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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 12:43

 

Etang Grenouilleau, Mezières-en-Brenne, Indre.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Henry-David Thoreau, de l'étang de Walden

 

au Journal de la désobéissance civile en question.

 

 

 

 

Henry-David Thoreau :

Journal 1837-1841, Journal 1841-1843, Journal 1844-1846, Journal 1846-1850,

traduit de l’anglais (Etats-Unis), annoté et présenté par Thierry Gillybœuf,

Finitude, 256 p, 22 € ; 320 p, 23 € ; 320 p, 23 € ; 400 p, 25 €.

 

Henry-David Thoreau : Walden, traduit par Nicole Mallet,

Les Mots et le reste, 384 p, 9,90 €.

 

Henry-David Thoreau : Le Paradis à reconquérir, traduit par Nicole Mallet,

Les Mots et le reste, 96 p, 3 €.

 

Henry-David Thoreau : Marcher,

traduit par Sophie Rochefort-Guillouet, L’Herne, 90 p, 7,50.

 

Henry-David Thoreau : Résistance au gouvernement civil,

traduit par Sophie Rochefort-Guillouet, L’Herne, 72 p, 7,50.

 

 

 

      Une lecture superficielle, voire une réputation entendue, mais guère vérifiée, laisse entendre que Thoreau est un chantre enthousiaste de la nature. Certes, mais il apparait  qu’il est également peu amène envers le progrès. Jusqu’où faut-il vivre dans la nature avec lui ? Laissons-nous cependant porter par son Journal, qui est l’œuvre de la vie d’Henry-David Thoreau (1817-1862). C’est un archipel d’une quinzaine de volumes, dont huit sont parus aux Etats-Unis. Grâce à la bonne volonté, à la patience des éditions Finitude et de Thierry Gillybœuf, qui traduit, annote avec tant de ferveur son auteur favori, nous pouvons en lire les quatre premières livraisons, entre 1837 et 1850. Nous supposerons qu’elles se dérouleront jusqu’en 1862, année de la mort de Thoreau, qui ne publia de son vivant que deux volumes, dont Walden ou la vie dans les bois et le fameux La désobéissance civile, manuel libéral, quoique peut-être trop facilement invoqué comme protestataire.

 

      « Mon journal contient de moi tout ce qui, sinon, déborderait et serait perdu : des glanures du champ que je moissonne à travers mes actes », écrit-il en 1841. Cette éthique restera toujours sienne, au long des trente-neuf cahiers pour lesquelles il fabriqua une caisse en pin, simple écrin pour un immense trésor littéraire. D’abord bribes et notations, fragments d’essais et poèmes, le Journal évolue peu à peu vers sa plus pure expression : les évocations de la nature et la place modeste d’une sagesse humaine éphémère en son sein. Car ce marcheur des frontières naturelles et des espaces sauvages, cherchait les bouts du monde. Comme lorsqu’il escalade les 1605 mètres du Mont Ktaadn[1], ou Kathadin, dans le Maine, pour découvrir l’immensité d’un désert forestier, sans contrat aucun avec l’homme. Ou lorsqu’il atteint une extrémité terrienne devant la fureur des vagues, ce qu’il relate dans les tableaux puissamment colorés de Cap Cod[2]. Il connaît intimement et de longue expérience l’art de la Marche[3], son rythme, sa cadence et son regard ouvert ; et c’est ainsi que s’écrit son Journal, comme en témoigne une conférence donnée en 1851, et sobrement intitulée Marcher, à la recherche d’une « littérature qui permette à la Nature de s’exprimer », car, ajoute-t-il « Ma soif de savoir est intermittente, mais mon désir de baigner dans des atmosphères que mes pieds ne connaissent pas est permanent et constant ». Ainsi vont les pages du Journal parmi lesquelles « tout est sujet […] de la planète et du système solaire jusqu’au moindre crustacé et au moindre galet sur la plage » (12 mars 1842).

      Philosophe transcendantaliste, dans la compagnie d’Emerson[4], Thoreau entretient avec la nature et la vie un lien quasi-mystique. Emporté par « la fièvre poétique », il compose « L’invitation de la brise », quand les auteurs de l’antiquité grecque veillent à son chevet. Sans jamais oublier sa devise du 26 juin 1840 : « L’état suprême de l’art est l’absence d’art ». Ainsi, « Une phrase parfaitement saine est extrêmement rare. Parfois j’en lis une qui a été écrite lorsque le monde tournait rond, quand l’herbe poussait et que l’eau coulait. » (10 janvier 1841). Des moments véritablement zen ravissent le lecteur, comme cette mise en abyme : il lit la piste d’un renard, « l’étang était son journal », où « la neige a fait tabula rasa » (30 janvier 1841).

      Parfois, le Journal se fait recueil d’aphorismes : « Il existe deux sortes d’auteurs : les uns écrivent l’histoire de leur époque, les autres leur biographie » (18 avril 1841). Son impressionnante culture littéraire se heurte cependant à des jugements pour le moins rapides, voire démagogiques : « L’ensemble de la poésie anglaise depuis Gower réunie dans un même écrin parait bien médiocre comparé à la nature la plus ordinaire aperçue par la fenêtre de la bibliothèque ». Ce qui ne l’empêchait pas de tenir à ses livres, y compris aux trente-neuf volumes manuscrits de ce Journal qu’il protégeait jalousement !

      L’éloge de l’espace naturel fait vibrer les pages. Le romantisme de Thoreau doit se lire dans la continuité des poètes lakistes anglais, mais aussi dans le cadre de l’exaltation du pionnier américain. La quête de la sagesse irrigue également le Journal. En effet le 27 juin 1840, au regard des bruits du labeur humain, il précise son éthique personnelle, inspirée par la pensée orientale de Manu et des Brâhmanes, aussi individualiste qu’hédoniste : « je ne veux rien avoir à faire ; je dirai à la fortune que je ne traite pas avec elle, et qu’elle vienne me chercher dans mon Asie de sérénité et d’indolence si elle peut ». Plus loin, le 27 mars 1841, il note : « Je ne dois pas perdre une once de liberté en devenant fermier et propriétaire terrien ». Heureusement pour lui qu’Emerson mit à sa disposition la pauvre cabane de Walden !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si le ravissant Journal de Thoreau n’innove guère du point de vue générique, malgré l’éclatement des notations visuelles, sensibles, et la fluctuation des pensées, il faudra chercher en Walden ou la vie dans les bois, publié en 1854, l’horizon d’un nouveau genre au croisement du récit de voyage, de l’essai naturaliste et du traité d’éthique écologique ; à moins de penser dans une certaine mesure aux Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. Nous trouvons l’occasion de le relire, avec le secours d’une récente traduction de Brice Matthieussent, peut-être plus agile que celle de G. André-Laugier, quoique cette dernière eût l’avantage d’être publiée dans le cadre d’une édition bilingue[5].

      Voici le récit de deux années passées dans une fruste cabane au bord d’un étang forestier du Massachussetts, à partir de juillet 1845. Il commence cependant par un réquisitoire contre la civilisation moderne, et, en contrepartie, par une plaidoirie enthousiaste à l’égard de la vie naturelle. La dimension pamphlétaire de Walden ou la vie dans les bois, dont le Journal est une matrice, s’insurge contre la culture artisanale, industrielle et urbaine. Quoique gagnant sa vie en pratiquant le métier d’arpenteur, le voilà « arpenteur, sinon des grandes routes, du moins des sentiers forestiers et des chemins de traverse », « inspecteur autoproclamé des tempêtes de neige et des orages de pluie ». Récit d’une expérience, ce livre est aussi un recueil de petits essais à la Montaigne, c’est-à-dire « à sauts et à gambades », avec des parties intitulées « Economie », « Lire » ou « Des lois plus élevées », quand d’autres s’appellent plus humblement « Solitude », « Le champ de haricots » ou « Le lac en hiver ».

      Son centre du monde est l’étang de Walden, auprès duquel il resta chaste et presque végétarien, vivant dans une relative autarcie, quoique bien proche de Concord et de ses amis, pour écrire dans une cabane aux poutres de pin taillées à la hache. Aussi s’agit-il dans une certaine mesure d’une réponse à l’expérience de George Ripley qui, dans le même temps, pensait améliorer l’homme et ses conditions d’existence au moyen de la collectivité agraire de Brook Farm. Thoreau choisit de vivre une expérience solitaire, comme, toutes proportions gardées, Robinson Crusoé. Or la seule vision mystique de la nature, telle que pouvaient la pratiquer certains romantiques comme Wordsworth, n’est pas son fait : il privilégie la vision du naturaliste.

      Il n’est pas sans avoir cependant des convictions discutables, comme préférer à toute éducation celle des forêts et de la construction d’une cabane ou d’un canif. Plaçant l’expérience bien au-dessus de la théorie, il rétrécit pourtant le champ de l’évolution humaine et technique. Mais fidèle à son éthique, il cultive son terrain dans le cadre d’une simple économie de subsistance, « car le commerce corrompt tout ce qu’il touche », dédaignant les plus fiers monuments de l’architecture et de l’Histoire, ne nous laissant rien ignorer de ses travaux manuels intenses, de sa nourriture et de son budget, modestes au demeurant. Aussi ne cesse-t-il de faire l’éloge de la frugalité, voire de la pauvreté. Pourtant, plus loin, il se contredit : « Ce qui me plait dans le commerce, c’est l’esprit d’entreprise et le courage », tout en célébrant la régularité du chemin de fer qui passe non loin de son étang.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le Thoreau de Walden est également un moraliste, par exemple en doutant de la philanthropie, qui « est presque la seule vertu qui soit appréciée à sa juste mesure par l’humanité. Mieux voudrait dire qu’elle est grandement surestimée ; et c’est notre égoïsme qui la surestime ». L’argumentation morale glisse parfois jusqu’à l’aphorisme : « Ne vous obstinez pas à surveiller les pauvres ; efforcez-vous plutôt à devenir un digne habitant de ce monde ».

      Au bord de l’étang de Walden, il entend « le poème de la création ». La verve lyrique de l’écriture transporte le prosateur, qui découvre avec émotion que « sa maison se situait vraiment dans une partie de l’univers retirée mais toujours nouvelle et non profanée », même si l’on vient l’hiver scier et charrier la glace de son étang. Il accorde toute son attention aux « bruits », cloches lointaines, chant des engoulevents et des grenouilles-taureaux. Ainsi confie-t-il : « Je n’ai jamais trouvé compagnon d’aussi bonne compagnie que la solitude ». Ou encore : Ne suis-je pas en intelligence avec la terre ? »

      Il n’est pas tendre, quoique réaliste, à l’égard des habitants de Concord, le village voisin, qui ne lisent ni les indispensables grands classiques, ni les écritures saintes : « Il est temps que nos écoles soient des universités, et leur ainés des chargés de cours […] pour continuer des études libérales pour le restant de leur vie ». Nous apprécions son éloge de l’éducation libérale[6], tout en relevant qu’il faudra pour cela s’abstraire un tant soit peu de la « vie dans les bois ». Néanmoins, entre contemplation et art de la description paysagère, entre sarclage du champ d’haricots, pêche aux tacauds et cueillette des myrtilles et des airelles, il reçoit volontiers quelques visiteurs, étonnés ou compréhensifs. Il est poète en prose certes, ce qui ne l’empêche en rien d’être doté d’un solide esprit pratique, lorsque, par exemple, il prend tant de soin à construire sa cheminée, précieuse quand gèle le lac, lui consacrant tout un chapitre (« Pendaison de crémaillère ») comme le fit son contemporain Herman Melville dans Moi et ma cheminée[7]. Au rythme des saisons, des observations devant de paisibles perdrix ou de batailleuses fourmis, et des méditations lyriques et philosophiques, ces pages ne peuvent manquer de nourrir leur lecteur : « Aimez votre vie, si pauvre soit-elle », conclue-t-il…

 

      C’est dans Le Paradis à reconquérir (une réponse acide au projet d’utopie technique de John A Etzler) qu’il prononce des phrases dignes d’une conscience écologique d’aujourd’hui : « Nous nous comportons avec tant de mesquinerie et de grossièreté envers la nature ! Ne pourrions-nous pas la soumettre à un travail moins rude ? » Cependant l’utopie régressive de Thoreau, prophète rassis de la décroissance (quoiqu’il ne prétende pas l’imposer à autrui de manière autoritaire), ne vaut guère mieux, affirmant : «  Les inventions les plus merveilleuses des temps modernes retiennent bien peu notre attention. Elles sont une insulte à la nature ». Il termine cette recension critique d’une manière emphatique et un brin ridicule, car l’amour est une force qui « peut créer un paradis intérieur qui permettra de se passer d’un paradis extérieur ». Il y a cependant un louable versant scientifique chez notre naturaliste, lorsque dans un petit essai, La Succession des arbres en forêt,[8] il montre que ce n’est pas par magie et génération spontanée que poussent les arbres loin de leur habitat, mais parce qu’écureuils et oiseaux transportent graines et semences. L’explication naturelle succède aux élucubrations surnaturelles et créationnistes de ses contemporains.

      Diariste, conférencier et philosophe politique se liguent en lui au cœur d’une conscience américaine en gestation. Bientôt, il sera reconnu parmi les grands, entre Herman Melville, Walt Whitman et Emily Dickinson. Quoique caché sur le bord de son étang, il rayonne comme le chantre d’un espace et d’une conscience à préserver. Evidemment, toute la tradition du « nature writing », voire une bonne part de la pensée écologiste, découlent de notre poète-prosateur et philosophe des sentes forestières. La sensation intérieure et la conscience environnementale se fondent en un seul leitmotiv.

      Certes l’on aime Thoreau ; mais il faudra prendre garde à ne pas l’idéaliser, surtout en l’effleurant comme l’on révère une rumeur, faute de le lire. L’on est bien content que la révolution industrielle qu’il rejetait en préférant les bois de Walden, nous ait apporté un appréciable confort de vie. Lorsqu’il vitupère dans Marcher, « Je rêve d’un peuple qui commencerait par brûler les clôtures et laisserait croître les forêts », il ne s’embarrasse guère de la propriété, dans une rousseauiste nostalgie, et des investissements de la civilisation. Il n’aime guère non plus ni les beaux-arts, ni la technique, ni la division du travail, dans une optique passéiste accordée à une nature édénique. Pas tout à fait fou cependant il reconnait dans Walden qu’il vaut « certainement mieux accepter les avantages, aussi chèrement payés soient-ils, proposés par l’invention et l’industrie des hommes ». Bien que nous nous gardions de faire de sa pensée un système, encore moins une dictature écologiste, nous aimons Thoreau comme une pause fondamentale hors du bruit de la cité, comme un rêve de grandes vacances rustiques et éternelles parmi les forêts, comme une conscience nécessaire de l’homme dans la nature, et surtout comme un chantre farouche de la liberté : « je suis un citoyen libre de l’univers, qui n’est condamné à appartenir à aucune caste », écrit-il en 1842.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La désobéissance civile, publiée en 1849, et aujourd’hui sous le titre Résistance au gouvernement civil, est-il un mythe pour adolescent frondeur ou une réelle philosophie politique ? Les libéraux classiques peuvent à juste titre revendiquer ce fulgurant essai. Notons qu’il fut publié dans la collection « Libertés » chez Jean-Jacques Pauvert, où il voisina avec le regretté Jean-François Revel[9]. De plus, si nous ouvrons la fabuleuse anthologie des Penseurs libéraux[10], nous en trouvons un bel extrait, titré « Désobéir aux lois ». Libéral, certes, mais anarchisant : « Il y a quelque chose de servile dans l’habitude que nous avons de chercher une loi à la quelle obéir », écrit-il dans Marcher. En ce sens, le concept de désobéissance civile peut être brandi aussi bien par l’anarcho-capitaliste que par le plus fruste libertaire, par le philosophe issu des Lumières et en butte à l’injustice et au despotisme, que par une gauche révolutionnaire. Cette remise en cause de l’Etat, certes à l’époque de Thoreau encore esclavagiste, mais absorbant moins dans les bras de sa pieuvre la vie économique qu’aujourd’hui, reste en butte contre les principes libéraux classiques de l’Etat régalien gardien de la liberté.

      « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins ». Voici la phrase inaugurale et trop peu célèbre de cet essai vigoureux, souvent suivi du « Plaidoyer pour John Brown », autant au service « des droits des plus pauvres et des plus faibles parmi les gens de couleur opprimés par l’esclavage, que ceux des riches et des puissants ». Le réquisitoire contre l’Etat, dans le cadre d’une protestation contre la guerre menée par les Etats-Unis au Mexique, est d’une puissance éthique et rhétorique remarquable. Décrivant un fusilier marin, « debout vivant dans son suaire », il proteste : « La masse des hommes sert ainsi l’Etat, non point en humains, mais en machines avec leur corps ». Plus loin : « Pas un instant, je ne saurais reconnaître pour mon gouvernement cette organisation politique qui est aussi le gouvernement de l’esclave ».

      Son refus de l’impôt, donc de l’Etat auquel il ne voulut pas souscrire, lorsqu’il sert à mener une guerre qu’il désapprouve, est à la source de ce bref et néanmoins vigoureux discours. L’actualité de ce texte reste considérable à l’heure d’une fiscalité confiscatoire et d’une économie plombée, sachant que Thoreau passa une journée en prison pour ne pas vouloir payer l’impôt (on le paya pour lui) : « quand […] l’oppression et le vol sont organisés, je dis : débarrassons-nous de cette machine ». Plus loin : « Il existe des lois injustes, consentirons-nous à y obéir ? » Ou encore : « Il faut que je veille, en tous cas, à ne pas me prêter au mal que je condamne », ce qui conduisit aux mouvements de résistance passive, et à la détermination de Martin Luther King. La conclusion reste mémorable : « Jamais il n’y aura d’Etat vraiment libre et éclairé, tant que l’Etat n’en viendra pas à reconnaître à l’individu un pouvoir supérieur et indépendant d’où découlerait tout le pouvoir et l’autorité d’un gouvernement prêt à traiter l’individu en conséquence ».

 

     

      Le principe de désobéissance civile, si héroïque soit-il, ne délivre pas du jugement sur le bien et le mal, entre le bon choix et le mauvais choix, en faveur du droit naturel et non du droit positif déterminé par les législateurs et les tribunaux, pour reprendre la distinction de Léo Strauss[11]. Désobéir contre la tyrannie, et au service de la vertu, de l’égalité devant le droit, de la liberté économique, des mœurs et d’expression, soit. Mais pas au prix du divorce d’avec une loi, une doxa, une courtoisie, une justice bonnes. Pas dans le but conscient ou inconscient d’installer une tyrannie pire que la présente…

      La désobéissance civile devient alors un sur-romantisme, dans laquelle l’indigné, le révolté contre le pouvoir, quelque soit sa représentativité et sa légitimité, devient une sorte de messie des temps nouveaux, démocratiques et libertaires, ou prétendument. Trop souvent d’ailleurs les médias ont tendance à sacraliser les révoltés contre un pouvoir inique ou non, qu’il s’agisse des printemps arabes, cairotes ou syrien, des places de Kiev ou de Nantes, d’un José Bové, s’appuyant indûment sur l’opuscule de Thoreau pour saccager de forts utiles champs de Plantes Génétiquement Modifiées.

      Sans compter que l’obéissant fait moins spectacle que le désobéissant, que les désobéissantes et pacifiques foules familiales de la Manif pour tous sont moins spectaculaires et dignes d’images que les pillages des casseurs fascistes, des anarchistes en noir, des écologistes en vert et autres jeunes racailles diverses. Quoique le traitement policier soit moins tendre pour les premiers que pour les seconds, parce qu’ils sont plus faciles à circonscrire, et considérés comme réactionnaires (ils n’ont pas la bonne désobéissance idéologique), parce le diktat de gauche sur le pouvoir qui compte s’allier les seconds le paralyse.

 

      Entendons-nous : par les temps qui courent, la désobéissance civile est bien mieux acceptée si elle obéit à la bonne conscience de gauche. Il faut craindre que ce concept phare soit mangé à toutes les idéologies. Au point de plus les servir que de servir celui à laquelle s’adressait l’auteur de Walden : l’individu et ses libertés. Si tous ceux qui invoquent le fantôme de Thoreau sur des barricades civiles et mentales avaient la modestie, l’intériorité et la capacité créatrice d’écrire un tel essai, un tel Journal, peut-être ne démériteraient-ils pas d’Henry-David Thoreau. Comme lui, le 26 février 1841, pouvons-nous dire aujourd’hui : « Ce bon livre aide le soleil à briller dans ma chambre » ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Dont on peut lire le récit dans Henry-David Thoreau : Les Forêts du Maine, José Corti, 2008.

[2] Henry-David Thoreau : Cap Cod, Imprimerie Nationale, 2000.

[5] Henry-David Thoreau : Walden ou la vie dans les bois, Aubier-Montaigne, 1982.

[7] Herman Melville : Moi et ma cheminée, Falaize, 1951.

[8] Henry-David Thoreau : La succession des arbres en forêt, Les mots et le reste, 2019.

[10] Voir : Du concept de liberté aux penseurs libéraux

[11]  Leo Strauss : Droit naturel et histoire, Champs Flammarion, 2008.

 

Photo : T. Guinhut.

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 10:38

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

Pourquoi un libéral lit-il Nietzsche ?

Romantisme, philosophie critique et politique :

une pléiade de lectures.

 

 

Friedrich Nietzsche : Œuvres I et II,

Gallimard La Pléiade, sous la direction de Marc de Launay et de Dorian Astor,

divers traducteurs de l'allemand,

1162 p, 56 € ; 1568 p, 65 €.

 

 

 

      Il peut paraître étonnant qu’un libéral lise Nietzsche. D’abord parce nous ne sommes pas réductibles à une seule identité, une seule obédience. Et ce n’est guère une réputation de libéralisme que lui fait le sens commun, si tant est que le sens commun connaisse réellement l’un et l’autre… Pourtant, quoique avec quelques réticences à lui opposer, le philosophe de Sils-Maria reste une urgente et stimulante nécessité pour la compréhension non seulement de l’histoire de la pensée, mais aussi l’histoire des siècles derniers ; sans compter que l’on puisse appliquer sa perspicacité à des problèmes de l’heure qui engagent notre demain. Si je lis Friedrich Nietzsche - et aujourd’hui dans les deux volumes tant attendus de la Pléiade - c’est d’abord pour son romantisme, pour sa méthode critique ensuite, enfin pour la singularité discutable et cependant  stimulante de sa philosophie politique.

     

      Longtemps je me suis couché à pas d’heure en refermant à regret un volume de Nietzsche, ou d’abord plus exactement sur Nietzsche. Si l’on ne peut qu’en partie qualifier son discours philosophique de romantique, par son aspiration sans cesse rallumée à la hauteur aristocratique de la pensée, son destin l’est absolument. C’est avec une voracité impatiente pour les faits et la gourmandise de l’exaltation adressée à celui qui pouvait passer pour un modèle, que j’ai lu des biographies : celle passionnée de Daniel Halévy, qui va du « tracé sentimental d’une vie » à « l’une des aventures les plus singulières et les plus héroïques qui aient été tentées dans l’ordre de l’esprit » [1], puis celle, plus scientifique, colossal travail d’historien, de Kurt Paul Janz[2]. Dans lesquelles suivre le parcours exceptionnel de l’adolescent qui s’arrache à l’étroitesse de l’Allemagne petitement protestante, qui, à la vitesse d’une comète, devient professeur de philologie à Bâle, publie l’éblouissante Naissance de la tragédie, devient l’ami de Wagner, non sans avoir la conviction de s’en éloigner ensuite. Vient alors la douleur de son amour ébloui, impossible pour Lou Andréas-Salomé. Malgré sa santé chancelante, et grâce à elle, l’homme mûr édifia une œuvre insolite, incomprise, mêlant essai, aphorisme et poésie, errant entre Nice et l’Engadine, entre Venise et l’Allemagne, peinant, jusqu’au compte d’auteur, à publier ses livres fulgurants, jusqu’à son Zarathoustra inachevé, jusqu’à la pathétique folie… Ses embardées dans la solitude des rivages et des montagnes, dans la solitude de la méditation sont absolument romantiques ; au point que j’eus tendance à préférer la grandeur exaltante et tragique du destin à l’alacrité difficile de la pensée…

      Pourtant, conjointement au plaisir du style, à la vivacité de l’aphorisme, s’ajoutait déjà dans ma lecture erratique un intérêt pour le travail critique sans cesse remis sur l’établi du philosophe. Aucune naïveté n’est possible chez Nietzsche. Les comportements et les opinions convenus sont déshabillés. Il est le généalogiste, non seulement de la morale, mais aussi des motivations et des ambitions humaines, trop humaines. Il est celui qui établit la genèse des supports psychologiques (en cela précurseur de la psychanalyse de Freud, voire la supplantant) et des supports historiques et sociétaux des constructions ontologiques et métaphysiques pour les balayer. Les belles vertus sont soudain pétries de racines peu ragoutantes. L’amour est alors une cupidité : « Notre amour du prochain n’est-il pas impulsion à acquérir une nouvelle propriété ? Et tout de même notre amour du savoir, de la vérité ? »[3] Ou encore : « l’amour en tant que le contraire de l’égoïsme, alors qu’il s’agit peut-être de l’expression la plus effrénée de ce dernier »[4]. Il s’agit alors autant de l’éros que de l’amour social, y compris de la justice sociale, cette hypocrisie… La critique du nihilisme (on dirait également aujourd’hui le relativisme) et du christianisme est également décapante ; tous les deux sont des produits du ressentiment des esclaves et du bas peuple qui construisent leur morale pour parvenir à dominer les puissants : « Le christianisme est un platonisme pour le peuple »[5]. Ainsi, toute la boutique des arrière-mondes, des au-delàs est balayée, la transcendance évacuée, ce à cause de leur origine médiocrement plaintive lors du refus du monde et de la condition humaine comme ils vont. En ce sens il y a une dimension aristocratique à l’acceptation de l’immanence, cet amour du destin qui conduisit notre homme à des extrémités plus mythologiques que rationnelles : l’éternel retour du même.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      L’espèce du philosophe n’est pas épargnée par la remise en question critique : « Ce sont les passions qui donnent naissance aux opinions ; la paresse d’esprit les fige en convictions[6] ». Ne doutons pas qu’il s’applique à lui-même un tel aphorisme, qui doit aussi nous alarmer, à l’occasion de notre éthique de penseur, si modeste soyons nous : « La moralité n’est que l’instinct grégaire individuel[7] ». Ou encore : « L’instinct de la connaissance aussi n’est qu’un instinct supérieur de la propriété[8] ». Quoique il faille également lire cela dans le cadre d’un éloge : « La connaissance des philosophes est création, leur volonté de vérité est volonté de puissance[9] ». Où l’on perçoit bien que ce dernier concept n’a rien de nazi, qu’il s’honore d’une dimension, d’une qualité intellectuelle et morale. D’où la nécessité de la hiérarchie des législateurs sur la plèbe démocratique, vivier de ce dernier homme que Tocqueville vit poindre dans la satisfaction béate de la majorité.

      L’on sait également qu’il encourage au danger plutôt qu’à la paix : « la plus grande jouissance de l’existence, consiste à vivre dangereusement ! Construisez vos villes auprès du Vésuve ! Envoyez vos vaisseaux dans les mers inexplorées ! Vivez en état de guerre avec vos semblables et avec vous-même ![10] ». Bien qu’il faille le lire moins physiquement que métaphoriquement, voilà bien un autre concept à débarrasser des lectures travesties par sa sœur, Elizabeth Forster-Nietzsche, épouse d’un antisémite notaire, lorsqu’elle piocha, coupa, recomposa parmi les fragments posthumes, pour publier La Volonté de puissance qui devint un bréviaire nazi, alors qu'il ne s'agit que d'un ouvrage qui n’a jamais existé[11]. Pourtant l’on sait que notre philosophe était un anti-antisémite convaincu[12]. Dans « Ce que l’Europe doit aux Juifs ? », il conclue : «  Nous qui assistons en artistes et en philosophes à ce spectacle, nous en sommes – reconnaissants aux Juifs[13] ».

 

 

      Nietzsche est-il alors un libéral ? Oui pour sa liberté de penser, pour l’individualisme du surhomme, de celui qui se développe soi-même en tant qu’œuvre. Non, de par son peu d’intérêt aux questions économiques. Non, à cause de l’importance incontournable accordée à la hiérarchie et à la subordination ; non, pour sa méfiance envers la rationalité humaine gouvernée par ses instincts et son ressentiment. Non, à cause de cette nostalgique admiration pour la fière animalité de l’homme : « Au fond de toutes ses races aristocratiques, il y a, à ne pas s’y tromper, le fauve, la superbe brute blonde avide de proie et de victoire[14] », une de ses phrases hélas récupérées par le nazisme, la séparant de son contexte d’analyse de la généalogie de la morale des faibles construite par le judaïsme et le christianisme pour supplanter celle des forts. Non encore, pour son antiféminisme : « Rien n’est d’emblée aussi étranger à la femme, rien ne lui est aussi odieux, aussi contraire que la vérité[15] ». Il exècre « une femme qui se laisse aller en présence de l’homme, peut-être jusqu’au point d’écrire un livre, au lieu d’observer comme naguère une réserve décente et une soumission rusée[16] », ce entre autres gracieusetés qui culminent avec le trop célèbre et paléolithique : « Tu vas chez les femmes, n’oublie pas le fouet[17] ». Quoique sur la photographie du trio Nietzsche, Paul Rée, Lou Andréas Salomé, c’est cette dernière qui tient le fouet… Cependant, notre philosophe aime pratiquer la contradiction (ce pourquoi l’on peut lui faire dire beaucoup, ce à quoi je n’échappe peut-être pas). Et l’on sait qu’il n’aima pas seulement Lou pour son front lumineux[18] mais pour son intelligence hors pair : « L’intelligence des femmes se manifeste sous forme de maîtrise parfaite, de présence d’esprit, d’exploitation de tous les avantages (…) les femmes ont l’entendement, les hommes la sensibilité et la passion[19] », ceci au rebours du préjugé commun. Enfin,  « on ne saurait être assez tendre avec les femmes[20] »…

 

Daniel Halévy : Nietzsche, Grasset, 1944.

Photo : .T Guinhut

 

      Jamais Nietzsche n’aurait pu être favorable à aucune tyrannie, être théocrate, être nazi, national socialiste donc. Il suffit de lire ce qu’il pense du collectivisme et du socialisme, qu’il soit nationaliste ou internationaliste : « Le socialisme est le frère cadet et fantasque du despotisme agonisant, dont il veut recueillir l’héritage ; ses aspirations sont donc réactionnaires au sens le plus profond. Car il désire la puissance étatique que seul le despotisme a jamais possédé, il surenchérit même sur le passé en visant à l’anéantissement pur et simple de l’individu[21] ». Il achève ce réquisitoire par « le cri de ralliement opposé : Le moins d’état possible.[22] » Autre cri pour notre temps, dans un développement sur la croyance et les religions : « Le fanatisme est en effet l’unique force de volonté à laquelle puissent être amenés les faibles et les incertains ». Ce à quoi il oppose « le libre esprit par excellence [23]». Clairvoyant, n’est-ce pas ?

      Il n'est pas sûr cependant que Nietzsche connût fort bien les penseurs libéraux, d'Adam Smith à John Stuart Mill. Dans une page intitulée « Ma conception de la liberté », il commence judicieusement : « Les institutions libérales cessent d'être libérales dès qu'elles sont acquises », car le danger qui guette toute institution, même animée des meilleures intentions, est sa volonté de puissance lorsqu'elle mine celle des individus : en elle « c'est l'animal grégaire qui triomphe toujours. Libéralisme : en clair cela signifie abêtissement grégaire... » Cette dernière formule, compréhensible dans le contexte, est un oxymore, en tant que le libéralisme politique est par principe irréductible au grégarisme. Mais face à la tyrannie, « La liberté signifie que les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple celui du bonheur[24] ».

      Que pourrait de plus nous enseigner Nietzsche afin de comprendre notre aujourd’hui et prévenir notre demain politiques ? Par exemple : « Le caractère démagogique et le dessin d’agir sur les masses sont actuellement communs à tous les partis politiques : ils sont tous obligés, en raison dudit dessein, de convertir leurs principes en grandes sottises[25] ». Ainsi « la démocratie est (…) une école des tyrans[26] ». Et c’est là une des rares occurrences où il approuve Platon : car l’égalité politique ne vaut rien devant la vérité. Il y a une altitude intellectuelle, venue, outre des penseurs libéraux, entre Tocqueville et Aron, de Nietzsche qui doit nous protéger de la bassesse d’une démocratie qui ne serait plus celle des libertés.

 

 

      Lire Nietzsche adossé à un rocher battu des vents de l’Engadine ? Dans la paix feutrée de la bibliothèque ? Parmi les pages des vieux Mercure de France traduits par Henri Albert, dans la bonne douzaine de volumes des Œuvres philosophiques complètes établies par Colli et Montinari, et maintenant dans la collection de la Pléiade. Après dix-neuf années d’une attente impatiente, trépignante, insupportable, voici enfin le volume II, le premier étant paru en l’an 2000, une fois de plus établi sous la vigilance éclairée de Marc de Launay, et cette fois ci assisté d’une autre expert nietzschéen, Dorian Astor, qui dirigea récemment le Dictionnaire Nietzsche[27]. Espérons que nous ne subirons pas le même intolérable délai pour le troisième volume, qui habillera Par-delà le bien et le mal, La Généalogie de la morale, Ainsi parlait Zarathoustra et les textes de la folie jusqu’à l’extinction de janvier 1889 ; au risque de ne trouver aucune librairie dans les tombes…

      Reconnaissons qu’il s’agit à d’un habile découpage. Le premier Pléiade réunissait le Nietzsche que La Naissance de la tragédie avait révélé, l’examen de Schopenhauer et l’éloge de Wagner, le philologue discursif, l’homme du fondateur creuset de l’apollinien et du dionysiaque, l’homme affronté aux grandes figures de son temps. Outre les écrits de jeunesse, des textes curieux, jusqu’alors inédits en français, émaillent l’ensemble, comme des conférences Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement,  des recherches sur les présocratiques, La Philosophie à l’époque tragique des Grecs, et Vérité et mensonge au sens extra-moral.

      Soudain, le voici, à l’orée de ce second Pléiade, prenant entre 1878 et 1882 son vol singulier : il s’est secoué de la lourde révérence envers Wagner, sa philosophie est moins analytique qu’éruptive. Volontiers polémique, répudiant le genre du traité, son écriture est définitivement convertie à l’aphorisme, souvent fort brefs, parfois intensément développés,  sans compter une poignée de poèmes intensément lyriques. Il sait désormais, combien, loin de l’idéalisme, nous sommes Humain, trop humain ; bientôt une Aurore, qui met à mal la pureté de la morale instituée, se lève pour Le Gai savoir, celui de la critique des valeurs, de la volonté de puissance et de l’éternel retour. Il n’est plus le professeur de Bâle, mais le philosophe errant, et secoué de crises maladives, de vastes exaltations créatrices, entre Venise, Marienbad, Gênes et Sils-Maria, en Suisse…

      La philologie l’amène à reconsidérer le langage : « Chaque mot est un préjugé », écrit-il dans Le Voyageur et son ombre, seconde partie d’Humain trop humain. Alors que Wagner se coule dans un christianisme languissant avec son Parsifal, Nietzsche entame sa remise en cause de l’éthique chrétienne, déniant l’origine transcendante de la morale. Au point que dans Le Gai savoir, il annonce la mort de Dieu. Certes Jean-Paul Richter, dans Siebenkaes, en 1797, l’avait précédé : « tous les morts s’écrièrent : Christ ! n’est-il point de Dieu ? Il répondit : Il n’en est point ![28] » ; mais ce n’était qu’un avertissement aux sceptiques. Pour Nietzsche l’information est définitive, même si elle reste pour beaucoup encore à caution, ce dont témoigne l’allusion platonicienne : «  Dieu est mort, mais telle est la nature des hommes que, des millénaires durant peut-être, il aura des cavernes où l’on montrera encore son ombre[29] ». Il faut donc à une existence dépourvue de sens ajouter une « gaya scienza », une sagesse gaie, y compris au prix de l’acceptation de l’effrayant éternel retour du même, concept que l’on pourra trouver fumeux ou témoignant de l’accord avec soi et son destin, concept finalement assez peu explicité par son auteur.

      Mais en ce Gai savoir, que de pépites pour notre temps ou intemporelles ! Par exemple le « Danger des végétariens » : « les promoteurs de ces manières-là de penser et de sentir, tels les docteurs hindous, prônent précisément une diète végétarienne dont ils voudraient faire la loi à la masse : ils veulent ainsi provoquer et augmenter le besoin qu’ils sont eux-mêmes en mesure de satisfaire[30] ». Mieux : « De la plus grande utilité du polythéisme. Que l’individu puisse établir son propre idéal[31] ». Mieux encore : « Le parlementarisme, c’est-à-dire la permission publique de choisir entre cinq opinions politiques fondamentales, flatte le grand nombre de ceux qui aimeraient paraître indépendants et individuels et combattre pour leurs opinions. Mais, à la fin, il est indifférent qu’une seule opinion soit imposée au troupeau ou que cinq opinions lui soient permises - quiconque s’écarte des cinq opinions fondamentales aura toujours contre lui le troupeau tout entier[32] ».

 

      Lire et relire Nietzsche est en quelque sorte un éternel retour de la philosophie : il a pris en écharpe les substrats de notre civilisation, antiquité grecque, judaïsme, christianisme, sans excepter le bouddhisme, pour en décaper les présupposés, le socialisme et le libéralisme également. Quant à l’Islam, il n’a malheureusement pas su, ou pas eu le temps, de faire le même travail, sauf lorsqu’il fait l’éloge de son vouloir vivre, de sa puissance : « Si l’Islam méprise le Christianisme, il a mille fois raison : l’Islam suppose des hommes pleinement virils... Le Christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) – Pourquoi ? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure !… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière.[33] » Entraîné par son enthousiaste déboulonnage du Christianisme, ne commet-il pas un excès répugnant, un de ces éloges de la force, qui ont pu lui être subtilisés par le nazisme ? Oublie-t-il qu’il n’aurait à peine pu penser en terre d’Islam, encore moins y publier ses livres ? En tout état de cause il n’oublie pas parmi les mêmes pages de louer le « génie » des Grecs et des Romains, leur « civilisation savante » et leur « grand art ». Si nous adhérons assez peu à l’éloge de la force aristocratique (quoiqu’elle puisse être nécessaire au service de la civilisation) dont rêvait la faiblesse physique de Nietzsche - ne savait-il pas qu’il s’agissait d’une forme de sublimation ? - il est à peine un philosophe à système et doctrine, sous la bannière duquel se ranger, nous laissant aux prises avec les seules libertés dont nous serions capables. Aussi n’oublie-t-il pas de déboulonner les idoles qui entravent la pensée : « Le "saint mensonge" est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l'Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. " La vérité est là " : partout où l'on entend ça, cela signifie que le prêtre ment[33] »...

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Lire également :  Bonheurs et trahisons du Dictionnaire Nietzsche

 


[1] Daniel Halévy : Nietzsche, Grasset, 1944, p 9 et 10.

[2] Kurt Paul Janz : Nietzsche, Gallimard, 1984.

[3] Le Gai savoir, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1982, p 64.

[4] Ibidem, p 65.

[5] Par-delà le bien et le mal, Œuvres philosophiques complètes, VII, Gallimard, 1992, p 18.

[6] Humain trop humain, Œuvres philosophiques complètes, III, tome I, Gallimard, 1988, p 334.

[7] Le Gai savoir, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1982, p 144.

[8] Fragments posthumes, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1982, p 330.

[9] Ibidem, p 131.

[10] Le Gai savoir, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1982, I, 14, p 194.

[11] Tel, Gallimard, 1995. Voir à ce sujet : Mazzino Montinari : La Volonté de puissance n'existe pas, L'Eclat, 1996.

[12] Voir à ce sujet Jean-Pierre Faye : Le Vrai Nietzsche, Hermann, 1998.

[13] Par-delà le bien et le mal, Œuvres philosophiques complètes, VII, Gallimard, 1992, p 169.

[14] La Généalogie de la morale, Œuvres philosophiques complètes, VII, Gallimard, 1992, p 238.

[15] Par-delà le bien et le mal, Œuvres philosophiques complètes, VII, Gallimard, 1992, p 152.

[16] Ibidem, p 156.

[17] Ainsi parlait Zarathoustra, « La vieille et la jeune femme », Club du meilleur livre, 1959, p 65.

[18] Dont le livre de Daniel Halévy offre p 288 une photo éblouissante.

[19] Humain trop humain, Œuvres philosophiques complètes, III, tome I, Gallimard, 1988, p 251.

[20] Le Gai savoir, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1992, p 102.

[21] Humain trop humain, Œuvres philosophiques complètes, III, tome I, Gallimard, 1988,  p 283.

[22] Ibidem, p 284.

[23] Le Gai savoir, Œuvres philosophiques complètes, V, Gallimard, 1992, p 245 et 246.

[24] Crépuscule des idoles, Œuvres philosophiques complètes, VIII, Gallimard, 2004, p 133.

[25] Humain trop humain, Œuvres philosophiques complètes, III, tome I, Gallimard, 1988, p 263.

[26] Par-delà le bien et le mal, Œuvres philosophiques complètes, VII, Gallimard, 1992, p 162.

[28] Jean-Paul Richter : Choix de rêves, José Corti, 2001, p 145.

[29] Le Gai savoir, 108, Œuvres II, La Pléiade, Gallimard, 2019, p 1028.

[30] Le Gai savoir, 145, ibidem, p 1051.

[31] Le Gai savoir, 143, ibidem, p 1049.

[32] Le Gai savoir, 174, ibidem, p 1059-1060.

[33] L’Antéchrist, 59-60, Œuvres philosophiques complètes VIII, Gallimard, 2004, p 231.

[34] L'Antéchrist, 55, ibidem, p 230.

Photo : T. Guinhut.

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:19

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Nuits debout et violences antipolicières :

Gilets jaunes et Nuit debout,

une inversion des valeurs ?

 

 

 

 

 

      « La garde civique / a le fâcheux renom d’être fort pacifique ! / Aussi les malandrins, sûrs de l’impunité, / Opèrent à sa barbe avec sérénité[1] ». Ainsi Shakespeare prévenait les casseurs de leur impunité. En marge et au cœur du mouvement des Gilets jaunes de l’hiver 2018-2019, de « Nuit debout » et des « mobilisations » syndicales contre la « Loi travail » au printemps 2016, violences policières et violences antipolicières s’affrontent en un champ de bataille qui gangrène la cité démocratique et prétendument libérale. Tandis que jeunes et moins jeunes coagulés passaient des nuits debout, et donc des jours couchés, que les blessés policiers furent outrageusement plus nombreux que les manifestants blessés, ne faut-il pas lire en ces phénomènes une inversion des valeurs ? Tandis que le peuple assujetti à la tyrannie économique et fiscale tente un mouvement de libération qui s’affiche en jaune, se ravive une sanglante tyrannie policière, armée de violences dont elle n’oserait user contre l’extrême-gauche et les banlieues immigrées, elles-mêmes fers de lance d’une guerre anti bourgeoise, anti-occidentale et antipolicière.

 

Violences en pays de Gilets jaunes

      À l’occasion d’un hiver vêtu de gilets jaunes, la répression policière devient indécente ; au point que si la Russie en faisait autant, un Poutine serait universellement vilipendé, que si les Etats-Unis en faisait un trentième, un Trump serait voué d’éternité aux gémonies, sans parler d’une victime palestinienne ! La police française est en Europe l’unique à user de « Lanceurs de Balle de Défense » et de grenades explosives parmi des manifestants, sans compter la stratégie de nasse qui vise piéger ces derniers afin de les matraquer à plaisir et sans vergogne. Certes nous n’avons pas souvent de vidéos qui permette de juger en tout état de cause, lorsqu’elle ne nous proposent que des fragments : que s’est-il passé quelques instants plus tôt et qui légitimerait une violence policière légale destinée à rétablir la paix et la sécurité ?

      Les blessés sont fort nombreux, les mutilés, les éborgnés à vie. Des vidéos révèlent des tirs au hasard de la foule et de la fumée ambiante, mais à hauteur de visage ! Franck, 20 ans, a perdu son œil droit et porte une plaque de titane du front au menton suite à un tir de Lanceur de Balle de Défense le 1er décembre 2018. Jérôme Rodrigues, filmant une manifestation a reçu dans l’orbite un tir de Lanceur de Balle de Défense, a perdu son œil droit, comme une vingtaine d’éborgnés. Cinq autres ont vu leur main arrachée, y compris devant l’Assemblée nationale à Paris, en tentant de rejeter une grenade. L’on a vu des quidams aspergés de gaz lacrymogènes sans nécessité aucune. Une femme âgée mourut d'un arrêt cardiaque après avoir ainsi agressée en plein visage.

      La France est le seul pays d’Europe à utiliser ces flash-balls et ces grenades explosives contre ses manifestants, de plus, répétons-le, en visant visage toute, donc avec une intention qui n’est pas loin de l’homicide volontaire. Alors que la police allemande privilégiant la prévention, la  négociation et la psychologie des masses, isole les individus violents. La brutalité policière semble le plus souvent disproportionnée et arbitraire contre les Gilets jaunes, visant visiblement à dissuader les manifestants de récidiver : ce  serait-ce une grave atteinte à la liberté de manifester ? Notons qu’un Gilet jaune interpellé, même par erreur, est aussitôt fiché, dans le cadre du Traitement des Antécédents Judicaires. Toutes ces atteintes aux libertés et à la sécurité affectent également des journalistes, insultés, humiliés, frappés.

      Gageons que si, au lieu de cocus de la fiscalité, de ploucs blancs et franchouillards (on devine ici le mépris des édiles de l’Etat), les morts, les éborgnés et les mains arrachées avaient été des ultragauchistes, ou avaient été noirs, arabes et musulmans venus des cités islamisées et épargnées par la République, l’on eût droit à mille cris d’orfraies, cent procès, dix milles explosions des banlieues, semées d’émeutes et de vagues de pillages, comme pendant les trois semaines de l’automne 2005, sinon pire…

      Cette police qui a pour mission de protéger les citoyens, y compris manifestants, glisse-t-elle vers la répression aveugle, aux ordres d’un pouvoir exténué ? Alors qu’elle joue avec la plus grande dignité son rôle en assurant la sécurité d’un Philippe Val, de Charlie Hebdo, face au terrorisme islamiste, n’est-elle pas la proie et le signe d’une inversion des valeurs, s’adjugeant un droit à la criminalité ?

      Un mouvement passablement spontané s’est vêtu de la détresse des gilets jaunes, celui des oubliés du pouvoir d’achats, assommés par un Etat surtaxateur[2]. Le voilà débordé, vidé de l’intérieur par l’utragauchisme, par ses black-blocs, qui jouent les héros politiques d’une cause supérieure[3], mais aussi les pathétiques protagonistes de roman policier[4]. Le voilà également débordé par ses cégétistes anticapitalistes (dont l’un des militants enfonça au moyen d’un transpalette la porte d’un ministère), de surcroit par la racaille islamiste,  casseurs de vitrines pillées et de flics. Des bandes anarchistes entraînées et équipées sèment la violence et le vandalisme dans les villes, quand des bandes ethniques et religieuses sèment la violence et le pillage, armés de casques, foulards, cocktails Molotov, bouteilles d'acides, barres de fer, jets de pierres et de boules de pétanque, armes de poings, violences dont les premières victimes sont les policiers et leurs véhicules matraqués et incendiés. Mais aussi les grilles de l’Assemblée Nationale, une vitrine de librairie, qui a le tort d’expose des ouvrages de droite traditionnaliste, voire fascisante. Alors que les idées se combattent d’idée contre idées, non à coup de barres de fer.

      Ainsi dénombre-t-on 1.300 blessés parmi les forces de l'ordre et les pompiers, selon le ministère de l'Intérieur. Sans omettre les destructions diverses réalisées par des Gilets jaunes, ou du moins ceux qui s’emparent de ce commode uniforme et paravent, donc les casseurs, qui se montent à des dizaines et des dizaines de millions d'euros. Sans compter les salariés mis au chômage partiel ou total, et les commerçants ou artisans dont l'activité a pu se réduire au point de les décimer…

      Les Gilets jaunes sont peu à peu vidés de leur substance. Bouc émissaires d’une violence qui n’est que parfois la leur, d’un antisémitisme qui n’est que rarement le leur, c’est ainsi qu’ils sont salis par une populace contestataire à l’encontre de la démocratie libérale, par le pouvoir politique et un pouvoir médiatique, de façon à légitimer violence policière et rehausser le blason pourri d’un pouvoir aux abois. Bien au-delà des jaunes revendications originelles contre la surtaxation étatiques, ce sont les rouges, les noirs et les verts[5], ultragauchistes, anarchistes et islamistes, qui ont pris la relève, comme des sangsues, zadistes et black-blocs, vegans et cégétistes, écolos radicaux, antisionistes et antisémites, propalestiniens et nazislamistes, tant de groupuscules exponentiels dont on connait les antécédents parmi les manifestations de Nuit debout et dont certains visent explicitement à l’assassinat parmi les forces de l’ordre.

Les paradoxes de Nuit debout

      Replaçons dans son contexte idéologique le mouvement « Nuit debout[6] » qui s’assit sur les places de la République. Dans le sillage d’ « Occupy Wall Street », de Siryza en Grèce, de Podemos en Espagne, l’ultra gauche entend phagocyter les medias en même temps que crier sur les toits son opposition viscérale au libéralisme économique et au  capitalisme financier international. Et remettre les manifestations anti Loi travail dans cette tradition mai-soixantehuitarde qui fit les beaux jours du mouvement anti Contrat Première Embauche en 2006. Ainsi, avec l’aval gourmand des partis, syndicats et mouvances de gauche, d’Attac et Sud, l’on manifeste contre une tentative avortée de libérer le travail, favorisant de fait le chômage, la précarité et la pauvreté.

      Au hasard des revendications de Nuit debout, l’on trouve : « Désinvestissement des énergies fossiles », « Dissolution des élites politiques », « Sortir du capitalisme par la démocratie radicale », « Instauration du revenu universel de resocialisation », « Abolition de la propriété privée », « Stop à la numérisation qui fait disparaître des emplois », « Occupation des logements et des bureaux vides », « Plafonnement des salaires », « Semaine de quatre jours, travaillons moins pour travailler tous », « Le RSA pour les 18-60 ans à 1500 € et le SMIC à 3000 € », « A bas la hiérarchie, Mort aux méritocrates », « Supprimer le lien entre travail et salaire »[7]. Sans oublier les panneaux et banderoles, fleurant bon mai 68 : « Rêve général », « Argent gratuit ». Mais aussi : « Sur le pont d’Avignon, on y pend tous les patrons » ! Lors des assemblées de Nuit debout, chacun peut prendre la parole cinq minutes durant. Ce qui parait aux crédules une bonne liberté et une respectueuse écoute. Mais un moment vient ou l’égalité de tous les discours, quelques soient leurs qualités ou leur introuvable pragmatisme, est à la fois contre-productive et désastreuse pour l’élévation intellectuelle, si tant est que l’on y laisse s’exprimer qui aurait l’audace de penser autrement...

      S’y mêlent des utopies naïves, évidemment irréalisables, dont on pardonnerait la puérilité si tant de sérieux anticapitalisme ne s’y lisait, des professions de foi égalitaristes anti-hiérarchie et anti-mérite qui ne visent qu’à aligner la médiocrité générale d’une ochlocratie[8] de façon à rabaisser les puissants, les créatifs et les indépendants, aligner les individualistes sur les collectifs, en une tyrannie qui ne dit pas son nom, et dont on peut lire le tableau désastreux dans l’excellent roman d’Ayn Rand : La Grève[9].  Mais aussi de réels appels au meurtre des flics et des patrons en un autre racisme éhonté, sans penser que ceux qui rêvent de pendre le patronat, comme des Robespierre d’une nouvelle Terreur, handicapent ainsi non seulement leur salariat futur, à moins de devenir les esclaves de leur propre communisme égalitariste, mais également leur capacité de devenir leur propre patron grâce à leur capacité entrepreneuriale (s’il en en ont) et d’embaucher au service de leur entreprise et de la société toute entière. Une valeur meurtrière et in fine suicidaire remplace alors les valeurs de vie, de travail et de créativité.

