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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 13:30

 

Forêt de la Neste du Louron, Hautes Pyrénées. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Thomas Pynchon :

 

Vineland, une utopie postmoderne.

 

Thomas Pynchon : Vineland, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Michel Doury, Seuil, 1991, 408 p, 139 F ; Points, 8,10 €.

 

 

 

      Vinland, que les Viking découvrirent à la place de l’actuelle Amérique, fut une contrée semi-mythique, au paradis vineux prometteur. Avec Vineland, Thomas Pynchon figure une sorte de Californie à la fois originelle et contemporaine, un éden naturel aux paradis artificiels où les habitants vivent de liberté, de drogues et de rock and roll, pourtant menacés, où fuse le souffle de l’ange exterminateur fasciste. Même si Vineland passe, et avec raison, pour l’un des romans les moins touffus de Pynchon, à l'encontre de L’Arc-en-ciel de la gravité[1] ou de Contre-jour[2], il ne faut pas mésestimer sa chronographie des années soixante, sa qualité de récit d’aventure et d’utopie. Parmi ses romans les plus accessibles, c’est dans Vineland que Pynchon a mis une fois de plus en scène un éternel archétype, la lutte entre le bien et le mal, quoique avec une incontestable ironie caractéristique du postmodernisme.

 

       A travers la quête de la  jeune Prairie, ce sont toutes les années soixante, qui, en une immense analepse, reviennent à la mémoire. Sa mère, Frenesi Gates, activiste gauchiste charismatique, l’a abandonnée à son père Zoïd Wheeler, fumeur d’herbe gentiment allumé, pour se lier avec le fascinant Brock Vond, qui devient cependant procureur fédéral fascisant. Il réapparait en 1984, dans le but de retrouver son obsédante Frenesi perdue, de poursuivre Zoïd et Prairie. Cette dernière, croisant les personnalités étranges de Darryl Louise, ninjette entreprenante et cependant manipulée, et de Takeshi, ajusteur karmique, parviendra à « remonter le temps » (p 280) grâce à son enquête et à prendre connaissance d’un passé tissé d’autant d’idéaux que de trahisons…

        En ce sens cette chronographie permet à la fois de proposer un tissu assez réaliste des sixties, en même temps qu’une uchronie, un temps caché parmi les plis d’une contrée imaginaire, qui n’existe que dans le fantasme des libres consommateurs de joints et d’acide, et des batteurs de rock : « les douces années 60, une époque qui allait moins vite, prédigitale, pas encore hachée menue, pas même par la télévision » (p 44). Ce sont vingt-cinq années de « République populaire du Rock and Roll » (p 222), de contestation estudiantine, mais aussi « un Etat marxiste en miniature » (p 226). Ainsi la volte-face de Frenesi entre ces deux entités, entre Zoïd, l’éternel ado déjanté, et Brock, bras armé de l’oppression par le pouvoir fédéral, peut être lue comme une allégorie de l’Amérique.

       Publié en 1990, situé en 1984, au moment de l’élection de Reagan, le roman se veut une charge politique, un apologue dirigé contre le fascisme : « la répression nixonienne » (p 78)… Que l’on ne craigne pas l’hyperbole insultante, si l’on s’engage dans cette voie… Certes, défendre les libertés individuelles, y compris des joyeux agités du bocal et consommateurs compulsifs d’herbe vinelandaise, mérite les éloges du lecteur de Pynchon. Fustiger le conservatisme moral républicain, également. Mais ce serait trop facilement glisser dans un manichéisme fatal pour la crédibilité romanesque que d’accorder trop de crédit au sérieux imperturbable de Pynchon. L’ironie postmoderne, la subversion des codes et des clichés permettent à l’exercice de ne pas sombrer dans le roman à thèse lourd et discutable.

 

 

        Nombreux, parmi les personnages favoris de Pynchon, sont, comme Zoïd qui vit d’une aide sociale soudain remise en cause, les déclassés, les opprimés, les délaissés. Il a pour eux une réelle tendresse, prenant fait et cause pour leurs déboires, leur condition misérable. Les « humiliés et offensés », pour reprendre le titre de Dostoïevski, les révoltés de l’injustice, sont ceux pour qui Pynchon a le plus d’empathie, qu’il s’agisse des victimes des massacres coloniaux dans L’Arc-en-ciel de la gravité, des junkies, ou des pauvres mineurs exploités jusqu’à l’os dans Contre-jour, des beatniks et autres doux rêveurs de Vineland.

         En contrepartie, il exècre les puissants, et surtout ceux qui abusent de leur puissance jusqu’à la tyrannie. Ainsi de l’infâme et paranoïaque Brock Vond qui voit partout des communistes, des drogués, des pédés, qui « avait à l’époque son propre tribunal », qui tombait « sur les pacifistes, les étudiants extrémistes » (p 110).

       Le monstre anti-utopique poursuit sans pitié les amateurs de marijuana dans une sorte de Californie mythique qui a quelque chose de l’île d’utopie, mais une utopie où le ver de la répression empêche les fumeurs échevelés de danser et triper en rond, une utopie presque mystique : « Frenesi rêvait d’une mystérieuse fraternité entre les gens, réunis dans une illumination qu’elle avait déjà éprouvée dans la rue une fois ou deux, une sorte d’explosion hors du temps, où tous les chemins, ceux des humains comme ceux des projectiles, devenaient signifiants, tout le monde réuni en une seule présence… » (p 127). On sait pourtant combien de risques fait courir cette utopie collectiviste aux libertés individuelles… La républiques des gentils et des activistes libertaires serait-elle à l’abri d’une telle dérive ?

       Trop souvent, la question morale, qui plus est en littérature, fait hurler ceux qui ont pour préjugé de la récuser comme obligatoirement calotine ou fascisante. Cependant, sans vouloir en aucun cas imposer un quelconque dogme moral au roman, il n’est pas inutile de s’interroger sur les valeurs propulsées par l’écrivain et par ses personnages (ce qui n’est pas forcément la même chose). On peut ainsi problématiser l’éthique de Pynchon : se demander dans quelle mesure il ne donne pas dans le manichéisme anticapitaliste, voire pointer son rapport trouble aux théories du complot, son anti nixonisme primaire, malgré sa défense de la liberté constitutionnelle américaine. L’anti-américanisme empêche parfois de porter un jugement qui irait au-delà de la fonction dénonciatrice de Vineland à travers l’affreux, sinon caricatural et théâtral, avec ce qu’il faut de jubilatoire, personnage fascisant de Brock Vond, Procureur fédéral, obsédé sexuel et traqueur forcené de « rouges » et de gauchistes. Pynchon opposerait alors avec naïveté les libertaires abonnés aux grands espaces et à la marijuana d’une part et la rigueur hallucinée de la loi venue d’un Nixon d’autre part, qui pourtant est restée dans le cadre de la constitution américaine (si l'on excepte l'afaire du Watergate). Mais le fait que Prairie ait failli être la fille de Brock Vond, et pas seulement du couple improbable formé par Zoyd, le hippie déjanté, et de Frenesi, icône de la contre-culture embauchée par la mafia pour assassiner grâce à une technique ninja l’ignoble à qui le gouvernement coupera finalement les crédits, permet de ne pas trop prendre l’affaire au sérieux. Si l’on se rappelle que les personnages ne regardent peut-être que leur propre film et que la contrée « sacrée et magique » (p 199) de Vineland est un espace mythographique caché parmi les possibles de la Californie, on assiste en fait à une pantomime réglée d’avance où les adversaires se battent à coups de clichés. Pynchon n’est pas ici sans pratiquer l’ironie envers une lecture trop manichéenne qui opposerait les délicieux hippies un peu shootés et les fascistes descendus directement en hélicoptère de la Maison blanche. L’épopée tragique tourne à la comédie, sinon au film à grand spectacle avec show chanté, comme à la fin de L’Arc-en-ciel de la gravité. Si les complots contre l’Amérique et ses libertés (pour faire allusion à cette autre uchronie de Philip Roth[3]), sans compter le lot de paranoïa qui leur est associé, dominent l’univers de Pynchon, c’est non sans auto-ironie qu’il les met en scène, dans un ballet où l’esthétique prend le pas sur une éthique qui aurait été trop prise au sérieux, qu’il s’agisse de celle des puritains ou de celle des libertaires de la contre-culture des années soixante. En quoi Zoyd, l’addict à la marijuana et aux services sociaux de l’Oncle Sam, est-il un modèle pour l’Amérique ? Tout autant que Brock Vond, n’utilise-t-il pas la prébende de l’état et, qui plus est, de manière aussi indue ?

 

 

       L’univers et les personnages de Pynchon tendent vers une utopie, comme le rêve Frenesi : « Voilà enfin mon Woodstock, mon Age d’or du rock and roll, mon Voyage, ma Révolution » (p 79). Vineland, comme le vin de Baudelaire qui, comme l’on sait est autant le jus de la treille que l’opium ou le haschich, est une utopie artificielle shootée à l’herbe et à l’acide. L’addiction de Brock Vond au sexe ne vaut guère mieux. A la mollesse improductive des drogués, à leur vigueur activiste, répond la violence obsessionnelle du censeur qui porte indument l’épée de justice. Pynchon n’est pas dupe de l’utopie. Mais il aime toujours autant en rêver, au point que le show de l’excipit de Contre-jour culmine en franchissant tous les espaces planétaires et conceptuels, lorsque le vaisseau « Désagrément » incorpore la « puissance motrice » de la lumière pour que les  « Casse-Cou » « volent vers la grâce ». Grâce pourtant sans Dieu, même si le vocabulaire parait le frôler… Quelle est la justification éthique de cette grâce sinon celle esthétique de la littérature romanesque emportée par l’élan de Pynchon ?

       Cela dit, il ne faudrait pas que l’indignation morale trompe le lecteur. Les paumés et drogués de Vineland ne font de mal à personne, sauf peut-être en ponctionnant l’aide sociale… Ce pourquoi mieux vaudrait légaliser entièrement la consommation, le commerce et la production du cannabis, histoire de pallier les méfaits d’une seconde prohibition aux résultats contraires aux attentes. Nombre de libéraux américains, sinon de néo-conservateurs, imaginent d’aller dans cette voie. Non pour affirmer l’innocuité de ce qui reste une réelle drogue, mais pour constater l’échec et le gaspillage d’argent public de cette répression. On n’aura pour preuve que le projet de Schwarzaneger, gouverneur républicain de Californie qui envisage de contribuer par ce moyen à renflouer le budget de l’état en péril. Nul doute que les romans de Pynchon, de Vinland à Inherant Vice[4], même s’ils ne touchent qu’une élite, aient pu contribuer à l’évolution des mentalités.

       C’est ainsi qu’apparaît de roman en roman une sorte de dichotomie entre, d’une part, les utopies, de Vineland aux contrées repoussées par la ligne Mason & Dixon[5] et postulées par V[6], et d’autre part les irruptions catastrophiques du mal (traces peut-être du roman gothique), du Brok Vond séide de Nixon aux V2 et à la coda nazie dans L’Arc-en-ciel de la gravité, en passant par les espions et les êtres interlopes de V, les criminels et commanditaires de crimes dans Contre-jour. Mais tout cela finit par confluer voire se brouiller. Ils sont tous plus ou moins agents doubles, vrais ou faux, dans le cadre de ces théories du complot qui fascinent la dimension paranoïde de l’écrivain…

       Quant aux personnages de Takeshi et de Darryl Louise, auréolés de karma et de gadgets d’agents spéciaux, comme surgis de la culture manga, ou des « Thanatoïdes », mi-morts, mi-vivants, comme sortis des comics et du fantastique morbide, ils accentuent l’effet parodique, décrédibilisant à la fois le paradis de la contre-culture et l’autorité de la répression morale. Le happy-end de la réconciliation générale mi-figue mi-raisin, passablement psychédélique, de la fin de la répression décrétée par Reagan, de l’envol de Brock Vond vers son hélicoptère, contribue à cette impression de jeu littéraire à la fois grave par ses enjeux et léger comme une comédie cinématographique à grand spectacle, en son ironie anti-hollywoodienne.

 

 

        Les livres de Pynchon sont également des romans de quête, en particulier V, dont le titre, est aussi l’initiale de Vineland. Cette quête d’une terre promise et d’un passé mythique à réinventer pour l’initiation affective et intellectuelle de la jeune Prairie, reste ouverte entre plusieurs portes interprétatives. S’agit-il dans V d’une femme (Victoria ? Veronica ?) ou d’une contrée mythique (Vheissu ?). Dans Mason & Dixon, la quête est celle de la frontière géographique entre mythes et connaissances scientifiques. Dans La Vente à la criée du lot 49[7], il s’agit de la quête d’un héritage et de la connaissance d’un pouvoir de l’ombre. Dans L’Arc-en-ciel de la gravité, on peut lire celle de la gravité du mystère qui attire l’humanité vers la guerre. Voire d’une quête de la vision parfaite des contradictions dépassées par la fiction dans Contre-jour… D’où ce perpétuel monde flottant entre réalités cruelles, sordides et ironiques, et les utopies fabuleuses, qu’elles soient scientifiques, érotiques, intimes, idéelles, judiciaires ou territoriales. Plus qu’une narration ordonnée et dominatrice, on assiste chez Pynchon à une sorte de show permanent et polymorphe, entropique et fantasmatique qui est la marque de fabrique de son esthétique. La parodie de la nostalgie des sixties, des épopées manichéennes, le jeu semi-psychédélique permet alors à Pynchon un devenir éthique de l’esthétique, au sens où l’au-delà de l’art postmoderne est plus esthétique qu’éthique.

     Sûrement s’agit-il en Vinland du roman le plus lyrique de Pynchon. Comme lorsque le procureur Brock Vond fantasme en se mêlant aux beatniks : «  il espérait un éclairage suffisamment favorable pour dénicher une fille sur qui projeter le fantôme de Frenesi, quelqu’un qui lui tendrait une fleur, lui offrirait un joint -terrible !- et accepterait d’être conduite ici, jusqu’à son divan taché de foutre, et… » (p 293). Pendant que la chère Frenesi rêve encore comme une midinette de roman rose à la renaissance de leur liaison adolescente : « Mais, s’il restait encore quelque chose en quoi on pût croire, elle devait avoir cru que l’amour, produit clair et léger des années soixante, serait capable de racheter même Brock, ce Brock fasciste aimablement et stupidement brutal » (p 230).  Ainsi travaillé par l’apparente simplicité et néanmoins la richesse de son écriture, un roman est une œuvre d’art ; et Pynchon en est plus que conscient, quoique avec une certaine autodérision. Comme lorsque Frenesi, son double peut-être, médite sur son « rêve insensé d’offrir son sacrifice sur l’autel de l’Art avec en plus l’idée idiote que l’Art en était conscient » (p 365)…

 

       Utopie, uchronie, parodie, Vineland est bien un brillant sommet du roman postmoderne, sautant allègrement par-dessus les limites des genres romanesques : quête sentimentale, enquête policière, satire politique, manga ludique et surtout envolée lyrique, voisinent autant pour notre perplexité que notre bonheur. Même le combat politique est à ne pas trop prendre au sérieux. Comme le révèle Vineland, la dichotomie entre les opprimés et les oppresseurs est vaine. Infiltrés, voire complices, ils jouent un jeu de dupes peut-être nécessaire pour préserver leurs mythologies respectives. Le mirage anarchiste s’efface alors chez Pynchon ; sauf peut-être dans le miracle cacophonique qu’est l’immense Contre-jour  où les « Casse-cou », gardiens d’une utopie -ou une imagerie- du bien supérieur et des libertés évoluent vers « la grâce ». Cette grâce, certainement, la seule possible pour Pynchon, est celle des immenses pouvoirs du roman par un parodiste de haute volée, un écrivain de lyriques et lumineux comics postmodernes. Certes, ses romans, et plus précisément Vineland, répondent bien à cette définition de Takeshi : « faire de sa vie à lui un koan, c’est-à-dire un de ces puzzles zen insolubles, susceptibles de l’expédier sans heurt dans la transcendance » (p 192).

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Seuil, 1988.

[3] Philip Roth : Le Complot contre l’Amérique, Gallimard, 2006.

[5] Seuil, 2001.

[6] Seuil, 1985.

[7] Seuil, 1987.

 

Book covers, Artwork with permission of Gleb Simonov : http://kolovorot.com/work/pynchon.php

pynchon-V.jpgpynchon-gravity.jpg

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 12:44

 

Vide-greniers de Brioux-sur-Boutonne, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

« Hommage à la culture communiste ».

 

 

 

 

      Chère culture communiste, nous te rendons et te rendrons hommage aujourd’hui et jusqu’à l’heure de notre mort, mieux encore, jusqu’à la fin des temps. Depuis ton message universel de 1848 en passant par ton accomplissement au XXème siècle, jusqu’à tes nostalgiques utopistes du XXIème.

 

       Déjà, dans ta Genèse, ton bréviaire originel, ton Alcoran fondateur, ton Manifeste du parti de 1848, et pour libérer le prolétariat de l’exploitation bourgeoise, tu préconisais : « Expropriation de la propriété foncière », « Abolition du droit d’héritage », « Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles », « Centralisation du crédit entre les mains de l’état […], de tous les moyens de transport et de communication », « plan décidé en commun », « Travail obligatoire pour tous, constitution d’armées industrielles [1] ». Nous te savons gré d’éradiquer les libertés de propriété, d’entreprendre et d’expression, de nous fournir le carcan de la mise en commun. Nous saluons alors bien bas ta capacité à inspirer les despotismes et autres fascismes rouges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Ensuite, dans ton Apocalypse, où « le total approche la barre des cent millions de morts [2]», nous louons tes archipels concentrationnaires, goulag et logaï, tes déportations de masse, ta lutte des classes meurtrière, tes procès ubuesques, tes basses famines et hauts faits d’armes, du bolchevisme de Lénine en 1917 aux dynastiques Jong de la Corée du nord contemporaine, en passant par Trotski créant les goulags dès 1918 sous tutelle de la Tchéka, par ton « Petit père des peuples » qui sut faire l'économie des chambre à gaz pour gérer la surpopulation de ses camps de travailleurs, tes Pol Pot génocidaires, tes Afrocommunismes entre Ethiopie, Angola et Mozambique[3], ta longue marche ou crève de Mao à la place Tian’anmen, ton Mur de Berlin, ton rideau de fer et tes chars de Budapest, ta collectivisation forcée, tes Che Guevara sanglants, tes Castro castrateurs, ton opus magnus lourd des 848 pages bien plombées du Livre noir du communisme.

     De quelle culture communiste parle-t-on ? Des réalités drapées de sang établies par les historiens les plus inattaquables ou des piètres artistes et écrivains thuriféraires de cette idéologie ? Les Communistes ont eu, que l’on se rassure, jusqu’en France, leurs Céline : Eluard ou Aragon publiant pléthore d'adulations dont  « Ode à Staline[4] », dans les années cinquante…

       A-t-on enfin compris que cette utopie communiste bienheureuse, y compris à l’état fœtal dans La République de Platon ou dans L’Utopie de Thomas More, portait en germe les oppressions et les meurtres qui ont affecté sa réalisation historique ? Loin d’être un idéal confisqué par Staline ou Mao, qui auraient changé le paradis de la justice sociale communautaire en enfer sur terre, ravalant celui de Dante à l’état de pâle brouillon, la doctrine communisme, jumelle du Reich de mille ans fantasmé par le nazisme, de par son inévitable éradication des libertés individuelles, porte in nucleo sa propre condamnation. A la question « Ses buts ne pouvaient-ils être atteints que grâce à la violence la plus extrême ? »[5], il faut répondre en conscience : oui. Il faut hélas constater qu’entre de rouges tribuns candidats à la magistrature suprême jusqu’à des philosophes passablement à la mode (de quelle philosophie mortifère sont-ils le nom ?), qu’ils s’appellent Zizek ou Badiou [6], préconisant le retour à la terreur, l’illusion, ou plutôt la libido dominandi, cette pulsion de ressentiment, de pouvoir absolu et de coercition, sont aussi répandues que pérennes, malgré les leçons de l’histoire et son devoir de mémoire.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Même le moindre groupuscule d’extrême droite oserait difficilement rendre publiquement hommage à la culture fasciste, sous peine d’encourir la plus honteuse disqualification morale, voire physique, d’être couvert de la plus brune opprobre. Qu’un candidat socialiste à la présidence de la République française prétende « rendre hommage à la culture communiste » et à ses drapeaux couverts de sang en dit long sur la cécité à sens unique de la plus grande part de notre société et de notre intelligentsia. Faute d'un procès de Nuremberg du communisme, faute d’aggiornamento, la gauche n’a pas conscience que la seule pourpre qui lui siérait bien serait celle de la honte, quand seul le capitalisme libéral honni, même imparfait et entravé, a permis à une immense majorité de la population mondiale d’accéder à un niveau de richesse et de liberté jamais atteint dans l’Histoire…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Karl Marx : Manifeste communiste, in Philosophie, Folio essais, 2003, p 424 et 425.

[2] Le Livre noir du communisme, sous la direction de Stéphane Courtois, Robert Laffont, 1997, p 14.

[3] Le Livre noir du communisme, ibidem, p 743.

[4] Louis Aragon: "Hymne à Staline", 1950. Paul Eluard : "Vive le Guépéou", Persécuté-Persécuteur, 1931.

[5] Le Livre noir du communisme, ibidem p 795.

[6] Voir par exemple d’Alain Badiou : Logiques des mondes, Seuil, 2006.

 

Photo : T. Guinhut.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 17:26

 

Valle de Aguas Limpias, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Hannah Arendt :

De la banalité du mal à la banalité de la culture

 

Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalem,

divers traducteurs de l’anglais (Etats-Unis),

sous la direction de Pierre Bouretz, Quarto Gallimard, 1624 p, 35,50 €.

 

Hannah Arendt :  L’Humaine condition ; Condition de l’homme moderne,

De la Révolution, La Crise de la culture, Du Mensonge à la violence,

sous la direction de Philippe Raynaud, Quarto Gallimard, 1056 p, 26 €.

 

 

 

Il y a des femmes étonnantes : Murasaki Shikibu, pour le roman psychologique, Mary Shelley, pour le roman fantastique et de science-fiction, Emily Dickinson pour sa bouleversante poésie, elliptique et colorée… Mais pour la philosophie, l’entreprise du choix paraîtrait difficile si l’on comptait le trop peu de femmes philosophes dans l’histoire. Pourtant s’impose d’emblée le nom d’Hannah Arendt, que nous ne rangerons pas sous la qualité de son amour pour Heidegger, néanmoins éthiquement déchirant, mais sous celle, plus que suffisante, de ces travaux. Il suffit de noter combien, en sous-titre et aux derniers mots d’Eichmann à Jérusalem, son concept effrayant de la « banalité du mal » fait date. Quand la « masse », maniée comme pâte à pain de prison par les régimes fascistes et communistes, est une parmi Les Origines du totalitarisme, faut-il avoir le mauvais esprit de se demander si la « culture de masse » n’est pas à l’origine de La Crise de la culture ?

 

Le concept de la « banalité du mal », allégorisé par un Eichmann médiocre et commun, qui n’a plus rien de l’animal politique, mais tout de l’inhumain qui nous est intérieur, est bien en-deçà du « mal radical inné dans la nature humaine » de Kant[1], selon lequel les ressources de la raison sont au service des passions perverses et monstrueuses : « Eichmann n’était ni un Iago ni un Macbeth ; et rien n’était plus éloigné de son esprit qu’une décision, comme chez Richard III, de faire le mal par principe. » (p 1295). Au cours de son reportage, dont la pertinence ne se dément jamais, Hannah Arendt nous apprend que l’accusé avait lu Kant, en conscience « qu’il avait cessé de vivre selon les principes de Kant » (p 1150), ayant remis l’impératif catégorique entre les mains de l’état hitlérien. Le fonctionnaire nazi responsable de la logistique au service de « la solution  finale » est l’homme le plus banal, dont la médiocrité intellectuelle et morale se suffit de l’occasion pour exceller au service de l’état, sans prendre conscience de l’infamie. Quoique d’autres intellectuels, tels Claude Lanzmann, insistent au contraire sur le jusqu’auboutisme du personnage, son fanatisme irréductible. La condition humaine peut-elle être ainsi débarrassée de ce qui fait en elle l’humanité, à savoir la capacité de distinguer et de préférer le bien au mal ?

 

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Est-ce à dire que chacun d’entre nous peut-être un Eichmann, comme lorsque le narrateur des Bienveillantes de Littell[2] se défend de son activisme nazi en arguant des circonstances historiques et de son identité à chacun de nous… C’est bien ce qui choqua lors de la parution de ce qui est à la fois récit d’un procès à Jérusalem et essai philosophique à l’irréprochable clarté : « Le fait que l’on ne trouve pas la moindre trace de sens supérieur derrière des crimes de la plus grande dimension : voilà un scandale herméneutique auquel beaucoup de contemporains et de survivants n’étaient pas capable de faire face », note Peter Sloterdijk[3]. Sans compter que choquèrent également les mentions de la passivité, de la « collaboration » des conseils juifs qui gérèrent la livraison des leurs aux Nazis, espérant se concilier leurs bonnes grâces, hélas évidemment impossibles. La philosophe attendait-elle trop d’une révolte juive condamnée par avance ? Le débat fait toujours rage, au point qu’il fallut attendre l’an 2000 pour qu’Eichmann à Jérusalem soit traduit en Israël et qu’aujourd’hui elle y soit encore lue avec méfiance…

De plus récentes études, en particulier la volumineuse biographie de Bettina Stangneth, Eichmann vor Jerusalem : Das Unbehelligte Leben eines Massenmörders[4], ont relativisé la pertinence de la thèse d’Hannah Arendt. Loin d’être un agneau contraint et obéissant, Eichmann, troisième tête pensante des Affaires juives au sein du Troisième Reich, fut un activiste déterminé, participant tout autant de près que du haut de sa sphère de commandement à la liquidation systématique d’une humanité. Est-ce à dire que « la banalité du mal » est un concept fallacieux ? Si Hannah Arendt a mal choisi son exemple, mais au gré des informations dont elle disposait et de la persuasive ligne de défense de l’accusé, la théorie reste une analyse redoutable du comportement humain, de sa soumission active à une autorité idéologique, qui d’ailleurs peut tout autant s’appliquer à toutes les couleurs du spectre totalitaire, qu’il soit fasciste, communiste ou théocratique.

 

 

Cependant, avec une redoutable perspicacité, Hannah Arendt souligne le rôle du langage et plus particulièrement de l’euphémisme et du « cliché euphorisant » pour faire entrer l’absolu du mal dans la « banalité du mal ». Eichmann met en place « la solution finale », non un massacre, parait proposer un procédé prophylactique, un but idéal, dans le cadre d’une bureaucratie aux parfaits rouages. Ainsi l’abomination peut-être commise en toute innocence par le fonctionnaire… « Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression et de conduite conventionnels et standardisés ont socialement la fonction de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. »[5] Ce qui reste pour nous actuel, devant l’abondance des « incivilités », des « quartiers sensibles », de la pensée magique louant le « modèle social » ou le « service public »… Il est évident que pour elle, dénonçant la fonction délétère de l’euphémisme, le langage ne remplit pas la même fonction : il est une quête de vérité, y compris déplaisante, y compris risquée.

On pourrait s’étonner que dans son impressionnante analyse du totalitarisme, de ses deux versants rouge et brun en miroir, assise sur les concepts de dynamique plébiscitaire, de populace et de masse, sans compter ce que l’on peut appeler la si répandue libido dominandi, et plus tard complétée par les définitions de Raymond Aron[6], elle ne fasse aucune allusion  à Friedrich A. Hayek, homme qu’elle a pourtant croisé lors d’un colloque, et dont la dissection des identités antilibérales du nazisme et du communisme dans La Route de la servitude[7] lui est on ne peut plus complémentaire. Force est de remarquer que l’approche du libéralisme politique d’Hannah Arendt est aussi rare que frappée de cécité, malgré une œuvre éblouissante dont il faut se faire le critique avec toute la modestie requise, et malgré son admiration pour la révolution américaine : « la philosophie politique des libéraux, selon laquelle la somme des intérêts individuels aboutit au miracle du bien commun, ne semblait être qu’une rationalisation de l’insouciance avec laquelle on poussait les intérêts privés sans considération du bien commun » (p 650). Pointant la limite de l’éclatement de la société en individus isolés, elle évacue pourtant la limite dangereuse du « bien commun », ce piège de la volonté générale rousseauiste ou de la de la soumission à une raison d’état, à une justice sociale forcément despotiques.

Pourtant, elle conclue De la Révolution, par cet éloge de « la polis, l’espace des exploits libres de l’homme et de ses paroles vivantes qui donne sa splendeur à la vie » (p 584), phrase qui ne serait indigne d’aucun philosophe libéral classique, de Locke à Bastiat, en passant par Aron, sans compter la romancière Ayn Rand… Comptons néanmoins avec une certaine perplexité son éloge des conseils révolutionnaires et de Rosa Luxembourg. Certes, elle était justement fascinée par la liberté spontanée de cette démocratie naissante, mais l’on sait combien ces conseils (d’où naitront les soviets) dégénèrent en dynamique de groupe, de masse, peu propices à l’individualisme, bien qu’elle les voie comme « le meilleur instrument pour briser la société moderne de masse et sa dangereuse tendance à la formation de mouvements de masse pseudo-politiques » (p 582), critiquant ainsi le système des partis. C’est pourquoi elle penche pour une « élite », « ces rares individus de tous les horizons qui ont un goût pour la liberté publique et ne peuvent être heureux sans elle », non sans poser le problème d’une telle « forme aristocratique de gouvernement [qui] signifierait la fin du suffrage universel » (p 583)…

Après le volume réunissant Les Origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem, la collusion de quelques-uns des plus grands essais d’Hannah Arendt (dont La Crise de la culture) dans L’Humaine condition vient à point pour tenter de comprendre combien l’action de l’humanité peut être non seulement création, cette œuvre au-delà du travail, mais également résistance aux bouffées et systèmes totalitaires, de par la liberté dans la cité.

Arendt timbre

C’est alors que parler de « culture de masse » (p 763), cet oxymore, nous parait étrangement proche de cette masse malléable par le totalitarisme. Y a-t-il un risque que celle-ci conduise à celui-là ? Est-elle une dégradation de l’élite, ou une élévation démocratique aussi noble que nécessaire ? Quand la société de masse accède à celle du loisir, est-ce forcément de culture qu’il s’agit ou des « immondices du philistinisme cultivé » (p 769), ou encore de divertissements populaciers élevés au seul rang de la domination majoritaire ? La banalité de la culture serait alors voisine de la banalité du mal, si l’on en croit Leo Strauss, lorsqu’il mentionne « la culture des bandes de jeunes, qu’elles soient composées ou non de délinquants », comparant « l’usage actuel du mot « culture » à sa signification originelle, il revient à dire que la culture d’un jardin peut consister à le laisser encombré de boites de conserves et de bouteilles de whisky vides[8] ». Il est évident qu’au-delà d’une culture de masse, qu’elle soit la dégradation en kitsch de la culture d’élite ou le bruyant et volatile tout venant du prêt à penser, prêt à bruire et à danser, ces « marchandises sociales » (p 768) que nous infligent les mass-médias aveulies par la demande d’un public consumériste et vulgaire, la culture que réclament conjointement Hannah Arendt et Leo Strauss, soit celle de la fréquentation des grandes œuvres de l’art et de la pensée.

Parmi « Huit exercices de pensée politique », le fil conducteur est patent entre la « crise de l’éducation » (p 743) et celle de la culture. Le couple apparemment antinomique de l’autorité et de la liberté révèlent combien la première (l’autorité des maîtres et des œuvres fondatrices) est la condition sine qua non de la seconde. Au-delà de l’opposition de Kierkegaard, de Marx et de Nietzsche à la tradition, ces « guides d’un passé qui a perdu son autorité » (p 614), quoiqu’ils lui empruntent leurs concepts, au-delà de leur travail de sape sous la valeur que reste la vérité, le discours sur l’Histoire et sa connaissance reste le garant de l’action humaine et de ce que la philosophe appelle, à rebours de l’au-delà métaphysique, « l’immortalité terrestre » (p 665), dans le cadre d’une action de la liberté politique.

 

 

Son analyse de « La crise de l’éducation » (p 743) reste viscéralement valable pour notre temps. Valoriser la pédagogie et la méthode plutôt que le contenu du savoir, l’autonomie des enfants « qu’on doit dans la mesure du possible se laisser gouverner eux-mêmes » et susceptibles de choir dans « la tyrannie de la majorité » (p 749) parmi le groupe, les « savoir-faire » (p 751) au détriment du savoir, tout cela, plutôt que les grands maîtres historiques et divers de la pensée, devient les recettes de la faillite. Songeons qu’elle écrit en 1958 ! On comprend alors que la culture n’ait plus de trace d’elle-même que le mot vidé de son sens. Le règne de la subjectivité, de l’égalitarisme des valeurs dévalorisées, de la consommation majoritaire parait alors évacuer la vérité de Platon et d’Aristote, de Plutarque et de Tocqueville, de Bach et de Titien, de Sloterdijk et d’Hayek, et d’Arendt donc, entre lesquels il va falloir choisir ses vrais compagnons, louvoyer pour fonder la raison de notre monde. Il est évident que c’est un autre défi d’être cultivé grâce à l’autorité des maîtres et de la tradition « des œuvres d’art qui nous parlent par-delà les siècles » (p 665), plutôt que de butiner dans les loisirs ou de croire choisir entre un rap et un jingle à la mode. Y compris même si la familiarité des adolescents avec les nouvelles technologies leur permet parfois d’être les maîtres de leurs maîtres, en une belle éthique d’échange. Ce comment s’orienter dans la pensée[9] et dans la responsabilité du monde devient alors une capacité à la décision personnelle et politique, à ce kantien « pouvoir de juger », inscrit dans le cadre de l’impératif catégorique qu’elle reprend à son compte : « agis toujours de telle sorte que le principe de ton action puisse être érigé en loi générale » (p 782). Ce principe peut-être la liberté. A condition d’avoir été construite et de ne pas être enchanté par les sirènes de la démagogie…

 

Il y a bien accointance entre la banalité du mal et celle de la culture. Ne pas savoir choisir entre le bien et le mal moraux, c’est aussi ne pas savoir choisir le bien et le mal esthétiques et de la pensée, même si l’esthétique peut s’arroger le devoir de dire le mal, comme chez Baudelaire. Ce n’est pas la culture qui est le mal, bien au contraire, mais son ravalement au rang de la banalité. Sortir du banal, de par la capacité de discrimination et d’admiration envers les grandes œuvres et les grandes et justes actions politiques (celles des fondateurs de la constitution américaine au lieu de celles des fondateurs du totalitarisme) est le devoir exaltant de la culture. Culture qui est bien celle d’Hannah Arendt, intellectuelle impressionnante, d’une clarté percutante, pas un instant jargonnante, mais aussi doué d’un « goût », terme assumé (p 781), sûr et pertinent pour la littérature, convoquant tour à tour Char et Dostoïevski, Shakespeare et Kafka. Il est alors légitime de se demander pourquoi ces grandes œuvres de la pensée que sont celles d’Hannah Arendt n’ont-elles pu aller jusqu’à être publié en ce musée vivant, quoique incomplet, de la culture universelle qu’est la bibliothèque de Pléiade ?

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Emmanuel Kant : La Religion dans les limites de la raison, 1, III, Œuvres Philosophiques, Pléiade, tome III, p 46.

[3] Peter Sloterdijk : Ni le soleil ni la mort, Entretiens avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, p 80.

[4] Bettina Stangneth, Eichmann vor Jerusalem : Das Unbehelligte Leben eines Massenmörders, Arche, 2011. 

[5] Hannah Arendt : Considérations morales, Rivages, 1996, p 26-27.

[6] Raymond Aron, Démocratie et Totalitarisme, Gallimard, Folio Essais, 1965.

[7] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010.

[8] Leo Strauss : « Qu’est-ce que l’éducation libérale ? », Le Libéralisme antique et moderne, PUF, 1990, p 14 et 15.

[9] Pour reprendre le titre de l’article de 1786 de Kant : « Comment s’orienter dans la pensée ? », Œuvres Philosophiques, Pléiade, t II, p 521.

 

 

 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 20:11

 

Palladio : Teatro Olimpico, Vicenza. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Muses Academy

 

Roman

 

 

II

 

L'ouverture des portes.

 

 

 

 

 

Le deux juin au soir, j’entrai dans Muses Academy. Les neurones à peine sortis d’une gluante confiture de passé mort, je n’avais plus rien à perdre. Car je suis un Historien ; et jusque là le seul à le savoir. Je tiens mes livres de compte, ceux de l’humanité, des hommes et des femmes, de leurs recettes et de leurs dépenses, de leurs crédits et de leurs dettes. Engagé sanctifié dans Muses Academy pour délit de gueule canon, et non pour le récit papier que j’avais torché en toute hypocrisie pour me faire remarquer grâce à un puéril conformisme rebelle. L’histoire que j’avais écrite pour le concours-casting n’était que la mienne, ridicule trip post-adolescent maquillé de fantasmes, une espèce de roman rose violacé dans le milieu des variétés rock -où je n’avais jamais mis les orteils- qui finissait par un suicide au foulard étrangleur orgasmique lors d’une fête à la vodka. C’était ce que j’avais pondu de plus nul, même si j’y avais fondu quelques phrases aussi définitives que stupides sur le déclin de l’Histoire. Une merde totale, finalement chiée par les kilomètres d’alexandrins verbeux et nombrilistes que parmi mes insomnies j’avais longtemps ruminés comme une vache romantique. Une fiction totale, couchée aux pieds des clichés de la mode la plus superficielle et la plus démagogique, qui n’avait ni l’estomac de la pensée ni les crocs de la parodie. Un caca nerveux qui ne faisait apparaître le puéril levier de la mort que pour singer une profondeur philosophique à la portée de lycéenne en retard de règles. Le truc qui devait me faire du fric, mieux que les stériles réflexions d’Historien que j’avais jointes au paquet à peine ouvert, et qui m’amenant ici, devient la source générique de ma nouvelle corne d’abondance : après la fiction bidon du jeune frimeur, l’histoire vraie de la Muse engagée.

-Ciao bambino ! me cria Montaloti, notre vénéré producteur de Muses Academy, dont le visage anguleux, acéré, était tempéré par un perpétuel sourire.

Sous un coucher de soleil avorté, les caméras tournaient comme des aspirateurs à traîneau pour équipements collectifs. Je quittai mon air de petit con boudeur pour un instant de sourire radieux -dents blanches, mèches folles, yeux verts- adressé à la plus mobile d’entre elles. Démarche, mimiques, gestes et expressions qui tous avaient été préparés. Quoique je ne sache rien des autres concurrents. J’aurai tout le temps d’être spontané une fois la passerelle métallique démontée. La seule chose qui était vraie, c’était que je n’avais pas le moindre embryon d’avorton d’idée de qui étaient les huit autres élus coincés sur cette île artificielle abandonnée de Dieu et surfliquée par les hommes.

C’était un lac assez froid. Avec des vaguelettes virgulées de vent vinaigré. Vu la saison, je m’étais imaginé le ciel pastel, l’eau bleue, les vertes pelouses des versants, le sable blond des rives. Sans compter la tiédeur des plongeoirs, les maillots de bains aussitôt secs sur des peaux au goût de gâteaux sortis du four de l’amour… Au lieu de ça, ça caille moche, sous des parois grises tombant net sur trois côtés dans le métal instable du lac, et à peine un illisible fouillis de montagnes, balayé de brumes dégueues vers ce qui devait être le nord.

-Hello friend ! m’encouragea d’un sourire Angelina…

L’attachée de presse paraissait ne pas avoir froid sous sa jupette miniature, son bustier rose palpitant aux ailes du soutien-gorge lors de la moindre respiration lacustre. Son évidente séduction ne masquait pas un instant l’acide détermination de son regard partout jeté et à soi gardé. Evidemment ses seins, ses lèvres, ses boucles de poupée intéressaient plus les caméras que ma déception pourtant soigneusement enregistrée sur un faciès que je sentais crispé, autant par le vent que par l’aspect de l’île qui allait être bientôt détachée de la rive, remorquée et ancré au milieu de ce trop vaste lac: un camp de tubulures et de verrières où la concentration des caméras au mètre carré, au sommet de pylônes, aux coins de miradors en balcons, sous l’eau peut-être au cas où un concurrent jouerait à la sirène, dépassait toute intelligence. Vous qui entrez, laissez toute intimité et chevillez vous à l’espérance.

Fini les clowneries. Je savais qu’une fois franchi la passerelle et ce portail de fer, j’allais devoir affronter la vraie vie. Vingt-cinq heures sur vingt-quatre sous les caméras, sans compter une première matinée et après-midi de solitude. Faire de mon étroite cabine un espace qui soit moi, avec mon corps et le contenu de mon vaste sac marin, puis commencer cet autoportrait et surtout le compte rendu exact des neuf jours de Muses Academy. Toutes choses précisées par contrat. Avant de pouvoir rencontrer mes huit codétenus. Trois garçons et cinq filles inconnues. De laquelle, ou duquel qui sait, pourrais-je devenir amoureux ? Ne tiendrai-je qu’une journée, chaussette fade virée par les votes du public ? Ou ferai-je l’amour, au neuvième jour, avec la plus grande artiste ?

Je voyais très nettement au bout du couloir de fer et au-dessus du sinistre clapotis, la placette aux neuf portes grillagées. Une seule allait pour moi s’ouvrir, allumant mon nom sur l’écran plat de sa vidéo. Le cœur battant, j’allai respectueusement frôler chacune des portes comme autant d’écrans tactiles pour neuf vies encloses. Demain, j’aurai droit au mystère des vies et des noms de neuf Muses probablement moins classiques que déjantées : « L’Eloquente », « Le Cinéaste », « La Danseuse », « Le Tragédien », « La Peintresse », « La Musicienne », « L’Architecte », « La Jeuvidéaste », « L’Historien ». La dernière porte était la mienne.

Encore un long couloir. Tournant. Une porte enfin. Plus blanche que la neige d’un écran. Etait-ce un lieu sans caméra ? Non, naïf… Parmi ces bulbes lumineux, il y en avait certainement une bonne douzaine qui ne se contentait pas de m’éclairer. D’ailleurs cette porte me sentait puisqu’elle s’ouvrit avant même que je l’ai touchée.

C’est donc ma chambre ! Une absence de décor assez zen. Une étagère de bois suédois supportant les œuvres de Plutarque et de divers historiens grecs, latins, jusqu’aux contemporains. Sans compter un exemplaire froissé (où ont-ils déniché ça, les inquisiteurs !) de ma thèse : Esquisse pour une Histoire de l’économie mondiale (Presses Universitaires de Lyon-Sorbonne, XXI° siècle) dans laquelle je comparais les mérites du capitalisme libéral avec le capitalisme non libéral et les économies dirigées, socialistes ou communistes. Un lit deux places (les salauds !) désert au carré. Un ordinateur portable fermé sur une table nue. A droite une salle de bain, vaste et claire, et un placard cuisine de poupée avec frigo garni et four micro-ondes. A gauche, la porte vierge qui allait rester fermée jusqu’à demain après-midi. Seule ouverture : une fenêtre sur gris absolu du lac. Mes draps sont bleutés, comme je l’avais demandé.

Qui sont les huit autres ? Comme moi, dans leur chambre vide, se regardent-ils dans la banquise de leur miroir, probable caméra sans tain… Assis, j’ai le choix entre cette vitre lacustre et l’écran ouvert de l’ordinateur aux fichiers encore vacants. En quelques minutes, je télécharge sur Internet une fille semi-nue depuis www.hotjapanesebeauty.com, qui, royale et sereine, trône maintenant en fond d’écran, histoire de pousser à ébullition les ragots. Dois-je feindre d’écrire ? Moi, l’Historien, l’adocrivain, dois-je penser, bien sûr, que tout mot joué sur le clavier soit lu par les télévoyeurs ? Ecrire en se sachant décrypté à la moindre touche caressée et meurtrie, jusqu’au moindre mot supprimé, jusqu’à la moindre faute de frappe aussi psychanalysable que le moins pervers des actes manqués. A moins que ce miroir puisse me permettre dès maintenant ou demain de voir dans chacune des huit chambres sûrement adjacentes, comme je me vois moi-même ? Ou l’un des programmes de mon ordinateur ? Non, il faudra attendre demain pour que les icônes des chambres des neuf Muses soient activées. Qu’attend donc ce bulbe collé au plafond comme une acné ? M’éclairer ? Me radiographier ? Espère-t--il que, convulsé sur mon lit, je me masturbe en gémissant un prénom fantasmé ? Celui d’Angelina, par exemple, si décorative et intérieurement calculatrice, inconnue en fait, et absolument hors-jeu puisqu’elle n’est destinée qu’à commenter hors île en compagnie de Montaloti nos mises en scène… En fait, je suis ici vide de fantasme comme la virginité d’une ramette de papier blanc. Aux comparses de la Muses Academy de la souiller ou de l’enluminer avec leurs autoportraits et histoires narcissiques : collection d’arts et d’égoïsmes, sauf celui du voyeurisme baveux de l’Académy des spectateurs téléphages et nouveaux anthropophages. Quelles amours et haines vont-elles naître, vivre, se combattre et mourir ? La sanction de l’humiliation ou de la gloire les attend-elles ? Et votre serviteur au milieu du maelström…

Chaque journée réglée comme dans une prison panoptique. Matinée dans sa chambre fermée, travail dans les disciplines respectives. Hors les heures de repas libres dans la cuisine collective, promenades si l’on veut sur les galeries. Après-midi de travail encore, et l’on a intérêt à produire ! Puis à 17 heures, un récit où chacun dit son moi, son monde et où son art est servi… Quant à la soirée, elle est destinée aux échanges inter-Muses. Où tout est permis, sous l’œil bienveillant et gourmand de nos caméras plus disséminées sur l’île que les boutons d’allergies sur un corps. Je ne suis même pas sûr que nos salles de bains échappent à leur sollicitude…

On m’avait prévenu. Montaloti, le premier. Quelques heures, minutes, secondes, et je risque de tournebouler dingue dans cette pièce, observé comme une bactérie sans défense immunitaire sous le balayage continu d’un microscomopolitique. Je n’ai plus qu’à me coucher sur le blanc du miroir, dans le drap mortuaire de l’îlienne autobiographie policière, comme les bras ouverts de ce lit au sommeil trouble, me coucher sur la page ouverte et polardienne de Muses Academy…

 

Forum, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

Il était une fois 17 heures. Cela fait dix heures que je lis Adam Smith et Rousseau en prenant des notes aussi posées et furieuses que mon attente en vue de produire un essai ainsi intitulé : « Libéralisme et libertés : un moteur de l’Histoire ? ». Ce en alternant avec la composition de ce récit risqué dont l’enjeu n’est rien moins que l’oubli ou la reconnaissance, au moins par le Jeu. Enfin vient le moment orage et zen du thé aux épices. Dix-sept heures moins quelques secondes. Le cœur me bat comme un collégien devant son premier amour à petite culotte blonde. J’ai la paume droite et moite sur le corps de la porte pour entendre battre son ouverture : un fin déclic, ni musical, ni cérémoniel, décevant. Et elle s’ouvre, comme promis. Ce n’était donc pas un conte…

Un couloir semblable à celui que j’ai pris hier en entrant, désespérément anonyme et blanc, sans l’ombre d’une autre Muse promise. Je marche, comme sur l’eau un cygne qui n’en est pas à son dernier chant. Ce couloir serpente sans que je puisse discerner un horizon dans l’ombre de plus en plus gluante, tragique… Chers lecteurs, auditeurs et voyeurs, il y a comme un faisceau de lumière creuse et grise qui m’amène dans un fauteuil de soie Louis XV : un truc clinquant, pourri de dorures fausses, tapissé de grotesques violemment colorés comme un grand foulard Hermès. Sur la moulure supérieure et gonflée, une plaque de vermeil gravée à mon nom de Muse : Clios. Je m’y plonge, dans une sorte de pénombre qui peu à peu (quel talent les éclairagistes !) bruit de présences furtives et soyeuses. Je suppose que ce sont les fonds de culottes et de jupes de mes coreligionnaires et codétenus… Soudain, dans un silence large comme un tombeau gothique pour neuf ombres, tonnent les roulements de timbales et les premières mesures aux trompettes du TE DEUM H 146 de Marc-Antoine Charpentier (France Louis-quatorzième,  1643-1704) autrefois indicatif télévisuel bien connu de l’Eurovision, qui nous assourdit les fonds de tympans mal décrassés… La lumière lave enfin ses neuf projecteurs, pour dévoiler, à vous chers voyeurs, et les unes aux autres, nos neuf Muses, assises comme moi dans ces affreux fauteuils en demi-cercle, dans un salon au décor aussi discret qu’un bordel de luxe pour jeunes religieuses du désert. Ah, ils ont fait fort les décorateurs maison ! Tapis de haute laine pourpre dessinant à nos pieds les créatures du zodiaque parmi la voie lactée, plafond grandiose peint comme chez Louis Versailles par un adepte de la post-figuration libre qui aurait copié en ébriété l’assemblée des Dieux en un Olympe somptueux sur un redoutable catalogue des Musées Nationaux. Caméras bien sûr invisibles, parmi bougeoirs, flambeaux et lustres, dressoir aux verres et carafes de cristal, seaux à champagne, brut impérial Moet et Chandon rosé qui mousse dans les flûtes à nos dix-huit pieds.

Je sais que je suis numéro un (mais très provisoirement hélas) et huit Muses me regardent toutes avec des regards d’ennemis au curare ou de complices matois à crever, depuis mes chaussures de tennis explosées bas de gamme, jusqu’à la racine de mes cheveux empétardisés, en passant par mon jean javelisé et ma chemise bleu gendarmerie nationale, col largement ouvert sur un torse imberbe… Je me racle la gorge en sourdine, et je chante, peut-être croit-on tout play-back dehors, mais de ma véritable voix de tête, nanti du don sacré, la bouche pleine du miel des Dieux, comme un haute-contre rock, le tube bien connu de la Théogonie d’Hésiode :

« Filles d’harmonie ou de Terre et de Ciel

Nées des neuf nuits où Zeus s’unit à Mnémosyne

Qui enfanta l’Oubli des maux et les Trêves des Soucis »

Illico, quoique je ne sache pas si voilà le commencement des maux et des soucis, je dois me présenter. Haut et clair comme la trompette guerrière que j’emploie à célébrer les hauts faits (et qui m’encombre les mains, avec ce gros livre relié encore à peu près vide sur mes genoux dans lequel est et sera consigné tout ce qui doit passer à la postérité): -Clios, l’Historien.

La seconde Muse, commençant pieds nus et cambrés et finissant par un chignon sur un corps filiforme de flamand rose en tutu, les seins en pépins de raisin, tient négligemment à la main une paire de ballerines aux rubans bleu pastel. Elle hésite un instant lorsqu’il s’agit de susurrer d’une bouche exagérément fine, dessinée au ciseau et peu voluptueuse, d’une voix de pépiement d’oiseau fatigué, sous un petit nez mutin, parfait, et des yeux bleus ensommeillés, ses noms et qualités : -Therpsichore, que le chœur réjouit, la Danseuse.

La troisième Muse, en santiag noir et argent, pantalon à franges de cuir façon cow-boy de série B, veste de veau pie à l’avenant, nez un tantinet batracien, est visiblement homosexuelle, ou plutôt fétichiste de je ne sais quoi, l’œil gris mobile comme une mobylette folle dans une banlieue multiethnique, maigre comme un coup de fouet, les cheveux châtain grisé tenus par une queue de cheval de frimeur, un masque rieur et blanc sur les genoux, un tas de DVD clinquants de théâtre, de cinoche et de séries tévé à ses pieds, ouvre sa belle gueule d’ironie: -Thalios, l’abondant, Cinéaste et Comédien.

La quatrième Muse porte une belle trentaine épanouie au-dessus d’une gorge blanche et moulée de noir à faire s’essouffler les anges d’Eole. Elle semble tenir entre ses tempes et entre ses chairs les rênes et les appâts d’une sensualité réservée. Au pied des volutes nombreuses de sa robe de soirée, s’élève un triple concerto de partitions ouvertes. Un archet de violoncelliste menaçant de tomber de ses doigts potelés, chevelure brune abondamment rejetée sur une épaule, yeux noirs comme les pépites de la nuit, demi sourire sûr d’elle, une pointe de langue gourmande passe furtive entre deux lèvres Estée Lauder prune, deux canines ivoirines comme un bijou, avant de parler chantant comme on râpe l’âme avec une Suite de Bach ou de Britten: -Euterpia, la bien plaisante, Musicienne et Chanteuse lyrique.

La cinquième Muse a les cheveux courts, poivre et sel, des bottes gothiques vernies noires à lacets aux nœuds nombreux, un smoking de ville, avec polo anthracite à col roulé fin, des rides d’expression marquées autour des yeux noirs comme la violence et des commissures aigres comme le cancer, la ride du lion entre les sourcils arqués, une barbe de trois jours entretenue, un air noblement austère de Méphistophélès des grandes nuits. Sa peau est également noire. Qu’on ne s’y trompe pas, il pue le flic converti au FBI méthodiste à plein naseaux. Plutôt qu’un holster chargé, il tient dans sa main gauche un poignard ensanglanté et contre sa hanche un énorme masque d’Hercule en stuc, les yeux révulsés, la bouche démesurément ouverte vers le bas et évidée, comme un entonnoir, ou une caverne. Et l’on dirait que c’est de cette bouche que résonne sa voix de basse profonde : -Melpomos, le Tragédien.

La sixième Muse joue de vivacité piquante avec ses yeux asiatiquement fendus en quarts de lune. Robe fourreau rouge. Corps petitement moulé à faire vibrer un sourd. Tresses de roses en bouton et épanouies dans les cheveux dressés à la punk. Nez légèrement retroussé, mascara violet et bouche cerise sous une voilette noire. Elle tient d’une main une palette aux touches de couleurs luisantes et variées, et de l’autre un pinceau démesuré terminé par un sensuel bouquet de poils d’écureuil. Sa langue couleur de clitoris s’élance : - Erato, la Peintresse et Sculptrice Erotique.

La septième Muse sent la chieuse de haut-vol. Elle tient par la pointe et sans l’apparence du moindre effort un lourd glaive. Une balance est saccagée sous ses pieds, un code pénal multilingue gros comme un camion à ordures se déverse contre son accoudoir menacé ; elle soupèse de l’autre main manucurée à l’impeccable son menton d’une sécheresse rédhibitoire. Mince et souple, elle porte la toge d’hermine de la magistrature et son pâle visage farouche aux abondantes boucles brunes tortillées emprunte néanmoins la difficile séduction de l’irrévocable. Elle parle d’une voix rauque de grande fumeuse : -Polymnie aux cent hymnes, la Juge éloquente.

La huitième Muse a une magnifique tronche de faux cul. Il est fringué comme l’as de pique, avec un blouson de motard en cuir noir rembourré, un bas de jogging pyjama, les joues verdâtres du mec qui carbure au whisky et qui ne dort pas parce qu’il crée. Il a un regard vert à clouer les poulettes au pilori du désir. Car sa gueule émaciée paraît plus inspirée qu’un Christ en croix. Il tient un globe terrestre dans le creux de sa main pendant que l’autre pointe une baguette de coudrier vers les figures astrologiques du tapis encombré à ses pieds de compas, mètres ruban et autre fils à plomb. Il récite d’une de ces voix ennuyées, quoique insinuantes, qui regrettent le silence : -Uranos, le Céleste : Astronome, Architecte et Installateur.

Enfin, la neuvième Muse, métisse caraïbe chocolat au lait, est absolument époustouflante. Une robe mouvante moire sur son corps de gazelle dangereusement intelligente tous les oiseaux babillards de la création. Une couronne d’or Cartier ceint son front aussi libre qu’un grand écran. Elle tient un ordinateur portable avec webcam sur ses genoux dont elle paraît capable, au vu de la vélocité et de la finesse de ses doigts, de tirer les plus beaux visuels d’un space opéra. Quant à sa main gauche, elle serre sans effort un éclair laser qu’on dirait emprunté à Zeus son père ou à La Guerre des étoiles. D’une voix flûtée qui paraît s’excuser d’une telle perfection enjouée, elle annonce : -Calliope, la poète épique, la Jeu-vidéaste.

-Cinq femmes et quatre hommes donc, concluai-je alors, tranquilles et muets pour un moment sur leurs fauteuils de soie ornée qui s’observent en chats et tigres de faïence… Neuf Muses aux pouvoirs créatifs hors du commun qui vont se dissimuler, se déchaîner, en racontant chacune leur histoire, une par jour, en nouant et brisant des intrigues policières, délictueuses et criminelles afin de l’emporter. Et ce soir, c’est à toi, Uranos, ma sœur, d’inaugurer cette exhibition auto-narrative que vous attendez toutes et tous…

 

Thierry Guinhut

Voir le sommaire : Muses Academy

Une vie d'écriture et de photographie

 

Spitalskirche, Innsbruck, Tyrol, Österreich. Photo : T. Guinhut.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 19:23

 

Torcello, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Muses Academy III

 

Récit de l’Architecte : Uranos ou l’Orgueil.

 

 

 

       Uranos le céleste était un architecte réputé autant pour le génie inventif de ses constructions que pour l’étrangeté de ses comportements. Etrangeté que d’aucuns qualifieraient de visionnaire. Jusqu’au crime…

        Il s’était fait connaître alors qu’inconnu parfait, jeune tige imberbe fraîche émoulue de l’Ecole d’Architecture de Milan, il avait été tiré comme d’un chapeau du prestigieux concours de Stuttgart. Il s’agissait, justement, d’édifier une école d’architecture. Vous pensez, amis et ennemis auditeurs, combien un tel concours était couru, rêvé, épié, discuté, jalousé par les plus grands, par les aînés aux maturités et réputations solidement assises. Et lorsque le jury -composé entre autres, excusez du peu, du Secrétaire Général de l’Europe des 25, de Norman Forster, de John Utzon, de Renzo Piano, de Scarpa, de Ricardo Bofill- extirpa d’une main leste et certainement innocente de toute corruption le projet de l’inconnu, jusque là oublié, sinon infeuilleté, parmi le fatras de ceux qui savaient ici concourir en pure perte, le seul qui parut dénué d’émotion, pas le moins du monde effleuré de la conflagration de l’étonnement, fut, bien sûr, notre Uranos.

        C’était en effet un projet tourneboulant, quoique savamment adapté aux desseins d’une école d’architecture. Quand les plus grands et les plus humbles, tous, avaient imaginé de mettre en avant le fin du fin de leur technique, de gréer un bâtiment exprimant à lui seul la proue de l’architecture contemporaine, voire, plus que jamais, futuriste -lames de béton et d’acier plantées dans le ciel, dé de verre alvéolé semblant léviter par la grâce de tubes ascensionnels translucides ou nid suspendu de granit aux meurtrières calligraphiques- Uranos, lui, concevait un bâtiment dont l’intérêt ne s’arrêtait pas à l’esbroufe extérieure. Certes son projet, un téléviseur écran plat, verre et acier, de cinq mille mètres carrés, debout vers la campagne et dont les portes à entrées sensitives n’étaient rien moins que les récepteurs lasers de la télécommande qui, à l’avant, abritait l’accueil et la direction, avait de quoi offrir un impact visuel aussi sculptural, novateur que symbolique. Mais la surprise, la qualité particulière du projet résidait à la fois dans l’aménagement intérieur et dans la capacité nombreuse d’animer l’immense écran par des images renvoyées depuis chacun des ateliers. En effet, chaque salle de travail, de conférence, de dessin, de modélisation des matériaux, reprenait, enchâssé dans le verre et l’acier des citations architecturales venues de temps et d’espaces nombreux. Stèles mayas ou chapiteaux corinthiens, colonnes thébaines ou voûtes gothiques, modulor de Le Corbusier ou cryptes romanes, temple shintoïste ou dolmen celte, halle métallique ou travée de béton, chaque pièce du puzzle scolaire jouait avec ces éléments parmi des parois en voile de granit rose. Enfin, selon une succession aléatoire, l’école entière proposait sur son écran la vision d’un mur, d’une salle, ainsi exposés aux yeux curieux des spectateurs… Une telle vocation, à la fois décorative et pédagogique, une telle invention et mobilité ne pouvaient passer inaperçues. Bien sûr, une fois le lauréat nommé, sa maquette montrée, son projet publié, on cria au postmodernisme outrageux.

     Uranos devint, du jour au lendemain, célèbre. Trois ans plus tard, la Nouvelle Ecole d’Architecture de Berlin, « l’Uranécran » disait-on, accueillait ses premiers étudiants. Les commandes affluèrent. Il se fit une spécialité des pont-volutes. Il érigea l’Opéra de Phoenix, dont les colonnes de verre, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur contenaient chacune un personnage du répertoire, de la Poppée de Monteverdi au Saint-François d’Assise de Messiaen. Quant à l’immense perron, il était lui-même la réécriture postmoderne de la traditionnelle scène à l’italienne. Il offrit à la Banque Mondiale son nouveau siège, immeuble de bureaux, ressemblant à un coffre-fort digne des Mille et une nuits, mais la richesse paraissait exhibée par et sur les formes des murs extérieurs, quand l’intérieur luisait par sa monacale austérité… Il imagina une trentaine de villas dont l’étonnant mimétisme paraissait transcender le paysage alentour, qu’il soit urbain ou naturel, désertique boisé ou marin… Uranos était la coqueluche des revues d’art, la grippe aviaire des concours d’architecture, le sida sempervivens des élites mondiales, mais aussi le cancer de la gorge des bâtisseurs jaloux étranglés en sa présence…

      Or Uranos, quoique dessinant aux firmes, aux administrations, aux particuliers, des habitations à la mesure de leurs ambitions et vanités, n’habitait, lui, rien. Il louait un loft vide, mangeait dehors à la terrasse de restaurants anonymes, dormait dans des sacs de couchage roulés en boule aux cinq coins de l’espace… Etait-ce possible ? Les chroniqueurs aux dents venimeuses y voyaient une contradiction, un paradoxe de m’as-tu vu. Les journaleux papier ou tévé rêvaient du jour où serait publié leur reportage, scoop suprême s’il en fut : la maison que se bâtirait Uranos.

       Il fut quelques années encore, sans travailler pour lui, plaçant probablement son argent dans de judicieuses opérations bancaires. Du moins le laissait-il croire. Car lorsque l’on abordait devant lui le sujet ô combien tabou -sa maison- il se propulsait dans des colères jaunâtres, giflait le curieux, boxait l’indiscret. D’où l’étrangeté de son comportement. Policé toujours, réservé plus encore, quoique hautain, il devenait alors paranoïaque au carré. Monsieur ne supportait pas les violations de domicile…

       Quand Helfer Krenetz, un journaleux à deux sous, employé par un torchon de province, fit une révélation en première page de son baveux : Uranos avait, sous couvert d’un homme de paille, acheté un terrain dans la lointaine banlieue de Bruxelles. Deux jours plus tard, Helfer Krenetz put lui-même publier son autoportrait photographique en première page du Frankfurter Allgemeine Zeitung : une joue plus sanguinolente qu’un steak de kangourou, un œil poché, un autre au beurre noir, sa face de merlan frit cuisinée aux câpres et ketchup pour la postérité et par les bons soins d’Uranos qui avait bien les moyens de payer de confortables dommages et intérêts à qui avait conquis les moyens et les médailles de son ambition.

      A cette époque troublée, Uranos travaillait sur le décor d’une douzaine de barrage-voûtes chinois. Pourtant, on le vit régulièrement fendre le respect des foules et des caméras cantonnées autour d’une provisoire coque de béton nauséeux qui voilait le chantier des alentours de Bruxelles. La nouvelle était confirmée : Uranos bâtissait sa maison.

      On publia des plans, des dessins, des maquettes. Tous faux. Les dents serrées à s’en faire éclater les gencives, Uranos avait compris : il laissait dire et laissait faire ; il ne réagissait plus en rien. Finalement le mystère lui seyait bien. Voilà qui maintenait sur lui les projecteurs et ne fut peut-être pas sans relation avec la fabuleuse commande qui lui échut : construire une île artificielle et résidentielle à l’épreuves des typhons tropicaux au large de Miami, nommée Utopia Island.

      Un an plus tard, la coque de béton fut démontée par les hélicoptères. Mais pas les grilles, ni les vigiles. Foule, journalistes et caméra purent enfin se remplir les panses oculaires d’un spectacle on ne peut plus décevant. La maison d’Uranos était bien d’un matériau noble, immense, en marbre blanc de Carrare, férocement éblouissant, au point de pâlir la clarté du soleil. Les murs étaient lisses, très vaguement courbes, sans ouverture, au point de paraître ignorer la possibilité même de ménager une entrée. Seules les vues aériennes tant espérées révélèrent de maigres indices : forme ovaloïde avec décrochement, nombreux panneaux lumineux distribués aléatoirement, des taches de blanc dans le blanc.

       Qu’était-ce ?

       Le mystère resta un moment entier. Quand un astronome chilien pensa le premier à ce à quoi tous auraient dû penser : il s’agissait, posée sur le sol belge, d’une galaxie-spirale.

      « Mégalo ! » cria-t-on. Il ne pouvait imiter l’univers, dont la forme n’était pas exactement connue, alors il se rabattait sur une galaxie. Monsieur Uranos se payait son brin de cosmos, la privatisation de l’univers était en marche. On l’avait adoré. Et parce qu’il ne se livrait pas, parce qu’il affichait une ambition inaccessible à ses concurrents et spectateurs, on le conspuait. Les envieux salivaient leur fiel et s’en délectaient sous les déglutitions morveuses du vulgaire. On comprit que chaque contremaître, chaque ouvrier n’avait travaillé que sur une pièce nue aux dimensions aléatoires en ignorant les autres et, de plus, sans percevoir en rien l’agencement labyrinthique, parfois souterrain, des couloirs. L’aménagement intérieur, le décor, ne put être déduit des colis plus ou moins volumineux qui étaient livrés par d’ignorants transporteurs, depuis des ateliers ou des centres de stockages anonymés. Visiblement, tous étaient aveugles devant le sens interne de la maison d’Uranos.

       Longtemps son palais resta infoulé. Pas la moindre information ne filtra. Il n’avait pas -à moins qu’il ne l’eût enfermé depuis les fondations- de domestique qu’on eût pu corrompre. Ce qui se passait à l’intérieur, s’il se passait quelque chose, lassa bientôt la curiosité. On suivait Uranos sur ses chantiers extérieurs souvent nombreux. On oublia la maison-galaxie d’Uranos. Jusqu’à ce que le scandale de sang arrive…

        A ce stade de mon récit, le narrateur que je suis doit laisser là ce qui était le mouvement de caméra du narrateur externe suivant son personnage comme un miroir aveugle. Il me faudrait, pour pénétrer dans cette maison, et dans le sens de la maison, acquérir soudain le statut du narrateur omniscient. De façon à pénétrer dans l’impossible cerveau d’Uranos, dans l’impossible maison dont l’intérieur, cet objet fétiche du célébrissime architecte, n’était livré alors qu’aux conjectures, des plus nihilistes aux plus baroques, en passant par les plus décevantes. Il me faut donc, frustré que je suis de l’indispensable contemporanéité narrative, me projeter depuis la toute conclusion de mon récit, et ainsi, comme l’ont fait les enquêteurs, reconstituer le déroulement chronologique d’un des plus beaux dossiers criminels de l’histoire de la police et de l’humanité.

       Uranos était le seul dieu de sa galaxie-maison. Le seul à en connaître toutes les encoignures, tous les faux plafonds, les salons de réception, les tiroirs secrets, les plus invisibles à l’examinateur le plus sagace, au destructeur le plus minutieux. Il vivait -de sa vie corporelle, buccale, stomacale, excrémentielle- dans un simple cabinet-cuisine, douche, wc, entre une poêle pour deux œufs frits et un frigo pour trois surgelés, entre un lit de camp replié et un tabouret de bar, dans un coin reculé, obscur, négligeable de sa galaxie spirale. Et cependant non loin d’un lieu approximativement central où il avait installé un bureau pantagruélique, aux tables encombrées d’avalanches de papiers, de séismes livres, de Babels de cartes et plans… Les étagères qui entouraient les alvéoles murales étaient moins une bibliothèque qu’un fatras de catalogues empilés à la va-comme-je-te-pousse : catalogues d’usines, de grands magasins, de fournisseurs, généralistes ou spécialisés, par correspondance, luxueusement reliés ou approximativement brochés et imprimés depuis des sites de commerce en ligne. C’est ainsi que tout, absolument tout pouvait être commandé, livré : tondeuse à gazon, aiguille gynécologique, parapluie auvergnat, maison tropicale en kit à monter dans un arbre, pelle à gâteau, maquette géante d’un ADN de rouge-gorge, globe terrestre du XVII°, fruit déguisé, grand classique du cinéma, incunable italien, puce électronique, ciboire, sous marin à hydrogène, souris grise et léopard des neiges… Devant une telle accumulation de possibilités, largement exploitée par l’imagination et les moyens financiers de l’architecte, on ne peut que se voir réduit à donner une faible idée de l’univers dans lequel vivait Uranos.

       Sans cesse, les pièces, les cours, les jardins croissaient et se multipliaient de l’intérieur. L’aménagement pléthorique et cependant minutieux, était la marotte obsessionnelle d’Uranos. Sauf lorsqu’il consentait à provisoirement quitter sa galaxie-maison pour enfanter un projet à Singapour ou Atlanta et ainsi apporter de nouvelles énergies en dollars, yens et euros au service de son inhumaine passion. D’autres, on ne lui en connut pas. A moins qu’elle les contînt toutes.

      Si l’on n’a pas terminé -et de longtemps- à dresser l’inventaire des objets et des aménagements contenus dans la démiurgique sculpture-installation uranienne, sachez évidemment qu’il s’agissait d’y trouver les reflets plus exacts de la réalité, de toutes les époques historiques et préhistoriques, de tous les styles, de mobiliers, d’accessoires et de décorations, de tous les peuples, non seulement de la terre, mais encore de tout l’univers imaginable, espace et futur compris. On comprendra qu’une telle démesure ne pouvait trouver sa source -et ne mener- qu’en la folie.

 

Parador de La Seu d'Urgell, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

      Car une fois que tout, ou presque tout, un presque tout immense qui confine à l’infini en voulant le dépasser, fut posé dans la maison, chat égyptien momifié, Panhard 1953, vaisselier campagnard et haïkaï de Bashô, ne manquait-il pas, parmi les choses inanimées, les automates, les robots les plus sophistiquées, les créatures ?

     Dans cette galaxie cervicale solidifiée par le génie créateur -ou du moins d’imitation de créateur s’il en fût- d’Uranos, on avait beau faire parler des logiciels vocaux, chanter des cantatrices verdiennes sur le miroitement d’un disque, y compris grâce à d’aléatoires, surprenantes, charmantes et terrifiantes combinaisons, il manquait le libre arbitre d’une vraie voix, des sentiments et des désirs qui ne soient pas ceux prévus, même par une imprévisible combinatoire, par Uranos. Au septième jour, il lui fallait impérativement son Adam, son Eve… son serpent !

      Il lui suffit alors de commander à l’agence de mannequins Elite la prestation esthétique et déambulatoire d’un jeune homme et d’une jeune femme à la Dürer. Ce qui fut fait. Mais dans des salons éloignés du centre de gravité de la galaxie-maison. Sans qu’ils s’en doutassent, ils étaient le premier couple de cet univers en voie de complétude. Mais il fallut se rendre à l’évidence, il ne pouvait les louer pour leur vie entière. Il aurait voulu les voir copuler et, peut-être, développer une grossesse… Une agence de prostitués de luxe parvint à solutionner le problème : Uranos put effectivement voir, dans la chambre aux chintz roses représentant une verdure idyllique, un jeune mâle noir exhiber son serpent tentateur et régler avec une femme blanche, que le maître de cérémonie appela Gaïa, la question du péché originel, cet emmêlement concerté des membres et des fluides qui aurait pu présider à la naissance, huit ou neuf mois plus tard, si l’on imaginait des combinaisons ADN probables, d’un enfant jaune, ou d’une paire jumeaux fraternels ou des deux sexes…

      Hélas pour Uranos, les acteurs rémunérés, et pour trop peu de temps, avaient pris des précautions. Il lui fallut imaginer une mère porteuse qui consentirait à accoucher dans la microclinique de la galaxie-maison. Il la trouva. Mais une question cruciale se posait. Fallait-il qu’il soit le géniteur de cet enfant ? Devait-il conserver l’impersonnalité du créateur, confier ce rôle à quelque acteur de passage ou pratiquer une insémination artificielle ? La première hypothèse lui répugna. La troisième emporta son suffrage : on créait bien plus avec le pouvoir organisateur de l’esprit qu’avec quelques gouttes séminales qui ne tenaient qu’à une commune et vulgaire biologie naturelle.

         Déjà la future mère -qu’il avait choisie jolie, blonde et souple, mais aussi parce qu’elle aimait se vêtir d’azur, et qui allait rondement payer ses études de médecine et son futur cabinet- s’arrondissait. Pendant neuf mois, elle était la vierge d’Uranos qui ne l’avait pas touchée et qui lui permettait d’enfanter par sa seule volonté, la mère d’un enfant uranien. Quant au Joseph qui n’avait fourni qu’un sperme de hasard, introduit sans blesser la virginité maternelle, il n’était qu’un pseudo confidentiel, une pure émanation spirituelle du grand architecte.

      Mais Uranos avait compté sans justement le libre-arbitre, sans l’ennui. Cette femme, qu’il avait nommée Marine, avait beau avoir la galaxie-maison à son entière disposition, mis à part le sacro-saint bureau central du Père, des milliers d’objets et de services de luxe qu’elle ne finirait jamais de découvrir et d’exploiter, généreusement fournis par une domesticité invisible ou robotique, elle avait beau pouvoir étudier, visionner des films, lire des magazines et des romans, converser avec des voix capables d’interagir avec la multiplicité des réactions humaines, elle s’ennuyait.

       Elle avait pourtant signé un contrat. Se retirant du monde et intégrant l’univers, elle avait fait vœu de silence et de chasteté. Rien n’y faisait. Comment pouvait-elle être dépourvue de raison à ce point ? Elle harcelait Uranos malgré le labyrinthe ingénieux qui le séparait d’elle. Comme la Mégère des Enfers, elle criait dans les couloirs, pleurait dans les conduits d’aération, enregistrait des suppliques, urinait sur les claviers, quémandait de l’amour à Uranos, couvrait Uranos de haine et d’insultes ordurières, visqueuses, nauséabondes. Il avait beau s’isoler physiquement et phoniquement, il l’entendait. En lui. Obsédante comme une culpabilité.

       Il se rasséréna cependant. Ne lui avait-il pas manqué jusque là la faute, le désordre mental, l’infecte médiocrité de la nature humaine, dans le cadre splendide de sa création ? Sa création dépassait ses espérances, elle vivait de sa vie propre…

       Jusqu’à ce qu’il découvre cette Marine -grâce aux multiples écrans de surveillance dont était truffé son bureau- en train de se pendre dans une salle de bains proche, avec un rideau de douche infâme, orange et vert, qu’elle entortillait et nouait autour de son cou, tombant du rebord blanc de la baignoire… In extremis, Uranos parvint à la décrocher, non sans qu’en glissant sur la porcelaine trempée, son ventre bulbeux heurtât un coin de carrelage sans pitié. Rauque et verdâtre, elle respirait. Mais après examen, la créature fœtale ne bougeait plus. Inévitablement le têtard humain, qui aurait pu devenir architecte, écrivain, prophète ou employé de zoo, était mort. Quant à la mère manquée, elle vagissait d’idiotie. Un moment Uranos se désola. A cause d’une immature femelle, son plan avortait.

      Quoique à la réflexion, son univers y gagnait. Il trouverait sans peine une candidate plus placide. Probablement n’avait-il pas suffisamment sondé le profil psychologique de la précédente. Il ne manquait plus à la galaxie-maison pour être l’équivalent de l’univers, qu’un geste. Le meurtre était humain, le crime nécessaire dans un monde parfait. Comment n’y avait-il pas pensé ? D’un coup de marteau d’acier, il brisa la nuque gracile aux tempes blondes. Ainsi exposée, inimitable gisant marmoréen, elle redevenait belle. Ce qui avait été une double vie rejoignit en une brève cérémonie, ponctuée par un kaddish et un choral de Bach, le vaste incinérateur à ordures, confirmant qu’Auschwitz et la Kolyma (il avait fait livrer à cet effet de la neige sibérienne) avaient bien eu le devoir de faire partie de l’univers. Le compost n’avait jamais aussi bien été nourri au service des jardins anglais, zen et à la française.

      Ce geste infiniment criminel le remplit, à sa grande surprise, d’une jouissance délicieusement absolue. Il avait donné la vie ; à des minéraux, des plantes, des animaux, à un avorton d’homme qui ne demandait qu’à être remplacé par une seconde création qui pallierait aussitôt et sans inconvénient à l’incomplétude de la première ; il venait de donner la mort. Il avait créé la mort après la vie.

      Il lui suffisait alors, le plaisir conceptuel de ce meurtre s’épuisant comme la pente descendante d’un orgasme brusquement achevé, de racheter ce léger frisson de culpabilité, là encore seulement pour assurer la complétude de sa galaxie-maison. N’ayant ni la patience ni les moyens humains d’attendre trente trois ans, il trouva bientôt un jeune et beau prostitué dont il baisa la barbe blonde et que sa ration de LSD enfin offerte permit de clouer dans un état second et déjà digne du firmament, sur une haute croix de bois que, faute de soldats romains inutiles, un palan, des cordes et des poulies permirent d’élever là où la femme et son enfant, désormais endormis dans le chaud berceau utérin de la terre, avaient été tués. Cette immense, luxueuse et lustrale salle de bains devenait un Golgotha hollywoodien qu’Uranos filmait comme tous les moments d’importance, pour les archiver dans une immense bible vidéo. Ce qui résolvait du même coup l’épineux problème de la résurrection, alors que l’éternité des boucles filmiques diffusait sur un triptyque d’écrans holographiques le spectacle de l’extase chorégraphique du garçon : le bonheur de la pâte verte haschichine et du crack l’exaltait jusqu’à l’irremplaçable sensation de la divinité, jusqu’à l’ascension. Sensation que la conceptualisation, l’action et la contemplation permettaient à Uranos de ressentir en toute trinité.

      C’est ainsi que, le corps rejoignant le tombeau du crématoire, puis la fumée résurrectionnelle du « Todesfuge » du poète Paul Celan, le catalogue des crimes de sang d’Uranos continua sa prometteuse carrière…

    Complétant son vivant catalogue, il dut immoler un vieux bouddha plissé, l’amenant à l’extinction salutaire du nirvana, réduire la tête d’un guerrier Jivaro, voler un pauvre dans une ruelle de Bombay, piller une agence bancaire de Manhattan, pratiquer, dans la foi incommensurable qu’il avait en son œuvre, toutes les charités, mais aussi tous les délits, tous les sadismes, tous les cannibalismes, pour avoir l’espérance de parachever dans sa galaxie-maison la totalité de l’univers mortel et immortel. Il lui fallut enlever Jarmin Nagasaki, Prix Nobel japonais de physique pour lequel il envisagea de construire un accélérateur de particules plus vaste que celui de Genève, kidnapper Houston von Brown, Prix Nobel de littérature pour tenir l’abondante chronique de cette œuvre-univers… Son zoo de bêtes et d’humains vivants était aussi un muséum de corps flottant dans le formol, présentant toutes les beautés, toutes les pathologies physiques et mentales, toutes les cicatrices et les mutilations de la chirurgie réparatrice et esthétique, tous les mélanomes des criminalités les plus imaginatives… Il lui faudrait bientôt s’approprier chaque être humain, dont la seule banalité serait représentative et symbolique, chaque milligramme chimique de sentiment inexprimé, chaque goutte de sang.

      Mais la trace dégoûtante de ce sang ne pouvait pas ne pas filtrer un jour à l’extérieur. Certes, chaque crime trouvait sa réalisation et l’absorption de tous ses indices dans l’enceinte omniphage de la maison d’Uranos. Si les disparitions, à peine plus pléthoriques que celles de l’actualité invisible et courante paraissaient ailleurs n’avoir aucun lien, celle de deux Prix Nobel alarma des intelligences qui n’appartenaient pas au monde de notre infaillible architecte et démiurge. Pourtant, aucune solution n’apparut aux enquêteurs. Comme si l’énormité, la publicité et le secret de la maison d’Uranos la leur rendait invisible. En quelque sorte, notre homme avait produit une réplique fabuleuse de la « lettre volée » d’Edgar Allan Poe. Quoique choyés, nos deux Nobel, qu’il fallut bien se faire rencontrer puisque le littérateur devait tout observer, même si ce dernier, autant émerveillé qu’horrifié jusqu’au traumatisme par la confession hallucinée de son Maître, appréciait ce temps imparti à ce qui serait son œuvre-maîtresse, aspiraient à la liberté. Leur rencontre, on l’imagine, brève et surveillée, ne leur permis d’échafauder aucun plan d’évasion. Avait-il échappé à Uranos, dans son omniscience, que le physicien aux traits démesurément aquilins, était également un fin informaticien, qu’assez vite il pourrait déjouer la barrière informatique incommunicationnelle établie autour la galaxie-maison ?

      Un courriel totalement ruiné, comme ces ruines précolombiennes ou romaines dont Uranos avait aimé semer son palais, parvint au FBI. La signature était évidemment atomisée. Mais Isabelle Manaus, à Washington, savait lire les cendres. Cette pythonisse des textes informatiques fut alertée par ce « jardin » seul resté brutalement lisible. Un tel détail originel permit à l’experte de s’acharner trois jours durant à la restauration de ce papyrus gisant dans la mer Morte de l’information. Soudain, grâce à la combinatoire Ezechiel inspirée de la théorie du chaos, Isabelle Manaus put lire le tiers du courriel qui n’excédait pas dix lignes. Une rapide triangulation avait déjà encerclé la zone d’émission. Voilà qui suffit pour qu’une commission rogatoire soit accordée par la justice belge, pour que la porte close, muette et sourde de la bâtisse d’Uranos soit interrogée en vain par deux inspecteurs, soit assiégée par les forces spéciales d’Interpol, brisée.

    Excédés par les innombrables alvéoles et grands salons du labyrinthe uranien, tant en longueurs et largeurs, qu’en étages successivement souterrains, parfois vides, à peine esquissés, parfois plus brillants que le château d’Herrenchiemsee, lorsque Louis II de Bavière imita Versailles, parfois plus bordéliques que la collusion de la cave et du grenier d’un brocanteur, d’un Léonard de Vinci des technologies avancées, d’un vidangeur, d’un confiseur ou d’un fossoyeur, les enquêteurs fatiguèrent longtemps la demeure fantomatique avant de libérer les deux Nobel, de recueillir quelques victimes que la cendre ou le formol n’avaient pas eu le temps de sanctifier, et plus longtemps encore avant de trouver Uranos.

      Il était au fond d’un couloir de la mort texan. Du moins son cadavre. Sur une chaise électrique qu’il avait lui-même fait fonctionner, déjà soumis, par d’ingénieux procédés informatiques, mécaniques et chimiques, à une momification en règle. Il était là, assis sur son trône, comme une momie péruvienne, enturbanné de bandelettes de lin pur (sur lesquelles, en micro caractères, son histoire -du moins celle que vous, auditeurs choyés, entendez là- avait été recueillie par notre Prix Nobel de littérature) destiné à perdurer dans le vide siliceux du grand désert des sépulcres, au centre de ce qui n’était plus qu’immense monument funéraire de l’art et de son concepteur.

      La vie, l’expérience et la mort démoniques d’Uranos était-elle cette preuve de l’existence de Dieu ardemment réclamée par les théologiens ? Quant à la galaxie-maison d’Uranos, on pensa en faire un musée pour la postérité. Mais un musée où le misérable et le dérisoire l’emportaient bien largement sur l’exception… Une conclusion s’imposait à l’esprit des enquêteurs et de l’écrivain : si Uranos le céleste avait créé le meurtre, Dieu avait-il créé le meurtre ?

 

Thierry Guinhut

Extrait d'un roman à venir : Muses Academy, sommaire et synopsis

Une vie d'écriture et de photographie

 

Piazza delle erbe, Verona, Veneto. Photo : T. Guinhut.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 12:19

 

Grand'Rue, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Muses Academy V.

Récit de la danseuse :

Terpsichore

ou les noces de l’Ardeur et de la Paresse.

 

 

 

      À l’idée d’entreprendre ce récit de la jeunesse de ma sœur terrienne… la fatigue et le sommeil me prennent. Que ne puis-je laisser raconter, en digne Muse Terpsichore revenue un moment du royaume de notre confrère Hypns, ce rêve nocturne salement brumeux, aux noirceurs confuses, son inconscient qui, sûrement, a enregistré cette vile histoire criminelle, cette séquestration d’une danseuse, ces viols ? Et ainsi nous éviter la peine des longues phrases aux subordonnées complexes, aux assommantes causalités, aux délibérations impuissantes… Puisque hélas il me faut bien relater cet épisode répugnant de sa vie artistique, mais aussi ce collant tremplin vers sa gloire professionnelle, je vais en quelque sorte mettre sa conscience en sous régime. Comme sous l’auto-hypnose du sommeil, je vais laisser sa peu musculeuse bouche parler pour elle. Ainsi, en digne Muse, j’infuse ce terrible poème sur la scène sonore d’une mortelle. Voici ce que son cervelet n’a pu oublier, ce que lui ont patiemment arraché, avec mon captivant concours, et avec le scalpel de leur sollicitude envahissante, les juges d’instruction. D’un souffle, je lui verse le don du récit, et pendant que devant vous je danse, chaussons et tutus comme pour un Lac des cygnes tempétueux, écoutons la parler :

      Je m’appelle Ophélie. J’avais seize ans. J’étais une petite danseuse niaise avec la goutte de lait encore sur la lèvre supérieure qui donne à tant d’hommes encore l’envie de téter cette minime excroissance pulpeuse sur mon visage maigre, comme sur la minceur sauvage de mon corps la lourdeur de mes seins que vous avez sûrement la discrétion de trouver petits. Je dormais devant mes cahiers de cours ; je dormais devant mon assiette ; je dormais dans mon lit. Ma mère m’habillait, mon père me transportait. Mes résultats scolaires étaient médiocrement passables, sans rien faire. Ou je faisais le minimum pour éviter la peine d’être grondée, remise en question. De même, aucune amitié, je n’en avais pas l’énergie. Une zombie, portée, effacée par la vie…

      Paresseuse et molle, avec le culte de l’oreiller, figurante dans un ballet pour le palais du Dieu du Sommeil, où seuls Morphée, Phantasos et Phobétor, ses trois aides, l’un pour le pouvoir de se transformer en qui l’on voudra, l’autre pour les fantasmes imagés, le dernier pour la peur et les cauchemars épuisants, mettent pour moi en scène, à travers le tuyau vide de ma bouche, la fatigue de ma non-vie…

      Oui, paresseuse en tout, en gestes et en pensées, sauf la Danse. Pourquoi avais-je et ai-je toujours cette énergie furieuse de danser ? Sûrement parce que ma mère, elle-même danseuse ratée, qui ne travaillait plus qu’en danseuse sur le clavier de sa dactylo - elle était la secrétaire du Président de l’Opéra-Ballet-Rivoli - m’avait poursuivie d’un rêve et d’une intransigeance auxquels je ne devais à aucun prix résister sous peine de haine éternelle, de damnation, d’être déshéritée, reniée, ravalée dans le sperme de mon père, être sans personnalité qui ne pouvait en rien contrebalancer sa peu tendre moitié. Je compris très vite que correspondre à cette image de photo sous verre et sur guéridon, petit fille en tutu blanc et chaussons roses, et glisser dans le pilotage automatique d’une énergie plastique toute entière dévouée à la danse, me permettait le pardon, mieux la bénédiction pour l’absence d’autres activités qu’on dit vitales, jouer, travailler, ranger ses affaires, et j’en passe, faute de courage pour une telle fastidieuse énumération.

      À huit ans, comme d’autres petites filles couvraient les murs de leur chambre de posters de dauphins ou de chevaux et leurs étagères de poupées Barbies, je vivais dans une boite à petits rats et danseuses étoiles. A neuf ans j’étais moi-même un de ces petits rats, à douze ans, première des rats, j’allais bientôt pouvoir espérer devenir une de ces étoiles naines qui gravitent autour de la constellation originelle des géantes roses… Quand ma poitrine se mit à pousser. D’abord discrète, boutons de roses sur la grande tige que je devenais, de plus en plus élancée, plume éthérée vers l’espace, puis très vite énorme, bubons de roses transgéniques gonflés et lourds, tirant vers le bas, vers le poids du sol, mon corps aliéné, massacré. Il me semblait également que mes hanches s’arrondissant, j’allais être une boule de plomb collée à la terre. Je me mis à haïr la puberté, haïr la part physique de mon corps, abhorrer la masse graisseuse qui, comme aimantée, s’était précipitée sur ma légèreté pour s’y coller, comme un quatuor de mammouths sur le stradivarius de mon art à jamais alourdi. Deux seins et deux fesses comme quatre pneus de bulldozer, un nez devenu monstrueusement aquilin et aussi disgracieux que le bec d’une pelleteuse. Toutes caractéristiques venues de mon père, gras, mou, et au nase d’aigle qui n’a jamais su voler. Il m’avait charmé quand petite il me lisait des histoires avec son after-shave, il m’était indifférent, il me devint haïssable. Sans pourtant avoir l’énergie de le lui faire voir. Comment ma mère, ce modèle de minceur aux seins absents et aux traits légers, avait-elle pu consentir à s’accoupler avec un tel verrat sans caractère? Sûrement c’était de ma faute si je n’étais pas assez ma mère et l’idéal qu’elle attendait de moi. Elle réduisit cette nourriture que jusque là elle m’encourageait à prendre pour le bien de ma vigueur musculaire. Je l’aidais en allant me faire vomir dans les toilettes et en doublant mes exercices à la barre, aux chaussons. Sur mes pointes, et sur mes pointes seulement, j’avais accès à la légèreté, à l’euphorie de la vigueur, comme le départ d’une aile d’ange, je vibrais à l’unisson de l’effort et de la fatigue épurée, réussissant les sauts les plus aériens, les grands écarts les plus cabrés, les élans vers la finesse et le haut, comme si le seul fluide, la seule drogue versée dans mes sens depuis la bouche de Terpsichore m’affolait dans ses baisers mystiques.

      Mais une fois la danse passée, je tombais dans l’épuisement, l’abattement sans sommeil, les migraines nauséeuses, les seins comme deux culs de camion-bennes sur l’œsophage, la respiration creuse, je ne voulais que jouer une nouvelle mort du cygne sur une scène paradisiaque. Car l’examen spectacle qui allait décider de mon admission à la haute école de danse de l’Opéra, approchait.

      Je ne sais comment je m’y rendis, emportée dans les bras de ma mère, incapable d’autres pas que ceux de la danse sur un plancher de cours ou de scène. Et là je dansais comme une reine, comme une déesse, comme Terpsichore en personne. Les seins bandés et comprimés sous mon tutu, il me semblait qu’ils avaient disparus, pour me changer définitivement en ange asexué, volatile.

     Je ne sus quand je m’écroulai avant les derniers sauts qui auraient dû me consacrer au firmament de l’art. On me dit que Monsieur Prunier, le pianiste qui animait nos cours, s’était jeté du premier rang sur la scène pour me prendre dans ses bras et me coucher dans la déréliction du linceul de l’infirmerie.

      Ma mère eut alors pour moi l’œil de l’exécration. Je l’avais cruellement déçue. Je ne la remplaçais pas au pinacle où elle n’avait pas atteint. Je lisais une répugnante pitié dans les yeux chassieux de l’être que je n’appelais plus mon père. Seule sur le lit vide du néant, je ne valais plus rien, n’étais rien.

      Soudain, j’étais abandonnée. Par ma mère et par la danse. On ne m’amenait plus à aucun cours. La barre de la salle de jeux avait été démontée. La maison ne résonnait plus des disques en continu du Lac des cygnes ou de Coppélia.  Le frigo était vide de ses habituels petits choux boulimiques de crème. Le tutu en lambeaux était mon seul costume. Mes chaussons roses dépassaient de la poubelle de cuisine. Les portes étaient ouvertes sur la rue.

J’errais, avec ce seul vêtement, sur le goudron sale des avenues. Ne sachant pas si j’allais me coucher dans le caniveau comme un bébé femelle chinois abandonné, ou dans le lit définitif du fleuve… Quant une main glaciale, aussi squameuse qu’un serpent d’eau, me toucha l’épaule. C’était Monsieur Prunier. « Que fais-tu là jeune fille ? Je te cherchais. »

      Je lui racontai à peine mon abandon. Il m’enleva alors dans sa voiture, sans le moindre effort, physique ou de persuasion : j’étais molle comme un linge mouillé. Muscles épuisés, moelle osseuse vidée, je ne perçus pas le moindre centimètre du trajet. Pas même lorsque de ses grosses mains boudinées, au bruit du cliquètement de clés nombreuses, il me transporta dans ce que je ne sus que plus tard être un sous-sol, sans fenêtres.

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Je me réveillai dans une lueur d’aube artificielle descendue du plafond. Un lit paradisiaque, blanc, nuageux et douillet me retenait de tomber dans je ne sais quels limbes. Sur les murs de cette petite chambre, il n’y avait que des posters géants de danseuses rosées, dans des lueurs pastelles, des flous dorés à la David Hamilton. Moi-même, je portais un tutu neuf, blanc et miraculeusement à ma taille. Monsieur Prunier, qui était là, m’observant de ses deux yeux de limace derrière ses binocles globuleuses, m’avait donc dépecée de ce vêtement de scène que ma mère avait sur moi déchiré, m’avait donc vue parfaitement nue. Mécaniquement je cachai avec mes coudes trop minces, insuffisants, ma poitrine ballonnée aux pointes aiguës que rien ne contraignait sous l’obscène et moulant tissu. Quand je réalisai que Monsieur Prunier avançait vers moi un plateau de petit déjeuner chargé d’un chocolat au lait, d’un croissant doré, d’un énorme chou à la crème, d’une rose dans un cristal et d’un verre de jus de pamplemousse. Comment connaissait-il mes gourmandises ? Je me jetai sur ces merveilleuses senteurs jusqu’à me faire des moustaches de crème…

      - Et ne va pas le vomir ensuite. Je reste avec toi.

      Monsieur Prunier n’avait donc pas seulement un joli son de piano, mais une belle voix, grave, mâle, expérimentée.

      - Ton royaume est à côté, ma princesse. Fais-le vivre. Et reviens quand tu veux.

      Autour d’un parquet blond courait une barre. Un vaste piano à queue trônait. Tchaïkovski et Delibes tournaient tour à tour dans l’air. Le paradis originel dont j’avais été chassée avait été reconstitué, mieux, élargi, embelli, et dominé par les doigts paternels et virevoltants de Monsieur Prunier sur un Chopin d’ivoire…

      Mais lorsqu’à la barre et sous sa mâle direction, je devais sans relâche exercer mes muscles pour assouplir et allonger et mes tendons et mes os, les plier jusqu’à mes tempes, ouvrir à l’équerre et à la règle les fuseaux virevoltants de mes cuisses et de mes pieds, celui dont je ne dois plus prononcer le nom me pinçait dans ses serres, écartait mes membres, observait mes pas et mes jetés, scrutait mes aisselles ouvertes, palpait mon pubis béant, mon périnée écartelé… Le salaud, le vicelard, le brouteur de touffe, le rat des tunnels glauques ! Au secours ! Où trouver la couette et l’oreiller qui m’enfouiraient dans leur sommeil chaud et protecteur pour ne plus le voir me mater, le sentir me fouiller avec ses appendices corporels de gnome, ses ongles noirs de sorcier, sa mentule de requin marteau…

      Oh, j’étais si bien chez monsieur Prunier… Jamais un mot plus haut que l’autre, toujours un sourire, une main pour me soutenir, un encouragement pour me chérir… Que je l’aimais ce bon bonhomme qui m’a jamais touché autrement que par la discrète intercession des vêtements, draps et serviettes de toilette propre qu’il laissait toujours à ma disposition… Le quitter, moi jamais ! La clef bien huilée était toujours sur ma porte, côté intérieur s’entend, ma main toujours prête et jamais empêchée de la toucher, de la masser sans cependant le moindre besoin d’aller affronter la fatigue du dehors et son air froid comme la solitude…

      Je suis la victime innocente d’une traque, d’un enlèvement et d’un viol à répétition. Mon ravisseur - celui dont je ne dois pas prononcer le nom - m’enferme dans sa cave aménagée en salle de danse où je dois vivre nue et en tutu, lui donner en spectacle mes exercices au sol et à la barre, en tutu seins nus et babioles génitales exposées à sa vue. Mis à part mon opiniâtreté à la barre et sur le parquet dont l’art me transcende et me sauve, dont l’art est la seule soumission possible au monstre dont je ne dois pas prononcer le Prunier, je ne suis que paresse, sans aucune initiative, me laissant masser, manipuler, malaxer, car ma chair n’est chair que dans la danse, mon autre chair est répugnante sous la paire de pupilles sales de Prunier, sous la paire de mains sales de Prunier, sous la paire de testicules sales de Prunier, sous le pic à glace unique et rouge et bien suffisant de Prunier qui me transperce journellement jusqu’au sang. Que me reste-t-il sinon danser, car là je ne pense ni ne sens rien d’autre. Que me reste-t-il sinon dormir, car là je ne suis que paresse intellectuelle et sensitive, je ne pense ni ne sens rien d’autre, je ne suis que paresse de la sensibilité physique et morale, là où je fuis dans la force de la danse, là où je me love et me niche dans le sommeil sans fond sans rêves… Prunier peut alors me faire tout ce qu’il veut. Je suis sûr que cette face de rat aux dents jeunes dont je suis le petit rat rose prisonnier ne dort jamais, qu’il me découvre la nuit pour baver des ronds de salive sur ma peau, sur mes seins qu’il alourdit de ses pognes, sur mes fesses qu’il manie comme l’air manie les ballons dirigeables, dans mon intérieur génital par ses soins vicieux déformé, ensanglanté, conspué comme le Christ sur la croix… Je suis sûre que ce rat jaune court à petits pas la nuit sur la nudité d’une belle au bois dormant que je ne veux ni voir ni connaître…

      Une fois, pendant ma séquestration qui a duré des années, ou plusieurs fois peut-être, de trop nombreuses fois, j’ai eu la fièvre. Ce bon Monsieur Prunier tamponnait mes tempes d’ouate humide, de serviettes fraîches, me tenait le front de ses mains douces pour que je vomisse sans ces spasmes qui m’arrachent l’estomac. C’est parce que j’ai mangé ; une danseuse ne doit pas manger, mais danser, rester plus légère que le vol des grues au-dessus de la scène du crépuscule. Ce bon Monsieur Prunier dont la compassion, l’humilité et le recueillement conduisent à ne pas devoir prononcer son nom, me secondait dans mon effort : un régime draconien de brin de salade verte, de lamelle de carotte orange et de blanche crème chantilly allégée sans sucre, c’était tout ce qu’il m’administrait. Et si j’avais fauté dans son frigo, il avait le devoir de me frapper le sillon fessier à coup de ceinture, à coup de nerf d’homme, là où c’est gras, si graisseux et noir, là où le corps ne peut jamais danser. Pour être pure danse, il me faudrait être délivrée des fonctions digestives et excrétives, devenir sylphe, plume, nuage et air…

      Oh toi dont je ne peux prononcer le nom ni ne le dois, Maître de la danse des gnomes et des sylphes, punis ma paresse de ne pas pouvoir voler ! Soit viol puisque je ne suis pas vol ! Oh je m’effondre épuisée, les membres aussi secs, minces et sans force que des spaghettis dans l’eau croupie des égouts. Tombée dans mon lit, roulée dans mon duvet blanc, je suis enfin l’allégorie de la Paresse, la Miss conquérante de l’anorexie au service de la beauté, je m’envole enfin, légère dans les prémisses d’un sommeil aussi total que l’art de la danse ; je danse disparue, sans corps ni poids, pure dans un rêve de vol qui n’a pas de fin.

      Non, je ne bougerais plus de ce lit si bon. Tu as beau, Prunier, me traiter de paresseuse, me traîner devant une jatte de lait, un gigot d’agneau, un steak de cheval pur sang, je vomis mes organes internes comme je vomis la vie, je danse au-dessus de ce spectacle disparu, je m’évanouis dans une danse aisément mentale et fatale…

      Parfois je vais mieux. Mon tortionnaire m’a fait ingérer je ne sais quel liquide corporel, par je ne sais quelle transfusion buccale, sexuelle, nasale, stomacale ou artérielle… Il me viole maintenant quatre fois par jour avec je ne sais quels instruments et tuyaux, de fer, de plastique. La chambre est blanche et je ne la reconnais plus ; celui dont je ne dois pas prononcer le nom est aussi habillé de blanc avec un collier de caoutchouc et d’acier sur le ventre… Je vais beaucoup mieux, ma main s’appuie sur la barre, Monsieur Prunier peut de nouveau me guider, mes jambes s’appuient sur une paire de pointes en chaussons roses. Je danse avec des muscles de chair et d’acier. Je danse sur la poignée de la porte qu’une seule fois depuis des années il a oublié de fermer. Je sors comme danse le vent dans la rue. Le monstre dont je ne dois pas prononcer le nom me rattrape, me prends la taille, je roule sur le gravier de l’allée où je ramasse un débris de brique et lui colle en travers du front avec l’énergie du désespoir. Je m’échappe de ses mains lâches, je tombe encore, je me traîne à quatre pattes molles jusqu’à une rue que je ne connais pas, je tombe encore, faible comme un duvet échappé de l’oreiller, sur une arête de trottoir vive.... Je me réveille un instant dans les bras d’un bel et jeune policier, la tempe contre le cuir et le métal de son ceinturon, il me couvre avec sa veste qui sent la sueur, et je ne sais plus…

      De nouveau je puis être à la barre. Je ne reprends conscience du crime que devant vous, Mesdames et Messieurs les jurés. Prenez-conscience, vous aussi, de la gravité des outrages que j’ai subis, du crime de ce monstre qui est devant vous, devant moi, j’ai nommé : Monsieur Prunier ! Ne m’a-t-il pas empêché d’atteindre la pure danse en me nourrissant outre mesure, en me changeant en bonbonne avec deux outres de lait gras sur la poitrine, avec une grossesse immonde autour de la taille… J’en vomis… Regardez, j’en vomis… Devant vous… Oh, je sais… C’est répugnant… Oh, je vomis tout… Sur la barre… Enfin libérée… J’avorte ses crimes… Son engeance… Et mon corps.

      - Ne voyez-vous pas qu’une fois enfuie, après avoir réussi à blesser d’un coup de brique au crâne son prétendu tortionnaire, pour ne pas dire trop gentil père de substitution, ainsi rendu aphasique et passablement débile, qu’elle n’était en rien enfermée et qu’elle n’a pas été violée, qu’il ne s’agissait que d’un inoffensif mécène particulier. Sûrement s’est-elle laissée emporter par son fantasme, sa paranoïa, arguant que toute attitude et sollicitude masculine n’est que masque du désir prédateur et violent… A moins que lassé de son attitude molle, de son anorexie militante, hors la danse, il l’ait menacée de la jeter hors de ce cocon-atelier qu’il avait créé pour sa fille décédée et qu’il lui avait offert, croyant qu’elle avait les capacités de la remplacer. Il n’en reste pas moins, que vous avez, Mesdames et Messieurs les jurés, une affabulatrice qui use de tous les délires pour faire enfermer son bienfaiteur, mon client respecté, ici présent, monsieur Prunier lui-même, que je confie, Mesdames et Messieurs les jurés à votre sereine indulgence, à votre sens inné de la justice. Merci pour la vérité et pour mon client.

      - Ma jeune cliente a sans nul doute blessé son ravisseur par légitime défense. Elle n’est que la victime d’un véritable et inacceptable rapt à la fin duquel son tortionnaire moral et physique aurait ouvert les portes, la sachant sous l’emprise du syndrome de Stockholm. Peut-il y avoir d’autre fin au procès de son séquestrateur que la plus sévère condamnation? Vous le condamnerez pour enlèvement, séquestration, mauvais traitements (voyez la maigreur de cette fille) et viol sans atteinte à la virginité.

      Contre moi, Ophélie Primavera, seront retenus le faux témoignage, la dénonciation calomnieuse et l’entrave à la justice. Contre lui la séquestration et les violences sexuelles. Je laisse la place, par paresse intellectuelle vous l’avez compris, à ces deux fins, sans livrer le verdict final que j’attendrai toujours. Comme tous les femmes, comme Phèdre, comme Myrrha, Ophélie et Lady Macbeth, j’attends, silencieuse, dansante, et de mauvaise foi, mon jugement sans la fatigue de penser. Qu’on me laisse enfin dormir…

      Moi Terpsichore, Muse de la danse, je laisserai donc le voile du silence tomber sur Ophélie, mon petit double, ce voile blanc de transparence qui offre à la rêveuse animation de la chorégraphie de ma sœur terrienne tout son mouvement dans l’air…

      Et pendant ce récit, chacun avait pu voir la danseuse (était-ce Terpsichore ou son reflet, son émanation, quelque film stéréoscopique ou hologramme ?) d’abord maladroite sur ses pointes, mais acharnée, puis madrée après l’affreuse nymphose, devenue parfaite et mobile, comme le vol de l’aisance et de la lumière, papillon du jour aux seins lourds et aux ailes aériennes, ensuite modulée par des rythmes jazz et blues, élonguée, saccadée, et enfin brisée, tutu griffé, bas filés, dévastée par des convulsions trash sur le sol, chaussons en lambeaux, côtes du squelette crevant les ordures du frêle costume, saccades comme des ultimes crampes de l’agonie, achevant sa figuration par la métamorphose d’un sommeil qui parut un instant mortel, avant de battre de la paupière du rêve et d’éveiller la pupille de l’ironie…

      Ainsi Terpsichore acheva de danser son histoire, en un ballet tour à tour sensuel, chaste, et obscène. Chacun se rassasia en silence de cette pantomime immense et terrifiante, observant les dessins, les torsions et les volutes mobiles de son corps mince en toutes parties : seins imperceptibles, petit nez mutin, yeux bleus, voix de pépiement d’oiseau. Comme si la chirurgie esthétique de l’art, nez et seins, lentilles aux iris bleus, opération des cordes vocales, avaient changé une pauvre humaine en Déesse…

 

VI Deuxième soirée.

 

      - La danse est-elle encore un art, sinon totalement désuet, demande Uranos avec un rictus cruel dans la voix ? Qui aujourd’hui danse encore comme un art quand on se secoue dans les boites de nuits, quand on fait la toupie en hip-hop, quand on martèle le goudron aux cris égoïstes des revendications sociales ?

      - La preuve, s’il en était besoin, elle ne danse que l’échec de la danse, le fantôme de cet art mort, assène, péremptoire Melpomos.

      - Et l’on ne sait même pas si cette petite danseuse est une pauvre victime ou une infâme manipulatrice. Ardente et paresseuse à la fois, tout est incohérence en ce récit !

      - La nature humaine est plus complexe que les jugements entiers, tempère Clios.

      - Comment peut-on imaginer qu’une jeune fille, danseuse par surcroit, soit autre chose qu’une proie pour l’assouvissement du prédateur masculin dominé par ses sales hormones pédophiliques ? s’insurge Polymnie.

      - Allons donc, rit Melpomos ! Ton féminisme naïf - sexiste par là même - semble oublier que le diable peut-être femme, y compris si jeune femme…

      - On peut soutenir l’hypothèse de la fausse accusation, reprend Clios, sans pourtant dédouaner les vrais violeurs.

      - Et personne ne se moque de ses deux fins possibles indignes d’une Muse ? contrattaque Euterpe. Mademoiselle se prend-elle pour un Diderot qui bâcla trois fins pour son Jacques le fataliste, ou pour un John Fowles qui hésita entre deux conclusions pour La Maîtresse du Lieutenant français… Peut-on ainsi savoir la vérité, due à tout bon récit policier ?

      - Mettez plutôt à l’épreuve votre sens du verdict, tranche Calliope… En attendant c’est sur la qualité de ce récit que votre verdict est attendu. Votons donc.

      - Je ne sais pas, je ne veux pas savoir, débrouillez-vous, je vous laisse la responsabilité du choix, intervient aussitôt Terpsichore. Je ne consens à voter ni pour ni contre moi-même et mon récit…

      La juge éloquente condamne non seulement le machisme prédateur universel, mais ce récit qui ne sait pas choisir son camp. Clios, Euterpe et Calliope approuvent son récit, lorsque l’on aboutit à un score désastreux : trois voix pour, cinq contre, les plus virulents paraissant être Uranos et Melpomos, laissant une fois de plus au public télévisuel de Muses Academy garder son vote secret jusqu’au dernier jour… Terpsichore, malgré son indifférence affichée, parait accuser le coup : son regard chancelle. Elle se reprend pourtant en annonçant qu’elle part prendre un bain…

 

Extrait d'un roman à venir : Muses Academy, synopsis, sommaire et Prologue

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

Photo : T. Guinhut.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 10:30

 

Palazzo Ducale, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Le Fantôme du CouloirdelaVie.com

 

Muses Academy, V bis.

 

 

 

 

      -Ecoutez ! intime Calliope, notre reine des Muses, l’index sur le chocolat au lait de ses lèvres ourlées. Le précédent récit, celui de notre Terpsichore endormie, n’était-il pas bien court ?

      -Paresseux pour le moins, ironise Melpomos, la lippe viscéralement méprisante.

      -Aussi je devine une voix qui veut se faire entendre.

      -Voix de notre mère, la Mémoire, ou voix d’un oracle ? demande Clios.

      -Ecoutons-la. Ce sera un récit surnuméraire.

     -Un récit fantôme avec des fumées du Styx et des souffleries d’arrière-scène, s’amuse Thalios.

       -Chut :

 

 

      -Qui êtes-vous ?

      -Je suis celui qui vient.

      -Pourquoi ?

      -Parce que je suis ton fantôme.

      Ce dernier mot avait dans sa bouche absente une saveur de vieilles ailes de papillons de nuit écrasés, d’écorce de bouleau mangée de lichen...

      La mécanique ridicule -et depuis des siècles usée- des cauchemars n’avait déjà plus de sens dans mon fantasme diurne. Ou dans mon rêve nocturne. Alors que le matin de la minuit écrasait les aiguilles désossées de la montre-bracelet qui étranglait mon poignet. Je m’extirpais comme une larve de mon fauteuil de cuir froissé. Les volumes du Tour d’écrou, de Frankenstein, de La morte amoureuse m’étaient tombés sur les genoux, les chevilles, sur le tapis élimé.

      -Je suis celui qui revient.

      Cette fois, à moins qu’en me frottant les paupières j’avais rêvé que je me réveillai, il était bien là, en smoking crasseux, avec des doigts osseux, un sourire étroit laissant transparaitre des dents bien trop technologiques pour être naturelles.

      -Je suis celui que tu seras et que tu étais.

      -Pouvez-vous être plus clair ? lui demandai-je, tentant de faire front avec fermeté à sa voix éraillée, un brin nasillarde.

      -Je suis le clone de toi auquel tu ne peux échapper. Car tu as souhaité, payé. Tu es mort et tu n’es pas mort.

      Je crus m’en sortir avec aménité :

      -Veuillez sortir, s’il vous plait.

      -Mais je suis là parce que tu es là. Inséparable de toi. Quoique ta disparition n’enrayera en rien mon existence, mon éternité qui est la tienne, reproduit que tu es pour te succéder ad vitam eternam. À demain, même nuit, même nulle part et partout, cher Maxime…

      J’allais m’ébrouer le visage dans la force de Coriolis de l’évier. La clarté paisible de la salle de bains aux frais carrelages bleutés, le duvet moussu et neigeux d’une serviette contre ma peau, voilà qui faisait de nouveau partie de mon réel préféré.

Même nuit en effet. À moins que ce fut la reproduction de la précédente. Il était là, miroir où je crus reconnaître mes pires défauts, dominant mon lit, mon oreiller, mon rêve :

      -Te souviens-tu des locaux de la Fondation ? Du Couloir de la Vie ? Là où glissait ton corps-esprit ? Là où une lecture intégrale t’a cloné en moi-toi-même…

      Je me souvenais, oui, avec la plus impeccable netteté, de la chose, de ce voyage horizontal dans la lumière. Après être entré dans le bâtiment de la Zone Technologique de Zurich, m’être miré dans la blancheur de ses parois, le cristal de sa porte double. Un personnel impeccablement silencieux aux traits anonymes. Linge de papier, gants d’ailes de libellules, masque d’air stérile. Scan intégral en sur et infra-luminescence en tunnel, code ADN et ARN, groupe sanguin, groupe tissulaire, groupe cellulaire, infographie de la moelle épinière, numérisation neuronale en surcode de Türing, fond d’œil, aura charnelle et intellectuelle, poétique épique et affective, toutes les données furent prises et enregistrées en moins d’un quart d’heure. Pour bien plus qu’un quart d’éternité…

      -Tu oublies l’essentiel, reprit mon fantôme. Ensuite, imprimante par nuage d’Osborne en moins de neuf mois. Plus exactement en neuf heures, neuf minutes, neuf secondes. Puis neuf jours en cocon-sarcophage. Tout cela en dehors de tes yeux qu’il ne fallait pas blesser. Et me voilà ! Moi, ton semblable, ton jumeau, ton interchangeable, ta résurrection…

      J’en restai bouche bée.

      -Souviens-toi ! Le Couloir de la Vie est en fait double. Le premier où ton corps et ton esprit ont glissé pour être cartographié, enregistré, en cinq dimensions, la quatrième étant biochimique et la cinquième conceptuello-neuronale. Le second, où, par la vertu d’une imprimante cinq dimensions, c’est moi, Hortus Major, qui ait éclos, clone impeccable et définitif.

      Dès le nuage de lait dans la noirceur du café, j’oubliai tout ce fatras, qui se détachait de mon enveloppe cervicale comme un vieux plâtre inutile. J’allais vaquer à mes raisonnables et légitimes occupations…

      Le lendemain (quel lendemain ?), n’ignorant pas que les portes du cauchemar sont au sommeil de la raison, là où s’auto-engendrent les monstres, je le réentendis, assénant ses vitupérations :

      -Sache que je suis tes pires terreurs : l’Inquisition et le fascisme, le communisme et le terrorisme, le fanatisme des lapidations. Et bien pire : le néant de l’oubli qui te condamnerait à la plus définitive des inexistences.

      Cette fois-ci, il avait un pantalon fraise écrasée, une veste banane et une cravate petits pois. Un clown, un dingo ! Avec un miroir sur le visage, avant de s’évaporer dans la touffeur nocturne…

 

      De guerre lasse, épuisé par ces nuits où ce qui restait de moi s’affalait devant la consistance assurée de celui qui se disait mon fantôme, mon double, ma reproduction, mon clone -il avait l’impudence de se dire mon ami, mon cœur, mon confident, mon amant secret !- je décidai de procéder aux indubitables vérifications du réel.

Je me rendis d’abord, après quelques heures de route, dans cette Zone Technologique de Zurich où j’avais signé le contrat, puis glissé, allongé comme un passager intergalactique, dans le Couloir de la Vie. Je reconnus en effet la bretelle d’autoroute, l’ « Aire des Technologies d’Avenir » et, parmi ses bâtiments rutilants d’inox et de verre, aux toits végétalisés et arbustifs, le hangar bleuté, se confondant presque avec le ciel à peine nuageux de l’après-midi, dont l’entrée s’acheminait par un labyrinthe de buis miniature. La porte était bien là, et, comme l’on gravait d’or au fronton des églises « Porta Coelis », la raison sociale de la Fondation gravée en argent sur verre : « CouloirdelaVie.com ».

 

     Mais à l’encontre de mon souvenir, ou de ce que l’on m’avait persuadé de concevoir comme un souvenir, la baie de verre ne s’ouvrit pas à mon approche. Rien d’ailleurs ne permettait d’imaginer un bouton de porte, un audiophone, une présence humaine. Le nuage de la baie n’offrait à la vue que le reflet du ciel vide, qu’un ombreux reflet immature de ma personne, désemparé. Par les excroissances, les adjacences et les articulations du labyrinthe de buis, je fis le tour, en trente-cinq minutes, du bâtiment aux inusables parois d’acier poli. Sûrement, si j’avais dû dessiner le plan de ce dernier, j’aurais abouti à quelque chose qui aurait dû ressembler aux peintures abstraites et calligraphiques acérées du peintre Georges Mathieu.

      De retour devant l’entrée, qui visiblement ne consentait pas à en être une, mon smartphone tenta d’appeler le secrétariat, voire la tête pensante du « Couloir de la Vie.com ». Seule une délicieuse voix féminine, plus sucrée qu’un gâteau bavarois à la crème et aux fruits confits, me répondait, ou plus exactement me répétait en boucle : « Le CouloirdelaVie.com est au regret d’être fermé pour vacances. Veuillez renouveler votre appel à une date ultérieure ». S’en suivait une alarmante répétition, en boucle, des premières mesures de l’Orfeo de Monteverdi.

      Je rentrais à Genève. Pour le moins surpris, j’évitais de me laisser submerger par une quelconque inquiétude, pourtant sourde, évitant de savoir qu’une créature de la nuit se disant moi allait une fois de plus me rendre visite, réclamer d’autorité mon attention, me la sucer, me la vampiriser. Qui sait, jusqu’à la remplacer par l’autorité de sa présence, de ses impératifs physiques, intellectuels et moraux.

 

      -Ecoute-moi bien, Hortus Minor. Je suis Hortus. Mais Hortus Major. J’ai le tiers de ton âge. La forme physique et spermatique de tes vingt ans. Mais la force intellectuelle de ta maturité. La somme de tes connaissances, de tes capacités argumentatives, y compris ce que, sans que tu t’en doutes peut-être, tu as perdu, est en moi. C’est-à-dire en plus. Je suis ton surhomme.

      Le rêve -ou la réalité- se brouilla aussitôt, ne laissant qu’une persistante odeur de métal poli au-dessus de mon bureau…

 

Clonage. Vestiaire d’Esprit. Photo : T. Guinhut.

 

 

      Le lendemain, mon smartphone rappela les locaux zurichois du CouloirdelaVie.Com. En trois langues, allemand, français et italien, une voix cyclamen fit son chemin dans mon couloir auditif : « Le numéro que vous demandez est actuellement en dérangement. Veuillez renouveler ultérieurement votre appel ». Il n’y avait même plus de musique.

      Cette fois il était jour, du moins me semblait-il.

      -Ecoute-moi bien, Hortus Minor. Je suis ton Hortus préféré. D’ici quelques années, tes forces, physiques, affectives, intellectuelles, décroitront. Alors que je serai dans la force d’un âge insensible au temps. Pourquoi ne pas maintenant te dissoudre et te confier totalement à ce que tu es ; c’est-à-dire moi, le vrai toi ? Pourquoi résister à cette dernière et indispensable étape : l’acquiescement ? La disparition de ta conscience en voie de péremption ne signera que ta résurrection effective dans ta surconscience qui est en face de toi, qui est Hortus Major. Tu découvriras alors ton entièreté, ta solidité, ta force de vie éternelle. N’y a-t-il pas un contrat signé de ta main, de notre main ? Laisse-toi glisser, mieux qu’Alice, de l’autre côté du miroir…

 

      Certainement j’avais trop lu Frankenstein bien avant dans les oreillers de ma nuit. Comme si entre deux chapitres s’étaient intercalées les séquences de mes rêves et cauchemars, les séquences de mes démarches administratives et scientifiques, comme si l’intrus et comédien, envoyé plus ou moins bien programmée du CouloirdelaVie.com, avait entrebâillé autant la porte de ma conscience que de ma chambre.

      N’importe quoi ! Les seuls intestins du cauchemar, les flatulences de la spéculation nocturne… À moins que quelque chose de rationnel, un seul fait, se soit glissé sous ce délire. Cette fois le numéro de Couloir de la vie.com, quoique toujours trilingue, comme en Suisse il se doit, ne savait plus que répéter : « Le numéro que vous demandez n’est pas attribué ». Jusqu’à ce qu’une croissanterie, une nouvelle station de téléphérique, qui sait, réponde à son tour…

      Le site internet lui-même, pourtant luxueux, n’affichait plus que « Désolé. La page demandée n’existe pas ».

      Soudain, je me rassérénai : s’il y avait ne serait-ce qu’un embryon de réalité à toute cette affaire, il ne devait pas manquer d’exister une trace de paiement ! En effet, consultant mon compte bancaire genevois, quelques milliers de Francs avaient été réglés à la société Neurobiotech. Comment avais-je pu oublier cela ? Ma nuit était opaque, mon jour laiteux à ce point ! Je retrouvai aussitôt l’objet du délit : le code source de l’imagerie bioneurale réalisée à mon nom. Rien moins que deux centaines de pages, pour moi illisibles, mais dont nous avions joué à croire, avec la réceptionniste et le technicien, qu’elles permettraient, dans le cadre d’une technologie qui n’avait pas encore vu le jour, de réactiver le corps et la mémoire une fois remplacée, plus efficacement certes, la résurrection des corps peinte aux fresques des églises médiévales.

      Décidément le goût du réveil, parmi mes pourtant meilleurs oreillers, était moite…

      -Petit Hortus minor, entendons-nous bien. La pâle copie que tu es me fatigue. Cesse de compulser cette liasse de papier qui n’est qu’une trace sans vie, destinée au broyeur de documents confidentiels. Jette-là sans tarder dans la bouche bleue de l’appareil ! Bien. Maintenant, parlons tout net. Il est impossible que nous coexistions ; j’avoue d’ailleurs ne pas comprendre ce qui autorise cette coexistence. Impérativement l’un de nous deux, puisque nous ne sommes qu’un, le même, doit disparaître. Dois-je te faire un dessin ? Je suppose qu’au moment même où je corporifiais tu aurais dû t’évanouir du même souffle. Par conséquent la politesse voudrait que tu cèdes cette place que de longtemps déjà tu as occupée. Qu’attends-tu pour t’annihiler ? D’ailleurs, tu n’y perdras rien puisque je suis toi, puisque tu seras moi, puisqu’il est de toute nécessité de supposer et d’affirrmer preuves immédiates à l’appui que ta conscience misérablement individuelle à demi, se résorbera pour se réaliser en toute puissance dans la mienne. En ton immédiate et plus que parfaite résurrection.

      Je crus m’éveiller en sursaut. Quoi, ce faciès en quoi je reconnaissais l’abjection du miroir était pour moi le mal radical ! Non que je sois la bonté originelle, bien sûr… En attendant ma chambre était vide, insonore, étouffante…

      -Vous n’existez-pas ! lui criai-je, exaspéré. Pas même un fantôme. À peine l’ombre noire d’un fantasme.

      J’eus la sensation ridicule de m’adresser à une urne de poussière, au vide où ne sont même pas les trous noirs de la cosmologie. Seul un rai oblique agitait, depuis l’interstice des rideaux estivaux, les fibrilles et les insectes translucides de la lumière.

      Mais pourquoi restais-je à Genève par cette chaleur qui engendre des monstres ? J’aurais dû rejoindre la fraicheur de la raison, à l’hôtel Weishorn par exemple, à plus de deux mille mètres d’altitude, donc au bas mot dix degrés de moins, sans compter le vent des orages, l’onction des pluies.

 

      -C’est toi, petit animalcule, reprit mon trop cher fantôme, impavide et narquois, qui va dans un instant ne plus exister ! Il va suffire que je te touche pour que n’existe plus de toi que le vide entre tes électrons…

      Malgré moi je reculai. Son index, mollement tendu comme celui du Dieu de Michel-Ange, s’approchait inexorablement de mon visage, de ma peau, de la peur de mes pores…

      Il y eut une muette déflagration. Je crus un instant que la commotion m’était fatale. Mais l’infime contact de son empreinte digitale sur ma joue avait soudainement résorbé son corps, son entité, son aura, en une infinie chute de particules cendreuses, le plus souvent dorées. Elles dansèrent en groupe un bref moment, comme dessinant la vapeur d’un corps sous la douche, puis s’égaillèrent sur la blondeur fauve du parquet. Ce n’étaient plus que quelques cendres comme de papier journal après la crémation, quelques écailles infimes comme venues de la desquamation d’un tableau pré-Renaissance à fond d’or, là où l’on représentait les saints et leurs auréoles généreuses. Un souffle d’une fraîcheur relative venu du changement de temps annoncé passa par les fentes des persiennes et balaya ce qui n’était plus qu’une absence…

      Bon débarras ! Quoiqu’il ne restât pas même l’âcreté d’une poussière pour authentifier l’événement, pas même un champ de particules pour imaginer identifier l’ADN de la Créature rendue ad patres, je jubilai ! Certes, il faut aimer son ennemi, conseillait le Christ, mais en toute cette dramatique je ne m’étais guère senti la patience du martyr. Je me passais même du trophée, peau d’écorché, momie cartonnée, saint-suaire turinois (était-il nu, vêtu ?), qui aurait pu signaler au monde ma victoire, même si je n’avais absolument rien su faire pour elle.

 

      Depuis combien de temps durait cette histoire ? Un mois ? Une semaine ? Quelques interstices du cauchemar nocturne, du fantasme gourmand et du rêve éveillé peut-être. À moins qu’il s’agisse des éclats de la création d’un savant fou qui m’aurait manipulé, d’un artiste qui m’aurait écrit…

      Toute cette histoire n’était évidemment que celle d’une poignée de nuits caniculaires dans des draps en sueur. Ou d’une seule. Entrecoupées de réveils, de bribes de cauchemar, de verres d’eau glacée… Le matin était bien là, déjà torride. Cependant, à mon plus grand soulagement, une ribambelle de cirrus voluptueux s’étalait au travers du bleu du ciel, présageant pour la soirée l’arrivée d’un front froid, de pluies fraiches et d’automne précoce.

      Je me jetai sous la douche, sur un thé à la menthe, des confitures de litchi et des pains aux noisettes, heureux de vivre, d’être unique et singulier.

      Devais-je alors tirer, le plus rationnellement du monde, une morale de cette déflagration d’images et de sons ? Il me semblait qu’une fois de plus, les avancées scientifiques les plus audacieuses, les plus spéculatives, si elles promettaient de frôler le sol des réalités, engendraient à mon intellect défendant, moins l’enthousiasme, même circonspect, que les craintes, y compris les plus irrationnelles. Comme si l’escalier de la peur allait devoir s’effondrer parmi les couloirs de la prométhéenne catastrophe, du châtiment opposé à celui qui avait eu l’indécence coupable de forcer les lois de la nature, voire d’un Dieu, de dépasser les limites de la vie et de la mort… Une sorte d’éthique conservatrice grotesque imposait le respect obligé des contraintes dont la nature nous borne aux frontières inéluctables de la mort. Transgresser les limites de la vie serait, alors, comme auprès d’un bûcher médiéval, le péché capital, punissable du pire enfer…

      Balivernes que tout cela. L’imagination scientifique et biotechnologique devait avoir droit de cité, hors de toute irrationnelle déflagration du cauchemar aussi bien diurne que nocturne.

 

      Quand, sur le côté gauche, de mon bureau une liasse inconnue attira mon attention : quelques centaines de pages, des séries de chiffres, absolument illisibles, comme des agrégats de code-barres. Visiblement de ma plume, j’avais biffé ainsi le cartonnage jaunâtre qui servait de malhabile couverture : « Hortus ou Le Fantôme du CouloirdelaVie.com ».

 

 

      -Joli récit, je like et surlike, annonce Erato. Serait-ce une de tes manipulations favorites, Calliope ?

      -Entendu et approuvé ! ajoute notre Historien Clios. Mais pourquoi les avancées de la Science seraient-elles forcément effrayantes ?

     -Rappelle-toi Frankenstein, intervient farouchement Melpomos. Si l’homme s’empare du pouvoir de la vie conféré aux Dieux seuls, son hubris ne peut qu’aboutir à la catastrophe.

      -Toujours tragique, notre Melpomos, assure Uranos. Au contraire, la vie humaine n’est qu’une lutte contre les excès du Destin. Il n’est pas interdit aux Muses d’inspirer l’humanité et les sciences pour qu’elle améliore et dépasse sa condition. Un transhumanisme est à notre portée.

      -À condition d’en user avec sagacité, remarque Clios.

      -En un mot, continue Calliope, de rester au service de l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur.

      -Les hommes ne sont-ils pas les clones inférieurs des Dieux et des Muses ? tonne Melpomos.

      -À moins que ces derniers ne soient les clones des animaux religieux et politiques, corrige Clios.

      -Il reste un moyen, pour le moment plus sûr, de se cloner, affirme Calliope.

      -Lequel ? demande Polymnie.

      -Nous le savons toutes ici : l’œuvre d’art…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Muses Academy, synopsis et sommaire

 

 

Monasrterio de Yuso, San Millan de la Cogolla, La Rioja. Photo. T. Guinhut.

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 14:21

Stiftsbibliothek, St.Gallen, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Muses Academy

 

IX

 

Récit du cinéaste Thalios

 

L’ecpyrose de l’Envie.

 

 

 

(...)

Les vols en série me devinrent coutumiers, facilités par de sophistiquées techniques de pickpocket, d’illusionniste. Il me fallait consacrer mon peu d’argent à voyager pour léser de nouvelles victimes aux richesses trop concurrentes qui ne pouvaient être amoureuses de leurs livres puisqu’elles les vendaient. Voyager pour brouiller les pistes, ne pas voler plus de deux fois dans la même boutique, écumer Bruxelles et Francfort, Lyon et Genève, Milan et Munich, Bordeaux et Londres… Si je ne dépensais plus guère mes sporadiques émoluments dans les librairies anciennes et modernes, je les jetais à pleines mains (lorsque je réussis à vendre le scénario de Ghost in the black town) dans les billets d’avions qui étaient autant de sésames vers de nouvelles boutiques, de nouveaux trésors qui surprenaient mon érection bibliophilique autant dans ma culotte que dans ma calotte crânienne : les Mille et une nuits illustrées par Van Dongen et reliés par Paul Bonet, un San Antonio illustré par Dubout et dédicacé, Les Baisers de Dorat aux gravures, bandeaux et cul de lampes par Eisen dont j’embrassais longuement la reliure en cuir de biche tendre ornée de fers dorés aux baisers, la Bible miniature de Rutlangenner, dont la plupart des exemplaires furent brûlés à cause de la gravure jugée licencieuse de Loth et ses filles, le Voyage in moda Utopia de Pichegrande et ses illustrations sur canivet, le Manuel d’inquisition des sorcières relié au XVI° en peau de fesse de suppliciée, Les Priapées de Saint-Vit faussement relié sous le cuir noir à la cathédrale des « Prières matinales pour le parfait chrétien » en fait pour de culottés calotins…

Jusque dans les films de mes rêves j’allais voler. Je rêvais de lèvres de crapauds qui se pendaient aux oreilles, de livres de magie noire jamais répertoriés, y compris à la Bibliothèque du Congrès, sur le pouvoir obscène de la bave de crapaud, sur l’encre magique que l’on pouvait extraire de crapauds pressés entre deux plaques de bronze, de livres païens reliés en peaux de crapauds pustuleux et racontant les amours interdites de crapaudes bipèdes aux cuisses ouvertes au-dessus des humains fascinés… Et le matin, lorsque je voulus lever des croquis de ces livres pour les filmer, ils avaient disparus… Qui donc me les avait volés dans mon rêve ?

Toujours, une micro-caméra en marche à la boutonnière, j’illustrais le sempiternel combat et l’assomption enlacée de ces ami-ennemis indissociables : le livre et le cinéma. J’aurais voulu pouvoir me greffer sur la cornée une pellicule sensible enregistrant pour la postérité ma vision ainsi que mon permanent jeu d’acteur reflété dans une dimension satellitaire sans cesse suspendue autour de moi… Un film racontant l’histoire d’un bibliophile animé par le démon de l’Envie, ce suave péché capital, me venait à l’esprit…

Un jour cependant, je fus à un doigt de me faire prendre. A Lyon, une fois la vitrine ouverte avec la permission de la clef de l’officiante, mes doigts salivèrent au contact d’un Ronsard publié du vivant de l’auteur et couvert de peau de vélin aux fers dorés. La libraire était digne, son chignon impeccable, ses fines lunettes lui faisaient une maturité charmante. Est-ce parce que je me laissai chavirer un moment par ce charme que mes doigts perdirent le charme qui devait les faire agir en glissant l’un des deux objets de mon désir dans une de mes poches aux fonds masqués ? « Si Monsieur veut bien nous rendre le Ronsard avant que j’appelle la police… ». Thalios recouvra en un instant son meilleur sang froid. « Ah pardonnez, j’ai dû le reposer de manière erronée parmi les Bible ou les Elzevier ». Ce tour de passe-passe, étant donné le format modeste, fut exécuté sans coup férir, Thalios le faisant jaillir d’entre deux tomes de La Jérusalem délivrée. « Que Monsieur m’excuse, j’avais cru… » « Ce n’est rien », la coupa-t-il. Peut-être aurait-il pu alors, la glace étant rompue, changer son visage de crapaud en celui d’Humphrey Bogart et tenter une délicate manœuvre de séduction empruntée à Jean Marais, mais en tuant un de ses désirs, et le plus aigu, elle avait tué l’autre… Ce Ronsard lui manqua longtemps…

Mais dans ma grange bibliothèque, malgré quelques travaux sommaires livrés aux paluches grossières d’un artisan morvandiau, la splendeur de mes collections, les tranches peintes par des doigts experts en fleurs de lys et autres marbrures, les reliures aux sourdes brillances souffraient d’une incongruité monstre. Poutres torves, murs lépreux -qu’on ne voyait d’ailleurs presque plus sous les étagères de planches moisies lourdement garnies- plancher noir de nœuds, troué d’yeux aveugles, tatoué de crasse séculaire, plafond de plâtre taloché et tordu comme l’estomac d’un variqueux, l’écrin n’était en rien digne des bijoux indiscrets. Il fallait bien effet l’œil inexpert du menuisier plâtrier pour se contenter d’expectorer un « Ben Bon Diou, y en a pour du pognon ! », car quiconque eût ici pénétré, dans ce bâtiment aux extérieurs un brin sordide, n’aurait pu que s’exclamer combien il était transporté dans un musée richissime. Je manquai de place, je manquai de beauté. J’eus beau livrer à l’autodafé d’un joli brasier rouge et bleuté, quelques médiocres centaines de films bêtement accumulés, pour ne garder que le meilleur du cinéma et ainsi gagner quelques mètres de rayonnages, les acquisitions nouvelles confluaient et se bousculaient comme les containers dans un port chinois. Il me fallait donc un lieu que je ne pouvais acquérir. Pourquoi alors ne pas se transporter, avec la fine fleur de sa collection, dans une des plus belles bibliothèques d’Europe et s’y livrer à une occupation, une possession exclusive et ultime, dans le sublime orgasme du bibliophile comblé ? Ce serait mon rôle le plus intime, révélateur, au dessus de la verdeur grenouillesque de mon visage, de mon goût parfait, de ma capacité de composition d’un univers en réduction par la grâce de la bibliophilie filmée, ce serait mon film le plus esthétique et extatique, enfin échappé dans la transcendance…

Patiemment, j’échafaudais un plan parfait pour parvenir à mon acmé. Après maintes documentations, explorations et délibérations, j’arrêtai mon choix sur la bibliothèque Anna Amalia de Weimar. La plus belle de toutes, certes pas l’une des plus vastes, des plus nombreuses et des plus riches, mais encore à taille humaine, intime comme l’amour autour d’un corps. Son plan ovale mimait le cosmos. Son Apollon vainqueur et solaire s’élançait au plafond peint au travers et au-dessus des balustrades du seul étage. Ses bustes de poètes et de philosophes étaient aussi purs et blancs que ses stucs baroques. Ses étagères exquisément moulurées et peintes étaient chargées de trésors sensuels en cuirs et vélin, en allemand et latin, en italien et français, manuscrits enluminés et incunables, jusque là hors de ma portée qui allaient devenir miens et dont j’allais abreuver mes yeux et caresser mes doigts jusqu’à l’âme… Sûrement, son Conservateur pourtant comblé de suavités bibliophiliques ne savait pas la posséder, l’aimer, l’idolâtrer…

Sous les caméras de surveillance d’Amalia, Thalios revint plusieurs fois, à chaque fois discrètement déguisé en un écrivain différent, et chaque fois déguisant sa voix comme un acteur de comédie à petit budget qui doit interpréter à lui seul tous les rôles, depuis la diva jusqu’au bruiteur de dessins animés : Walter Benjamin à moustache et feutre mou, Tristan Tzara au nœud papillon et à la voix perchée sur son monocle, Richard Burton noir de mélancolie et à la voix rauque comme un dragueur de bile, Virginia Woolf au chapeau-cloche, Casanova aux poignets de dentelles et aux tabatières de diamants, Raymond Chandler au col de celluloïd taché d’encre de machine et à la voix déglinguée d’alcool, Léopold Sédar Senghor vêtu de perroquets violets et d’un chapeau d’écorce de baobab, Thomas Mann aux boutons de manchettes en or, Borges en aveugle avec canne à pommeau elliptique et cosmique, Dante en bonnet pendant, Umberto Eco avec barbe et lunettes, Roberto Bolano aux traits émaciés par le cancer du foie, Murasaki Shikibu en kimono d’intérieur aux oies sauvages volant vers le septentrion, Héraclite avec des cendres volcaniques sur ses pieds nus, Rudyard Kipling sous un turban indien, Cervantes avec une fraise comme sur le portrait du Comte d’Orgaz par Le Gréco, Frédéric Dard sous une piteuse calvitie, Proust en veston blanc et cathleya à la boutonnière avec une voix de folle achevée... A chaque fois, je cachai quelques uns de mes livres préférés derrière les rangées de livres en prenant bien garde que la Cerbère à gros cul et jupe entravée jusqu’aux lèvres en col de poule ne me vit pas. Après une cinquantaine de visites toujours plus extasiées, je me cachai derrière une étagère en espérant que la grue filiforme de garde qui remplaçait ce jour là mon anti-égérie avait omis de compter le lot de visiteurs. Je collai alors sur les œilletons des caméras une photo approximative de ce qu’elle devait veiller, photo piratée en m’introduisant via internet dans le logiciel de sécurité.

Dans mon hôtel de Weimar, dont le balcon avait reçu la morve allemande des discours éructés par le Führer (ce charlot qui avait écrit un mauvais livre et avait fait brûler ceux d’autrui sur des bûchers vulgaires et criards), je rêvais sur écran géant  de crapauds immenses envahissant la bibliothèque Anna Amalia de leurs sexes pustuleux ouverts comme des doubles pages in folio pour absorber leur lecteur; je rêvais de Charlot Chaplin jeune qui venait me prendre la main pour me remettre sur la scène un bouquet d’Oscars, et c’était un panier de ces livres reliés en peau de crapaud noir, de ces démonologies interdites qui brûlaient les mains de ceux qui les saisissaient autrement qu’avec des gants en peau de porc, qui brûlait le désir et le cerveau et la bistouquette innocente des bibliophiles obsessionnels…

Je venais alors de déchiffrer une affichette chez le seul libraire d’ancien de Weimar -ce pourquoi je m’étais bien gardé de le piller, malgré une tentante édition originale du Werther de Goethe, reliée en veau blond raciné- qui mettait en garde contre un voleur bibliophile poursuivi par Interpol. Il y avait également un portrait robot alarmant, qui ne me ressemblait pas vraiment, ou qui ressemblait à l’acteur de mon propre rôle… Mes jours de liberté étaient probablement comptés. Mon projet devenait plus qu’urgent. Ma quête des plus grands livres de la civilisation humaine allait de toutes-façons trouver son terme. Soit j’étais menotté avec un ultime livre précieux sous mon aisselle ; soit je consentais à voir avorter l’expansion infinie de ma collection en cessant tout bonnement mon activité paradisiaque. Penser que j’aurais pu ainsi, si l’impunité m’avait préservé, doubler, tripler, sextupler pour moi seul la richesse de l’Anna Amalia…

 

Stiftsbibliothek, St.Gallen, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

 

Enfin, une nuit, sous mes propres projecteurs, sous ma propre caméra, j’installais au centre du parfait ovale baroque, entre les manuscrits enluminés et reliés en peaux de porc, les Genèses incunables aux fermoirs de fer et aux gravures coloriées par de saintes mains, les Décaméron historiés, les vies et les conciles ecclésiastiques, les auteurs latins traduits pour la première fois en français, les éditions originales de Goethe et Schiller, les études de linguistique arabe et les contes des Mille et une nuits dans l’édition du Cabinet des fées, j’installais disais-je, les fleurons de ma collection volés aux douze coins de l’Europe. Je les rangeais sur le sol. En ordre de bataille, comme de braves soldats du feu. Les plus petits devants. Les plus grands derrière. Tous leurs dos aux titres dorés riant vers la lumière. D’abord une minuscule Foutromanie du XVIIIème français aux gravures cochonnes et maladroites, premier opus que j’avais ici amené sous le manteau. Au second rang, la première édition complète et ne varietur de l’édition Brockhaus, conforme au texte original de Casanova, de L’Histoire de ma vie, reliée en maroquin citron. Au troisième rang mon Diable à Paris, objet de mon premier amour voleur. Au quatrième rang les grands cartonnages Hetzel en percaline vieux rose illustrés par Gustave Doré. Au dernier rang les in-folio pour lesquels j’avais dû harnacher l’intérieur du dos de mon pardessus : Atlas de Blaeu et autres volumes de planches de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Avec quel ravissement et religieuse vénération n’installais-je pas mon Discours du Songe de Poliphile, exemplaire venu des bibliothèques Fuger et Esmérian, illustré par Cousin ou Goujon et relié dans le style de Grolier, rarissime objet volé à Chartres chez Sourget. Et mon Ovide, les Métamorphoses en latin, publiées en format oblong chez Plantin à Anvers en 1591, illustrées de 180 gravures sur cuivre qui me mettait le feu aux joues à chaque fois que je ne faisais que penser à lui. Environ cent cinquante volumes chatoyants ou ternis par la gloire des temps qui allaient être rédimés dans la gloire du feu intellectuel et d’origine divine qui les créa. Parmi lesquels, bien sûr, Les Cent visages du cinéma, dont les 700 pages, sur vélin pur fil Lafuma numéroté, avec envoi de l’auteur, étaient reliées avec un savant collage de chutes de pellicules de L’Eternel retour de Cocteau ; ainsi que mon fripon Voleur de Darien au tout premier rang relié plus rouge que le feu aux joues de la honte et du bonheur mêlés. Car qui ne sait pas que la mort de l’aimée est pour l’amant l’émotion la plus folle et la plus transcendante… Je voulais donc pour mes livres et pour la bibliothèque la plus belle ecpyrose : brûler d’amour pour eux et pour elle ensemble !

Mes cinquante tickets d’entrée, je les avais avec soin collectionnés: quels délicats allume-feux ne feraient-ils pas ? L’essence des grands textes et des beaux livres allait se réaliser dans l’essence qui les humectait, dans l’essence qui allait jaillir comme du sperme igné de l’esprit séminal de notre Thalios, ainsi définitivement unis au corps des livres et subsumé en parfaite essence bibliophilique dans l’embrasement amoureux et conjoint de son enveloppe mortelle, de l’éternité des livres, de l’éphéméréité de la belle Anna Amalia Bibliotheka.

Mon savant délire de complètement allumé m’avait permis, lors de mon dernier voyage, de cacher dans mes jambes de pantalon et manches de veste -j’avais eu l’air alors d’un Joyce haltérophile à moitié invalide à Zurich- huit longues fioles de zinc remplies d’essence sans plomb qui allaient se muer en autant de cocktails molotov. Sans compter les deux litres d’eau de vie de framboise dissimulées sous mon chapeau qui avaient accentué ma dégaine d’auteur de polars de gauche bourré comme un coing et qui allaient arroser ma chère collection de volumes précieux. Y-compris le tirage de tête dédicacé, sous reliure ignifugée, du Nom de la rose d'Umberto Eco...

Mais au moment de réaliser mon grand œuvre, mon opération alchimique, qui évacuerait ma peau de crapaud, ma voix coassante, conjointement à l’ecpyrose de la masturbation splendide de ma colonne grecque, et au moyen de l’allumette soufrée frottée contre les flancs violets de la boite, jetée sur les reliures imbibées et odorantes, lorsque le ballet des flammes s’éleva vers moi en un vlouff soudain et salvateur- Thalios n’avait pas prévu (oh cécité de la volonté !) qu’un performant système de sécurité allait se mettre en action.

Echaudés par le précédent incendie, causé celui-là par une défaillance électrique, le conservateur et ses multiples experts avaient fait installer le nec plus ultra en matière de protection contre le feu. Au même instant, sans rien distinguer de sa folie, que sa caméra, elle, distinguait, Thalios entendit le souffle vainqueur de son bûcher, le glissement de vitres anti-feu le long des boiseries de chaque rayonnage et une vigoureuse douche de neige mousseuse. Cramé autant qu’enneigé, plus noir et blanc qu’un caractère d’imprimerie à demi effacé sur une page, Thalios barbota quelques minutes dans la boue crémeuse, qu’il ne confondit qu’un instant avec le sperme misérable de l’extase qu’il s’était procurée au moment exact du frottis inflammatoire, à moitié étouffé jusqu’aux amygdales, les chairs des membres moins caramélisées qu’une peau de magret de canard jetée sur la poêle…

Quand un escogriffe neigeux surgit alors… Il crut distinguer le Conservateur lui-même, les bras et les globules des yeux en bataille, la robe de chambre ailée comme les serpents d’une Furie… C’était lui en effet, hurlant indistinctement et projetant un Niagara de postillons qui aurait éteint à lui seul tout bon incendie normalement constitué. Jetant les pans protecteurs de son habit d’oiseau de nuit sur les volumes accumulés par Thalios, atterrissant tel un rugbyman dégingandé sous la gorge de Thalios qu’il agrippa de ses serres inflexibles… Menacé de perdre l’usage de son larynx, l’incendiaire refroidi brandit alors un in folio (la percaline rosée de L’Enfer de Dante illustré par Gustave Doré) qu’il asséna bruyamment sur la tête de son agresseur. Sous la violence du coup, la vieille momie s’écroula comme une crêpe chantilly. Thalios l’aurait achevée en ajoutant l’indispensable confiture de fruits rouge à son grand-œuvre si le gardien ne lui avait vigoureusement et dans un cri de rage plaqué les coudes sur les omoplates. Le bibliophile voleur et incendiaire -ainsi il apparut à la une des journaux de Thuringe et de Bavière- quitta menotté sa chère bibliothèque pour une cellule de dégrisement, via l’arrière d’une voiture de police, tandis que le Conservateur refusait tout soin pour apporter les siens aux volumes abandonnés par leur illégitime propriétaire. L’enluminure du feu et du sang de la gorge de Thalios sur le vélin de quelques pages du Hieronymus de Pragagel imprimé au XVI° siècle à Venise méritait-elle d’être ainsi pieusement conservée en mémoire de l’événement ?

La caméra que Thalios avait installé sur pied continua de fonctionner jusqu’à ce que le seul maître du terrain bibliophilique la récupère intacte. C’est bien ainsi que l’on put retrouver le film des événements où l’ou voyait s’agiter un Buster Keaton compulsif jouant une religiosité hyperbolique. Bientôt, les volumes si adroitement volés retrouvèrent leurs précédents propriétaires. A moins que, là où Thalios les avait échoués, ils fussent recueillis par défaut. Mais ce ne fut pas un défaut pour notre Conservateur Von Wilemnine ainsi aisément guéri de ses émotions et commotions qui consentit de bonne grâce à enrichir avec eux les collections de l’Amalia…

Quant à Thalios, ce bibliophile kleptomane dont l’autodafé n’avait léché qu’une poignée de cheveux, d’épiderme et de reliures, il fut déclaré maniaque responsable par le tribunal de Weimar, bien que son avocat eût plaidé le désordre psychique. N’avait-il pas montré qu’il ne comprenait pas toute son histoire ? Que son immaturité maladive confondait l’objet de son désir avec la réalité de la propriété ? Il serait aujourd’hui, et par ironie du sort consentie, connu de quelques malfrats d’occasion pour être le bibliothécaire de la prison-hôpital, gérant les poches avachis et délabrés, pour la plupart des polars de seconde zone -San Antonio mal traduits et SAS aux pages parfois manquantes- et des revues pornographiques tachées par la salive et le sperme sidaïque des détenus. Le pauvre garçon reste bourrelé de remords pour avoir, croit-il, sauvagement tué le conservateur de l’Amalia qu’il persiste à appeler du nom d’on ne sait quel maffioso de seconde zone… Il fut condamné à vivre sans allumettes, briquets et autres silex et amadou pendant un purgatoire de sept ans dont l’Histoire ne retint pas la fin. Ce pourquoi son histoire est ici néanmoins racontée. Libre à vous d’en relier précieusement un exemplaire veillant derrière de pudiques vitrines ignifugées.

Aux dernières nouvelles, les producteurs qui lui avaient été les plus infidèles se livrèrent à de considérables batailles de chiffres pour acheter le dernier scénario de leur Muse soudain favorite : un pont d’or lui fut ouvert, qu’il ne pourrait cependant franchir qu’une fois sa peine purgée. Jouerait-il son propre rôle ? Hélas, il lui fallait refuser : il avait présentement un autre engagement. Le contrat fut signé et paraphé, les acteurs engagés, le film tourné. Il put le visionner dans sa cellule, mais sans se reconnaître sur l’écran -brûler des livres, quel fou furieux !- malgré le rythme, la couleur et l’inventivité du metteur en scène.

Le succès fut évidemment au rendez-vous. Et l’on dit que le crime ne paie pas ! Dans quelques années, peut-être retrouvera-t-il sa grange aux rayonnages dévastées par la justice, pour la changer enfin en digne réplique de son fantasme…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : MUSES ACADEMY, roman, sommaire

 

Stiftsbibliothek, St.Gallen, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 18:16

 

Teatro La Fenice, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Muses Academy,

roman.

 

XI

 

Récit de la musicienne :

 

Euterpe ou la gourmande des sons.

 

 

 

 

        Notre singulière affaire criminelle commença lorsqu’un employé particulièrement perspicace d’une entreprise de vente de plats surgelés vint au domicile de sa cliente pour garnir, comme chaque semaine, son congélateur. Quelle était, au fond d’un des caveaux glacés du meuble au design impeccable, cette moisissure violacée qui innervait la viande prétendue rouge sous le scellofrais de son entreprise, la Food and Frais, bien connue de tous les consommateurs de deux continents ? Pour lui, sans rien en dire devant sa belle et goûteuse cliente, il s’agissait d’un produit qui avait été décongelé, puis recongelé par cette dernière. A moins d’une erreur dans le processus de préparation ou de conditionnement de la viande de bœuf de premier choix -un beau morceau dans la culotte- qu’il n’avait à la livraison pas pu percevoir, évidemment revêtue du suggestif cartonnage à fenêtre armorié et labellisé Rouge Surchoix de la Food and Frais. Animé des meilleures intentions, l’employé, que nous appellerons David Xemeneies, subtilisa adroitement la pièce à conviction. Son intention était double. Protéger sa cliente, séduisante, aux yeux de chair fondante, quoique terriblement distante, d’une éventuelle intoxication alimentaire, et protéger son entreprise multinationale d’un problème toujours possible. Il remplaça la pièce de bœuf par une autre, conforme, elle. Notre trop romanesque jeune livreur avait peut-être sauvé la vie, pensait-il, de celle qu’il appelait en secret sa « Lolita », bien que seule sa minceur, son minois frais et sa relativement petite taille, aient pu justifier qu’il l’appelât du nom d’une célèbre et trop jeune nymphette…

       En vérité, la Lolita criminelle de notre romanesque livreur, par ailleurs totalement dénué de curiosité intellectuelle et de culture musicale, se nommait Julia Ventosa i Calvell. Je fis sa connaissance lorsque je ne pus refuser une invitation à présider un énième concours de chant lyrique qui, pensais-je, ne promettait guère d’exploits vocaux et expressifs. La profession de Muse, vous vous en doutez, n’est pas faite que de sinécures et de ravissements : vous savez combien sans nous les humains sont plats et décevants.

        Erreur… Quoique je fusse alors l’impresario d’un jeune violoncelliste aux archets émouvants (imaginez quel était le deuxième) muet par ailleurs et dont vous savez qu’un tragique accident d’avion a depuis causé la mort, une surprise fabuleuse m’attendait. Parmi les voix confondantes de banalité et leur technique excellemment correcte mais sans le brio de la sensibilité, cette Julia Ventosa i Calvell stupéfia son auditoire : jamais je n’avais entendu ainsi l’air des cloches de Lakmé, tel que seul Léo Delibes l’avait rêvé. Libérant tout naturellement les contre-fa et les contre-la, elle était l’ardeur et la cristallinité mêlées, la chaleur et la transcendance. Chacune des bulles sonores qui coulaient de sa glotte était un champagne de bonheur, ses cordes vocales étaient violoncelle et hautbois d’amour, sa langue l’exquise succion du son jusque dans l’oreille de chaque auditeur dont la moelle épinière trembla comme un jeune bouleau sous un vent de neige printanière…

       De quoi donc pouvait se nourrir un si jeune corps pour tirer de ses viscères une telle sonorité ? La Malibran, La Callas, La Bartoli, que sais-je encore, parurent soudain, n’être que raclements de gorges sur l’échelle soudain distendue des valeurs vocales. Je ne croyais pas savoir que l’ambroisie des dieux était en vente libre ou sur aucun marché délictueux. Je me chantais mentalement quelques dangereuses mesures de cet air célèbre. Bien, cette chipie ne m’avait pas volé ma voix, elle ne faisait que m’approcher, ce qui, convenez-en, pour une mortelle, est au choix un crime de lèse Muse ou une grâce momentanément cédée par le Dieu des dieux à une péronnelle, suite au travail de sape de la jalousie d’une mes sœurs Muses… Non, ne vous récriez pas !

         Certes, j’aurais pu voter publiquement contre elle, monter une acide cabale, jeter la massue de mon droit de véto, arguer de sa jeunesse de petite pisseuse, la mettre au défi de chanter ex abrupto la Reine de la nuit, la scène dernière d’Elektra…

        Mais je sentais bien qu’elle avait pris le public aux tripes, aux couilles et aux ovaires, que toutes les oreilles étaient ses heureuses captives. Sans compter mon fond de bonne foi ; je suis viscéralement bonne joueuse et dus reconnaître in petto que j’avais bien inspirée cette petite. Sûrement cela s’était-il produit lors d’un de ces multiples rêves nocturnes que nous oublions trop souvent et que j’avais imprudemment confié à notre ami le Dieu du Sommeil et à ses trois aides, Morphée, Phantasos et Phobetor… Quoiqu’une telle pureté sensuelle n’eût pu échapper à ma pleine et souveraine intention… D’où cette adorable pécore tenait-elle l’aliment de sa voix ? De quel louche contrat faustien, de quel vol au domaine des dieux, de quel rapt parmi le club des Muses -pourtant je m’appartenais encore, moi Euterpe, Muse de la musique et du chant lyrique- tenait-elle le joyau vocal qui palpitait autour de la chair pulpeuse de sa langue, comme la gainant du baiser ultime de l’art…

       Mais revenons à Julia Ventosa i Calvell. Elle fut fêtée, engagée. A peine le moindre bout d’essai. Voulait-elle chanter Rosine au Met, Armide à la Scala, Manon à Covent Garden ? Les pétales de roses couraient sous ses semelles comme un tapis des Mille et une nuits. Les cœurs énamourés crevaient de tout leur sang sous ses ongles de fée. Les hommes et les femmes découvraient soudain qu’ils n’avaient jamais su ce qu’était l’amour. Bref, l’encre d’imprimerie allait maculer les revues musicales et à scandales, les électrons frapper en mesure les écrans plats des chaines hertziennes, numériques et des blogosphères. Pourtant, déjà, elle gardait, hors les archipels du chant, une froideur, une insensibilité apparente, une discrétion, en un mot une tenue irréprochable qui désarma les ragots, sinon les jalousies.

      Qu’on me pardonne si j’anticipe, si la prolepse de la narratrice enthousiaste (quoi, moi soulevée par les Dieux au contact d’une mince mortelle tout juste pubère !) m’emporte. Revenons à ce concours. Où il parut soudain que le décibel Julia Ventosa i Calvell, était un bonbon magique, une valeur inédite et prête à être cotée en bourse. S’en suivit donc un cocktail-repas, un de ces micros évènements soudain à la mode au pays de ce chef ultra médiatisé qui applique la chimie la plus sophistiquée à la cuisine.

       Regarder Julia pincer entre les lèvres de ses doigts mignons une fumée d’escargot aux morilles, une vapeur de truffe à la vanille et les porter à sa bouche comme une note de Mozart où un accord de Rossini qu’on avale et déglutit au lieu de les expectorer dans un souffle à l’intention des auditeurs enlacés fit aux assistants du cocktail le même effet que lors de cet historique et pourtant minimal récital. Chacun eût voulu être la bouchée que la porte des sons lubriques confisquait à mesure, chacun, ingéré par ce délicieux orifice buccal et pavillon vocal, eût voulu ainsi se fondre en mystère du chant, en sa formule biologique née dans la chair secrète de la trachée, des joues et des poumons de la belle.

        Mais foin de ces éloges sans portée, de ces périodes muettes, de ces fades compliments qu’on tentait inopportunément de lui adresser en l’approchant avec crainte ; notre petite dinde se farcissait force bouchées apéritives, certes avec la lenteur étudiée de la dégustation capiteuse, intime et strictement personnelle, mais avec l’irrattrapable régularité métronomique de l’affamée méthodique. Elle mangeait. Voilà qui parut un tantinet scandaleux à quelques aficionados de l’art lyrique qui vainement avaient tenté de lui faire parler de Tosca ou d’Eurydice, ne serait-ce que pour tester sa précoce culture musicale et au moins l’entendre, faute de chant, parler. Elle dévorait. Filets de cuisses de grenouilles au romarin, dés de râbles de lièvres au poivre, œufs de caille au sfumato de genièvre, nuages d’huitres au Sauternes, perles de fuet catalan, écorces de cédrat au gel de miel quittaient les coupes de cristal et les présentoirs de porcelaine pour s’unir à l’intérieur gourmand de son estomac capitonné de roses muqueuses. Elle se goinfrait avec lenteur. Comment allait-elle pouvoir, après ce pelletage néanmoins raffiné, ce remplissage rabelaisien, chanter ? On exigeait en effet, et ce le plus traditionnellement  du monde, un air après boire de la lauréate… Le champagne avait bien sûr entre temps régulièrement humecté son gosier -une Veuve Cliquot qui acceptait sans broncher ce nouveau mariage- au point que l’on se demandait si une aussi mince créature, à la peau si parfaite, n’allait pas tomber aussitôt dans un coma gastronomique, à moins qu’elle soit depuis l’enfance affectée d’un exigeant ver solitaire.

         Connaissez-vous cet air : Casta Diva ? Oui, bien sûr. Vous pensez à La Callas qui le tirait de sa chair comme on module un long orgasme du sentiment. Mais après que Julia eût dévasté coupes, ramequins et plats à la taille de paquebots -on se demanda d’ailleurs comment sa taille n’avait pas éclaté comme la grenouille de La Fontaine- la plus naturelle respiration du chant souleva Bellini hors de sa tombe au point qu’il parût ressusciter à ses pieds pour révérer à la fois sa création et sa créatrice. Dire que le public fut subjugué est au-dessous de ce que sentirent les amateurs d’art lyrique, de ce que seule la langue des Muses peut exprimer et qu’elles ne consentiront pas à laisser aux piètres humains. Une telle gourmandise vocale était-elle possible ? Une telle dégustation musicale offerte à l’oreille choyée des auditeurs captifs était-elle imaginable ? Et comme une note da capo jetée à la soif des auditeurs mystifiés, sa main de biche piocha au creux du dernier cristal l’ultime bonbon de feuille de menthe au Chianti pour en nourrir la source du chant. Il n’y eu pas d’autre bis.

       On sut qu’elle avait dix neuf ans. Que sa porte était gardée par une Cerbère à faciès de lesbienne outragée. Qu’elle ne donna prise à aucun bruit à réelle connotation sexuelle. Qu’hors les deux plaisirs de la bouche qui l’accaparaient toute entière, elle menait une vie plus monacale qu’un chant grégorien inviolé par l’oreille du profane.

         Deux semaines plus tard, elle remplaçait Anne Sofie Von Otter (angine blanche et lit au mol édredon) à Lisbonne, dans Cosi fan tutte, phagocytant le rôle de Fiordiligi. On craignit que son amoureux lui restât fidèle. Le pauvre, s’il chantait pour elle, cela restait d’un niveau acceptable, mais s’il le faisait pour sa rivale, il frisait sans cesse le fiasco… Qu’importe si la grâce scénique de Julia ne fut pas encore tout à fait aussi communicative que l’on aurait pu l’espérer. Elle rayonnait. Les boiseries de la salle gardèrent longtemps et jalousement dans leurs pores des éclats de la sonorité adulée. Longtemps encore des amateurs viendraient poser le coquillage de leur écoute sur les nœuds du bois, espérant leur arracher un soupir exhalé par l’ardeur de la cantatrice légendaire.

        Si elle chantait dans un théâtre, elle gagnait avant et après des restaurants soigneusement sélectionnés. A Bordeaux, après la Poppée de Monteverdi, elle se nourrit de magret de canard au sang. A Vienne, elle épuisa Elektra et des symphonies alpestres de gâteaux à la crème. A Prague, elle fit le délire des spectateurs dans L’Affaire Macropulos en se gavant de l’élixir de longue vie d’Emilia-Elina. Elle chantait tout. Elle avait de plus le don des langues, sans compter le feu et la cascatelle des vocalises. Elle était selon les cas, mezzo, soprano et alto, stupéfiant les amateurs. Etait-elle mezzo profonde, soprano colorature, contralto rêveuse ou alto cristalline ? Elle chantait comme personne le « Empio, diro, tu sei » et le « Va tacito » du Jules César d’Haendel , ressuscitant mieux que tout haute-contre, falsetto ou contreténor, l’or fantasmé, longtemps pur et solide des plus légendaires castrats. Le Lamento d’Ariana de Monteverdi lui allait aussi bien que le grand air d’Amina dans La Somnambule. La berceuse de Marie dans Wozzeck affolait toutes les larmes, l’obscénité de Lulu faisait chavirer les bas-ventres des messieurs et des dames, les lèvres de Carmen caressaient l’hystérie dans le sens du poil, l’air de la poupée des Contes d’Hoffmann robotisait l’auditeur. La suave agilité de son gosier fleurissait de redoutables, périlleux et impeccables contre-fa lorsque la Reine de la nuit chantait l’effroi. L’opera seria et buffa, le singspiel et la tragédie lyrique, le bel canto et le sprechgesang lui seyaient à son gré. Pascal Dusapin, Steve Reich et György Ligeti ne l’effrayaient pas le moins du monde. Andreas Scholl, le plus délicieux et puissant des contreténors, vint lui-même baiser ses pieds. Les compositeurs se bousculaient pour lui offrir un rôle qui la magnifiât. Seule Kaija Saariaho eut son imprimatur. Pour la Julia, la seule Julia, elle fit un personnage de déesse cosmique, au centre et au-dessus de son opéra Musique des ellipses, un rôle fait à sa démesure : elle fut toutes les Eve et les Gaïa des récits de créations venus de cent bibles et mythologies, accompagné par la basse Klaus Mektoub pour le bruit de fond de l’univers. A Bayreuth, elle fit bientôt Elsa, Brunehilde, Isolde et Kundry, vampant les plus revêches aficionados par son souffle, sa mémoire, ses masques naturels, sa profondeur, sa magie… Son da capo était redoutable, aussi attendu que le Messie, à la différence qu’il venait infailliblement, comblant de joie liquide les épidermes, les viscères et les synapses. Voix ronde et chaude, sans acidité aucune, sauf ce qu’il fallait parfois de fraîcheur citronnée, voix sensuelle, nerveuse et souple jusqu’au grave, souvent orangée, parfois pourpre, quelquefois bleutée jusqu’à l’azuré, et si généreusement cristalline quand il le fallait. Pas une voix d’oiseau mécanique, mais celle du corps caressé jusqu’au cœur troublé, une voix dansante, justement émue et superlativement émouvante. Il semblait que sa voix puisait dans le sang vineux des grands Bordeaux qu’elle goûtait, des Pétrus et des Pape Clément que religieusement elle sirotait, des Montrachet qu’elle infusait lentement de ses papilles à l’oreille enivrée jusqu’au coccyx, au nerf érecteur, au clitoris soudain savant des fans. On aurait donné ses richesses, ses cuisines, ses enfants, ses couilles, sa moelle épinière, sa vie même, pour l’entendre rien que pour soi… Tout chanter et tout manger étaient sans cesse à la mesure de sa voracité. On commençait à croire qu’elle pourrait également interpréter les rôles de Faust et de Méphistophéles. Mais le monstre sacré d’un mètre cinquante neuf ne daigna pas offrir ces plaisirs à ses fans.

        De restaurants viandeux en cocktails salés, de réceptions sucrées en déjeuners briochés et pantagruéliques, où les humoristes imaginaient qu’elle n’allait faire qu’une bouchée de Guy Savoy, Ferran Adrià, la Mère Poulard et les frères Troisgros, elle paraissait ne pas prendre un gramme ; où le mettrait-elle d’ailleurs sur une ligne aussi parfaite ? A moins que, dans le secret bien gardé de son appartement parisien, elle pratiquât un régime draconien de sylphide : bouillon de navet, demi filet de perche au citron, fraise unique et sans sucre pour seule gloire journalière de son appétit…

        On sut, par on ne sait quelle indiscrétion, qu’elle donnait parfois des dîners. Nombreux furent ceux qui auraient donné jusqu’à la chair leur placenta originel pour y assister, ne fût-ce qu’au titre de spectateur. Lassée des questions dont on taraudait ma sagacité professionnelle, je résolus de m’y faire inviter. On ne refuse rien à sa Muse, n’est-ce pas… Même si j’ignorais comment je l’avais si bien inspirée (à moins qu’il s’agisse d’une intrusion d’une de mes collègues dans la sphère réservée de mon influence) je savais comment, d’un coup sec et bref, couper la corde vocale qui la suspendait au génie.

       Je n’eus pas besoin d’un tel argument. Il me suffit de l’aiguiller sur le sous-sol B 3 de la bibliothèque du couvent San Stefano de Venise, où, parmi les moisissures des missels pisseux, gisait le manuscrit que cherchaient désespérément les musicologues : Le Phaéton de Cremonini. C’était un vague contemporain de Vivaldi, prêtre albinos, trousseur de fioles et de jupons crasseux qui mourut prématurément de la petite vérole : c’est moi qui la lui ait envoyée tant il refusait de composer un second opéra. Son unique chef-d’œuvre, une seule fois représenté (il en avait caché le cahier, déçu qu’il fût par l’exécution) avait incendié les chroniques. Phaéton était en effet destiné à une basse profonde pour Apollon, mais surtout à un castrat pour le rôle titre. Parmi des difficultés vocales sans nombre que l’on comparait aux Trilles du Diable du fameux Tartini, l’air immense de l’ascension du char du soleil, de l’affolement des chevaux, puis de la chute du fils intrépide, avait brûlé la voix de celui qui s’y était essayé, pourtant doué d’un brio qui fit se pâmer une assistance réduite en cendres.

 

Photo : T. Guinhut.

 

       Une fois qu’elle eût la précieuse partition entre les lèvres, je fus son obligée à la vie à la mort… Imaginez Julia sur le point de ressusciter un rôle mythique après trois siècles. Avec une faim sonore digne de Tantale, elle absorba les portées et les notes comme on engloutit la chair des huitres avec leurs perles pour mieux briller de la phosphorescence d’un chant solaire jusqu’alors inconnu. Elle confia l’orchestre à Jean-Marc Spinosi qui avait recréé quelques dizaines d’opéras du Prêtre roux. Il ne pourrait faire moins pour le Prêtre albinos.

        Quand à la Fenice les trilles dépassèrent les contre-la avec la vélocité de la folie, sans nuire un instant à l’intelligence du texte, le public suspendit son rythme cardiaque jusqu’à la limite de l’infarctus. Mille juliesques langues de feu parurent jaillir de la bouche de l’extatique cantatrice jusqu’à lécher d’amour les conduits auriculaires et les viscères les plus secrets des auditeurs en pamoison. Et lorsqu’elle retomba, comme le fils trop intrépide d’Apollon, du ciel du théâtre à machines sur le sol caverneux de la scène, on crut un moment qu’il ne restait plus que des cendres à venir pieusement recueillir…

       Les fleuristes de la Vénétie entière avaient ce soir là fait fortune. Ce n’était pas une morte que l’on couvrait ainsi de fleurs, mais une bien palpitante, vivante, riante Julia qui crevait la tempête des pétales en croquant celles qu’elle savait être toutes comestibles,  menthes et pensées, achillées et capucines, acacias et glycines, au-dessus de la basse continue des applaudissements à s’en rompre les paumes jusqu’aux omoplates…

       Il fallut à Julia un cortège de police pour franchir les portes des loges, pour descendre les degrés du théâtre, pour s’engouffrer dans une voiture sans que les inconditionnels de son triomphe se pressent contre son corps, la dévorent des mains, des baisers et des dents, au travers du corset des uniformes, comme s’ils voulaient en un cannibalisme inconscient et sacrificiel ingérer la substance miraculeuse de la Diva et de sa voix…

        Je fus donc une des rares invités de ce cocktail privé. Car dans le nouvel et, cela va sans dire, vaste et luxueux appartement de Julia, un salon de réception, entre un piano à queue Steinway et un clavecin Ruckers, offrait les bras ouverts de ses divans et les poitrines bombées de ses tables à quelques élus gourmets. Celle qui savait chanter depuis l’Eurydice de Monteverdi jusqu’à La Mort à Venise de Britten, opéra dans lequel elle s’était adjugée la voix de contre-ténor de cet autre Apollon, savait à l’évidence recevoir. Il fallait bien que quelque autre Muse concurrente et un peu salaupiote se soit mêlée de ce talent…

         Là étaient quelques personnages fantomatiques dont on aurait pu se demander s’ils venaient à un bal masqué plutôt qu’à un diner. Vêtu de rouge et noir, alors qu’habituellement son habit était aussi falot que son visage, l’impresario, connu pour être d’une discrétion de rase-murs, inattaquable, injoignable, de notre cantatrice affectait alors une aura méphistophélétique risible. Trois jeunes filles pâles jusqu’à l’excès étaient affublées de tailleurs blancs monacaux et paraissaient la suivre comme les servantes, les vestales d’un culte démodé. Le chef d’orchestre en chemise verte sur un pantalon jaune paille n’orchestrait visiblement ici rien du tout de ses mains désemparées. Une demi douzaine de vieux messieurs et de vieilles dames en smokings bleutés et Chanel roses semblaient pépier du haut du rocher des siècles, ruinés et cependant marmoréens, solides au point d’adresser un éternel sourire d’ironie à tout soupçon d’avalanche matérielle ou temporelle. Qui étaient ces Parques grotesques ? Les oncles et les tantes qui ont assuré mon éducation, payé mes études en Suisse, mes classes du Conservatoire, me dit-elle, sans préciser lequel…

       -Le dîner est servi, criailla le chœur des Anciens en tirant sur deux cordes de théâtre qui ouvrirent un vaste rideau pourpre sur ce qui ne fut, à ma grande surprise, qu’un cocktail de viandes. Viandes crues sur des planches, viandes cuites froides sur des feuillages, viandes en gelée sur des banquises de glace, viandes tièdes sur des assiettes chaudes, viandes frémissantes et caramélisées sur des poêlons rougis au feu… Viandes blanches de volailles, viandes roses de porcs et de veaux, viandes rouges de bœufs et de corridas, sans compter des nuances de carmin et de grenat que je n’avais jamais vues au monde.

        Ce qui ne sembla pas décourager les goulus vieillards aux ongles et aux canines goulues qui précédèrent même La Julia selon une étiquette qui paraissait aussi bien réglée qu’imparable. Sans compter qu’il fallait se servir avec les doigts, y compris pour les bouchées brûlantes qui paraissaient ne causer aucun dommage aux épidermes depuis longtemps cuirassées de la bande des antédiluviennes Parques.

       Pendant ce temps, sans perdre un instant l’art de la manducation et de la déglutition, sans interrompre le ballet de ses dix doigts vers ses deux mâchoires, La Julia indiquait de sa voix immanquablement chantante les noms des mets ainsi miraculeusement offerts : viandes de cygne au perlier d’eau, chevreuil au jojoba acide, singe à la fraise des savanes, sanglier au réalia de Provence, mystère de viande innommée au Margaux, tartare d’ennemi à l’ail, caille au pépin de sein de Smyrne, œil de loutre au sang d’agneau, magret de tadorne sur lit de pommes, surprise de viande innommable au sang de bœuf, jambon de rat aux truffes, filet de pigeon mêlé de confiture aigre douce, corde vocale d’alouette au cerfeuil, inventivité de viande dont on taira le nom au sel rose de Ré, aileron de requin au chorizo, faisan mariné dans l’ambroisie, création de viande dont il ne faut pas prononcer le nom au airelles de Finlande, toutes gastronomiques inventions que Julia identifiait comme une œnologue experte en plaçant des mimiques vocales irrésistibles à chaque bouchée…

      Et parmi ces plats étranges et colorées où l’on avait inventé des sculptures buccales inconnues, comme venues des Mille et une nuits, et des goûts aussi merveilleux que le chant de la Diva, on ne buvait que vins rouges ; et, pour les inconditionnels des ligues antialcooliques, des litres de jus de groseille, cerise, cassis et autres betteraves.

          Le chef d’orchestre, voyant probablement que j’étais la plus circonspecte, s’approcha en me glissant -le pauvre chéri que j’avais pourtant daigné favoriser de mon inspiration, fulgurante, il faut l’admettre- qu’il était végétarien. Je ne pus retenir mon rire en notant qu’au moins il ne mourrait pas de soif. Sans toutefois lui laisser imaginer que nombre de ses boissons aux carafes rougeoyantes était sans nul doute des jus de viandes. Sinon du sang.

        Derrière les plats déjà dévastés -j’avoue que je contribuais avec une ardente politesse à cette hécatombe- des assiettes noires quadrangulaires laissaient reposer des muscles entiers aux dimensions diverses. Malgré la taxinomie distribuée par notre Diva -biceps de lièvre à l’origan, triceps de laie aux morilles, Prostituée de biche au jus, rumsteck de panthère aux myrtilles, Inconnu de la plage, foie de crocodile au naturel, Impensable de songe au cri, Sein de sirène tranché, langue de vipère au ketchup, pénis d’orteil, testicule de cerf de Patagonie, nerf érecteur d’Adonis, corde vocale de Sainte-Cécile, pubis au sang de Roméo, pupille en gelée de Don Juan, proie de pédophile au jus de phallus impudicus, fesse de fée au cobalt- j’avais crainte de devoir regarder certains des ces esthétiques morceaux comme des muscles, des organes et des viscères d’enfants et d’adultes sur l’écorché des planches anatomiques.

          Cette gourmandise pour les corps goûtés, dévorés, me parut alors une sorte de cannibalisme culinaire raffiné quoique un peu répugnant. Et si l’on observait les vieillards, quelque chose comme une seconde jeunesse paraissait les électriser à mesure que leurs crocs, qui ne ressemblaient en rien à des dentiers de cacochymes, se hérissaient de lambeaux musculaires, que leurs mentons et leurs plastrons dégoulinaient de sangs divers et variés. Quand à l’imprésario, Monsieur Personneum en personne, il ne mangeait ni ne buvait, regardant avec une neutralité sans bornes le combat de gladiateurs se livrer dans l’arène de la salle à manger entre les viandes mortes et les viandes vivantes. Déjà il ne restait rien dans aucun plat, lapé jusqu’à la consommation des siècles. Le silence des mastications, des déglutitions et autres claquements de canines et de langues n’était plus dominé que par les petits cris orgasmiques et dodécaphoniques venus des lèvres roses et de la gorge de pigeonne de Julia Ventosa y Calvell. Qui n’était plus que chant lyrique pour avoir béatement terminé l’assiette de langues de rossignols aux pétales de rose, notre Diva, La Julia !

          Qui donc était à l’origine de ce contrat faustien ? L’une parmi nous ? Quelle Muse infâme aurait pu s’arroger l’impossible droit de marcher sur mes prérogatives ? Quelque Dieu d’une religion concurrente ? Depuis combien de temps duraient ces festins de viandes étranges et indispensables ?

         Trois jours plus tard, le signalement de la viande suspecte par David Xemeneies à la Food and Frais, révéla au travers des analyses, puis des enquêtes policières éclairs et ADN diligentées, que cet aréopage lyrique réuni autour de Julia Ventosa y Calvell se nourrissait de viandes humaines : plus exactement de jeunes corps disparus, enlevés et dépecés vivants par on ne sait quels maniaques grassement payés… Etait-ce là le secret de la voix de la Diva ?

         On ne retrouva jamais Monsieur Personneum. La Cerbère à faciès de lesbienne outragée venait de rejoindre les bords fumant du Styx au moyen d’un providentiel accident cérébral. Les six vieillards crevèrent très vite, de faim sembla-t-il, car ils ne pouvaient plus rien absorber, ou plus exactement plus rien d’autre. Les vestales n’étaient que de niaises apprenties cantatrices à qui l’on n’avait rien dit, sauf de ne toucher sous aucun prétexte aux viandes innomées et à celles sur les plats noirs. Julia Ventosa y Calvell se mourait dans un obscur hôpital militaire d’une chronique extinction de voix. Depuis l’heure où l’on annonça son décès, qui scandalisa les âmes qui la voyaient ainsi échapper à son procès et fit pleurer à larmes folles les aficionados, on ne trouve plus, parmi les cacophonies des orchestres et de ses partenaires, qu’un vide blanc sur les sillons des enregistrements qui avaient voulu recueillir son chant. Charron, dans sa barque, peina un peu plus sur sa rame et sous le poids sous estimé des morts, de la frêle Julia au sang pesant, qu’il dut cette nuit là charrier sur l’eau lourde. Dès la rive noire, les attendaient mes terrifiantes collègues en divinité, les Bienveillantes, ainsi nommées par antiphrases, ou Furies si l’on préfère, celles qui sont aussi vieilles et furieuses que le crime qu’elles persécutent, et dont, pour le bonheur de cette infernale cargaison, je vais prononcer les noms aux pouvoirs vengeurs et déments : Mégère. Tisiphone. Alecton.

 

Thierry Guinhut

Extrait d’un roman à paraître : Muses Academy

Une vie d'écriture et de photographie

Photo : T. Guinhut.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 06:52

 

Marché à la Brocante d'Ars-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

La Peintresse assassine, Récit d’Erato.

 

Muses Academy XIII, roman.

 

 

 

 

        Je vais vous raconter une histoire d’amour ; ou peut-être deux. Belle et terrible. Belle comme le corps de la jeunesse et de la femme, et terrible comme la putréfaction de la mort. Cette histoire digne d’être peinte, c’est celle d’une criminelle autant que celle d’une victime…

 

      La routine. Un matin de café froid, de cendre de cigarettes puantes encore chaudes dans le gobelet de plastique et dans le gel sur le perron du Commissariat. Un matin de paperasseries et d’ennui au service des personnes disparues. Si seulement quelqu’un disparaissait pour nous délivrer de l’ennui, ce faux chômage technique… Cela faisait deux semaines que personne ne s’était éclipsé dans le vide. Il fallait être un brin perverse pour souhaiter le malheur d’autrui et justifier ainsi sa profession et son service. Je m’appelle Gurmensès. Inspectrice Sylvie Gurmensès. Trente ans et la constatation infrangible qu’Aphrodite a du m’oublier au tirage au sort de la génétique. Je suis maigre comme un balai, la tronche taillée comme un manche, une sensibilité à la beauté rentrée et la fonction de voiture-balai de la société. Enfin, à midi moins dix (j’allais encore manger une aile d’anchois sur une croûte de pain rassis), un appel.

       Sapphô Descurets a disparu.

      On gicle. On ouvre. C’est une drôle de galerie d’art. J’ai jamais vu des trucs pareils. Cinq nanas à poil complètement peinturlurées qui divaguent dans l’air surchauffé. Elles sont immobiles ou s’animent au souffle de nos regards éberlués : des visages et des corps sont peints sur leurs visages et sur leurs corps. On comprend au bout de quelques minutes de réflexion que trois d’entre elles sont des statues d’une matière dermoplastique imprécisée et que les deux autres sont vivantes. Une secrétaire à chignon réglementaire derrière un bureau de verre et qui n’est pas nue mais vêtue d’un ensemble tailleur aussi bariolé que les nanas dégingandées. Aux murs, des photos géantes de corps féminins peints, en pied, ou en détail : une omoplate légèrement charnue s’évadant du dos comme une aile et recouverte de plumetis de couleurs irisées. Ou encore des photos repeintes dont les diverses couches aux épaisseurs mystérieuses donnent à ces portraits une épaisseur historiciste infinie. Bon, ne croyez pas que je suis une spécialiste, je ne rédige un tel rapport que parce que je me suis vue obligée d’écouter et d’observer, y compris d’étudier la documentation fournie par la galeriste.

      C’est elle qui nous a appelés. Oui, « nous », parce que je suis accompagné de Jeannot, mon collègue lourd et taiseux, celui dont la poigne est aussi persuasive qu’une paire de menottes. Elle apparaît aussitôt, vêtue d’une robe longue comme la nuit et couverte d’un longiligne corps d’ébène peint bien qu’elle soit plus blonde qu’une finlandaise au bord d’un lac gelé. C’est une demoiselle d’Avignon version tribale qui flotte autour de la pâle et granitique inquiétude de Madame Carfeuil. Florie Carfeuil, née à Paris le 2 juin 1970, études d’Histoire de l’art à Paris et à Londres, employée par le mécène Argiopoulos pour promouvoir la Corpo-interpicturalité. Elle n’expose que des artistes travaillant sur la représentation du corps. Excébel et ses tableaux sur lesquels se sont roulés les tubes d’huiles et d’acryliques écrasés par les vieillards nus qui laissent ainsi une dernière empreinte de leur présence terrestre. Jezabel Torremolina qui sculpte dans le marbre la monstruosité des fœtus avortés et prématurés. Jasmine Artaz et ses portraits éthérés d’amoureux et d’amoureuses sur gaze et ouate… Mais surtout celle qui nous intéresse aujourd’hui, la Peintresse Erato, dont les œuvres sont ici exposées et dont la pièce maîtresse a disparu.

      C’est donc la galeriste qui a signalé la disparition. Sapphô aurait dû être au vernissage la veille au soir, figurant la Grâce centrale, peinte d’anges d’or comme chez les primitifs italiens, alors que ses deux faire-valoir ici présentes ne sont peintes que d’ors et d’azurs siennois et de ciels de Constable et de Turner. La plupart d’ailleurs des représentations picturales, photographiques et sculpturales, comme autant de pièces à conviction, sont inspirées par la jeune disparue. Hier soir, donc, la Peintresse l’avait laissée partir à pied de son atelier en direction d’un institut esthétique pratiquant une parfaite épilation. Elle l’attendit ici pour une fois de plus préparer son corps, mais vainement. Angoisses et coups de téléphone -portable, atelier, institut- n’apportèrent pas la moindre solution à la dommageable absence. La foule qui se pressait dans la galerie ne put que regretter le manque du modèle qui défrayait la chronique des magazines d’art… La Peintresse eût beau au retour et toute la nuit retourner son cerveau, les fil de ses nombreuses relations, puis ce matin à l’aide de la galeriste le maigre réseau de la famille et des amis, il fallut bien se résoudre à une angoisse plus grande encore : elle s’était évaporée dans le mince triangle (quelques centaines de mètres dans le quartier du boulevard Saint-germain) formé par l’institut de beauté, la galerie et l’atelier de la Peintresse où vivait avec elle la jeune fille.

      -Pourquoi est-ce la galeriste qui signale cette disparition et non la Peintresse elle-même ?

      -Parce qu’elle est prostrée dans son atelier, parce signaler cette disparition c’est pour elle en quelque sorte l’accepter, la rendre irréversible, parce que trop d’images de Sapphô constellent cette galerie devenue insupportable à ses yeux…

      -Pensez-vous qu’elle puisse avoir choisi sa disparition ?

      -Non. Ce serait abandonner une situation en or. J’ai rédigé avec le juriste-conseil de Monsieur Argiopoulos son contrat. Chaque prestation en galerie, la mienne ou tout autre lieu public ou privé, lui rapporte deux cent euros de l’heure. Elle reçoit sur chaque œuvre vendue la représentant, qu’il s’agisse de statue, de photographie, de peinture, ou même de carte postale, y compris d’un détail aussi infime qu’un orteil ou qu’un lobe d’oreille, cinq pour cent. Sans compter que les heures de pose ou de préparation pictocorporelle lui sont payées cent euro chacune.

      -Travaille-t-elle depuis longtemps avec vous et avec Erato ?

      -Deux ans. Erato l’a découverte alors qu’à dix-huit ans elle payait ses études de management artistique en faisant le modèle pour croquis à l’Ecole des Beaux-Arts. Depuis, elle a fait les couvertures d’Art Flavour, d’Elle USA, de Malerei, de Twilight Contemporary Art, et j’en passe. Notre exposition d’y a vingt mois a lancé un véritable phénomène et une inspiration nouvelle pour Erato. C’est avec ce modèle qu’elle a découvert et lancé la Corpointerpicturalité, c'est-à-dire la peinture sur corps de citations  retravaillées des représentations corporelles de l’histoire de l’art. Le succès a été immédiat. Les photographies sont tirées à cinquante exemplaires numérotées. Les robes peintes originales sont maintenant déclinées en imprimé haute couture et en prêt-à-porter… Vous imaginez la jeune fortune de Sapphô. Non, une jeune fille heureuse de ce qu’elle faisait, sa popularité, un vrai conte de fée, une poupée de sourires, une place immanquable dans l’histoire de l’art, non, elle ne peut souhaiter de quitter une telle gloire, une telle inventivité permanente, même pour la triste sérénité de l’anonymat…

      -Qui aurait intérêt à la voir disparaître ?

      -Personne ! Répond avec une incassable certitude cette galeriste dont, je ne vous ai pas dit, le visage, régulier jusqu’à la fadeur, respire pourtant l’intelligence et la détermination.

      -Une jalousie ?

      -Vous vous tournez, je vois, vers Jessie et Flavie, nos deux autres Grâces… Non, elle ne doivent leur existence ici qu’au succès de Sapphô et au talent d’Erato qui  proclame haut et fort qu’elle ne rêve d’aucun autre modèle favori. Hélas, je n’ai aucune piste à vous proposer ; peut-être faut-il fouiller dans son passé, imaginer un rapt obscène en plein trottoir. Aussitôt son visage se brisa en éclats de cristal et les larmes maculèrent de perles sauvages l’ébène de sa robe…

      À l’institut, rien, elle n’était pas apparue ce soir là. J’avais par ailleurs lancé une recherche familiale. Pire encore, ses parents avaient émigré à Winnipeg dix-huit mois plus tôt pour y ouvrir un restaurant français. Il ne me restait que notre glaciale Florie qui s’était pourtant mise à fondre si facilement… Craignait-elle pour le succès de sa galerie ? Etait-elle amoureuse comme une perdue de la belle disparue ?

 

Aqua Libris, Saint-Maixent-L'Ecole, Deux-Sèvres.

Photo : T. Guinhut.

 

      J’avais déjà laissé un enquêteur financier pour éplucher les comptes de la galerie. Qui sait si une sordide et splendide histoire d’argent… Pourtant la chose allait se révéler aussi claire et parfaitement respectueuse de la légalité qu’un bois de bouleaux sous la lumière d’hiver.

      Je me précipitai alors lentement chez la fameuse Peintresse en réfléchissant. Lorsque derrière moi Flavie, ou Jessie, l’une des deux Grâces, aussi nue dans la fraîcheur de la rue que le lui permettait sa couverture picturale me retint :

      -Je n’ai pas voulu en parler devant Madame Florie, mais avant-hier, lors de la répétition générale privée, destinée seulement à une dizaine de clients privilégiés, un homme parut l’importuner. Mais je ne sais comment dire… ce n’est pas vraiment l’importuner.

      -Dites-moi, l’encourageai-je .

      -Il n’a pas touché Sapphô. Il ne lui a même pas parlé.

      -Alors ?

      -Il la regardait. Avec la fixité, si j’osais… de la passion aveugle… Pendant de très longues minutes, des minutes infinies… D’abord elle ne parut pas gênée. C’est, vous savez, une très grande professionnelle qui ne se trouble pas pour autant. Mais par la suite, devant sa constance, son insistance, sa condamnation… S’il m’avait regardée comme ça, je serais morte comme bête ou amoureuse comme la vie. Mais elle… elle… n’a finit par concéder qu’une légère incision d’ironie. Qui parut enfin blesser l’homme. Il a continué de la fixer, avec le filtre et le brillant d’une larme sur la pupille, une de ces larmes qui ne tombent jamais mais se solidifient comme une carapace de glace vive sur la déception qui fait le cours de la vie.

      -Oh, vous vous emballez, mademoiselle Flavie…

      -Non, Jessie… Jessie Tramezaigues.

      -Excusez-moi. Vous devriez écrire des romans d’amour… Mais le nom de cet homme, de quel client s’agit-il ?

      -Oh, attendez, c’est un collectionneur de photographies. Il nous a déjà acheté un jeu complet de la précédente exposition « Odor di femmina »… Donc fort riche. Ou monomane.  Il ne regardait jamais les gens ni les corps, uniquement les photographies. Pour la première fois, il regardait quelqu’un jusqu’à l’âme.

      -Dites-moi, Jessie, vous l’avez, vous, bien observé… Et depuis longtemps. Son nom ?

      Elle rougit alors violemment, figurant un soleil couchant au travers du bleuté et de l’or qui la couvrait… 

      -Pourquoi dénoncez-vous celui que vous aimez, Jessie ?

      -Visiblement la peinture dermatologique était à l’épreuve des larmes. Je la ramenai dans la galerie, à l’écart d’une Florie stupéfaite, car les passants avaient commencé de s’attrouper devant le couple étrange que nous formions, moi habillée en jean et blouson informes, elle nue comme la déesse de l’aube que ponctue la rosée…

      - Je ne le dénonce pas ; je veux que nous retrouvions Sapphô. Je veux savoir s’il est indigne de ma tendresse désespérée…

      -Pourquoi l’aimez-vous ? Parce qu’il est riche ? Parce qu’il est beau ?

      -Parce qu’il aime tant l’art. Parce comme lui probablement je sens que je ne suis pas autant œuvre d’art que voudrait nous le faire croire Erato, moins en tous cas que ces photos qui nous statufient dans un au-delà et un en-deça. Parce qu’il n’y a pas de parce que à l’amour, parce ses veines sous la peau de son poignet sont si gonflées d’une attente qu’il ne se connait pas.

      -Donc vous étiez jalouse de Sapphô ? Est-ce votre mobile ?

      -Oh, vous pensez que je pourrais être la coupable de ce forfait ? Alors qu’elle va peut-être, je l’espère tant, réapparaître parmi nous avec l’explication simple et rationnelle qu’il faut ? Non, j’étais à la galerie toute la journée d’hier. Je ne suis sortie que pour manger là, en face : « Aux herbes de la passion », un végétarien…

      -Nous vérifierons. Son nom ?

      -Il se nomme Edouard Daubrey. Vous trouverez son adresse dans le fichier.

      -Mais vous le connaissez.

      -Je ne connais que ses fenêtres vues de la rue. Trois fenêtres immenses où il ne paraît jamais, au 225 de notre boulevard.

       -Merci. Et lisez un peu moins Barbara Catland.

      -Ce qui n’empêche en rien de lire des essais sur l’art…

      Je préférais, je ne sais pourquoi, ou plutôt parce que cette histoire me paraissait assez floue, parce que j’avais autre chose à faire que de rassurer les amoureuses éperdues, même doctorantes en art contemporain, ou habiles à cacher leurs propres manigances, aller aussitôt, quoique envoyant quelqu’un veiller à la présence de cet Edouard en son nid et réunir tout le fourbi d’infos habituelles sur cette Jessie et son Edouard, chez la Peintresse.

      Elle m’attendait. Style Wegwood, anglaise par son père, née à Cherbourg trente-deux ans plus tôt. Nom de Peintresse: Erato. Etudes aux Beaux-Arts de Londres, Amsterdam et Paris, stages à Los Angeles. L’obscurité, jusqu’à ce qu’elle fonde sa Corpointerpicturalité, deux ans plus tôt, puis le succès. Elle venait de téléphoner une fois de plus à la galerie, m’apprit-elle, précipitée, en m’ouvrant la porte cochère de son atelier, au fond d’une cour miséreuse… J’entrai. Que de couleurs… A s’en écarquiller les paupières jusqu’au sang ! Là dedans, la Peintresse était d’une pâleur à tuer les morts. « Vous allez m’aider », me répétait-elle sans fin… Ses larmes rayaient ses traits comme des éclats de diamants sur le verre. Je l’assis dans un fauteuil rococo aux couronnes de bois chantourné au dessus d’un chatoiement de coussins bouffants rouges… Pas une beauté devinait-on à travers les sargasses de ses larmes, mais une personnalité, des traits dessinés au scalpel et parfaitement lisible lorsqu’elle ravala son cinéma et me tendit un visage essuyé par un chiffon à peinture, un visage parfaitement déterminé où un nez aquilin saillait en toute connaissance de cause.

      -Vous allez la ramener à la vie. Oui ?

      -Voulez-vous dire que vous la savez morte ?

      -Non, mais si elle n’est pas près de moi, c’est comme si l’inspiration me quittait, comme si sa vie quittait ce monde : le monde de l’art…

      La Peintresse, ébouriffée, échevelée, me montra la chambre de la disparue. Fastueuse et bordélique. Des bijoux sur des bustes de plâtre barbouillés. Des robes comme si les princesses pleuvaient dans les placards géants. Des commodes aux tiroirs chamarrés de culottes bouillonnantes de dentelles roses et bleutées, de porte-jaretelles fleuris et tout le toutim. Un lit rond comme la lune (je me demandai d’ailleurs comment je devrais chaque matin, le faire) mais encombré de revues d’art et de tirages photographiques qui représentaient la disparue, ce qu’elle me confirma.

      -Dort-elle dans votre chambre ?

      -Comment le savez-vous ?

      -Facile déduction venue de son prénom.

      -Elle ne dort que dans mes bras. Quant au prénom, vous n’êtes pas sans savoir qu’il s’agit de celui de l’état-civil. Il faudra revoir votre stratégie.

      Elle n’avait pas froid au bout du nez, la Peintresse-bougresse. En son temps, s’il le faut, je mettrai ici une équipe à la recherche d’éventuels indices, taches de sang ou de ne sais quoi.

      -Vous confirmez qu’elle est d’ici partie pour disparaître sur le chemin de la beauté ? Oups, de l’institut de beauté…

      -Oui.

      -Et votre chambre ?

      Elle était pire encore. Certes les accessoires vestimentaires étaient un peu plus masculins. La Peintresse portait d’ailleurs une vaste salopette sans forme qui peut-être avait été bleu dur, mais s’étoilait de tous les dripping picturaux de la création. En fait le concept de chambre ne devait guère exister pour elle. Certes, il y avait bien un lit, mais dont les draps roulés en boule étaient du même type de tissu originellement peint qui habillait la galeriste. Ce n’était en fait qu’une annexe de l’atelier, avec toiles et photographies encadrées dans des formats inhumains et dont la plupart représentaient des avatars plus ou moins lisibles de la disparue.

      Il y avait d’autres répliques du lieu central de la création. Une cuisine où l’on croyait ne manger que de la peinture, des débarras, des entrepôts à bidons, rouleaux de toiles, fagots de pinceaux, rouleaux de pellicules photos, appareils photographiques sur pieds, établi de menuisier avec burins, serpettes et marteaux, étagères peuplées d’un monde de flacons, tubes et autres bricoles innommables par le commun des mortels. Bref une collection complète d’instruments contondants, d’armes du crime potentiel. Devrais-je faire analyser tous les tableaux de peur que les rouges étalés soient mêlés du sang de Sapphô ?

      Je revins à l’atelier central. Des futs de peintures aux couleurs de leur liquide intérieur formaient au fond des colonnes mésopotamiennes. Dans ce temple fuchsia, bistre, azur et or, je ne sus d’abord pas distinguer les torchons maculés des peintures en cours ou achevées. Des photos et des appareils sur pieds devant un dais de toile blanche. Les outils innommables et les quincailleries du parfait grand chimiste, sinon alchimiste. Mais indubitablement, sur un piédestal digne de Pygmalion, ce qui attirait au centre de la confusion de l’atelier c’était la statue.

      -C’est-elle ?

      -Oui.

      -C’est en quoi ?

      -À partir d’une empreinte moulée réalisée directement autour de son corps, je coule une résine polymérisée à prise rapide, ensuite recouverte d’un film d’acier, puis de lin où je peins. Vous avez pu en contempler une réplique dans la galerie, quoique peinte de nombreux nus féminins de l’histoire de l’art. Pour celle-ci, j’ai peint une trentaine de nus masculins sur son corps. Nus enchevêtrés et lascifs. Vous reconnaissez ici un fragment du Laocoon, les cuisses d’un Apollon de Lebrun, un torse préraphaélite, la joue d’un autoportrait de Géricault…

      -Mais ainsi, comment la reconnaissez-vous ?

      -Parce que c’est elle. Ses traits sont exactement là. Si vous faites abstraction du dessin et de la couleur, ses beaux seins disparus sont là, son visage aux nez mutin est là, l’essence de sa féminité est là. C’est elle. Ce que vous voyez peint sur son corps ici, et sur la réplique dans la galerie, n’est que le reflet exact de ses goûts artistiques. Vous avez ici la prosopographie et l’éthopée, et en même temps je vous offre l’ekphrasis…

      -Doucement, là vous dépassez mes modestes compétences d’ignare. Epargnez-moi le traité abscons sur l’art, je vous prie. Dites-moi plutôt qui pourrait avoir motif à lui en vouloir. Qui pourrait la haïr, la jalouser, la désirer ?

      -Personne. Elle ne connaît, à part le milieu de l’art qui n’aime que l’art et donc ne peut que respecter celle qui est à la fois inspiratrice, modèle et œuvre d’art, que moi.

      -Je vous trouve bien idéaliste. Curieux, elle aimerait les hommes…

      -Nous ne les aimons qu’en art. Retrouvez-là ! Je ne suis plus rien sans elle. Elle disparue, à peine vingt ans, enlevée au sommet de sa beauté par quelque malfrat qui exigera une rançon, tuée peut-être par quelque pervers, et ce dans les souffrances de l’avortement de sa sexualité sous le pic infâme du mâle…

      Elle se remit alors à pleurer, passant sa manche sur ses joues pour effacer un clair torrent aussitôt maculé de traces de ces peintures qui sur son bleu de travail avaient du être clairvoyantes et n’étaient plus, mélangées, que des balayures brunâtres : ce fut aussitôt un visage de Méduse…

      -Racontez-moi. Qui est Sapphô ? Comment l’avez-vous rencontrée ? Quels sont vos rapports exacts avec elle ?

(...)

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Voir : Muses Academy, synopsis

Muses Academy, roman

 

T. Guinhut : gouache sur papier.

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Piss Christ une icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Averroès

La caduque opposition Averroès Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Babel

Isaac Babel ou l’écriture rouge

 

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Les Fleurs du mal : « Une charogne »

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Bennet

La Reine des lectrices ou de l'horrible danger de la lecture

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies et des libraires

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

L'ardeur des livres et des manuscrits de Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Des prestigieuses bibliothèques du monde à l'or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Manguel, Uniques Fondation Bodmer

Diane de Selliers : Dit du Gengi, Shakespeare

Eloge de l'Atelier contemporain

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Le totalitarisme pas à pas : du renseignement comme sécurité sociale

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme
Rivas : Les Livres brûlent mal

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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