egypte et la Chine au XVII° siècle. Seul regret : il eût mérité une couverture cartonnée, voire toilée, pour une meilleure prise en main, mais aussi pour qu’il soit en tous points la stèle incontournable qu’il mérite d’être.

Ce serait ingratitude éhontée que de regretter l’incomplétude de ce travail colossal, au sens où il s’achève à la fin du XVIII° siècle. Rêvons cependant à une suite attachée à deux vastes siècles, pendant lesquels les découvertes archéologiques ont été pléthoriques, qui ont vu la sensibilité aux ruines se consolider, et l’essor d’un tourisme de masse qui aime tant à visiter Athènes, Pompéi ou Angkor. Sans compter que les ruines politiques du Troisième Reich et de l’Union soviétique ont beaucoup à nous dire de leur puissance totalitaire et de leur vanité…

 

 

En évoquant une « généalogie du regard », c’est avec discrétion et pertinence Alain Schnapp sévit également à l’entrée du catalogue consacré par la Bibliothèque Nationale de France aux photographies de Josef Koudelka, sobrement intitulé Ruines. Si elles ne sont là que gréco-romaines, l’immensité suffit à sa peine patiente et méticuleuse, de l’Espagne au Liban, du Maghreb à la Turquie, de l’Italie à la Grèce enfin. 

Genre philosophique et esthétique, les ruines sont éminemment photographiques. Leur pittoresque (au sens originel de digne d’être peint) s’accommode fort bien de la sculpturalité du noir et blanc, comme en une essence de la photographie. C’est le parti rigoureusement austère et cependant splendide qu’a choisi Josef Koudelka, loin de tout sublime romantique, de toute joliesse surajoutée comme de tout kitsch. Ce pourquoi la sensation de déjà vu cartepostalesque n’entre pas le moins du monde en catimini.

L’usage du panoramique veille à préserver le cheminement des pas, une solennité du regard que l’on croit deviner préparé par l’usage du trépied, alors que Josef Koudelka préfère œuvrer à la main pour plus de spontanéité. Ce qui signe la largeur d’une contemplation au moins aussi vaste qu’une ulysséenne odyssée, depuis la porte de Mycène jusqu’aux sites byzantins. Ainsi conçu, le panorama n’est pas ici totalisant, omniscient, comme vu d’un dieu olympien, mais témoigne de la parcellisation de la perception, de la déréliction de l’hubris, d’une humilité rarement bouleversée par la grâce. D’autant que la verticalité vertigineuse de certaines photographies ne conduit guère à un appel de transcendance, par le peu de place laissé au ciel, mais à une affirmation de la matérialité de l’espace terrien, même si parfois, au-delà de l’altitude des colonnes, semblent fluer des ciels aussi picturaux que déchirants de sacralité.

Plans larges, fragments auprès des pieds, sols de mosaïques et de débris, trophées tombés, tout s’impose pour témoigner d’un espace où la présence demeure, tant celle du regardeur que des Anciens qui ont œuvré sous le ciel souvent ombreux du destin. En ce monde minéral aux gris puissants, le temps fossilise la mémoire. Pourtant l’homme y est presque absent, seule une très rare et mince silhouette semble ponctuer un site, au point de disparaître, alors que ce sont les statues qui parlent le mieux le langage de l’humanité ; car selon Josef Koudelka, « les Grecs et les Romains ont été les plus grands paysagistes de l’Histoire ». En effet, les courbes de pierres des théâtres vides semblent y résonner encore des tragédies absentes…

Et bien que ces tableaux peints d’ombre proviennent de plusieurs dizaines de sites dispersés autour de la Méditerranée, de Delphes à l’Asie mineure, en passant par Chypre le Forum romain et Ostie, l’on a l’impression d’un espace unique et synthétique, celui de l’Antiquité, dont l’essence, aussi bien technique (pensons à l’aqueduc du Pont du Gard) qu’esthétique se trouve cristallisée en cette quête sans cesse retravaillée, au travers de vingt et un pays et de vingt-huit années de pérégrinations. Au cours desquelles le photographe revendique « la solitude dans la beauté », entre science des bâtisseurs et esprit du lieu. Ainsi la photographie, faut-il le rappeler, est bien œuvre d’art[3].

 

Josef Koudelka : Ruines. Photo : T. Guinhut.

 

Josef Koudelka use d’un sens de la nuance symbolique. Quand il existe un noir et blanc lumineux, qui pourrait être celui de la violence solaire méditerranéenne, il préfère un noir et blanc très légèrement poudreux, un tant soit peu étouffé, saturé. La Grèce n’est-elle pas celle chtonienne de La Naissance de la tragédie, selon le titre de Friedrich Nietzsche ? Les ruines ne sont-elles pas la cristallisation du temps écoulé et écroulé, la figuration allégorique de l’implacabilité de Chronos et des ravages de l’Histoire, l’esthétique de la mélancolie, malgré la magie toujours sensible des colonnes cannelées et des chapiteaux corinthiens qui parviennent encore à se détacher sur le ciel…

Car à cet égard la donation de 170 tirages par Josef Koudelka à la Bibliothèque Nationale de France n’est pas sans signifier une confiance envers l’institution muséale, « afin de préserver son œuvre, de la mettre à l’abri des effets de l’iconoclasme, du vandalisme et de l’ignorance, dont la ruine est aussi le symbole », pour reprendre les mots avisés de Laurence Engel, Conservatrice.

Plutôt que de bavardes gloses de critiques d’art (auxquelles nous sacrifions peut-être à notre corps défendant), Alain Schnapp a choisi d’accompagner de loin en loin ces images de citations choisies d’écrivains, de voyageurs, de poètes. Ils sont fort connus, de Virgile à Montaigne et à Goethe, mais aussi relèvent d’une rare archéologie textuelle, venue de l’antique, comme Pompeius Macer, Cyriaque d’Ancône, ou Philostorge voyant « crouler la demeure dédalique »,  

Après ses travaux sur le Printemps de Prague, sur les Gitans, sur la Lorraine, le Nord de la France et le tunnel transManche, dans le cadre de la mission photographique de la DATAR, Josef Koudelka, grand exilé tchèque et voyageur, né en 1938, semble offrir ici une sorte de couronnement de sa carrière, voire un objet testamentaire, amoureusement sculpté, plastiquement impeccable, même si l’on peut déplorer quelques rares flous, quoique certainement assumés. Notons d’ailleurs que la dernière image est empreinte de la signature de l’artiste : sa petite ombre en train de photographier la cavea d’un théâtre nostalgique d’une comédie d’Aristophane. Cet ouvrage d’art, bellement toilé de noir, est édité, imprimé avec un soin rare, conjointement par la Bibliothèque National de France (qu’il serait superfétatoire de présenter) et Xavier Barral, dont il faut choyer les publications dans le domaine de l’art contemporain, les initiatives originales, consistant à accueillir dans de curieux écrins les pierres de Roger Caillois[4] et la « machine à images » d’Adolfo Bioy Casares[5].

 

Notre article même n’est qu’une ruine, qu’une ébauche ruinée face au livre monumental d’Alain Schnapp, face à la stèle oblongue de Josef Koudelka. Le scribe que nous sommes use d’une matière numérique fort volatile et cependant plus fragile qu’un papyrus des sables pour leur rendre hommage. Lieux abandonnés[6], églises empoussiérées[7], cimetières en déshérence, tout devient ruines, jusqu’aux sites internet menacés par l’oubli, la déconnexion, la barbarie des hackers, la rouille des réseaux électriques... Et même devant l’affaissement d’un centre de stockage de données, nos descendants saurons que, selon Roland Mortier, « avant d’acquérir une beauté propre, la ruine a d’abord une fonction médiatrice : elle autorise la méditation historique, philosophique, morale[8] ». Nous ajouterons volontiers politique, tant sa préservation, le recueillement qu’elle doit induire, sont au cœur de la destinée des civilisations, dont la beauté n’est pas un vain concept.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et photographie


[1] C. F. Volney : Les Ruines ou méditations sur les révolutions des empires, Parmentier, 1826, p 1, 4.

[4] Roger Caillois : La Lecture des pierres, Xavier Barral, 2015.

[5] Adolfo Casares : L’Invention de Morel ou la machine à images, Xavier Barral, 2018.

[6] Henk Van Rensberger : Abandonned places. Images d’un monde perdu, Alternative, 2020.

[7] Francis Meslet : Eglises abandonnées. Lieux de culte en déshérences, Jonglez, 2020.

[8] Roland Mortier : La Poétique des ruines en France. Ses origines, ses variations, de la Renaissance à Victor Hugo, Droz, 1974, p 9.
 

Josef Koudelka : Ruines. Photo : T. Guinhut.

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17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 09:03

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Diasporas de couleur, de Londres à Manhattan :

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre ;

Imbolo Mbue : Voici venir les rêveurs.

 

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Fançoise Adelstain,

Globe, 2020, 480 p, 22 €.

 

Imbolo Mbue : Voici venir les rêveurs,

traduit de l’anglais (Cameroun) par Sarah Tardy,

Belfond, 2016, 440 p, 22 €.

 

 

 

Une grappe de personnages de couleur anime le portrait multiculturel de Londres dressé dans le roman de Bernardine Evaristo : Femme, fille, autre, ode polyphonique à la liberté des femmes noires. Quant à l’Américaine d’origine camerounaise Imbolo Mbue, c’est à New York qu’elle déploie ses personnages d’humbles immigrés à l’épreuve de la crise économique. Ainsi, parmi deux romans de mœurs, la féminine encre noire de la diaspora vient donner des couleurs à la littérature contemporaine.

 

Aux premières pages de Fille, femme, autre, une inquiétude saisit le lecteur : va-t-il entrer dans un roman à thèse, engagé au service du féminisme, militant de la cause des Lesbiennes-Gays-Bi-Trans-Queer-Intersexes ? Son irritation pourrait croître, abordant des phrases presque dépourvues de ponctuation, sous forme de versets, sans guère de nécessité. Cependant, assez vite, le lecteur oublie ces prémices et se laisse happer par le récit et les personnages de la romancière Bernardine Evaristo.

Elles sont douze, comme les heures du jour, voire comme des apôtres qui n’entoureraient aucun Christ, sinon un concept de féminité en voie de définition. Au service de chacune, le narrateur interne nous fait successivement pénétrer leurs vies, leurs émotions et convictions. Toutes sont noires et portent la liberté féminine chevillée au corps. Elles ont de dix-neuf à quatre-vingt-treize ans et défient la vie et le monde qui les entourent.

Alors qu’Amma est sur le point de donner la première de sa pièce de théâtre La Dernière Amazone du Dahomey (qui est le pivot du livre en tant qu’ode aux femmes soldates du Bénin au XIX° siècle et aux « guerriers intersectionnels »), sa fille Yazz s’interroge sur son avenir, qu’elle pense diriger vers le journalisme. Dominique, l’administratrice de la compagnie, lâche les planches et Amma pour filer un amour haut en couleur avec Nzinga dans une campagne américaine, une « terre de femmes » sans images d’hommes et propriété de « Gaïa » ; où l’on devine la satire. Elles s’appellent également Carole et Bummi, La Tisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan, Harrie et Grace, ou encore « Waris, la Somalienne », en une kaléidoscopique galerie de portraits. L’une est « fana de théories conspirationnistes » l’autre remercie Jésus, bon nombre d’entre elles sont impatientes « d’aller à l’université, de construire une carrière et d’abandonner la vie corsetée de ses parents », d’accéder au « concept de genre sans contrainte ». Car, « de genre neutre », Megan devient Morgan, en usant du discutable article inclusif « iel », tout en veillant à ne représenter qu’elle-même et non « un mouvement trans-genre ». Enfin la pièce aux Amazones, que l’on devine être un manifeste contre le théâtre mâle, mais « à mille lieux des diatribes agit-prop qui ont marqué les débuts de la carrière d’Amma » (peut-être un reflet de notre auteure), est un succès. Ainsi les bouillonnantes biographies, toutes fictives certes, se répondent, se côtoient et s’enchevêtrent en un puzzle animé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vivacité de la narration, la verve qui ne se dément jamais, l’équilibre de la polyphonie, la musicalité d’une symphonie chorale parcourue de leitmotivs et d’échos, en quelque sorte dodécaphonique, tout contribue à ttendre ces personnages vivants, voire fort attachants, y compris s’ils ne sont pas forcément idéaux. En outre Bernardine Evaristo a su éviter l’écueil du sérieux et de l’éloge manichéen des femmes et de leurs sexualités souvent saphiques ; c’est avec humour qu’elle dépeint ses consœurs, voire avec un vigoureux zeste de satire, comme lorsque Nzinga, « lesbienne séparatiste féministe radicale, abstinente, vegan, non fumeuse », prétend contre tout « racisme intériorisé », ne pas porter de slip noir : « Pourquoi irais-je chier sur moi ? » Cette population aux aspirations étonnantes n’est en rien idéalisée. Si les femmes charmantes et créatrices ne manquent pas, celle violentes, dogmatiques et tyranniques non plus, en une comédie humaine miniature pleine d’enseignements, au-delà des préjugés et au service du triomphe des meilleures des femmes.

Sans aucun doute la valeur sociologique de ce roman perle en de nombreuses pages. Telles celles consacrées à « LaTisha », qui, laissant les hommes abuser de sa bonté et de son romantisme de midinette, voire jusqu’au viol, se retrouve avec « maintenant trois enfants, Jason, Jantelle et Jordan, et pas encore vingt et un ans trois enfants qui grandiraient sans père ». Il lui faut, seule, faire des études de gestionnaire de vente, et se démultiplier en trois mères, loin de l’irresponsabilité de ces messieurs. C’est de cette façon que le roman se démultiplie en une pluralité de récits engagés, dénonçant le comportement de trop d’hommes noirs, aussi machos que violents, voire carrément délinquants.

Ce sont aussi des contes mélodramatiques, quoique fort réalistes. Comme à l’occasion de Grace, fille d’un marin abyssinien et d’une mère anglaise de seize ans, rejetée par son père pour avoir donné naissance à une métisse. Son destin ne cesse de se heurter au monde : devenue orpheline lorsque sa mère meurt de tuberculose, elle échoue dans un foyer pour jeunes filles à la campagne, devient femme de ménage. Mais en une fin heureuse bien consolatrice, sa vie croise celle de Joseph qui en fait sa femme et la maîtresse de sa ferme.

Ainsi la plupart de ces personnages vivent leur roman de formation, en une évolution intérieure, sexuelle, sociale et politique. Les milieux et les professions sont volontairement très variés, fort dissemblables : quand l’une est dramaturge, l’autre est une modeste retraitée, quand d’autres sont agricultrice ou professeure, l’une est analyste financière dans la City londonienne.  Et si chacune, de « fille », devient « femme », elle n’en reste pas moins « autre » par sa différence essentielle, porteuse de son défi personnel, sans que la romancière enferme ses douze sœurs dans une communauté de destin et d’idéologie, dans une phraséologie antiraciste réductrice[1], ce dont nous lui sommes gré.

Un autre intérêt de ce roman de Bernardine Evaristo, qui reçut avec lui le Booker Prize en 2019, est de dessiner un tableau de Londres en ville multiculturelle, lors d’une enquête sociologique intensément vivante. À cette dimension géographique, s’ajoute celle temporelle, puisque l’on y peut lire une Histoire de la révolution sexuelle et de l’intégration des Noirs. L’écrivaine a su faire de Fille, femme, autre un beau melting-pot des genres littéraires, à la lisière du roman de société, de l’apologue et du dialogue philosophique, et, si l’on excepte quelque manque de concision somme toute pardonnable, marqué d’abondants coups de plumes réussis, au service d’un éloge d’une société cosmopolite de femmes à l’aube du XXI° siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et bien que fictionnel, son opus a quelque chose de volontairement encyclopédique, tant ses personnages sont les représentants de divers âges de la vie, de diverses classes sociales, d’origines géographiques et de sexualités multiples, de milieux culturels et de sensibilités ouverts, non sans associer la grande prose romanesque au rythme poétique.

