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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 15:59

 

Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Objectivisme et Format américain,

 

ou la poésie de William Carlos Williams,

 

E. E. Cummings, George Oppen,

 

Ron Padgett, Rosmarie Waldrop.

 

 

 

William Carlos Williams : Paterson,

traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2005, 272 p, 20 €.

 

Edward Estlin Cummings : Poèmes choisis, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Robert Davreu, José Corti, 2004, 272 p, 20 €.

 

George Oppen : Poésie complètes, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2011, 352 p, 23 €.

 

George Oppen : Poèmes retrouvés, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Yves di Manno, José Corti, 2019, 160 p, 19 €.

 

Ron Padgett : On ne sait jamais, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Claire Guillot, Joca seria, 2012, 112 p, 15 €.

 

Format américain, sous la direction de Juliette Valéry,

Editions de l’Attente, 2021, 1120 p, 39 €.

 

 

 

 

 

      Comment conduire les mots vers les choses ? Et les choses vers les mots ? Les poètes objectivistes américains ont résolu ces interrogations à leur manière audacieuse et moderniste. Quoiqu’ils prétendent également à la réalité des choses indépendamment du regard, l’on ne confondra pas l'objectivisme philosophique développée par Ayn Rand[1] qui couvre les domaines de l'épistémologie, de la métaphysique, de l'éthique, de la politique et de l’esthétique, avec l’objectivisme poétique qui se veut une forme d'effacement du poète derrière des créations ayant pour ambition de donner accès objectivement au réel, tout en se démarquant du lyrisme. Les maîtres fondateurs, à la suite de l’imagisme d’Ezra Pound[2] (du moins avant les Cantos) sont, outre Louis Zukofski et Charles Reznikoff, William Carlos William, qui lança le mouvement à New-York en 1931, et dont Paterson est l’œuvre iconique. Parmi eux, si l’on excepte Edward Estlin Cummings qui fait un peu cavalier seul, George Oppen est loin d’être un épigone. Sans compter le plus récent Ron Padgett qui fréquente le sillage de l’objectivisme en interrogeant la finitude. Mais au-delà du seul objectivisme, voici un monstre magnifique au Format américain, soit plus de mille pages au service d’une cinquantaine de poètes à la recherche de voies inédites !

 

      Plutôt que l’épopée homérique, William Carlos Williams (1883-1963) a choisi celle d’une ville. Comme d’autres écrivent leur Grand Roman Américain[3], il écrit son Grand Poème Américain, près d’un siècle après le romantisme de Whitman[4], soit entre 1946 et 1958. Il a hérité sa méthode des peintres cubistes et du romancier John Dos Passos, dont l’esthétique du collage a nourri sa poétique ; mais aussi de l’influence de James Joyce qui mit sa ville en scène dans Ulysse. Ce médecin des corps fut également l’Orphée de la ville du New-Jersey à laquelle Paterson emprunte son titre. Le vaste poème, en six livres, coule comme le fleuve Passaic, dont il fait sa métaphore : « esprit / dans lequel des chutes invisibles / tombent et s’élèvent / et croulent encore ». Comme lui, il charrie vers brisés et proses enchâssées, images triviales et portraits, paysage urbain et coupures de presse, lettres privées (dont du jeune Allen Ginsberg) et rapport géologique, tout au service du portrait kaléidoscopique de sa ville, dont microcosme est le reflet du macrocosme.

      Les parties versifiées, de mètres différents, entrechoquent des scènes vues et des images glanées parmi la multiplicité de la ville. Au contraire d’une Enéide ancienne, cette épopée n’a pas de héros, mais des dizaines de figurants : « elle était habillée en homme / comme pour nous envoyer au diable ». Sans dieu ni transcendance, sa « seule vérité » se dispose sous nos yeux, avec le secours du langage, comme « une bouillie de coquilles - retrouvée dans un vieux pré dont l’histoire - dont l’histoire incomplète est celle de la mort ». Ce qui n’empêche qu’au milieu de la trivialité urbaine jaillisse la beauté : « Où réside la beauté / entre ces arbres ? / Est-elle parmi ces chiens que leurs maîtres / conduisent ici pour faire sécher leurs pelages ? » Ou encore : « Beauté, ta / belle vulgarité / dépasse toutes leurs perfections ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ses prénoms, Edward Estlin, furent abrégé en E. E. Cummings (1894-1962), comme il aimait bien casser les mots, les vers et la ponctuation, qu’elle soit noire ou blanche. Il fit un succès en publiant en 1922 L’Enorme chambrée, chronique de son incarcération en France pour pacifisme et suspicion d’espionnage. Cependant il eut bien du mal à publier et à faire apprécier ses poèmes modernistes, comme Tulipes et cheminées, puis &, avant d’accéder à la reconnaissance. S’il aime des formes plus traditionnelles comme l’acrostiche et le sonnet (l’un fait superbement parler « la Renommée » en faveur de John Keats), il jongle avec humour dans le fatras des vers et d’une syntaxe bousculés, voire en explosant les mots avec des silences ; l’on devine que le traducteur, Robert Davreu, s’est joliment coltiné le défi. En ce recueil, intitulé Poèmes choisis, à peu de choses près fidèle au Selected poems concocté par Cummings en personne, et en dépit du modernisme, il y a quelque chose d’orphique. Voilà un poète qui fait chanter le monde dans toute sa diversité, dans tout le bric-à-brac de l’univers, jusqu’à ne pas dédaigner une érotique écriture[5]. Ce sont la trivialité du quotidien et du destin, avec « deux milliards de poux du pubis dans un seul falzar (qui était mort) », ou les « Memorabilia » de Histoire et de l’art : « écoute Venise : incline la tienne oreille : vous verrerie de Murano ». Il n’hésite pas à chanter l’amour, les anges et les démons avec facétie. Et de tout cela, il ressort une utile exhortation : « Produisez vos fleurs et machineries : sculpture et prose ». D’où il ressort également que son flirt avec l’objectivisme n’oublie en rien le lyrisme : « les ombres sont des substances et les ailes sont des oiseaux ; / les au-dessous du rêve risquent les vérités des cieux »…

      Cependant, si l’on peut associer E. E. Cummings - qui, notons-le, revint d’un voyage en URSS farouchement anticommuniste -, à cet imagisme poundien qui rejetait le romantisme victorien pour privilégier la chose et l’image, sa parenté avec l’objectivisme est plus ténue, ne serait-ce que parce qu’il privilégie la sensation aux dépens des choses, alors que des auteurs comme William Carlos Williams, Louis Zukofsky, Charles Reznikoff et George Oppen en sont les acteurs privilégiés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le lyrisme est-il soluble dans les choses ? George Oppen fait en effet partie de ces poètes qui, loin d’étaler la gluance de leur sentimentalité, privilégient le regard sur le monde qui nous entoure, sur ses espaces, ses objets. Fort heureusement son objectivité de principe ne l’empêche pas, au contraire, de permettre une fragile émotion de la lyre.

      Entre 1908 et 1984, il eut une existence errante. Ce demi New-yorkais et Californien s’installe à Toulon en 1930, s’engage dans l’armée américaine en 1942 pour être grièvement blessé dans les Ardennes, est malgré cela poursuivi par le maccartisme au point de devoir s’exiler au Mexique avant de revenir aux Etats-Unis en 1962 pour engager la seconde partie de son œuvre, ramassée, précautionneuse. Sa discrétion est légendaire, sur son intimité, son fidèle sentiment pour sa femme Mary (sans le dire, il lui dédie « Les formes de l’amour »), sur son engagement communiste au cours duquel il s’obligea à un silence littéraire de vingt-cinq ans. Comme si, considérant la poésie indigne d’être prostituée à un militantisme politique, il savait quelque part son erreur : comme la Cité de Platon, l’impérialisme idéal du communisme préférait envoyer les poètes au goulag, comme le fit l’Union Soviétique de Joseph Brodsky pour « parasitisme social ».

      Fort heureusement, George Oppen s’est remis de sa mutité - au point de recevoir le Prix Pulitzer lors D’Etre en multitude - pour parler de nouveau en ses vers sans emphase de notre quotidien, des sensations modestes et radieuses, d’intenses vibrations au contact du monde, comme autant de haïku : « J’ai vu griffonnés à la craie les mots : Pose ta main sur ton cœur / Et plus loin, d’une autre écriture : / Joli Petit Cul / Et ce sont ceux qui tombent amoureux du monde / Qui vivent dans les affres de la mortalité. » Ainsi, ce sont bien les choses vues, les graffitis urbains, des images authentiquement photographiques, y compris à priori antipoétiques, l’affut sur une réalité triviale et contemporaine, qui fondent la partie réaliste de l’objectivisme.

      Si le lyrisme est le débondage parfois incontrôlé du sentiment personnel, George Oppen reste farouchement anti-lyrique. Mais s’il est révélation de son émotion, c’est  jusqu’à l’enthousiasme, quoique sans Dieu, à moins des « anges » des vitraux de Chartres, ou de « Qui, sinon la Déesse ? ». Car, devant ce que nous proposent « En ces temps disgracieux », la terre et ses habitants, il est cet émerveillement qui jaillit de l’interstice entre le regard et les objets. De cette façon notre Américain est un grand lyrique, d’autant plus que retenu, elliptique. Toujours il écrit non sans l’explosion modeste d’une interrogation métaphysique, d’une joie absolue, d’une légère plainte élégiaque, en peu de mots. Il sait trouver parmi « l’ordure », les « taudis » ces petits détails de vie qui sont tous chargés en quelque sorte de sauver le monde : c’est « la chaleur secrète de la ville », en un echo du Paterson de William Carlos Williams. À travers « la vitre du monde », se confirme son attachement aux sens, en particulier la vue, cette vision fureteuse et épiphanique qui innerve son écriture. C’est aussi « La beauté du silence », que l’on perçoit jusque dans les blancs entre ses vers. Le sens de la poésie est évidemment, chez un poète de cette envergure, sans cesse interrogé à travers « Cinq poèmes sur la poésie », ou : « Que nos mutations pourraient-elles apporter / A la chair sinon la fête ancienne du vers ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si l’on croyait tout connaître de l’œuvre, au demeurant assez mince, de George Oppen, nous voici agréablement détrompés. La redécouverte, en 2017, d’un ensemble de 21 Poems, endormi parmi les archives d’Ezra Pound, et sous ce titre publiés par New Direction, permet aux éditions Joé Corti de compléter le diptyque avec ces poèmes de jeunesse auxquels on adjoint quelque bribes éparses et surtout 26 fragments posthumes.

      Dans le corps de la femme, le poète célèbre la « Vie irrévocablement lumineuse », mais aussi, dans « un terrain vague », il note « Un compagnonnage distant, s’opposant à / Cette poussière, et une inflexible vigilance ». Bien qu’il s’agisse là de poèmes de jeunesse, c’est un peu comme s’il allait, sa vie poétique durant, suivre cette éthique programmatique. Plus tard, au début des années 1980, il persiste et signe : « Nous ne savons pas vraiment de quoi / est faite la réalité ». Tout en gardant sa modestie : « La poésie doit avoir au moins / autant de force que la musique, mais / je ne suis pas certain que cela / soit possible ». Il y a là d’incontestables réussites, comme lorsqu’il annonce : « Je rentrerai chez moi ô chez moi jusqu’à la pierre / rugueuse pour / la tourne la cadence le vers et la musique / l’essentielle ». Indubitablement, en son esthétique matérialiste et minimaliste, George Oppen écrivait « dans l’attente que / la lumière parle / du présent ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne resterait-il à la poésie qu’à ramasser la poussière ? « J’aime balayer le plancher (…) J’aime bien mon gros tas de poussière toute neuve. » confie Ron Padgett en ouvrant et refermant l’un de ses poèmes. C’est tout ? Où sont donc passées la beauté, la transcendance et la tendresse que l’on associait traditionnellement à la poésie ? Pourtant, de ses poussières, le poète américain (né en 1942) fait quelque chose de neuf. De toutes les banalités, les trivialités et les désordres minuscules du quotidien, il extrait, l’air de ne pas y toucher, de modestes et cependant parlantes épiphanies. Comme dans « la cage d’ascenseur » où se produit une sorte de miracle : « nous tombons dans l’élévation du rêve / qui inclut un oiseau mouche et Sainte Thérèse d’Avila ». Cette perception et cette écriture ont l’ambition assumée de « créer une réaction en chaîne / envoyer un amour en dents de scie à travers le monde et au-delà »…

      Les tâches répétitives, les objets d’usage commun, sont l’objet de vers libres, de petites proses qui semblent se contenter d’une qualité descriptive minimaliste. Ils sont dépourvus de toute prétention, voire affectent la plus pure simplicité. C’est lorsqu’il roule « à vélo », « laisse courir [ses] doigts » sur la table avec « un doux froufrou », ou « en rinçant la vaisselle » que de petits bonheurs le comblent. Quand, soudain, fait irruption « ce petit quelque chose d’inattendu », qui est également le credo de son atelier d’écriture. C’est le moment infime et attendu d’un questionnement métaphysique, d’autant plus efficace, « pour vivre en paix avec sa finitude ».

 

 

      Parfois, la dimension cosmique et existentielle se fait plus exigeante : « nous sommes une tornade / de tourbillons invisibles qui / tournent autour d’une statue de Giacometti. » Ou, dans une sorte d’ironie morbide et cependant critique des grands destins et des martyrs : « Il n’est pas si difficile de grimper / en haut d’une croix et des clous plantés / dans les mains et les pieds ». Ou encore, lorsqu’il rêve d’être « une jeune fille autrichienne (…) au dix-neuvième siècle », il se demande : « Mais mes arrière-petits-enfants seront-il des monstres ? ». Avec un humour plein de fraîcheur, il chante « les joies de la métaphore » en allant jusqu’à imaginer :

« Et si une métaphore vierge descendait du ciel

et se posait en douceur dans ton salon,

tourbillon changeant de tons gris et de fumée ?

Ce serait un dieu grec ! ça te ferait peur ! »

      Mais hors de ce rare moment qui bouscule notre entendement, Ron Padgett est plus mesuré dans sa rhétorique, plus ténu dans ses sensations et son intellection. Est-ce la poésie dont nous voulons toujours, dont nous avons besoin ? Passé le regret des vastes et précieuses formes, qui sait désirables et nécessaires entre toutes, de l’épopée au sonnet, faut-il se contenter des fragiles regards sur notre pauvre réel de tous les jours et de ses émotions, de ses failles où s’invite le tranquille lyrisme du bonheur ? L’acuité d’une pensée retenue, trop retenue peut-être, entre désarroi léger et cet accord avec notre terre à terre présent, sa petite sérénité métaphysique, sont-ils le contre-fa de la poésie ? Est-il possible, au-delà de l’humble sureté de l’esthétique de Ron Padgett, qui n’est pas loin du haïku, de trouver une dimension plus explosive au poème ? Qui sait si nous la trouverons dans d’autres recueils, Le Grand Quelque Chose[6] ou How to Be Perfect[7], au moins la poussière de l’explosion…

      Une fois de plus, après Marianne Moore[8] et Wallace Stevens[9], les éditions José Corti, fidèles à leur devise (« Rien de commun ») sans compter l’opiniâtre délicatesse des traducteurs, nous offrent un défilé de beaux recueils irremplaçables, parmi ce qu’elles sont en train de construire : le tableau aux multiples volets, comme un retable précieux, de la poésie américaine du XX° siècle. S’il est dommage que les volumes consacrées à William Carlos William et E. E. Cummings soient dénuées d’une préface qui servirait de boussole au lecteur désorienté, le travail d’édition est plus que méritoire, d’autant qu’il laisse espérer la future découverte de poètes plus contemporains. Pour parcourir le XIX° siècle, visitons le torrentiel Allen Ginsberg, chef de file de la Beat Generation, dont Howl[10] et Kaddish[11] marquèrent en 1956 et 1961 la poésie de leur fabuleux rythme syncopé et emporté, malgré le salmigondis de bouddhisme, de communisme et de pacifisme auquel il céda ensuite. Cependant la tradition de l’objectivisme est loin d’être obsolète, comme le prouve en 1990 Charles Simic, dans Le Livre des dieux et des démons,[12] qui aime les « objets trouvés » de la poésie, y compris dans une bibliothèque, avec « Anges et dieux blottis / Dans des livres noirs qu’on n’ouvre pas ». Les anges des objets ne sont-ils pas des livres ouverts comme des ailes…

 

 

Notre objectiviste de métier, George Oppen, est aussi le premier parmi le millier de pages de Format américain, avec « Un langage de New York », dont il révèle « la joie pure / Du fait minéral ». Le monstre est d’ampleur, réunissant 44 livrets publiés entre 1993 et 2006, sans compter sept hors-série et inédits traduisant une cinquantaine de poètes américains, comme en en autant d’Etats, entre Atlantique et Pacifique. L’affaire dirigée par Juliette Valéry avait été livrée auprès des adhérents de l’association « Un Bureau sur l’Atlantique ». Aujourd’hui introuvables, ces fascicules sont ici reliés en conservant la mise en page et les inventives couvertures en noir et blanc, quoique l’on puisse regretter l’austérité de la nouvelle couverture à rabats.

Evidemment, l’on s’attend à ce que soit extrêmement varié et l’on n’est pas déçu. En vers libres ou en prose, même s’il faut peut-être déplorer l’absence de formes fixes, de sonnets (ou c’est un faux « sonnet »), l’espace et le corps sont convoqués avec réalisme, telle Julie Kalendek qui, dans une « intraitable élégie », en a « soupé d’avoir un corps ». En insinuant que « Le manque a l’avantage du beau », ne satisfait-elle pas le désir de poésie ? Alors qu’un Peter Gizzi semble lui répondre : « La beauté parcourt le monde. Elle date toute chose ». Ou encore Lyn Hejinian : « Bien sûr la complétude est d’un fort attrait ».

Même si nombre de pages peuvent paraître trop prosaïques, trop peu ailées, futiles en un mot, la navigation en Format américain est roborative. Nous nous étonnons de la « Lamentation pour les créateurs » de Jack Spicer. Nous goûtons Helena Bennett, pour qui, dans son « Exit Jésus », « improviser un monde / représente une tâche colossale ». Nous aimons Rosmarie Waldrop, dont « Le sens de certitude brûle. Même si la vérité échappe, il faut poser ses mains sur des corps ».

Certes la chose n’est pas bilingue ; elle est assez volumineuse pour sans cesse intriguer et surprendre, car, cela n’est pas anodin, il compte 22 poétesses. L’ouvrage - dans lequel « le monde ressemble à l’écriture », selon Abigail Child - s’ouvrant au hasard, ou se dépliant en cinquante journées de petites lectures, il est une sorte de boite au bric-à-brac et aux trésors, toujours curieux, parfois angoissants, parfois lyriques, interrogeant souvent la poésie elle-même sur ses destinées et ses légitimités, comme il se doit en toute éthique et esthétique.

 

 

Thierry Guinhut

   Une vie d'écriture et de photographie


[5] E. E. Cummings : Erotiques, Seghers, 2012.

[6] Ron Padgett : Le Grand Quelque Chose, Joca Seria, 2010.

[7] Ron Padgett : Comment devenir parfait ? Joca Seria, 2017.

[8] Marianne Moore : Poésie complète. Licornes et sabliers, José Corti, 2004.

[9] Wallace Stevens : Harmonium, José Corti, 2002.

[10] Allen Ginsberg : Howl et autres poèmes, Christian Bourgois, 2005.

11] Allen Ginsberg : Kaddish, Christian Bourgois, 1991.

[12] Charles Simic : Le Livre des dieux et des démons, Circé, 1995, p 117.

 

Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 08:29

 

Col de Pourtalet, Laruns, Pyrénées-Atlantiques.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Survivre et vivre

 

dans la nature sauvage et la montagne vivante :

 

John Muir, Nam Shepherd,

 

Bernd Heinrich, Rick Bass.

 

 

 

 

John Muir : Célébrations de la nature,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par André Fayot,

José Corti, 2011, Biophilia, 2018, 352 p, 22 €.

 

Nan Sheperd : La Montagne vivante,

traduit de l’anglais (Ecosse) par Marc Cholodenko,

Christian Bourgois, 2019, 173 p, 17 €.

 

Bernd Heinrich : Survivre à l’hiver, En été ;

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Bertrand Fillaudeau,

José Corti, Biophilia, 2018, 400 p, 24,50 € ; 320 p, 24,00 €.

 

Rick Bass : L’Ermite,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke,

Christian Bourgois, 2004, 252 p, 23€.

 

 

 

      C’est en marchant dans la nature sauvage, giflée de neige ou caressée par l’odeur des feuillus, que l’on comprend sa dimension anthropologique : nous sommes des créatures issues de la boue primordiale, au même titre que l’ours et l’oiseau, des hominidés destinés à survivre, vivre et mourir. Mais aussi délicieusement condamnés à la connaissance de cette nature. Rien ne vaut alors se fier à des guides, aussi scientifiques que poètes. Au XIX° siècle, John Muir est le premier Américain à vouloir sanctuariser de vastes et exceptionnels espaces naturels, il reste pour la postérité l’inlassable découvreur des Montagnes Rocheuses. Ce pionnier de ce que l’on appelle outre-Atlantique le « nature writing » appelle une pionnière venue du XX° siècle, Ecossaise cette fois, qui vibre pour nous dans La Montagne vivante. Aujourd’hui, le naturaliste Bernd Heinrich nous montre comment plantes et animaux savent Survivre en hiver et vivre En été, tandis que notre amour inquiet d’une nature à préserver gagne heureusement en légitimité. Nombreux sont aujourd'hui les écrivains américains à s'inscrire dans un rapport rude et privilégié avec la nature sauvage, tel Rick Bass...

 

 

      Bien moins connu que Thoreau[1], voire qu’Emerson[2], dont il fut le guide lors d’une découverte du massif du Yosemite, John Muir mérite pourtant plus que notre amitié. Né Ecossais en 1838, mort Américain en 1914, c’est un fils de pionnier installé dans le Wisconsin. Son talent pour le bricolage inventif se manifeste dès l’enfance, autant que le goût pour la lecture ; ses études scientifiques et ses boulots divers ne l’empêchent pas de « s’échapper dans la nature fleurie » afin d’herboriser dans les Montagnes Rocheuses, alors peu explorées. Il se fait bientôt une plume : son premier article, sur les glaciers du Yosemite, est publié en 1871 dans le New York Tribune. Etudiant avec circonspection et amitié chaque plante, chaque écureuil, il partait randonner avec trois fois rien, sans même un manteau, sauf du pain et du thé, dormant dehors, y compris sur des sommets dépassant les trois mille mètres, poussant jusqu’en Alaska pour y découvrir des glaciers inconnus et monstrueux. Ses écrits, du moins un choix fort représentatif parmi ses livres, conjuguant le talent du reporter naturaliste et l’enthousiasme du conférencier, avec la fluidité évocatrice du poème en prose, sont pour nous réunis dans Célébrations de la nature. C’est grâce à ces articles, en particulier dans la revue Century, que le Congrès crée le premier Parc National au monde en 1890, soit celui du Yosemite, en Californie, qu’il fait découvrir au Président Theodore Roosevelt en personne. Plus modestement, il devient bientôt le Président du « Sierra Club », défendant ardemment la cause des forêts et des espaces sauvages. Toute cette activité américaine ne l’empêcha pas de voyager en Europe, de remonter l’Amazone en voilier…

 

 

      Marcheur impénitent et écrivain, John Muir alterne les textes à connotation scientifique (sur la « Laine sauvage »), faunistique (sur le turbulent écureuil de Douglas) et les récits d’explorations entre canyons et sommets, y compris hivernales. Nous sommes du côté de « Cathedral Peak », dans le Yosemite, dormant sur le sable de mica, entre les rocs et près d’un feu, admirant la lumière de la lune sur les parois, ce qu’il faudrait accompagner des photographies grandioses en noir et blanc d’Ansel Adams[3]. La « nuit périlleuse au sommet du mont Shasta » est une narration d’une beauté poétique inouïe, entre la poudreuse illuminée et le « continent de nuages […] plaine violette et montagnes argentées de cumulus », avant qu’une tempête de neige soit pour lui une « chance », car il s’est aménagé une cache douillette sous un bloc de lave rouge. La tempête suivante le saisit sur une crête entre bourrasques glacées et sol volcanique brûlant !

      La montagne est un terrain d’aventures, mais aussi de peintures verbales, car John Muir est un coloriste exceptionnel, usant de toute les palettes du vocabulaire pour décrire les changements d’atmosphères des paysages montagnards, quelque soit le temps, qu’il s’agisse du Grand Lac Salé, des séquoias de Californie ou du « gouffre de couleurs » du Grand Canyon nanti d’une profuse « collection de livres de pierre ». Au point qu’il contemple « ce somptueux tableau en élevant les bras afin de l’enfermer comme dans un cadre ».

      Même si certains textes, plutôt destinés à une promotion touristique, sont d’un intérêt plus modeste, comme « Le parc national de Yellowstone », l’intérêt ne faiblit guère en cette lecture encyclopédique. Quoique l’écrivain ne soit pas religieux, sa capacité à l’admiration passionnée change la nature en une cathédrale universelle.

      Outre l’étonnement devant la complexité et la beauté de la faune, de la flore et de la géologie sauvages, il y a chez John Muir un tropisme polémique, dénonçant « l’idée barbare selon laquelle les ouvrages de la nature ont quelque chose d’essentiellement grossier ». Il s’emporte avec raison contre le dogme « qui considère que le monde a été fabriqué spécialement à l’usage de l’homme » et préfère laisser la nature vivre sa vie plutôt que l’exploiter inconsidérément.

 

 

      John Muir étant né en Ecosse, pensons à Nan Sheperd qui en parcourut les montagnes avec une belle obstination, mais au cours du XX° siècle, puisqu’elle vécut de 1893 à 1981. Pourtant grande voyageuse, de la Norvège à l’Afrique du Sud, en passant par la Norvège, elle préférait inlassablement revenir arpenter la région montueuse de Cairngorm, au plus rude de l’Ecosse, ce, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente… Ce n’est qu’une contrée de collines basses granitiques et de falaises ruinées, qui ne dépasse guère 1200 mètres d’altitude, cependant les influences arctiques sont telles qu’un blizzard têtu y glace plus que les oreilles.

      Ecrite dans les années 1940, cette Montagne vivante est faite de douze chapitres, chroniques à la lisière du récit, de l’essai et du poème en prose. Il ne s’agit pas d’un palmarès de courses et d’ascensions, encore moins d’exploits d’alpinistes en mal de vanité, mais de traversées attentives, d’explorations aussi vastes qu’intimes, le but n’étant pas le seul sommet aussitôt quitté, mais le recherche des « recoins » et leur « distillation de beauté ». Là règnent en maître la connaissance de l’espace et la sensibilité profonde à l’égard de la nature, alors que les cinq sens sont affutés, y compris avec le concours de nuits à la belle étoile. Sans oublier les habitants de ces contrées, rudes à la tâche et accueillants, qui « constituent l’ossature de la montagne ».

      Le regard de Nan Shepherd à la précision de l’entomologiste et la plus vaste amplitude cosmologique : « Depuis les brins de bruyère tout proches jusqu’au plus lointain pli de la terre, chaque détail se dresse dans sa propre validité ». Par la grâce de son écriture persuasive, aussi sensuelle et rugueuse que la nature traversée, elle nous propose des expériences initiatiques, comme cette ascension dans le blanc du nuage, soudain doublé par celui de la neige : « un blanc de non-vie ». Pourtant « ce n’était pas un monde vide. Car partout dans la neige, les oiseaux et les animaux avaient laissé leurs traces ». En ces moments la « déferlante écumante » du brouillard est à la fois une menace, tant pour les marcheurs que pour les avions qui ont laissé leurs carcasses dans les parois, et une esthétique[4].

      Hélas, lorsqu’arrivent les forestiers pour abattre du bois, elle « tremble particulièrement pour la mésange huppée, dont la rareté fait la fierté de ces bois ». Or les écorces des pins sont « épaisses comme des livres ». Toute une sensibilité avec la nature est service par une langue que le traducteur a su, nous le devinons, retranscrire…

      Elle grimpe des couloirs escarpés, elle descend dans les lochs inondés, parfois au risque de sa vie : ce dont témoignent ceux que l’on a retrouvés brisés par une chute ou gelés par le blizzard, ceux qui « ont sous-estimé la puissance de la montagne ». Ses qualités physiques d’endurance s’associent avec une capacité hors du commun à faire de la description un art : les milles formes qu’emprunte la glace, les couleurs des crépuscules, du bleu-ardoise au mauve, ou celle du mois d’octobre parmi les jaunes bouleaux et les sorbiers des oiseleurs aux baies rouges. Marchant, il lui faut devenir un peu zoologue auprès des cerfs élaphes et des aigles royaux, un peu botaniste auprès de la flore alpine, pour observer sur les hauteurs « la ténacité de la vie ». Son matérialisme paysager et biologiste se suffisant à lui-même, alors que « le corps pense », elle n’a pas besoin de transcendance, sinon de l’éthique du marcheur[5] : « les sens accordés, on marche avec la chair transparente ».

      Dans un genre différent, l’on serait bien curieux de lire les trois romans modernistes que Nan Shepherd publia autour de 1930 : The Quarry Wood, The Weatherhouse et A Pass in the Grampions Ou les poèmes de In the Gairngorms. Mais, tel que dans cette Montagne vivante, son régionalisme atteint à l’universel. Son lyrisme scientifique et maraudeur n’est jamais grandiloquent et son sens du voyage à pied s’inscrit dans ce que l’on appelle outre-Atlantique le « Nature Whriting ». Ce recueil fut d’ailleurs publié, en 1977, lorsque parurent les livres de Bruce Chatwin, En Patagonie[6], et En Alaska de John McPhee[7], suivis par l’éblouissant et himalayen Léopard des neiges de Peter Matthiessen[8], puis les œuvres d’Annie Dillard[9].

 

 

      Comment un minuscule roitelet, à peine plus gros qu’une pièce de monnaie, peut-il Survivre à l’hiver, à la neige, aux blizzards qui laminent le nord du continent américain pendant de longs mois ? Car « au cours de l’hiver, la cristallisation de l’eau détermine en fin de compte le destin de toute chose ». Sous-titré « L’ingéniosité animale », l’essai, originellement publié en 2003, a été longuement tissé par un professeur de l’Université du Vermont, Bernd Heinrich.

      Même si, avec leur « forme hexagonale », les cristaux de neige sont « une métaphore de la beauté de la terre », ils sont avec la glace les ennemis implacables de la chaleur de la vie. Pour survivre, les écureuils entrent en hibernation près de leur cache où ils entreposent des « cônes à graines » ; la tortue peinte tombe en léthargie sous la couche glacée, « où toute respiration, tout mouvement, et vraisemblablement presque toute activité cardiaque ont cessé. Au printemps, elle remonte, se réchauffe, respire un peu d’air et reprend sa vie là où elle s’était arrêtée ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines grenouilles gèlent, du moins la moitié de l’eau de leur corps, mais pour cligner des yeux et s’agiter au retour de la douceur ! Et pour revenir au roitelet, c’est en gonflant ses plumes qu’il parvient à se protéger. Le monarque, un papillon, émigre, d’hiver en été, du Canada vers les montagnes du Mexique…

      L’essai scrupuleux est également autobiographique, dans la mesure où Bernd Heinrich raconte ses promenades, ses explorations, de l’Etat de New-York au Minnesota, ses prélèvements et expériences, mais aussi ses étonnements communicatifs. Documentaire pointu, et cependant servi par une prose attentive et sensuelle, tel apparait Survivre à l’hiver. Nanti de fines illustrations crayonnées, de la main de l’auteur lui-même, de notes et d’une bibliographie, toutes scrupuleuses, l’ouvrage ravira autant le scientifique que le promeneur hivernal, sans oublier le poète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Après avoir survécu aux frimas, vient « une saison d’abondance », selon le sous-titre de Bernd Heinrich. Plantes et animaux accueillent avec ardeur leur saison favorite, là où il est urgent de vivre et de fleurir, et surtout de « se reproduire à tout prix » et de grandir En été. C’est l’équinoxe de printemps, vers le 20 mars, qui, entraînant plus de soleil que de nuit, sonne la grande marche de l’été. Nous sommes dans le Maine, au nord-est des Etats-Unis, où l’on voit arriver les « oiseaux précoces ». Bientôt l’on entend le « tchiiip enthousiaste » des passereaux « phébis ». Auquel répond le « chœur des grenouilles ».

      Saviez-vous que les papillons « Cecropia », émergeant de leur chrysalide, « injectent du sang » à leurs ailes pour tenter un accouplement de quinze heures et pondre aussitôt des « paquets d’œufs » ? Que dans une carcasse de dindon pullulent les coléoptères : « des nécrophores aux élytres oranges et noirs »… Tout est spectacle à qui sait comme Bernd Heinrich regarder, comme le « colibris à gorge rubis », qui est le seul de son espèce en cette région, les mésanges qui se nourrissent de chenilles, les mousses et lichens qui revivent à la moindre pluie, la « sarabande » des mouches, les « guerres de fourmis ».

      Cette fois en un cahier couleurs pullulent crocus et capricornes, chenilles et papillons pour ajouter à notre plaisir, quoiqu’il soit à son comble en picorant ses anecdotes botanistes et sa « psychologie animalière », publiées en 2009 aux Etats-Unis, et, on le suppose, dans plein de l’été. Aux connaissances pointues du naturaliste, Bernd Heinrich ajoute un sens de la narration et de l’anecdote, parmi lesquels la rigueur scientifique n’exclut en rien la poésie. Son diptyque, qui rejoint la belle collection « Biophilia[10] » des éditions José Corti, est en mesure de lui permettre de voisiner avec la réputation de Thoreau et de l’entomologiste français Jacques-Henri Fabre[11].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En son recueil de récits intitulé L’Ermite, l’écriture de Rick Bass est d’une qualité profondément poétique. Tel ce couple de chasseurs dans le froid qui va cheminer avec les chiens sous la couche de glace d’un lac asséché. A cette nuit sous le gel de la nouvelle titre, répondent les nuits de feu pour deux époux dans « Le Pompier ». Chaque fois, un voyage étrange permet une découverte éblouie de la nature, une confrontation avec les éléments consolide une rencontre cruciale avec soi et avec autrui.

L’on peut lire également ces textes comme des histoires d’amour. Dans les boyaux d’une mine désaffectée, Russel et Sissy découvrent leurs identités profondes, puis s’aiment, pour signifier une incontournable union avec les entrailles et le sens de la terre. Plus prosaïques, parfois plus faibles (« Les Prisonniers »), d’autres nouvelles montrent la « distance » géographique et temporelle comme une métaphore de l’éloignement entre les êtres… Elles sont cependant toujours une vision privilégié du réel, comme lorsque Jim subit de multiples opérations des yeux dans « La Fête du Président ».

Ancien géologue et spécialiste des champs pétrolifères, Rick Bass est un écrivain des sols, de la nature, des montagnes du Montana aux Appalaches, guettant « les cerfs » autant que les sentiments humains à travers ce continent américain dont la visite émue à la maison de Jefferson - rédacteur de la Déclaration d’Indépendance - est le point nodal.

 

      Par-delà l’amplitude temporelle de cette belle poignée de livres, qui court sur plus d’un siècle, et au-delà de la dimension scientifique et poétique, de l’émerveillement devant la beauté, la destination politique est implicite, sinon explicite dans le cas de John Muir qui œuvra pour la création de Parcs nationaux. Sans que nous voulions choir dans un niais écologisme[12], ce sont en quelque sorte des auteurs engagés en faveur de la nécessaire protection de zones naturelles dédiées à la biodiversité et à la sauvagerie intouchée, sinon par les pas discrets des marcheurs…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Les parties sur Bernd Heinrich ont été publiées

dans Le Matricule des anges, février et novembre 2019.

 

 

[1] Voir Thoreau

[3] Ansel Adams : Yosemite and the High Sierra, Little, Brown and Company, 1994.

[6] Bruce Chatwin : En Patagonie, Grasset, 1979.

[7] John McPhee : En Alaska, Payot, 1992.

[8] Peter Matthiessen : Le Léopard des neiges, Galimard, 1983.

[11] Jacques-Henri Fabre : Souvenirs entomologiques, Bouquins, Robert Laffont, 2000.

[12] Voir : Imposture climatique et suicide économique

 

Macizo de Andara, Picos de Europa, Cantabria. Photo : T. Guinhut.

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 13:08

 

Monte Ritte, Cibiana di Cadore, Veneto. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les errances enfantines américaines

 

de Valeria Luiselli et Rebecca Makkai :

 

Archives des enfants perdus, Chapardeuse.

 

 

 

 

Valeria Luiselli : L’Histoire de mes dents, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Nicolas Richard, L’Olivier, 2017, 192 p, 19,50 € ; Points, 6,50 €.

 

Valeria Luiselli : Archives des enfants perdus,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, L’Olivier, 2019, 480 p, 24 €.

 

Rebecca Makkai : Chapardeuse,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Samuel Todd,

Gallimard, 2012, 384 p, 21 €.

 

 

 

      Le voyage motorisé parmi les routes américaines - ou road-trip si l’on préfère l’anglicisme - est depuis Jack Kerouac une constante de la littérature et du cinéma, entre Nouvelle-Angleterre et Californie. Les romanciers sont sur les dents en s’interrogeant : comment le renouveler ? Eh bien, répond Valeria Luiselli, en y adjoignant la bande-son, comme pour se faire son cinéma auditif, et en recherchant les enfants perdus de ces migrations qui ont fondé le pays aux cinquante Etats, y compris parmi des chemins et sentiers des Montagnes Rocheuses. À moins, comme Rebecca Makkai, de promener un gamin qui est le symbole de la liberté constitutionnelle menacée au plus profond de l’Amérique.

 

      À cheval donné, on ne regarde pas les dents, dit l’adage. Mais aux dents vendues par le loufoque commissaire-priseur Gustavo Sanchez imaginé par Valeria Luiselli, on ne vérifie guère l’authenticité. De tels outils, fort irréguliers, notre personnage a vidé sa mâchoire pour les remplacer par celles de Marylin Monroe, plus flatteuses, achetées lors d’une vente aux enchères. On imagine que ces dernières sont évidemment des faux. Mieux encore, Gustavo entreprend de faire passer les ornements dégingandés de sa bouche hâbleuse pour des « lots hyperboliques », des « reliques métonymiques », qu’il vante en citant la Bible (« œil pour œil, dent pour dent »), « Miguel Sanchez Foucault » et Quintilien ! Ces « fenêtres de l’âme » sont celles de Platon, Saint-Augustin, Pétrarque, Virginia Woolf (qui est le lot le plus disputé), Borges, Vila-Matas, etc. En dépit du réjouissant exercice d’ironie, voilà qui reste néanmoins un hommage à la culture européenne.

      Atteindrons-nous les tréfonds de la dérision, lorsque son fils, nommé Siddhartha, se portera acquéreur des témoins de sa généalogie ? Non, car les « lots allégoriques » suivants, dont une « montagne de merde », parodient la boite de « Merdre d’artiste » de Piero Manzoni, voire le marché de l’art contemporain en son entier[1].

      Un tel roman, sobrement, mais avec mordant, intitulé L’Histoire de mes Dents, n’est pas à prendre trop au sérieux. Mieux vaut en rire. Et surtout en déceler la part de satire, stigmatisant le monde des arnaqueurs, des faussaires et la crédulité la plus débridée. Valeria Luiselli, née mexicaine en 1983, a réussi à imprimer un ton sans cesse enlevé à ce récit granguignolesque, intégrant au final neuf photographies testamentaires, puis une chronologie officielle du vendeur le plus incroyable, quoique plus fin et plus psychologue du désir humain, du péché capital de l’Envie, qu’il n’y paraît. Ne s’agirait-il pas d’une sorte d’apostille à La Guerre du faux d’Umberto Eco[2] !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Résolument touche à tout, Valeria Luiselli a quitté le burlesque et la satire développée dans L’Histoire de mes dents avec son personnage de faussaire prodige, mais pas tout à fait le domaine de l’art. Cette fois elle cultive l’« archéologie linguistique » et  les « gravats sonores » : le projet de la romancière américaine et newyorkaise quelque chose de scientifique en même temps que poétique. Car « le fait d’enregistrer des sons donnait accès à une strate plus profonde, toujours invisible de l’âme humaine ». Ainsi, avec leurs enfants, un couple, mari et femme, arpente les Etats-Unis afin de constituer une bibliothèque sonore du monde qui les entoure, à la fois sociologique et psychologique. De New York aux grandes plaines, jusqu’en Arizona, ils habitent leur voiture, en direction du sud-ouest, où une réserve indienne intrigue magnétiquement le père, abritant « les derniers Apaches Chiricahuas » : « les Guerriers Aigles étaient un groupe d’enfants apaches, tous guerriers, dont le chef était un garçon plus âgé ». Ainsi une famille entière poursuit une vaste quête mémorielle parmi les espaces américains.

      Au cours du voyage, les narrateurs alternent, entre les adultes et les enfants (quoique l’on puisse se demander si l’on confie de manière crédible une telle voix à un gosse de dix ans). Les voici confrontés à une grave fracture qui les « a brisés en mille morceaux » : en effet la condition des enfants d’immigrés sud-américains est l’objet d’étude de la mère. Ces derniers apparaissent au détour d’une route désertique, voire sur le toit d’un train, « à l’intérieur d’un wagon abandonné », errants pathétiques, ou sont toujours disparus, comme ces deux fillettes mexicaines séparées de leur mère. Ou encore ces sept enfants dont l’histoire est ici emboitée. La romancière tisse une interrogation récurrente sur les destinées des jeunes générations, privilégiées ou sacrifiés par les conditions économiques, les décisions étatiques, la délinquance des ainés, par le vent de l’Histoire…

      Peu à peu, alors que le voyage avance, que le temps passe, entre anecdotes, choses vues et longues plages méditatives, entre constat documentaire, analyse ethnographique et fiction réaliste, les enfants grandissent, leurs visions du monde sont en expansion, non sans soulever la question de la transmission. Car, un jour, eux aussi ont disparu dans les montagnes des Rocheuses, partis à la recherche d’une « croisade des enfants », pour écrire un chapitre nouveau sur ceux que leur invisibilité protège et menace à la fois, et qui sont mis à nu dans leur condition humaine. Ce serait trop facile, voire erroné, de la part de la romancière, que de nommer des responsables ; elle a la sagesse, la pudeur, de laisser le réquisitoire aux tribuns de la politique. Son projet esthétique, résistant à la lourdeur du roman à thèse et engagé, n’en reste pas moins empreint d’une réelle dimension psychologique et éthique. D’autant qu’il n’est pas loin d’un essai de 2017, Raconte-moi la fin[3], rapportant son expérience d’interprète dans les tribunaux américains de l’immigration, parmi les enfants fuyant la violence des gangs mexicains, essai à la fois judiciaire et politique, empreint d’une profonde humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Même si le récit manque parfois de vivacité, avec des plages lentes, bien trop étirées et peu dramatiques, et si la nécessité d’ajouter de fades polaroïds en noir et blanc - pris par le garçon - en fin d’ouvrage n’est pas avérée, le roman de Valeria Luiselli, séduit, touche, aussi bien par son sens du phrasé, par ses fenêtres sur l’intimité que par ses vastes perspectives, par ses allusions à Jack Kerouac, Ezra Pound, Walter Benjamin, Emily Dickinson... Sa construction, passablement virtuose, enchaîne les narrations, du « Paysage sonore familial » au voyage en « Apacheria », en même temps qu’elle enchâsse tour à tour sept « boites », jusqu’à celles qui font partie des « Archives des enfants perdus » proprement dites, en une belle mise en abyme. La carte géographique des Etats-Unis est associée à celle mémorielle, aussi bien familiale qu’historique. Au moyen d’un regard d’entomologiste, la performance artistique rejoint les préoccupations sociétales les plus criantes.

      Née à Mexico en 1983, Valeria Luiselli enseigne aujourd’hui la création littéraire dans la région de New-York. Parmi son œuvre déjà abondante, il faut compter Des êtres sans gravité [4] qui est peut-être un reflet de sa condition d’écrivain d’abord inexpérimenté : car une jeune Mexicaine, avec mari et enfants, écrit d’élégiaques nouvelles et roman sur les fantômes de sa libre jeunesse new-yorkaise, époque où elle fatiguait les bibliothèques à la recherche d’un artiste passionné de Duke Ellington, de Federico Garcia Lorca[5] et d’Emily Dickinson[6]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est dans le cadre d’une réécriture assumée de Lolita de Nabokov que Rebecca Makkai imagine l’histoire d’un « chapardeuse » d’enfant. Si elle n’atteint pas la puissance de son inspirateur, elle trouve le la de son originalité à travers le road-trip d’une bibliothécaire. Dans une ville perdue du Midwest, Lucy, attentive à ses jeunes lecteurs, prend particulièrement soin du petit Ian, dix ans, esprit curieux, véritable bibliophage. Il est en butte avec sa mère chrétienne fondamentaliste, qui filtre ses lectures : « Voici une liste des contenus que j’aimerais qu’il évite. » Parmi laquelle : « Satanisme, Contenu pour adultes, La théorie de l’évolution, Harry Potter… » Ce qui parait à notre bibliothécaire contrevenir au premier amendement de la constitution américaine sur la liberté d’expression, même si « sa sélection de livres était clan-des-ti-ne ». Ainsi, lorsque son petit lecteur soupçonné d’homosexualité s’enfuit pour venir dormir dans la bibliothèque, non seulement elle le recueille, mais tentant de le ramener chez lui, elle se laisse complaisamment embarquer dans un jeu de piste de plusieurs jours, une aventure automobile parmi les motels, le conduisant auprès de la frontière canadienne, mais aussi jusque dans sa famille d’origine russe et dissidente… Alors qu’elle culpabilise, commet-elle un réel enlèvement, ou une œuvre de charité humaniste ? Certes, de ce voyage dans l’est des Etats-Unis, il eût pu surgir peu à peu un roman d’éducation permettant de voir évoluer l’enfant. C’est un aspect qui, hélas, n’est guère esquissé par Rebecca Makkai, quoiqu’elle se livre à une profession de foi : « Les livres le sauveraient ». Cependant  l’on assiste plus réellement à une quête de son identité profonde de la part de la narratrice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Née en 1978 à Chicago, Rebecca Makkai n’a guère été traduite en français, et c’est probablement dommage. The Great Believers[7] fait se rencontrer d’une manière explosive l’art et le sida. Le galeriste Yale Tishman est à la tête d’une fabuleuse collection de peinture des années vingt. Hélas, le virus fauche très vite ses amis, et surtout Nico, puis lui-même. Trente ans plus tard, Fiona, sœur de Nico, entreprend de fouiller le déroulé de cette tragédie, avec le concours d’un photographe qui se fit le reporter de l’épidémie. L’amour et la mort, l’art et la mémoire dialoguent en ce roman plus qu’intrigant, plus qu’émouvant…

 

      Confronté à des expériences parfois inquiétantes, il faut chercher l’alchimie des  livres sensibles de Valeria Luiselli et Rebecca Makkai. Les romancières posent leurs oreilles et leurs yeux non seulement sur un territoire, mais sur des individualités révélatrices,  en s’interrogeant sur les valeurs de l’Amérique, du destin de ses émigrants ; et de leurs libertés.

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matricule des anges, octobre 2017 et octobre 2019

Une vie d'écriture et de photographie


[2] Umberto Eco : La guerre du faux, Grasset, 1985.

[3] Valeria Luiselli : Raconte-moi la fin, L’Olivier, 2018.

[4] Valeria Luiselli : Des Êtres sans gravité, Actes Sud, 2013.

[7] Rebecca Makkai : The Great Believers, Viking, 2018.

 

Vide-greniers de Chef-Boutonne, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 13:31

Eglise de Loix, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Réécritures de Shakespeare,

 

de La Tempête à Othello,

 

par Margaret Atwood et Tracy Chevalier.

 

 

 

Margaret Atwood : Graine de sorcière,

traduit de l’anglais (Canada) par Michèle Alabaret-Maatsch,

Robert Laffont, 360 p, 21 €.

 

Tracy Chevalier : Le Nouveau, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par David Fauquemberg,

Phébus, 240 p, 19 €.

 

 

 

 

      « Je briserai ma baguette et l’ensevelirai à plusieurs brasses sous la terre, puis plus profond que jamais ne descendit la sonde, je noierai mon livre[1] ». Ainsi, à la fin de La Tempête, Prospéro, à la veille de quitter son île, sa tâche accomplie, renie sa magie ; ce qui ne manquât pas, en cette ultime comédie du barde de Stratford, d’être interprété comme l’adieu à son métier de dramaturge. Cependant bien des écrivains sont tentés, non sans présomption, de reprendre la baguette de Shakespeare, sinon pour se mesurer à lui, néanmoins pour s’attacher son prestige, tout simplement en rebondissant sur ses thématiques universellement humaines. C’est à l’occasion du quatre-centième anniversaire de la mort de Shakespeare, en 1616, que les éditions Hogarth commandèrent à huit auteurs des réécritures. Respectivement Jeanette Winterson avec La Faille du temps[2] (Le Conte d’hiver), Anne Tyler avec Vinegar girl[3] (La Mégère apprivoisée), Jo Nesbo avec Macbeth[4], Edward St Aubyn avec Dunbar et ses filles[5] (Le roi Lear), Howard Jacobson avec Shylock is my name[6] (Le Marchand de Venise) et Hamlet[7] par Gillian Flynn. Intéressons-nous à deux auteures anglo-saxonnes - et non des moindres - jetées dans le même bateau, qui se sont changées en apprenties du théâtre élisabéthain. Ainsi  Margaret Atwood et Tracy Chevalier, jouent à transposer La Tempête et Othello, en passant allègrement la poreuse barrière des genres littéraires, du drame théâtral au roman, avec une Graine de sorcière et Le Nouveau, dont le titre laconique peut se lire en un double sens…

 

 

      Deux strates shakespeariennes s’imbriquent avec intelligence en cette Graine de sorcière : d’abord le récit de la mise en scène de l’ultime pièce de Shakespeare, puis le retour du protagoniste qui trouve l’occasion de se venger des traitres qui l’ont jeté au tapis ; comme Prospéro éjecté de son trône, exilé de son royaume de Naples par Antonio, et relégué sur son île avec sa fille Miranda lorsque le hasard amène sur ses côtes les auteurs du crime, dont le bateau naufrage par les soins d’une tempête fomentée par Prospéro et Ariel…

      Félix, avatar de Prospéro, une fois vilainement évincé de la direction du festival canadien de Makeshiweg, se glisse en une forêt perdue pour jouir d’une « bicoque » solitaire où il pourra se livrer en toute quiétude aux regrets et aux larmes que le décès de sa fille Miranda nourrit. Mais aussi aux vains remâchages et récriminations contre son heureux rival Tony, « machiavélique lécheur de bottes au cœur noir ». L’ex-metteur en scène, à la rayonnante  inventivité, aux représentations triomphales, avait confié la gestion financière et les relations publiques à son faux ami, à « l’usurpateur » honni…

 

Amédée Pichot : Galerie des personnages de Shakspeare, Baudry, 1844.

Photo : T. Guinhut.

 

      Ne reste au triste antihéros que rêver de ranimer sa Miranda et se venger de Tony. Or, une poignée d’années plus tard, le voilà embauché, dans le cadre d’un « programme d’alphabétisation par la littérature », comme animateur théâtral auprès des pensionnaires d’une prison qu’il a pour ambition d’amener à Shakespeare, « parce que c’est le moyen le meilleur et le plus complet d’apprendre le théâtre ». Les crimes de Macbeth et Richard III sont compris, adaptés avec vigueur, et obtiennent le succès mérité. Il faut alors jouer cette Tempête que Félix n’a pu monter, et pour lesquels les acteurs ont déjà les faciès et les passions tout trouvés et croqués avec une réelle acuité psychologique : l’esprit vif d’un Ariel, le corps brutal d’un Caliban…

      La romancière sait mettre en valeur des scènes marquantes, comme l’éviction de Felix hors de son théâtre, avec sa vieille « Mustang » décapotable trempée, ses accessoires théâtraux dont une cape faite d’animaux en peluches, et l’adieu pleurnicheur du Président du Conseil du Festival. Elle sait faire partager au lecteur les sensations et sentiments de son personnage, non sans justesse dramatique et suspense. Elle sait instiller des échos entre le texte de Shakespeare, souvent cité, et ses personnages, Wonderboy, « un escroc jouant à l’acteur », Guibolls incarnant l’affreux Caliban, ou le fantôme de la file de Felix, Miranda, se faisant « la doublure d’Ariel ». Comment saura-t-elle, par la main de Felix, au prénom tristement ironique, alors qu’il se fait appeler Monsieur Duc, mettre en œuvre sa vengeance, lorsque ses anciens ennemis, devenus ministres, bien décidés à supprimer cette éducation  théâtrale, viendront visiter la prison et visionner la spectaculaire performance et mise en scène, voire se retrouver « en immersion artistique », acteurs involontaires et prisonniers de Prospéro ?

      De toute évidence l’auteure de La Peste écarlate[8] et d’Alphinland [9]n’a rien perdu de son pouvoir. C’est bien elle, le magicien Prospéro qui dans les coulisses du narrateur agite ce roman tant réaliste que fantasmagorique, non sans humour et non sans réflexion morale sur la vengeance et le pardon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Habituée des romans historiques, la romancière américaine Tracy Chevalier investit notre proche contemporain en explorant la mémoire des années soixante-dix, à Washington. Le « nouveau » arrive « dans une cour de récréation pleine d’inconnus tous d’une couleur opposée à la sienne ». La jeune Dee, jolie blonde et de surcroit la plus populaire de l’école, est la seule à être fascinée par la démarche, la peau de « panthère » d’Osei, fils d’un diplomate ghanéen. Bientôt on les appelle « les amoureux ». Le harcèlement n’est pas loin, car Ian, manipulateur pervers, entre en scène, alors que Rod est le jaloux de l’histoire. Les enseignants eux-mêmes, qui chargent le bouc émissaire à la suite d’une bousculade, ne sont pas irréprochables, en une époque encore envenimée par un racisme récurrent. Quant à la chute tragique du roman, « Puis les ténèbres l’envahirent et tout devint noir », il faut évidemment la lire en toutes ses strates de sens…

      Le narrateur omniscient nous introduit dans l’univers mental de chaque personnage, où bêtise et puérilité innervent les uns, où une prime maturité élève les deux protagonistes (peut-être trop pour être crédibles). Selon l’auteure, qui écrit avec finesse et sensibilité, il s’agit de la transcription du racisme subi lorsqu’elle fut la seule élève blanche dans une école noire. L’on se demande pourquoi elle n’est pas restée fidèle à son vécu. Est-ce pour obéir au politiquement correct ?

     

Amédée Pichot : Galerie des personnages de Shakspeare, Baudry, 1844.

Photo : T. Guinhut.

 

      L’art de Tracy Chevalier reste efficace, même si elle n’atteint pas ici la qualité de ses Prodigieuses créatures[10] ou de La Jeune fille à la perle[11]. En effet le récit n’est pas toujours intensément convaincant, voire poussif et léger, malgré la réelle capacité de pénétrer l’esprit des jeunes protagonistes, la faute venant peut-être d’une inspiration que n’a pas suffisamment suscité le jeu de la commande. Cependant lorsque le lecteur aperçoit les nombreuses allusions à Othello, le fameux Maure de Venise berné par l’infâme Iago et que la jalousie pousse à étrangler son innocente épouse Desdémone, l’intérêt reprend de la vigueur. Le shakespearien sous-titre est clair : « Othello revisité » (pourquoi ne figure-t-il pas sur la couverture ?). En cinq parties comme en cinq actes, contenu dans une seule journée, comme lors d’une tragédie classique, alors que l’auteur d’Hamlet ne se préoccupait guère, en tant qu’élisabéthain plutôt baroque, de telles règles, d’ailleurs postérieures et françaises. Cette réécriture de Shakespeare, le créateur de cette impressionnante et archétypale figure du noir jaloux et meurtrier, montre qu’une cour de récréation (où une trousse d’écolier remplace avec brio le mouchoir de Desdémone) contient in nucleo toutes les tragédies : ainsi va la nature humaine, que l’éducation et la culture doivent pourtant amener à une civilisation de la tolérance universelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      N’a pas la stature de Shakespeare[12] qui veut. Margaret Atwood, bien que romancière, rend un hommage appuyé au théâtre, alors que Tracy Chevalier, au sommet de son art avec La Dernière fugitive[13], se contente ici du format de la novella, pour son drame de cour de récréation cependant tragique et allusif. Reste qu’imaginer une représentation de La Tempête dans un centre pénitentiaire, où entre « le pouvoir rédempteur de l’art », alors que l’île de Prospéro est une prison, est une vraie trouvaille. Seule évasion pour les prisonniers - et les enfants de Tracy Chevalier n’ont pas cette chance - l’art du comédien et du dramaturge…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Nouveau a été publiée dans Le Matricule des anges, avril 2019

 

[1] William Shakespeare : La Tempête, Comédies, traduction Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1945, p 1469.

[2] Jeanette Winterson : La faille du temps, Buchet-Chastel, 2019.

[3] Anne Tyler avec Vinegar girl, Phébus, 2018.

[4] Jo Nesbo : Macbeth, Gallimard Série noire, 2018.

[5] Edward St Aubyn : Dunbar et ses filles, Grasset, 2019.

[6] Howard Jacobson : Shylock is my name, Charnwood, 2016.

[7] Gillian Flynn : Hamlet, à paraître en 2021.

[10] Tracy Chevalier : Prodigieuses créatures, La Table ronde, 2010.

[11] Tracy Chevalier : La Jeune fille à la perle, La Table ronde, 2000.

[12] Voir : Shakespeare

 

Amédée Pichot : Galerie des personnages de Shakspeare, Baudry, 1844.

Photo : T. Guinhut.

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 13:31

 

Col Tuckett, Dolomites de Brenta, Trentino Alto-Adige.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Lovecraft, Montagne hallucinée

 

d’une sommitale biographie.

 

S. T. Joshi : Je suis Providence

 

& autres nouvelles nées de l'espace.

 

 

 

S.T. Joshi : Lovecraft. Je suis Providence,

divers traducteurs de l’anglais (Etats-Unis),

Actu SF, tome I, 712 p, 28 €, tome II, 680 p, 27 €.

 

 

Les Meilleures nouvelles de H. P. Lovecraft,

Traduites par Isabelle Barat, Nathalie Barrié et Anaïs Courdouan,

Editons Rue Saint-Ambroise, 324 p, 14,90 €.

 

H. P. Lovecraft : L'Appel de Chtulhu,

traduit par François Bon, Points, 96 p, 7,10 €.


Lovecraft au cœur du cauchemar,

sous la direction de Jérôme Vincent et Jean-Laurent Del Socorro, ActuSF, 464 p, 30 €.

 

 

 

 

      Rencontrer à treize ans L’Abomination de Dunwich peut changer une vie, au point de la consacrer presque toute entière à l’auteur de cette horrifique nouvelle : Howard Philip Lovecraft (1890-1937). Ainsi les lovecraftiens passionnés ont enfin entre leurs mains, aux côtés de ses nouvelles, la monumentale biographie patiemment tissée et retissée par Sunand Tryambak Joshi, abrégé en S.T. Joshi. Sous les yeux du lecteur, sont dévoilés d’immenses pans inconnus de la personnalité du maître de Providence. Lequel auteur et, à un moindre degré, son biographe, apparaissent comme des Montagnes hallucinées, selon le titre d’une des œuvres maîtresses, qui voit parmi les cités de pierres de l’Antarctique surgir de « Grands Anciens » et bourgeonner la réanimation épouvantable des protoplasmiques « shoggoths ». Une énergie incroyable a poussé J.T. Joshi à réanimer un Lovecraft plus étonnant et térébrant que jamais ; sans compter qu’il a également publié des éditions annotées d’Ambrose Bierce, des essais sur Lord Dunsany et Algernon Blackwood, autres phares du fantastique prélovecraftien.

 

      Si l’ancrage chronologique tisse en tout respect du genre l’ouvrage, et sans choir dans le systématisme de la critique biographique, il permet de cependant répondre, quoique forcément incomplètement, à la question suivante : d’où vient que Lovecraft soit le créateur du monde énorme et inquiétant de Cthulhu[1] et du Nécronomicon ? La démence du père, qui était une syphilis non diagnostiquée, puis les années de dépression qui empêchèrent l’écrivain en herbes folles d’aborder des études universitaires - ce pourquoi il est essentiellement autodidacte - son peu d’attrait pour la sexualité et le sentimentalisme, quoiqu’il fût brièvement marié avec Sonia (« mère de substitution », avance Joshi), voilà qui peut forger dans les caves de l’esprit du reclus de Providence une appétence pour l’effroi et le sombre surnaturel. Aussi, boulimique surdoué dès l’enfance, il dévore Les Mille et une nuits  à cinq ou six ans, engloutit la littérature de l’Antiquité autant que la plus populaire de son temps, étudie de manière compulsive l’astronomie jusqu’à écrire de petites revues, recourt à une écriture poétique classicisante (ici longuement citée et analysée), tout en sacrifiant à un racisme dont il se départira guère : « Les habitants de l’Olympe conçurent un plan astucieux. / Ils forgèrent une bête, à la silhouette à moitié humaine, / Remplie de vice, et ils appelèrent cette chose un NEGRE. » Les créatures frustes et consanguines de villages reculés, ou difformes et monstrueuses venues des abysses des œuvres futures en sont un avatar, comme dans Le Cauchemar d’Innsmouth, ce « grand récit de dégénérescence », selon Joshi, où des êtres puants, mi-poisson mi-grenouille, soumis à « Dagon » envahissent et contaminent l’humanité, jusqu’au narrateur, Olmstead, qui, découvrant sa généalogie vénéneuse, finit par s’abîmer avec enthousiasme dans le repaire cyclopéen de « Ceux des Profondeurs ». À moins de penser à sa mère se plaignant de la « hideur de son fils » à la « mâchoire prognathe », ce qui aurait nourri un complexe physique susceptible d’engendrer des monstres. Est-ce à mettre en relation avec la presque absence de personnages féminins chez notre conteur, hors l’abominable, ténébreuse, vampirique, Asenath Waite, dans Le Monstre sur le seuil ?

      Les romans gothiques[2], Allan Edgar Poe[3], Arthur Machen sont pour lui les prémices de sa création. Ainsi, à partir de 1903, ses premières nouvelles notables sont La Bête de la caverne et L’Alchimiste, puis Les Rats dans les murs qui permet au narrateur de découvrir sa parentèle d’essence morbide, même s’il faudra attendre 1926 pour que cette veine souvent macabre soit résolument dépassée avec L’Appel de Cthulhu, dont les récits emboités agrègent une statuette irréductiblement ininterprétable, une orgiaque cérémonie vaudou, messe noire et brutale, au cœur des marais, une déambulation dans la cité maudite de R’lyeh, puis un combat désespéré contre « la face grouillante de tentacules » de Cthulhu. L’isolement du conteur, assis sur une bibliothèque immense, contribue alors au bouillonnement neuronal qui engendre la création de ces « Grands Anciens » revenus au jour pour menacer et saccager l’existence et la civilisation humaines. À moins qu’ils soient le signe d’une nostalgie de la mythologie grecque ressentie par un écrivain vivant dans d’américaines contrées où il n’existe guère d’équivalent ; d’où la nécessité d’avoir recours à une création toute personnelle et d’autant plus vaste car d’origine extraterrestre. Aussi la « chose » venue du fond de l’univers et cachée au tréfonds de L’Horreur dans le musée - une nouvelle d’Hazel Heald totalement révisée par Lovecraft - mérite-t-elle un sacrifice sanglant et un culte passionné : « C’est un Dieu et je suis le dernier prêtre de sa hiérarchie du dernier jour. Iâ ! Shub-Niggurath ! Le Bouc aux Milles Jeûnes ! » Quoique S. T. Joshi trouve ces pages au mieux parodiques, et « particulièrement grotesques », nous serons beaucoup moins sévères, voire élogieux à l’égard de leur construction et de la figure du créateur de figures de cire littéralement possédé par le dieu venu d’ailleurs.

 

      La maîtrise lovecraftienne exige cependant une culture et un esprit de synthèse rigoureux lorsqu’il rédige son essai novateur : Epouvante et surnaturel en littérature. Les Montagnes hallucinées de ses récits unissent la folle déflagration d’un fantastique qui dévore les êtres et l’univers à une rigoureuse narration de la montée des périls : souvent un jeune homme (un alter ego ?), féru d’archéologie et de généalogie, doué d’une érudition compulsive, mène une dangereuse enquête concernant un de ses ancêtres qui aurait été happé par des forces inconnues et leurs séides, qui ont la puissance cosmique d’une « anti-mythologie ». Ainsi c’est non seulement la santé physique de l’imprudent qui risque la dévastation mais également son équilibre mental soufflé par la terreur éprouvée à l’ouverture des portes débouchant sur un monde qui balaie nos représentations. Seul parmi ses héros, Randolph Carter, échappe à la folie, à la destruction, voire à la liquéfaction, dans La Quête onirique de Kadath l’inconnue.

      Des traits curieux frappent le lecteur : sa « haine de la machine à écrire », son « matérialisme mécaniste et athéiste », le contraste entre le reclus de Providence et une correspondance pléthorique avec une foule d’écrivains amateurs et professionnels, voire des artistes peintres, son Journal de 1925 tout récemment publié attestant de sa « terrible pauvreté », mais aussi une vie sociale étonnement fourmillante, en particulier à New-York, entre clubs littéraires, amis, disciples, puis de nouveau, contrastant avec sa « boulimie intellectuelle », la pauvreté sordide, « dangereusement proche de la soupe populaire ». Sans oublier, hélas, sa pathétique agonie, au cours de laquelle il tient encore un « journal de mort », sous le coup d’un cancer, à 47 ans, alors qu’il n’avait jamais vu son œuvre publiée sous forme de livre, hors The Shadow over Innsmooth, « une débâcle jalonnée d’erreurs » et un désastre financier…

      Le créateur de Nyarlathotep, aux avatars bulbeux et griffus, demeure une énigme de la créativité géniale, quoique cette biographie soit aussi méticuleuse que passionnante ; hors le premier chapitre sur la généalogie familiale du maître du fantastique, voire celui des déboires journalistiques. Le travail de deux décennies, remis sans trêve sur le métier, est scrupuleusement documenté, en particulier en consultant les dizaines de milliers de lettres de son modèle. Ainsi l’on saura tout sur les voyages en bus entre Floride et Québec, à la recherche de cités historiques, sur son amour des chats, jusqu’au coût des costumes après qu’ils lui aient été volés, et ses repas tristement insipides, voire malsains, et son asexualité, corollaire de l’absence de tout érotisme dans ses récits. Non sans surprise, il s’avère qu’outre ses lectures fantastiques, il met au-dessus de tous Balzac et Proust.

      Quand S. T. Joshi n’omet jamais les résumés et les pertinentes analyses de chaque œuvre, les chapitres les plus étonnants sont ceux où l’on voit notre auteur fétiche sculpter une poésie encore méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique, où il polit ses horreurs païennes pour un « pulp », Weird Tales, qui publia 279 numéros, où les suiveurs enclenchent la série des « dérivés » du maître, comme le Rôdeur devant le seuil, un roman plutôt réussi (malgré la répugnance de S. T. Joshi) venu d’une discutable « collaboration posthume » aux bons soins d’August Derleth, pasticheur en chef parmi les multiples imitateurs.

      Se détache alors un homme prodigieusement polymorphe, hostile au monde moderne et à l’industrialisation, exalté par les vieilles pierres et les monts forestiers, graphomane et bibliomane, antisémite quoiqu’il eût bien des amis Juifs, passablement fascisant, tout en professant une indulgence spécieuse envers Hitler, puis, à la suite de la crise économique de 1929, penchant vers le socialisme, sans être un instant marxiste ni communiste, ce que confirme l’utopie de la « Grande Race », dans L’abîme du temps, l’un de ses tout derniers récits : « Le système politique de chaque unité était une sorte de socialisme mâtiné de fascisme, où les ressources les plus importantes étaient réparties de manière rationnelle, et le pouvoir placé entre les mains d’un petit conseil gouvernemental élu par les suffrages de ceux qui avaient réussi certains tests culturels et psychologiques […] L’industrie, hautement mécanisée, laissait beaucoup de temps libre à tous les concitoyens, ; et les nombreuses heures de loisirs ainsi dégagées étaient consacrées à une infinité d’activités intellectuelles ou artistiques. »

      Cependant, il est toujours prêt à aider un jeune auteur de ses conseils, corrigeant, réécrivant les productions de ses clients au point d’en faire des œuvres dignes de son génie, au bout du compte étonnamment rationnel au regard de la déflagration surnaturelle qui structure ses récits. Un Lovecraft émouvant s’élève depuis cette biographie, qui, à la fin de sa vie, a de moins en moins confiance dans la valeur de ce qu’il écrit, au vu des critiques négatives et des échecs éditoriaux : « D’ici une décennie, à moins que je ne puisse trouver un travail qui me rapporterait au moins dix dollars par semaine, je devrai choisir le chemin du cyanure, puisque je ne pourrai plus garder les livres, les meubles et autres objets familiers qui sont ma raison de vivre », écrit-il dans une lettre à Helen V. Sully. Si bien des coquilles affectent l’ouvrage de S. T. Joshi (mais beaucoup moins dans le second volume) elles restent sans conséquence, pardonnables, dans ce massif aux deux volets totalisant 1400 pages dont les afficionados se délecteront, en attendant la publication de l’œuvre intégrale chez Mnémos au début 2020.

 

 

      Fantastique et Fantasy, horreur et science-fiction confluent parmi les pages du conteur, entre nouvelles et novellas, qui frôlent la dimension d’un roman. En une créativité qui n’est réductible à aucun de ces genres, d’autant que les repoussants univers destinés à contaminer et remplacer l’espèce humaine peuvent être à part égales des civilisations qui relèvent de l’utopie pré-humaine, comme celle de « K’n-yan » dans Le Tertre. Il ne faut pas à cet égard ignorer que Lovecraft, conscient de la mortalité des sociétés, fût un lecteur du Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler.

      Pourquoi accorder tant de crédit à des fictions aussi improbables ? L’homme n’est pas sans ressentir autant la beauté que les menaces de l’univers, ne seraient que celles de sa précarité et de sa mort et bien entendu du mal. Or, et au-delà encore de bien des maîtres du fantastique, qu’ils s’appellent Edgar Allan Poe ou Arthur Machen, Lovecraft excelle à figurer la peur, y compris celles des démons qu’elle engendre et que dans sa folie il prend pour véritables : « L’émotion la plus ancienne et la plus forte chez l’homme est la peur, et la peur la plus forte et la plus ancienne est celle de l’inconnu », écrit-il. Ainsi les prodiges de l’imaginaire et du fantasme peuvent engendrer chez le créateur doué, voire de génie, de vivantes purulences macabres et maudites, des antimondes gisant dans un passé prêt à se réveiller, soit des horreurs jaillies du subconscient et des terreurs cosmiques grouillantes de vies souveraines aux formes inqualifiables, là où l’on assiste, impuissant, à « l’arrêt ou la défaite, pernicieuses et précises, des lois établies de la nature, qui sont notre seule sauvegarde contre les assauts du chaos et les démons de l’espace insondé[4] ». En-deçà du temps et au-delà de l’espace, gisent des forces que Lovecraft parvient à nous faire avaler, sans l’ombre d’un ridicule, mais avec l’ombre d’un soupçon : serait-ce possible ? Restent, de toutes manières, l’insinuation et la vigueur de l’escalade des périls jusqu’aux montagnes les plus hallucinées de la psyché, de l’espace, du temps, et la qualité esthétique de tels mythes nés de l’esprit paradoxal d’un écrivain que l’on pourrait imaginer plus prolifique si les dieux incompétents de l’édition de son époque ne l’avaient tant desservi. Il ne faut cependant ne pas ignorer que Lovecraft débordait « d’un profond rire intérieur » si l’on prétendait croire à l’existence réelle de ses dieux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour entrer dans l’univers de Lovecraft, sans risquer sa santé physique et mentale - voire - rien ne vaut un bon fauteuil de lecture et une anthologie soigneusement choisie. C’est le cas des Meilleures nouvelles de H.P. Lovecraft, volume dans lequel huit récits forment une excellente initiation aux espaces de terreur et à leurs créatures, orchestrés par notre iconique écrivain, que la traduction sert avec efficacité. En témoigne « La malepeur », cet ancien mot médiéval pour « The Lurkig Fear », ce qui est plus expressif et térébrant que « La peur qui rôde ». Il s’agit d’explorer une « tombe archaïque », où l’on sent se resserrer « les vrilles d’une horreur cancéreuse qui prenaient racine dans les passés incommensurables et les insondables abîmes de la nuit qui ressassent au-delà du temps » ; cette dimension immémoriale étant une constante lovecraftienne, d’où jaillissent des menaces terrifiantes, des entités vénéneuses. « Le festival » est celui qu’entraîne, dans une pièce de l’ancienne maison familiale, la lecture de « livres chenus de moisissures », dont l’infâme Necronomicon, cet ouvrage fictif et diabolique qui est le point nodal de l’œuvre du maître de Cthulhu. À la suite de cette mise en bouche, le narrateur se laisse entraîner en un temple où se déroule « le rite de Yule », avec le secours d’une « horde de choses ailées, dressées, hybrides, dont aucun œil raisonnable ne saurait jamais complètement saisir la nature ».

Comme un noir et fangeux missel, s’ouvre « L’appel de Cthulhu », texte-pieuvre qui tient en ses tentacules nombre de thématiques lovecraftiennes. Sur la trace d’une statuette de pierre incompréhensible, l’enquête parcourt un musée, un marais de Louisiane, puis des îles du Pacifique ; pour deviner la récurrence du culte abject de Cthulhu et autres divinités mi-chtoniennes, mi-aquatiques dont « R’lyeh », venus d’un antédiluvien univers où régnaient les « Grands Anciens », susceptibles de se réveiller. Cette nouvelle séminale, faisant partie du « Cycle d’Arkham », en compagnie de « Dagon » et « Dans les montagnes hallucinées », se lit et se relit non sans fascination ; à moins de la posséder - au sens démoniaque du terme - sous la belle couverture cartonnée des éditions Points, traduite cette fois par François Bon.

À la vénéneuse destruction de « La couleur née de l’espace », à un « Prêtre maléfique » dont il va falloir prendre l’apparence pour longtemps,  il faut ajouter cette cité toute entière en la possession de créatures mi-humaines, mi-poissons, parmi « Les ombres d’Innsmouth », où le narrateur, encore un enquêteur trop curieux, prend le risque de découvrir combien il est mystérieusement associé à cette lignée.

Nous ne saurions assez recommander cette édition, qui est une initiation à la puissance imparable, même si, hélas, la couverture n’est en rien représentative de la fantasmagorie « polypeuse » de notre cher Lovecraft ; quoiqu’il s’agisse d’une collection des « meilleures nouvelles » de Virginia Woolf ou d’Anton Tchekov.

 

 

      Il est également permis d’entrer dans l’univers lovecratftien d’une manière encyclopédique, grâce au volume joliment relié et illustré intitulé : Lovecraft. Au cœur du cauchemar. Il présente un triptyque de lectures : d’abord « L’homme », ensuite « L’œuvre » et enfin « L’univers étendu », soit les produits dérivés, en d’autres termes tous les médias où essaime la légende du maître de Cthulhu : bande dessinée, illustration, cinéma, jeux de rôles et jeux vidéo… Les contributions de maints auteurs perspicaces, essayistes ou traducteurs, éclairent tout ou partie des problématiques afférentes au créateur du Nécronomicon, cet ouvrage mythique qui n’existe qu’au travers de ses écrits et non en tant que tel comme d’opportunistes éditeurs veulent le faire croire. L’on s’interroge sur « Lovecraft et la science, sur « l’anti-heroic fantasy », sur la pertinence des nombreuses « traductions françaises[5] », l’on découvre un cycle de 36 sonnets intitulé Fungi de Yuggoth (« l’apogée de la poésie fantastique de Lovecraft », selon S. T. Joshi) en confrontant deux traductions du premier d’entre eux, « Le livre », dans lequel se cache :

« Là, monstrueux, quelque secret ; horreur maligne,

Si l’on savait ! Cherchant un vendeur, inquiet,

Je n’ai rien pu trouver - qu’une voix qui riait ! »

 

 

Thierry Guinhut

Une vie-d'écriture et de photographie

 

[4] H. P. Lovecraft : Epouvante et surnaturel et littérature, Christian Bourgois, 1985, p 35, 40.

[5] Où l’auteure, Marie Perrier, a la courtoisie de citer ma précédente lecture des traductions de François Bon, p 336.

 

Photo : T. Guinhut.

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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 13:59

 

Steinegg / Collapietra,  Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Robert Montgomery Bird :

Les métamorphoses de Sheppard Lee,

entre Ovide et Kafka.

 

 

Robert Montgomery Bird : Sheppard Lee écrit par lui-même,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Antoine Traisnel,

Au Forges de Vulcain, 434 p, 22 €.

Points, 478 p, 10,60 €.

 

 

 

      Devenir autre, devenir monstre ou changer de vie, que ce soient par une élévation sociale ou par la réincarnation, est un fantasme largement partagé. Depuis l’Antiquité, poètes, nouvellistes et romanciers aiment à pratiquer l’art des métamorphoses. Un art cependant dangereux, qui sauve ou punit. Ainsi, dans les Métamorphoses d’Ovide[1], les pouvoirs divins du fleuve Pénée volent au secours de Daphnée en la changeant en laurier pour lui permettre d’échapper à la poursuite d’Apollon[2]. Pire, Lucius, dans L’Âne d’or d’Apulée, se voit changé en âne au lieu d’un aigle, à cause de sa curiosité, d’une méprise, et surtout de son hubris[3]. Les dieux se faisant rare à l’époque moderne, il faut préférer une métamorphose sociale, voire ontologique. Elle est traitée sous le mode burlesque par Robert Montgomery Bird en son étonnant roman : Sheppard Lee écrit par lui-même. Ecrivant dans la première moitié du XIX° siècle, s’il connaissait Ovide, il n’avait pas encore eu la malchance d’être métamorphosé en un personnage de Franz Kafka.

 

      Il paraît incroyable que les historiens de la littérature américaine aient manqué de clairvoyance devant un fort curieux romancier, contemporain d’Edgar Allan Poe[4], qui d’ailleurs l’admirait : Robert Montgomery Bird. Né pour une courte vie, entre 1806 et 1854, et d’abord médecin (ce qui explique les nombreuses allusions à la médecine en notre ouvrage) il n’en écrivit pas moins d’une demi-douzaine de romans, dont ce Sheppard Lee écrit par lui-même, qui est « en mesure d’instruire l’ignorant et l’ingénu ». Dans la tradition millénaire des Métamorphoses d’Ovide et bien avant celle de Kafka, Sheppard Lee change de corps et de vies. Or, de métamorphose en métempsychose, Robert Montgomery Bird parcourt avec brio et satire la marelle de la société américaine du XIX° siècle.

      Ces réincarnations le comblent rarement, le malmènent souvent. Paresseux, pas très malin, bien que riche héritier, Shepard Lee se retrouve pauvre comme Job. Toutes ses entreprises, y compris politiques, tournent au fiasco : « car les preuves sont aussi peu estimées en politique que les raisonnements logiques ». Au cours d’une rocambolesque et superstitieuse quête d’un prétendu trésor, sa pioche le frappe violemment. Auprès de son propre cadavre, il s’empare du corps de « Messire Higginson », aussi riche que satisfait de soi. La joie est de courte durée, lorsqu’il est accusé d’avoir assassiné Shepard Lee, autrement dit lui-même ! Il croit retrouver la sérénité quand il est soudain accablé par la maladie et veillé par sa « mégère », insupportable au point qu’il pense se suicider. Le voilà contraint de méditer sur la condition humaine : « La pauvreté est-elle pire que la goutte ? L’endettement aussi pénible qu’une épouse querelleuse ? »

      Sa seconde mort lui permet une nouvelle métempsychose : « Ce qui était sûr, c’est que dans les deux cas je n’étais absolument pour rien dans mes métamorphoses, outre que j’en avais bêtement formulé le souhait ». Le voici devenu un « pauvre dandy[5] vivant à crédit », libertin vaniteux chassant la dot et chassé par la dette. Le « jeune gandin ignare » n’a pour profession que de dilapider son patrimoine puis de se faire « chasseur de pigeons ». Espérant séduire sa cousine fortunée, il ne peut qu’avouer son machisme : « je ne fais que consigner l’horreur avec laquelle je - dans la peau d’un dandy, et comme tous  ceux de sa caste - regardais tous les individus du sexe opposé plus intelligents ou plus avisés que moi ». Tentant d’escroquer deux familles en promettant d’épouser deux héritières, il est bientôt berné, et n’a d’autre recours que d’user de son « don d’entrer dans n’importe quel corps humain » de choir dans une autre personnalité.

      En une sorte d’antithèse éminemment burlesque, notre anti-héros perpétuel se vêt de la peau d’un « avaricieux » usurier à peine décédé. Ainsi l’on saura tout sur le prêt sur gages, l’agiotage et la rouerie. En cette aventure, plus qu’immorale, quoiqu’il s’agisse encore une fois d’un apologue à visée forcément morale, « sont illustrées la folie de bien éduquer ses enfants et la sagesse de faire fortune ». Être riche et rusé a cependant un prix : la vieillesse, l’infirmité, deux fils, l’un ivrogne et voleur, l’autre voleur et faussaire, pire même : l’un s’égorge en prison, l’autre est pris en flagrant délit de tentative parricide !

 

 

      Nous ne saurions déflorer toute la matière de ce généreux ouvrage pourfendeur d’une bonne demi-douzaine de vices. Il serait discourtois de ne pas laisser au lecteur le plaisir de découvrir comment Sheppard Lee devient un quaker philanthrope. Soyons certains que la satire la plus enjoué et mordante n’y abandonne pas ses droits, car « diverses mésaventures et calamités récompensèrent [sa] vertu ». Au point qu’emmené en Virginie le voilà convaincu d’être un abolitionniste et à ce titre digne d’être lynché !

      Qui sait si la plus passionnante et la plus osée de ces incarnations est celle qui lui permet de devenir Tom, son « frère d’ébène » ? Quoique satisfait de son sort comme jamais et auprès d’un maître fort débonnaire, Tom, l’esclave noir bon enfant et indolent, prend connaissance de « la malédiction d’une race toute entière », grâce un libelle abolitionniste humaniste et philanthrope. Aussitôt la communauté noire locale, pourtant fort bien traitée, se sent envahie par le sentiment de persécution au point de haïr son maître, car « les causes imaginaires sont toujours les plus efficaces pour susciter la jalousie et la haine ». Bientôt les insurgés mettent sur pied une « expédition sanguinaire et brigande », brûlent et tuent. Revenu de toute illusion sur la nature humaine, noire ou blanche, Sheppard Lee peut méditer en prison avant d’être pendu. Un tel épisode ne ravit pas tous les lecteurs, gênés par le cliché raciste du nègre paresseux ou délibérément sauvage, et par une société esclavagiste qui pourrait passer pour un éden pastoral.

      Il n’est pas impossible d’imaginer que le personnage de Tom (ce qui est alors fort novateur) puisse préfigurer celui d’Harriet Beecher Stowe, dans La Case de l’oncle Tom[6], paru aux Etats-Unis en 1852. Dénonçant les abjections de l’esclavagisme, ce roman obtint un succès aussi immédiat que durable et ne compta pas pour rien dans l’élection d’Abraham Lincoln qui, en dépit de la guerre de Sécession, parvint à abolir l’esclavage en 1862.

      Sommes-nous sûrs de la sérénité d’une vie suivante, celle d’un « gentilhomme de bonne fortune » ? Paresse, « ennui existentiel » et gourmandise seront son lot, complétant la liste de ce traité des sept péchés capitaux au service de sept incarnations. Que le lecteur aille vite lire de quelle grandguignolesque manière notre personnage favori retrouve son premier corps momifié pour le réintégrer !

 

 

      À chaque fois cependant il faut à Shepard Lee un tantinet ranimer la mémoire de celui à qui il emprunte la vie ; ce qui lui permet de pertinentes réflexions : « J’en déduis que la mémoire ainsi que beaucoup d’autres fonctions de l’esprit ont bien davantage partie liée avec les actions du corps que ce que les métaphysiciens veulent prétende ». Or l’idéalisme n’est pas son fort : « beaucoup du bon et du mauvais dans la nature humaine résulte de causes et d’influences purement physiques ». C’est à tel point qu’il imagine une spéculation juteuse : convertir les cadavres en engrais. Voire utiliser le corps du président « pour en tirer du savon, que ses successeurs utiliseraient pour récurer la constitution et les esprits du citoyen ». Ce qui n’est pas sans faire penser à l’ironique Modeste propositions pour empêcher les enfants pauvres d’Irlande d’être à charge à leurs parents ou à leur pays et pour les rendre utiles au public[7], c’est-à-dire les manger…

      Quoiqu’il soit parfois choqué de la dépravation de ses personnages d’emprunt, étant donné « l’honnêteté du Sheppard Lee original », il s’adapte fort vite. « Fier comme Lucifer » ou malheureux comme les pierres, il ballote d’un état à un autre, d’une classe sociale à une autre. Et, même si, à notre grand regret, car nous aurions été curieux de voir ce que nous aurait réservé le romancier, il ne se change jamais en femme, c’est un tableau de société, et de ses tares, qui se dévoile, sous le couvert d’une bourgade rurale du New Jersey et de la ville de Philadelphie.

 

      Ecrites avec un humour d’une finesse infinie et une sévère autodérision, les aventures de Sheppard Lee, évidemment un narrateur totalement fictif, procurent une lecture délicieusement divertissante et une satire sociale d’une efficacité rare, qui parcourt tous les échelons de la société, depuis les plus boueux ruraux jusqu’à « l’aristocratie républicaine ». Au cours d’un enchaînement de péripéties, jamais redondantes, se devinent bien des morales, en particulier le fameux adage : l’argent ne fait pas le bonheur… La déréliction, l’impéritie et l’égoïsme de cet anti-héros renvoient à une sagesse en creux à laquelle parvenir. Elle est souvent implicite, parfois explicite, souvent moralisatrice : « le contentement est le secret de tout plaisir », « j’ai appris à être reconnaissant envers la Providence de m’avoir réservé un sort laborieux », car changer de condition n’est pas sans danger et envier autrui ne tient guère compte des soucis de ce dernier… Il faut cependant prendre garde que cette morale finale est peu de chose au regard de l’acuité des analyses psychologiques et sociales qui sont ici un véritable festival.

      Récit picaresque[8] ou conte philosophique ? Récit fantastique, voire gothique[9] et morbide, ou roman de mœurs ? Tout à la fois ; avec une énergie narrative entraînante. De toutes manières, le récit tient plus à l’esthétique romanesque du XVIII° que du romantisme son contemporain, à moins de penser à Frankenstein[10] animant des fragments de morts, ce qui n’enlève rien à son mérite. Publiée en 1836, cette Comédie humaine, plus concise que celle de Balzac, pose de rares problèmes d’identité. Qui avons-nous eu la chance ou la malchance d’être, sommes-nous toujours le même, l’esprit n’est-il que la résultante du corps, jusqu’où avons-nous la capacité d’entrer dans la peau d’autrui, de vivre sa vie, de le comprendre ? En fait, mieux que tout pouvoir magique, ce sont les pouvoirs de métempsychose de la littérature qui sont ici à préférer : « je ne pouvais plus me conjuguer au singulier »…

 

 

      Au contraire de Montgomery Bird, le personnage de Kafka n’admet aucune morale, il ne s’inscrit guère dans un apologue. Sinon dans un récit aporétique et tautologique : « Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine[11] », ce qui est l’un des plus beaux incipits de la littérature universelle. Sa Métamorphose n’est ni d’origine divine, à moins d’imaginer une sourde fatalité venue du Dieu jaloux et vengeur de la Bible hébraïque, ni sociale, tout juste ontologique peut-être. L’on peut supposer qu’il s’agit d’une déréliction toute personnelle, d’une mélancolie dépressive et morbide, d’une dévalorisation de soi hantée par l’épuisement professionnel et un miroir psychologique fêlé, voire d’une prescience de la condamnation des Juifs à la Shoah, comme le montre l’interprétation du Procès par le cinéaste Orson Welles[12]. Kafka retrouve cependant une orientation venue d’Ovide et de L’Âne d’or d’Apulée, puisque l’homme est changé en animal, en cafard peut-être, mais en cadavre digne des ordures enfin. Même si l’on sait que l’auteur du Château aimait à rire en lisant ses récits, n’était-ce pas la seule conjuration du tragique possible ?

 

      Après ses aventureuses métempsychoses, le Sheppard Lee de Montgomery Bird est non seulement rétabli dans son humanité première, alors que son beau-frère a remis sa ferme sur pieds, mais y a gagné en sagesse. Ses métamorphoses ont un sens que celle de Kafka n’a pas, et le rapprochement entre deux auteurs si dissemblables prouve s’il en était besoin qu’en cette affaire le roman de Montgomery Bird est le chaînon manquant enfin rétabli entre de mythiques métamorphoses antiques et de plus bassement humaines détériorations physiques et mentales, non moins métaphysiques. La collusion entre fantastique, fantaisie picaresque et satire sociale en est d’autant plus remarquable, au point qu’après ce chef d’œuvre d’humour et d’intelligence, nous aimerions voir traduits d’autres volumes de Robert Montgomery Bird. Par exemple, l’un de ses six romans, Nick of the Woods, publié en 1837, qui met en scène un pacifique quaker soudain aux prises avec des éruptions de sanguinaire folie.

 

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d'un article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des anges, nov-décembre 2018

 

[2] Ovide : Les Métamorphoses, Livre I.

[3] Apulée : L’Âne d’or, Livre III.

[6] Harriet Beecher Stowe, dans La Case de l’oncle Tom, Le Club Français du Livre, 1960.

[7] Jonathan Swift : Modeste proposition, Œuvres, Gallimard, La Pléiade, 1995, p 1383-1392.

[11] Franz Kafka : La Métamorphose, Œuvres complètes II,  La Pléiade, Gallimard, 2005, p 192.

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 20:29
 

 

Photo : T. Guinhut.
 
 
 
Edgar Allan Poe, « Ange du bizarre »,
ses Nouvelles intégrales,
et sa vie coupée court par Peter Ackroyd.

 

 

Edgar Allan Poe : Nouvelles intégrales,

Traduites de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf,

Tome I 1831-1839, 432 p, 27 €,

Tome II 1840-1844, 386 p, 26 €,

Tome III 1844-1849, 432 p, 27 €,

Phébus, 2018, 2019.

 

Peter Ackroyd : Edgar Allan Poe, une vie coupée court,

Traduit de l’anglais (Grande Bretagne) par Bernard Turle, Philippe Rey, 224 p 18 €.

 

 

 

 

 

      Poète maudit avant l’heure, traduit par Baudelaire, et par Mallarmé, Edgar Allan Poe, était un amateur forcené de nymphettes phtisiques et morbides. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’on n’avait jamais vu toutes ses nouvelles traduites en français. Enfermé dans le tombeau mallarméen, où « la mort triomphait dans cette voix étrange[1] », et dans les Histoires extraordinaires ornées de la prose baudelairienne, il faut aujourd’hui pas moins de deux traducteurs pour entreprendre une tâche absolument nécessaire : publier les Nouvelles intégrales, parmi trois généreux volumes, de celui à qui échut « une vie coupée court », selon Peter Ackroyd, une fois de plus biographe scrupuleux.

 

      Ce sont trente-six Histoires extraordinaires que traduisit Charles Baudelaire, en fait le seul travail qui lui rapporta un peu d’argent. Pourtant ce premier volume, établi de façon chronologique (1831-1839) en traduit et publie déjà vingt-cinq, ce qui laisse imaginer que la trilogie, une fois achevée, réunira pas loin du double de ce que nous connaissons, dont une moitié d’inédits. En effet, avec dix-neuf dans le second tome, puis vingt-cinq au troisième, l’on peut se faire une idée exacte des pérégrinations mentales et fantastiques du sombre romantique impénitent.

      « Ange du bizarre[2] », Edgar Allan Poe l’est d’autant plus que le choix de Baudelaire ne fut pas innocent. Il prit soin de choisir et traduire les nouvelles les plus morbides, celles du fantastique le plus noir. Il faut cependant, et ce n’est pas le moindre mérite de cette édition, découvrir nombre de textes que le grotesque anime de la plus étonnante façon.

      Sans compter que, si admirable soit-elle, la traduction du maître des Fleurs du mal « n’est pas exempte d’erreurs, de contresens, d’obscurités et de lourdeurs absentes de l’original », soulignent les préfaciers et traducteurs d’aujourd’hui. Et de donner les exemples d’yeux « limpides au lieu d’être vitreux », de « sixième ciel au lieu de siècle », de gens « heureux au lieu de nerveux », sans compter que la langue a bien sûr évolué, rejetant dans une obscurité surannée quelques vocables. D’autre part, l’on aurait tendance à considérer, de ce côté de l’Atlantique, que la langue de Poe avait eu besoin de Baudelaire pour mieux s’habiller de noir, alors que la prose américaine s’enorgueillit de la splendeur classique et de la précision de l’auteur du « Corbeau ». Peut-être faut-il considérer qu’outre Aloysius Bertrand, Poe a nourrit la conception du poème en prose baudelairien. Voilà cependant qui n’enlève rien au mérite de celui qui acclimata chez nous son frère en spleen et nourrit son idéal au cours de l’écriture de son recueil emblématique et longtemps médité.

 

 

      Restons cependant un brin nostalgiques de la splendeur de la langue baudelairienne... Par exemple si l’on compare les deux versions de « Petite discussion avec une momie, qui devient « Quelques mots avec une momie ». Baudelaire commence ainsi : « Le symposium de la soirée précédente avait un peu fatigué mes nerfs. J’avais une déplorable migraine et je tombais de sommeil ». Notre duo de traducteurs contemporain propose plus platement : « Le colloque de la soirée précédente m’avais nerveusement épuisé : j’avais une forte migraine et tombais de sommeil ». Plus loin, Baudelaire fait ainsi parler la momie : « Le Scarabée était l’emblème, les armes d’une famille patricienne très distinguée et très nombreuse. », alors que nos deux compères préfèrent un plus sonore : « Le Scarabaeus était l’insignium, ou les armes d’une famille patricienne très distinguée, qui comptait très peu de membres ». Difficile donc de les départager. Baudelaire était souvent plus somptueux, la complétude plaide en faveur de cette nouvelle édition, où l’on découvre « La mille deuxième histoire de Schéhérazade ».

      D’un styliste raffiné, lisons maintenant ces Nouvelles intégrales, dans l’ordre de parution. Le goût du fantastique et du cauchemar, suivant la tradition du roman gothique[3] anglais et de l’Allemand Hoffmann, souvent ici parodiés, innerve « les caprices de notre imagination », pour reprendre les mots de la première nouvelle de 1831 : « Un rêve ». Ainsi faut-il s’abandonner à la réécriture du Peter Schlemihl de Chamisso dans « Le souffle perdu », qui en est une parodie. L’on pourra rire en effet des grotesques avanies subies par le malheureux héros qui a perdu son souffle, disséqué tout vivant, pendu, jeté dans une fosse commune pour y vertement converser avec les cadavres, dans une de ces nouvelles ignorées par Baudelaire. Les personnages outranciers abondent, comme ce « petit Caligula » qu’est le jeune baron Metzengerstein, devant qui, venu d’une tapisserie, un cheval à « la robe incandescente » prend vie, évidemment d’essence diabolique, à la façon des Elixirs du diable d’Hoffmann. La lecture des ressorts fictionnels et de l’intertextualité étant bien plus opérante à cet égard que ce qui aurait pu passer pour une trace autobiographique, comme le fantasmait la psychanalyste Marie Bonaparte[4].

      La curiosité cosmographique est récurrente parmi les récits d’Edgar Allan Poe. À la charnière de Cyrano de Bergerac et de la science-fiction à venir, « Hans Pfaall » imagine un voyage à l’aide d’un ballon, approchant des « régions sauvages et oniriques de la lune » et de ses étranges habitants dépourvus d’oreilles… La « Conversation entre Eiros et Charmion », dernier texte de ce tome, est à cet égard étonnante, lorsque l’approche d’une brûlante comète annonce l’apocalypse inévitable, quoique sans religiosité aucune.

      Être un imitateur génial du courant gothique ne l’empêcha pas de se faire novateur absolu à l’occasion de l’invention de la nouvelle policière, lorsque le détective Dupin résout les « crimes de la rue Morgue », les mystères de « Marie Roger » et de « La Lettre volée », ou « dérobée » ; invention promise à la nombreuse descendance que l’on sait. La dimension réaliste de ces nouvelles, opposée à la dominante fantastique et horrifiante, permet de rappeler que Poe, journaliste républicain de son état, ne négligeait pas d’insérer en ses joyaux littéraires des allusions politiques, des coups de griffes satiriques contre les présidents démocrates de son temps, comme dans « Le roi Peste ».

      Voici des rêves horrifiques, à moins qu’il s’agisse du topos fantastique de l’interversion du rêve et de la réalité : « les réalités du monde me semblaient n’être plus que visions, tandis que les idées folles du domaine des rêves devenaient non seulement le matériau de mon existence quotidienne, mais à proprement parler mon existence toute entière, dans sa spécificité et son unicité », confie le narrateur de « Bérénice ».

      Dans « l’enfer liquide » les voyages de vaisseaux fantômes, comme dans « Le manuscrit trouvé dans une bouteille », les explorations des mers du sud jusqu’aux glaces du pôle sont les prémisses d’un plus vaste roman : Les Aventures d’Arthur Gordon Pym[5]. Mais à ces aventures géographiques, répondent celles qui empruntent à rebours le fleuve du temps, plongeant le lecteur dans une antiquité grecque fantasmée, que l’on lira dans « Ombre – une parabole », où résonne la voix qui n’est « ni l’ombre d’un homme ni celle d’un dieu », mais celle du « timbre connu et familier de milliers d’amis disparus ».

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Languides et morbides sont des jeunes créatures comme Bérénice et « Morella ». La première, cousine du narrateur (ils sont nombreux à dire « je », comme des doubles de l’auteur) le fascine autant par sa beauté passée que sa silhouette maladive, où brille « l’horrible spectre des dents ». Et comme « toutes ses dents étaient des idées », c’est dans un état second qu’il va violer la sépulture de l’enterrée vive et s’emparer des objets de son désir ! Un autre de ces narrateurs interchangeables, marié à la mystique Morella, se voit dangereusement menacé : « Ainsi le bonheur soudain se fondit dans l’horreur, et la beauté devint monstruosité ». Car la lugubre jeune femme meurt en prononçant une étrange et noire malédiction, et en donnant le jour à une fille qui deviendra son double au point qu’il ne faudra pas lui donner le nom de la mère…

      Si l’on retrouve ici, magnifiés par la traduction à quatre mains, des contes célèbres, dont « La chute de la maison Usher » et « William Wilson », dans lequel ce dernier, à l’occasion de son agonie, offre au narrateur des traits qui sont, « de manière absolument identique, les miens ! », découvrons ceux qui sont pour nous de véritables inédits. Comme l’histoire de ce fameux Général Smith, admirable de bravoure et de prestance, qui n’est rien d’autre qu’un « homme rafistolé », et dont la marionnette un rien macabre doit provoquer l’hilarité du lecteur…

      Aventures jaillies du fond de l’inconscient, comme l’ont voulu croire les psychanalystes, éclaboussures de l’imagination ? Ciseler les désirs, les peurs et les fantasmes semblent être les objectifs du romantisme noir. En tant qu’explorateur des potentialités humaines, Poe découvre des territoires insoupçonnés avant lui, comme un voyant au sens de Rimbaud. Bien que mort assez jeune, il est à l’image du capitaine dans « Le manuscrit trouvé au fond d’une bouteille » : « Ses cheveux gris sont les témoins du passé, et ses yeux, plus gris encore, les sibylles de l’avenir ». Le narrateur confie cependant, en un pathétique autoportrait : « mon âme elle-même est devenue une ruine ». A cet égard, l’on trouve, dans un récit qui est également pour nous un inédit, « Un beau pétrin », une sorte de passeport de la créativité du conteur américain : une « armée de souvenirs ténébreux se réveillera de temps à autre dans l’esprit de génie et de contemplation imaginative ». Tout ceci n’interdit en rien une lecture biographique, quoique toujours insuffisante.

      Cette belle édition, outre le soin apporté à la traduction, à la préface et aux notes éclairantes, se présente comme un vrai livre : pas un fagot de ses feuilles massicotées, collées et fragilement cartonnées qui encombrent le monde de l’édition française, mais un élégant volume relié, au dos toilé de noir, aux illustrations naïves et néanmoins obsédantes de Sophie Potié, dont notre bibliothèque approuve avec joie la trilogie achevée.

 

Photo : T. Guinhut.

     

 

      Biographe aux modèles nombreux, Peter Ackroyd à portraituré avec scrupule et empathie quelques-uns des ténors de la littérature anglaise : Chaucer, Shakespeare[6], ou Dickens. Son américaine incursion voue une réelle admiration à l’auteur du « Masque de la mort rouge ». Son Edgar Allan Poe, sous-titré « une vie coupée court », devient un personnage hautement contrasté, dont la mort, à l’automne 1849, d’ivrognerie et de delirium tremens, à moins que cela s’adosse à la tuberculose, à une tumeur cérébrale, est le sombre portail mystérieux, « à l’image de ses nouvelles ». Le biographe rembobine alors le fil des Parques pour nous faire découvrir l’orphelin, né en 1809, d’un père alcoolique et d’une mère actrice, dont la mort tuberculeuse se grava profondément dans l’esprit de l’enfant, qui fut adopté par la famille Allan. Choyé, il montra son intelligence, et découvrit cet océan qui l’inspira tant, lors d’une traversée vers l’Angleterre.

      Jeune et déjà poète, talentueux et farouche, il aima Jane, la mère d’un camarade, qui mourut bientôt : « dans son imagination, mort et beauté était inextricablement et perpétuellement liées ». Il aimait également les langues anciennes et modernes, et l’alcool, hélas… Son impécuniosité le contraignit à s’engager dans l’armée, où il devint un sergent-major « exemplaire ». Ce qui ne l’empêcha pas de publier en 1827, son premier recueil, Tamerlan et autres poèmes, passé inaperçu, mais augmenté deux ans plus tard, quoique sa poésie ne fut « jamais reconnue de son vivant » : elle s’attache à des sensations indéfinies, pour lesquelles la musique est essentielle », anticipant ainsi « L’Art pour l’art ». Après avoir intégré l’école d’officiers de West Point, pour s’en faire exclure, il rejoignit New-York, puis Baltimore. Le journalisme le sauva de la pire pauvreté, le Saturday Courrier publiant ses premières nouvelles, « exercices savamment ironiques, destinés à donner la chair de poule aux esprits faibles », qu’il plaçait loin au-dessous de sa poésie, quoique « Le manuscrit trouvé dans une bouteille » obtint un prix de cinquante dollars. Il put alors décliner son humour macabre, portant « le loufoque au sommet du grotesque », selon ses propres mots.

 

 

      Secrètement, il épousa les treize ans de sa cousine Virginia, devint rédacteur du Messenger, cessa de boire, se fit acerbe critique littéraire et conçut ses plus étranges contes, dont la concision ciselée fait merveille. Hélas encore, le démon de l’alcool le chassa de son poste, quoiqu’il entamât la rédaction de son roman, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym. De nouveau rédacteur, au Gentleman’s magazine, il publia enfin les Contes du grotesque et de l’arabesque, soit vingt-cinq nouvelles, dont la sanglante et ténébreuse « chute de la maison Usher », qui voit Lady Madeline, prématurément enterrée, jaillir, émaciée, dans son linceul. La passion nécrophile n’est pas loin. Il ne fut payé que d’une reconnaissance grandissante, alors que le Graham’s Magazine, où il dévoila le « Double assassinat dans la rue Morgue », lui permit de trouver une certaine aisance. Notre précurseur de Conan Doyle « fait figure de Newton du crime », selon Peter Ackroyd ! Quant à « Eleanora », elle se fait prémonitoire, puisqu’un certain Pyros, y voit mourir sa jeune épouse de phtisie, ce qui sera bientôt le sort de Virginia… Les contes funèbres sont alors pléthores, du « masque de la mort rouge » à « Lenore ». Il s’enivre encore, perd son emploi, reçoit un prix de cent dollars pour « Le scarabée d’or », se voit en 1843 caricaturé dans le roman de Thomas Dunn English : Le Destin de l’ivrogne. Soudain, en 1845, le « Nevermore » du « Corbeau » fit sensation, devenant l’un des plus célèbres poèmes de la littérature américaine. Pourtant un nouveau recueil de contes, un autre de poèmes, n’eurent guère de retentissement. Acculé entre le « démon de la perversité », les scandales, les coups de dents journalistiques contre ses confrères, l’ivrognerie croissante et la pauvreté, Poe vit sa chère Virginia rendre l’âme en 1847. Il lui restait à publier l’année suivante son obscur essai cosmique, Eureka, et les résultats de sa quête de beauté, ses poèmes déjà symbolistes, purs et sonores : « Ulalume » et « Les cloches ». Sans succès, il multiplia les offres de mariages auprès de dames attentives, mais point dupes. La « folie éthylique » acheva son œuvre. Il n’avait que 40 ans.

      Qui sait si Baudelaire est un peu trop élogieux et déterministe, en un mot, romantique, lorsqu’il affirme : « l’ivrognerie de Poe était un moyen mnémonique, une méthode de travail, méthode énergique et mortelle, mais appropriée à sa nature passionnée[7] ».

      Avec alacrité, empathie, mais sans commisération excessive, Peter Ackroyd fait revivre son modèle, montrant enfin combien lui sont redevables les poètes, de Baudelaire à Mallarmé, les romanciers d’anticipation, de Jules Verne (pensons à son Sphinx des glaces qui est plus qu’un écho de Gordon Pym) à Herbert George Wells, sans omettre la déferlante du roman policier au XX° siècle…

 

 

      Au-delà des hormones de la génétique, des nourritures de l’éducation, des aventures de la vie, il y a quelque chose d’irréductible dans les neurones de la création et de l’art littéraire. Contredisant son propre poème, « Le corbeau », dans lequel l’âme, « de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera – jamais plus[8] », l’âme du conteur s’élève grâce à cette nouvelle traduction dont il faut souhaiter tout le succès désirable, de façon à voir achevées et publiées ses trois stèles noires au complet. Outre Baudelaire, la descendance vénéneuse d’Edgar Allan Poe saura couler, parmi la littérature américaine,  dans les veines de Lovecraft[9], voire jusqu’à Stephen King, notre contemporain en noirceurs.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Mallarmé : « Le tombeau d’Edgar Poe », Paul Verlaine : Les Poètes maudits, Albert Meissen, 1920, p 53.

[2] Du titre de l’une de ses nouvelles.

[4] Marie Bonaparte : Edgar Poe, étude psychanalytique, Denoël et Steele, 1933.

[5] Edgar Allan Poe : Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, Club des Libraires de France, 1960.

[6] Voir : Shakespeare, le mystère dévoilé. Stephen Greenblatt : Will le magnifique

[7] Charles Baudelaire : Etudes sur Poe, Œuvres complètes II, La Pléiade, Gallimard, p 315.

[8] Edgar Allan Poe : « Le corbeau », Les Poèmes, traduit par Mallarmé, Edmond Deman, 1888.

[9] Voir : Qui a peur de Lovecraft ? Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

 

 

Edgar Allen Poe : The Raven,

pop-up by David Pelham & Christopher Wormell, Abrams, 2016.

Bibliothèque A. R. Photo : T. Guinhut.

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6 septembre 2018 4 06 /09 /septembre /2018 07:18

 

Frontenay-Rohan-Rohan, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Richard Powers, éco-romancier

et arboriculteur engagé de L’Arbre-monde.

 

 

Richard Powers : L’Arbre-monde, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Serge Chauvin, Le Cherche-midi, 488 p, 22 €.

 

 

 

 

      Trempant sa plume dans l’intimité de l’écorce, dans les veines du bois, Richard Powers n’est certes pas l’un de ses auteurs, relevant du Nouveau roman, à l’instar de Claude Simon, qui tendraient à effacer le personnage de leurs romans. Il n’en reste pas moins que ses fort nombreux personnages ont l’étrange propension de se laisser voler la vedette par un plus ancien et toujours plus jeune qu’eux, nous avons nommé : les arbres. Coutumier de sujets scientifiques, avec par exemple Générosité ou La Chambre aux échos[1], assez fin et cultivé pour poser avec justesse la question de la coexistence des musiques savantes et populaires dans Orféo[2], l’américain Richard Powers, né en 1957 dans l’Illinois, offre ici son douzième roman, L’Arbre-monde, titré en anglais The Overstory, qui est une vibrante plaidoirie forestière, en même temps qu’une éco-fiction vigoureusement engagée. Est-ce, au côté d’Orfeo, son plus bel ouvrage, sa plus belle arborescence ?

 

 

      Le récit retrace en premier lieu la généalogie d’une famille américaine, se développant, se succédant autour d’un arbre, en la demeure un châtaigner planté par le premier colon, et qui va croître au fur et à mesures des efforts, des vicissitudes des individus, soumis aux maladies, aux morts, aux passations de pouvoir de père en fils. Châtaigner exceptionnel s’il en est puisqu’il est le seul à continuer de croître alors qu’une maladie contagieuse a éliminé tous ses congénères américains, dont les fruits nourriciers étaient pourtant une manne : « un châtaigner a réchappé de l’holocauste ». Il est de plus, d’année en année, de génération en génération, régulièrement photographié. L’on s’apercevra bien plus tard qu’il est la créature séminale du roman…

      Soudain décontenancé, le lecteur bute sur un second récit, rompant toute continuité narrative, provoquant une déception d’autant plus vive que le premier ne manquait ni de grandeur ni d’intérêt. Le risque étant de trouver en cet ensemble quelque récit moins excitant, ce qui est le cas du troisième.

      Cependant, de chapitre en chapitre, la perspicacité du lecteur ne tarde pas à se rasséréner : chacun d’entre eux a pour motif récurrent, ou leitmotiv pour employer un terme wagnérien, un ou plusieurs arbres. De page en page, et parmi neuf personnages, le châtaigner reçoit pour voisin un mûrier. Un érable est finalement l’élu d’un vote parmi des enfants. Les chênes de Macbeth côtoient le tilleul ; un banian sacré arrête la chute d’un parachutiste emmêlé, et puisqu’il s’appelle Douglas, il plantera des sapins du même nom. Plus loin, un figuier immense développe des arborescences qui sont celles de l’informatique et des jeux vidéo que Neelay conçoit, bien que paraplégique, puisque tombé d’un chêne vert ; notons qu’il met sur le marché un jeu à succès qu’il appelle « Les prophéties sylvestres ». Enfin, Patricia s’approprie le hêtre noir, ce qui n’est qu’une étape de ses découvertes botaniques, de son enseignement, de ses errances forestières…  Ils sont l’arbre préféré, déclencheur, ou plus exactement totémique, de chacun.

      Justifiant amplement son titre français, le roman est une ode à l’arbre : « il y a plus de vie ici, dans son unique érable, qu’il y a de gens dans tout Belleville ». Patricia s’arrête « pour regarder l’une des plus vieilles et des plus vastes créatures vivantes sur terre ». Ainsi, reprenant un tropisme cher à Richard Powers romancier, diverses sciences se côtoient, outre au tout premier rang la botanique, l’ingénierie et la conception informatique. Ce qui n’empêche pas des artistes d’œuvrer, comme lorsque l’un d’eux, Nicholas Hoel, venu du premier récit, propose dans un coin paumé de l’« ARtliBre gratuit ». Sa première visiteuse est Olivia Vandergriff, venue elle du dernier récit, comme liant la boucle narrative qui conduit, lors du premier tiers du volume, à ce qui deviendra le réel corps romanesque.

      Quoique en première apparence plus proche d’un recueil de nouvelles, le roman se découvre d’autres fils qui relient les récits, à chaque fois fort riches, recelant un monde en soi. Un colon au XIX° siècle, un ingénieur chinois immigré fuyant le maoïsme, ils sont la mosaïque qui construit les Etats-Unis. Autre motif dans le tapis, la descendance et la transmission : d’un rituel photographique, de trois bagues de jade et d’un parchemin bouddhique, par exemple. Car les personnages vivent, murissent, donnent naissance à des enfants, vieillissent et meurent, ce à vitesse accéléré, comme dans un tourbillon cyclique, dans une nature profuse : « les humains en sont presque insignifiants ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Centrant son ambitieuse somme romanesque autour d’une thèse, l’arbre étant une créature vivante auprès de laquelle l’humanité est peu de chose, et au moyen de ses récits aux personnages bientôt disparus qui croissent autour d’elle comme autant de ligneux cercles concentriques, Richard Powers prend le risque d’offrir un superbe concept romanesque un tantinet dépourvu de l’appât d’émotion qui serait nécessaire pour, certes convaincre, mais en outre persuader ses lecteurs. Comme si, mais ce n’est là qu’une modeste réserve, son projet autant que ses personnages manquaient un peu de cette empathie qui attache son lecteur aux personnages principaux, voire secondaires, pour les abandonner bientôt. Même si, dans l’histoire, ainsi centrale de Patricia Westerford, quelques-uns d’entre eux font une très brève apparition dans un récit qui n’est pas le leur, initiant une construction en réseau : « leur parenté va se déployer comme un livre ». Certes nous ne sommes pas de bois, mais quelque chose de charnel, d’émouvant, qui nous tiendrait plus en haleine que la seule réussite splendide de ce bouquet d’arbres fait passablement défaut. C’est d’ailleurs peut-être là secret de l’immense succès critique de l’écrivain outre-Atlantique, et dans une moindre mesure auprès des lecteurs, frustrés peut-être d’une charge émotionnelle qui les ferait vibrer au diapason de l’écriture et de la narration.

 

      Bientôt cependant, à l’occasion d’une plus vaste partie intitulée « Tronc », les personnages disparates vont confluer pour se rencontrer autour d’une mince colonie arbustive à sauver des agressions d’une compagnie industrielle. Cinq d’entre eux, Nicholas, Olivia, Douglas, Mimi, et Adam, deviennent des éco-activistes, voire des éco-terroristes[3]. Par ailleurs le stupide abattage d’un bosquet de pins par une municipalité met le feu aux poudres et convainc deux autres de nos nos héros d’agir. Ainsi s’enclenchent « la guérilla forestière et la sylviculture sauvage », les manifestations pacifiques, les actions incendiaires, enfin le crime et le châtiment. Lorsque les aventures dramatiques s’enchevêtrent à celles tragiques, se pose inévitablement une question morale et politique : la défense des arbres et de la nature peut-elle s’affranchir du droit humain et de propriété ? En ce sens l’on pourrait ranger ce roman parmi un genre qui a le vent en poupe : l’écofiction, qui s’associe souvent à des « mythologies de la fin du monde », pour reprendre le titre de Christian Chelebourg[4]. D'une manière voisine, Orfeo, s'intéressait au bio-terrorisme au travers de son étonnant personnage[5].

      Il y de plus graves conflits que ceux entre les hommes : ceux entre l’homme et la nature, et parmi celle-ci, ses plus symboliques représentants : les arbres. Qu’ils soient dignes d’être défendus et respectés, nul ne le contestera ; surtout si les révélations scientifiques selon lesquels ils communiquent chimiquement entre eux et construisent un vaste système immunitaire ont stupéfié le lecteur de Peter Wohlleben[6]. Leur forme de sensibilité et d’intelligence n’empêche cependant pas que l’homme les exploite, mais avec les mêmes qualités. À moins, au nom du « syndrome de Midas », de préférer « abattre les derniers séquoias séculaires de la planète pour en faire des planches et des bardeaux » !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Richard Powers est-il un antihumaniste ? Surfe-t-il sur une vague écologiste et politique pour établir le succès de son épopée environnementale ? En tout état de cause, le roman militant s’inquiète : « La moitié des espèces ligneuse aura disparu de la planète auront disparu à la fin de ce siècle nouveau ». Si le capitalisme permet l’amélioration des conditions de la vie humaine, pouvons-nous gager qu’il permettra également d’améliorer celles de la vie naturelle ? Aussi, dans le cadre de sa Fondation, le personnage de Patricia se donne pour mission de « collecter des semences et des pousses d’arbres qui auront disparu en un rien de temps ». Pourtant « des milliers d’espèces ingénieuses » sont sans cesse découvertes. C’est peut-être là l’héroïne la plus positive de l’écrivain.

      Alors que Nicholas Hoel, qui solitairement pratique son « ARtliBre », ne l’expose que là où aucun visiteur ne peut se risquer, sauf la déjantée Olivia. Il abandonne ses œuvres, faites de bois et de mousses, déjà livrées à la consomption naturelle, à l’enfouissement, au pourrissement. Certes, devant l’éternité, ce sera le destin de toutes nos œuvres d’art, fussent-elles de Raphaël ou de Dante, mais l’on ne peut s’empêcher de voir là une piètre démission de la mission humaniste de l’art.

      Le cas d’Olivia ne laisse pas d’être inquiétant : « Dans une vie, elle meurt d’électrocution. Dans une autre, elle se retrouve au plus grand relais routier du monde à expliquer à son père qu’elle a été choisie par  des êtres de lumières pour aider à sauver les plus miraculeuses créatures de la Terre ». Une telle illuminée et droguée au mysticisme écologique (après une période de drogues plus concrètes) ne plaide pas forcément en faveur de l’activisme pro-arbre. Parfois l’auteur lui-même se laisse aller à un panthéisme exalté à l’adresse de la Terre, que l’on peut qualifier au choix de poétique, ou de prophétique, ce qui n’est pas forcément un compliment. Cependant il n’est pas douteux que le sauvetage des séquoias sempervirens assuré par les activistes aille dans le sens d’une nécessaire préservation d’un patrimoine de l’humanité et de la nature. Car « des écosystèmes entiers se décomposent. Les biologistes sont terrifiés ». Gare cependant à ne pas se laisser entraîner par une apocalyptique paranoïa, allumée par la vaste supercherie du réchauffement climatique d’origine anthropique[7], même si pollutions et destructions sont indubitables.

      L’écrivain use de tout un lexique botanique, sensible et coloré, pour évoquer ses créatures préférées, en une remarquable prose poétique. Comme lorsqu’il parle des trembles autour de Patricia Westerford : « Les longues tiges aplaties des feuilles se tordent au moindre souffle, et tout autour d’elle un million de miroirs de cadmium bicolores clignotent dans le bleu satisfait ». Sa rencontre avec Dennis est « ce que doit ressentir une racine qui découvre, après des siècles, une autre racine avec qui s’enlacer sous terre ». Dommage, en particulier vers la fin, passablement désabusée, que des longueurs alourdissent le propos. À moins qu’il s’agisse là du trop humain défaut du romancier à thèse et engagé…

      Une fois refermé le volume, qui sait si l’on se prend de regret pour la première partie, aux huit récits, avant qu’ils ne confluent. Réflexion faite, ceux-là étaient le plus souvent aussi ramassés que brillants, évocateurs de tout un monde bruissant, autour de personnages dignes d’intérêt, que ce soit par leurs vocations artistiques, scientifiques, paternelles, et bien sûr de ces arbres qui les réunissent sans qu’ils en aient conscience. Les deux dernières et immenses parties, « Tronc » et « Cimes », font un roman plus traditionnel, parfois affecté de longueurs, où le récit militant et la révolte contre les pouvoirs de l’industrie et de l’Etat souffre d’un trop d’application et de démonstration, sur des rails narratifs assez convenus, aux pages moins brillantes…

      Faut-il regretter, comme ne manqueront pas de le faire quelques esprits aussi chagrins que mesquins, que ce livre, comme tout livre, soit imprimé sur du papier, venu de la chair des arbres ? Barbara Kingsolver, dans un bel article élogieux paru dans le New York Times, n’écartait pas réellement en sa chute cette argutie : « Et même si vous n’avez jamais accordé une seconde de réflexion à l’industrie papetière, en refermant ce roman vous tenterez sûrement d’oublier qu’il a été imprimé sur la chair macérée et blanchie à l’acide de ses personnages principaux[8] ». Outre que ce papier vient d’arbres communs, souvent des pins, produits en vastes séries renouvelables, ce qui n’affecte guère par ailleurs les zones de biodiversité, ce serait risquer de jeter une écologique suspicion contre les livres et le meilleur de la culture humaine, au nom d’une idéologie apparemment généreuse, mais finalement vexatoire et dangereusement éradicatrice…

 

      Romancier s’inscrivant dans une longue tradition d’attention à la nature américaine, l’on se doute que Richard Powers pratique les allusions à Thoreau[9] et au John Muir des Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde[10], et qu’ils sont les lectures de ses héroïnes sylvophiles de Richard. Tour à tour lyrique, et dramatique, son entreprise est également didactique. Avec les risques que comporte le roman à thèse, forcément touffu, engagé en faveur d’une nécessaire et judicieuse conservation de la nature. Fort heureusement, le romancier ne choit que par moments dans le prêchi-prêcha. Faut-il parier que les pouvoirs de destruction de l’homme, en dépit des espèces hélas éradiquées, seront bien présomptueux, devant les pouvoirs de résilience de la biodiversité et devant une humaine attention en devenir au service de son bien-être autant qu’à celui des humains. À l’expresse condition de ne pas faire de cette cause le prétexte d’un totalitarisme…

 

Thierry Guinhut

 

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Christian Chelebourg : Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde, Les Impressions nouvelles, 2012.

[8] The New York Times, 9 avril 2018.

[10] John Muir : Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde, José Corti, 2006.

 

Benasque, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 12:22

 

Claustro gotico de Olite, Navarra. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les contes réalistes et gothiques

 

d’Alphinland

 

par Margaret Atwood.

 

 

 

 

Margaret Atwood : Neuf contes,

traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier,

Robert Laffont, 324 p, 21 €.

 

 

 

 

      Comme le chat à neuf queues, Il y a plusieurs vies, après le vaste roman anti-utopique justement célèbre de Margaret Atwood : La Servante écarlate[1]. Conformément à ce dernier ouvrage, la condition féminine est le fil rouge qui tresse le nœud de l’œuvre romanesque de l’auteure canadienne. Cependant l’art de la nouvelle ne lui est évidemment pas étranger, avec des titres comme La Petite poule rouge vide son cœur, un mince recueil de vingt-sept récits étranges et malicieux. « Je suis une poule, pas un coq », dit l’apologue inaugural. Elle seule plante le grain de blé, le fait fructifier. Et il faudrait se sacrifier pour ces Messieurs les autres animaux ! Et il faudrait dire : « Je m’excuse d’être une poule[2] » ! On devine la morale féministe de l’apologue. D’abord publié en 1992, ce recueil prépare le plus récent, paru en 2014, sobrement intitulé Neuf contes, qui enserre étroitement les hommes et les femmes dans les filets d’une réaliste et grinçante satire, assaisonnée d’un ketchup gothique.

 

 

      Quelle place, quel rôle les femmes ont-elles dans nos sociétés, se demande sans cesse Margaret Atwood, sans choir dans l’écueil du récit lourdement à thèse, dans le caricatural militantisme. Outre la sujétion servile et reproductrice qui est celle de son emblématique Servante écarlate, devenue un symbole des totalitarismes  prioritairement imposé à nos égales,  Captive[3] est un roman non pas situé dans un futur imprécisé comme le précédent, mais dans le passé, plus précisément dans le Canada du XIX° siècle. Grace Marks, prétendue coupable d’incitation au meurtre, est condamnée à l’enfermement à vie dès ses seize ans. Elle aurait encouragé un valet de ferme à assassiner son patron ainsi que la femme de charge qui était sa maîtresse. Depuis un fait d’hiver historique passablement documenté, la romancière fait surgir un personnage complexe, narratrice de son histoire auprès d’un aliéniste. Si jeune et bourrée de corvées domestiques, de brimades et d’injures, butée, la jeune fille apparait comme une sorte d’autre incompréhensible par ses contemporains, d’où le titre original, Alias Grace ; alors que sous le regard du lecteur elle déploie peu à peu sa personnalité en bute à une normalité oppressive et revendiquant sa liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sinon plusieurs, l’un de ces Neuf contes est révélateur à cet égard et confirme cette ligne directrice judiciaire. Comment rendre justice à une fille de quatorze ans violée par un lourdaud camarade, nommé Bob, à une époque encore récente où de telles exactions étaient encore passées sous silence, surtout lorsque la coupable fillette enceinte est expédiée par sa mère dans un internat punitif, son enfant confisqué, sa vie à jamais marquée d’une blessure ? Outre une activité professionnelle consacrée à médicalement et psychologiquement veiller aux jours d’hommes mûrs victimes d’accidents cardiaques, subrepticement éliminés si l’on a usé de la stratégie du mariage d’argent, le hasard d’une croisière arctique permet à Verna de retrouver le Bob en question, qui ne la reconnait pas et se pense vaniteusement en position de séduction. Douée d’une intelligence efficacement diabolique, elle parvient à assurer sa vengeance en lui écrasant le front sous un « Matelas de pierre », ce en toute impunité. C’est bien la pierre maîtresse qui orne la couverture du recueil original intitulé Stone Mattress. Pas très moral tout cela, mais il n’y aura guère de lecteur pour plaindre le bellâtre vieillissant…

      La vieillesse est en effet l’une thématiques qui réunit ces neuf « contes ». En leurs tableaux des affections et des désillusions du grand âge, le réalisme règne en maître, mâtiné d’humour sarcastique. Qu’ils soient hommes ou femmes, oubliant ou ressassant leur jeunesse envolée, mais guère brillante, ils sont l’objet de la satire. Y compris s’ils sont écrivains, poètes, peu reluisants, en une sorte d’autodérision que l’on est en droit de supposer également propre à son auteure.

      Mais loin de demeurer un recueil de nouvelles isolées, Neuf contes apparait bien vite tissé de liens subtils. C’est l’inaugural « Alphinland » qui est en quelque sorte le vortex des trois premiers récits, voire de plus encore. Constance est une petite vieille solitaire et, quoique mort, Ewan lui parle toujours. Mais loin d’être une créature négligeable un peu égarée, elle est la créatrice d’une série de livres de fantasy et de fantastique, d’abord méprisée par la critique littéraire, adulée par quelque fans, puis répandue par une réputation exponentielle : « elle est la grand-mère des mondes de fantasy du XX° siècle, assure la Reine Borg ». Plus loin, un autre personnage s’emporte et parle de « série de fantasy pour débiles mentaux ». Le métadiscours va du dithyrambe au crachat.       C’est à cette occasion que quelques-uns des personnages sont récurrents. Constance, ses anciens amis, amants et maris, ses rivales, reviennent dans le récit bien nommé « Revenante », puis dans « La Dame en noir », où Jorrie se révèle être la muse du poète Gavin, dont l’écriture de l’ultime poème est interrompue par la mort. Mieux, ou pire, ils gisent dans les profondeurs de la prolixe série d’« Alphinland », parfois punis, parfois rédimés. Comme Jorrie, innocentée, que la romancière doit soudain libérer de « la ruche de pierre », où elle était « piquée par des abeilles indigo […] pour l’empêcher de faire du mal à Gavin ».

      Si l’on peut regretter qu’ils n’apparaissent plus dans les contes suivants - à moins qu’ils y soient soigneusement cachés, à l’abri de la mince perspicacité du lecteur - ne peut-on considérer ceux qui sont de véritables récits gothiques, dans la tradition préromantique anglaise[4], comme des surgeons d’« Alphinland » ? Ainsi « Lusus naturae » (« un jeu de la nature ») et « Je rêve de Zenia aux dents rouges et brillantes » flirtent avec le vampirisme à la Dracula. De manière contigüe, les histoires d’assassinats, si elles demeurent dans le cadre du plausible et du réalisme, comme « Le marié lyophilisé » et « Matelas de pierre » déjà ici nommé, entretiennent, non sans humour, un goût pour le morbide, un brin héritier d’Edgar Allan Poe. Notons à cet égard qu’une ironique intertextualité rôde parmi ces conte, comme lorsque « La dame en noir » est un écho de la dame des Sonnets de Shakespeare.

      Comme il était prévisible, le dernier récit se situe dans une maison de retraite, « Le Manoir d’Ambroisie » qui propose un service de « Soins avancés ». Wilma et Tobias voient arriver des manifestants aux masques de bébé, clamant « Il est temps de partir ». Jusqu’à ce qu’ils mettent leurs menaces à exécution ; le titre de ce récit étant le suivant : « Les vieux au feu ». Une thématique non loin de celle de Ballard[5] dans Sauvagerie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Peut-être le conte le plus représentatif de l’art de ce recueil est-il « La Main morte t’aime », unissant étroitement la satire réaliste et le fantastique horrifique. Car Jack l’impécunieux a la malencontreuse idée de signer avec ces trois colocataires un contrat qui l’oblige à les dédommager en versant à chacun un quart des revenus du livre en cours d’écriture. Car ce titre est également celui du roman de Jack, qui nous est conté sous forme de récit emboité. La main reprend vie, une fois enterrée, pour terroriser la femme aimée qui l’a honteusement délaissée. Non sans revigorante ironie, son auteur, son éditeur, savent qu’il s’agit d’une « bonne merde », dont raffolent les fans et les jeunes groupies gothiques des rééditions et des films qui suivirent. Outre la satire d’une jeunesse flemmarde et fêtarde, celle d’un genre littéraire mineur, quoiqu’il ne désespère pas de ses lettres de noblesse, s’en donne à cœur joie.

      La sacro-sainte poésie elle-même en prend pour son grade. L’héroïne du « Matelas de pierre » est nantie d’une mère « presbytérienne d’obédience stricte aux lèvres serrées comme un étau, qui détestait la poésie et que rien de plus tendre qu’un mur de granit n’aurait pu influencer ». Plus encore sont moqués les hypocrites universitaires qui  fossilisent la poésie en leurs articles chichiteux et leurs thèses pompeuses. Ainsi Gavin,  gagné par une certaine célébrité, est contraint par sa jeune épouse, Reynold, à officier dans un bureau décoré par ses soins de citations de ses propres poèmes : « Il est donc obligé de s’asseoir là, entouré des monuments de sa propre magnificence décatie, tandis qu’autour de lui l’air est rempli de haillons et de lambeaux des chefs-d’œuvre poétiques qu’il a autrefois vénérés ». D’où la stérilité assurée…

 

      En toute cohérence avec le propos, le lecteur enfin ne manquera pas de grincer des dents au cours d’un festival de métaphores savoureuses. Quatre jeunes étudiants sont épinglés : « Il était clair qu’ils refuseraient de lever leurs culs paralysés des chaises de cuisine bancales sur lesquelles leurs anus étaient actuellement collés telles les ventouses d’une pieuvre collective ». À moins de préférer : « l’impatience de voir l’anguille électrique de l’amant imaginaire se glisser une fois de plus dans le nid d’algues marines moite et palpitant de Violet ». La parodie de l’écriture érotique oscille entre la suggestion et le franc éclat de rire.

 

      Fille d’un entomologiste canadien, né en 1939 à Otawa, Margaret Atwood apprit à affuter son regard sur les espèces naturelles, puis sur celle humaine. Fine psychologue, autant attachée à décrypter et cribler de flèches une jeunesse oiseuse qu’une vieillesse superflue, mais sans se laisser prendre aux sirènes du nihilisme, elle sait naviguer avec brio, entre nouvelle et roman, de la satire sociale affutée comme un rasoir à son plus grand conte gothique, cette fois pour adultes politiques : La Servante écarlate. Qui sait si, le sourire en coin, elle ronchonne, comme son poète à demi-gâteux, Gavin : « Ah, putain, une thèse sur mon œuvre. Que Dieu nous en préserve ! »

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Margaret Atwood : La Petite poule rouge vide son cœur, Le Serpent à plumes, 1996, p 13.

[3] Margaret Atwood : Captive, Robert Laffont, 1998.

[5] Voir : James G. Ballard : Millenium people, Crash

 

Claustro gotico de Olite, Navarra. Photo : T. Guinhut.

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:58

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du conte philosophique

de la corruption par le langage

aux nouvelles de la mer de tristesse,

par Ben Marcus :

L’Alphabet de flammes ; Quitter la mer.

 

 

 

 

Ben Marcus : L’Alphabet de flammes, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Decottignies,

Editions du Sous-sol, 344 p, 22 € ; Points, 394 p, 10,30 €.

 

Ben Marcus : Quitter la mer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Decottignies,

Editions du Sous-sol, 304 p, 23 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

       Ce livre est un paradoxe vivant. L’argument de L’Alphabet de flammes reposant sur la destruction par le langage, il eût dû logiquement s’autodétruire entre les mains du lecteur que nous sommes, contaminant nos langues et nos neurones, peu à peu atomisés. Car auprès de leur fille Esther, Claire et Sam contractent la « fièvre du langage », à l’instar de tous leurs concitoyens. A la lisière de la science-fiction, de l’horreur lovecraftienne[1] et de l’érudition linguistique, le roman-apologue de Ben Marcus est un rare Objet Romanesque Non Identifié. Et lorsque le langage détruit son monde, ne reste plus qu’à Quitter la mer pour la récurer de tristesse en un bouquet de nouvelles affreusement vénéneuses.

 

      Combattant contre les mots et leur fatalité, Sam est un héros opiniâtre. Il quitte l’insolence terriblement logique de sa fille, bien trop dangereuse, laisse sa femme comme morte, fuit les parcs de jeux et la ville entière contaminés par le babil, le raisonnement et les cris enfantins, pour rejoindre un laboratoire où tenter de concocter des « alphabets » immunes. Car il lui faut obéir à un commandement sacré : « N’élevez pas la langue au service du carnage ». Sa responsabilité de malheureux super-héros est alors colossale : « J’étais censé aligner des symboles qui pourraient servir de code, créer un nouveau langage qui damerait le pion à la toxicité. La solution est dans les Ecritures, vous ne pensez pas ? » De là, parmi le pullulement des allusions bibliques, à y voir une absence de Dieu, qui n’est pas dite, donc de sens, il n’y a qu’un pas.

      Mais le nid d’étrangeté de ce récit ne s’arrête pas là. Les personnages centraux appartiennent à une étrange confrérie de « Juifs sylvestres » et « reconstructionnistes », dont le culte est ainsi fait : dans une cabane cachée, « équipée de technologie luciole », ils vont « écouter un sermon remonter de la terre », dont il ne reste parfois que « des os de langage ». Est-ce la crainte de les voir manger l’ « alphabet pur » de Dieu qui les éloigne de leurs concitoyens ? À moins que ce dernier soit également, et originellement, corrompu… Faut-il comprendre que le verbe divin, que la parole de la judaïté deviennent une source d’infection ? Pourtant, Juifs ou non, et pour reprendre le vers de La Fontaine, dans « Les animaux malades de la peste », « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés[2] ».

      Le rôle des enfants est éprouvant : si ce sont eux l’origine de cette peste cruelle qui fatigue les organismes et les mène à la consomption, ils sont une métaphore du conflit des générations, à la suite duquel les descendants sont destinés à enterrer leurs géniteurs. Ces jeunes meurtriers -consciemment ou non- ne sont pas sans évoquer ceux que Ballard met en scène dans Sauvagerie[3], ceux que l’on échoue à faire taire au point qu’ils deviennent les agents du massacre de toute leur famille.

 

 

      Le narrateur n’est pas sans culpabilité : certains de protagonistes « étaient malades des alphabets que j’avais réalisés ». Il essaie alors tout ce qui reste en son pouvoir pour sauvegarder la communication : « J’énucléais des lettres dans des mots ». Hélas, « avec la privation de parole, en l’absence du langage qui avait fait de nous des personnes entières, nous étions devenus une sorte de bétail émotif ». Pas la moindre consolation du côté des livres : ceux-ci « étaient indécollables. Sur les pages détachées, éparpillées comme des détritus lors d’une parade, le texte était noirci ». ». À force de recherches et de péripéties effarantes, dont on laissera le trouble soin à l’aventureux lecteur, dans le silence et « derrière la ligne de murmure », il obtient « que le sérum Jeu d’Enfant soit efficace ». Voilà qui permettra que tout rentre dans l’ordre ; ou presque…

      Malgré l’apparente brutalité simpliste de l’événement perturbateur, le roman de Ben Marcus est un formidable et flamboyant opérateur d’images poétiques, attendrissantes ou terrifiantes, un conte philosophique hallucinatoire, un creuset de pensée linguistique et ésotérique, dans lequel « comprendre n’apporte rien ». Devrions-nous l’interpréter comme l’envers de la Torah, comme une nouvelle Kabbale devenue kafkaïenne, révélatrice d’une apocalypse langagière et de civilisation, pire que babélienne, à rédimer si possible ?

      Il ne faut tempérer notre enthousiasme que d’un seul bémol. Ben Marcus aurait probablement gagné à ne pas nous révéler dès les premières pages la cause de ce terrible dépérissement. Que de voluptés narratives nous eût-il offertes s’il avait daigné installer un plus réel suspense progressif ? Si par une plus angoissante enquête on eût découvert les symptômes, le diagnostic, et combien la parole pourrissait ces corps et ces vies. À moins qu’il sache préférer engluer dès la première page son lecteur dans un étouffant, parfois pesant, et délétère magma romanesque, qui confine par instants à l’essai-fiction, si l’on peut oser ce néologisme…

      Reste cependant entre nos mains avides un fabuleux roman fantastique et philosophique, un apologue empoisonné sur l’aporie de la communication : alors que le langage est le propre de l’homme, est la source de son développement civilisationnel, ne devient-il pas avec Ben Marcus un virus délétère ? « Il faut se déprendre du langage », dit le malheureux héros et narrateur de L’Alphabet de flammes. Si j’étais vous, lecteur trop bavard aux mots sans innocence, je tournerai sept fois ma langue dans ma bouche avant de prononcer des clichés, des paroles meurtrières, comme celles de la vilaine sœur des « Fées » de Perrault, à qui il sort « de la bouche ou un serpent ou un crapaud ». Ou  comme celles de nos doxas, de nos gouvernements, de nos pires dictatures et de leurs holocaustes[4].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Visiblement Ben Marcus a quitté la furie fantastique qui animait son Alphabet de flammes, aujourd’hui réédité dans la belle collection « Signatures » de Points. Son recueil de quinze nouvelles titré Quitter la mer s’ancre dans un amer réalisme. Chacun « se demande ce qui est allé de travers dans sa vie ». Un fils pris à la gorge par le passé dans une réunion de famille, un écrivain de troisième zone assurant un « atelier d’écriture » sur un bateau de croisière, un jeune homme atteint d’une maladie auto-immune essayant les « arts occultes » de la médecine, tous paraissent être « des gens foncièrement impuissants travaillant à résoudre des problèmes de manière hypothétique ». Dans l’unique et longue phrase de la nouvelle titre, « Quitter la mer », rien n’empêche un couple marié de naufrager ; plus loin, un mariage n’est « qu’un combat sans armes entre adultes éreintés ». Observons de surcroît que, souvent, les Messieurs de Ben Marcus sont obsédés par leur « corps surdimensionné », leurs « bourrelets », leur inadaptation sexuelle ; plus précisément devant une collègue à la beauté « inhumaine », ce dans l’ultime nouvelle, peut-être la plus intense. À se demander si l’auteur, spécialiste invétéré en « mortifications », ne confie pas le prisme de ses névroses, en une exhibition rédhibitoire.

      L’écriture est au scalpel, bouillonnante, abrupte, parfois splendide : faire l’amour c’est « peiner sur une application de luxure ordinaire exécutée avec mouvements, gestes et fleur-de-langage ». L’analyse psychologique est sans pitié pour autrui, et, bien sûr, à l’égard de tout personnage s’examinant sans aménité ni illusion ; la satire englue toute l’humanité, jusqu’au désespoir le plus virulent. « Quand l’œil était un trou à excuses », « une vie de solitude infernale », « une complète dissolution morale et émotionnelle », sont des formules qu’il ne faudrait pas conseiller à un dépressif.

      Une fois de plus l’univers de Ben Marcus est terriblement évocateur, quoique, diront d’aucuns, touffu, compact, sinon vigoureusement étouffant. À moins que là soit son but : nous persuader, nous convaincre d’une définitive aphasie…

 

       Ben Marcus, né à Chicago en 1967, a quelque chose d’obsessionnel. Tombé de Babel et de l’aleph, le Verbe est chez lui l’alpha et l’oméga, en même que son incapacité à être ce qu’il désigne ; sa disparation angoissée entraînant celle du monde. Dans un précédent roman, Le silence selon Jane Dark[5], une armée de femmes « silentistes » veut éradiquer le mouvement, la parole et les émotions, toutes prérogatives trop masculines, en une satire acide du féminisme radical. Au point que Ben Marcus devienne leur sujet d'étude, leur cobaye, purgé du langage, plongé dans une « cuve à syncope », abreuvé d’« eau d’oubli ». Ce pourquoi l’écrivain se voit forcé d’écrire son anti-roman dans un novlangue charcuté. L’on conçoit combien le voilà  inévitablement plongé dans la déréliction, la mélancolie noire et bilieuse de Quitter la mer. Qui sait s’il faut alors penser à la faillite de la langue de Goethe dévorée par le nazisme, qui fit le malheur et la beauté de la poésie de Paul Celan[6] ? Ou encore à la Lettre de Lord Chandos, d’Hugo von Hofmannsthal, en 1902, dans laquelle son apparent auteur avoue avoir « complètement perdu la faculté de méditer ou de parler de n’importe quoi avec cohérence ». Pire, « les termes abstraits […] se décomposaient dans ma bouche comme des champignons moisis […], les mots flottaient, isolés, autour de moi ; ils se figeaient, devenaient des yeux qui me fixaient et que je devais fixer en retour ; des tourbillons, voilà ce qu’ils sont, y plonger mes regards me donne le vertige, et ils tournaient sans fin, et à travers eux on atteint le vide[7] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’articles publiés dans Le Matricule des Anges, mai 2014, octobre 2017.

 

[2] Jean de la Fontaine : « Les animaux malades de la peste », Fables, VII, I, Garnier, 1950, p 154.

[3] J. G. Ballard : Sauvagerie, Tristram, 2008. Voir : J. G. Ballard : Millenium people, Crash

[5] Ben Marcus : Le Silence selon Jane Dark, Le Cherche Midi, 2006.

[7] Hugo von Hofmannsthal : La Lettre de Lord Chandos et autres essais, Gallimard, 1980, p 79 et 80.

 

 

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La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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