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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 16:36

 

Tremella mesenterica.

Bois de Villelongue, Hautes Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Ecologisme et agonie scientifique française.

 

Jean de Kervasdoué :

 

Ils ont perdu la raison.

 

Ils croient que la nature est bonne.

 

 

 

Jean de Kervasdoué :

 

Ils ont perdu la raison, Robert Laffont, 2014, 240 p, 19 €.

 

Ils croient que la nature est bonne, Robert Laffont, 2016, 180 p, 17 €.

 

 

 

      On l’oublie trop facilement, la nature, niaisement divinisée, alors qu’elle est aussi faite de champignons insipides ou vénéneux, virus, métaux lourds, n’est vraiment bonne pour l’humanité que tempérée par la science. À cet égard, c’est à un implacable réquisitoire contre la gauche et la droite, la société française toute entière, que se livre Jean de Kervasdoué. Non pour des raisons partisanes ou strictement idéologiques, mais au nom de la science : que ce soit dans Ils ont perdu la raison, ou dans Ils croient que la nature est bonne, il fustige l’écologisme. Cet ingénieur de renom, « écologue » soucieux de dépollution et de santé, et non « écologiste », prend en effet à rebrousse-poil nos préjugés pour les invalider : diesel, nucléaire, pesticides, OGM, gaz de schiste… Tous sont réhabilités au nom de la science et de la raison, et en contradiction avec tous les sophismes écologistes et autres obscurantismes français. Car l’Etat, ses notables, ses tribuns, ses fonctionnaires et ses électeurs, sont dramatiquement opposés à la science.

 

      Pourtant venu de la famille de la gauche, Jean de Kervasdoué ne peut que s’en désolidariser. Car elle a abandonné le champ du libre progrès pour celui de la décroissance imposée. Notre perte de compétitivité, notre croissance atone, notre chômage le disent assez. Qu’on se rassure, la droite n’est pas en reste. Sarkozy n’avouait-il pas la raison de son interdiction des OGM : « Parce que les Français croient que c’est dangereux, même si je suis persuadé du contraire ». C’est ainsi que nos politiques trop aisément clientélistes n’écoutent plus que les sirènes de la peur et des écologistes, avec le tragique avenir que l’on devine devant de telles créatures, aux dépens du raisonnement scientifique.

      Depuis trente ans qu’ils existent, les OGM, interdits en notre cher hexagone, n’ont tué personne, nourrissent de mieux en mieux les hommes et notre bétail, permettent aux diabétiques de bénéficier d’une meilleure insuline, de sauver des milliers de vie grâce au « riz doré » qui adjoint la « provitamine A » au service d’enfants, autrement aveugles. Sans compter des cotons qui font mieux vivre bien des paysans indiens, des maïs qui réclament 50% d’eau en moins ou de réduire les épandages phytosanitaires. De plus, « la très grande majorité (15 millions) des utilisateurs d’OGM est constituée de paysans à faibles ressources, vivant dans les pays en voie de développement », qui sans eux d’ailleurs n’auraient aucune ressource. Il sera bientôt amusant de constater que les recherches de Monsanto (pour beaucoup le grand Satan américain, certes créateur de l’Agent orange de triste mémoire au Vietnam) s’attachent à rechercher une « technologie qui interviendrait sur l’ARN du varroa et tuerait ce parasite » qui contribue grandement à la surmortalité des abeilles…

      Plus anecdotique en apparence, mais dramatique, la polémique française autour du diesel falsifie les chiffres d’une mortalité par cancer du poumon prioritairement due au tabac. D’autant que seuls quelques vieux véhicules sont concernés. Le tour de prestidigitateur n’est là que pour tenter de relever le niveau des taxes, comme si elles n’étaient pas assez confiscatoires.

      Quant aux pesticides, si décriés, n’oublie-t-on pas leurs bienfaits ? Leur innocuité contribue à l’excellente espérance de vie des agriculteurs (s’ils prennent garde aux conditions de l’épandage et au respect des dosages), nous nourrit en abondance, voire permettent d’éliminer des toxines naturelles, ce que ne propose pas l’alimentation bio, dont les bénéfices comparés pour la santé humaine sont nuls.

      Qu’il s’agisse de notre santé, lorsque l’on veut proscrire des médicaments alors que leurs bénéfices sont bien supérieurs à leurs rares inconvénients, ou le bisphénol A en oubliant combien il contribue à éradiquer le botulisme ; qu’il s’agisse de la gestion de l’énergie lorsque l’on chasse un piètre carbone pour lutter contre un réchauffement climatique à peine avéré et probablement indemne de causes anthropiques ; le principe de précaution paralyse nos esprits autant que notre économie. Car nos meilleurs chercheurs trouvent au-delà de nos frontières des laboratoires accueillants pour mener la construction d’un avenir meilleur : cellule-souches, au service des thérapeutiques de demain, technologies post-nucléaires, OGM bienfaisants… Nous nous abêtissons, en sus de nous appauvrir.

      Notre essayiste n’accorde qu’un trop bref passage au gaz de schiste, chez nous interdit. Il nous rappelle pourtant à propos que le gaz de Lacq, exploité par la fracturation hydraulique pendant des décennies, a fait une part de notre fortune, sans le moindre inconvénient environnemental. Pensons alors que le coût de l’énergie a considérablement baissé aux Etats-Unis, au moyen de ce même gaz de schiste, entraînant croissance, emploi et relocalisation d’entreprises. Que le dieu de la peur écologique nous épargne de telles catastrophes !

      La rhétorique de la peur atteint son acmé au sujet du nucléaire. Trois morts à Fukushima, 80 à Tchernobyl, des cancers peu nombreux et surtout supputés, alors que la région vidée de ses habitants se peuple d’une faune pléthorique. Certes, Jean de Kervasdoué omet de signaler que le problème de cette centrale nucléaire, comme à Fukushima, n’est pas résolu. Mais il rapporte un fait peu connu : la catastrophe nucléaire de Maïak, dans l’Oural, en 1957, qui tua sur le coup 200 personnes et exposa 500 000 autres aux rayonnements. Or une étude de 1992 n’y conclut qu’à une différence « pas significative » des cas de leucémie. Il est évident qu’il ne s’agit pas de baisser les bras devant les recherches, la sécurité, les projets d’avenir, grâce auxquels le nucléaire (y compris au moyen du thorium hélas occulté) diminuera ses déchets, saura démanteler les vielles centrales, et bouleverser nos technologies. Car au-delà du trop néfaste principe de précaution, des inventions à peine pensables aujourd’hui sauront nous surprendre. Bien mieux que nos monstres étatiques qui subventionnent à tort et à travers les éoliennes et le photovoltaïque au dépend du consommateur…

 

 

      Pourquoi nos gouvernements prennent-ils « les mauvaises décisions » ? Parce qu’ils ne sont ni des chefs d’entreprises, ni des scientifiques. Parce qu’ils sont des « sophistes » dont l’inculture scientifique est flagrante, dont le seul but est de surfer sur les peurs, d’aller dans le sens de l’obscurantisme et d’une nostalgie d’un passé mythique empreint de santé naturelle qui n’a jamais été, pour racler les voix des électeurs. Quoique ces derniers commencent à se détourner de ces urnes contre-productrices…

      C’est ainsi qu’en ces trop brefs essais vulgarisateurs Jean de Kervasdoué déplie sa thèse : « L’Etat n’est plus légitime. Il ne croit plus en la raison, car la seule raison des politiques est devenue la défense de leur raison d’être : l’exercice du pouvoir. Aucun principe, fût-il scientifique, ne règle la vie politique, seules comptent les opinions. » L’ère de la dictature d’opinion, des orateurs du sophisme, a remplacé l’examen rationnel et scientifique. L’idéologie et la pensée magique négligent la réalité, pourtant irréfutable. Quand « les croyances prennent le pas sur les connaissances », marxisme anticapitaliste et anti-libéral, mais aussi écologisme, deviennent, à l’égal du principe de précaution, des doxas « quasi-religieuses », « une forme de paganisme » rétrograde. Cette « religion écologiste, anticapitaliste et rousseauiste, habillée d’agronomie partisane » est celle d’ « un de ses grands prophètes » : Pierre Rabhi, l’auteur, par exemple d’Ecologie et spiritualité[1] au titre révélateur…

      Les mantras religieusement assénés sont nombreux. Par exemple le réchauffement climatique (qui stagne depuis vingt ans) dû à des causes anthropiques ; alors que les variations du climat ne cessent de marquer les ères géologiques et historiques, que des scientifiques conspués pour être de dangereux et inconscients « climato-sceptiques » lisent dans l’évolution des taches du soleil un possible refroidissement climatique. Ou la montée du niveau marin, qui n’est que d’1,3 millimètre par an, soit « 30 centimètres depuis 1711 » : rien d’affligeant. Alors que les cancers sont surtout dus au tabac, à l’alcool, à la génétique, au hasard, on les attribue faussement aux pesticides, dont les doses sont infinitésimales. Un mensonge répété mille fois devient une vérité…

      Non seulement bien des mesures dites progressistes sont infondées scientifiquement, mais sont économiquement et socialement désastreuses : « inventer des normes nouvelles en matière de bisphénol ou de glyphosate accroît le chômage et nuit à la santé bien plus sûrement que l’éventuelle maîtrise d’effets toxiques supposés ». Ainsi, interdites de recherches, surtaxées, et punies, l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire françaises perdent des emplois, obligeant de surcroît le consommateur à acheter à l’étranger : « La France s’interdit toujours de jouir des bienfaits des plantes génétiquement modifiées (PGM). Elles peuvent pourtant offrir une résistance très efficace aux ravageurs et diminuer considérablement l’épandage de pesticides », ce sans « aucun problème sanitaire ou environnemental signalé ».

 

 

      Notre temps glisse dans la fosse de l’obscurantisme : « Disqualifier les experts, cultiver le soupçon, nourrir la théorie du complot, remettre en cause l’universalité de la science, telles sont les recettes efficaces de ces idéologues ». De surcroît il faut être stupéfait devant « une incompréhensible tolérance des tribunaux pour la violence des écologistes », détruisant des serres confinées au service d’une étude sur « la résistance du riz aux insectes », ou autour de « la résistance d’un cépage OGM à une maladie fréquente de la vigne, le court-noué ».

      Pire encore, s’il se peut, lorsque notre essayiste cite un article du Monde, dans lequel Foucard et Larousserie profèrent sans rire l’énormité suivante : « Les ambigüités de l’Académie des Sciences sur le climat sont le révélateur de son décalage avec la société[2] ». Ainsi la vox populi aurait-elle plus de raison que de réels scientifiques, Galilée n’aurait plus qu’à se rhabiller devant les foules de l’ochlocratie[3] qui jurent que la terre plate est au centre du monde solaire !

      Reste à glisser une interrogation : Jean de Kervasdoué, emporté par son enthousiasme polémique, n’aurait-il pas tendance à occulter une réelle préoccupation, celle d’aliments parfaitement sains et d’une nature propre au service de l’humanité ? Pas le moins du monde ! Dans Ils croient que la nature est bonne, il ne nie pas un instant qu’il faille se prémunir contre les pollutions indésirables, montrant que le progrès scientifiques des pays développés contribuent à un meilleur environnement, au contraire des pays du Sud dont le retard de développement et les structures politiques sont encore en devenir.

      On ne reprochera rien à la clarté ni à la rigueur de Jean de Kervasdoué. Sauf que ces deux essais glissent sur la même lancée, se répétant parfois un peu. Sauf qu’il aurait certainement fallu consacrer un chapitre entier à l'un des maîtres des OGM, Monsanto, ce diable absolu des bonnes âmes vertes, pour tenter d’y voir plus clair, départager le vrai du faux, les méfaits, les scandales sanitaires et les bienfaits du monstre qui ne l’est probablement pas toujours. Ce pourquoi il conclue opportunément en militant en faveur de l’éducation scientifique et de la patience de la lecture.

 

      Ces polémiques essais, malgré des développements que l’on aurait parfois attendus plus conséquents, malgré l’emploi du verbe « convaincre » au lieu de celui de « persuader » (car le sophiste politique ne convainc pas, puisqu’il néglige les faits, la raison, la science) ne sera guère entendu. Hélas, seul un flop visqueux dans le marécage de la cécité idéologique l’accueillera. Alors qu’il devrait être lu et débattu dans nos lycées, dans notre Assemblée Nationale, au plus haut de l’inculte Etat. Sans imaginer un instant que la confusion du débat démocratique et le règne obscurantiste de l’opinion relativiste puissent croire faire la nique à la science et aux réalités. Si avec Jean de Kervasdoué l’on veut être ne serait-ce que l’ombre d’un scientifique, d’un philosophe, sans cesse il faut remettre en cause les préjugés et la doxa. Il n’est d’ailleurs pas interdit, avec les moyens de l’argumentation et de la connaissance, d’appliquer le même traitement à l’essayiste lui-même…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Pierre Rabhi : Ecologie et spiritualité, Albin Michel, 2006.

[2] Le Monde, 30 novembre 2015.

[3] Ochlocratie : gouvernement par la foule.

 

Cherubino Alberti, 1553-1615 : Allégorie de la science.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:59

 

Chapelle St Antoni, XVIIème, Kerns, Obwald, Suisse. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam II.

 

Un défi politique français.

 

Aquila : Pour un monde sans Islam ;

Céline Pina : Silence coupable ;

Philippe de Villiers :

Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

 

 

 

Aquila : Pour un monde sans Islam, Tatamis, 352 p, 20 €.

 

Céline Pina : Silence coupable, Kero, 256 p, 18,90 €.

 

Philippe de Villiers : Les Cloches sonneront-elles encore demain ?

Albin Michel, 320 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      Comment être entendu dans le silence des yeux grands fermés sur la réalité de l’Islam ? Sur sa forêt au-delà de l’arbre du terrorisme. Sinon en prenant le risque de prêcher dans le désert, d’être désavoué, ignoré, méprisé, voire pire… Une bouleversante  Kabyle d’Algérie, Aquila, réfugiée en France, y retrouve ce qu’elle avait fui et plaide Pour un monde sans Islam. Alors que le monde occidental s’islamise à grands pas, y compris selon une femme politique socialiste, Céline Pina, dans un Silence coupable. Ainsi son réquisitoire rejoint celui d’un homme politique pourtant d’un autre bord, trop souvent désavoué, Philippe de Villiers, qui, avec Les Cloches sonneront-elles encore demain ? plaide également, et non sans un talent fou, pour un sursaut de l’identité française et occidentale.

 

      Le vernis du non-dit craque avec grand bruit avec la confession d’une inconnue. Grâce à elle, l’essai de Gabriel Martinez-Gros sur le jihad[1] trouve sa confirmation inattendue dans un témoignage venu d’Aquila, que l’on devine être un pseudonyme, un prénom symbolique. C’est une femme, algérienne, Kabyle, réfugiée en France et qui avec raison craint de retrouver ce qu’elle a fui : « une sorte de bande annonce du film d’horreur qui vous attend ». L’autobiographie vaut le réquisitoire dans Un monde sans Islam, dont le titre exprime un vœu haletant vers un monde de paix et de liberté. Elle dénonce un mal qui dépasse tous les maux, un mal voué « à transformer ce monde en enfer ».

      Une famille de mariages arrangés et consanguins, de femmes battues et voilées, de frère « messie » et « terreur de la famille », au prophétique prénom que l’on devine, quoique « les premiers bourreaux en terre d’Islam [soient] les femmes ». Un incessant harcèlement sexuel côtoie le « bourrage de crâne » des écoliers qui haïront tout ce qui n’est pas musulman, grâce à l’arabisation des Frères musulmans. Par on ne sait quel libre-arbitre originel, la jeune Aquila, farouchement attachée à la liberté individuelle, se refuse à tous les aspects de l’Islam.

      Ne reste-plus, après la guerre civile contre le Front Islamiste (« les années Daech  de l’Algérie »), qu’à quitter le « joug de la colonisation musulmane », le « goulag algérien ». Mais en 2004, Marseille est devenu un « guet-apens » algérien et musulman, le goulet d’une « invasion » ; la Seine Saint-Denis est devenue « la partie invisible de l’iceberg islamique en France », cette « république islamo-gauchiste »… Le sommet de l’abîme est peut-être le moment où Aquila, décidant de se convertir au Christianisme, rencontre un prêtre ignorant qui loue l’Islam comme « religion de paix et d’amour » ; ce qui donne lieu à une féroce dénonciation contre une religion (et son Pape lui-même) gangrénée par une « grave dérive religieuse et éthique ».

      Poignant, effarant, choquant, hallucinant, le livre d’Aquila, mérite d’être lu et débattu sur les bancs du Parlement, sous les flashs des médias, par toutes les féministes, par toute humanité. Le pamphlet est aussi réaliste que virulent, livrant au jour le système tyrannique et corrompu de l’impôt islamique, qui finance le djihad, la stupidité du ramadan qui fait exploser le diabète, les accidents de la route, les violences, les intoxications alimentaires, les gaspillages, mais réduit l’économie au marasme, faute de quoi l’on est un mécréant, là où la « police des mœurs » est générale. Où l’islam est religion d’état, n’existent ni liberté individuelle, ni liberté de conscience. Grâce au voile, accepté et imposé par les femmes elles-mêmes, comme un « syndrome de Stockholm », c’est « un virus qui s’attrape par la tête », quand les « invocations satanistes » coulent des mosquées et des télés.

      Trop réaliste pour les aveugles volontaires, Aquila voit arriver la déferlante islamiste en Occident, voit une « France algérienne » courir à la catastrophe, à la « vallée du carnage », au sous-développement, tel qu’il est endémique en Algérie, alors que les voiles sont « un signe de conquête islamiste en marche », que ses femmes manipulées sont des « idiotes utiles » ! Elle « accuse l’immigration musulmane légale et illégale encouragée et subventionnée par la lâcheté des politiques et la naïveté des peuples qui les élisent ». Aimant la France et l’Occident, elle se rêve en « Charles Martel au féminin », alors que la guerre islamique des années 90 en Algérie, « cette histoire d’ogres réels […] est en train de se préparer et de se reproduire chez vous ». Aquila n’y va pas avec le dos de la cuillère : il s’agit de « réveiller les larves que vous êtes devenues à cause du politiquement correct et des fortes doses de marxisme culturel qui relativisent tout. De peur d’être traités de raciste et d’islamophobe, vous vous couchez devant l’Islam et les Musulmans, prêts à être égorgés docilement comme des moutons sans rien dire, sans bouger, de peur de heurter la sensibilité de vos bourreaux ! Levez-vous ! »

      Quelles solutions Aquila propose-t-elle ? Des solutions inaudibles, voire scandaleuses, peut-être sagaces, sinon inapplicables : « profilage religieux et culturel […] quarantaine, voire les déporter […] fermer toutes les mosquées, interdire le Coran, livre liberticide, antisémite comme Mein Kampf ». Vaut-il mieux plaider pour un Islam réécrit, modernisé, transcendé, débarrassé enfin de tous ses versets et hadiths violents, totalitaires et misogynes ?

 

 

      Quelle est en effet la situation de l’Islam en France, de cette religion française, de cette France islamisée, voire de l’Europe islamisée ?

      Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de juin 2005 à avril 2007, chercheur en économie et sociologie, chargé de recherche du CNRS à l’université Paris-IV, ne cache pas selon lui le chiffre réel du nombre de Musulmans en France, quoique des chiffres plus modestes approchent de 4 millions : ils seraient de 15 à 20 millions. Cependant, si l’on estime, avec Hakim el Karaoui, de l’Institut Montaigne[2], qu’environ 50 % d’entre eux sont soit conservateurs, soit autoritaires, il serait légitime de s’inquiéter. Ajoutons qu’un sondage de l’hebdomadaire Le Point (3-11-2016) montre que 87,4 % des jeunes Musulmans ne se sentent pas Français…

      Mercredi 28 septembre 2016, sur M6, un documentaire de l’émission « Dossier tabou », nourri de nombreux témoignages, a enfin montré sans dissimulation la réalité de l’emprise islamique sur le territoire français, grâce au talent d’investigateur du journaliste Bernard de La Villardière (d’ailleurs menacé par l’ire des censeurs et d’assassinat par des tweets assassins) : ainsi se dévoile le renoncement aux valeurs laïques et républicaines.

      Souvenons-nous que, bien avant d'être assassinée, la rédaction de Charlie Hebdo avait fait l’objet de poursuites devant les tribunaux  à l’initiative de la Mosquée de Paris et de l'Union des Organisations Islamiques de France, ramenant le péché de blasphème[3]  au goût du jour et menaçant gravement la liberté d’expression, cette expression fût-elle discutable. Une religion, et la charia qui lui est constitutive, tente donc de prendre d’assaut le droit pénal républicain. Rappelons à cet égard que la Constitution, le droit français et la Convention européenne des droits de l’homme stipulent, aux termes de l’article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction. »

      Ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que le Royaume-Uni a reconnu l’existence légale de tribunaux islamiques dans certaines de ses délicieuses contrées banlieusardes. Ces « Sharia Councils » prononcent les attendus de la loi islamique en plein Londres, dans l’East End, habité par 65 % de Musulmans, particulièrement, mais pas que, dans le cadre des affaires familiales. De plus, en Ecosse, la police accepte que ses policières puissent être voilée…

     Chez Air France, on traque les islamistes parmi ses propres employés : on tague « Allahu akbar » sur des trappes à kérosène, avaries étranges, pannes récurrentes, des pièces sont trafiquées, des consignes de vol détournées... Les services de renseignements sont sur les dents, aux dires du Canard enchaîné. Selon le Journal Du Dimanche, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) atteint 15000 noms, surtout concentrés dans le Nord, l’Ile de France, le Lyonnais et de Marseille à la Côte d’Azur.

      Quand des manifestations antisémites en faveur de la Palestine sont autorisées, des manifestations contre la charia (à Bordeaux par exemple) sont interdites par la Préfecture. Alors que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, prévoyait en 2015 de bientôt doubler le nombre de mosquées, 2400 à cette dernière date en France.

      Parmi un bon tiers des femmes musulmanes, en portant le hijab ou la burqa, l’on craint autant Allah que le regard, le désaveu et les pressions de l’entourage, de la famille et de la communauté des grands frères, tyrans en herbe et en ronces… Ecoles privées musulmanes et coraniques couvent dans la cocotte-minute. La haine du Juif, du Chrétien, du Gaulois, du mécréant, se répand comme poudre en feu. Plus largement, la conquête du territoire, au-delà de poches ghettoïsées de banlieues, par la charia, et au moyen d’une démographie et d’une immigration conquérantes, est un objectif vigoureusement affiché par des imams, des salafistes, des Frères musulmans, des quidams, des adolescents excités par la testostérone fanatique et totalitaire. Heureusement déjoué, à moins qu’il ne fusse que raté, le projet d’attentat aux bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris, montre que loin de n’être que des victimes souvent consentantes de l’Islam, le femmes peuvent être parmi les plus activistes, les plus forcenées, dans l’accomplissement du jihad.

      Un parti musulman, L’Union des Démocrates Musulmans Français, a déposé une liste aux Régionales de 2015 en Île de France. S’il n’a provisoirement obtenu aucun élu, on notera qu’à Mantes-la-Jolie, avec 5,90 % des voix, il a dépassé le parti des Verts. Parmi son programme, le halal dans les cantines, le soutien à la finance islamique, l’arabe à l’école… Ce que ne désavouent pas tous les maires et politiques, qui préfèrent privilégier le clientélisme, achetant ainsi une paix sociale provisoire et des voix qui, espèrent-ils continueront de les faire élire. Car un tiers des Musulmans, selon  un rapport de l’Institut Montaigne, ne se reconnaissent pas dans la République. Combien, parmi ceux qui sont dans la police, dans la gendarmerie ont déjà refusé d’obéir à des ordres contre leurs « frères », combien sont surveillés pour radicalisation, ou inaperçus, car selon une enquête de l’Institut Français des Relations Internationales, les effectifs de l’Armée française comptaient en 2005 entre 10 et 20 % de soldats musulmans, soit 10 % de l’effectif du porte-avion Charles de Gaulle, engagé face au Califat islamique. À Roissy, un agent de piste refuse de guider un avion d’Air France, puisque piloté par une femme.  Combien, parmi ces jeunes surexcités par le sang du djihad, iraient à plaisir se gargariser d’une guerre civile ?

       L’Allemagne et le Danemark tolèrent le mariage des enfants mineures de moins de quinze ans parmi les migrants. Au cours des six premiers mois de 2016, les migrants ont été impliqués en Allemagne dans 142.500 crimes et délits, selon l'Office Fédéral de Police Criminelle. Soit 780 délits par jour, une hausse d’environ 40% par rapport à 2015. Nota bene : seuls sont comptabilisés crimes et délits ayant donné lieu à l'arrestation d'un suspect.

      En Suède, dans la ville de Södertälje, à l'ouest de Stockholm, des émeutes changent la ville en zone de guérilla pendant deux nuits d'affilée. Des jeunes migrants musulmans  jettent de puissants pétards sur la police, attaquent les transports publics, incendient voitures, pneus et ordures dans les rues. Ainsi, parmi des dizaines de zones de non-droit où règnent charia et criminalité, la policière voit ses fonctionnaires démissionner tour à tour.

      En Bosnie (où la population compte 40% de Musulmans) Indira Sinanovic se présente intégralement voilée aux élections municipales.

      En Autriche, une conférencière a été condamnée pour avoir mis en cause publiquement les mœurs de Mahomet. Les juges autrichiens ont sacrifié la liberté d’expression à l’interdiction du « blasphème », pour protéger la « sensibilité religieuse » des fidèles musulmans et « la paix religieuse ». Ce qui, de facto, revient à appliquer la charia ! L’affaire est à présent devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.

      En France, environ une église est profanée par jour, tagguée, caillassée, vandalisée, pillée, incendiée, messe interrompue aux cris d’Allahu Akbar, même si quelques satanistes et gothiques sont de la partie. Dans l’indifférence générale ; alors que la moindre et rare profanation d’une mosquée, y compris avec simplement une tête de sanglier ou une tranche de jambon devant la porte fait pousser des cris d’orfraie, y compris devant les tribunaux, officialisant une fois de plus l’imaginaire délit de blasphème. La christianophobie, quand un génocide lessive le Moyen-Orient[4], est un mot inconnu dans le dictionnaire, quand l’islamophobie, pourtant juste peur et critique d’une idéologie, est l’objet d’une indignation officielle. « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ici », disait Paul Ricœur[5]

      En juin 2015, le Maire du Lavandou a suspendu la messe dominicale en plein air, pour ne pas irriter les Musulmans qui, eux prient couramment en pleine rue, contrevenant à la libre circulation… Dans quelques banlieues françaises, en particulier Sevran, les salafistes rôdent dans les rues de façon à éviter que la gent féminine circule au-delà de 18 heures. La polygamie permet à des familles aux nombreux enfants de recueillir de pléthoriques allocations familiales. Les conflits se multiplient dans les hôpitaux où les médecins et infirmiers hommes sont sommés de ne pas toucher les femmes de confession musulmanes. Les universités, plus précisément Aix-en-Provence et Saint-Denis, voient leurs amphithéâtres se couvrir de voiles ; sans compter les contestations que l’on devine au sujet de la shoah, du darwinisme, des Lumières...

      À Birmingham, où les femmes en burqa sont nombreuses, la police prévoit d'en recruter par souci de représentativité des communautés qu'elle sert. On se demande alors quel mâle délinquant pourraient-elles appréhender, de surcroît si sa piété lui commande le terrorisme !

 

 

      Femmes et hommes politiques en responsabilité ont-ils compris ? Bien rares ils sont, à l’instar de Céline Pina, qui fut conseillère régionale PS Île de France, et de Philippe de Villiers. La culpabilité de l’Islam étant avérée, reste celle du Silence coupable, selon Céline Pina. Elle a compris que l’arbre du terrorisme islamiste cache la forêt de l’Islam : « les islamistes quiétistes ne sont pas moins dangereux pour nos libertés ». Aussi dénonce-t-elle parmi nos associations, nos médias, nos politiques, les « islamo-serviles » et les « islamo-gauchistes », a fortiori une « inculture abyssale ». Là où le « vivre ensemble » est un slogan, la réalité des hôpitaux, des écoles, surtout de la Seine Saint-Denis qu’elle connait bien, est celle d’une occupation idéologique bourrelée d’agressions et jetée à la face de la « paralysie du pouvoir ». Car nos élus, afin d’être réélus, préfèrent le clientélisme paillasson à l’action en faveur d’une culture libérale.

      Celle qui fut évidemment traitée de raciste et d’islamophobe par ses congénères politiques, pointe le Salon musulman de Pontoise, consacré à la femme, pour ses intervenants, « tous plus obscurantistes et sexistes les uns que les autres », où l'irruption des Femen failler se solder par un viol collectif. Alors que les politiques jouent au « qui ne dit mot consent » devant qui veut faire de la charia l’unique source du droit et « vise à islamiser le pays ». On préfère combattre sans risque le Front National, interdire les manifestations de Pegida, plutôt qu’affronter les tentacules de la théocratie.

      De toute évidence, Céline Pina ne peut se sentir que concerné en ce défi de civilisation, car « la femme est l’obsession de l’islamisme politique ». En cela elle s’appuie sur des versets du Coran, montre que le voile, « arme de destruction massive des principes fondateurs de notre monde commun » est contraire à « l’histoire de l’émancipation de femmes ». Nettement elle est clairvoyante : « S’il y a de bonnes Musulmanes, les voilées, les autres, non voilées, sont de mauvaises Musulmanes, une offense à Dieu, elles ne méritent pas le respect de leur intégrité physique ». Elles ne sont que des « fornicatrices », des lits de « bâtards », dignes d’être violées, voire lapidées, comme le montra l’épisode de Cologne[6]. Alors, « le sexisme est légitimé par le divin ». De surcroît, s’appeler « ma sœur », « mon frère » est une « forme de fraternité et de sororité particulièrement perverse », une invitation à la soumission, qui enferme dans l’oumma, la communauté des croyants, et dénie tout individualisme.

      Mais on recule, on demande aux femmes « d’intégrer une forme d’autocensure, comme si l’idéologie islamiste avait déjà réussi à contaminer nos façons de considérer le droit des femmes. Face à la violence des hommes, il est plus facile de contraindre les femmes que d’éduquer les mâles ». Ainsi « les politiques veulent exonérer les réfugiés de tout, pour ne pas perdre la face ». Céline Pina est une rare féministe, en fait réelle humaniste, à dresser son courage à la face de la tyrannie du silence devant une pire tyrannie.

      Voilà qui ne l’empêche pas, à juste raison, de réfuter l’hypothèse selon laquelle elle ferait « le jeu du F N », en répondant : « Front National versus Islamistes, la guerre des identitaires ». Elle somme « ceux qui aspirent aux fonctions politiques qu’ils retrouvent le sens de la République », car « les islamistes  (ici elle englobe tout l’Islam conquérant) ne font peur et ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux ». En conséquence, conclue-t-elle, il faut « être impitoyable envers ceux qui sont acharnés à détruire ce que nous sommes. »

      Cependant, malgré son inquiétude devant l’Islam « quiétiste », elle continue de vouloir séparer Musulmans et islamistes. Où est la cohérence ? Certes, bien des Musulmans ne le sont guère, voire restent respectueux de la laïcité et de la République, mais la vague de l’islamisation modifie les mœurs, étend sa nappe de ghettos, plante le décor pour l’islamisme rigoriste. Elle le montre assez pourtant…

    Même si la construction de l’essai, un peu au fil de la plume et de l’indignation légitime, peut manquer parfois de rigueur, Céline Pina, ex-socialiste toutefois courageuse, pratique un discours sans langue de bois. Elle a le mérite insigne, une fois dessillée, de jeter aux yeux du lecteur, averti ou non, une vérité certes dérangeante et dommageable, mais, il faut l’espérer, si l’on sait se prémunir par la fermeté, salvatrice.

 

 

      Ne nous égarons pas avec des préjugés sur Philippe de Villiers, avec des attaques ad hominem, en arguant de convictions politiques peut-être discutables : jugeons de facto son livre : Les cloches sonneront-elles encore demain ?

      Porté par une belle plume lyrique et élégiaque, Philippe de Villiers rappelle les cloches des églises de son enfance, alors qu’il est outré par les propos du recteur Boubaker de la Mosquée de Paris, qui veut doubler le nombre des mosquées en France, donc plus de quatre mille : « un grand concours de minarets ». Il rappelle que la Révolution, en 1793, descendit et fondit les cloches, ce qui déclencha la révolte vendéenne et bretonne. Sa plume, non sans rester élégante, devient celle du polémiste : « pour amadouer les jihadistes, il est recommandé de se priver de nos symboles, de nos traditions, de nos affections. Au nom de la laïcité, on va supprimer les galettes des Rois dans les cantines scolaires au moment d’y faire entrer le halal ». On remplace alors les cloches par le muezzin... Plus loin, sa plume emprunte une ironie digne de l’humour de San Antonio, qui lui permet de brocarder « la position du soumissionnaire » en analysant la « dhimmitude » française, quand politiciens et évêques réclament d’intégrer des fêtes musulmanes. « Chez nous les pouvoirs publics se taisent mais savent très bien quel est le programme mondial des islamistes : génocider les Chrétiens en Orient et effacer en Occident toute trace de Christianisme. » Les Chrétiens là-bas comptaient pour 20 % de la population, ils ne sont plus que 2%.

      In fine, il faudrait tout citer de l’essai de Philippe de Villiers tellement il est frappé au coin du bon sens et de la vérité. Ce non sans une réelle culture : il a lu et cite les nombreuses injonctions meurtrières du Coran (comme l’a fait le modeste auteur de cet article[7]), il a lu l’islamologue Gilles Kepel, Marc Fumaroli[8], Hannah Arendt[9] et le philosophe Rémi Brague[10]. Il n’ignore rien de la culpabilisation indue qui à l’occasion de l’islamophobie, se cache sous ce vocable[11]. « Colonisation », « défrancisation », les mots frappent juste. Les verts de l’Ecologie veulent « sauver la planète », les verts de l’Islam (car ce fut la couleur préférée de Mahomet) en extirper la civilisation libérale ! « Les villes basculent dans la France halal ». Les voiles font reculer les « souchiens », « notre langue recule », « Paris se met à l’unisson de La Mecque ». Non seulement Philippe de Villiers a le sens de la formule mais il a l’œil qu’il faut pour observer une mutation que l’on ne veut pas voir. Car le « Frankistan » est un objet de « conquête ». Car les centaines de millions de Musulmans de l’Afrique et du Moyen-Orient ont commencé de déferler, infiltrant des djihadistes, en France, en Europe, en Occident, passant par là où « le concierge était grec » : « Cette conquête est dans l’ADN de l’Islam ». En effet, « toutes les religions ne se ressemblent pas. C’est la grande erreur des Occidentaux de la croire ». La « mamamouchie Merkel » devient un « protectorat ottoman ». La « migration de remplacement » s’appuie sur un flagrant déséquilibre démographique, comme notre essayiste le note en s’appuyant sur les travaux de Michèle Tribalat[12]. Et notre Gauche politique, nos sinistres ministres, au premier chef « Najat » à l’Education, sont les « compagnons de route » de l’Islamisation, sont « une classe politique achetée », en particulier par les Qataris ! Le « ventre mou » français prépare un « nouvel Edit de Nantes » par le biais des « dhimmis de sacristie »…

      « Ô ma France douloureuse »…

      Arrêtons-là ce qui devrait être un déferlement de citations toujours pertinentes. Ces pages n’y suffiraient pas. Sachons que sans monotonie, la conviction, la verve polémique, mais tragique, de l’essayiste, ne faiblissent pas en 300 pages. Pensons à ce moment de satire redoutable autant que judicieuse : « Nous sommes passés de la « poule au pot », du roi Henri, venu de Navarre, aux « coqs halals » servis par nos dhimmis du Finistère, la crête tournée vers La Mecque ». Contre « l’Eurislam », il en appelle à la mémoire de la France et de l’Europe. Nous irons plus loin que lui, même s’il réprouve ce terme, il faut en appeler au libéralisme politique, économique et culturel contre la tyrannie théocratique galopante…

      Ajoutons, pour nuancer le propos de Philippe de Villiers, que ce n’est pas seulement parce que cloches et églises sont une part de notre identité et de notre Histoire qu’il faut les protéger du viol par les mosquées, mais parce que l’Islam n’est pas une religion équivalente au Christianisme. À la différence de ce dernier, la mahométane est celle de la « salafisation », du totalitarisme appliqué aux mœurs et à la pensée, s’il en reste…

 

      Les sociétés démocratiques n’auront-elles été « qu’une simple parenthèse de deux siècles ? » demande Gabriel Martinez-Gros. Et pour reprendre le titre de Philippe de Villiers, qui est probablement la personnalité politique la plus lucide sur l’islamisation en cours, Les cloches sonneront-elles encore demain ? Car, pour également reprendre Mohammed Sifaoui cité par Céline Pina : « Le problème n’est pas que la manifestation violente de l’islamisme, à travers le terrorisme, mais l’ensemble du corpus qu’il propose comme pensée anti-laïque, antirépublicaine, antiféministe, homophobe, misogyne, antisémite, et en somme, antimoderniste.[13] » À cette liste effarante, il faut tout simplement ne pas oublier « antilibérale ». En effet, face au roncier de la forêt de l’Islam, ce sont nos libertés qui sont en jeu. Que le lecteur réfute, s’il le peut, ou en prenne de la graine…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[2] Hakim el Karaoui : Un Islam français est possible, Institut Montaigne, septembre 2016.

[5] Paul Ricœur : La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Seuil, 2000, quatrième de couverture.

[13] Mohammed Sifaoui : Angers mag, 27 Janvier 2016.

 

La Mecque. Alcoran de Mahomet. Traduction Du Ryer, Arkstée & Merkus,

Amsterdam, 1775. Photo : T. Guinhut.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:43

 

Petite bibliothèque butorienne.

Avec Butor / Hérold : Passages de fleurs, La Caisse des Dépôts, 1985.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L'Armoire de Michel Butor, poète et imagier

 

du temps qui court à la Fondation Bodmer.

 

 

 

Michel Butor : Par le temps qui court, Orphée La Différence, 192 p, 10 €.

 

BBB. Bibliotheca Butoriana Bodmerianae,

Notari / Fondation Bodmer, 300 p, 44 €, 48 CHF.

 

Michel Butor / Olivuer Delhoume : La Grande armoire, Notari, 200 p, 38 €, 34 CHF.

 

 

 

      De par sa Modification malicieusement appliqué à la littérature, Michel Butor parut, vouvoyant son personnage et son lecteur, être devenu le pape du Nouveau roman. N’attendez cependant pas qu’il restât figé dans la glaciation de cette esthétique un brin objectiviste. Mobile il fut sans cesse, ne serait-ce qu’avec son « Etude pour une présentation des Etats-Unis[1] », mi carnet de voyage, mi prise de notes poétiques… Hors quelques essais, parmi lesquels Les Mots dans la peinture[2] marqua la collection des « Sentiers de la création », la poésie, devint le fil d’or, plus discret que celui du roman délaissé, de la quête de notre regretté drôle d’oiseau migrateur Butor, puisqu’il vient de nous quitter, à 89 ans, le 24 août 2016. Bienheureusement il avait pris soin de nous léguer ses lyrismes, dont son dernier Par le temps qui court, et d’offrir à la Fondation Bodmer de Genève, plusieurs dizaines de livres réalisés en collaboration avec de nombreux artistes, formant un audacieux florilège plastique, graphique, intellectuel et bibliophilique. Sans compter une ancienne et mystérieuse armoire…

 

 

      « J’aurais fermé les yeux trop tôt », ainsi semble se conclure cette anthologie choisie par Butor lui-même, qui allant Par le temps qui court » jusqu’à « la vieillesse inachevée », commence en 1950. Sept années donc avant l’attribution du prix Renaudot pour La Modification, qui occulta le poète au regard de la figure statufiée d’un incontournable pilier du Nouveau roman. Mobile, en 1962, confirma, en dépit de l’incompréhension parfois sarcastique qui le salua, que Michel Butor n’avait cure des gloires pour manuels officiels, qu’il allait poursuivre ses chemins divers et incessants au travers de l’expérimentation linguistique et formelle ; autant que parmi les métamorphoses du lyrisme. Œuvrant, mais sans orgueil, à l’édification de ses Œuvres complètes en 12 volumes[3], du moins publiées jusqu’en 2012, il ne cessa de « rafistoler une ou deux strophes / pour que ce soit un peu plus gai ».

     Il compose le plus souvent par strophes, faites de vers mesurées, quoique parfois les vers libres s’espacent sur la page, quand une petite poignée de poèmes en prose joue la partition d’un « Voyage sur le papier ». Malgré une apparente adhésion à la tradition, le poète, un rien facétieux, tient avant tout à sa liberté formelle autant que thématique, entre intimisme et une surprenante dimension encyclopédique. En peu de pages et en vingt parties (« par siècle une strophe / dix octosyllabes / j’ajoute un quatrain »), Michel Butor revisite l’histoire du monde. « Depuis l’étable de Bethléem » et « les ateliers chinois », jusqu’aux « dernières guerres », ce sont :

« Archives éloges

traces monuments

superpositions

de murs et de morts »

 

 

      L’écheveau thématique est bouillonnant, de « la cathédrale de Laon » à la « Ballade du sexe féminin », ce « vallon vibratile défilé des sirènes fissure des fées » ; d’une « Randonnée » à la prose rimbaldienne jusqu’à la dimension méditative et philosophique des « instruments de la génération » ; en passant par un « Chant de fouilles », où il a « tamisé les reflets et les miasmes » ; tout cela sur la « peau délicieuse » du papier. Pour qui n’aurait pas eu la curiosité de fouiller les Œuvres complètes, en fait incomplètes, ce volume modeste d’apparence, publié dans la programmatique collection « Orphée » (répondant ainsi à un poème en prose titré « L’école d’Orphée »), permet d’approcher la vertigineuse qualité poétique de celui que l’on continuera de réduire au tiroir académique du Nouveau roman…

      Une inventivité échevelée, pas si loin de l’héritage surréaliste, innerve le champ de paroles de Butor, sans consentir à s’enfermer dans l’unique esthétique d’un mouvement littéraire. Elle embrasse non seulement l’histoire mais la géographie planétaire, de l’Egypte antique à « La ville aux trois mille rêves », voire cosmique, ou encore la relation intime à « Marie-Jo », en une jubilation festive. Il est étrange alors de constater que cette anthologie de soixante ans de création s’ouvre sur des allusions à la « barque » du Livre des morts égyptien et se ferme sur des vers testamentaires :

« Même si je suis grabataire

même si je me sens à charge

un peu de braise sous la cendre

tentera de se ranimer »

 

 

      La poésie est pour Michel Butor, qu’il soit en barbe de gnome ou de mage, ou en salopette d’artisan pleine de poches, une Matière de rêves[4], pour reprendre son titre de 1975. Il se fait alors artisan de ses propres livres, collaborant avec les artistes le plus divers. Nous avions déjà remarqué son fabuleux travail à quatre mains avec Miquel Barcelo[5], l’occasion est aujourd’hui propice de rassembler une infatigable production de livres d’artistes dans BBB. Bibliotheca Butoriana Bodmerianae, un généreux catalogue réalisé par la genevoise Fondation Bodmer, suite à la donation faite en 2014 de cent livres, souvent dédicacés.

      « Ne me laissez pas seul avec mes paroles » disait le poète dans sa « Requête aux peintres, sculpteurs et compagne ». Le vœu fut avec bonheur accompli. Ce sont ici cent vingt-deux ouvrages ou livrets, plaquettes et livre-objets, de beaux volumes luxueux, des plaquettes étranges et furtives, des volumen curieux, des emboitages mystérieux, des pliages, des combustions et des accordéons, des boites, des cadres et des feuillets libres ou enrubannés, des collages et systèmes pour un « Cantique du papier »… Venus de la prise de risques de dizaines de petits éditeurs hors des sentiers battus, tirés en bien peu d’exemplaires, ils vont « de six grammes à près de trois kilos », note Isabelle Roussel-Gillet, qui les classe joliment en « Jeux de trames », « Enjeux d’âmes », « Gamme de paysages », « Jeux de dames », « Fenêtres sur chambre » et enfin « Le célébrant », puis les qualifie de « livres qui ne cadenassent pas le sens ». Certes, en cette surabondance, tous ne sont pas des chefs-d’œuvre, les qualités esthétiques de ces opuscules charmants sont parfois discutables, les textes parfois anodins, mais qu’importe, puisque tant sont merveilleux…

      Plongeant avec les doigts de maints artistes, au moyen de leurs coulées d’encres et de couleurs, de leurs graphismes, gaufrages et photographies, il a réalisé ses rêves d’ « artiste ambulatoire » (pour reprendre le titre du préfacier, Jacques Berchtold, par ailleurs directeur de la Fondation Bodmer). L’un de ces rêves les plus constants s’adresse aux montagnes qui l’entourèrent, puisqu’il enseigna longtemps à Genève et vécut dans un village savoyard. Le mince volume aquarellé Genèse les suggère, les Montagnes en gestation appellent les dessins et lavis à l’encre de Catherine Ernst, brossant glaciers et cascades, le Réconfort d’esquimaux est une « infusion de paysage », quand La Végétation de Salève s’inscrit sur un mince paravent tendu de tiges d’osier.

      Un autre thème récurrent est celui du mythe de Don Juan. Ainsi au Matériel pour un Don Juan, on joint une cassette à bande magnétique ; L’Enseigne de Vénus vient côtoyer Don Juan dans la Manche où l’allusion « allegro » à l’opéra de Mozart renvoie à L’Or du Rhin qui oscille entre le mythe d’Ondine et l’appel à Wagner.

      Ils s’appellent La Dame à la grenouille ou À la flamme du retable ou encore Colloque des mouches. Lors, le dialogue entre l’artiste et l’écrivain n’est plus hiérarchisé, ne sachant qui illustre l’autre, quand à cet égard Michel Butor coule son inspiration auprès de l’illustrateur, voire de l’objet en gestation. Au point même que La Nuit soit fait de quatre poèmes d’Inge Kresser illustrés par autant de collages de Michel Butor. Parfois l’humour s’empare sans ambages des feuilles de papier en chemise, pour Antisèche, savoureuses perles d’élèves et rougeoyantes annotations professorales, « pour aider les victimes des examens » !

      Dans Le Rêve de l’ammonite, illustré par Alechinsky, le dessin est séminal pour le poète qui en ses délires exquis aperçoit « flotter au loin d’une vague à l’autre les nénuphars humains, leurs nids d’alcyons, étamines et pistils, astrolabes et luths, pédoncules et vrilles ». Plus loin « Les agrumes du paysage pressent leur jus sur le ciel bleu dans les moissons coquelicots », témoignant de la qualité inspirante des pastels de Frédéric Appy…

 

      Enfin, si nous avons le regret de ne pouvoir ranger aucun de ces livres d’artistes au frais de notre cabinet de curiosités bibliophiliques, ce catalogue de la Bibliotheca Butoriana Bodmerianae, mise en page impeccable, commentaires aisés autant qu’érudits, photographies aux sensualités confondantes, fera l’inépuisable joie de l’amateur, bien au-delà de Butor lui-même, mais d’autant de jalons poétiques et coquinement facétieux de l’histoire du livre. Alors que l’inattaquable sérieux présidait à la publication de catalogue d’exposition consacrées à Sade[6] ou Frankenstein[7] au sein du temple humaniste de la bibliophilie qu’est la Fondation Bodmer, sise quelques pas au-dessus de la fraîcheur du lac Léman…

 

 

      Qu’y a-t-il dans cette mystérieuse Grande armoire, normande et familiale, dont les portes sont obstinément fermées sur la couverture du dernier livre de Michel Butor, assisté d’Olivier Delhourme ? Tout un vrac, un bric-à-brac, un fourbi, un bourrier. Tout un « humus », une « fouille archéologique en désordre ». Un gilet, une éponge, un jeu de cartes, des plumes, bons qu’à la décharge…

      Mais sous nos doigts patients, tout un monde lointain s’ouvre. Lointain temporel avec des objets familiaux venus des ancêtres de l’écrivain, destinés à figurer une généalogie, une archéologie de la création littéraire et poétique. Mais aussi des souvenirs, de dons et de rencontres, qui sont autant des bribes d’autobiographie que des déclencheurs de sensations, de rêveries et de méditations pour le lecteur, imaginairement lui aussi confronté à son propre passé, à son armoire réelle ou mentale. Lointain géographique, exotique, car ses babioles et merveilles viennent du Japon, de Saqqarah, d’Amérique du nord, comme cette défense de morse gravée, d’Afrique, de Nouvelle-Guinée, d’Australie, comme cette « pointe de lance en verre de bouteille, taillée avec une délicatesse presque solutréenne ».

      Certains de ces objets ne sont précieux que par la charge émotionnelle qui les attache au poète : sacs à main en fourrure ou vannerie venus du Brésil, quoique artisanaux, rouleau de dentelles pour le deuil, « cœur en rubans roulés », ou gag pitoyable sous la forme d’une « serviette pliée en canard ». D’autres sont dignes d’un véritable musée, des arts premiers et des arts divers. C’est une « jarre phénicienne », une autre « prédynastique », de merveilleux collages de Jiri Kolar : « tubes à essais », « pomme-lèvres », « astre des nuits »…

      À la lisière du fourre-tout, du grenier d’enfance, de la boite aux trésors et de la caverne d’Ali baba, ce livre inclassable, cette Grande armoire, presque inépuisable avec ses 81 numéros soigneusement photographiés, est une muséale micro-encyclopédie, pleine de rêve et d’humour, un rien surréaliste, un tout butorienne.

 

      La Modification ne se terminait-elle pas sur ces mots : « vers ce livre futur et nécessaire dont vous tenez la forme dans votre main[8] » ? Ces livres d’artistes, si précieux soient-ils sous les vitrines de la Fondation Bodmer, et qui sont le déploiement d’une carrière emplissant « le temps qui court », ne demandent en effet, objets à contempler, à lire, à caresser, qu’à remplir la forme de la main… Maintenant que les yeux de notre cher et regretté Michel Butor « ont revêtu blancheur d’aveuglement », ses livres rejoignent à juste titre, entre un papyrus du Livre des morts égyptiens, une Bible à 42 lignes de Gutenberg et un Livre d’image des insectes choisis de Kitegawa Utamaro,  les Fleurons de la Bodmeriana[9].

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Michel Butor : Mobile. Etude pour une représentation des Etats-Unis, Gallimard, 1962.

[2] Michel Butor : Les Mots dans la peinture, Les sentiers de la création, Skira, 1969.

[3] Michel Butor : Œuvres complètes, La Différence, 2006-2010.

[4] Michel Butor : Matière de rêves, Gallimard, 1975.

[8] Michel Butor : La Modification, Minuit, 1957, p 236.

[9] Fleurons de la Bodmeriana, Fondation Bodmer / Panama Musées, 2005.

 

Michel Butor / Martine Jacquemet : Ménagerie volubile, 2001, BBB, p. 185.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Critiques littéraires France
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 17:28

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La Couarde, Île de Ré. Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L’arbre du terrorisme et la forêt de l’Islam I.

 

Analyses et dénis.

 

 

Autour de Gabriel Martinez-Gros : Fascination du djihad ;

Bruno Dumézil : Les Barbares ;

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat.

 

 

 

 

Gabriel Martinez-Gros :

Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix,

PUF, 104 p, 12 €.

 

Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 1508 p, 32 €.

 

Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 840 p, 25 €.

 

 

 

 

 

 

      Il semble enfin que le voile se déchire. Quoiqu’encore longtemps l’on continue de ne pas penser la dangerosité de l’Islam. À tel point que les actes terroristes égrenés sans repos en France et de par le monde focalisent une attention fascinée sans que l’on puisse ni voir ni analyser cette barbarie consubstantielle à la charia et au jihad, ce en une étonnante opération de déni : ils sont toutefois les arbres brûlants qui cachent l’étouffante forêt de l’Islam. Pourtant de plus en plus de quidams et d’analystes dessillés tentent de proposer leur discordante voix pour penser les textes, l’histoire et le présent d’une religion aux hydres planétaires. Ainsi un universitaire et islamologue, Gabriel Martinez-Gros radiographie la Fascination du djihad. Et ourtant façonnée par une cohorte savante, une encyclopédique somme historique, sous la direction de Bruno Dumézil, refuse d’accueillir parmi Les Barbares la barbarie de l’Islam. Il suffit alors d’ouvrir la réunion bienvenue des Ecrits historiques de combat, pour que Jean Sévillia fustige à notre service le « terrorisme intellectuel » de l’ « historiquement correct » appliqué à ce totalitarisme dont la forêt est en marche.

 

      Pour expliquer le djihad, la thèse de Gabriel Martinez-Gros est pour le moins originale. La conquête et l’impôt sont à la source des empires, explique-t-il, s’appuyant sur l’historien arabe du XIVème siècle, Ibn Khaldoun, ce qui permet « de vivre en paix sous la férule de l’empire ». Seules, en se débarrassant de cette dernière, l’Angleterre et la Hollande, puis l’Europe entière, permettront d’amorcer la révolution libérale scientifique. Hélas, ces deux violences, hégémonique et fiscale, sont également le ressort de la déferlante musulmane qui, de l’Espagne à l’Inde, à partir du VIIème siècle, assassine et asservit les populations. Ce en quoi la source du djihad est certes religieuse, mais avant tout structurelle et économique. Et son retour est également « un renouveau des conditions impériales ». Face à l’empire occidental, voire mondial, si tentant à piller, car riche, souvent non-violent et désarmé, le nouvel empire islamique en gestation suscite des confins barbares et excite ses conquérants. Ibn Khaldoun aurait reconnu en notre Occident sa vision de « la crise finale des dynasties […] : l’hypertrophie de l’appareil d’Etat y écrase une économie déjà anémiée », ne serait-ce que par le poids des dépenses sociales.

      Or, le djihadisme s’appuie sur un discours idéologique constitué, non seulement politiquement, mais religieusement. Ainsi « une élite de guerriers », « une dissidence bédouine », couvées par l’immigration et les banlieues, partent à l’assaut du ventre mou de l’empire occidental. Ce qui contredit absolument le discours de « victimisation postcoloniale », postmarxiste et tiersmondiste appliquée aux banlieues, ainsi que l’inénarrable culpabilisation de l’Occident. On peut arguer que la violence de ces dernières, n’est que « maquillée d’Islam ». Certes. Mais, sans choir dans la généralisation abusive, car tous les Musulmans ne sont pas jihadistes, la virulence du djihadisme est intrinsèquement musulmane et trouve ses injonctions et ses versets à travers la bouche de son prophète, dans le Coran[1] (ce qu’hélas Gabriel Martinez-Gros omet de préciser par des citations). Car il y a une « exception de l’Islam, religion née conquérante ».

 

 

      En effet, (y compris dans la bouche d’Ibn Khaldoun) le devoir de la charia et du califat est de perpétrer la guerre contre les infidèles, de les réduire à la mort, à l’esclavage, à la dhimmitude. Et c’est « la première fois depuis l’émergence de la Modernité voici deux siècles, qu’un nombre significatif de musulmans élevés au cœur de l’Occident et de ses Lumières y renoncent, et retournent à l’Islam à leurs yeux le plus pur ». Pour reprendre le sous-titre de Gabriel  Martinez-Gros, il s’agit bien de « Fureurs islamistes et défaite de la paix ». Depuis la fin de la guerre froide, alors que les talibans afghans résistaient contre le communisme, un autre univers géostratégique enclave l’Islam, du Maghreb à l’Indonésie, mais aussi du Québec à l’Australie, au moyen de son émigration militante, dans une résistance combattante contre la démocratie libérale, déployant en « barbares », « les valeurs d’une droite extrême et religieuse ». Il faut bien en prendre conscience : même si la civilisation islamique a su parfois se pacifier, « l’Islam est le seul monothéisme qui implique les devoirs de la guerre dans ceux de la religion ». Et enfin : « Le djihadisme, comme les grand totalitarismes du XXème siècle, est un récit historique sacralisé », de plus aujourd’hui mondialisé. « La question est de savoir si nous avons mérité d’être libres », conclue notre essayiste engagé, quoiqu’il faille non seulement conjuguer ce mérite au présent, mais aussi au futur.

      Gabriel Martinez-Gros, dont l’essai, si bref soit-il, est d’une immense clairvoyance, y compris au moyen de judicieux rapprochements avec la Chine ancienne, quoique l’on puisse regretter le peu de références précises aux textes d’Ibn Khaldoun[2], n’est pas aveugle sur « la cécité volontaire » de l’Occident. En effet, un « déni », un impensé récurrent posent une taie dommageable sur l’Islam.

 

 

      La barbarie islamique, autant du jihad que de la charia, depuis quatorze siècles, devrait avoir attiré l’attention de tous les esprits sensés et documentés. Pourtant, si l’on a la curiosité d’ouvrir le nourrissant pavé publié sous la direction de Bruno Dumézil, Les Barbares[3], on aura la surprise de ne trouver que de maigres entrées consacrées à l’Islam. Quoique, horreur indigne, ce dernier mot soit carrément absent de cette majestueuse somme aux alphabétiques entrées !

      Certes, le barbare, vient du grec, désignant celui qui parle en « bar-bar-bar, c’est-à-dire par des borborygmes éloignés du logos grec ». Le mot discrimine certes abusivement l’étranger, après avoir consacré ceux qui dévastèrent l’empire romain. Mais, ne l’oublions pas, dans le sens commun il s’agit de disqualifier ceux qu’anime le goût du viol, du meurtre sanglant et du pillage. La vaste érudition dont témoigne l’ouvrage aux dizaines de contributeurs s’aventure jusqu’aux barbares, y compris féminines, de nos séries littéraires, cinématographiques et télévisuelles, comme Mad Max ou Le Trône de fer, alias Game of Thrones.

      Mais en cet ouvrage aux richesses historiques avérées, surtout quant aux barbares de l’Antiquité et du Moyen-Âge, le politiquement correct moralisateur et culpabilisant pointe son nez. À l’entrée « Croisades » : « Ce cadre martial a dès lors limité l’ouverture à l’altérité qu’aurait pu représenter le contact prolongé produit par les croisades entre Latins et Musulmans ». Ou : « la croisade s’est faite ferment identitaire, justifiant la paix et l’unité entre chrétiens au profit d’une guerre supérieure contre l’autre ». La page sur « Mahomet » atteint des sommets de mauvaise foi. Certes le monde chrétien a pu sans trop de nuance le diaboliser, mais aller jusqu’à s’indigner de « l’intérêt malveillant porté au Prophète » apparait comme une indigne soumission (c’est le sens du mot Islam) de peur de risquer de paraître islamophobe. Que l’on se rassure, la notule s’achève sur « un portrait apaisé de Mahomet, tel […] Stendhal, pour qui le Prophète est un « puritain » (1822) » ! Pour l’article « Musulman », encore une fois signé Fanny Caroff, dès Charles Martel en 732, il s’agit de « la sauvagerie présumée de l’adversaire » ; ou encore : « l’image négative de l’adversaire musulman prévaut dès l’origine, avant même que l’Islam ne soit compris dans sa singularité ». On se taperait les cuisses de rire devant une telle méconnaissance décisivement aveugle d’une telle « singularité », si la question n’était si tragique…

      L’impensé, le déni, d’une même non-voix, sont bien installés. Seules deux maigres entrées, se concentrant sur la dimension spirituelle de l’Islam, honorent le Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions[4], alors qu’en ce domaine il y aurait fort à penser[5]. Une vision absolument lénifiante, quoique historique et spiritualiste, balaie les pages du Dictionnaire des religions dirigé par Paul Poupard[6], ainsi que celles de Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses[7]. Ne parlons pas du Dictionnaire amoureux de l’Islam de Malek Chebel[8], qui assume un propos louangeur, même si comme lui nous pouvons fort apprécier la poésie lyrique d’Al Andalus, celle soufie du Cantique des oiseaux d’Attar[9], l’architecture de Cordoue et de Grenade, la calligraphie arabe et les Mille et une nuits[10]. Reste à méditer une contre-argumentation à charge, celle d’Ibn Warrraq et son Pourquoi je ne suis pas Musulman[11].

 

 

      Cerise sur le gâteau empoisonné : le manuels d’Histoire confiés au bon entendement de nos chers bambins de 5ème, au collège[12]. Une vision lénifiante ne permet là de voir dans l’Islam que les versants les plus apaisés, en particulier l’éloge d’Al Andalus, selon lequel la coexistence des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens aurait été idylle et d’un brillant culturel inimitable. Ce qui repose sur un mythe qui ne tient pas compte des répressions et autres assassinats, du statut de dhimmi des non-Musulmans, surtaxés, nantis de droits inférieurs, interdits de construire des églises, ce que confirme Jean Sévillia, confondant les barbares de l’historiquement correct.

      En effet selon l’auteur d’Historiquement correct, il y a une « amnésie historique » à ne pas reconnaître que les croisades sont « une réponse à l’expansion militaire de l’Islam ». De même « dépeindre l’Espagne musulmane comme un modèle de coexistence pacifique entre religions relève de la fable[13] ».

      Il est alors « moralement correct » de caresser dans le sens du poil « la deuxième religion de France ». Il s’agit en fait d’un « Islam à deux visages » : on s’intègre en la profession de foi d’une laïcité libérale, mais l’on « succombe au courant identitaire ». Le ramadan devient prosélyte au point de faire jeûner des élèves mon-musulmans : « C’est parfois le début de la conversion ». Lors, près de 50 % des Musulmans français se prétendent de nationalité musulmane, dont 16 % approuvent les attentats suicides : « Est-ce manifester de l’islamophobie que de s’en inquiéter ? » La clairvoyance de l’essayiste n’ignore pas que ces derniers « expriment, en ce qui concerne le statut de la femme, une anthropologie incompatible avec la philosophie élaborée à Athènes, à Jérusalem et à Rome[14] ».

      Une réédition bienvenue de trois essais de Jean Sévillia, comme un tir groupé contre les fadaises d’une Histoire soumise à la repentance postcoloniale et au masochisme qui consiste à battre la coulpe du Christianisme, de l’Occident et de la France devant les saintes huiles de l’immigration islamique, permet de prendre la mesure d’un intellectuel engagé dans la recherche de la vérité. Historiquement correct voisine avec Moralement correct, avant de confluer avec Le Terrorisme intellectuel, en ce fort (dans bien des sens du terme) volume que sont ces Ecrits historiques de combat. Là sont démontées les vulgates anticléricale et marxiste d’une gauche intellectuello-médiatique attachée à réécrire le passé pour servir ses ambitions et son idéologie. C’est sans cesse d’une plume enlevée que Jean Sévilla, appuyé sur une réelle culture historique et sur l’acuité d’une abondante bibliographie, brosse une contre-Histoire autant qu’un réquisitoire contre la fatigue de la pensée de qui veut bien se coucher devant la doxa, plutôt qu’aller aux sources de l’Histoire, donc aux fleuves du présent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Certes, dans notre présent, du moins espérons-le, il y a bien des Musulmans, qui ne jouent du voile que comme un accessoire de mode identitaire et coloré, dont l’affiliation à une mode est comme toute mode forcément éphémère, voire soumis à un rejet horrifié peut-être prévisible. Certes, il y a bien des Musulmans habités par une foi intime, qui n’a pas vocation à envahir la scène publique et politique, ce en contradiction avec l’essence de l’Islam, bien des Musulmans qui rejettent plus ou moins explicitement les dizaines de versets du Coran ordonnant le djihad, le meurtre des mécréants, la haine du Juif, et la ségrégation honteuse des femmes. Mais une surabondante cohorte d’affidés de la soumission islamique, excités par les imams financés par les pays du Golfe ne considère pas un instant que ces attitudes soient licites.

      Car si nous avons été affolés par les 3000 morts du 11 septembre newyorkais, par les meurtres des journalistes de Charlie Hebdo et des clients de l’Hyper Casher, par les 130 morts du Bataclan, par les 80 morts du camion niçois, par l’assassinat d’un prêtre catholique et martyr, sans compter les nombreux blessés et mutilés à vie ; c’est voir l’arbre du terrorisme et ne pas entrapercevoir derrière lui la forêt de l’Islam, quoique bien des esprits commencent à ouvrir leur clairvoyance. En effet, quoique apparemment modérés, bien des Musulmans propagent l’Islam, c’est-à-dire le halal, le ramadan, le voile, la soumission féminine, le mariage forcé, voire la polygamie, donc fort souvent une batterie de comportement normatifs assortis d’injonctions, d’intimidations, de répressions envers ceux qui autour d’eux ne les pratiquent pas encore…

      Soyons clairs. Le « communautarisme », vocable euphémistique et cache-sexe parmi nos médias, n’est pas responsable du terrorisme ni de la tyrannie sociétale en cours. A-t-on vu la communauté portugaise ou chinoise se distinguer ainsi ? Seul l’Islam est en cause, donc à désigner explicitement. Le « multiculturalisme » n’est pas un échec si les cultures diverses peuvent coexister, s’enrichir les unes les autres, se tolérer ; mais en tant qu’euphémisme il cache l’incompétence constitutive de l’Islam à reconnaître la légitimité de cultures qui ne sont pas conformes à son diktat idéologique. De même la loi proscrit les signes religieux ostentatoires, dans l’enseignement primaire et secondaire ; pour ne pas avoir à stigmatiser ceux de l’Islam, alors que le caractère inoffensif de la croix et de la kippa est avéré ; le Chrétien et le Juif terroristes et propageant la haine étant en contradiction flagrante avec leur religion.

 

      Il ne suffira pas de couper l’arbre du terrorisme pour arrêter la forêt de de l’Islam. Commençons par ôter les voiles de l’euphémisation et du déni. Une réelle culture historique, religieuse et sociologique, tels qu’en font preuves Gabriel Martinez-Gros et Jean Sévillia, doit permettre d’abord de porter à nos yeux, à nos entendements, la connaissance du réel installé et en gestation. Sinon, ce ne seront pas quelques arbres terrorisants qui nous boucheront la vue, mais une forêt qui, inexorablement, « s’est mise en marche », comme celle qui mit fin au règne tyrannique de Macbeth[15]. À la différence que l’Islam est, si l’on n’y prend garde, non seulement la forêt, mais le puissant roncier du totalitarisme.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Ibn Khaldûn : Muqaddima, Le Livre des exemples, II, Gallimard, La Pléiade, 2013.

[3] Sous la direction de Bruno Dumézil : Les Barbares, PUF, 2016.

[4] Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, sous la direction de Stéphane Gumpper et Frankly Rausky, Bayard, 2013.

[6] Dictionnaire des religions, dirigé par Paul Poupard, PUF, 1984.

[7] Mircea Eliade dans son Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 1976.

[8] Malek Chebel : Dictionnaire amoureux de l’Islam, Plon, 2004.

[11] Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[12] Vincent Tremolet de Villers : « Comment l'Islam est abordé dans les manuels scolaires ? » Le Figaro, 23-09-2016.

[13] Jean Sévillia : Ecrits historiques de combat, Perrin, 2016, p 55-65, 94.

[14] Jean Sévillia, ibidem, p 530-532.

[15] William Shakespeare : Macbeth, V, 5, Les Tragédies, traduction Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960,  p 637.

 

 

Forêt domaniale du col de Joux, Orgeix, Ariège. Photo T. Guinhut.

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie politique
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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 08:33

 

Sandro Boticelli : dessin pour le chant XXIV de L’Enfer de Dante, 1485-1495.

 

 

 

Les démonologies américaines de Rick Moody :

À la recherche du voile noir, Purple America,

Hôtels d’Amérique du Nord…

 

 

 

Rick Moody : Purple America,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Lederer,

L’Olivier, 432 p, 14,90 € ;

Démonologie, traduit par Marc Amfreville, L’Olivier, 384 p, 14,90 € ;

À la recherche du voile noir, traduit par Emmanuelle Ertel, L’Olivier, 416 p, 23 € ;

Hôtels d’Amérique du Nord, traduit par Michel Lederer, L’Olivier, 240 p, 21 €.

 

 

 

 

Un rien de vertige et nous voilà entraînés à réunir les livres de Rick Moody, né en 1962, sous l’étiquette des démons américains. « Qui pourrait aimer le genre d’homme qui tire sur des membres de sa famille ? » conclue le narrateur de Purple America, en finale d’un livre touffu, lyrique et démesurément sombre, voire apocalyptique. Voilà qui contraint lecteurs et critiques à détester ou aduler un tel romancier et nouvelliste, expert en « démonologie », qualifié par Dale Peck  comme « le pire auteur de sa génération », volontiers broyeur de maux les plus noirs et souverainement catastrophiste. Ainsi sonne L’Etrange horloge du désastre, ornée de tous les avatars des monstres américains, qui ne méritent qu’un « voile noir », quand les Hôtels d’Amérique du Nord sont l’occasion de sonder les reins noirs de la solitude…

 

Plusieurs narrateurs se chargent du poids du roman Purple America : un fils qui s’occupe de sa mère gravement malade, la mère bien sûr, mais aussi tous les acteurs d’un récit de vie qui unit la nostalgie des bonheurs perdus à la menace des orages accumulées depuis des décennies. La « philosophie de la déflagration » est la seule qui puisse convenir pour ce flot romanesque aussi large que « les eaux glacées du grand fleuve Connecticut qui se mêlent à l’océan ». Car sur son bord, le criminel voit défiler « les centres commerciaux et leurs magasins franchisés, les euthanasies, les morts subites, les tenants de la suprématie de la race blanche, les milices antigouvernementales, les mères célibataires, les nouveaux virus ». Une fuite d’eau contaminée dans une centrale nucléaire où travaille le second mari de la mère n’est que le rappel du ciel pourpre qui suivit une explosion nucléaire dans le Pacifique en 1946. Comme si la déflagration n’avait pas fini de contaminer les personnages et l’Amérique entière, dont ils sont la mise en abyme. Les idéaux et les illusions s’effritent et noircissent les consciences. En cette nuit fatidique, suite aux retombées d’un gigantesque péché originel, tout s’écroule. Il est assez évident que ce péril atomique est la métaphore d’un péril psychique virulent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant aux douze nouvelles de Démonologie, certes inégales, elles sont souvent placées sous le signe de la parodie. Un voile de fausseté enveloppe tous les événements de la vie. L’échange de coups de feu près d’un Mc Donald est-il vrai ? Ou n’est-il qu’une réminiscence des films hollywoodiens ? Les mariages du « Manoir sur la colline » ne sont-ils vécus que pour être mis en scène ? Les masques abondent, du « Masque de poulet » de l’homme-sandwich qui fait la pub d’une chaîne de restaurant, jusqu’aux « costumes Disney dernier cri » d’une fête d’Halloween où les enfants sont de troubles protagonistes, en passant par le jeu de cache-cache entre deux universitaires qui se jettent à la tête des citations de Derrida et de Lacan dans « L’inéluctable modalité du vaginal ». Ainsi va le déballage des passions les plus monomaniaques, comme ce raide dingue des œufs d’autruche, ce compilateur de cassettes, cet auteur d’un catalogue de livres d’occasion franchement délirant et creux. Les crimes sourdent de l’ennui qui talonne l’américain moyen, jaillissent des tréfonds de leurs perversions soigneusement cultivées. Le lecteur décidera s’il s’agit d’une salutaire mise en garde ou d’une dangereuse complaisance…

 

Rick Moody lui-même n'a-t-il pas livré ses mémoires sous un titre révélateur : The Black Veil ? Ce « voile noir » qui dans la nouvelle de Nathaniel Hawthorne publiée en fin de volume, se charge d’exhiber, tout visage masqué, la couleur des péchés…  Ainsi l’héritage puritain fait son inéluctable et traumatique retour. Partiellement autobiographique, À la recherche du voile noir n’omet pas de nous conter les internements psychiatriques de l’écrivain, son alcoolisme, sa toxicomanie, ses phobies récurrentes et autres pétrifications dépressives. Faute d’explication plus cohérente, ou à moins d’admettre un fil génétique continu, il fait porter cette charge à son ancêtre, celui qui sut inspirer à Nathaniel Hawthorne la fameuse nouvelle dans laquelle un austère pasteur couvre son visage d’un « voile noir », jusqu’en son inhumation. Peut-être faut-il considérer que pour son auteur la littérature est une tentative d’auto-thérapie, histoire de décharger ses peurs et ses haines sur la nation qui l’héberge, bon an mal an. 

 

 

Rien de rassurant en effet parmi l’œuvre abondante de Rick Moody. Dans Tempête de glace1], une catastrophe météo coïncide avec une tempête d’échangisme : des couples trompent leurs conjoints, pendant qu’à l’étage leurs enfants découvrent les troubles de leurs corps. L’irresponsabilité d’une génération souffle en tempête sur la suivante. Une sexualité urgente et inquiète imbibe les pages de cette « comédie » comme ce porte-jarretelles pollué comparé à « une dépouille de serpent » et au « suaire de Turin ». On devine, à travers ces métaphores religieuses, que les séquelles d’un puritanisme visqueux continuent de hanter les sous-bois mentaux de Rick Moody et de son Amérique, volontiers pécheresse et coupable… Car, au-dessus de l’écrivain, L’Etrange horloge du désastre2] recueil de onze nouvelles expertes en souffrances physiques et mentales, ne cesse de compter les heures, pire que le corbeau d’Edgar Poe.

 

 

 

Plus récemment, un obèse roman vit le jour sous la fureur du clavier de Rick Moody : Le Script3]. Satire vitriolée de la communication, de l’insignifiance des médias et des télévisions, d’une sous-culture de masse vulgaire et mafieuse, il invite un personnage passablement caricatural : Vanessa Meandro, productrice de cinéma fort déglinguée, qui fait et défait les idoles, qui explose le show-biz et les séries télé. La recherche d’un scénario disparu, d’un braqueur et d’un coursier, sert de fil noir à une intrigue étirée parmi laquelle les personnages, soumis à un tir aux pigeons permanent, frôlent trop souvent l’internement en asile psychiatrique. Le roman semble crouler sous ses feuillets, et malgré une ambition aussi indéniable que légitime, la montagne littéraire semble accoucher d’une souris qui peine à grignoter l’abondance des pages… 

 

 Une autre façon de découper l’Amérique en tranches, de fouiller ses entrailles, est de visiter ses hôtels ; mieux, de devenir le chroniqueur de « Notezvotrehotel.com ». En peut-être alter ego de Rick Moody, son modeste héros, pourtant plus intime avec les anti-héros, Reginald Edward Morse, séjourne parmi les Hôtels d’Amérique du Nord pour les évaluer, en faire l’éloge, ou les éreinter. Cette sorte de guide Michelin, ou plutôt de TripAdvisor, même s’il fait partie des « volumes collectors » de l’éditeur, pourrait en littérature sembler parfaitement vain. Cependant la rare tendresse, l’humour et la coruscante acidité des commentaires permettent de dépasser la futilité documentaire et la vocation pratique attendues.

 

 

Pour nous qui ne séjournerons probablement dans aucun de ces hôtels des Etats-Unis, à moins qu’ils soient purement fictifs, cette mosaïque semi-romanesque, à la lisière du journal et du recueil de nouvelles, dessine un portrait en creux d’un pays et de ces habitants, guère flatteur, « tragicomique » enfin. Face à l’illusion de la sollicitude hôtelière, le spectre de la solitude hante chaque hall, chaque chambre, de la plus modeste à la plus prestigieuse. L’horreur est parfois dans les détails (petits gâteaux, boules de coton et pèse-personne), qui laissent à penser que le « Dupont Embassy » de Washington est l’équivalent d’une « résidence médicalisée » pour seniors. On circule du somptueux palace au « taudis », de l’antre des « amours clandestines » au « préservatif drapé sur le fauteuil de bureau », sans oublier « le liquide séminal séché sûrement incrusté dans les dessus-de-lit », et leur corollaire : la « dilution des liens conjugaux ». On se trouve parfois devoir dormir par terre, au pied de sa porte de chambre, à cause de l’irritante et ingérable clé magnétique. Quant au « Presidents’ City Inn, Quincy Massachussets », il n’est rien moins qu’un « bazar porte-malheur fourguant décisions funestes et toutes sortes d’opiacés de synthèse ». Ainsi saynètes burlesques, croquis piquants et hyperréalistes abondent pour le plaisir trouble et voyeuriste du lecteur…

On s’en doute, connaissant la science démonologique de l’écrivain, chaque note critique de ce qui peut passer pour un nouveau genre de roman épistolaire, via le web, laisse entrevoir, par une abondance de failles, la tragédie humaine, a fortiori celle du narrateur, le malheureux Reginald, ce nomade nanti d’une « ex-femme ». Car, on l’apprend par Rick Moody lui-même, qui prétend n’écrire que la « postface », le chroniqueur star de la sphère Internet, « infarctussement proche de Dieu », a malencontreusement et soudain disparu !

  

Dans sa nouvelle titre -la dernière du recueil Démonologies- l’auteur nous propose le credo de son esthétique : « Je sais que je devrais fictionnaliser tout ça davantage, je devrais me cacher. Je devrais réfléchir aux responsabilités qu’il y a à représenter la réalité sans masque… » A la fois terrifiant et gorgé d’humour, Rick Moody, ce post-moderne baroque, pourrait n’apparaître que comme un satiriste de l’american way of life. Peut-être un peu d’humilité et moins d’anti-américanisme nous permettraient-ils de lire chez lui un mode d’emploi des noirceurs de bien des âmes humaines, démones patentées. À moins de considérer que la noirceur de l’écrivain, qui est fondamentalement d’un puritain outré, d’un héritier du roman gothique[4], ne soit que trop due à son psychisme exacerbé de démonologue de l’humanité, alors qu’il ne veut ni ne peut apprécier les réussites économiques, morales et intellectuelles des Etats-Unis. Mais n’est-ce pas l’un des devoirs de l’écrivain que d’appuyer sur l’abcès d’une réalité qui fait mal ? Pour le crever, ou l’encourager, telle est la question…

 

 Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Rick Moody : Tempête de glaceL’Olivier, 2003.

[2] Rick Moody : L’Etrange horloge du désastre, Rivages 2004.

[3] Rick Moody : Le Script, L’Olivier, 2006.

 

 

 

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 16:02

Plateau de Rugghubel, Engelberg, Suisse.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Crime, justice et châtiment américains.

Sergio De La Pava : Une Singularité nue.

 

 

Sergio De La Pava : Une Singularité nue,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro,

Le Cherche Midi, Lot 49, 848 p, 23,50 €.

 

 

 

On ne s’étonnera pas que quelques dizaines d’éditeurs aient refusé le pavé de La Pava (si l’on pardonne le facile jeu de mots) :  Une Singularité nue. Est-ce en effet un roman, un essai ? Débutant par une interminable énumération de cas de délinquances diverses, qu’animent des dialogues répétitifs entre un avocat et ses divers clients, renvoyés à la chaine par un juge peu amène, le catalogue des procédures risque bien de lasser le lecteur accablé. Pire, la prolixité bavarde et parfois creuse gangrène le récit, où les mondes entrechoqués de la justice et du crime sont mis au banc des accusés…

 

 

Mais on ne s’étonnera pas non plus que ce titre ait fait son chemin à compte d’auteur et sur Internet à la rencontre de lecteurs enthousiastes, avant que la maison d’éditions University Chicago Press s’en empare en 2008. Il se révèle en effet un formidable tableau de la justice pénale américaine, une charge détonnante d’un implacable réalisme contre cette machine à inculper, emprisonner, rarement relaxer, pour des délits, du plus grave homicide au plus mineur, souvent liés à des consommations et des trafics de stupéfiants, parfois à l’instigation de la police pour piéger le coupable, ou supposé coupable vainement repenti. L’industrieuse institution à même de remplir les prisons fonctionne à plein tube, surtout si la récidive, y compris après bien des années, s’en mêle. Cette singularité obscène ne semble qu’à peine choquer l’actif jeune avocat newyorkais qui est l’acteur, le témoin et le narrateur de cette vertigineuse liste, non sans ironie : « vous voilà prêt désormais à déclarer Hobbes contre Rousseau sans avoir besoin de délibérer plus avant ». C’est-à-dire les tenants, respectivement, de la guerre de tous contre tous et de l’homme naturellement bon corrompu par la société.

Plus tard, on en apprend un peu plus sur notre modeste héros besogneux, un avocat commis d’office nommé Casi (alter ego possible de son auteur), sur les procès qu’il ne perd jamais, quoiqu’un filandreux échec devienne le tournant de son existence, sur sa famille d’origine colombienne, sur ses frustrations, sur sa mère qui veut jouer pour lui l’ « excellente entremetteuse » et lui trouver une gentille petite épouse, sur sa nièce, la « petite Marie du Silence », qui finira par parler…

 

 

« J’existerais bien en dehors des normes et soucis de la société, mon seul souci étant mon avancement et mon évolution personnels en tant qu’être humain », confie sans vergogne le narrateur, imaginant à l’instigation d’un comparse de prendre son envol vers l’indépendance risquée du « crime parfait », au moyen de dizaines de millions de dollars venus d’une transaction parmi les divers intermédiaires d’un cartel de la drogue. Le romancier plante alors les bases d’une méditation morale à l’adresse du lecteur. Quoique notre avocat rêve d’avoir, une fois riche, « une bibliothèque », en une belle page lyrique, il s’attend à « une conséquence quasi sophocléenne ». On devine que les choses ne se passeront pas toutes comme prévu, qu’une enquête criminelle frôlera Casi : « À part le fric, un désastre absolu ». Et à part quelques paragraphes bien sentis, de pléthoriques digressions, de longues pages étirées singeant le polar noir…

 

Pour reprendre l'épigraphe des Psaumes, « tous sont égarés, tous sont pervertis ». En effet « une certaine violence s’est déchaînée et il n’y a rien dans notre univers impie pour l’arrêter ». De ce roman de société satirique en trois volets et aux accents par instants grandioses, entre registre didactique et dramatique, les Etats-Unis ne sortent pas grandis, là où, selon les physiciens, notre « univers s’effondre dans […] une singularité nue ». Ce qui permet d’offrir une caution intellectuelle et cosmologique venue de la physique relativiste au trou noir du chef-d’œuvre fantasmé.

 

 

Outre-Atlantique, les éloges dithyrambiques ont plu sur l’ambitieux grand-œuvre irrésolu -comparé aux plus emblématiques, entre Herman Melville[1] et Thomas Pynchon[2]- de Sergio de la Pava, un avocat né en 1970, dont la famille est, comme son personnage, originaire de Colombie. Rien n’empêche cependant d’imaginer que sérieusement élagué, radicalement caressé par l’esprit de concision, l’ampleur de ce Crime et châtiment newyorkais n’eût rien perdu, au contraire. Sans oublier que la dimension judiciaire, psychologique et métaphysique du chef d’œuvre de Dostoïevski est à mille coudées au-dessus de ce documentaire en tas et de cette velléité de thriller. Pourtant, à la colonie de châtiments de la machine pénitentiaire de Sergio de la Pava, pour une foultitude de crimes divers, parfois sans crime, répondent, avec une étrange pertinence, le crime sans châtiment de Casi et de son compère, sinon une forme de remord…

 

Il fallait un traducteur compulsif et passionné pour sillonner un tel fleuve encombré de cailloux, d’eau sales et de vastes terres sèches, où ramasser quelques pépites éclatantes : Claro, par ailleurs interprète de Thomas Pynchon (excusez du peu), qui parvient à restituer tant les arguties de la rhétorique et de la correspondance judiciaire que la vitesse des dialogues à la William Gaddis[3], la couleur des sociolectes, les allusions à la génétique, à la boxe, à la philosophie, aux recettes de cuisine colombiennes, à une surabondance de sujets, les rythmes divers de la narration et de l’introspection.

 

 

Avec Personae[4], d’abord auto-publié en 2011 aux Etats-Unis, dont nous attendons avec une piquante curiosité la traduction, Sergio de la Pava a peut-être affiné son art. En effet, avec 216 pages, ce roman radicalement différent laisse espérer que la concision est enfin au rendez-vous. Si nous écoutions, dans Une Singularité nue, la voix du seul Casi, les voix des personae sont plurielles. Explorant les ramifications de la création artistique, à l’instar, qui sait, du Dernier acte de William Gaddis, le roman fonctionne comme une sorte de puzzle laissé à l’attention du lecteur, alternant récit-cadre, documents divers et notes. Car un vieil homme, trouvé mort, peut-être assassiné, laisse après lui un carnet, une nouvelle, un bref roman, un drame titré Personae, tous écrits là recueillis, non sans le commentaire en forme d’essai de la détective et musicienne Helen Tame. Les allusions à Garcia Marquez et Virginia Woolf côtoient celles à Wittgenstein et Aristote. Roman expérimental fatigant, roman philosophique brillant ? Il semble en tout état de cause une enquête et un portrait du cerveau d’un artiste au passé (le personnage), et de Sergio de la Pava, artiste encore en devenir…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article, ici augmenté, paru dans Le Matricule des anges, septembre 2016.

 

 
 

 

[3] Voir : William Gaddis, un géant sibyllin

[4]  Sergio de la Pava : Personae, University of Chicago Press, 2013. 

 

 

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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 12:38

 

Fresques XVI° de Saint-Barthélémy de Mont, Haute Garonne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De la légitimité de l’humanisme et de l’Histoire.

 

Rémi Brague ou le point d’Archimède du divin :

 

Où va l’Histoire ?

 

Le Propre de l’homme.

 

 

 

 

Rémi Brague : Où va l’histoire ? Entretiens avec Giulio Brotti,

traduit de l’italien par Philippe Charpentier de Beauvillé, Salvator, 192 p, 20 €.

 

Rémi Brague : Le Propre de l’homme. Sur une légitimité menacée.

Champs Flammarion, 270 p, 9 €.

 

 

 

 

      La main de Dieu veille-t-elle sur la sphère terrestre et sur les destinées historiques de l’homme ? Il semble seulement avéré qu’outre chacun d’entre nous les philosophes puissent avoir ce rôle, ce qui est indubitablement le cas de Rémi Brague. Or il n’y a pas d’Histoire sans homme, quoique la réciproque soit également vraie. La fin de l’Histoire, non pas seulement celle de l’horizon de la démocratie libérale selon Francis Fukuyama[1], coïnciderait alors avec celle de l’homme, menacé, par lui-même, par ses actes, par ses idéologies. Ce qui ne fait pas du tout l’affaire de qui pense, comme Rémi Brague, que la dignité humaine se doit de perdurer. D’Où va l’Histoire ? au Propre de l’homme, le philosophe (né en 1947) n’a de cesse, mais avec la prudence requise, de ranimer la légitimité des descendants d’Adam. Cependant, même si nous ne sommes les fils d’aucun dieu, la réflexion de Rémi Brague reste salutaire, ne serait-ce qu’au prix d’une indispensable vaste culture.

 

 

      L’Histoire s’engage au choix vers le chaos, vers l’horizon paisible des démocraties libérales, vers de nouvelles guerres mondiales, vers plus de spiritualité ? Il est à craindre que l’humanité, du moins occidentale, se soit laissé prendre par une lassitude et un scepticisme dommageables face à la crise de la mémoire historique. C’est, parmi cette petite synthèse de son œuvre que sont les entretiens d’Où va l’Histoire ?, la thèse de Rémi Brague, qui prend garde de ne pas oublier nos racines, gréco-romaines, judéo-chrétiennes. Il dénonce le rêve d’une « indépendance absolue d’individus qui n’auraient aucune généalogie ». Ainsi les confrontations entre les religions ne lui permettent guère de se faire des illusions sur l’Islam, et l’obligent à considérer sans indulgence son projet hégémonique, allant jusqu’à rappeler que même le philosophe arabe du XII ème siècle, Ibn Rush Averroès[2] ordonne le jihad guerrier ; ce qu’il précise dans Au Moyen du Moyen-Âge. Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam : « Averroès, dans un prêche à la Grande Mosquée de Cordoue, a appelé à la guerre sainte contre les royaumes chrétiens du Nord ». Dans la loi sur le jihâd « se trouve le commandement général d’exterminer totalement les adversaires ». Ou encore : « Car les chemins qui dans cette loi conduisent à Dieu sont deux : le premier est par le discours, le second par la guerre ». Ou enfin : « La fin principale est la paix (sâlam), c’est-à-dire la domination islamique sur un domaine pacifié (dâr as-sâlam)[3] ».

     Notre essayiste fustige également le relativisme : « L’idée d’humanisme se vide, si elle ne repose pas sur l’idée que l’homme peut avoir accès à la vérité, qu’il est un sujet libre et responsable, et créateur de son histoire ». De même, le mythe écologique de la résorption de l’homme dans la nature se voit combattu au point de devoir réaffirmer la nécessité de ce dernier : « car ce pour quoi nous avons besoin que la vie ait sens et valeur, c’est pour qu’il soit légitime de la transmettre à autrui, en l’occurrence aux générations postérieures ».

 

 

      Reste que pour le sceptique, « justifier l’existence même des hommes » en s’appuyant sur le « point d’Archimède » en quoi consiste Dieu, est pour le moins aventureux. Ce qui est Le Propre de l’homme ne peut-il se fonder sans que rien ne le transcende ? C’est ce que Rémi Brague exclut, affirmant qu’à cet égard « le projet athée des temps modernes a échoué ». Ce bel essai divers pourrait être sous-titré « l’humanisme et ses ennemis ». Aussi la plaidoirie de Rémi Brague ne laisse pas d’être justifiée.

 

      Quant au projet humaniste, il s’agissait pour lui d’humaniser le monde, en maître de la nature. On n’est pas sûr qu’il ait réalisé ce qu’attendait au IIIème siècle Plotin : les hommes « ne sont pas dans l’univers pour y exercer la tyrannie, mais pour y créer de l’ordre et de la beauté[4] ». Le constat afférant aux espèces éradiquées par l’homme, aux armes de destruction massive, aux pollutions exercées contre la nature nourricière, à l’extinction démographique (du moins des nations occidentales, voire asiatiques) suffit à mettre en doute la légitimité de l’homme. Reste à savoir « pourquoi il est bon qu’il y ait des hommes sur la terre »…

      Peut-on alors fonder une civilisation sur un humaniste athée ? Pour Rémi Brague, ce serait « une civilisation inhumaine ». Si Dieu, du moins celui des Juifs et des Chrétiens, permet de justifier une morale de la nature comme jardin et d’autrui comme objet d’amour -si tant est qu’elle ne soit pas dévoyée par ses thuriféraires-, on peut arguer que son inexistence n’empêcherait pas, certes sans la caution suprahumaine, d’adopter ces mêmes valeurs en statuant sur leur caractère raisonnable et sur l’utilitariste bénéfice de leurs conséquences. Ce en quoi l’étude des « humanités », et pas seulement des matières scientifiques, reste primordial. Il faut alors admettre avec Rémi Brague que l’autorité d’un Dieu qui régirait l’eschatologie humaine, donc son paradis et son enfer post mortem, n’est pas sans nécessité sur une humanité à qui ne suffirait pas, ou serait difficilement accessible, la raison, et qui aurait besoin du puissant levier de la carotte et du bâton.

 

 

     Si la science physique, en particulier des atomes, est déshumanisante, c’est parce qu’elle n’est pas celle « de la fin et du sens ». Lorsque les sciences ne nous disent rien sur le bien et sur le mal, la question du « comment s’orienter dans l’univers ? » reste primordiale. Car la sélection naturelle darwinienne n’a pas forcément la dimension morale, certes humanocentrée, que nous appelons de nos vœux. Car les technologies et autres intelligences artificielles pourrons -qui sait ?- imaginer, ou constater la superfluité, « l’obsolescence de l’homme », pour reprendre le titre de Günther Anders[5].

      Prodige ou erreur de la nature, l’homme, entre sa dangerosité pour la terre et son malheur d’être né, se demande s’il ne ferait pas mieux de disparaitre. Se reproduire, une faute morale ? Ce qui n’est pas seulement une interrogation contemporaine, puisqu’elle occupait déjà l’époque médiévale et l’Antiquité. Qui, avec Porphyre, ou avec L’Epître des animaux, une œuvre de l’Islam médiéval, s’interroge sur la préséance de l’homme sur l’animal et s’il faut manger ce dernier[6].

      Un « antihumanisme » apparait lorsque le poète russe Alexander Blok exècre en bon marxiste l’individualisme et recherche le naturel et le barbare camouflés sous la civilisation. S’il n’est « pas un philosophe de haute volée », il s’accorde avec l’enthousiasme guerrier des futuristes et des fascistes.

      Rémi Brague ne pouvait rater Foucault et sa « fin prochaine » de l’homme à la fin de Les Mots et les choses[7]. Ce dernier accuse les stratégies de pouvoir de l’humanisme que sont l’âme, la conscience, la souveraineté, l’individu et la liberté fondamentale. Ce qu’il veut combattre par la lutte des classes, la suppression des tabous, dont ceux sexuels, une existence communautaire[8]. Le projet foucaldien, sans oublier ses approximations intellectuelles, en particulier lorsqu’il prétend ramener l’activité humaine à l’exercice et à la prise du pouvoir, est alors à juste titre brocardé par notre essayiste (même si bien des interdits sexuels méritent leur disparition) qui sursaute en lisant : « L’homme disparait en philosophie, non pas comme objet de savoir, mais comme sujet de liberté et d’existence. Or l’homme comme sujet […] de sa propre conscience et de sa propre liberté, c’est au fond une sorte d’image corrélative de Dieu[9] ». Pour contrer ce discours, la conception médiévale de « l’homme comme une créature de Dieu » reste pour Rémi Brague absolument opérante. Ne serait-ce que devant une application humaine de la sélection naturelle darwinienne à l’humanité, ce qui serait une exclusion de la dignité et de la compassion. Ainsi faut-il trouver une excellente « raison de poursuivre l’aventure de l’Histoire ».

      Si Gaïa est en train de devenir une religion de la biosphère, l’homme peut apparaître comme le perturbateur, le destructeur. D’autant qu’il est peut-être le produit d’un « démiurge pervers ». Pourtant, affirme Rémi Brague, « la création est bonne, en ce sens qu’elle est capable d’abriter une liberté, créatrice d’Histoire ». À travers l’examen de La Genèse et de la Torah de Moïse, il conçoit le « primat du logos » et propose, par exemple, l’idée selon laquelle « l’homme pleinement humanisé connaît le droit ». Il reste à l’homme de « faire pour être ». Dans le cadre de notre « condition historique», où nous somme nantis autant du « fardeau de l’Histoire[10] » que de ses bienfaits et de son espérance,  le choix d’une transcendance, d’une religion, passe alors par la rationalité.

      Or l’athée peut ne pas être en contradiction avec une théologie libre qui lui permettrait d’agir en faveur de la rationalité humaine et de la poursuite de l’Histoire, en faveur enfin d’une amélioration des conditions de vie de l’humanité. Ce pourquoi de la nietzschéenne mort de Dieu ne découlerait pas la mort de l’homme. Il s’agit alors de refonder la légitimité humaine (éventuellement en imaginant que Dieu l’a « investit d’une tâche » et de sa liberté) autour d’une mission d’humanité envers ses pairs, autant qu’envers les animaux et notre planète. À la condition expresse qu’aucune tyrannie totalitaire en conduise le projet, aux dépends des libertés individuelles…

 

 

      Philosophe chrétien délicieusement érudit, Rémi Brague est en Où va l’Histoire ? discret sur sa foi. Dans le Propre de l’homme, le « point d’Archimède » reste la nécessité du dieu judéo-chrétien pour soutenir l’humanité du projet humaniste. Est-ce à dire que l’incroyant se gardera de le lire ? Ce serait une grave erreur, qu’a tenté de ne pas commettre le modeste auteur de ces lignes. D’autant plus modeste devant l’œuvre impressionnante de l’essayiste, entre ses étude sur les philosophies médiévales d’une éclatante pertinence, sur le monde grec et une trilogie : La sagesse du monde. Histoire de l’expérience humaine de l’univers[11]. Sans omettre Le Règne de l’homme. Genèse et échec du projet moderne[12] , dans lequel il doute, peut-être un peu abusivement, de la capacité de se dire le créateur de sa propre humanité. Comme en ces entretiens, comme en cet essai qui devient le propre du lecteur, la largeur de vue ne le cède en rien à l’acuité de la pensée. Comme quoi un philosophe chrétien peut être un philosophe de notre temps.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Où va l'histoire ? a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet-août 2016

 

[1] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992.

[3] Rémi Brague : Au Moyen du Moyen-Âge. Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Champs Flammarion, 2008, p 251, 252, 253, 259.

[4] Plotin : Ennéades, Les Belles Lettres, 1924, II 13, 18-20, p 129.

[5] Günther Anders : L’Obsolescence de l’homme, traduit de l’allemand par Claude David, Ivréa, 2002.

[8] Michel Foucault : Dits et écrits, I, Quarto Gallimard, 2012 p 1094-1095.

[9] Michel Foucault : Dits et écrits, I, ibidem, p 692.

[10] Paul Ricœur : La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Seuil, 2000, p 371, 377.

[11] Rémi Brague : La sagesse du monde. Histoire de l’expérience humaine de l’univers, Fayard, 1999.

[12] Rémi Brague : Le Règne de l’homme. Genèse et échec du projet moderne, Gallimard 2015.

 

 

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Published by Thierry Guinhut - dans Philosophie et mythologies
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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 09:58

 

Verger en Poitou. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Tracy Chevalier, romancière-artiste

 

de l’émancipation américaine et féminine :

 

La Dernière fugitive, À l’orée du verger.

 

 

 

 

Tracy Chevalier : La Dernière fugitive, À l’orée du verger,

traduits de l’anglais (Royaume Uni) par Anouk Neuhoff,

Quai Voltaire, 384 p, 22 €, 336 p, 22, 50 €.

 

 

 

      Fuir l’oppression, le quotidien, les déceptions ; qui n’en a rêvé ? Dans La Dernière fugitive Honor Bright va jusqu’au bout de ses décisions, quittant l’Angleterre des années 1850 pour fendre l’Atlantique et refonder son existence parmi les Etats-Unis. L’héroïne de Tracy Chevalier, romancière américaine née en 1962 et vivant à Londres, ne fait pas que fuir, elle affronte le réel, pour se trouver. De même Robert, le héros d’À l’orée du verger, quitte l’étroitesse d’une natale terre à pommiers pour admirer les sequoias californiens. Autant les personnages de la romancière Tracy Chevalier s’émancipent, autant ils accompagnent l’expansion économique et intellectuelle américaine.

 

      Rejetée par un fiancé, Honor Bright suit en 1850 sa sœur qui va trouver un époux outre-Atlantique. C’est la première étape de La Dernière fugitive. Une traversée nauséeuse, la mort de la sœur, la solitude, la brutalité et l’austérité des mœurs, puis l’accueil chez une amicale modiste américaine de l’Ohio, dessinent des péripéties continues, d’abord peu originales. Ce qui ne gâche en rien les qualités la jeune quakeresse qui aime la paix de la couture et les réunions religieuses d’ « Amis » (entendez les Amish), leur silence, leur « lumière intérieure ». Accueillie dans une vaste ferme familiale, elle épouse l’entreprenant Jack, dont elle aura un enfant. Mais sa rencontre avec des esclaves fuyant le Sud pour atteindre la liberté canadienne au moyen d’un chemin de fer clandestin, avec la « ville libérale » d’Oberlin, avec le cynique et troublant Donovan, chasseur de fugitifs, bouleversera son sens de l’humanité. Ainsi Honor saura porter son prénom jusqu’à son sens le plus profond. Le suspense ira jusqu’à la traque, jusqu’au meurtre, peut-être nécessaire…



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Entre roman historique et roman d’initiation, entre narration interne et lettres alternées, l’équilibre est parfait. Point trop de didactisme, ce qu’il faut de descriptions, pour faire surgir à nos yeux intérieurs un monde aux richesses sensibles, comme au moyen d’une délicate écriture photographique, qu’il s’agisse d’une forêt, d’un bébé, d’une vache…

      Jamais Tracy Chevalier n’est superficielle. Si l’apparente simplicité, la facilité de lecture, des premiers chapitres aux perspectives modestes, peuvent nous donner cette impression, c’est par pudeur et modestie qu’elle ne cherche pas à en imposer à son lecteur. Peu à peu, des problématiques plus fines et politiques se font jour. Dans La dernière fugitive -dont nous tairons l’identité- c’est la thématique, certes rebattue, de l’esclavage qui s’impose. Mais avec un quelque chose de plus : la question de la liberté naturelle de l’individu, qu’il soit noir, ou femme. Quand Honor découvre les visages de couleurs, elle apprend non seulement la compassion, mais leur personnalité profonde. Quand elle s’écarte des lois implicites, puis révélées et justifiées, de sa belle-famille quaker, quand elle récuse une loi du Congrès, qui interdit de porter assistance aux esclaves en fuite et ordonne de contribuer à leur arrestation, elle trouve et assume son libre-arbitre, entre « principes » moraux et « compromis ». Choisissant d’étendre « le silence des Réunions à l’ensemble de sa vie », et s’affranchissant de jougs successifs, elle devient représentative de l’esprit du libéralisme politique des pères fondateurs des Etats-Unis.

 

 

      En une remarquable continuité, l’écrivaine donne une place considérable à l’œuvre d’art. Dans La Jeune fille à la perle, elle écrivait à partir du tableau de Vermeer ; dans La Dame à la licorne, c’était la tapisserie médiévale qui était son inspiratrice. Dans Prodigieuse créatures, où l’on croisait également une dimension féministe, des fossiles tenaient lieu de tableaux. En cette Dernière fugitive, plus ténus paraissent les « quilts », ces couvertures de « patchwork » ou d’ « appliqués », brodés avec un soin fabuleux et patient, cadeaux rituels de mariage et trésors familiaux. Pourtant, figurant l’existence d’Honor en fragments divers, et cousus entre eux, ils sont des mises en abyme, reflétant le roman en son entier. Ainsi elle agrège des morceaux de robes, de foulards et de tissus venus de lieux et de personnes qui jouent pour elle un rôle vital, dont le « gilet marron de Donovan ». Ainsi, notre auteure met au centre de sa maîtrise romanesque ce que les rhétoriciens de l’Antiquité appelaient l’ecphrasis, ou description d’œuvre d’art. Ce qui n’est pas le moindre mérite de la romancière experte à tisser un univers entre les pages…

      Entre éthique féministe, cause anti-esclavagiste et reconnaissance de la liberté individuelle en dépit des communautés, l’esthétique modeste, cependant peu à peu brillante, de Tracy Chevalier sait à l’évidence réconcilier l’amateur de lecture aisée avec celui qu’anime la quête de problématiques humanistes. Parmi lesquelles la réalisation de soi et la lecture du monde par la création artistique sont justement essentielles.

 

      Malgré une entrée en matière cette fois un peu fastidieuse, un roman de mœurs de Tracy Chevalier n’est jamais anodin. Nous sommes À l’orée du verger, parmi les marais noirs de l’Ohio. Une pauvre famille de colons, installée en 1838, s’ingénie à faire pousser des pommiers, espérant tirer subsistance de ce dur labeur, vivre avec dignité, en rêvant de la rainette à « goût de miel et d’ananas ». Pour le père opiniâtre et la mère alcoolique, l’entreprise finit en tragédie sordide où l’on s’entretue par accident. Mais pour le fils Robert, qui fuit ce lieu maudit, les arbres sont le fil rouge de son existence en même temps que du roman d’initiation : à l’autre extrémité du continent américain, en Californie, il devient « l’agent arboricole » d’un botaniste qui lui fait récolter graines et plants des immenses redwoods et séquoias, de façon à les exporter vers l’Angleterre et les vendre à de riches clients : « Plutôt que de laisser la végétation à sa guise, ils répartissent les arbres de manière qu’ils composent des œuvres d’art ».

      C’est bien ce que compose Tracy Chevalier en tissant des liens subtils entre les destins, les morts et les naissances, entre les filiations et les transmissions de savoir, au sein des cycles d’une nature âpre et grandiose. C’est ainsi qu’en progressant, le livre, absolument réaliste, voire naturaliste dans la tradition de Zola, jouant avec l’alternance des voix et l’alternance des vies des deux générations, voire avec des lettres qui ne trouvent pas toujours leur destinataire, devient de plus en plus prenant, en apparence tout simple d’écriture, en fait si subtil de conception, jusqu’à l’ouverture vers l’avenir plus lumineux d’une troisième génération, comme celle des arbres, même s’ils dépendent d’une plus vaste temporalité.

 

      Avec son précédent roman de mœurs, La Dernière fugitive, la romancière complète un diptyque attachant : celui de la colonisation du territoire des Etats-Unis et de leur expansion économique. Il s’agissait de la question de l’esclavage et de la liberté individuelle, il s’agit « à l’orée » du vaste verger que deviennent les Etats-Unis, de la liberté d’entreprise et créatrice des Américains, sans oublier l’éloge des vastes espaces de leur continent. À l’image de ses personnages qui ourdissent des quilts ou recueillent les graines et les plants de futurs jardins, Tracy Chevalier est bien une romancière-artiste.

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matrricule des Anges, janvier 2014, juin 2016

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:56

 

Le Walenstöcke, 2593 m, depuis Gummenalp, Engelbergertal, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Percy Bysshe Shelley,

 

le poétique appel de la liberté contre l’oppression :

 

La Révolte de l’Islam

 

 

 

Percy Bysshe Shelley : La Révolte de l’Islam,

traduit de l’anglais par Jean Pavans, Poésie Gallimard, 624 p 12,80 €.

 

 

 

 

 

      Un tel titre est vigoureusement provocateur. De tous temps, voire plus encore aujourd’hui. D’ailleurs que signifie-t-il exactement ? S’agit-il de cette révolte venue d’un obscur prophète du septième siècle et rallumé par ses sectateurs contre le monde moderne ? Ce n’est pas de cet œil là qu’au début du XIXème siècle le poète Shelley l’entend ; et que nous l’entendrons. Au contraire, dans le giron même de l’Islam, on tient à se révolter contre sa tyrannie. Quitte à être vaincu. Jusqu’à ce que l’arc-en-ciel de la paix succède à la tempête. Tel est le souffle épique, lyrique et tragique qui emporte La Révolte de l’Islam, dont il s’agit de la première, et intégrale, traduction française enfin versifiée.

 

 

      Percy Bysshe Shelley (1792-1822) avait déjà scandalisé l’Angleterre en quittant sa femme et ses enfants pour vivre sa passion avec Mary, qui deviendra bientôt l’auteure du stupéfiant Frankenstein. Il choqua ses concitoyens avec un Eloge du végétarisme, mais plus  ardemment encore avec La Nécessité de l’athéisme. Publié en 1818, La Révolte de l’Islam, connut une première mouture l’année précédente, sous une forme encore imparfaite et sous le titre de Laon et Cythna, ou La révolution dans la Cité d’or. Ces deux personnages sont en effet les héros de ce vaste poème narratif. Mais une fois de plus, c’est avec violence que l’œuvre du poète heurta la sensibilité anglaise : Laon et Cythna, d’abord frères et sœurs, puis dans la version définitive, seulement élevés ensemble, sont de surcroit amants. Ce qui peut être lu comme un écho de l’intimité profonde qu’eut Shelley avec sa sœur Elizabeth.

      Nos deux héros sont épris d’idéaux de vertu et de liberté. Les voilà combattant pour la libération d’une mystérieuse cité, quelque part entre un océan et d’asiatiques montagnes : « la Cité d’or ». Au point de fomenter de sortir les peuples de l’Islam de leur esclavage.

      L’aventure guerrière tourne d’abord au désavantage du couple. Laon est enchaîné, près de quatre cadavres, dont « Un corps féminin décharné, et froid et bleu, / Séjour de vers multicolores », quand Cythna est « vendue en esclavage ». Angoisse, suspense, délivrance par un vieillard et voyage marin animent le récit avec une coruscante écriture. Mais auprès des « cachots luxurieux », qui ne sont pas très loin des topoï du roman gothique, les « ennemis attendris glissent / Dans l’urne oubliée de l’espoir / Tous les suffrages de l’amour. » Bientôt résonne dans la foule, le « cri palpitant de la Liberté ». On chasse les oppresseurs, dévoilant les mensonges de leur religion. Une fois le tyran de la Cité d’Or, Othman, renversé, Laon réclame sa grâce, déniant toute validité à la peine de mort. Et retrouve celle qui se fait nommer « Laone » et raconte ses aventures de « Prophétesse de l’Amour ». Hélas, « La Foi réprimée, ver immonde / Qui cherchait à se redresser » n’a pas perdu tout pouvoir de malfaisance. C’est alors que des puissances étrangères, aussi bien « Tartares et Francs », soutenant la réaction, la tyrannie retrouve sa souveraineté. « Sang frais », « Tuerie », « Misère », « Peste », « Famine » dévastent alors le pays. Le sort réservé à nos deux héros n’a rien d’enviable puisqu’ils meurent, néanmoins unis, sur « le bûcher de l’expiation » qu’un dignitaire religieux, un « prêtre ibère », fait allumer pour conjurer la colère du dieu. Sans compter ceux que le peuple embrase pour « bruler leurs parents infidèles » : « Que Laon et Laone enserrés par du cuivre / Ardent périssent sur ce bûcher ! » Quoique la fin du poème, qui se lit le plus souvent comme un roman absolument palpitant, offre un « Paradis » et laisse imaginer la chute attendue de la tyrannie, alors que l’Amérique apparait comme un asile de liberté. Car « la vertu, même obscurcie sur terre, / Survit dans sa beauté durable / À tous les changements mortels ».

 

 

      Certes l’on peut lire cette épopée, qui commence par le combat allégorique de l’aigle et du serpent, « Esprit du mal », comme un reflet de l’athéisme militant de Shelley ; autant que du souvenir si frais des ravages de la Terreur de la Révolution française et de la déferlante napoléonienne qui affectèrent « la France atterrée », mais aussi la vie des Anglais.  Il s’agit d’une détestation des religions en leur entier, y compris du Christianisme en tant que religion despotique et moyen-orientale, mais non sans injustice, si l’on en croit la dimension de transcendance, de spiritualité, d’amour et de pardon véhiculée par une mince poignée de religions.

    La satire est cruelle, « chacun / Racontant de son propre Dieu / Les ouvrages mirobolants » :

« Oromaze, Josué, Mahomet, Moïse,

Bouddha, Zoroastre et Brahmâ, étranges noms

Jamais encore associés, étaient invoqués

En un tumulte de mots d’ordre d’une unique

Douleur. Chaque dévot brandissait vers le ciel

Son bras armé, et chacun hurlait : « Notre Dieu

Est le seul Dieu ! (X, XXXI) »

      Plus encore, la condamnation de l’Islam, quoiqu’il ne soit explicitement nommé qu’une fois (hors, de toute évidence, le titre) est sans appel :

« Et l’Islam, croyance apparentée et pourtant

Détestée, put alors écraser à sa place

Ses plus mortels ennemis, dans la peur de Dieu,

En gardant au cœur une haine

Jalouse de l’humanité. (X-XXXIV) »

      Le souffle épique de Shelley se veut « l’écho de trois mille ans », partagé entre le réquisitoire et l’espoir :

« des peurs inouïes

Se sont abattues sur les pâles oppresseurs

De l’Humain, et la Foi, la coutume et les vils

Soucis, tels des dragons foudroyés, ont cessé

Un instant de déchiqueter

Le cœur humain, leur aliment. (I, XIII) »

      On ne saurait être plus clair en dénonçant la croyance religieuse en tant que consentement à la tyrannie des ministres du culte et de leurs alliés politiques. Ne reste plus qu’à braver « le ravage pour la liberté » :

« Car tous se tenaient en servage ; le tyran

Et son esclave, la victime et son bourreau,

S’inclinaient devant un seul Pouvoir, lui cédant,

Par leur faiblesse, leur volonté ; attribuant

Omnipotence à de multiples noms ; rendant divins

Tous les signes du Mal. (II, VIII) »

 

 

      Dédié à sa femme Mary, fille de Mary Wolllstonecraft, philosophe œuvrant en faveur des droits féminins, qui avec Frankenstein ou le Prométhée moderne[1] porta la science-fiction sur les fonts baptismaux, et qui, veuve, veilla à faire connaître le génie de son aimé, La Révolte de l’Islam, se fait évidemment féministe :

« Et moi, contemplant cette glorieuse enfant

Enflammée par ces pensées : « Douce Cythna, dis-je,

Tu es bien irréconciliable avec le monde ;

Jamais l’accord ne se fera dans l’être humain

Tant qu’hommes et femmes ne seront pas égaux

Et libres pour la paix du foyer ; dans l’attente

Que cette sainte alliance envahisse les cœurs,

L’esclavage doit être brisé. » Tout en parlant,

Je vis dans les yeux de Cythna

Briller un éclair de triomphe. (II, XXXVII) »

      Il semblerait à cet égard que Shelley ait deux siècles d’avance, dénonçant les fauteurs d’injustice entre les sexes :

« Ceux dont la compagne est une bête

Vouée à un mépris plus dur que tout labeur

Peuvent-ils piétiner leurs agresseurs ? (II, XLIII) »

 

 

      On ne lira pas ces vers seulement pour leur dimension politique, voire historique mais aussi pour ces évocations d’immenses paysages, parfois marins, « entre les deux vortex des eaux et des nuées », caractéristiques du souffle romantique et de l’auteur de « Mont Blanc[2] ». En son vaste poème en douze chants et 4500 vers, qu’il écrivit en six mois, Shelley use de la beauté de la strophe spensérienne, faite de huit vers en décasyllabes et le neuvième en alexandrins, tels que le poète élisabéthain Spenser la préféra, lors la seconde moitié du XVIème siècle, dans La Reine des fées[3]. Le traducteur, Jean Pavans, use de tout son soin pour proposer, souvent le plus souvent avec élégance et expressivité, huit alexandrins, quand le derniers vers, les dépassant forcément, est scindé en deux octosyllabes. L’on sait que la langue anglaise est plus concise que le français, ce pourquoi, traduisant, il est inévitable de devoir jouer avec vers plus longs et toujours évocateurs, enthousiasmants :

« Des tableaux, poésie même de la pensée,

Illustrant l’histoire de l’Esprit ; un récit

Des passions changeantes, divinement conté,

Qu’avaient forgé la danse ailée

De l’inconscience des Génies » (I, LIII).

 

      Cette édition est d’autant plus remarquable que ce poème était, sinon inédit, du moins introuvable en français, sinon traduit en prose. Pas même un extrait dans le fort beau volume de l’Imprimerie Nationale[4] qui fait référence. Cependant, les trois volumes des Œuvres poétiques complètes[5], publiées en 1885, avaient donné une traduction de Laon et Cythna, mais en prose (et sans le texte original anglais) qui ne déméritait pourtant pas. Le travail de Jean Pavans ajoute une feuille d’or méconnue et cependant essentielle à la couronne de lauriers du poète de l’ « Ode au vent d’ouest » et de l’ « Hymne à la Beauté intellectuelle », cette « nourriture pour la pensée humaine[6] »

      Laissons Shelley lui-même, en sa préface, commenter son poème : « J’ai voulu enrôler l’harmonie d’un langage métrique, les combinaisons éthérées de l’imagination, les transitions rapides et subtiles de la passion humaine, tous ces éléments qui composent essentiellement un poème, dans la cause d’une moralité complète et libérale ; et cela afin d’allumer dans le cœur de mes lecteurs un vertueux enthousiasme pour ces doctrines de liberté et de justice. » On ne saurait être un plus avisé critique de son propre travail, surtout quand tous ces buts, même si le texte n’a reçu que dédain et censure morale à son époque, sont atteints.

 

      Shelley est un maître de la poésie engagée, dans laquelle le lyrisme concourt à nos destinées politiques, grâce à un vigoureux réquisitoire contre la théocratie et son oppression. Même si l’on peut trouver que le poème, alourdi par la dimension argumentative et idéologique, par la surabondance allégorique, voit ainsi son inspiration parfois enchaînée, pour faire allusion à un autre de ses titres, « Prométhée délivré », le libéralisme et la passion romantique de Shelley emportent aujourd’hui la conviction du lecteur, surtout alors que le conflit des civilisations embrase notre XXIème siècle. De manière voisine, son ami Lord Byron prit fait et cause pour la liberté, en allant soutenir les Grecs en guerre contre les Turcs, donc musulmans, pour libérer leur pays de l’oppresseur. Hélas, le poète du Chevalier Harold mourut des fièvres des marais en 1824, à Missolonghi, sans voir la Grèce bientôt débarrassée des Ottomans…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Shelley : Poèmes, traduits par Robert Elldrot, Imprimerie Nationale, 2006, p 125.

[3] Edmund Spenser : La Reine des fées, Anthologie bilingue  de la poésie anglaise, La Pléiade, Gallimard, 2005, p 101-117.

[4] Shelley : Poèmes, ibidem.

[5] Shelley : Œuvres poétiques complètes, traduites par F. Rabbe, Nouvelle librairie parisienne, 1885 ; Editions du Sandre, 2007.

[6] Shelley : Poèmes, ibidem, p 121.

 

Alfred Clint : Percy Bysshe Shelley, 1819.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 13:24

 

Reliure Engel, Editions Guérin, XIX°. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie,

 

djinn du roman, et sa caduque opposition

 

entre Averroès et Ghazali :

 

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits.

 

 

Salman Rushdie : Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits,

traduit de l’anglais par Gérard Meudal, Actes Sud, 320 p, 23 €.

 

 

 

 

      Le merveilleux n’a pas toujours bonne presse, dans une époque littéraire qui préfère le réalisme, souvent le plus plat, le cercle étroit de l’autofiction, ou de substitution lorsque l’exofiction romance la vie de personnages historiques. Dans un espace de fiction qui dépasse les bornes du réel et les barrières temporelles pour éclairer notre présent, Salman Rushdie préfère apparaître comme un djinn du roman. Après quinze opus romanesque, dont le plus tonitruant et controversé Les Versets sataniques, l’auteur de l’autobiographique Joseph Anton, livre une étonnante et planétaire illustration des exactions venues de l’Islam en sa réécriture toute personnelle des Mille et une nuits. Il lui suffit, avec modestie, de traduire ses dernières en Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, pour ne pas se laisser impressionner par les contes de Schéhérazade et ainsi proposer, en dépit d’une patente escroquerie intellectuelle à propos d’Averroès, une résolution pour le moins optimiste du conflit majeur qui affecte nos civilisations.

 

      Le roman est partagé en trois parties d’inégales proportions : passé, présent et futur. La première est une sorte de prologue, situé il y a neuf siècles, dans laquelle Ibn Rushd (alias Averroès) s’unit avec Dunia. La troisième, en place d’épilogue, a lieu mille ans après nous. La partie centrale, bien plus vaste, est le corps romanesque, aux multiples bras, comme Vishnu, parmi laquelle les descendants de ce couple originel, dans le New York d’aujourd’hui, assistent au retour de Dunia, luttant avec leur concours contre les jinns (ainsi sont-ils orthographiés) et séides issus de Ghazali, ce mystique intransigeant et fanatique de l’Islam qui fut l’ennemi du philosophe Ibn Rushd.

      Séduite par son vieux philosophe exilé à Lucena, un village juif, en 1195, en raison de « ses idées libérales » (en fait prétendues telles) par le calife de Cordoue, la « Princesse de la Foudre » Dunia est un jinn femelle. Ils ont plusieurs enfants, dont la caractéristique principale est d’être sans lobe d’oreille. Quant à leurs pouvoirs de jinns, bien qu’en sommeil, ils se transmettent de descendants en descendants, parmi les siècles des siècles.

      Neuf siècles plus tard, ils sont de retour. Les « jinns obscurs » et les « jinns blancs » sont des « murmureurs ». Les premiers sont plus efficaces, prenant possession de leurs victimes, les incitant à la méchanceté, au crime, quand les seconds tentent d’inciter à la noblesse et à la bonté. Les premiers sont les prosélytes et combattants de Ghazali, quand les seconds sont plus raisonnables et combattent pour éliminer les fauteurs de violence et ramener la paix, sous la houlette de Dunia, revenue sur terre pour l’occasion.

      C’est alors qu’après une monstrueuse tempête, un apocalyptique orage, « pas seulement électrique mais eschatologique », pullulent les phénomènes étranges : ceux frappés par la foudre développent des pouvoirs plus que contrastés. Un bébé trouvé, adopté par la maire et surnommé « Storm Baby », révèle la corruption sur les visages tachés et cloqués. « Des scientifiques signalèrent la séparation entre les causes et les effets ». Le bon jardinier Geronimo, dont la vocation est de créer de la beauté, veuf de sa délicieuse épouse, la revoit animée par Dunia, alors que depuis quelques temps ses pieds ne touchent plus le sol, en une lévitation qui s’élève peu à peu. Dans un autre étage -ou tréfonds- du merveilleux le plus échevelé, les philosophes Ghazali et Averroès s’éveillent parmi la poussière de leurs tombes pour dialoguer et polémiquer : « Tes paroles ne trouvent d’écho que dans l’esprit des kafirs » (mécréants »), tonne Ghazali. Brisés sont « les sceaux entre les mondes », lorsque ce dernier envoie ses sbires nettoyer la mécréance.

      New York et la terre entière sont bientôt à feu et à sang, sous les coups redoublés du « grand Ifrit Zumurrud Shah […] devenu le jinn personnel du philosophe Ghazali », que l’on croise « à cheval sur son urne volante ». Geronimo, ou l’artiste Blue Yasmeen, leurs pouvoirs magiques ranimés, sont parmi les troupes de Dunia. L’action va du sol des réalités bouleversées au « Péristan », royaume des jinnns, le plus souvent adonnés aux plaisirs de la copulation, quand les guérillas internes, dont l’apothéose est le sacrifice de Dunia, ne le perturbent pas. À l’issue de la « guerre des Mondes », la paix revient invinciblement. Et puisque le fanatisme religieux est définitivement éradiqué, puisque la religion elle-même s’est ratatinée, puisque cette flambée de tyrannie finit par « détourner la race humaine de l’idée illusoire de la foi », une nouvelle ère, pour au moins un millénaire, comble les Terriens. À une seule exception : ils ne rêvent plus…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une myriade de personnage tournoie en ce roman aux histoires emboitées, artistes, politiques, gens de peu, délinquants et criminels. L’un, Don Juan invétéré, tombe, à son grand désespoir, sans cesse amoureux de toutes les femmes qu’il croise, sans la moindre réciproque. D’autres désapprennent la parole et choient dans le mutisme. Le « compositeur Hugo Casterbridge » se ridiculise « depuis ses interventions malavisées à la télévision où il avait menacé le monde de toutes sortes de plaies envoyées à l’humanité par un dieu auquel il ne croyait même pas ».  Et si les débuts de l’action contemporaine, alternant les personnages, est un brin confus, le maelstrom stylistique et narratif emporte par la suite le lecteur en son flot torrentiel.

      Faut-il, comme Dunia le fait au sortir de l’écoute des histoires du « coffret  chinois » dont « la peau d’oignon », se dématérialisant, libère les récits, dire la morale de ce roman résolument épique ? Elle est en effet plus qu’explicite, lors de cette « guerre des Mondes » vengeresse, de ce djihad perpétré par les radicaux de Ghazali, qui, de surcroit, est « à l’image du combat intérieur au sein du cœur humain ». On peut alors s’amuser ou trouver excessif le recours aux procédés des « comics », ces bandes dessinées de super-héros Marvel, lors de l’ultime combat entre Dunia, ses alliés, et les trois sbires du monstrueux Zumurrud : « Zabardast le Sorcier, Shining Ruby le Maître des Âmes et Ra’im Blood Drinker, à la langue aux crans acérés ».  À la lisière des sports de combats, des supers pouvoirs et du jeu vidéo, il s’agit une fois de plus de l’immémoriale lutte en le bien et le mal. On ne peut guère douter qu’Umberto Eco, auteur malicieux d’un De Superman au surhomme[1], aurait apprécié cette mise en scène que les mangas sauraient survolter.

      La charge contre l’idéologie fondamentaliste et djihadiste est sans ambages : « Ce que les Zélés avaient appris à fond c’était l’art d’interdire ». Aussi cette rushdienne fiction est transparente : « Raconter quelque chose d’imaginaire, c’est aussi raconter la réalité ». Cette vaste métaphore de notre temps permet également l’analyse : « la pratique de la violence extrême, connue sous le terme fourre-tout et souvent inexact de terrorisme, a toujours particulièrement attiré des individus mâles qui sont soit vierges soit incapables de trouver des partenaires sexuels. […] les jeunes mâles rêvent d’apothéoses orgasmiques ». La méthode islamiste est clairement annoncée par Ghazali, à l’adresse de Zumurrud : « Instille la peur. Seule la peur peut inciter le pécheur à se tourner vers Dieu. […] Rends-toi dans les pays où l’orgueil de l’homme est démesuré, où il se croit à l’image de Dieu, détruis ses arsenaux et ses lieux de perdition, ses temples de technologie, de savoir et d’opulence. Rends toi aussi dans ces lieux sentimentaux où l’on prétend que Dieu est amour. Vas-y et montre leur la vérité ». C’est ainsi que l’écrivain montre la vérité du fanatisme et de l’Islam. Mais, sombre lueur d’espoir, « ils suscitèrent la lame de fond d’une haine qui allait à brève échéance alimenter la contre-révolution »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Mille et une nuits, Editions Bourdin, 1840.

 

 

      Malgré le brio et le brillant de Salman Rushdie, il est permis de rester un peu sceptique devant le schématisme et avec lequel il présente ses personnages de Ghazali et d’Ibn Rushd. Présenté par Salman Rushdie comme l’archétype du fanatique virulent, Ghazali (1057-1111), qui certes écrivit un Effondrement (ou Incohérence) des philosophes (Tahâfut al-falâsifa) pour réfuter ses pairs et prédécesseurs tentés par une rationalité selon lui mal placée, confondant les philosophes dans la mécréance, est avant tout un mystique qui se consacra au soufisme. Selon lui, la vérité est inaccessible aux philosophes abonnés à l’erreur, puisqu’ils s’opposent ainsi à la révélation. En conséquence, l’umma (communauté des croyants) prévaut sur l’individu, toute société humaine se doit d’être soumise, au travers de la charia, aux injonctions du divin. Cependant, plutôt que les combats dans le monde terrestre, Ghazali fait profession de préférence pour l’abandon à Dieu. Si Ghazali est bien un dogmatique qui réclame du chef politique « la condamnation des égarés[2] », il affirme, sans prôner la coexistence libérale des sectes, que le désaccord n’est pas incroyance et que l’analyse philosophique (mais toujours au service de la révélation) est l’antidote du fanatisme[3]. Cependant il est clair que la faveur accordée par l’Islam à la pensée de Ghazali entraîna un brutal déclin des sciences.

      En face de lui, Ibn Rushd apparaît bien abusivement chez Salman Rushdie comme un philosophe rationnel. En effet il n’abandonne pas un instant la révélation divine islamique. Certes il est un grand commentateur d’Aristote, au point que l’Occident le traduisit et le valorisa (sous le nom d’Averroès) quand l’Orient l’ignora. Contre son prédécesseur Ghazali, il rédigea son Incohérence de l’incohérence (Thahâfut al-Tahâfut). Il montra qu’aristotélisme et révélation sont compatibles, arguant que l’au-delà relève de la foi, alors que l’ici-bas relève de la raison. Cependant en faire comme Salman Rushdie semble le prôner, un parangon du rationalisme est pour le moins fallacieux. En faire un athée, un précurseur des Lumières, un apôtre de la tolérance universelle est de l’ordre de  l’escroquerie intellectuelle (comme le réalisateur égyptien Yusef Chahine, dans son film Le Destin). Certes son exil en un village juif témoigne qu’il ait été victime du fanatisme religieux. Mais Rémi Brague[4] nous rappelle son homélie (sermon) prononcée dans la grande mosquée de Cordoue, dans laquelle il appelait à la guerre sainte contre les royaumes chrétiens du nord. En tant que juriste, Ibn Rushd Averroès encourage le jihad et légifère sur le pillage, le butin, les captifs esclaves. Ne dit-il pas, le plus explicitement du monde : « La négation et la mise en discussion des principes religieux mettent en danger l’existence même de l’homme ; c’est pourquoi il faut tuer les hérétiques. » Ou encore : « contester et les discuter [les principes de la Loi] est pernicieux pour l’existence de l’homme. En conséquence, il est obligatoire de tuer les hétérodoxes [5] ».

      Ainsi l’opposition sur quoi Salman Rushdie fonde son roman est-elle caduque. Ce qui n’invalide cependant pas la merveille fictionnelle…

 

Andrea di Bonaiuto : Averroès, fresque,

Santa Maria di Novella, Firenze, 1365-1368.

 

      Outre Les Mille et une nuits, ce vaste chef-d’œuvre de la littérature arabe, quoique probablement d’origine persane, transparent lors de sa transcription en Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, c’est l’œuvre de l’Indien Somadeva, Océan des rivières de contes[6], qui est un des textes sources de Salman Rushdie ; comme lorsqu’il écrivit Haroun et la mer des histoires, en lui rendant hommage au moment où son héros trouve la collection complète « pour sa délectation et son instruction». Ce vaste ensemble narratif, cette « grande bibliothèque de l’univers[7] », écrit en sanscrit au XIème siècle, mêle histoires épiques, d’amours, de vampires, merveilleuses, où abondent génies et magiciens. En effet, Blue Yasmeen, l’un des protagonistes de Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, raconte l’aventure d’un marchand de Bagdad qui finit par « nager dans l’océan des courants d’histoire ». Né à Bombay en 1947, l’écrivain, naturalisé britannique, a donc vécu au contact des littératures sanscrites et des Mille une nuits, dont un manuscrit fut au XIXème siècle fut retrouvé à Calcutta. Ce pourquoi Dunia narre à Geronimo « des contes merveilleux sur l’existence des jinns, les clairs et les obscurs, les fées et les Ifrits, lui parlait du Monde Magique où le sexe occupe une place incroyable, des métamorphoses et des murmureurs et des sceaux qui furent brisés, de l’ouverture des failles donnant sur le monde réel ». Concluant de la meilleure manière : « Le Monde Magique existe, dit-elle d’un ton apaisant, car elle entendait la confusion qui régnait en lui, mais il ne s’ensuit pas que Dieu existe. »

      En digne écrivain post-moderne, qui réinvestit le passé dans un apologue qui va jusqu’à l’anticipation, Salman Rushdie brode d’allusions son roman. L’oiseau Simurgh, venu du Cantique des oiseaux d’Attar[8], côtoie non sans humour l’épisode d’Actéon des Métamorphoses d’Ovide : « Un voyeur qui se rinçait l’œil devant un de ses magasins favoris en ville, celui de la déesse brésilienne de la lingerie Marpessa Sägebrecht, fut par magie transformé en un cerf pourvu de bois qu’une meute de chiens fantômes voraces poursuivit tout au long de l’avenue A ». Mais aussi de plaisants clins d’œil à Ionesco, Beckett, Magritte, Gogol : « Dans une ville française, les habitants commencèrent à se transformer en rhinocéros. De vieux Irlandais se mirent à vivre dans les poubelles »… Sans oublier bien sûr, pour servir son propos, les allusions à Platon et surtout Aristote, dont Averroès fut le commentateur abondamment discuté par l’Occident médiéval.

 

      Après Les versets sataniques en 1988, puis Joseph Anton, une autobiographie en 2012, quoique qu’il y eu entre temps une demie douzaine d’autres romans, voire des contes pour enfants, il fallait bien que le romancier reprenne la plume pour figurer à son inimitable manière le conflit planétaire entre pensée captive et liberté de penser et d’agir qui court de l’Occident au Japon. Entre le roman qui eut pour ambition de réécrire le livre sacré des Musulmans, et dont les « versets satiriques stigmatisent la Soumission constitutive de l’Islam[9] », et le récit de la réclusion de l’écrivain menacé de mort par la fatwa du totalitarisme islamique, il y a place pour l’imagerie, les merveilles et les jinns du conte, de façon à séparer le bien du mal, la raison du fanatisme, et ainsi espérer un futur meilleur, délivré des pulsions hégémoniques et tyranniques d’une inhumaine religion.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Salman Rushdie : Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés outragées

 


[2] Miguel Cruz Hernandez : Histoire de la pensée en terre d’Islam, Desjonquères, 2005, p 328.

[3] Voir : Al-Ghazali : Le Critère de distinction entre l’Islam et l’incroyance, Vrin, 2010.

[4] Rémi Brague : Où va l’histoire ? Entretiens avec Giulio Brotti, Salvator, 2016, p 87, 88.

[5] Averroès : L’Incohérence de l’incohérence, XVII §17, Bouyges, Dar el-Machreq, 1987, p 527.

[6] Somadeva : Océan des rivières de contes, La Pléiade, Gallimard, 1997.

[7] Salman Rushdie : Haroun et la mer des histoires, traduit par Jean-Michel Desbuis, Christian Bourgois, 1991, p 55, 80.

[9] Marc Porée et Alexis Massery : Salman Rushdie, Les Contemporains, Seuil, 1996, p 121.

 

Les Mille et une nuits, traduction Mardrus, 1908.

 

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Aristote

Aristote, père de la philosophie

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

Aristote

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

Faillite et universalité de la beauté

Théories et fiction du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

Cantique-des-oiseaux 4

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

Babel cavalerie rouge

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

Bachmann journal

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'état ?

L'anarchisme : confession tyrannique ou liberté ?

bakounine2

 

Ballard

Millenium people, Crash

Ballard: un artiste de la science fiction

Ballard Millenium

 

Bang

Mikaël, Les Quatre diables

Bang Mikael

 

Barcelo

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya

Butor Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

Barrett-Browning 2

 

Bashô

Bashô : L'integrale des haikus

Paravent Hasegawa Tohaku

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Bengtsson

Le Submarino de la délinquance danoise

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices

Bennett lecctrices

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

Bernhard Goethe D

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Lecture dans la gueule du loup, Haine-de-la-litterature, Ceux qui brûlent les livres

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Destins du livre, du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

De la bibliothèque perdue aux bibliothèques de fiction jusqu'à leur crépuscule : Mehring, Ménager, Stark

 

 

 

 

 

 

Blake

Christine Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

G. K. Chesterton : William Blake

 

Blas de Robles 

L’Île du Point Némo, roman d’aventure

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

Bloy Exégèse

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Roberto Bolaño : Entre parenthèses

Roberto Bolaño, le chien romantique

2666-roberto-bolano

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Poèmes d’amour, une anthologie

Christian Garcin : Borges, de loin

Blanca Riestra : Le Songe de Borges

Borges

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, litterature et art du brouillard

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

Cabré Confiteor

 

Caldwell

Lettre à une jeune femme politique

caldwell

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

Canetti Autodafé

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, théâtre de la pédophilie

Les Luminaires du roman d'aventures néo-zélandaises

Catton.jpeg

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres-amoureuses

Celan pavot

 

Céline

Céline ou l’indignité du génie

Céline et Wagner, l'indignité du génie ?

Céline et Proust, la recherche du voyage

Céline Gen Paul 2

 

Censure

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

Censure Anastasie André Gill

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Cervantès Garouste couv

 

Chesterton

Chesterton : William Blake

Chesterton, le prince de la nouvelle policière

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Mattéi : Le Procès de l’Europe

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Coe

Le cercle fermé, Testament à l’anglaise

Coe Testament Gall

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Las Casas couv

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

COLONOMOS

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Darnton Censors at Work 978-0-393-24229-4

 

Dasgupta

Solo, destin bulgare et américain

Dasgupta 1

 

Démocratie

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

De la révocation du droit de vote

La Tyrannie qui vient

Totalitarisme

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida : Ecrits sur les arts du visible ; Un démantèlement de l’Occident

Derrida 2

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

Dickinson 1

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

Diogène Gaetano Gandolfi - Alexander and Diogenes 1792

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Baudolino ou les merveilles du moyen-âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

Eco Laideur

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Ralph W. Emerson : Les Travaux et les jours

Révolutions vertes et libérales : Manier

Christian Gérondeau : Ecologie, la fin

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Wilson Biophilie

 

Education

Pour une éducation libérale

Déséducation idéologique, nouveaux programmes et urgence de transmettre

De l'avenir des Anciens

Education d'Achille, Pompeo Batoni, 1746 Offices Florence

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

eluard dali

 

Emerson

Les Travaux et les jours, précurseur de l'écologisme

Emerson

 

Erasme

Erasme et Aldo Manuzio, pères des Adages et de l’humanisme

Erasme Adages coffret

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Projet d'amendements à la Constitution

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Tardif-Perroux : La France, son territoire

Patriotisme et patriotisme économique

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Allégorie de la Paix et de la Justice, 1753, Corrado Giaqu

 

Etats-Unis romans divers

De la Pava : Une Singularité nue

Hallberg : City on fire, ode à New-York

Franzen : Freedom, libertés entravées

Pessl : La Physique des catastrophes

Démonologies de Rick Moody

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit

2025, l’animale utopie, fable politique

De l’animal mariage pour tous

L'Ânesse et la Sangsue

L'Etat-providence à l'assaut des lions

De l’alternance en Démocratie Animale

Les chats menacés par la religion des rats

La Fable des porcs et de la Dette

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Facebook

Facebook, perversion ou libertés ?

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Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique, socialisme et islamisme

Humanisme et civilisation devant le viol

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière

Federici : Caliban et la Sorcière

La révolution du féminin

 

 

 

 

 

 

Ferré

Ferré : la Providence du lecteur?

Ferré Providence

 

Ferry

Mythologie et philosophie

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

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Filloy

Op Oloop, roman loufoque

Filloy

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

Averroès et Porphyre

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et théorie du genre

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

Foucault L'Herne

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

Fragoso

 

France

L'identité française et son destin face à l'immigration

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Peter Sloterdijk : Ma France

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Anniversaire, réalisme magique

Diane ou la Chasseresse solitaire

Le Bonheur des familles, Inquiétante compagnie

Temps et amour faustien : L'Instinct d'Inez

Le Siège de l’aigle politique

Fuentes Aigle

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

Gamboa Prières

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Gardner

La Symphonie des spectres

Spectre Hamlet

 

Garouste

Don Quichotte

Cervantès Garouste autoportrait-copie-1

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

Gass

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

Gibson Idoru

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Sonnet à l’Allemagne

Sonnet de la liberté politique

Thomas Bernhard: Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

goethe

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

lewis matthew matthew Monk

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

Golovkina

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

Goytisolo Marx

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

Gracian Graus

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

Gracq rivage

 

Grandes

Le Cœur glacé, Inés et la joie, ou la mémoire du franquisme et de l’Espagne

Almudena 2

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Grozni

Wunderkind, Chopin contre le communisme

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

Guarnieri

 

Guerre et violence

Guerres d'Etats ou anthropologiques : John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences antipolicières, inversion des valeurs

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis

I Prologue

II L'ouverture des portes

III Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

Pyrénées Anie Aneto

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

Couv-Aneto-Canigou

 

Guinhut

Haut-Languedoc

Haut-Languedoc.couv jpg

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

Montagne noire triptyque Quelque chose dans la montagne

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Synopsis et Traversées

Le recours à la montagne

Cantal

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis, incipit

III Bironpolis, Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages, prologue

IV Eros à Sauvages, Les belles inconnues

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum, incipit

VIII De natura rerum, Euro Urba

VIII De Natura rerum, montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

Synopsis et sommaire

Prologue

II Greenbomber, écoterroriste

V Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

Voyages archipel

 

Guinhut Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnet autobiographique

Sonnet du cabinet de curiosité

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

Capitoline Aphrodite Louvre

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

Ein Jahr im Leben des Heinz M.

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passsage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

Ré paradis

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

Haddad jour

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

Hamsun

 

Hattemer-Higgins

L’Histoire de l’Histoire : troisième Reich

Hida

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Hayek

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Jules Verne

Corbin : Histoire du silence, Le miasme et la jonquille

 

Hobbes

Sonnet de la liberté politique

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

hobbes leviathan

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

Hölderlin

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

Iliade Jean de Bonnot

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Ceccatty : Noir souci, passion de Leopardi

Garcia Lorca : homosexualité et création

Broc-Hyacinthe.jpg

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Erasme Dürer

 

Hustvedt

Un été sans les hommes

Vivre, penser, regarder

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

ete-sans-les-hommes

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs : anti utopies scientifiques et superstitieuses

Huxley brave new world

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants

Les Vies parallèles du poète Eminescu

Florina Ilis

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

Impôt

 

IPhone

Tentation totalitaire : IPhone et législation

IPhone.jpg

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi la rose tyrannique de l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

Moïse Philippe de Champaigne Moïse et les Tables de la Lo

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Battle royale : téléréalité politique

Murakami Ryû : Chansons populaires

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jourde

Festins Secrets

Jourde

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

Jünger Orages

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

Kafk Procès GF

 

Kant

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

Kant Obscur

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

Karinthy Faremido

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

Paravent Erables

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

Kertesz Être

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

KOSZTOLANYI. C

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Krazsnahorkai venue

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

La Fontaine Amour Folie

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

Sirènes -1817-copie-1

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Phylactère Lucas de Leyde Annonciation

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

Larsen Spivet

 

Larsson

Les Poètes morts, roman policier

Larsson 2

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

Ceccatty : Noir souci, passion chaste

Leopardi Zibaldone

 

Lethem

Chronic city ou New-York magnifiée

Lethem Chronic city

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Lévi-Strauss Regard

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Libres, Dictionnaire du libéralisme

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

Liberté

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

Carré magique

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

Littell B

 

Littérature française contemporaine

Blas de Roblès : L’Île du Point Némo

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Ohl : Redrum

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

Sollers-Paradis

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

Machiavel 1

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Menéndez Salmon : Medusa, l’art et le mal

Jaume Cabré : Confiteor

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

Dante 9° cercle Enfer Gustave Doré 1861 Musée de Brou

 

Maladie

Maladie et métaphore. D Wagner : En-vie, F Maï : Divino sacrum, F Zorn : Mars

 

 

 

 

 

 

Malaparte

Muss ou Mussolini déboulonné

Mussolini Dux

 

Mandelstam

De la poésie à Voronej

Trois requiems, sonnets

Mandelstam Bio

 

Manea

La Tanière, La Cinquième impossibilité

Manea

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Un retour et Nouvel éloge de la folie

Lectures du mythe de Frankenstein

Manguel retour

 

Marcher

De L’Art de marcher

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

Vénus et Adonis Rubens, détail

 

Marx

Karl Marx, compagnonnage et illusion

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

Marx

 

Mattéi

De la supériorité culturelle de l’Occident ?

Europe Mattéi

 

McEwan

Une satire Solaire

Opération Sweeet Tooth, l’espion des Lettres

Solaire

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Melville Billy Budd

 

Meshkov

Le Chien Lodok, ou de l’humaine tyrannie

Meshkov

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

Mille et une nuits Guérin

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

Mitchell Fantômes

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

Utopie More 1516

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

 

Mozart

Lady Gaga versus La Reine de la nuit

Mozart

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

Mulisch siegfried-une-idylle-noire

 

Murakami Ryû

Chansons populaires de l’ère Showa

1969, Les Bébés de la consigne automatique

Murakami bébés

 

Musique

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Musique savante contre musique populaire

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Wagner : Tristan und Isolde

Wagner ou l'indignité-du génie

 

 

 

 

 

 

 

Mythes

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

Dracula film cauchemar

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

Nabokov Littératures

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

Naipaul Afrique

 

Nancy

L'autre-portrait

Arjonilla Christian Mélancolie bleue

 

Nietzsche

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Nuits debout et violences antipolicières : une inversion des valeurs

Nietzsche Munch

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

Nooteboom Labyrinthe

 

Oates

Le Mysterieux Monsieur Kidder

Oates Kidder

 

Ôé Kenzaburo

Adieu mon livre !

Oé Adieu

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

Ogawa

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

Orwell

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

Palahniuk Peste

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules aux récits emboités

 

Pamuk

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

Orhan Pamuk

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

Pasolini Decameron affiche 2

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète par Fenzi, sonnet III du Canzoniere

Petrarque-par-Bargilla

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

Platon Oeuvres

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre 

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz ou l’anti-lyrisme

James Sacré, la maladresse de la poésie

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, objectivisme et lyrisme

Padgett : On ne sait jamais

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Le Pogge Facéties BL

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Jesse Kellerman : Les Visages

Pobi : L’invisible, ou la peinture

Chesterton father-brown

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

Powers Générosité

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Céline et Proust, la recherche du voyage

Proust

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus: web profond et 11 septembre

Vineland, une utopie postmoderne

Le Vice caché du roman policier

Pynchon-gravitys-rainbow

 

Rand

Qui est John Galt ? La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

Lou Reed Chansons I

 

Religions

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

Sloterdijk Folie-copie-1

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Éclat dans l'abîme, Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Rome du libéralisme au socialisme

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

Ronsard noir et blanc

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

Cyrano

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie : Le Complot contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

Sade Man Ray Portait imaginaire du Marquis de

 

San-Antonio

Peut-on rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

 

Schlanger

Présences des œuvres perdues

presence-oeuvres-perdues

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Tina ou de l’immortalité, Goethe

On a marché sur la lande

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Allégorie de la science Cherubino Alberti

 

Science fiction et fantasy

Ballard: un artiste de la science fiction

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification
Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium, Iliade nouvelle

Simmons : Flashback géopolitique

Jo Walton : Morwenna, fantasy

Strougatski L-Ile-habitee

 

Scott-Heron

La Dernière fête, une autobiographie en noir

Scott-heron-book the-last-holiday 2012 02

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

No smoking : Candide des non fumeurs

Parapluie : une conscience londonienne

Les-grands-singes

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Serrano

« Piss Christ » : une icône chrétienne

Andres-Serrano Piss-Christ

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Greenblatt : Will le magnifique

Shakespeare serait-il John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Shakespeare Cobbe portrait

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Philosophie de la shoah

Paul Celan minotaure de la poésie

 

Shteyngart

Super triste histoire d'amour

Shteyngart

 

Simmons

Ilium : Homère science-fictionnel

Flashback : mémoire et géopolitique

Ilium

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

Sloterdijk Essai d'intoxication

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Le Livre des vices privés et politiques

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Somoza

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Sonnet des montagnes

Sonnet à l'élève

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

Ceux qui brûlent les livres

Fragments (un peu roussis)

Steiner

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

Dans la forêt de Bavière

Stifter Bavière

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

Leo Strauss

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde

Lusiades

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Tellkamp

La Tour, mémoire de l'ex-R.D.A.

Tellkamp

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Thoreau

Journal et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

Capek : La Guerre des salamandres

« Hommage à la culture communiste »

Malaparte : Muss ou Mussolini déboulonné

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Trois Requiem, sonnets : Selma Meerbraum, Ossip Mandelstam, Malala Yousafzai 

La Tyrannie qui vient

Zimler : Anagrammes du ghetto de Varsovie

Communisme 2

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

Ursin

 

Utopie, anti-utopie, uchronie

Battle royale, japonaise téléréalité

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Walton

L'hydre de l'Etat aux pays scandinaves : Karlsson : La Pièce, Sinisalo : Avec joie et docilité

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vollmann

De la Famille royale au Grand partout

Guerre et paix en Central Europe

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Voltaire Jean Huber Le lever de Voltaire

 

Vote

De la révocation du droit de vote

De l’humiliation électorale

De l’alternance en Démocratie Animale

Front Socialiste National et antilibéralisme

allegorie du bon gouvernement

 

Wagner

Tristan und Isolde

Céline et Wagner : l'indignité du génie ?

Wagner Isolde by Aubrey Beardsley. Illustration in Pan, Ber

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux le voyageur

Walcott poems

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

Wordsworth.jpg

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

Zimler 1

 

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