Qui est Bernardine Evaristo ? Sur ses photographies, son sourire faussement naïf, sa coquinerie et sa finesse natives la rendent immédiatement sympathique. Née en 1959 à Londres d’un père nigérian et d’une mère d’origine irlandaise, elle cofonda un « Théâtre des Femmes Noires », où l’on devine que l’inspiration lui fut fournie au servie de son personnage de dramaturge. Militante féministe, elle n’en est pas moins professeure de littérature à l’Université de Brunel et vice-présidente de la Royal Society of Literature. Ce n’est peut-être pas un hasard, si en 2019 le Man Booker Prize, pour son Girl, Woman, Others, lui fut décernée conjointement avec Margaret Atwood, l’auteure de La Servante écarlate[2], pour la suite de cette impressionnante dystopie : Les Testaments.

Elle a plus d’une touche à son clavier, jouant des drames et des poèmes, des romans et des essais. La plupart, sinon tous ses livres de fiction s’attachent à explorer les territoires sociétaux, psychologiques et intellectuels de la diaspora africaine. Mister Loverman[3] traçait la destinée d’un septuagénaire londonien et d’origine caribéenne faisant le bilan intérieur d’un demi-siècle de mariage ; et néanmoins homosexuel. Comme Pouchkine, avec Eugène Onéguine, ou Vikram Seth, avec Golden Gate[4], elle écrivit en vers son roman Lara[5] pour narrer l’histoire d’une famille, en embrassant un siècle et demi. De même, The Emperor's Babe[6] conte en vers l’étonnante vie d’une jeune Nubienne qui s’en vint à Londres à l’époque de l’empire romain. Le roman historique mêle à la vie confondante de la sensuelle noire les figures d’un sénateur, Lucius Aurelius Felix, et de l’empereur Septime Sévère. Plein à ras bord de vigueur et de souffle, de mythe et d’histoire, le projet a néanmoins quelque chose d’anachronique, tant les préoccupations de notre vingt et unième siècle affleurent au travers du récit. Sans vouloir faire un inventaire exhaustif de la production de Bernardine Evaristo, que l’on aimerait voir ici un peu plus traduite, remarquons Blonde Roots[7] qui se permet de réaliser une curieuse charge de la traite transatlantique, en renversant la vapeur, soit l’esclavagisme des Européens par les Africains, quoique l’Histoire ait montré, en particulier avec les Arabes, que ces derniers ne se privaient pas du trafic des Blancs. Il n’en reste pas moins que l’uchronie est vigoureusement imaginée, plantant son personnage, Doris Scagglethorpe, avec un enviable sens du rythme. Loin d’un politiquement correct réducteur et comminatoire, la romancière montre que l’esclavage[8] est une tyrannique pulsion, une libido dominandi, qui ne s’embarrasse pas de couleurs de peau. Visiblement notre Bernardine a la langue romanesque joliment pendue !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quoique la conception et l’écriture qui animent Imbolo Mbue soient plus conventionnelles, l’épopée miniature et familiale de l’immigration déployée parmi les pages de Voici venir les rêveurs offre un roman attachant. Par ses personnages d’abord. Parmi « la tour de Babel » newyorkaise, le labyrinthique administratif pour obtenir la carte verte est le théâtre d’une conquête ardue. Ainsi, lorsque Jende, venu du Cameroun, devient chauffeur de maître d’un big boss de la banque Lehman Brothers, le mécanisme de l’accession à une vie meilleure parait bien enclenché. Travail et connaissances sont des valeurs certaines. Car Neni, son épouse,  poursuit ses études pour devenir pharmacienne, non sans travailler pour la famille de Clark, leur patron, qui écrit des poèmes en secret. Ainsi alternent les points de vue et l’intimité des deux familles. Le contraste entre les milieux sociaux est édifiant, sans manichéisme : Jende porte la nostalgie de sa ville africaine, là où pourtant « pour devenir quelqu’un, il faut déjà être quelqu’un quand vous naissez ». D’où sa foi envers son destin américain. Même si rôde la menace du « Juge de l’immigration ». Hélas, la crise des subprimes bouleverse ce petit monde, porte un coup au rêve américain de prospérité pour tous : « les saules allaient continuer de pleurer la fin des rêves ».

Attachant également par son écriture, qui sonne juste, dans le cadre d’un réalisme plein de vie, d’humanité, d’empathie. La rencontre des langages, des sentiments et des drames vaut à lui seul un tableau de mœurs, quand le melting-pot des personnages vaut  un micro-laboratoire de sociologie. Ne doutons pas qu’Imbolo Mbue, née en 1982 au Cameroun, vivant à Manhattan, grâce à l’acuité et à la tendresse de son regard, ait réussi en ce roman la transmutation d’une expérience familiale. Ses modestes héros retournant en Afrique pour voir rebondir leur vie, elle est celle qui réalise plus que leurs rêves.

 

Une mutation historique, voire anthropologique, voit la ville de Londres transmuée en un espace féminin de couleur. L’on suppose qu’en écrivant sur des bouquets de femmes, ces dames ne se consacrent pas seulement à une volonté féministe, voire à ce qui serait une dommageable ségrégation des femmes par les femmes, de surcroit en n’envisageant que celles de couleur ; mais qu’au travers de ces diasporas elles s’engagent dans la voie et la voix de l’universel.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Fille, femme, autre a été publiée dans Le Matricule des anges, octobre 2020,

celle sur Mbue, septembre 2016.

 

 

 

[3] Bernardine Evaristo : Mr Loverman, Penguin, 2003.

[5] Bernardine Evaristo : Lara, Bloodaxe Books, 2009,

[6] Bernardine Evaristo : The Emperor's Babe, Penguin, 2001.

[7] Bernardine Evaristo : Blonde Roots, Penguin, 2008.

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 11:04

 

Krimmler Ache, Salzburg, Österreich. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Gueule du loup,

haine & deuil de la littérature, de la culture :

Hélène Merlin-Kajman, William Marx,

Baptiste Dericquebourg, Konrad Paul Liessmann.

 

 

Hélène Merlin-Kajman :

Lire dans la gueule du loup. Essai sur une zone à défendre, la littérature,

Gallimard, 2016, 334 p, 23,50 €.

 

William Marx :

La Haine de la littérature, Minuit, 2015, 224 p, 19 €.

 

Baptiste Dericquebourg :

Le Deuil de la littérature, Allia, 2020, 112 p, 7 €.

 

Konrad Paul Liessmann :

La Haine de la culture. Pourquoi les démocraties ont besoin de citoyens cultivés,

traduit de l’allemand (Autriche) par Susanne Kruse et Hervé Soulaire,

Armand Colin, 2020, 224 p, 20,90 €.

 

 

 

Le loup caché dans les livres se révèle soudain vénéneux, effrayant, comme celui des Contes de Perrault[1]. Reste à l’apprivoiser. Où le haïr, le dévorer en sa qualité de loup politique… Les pouvoirs de la lecture sont inouïs. De l’apaisement à la thérapie par le rêve, ils sont aimables et bienheureux. Mais ils peuvent avoir un versant plus cruel, de par le désir ou l’effroi engendré, cet appétit ou cet avertissement face aux terribles facettes du mal. Pouvoirs dérangeants au point qu’individus, partis, Etats ou religions vomissent leur haine de la littérature, et se livrent enfin aux plaisirs brutaux de l’autodafé. Cet enchainement cumulatif de pouvoirs et de contre-pouvoirs est au nœud du maelström dont accouche le livre imprimé, et dont se font les défenseurs quatre essayistes fort pertinents : Hélène Merlin-Kajman et William Marx aiment pardessus tout la séduction et la puissance de la pensée jaillie des pages, au point de dresser chacun une édifiante plaidoirie pour les pouvoirs de la littérature, autant qu’un réquisitoire documenté contre le « deuil de la littérature » et ceux qui haïssent les Lumières de la culture. Ces fossoyeurs de l’être, en particulier dans le domaine de l’éducation et de la culture, sont l’objet des pamphlets à grande vapeur de Baptiste Dericquebourg et Konrad Paul Liessmann, appelant à un sursaut indispensable.

 

La littérature n’est-elle que machine textuelle pour spécialistes, ou bouleversement de passions, de positions morales et immorales, de combats politiques ? C’est ce dernier bastion que redécouvre avec une feinte naïveté Hélène Merlin-Kajman en son essai où elle se jette « dans la gueule du loup » lettré. C’est cette même conscience qui la pousse encore plus à l’amour des belles Lettres.

À partir du XIX° siècle, la littérature a perdu sa double autorité : « plaire et instruire », suivant la devise d’Horace et des Classiques. Bientôt, avec Mallarmé, elle « n’a plus d’autre fin qu’elle-même ». Quoique gardant sa liberté critique, elle devient un travail sur la langue, une poétique de la construction, tant les mots ne sont pas les choses, perdant son « illusion référentielle » et par là son contact avec le réel, du moins en monde universitaire clos. C’est ce que déplore Hélène Merlin-Kajman, en affirmant qu’elle peut et doit avoir un fort impact sur nos consciences et nos vies, qu’elle n’est pas sans dimension morale, qu’elle fournit des modèles et des repoussoirs…

C’est en effet autre chose de lire entre universitaires que de lire à un enfant qui prend de plein fouet les textes. Car à l’occasion du « Mauvais vitrier », un poème en prose de Baudelaire, où le poète brise les vitres, le fils de notre essayiste s’écrie : « mais ce n’est pas bien » ! De même, Le Grand cahier d’Agota Kristof propose des images violentes, insoutenables, qui ne sont pas que des effets textuels. Ainsi « gaités traumatiques », « part sexuelle », « morale et religion » se bousculent parmi nos livres, qu’il ne s’agit plus de lire en seuls narratologues et autres rhétoriciens.

Avec la pertinence de qui ne craint pas de se jeter « dans la gueule du loup », Hélène Merlin-Kajman propose une refondation salutaire des Lettres, cette « zone à défendre » (on passera sur le choix malheureux de cette expression lourdement connotée par l’actualité écologiste et politique). N’en déplaise aux formalistes, la littérature « produit un effet sur le monde interne de ses auditeurs et lecteurs » ; c’est celui du « partage transitionnel » des affects, effrois et bonheur, de la transmission de la beauté et du sens. Au-delà, il faut « privilégier sa fonction réparatrice ». Même les pires loups de la littérature doivent être accessibles à la catharsis d’Aristote : comprendre et purger les passions les plus terribles de l’humanité. Or, la conclusion d’Hélène Merlin-Kajman est à cet égard aussi belle que juste : « Si notre société se prive de ce langage exceptionnel, nous n’aurons aucune chance d’échapper au renouveau des fondamentalismes religieux qui offrent aussi aux blessures subjectives provoquées par les bouleversements sociaux propres à notre époque des formes d’élaboration, de réparation ou d’exutoire fondées non sur le lien entre-passible et le libre jeu des figures, mais sur le repli communautaire, le sens univoque de la lettre, voire la mystique de la mort ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombreux sont les récalcitrants et autres tyrans chasseurs de loups, radiographiés et dénoncés par William Marx, qui ont contracté La Haine de la littérature. Souvenons-nous que, dès le VI° siècle avant notre ère, Socrate, qui aimait tant le Beau, fut sommé de boire la cigüe parce que ses idées portaient, selon ses détracteurs, préjudice à la cité. Pas tout à fait injuste retour des choses puisqu’il prétendait exclure les mensongers poètes de sa République. Pourtant, bien auparavant, ces derniers avaient, inspirés par les Muses, la voix de la vérité.

Au nom de l’autorité, de la vérité, de la moralité et de la société. C’est ainsi que notre brillant essayiste liste « les quatre procès principaux intentés à la littérature ». C’est ainsi que selon quatre parties sont balayées les histoires littéraires, d’Homère à Auschwitz, en passant par Madame Bovary et les « cultural studies ». Une « galerie de grotesques » préside à ces attentats contre l’imagination et la pensée : dominicain et pasteur, philologue et chimiste, procureur et moraliste, ministre et Président de la République.

Reste qu’heureusement les plus recommandables Homère et Platon se font les fils conducteurs de l’essai admirablement documenté ; la haine ou l’amour de la poésie originelle présidant à tout examen religieux politique ou populaire de la littérature. Il y a cependant une pensée théologique qui, non sans méfiance, lui rend justice. Saint Thomas d’Aquin, le philosophe médiéval souverain, prétendant que la poésie est « le plus bas de tous les savoirs », avance, compliment paradoxal, que « l’usage de métaphore est plus conforme à la connaissance que nous avons de Dieu en cette vie », puisqu’en permettant de « mesurer véritablement ce que nous disons ou pensons de Dieu », qui n’est en fait qu’une méconnaissance.

De manière surprenante, l’essayiste, passe soudain à l’année 1959, alors qu’un certain Snow propose une conférence à Cambridge qui impressionna jusqu’au président américain John Fitzgerald Kennedy : « Les deux cultures et la révolution scientifique ». Culture scientifique et littéraire s’ignorent scandaleusement. Jusque-là tout va bien. Mais le propos dérape lorsque la première est parée de toutes les vertus de rigueur et de simplicité, et que la seconde n’est que « mensonge, snobisme, passéisme »… Sans omettre que la première est « résolument hétérosexuelle », oubliant le cas d’Alan Turing, qui se donna la mort après avoir été condamné pour homosexualité, bien qu’il eût décrypté le code Enigma en pleine guerre mondiale et jeté les bases de l’ordinateur ! Pire encore, le conférencier demande avec aplomb si « l’influence de ce qu’ils représentent n’a pas contribué à rendre Auschwitz possible ? » Les poètes fusillés par l’argument ad hitlerum ! Sans compter bien sûr qu’ils sont passibles « d’un sentiment antisocial ». À ce compte-là, nous nous honorons d’être antisociaux. Mieux vaut en rire, et remercier William Marx de déterrer un épisode grotesque et oublié pour le délassement de nos cordes hilarantes, plutôt que de se faire peur : il y a bien une pulsion totalitaire et sociale (l’une n’est jamais loin de l’autre) parmi nos sociétés, fussent-elles civilisées, contre les fêlés de littérature.

Bien avant le procès intenté à Madame Bovary en 1857, les traités sur la « crémation des livres hérétiques » et la « futilité de la poésie » abondent. La littérature « corrompt les cœurs par des peintures dangereuses », dit-on de longtemps et pour longtemps. Rousseau lui-même, qui s’alarma de voir son Emile ou de l’éducation brûlé, regrettait « qu’on ne fît point de bûchers de livres », car selon lui, les sciences et les arts corrompent les mœurs. Ajoutons qu’à l’heure où Salman Rushdie est régulièrement condamné à mort par des fatwas imbéciles, Lolita de Nabokov n’aurait guère de chance d’être publié sans échapper à un procès pour pédophilie. N’imaginons cependant pas un instant que ces derniers arguments échapperaient à William Marx.

Il faut se moquer du malheureux qui dénia la légitimité de la lecture de La Princesse de Clèves lors de quelque obscur concours de la fonction publique, Nicolas Sarkozy, pour ne pas le nommer : « Le plus grave et le plus étrange était qu’un président préoccupé par la question de l’identité nationale n’eût pas compris qu’elle se définissait entre autres par une importance particulière attachée à la littérature ». Craignons que William Marx, par conformisme, n’accorde trop d’importance à une telle babiole, qui n’était pas même haine de la littérature, mais inculture manifeste et risible, néanmoins inquiétante lorsqu’il s’agit de la plus haute fonction politique. Rassurons-nous en effet, ce n’était que billevesée, quoique significative, de la part d’un pouvoir aux ongles heureusement rognés (du moins sur ce sujet) alors qu’ironie, Madame de La Fayette entrait dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Aujourd’hui hélas, la littérature se voit menacée par une dérive des « cultural studies » qui se veut dénoncer le racisme et la ségrégation à l’œuvre chez les écrivains. Il ne faudrait plus lire un tel s’il n’a pas su donner une image politiquement correcte de la négritude, de la féminité, de l’homosexuel. Une fois de plus la vertu, l’éthique, deviennent des outils d’ostracisme, autre forme de bûcher, certes culturel mais bien antilittéraire. Après L’Adieu à la littérature[2] qui montrait combien elle pouvait s’attaquer à elle-même, entre auteurs, voire jusqu’aux auteurs qui doutaient d’elle au point de souhaiter l’invalider, William Marx brocarde et glisse sous le scalpel de son analyse ceux qui œuvrent au service des égouts où jeter les écarts d’une littérature et dont la profession eût du d’être le modèle de l’inventivité.

 

Photo : T. Guinhut.

 

Qu’est devenue la littérature dans la machine universitaire ? L’on aurait pu imaginer qu’elle en soit le sanctuaire. Cependant, au fil du pamphlétaire Baptiste Dericquebourg, faut-il déplorer le Deuil de la littérature. Car selon lui l’institution universitaire s’est fossilisée en chapelles structuralistes, voire intersectionnelles et  décoloniales, au mépris de la vérité des œuvres et des textes. Ainsi c’est « la couleur politique de l’enseignant » qui fait réagir, voire refuser un cours de philosophie sur Hegel. O encore l’on subit « les bêlements mal assurés » d’une « brebis disgracieuse courbée sur les Fabliaux érotiques » et autres figures moquées d’une institution cacochyme, dont le pamphlet se paie les têtes avec une noire jubilation.

Au mieux l’étudiant apprend à commenter, pas du tout à créer, esclave « d’un instrument de dressage particulièrement efficace : la thèse », apprenant ainsi « soumission intellectuelle […] un certain conformisme moral et politique ». À force de devenir spécialiste, l’on en devient moins lettré, moins humaniste. D’autant plus que « la parole impuissante trouve sa raison d’être dans le culte de sa propre impuissance », ce qui pourrait être un réquisitoire contre des Beckett et Blanchot.

Ce pourquoi Baptiste Dericquebourg préconise avec raison l’étude et l’usage de la rhétorique, de l’écriture au sens de la création, qu’elle soit narrative ou argumentative, hélas de moins en moins prisées. Il est nanti d’une haute ambition : « celle de transformer la vie par la lecture et d’atteindre une forme d’immortalité par l’écriture, celle enfin de conférer un pouvoir sur le reste de l’humanité et la guider ». Ce qui est une conception noble et romantique, conception qu’ont hélas partagé et diffusé les sectataires marxistes. D’ailleurs l’on voit rôder de ci-de-là de plus en plus de relents de phraséologie marxiste anti-Capital et contre « l’ordre bourgeois », réduisant de façon dommageable la portée d’un ouvrage qui s’embourbe dans un dogmatisme sénescent. Au point de prôner la « liberté » et de dénoncer le « libre-échange » !

Aussi, vitupérant contre le « texte marchandise », notre auteur vilipende à bon droit de trop commerciales productions, mais oublie les bienfaits d’une démocratisation qui a permis aux plus modestes de pouvoir accéder aux grands textes. Indexant l’Histoire de la littérature à celle de son propre suicide, l’auteur va dans le sens de ce qu’il dénonce, en un remugle vomitif de désabusement, voire de ressentiment. N’en réchappent que des piques bien senties contre la généralisation du medium vidéo qui « provoque addiction, déconcentration, passivité face au discours », contre le roman envahi par « l’autofiction », contre « la bouillie en vers libres », qui remplace la qualité des vers réguliers, alors que « nous sommes devenus incapables de produire ce qu’on nous demande d’admirer », ou encore le « ministère de la Culture comme un oxymore »...

Malgré son acuité virulente, qui se lit avec entrain, l’exercice est parfois à l’emporte-pièce. Le pamphlétaire tire à boulets rouge (trop rouges) sur une caste et un système qui l’a nourrit puisqu’il intégra l’Ecole Normale Supérieure. Certes la tendance à la bureaucratisation et au grégarisme de la doxa ne peut que contribuer à stériliser l’Education Nationale et ses servants, mais n’ignorons pas qu’il reste des professeurs, des étudiants férus de transmission, de lectures et de découvertes littéraires et philosophiques vivantes, qu’elles viennent de l’Antiquité ou de notre immédiat contemporain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus vigoureux et plus sûrement judicieux est Konrad Paul Lissmann : c’est la culture toute entière qui est dangereusement menacée. Bille en tête contre la barbarie intellectuelle, ce philosophe autrichien déplore les charges fielleuses et répétées contre la culture, ce que selon son titre allemand il s’agit d’appeler la « bildung », soit à la fois l’éducation, la formation, la culture et l’expérience intérieure, car le mot culture fait florès quand l’être cultivé est en déshérence. Son pamphlet bien senti, La Haine de la culture, s’appuie sur trois griefs : la suprématie de l’économie et de la technologie (d’autant plus au moyen du numérique), le politiquement correct moralisateur et enfin la disparition de la formation classique. Ce qui n’est d’ailleurs pas loin de ce que dénonçait en son temps Hannah Arendt dans La Crise de la culture[3]. L’on arase l’instruction sous les compétences, l’on invite au ludique et aux travaux de groupe, au mépris de l’accès à la difficulté, du cours magistral qui transmet l’éloquence et la connaissance, l’on nous bombarde d’écrans et d’ordinateurs au risque de surévaluer l’outil et sa dextérité au lieu de la patiente lecture en profondeur['] ; car « la culture n’est pas un savoir-faire ». Or ne s’agit-il pas de favoriser « des citoyens émancipés capables de résister aux tentations totalitaires des multinationales du net », qui, ajoutons-le, ne reculent plus devant la censure et l’infantilisation ? Face à la massification du divertissement, le lecteur cultivé est une « provocation ». Car il est celui « qui possède un savoir solide, lui permettant de distinguer sans aucune censure les faits de la fiction, mais aussi des connaissances esthétiques et littéraires acquises par l’expérience, une perception nuancée dans les domaine historique et linguistique, la capacité à porter un regard critique y compris sur soi-même, un jugement équilibré fondé sur tout ce qui précède et une capacité accrue à faire la part des choses face aux mensonges, aux exagérations, aux phénomènes de mode, aux formules toutes faites, aux jugements moraux et aux platitudes de notre époque ». Ne doutons pas qu’il s’agisse là d’un idéal de l’éducation libérale[5].

Avec une corrosive ironie, Konrad Paul Liessmann brocarde l’éducation comme « le plus puissant ersatz de la religion », pointant une dizaine d’articles de foi, dont l’égalité des enfants capables d’apprendre par eux-mêmes grâce à un professeur devenu un « coach » (comme le suggère le nouveau CAPES 2020), la « bénédiction par le numérique », la « Sainte-Trinité d’acquisition des compétences, d’invidualisation et de standardisation », et la croyance en un « bac pour tous ». Ainsi le mal serait vaincu, ainsi un langage euphorisant masque la réalité, trahit la vérité.

De plus la transmissions de savoirs « ne prend plus appui sur la chose elle-même, mais sur l’objet d’étude […] mais sur les ressentis et les possibilités de chacun » ; dangereuse dérive. La charge, peut-être un peu excessive, n’en est pas moins judicieuse.

Le mantra de l’éducation est aujourd’hui la réduction des inégalités ; le concept étant aussi spécieux économiquement[6] que culturellement. Cultiver des individus, des élites, quels que soient les plus divers domaines d’élitismes, est un devoir non seulement moral, mais politique. Au-delà de justes impératifs économiques, au-delà du saucissonnage en compétences et en exercices, n’y at-il pas nécessité de « la curiosité libre de contrainte », du « goût pour la beauté » ? Réhabilitons la « schola » et « l’otium » antiques, cette « oisiveté studieuse », son temps de lecture en retrait du monde et d’argumentation en échange d’autrui pour mieux apprécier et penser le monde.

 Ainsi faut-il repenser la culture générale non comme un catalogue, un « QCM », affreux acronyme pour questionnaire à choix multiples inféodé aux modes et clichés du temps, mais comme une formation de l’esprit scientifique et humaniste. De même faut-il à l’enseignant éloigner le scientisme pédagogiste pour retrouver l’essence de sa discipline. Et prendre conscience que l’« on encourage l’esprit critique tout en appelant au maintien du statu quo »…

N’oublions pas le pire peut-être : un pays comme la France entretient un lourd chômage récurrent alors que le baccalauréat est donné comme lors de la multiplication des pains et que les diplômés universitaires courent les rues : « Seuls les pays affichant un faible pourcentage de diplômés de l’enseignement supérieur - la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne - affichent un faible taux de chômage ».

Non sans un nécessaire pied de nez à l’égard de la culpabilisation par l’islamophobie, c’est avec réalisme et alacrité que l’essayiste rappelle l’évidence : « Si les philosophes des Lumières […] avaient été comme nous le sommes aujourd’hui animés par le souci de ne surtout pas blesser les sentiments religieux, il n’y aurait pas eu de Lumières, pas de droits de l’homme, pas de théorie de l’évolution, pas de monde moderne ». À coups de rage marxiste contre la culture bourgeoise, l’élitisme et la compétition (« la lutte pour les talents appartient au passé »), de doxa climatique, de théorie du genre, d’antiracisme dévoyé, de détestation du patriarcat hétérosexuel blanc et autres billevesées propagandistes prétendument progressistes (comme les pratique avec entrain une grande école du nom de Sciences Po Paris) l’éducation perd la dimension éthique de l’esprit critique et libre. Est-il possible que ces maux soient pires en notre France hexagonale, bien plus centralisée et directoriale, pour ne pas dire dictatoriale, que nos meilleurs voisins  que l’on affecte de ne pas voir pour ne pas s’inspirer de leurs résiduelles qualités.

Roboratif est cet essai nécessaire, même si parfois il papillonne vers la satire du narcissisme du « selfie », vers l’Europe en tant que phénomène civilisationnel. L’ouvrage, de plus en plus pluriel, se paie le luxe de quelques chapitres essentiellement cultivés, autour de la dialectique de l’esprit et des mille mains, sur l’unité des science et des arts, ou sur la liberté, la performance et la responsabilité ; sur des « intellectuels en ces temps de détresse », soit ces élites politiques qui se prétendent débordées par le populisme, alors qu’elle ont échoué…

Combien est salutaire cette réflexion de Konrad Paul Liessmann qui sait pertinemment que « penser est l’affaire de l’individu » et non de quelque collectif que ce soit. Même si son pamphlet généralise le désastre, au dépend des enseignants, des élèves et étudiants, qui, au nom du droit naturel au savoir, continuent à rechercher le meilleur de la culture, il a la sagesse d’en appeler à de « nouvelles Lumières ».

 

Avec une cendreuse jubilation, Hélène Merlin-Kajman et William Marx, Baptiste Dericquebourg et Konrad Paul Liessmann dénoncent l’inculte dégout qui infuse la perception des Lettres. Ils ont bien le même but, et le même idéal : défendre nos littératures contre les pouvoirs répressifs, qu’ils soient animés de haine ou des guenilles apparemment splendides de la vertu et de l’éthique. Pensons alors au roman d’Elias Canetti, publié en 1935, Auto-da-fé[7], sombre suicide d’un érudit, au travers de l’incendie de sa bibliothèque, qui capitule devant la médiocrité revancharde et autoritaire d’une femme, métaphore d’un nazisme en train d’éclore. Les loups bruns ont gagné une partie, avant d’être heureusement éradiqués, avant que d’autres meutes idéologiques, politiques et religieuses, se lancent à l’assaut. Mais au-delà de ces brûleurs de livres, il n’est pas indifférent de se demander si la surenchère de volumes, le rouleau compresseur du divertissement et du cliché, tant dans les librairies que sur les écrans, ne deviennent pas un éteignoir obligeamment fourni, en particulier aux plus jeunes générations. Aux meutes de loups d'une telle réalité, aurons-nous la sagesse de savoir leur opposer les libertés et les beautés de ces loups de fiction et d’argumentation nécessaires : ceux de la littérature  de la philosophie, au service d’une éducation et d’une culture, au sens le plus noble des termes…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Lire dans la gueule du loup a été publiée

dans Le Matricule des anges, février 2016.

 

[2] William Marx : L’Adieu à la littérature, Minuit, 2005.

[6] Voir : Inégalités

[7] Elias Canetti : Auto-da-fé, Gallimard, traduit de l’allemand par Paule Arheix, 1968.

 

Charles Perrault : Contes, Emile Guérin éditeur, fin XIX°. Photo : T. Guinhut.

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 17:15

 

Potter. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Animaux littéraires & apologues

politiques, satiriques et familiers.

Orwell, Boulgakov, Gary, Pelevine,

Legayet, Dutrecht, Soseki.

 

 

 

George Orwell : La ferme des animaux,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Jean Queval, Champ libre, 1983, 193 p, 11 €.

 

Mikhaïl Boulgakov : Cœur de chien,

traduit du russe par Vladimir Volkoff, Le Livre de poche, 1999, 156 p, 6,90 €.

 

Romain Gary : Chien blanc, Folio, 1972, 220 p,  6,90 €.

 

Victor Pelevine : L’Ermite et six doigts,

 traduit du russe par Christine Zeytounian, Jacqueline Chambon, 1997, 74 p, 17,95 €.

 

Alexis Legayet : Dieu-Denis ou le divin poulet, François Bourin, 2019, 200 p, 18 €.

 

Karen Dutrech : Le Don des oiseaux, L’Escampette, 2020, 96 p, 13 €.

 

Natsume Sôseki : Je suis un chat,

traduit du japonais par Jean Cholley, Gallimard, 1994, 448 p, 13,90 €.

 

 

 

Quel chat, quel cochon, quel chien, quel poulet sommes-nous ? Compagnes chéries et moquées de l’apologue, les bêtes parcourent les fables d’Esope et de La Fontaine, qui se servent « d’animaux pour instruire les hommes[1] », et s’emparent en 1945 de la ferme d’Orwell. Pour faire allusion à Aristote, il est « par nature un animal politique[2] » sans avoir besoin d’être un homme, dont il est le masque. Gorets, canidés, poulets et oiselets, les voici marionnettes bien vivantes des écrivains, anglais, russes ou français. Pour être moins emblématiques que ceux de La Fontaine ou de George Orwell, ces écrivains ont leur modeste brillant, leur qualité philosophique, comme Mikhaïl Boulgakov, Victor Pelevine et Alexis Legayet, d’humour grave et satirique, ou tout simplement le plus tendre et fragile du monde, comme Karen Dutrech et ses passereaux, que ne dévoreront pas le chat de Natsume Sôseki.

 

Comme l’on sait, « Sage l’Ancien » est un cochon de marxiste orwellien. L’on aurait dû en être alerté en apprenant qu’il était « le seul à ne jamais rire », avec son « air raisonnable, bienveillant même, malgré ses canines intactes ». Aussi, en dépit de l’apparence iréniste de son discours inaugural au roman, n’est-il peut-être pas indemne du péché originel de théoricien du totalitarisme, comme son maître implicite : Karl Marx[3], dont les meures liberticides et totalitaires empuantissent les dernières pages du Manifeste communiste[4]. Ce que confirme, au regard de la présence de tous les animaux, l’absence de « Moïse », un corbeau apprivoisé ». Est-ce parce qu’il pactise avec les oppresseurs humains, ou par la vertu de ses tables de la loi, qui commencent par « Tu ne tueras point » ? L’on subodore que cette lecture iconoclaste fera dresser les cheveux sur la tête de bien des thuriféraires. La vie de labeur, de misère et d’égorgement qui est le lot de l’animalité de la ferme mérite bien une révolte prônée par notre guide porcin. Et une variante de l’Internationale chantée à groin ouvert, promettant aux « Animaux de tous les pays […] la délivrance [quand] un âge d’or vous est promis ». Aussi faut-il une victime sacrificielle : « Car seul l’Homme est notre véritable ennemi », ce masque du bourgeois éradiqué dès Lénine. De plus quand « les animaux entre eux sont tous camarades », rôde le spectre d’un communisme égalisateur où « certains sont plus égaux que d’autres ». Tyrannie et travaux forcés font de la ferme un goulag animalier. Dire alors que le stalinien cochon Napoléon aurait distordu la réalisable utopie est mensonge éhonté. Enfin, une fois les porcins devenus complices des humains, « Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre ». Cette phrase ultime de l’apologue ne cache plus que les masques sont tombés, que les animaux sont les porte-voix des pulsions tyranniques de l’humanité. Ainsi George Orwell affirmait implicitement en 1945 combien le communisme est un cochon de régime, dont les canines n’ont pas de mesure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès 1925 Mikhaïl Boulgakov voyait son manuscrit frappé par la censure préalable à toute publication. Sa nouvelle Cœur de chien était en effet une critique à peine voilée, néanmoins acerbe, de la situation politique contemporaine, attirant ainsi l’attention du Guépéou qui s’empressa de se livrer à une perquisition puis à la confiscation. Il fallut attendre 1968 pour qu’elle soit publiée à Munich, puis en 1987 en Russie, de manière posthume, puisque Mikhaïl Bougakov, né en 1891, quitta la tyrannie soviétique en 1940 au moyen du repos éternel. L’auteur du Maître et Marguerite met en scène une anticipation scientifique horrifiante. Non loin de L’Île du Docteur Moreau de Georges Herbert Wells, le faustien savant fou Philippovitch et son collègue, qui ont été épargnés par une révolution, se livrent à des travaux sur le rajeunissement, par exemple en greffant des « ovaires de guenon » à une vieille dame. Ils ont surtout censés s’attacher à la production de génies et mettre au point des procédés visant une humanité idéale. Elle s’accomplirait au moyen d’une mutation de l’animal à l’homme. C’est un chien errant, nommé « Charik, qui s’y colle, greffe de testicules et d’hypophyse humain venus d’un délinquant à l’appui, suivie d’une éducation assez peu efficace, et d’un conditionnement par le marxisme-léninisme : « Ce qu’il faut, c’est tout prendre et tout partager », brame-t-il. Le voici devenu un « hominidé » bavard et ordurier, puis un parfait agent de la répression et de l’éradication des chats et autres animaux errants. L’on se doute que l’expérience va mal tourner, au point que le créateur, tel le Docteur Frankenstein, soit menacé par sa créature.

Le récit est à la fois comique, bouffon et expressionniste, l’on y hurle comme à l’opéra, l’on y joue de la parodie de la langue de bois soviétique, le vocabulaire médical est pléthorique (Boulgakov était médecin), le discours éthique et philosophique s’impose avec une volontaire approximation. Aux côtés d’un narrateur omniscient, la voix canine est le « cœur » de la nouvelle et de son point de vue pour le moins symbolique ; car la bestiole, originellement affamée de liberté, douée d’une verve toute populaire, tire d’abord orgueil de son collier avant de sombrer dans la revancharde déchéance humaine. Au-delà de la richesse profuse de l’exercice, l’anticipation chirurgicale est une satire acide de l’avenir radieux de l’homo sovieticus, non loin de son prédécesseur en dystopie, Zamiatine, qui, dans Nous[5], extirpait l’imagination des protagonistes de l’idéal communiste. Le malheureux canidé Charik, qu’il va falloir tuer, représente en fait un prolétariat aux vues limités que la révolution russe métamorphose en Charikov, « un homoncule » emmarxisé, soit le prototype d’un immonde tyran aux bas instincts populaciers, destiné à peupler au moyen de son ochlocratie l’Union soviétique sinon le monde entier, dans une déflagration du mal radical. Pourtant, affirme naïvement Filippovitch, préférant la douceur pour dompter notre chien, « la terreur n’y fera rien, aucune sorte de terreur : qu’elle soit blanche, rouge ou même brune ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un demi-siècle plus tard, en 1970, il ne s’agissait plus d’un chien rouge, mais d’un Chien Blanc, sous la plume de Romain Gary. Et s’il ne parle pas, il sait s’exprimer en tant que « bête de bonne compagnie » et semble dire en offrant sa patte : « Je sais bien que j’ai l’air terrible, mais je suis un très brave type ». Ce « berger allemand » n’est pourtant pas blanc comme neige. Soudain le voilà métamorphosé : une violence féroce  s’empare de lui, « dans un paroxysme de haine », mais seulement à l’égard des individus noirs. Car il a été conditionné par son précédant maître, « dressé spécialement pour attaquer les Noirs […] pour aider la police contre les Noirs ». Le casus belli est particulièrement criant, d’autant que le romancier situe son drame romanesque aux Etats-Unis. Autour d’un tuer ou ne pas tuer le fauteur de troubles, le drame fait exploser les consciences. Jusqu’à ce que, sous la férule rééducative de Keys, un Musulman noir fanatique employé d’un zoo, « Chien Blanc devienne un « Chien Noir », en une pire réactivation du mal…

Quoique les péripéties soient narrées avec vigueur et émotion, ce Chien Blanc peut ressembler un peu trop à un roman autobiographique à thèse, et à charge contre le racisme. À moins de remarquer le questionnement souterrain sur le conditionnement, qui concerne également les hommes bien entendu ; mais aussi la satire des éducateurs antiracistes, sans oublier de tacler le racisme anti-blanc. Embrassant toute la société américaine avec une rare acuité, entre Martin Luther King et les Black Panthers, le récit, parfois à la lisière de l’essai, convoque les émeutes raciales et les manifestations politiques, y compris lorsque le projet d’immoler le chien doit contribuer à la protestation contre la guerre au Vietnam, car l’action a lieu en 1968. L’apologue est plus complexe qu’il n’y parait, alors que le narrateur, Romain Gary lui-même, marié à l’idéaliste Jean Seeberg, ne peut se départir d’une tendresse pour le bon fond inné de ce chien, au point de rêver pouvoir « guérir Batka », ce qui prend dans sa tête « des proportions symboliques ». En cette fable animalière, humaine et trop humaine, s’agit-il d’une trop irénique confiance envers l’humanité, ou, au vu du résultat, d’une fatale méprise…

 

Charles d’Orbigny : Atlas du Dictionnaire d’Histoire naturelle,

Renard, Martinet & cie, Paris, 1849.

Photo : T. Guinhut.

 

Après le franco-russe duo de canidés, voici un duo de gallinacés. Si l’on sait qu’il est parfaitement humain de deviser du monde comme il va, les interlocuteurs de cet autre nouvelle russe ne sont que de fieffés poulets. Viktor Pelevine, romancier prolixe né en 1962, choisit le format bref de l’apologue pour singer le dialogue philosophique entre « Sixdoigts » et « L’Ermite ». Pourtant le lieu n’est guère propice à l’exercice, tant il s’agit d’un élevage industriel. Le premier est rejeté de sa « communauté » à cause de sa difformité, le second a chassé tous les autres et construit, au moyen d’un mur de détritus « l’abri de l’âme ». Entre alternance du jour et de la nuit, peur des rats, « mangeoire-abreuvoir autour de laquelle notre civilisation s’édifie depuis un temps immémorial », et enfin « Mur du Monde », l’inquiétude cosmique et métaphysique va bon train. Mieux, « dans le langage des dieux, ça s’appelle Elevage industriel de volailles A. Lounatcharski » ! Réussissant à se faire jeter par-dessus bord grâce à la pyramide de leurs congénères, les deux voyageurs poursuivent une quête aveugle, menacés par les dieux qui les cuisent après la mort. Rattrapés par ces derniers, les voilà considérés comme des « prophètes » par la troupe des volailles, auxquelles L’Ermite est invité à offrir un sermon : « Le péché c’est l’excès de poids. Votre chair est coupable, car c’est à cause d’elle que les dieux vous mangent ». In extremis, les exercices de vol leur permettront de s’échapper sous le soleil…

Avec un talent fou et bien de l’ironie, Viktor Pelevine met en scène une cosmogonie digne d’Hésiode, car l’on vient de « sphères blanches », l’on est dominé par les « Vingt Proches » du dôme majestueux de la mangeoire, alors qu’un au-delà serait possible. Cette eschatologie parodique n’est pas sans empathie envers des volatiles élevés pour l’abattage, même si l’on peut lire en l’apologue une mise en abyme absurde de la condition humaine. Evidemment, l’on pense au voltairien « Dialogue du chapon et de la poularde[6] », dans lequel ces derniers se plaignent de leur castration et de leur destinée gastronomique, mais Viktor Pelevine leur adjoint une dimension spectrale et poétique bienvenue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Renversement de tendance avec Alexis Legayet : ce ne sont plus les hommes qui sont les dieux des poulets, mais l’un d’entre eux qui devient le Dieu Denis ou le divin poulet », selon un titre à la direction passablement loufoque. Cependant l’heure est grave. Un type inédit de « serial killer » sévit. Non, il ne tue ni ne cuit pour les déguster ses frères humains, mais en contravention avec la « Loi éthique universelle signant l’abolition du meurtre, de la consommation et de l’exploitation de nos frères animaux » ! Frank en aurait bien plaisanté, mais devant son épouse Hélène, ce serait blasphème : « L’élévation morale de notre humanité réduisait le champ du rire autorisé comme peau de chagrin ».

Car une certaine Marthe (et non Marie) reçut l’annonciation : une poule qui n’a jamais connu de coq va concevoir « Denis, Fils du Très-Haut » ! Mais comment prêcher lorsque l’on est poussin piaillant ? Bientôt notre « Dieu-Denis » parvient à attirer l’attention en traçant des lettres dans la boue, puis en écrivant sur un smartphone. Ainsi un adolescent benêt devient-il « l’apôtre Jordan », bientôt flanqué de trois comparses. De surcroit, comment convaincre les incrédules, qui prennent les vidéos You Tube pour des bouffonneries ? Omnisciente comme il se doit, la bestiole emplumée pirate les sites internet de grandes marques de restauration, comme KFC, spécialiste en nuggets de poulets, ce pour « sauver les bêtes de l’Homme ». Sur les affiches, les publicités et les menus, la maltraitance animale éclate au grand jour, associant les camps d’exterminations nazis aux « camps de poules du Kentucky, trois millions de morts par an ». Au grand scandale d’une société qui voit décroître ses carnivores, quoique la police se charge d’arrêter les quatre apôtres et de faire griller le fauteur de trouble, dont la mort rachète les péchés des hommes contre leurs frères animaux, pour parler comme Saint-François d’Assise.

Devant la déshérence de l’Eglise catholique, il va bien falloir que la Papauté intègre celui qui est devenu « Père Jordan ». En conséquence, naîtra le « dieudenisme ». Les péripéties s’enchainent avec entrain, retrouvailles des apôtres, « siège de Rungis », « Sus aux bouchers », jusqu’au couronnement législatif et politique de la cause, en un abject semblant de théocratie, punissant le « crime contre l’animalité », imaginant de changer les génomes pour que les prédateurs bestiaux deviennent végétariens ; avenir qui n’est pas tout à fait improbable.

Voilà les bêtes redevenues sauvages, mais pourvues d’inhibiteurs cellulaires qui leur font cesser toute prédation dans les « zones familières ». Les restes d’un poulet « tandoori » sont exposés lors d’une cérémonie religieuse télévisée, face à un crucifix nanti d’un « poulet embroché ». L’on se demande « comment protéger les animaux les-uns des autres », si interdire aux bêtes « aux piscines publiques n’était pas une intolérable discrimination, tout à fait analogue aux pires formes de racisme ». Quant à Jordan, outre le Panthéon pour son corps, c’est la canonisation qui lui est réservée pour son âme !  Le festival conceptuel et drolatique est irrésistible, quoiqu’effrayant…

La parodie de l’Evangile est aussi claire que réussie ; l’on y retrouve la « Cène » et le tombeau vide », sans compter les allusions au coq et à la lumière du matin dans la Bible. En un renversement des valeurs anthropologique, le véganisme fait loi : « Les végans étaient des chevaliers de l’absolu, refusant tout compromis ». Pourtant leur tyrannie alimentaire trouve rapidement sa limite, dans la mesure où les animaux s’entredévorent et où « Dieu-Denis » fait l’expérience de « la condition sauvage de la bête traquée » par les prédateurs animaux, ce qui le conduit à imaginer de revenir pour « sauver la Bête de la Bête ». Le romancier, qui est notre contemporain et enseigne la philosophie, est peut-être un fin métaphysicien, tel que veut le prouver son essai : Métaphysique de l’astre noir[7]. Cependant, usant ici d’un zeste de science-fiction (« la grande loi du 8 mai 2045 »), et bien entendu de la prosopopée qui fait parler les bêtes, au service d’une fable politique et d’une redoutable dystopie, il se montre un maître de l’apologue, croquant ses personnages avec une vivante acuité, jusqu’au vigoureux boucher Marcel Durand, lapidé par les défenseur de « 30 millions d’amis ».  Si notre talentueux auteur, à l’humour redoutable, veut attirer la pitié et l’humanité sur le sort des quatre et deux pattes[8], il y réussit sans nul doute. Mais pas au prix de la tyrannie vegane dont il se fait le juste satiriste virulent, visionnaire et impénitent, sans oublier de brocarder les thuriféraires et moutons de Panurge de la nouvelle doxa, violente de surcroit : cette nouvelle humanité compassionnelle a accouché d’un monstre. Ce sont jusqu’aux livres de cuisine et de gastronomie qui sont « mis à l’index » et détruits…

 

 

Quittons à tire d’aile l’apologue, mais en suivant d’autres volatiles. Et posons-nous sur un livre paisible pour dépasser cette zoologie didacticopolitique. Sont-ce des récits autobiographiques, des poèmes en prose ? Un oiseau sur l’épaule ou dans la main, Karen Dutrech est une autre Saint-François d’Assise parmi les pages de son Don des oiseaux. Ils ne sont que moineaux, étourneaux et martinets, petites gens de peu parmi les volatiles ; et pourtant si amicaux…

« Carmelina » est un très jeune moineau, plus exactement une « moinelle », recueillie sur le sol d’un carmel italien. Un « oisillon tombé du nid » comme « Fioretto l’intellectuel » recueilli à Toulouse, « Sakuni l’apprenti ténor », ou « Glenn », comme le pianiste Glenn Gould, pour un martinet. Cette petite créature n’est pas encore mûre pour l’envol ; ce pourquoi notre ange gardien se charge de la recueillir, la nourrir, au point qu’elle se cache dans ses cheveux, son foulard, comme en un nid, avant d’apprendre à se baigner dans un bouchon d’eau, et de prendre enfin son envol vers la liberté des bois. Ils ont leur petite cage pour voyager, accompagner la narratrice jusque dans ses entretiens de recherche, ils pianotent sur les touches de l’ordinateur, sans cependant qu’aucun texte intelligible y apparaisse, ils cherchent « le peau-à-plumes », apprivoisent les personnes de rencontre et Erik, le compagnon. Est-ce exagéré de croire à tant d’intentions : « tu viens piquer mes lèvres pour me faire comprendre, avec autorité, que tu as besoin de manger ». Et d’imaginer une « ornithomancie » ? N’empêche que le second moineau « arpente la bibliothèque, en intellectuel érudit surtout curieux de l’étagère poésie et de celle de la spiritualité. Les romans te laissant manifestement indifférent ». Ce crâne de piaf répond à son prénom, « dépose une petite fiente sur une page en cours » ; lui et ses congénères savent « jouer le jeu de l’apprivoisement tout en restant absolument sauvages et, une fois prêts [savent] rejoindre leur vie de moineau ». Après le départ, il ne reste plus que quelques plumes de leur mue, à conserver, comme autant de lignes du récit poétique échappées vers le lecteur enchanté.

Quant à l’étourneau, il sait user de la parole, du moins de l’imitation, pour réclamer à manger ou un « bisou ». Mais il faut tout protéger de ses fientes, malgré son plumage d’ébène, « constellé d’étoiles ». Le martinet, lui, après quelques jours de repos, peut « étreindre l’azur » ; comme dans les anges dans les peintures de la Renaissance italienne, tous incarnent un « élan ascensionnel ».

Non seulement l’expérience vécue, réitérée, est étonnante, mais la façon de raconter est aussi précise que séduisante, poétique sans niaiserie aucune, pleine de leçons sur le sens d’une vie qui sait « saluer la beauté ». Ainsi, « vous aurez fait quelque chose de votre vie », dit-on à notre poétesse qui a pour patron Saint François d’Assise, auquel elle rend visite dans sa ville et son ermitage.

Quoiqu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’apologue, et à l’heure où les moineaux ont tendance à disparaître des villes, les récits de Karen Dutrecht, rares tant leur beauté est sensible, n’en ont pas moins une morale, celle de la nécessité de la compassion et du soin pour comprendre la nature et la veiller, prélude à la même attitude envers les hommes. Au travers de ces minces animaux, s’échange « la splendeur du vivant ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà du Chat Murr d’Hoffmann, roman musical qui resta inachevé en 1822, dans lequel l’animal apprit à lire, voici un félin domestique particulièrement doué : Je suis un chat du Japonais Natsume Sôséki. Quoique amateur de la brièveté du haïku[9], ce dernier ne dédaigne pas la vastitude du roman, non sans humour et clin d’œil aux chevaux parlants des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift. Matou errant et sans nom, il est ignoré et méprisé par la maisonnée, hors son maître qui l’a recueilli. À son œil félin de narrateur avisé, malgré ses longues siestes, rien n’échappe : le visage humain « lisse comme une bouilloire » au lieu de poils, les livres que son professeur d’anglais prétend lire alors qu’il s’endort sur leurs pages où « il bave » : « Si on peut occuper un emploi en dormant autant, aussi un chat en est capable ». Voilà qui donne dès l’entrée le ton de l’ironie. Registre qui ne manque pas de croître à l’arrivée des amis avec lesquels le professeur pérore et rivalise de controverses philosophiques, de plaisanteries loufoques. Cependant en 1905, l’ère Meiji bouleverse la Japon depuis quelques décennies, bousculant maints repères traditionnels, entraînant ces intellectuels désœuvrés à épouser un occidentalisme prétentieux, alors qu’ils sont délaissés par une ère qui leur préfère les hommes d’affaire, les industriels, les politiques et les militaires : ce dont notre chat est le témoin privilégié et fieffé satiriste. Kaneda, l’homme d’argent, en prend pour son grade, ainsi que sa femme grossière et stupide, sa fille pourrie d’orgueil.  En sus des personnages principaux, apparaissent tour à tour un voiturier aussi vantard que son chat noir, un voyou tatoué, des hâbleurs férus de sottises, une famille qui s’échine à vendre sa fille au prix d’un diplôme de docteur ès sciences, « les gentilshommes de l’école du Nuage descendant » qui ne cessent de tracasser le professeur à la santé chancelante, sans compter cent faiseurs de fariboles…

L’on se doute qu’entre le professeur Kushami et notre chat se joue un double jeu de rôle et d’autodérision de la part de l’auteur d’un ouvrage un rien hybride entre roman et essai, même s’il faut parfois déplorer le manque de concision du volume. Reste qu’en un roman de mœurs au lieu d’un apologue, ce chat, qui a le talent de lire le journal de son maître, sait à la façon de Montesquieu, car un peu Persan, croquer avec saveur la société japonaise de son temps, et, au-delà, les travers de l’humanité entière. Comme un homme, et comme son auteur succombant à la maladie et à la mélancolie, notre chat s’abandonne à la mort pour clore opportunément le volume.

 

La Fontaine, dans « Le pouvoir des fables[10] », savait que « l’assemblée par l’apologue réveillée », pouvait enfin prendre la décision d’agir. Or au travers de ces masques et miroirs que sont les animaux, nous voilà sommés de savoir combien nous sommes cochons tyranniques et vaniteux, chiens grossiers, révolutionnaires et racistes ; mais aussi oiseaux métaphysiciens et divins, passereaux poétiques.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Jean de la Fontaine : Fables choisies mises en vers, I, deuxième préface à Monseigneur le Dauphin.

[2] Aristote : Les Politiques, I, 2, 1253a, Œuvres complètes, Flammarion, 2014, p 2325.

[4] Karl Marx : Le Manifeste communiste, Œuvres I, La Pléiade, Gallimard, p 161, 182.

[6] Voltaire : « Dialogue du chapon et de la poularde », Mélanges, La Pléiade, Gallimard, 1995, p 679.

[7] Alexis Legayet : Métaphysique de l’astre noir, Sens et Tonka, 2012.

[10] Jean de la Fontaine : Fables choisies mises en vers, VIII, IV.

 

Buffon : Les Mammifères, Œuvres, Verdière et Ladrange, 1826.

Photo : T. Guinhut.

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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 18:52

 

Atlas du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, Etienne Ledoux, 1825.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Atlas & cartographie,

du monde terrestre aux mondes imaginaires.

Laurent Maréchaux : Les Défricheurs du monde.

Huw Lewis-Jones : Atlas des mondes imaginaires.

 

 

Laurent Maréchaux :

Les Défricheurs du monde. Ces géographes qui ont dessiné la terre,

Le cherche midi, 2020, 224 p, 38 €.

 

Atlas des mondes imaginaires,

sous la direction de Huw Lewis-Jones,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Simon Bertrand,

E/P/A, 2020, 256 p, 35 €.

 

 

 

Un romancier parfois fort talentueux, parfois inégal et creux, Michel Houellebecq[1] pour ne pas le nommer, titra l’un de ses romans La Carte et le territoire. C’était signifier combien nous vivons entre le monde et sa représentation, entre les mots et les choses. Et si l’on croit naïvement que les atlas et les cartes sont toujours réalistes et justes, il faut, outre le problème indéfectible de la sphéricité de la terre qu’il faut mettre à plat, déchanter en considérant combien le passé eut bien du mal à dessiner le contour des côtes et des continents. Or il s’avère nécessaire de séparer la cartographie du terrain qui nous entoure et celle imaginaire, même si les deux se sont longtemps mêlés. Viennent à point deux ouvrages splendides : Les Défricheurs du monde. Ces géographes qui ont dessiné la terre, de Laurent Maréchaux, et l’Atlas des mondes imaginaires, sous la direction de Huw Lewis-Jones. Grâce auxquels les directions de l’Histoire et celles de la fiction sont aussi abondamment cartographiées que les potentialités de l’humanité.

 

 

S’il n’y a guère d’Histoire sans géographie, il est impossible de savoir qui et quand  a dessiné la première carte, peut-être sur le sable ou dans la boue de la préhistoire, pour indiquer un territoire chasse, ou de guerre. C’est cependant Eratosthène, au III° siècle avant Jésus Christ, qui rédigea la première « géo-graphie », prouva la rotondité de la Terre (déjà postulée par Anaximandre et Aristote) et en mesura assez exactement la circonférence, à l’aide ses gnomons égyptiens. L’on devine qu’il s’agissait toutefois d’un état du monde à amplement perfectionner, nonobstant les connaissances des Grecs, et d’autant que chaque entreprise de ce titre, chaque illustration cartographiée, ne sont que des états transitoire de la connaissance et de l’évolution du monde tel qu’il vit sans cesse.

Avant de faire une distinction entre cartes de lieux réels et d’autres plus imaginaires, il faut se rendre à l’évidence, les cartes antiques et médiévales ne s’embarrassaient pas toujours de réalisme et remplissaient avec bien de la fantaisie la terra incognita, jusqu’au merveilleux le plus accompli. Cependant, prenons d’abord pour guide Les Défricheurs du monde. Ces géographes qui ont dessiné la terre, de Laurent Maréchaux, un livre-album qui parcourt autant notre étonnement que l’Histoire, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Ce sont trente siècles de géographes en quête d’exactitude et de beauté ; une « volonté de savoir », selon le préfacier Jean de Loisy, faisant allusion à Michel Foucault.

 

Pomponius Mela, Ier siècle : Description de la terre,

Brissot-Thivars & cie, 1827.

Photo : T. Guinhut.

 

Du Grec Ptolémée, en passant par l’Arabe Al-Idrîsî, jusqu’à Mercator, la cartographie est une « science de l’émerveillement, au service de laquelle dessinateurs, illustrateurs et graveurs rivalisent d’inventivité et de couleurs chatoyantes. Avant eux, entretemps et plus tard, les épopées et les historiographies se font cartes verbales, entre l’Odyssée d’Homère, qui pense la Terre en termes de « disque plat », comme la représente le bouclier d’Achille, les Histoires d’Hérodote, les Météorologiques d’Aristote, la Géographie de Strabon, un Grec qui voyageait au temps d’Auguste et fit œuvre de topographe et d’anthropologue. C’est Ptolémée, « défenseur du géocentrisme » qui fixe au II° siècle un canon qui perdurera jusqu’au Moyen-Âge, voire jusqu’au XVI° siècle.

 

Mais un Arabe, « débauché par le roi très chrétien Roger II de Sicile », Al-Idrîsî, publie en 1154 une somme de 70 cartes. Après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, la route de l’Orient est bloquée par l’Islam. Aussi faut-il contourner l’Afrique inconnue ou filer dans l’Atlantique. Les grandes découvertes accélèrent alors l’appétit de cartographie. Et dès 1492, l’année de la découverte de l’Amérique, l’Allemand Behaim construit le premier globe terrestre connu, aussi précisément documenté qu’il est possible sur sa riche surface esthétiquement sphérique ; alors que les portulans[2] aux services des navigateurs font florès. Cependant Mercator, en 1587 use de sa fameuse projection au service de « la première mappemonde stéréographique » et publie un Théâtre sphérique de l’univers qui totalise 107 cartes régionales à la précision inégalée jusque là. Au loin les cartographes chinois font des merveilles…

La cartographie moderne est née. Le XVII° est un festival : les travaux de Copernic font exploser l’astronomie qui devient héliocentrique, et le « physicien-géographe » Huyghens construit l’horloge à balancier qui permet de déterminer les longitudes, les « arpenteurs-cartographes » de la famille Cassini produisent des cartes de la France et de ses régions enfin utilisables avec profit par le voyageur.

 

Duc D'Orléans : À travers la banquise. Du Spitzberg au cap Philippe, Plon, 1885.

Photo : T. Guinhut.

 

Les réalisations des géographes des Lumières et du XIX° siècle pullulent :  Turgot fondant la géographie économique, d’Humboldt cartographiant l’Orénoque et le Chimborazo, Jules Marcou, le « trappeur-géologue ». L’heure est aux manuels profus et encyclopédiques d’Elisée Reclus, aux travaux de Vidal de la Blache. Au fur et à mesure de l’Histoire de la cartographie, la Méditerranée puis l’Europe occupent la moitié du globe, l’espace devient le produit d’une expansion, l’Asie et les Amériques, les Pôles prennent leur juste place, d’autres projections que celle de Mercator s’inventent, la géologie anime les pays de couleurs jurassiques, calcaires et granitiques, la carte d’Etat-major devient un indispensable outil des armées et des guerres. Mais aussi, grâce à ses descendantes et au 25 000°, incroyables de précision et de justesse, d’après des photographies aériennes, les cartes de randonnées, sur les côtes, parmi les campagnes et les montagnes, signent l’ère de la démocratisation du tourisme, alors que l’anthropologie, la sociologie et la géopolitique permettent de nouvelles figurations de l’entendement du monde…

L’on entend parmi ces « défricheurs du monde » les conquérants, comme Alexandre courant jusqu’à l’Indus, les explorateurs à la recherche des sources du Nil ou des Pôles, découvrant et dessinant leurs morphologies. C’est d’ailleurs à partir du XIX° siècle que l’on enseigne la géographie à part entière, que naissent les sociétés nationales de géographie, alors que les cartes ne sont plus seulement descriptives, mais administratives, militaires. L’espace graphique et esthétique évolue vers le partage politique et ethnique, vers les dimensions économiques et écologiques, en fonction des découvertes, des sciences, des besoins et des idéologies. Comme quoi la carte n’est jamais neutre, elle est autant un instrument de connaissance, de cheminement, que de maîtrise de l’espace et de son lecteur, donc de pouvoir.

Une foule d’informations, ordonnées et claires, habite cet ouvrage hautement recommandable de Laurent Maréchaux, aimable pédagogue en son exposé didactique. Certes, il ne peut, en ce cadre, être absolument exhaustif : pensons par exemple au plus ancien géographe romain connu ici passé sous silence, Pomponius Mela, qui écrivit au milieu du premier siècle une Description de la terre[3] au moyen de cinq zones climatiques, et dans laquelle note planète est assise au centre du monde, et dont les terres sont partout environnées de mers.

Venues de manuscrits enluminés, d’éditions anciennes aux gravures délicates, les illustrations sont sans cesse un plaisir pour les yeux, émaillant ce qui est une encyclopédie des savoirs cartographiques. À la lisière des sciences et des beaux-arts, ces cartes pétillent de mystères et de révélations de plus en plus exactes. L’iconographie en est proprement somptueuse.

 

Photo : T. Guinhut.

 

Autre joli prodige de l’édition, complémentaire du précédent, The Whriter’s maps, qui était le titre anglais du volume dirigé par Huw Lewis-Jones. Ce sont en effet les écrivains qui ont eu à cœur de compléter les récits et romans avec des cartes, voire commencer par celle-ci, tant elles sont motrices de l’inspiration. Ainsi en cet Atlas des mondes imaginaires, une vingtaine d’auteurs contribue à cet inventaire où l’on rivalise d’inventivité narrative et graphique : de Philip Pullman, le père de La Croisée des mondes, à David Mitchell, romancier de la Cartographie des nuages[4], en passant par Reif larsen et son Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet[5]. Dans « les interstices de l’atlas » se nichent les royaumes et les villes de la fiction, comme la « Razkavie » de Philip Pullman, sans oublier le parangon du genre : « la Terre du Milieu » inventée par Tolkien.

C’est au sein du chapitre 6 de L’Île au trésor de Robert-Louis Stevenson, publié en 1881, et parmi les papiers du capitaine, que l’on découvre « la carte d’une île, avec la latitude, la longitude, les sondages les noms des collines, des baies, des passes […] les mots suivants, d’une petite écriture nette, très différentes des lettres tremblées du capitaine : Le gros du trésor ici[6] ». Ces phrases décisives font de la découverte de la carte le réel élément déclencheur du roman d’aventure et de pirates. Non loin d’elle, mais près de deux siècles plus tôt, celle qui accompagne les éditions de Robinson Crusoé[7] vise à authentifier une fiction, tout en ajoutant au plaisir du langage narratif et descriptif une caution visuelle. Quant à Henry David Thoreau, qui produisit en 1854 sa carte de l’étang de Walden, il s’agit moins de la lire comme un exercice sourcilleux d’arpentage que dans son rapport à l’amateur de méditation forestière et naturaliste face au paysage, non sans penser à la légitimité de la désobéissance civile[8]. « Un puits sans fond d’idées nouvelles », selon Huw Lewis-Jones.

 

 

Tout au contraire, la « carte vierge » dans La Chasse au Snark de Lewis Carroll n’attend que d’être remplie, alors que Tolkien, le créateur du Seigneur des anneaux, usa d’un préalable plus prudent : « J’ai sagement commencé par une carte avant d’y écrire l’histoire ». Qu’il s’agisse d’une excursion mémorable ou de la fondation d’un empire, le talent cartographique sait épauler le conteur, le romancier, ou encore le théoricien d’Utopia comme le fut Thomas More (le premier sans doute à vouloir cartographier un lieu inexistant), ou l’historien d’une uchronie. Voilà qui permet d’être à la fois explorateur et créateur, démiurge concurrent des dieux, d’Ouranos et de Gaïa, d’Yahvé enfin. Car nous avions failli oublier l’un des endroits les plus cartographiés du monde : le jardin d’Eden ; sans compter dans sa filiation théologique, l’Enfer de Dante.

La littérature plus récente ne fait qu’amplifier le phénomène, depuis L’Île mystérieuse de Jules Verne, en passant par Le Monde perdu de Conan Doyle, l’île de Peter Pan, jusqu’à la vallée des « Moumnines »,  qui est ici étudiée en un chapitre entier. De même le royaume de Narnia est présenté par son auteur, Abi Elphinstone, dont Les Sept étoiles du nord sont prétexte à une cartographie aux moyens divers, y-compris le palimpseste, en crayonnant des cartes d’état-major. La fantasy épique ne peut être que prodigue en cartographies, à l’instar de Terremer d’Ursula Le Guin[9].

Après les îles, territoires d’imaginaire, comme celles d’Utopia et de l’Atlantide postulée par Platon et dessinée par Athanasius Kircher en 1665, ou celle de Jules Verne déjà nommée, ce sont des pays entiers, voire des continents, des planètes, que les auteurs contemporains, y-compris de science-fiction, balisent de lieux de vies et de pouvoirs, de magies et de terreurs.

Là encore l’iconographie est tourneboulante et fabuleuse, dans les deux sens du terme. Outre les territoires imaginairement dessinés, et nanti de leurs habitants et animaux fantasmatiques parmi les blancs d’inconnaissance du géographe et du marin, voici un déploiement de côtes et de baies fantasmagoriques, de montagnes et de fleuves nuageusement rêvés, de villes improbables et propices à l’aventure, qu’elle soit médiévale ou victorienne, aux péripéties enchanteresses et dangereuses, aux guerres millénaires et sans pitié, comme dans la péninsule de « Westeros », en tête des pavés du Trône de fer de George R. R. Martin[10], œuvre propice autant au mythe qu’à la philosophie politique.

 

Robert Louis Stevenson : Treasure Island, Grosset & Dunlap, 1930.

C. F. Delamarche : Atlas élémentaire, Chez l'auteur, 1806.

Photo : T. Guinhut.

 

Croquis élémentaires, ou coloriages sophistiqués, il s’y trouve plus ou moins à l’œuvre une intention et un résultat esthétiques. C’est un festival de graphismes, de couleurs pastel et d’incendie, voire de pliages et de livres animés, à l’occasion de la « carte du Maraudeur », en trois dimensions, qui apparait en 2004 dans le film Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. Ces cartes flirtent avec le portulan, avec le papyrus et le parchemin, avec la bande dessinée, avec une imagerie médiévale ou technologique, comme dans la curieuse terre fabulée d’Abraxas, où magie et technologie avancée cohabitent, sous les doigts de Russ Nicholson. Elles deviennent livre-jeu de cartes, comme ce « récit oral épique jouable », en quoi consiste Donjons & Dragons.

L’un est Histoire et géographie, l’autre Histoire littéraire, les unes se voulant de plus en plus exactes et efficaces sur le terrain, les autres déboussolantes. En résonance avec Les Défricheurs du monde et avec le Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel[11], il faut feuilleter, lire, savourer cet Atlas des mondes imaginaires, qui, en un cheminement peut-être un peu trop erratique, fait alterner les témoignages d’auteurs contemporains et les petits essais que ce qui devient un genre graphique, sinon à part entière, mais indispensablement accouplé à bien des genres romanesques. Au point qu’Abi Elphinstone puisse confier : « Souvent, je suis bloquée lors de l’écriture - ces jours où les mots restent obstinément hors de portée. Mais je ne me suis jamais retrouvée à court d’idées en gribouillant un monde imaginaire ».

 

Les cartes témoignent de l’Histoire autant qu’elles font l’Histoire. Et lorsqu’elles s’aventurent vers les espaces imaginaires venus du cerveau des écrivains et des poètes, elles sont en quelques sorte des cartes neuronales de la capacité d’imagination, des désirs et des peurs de l’esprit humain. Cependant, il y a bien un domaine qu’étonnamment nos auteurs n’ont fait qu’effleurer, sinon totalement ignorer. Si l’on a réalisé des cartes lunaires, les entreprises qui consistent à cartographier Mars ou Vénus - mais il faut admettre que la surface en ignition de cette dernière rend l’opération impossible - et jusqu’à la voie lactée, jusqu’à l’infinitude de l’univers, ne sont pas abordée ici. Reste à initier un nouveau volume plus que bifrons, multifrons, à la fois scientifique, science-fictionnel, pictural et numérique pour planifier et rêver des voyages ; où Baudelaire aurait pu plonger « au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau[12] »…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Monique de La Roncière, Michel Mollat du Jourdain : Les Portulans. Cartes marines des XIII° au XVII° siècle, Office du Livre, 1984.

[3] Pomponius Mela : Description de la terre, Brissot-Thivars & cie, 1827.

[6] Robert-Louis Stevenson : L’île au trésor, Club Français du Livre, 1958, p 59.

[11] Alberto Manguel : Dictionnaire des lieux imaginaires, Actes Sud / Leméac, 1998.

[12] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, « Le voyage », Club des Libraires de France, 1959 p 374.

 

Laurent Maréchaux : Les Défricheurs du monde.

Photo : T. Guinhut.

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 18:17

 

Sestiere Dorsoduro, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Du vocabulaire européen des philosophies

à l’autobiographie philosophique,

par Barbara Cassin.

 

 

Vocabulaire européen des philosophies,

sous la direction de Barbara Cassin, Seuil Le Robert, 2004, 1534 p, 95 €.

 

Barbara Cassin : Le Bonheur, sa dent douce à la mort. Autobiographie philosophique,

Fayard, 2020, 200 p, 20 €.

 

Barbara Cassin : Discours de réception à l’Académie française,

Fayard, 2020, 112 p, 14 €.

 

 

Au travers d’une imagerie paresseuse, l’Académie française, paraît être une sinécure poussiéreuse et chamarrée où de vieux messieurs sirotent leur importance obsolète, en peaufinant par instant un Dictionnaire plus lent qu’un goutte à goutte de podagre. Pourtant de réelles éminences aussi riches de talents, sinon indiscutables, que Dominique Fernandez, Alain Finkielkraut ou François Cheng y siègent, et, pour parer à toute imputation ridicule de sexisme, depuis la romancière Marguerite Yourcenar et Jacqueline de Romilly, princesse des langues et civilisations gréco-romaines, ce sont Hélène Carrère d’Encausse, spécialiste du monde russe, et désormais Barbara Cassin. La réputation de sérieux de cette dernière n’est plus à faire, depuis ce monument qu’est le Vocabulaire européen des philosophies, dirigé par ses soins attentifs et informés. Mais au moyen d’une « autobiographie philosophique », étrangement intitulée Le Bonheur, sa dent douce à la mort, elle se fait conteuse, non sans oublier de penser, avec autant de rigueur  que d’effronterie. Cette aisance dans l’écart générique laissait bien entendre qu’elle saurait se plier à sa manière fantasque au Discours obligé à l’entrée de l’Académie française.

 

Descartes considérait la métaphysique comme la partie de la philosophie déterminant le fondement de toutes les connaissances. À cet usage, et au-delà de la physique, peuplée de transcendance, d’absolu, d’âmes, d’anges et de dieux, peut-être vaut-il mieux substituer le Vocabulaire européen des philosophies. Mille cinq-cents trente-quatre pages, neuf millions de signes, quatre cent entrées pour quatre mille mots et tournures, la philosophie, née européenne (si l’on écarte provisoirement la Chine)  trouve ici son portail : aux mains de plus de cent-cinquante collaborateurs, ce Vocabulaire européen des philosophies, est volumineux, éblouissant, porté à bout de neurones par son ange de la philosophie, Barbara Cassin telle qu’en elle-même.

La philosophie, ou plus exactement les philosophies, exige au-delà d’un anglo-américain commercial, une langue riche, subtile et nuancée ; mieux, la pluralité des langues. Car des sens surgissent au coin de l’hébreu et de l’allemand, du français et du russe, de l’anglais et de l’espagnol, de l’arabe et de l’italien, « en régressant aux langues anciennes (latin, grec) », démontrant l’épineuse difficulté de traduire. Ainsi le modèle avouée de la directrice de l’ouvrage est le Vocabulaire des institutions européennes d’Emile Benveniste[1]. Les termes « ne sont pas superposables - avec mind entend-on la même chose qu’avec Geist ou qu’avec esprit ; pravda, est-ce justice ou vérité, et que se passe-t-il quand on rend mimêsis par représentation au lieu d’imitation ? » De l’hellénisme à l’époque contemporaine, en passant par le christianisme, l’humanisme et les Lumières, les sens s’enrichissent, se combattent et se complètent, en une « histoire des concepts ». Au-delà de tout « nationalisme ontologique », comme celui de l’allemand Herder et d’un Heidegger ne jurant que par le grec et l’allemand, la « motivation universaliste » est forcément plurielle et entraîne une « cartographie des différences philosophiques européennes ». Par exemple, « eleutheria », en grec ce plein épanouissement de l’être, devient « libertas », soit le libre arbitre et l’invention de la volonté individuelle. Du diable à la beauté, du Dasein au Stimmung, du sublime à la vérité, du sexe au genre, sans oublier les sens du sens, maints penseurs sont à notre disposition. Et à chaque article, toujours fouillé avec finesse et clarté, s’ajoutent des citations référencées et une bibliographie, faisant de cette bible des langues philosophiques un indispensable outil de travail et de maturation intellectuelle.

 

Babel affecte et enrichit la philosophie, surtout au moyen des « intraduisibles », non que l’on ne puisse en donner des équivalents, mais nombreux, approximatifs et toujours en passe de traduction nouvelle. Il en est ainsi avec le « duende », dont Federico Garcia Lorca[2] fut l’analyste et le poète. Démon du foyer, esprit malin, il est aussi le charme et la grâce, comme lorsqu’un artiste du flamenco est soudain inspiré, emporté par le feu de la danse, de la musique et du chant : « Le duende dont je vous parle, obscur et frémissant, est le descendant du très joyeux démon de Socrate, tout de marbre et de sel, qui, indigné, le griffa le jour où il prit la cigüe et de cet autre diablotin mélancolique de Descartes, petit comme une amande verte, qui, las de tant de cercles et de lignes, sortait par les canaux pour entendre chanter les grands marins brumeux[3] ».

C’est en toute logique que l’on retrouve Barbara Cassin, cette dame aussi sérieuse qu’amusée, qui sait traversée par le duende, parmi les pages des Routes de la traduction[4], une exposition et un catalogue, élégants et généreux, de la Fondation Martin Bodmer, avec « Tintin : de la belgitude à la Syldavie ». Car Tintin « est traduit en autant de langues que la Bible », et va jusqu’à inventer des langues, tel « l’arumbaya » de L’Oreille cassée, en 1938.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui est Barbara Cassin ? Et qui mieux que l’intéressée pourrait répondre à cette question ? C’est chose faite avec une « autobiographie philosophique », à se demander s’il s’agit d’un oxymore, intitulée Le Bonheur, sa dent douce à la mort, titre venu d’un poème d’Arthur Rimbaud, tant la rigueur attendue en la matière du vocabulaire philosophique se heurte à la beauté poétique. Or la confluence est efficace.

Les êtres qui présidèrent à une personnalité et entourent une vie sont fatalement là : une petite « Baba » au milieu de parents peu commodes et peintres de talent. Un père « dandy », une mère « orpheline », ce sont, lors de l’Occupation, des Juifs avisés : « Pas d’étoile jaune, pas de déclaration, la fuite ». Etienne, un mari (« j’ai épousé un autre ») et père de ses enfants qui mourut trop tôt d’une tumeur au cerveau, et dont elle voulut entourer les derniers jours de beauté : « du beau alentour, partout ». Elle ajoute, en forme d’émouvant hommage : « Une autobiographie philosophique peut bien être un chant d’amour ».

Dans le respect du pacte autobiographique institué par Les Confessions de Rousseau, la narratrice va jusqu’à nous livrer ses infidélités, et sa liberté. Une leçon de joie est dispensée de page en page ; ce qui est peut-être à la fois l’acmé de la vie et de la philosophie. C’est ainsi qu’elle va, quoique le premier mot soit trop modeste, « de l’anecdote à l’idée », évitant l’écueil du philosophe n’évoluant que dans l’abstraction et jonglant avec la sécheresse des concepts. Ainsi, déduisant de l’attitude qui anime le peintre : « Il y va de deux manières de faire : avec l’idée ou suivant l’effet. Ces deux manières font philosophie » ; peut-être celles du platonisme et du conséquentialisme.

De l’effronté menterie de sa mère devant les Allemands - « Moi, épouser un Juif ? Jamais ! » - elle tire une réflexion sur la vertu du mensonge, qui ne va pas dans le sens de l’impératif catégorique kantien qui réprouvait absolument tout mensonge. Et comme l’on philosophe en conscience de la mort, à laquelle ses parents surent échapper en conscience de leur judéité, elle sait que la vie est « un atterrissage », que c’est « si magnifique parce qu’on allait mourir ».

 Le récit est vif, plein de pittoresque, d’intelligence et d’espièglerie, au risque de manquer de rigueur, diront les esprits exigeants ou chagrins ; elle écrit avec « l’allure poétique à sauts et à gambades » pour reprendre l’expression de Montaigne[5]. Les portraits s’entrechoquent, colorés, caractérisés en quelques mots. L’on rit des « proverbes et artabanismes » de sa mère : « Trente-six fesses font dix-huit culs. Elle s’en servait pour conclure les discours des intellos […] C’était la sagesse transgressive en langue et en situation, le bonheur d’être au chaud dans le lit d’une grand-mère en dentelles noires et de pouvoir avec elle rire de tout ».

Reste que l’on peut questionner son peu de confiance en « la Vérité vraie ». Ne dit-elle pas : « Ceux qui jettent à la figure leurs vérités sont nuls et non avenus » ? Certes les fanatiques de tous ordres, politiques et religieux, sont tels et méritent ce jugement, mais que dire si une vérité est la vérité, s’il faut l’affirmer aux dépends des ignorants et des persuadés du contraire ? De même, sa critique de « l’universel » laisse pantois : « la vérité unique c’est de l’idéologie. Car l’universel, c’est toujours l’universel de quelqu’un ; l’universel qui arrange ». Voilà qui est pour le moins désarmant de simplisme. Autant des constantes scientifiques que le droit naturel à la liberté sont et doivent être universels, d’autant plus devant ceux qui pour des raisons de bêtise ou de vérité religieuse  oppriment autrui. Même s’il ne peut y avoir de langue universelle après Babel, c’est risquer de choir dans un dommageable relativisme. Même l’intraduisible « duende » a quelque chose d’universel, tenant à l’intellect humain, même si des individus, faute de sensibilité et d’éducation du goût, ne peuvent le ressentir. Il est vrai que le Vocabulaire européen des philosophies, quoique s’intéressant aux « universaux » et à la « vérité », ne pose pas le problème ainsi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Née en 1947, Barbara Cassin a publié, seule ou en collaboration une belle brassée de livres, sur Parménide, Aristote et Hannah Arendt ; mais aussi sur les femmes en philosophie. L’on ne s’étonnera pas qu’elle fouille le filon « intraduisibles » parmi deux volumes, dont Philosopher en langues[6]. Plus étonnant peut-être est son ouvrage sur la « nostalgie[7] ». Or, ancienne « soixante-huitarde », elle s’affirme politiquement à gauche. Sans aller jusqu’à être une thuriféraire du « féministe extrême » et du « décolonialisme radical », elle reste avant tout « helléniste et philologue ». Il faut cependant avouer qu’il y a quelque chose de savoureux à passer des barricades de mai 68 à la consécration sous la coupole !

Dans la tradition des « paroles d’immortels[8] », notre philosophe se plie avec agrément à l’exercice obligé : le Discours de réception à l’Académie française. Elle y fait l’éloge de son prédécesseur « philomusicien », dit-elle, Philippe Beaussant, romancier et musicologue de l’ère baroque, alors que ce dernier mot recouvre bien des significations, mais aussi « l’éloge de l’éloge » ; ce qui est fort judicieux, tant notre pauvre époque ne connait que trop souvent le blâme, si ces mots ne sont pas trop rhétorique pour elle. En ce sens Barbara Cassin apprécie hautement les valeurs de l’Académie française, soit rendre la langue « pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

Sur sa pacifique épée d’académicienne, une garde faite d’un écran souple d’ordinateur, un rien prétentieuse et kitsch, diront les uns, ou symbolique pour les autres et pour celle qui la conçut, s’élève pour qu’elle soit « une œuvre » et une « énergie ». Lumineuse comme un jouet ou comme une arme de superhéroïne de manga, elle porte une poignée reproduisant une déesse ancienne de la fécondité. Sur ce qui sert de lame, elle a fait graver au moyen de fibres optiques le « Plus d’une langue » de Jacques Derrida. Ainsi fait-elle « rimer l’antique et le contemporain ». Entre la « guerre civile des mots » et la foi dans le langage, ce dernier construit la réalité. Ce qui conduit Xavier Darcos, faisant allusion aux hiéroglyphes longtemps oubliés, à se demander en son allocution de réception : « Sommes-nous sûrs que l’inculture ne scellera pas de nouveau les lèvres du désert ? ». Heureusement, il faut se féliciter que le Vocabulaire européen des philosophies soit déjà traduit en une demi-douzaine de langues, et proposé en une édition augmenté en 2019. Jean-Luc Marion ferme le volume en offrant son éloge d’une nouvelle académicienne, au moyen d’une interrogation facétieuse et cependant riche de sens. En effet, plutôt que Laure ou Sylvie, ses autres prénoms, elle a choisi Barbara, alors qu’il vient de ces barbares dont les Grecs disaient qu’ils ne parlaient qu’en borborygmes, qu’ils ne faisaient que barbariser : ainsi à la langue originelle de la philosophie occidentale, se greffent en babélisant de nouvelles efflorescences linguistiques.

 

Alors qu’un vocabulaire de la pensée n’est jamais clos, celui des philosophies, sous la houlette de Barbara Cassin, doit être un antidote, certes difficile à avaler d’un coup  -mais on est en contraint d’y souvent recourir -, contre l’affadissement de l’expression, la perte des nuances et des profondeurs, contre tous les novlangues, langue de bois politique et langue de sabre des théocraties. Contre les amaigrissements identitaires, contre la vulgarité démagogique d’une infra langue, un effort sans cesse renouvelé est appelé à la barre de la justice, de la liberté et de la beauté.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Emile Benveniste : Vocabulaire des institutions européennes, Minuit, 1969.

[2] Voir : Federico Garcia Lorca, poésie homosexuelle et surréaliste

[3] Federico Garcia Lorca : Jeu et théorie du Duende, Allia, 2012, p 17 & Œuvres, I, La Pléiade, Gallimard, 921.

[4] Voir : Aux pieds de Babel : Les Routes de la traduction et de l'iconographie

[5] Montaigne : Les Essais, « De la vanité », III, 9.

[6] Barbara Cassin : Philosopher en langues. Les intraduisibles en traduction, Rue d’Ulm, 2014.

[7] Barbara Cassin : La Nostalgie. Quand donc est-on chez soi ? Ulysse, Enée, Arendt, Autrement, 2013.

[8] Paroles d’immortels. Les plus beaux discours prononcés à l’Académie française. De Pierre Corneille à Marguerite Yourcenar, Ramsay, 2001.

 

Photo : T. Guinhut.

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 13:38

 

Charles Perrault : Contes, Henri Laurens, 1926 ;

Diane de Selliers, 2020 & Emile Guérin, 1927.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 
 
Les Contes de Perrault
ne sont-ils destinés qu’aux enfants ?

Et à l’art brut ?

 

 

Charles Perrault : Les Contes de Perrault illustrés par l’art brut,

Diane de Selliers, 2020, 374 p, 230 €.

 

 

           

De par leurs frontispices successifs, les Contes de Perrault désignent clairement leurs destinataires : les enfants. Le dessin de Perrault gravé par Clouzier en 1697 pour l’édition originale montre un jeune garçon et une jeune fille attentifs aux récits d’une femme filant devant une cheminée ; celui de Gustave Doré en 1862 cloue d’étonnement une délicieuse marmaille autour d’une grand-mère lisant dans un livre colossal. Cependant un lecteur perspicace ne peut manquer de percevoir qu’au cœur du genre enfantin se cachent des mondes plus troubles, voire effrayants, perceptibles à des adultes avertis et cultivés. Les Contes de Perrault ne seraient-ils destinés qu’aux enfants ? Nous verrons que la conception littéraire est telle qu’elle ne peut manquer son public de prédilection, mais aussi que dans l’écriture de ses apologues se glissent nombre d’allusions aux mœurs et aux querelles de l’époque, sans compter la lecture qu’en peut faire un psychanalyste. Probablement un Charles Perrault sourcilleux, revenu des enfers et pratiquant le genre du « Dialogue des morts » que ses contemporains illustrèrent, ne manquerait pas de s’interroger sur la pertinence de l’illustration de ces contes merveilleux par des artistes de l’Art brut…

 

En préfaçant des contes de Charles Nodier, Jules Hetzel, sous le pseudonyme de Stahl, relevait les caractéristiques des littératures pour enfant, ce en incluant nommément Perrault dont il est l’éditeur avec le concours du dessin de Gustave Doré[1]. L’écriture, le récit doivent être simples : mis à part « Grisélidis » exclu au XIX° pour cause de l’écriture en vers et de l’absence de merveilleux, et « Peau d’Âne » réécrit en prose, la concision toute classique de Charles Perrault fait merveille. Il ne doit pas y avoir de « confusion entre le bien et le mal ». En effet, le manichéisme règne : bonnes et mauvaise fées dans « La belle au bois dormant », méchant ogre et rusé Petit Poucet, qui plus est doté d’un esprit fraternel à toute épreuve.

Le merveilleux enchante les enfants : une fée change une citrouille en carrosse, la clef est « fée », une « Peau d’âne » devient Princesse, le « Prince charmant » (pour reprendre le titre de Madame d’Aulnoy[2]) épouse la malheureuse et délicieuse « Cendrillon » persécutée par ses sœurs et sa marâtre. Ainsi, grâce au pouvoir consolateur et compensateur du conte, le jeune auditeur ou lecteur s’identifie aisément à cet autre enfant qui met en scène ses frustrations et parvient à les surmonter, avec le concours des fées, ou par sa seule intelligence. Souvent les fées, comme dans le conte du même nom, sont la métaphore de la reconnaissance des qualités méconnues de la jeune héroïne, dont les manières et le langage sont diamants et fleurs. Outre le plaisir suscité par les animaux parlants, comme dans les fables de La Fontaine[3], l’on retrouve ainsi l’un des secrets de la fascination exercée sur nos enfants par « Cendrillon » ou « La Belle au bois dormant » lorsqu’ils sont magnifiés par le dessin animé Walt Disney.

Au bout du conte, le petit homme et la petite femme, aidés par la morale et l’effroi, intègre une notion clef de la vie : la curiosité est un vilain défaut et le méchant est toujours puni pour « La Barbe Bleue », accompagner naïvement un loup séducteur entraîne la mort pour « Le Petit Chaperon rouge »… Il s’agit de plaire à l’enfant tout en l’instruisant, comme dans tout bon apologue. Rappelons-nous en effet le titre originel de 1697 : Histoires ou Contes du temps passé, avec des moralités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais au plaisir de la vivacité narrative, s’ajoutent pour l’adulte averti - et bibliophile grâce à Gustave Doré - des allusions plus fines qui offrent une instruction historique, littéraire et psychanalytique. En un mot une « parole enchantée » alliée à une « Sagesse sans âge », pour reprendre les formules conclusives de Jacqueline Kelen[4], qui insiste sur « le sens spirituel des contes de fées ».

Le bon gouvernement du temps est évoqué et mis en question au travers de la figure du Prince et de la Princesse dans Grisélidis, au point qu’on puisse imaginer que l’auteur s’adresse indirectement à Louis XIV lui-même, sous forme de conseil éclairé. Les mœurs paysannes, crainte des loups, famine, dépenses irréfléchies, dans « Le Petit Poucet » ou « Les souhaits ridicules », sont le lot quotidien d’une seconde moitié du XVIIème siècle qui fut une mini ère glacière selon les mots de Leroy-Ladurie dans son Histoire du climat[5]. La bourgeoisie et ses richesses somptueuses, parfois outrageuses, dans la demeure de « La Barbe bleue », sont peintes dans les Contes au point qu’un critique marxiste y lirait l’oppression financière de la bourgeoisie montante.

Charles Perrault écrit à l’intention du lecteur cultivé de son temps, et ce dans le cadre de la Querelle des Anciens et des Modernes. Il maîtrise dans « Riquet à la houppe » les attendus de la rhétorique galante dans le débat entre esprit et beauté, envisage l’histoire du « boudin » des « Souhaits » comme une provocation face aux excès de raffinement de L’Astrée ou de Clélie, comme une réhabilitation de la littérature populaire, rabelaisienne et scatologique, face au modèle que fondent les auteurs de l’Antiquité. C’est une façon de pendre au nez des Précieuses un joli boudin littéraire… Jupiter est moqué de par la bassesse de ce qu’il accorde. N’est-ce pas un pied de nez aux références antiques prisées par les Anciens ? De plus nous savons que Charles Perrault n’imite ici aucun auteur antique, mais bien des modernes, par exemple à l’occasion de « Grisélidis » : des conteurs italiens comme Boccace, venu du XIV° siècle ou Straparola, venu lui du XVI° siècle.

 

Charles Perrault : Contes, Livre Club du Libraire, 1957 & Henri Laurens, 1926.

Photo : T. Guinhut.

 

Sans compter l’humour et l’ironie de Charles Perrault qui glisse à l’occasion du mariage entre le Prince et sa Belle au bois dormant un « Ils dormirent peu, la princesse n’en avait pas grand besoin » qui en dit long in eroticis, le familier de Sigmund Freud et de Bruno Bettelheim lit notre conteur d’un autre œil. Le fuseau auquel se pique la Belle est une métaphore de la survenue des règles, voire de la défloration, le complexe d’Œdipe est au cœur des pulsions incestueuses interdites dans « Peau d’Âne », le loup est l’agresseur sexuel du « Petit chaperon rouge ». À cet égard, Bruno Bettelheim note cette « mortelle fascination du sexe, ressentie comme une très forte excitation, comparable à la plus grande des angoisses ». Ce dernier analyse également « Cendrillon », comme l’apologue qui permet de tirer une leçon morale : « pour pouvoir développer au maximum sa personnalité, il faut savoir exécuter des travaux pénibles et être capable de distinguer le bien du mal (Cendrillon triant les lentilles)[6] ».

Le « placere et docere », soit plaire et instruire, cher aux classiques, dans la tradition d'Horace, s’adesse à quiconque entre dans l’univers de Charles Perrault, qui fut le premier à formaliser le genre littéraire du conte, non sans lui offrir ses lettres de noblesse. Mais sûrement réunira-t-il ces deux âges de la vie si l’on réalise que le conte permet à l’enfant de devenir adulte, par le biais de l’initiation, des épreuves à traverser : affronter le mal et ruser pour accéder à sa condition d’élection. On lisait le magazine Tintin « de sept à soixante-dix sept ans », les grands contes se lisent de la maternelle à la tombe, et leurs structures se répondent par delà les siècles et les continents, des Contes de notre cher Perrault aux Mille et une nuits (qui provisoirement les détrônèrent avec la traduction de Galland à partir de 1704) jusqu’à notre ami Harry Potter qui, perdu chez les « Moldus », a sa méchante marâtre en la personne des Dudley, et voit surgir la fée Hagrid pour accéder à « l'Ecole des sorciers » et à sa vraie condition magique pour assurer un combat contre les forces du mal.

 

Charles Perrault : Contes, Henri Laurens, 1926 & Diane de Selliers, 2020.

Photo : T. Guinhut.

 

Illustrer les Contes de Perrault tenta bien souvent les éditeurs, les graveurs et les peintres. En romantique pénétré de fantastique, Gustave Doré les sublima de son trait virevoltant, de ses géants personnages aux barbes impressionnantes, de ces princesses gracieuses. Les illustrateurs pour enfants du XX° siècle rivalisèrent de couleurs et de graphismes plaisants ; mais les illustrer avec l’art brut parait une folie, tant le monde des asiles psychiatriques, des prisons et des reclus volontaires semble bien loin de celui des fées et des enfants !

C’était ne pas faire confiance à Diane de Selliers et à son équipe, à leurs talents iconographiques. Le roi de « Grisélidis », seul conte en vers, n’est-il pas une sorte de fou, sadique de surcroit, contraignant sa vertueuse épouse à l’aimer avec constance malgré la soustraction de son enfant et après l’avoir chassée ? « Barbe bleue », n’est-il pas un fou sanguinaire, à l’instar de l’ogre du « Petit Poucet » ? Cependant, n’y a-t-il pas une cascade diamantée de folie douce dans l’imagerie fleurie de cet Art Brut, hors de toute éducation artistique, et qui est loin d’être aussi brutal que l’on pourrait l’imaginer, en fait souvent aimable et lumineux…

Une fois de plus, chez l’éditrice Diane de Selliers[7], l’adéquation des images et du texte, que par incrédulité nous n’avions su imaginer, se révèle confondante. Les peintres et dessinateurs de l’art brut ne sont-ils pas restés des enfants qui aiment les contes, comme Harry Darger[8] qui jouait avec les fillettes papillons et accompagne la conclusion de « Peau d’âne » ? Ils s’appellent Baya, Eloïse Corba, Edmund Monsiel, Charles Boussion ou Paul Goesch ; ils ont vécu au cours du XX° siècle, ils ont peint et dessiné l’amour et la peur. Une virago terrible, aux joues rouges et aux seins violemment agressifs obsède Johann Hauser : elle devient la vieille fée maléfique de « La Belle au bois dormant ». La « Petite fille en rouge » de Bill Traylor s’avance au-devant du loup à la langue tout aussi rouge de Jimmy Lee Sudduth. La « pantoufle » a quitté le pied de Cendrillon pour rester aux côtés de ceux nus d’une dame étrangement parée, crayonnée en couleurs sous les doigts d’Aloïse Corbaz, qui fut internée pendant trente ans, suite à un amour impossible, et dessinait inlassablement des femmes splendides, des princes, des couples, dans des décors de bal et d’opéras, comme pour s’identifier à l’assomption de Cendrillon…

Au-delà d’œuvres venues du Musée de l’Art brut de Lausanne, par ailleurs bien représentées dans le livre de Michel Thévoz[9], ce volume, curieux et surprenant, finalement enchanteur, nous ouvre les portes de collections inédites, muséales et particulières, comme celle de Bruno Decharme, sans omettre les notes sur ces créateurs réhabilités, et sur « Perrault et son temps ». Digne d’être soigneusement feuilleté sur un lutrin, ce volume ouvrent de somptueuses pages teintes de violet et d’or séparent chaque conte, comme un seuil d’inconscient et de magie. Révélant combien les artistes bruts vivent dans l’univers régressif des contes, univers cependant révélateurs de nos atavismes anthropologiques et culturels, et néanmoins lanceurs d’imaginaire.

 

 

L’édition de Diane de Selliers est-elle pour les enfants ? Pour les grands enfants que sommes toujours, certes ; mais aussi pour de petites mains apprises au soin des beaux livres. Et loin de se contenter d’une surabondante et chatoyante iconographie, cette édition offre de judicieuses préfaces. L’éditrice note que le conte « permet à chacun de s’extraire de sa condition et d’entendre ce que symboliquement ces histoires racontent à l’inconscient ». En effet, en présence des « archétypes humains », tant l’enfant que l’adulte pourront s’orienter dans le maquis du bien et du mal. Bernadette Bricout, auteur de La Clé des contes[10] nous enseigne une hypothèse surprenante : le petit chaperon rouge serait celui de l’épingle des dentellières, la bobinette et la chevillette seraient parmi les instruments de celles qui contaient en travaillant, qui savaient « tisser les mots et les choses ». Evidemment, de ce substrat populaire, l’académicien Charles Perrault extrait ce qui devient un modèle de la langue du classicisme.

Céline Delavaux évoque « le pacte féérique » nécessaire entre le lecteur et le merveilleux du conte, qui est aussi celui de la confiance du spectateur devant les artistes ici proposés, plasticiens qui n’illustraient jusque-là que leurs fantômes et fantasmes et sont aujourd’hui miraculeusement lié aux forces brutes et suaves des contes de Perrault. Elle use d’une bien folie formule : « petit pois brut sous le matelas de la Princesse Art », en arguant que Dubuffet, promoteur et collectionneur de l’Art brut, aimait « mieux les diamants bruts, dans leur gangue. Et avec crapauds », comme s’il faisait allusion au conte Les Fées, dans lequel l’aimable fille parle en offrant de la langue fleurs et diamants, tandis que ses méchantes demi-sœurs crachent des crapauds et des vipères…

 

Ces artistes bruts ont dit sans inhibition leurs fantasmes exquis et leurs terreurs, leurs douces et leurs mauvaises fées, leurs ogres et leurs tortures psychiques. Ils résonnent infiniment avec ceux de Perrault, en un étrange et cependant parlant palimpseste qui, par sa créativité, répond aux réécritures des Frères Grimm. Toutefois, rien n’empêche que d’autres artistes, d’autres illustrateurs ou éditeurs s’emparent à leur tour de ces contes immémoriaux qui sauront encore enchanter le futur, alors que l’Enéide burlesque de notre conteur est bien oubliée. La sobre forêt du mal et les fées du bien sont des archétypes bien à même d’animer toujours nos doigts, nos traits et nos couleurs. Comme la souillon des cendres et la peau d’âne cachent la beauté intérieure de la jeune héroïne, le conte est sans cesse prêt à révéler la beauté qui sommeille en l’artiste qui s’y frotte, si, comme la Belle au bois dormant, il ne s’y pique pas…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Les Contes de Perrault, dessins par Gustave Doré, Hetzel, 1862.

[2] Madame D’Aulnoy : Babiole ou le Prince charmant, Imagerie merveilleuse de l’enfance, 1947.

[4] Jacqueline Kelen : Une Robe couleur de temps. Le sens spirituel des contes de fées, Albin Michel, 2014, p 330.

[6] Bruno Bettelheim : Psychanalyse des contes de fées, France Loisirs, 1976, p 225, 337.

[10] Bernadette Bricout : La Clé des contes, Seuil, 2005.

 

Charles Perrault : Contes, Henri Laurens, 1926 & Diane de Selliers, 2020.

Photo : T. Guinhut.

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 15:58

 

La Villa de Badia, Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

La science au risque de la guerre et de la mort.

Benjamin Labatut : Lumières aveugles ;

Jorge Volpi : À la recherche de Klingsor.

 

Benjamin Labatut : Lumières aveugles,

traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio, Seuil, 2020, 224 p, 20 €.

 

Jorge Volpi : À la recherche de Klingsor,

traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli,

Plon, 2001, 444 p. 21,19 €, Points, 8,10 €.

 

 

 

Le progrès a ses détracteurs, qui, au lieu de voir l’espérance de vie accrue, la prospérité galopante et l’éducation propagée, ne jurent que par le perfectionnement des armes de guerres, jusqu’à plus meurtrière de l’Histoire : la bombe atomique. Génie scientifique et folie mortelle confluent alors pour le malheur de l’humanité. Après Thomas Pynchon et son Arc-en-ciel de la gravité, en 1973, deux romanciers latino-américains prennent à bras-le-corps cette question brûlante pour nous heurter à deux romans ambitieux, mais guère optimistes. Ainsi, le romancier chilien Benjamin Labatut confronte chimie et physique des particules à la folie, à la guerre et à la mort dans ses Lumières aveugles. Et quand Jorge Volpi, avec À la recherche de Klingsor postule un Faust allemand qui rêve de mener à bien une apocalypse nucléaire nazie, le procès d’une science faustienne tentée par le démon du mal semble définitivement perdu.

L'intelligence de grands scientifiques est-elle celle de savants fous, au point de fomenter de terribles armes de guerre ? La réponse risque d’être aux dépens des plus imaginatifs physiciens du XX° siècle. Si l’on consent à ne pas être aveuglé par une laide et dissuasive couverture jaune et noire, une surprise de taille attend le lecteur de Lumières aveugles de Benjamin Labatut. D’abord une historique de ce poison violent qui eut la préférence d’Hitler, le cyanure. L’agent mortel avait été inventé en 1782 à partir du premier pigment synthétique moderne : le « Bleu de Prusse », couleur qui fit la splendeur de l’art de Van Gogh ou Hokusaï. La même ambivalence préside aux travaux de Fritz Haber, inventant à la fois le gaz qui dévasta les tranchées et extrayant l’azote à partir de l’air, ce qui eut l’heureuse conséquence de nourrir l’agriculture et l’explosion démographique. Le même chimiste fut le père du zyklon B qui dévasta les Juifs. Loin d’être un froid exposé historique et scientifique, le récit de Benjamin Labatut sait utiliser l’art du suspense, plongeant dans les affres des conflits et des suicides nazis.

Alors qu’il faut lire ce récit comme un prologue, nous voici brusquement jeté parmi les recherches et controverses qui agitent le microcosme des physiciens les plus inventifs : Alfred Einstein, Louis de Broglie, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger… Astronome et mathématicien, Schwarzschild donna son nom à une « singularité » cosmologique et au « rayon » qui est une limite de l’univers. Mais il dut « calculer la trajectoire de vingt-cinq mille obus chargés de gaz moutarde, qui tombèrent en pluie sur les troupes françaises ». Aussi ne peut-il que constater : « Nous sommes parvenus au point le plus haut de la civilisation. Il ne nous reste plus que la chute ». Une prédiction de 1915 heureusement démentie ; mais qui sait…

De plus en plus tourmentés, parfois autistes ou tuberculeux, les héros du savoir et de l’infiniment petit se tournent vers l’énigme des quanta, les plus petites énergies subatomiques. Werner Heisenberg est percé à jour : « On voit que vous êtes possédé. Dominé par votre intellect comme un dégénéré par la chatte des femmes ». Grothendieck, mathématicien génial, s’enfouit avec ses travaux dans un village isolé de l’Ariège. Dans quelle mesure contribuent-ils à des progrès mal intentionnés ?

Roman, essai, recueil de nouvelles, vulgarisation scientifique ? La classification générique est délicate, tant tout ceci s’emmêle sans bannir un instant le plaisir du lecteur. L’écrivain dit bien qu’il n’a guère qu’un « paragraphe fictif » dans la première partie, alors qu’ensuite « la quantité de fiction augmente au fur et à mesure que le récit avance ». L’on peut en conséquence subodorer que l’épisode consacré à Mlle Herwig et aux fantasmes érotiques d’Erwin Schrödinger à son égard, dans leur sanatorium, appartient à la liberté de l’auteur.

La science devient littérature, la physique quantique est terriblement romanesque. La pensée la plus rationnelle, soit le raisonnement mathématique, glisse vers la folie. Comme les particules sont à la fois onde et corpuscule, sans pouvoir être fixée dans un état unique. Là où naquit le désarroi des scientifiques, là où naissent les prémices de la bombe atomique, puis de l’informatique et d’internet, gît l’instable et trouble bonheur du lecteur.

Sans avoir pourtant sous les yeux l’original espagnol, il est manifeste que l’écriture torrentielle, somptueuse, de Benjamin Labatut (né en 1980) est ici efficacement rendue, d’autant que le titre espagnol, Un Verdor terrible, eût été peu explicite en français. Cerise sur le gâteau, le traducteur n’est rien d’autre que Robert Amutio, qui a œuvré avec constance et soin au service d’un autre Chilien, l’auteur de 2666, Roberto Bolaño[1]. De là à prétendre, comme la quatrième de couverture, que Benjamin Labatut est le digne héritier de cette « étoile distante » et disparue, c’est aller vite en besogne. Cependant il n’est pas impossible que celui qui écrivit Le Secret du mal et la Littérature nazie en Amérique latine inspire un brin ce plus jeune écrivain, attentif aux relations secrètes de la science et du mal.

Ne reste plus à souhaiter que notre traducteur préféré fasse un sort aux autres opus de Benjamin Labatut, inédits en français. Depuis la lumière croise un ensemble de notes scientifiques, religieuses et ésotériques, s’agrégeant dans l’esprit d’un homme tourmenté par la création continue de faux mondes.  L’Antarctique commence ici conte l’histoire d’un journaliste qui se lance sur les traces de militaires chiliens disparus dans le continent blanc, celle d’une femme qui tente de s’échapper d’un corps déformé par la maladie, celle d’un jazzman qui prédit les tremblements de terre depuis son lit de mort…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et si l’apocalypse nucléaire avait été nazie ? C’est l’hypothèse que met en scène un écrivain mexicain un rien démiurge : « Jorge Volpi sera l’une des étoiles de la littérature en langue espagnole du siècle qui vient »… Ainsi Carlos Fuentes salua A la recherche de Klingsor. De quarante ans son cadet, Jorge Volpi, né en 1968, est le chef de file de cette  « Génération du Crack » qui publia un manifeste. Avec Ignacio Padilla, Pedro Angel Palon, Ricardo Chavez Castaneda, Eloy Hurroz et Vicente Herrasti, rencontrés en 1989 grâce à des thématiques communes, dont la fin du monde, il rejette les « lectures éphémères », le nationalisme, l’engagement politique et le réalisme magique, ces mamelles sacrées de la littérature hispano-américaine qui, n’en déplaise aux imitateurs de Gabriel Garcia Marquez, sont devenues de scolaires poncifs. Cinq romans, dont Jours de colère, sur le démon et le mal, Le Temps des cendres[2], qui est celui de la catastrophe de Tchernobyl, et El temperamento melancolico, dans lequel un réalisateur allemand tourne avant de mourir d’un cancer son dernier film à Mexico : neuf acteurs novices, choisis pour leurs types psychologiques, incarnent le microcosme des derniers hommes et leur démesure criminelle, lors d’un jugement dernier. Et un essai : La Imaginacion y el poder. Una historia intelectual de 1968, qui exalte l’imagination créatrice de ce 1968 mexicain qui culmina lors du massacre de la place des Trois Cultures. Titres alléchants dont nous espérons la traduction… C’est à la suite du prestigieux prix Biblioteca Breve de 1999, avant lui attribué à Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa, que nous sommes pris dans un ambitieux « roman-fusion » : A la recherche de Klingsor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Hors le méchant magicien du Parsifal de Wagner, qui est Klingsor ? Cette éminence grise de la science nazie existe-t-elle ? Il aurait eu l’oreille d’Hitler et des connaissances en mathématiques et physique au point d’imaginer achever ce siècle - qui commença en 1905 avec la relativité d’Einstein - dans une apothéose nucléaire allemande. Le procès de Nuremberg, qui juge les criminels nazis, ne peut que constater l’absence du responsable secret du projet atomique du III° Reich. C’est alors que le jeune Américain Francis Bacon, moqué pour son homonymie avec le philosophe qui pensait pouvoir décrire toute la nature, aura pour mission, après un scandale amoureux qui lui ferme les portes d’une chaire de physique, de sillonner l’Allemagne vaincue à la recherche de cet homme, de ce « Faust » du XX° siècle, de ce mythe peut-être. A moins qu’il soit « l’un d’entre nous », suggère-t-on parmi les physiciens plus ou moins nazis de l’après-guerre. Enquêtant entre Einstein et Schrödinger, entre Gödel et Heisenberg, le théorème de l’indécidabilité et le principe d’incertitude sèment des mines de doute sous les pas d’un Bacon assisté d’une sensuelle maîtresse gagnée aux Soviétiques. Le narrateur est-il fiable ? Si c’était lui ? Les soupçons se portent longtemps sur Werner Heisenberg qui use du patriotisme pour masquer son adhésion à une science qui sauverait le « Reich de mille ans ». Au lecteur appartient une décision finale peut-être décevante : « Grâce à Gödel, la vérité était devenue plus fuyante et capricieuse que jamais ».

Ce pourrait être un simple polar au décor historico-scientifique. Mais une vraie jubilation conceptuelle emporte le lecteur. N’est-ce pas la Théorie des jeux qui mène l’enquête, plus que Bacon? Comme pour le célèbre chat de Schrödinger, enfermé sans que l’on sache s’il est mort ou vivant, le lecteur doit sans cesse émettre des hypothèses.  Klingsor est-il une onde dans le milieu scientifique ou une corpuscule dans le vivier nazi ? Ou les deux? La structure romanesque, son avancée dans la connaissance, mime l’expansion de la science. Physique, mathématiques, Histoire, suspense, biographie subjective et passionnelle concourent à faire de ce questionnement sur la vérité une œuvre totale, qu’aucune Théorie du Tout ne fermera. Ce que Guillermo Cabrera Infante appelle « science-fusion ». Le roman d’investigation se double alors d’une volonté encyclopédique.

Pour qui possède un vernis de culture scientifique et humaniste, ce livre est un régal. Il suffit de penser à la dernière phrase de Goethe mourant après le Siècle des Lumières (« Plus de lumière ! ») pour lire l’incipit, « Eteignez moi ces lumières », prononcé par Hitler, comme une métaphore d’un crépuscule des dieux qui obscurcit la civilisation européenne. Quant au 1989 qui conclut le trouble devoir de mémoire du narrateur confiné dans un asile psychiatrique en R.D.A., c’est la seconde chute de Berlin : du mur et de l’utopie communiste. Deux totalitarismes auxquels il a heureusement manqué d’être les premiers à avoir la bombe atomique ; quoique la démocratie américaine ne puisse être indemne de la culpabilité d’Hiroshima et de Nagasaki. La science dans ses rapports avec le mal est donc le véritable et terrible sujet de Volpi. Le créateur, dans un tel roman, joue aux dés, et l’un d’eux, électron libre de l’incertitude, est une bombe nucléaire nazie. La conviction  d’Einstein (« Dieu ne joue pas aux dés ») est ici saccagée, alors que « la naissance de la physique quantique et de l’incomplétude des mathématiques coïncide avec cette époque de terrible incertitude politique, sociale et morale qu’est le début du XX° siècle ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


      C’est ainsi que dans son flux romanesque, Jorge Volpi fait se répondre les « Lois de la mécanique narrative », celles « de la physique quantique » et celles « de la mécanique criminelle ». Il va jusqu’à oser une analyse non sans fondement « de la théorie des ensembles au totalitarisme ». S’agitait-il d’un indigeste salmigondis dans lequel les dialogues concourent aux développements scientifiques ? Ou plutôt d’une heureuse prise de risque intellectuel ? Nous répondrons par la seconde hypothèse, alors que « le cercle de l’uranium » est l’un des « univers parallèles » à cette « quête du Graal » de la physique atomique. Où l’on croise l’écho des personnages du Parsifal de Wagner : la séductrice Kundry et le personnage éponyme, ce dangereux Klinsor, dont la vengeance est annoncée. Mythe, histoire et enjeux de la physique moderne confluent dans les bras d’une somme ambitieuse, entre roman policier et roman philosophique. Ce pourquoi on n’hésita pas à comparer ce livre au Nom de la rose[3], d’Umberto Eco, qui, avec le talent et le succès que l’on sait, appliqua le talent d’investigation policière de Sherlock Holmes à la philosophie médiévale…

Rares sont les écrivains qui convoquent la science et la physique à la barre du roman. Il faut alors penser au monstrueux et polymorphe L’Arc en ciel de la gravité[4] de Thomas Pynchon, qui vacille autour des V2 allemands et du « casino Hermann Goering ». Et, si l’on reste dans le cadre de l’archétype de la quête historique, plus modestement, au Chien galeux[5] , de Don de Lillo, où l'on chasse un film pornographique représentant Hitler... Le vieux narrateur d'À la Recherche de Klingsor Links, dont le nom fait allusion aux liens du web, rappelle celui du Docteur Faustus[6] de Thomas Mann, qui écrit sous les bombes alliées pour dresser l'histoire d'un double pacte faustien, celui d’Adrian Leverkun le musicien avec le diable et celui du peuple du peuple allemand avec le nazisme. Le roman d’éducation (ce bildungsroman de Goethe à Thomas Mann) fournit à Bacon un alibi. Ces romans inscrivent Jorge Volpi dans une famille littéraire plus allemande et américaine que mexicaine, en un mot : cosmopolite. Parler de littératures nationales n’a plus grand sens. Un peu complaisant lorsqu’il commente son propre roman, parfois plat quand son ainé Carlos Fuentes[7] est un styliste plus fabuleux, et suivant de plus près le schéma du best-seller anglo-saxon que son maître, Jorge Volpi a cependant gagné son pari : entrelacer avec brio science physique, Histoire nazie et quête romanesque. Au-delà du Temps des cendres, qui respire un peu le roman à thèse, À la recherche de Klingsor reste le roman le plus impressionnant de Jorge Volpi. Aurait-il trouvé son double dans le personnage conçu par Richard Wagner ? Ce terrible magicien Klingsor qui se sert des Filles-Fleurs de la séduction romanesque…

 

Revenons à l’auteur de Contre-jour[8]. À Thomas Pynchon, et à son Arc-en-ciel de la gravité, dans lequel l’Histoire « n’est somme toute qu’une conspiration, et pas toujours entre gens de qualité ». Entre beuveries et orgies nazies, les V2, ces splendeurs de la science, partent des rives du Reich pour embraser Londres et l’Angleterre. Là où le lieutenant Slothrop ressent autant d’érections prémonitoires que d’explosions ainsi précisément localisées. La « gravité » qui, après avoir été vaincue par la science, les entraîne vers leur cible est celle de la guerre. Or l’ascension est « soumise aux lois de la gravitation. Mais le moteur de la Fusée, avec son cri qui déchire l’âme est une promesse d’évasion ». Ainsi, plutôt que de mourir pour Dieu, le romancier démiurge en théorise « une version séculière », soit : « Mourir pour aider l’Histoire à suivre son corps prédestiné[9] ».

Thierry Guinhut

La partie sur Labatut a été publiée dans Le Matricule des anges, septembre 2020

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Umberto Eco : Le nom de la rose, Grasset, 1982.

[4] Thomas Pynchon : L’Arc-en-ciel de la gravité, Seuil, 1988.

[5] Don de Lillo : Chien galeux, Actes Sud, 1991.

[6] Thomas Mann : Le Docteur Faustus, Albin Michel, 1956.

[9] Thomas Pynchon : L’Arc-en-ciel de la gravité, ibidem, p 168, 760,700.

 

Sierra de San Juan de la Pena, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

Diane de Selliers : Dit du Gengi, Shakespeare

Eloge de l'Atelier contemporain

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland parfaite république des femmes

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Peinture

Arasse : Le Détail ; Poindron : Brueghel ; Thelot : Géricault ; Slimani : Parfum

Sonnets des peintres : Tapies, Titien, Rohtko, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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