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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 12:20

 

Salamanca, Casa de las conchas. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Juan Goytisolo, un dissident espagnol :

 

de l’autobiographie au testament

 

en passant par la Foutricomédie.

 

 

Juan Goytisolo : L’Espagne et les Espagnols, Tradition et dissidence,

traduits de l’espagnol par Athisma et Setty Moretti,

À plus d’un titre, 192 et 176 p, 20 et 18 €.

 

Juan Goytisolo : Foutricomédie, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Fayard, 288p, 20€.

 

Juan Goytisolo : Et quand le rideau tombe,

traduit de l’espagnol par Aline Schulman, Fayard, 154 p, 13 €.

 

 

      Ecrire, serait-ce distiller un permanent autoportrait, une autobiographie réaliste ou fantasmatique, de façon à déplier tous les moi réels et potentiels qui nous innervent ? L’œuvre magistrale et baroque de l’Espagnol Juan Goytisolo, né en 1931, autobiographe, essayiste et romancier, nous invite en un tourbillon temporel autant que géographique, entre Espagne franquiste, France et Maghreb, siècle d’or espagnol et au-delà mystique. Juan Goytisolo, dissident espagnol cependant discutable, sait naviguer de l’autobiographie au testament en passant par la Foutricomédie.

 

      Toute la carrière de Juan Goytisolo est en quelque sorte résumée par ces deux recueils d’essais en forme d’autoportrait intellectuel. L’un, L’Espagne et les Espagnols, fut d’abord publié en 1969, mais en Allemagne, alors que le franquisme pesait de sa chape de plomb sur une réactionnaire péninsule, exilée dans le temps du fascisme. L’autre, de 2003, tente d’explorer les voix de Tradition et dissidence qui irriguent aujourd’hui la culture ibérique.

      Exilé et censuré de la première heure, Goytisolo voue d’abord son pays à l’abjection. Il casse les mythes, en premier lieu celui de l’« homo hispanicus », rappelant l’importance du peuplement arabe et du judaïsme, ironisant à l’égard d’un prétendu siècle des Lumières national. Il fustige la corrida, malgré sa dimension métaphysique devant la mort, déniant à Hemingway la capacité de la voir comme un art, et la trouvant « passablement immorale ». Quant au « péché originel de l’Espagne » qui est « la répression systématique de la sensualité hispano-arabe », il n’est rédimé que par ses icônes préférées de la littérature et de l’art, depuis le roman picaresque jusqu’à Goya, en passant bien sûr par les gloires du Siècle d’or, par La Célestine[1] et Don Quichotte, tous gages de liberté créatrice…

      C’est au cours de divers colloques qu’il va chercher dans la tradition les signes de la « dissidence », comme lorsqu’il qualifie de « Queer Iberia », ou « Folle Ibérie », le classique de l’Archiprêtre de Hita, Le Livre de bon amour[2], et compare l’art du troubadour à celui des conteurs qui s’exprime encore sur les places Marrakech. Des entretiens prolongent le propos, en offrant aux œuvres anciennes, aux classiques hispaniques, corsetés dans l’histoire littéraire, une lecture plus libre, ludique et polymorphe, attentive à leurs composantes mozarabes et à leurs développements érotiques, pour les revivifier.

      A travers ces deux beaux opus, l’un des plus singuliers auteurs espagnols, qui se veut l’indépendance même, nous rappelle que reste, au-delà de toutes les vicissitudes, la littérature : elle « est le fruit de l’homme intégral et elle est destinée à l’univers dans son intégralité. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Rarement un roman de Juan Goytisolo fut d’un abord aussi simple, aussi savoureux. Il faut pourtant prévenir les lecteurs qu’ils s’aventurent en Foutricomédie, dans un univers qui pourra paraître choquant, voire sacrilège, quoique s’agissant d’un humour et d’une finesse rares.

      Grâce à l’artifice d’un manuscrit remis par le Père de Trennes, alias Frère Bugeo, Juan Goytisolo devient un personnage de son propre livre, lui-même réécriture postmoderne d’une Foutricomédie espagnole du XVI°. Cet objet baroque avec mise en abîme et récits emboîtés est bien dans la tradition des paillardises de Rabelais ou des jeux de Quevedo autour de l’homosexualité et de la scatologie. L’anticléricalisme se nourrit une fois de plus de moines et curés pervers. A la différence que Juan Goytisolo éprouve une indéniable tendresse pour son personnage d’ecclésiastique et bourreau des cœurs mâles, son double peut-être, à mettre sur le même rayon que Le Grand miroir de l’amour mâle du japonais Saikaku (Philippe Picquier éditeur)…

      La dévotion joyeusement blasphématoire du serviteur de Dieu envers les saints triviaux de la faune homosexuelle maghrébine qui déambule dans certains quartiers parisiens permet une étonnante galerie de portraits, hauts en couleurs et contrastés : Ali, Zinedine, « les bien dotés »… Cette « vie des Saints » est autant sérieuse que burlesque : le mysticisme se nourrit d’un érotisme réprouvé, d’une ferveur gourmande. Si Dieu il y a, pourquoi honnirait-il, en tant que Dieu d’amour et de pardon, ces célébrations du corps et de l’âme, fussent-elles réputées contre-nature ? L’apostolat du Père de Trennes conjugue érotisme et charité, lorsqu’il contribue au bien-être de ses protégés successifs. Il faut ne pas rater ce passage truculent et bourré d’ironie : « Du sexe des Lumières à celui des soixante-huitards », qui joue avec les anachronismes, avec les vies successives de ce Père et Frère fantastique. Depuis le seizième siècle où il écrivit ses poèmes pornographiques parodiant les livres de piété, il nous revient, installant au creux du vocabulaire religieux un perpétuel double sens et croisant pour nous les silhouettes de Genet, de Sarduy et de Barthes…

      Le latin ecclésiastique de ce Père, affilié à un ordre qui n’est pas sans faire penser à l’Opus Dei, côtoie l’arabe. Cette étrange fraternité, revanche sur l’histoire espagnole, est une singulière et cependant efficace leçon de tolérance. Chassés d’Espagne, les Maures, leur culture, furent longtemps, d’Isabelle la Catholique à Franco, l’inconscient honni, refoulé, bien que trois mille mots venus de l’Arabe enrichissent la langue espagnole. C’est à cela que Juan Goytisolo, même si son prosélytisme pro-arabe, sensible de livre en livre, peut-être parfois excessif, s’attelle avec un bel enthousiasme, avec un sens sans cesse renouvelé de la liberté romanesque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il faut bien, à un écrivain né en 1931, imaginer sa disparition, quand le rideau tombe. Surtout lorsque son épouse aimée a rejoint le grand inconnu. Ce chant élégiaque d’un des plus grands écrivains espagnols contemporains est un grand moment de relecture du passé, mais avec une étonnante dimension prospective.

      Juan Goytisolo nous a déjà livré deux volumes de son autobiographie : Chasse gardée et Les Royaumes déchirés[3] racontaient son enfance dans une Barcelone secouée par la guerre civile, puis sa formation d’écrivain menacé par la censure franquiste, au point qu’il dut s’exiler en France pour y trouver la liberté d’écriture et de publication… Plus tard, son intérêt pour la culture arabe le conduisit vers les rivages du Maghreb, ce qui explique qu’il écrive Et quand le rideau tombe depuis un Marrakech magnifié. Là où il retrouve l’une des racines longtemps camouflée de la culture espagnole : le castillan n’héberge-t-il pas trois mille mots venus de l’arabe ? Cervantès n’usa-t-il pas d’un imaginaire auteur arabe, « Cid Hamet Ben Engeli[4] », pour son Don Quichotte ?

      Par un habile artifice narratif (une métalepse, selon Gérard Genette), notre écrivain vieillissant, d’abord présenté grâce à la troisième personne du récit, s’adresse à lui-même à la seconde personne : ce « tu » est celui d’une remise en cause, d’un jugement dernier. A ce dédoublement entre le narrateur et une sorte de démiurge insistant, s’ajoute l’ombre muette de la femme aimée.

      Est-ce une « démence sénile » ? Perte de sommeil, cauchemars, « régression » vers les souvenirs enfouis, désarroi de se trouver ne pas être le premier à « quitter la scène » ? Le voilà revisitant son enfance, la demeure familiale défigurée, ses incursions vers une liberté qui « ne se trouvait que dans les livres », rêvant de populations entières marchant « vers le bord de la falaise »…

      Malgré « l’idée chimérique d’une transcendance », c’est en lisant Tolstoï, qu’il entend une voix l’apostropher, celle « de celui qui affirmait, en riant, être à la fois, le créateur et le créé ». Cet étrange démon inventé par l’homme lui souffle : « Crois-tu qu’il peut exister, non pas une simple tribu, mais une de ces sociétés que vous appelez modernes ou postmodernes dépourvue de toute croyance irrationnelle ou fantastique ? » Constatant la cruauté des utopies qui ont cru éradiquer cette dimension de l’humanité (« le prophète-harangueur à barbichette et le despote à moustaches de cafard ») il rappelle « l’égalité devant la mort » distribuée par « le Scélérat », ce « machiniste » de la vie et du cosmos qui vient le tutoyer « quand le rideau tombe »...

      Enfin, il s’aventure jusqu’aux berges de la mystique, d’un au-delà, imaginant, comme Tolstoï qui en fit son dernier acte de liberté avant la mort, une fuite vers les montagnes, un taxi collectif vers le silence jusqu’à se faire déposer dans un nulle part désertique… S’il n’en meurt pas, l’expérience sonne comme un abandon de plus des biens de ce monde.

      Dommage que cet émouvant chant du cygne soit entaché de quelques indignités en forme de clichés : cet « embouteillage provoqué par la Mercédès d’un bourgeois à gueule d’enfoiré », comme si un pauvre - de surcroît affligé d’un tel faciès d’ « enfoiré » - ne pouvait susciter un embouteillage avec sa charrette à âne… Ou encore, lorsqu’il proclame : « le monde allait à sa perte » et en appelle à un « despote un tant soit peu lucide » qui « aurait enfin l’honnêteté et le courage de le proclamer, et de stériliser une bonne fois la totalité de ses sujets », aurait-il le dégoût et l’égoïsme du gauchiste fascisant, du vieux râleur que sa fin proche conduit à souhaiter celle du monde qui l’entoure ? De même, décrivant le Maroc, n’idéalise-t-il pas la culture arabe, occultant le poids de tradition, de soumission et de fermeture liberticide de l’Islam ?

      Pourtant c’est bien là un beau récit testamentaire : « Lui-même n’était pas la somme de ses livres, il en était la soustraction ». Si l’homme en vient à douter de sa cohérence et prévoir son proche effacement, l’écrivain se fait plus humain, plus vrai, malgré ses quelques fausses notes, plus lyrique et plus éblouissant que jamais.

 

      La palette de Juan Goytisolo est aussi variée que surprenante. Les virages exploratoires que sa vie emprunta permirent à son écriture de gagner en force, en liberté, entre les blessures du réalisme et les exaltations de l’imaginaire. Qu’il s’agisse de la révélation tardive de son homosexualité, des dévergondages érotico-religieux de Foutricomédie, de sa passion soudaine pour la culture de l’Islam, il fit preuve d’un arrachement nécessaire de son Espagne originaire et ligotée dans le « national-catholicisme ». Sa curiosité intellectuelle est fourmillante, à l’image de vastes recueils d’essais, comme L’Arbre de la littérature[5] qui  explore les espaces romanesques hispaniques et latino-américains, sans oublier d’aller jusqu’à « l’Actualité du mudéjarisme », en passant par « De la littérature considéré comme une délinquance ». Il faudrait alors relire son roman Barzakh[6], spirale visionnaire et  mystique de la montée dans l’au-delà. Mais aussi La longue vie des Marx[7], hilarante uchronie qui brosse l’auteur du Manifeste communiste[8] regarder en famille la télévision pour assister à un débarquement d’Albanais fuyant le communisme. Juan Goytisolo est-il lui-même ce Marx stupéfié par la leçon de l’Histoire ? Reste que, selon Proust : « un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices[9] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Et quand le rideau tombe, puis sur les deux volumes parus chez À plus d'un titre,

ont été publiées dans Le Matricule des Anges, septembre 2005 et mars 2013,

celle sur Foutricomédie dans Europe, mars 2003.

 


[1] Fernando de Roja : La Célestine, Club Français du Livre, 1952.

[2] Jean Ruiz, Archiprêtre de Hita : Le Livre de bon amour, Stock, 1995.

[3] Fayard, 1987 et 1988.

[4] Cervantès : Don Quichotte, chapitre IX, Gallimard, La Pléiade, 2004, p 459.

[5] Fayard, 1990.

[6] Gallimard, 1994.

[7] Fayard, 1995.

[8] Voir :

[9] Marcel Proust : Contre Sainte-Beuve, Gallimard, La Pléiade, 200, p 221.

 

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 16:00

 

Emmaüs. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De natura rerum.

 

Euro Urba.

 

La République des rêves VIII.

 

 

 

 

 

     L'action se transporte dans le T.G.V. en nuit. Voyage, un sifflement pâle dans l'abstrait. Comme ce matin, l'aller dans un brouillard continu. Pourquoi-pas faire sponsoriser son De Nature Rerum par Euro Urba ? Idée qu'il balance, rejette aussitôt, et reprend avec un sourire. Impossible. Magnifiquement tentant. Qu’importe d’où ça viendrait si cela devait permettre la création et la publication. Non ? Il allait de toutes façons suivre cette affaire, sonder un peu si possible la nature de la chose, en allant voir Lespinassières...

        A Bordeaux, Camille prend quelques journées de pause, photographiant les quatre ans de sa fille, qui souffle d'un coup fière les bougies du temps. Epiant ses joies et ses gravités autrement peut-être que pour l'album de famille jalousement façonné par Flore. La petite tête de leur fille était lancée dans l'univers depuis la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule dans le rouge d'une chair et du sang...

        -Et tu vas aller voir ce fou de Lespinassières ? demande Flore. Avec ce type ça sent l’odeur sucré de la corruption, de l’arnaque. Te fourres pas là-dedans. Tu y perdrais ton intégrité. N’as-tu pas assez d’argent pour travailler comme tu l’entends ? Et pour trouver un sponsor, n’as-tu pas le temps, alors que tu n’as pas encore fait la moitié de ton livre…

      -J’irai. Mais pas pour décrocher je ne sais quel contrat qui me lierait à je ne sais quelle perspective politique.

        -Pourquoi, alors ?

        -Je veux voir le nouveau costume que s’est taillé Lespinassières.

        Le lendemain après-midi, il est déjà sur le terrain, avec une odeur de mer et de montagne aux chaussures. Marchant depuis l'Atlantique vers les premières collines basques déjà visibles... Une dizaine de jours à chercher et laisser venir les éléments de la nature, les déchets portuaires sur l'estuaire de la Bidassoa, le passage au-dessus de l'autoroute internationale puis sous l'énorme pylône d'une ligne à haute tension vrombissante d'énergie, la boue et la pluie d'avril, et enfin les trouées de soleils verts sur les pentes de la Rhune crevant le grisâtre plancher de nuages. De là, il navigue à vue, de col en col, prairies, fougères, bois et roches contre le ciel. Les humains ne sont plus que rares figurants dans la solitude forestière et sur les crêtes au fronton de deux pays, marcheurs discrets, ou bavards de banalités, patrons d'auberges et de ventas, à qui il serait vain de demander quelles sont les matières de l'univers. De même, si la montagne est prodigue d'images, peu lui semblent dire la nature des choses.

        Sauf soudain, au bord d'un chemin parfois empierré, ancienne voie romaine peut-être, dans les profondes ornières de bas-côté et de printemps, la masse gélatineuse d'une grappe d'œufs de batraciens, agglutinés en molécules étranges et complexes, quoique d'atomes répétés, la vie déjà et latente des noyaux et de leurs nuages d'électrons. Il dort dans des cabanes, des petits hôtels silencieux de demi-saison, des refuges où la porte ouvre sur la gelée blanche et le jaune des jonquilles au matin... Mâchant le pain et la saucisse sèche du spartiate chemineau, il lit à la pause un ou deux ouvrages qui l'emmènent des particules élémentaires aux grappes énormes et vineuses des galaxies, il ouvre la porte de la nuit à sa cabane pour pisser un long jet clair sous le rayonnement diffus et incomptable des poussières de la voie lactée, il joue à photographier le soleil à travers les couches nuageuses ou à son coucher décalé vers le rouge, les points et les traces des étoiles, de Vénus...

     -Enfin, vous voilà, Monsieur Braconnier ! Je savais que vous y viendriez. Joseph Roche-Savine, à Paris, n’a pas omis de me parler de votre rencontre. Vous êtes à moi maintenant. J’en fais depuis longtemps une affaire personnelle. On ne m’échappe pas. Il paraît que vous avez un grand projet… Ici, à Euro Urba, nous aimons les délires d’envergure. Nous allons faire affaire…

        -Je n’en suis pas sûr.

        Camille reste prudemment stupéfait devant le format nouveau acquis par Lespinassières : lui déjà bien grand, comment de si maigre est-il devenu si gros, à faire s’étriper le nacre de ses boutons de chemise ? Est-ce le fade régime, l’inaction de la prison… Une petite poignée d’année, et, de filiforme, il est passé au piriforme, acquérant une sorte de bonhomie effrayante, une jovialité sardonique, comme si le visage du jeune homme s’était gonflé du masque de marbre d’un empereur romain de la décadence. On comprend à l’instant qu’il sait insinuer de velours les nuances et les inflexions de sa voix sonore. Mais que dire des manipulations de ses doigts boudinés acharnés sur une cigarette qu’il dépèce comme un militant anti-tabac parfaitement soigneux dans un vide poche en cristal de Daum…

       -Alors pourquoi venez-vous me voir ? Pour admirer ma nouvelle position ? Pas si nouvelle que cela d’ailleurs… Mais il serait trop long de tout vous raconter. Oui, je sais, je vois à vos yeux que j’ai grossi. Considérablement. En d’autres termes j’ai pris de l’ampleur. Ma carrure est définitivement politique et directoriale. Vous assistez à l’une des plus heureuses incarnations de Martial Lespinassières ! Le temps de nos velléités et magouilles au petit pied au bas du quartier des Grand Hommes est bien passé. Ah, vous regardez comme nous sommes magnifiquement installés ! Oui vous pouvez me photographier dans mon antre. Canapés de cuir blanc, bureau Stark and Gombrich en ébène et acier, lampe Ricchie One en platinium, tableau-sculptures d’Omar Kaled, le prince du tag anticapitaliste néo baroque bien connu. Mon costume en laine peignée est un Prada Daimon sur mesure, mes chemises sont en popeline de soie Dior Manhattan, mes larges cravates sont peintes à la main par Alexander Zocchos -comment trouvez-vous ces petits cochons dorés, appétissants n’est-ce pas ?- je change de caleçon blanc Calvin Klein trois fois par jour. J’exerce ma volonté à avoir définitivement cessé de fumer -ce qui explique cette éviscération en règle- depuis que j’avais pris cette habitude infâme dans le lieu étroit que vous savez. Quarante-quatre mètres carrés pour ce bureau ; mon bureau ! Au sommet de la Place de la comédie, vue sur le Grand Théâtre, la plus belle place de Bordeaux…

       -Et le sexe, Martial Lespinassières ?

       -Peuh… Minuscule marotte. Je ne baise même pas Malina, ma sexy secrétaire. Harcèlement sexuel, très peu pour moi. Le respect de la personne humaine, n’est-ce pas ? Le sexe, dites-vous… J’ai abandonné ces jouissances tout à fait surestimées. Ce n’est rien à côté du pouvoir et de ces manœuvres, le saviez-vous… Basta, les futilités !  Que me proposez-vous ?

       -Qu’est-ce qu’Euro Urba et vous avez à gagner avec le mégalo projet d’un livre ? Un livre de photographe sur les paysages et ses détails comme cosmos ? D’un auteur presque inconnu.

       -Une image. N’oubliez pas que nous vendons de l’image. En d’autres termes, de l’impalpable communication, du prestige, une aura fédératrice de talents et d’actions. Il faut que vous sachiez aussi que les importants profits d’Euro Urba, tous dévoués à la maturation de cette nouvelle société de justice sociale placée sous le haut patronage posthume de notre cher philosophe Léo Morillon, sont générateur d’impôts faramineux. Aussi, nous avons besoin de notes de frais à défalquer. Et d’un mécénat éclairé qui dégrèverait considérablement nos charges fiscales.

       -Que fait Euro Urba ? A quoi ça sert ?

      -Ne me dites pas que vous posez encore ces questions de béotien ! Allons, nous sommes un système de ponts entre les entreprises privées, les collectivités locales et le service public de l’état. Il s’agit de faire transiter les énergies, de faire se rencontrer au mieux les initiatives et les fonds, en particuliers les fonds européens. Euro Urba est un vaste cabinet de conseil. Des idées sources existent, des robinets financiers ne demandent qu’à s’ouvrir. Nous organisons les confluences. Euro Urba est en quelque sorte un grand irrigateur.

        -Avez-vous une station d’épuration ?

      -Que voulez-vous dire ? Ah, quel humour, Monsieur Braconnier, vous avez failli me noyer, vous attendiez quelque tuyau percé pour jeter le bébé joufflu avec l’eau du bain… Revenons à votre projet… Euh…

      -De natura rerum. A partir du livre de Lucrèce, une représentation du monde, de l’humanité et du cosmos, grâce aux acquis de la physique contemporaine. Quelques centaines de photographies dans un livre à paraître dans un an ou deux.

     -Tudieu ! Je vous ai connu plus petiot… Nous avons dû garder quelque part une minime coupure de presse du Courrier d’Aquitaine, où l’on vous interrogeait sur les développements futurs de votre travail. Ce ne serait plus Euro Urba, mais Cosmos Urba… Voyons, voyons… Nous pourrions imaginer, en sus de l’édition courante, une édition à tirage limité, quelque chose comme un bouquin d’un mètre carré minimum, trois dizaines de kilos, vendu avec la table de consultation exclusive dont le design s’inspirerait du nouveau logo d’Euro Urba encore à venir… Il vous faut cependant savoir que nous avons des dizaines de projets qui viennent solliciter notre mécénat. Pourquoi choisirions-nous le votre ?

      -Je n’ai pas de réponse à cette question. Et rien à offrir en échange. Hormis la modestie de mon art.

       -Taratata… Son caractère gigantesque peut suffire à coller avec notre Euro Urba. Faites nous un dossier, une pré maquette d’une bonne centaine de photos, un baratin -pas trop long surtout- un budget prévisionnel, joignez un devis de votre éditeur, un plan média… En attendant vous avez besoin de pellicules photos et autres quincailleries. Je vous griffonne une note de frais à honorer pour dix mille francs de matériel… Ne me remerciez pas. Tout le profit est pour Euro Urba. Mais n’oubliez pas que votre nom lui restera attaché. En d’autres termes, vous couchez avec Euro Urba. Voyez cette médiocre paperasserie avec Malina, ma secrétaire générale. Et signez en trois exemplaires. Pardonnez-moi de vous chasser si tôt, mais Dalbret est à ma porte. Notre Maire a depuis longtemps digéré le petit différent juridico médiatique que j’avais eu avec le vieux Delmas-Vieljeux. Entre Euro Urba Aquitaine et la Mairie de Bordeaux, il ne reste plus qu’à sous-traiter quelques menus travaux de plomberie conceptuelle… A bientôt. Comment s’appelle déjà votre projet de bouquin ? L’affaire est dans le sac.

     La Malina en question serait assez sexy si sa taille, au moins aussi grande que Lespinassières, ne rejetait ses interlocuteurs au plus bas de l’échelle des solliciteurs. Assise, ses avantages mammaires restent dangereusement braqués vers le haut, quoique bardés d’une monacale veste tailleur grise ras du cou. Mais c’est avec une voix inattendue, presque tendre, complice dirait-on, qu’elle sort un contrat, déjà pré-rempli, que Camille n’a plus qu’à contresigner.

      -Veuillez me pardonner… Je préfère l’emporter tel quel. Pour le lire à tête reposée. Je vous le renvoie dès que signé.

      -Comme vous voudrez, souffle-t-elle comme avec un regret de  succion dans le mince interstice de ses lèvres palpitantes de fard blême vers son interlocuteur…

 

Thierry Guinhut

 Une vie d'écriture et de photographie

Extrait d'un roman à venir : La République des rêves, roman

 

  Frontispice par Gravelot du De rerum natura de Lucrèce,

traduction de Lagrange, Bleuet, Paris, 1795.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 12:21

 

Vall Besiberri, Aigues Tortes, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Paul Celan, minotaure de la poésie

 

et neige du souffle :

 

John E. Jackson, L’Herne cahier Celan.

 

 

John E. Jackson : Paul Celan, contre-parole et absolu poétique,

José Corti, 2013, 160 p, 20 €.

Paul Celan. L’Herne, 2020, 256 p, 33 €.

 

 

 

 

        Paul Celan est-il le minotaure de la poésie ? Car qui pense affronter le labyrinthe de Partie de neige et de Renverse du souffle se heurte à de nombreuses difficultés. Le laconisme, les césures et les ellipses, l’explosion des blancs, les anaphores fuguées, les métaphores mystérieuses, les vocabulaires spécialisés (en particulier géologique)… Pourtant le préjugé courant voudrait que la poésie soit immédiatement accessible à la sensibilité et à la compréhension. Faut-il, sous peine d’hermétisme, rejeter cet expert sensuel et abrupt de la langue, d’autant plus inaccessible que nous ne lisons qu’en de mendiantes traductions ? Il fallait bien, avant d’avancer notre propre cheminement, un initiateur, aussi modeste qu’efficace, à l’univers de Paul Celan : John E. Jackson est celui-là. À moins de se pencher sur le providentiel cahier de L’Herne consacré au poète, pour croiser au plus près la neige de son souffle…

 

       Saluons la clarté de l’essai de John E. Jackson. Ce sont quatre leçons au Collège de France, en 2010, à l’invitation d’Yves Bonnefoy et d’Antoine Compagnon, comme lorsque Thomas M. Greene proposa celles, magistrales sur Poésie et magie[1]. Il ne fait pas que s’autoriser d’avoir connu le poète, de lui avoir offert une pierre de Massada, ce haut lieu de la résistance d’Israël, mais il conjugue pertinence et modestie pour nous entraîner dans sa lecture initiatique en quatre points : « La contre-parole », « Le principe dialogique », « La poétique de la Strette », « Russkij Poète » et « Le tournant des dernières années ».

        La langue allemande, dans laquelle écrit Paul Celan, natif de Bucovine humiliée tant par les nazis que par les communistes, est pour lui un placenta déchiré. Métaphysiquement décrédibilisée par les mots du nazisme, elle ne peut que devenir dans le poème « contre-parole ». Il faut en effet inlassablement offrir une tombe dans la poésie, prétendument impossible après Auschwitz selon Adorno, aux Juifs assassinés, qu’ils soient six millions d’anonymes ou qu’il s’agisse de sa mère, comme dans « Fugue de mort » : pour ceux qui boivent « le lait noir de l’aube », qui n’ont plus que des « cheveux de cendre », qu’« une tombe au creux des nuages[2] »… Ainsi, la judaïté est une clé incontournable, qu’il s’agisse de l’image de l’amande qui lui est associée (« comme le chiffre de l’œil du Juif » p 25), aussi bien que, pour reprendre la formule de Derrida, de « la circoncision de la parole[3] ». Ecrire dans la langue de Goethe est une contre-parole qui « nait de l’ambiguïté du statut de cette langue qui est à la fois celle de la mort et de la survie. » (p 31)

        Dialogique, parce que le « tu » s’installe sans cesse dans le creux de la voix poétique, en un dialogue impossible avec les disparus, quand les pierres des poèmes sont autant tombales que mémorielles, en une dédicace empêchée à celles qu’il a aimées, quoique en ces vers jamais nommées : la poétesse Ingeborg Bachmann[4], dont le père était inscrit au parti nazi autrichien, sa femme Gisèle Lestrange, Ilana Schumueli… Bien sûr avec tout Juif, ou encore avec la « figure négative de Dieu » (p 61). Mais aussi avec un lecteur, dans l’altérité aérienne et vocalique de la poésie : « Je bâtis des noms pour toi, qui les fixes / avec des chevilles[5] ».

        Quant à la « strette », c’est cette figure musicale associée à la fugue, qui, répétition, variation et miroir, entrelace les voix et les motifs : « la commémoration des morts a du s’astreindre à l’ascèse qu’exige la pratique de la strette » (p 105). En particulier dans la « Fugue de mort[6] », où s’entrelacent reprises et  échos autour de « lait noir de l’aube », de « la mort est un maître venu d’Allemagne », ou encore de : « tes cheveux d’or Margarete / tes cheveux de cendre Sulamith ». Pourtant on ne se gêna pas pour « reprocher à Celan d’avoir musicalisé la mort » (p 85). De même, les poètes allemands d’après 1945 ont contre lui pensé que « seule pouvait être légitime une poésie déniant la beauté » (p 83).

      C’est en une révérence complice et terriblement pathétique avec Ossip Mandelstam que Celan peut être qualifié de poète russe. Tous deux déchirés par les totalitarismes jumeaux du XX° siècle, nazisme et communisme, tous deux légitimés par la poésie. C’est à la mémoire de celui qui caricatura Staline dans un poème et qui mourut parmi la Sibérie des camps que fut dédiée La Rose de personne[7], son recueil le plus juif. Ses traductions, qui révélèrent son cher Ossip au public allemand, « avaient autant d’importance pour lui que ses propres poèmes » (p 120). Au point que nous aimerions lire la langue de Rilke pour découvrir ces derniers, mais aussi les Sonnets[8] de Shakespeare sous ses propres mains…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Enfin, les dernières années roulent la pierre de Sisyphe que fut ce terrible soupçon de plagiat de la part de la veuve d’Yvan Goll qui reprochait, avec une acharnée mauvaise foi, à Celan d’avoir volé la substance de l’œuvre de son mari. Sans compter les détresses intérieures qui affectèrent son équilibre psychique. Au point que son écriture, au travers de la Grille de parole[9], où « la cartographie lexicale du savoir poétique s’élargit » (p 136), devienne plus condensée, plus elliptique et métapoétique, plus traquée : il est de plus en plus difficile, et néanmoins stimulant, de réaliser ce vœu pieux du poète : « Le schibboleth, fais-le retentir / dans l’étranger de la patrie[10] ».

       L’erreur aura trop souvent été d’associer Celan à Heidegger ; comme si celui qui avait adhéré au part nazi, qui n’avait jamais eu le moindre mot sur la shoah lors de la visite du poète à « Todtnauberg », pouvait délivrer une once de vérité ultime : « de qui a-t-il recueilli le nom avant le mien ?[11] ? » Ce que dénonça d’ailleurs John E. Jackson lors de la sortie du livre de Philippe Lacoue-Labarthe : La Poésie comme expérience[12], détournant selon lui Celan au profit de ce philosophe peut-être verbeux et surestimé.

        Certes, au-delà des quatre volets de la réflexion initiale et initiatique de John E. Jackson, on pourra poursuivre le commentaire, l’exégèse avec Martine Broda[13], Jean Bollack[14] ou encore Jean-Pierre Lefebvre, dont les traductions de chaque poème de Renverse du souffle[15] et de Partie de Neige[16] sont accompagnées de notes substantielles qui nous permettent d’aller à la recherche de « la plus lointaine / connotation, au pied du paralytique / escalier-amen[17] »… Hélas, en cette hauteur oraculaire, le texte persiste à demeurer abrupt, acéré, lapidaire et aphoristique ; il semble parfois interdire l’accès à la pourtant bienveillante empathie du lecteur, même si son auteur ne tient pas à s’exiler au sommet de la tour d’ivoire d’un sens introuvable : « Car on sait bien que l’hermétisme de Celan n’appartient à aucune religion de l’art, ni à un formalisme dédaigneux du sens. Il laisse la place, la première, à la dimension éthique de la poésie[18] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre lecture, en mosaïque, bénéficiant d’une vingtaine de contributeurs, s’élève comme une stèle nombreuse dans le cahier de L’Herne. Sous la direction d’un trio composé de Clément Fradin, Bertrand Badiou et Werner Wögerbauer, l’hommage et l’analyse ordonnée se conjuguent avec soin et intelligence. Nous saurons par exemple ce que la vie du poète insémine dans l’œuvre, bien qu’elle ne soit guère autobiographique. Et que, selon Bertrand Badiou, Paul Celan est « un adepte du drapeau noir plutôt que du drapeau rouge ». Les témoignages, non sans tendresse, révèlent un homme « timide », à la voix « murmurée », « un être suprêmement déchiré », selon Cioran. Mais aussi faut-il tenter de comprendre l’irrattrapable d’un homme terrassé par les diffamations et l’accusation de plagiat à laquelle Peter Szondi fait un sort ; un homme à la fois « Juif », « Allemand » et « fou », qui tente la rédemption par la poésie, bien au-delà de ses affinités avec Hölderlin et Kafka.

Si l’on pourrait être au premier et superficiel regard être déçu de l’absence de vers inédits, il faut songer que tant a été déjà édité. Pourtant bien des essais citent ici in extenso des poèmes, bilingues, parfois en de nouvelles traductions ; ou, plus surprenant celle d’Andrée Chédid (« Seul, le visage ») par Paul Celan lui-même. Poèmes souvent commentées avec une sourcilleuse perspicacité, ainsi de « Tard et profond », entre mythologie, national-socialisme, judaïté et résurrection. Et l’on découvre de nombreuses lettres, dont celle à Nina Cassian : « une littérature est bien une chose politique » ou « cette progression vers le réel qu’est la poésie », écho du Discours de Darmstadt : « La poésie, cette manière de proclamer l’infinitude de ce qui est mortel et voué à l’échec ». Ou celle à Siegfried Inseld : « Mes poèmes ne sont devenus ni plus hermétiques, ni plus géométriques ; ce ne sont pas des codes secrets, c’est de la langue ». En effet, sa « palette de vocables », selon Markus May, est parmi les plus variées de l’histoire de la poésie allemande. Il s’agit de nombreux « entrelacements référentiels thématiques et structurels » où loge l’herméneutique du poème. L’on saura comment, par exemple, « Radix, matrix », convoque à la fois un écho de l’avortement d’une amante de Celan, la Shoah, l’arbre de Jessé et une « fleuraison sauvage », en une réelle dimension esthétique. Et pour entrer dans le seul mystère d’un bref poème de dix vers, l’on lira un article étonnant intitulé « Rembrandt, Mandelstam et les limites de l’ekphrasis », ou comment faire tenir un univers pictural dans un portrait poétique.

Ainsi, un tel cahier, avec le traditionnel feuillet de photographies, ne dément pas, voire couronne, la réputation de cette collection dirigée par Laurence Tâcu, qui mit à l’honneur tant Ezra Pound que Joris-Karl Huysmans, tant Walter Benjamin que George Steiner…

 

 

         Reste à faire son propre cheminement dans l’œuvre lumineuse et noire, aporétique de Paul Celan. Chercher « les calices de la grande / rose du ghetto[19] » là où la dimension tragique irrigue l’œuvre celanienne, au point que ce Minotaure fut peut-être son propre Thésée. Le poids des morts de la Shoah dans sa famille (en particulier sa mère) et sa langue, les immondes accusations de plagiat, les rejets de sa poésie qualifiée trop vite d’absconse et vide, voire une intimité névrotique, le conduiront à jeter sa vie dans la Seine en avril 1970 : « Aucun son, seule la lumière d’agonie / aide à la porter[20]. » L’impossible transcendance pèse quand « Personne ne nous repétrira de terre et de limon », quand le « Psaume » ne s’adresse plus qu’à un Dieu absent : « Loué sois-tu, Personne. / Pour l’amour de toi nous voulons / fleurir. / Contre / toi.[21] » Sans savoir si ce « contre toi » reste le signe d’une proximité ou celui d’un rejet. Voire d’un Dieu coupable auquel s’adresse dans « Tenebrae » un implacable réquisitoire, rayant toute transcendance : « Nous sommes allés à l’abreuvoir, Seigneur, / C’était du sang, c’était, ce que tu as versé,  Seigneur[22]. » Peut-on s’abstenir de dire, en sa brièveté : « Maintenant que les prie-Dieu brûlent, / je mange le Livre / avec tous / les insignes[23]. » ?

     Pourtant des lueurs de joie innervent le texte, comme le note Maurice Blanchot : « l’affirmation poétique, chez Paul Celan, toujours peut-être à l’écart de l’espoir comme à l’égard de la vérité -mais toujours en mouvement vers l’un et vers l’autre-, laisse encore quelque chose, sinon à espérer, à penser, par des phrases brèves qui éclairent brusquement, même après que tout a sombré dans l’obscurité.[24] » Car « Ce n’est pas toujours / que le mot solaire se pose sur ton front[25] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Peut-être saura-t-on ce qu’est la poésie, « le Mien – poème / aux cent bouches, / le Rien-poème.[26] »,  pour « celui dont l’art obsède le regard, et la pensée, jamais ne garde conscience de soi. L’art déporte le Moi au plus loin. (…) La poésie, qui, par force s’enfonce, pourtant, dans le chemin de l’art (…) ce lieu où tous les tropes et métaphores nous pressent de les conduire à l’absurde. (…) Mais dans la clarté de ce qui demeure à explorer, dans la clarté de l’utopie. (…) La poésie - : conversion en infini de la mortalité pure et la lettre morte.[27] »

       Ainsi, nous voilà ébahis, soulevés par des métaphores inouïes : « le cilié de glace aux bras de pieuvre[28] », ou encore « des bouches de boue, j’en ai avalées, dans la tour, / langage, pilastres en lisière des ténèbres[29] »… Ne rêvait-il pas, au-delà des cendres de la poésie gazée à Auschwitz, d’un espoir possible en un nouveau Pétrarque :

« POUPEE DE LOESS : donc

ici ça ne se pétrifie pas,

 

seules des coquilles d’escargots terrestres,

non vidées par le vent,

disent au désert : tu

es peuplé - :

 

les chevaux sauvages soufflent dans

des défenses de mamouth :

 

Pétrarque

est de nouveau

en vue[30]. »

 

        C’est sans injonction d’autorité narcissique qu’il faut, moins que commenter, lire Paul Celan ; et tenter d'y trouver sa catharsis poétique. Au-delà de la disparition des commentateurs et des témoins, quand « le poème prend valeur de philosophème[31] » et surgit seul dans l’éblouissement intellectuel et sensible. Avec l’humilité de celui qui ne comprend pas souvent, car personne ne sera le Thésée ultime qui abattra ce pacifique et magnifique Minotaure de la poésie, de celui qui, soudain, au détour d’Enclos du temps, s’émeut, touché par la foudre moussue des mots :

« chiquenaude

dans l’abîme, dans les

carnets de gribouillages

le monde se met à bruire, il n’en tient

qu’à toi[32]. »

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Thomas M. Greene : Poésie et magie, Juillard, 1991.

[2] Paul Celan : Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987, p 85.

[3] Jacques Derrida : Schibboleth pour Paul Celan, Galilée, 1986, p 112.

[5] Paul Celan : Enclos du temps, Clivages, 1985, p 15.

[6] Paul Celan : Pavot et mémoire, ibidem.

[7] Paul Celan : La Rose de personne, Le Nouveau commerce, 1979.

[9] Paul Celan : Grille de parole, Christian Bourgois, 1991.

[10] Paul Celan : De seuil en seuil, Christian Bourgois, 1991, p 97.

[11] Paul Celan : Contrainte de lumière, Belin, 1989, p 53.

[12] Philippe Lacoue-Labarthe : La Poésie comme expérience, Christian Bourgois, 1986.

[13] Martine Broda : Dans la main de personne. Essai sur Paul Celan, Cerf, 1986.

[14] Jean Bollack : Poésie contre poésie. Celan et la littérature, PUF, 2001 et L’Ecrit. Une poétique dans l’œuvre de Celan, PUF, 2003.

[15] Paul Celan : Renverse du souffle, Seuil, 2003.

[16] Paul Celan : Partie de neige, Seuil, 2007.

[17] Paul Celan : Enclos du temps, ibidem, p 27.

[18] Martine Broda : Dans la main de personne. Essai sur Paul Celan, ibidem, p 103.

[19] Paul Celan : La Rose de personne, ibidem p 117.

[20] Paul Celan Gisèle Celan-Lestrange : Correspondance, Seuil, 2001, p 620.

[21] Paul Celan : La Rose de personne, ibidem, p 39.

[22] Paul Celan : Grille de parole, ibidem p 33.

[23] Paul Celan : Contrainte de lumière, ibidem p 56.

[24] Maurice Blanchot : Le Dernier à parler, Fata Morgana, 1984, p 33.

[25] Paul Celan Gisèle Celan-Lestrange : Correspondance, ibidem, p 38.

[26] Paul Celan : Renverse du souffle, ibidem p 29.

[27] Paul Celan : Le Méridien, Fata Morgana, 2008, p 32, 37 et 39.

[28] Paul Celan : Contrainte de lumière, ibidem p 171.

[29] Ibidem p 179.

[30] Paul Celan : Partie de neige, ibidem, p 78.

[31] Jacques Derrida : Schibboleth pour Paul Celan, ibidem, p 88.

[32] Paul Celan : Enclos du temps, ibidem, p 45.

 

Bois de Saint-Benoit, Vienne. Photo : T. Guinhut.

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 13:58

 

Arthur Rackham : La Légende du Roi Arthur, Piazza, 1920. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Être ou ne pas être un faussaire shakespearien.

 

Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur.

 

 

Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hopffner,

Cherche Midi, 516 p, 22 €.

 

 

         Umberto Eco serait probablement ravi par ce roman. Comme en compagnie de l’auteur de La Guerre du faux[1], c’est avec délectation que nous voici pris dans la structure faite de mosaïques et de reflets, d’éléments emboités qui tissent cette vraie et fausse Tragédie d’Arthur. En effet, aucune barrière ne nous sépare de l’aisance narrative et intellectuelle avec laquelle son auteur nous emporte, au point de paraître nous convaincre de devoir bouleverser l’histoire littéraire.

 

       Peut-on, comme ce père indigne, passer sa vie à louvoyer entre arnaques, faux en tous genres, et pourtant léguer à ses jumeaux, l’un devenu romancier, l’autre actrice, un authentique inquarto de 1597 d’une pièce de Shakespeare parfaitement inconnue ? Certes, il a élevé Arthur et Dana dans le culte du créateur d’Hamlet, au point qu’ils soient devenus un peu déjantés autant que d’indubitables spécialistes. Mais à force de sculpter les champs de maïs comme un extraterrestre, d’offrir un passeport soviétique ou une balle de base-ball signée, d’imprimer des billets de loterie, il s’abonne à l’incarcération, voit sa femme divorcer pour un mari plus sage… Sans de même choir dans la délinquance, le fils quitte son job de publiciste pour une Heidi éphémère à Venise, pour une déambulation européenne, un mariage avec la tchèque Jana, qu’il abandonne avec ses deux jumeaux. Arthur et Dana sauront-ils se démarquer de cette « idole de toujours (…) imposteur et perdant », grâce à un « déménagement du destin » ? Où la gémellité est cruciale, rêvant « d’une proximité indescriptible, parfaitement connectée », au point d’aimer la même femme, Pétra, non sans drame...

 

 

         C’est dans le parloir de son pénitencier que le père confie au fils romancier, qui doit « écrire le livre de sa vie », le secret du précieux volume ancien volé quelques décennies plus tôt, imaginant les droits colossaux qui l’enrichiraient. S’en suivent les tractations juridiques et éditoriales (y compris leurs fac-simile) qui mènent à la publication de cette bombe de l’histoire théâtrale par les soins du fiston : est-il, à l’issu de l’examen critique, des doutes et des expertises scientifiques concluantes, convaincu, ou gagné par le virus du faussaire ?

 

         Cette chronique familiale, ce roman postmoderne, dans lequel « tout a déjà été écrit il y a des siècles » est une réécriture décalée du monde et des topoï de Shakespeare, pour lequel on imagine une fumeuse théorie à base de deux auteurs, un Comte et un Juif. Comme le couple d’Arthur est un miroir déformé de celui de ses parents, le roman est formé de et par trois Arthur : le héros de la pièce retrouvée, le narrateur-personnage, et l’auteur. Ainsi, le roman gigogne propose en l’ancienne « tragédie » un roi Arthur qui fait de Philip son héritier et « dans un monologue, admet qu’il est un imposteur ». Autant le maître de Stratford que celui du roman doivent en convenir : « oui, il est fort probable qu’il a dissimulé quelques cuillérées d’autobiographie onctueuse dans ses fictions épurées. »

         C’est bien à ce moment que l’on pense à rapprocher ce qui est à la fois roman et métafiction du prestigieux Feu pâle[2] de Nabokov, dans lequel les 999 vers du poème autobiographique de John Shade sont parasités par les commentaires de Kinbote. Poème ou théâtre au cœur du récit, comme lorsque Hamlet fait représenter une pièce sur scène, permettent les jeux de miroirs subtils de la mise en abyme, figure artistique et de rhétorique dont Arthur Philips s’est assuré la maîtrise avec un indubitable brio.

         La performance virtuose va jusqu’à nous livrer une « préface » prétendument de l’éditeur Random House, puis, in extenso en fin de volume, cette « Tragédie d’Arthur ». On trouvera bien shakespearienne, quoique un peu brute, cette mise en scène épique de la lutte d’Arthur pour consolider son royaume, contre Ecossais, Saxons et Pictes, tandis qu’un de ses fils, l’illégitime Philip, est destiné à lui succéder :

« Je voy dans tous tes muscles et je vois dans tes yeux

Preuve de ton discours : tu es mon impression[3].

Ces linéaments me sont connus comme si

J’observois un miroir d’autres années qui garde

Images reflectées il y a si longtemps. »

      La pièce est alors un pastiche troublant et vigoureux, pour lequel l’archaïsant traducteur s’offre le luxe époustouflant des alexandrins, non sans l’enrichir de notes aussi profuses que précises.

 

         Au moyen de divers points de vue, Arthur Philips -né en 1969- revisitait dans L’Egyptologue, l’histoire de l’archéologie ; avec Angelica, il dressait le puzzle d’une histoire de fantôme victorien. Aujourd’hui, doué d’une prose séductrice, d’humour et de gravité, d’un impressionnant don théâtral élisabéthain, a-t-il recréé ou retrouvé un trésor shakespearien ? A-t-il bluffé son lecteur ? N’a-t-il écrit que dans les marges du barde de Stratford pour livrer au voyeurisme du lecteur les passions punies et impunies d’une famille ou lui a-t-il offert une indispensable réincarnation, inquiète et contemporaine ? Sans nul doute, « Il n’existe pas de vocation plus haute pour un homme que de créer, et créer des mondes à partir des mots est la forme la plus élevée de création ».

 

Thierry Guinhut

Article (ici revu et augmenté) paru dans Le Matricule des Anges, mars 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Umberto Eco : La Guerre du faux, Grasset, 1985.

[2] Vladimir Nabokov : Feu pâle, Gallimard, 1965.

[3] « Tu es ma copie. »

 

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 17:58

 

Croda di lago, Cortina d'Ampezzo, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

TROIS REQUIEM

 

SONNETS

 

 

 

 

I

 

A Selma Meerbraum, 1924-1942

 

Jamais n’ont caressé ta nuque les baisers,

Jamais tu n’as vu publiés tes vers humains,

Jamais ne fut confié, à tes yeux, un sonnet :

Ils ont jeté ton corps aux fosses pour les chiens.

 

Dans les atomes de l’air où ta langue dort,

J’offre rondeur, goût de campanule et d’aimer,

Pour ton nom et tes nuits, tes deux lèvres rimées,

Juive au front de noisette qui mangea la mort…

 

Tu bus une soupe de bactéries nazies,

On t’allongea nue sur une planche de faim,

Tu n’avais plus de mots à vomir au matin…

 

Selma, je ne sais : entends-tu la soif des larmes,

Le camp de travail blafard de la poésie,

Ou ses joues ravivées et son parfum de charme…

 

 

 

 

 

II

 

A Ossip Mandelstam, 1891-1938

 

Il ne reste que ton écorce, Ossip, levure

De vers et de vers, pauvre linge avorté d’os,

Sous les longues taïgas affligées du cosmos ;

Pour tous les Rouges, tu n’étais qu’une crevure.

 

Il y avait une douce Sibérie de lune

Dans tes doigts aux moufles de froid, pour nous écrire,

Une mince pelisse d’écorce et de lyre

Sur tes reins de gel où graver tes tristes runes.

 

Comme ceux d’Anna, virevoltants Requiem,

Tes codétenus gravèrent-ils tes poèmes

Sur l’écorce friable des bouleaux tombés ?

 

Ecorcé, ton corps, corné comme une page abandonnée,

Jamais, au Goulag, nous ne pourrons faire grâce,

Jamais l’écorce ne nie l’aubier de ta face.

 

 

 

 

III

 

A Malala Yousafzai, 1997-

 

Tu désirais seulement t’assoir sur le sol,

Même dur, poussiéreux et fienteux d’une école :

Pour écouter l’oiseau zen des lettres rebelles,

Entendre la fureur de Shakespeare et Babel.


Tu désirais la médecine du savoir,

Aux femmes la donner, maïeutique d’aimer,

Femmes violées par la charia voilée de noir :

Tu bloguais pour éduquer sage humanité.

 

Quand des balle-sourates gainées vert acier,

Au pétale de l’épaule de quatorze ans,

A l’oreille bijou, brisent crâne et pensée...

 

On a reconstruit ta boite crânienne en sang,

Vêtu ta tempe de titane et d’un tympan

De fée Titania. Pour enchanter Liberté.

 

 

Malala.jpg

 

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Nota : on trouvera quelques poèmes de Selma Meerbraum dans Norman Manea : La Cinquième impossibilité, Seuil, 2013, p 83 et suivantes.

Pour Ossip Mandelstam, voir : Pour Mandelstam ou de la poésie à Voronej

 

Voir également : Trois peintres, sonnets : Tàpies, Titien, Rohtko

 

 

Sentier de Cézy-Soussouéou, Vallée d'Ossau, Pyrénées Atlantiques.

Photo : T. Guinhut.

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 18:08

 

Lago delle Malghette, Commezzadura, Trentino Alto-Adige, Italia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Richard Zimler :

 

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie.

 

 

Richard Zimler : Les Anagrammes de Varsovie,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Bastide-Foltz,

Buchet Chastel,  348 p, 22 €.

 

 

     Encore un roman sur l’holocauste ! Faut-il céder à la fatigue honteuse et l’ignorer, ou le respecter a priori, au moyen d’une politiquement correcte admiration insincère ? Pourtant, passées ces pitoyables irrésolutions, l’étonnement saisit le lecteur dès le prologue, réalisant que le narrateur est un défunt, qu’il rend visite aux siens pour restituer plus que l’Histoire des dates et des chiffres : « Le moins que nous puissions faire pour nos mort est de rendre à chacun sa singularité. »

 

       Ainsi, Richard Zimler, écrivain américain d’ascendance juive, né en 1956, qui vit au Portugal, fuit avant tout l’univers statistique de la trop célèbre solution finale pour aller à la recherche de l’identité profonde de quelques disparus. « Sachant que les Juifs du ghetto utilisaient des anagrammes », il s’attache à les décoder, autant pour mener l’investigation de son personnage que pour décrypter les sens de leurs vies et de leur génocide.

     Le ghetto de Varsovie est en 1940 une « île de grottes et de labyrinthes urbains »,  parmi laquelle l’oncle Erik veille sur son jeune neveu Adam, déjà bien au fait de la contrebande auprès des quartiers chrétiens. Jusqu’à ce qu’il soit retrouvé sur les barbelés, un membre en moins. Comme Anna, un peu plus tôt, comme d’autres garçons, dont on s’apercevra qu’à chaque fois une partie du corps manque, là où une marque de naissance attirait l’œil ; et à destination des collections de Buchenwald…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Les péripéties s’enchainent avec un art du tragique consommé : famine et marché noir, maladies, amours interdites, grossesses et suicides, crimes juifs et exactions nazies, augmentés par le suspense haletant d’une sortie d’Erik par de souterrains passages, sous l’apparence d’un dignitaire allemand, qui se termine par les coups de pelle providentiels d’une Polonaise sur l’officier qui arrêtait notre héros… Hélas, le sursis est de courte durée. Une fois l’enquête résolue par le vieux psychiatre freudien, tout « sentiment de transcendance disparu », il faudra fuir, se cacher, et mourir dans un camp.

 

      Ainsi, les souffrances juives, les comportements héroïques et les traitres exactions ne sont plus des abstractions, dans Varsovie relevée de ses ruines par la fiction, où « l’assassin avait voulu amputer le monde de toute sainteté ». L’écriture, hérissée de détails justes (on devine un travail de documentation soigneux), est colorée, expressive, profondément capable de délivrer au lecteur une réelle empathie avec les personnages. Entre reconstitution historique et réalisme exacerbé, mais aussi, à l’aide de son fantomatique narrateur, à la lisière du roman fantastique, le lecteur, en état d’apesanteur romanesque, se surprend à se demander un moment s’il n’est pas lui-même réincarné parmi cette faille immonde de l’Histoire. Dans une « langue qui a ses propres nuances de culpabilité et de remords », Richard Zimler retrace bien plus que l’odyssée de quelques individus traqués, celle du peuple du Livre, dans un « combat pour empêcher nos ombres de disparaitre », et « luttant pour que personne ne puisse écrire le mot Fin d’une autobiographie de quatre mille ans ».

 

       Il fallait oser : coudre en ce tableau du ghetto sous la tyrannie nazie l’intrigue d’une enquête policière hallucinante. Quoiqu’un fil dans la bouche d’un jeune mort soit un indice non négligeable, on pourra peut-être s’indigner que la ficelle policière et romanesque soit un peu abusive en cette mémoire des pires heures de Varsovie. Malgré ce que d’aucun verront à tort comme la facilité du thriller historique, le récit, tissé avec une rigueur visionnaire, est éprouvant ; non sans une dimension morale impressionnante. En effet, il permet qu’une grave leçon soit tirée : être parmi les bafoués du ghetto juif destinés à la Shoah ne protège pas du mal, banalement quotidien selon Hannah Arendt ou absolu et radical selon Kant[1], y compris de la collaboration avec les monstres du nazisme.

Thierry Guinhut

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 08:54

 

Genève, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

       Vous qui entrez en France, laissez toute espérance… Ces paroles, d’une sombre couleur, je les vis inscrites au fronton de l’enfer fiscal[1].

 

        Un ministre du Budget veillant sur la fraude fiscale, lui-même coupable de ce qu’il est censé pourchasser ! Voilà un homme avisé, à qui va, sans ironie aucune, toute notre estime : il sait où placer et faire fructifier son argent, en une Suisse riche, démocratique et libérale où prospère le plein emploi ; il sait comment échapper à l’enfer fiscal qu’il contribue à resserrer autour du cou exsangue de ses concitoyens. Nous ne lui reprocherons donc que son hypocrisie, consubstantielle au socialisme, à cette oligarchie qui s’est perpétuée, droite et surtout gauche confondues depuis une trentaine d’année, pour s’enrichir de généreux émoluments publics prélevés sur le labeur du contribuable privé… A cette réserve près que s’il s’avère que les fortunes acquises ne le sont qu’au prix de trafics d’influences, lorsqu’il était consultant pour l’industrie pharmaceutique, il s’agit alors de biens mal acquis. Ce qui relève de la corruption. La fraude enfin atteindrait jusqu’au Président lui-même qui n’hésiterait pas à minimiser la valeur de son patrimoine afin d’échapper à l’Impôt Sur la Fortune…

         A ceux qui vitupèrent contre les paradis fiscaux, faut-il répondre que le paradis est préférable à l’enfer, et plus précisément à l’enfer fiscal qui est le nôtre? Mieux vaut en effet une banque qui blanchit de l’argent sale qu’une banque qui salit l’argent propre, comme le fait notre Banque Publique d’Investissement en gorgeant de salaires ses néfastes administrateurs nourris avec le produit de la pression fiscale. Mais, me direz-vous, ce sont souvent des sommes indues, venues de la fraude fiscale justement, de la prostitution, de la drogue, du racket et du crime qui alimentent ces comptes secrets, suisses et caraïbes… En légalisant drogue et prostitution, dans le respect contractuel de la liberté et de la dignité humaine, l’on diminuera d’autant cet argent sale. Reste à traquer et punir, tâche bien suffisante, ce qui relève du vol et du meurtre…

        Comment lutter contre la fraude fiscale ? En la rendant inutile. Il suffit de réaliser l’égalité fiscale entre la France et la Suisse et l’on obtiendra facilement que notre pays devienne un paradis fiscal, un havre du plein emploi, un antidote à la pauvreté… Certes le clientélisme des socialistes envisagerait cette solution avec effroi : il ne pourrait plus fabriquer et arroser (avec un argent que nous n’avons plus) ses pauvres et ses assistés qui finiraient par se responsabiliser et s’enrichir sans eux…

        Les comptes suisses et off-shore pullulent parmi nous. Y compris chez les grands groupes du CAC 40 qui délocalisent une partie de leurs activités, de leurs siège, jusqu’en Belgique. Que ne peuvent-ils les domicilier en France pour leur plus grand profit et par voie de conséquence pour le nôtre… L’on reproche à Amazon de s’affranchir de la fiscalité française en domiciliant son siège au Luxembourg, alors qu’il bénéficie de subventions pour installer un site en Bourgogne ; ne vaudrait-il pas mieux rendre inutile ses subventions en égalisant le régime fiscal sur celui du Luxembourg ?

       Quand une étude de Viavoice montre que 51% des jeunes Français de 25 à 34 ans souhaitent s’exiler, ne faut-il pas s’inquiéter, ou plus exactement souhaiter de voir nos gouvernements choisir la direction de la prospérité du paradis fiscal…

        Souvenons-nous qu’Hitler avait mis en place un impôt de sortie pour les Juifs qui souhaitaient quitter l’Allemagne, gagnant « la grande majorité des Allemands à l’idée de lancer des attaques sur les Juifs fortunés et de spolier leurs concitoyens juifs moins riches ; une prise de socialisme, une prise de racisme, et le fisc du pillage se mettait lui aussi en mouvement[2] ». Cet impôt de sortie était de 50% ! Le taux de 75% du Président socialiste serait surréaliste s’il n’était pas si effrayant. Pensons combien est nationaliste ce bastion fiscal qui se targue de patriotisme économique et citoyen, combien est socialiste ce prétendu paradis de la justice sociale, ce maquis de la redistribution qui dépasse les trois millions de chômeurs. Qui ne rêve que d’en finir avec le secret bancaire, pourtant gage et refuge des libertés face aux totalitarismes, y compris lorsqu’ils portent  le masque bonhomme de la moralisation des pratiques politiques et financières.

 

Luzern, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

      La France est l’un des pires enfers fiscaux au monde, en particulier pour les hauts revenus. Mettons à part l’excès de la Suède qui prélève 56,6 %, mais dont les services rendus par l’état sont incomparablement supérieurs, ce parmi une économie par ailleurs plus libérale et plus performante. Les hauts revenus français acquittent 52%, l’Allemagne 42 %, la Suisse 39 %, l’Islande 32 %, la République Tchèque 15 %. Quant à l’impôt sur les sociétés, il est chez nous de 36,1%, alors que la moyenne européenne se situe à 23,5% (moyenne que nous contribuons à plomber vers le haut !), alors que Grande-Bretagne, Suède et Danemark annoncent des baisses à cet égard, jusqu’à 15% en Allemagne.  L’Impôt Sur la Fortune, ce dinosaure fiscal, n’existe pas ou plus chez nos voisins. Avec ces records historiques d’imposition, l’hexagone assure son avenir de récession, de chômage et de pauvreté, tout en clamant haut et fort que c’est la faute à l’ultralibéralisme et autres balivernes aussi postmarxistes qu’incultes… Sans compter la ribambelle de taxes farfelues : à l’essieu, à l’effort de construction (sûrement du socialisme !) d’apprentissage, pour les handicapés (afin que les Français le deviennent), timbres fiscaux, taxes sur les traders, les nuitées d’hôtel au-dessus de 200 €, les boissons sucrées, les carburants,  la TVS, la CVAE, CSG, CRDS, cherchez le sens des acronymes qui occupent bravement le soin des fonctionnaires : 90 pour 1000 habitants chez nous, 50 pour 1000 outre-Rhin. Le taux de prélèvement obligatoire vient de passer à 46,3 % du PIB, et encore faut-il inclure dans ce dernier les dépenses de l’état. Et l’on sait par ailleurs que trop d’impôt tue l’impôt, ce que la courbe de Laffer a montré, à cause de l’effet désincitatif sur le travail, épuisant les caisses de l’état, alors qu’une fiscalité modérée, par le biais des créations de richesses, entraîne la remontée des ressources fiscales.

       Si nous ne dirons pas que tout est délicieux sous d’autres cieux, il faut comprendre l’exaspération de ces riches (sans compter ceux qui ainsi ne le peuvent devenir), honnis par nos édiles socialistes, ces riches pourchassés qui préfèrent s’enfuir sous des cieux fiscaux plus cléments, ou frauder. Voilà pourquoi leurs richesses n’irriguent pas l’économie et l’état français. Plutôt que d’en appeler à la vaine moralité citoyenne, que de prétendre renforcer police et contrôles fiscaux, et leurs fonctionnaires anti-productifs, baissons drastiquement les dépenses de l’état (56 % du PIB) et du même coup la fiscalité : taux unique en une flat tax à moins de 20% par exemple[3]. Ce qui permettrait au passage de supprimer de nombreuses dépenses parmi les ministères occupés à calculer, prélever et reverser sous forme de subventions ce que notre fiscocratie leur commande. Car, accuse Peter Sloterdijk : « Le fisc est le véritable souverain de la société moderne[4] ».

 

        Que la France devienne, en toute moralité économique pragmatique un paradis fiscal, réservé autant au plus riche qu’au moins riche, est une nécessité incontournable : c’est seulement dans une libre circulation des initiatives et des richesses que la pauvreté et le chômage se rétracteront. Ainsi en accusant les riches, on se trompe de cible ; ne reste que la révolte fiscale d’abord silencieuse, ensuite moins courtoise si les portes de l’enfer ne se changent en portes du paradis. Car après l’évasion fiscale, devrait advenir l’invasion fiscale en ce paradis que pourrait être la France. Hélas, mille fois hélas, le Président français ne remettra pas les clés du paradis fiscal à ses citoyens enchainés…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] On reconnaitra ici la parodie du chant III de L’Enfer de Dante.

[2] Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,  Libella Maren Sell, 2012, p 28. Voir : Peter Sloterdijk : Contre la fiscocratie, repenser l’impôt.

[4] Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,  Libella Maren Sell, 2012, p 40.

 

Genève, Suisse. Photo : T. Guinhut.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 15:34

 

Emmaüs Saint-Michel-le-Cloucq, Vendée. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Siri Hustvedt essayiste et romancière :

 

Vivre, penser, regarder ;

 

Un Eté sans les hommes.

 

 

Siri Hustvedt : Vivre, penser, regarder,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf, Actes sud, 512 p, 24,80 €.

Siri Hustvedt : Un été sans les hommes,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 224 p, 18 €.

 

 

 

 

      Comment tisser ensemble les fils de l'essai et la dimension autobiographique ? L’écrivaine américaine Siri Hustvedt a trouvé le sésame qui lui permet de réunir ses genres pourtant peu conciliables : c’est « l’essai subjectif ». De même, partant de textes écrits et publiés au hasard de journaux et de colloques, elle a su les agréger en un ensemble cohérent, qui plus est sous l’égide des sacro-saintes trois parties universitaires, quoique elle revendique sa liberté par rapport à ce milieu et à ses codes. Vivre, penser, regarder est le triptyque de l’entière réalisation personnelle, humaine et intellectuelle de l’américaine Sri Hustvedt, que l’on doit connaître moins que pour l’épouse de Paul Auster, que pour elle-même. De la neurobiologie à l’œuvre d’art, Vivre, penser, regarder est un parcours autobiographique et intellectuel, quand le roman Un été sans les hommes installe au centre d’une pléiade de personnages féminins, une poétesse perspicace et inspirée.

 

      Le lien entre nos vies mentales quotidiennes et les sciences neurologiques est un fil rouge qui parcourt avec constance ce recueil Vivre, penser, regarder. Ainsi les pages sur les migraines récurrentes de Siri (qu’elle n’aborde pas sur le versant de la plainte) sur l’insomnie, sur le rapport à son père, forment un tissu de « biographèmes » (pour reprendre le terme de Roland Barthes) et de notations scientifiques, philosophiques et littéraires érudites, sans lourdeur. Se dire et se connaître ne peut s’exonérer de la connaissance des travaux et des œuvres d’autrui : Chaucer, Nabokov ou Borges, par exemple sur cette « étrange zone intermédiaire entre veille et sommeil », mais aussi l’examen du cortex ou du thalamus…

      Le cas de Phinéas Gage est emblématique : cet homme reçut une barre de fer au travers du crâne et survécut. Mais en ayant perdu son empathie, ses affect, son équilibre, ses vertus : « Cette histoire m’a hantée par ce qu’elle suggérait d’affreux : la vie morale peut être réduite à un bout de chair cérébrale ». La personne est-elle alors plus biologique que culturelle ? De même, entre déterminisme et liberté, elle se demande : « A quel point sommes-nous prisonniers de notre sexe ? » Répondant alors : « Nous ne sommes pas les auteurs de nous-mêmes, ce qui ne veut pas dire que nous n’avons ni capacité d’action possible ni responsabilité, mais plutôt que le devenir ne peut s’émanciper du lien. »

      À la recherche de son « moi idéal », mais aussi de ses facettes et réalités, elle reste consciente de ce que « nous devenons aussi les créatures de notre culture ». Non sans s’interroger sur l’apport de la psychanalyse, elle note avec justesse « la rapidité à laquelle le lecteur de n’importe quel texte littéraire se met à ressembler à l’analyste, et le nombre de choses dont nous sommes souvent inconscients, nous autres auteurs de fiction, lorsque nous écrivons ».

       Son regard butine dans un large spectre : de Duccio à Louise Bourgeois, elle n’est pas qu’historienne d’art. Avec finesse, et modestie, elle confronte aux chefs-d’œuvre son expérience familiale de la photographie et de l’image, observant ces « neurones miroirs » qui interagissent avec la puissance du regardé. L’effroi de Goya rebondit parmi les artistes contemporains qui le relisent, le singent, choquent et fascinent leur public, cependant moins que le sens de la fureur et du sublime chez le peintre espagnol. C’est alors qu’elle tente de pactiser avec les émotions ressenties, en conscience « que les artistes sachent qu’ils ne maîtrisent pas leur œuvre. »

 

 

      La curiosité de Siri Hustvedt semble insatiable. On se souvient qu’essayiste, dans La Femme qui tremble, elle étudia les troubles neurologiques et le « gouffres qui hantent et configurent, dit-elle « l’histoire de mes nerfs », qu’elle dressa un Plaidoyer pour Eros. Romancière, avec Un Eté sans les hommes, elle narre l’abandon et la reconstruction d’une femme. Sans cesse à la recherche des mystères de la personnalité, elle sait une fois de plus « vivre, penser, regarder ». En sa langue accessible et élégante, elle nous entraîne avec bonheur dans cette mosaïque de micro-récits et de pensée réflexive qui dresse mieux que son autoportrait : le nôtre. La vocation d’écrivain de Sri Hustvedt ne se satisfait pas de raconter des histoires, si elles ne sont accompagnées d’une pensée sur leur nécessité…

      Il y a quelque chose de Desperate Housewives dans ce roman. Il est en effet question d’une femme qui, la quarantaine venue, voit partir son mari qui a besoin de faire une pause : « La Pause était française, elle avait des cheveux châtains plats mais brillants, des seins éloquents qui étaient authentiques »… Certes, si la narration s’arrêtait à une situation hélas si banale, sans les finesses d’une écriture là déjà sensibles, il ne mériterait guère d’en parler.

      La narratrice oscille d’abord entre l’examen de son moi et des rumeurs de folies qui la frôlent, lorsqu’une dépression, une hospitalisation, la séparent du monde, lorsqu’il ne lui reste plus que des « tessons de cerveau ». Ainsi, sans son Boris bientôt repentant, comme au cours d’une thérapie, elle va aborder « un été » exclusivement consacré à des présences féminines. La voilà alors au croisement de deux âges de la vie, entre l’amitié de vieilles veuves qu’elle appelle les « Cinq cygnes » et celle de sa mère. Décidé à faire un bilan de sa vie, dont un large pan vient de tomber, elle prend la décision de faire l’inventaire écrit de ses « Mémoires sexuels », depuis la première émotion, si ténue, jusqu’à celles plus matures, puis matrimoniales, et d’aller à la recherche de son « moi secret ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est lorsque Mia, poète au plus profond d’elle-même, émergée de sa dépression, va se mettre à donner des cours de poésie à sept adolescentes, que le roman prend de son ampleur. Entre Abigail, l’une des « Cygnes », qui sait cacher sa « broderie érotique », entre sa correspondance avec « Mr personne », puis les premiers émois et petites rivalités « gothiques » de ses disciples, enfin son amitié avec Lola, jeune mère un peu dépassée par son couple sa progéniture, elle enrichit sans cesse sa personnalité et sa vision du monde.

      Un tel roman en forme de mise au point au carrefour d’une vie, grâce à l’introspection et au retour sur un passé personnel, a bien des atouts. Mais il devient fascinant lorsqu’il se penche sur l’écriture en acte, sur les mystères de la création poétique, citant Shakespeare ou Emily Dickinson, ou encore proposant les propres poèmes du personnage, fort beaux, limpides et imagés : « Multiplie-toi par les mots, Alice / Ton armée aérienne crache des sagaies, / Craque des syllabes, brise le verre, / Vomit la fureur vers le ciel. »

      Ainsi l’on ne trouvera ici aucune niaiserie, mais une éducation à la sensibilité, à la connaissance de la condition et de la création féminines, ainsi qu’une éthique d’écriture aussi prenante que solide, tout juste une légère satire des mœurs. Où le « critique américain » est comparé à un Dieu « totalement dénué d’humour et amateur de la médiocrité ». Où l’éloge de la création est si lyrique : « embrasser les plaisirs secrets de nos sublimations, l’arc d’une phrase, le baiser d’une rime ». Voilà un livre finalement polymorphe, entre roman et journal d’une crise, d’une reconquête, voire essai sur la différence et l’identité du féminin et du masculin. Malgré quelques minces pages d’intérêt inégal, presque inévitables dans un tel projet pluriel, le plaisir de lecture résonne…

 

      On a connu cet auteur, qui publia un beau Plaidoyer pour Eros, plus pâteux dans son style romanesque. Tout ce que j’aimais, par exemple, nous a laissé un souvenir de sûreté dans le détail psychologique, de qualités d’analyse infinies, mais dans la gangue d’un roman trop compact, trop touffu peut-être. A moins que nous l’ayons mal lu. Les esprits chagrins diraient à propos d’Un été sans les hommes qu’il s’agit d’un livre de femme, pour des lectrices. Que l’on balaie cette opinion sexiste ! La richesse sensible et conceptuelle de l’univers de son personnage et le simple raffinement de son écriture méritent que Siri Hustvedt soit considérée comme un écrivain, là où les douanes des genres sont balayées. Car entre Vivre, penser, regarder et Un été sans les hommes, de l’essai eu roman, de la neurobiologie à l’œuvre d’art, un parcours autobiographique, intellectuel et romanesque se dessine, celui d’une complète femme-artiste[1].

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matricule des Anges, février 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

Ars-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 09:04

 

Monasterio de Leyre, Navarra. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Hitler, une histoire de famille

 

par Harry Mulish et Norman Mailer :

 

Siegfried, Un Château en forêt.

 

 

 

 

 

Harry Mulisch : L’Affaire 40/61,

traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, 272p, 14,50€ ;

 

Harry Mulisch : Siegfried, une idylle noire, traduit par Anita Concas,

192p, 16,90€, Gallimard, 7,50 € en Folio.

 

Norman Mailer : Un Château en forêt,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard Meudal, Plon, 464 p, 22 €.

 

 

 

Sous la voûte de l'Histoire, ce serait abuser que de réduire la quête d’Harry Mulisch (1921-2010) à celle de ses origines. Fils d’un pro-nazi et d’une juive, ce métissage détonnant aurait pu faire de lui un névrosé, mais la liberté de son caractère et de son écriture lui permettent de dépasser l’auto complaisance d’une mémoire viciée. L’Affaire 40/61 est sa lecture du procès d'Heichmann, quand Siegfried, une idylle noire imagine une filiation d'Hitler. Plus fantasmagorique encore, Norman Mailer, fait d'Un Château en forêt celui des affreux contes où bouillonne la gestation du loup, Hitler lui-même.

 

Lisons L’Affaire 40/61 comme une investigation sur cette dualité qui présida à sa conception. Journaliste pour un grand hebdomadaire néerlandais, Mulisch assiste en 1961 au procès Eichmann. Certes, cette chronique n’a pas la portée philosophique du grand œuvre de Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem[1]. Cependant, entre de lumineuses et plus détendues promenades sur le sol israélien, quoique hantées par la dimension métaphysique de l’état d’Israël, il ne manque pas de poser le problème moral. Comment la banalisation, la mécanisation du mal, est-elle possible chez un être aussi chétif qu’Eichmann? L’obéissance au grand corps de l’état et à son idéal aryen suffit-elle à légitimer la mise à mort industrielle du peuple juif ?

La filiation du mal serait alors le fil noir qui relierait les différents versants de l’œuvre de l’écrivain néerlandais. Pourtant, ce serait rater toute la virtuosité de l’écrivain, sa liberté entière devant les pouvoirs du romanesque, que de ne faire de Siegfried qu’une lecture documentaire et biographique : en quoi le fils imaginé d’Hitler, ce fils du mal absolu, est-il le fils spirituel de l’essayiste et du romancier ?

Le vieil écrivain néerlandais Herter, fêté dans toute l’Europe, alter ego peut-être de Mulisch lui-même, est accueilli à Vienne. Là se réveille le « daimôn » de l’imagination créatrice, mais aussi les vieux démons allemands, Hitler et Eva Braun… Lors d’une interview, il se surprend à annoncer l’écriture d’une histoire pour tenter de comprendre le Führer. A la fin d’une lecture-conférence de sa « Découverte de l’amour » -notons l’écho d’un vaste roman d’initiation de Mulisch : La découverte du ciel[2]- au cours de laquelle il affirme moins son attachement au sujet, devenu banal, qu’à la manière de l’envisager, il se voit aborder par un mystérieux vieux couple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est alors que dans la seconde partie du roman, la fiction bascule dans une fiction supplémentaire, à moins qu’intellectuellement et mythiquement vraie, comme savent l’être les plus grandes fictions. Ils ont été les domestiques privés d’Eva Braun au Berghof, ils ont dû se faire passer pour les parents de ce jeune et attendrissant Siegfried qui, d’abord incognito, pour ne pas désespérer les femmes allemandes du mythe du Führer, aurait dû succéder à son véritable père dans la continuité d’un Reich de mille ans… Bientôt l’on saura comment l’auteur d’un des péchés capitaux du XXème siècle ira jusqu’au bout du mal, comme une boule de néant qui implose tout sur son passage, allant jusqu’à ordonner l’exécution de son fils Siegfried.

Troublants sont les rapprochements envisagés par Mulisch: douze ans de pouvoir pour Hitler, douze ans pour la folie de Nietzsche qui se déclara au moment même, en juillet 1888, où naquit l’auteur de Mein Kampf. Quoique Mulisch montre qu’il n’ignore pas que l’auteur du Zarathoustra, lui anti-antisémite, ne put voir sa sœur falsifier ses écrits inédits et fabriquer une dangereuse Volonté de puissance qui « n’existe pas », pour reprendre le titre du livre de Mazzino Montinari[3]. Certes, on peut contester, pour Nietzsche, preuves à l’appui, l’exactitude de cette date, à quelques mois près. Mais faire d’Hitler le fruit d’une distorsion démente du philosophe ainsi trahi n’a rien de fou : c’est bien le chemin qu’empruntèrent les thuriféraires du nazisme en travestissant le sage surhomme nietzschéen en brute blonde totalitaire…

Tout sonne juste dans ce roman brillant, « idylle noire » et uchronie. La rencontre avec le chef « dictateur » d’orchestre, les remarques sur Wagner, la puissante évocation du Berghof et des dignitaires nazis, d’Hitler lui-même, comme passé au scalpel d’une inquiète réflexion psychologique, sans compter ce feu d’artifice de l’imagination créatrice de l’écrivain qui parvient à faire se lever, depuis des réalités enfouies, des hypothèses impressionnantes. Et si Hitler avait eu un fils ? L’aurait-il emporté dans son « crépuscule des dieux » ? Serait-il ressorti du futur, comme un fantôme malodorant, comme l’agent séducteur et efficace du mal ; et pour quelles destinées… Quant au petit-fils d’Herter, son enfantine remarque coupe le souffle : « Hitler est en enfer. Mais comme il adore les méchancetés, cet endroit est pour lui le ciel. Dans le vrai ciel se trouvent tous les Juifs, et pour lui, c’est donc l’enfer. Si on veut le punir, il faudrait donc le mettre au ciel. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quelle est la racine du mal ? Surtout s’il est en Hitler incarné… Norman Mailer est loin d’interroger les circonstances socio-économiques, les motivations politiques et les préjugés antisémites, loin de narrer en historien la jeunesse du Führer (comme l’excellent Kershaw). Sans complexe, il écarte la thèse d’Hannah Arendt sur « la banalité du mal ». Seul le diable peut être à l’origine de la naissance d’unmonstre, de la personnalité d’Hitler et des atrocités commises en son nom.

      Après que le narrateur, officier SS, ait avec Himmler disserté, puis enquêté sur la généalogie incestueuse - prétendue condition du génie -, sur l’unique testicule et sur l’hypothèse gênante et cachée d’une ascendance juive, on assiste à une scène ébouriffante : la conception du futur « Adi ». Le père douanier et sa jeune femme font salement l’amour « en compagnie du Malin ». Un brin coprophile et saisi par la jouissance lorsqu’il voit son père battre au sang le chien, l’enfant fait son apprentissage de sadique pervers. Il hait son père, déteste le lycée ; la frustration et l’envie le déchirent autant que les coups de ceinture paternels. Il a des érections en voyant ses beaux camarades. Bientôt, il manifeste un surprenant charisme : « Optimisme feu, sang et acier » leur fait-il reprendre…

       C’est à la fois documenté et absolument délirant. Si l’on admet que le diable est une fiction, le livre ne tient pas. Mais au combat entre le bien et le mal qui agite chacun de nous, les réponses à opposer sont déjà délicates et complexes. Alors, s’il s’agit d’Hitler, on peut bien rendre à la fiction ses lettres de noblesse. Et si l’explication est simpliste, l’efficace déroulement romanesque permet de dresser un portrait dérangeant, quoique en gestation, d’un médiocre, d’un des monstres du XXème siècle.

 

Thierry Guinhut

La partie sur Mullish a été publiée dans Europe en 2003,

celle sur Mailer dans Le Matricule des anges, novembre 2007.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Galimard, 2002.

[3] Mazzino Montinari : La Volonté de puissance n’existe pas, Editions de L’Eclat, 1996.

 

Fiè allo  Sciliar, Trentino Alto-Adige. Photo : T. Guinhut.

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 12:48

 

Tour de Babel. Werner Rolewinck : Fasciculus Temporum, Strasbourg, 1488.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

George Steiner, bibliothécaire des tragédies

 

et des réelles présences du langage.

 

George Steiner : Œuvres, divers traducteurs de l’anglais,

sous la direction de Pierre-Emmanuel Dauzat,

Quarto Gallimard, 1216 p, 25 €.

 

George Steiner : Fragments (un peu roussis),

traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat,

Pierre-Guillaume de Roux, 96 p, 13,90 €.

 

 

 

 

       Traduire après Babel la langue des dieux, qu’ils soient grecs ou de la Bible, lorsqu’auteurs ou spectateurs absents de nos tragédies ils fustigent notre condition humaine ou notre judéité, est chose impraticable. Traduire avec la cristallinité requise les langues européennes reste presque aussi difficile. Pourtant c’est  autant sur les ruines de l’Histoire que sur les solides pavois des œuvres d’art que George Steiner fonde sa réflexion. Jusqu’où accueillir alors la validité du langage ? Mettant la vérité à l’épreuve des dramaturges antiques, de Shakespeare, d’Hitler ou de Celan, l’essayiste érudit et brillant qu’est George Steiner s’avance infatigablement à la recherche du sens, de l’énigme du mal, de la transmission des grandes œuvres, guettant l’étrangeté de la rupture entre les mots et le sens, là où s’engouffre la barbarie du XX° siècle et peut-être d’aujourd’hui. La parution de ce volume d’Œuvres, en un choix partiel, affirme avec une rare hauteur de vue que tragédie, judéité, langage en ses traductions, sont les trois axes d’une quête intellectuelle inspirée.

 

       Les dieux sont-ils tragiques ? Il est évident que ceux de la Grèce antique, souvent arbitraires et injustes, accablent d’innocents mortels, tels Hippolyte aimé par la passion incestueuse de sa belle-mère Phèdre et massacré par le monstre de Neptune, ou les enfants assassinées par la vengeance de Médée. Cependant, observe George Steiner dès l’ouverture de La Mort de la tragédie, la Bible et la théologie judéo-chrétienne, ne font aucune part à la tragédie, le Dieu des deux Testaments étant fondamentalement juste, qu’il agisse à l’égard d’Abraham, de Job ou de Jésus. Sauf à l’occasion de la mort de Dieu et de la Shoah. « La tragédie est cette forme d’art qui exige l’intolérable fardeau de la présence de Dieu. Elle est morte à présent parce que Son ombre ne tombe plus sur nous comme elle tombait sur Agamemnon, sur Macbeth, ou sur Athalie. » (p 250) Tragique est également le mythe d’Antigone, non seulement à travers Sophocle, mais à travers son actualité. Suivant la trace des Antigones, de leurs généalogies, George Steiner écrit là au plus près de la philosophie politique, lorsque viscéralement convaincus de devoir enterrer leurs morts, elles sont les résistantes inéluctables aux tyrannies. En ce sens Paul Celan serait le poète d’une Antigone contrariée, quand en sa célèbre « Fugue de mort », il assigne « une tombe dans les airs[1] » au peuple juif laminé.

        Que penser alors de celui qui vit sans ciller son peuple élu alimenter les fumées d’Auschwitz ? A-t-il laissé mourir le langage ? C’est vers Langage et silence, quoique absent de ce volume, qu’il faut se tourner : « Le monde d’Auschwitz déjoue la parole, tout comme il déjoue la raison. Accepter une part d’innommable, c’est mettre en péril la vie du langage, créateur et porteur de vérité humaine et rationnelle.[2] » Et se tourner vers la prescience de la loi incompréhensible, injustifiable, du Procès, et de La Métamorphose de Kafka : « le mot même de « vermine », Ungezeifer en allemand, est un trait de clairvoyance tragique, car c’est ainsi que les nazis devaient appeler ceux qu’ils destinaient à la chambre à gaz »[3].

       Celui qui s’essouffle devant cette aporie de l’Histoire et « témoigne pour le témoin[4] », Paul Celan, fut, pour George Steiner parmi les premiers, une bouleversante révélation autant qu’une énigme de l’hermétisme et des voix de la traduction : « Que ces poèmes existent est tout à la fois un genre de miracle de nécessité ultime et une sorte de cruel outrage. Celan était possédé jusqu’à s’en déchirer par cette contradiction, l’intuition que son génie propre s’employait à nier le néant de la parole et de la métaphore qui auraient dû suivre l’Holocauste. (Pourquoi, en effet, l’art et la poésie ne se sont-ils pas mis en grève ?)[5] » Si la poésie de Celan exprime « le sentiment d’une situation inauthentique de l’homme dans un milieu de langage érodé » (p 652), elle ajoute à la difficulté de la « rupture du contrat classique entre le mot et le monde » (p 654) celle du défi à la traduction (Celan, affirme George Steiner, fut un merveilleux traducteur des Sonnets[6] de Shakespeare). Ce dans le cadre de « La bénédiction de Babel », qui restitue en ce volume d’Œuvres deux chapitres rescapés d’Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction[7]

       « Notre patrie, le texte »[8], affirme celui qui, comme nous tous, plus que le Juif qui transporte avec lui partout la maison de la Torah (sauf sous les fumées d’Auschwitz) a sa cosmopolite patrie dans les grands textes de la culture. En ce sens sa réflexion sur les langues est autant réflexion sur la judéité et son peuple du Livre qui, « après Babel » perdit sa langue originelle, puis après Auschwitz perdit le yiddish, trop mâtiné d’allemand qu’il était, pour créer, presque de toutes pièces, l’hébreu moderne. De plus réflexion sur la langue de Goethe qui s’épanouit à Weimar, alors qu’à quelques pas au-dessus d’elle s’élevèrent les puanteurs des corps brûlés de Buchenwald.

       Restent les fils épars et en pointillés de la traduction, entre poésie et philosophie, pour hésiter entre sésame et labyrinthe parmi les langues. On sait d’ailleurs que Georges Steiner s’adonne parfois à des traductions qu’il ne publie pas. On serait pourtant curieux de goûter ses transmutations, en français peut-être, de peut-être Celan…

 

       C’est entre « silence » et « réelles présences[9] » (quoique les titres qui examinent ce vide et ce plein soient douloureusement absents de ce volume d’œuvres) que George Steiner bâtit son œuvre au long cours, comme une traversée inquiète et confiante à la fois de la culture occidentale. Pour lui, n’en doutons pas, Babel, en sa séparation des langues, est une catastrophe délicieuse.

       Pourtant, une catastrophe plus sombre menace la culture. Lorsque s’efface « le caractère religieux de la vraie civilisation » (p 318), lorsqu’avec l’ennui « des miasmes montaient du vide et du dégoût, se fixaient sur les centres nerveux de la culture » (p 305), lorsque ne reste plus que le vernis des œuvres d’art, le kitsch, la « retraite du mot » est inéluctable : « Si nous ne pouvons rendre dans nos journaux, nos lois et nos actes politiques une certaine clarté et une certaine précision du sens des mots, nos vies se rapprocherons de plus en plus du chaos. (…) Périr par le silence : cette civilisation qui n’est plus veillée par Apollon ne durera guère. » (p 426) Pessimisme réactionnaire ou salutaire avertissement ?

       Le sens de la culture, Dans Le Château de Barbe-bleue, est à mettre en regard avec celui exprimé dans « Une lecture contre Shakespeare », extrait de Passions impunies[10] : « pratiques discursives philosophiques et poétiques (…) sont toutes deux des sollicitations de l’ordre qui cherchent à détacher une forme intelligible de l’anarchie suggestive du phénoménal ». (p 271). En ce sens, George Steiner tente de réfuter Wittgenstein qui n’aime guère Shakespeare, reprochant à son tableau des passions, fait de l’étoffe des rêves et des cauchemars, de ne pas émaner du Dichter, ce poète au sens éthique incomparable qui fit les beaux jours du classicisme et du romantisme, jusqu’à Paul Celan, celui dont « l’intellect aimant (…) parle l’être » (p 283). La question suivante mériterait d’être posée à la conscience de tout auteur : « Les personnages de Shakespeare sont-ils plus vrais que des nuées magellaniques d’énergie verbale, des nuées qui tournent autour d’un vide, autour d’une absence de vérité et de substance morale ? » (p 285). Si « Wittgenstein lit mal Shakespeare », la démonstration de notre essayiste reste là partielle, même si l’on devine que dresser une telle fresque cathartique de la nature humaine suffit au lecteur de bonne intelligence pour y répondre par des questions morales implicites. Ainsi l’éthique du sens reste l’exigence majeure de George Steiner.

       A sa manière, pour reprendre le titre de Calvino, il répond à la question « Pourquoi lire les classiques ? », ces « livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel (…) un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers (…) ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur »[11]. Parce qu’ils disent la vérité sur l’atavisme de nos interrogations métaphysiques, existentielles, psychologiques et intellectuelles, par-delà le mur du temps et de l’espace. Parce que revenir aux grandes œuvres de la culture et de l’art est retrouver l’humain dans son essentialité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Ce volume d’Œuvres, dont il est peu aisé de saisir la cohérence, quoique composé par Steiner lui-même et son traducteur préféré, Pierre-Emmanuel Dauzat, prend en écharpe un demi-siècle d’écriture et de création, depuis La Mort de la tragédie, de 1961, jusqu’aux Fragments (un peu roussis), parus en 2012. On peut imaginer que les livres ici absents appartiennent plus spécifiquement au volet philosophique qui pourrait faire l’objet d’un second Quarto Gallimard. Et que choisir de n’offrir que quelques pages du Transport d’A. H. et deux chapitres d’Après Babel vise à la quête de l’essentiel, en ces pavés souvent fondamentaux que sont les livraisons de la collection Quarto, qui pourtant, au sein de leurs fragiles couvertures, auraient tendance à apparaître avec douleur comme des sous-Pléiades…

       Cohérence entre le sens et les « errata », sinon la gamme de l’écriture, la traversée des genres : l’essai bien sûr, symbiose de critique littéraire, de gnose et de philosophie politique, l’aphorisme, grâce aux Fragments (un peu roussis), l’apologue biblique, le récit personnel au moyen d’Errata

       Cette autobiographie intellectuelle est celle d’une enfance avide de culture européenne multilingue, entre allemand, anglais et français. Les anecdotes familiales, les années scolaires et universitaires, depuis la naissance en 1929, permettent alors d’assumer le « je » (parfois jeté dans les pages des essais). Mais ce sont surtout les lectures, les professeurs qui balisent cette tentative d’osmose avec les langues. Même si « avec un venin onctueux », ce « shibboleth hargneux des idéologies racistes, nationales et tribales », on lui murmura que « le polyglotte ne possèdera jamais cette aisance de somnambule dans une seule langue qui marque non seulement l’écrivain (d’abord et avant tout le poète) mais aussi le lecteur et critique réceptif d’un texte littéraire. » Ce à quoi il répond que « Clairvoyant face à la montée menaçante du nationalisme, Goethe déclare sans ambages qu’aucun monolingue ne connait vraiment sa langue. » (p 1043)

       S’interrogeant sur le lien entre le « progrès général et la créativité de premier ordre », il suppose qu’un « authentique déclin de l’analphabétisme accroitra le nombre de ceux qui, au sein de la collectivité, sont sensibles à la pensée, aux arts, à la littérature », dans le cadre « de la pédagogie libérale des Lumières ». Il reste cependant dubitatif : « Quelle preuve existe-t-il que l’on puisse atteindre cet idéal sur autre chose qu’une éche1le limitée ? (p 1061) Et parmi « une culture de fast-foods » (p 1075), rejoignant ainsi l’interrogation d’Hannah Arendt[12] 

       En compagnie de ce Juif errant au cosmopolite pays des textes, nous avançons parmi une quête de sens jamais achevée, faite d’ « errata », d’errances et de fautes, de confessions après celles de Rousseau, sans la grâce augustinienne réservée à l’élu du sens, mais avec le soin de celle de la démocratie de l’intellect et de « la démocratie de la grâce, ou de la damnation » (p 1107). D’autant que son cheminement au cœur d’un continuel rayonnement littéraire et philosophique est confronté à l’inqualifiable erratum de l’Histoire : ces « Vents de l’homicide de masse » (p 1055). Repris en ce court essai, « la longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah » : « La question d’Auschwitz dépasse de loin celle de la pathologie politique ou des conflits économiques et socio-ethniques, aussi importants qu’ils soient. C’est de la possibilité de concevoir l’existence ou la non existence de Dieu, du « Personne » qui nous a faits ; qui, quand soufflait le vent de la mort, n’a pas parlé, et qui est maintenant en procès. Dans ce procès, qui est celui de l’homme dans l’Histoire, comment le langage parlé pour l’accusation ou la défense, pour le témoignage ou le démenti, peut-il être un langage dont Son absence est absente, dans lequel aucun psaume ne peut être dit contre Lui. » (p 473).

 

       Le morceau de ce volume d’Œuvres qui pose le plus de problèmes tient évidemment en ces quelques pages orphelines de l’unique roman de notre essayiste et professeur : Le Transport de A. H[13]. Il y a deux réquisitoires en ce texte hallucinant qui voit un groupe d’hommes retrouver dans les marais d’Amazonie un vieillard pisseux. Nous avons deviné que ces initiales qui marquèrent le centre du XX° siècle, entre les Kolyma du communisme et la bombe d’Hiroshima, sont celles d’Adolf Hitler, échappé à la mise en scène de son suicide, virus absolu du mal radical dans les jungles, comme le fut le Kurtz du Cœur des ténèbres de Joseph Conrad[14]. Notre volume choisit de publier le réquisitoire que constitue « Le monologue de Lieber », dans lequel il entreprend une charge contre le charisme de l’ex-Führer, « une éloquence sans pareille » (p 435) au service de « Mauthausen Drancy Birkenau Buchenwald Theresienstadt » (p 439), et dans lequel il abjure les siens : « Cherchez le poison dans ses dents et enduisez ses furoncles de pommade. Veillez sur lui plus tendrement que les fils de Jacob. » (p 441) Fiction romanesque éprouvante qui cependant laisse au lecteur le soin de regretter qu’elle soit la seule de son auteur. Mais fallait-il, alors que George Steiner en refuse la traduction en allemand et en hébreu, donner l’ultime réquisitoire qui voit A. H. lui-même pointer la responsabilité des Juifs : « j’ai appris. De vous. Tout. Choisir une race. La préserver pure et sans taches. Placer devant ses yeux une terre promise. Purger cette terre de ses habitants ou bien les asservir. (…) Mon racisme ne fut que parodie du vôtre, qu’une avide imitation. Qu’est-ce qu’un Reich de mille ans comparé à l’éternelle Sion ?  (…) Ce sont des hommes et des femmes, créature de chair, que le Nazaréen a abandonnés à cet infernal chantage du châtiment éternel. Que sont nos camps comparés à cela ? » Poursuivant, il minimise ses forfaits face à ceux de Staline, (venus du Juif Marx), d’Hiroshima et du napalm du Vietnam, non sans jeter un dernier fiel : « Ce fut l’Holocauste qui vous donna le courage de l’injustice, qui vous fit chasser l’Arabe de chez lui. (…) Peut-être est-ce moi le Messie, le véritable Messie, le nouveau Sabatai dont les abominations furent permises par Dieu pour ramener son troupeau au bercail. [15] »

      Le risque encouru par le Juif George Steiner n’est-il pas de charger la barque de la détestation d’Israël, de l’antisionisme, de l’antisémitisme ? A moins de considérer avec plus de justesse que la mauvaise foi d’A. H., son argumentation spécieuse, soient le verrou d’une inacceptable confusion entre le nazisme criminel, la Bible et la seule démocratie, malgré ses inévitables failles,  libérale et tolérante, du Proche-Orient…

     

      En marge de ses vastes essais sur les Réelles présences du langage, sur la traduction et les Grammaires de la création, George Steiner est en ses Fragments un peu roussis saisi par la plume de l’aphorisme. Utilisant l’artifice romanesque du manuscrit retrouvé, celui qui, De la Bible à Kafka, sait déchiffrer Le Silence des livres, imagine en son prologue que ces écrits « figuraient sur un des rouleaux roussis récemment exhumés à Herculanum ». S’agirait-il alors d’une uchronie qui aurait permis à quelque érudit romain d’être capable de parler des Sonnets de Shakespeare et d’Auschwitz…

      C’est par l’esthétique du « fragment » que se dessine sa qualité de « déchiffrement » devant les gouffres de la pensée, les fêlures de l’être et de notre temps. Sur la dangereuse proximité de « l’amitié tueuse d’amour », il est désabusé. Sur le mal, il se demande s’il est « incisé dans la psyché humaine ». Quant à l’argent, cette « Déesse », alternant éloge et blâme, il finit, en moraliste traditionnel, par dénoncer un « culte du veau d’or », sans deviner s’il est préférable à celui de la pauvreté… Sur le pouvoir de la musique et de la mort, il est enchanteur, puis pathétique, sans illusion et sans fard. Stimulant, il se risque à pointer « la tartufferie du politiquement correct », lorsqu’il explore les inégalités de la beauté et de l’intellect : « Où l’on retrouve les vieilles questions des facteurs génétiques et environnementaux ». S’il défend « l’accès aux arts et aux sciences pour tous », il constate avec désabusement qu’une « incalculable majorité fera du football la religion mondiale ».

      Pourquoi « un peu roussis » ? Par le passage de l’éclair inquiétant de la pensée, des chambres à gaz du nazisme qui offensent la judaïté et la religion du livre de Steiner, des autodafés de la culture philosophique. Il y a plus d’idées, de fulgurance poétique en ces quatre-vingts pages qu’en maints tomes besogneux, plus d’interrogations fondamentales, d’intensités conceptuelles vigoureusement argumentées et colorées…

 

       Certes l’homme Steiner, fascinant, enjoué, parfois cabotin, érudit impressionnant, styliste brillant, capable des embûches retorses du Transport de A. H. et des lumineuses analyses de ses Grammaires de la création[16], peut agacer : « Lire une page de Platon quand on a un Walkman sur les oreilles ? Cela me fait très peur[17]. » Gageons que notre passeur des cultures, serait effrayé en apprenant que l’auteur de ce modeste article écrit en écoutant L’Olimpiade de Vivaldi… Il a dit quelque part qu’aucune œuvre digne de ce nom ne pouvait naître d’un traitement de texte. Son approche d’internet reste vieillotte, quoique justement prudente : « Les textes qui passent à l’écran sont en un sens, provisoires, inachevés. (…) Et l’écran ne possède jamais cette vie que Platon et Lévinas jugent indispensable dans toute rencontre féconde entre maître et disciple »[18]. Il vitupère sans nuance et avec la lourdeur des clichés contre « le hurlement sadique et sauvage de l’argent du capitalisme tardif[19] » Il regrette et conspue le déclin de la culture européenne, voire la fin de l’humanisme lettré, malgré de pétillantes lueurs d’espoir de renaissance culturelle, tout en plaidant au soir de sa vie, de façon fort moderne, pour la liberté de l’euthanasie dans le huitième et dernier des Fragments (un peu roussis) intitulé « Mort amie » : « Le suicide incarne la liberté (…) La gériatrie, les reliquats de théologies obsolètes cherchent à nous priver de cette liberté fondamentale. Est-il chose plus cruelle que le diktat qui maintient en vie l’homme dont le cerveau s’est éteint, le paralysé alimenté par des tubes » (p 1202)…

       Par-delà nos morts, individuelles et collectives, qu’elles soient naturelles ou du scandale politique et herméneutique de la Shoah, il s’agit dans tous les cas de traduire le sens, de délivrer le « sens du sens[20] ». Dans les mots, le secret du poème, qu’il soit de Celan, de Shakespeare ou de Wallace Stevens, l’articulation entre morale et culture reste fondamentale. Un nazi peut-il écouter Die schöne Müllerin de Schubert avant d’aller tuer ses Juifs ? Quelle est alors le sens de la culture ? A moins que, au-delà des brutes qu’étaient la plupart de ses comparses, que leur usage de l’auteur des lieder soit de l’ordre du kitsch et non de cette plus haute culture qui élève les sens, l’esprit et les mœurs, dans la continuité éthique de la Bible et des Lumières.

 

       Car à George Steiner, à cet humaniste du don des langues européennes, il faut reconnaître une irremplaçable fonction, celle de passeur. Est-ce celle du Dichter, ce terme allemand qui n’est qu’imparfaitement traduit par poète, mais avec une dimension éthique, comme Goethe ou le Beethoven de la Neuvième symphonie ? Comme le dit le titre que l’on devine choisi avec soin, il n’y a pas seulement là une brassée d’études sur les œuvres d’autrui, mais une, des Œuvres, celle d’un penseur qui tente de retisser le lien, qui fut brisé par la Shoah, entre le livre juif, les livres de l’histoire intellectuelle européenne et un présent de la compréhension de l’éthique de l’humanisme et des Lumières, séminal pour notre futur. Pourtant, me direz-vous, George Steiner n’a pas tiré de son chapeau une œuvre poétique personnelle, tout juste un roman passablement effrayant, quelques apologues et aphorismes brûlants, il n’est qu’un commentateur. Mais à ce commentateur encyclopédiste, à ses qualités d’inquiétude, de finesse et de Lumières, à ces « réelles présences, et grâce à elles, peut-être faut-il reconnaître la dimension du Dichter…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Paul Celan : Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987, p 85.

[2] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969, p 131.

[3] Ibidem, p 129.

[4] Paul Celan : Renverse du souffle, Seuil, 2003, p 78.

[5] Georges Steiner : « Nord du futur », Lectures, chroniques du New Yorker, p 293.

[7] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998.

[8] George Steiner : De la Bible à Kafka, Hachette Littératures, 2002, p 199.

[9] George Steiner : Réelles présences. Les arts du sens, Gallimard, 1991.

[10] George Steiner : Passions impunies, Gallimard, 1977.

[11] Italo Calvino : La Machine littérature, Seuil, 1984, p 104 à 108.

[13] George Steiner : Le Transport de A. H., Julliard L’Age d’homme, 1981.

[14] Voir : Juan Asensio dans « Conrad et Steiner. Autour du Transport de A. H. », L’Herne Steiner, 2003, p 261.

[15] Georges Steiner : Le Transport de A. H., p 241 à 250.

[16] George Steiner : Grammaires de la création, Gallimard, 2001.

[17] Entretien avec Georges Steiner : Télérama, 12-12-2011.

[18] George Steiner : Maîtres et disciples, Gallimard, 2003, p 40-41.

[19] Entretien avec George Steiner : Le Point, 24-1-2008.

[20] George Steiner : Le Sens du sens, Vrin, 1988.

 

Photo : T. Guinhut.

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Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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