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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eloge des péchés capitaux du capitalisme.

 

 

 

 

      Un spectre hante la planète : c’est le spectre du capitalisme. Pour le traquer, toutes les puissances des sophismes, de l’envie et de l’utopie se sont liguées en une sainte chasse à courre[1]. Que ses péchés, depuis l’aube de l’humanité, sont nombreux, conspués par Karl Marx, pires que ceux Les Sept péchés capitaux peints par son contemporain, romancier et feuilletoniste Eugène Sue, qui commença de les publier en 1848, l’année du Manifeste communiste… Avare oppresseur coléreux, paresseux spéculateur et orgueilleux bâtisseur avant d’être le gourmand qui dévore la planète, le capitalisme mérite-il cet opprobre ? A moins de plaider sa juste cause  au point de le réhabiliter… En effet, quoi d’autre, sinon le capitalisme libéral, a su largement améliorer le sort de l’humanité et saura l’améliorer encore ? Ce ne sont pas les systèmes claniques, théocratiques, constructivistes, socialistes, communistes et étatistes qui le réalisent, mais bien les initiatives spontanées des millions de mains invisibles des Lumières d’Adam Smith, conjuguées avec la démocratie libérale, qui nous sortent des ornières de la pauvreté et de l’ignorance pour nous propulser vers la prospérité matérielle et intellectuelle.

 

      La propriété fut pour Rousseau le péché originel de toute société capitaliste : « dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans laquelle on vit germer l’esclavage, et la misère germer et croître avec les moissons[2] ». Ainsi la propriété individuelle du capital, opposée à la communauté des biens, devint un équivalent d’une avarice perverse.

      Depuis toujours, le riche, y compris s’il n’a pas acquis ses biens par la rapine et le meurtre, mais par son ingéniosité, son commerce et son industrie, est voué aux gémonies par le pauvre qui n’a pas bénéficié des mêmes talents et bénéfices. Pour châtier ce bourgeois capitaliste, cet avare bouffi d’orgueil, il allait, selon la Bible, être « plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu[3] ».

      Le sommet de l’abjection fut atteint lorsque Marx promit une nouvelle eschatologie : c’est sur la terre des hommes que le capitaliste allait être exproprié, bientôt assassiné et goulaguisé par les thuriféraires du philosophe, comme le riche koulak profiteur que foncièrement il est invariablement. L’exploiteur du prolétaire, l’esclavagiste de classes sociales entières, de générations de femmes et d’enfants, était l’unique responsable des maux de l’humanité. Son  avarice bourgeoise, sa colère rapace, sa paresse spéculatrice, sa luxure forcément conséquente, son envie concurrentielle et sa gourmandise au point d’affamer le pauvre, son orgueil conquérant enfin, permettaient de le jeter aux abysses de l’infamie, plus profond que l’enfer de Dante, puisque en tant que Juif cosmopolite et koulak bourgeois il allait peupler les camps de la mort bruns et rouges…

 

      L’histoire politique et économique ne fut pas et n’est pas en reste pour renouveler les motifs de la condamnation. L’on pensa en effet d’abord que le capitalisme avait d’abord l’immense tort d’opprimer les masses humaines, de les réduire à un immense esclavage, de pressurer leur force de travail au seul bénéfice de quelques puissants possédants. Ce qui n’était pas tout à fait faux au cours du XIX° siècle, quoique sauvant les masses de la brutalité et de la brève espérance de vie des campagnes, et permettant à beaucoup d’accéder aux plaisirs des classes moyennes. Pourtant, lorsque l’on ne put que constater qu’il tendait à enrichir, ne serait-ce que parce qu’il lui fallait des consommateurs, et à améliorer les conditions de vie de ces mêmes masses humaines, qui par voie de conséquence accédaient eux-mêmes, quoique à des degrés divers, à ces mêmes bénéfices, y compris au capitalisme, les opposants obsessionnels à ce dernier durent retourner leur veste et inventer un second péché capital, pire si possible : il n’était rien de moins que responsable de la destruction de la planète.

      Alors, la gourmandise capitaliste allait s’emparer de toutes les ressources non renouvelables et les changer en excréments de la pollution. Selon le credo religieusement entonné par les Verts qui, faut-il l’admettre, sont des experts en recyclage de la pensée marxiste, l’industrie capitaliste est la responsable de la mort des océans, de la disparition des espèces, du changement climatique et de la prochaine extinction de l’humanité sous le poids de sa prédation. La messe est-elle dite ?

 

 

      Peut-on pourtant absoudre, mieux, justifier à bon droit, le capitalisme de ses péchés capitaux ? Il y a en effet bien des motifs philosophiques, économiques et moraux à cette réhabilitation.

      Pour valoriser la fructification de la monnaie ou du talent individuel, par le travail et la juste usure, la « parabole des talents » nous enseigne : « tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais recouvré mon bien avec un intérêt[4]. » Notons que l’on emprunte ici à la Bible non en tant que quelconque justification par la révélation divine, mais pour son poids d’histoire des mentalités, de sagesse, de philosophie et de rationalité. Pour rester dans le contexte religieux, malgré « Saint Thomas d’Aquin qualifiant de turpitudo la recherche du profit[5] », relisons Max Weber : le protestantisme ascétique a permis à « l’esprit du capitalisme moderne à accoucher de son ethos spécifique, c’est-à-dire de l’éthos de la bourgeoisie moderne[6] ». Tout ceci permettant d’affirmer que l’éthique du travail, du gain, de la thésaurisation, de l’investissement et de la richesse ont un fondement moral, y compris spirituel au sens religieux du terme.

      Cela dit, cet ascétisme protestant réprouve, comme Rousseau d’ailleurs, le luxe. Heureusement Voltaire plaide efficacement sa cause : « J’aime le luxe, et même la mollesse, / Tous les plaisirs, les arts de toute espèce, / La propreté, le goût, les ornements[7] ». Ajoutant : « Le gout du luxe entre dans tous les rangs ; / Le pauvre y vit des vanités des grands ; / Et le travail, gagé par la mollesse, / S’ouvre à pas lents la route à la richesse ». Non sans faire l’éloge de Colbert : « Mais le ministre, utile avec éclat, / Sut par le luxe enrichir notre état[8] ».

      L’avarice alors se change en générosité, non par le philanthropisme des capitalistes, mais par leur capacité à entraîner le mouvement de la production et des échanges, comme le montra Mandeville en 1703 dans la Fable des abeilles, où l’intérêt privé concourt au bien commun : « L’avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice dénaturé et diabolique était esclave du noble défaut de la prodigalité. Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. La vanité, cette passion si détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore. L’envie même et l’amour propre, ministres de l’industrie, faisaient fleurir les arts et le commerce. (…) C’est ainsi que le vice produisant la ruse, et que la ruse se joignant à l’industrie, on vit peu à peu la ruche abonder de toutes les commodités de la vie, l’aise et le repos étaient devenus des biens si communs que les pauvres même vivaient plus agréablement alors que les riches ne le faisaient auparavant »[9]. Dans la même veine, Adam Smith, en 1776, montra la rédemption économique et morale des péchés capitaux, en particulier de cette avarice qui n’est qu’égoïsme : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de leurs besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage[10] ».

      Mieux encore, c’est avec régularité que le travail capitaliste permet à la plupart de nos produits d’être bien moins chers et rares que ce qu’ils coûtaient à nos aïeux, sans compter leur qualité souvent accrue et a fortiori l’apparition d’objets auparavant inconnus, tels nos ordinateurs et nos smartphones, qu’il permet de s’enrichir honnêtement et non par le vol et le pillage. N’est-ce pas ainsi qu’il y a sans conteste une moralité du capitalisme… S’il n’a pas encore abouti à l’égalité qui, à condition qu’elle soit souhaitable et non confiscatoire (et par voie de conséquence non attentatoire au but d’enrichissement généralisé qu’elle se promettait) ne faut-il pas en accuser les gouvernements tyranniques et socialistes qui freinent l’innovation et l’esprit d’entreprendre, ne faut-il pas en accuser la nature humaine et ses capacités inégalement partagées, même si l’état se doit d’assurer l’éducation de tous (par exemple au moyen du chèque éducation) : les uns préfèrent leur paresse et leur envie à l’accession au capitalisme, les autres préfèrent leur modeste modération et leur retrait du monde de l’activité capitaliste, ce dernier parti restant respectable.

      Quant à cette planète outragée par le capitalisme, il faut admettre que l’activité humaine n’a pas toujours complétement réussi à améliorer la condition de ses habitants. La pollution au charbon du XIX° et de la première moitié du XX° fut abominable, son exploitation permettant cependant l’augmentation du niveau de vie général. Celle nucléaire, notamment en Union soviétique, pour ne donner que quelques exemples, fut loin de la réussite, sans compter les sous-marins qui parsèment les fonds du Grand nord… Mais sans tomber dans l’angélisme, il faut savoir remarquer que le capitalisme est capable de répondre à la demande du consommateur d’espace et de santé en dépolluant les eaux, en rendant la Seine et l’Hudson aux poissons, en filtrant les métaux lourds, en retraitant et recyclant les déchets, les plastiques… Quid alors du « réchauffement de la planète »,  dont les manifestations ne sont pas aussi fulgurantes que l’espèrent les catastrophistes ? La cause anthropique n’est guère avérée, la nature étant assez grande pour se réguler et se déréguler. Cela ne signifiant pas qu’il faut ne pas se préoccuper de l’intégrité esthétique et sanitaire de notre environnement ; d’autant que le capitalisme pourra savoir répondre à ce défi. Reste l’épuisement des ressources. Là encore la menace brandie par les écologistes est une galéjade. Outre le frein à la consommation qui résulte de la diminution de l’offre, les capacités d’adaptation du capitalisme et de l’invention humaine restent sous-évaluées. Loin de s’épuiser, les réserves pétrolières et gazières ne cessent d’augmenter, leur exploitation tend à être de plus en plus performante et propre, y compris pour les gaz de schiste. Sans compter que de nouvelles technologies insoupçonnées ne cessent de survenir et de nous surprendre pour nous offrir de nouveaux développements, de nouvelles richesses, y compris en nous offrons une planète plus vivante…

 

 

      Nous ne nierons pas que le capitalisme puisse être prédateur, voyou et irresponsable, jusqu’au monopole, ce pourquoi il faut à l’état régalien faire respecter le droit à la concurrence, la clarté et le respect des contrats, sans compter la nécessaire responsabilité devant le consommateur, ce dans le cadre des principes du libéralisme ; qu’il peut être cruel au point de licencier pour des raisons de rentabilité et de faillite, mais ce dans le cadre de ce que Schumpeter appelait justement la « destruction créatrice[11] » ; qu’il peut s’engager dans des ententes illicites, dans des connivences, via le lobbying, avec l’état. En ce sens, en accord avec le droit naturel à la liberté d’entreprendre, il faut à la puissance publique ne pas se mêler d’être un acteur économique… Alors seulement le capitalisme peut faire fructifier ses péchés capitaux en toute vertu, enrichissant de plus en plus de parts et d’individus de la population mondiale, comme il l’a montré au cours des deux derniers siècles. Et comme il le montrera au cours des prochains, si le socialisme et son impéritie prodigue et confiscatoire ne lui brise pas les jambes.

 

      Faut-il alors être aussi indulgent envers les péchés capitaux de l’anticapitalisme : envie et colère ? Il est évident que son buts, de par son immodérée passion de l’égalité niveleuse, voire coupeuse de tête, de par sa libido dominandi, est de parvenir, malgré son apparemment idyllique gestion de l’économie par l’état, à moins du chimérique espoir de la disparition de ce dernier et de la communauté magique des richesses, à une tyrannie économique et intellectuelle, dont les socialismes, qu’ils soient national socialiste ou communiste, nous ont gratifié en d’édifiantes expériences. Que les antilibéraux aient un idéal délétère, grand bien leur fasse : qu’ils appliquent à eux-mêmes, dans une principauté lointaine, leurs bas procédés de décapitation des libertés et des richesses, mais, de grâce, qu’ils épargnent au reste de l’humanité leur envie et leur colère mortifères…

 

      Moral ou pas, le capitalisme est transparent. A travers lui transparaissent et s’expriment les intentions et les désirs les plus humains. En ce sens, si l’homme n’est pas naturellement bon, mais seulement un défi d’hormones agressives, il propose un capital d’armes et de poisons, d’actifs pourris et de corruptions. Au contraire, il n'est pas impossible que le capitalisme propose des objets et des comportements vertueux. Que sont les produits agricoles et industriels, les services, les médicaments, les livres, sinon des vertus en actes ? Le capitalisme est infiniment plastique, il est le reflet des aspirations, vertueuses ou vicieuses, des hommes, qui en sont responsables, et au premier chef des aspirations à l’accroissement du bien-être. Pour reprendre les mots de Joyce Appleby : « Le capitalisme n’est pas un système unifié et coordonné, malgré ce que suggère le mot « système ». C’est plutôt un ensemble de pratiques et d’institutions qui permet à des milliards d’individus de poursuivre leurs intérêts économiques sur le marché.[12] »

 

      Que souhaiter aux péchés capitaux du capitalisme ? D’être la chose la mieux partagée du monde. Non pas au sens où un illusoire état idéalement sage redistribuerait les richesses du premier, mais parce ce dernier ne se mêlerait pas d’empêcher tout un chacun d’accéder, même modestement, au capitalisme des libertés, qu’il s’agisse de celle d’entreprendre ou de celle de jouir de la main invisible du marché et de la concurrence renouvelés. Relisons alors le trop oublié Eugène Sue : chacun de ses Sept péchés capitaux se révèle, conformément à la théorie des passions de Charles Fourier, finalement bénéfique pour la société : « un avare, ministre des finances d’un Etat, et apportant dans la gestion, dans l’économie des deniers publics, cette inflexibilité qui caractérise l’avarice : il enfantera des prodiges.[13] » Le moins que l’on puisse dire est que l’anticapitaliste prodigalité généreuse de nos gouvernements avec l’argent de leurs concitoyens, n’enfante que des prodiges de dettes et de pauvreté. Au contraire de tant d’utopies toujours impalpables, sinon dans leur terrible contre-utopie, le capitalisme reste un idéal moral atteint et atteignable…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] On aura ici reconnu une parodie de l’incipit du Manifeste communiste de 1848 ; Karl Marx : Philosophie, Folio essais, 2003, p 98.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres complètes, III, Pléiade, 2003, p 171.

[3] Evangile selon Saint-Luc, 18-25.

[4] Evangile selon Saint-Matthieu, 25-27.

[5] Max Weber : L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1981, p 77.

[6] Ibidem, p 291.

[7] Voltaire : « Le Mondain », Mélanges, Pléiade, 1995, p 203.

[8] Voltaire : « Défense du mondain, ou l’apologie du luxe », Mélanges, Pléiade, 1995, p208 et 209.

[9] Bernard de Mandeville : Fable des abeilles, in Alain Laurent et Vincent Valentin : Les Penseurs libéraux, Les Belles Lettres, 2012, p 195 et 196.

[10] Adam Smith : Enquête sur la nature et les cause de la richesse des nations, PUF, 1995, I- II, p 16.

[11] Joseph Schumpeter : Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1951, p 107.

[12] Joyce Appleby : Capitalisme. Histoire d’une révolution permanente, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury, Piranha, 2016, p 475.

[13] Eugène Sue : Les Sept péchés capitaux, L’Avarice, Marpon et Flammarion, sans date, p 204.

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 15:15

 

Astun, Canfranc, Alto-Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les amertumes de l'Histoire

 

parmi la terreur communiste.

 

Irina Golovkina : Les Vaincus ;

 

Iouri Annenkov : Journal de mes rencontres.

 

Olga Slavnikova : 2017.

 

 

 

Irina Golovkina : Les Vaincus, traduit du russe par Xénia Yagello,

Syrtes, 1120 p, 45 €.

 

Iouri Annenkov : Journal de mes rencontres,

traduit du russe par Marianne Gourg, Odile Melnik-Ardin et Irène Sokologorsky,

Syrtes, 800 p, 28 €.

 

 

Olga Slavnikova : 2017, traduit du russe par Christine Zeitounian-Beloüs,

Gallimard, 500 p, 25 €.

 

 

 

      L’Histoire est, dit-on, écrite par les vainqueurs. Pourtant, la littérature soviétique est tombée aux oubliettes du réalisme socialiste, médiocre, mensonger. L’envers d’un décor de soixante-dix ans fut alors brossé avec courage par Soljenitsyne, par Chalamov, avant que son terrible hiver politique s’écroule sous le poids de son impéritie. Moins connus sont ces auteurs  russes qui, pour l’une, Irina Golovkuna, témoigne de l’abjecte répression communiste, et  pour l’autre, voyage parmi ses rencontres littéraires, comme Iouri Annenkov. Alors que le centenaire de la révolution bolchevique honnie se profile, Olga Slavnikova la commémore avec son 2017, non sans amère ironie.

 

      La plume d’Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline. Oleg est le pivot de cette vaste fresque familiale et nationale. Autour de l’ancien officier du Tsar, gravitent les derniers représentants de la noblesse, de la culture russe et européenne, alors que les brutes prolétariennes les assiègent jusqu’à l’exil et la mort. A l’instar de cette constellation de personnages, le récit omniscient se partage entre plusieurs narrateurs, suivant Oleg ou Liolia, nous confiant le journal intime d’Elizaveta. Ainsi deux femmes aiment le noble et bel Oleg : Elizaveta, infirmière, qui le soigne avant de disparaitre de l’hôpital, gardera dans son cœur une admiration passionnée pour le jeune héros qui est pour elle un symbole de la Russie. Plus tard, à Saint-Pétersbourg, devenue Leningrad, elle le revoit dans les bras de la jeune Assia qu’il épouse. Cette fragile pianiste aux longs cils lui donnera deux enfants. Mais, quoique caché sous un faux nom, chassé de son travail, traqué par la Guépéou, il finira fusillé, à cause de son origine. Une myriade d’acteurs forme une microsociété de l’ancien régime en perdition, tandis que dans les appartements devenus communautaires, les ouvriers du parti, pétris de langue de bois, de vulgarité,  sont infiltrés de mouchards, et que la pauvreté la plus sordide gangrène le pays, hors quelques privilégiés et profiteurs du nouveau régime : ce sont « les attributs incontournables de la dictature du prolétariat », où « la conscience de chacun doit être soumise au contrôle de la société ». Dans les camps, parmi les vexations, la promiscuité, le froid sibérien, les travaux d’esclaves, « la situation sanitaire est désastreuse ». Liola est forcée de devenir indicatrice au service de la Guépéou, avant de goûter du goulag pour avoir tu l’origine aristocratique d’Oleg. Même le parfait prolétaire méritant, Viatcheslav, doute avant d’être broyé par la terreur stalinienne.  Pourtant des rebondissements, des retrouvailles sont parfois possibles : le prolétaire et l’aristocrate, en une union sacrée dans les tenailles de la tyrannie, s’aiment un court instant. Ainsi ce tableau documentaire de la classe abattue, des souffrances populaires est aussi criant qu’historiquement avéré.

 

      Certes, un tel roman-feuilleton tire parfois sur la corde du pathétique, mais il ne perd jamais sa redoutable efficacité. Y compris lorsque, apportant un éclairage inédit,  la romancière montre les protagonistes tentant de conserver leur mode de vie, leurs bonnes manières, le rituel élégant des maigres repas, lorsqu’ils bradent leurs trésors de famille pour subsister, lorsque la fidélité à l’église orthodoxe est une résistance. Le pieux Mika s’écrie : « Mais que valent alors toute cette morale communiste et toutes ces promesses de vie heureuse ? »

      La finesse psychologique n’est pas en reste : qu’il s’agisse des liens d’amour ou des portraits, surtout féminins, Irina Golovkina met au service de son roman autobiographique une profonde connaissance de l’humanité. En effet, l’on sait que la romancière (1904-1989), petite fille du compositeur Rimski-Korsakov, s’appuie sur les avanies subies par sa famille pour écrire dans les années soixante ce qui fut d’abord diffusé en samizdat, puis publié de manière posthume en 1992. Grâce à la technique narrative qui fit la réussite du réalisme du XIX° et de Tolstoï, ce roman bouleversant, à la langue juste et élégante, cette somme sans longueur, mérite de rester, au-delà du témoignage, un classique.

 

 

      C’est presqu’un siècle d’Histoire et de littérature qu’embrasse la vie d’Iouri Annenkov. En effet, né en 1889 et mort en 1974, il aura vécu la fin du tsarisme, la révolution bolchevique, le stalinisme, deux guerres mondiales et le dégel de Khrouchtchev, quoiqu’il se fût exilé en France dès 1924, ce qui lui sauva probablement la vie. Il ne lui manqua que la chute du communisme.

      Aussi son Journal de mes rencontres ne peut manquer d’être sous-titré « Un cycle de tragédies ». Peintre de mots, de couleurs et de dessin, Annenkov illustre chacun de ses vingt-cinq portraits de croquis toujours saisissants. Quand les vivantes évocations d’écrivains, de poètes, sont le plus souvent amicales, louangeuses, celles, finales, sur Lénine et Trotski sont plus acides. Par exemple : « Trotski crut à la nécessité de « l’absurdité suprême », des combats mortifères au nom de la paix et du bonheur des générations futures et en fut, pour finir, la victime. »

      Le lecteur côtoie de presque inconnus, mais une foule de figures emblématiques du roman et surtout de la poésie russes. Zamiatine, auteur avec Nous autres de la première utopie anti-communiste en 1921, fut censuré, exilé. Maïakovski « s’était servi de la poésie pour lutter contre le capitalisme […] c’est justement pour ces raisons là qu’il s’est suicidé », alors que « tant aient été discrètement fusillés ou liquidés ».

      Si l’on s’étonne, en cette formidable encyclopédie des lettres et des mœurs politiques sous la plume d’Iouri Annenkov, où pérorent « les pique-assiette du parti communiste », de ne pas rencontrer Mandelstam ou Tsvetaeva, Anna Akhmatova garde « la musicalité étouffée de sa douce voix », parmi tous ces martyrs de la tyrannie soviétique. Car les femmes, comme Irina Golovkina, n’échappèrent pas aux cruelles tragédies de l’avenir radieux du communisme…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Roman d’idées dans la grande tradition russe de Tolstoï et de Boulgakov, 2017 prend prétexte du centenaire de la révolution bolchevique pour mettre en question le lien trouble qui unit la Russie à un passé qui ne passe pas. Fomenté par Olga Slavnikova, ce récit polymorphe à plusieurs voix et plusieurs registres est impulsé par une passion en pointillés entre Krylov, tailleur de pierres précieuses, et Tania, mystérieuse « beauté incolore ». Nous sommes autour d’une ville semi-fictionnelle et dans les monts Riphées, lorsque le narrateur, tentant de fuir son ex-épouse -la richissime oligarque Tamara- va de rencontres en rendez-vous risqués avec sa Tania, tout en partant avec le professeur Anfilogov, en quête d’une mine de gemmes fabuleux, ce à la limite de la légalité… A cheval entre réalisme et science-fiction, voire fantasy, ce feuilleton aussi dense que fantomatique (qui reçut le Russian Booker Prize en 2006) imagine un défilé commémoratif des Blancs et des Rouges qui remettent le couvert en s’affrontant jusqu’au sang : « Ceux qui se déguisent se sentent inspirés par leurs oripeaux révolutionnaires ». Mais aussi un tableau d’un pays à la limite du sordide, où des poches de beauté naturelle, de luxe artificiel jouent de contrastes hallucinants…

      Ainsi, parmi « une épidémie d’Histoire », satire politique et anti-utopie d’une part, idylle amoureuse contrariée, et paysages empoisonnés d’autre part font de ce livre un palpitant croisement entre roman d’aventure et roman philosophique. A l’inquiétante étrangeté de l’anticipation et du fantastique, comme chez Sorokine, autre contemporain russe qui, quoique plus grinçant, peut lui être comparée, s’ajoute chez Slavnikova une plus que talentueuse, émouvante, écriture, aux images merveilleusement évocatrices ; sans compter la sûreté psychologique et sociologique… N’en jetez plus, le plein panier d’éloges ne suffira pas à rendre compte de la portée et du charme de ce trésor romanesque, dont l'ironie mordante ne laisse guère d'illusions au communisme qui pourrit soixante-dix ans de la vie de la Russie, sans comptés ses voisins et affidés.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'articles parus dans Le Matricule des anges

 

Bosque de Aubas, Bossost, Val d'Aran, Caralunya.

Photo : T Guinhut.

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:09

 

L'oiseau mouche. Buffon : Histoire naturelle, Les Oiseaux,

Furne, 1853. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le Cantique des oiseaux,

 

une poétique soufie de l’interprétation,

 

par Farid od-dîn ‘Attar.

 

 

 

Farid od-dîn ‘Attar : Le Cantique des oiseaux,

traduit du persan par Leili Anvar,

illustré par la peinture d’Islam d’Orient

sous la direction iconographique de Michael Barry,

Diane de Selliers, 432 p, relié sous coffret, 195 €.

 

 

 

         Olivier Messiaen offrit aux oiseaux d’être leur secrétaire, leur voix, leur toucher et leur orchestre. Dans le Catalogue d’oiseaux pour piano, ou son opéra Saint François d’Assise, il sut les chanter avec autant d’humilité, que d’enthousiasme. Probablement eût-il été enchanté par cet immense et délicieux poème, ici exhumé de l’oubli et magnifié : Le Cantique des oiseaux, composé au XII° siècle par Farid od-dîn 'Attar. L’original persan, Mantiq al-Tair, avait été traduit en prose en 1863 par « Le langage des oiseaux » ; il méritait pourtant une nouvelle traduction, inspirée par le souffle des anges de Rilke et digne de ses 4600 vers, chef-d’œuvre de la poésie et de la mystique soufie.

 

       Imaginez que l’assemblée des oiseaux se réunisse en délibération, afin de partir à la recherche du mythique oiseau-roi, autrement dit le Simurgh, et se choisisse pour chef cette huppe, qui, selon le Coran, servit de messagère entre le roi Salomon et de la reine de Saba. Sans cesse, la huppe se doit de stimuler les ardeurs de ses congénères, qui désirent se soustraire au difficile voyage, en alléguant maintes « excuses », qu’il s’agisse de celles du bouvreuil ou du hibou. C’est avec le secours de maints contes, doués de dimension morale, qu’elle parvient à les amener à visiter sept vallées successives : la connaissance, l’indépendance, l’union, l’étonnement et l’anéantissement intérieur. Au bout de leur quête, ils parviennent à se joindre au Simurgh, allégorie transparente de leur propre essence, profondément celée en eux-mêmes… Il s’agit bien sûr d’une figuration du chemin semé d’obstacles en direction de Dieu, ou du souverain Bien, au sens platonicien. L’abondance des récits et des péripéties, les images colorées de la poésie préservent du moindre instant d’ennui cette vaste épopée de la mystique soufie, mais également néoplatonicienne.

          Comme Dante sut illustrer la quête de sa Béatrice aimée, en même temps que de la pure contemplation de Dieu, parmi les embûches de l’Enfer et du Purgatoire, à l’aide de son guide Virgile, au moyen de la richesse narrative, du sens des images frappantes et suggestives, de la vie entraînante des allégories, ‘Attar fait ici montre d’un talent aussi séduisant qu’étourdissant. Qui eût cru que ce poème mystique unisse le charme des oiseaux qui ont la parole, grâce à la prosopopée, à la dimension réaliste où se déploie peu à peu toute une société, sans compter le procédé récurrent des histoires emboitées à la façon des Mille et une nuits. La formule magique « Il était une fois » jalonne alors les récits. Animaux, renards, chien, papillons, sans compter le phénix, ou acteurs des apologues, « Le roi et son esclave », « Le bourgeois et le fou », auraient pu inspirer La Fontaine…

 

Artiste anonyme : Faucon, Inde moghole, XVII° siècle.

Le Cantique des oiseaux, Diane de Selliers.

 

 

        C’est ainsi qu’en ce poème apparaissent tant de personnages, derviches et princes, mendiants et souverains, amoureux et religieux… Parmi lesquels l’archange Gabriel lui-même, « le Très-Haut », mais aussi un « marchand de miel » qui s’insurge : « Donne-t-on rien pour rien ? » ; alors que le « Soufi » entend une « voix céleste » qui lui donne tout : « La Grâce est un soleil brillant de toutes parts / et qui bénéficie au moindre des atomes ». La sagesse, mais aussi la folie des désirs et des innombrables fous, les délires d’amour, le passage par les sept « vallées », jusqu’à celle « du dénuement et de l’anéantissement », s’unissent en construisant une pensée philosophique (au point de convoquer « Le tombeau de Socrate »), au sein d’une haute vision cosmique où jouir de l’éblouissement de la connaissance.

          Dans une perspective également mystique, c’est au XII° siècle que le Persan Attar composa son Livre divin[1]. Dans lequel un défilé de contes et apologues est relié par la volonté d’un souverain : il demande à ses six fils quels seraient leurs désirs. La fille des Péri, une coupe où se reflète le monde, l’anneau de Salomon ou les secrets de la magie deviennent alors l’image de la vanité des désirs. Mieux, cette fille des Péri signifie l’âme, quand la coupe figure l’intellect. Outre la dimension allégorique, la variété des trois-cents récits emporte l’adhésion ravie…

          Le poète « parfumeur » du Cantique des oiseaux ayant « chanté dans la gamme des amants », conclue : « Ô lecteur, si tu es un homme de la Voie / Ne vois pas dans mon œuvre des rimes et des sophismes » (…) « Fécondant le papier de la plume des mots / De l’océan du vrai, je fais jaillir les perles » (…)

« Et pour toutes les roses prises au jardin de l’âme

Que j’ai semées pour vous dans mes récits en vers

Souvenez-vous de moi en bien, ô mes amis ! »

 

Photo : T. Guinhut

 

          C’est en bien que nous nous souviendrons d’Attar et de Diane de Selliers… En effet, parmi des centaines de manuscrits persans, turcs et indo-musulmans, Diane de Selliers et son équipe ont, avec un goût sûr, choisi des enluminures époustouflantes. Les unes venues d’un manuscrit royal de 1487 à Hérat, les autres choisies parmi les grands textes de la culture persane, le tout éclairé par des commentaires, des exégèses iconologiques et religieuses, aussi précis et informés que sans jargon. Le flamboiement des couleurs, le détail infini des motifs, la danse de la calligraphie, le charme encyclopédique des oiseaux, les étrangetés de la perspective, la richesse des paysages, les monstres caricaturaux, la minutie psychologique des visages… Tout concourt à l’étonnement, à l’effacement de soi devant la prodigalité de la création divine et des artistes. En se mêlant à la tradition figurative de l’islam persan, l’influence plastique chinoise est plus ou moins explicite, alors que la dynastie mongole adopta la foi coranique de ses sujets. La richesse picturale s’explique par la multiplicité des traditions, des croyances, par une tolérance inattendue, lors de la « renaissance timouride » à Hérat, en Afghanistan, au XV° siècle.

         Les portes de l’interprétation restent ainsi ouvertes : outre le commentaire libre du livre saint qu’est aussi ce Cantique des oiseaux, la liberté de l’imagination des peintres et du poète est patente. Au point que, quelque soit la couleur de la religion ou de la civilisation du lecteur, il puisse s’identifier dans cette interrogation et cette quête de la dimension mystique, qu’il s’agisse de religion ou d’amour : pensons par exemple à l’irremplaçable figure de « Dame de beauté ».

       Témoignage d’une époque et d’une contrée où la brillance culturelle et spirituelle put rayonner, ce Cantique des oiseaux bénéficia de l’écoute et du mécénat des rois. Dans le cadre d’une curiosité prolixe envers les autres cultures, même si les souverains ne s’empêchaient pas d’être de fameux tyrans et des professionnels de la guerre de conquête, voire d’extermination, n’y a-t-il pas, en ce poème, en cette iconographie merveilleuse, la précieuse vertu et liberté de la création, qu’elle soit poétique ou picturale, lorsque l’interdit de la représentation de la figure humaine par l’islam n’a pas ici cours… Nous sommes alors iconophiles et non iconoclastes, ouverts aux sentiers de l’art et de l’interprétation, grâce auxquels l’univers visible et ses images de main d’homme sont le miroir de la divinité. Hélas, ce qui n’était tout de même pas un islam des Lumières (on ne respectait ni la séparation des pouvoirs, ni celle du temporel et du spirituel), fut fauché par une invasion chiite, qui rétablit l’obscurantisme. Il faut chercher alors de nouvelles enluminures dans les parages de l’Iran, de la Turquie, du Pakistan, dispersées dans les musées du monde, réunis sous nos yeux en ce volume à la complétude unique.

 

 

          Un tel livre a l’immense vertu de nous faire un temps sortir de notre ethnocentrisme, tout en étant le gage des valeurs de la poésie et de la mystique ; à condition que ce soit sans déchoir de celles des libertés venues des Lumières. En effet, on se surprend à adhérer au pouvoir de persuasion de cette fable volubile, de ce mysticisme soufi. Adhérer poétiquement, mais pas jusqu’à la conversion à l’islam. S’il est de bonne guerre d’y lire des récits où un maître spirituel tombe amoureux d’une chrétienne au point de devenir apostat, la conclusion morale ne se fera pas attendre : tous les deux rejoindront la vraie religion. On peut trouver de semblables victoires dans la littérature occidentale et chrétienne, par exemple dans La Jérusalem Délivrée du Tasse. La vraie religion est évidemment une vue de l’esprit ethnocentrée. Si une noble et humble tolérance doit être à l’ordre du jour, il n’en reste pas moins qu’au soufisme, parfois plus que molesté par l’islamisme, un respect serein et prudent doit être adressé. Avec la nécessaire conviction, acquise à la lecture des textes du Coran, de la Sunna et de la biographie d’un Mahomet tyrannique et sanguinaire par Maxime Rodinson[2], qu’il y a des religions plus intolérantes que d’autres, plus meurtrières que d’autres, et dont il faut se garder. Avec la liberté inaliénable de jouir de la beauté du Cantique des oiseaux.

 

         Les éditions Diane de Selliers se sont donné pour mission de propager et d’honorer les chefs-d’œuvre de l’humanité. En leurs volumes et coffrets soignés, luxueux, ont paru quelques-uns parmi les textes fondateurs et emblématiques de nos civilisations. A cette haute ambition répondent La Divine comédie de Dante, illustrée par Botticelli, Les Métamorphoses d’Ovide ornées par la peinture baroque, La Fontaine par Oudry et Fragonard, Le Décaméron de Boccace, Les Fleurs du mal de Baudelaire, Don Quichotte éclairé par les gouaches de Gérard Garouste, Le Ramayana indien, le Dit du Genji japonais… Qu’après Mille ans de poésie d’Orient, paraisse ce Cantique des oiseaux, offre une fenêtre supplémentaire sur les beautés du monde et de l’esprit. Oserions-nous suggérer, pour rester dans une volonté d’ouverture aux libres beautés du récit et de l’humanité, de publier une vaste édition splendidement illustrée des Mille et une nuits ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Albin Michel, 1990.

[2] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

 

Photo : T. Guinhut

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 15:01

 

Aconit napel, vallée de Bassia, Gèdre, Hautes-Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Révolutions vertes et révolution libérale.

 

Bénédicte Manier :

 

Un Million de révolutions tranquilles.

 

 

 

Bénédicte Manier : Un Million de révolutions tranquilles,

Les Liens qui libèrent, 346 p, 22,90 €.

 

 

 

     L’auteur et l’éditeur seraient probablement fort étonnés d’apprendre que leur livre est d’essence profondément libérale ; quoique nombre de ses affirmations et diatribes paraissent l’en éloigner irréductiblement. Ces « révolutions », le plus souvent vertes, sont en effet celles des millions de modestes citoyens qui réinventent leur liberté de ne plus avoir faim, de ne plus être pauvres, de créer des entreprises locales et de revitaliser l’agriculture. Ce qui est exposé en cet essai de Bénédicte Manier, Un Million de révolutions tranquilles, avec générosité, enthousiasme, mais aussi avec une curieuse cécité envers les vertus du capitalisme et du libéralisme.

 

         La lecture de cet essai informé est roborative. Découvrir ainsi que, des Etats-Unis au Japon, de la France au Canada, de l’Inde à l’Australie, des initiatives sans cesse inventives renouvellent le rapport au monde et à l’économie, mais aussi des individus entre eux, laisse entendre un chant d’espoir en faveur de l’amélioration de nos conditions de vie, de notre planète et du lien social.

         L’une des activités sur laquelle s’étend à l’envie Bénédicte Manier est celle agricole, ou plus exactement d’« agroculture ». A Détroit, par exemple, ville laminée par la crise de l’industrie automobile, les habitants mettent à profit le moindre massif, trottoir, friche et lopin de terre pour cultiver des légumes et des fruits, éradiquant ainsi la faim, voire la malbouffe. De cette « guérilla verte », de cette main verte individuelle et bientôt associative, collective, nait une éthique de la gratuité et du don, mais aussi un commerce local, une dynamique entrepreneuriale. A New-York, à Paris, et peut-être partout ailleurs, les toits en terrasses accueillent les jardins, favorisant une saine activité, une alimentation bio, sans compter qu’un toit jardiné contribue grandement à tempérer la dépense énergétique d’un bâtiment.

        En Inde, en Afrique (les « agronomes aux pieds nus du Burkina Faso), les plus déshérités parmi les agriculteurs, souvent des femmes (comme l’Indienne Chandramma), redécouvrent des pratiques anciennes, des semences locales, des gestions du sol et de l’eau qui permettent de trouver à la fois productivité, biodiversité, dignité, indépendance économique. Ainsi, villes et campagnes, voire déserts, reverdissent. Plus loin, des villages, des îles, deviennent autonomes grâce aux énergies renouvelables.

        Ce sont aussi, de l’Europe au continent américain, des échanges d’objets et de services, des vide-greniers gratuits, plutôt que des ventes et des achats, de façon à contrer le gaspillage et la pollution, de façon à ouvrir une niche économique coopérative et nouvelle à la circulation des biens et des compétences.

      Dans un autre ordre d’idée, des « cliniques gratuites américaines», des « écologements », le « cohabitat en propriété partagée » , des banques « socialement responsables » surgissent de la volonté de quelques citoyens, dans une démarche associative, y compris « sans but lucratif », pour préserver des entreprises, en créer de nouvelles, dans un but moins capitaliste qu’humaniste…

 

 

           Ce « million de révolutions tranquilles » serait bel et bon, si une choquante cécité n’écornait pas sérieusement les qualités d’un tel livre.

       Oserait-on suggérer à Bénédicte Manier, pourtant journaliste efficace et talentueuse, d’ouvrir un dictionnaire à la recherche des mots « libéral » et « libéralisme », et de s’intéresser à la philosophie politique autrement que par clichés et caricatures de mauvaise foi. Elle y lirait que libéralisme signifie liberté individuelle, des mœurs et d’entreprendre. Ainsi elle comprendrait (mais c’est probablement peine perdue, étant donné l’aveuglement idéologique des anti-capitalistes et des pourfendeurs de ce qu’ils appellent néo et ultralibéralisme) que toutes les initiatives défendues dans son livre, qu’elles soient individuelles ou associatives, sont d’essence profondément libérale. Le fait qu’elles s’écartent des méthodes du capitalisme multinational n’obère en rien leurs qualités libérales. Le capitalisme libéral, qu’il soit micro-entrepreneurial ou d’un conglomérat mondialisé, reste et doit rester ouvert et respectueux de la liberté d’entreprendre, des vertus de la concurrence, de la clarté des contrats et de la responsabilité des entrepreneurs et contractants.

     C’est ainsi que l’on se trompe d’ennemi : ce sont presque toujours l’interventionnisme d’état et les pratiques anti-concurrentielles, jusqu’au monopole, qui invalident le libéralisme et non les « révolutions tranquilles » des citoyens. Un exemple suffira : Bénédicte Manier dénonce avec raison le règlement européen de 1994 qui « interdit à un agriculteur de réensemencer ses champs avec ses récoltes, sauf s’il paie une redevance aux multinationales semencières ». De même « les variétés anciennes » seraient interdites. Accuser « le libéralisme agricole » est alors stupide, quand la collusion des lobbys industriels, des législateurs et des gouvernements contrevient justement au principe premier du libéralisme qui est de respecter l’initiative et la responsabilité individuelles.

     Reste le problème des subventions. Il heureux que les états et les gouvernements ne s’intéressent guère à ces « révolutions tranquilles », sauf à leur mettre des bâtons dans les roues, par une fiscalité confiscatoire et une suradministration invalidante. S’il s’agit de contribuer à cet activisme citoyen, mieux vaut éviter de le dénaturer en le subventionnant, par exemple lorsqu’il est question d’installer des éoliennes ou du photovoltaïque, ne serait-ce que parce qu’il a fallu ponctionner un impôt dans les poches des créateurs de richesses, qui sont bien obligés d’avoir recours au capital, à la spéculation, à l’investissement pour contribuer à la prospérité de tous, y compris de leurs opposants idéologiques. Comme quoi l’individualisme n’est pas dépourvu d’une forme de convivialité. Il est alors à craindre qu’en reliant « les zones d’agroécologie à des marchés équitables », il faille « les faire bénéficier d’aides publiques ». Ces gens veulent bien bénéficier des ressources fiscales consenties par le capitalisme ou confisquées au capitalisme, mais usent d’activités qui se défaussent de l’imposition, pourtant nécessaire, en pratiquant des activités non-lucratives et gratuites dans des « réseaux démonétisés ». L’ironie est patente.

       Les limites de l’exercice citoyen de ces révolutionnaires tranquilles, qui semble par hyperbole de l’ordre de la religiosité écologique, sont pourtant frappantes. Il est fort douteux que la population mondiale et surtout urbaine puisse être entièrement nourrie par les jardins des rues et des toits et par les paysans locaux du tiers monde, si grandes soient leur vertus nécessaires. L’agriculture industrielle et l’agroalimentaire seules ont permis d’éradiquer en grande partie la faim dans le monde et de libérer des bras pour d’autres services. Produire ces ordinateurs dont sont si friands les acteurs et propagandistes de ces « révolutions tranquilles » ne peut guère se faire sans des Steve Jobs et des Windows qui furent d’abord de modestes chercheurs individuels avant de devenir des fleurons du capitalisme international. D’où la nécessité des activités capitalistes lucratives multinationales et mondialisées.

      L’erreur de perspective, hélas partagée par l’ensemble du spectre politique, du moins en France, veut que la crise économique et les oubliés de la mondialisation soient dus au capitalisme et à ses excès irrationnels et rapaces. Certes il y a bien des capitalistes, car en toute choses l’homme est humain trop humain -si l’on reprend l’expression nietzschéenne- pour choir dans ces travers. Mais nous savons d’expérience que ce sont les politiques interventionnistes des prédateurs état-providences socialistes (qu’ils soient d’Etats-Unis, de France ou d’ailleurs) qui ont freiné et contrecarré, voire abattu, les progrès économiques et humains que seules ont permis les qualités de la démocratie libérale. Prions pour qu’elles épargnent les mobilisations citoyennes défendues par Bénédicte Manier.

 

       Ce livre se veut « une alternative définie et globale au libéralisme ». Soit. Outre qu’il a, n’en déplaise à son auteur, une vertu foncièrement libérale, il reste à souhaiter que cette « alternative » reste de l’ordre de la liberté et ne nous soit pas imposée. Je veux bien, pour reprendre la conclusion du Candide de Voltaire, « cultiver mon jardin », mais celui de ma bibliothèque, et non mettre la main à la bêche et à la terre. La « division du travail » et « la main invisible » du marché, chères au philosophe et économiste du XVIIIème Adam Smith, théoricien indépassable du libéralisme, m’ont bien permis cette liberté. Que ce soit également notre révolution tranquille…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Tusson, Charentes. Photo : T. Guinhut.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 09:43

 

Vide-greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Margaux Fragoso, ou le tigre de la pédophilie.

 

Margaux Fragoso : Tigre, tigre, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Marie Darrieussecq, 416 p, 21 €.

 

 

 

       Il manquait au génial roman de Nabokov, dominé par le point de vue du prédateur de nymphette, celui de Lolita, fillette complice et outragée. Margaux Fragaso, grâce à écriture radicalement différente, fait mieux que remplir ce rôle nécessaire et ingrat ; elle offre en son Tigre, tigre et à son lecteur inquiet le regard plein d’humanité de la victime sur son dominateur sexuel.

 

         En un récit résolument autobiographique, la romancière narre sa dépendance entre les mains d’un pédophile, de sept à vingt-deux ans. A l’écart de ses parents déglingués (l’une par les délires dépressifs, l’autre par l’alcool et la fureur) elle trouve refuge chez Peter, la cinquantaine, dont la maison regorge d’animaux, au point d’affirmer : « Peter est davantage mon père que lui ». Quand la mère est complice de cette amitié dont elle ne voit pas l’envers pervers, il est si tendre et attentif que l’affection passe peu à peu aux massages, caresses sexuelles et fellations, avec un art de la persuasion et de la manipulation impeccable, arguant que le sexe est beauté. Il lui voue un culte, dans le temple de sa chambre orné de ses photographies. Mieux, ils communiquent par des codes subtils, des fantasmes dont la lectrice précoce se fait l’écrivaine : elle devient « Nina » (« mon chef-d’œuvre en matière de femme ») puis une « personne-tigre », d’où le titre, qui est également n relation avec le poème du m^me nom de William Blake. S'agit-il de s'affirmer tigre devant le tigre pédophile? Maintes péripéties dramatiques, une séparation forcée, les soupçons, un désir d’enfant lorsqu’elle a dix-sept ans, les disputes, voire les coups, une fidélité presque à toute épreuve jalonnent ce roman de formation atypique, jusqu’à ce que le vieillissant Peter se jette d’une falaise…

          Elle est « abimée » par cette énigme : « c’était un homme matriochka, chaque secret était dans un ventre (…) un champ de maïs labyrinthique ». Peut-être bien plus par la folie apathique et hallucinée de la mère, par les scènes de violence autoritaire du père. La sexualité avec Peter est un traumatisme continu, quoique sans défloration. Mais n’a-t-il pas su, malgré sa perversion d’homme meurtri par ses pulsions irrésistibles (a-t-il violé un garçon, abusé d’autres filles ? nous ne le sauront jamais), créant un asile d’amitié entre adulte et enfant, donner un sens à la vie d’une fille que ses parents et son milieu souvent sordide ne lui accordaient pas... « Je l’aimais, pourtant, et je lui avais évité la prison », s’avoue-t-elle lorsque refuse de le dénoncer. C’est à la fois un amour fabuleux, pérenne, et une sexualité indue. Ainsi, la carrière du séducteur désaxé, qui fut, très jeune, violé par des stripteaseuses, devient un problème moral qu’il est difficile d’évacuer de façon péremptoire.

 

 

          Le miracle de ce récit troublant, pas un instant racoleur, est son absence de manichéisme, de par l’humanité accordée aux personnages, complexes, fragiles, dévorés, parmi lesquels la narratrice parait la plus forte. Indispensable témoignage, il s’élève au-delà par la noblesse de ton, la richesse métaphorique, l’aisance du déroulement et les nuances de l’analyse qui forcent le respect. Margaux ne pose pas en victime comme son statut aurait pu l’y inviter, ne nous assène pas un réquisitoire forcené à l’encontre du pédophile. Au contraire, elle tisse un réaliste tableau social au vitriol, des portraits effarants, attendrissants, jamais caricaturaux.

 

           Ainsi, y compris pendant cette expérience de quinze ans, c’est avec une étonnante maturité, malgré ses abîmes, ses replis sur soi et sur sa relation avec Peter, que la romancière autobiographique se domine et domine son sujet avec brio, sans pudeurs inutiles, sans vulgarités expéditives. A-t-elle pardonné ce qui n’était pas pardonnable ? Cette écriture qui conjugue finesse et richesse a certainement contribué à lui apporter une sérénité que nous avions devinée, sans qu’il fût besoin d’une postface, un truisme sur la nécessité de dénoncer la pédophilie. On sait également par les remerciements que nombre de relectures amicales ont contribué à sa réussite humaine et littéraire ; mais à Margaux Fragoso seule revient le mérite d’avoir mis en forme si vivante, intense, et pure de toute jérémiade, la vérité intime et édifiante de son histoire.

 

Thierry Guinhut

Article publié dans Le Matricule des Anges, octobre 2012

Une vie d'écriture et de photographie

 

William Blake : "Le tigre",

Les Chants d'expérience, 1793.

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 20:24

 

Laguna negra, sierra de Urbion, Soria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Starobinski, l’ange de la critique :

 

de la mélancolie aux Lumières.

 

 

Jean Starobinski : L’Encre de la mélancolie, Seuil, 674 p, 26 €.

 

Jean Starobinski : Accuser et séduire, Essais sur Jean-Jacques Rousseau, Gallimard, 336 p, 19,50 €.

 

Jean Starobinski : Diderot, un diable de ramage, Gallimard, 432 p, 22.

 

 

 

       Entre déréliction de la mélancolie et raison des Lumières, une plume judicieuse s'élève. Comme couronnant la vaste carrière de Jean Starobinski, né en 1920, deux éditeurs offrent conjointement un triptyque de livres qui savent dirent les deux axes principaux du critique. D’abord la suite logique de sa formation de médecin, une thèse sur la mélancolie et son encre, qu’il abandonna pour se consacrer aux études littéraires, souvent dédiées à son cher XVIII° siècle. L'auteur de L'Invention de la liberté 1700-1789 et des Emblèmes de la raison, offrant son attention à Rousseau et Diderot, jouant sur les concepts antinomiques, sur les dimensions rhétoriques de leur esthétique, n’est-il pas le critique qui éclaire les Lumières…

 

        Il faut lire les titres de Starobinski comme des boites à double sens qui révèlent des richesses souvent insoupçonnées. L’Encre de la mélancolie, c’est celle de la noirceur de la psyché autant que celle de l’écriture qui lui est intrinsèquement liée : réflexive, elle tente de se diffuser sur la page, pour dépasser le sentiment de finitude et de perte… Le dépôt noir du savoir, depuis le mythe saturnien et Homère, jusqu’à la psychiatrie du XX° siècle, est traité en une vaste fresque. Il ne s’agit pas seulement de gloser avec talent sur la théorie des humeurs, sur la « bile noire », sur l’opus monstrueux, la « synthèse géniale » de Burton[1] au XVII°, mais aussi de livrer à l’historien des idées l’examen des thérapies proposées par le corps médical et psychiatrique, depuis Pinel, en passant par les pour le moins maladroits douches et bains froids, censés remettre dans le droit chemin de la raison le patient spleenétique ou maniaco-dépressif, selon les terminologies successives. Ainsi Starobinski réunit en ce volume sa thèse introuvable « Histoire du traitement de la mélancolie » et diverses publications en revues, consacrées à Baudelaire, « expert suprême en mélancolie », mais aussi Van Gogh, Hoffmann, Kierkegaard, jusqu’à Don Quichotte…

      La mélancolie est alors traitée autant avec le concours de l’histoire des idées que des sciences. Ancien médecin, il parcourt les pathologies et les thérapeutiques, aussi bien que les mythes, saturnien ou imagé par Dürer, et les postures, qu’elles soient classiques ou romantiques. De l’astrologie, en passant par la bile noire et le spleen, jusqu’à la dépression contemporaine, elle a fait couler, comme une seiche, un calamar (d’où vient le calame), beaucoup d’encre, dont le dépôt savant s’accumule entre les pages depuis des millénaires.

       Quel traitement assigner au mélancolique ? Celui qu’au « péché d’acedia », ce « désespoir total à l’égard du salut », on oppose grâce à tout ce qui peut éloigner de l’oisiveté et permet de « cultiver son jardin »… Quant à « ceux qui ont le don de poésie, la délivrance est poésie » ; autrement dit la création littéraire, artistique, fût-ce au moyen du « rire de Démocrite » ou de l’ironie, cette « bouffonnerie transcendantale ». A moins de tenter d’être plus efficace et clinique en traitant la « pathologie mentale » par la médication chimique, quoique en risquant de perdre la dimension créatrice de l’encre de la mélancolie, ce qu’a d’ailleurs bien compris le Hongrois Földényi[2]. C’est avec pertinence que Starobinski note que « l’impuissance d’écrire est surmontée dans l’œuvre même qui la déclare »…

       Parvenir à articuler l’histoire clinique et celle des mythes n’est pas une mince gageure. Ce qui se réalise à la lisière d’une démarche phénoménologique et d’une l’exploration fine de l’expression poétique et artistique. Pour le critique, indubitablement, l’essai est mobile entre les genres et les regards, comme lorsqu’il chercha à surprendre Montaigne en mouvement[3].

      

 

      Depuis Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle[4], Starobinski mène son enquête herméneutique par figures du double, interroge par antithèses vigoureuses. Accuser et séduire est pour Rousseau faire le réquisitoire virulent des mœurs corrompus par les sciences et les arts, de l’inégalité engendrée par la propriété privée, tout en s’armant d’une rhétorique splendide et persuasive. Le philosophe, qui est par ailleurs, mais en toute cohérence, le chantre de la vie naturelle idéalisée et de la sensibilité préromantique avec La Nouvelle Héloïse, use, voire abuse, en fin rhétoricien, en expert de l’éloquence, du mouvement de la subjectivité indignée, de la sentimentalité, inhérents à la persuasion. A l’opposé, Voltaire, son ennemi, préfère l’ironie et l’argumentation rationnelle pour faire l’éloge du luxe dans la « Défense du mondain[5] ». En effet, Rousseau, en réactionnaire accompli, choisit de plaider la cause de la simplicité, croit-il originelle, des mœurs, ce pourquoi il fut tenu à distance par ses confrères encyclopédistes et des Lumières : « Son éloquence lui valut partout des disciples, et quantité d’ennemis. Il connut, devant la beauté du monde, des moments d’intense bonheur, et il sut les redire d’une façon qui nous fait partager son émerveillement. Mais il connut aussi devant la méchanceté des humains, réelle ou fantasmée, la plus intense angoisse. Il vécut la situation du maître de sagesse et la condition de la victime », conclut Starobinski.

       Ce dernier sait alors nous faire voir comment l’analyse des constructions rhétoriques d’un auteur permet de mieux comprendre, non seulement sa psychologie, mais jusqu’à sa philosophie. Philosophie qui, chez Rousseau, sut se dépêtrer du seul mouvement d’indignation vertueuse stérile, de son ressentiment contreproductif, mais aussi de la séduction romantique, pour tenter la salutaire et argumentation de conviction du Contrat social, cet indispensable moment politique de l’évolution de l’humanité, quoique engluée dans le peu individualiste corset de la volonté générale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       De même, Diderot, un diable de ramage, procède par oxymore, unissant étroitement deux principes opposés, comme un diablotin sans cesse sur la brèche de la connaissance faustienne qui roucoule la musique de son savoir et de ses curiosités… Ce « diable de ramage » est un propos du Neveu de Rameau, que Starobinski applique à l’œuvre entière de Diderot, conteur, causeur, rieur et travailleur infatigable, encyclopédiste prolixe et libertin discret. Le critique en étudie alors le langage, la parole et le style, y compris des femmes qui ne sont pas ses moindres personnages : «  la séquence voir-écouter, le devenir-voix sont une composante fondamentale de l’esthétique de Diderot ».

       Parcourant « l’arbre de mots » de l’Encyclopédie (déjà « arborescent », comme le sera le web), le « genou » de Jacques le fataliste (dont il goûte « l’art de la démonstration ») et la « chatouilleuse » du conte, le bijou secret et bavard des Bijoux indiscrets, mais aussi le fameux incipit du Neveu de Rameau, Starobinski découvre un Diderot curieux, affamé de connaitre le monde et les hommes, néanmoins taquin, humoriste et sensuel. Quant à sa rêverie sur la peinture, elle « passera d’une beauté première, liée à la scène idyllique, à une beauté seconde, produite par le travail de la réflexion philosophique ».

       Ainsi, qu’il s’agisse de Rousseau ou de Diderot (le premier voyant dans la division du travail une « dépossession » (…) que « le marxisme nommera aliénation », le second, plus libéral envers le progrès, y voyant une « humanisation et une dynamisation de l’inanimé »), l’accueillante et séduisante érudition de Starobinski est toujours celle qui s’offre de déplier, d’expliquer les logiques de l’homme et de l’œuvre, non seulement thématiques, mais également langagières et philosophiques. Ainsi, le commentateur est un guide heureux dans le labyrinthe textuel. Son rôle, apparemment modeste, d’interprète permet une essentielle initiation et une redécouverte passionnée. Citons Yves Bonnefoy : « Montaigne, Rousseau, Diderot, Baudelaire : ce sont des êtres auxquels Jean Starobinski a donné son amitié une fois pour toutes[6] ». Sûrement saurons-nous, grâce à lui, avoir la même amitié, y compris envers le critique.

 

      Ange de la critique… Cette hyperbole serait un peu ridicule si l’on ne considérait pas l’immensité d’un savoir fouillé qui, par la grâce d’une écriture fluide, de la clarté de l’argumentation, parvenait à l’oxymore réalisé de la légèreté du poids de la culture ; permettant ainsi aux ailes de la pensée d’exercer en toute sérénité leur liberté. L’herméneutique de Starobinski, attachée à un mouvement bipolaire, s’exerce entre médecine et littérature, entre mal et thérapie, entre persuasion et conviction, entre bile mélancolique, jusque chez Rousseau, et rire, ironie, ramage chez Diderot. Et malgré sa noirceur, la mélancolie devient, par l’acuité du critique, une réjouissante encre. Comme à travers les personnalités rhétoriques opposées de Diderot et de Rousseau, le voyage critique devient jubilation de connaissance, portrait en miroirs inversés et complémentaires de ce siècle des Lumières qui a fondé à la fois notre sensibilité romanesque et notre pensée politique. Si « les poèmes et les romans sont pour intensifier le rapport au monde », précise Yves Bonnefoy dans son « A propos de Jean Starobinski[7] », sans nul doute ce dernier sait intensifier le rapport aux œuvres…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2000.

[3] Jean Starobinski : Montaigne en mouvement, Gallimard, 1982.

[4] Jean Starobinski : Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle, Gallimard, 1971.

[5] Voltaire : « Défense du mondain ou l’apologie du luxe », Mélanges, Gallimard, Pléiade, 1981, p 207.

[6] Jean Starobinski : Le Poème d’invitation, La Dogana, 2003, p 93.

[7] Jean Starobinski : Le Poème d’invitation, ibidem, p 97.

Rio Vero, sierra de Guara, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 15:46

 

 

Puerto de San Vicente de la Barqueira, Cantabria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Le Voyage en Inde et en vers

 

de Gonçalo M. Tavares.

 

 

 

Gonçalvo M. Tavares : Un Voyage en Inde,

traduit du portugais par Dominique Nédellec, Viviane Hamy,  496 p, 24 €.

 

 

 

       L’ère du roman en vers est-elle de retour ? Depuis Pouchkine et son Eugène Onéguine[1], le genre semblait s’être éteint. Seul l’Indo-américain Vikram Seth, en 1986, parut le ranimer avec les sept cents sonnets de Golden Gate[2], avec un imparable brio. Aujourd’hui, Tavares, l’auteur remarqué d’Apprendre à prier à l’ère de la technique[3], s’est lancé un défi qui aurait pu causer la perte du lecteur. User du vers libre au service d’une réécriture des Lusiades de Camoens -ce poème national lusophone- de L’Odyssée, de l’Ulysse de Joyce, voilà qui aurait pu rendre cet ambitieux opus aussi cultivé qu’indigeste. Mais, surprise en ce Voyage en Inde, le récit est d’une telle fluidité qu’on se laisse emporter dans une aventure saumâtre et pourtant bien ludique, non sans le charme de l’ironie.

 

       L’anti-héros Bloom, nouvel avatar du dernier homme nietzschéen, va-t-il trouver sa raison de vivre ? Son périple depuis Lisbonne, par Londres, Paris ou Vienne, est autant géographique que quête de soi. Déçu par l’Europe et ses anciennes valeurs, il part à la recherche de la sagesse, y compris dans « l’annuaire », où il n’y a « pas une seule référence à un sage », pour tenter de la trouver jusqu’en ses terres les plus originelles. Mais l’Inde le décevra : les mystiques et les sages aux savoirs ancestraux ne sont que des faux gourous, il n’y a pas de dieux au bout du périple : « Les dieux agissent / comme s’ils n’existaient pas, en sorte / qu’ils n’existent pas, de fait, et ce avec une extrême efficacité ». La noire banalité du voyage qui n’a plus grand-chose de mythologique, de plus conspué par l’ironie, fait de ce vaste récit erratique une anti-épopée tout à fait postmoderne. De même le  Bloom qui a tué son père pour venger sa bien-aimée, assassinée par d’obscurs séides, ne pourra se laver de son péché criminel dans les eaux répugnantes du Gange. La chute, depuis l’espace mythique jusqu’au marasme quotidien petit bourgeois, est autant initiatique que triviale et parodique : « Il n’y a plus de terre secrète, les catalogues de voyages / couvrent, avec des cartes détaillées, quatre-vingt-dix pour cent des secrets. Les héros sont passés directement / des légendes aux parlements ».

       L’intertextualité est évidemment, autant que le destin du personnage, le ressort du roman. Révérence et ironie se partagent les allusions et les clins d’œil à Camoens, dont Les Lusiades racontèrent, au XVI°, en une geste épique et lyrique, le voyage autour de l’Afrique par Vasco de Gama. On devine également la présence en sous-main de L’Odyssée d’Homère, ne serait-ce que par l’intermédiaire du quidam empruntant le patronyme du nouvel Ulysse joycien. Comme Léopold Bloom suivait la trace poussiéreuse de l’aède grec, mais ravivée par le langage et la rhétorique du XX°, dans le cadre étroit et cependant pléthorique de Dublin, le Bloom de Tavares fait exploser la Méditerranée originelle jusqu’aux dimensions de l’Europe entière et du sous-continent indien, ce entre 2003 et 2010. A Londres, il affronte des malfrats au cours d’une rixe peu glorieuse autour d’une prostituée, à Paris, il se fait un ami et complice en conversations introspectives et intellectuelles, en Inde enfin, ressassant son meurtre œdipien, il devise avec le cupide Shankra, où, en indigne bibliophile, il récupère son vieux volume des Lettres à Lucilius, ce au cours d’un rocambolesque combat qui lui permet de dérober une édition ancienne du Mahabharata…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Le bilan de cette errance est-il à inscrire au bas d’une somme nulle ? De retour à Lisbonne, le narrateur constate : « Il a cherché l’Esprit dans son voyage en Inde, / il a trouvé la matière qu’il connaissait déjà. (…) Bloom a écouté des histoires, / lu sept mille livres, étudié, connu des hommes / et des femmes », jusqu’à « l’ennui définitif » et la tentation du suicide, quoique toujours soutenu par sa quête féminine sans cesse renouvelée. Pourtant, reste le lecteur qui, lui, a parcouru cette expérience pleine de péripéties et de langage, ce pessimisme de dandy cultivé et caustique, en devient plus riche, plus serein, dans l’acceptation de sa condition non transcendante et de son histoire faite de héros, d’anti-héros, d’Ulysse et de Bartleby. Seul l’auteur sait comment dépasser cet apparent échec par la culture et l’écriture. Becs de plumes et ongles du clavier ont griffé l’âme de son personnage, quand l’esprit taquin et prodige du poète lui offrent une utile rédemption de mots : s’il y a « des problèmes de poésie plus épineux / que de très complexes  problèmes d’algèbre », s’ils « interrogent les endroits les plus vulnérables de l’existence d’un homme », Tavares n’est pas loin de les résoudre, ou du moins de savoir les exposer avec la plus pure évidence. Car « celui qui dans le monde aura embelli au moins une chose n’ira pas en enfer ».

 

       Conte philosophique ? Ou bien imagerie de bande dessinée pour routard de seconde zone ? Ce Voyage en Inde est tout cela à la fois. Sans compter la maîtrise de la langue poétique, l’évitement des clichés… On se demande si Bloom n’est pas un petit frère du Candide de Voltaire, un curieux zigue cultivé à la façon de Vila-Matas, un géographe, un encyclopédiste borgésien, un philosophe aporétique…

      Le professeur de pensée contemporaine à l’Université de Lisbonne, Gonçalo M. Tavares, a-t-il gagné son pari ? Indubitablement. Suspense, fluidité, allusions philosophiques, digressions, aphorismes, fantaisie, burlesque, tout y est, en un rythme guilleret, en dix chants et un millier de strophes, pour le plaisir de lire une aventure individuelle et universelle du XXI° siècle, de cueillir des vers inoubliables d’intelligence : « L’œuvre d’art de la barbarie trouve / dans le tremblement de terre son idéologie pure ». Avec Tavares, l’œuvre d’art trouve dans les strates de la littérature sa flèche et son destin, sa puissance de conviction, sa légèreté intellectuelle au sens le plus noble.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alexandre Pouchkine : Eugène Onéguine, traduit du russe en octosyllabes rimés par Alexandre Markowicz, Actes Sud, 2005.

[3] Viviane Hamy, 2010.

 

Clovis Lamarre : Camoens et Les Lusiades, Didier, 1878.

Photo : T. Guinhut

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 13:13

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Björn Larsson :

 

Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers.

 

Traduit du suédois par Philippe Bouquet, Grasset, 496 p, 22 €.

 

 

 

       Roman policier ou poésie ? A ce choix cornélien il faudra dorénavant répondre par Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers, un roman un brin naïf, efficace cependant et plus malin qu’il n’y parait. L’on y tue avec des stylos, l’on y vit avec des poèmes…

 

     Un prestigieux éditeur suédois, qui a l’oreille des jurés Nobel, découvre un pendu sur son bateau. Le pauvre et confidentiel poète Jan Y. Nilsson s’est-il suicidé, alors qu’il lui apportait un mirifique contrat avec droits étrangers, ce pour un roman policier qu’il est parvenu à lui convaincre d’écrire ? On parcourt le milieu portuaire sous la conduite du commissaire Barck, les amis du défunt, une admiratrice fanatique, un éditeur talentueux, des commerciaux peu portés à publier de peu vendables recueils, une famille hypocrite. C’est un peu manichéen et satirique : les meilleurs meurent, le talentueux Jan Y. Nilsson n’est soudain lu que parce qu’il fut le héros d’un fait divers, le premier d’un trio de crimes. Ainsi, son polar se vendra pour enrichir ceux qui n’ont guère mérité…

     Vivre pauvre en poésie était une ascèse, écrire un polar sur les profits exacerbés du capitalisme et la corruption financière est un cri d’indignation en même temps qu’un facile cliché : « Comment ne pas publier un roman qui lui permettrait de régler ses comptes avec les rapaces de la finance ? » Autant dénoncer la dette abyssale des états, la surfiscalité et la démagogie des gouvernements et l’on aura peut-être mieux fait pour la prospérité du genre humain. Des formules un peu simplettes (« une dose de beauté et de poésie ne pouvait pas faire de mal ») ternissent parfois l’écriture. Pourtant, jusqu’à la chute fulgurante, jusqu’à la révélation d’un criminel paradoxal et effrayant, qui peut vacciner tout écrivain contre une admiration excessive, on se laisse prendre au piège.

       Qui l’eût cru ? Un certain humour se glisse dans cette trame macabre, ne serait-ce qu’au travers du personnage du commissaire maritime qui se pique, non seulement de lire de la poésie, mais d’en écrire avec une opiniâtre conviction. Au point de proposer un recueil au fameux éditeur, qui voudra bien se pencher sur ces modestes productions et y apprécier quelques vers érotiques. Hélas, la mort de ce dernier laissera l’impétrant hors-jeu…

        Quant à la satire du monde littéraire et de l’édition, elle reste assez convenue, opposant la figure de l’éditeur dévoué à la découverte des grands textes et les commerciaux aux trousses de la rentabilité. Comme si le phénomène était si récent. Comme si la dévotion littéraire ne suscitait que des chefs-d’œuvre et non des médiocrités convenues ou sibyllines, au service de l’horizon d’attente des lecteurs banals ou élitistes… Quoique l’on puisse imaginer qu’il s’agisse là de se moquer de cette vogue du polar suédois qui a conquis le monde avec le Millenium que l’on sait, au point de disqualifier tout plumitif qui ne passerait pas sous les fourches caudines du genre cliché d’aujourd’hui. Autodérision non sans piquant de la part de Björn Larsson, qui a pourtant su conquérir un public avec de précédents romans, Long John Silver (détournant les codes du roman de piraterie) ou Le Capitaine et les rêves, (prix Médicis étranger 1999). A moins d’imaginer de faire ainsi se frôler la poésie et le terrain du bestseller. Et de ne pas oublier que Martinson et Tanströmer vendent leurs recueils par dizaines de milliers, mais en Suède où l’on lit incomparablement plus qu’en France…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       C’est moins au service du roman policier, qui parvient sans peine à capturer son lecteur dans le filet de l’enquête et dans la montée du suspense meurtrier, que dans l’évocation de la poésie que ce roman excelle. Intéresser, par le biais de l’enquête criminelle et de l’inscription dans la sociologie réaliste suédoise, le lecteur et quidam à la poésie n’est pas une mince réussite. Au point de nous confier in extenso quelques poèmes de la victime, en fait emprunté à un Français qu’il nous est soudain essentiel de découvrir, Yvon Le Men[1] :

« ils se sont tellement aimés

que la mort recula d’une heure

pour les laisser passer »

Ou encore :

« Je t’aime

mais qu’ai-je fait pour ce verbe

trop grand pour moi »

       Cerise sur le gâteau, des questions d’esthétique et d’éthique littéraire sont ici abordées avec justesse : « sa poésie se nourrissait d’ambition presque scientifiques : tout devait être le reflet exact de quelque chose qui avait été vu, ressenti ou expérimenté. » Pour nourrir sa réflexion, le commissaire sollicite les lettres d’un historien de la littérature sur les romanciers assassinés ; alors que la menace à l’encontre de l’éditeur n’est pas sans allusion à Salman Rusdie[2]. Sans compter qu’en une judicieuse mise en abyme, notre romancier insère des extraits du manuscrit du poète : « Au total, l’enquête lui en avait beaucoup plus appris sur la poésie que sur l’identité éventuelle du meurtrier. »

     

      En jouant avec les codes du policier, le roman de Björn Larsson met en scène moins une enquête criminelle, qu’une enquête sur la poésie, une quête de ses moyens, de ses séductions et de ses fins. Nous sommes en droit de préférer les secondes.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Les recueils d’Yvon Le Men ont été publiés par les éditions du Seuil, Rougerie… On lira un choix de poèmes : Le Jardin des tempêtes, Flammarion, 2000.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 14:06

 

Punta Sabbioni, Lido de Jesolo, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du concept de liberté

 

aux Penseurs libéraux.

 

 

Alain Laurent et Vincent Valentin : Les Penseurs libéraux,

Les Belles Lettres, 928 p, 29 €.

 

 

 

      D’où vient-il, quittant le port convenu des habitudes et des contraintes, que nous puissions être libres ? A moins qu’il s’agisse d’une erreur de perception et de jugement, si l’on tente de considérer tour à tour liberté biologique, géologique, morale, intellectuelle, économique et politique… Reste, à moins d’avoir peur de la liberté, et de son insécurité constitutive, qu’elle est notre meilleure chance de développement. C’est ainsi qu’au cours de notre histoire les philosophes politiques réunis sous l’égide des Penseurs libéraux ont pu venir à notre secours pour asseoir non seulement notre entendement et notre réalité libres, mais aussi notre enrichissement et notre bien-être.

 

      Ai-je la liberté d’avoir ce corps, ce patrimoine génétique issu de la loterie des êtres et d’une évolution darwinienne, ces forces et ces faiblesses, ces prédispositions à la santé ou aux maladies, d’avoir cette psychologie et ce tempérament, sans compter ce quotient intellectuel et affectif, quelque chose entre don des dieux et Némésis, entre cette grâce et ce libre-arbitre discutés par Saint-Augustin… Et d’être né sous cette condition matérielle, organique, parmi cette ère géologique, sur tel continent et pays, dans tel moment historique, plus ou moins favorisé de famine ou d’abondance, de génocide ou de liberté ? De plus, la psychanalyse a douté de l’autonomie de la raison, empêchée par le contenu parfois monstrueux de l’inconscient ; sans compter, de manière plus pertinente, le goût pour l’irrationnel, la tyrannie (qu’elle soit fasciste, théocratique ou communiste) et le mal de nombre de nos frères trop humains. Ce serait tomber dans un angélisme suicidaire que de nier ces nombreuses pierres d’achoppement sur le chemin d’une constitution du soi libre et d’une société des libertés.

 

       Chez les Grecs, est libre celui qui n’est pas esclave, qui est citoyen, délivré de la tyrannie par le soin de la démocratie. Grâce à la Réforme protestante, un pas est franchi vers la liberté individuelle lorsqu’à chaque croyant est licite de lire le texte sacré de la Bible, au point que cette liberté de lecture et d’interprétation ne soit pas étrangère à l’éthique économique protestante constitutive de l’esprit du capitalisme[1] . De même, la séparation de l’église et de l’état, dès le « Rendez à César ce qui est à César » de l’Evangile, caractéristique de la tradition gréco-romaine et du christianisme, en passant par le libre-arbitre de Saint Thomas d’Aquin, contribue à la liberté en tant qu’il s’agit de récuser non seulement la théocratie, mais aussi, implicitement, une idée théocratique de l’état, hélas infuse dans le concept de « volonté générale » présent dans le principe du socialisme, a fortiori dans celui du communisme, et tel qu’énoncé par Rousseau : « Il importe donc pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’Etat et que chaque citoyen n’opine que d’après lui. [2] »

       Cependant, lors de la révolution anglaise, en passant par Milton et sa « liberté d’imprimer sans autorisation ni censure » -dans laquelle il exige : « Par-dessus toute autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de m’exprimer, de discuter librement selon ma conscience[3] »-, puis par les Lumières, l’idée de liberté ira plus loin encore dans la séparation des inséparables. La séparation des pouvoirs, de Locke à Montesquieu, permettra de fragmenter et d’individualiser les décisions, qu’elles soient publiques ou personnelles. De plus en plus, l’émergence de la volonté individuelle fonde le rejet du souverain absolu, puis de l’état omnipotent. Le laisser-faire économique, anti-colbertiste puis anti-keynésien, devient également un laisser penser, un laisser vivre en paix. L’homme parvient alors à être le législateur de la société, au contraire d’une société législatrice de l’homme, y compris au moyen de sa subjectivité, au point que Shelley puisse aller jusqu’à écrire : « Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde.[4] »

       Depuis les sociétés holistes traditionnelles, jusqu’à l’individualisme contemporain, un progrès indéniable s’est fait jour, non seulement en matière d’autonomie de la personne humaine, mais aussi de reconnaissance de sa sécurité et de son bonheur, ce dernier terme étant inscrit dans la constitution des Etats-Unis. Lorsque la société civile permet que nous n’appartenions plus à un tyran ou à un Dieu, elle n’empêche pas pour autant la dimension sociale de l’individu, non au sens d’une captation obligée par le social mais au sens des interactions entre individus libres. La capacité à prendre des décisions personnelles et leur adéquation avec les événements et les faits sont les ressorts et les fins de la liberté. En toute logique, il y a cohérence sine qua non entre la liberté de conscience et des mœurs d’une part et la liberté économique, fondée sur la propriété et le capitalisme de concurrence et de contrat d’autre part.

 

       A l’encontre des caricatures, cet individualisme n’est pas incompatible avec les sentiments moraux[5], l’empathie, l’amour, l’altruisme, étant entendu qu’individualisme s’oppose à collectivisme, quand altruisme s’oppose à égoïsme, quoique ce dernier soit, en sa capacité à contribuer à l’émergence de richesses privées et d’échanges profitant à la société entière, redoré par des auteurs comme Mandeville[6], Adam Smith[7] ou Ayn Rand[8]. L’agapè, la charité, qu’elle soit personnelle ou associative n’est pas persona non grata dans le cadre ouvert du libéralisme. La seule acceptation de l’individualisme d’autrui suffit à assurer une indispensable tolérance, une réciprocité, un équilibre enfin. Ce pourquoi le libéralisme moral, intellectuel et politique n’est pas dénué de règle assurant sa légitimité. En ce sens l’autonomie et l’indépendance de l’individu ne sont pleinement possibles que dans le cercle souple et polymorphe d’une société des libertés et de la croissance des possibilités, munis cependant de garde-fous : la liberté ne peut se passer d’un état assurant la sécurité des biens, des contrats et des personnes, au moyen de la justice, de la police et de la défense, qui sont ses fonctions régaliennes. De surcroît, jusqu’où doit-elle se munir d’un rempart répressif contre ce qui doit avoir la liberté de se dire, quoique en menaçant par sa prochaine tyrannie, idéologique puis factuelle, cette même liberté ? La question du voile intégral est à cet égard cruciale : liberté de conscience et de comportement, ou bien prosélytisme de l’oppression de l’individu et plus particulièrement de la femme…

       Qu’est-ce qu’un libéral ? La réponse nous est donnée par Jean-François Revel : « un libéral est celui qui révère la démocratie politique, j’entends celle qui impose des limites à la toute-puissance de l’état sur le peuple, non celle qui la favorise. C’est en économie, un partisan de la libre entreprise et du marché, bref du capitalisme. C’est enfin un défenseur des droits de l’individu. Il croit à la supériorité des sociétés ouvertes et tolérantes » (p 744). En ce sens, Jean-François Revel est cohérent avec le Karl Popper de La Société ouverte et ses ennemis[9] qui voit, de Platon à Marx, en passant par Hegel, la menace philosophique de l’absolutisme d’Etat ossifier nos civilisations…

 

       Ne faut-il pas rétablir l’évidente solution de continuité entre la liberté de conduire sa vie et celle d’entreprendre, par le biais de la propriété individuelle et du capitalisme ? N’en doutons pas, l’histoire et la géographie économiques parlent assez en faveur de cette thèse. En effet, plus les économies sont administrées par l’état, soumises à une suradministration, au matraquage fiscal qui se veut redistributeur et égalisateur, de l’Etat-providence pré-thatchérien au communisme soviétique, en passant par le socialisme français des trois dernières décennies, plus elles ont vu s’affirmer leur échec, s’appauvrir leur population, stagner et péricliter leur croissance. Ludwig von Mises, dès 1920, avant que l’Union soviétique ait montré de manière éclatante son impéritie, « démontra qu’il est impossible de construire un système économique viable sans concurrence libre et sans propriété sur le capital. » (p 633). Il répond également à ceux qui rejettent le darwinisme social du libéralisme en objectant que « par la division du travail et l’échange, le libéralisme pacifie la société, alors que le marxisme, à travers la lutte des classes, valorise l’idée de lutte pour la vie qui fait l’essentiel du darwinisme sociologique » (p 634). Sans compter que la redistribution confiscatoire du socialisme, décourageant les initiatives, parvient à généraliser la tyrannie, la médiocrité et la pauvreté.

      Néanmoins, pour tout penseur rationnel, sans compter ses abondants détracteurs, sinon calomniateurs, le libéralisme n’est pas une panacée absolue aux maux de l’humanité, en particulier économiques. Reste ouverte en effet la question de l’égalité d’accès aux richesses. Que le développement soit possible et souhaitable pour ceux qui sont entreprenants ne suffit pas toujours à assurer l’essentiel à ceux qui ont de bien moindres qualités, aux démunis. Récompensant le travail, le mérite et la responsabilité, doit-il –et jusqu’où doit-il ?- pratiquer la redistribution en faveur des défavorisés, de façon à établir cette justice sociale qu’Hayek[10] sait illusoire, mensongère et tyrannique ?

       N’y-a-t-il pas à cet égard une actualité de Tocqueville : « L’Ancien Régime professait cette opinion, que la sagesse seule est dans l’état, que les sujets sont des êtres infirmes et faibles qu’il faut toujours tenir par la main, de peur qu’ils ne tombent ou ne se blessent ; qu’il est bon de gêner, de contrarier, de comprimer sans cesse les libertés individuelles ; qu’il est nécessaire de réglementer l’industrie, d’assurer la bonté des produits, d’empêcher la libre concurrence. L’Ancien Régime pensait sur ce point, précisément comme les socialistes d’aujourd’hui ». (p 425). Ou encore : « la démocratie veut l’égalité dans la liberté, et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et la servitude ». (p 426). Pensons qu’il s’agissait là d’un « Discours contre le droit au travail » prononcé en 1848. Devant l’avalanche du « droit à » et de la dictature du besoin dénoncée par Ayn Rand[11],  que sont devenus devoir, mérite, liberté, et responsabilité ?

 

       Ce sont tous ces auteurs que l’on trouve dans ce fort volume : Les Penseurs libéraux. Voltaire et son éloge du commerce, Adam Smith et la main invisible du marché, depuis La Boétie et son Discours de la servitude volontaire, en passant par le Traité de tolérance universelle de Pierre Bayle, les Français font jeu égal avec les Anglo-saxons, de Milton et Locke, en passant par John Stuart Mill et La désobéissance civile de Thoreau, jusqu’à l’école de Chicago et Milton Friedman… Les grands du libéralisme classique sont ici à l’honneur : Kant bien sûr, Hayek et sa Route de la servitude, qui établissait la congruence du national-socialisme allemand et du communisme, Mario Vargas Llosa ironisant contre « l’exception culturelle », ou Pareto dénonçant « le péril socialiste »… Mais connaissez-vous, en des textes parfois jusque-là indisponibles, Ortega y Gasset, Jurieu, Laboulaye, ou Lysander Spooner qui affirme que « le vote ne fonde aucune légitimité » et qui s’insurge contre « l’état bandit » ?

       L’ouvrage d’Alain Laurent et Vincent Valentin remplace alors, in nucleo, une bibliothèque entière, luttant par ailleurs à armes plus nombreuses avec un précédent de Pierre Manent : Les Libéraux[12]. Son abondante anthologie ordonnée est à la fois un vadémécum, un résumé fort réussi de l’histoire de la pensée, une constitution philosophique libérale portative, mais aussi une invitation à former une plus intégrale collection des nombreux ouvrages fondamentaux. Du « libéralisme renouvelé par l’acceptation partielle de la critique socialiste » (p 746) de Raymond Aron à l’anarchocapitalisme de Murray Rothbard dont « le laissez-faire intégral » ne peut s’accoutumer de l’état « ennemi naturel de la liberté » (p 802), tout le spectre libéral est couvert.

        Plaidant non seulement la cause du libéralisme, mais encore celle de l’équité qui réclame que l’on rende à cet immense courant de pensée et de regard sur le réel toute sa dignité humaine et philosophique contre ses détracteurs, le plus souvent ignorants et aveugles, à moins de considérer qu’ils veulent garder les places acquises qui leurs permettent de vivre au-dépens de tout le monde, ce livre ambitieux, certes pas d’un accès simplissime, n’est jamais démagogique. Pour ce faire, il se présente en trois parties : une vaste introduction, « L’idée libérale et ses interprètes » ; une plus vaste encore « Anthologie », thématique et chronologique, de « L’émergence du libéralisme contre l’absolutisme », jusqu’à l’actuel « courant libertarien » ; de nombreuses annexes enfin, de la complexe « généalogie d’un mot : libéralisme », en passant par un dictionnaire, jusqu’à une bibliographie. Livre savant, livre de chevet, aux argumentations beaucoup plus accessibles et claires que ce que le méfiant lecteur aurait pu craindre…

 

       A l’heure française, trop française, où la séparation des pouvoirs, en particulier politique et économique, devient de plus en plus un vain mot, où la liberté d’entreprendre, voire de conscience et d’expression, est fragilisées, il manque à nous tous une fondamentale porte de liberté : elle s’ouvre alors en osant le courage d’affronter les idées roboratives et dynamiques contenues dans Les Penseurs libéraux. Ses 900 pages, généreuses, encyclopédiques, comblent une lacune d’importance devant la pléthore d’ouvrages d’inspiration marxiste plaidant l’interventionnisme et la régulation économique qui formatent sans discernement les esprits. Faut-il espérer qu’en la noble compagnie d’initiatives comme le Dictionnaire du libéralisme[13] et le collectif Libres[14], cet opus magnus qu’est Les Penseurs libéraux soit le signe d’un juste infléchissement de la pensée contemporaine et à venir ? Car il n’y a pas de philosophie politique sans libéralisme.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir à ce sujet Max Weber : L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Du Contrat social, Œuvres complètes, Pléiade, tome III, p 372.

[3] John Milton : Areopagitica pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier, 1956, p 211.

[4] Percy Bysshe Shelley : Défense de la poésie, La Délirante, 1980, p 45.

[5] Voir à ce sujet : Adam Smith : Théorie des sentiments moraux, PUF, 1995.

[6] Bernard de Mandeville : La Fable des abeilles, Vrin 1990.

[7] Adam Smith : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, PUF, 1999.

[8] Ayn Rand : La vertu d’égoïsme, Les Belles Lettres, 1993.

[9] Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

[10] Friedrich A. Hayek : Droit, législation et liberté, PUF, 1981.

[11] Ayn Rand : La Grève, Les Belles Lettres, 2011.

[12] Pierre Manent : Les Libéraux, Hachette Pluriel, 1986 et Tel, 2001.

[13] Dictionnaire du libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine, Larousse, 2012.

[14] Collectif La Main invisible : Libres, Editions Roguet, 2012

Au sujet de ces deux derniers volumes, voir : Deux manuels des libertés : Libres, Dictionnaire du libéralisme

 

Louhane Neau et Morgan Vienne : "Liberté". Photo : T. Guinhut.

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 12:09

 

Cathédrale Saint-Pierre, Poitiers, Vienne. Photo : T Guinhut.

 

 

 

 

 

John Gardner : La Symphonie des spectres,

 

un roman philosophique oublié.

 

 

John Gardner : La Symphonie des spectres,

traduit de l’anglais par Philippe Mikriammos, Denoël, 798 p, 29,50 €.

 

 

 

       Hors le choix du titre, il n’est pas impossible que l’éditeur ait raison : « Le chef-d’œuvre oublié de la littérature américaine », annonce-t-il. Qui aurait dû s’appeler, mieux que cette « symphonie » un peu kitsch qui semble présager un mauvais Stephen King, Les Spectres de Mickelsson, pour respecter le titre original anglais. Ainsi, nous aurions pu mieux présager de la richesse d’un personnage accablé par ses démons, dont les compétences philosophiques certaines ne parviennent pas toujours à le protéger contre la déliquescence morale…

 

        Qui sont les spectres de ce professeur de philosophie, naguère célèbre ? Sa maturité l’a gratifié d’un poste dans une université de second rang, du côté de la Pennsylvanie, alors que ses choix de philosophie morale paraissent un peu démodés face au relativisme ambiant. Sa femme Hellen, théâtreuse d’avant-garde sans public dont il est séparé, est inconséquente et dépensière, alors que ses deux enfants poursuivent au loin des études de français pour l’une et de photographie pour l’autre. Mis à mal par une excessive générosité envers son ex-épouse, le voilà cerné autant par les fonctionnaires des impôts qui lui réclament de lourds impayés que par le manque sexuel et amoureux. Que vient-il alors faire en cette galère lorsqu’il décide d’acheter une maison prétendument hantée dans les « Endless Montains » des Appalaches ?

        Malgré ce qui aurait pu être une histoire d’amour avec sa belle collègue de sociologie Jessica, hélas cernée par les marxistes, et qui sera peut-être pérenne, si l’on pense au réalisme magique de la scène finale, il s’enferre dans une liaison avec Donnie, une prostituée de dix-sept ans, qui deviendra un spectre de plus parmi sa déréliction : « Mickelsson avait l’impression que toute sa vie se résumait dans ce tourbillon intemporel d’un instant : sa catastrophe financière, ses amours maladives, son suicide par le tabac et l’alcool, son effondrement professionnel ». Dans sa maison qu’il s’ingénie à retaper magnifiquement, il voit passer les spectrales figures des anciens propriétaires : peut-être s’est-il « trouvé sur la longueur d’onde d’un morceau du passé »…

         Plus largement, d’autres spectres s’imposent à celui qui a pour ambition d’« écrire sur le monde, le faire passer à l’épreuve de la pensée logique » : cette industrie nucléaire contre quoi son fils milite, peut-être jusqu’au terrorisme, une décharge toxique dans les montagnes, les Mormons enfin, dont le fondateur John Smith aurait été un voisin, et qui font de sa maison une cible inquiétante : y aurait-on caché des documents compromettant la véracité autoproclamée de cette religion ?

          Spectres mentaux, spectres moraux, religieux et politiques, tout concourt à inscrire ce livre dans une dimension rarement atteinte par les romanciers. Y compris lorsqu’il confronte rationalisme et phénomènes paranormaux, ou plus exactement psychiques, ou encore lorsqu’il met en scène et analyse la culture contemporaine, parmi laquelle une pertinente critique musicale. Sans oublier qu’il s’interroge, à travers le personnage du Mormon tyrannique, sur les fondements de la foi et du pouvoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         Faut-il s’identifier avec celui qui se qualifie ainsi : « Une fois de plus, il était le dadaïste suicidaire, le héros représentant et symbolisant sa nation (…) qui est sorti de son orbite et qui, à l’instar de sa civilisation, dérive vers la catastrophe absolue ». Avec celui qui commet un vol et un demi-crime à la Raskolnikov, qui entend le fantôme d’un étudiant suicidé au téléphone, qui sabote sa propre existence ? Ce qui nous permettrait au moins de sonder les abîmes d’un moi, de nous demander comment, à sa place, nous redresserions la barre : « Et s’il avait le courage de faire un petit pas pour mettre de l’ordre dans sa vie, pour réaffirmer sa dignité ? » Seul son combat contre le méchant tyran mormon caché parmi les professeurs lui assurera une légitimité.

        Les facettes nombreuses du personnage tourmenté, ses cours devant ses étudiants, parmi lesquels revient avec pertinence la pensée de Nietzsche, le monologue intérieur à la troisième personne, un lyrisme parfois intense, une pénétration psychologique à toute épreuve, tout cela contribue à l’épaisseur sans lourdeur du roman. Le romancier virtuose a su ajouter le suspense et les scènes d’action du thriller à ce roman en partie autobiographique : lui aussi fut poursuivi par un destin tragique, lui aussi s’est séparé d’une épouse qui lui voua une haine farouche, lui aussi enseigna, sans compter qu’il publia un essai, On moral fiction, dans lequel il s’attaquait à l’irresponsabilité éthique des auteurs américains contemporains, ce qui, on le devine, lui valut bien des inimitiés… Une satire de l’avant-garde, une charge contre la coterie professorale des marxistes, une argumentation d’étudiant sur « l’avortement à la demande » qui n’échappe pas à la question de la légitimité de la vie à naître, voilà qui a pu ne pas contribuer au succès de ce roman porteur d’une réelle exigence éthique, malgré le drame d’un anti-héros qui se sait n’être guère un modèle.

 

          A la lisière du « College novel’s », ce genre illustré par David Lodge, et du roman de mœurs et d’introspection, Les Spectres de Mickelsson, comme il faudra le nommer, méritent de frapper les mémoires, moins pour sa relecture de la tradition du gothique littéraire qui aimait convoquer les fantômes, que pour sa capacité à éveiller notre interrogation sur la conduite de nos destins. Si la connaissance de la philosophie morale ne contribue pas à diriger au mieux la vie de ce raté héroïque, faut-il pour autant  blâmer cette discipline intellectuelle et éthique ? Plutôt alors s’appuyer sur ce roman pour allier théorie et pratique, pensée et action. Il s’agit bien alors d’un roman philosophique, où liberté, contexte social, responsabilité et destin sont en conversation, pour notre plus grande réflexion et édification.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T Guinhut.

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Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

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Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

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Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

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Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

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Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

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De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

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« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

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Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

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Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

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Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

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Libéralisme et amendements à la Constitution

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Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

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Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

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Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

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Shteyngart : Super triste histoire d'amour

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Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

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Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

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Fallada

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Montgomery Bird : Sheppard Lee

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Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

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Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

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Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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