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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 13:40

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Dissipation, disparition & barbarie.

Guido Morselli : Dissipatio H.G. ;

Davide Longo : L’Homme vertical.

 

 

Guido Morselli : Dissipatio H.G.,

traduit de l’italien par Muriel Morelli, Rivages, 2022, 176 p, 18 €.

 

Davide Longo : L’Homme vertical,

traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Stock, 2013, 422 p, 22 €.


 

 

 

La science-fiction ne cesse de bruire de récits apocalyptiques[1], de catastrophes  considérables affectant un monde démesurément technologique et surpeuplé. Avec plus de discrétion, deux romanciers italiens aiment à traiter le topos de la fin de notre monde au moyen du fantastique. L’un, Guido Morselli, subit la disparition instantanée de l’humanité, l’autre, Davide Longo, constate le déferlement d’une barbarie qui dévaste ce que nous pensions être un monde pérenne. Les mots mêmes comment à se dissiper sous le titre phare de Guido Morselli : Dissipatio Humani Generis devenant Dissipation H. G. Alors qu’un Homme vertical tente chez Davide Longo de subsister tant bien que mal.

 

« Chrysopolis est vide ». Ainsi Guido Morselli fait-il constater à son narrateur sa solitude absolue, auprès d’une ville que l’on devine représenter Zurich. L’on se demande alors comment l’écrivain va-t-il animer son récit. Eh bien en imaginant que cet homme résiduel avait choisi de se suicider au fond d’une grotte et qu’à son retour toute l’humanité s’était dissipée, en une « coïncidence non fortuite ». En conséquence, l’interrogation fantastique hésite entre l’acceptation de l’impossible phénomène ou le fantasme continu de celui qui en disparaissant aurait fait disparaître tous les autres disciples de l’humanité : « Une désertion de masse […] a surpris les gens dans leur sommeil ». Là où tous les lits sans exception ont perdu leurs dormeurs, pas la moindre guerre, pas la moindre pandémie. Tout est intact et ne sont vivants que les animaux ; jusque dans les villages les plus reculés des montagnes suisses. Quant à la grande ville, à l’aéroport, ils sont aussi vides que le bout du fil des téléphones.

Aussi reprend-il un sentier, « le plus abrupt […] qui me conduit à mon privilège : vivre en dehors et au-dessus, vivre seul. Mais à présent, j’ai peur ». Que lui reste-t-il sinon « l’effondrement psychique » ? Taper sur sa machine à écrire un roman à achever, manger, vivre ? Car « désormais mon histoire intime est devenue l’Histoire de l’humanité ». Et malgré des investigations poussées, un voyage en voiture, une base militaire américaine, la petite maison d’une ancienne amante, l’absence est toujours au rendez-vous, le huis-clos est étendu à la planète entière. « L’espèce polluante » éliminée, la nature ne s’en porte que mieux : « Le monde n’a jamais été aussi vivant qu’aujourd’hui, depuis qu’une certaine race de bipèdes a cessé de le fréquenter ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un suspense prégnant, quoique sans espoir, guette le lecteur qui s’identifie sans faute avec le personnage : et si tout cela allait trouver son démenti, n’était qu’un cauchemar… Reste que l’acception de cette condition d’exception a tôt fait de s’installer. Et puisqu’il n’y a plus l’ombre d’un futur, les souvenirs affluent, plus ou moins amicaux, plus ou moins amers. Le seul horizon du dernier homme étant la mort, Chrysopolis devient une « Nécropolis » sans corps, sauf celui de l’ultime témoin pris dans les rets de sa « chronique de la peur ». Pourtant la résignation, l’ironie font mouche : « Je suis l’ex-homme » épilogue-t-il.

Reste le soliloque morbide, digne d’un philosophe ermite, dont l’érotisme est en berne, faute de femmes, le solipsisme définitif, cousu de « péchés d’érudition ». Divers philosophes, psychanalystes ou théologiens alimentent le monologue, appelant de leurs vœux une « sublimatio générale », peut-être telle qu’elle est ici réalisée. Et puisque les humains se sont volatilisés avec leur seul vêtement de nuit, notre narrateur imagine qu’ils ne comparaissent pas « nus au Royaume des Cieux », comme le postulait Saint-Augustin. « Je suis l’élu ou le damné » se demande-t-il. Ainsi vont les fictions consolatrices…

Pourquoi le roman s’achève-t-il ? L’attente absurde du retour de Karpinsky en fait un Godot beckettien au petit pied. À l’attente sans avenir répond le souffle disparu du narrateur à l’arbitraire excipit.

Roman psychologique et philosophique, Dissipatio H.G. est méditatif, inquiet, angoissé, vertigineux. Il est permis de le lire comme une métaphore de la solitude, plus loin que celle de Robinson Crusoé[2], puisque sans espoir de retour, sans dieu. Solitude amétaphysique et inhérente à la nature singulière, trop singulière peut-être de la « monade intellectuelle » face à soi-même en écrivain incompris. Préfèrera-t-on le lire comme un apologue sur la mal et la destinée humaine, comme un vaste memento mori baroque, ou comme une acmé de la mélancolie, digne d’être un addendum à celle de Burton[3] ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Histoire est dans Dissipatio H.G. enfin annihilée. Moins radical, et cependant dubitatif, Guido Morselli tâta de l’uchronie avec Le Passé à venir[4], au titre paradoxal et prometteur. Réécrire l'histoire est une formalité pour lui. Ainsi de la guerre 14-18 : les Alliés ont gagné, mais leurs ennemis auraient pu l'emporter. C'est cette idée qui a jaillit dans la tête de son personnage, Walter von Allmen, qui opère un détournement des évènements. L’on se demande si la chose ne fait pas que se dérouler dans l’esprit dérangé de son héros dangereusement farfelu. Dans la lignée du Maître du Haut Château de Philip K. Dick[5], qui postulait une victoire des forces nazies et japonaises se partageant les Etats-Unis, Guido Morselli construit dans la Première guerre mondiale le triomphe des empires centraux.

Guido Morselli a toujours été une personnalité à l’écart, voire égarée, ce dont ses anti-héros lui sont redevables. Dans Le Communiste[6], son dignitaire croit dur comme fer à l’idéologie qui le définit sine qua non. Cet austère cheminot, Walter Ferranini, a fait la guerre d'Espagne contre le franquisme. Homme intègre et austère de 45 ans, il voit son militantisme récompensé : le voici élu député sur une liste communiste, ce qui lui permet d’accéder à Rome en 1948. Peu au fait des mœurs de l’appareil du parti et de ses élites, il ne peut échapper au conflit avec la direction. Le Parti s’immisce dans sa vie privée, au prétexte que sa compagne n’est pas adéquate. De plus il a l’impudence de publier dans une revue un petit essai sur le caractère aliénant, et non pas libérateur selon la doctrine marxiste, du travail. Un tel révisionnisme se doit d’être renié. Roman historique et pamphlet anticommuniste, il élargit la palette de ce libertaire qui ne publiait jamais le même livre et pour lequel l’on a imaginé l’étiquette de réalisme prophétique.

Une autre uchronie s’appelle Rome sans pape[7]. Là encore un paradoxe, une ironie de l’Histoire, qui, par rebond n’est pas sans traiter du communisme comme d’une Eglise. Nous voici initiés aux arcanes des milieux du Vatican en l’année 1999. L’Etat pontifical est soudain chapeauté par un pape irlandais qui sème la révolution, soit la liberté morale et l’abolition du célibat ecclésiastique. Ce Roma senza papa, ne parut que de manière posthume en 1975. Car de désespoir, en grande partie à cause des constants rejets des éditeurs, Guido Morselli se tire un coup de pistolet en juillet 1973, à Varèse, de ce Browning qu’il appelait dans son Dissipatio H.G. « ma fiancée à l'œil noir ». Selon l’auteur de la postface Philipo D’Angelo, il est considéré aujourd’hui comme « le saint patron des écrivains manqués ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Villages dévastés, maisons pillées et incendiés, meurtres sauvages, voilà tout ce qui bientôt reste du paysage nord-italien, parmi les pages de L’Homme vertical. Quelle crise économique, institutionnelle, de civilisation, a-t-elle pu entraîner aussi soudainement la barbarie ? Davide Longo, né en 1971, ne nous le dira jamais, ne s’attardant que sur ses conséquences et sur la manière dangereuse et contrariée avec laquelle la dignité humaine peut encore se tenir debout…

L’écroulement de l’intime destin du personnage central est en quelque sorte le miroir de ces terribles avanies. Sauf que pour lui nous saurons peu à peu la nature de la catastrophe. Professeur, écrivain réputé, une histoire d’amour et de sexe avec une de ses étudiantes qui le séduisit, le dénonça, le piégea, preuves à l’appui, lui fit perdre emploi, femme, famille et amis et goût d’écrire. Il ne reste plus à Leonardo qu’à se réfugier dans le village de ses Préalpes natales. C’est alors que, quelque part après l’an 2025, les populations s’égaillent, les banques ne servent plus leurs clients, l’armée ou les milices quadrillent les grands axes, des sauvageons incontrôlables, des brutes armées sèment la violence, le vol, le pillage et le meurtre. Les villageois, le plus souvent vainement, organisent leur autodéfense, jusqu’à ce que la maison de Léonardo soit ravagée, couverte d’excréments, sa bibliothèque renversée dans l’essence… Il ne lui restera plus qu’à partir avec sa fille, son beau-fils, que leur mère lui a confiés, en direction de la Suisse ou de la France, aux frontières fermées, où la civilisation suit encore son cours.

Au périple se joindra un chiot. Entre temps, séquestré dans un camp itinérant d’une meute de jeunes aux rituels infâmes, Leonardo devra, quand sa fille est continûment violée par une sorte de gourou charismatique, affronter ce dernier en sacrifiant ses doigts, sa main, et signer la fin du piètre chef de bande. Un éléphant sera le compagnon de cette nouvelle étape de l’odyssée, sans cesse menacée par des péripéties dramatiques, voire tragiques. Heureusement, au-delà du courage de cet « homme vertical », au-delà de son refuge avec des enfants dans une île déserte et méditerranéenne, l’on retrouve la confiance avec ses congénères : un embryon de civilisation se relève. Et à la manière d’une autre anti-utopie, Fahrenheit 451 de Bradbury, les histoires venues des livres vont être réclamées, entendues, prêtes à une renaissance : « Nous savons que tu gardes les histoires (…) Nous aimerions les écouter. » Comme quoi la perte de confiance envers la littérature est aussi une faille ouverte entre l’homme et le monde, entre les profondeurs troubles du moi et la dignité d’une humanité policée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce le roman qu’il faut avoir publié, par réelle nécessité politique et  métaphysique ? « Des années plus tôt, devant un de ses livres fraîchement publiés, il avait trouvé inexplicable d’avoir consacré trois années de sa vie à ce long récit en vers, hermétique et désuet, que beaucoup de ses lecteurs et la majorité des critiques avaient déjà classé comme une œuvre mineure et maniérée ». Sans nul doute Davide Longo, par le biais de son personnage, met en balance un vécu traumatique jeté à la face de l’humanité et une œuvre solipsiste…

Pire encore, depuis « le signal de la curée », qu’il faut entendre au sens de sa descente aux enfers personnelle aussi bien que générale et civilisationnelle, journaux et éditeurs ont disparu, Internet s’est tu, ôtant apparemment toute validité à l’écrit, devant les hordes de racailles illettrées et bientôt analphabètes, abruties au sexe prédateur, à l’alcool et aux drogues, rangées sous les oripeaux de structures claniques erratiques et sadomasochistes… Ainsi, la pensée et les bibliothèques n’ont pas su nous protéger.

Mais, à moins de ne pas l’avoir comprise, la pensée de Davide Longo est pour le moins elliptique, voire peu cohérente. Dans sa « pièce des livres » que Leonardo a été contraint d’abandonner, résidait « une anthologie de ce qu’était ou aurait dû être la vie ». C’est alors qu’il confie : « J’aime infiniment ces histoires, pourtant je sais qu’elles portent la responsabilité de ce que je suis. Un homme défaillant. » Veut-il nous signifier cet argument éculé selon lequel les livres ne sont rien devant la vie ? Alors que toute bonne bibliothèque connait déjà l’irruption de la barbarie, qu’il s’agisse des pillages de Rome ou celle de Big Brother dans 1984 d’Orwell… Le procès fait à la littérature est-il là excessif, injuste ? S’agit-il là de confesser une honte à écrire alors qu’il faudrait parer aux horreurs qui secouent la planète et bafouent l’humanité ? Alors que la dignité se révèle également dans l’œuvre de pensée et d’art.

Peut-être, à moins de préférer la suggestion, aurait-il mieux valu nous en dire plus, s’attacher à l’analyse et non à une action aux longueurs parfois complaisantes, lorsque de la séquestration parmi le clan itinérant, comme à l’occasion d’un futur script de film intellectuellement pas trop fatiguant qu’on aura la faiblesse de tirer de ce roman… Pourtant, quelques modestes phrases frôlent des problématiques qu’il eût été indispensable de fouiller : « Le mal a-t-il germé en notre sein, ou avons-nous été contaminés ? » Ou encore, parmi les « graffitis tracés à la bombe ou au charbon » : « les idéaux au bûcher ». Quant à s’interroger sur les causes sociétales de ce retour aux barbares, rien de cela n’est esquissé. Certes, il eût fallu, pour se faire, et ainsi contribuer à prévenir ce genre de déshérence, une plume plus vaste et plus fine, comme celle d’Ayn Rand, dans La Grève[8], le mélange des genres, l’essai et l’action, un roman-somme…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En ce livre à demi-réussi, cependant impressionnant, les échos résonnent. Curieusement, la cohabitation avec une femme obèse et un éléphant dans sa cage, qui devient un compagnon de voyage à la recherche d’une Ithaque, à quelque chose de tendrement fellinien, quand les jeunes sauvageons sont plus brutalement pasoliniens… Peut-on penser à La Route de Cormak McCarthy, cette frappante et fuligineuse post-odyssée dans la cendre du monde, mais également peu fouillée, elliptique et intellectuellement décevante ? A La Peste écarlate de Jack London ? Ainsi L’Homme vertical s’inscrit avec un brio mesuré parmi toute une lignée de récits post-apocalyptiques, même si Davide Longo l’a installé, avec peut-être une prudence retorse, dans le contexte d’une seule nation, là où la crise économique peut être l’une des plus inconséquentes ; mais aussi  parmi le salutaire avertissement de l’apologue…

Reste, en arrière-bouche amère, de cette lecture, un goût de malaise et d’effroi : notre civilisation serait donc si fragile ? Nos jeunes et moins jeunes serait-ils sourdement des sauvages tribaux animés par la hâte de tuer, de s’avachir et de piller ? Nos responsables politiques et sociaux ne sauraient-ils prévenir une telle fatale dérive ? Nous ne sommes hélas séparés du mal que par la peau transparente de l’humain…

Tout autre est Un Matin à Irgalem du même Davide Longo[9]. L'action se déroule en 1937, en Éthiopie, sous l'occupation colonisatrice italienne, désastreuse. Au cours d'un procès, le sergent Prochet, accusé de crimes, est défendu par Pietro Bailo, un avocat militaire. Hélas, les charges sont accablantes. Mais le plus intéressant peut-être est la manière dont Pietro découvre, en marge de l'affaire judiciaire, l'Afrique entre d'oiseuses parties de cartes et surtout les conversations avec Nicola, un médecin militaire homosexuel. Nostalgique de Turin où l'attend peut-être Clara, et cependant amoureux de la belle Teferi « à la peau d'ambre », Pietro tente désespérément de préserver son intégrité intellectuelle dans un monde implacable, dépourvu d'empathie, de morale. Davide Longo aime les sombres apologues, les tragédies grandioses autant que celles plus intimes. Là aussi « les idéaux [sont] au bûcher »...

 

Les livres de Guido Morselli, et à un moindre degré ceux de Davide Longo, ont post mortem acquis une réputation sulfureuse, en particulier Dissipation H. G. Entre livre maudit et roman culte à l’adresse des esprits dépressifs et méphitiques, il apparait comme le testament de son auteur, dont le narrateur est son transparent alter ego, au service d’une œuvre ultime et impressionnante. Tant qu’il y aura des lecteurs, un tel roman noir et or ne se dissipera pas…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[4] Guido Morselli : Le Passé à venir, L’Âge d’homme, 1991.

[6] Guido Morselli : Le Communiste, Gallimard, 1978.

[7] Guido Morselli : Rome sans pape, Gallimard, 1979.

[8] Voir : Quand la peste apparait l’humanité disparait

[9] Davide Longo : Un Matin à Irgalem, La Fosse aux ours, 2004.

 

Ostia romana, Latium. Photo : T Guinhut.

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2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 11:15

 

Palacio de Soñanes, Villacarriedo, Cantabria.

Photo T. Guinhut.

 

 

 

Pour l’amour du piano et des compositrices.

Olivier Bellamy & Aliette de Laleu.

Avec un éloge de Kaija Saariaho.

 

 

Olivier Bellamy : Dictionnaire amoureux du piano,

L’Abeille, Plon, 2022,752 p, 13 €.

 

Aliette de Laleu :

Mozart était une femme. Histoire de la musique classique au féminin,

Stock, 2022, 288 p, 20,50 €.

 

 

 

Il est un univers à lui-seul. De Mozart à Messiaen, il règne aujourd’hui sur deux siècles de prééminence, sans compter que l’on peut, sur les touches noires et blanches du Pleyel ou de l’immense vaisseau noir du Steinway, jouer également leurs prédécesseurs : Bach, Couperin, Frescobaldi… Il est à lui seul le symbole de la musique classique. Mais aussi le champ de bataille du maestro, plus encore si devant un orchestre il est le dieu du concerto aux mouvements grandioses et brillants. Il mérite bien qu’Olivier Bellamy lui consacre un Dictionnaire amoureux du piano, où Wolfgang Amadeus occupe une place centrale. Alors que d’aucunes aimeraient y voir la patte de Maria Anna Mozart, la sœurette, qui fut loin d’avoir la notoriété de son frère, mariage et enfants obligent. Sans vouloir entrer dans un concours de féminisme forcené, il est cependant bien heureux que nous puissions entendre des compositrices, telles que celles ressuscitées par l’air du temps et par Aliette de Laleu, dans son Histoire de la musique au féminin. Qu’importe le sexe ou le genre des doigts, à condition que l’unique critère de délectation soit la sûreté du goût et de l’invention pianistique, orchestrale, voire opératique. Ce que ne manque pas d’illustrer Kaija Saariaho dont L’amour de loin mérite une oreille attentive, complice, ravie.

 

Un pianiste tient sous ses dix doigts, sans compter les pédales, un orchestre en réduction. Ne réduit-on pas d’ailleurs nombres d’œuvres aux dimensions continentales pour piano, tel Le Sacre du printemps, ou tel que le fit pour maints opéras Franz Liszt ? De la pièce la plus intime à la plus symphonique, entre un nocturne de Chopin et la Dante sonate de Liszt, le clavier se joue des espaces et des émotions sonores les plus divers, descriptives, lyriques, tragiques. Ainsi Olivier Bellamy avoue sa passion réellement amoureuse avec un rien d’hyperbole : « Le clavier en tant que représentation du monde, histoire du monde, salut du monde, m’emporte et m’exalte ».

Etant entendu qu’un dictionnaire ne se lit guère d’a à z et de bout en bout, quoique le passionné puisse ainsi se procurer un voyage zigzaguant source de bien des proximités surprenantes (passant de « Mozart » au clavier « Muet » par exemple), bien nous en prendra de commencer par le « pianoforte ». Il fut en fait l’ancêtre de notre piano, capable, au contraire du clavecin, de sonner piano ou forte, selon la délicatesse ou la puissance du toucher pour actionner les marteaux sur des cordes frappées et non plus pincées, ce que ne dit pas Olivier Bellamy. Il avoue avoir nourri « un a priori » contre cet instrument, « grêle et tintinnabulant, grotesque, antédiluvien », jusqu’à ce qu’il rencontre Paul Badura-Skoda jouant Mozart sur un pianoforte Schantz. Il en aime depuis, avec nous, les couleurs, « la mélancolie légère ». Il n’est dès lors pas interdit d’envisager que jouer l’auteur des subtiles variations sur « Ah vous dirais-je maman », Mozart en personne, au moyen d’un grand piano de concert moderne ait quelque chose d’une hérésie…

Si l’on consent à oublier l’ultime « Zut » de l’oubli d’un ré ou d’un sol, l’on va d’« Accord » à « Zimerman Krystian », pianiste qui aime à se déplacer avec son propre instrument, bien qu’il ne soit pas aussi portable qu’une flute. Le lecteur joue en quelque sorte à la marelle en cette mosaïque sonore, de la technique aux interprètes, en passant par les compositeurs, parmi lesquels Franz Liszt se taille la part du lion. Car de nombreuses biographies, sans omettre les œuvres bien entendu, émaillent ce dictionnaire, dont le tropisme romantique est affirmé.

Ce n’est pas sans humour que notre auteur aborde le « pianiste de bar », soliste de « musique d’ameublement » comme le disait Eric Satie. L’écrivain controversé Louis-Ferdinand Céline fait une brève apparition pour voir son style rapide et saccadé comparé à l’Appassionata de Beethoven, quoique l’on doute que ce dernier eût été ravi d’un tel voisinage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’éloge de l’instrument et de son répertoire est entraînant. Au point que nous aimerions le prolonger avec les œuvres de nos contemporains : d’Olivier Messiaen scandaleusement absent, malgré ses Vingt regards sur l’enfant Jésus et ses Esquisses d’oiseaux, voire avec l’inventif minimaliste américain Philip Glass.

Si nous devons à notre tour bien des éloges à Olivier Bellamy, qui nous offrit un autre dictionnaire amoureux consacré à Frédéric Chopin[1], il faut peut-être pointer une tendance un brin dangereuse. Certes nous n’oublierons jamais qu’une sonate ou un impromptu ne prennent vie que grâce à la vigueur, la ductilité et la sensibilité d’une interprétation, que seul Maurizio Pollini (pourtant ici absent) sait faire résonner comme il se doit la première Ballade de Chopin, mais l’on en vient à se demander si le nombre des interprètes n’outrepasse pas celui des compositeurs. Vingt-deux pages pour Glenn Gould en regard de seulement neuf pour les trente-deux sonates de Beethoven, c’est pour le moins disproportionné. Certes encore il y a des pianistes prodigieusement inspirés, tels Martha Argerich ou Gregory Sokolov, sans exclusive aucune ; mais comme sur les pochettes de disques, Bach ou Rachmaninov voient leurs noms rendus minuscules, bien en-deça de la tête d’affiche, certainement vendeuse, de l’interprète diligent, voire à la mode, de la bête de concours, ou de la séductrice aux cheveux d’or balayant la laque noire de son Steinway largement ouvert.

Aussi, pour plus de recherches, faut-il rebondir, encore une fois de manière alphabétique, mais en se concentrant sur 272 compositeurs et 4000 œuvres, avec le vaste livre de Guy Sacré[2]. Ne reste plus qu’à imaginer un Dictionnaire amoureux du clavecin où les Bach, les Couperin, les Scarlatti, leurs interprètes comme le regretté Scott Ross, mais aussi les compositeurs d’aujourd’hui qui le redécouvrent, seraient choyés comme ils le méritent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il eût mieux valu qu’Aliette de Laleu se contente d’un titre noble : Histoire de la musique au féminin. Hélas ce n’est que son sous-titre. L’on veut bien qu’une certaine provocation puisse amuser et piquer le lecteur potentiel. Mais à un tel degré de n’importequoitisme - si l’on nous permet le néologisme - ne peuvent être excitées qu’une coterie de virago revanchardes prétendant que la musique classique est un indécrottable bastion du mâle blanc occidental. Il serait cependant injuste de s’arrêter à l’attentat contre l’intelligence de ce titre racoleur, tant l’essai, même s’il surfe sur une mode féminisante, est intéressant.

Certes, prévient notre auteure, « non, Mozart n’était pas une femme ». Mais sa sœur Maria Anna fut, dit-on également prodige, avant que le mariage l’engloutisse. L’on devine que bien des talents féminins ne purent se développer, en particulier au début  du XIX° siècle, lorsque Fanny Mendelssohn se vit écarter par son père de la carrière musicale, au bénéfice de son frère Félix, que Clara Schuman dut se contenter de sa carrière de virtuose en abandonnant à peu de choses près la composition pour nourrir ses enfants. Or Aliette de Laleu prétend que l’on ne puisse « citer ne serait-ce qu’une compositrice », ce qui est bien excessif.

Il est vrai que le grand public est victime d’une mésinformation, ce pourquoi son essai vient à point. Pour découvrir parmi les premières de l’Histoire, la Grecque Sappho, dont il ne nous reste hélas que quelques dizaines de poèmes amoureux enfiévrés ; mais aussi Cassienne de Constantinople, abbesse orthodoxe qui nourrit la liturgie byzantine ; et que l’auteur de ces modestes lignes avoue avoir ignorée.

Cependant plus connue est la compositrice médiévale Hildegarde de Bingen[3]. Au XII° siècle, outre des visions mystiques et des traités de botanique médicinale, elle compose plus de soixante-dix compositions sacrées vocales et virtuoses destinées aux offices, rassemblées dans la Symphonie de l’harmonie des révélations célestes, sans oublier son Ordo virtutum, « hymnes exigeantes, transcendantes », que l’ensemble Sequentia sait magnifier aujourd’hui. De même les trouvères surent être féminins, comme Beatritz de Dia, experte en élégies amoureuses.

Entre temps, la papauté se mêla d’interdire aux cantatrices les scènes d’opéra ; ce qui contraignit le XVII° siècle italien à recourir aux castrats pour chanter les rôles de reines et autres Cléopâtre dans de baroques opéras, d’Haendel par exemple. La religion catholique se priva longtemps des voix féminines dans ses églises, sauf à Venise où de jeunes vierges cloitrées offrient leurs voix, sinon leurs compositions, au prêtre roux : Vivaldi. Pourtant l’Italie avait vu prospérer la merveilleuse vénitienne Barbara Strozzi, ses madrigaux, ses cantates religieuses et profanes, sans compter les moins divulguées Francesca Caccini et Isabella Leonarda.

Côté français, Élisabeth Claude Jacquet de La Guerre, pourtant claveciniste émérite, protégée de Louis XIV, ne court pas les affiches. Son opéra Céphale et Procris n’eut guère de succès, probablement torpillé par ces Messieurs farouchement habitués au maître de la tragédie lyrique : Monsieur de Lully. Fort heureusement, de nos jours, ses Pièces de clavecin deviennent indispensables aux interprètes de notre nouveau siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré un discours pseudo-scientifique prétendant séparer les capacités musicales masculines et féminines, la fin du siècle des Lumières voit le genre en plein essor de l’opéra-comique investi par des dames nombreuses. À l’époque de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne[4] rédigée au risque de sa tête par Olympe de Gouges, Constance de Salm signe en 1797 une Epitre aux femmes, pour que ces dernières osent contribuer aux arts. Bientôt une heureuse nouvelle s’annonce : « Fin des castrats, début des divas ».

Quant à Hélène de Montgeroult, qui échappa de justesse à la guillotine révolutionnaire grâce à sa virtuosité, la voici rédigeant l’une des plus importantes méthodes d’enseignement du piano de l’Histoire. L’ombre du génie masculin n’a pas seulement caché Clara Schumann ou Fanny Mendelssohn, mais aussi Alma Mahler. Qui sait même si Anna Magdalena Bach n’a pas composé elle-même quelques Suites pour violoncelle seul de son illustre époux. Mais c’est peut-être trop exiger du mythe de la femme géniale…

En tout état de cause le siècle de Franz Liszt ne fut guère ouvert aux compositrices. À moins d’exercer ses talents dans les salons, comme Pauline Viardot, dont les mélodies accompagnées de piano ont un charme fou. À moins de réhabiliter ces « guerrières romantiques », Louise Farrenc et ses symphonies ; quand « les femmes meurent à l’opéra », comme Carmen chez Bizet, Desdémone ou Aïda chez Verdi.

Jusqu’au milieu du XX° siècle, les femmes furent des exceptions dans l’orchestre, sans compter l’inconvenance de porter un instrument à sa bouche et entre ses jambes. Voici cependant le temps des « femmes confiantes », Lili Boulanger par exemple. En outre, le XX° siècle et notre contemporain ne sont pas chiches de noms déjà illustres, comme la britannique Ethel Smyth, non seulement compositrice d’opéras mais aussi suffragette au service du vote des femmes.

Autre injustice à réparer. Car « un long chemin pour les chanteuses noires » ne parvient à s’ouvrir qu’avec peine ; le jazz, avec Billie Holiday, puis la cantatrice Jessye Norman défrichent le terrain. Hélas les années cinquante et soixante ne sont guère ouvertes aux personnalités féminines, que ce soit dans les orchestres ou au sein des chapelles de compositions sérielles et bouleziennes, malgré une Betsy Jolas. Sans parler du rock et du rap, particulièrement machos, au rebours de rares exceptions comme Patti Smith. « Comment réparer l’oubli ? » Une fois de plus par la connaissance, telle qu’elle est entretenu par un tel essai.

 « Et si on réécrivait l’histoire ? », demande Aliette de Laleu, militante et péremptoire. N’allons pas jusque-là, tant idéologues et autres tyrans n’ont eu de cesse de réécrire l’Histoire, de bousculer les statues[5]. Mieux vaut aller aux concerts, féminins ou autres, lorsqu’en notre bel aujourd’hui les interprètes y soient plus également distribués. Ne nous y trompons pas ; en art, en musique, l’égalité des sexes est une absurdité, le seul critère doit être le talent, voire le génie. Et si quelques dames revanchardes arborent en la matière un orgueil féministe mal placé, qu’elles se mettent plutôt à soutenir les dames talentueuses, si elles ne peuvent composer de belles sonates ou de brillants opéras. Il suffit cependant de quelques addenda féminins pour que le palmarès soit à peu près complet, afin de voir advenir, alors qu’un peu plus de 10% des compositeurs sont aujourd’hui des femmes, une « égalité en acte[6] ».

Enumération enthousiaste, l’essai d’Aliette de Laleu convie également des suggestions discographiques bienvenues. Et malgré son titre un brin ridicule, la lecture en est roborative, tant il est documenté sans pédanterie.

Si c’est avec une passion et un engagement communicatifs qu’Aliette de Laleu, chroniqueuse sur France Musiques s’en va au secours de « siècles d’invisibilisation » pour réhabiliter ces dames parmi l’Histoire de la musique, il ne faudrait pas qu’un autre pouvoir tente d’invisibliser, voire de contrarier par une autre injuste discrimination de talentueux messieurs. C’est en quelque sorte à l’aveugle que l’on ouï le mieux les beautés d’une musique savante que l’on aimerait voir, grâce à l’éducation musicale et l’éducation au goût et à la beauté, devenir populaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si Aliette de Laleu ne mentionne qu’en passant quelques noms d’aujourd’hui déjà illustres, prenons la peine délicieuse de faire l’éloge d’une grande dame née en 1952, venue de Finlande et installée à Paris : Kaija Saariaho. Une abondante discographie permet de découvrir son univers. Parmi les plages du disque intitulé Private Gardens[7], résonnent des pièces pour soprano, ou violoncelle, ou flute, ou encore percussion, mais accompagnées à chaque fois par des dispositifs électroniques bellement fantômatiques. Ce sont Six Japanese Gardens où prend  intensément vie une perception renouvelée des éléments rythmiques. Dans Lonh (« De loin » en occitan), le texte en vieux provençal du trouvère Jaufré Rudel acquiert une dimension lyrique nouvelle. L’on retrouve ce tropisme dans son œuvre maîtresse, l’opéra L’Amour de loin[8], créé en l’an 2000 à Salzbourg. En effet, sur un livret d’Amin Maalouf, l’orchestre et les voix conjuguent leurs couleurs pour chanter le fin amor, entre Jaufré Rudel qui, en son château d’Aquitaine, aime une dame inaccessible, la comtesse Clémence, si loin dans la Citadelle de Tripoli. Au gré d’une ascèse intérieure et d’un éprouvant voyage, le prince de Blaye rejoindra son aimée pour mourir entre ses bras. Clémence, qui « aurait tant voulu être poétesse pour vous répondre avec des mots aussi beaux que les vôtres », chante, au treizième tableau du cinquième acte, un air bouleversant : « J’espère encore, mon Dieu, j’espère encore. Les anciennes divinités pouvaient être cruelles, mais pas toi, mon Dieu ». Entre Occident et Orient médiévaux, le philtre musical enivre l’intemporel auditeur.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Olivier Bellamy : Dictionnaire amoureux de Chopin, Plon, 2021.

[2] Guy Sacré : La Musique de piano, Bouquins Laffont, 1998.

[3] Voir : Monachisme médiéval, Hildegarde de Bingen

[4] Olympe de Gouges : Femme, réveille-toi ! Folio, 2018.

[6] Compositrices. L’égalité en acte, éditions MF, 2019.

[7] Kaija Saariaho : Private Gardens, Ondine, 1997.

[8] Kaija Saariaho : L’Amour de loin, Harmonia Mundi, 2009.

 

Photo T. Guinhut.

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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 16:25

 

Ghiacciaio del Monte Cevedale e Monte Zebrù , Martell / Martello, Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Peintures et paysages sublimes

par Alain Mérot, Edmund Burke & Remo Bodei.

 

 

Alain Mérot : Du paysage en peinture dans l’Occident moderne,

Gallimard, Bibliothèque illustrée des histoires, 2009, 448 p, 39 €.

 

Edmund Burke :

Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau,

Vrin, 2009, 300 p, 12 €.

 

Remo Bodei : Paysages sublimes. Les hommes face à la nature sauvage,

traduit de l’italien par Jérôme Savereux,

Les Belles Lettres, 2022, 156 p, 21,90 €.

 

 

Longtemps le paysage ne fut qu’un décor agréable parmi les fresques, un vert jardin aux oiseaux de la Villa Livia à Rome, ou un hortus conclusus[1] pour recueillir la Vierge dans l’imagerie médiévale. La Renaissance pensa peu à peu à le peindre pour lui seul, et non pour agrémenter les scènes religieuses. Cependant ceux des XVII° et XVIII°, puis du XIX° siècle, sont voués à dépasser, au gré d’un étonnant bouleversement des mentalités, ce qui était la peinture classique, ainsi que le montre Alain Mérot. Car bientôt  écrivains, philosophes et peintres voient surgir des « paysages sublimes », selon le titre de Remo Bodei. Ce sublime aux allures extraordinaires subit pourtant une dévalorisation, peut-être irréparable…

 

Le développement de la peinture de paysage est patiemment exposé par Alain Mérot en ce fleuron de la collection de « La Bibliothèque illustrée des histoires ». L’historien de l’art cherche à savoir comment le paysage classique s’est constitué, de son développement à son déclin, entre 1500 et 1800. Loin derrière la valorisation des figures divines et humaines, loin derrière « les enjeux stratégiques, politiques, économiques ou religieux », l’appréciation esthétique des panoramas picturaux prend néanmoins de l’importance.

Le terme venant du grec « parerga » et de l’italien « paesaggi », il désigne au début du XVI° siècle « des tableaux de chevalet ou de cabinet ». Arrière-fond stylisé des crucifixions et des Adorations des Mages et autres retables, puis genre mineur en Italie, dans les Flandres et en France, face aux grandeurs de l’Histoire et de la mythologie gréco-romaine, le paysage, simplement décoratif d’abord, atteint à une réelle dignité grâce à l’art classique. Il est chez Nicolas Poussin transcendé par un épisode biblique qui n’est pourtant qu’une mince scène dans un immense espace. Or notre historien de l’art est en quête « d’une certaine forme idéale dont l’apogée se situe au XVII° siècle ».

Pour ce faire il est nécessaire de sonder la charnière artistique que fut la Renaissance, avec l’apparition de la perspective. Y compris en s’appuyant sur les mosaïques nilotiques romaines, les peintres sont en quête d’un « modèle théâtral » mettant en valeur les actions des dieux et des hommes. L’on imagine des solutions pour intégrer le paysage dans les fresques et les tableaux, en usant des encadrements, de l’artifice des fenêtres, au point qu’à l’heure du romantisme certaines œuvres de Caspar-David Friedrich ne seront plus que des fenêtres. En attendant cette extrémité picturale, le tableau, quelle que soit l’action représentée, se charge de paysages urbains et naturels, de détails arbustifs, parfois d’un réalisme botanique exact, et dignes d’une science descriptive, comme chez Albrecht Dürer. À l’occasion duquel l’on découvre l’opposition entre le paysage nordique et celui méditerranéen. D’arrière-plan décoratif, il passe à la dignité d’un espace immense, où l’enlèvement d’Hélène par exemple n’est plus qu’un prétexte narratif. Au risque de « l’énumération » qu’il faudra dépasser par « l’ordonnancement ».  

Si « forme idéale » il y eut, elle se trouve incontestablement chez Nicolas Poussin, et Claude Lorrain. La campagne romaine et son incomparable lumière en font foi : « Située au terme d’une longue tradition humaniste et poétique, cet exemple montre bien que la description du paysage est devenue une évocation où se projettent les sentiments d’un spectateur méditatif ». « L’héroïque et le champêtre » des scènes bibliques et mythologiques voisinent dans le paysage idéal classique, en particulier chez le maître entre tous, Nicolas Poussin, ce dans le cadre de la « tradition pastorale ». Le goût pour les représentations des saisons est à cet égard probant. Les ports de mers sont sereins et lumineux chez Claude Lorrain ; mais, autour de 1750, ils deviennent presque préromantiques chez Joseph Vernet.

 

 

 Pourtant, au nord, pour penser à la théorie des climats de Montesquieu, les peintres des Pays-Bas animent des paysages atmosphériques avec des nuages marins insistants et tourmentés, comme chez Jacob van Ruysdael.

 Dans une démarche encyclopédique, Alain Mérot étudie également le « paysage chrétien » des ermites, celui du paradis terrestre et des Evangiles, sans oublier les fameux Bergers d’Arcadie qui sous le pinceau poussinien s’interrogent devant une inscription énigmatique : « Et in Arcadia ego », soit celle de la mort, entre pastorale et élégie.

Peu à peu, le paysage pictural est passé à « l’invention poétique » qui culmine avec le romantisme et l’impressionnisme, avant de subir une « crise de la représentation ». À force d’allégories, le paysage devient « hiéroglyphique », y compris chez Nicolas Poussin. Déjà dans les siècles précédents, l’on se heurtait au flou et à l’impalpable, à l’irreprésentable donc : brouillard, sfumato, tempêtes… C’est là qu’intervient le sublime : « Cet extraordinaire et ce merveilleux qui frappe dans le discours, et qui fait qu’un ouvrage enlève, ravit, transporte », selon le Pseudo Longin, ainsi que le traduisait du grec ancien Boileau. Avant même Edmund Burke, les marines et les orages spectaculaires emplissent les tableaux. Au XVIII° siècle, le pittoresque peut avoir tendance à l’emporter sur l’imitation, malgré l’esthétique digne des Lumières d’un peintre comme Pierre-Henri de Valenciennes.

Le chemin est long avant de parvenir au réalisme et à l’impressionnisme à l’occasion desquels une prairie ou une étude de vagues s’est débarrassé « de tout présupposé idéologique ou rhétorique ». Ainsi l’on est passé d’un modèle mental au motif reproduit sur le vif. À moins que cette libération soit un appauvrissement ? Supplantant l’idéalité, la représentation champêtre aurait-elle ainsi réussi à s’assurer le succès auprès d’un public bourgeois en quête d’œuvres anodines ? Et si l’on continue à se poser des questions en allant plus loin qu’Alain Mérot, faut-il voir, au-delà de la fragmentation cézanienne préparant la modernité du cubisme, une désagrégation, voire une maladresse pitoyable du pinceau. Réflexion qui paraîtra pour beaucoup sacrilège…

Fourmillant d’anecdotes, l’essai profus d’Alain Mérot ravit son lecteur, l’enchante grâce aux nombreuses et pertinentes illustrations, de Duccio di Buonisegna jusqu’à Jean-Baptiste Camille Corot, grâce à ses analyses fouillées, ses citations et références, de Pline l’Ancien à John Constable, en passant par le De Pictura d’Alberti[2], les traités de peinture de Léonard de Vinci et de Gérard de Lairesse…

 « On ne savait pas encore voir ni exprimer pleinement au XVII° le spectacle de la mer et surtout de la montagne », note Alain Mérot. Ce n’est en effet qu’au siècle suivant que l’on accède à une connaissance et une capacité de représentation de leur dimension sublime. Surtout grâce à l’essai d’Edmund Burke : Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau. En 1757 cet auteur anglais a soudain intégré une nouvelle dimension : l’« horreur délicieuse», qui deviendra un topos romantique : « une sorte d’horreur délicieuse, une sorte de tranquillité semée de terreur, qui, comme elle se rapporte à la conservation de soi, est une des passions les plus fortes. Son objet est le sublime[3] ». Ce qui s’applique au paysage : « Une plaine très unie et d’une vaste perspective n’est assurément pas une médiocre représentation ; la perspective peut s’en étendre aussi loin que celle de l’océan ; mais remplira-t-elle jamais l’esprit d’une idée aussi imposante ? Des nombreuses causes de cette grandeur, la terreur qu’inspire l’océan est la plus importante[4] ». L’on devine qu’il en est de même pour la montagne…

 

Museo de Zamora, Castilla y León.

Photo : T. Guinhut.

 

Non, le livre de Remo Bodei, Paysages sublimes. Les hommes face à la nature sauvage, en dépit de son sous-titre, n’est pas un traité d’écologisme un brin niais et fort propagandiste, comme il sied à une envahissante doxa[5]. Le traité d’histoire philosophique met avant une révolution esthétique. Bien que ne négligeant pas la peinture, l’horizon de recherche de Remo Bodei est avant tout philosophique et littéraire.

Lieux horribles, lieux délicieux, ce sont en latin les « loci horridi » et les « loci amoeni ». Ils sont « stériles, périlleux, vastes et désolés » au contraire d’une campagne riante et arrosée, couverte de fruits et de plaisirs. Quand le beau est harmonie et sérénité, ce qui n’est pas encore le sublime est effroi et démesure. L’opposition est parlante, jusqu’au XVIII° siècle où les premiers peuvent devenir « sublimes » ; impressionnants donc et permettant de contrôler ses angoisses devant la nature grandiose, menaçante, et face à sa propre finitude, permettant cependant de préserver l’idée de la supériorité intellectuelle humaine au moyen tant d’une intense contemplation que d’une action, comme celle de l’alpiniste : « un défi victorieux à la nature dans la lutte pour la suprématie ». Contre l’humaine mélancolie, la volonté de puissance s’affirme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de parvenir à la révolution burkienne, à son inversion radicale du goût, il est nécessaire de revenir aux sources du mot et du concept de sublime. Ce qui est au-delà des limites, tend au soulèvement oblique vers le haut, a originellement son penseur en la personne du Pseudo Longin, plus exactement un auteur grec anonyme, qui, au II° siècle de notre ère écrit son traité : Du sublimeLa noblesse des attitudes et des pensées, la langue soutenue, élevée, « la véhémence et l’enthousiasme de la passion », « le tour des figures »  et « l’agencement[6] » en sont les ingrédients, car il s’agit du beau discours, oratoire et poétique, dont Homère est le modèle. Mythe et littérature contribuent au soulèvement vers la grande âme.

La civilisation chrétienne y voit à son tour une élévation vers l’éternel et vers Dieu. Le classicisme, entre Boileau (qui traduit le traité de Longin en 1674) et Racine, fait du sublime une poétique de l'enthousiasme, une éloquence de l'éthos et du pathos. Cependant, d’Edmund Burke à Emmanuel Kant, en 1764, le chaos et la sauvagerie de la nature engagent le sublime dans une autre disposition de l’esprit, bien au-delà de l’expérience religieuse et du beau empreint de sérénité des Grecs : une admiration mêlée de terreur dont la transcendance serait de l’ordre de l’esthétique. Et qui serait, avec par exemple des poètes comme Edward Young, auteur des Nuits, ou les créateurs du roman gothique[7], « le cône d’ombre des Lumières ». Car le goût de l’absolu qui empreint le romantisme implique la fin « tant de l’universalité morale que de l’universalité esthétique ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Littérature encore, lorsque Remo Bodei consacre un chapitre entier à un court poème, iconique autant pour les Italiens que pour la notion de sublime : « L’infini », que nous citons in extenso dans la traduction ici offerte par Jérôme Savereux, qui est en fait de Michel Orcel :

« Toujours tendre me fut ce solitaire mont,

Et cette haie qui, de tous bord ou presque,

Dérobe aux yeux le lointain horizon.

Mais, couché là et regardant, des espaces

Sans limites au-delà d’elle, des espaces

Sans limites, de surhumains

Silences, un calme on ne peut plus profond

Je forme en mon esprit, où peu s'en faut

Que le cœur ne défaille. Et, comme j’ois le vent

Bruire parmi les feuilles, cet

Infini silence et cette voix,

Je les compare : et l'éternel, il me souvient,

Et les mortes saisons, et la présente

Et vive, et son chant. Ainsi, par cette

Immensité ma pensée s’engloutit

Et dans ces eaux il m’est doux de sombrer[8] ».

Ainsi énigmatique, Leopardi, en 1826, suscite l’inquiétude et l’enthousiasme, lorsque l’individu disparait dans le vortex de l’infini…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une cartographie de la nature immense s’impose alors, soit, de chapitre en chapitre, montagnes, océans, forêts, volcans, déserts… Seul l’Etna, dans l’Antiquité, pouvait être escaladé, pour y voir la bouche des Enfers. Mais, au contact des cimes, les sensibilités de la seconde moitié du siècle des Lumières, mais aussi des poètes comme Samuel Taylor Coleridge et Percy Bysshe Shelley, dont le poème « Mont Blanc » est un sommet du lyrisme sublime, se hissent « au moyen d’une ascension extérieure qui correspond à une ascension intérieure ». Si un théologien du XVII° siècle, Thomas Burnett, prétendait que la sphère parfaite de la terre avait été déformée par le Déluge, donc par les péchés des hommes, les montagnes peuvent être désormais une voie vers le divin. Le « Grand tour », entre Suisse et Italie, puis l’ascension du Mont Blanc en 1786 contribuent à la popularité des splendeurs alpestre, quoiqu’un philosophe comme Hegel ne fût guère touché par les sommets suisses. Avec ce dernier, « le sublime commence ainsi à migrer de la nature à l’Histoire »

Repaire de tous les dangers, la mer, l’océan, pire encore au-delà des colonnes d’Hercule, est terra incognita jusqu’au bouleversement des grandes découvertes de Christophe Colomb et de Vasco de Gama. D’un sonnet de Giuseppe Carducci, en 1851, au « Voyage » de Charles Baudelaire, l’horizon maritime est le synonyme de la mort, ce qui n’est plus guère le cas aujourd’hui. Le spectacle de la mobilité océanique universelle reste cependant un puissant stimulant de la sensibilité au sublime.

De même les forêts interminables de Germanie terrorisaient les Romains. Plus tard, au contraire, Jean-Jacques Rousseau aimait à se retirer dans les bois, au bénéfice de la rêverie et de l’écriture ; sans oublier l’Américain Henry David Thoreau[9]. S’éloigner « du fracas de la ville et de ses relations contraintes » permet de renoncer au défi, de se couler dans la paix de la nature, même si la chose ne va pas sans une idéalisation. Mais lorsque l’éperon de la découverte ne cesse plus d’ouvrir les forêts les plus lointaines et inextricables à ouvrir leurs secrets, quelque chose du sublime reflue.

La sacralité des volcans, que le souvenir de Pompéi enfoui rendait encore plus menaçant, reste, elle, pérenne, même sans le moindre dieu à son sommet ou en ses entrailles. Celui qui en approche la gueule est, comme Empédocle, un philosophe aspiré par la mort ou un vulcanologue qui risque sa vie. Ils sont avec les tremblements de terre, les plus terribles ennemis de la nature et de l’homme puisque leurs éruptions, outre leurs victimes directes, peuvent entraîner un réel refroidissement climatique, comme en 1815. Leopardi encore, cette fois dans « Le genêt » : « De volcans embrasés elle était constellée, / En maints lieux elle était recouverte de cendres ».

Torride ou glacé, le désert, s’il permet de « se rencontrer soi-même », semble dire à l’homme : « Ici tu n’habites pas et ton passage, dérisoire, n’a peut-être pas de lendemain ». Ne restent que la solitude des anachorètes, ou des ossements. Même si le tourisme, ou le terrorisme, l’humanisent…

« L’élan vers le haut est-il épuisé ? ». Il disparut en effet de la peinture après Turner et Caspar-David Friedrich, ou à peu près. La nature étant balisée, elle n’est plus aussi effrayante que par le passé, elle n’est plus qu’un jardin, une campagne, un circuit organisé. Le développement des sciences, la déshérence du religieux, le confort de nos sociétés, la polluante vulgarité du tourisme de masse, tout ferme la voie au sublime. Même le surhomme nietzschéen, de plus injustement sali par la mainmise du nazisme, n’a plus le prestige de sa hauteur. « La crise du modèle héroïque et sublime » parait sans appel.

Il semblerait donc que le concept de sublime se soit aujourd’hui déplacé. Ce dernier aurait glissé de la nature à l’Histoire - ce qui n’est pas au compliment d’Hegel et du communisme de Marx -, à la politique enfin, qui en trouva l’expression dans les totalitarismes, dans « la communion mystique avec le chef » et « l’esthétisation de la politique » par le biais du fascisme, selon la formule de Walter Benjamin[10]. Tout ce qui permet également l’avènement de la déception des « grands récits[11] », selon la terminologie de Jean-François Lyotard. Peut-être un lambeau du sublime s’accroche-t-il aux espaces intersidéraux de l’univers qui restent à conquérir. Par ailleurs, alors que le tourisme de masse a pu contribuer à affadir ce sentiment, la conscience d’une planète menacée, offensée, en quelque sorte une « Mater dolorosa » devant laquelle l’humanité devrait se flageller, pose de « nouvelles frontières du sublime ». À moins qu’il s’agisse du retour de la religiosité, cette fois à l’égard de Gaïa. Ce serait l’objet de nouveaux essais, qui affirmeraient les errements délétères d’un sublime dévoyé et les ferments d’une juste humilité devant les prodiges de la nature, mais aussi de l’art…

À la lecture de Remo Bodei, l’amateur ne peut que rencontrer la délectation intellectuelle, tant il fait se croiser les prestiges de l’imagination découvrant les paysages sublimes évoqués et ceux de la pensée au travers de ses mots et de ceux des théologiens, poètes et philosophes convoqués et cités avec une rare pertinence, y compris ceux chinois dont la tradition reste acquise en terme de respect des paysages montagneux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est difficile, voire impossible, de s’intéresser au paysage et à ses représentations sans s’appuyer sur le travail colossal de Simon Schama : Le Paysage et la mémoire. Car, moins que le lieu réel, c’est la façon dont il se marque en nous qui le singularise, le rend emblématique. Récits, romans, mythes, tableaux, photographies, cartes postales puis films, tout est fait pour que nous voyions moins l’espace que son icone, son idéal, son cliché. Les hauts lieux naturels, religieux et militaires sont ceux où l’âme et l’Histoire se révèlent à soi-même ; ce que l’essayiste confirme : « rendons justice à l’œil humain, car c’est son regard qui fait toute la différence entre la matière brute et le paysage ». Ainsi les montagnes du Yosemite aux Etats-Unis sont iconiques de la noblesse et de la préservation de la nature ; les forêts de la Germanie, avec leur statue d’Arminius qui anéantit trois légions romaines à Teutobourg en l’an 9, sont le symbole de l’héroïsme national ; les monts, en sus d’être « altitude, magnitude, béatitude[12] », sont philosophiques[13] et parfois politiques, comme le Mont Rushmore où l’on sculpta les faciès grandioses de quelques présidents américains… Un travail quasi poétique, voire idéologique, s’exerce par la mémoire collective sur nombre de paysages, ce que montre avec une écriture aussi torrentielle qu’érudite, prenante, évocatrice, Simon Schama, qui n’oublie évidemment pas Edmund Burke, avec l’indispensable secours d’une abondante et pertinente iconographie. Des mythologies de l’Arcadie aux forêts allemandes célébrées et questionnées par des penseurs aussi différents et controversés que le romantique Philipp Otto Runge ou Heidegger, des peintres aussi divers que Joseph Mallord William Turner ou Anselm Kiefer, la mémoire du paysage apparait comme un  feuilleté de rêves, de cauchemars, de beautés et d’Histoire…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] La Bible, Cantique des cantiques 4, 12.

[3] Edmund Burke : Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009, p 227.

[4] Edmund Burke, ibidem, p 121.

[5] Voir : De l'histoire du climat à l'idéologie écologiste

[6] Du sublime, Les Belles Lettres, 1965, p 3, 10, 11.

[8] Leopardi : Chants, Aubier, 1995, p 103.

[10] Walter Benjamin : L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Allia, 2020, p 90.

[11] Jean-François Lyotard : Le postmoderne expliqué aux enfants, Galilée, 1986, p. 45.

[12] Simon Schama : Le Paysage et la mémoire, Seuil, 1999, p 16, p 441.

[13] Voir : René Daumal, du Mont analogue à l'esprit de l'alpinisme

 

Sierra de la Demanda, Valdezcaray, La Rioja.
Photo : T. Guinhut

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 18:03

 

Soria, Castilla y Léon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les Lieux de Georges Perec,

explorateur d’espaces et de W.

 

Gorges Perec : Lieux,

La Librairie du XXI° siècle, Seuil, 2022, 612 p, 27 €.

 

 

« L’espace semble être, ou plus apprivoisé, ou plus inoffensif, que le temps[1] », remarque Gorges Perec, dont la vie fut trop brève, entre 1936 et 1982. Cependant c’est sur le fil de ce dernier que s’inscrit le romancier, bien que quelques-uns préfèrent être des observateurs de l’espace, des génies du lieu. Antiromantique patenté, Georges Perec fait indubitablement partie des émules de la géographie, soucieux d’objectivité. Ses « lieux » n’ont volontairement rien d’extraordinaire, sauf le regard qui les scrute et les recrute, sauf la méthode systématique et ludique de composition au service l’œuvre finalement littéraire. Et dont les échos avec maints textes et romans de l’auteur de W ou le souvenir d’enfance sont nombreux.

 

L’on ne s’étonnera pas que le maître romancier de l’Oulipo se soit attaché à un tel projet spatial. Sa Vie mode d’emploi était moins narrative que distribuée selon les parties d’un immeuble de Paris. Nous lui connaissions ses Espèces d’espaces, sa Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, qui répondent à ce titre posthume et laconique : Lieux. Si Espèces d’espaces était un petit livre qui, à l’aide d’une gradation ascendante, s’élevait depuis la page, de la chambre jusqu’au pays et au monde, Lieux est plus nettement horizontal.

Ce serait pourtant ignorer que la distribution spatiale de notre regard ne peut faire l’impasse sur la dimension temporelle qui, in fine, l’ordonne : « J’ai choisi, à Paris, douze lieux, des rues, des places, des carrefours, liés à des souvenirs, à des événements ou à des moments importants de mon existence ». Georges Pérec répond ainsi, quoique partiellement, à la question qui taraudait la fin d’Espèces d’espaces : « De notre naissance à notre mort, quelle quantité d’espace notre regard peut-il espérer balayer[2] ? »

 

Plutôt que « l’art du puzzle[3] » qui présidait à La Vie mode d’emploi, Georges Pérec se livre à une topographie ordonnée, comme au rythme d’une énumération qui se veut objective : « je décris ce que je vois, de la manière la plus neutre possible, j’énumère les magasins, quelques détails d’architecture, quelques micro-événements ». Sauf que l’on n’échappe guère à la subjectivité, tant dans un deuxième mouvement d’écriture il évoque les souvenirs afférents.

Tout cela est ordonné dans une méthode : « Chaque texte [...] est, une fois terminé, enfermé dans une enveloppe que je cachette à la cire. Au bout d’un an, j’aurai décrit chacun de mes lieux deux fois, une fois sur le mode du souvenir, une fois sur place en description réelle. Je recommence ainsi pendant douze ans », soit entre 1969 et 1980 en observant douze lieux, comme autant d’heures du jour. La contrainte oulipiesque doit s’achèver avec 288 enveloppes cachetées considérées comme des archives, à ouverture différée, et se déroulant au moyen de la contrainte mathématique chère aux Oulipiens, tel Raymond Queneau. Le tout étant censé aboutir à une traversée du « vieillissement des lieux » et du « vieillissement de mon écriture », sans que l’auteur fût certain de réaliser de telles ambitions. Il rêve d’élever un modeste monument confondant « temps retrouvé » avec « temps perdu ». L’allusion proustienne tient plus du temps du sablier que de celui de la cathédrale du souvenir. D’où le titre qui devint de plus en plus neutre : il pensa d’abord à « Loci Soli (ou Soli Loci) », pour se résoudre au minimaliste Lieux. C’est ainsi, en conformité avec les jeux compositionnels de l’Oulipo - plus exactement Ouvroir de Littérature Potentielle - que dans une lettre à Maurice Nadeau, en 1969, l’auteur des Choses confia son intention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À la lisière de l’écriture de soi, pourtant accusée de donner lieu à une « triple ou quadruple fable autobiographique », et de ce que l’on pourrait appeler l’autobiographie, Georges Perec nous fait parcourir les stations d’une marelle temporelle et géographique, qui n’est pas sans faire penser au bien plus poétique et antérieur Paysan de Paris de Louis Aragon. L’exercice de description obligée se double d’un exercice de neutralité au-devant duquel se présentent les rues, les objets, les vitrines, les enseignes, les affiches, sans guère d’affect, ni désir, fort loin du rousseauisme des Rêveries du promeneur solitaire. Quoique la nostalgie ne soit pas absente. En témoigne la rue de l’Assomption qui lui permet de dresser une « nomenclature des amis d’enfance ».

L’écriture se veut simple, pour laisser transparaitre le réel, « blanche » aurait dit Roland Barthes[4]. Rien de romanesque, rien de transcendantal ne transparait, même si l’écriture travaille « un passé qui se ferme », autour de douze années, « les dotant d’une vie seconde ». Peut-être faut-il voir là une des raisons de l’abandon du projet : « le propos de mon livre m’échappe », confie-t-il. Pour preuve c’est à l’occasion de l’écriture des Espèces d’espaces et de W ou le souvenir d’enfance, en 1975, que ces Lieux trouvent leur borne.

Bistrots, cinémas et leurs films, rencontres ordinaires et déjeuners avec untel, l’œil est sans cesse à l’affut, bien plus que les autres sens. Les traces matérielles répondent à l’engagement mémoriel. Ainsi les bistrots sont parfois synonymes de soirées entre amis, parfois fort alcoolisées - « une cuite fantastique » -, de flirts sans suite - « ce sera certainement le plus platonique de mes amours » -. Des projets de films font bouillonner les énergies, les rencontres, comme à l’occasion de L’Homme qui dort. L’auteur va jusqu’à se déprécier : « Je ne suis qu’un pitre » et douter de la validité de l’entreprise : « Soif de rangement […] devenir seulement comptable d’un passé à peine passé ; puis ressasser. » Il n’est pas non plus toujours amène : « Les musées ça va encore. Mais les Parthénon, le folklore et la spiritualité, Merde ! » Tout ceci visant à « enraciner une existence » ; sans le moindre existentialisme cependant. Car l’on découvre, au fil de la lecture, l’ombre d’une angoisse devant le gouffre du temps : « ces lieux mythiques et momifiés gardant intacts des souvenirs de plus en plus dérisoires »… Reste, selon les mots de Philippe Lejeune, « une sorte de phénoménologie de la mémoire[5] ».

 

Photo : T. Guinhut.

 

Ecrites à la première personne, ces notations ne recueillent cependant guère, voire aucune, narrativité, rien du journal intime et pas plus de projet esthétique. Le constat parait peu littéraire. Mais il entretient, dans ces années soixante-dix, des complicités probablement involontaires avec l’arte povera et le nouveau réalisme, les affiches déchirés de plasticiens comme Villeglé ; ce que l’on pourrait qualifier comme l’air du temps.

Peut-être ne lira-t-on pas ce copieux ouvrage d’un seul tenant. Mieux vaut alors en picorer, déguster, chaque semaine, par exemple, un de ces chapitres alternativement intitulés « réel » ou « souvenir » parmi un chantier sans chef d’œuvre encore, parmi ce qui pourrait passer pour une liste de listes, tel qu’en révélait la substantifique moelle du brillant essai d’Umberto Eco[6]. Et de surcroit recourir aux notes nombreuses et scrupuleuses, à l’index des noms propre, tout ceci au service d’un ouvrage savant édité par Jean-Luc Joly et nanti d’une préface de ce Claude Burgelin qui sut œuvrer au service d’un bel album Pléiade.

Quarante ans plus tard, cette « esquisse architecturale » (selon les mots de Maurice Olender, directeur de collection) trouve son complément dans un site internet, une navigation numérique aux trajectoires libres, dont les possibilités auraient probablement ravi l’auteur ; à moins qu’il eût préféré l’espace mental qui se suffit de naître du papier et de l’encre. Bien qu’inachevé, le work in progress méritait un beau livre : à cet égard l’objet, illustré par une carte utile de Paris pointant les douze lieux, par des photographies du manuscrit et des planches-contact en noir et blanc est une réussite, digne de dépasser les seul amateurs patentés et autres perecophiles. À moins que cet objet-livre puisse compter parmi l’énumération des vanités dont l’auteur des Choses se moquait avec humour…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il était un urbain. La nature ne l’intéressait guère, surtout celle sauvage. En ce sens il vivait et sentait à mille lieux de la sensibilité romantique. Il préférait penser en sociologue du quotidien, inventoriant les choses et le couple de ses futiles et consommateurs personnages ; en autobiographe un brin fantasmatique, à l’instar de son W ou le souvenir d’enfance, épousant le traumatisme de la Shoah qui pesait sur son temps ; en joueur sérieux et facétieux à la fois, goûtant les contraintes et les prouesses linguistiques, telle celle de la « disparition » de la voyelle la plus courante ; enfin en amateur de romans gouleyants qui se boivent avec l’appétit d’un lecteur de Jules Verne, tel qu’il tenta de le réaliser dans les péripéties de La Vie mode d’emploi.

Si en tant qu’enfant survivant, orphelin juif d’origine polonaise, il avait pu être protégé du génocide nazi, il jouait probablement à faire de sa littérature un espace ludique lui permettant d’échapper à l’Histoire, ce qui fut le cas au moyen de l’humour potache de Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour. Pourtant, cette « Histoire avec sa grande hache »  fit un retour obligé parmi les interstices fantastiques et dystopiques de W ou le souvenir d’enfance, peut-être son ouvrage le plus marqué par un humanisme et un tragique inattendus.

Avec un rare talent, Georges Perec a fait exploser l’autobiographie. Le « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance » inaugural du chapitre deuxième se diffracte en une petite enfance à Belleville, puis en trois années suivantes dans le massif du Vercors, malgré les défaillances de la mémoire. Cependant, ce qui pourrait passer pour ressortir respectueusement au genre se trouve bousculé par les fictions intercalés et en italiques consacrées à « W », pays dystopique, situé dans une Terre de Feu fantastique, habité par des Anglo-saxons. L’on y reconnaîtra un avatar de l’Allemagne nazie, voire de l’Union soviétique communiste. L’enfance douloureuse, l’absence de souvenir d’une mère envoyée périr à Auschwitz, donne lieu à un effrayant fantasme où le sport et sa surexposition, caractéristique des régimes totalitaires, glisse vers l’exaltation d’une race d’Athlètes aux tenues rayées arborant le « W » noir sur le poitrail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roman d’un petit garçon fantasmatiquement perdu dans une île lointaine, roman d’aventures encore une fois redevable de Jules Verne, roman politique, W ou le souvenir d’enfance, bien au-delà du réalisme topographique de la plupart des livres de Georges Perec, superpose des spatialités et des projections mentales dignes d’une psychanalyse. Si la compétition sportive forcenée aux règlements absurdes anticipe sur de mortels jeux de télé-réalité, comme Battle Royale[7], il s’agit plus sûrement d’un apologue sur le système concentrationnaire et l’extermination des Juifs. Lorsque « la vie de l’Athlète W n’est qu’un effort acharné, incessant, la poursuite exténuante et vaine de cet instant illusoire ou le triomphe pourra apporter le repos », lorsqu’il « ne sait pas où sont ses véritables ennemis », lorsque « sa vie et sa mort lui semblent inéluctables, inscrites une fois pour toutes dans un destin innommable[8] », le mythe de Sisyphe tel qu’analysé par Albert Camus trouve sa pire illustration.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Georges Perec : Espèces d’espaces, Œuvres I, La Pléiade Gallimard, 2017, p 636.

[2] Georges Perec : Espèces d’espaces, ibidem, p 628.

[3] Georges Perec : La Vie mode d’emploi, Œuvres II, La Pléiade Gallimard, 2017, p 7.

[4] Roland Barthes : Le Degré zéro de l’écriture, Œuvres complètes I, Seuil, 2002, p 173.

[5] Philippe Lejeune : La Mémoire et l’Oblique, P.O.L. 1991, p 192.

[6] Umberto Eco : Le Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[8] Georges Perec : W ou le souvenir d’enfance, Œuvres I, La Pléiade Gallimard, 2017, p 777.

 

Soria, Castilla y Léon. Photo : T. Guinhut.

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 18:13

 

Iglesia San Facundo y Primitivo, Cismeros, Palencia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Des Maîtres de vérité et de la Vérité nue.

 

Avec le secours de Platon, Thomas d’Aquin,

Friedrich Nietzsche, Michel Foucault,

Karl Popper, Raymond Boudon,

David A. Bell & Hans Blumenberg.

 

 

 

Michel Foucault : La Question anthropologique,

EHESS Gallimard Seuil, 2022, 300 p, 25 €.

 

Karl Popper : La Connaissance objective,

traduit de l’anglais par Jacques Rosat, Champs Flammarion, 2012, 580 p, 13,20 €.

 

David A. Bell : Le Culte des chefs, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Fayard, 2022, 384 p, 26 €.

 

Hans Blumenberg : La Vérité nue,

Traduit de l’allemand par Marc de Launay, Seuil, 2022, 300 p, 24 €.

 

 

 

Ils nous guident, nous éclairent, établissent sous nos pas de sûres fondations. Ils peuvent également nous enfumer, nous tromper, nous tyranniser. En d’autres mots, ce sont les maîtres de vérité, veillant sur elle, comme Platon, la fixant, comme Thomas d’Aquin, la distinguant comme Emmanuel Kant, l’interrogeant et la conspuant comme Friedrich Nietzsche et Michel Foucault, ou la protégeant, la réhabilitant comme Raymond Boudon et Karl Popper. Les voici maîtres au sens de la connaissance et de la bienveillance au service du libre-arbitre de leurs disciples, ou au sens du prosélytisme, du commandement, du totalitarisme, comme les fondateurs de religions et d’utopies politiques, et du « culte des chefs » pour reprendre le titre de David A. Bell. Hélas, et suite à ces maîtres de fausseté et d’erreur, rien n’est moins sûr que l’on veuille toujours connaître le vrai. Tant « la vérité nue », telle que l’interroge Hans Blumenberg, effraie, choque ; ce pourquoi il lui faut être voilée pour être décente, pour berner le peuple et l’électeur, quoiqu’avec un succès mitigé et, in fine, dangereux.

 

Différencions les maîtres honorables et nécessaires de ceux tyranniques. Les premiers ont des disciples paisibles, les seconds n’ont que des affidés, des thuriféraires incendiaires, et des esclaves. Faut-il compter les philosophes  parmi les premiers ? Eux dont la maîtrise vise à ouvrir le chemin du vrai…

Peut-être tout commence-t-il par des dieux. Marcel Détienne, dans ses Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque[1], montre qu’alors trois types de personnages prétendent être les détenteurs d’un privilège inséparable de leur rôle institutionnel : l’aède, le devin et le roi de justice ; ce qui leur permet de dispenser la « Vérité ». Du moins du mot grec « Aléthéia », qui signifie à la fois l’ordre rituel, le rapport aux dieux et la puissance cosmique. Fille de Zeus, cette Aléthéia est la déesse qui devient chez les Romains Veritas.

Avec Platon, l’éternelle vérité préexiste à son découvreur. En tant qu’elle est congruence, cohérence et utilité, il est nécessaire de la faire affleurer par le moyen de la maïeutique. Et telle que l’allégorie de la caverne laisse entendre sa réalité. Or son Socrate ne laisse guère de place au libre-arbitre d’un contradicteur, ne demandant le plus souvent que l’assentiment de son auditeur dans des dialogues qui n’en sont guère. Y compris dans Le Banquet, lorsqu’après les propositions de divers intervenants, dont Aristophane avec son mythe de l’androgyne, il s’élève au sommet de la vérité sur l’amour qui lui fut révélée par Diotime. À la rare réserve du Cratyle, dans lequel il ne peut trancher entre une origine imitative ou arbitraire du langage. Reste que « les philosophes véritables […] sont ceux qui aiment le spectacle de la vérité ». L’on suppose qu’il s’agit de celui d’au-delà de la caverne, révélant les essences, pièges de l’idéalisme socratique. Et si « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », le calcul et l’arithmétique sont de ces arts « capables de conduire à la vérité[2] ». Que l’on doit, à la suite de Parménide, distinguer de la voie des opinions ou doxa. Après Platon, dont la vérité est transcendance, Aristote en imagine le sens moderne, celui de l’adéquation de la chose et de l’intellect. Or elle est une cible que l’on peut rater. Ce dont a bien conscience le stoïcien Marc Aurèle : « Si l'on peut me convaincre et me montrer que je juge ou que j’agis à tort, je serai content de changer ; car je cherche la vérité, qui ne peut être un dommage pour personne ; or celui qui persiste dans son erreur ou son ignorance subit un dommage[3] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre du christianisme, de son Dieu, en d’autres termes de sa fiction, il faut arrimer la vérité à son plan supérieur, la souder à son fondement. Concevant le vrai comme un objet transcendantal, selon Thomas d’Aquin, au XIII° siècle, Dieu est vérité. Car « l’on nomme « vrai » ce à quoi tend l’intelligence ». Ainsi, « nous faisons consister la vérité des choses dans leur rapport avec l’intellect divin ». Mieux, Dieu « juge de tout et il connait tous les objets complexes. Et c’est ainsi que la vérité est dans son intellect[4] ». En conséquence l’on doit considérer éternité et immutabilité. En toute logique, le philosophe chrétien de la Somme théologique fait suivre cette question 16 par celle de la fausseté.

Passons par la philosophie scolastique qui distingue les vérités de raison (nécessaires) et celle de de fait (contingentes), par Malebranche qui, dans Le Recherche de la vérité, en 1674, prétend que la certitude de l’intelligence a plus de valeur que la foi,  par Leibniz qui ajoute à ces vérités de raison l’idée d’innéité et à celles de fait celle de l’accord avec la conscience et les sens. Kant ensuite propose la distinction entre vérité formelle de la logique, des mathématiques et vérité matérielle des sciences expérimentales, sans oublier cependant celles éternelles du divin.

Thomas D’Aquin, Leibniz, Kant apparaissent alors comme des maîtres de vérité, plus pour leurs définitions et distinctions que par pulsion de pouvoir. L’on se doute alors que les décentrements de la vérité que furent l’irruption de l’héliocentrisme copernicien, l’évolution des espèces darwinienne, puis la théorie de l’inconscient freudien, ont creusé sinon des failles, mais des chemins plus divers et ouverts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vérité cosmologique gagne ses lettres de noblesse avec l’héliocentrisme de Copernic, entre autres progrès de la connaissance en mathématiques, chimie, biologie entre autres, elle est pourtant remise en cause régulièrement avec la déshérence du géocentrisme aristotélicien, avec la circulation du sang prouvée par Harvey en 1628 et rejetant Galien au rayon des antiquités médicales ; avec l’apparition de tant de découvertes qui invalident les précédentes, voire avec le principe d’incertitude d’Heisenberg qui montre qu’une particule peut-être à la fois et tantôt onde et particule…

Restent alors les sphères des jugements humains, des convictions et des opinions, qui pourraient fonder un accord universel entre les esprits ; sauf qu’ici l’affaire se gâte, entre le caractère douteux de l’assentiment de la majorité et de la subjectivité interhumaine.

Si la vérité scientifique voit certaines de ses parties battues en brèche au profit de modèles plus exacts, le scepticisme renverse avec Nietzsche tout l’édifice de la vérité, ce dans le cadre du renversement du platonisme. Au détour d’une de ces fables animalières dont l’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra est friand, il balaie l’illusion d’un revers de manche : « Ils périrent et disparurent avec la mort de la vérité. Tel fut le sort de ces animaux voués au désespoir, qui avaient inventé la connaissance[5] ». Plus loin, dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, il exécute la certitude enkystée dans les valeurs morales : « Qu’est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphisme, bref une somme de relations humaines qui ont été rehaussées, transposées et ornées par la poésie et par la rhétorique, et qui après un long usage paraissent établies, canoniques et contraignantes aux yeux d’un peuple[6] ».

Embrayant sur ce discours, Michel Foucault[7] lie indéfectiblement le pouvoir à la constitution de la vérité : « On pourrait appeler alèthurgie l’ensemble des procédés possibles, verbaux ou non, par lesquels on amène au jour ce qui est posé comme vrai par opposition au faux, au caché, à l’indicible, à l’imprévisible, à l’oubli, et dire qu’il n’y a pas d’exercice du pouvoir sans alèthurgie ». En somme, selon l’auteur des Mots et les choses, la vérité est politique ou n’est pas, ce qui a conduit un certain post-foucaldisme à affirmer que toute vérité est un effet ou un produit du pouvoir, malgré le déni du maître, qui exerça sa pertinence ainsi : « Rien n’est plus inconsistant qu’un régime politique qui est indifférent à la vérité ; mais rien n’est plus dangereux qu’un régime politique qui prétend prescrire la vérité[8] ». Et l’on ajoutera : la proscrire…

Si La Question anthropologique peut se résumer à « Qu’est-ce que l’homme ? », Michel Foucault ne peut échapper à celle de la vérité. Il la saisit à bras le corps, depuis Parménide en passant par la transition kantienne et Nietzsche, qui procède à l’éclatement du discours anthropologique ; ce qui, à la suite de la nietzschéenne mort de Dieu, prépare la célèbre annonce de la mort de l’homme lors de l’ultime page des Mots et les choses. Ainsi « La démarche idéaliste qui, depuis Protagoras, a tracé le premier chemin de toute philosophie n’est en fait ni radicale ni fondée. Ni fondée parce qu’elle repose sur le préjugé de la vérité, ni radicale parce qu’elle ne le met pas en question ». En somme, toute la philosophie pré-nietzschéenne dupe la vérité. Lors « l’homme ne peut plus être la vérité de la vérité, ni la vérité, la vérité de l’homme ». Reste la belle promesse, quoiqu’elle découle, selon notre philosophe, du peu libéral Karl Marx : « la découverte que l’homme et la vérité ne s’appartiennent l’un à l’autre que dans la forme de la liberté ». À cet égard, la précieuse préface d’Arianna Sforzini s’achève avec une pertinence rare : « Foucault est bien plus moderne que sa lecture postmoderne n’a voulu le voir : à nous de décider si sa modernité est encore la nôtre ». L’injonction est à méditer.

De « Connaissance de l’homme et réflexion transcendantale », selon le titre de la première partie, en passant par « L’anthropologie comme réalisation de la critique » (seconde partie) jusqu’à « La fin de l’anthropologie » (troisième partie), le « nous n’avons pas la vérité est « une conscience qui est infiniment plus profonde déjà que la conscience sceptique[9] ». La mort de Dieu clamée par Nietzsche n’étant pas pour rien dans ce processus. En ce sens, « le nihilisme est beaucoup plus qu’une révolution culturelle dans laquelle s’engloutit la civilisation chrétienne ; c’est plus encore une catastrophe historique dans laquelle l’homme viendrait à perdre sa lumière et la terre son soleil ». La pertinence n’empêche pas un rien de grandiloquence rhétorique. Cependant la pensée humaniste résiste lorsque que Rémi Brague pense « l’anthropologie comme christologie[10] »…

Loin de n’être qu’un rassemblement de « cours » donnés en 1954 et 1955, La Question anthropologique mérite d’être une des ossatures de la pensée foucaldienne, ne serait-ce que parce qu’il s’agit également d’une prémisse de L’Ordre du discours : « Enfin je crois que cette volonté de vérité ainsi appuyée sur un support et une volonté institutionnelle, tend à exercer sur les autres discours - je parle toujours de notre société - une sorte de pression et comme un pouvoir de contrainte[11] ». Mais à trop traquer les pouvoirs, ne risque-t-on pas d’écorner, d’invalider la ou les vérités…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-on penser et accepter des vérités morales absolues ? Il faudra alors s’appuyer non seulement sur la nature humaine et le droit naturel, mais aussi sur les résultats probants du concept moral.

Avec Marx puis Nietzsche, dont Michel Foucault fit son miel, la vérité semble prendre un sérieux coup. Surtout en ce qui concerne les valeurs morales. Ce à quoi répond avec vigueur Raymond Boudon : « Dans la version néo-marxiste ou néo-nietzschéenne, les valeurs sont analysées comme des illusions couvrant des phénomènes de domination ». De plus, « pour Marx et la tradition marxiste les sentiments moraux sont des fantômes qui se forment dans l’esprit humain. Pour Freud et la tradition psychanalytique, il n’existe pas de sentiments moraux : les sentiments moraux sont le produit du complexe d’Œdipe ». Suite à la déconstruction[12] postmoderne, pluralisme et relativisme culturels brouillent le vrai et le faux, le juste et l’injuste. Et pourtant ! « Qui, malgré cette vogue du relativisme, oserait proclamer que les régimes despotiques sont supérieurs aux démocratiques? » Les maîtres de fausseté et d’erreur pullulent en prétendant que les valeurs morales sont des conventions. Alors que Raymond Boudon propose de « réactiver la notion de nature humaine, et de reconnaître que le sens moral en représente une composante essentielle[13] ». Son essai Le Juste et le vrai, sous-titré « études sur l’objectivité des valeurs et de la connaissance », permet de faire se jouxter le vrai de l’objectivité scientifique avec celui assuré à des valeurs qui transcendent les cultures, telles qu’elles sont parties prenantes du droit naturel de l’individu et en permettent l’épanouissement : la liberté, le respect d’autrui, le droit à l’enseignement et aux soins, la paix plutôt que la guerre, l’égalité devant la loi, et caetera, considérés comme des vérités.

 

L’épistémologie contemporaine ne peut ignorer la question de la vérité, de surcroit à l’heure où quelques éveillés du wokisme et de la Cancel culture[14] vont jusqu’à prétendre que la science est blanche et occidentalocentrée, ce qui la condamnerait de fait et permettrait de la contrebalancer avec l’irrationalité des sorcières et des médications traditionnelles africaines. Aussi faut-il avec Karl Popper revoir les bases et les implications de la connaissance objective en son ouvrage ainsi titré.

La démarcation entre sciences et pseudosciences, dont la métaphysique, ne peut se passer de cette méthode qui irrigue La Connaissance objective. Elle emprunte pourtant des voies insolites, via des « nuages et des horloges », des « bulles de savon », ce dont s’est peut-être inspiré Peter Sloterdijk pour sa trilogie des Sphères[15]. Ce qui permet la critique de l’idéalisme et de traiter de la liberté en passant par le darwinisme. La connaissance des lois universelles de la nature est aussi à ce prix, alors que nous sommes que des créatures éphémères et marquées par la finitude. Or, pour Karl Popper, Einstein sert de déclencheur : « jamais il n’y eut de théorie mieux « établie » que celle de Newton, et il est peu vraisemblable qu’il en existe jamais une ; mais, quoique l’on puisse penser de la théorie d’Einstein, il est sûr qu’elle nous a enseigné à considérer celle de Newton comme une « simple » hypothèse ou conjecture[16]  ». Les sciences exactes relèvent alors d’un statut provisoire, entraînant le risque du scepticisme, la vérité paraissant dès lors moins importante que l’efficacité. Pourtant, si aucune théorie n’est peut-être pas vraie, néanmoins les sciences progressent sur le chemin de la vérité. Et si l’on doit risquer et tester des hypothèses, la philosophie de la connaissance n’est plus de l’ordre du sujet ou du fondement transcendantal, mais de la logique, d’où le livre majeur de Karl Popper : La Logique de la découverte scientifique[17]. Un avenir irrésolu s’ouvre devant la recherche, celui d’une philosophie de l’émergence. Ce qui ne remet pas en cause la possibilité du progrès scientifique, au contraire de ce que postule un Thomas Kuhn[18]. En outre, la connaissance ne procédant pas du sujet, elle acquiert une dimension ontologique en tant qu’elle est objective. Le but de la science est alors moins la vérité comme absolu, mais ce que Karl Popper appelle « vérisimilitude », en passant par la validation par correspondance et non par les théories de la vérité-cohérence ou de la vérité-utilité. Les exigences de la rationalité critique sont au prix du couple conjecture réfutation, non sans oublier le rôle moteur de l’échec des théories précédentes et des erreurs. Ainsi l’on peut se garder d’un scepticisme aux conséquences irrationalistes. Or, « insister sur les différences entre la science et les humanités fut longtemps une mode ; c’est devenu une rengaine ennuyeuse. Toutes deux pratiquent la méthode de résolution des problèmes, la méthode de conjecture et réfutation ». La synthèse de la pensée de Karl Popper est peut-être là : « Bien que nous n’ayons aucun critère de la vérité ni même aucun moyen d’être entièrement sûrs de la fausseté d’une théorie, il est plus facile de s’apercevoir qu’une théorie est fausse que de s’apercevoir qu’elle est vraie. Nous avons même de bonnes raisons de penser que la plupart de nos théories - même nos meilleures théories - sont, à strictement parler, fausses ; car elles simplifient les faits à outrance ou les idéalisent. Pourtant une conjecture fausse peut s’approcher plus ou moins de la vérité. Nous en arrivons donc à l’idée de proximité par rapport à la vérité, ou d’une approximation plus ou moins bonne de la vérité - à l’idée de vérisimilitude[19] ».

 

Cette fois comme philosophe politique, Karl Popper, dans La Société ouverte et ses ennemis, dénonce trois maîtres de vérité : Platon, Hegel et Marx. Outre qu’ils contreviennent à une société ouverte où la libre démarche scientifique peut naître et se développer, ils entretiennent le glissement vers la tyrannie et le totalitarisme, via leur goût pour des lois déterministes et la fatalité historique. Chez Platon, le « philosophe-roi » est l’emblème d’une élite omnipotente, au sein du collectivisme d’une république où l’individu n’est rien. La justice platonicienne est fondée sur une différence irréductible de classe : « pour nous, la justice suppose une certaine égalité dans le traitement des individus, tandis que Platon ne la considère pas comme s’appliquant aux relations entre ceux-ci, mais comme une propriété de l’Etat tout entier[20] ». Quant à l’auteur des Leçons sur la philosophie de l’Histoire, le voici brocardé en adepte de la dialectique, qualifiée de « méthode magique », en maître à penser de l’Etat prussien, dont il fut « le philosophe officiel », et d’un Etat omniprésent et omniscient, « son aversion pour le libéralisme[21] » confortant sa conception de l’Etat en tant qu’Esprit, soit tout un « fatras nauséabond ». Le troisième, contempteur du capital bourgeois infiniment coupable, établit le dogme du prolétariat salvateur et de son parti en digne théoricien du totalitarisme[22], tel que l’assurent les dix mesures inscrites dans le marbre rouge du Manifeste du parti communiste. Cependant, bien que Karl Popper démonte le « raisonnement prophétique marxiste[23] » et ses incohérences, il conclue par une surprenante profession de foi, qui réhabilite le maître de vérité : « Le marxisme « scientifique » est bien mort. Mais le marxisme moral doit survivre ». C’est ne pas avoir lu, malgré le scrupule qu’on lui connait, le Manifeste du parti communiste jusqu’à ses dernières pages qui cadenassent toute espérance de société ouverte.

 

Dans son « Impromptu » de Vincennes, le 3 décembre 1969, Lacan s’écrie : « L’aspiration révolutionnaire, ça n’a qu’une chance, d’aboutir toujours au discours du maître. C’est ce dont l’expérience a fait la preuve. Ce à quoi vous aspirez comme révolutionnaires, c’est à un maître. Vous l’aurez[24] ». Ce que confirme l’obédience maoïste, communiste et anarchiste, en deux mots anticapitaliste et antilibérale des agités de mai 68, à l’instar de celle rouge et verte d’aujourd’hui, tous maîtres de fausseté qui n’attendent que le charisme d’un leader, d’un premier secrétaire du parti, d’un guide ou führer, d’un chef. À moins de préférer une figure religieuse d’amour et de pardon, comme ce Christ qui prétendait cependant diviser ceux qui sont avec lui de ceux qui s’en éloignent, comme le bon et le mauvais larron, au risque d’enchaîner l’évangélisation à la contrainte. Comme ce prophète unique d’une autre religion révélée qui ne craint pas de recourir au crime pour punir ceux qui refusent la soumission. À la hauteur d’une telle démesure, la vérité théocratique se dresse, vengeresse et sans pitié.

Du charisme à la tyrannie, il n’y a trop souvent qu’un pas. En témoigne l’essai de David A. Bell, Le Culte des chefs, sous-titré « Charisme et pouvoir à l’âge des révolutions ». Car de l’Europe aux Amériques, les espérances révolutionnaires conduisirent au pouvoir suprême de charismatiques chefs militaires. Pascal Paoli en Corse, George Washington aux Etats-Unis, Napoléon Bonaparte en France, Toussaint Louverture en Haïti, Simon Bolívar en Bolivie suscitèrent au tournant du XVIII° et du XIX° siècle l’enthousiasme des populations, au point de parvenir au sommet du pouvoir. Issus de la démocratie et de l’impact du charisme politique, ces dirigeants n’en devinrent pourtant pas toujours des défenseurs de cette démocratie, comme George Washington, mais des tyrans entraînant leur peuple galvanisé par leur hubris vers l’abattoir des guerres de conquête, à l’instar de Napoléon. De tels destins d’exceptions permettent à l’historien David A. Bell de réhabiliter l’influence de personnalités hors du commun sur l’Histoire, comme lorsqu’Hegel vit en 1806 passer « l’âme du monde[25] » sur son cheval et sous les traits de Napoléon. Mais aussi de déciller notre analyse des mouvements révolutionnaires, tout autant que de remarquer qu’aucun temps n’est immunisé contre la figure du chef charismatique, le plus souvent délétère, au sens où son aura intrinsèquement religieuse lui confère une vérité dangereuse. Il est vain de croire que nous serions dans l’avenir débarrassés de prétendus pères fondateurs tels qu’Hitler ou Staline, dont « la légitimité perçue de leurs régimes dépendait de la dévotion extatique qu’ils prétendaient avoir inspirée (et, dans une mesure effrayante inspiraient bel et bien) à leurs populations ». David A. Bell ajoute avec raison que « le charisme politique peut bel et bien aider des leaders ambitieux à détruire des régimes constitutionnels[26] ».

 Ce qui n’est pas sans jeter un sérieux doute sur les vertus de la démocratie moderne, cette vérité dont on ne voit guère la face sombre, soit la capacité à élire, par la vertu de la majorité, voire de l’admiration, de futurs dictateurs.

 

Museo de Sigüenza, Guadalajara.

Photo : T. Guinhut.

 

En 1792, Florian consacre à notre sujet sa toute première fable, en tête de son recueil :

« La Vérité toute nue

Sortit un jour de son puits.

Ses attraits par le temps étaient un peu détruits.

Jeunes et vieux fuyaient sa vue.

La pauvre Vérité restait là morfondue,

Sans trouver un asile où pouvoir habiter.

À ses yeux vient se présenter la Fable richement vêtue.

[…]

Pourquoi vous montrer toute nue ?

Ce n’est pas adroit. Tenez arrangeons-nous ;

Qu’un même intérêt nous rassemble :

Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.

Chez le sage, à cause de vous,

Je ne serai point rebutée ;

À cause de moi, chez les fous

Vous ne serez point maltraitée[27] ».

 

Aux vérités nues qui dérangent, effraient, faut-il préférer une réconfortante illusion ? La question est aussi vieille que le monde et la réponse est polymorphe, voire inextricable, dans l’appareil de la métaphysique et de la religion, voire de la philosophie t de la science.

Retournons aux sources de la métaphore de Nuda Veritas, telle que la déplie et l’inscrit dans le champ philosophique Hans Blumenberg parmi les pages de son essai sobrement intitulé La Vérité nue, qu’il s’inscrit dans le champ de sa métaphorologie. Entre « deus nudus » et « deus revelatus », nos civilisations hésitent. Pourtant, aussi bien chez Socrate que dans l’eschatologie chrétienne, l’homme, qui d’abord ne fut couvert que de la nudité adamique, se présente à la fin des temps nu devant ses juges. Alors que la nudité, telle celle de Noé moquée par son fils Cham, peut-être objet de scandale.

Curieusement Hans Blumenberg ne procède pas chronologiquement. À une histoire de la vérité vêtue ou dévêtue, il préfère un sinueux parcours, de Nietzsche à Lichtenberg, en passant par Bayle et Kierkegaard, Kafka et Rousseau, en des chapitres comme des articles un brin disparates ; ce qui ne rend pas la lecture du propos toujours aisée.

En accordant vertu sociale aux apparences, Pascal préfère laisser la vérité à sa discrétion, tandis que les philosophes de Lumières sont partagés. Nietzsche, lui, tout en déchirant les voiles, considère le danger du dévoilement, alors que Freud tient à ouvrir le coffre de l’inconscient dans l’intérêt d’une thérapeutique, tout en prônant un rigorisme de la vérité. Néanmoins, au détour d’une réflexion qui se confronte à Kant, l’on se demande s’il faut « attendre de la métaphore du dépouillement du vêtement dogmatique que rien d’autre que la vérité nue en surgisse[28] ». Le dogme, qu’il soit religieux ou politique, apparait alors comme un mensonge. Mais ce qui apparait ici en filigrane, et continument, c’est le besoin de consolation, la nécessité de l’illusion face au tragique de la condition humaine et de l’Histoire. En revanche, les secrets de la nature étant cachés, des scientifiques comme Copernic, Galilée ou Newton ont pu révéler ce que l’ignorance avait longtemps recouvert d’un voile affreux. Ainsi la nudité apparaitrait comme un idéal où brillerait la vérité, si noire soit-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que faire pour cacher les parties honteuses de la vérité ? La voiler, la burkiniser, laisser s’effacer les vidéos qui auraient montré qu’autour du Stade de France, les racailles issues de l’immigration musulmane (sans exclusive) ont pillé, volé, frappé, agressé sexuellement, et interdire les statistiques ethniques ; mais aussi, dans d’autres registres, nous faire prendre les vessies rouges du communisme pour des lanternes vertes de l’écologie planificatrice obscurantiste, nous faire croire que plus de socialisme et d’Etat rédimera les échecs de ces derniers, qu’un Etat surendendetté peut encore distribuer un argent magique en épuisant les citoyens à coup d’impôts, de taxes, de contraintes et d’interdictions diverses d’entreprendre tant dans les domaines des énergies fossiles, que dans celui des plantes génétiquement modifiées ; ad libitum. Etant bien entendu que vous n’avez pas lu ce paragraphe à l’obscène vérité nue qui ne manquera pas d’éclater aux yeux des aveugles volontaires…

Reportons nous à la sagacité de celle qui sait que « les chances qu’a la vérité de fait de survivre à l’assaut du pouvoir sont effectivement très minces » : Hannah Arendt. Elle poursuit dans Vérité et politique son analyse imparable : « Le résultat d’une substitution cohérente et totale du mensonge à la vérité factuelle n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel […] se trouve détruit[29] ».

 

Hier, aujourd’hui, demain, historiens, scientifiques, philosophes, sociologues, politiques et religieux se disputent la dignité unique de maître de vérité ou tentent, comme Raymond Boudon et Karl Popper, d'en dérouler les méthodes et la nécessité. En décapant et annihilant ce Graal philosophique, Nietzsche et Foucault sont-ils encore de ces maîtres de vérité ? À moins que leur coup de force aboutisse à un statut de véracité surplombant, au-dessus d’une tabula rasa… Et quand Orwell commande son 1984 au moyen du « Ministère de la vérité[30] », il n’ignore pas que trop souvent la politique et son cortège de démagogie inaugurent l’ère du mensonge.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Marcel Détienne : Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Le Livre de poche, 2006.

[2] Platon : République, V 475 e, VII 525 b, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 1642, 1690.

[3] Marc Aurèle : Pensées, VI 21, Les Stoïciens, La Pléiade, Gallimard, 2011, p 1182.

[4] Thomas d’Aquin : Somme théologique, Cerf, 1984, I, p 274, 275, 279.

[5] Friedrich Nietzsche : « La Passion de la vérité », Cinq préfaces pour cinq livres qui n’ont pas été écrits, Œuvres, I, p 293, La Pléiade, Gallimard, 2000.

[6] Friedrich Nietzsche : Vérité et mensonge au sens extra-moral, ibidem, p 408.

[8] Michel Foucault : « Le souci de vérité », Dits et écrits II, Gallimard Quarto, 2001, p 1497.

[9] Michel Foucault : La Question anthropologique, EHESS Gallimard Seuil, 2022, p 119, 159, 163, 185.

[10] Rémi Brague : Après l’humanisme. L’image chrétienne de l’homme, Salvator, 2022, p 83.

[11] Michel Foucault : L’Ordre du discours, Œuvres II, Pléiade Gallimard, 2015, p 232-233.

[13] Raymond Boudon : Le Juste et le vrai, Champs Flammarion, 2009, p 46, 439, 440.

[16] Karl Popper : La Connaissance objective, Champs Flammarion, 2009, p 50-51, 287.

[17] Karl Popper : La Logique de la découverte scientifique, Payot, 1973.

[18] Thomas Kuhn : La Structure des révolutions scientifiques, Champs Flammarion, 1983.

[19] Karl Popper : La Connaissance objective, ibidem, p 287, 466.

[20] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, I, Seuil, 2012 p 83.

[21] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, ibidem, II, p 18, 19, 39, 55.

[23] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, ibidem, II, p 100.

[24] Jacques Lacan : Annexes au Séminaire, XVII, L’envers de la psychanalyse, Seuil, 1991, p. 239.

[25] Hegel : Correspondance, Tel Gallimard, 1990, t I, p 115.

[26] David A. Bell, Le Culte des chefs, Fayard, 2022, p 245, 250.

[27] Florian : Fables, Garnier, sans date, p 19-20.

[28] Hans Blumenberg : La Vérité nue, Seuil, 2022, p 231, 214.

[29] Hannah Arendt : Vérité et politique, L’Humaine condition, Quarto Gallimard, 2012, p 792, 815.

[30] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 14.

 

Saint-Thomas d’Aquin, Paredes de Nava, Palencia.

Photo : T. Guinhut.

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 16:04

 

Tre Cime de Lavaredo, Cortina d'Ampezzo, Veneto.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Poésies verticales et résistances poétiques :

Roberto Juarroz, Taras Chevtchenko,

Pierre Seghers & Otis Kidwell Burger.

 

 

Roberto Juarroz : Poésies verticales,

traduit de l'espagnol (Argentine) par Fernand Verhesen,

Poésie Gallimard, 2021, 368 p, 9,50 €.

 

Taras Chevtchenko : Notre âme ne peut pas mourir,

traduit de l’ukrainien par Guillevic, Seghers, 2022, 128 p, 14 €.

 

Pierre Seghers : La Résistance et ses poètes. Récit & Anthologie,

Seghers, 2022, 528 p, 22 € & 336 p, 17 €.

 

Otis Kidwell Burger : L’Amour est une saison,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin,

Le Don des nues, Rue de l’échiquier, 2022, 64 p, 16,90 €.

 

 

 

Toujours debout se tient la poésie. Elle ne peut se coucher devant les « armées de travail obligatoires[1] » communistes, ni devant le productivisme capitaliste. Et malgré tous ceux qui voudraient l’enrôler dans un engagement idéologique et collectiviste, elle reste aussi individualiste que libre. Pour preuve, l’Argentin Roberto Juarroz et ses Poésies verticales ne se sont jamais pliés ni couchés devant quelque obédience politique que ce soit, déplaisant à tous ou à peu près. En revanche, Taras Chevtchenko, un Ukrainien du XIX° siècle paya de sa vie son combat en faveur de la liberté, tout en nous léguant ses poèmes engagés et enfiévrés. Une telle résistance est également la charpente de nombreux poètes français au cours de la Seconde Guerre mondiale, face au nazisme, quoique leur complicité avec le communisme fût trop souvent dommageable. Cependant, « allongée face contre terre dans l’herbe », Otis Kidwell Burger, une Américaine, dont les hasards de l’actualité éditoriale nous fournissent les sonnets, préfère choisir la résistance de l’intemporel.

 

Il dut se résoudre à publier à compte d’auteur ses quatre premiers recueils, quoique le troisième se vit gratifié d’une préface de Julio Cortazar ; avant de les voir un brin traduits et cependant appréciés avec ferveur loin de son Argentine natale. Né en 1915, Roberto Juarroz, de 1958 à sa mort en 1995, fit paraître jusqu’à quinze poésies verticales, ne variant jamais d’un iota son titre.

Comme dans le cadre de la théologie négative à l’égard de Dieu, l’on peut approcher la connaissance de Roberto Juarroz au moyen de tout ce qu’il n’est pas. Il n’est en effet pas le moins du monde narratif ni autobiographique. « Abandonner la biographie », professe-t-il dans son douzième volume, mais également dans le onzième :

« Je ne puis admettre aucune histoire,

ni filiation ni origine.

Toute histoire est toujours autre.

Même ma propre histoire ».

L’écho du « je est un autre » rimbaldien est cependant ténu, car bien moins exalté. Il n’est pas plus lyrique, ni prophétique, ni polémique, en aucun cas fantastique, et guère réaliste, évidemment en rien politique. Comme Jorge Luis Borges relégué sur le marché aux volailles par le pouvoir de Peron, il fut licencié puis arbitrairement déplacé de son poste de bibliothécaire, pour non-conformité politique. Au contraire de maints poètes latino-américains qui se précipitèrent tête baissée dans la foi communiste, dont l’éhonté Pablo Neruda qui reçut le Prix Staline de la Paix, quoiqu’Octavio Paz eût le mérite de ne pas succomber à de telles sirènes, Roberto Juarroz tint à garder sa dignité intérieure : « J’ai toujours détesté la politique, et je crois que c’est le plus grand ennemi de la poésie, quelle que soit sa couleur ». Loin de n’être qu’un superficiel rejet, la conviction du poète relève d’une réelle acuité : « La politique, le pôle contraire de la poésie à mes yeux, consiste dans la lutte, l’action ou l’élucubration centrée (ou décentrée) sur le possible, sur la conquête et l’exercice du pouvoir, grâce en particulier à l’organisation toujours plus ou moins coercitive (pour ne pas dire totalitaire) de l’Etat », dit-il dans Poésie et réalité.

 

La précédente allusion religieuse à la théologie négative n’est pas là en vain. Car s’il perdu définitivement la foi, une sorte de mysticisme sans dieu anime sa poésie en vers libres. Face à un dieu absent, « elle est un essai d’exprimer ce qu’il est quasi impossible d’exprimer[2] ». Entre ontologie et tentative métaphysique, entre vertige existentiel et tentative méta-poétique, « la poésie est la religion originelle de l’humanité, originelle et finale[3] », tempère-t-il. En ce sens la poésie de notre Argentin est sévère, sans concessions, peut-être minimaliste, s’attachant à faire sortir du chaos universel l’œuvre, allusive, ténue, ferme cependant, telle que dans la IIIème poésie verticale :

« Les formes naissent de la main ouverte.

Mais il y en a une qui naît de la main fermée,

de la plus intime concentration de la main,

de la main fermée qui n'est et ne sera pas un poing.

L'homme prend corps autour d'elle

comme la fibre ultime de la nuit

lorsqu'elle engendre la lumière qui coïncide avec la nuit.

Peut-être avec cette forme sera-t-il possible

de conquérir le zéro,

l'irradiation du point sans résidu,

le mythe du rien dans la parole. »

 

Ainsi ce sont peu de métaphores, qui habitent ses vers, sinon choisies avec soins et sans emphase, seul « le texte qui équivaut à être ». Non seulement les mystiques, Maître Eckhart par exemple, ont joué un rôle dans l’apprentissage poétique de Roberto Juarroz, mais son approche du vide, de l’univers et de la parole, n’est pas sans devoir quelque chose au bouddhisme zen. Ainsi oppose-t-il l’aspiration à  la transcendance à la réalité de l’immanence. Reste alors

« Une écriture qui supporte l’intempérie,

qui puisse se lire sous le soleil ou la pluie,

sous la nuit ou le cri,

sous le temps dénudé ».

 

Cependant, malgré son apparente abstraction, « la poésie est une porte d’accès à la réalité », selon les mots du préfacier Réginald Gaillard, qui rapproche avec pertinence cette ascèse avec L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti. En outre, si « elle ouvre l’échelle du réel », il s’agit plus exactement une quête de la réalité intellectuelle, une recherche du sens, « pour obtenir un visage de paroles / que l’abîme n’efface pas ». Voire « le rite indispensable / de fonder un autre langage ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affirmant que « le langage est la clef de la capacité créatrice de l’homme[4] », et face à la condition absurde, Roberto Juarroz élève son ambition à la hauteur de l’art. Son éthique est une esthétique et une gnoséologie. Et malgré sa nécessité, il n’est pas certain qu’elle soit une consolation, son seul mérite étant sa beauté, son abîme et sa verticalité devant le temps, son ascension et sa pesanteur ; par exemple dans la IIIème poésie verticale :

« Crevasse dans le cœur de l'imminence,

tandis que le pied de l'espérance

danse son temps bleu,

amoureux de sa propre ombre.


Il y a un hymne en attente

qui ne peut commencer

avant que la danse n'achève

sa culture du temps.


C'est un hymne vers l'arrière,

une imminence inversée,

l'ultime aiguillée pour lier la source

avant que sa coulée ne l'emporte.


Il y a des chansons qui chantent.

D'autres sont immobiles.

Les plus profondes reculent

dès leur première lettre ».

Cette anthologie ne comprend que les quatre premières et la onzième des Poésies verticales, original et traduction. Quoique laissant espérer des œuvres complètes peut-être à venir en édition également bilingue, elle reste fort méritoire, d’autant plus qu’elle s’enrichit d’un essai de 1987 : Poésie et réalité. Une voix à nulle autre pareille, une poétique de la présence du langage au monde, nous est révélée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si notre poète argentin tient à faire abstraction de l’Histoire, ce n’est en rien le cas de ceux qui sont acculés à la Résistance face à un pouvoir totalitaire, une tyrannie militaire et guerrière envahissante. L’actualité russo-ukrainienne, si elle a un seul mérite, permet de redécouvrir un auteur venu d’Ukraine et du XIX° siècle. Taras Chevtchenko, né en 1814, mourut d’épuisement en 1861 à la suite des divers emprisonnements, vexations et déportations infligés par le pouvoir tsariste : Nicolas Ier exigea de surcroit qu’il ne puisse ni dessiner, ni écrire. Il n’empêche qu’il avait en 1845 produit un intense recueil : Kobzar, du nom des chanteurs errants. En voici un choix avec Notre âme ne veut pas mourir, aujourd’hui judicieusement réédité, dans la même traduction de Guillevic parue en 1964. Traduits en vers blancs, ces poèmes s’inscrivent en des genres divers : ballades, élégies, chansons, pamphlets, épopées enfiévrées… Le lyrisme et la nostalgie sont parfois tendres : « Mon cœur s’envole / vers un jardinet sombre dans l’Ukraine ». Hélas ils sont frappés au coin du tragique :

« J’ai grandi dans la servitude

Et c’était chez des étrangers,

En esclavage je mourrai

Sans voir les larmes de mes proches ».

Cependant, bien loin de l’Ukraine, le Caucase, où périt l’un de ses amis officiers, est « Un massif montagneux entouré de nuages / Tout couvert de chagrin, tout entouré de sang ».

L’on sait que le maître-mot du romantisme est la passion, qu’elle soit amoureuse ou à l’égard de la liberté, comme dans le cas de Lord Byron, de Percy Bysshe Shelley[5]. Ou encore du hongrois Sándor Petőfi, du Polonais Adam Mickiewicz. Mais aux confins de l’Europe, Taras Chevtchenko l’aime jusqu’à la mort, tout en affirmant que l’âme d’un peuple ne peut mourir : « la liberté, / arrosez la avec le sang de l’ennemi ». Romancier, dramaturge, peintre, poète-fleuve, qui fut également à l’origine de l’orthographe ukrainienne, il est donc considéré comme le poète national et fondateur. Comme ses ancêtres qui durent également lutter contre les rois polonais et les sultans turcs, il n’eut de cesse de combattre l’expansionnisme de la Russie impériale, l’Eglise n’étant par ailleurs guère qu’une complice des Tsars :

« Ce n’est certes pas pour l’Ukraine

Mais c’est pour son bourreau que tu répands ton sang.

Tu as dû boire le poison moscovite,

Le poison moscovite il t’a fallu le boire. »

Ou encore :

« Pas la liberté désirée.

Elle dort. Le tsar Nicolas

L’a mise en sommeil, et, crois-moi,

Cette chétive liberté

Pour la réveiller tout d’abord,

Il nous faut nous mettre tous ensemble

À tremper la tête de hache ».

Et d’ardemment inviter son peuple à s’unir, à prendre les armes : « Fraternisez ! », « Brisez vos chaines ! », « Aiguisez la hache ! » L’on peut aisément imaginer que la poésie de Taras Chevtchenko est vigoureusement épique. En effet, quoique bref, « Galamia » relate l’expédition des Cosaques entreprenant d’arracher leurs frères prisonniers des griffes turques. Jusqu’au registre du merveilleux : « Le Bosphore se mit à trembler car jamais / Il n’avait entendu les Cosaques pleurer ».

Voilà un beau recueil, dont l’actualité ne se dément pas et dont il ne faut pas se priver ; d’autant que les bénéfices seront reversés à l’action humanitaire de L’AMC France-Ukraine. Ainsi pourra-t-on rendre l’héritage du poète à son peuple, lui qui s’est peint sous les traits de « Perebendia », un homme fantasque, un vieil errant qui chante en dissipant la tristesse…

Que les quelques dizaines de milliers de morts sous les feux et les bombes de la Russie poutinenne l’entendent ! Pourtant aucun d’entre eux, fût-il poète, ne fut protégé par la poésie. À moins que celle de Taras Chevtchenko ne galvanise les héros qui combattent l’envahisseur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ces mêmes éditions Seghers, voici une autre réédition d’importance : La Résistance est ses poètes, soit deux volumes complémentaires, « Récit » et « Anthologie », initialement parus en 1974. Pourtant le premier, qui se déroule de la « drôle de guerre » jusqu’à la Libération, dont l’auteur déplore l’hypocrisie et les crimes de résistants opportunistes, n’est pas qu’une histoire de la Résistance entre 1940 et 1945, puisqu’il est enrichi de nombreuses citations, voire de poèmes entiers. C’est à une véritable enquête que nous participons, à la découverte de poètes connus, d’autres méconnus, voire enfouis dans la poussière du temps. Car ils sont parfois anonymes, au point que l’historien ne puisse toujours lever cet anonymat. D’autres fois leur jeunesse lyrique et polémique s’acheva trop tôt sous les balles des exécutions nazies.

Ne doutons pas que Pierre Seghers eût toute autorité pour rédiger et ordonner une telle somme. Lui-même poète et résistant, il connait jusqu’aux publications les plus clandestines, celles qui purent à mots cryptés tromper la censure. Il précise - et cela va sans dire - qu’il ne s’agit « pas de la poésie d’un parti politique, mais celle de l’homme en danger de mort ».

Voici la grande fresque de l'aventure individuelle et collective des poètes qui se sont noblement engagés, qui ont offert leurs mots et leurs vies au service du combat contre l'occupant allemand. De bien grands noms de la poésie française du XX° siècle répondent présents, comme Louis Aragon, René Char, André Desnos, Paul Eluard, Jules Supervielle… Et bien d’autres qui ne trouvent qu’ici la trace de leur écriture interrompue par la mort, leur stèle poétique, si mince soit-elle et pourtant vivante encore.

Parmi l’inépuisable coffre aux trésors qu’est ce diptyque, l’on risque forcément d’être injuste en oubliant tant de cris pathétiques et tragiques, tant de polémiques pamphlets contre l’occupant, tant de beautés brûlantes. Pensons aux XX Cantos publiés en 1942 par Pierre Emmanuel, à l’occasion de la fusillade des otages de Chateaubriand, mais avec une écriture dont la discrétion, la concision, au service de la puissance évocatoire, n’a guère d’équivalent :

« Les roulements des roues

les cahots des ténèbres

les tambours qui s’ébrouent

la lune aux mains de neige

Paris Nantes Bordeaux

nos peines capitales

nos vergers les plus beaux sont greffés par nos balles »

Plus loin, un malheureux  qu’Auschwitz n’a pas épargné, Maurice Honel, use d’un dernier courage pour écrire ce qu’il faut nommer poésie concentrationnaire[6] :

« Nous étions vingt pour mille

Restés vivants

Moins-values débiles

À danser dans le brouillard de septembre

Dans le charbon perpétuel

Au cirque des crématoires ».

L’anthologie préfère ranger ces voix historiques par ordre alphabétique, depuis un anonyme, pour qui « La prison bourdonne, dents serrées », jusqu’au « Poème macabre » de François Wetterwald, qui demande « tête ballante, sexe ballant… Squelette, squelette, où vas-tu ? », en passant par Loys Masson : « Liberté - son printemps glisse en coulées de menthe sur les morts / vers les prisons assises entre leurs pieds grêlés d’astres ». Ces trop minces citations laissent entendre combien cette période poétique est extraordinairement riche, combien les vers peuvent être l’unique au-delà nécessaire.

Si la résistance face au totalitarisme nazi, qu’elle fut active ou intérieure, ne pût être qu’un impératif catégorique au sens kantien, il est néanmoins remarquable que nombre de ces poètes résistants furent des thuriféraires du communisme, au point qu’un Aragon écrivit une « Ode à Staline ». Résister, et aujourd’hui se parer d’une telle noblesse, n’est pas être borgne en pratiquant la servitude volontaire, la tyrannie agissante au service d’un autre totalitarisme auquel l’Histoire n’a pas opposé de procès de Nuremberg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Longuement méconnue, soudain redécouverte, Otis Kidwell Burger (1923-2021) sait résister aux sirènes délétères de la politique et des idéologies, pour leur préférer la résistance de la nature et de l’amour. Elle découvre avec ses deux jeunes enfants, au printemps 1957, une maison isolée parmi les montagnes Catskill, au nord de New York. Cette  semaine de solitude, sans électricité ni téléphone, entre prairies et forêt donne lieu à un recueil troublant, délicieux : L’Amour est une saison. Outre une nature éblouissante, c’est l’arrivée d’un couple, en particulier du mari, qui bouleverse notre poétesse ; ce qui est narré en guise de préface, par l’auteur elle-même. Un amour interdit s’épanche, se dénoue, entre extase et un départ vécu comme un deuil, cependant discret, bienveillant : « oh, continue, sans savoir, et sois libre ! »

En quarante-sept sonnets (quoiqu’ils ne se distribuent pas en quatrains et tercets), la poétesse américaine se découvre amoureuse : « c’est être informé par le feu » ; « Je t’entends comme le sang dans mon propre corps / Ou comme le vent qui souffle autour de la maison », car une relation intense se noue entre l’amour et la nature environnante, omniprésente, où « le printemps arrive toujours en crabe », alors que la demeure est déglinguée : « Cette maison est remplie d’esprits interrompus ; / Les livres d’un mort entassés dans une pièce poussiéreuse ».

Le pudique récit du coup de foudre amoureux et de son sillage empruntent des voies métaphoriques inouïes : «  Tous les amours surgissent / De racines trop cachées et tortueuses ». Le lyrisme en devient incandescent : « 

« Oh, ne laisse pas le pouvoir et la mortalité de l’amour

Etre écrasés sous la multitude des mondes, des étoiles,

Et des êtres hypothétiques dans les cieux ».

Debout devant la vie, sans le moindre sentimentalisme, Otis Kidwell Burger interroge et résout l’éternel mystère de l’amour en son recueil à la beauté poignante :

« car quelle colombe

Dans sa délicate loyauté, a jamais entendu

Ce qui, pour l’innocence ailée, est véritablement faux ;

L’amer bestiaire des fautes de l’amour ».

L’on aimerait avoir écrit de tels vers. Même si l’on peut regretter que ce recueil ne soit pas bilingue, il a le bonheur de se découvrir digne des rayons de notre intime bibliothèque. Et, parfois, l’on devine une filiation secrète avec les Sonnets de Shakespeare, jusque dans les dernier vers : « Oh, Temps / Porte moi délicatement ; moi qui un jour ai connu / Ton énigme et ta promesse tout au fond de mes os ». L’on aimerait également lire son Cats, Loves & Other Surprises[7]

Dans la même collection, joliment nommée « le don des nues », Tony Durand imagine Devenir chevreuil. Grâce à une osmose fantastique il devient un jeune cervidé dans une nature exubérante, lui-même étant animé d’une belle vivacité musculaire et poétique…

 

Quoique Otis Kidwell Burger partage avec Roberto Juarroz une saine indifférence à la politique, du moins dans ce recueil, et avec des moyens poétiques fort différents, il s’agit du droit naturel à la liberté créative, amoureuse, métaphysique. La priorité de la politique ne devrait-elle pas être la capacité à protéger le droit à la solitude, à la créativité, à des activités aussi peu engagées que la poésie ? En ce sens cette dernière est l’engagement ultime.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Roberto Juarroz : Poésie et création, José Corti, 2010, p 30.

[3] Roberto Juarroz : Poésie et création, ibidem, p 45.

[4] Roberto Juarroz : Poésie et création, ibidem, p 48.

[7] Otis Kidwell Burger : Cats, Loves & Other Surprises, Nirala Series, 2017.

 

Monte Elmo, Inichen / Sans Candido, Südtirol.

Photo : T. Guinhut

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27 mai 2022 5 27 /05 /mai /2022 10:45

 

Jugement dernier, XV°, Kunsthaus, Zurich, Schweiz.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Pas seulement un tableau,

mais une relique, un cri, un toucher.

Bernard Lahire, Jérôme Thélot, Christian Ruby

& Eugène Leroy.

 

 

Bernard Lahire : Ceci n’est pas qu’un tableau,

La Découverte, 2020, 762 p, 16 €.

 

Jérôme Thélot : La Peinture et le cri. De Botticelli à Francis Bacon,

L’Atelier contemporain, 2021, 184 p, 25 €.

 

Christian Ruby : Des cris dans les arts plastiques,

La Lettre volée, 2022, 144 p, 19 €.

 

Eugène Leroy : Toucher la peinture comme la peinture vous touche,

L’Atelier contemporain, 2022, 264 p, 20 €.

 

 

« Ut pictura poesis[1] », rêvait Horace dans la Rome ancienne. La peinture est comme la poésie… Cependant le Laocoon de Schelling[2] montra que chacune dispose de son vocabulaire propre, que la porosité et la similarité de l’un à l’autre n’est que fiction. Or la peinture, monstre sacré des arts, tant elle impressionne le regard, n’est rien sans la magie sociale qui concourt à l’apprécier, ce que montre Bernard Lahire, dans Ceci n’est pas qu’un tableau, au point que ce dernier puisse être considéré comme une relique au sens religieux du terme. Pourtant la peinture est autre chose qu’elle-même, tant elle peut-être « cri » et « cris », ce qu’écrivent avec vigueur Jérôme Thélot et Christian Ruby ; alors qu’Eugène Leroy sait Toucher la peinture comme la peinture vous touche. Induit par la seule visibilité picturale, le jeu avec quelques-uns des cinq sens contribue à la valeur surprenante, à l’aura stupéfiante d’une œuvre. Ainsi nos esthéticiens s'attachent à écrire sur les cris et l'épiderme de la peinture, comme en vertu des synesthésies.

 

Couche plate de pigments selon un certain ordre agencés, le tableau ainsi pensé n’aurait ni valeur, ni prix, ni sacralité. Cependant, « ceci n’est pas qu’un tableau », insiste Bernard Lahire au fronton d’un ouvrage qui ne vaut que son pesant de papier si l’on suit le précédent raisonnement, mais dont la consistance n’est pas que physique. Ainsi, dans un copieux volume sous-titré « Essai sur l’art, la domination, la magie et le sacré », il s’interroge sur les mécanismes de la valeur inhérente à l’œuvre d’art.

En une enquête progressive, il prend pour déclencheur un tableau disparu pendant plusieurs siècles, puis soudain réapparu : la Fuite en Egypte au voyageur couché de Nicolas Poussin, de plus en plusieurs versions. S’agit de l’œuvre du maître ; ou d’un faux ? Si les experts, voire les tribunaux s’en mêlent, c’est bien parce deux toiles apparemment semblables n’auront ni la même valeur, ni le même prix, passant « du plomb à l’or » comme en une opération alchimique. Il y a bien une aura, cette « aura » dont parlait Walter Benjamin[3], une « magie », dont nous sommes partie prenante, malgré notre prétention à l’exacte rationalité. Bernard Lahire va plus loin, parlant de « sacré », de « magie sociale », car au-delà du seul monde de l’art, ce sont ceux de l’économie, de la politique, du droit et de la science qui en sont les réceptacles, c’est-à-dire les bénéficiaires, ou les victimes. Autrement dit, nous voilà pas seulement caressés par le plaisir procuré par une œuvre d’art, émancipés par la dynamique de la connaissance qu’elle induit, mais entraînés dans son substrat de domination, de pouvoir…

Thomas de Quincey, au XIX° siècle, « compare la guerre des musées pour l’appropriation des plus beaux tableaux à une chasse aux reliques. L’intention critique montre que la conscience du lien structural entre les reliques et les œuvres d’art est désormais perdue ». Or il faut prendre conscience que la fétichisation muséale de ces dernières et les pèlerinages qui en découlent ne sont qu’une œuvre face de la religiosité ; ce qui n’enlève rien par ailleurs à leur validité.

Ainsi, partant d’une anecdote, soit « d’une toile, tirer le fil », et à partir de l’authenticité controversée, notre sociologue ouvre et élargit l’éventail de la pensée jusqu’à une théorie de la domination par le sacré qui embrase toutes nos sociétés, y compris celle, moderne et occidentalisée. N’en doutons pas, capital et symbolique sont étroitement liés. Le marché de l’art et la ritualisation de la visite des musées sont, n’en doutons pas, la trace et le rebond sécularisés du sacré.

Erudition scrupuleuse, largeur de vue lorsque les analyses du sociologue embrassent histoire de l’art, théologie et économie, l’essai de Bernard Lahire est une mine à soi seul, un reliquaire finalement…

 

 

Une valeur supplémentaire ne peut-elle derechef être accordée au tableau s’il dépasse le sens de la vue qui lui est octroyé ? De quoi s’agit-il si l’on entend résonner à la surface des bouches peintes, un cri ? Jérôme Thélot et Christian Ruby, chacun à leurs manières sensibles et érudites, s’attaquent à cette redoutable question esthétique. Car la peinture est paradoxale si elle ajoute à sa dimension visuelle obligée la suggestion d’un cri, qui la transgresse bien plus que la figuration de la parole, plus discrète et se prêtant moins à la visibilité d’une émotion puissante.

Comme inspiré par les neuf Muses, Jérôme Thélot rassemble en neuf chapitres une vingtaine de tableaux iconiques et criants de la peinture européenne, du XV° au XXe siècle. La perspective est vaste, polyphonique et visiblement fort sonore, de Pollaiolo à Bacon, en passant par Botticelli, Raphaël, Caravage, Guido Reni, Poussin, Ribera, Giordano, sans oublier l’incontournable à cet égard : Munch. Cependant outrepassant son propos initial, le lecteur le découvre, à l’achèvement de son essai, appelé par les sculptures de Raymond Mason, qui crie le désarroi du monde au travers de son groupe réuni autour du résultat d’une agression, ou de son haut-relief intitulé Les épouvantées. Œuvres récentes dont la « conscience tragique » se souvient de la tradition chrétienne de la représentation.

« Art du silence », la peinture est le plus souvent paisible ; et même les tableaux les plus guerriers, le plus épiques, ou les scènes des enfers, paraissent étonnamment peu bruyantes. Rares sont ceux dont les bouches crient violemment, procurant au spectateur « l’impression paradoxale d’entendre presque ce bruit pourtant inouï d’un cri traversant l’image ». De fait, au travers des écrits de Lessing et Winckelmann, le siècle des Lumières évince le cri, lui préférant « le silence pictural de la tradition humaniste et néoplatonicienne ». Les romantiques, eux, le réhabiliteront, au travers de la représentation de la violence, quand l’art moderne et contemporain ne sait pas faute d’oublier la représentation de la violence existentielle et de l’Histoire.

Même si notre essayiste semble oublier tous ces damnés qui hurlent maux et douleurs éternelles parmi les Jugements derniers, c’est à la Renaissance, lorsqu’un réalisme pictural crève la fresque ou la toile, que les lèvres béent avec insistance sur un hurlement. Spécialiste de la profération de la douleur, le Florentin Pollaiolo, entre 1450 et 1460, donne à la bouche du mauvais larron, dans une crucifixion, à celle d’un Antée étreint par Hercule, une dimension proclamative : la mort de celui qui ne reconnait pas le Christ, comme celle du vaincu par le demi-dieu ne peuvent qu’exhaler un cri qui déchire la couleur. Ce dernier est la manifestation visible du mal et de la démence.

 

Chez Botticelli, le centre exact du tableau est « la bouche ouverte de la femme poursuivie » venue d’un conte de Boccace où « l’amour courtois se retourne en meurtre ». Narrative, la peinture destinée à un coffret de mariage veut châtier les vices et honorer les vertus féminines. Le but moral affiché dévoile que « l’origine de la peinture gît dans la violence ». Ainsi le cri en peinture révèle « le fondement sacrificiel de toute représentation ». S’agit-il d’une « exhibition du refoulé » ou de la conscience imagée du fondement de l’humanité ?

Une tout autre histoire résonne chez Raphaël. Sa dernière œuvre, la plus accomplie, met en scène une Transfiguration. Un enfant, le doigt levé vers le Christ n’est-il que « le démoniaque épileptique » ? À moins que sa stupéfaction, entre « théophanie et convulsion », soit « une crise épileptique donatrice de science », qui sait l’aurore de la guérison et de la joie… Notre essayiste ne cesse de faire assaut de sagacité, de pertinence : « Le peuple juif est-il selon Raphaël, et selon le christianisme […], le peuple possédé, épileptique, dont les Chrétiens attendent que son prochain cri soit le dernier ? »

Le double cri de la mère et du bébé dans Le Massacre des innocents de Poussin est à l’apogée de l’horreur, il tente de « déchirer l’épaisseur du monde » ; en vain. Quant à Ribera, le voici déchirant sa toile sous l’horreur de la violence et de la torture, en peignant Apollon et Marsias, lorsque le ridicule concurrent du dieu est écorché vif à cause de son hubris coupable. La dimension morale est également indubitable que lorsque l’on peint, comme Luca Giordano, un Saint-Michel archange perçant de sa lance un démon hurlant.

Mais face à tout ce que peut approuver un Winckelmann, Munch réalise un « acte insurrectionnel », balayant le classicisme et le romantisme, et déjà expressionniste. Non seulement la bouche mal dessinée crie, mais les couleurs tournoient en criant leurs voltiges psychédéliques. Enfin, à tout seigneur tout honneur, Francis Bacon exhibe ses gueules largement ouvertes. Ce Francis Bacon auquel le même éditeur a consacré un beau volume de conversations[4]. Car tout tableau chez Bacon crie, d’une manière ou d’une autre, gueulant, dégueulant, édenté, ou ne laissant qu’une trace sanglante explosée. La « religion de Bacon » est celle de la transe, voire de l’absurde au sens philosophique ; et ce n’est pas innocent de se souvenir que la vision du Massacre des innocents de Poussin fut pour le jeune peintre une révélation, un aiguillon incessant. À la différence de ses prédécesseurs, le hurlement des figures de Bacon est sans bourreau, sans explication ni compassion ; a-métaphysique même. D’où l’intolérable et cependant extraordinairement esthétique de la picturalité colorée d’un art brouillant les limites de la figuration et de l’abstraction.

Ecrit avec clarté, entrant rapidement dans le vif du sujet, progressant par étapes historiques bien identifiées, l’essai de Jérôme Thélot ne peut laisser indifférent. La réflexion esthétique est autant théologique que morale, alors que ces dernières s’effacent au profit d’une métaphysique sans dieu, quand le cri s’éteint dans le silence sourd et muet de l’univers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si Jérôme Thélot procède par vignettes descriptives et analytiques successives, Christian Ruby, quoique embrassant le même grand écart historique tout en s’aventurant jusqu’aux performances contemporaines, emprunte une démarche plus synthétique et conceptuelle.

La « bouche en cri artialisée » montre avec cet essai « comment une conception moderne du cri a été extraite par les arts plastiques européens de la référence au divin » pour accéder « à la souffrance qui plane sur le monde ». Au-delà de celle christique ou du Massacre des innocents de Poussin, au-delà encore des créatures mythologiques comme la tête de Méduse hurlant sa douleur parce qu’arrachée, se trouve le scandale des victimes hurlantes du Guernica de Picasso. La résonnance universelle atteint les œuvres d’Anne et Patrick Poirier, de Marina Abramovic, ou d’Annette Messager, voire au contact d’une brûlante actualité, celle des migrants ou de l’anthropocène, répondant par-delà les siècles aux clameurs des Sabines enlevées par les Romains. Ainsi l’Histoire crie au travers de l’art et d’une béance buccale que l’on aurait pu qualifier de mauvais goût, mais qu’il faut entendre dans sa réprobation de la barbarie humaine, qu’elle soit individuelle ou collective.

Il n’y a pas d’unicité du cri : celui de la douche dans Psychose d’Hitchcock n’est pas celui du Dictateur de Chaplin, ce dans le cadre d’allusions cinématographiques. Depuis l’« abîme noir » de la bouche, en passant par les écarts des membres, « l’harmonie classique » du corps est brisée. Ainsi dans La mort d’Adam de Piero della Francesca. Mais, par-delà le temps religieux des damnés et des mortels pleurant la mort inévitable, en passant par une « sécularisation du cri », le spectateur est aujourd’hui appelé par ce qui est peut-être une nouvelle religion, celle du traumatisme. En effet « cri public médiéval » et « cri public moderne » s’opposent, non sans qu’une typologie puisse venir au secours de l’analyse : peur, douleur, scandale, protestation, résistance… Recherche-t-on toujours, comme à l’époque baroque, une « bella deformita » ? « Un tel examen du difforme le conduit soit vers une nature humaine, soit vers une morale, soit vers une esthétique, soit vers leur synthèse ».

Ainsi, en notre époque contemporaine, « des œuvres, en explorant l’état du monde et des dominations, proposent ainsi des configurations de cris, indiquent des causes qui les ont suscités : colonisations, exils, enfermements, anthropocène ou capitalocène ». L’on reconnait bien là les clichés postmarxistes dont on veut nous abreuver. En ce sens ni l’artiste, ni le critique (ni l’auteur de ces modestes lignes, assurément) n’échappent aux vagues idéologiques, pertinence ou non.

Même si l’essai de Christian Ruby est parfois un peu verbeux, il a le mérite de balayer un vaste champ artistique, sans exclusive, en l’agrémentant de nombreux exemples, parfois reproduits parmi les illustrations. La sculpture y trouve une place significative, au travers du Laocoon, de Bernin, de Rodin, où l’on découvre une valorisation du cri par l’anatomie. L’érudition  n’est pas en reste, à l’occasion par exemple de « la bouche en cri », dans le Traité de la peinture, de Léonard de Vinci ; comme quoi le motif n’est pas nouveau, quoique ses significations puissent vigoureusement évoluer, entre « furor baroque » et « cri classique », jusqu’à la Pieta du Kosovo de Pascal Convert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si la peinture nous touche, c’est au sens émotif du terme, tel qu’il était employé au siècle classique, de Molière à Racine. C’est bien entendu ainsi que l’entend le peintre Eugène Leroy (1910-2000). Mais de par ce titre en forme de chiasme, Toucher la peinture comme la peinture vous touche, il nous inviter à saisir par la main, par les doigts, la surface accidentée de la couche picturale, comme l’on parcourt de sa pulpe digitale - s’il est permis dans un musée - une sculpture, lisse, bombée, grenue, voire dangereusement acérée…

Une sensibilité préhensive explose à la surface des tableaux d’Eugène Leroy, digne d’un tremblement de terre. En « défenseur de la peinture », et précisément de celle à l’huile, en toute « fidélité à une tradition qui peut passer pour de l’entêtement », il livre les secrets de sa force picturale dans une série d’entretiens et de lettres, même si « un peintre ne devrait pas parler ». Plus que des portraits (des « têtes », tient-il à dire), des paysages, des réécritures des classiques, il peint des matières, des pâtes épaisses : « J’aime que la peinture soit aussi pareille à une fenêtre dégoulinante comme un mur lumineux. Pas opaque, mais réaliste ». C’est une épaisseur, une lourdeur, une accumulation qu’il appelle « respiration lumineuse ». Moins une représentation qu’un état d’âme terraformé, qu’une réalité intérieure sauvage, brutale et sensuelle à la fois. Le chaos de surface s’enrichit et s’exacerbe d’empâtements, de strates accumulées, où l’image est dévorée sous un compost bouillonnant, grenu. Georg Baselitz, l’un de ses collègues et complices, comparait la carapace picturale qui envahissait son atelier à de « la fiente de pigeon ». L’on se doute alors qu’aucune reproduction, de surcroit comme en ce volume orné de photographies noir et blanc par Benjamin Katz, ne rendra justice à son travail. Certes il ne s’agit là que d’un livre sur un peintre expressionniste singulier, qui ne se veut ni figuratif ni abstrait, mais ne faut-il pas le considérer plus amplement, comme une autobiographie, confinant au roman d’apprentissage, une éducation à la vérité de la peinture au cours du XX° siècle…

 

Chaque art rêve plus ou moins d’échapper à sa nature, à sa condition, à son déterminisme et devenir en même temps un autre art. La synesthésie étant alors un moyen, ou fantasme, de se développer hors de lui-même. À moins de penser à « l’art total », tel qu’a voulu le pratiquer un Richard Wagner[5], rassemblant en un cycle opératique poésie, musique, décor. L’on ne saurait d’ailleurs ignorer que l’art musical ne dédaigne pas la bouche criant. Pensons aux Cris de Paris de Clément Jannequin ou à la fin de l’Elektra de Richard Strauss. Mais en tant qu’art du son, néanmoins censé être agréable, elle est bien moins l’hôte du paradoxe que cette surface silencieuse de la peinture qui parvient à  trouver son au-delà, quoique dans la souffrance.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Horace : Œuvres, Art poétique 361.

[2] Lessing : Laocoon, Hermann, 1990.

[3] Walter Benjamin : L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Allia, 2020, p 22.

[4] Conversations avec Francis Bacon, L’Atelier contemporain, 2019.

[5] Voir : Richard Wagner : de Tristan und Isolde à l'antisémitisme

 

Iglesia de Santa Maria, Becerill de Campos, Palencia, Léon.

Photo : T. Guinhut.

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 16:13

 

Iglesia de San Pedro, Cisneros, Palencia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Guerre à Céline ?

Ou le picaresque & l’expressionnisme

vainqueurs.

 

Louis-Ferdinand Céline : Guerre,

Gallimard, 2022, 192 p, 19 €.

 

 

Il n’y a guère de circonstance atténuante qui permettrait de défendre le cuirassier Destouches, devenu Louis-Ferdinand Céline. Car un tel individu fit une guerre littéraire acharnée, voire active et dénonciatrice, aux Juifs et autres « youpins », tels qu’ils sont vilipendés dans le trio d’immondices verbaux et verbeux des Bagatelles pour un massacre, de L’Ecole des cadavres et des Beaux draps, bruyamment publiés entre 1937 et 1941. Au-delà de l’immense Voyage au bout de la nuit, nihilisme exonéré par les afficionados céliniens et adulé par les célinolâtres, reste-t-il une place sur le podium douteux de la réputation littéraire, sous la cloche de verre de la collection de la Pléiade, pour ce manuscrit retrouvé, tel qu’il nous est livré : Guerre ? Présenté comme une révélation, il n’est pas certain qu’il reçoive l’absolution de l’ange de la littérature. Cependant que le lecteur le boude, voire lui déclare une guerre juste, serait peut-être excessif, tant ce roman encore en gestation recèle plus d’un point digne d’intérêt, en particulier la dimension picaresque de ses anti-héros ; sans aller jusqu’à crier au génie intempestif bien entendu. Et si l’on n’a guère parlé d’expressionnisme à l’égard de la littérature française, c’est bien à ce livre, anatomie guerrière, corporelle et langagière, qu’il faut l’appliquer, non sans éloge nuancé.

 

Malgré toutes les préventions que nous pourrions éprouver face à un manuscrit retrouvé, que son auteur aurait certainement jugé inaccompli, dans la mesure où il était encore sur le métier, il faut bien admettre la validité de ce chaînon manquant, qui fomentait, après le Voyage au bout de la nuit, tout un triptyque, dont seul le premier volet, Mort à crédit, vit le jour. La nécessité de publier, même inaboutis, ces feuillets est d’autant plus avérée que l’écriture est absolument assurée, sans les points de suspension rapidement parasitaires de Mort à crédit. C’est à la parisienne Galerie Gallimard[1] que l’on découvre l’exposition de trois manuscrits, consacrés à l’enfance, à la guerre et à Londres, sans compter une poignée de pages supplémentaires de Casse-pipe. Paranoïaque en diable, Céline se répandait en compréhensibles vitupérations à l’occasion du vol de ses romans laissées sur le métier : « Ils les ont brûlés, trois manuscrits presque, les justiciers épurateurs ». Un siècle, ou presque, après leur rédaction, ils ressurgissent. En fait c’est lors de l’été 1944 que Céline les abandonna dans son appartement pour fuir avec son épouse Lucette vers l’Allemagne de Sigmaringen, que l’on surnomma le « Vichy sur Danube ». Ce qui est raconté dans D’Un château l’autre, voyage du piètre château symbolique de sa demeure de banlieue parisienne vers celui de Sigmaringen, nid d’aigle du gouvernement fantoche de Vichy en exil. N’est-il cependant pas étonnant qu’il n’ait pas résolu de le réécrire ex nihilo, tenant entre ses doigts un tel filon thématique…

Si la Première Guerre mondiale est bien évoquée, en compagnie de sa conséquence à l’hôpital, dans le Voyage au bout de la nuit, la violence du front, le traumatisme de la blessure et le grand cirque de la convalescence sont au cœur de Guerre. « L’abattoir international en folie » gronde en octobre 1914 sur les Flandres où le brigadier et futur écrivain se trouve brutalement blessé. Le roman autobiographique traverse le front meurtrier, l’église qui recueille les blessés, sans qu’elle ait la moindre fonction christique, l’hôpital au nom fort signifiant de « Peurdu-sur-la-Lys » où sévit une infirmière particulièrement délurée, et où il se prend d’amitié pour un camarade de lit nommé, comme son futur chat, « Bébert », puis le départ en direction de la capitale anglaise. En ayant ainsi fait la nique à la mort, notre narrateur accumule désillusion et rage en même temps qu’un matériau dont l’écriture fera ses choux gras. Un éclat d’obus qui lui fracture le bras, probablement une blessure à la tête contre un arbre, tout cela vaut bien des colifichets, médaille militaire puis légion d’honneur, pour avoir courageusement porté un ordre sous un feu violent ; du moins c’est ce qui se produisit pour Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline. Car, pour le Ferdinand de Guerre, c’est une autre histoire…

En somme, quatre tableaux se partagent la fresque. D’abord le réveil du blessé et son errance à la recherche de secours, ensuite l’hôpital où les soins médicaux côtoient ceux de l’infirmière à la sexualité vampirique, Mlle l’Espinasse, au nom fort ironique, puis sa complicité avec Bébert, blessé au pied, le maquereau d’Angèle qui les rejoint pour faire le « tapin » ; enfin, une fois le Bébert fusillé, les combines qui permettront de gagner avec la donzelle aux mœurs légères l’Angleterre sur un bateau aux paysages marins apaisés.

 

Dès les premières phrases, en un efficace incipt ni medias res, le roman plonge dans « le cru de la viande ». Outre le festival de blessures corporelles, la tête en est chamboulée : « J’ai attrapé la guerre dans ma tête », par le biais probable d’une altération du tympan. L’événement cosmique est celui du « bruit », « du boucan », semblant être à l’origine de la langue toute bruyante de l’écrivain : « J’ai appris à faire de la musique […] de la belle littérature aussi, avec des petits morceaux d’horreur arrachés au bruit qui n’en finira jamais ». Une errance parmi la boue, les cadavres et le sang, la rencontre d’un soldat anglais compatissant, des wagons chargés de la puanteur de la mort, une autre errance dans les champs de brouillard, tout cela dans le délire comateux : « une espèce de chiasse de douleurs, de musique et d’idées ». Plus loin, l’éther le plonge dans un « orchestre […] comme dans le cœur d’une locomotive ». Il est un peu dommage que ce tintamarre langagier s’amenuise de page en page, même s’il en reste des échos jusqu’à la dernière séquence, à propos du navire qui l’emporte sur la Manche : « il soufflait le monstre ». L’on ne s’étonne pas que l’un des prénoms de l’écrivain, Louis, nous permette de jouer sur l’euphonie avec « l’ouïe ». Mais à l’égard de cette musicalité des phrases, il n’est pas indifférent de noter le nom de l’Officier anglais qui embarque le couple final : « Purcell », venu d’un musicien aux douceurs et grandeurs baroques. Quoique l’écriture de Guerre soit bien plus proche des mesures les plus abruptes et sauvages du Sacre du printemps de Stravinsky.

La convalescence misérable au milieu des agonisants et des cadavres évacués n’empêche pas la naissance d’une amitié entre Ferdinand et Bébert. Amitié misérable, vraie ou fausse selon, entre deux paumés souffrants, hâbleurs qui ne sont pas tout à fait loin des futurs Vladimir et Estragon d’En attendant Godot de Samuel Beckett[2], parangons de l’absurde, mais avec une verve picaresque que n’ont pas les fidèles de Godot, sans oublier l’omniprésent concours du tableau des désastres de la guerre qui les environne sans relâche. Amitié passive et veule avec un complice maléfique et poursuivi par le guignon, finalement exécuté, ce qui en dit long sur la personnalité de Ferdinand qui s’acoquine passivement avec un tel loustic. Ce dernier est son miroir, sa parodie. La tricherie (compréhensible au demeurant) de Bébert qui s’est tiré une balle dans le pied (au deux sens de l’expression) le conduit au peloton d’exécution, quand celle involontaire de Ferdinand pris pour un héros alors qu’il n’en est rien le conduit à la médaille militaire accordée par le Maréchal Joffre en personne au crédit de la bravoure : « Le brigadier Ferdinand a chargé par trois fois seul un groupe de lanciers bavarois et a réussi ainsi grâce à son héroïsme à couvrir la retraite de trois cents éclopés du convoi ». À part lui, notre piètre Ferdinand, néanmoins réaliste, sait bien que « c’était du roman ma médaille ». Pire, il craint qu’une enquête sur « la sacoche du pognon » du régiment puisse l’incriminer. Tout ce cirque militaire et honorifique « dans la bataille des cons de la gueule » étant ainsi moqué, chargé de « l’hypocrisie » générale, réduit à néant, dans une danse des morts et des vifs tragicomique.

L’épisode de l’initiale blessure de guerre parait d’abord strictement autobiographique, sans fiction aucune. Cependant, peu à peu, l’ouvrage s’agrandit d’exagérations, d’hyperboles, surtout lorsque l’infirmière, surexcitée par l’ambiance d’abattoir humain, devient une hétaïre assoiffée de sexe : « Elle était pas répugnée. Elle me lâchait plus le zobar ». Ce qui ne correspond en rien à la réalité historique, puisque la religieuse nommée Alice David et commise à cet office auprès du brigadier Destouches était fort pudibonde. Le narrateur, simplement appelé Ferdinand, ne s’embarrasse pas de telles précautions, lançant son récit dans l’orbite du fantasme échevelé. La frénésie sexuelle gagne du terrain avec Bébert et sa femme Angèle, belle putain agile, que la disparition de son homme ne décourage pas d’éponger les officiers anglais, de monter des arnaques au dépens de quelques-uns d’entre eux, surpris par Ferdinand en faux mari, comédie burlesque destinée à extorquer un argent vite gagné. Pourtant le major Purcell préfère embarquer le faux couple dont il s’entiche vers l’Angleterre, laissant derrière les deux larrons le continent et « ses millions d’assassins purulents », vers un monde que l’on doute devoir être meilleur. Ainsi ne reste-plus qu’à attendre le prochain manuscrit consacré à Londres…

 

Musée des hussards, Jardin Massey, Tarbes, Hautes-Pyrénées.

Photo: T. Guinhut.

 

La dimension pamphlétaire, quoiqu’il y ait loin des trois brûlots antisémites et ultérieurs, s’adresse ici à la guerre, au travers de la fresque bourrée de corps cadavéreux comme le tableau d’Otto Dix du même titre. Guerre est un beau morceau d’anthologie à soi seul. Plus ramassé que les séquences du Voyage au bout de la nuit, moins haché que la débandade d’Un Château l’autre, la langue est charcutée, recousue tambour battant, collant à l’état du personnage et de ses comparses, swinguée comme une tir d’éclats d’obus, farcie de vulgarités et d’images, de paillardises et de parties de jambes en l’air, dont San-Antonio (par certains aspects stylistiques son héritier) aurait raffolé. À la réserve que l’on ignore absolument quels développements Céline aurait pu donner à ce roman peut-être encore embryonnaire.

Au-delà des plans narratifs et de témoignage, Guerre peut être considéré comme un accélérateur de langage. La déflagration initiale et sa blessure continument sonore n’y sont de toute évidence pas pour rien. Mais les protagonistes, au premier chef « Bébert », ou « Cascade », selon les noms qui lui sont accordés, s’emballent et s’enferrent dans leurs logorrhées, leurs insultes, leurs colères, parfois jusqu’à leur propre perte. Ainsi Bébert, qui s’est stupidement vanté à sa femme Angèle d’avoir tiré sur son propre pied pour échapper au champ de bataille, et qui la pousse à bout par ses exigences tyranniques, ses injures et ses menaces de violences, se voit dénoncé par la virago et proprement fusillé.

Mais il faut compter sur Angèle - qui n’a rien d’angélique -, séductrice diabolique à l’antiphrase de son prénom, pour bavarder, « piauler », exciter tant par ses hormones de putain et de « pernicieuse » en des morceaux de bravoure polémique et au service de la déflagration verbale : « Elle vous portait le feu dans la bite au premier regard ». Les parents de Ferdinand le bassinent de leurs plaintes et encouragements, de leur niaiserie, de leur admiration pour sa médaille, au point qu’il les haïsse, mère et père : « Je l’aurais bien dérouillée, elle, à la fin des fins. J’avais mille et cent raisons, pas toutes bien claires mais bien haineuses quand même » ; « Mort, je me serais relevé je crois pour dégueuler sur ses phrases ». L’on comprend que l’écrivain, en une défiliation symbolique, ait emprunté son pseudonyme au prénom de sa grand-mère. Sans compter le prêtre, lors du repas pantagruélique chez les « Harnache », qui étale sa bondieuserie : « comme à travers une porte aux mille résonnances me parvenaient ses mots tout suintants et fielleux ».

Et, cerise rhétorique, le café où « Destinée », la si bien nommée, sert des alcools à toute l’armée, s’appelle « l’Hyperbole » ! En fait, le style célinien, truffé d’argot et de mitraille d’images, n’a pas grand-chose de spontané. Faussement parlé, coulant comme du bronze brûlant, il est en réalité longuement et précisément travaillé, en une prouesse reconnaissable entre toutes, d’une puissance finalement inexorable, bellement désespérée : « Il pouvait jamais plus arriver que du pire ».

Céline sait également faire la satire du populo, de ces Bébert, Angèle et les autres, le premier vantard, sexiste jusqu’au trognon, souteneur de sa propre épouse, capable de violence, verbales cela va sans dire, et physiques sur sa dulcinée de banlieue, coupable de « la tabasser », coupable « confiture d’étron » et assassin de surcroit selon son double féminin. Le tout dans un mitraillage de menaces sadiques, apocalyptiques, d’une vulgarité sans nom, ce qui est d’ailleurs sans ambages, voire avec volupté, drainé par la langue de Céline, qui l’emporte même sur celle du voyeurisme face aux coïts obscènes d’Angèle devenue  à son tour meurtrière. Comme une thématique sadienne courant au travers d’une parodie de roman noir pour populo assoiffé de sperme et de sang. La guerre des sexes répond ainsi à la guerre des nations.

Cependant, avec une certaine humanité, le narrateur observe, dépeint, voire déplore ses contemporains, presque de manière fraternelle, à la réserve de ses parents pour lui imbuvables. Pleutres, médiocres, plombés par la fatalité, rarement combattifs, ils ne peuvent que courir après de piètres jouissances, à hauteur de sexe, d’estomac et de gosier imbibé d’alcool, pour conjurer la proximité immédiate de la Faucheuse. La dimension picaresque de ses anti-héros est à cet égard évidente : ils sont des gueux pitoyables, dont le seul espoir d’éphémèrement briller passe par un discours jaseur, frimeur, transgressif et finalement pathétique : « Ils se garnissaient de bobards pour résister aux coups des cieux ». Médecin de dispensaire autant qu’écrivain, Céline est un observateur du peuple, dont les romans déchargent certes leurs sarcasmes contre les puissants, qu’ils soient officiers ou bourgeois et banquiers, mais aussi, quoique d’une manière à peine plus bienveillante, contre la lie du peuple, dont Bébert est le représentant le plus sordide.

 

Musée des hussards, Jardin Massey, Tarbes, Hautes-Pyrénées.

Photo : T. Guinhut

 

En tant que narrateur, Ferdinand, à l’instar du Bardamu du Voyage au bout de la nuit, assume non seulement le récit, mais la réflexion de l’écrivain, brouillant la démarcation entre l’un et l’autre, emportant le passé dans sa réflexion, en tant qu’il nourrit le souvenir et la narration qui en découle, mais également en tant qu’il est détourné par la fiction : « À tant d'années passées le souvenir des choses, bien précisément, c'est un effort. Ce que les gens ont dit c'est presque tourné des mensonges. Faut se méfier. C'est putain le passé, ça fond dans la rêvasserie. Il prend des petites mélodies en route qu'on lui demandait pas. Il vous revient tout maquillé de pleurs et de repentirs en vadrouillant. C'est pas sérieux. Faut demander alors du vif secours à la bite, tout de suite, pour s'y retrouver. Seul moyen, du moyen d'homme. Bander un coup féroce mais ne pas céder à la branlette. Non. Toute la force remonte au cerveau, comme on dit. Un coup de puritain, mais vite. Il est baisé le passé, il se rend, un instant, avec toutes ses couleurs, ses noirs, ses clairs, les gestes mêmes précis des gens, du souvenir tout surpris. C'est un saligaud, toujours saoul d'oubli, le passé, un vrai sournois qu'a vomi sur toutes vos vieilles affaires, rangées déjà, empilées c'est-à-dire, dégueulasses, tout au bout râleux des jours, dans votre cercueil à vous-même, mort hypocrite ». Commentateur du mouvement fictionnel et de l’imposture autobiographique, un tel paragraphe est à cet égard un sommet de la langue célinienne.

Une piètre métaphysique de l’espérance apparait par dérision, celle du coït : « Derrière mes morceaux saignants, j’imaginais son cul bien tendu d’espérance ». La viande tient lieu de déité, toutefois mortelle et condamnée : « On se dirige vers ce qui nous reste d'espérances. Ça brille pas fort, l'espérance, une mince bobèche au fin bout d'un infini corridor parfaitement hostile… ».

Il y a bien une virulence expressionniste de l’écriture célinienne, accentuée ensuite par la grâce terrible de ses ponctuations frappées à coup de burin et de marteau, mais surtout au creuset de la guerre industrielle du XX° siècle. Faussaire et travestisseur d’un parler populaire, distribuant par la suite les points d’exclamation et de suspension comme graines aux volailles, Céline est-il le styliste que l’on prétend ? Il semblerait qu’en Guerre, la réponse soit plus que positive. Ce que les gourmands appellent « la petite musique » de Céline, n’est-ce pas un rythme obsessionnel, une plus que concrète diffraction du son et du sens ? Mais aussi un message insinuant le fiel et la haine, de soi, d’autrui et du monde... Quelque chose comme un poison visant à infiltrer les veines mentales du lecteur ; voire une pulsion de mort dans la langue…

La blessure inaugurale de Guerre est-elle également augurale ? Souffrant toute sa vie d’acouphènes et de névralgies, Céline aurait conjointement souffert toute sa vie d’une traînée de feu : celle de la haine irrationnelle, pathologique des Juifs. Le lien causal serait trop facile, faisant de cet obus originel celui qui crève la poche de bile noire qui ne demande qu’à exsuder son abcès et imprégner les pages du triptyque de pamphlets de l’encre noire de l’antisémitisme le plus délirant. Il y pourtant nombre de virulents antisémites qui n’ont pas eu besoin d’une telle blessure au crâne… D’autant que l’écrivain n’a jamais renié ses torchons, dont nous avions rendu compte dans un « Voyage au bout des pamphlets antisémites[3] », absence de regret dont témoigne sa correspondance avec Gallimard, continuant de se plaindre de persécutions venues des Juifs. Ou vitupérant avec une immonde vulgarité contre Marcel Proust, dans une lettre à Jean Paulhan en 1949 : « Oh Proust s’il n’avait été juif personne n’en parlerait plus ! et enculé ! et hanté d’enculerie. Il n’écrit pas en français mais en franco yiddich tarabiscoté absolument hors de toute tradition française. Il faut revenir aux mérovingiens pour retrouver un galimatias aussi rebutant[4] ». Les témoignages des camps d’extermination ne lui arrachaient aucune pitié…

Il n’est pas de mise de se défendre de publier un inachevé manuscrit, tellement il parait achevé, cohérent, hors quelques mots illisibles ou douteux entre crochets, suffisamment doué de sa force intrinsèque, et figurant d’emblée parmi les plus belles pages de l’écrivain. Et malgré les indubitables éloges dont nous venons de faire preuve, Guerre révèle cependant, et une fois de plus, en cohérence avec l’œuvre entière et pléiadisée, un fond de déréliction nauséeux, de nihilisme crasse et désabusé. Pas l’ombre d’un humanisme ici. Quoique cela soit abuser du jugement moral au dépens de celui esthétique.

 

Si l'expressionnisme est un courant littéraire spécifique à l’Allemagne, entre 1910 et la fin des années 1920, et s’il connaît de multiples variantes européennes, il n’a guère trouvé sa dimension originale en France. Risquons cependant l’hypothèse selon laquelle Guerre, plus encore que les autres productions céliniennes, mérite d’en être le fleuron explosif. L’expression exacerbée des émotions face à la crise du monde moderne, trouve son acmé esthétique chez des auteurs comme Gottfried Benn, Georg Trakl, Franz Werfel ou Alfred Döblin. En quelque sorte postnaturalistes, ils ne reculent pas devant le grotesque et la vulgarité, le pathos et la cacophonie, la singularité syntaxique et la fragmentation, la souffrance du corps et la virulence de l’action, la déréliction sociale et le tragique le plus noir, la guerre des tranchées étant un accélérateur d’expressionnisme. Plaquer un concept littéraire sur un écrivain a bien souvent quelque chose de réducteur, de maladroit ; il n’en reste pas moins que Louis-Ferdinand Céline, qui se prétendait le « père-sperme » de la littérature, serait notre plus singulier expressionniste ; pour le meilleur et pour le pire.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Galerie Gallimard, 30-32 Rue de l’Université, Paris VII, du 6 mai au 16 juillet 2022.

[3] Voir : Céline, voyage au bout des pamphlets antisémites

[4] Louis-Ferdinand Céline : Lettres à la N.R.F., Gallimard, 1991, p 88.

 

 

Musée des hussards, Jardin Massey, Tarbes, Hautes-Pyrénées.

Photo : T. Guinhut.

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 17:21

 

Minerva Pacifica, Museo de Calahorra, La Rioja.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Eloge des déesses grecques & de Vénus.

Avec le concours de Laure de Chantal

& Marika Doux.

 

 

Laure de Chantal : Libre comme une déesse grecque,

Stock, 2022, 252 p, 19,50 €.

 

Bibliothèque mythologique idéale,

rassemblée et présentée par Laure de Chantal & Jean-Louis Poirier,

Les Belles Lettres, 2019, 624 p, 29 €.

 

Marika Doux : Moi Vénus… Autobiographie d’un mythe,

Henry Dougier, 2022, 136 p, 14,90 €.

 

 

 

Malgré le préjugé qui aimerait croire que la Bible est misogyne, l’on fera remarquer qu’Eve est la « chair de la chair » d’Adam ; en outre des héroïnes comme Judith exécutent l’abominable Holopherne, Marthe et Marie-Madeleine sont des figures positives des Evangiles, la femme adultère est pardonnée, sans compter la Vierge Marie et l’amoureux « Cantique des cantiques »… Et si la Grèce antique compte tant de stratèges et de politiques, de philosophes et de tragédiens, quoique des dames philosophiques n’aient pas manqué[1] et que les matrones devaient gérer la cité lorsque ses héros partaient guerroyer, elle ne saurait être taxée de machisme. Car chez les dieux de l’Olympe, l’on découvre autant de déesses - et d’importance ! - dont Laure de Chantal offre un éloge appuyé dans les pages de Libre comme une déesse grecque. Parmi la riche cohorte de ses figures mythologiques, elles sont créatrices comme Gaïa, magiciennes comme Circé, politiques comme Antigone, artistes comme les Muses, infernales comme les Furies, amoureuses comme Aphrodite. Dont la déclinaison romaine, sous le nom de Vénus, ne cesse de nous abreuver de ses plaisirs et de ses périls, aphrodisiaques et vénériens. Au point qu’elle puisse parler aujourd’hui depuis les lèvres de Marika Doux, en un séduisant  exercice d’autobiographie fictive.

 

C’est avec un rien d’opportunisme féministe que Laure de Chantal orne son essai, Libre comme une déesse grecque, avec un sous-titre accrocheur, voire racoleur : « Dans la mythologie, le meilleur de l’homme est une femme », qu’il eût mieux valu taire par pudeur. Rassurons-nous, l’ouvrage est de bout en bout roboratif, entraînant, convaincant. Dès l’abord, la thèse trouve son irréfutable preuve avec Gaïa, source de la cosmogonie grecque. « Terre aux larges flancs » selon Hésiode, elle est à l’origine du ciel étoilé, elle est la mère des Titans avec le concours d’Ouranos, de Cronos (soit le Temps), de Mnémosyne, déesse de la mémoire et mère des Muses, grand-mère salvatrice de Zeus, créatrice de l’Olympe et des hommes…

Ces hommes qui ne sont rien sans les Moires ou Parques, Clotho, Lachésis et Atropos, qui tissent le fil de nos destins : « À chaque homme, les Moires ont fait trois cadeaux : la vie, la mort et la liberté ».

Revenons aux neuf Muses, indispensables sine qua non. Sans elles, ni art ni sciences : « L’art et les sciences ne sont qu’une production des Muses », professe Platon (Ion 533). De Calliope, pour l’épopée, à Uranie pour l’astronomie, elles racontent, décrivent et découvrent les hommes, leurs haut-faits, mais aussi permettent la connaissance de la voûte céleste. Parmi elles, Clio inspire les historiens, Erato la poésie amoureuse, Terpsichore la danse, Euterpe est musicale, Polymnie chante les hymnes,  Melpomène tisse la tragédie et Thalie la comédie, soit l’alpha et l’oméga du théâtre grec. L’on dit même qu’en ce club fermé, seul un mortel, plus exactement une mortelle, fut intronisée : la poétesse Sapho, « dixième Muse ».

Et combien d’héroïnes parmi l’immense galerie de la mythologie ! Iphigénie, sacrifiée par son propre père aux pulsions guerrières des Grecs contre Troie, remplacée par la biche d’Artémis, est en fait l’héroïne de la fin des sacrifices humains. Les Amazones, « guerrières des confins », qui, au-delà du mythe, appartiennent à la réalité historique[2], sont pour Platon le modèle la femme idéale pour une cité idéale, malgré leur violence combattive.

Après ces « guerrières », voici, au contraire de bien des préjugés, les « savantes ». Athéna, ou Minerve chez les Romains, représente la civilisation : « lumineuse, splendide, féminine et armée jusqu’aux dents ». Bienfaisante, elle enseigne le tissage aux femmes, et aux hommes offre l’olivier. Habile et sage, elle prodigue ses conseils et protège les Grecs lors de la guerre contre Troie, dont Achille. Aux côtés des dieux, « sans elles incapables de gouverner », outre Athéna déesse de la Sagesse, Mètis est l’Intelligence supérieure, aussi rusée que prudente. Et lorsqu’Ulysse est appelé « Polymètis », cela témoigne qu’il est loisible « aux femmes et aux hommes de se partager le pouvoir, en bonne intelligence ».

N’oublions pas avec elles Thémis qui est la Justice. Voilà bien autant de déités et d’allégories féminines indispensables à la marche du monde. Flora au « gai savoir » botanique est la gardienne du savoir scientifique. Ne donne-t-elle pas de plus « l’immortalité aux cœurs blessés ? » Ainsi Hyacinthe, Narcisse ou Attis sont changés en fleurs. Les Sibylles, aux messages volontairement sibyllins, ont des talents de devineresses certains. Elles vont jusqu’à connaître l’avenir de l’orthographe, puisqu’une belle coquille orne les pages 84 et 85, en intervertissant le « i » et le « y » !

« Indépendante, sauvage et sagittaire », voici Artémis, déesse de la chasse, une pratique pourtant traditionnellement associée au mâle. La « Dame aux fauves » a des talents de protectrice, car, en dépit de son célibat aux nombreux amants et amantes, elle aide les femmes à accoucher. Mais gare à sa justice sévère ! Ne fait-elle pas dévorer Actéon, qui l’a surprise se baignant nue, après l’avoir changé en cerf, par ses chiens…

 

Entrelaçant son énumération de remarques féministes souvent bienvenues, notre thuriféraire des déesses rétablit bien des vérités. Au-delà de l’image désastreuse de la magicienne Circé qui change les compagnons d’Ulysse en pourceaux (les hommes sont des cochons, n’est-ce pas ?) se découvre une Circé paisible et solitaire, « aux nombreux pharmaka », c’est-à-dire poisons et remèdes, un « professeur d’humanité », rehaussant ses pourceaux en les éduquant à la condition humaine, indiquant à Ulysse le chemin d’Ithaque. Ce dernier se voyant délivré avec aménité de l’amour de Calypso. Ariane, célèbre pour avoir été abandonnée par Thésée, est ici bien plus l’épouse de Bacchus, réalisant l’union de « Liber et Libera », soit celle de deux libertés. Hélène n’est pas seulement belle, mais également au sens moral, la beauté détenant un « pouvoir civilisateur universel », quoiqu’elle soit également fatale.

Femmes autant que déesses, ce sont des « battantes ». Qu’elles disent « oui » ou « non », la conviction et l’ardeur ne leur manquent jamais. Psyché ose découvrir le visage interdit de l’Amour, en « âme » assoiffée de connaissance, y compris jusqu’aux Enfers où elle est la seule femme à descendre, et à en revenir. De surcroit, de femme elle devient déesse ! Reine, mais bien au-delà de l’épouse royale et jalouse à bon droit de Jupiter, une Junon coléreuse anime de ses fureurs les poèmes épiques de l’Iliade et de l’Enéide. Exigeant la justice, Antigone refuse l’ordre inique qui lui a été donné par le tyran Créon. Daphné réussit à échapper aux avances empressées d’Apollon en se changeant en laurier. Volage comme Léda, intensément aimante comme Alcyone, la détermination et l’indépendance les animent. Symbole de la passion amoureuse ou « cheffe d’Etat », elles apparaissent comme des modèles imparables, des cristallisations de l’humaine condition à ses paroxysmes.

Pour reprendre le sous-titre, il est douteux que toujours se vérifie : « Dans la mythologie, le meilleur de l’homme est une femme ». En effet, avoue notre essayiste, « certaines sont davantage des anti-modèles que des modèles », ou encore, « la femme mythologique a le meurtre facile ». Pensons aux séductrices et fatales Sirènes, à Médée impunie qui égorge ses enfants, les sacrifiant à sa jalousie lorsque Jason l’abandonne pour une princesse. Pensons à Clytemnestre, mère coupable d’avoir tué son sanguinaire mari Agamemnon, assassinée par son fils Oreste, quoiqu’il faille peut-être la réhabiliter au nom de « l’injustice faite aux femmes »…

L’ouvrage, enthousiaste comme il se doit, trouve son acmé finale avec « Aphrodite au sommet », plus puissante que Zeus même et mère d’Harmonie et d’Eros, après avoir révélé que Tirésias, qui fut successivement homme et femme, sut que la seconde a bien plus de plaisir sexuel que le premier. Certes, cet essai n’a pas choisi de nous parler des dieux masculins, mais il concède volontiers qu’il s’agit d’une mythologie qui « regorge d’hommes admirables », même s’il le fait incidemment ; mais l’on ne saurait après cette lecture avoir la berlue en imaginant une Grèce ancienne furieusement machiste, tant au ciel de la mythologie ces dames sont riches de talents. Pour prolonger une telle thèse, pensons en outre au Christianisme, dont à peu près toutes les allégories sont femmes : Vertu, Foi, Espérance, Tempérance, Charité, etc.

Favorisée par les Muses, Laure de Chantal offre un essai rigoureux, joliment documenté, sachant citer Peter Sloterdijk[3] à propos du pouvoir et des colères égales de Junon et de Jupiter, éclairé enfin, qui ravit ses lecteurs, même si sa défense de la colère (en passant par Greta Thunberg) peut sembler fort discutable tant cette émotion est pulsion déraisonnable aux conséquences destructrices[4]. Elle n’écrit pas au hasard, ou sous le coup d’une mode idéologique. Agrégée de Lettres classiques elle a œuvré sur la langue française et la grammaire[5], sur la cuisine et le jardin antiques, y compris, ô joie, un Manuel du flirt antique[6], tout en dirigeant d’efficaces anthologies, comme sa Bibliothèque mythologique idéale, où ne manque ni déesses ni dieux. L’on y lira, réunis avec sagacité, la plupart des mythes, bien souvent féminins : le « deuil de Déméter » par Pausanias, l’histoire de Psyché, âme amoureuse » par Apulée, sans oublier un rare « Jugement des déesses » par le parodique Lucien de Samosate…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisqu’Aphrodite, devenue Vénus à Rome, est notre déesse chérie avec amour, lisons et contemplons une jolie prouesse éditoriale par Marika Doux : Moi Vénus… Autobiographie d’un mythe. Cette auteure entreprend une autobiographie fictive de son héroïne : Moi, Vénus. C’est pour le moins osé, surtout si des allusions à nos réseaux sociaux pétillent dès la première page. Vénus est en effet antique et aussi bien contemporaine, même nourrie par les auteurs de la Grèce et de la Rome anciennes, et animée par la voix facétieuse, espiègle, de Marika Doux, qui se glisse en coquine aimable et cependant redoutable dans la chair à l’incarnat fabuleux de son héroïne, dans l’esprit aux ruses exquises et digne du cosmos de son modèle dont elle est le reflet et le moteur. Empruntant la première  personne, la narratrice nous amuse, nous enferre, nous caresse et nous fustige…

Prenant prétexte de l’inquiétude de Zeus quant à l’indifférence d’Internet et donc de l’humanité, l’auteure invite Vénus à « sauver l’Olympe ». Ainsi la déesse de la vénusté se raconte, de sa naissance au gré du sperme d’Ouranos jeté sur la mer jusqu’à la Guerre de Troie, mais aussi d’une annonce un rien burlesque destinée à des sites de rencontre, après qu’elle ait séduit tant de peintres, de poètes et de romanciers ; dont une petite anthologie achève l’ouvrage. Gageons qu’à cette annonce les aspirants au culte de la divinité ne manqueront pas…

Surtout si l’on a lu comment tant d’amours sont ici contés. D’abord sa rencontre avec Héphaïstos-Vulcain, « dieu du feu et des forges » et « dieu boiteux ». Au moment de consommer pour la première fois l’acte, ne dit-elle pas bellement : « dans mon cœur, les biches s’enfuyaient ». Cependant il va lui falloir connaître « l’appel puissant que j’avais insufflé à tant de créatures vivantes ». L’on a compris qu’elle ne restera pas enfermée parmi les étreintes et les cadeaux de Vulcain. De là viennent ses amours avec Mars, dieu de la Guerre, rejeté pour cela même par les autres dieux, ce qui n’empêche en rien l’accomplissement : « je suis devenue une terre vivante ». L’on imagine le courroux de l’époux trompé ; et les trois enfants de Vénus : Deimos (la Crainte), Phobos (l’Horreur) et Harmonie. Poséidon et Dionysos se succèdent, non sans que l’union avec ce dernier enfante le laid Priape l’Ithyphallique. Il n’en reste pas moins qu’une éthique amoureuse guide notre déesse : « Aimer est une synergie ». Ainsi naîtront également Hermaphrodite, Eros et Antéros, l’amour non réciproque et celui partagé…

Célèbre entre tous, celui qu’elle éprouva, lorsque la blessa la flèche de son fils Eros, pour Adonis, fier chasseur hélas tué par un sanglier, dont tant de peintres et de poètes, parmi lesquels Shakespeare, se sont gorgés. Mieux encore, Vénus a conscience de ses pouvoirs, y compris le plus grand : « J’ai fait du monde un Cosmos, le lieu de la Beauté, baigné par la symphonie des sphères ». Laissons le lecteur lentement dénuder la chair de ce livre, apprenant les variations du destin de Vénus : « Je passais donc mon temps à m’occuper des histoires d’amour des autres, puisque le sens des miennes m’échappait ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà du récit et des allusions mythologiques obligées, et au moyen d’une écriture sensuelle indubitablement inspirée par la Muse Erato, Marika Doux s’interroge sur ce mythe de la beauté absolue, à laquelle chaque femme et chaque homme sont confrontés, avec fascination, sinon terreur. Vénus n’est pas seulement un corps et un visage voluptueux mais un être aventureux, nourri de succès et de déboires, mais dont la liberté n’est pas la moindre qualité.

Somptueusement illustré, de Botticelli à Dante Gabriel Rossetti, en passant par Jean-Léon Gérôme (sur la séductrice couverture) cet ouvrage-bijou invite à découvrir « à l’intérieur des deux rabats ces tableaux emblématiques » : les Vénus du Titien et de Vélasquez, certes infiniment connues, mais dont il est impossible de se lasser. Refermons ces rabats, de peur d’être définitivement happés par l’odor de femina (pour reprendre la formule du Don Giovanni de Mozart…

À moins que le plus engageant soit le bonheur de découvrir qu’il s’agit d’une collection. Déjà paru, Moi Œdipe, d’Alain Le Ninèze, conte le destin fatal de celui qui aveugla les tragédies et éclaira le freudien complexe, également illustré avec ardeur, terreur et beauté. L’on nous promet, parmi ces autobiographies d’un mythe, de naviguer du côté de l’Ancien Testament, en un bel équilibre culturel, avec Judith et Eve[7] : nous sommes tentés bien entendu…

Il existe un texte rare, intitulé La Veillée de Vénus,[8] un poème resté anonyme, probablement écrit sous l’empereur Adrien. « Aimez demain, vous qui n'avez jamais aimé, vous qui avez aimé, aimez encore demain », Ainsi nous invite le refrain de ce trop bref poème découvert au XVI° siècle par Pierre Pithou. Une telle célébration de la déesse de l’amour qui fut certainement récitée parmi la plaine de Catane lors de festivités nocturnes ne doit pas rester lettre morte.

 

Et puisqu’il était question de libres déesses grecques, notons que les ferments de la liberté sont bien présents lors de l’Antiquité, y compris celle religieuse. Outre tous ceux qui prétendaient que les dieux étaient aussi lointains qu’indifférents à la condition humaine, comme Lucrèce, voici l’empereur Julien, qui, au quatrième siècle, défend ouvertement, outre « la connaissance des dieux » (donc du polythéisme), « surtout l’extirpation de la souillure de l’impiété »[9], soit se dresse contre la mainmise du christianisme, et en faveur de la liberté de penser.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[5] Laure de Chantal & Xavier Mauduit : Notre grammaire est sexy. Déclaration d’amour à la langue française, Stock, 2021.

[6] Laure de Chantal & Karine Descoings : Séduire comme un dieu. Manuel du flirt antique, Les Belles Lettres, 2008.

[8] La Veillée de Vénus, Les Belles Lettres, 2002.

[9] Bibliothèque mythologique idéale, Les Belles Lettres, 2019, p 558.

 

Musa romana, Museo de Cuenca.

Photo : T. Guinhut.

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 07:45

 

Palacio de Soñanes, Villacarriedo, Cantabria.

Photo T. Guinhut.

 

 

 

 

La maison politique de Santiago Gamboa,

romancier baroque colombien :

Une Maison à Bogota ;

Prières nocturnes.

 

Santiago Gamboa : Une Maison à Bogota,

traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry,

Métailié, 2022, 192 p, 19 €.

 

Santiago Gamboa : Prières nocturnes,

traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry,

Métailié, 2014, 312 p, 20 €.

 

 

Une maison ne devrait-elle pas être un cerveau réalisé, une personnalité à l’égal de son propriétaire ? Il s’agit bien là de « la demeure idéale » du professeur de philologie qu’un prix a honoré, lui permettant cet achat depuis longtemps convoité. Avec sa vieille tante, gloire ancienne du combat contre l’extrême droite et admiratrice de Castro et de Mao, dont le handicap est peut-être la métaphore de la faillite des idéaux marxistes et communistes, il emménage avec « quatre cents caisses de livres » dans l’immense maison de Bogota pour une étendue de bonheur et de travail sans faille. Ainsi se déploient les cercles d’une vie et d’un monde autour d’Une maison à Bogota, sous le clavier du Colombien Santiago Gamboa. Plus éclatées encore sont ses Prières nocturnes entre les mondes vénéneux du sexe et de l’argent, peut-être de l’amour. La maison politique du romancier va-t-elle exploser sous les coups de boutoir de la réalité sud-américaine ?

 

Dans la maison du narrateur, le cercle s’élargit avec la cuisinière nommée Transito. Car partout le passé politique s’ensanglante de tragédies à cause des FARC (Forces Armées Révolutionnaire de Colombie). L’assassinat du frère de Transito par ses camarades est retranscrit grâce à sa voix bouleversée. Quant à la vie du chauffeur et son travail harassant à peine payé dans une mine d’émeraudes, cependant récompensé par un « caillou miraculeux », ils font l’objet d’un autre récit emboité. De même pour l’infirmière Elvira, maîtresse sensationnelle, dont le mari succombe aux ravages de la drogue. Les maux de l’Amérique latine étant ainsi concentrés dans cet « espace dominé par la mémoire ».

Et comme les personnages, chacune des pièces de la maison, en autant de chapitres, permet à d’autres histoires d’affleurer, à d’autres lieux d’être évoqués, comme à l’occasion de la salle de bain, des hammams et saunas sur d’autres continents. L’immense mansarde est musicale et enfantine, où sont rangés disques et illustrés pour adolescents. Plus loin, les quartiers pauvres pourrissent de délinquance et d’enfance maltraitée, de crack et de colle, alors que dans la « ville nyctalope » l’on trouve une « fête nazie » et autres orgies sexuelles que l’on épargnera au lecteur sensible…

Le narrateur - qui sait s’il s’agit de l’alter ego de l’auteur - développe ainsi des facettes de sa vie, depuis son enfance et ses parents cultivés hélas morts dans un incendie, jusqu’à son développement intellectuel. Comme en une spirale à la fois centrifuge et centripète, les événements, les convictions et les menaces se multiplient, ouvrant leurs portes aux aventures sexuelles, aux étudiants révolutionnaires et tyranniques, non sans un humour parfois mordant et un pessimisme peu amène : « les relations humaines sont condamnées au désastre ».

Le tout forme un autoportrait du narrateur en cynique, dézinguant au passage un écrivain plagiaire, déballant pêle-mêle la cuisine locale, l’Histoire du dernier siècle, car « la politique était la maladie vénérienne du pays ». Ou convoquant l’écrivain français Echenoz, qui entonne un hilarant éloge de la vulve ! Tout cela au risque de voir surgir d’anciens et nouveaux démons : la tante, aux journaux intimes scellés était-elle complice des FARC ?

Au-delà du roman de société, du tableau politique, l’apologue du Colombien Santiago Gamboa est le théâtre explosif de la confrontation entre l’idéal et le réel. Si la maison de Bogota est une sorte de paradis, les alentours peuvent ressembler aux cercles de l’Enfer de Dante. Sans temps mort, le récit s’élargit, bouillonne, sa prose est effervescente, l’intertextualité innerve un pandémonium de situations, de registres, lyrique, élégiaque, tragique, sans exclusive. La composition romanesque s’enrichit de l’intérieur, à l’image des pièces de la maison, « faite de plusieurs strates, avec des galeries adjacentes », destinée à aboutir à un éloge de la bibliothèque, de « l’air et les nuages », pour reprendre le titre du terrible et ultime chapitre, en une réelle ode à la littérature : « Constituer une bibliothèque est un acte de foi en l’avenir ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas de tourbillons de saints, d’anges ni de Saint-Esprit lumineux en ces Prières nocturnes ; pourtant leur composition est fondamentalement baroque. Cosmopolite est ce roman, entre Colombie, Inde et Thaïlande où le nœud de l’action se déroule. Santiago Gamboa, né en 1965, dont on a ici traduit une demi-douzaine de livres, joue avec brio des récits alternés. D’une part ceux, autobiographiques, de Manuel et de sa sœur Juana, d’autre part celui du Consul colombien à New Delhi qui se voit chargé d’une triste affaire : veiller au destin du premier héros qui, soupçonné à Bangkok d’un lourd trafic de drogue, risque la peine de mort, au mieux trente ans de prison. Mais au-delà de l’intrigue policière exotique, satire politique et poétique romanesque jouent un feu d’artifice troublant…

 Rien de religieux en ces Prières nocturnes. Tout y est profane ; y compris les « prières » adressées à une vie espérée meilleure par les protagonistes. Brossé avec allant, vigueur et réalisme sans apprêt, le portrait du jeune Manuel est éblouissant : de la tyrannie familiale aux esprits étriqués (« droite minable, mesquine et patriotarde ») de son enfance à la philosophie de Deleuze dont il devient un spécialiste, il se déploie entre les plaisirs précieux de la lecture, du cinéma d’auteur, la peinture de graffs sur des murs de béton, qui est son « art d’évasion » ; et l’amour protecteur de sa sœur Juana au point de travailler pour lui, par tous les moyens, à préparer son avenir, son évasion hors d’un pays dangereux et étriqué. C’est ainsi qu’en sa prison il confie son histoire au Consul écrivain et « chasseur d’histoires », lui promettant, non « un roman noir », mais « plutôt un roman d’amour ». Où la disparition de Juana est l’élément déclencheur. Disparition volontaire, dans le cadre d’une lucrative agence d’escort-girls, vers le Japon. C’est alors que Manuel se lance dans la piteuse aventure pour tenter de la retrouver, et convoyer une valise qui sera sa perte. Jusqu’à ce que le Consul et narrataire se lance à son tour dans la quête…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'on trouve en ce roman existentiel et psychologique, quoiqu’à demi policier, des facettes parfois déjantées. Au choix, une autre narratrice, transsexuelle spirituelle, et bien des personnages hauts en couleur dont l’un se prend pour « un Rastignac créole ». Mais aussi, parmi cette composition transgenres littéraires, un colloque à Tokyo sur la littérature colombienne, un chapitre en forme d’éloge du gin et des alcools, parmi lesquels « le martini était la seule invention nord-américaine aussi parfaite que la forme du sonnet ». Plusieurs pays sont également portraiturés avec les dents de l’impitoyable satire : la Colombie déchirée entre dictatures nationalistes, crimes d’état, mafia friquée et sans la moindre dimension intellectuelle, préjugés réactionnaires, corruptions et guérilleros des FARC ; la Thaïlande, croupie de chaleur, de pollution et de prostitution. Plus indulgente est la radiographie du Japon, malgré le luxe sévère de son milieu prostitutionnel. Les tableaux de mœurs font mouche, même si le lecteur peut se sentir étourdi de la fureur et de la vanité de ces mondes où drogue et sexe tiennent lieu de vraie vie.

Santiago Gamboa mène son intrigue bien rocambolesque avec feu, maîtrisant les points de vue complémentaires des personnages qui livrent leurs versants de l’histoire. Parfois avec humour pour des sujets graves, comme lorsque Juana fait sa confession, s’adressant à sa « chère Inter-Nette ». Entre fuite à Téhéran auprès d’un mari jaloux, puis évasion par les soins du Consul, Juana, dont la beauté est une arme fatale, nous révèle les rouages de la prostitution internationale. Malgré sa détermination d’amasser une fortune pour pourvoir à l’éducation et au destin de son frère tant aimé, elle dit son « mal aux articulations et aux lobes de l’amour ». Avant de livrer au lecteur son corps aux tatouages venus de vagues et de naufrages célèbres, dont « La grande vague » d’Hokusai, corps devenu une œuvre d’art splendide et cruelle, figurant une mise en abîme du roman.

Le réalisme est vigoureux, oscillant entre vie contemporaine, tour à tour sordide et clinquante, et intrusion des allusions passionnées à la littérature, comme si l’on était autant en pays de roman que de métalittérature. L’écriture est évocatrice, rapide et sensuelle, aussi riche qu’efficace ; on y trouve des « glaçons comme rapportés de la caverne de Platon », des touches de roman-feuilleton et de haïku. De par et malgré les mondes traversés, paisibles, chaotiques, terribles, une certaine mélancolie, une inquiétude métaphysique sourdent inévitablement. De plus -et ce n’est pas une moindre qualité- les lieux communs familiaux et politiques sont pourfendus par les maximes du mentor de Juana, le vieux Monsieur Echenoz…: « Le pire pour une jeune fille c’est de se marier avec un jeune homme, c’est l’union de deux stupidités », ou « Sais-tu quel est le nom contemporain de la démocratie ? La perversité. Si un chimpanzé avec un tambour devenait populaire et amusant, il pourrait être élu président », ou encore : « Je déteste les écrivains qui défendent de nobles causes ». En ce sens, Prières nocturnes, ode à l’amour contrarié entre frère et sœur - mais sans rien d’incestueux - initiation à la richesse financière et intellectuelle, à l’effroi et à la sagesse vaut bien un vade-mecum, hélas bien douloureux. Comme un portrait-charge, un Colombian Psycho, jeté à la face de la Colombie, voire de l'Amérique latine...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Homme-orchestre dans le parc d’attraction de la littérature baroque latino-américaine, Santiago Gamboa n’écrit pas sans grave sérieux, entre roman d’initiation psychologique et politique, ni sans ironie envers les clichés de l’aventure et du policier. Si, comme pour un de ces personnages, « être écrivain était le maximum de ce que pouvait espérer un être humain », nul doute que Gamboa, et le Consul son double, atteignent ce maximum : celui d’un édifiant divertissement haut en couleurs, aux qualités sociologiques, poétiques et tragiques… Aussi tragique finalement que le sort réservé à sa maison, témoignant peut-être d’un certain goût mélancolique, voire nihiliste…

Journaliste, diplomate, Santiago Gamboa né en 1965 est un romancier nombreux, dont on a ici traduit une demi-douzaine de livres. Des Hommes en noir[1] révèle un roman policier fort noir. Le témoin n’est autre qu’un jeune garçon, du haut de son arbre. Les trois véhicules aux vitres teintées attaqués à l’arme lourde, les échanges de balles et les cadavres, un hélicoptère évacuant les passagers. Malgré les traces effacées, ses yeux et sa mémoire en gardent la trace. La chose pourrait rester inaperçue. Sauf pour le procureur  Edilson Jutsiñamuy, qui s’adjoint une journaliste d’investigation, Julieta, et son assistante Johana, une ex-guérillera des FARC, toutes plus incorruptibles les unes que les autres. L’enquête parcourt les réseaux de la Colombie, du Brésil et de la Guyane française, jusque parmi les Églises évangéliques. Voici à la fois un thriller violent et un documentaire sur la guerre civile. Le rôle du romancier restant celui de la dénonciation des tyrannies criminelles et politiques.

Plus excitant et fou est Retourner dans l’obscure vallée[2]. Ils ont fui la Colombie, vers l’Europe, et ne peuvent qu’y retourner. Manuela tente d’oublier les traumatismes de son enfance grâce à la lecture, la poésie, Tertuliano imagine une théologie de « l’harmonie des Maîtres anciens », empreinte de messianisme et de violence, le prêtre Palacios rêve d’être pardonné de son passé paramilitaire. Et parmi eux le consul et Juana, dont les amours sont en demi-teinte et cependant peut-être secrètement ardents. Et enfin le Consul et Juana, qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis. Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit. Qui sait si la solution est à Harar, au pays fantasmé d’un aventurier Rimbaud ? La narration polyphonique est vigoureuse, entre roman de société et enquête psychologique. Et si l’on veut découvrir comment un jeune écrivain latino-américain vient à Paris pour être au plus près de la littérature, mais auprès de la pluie froide, de la pauvreté des immigrés mais aussi des aventures érotiques, lisons Le Syndrome d’Ulysse[3], pour savoir comment retrouver son Ithaque…

 

La « maison » politique de Santiago Gamboa est à la mesure de sa psyché, mais aussi de son pays. Rêve-t-il d’une parfaite et paisible demeure où l’art et la littérature vivraient en toute sérénité, que les tempêtes révolutionnaires et criminelles le cernent. À l’image de la condition humaine…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Une Maison à Bogota fut publiée

dans Le Matricule des anges, mars 2022


[1] Santiago Gamboa : Des Hommes en noir, Métailié, 2019.

[2] Santiago Gamboa : Retourner dans l’obscure vallée, Métailié, 2017.

[3] Santiago Gamboa : Le Syndrome d’Ulysse, Métailié, 2007.

 

Palacio de Soñanes, Villacarriedo, Cantabria.

Photo T. Guinhut.

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Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron