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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 18:19

 

Thomas More : Utopie, NOE, 1965, Mame, 1978.

Alberto Manguel : Voyages en Utopies, Invenit, 2017.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Etat, utopie et justice sociale :

 

de Thomas More à Ruwen Ogien.

 

 

Thomas More : L'Utopie,

traduit de l'anglais par Marie Delcourt, GF, 2017, 256 p, 5,90 €.

 

Ruwen Ogien : L’Etat nous rend-il meilleur ?

Folio essais inédit, 2013, 336 p, 9,10 €.

 

 

 

Une utopie qui ne soit pas une tyrannie est-elle possible ? Le fondateur humaniste de l’Utopie, Thomas More, montra en 1516, à son corps défendant, qu’il n’en est rien. Mieux que Platon dans sa République, il offrit un harmonieux tableau d’une société meilleure où chacun pourrait vivre avec aisance. C’était une Utopie, un lieu de nulle part, mais également une « eutopie », une île bienheureuse, de par et malgré les chaînes de sa coercition. Aujourd’hui, Ruwen Ogien, en son essai sans île d’utopie, en postule cependant l’apparition sur le terrain de notre aujourd’hui. Quoique nettement plus avancé dans la conception d’une société de liberté, il n’en demeure pas moins enclin à une pulsion tyrannique. En effet, de homas More à Ruwen Ogien, le problème clé reste le mythe tenace de l’égalité socio-économique…

 

On oublie trop souvent que le texte venu du latin de L’Utopie commence par une première partie en forme de dialogue philosophique, un peu à la façon dont Swift fera converser son Gulliver avec les souverains des îles étranges. Qu’il s’agisse d’essai décrivant un imaginaire, ou d’apologue, l’altérité de l’idéale contrée ne peut se passer d’une dimension pamphlétaire envers son contemporain. De même, ne peut-on pas faire un rapprochement entre l’Angleterre de Thomas More et notre société d’aujourd’hui ? Là où « les brebis mangent même les hommes[1] », il fait allusion  aux expropriations des terres communales par le gouvernement au profit des favoris du roi, qui en avaient chassé les paysans, pour les changer en pâturages. Notre socialisme n’est-il pas en train d’exproprier les citoyens de l’économie au profit de ses élus, édiles, affidés et privilégiés de façon à paraître des brebis dont la mansuétude, via la redistribution, arrose le pays d’aides sociales à bout de course ? De même ces brebis,  dont l’Angleterre couvrait les campagnes du début du XVIème, ne sont-elles pas l’équivalent de ces surabondants fonctionnaires dont l’état socialiste couvre le territoire aux dépens des entrepreneurs spoliés par la tyrannie fiscale ?

Notre socialisme est à la fois la solution au problème et la solution comme problème. Relisons Thomas More en changeant le mot « nobles » par celui de fonctionnaires : « La principale cause de la misère publique, c’est le nombre excessif des fonctionnaires, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui[2] ». Certes, s’ils ne sont pas tous oisifs, ils ne sont pas tous utiles, hors les fonctions régaliennes de l’état, et, peut-être, l’éducation, organisme collectif qui croît sur le dos de l’impôt comme sangsue.

L’ile d’Utopie, décrite par Thomas More devait être la solution et corriger les défauts de l’Angleterre. Après la polémique, vient l’utopienne société apaisée. Journée de travail de six heures, pour laisser à l’ouvrier le temps de cultiver son esprit, études abondantes pour tous, doux suicide pour ceux que leur santé abandonne, pacifisme confiant la défense à des mercenaires extérieurs, plaisirs de la vertu et rejet des vices, mépris de l’or et des richesses…

Hélas, son paradis de l’égalité politique et économique, nous le savons aujourd’hui, n’est pas loin d’être un enfer de coercition. Travail obligatoire, intellectuels en nombre limité, suppression de la propriété privée, dans la tradition de La République de Platon, et dans l’expectative du Manifeste communiste de Marx, richesses publiques aux mains de l’état, repas frugaux pris en commun, respect des religions, hors le matérialisme et l’athéisme dont les adeptes sont exclus des charges publiques. Pas une trace d’individualisme, qu’il soit entrepreneurial, intellectuel ou artistique, donc pas une ombre de liberté. Car l’utopie dans sa prévisibilité, son constructivisme intellectuel étatique, broie forcément la liberté, qui n’est pas prévisible. Indubitablement le socialisme séculaire porte en lui un indéracinable ADN, celui de l’utopie. En ce sens, Karl Popper aurait pu glisser Thomas More entre les deux tomes de La Société ouverte et ses ennemis[3], entre d’une part Platon et d’autre part Hegel et Marx.

Il y a pourtant des objections à l’exposé de Raphaël, qui brosse le tableau de l’Ile d’Utopie : More lui-même qui objecte : « le pays où l’on établirait la communauté des biens, serait le plus misérable de tous les pays. En effet, comment y fournir aux besoins de la consommation ? Tout le monde y fuira le travail et se reposera du soin de son existence sur l’industrie d’autrui[4] ». Cette définition sans fard du socialisme a le mérite de montrer que Thomas More, loin d’être l’absolu thuriféraire de son Utopie garde jusqu’à la conclusion son scepticisme : s’il « confesse aisément qu’il y chez les Utopiens une foule de choses  que je souhaiterais voir établies dans nos cité » […] « il ne peut « consentir à tout ce qui a été dit par cet homme », en particulier cette « communauté de vie et de biens[5] ».

Ainsi, comme le grand humaniste de la Renaissance, nous ne saurions consentir à la communauté de vies et de biens de l’utopie socialiste, qui se révèle bientôt une perte de biens nombreux, au premier chef la liberté, qu’elle soit des mœurs, d’entreprendre ou d’expression. Le problème de toutes les utopies constructivistes est de considérer la société et de ne pas considérer l’individu qui en est pourtant l’origine et la fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ruwen Ogien est-il un nouveau Thomas More ? Au contraire d’une pensée conservatrice, l’objectif d’Ogien est en 2013 « une société beaucoup plus égalitaire du point de vue économique et social, mais aussi beaucoup plus libertaire du point de vue des mœurs ». Si le libéral ne peut qu’être enchanté par cette dernière proposition, il reste profondément sceptique devant la première, quoique son auteur use d’une argumentation claire et point par point bien digne de la philosophie analytique anglo-saxonne, quoique parfois trop patiemment pesante…

Il est certes plus libéral que More aurait pu l’imaginer. Toutes les libertés morales sont bonnes à prendre, tant qu’elles ne nuisent pas concrètement à autrui. Pornographie[6], homosexualité, procréation assistée, euthanasie, avortement, drogues, ouverture des frontières, tant qu’ils restent de l’ordre du libre consentement de chacun, tant qu’ils restent dans le cadre du « ne pas nuire à autrui », ne peuvent en rien être interdites par un Etat moralisateur. Il semble là que cette utopie n’en soit pas une, dans la mesure où elle est réalisable et non porteuse de contraintes exercées par quelque prosélyte ou par quelque Etat. Seuls s’y heurtera le mauvais vouloir des contraigneurs patentés, religions, ligues de vertu, étatistes forcenés, ce en quoi Ogien est un adepte de la « liberté négative », celle qui ne nuit en rien à autrui.

Ainsi, Ogien fustige la « répression du travail sexuel », le « contrôle de l’immigration », qui est une « atteinte à la liberté d’immigrer », « l’encadrement coercitif de la procréation et de la fin de vie », les concepts de « marchandisation du corps humain » et de « dignité humaine » qui tendent à limiter la liberté et le consentement de l’individu. En ce sens, les valeurs morales sont « contre les droits ». Jusque-là l’argumentation reste plus que séduisante, débarrassée de maints préjugés. A la rigueur de la démonstration de l’essayiste, il faut rendre justice, autant qu’à l’abondance de ses notes informées…

Depuis son essai L’Ethique aujourd’hui[7], Ruwen Ogien est le propagandiste rigoureux d’une morale minimale associée à une tolérance maximale. Pourtant, sa permissivité totale en ce qui concerne les mœurs bute sur les questions économiques. Son « idéal égalitaire et libertaire » reste de gauche en prônant la « justice sociale ». Libertaire et égalitariste, est-ce possible ! Si l’Etat n’a pas à nous rendre meilleur, doit-il nous rendre économiquement égaux ? Il reste alors chez Ogien un préjugé moral selon lequel la richesse est contraire à la vertu, selon lequel l’inégalité est un vice rédhibitoire de la société auquel l’Etat doit remédier. A moins, comme il l’affiche en sa conclusion, qu’il se contente de contester « l’existence de justifications morales des inégalités économiques et sociales ».

La pauvreté peut venir de la pure malchance, héréditaire ou conjoncturelle, ou des conséquences de choix défectueux. Dans le premier cas, l’Etat doit seulement s’assurer que l’accès à l’aisance économique ne soit pas brimé par le manque d’éducation, par les freins normatifs et corporatistes à l’entreprise et par une fiscalité confiscatoire. Dans le second la responsabilité et le mérite doivent primer, la société n’ayant pas à payer pour les erreurs volontaires ou la paresse. Hélas, plaide Ogien, le conservateur n’a trop souvent à cœur que de vouloir restaurer les vertus morales perdues, au lieu de se préoccuper du développement économique général.

Cependant, comme il le défend également dans La Guerre aux pauvres commence à l’école[8],  vouloir fustiger « l’éternel retour de la morale à l’école », au prétexte que les inégalités sociales entraînent la violence est fort spécieux. Violence et délinquance sont à traiter quelques soient les classes sociales, sans oublier qu’elles contribuent au chômage et à l’inactivité entrepreneuriales, et non forcément l’inverse. Si le discours d’une « morale pour barbares » est trop souvent un fourre-tout conceptuel pompeux, il doit rester ancré dans la lutte contre les incivilités et les délits, et s’accompagner d’une réelle répression et dissuasion, au risque de rester lettre morte. Non sans oublier les bénéfices de l’éducation aux libertés démocratiques, y compris dans le fonctionnement de l’école, au détriment de la seule posture d’autorité répressive.

 

    

 

      L’égalité de richesse, si séduisante soit-elle, se heurte à plusieurs objections. Il faudra forcément, pour araser les revenus et les biens des riches une quantité de fonctionnaires, législatifs et fiscalistes, qui, outre leur ponction indue, leur vol[9], proliféreront comme une sangsue sur le corps social en en diminuant les richesses, de plus sans en produire aucune. Cette répartition forcée ayant le tort de déconsidérer et de punir le mérite, le droit d’initiative, le génie spontané, la saine émulation et l’innovation, toutes qualités humaines qui, si elles sont d’abord au service de l’individu qui les met en œuvre, rejaillissent sur la société entière, selon le principe de la Fable des abeilles de Mandeville, de « la main invisible » d’Adam Smith, du capitalisme libéral enfin. La meilleure démocratie étant le marché libre, la justice sociale vise à entraver le marché et le libre choix.

      Qui mieux qu’Hayek a répondu à Ogien, qui se garde en son essai de décrire comment il mettrait en place cette utopique justice ? Le concept de justice sociale n’est autre, selon notre Prix Nobel d’économie -en 1974- que celui de justice redistributive, donc, forcément injuste, si elle ne s’appuie pas sur le consentement des individus concernés par la ponction préalable. Ce qui suppose de plus un pouvoir étatique coercitif, dont on sait qu’il a rarement l’intelligence d’une économie à laquelle il ne sait guère contribuer, sinon par un commandement idéologique, démagogique, clientéliste et trop souvent corrompu. Il faudrait alors substituer à la main invisible du marché et de l’innovation, la main visible de l’Etat qui conforterait sa rente de pouvoir en venant au secours des injustices économiques en dépit de l’injustice fondamentale qui consisterait à rançonner et interdire les initiatives récompensées par la prospérité de leurs instigateurs et par voie de conséquence de la société entière. Un exemple à cet égard est révélateur : le Minitel de l’Etat français, ses concepteurs et employés, furent balayés par Internet qui valut d’insolentes fortunes à Bill Gates et à bien d’autres. La logique absurde de la justice sociale serait alors de ponctionner les géants d’Internet pour maintenir à flot un échec. Démarche qui conduisit l’Angleterre pré-Thatchérienne au désastre de l’Etat-providence que l’on sait… Il faut alors et sans conteste avec Hayek conclure que lorsque « les effets des processus d’une société libre […] sont injustes et que quelqu’un doit en porter le blâme », c’est « faire fausse route ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Hayek préférait à juste titre « les principes de juste conduite individuelle » du libéralisme classique à « la nouvelle société [qui] doit satisfaire les demandes de justice sociale ». Car, avertissait-il, « Aussi longtemps que la croyance à la justice sociale régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire ». Or, « le but de la loi devrait être d’améliorer également les chances de tous. [10] »

      Sachant où et comment gérer la justice sociale, l’Etat socialiste montre que ses édiles sont supérieurs aux autres, en contradiction avec son credo égalitaire affiché. Le mythe de l’Etat au service du bien collectif s’écroule. Si Ogien prône à juste raison un Etat qui serait « permissivité, égalité, parcimonie dans l’usage de la force », il ne nous dit pas comment l’égalité socio-économique pourrait advenir, sinon en castrant la permissivité des richesses et de l’activité entrepreneuriale, ce qui est le bras armé fiscal et législatif de la justice sociale. Sans compter que dans un tel exposé d’intelligence nombreuse, il étonne par un argument d’une rare bêtise, lorsqu’il prétend : « Même les pires criminels participent à la production des richesses en donnant du travail aux juges, aux avocats, aux députés, aux journalistes, aux policiers, aux psychiatres… ». Nous savons, au moins depuis « la vitre cassée[11] » de Bastiat, que ce travail serait mieux employé en créant des richesses qu’en réparant les conséquences des délits et des crimes.

      La seule justice sociale acceptable serait-elle celle qui allouerait un crédit minimal au handicapé, physique et mental, empêché de travailler pour subvenir à ses besoins, au-delà de la charité privée et associative ? Certes, les inégalités sociales n’ont pas de sens moral, certes le pauvre subit trop souvent la cruauté des aléas de l’économie. Mais est-ce en arasant les inégalités économiques que l’on rendra le plus de services au plus grand nombre ? Les démocraties libérales et leur capitalisme, s’il n’est pas monopolistique et de connivence avec l’état, sont celles où le niveau de vie de tous a le plus progressé au cours de l’histoire. Que le capitalisme et l’entreprenariat soient accessibles à tous, depuis le plus modeste niveau, c’est la seule veille que nous demandons à l’Etat, au lieu d’en être le fossoyeur à force de vouloir en être le régulateur. Seul bémol : l’Etat doit garder une responsabilité au service d’un monde meilleur : éduquer tout un chacun, grâce au chèque éducation et sa liberté de choisir son système éducatif, à moins qu’il soit contraire aux libertés.

 

      Y-a-t-il un progrès vers une utopie réaliste depuis Thomas More jusqu’à Ruwen Ogien ? En ce qui concerne les mœurs, certes. Mais le démon de l’égalité (nous ne parlons pas là de l’égalité devant le droit), autre nom de l’Envie et de la Tyrannie, se cache sympathiquement sous le masque de l’altruisme moral. Si ce dernier est consenti par l’individu, cela s’appelle charité, main tendue ; s’il est obligatoire et confiscatoire, va pour l’assistanat aux dépens de la créativité économique et de l’employabilité. L’Etat doit-il nous rendre meilleur ? En accord avec Ogien, la réponse est non puisqu’il n’a pas vocation à devenir un père fouetteur moral, mais n’en déplaise au même, en sa posture morale de gauche, il prouve trop qu’en voulant assurer la justice sociale, il nous rend plus mauvais. Là encore, le spectre de Marx hante le désir d’utopie, celui du ressentiment contre la propriété des biens, même la plus légitime. Si dans les eaux de l’île d’Utopie, tournent les requins marxistes, de Lénine à Staline, de Mao à Castro et Chavez, et à peine plus modestement de nos Présidents français, le risque reste qu’ils croisent au cœur de l’Etat selon Ogien pour l’enferrer. Son état nous rendra-t-il meilleur ? Qu’il se garde non seulement de veiller à notre sphère morale, mais aussi à notre espace économique, faute de quoi son utopie devient invariablement anti-utopie[12].

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Thomas More : L’Utopie, Nouvel Office d’Edition, 1965, p 38.

[2] Ibidem, p 35.

[3] Seuil, 1979.

[4] Thomas More, Ibidem, p 70.

[5] Ibidem, p 182 et 183.

[6] Voir Ruwen Ogien : Penser la pornographie, PUF, 2003.

[7] Gallimard, 2007.

[8] Grasset, 2013.

[10] Friedrich A. Hayek : « Le Mirage de la justice sociale », Droit, législation et liberté, t II, PUF, 1981, p 79, 82, 84, 156.

[11] Frédéric Bastiat : « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas », Œuvres, t V, p 336-392, 1865.

[12] Voir : Du Meilleur des mondes aux Temps futurs : anti-utopies scientifiques et superstitieuse

 

Thomas More : Utopie, NOE, 1965, Mame, 1978.

Photo : T. Guinhut.

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 20:22

 

Museo del vetro, Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

« Qu’est-ce que l’obscurantisme ? »

Emmanuel Kant

au regard du socialisme de gauche et de droite.

 

 

 

 

L’obscurantisme se définit comme la sortie de l’homme hors des Lumières, hors de l’état de majorité, d’où il sort par sa propre faute. La majorité est la capacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre, quand la minorité est un état où l’on entre par sa propre faute, et résulte d’un manque de courage pour s’en sortir sans être dirigé par l’Etat et le Socialisme. Non sapere aude ! Aie le courage de te servir de ta servilité ! Voilà la devise de l’obscurantisme. On aura reconnu ici la triste parodie de « Qu’est-ce que les Lumières ?[1] » d’Emmanuel Kant. Texte aujourd’hui oublié, bâché, condamné par la doxa, la loi et les mœurs d’un socialisme de trois décennies, autant de droite que de gauche, tant cette dernière a aspiré dans sa gueule idéologique la première, sommée de lui faire allégeance, quoiqu’elle eût une circonstance atténuante : son colbertisme natif. Qui donc, pour sortir de l’obscurantisme du Socialisme de gauche et de droite, osera se servir de son propre entendement ?

 

L’obscurantisme constructiviste socialiste est dans l’incapacité de voir la cavalerie de la dette de l’Etat et des collectivités locales, qui d’ailleurs est proportionnelle à la pléthore d’emplois d’une utilité douteuse. Les privilèges des élus et des hauts-fonctionnaires, du public contre le privé, des syndicats contre les patrons, attendent une nouvelle Nuit du 4 août où en déclarer l’abolition. Hélas, seule la nuit de l’obscurantisme aveugle notre entendement, tant le conservatisme du privilège est confortable à des cohortes d’affidés du socialisme indéboulonnable, quelque soit le piètre courage des gouvernements successifs.

L’obscurantisme est niché dans une politique économique soviétisée, qui chasse et pressure les riches, dans la tradition marxiste-léniniste, ligote les velléités d’entreprendre par les punitifs barbelés des taxes et des impôts sur les bénéfices, des plus victorieux aux plus modestes, sans compter un code du travail qui a triplé son poids en trente ans. Le « nul n’est censé ignorer la loi » devient au mieux une comique antiphrase, et doit se lire ainsi : « nul n’est censé ignorer la tyrannie ». A moins de se livrer au travail au noir qui devient un devoir moral de survie, une économique souterraine seule salvatrice, si l’on ne fait pas partie des entreprises à grand succès parmi le marché, ou du capitalisme de connivence avec la pieuvre de l’Etat.

Pourtant des chiffres effarants devraient alarmer l’entendement du Socialisme : en 2013, les investissements étrangers ont décrus de 77%, quand dans l’Union européenne, ils ont crus de 37,7 %. Laissez-nous gagner de l’argent, que nous soyons grands investisseurs ou minuscules entrepreneurs, promoteurs immobiliers ou exploitants de gaz de schiste : nous ferons mieux la prospérité du pays que l’éteignoir du Socialisme !

Aldous Huxley, dans son Meilleur des mondes, avait prévenu : « Mais la vérité est une menace, la science est un danger public[2] » C’est ainsi que la vérité économique menace le Socialisme, que la science est un danger public pour le dogme écologiste et passéiste, qu’il s’agisse du gaz de schiste, du principe de précaution, des OGM, ou des nouvelles technologies qui menacent de « destruction créatrice » les vieilles industries qui ne veulent pas se réformer, rêvant en luddistes de détruire les nouvelles machines qui menacent leur passéisme et leurs positions acquises. La chose est autrement dite par Aldous Huxley : « C’est ce genre d’idées qui pourrait facilement déconditionner les esprits[3] ».

Il ne devrait pas manquer d’experts, d’intellectuels, de philosophes politiques, d’économistes, pour dévoiler depuis leur propre entendement ces évidences. Trop rares ils sont, tant la presse est subventionnée, en même temps que saignée de ses bénéfices par les charges sociales, tant les journalistes ont la critique édulcorée, tant ces derniers boivent à la mamelle la doxa marxiste et keynésienne de l’antilibéralisme.

Pourtant chacun, au moyen de son propre entendement, voit de ses propres yeux l’étranglement fiscal des ménages et des entreprises. Ce qui vide de tout sens le droit de propriété inscrit au fronton de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Spoliation d’autant plus indue que l’Etat, au mépris de la connaissance de la courbe de Laffer, récolte moins en taxant plus, que l’Etat rend de plus en plus à ses citoyens le corollaire de l’impôt d’une manière indigente. Ce sont des services publics à la dérive : Education nationale, qui n’est plus une Instruction publique, vomissant des charretées de sans diplômes et d’illettrés, de délinquants et de contestataires djihadisés.

 

Le tropisme autoritaire est alors autant moral qu’économique. La répression des libertés individuelles passe par des lois qui veulent faire l’Histoire jusqu’à interdire la négation des faits, sans penser à ranger sous le même boisseau le négationnisme des camps nazis, des goulags et logaïs communistes. Mais aussi des jurisprudences qui s’appuient sur le concept fumeux de la dignité de l’homme au détriment de la responsabilité. L’Etat doit dire ce sur quoi et comment nous devons rire, quand notre propre entendement est sommé de ne plus savoir penser ni rire.

La vérité politique a sa Pravda, le droit-de-l’hommisme a son officiel credo que dément la non reconnaissance de la christianophobie, devant la seule reconnaissance de l’antisémitisme et de l’islamophobie, aux dépens de la liberté d’expression, de la liberté féminine. Car les archipels de charia s’étendent comme moisissure sur nos barres d’HLM et nos banlieues pavillonnaires. Tant que l’immigration ne sera pas plus libre pour ceux qui désirent contribuer aux libertés par leur travail et fermée pour ceux qui colportent le djihad moral et physique, tant que le Socialisme ne cessera pas d’abreuver d’aides financières les sans-papiers et les défavorisés -auxquels d’ailleurs il ferme l’accès à l’emploi et à la création d’entreprise de peur qu’ils s’enrichissent- afin de récolter à la pelle leurs bulletins de vote, l’obscurantisme socialiste et islamique contribuera à faire de nous des dhimmis.

Et quoique le Socialisme ne puisse pacifier ses banlieues et ses quartiers gangrénés d’une délinquance exponentielle, il fanfaronne en intervenant militairement en Lybie, au Mali, en Centrafrique, en un relent inavoué de colonialisme, faisant fi de la vie de nos soldats, imaginant d’intervenir en Syrie pour contribuer à l’expansionnisme islamiste qu’il ne combat en France qu’à la dernière extrémité terroriste.

De plus, au mépris de l’entendement universel, le Socialisme dépasse les frontières, quoiqu’il soit arrêté aux portes de gouvernements aux intellects économiques moins antilibéraux, comme le Royaume Uni, les pays germaniques et scandinaves, sans compter les heureux Suisses et Luxembourgeois, ou ces Néozélandais qui ont jeté à bas l’Etat-providence qui les étouffait.  En effet, un Obama imagine d’augmenter le salaire minimum des fonctionnaires et des salariés des entreprises en contrats avec l’Etat fédéral de rien moins que 40% ! Quelle générosité… Outre qu’il dissuadera ces dernières entreprises d’embaucher, ne manquant pas ainsi de contribuer à la pauvreté, il sait habilement graisser la patte de sa pléthorique clientèle aux bruissants bulletins de vote démocrates…

 

 

Se servent-ils de leur entendement kantien ceux qui abandonnent leur jugement aux vaches sacrées des préjugés socialistes et colbertistes ? « Sapere aude ! » Ose savoir la vérité… « Moins d’état ! » devrait-on leur répondre, quand soixante mille dispositifs d’aides économiques sucent l’investissement, l’autonomie, l’innovation des entreprises, au profit des impôts et taxes qu’ils leur prennent pour que subsistent et croissent les servants de la fiscocratie. « Laissez-nous faire », répondirent les marchands et artisans au ministre Colbert qui prétendait les aider…

 

La Boétie connaissait dès 1547 La Servitude volontaire, examinant « s’il est possible, et comment il se peut faire, que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de nations, endurent un tyran seul qui n’a puissance que celle qu’on lui donne ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon de tant qu’ils ont vouloir de l’endurer ». Quoique pire soit le tyran Socialisme puisqu’il a ses ministres, ses élus, ses hérauts et ses profiteurs, et que son verbe soit dans la plupart des têtes, y compris de ceux qui l’endurent. Car ses assistés, ses récipiendaires d’allocations chômage, de subventions et d’aides diverses croissent par milliers. « Ainsi le tyran asservit les sujets, les uns par le moyens des autres ». Pourtant, ceux qui vivent grassement ou maigrement du Socialisme qui a cru bon de rançonner les producteurs de richesse, du plus humble au plus fortuné, devraient relever la tête : « Quelle condition est plus misérable, que de vivre ainsi, qu’on ait rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie ? [4] ». Il faut maintenant compter avec l’obscurantisme volontaire…

 

 

Et pour sublime divertissement officiel, le Ministère de la Culture, non content de nous offrir les services d’un Centre National des Variétés en coinçant ses mains prédatrices dans nos poches et dans nos oreilles, nous amuse avec les parties de scooter en l’air d’un Président qui confond les casques et les préservatifs, répudie une concubine qu’il avait placé au sommet de l’Etat avec l’argent généreusement ratissé dans la poche du contribuable à merci. Sans que son Ministère des Droits de la Femme s’émeuve de ce modèle d’indignité de la nature humaine, qui d’ailleurs ne s’émeut de l’égalité des sexes que là où la burqa de la charia de s’abat pas encore. Moralité : peuples et bobos, amusez-vous avec vos zizis, mariez-vous et divorcez pour tous, sauf pour les malheureuses de l’Islam, y compris en affirmant qu’on ne nait pas sexué, qu’on le devient, mais ne vous amusez pas à penser avec vos cerveaux. Là encore, Aldous Huxley avait prévenu : « A mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s’accroître en compensation. […] Conjointement avec la liberté de se livrer aux songes en plein jour sous l’influence des drogues, du cinéma et de la radio, elle contribuera à réconcilier ses sujets avec la servitude qui sera leur sort[5] ».

 

« Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel, qui exploite les économiquement faibles, avec ses salaires injustes, qui évalue un être humain selon sa richesse et ses biens et non selon la responsabilité et la performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix ». Devine, cher lecteur kantien, qui a dit cela ? Rien de moins qu’Adolf Hitler[6]. Entre le National-Socialisme d’une Marine Le Pen et le Socialisme International du Front de Gauche (deux fronts bien lourds), il n’y a que l’épaisseur d’une page du Manifeste communiste de Marx et d’une autre de Mein Kampf contrecollées. Ils ont en effet le même ennemi obsessionnel : le libéralisme, nos libertés individuelles, économiques et des mœurs, aveuglées par leur goût de la tyrannie et leur obscurantisme.

 

Le gouvernement est un club de lions repus, aux canines sans cesse menaçantes, l’Etat fiscal est une pieuvre aux tentacules visqueux et infinis, les collectivités locales des poulpes aux bouches avides, l’Education nationale un mammouth aux graisses syndiquées, le fonctionnariat une fourmilière aux capacités de reproduction inouïes, les collectivités locales des sangsues munies de pompes à subventions, la police des manifestations une meute de loups noirs, les humoristes des hyènes à collier, les prisons sont des nids de vipères qui sifflent face aux têtes des gardiens, les banlieues des ratières de délinquance et de prosélytisme coranique… Lecteur ne te sers pas de ton propre entendement ! Ne lis plus ni La Fontaine, ni Kant. Ecoute, enregistre, apprends, régurgite le muezzin officiel du Socialisme autocratique : « L’Etat veille sur ses citoyens pour leur bien, l’Education nationale est le paradis de l’égalité des chances et des sexes, la police et les juges sont les garants du pacte républicain, la presse est libre de critiquer la droite et le libéralisme, le multiculturalisme est une chance pour la France. Les requins de la Finance mondiale sont seuls responsables de la crise… »

 

Il est si commode d’être mineur et d’abdiquer son entendement. Si, cher lecteur, tu as un Socialisme de gauche ou de droite qui te tient lieu d’entendement, un gouvernement qui te tient lieu de conscience, un médecin qui juge de ton régime à ta place, etc., tu n’as pas besoin de te fatiguer toi-même. Répugne à penser librement les lignes qui précèdent, pourvu que tu puisses payer (ce qui ne saurait durer longtemps), d’autres se chargeront pour toi, et moins librement, de cette besogne fastidieuse[7] ! Les cendres des Lumières d’Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1]  Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, Pléiade, t II, p 209.

[2]  Aldous Huxley : Le Meilleur des mondes, Le Livre club du libraire, 1961, p 270.

[3]  Aldous Huxley, Ibidem p 213.

[4]  La Boétie : La Servitude volontaire, Montaigne : Essais, t IV, Charpentier, 1862, p 397, 434 et 436.

[5]  Aldous Huxley : Préface au Meilleur des mondes, Ibidem, p 19. 

[6]  Discours du 1er mai 1927.

[7]  Emmanuel Kant, ibidem (ou presque).

 

Photo : T. Guinhut.

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 19:06

 

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Peut-on rire de tout ?

 

 

D'Aristote à San-Antonio...

 

 

      C’est avec les romans de San Antonio, ces saines et saintes parodies du genre policier, qu’il fait bon de rire de tout : des polices du KGB soviétique, des statues de Lénine, du drapeau français et franchouillard, des langues trop pendues menacées par le sabre et le turban… Certes, il n’est pas allé, comme un humoriste dont la vulgarité a bavé sa trainée putride, jusqu’à rire des camps de concentration, de ses Juifs étiques et finalement gazés. Une limite qu’il faut ou ne faut pas franchir ? Peut-on rire de tout ? Du bonheur de rire et du malheur de pleurer, d’Aristote et de Dieu, du rire cathartique et mimétique, d’Hannah Arendt à Jérusalem et des tartes à la crème chaplinesques, des pets  de Bérurier et des pyjamas d’Auschwitz, du rire tolérable ou punissable, de Baudelaire et des contrepets, de la censure et de la liberté d’expression…

 

      Dieu ne rit pas. En effet, remarque Baudelaire, « le Sage par excellence, le Verbe Incarné, n’a jamais ri[1] ». Allah rit encore moins, quand le Talmud peut savoir rire ; Bouddha, lui, porte plus sereinement le sourire, sans compter l’humour plus franc quand le koan zen sait rire et faire rire. Les fidèles, et pire les fanatiques, de Dieu n’aiment guère, voire n’imaginent guère que Dieu puisse rire. Alors que ces religions se rient de nous en nous liant dans des commandements parfois judicieux, souvent liberticides, en particulier dans le cas de l’Islam. Le Dieu sévère des intégristes médiévaux ne supporte pas la rigolade, il lance des « anathèmes contre le rire », au point que son thuriféraire, Jorge, le bibliothécaire, dans Le Nom de la rose, d’Umberto Eco, cache, empoisonne et brûle le deuxième livre de la Poétique d’Aristote, sur la comédie et le rire, aujourd’hui perdu, s’il a jamais existé. La « force positive » et « cognitive » du rire selon ce dernier, « atteint l’effet de ridicule en montrant, chez les hommes communs, les défauts et les vices ». Pourtant, Jorge voit dans le rire « une pollution diurne qui décharge les humeurs » ; il « libère le vilain de la peur du diable ». « Quand il rit, tandis que le vin gargouille dans sa gorge, le vilain se sent le maître, car il a renversé les rapports de domination ». Paraphrasant par avance tous nos censeurs des amuseurs et populistes de bas étage, il commande : « Si le rire est le plaisir de la plèbe, que la licence de la plèbe soit tenue en bride et humiliée, et sévèrement menacée[2] ». Ainsi Jorge condamne-t-il l’existence du rire, d’essence satanique, car rire de tout serait rire de Dieu….

 

      Si selon Aristote,  « l’homme est un animal politique », il est le seul animal qui sache rire, car, disait Rabelais, « le rire est le propre de l’homme ». Bergson ajoutant qu’il « n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain[3] », le rire est une liberté naturelle et politique inaliénable. Car rire, même si cela fait mal aux sérieux et tristes sires qui se drapent dans la vérité inattaquable de leur religion, de leur idéologie politique ou morale, qui se cramponnent au fauteuil de leur pouvoir tyrannique, reste une saine liberté, y compris lors de l’épisode controversé des caricatures de Mahomet par un magazine danois ou Charlie Hebdo...  

      Rire relâche la tension, dédramatise, annihile la violence, rassemble les individus ; Dans ce cas, il ressortit de la catharsis, cette purgation des passions, dont Aristote lance l’idée : « un récit qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation propre à de pareilles émotions[4] ». De même dans le supposé livre sur le rire d’Aristote, réécrit par Umberto Eco : « justifiant la comédie comme miraculeuse médecine, et la satire et le mime, qui produiraient la purification des passions à travers la représentation du défaut, du vice de la faiblesse[5] ». Comme lorsque Molière fait rire du Tartuffe, pour purifier le public de l’hubris tyrannique des hypocrites religieux. A l’instar de la tragédie, dans le rire de la comédie et de l’humoriste, la catharsis permettrait de laver les passions mauvaises, dans un but hautement moral de régénération intellectuelle et éthique. Ce que développe Aristote dans sa Politique : « en émouvant ces passions, elle leur ôte ce qu’elles ont d’excessif et de vicieux, et les ramène à un état modéré et conforme à la raison […] Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement, dès lors, que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allègement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive.[6] » Au contraire de Platon, Aristote ne souhaitait pas, ne serait-ce que pour cette raison même, bannir les poètes des Etats bien policés.

 

 

      En dépit d’Aristote et contre Racine, Corneille, en 1650, reste dubitatif quant à la catharsis : « j’ai bien peur que raisonnement d’Aristote sur ce point ne soit qu’une belle idée qui n’ait jamais son effet dans la réalité[7] ». La catharsis n’aurait qu’une dimension esthétique, ludique, qu’il s’agisse de la tragédie et de la comédie, du pleur ou du rire, comme Nietzsche qui a « éprouvé au spectacle de la tragédie musicale, à quel point en effet le comble du pathétique peut n’être qu’un jeu esthétique.[8] » Comme lorsque jouer à des jeux vidéo guerriers, ou rire des pires horreurs, loin d’en apaiser la pulsion de guerre ou d’en exiger la reproduction dans le réel, ne procurent qu’une satisfaction esthétique, de l’ordre du bien dit et du bien vu spectaculaires, ou, plus platement, musculaire et destressante.

      Pourtant, les rieurs (car « c’est spécialement dans le rieur, dans le spectateur, que gît le comique[9] »)  qui s’esclaffent à l’occasion d’une blague vaseuse à propos d’un Juif, qui aurait dû ne pas échapper aux chambres à gaz, ne sortent pas du théâtre pour se livrer à une nouvelle nuit de cristal et saccager les boutiques juives. Seuls quelques-uns sont et deviennent des harceleurs et des assassins de Juifs, Mohamed Merah peut-être à venir. Reste que le risque que ces rires soient le terreau d’un jihadisme, d’un terrorisme en gestation est négligeable sauf s’il s’accompagne d’un prosélytisme islamique. Que la police s’occupe de ceux qui préparent des attentats et non des rires et des rieurs.  Si tout le monde n’est pas touché par la catharsis, il n’en est pas pour autant touché par le mimétique, comme lorsque des collégiens ou des soldats s’encouragent les uns les autres en riant à frapper un camarade, un ennemi, à terre… Le plus souvent, une pulsion mauvaise est déchargée de son électricité par le rire, si irrespectueux soit-il. Pour que le rire du spectacle soit suivi d’un acte délictueux ou criminel, il faudrait bien autre chose : un contexte politique, tel que l’encouragement au crime soit institutionnalisé par un groupe constitué, un parti, une mafia, une horde délinquante, un gouvernement…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     « L’ironie a quelque chose de plus relevé que la bouffonnerie[10] », disait Aristote. Ainsi ne fait pas rire qui veut. Le vulgaire rie grossièrement, le raffiné rie spirituellement. Mais un poil de rire vulgaire ne nuit pas sous les bras du raffiné. Cependant même la blague, la saillie, l’éructation les plus basses ont droit à la liberté, dût-on se boucher le nom à leurs flatulences, pets et vesses de cet humour sale que n’a pas dédaigné San Antonio. Humour cependant plus capiteux aux narines que celui qui va racler les plus abjects préjugés racistes et antisémites pour faire se gondoler un public moutonnier.

      Le rire, de si mauvais goût qu’il soit, qu’il insulte à des faits historiques avérés, à des principes humanistes ou aux consciences les plus sacrées, peut être un vice, mais pas un crime. Reste alors à s’interroger sur la constitutionnalité du rire, en relisant le premier alinéa du préambule de la Constitution de 1946 : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. » En ce sens ce texte n’est pas absolument clair. Faut-il considérer que le rire peut-être attentatoire à la dignité de la personne humaine, et donc pénalement répréhensible, ou qu’il est, intrinsèquement consubstantiel aux droits et aux libertés humaines ?

      A cet égard le premier amendement de la Constitution américaine de 1791 est beaucoup plus clair : il interdit au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à s’assembler pacifiquement. Il ne serait pas indécent de s’en inspirer, même si l’obscénité a pu en être exceptée, ce qui joua des tours à Nabokov et sa Lolita. Certes, rire et faire rire en diffamant, en appelant à la violence et au meurtre, comme lorsque des rappeurs furent condamnées pour avoir fait l’apologie de « tueurs de flics », doit rester passible des tribunaux.

 

      Hélas, voir rire ou voir que l’on rit de soi peut provoquer le ressentiment, aggraver les déchirures, les chiismes. Ce pourquoi Etat, ministre, censeur, voire philosophe, préfèrent souvent, et préventivement, donc abusément (car on ne peut punir le supposé trouble à l’ordre public -trop vague concept- qui n’a pas encore eu lieu) user de l’épuration douloureuse qui consiste à interdire le rieur et ainsi purifier la société : « Parmi les moyens de réaliser ces purifications, il y en a de plus doux et de plus sévères. Les plus sévères qui sont aussi les meilleurs, c’est un législateur qui serait en même temps un tyran qui pourrait les appliquer[11] ». Ainsi Platon, qui n’est pas réputé pour son libéralisme, sépare ce qui est sain et malsain, et punit ce dernier. Probablement y inclut-il le rire des poètes, un rire qui a le tort de déchirer les citoyens, d’abattre l’Etat…

 

 

      « Castigat ridendo mores[12] » : la satire corrige les mœurs en riant, donc en se moquant du vice. Mais que se passe-t-il si l’on rit des vertus ? Un principe moral doit-il chapeauter et régler le rire ? Il est bien difficile de ne rire qu’au nom de la vertu et contre le vice. Si rire contre les vertueux Juifs et pour les vicieuses chambres à gaz est moralement condamnable, il ne faudra pas confondre la condamnation morale avec celle pénale, qui aurait le sordide inconvénient d’engorger les tribunaux et les prisons aux dépens des véritables actes criminels. Et qui aurait l’inconvénient de nous emporter sur la piste savonneuse de l’omniscience : la Loi saurait en tout et pour tout de quoi il faut rire ou non ! Laissez-moi rire avant que s’abatte le poing de la tyrannie…

      Rire de tout, oui. Mais surtout penser tout. Et pas seulement les diversions du rire. Car il faut bien du sérieux pour penser et conduire une politique des libertés économiques et des mœurs. Sinon, dans la continuité du « panem et circenses » des Romains, nous aurions le rire du cirque, du moins celui permis, et les rationnements de l’économie…

      Le rire appartient à tous, mais surtout au pauvre, au démuni, à l’opprimé, au frondeur et au libéré. Rire du puissant, du riche, de l’oppresseur, soit. Mais rire du faible, du démuni, de l’opprimé ? Rire de la main armée du pouvoir criminel ou rire de la victime ?

      Rire de tout, oui pour être libre de tout. Mais il faut bien admettre qu’il est plus facile de rire d’un dieu car toujours fictif, que de la réalité des morts les plus abjectes infligées par l’homme. Que l’humour soit possible à l’égard des génocides d’Auschwitz, d’Arménie, du Soudan ou du goulag communiste, soit. Mais il faudra une finesse et un talent hors du commun pour parvenir à faire rire sur ses sujets graves, tragiques, voire sacrés qui incarnent l’innocence bafouée, et faire rire mieux qu’un vulgaire et bête amuseur. Si la Mort rit, celui qui est opprimé par elle devra faire preuve d’une vitalité fabuleuse pour rire d’elle. Quant à ses victimes, rire d’elles serait faire d’un manque de charité, d’un cynisme épuisants. Et surtout d’un mauvais goût flagrant. Mais interdire un territoire, une époque, un sujet au rire, du plus léger au plus lourd, c’est risquer de devoir les interdire tous, pour ne pas devoir blesser mille susceptibilités. Reste à se cuirasser contre le rire d’autrui, à s’en alléger, et surtout à donner sujet de rire pour le bon rire et non le méchant. « Car le risible est un défaut et une laideur sans douleur ni dommage.[13] » Et compter plus sur l’éducation à la courtoisie pour éviter de blesser par le violent rire celui qui ne le mérite pas, moins que sur le diktat de l’Etat. Car ce dernier aura tendance à se parer des vertus les plus belles pour masquer sa censure la plus laide : « Quand on croit avoir trouvé le principe unique de vertu politique, on le pousse aveuglement à l’excès ; mais l’erreur est grossière[14] ». Ne dirait-on pas qu’Aristote pensait à la vertu politique de la loi Gayssot qui interdit la négation de la shoah, et qui pourtant engendre peu à peu des monstres, ceux de l’interdiction du rire antisémite, du rire islamophobe, du rire homophobe, du rire obésophobhe, du rire socialophobe, ad infinitum…

      Aristote proposait une bonne stratégie du rire : « on doit détruire le sérieux de ses adversaires par la plaisanterie et leur plaisanterie par le sérieux[15] ». Car, trop souvent certes, le rire est bête. S’il parait antisémite, homophobe, raciste, se moquant des obèses, des anorexiques, des cancéreux, des sidéens, il s’appuie moins souvent sur une idéologie constituée, avec ses codes, ses militants et ses armées, que sur la bêtise, sur le manque d’empathie et d’éducation. Trop souvent, pas un instant le rieur ne comprend qu’il blesse -à moins d’aimer blesser- qu’il rit sans s’appuyer sur la moindre nécessité ni justification rationnelles de moquer l’autre et sa différence. En revanche, savoir que les sujets qui fâchent, plutôt que de les taire, au risque de cacher leur venin qui agit pourtant sournoisement, méritent le rire, est sain, cathartique et libérateur. Il est alors méritant d’exposer à la légèreté les sujets lourds, d’ouvrir les portes de la remise en question et de la connaissance par le rire.

      Reste à savoir si le rire est la cause ou la conséquence de l’antisémitisme. Si l’on rit par mimétisme, car un bon rieur en fait rire dix, ou si l’on rit parce qu’enfin l’on peut se délivrer d’une vache sacrée de la pensée et de la dignité humaine : rire des Juifs, après la shoah, serait se laver de cette chape de plomb idéologique, de cette peur de l’holocauste suspendue au-dessus de toutes les têtes, y compris non-juives, de cette peur de la culpabilité qui s’y rattache. L’antisémitisme, venu d’une tradition séculaire, de Judas en passant par la diaspora et la fondation d’Israël, de l’extrême-droite maurrassienne, célinienne et pétainiste, de la gauche anticapitaliste et antisionisme, et notamment aujourd’hui de l’apport musulman, jaloux de territoires perdus et cependant justement occupés, jaloux de succès économiques, scientifiques et libéraux insupportables, accumule un capital de haine qui peut être réinvesti dans la cruauté du rire. C’est alors que le rire est un substitut au génocide, à moins qu’il en soit la prémisse, la jubilation qui l’accompagne… A ce rire d’un goût infâme, seuls les bienfaits de la civilisation libérale peuvent répondre. Une civilisation libérale qui doit impérativement conserver et renforcer ses vertus mises à mal par le surétatisme et les tyrannies de ses majorités et minorités qui ne supportent ni le rire ni les libertés.

      En ce sens, en 1899, Bergson, qui voyait dans le rire un geste social, était plus optimiste : « Il nous a paru que la société, à mesure qu’elle se perfectionnait, obtenait de ses membres une souplesse d’adaptation de plus en plus grande, qu’elle tendait à s’équilibrer de mieux en mieux au fond, qu’elle chassait de plus en plus à sa surface les perturbations inséparables d’une si grande masse, et que le rire accomplissait une fonction utile en soulignant la forme de ces ondulations[16] ». Que le sens de l’histoire l’entende aujourd’hui !

      A moins qu’il faille répondre par un taoïste avisé, Tchouang-tseu, qui conseillait de « laisser le monde à lui-même et être tolérant à son égard et non le gouverner. […] L’esprit de l’homme est ainsi fait que toute pression l’opprime et que toute incitation l’exalte[17]. » A l’égard du rire, mieux vaut l’ignorer s’il rit de la vertu, mieux vaut en rire en toute sapience s’il rit du vice, de peur de l’opprimer et de l’inciter à l’explosion sociale…

 

 

       On n’est pas sûr que San-Antonio, son Berurier, ses couvertures dessinées par Boucq soient du meilleur goût. Qu’importe, c’est aussi le mauvais goût qui permet de faire rire aux dépens de ceux qui ont le bon goût statufié, aux dépens de la police de la pensée, y compris littéraire. Bérurier « libère du genre policier par le rire[18] », analyse Dominique Jeannerod. « C’est leurs malédictions chez les Berurier, la dégueulasserie intégrale : scatologiques, hirsutes, dégueulatoires, mal embouchés[19] ». Malédiction qui est la bénédiction des lecteurs. La revanche du rire populaire et de ce personnage rabelaisien, gras comme un porc, doté d’une sexualité hyperbolique, survient lorsqu’il est nommé ministre de l’Intérieur[20], lorsque le rire éclate jusqu’au sommet de l’Etat. Enfin culmine la satire des vices, des maladresses, des grossièretés, des corruptions et des cul-serrés par le sérieux…

      Ainsi, lorsque San-Antonio écrit en 1981, il met en scène Achille, directeur de la Police, « ce vieux réac, cet admirateur inconditionnel (croyais-je) du précédent locataire de l’Elysée », pour, devant « le portrait officiel de M. Mitterrand », l’entendre s’extasier : « Là, oui, ça vous regarde au fond de la France ! J’en ai des picotements à l’anus[21]. » Ou comment retourner sa veste en style sanantonien qui met le rire au service du scepticisme politique…

      Le capital de satire et de rire chez San-Antonio atteint son summum lorsque dans Votez Bérurier, ce dernier, dans le cadre d’une enquête sur les meurtres de candidats aux législatives, se présente à la députation. Il fonde le « Parti Amélioré Français », ou « P.A.F. » (on appréciera le calembour sexuel) et propose à l’adresse des « Bellecombais et Bellecombaises », un discours argumenté en cinq points, parmi lesquels il promet à « la classe paysanne », de lui « distribuer le blé et la pomme de terre gratuitement[22] ». Cet irrésistible morceau d’anthologie et de démagogie mériterait d’être médité par tous nos politiques, élus et électeurs. Rire avec Bérurier, et avec San-Antonio son auteur, vaut parfois bien plus qu’une page de la Politique d’Aristote.

 

 

     On se doute que Berurier, assis sur le fauteuil des institutions suprêmes et républicaines, pète à l’envi. Car, note Sloterdijk, « Du point de vue sémiotique, nous comptons le pet dans le groupe des signaux […] Le pet, comme signal, montre que le bas-ventre est en pleine action et cela peut avoir des conséquences fatales dans des situations où toute allusion aux sphères de ce genre est absolument indésirée. » Et de noter une anecdote venue de La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, et rapportée par Ernst Jünger, dans laquelle un soldat romain soulève son manteau et pète au-dessus d’une fête des pains juive, ce qui « fut l’occasion d’un conflit qui coûta la vie à dix mille hommes, si bien qu’on peut parler du pet le plus funeste de l’histoire universelle[23]. » Ici, le pet, rire anal, est antisémite. Ainsi nous comptons le rire dans le groupe des signaux autant d’amitié que d’irrévérence, de déclaration de guerre, du moins par ceux qui n’ont pas voulu rire du pet, se sentant blessés. Tous les pets et tous les rires ont-ils le pouvoir de dérider, ou de provoquer les spectres les plus respectables de la police de la pensée ? San-Antonio aujourd’hui oserait-il rire des imams qui voilent autant les femmes que le rire ?

 

      Car la police de la pensée n’est pas seulement étatique, mais aussi médiatique, religieuse, communautaire, ethnique, y compris sous couvert de non-discrimination, de respect, hélas à sens unique. Au risque de se conformer malgré soi à l’implicite interdit du rire, à l’autocensure. Oui, le rire est bien un animal politique et libéral menacé.

      A moins que rire ne se fasse qu’aux dépens d’autrui, pour le dénigrer, pour le décourager, le détruire, y compris pour jeter à bas les qualités morales, les talents, par envie travestie en mépris, comme dans l’anecdote de Flavius Josèphe. Si le rire blâme, par esprit prétendument supérieur de raillerie, si le rire sait faire de la discrimination indue, que reste-t-il de la noblesse de l’admiration, de l’éloge des choses, des êtres et des causes justes et belles ?

      Faut-il respecter également tous les rires ? Laisser le rire sardonique des FEMEN, d’ailleurs improprement subventionnées par la Mairie de Paris, se moquer des églises et du christianisme, et également commettre leurs intrusions blasphématoires dans une mosquée ? Il y a des lieux sacrés, réservés et privés où la courtoisie et le respect d’autrui, y compris si l’on ne partage pas ses convictions, même antilibérales, où le rire se fera au moins discret. Mais on rira dans la bibliothèque de l’auteur de ces modestes lignes, car s’il ne sait rien, sa bibliothèque sait incomplètement pour lui…

 

      Fermer le robinet du rire, c’est risquer que le bouchon éclate sous la colère, les rancœurs et les violences. Rire du Juif, du noir, du capitaliste, du flic, de la victime et du tortionnaire, bien qu’ils ne soient pas à ranger sur les mêmes étagères de la pensée, peut être sain, malsain, au choix. Mieux vaut ne pas s’abaisser à racler le caniveau du rire, si l’on ne veut pas craindre d’en être éclaboussé… Lorsque le rire est encagé, cloîtré, muselé par le délit d’opinion, l’interdiction est contreproductive, risquant d’enfler la sourde violence du rire frustré, sans compter qu’il est déjà trop tard pour pleurer sur notre liberté d’expression mutilée par la gueule aux dents fermées sur sa proie de la censure. A propos, lirez-vous ce contrepet : « Outré, j’ai noté leurs abus[24] » ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Charles Baudelaire : « De l’essence du rire », Œuvres, Pléiade II, p 527.

[2] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982, p 477-479-481.

[3] Henri Bergson : Le Rire, France Loisirs, 1990, p 24.

[4] Aristote : Poétique, VI, Les Belles Lettres, 1932, p 37

[5] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982, p 480.

[6] Aristote : Politique, VIII, 7, 1341 b, Vrin, 1995, p 583-584.

[7] Corneille : Discours de la tragédie, théâtre T I, Le Club français du Livre, 1964, p 40.

[8] Friedrich Nietzsche : La Naissance de la tragédie, Œuvres I, Pléiade, 2000, p 122.

[9] Charles Baudelaire : « De l’essence du rire », Œuvres, Pléiade II, p 543.

[10] Aristote : Rhétorique, III, XVIII, Le Grand Livre du Mois, 1995, p 263.

[11] Platon : Les Lois, V, 735 d, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 792.

[12] Jean de Santeuil, d’après Horace : « Ridendo dicere verum », Dire la vérité en riant, Satires I, 1, 24.

[13] Aristote : Poétique, 5, Les Belles Lettres, 1965, p 35.

[14] Aristote : Politique, Librairie philosophique de Lagrange, 1874, p 440.

[15] Aristote : Rhétorique, III, XVIII, Le Grand Livre du Mois, 1995, p 263.

[16] Henri Bergson : Le Rire, France Loisirs, 1990, p 131.

[17] Le Taoïsme, le Grand Livre du mois, 1994, p 192-193.

[18] Dominique Jannerod : San-Antonio et son double, PUF, 2010, p 128.

[19] San-Antonio : Sauce tomate sur canapé, Fleuve Noir, 1994, p 75.

[20] San-Antonio : Va donc m’attendre chez Plumeau, Fleuve Noir, 1983.

[21] San-Antonio : La Pute enchantée, Fleuve Noir, 1982, p 33.

[22] San-Antonio : Votez Bérurier, Œuvres complètes, I, Fleuve Noir, 1967, p 593 à 596.

[23] Peter Sloterdijk : Critique de la raison cynique, Christian Bourgois, 2000 p 196-197.

[24] La Redoute des contrepèteries, présentées par Louis Perceau, Briffault, 1994, p 70.

 

Libreria Rizzoli, Milano. Photo : T. Guinhut.

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 09:39

 

Forêt de Fräkmunt, Pilatus, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Alexis de Tocqueville : Quinze jours au désert,

ou l’humanisme au secours

des Indiens d’Amérique.

 

 

Alexis de Tocqueville : Quinze jours au désert,

Le Passager clandestin, 112 p, 16 €.

 

 

 

On croit connaître Tocqueville si l’on a dit qu’il est l’auteur de De la démocratie en Amérique[1], dans laquelle il fait l’éloge de la constitution et de la libre entreprise des Etats-Unis. Tout en s’interrogeant sur la passion démocratique de l’égalité qui peut conduire, via la tyrannie de la majorité et l’état tutélaire, à l’acceptation de la servitude. Mais il y a des versants méconnus à l’œuvre de ce chantre du libéralisme, et nous savons gré aux éditions Le Passager clandestin de nous ouvrir les yeux. Car il s’agit ici d’un précieux journal de voyage dans les profondeurs du Michigan en 1831. Quelle sorte d’humanisme anime ces Quinze jours au désert[2] ? Qu’il faudra peut-être ranger non loin du Walden ou la vie dans les bois de Thoreau…

 

Alexis de Tocqueville s’échappa en effet, à l’âge de vingt-six ans et en 1831, d’une mission d’étude sur le système pénitentiaire américain pour respirer les grands espaces et étancher sa soif d’inconnu. L’auteur parcourt avec un ami une nature qui le stupéfie par sa vide immensité, où les colons font preuve d’une force physique et morale extraordinaire en vue d’y construire un pays neuf « qui marche à l’acquisition des richesses ». Mais admirant ces villages qui deviennent des villes, déplorant l’abattage des arbres, il est « en quête des sauvages et du désert ».

Qui eût cru qu’un tel penseur allait faire preuve de tant d’empathie envers les Indiens, ce « peuple antique, le premier et légitime maître du continent », qu’il allait s’alarmer du comportement des blancs, de leur « égoïsme froid et implacable lorsqu’il s’agit des indigènes » ? Sa première rencontre est pourtant décevante : « Aux vices qu’ils tenaient de nous se mêlait quelque chose de barbare et d’incivilisé qui les rendait cent fois plus repoussants encore ». Les maladies et l’eau de vie qui dévastent leur santé permet aux nouveaux Américains de se déculpabiliser, bien qu’ils la leur vendent… Enfin, il est touché par leur « charme réel », leur fierté, leur bonté, leur attachement à la vie dans la nature, leur « indépendance barbare » ; quoiqu’elle soit irrévocablement éradiquée par les progrès d’une civilisation paradoxale : à l’avancée de sa liberté répond la perte de liberté des Indiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Indien du désert et des forêts nous donne-t-il une leçon de sagesse ? C’est ainsi qu’« Il sourit amèrement en nous voyant tourmenter notre vie pour acquérir des richesses inutiles. Ce que nous appelons industrie, ils l’appellent sujétion honteuse ». Il faut pourtant craindre que ce rousseauisme ne tienne guère compte des bienfaits sans nombre des sciences et du développement humain en termes de santé, d’éducation, de confort et de connaissances.

Ainsi, sans céder au mythe du bon sauvage, Tocqueville, sociologue perspicace, est un humaniste attentif à la condition humaine, y compris des femmes des colons, des métis, ainsi qu’à la variété des religions chrétiennes qui n’empêchent pas hélas « le sort final réservé aux races sauvages »…

 

On a pourtant connu Tocqueville moins tendre envers les tribus indigènes. En 1841, dans son « Travail sur l’Algérie », il professait avec fermeté : « Pour moi, je pense que tous les moyens de désoler les tribus doivent être employés. Je n’excepte que ceux que l’humanité et le droit des nations réprouvent ». Il est vrai qu’au nom « d’un principe supérieur au leur » il s’agissait de réprimer les nomades pillards et guerriers, les « barbares musulmans[3] » d’Abd el-Kader, ce qui lui permettait de justifier une guerre au nom de la civilisation et de l’amélioration des mœurs, guerre que l’Histoire juge aujourd’hui pourtant avec une circonspection pour le moins intraitable…

 

Thierry Guinhut

A partir d'un article publié dans Le Matricule des Anges, juin 2011

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Egalement publié dans : Alexis de Tocqueville : Œuvres III, Pléiade, 2013, p 360 à 413

[3] Ibidem, p 705 et 704.

 

 

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 18:00

 

Autoportrait d'identité, iglesia fortaleza de Santa Maria de Ujué, Navarra.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De la dignité de l’identité et de l’assimilation

 

par Finkielkraut et Tribalat,

 

controverses, immigration et Lumières.

 

 

 

Alain Finkielkraut : L’identité malheureuse, Stock, 240 p, 19,50 € ;

 

Michelle Tribalat : Assimilation, la fin du modèle français,

Editions du Toucan, 352 p, 20 €.

 

 

 

      L’identité ne se lit-elle qu’au miroir ? L’assimilation permet-elle l’identité ? Faut-il s’assimiler à l’identique ? La différence brise-t-elle l'ombre de l’identité et sa dignité ? A ses questions apparemment abstraites et de nature philosophique, il est temps d’appliquer l’épreuve de la réalité sociétale qui nous entoure. Et se demander avec l’essayiste Alain Finkielkraut et la sociologue Michèle Tribalat, si l’identité française n’est malheureuse que de la fin de son modèle d’assimilation. En d’autres termes jusqu’où l’immigration -et laquelle- menace-t-elle ce qui n’est peut-être que trop petitement l’identité de la France ? La maladresse de l’un des auteurs, la rectitude de l’autre n’ont-elles pas le mérite de démasquer une dissimulation de l’immigration…

 

      Il faut bien admettre que le propos erratique et plaintif de Finkielkraut démarre confusément : un prologue légèrement autobiographique pour discrètement déplorer le « changement », un examen du foulard islamique, mais pudiquement, sous l’égide du « Laïques contre laïques ». Dans lequel la liberté de tous s’oppose à l’apparente liberté de quelques-uns, sans que notre essayiste, néanmoins méritoire, note avec assez de vigueur combien l’Islam est fondamentalement en guerre contre son (et nôtre) attachement aux Lumières de Kant : cette « sortie de l’homme de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son propre entendement sans la conduite d’un autre. […] Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement.[1] » Interdire foulard et voile en tout espace public est donc un préalable à la liberté d’entendement et d’expression, ce qui n’est pas en cet essai affirmé avec assez de fermeté.

      Plus clairement, s’ensuit un éloge des maître, instituteur et professeur, « mandatés auprès de leurs classes par les poètes, les artistes et les philosophes » (on ajoutera les scientifiques) « qui ont fait l’humanité », qui distinguaient « l’art et le divertissement ». Qui, hélas, aujourd’hui, « sont invités à faire preuve de moins de sévérité, c’est-à-dire d’exigence intellectuelle, et de toujours plus de sollicitude » pour le jeune, qui « ne peut vouloir qu’on l’élève : il est sur son trône ». On oublie de noter alors que ce laxisme vient en partie du trop de démocratisation du collège unique et du lycée, voire de l’université, au détriment de l’apprentissage. Arguments qui rendraient le son de Finkielkraut un peu  moins incantatoire. Reste qu’il y a bien une tyrannie de l’enfant gâté et du « C’est mon choix » si ce dernier ne repose pas sur le respect d’autrui et de l’universalité de l’humanité. Hélas, « ce n’est plus aux élèves désormais que l’institution scolaire prescrit d’en rabattre, c’est aux maîtres ».

      Pratiquer sa foi, certes, mais sans cette bannière ostentatoire qu’est le voile, sans ce bâchage physique et psychologique humiliant pour les femmes quand les hommes ne s’y astreignent pas. Est-ce seulement le rejet franchouillard, ou cette galanterie française envers l’existence du corps féminin, ici exaltée, alors que l’Islam en ostracise l’impureté, qui expliquent l’exception hexagonale de l’interdiction ? A moins d’une prise de conscience de la dignité humaine ou de celle d’une indignité féminine revendiquée : « En excluant le voile des lieux dévolus à la transmission, la France a clairement signifié qu’elle ne pouvait s’accommoder ni de cette occultation, ni de ce réquisitoire », ce en quoi la pertinence de Finkielkraut n’est en rien en défaut.

      Hélas, lorsqu’il parle de « laïcité libérale » opposée à « laïcité républicaine », ne fait-il pas un terrible contresens en assimilant le libéralisme à la licence auto-attribuée de faire n’importe quoi, sans le moindre respect de la liberté d’autrui ? L’argumentation parfois erratique permet cependant de lire le statut de la femme au sein de la « mixité française ». Les égalités gagnées par l’Histoire du féminisme et de la tolérance butent alors sur les « territoires où le port d’une jupe expose les femmes et les jeunes filles à la réprobation voire à la persécution de leur entourage ». Pourquoi cet euphémisme ? Parlons vrai : banlieues charaïsées et racailles ! Elizabeth Schemla[2] était heureusement plus explicite. Il note heureusement la « servitude volontaire » de celle qui considère que mettre une jupe, c’est être une « pute », ou son verlan… Que Finkielkraut aille au bout de sa pensée : nous sommes -sans aller, on l’espère, jusqu’au « grand remplacement[3] », selon la formule de Renaud Camus- aux prises avec des poches d’Islam barbare, ainsi conforme à sa « sourate sur les femmes », et dont le djihad emprunte la voie de la guérilla urbaine. Dire cela n’est en rien de l’ordre du racisme ou de la xénophobie, mais de l’ordre du réalisme, ce qui ne condamne bien évidemment pas tous les Musulmans, tous les Arabes qui ne sont pas peu à partager ce constat nécessaire.

      En filigrane, court pourtant en cet essai finalement humaniste, réfutant le nationalisme à la Barrès, qui se fait l’interprète de la Justice, une vision de la dignité tant féminine que masculine orientée par un libéralisme (au sens classique et philosophique du terme) soucieux du développement autonome de chacun dans un espace de progrès intellectuel et moral. L’identité, même fondée sur des prémisses historiques et familiales, reste une liberté, et non une chape de plomb qui l’étouffe : la civilisation européenne et occidentale est « cosmopolitisme ». Ainsi, notre « identité commune », doit, plus que française, être celle des Lumières et des libertés.

      Pourquoi ce manque de fermeté de la part du philosophe, cette impression de tourner autour du marais polémique sans y planter un pied solide ? Imaginait-il de passer en douceur, de ne pas s’attirer les foudres du politiquement correct, du rose vivre ensemble aux yeux aveugles et aux oreilles sourdes, et dont seules les langues sont promptes à cracher le venin de la « lepénisation des esprits », de la reductio ad hitlerum ? Les crachats médiatiques ont prouvé que cette illusion était vaine, quoiqu’il sache annoncer la couleur : « Tous ceux qui osent enfreindre la sacro-sainte règle méthodologique du traitement social des questions ethnno-religieuses tombent en disgrâce et voient leur nom s’inscrire, séance tenante, sur la liste noire du politiquement correct ».

      Les rapprochements entre discriminations, contre le Judaïsme et contre l’Islam sont invalidés par des différences fondamentales : au premier, d’ailleurs jamais prosélyte et si peu violent, on ne chargeait son réquisitoire que de fantasmes ; au second les reproches sont la plupart aussi réalistes que fondés. Ce qui ne signifie absolument pas que l’on doive réserver un holocauste au second, mais défendre le plus pacifiquement possible notre conscience européenne, sceptique et tolérante. Hélas, « il ne reste plus une goutte d’alcool universaliste dans son cosmopolitisme actuel ». Si l’Europe doit être « tout le contraire d’une identité close repliée sur son héritage, mais aussi d’une identité conquérante imbue de ses vertus civilisatrices », elle ne doit en aucun cas se laisser clore par une verrue religieuse imbue de son fanatisme.

       Hélas encore, la xénophobie, certes désastreuse, a été remplacée par « l’oikophobie, la haine de la maison natale ». Ainsi Noël deviendrait « fête de fin d’année ». Il faudrait pratiquer l’hospitalité au détriment de sa maison natale, mais au point de la voir bientôt dévastée par une tyrannie obscurantiste, où plus personne ne prend le parti des Lumières. Où des élèves issus « de la diversité » -entendez sous l’euphémisme, le seul fauteur de troubles, l’identitaire d’Islam- refusent d’étudier Rousseau, Le Tartuffe ou Madame Bovary, au motif qu’ils sont « haram », c’est-à-dire impurs, interdits, sans parler de l’Holocauste, réputée au mieux fantasmé, au pire insuffisant. La « définition universelle du mal » et du bien vole en éclat…

      Ainsi les « autochtones […] quand ils voient se multiplier les conversions à l’Islam […] se sentent devenir étrangers sur leur propre sol ». Finkielkraut a enfin quitté les précautions oratoires de l’euphémisme. Il appelle à la rescousse le Lévi-Strauss de Race et culture pour défendre le droit à conserver les valeurs de sa civilisation : « toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même à leur négation[4] ».

      Usant d’un réquisitoire vieillot contre Internet (« Le livre a perdu la bataille de la lecture » ou « L’identité nationale est ainsi broyée, comme tout ce qui dure, dans l’instantanéité et l’interactivité des nouveaux médias »), mais judicieux lorsqu’il fustige la vulgarité du langage ambiant, le relativisme du respect au nom du « tout se vaut » contre la hiérarchisation de l’excellence et du médiocre, la culpabilisation de la société pour les méfaits que les « jeunes » commettent, il n’imagine guère qu’un lecteur volatile et connecté peut en même temps être celui d’Harry Potter et de Proust. Cependant il montre avec brio qu’en une pédagogie qui se sépare des classiques, mais cosmopolites et de toutes les temporalités, « l’ouverture sur la vie n’est rien d’autre que la fermeture du présent sur lui-même ». On ne sait si l’essai a su conclure…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Allons, si possible, plus avant que Finkielkraut. Ne pas se crisper sur une identité réelle ou fantasmée, nostalgique ou prospectiviste, c’est faire preuve d’ouverture d’esprit : plutôt l’identité des Lumières que « l’identité nationale », expression qui ne peut être pourtant taboue. Pouvoir s’identifier à d’autres identités possibles, par miroirs, rhizomes, plutôt que par seules racines, voilà qui est mieux encore. Jusqu’à ce que l’identité et les identités multiples nous soient interdites par l’occlusion d’une autre identité, captatrice et fermée ; ce qu’est évidement en dernier recours l’identité islamiste. Se pose évidemment là la question de la tolérance à l’intolérable.

      Ce n’est pas parce qu’une culture n’est pas identique à la nôtre que nous la refusons. Nous en aurons pour preuve le Japon, dont les sushis, l’art floral, la peinture zen, les mangas ont pu nous envahir pour notre plus grand enrichissement. Parce qu’il ne s’agit pas là d’une culture dont le but est d’éradiquer la nôtre, de voiler les Lumières. Si nous voulons pouvoir apprécier la miniature persane[5] et Les Mille et nuits (aux identités d’ailleurs fort cosmopolites), ce n’est pas pour les voir ostraciser par un Islam rigoriste et nostalgique d’un califat sanguinaire aux libertés excisées.

      Il faut alors admettre que la culture du prétendu « modèle français », malgré la surgénérosité de ses prestations sociales, ainsi que les opportunités de ses terrains de délinquance, offre un tableau peu ragoutant aux immigrants, quand ce sont d’ailleurs des Français qui émigrent sous des cieux plus favorables. Chômage de masse, paupérisation, rabotage des libertés économiques, enfer fiscal, droit du travail complexe et décourageant, sans parler des trafics et du travail au noir (qui sont des soupapes de sécurité), clientélisme, corruption et népotisme des élus politiques surpayés et surprotégés… regardons en face la haine de soi des élites qui méprisent la France et les valeurs des Lumières, hors une rose laïcité républicaine qu’elles n’ont guère le courage de faire appliquer, l’arrosage des aides sociales et des allocations familiales à ces mêmes immigrés sans qu’ils aient, trop souvent, besoin de travailler et de s’intégrer, même si ce n’est pas une attitude partagés par tous. Sans compter un laxisme coupable envers la délinquance des banlieues chariaïsées et leur racaille, l’aide financière indue des collectivités locales aux constructions de mosquées et à leurs prétendus centre culturels… Voilà qui pousse le Musulman à trouver chez son pays d’accueil une attitude de dhimmi, vu la façon dont on lui offre son impôt, à mépriser les Français, à se jouer d’eux en profitant de leurs subsides pour les remplacer sur leur propre terrain. Nous creusons alors la fosse de leur califat à venir ; sauf si leurs prochaines générations savent se rebeller contre « l’Infâme[6] », comme le disait Voltaire, et conquérir les territoires mentaux et moraux des libertés.

 

      Plus rigoureuse est la sociologue Michèle Tribalat. L’on sait hélas que Marine Le Pen aimerait lui offrir une « carte d’honneur » du Front National. Cela n’ôte rien à la qualité et à la rigueur de ses travaux. La vérité et la réalité n’appartiennent en propre à aucun parti. Y compris si son infra-terrain xénophobe, voire raciste, le décrédibilise en partie, et si son surétatisme socialiste national, son état-providence protectionniste font de son programme économique une esbroufe aussi délirante que dangereuse.

      Michèle Tribalat avait déjà dans Les Yeux grands fermés[7], dénoncé « le conte de fées » des pro-immigrations.  Nous ne chercherons pas à savoir pour qui elle glisse son bulletin de vote, ni ne tomberons dans la réductio ad hitlerum, flèches tordues que nombre de roses, verts et rouges bienpensants assènent faute d’argumenter. Une fois encore l’examen du réel doit prévaloir sur toute injure bassement politicienne. En toute logique, elle plaide pour une politique nataliste française -et, dirons-nous, d’esprit français et occidental- à rebours de la déferlante démographique arabophone et de l’aire islamique ; ce en toute cohérence d’ailleurs avec l’essayiste allemand Thilo Sarrazin[8]. Sa pertinence intellectuelle lui a également permis d’abandonner le concept de « français de souche », mais au profit de celui de « natif au carré » (deux parents nés sur le sol français). Ne vaudrait-il pas mieux affirmer : né de deux parents de culturelle occidentale et ouverte ? De plus, on a, peut-être à bon droit, dénoncé le « désordre statistique » (qu’elle impute à l’Etat) des travaux fort techniques de Michèle Tribalat. Outre qu’elle ne fait qu’avec ce dont elle dispose, et peut-être aux bénéfices de sa thèse, le modeste auteur de ces lignes ne prétend pas avoir la compétence requise pour en juger. Il n’en reste pas moins qu’une tendance de fond de la variabilité démographique et éthique de la population française est pour le moins fort perceptible. De surcroît, si l’on sait que l’hexagone pourra bientôt compter parmi sa population dix pour cent de Musulmans dont trop peu assimilent la langue de Tocqueville et s’assimilent à la civilisation issue des Lumières, bien d’autres contrées sont confrontées au même gravissime souci : Belgique, Suisse, Allemagne, Suède, Québec… Tous pays ou le retour de la culpabilité coloniale, inexistant, n’explique en rien l’invasion obscurantiste.

      Ce n’est donc pas l’immigration en soi qui est coupable, mais une immigration, d’Islam -et non forcément de Musulmans-, parfois également d’Afrique centrale, mais aussi sa gestion laxiste et trop ouverte, si l’on veut demeurer encore longtemps une société ouverte. Les immigrés ne sont pas une race, ni un peuple. Ils viennent d’Europe, médecins et infirmières, ils viennent d’Extrême-Orient ou d’ailleurs, Roms pacifiques ou délinquants qu’il convient de traiter comme des citoyens comptables de leurs vertus propres et de leurs délits ; et de l’aire musulmane dont le désir de paix et d’intégration à une économie en croissance et aux Lumières est plus que respectable, mais dont seront bannies toutes les manifestations violentes d’ostracisme, de christianophobie, de gynéphobie et d’Aufklärungphobie…

      En effet selon Tribalat, « l’Islam change la donne » ; de plus, la France a « la minorité musulmane la plus forte de l’Union Européenne ». Cinq à six millions, selon le ministère de l’Intérieur, dont un tiers serait incroyant ou non pratiquant. Et elle continue d’entrer, même si sa fécondité féminine tend à se rapprocher de la moyenne française. Pourtant, le chiffre serait « surestimé » (en fait 5 millions en 2014), « parce qu’il fait peur aux tenants du Front National, rassure la gauche éblouie par sa vertu d’accueil et conforte les Musulmans eux-mêmes qui peuvent prétendre à la  connaissance de la réalité à laquelle sont souvent préférés les joutes idéologiques ».  Par exemple, il faut noter qu’en Seine Saint-Denis, « un habitant âgé de 18-50 ans sur trois est musulman. » De plus, « le catholicisme chez les plus jeunes se perd, contrairement à l’Islam […] La manière dont les médias, et parfois même les politiques, traitent du carême et du ramadan, en accordant beaucoup plus de publicité au second, en dit long sur la tiédeur catholique ». Désécularisation chrétienne versus islamisation. Mais ce dernier phénomène s’observe bien plus dans les quartiers défavorisés. D’où la corrélation possible avec la pauvreté, quoique les pauvres de la Creuse ou de l’Ariège ne se jettent ni dans un quelconque intégrisme, ni d’ailleurs dans la délinquance. Pourtant la sécularisation touche aussi les Musulmans, surtout Algériens…

      Reste-t-il possible de s’assimiler, de s’adapter à la vie française (manger du porc à la cantine par exemple) comme les Algériens dans les années cinquante ? La poursuite des flux migratoires, la concentration dans les quartiers, l’endogamie, l’éducation religieuse familiale, la fécondité plus élevée, la venue d’imams moyen-orientaux, le prosélytisme enfin, tendent à rendre cette assimilation des Musulmans difficile, voire à en faire pour eux un repoussoir. Quand « 18% des femmes âgées de 18 à 50% disent porter un voile » (et bien plus aux Pays-Bas), quand parmi eux 80% « disent respecter les interdits alimentaires », la liberté d’expression, depuis la fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie[9], en 1989, subit de nombreuses blessures, entre meurtres, menaces et « tyrannie du silence ».

      Ce qui sonne « la fin des illusions selon laquelle les Européens, et plus généralement les Occidentaux, resteraient maîtres chez eux. » Au point qu’en 2008 le conseil municipal d’Oxford interdit l’usage du mot « Noël » dans ses textes et affiches, afin de ne pas offenser les autres croyants », et que la satire religieuse devienne impossible. Au Royaume-Uni, la loi du « Racial and Religious Act » signe la fin de la liberté d’expression et contresigne partout le lit de l’autocensure. Quant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il semble prêter une oreille câline « aux demandes de l’Organisation de la Coopération Islamique visant à interdire le blasphème et régionaliser les droits de l’homme ». En ce sens, abandonner ses propres valeurs et « céder à la haine de soi » signifie qu’il est aussi malvenu qu’inutile de s’assimiler. Surtout si le signal dominant consiste à dire que « tous les modes de vie et pratiques culturelles se valent », assertion spécieuse et décivilisatrice… Surtout si l’on observe à Mantes-la-Jolie, comme Hugues Lagrange, les comportements importés du Sahel, machisme, code d’honneur, irrespect, « durcissement de la culture patriarcale et fondamentalisme musulman[10] ». Pourtant, au-delà des édits d’un conseil de l’Union Européenne et de sa « propagande » multiculturaliste,  pour qui « l’intégration est un processus dynamique à double sens d’acceptation mutuelle », Tribalat affirme que « la société d’accueil sert de référent culturel ». Société européenne qui programme « sa propre disparition ».

      Disparition à laquelle, entre « prolophobie » et « abandon des natifs au carré », face aux quartiers réservées à la banalisation des interdits islamistes, la gauche contribue, caressant les immigrés, surtout musulmans, dans le sens du poil électoraliste, trahissant ce qu’il est fort approximatif de nommer l’identité française, mais surtout l’esprit des Lumières. De plus, au-delà d’un racisme à sens unique et surévalué, « le racisme ressenti par les natifs au carré existe bel et bien ». A force d’avoir été la victime, ou de croire l’être, cette population venue du Sud colonisé, sous développé ou en développement, devient le bourreau d’une nouvelle victime. Ne restera plus que le « sanglot de l’homme blanc occidental[11] »…

 

 

      Reste que le débat alimenté par Finkielkraut et Tribalat ne doit pas se confiner à l’opposition puérile entre Français et immigrés, fussent-ils Musulmans. La dichotomie fondamentale se situe là où passe le fil d’Ariane des droits de l’homme, de l’humanisme et des Lumières. Les civilisations[12] occidentales, de l’Europe aux Etats-Unis, celles qui en sont dérivées, en passant par l’Amérique latine où certains pays africains, et jusqu’à celles extrême-orientales, peuvent recourir à un cosmopolitisme ouvert, respectueux des libertés fondamentales que sont celles de la propriété, d’expression et de critique (y compris religieuse) et, cela va sans dire, de l’égalité des droits et de la dignité entre homme et femmes. Si des Musulmans -et il en existe- respectent ces prémisses, parfait ! Mais suivre à la lettre la vérité de l’Islam sans retrancher du Coran et des hadiths la sourate sur les femmes, les allusions au djihad, et tout ce qui les constitue d’intolérance, de haine et de violence, reste irréductiblement en contradiction avec les valeurs pluralistes et tolérantes que la France, et bien au-delà, l’humanité, se doit de défendre. C’est bien à cette identité libérale que l’assimilation doit prétendre. Hélas, note Tribalat, « entrés dans l’ère de la tolérance, après avoir terrassé l’église, les Européens ne sont pas prêts à un nouvel affrontement avec la religion », sans compter que le nouvel adversaire, de par sa vérité totalitaire indéracinable, est sans nul doute plus coriace. Quant à savoir ce que nos essayistes, au-delà du constat plaintif, proposent pour y remédier, on reste sur sa faim. Ce qu’avait cependant tenté de faire, au-delà des alarmantes perspectives de L’Allemagne disparait, Thilo Sarrazin[13], en imaginant un sursaut raisonnable, humaniste et libéral…

 

      Peut-être me suis permis de traduire avec plus de vigueur -de dénaturer ?- la pensée de Finkielkraut. Quoiqu’un peu vieillot, citant Péguy, et tournant maladroitement autour de l’objet du délit, il a le mérite insigne de tenter de soulever l’insoulevable. Mais à la lumière de Tribalat, ou plutôt à l’ombre sombre des faits, notre identité polymorphe rencontre une inassimilable barrière prédatrice. A laquelle il faut opposer une fin de non-recevoir : « Toutes les cultures, croyances et coutumes doivent prendre place en une société ouverte, toujours et quand elles n’entrent pas en collision frontale avec ces droits humains et principes de tolérance et de liberté qui constituent l’essence de la démocratie[14] », rappelle Mario Vargas Llosa. Nul doute qu’il faudrait fermer le robinet d’immigration au moyen d’une intelligente discrimination, dans le cadre du respect de libertés par les entrants, ne serait-ce que par un test civique et linguistique, comme le souhaitent les Pays-Bas. Sans compter une réflexion sur un regroupement familial et un droit du sol excessifs. Qui sait comment tout cela finira… Espérons que ce soit dans la paix des armes et des consciences.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, Pléiade, tome II, p 209, 1985.

[3] Renaud Camus : Le Grand remplacement, David Reinharc, 2011.

[4] Claude Lévi-Strauss : « Race et culture », Le Regard éloigné, Plon, 1983, p 47.

[6] Dans ses lettres à Damilaville en 1762 et 1768.

[7] Michèle Tribalat : Les Yeux grand fermés, Denoël, 2010.  

[10] Hugues Lagrange : Le Déni des cultures, Seuil, 2010, p 221.

[11] Pour reprendre le titre de Pascal Bruckner : Le Sanglot de l’homme blanc, Seuil, 1983.

[13] Voir : Vérité d’islam et vérités libérales : Philippe d’Iribarne, Elisabeth Schemla, Thilo Sarrazin 

[14] Mario Vargas Llosa : La Civilizacion del espectaculo, Alfaguara, 2012, p 102 (traduit par mes soins).

 

Cathédrale de Bourges, XIII°, Cher. Photo : T. Guinhut.

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 11:08

 

La chute de Phaéton, Villa Borghese, Rome. Photo : Guinhut.

 

 

 

 

 

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal,

 

postérité de Surveiller et punir de Foucault.

 

 

Michel Foucault : Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, 1975.

 

Alain Laurent : En finir avec l'angélisme pénal,

Les Belles Lettres, 130 p, 17,50 €.

 

 

 

       L’angélisme va-t-il rédimer les prisons ? Purger la crasse dégradante des lieux de détention parait être une évidence si l’on considère l’humanité de ceux qui y sont enfermés, à moins que l’on aille jusqu’à réclamer la disparition de ces espaces criminogènes pour les changer en agoras de la socialisation… L’apport considérable de Foucault fut bien de montrer que la prison, comme la folie et la sexualité, avait une histoire, qu’il fallait en établir la généalogie et s’interroger sur les stratégies de pouvoirs normatifs qui la légitiment. Mais pas au point de considérer cet ouvrage savant comme une Bible dont le raisonnement viserait à déconsidérer définitivement l’incarcération, coupable qu’elle est de promiscuité, de condition humaine indigne, de faire lit des crimes à venir… Notre actuelle Garde Sceaux fait-elle preuve de réalisme ou d’angélisme dans son éthique du « surveiller et punir » ? Reprenant à bon droit les thèses de Foucault, ne risque-t-elle de paraître préférer l’humanité du criminel à celle de celui qui a été bafoué dans sa chair et ses biens…

 

       Ainsi, selon Foucault, psychiatrie, morale et prisons seraient tous des moyens de « surveiller et punir ». Leur légitimité serait dévaluée dans le cadre de la tyrannisation du pouvoir et de la négation arbitraire de la liberté des individus. Cependant nul ne doit douter qu’un mécanisme social juste doive mettre les victimes passées, présentes, voire potentielles, à l’abri du délinquant et du criminel.

       Du crime biblique puni sept fois à la loi du talion qui exigeait œil pour œil et dent pour dent, des grecques Furies devenues les Bienveillantes, la surimposition du délit par la peine s’est vue peu à peu humanisée. C’est au XVIIIème que le philosophe des Lumières italien Beccaria[1], pour qui le droit de punir ne va pas au-delà de la nécessité de protéger les citoyens des éléments perturbateurs, sépara la législation criminelle de tout lien avec la religion, préparant la transition de la punition au pardon républicain. Si l’on refuse désormais la peine de mort, qui plus est publique, voire la perpétuité, c’est parce que l’humanisme voit dans tout contrevenant aux biens et à la vie d’autrui, si responsable et pervers soit-il, un être amendable, digne d’approcher la rédemption de la réinsertion morale et sociale. A moins qu’en ce dernier point un angélisme illusoire fasse de tout criminel, qu’il soit psychopathe ou simplement intéressé au crime, dans la naïve perspective rousseauiste, un innocent perpétuel que la société a corrompu…

       Seule la prison alors peut réparer l’homme de ses errances, en le séparant de la société, en le préparant à une seconde vie meilleure. Mais en visitant nos établissements pénitentiaires, souvent immondes, à moins de considérer que l’on n’y vient pas pour de douces festivités, on ne peut que douter de la démarche pédagogique instituée en ces lieux par nos gouvernements et administrations successifs.

 

 

       Connait-on assez les thèses de Michel Foucault en conclusion de son Surveiller et punir, paru en 1975 ? « Les prisons ne diminuent pas le taux de la criminalité (…) La prison provoque la récidive (…) ne peut pas manquer de fabriquer des délinquants (…) rend possible, mieux, elle favorise l’organisation d’un milieu de délinquant, solidaires les uns des autres, hiérarchisés (…) Les conditions qui sont faites aux détenus libérés les condamnent fatalement à la récidive[2] ». Rien de changé donc, trente-huit ans plus tard. Son réquisitoire a-t-il permis que l’on suive ses « sept maximes universelles de la bonne condition pénitentiaire » ? Méditons-les aujourd’hui : « 1. La détention pénale doit donc avoir pour fonction essentielle la transformation de comportement de l’individu (…) 2. Les détenus doivent être isolés ou du moins répartis selon la gravité pénale de leur acte, mais surtout selon leur âge (…) 3. Les peines dont le déroulement doit pouvoir se modifier selon l’individualité des détenus, les résultats qu’on obtient, les progrès et les rechutes (…) 4. Le travail doit être une des pièces essentielles de la transformation  et de la socialisation (…) 5. L’éducation du détenu est de la part de la puissance publique à la fois une précaution indispensable dans l’intérêt de la société et une obligation vis-à-vis du détenu (…) 6. Le régime de la prison doit être, pour une part au moins, contrôlé et  pris en charge par un personnel spécialisé possédant les capacités morales et techniques de veiller à la bonne formation des individus (…) 7. L’emprisonnement doit être suivi de mesures de contrôle et d’assistance jusqu’à la réadaptation définitive de l’ancien détenu[3] ».

       « Réadaptation définitive »… N’est-ce pas une foi digne du plus grand angélisme qui se donne pour vertu de condamner « le pouvoir normalisateur[4] ».  On se demande au passage comment dans un pays offrir du travail au détenu quand socialisme et antilibéralisme ont condamné l’offre de travail pour leurs malheureux citoyens… L’on ne saurait de plus manquer de conseiller aux Français de regarder du côté des Suédois qui en ce domaine, comme dans ceux du chômage et de l’économie sont bien plus performants…

       L’on sait également que Michel Foucault, par ailleurs propagandiste de la révolution iranienne et de bien des causes relevant de l’extrême-gauche, ce dont l’Histoire lui saura gré, espérons-le, avec circonspection, avec une justice plus humaniste que totalitaire, contribua par ses actions militantes à permettre l’entrée de la presse et de la radio dans les cellules, à permettre aux prisonniers de s’exprimer sur les conditions de leur détention. Indéniable progrès humaniste. On a beau avoir commis les pires outrages sur autrui, tant que ce dernier en est protégé, on ne peut réduire le coupable à un état larvaire dans un cachot collectif, sourd et muet.

        Pourtant la prison semble avoir oublié de convier en la sûreté de son asile les innombrables brûleurs de voitures, les auteurs des 200 viols commis par jour qui pourraient concerner une femme sur sept[5]. Ainsi que les caillasseurs, frappeurs, braqueurs, flingueurs et dealers de banlieues, qui interdisent leurs territoires à une police victimisée… Ouvrons donc les yeux sur la surabondance délinquante et criminelle. En effet, en 2011, pour la France métropolitaine, on compte 468012 « atteintes volontaires à l’intégrité physique » (soit 7,49 pour mille habitants), 2146479 « atteintes aux biens » (soit 34,36 pour mille habitants)[6], donc près de sept millions de crimes et délits (sans comprendre ceux strictement financiers)… En simplifiant grossièrement on peut justement imaginer qu’un Français sur dix est coupable et qu’un second est victime en notre République… Si les causes peuvent être psychiatriques, venues des drogues, des antidépresseurs, des intoxications au plomb, la misère sociale compte moins que pourraient l’imaginer ceux qui, pour reprendre les mots pertinents de Chalamov, « comme Victor Hugo ont tout fait pour porter aux nues l’univers des malfaiteurs. Hugo avait l’impression que le monde du crime était une couche de la société qui protestait vigoureusement, résolument et ouvertement, contre l’hypocrisie de l’ordre régnant. » Foucault, comme Hugo, aurait-il « paré la pègre d’une auréole romantique[7] » ?

        Doit-on alors lire sans ironie la déclaration suivante de la Garde des Sceaux.: « La prison de la République doit ressembler à la République, c'est-à-dire respecter  les valeurs de dignité, dans le respect des gens qui y sont détenus et des personnes qui y travaillent[8]. » Considérant qu’une personne sur mille est en état d’incarcération en France, avec une très forte majorité masculine, jeune de surcroît, ce sont 57000 places de prisons en décembre 2012, pourtant bien insuffisantes, pour un objectif de 63000 à venir, peut-être lui-même sous-évalué. Cette république carcérale est alors, en notre territoire, une ville en archipel peuplée de ses détenus et de son personnel, pour ne pas dire comme Soljenitsyne un Archipel du goulag[9], à laquelle on ne peut imposer qu’une dictature éclairée…

      Comment diminuer sans danger cette population ? Notre Garde des Sceaux propose des peines de probation à la place des courtes incarcérations (indemnisation des victimes, formation et recherche d’emploi, sevrage alcoolique et des drogues) suffiront-elles à prévenir la récidive, au lieu de recourir à une incarcération mutilante et coûteuse ? Quel personnel social et éducatif pléthorique faudra-t-il engager pour un résultat aléatoire ? « La prison est nécessaire, mais elle ne peut pas être la seule peine de référence, justement parce qu’elle est créatrice de récidive[10]. », énonce-t-elle. En effet, cinq ans après leur libération, 60% des anciens détenus retrouvent les verrous. A moins qu’il y ait confusion entre la cause et la conséquence ? La dévaluation morale de la sanction et de la punition dans une société qui n’ose plus assumer l’autorité qu’une idéologie soixante-huitarde et post-foucaldienne disqualifia comme fasciste (on connait le phénomène délétère de la reductio ad hitlerum) aboutit à une valorisation du délinquant, du rebelle forcément opprimé par l’insolence et l’oppression capitalistes… Argumentation pour le moins spécieuse qui responsabilise la société pour les crimes commis par ses membres déresponsabilisés.

      Les peines planchers pour les récidivistes, les tribunaux correctionnels pour mineurs sont dans le collimateur de la Garde des Sceaux. Est-ce forcer la main des juges que de leur intimer de ne pas jouer la carte d’une trop généreuse clémence à l’égard des pires crimes, en particuliers ceux des prédateurs sexuels attachés à des enfants ? Faut-il, devant l’impunité des mineurs, abaisser encore l’âge de la majorité pénale, créer de réelles prisons éducatives pour mineurs ?

       Reste, en amont de la prison, la question l’efficacité de la justice. Des peines prononcées avec un long retard au point que le lien de causalité entre délit et peine ne soit plus perceptible, des dossiers mineurs remis ou oubliés, tout cela pose la question du nombre insuffisant des juges. Si l’état et les collectivités locales doivent réduire drastiquement l’embauche de fonctionnaires, la justice est un des rares ministères régaliens à devoir adapter la proportion de ses juges à la population. L’on sait d’ailleurs qu’à population égale, les Allemands disposent de trois fois plus de juges que nous, pour une délinquance par conséquent moindre. Sans compter chez nous la question délicate de leur laxisme devant l’afflux des jeunes délinquants, y compris mineurs, qui se voient gratifiés d’un simple rappel à l’ordre qu’ils traitent par le sarcasme. Et s’ils goûtent à la prison, c’est parfois comme un rite initiatique honorifique, dont ils se glorifient…

       Le mythe de la prison dissuasive vole alors en éclat. Non seulement dégradante par sa saleté et son mépris, par sa promiscuité elle est criminogène, elle est l’école du crime où ses studieux élèves confortent leurs techniques et leurs réseaux, sans compter leur autojustification, leur arrogance, leur radicalisme antisociétal, mafieux, sans oublier la fanatisation religieuse, lorsque l’on sait que (comme c’est le cas au Danemark) plus de 70% des prisonniers sont musulmans, et que l’Islam est la première religion des prisons, probablement assez peu dans une perspective de paix et d’amour…

    Vider les prisons en faveur de peines alternatives, éducatives serait-il de l’ordre de l’angélisme ? De l’impunité institutionnalisée ? Accompagner les sorties de prison d’une prise en charge allant jusqu’à fournir un logement, une formation, voire un emploi, serait-il affreusement discriminatoire envers ceux qui n’enfreignent pas la loi et ont bien autant de mal à s’insérer dans une vie décente, tant le contexte économique est dégradé… Reste la pertinence des bracelets électroniques, peu coûteux, mais seulement tout indiqués pour les délits mineurs et financiers.

       Faut-il voir dans cet exercice de culpabilisation des prisons une surestimation des coupables, qu’ils aient été condamnés, relâchés ou jamais inquiétés, au détriment de la victime abandonnée ? Ce qui ne manquerait pas d’expliquer, voire de justifier l’exaspération autour des propositions de notre Garde des Sceaux… 

      Loin des hystéries et de la paranoïa d’un populisme qui voit le crime à toutes les portes et va jusqu’à réclamer le retour à la peine de mort, l’essayiste Alain Laurent, par ailleurs directeur de la collection « Bibliothèque classique de la liberté » aux Belles Lettres, peaufine une argumentation aussi claire qu’informée. Le versant polémique du titre, En finir avec l’angélisme pénal, n’empêche pas de s’appuyer sur une connaissance des penseurs classiques de la justice et de l’humanisme libéral : Aristote, Erasme, Locke, Kant, Tocqueville, Bergson... Tous, ils fondent la nécessité morale de la punition sur une « éthique de la responsabilité individuelle », sur la « rétribution pénale » du délit, au lieu d’incriminer la société et les conditions socio-économiques, et « au nom du droit de l’homme de vivre en sécurité ».  

 

Laurent-Angelisme-penal.jpg

 

       

La compassion pour le délinquant devient un « irénisme ». A cet « irréalisme », il faut opposer la raison pénale. Hélas « la justice molle », qui rêve de « recycler » le criminel dans la société, qui veut « décriminaliser le crime et criminaliser le châtiment », se heurte au bon souvenir du réel : la récidive et l’insécurité insupportables à l’honnête citoyen. Quand le « laxisme moral » du pénalisme contemporain est une « incitation supplémentaire à la primo-délinquance », la prison juste peut être alors une incitation au respect des lois en société. Il n’empêche que, de toute évidence, Foucault n’est pas oublié par Alain Laurent, lorsqu’il réclame des « prisons décentes et respectueuses de la diversité des détenus ». Quoique notre essayiste lui reproche « l’amalgame entre détenus de droit commun et prisonniers politiques des régimes totalitaires ». Ce qui permet à Alain Laurent de dresser l’archéologie de l’angélisme pénal, ironique réponse au philosophe de « l’archéologie du savoir » : en passant par le mythe du bon sauvage, le sophisme spécieux de la prison intrinsèquement génératrice du crime, la dénonciation du « populisme pénal » et du « tout répressif », la « connotation infamante » tatouée sur le mot « sécuritaire », le rejet de la compassion victimaire, par lequel la victime « se trouve frappée d’illégitimité judiciaire », tout témoigne d’une inversion des valeurs pratiquée par la doxa de gauche. Le despotisme législatif viendrait-il au secours du « criminel despote », pour reprendre les mots de Beccaria…

Reste le souci de la surpopulation carcérale. Qui, comme en Suède, peut être en partie résorbée par « la dépénalisation des crimes sans victimes ni violence ». On imagine qu’Alain Laurent, en bon libéral classique, pense aux trafics de drogues, dont l’activité légalisée viderait une partie des lieux de privation de liberté, pour employer l’euphémisme des magistrats, dont l’angélisme ne nous protège plus des anges du mal. Il termine alors son brillant essai par une allusion à Platon et Juvénal, demandant : « Qui gardera les gardiens ? »

       Que faire ? S’il doit être nécessaire de penser les peines alternatives à la prison pour les délits mineurs ou strictement financiers, ne faut-il pas également repenser la prison ? La construire, aussi bien du point de vue architectural que moral, pour qu’elle trouve une digne dimension ascétique, pour qu’elle soit réellement dissuasive. Tout au moins pour assurer la sécurité et la liberté des victimes passées et potentielles…

       Construire des prisons dignes et sûres, de façon à éradiquer la surpopulation carcérale. Et non pas seulement par l’hasardeuse remise de peine, mais par la réelle adaptation du nombre de cellules au nombre des individus. Au point d’exiger que la prison soit strictement individuelle (c’est d’ailleurs une recommandation européenne), mieux encore solitaire, de façon à éviter les agressions de la promiscuité, ses tares criminogènes, mais aussi de façon à encourager un réel retour sur soi, quoique l’on dise du traumatisme de la solitude…

 

        Se pose le délicat exercice de la prévention de la récidive. Jusqu’où faut-il supposer que le déterminisme violeur et criminel d’un individu le poussera inévitablement à réitérer ses outrages ? Si le droit du citoyen libre est bien d’être à l’abri des exactions prévisibles, il ne s’agit pourtant pas de parvenir à ce paradoxe de la prévention que dépeint Philip K. Dick dans Rapport minoritaire : « Précrime a réduit la criminalité de quatre-vingt-dix-neuf virgule huit pour cent. Le meurtre ou la trahison sont devenus très rares, puisque le coupable sait que nous allons l’enfermer en camp de détention une semaine avant qu’il puisse commettre son crime[11] »

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Cesare Beccaria : Des délits et des peines, Garnier Flammarion, 1991.

[2] Michel Foucault : Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, 1975, p 269 à 272.

[3] Ibidem p 274 et 275.

[4] Ibidem p 311.

[5] Selon Laurent Obertone : La France Orange mécanique, Ring éditions, 2012.

[6] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/124000180/0000.pdf : link

[7] Varlam Chalamov : Essai sur le monde du crime. Récits de la Kolyma, Verdier, 2003, p 869.

[8] Le Monde, 9 01 2013.

[9] Alexandre Soljenitsyne : L’Archipel du goulag, Seuil, 1974.

[10] Le Parisien, 21 02 2013.

[11] Philip K. Dick : Rapport minoritaireNouvelles (1953-1981), Denoël, 2006, p 350.

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 17:56

 

Ange de bois peint XVII°. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Cher Big Brother :

 

George Orwell et Edward Snowden

 

au Prism américain et français.

 

 

 

Cher Big Brother,

 

Cher Big Brother, qui me lis au travers du programme Prism de la NSA, collectant les milliards d’informations circulant sur internet, parmi nos mails, no téléphones, nos messages, nos réseaux sociaux, viens coller la ventouse de ton oreille affamée sur ces mots. Imposant à chaque serveur de communications d’ouvrir ses portes, ses canaux, ses réseaux et ses archives à ton intrusive auscultation, peut-être même me lis-tu avant que cette page soit publiée, à chaque naissance des caractères sur mon clavier, voire en mon cortex, en ma Muse. Et vous aussi lecteur, « Big Brother vous regarde[1] ». Est-ce un hasard si un nom a la même initiale que celle d’Orwell, pour vérifier la véracité de son anticipation, pour réifier la conclusion autrefois romanesque et aujourd’hui réelle selon laquelle Orwell et Obama aiment Big Brother. Et selon laquelle chacun d’entre nous devra peut-être répéter avec la plus intime conviction les derniers mots de 1984 d’Orwell : « La lutte était terminée. Il avait emporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother[2] ».

 

Pour l’heure Edward Snowden, ex employé de la CIA et de la NSA (National Security Agency) qui a révélé au monde cette forfaiture totalitaire, n’aime pas encore Big Brother, il est provisoirement libre, ou à peu près, quelque part en Russie. Ce qui ne manque pas d’un certain sel d’ironie si l’on se souvient de la guerre froide, du monstre soviétique et communiste opposé à cet ex continent de la liberté, les Etats-Unis.

La signification de l’acronyme, ou plutôt nom de code, PRISM nous reste inconnue. A moins qu’il s’agisse du prisme du regard intrusif. Jeté sur les fonts baptismaux par l’administration Bush pour lutter contre le terrorisme, dans le cadre du « Patriot Act » et suite à l’attentat du 11 septembre, il fut renforcé par le premier Président noir et prix Nobel de la Paix. Jusqu’à ce que la NSA emploie à son service 55000 personnes, avec un budget annuel de plus de dix milliards de dollars. S’est-il assuré la main mise sur Microsoft, Google, Apple, Facebook, malgré leurs démentis ? Pour reprendre George Orwell : « Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment[3] ». Comment ne pas voir dans cette violation régulière de la vie privée une violation, sinon de la lettre, du moins de l’esprit, du premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression ?

 

Cher Big Brother français, qui siége à la DGSE, cette émanation de notre Etat qui sait si bien prospérer en « ogre philanthropique[4] », stockes-tu tous nos mots de passe ? Est-ce bien dans le « salon de lecture » de ta « Piscine », grâce à ton millier ou deux d’employés fascinés par le « télécran » orwellien, tes satellites et tes puces branchées sur les fibres optiques, que tu croises et enregistres nos conversations, nos courriels, nos sites et blogs, nos Facebook et Twitter ? Te limiterais-tu à chercher à savoir qui communique avec qui ? Avant d’installer de plus précises écoutes téléphoniques, des filatures… Dans quelle mesure la loi naturelle, loi seule légitime, au côté d’un vide juridique qui en ce domaine n’encadre aucun usage, sans compter la dignité des citoyens, est-elle ainsi bafouée ?

On ne doute pas, cher Grand Frère français que tu uses de ces moyens précieux pour traquer, outre le crime et le terrorisme, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale. Est-ce ajouter cette arme à la panoplie socialiste qui serre le cordon de l’étranglement fiscal autour de notre enfer d’impôts et de taxes ? Peut-on imaginer que tu t’en serviras pour contraindre la liberté d’expression politique, alors qu’au pays de l’ironie de Voltaire, auteur oublié de Mahomet ou le fanatisme et du Traité sur la tolérance, elle est déjà bien mise à mal par ta police et tes tribunaux…

 

 

Faut-il alors, cher Big Brother, que nous sombrions dans la paranoïa ? La connaissance du problème est cependant déjà un chemin vers une éventuelle solution… Pourquoi ne pas imaginer que chaque citoyen puisse avoir accès aux informations stockées à son sujet, qu’elles aient une rapide obsolescence programmée ; mieux, qu’elles ne soient espionnées et prélevées que de manière cryptée, de façon à ce que puisse n’en surgir que ce qu’en prévoira un cadre législatif sécuritaire précis et strictement attaché à la criminalité et plus particulièrement au terrorisme. Ainsi, la surveillance et l’enregistrement des données doivent-elles moins compter que la prudence et la justesse du législateur. Saura-t-il jusqu’où doivent servir les données récoltées, à quelle fragile limite se heurter ?

Comment comprendre que des organismes policiers et dévolus à la sécurité publique se soient chargé de la violation de la vie privée de tout un chacun ? Nous sommes en effet coincés entre deux impératifs catégoriques : la protection des personnes et des bien garantie par l’état et la police (même s’il n’est guère sûr qu’ils en soient complétement capables, ni qu’ils puissent nécessairement être les seuls détenteurs de ce devoir), et d’autre part la liberté et la discrétion réservées aux vies publiques et a fortiori privées. Que la police puisse avoir les devoirs et moyens de traquer les terroristes dès lors qu’ils fomentent des attentats terroristes, soit. Encore qu’il faille se demander si l’on n’approche pas là de ce que Philip K Dick, dans Rapport minoritaire avait subodoré : « Précrime a réduit la criminalité de 99,8%. Le meurtre ou la trahison sont devenus très rares, puisque le coupable sait que nous allons l’enfermer en camp de détention une semaine avant qu’il puisse commettre son crime[5] ». Reste que l’impétrant terroriste n’a pas encore fait exploser sa bombe et qu’il faut s’appuyer sur des délits d’association de malfaiteurs, de menace sur la sécurité de l’Etat, des personnes et des biens. L’inconvénient juridique est bien connu : non seulement on emprisonne l’innocent du crime qu’il n’a pas encore commis et l’on peut manipuler des armes sans jamais assassiner un ministre. Reste que voulons impérativement être protégés du terrorisme, y compris par un dôme de surveillance communicationnelle…

Quant à celui qui ne sera jamais un terroriste, il est puni sans même l’ombre de la virtualité criminelle, puisqu’y compris sans le savoir il est épié, enregistré, fiché, qui sait dans quelle perspective d’un délit d’opinion, propos racistes et discriminatoires, souvent stupides ou anodins, parfois rationnels en ce qui concerne une réflexion discriminatoire. Voire de délits d’expression que la loi n’a pas encore prévus…

 

Mais peut-être avons-nous eu la naïveté de confier en toute quiétude les secrets de nos vies à nos IPhones, la rigueur ou la folie de nos argumentations politiques à nos blogs. Valait-il mieux choisir, n’en doutons pas, ces fabuleux déploiements de liberté, ou le « recours aux forêts[6] » du fugitif, comme le préconisait Ernst Jünger, le recours aux malles de fer bourrées de livres imprimées, de carnets manuscrits, cachées dans des sous-sols, des granges lointaines, parmi des rochers montagneux…

 

On devine alors pourquoi, chez Orwell, Big Brother est à l’origine du « Novlangue ». L’hypersurveillance des communications trouve en effet son corollaire dans la traque du langage. Comment y échapper sinon en adoptant une langue nouvelle et vide, conventionnelle et politiquement correcte ? « Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer[7]. » Pour beaucoup en effet, et pour l’Etat-Léviathan anthropophage qui ne saurait avaler une penser de travers, le crime par la pensée vaut pour terrorisme conceptuel. En ce sens, « La liberté c’est l’esclavage[8] ».

 

Ainsi l’état est devenu, au-delà du Léviathan, un Big Brother sans paupière qui ne dort jamais, dont les flashs rétiniens ininterrompus sont d’incessants spams, cookies et pishings, non plus commerciaux, mais politiques, policiers et judicaires. Sa bienveillance sécuritaire voudrait nous faire taire qu’elle n’agirait plus insidieusement. Il faut alors un courage titanesque à un modeste individu comme Edward Snowden pour se dresser seul contre le projet d’hégémonie planétaire du Big Brother communicationnel…

L’Etat comme « hyperutérus imaginaire pour des enfants politiques[9] », selon Sloterdijk, se veut à la fois nourricier et vampire, passant en 1918 de 9% du PBI français à 56 % en 2013. Son cordon ombilical inarrachable relie tous les citoyens par une vascularisation pléthorique en forme de poulpe, le sustentant de salaires, de subventions et d’aides sociales, l’épuisant par une ponction fiscale et taxatoire complexe et ramifiée, le surveillant enfin en restant hyperinformé du moindre battement de cœur, de la moindre activité neuronale. Au-dessus du citoyen infantilisé, règne « l’homme d’état comme chirurgien des peuples[10] », prêt à légitimement retirer du grand corps malade de la société les épines infectées du terrorisme, sans qu’il ait le courage de nous immuniser contre les bactéries délétères d’un Islam fanatique, sexiste et liberticide. La thérapie en serait alors en grande partie inefficace. Reste que le geste intrusif du thérapeute ne doit pas lobotomiser la liberté individuelle libérale, ni étaler sous le microscope antibiotique d’Etat l’intimité des individus. Nul doute que la raison d’état a accouché d’une folie. A la « société ouverte » se sont opposés deux « ennemis[11] », l’islamofaschisme et le PRISM qui devait le combattre. Des alliés objectifs ?

 

En conséquence, cher Big Brother, nous attendons justice : qu’Edward Snowden, nouvel Orwell et antidote à la tyrannie, soit reçu en invité précieux à la Maison blanche et à L’Elysée, qu’il soit de droit citoyen d’honneur des Etats-Unis et de l’humanité…

Cher George Orwell, tu comprendras très certainement mon ironie littéraire, mon amertume libérale et ma fragile jubilation intellectuelle. Tu me pardonneras de te secouer dans ta tombe, de te consoler en reconnaissant tes qualités prospectives et spéculatives. Mais de te rassurer puisque ce texte peut encore paraître, cette lettre encore être entendue, même si la modestie de ce site lui assure l’impunité de la presque invisibilité. Ou bien me tairai-je ? Fermera-t-on mon site, ma connexion, qu’elle soit internet ou neuronale ? Comme Winston, le malheureux héros rebelle, puis anti-héros définitif et niaisement heureux d’Orwell, aimerai-je Big Brother ?

Cher Edward Snowden, tu as mon amitié.

Votre attentionné Thierry Guinhut

Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] George Orwell : 1984, Club Français du Livre, 1956, p 12.

[2] George Orwell, ibidem p 316.

[3] George Orwell, ibidem p 13.

[4] Carlos Fuentes : La Volonté et la fortune, Gallimard, 2013, p 281.

[5] Philip K. Dick : Nouvelles, tome 2, Denoël, 2006, p 350.

[6] Ernst Jünger : Le Recours aux forêts, Christian Bourgois, 1981.

[7] George Orwell, ibidem, p 62.

[8] George Orwell, ibidem, p 14.

[9] Peter Sloterdijk : Dans le même bateau, Rivages, 1997, p 40.

[10] Peter Sloterdijk, ibidem, p 41.

[11] Allusion au titre de Karl Popper : La Société ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979.

 

Orwell-1984.jpgOrwell 1984 Illustré

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 17:12

 

Emmaüs Prahecq, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

L’art laid de la guerre

 

ou

 

Honni soit qui Syrie pense !

 

 

 

 

 

 

Il y a, décidément, au creux de la testostérone de l’humanité un goût pour la guerre et la tyrannie. Mais aussi, ce qui n’échappera pas au lecteur de ce mince article, une vanité pitoyable à vouloir raisonner de toute sa hauteur sur les destinées des guerres présentes et à venir. La lecture de Thucydide, de Sun Tzu, de Clausewitz et de milliers de pages d’actualités et d’opinions ne protègeront pas de la méconnaissance et de l’erreur, surtout prospectives. Il faut cependant tenter de penser l’art et les laideurs de la guerre, qu’elles soient simples rodomontades, ou actions et exactions sur le terrain ; pour l’heure syrien, moyen-oriental, sinon mondial. Honni soit qui Syrie pense ! Car à force d’y chercher le camp du bien, l’on risque fort de s’y lourdement tromper…

 

Quel bal des hypocrites ! La guerre ne serait sale que lorsqu’elle use d’armes non conventionnelles, interdites par la Convention de Genève. Pourquoi les gaz seraient-ils plus infâmes, moins nobles, que le fer et le feu ? Essentiellement parce que les vainqueurs, à moins de vouloir se parer d’une robe d’humanisme en tentant de protéger les femmes et les enfants qui ne sont pas censés demeurer sur le terrain de la guerre, quoiqu’ils y soient invariablement soumis, savent trop bien la volatilité de l’arme que le caprice des vents peut renvoyer vers l’émetteur, selon le principe de l’arroseur arrosé.

Certes, les guerres contemporaines, lorsqu’elles sont menées par quelques démocraties occidentales, ont vu en leur sein et leurs conséquences un réel progrès humanitaire : les frappes dites « chirurgicales », les drones ciblés, l’injonction au respect de l’ennemi, jusque dans une armée américaine capable de s’autoflageller, de condamner ses agents lorsqu’ils se conduisent en tortionnaires, épargnent une part croissante de la population. Mais seulement dans le cadre d’une conscience borgne. L’agent Orange versé sur les forêts du Vietnam par les Américains fit 400 000 morts, sans compter les malformations. Et pourtant ces guerriers ont failli dans leur mission impossible : rendre la liberté à ceux agressés par le communisme, comme ils étaient parvenus à le faire en Corée du Sud. Comme quoi un motif noble et juste ne préjuge pas de la sale laideur de la guerre ; et de son échec.

Une centaine de milliers de morts en Syrie dans le cadre d’une guerre civile ; et c’est seulement lorsque peu de milliers meurent sous les gaz qu’il faudrait se mobiliser ! L’indignation est bien sélective. Mais à moins de mettre un pur soldat de l’ONU derrière chaque paire de bras syrienne de plus de quinze ans et de sexe masculin (et encore…), sans compter les infiltrés jihadistes venus de nations voisines, voire lointaines, la cause est probablement perdue.

Comment choisir entre un dictateur socialiste criminel contre sa propre humanité et un peuple de rares révoltés démocrates et libéraux (cette dernière catégorie étant encore plus rares), de nombreux idéologues, plus ou moins fondamentalistes, salafistes et Frères musulmans, sans compter les pléthoriques jeunes désœuvrés que le goût de la poudre et du sang surexcite, le doigt en érection sur la kalachnikov… Pire, qu’espérer de l’immémoriale détestation entre Chiites et Sunnites, venue d’une pitoyable querelle de succession dans la famille du prophète coranique ? Que penser alors du sort des Chrétiens, coincés entre l’enclume d’Assad et la faux du croissant, victimes expiatoires du jihadisme et du ressentiment, victimes outrageusement oubliées de l’aire arabe entière…

S’il pouvait paraître loisible, sinon judicieux, d’éradiquer un dictateur de la face de la terre, un Saddam Hussein, un Kadhafi, donc un Bachar Al-Assad, on n’est certainement pas confiant en la capacité de peuples que la culture de la démocratie libérale n’a guère irrigués à les remplacer par de plus humanistes régimes. Hélas, la tyrannie, plus ou moins torride, d’un seul homme, d’un seul parti, d’un seul clan, risque de n’être que petit lait devant celle d’un peuple entier contre lui-même, en particulier contre ses femmes, y compris consentantes, peuple agité par les ataviques structures claniques  éprises de conflits et par le démon de l’islam politique, 

Faut-il alors à l’Occident s’en mêler ? Incarner le bien contre l’Assad du mal ? Surtout, faites la guerre, mais avec un couteau propre ! Si chef suprême syrien a bien utilisé un gaz mortel contres ses rebelles, il est probable que ces derniers aient pu l’utilisé de même, contre lui, contre leur propre population, pour pouvoir mieux l’en accuser. Aurait-on là d’ailleurs retrouvé ces « armes de destruction massive » que Washington feignit de ne pas trouver en Irak, alors que Saddam en avait généreusement usé contre ses propres Kurdes ? Ainsi choisir un camp relève-t-il de la gageure, de l’idéalisme niais, à moins qu’il s’agisse d’un calcul politique…

Comment comprendre en effet que Paris, après avoir chassé les djihadistes du Mali, aille leur prêter main forte en Syrie ? La figure du dictateur meurtrier est-elle si haïssable, les yeux grands fermés sur l’abomination de ceux qui œuvrent à le renverser ? Mais, dans le cas malien, il s’agissait moins d’aider un pauvre pays en déliquescence, pas trop tyrannique, de trop facilement chasser une pincée de terroristes abjects, que de protéger les intérêts africains de la France, en particulier la proximité des mines d’uranium d’Areva au Niger. Ne vaudrait-il pas mieux d’ailleurs, pour un hexagone qui n’en a plus les moyens, abandonner toute présence en Afrique, son relent de néocolonialisme, vendre ces mines aux Chinois et acheter l’uranium au prix du marché…

Quant à rétablir la démocratie, la paix et la liberté en Syrie, on sait combien l’occident y a échoué en Afghanistan, en Irak, en Lybie. Il y échouera donc en Syrie ; sacrifiant des soldats (qu’heureusement il n’est guère question d’envoyer), des matériels militaires et des aides humanitaires détournées par des mafias locales, quoique l’envoi de tenues de protections, d’antidotes au gaz sarin soient d’excellentes initiatives. Pensons combien Le palais de l’Elysée est incapable de rétablir cette même paix, sécurité et liberté à Marseille, dans nos banlieues délinquantes et chariaisées, et il voudrait apparaître en chevalier blanc lavant le linge sale d’une poudrière enclavée dans les rets de conflits d’intérêts et d’idéologies du Moyen-Orient, voire du monde entier !

En effet, entre le scorpion chiite iranien et la vipère saoudienne d’une part, la menace russe qui bénéficie d’une base navale sur la côte syrienne et les velléités américaines de mettre un terme aux exactions du maître de Damas d’autre part, sans compter la poudrière libanaise et le coin israélien, cette seule démocratie réelle au succès économiques avérés, qui blesse en majesté la susceptibilité arabe, il faut craindre la réaction en chaîne. En conséquence, un égoïsme nécessaire, et peut-être une sagesse olympienne, devraient nous ordonner ne pas mettre la main, pas si propre, guère immunisée, dans le panier de crabes syrien et moyen-oriental. Il ne nous restera plus qu’une pieuse et laïque pensée pour tous les innocents sacrifiés que nous ne pouvons aider à leur juste mesure. En particulier, puisqu’il faut user d’une judicieuse discrimination, tous ces chrétiens que nous pourrions être inspirés de recueillir, en une immigration bien moins dangereuse que d’autres, comme ces Coptes d’Egypte, hélas si maltraités, quoiqu’il faudrait s’assurer que chez nous ils abandonnent cette coutume d’une barbarie inouïe : l’excision.

 

 

L’on sait, mais pas assez, que les gouvernements aux abois, incapables d’assurer l’équilibre économique et libéral de leur pays, se rabattent sur les faits d’armes, qu’ils espèrent devenir des hauts faits, pour racheter leur impéritie. Ainsi le fascisme argentin envoya ses troupes sur les Malouines, heureusement taclé par Madame Thatcher, ce qui contribua d’ailleurs à assurer la chute des militaires de Buenos Aires. Ainsi, la France, à demie ruinée, agita l’étendard du mirage en envoyant les Rafales bombarder Kadhafi. L’affaire, pour des raisons géostratégiques (il n’y avait pas grand monde pour soutenir le Richard III des sables) était certes moins risquée qu’aujourd’hui. Le Président Sarkozy réglait ainsi une vieille rancune, lorsque pour des raisons économiques il avait été forcé de recevoir les tentes luxueuses du dictateur, par ailleurs complice actif du terrorisme, sur les jardins de l’Elysée. Un infâme tyran est tombé, soit ; mais l’on ne sache pas que la Lybie s’en soit relevée, infiltrée qu’elle est par le fondamentalisme, les guérillas claniques, et les jihadistes qui ont essaimé au Mali et ailleurs. Mali provisoirement débarrassé par la geste du Président Hollande (qui voudrait dépasser Sarkozy en ses hauts faits d’armes) de ses derniers, mais sans la moindre assurance de pérennité et de paix, à moins de placer un soldat français derrière chaque grain de sable saharien, derrière chaque motte de terre sahélienne. Sans que l’on sache encore si, à long terme, le ressentiment terroriste ne frappera pas la France. Non qu’il ne faille pas lutter contre ce dernier. Mais, encore une fois, assainissons notre territoire avant de prétendre gendarmer la planète aux côtés des Américains, pas toujours mieux armés que nous en ce domaine. Et dont certains inclinent à penser que le Moyen-Orient et ses conflagrations barbares, ses printemps arabes qui courent vers des étés à quarante degrés, ne sont plus qu’une zone sale et perfide, qu’il vaudrait mieux abandonner à ses démons, en lui préférant les économies émergentes, d’autres marchés pétroliers, son propre développement, y compris de gaz de schistes.

 

En combattant Assad, la France voudrait-elle faire allégeance à l’Islam, pour s’assurer son indulgence, bien illusoire ? Graisser la patte de l’Arabie Saoudite et du Qatar, alliés et instigateurs de la rébellion djihadiste en Syrie, qui n’accorderont aucune clémence aux infidèles, laïcs et athées, et préféreront le couteau déterminé de l’Islam conquérant ? Se positionner dans le cadre des géostratégies énergétiques en cours, lorsque des gazoducs venus de la péninsule arabique seront en concurrence avec les immenses champs pétrolifères et gaziers sous-marins, entre Syrie, Chypre et Israël, ce dans le contexte de l’affrontement des intérêts russes et américains ?  Ou encourager cette industrie de l’armement qui est un pilier économique français, en graissant la patte des pétromonarchies elles-mêmes clientes ? Il ne faudrait pas mécontenter le Qatar, aux investissements pharaoniques et religieusement prosélytes en notre hexagone…

  En effet, hors la vanité d’incarner la splendeur du bien, les mobiles, y compris peu ragoutants, sont nombreux, y compris lorsqu’il s’agit de lécher le talon d’islam qui en France vote à gauche avant de vous écraser. C’est ainsi qu’honni soit qui Syrie pense… N’y pas penser serait peu charitable, quoique la pensée n’ait aucun effet sur ceux à qui l’on pense. Penser en gesticulant sans rien y faire ne servirait qu’une abjecte bonne conscience, à peine repentante. Penser et agir serait-il assuré d’autre chose que de la satisfaction morale sans effets, voire aux effets discordants et pire que les maux à curer ? Des frappes ciblées (sans pouvoir annihiler les armes chimiques) et symboliques sur le régime, les matériels et les sbires d’Assad, pour s’attirer l’ire de Poutine et la détermination réactive farouche des Alaouites et des Chiites qui s’estiment incompris par un Occident honni ? Une zone d’exclusion aérienne ? Des livraisons militaires ? Tout ce trop et ce presque rien pour que l’explosion civile qui tente de balayer le régime y substitue une collection de guérillas entre factions rebelles, exponentielles et contagieuses hors des frontières syriennes ; mieux, un djihadisme vainqueur ? Précipiter la Syrie de Charybde en Scylla ? Serait-ce réellement protéger les civils, lorsque s’efface la distinction entre civils et militaires ? Tout cela, qui plus est, sans l’aval de L’ONU et de son conseil de sécurité qui autorisa les frappes de l’OTAN sur la Lybie en 2011, mais qui saura se prémunir du véto russe et chinois ; pire encore, sans l’aval de la Ligue arabe ? Et pour que l’Occident, qu’il vaudra mieux taxer d’indifférence, de pusillanimité, apparaisse comme un chien dans un jeu de quilles, un agresseur indu…

 

Il faut hélas avec réalisme s’en accommoder et s’en prémunir : l’homme, voire la femme, aime la guerre. Pour le plaisir de la sueur et du sang, pour la satisfaction d’une volonté de puissance, d’une libido dominandi, d’une exacerbation virile de l’honneur. Et s’il ne la fait pas lui-même, comme les chefs d’état et leurs parlements abrités par les ors de leurs palais, ces derniers y envoient leurs soldats sacrifiés ; ou, tout du moins, si l’opinion consent à renâcler, ils se contentent d’une gesticulation oratoire viriloïde, idéaliste et autosatisfaite, aux frais du contribuable qui n’en peut mais.

Certes le personnage de Poutine, dangereux sécateur des libertés, devient de plus en plus autocratique et postsovétique, allant jusqu’à réhabiliter Staline. Certes, il a lui-même utilisé les armes chimiques contre les Tchétchènes ; et livré des stocks au régime syrien. A ce triste personnage, allié intéressé d’Assad, auquel il n’a pas su conseiller le dialogue au début du conflit syrien, à ce complice d’un écrasement, il faut pourtant reconnaître une salutaire absence totale de naïveté envers l’islam politique et ses séides, dont il connait trop l’activisme sur ses marches caucasiennes. Un cynique dirait qu’il vaut mieux lui laisser la manipulation des braises, plutôt que de tenter d’éteindre ce foyer dont les doses létales parcourent à des degrés divers tous les pays arabes, sans compter l’Occident qui en accueille l’immigration…

 

La guerre est-elle un art ? Il faut alors se demander, dans une démarche également éthique, si l’art peut être cruel. Comme une belle partie d’échec, mais, de plus, avec une conjonction de la stratégie et de la nécessité humaniste. N’y résistent que les guerres nécessaires et moralement justifiables : se défendre contre les tyrannies, comme lorsque La Fayette vint contribuer à l’indépendance et à la justesse de la constitution des Etats-Unis. Service d’ailleurs rendu lorsque les Nazis ne furent chassés d’Europe qu’avec l’aide américaine. Art éthique en ce cas et cependant forcément laid, contraignant la liberté individuelle à abdiquer devant le dilemme discutable entre raison d’état et raison politique juste. Art laid de dommages collatéraux et de bombardements iniques sur Dresde et Hiroshima, dont les conséquences vont jusqu’à Guantanamo, jusqu’aux cercueils drapés de tricolore au retour d’une veille perdue contre le terrorisme taliban dont il faut se désengager. Veille pourtant peut-être nécessaire comme l’est la veille de la civilisation contre la barbarie. Comme la neutralité suisse, armée autant d’une saine économie que des moyens d’une guerre de défense, comme la force d’Israël, malgré d’inévitables et lourdes maladresses… Art à réinventer pour que le seul ennemi de la guerre soit la guerre elle-même.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 12:10

 

Stalles de l'abbatiale de Saint-Maixent, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Démocratie libérale

 

versus tyrannie constructiviste...

 

 

 

 

      Nous croyons vivre en démocratie, ce concept fétiche de notre temps… Mais s’agit-il d’une démocratie des libertés, qui devrait rayonner de ses Lumières ? Certes, le peuple est souverain. Pourtant, nanti de cette souveraineté comptable dans les urnes, il aboutit non à une extension du domaine de sa liberté, mais à une extension socialiste du domaine de l’Etat aux dépens de la propriété et des initiatives économiques. Comment en sommes-nous arrivé à cette dangereuse extrémité ? Sinon par une insatiable demande à vivre aux dépens d’autrui et de sa prétendument indécente richesse, au nom de cette envieuse égalité qui parvient non seulement à castrer les libertés, mais à s’appauvrir elle-même…

 

     Parler de seule démocratie n’a aucun sens : un peuple peut majoritairement voter pour une tyrannie, donc démocratique. Il faut qu’il ait démocratie libérale, c’est-à-dire incluant le respect des libertés individuelles, politiques, à savoir de penser, d’expression, de publication, d’association, en dépit de tout diktat religieux et sociétal, enfin économiques, à savoir d’entreprendre, d’investir, de dépenser et d’épargner. Cela doit passer par un gouvernement constitutionnel et représentatif, une séparation des pouvoirs, mais aussi un gouvernement le moins intrusif possible, aussi bien dans la vie privée qu’économique de ses citoyens que dans le domaine fiscal, forcément minimal, dans le cadre d’une société ouverte.

      Quant au constructivisme, il s’agit d’une propension politique selon laquelle les choix publics doivent être guidés par la nécessité et la volonté de construire un certain type de société, qu’elle soit fasciste ou théocratique, socialiste ou communiste, ou encore théocratique, voire écologiste. Il est de toute évidence contraire à l’individualisme libéral qui, selon Friedrich Hayek consiste à « reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, [à] croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes[1] ».

      Grâce au pouvoir du peuple souverain, de cette volonté générale rousseauiste, de cette oppression perpétrée par la majorité que dénonça Tocqueville, nous sommes depuis trois décennies, à des degrés divers, en démocratie socialiste. Une démocratie dans laquelle le peuple et ses représentants, drogués à la dépendance et à la toute-puissance de l’état conduisent, avec application, persévérance et succès, la France autour des dix pour cent de chômeurs et vers la récession économique. Ainsi, la démocratie, quelques soient les alternances politiques, conduit les édiles des collectivités locales et de l’état selon son cœur antilibéral et selon la poche percée de sa faim de subsides publics.  

      Faut-il citer le droit au logement opposable, le blocage des loyers et les menaces de réquisition de logements vacants, pour montrer combien la propriété est bafouée, aggravant encore plus la raréfaction et la cherté de ce même logement ? Faut-il citer les fantasmes de nationalisation d’entreprises, surtout lorsqu’elles ne sont plus rentables et en dépit de toute rationalité comptable et économique, fantasmes partagés parmi à peu près tout le spectre politique ? On n’aura là que deux exemples des aspirations démocratiques décidées, contre tout bon sens, à chasser les pauvres restes de libéralisme économique de l’espace français…

      Quand l’Etat est plus lourd, plus pesant, plus lent, plus dispendieux que les libres entreprises privées, il ne faut pas s’étonner que son soviétisme latent, par le biais des prélèvements obligatoires, des contraintes et des normes, aboutisse à l’appauvrissement généralisé. Y compris à l’appauvrissement des esprits qui ne parviennent plus à imaginer pouvoir voler de leurs propres ailes et prendre le risque de la liberté, le risque des start-up, de l’investissement individuel et du capitalisme de chacun.

      Quand l’Etat pompe l’énergie des forces vivantes de l’économie en absorbant près de 57 % du PIB, alors que la Suisse, par exemple, n’en consomme que 35%, nous ne nous étonnerons pas que la capacité à la croissance soit arasée. Quand on parvient à contrevenir au droit de propriété du revenu au point de voler 75 % d’une ressource pour la satisfaction égoïste d’un état-providence à bout de souffle, il ne faut pas s’étonner de l’éradication et de la fuite de l’aristocratie des affaires et de l’entreprenariat. Sans compter que selon le célèbre adage, trop d’impôt tue l’impôt, le rendement de l’impôt est inversement proportionnel à l’augmentation de son taux, donc, non seulement confiscatoire, mais aussi autophage et finalement autodestructeur…

      Quand le principe de précaution et les diktats écologistes, partagés au-delà de la microsphère des militants, lacèrent la recherche et le développement, préférant le statut quo sur les produits phytosanitaires cancérigènes à l’innocuité des OGM ; quand les gaz de schistes sont des démons attentatoires à la déesse Gaïa ; quand la rétractation nationaliste du patriotisme économique se conjugue avec l’atonie devant les atteintes aux libertés proférées par l’acculturation islamiste, ne faut-il pas craindre que l’obscurantisme ouvre la porte à la disette et à la censure ? Enfin, quand les penseurs libéraux, du lycée à Sciences-Po, ne sont guère ou pas enseignés, à l’égal des keynésiens et des marxistes, le formatage dans l’éducation ne peut aller que jusque vers l’hémiplégie intellectuelle et politique.

      Hélas, la cécité généralisée devant l’incurie financière et gestionnaire de l’état, dont le château de dettes menace de s’effondrer en écrasant le bas peuple, la cécité devant l’évidence du bon sens économique bafoué, aboutissent à une négation suicidaire des fondements comptables de la réalité, donc à l’assèchement des initiatives entrepreneuriales. Nous n’avons jamais été aussi près de la tyrannie communiste, non par la faute d’un putsch léniniste, mais à la faveur de la volonté démocratique. Au contraire de la Suisse, de l’Allemagne, de la Suède et du Canada qui, à des degrés divers, ont réduit le poids de l’état, permettant leurs succès, non seulement économiques, mais aussi sociaux, puisque le chômage y est deux fois moins lourd que dans notre cher hexagone…

      « La démocratie libérale prétend être un gouvernement responsable, un ordre politique dans lequel le gouvernement doit répondre de ses actes devant les gouvernés », imaginait Leo Strauss[2]. Hélas, le gouvernement étant l’émanation, la créature et le produit désirés d’une volonté générale perverse, c’est alors à peine s’il doit et peut répondre de ses actes et de leurs conséquences. Une énorme majorité désirant plus de prestations sociales, plus de prélèvements et de prêts, par voie de conséquence plus de dettes, aux dépens des prétendus exploiteurs que sont les chefs d’entreprises, les actionnaires, les financiers, sans compter les classes moyennes, il est dans l’ordre de sa logique de ne pouvoir demander à elle-même des comptes sans se décrédibiliser. C’est ainsi que la démocratie autodétruit sa prospérité et sa liberté d’action. En ce sens le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes va à l’encontre de la finalité attendue : le devoir des peuples d’aller vers plus de liberté et de prospérité est bafoué par la course des peuples vers leur fossoyeur.

      Dans le cadre de cette tension entre libéralisme et démocratie, Serge Berstein nous avertissait : « là où les libéraux choisissent la liberté et la propriété, fût-ce aux dépens de l’égalité, c’est sur cette dernière qu’insistent les démocrates, fût-ce au risque de la suppression des libertés et de l’atteinte à la propriété.[3] » Nous y sommes : la France a choisi la pente savonneuse de l’addiction démagogique à la démocratie socialiste. A contrario, la démocratie libérale n’est soumission ni aux préjugés et décisions de sa majorité, ni, cela va sans dire, au matérialisme, ou à quelque religion que ce soit ; elle doit rester la garante des libertés individuelles, non seulement économiques, mais intellectuelles et spirituelles. Faute de quoi, sans sagesse de savoir être libérale, la démocratie flirte avec la tyrannie et la servitude volontaires. Reste à savoir si nous pourrons redresser la barre d'un tel pourrissant bateau rouge, sans violences…

 

Ars-en-Ré, Charente-Maritime. Photo : T. Guinhut

 

 

      Qui eût cru qu’après l’effondrement du bloc soviétique, les contrées paisibles de la démocratie européenne, et surtout française, puissent être saisies par les pieuvres de la tyrannie constructiviste ? Pourtant, force est de constater que, sur les plans pénal et policier, fiscal et social, économique, sans compter la pensée, les bras torves et puissant de la bête viennent étreindre la France de leurs ventouses répugnantes.

      De paisibles manifestants sont aspergés de gaz lacrymogènes, parfois violentés, emmenés en garde à vue, certes dans le cadre de manifestations non déclarées, non autorisées, mais aussi de « veilles » sans attroupements. Quoique l’on puisse penser de la légitimité intellectuelle de la conviction des « anti mariage pour tous »,  de l’opportunité d’encore manifester contre une loi démocratiquement votée, les moyens policiers employés sont pour le moins disproportionnés. Au point que le Conseil de l’Europe ait cru bon de tancer la France pour son « recours excessif à la force ». Le cas du jeune Nicolas, condamné à deux mois de prison ferme, est à cet égard alarmant. Pour s’être verbalement élevé (et on le comprend) contre une arrestation abusive, et avoir refusé un prélèvement ADN, en la demeure on ne peut plus indu… Police et Justice se font ont ici craindre en toute brutalité, rompant le lien de confiance qui aurait du s’établir entre ces institutions républicaines et le simple citoyen. D’autant que les manifestants d’extrême-gauche, les agriculteurs saccageurs, les racailles pilleuses bénéficient de forces de police moins lourdes et surtout plus conciliantes. Pourquoi ? Parce qu’ils assurent la base de l’électorat de gauche, parce qu’ils sont plus violents. Pensons aux casseurs syndicalistes et cégétistes, qui ont failli bénéficier, sur proposition du Sénat, d’une loi d’indulgence et de relaxe pour leurs méfaits. Une police aux ordres, une police politique… Quand la justice relaxe ou du moins offre le sursis à de réels délinquants, de plus n’osant pas revoir sa position sur les mineurs, d’autant plus actifs et délétères qu’ils sont à peu près inattaquables. Pire, la police et la justice, dites républicaines, abandonnent de nombreux quartiers qui à des mafias, qui à la charia…

      Pourtant, la justice parait d’une sagacité, d’une vélocité admirables lorsqu’elle va fouiller les poubelles de la corruption affairiste et politique : haro sur l’affaire Bettencourt, haro sur l’affaire Tapie ! Enfumage médiatique et acharnement de magistrats roses et rouges sur de vieilles lunes, pour faire oublier au présent les nombreux édiles socialistes menacés ou réellement condamnés. Au point que la transparence de la manœuvre -viser et abattre Sarkozy- en devienne obscène, que l’on finisse par se prendre d’amitié pour ce dernier et pour Tapie. Ne serait-ce que parce que la faute est aux textes sur le financement des partis, qui devraient être, au lieu de pseudo-moralement contingentés, absolument libres et publics. Par ailleurs, quand on sait combien Tapie fut spolié à l’occasion de la nationalisation du Crédit Lyonnais (l’une des plus grandes banque mondiales, ainsi dévastée, et dont les archives ont opportunément brûlé) on parviendrait à prendre fait et cause pour lui. Peut-être, « en bande organisé », a-t-il pu infléchir son dossier et bénéficier d’un arbitrage et d’un remboursement indus, il n’en reste pas moins que ce qui n’est peut-être pas un vol d’un particulier aux dépens de l’Etat, est passible du pénal quand le vol institutionnalisé et permanent de l’Etat et de son oligarchie à l’encontre des entreprises et des individus est sanctifié au nom du mythe coûteux et contreproductif de la solidarité sociale.

      Car la pieuvre, outre des bras policiers et pénaux, à de longs bras fiscaux et sociaux. Une fiscalité à plus de 50 % qui est un flagrant désaveu au droit de propriété tel qu’inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; une dépense publique (57% du PIB) qui croit sans cesse ; un déficit public qui, malgré les véreuses promesses, se creuse à 3,7% ; une dette abyssale creusant le dos de chaque citoyen vivant et à naître ; une courbe du chômage qui ne se s’inverse pas (sinon au moyen d’emplois de fonctionnaires, d’emplois aidés, d’artifices statistiques, grâce à des changements de catégorie) ; un exil entreprenorial exponentiel ; un travail au noir incommensurable… Sans compter le contrôle fiscal, dont on se demande parfois s’il est, moins que comptable, politique. Un projet de loi fiscale (n°1011) est à cet égard éclairant : il prévoit d’autoriser à recourir « à tout mode de preuve, y compris illicite », pour pratiquer l’inquisition. Notre Etat aurait donc tous les droits, y compris illicites ? Jusqu’à ce que la tyrannie devienne licite au vu de tous.

      La « police de la pensée[4] » voit ses bras fourmillants lui pousser de partout. Il y a une pensée correcte, progressiste et sociale, de gauche, keynésienne et multiculturelle (y compris si ce multiculturalisme est offert à une monoculture rétrograde, intolérante et criminelle). Il y a des pensées dites « populistes », « néo » ou « ultralibérales », qui ne méritent que le mépris et la stigmatisation. Les lois Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben, ces lois mémorielles, permettent à des associations comme SOS Racisme, voire d’obédience islamiste, de jeter devant les tribunaux ceux que la liberté d’expression chatouillerait… Que certaines pensées soient nauséabondes, antisémitisme de Céline ou phrases d’un livre prétendument saint que nous ne nommerons pas, soit. Mais faut-il sonder, les pages, les reins et les consciences devant des tribunaux qui, par ailleurs,  feraient mieux de s’occuper de la réelle criminalité ? Qu’il soit nécessaire de pouvoir, sur un site gouvernemental, « signaler des comportements illicites sur internet », quand il s’agit d’escroqueries ou d’usurpations d’identité, bien. Mais ne risque-t-on pas là de signaler un discours de haine qui n’en est pas un et qui, de plus, n’est qu’un discours ? La haine musulmane -des Juifs, de l’Occident, des libertés- est tolérée, quand la critique de celle-ci est soupçonnée des pires bassesses. Sans oublier que pensée et information ne vont pas l’un sans l’autre. Il ne faut pas dire l’origine ethnique et culturelle de la délinquance, le coût de l’immigration (dépenses sociales sans compter sa délinquance) supérieur de 0,2 % aux gains. Quant aux journalistes qui publieraient des informations sur le consultable patrimoine des élus, ils pourraient encourir jusqu’à deux ans de prison, ce dans la cadre d’un projet de loi sur la Transparence. Risible transparence. Si ce n’était si grave…

 

      Ce n’est plus en ironisant qu’il faudra qualifier la France de dernier état communiste d’Europe. Sa pieuvre étatique s’accommode et s’emmêle des pieuvres délinquantes et théocratiques, ce aux dépens du citoyen et de la démocratie libérale enfuie. Comment briser leurs bras ? Quelle explosion ? Quelle paisible vague de conscience et de libertés ? À cet égard, Friedrich Hayek, toujours judicieux à l’encontre du planisme constructiviste, conseillait : « Il vaut mieux créer des conditions favorables au progrès que faire des plans de progrès[5] ». Reste qu’entre peste brune des partis d’extrême droite, peste rouge et rose des socialismes et communismes, pestes vertes de l’écologisme et de l’Islam, la pieuvre constructiviste s’étale comme hydre de Lerne aux bras lourds et sans cesse renouvelés, complices ou concurrents, tous cependant ligués contre la démocratie libérale…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Friedrich Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 49.

[2] Leo Strauss : Nihilisme et politique, Rivages, 200, p 92.

[3] La Démocratie libérale, sous la direction de Serge Bernstein, PUF, 1998,  p 915.

[4] Pour reprendre la formule de Georges Orwell dans 1984.

[5]  Friedrich Hayek, ibidem, p 170.

 

Vallée d'Engelberg, Suisse. Photo : T. Guinhut

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:51

 

Jo Zagula : Abécédaire en relief, éditions Lucos, Mulhouse, 1955.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Euphémisme et cliché euphorisant,

 

novlangue politique.

 

 

 

 

Tout pouvoir politique sait agiter la baguette du langage, bruissante des phylactères de la pensée magique : aujourd’hui ce novlangue a nom euphémisme et cliché euphorisant, ces effaceurs de bibliothèque et de vérité. Tous les pratiquent et les entérinent, tous ces acteurs politiques que sont les médias, les administrations, jusqu’à l’éducation, en un panurgisme effarant. L’état de notre langage n’est-il pas le reflet de l’état de nos sociétés ? Plus il est loin du réel, plus le réel est désastreux. On remédie au langage, faute de remédier au réel, que ce soit dans le domaine social, de la justice ou civilisationnel, en annonçant un messie sociétal qui ne viendra pas, ange cachant un démon…

 

Une grève n’est plus une grève. Même plus un conflit social, ce serait trop brutal, mais un mouvement social. Sans vouloir un instant mettre en cause le droit de grève, cette liberté fondamentale, il est nécessaire de relever que la grève est trop souvent une défense d’un corporatisme professionnel et syndical au détriment de l’activité entrepreneuriale. La défense des salariés devient une prise d’otage, non seulement du public, des clients, des fournisseurs et des entrepreneurs, mais aussi des non-grévistes. Le mouvement social signifierait-il qu’en travaillant les salariés sont immobiles, et que c’est seulement en faisant grève qu’ils se bougent, exclusivement dans le sens de leur progrès social ? C’est alors qu’ils sont dans l’action, qu’ils se mobilisent, signifiant sûrement qu’hors ce moment festif du ressentiment, trop souvent anti-économique, ils sont en permanence démobilisés… L’euphémisme serait loufoque s’il n’était le masque d’une tyrannie.

Modèle social et service public sont des formules sacro-saintes, au point que nos voisins, plus heureux au moyen de réformes libérales (du Chili à la Suisse, en passant par l’Allemagne), les ont abandonnées ou ne les ont jamais empruntées. Qui voudrait de notre protection sociale exsangue, de notre système de retraite à bout de souffle, de notre sécurité sociale déficitaire, de notre coûteux assistanat profitant trop souvent à des immigrants inoccupés, que smic, charges et code éléphantesque du travail contribuent à écarter du marché du travail. Ce dernier n’ayant d’ailleurs plus guère du marché, sur-réglementé qu’il est, aimanté par Pôle Emploi, autre réjouissant euphémisme pour agence de congestion du chômage…

Le dogme du service public parait inattaquable. Mais pourquoi la SNCF par exemple ? Pourquoi pas la voiture, le pain du boulanger, bien plus nécessaires ? Alors qu’outre-Manche on a privatisé le chemin de fer avec un succès que l'Etat n'a cependant pas permis de pousser à sa meilleure efficacité, alors que le Japon est un modèle à cet égard. Le service public est alors un abus de langage, une confiscation du public et des deniers publics par une corporation syndiquée arcboutée sur des privilèges indus, comme les aiguilleurs du ciel qui travaillent trois jours par semaine pour un salaire fort confortable et sont par conséquent deux fois plus nombreux qu’au Royaume-Uni et en Allemagne pour le même service. Quand la pression fiscale qui les surpaie est un sévice public…

 

 

Admirons combien dans le domaine de la délinquance et de la criminalité le langage parait avoir désamorcé le danger. Dans les quartiers sensibles, ouverts au multiculturalisme, des personnes connues des services de la police se sont livrées à des incivilités qu’excuse leur exclusion. Admirable novlangue. Que chaque personne sensée traduira pourtant ainsi, n’en déplaisent aux oreilles chastes qui devront fermer les yeux sur les lignes suivantes : dans des poches de charia, des délinquants et criminels récidivistes, pour la plupart immigrés depuis l’aire arabe, ont saccagé, pillé, violé, tué. Alors que la république a déversé sur leurs quartiers la manne financière de la politique de la ville et les moyens de l’éducation républicaine ; hélas trop souvent en pure perte. Si la précédente phrase était peut-être excessive et caricaturale, c’est que l’on n’a pas su dire la vérité avec nuance et précision dans la première…

Le concept d’islamophobie (terme né en Iran sous Khomeiny) parait lui bien loin en apparence de l’euphémisme. Pourtant, par le biais de la stigmatisation et du déplacement du mal, ce dernier est affadi, effacé. Il est alors indécent, immonde, voire hérétique contre les valeurs du vivre ensemble, que d’avoir peur de l’Islam, de le révoquer. L’islam est euphémisé par la culpabilisation a priori de son rejet. Même s’il ne s’agit en rien de rejeter et de haïr a priori et par préjugé tous ceux qui pratiquent et professent en paix cette religion, mais de les protéger. Le juste islamophobe sait ce qu’il craint et désire écarter : ce qui dans le Coran participe de la misogynie active et criminelle (dans la sourate sur les femmes), du jihad conquérant, du mépris injurieux envers le judaïsme, le christianisme et l’athéisme, aux conséquences criminelles. On ne confondra donc pas l’islamophobie raisonnée ni avec le racisme ni avec l’antihumanisme.

Multiculturalisme, Vivre ensemble… Quelle ironie lorsqu’ils sont justement invalidés par des cultures (est-ce là encore euphémisme ?) qui ne veulent pas du multiculturalisme, qui ne veulent vivre qu’entre soi, pratiquant l’exclusion, la discrimination, l’intolérance, l’impérialisme théocratique… Il faudrait alors tendre la joue gauche quand le christianisme est plus désavoué, voire assailli de christianophobie, que cette religion de paix et d’amour (euphémisme) qui voile, excise, réduit en esclavage et lapide. En ce sens, déplacer la faute de l’islamophobie sur la victime et non sur le coupable est de l’ordre de l’euphémisation, espérant apaiser la violence inapaisable en une sorte de Munich laïque devant le totalitarisme du croissant.

 

C’est alors que l’envers du cliché euphorisant est le cliché stigmatisant. Comme lorsqu’ultralibéralisme et néolibéralisme, ces concepts parfaitement creux, paraissent signifier la violence capitaliste du renard libre dans le poulailler libre. Ils évitent de s’interroger sur le sens réel du mot libéralisme, pourtant à la portée de tout curieux de dictionnaire et de philosophie politique, quoique malgré la richesse séculaire de sa pensée il ne soit guère enseigné. Quand l'euphémisme fait son Tartuffe en couvrant de charme la plaie qu’on ne saurait voir, l’hyperbole infamante couvre de plaies imaginaires une plus douce réalité : celle de la liberté économique et des mœurs qui déplaisent tant aux professionnels du pouvoir, du clientélisme, quand la liberté de ceux qui ne seraient plus leurs gogos les rendraient inutiles. Il ne faudrait surtout pas voir qu’une grande partie du personnel politique et administratif est non seulement inutile mais nuisible. L’étatisme alors perdrait son prestige, une bonne part de ses hauts et bas fonctionnaires, ses élus empilés et cumulards…

 

 

Hannah Arendt a pointé le rôle de l’euphémisme et du « cliché euphorisant » pour faire entrer l’absolu du mal dans la « banalité du mal ». Eichmann œuvre au service de « la solution finale », non d’un massacre, use d’un procédé prophylactique, dans le cadre d’une bureaucratie aux parfaits rouages au sein d’un idéal de mille ans en cours de réalisation. En ce sens l’abjection est accomplie en toute innocence du fonctionnaire zélé… « Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression et de conduite conventionnels et standardisés ont socialement la fonction de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. »[1] Eichmann s’est consolidé une douce armure de langage reçue en héritage idéologique : « pour chaque période de sa vie et pour chacune de ses activités, l’accusé disposait d’un cliché euphorisant[2] » Par exemple : « Mon honneur est ma loyauté » (…) ces formules  « Eichmann les qualifiait de « mots ailés », et les juges de « bavardages creux »[3] ». Le pouvoir totalitaire fait main basse sur le langage qu’il travestit en éloges pour soi et en euphémismes pour l’autre s’il doit disparaitre sans heurter les sensibilités : «  Des diverses « règles de langage » méticuleusement mises au point pour tromper et pour camoufler, nulle n’eut un effet plus décisif sur l’état d’esprit des tueurs que ce premier décret du temps de guerre émis par Hitler, dans lequel on avait remplacé le mot « meurtre » par l’expression « accorder une mort miséricordieuse »[4] ». Hélas, il n’y a là euphorie que pour les vainqueurs…

 

Au-delà de la fonction d’adoucissement du réel, l’euphémisme et le cliché euphorisant ont une autre fonction : par le biais du langage, un pouvoir intellectuel et politique s’arroge la toute-puissance. Au miel de son euphorie il attire ces mouches que sont le badaud, le peuple d’électeurs captifs, qui veulent croire, au sein chaud de leur servitude volontaire, en une utopie. Jusqu’à ce que mal lui en prenne. Ceux que frappe la ruine des euphémismes et des clichés, qui voient le roi nu et le réel dévasté derrière l’éventail enjoliveur des mots, se révoltent, votent ailleurs, voire là où il ne faudrait pas, attirés par d’autres mots magiques qui cachent leurs maux et enveniment ceux des électeurs trahis…

Comment reconnaître le cliché euphorisant ? Il est bien souvent ronflant : Ministre du redressement productif, qui sent son marteau conceptuel marxiste, qui ne redresse, ni ne produit rien, sauf des impôts dirigés dans une usine à air… Ou alors c’est une antiphrase, comme la République Démocratique Allemande qui était bien moins démocratique que la Fédérale, l’Allemagne de l’ouest.

Curieusement le verlan et les anglicismes peuvent jouer un rôle étrange. Un noir devient un black, un arabe un beur, dans le dernier chic du parler racaille. Ce qui sonne plus swag, plus rap. Ce qui côté Français de souche (s’il en est) parait infamant, identitaire, devient du côté black et beur du dernier chic identitaire…

L’euphémisation du monde s’accompagne alors de la surévaluation hyperbolique d’un autre monde, lorsqu’il n’a plus les barrières de la pudeur, du surmoi, du respect d’autrui pour s’affirmer. Le combat des mots, s’il ne sait pas rester ou devenir sage argumentation, peut précéder le combat des hommes. En conséquence, on peut lire l’euphémisation, mais aussi son double, la violence de l’hyperbole euphorisante, comme une élimination programmée des concepts moraux, le vrai, le bon, le bien ; comme une victoire du cynisme sur la vérité.

 

 

Dans 1984, Orwell prophétisait : « Il était entendu que lorsque le Novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l’Ancilangue serait oublié, une idée hérétique -c’est-à dire une idée s’écartant des principes de l’Angsoc- serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots.[5] » Orwell laissait entendre, à la suite d’Hayek, que le socialisme anglais deviendrait un Big Brother du langage. Quoique le Royaume-Uni ait choisi une voie plus libérale, cette ambition est devenue celle du socialisme français, mais seulement si nous voulons bien l’entendre de cette oreille. Au contact des vocables magiques de l’euphémisme et du cliché euphorisant les mots fondamentaux s’effritent. Si nous ne voulons pas succomber à la perte du langage, relisons Hayek : « La plus grande victime dans cet ordre d’idée est le mot : liberté. On l’emploie dans les Etats totalitaires aussi généreusement qu’ailleurs. (…) Nous avons vu plus haut le même abus des mots : justice, loi, droit et égalité. On pourrait allonger la liste et y aligner tous les termes courants de morale et de politique. (…) le langage devient totalement vicié, les mots sont comme des coquilles vides, dépourvus de toute signification[6] ». Heureusement, il n’y a plus grand monde pour écouter le novlangue de l’euphémisme et du cliché euphorisant. Ce qui fonctionne comme la méthode Coué, comme une suggestion hypnotique, dont nous ne sommes pas dupes, jusqu’à ce que la violence du réel déchire les paupières…

 

Il faut alors « prendre ses distances avec les épidémies d’opinion », selon la formule de Sloterdijk, qu'elles soient socialistes, fascistes, communistes, théocratiques ou écologistes... Déchiffrer « que sur les abstractions mortelles se dépose un voile de langage coloré qui fait croire à la viabilité et à la lisibilité de ce qui n’est ni viable, ni lisible[7] ». L’Etat, cet « ogre philanthropique[8] » socialiste (qu’il soit de droite ou de gauche, depuis trois décennies françaises), ses affidés et clients, ses maîtres chanteurs syndiqués et autres médias, non content de dévorer le vocabulaire avec des dents de rose, dévorent une prospérité économique en recul ainsi que l’espace de nos libertés. Ne faut-il pas dire de l’euphémisme, du cliché euphorisant, ces saintes huiles du novlangue contemporain, ce que disait du relativisme Karl Popper : « Le relativisme est un des nombreux crimes perpétrés par les intellectuels. Il est une trahison à l’endroit de la raison et de l’humanité[9] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Hannah Arendt : Considérations morales, Rivages, 1996, p 26-27.

[2] Hannah Arendt : Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, 2010, p 1069. 

[3] Ibidem : p 1119.

[4] Ibidem : p 1123.

[5] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 320.

[6] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 115-116.

[7] Peter Sloterdijk : Ni le soleil ni la mort, entretiens avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, p 98 et 117.

[8] Octavio Paz : « L‘ogre philanthropique », Le Débat, Gallimard, janvier 1981.

[9] Karl Popper : A la Recherche d’un monde meilleur, Les Belles Lettres, 2011, p 24.

 

Bibliothèque effacée. Photo : T. Guinhut.

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John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Fredrik Sjöberg : La Troisième île

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Masques romanesque espagnols face à l'Histoire du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Scott-Heron : La Dernière fête

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Federici : Caliban et la Sorcière

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

 

Garcia Lorca

Homosexualité, mort et création

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

To a young marble Aphrodite

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Trois peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

Nouvelles du jour et de la nuit

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable : médecine et amour

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Rêveur romantique, conquérant du nazisme

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'état ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

La Croisade roumaine des enfants, Les Vies parallèles du poète Eminescu

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Sommes-nous islamophobes ?

Guerre : Honni soit qui Syrie pense

Christianophobie et désir de barbarie

Attar : Le Cantique des oiseaux

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'integrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

K. Dick

Miller ou l'avatar de Philip K. Dick

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

Georges Steiner, tragédie et réelles présences du langage

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Du renseignement comme sécurité sociale à la lumière de L'Esprit des lois

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

Panoptique de surveillance et holocauste

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, A l’estomac, Snuff

Orgasme et science-fiction politique

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Les mystères du moi : Générosité, La chambre aux échos

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, nouvelles

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

R.D.A.

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

 

 

 

 

 

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

Jésus l'Encyclopédie et chrétiennes uchronies

Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

Rios Alice

 

Rilke

Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Rivas

L'Eclat dans l'abîme. Mémoires d'un autodafé

Rivas

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie, une conscience londonienne ; No Smoking, un Candide au pays des non-fumeurs

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare : six Sonnets traduits

Traduire et vivre les Sonnets de Shakespeare

Sonnet à Shakespeare

A une jeune Aphrodite de marbre

Un faussaire shakespearien, Arthur Philips : La Tragédie d’Arthur

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

A une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Traduire les Sonnets de Shakespeare

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

Sorrentino

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Tejpal

La Vallée des masques, communauté sectaire

Tejpal 1

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Tejpal : La Vallée des masques

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies, écofictions

Histoire des pandémies littéraires

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Le Héros discret de la culture : la civilisation de la littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

A la recherche de Klingsor

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

Winterson

Winterson ou l'autobiographie féministe

Winterson Oranges Couleur

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Les Anagrammes du ghetto de Varsovie

 

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