      Hélas, le pique-nique nocturne aux papiers gras spontanés est manipulé par de futurs hiérarques du Parti Socialiste et autres opuscules gauchistes, hélas le rêve jeune qui se prend en grand sérieux ne suce que l’illusion du « vivre ensemble » et d’ « une autre politique possible » ; en fait le lait ranci de vieilles idées fumeuses, anarchisantes et marxisantes, en une Nuit des boues. Le réalisme, le pragmatisme, les connaissances historiques, politiques, et surtout économiques, l’esprit des Lumières enfin, n’ont guère droit de cité.

Nuits et jours de la violence

      De surcroit, en marge des Nuits debouts, sans que l'on sache si un paisible Nuit debout n'a pas l'instant d'avant caché ou jeté dans une poubelle son sac-à-dos rempli de blouson noir, lunettes, cagoule, boulons et cocktails Molotov, et en marge des manifestations contre la loi travail de la ministre El Khomri et du gouvernement Hollande, c'est la violence verbale et physique qui est à la fois militante, gratuite et festive. Notons d'ailleurs à cet égard que les manifestations contre le Mariage pour tous, en 2013, quoique bien plus nombreuses, ont fait preuve d'une constance abondamment paisible (à l'exception de heurts après la dispersion d'un cortège) ; question de culture des acteurs...

      Cette militance est extrême-gauchisme, post-trotskisme, toutes armures idéologiques qui n’ont pourtant pas passé le brevet de service rendu à l’humanité, mais plutôt d’appauvrissement égalitariste, de tyrannie patentée et de massacres communistes. Le recyclage ravit les niais, les démagogues, et plus exactement tous ceux dont que posture apparemment généreuse de partage et de communauté fait rêver. Pourtant on se goberge des bénéfices raflés sur le dos tondu des capitalistes de diverses dimensions, jusqu’au plus humble entrepreneur, qui leurs permettent encore, avant qu’ils soient éradiqués, de vivre dans un confort que l’humanité n’a jamais connu au cours de son histoire. Posture qui est plus sûrement celle d’une oligarchie auto-constituée visant à s’approprier un pouvoir sans partage sur ses ouailles bêlantes de slogans, comme « penser le monde autrement », doux euphémisme pour tyranniser le monde joyeusement. On voit que l’utopie, qui pourrait ne paraître que gentillette, potache et bienheureuse, frise l’imbécillité, voire cercle les cages de fer citoyennes de la tyrannie[10]. Sans compter que parmi ces Nuit debout, circulent des mots d’ordre anticolonialistes éculés, anti-israéliens puant d’antisémitisme refoulé voire exhibé, et d’anti-occidentalisme suicidaire devant l’infiltration idéologique et démographique de l’Islam.

      Ce rassemblement apparemment citoyen, qui se targue d’accueillir toutes les  bonnes  volontés discoureuses, est caressé dans le sens du poil par la plupart des médias, en particulier pravdavistes et propagandistes, affligés par une débilitante démagogie jeuniste, qui par ailleurs ne se préoccupe guère des milliers de jeunes qui veulent travailler en paix et qui, faute de subir l’ostracisme des gauchistes et le despotisme du chômage, choisissent, s’ils le peuvent, d’émigrer pour aller travailler, voire faire fortune à l’étranger, toutes compétences et fortunes dont se prive malencontreusement la France, dont l’attractivité économique choit dangereusement. Nuit debout jette cependant bas le masque dès qu’une pensée réellement autre et contraire, et plus précisément libérale, aurait le front de s’y exprimer ; ce dont témoigne la visite du philosophe Alain Finkielkraut[11] rapidement soldée par des insultes, des bousculades et des crachats, ce dont il rend ainsi compte : « je souillais par ma seule présence la pureté idéologique de l’endroit. […] Sur cette prétendue agora, on célèbre l’Autre, mais on proscrit l’altérité. Ceux qui s’enorgueillissent de revitaliser la démocratie réinventent, dans l’innocence de l’oubli, le totalitarisme[12] ». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le philosophe se vit insulter à l’occasion d’une sortie parmi des prétendus Gilets jaunes. Sait-on qu’il est permis de trouver ses analyses discutables, non de vomir à son encontre des diatribes antisémites et des professions de foi djihadistes ?

      Voici à cet égard le diktat d’un des porte-paroles de Nuit debout, Frederic Lordon : « Les médias nous demandent d’accueillir démocratiquement Finkielkraut, eh bien non ! Nous ne sommes pas ici pour faire de l’animation citoyenne all inclusive. Nous ne sommes pas amis de tout le monde, nous sommes ici pour faire de la politique, et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons pas de projet d’unanimité démocratique ». De plus, pour ce gentilhomme, il est de son éthique de dénoncer et excommunier « la violence du capital et la violence identitaire et raciste dont Alain Finkielkraut est un des premiers propagateurs[13]  ». Souvenons-nous qu’en 1965, lors d’une interview, Jean-Paul Sartre bramait : « Tout anticommuniste est un chien[14] ». Et contresignait : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué[15]  ».

      Même déni de la liberté d’expression, du dialogue démocratique et même condamnation morale, dont seule une fine membrane la sépare de la condamnation à mort, léniniste, guevariste, stalinienne, fasciste, islamiste, comme l’on préférera.

 

 

      En 1879, John Stuart Mill, dans son clairvoyant essai Sur le socialisme, écrivait déjà : « la principale motivation d’un trop grand nombre de socialistes révolutionnaires, c’est la haine ; une haine très pardonnable des maux existants, qui trouverait pour s’exprimer la destruction de la société actuelle à tous prix, fut-ce aux dépens de ceux qui en sont les victimes, dans l’espoir que du chaos émergerait un monde meilleur, et dans l’impatience et la désespérance de voir se dessiner un progrès graduel[16] ». Ce progrès graduel, surtout depuis un demi-siècle s’est considérablement augmenté, ce qui fait de leur combat une cause d’autant plus violente et indue qu’elle est démentie par les faits.

      En ce discours hallucinant, le pire est certainement la confusion entre la violence -plus exactement supposée telle - des discours philosophiques ostracisés et des soubresauts du capitalisme d’une part et la violence réelle et physique d’autre part qui permet en toute impunité morale, en toute sacralité jouissive, de briser des abribus, des vitrines, de blesser, parfois grièvement, de tuer des policiers, tout en paraissant s’en dédouaner et désolidariser si besoin est des « casseurs ».

 

 

Violences antipolicières

 

      Les marges des manifestations contre la loi Travail au printemps 2016 donnent lieu à des scènes délirantes : un individu, masqué, donne une claque à une journaliste russe, le plus gratuitement du monde, en passant à côté d’elle. Un autre, sans honte, déclare : « on vient pour casser du flic, pour casser les Vélib, les autolib, les vitrines, les abribus, la loi c’est nous et la loi El connerie on s’en fout, on bosse pas, on casse. » Mehdi, certainement un doux représentant de la diversité, avoue : « Je sais pas pourquoi je casse. Mais c’est cool de casser. Puis parfois quand tu peux choper des trucs, c’est utile quoi. Une fois je suis reparti avec deux-trois polos, c’est pratique. Pendant qu’il y a de la casse, tu sais que les vigiles sont débordés, tu peux repartir avec des fringues gratis, c’est bien quoi ».

      Voilà qui doit frapper par son immaturité politique, par sa puérilité de sauvageon, par l’insanité du langage et du raisonnement. Sans compter le grégarisme et la naïveté de la spontanéité, qui, comme chacun devrait le savoir, n’est en rien un gage de vérité. Pire, s’il en était besoin, l’aveu est parfaitement clair : le plaisir du coup de poing, de la guérilla, du pillage, est une motivation suffisante et première, grâce à laquelle le délicieux nerf de la guerre, humain trop humain, est bien frétillant.

      À Nantes, à Rennes, aux alentours du terrain d’actions des zadistes opposés au non-sens économique du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, mais aussi à Paris et ailleurs, de nouvelles journées de violences aboutissent au saccage de boutiques de sport (en une journée GO Sport subit 50 000 euros de dégâts et 25 000 euros de marchandises volées), d’une officine d’assurances (qui ne voudront bientôt plus assurer les établissements victimes), de vitrines diverses, de voitures éclatées ou incendiées, détruisant non seulement des biens mais handicapant lourdement des activités commerciales et de services, donc des emplois. Sans compter une intrusion hautement symbolique des vandales de gauche au Musée des Invalidse, heureusement interceptée par la soldatesque.

      Quant à ceux qui sont censés protéger populations et commerces de toutes ces déprédations ils sont autant attaqués. Lorsque trois camions de CRS sont bloqués dans la circulation, une centaine de manifestants en profite pour les abreuver de jets de pierre et autres objets non identifiés. Ce sont en effet des boulons, des billes de plomb, des harpons de pêche, des rasoirs soudés à des boules de pétanques, des pavés, des barres de fer, des cocktails Molotov qui sont jetés sur les policiers qui contrôlent les cortèges, sur leurs voitures enflammées. Ce sont des hordes de guérilléros qui harcèlent et frappent tour à tour un fonctionnaire isolé, dont l’attirail défensif ne le protège plus. Au point que démunis ils ne puissent user de la légitime défense sous peine d’être accusés de violences policières, craignant le syndrome Malik Oussekine (du nom de cet étudiant Franco-Algérien assassiné en 1986, dont la mort contraignit le ministre délégué à la Sécurité à la démission) ou le traumatisme de la mort par jet de grenade d’un jeune zadiste de Sivens, Rémi Fraisse, en 2014, ce pourquoi ils seraient immédiatement honnis et embastillés. Ainsi, en une choquante inversion des valeurs, le policier sera récompensé pour son sang-froid, pour ne pas user de la violence légale, quand le champ de la violence illégale est ouvert à qui veut en user contre les citoyens et les représentants de l’ordre légal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Et si environ 1300 vandales ont été interpellés en France ces derniers temps, dont 800 placés en garde à vue, une petite poignée étant convaincus de tentatives d’homicide sur des représentants de l’Etat, combien seront effectivement punis, faute de preuves, encagoulés qu’ils sont, effectivement incarcérés, alors que l’impéritie de nos gouvernement successifs a négligé de construire des prisons sûres et suffisantes, de former et nommer des personnels judiciaires et policiers en nombre suffisants ?

      Ce sont, au printemps 2016, environ 350 policiers qui ont été blessés, parfois grièvement, la plupart issus de classes sociales modestes ; 9000 au cours d’opération dans l’année 2015. Contre quelques milliers de manifestants issus des bourgeois-bohèmes et des banlieues judéophobes et christianophobes. Sans souhaiter instant qu’aucun soit blessé, il faut se souvenir que si la liberté de manifester n’est pas à remettre en cause, tout citoyen qui manifeste le fait en conscience des risques, eût égard aux mouvements de foules et aux casseurs environnants, et a fortiori de ceux encourus par qui fait opposition aux forces de l’ordre.

      Le monopole de la violence légale, encadré et proportionné à la violence qu’il est nécessaire de réprimer et de pacifier, sans vouloir un instant cautionner une violence policière abusive, a désormais changé de camp. Il appartient désormais à ceux que la loi ne contrôle plus : zadistes, ultragauchistes, anarcho-libertaires, islamistes… Mais aussi cégétistes, affichant un scandaleux « Stop à la violence » sur lequel l’écusson des CRS ne dissimule pas une flaque de sang, polluant les airs de leurs feux de pneus, bloquant les entreprises, les transports, les raffineries de pétroles, les dépôts de carburant, au mépris de la liberté d’entreprendre et de se déplacer, alors qu’ils sont outrageusement subventionnés par l’Etat et les collectivités locales, que leurs comptes ne sont soumis à aucune vérification, que le rapport Perruchot[17]  a montré leurs corruptions, malversations, détournements et richesses paradoxales.

      L’Etat impuissant n’a plus de force, quand la délinquance et le crime gagnent des forces, en une sinistre inversion des valeurs. Est-ce seulement mollesse, récurrente pleutrerie devant le chantage gaucho-cégétiste ? Ou stratégie méditée de façon à discréditer les opposants à la Loi travail ? Alors que cette dernière, bien trop timide, de surcroît aussi maladroite que trop complexe, prétendument écrite de façon à desserrer l’étau du Code du travail, s’est vidée de sa substance, s’est hérissée d’arguties suradministratives. On sait qu’il aurait fallu commencer par radicalement et uniment simplifier et diminuer la fiscalité sur les entreprises jusqu’à une flat tax. Mais à quel affreux « néolibéralisme » n’aurions-nous pas fait allégeance !

 

      Qui vit réellement et par devoir des « Nuits debout » ? Sans aucun doute les balayeurs qui ramassent les débris des rassemblements, qu’ils s’agissent des déchets venus de ces agapes, ou de ceux du vandalisme. Sans aucun doute les médecins, chirurgiens et infirmiers qui soignent les policiers (sans compter à Paris une proviseure agressée par un lycéen bloqueur). Et tandis que lorsque les jeunes et moins jeunes bobos désœuvrés vont se coucher au matin, ce sont tous ceux dont le travail et le capital nourrissent les prolifiques et confiscatoires impôts, de façon à payer les dégâts (500 000 euros de réfection des lycées d’Ile de France), rétablir la salubrité, l’esthétique et l’état de marche de nos villes, opérer et panser les blessés. Voilà bien une scandaleuse inversion des valeurs entre les nuits couchées et les jours debout !

 

 

La nietzschéenne inversion des valeurs appliquée à notre Etat

 

      Selon Friedrich Nietzsche, dans Par-delà le bien et le mal, le Christianisme a su mettre en œuvre un renversement des valeurs en valorisant et sanctifiant tout ce qui va à l’encontre des forces de vie. Pour ce faire, cette religion postule une vérité qui est celle d’un arrière monde céleste, au mépris du réel le plus terrestre et le plus corporel, suivant en cela conception platonicienne qui préfère l’essence à l’existence, préférant donc l’idéal au dépens du sensible. Les valeurs mortifères de culpabilité, de honte, condamnant la sexualité, l’obéissance veule, la pitié, la faiblesse, l'égalité, sont des morales du renoncement devant la vie, contraignant la volonté de puissance humaine à sa propre castration. Ainsi la morale des faibles, esclaves et chrétiens, par le levier du ressentiment, s’insurge et vainc les valeurs des forts, des vivants, des créateurs, des maîtres et de toute velléité aristocratique : « Mettre sens dessus dessous toutes les valeurs, voilà ce qu’ils durent faire ! Et brider les forts, débiliter les grandes espérances, calomnier le bonheur qui vient de la beauté, pervertir tout ce qui est orgueilleux, viril conquérant, dominateur, tous les instincts qui appartiennent au type humain le plus élevé et le plus accompli en y introduisant l’incertitude, les tourments de la conscience, le goût de se détruire, muer même tout attachement à la terre et à la domination de la terre en haine de la terre et des choses terrestres. Voilà la tâche que l’Eglise s’est prescrite et qu’elle devait se prescrire, jusqu’à ce que s’imposât enfin son ordre des valeurs[18]  ».

      En une semblable inversion des valeurs, le faible - ou du moins prétendu tel - musèle le fort, le salarié met à genou le patron, les organisations syndicales défient et tyrannisent le patronat et tous les citoyens. Ainsi le manifestant déborde les forces de l’ordre, le casseur lynche la police. La violence policière, certes toujours possible et parfois avérée, devient une violence antipolicière, une déferlante de haine orchestrée comme une corrida où le matador ne laisse guère de chance au taureau, où le policier, au lieu de déployer sa force au service du bien public, doit faire montre de sang-froid, d’empathie devant le mal des collectifs autoproclamés antifascistes, alors qu’ils sont de fait les fascistes révolutionnaires résolus à faire de la chair à pâté des gardiens de la paix. Nourris de contradictions, de fanatisme antiflic, tendus vers leur despotisme haineux, les casseurs et combattants révolutionnaires oublient pourtant combien ils appelaient le « CRS SS » à leur secours, lorsqu’au concert du Bataclan, les islamistes les dézinguaient !

      Dira-t-on que l’Etat et son gouvernement sont aux ordres des manifestants, casseurs et bloqueurs, qui ne représentent qu’une très faible minorité aux dépends d’une société toute entière ? Quand l’Etat aura-t-il le courage nécessaire et attendu de faire prévaloir la loi juste, la liberté et la sécurité, en débloquant les barrages, en arrêtant et incarcérant les casseurs et les harceleurs tueurs de flics ? Comme si nous n’avions pas déjà assez du terrorisme islamique, pour lequel le moins que l’on puisse dire est que la réponse de l’Etat n’est guère à la hauteur des enjeux.

      Autre inversion des valeurs, non moins inquiétante, la violence symbolique et sociale, effectivement ou prétendument subie, est prétendue moralement pire que les violences physiques et guerrières commises contre des patrons séquestrés aux chemises arrachées, contre des représentants des forces de l’ordre, blessés grièvement, incendiés, ces dernières violences étant excusées, légitimées par une rhétorique postmarxiste, anarcho-libertaire. On se souvient que la « violence symbolique » d’une Porsche fut incendiée. Vandalisme scandaleux en soi, ne serait-ce que contre les créateurs et ouvriers qui l’ont conçue et construite, contre son propriétaire, d’autant plus grotesque que, par une triste ironie, cette voiture de luxe appartenait à un homme des plus modestes et passionné qui consacrait toutes ses économies à la dite « violence symbolique » du luxe !

 

      Patente au cœur des mouvements des Gilets jaunes et de Nuit debout, cette inversion des valeurs (aux résultats bien moins moraux que celle exécutée avec brio par le christianisme à l’occasion de l’analyse nietzschéenne) est bien la tâche que la fort minoritaire chienlit poisseuse de romantisme révolutionnaire et de haine des entrepreneurs et des policiers, qui assurent la richesse de leur niveau de vie de bourgeois, s’est prescrite pour assurer sa tyrannie anarchisto-fasciste. Qu’ils soient cégétistes ou zadistes, anarchistes ou ultragauchistes, démocrates révolutionnaires ou antifascistes, ce sont les fascistes réels de notre temps. Ils inversent les valeurs au profit de leur intolérance, de leur libido guerrière, de leur libido dominandi. Aussi à leur égard, il faut savoir, avec Marcel Proust, que « le pacifisme multiplie quelquefois les guerres et l’indulgence, la criminalité[19] ». Jusqu’à quel retour à la raison, quelle implosion ? Autre inversion des valeurs, celle d’une police qui réprime la liberté sans pouvoir réprimer la tyrannie. Mais aussi celle de ceux qui préfèrent la guerre contre l’Occident et ses valeurs, à la paix et à cette liberté qui est un droit naturel. Et parce que, sans oser le dire, l’on a peur de l’hydre islamique, l’on préfère se livrer à des compromissions dommageables. « En politique, ce qui commence dans la peur, s’achève souvent dans la folie[20] », disait en 1830 le poète Coleridge.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] William Shakespeare : Beaucoup de bruit pour rien, traduit par Louis Legendre, Alphonse Lemerre, 1888, p 113.

[2] Voir : Patrick Farbiaz : Gilets jaunes. Documents et textes, Editions du Croquant, 2019.

[3] Voir : Francis Dupuis-Déri : Black blocs,  Lux, 2009.

[4] Voir : Elsa Marpeau : Blacks blocs, Folio policier, 2018.

[6] Voir : Gaël Brustier : Nuit debout. Que penser ? Cerf, 2016.

[7] Voir : Nuitdebout.fr

[8]  Gouvernement par la populace.

[12]  Le Figaro, 19 avril 2016.

[13] http://www.fakirpresse.info/frederic-lordon-nous-n-apportons-pas-la-paix

[14] Jean-Paul Sartre : Les Temps modernes, juillet 1952.

[15] Jean-Paul Sartre : Actuel, 28 février 1973.

[16] John Stuart Mill : Sur le socialisme, Les Belles Lettres, 2016, p 136.

[17] Lisible sur : Le Point.fr

[18] Friedrich Nietzsche : Par-delà le bien et le mal, 62, Œuvres philosophiques complètes VII, Gallimard, 1992, p 77-78.    

[19] Marcel Proust : À l’ombre des jeunes filles en fleurs, À la recherche du temps perdu II, Gallimard Pléiade, 1988, p 116.

[20] Samuel Taylor Coleridge : Propos de table, Allia, 2018, p 37.

 

Photo : T. Guinhut.

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 10:30

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Couleurs des monstres politiques :

 

Gilets jaunes,

drapeaux rouges et noirs, religions vertes.

Avec le concours de Michel Pastoureau,

Friedrich Nietzsche et Roger Caillois.

 

 

 

 

 

 

      Contre la grisaille du quotidien, nous avons le bonheur de nous vêtir de couleurs. Mais n’est-ce que pour lutter contre la grisaille politique que l’on brandit des étendards violemment colorés, agités par le vent de l’Histoire ? C’est ce qu’il semblerait au vu de l’apparition insolite du jaune en politique, alors que le rouge, encore virulent dans son cadavre, sinon le noir, tour à tour anarchiste et fasciste, sans compter le rose, voire le bleu, passés de mode, se voient déborder par deux verts, l’un écologiste, l’autre religieux. Au-delà du sens des couleurs, point innocent, alors qu’il ne faut pas oublier de se demander quelle est celle de l’Etat, ne sont-elles pas les cocons accoucheurs des monstres politiques ?

 

      Outre la couleur du traitre politique (un jaune), sinon du cocu, le gilet jaune est celui de l’automobiliste en panne et en danger, de l’ouvrier des chantiers, en particulier nocturnes. Les Gilet jaunes se munissant d’un accessoire de visibilité et de protection, il est le symbole de la fragilité menacée, du blessé, du laborieux à la peine, voire du réprouvé. Le jaune était en effet parfois celui de Judas, aujourd’hui c’est celui de l’essence et du diésel, du rire jaune, et de l’abandonné sur le bord des routes qu’il faut respecter et sauver, comme un pauvre Christ molesté par le pouvoir romain. Ainsi, portés par les chômeurs, les retraités, les petits salaires, les Gilets jaunes sont les cocus du régime. Pourtant cette couleur pourrait être celle de l’or, de la richesse, mais ostentatoire elle est peu portée parmi les vêtements ; aussi son mauvais goût, sa soudaine visibilité sont de l’ordre du cri : détresse et insolence soudaines.

      L'on sait depuis longtemps la marée boueuse d’impôts et de de taxes (elles sont plus de 360 !) qui déferle sur le peuple, en particulier français. Au délicieux or noir pétrolier, s’ajoute un répugnant or jaune, sous l’espèce d’une odieuse taxation à 65 %. C’est alors qu’un projet de surtaxation est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la colère. Alors que l’on est imposé pour son travail, grevé de charges sociales, de plus mal payé (ce qui en est la conséquence), il faut payer plus pour travailler, pour aller à son travail, pour aller payer d’autres taxes en achetant des biens de consommation taxés ; c'est alors que l'on rit jaune…

      L’on bloque des péages autoroutiers, l’on fait fi des autorisations pour manifester par milliers, l’on fait la nique aux institutions traditionnelles du politique, en la matière devenues obsolètes : les oligarchies des partis politiques et des syndicats. L’on use des réseaux sociaux, en particulier Facebook, en rejetant une presse et des médias stipendiés, subventionnés, détenus par une oligarchie financière. L’on préfère le grincheux et joyeux bordel, les revendications individualistes, les solidarités de classe et d’occasion, la chaleur suante de la foule en vague et en tempête, celle des braseros nocturnes et des tentes de fortune aux ronds-points, où l’on cause, vitupère, picole et rigole, retrouvant par là le sens de la horde et de l’amitié, la communauté d’intérêt et d’opinions, malgré les mots d’ordre parfois surréalistes, ubuesques et incohérents, comme de réclamer moins d’impôts et de taxes tout en réclamant plus de services publics, quoique la plupart du temps gérés en dépit du bon sens, en déficit…

       Mais au-delà des violences collatérales, et de la violence indue qui consiste à entraver la liberté de circulation, forcément opposées aux violences policières justes et injustes selon les cas, parfois intolérables lorsque des tirs de flash-balls éborgnent des individus, il y a une involontaire violence contre soi-même : en bloquant avenues et ronds-points, le commerce et l’industrie en souffrent, alors qu’ils sont les pourvoyeurs d’emplois et de revenus de ces mêmes Gilets jaunes. C’est en ce sens que cette jaunisse citoyenne et anti-citoyenne à la fois, est un monstre politique, d’autant plus mouvant, imprévisible et dangereux qu’il n’a pas de tête pensante, mais mille têtes qui peuvent repousser sans cesse, comme celles de l’hydre de Lerne, pas d’autorité représentative, quoique cela puisse être aussi de l’ordre de sa liberté, à moins qu’il faille se féliciter de l’absence d’un chef charismatique et démagogique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Michel Pastoureau n’a pas encore publié son livre sur le jaune. Qui sait s’il dira un mot de ces déjà fameux Gilets ? Il a cependant offert aux lecteurs curieux sa déclinaison titrée Histoire d’une couleur, se consacrant tour à tour au rouge, au bleu, au vert et au noir[1], qui est bien, n’en déplaise aux grincheux, une couleur. Ira-t-il jusqu’à se consacrer au blanc autrement qu’en marge du noir ?  Ce serait un défi à la hauteur de cet « historien des sociétés occidentales » [qui] travaille sur des terrains documentaires variés : le vocabulaire, la littérature, la poésie, les traditions orales, les croyances, l'art et spécialement la peinture, mais aussi le vêtement, qui est le grand code de la couleur de la vie en société, les étoffes, les drapeaux, les emblèmes[2] ». Il serait donc difficile de s’aventurer sur les sentiers colorés des civilisations et de l’Histoire, sans reconnaître sa dette à l’égard de Michel Pastoureau.

      Rouge comme le sang et comme la passion, en particulier amoureuse. C’est la couleur chaleureuse par excellence. Ambivalente, la nuance flamboie comme la colère, saigne à flots, rougit de honte et marque les ecchymoses, signe le meurtre, alors qu’elle sait être vivante, palpitante, amoureuse, érotique. Purpurine et carmine, elle est poivron et piment, pétales soyeux et veloutés, reliures de maroquin cerise, couverture et sac de couchage dont on prétend qu’ils sont plus chauds, ne serait-ce que psychologiquement, parce que rouges. L’impact mental, voire moral, des couleurs n’est plus à prouver, entre vie et énergie, voire virilité. Historiquement il est avec la pourpre impériale symbole de puissance chez les Romains, puis sang du Christ chez les Chrétiens. Amour, gloire et beauté, dit Michel Pastoureau, il est cependant décrié par le Protestantisme, qui y voit « théâtralité papiste », orgueil, luxure et vanité, aussi est-il en déclin, jusqu’à ce que les révolutionnaires de 1789 lui redonnent vigueur.

      Mais gare si le rouge est politique. Franchir le Rubicon était pour César le franchissement d’une ligne interdite les armes à la main.  Il était déjà celui des flammes de l’enfer, il forge un enfer sur terre avec le drapeau du marxisme, du communisme[3]. Et pour paraître moins sanglant, voire joliment niais, le rouge s’est mué en rose avec le socialisme mitterrandien. Prétendant signifier l’humanisation du marxisme, il n’en cache pas moins un étatiste têtu.

      Passons rapidement sur le bleu, couleur préférée des Français et qui est le symbole de leurs équipes sportives, quoique républicain, depuis le nuancier dominant de l’uniforme des soldats de la Révolution ; qui se livrèrent pourtant à ce que l’on n’hésite pas à qualifier du mot de génocide, en Vendée, en 1793. Il semble aujourd’hui, même si le Front, ou Rassemblement, National tente de le récupérer, qu’il soit dévolu à une relativement inoffensive destinée.

      Le vert parait herbacé, forestier, apaisant, écologique en un mot. Mais, en son ambivalence, il put paraître autant affilié à la sève vitale et à l’espérance qu’associé à l’époque médiévale au diable verdâtre, donc emblème du mal. Pour les comédiens, il porterait toujours malheur sur scène. Fées, petits hommes verts, sorciers et Martiens, ils sont verts, parfois de rage, ce pourquoi nous sommes verts de peur, sauf si le destin tourne en notre faveur, ce pourquoi le dollar est vert. Ce n’est qu’avec le romantisme qu’il se pare de la mythologie naturelle[4], de la verdeur de la santé, au point qu’il soit aujourd’hui à son apogée : la nourriture bio, les parcs et jardins, la biodiversité sont plus verts que verts. En un mot, une idéologie est née, avec son parti politique. L’indispensable lutte contre la pollution n’est même plus un combat digne, devant la divinisation d’une planète à verdir, sous peine de mort clinique, sociale et politique.

      Assisté par le rouge marxiste repeint en émeraude, de façon à recycler dans l’air du temps sa pulsion totalitaire, il est devenu un monstre politique. Monstre suceur de taxes et d’impôts, de subventions, de supercheries scientifiques et d’aberrations économiques[5], engraisseur d’élus, d’associations et de groupements pseudo-scientifiques (le GIEC), il s’est trouvé une cause plus élevée que l’homme : la planète et sa survie. Donc susceptible de devoir en toute justice terrienne opprimer et pressurer pour les besoins de la cause, avec tous les oripeaux de la religion : culte, processions, hiérarchie, prophètes, au-delà salvateur… C’est ce que disait du nazisme Roger Caillois, même si nous devons nous garder de la reductio ad hitlerum : « La base du système, comme son but, demeure strictement politique, mais la pointe en est religieuse[6] ».

      Plus explicitement religieux, le vert est dans l’Islam celui du turban de Mahomet au combat, de l’étendard palpitant au vent de la conquête. Couleur sacrée qui ne décore pas les tapis afin de pas la fouler, elle est celle des meilleurs pâturages et des oasis parmi des contrées désertiques, désirés au point de se confondre avec l’au-delà. En fonction des cultures, le vert hérite donc d’une symbolique paisible ou guerrière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Du noir découlent la fois l’image du sérieux et de l’autorité, mais aussi de l’élégance, entre caviar et smoking, opposée à la crasse, à la suie des « gueules noires » charbonneuses, et celle de la mort et du deuil, du moins en Occident. Car les ténèbres sont celles du ciel noir et vide d’avant la Genèse biblique, du chaos, de l’Erèbe infernal chez les Grecs, de l’enfer satanique dans l’eschatologie chrétienne.  Renversement des valeurs, il est avec le blanc et le gris, la facture de l’austérité monacale ; de même la négritude devient une dignité libératoire, en particulier avec le poète Aimé Césaire.

      Mais noir est le drapeau du pirate, de la mort et du pillage. Or la « Milice volontaire pour la sécurité nationale » de Benito Mussolini se vêt de « chemises noires », alors que son fascisme est une conséquence de son socialisme. Par ailleurs, en un affront envers le rouge autoritarisme marxiste, le noir est le drapeau de l’anarchisme, parangon de la liberté face à l’Etat[7], en cohérence avec sa devise « Ni Dieu ni maître ». S’il ne parait pas monstrueux au premier abord, sa haine de la propriété privée (en l’espèce le libertaire s’oppose au libertarien) en fait un acteur infiniment risqué du champ politique. L’anarchiste se décline aujourd’hui en « Black blocs », vêtus et cagoulés de noir, radicalement coupés de la non-violence de certains anarchistes, et devenus professionnels de la preste violence, de l’assaut de commissariats, de la casse de vitrines, banques et grands magasins représentant le grand capitalisme honni. La noire extrême-gauche anticapitaliste a pour passion la destruction programmée de l’ordre étatique comme de l’ordre financier issu de la mondialisation libérale. Alliée avec l’atavisme du pillage de la racaille islamiste et des bandes ethniques africaines (on ne verra là ni généralisation abusive ni racisme), comme lors des pillages des boutiques GoSport à Paris, de l’Apple Store à Bordeaux, elle va jusqu’à imaginer une monstrueuse tabula rasa qui serait le préalable d’une utopie également monstrueuse, puisque toute hiérarchie, toute propriété économique, en seraient bannies. Rêver la disparition des fonctions régaliennes de l’Etat, Justice, Police et Défense, serait nous jeter dans les bras délinquants et criminels de l’anarchie au sens courant du terme.

      Les Gilets jaunes et leurs manifestations, comme toutes les manifestations sur la voie publique, entraînent, d’autant qu’elles ne respectent ni ordre de marche, ni autorisation préfectorale, les violences collatérales des casseurs rouges, noirs et verts. Faut-il leur en tenir rigueur, d’autant plus que n’importe qui, animé d’intentions plus ou moins louables devient un Gilet jaune en enfilant le dit gilet par opportunisme. Que ce soit pour profiter des marges du mouvement ou pour le salir, le rougir et le noircir…

      Une couleur d’étendard, voire de drapeau, doit fédérer les foules, les hordes, les tribus. Unique elle risque de voir sa symbolique au service de la guerre nationaliste au théocratique, comme le rouge communiste et le vert islamique. Multiple, elle entend fédérer, sinon  réconcilier les composantes pacifiées du peuple, comme dans le bleu, blanc, rouge de la République française.

 

 

      Monstre politique, les « Gilets jaunes » ? Oui, parce qu’outre leur dangerosité d’humiliés et de jusqu’auboutistes ils sont enfantés par l’oppression de l’Etat, cette « nouvelle idole » selon les mots de Nietzsche : « Etat, de tous les monstres froids ainsi se nomme le plus froid. Et c’est avec froideur aussi qu’il ment, et suinte de sa bouche ce mensonge : Moi, l’Etat, je suis le peuple. […] avec des dents volées, il mord, ce mordeur. […] Sur Terre rien n’est plus grand que moi ; de Dieu, je suis le doigt qui ordonne. Ainsi rugit le monstre[8] ». Et encore Nietzsche, s’il était au fait des potentialités de l’Etat hégélien, prussien et du socialisme, n’avait pas vu à l’œuvre les démons totalitaires du marxisme russe, soviétique et chinois, ni ceux des fascismes, d’ailleurs leurs frères de sang et néanmoins ennemis.

      Le veau d’or de l’Etat doit sans cesse être nourri d’or, par le clystère de ses impôts, taxes, emprunts, et vomir l’or par tous les pores de ses fonctionnaires, de ces subventions, de ces aides, de sa redistribution et de sa dette, qui atteint 99% du Produit Intérieur Brut, soit 2300 milliards d’euros qu’il nous faudra rembourser pendant trente ans, à condition de pas en contracter de supplémentaires. Le monstre devrait être jaune de la graisse dorée dont se gorgent ses clients, profiteurs et affidés, alors que jaune de pauvreté chronique sont ses victimes. L’on comprend alors, faute de l’excuser, combien la hargne des Gilets jaunes va jusqu’à s’attaquer aux symboles de l’Etat, et plus particulièrement de ce gouvernement, macronien par la puissance étouffante et micronien par la légitimité et l’efficacité, en tentant d’assaillir l’Elysée, le Fort de Brégançon (résidence de la Présidence) et en décapitant l’effigie du technocrate enfanté par la manipulation oligarchique et médiatique et béatement jailli des urnes comme un enfantin pantin…

      Sans en avoir forcément conscience, faute de culture politique et économique, mais c’est une qualité partagée bien au-delà des Gilet jaunes, ces derniers n’ont qu’à peine connaissance des connivences du grand capitalisme avec l’Etat, faute de libéralisme économique, mais aussi de sa connivence avec les syndicats généreusement et scandaleusement arrosés de subventions par l’Etat et les collectivités locales, qui puisent allégrement et indument dans les fonds des organismes paritaires (Sécurité sociale, Unedic, Formation, Comités d’entreprises publiques, etc.), ce qu’a révélé le rapport Perruchot, sans qu’aucune action en justice s’en suive ! Savent-ils que 57% du Produit Intérieur Brut français est absorbé par la dépense publique, donc par l’Etat, sans qu’il rende les services que l’on devrait en attendre ? Que les prélèvements obligatoires atteignent 47% du Produit Intérieur Brut ? Qu’à cet égard il s’agit des taux les plus lourds de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique ? Que la France est classée au 70ème rang de l’Indice de Liberté Economique, aux côté du Panama et derrière la Turquie ; quand la Suisse, notre heureuse voisine dont nous ne savons ni ne voulons nous inspirer, figure au 4ème rang, ce qui contribue à expliquer son plein emploi et sa prospérité, avec un taux de chômage à 2,4%, alors que la France se traîne à 9,3% ?  Qu’ainsi est le meilleur moyen d’oblitérer la croissance, l’emploi, la création de petites et grandes entreprises, donc de contraindre à la pauvreté ces Gilets jaunis sous la peine… Hélas, redisons-le, le monstre jaune est le plus souvent inculte, mais à cet égard pas plus que les autres, accusant le libéralisme et les marchés financiers, alors qu’il faudrait accuser un socialisme étatique récurrent, quelques soient les prétendues couleurs politiques de gauche et de droite qui se succèdent au pouvoir, ou se bousculent aux portes d'un pouvoir de plus en plus risqué.

      Comment nettoyer les écuries d’Augias ? Cesser les aides inutiles aux pays étrangers (environ dix milliards d’euros en 2017), abroger l’Aide Médicale aux Etrangers, limiter les prélèvements obligatoires à un maximum de 20% du revenu des particuliers et des entreprises, desserrer l’étau des normes et des interdits à la recherche, supprimer toute taxe, toute aide aux entreprises libérées, donc simplifier considérablement le Ministère des finances et diminuer d’autant le nombre des fonctionnaires, sans oublier celui des députés et sénateurs, ouvrir à la concurrence la Sécurité Sociale, l’Unedic, l’Urssaf, etc. Toutes conditions préalables à la prospérité. L’Etat français est-il réformable ? Doit-on s’enfoncer avec le monstre dans le déclin ?

      D’autres motifs d’exaspération légitimes confortent la jaunisse civique et incivique. La limitation à 80 kilomètre heure sur les routes, est vécue comme une coercition de plus, eut égard aux résultats peu probants quant aux vies épargnées et au coût faramineux, non seulement en perte pour les entreprises de transports, mais aussi en coût de remplacement des panneaux (une dizaine de millions d’euros au bas mot), d’où le vandalisme symbolique à l’encontre des radars. Voir supprimer l’Impôt Sur la Fortune (sauf hélas sa partie immobilière) ne peut être compris comme la mesure judicieuse qu’elle doit être, lorsque les plus modestes et les classes moyennes se prennent des coups de bambous à répétition sur la platitude de leur porte-monnaie, via l’augmentation des taxes, des Contributions Générales de Solidarité, qui ne contribuent qu’à acheter un semblant de paix sociale par la redistribution. Le démagogique et improductif appel à la chasse aux riches ne peut que ressurgir. De surcroît, le monstre politique de l’immigration (mais pas celle des Asiatiques, des Chrétiens d’Orient, des Juifs ou des Yézidis), essentiellement venue de l’Islam et des zones tribales africaines où le sens du politique n’est en rien celui d’une république laïque et courtoise, laisse fort amer le modeste peuple qui ne voit plus assurée sa liberté ni son identité[9], et que dire de sa sécurité ! Alors qu’en signant l’abject Pacte de Marrakech sur les migrations, quoiqu’il n’engage légalement à rien, le gouvernement français accorde un droit, voire un devoir d’islamisation…

      Pendant qu’au moins 25000 clandestins dorment à l’hôtel aux frais du contribuable, les travailleurs pauvres doivent parfois dormir dans leur voiture, chauffée au diésel, les sans domiciles éjectés dans le chômage et la fin de droits dorment au frais des rues. Pendant qu’une assez juste répression s’abat sur les Gilets jaunes coupables de violence, les banlieues chariacaillesques où la police ne pénètre plus guère bénéficient d’un laxisme éhonté. Il en va là vers l’abîme comme pour l’impéritie économique étatique qui accumule dette sur dette : « l’Etat qui n’ose trancher dans le vif, et qui, gagné par la gangrène subtile dont il devrait arrêter le progrès, ajourne toute mesure salutaire et s’en épouvante : il se destine clairement à la catastrophe[10] », ainsi écrivait Roger Caillois en 1964.

 

 

      Si les Gilets jaunes sont le peuple, il faut s’en féliciter lorsqu’ils dénoncent la surtaxation et l’appauvrissement conspirés par l’Etat, voire l’islamisation des quartiers dits sensibles. Mais il faut s’en méfier lorsqu’ils fleurent la violence vengeresse et irrationnelle, voire un putschisme atavique, lorsque les instincts de la foule s’abaissent à l’antisémitisme, à la brutalité, à l’imposition d’une loi clanique qui fait des ronds-points des zones soumises à leur discrétion et indiscrétion, instaurant une sorte de droit de passage et de blocage, qui n’est pas loin d’un fascisme in nucleo.

      Or, Roger Caillois, dans son essai Instincts et société, notait que la culture, cette sensibilité aux arts et à la justice, reste fragile devant les forces obscures des instincts brutaux et de l’entropie politique, qu’elles viennent de l’esprit de secte, de la pulsion dictatoriale et totalitaire, de la raison rouge, noire ou verte des oligarchies savantes en téléologie politique, ou de la foule, de la populace, capable de contraindre la démocratie à dégénérer vers l’ochlocratie. En dépit des tentatives de récupération venues des partis démagogues et plus étatistes encore que l’Etat, soit le Front ou Rassemblement National, soit les Communistes et autres Insoumis d’extrême-gauche, faut-il craindre que cette foule jaune se trouve un chef, un homme providentiel ? Ce que disait Roger Caillois à propos d’Hitler (même si là encore il faut se refuser à la reductio ad hitlerum) reste opérant : « le chef charismatique ne s’oppose pas à la masse. C’est justement parce qu’il en partage les passions et qu’il les éprouve avec une intensité contagieuse qu’elle en fait son chef[11] ».

      Cette foule des Gilets jaunes, des drapeaux rouges enveloppant le sang des capitalistes et des koulaks, des marches vertes pour un climat imaginaire, des chemises noires fascisto-mussoliniennes ou anarchistes, peut être lue grâce à la faveur du titre révélateur de Wladimir Drabovitch : Fragilité de la Liberté et séduction des Dictatures. Dans son chapitre consacré à « La psychologie des foules », l’essayiste note : « La violence des émotions induites ainsi inhibe le reste de la personnalité chez les membres de la foule : la conscience personnelle, la réflexion critique[12] ».

 

      Monstre d’Etat fut bien le communisme, voire encore aujourd’hui, en son désir d’être l’Etat, en sa capacité idéologique à être plus persuasif que le réel. Un autre monstre d’Etat est bien plus sûrement planétaire : l’écologisme par la grâce duquel la planète idéalisée est l’étendard et le ciment d’une tyrannie, en l’espèce d’un projet fantasmatique de gouvernement mondial, voire cosmique. Monstre d’Etat divin sans nul doute que l’Islam, qui ne sépare pas le politique et le religieux[13], qui peut user des leviers de la démocratie majoritaire, de l’intimidation morale et terroriste, pour se dresser en Etat islamique, dont la charia étouffe toute velléité libérale. Reste à se demander quelle est la couleur de l’Etat. Si l’Etat des ponctionnaires est le plus froid de tous les monstres froids selon Nietzsche, il est de glace, donc blanc. Il est à craindre qu’il soit d’un gris sale, conspué des strates de son opacité, de sa corruption, de ses troupes obscures qui conspirent à l’étouffement du pays. Alors qu’il devrait être transparent… A contrario, y-at-il pour le libéralisme au sens classique du terme, c’est-à-dire à la fois politique et économique, une couleur fédératrice ? Probablement le « Gadsden Flag », représentant un serpent à sonnette sur fond jaune, avec la devise Dont Tread On Me (« ne me marche pas dessus » ou « ne me foule pas aux pieds », (du latin : nemo me impune lacessit), venue d’Ecosse et qui est l'étendard de ralliement des libéraux et des libertariens, depuis Benjamin Franklin et la guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. C’est bien ce jaune libéral que l’Etat taxateur foule aux pieds, au lieu de se consacrer avec rigueur à ses seules fonctions régaliennes, et qui devrait inspirer les Gilets jaunes.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Tous publiés aux éditions du Seuil et Points.

[2] Michel Pastoureau : Entretien avec Juliette Cerf, Télérama, 15-11-2013.

[6] Roger Caillois : Instincts et société, Gonthier, 1964, p 172.

[8] Friedrich Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra, Gallimard, 1971, p 61-62.

[10] Roger Caillois, ibidem, p 81.

[11] Roger Caillois, ibidem, p 164.

[12] Wladimir Drabovitch : Fragilité de la Liberté et séduction des Dictatures, Mercure de France, 1934, p 97.

[13] Voir : Vérité d'Islam et vérités libérales

 

Photo : T. Guinhut

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 15:48

 

Vide-greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Jalons du féminisme :

Marie-Jo Bonnet,

Geneviève Fraisse et Roxane Gay.

 

 

 

Marie-Jo Bonnet : Mon MLF, Albin Michel, 416 p, 21,50 €.

 

Geneviève Fraisse : La Fabrique du féminisme, Le Passager clandestin, 480 p, 10 €.

 

Roxane Gay : Bad feminist, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Denoël, 464 p, 21,90 €.

 

Roxane Gay : Treize jours, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Denoël, 477 p, 22,90 €.

 

Roxane Gay : Hunger, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Santiago Artozqui, Points, 312 p, 477 p, 7,40 €.

 

 

 

 

      On ne doit plus douter que le féminisme, envers vertueux du machisme, ait une histoire, soit devenu une discipline universitaire à part entière, du moins aux Etats-Unis. Depuis Olympe de Gouges, qui en 1791 osa sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en passant par les suffragettes réclamant le droit de vote, une bibliothèque ne suffirait plus à contenir tous les textes qui réclament l’égalité des sexes devant la loi et un respect égal des corps et des sexualités de la part des consciences. Au-delà de l’essai fondateur de Simone Beauvoir, Le Deuxième sexe, paru en 1949, Marie-Jo Bonnet dresse les jalons du Mouvement de Libération de la Femme, tandis que Geneviève Fraisse examine les enjeux civils et politiques du féminisme. Venue d’Outre-Atlantique, Roxane Gay propose avec Bad feminist un titre percutant qui ne dit pas cependant ce qu’il semble dire.

 

      Attachante par sa naïveté avouée de jeune fille, l’autobiographie féministe de Marie-Jo Bonnet, se présente d’abord comme une initiation : sans trop savoir où elle va, ce qu’elle veut, sinon « aimer des femmes ». Elle adhère au Mouvement de Libération de la Femme en 1971, abrégé par l’acronyme MLF, alors que tout est à construire, avec un enthousiasme électrisant : « Comment résister à la jubilation d’être ensemble, de s’intéresser à ce qui concerne les femmes, comme si ces retrouvailles avec les femmes allaient élargir le champ des possibles ». Il faut admettre que l’élan d’une telle aventure a quelque chose de communicatif, même si la récurrence du mot « sœurs », et cette « sororité » peuvent légèrement irriter un lecteur soucieux d’un peu plus d’individualisme. Cependant, en cette époque encore plus que paternaliste et outrageusement « phallocrate », force est de constater la nécessité des actions collectives, dans de houleuses manifestations en faveur de l’avortement libre, dans la rédaction de journaux comme Le torchon brûle. Aussi, dans le sillage de Simone de Beauvoir, dont Le Deuxième sexe parait un essai indépassable, nombre d’anonymes, mais également de celles qui se font une personnalité se distinguent : Françoise d’Eaubonne, « une quasi-déesse Mère rebelle et géniale », Monique Witting, mais aussi des homosexuels comme Guy Hocquenghem. Animées par un activisme débordant, ces dames un brin provocatrices créent non sans humour  le groupe « les Gouines rouges »…

      Bientôt l’ouvrage, titré avec simplicité et modestie Mon MLF se révèle devoir appartenir au genre des mémoires, puisque la dimension autobiographie ne peut se séparer de celle historique. La vie associative et militante de Marie-Jo Bonnet s’inscrit au cœur de l’évolution des mœurs de la seconde moitié du XX° siècle : « Après la libération de la France qu’avaient vécue mes parents, la libération des femmes ».

      Les combats politiques se succèdent : pour la libre disposition du corps des femmes par les femmes, donc en faveur de l’avortement, contre la répression des homosexuels… Il y a quelque chose d’héroïque dans cette épopée, née dans la ferveur de militantes et de femmes libres, dans la « colère contre la société mâle ». Même si l’on oublie un peu que les technologies, en particulier le lave-linge, conçues par le capitalisme masculin, ne sont pas tout à fait étrangères à l’affaire.

      Le livre s’achève avec amertume. Les scissions, les dogmatismes théoriques parfois abscons, les querelles de chapelles, alors que la cause de la libération des femmes et de l’égalité semble indivisible, déchirent le MLF. Par une sorte de hold-up, il devient le fief du groupe « Psychanalyse et Politique » présidé par Antoinette Fouque, animatrice des éditions « Des femmes », à l’encontre de laquelle Marie-Jo Bonnet ne mâche pas son vigoureux réquisitoire, l’associant la prédatrice au « vampirisme », qui n’est donc pas réservé à la masculinité. C’est ainsi que fin 1979 se clôt l’aventure du MLF. Un autre avenir, inquiétant, se fait jour. C’est avec pertinence qu’elle note : « Tout se fige dans un face-à-face destructeur qui ouvre le règne des genres et du communautarisme sexuel »…

      Cependant, si une aventure se disperse, d’autres mûrissent. Coïncidant avec la mort du  grand père aimé, la publication de son premier livre en 1981, Un choix sans équivoque, chez Denoël, lui permet d’assoir une position d’autorité. Lors des rééditions, il s’adjugera un titre plus explicite : Les Relations amoureuses entre les femmes[1]. S’ensuivra une remarquable carrière d’essayiste et d’historienne, sur les femmes artistes, sur l’émancipation féminine...

      Marie-Jo bonnet assume une position intellectuelle originale : en 1974, dans Adieu les rebelles ![2] Elle s’oppose au mariage pour tous, qu’elle analyse comme un échec de la contre-culture homosexuelle. De même elle s’oppose fermement aux mères porteuses, qu’elle prétend être le signe d’une nouvelle sujétion des femmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Egalement circonscrit dans le temps, le recueil de Geneviève Fraisse embrasse les années 1975 à 2011. L’on devine qu’il s’agit, entre ces deux dates, de rien moins qu’un changement d’ère. Notre philosophe de la pensée politique du féminisme livre là un ensemble profus d’articles et d’entretiens. Recommandons ce volume, intitulé La Fabrique du féminisme, publié pour la première fois en 2012, comme une introduction aisée, cependant roborative, à une œuvre solide, argumentée, touffue, qui se décline en plusieurs essais essentiels : Muses de la raison, démocratie exclusive et différence des sexes[3], Les Femmes et leur histoire[4], À côté du genre, sexe et philosophie de l’égalité[5], ou, plus récemment : La Sexuation du monde, réflexions sur l’émancipation[6].

      D’année en année les droits des femmes se sont consolidés. Droit de vote, droit de disposer d’un compte en banque en propre, droit de contraception et d’avortement, à ces acquis s’ajoutent la reconnaissance des sexualités et transsexualités, l’accession sans entraves aux études universitaires, la croissante intrusion parmi la vie et la représentation politique. Il s’agit bien d’une « révolution du féminin », telle que le souligne le titre de Camille Froidevaux-Metterie[7]. Que souhaiter de plus ? Il n’en reste pas moins que dans les faits l’égalité des sexes est à parfaire : combien de femmes meurent encre sous les coups de leurs conjoints, combien de viols, d’agressions et de harcèlements sexuels ? C’est à l’occasion de divers scandales[8] que la réalité se lève sous nos yeux. Loin d’être des faits divers, ils sont révélateurs, comme lors de l’affaire du prédateur sexuel Dominique Strauss-Kahn – nous ajouterions aujourd’hui le producteur Harvey Weinstein. Pouvoir politique et économique, voire artistique (à condition de pouvoir parler d’art à propos d’Hollywood), engendrent trop souvent des pulsions de dominations masculines à caractères sexuels violents. Quoiqu’il ne faille pas négliger les cas où les mêmes pouvoirs animent de semblables pulsions chez des femmes.

      Plutôt que de « déclarer la guerre » aux hommes, qui d’ailleurs peuvent être complices de ce chemin vers l’égalité, il s’agit de dénoncer la « servitude volontaire » des femmes, pour reprendre le titre de La Boétie. Quant aux champs de guerre d’Irak et d’Afghanistan, avant même l’apparition de l’Etat islamique, Geneviève Fraisse sait en 2003 en quoi ils sont propices à bien des oppressions envers les femmes : « une fois parce qu’elles sont femmes et, conséquemment, plus exposées aux violences de guerre, notamment sexuelles, une seconde fois parce qu’elles sont des personnes civiles démunies de leur droits élémentaires de citoyennes, reléguées à la sphère domestique ». Quant à la question du voile islamique, elle ne semble que la frôler, non sans en deviner les tenants et aboutissants typiques de « la division sexuée du monde » : « Alors porter le voile intégral serait une forme d’émancipation ? Mais dans quelle dialectique dominante ? » Plus loin, justement polémique, elle note : « On utilise la charia pour conserver la différence des sexes sous une autorité symbolique ». Même s’il est loisible de discuter l’affirmation suivante : « On sait que tous les monothéismes fonctionnent de la même manière, du côté de la domination masculine ». En effet, si cette thèse est passablement vérifiable au cours de l’Histoire, rien à voir entre le Judaïsme, qui permet l’accession des femmes au rabbinat, le Christianisme, qui  a des saintes, la Vierge Marie et des Docteures de l’Eglise (Hildegarde de Bingen, Sainte-Thérèse d’Avila), et la soumission totale et irréductible des femmes dans l’Islam, sans compter l’esclavage…

      Au contraire de Marie-Jo Bonnet, Geneviève Fraisse s’affirme « hétérosexuelle » : « Or le choix de ma sexualité n’était pas le plus déterminant ni le plus radical dans ce que j’avais à produire de subversion pour ma génération », argue-t-elle avec pertinence.

      La réflexion de l’essayiste sur le langage sexué, voire genré, reste éminemment précieuse. À l’égard de ce dernier concept, elle s’ouvre aux avancées de la recherche, en particulier scientifique, et n’est guère dogmatique : « il y a le biologique, le naturel, et il y a le social, le construit. Or cette opposition n’est qu’un modèle de pensée […] la biologie, à notre époque, ne cesse de s’enrichir de nouvelles connaissances quant aux processus de sexuation et d’identité sexuelle. » De même, ses recherches sur la notion de consentement, de toute évidence plus particulièrement dans le domaine sexuel, devraient être centrales parmi les débats qui nous agitent quant aux questions liés au viol, à la majorité sexuelle, quand il s’agit de savoir à partir de quel âge placer le curseur d’une relation sexuelle librement assumée avec un adulte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Etrange ouvrage que celui de Roxane Gay - dont le titre n’a rien de programmatique, au sens apparent d’un rejet du féminisme - dans la mesure où il se proclame « roman ». Alors qu’il s’agit plutôt de fragments d’une autobiographie, de chroniques écrites le plus souvent sur un ton léger. On aurait tort pourtant d’écarter ce Bad feminist, qui au premier regard parait conspuer son objet dans une réaction machiste. Il est ainsi nommé parce que la modestie et la finesse de l’auteure lui interdit de revendiquer « un féminisme authentique censé dominer toute la gent féminine ».

      Aussi ne prétend-elle à aucune doxa tyrannique, à aucune pureté dangereuse. Être féministe n’interdit pas d’aimer le sexe, lire le magazine Vogue, s’amuser à peindre ses ongles en rose, aimer la téléréalité ou les séries télévisées. Certes, elle fulmine à raison contre « le diktat de la beauté », « le langage désinvolte de la violence sexuelle », « la culture du viol », contre ces sénateurs qui parlent de « viol légitime » et de « don de Dieu », s’il en résulte la naissance d’une vie, contre l’usage par les rappeurs du mot « bitch » (salope) comme d’un signe de ponctuation », contre les rôles conventionnels attribués aux femmes dans les productions d’Hollywood. Elle met en avant, encore avec modestie, son travail acharné pour devenir une universitaire, d’origine haïtienne et colorée dans un monde de blancs, enseignant la communication technique et la rhétorique.

      Qu’importe si l’on ne connait pas les séries, Girls, Girlfriends ou Hunger Games, qu’elle commente, mais elles sont symptomatiques à la fois de la pesanteur et de l’évolution des mentalités, quand les rôles subalternes sont confiés aux femmes et aux Noirs aux Etats-Unis, quand les traumatismes vécus par les personnages, y compris les viols, ne sont pas passés sous silence. Il s’agit de trouver dans les productions cinématographiques un espace, « une voix à laquelle s’identifier », où les femmes de couleur, Noires, Latinas, Indiennes, ou fort rondes comme notre auteure, puissent projeter une image plus positive, décomplexée, et plus active d’elles-mêmes, et ainsi pouvoir jouer un rôle plus valorisant dans la société. Le combat, qui n’a rien de revanchard ni dangereusement vindicatif - elle n’est pas le moins du monde une virago, comme la délirante Valerie Solanas qui publia en 1967 son SCUM manifesto, autrement dit « Manifeste pour la castration des mâles[9] » -, s’étend jusqu’aux homosexuels et transsexuels, digne d’être respectés dans leurs choix qui n’ont rien de tyranniques envers autrui, tous ceux réunis sous l’égide du vilain acronyme LGBT. Il ne semble pas à cet égard que Roxane Gay veuille imposer un politiquement correct qui poserait un masque trop flatteur sur les communautés et les individus, tout en interdisant la critique et la satire.

      Le cheminement du volume est un peu erratique, passant par un souvenir d’une colo pour gros, à l’occasion de la lecture d’un livre intitulé Skinny, par un souvenir d’agression sexuelle éhontée par des camarades de collège, dont un garçon qu’elle s’imaginait aimer, viol qui contribua lourdement à déclencher une obésité compulsive. Cet évènement fondateur se retrouve dans Hunger, son dernier ouvrage, qui narre avec maints détails les liens entre son obésité et cet abject viol collectif dont à l'âge de 12 ans elle fut la victime. La thérapie est indubitable : « La lecture et l’écriture m’ont toujours tirée des moments les plus sombres de ma vie ». L'autobiographie d'une affamée de justice, de nourriture et d'amour, passant par des liaisons masculines et lesbiennes éphémères, est aussi nécessaire que  poignante, jusqu'à ce qu'elle a apprenne à se réconcilier avec son corps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De Roxane Gay encore recommandons un roman, Treize jours, « l’histoire d’une femme qui vivait un conte de fées qui prend fin lorsqu’elle est kidnappée » : récit enlevé de l’enlèvement de la fille d’un des hommes les plus riches d’Haïti. Le traumatisme du personnage central, Mireille Duval, qui est avocate aux Etats-Unis, est raconté à la première personne. Le ravisseur, qui se fait appeler « le commandant » ajoute à la cruauté ordinaire le viol. Pourtant, dit-elle, « Mon corps s’installait facilement dans l’esclavage ». Il faut cependant trouver une façon intérieure de résister : « Je ne voulais voir aucune preuve de l’existence d’un homme dans cet animal ». L’histoire n’est pas si insolite hélas, car le kidnapping lucratif est répandu en Haïti. Dépassant le fait divers, l’auteure narre le retour de Mireille auprès de son mari, installant un nouvel enjeu : comment peut-elle retrouver une intimité avec son mari ?

      Son écriture de romancière est d’un réalisme noir quand celle de la chroniqueuse est allègre, incisive, sans lourdeur. Si son recueil d’essais féministe a reçu une volée de critiques dithyrambiques aux Etats-Unis, nous serons plus modérés, reconnaissant cependant qu’elle a un don sans pareil pour parler avec aisance et simplicité des questions d’égalités entre les sexes, de la façon dont sont injustement considérés ceux que l’on appelle outrageusement les minorités, qu’il s’agisse des femmes, des personnes de couleur ou des gays. C’est en mêlant étroitement à ses chroniques de nombreuses anecdotes et dévoilements autobiographiques qu’elle réussit à captiver son lecteur ; et, mieux encore, à l’attirer vers le bien-fondé de sa cause, peut-être plus que par un essai ambitieux, certes difficile à dépasser, à la manière du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

 

      Malgré l’amitié que leur attachement aux libertés nous permet de leur vouer, on peut garder un plus que rien de méfiance envers trop de féministes. Un étrange tropisme parcourt la pensée de nos auteures, du moins dans le cas de Marie-Jo Bonnet et surtout Geneviève Fraisse, qui alla jusqu’à être candidate sur la liste communiste aux élections européennes en 1999 : « Je crois que le Parti communiste a une responsabilité historique en tant que représentant de la tradition utopiste », dit-elle en 1995. Certes, mais pas au sens où nous entendons sa tradition totalitaire, lisant Marx[10], et consultant l’histoire génocidaire du communisme[11]. Associer le combat en faveur de la libération de la femme à cette erreur et horreur qui se prétendait libération des peuples, ne laisse pas de nous interroger sur les limites de l’intelligence humaine, y compris chez des essayistes aussi brillantes…

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Marie-Jo Bonnet : Les Relations amoureuses entre les femmes, Odile Jacob, 1995-2001.

[2] Marie-Jo Bonnet : Adieu les rebelles ! Flammarion, 2014.

[3] Geneviève Fraisse : Muses de la raison, démocratie exclusive et différence des sexes, Alinéa, 1989.

[4] Geneviève Fraisse : Les Femmes et leur histoire, Folio, 1998.

[5] Geneviève Fraisse : À côté du genre, sexe et philosophie de l’égalité, Le Bord de l’eau, 2010.

[6] Geneviève Fraisse : La Sexuation du monde, réflexions sur l’émancipation, Presses de Sciences-Po, 2016.

[9] Valerie Solanas : SCUM manifesto, Mille et une nuits, 2005.

[11] Voir : Hommage à la culture communiste

 

 

Photo : T. Guinhut.

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 13:52

 

Mérou, marché de La-Couarde-sur-mer. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Regards appuyés sur les fausses nouvelles,

ou l’orwellisation sociétale.

À l’occasion de la nouvelle traduction de

1984 d’Orwell.

 

 

George Orwell : 1984, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Josée Kamoun, Gallimard 384 p, 21 €.

 

 

 

 

      Non content de harceler fiscalement ses concitoyens et de les laisser aux prises avec le harcèlement de la délinquance, de la racaille et de la criminalité, notre gouvernement, épaulé par un Parlement fidèle, légifère sur le harcèlement sexuel qu’il est impératif de réprimer. Cette dernière initiative sécuritaire pourrait être bienvenue, si les regards appuyés de l’Etat qui voit rouge et de la force publique stipendiée n’avaient la prétention de tout contrôler, pour le meilleur et pour le pire. Prétention orwellienne d’autant plus aberrante qu’il s’agit, au travers d’un non-dit Ministère de la Vérité, d’interdire les fausses nouvelles, ou les « fake news », comme le dit la vulgarité paresseuse de l’anglicisme. Sauf que ce « Big Brother is watching you » est fameusement borgne tant il ne voit ni ne veut voir la réalité des manipulations rhétoriques idéologiques et des quartiers entiers où toutes les paupières de l’Etat sont non seulement grand fermées, mais absentes, tant ils puent la sueur de la délinquance et de la charia, et tant ils exsudent leurs rumeurs et leurs crimes jusque dans nos villes et nos campagnes. Comme dans 1984, de George Orwell, l’on ferme les yeux sur les agissements du bas peuple, quand les radars de la surveillance généralisée, même si l’on n'en est pas encore aux extrémités du contrôle social chinois, obèrent la vitalité et la créativité de la population. Une nouvelle traduction de l’œuvre iconique de l’auteur anglais vient à point nommé pour user d’un regard appuyé sur la fausse et désastreuse nouvelle qu’est l’Etat[1].

 

 

      La rumeur fut persistante : les regards appuyés allaient être pénalisés, sanctionnés par une amende d’au minimum 90 euros, jusqu’à 750 €, voire en cas de récidive ou de circonstances aggravantes (en réunion par exemple) jusqu’à 3000 euros. Le goujat sexiste « is watching you » ! Sauf que pas un instant l’expression « regard insistant » ou « regard appuyé » n’est explicite parmi le projet de loi présenté par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, ministre de la justice, pas plus dans le texte voté au Parlement le 1er août dernier et publiée le 5 août au Journal officiel, sanctionnant le harcèlement de rue, qui n’est cependant pas tout à fait le harcèlement sexuel. Il s’agit précisément de sanctionner les outrages sexistes. En d’autres termes, ceux imposant à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Quels en sont les exemples concrets, sinon les sifflements, les poursuites, les quolibets, les invitations sexuelles vulgaires, voire, justement, les « regards appuyés », de ceux qui engendrent le malaise ?

      On admirera le flou d’une telle disposition législative, devinant l’inapplicabilité de la loi, entre les insultes sexistes indubitables et les comportements plus ou moins discrets, entre obscénité et galanterie, selon la subjectivité de la victime ou prétendue victime. Actes et attitudes par ailleurs rarement susceptibles de flagrant délit devant les « télécrans »  orwelliens de l’Etat, à moins de prendre modèle sur la Chine dont nous reparlerons.

      Il y a deux versants à cette loi. L’un – et c’est justice – vise à réprimer la violence sexiste, l’autre instaure une surveillance généralisée des mœurs tout en enfonçant la victime, réelle ou supposée, dans un processus de victimisation a priori, qui n’est pas loin d’être sexiste. Il est entendu qu’elle ne saurait se défendre, ni pratiquer une saine indifférence, une revigorante ironie, voire un sport de combat.

 

 

      Autre billevesée orwellienne, la loi votée le 4 juillet dernier prétend mettre en place un « tribunal » des « fake news » (puisque l’on s’obstine dans l’anglicisme qui signe la démission de la langue) publiées dans la presse et sur les réseaux sociaux. Distingo byzantin, il s’agirait de batailler non contre les «fausses informations », mais plutôt contre « la manipulation de l’information», afin de ne pas pénaliser les propos humoristiques, satiriques ou diffusés par erreur sans intention de nuire. La pure intention de l’Etat et du législateur prétend permettre à la justice d’interdire la diffusion des fausses nouvelles en période d’élections nationales, de nature à biaiser ces dernières. Sauf que balancer une nouvelle qui n’est pas fausse au moment choisi et de concert médiatique peut avoir un effet délétère peut-être indu sur le destin d’un candidat présidentiel, François Fillon pour ne pas le nommer.

      Qu’il soit candidat ou électeur, tout citoyen pourrait saisir un magistrat en demandant la suppression d'une publication. Ce dernier aurait 48 heures pour en interdire la diffusion, en vertu de l'absence d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable. Cependant, vérifier, séparer le vrai du faux, ne risque-t-il pas d’exiger bien plus de temps, sans compter la jugeote et la neutralité idéologique ? Où glisser la frontière entre un mensonge digne d’être rejeté et la censure d’une vérité déplaisante ? Où placer le curseur entre exigence salutaire de vérité et liberté de la presse d’une part et liberté d’expression d’autre part, y compris sur les réseaux sociaux ?

      La commission des Affaires culturelles a ainsi défini une fausse information : « toute allégation ou imputation d'un fait dépourvue d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Mais qu'est-ce qu'un élément vérifiable ? Le juge ne pourra par exemple statuer que si une fausse information est « diffusée de mauvaise foi, de manière artificielle ou automatisée et massive », c’est-à-dire si elle est le produit d’une stratégie délibérée. Voilà qui reste à prouver en sondant les reins et les cœurs, grâce aux neurologiques instruments d’un orwellien « Ministère de la Vérité ».

      Il existe déjà un arsenal législatif contre les fausses informations : notre loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il y est d’ores et déjà question de réprimer les « nouvelles fausses ». Voici l’article 27 de cette loi, modifié par une ordonnance en 2000 : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d'une amende de 45 000 euros. Les mêmes faits seront punis de 135 000 euros d'amende, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi sera de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l'effort de guerre de la nation. »

      En ce sens la loi nouvelle est tout aussi superfétatoire que caractéristique d’une dommageable propension à la suréaction immédiate et émotionnelle, de façon à donner l’impression que le Gouvernement et ses magistrats aux ordres savent veiller de leurs gros yeux et agir dans le sens de la vérité…

      Gare aux manipulations de l’information, surtout si elles viennent de la méchante Russie, théorie du complot en tête, et non de la bande de Gaza… Gare aux fausses nouvelles, le regard appuyé des radars va flasher celles qui dépassent 80 km h pour renflouer en pure perte les caisses de l’Etat !

      Quant aux « territoires perdus de la République », pour reprendre le titre d’Emmanuel Brenner[2], banlieues racailleuses et chariaisées, sachez bien que l’Etat n’ira pas y jeter un œil. D’ailleurs le viol et le voile se chargent d’y faire respecter les regards appuyés de la loi islamique, la vérité théocratique est y garante du désordre, les rugissants rodéos automobiles se rient des radars inexistants, quand la police s’y assure des pavés dans les pare-brises et des cocktails molotov entre les gencives, quand des couteaux notoirement déséquilibrés égorgent jour après jour le paisible citoyen. Ainsi l’Etat borgne veille d’un œil vif sur ses concitoyens corvéables à merci, et ferme grand sa paupière politiquement correcte sur les dissidentes zones de non-droit, pour employer son euphémisme coupable...

 

 

      Autres regards appuyés : sachons que Facebook, grâce à ses inquisiteurs algorithmes, attribue à chacun de ses utilisateurs un score de fiabilité. On ne peut que s’interroger sur les critères sous-jacents, lorsque l’on sait qu’un fessier de Canova du Musée de Genève[3] s’est vu soumis à censure, assortie en la demeure une interdiction de commenter et de publier pendant 24 heures. « Fake news », puisqu’en Facebookie l’on anglicise, signifie pour la firme sociale une marque infamante au sein du réseau, que l’on peut craindre de voir disqualifier une réputation, y compris par ses utilisateurs mêmes, animés par le seul goût de nuire, ou en conformité avec un politiquement correct orienté et aseptisé, voire l’assaut concerté d’un mouvement idéologique. Il suffit, nous direz-vous, de fermer son compte et d’utiliser des réseaux sociaux apparemment plus soucieux de la protection des données et de la neutralité, tels Minds par exemple. À condition qu’ils échappent réellement à l’intrusion d’organismes étatiques, comme l’américaine NSA (National Security Agency), dont Edward Snowden révéla en 2013le programme de surveillance massif et les outrageuses capacités d’une illégale collecte d’informations.

      La France n’offre pas une image brillante : elle n’est qu’à la neuvième place européenne parmi les pays les moins frappés par la cybercensure. De plus, si l’on excepte le blocage des pages encourageant au terrorisme (ou au jihad, il y aurait matière), d’après un site peut-être soumis à caution[4], notre charmant pays bloquerait 37 990 pages, elles qualifiées de « nationalistes », alors que la Turquie n’en compterait que 6 574 et la Russie du pourtant autocrate Poutine seulement 84…

      Certes, l’on est loin de la Chine qui, grâce à d’omniprésentes caméras de surveillance et de reconnaissance faciale, sans oublier un pléthorique mixer à données globales (le « big-data », puis qu’il faut le barbariser ainsi), note son milliard quatre cents millions de concitoyens afin de les inclure ou exclure des bonnes grâces de l’Etat. Les comportements individuels, a fortiori de fonctionnaires et d’entreprises, sont non seulement évalués mais aboutissent à une attribution ou une ablation de droits, par le biais d’une batterie de crédits sociaux. Il n’est pas douteux que la criminalité, la corruption, la contrefaçon et autres délits écologiques, sanitaires et caetera, altèrent la société chinoise, mais déduire des achats via les cartes de crédits la moralité citoyenne des comportements pose un problème éthique et politique considérable, d’autant qu’en conséquence déjà la liberté d’achats en devient obérée. L’on peut être fiché pour avoir fumé dans le train, ce qui entraîne de ne plus pouvoir acheter de billet, et figurer sur une liste noire consultable sur Internet. Pire être taxé de « crime économique », de « crime par la pensée », pour reprendre une expression de l’auteur de 1984. Comme dans Rapport minoritaire de Philip K. Dick[5], l’Etat chinois pratique les arrestations préventives…

      Ce qui pourrait être un outil efficace de lutte contre délinquance et crimes réels ne devrait être manié que sous l’égide d’une juste législation, et non d’un totalitarisme exponentiel et tatillon. Il est évident que le communisme chinois pratique à grande échelle (macroscopique au sens continental et démographique, et microscopique au sens neuronal) une orwellisation éhontée, quand un communisme hexagonal qui ne dit pas son nom avance à pas orwelliens feutrés.

 

 

      1984, le roman-phare de George Orwell, est une de ces icônes qui paraissent intouchables. L’inertie de l’habitude nous faisait considérer que la traduction française d’Amélie Audiberti restait canonique. Josée Kamoun, émérite traductrice de Philip Roth, relève un défi : dépoussiérer un classique. Sauf un parti-pris peu orthodoxe, sinon saugrenu : pourquoi utiliser le présent de narration, alors que l’original est au prétérit, donc au passé ? Imaginons qu’il s’agit d’une hypotypose, cette figure de rhétorique descriptive qui vise à rendre plus saisissante une scène théâtrale. Sauf que le passé inscrit le récit dans une sorte de passé fondateur, dans un apologue dont la leçon politique ne se discute plus.

      À moins de le lire en son anglaise authenticité, il faut admettre que le roman en ressort comme nettoyé, plus rugueux : l’on se sent encore plus pris dans l’étau d’une Angleterre qui n’en a jamais fini avec les bombardements du blitzkrieg, avec le rationnement et la crasse de la guerre. À la différence que le « sociang », socialisme anglais, est une brutale dictature, un précipité du fascisme hitlérien et du communisme soviétique, d’où la moustache de « Big Brother ». Cette expression n’est pas ici traduite, tant elle est devenue proverbiale et si peu juste serait l’expression « Grand frère », sujette à des interprétations inadéquates.

      C’est surtout le vocabulaire du novlangue, opposé à l’« ancilangue », qui est nettoyé jusqu’à l’os, peut-être plus efficace. Le « newspeech » devient après le novlangue le « néoparler », ce qui lui donne une coloration enfantine et balbutiante bienvenue. De même « Minivrai » pour « Ministère de la vérité » qui était « Minitrue ». Il n’est pas sûr cependant que le « Liberté est servitude » soit judicieux pour « slavery ». Quant à préférer « Big Brother te regarde » pour plus de proximité, car le « you » anglais est ambigu sans un contexte explicite, au précédent « Big Brother vous regarde », c’est faire abstraction de la dimension collectiviste du totalitarisme.

      Le contraste entre les rares moments lumineux et  lyriques, comme les rencontres amoureuses de Winston avec Julia, dans une clairière ou dans la chambre au-dessus de la brocante où se cache le télécran, et la terreur ordinaire qui sourd comme la sueur dont sont couverts nombre de personnages est rendu avec une glaçante prégnance. L’ironie rebelle de la jeune femme, hélas provisoire, brille de toute sa vanité devant la torture et la « vaporisation » des êtres. Le travail du héros, bientôt anti-héros, qui consiste à sans cesse réécrire l'histoire selon les injonctions officielles, lui promet son propre effacement mental…

      Reste à savoir si en ranimant une lecture vieille de quelques décennies, le lecteur n’a pas faussement cru que cette nouvelle traduction permettait une révélation. La morale en serait plutôt que quelque soit le talent des traducteurs, certes doués de compétence réelle, un roman comme 1984 résiste infiniment, garde la noirceur de son monde et la verdeur de son action. Revenons à la précédente traduction. De surcroit, les expressions orwelliennes se sont tellement cristallisées dans la langue française que toucher au « Ministère de la vérité », au « novlangue », parait une trahison.

      L’apologue politique anti-utopique, mieux que toutes les fantasy matinées de science-fiction, est terriblement proche des expériences totalitaires nazies et surtout communistes, en même temps que des actualités et des potentialités de notre présent. Il reste un indépassable avertisseur ; à moins de le considérer comme un manuel : l’on saura comment briser l’individualisme, comme annihiler l’amour entre les êtres au profit de l’ultime et glaçant : « La lutte était terminée, il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother »…

 

      Il faut cependant prendre garde à cet olibrius anti-utopien[6], qui s’isola de manière anti-sociale sur l’île écossaise de Jura pour écrire son manuel de surveillance. L’impertinent auteur de La Ferme des animaux ne prétendait-il pas jouer un irrespectueux tour de cochon sans se préoccuper de la sensibilité des thuriféraires de l’espérance stalinienne du Parti Communiste Français, ni des fidèles d’une religion alternative ? Présomptueux, il laissait traîner un œil trop perspicace sur le regard appuyé et le ministère des vérités officielles pour être laissé sans surveillance. D’ailleurs il serait bon que les associations de défense des minorités, des LGBT, comme le clinquant et déshumanisant acronyme les appelle, que les polices de la pensée, jettent un œil noir sur cet écrivaillon anglais : il fut en effet passablement homophobe, traitant de « tapette » ceux qu’il n’aimait guère, sans omettre que son féminisme fût un peu mou du genou. Ces « mentocrimes » vaudraient bien un déboulonnage de statue, non ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[2] Emmanuel Brenner : Les Territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.

[4] lesobservateurs.ch, 13-08-2017

[5] Philip K. Dick : Rapport minoritaire, Folio, 2009.

[6]  Voir : Après Thomas More, l'utopie politique d'Aymeric Caron

Thon rouge, marché du Bois-Plage-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 08:18

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Qui est John Galt ?

De La Source vive à La Grève,

une grande romancière libérale : Ayn Rand.

 

 

 

Ayn Rand : La Source vive

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jane Fillion, Plon, 696 p, 26,50 €.

 

Ayn Rand : La Grève,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Bastide-Foltz,

Les Belles lettres, 1168 p, 29,50 € ; format poche : 1336 p, 19 €.

 

 

 

 

      « Vade retro satanas ! », s’exclame le lecteur français, lecteur antilibéral et paresseux. Voici en effet une auteure qu’il ne faut surtout pas lire, tant elle est l’iconique romancière du libéralisme économique et politique le plus débridé. Qu’il ne faut pas ranger dans les bataillons des femmes écrivaines, telles qu’en réclament nos féministes, et aux côtés de Mary Shelley, Emily Dickinson, Simone de Beauvoir, Murasaki Shikibu ! Ayn Rand (1905-1982), née à Saint-Petersbourg, a eu l’intelligence de fuir la révolution bolchevique pour rejoindre les Etats-Unis d’Amérique. Elle y fera naître un héros qui soulève le globe en son Atlas shrugged, étrangement traduit chez nous par La Grève ; quoiqu’il fût précédé par celui de The Fontainhead, autrement dit, La Source vive.

 

      Deux architectes sont au cœur des enjeux de ce grand roman de l’architecture et de l’individualisme américain qu’est La Source vive. Loin de se contenter de confrontations et controverses sur l’art de bâtir au XX° siècle, il s’agit plus largement de deux conceptions antagonistes de la société : « pour préciser sa pensée, rien de mieux que le contraste, la comparaison », professe Tohey en prétendant disséquer les deux protagonistes, mais au bénéfice du plus médiocre.

      Tous deux fréquentent une prestigieuse école d’architecture. Howard Roark, novateur sûr de lui et sans concession, s’en fait éjecter. Peter Keating incarne au contraire  l’ambition sociale et un talent parfaitement conventionnel, prêt à tous les compromis avec les goûts et les clichés de son temps : les années trente aux Etats-Unis. Qu’il construise des magasins, des villas ou de prestigieux buildings, son style reste historiciste et friand de décors néoclassiques et de grecs ornements. Il devra son succès à son entregent, à son conformisme, voire aux coups de crayons salvateurs de la main d’Howard Roark. Ce pourquoi il sera pétri de ressentiment à son égard. Il deviendra l’associé du puissant Francon, dont il épousera la fille : la splendide Dominique, un caractère fier et complexe, qui, journaliste cinglante, écrit : « Howard Roark est le marquis de Sade de l’architecture ». Mais en son for intérieur, elle éprouve une admiration émue et transcendante pour ce dernier : « L’œuvre créée expliquait celui qui l’avait conçue, celui qui, en imprimant sa forme à l’acier, s’exprimait lui-même, se livrant à elle qui admirait cette œuvre et qui la comprenait ».

      Cependant, l’héroïne, amoureuse en secret d’Howard Roark, vit avec lui une liaison cachée, tissée d’amour et de haine. Mais faute de lui accorder sa confiance amoureuse, elle se marie en toute froideur avec Keating puis le quitte pour épouser Gail Wynand, un patron de presse carnassier dont les démagogues journaux flattent les modes et les bassesses du public. Quoique ce dernier personnage se révèle un être plus authentique qu’il n’y parait, au point de commander une maison qu’il veut originale  à Howward Roark. Sans l’ombre de la moindre niaiserie, l’intrigue sentimentale hausse le couple antagoniste et cependant intellectuellement et splendidement uni, à la hauteur philosophique que réclame cette épopée de l’économie, de la société et de l’art américains.

      Le narrateur omniscient alterne les regards sur ses personnages. Et si, parfois, l’incontestable et discret héros, Howard Roark, parait en retrait, oublié par les commanditaires, méprisé par les médias, il n’en est pas moins l’âme romanesque du récit, dont le triomphe, malgré les périodes de solitude et de misère, n’en sera que plus sûr : il procédera en effet « à l’érection du plus grand gratte-ciel du monde ». Une technique époustouflante, à la lisière du roman balzacien, permet à la romancière de conduire son lecteur parmi les arcanes de la psychologie de ses personnages, sans oublier l’abondance des péripéties et un suspense habilement maîtrisé.

      Au rebours de cette ode à l’individualisme, à la valeur du travail et à la certitude de l’art, l’intellectuel charismatique et démagogue Ellworth M. Tohey représente la soumission à un égalitarisme et un collectivisme séduisants, cependant délétères. Ce que rejette Howard Roark : « Le besoin le plus profond du créateur est l’indépendance […] L’altruisme est cette doctrine qui demande que l’homme vive pour les autres et qu’il place les autres au-dessus de soi-même. Or aucun homme ne peut vivre pour un autre […] On a enseigné à l’homme que la plus haute vertu n’était pas de créer, mais de donner »… On se rappelle à cet égard qu’Ayn Rand a écrit un essai : La Vertu d’égoïsme[1]. Si à ces thèses, plus judicieuses que le voudrait croire la doxa, il est permis de ne pas adhérer, on sera néanmoins impressionné par les qualités de fresquiste aux vastes perspectives, aux fourmillements de détails, dont la romancière use avec puissance et brio.

      Mais loin de se contenter d’une saga aux objectifs strictement réalistes, notre romancière frôle l’utopie. Non pas une utopie irrattrapable et penchant vers l’anti-utopie du communisme bien sûr, mais celle d’un monde et de personnalités irrigués par l’art, comme le formule à part soi Howard Roark : « Il y a donc un langage commun de la pensée et de l’ouïe… Sont-ce les mathématiques ? Cette discipline de la raison. La musique n’est que mathématiques… et l’architecture… n’est-ce pas la musique de la pierre ? »

      Le roman de formation des protagonistes, roman de société d’une Amérique en expansion, est de toute évidence un exercice d’admiration pour Howard Roark, cet homme d’exception, qui est un avatar de John Galt, le héros de La Grève. Si l’on n’en était pas déjà convaincu, Ayn Rand confirme bien avec La Source vive, paru en 1943, qu’elle est une indispensable grande dame des lettres américaines, trop méconnue en France. Pourtant il ne s’agissait là que d’un prélude.

      Comment pourrions-nous ignorer un ouvrage qui, depuis sa parution en 1957, serait aux Etats-Unis le plus lu après la Bible ? La vaste fresque romanesque de La Grève, fresque tout à la fois individuelle, collective, économique et politique fascine les Etats-Unis et tous les amants de la liberté et du mérite. Au long cours de ce livre-phare en faveur du libéralisme politique et économique, l’intrigue tourne d’abord autour des difficultés d’une entreprise de chemins de fer à s’approvisionner en rails de bonne qualité. Dagny Taggart est une femme patron qui s’adresse à un roi de l’acier, Hank Roarden, impénitent travailleur qui invente un matériau plus résistant. Elle deviendra son amante, après d’Anconia, richissime magnat du cuivre, et avant John Galt. Ils sont, avec elles, des personnalités énergiques, des créateurs inventifs, en conflit avec cette plaintive et socialiste idéologie du besoin qui vient remplacer créativité, compétitivité et mérite.

      La satire de la tyrannie exercée par la pusillanimité des médiocres, des syndicats, des fonctionnaires d’Etat et des capitalistes de connivence, qui renoncent à faire jouer la concurrence au détriment de qui que ce soit, est sévère. La jalousie d’une population qui attend les faveurs de l’Etat est ainsi le ressort de cette déliquescence du progrès et de l’économie qui va de pair avec un étatisme grandissant. On vote une « loi anti trust sur l’égalité des chances », on pratique « le service public, non le profit » et le principe de précaution. Sans surprise, tout cela entraîne un appauvrissement généralisé. Pourtant, la résistance s’organise autour de la figure charismatique de l’inventeur d’un moteur génial qu’il n’a pu mener à bien (à moins qu’il l’ait caché), ce John Galt mystérieusement invoqué de manière récurrente ; la question inaugurale « Qui est John Galt ? » fonctionnant comme signe de reconnaissance et pôle d’attraction de tout ce que le pays compte de personnalités originales, de piliers de l’entreprise libre. Rappelons-nous qu’Ayn Rayd, s’est extirpée de l’Union soviétique et de l’emprise de Lénine[2] ; elle sait donc de quoi elle parle… C’est ainsi que dénonçant les veules tyrannies du socialisme et du collectivisme, La Grève s’inscrit parmi les anti-utopies, aux côtés d’Huxley[3] et d’Orwell.

      La richesse de cet immense roman fleuve et d’aventure n’est pas incompatible avec sa fluidité. Le réalisme est d’une précision scrupuleuse ; malgré son didactisme qu’il est permis de trouver un brin trop manichéen, il s’agit d’une remarquable mise en scène de questions vitales d’économie politique. Une exaltation de la liberté individuelle et du dollar sous-tend ce que d’aucuns qualifieront, avec agacement, ou ravissement, de roman à thèse. C’est cette liberté qui porte, tel Atlas, le monde sur ses épaules, d’où le titre anglais, Atlas Shrugged, qui entraîne John Galt et ses émules à enchaîner un souterrain mouvement de démission, de grève et de désobéissance civile contre un socialisme pléthorique, collectiviste, égalitariste, anti-progressiste, finalement totalitaire. Car « rien ne justifie de détruire les meilleurs ». Au contraire de ce que laisserait naïvement imaginer le titre français, ce sont les entrepreneurs qui font grève, qui disparaissent, laissant le pays à sa déréliction économique et intellectuelle. Quelque part dans les Montagnes Rocheuses, une inaccessible contrée d’utopie concrète recèle enfin les élites éclairées autour de John Galt et de son moteur à énergie ininterrompue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

      Que ces romans fourmillant de détails et de satires des mœurs politiques soient lus comme de secondes Bibles aux Etats-Unis, par les tenants du « Tea party » et du libertarianisme, même si l’objectivisme d’Ayn Rand s’en méfie car trop proches de la foi théocratique ou de l’anarchisme, n’étonnera personne. Ils ne sont rien d’autre que de prodigieuses épopées du libéralisme menacé et retrouvé ; ce que l’on recevra, de ce côté de l’Atlantique, à l’heure où l’on réclame sans mesure d’accroître les pouvoirs de l’Etat, comme une saine déflagration, ou une indécente provocation. Il serait néanmoins difficile de comprendre les débats de société américains sans ces livres touffus et passionnants, qui sont des épopées de cet individualisme créateur qui, in fine, concourt, mieux que tout étatisme, socialisme et communisme, à la prospérité générale. Voici des romans que la cécité idéologique française (et bien sûr au-delà) doit sans retard goûter et comprendre, voici de vastes apologues à la rare intelligence. Seront avec bonheur et profit relus La Source vive, et au premier chef La Grève, ce réel roman philosophique qui mérite plus d’une analyse[4]. Initialement paru en 1957, il a mis plus d’un demi-siècle à nous parvenir, au travers des vicissitudes d’une traduction malhabile et inachevée, d’un éditeur introuvable. L’injustice est réparée, nous rendant un bonheur de lecture aux personnages parfaitement caractérisés, également veiné par l’acuité d’une pensée économique et politique à méditer d’urgence ; certes avec un brin de circonspection, étant donné le radicalisme sans concession de l'auteure, sans compter la dimension parfois sectaire de quelques adeptes américains de l’auteure. Reste que ce succès a entraîné des produits dérivés : bande dessinées, jeux vidéos et film. Un tel phénomène narratif et philosophique devrait pouvoir et devoir changer le monde. Qui est chez nous John Galt ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'articles parus dans Le Matricule des anges, septembre 2011 et juin 2018

 

 

 

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 12:38

 

Globe martien. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Après Thomas More et Alberto Manguel

et Thierry Paquot,

l’utopie politique d’Aymeric Caron :

Utopia XXI.

 

 

 

Alberto Manguel : Voyage en utopies, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf, Invenit, 104 p, 28 €.

 

Thierry Paquot : Utopies et utopistes, La Découverte, 128 p, 10 €.

 

Aymeric Caron : Utopia XXI, Flammarion, 518 p, 19,90 €.

 

 

 

 

 

      La terre d’Utopie ne serait-elle qu’une plaine roussâtre, rocheuse et stérile, sur une vieille planète Mars sans air ? Pourtant, depuis Thomas More, en 1516, on eut plaisir à l’imaginer comme une île prospère et fleurie par la communauté des hommes sur laquelle veille un sage gouvernement. Imaginer une utopie, la rêver, est une constante atavique et récurrente de l’humanité, au point de tenter pallier son seul fantasme en postulant une utopie concrète et atteignable, comme le montre la délectable compilation du Voyage en utopies par Alberto Manguel. Qui doit être complété par l’essai de Thierry Paquot, titré Utopie et utopistes, à l’occasion duquel l’on doit se demander s’il s’agit de cité radieuse ou de caserne du totalitarisme. Le dernier en date de nos philosophes, quoique certainement pas l’ultime au regard de l’avenir, se nomme Aymeric Caron. Fort ambitieux, son Utopia XXI ne prétend rien moins que d’effectuer une « mise à jour » de l’Utopia de Thomas More, quitte à en amplifier la dimension totalitaire.

 

      Si l’on excepte l’utopie platonicienne de la République, dans laquelle « nul bien ne sera la propriété privée d’aucun d’entre eux », c’est-à-dire des seuls « gardiens » qui « vivent en communauté[1] », l’utopie nait en 1516 sous la plume de Thomas More.

Cinq siècles plus tard, Alberto Manguel[2] fait justement de cette Utopia le point nodal et germinatif de son Voyage en utopie, au cours de vingt grands textes, jusqu’au Nutopia de John Lennon et Yoko Onno en 1973. Les uns sont fort connus, restant des indispensables de nos bibliothèques de l’imaginaire politique, les autres sont des découvertes. Même si les résumés et commentaires perspicaces d’Alberto Manguel mériteraient d’être complétés par quelques pages des ouvrages évoqués (mais il faudrait voguer du côté de son anthologie des Voyages imaginaires[3]), voici un ouvrage somptueux, élégamment mis en page, généreusement illustré par les gravures anciennes venus de ces livres parfois rares. En ces pages, « L’Atlantide de Platon inaugure une merveilleuse géographie imaginaire ». Âge d’or, cité d’argent, Lilliput, voire Poudlard, sont à la lisière de l’en-deçà temporel et de l’ailleurs géographique, toujours introuvables, des cosa mentale, des lieux de nulle part : u-topos.

      Outre l’absence remarquable de Marx, quoiqu’il n’eût pas réellement dressé de portrait d’un lieu imaginaire où son communisme prendrait ses assises, dans la mesure où il destiné à occuper l’Europe et au-delà, l’on peut s’étonner qu’Alberto Manguel oublie Erewhon[4] (1871) de l’Anglais Samuel Butler, qui présente au-delà des montagnes néo-zélandaises la cité des dix tribus perdus d’Israël, apparemment heureuse, quoique étrangement tyrannique.

      Au-delà de Thomas More, et parmi ces mondes qui prétendent souvent cultiver la raison, comme la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1627) construite autour d’une bibliothèque, l’on trouve cependant un Nouveau monde amoureux fondé sur la liberté sexuelle par Charles Fourier en 1816, une cité ouvrière nommée « Familistère » par André Godin, en 1871, une utopie féminine, Herland, par Charlotte Perkins Gillman, en 1915.

      Mais de Thomas More à Karl Marx, qu’Alberto Manguel omet à dessein au profit de l’Icarie d’Etienne Cabet, en 1842, en passant Tommaso Campanelle et sa Cité du soleil, en 1623, et par Restif de la Bretonne et sa Découverte australe, en 1781, la dimension communautaire de l’utopie se dément rarement. De même que la révocation de la propriété privée et de l’individualisme, comme chez Robert Owen, en 1837. Seule l’abbaye de Thélème de François Rabelais, en son Gargantua de 1534, semble privilégier la liberté : « Fay ce que vouldras ».

 

 

      Superbe, l’album d’Alberto Manguel trouve son indispensable complément dans l’essai de Thierry Paquot titré Utopies et utopistes. Il est construit de manière plus thématique qu’historique. Comme de juste, il inaugure son étude avec Thomas More et son « pays du bonheur ». Il s’attache ensuite à montrer combien ce modèle a nourri philosophes et écrivains, combien il est « la matrice des utopies ». Non sans nuancer ce dernier propos en revenant à La République de Platon. Le couple travail et loisir fait l’objet d’une attention prépondérante chez nos utopistes, de façon d’une part à éviter l’aliénation et d’autre part à développer l’individu dans ses plaisirs et ses études. Pour ce faire, si la science et l’industrie sont libératrices, il n’est pas certain que la liberté individuelle y gagne, entre « autonomie et collectivisme ». Autres préoccupations obsessionnelles, éducation, famille et sexualité font l’objet de chastes directions ou de permissivité selon les auteurs. Evidemment, l’utopie étant une vue de l’esprit, elle devra être visible dans l’espace, d’où l’importance considérable du projet architectural. Cité idéale ou radieuse, village communautaire ou prison dorée, elle devient avec Charles Fourrier « familistère » et « phalanstère » : il faut créer un vocabulaire adéquat qui en sera le reflet. Enfin il s’agit de dessiner les liens qui unissent utopie, fantastique, merveilleux et uchronie.

      Mais, comme le prouve l’essai d’Aymeric Caron, il n’est pas certain qu’il y ait « désaffection des utopies ». Les régimes totalitaires du XX° siècle, les tyrannies théocratiques et les romans anti-utopiques de Zamiatine, Huxley et Orwell n’ont visiblement pas servi de leçon. Reste à trouver ce qui dans l’utopie permet d’échapper aux absolutismes, aux monopoles, aux collectivismes. Ainsi conclut Thierry Paquot : « L’utopie revient alors à rêver un avenir qui échappe aux puissantes forces de la globalisation du productivisme épaulées par celles du big data et du tout numérique ». Il est à craindre ce faisant que c’est trop facilement oublier la force des idéologies, y compris de celle de la décroissance…

      Réveillant de beaux endormis, des auteurs oubliés, l’essayiste informé nous invite à la découverte de Francis Bacon, Fénelon, Denis Diderot, Sébastien Mercier, Robert Owen, Saint-Simon, Charles Fourier, Edward Bellamy, William Morris, pour citer les principaux. Indubitablement, avec Utopies et utopistes, Thierry Paquot fait office de pédagogue en ce manuel qui couvre un large spectre, mot à lire dans ses deux sens : il va du songe iréniste au cauchemar totalitaire, en passant par une rationalité soumise à caution.

      Souvenons-nous que Thomas More, écrivant son Utopia en 1516, avait confié le soin de brosser le tableau du bonheur politique au personnage de Raphaël. Vie en commun, vêtements uniformes, travail et loisirs studieux, éducation gratuite pour hommes et femmes, quoique ces dernières soient soumises à leurs maris selon le vœu de Saint-Paul, esclaves seulement pris sur des assaillants pour exécuter les tâches pénibles et sordides, tout parait raisonnable et heureux. À moins que le ver soit dans le fruit. Car Thomas More lui-même objecte enfin : « le pays où l’on établirait la communauté des biens, serait le plus misérable de tous les pays. En effet, comment y fournir aux besoins de la consommation ? Tout le monde y fuira le travail et se reposera du soin de son existence sur l’industrie d’autrui[5] ». Cette définition sans fard du socialisme a le mérite de montrer que Thomas More, loin d’être l’absolu thuriféraire de son Utopie, garde jusqu’à la conclusion son scepticisme : s’il « confesse aisément qu’il y chez les Utopiens une foule de choses  que je souhaiterais voir établies dans nos cité », il ne peut « consentir à tout ce qui a été dit par cet homme », en particulier cette « communauté de vie et de biens[6] ».

 

        Il ne semble pas qu’Aymeric Caron, qui se prétend pourtant bien au fait de son modèle, au point d’en emprunter la carte en sa couverture d’Utopia XXI, tienne compte de cette prémisse autocritique du fondateur de l’utopie. Serons-nous aussi bienveillants que lors de l’utopie animale et antispéciste d’Aymeric Caron, en abordant son utopie politique, Utopia XXI ? Car comme dans Antispéciste, où il s’en prend au « consentement à l’inégalité » et au « néolibéralisme », il fait preuve d’une connaissance non négligeable, mais pour le moins biaisée du libéralisme économique et des penseurs libéraux[7]. Car en affirmant que « l’économie libérale ne libère pas », que « le communisme a échoué, le libéralisme également », il méconnait combien nos sociétés et nos libertés sont redevables du libéralisme, politique et économique, qui fait tant défaut aux pays opprimés par les tyrannies politiques et religieuses, par l’absence de droit de propriété et de liberté d’entreprendre.

      « Il sera une fois un monde nommé Utopie qui aura pour priorités le bonheur de chacun et la progression morale de l’humanité ». Nul ne peut s’empêcher de souscrire à ce but ; reste à s’accorder sur les moyens et les conditions du bonheur sans omettre les entendus de cette morale. « Les postes de pouvoir seront attribués à des citoyens désintéressés », « un permis de voter sera instauré » ; car il faut « avoir vérifié au préalable la capacité de chacun à émettre un avis pertinent » ! Certes le vote n’est guère un garant de démocratie libérale et éclairée, et les votants loin d’être réellement informés des tenants et des aboutissants d’une vaste question politique, mais pire est cette décision de n’admettre auprès des urnes que ceux bravement nantis d’une pensée politiquement correcte et identique à la doxa. Totalitarisme, vous dis-je !

      Rêvons encore : « Le gouvernement sera le garant de la liberté maximale pour chacun », « libres de devenir qui nous sommes, de ne plus subir la loi d’un supérieur incompétent et vicieux »… Si un tel objectif, plus que respectable, doit être poursuivi, c’est hélas méconnaître la nature humaine qui n’est pas meilleure chez les opprimés que chez les oppresseurs.

     Il y a quelque chose du libéralisme politique en cette Utopia XXI, par exemple la proposition de souhaiter le moins de lois possibles, mais rien du libéralisme économique, plutôt son contraire. Si la « propriété privée lucrative » est interdite, voici la prémisse d’une absence de liberté de pensée et d’expression, puisque l’on ne peut la développer comme on l’entend, hors d’un « communisme » apparemment raisonnable, informé et omniscient qui gère la distribution des logements, les hôpitaux… Même si Aymeric Caron prend le soin de se distinguer du communisme soviétique, l’on reste méfiant devant son enthousiasme social. En effet il faut craindre un monde où « la publicité commerciale est interdite », où « l’activité économique est planifiée [et] dépend entièrement du gouvernement », même si une « activité économique libre » peut subsister sur un « marché secondaire », ô contradiction, ô retour de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, ô boulgui-boulga !

      Il est question de famille et de mariage, plus libres, mais aussi d’écologie intégrale, où arguer du « terrorisme » de Monsanto, de son agent orange (certes tueur pendant la guerre du Vietnam), de ses herbicides au glyphosate et de ses OGM, ce qui sent le relativisme scientifique et pèse ridiculement devant la réalité du terrorisme de l’Islam, ici minimisé à la limite du négationnisme, alors qu’il s’agit là d’une intention avérée de tuer. On n’échappera pas aux lourdes diatribes anti-Trump[8], à la haine des « marchés », à l’hyperbole abjecte qui fait du néolibérarisme « un totalitarisme », alors qu’il a le culot éhonté d’affirmer que l’économiste et philosophe libéral Hayek aurait cautionné sa thèse burlesque…

      Dans un panier de fruits enchanteurs aux quinze heures de travail par semaine, se cachent les serpents : « la spéculation sera interdite », « dominera le principe de la collaboration, à savoir un échange équilibré entre partenaires ». Qui décidera de cet équilibre, quid de celui à qui répugne la collaboration, pourquoi interdire une spéculation intellectuelle et financière qui permet d’investir, y compris individuellement, vers le plus judicieux et le plus rentable ? « Prospérité sans croissance » (autrement dit sans innovations), « économie collaborative », donc sans individualisme, donc sans liberté !

 

      Certes, notre essayiste politique a lu, outre Thomas More, George Orwell et Hannah Arendt, Locke, Montesquieu et Adam Smith, mais que penser d’une telle mesure : « un gouvernement mondial sera mis en place » ? C’est placer tous ses œufs dans un même panier, supposer que la perfection est une et humaine, préparer le totalitarisme au dépens d’autres contrées où expérimenter d’autres voies…

      « La propriété privée sera restreinte », « l’argent sera utilisé en priorité pour des causes humanitaires »… Ignore-t-on ainsi que la source de l’impôt se tarissant faute d’activité économique libre justement récompensée, cette redistribution humanitaire contribuera à l’égalité dans la pauvreté, comme il fut d’usage dans les pays communistes, et comme il n’est pas si loin d’apparaitre en France… Ce qui est contradictoire avec le « chacun pourra choisir l’utilisation de ses impôts », d’autant qu’ « un revenu universel et un salaire minimum seront instaurés »

      « Les menteurs seront bannis du débat public », quoiqu’en terme de vérité morale, voire de vérité scientifique, le mensonge devienne en un tel régime le masque de la contradiction et de la pensée hétérodoxe… Sans oublier qu’un « gouvernement des experts » n’empêcherait en rien l’erreur, l’idéologie et la tyrannie aux soins d’un Léviathan prétendument bienveillant, cependant bien coûteux et étouffant.

      Piochons une ou deux bêtises parmi cent. Un salaire universel de 2000 euros par mois, mais limité à 10 000 ; on devine la tyrannie et l’inefficacité économique d’une morale fondée sur une justice sociale et une relative égalité qui ne tiennent pas compte des potentialités aussi bien paresseuses que laborieuses et créatrices des individus. Ou « l’ère du plein-emploi est définitivement derrière nous. Nous venons d’entrer dans l’ère du vide emploi ». Certes si l’on évite de regarder les réussites de notre proche voisin la Suisse, et de bien d’autres !

      Ainsi l’on se fatiguerait inutilement à relever et débouter les incohérences et les contre-vérités de notre utopiste échevelé, sur la fraternité obligatoire, sur la religion des terroristes « qui sont de parfaits ignares en matière religieuse », alors qu’ils appliquent le message génocidaire du Coran, sur « le combat pour la laïcité » qui est « chasse aux différences ». Passons sur « le quotient de bonheur [qui] remplacera la croissance et le PIB » (on imagine les difficultés de la définition), craignons les principes selon lequel « les naissances seront limitées », ou « la richesse de chaque citoyen sera plafonnée ». Malgré la priorité donnée « à l’éducation et à l’information », pourra-t-on lire et débattre les auteurs et les citoyens aux pensées contraires ? Qu’en sera-t-il alors de cette « désobéissance civile » empruntée à Thoreau et vantée par notre puéril utopiste ?

 

 

      Si l’utopie animale d’Aymeric Caron, titrée Antispéciste[9] est plus nuancée, son « Utopia XXI » politique et sociale à la composition brinquebalante, est rapidement aussi brunâtre qu’une plaine martienne, même nantie des lettres d’or d’« Utopia ». Thomas More, fondateur du genre, était moins naïf et plus rigoureux dans sa composition, tout en affectant la même rigueur à ses Utopiens, et surtout plus critique de son système. Il est vrai que toute utopie est un rêve qui ne sera cru que par ceux qui voudront bien être abusés. Aussi il est à craindre que notre utopiste de l’aube du XXI° siècle n’aura guère, selon son vœu pieux, « réhabilité l’utopie ». Malgré ses imperfections nombreuses, la démocratie libérale est encore ce qui permet et promet avec plus de sérieux et de bonheur un réel ferment de libertés.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Voir : Alberto Manguel, le cheminement dantesque de la curiosité

[2] Platon : La République, IV, 416 d, e, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 1580.

[3] Alberto Manguel : Voyages imaginaires, Bouquins, Robert Laffont, 2016.

[4] Samuel Butler : Erewhon, Gallimard, L’Imaginaire, 1981.

[5] Thomas More : L’Utopie, Nouvel Office d’Edition, 1965, p 70.

[6] Thomas More : L’Utopie, ibidem, p 182 et 183.

[7] Voir :  Du concept de liberté aux penseurs libéraux

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 14:57

 

Punaises arlequin et ombelles d'angélique. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Tyrannie ou rhinocérite ?

Eloge et blâme de Donald Trump

et réponse à Timothy Snyder :

 

 

 

 

 

Timothy Snyder : De la tyrannie. Vingt leçons sur le XX° siècle, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre-Emmanuel Dauzat, Gallimard, 112 p, 9,50 €.

 

J. D. Vance : Hillbilly Elégie, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Vincent Raynaud, Globe, 288 p, 22 €.

 

 

 

 

      Quelle est cette étrange punaise à la crinière maïs accrochée à la tête de l’Amérique ? Le genre « épidictique », selon Aristote[1], rappelons-le, comprend également l’éloge et le blâme, ce pourquoi, à l’égard de cette bête rousse de la politique planétaire, nous nous appliquerons à tenter de séparer le meilleur du pire, l’enthousiasme colérique du sens de la nuance et de privilégier l’analyse mitigée. Il conviendra, non sans jeter un œil du côté de quelques électeurs de l’Amérique profonde vu par l’autobiographe J. D. Vance, de se demander de quelle tyrannie Donald Trump est le nom. Et, quoi qu’en dise Timothy Snyder dans son De la tyrannie, au risque d’agacer notre lecteur,  de peut-être en conclure : d’aucune ; et plutôt de la prospérité.

 

      Une incroyable rhinocérite anti-Trump s’est emparée du monde, et peut-être plus encore de la France : demandez si l’on a une opinion négative de l’hurluberlu, et une forêt de mains se lève. Malheur à qui viendrait l’idée saugrenue de le défendre. En 1959, Eugène Ionesco publiait son inoubliable pièce intitulée Rhinocéros, au cours de laquelle toute la population reçoit de bon cœur cette abjecte métamorphose animale. Seul Béranger prend toute la mesure de cette effrayante inversion des valeurs, pour demeurer un homme : « Je ne capitule pas[2] », conclut-il. L’on se souvient qu’il faut y lire un apologue : celui de la montée des totalitarismes, qu’ils soient nazis ou communistes.

      Ne capitulons donc pas devant la meute des donneurs de leçons bien intentionnés, et commençons par nous interroger : pourquoi un tel déferlement de haine, un tel tombereau de quolibets ? Après deux présidences libérales (au sens américain du terme) et « progressistes », sans compter un faciès de beau gosse black qui témoigna sur ce dernier point d’une réelle évolution des mentalités, voici le retour du fantôme républicain, qui comme l’on sait a une mémoire d’éléphant, de surcroit un mâle blanc capitaliste, ce qui suffit à faire de lui un monstre. Résumons-nous, il n’est pas de gauche, il est populiste (entendez : il entend et harangue le peuple qui l’élit, comme il se doit en démocratie), il entend parachever le mur frontalier avec le Mexique, auquel Obama contribua, il ferme la porte aux ressortissants de pays musulmans aux intentions plus souvent qu’à leurs tours désastreuses, quand Obama, en 2015, désignait la plupart de ses mêmes pays dont les ressortissants devaient faire l’objet d’enquêtes approfondies. Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez blanc ou noir, les jugements des médias vous rendront puissants ou misérables[3]. Aussi les rhinocéros n’ont pas la trump d’un éléphant, mais, aveuglés par leur hystérie idéologique, et de plus leur ressentiment de mauvais perdants, la corne acharnée de ceux qui lancent une perpétuelle offensive contre le nouveau Président.

      Ainsi, bien qu’aucune réelle catastrophe se soit faite jour, et à l’occasion de l’anniversaire de l’élection, nos magazines rivalisent de brio. Le Point offre « Les pires tweets de Trump » (où sont les meilleurs que l’on cache ?) ; Courrier international titre « Trump le démolisseur », avec une rare finesse de rhinocéros dans un magasin de porcelaine. The Atlantic, qui aime faire dans la dentelle, parle d’un « monstre de Frankenstein, composé du pire des attributs des 44 Présidents qui l’ont précédé ». Le tréfonds du pire étant atteint avec Incroyable mais Trump de Natacha Tatu[4] vulgairement sous-titré en franglais « le worst of du président des Etats-Unis » (sans majuscule à Président), ramassis de faits et mots avérés et de mauvaise foi partisane.

      Certes, le tweeteur compulsif aux 42 millions d’abonnés, le Lucky Luke qui tweete plus vite que son ombre des mots d’esprits qu’il eût mieux fait de laisser macérer dans sa poche-révolver, - même si leur sans-gêne et leur crudité plaisent à son populaire électorat lassé du politiquement correct - parait abaisser ce qui devrait être la noblesse de la politique à la vulgarité des trottoirs de la téléréalité. Certes le sabreur de subventions gouvernementales aux associations prônant l’avortement et la contraception (faut-il que l’Etat subventionne ce que les citoyens peuvent très bien faire financer par eux-mêmes ?) peut avoir mauvaise presse. Sa propension à faire de la politique un show racoleur et démagogique, son peu d'élégance verbale et physique (qui ne sont pas celles de son épouse d’ailleurs capable de parler cinq ou six langues) ne plaident pas forcément en sa faveur. D’autant que ses meetings sont des florilèges de vociférations et d’argumentations entremêlées, d’excitation des foules et de désignation des journalistes présents (surtout ceux de CNN) à la vindicte populaire : en ce sens, il est un ochlocrate, qui tient son pouvoir d’un bas peuple qu’il flatte en ses bas instincts.

 

 

      Il faut en effet admettre que l’animal politique (au sens d’un Aristote qu’il ne lit probablement pas) accumule quelques bourdes parfois fort lourdes, auxquelles la rumeur ne reste pas sourde (mais qui prétendrait ne pas dire des bêtises ?). « J’ai gagné le vote populaire si vous déduisez les millions de gens qui ont voté illégalement », dit-il, quoique l’on n’ait pas trouvé trace de ces derniers. Il parla de remettre en cause la licence de CNN, alors qu’elle n’en a pas. Il interdit le recrutement des transgenres dans l’armée, au motif des « coûts médicaux énormes », provoquant un tollé parfaitement justifié. Ce n’est pas toujours avec des mots choisis qu’il mène la charge, parfois méritée, contre les coups de corne des médias qui font systématiquement front contre lui.

      On a beaucoup glosé, tempêté, vidé de fiel sur l’affaire des ingérences russes présumées dans la campagne électorale de Trump. Cependant, si son ex-directeur de campagne, Paul Manafort, vient d’être inculpé, il n’est pas inutile de lire le Washington Post : il révéla que le Parti démocrate et l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, avec la complicité du FBI, auraient financé un rapport sur les liens entre la Russie et Donald Trump, rapport peut-être truffé de mensonges ; de plus il apparait que le Président Obama avait fomenté une enquête illégale sur le candidat Trump. D’autant que des liens plus troubles, de l’ordre de la corruption manifeste, entre Bill Clinton et la Russie de Poutine se font jour dans le cadre d’une colossale vente d’uranium américain, « Uranium one[5] ». À cet égard, souvenons que la favorite des sondages, des cœurs purs et des médias, traîne un lourd passif : mails confidentiels défense non sécurisés, financement de sa campagne par les pétromonarchie du Golfe, Fondation aux fonds nauséabonds…

      Pour revenir aux métaphores animalières, l’on se souvient que l’éléphant est le symbole des Républicains aux Etats-Unis. Malvenue est alors le retour de l’autorisation d’importation de trophées éléphantesques, bien en accord avec la passion viriloïde de la chasse de nombreux américains, et le goût puéril affiché par l’un des rejetons du Président pour les queues d’éléphants à l’issu d’un combat titanesque. Heureusement -et nous le redirons- Trump n’est pas seul. Son administration, son parti, ainsi que la pression d’organisations de protection de l’environnement, ont permis qu’il recule et gèle la mesure controversée. Reste que toute cette bonne intention animalière n’est qu’hypocrisie, rien en cela ne luttant contre le braconnage et les Etats africains corrompus, tels que le Zimbabwe. D’autres voix signalent que la privatisation de la gestion et de l’élevage des éléphants, en prélevant l’ivoire sans les tuer, aurait plus d’efficacité.

 

      Une intelligente charge est livrée par un rhinocéros pour le moins cultivé en philosophie politique (ce qui n’est guère le cas de sa bête rousse), l’historien Timothy Snyder. Il a en effet publié des analyses judicieuses sur le nazisme et le stalinisme[6]. Il a en cet essai, De la tyrannie. Vingt leçons du XX° siècle, la sagesse de mettre sur le même plan les tyrannies nazies et communistes.

      Timothy Snyder parle d’or : « Nous ne sommes pas plus sages que les Européens qui ont vu la démocratie succomber au fascisme, au nazisme et au communisme au XX° siècle ». Ce pourquoi, il propose « vingt leçons ». De « l’obéissance anticipée » à bannir, il passe à la nécessaire « défense des institutions », qui ne sont pas aussi éternelles que les Juifs allemands l’imaginaient en 1933. Il est évident qu’il faille « prendre garde à l’état de parti unique », veiller à ce qu’une oligarchie ne confisque les leviers du pouvoir, conserver les « bulletins papier » pour le vote. De même il faudra « se souvenir de l’éthique professionnelle » et non « ne faire que suivre les ordres ». Cependant, s’il commande avec raison de « se méfier des paramilitaires », ne pense-t-il qu’aux Nazis quand il ne sait pas penser aux ultra-gauchistes cagoulés de noirs et aux barbus du califat islamique qui agitent leurs drapeaux dans quelques avenues américaines ? S’il est vrai que Trump encouragea ses militants à chasser les opposants de ses meetings, il ne s’agissait pas de forces armées, et ces opposants n’œuvraient pas toujours dans la délicatesse. Timothy Snyder  propose encore « Se distinguer », comme Rosa Park refusant de céder sa place à un blanc, comme Teresa Prekerowa, qui sauva des Juifs du ghetto de Varsovie. En effet ; mais n’est-ce pas ce que nous faisons, bien plus modestement en cette page, et ainsi « contribuer aux bonnes causes » ? Sans oublier que nous tentons de « prendre soin de notre langage », d’être « attentifs aux mots dangereux », à la propagande, à la doxa et au novlangue[7]. De surcroit, il vous conseille de lire des livres, de « comprendre par vous-même ». Il fait évidemment et pertinemment allusion au Viktor Klemperer de La Langue du Troisième Reich, au Bradbury de Fahrenheit 451, à Hannah Arendt[8]. Si Trump a bien attisé une haine populaire contre les médias et les journalistes à cause de ces allégations fausses, de ses saillies virulentes, force est de constater que ces derniers ne sont pas en reste. Quant à l’enthousiasme de la presse envers Hillary Clinton, il eût dû être l’occasion d’appliquer à son égard, et au moins tout autant, ces conseils.

      Méfions-nous également d’une politique gangrenée par les travers vulgaires de la téléréalité, dont Trump fut un promoteur et animateur, et préférons un journalisme qui prend le temps de vérifier ses sources (ce que nous avons tenté de faire). Pour notre essayiste la collusion de Trump avec Poutine serait un péché capital, alors qu'il s'avère bientôt qu'il s'agit d'une machination clintonienne. On connait les travers tyranniques de ce dernier, mais il reste moins à craindre que l’islamisme[9].

      Là où Timothy Snyder est le plus redoutable pour son adversaire, c’est lorsqu’il rappelle combien le « patriote » autoproclamé Trump a échappé à la conscription et au Vietnam, non grâce à un tirage au sort favorable, mais grâce à un prétendu problème de talon alors qu’il était un sportif ; combien il n’est guère patriotique d’échapper aux impôts -fussent-ils excessifs- ; ou de « nommer conseiller à la sécurité nationale un homme qui a reçu de l’argent d’un organe de propagande russe »…

      Cependant, retenir contre Trump le slogan « America First », sous prétexte qu’il fut utilisé par un Charles Lindbergh qui s’opposait à la guerre contre les Nazis, est bien de la plus pure mauvaise foi : les faits infirment  l’argument lorsque l’administration Trump n’a pas cessé de combattre le Califat islamique. Il faut en effet renoncer « à la différence entre ce que l’on a envie d’entendre et la réalité des faits », comme le dit si bien lui-même Timothy Snyder. Il est vrai que Trump manie volontiers le mensonge, l’ignorance et la reprise incantatoire de slogans, y compris pour déprécier ses adversaires. Sauf que notre essayiste s’emmêle les pieds : pour lui se contredisent les promesses de « réduire les impôts pour tous, d’éliminer la dette nationale et d’accroître les dépenses sociales et le budget de la Défense », alors que la baisse de fiscalité produit une baisse du chômage et entraîne la prospérité ; quant à accroître les dépenses sociales, il faut admettre qu’une telle promesse ne vaut que si on la considère par individu la méritant. Et lui aussi connaît Rhinocéros d’Ionesco, sauf qu’il l’applique à sa manière, et que l’auteur de ces modestes lignes aura à cœur de changer de tête à corne si les faits l’en convainquent. Nous ne serons ni rhinocéros à trump, ni rhinocéros anti-trump primaire.

      Son présent essai est étrange : autant il est méritoire du point de vue de l’analyse politique, des leviers et des mécanismes de la tyrannie, autant son acharnement à la dépister chez Donal Trump parait être de l’ordre du canon chargé d’obus à pulvériser les éléphants et dirigé vers un éléphanteau un brin malpropre qui n’en peut mais, quoiqu’il vienne du parti républicain, dont rappelons-le, le symbole est justement un de ces éléphants, qui, une fois élus, n’ont jamais fait du pays de la bannière étoilée ni une parade à la Nuremberg, ni une Kolyma sibérienne, malgré quelques errements plus que dommageables, dont l’esclavage, le Vietnam ou le maccarthysme. Il y a là quelque chose de la « connaissance inutile », pointée par Jean-François Revel[10]. Même si nous avons le mince avantage d’écrire un an après Timothy Snyder, qui va jusqu’à parler des élections de 2018, en ajoutant « à supposer qu’elles aient lieu » ! La paranoïa à l’égard de sa bête rousse d’anti-prédilection lui ôte par instant tout entendement, jusqu’au ridicule, tant les velléités d’abus de pouvoir du matamore Trump sont limées par ses proches et son parti, tant les Républicains les premiers tiennent au respect de la Constitution américaine, dont le but premier reste de se protéger de la tyrannie…

 

      Préférait-on la notoire islamophilie d’Obama ? Et Huma Abedin, conseillère chérie d’Hillary Clinton, éditrice d’un journal musulman radical et dangereusement proche des Frères Musulmans, dont le mari, Anthony Weiner, est impliqué dans de nombreux scandales sexuels, comme le mari de notre délicieuse Hillary, par ailleurs fan du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, grand harceleur devant l’Eternel, qui finançait sa campagne ? Quelques sorties lourdement sexistes de Trump font le tour des médias, surexcités d’avoir un osselet à ronger, à tel point que la « Women’s March » remplit les avenues de Washington de féministes outragées en janvier dernier. Là encore deux poids, deux mesures ! Quoique circulent quelques plaintes pour harcèlement sexuel autour de l’animal à trump, dont une ancienne candidate de ses émissions de téléréalité, Summer Zervos. Il est à craindre en effet, même si l’on ne prête qu’aux riches et que la cible est trop belle pour ne pas lui faire essuyer un monceau de salissures, que notre éléphant roux ait la patte et la lippe peu délicates… Il est alors temps pour lui, dont les propos misogynes, sur la place des femmes à la maison ont trumpété, de se refaire une beauté en préconisant l’embauche des femmes et leur accès au capital dans les entreprises, tout en nommant sa fille Ivanka vice-présidente de sa société d’immobilier, au risque de se voir taxé de népotisme lorsqu’il l’implique dans la rencontre avec le premier ministre canadien sur le sujet.

      Imagine-t-on que Donald Trump, certes héritier, ait pu faire fructifier une fortune immobilière, créer, gérer et animer une émission de téléréalité à succès (certes vulgaire), financer sa campagne électorale avec son propre argent, distancer ses concurrents républicains, puis vaincre le clan Obama-Clinton, en étant un imbécile ? Que ces contempteurs tentent d’en faire autant et il est à craindre qu’il ne restera qu’à en rire…

      Le prétendu « démolisseur » est cependant en train de mettre en œuvre la réforme qui confirme les promesses de la campagne. La Chambre des Représentants et ensuite le Sénat adoptant le projet de réforme fiscale de Trump, (quoique avec des variantes qu’il faudra lisser), la loi vient bientôt simplifier le code des impôts, réduire le nombre de tranches d'imposition de sept à quatre, de façon à abaisser les taux, et faire passer de 35 à 20% le taux d'imposition des entreprises. De plus l’avantage fiscal pour les enfants sera revu à la hausse, et la taxe sur les héritages allégée. N'en doutons pas, une telle réforme, jamais vue depuis Reagan, est un gage de prospérité, jusqu'aux plus modestes.

      Il s’agit également d'abolir l'obligation faite aux Américains qui ne sont pas déjà assurés par leur employeur de souscrire une assurance maladie auprès d'une compagnie privée. Ce qui reviendra à alléger les travailleurs indépendants de la charge pesante que représentent les primes d'assurance réglementées par l’Obamacare de 2010, par ailleurs recueillies par seulement trois compagnies, en un capitalisme de connivence éhonté avec l’Etat. Mieux vaut d’abord diminuer drastiquement le chômage, ce qui revient à rendre une assurance aux citoyens, pour ensuite permettre d’une manière plus souple que chacun soit assuré, d'autant que subsiste Medicare. Comme quoi l’Obamacare était loin d’être une panacée. En outre, son promoteur est comptable d’une explosion de la dette américaine et des assistés, de l’exacerbation du racisme anti-blanc, d’une indulgence coupable, y compris financière, à l’égard de l’Iran toujours arcbouté sur ses mollahs.

      Souvenons-nous qu’en juin 2016, Obama fourbit la campagne d’Hillary Clinton. Il annonce alors que les emplois ne reviendront pas. Il brocarde le candidat Trump en demandant au public si celui qui promet de créer des millions d’emplois nouveaux a une « baguette magique ». Las, le premier mois de la présidence, ce sont 298 000 nouveaux emplois qui éclosent, ne serait-ce que grâce à la confiance, même s’il faut en imputer une part à l’excellence de la conjoncture mondiale. Fin octobre 2017, ce sont deux millions d’emplois nouveaux qui ont fleuri, donc en une seule année, puis cinq millions fin 2018. Enfin, le taux de chômage est au plus bas depuis 17 ans à 3,8%, ce malgré deux ouragans dévastateurs. Le nombre de personnes subsistant au moyen de bons alimentaires est tombé à son plus bas niveau depuis 7 ans, le chômage des Noirs est au plus bas. Les salariés voient le salaire moyen et leurs primes augmenter. Que nos moqueurs patentés de la rhinocérite trumphobique en prennent de la graine !

      Comment se peut-il ? Il s’agit d’ordonner de réelles coupes dans les réglementations, d’alléger la lourdeur bureaucratique, d’éradiquer des restrictions environnementales destructrices d’emploi, comme l’interdiction du pipe-line du Dakota, ou de l’exploitation du charbon (certes fort polluante) alors qu’il faut plutôt songer (et les entreprises s’y attellent) à améliorer la sécurité et la propreté de telles activités. Réduisant  la fiscalité des entreprises, il s’agit de les dynamiser, de rapatrier des activités, de voir naître de nouvelles initiatives créatives et industries, sans oublier le retour  des milliards de bénéfices placés hors des frontières pour se garder des taxes confiscatoires. Ainsi Bayer, Ford, Monsanto, IBM, Walmart, General Motors, Sprint, Amazon -et nous en passons- créent des emplois à tours de bras, sans compter les milliers de petites structures qui croissent, celles dont les embryons deviendront bientôt l’enfance de l’art et la maturité de la prospérité. La croissance économique, dépassant 3% par trimestre, et la Bourse (donc par contrecoups les dividendes des actionnaires et les caisses de retraites) sont déjà dans un état de pétulance oublié depuis longtemps, quand les salaires et l’immobilier frémissent vers le haut…

      Que n’a-t-on vidé d’ordures sur la décision de Trump de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ! En faussant compagnie aux idéologues du réchauffement climatique d’origine anthropique (alors que l’extinction des taches solaires induit un refroidissement probablement déjà engagé), notre Président s’est délivré de contraintes colossales qui entravaient les entreprises américaines ; pendant que les pays les plus pollueurs, Chine et Inde en tête, étaient exonérés de tels inconvénients, saturant leurs atmosphères et fleuves de métaux lourds et autres joyeusetés, alors que la science américaine fit bien mieux pour l’écologie que mille tyrannies écologistes patentés et nourries au lait de l’argent ponctionné aux flancs des contribuables.

      Evidemment notre Trump préféré est un vilain tout sale pollueur en permettant à la Pennsylvanie d’excaver de nouvelles mines de charbon. La verte Allemagne, qui s’est exclue du tout pas beau nucléaire, arrose de lourdes vapeurs toxiques la moitié de l’Europe grâce à ses mines de charbon et de lignite (l’une à ciel ouvert est aussi vaste que Paris), à la bénédiction générale. Que vous soyez Trump ou Merkel les jugements de cours vont rendront blancs ou noirs de grisou ! de plus, ne voyons-nous pas que le premier tient à desserrer les Etats-Unis de l’étau du pétrole arabe ?

      À cet égard la maestria diplomatique de Trump va jusqu’à stupéfier le modeste auteur de ces lignes. Sommant à Ryad les pays arabes, et au premier chef l’Arabie Saoudite, de lutter au nom de Dieu contre le terrorisme et le fanatisme, alors qu’il contribue à détruire le Califat islamique, qui sait si le nouveau Président ne contribue pas à isoler (outre l’Iran qu’il compte remettre à sa place) les Qatar, Koweit et autres contributeurs du terrorisme, voire à la pincée de libéralisme politique et religieux qui semble animer le nouveau roi de Ryad, qui réalise que la manne de son pétrole touche à sa fin (à moins qu’il s’agisse d’une ruse habile, digne de l’ancestrale taqiya)…

 

 

      Ses opiniâtres voyages diplomatiques en Extrême-Orient, du Japon au Vietnam en passant par la Chine, vont, qui sait, permettre de rajuster les accords commerciaux, et permettent déjà d’engendrer des commandes colossales au bénéfice de l’industrie américaine. Sans compter la nécessaire intimidation du tyranneau nord-coréen qui n’aime rien tant que jouer de ses doigts bouffis avec des bombinettes atomiques. On s’est pourtant bien offusqué d’entendre Trump dire « Le temps de la force est venu », lui reprochant sa provocation, le réduisant au même ridicule et à la même dangerosité que le potentat affameur du peuple nord-coréen. Préféreriez-vous le temps de la faiblesse ? Il semblerait que sous la pression de Trump, la Chine puisse modérer son soutien, en particulier économique, à son encombrant voisin, qui risque bientôt de faire patte blanche…

      Restons cependant méfiants devant les velléités protectionnistes de Trump. Pourtant, il ne ferme pas la porte aux accords commerciaux bilatéraux avec tous les pays, à la réserve que les libertés soient également partagées et qu’elles soient au service des intérêts américains, de façon à concourir à la réduction du déficit commercial, en particulier avec la Chine. Il prétend ne prendre des mesures protectionnistes que si ces mêmes intérêts se voient lésés. Ce fut l’objet de la rencontre de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à Manille, qui ambitionnait de lutter contre le protectionnisme économique. Mieux, en préconisant un réel libre échange, il risque de divulguer l'hypocrite protectionnisme européen.

      Que n’a-t-on vilipendé le Trump pourfendeur des « violeurs mexicains » ? Bouh, le vilain xénophobe ! Il n’en reste pas moins que les crimes sexuels pullulent encore du côté du Sonora. Certes, l’on ne tombera pas dans la généralisation abusive qui est un péché peu mignon de l’orateur. Certes, imaginer de faire payer l’achèvement du mur frontalier (construit d’ailleurs aux deux-tiers par ses prédécesseurs) fut une fort puérile billevesée. Mais, là encore, lorsqu’Obama confirma le déploiement de ce mur, il bénéficia d’une indulgence entière, tandis que notre éléphant roux se voit traité comme l’animal malade de la peste de La Fontaine.

      N’ignorons pas que l’immigration illégale des Mexicains, qui contraint les salaires des non qualifiés à stagner au plus bas, a déjà baissé considérablement. Il est certes bien dommage de devoir en arriver à de telles murailles, mais plutôt que de huer les Etats-Unis, ne vaudrait-il pas mieux s’interroger sur l'explosive criminalité mexicaine, sur le socialisme et la corruption récurrents qui minent l’économie mexicaine, dont le niveau de vie de la population stagne depuis bien des décennies, malgré des richesses potentielles considérables, en particulier pétrolières ?

      Encore un point à mettre à l’actif de Trump en ce qui concerne l’immigration : en avril dernier, il signait un ordre exécutif pour éjecter le programme de visa par tirage au sort, au profit d’un programme au mérite, bien plus judicieux, en terme de sécurité, de respect des individus et in fine au service d’un melting-pot américain digne de ce nom.

      Pourtant l’abrogation du programme DACA, qui protégeait de l’expulsion les enfants immigrés clandestins et leur permettait d’étudier et de travailler aux Etats-Unis, a provoqué un bruyant tollé. Certes l’on sait que de prétendus mineurs s’y glissent avec des intentions peu avouables, mais la mesure parait aussi peu charitable que digne des Lumières, et des intérêts des entreprises américaines qui y trouvent parfois un vivier de créateurs…

      Le milliardaire (l’on sait combien c’est mal de l’être si l’on est un capitaliste, et pudiquement tu si l’on prospère en mettant à son service la fiscalité), est bien entendu un xénophobe avéré conspué par de gauchistes juges dont le multiculturalisme est un retors angélisme, lorsqu’il refuse l’entrée à des ressortissant de pays musulmans. Cette interdiction, certes brusquement édictée avec une maladresse insigne, est bientôt jugée conforme à la Constitution par la Cour suprême. Il n’y a par ailleurs rien de xénophobe à lutter vigoureusement contre les gangs latinos violents, et contre l’islam radical.

      Combien l’on a reproché à Trump de quitter l’UNESCO ! Pourtant il argue avec justesse que cette organisation, financée à gogo par les Etats-Unis, et prétendument chargée de favoriser l’éducation et la culture, a intégré la Palestine, pseudo-Etat, de surcroît terroriste (c’est d’ailleurs à cette occasion qu’Obama suspendit les financements), que cette organisation démesurément islamophile tente de réécrire l’Histoire en prétendant qu’Israël est une force d’occupation à Jérusalem. Ajoutons que cette organisation publia en 1981 une « Déclaration islamique universelle des droits de l’homme » qui considère « qu’Allah (Dieu) a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunnah de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains », et autres abjections concomitantes… Devinez qui depuis aspire à la Direction générale du dit organisme ; mais c’est bien sûr, en digne lèche-charia, … La France !

      Bien d’autres domaines bénéficient de l’attention de l’administration Trump. Il est question d’une réforme de l’éducation (notoirement incompétente dans le public), de permettre le libre choix scolaire pour les ressortissants de quartiers défavorisés. Reste à savoir ce qu’il en adviendra. Il serait indécent de qualifier ce Président de tranquille pépère pantouflard, une fois la place prise. Reste que les craintes hystérisées autour de la législation Pro-vie en cours ne prouvent pas qu'il s'agirait de menacer qui aurait légitiment besoin d'avorter.

 

      Que l’on soit Trumpmaniaque ou Trumpophobe, il est bon de s’interroger sur ses électeurs, dont les petits blancs déclassés de l’Amérique profonde. Le livre de J.D. Vance, Hillbilly Elégie, publié en 2016 aux Etats-Unis tombe à point. S’il se présente comme le roman autobiographique d’un enfant puis d’un jeune homme venu du tréfonds du Kentucky et de l’Ohio, il n’en est pas moins un document sociologique d’une rare pertinence.

      Les usines ferment ou s’enfuient, le chômage gronde, le déclin économique ronge les consciences : « toutes les grandes entreprises comme Armco sont en train de mettre la clé sous la porte, et c’est une population dont les qualifications sont peu adaptées à l’économie moderne ». L’on comprend alors combien une génération confite dans le chômage par une mondialisation qui défavorise l’Amérique profonde, aspire à retrouver travail et dignité, ce que promit et réalise déjà, du moins en partie, l’administration Trump.

      Mais loin de se complaire dans la rhétorique victimaire de l’ « Elégie », Vance souligne : « Vous pouvez traverser une ville dont 30% des jeunes hommes travaille moins de vingt heures par semaine sans trouver personne qui ait conscience de sa propre fainéantise ». Plutôt que de se plaindre du monde tel qu’il évolue, les habitants doivent affronter la vérité sur eux-mêmes : « Jackson est assurément pleine de gens charmants, mais la ville est également pleine de drogués, et il y a au moins un homme qui a trouvé le temps de faire huit enfants et pas celui de travailler pour les faire vivre ». Sans oublier l’alcoolisme et la violence. Le réquisitoire est cruel, mais réaliste.

      Comment notre auteur s’en est-il sorti ? « Maman m’a emmené à la bibliothèque de la ville avant même que je ne sache lire, m’y a inscrit, m’a montré comment emprunter des livres et fait en sorte qu’il y en ait toujours à la maison ». Avocat pour un fonds d’investissement, écrivain chéri des médias, marié avec Usha dont il loue les qualités, il vit aujourd’hui à San Francisco. CQFD.

      Vance a su radiographier ceux qui ne sont pas les seuls à avoir élu Trump, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Sans vouloir faire de la prédictologie[11], toujours risquée, il n’est pas impossible que ce Président rempile pour un second mandat, voire avec un résultat électoral plus généreux…

 

 

      Le procès Trump est loin d’être achevé. Hors de tweetesques sorties inconsidérées, des convictions populistes sans nuances, il conviendra de le juger sans a priori idéologiques sur les résultats. Il sera cependant d’autant plus haï que les résultats économiques et diplomatiques seront bons. Tout ce qu’il réussit et réussira sera inaperçu par les yeux qu’obscurcit l’idéologie ; tout ce qu’il ratera sera la poutre fichée dans son œil.

      L’on dit souvent que l’Histoire se répète ; certes. Mais parfois sous des formes métamorphosées. Le socialisme de Bernie Sanders est bien plus dangereux que Trump, en particulier pour les libertés économiques et la prospérité, y compris du petit peuple ; les violences de l’extrême gauche anticapitalistes sont avérées. D’autres formes de totalitarisme, masquées par de bons sentiments sont également à craindre : la tyrannie écologique, par exemple, ou le politiquement correct qui pousse des étudiants à ne pas vouloir étudier des auteurs mâles et blancs, en un racisme aussi étroit que leur pensée, ou encore le cancer théocratique de l’Islam. Si Donald Trump, malgré ses errements et velléités agités comme ceux d’une puce rousse, n’est le nom d’aucune tyrannie, il ne manque pas de concurrents bien plus redoutables, dont Thimothy Snyder, le doigt pointé sur un éléphant plus débonnaire qu’il n’y parait, n’a pas su voir les forêts de cornes aux virales rhinocérites. C’est avec une indispensable prudence, en particulier à l’égard d’un avenir pour lequel nous nous garderons de toute prédiction, que le modeste auteur de ces lignes, dont les informations restent cependant lacunaires, tente de contribuer à la vérité, au risque que bien des lecteurs velléitaires ne soient pas parvenus à cette ligne, irrités, scandalisés par une telle prose, qui ne respecte pas la doxa de la condamnation péremptoire, idéologique et a priori.

      Il y a bien des exagérations, voire des hyperboles insensées, dans la pléthore de satire, de dénonciation, qui se jette en meutes sur Trump. Voyons comme l’on s’est mis, vaillamment, en signe d’héroïque résistance (on n’est pas aussi vaillant face à l’hydre de la théocratie islamique) à manifester, comme ces 125 psychanalystes et psychiatres qui défilèrent à New-York en dénonçant la santé mentale défaillante de notre éléphant roux, « populiste, ploutocrate, fou à lier », réclamant l’impeachment, alors que l’on s’est moins excité devant les symptômes avérés d’Hillary Clinton. Prenons garde à ne pas suivre aveuglement la rhétorique haineuse des démocrates et non les faits. Par exemple pour les enfants mexicains retenus aux frontières pendant des semaines que l’on reproche à Tromp, quand c'était déjà le cas sous Obama, alors qu'il s'agit de les protéger de leurs parents, des gangs, des viols, ce qui ne faisait pas scandale (et ne prétendons pas que cela soit parfait) : selon que vous soyez blanc ou noir, les jugements de cour vous rendront puissant ou misérable (ceci en paraphrasant La Fontaine). Voyons comme l’on a relu et brandit Impossible ici de Sinclair Lewis[12] qui voyait un fasciste s’élever au sommet des Etats-Unis, ainsi que La Servante écarlate, de Margaret Atwood[13], autre anti-utopie marquée par une tyrannie contre les femmes réduites à la seule procréation. La reductio ad hitlerum est aussi manifeste qu’abusive et mensongère, quand de plus réelles tyrannies sont les hydres de notre temps…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Aristote : Rhétorique, 1358a, Œuvres complètes, Flammarion, 2014, p 2611.

[2] Eugène Ionesco : Rhinocéros, Théâtre, III, 1968, Gallimard, p 117.

[3] La Fontaine : « Les animaux malades de la peste », Fables, VII, I : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

[4]  N atacha Tatu Incroyable mais Trump, Plon, 2018.

[5] Voir : Peter Schweizer : Clinton Cash, Harper Collins, 2015.

[6] Timothy Snyder : Terres noires. L’holocauste et pourquoi il peut se répéter, Galimard, 2016.

[13] Margaret Atwood : La Servante écarlate, Robert Laffont, 1987.

 

 

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 17:36

 

Portail de la Cathédrale de Lausanne, Suisse, XII°-XIII° siècles.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Eloge et blâme de la langue de porc :

petite philosophie porcine et inclusive

du harcèlement et de la séduction.

 

 

 

 

 

      Si ce réjouissant exercice qu’est le lancer de nain est interdit, le balancer de porc ne l’est évidemment pas. Que les défenseurs de la cause animale se rassurent, il ne s’agit pas de jeter un porcelet par-dessus les barbecues, mais de « Balance ton porc », cette délicate cause féministe et humaniste qui consiste à publiquement dénoncer, sur quelque réseau social, voire quelques tribunaux, les attouchements, harcèlements et autres viols de ces dames par des messieurs aux délicatesses plus que douteuses. Il faudra défendre autant la cause des femmes, voire des hommes, dans ce cas désastreux, que celle de la langue encochonnée, et autant dénoncer les porcs humains trop humains aux organes baladeurs et intrusifs, tout en plaidant la cause du porc, pur animal de compagnie culinaire, dont nous ne voilerons pas les qualités gastronomiques et civilisationnelles…

 

 

      Le harcèlement sexuel du médecin et du chirurgien à l’égard de la patiente, celui des galeristes et autres curateurs qui échangent une surface d’exposition contre des faveurs sexuelles, celui du producteur de cinéma qui conditionne les rôles qu’il offre au degré de soumission fessière et buccale, le patron ou directeur des ressources humaines qui recourt à la promotion canapé… La liste n’est pas exclusive, mais inclusive, de tous ces porteurs de queue en tire-bouchon qui ne songent qu’à contraindre la gent femelle au décapsulage sournois, brutal, éhonté.

      On n’imagine guère combien la lourdeur, la rosserie, la goujaterie, la dégueulasserie de Messieurs les porcs en chef -ou plutôt en hure- est infâme : les sous-entendus appuyés, les mains aux fesses, les « t’es bonne, je vais te baiser », abondent, sans compter les 120 femmes mortes sous les coups de leurs compagnons chaque année. Tout homme ne sachant retenir l’impulsion de ses couilles et de son vit dressé n’est-il pas à cet égard le sanglier de Jean Ursin : « Je suis le sanglier velu, redoutable par sa hure et ses défenses ; Vénus me pousse à affronter mon rival en des combats sauvages[1] ». Et, cela va sans dire, à coucher Vénus elle-même dans la boue pour l’empaler. Le hashtag « Balance ton porc », trouve là sa nécessité. La condamnation, si l'on n'oublie pas le principe de la présomption d'innocence, est alors sans appel…

      Pourtant il faut penser combien le même compliment ou geste complice peut sembler aguicheur et charmant s’il vient d’un bel homme, ou grossier, obscène, s’il vient d’un individu que la nature à affligea d’une surface pondérale excessive, d’un visage gonflé et raviné, d’une lippe à la salive avariée… Aussi faut-il ne pas confondre, parole plus ou moins heureuse, œil salace, plaisanterie grivoise, réjouissance rabelaisienne, et, sur l’autre versant du spectre, brutalité réduisant autrui à un objet de prostitution sans autre rétribution que la vanité masculine, que la tyrannie domestique, privée ou publique.

      Evidemment, les mauvais esprits -dont nous ne sommes pas- aurons tout de suite pensé au hashtag en miroir : « Balance ta truie », ce qui est par ailleurs, plutôt que « porce », une forme d’écriture inclusive, ménageant autant le féminin que le masculin. Qu’il existe des femmes abusant de leur autorité, de leur pouvoir hiérarchique pour glisser une main à la braguette et s’emparer de l’objet du délit, nous ne le nierons pas, comme quoi nous sommes en présence d’une constante de l’esprit hormonal et tyrannique de l’être humain, même si le cas est probablement bien moins nombreux.

      Faut-il alors remettre en cause la virilité, la masculinité, pour respecter la féminité ? C’est là que la limite imprécise, passablement subjective, entre harcèlement et séduction, doit se faire entendre. Consentement, explicite ou implicite (en ce dernier point il n’est pas toujours aisé d’interpréter ce qui peut être un piège), insistance délicate ou déplacée, caresse du regard, des doigts, ou violence des paumes et des poings, tout oppose le cuissage du soudard à l’amour courtois. Ce en quoi les « Précieuses », hélas ridicules de Molière, avaient bien raison d’attendre de l’homme les raffinements de la séduction et les codes de l’amour courtois en excluant les mœurs brutales des mâles du temps. Au mâle qui met à mal, nous préférons résolument le gentleman.

      Si la guerre aux guerriers du harcèlement et du viol est indispensable, la guerre des sexes ne doit pas avoir lieu. Ni le cloisonnement entre les femmes et les hommes, plus séparés que sur les bancs de l’église au Moyen-Âge, qui aboutirait à l’avalisation d’une claustration des premières, comme voilée par un « noli me tangere », un ne me touchez pas sacré, qu’il s’agisse de la sacralité de la loi ou de celle du féminisme. À moins de trouver une solution miracle qui est celle de l’Islam : voilées ou violées[2] ; car au cochon des rues il faut une poule de trottoir…

      On n’ira pas non plus considérer que les musées, les œuvres d’art sont de l’ordre du harcèlement sexuel. Certes une proportion considérable de tableaux et sculptures exhibe des femmes nues, et bien moins d’hommes nus, mais la beauté des corps, leur éloge vaut pour tout viatique. Qu’attendent alors les féministes, trop féministes, voire viragos, pour se mettre au travail, peindre et sculpter, créer une autre image de la femme, s’il se peut, plutôt que de vouloir éradiquer l’Histoire de l’Art, sans compter que bien des femmes-artistes ne les ont pas attendues.

 

Buffon : Œuvres V, « Les quadrupèdes », À la Société bibliophile, 1845.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      L’on peut à loisir balancer les porcs en langue, sans balancer pour distinguer la sexuation dépréciative de maints exemples du vocabulaire. Il faut en effet avoir conscience que la langue de porc est plus salée pour les femmes que les hommes, charriant en son flot une misogynie, un sexisme récurrents. Songeons à la garce qui est le féminin de gars, au courtisan des rois familier de la courtoisie quand la courtisane est une professionnelle, c’est-à-dire une putain, au contraire du professionnel, comme le péripatéticien est un philosophe grec qui ratiocine en marchant et son féminin une radeuse de trottoir… De même le Don juan, venu du Dom Juan de Molière et de Tirso de Molina, donna par antonomase son nom commun flatteur, pour qui enfile les conquêtes, alors que le féminin le traduit communément par « salope ». Oublierions-nous pourtant Les Don Juanes de Marcel Prévost[3] ?

      Avons-nous remarqué que le mot « porc » n’a pas de féminin, qu’il est donc neutre, et qu’en balançant son porc, tout hashtag dehors, il est permis de dénoncer autant truie que verrat, que cochon ou cochonne, deux mots qui ont pour une fois le même sens dépréciatif, humainement parlant. On parle cependant de « langue de pute », autant à l’égard d’un homme que d’une femme, mais pas de langue de porc…

      Or, nous ne réécrirons pas en langue inclusive, cette aberration linguistique qui voudrait à tout mot comprendre le féminin et le masculin, quitte à l’inventer. Il faut s’y faire : il n’existe pas de neutre en français. Mais prendrait-on les lecteurs, et surtout les lectrices, pour des cochon-nes d’illettrés (aï, la règle de grammaire périmée où le masculin l’emporte vilainement sur le féminin) ?

      Il ferait beau voir une fable de La Fontaine, dans laquelle on mène un cochon, une chèvre et un mouton à l’abattoir, grimée en écriture inclusive :

« Dom-ame Pourceau-elle raisonnait en subtil-e personnage :

Mais que lui servait-il-elle ? Quand le-la mal-e est certain-e

La-le plaint-e ni la-le peur-e ne changent le-la destin-e ;

Et le-la moins prévoyant-te est toujours le-la plus sage[4]. »

      Oh le laid maquillage ! Où sont bousillés les alexandrins ! Et faut-il, en inclusive,  mentionner d’abord le féminin ou le masculin ? Couvrez ce sein du machisme que je ne saurais voir, dirait le nouveau Tartuffe à la nouvelle Pernelle. Voilà qui va faciliter l’apprentissage de la langue chez nous bambins-nes qui lambinent…

      Le genre de la grammaire et du vocabulaire n’est pas celui des êtres et des choses. Une sentinelle est le plus souvent masculine, comme une recrue. Un chef cuisinier doit-il devenir cheftaine ? Un mannequin est le plus souvent féminin. Quant à l’amour, il est masculin au singulier et féminin au pluriel. Parmi cette intrusion de la sociologie politique au petit pied et au grand ergot, reste à se demander si les gays, les lesbiens, les queers et autres altersexuels[5] ne voudront pas leur grammaire exclusive ; si les non-genrés n’inventeront pas une non-grammaire non-discriminante…

Si vous vous sentez humiliés par la grammaire, c’est que vous êtes bien piètres. Plutôt que de vouloir la tyranniser et tyranniser les esprits de vos contemporains, voire de vos descendants, puisque vous exigez de jusqu’à réécrire l’Histoire, en une réelle pulsion totalitaire, qu’attendez-vous plutôt, une fois de plus, de vous mettre au travail, ainsi de faire œuvre, d’être une nouvelle et un autre Simone de Beauvoir, une nouvelle et autre Mary Shelley[6], une nouvelle et autre Toni Morrison[7], sans compter Proust et San-Antonio[8] ?

 

Illustration de Dubout pour Gargantua et Pantagruel de Rabelais,

Michel Trinckvel, 1993. Photo : T. Guinhut.

      « Dévorer leur petit n’est pas pour elles un événement extraordinaire », dit Pline l’Ancien des truies. « Les animaux de ce genre se roulent volontiers dans la boue. Ils ont la queue tordue, et on a même noté que lorsque c’est à droite, ils plaisent davantage aux dieux que quand c’est à gauche » ; il faut alors penser que l’homme qui manie gauchement sa queue en porc qu’il sait être, déplait aux déesses… « C’est le plus stupide des animaux et l’on a jugé, non sans finesse, que l’âme lui avait été donnée en guise de sel. […] Il n’est pas d’autre animal qui donne plus de prétexte à la débauche de nourriture ». Oserons-nous dire que la prolixité de la femelle issue de la saillie de son verrat donne une image idoine de la débauche luxurieuse… Ce que confirme avec peu d’aménité, au XVIII° siècle, le naturaliste Buffon : « Toutes ses sensations se réduisent à une luxure furieuse et à une gourmandise brutale, qui lui fait dévorer indistinctement tout ce qui se présente, et même sa progéniture au moment qu’elle vient de naître[9] ».

      Revenons à notre encyclopédiste de l’Antiquité qui note enfin : « Quant à l’Arabie, il n’y vit aucune sorte de porc[10] ».

      Tiens donc, déjà ! Est-ce parce que la Bible condamne la consommation du porc, bien qu’ayant le sabot fendu, mais non ruminant[11], parce qu’il se roule dans une répugnante boue, parce qu’il ne répugne pas à bouloter des excréments, parce que sa consommation vite avariée sous des climats brûlants entraîne divers risques sanitaires, parce qu’il n’a pas de cou pour l’égorger, parce que sa sexualité est obscène et qu’il est le miroir de la passion fornicatrice de l’humanité, parce qu’aux nomades il est bien plus aisé d’entraîner moutons et dromadaires que gorets ? Les arguments sont plus souvent irrationnels que rationnels. Le Coran interdit explicitement le porc : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d'Allah[12]. » Or Buffon note : « Par un de ces préjugés ridicules que la seule superstition peut faire subsister, les mahométans sont privés de cet animal utile[13] ».

      Le porc étant impur et haram en musulmanie, l’on se demandera si c’est pour mieux héberger la part porcine de l’humain dans celui qui, suivant le conseil du Coran peut posséder plusieurs épouses et autres esclaves, y compris sexuelles, tout en faisant profession de vertu, voilant sa tartufferie dans une pornographie allègrement pillée à l’Occident :

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ;

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées[14]. »

      C’est ce que l’on peut appliquer à de nombreux imams et prétendus islamologues, dont l’un, sinistre pratiquant de la taqiya, qui porte le nom du jeûne, pour ne pas le citer, vient d’être balancé comme verrat harceleur et violeur à de nombreuses reprises, la preuve restant à charge des victimes.

      L’on se demandera de même si la juste cause de la dénonciation des violences sexuelles, verbales et physiques, quoiqu’il faille se méfier de la délation qui n’est pas dépôt de plainte officielle, et qui ne vaut pas pour procès respectant la présomption d’innocence, s’il ne s’agit pas, en dénonçant les prérogatives du mâle blanc occidental, de détourner pudiquement les yeux de ces quartiers envahis par l’islamoracaille, où il ne fait pas bon arborer une jupette, voire autre vêtement que le voile de rigueur :

« Que c’est fait sagement aux hommes d’empescher

Les femmes de juger, commander et prescher,

Captivant sous les loix cet animal sauvage

Qui chez les Musulmans est toujours en servage ![15] »

      Voilà ce qu’avec bien de l’ironie disait le satiriste Pierre Motin au XVII° siècle. Rappelant que le stade ultime de la misogynie, bien tentante chez la plupart des mâles aux testicules chatouilleuses, trouve son acmé tyrannique en une idéologie religieuse et politique bien connue. Gageons qu’aujourd’hui un tel poème satirique se verrait poursuivi par les foudres de l’indignation féministe, brandissant le spectre de la censure et du requiem de la liberté d’expression[16], pourtant bien moins souvent diligente à tomber à bras raccourcis sur le Coran et son indigne « Sourate sur les femmes » : « au mâle, une part égale à celle de deux femelles[17] ». À cette inégalité s’ajoute la polygamie, la parodie de justice et le meurtre : « Pour celles de vos femmes qui sont perverses, faites témoigner quatre d’entre vous. S’ils témoignent contre elles, faites-les demeurer dans les maisons jusqu’à ce que la mort les enlève ou qu’Allah fraye pour elles un sentier[18] ». Plus délicat : « Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les.[19] » Battre ses femmes est un ordre divin, tout comme les qualifier d’impures, puisque l’on ordonne avant la prière : « Si vous êtes malades ou en voyage ou si l’un de vous revient des latrines, ou si vous avez touché les femmes, et ne trouvez pas d’eau, recourez à un bon sable, frottez-vous le visage et les mains[20] ». On appréciera l’équivalence entre les latrines et les femmes, considérées pire que des gorettes.

 

      N’est-il pourtant pas bien dommage de déprécier le porc, qui « demeure accouplé plus longtemps que la plupart des autres animaux » et dont la femelle est fort sensuelle ? En effet, reprend Buffon, « la chaleur de la truie est presque continuelle[21] ». Cet animal est génétiquement si proche de l’homme (au sens neutre du terme), au point qu’une médecine prochaine envisage des greffons porcins modifiés au service de corps humains à réparer, au point que l’intelligence de la bête rose, manipulant des jouets de couleur à emboiter, puisse égaler celle d’un enfant d’un an accompli. Sans oublier que, selon le dicton populaire, « tout est bon dans le cochon », des soies dont on fait les brosses, de la graisse dont on fait la gélatine des bonbons Haribo, jusqu’aux cochonnailles les plus rabelaisiennes, en passant par les oreilles confites à la croque au sel, jusqu’à ce jambon exquis, nous avons nommé l’Iberico bellota de Jabugo, pour lequel nos porcs choyés courent sous les chênes verts dont ils dévorent les glands. Cochon qui s’en dédit, ne balance pas ton porc, mais balance ton tyran !

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Marcel Prévost : Les Don Juanes, Fayard 1930.

[4] La Fontaine : « Le cochon, la chèvre et le mouton », Fables, VIII, XI, Garnier, 1950, p 194.

[9] Buffon : Œuvres V, « Les quadrupèdes », À la Société bibliophile, 1845, p 66.

[10] Pline l’Ancien : Histoire naturelle, VIII, La Pléiade, Gallimard, 2013, p 413, 414, 415.

[11] Lévitique, III a 3.

[12] Coran, V, 3.

[13] Buffon, ibidem, p 69.

[14] Molière : Le Tartuffe, III 2, Théâtre, Club des Libraires de France, 1958, p 450.

[15] Pierre Motin : « Elégie contre les femmes », Les Satires françaises du XVII° siècle, I, Garnier, 1923, p 73.

[17] Coran, 4-11, traduit de l’arabe par André Chouraki, Robert Laffont, 1990, p 165.

[18] Coran, 4-15, ibidem p 167.

[19] Coran, 4-34, ibidem, p 173.

[20] Coran, 4-43, ibidem, p 175.

[21] Buffon : ibidem, p 65, 67.

 

La Fontaine : « Le cochon, la chèvre et le mouton », Fables, VIII, XI,

illustration de Jean-Baptiste Oudry, 1729-1734,

Diane de Selliers, 1992. Photo : T. Guinhut.

 

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Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Wilson : Biophilie, Bartram : Voyages

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences