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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 08:08

 

Plage des Prises, La Couarde, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

David Forster Wallace : L’Infinie comédie,

esbroufe ou génie ?

Le pandémonium des drogues et du suicide.

 

 

David Foster Wallace : L’Infinie comédie (Infinite Jest)

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francis Kerline, L’Olivier, 1488 p, 27,50 €.

Le Roi pâle, traduit par Charles Recoursé, J’ai lu, 736 p, 9,90 €.

 

 

 

      Précédés par une réputation souterraine, complice et complaisante, chuchotée entre initiés, ou bruyante, trop comminatoire, certains romans attendent parfois longtemps le défi de la traduction. Défi enfin relevé par David Kerline en nouveau Sisyphe, dix-neuf ans après la parution américaine, pour Infinite Jest, quoique le titre français paraisse insister sur un comique très discutable au lieu de la « plaisanterie », voire du « jeu », attendue… S’agit-il de la comédie du génie, singé par un post-lycéen, tennisman post-boutonneux, esbroufeur et dépressif ? De toute évidence, singeant l’infini avec ses presque 1500 pages, elle ne parvient pas -qui le pourrait ?- à la dimension cosmique de cet infini annoncé. Le pathétique apprenti écrivain s’est suicidé au pied de la ruine romanesque dont l’édification impossible, à moins qu’il en fut puérilement et vaniteusement satisfait, ne résiste pas à l’examen. À moins qu’il s’agisse là justement de la pureté négative et réalisée du projet aux lueurs splendides…

 

      Hal Incandenza est-il un génie ? Il semble incollable autant sur la grammaire prescriptive que sur le fouriérisme, évidemment sur « le symbolisme tertiaire dans l’érotique justinienne ». En attendant, le jeune prodige du tennis semble avoir du mal à réussir son admission à l’université, plus exactement à Enfield Tennis Academy, où l’on suit également des « cours de Divertissement ». Résultats peu flatteurs, malaise devant la commission, sans compter son amour de la « défonce », et son obsession du « mal radical », le personnage central semble bientôt atomisé par des personnages parasites, comme un médecin Saoudien loufoque bientôt assassiné, et, plus tard, le « gourou du fitness » ou « Madame Psychose ». Quand apparait son frère Orin Incandenza, obsédé par les cafards et « l’étreinte autour de la gorge de son âme », rêvant « de la tête coupée de sa mère liée à la sienne tel un phylactère ». Avant de proposer un retour en arrière dans lequel le père, le Dr Incandenza, épouse une bombe sexuelle, le Dr Avril Mondragon… Telle est la base de lancement d’un roman qui ambitionne l’état vibrionnant du missile atomique de la littérature.

      Peu ou prou, et au détour de quelques centaines de pages, trop souvent oiseuses, bavardes, creuses, inconséquentes, une intrigue finit par s’esquisser. En un futur passablement proche (« une époque postsoviétique et postjihad »), l’immense fédération formée par l’union du Canada et des Etats-Unis abrite la famille Incandenza, au carrefour d’une élite universitaire cernée par les médias, la surconsommation et la pléthore de drogues. James, le père des trois rejetons, qui « s’est donné la mort en introduisant sa tête dans un four à micro-ondes », aurait commis une vidéo aux pouvoirs d’addiction fatale considérables, intitulée, justement, Infinite Jest. Une organisation occulte de séparatistes québécois ne rêve alors que de s’en emparer…

      Outre Hal, et Orin, les deux sportifs, Mario est une sorte de cinéaste parodique de son père, puisqu’héritant du mythique et sophistiqué matériel paternel. Né difforme, il est hélas « ratatiné, saurien, homodonte ». L’action, si l’on peut parler d’action au cours d’une logorrhée souvent bien peu dynamique, d’une cohérence pour le moins erratique, et plus exactement les quelques vagues de conversations et les nombreux récits diversement monolithiques, se partage entre l’académie de tennis d’Enfield, Massachusetts, un centre de désintoxication de Boston, une montagne au-dessus de Tucson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Chacun des chapitres est titré, comme un journal, parmi l’« Année des sous-vêtements pour adultes incontinents dépend ». Comme si, en cette gratuite provocation (mais on comprend plus tard qu’il s’agit d’un moyen pour le spectateur de ne pas quitter le fauteuil du divertissement), c’était l’incontinence verbale de l’auteur lui-même qui était auto-fustigée ; comme est dénoncée l’incompétence du monde des adultes, en une gigantesque satire. De même, l’Organisation des Nations d’Amérique du Nord, qui a pour acronyme ONAN, est porteuse d’une intention satirique, cinglant la pente onaniste de la population. Hélas, avant de prendre conscience de tels objectifs romanesques, il faut en ce bric-à-brac confus, se farcir des narrations et des portraits particulièrement statiques, des lettres, des articles de presse, une dissertation d’Hal sur les héros des séries policières, des dialogues dépourvus parfois de la moindre ombre d’intérêt, qui, incidemment, débouchent sur une justification forcenée du tennis et de l’entrainement intensif au nom d’un collectivisme que le lecteur pourra trouver totalitaire. Ainsi le tennis permet devenir un « joueur collectif dans une plus vaste arène : le chaos moral plus subtilement diffracté du dévouement civique dans un Etat » est opposé au « plaisir béat de l’individu seul ». Soudain, la portée de l’opus s’en trouve grandement améliorée…

      De même, le discours de Marathe, activiste du séparatisme québécois, et membre des « Assassins en Fauteuils Roulants », fustige l’individu « fanatisé par le désir, un esclave des sentiments de votre petit moi individuel subjectif ». Sauf que le lecteur peut y lire la connivence des organisations sportives, révolutionnaires et étatiques, promptes à vouloir à toute force contraindre et encager l’individu libre… Il est d’ailleurs légitime de supposer que les paroles de Steeply, en conversation avec ce même Marathe, soient le reflet de la pensée de l’auteur de leurs jours romanesques : « je crois que j’en suis resté au vieux rêve américain, aux idéaux fondamentaux. Le refus de la coercition, de la tyrannie, de la terreur, la lutte pour la liberté de conscience et d’opinion ». Mais aussi « l’utilitarisme » et sa maximisation des plaisirs…

      Qu’est-ce que cette « cartouche de Divertissement », conçue par James « Soi-Même », ce film « anti-Divertissement », ce « Divertissement si splendide qui tuera celui qui le regarde », censé « contrer la létalité » de l’omniprésent Divertissement, cet « antidote contre la séduction du Divertissement » ? Une arme de libération massive contre une « nation emmurée », dont les séparatistes rêvent de se saisir comme d’un gaz terroriste à répandre… Orin, quant à lui, ayant lâché le tennis pour le football, n’aime guère « le cinéma, les cartouches et le théâtre et tout ce qui le réduisait à un rôle de simple spectateur grégaire ». Comme on le comprend !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’infini de l’opus est sans nul doute à mettre en relation avec un essai de David Foster Wallace sur l’infini selon le mathématicien Cantor, Everything & more[1], dans lequel il s’intéresse au paradoxe de Zénon et à ses intervalles infinis au sein d’un mouvement. En effet le tennis est comparé à « un continuum cantorien d’infinités de coups et de réponses possibles, cantorien et beau parce qu’infoliant ». Ce pourquoi l’on a effectivement la sensation de ne guère avancer en cet espace romanesque non euclidien, où se succèdent infiniment activités sportives compulsives, parfois sexuelles, mais aussi addictions, désintoxications, sevrages, rechutes, dans les griffes de l’alcool et de la drogue. Le défilé des déchéances sordides de comparses comme Poor Tony, sans oublier des scènes de baston et d’overdose infâmes, ornées du langage adéquat, est proprement vomitif, hyperréaliste, voire complaisant. De même les listes exhaustives de conseils et de précautions d’usage, les typologies des usagers chamarrées de tatouages, les confessions des personnalités détruites en voie de sevrage parmi les centres de désintoxication peuvent passer pour l’ange du bizarre d’un poème en prose ou pour un manuel de sociologie pour amateur de paumés et autres traumatisés par les addictions les plus crades. L’énumération boulimique, compulsive, visiblement documentée avec une exactitude affolante, peut également passer pour une acmé de la culture junkie et underground américaine. De surcroît, et s’il en était besoin, la dimension encyclopédique de ce roman prétendument total veut trouver sa caution dans les 150 pages de « notes et errata » (elles traduites par Charles Decoursé). Ce sont des extensions prolixes et informées, sur les drogues, les médicaments, la « filmographie » in extenso de James O. Incandenza, sur le « séparatisme québécois »…

 

      De loin en loin, d’heureuses formules perlent sur la page. Après une nuit d’hallucinogènes, celui qui fait partie « des jeunes gens génétiquement programmés pour avoir un problème de drogue secret », « Hal affirmait que l’aube semblait conférer à sa psyché une espèce d’aura pâle, une luminescence ». De même les films tournés par James et son fils Mario, caméra visée sur sa tête difforme, font l’objet d’ekphrasis généreuses, de grotesques et inquiétantes parodies du cinéma d’art et d’essai, tel celui qui ne filme en direct que ses propres spectateurs, tel « Sœurs de sang ou la religieuse dure à cuire », entre bikers, rédemption, combats sanglants et catharsis…

      D’heureux et fascinants moments clefs explosent parmi la kyrielle des pages : Joelle, une « majorette d’une beauté actéonisante », fascine Orin au point qu’il se sente victime du « complexe d’Actéon […] à savoir une sorte de profonde peur phylogénique de la beauté surhumaine ». Hélas cette Joelle van Dyne avec qui il va bientôt emménager deviendra l’étrange porteuse d’un voile de lin blanc, à l’instar du pasteur au « voile noir » d’Hawthorne[2], adepte de surcroit de « l’Association des Hideusement et Improbablement Difformes », confirmant que la beauté suprême confine à la difformité : « Je suis si belle que j’affole quiconque est doté d’un système nerveux. Ceux qui m’ont vue une fois ne peuvent plus penser à autre chose, ne veulent plus regarder autre chose, oublient leurs responsabilités quotidiennes et s’imaginent que, s’ils peuvent m’avoir à leurs côtés éternellement, tout ira bien. Tout. Comme si j’étais la solution à leur profond désir aliénant d’être joue contre joue avec la perfection ». Là (p 737) est peut-être le secret, la problématique matricielle de l’immense fatras qu’est L’Infinie comédie : comment rejoindre cette perfection ? Drogue, alcool, mal-être, sport compulsif, suicide ? On devine que cette insupportable beauté digne de Méduse n’est pas loin de la mythique cartouche de Divertissement… Est-ce bien elle qui joue le rôle d’une allégorie : « Madame Psychose dans une incarnation de la figure archétypale de la Mort » ? Est-ce pour cette raison qu’elle devient une suicidaire profonde et méticuleuse ? Qu’elle doit rejoindre le centre de désintoxication où elle figure l’ange discret de cette cour des miracles, penchée un moment au-dessus de Gately, sur son lit de souffrance, qui se remémore sa vie de défonce et de délinquance en grand angle…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Plus tard, bien plus tard, dans la nébuleuse de la pagination (car au millier de pages, le lecteur est abruptement captivé, passionné), la quête de la cartouche de Divertissement conflue avec celle de Joelle, qui en fut peut-être l’actrice. Les séparatistes québécois sacrifient des « Sujets cobayes » pour visionner des cartouches (c’est alors que le mot prend son sens plein), jusqu’à succomber devant un exemplaire enfin découvert, mais « en lecture seule », donc non-duplicable : « l’instrument susceptible de conduire la logique d’autodestruction de l’O.N.A.N. à sa conclusion finale était à présent à leur portée ». Le thriller politique et terroriste prend de plus en plus d’ampleur alors que Marathe, lui aussi voilé, rêve d’approcher la belle voilée…

      Etonnement, un aussi long, touffu et aporétique roman, fabriqué comme avec la « fonction du balai[3] » qui ne trie pas les poussières, rencontra un assez large succès, et suscita une adulation hyperbolique. Au point qu’il entraîna la rédaction d’un véritable guide du lecteur[4]. Comme si, en son faciès romanesque démultiplié, il rencontrait l’esprit du temps, fait d’inadaptation au monde trop formaté, de flambées soudaines de génie, de paranoïa politique, de naufrages dans le trio formé par la dépression, la drogue et le suicide. Chaque époque n’a-t-elle pas les idéaux qu’elle mérite ? À cet égard le portrait à charge de l’Amérique n’est guère ragoûtant : mélancolies psychotiques, désespoirs éthyliques et hallucinogènes, déchets polluants menaçant le territoire au point qu’il faille leur céder toute une province, gouvernants obsédés par la stérilisation, omniprésence et médiocrité des divertissements télévisuels et en cartouches entraînant lors de leurs cycles de modes, de monopoles et de concurrences, de vastes perturbations économiques. L’hyperpuissance devient de plus en plus spectrale…

      L’académie de tennis, et son entraînement forcené, deviennent une école du malaise psychique, voire de la folie ; et l’on se demande s’il n’en est pas de même pour le centre de désintoxication, malgré sa vertu affichée, voire « sa composante Dieu »… Ces deux espaces, centraux et parallèles, du roman, hors celui nocturne, désertique et montagnard, où se déroule la conversation Steeply Marathe, sont bien des métaphores du monde dans lequel vivait David Foster Wallace - voire le nôtre - et dans lequel seule peut-être l’écriture était pour lui capable de toucher « le ministère de l’euphorie, en quelque sorte, dans le cerveau humain ». Le delirium tremens thématique et compositionnel accouche d’un dégueulis de logorrhée ou d’une Babel aux ambitions dignes d’être saluées, voire révérées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il n’est pas indifférent de noter que le nom de la famille Incandenza est une invite à être sensible à l’incandescence des relations humaines, des créations de l’esprit et de l’activisme politique, mais surtout de l’incandescence des drogues, de la solitude frustrée, du déni, du suicide et de la mort. Le titre lui-même, Infinite Jest, est à lire en écho avec la phrase de Shakespeare, lorsqu’Hamlet converse avec Horatio et qualifie le fou Yorick, dont il tient le crâne en sa main, de « fellow of infinite jest[5] » (d’un jeu -ou d’une plaisanterie- infini), inscrivant ainsi l’ouvrage dans une longue tradition de mélancolie, depuis l’antique acedia, en passant par l’Anatomie de la mélancolie de Burton[6], d’ailleurs cité. Dans le cadre d’une mise en abyme, « L’Infinie Comédie » serait également le titre du Divertissement létal. De plus, les jeunes élèves de l’Académie de tennis jouent à « l’Eschaton », un jeu de combat géopolitique et nucléaire, comparé au Voyage du pèlerin de John Bunyan[7], et dont les courts de tennis sont une « carte du monde légèrement rectangulaire ». Il n’en reste pas moins que la vie des Incandenza, que le monde à venir des Américains coincés entre le Divertissement omniprésent, les Mr Propre gouvernementaux, la pléthore de déchets et de pollutions, y compris psychiques, est une amère plaisanterie…

      Si l’on est généreux, l’on peut considérer cette Infinie comédie, et en tenant abusivement compte du titre français, comme une fort lointaine sécularisation de la Divine comédie de Dante, dans laquelle il y plus d’enfer psychiatrique quotidien que de paradis, sinon artificiel des drogues, jamais montrées sous un jour positif, menacées par le manque, par un long sevrage, dont les vertus sont parfois récompensées, quoique fort péniblement. En ce sens, le roman peut ressembler au cerveau réalisé et déboulonné de son auteur, dont l’addictive dépression finit par le conduire au suicide en 2008, à l’âge de de 46 ans ; en écho d’ailleurs avec un autre récit du même : Le Sujet dépressif[8]. Le personnage de Kate Gompert, est également « suicidaire par Idéation et Intention ». Ce qui conduit à imaginer que L’Infinie comédie s’organise comme un autoportrait en anamorphose de son auteur, tennisman lui-même, dépressif lui-même, connaisseur en séjours en asile psychiatrique, élève surdoué de De Lillo et Pynchon. Il est vrai que la technique énumérative et cumulative, labyrinthique de David Foster Wallace n’est pas sans faire penser à Thomas Pynchon[9]. De plus, « des rêveries secrètes dignes d’un journal intime » fusent parmi le puzzle démesurément distendu. Comme Madame Psychose, dont le show radiophonique traite souvent de cinéma, Hal, son probable alter ego, jouit d’« une vision sans ironie mais lugubre de l’univers en général ».

      Les commentaires sur ce roman, lors de sa sortie aux Etats-Unis en 1996, furent pour le moins contrastés. Au point que certains critiques dénoncèrent l’illisible obsolescence de l’objet, à moins de se servir de ce pavé comme instrument de suicide, et que d’autres, comme Jeffrey Eugenides[10], donnèrent dans l’hyperbole : « David Foster Wallace est l’héritier de la grande tradition comique, entre Sterne, Swift et Pynchon ». Certes la satire du monde universitaire, tel qu’il est mis en lumière dans la scène inaugurale où Hal Incandenza, tennisman prétendument génial, est soumis à une évaluation, n’est pas sans instants comiques. Mais la mayonnaise du burlesque ne prend que rarement, y compris devant la perruque de Teeply, et encore si l’on est indulgent. L’ensemble de l’opus peut plutôt passer pour une vaste machinerie pathétique, une usine désaffectée, un chantier en déconstruction, un dépôt d’ordures vomissant, un marais desséché d’ennui, d’où émergent, çà et là, quelques fabuleuses pages, aphorismes étonnants, coups de patte métaphoriques, arcs tendus d’intelligence dans un champ de ruines…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sans doute, hystérico-réaliste est bien L’Infinie comédie, bourrée jusqu’à la gueule, jusqu’à l’overdose, de rapports et de témoignages exhaustifs et méticuleux sur les « Alcooliques Anonymes » et autre « Narcotiques  Anonymes », sur des figures du tragique et de la déjection humaine. Bagarreurs, meurtriers, nettoyeur de merde, tueur de rats, de chats, de chien, comme Lenz, le catalogue est un pandémonium, un cimetière de la beauté humaine et morale, opposé à celle de Joelle, peut-être fatale, peut-être rédemptrice. Ce que d’aucun verront comme la volonté de s’infliger (et à son lecteur) la lie du dégoût, quand d’autres y verront le souci d’une profonde humanité pour les vaincus les plus apparemment abjects des addictions, en une fresque sociologique dantesque, aux registres de langues kaléidoscopiques, de la vulgarité au morbide, de la technique tennistique à la dispute de philosophie politique...

      La liste est longue des suicidés ou en attente de suicide en cet opus, James Incandenza, Kate et Joelle, déjà nommés, Clipperton qui « se défonce le crâne » au « Glock », la mère de Madame Psychose « avec un broyeur d’ordures », les volontaires du Manitoba qui veulent « se faire implanter des électrodes de stimulation p », c’est-à-dire du centre du plaisir, tout en sachant que des rats et autres animaux sont morts d’« une addiction fatale au plaisir électrique. Mais le plus pur et le plus raffiné des plaisirs […] la distillation neuronale de… mettons… l’orgasme, de l’extase religieuse, des drogues hallucinogènes »… Est-ce le fin mot de la cartouche de Divertissement recherchée ? Un plaisir hautement suicidaire ?

      A moins que le roman lui-même soit suicidaire, faisant de loin en loin monter un suspense éclatant qui n’éclate pas. La dernière page refermée, l’on se demande : « Et alors ? » Rien, ou presque, n’aboutit. La « cartouche de Divertissement » originelle n’est pas retrouvée. Comme si David Foster Wallace s’était arrêté là, en panne de cerveau, laissant à son lecteur une amère sensation d’inachevé (à la page 1328, en toute modestie). Le rôle de Joelle (indubitablement le personnage le plus réussi) restant indécis, cette indécision seule est sublimement poétique.

 

      David Foster Wallace est-il un génie ou un esbroufeur ? Si l’esbroufe parait manifeste au cours d’un bon paquet de papier, il est nécessaire de persévérer. C’est au voisinage des pages 400 et des bricoles qu’une vitesse de croisière est peu à peu atteinte. Au-delà des pages 500 les fragments trouvent, quoique parfois péniblement, leurs liens subtils, comme une mosaïque recueillie par des fouilles patientes et méticuleuses. Un génie ? Peut-être pas. Mais un surdoué, absolument, avec toutes les qualités et les défauts inhérents à cette engeance, dont les moindres ne sont pas un manque de concision plus que  dommageable et une incapacité à l’efficacité de la structure. Pour reprendre un de ses précédents titres, La Fonction du balai serait-elle de balayer L’Infini comédie, pour sa prétention, son anarchie compositionnelle parfois rédhibitoire ? David Foster Wallace lui-même, mentionne un « de ces enfoirés critiques d’avant-garde qui avait écrit que, même dans ses films publicitaires, le talon d’Achille d’Incandenza était l’intrigue, qu’il n’y avait jamais chez lui d’intrigue intéressante, aucune action dramatique susceptible de captiver et de soutenir l’attention. » Sans nul doute est-ce une autocritique pertinente. À moins, de toute évidence qu’il s’agisse là de tout autre chose : le dallage du réel, si bien organisé qu’il soit, à l’instar de la mécanique rassurante, mais parfaitement ennuyeuse, d’une compétition de tennis, et la surface de l’humanité se sont effrités, éclatés en un puzzle abjectement splendide, malgré la surabondance des morceaux superfétatoires…

 

      Notre Infinite Jest n’est pas sans lien avec le dernier roman, inachevé, de David Foster Wallace, aujourd’hui réédité en poche. Il y est incidemment question d’une « révolte fiscale » canadienne contre le gouvernement de l’O.N.A.N. Alors que Le Roi pâle est tout entier plongé dans les arcanes de la fiscalité. On y retrouvera les qualités et les défauts ici inventoriés, aggravés encore par l’inachèvement. L’incipit est d’un beau lyrisme paysager. Alors que l’agaçante méticulosité de l’écrivain égrène 700 pages (un tiers du total à venir disait-il) pour concocter et explorer un monde kafkaïen de fonctionnaires appelés à calculer, traquer et percevoir l’impôt au cœur inflexible de l’Illinois. Aux frais du contribuable, ils bénéficient d’une ubuesque formation de survie à l’ennui. Etrangement, le chapitre 9 est un « Avant-propos de l’auteur », assurant qu’il s’agit là d’une « autobiographie non-fictionnelle avec des composantes additionnelles de journalisme reconstructif, de psychologie organisationnelle, des bases d’instruction civique et de théorie fiscale ». Nous pardonnerons « l’enfoiré de critique » (mais pour cette fois seulement) de ne pas l’avoir lu plus que cela, de faire une pause bien méritée, et de garder pour une prochaine dégustation dépressive ce satané Roi pâle qui ne peut que receler en ses 50 chapitres (c’est promis, foi de David Foster Wallace) des pages tourneboulantes. Telles qu’au hasard : « le gouvernement, la bureaucratie gouvernementale et les règlements gouvernementaux constituaient le moyen le plus dispendieux le plus stupide et le plus antiaméricain de faire tout et n’importe quoi ». On y croise en effet un narrateur « payé pour rester assis à lire un bouquin de développement personnel insipide ». La satire politique, l’anti-utopie dérisoire ne sont peut-être pas sans auto-ironie…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] David Forster Wallace : Everything & more, W. Norton & Company, 2003.

[2] Nathaniel Hawthorne : « Le voile noir du pasteur », Contes et récits, Actes Sud, Babel, 2007.

[3] David Forster Wallace : La Fonction du balai, Le Diable Vauvert, 2009.

[4] Stephen Burn : David Foster Wallace’s Infinite Jest : A Reader’s Guide, second edition. Continuum, 2012, New York, London.

[5] William Shakespeare : Hamlet, acte V, scène 1.

[6] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2000.

[7] John Bunyan : Le Voyage du pèlerin, CLC, 1982.

[8] David Forster Wallace : Le Sujet dépressif, Le Diable Vauvert, 2010.

 

 

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 18:38

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Qui a peur de Lovecraft ?

 

Depuis l’abîme du temps : l’appel de Cthulhu.

 

 

 

Howard Philip Lovecraft : L’Appel de Chtulhu ;
Dans l’abîme du temps ;
La Couleur tombée du ciel, suivi de La Chose sur le seuil ;

Chuchotements dans la nuit ;

traduits de l’anglais (Etats-Unis) par François Bon,
Points Seuil, 96 p, 4,90 € ; 144 p, 5,90 € ; 144 p, 5,90€, 144 p, 5,50 €.

 

 

 

      « Iä ! Iä ! Yog-Sothoth ! Ossadogowah ! » Oserez-vous prononcer cette invocation dans un cercle de pierres nocturnes ? Au risque infâme de rappeler les dieux anciens, Nyarbuthotep ou Chtulhu ; et leurs corps bulbeux, leurs tentacules infinies, leurs griffes immenses, leurs ailes gélatineuses… C’est avec une délicieuse imprudence que François Bon a osé les murmurer, en traduisant de nouveau une poignée de nouvelles du maître de l’effroi américain : Howard Philip Lovecraft. Chacun de ces titres annonce, avec une inquiète délectation, un flot de catastrophes, imminent et cosmique. Le maître du fantastique invente, voire déterre, un cycle légendaire dont n’avaient pas rêvé les prodigues mythologues que furent les anciens de la Grèce solaire.

 

       La mythologie singulière de Lovecraft (1890-1937) postule « de Très Grands Anciens qui vivaient des éternités avant l’arrivée des hommes ». Parmi eux, « Chtulu le mort attend en rêvant ». Ce pourquoi, quand résonne L’Appel de Chtulhu, il est indéfectiblement entendu par l’héritier d’un professeur de langues sémitiques. Parmi des caisses de documents, un bas-relief attire son attention, orné d’une superposition des « images d’une pieuvre, d’un dragon et d’une caricature humaine ». Des manuscrits, la coïncidence des rêves, une statuette « répulsive » venue de « vieux et impies cycles de vie », une « orgie vaudoue » conduisent l’inspecteur Legrasse auprès d’un culte sanguinaire qui révère le retour du grand-prêtre Chtulhu, prêt à soumettre « la terre à sa domination ». Créatures lacustres informes et « Grand Noirs ailés » attendent un alignement des planètes pour que les rituels du « Necronomicon », ce livre de l’Arabe Abdul al-Hazred, réveillent « la ville cyclopéenne de pierres vertes, mouillées et visqueuses ». Qu’allons-nous voir jaillir d’une porte marine, sinon « une masse battante d’ailes membraneuses recouvrant le ciel de leur gibbosité », sinon « la titanesque Chose des étoiles »… Qui sait si le narrateur survivra à son manuscrit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Encore une fois, des « constructions inconnues et primordiales » balisent L’Abîme du temps. Une fois de plus, le narrateur vient de l’université de Miskatonic dans la ville d’Arkham, au plus ancestral du Massachussetts. De retour de l’Australie de l’ouest, il confie ses affres et tourments, en commençant par son amnésie et ses visions. De nouveaux « savoirs quasiment inconnus » vivent en celui qui avait « occupé [son] corps ». Ainsi, il confectionne une étrange machine qui lui est volée. Bientôt, il retrouve son ancienne personnalité de professeur d’économie. Quoique des rêves de voûtes et de bibliothèques monstrueuses le poursuivent. Jusqu’à ce que ses recherches psychologiques lui permettent d’appréhender  le monde plus qu’antédiluvien de la « Grand’Race », où le savoir de tous les temps est immense, où les technologies sont incroyables. Il se rêve en grand « cône » muni de tentacules, étudiant « des chapitres de l’histoire humaine dont aucun savant d’aujourd’hui n’aurait soupçonné l’existence », conversant avec les esprits de maintes créatures de temps anciens ou à venir parmi les mille millénaires. Rien de ridicule en l’univers lovecraftien, plutôt d’oniriques, voire borgésiennes, potentialités de l’existence et des civilisations, parmi les archives du temps, parmi l’univers aux dimensions multiples. Au creux des ruines du désert, au fond de la bibliothèque aux « étuis de métal », la « terreur » des poulpes aura-t-elle le dernier mot ?

      La Couleur tombée du ciel est celle d’une météorite. Là où elle tombée, et s’est dissoute, la végétation, affligée de couleurs étranges, s’agite, avant qu’il ne reste plus qu’une « lande foudroyée ». Les animaux s’effritent, la famille devient folle. Un « monstrueux blasphème » a pris possession des lieux. Une phosphorescence inconnue règne avant de disparaître dans « une frénésie cosmique »…

      Tremblerons-nous lorsqu’il faudra poursuivre les pages de La Chose sur le seuil, après avoir lu l’incipit suivant : « Et c’est parfaitement vrai que j’ai mis six balles dans le crâne de mon meilleur ami » ? Nous laisserons au lecteur le soin d’avancer au-delà de ce seuil, de crainte qu’il abandonne sa personnalité au profit d’une héroïne sombrement manipulatrice…

      Cruciaux, ces quatre récits bénéficient d’une nouvelle édition, en une traduction bienvenue. Mais pourquoi trois fois la même préface, passable au demeurant ? En revanche les postfaces sont plus éclairantes : on y apprend que L’Abîme du temps et les autres nouvelles sont des quasi-inédits, dans la mesure où François Bon traduit le dernier état des manuscrits, dont l’un fut découvert en 1994. Quoique les différences ne soient pas toujours considérables, sauf un supplément de vigueur, si l’on compare avec les traductions de Jacques Papy[1].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un schéma récurrent, quoique avec bien des variations, comme orchestrales, innerve les récits de Lovecraft. Un homme hérite d’une vieille demeure, fouille des bibliothèques et des manuscrits passablement maudits, reçoit la commotion d’un appel, d’une disruption de personnalité, explore des ruines lointaines ou des fonds marins. De manière obsessionnelle, et l’éloignant du commun des mortels, sa quête l’amène au bord d’un autre univers, dont par des formules imprononçables il va soulever le vitrail, la porte, le gouffre… La glaciale menace de poulpes cosmiques, de batraciens en ambassade, de chauve-souris indescriptibles, de civilisations omniscientes, d’entités aux pouvoirs démesurés et immondes déferlent sur la forêt, la côte ou la ville… Seuls quelques courageux pionniers vont savoir résister aux sirènes gélatineuses, à leurs griffes virulentes, pour les repousser dans leur antre plus que préhistorique.

      Plus loin dans la terreur que les vampires de Bram Stocker, que le monstre de Frankenstein, mais dans la tradition gothique d’Edgar Poe et d’Arthur Machen, le récit d’investigation de Lovecraft retient le lecteur en ses tenailles, grâce à la sûreté de sa narration, au suspense maîtrisé, à l’art de l’horrifique suggestion. Un narrateur d’abord ignorant, le cheminement presque policier d’une enquête, des témoignages effarants et lacunaires, une exploration hautement risquée sur le terrain amènent lentement et sûrement à un climax terrifiant, non sans que l’on demeure sur les berges dangereuses de l’incertitude : réalité incompréhensible et soudain frappée d’une indubitable évidence, ou autosuggestion, hallucination ? Délicieux onirisme qui est de l’ordre du fantastique le plus affirmé[2]. Les héros malheureux, voire suicidaires, n’ont sans doute fait que trop errer au fond des forêts primitives, au bord des flots originels, des déserts oppressants. Ou plutôt dans ces bibliothèques où ne moisit jamais le « Necronomicon », recueil fictif d’incantations et de magie noire, évoqué dans treize de ses œuvres, preuve fantasmatique de l’existence du mal radical dans la nature cosmique. Au point qu’à bien des reprises l’on a publié ce prétendu manuscrit impie d’Abdul al-Hazred (lire : « all has read ») en compilant les diverses allusions éparses dans les contes de son créateur, quoiqu’il ait pris soin d’écrire lui-même une brève « Histoire du Necronomicon[3] ». Il est alors permis de lire l’œuvre entière de l’écrivain comme « un roman d’amour entre le Chercheur et la connaissance[4] ».

      Toutes affaires cessantes, il faudrait alors poursuivre notre immersion lovecraftienne par son plus ample, initiatique et patient roman : Le Rôdeur devant le seuil. L’on sait qu’à sa mort, Lovecraft avait peu publié, que certains de ses textes étaient inachevés, en brouillon, sous forme de plan. C’est grâce à son ami et éditeur August Derleth que l’œuvre (parfois écrite en collaboration avec d’autres conteurs) put prendre son envol, être complétée, en un beau travail de réécriture fidèle et imaginative. Ainsi les contes les plus singuliers et caractéristiques du maître de Providence sont-ils réunis sous les couvertures aux illustrations splendides et hallucinantes de Virgil Finlay, aux éditions Christian Bourgois. Tels L’Ombre venue de l’espace, Le Masque de Cthulhu et La Trace de Cthulhu[5].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Dès 1969, Lovecraft fit l’objet d’une française consécration, grâce à son apparition au sein des Cahiers de l’Herne[6]. Où l’on saura tout sur les dieux anciens, de « Nyarlathotep », « Le Chaos rampant », jusqu’à « Chtulhu », « Celui qui viendra des Abysses d’Océan », en passant par « Tsathoggua », « La Chose batracienne ». Où l’on lira des inédits, des poèmes en anglais, des études aussi précises que vénérables consacrées au « royaume noir », à la « passion selon Satan », à ses illustrateurs. Entre fantastique et science-fiction (minoritaire en ses contes) un autel érudit est élevé au digne successeur du macabre Edgar Allan Poe et d’Ovide, créateur inspiré de nouvelles métamorphoses mythologiques ; métamorphoses douées d’une redoutable et lacunaire cohérence au service de nos peurs les plus terribles et les plus ravissantes. Au-delà des mythologies grecque ou aztèque, qui sont des créations collectives et immémoriales, Lovecraft est un formidable démiurge et mythologue, même s’il s’appuie sur des incubateurs et des sources diverses, d’Algernon Blackwood  à John Dee, en passant par la tradition de l’occultisme.

 

      Le grand et sombre Lovecraft était-il misogyne, raciste ? Peu d’héroïnes en ses récits, sinon la terrible Asenath de La Chose sur le seuil, captatrice infâme qui suce le cerveau de son époux. Est-ce une image du bref mariage de l’écrivain avec Sonia Greene ?  Quant à ces créatures aux faciès batraciens et surgies de la mer, ces Indiens dansant en transe autour de délires vaudous sanguinaires, abattus et arrêtés par l’inflexibles policiers, faut-il y lire l’image métaphorique d’immigrés aux sangs pollués, de races inquiétantes à repousser, voire à éliminer ? À moins que notre auteur qui écrivit un jour à propos d’Hitler « I love the guy », bien qu’il ait par la suite conspué le nazisme, mérite que l’on soit plus prudent à son égard, et que l’interprétation se limite, en-deçà d’une surinterprétation dangereuse, à la figuration imagée du Mal et de son cortège de peurs. Ou aux métamorphoses de Phobos, ainsi que des potentialités les plus étranges de l’humanité et de l’univers…

      Pourtant il imagine, dans L’Abîme du temps, que ses créatures bénéficient d’un système politique et économique peut-être révélateur : « une sorte de fascisme socialiste, aux ressources rationnellement distribuées, et le pouvoir dévolu à un petit aéropage gouvernant, élu par les votes de tous ceux capables de réussir certains tests d’éducation et de psychologie ». Il ne semble donc pas que, conformément à sa prolixe correspondance, Lovecraft soit un amateur du libéralisme.

 

      Etonnamment, Chuchotements dans la nuit est un inédit, enfin animé en français par notre expert, François Bon. C’est l’un des récits lovecraftiens les plus audacieux. Certes la structure en est connue : un jeune chercheur en littérature et folklore, Wilmarth, se voit entretenir une étrange correspondance avec un propriétaire fermier du lointain Vermont, nommé Akely ; bientôt il lui rend visite. Entre temps il est question de créatures ailées « au corps de crustacé », d’un « grand crabe » au sang vert, d’une pierre noire couverte de hiéroglyphes à-demi effacés et venus du désormais inévitable Nécronomicon. Encore une fois, s’agit-il d’une santé mentale compromise ou d’une hideuse et fascinante réalité ? On finirait par y croire tant les personnages et l’écrivain sont doués d’ « un pouvoir de suggestion damnable ». Rarement Lovecraft a pénétré si loin, non seulement les territoires de l’horreur, là où « ces crêtes reculées sont de façon sûre l’avant-poste d’une colonie d’une effrayante espèce cosmique », mais surtout ceux de la science-fiction. Une fois dans la ferme maudite, l’on apprend que les créatures extraterrestres ont colonisé Pluton, récemment découverte, qu’elles se déplacent au-delà de la vitesse de la lumière prévue par Einstein ; enfin les cerveaux, en quelque sortes décapsulés, voyagent dans les espaces galactiques, ce à quoi est invité le narrateur. Tout cela côtoie les techniques d’enregistrements alors nouvelles, permettant aux « chuchotements », par ailleurs télépathes, d’être conservés, jusqu’à ce que l’effroi du narrateur le contraigne à abandonner les preuves amassées. Le virtuose et haletant récit, ponctué de descriptions paysagères somptueuses, de jeux de personnages dignes de la plus rare prestidigitation, s’achève par une chute aussi surprenante qu’irrésolue.

 

      Le maître des dieux atroces, ainsi que son mythe de Chtulhu et autres créatures immondes, ont essaimé non seulement dans la littérature (Stephen King et Houellebecq[7] sont des inconditionnels), au cinéma (La Couleur tombée du ciel a été trois fois adaptée), mais parmi les jeux de rôles, les jeux vidéo, la musique métal et rock, la bande dessinée, par exemple Druillet, qui signa la couverture du cahier de L’Herne. Les tee-shirts post-gothiques affichent le nom fatal de l’écrivain, ainsi que le faciès tentaculaire plus ou moins réussi plastiquement des abominations venues de l’espace stellaire ou des eaux primordiales. Pour paraphraser la conclusion de son Epouvante et surnaturel en littérature[8], Howard Phillips Lovecraft est sans nul doute parvenu à transmuer des « thèmes sinistres » en un vénéneux bouquet de récits d’une « radieuse beauté ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] H. P. Lovecraft, L’Abîme du temps, Denoël, 1973.

[2] On lira à cet égard Maurice Lévy : Lovecraft ou du fantastique, Christian Bourgois, 1985.

[3] Dans H. P. Lovecraft : Night ocean et autres nouvelles, Belfond, 1986.

[4] Pierre Versins, L’Herne Lovecraft, cahier dirigé par François Truchaud, 1969, p 38.

[5] Aux éditions Christian Bourgois, 1983 et 1988.

[6] L’Herne Lovecraft, ibidem.

[7] Michel Houellebecq : H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie, Editions du Rocher, 1991.

[8] H. P. Lovecraft : Epouvante et surnaturel en littérature, Christian Bourgois, 1985, p 164.

 

Lovecraft aux Editions Mnémos.

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:29

 

Au jardin. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Steve Tesich : un Price pour Karoo,

 

ou la revanche des anti-héros.

 

 

Steve Tesich : Karoo, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke,

Monsieur Toussaint Louverture, 608 p, 22 €.

Price, traduit par Jeanine Hérisson, Monsieur Toussaint Louverture, 544 p, 21,90 €.

 

 

 

On ne peut pas résister aux couvertures de Monsieur Toussaint Louverture. A leur grain sensuel, leur maquette plus colorée qu’un étonnant bonbon, ni, une fois parmi les pages, à leur papier, à leur typo… Et bien sûr à leurs textes, toujours un peu stupéfiants et décalés. Bref, à un tel écrin, se marie, pour le bibliophile, la dimension  savoureuse du roman… Pourtant, le toucher légèrement rugueux de Karoo et de Price aurait dû m’avertir. Tout paraissait y être : la marque de fabrique, les deux bonhommes sans tête qui se menacent du poing sur fond sable, une tête sans bonhomme… En effet, le premier roman n’a pas toute sa tête. Voire, comme son personnage éponyme qui se bat contre le vide, il manque réellement de tête. A moins que, après tant de piètres pages, sur un coup de tête, il frôle la génialité… Quant au second, il est possible qu’il ressemble à ce que sera la littérature lorsqu’elle aura perdu, en sa tête, toute sa culture…

 

Il y a quelque chose de suprêmement étonnant à constater qu’un roman couvert de louanges par une presse consensuelle, voire suiveuse, puisse être, quoique fort lisible, passablement construit autour de ses personnages bien campés, d’abord aussi peu original. Pire, que presse et public paraissent se complaire dans le miroir à Karoo que renvoie la destinée d’un brillant raté qui n’a que le mérite d’assumer son ratage. Cette autobiographie fictive à la première personne est-elle quelque reflet de la vie de l’auteur ? Car l’on sait que Steve Tesich (1942-1996) était également scénariste pour Hollywood. En tous cas, elle nous reflète tous…

Le destin de l’homme Karoo, est-il le seul que nous puissions raisonnablement espérer construire ? Riche, gras, empuanti de cigarettes et livré à l’esclavage d’un alcool qui ne parvient plus à l’enivrer, il est également pitoyable mari demi-divorcé, père ingrat, monstre velléitaire, soudain amant attentionné ayant trouvé pour un temps son « genre de Saint Graal de fille ou de femme » (p 378)…

Son seul fait d’arme un peu glorieux -ce pourquoi on le paye grassement- est de réécrire et relooker les scénarios déglingués soudain sauvés par sa poupine main : ce pourquoi on l’appelle « Doc ». A peine a-t-il un « dilemme moral » (p 55) devant un script lumineux pour le saborder en lui donnant la construction narrative convenue et la touche de glamour vulgaire attendue. Ainsi, sans guère de remord, il sacrifiera un film secret et génial pour lui conférer les qualités commerciales requises et complaire à un producteur. Tout en réintégrant parmi « ce film d’art qui plaira aux masses » (p 433) les images de Leila, qui se révèle être la mère de son fils adoptif et dont il devient l’amant heureux en même temps qu’il se réconcilie avec le dit fils… Saura-t-il rédimer son moi au-delà du possible ? Amènera-t-il les deux personnes qu’il aime devant ce film qui devrait combler leur joie ? Il est à craindre qu’en une sorte de déterminisme existentiel piteux, seuls des éclats de bonheur et d’authenticité lui soient permis. Qu’il restera un handicapé solitaire de la vie… Si l’on concède que l’accident qui détruit ses projets de bonheur est bien digne d’un réalisme nécessaire, on ne peut s’empêcher de prendre un ironique recul envers le mélo, envers cette modeste métaphysique : « Qu’avait-il donc fait en se prenant pour Dieu ? (p 485). Et envers cette tragédie antique au petit pied : « il se sentait comme un héros damné et frappé d’hubris » (p 486). Sans compter les commentaires oiseux d’un narrateur qui chapeaute soudain son personnage à la troisième personne…

 

 

Cependant, à cet « alcoolo épique » (p 491) accro aux clichés, à ce menteur invétéré, on pourrait reconnaître le mérite de prêter la main à la satire des mœurs upper class, et de charcuter le milieu hollywoodien, ses joutes de pouvoir et ses filons éculés, ses suites d’hôtel qui sont « peut-être de l’art universel » (p 414). Suffit-il d’un tel roman pour éprouver « la beauté des banalités » (p 500) ? Ainsi, le producteur Cromwell, en « charognard » (p 502) de génie, saura faire de l’histoire de Leila, la serveuse morte le jour de la première de son film, un mythe américain vendable, puis en une formidable mise en abyme, reprendre l’histoire même de notre Karoo…

Notre société aime-t-elle tant les anti-héros minables pour que Karro soit ainsi lubrifié par les saintes huiles de la critique ? Est-il l’exact symptôme désiré de toute accession possible à la dignité de la personnalité ? L’écrivain Steve Tesich, qui ne connait guère l’art de concision, pratiquerait-il l’apologie de l’homme qui ne doit ses succès qu’à cause de ses minables capacités de réalisation intellectuelle en ce roman exaltées ? Cet écrivaillon, « cette gueule de bois sur pattes » (p 430), ce  frimeur aux coups foireux et juteux ne serait-il que la piètre consolation de nos insuffisances et de nos humilités ?

Certes, quelques allusions à Ulysse, parfois longuettes, une capacité réelle à l’auto-analyse peuvent sauver cette chronique d’abord distendue, lisible sans effort, et fleurer la modeste réussite. Mais à sans cesse tartiner le mythe du loser velléitaire aux superficialités criantes, n’est-ce pas payer bien cher la compensation de nos échecs, de nos trop humaines incapacités ? Nous sommes tous, virtuellement, des Karoo. Physiquement ruiné, les poches encore pleines, l’intellect foireux, un temps winner en l’éphémère pays d’une aimante famille recomposée, ce dernier nous proposerait-il, par le biais d’une nauséeuse identification, le seul modèle à notre portée ? Le héros de l’histoire littéraire descend une fois de plus au tréfonds de la désacralisation, sans guère la grâce d’une image coruscante, avec l’onction d’un style passablement plat, d’un humour parfois un brin enlevé… Quoique une pépite s’élève parfois : « Il me semble de plus en plus évident que ma vie personnelle est maintenant presque exclusivement composée de cette graisse, de ces scènes inutiles que j’ai si habilement éliminées des films et des scénarios des autres » (p 58). Combien ce roman eût-il pu être efficace si notre auteur avait su de même en éliminer les fades graisses inutiles, pour lui donner cette concision sculpturale de l’écriture et de la pensée qui lui manque tant ! Et pour lui donner ce « sens presque architectural des proportions » (p 530) que seul recèle un article écrit par un Prix Pulitzer sur le destin de Leila. Ainsi la vie de Karoo deviendrait une légende.

 

 

Il en reste alors comme l’impression que la belle couverture est salie par son roman, son rond de tasse à café, sa trace de clope froide. Sale type, sale mari, ce fou autodestructeur » (p 144), touché un moment par la grâce paternelle et amoureuse, a-t-il « le droit d’être heureux » (p 381) ? Le réquisitoire de Dianah, son épouse, est sans appel : « il faut vraiment que tu assumes les conséquences de ta personnalité. » (p 385). Le roman lui-même doit-il assumer les conséquences d’une telle personnalité adulée en même temps que moquée ?

Cependant, à la fin, Karoo et Karoo prennent, d’une manière inimaginable, par une pirouette géniale, de l’ampleur, de la hauteur : « l’idée de se reconnaître et d’être reconnu comme le personnage de l’histoire du magazine lui paraissait être la réponse au problème de devoir vivre sa vie » (p 530). La morale de ce roman serait là : devenir une œuvre d’art, fût-elle construite par d’autres, permet à notre anti-héros d’espérer que « les contradictions de l’existence s’évanouiraient » (p 530). Le véritable auteur de Karoo devient alors le producteur aux talents redoutables. La couverture de notre cher Toussaint Louverture se fait alors rachat et suavité : le finale en deux temps de son roman, tragédie et ironie du sort, est aussi sale que proprement splendide…

Si Dieu existe, qu’il me garde d’être Karoo ! Cette odyssée minable et brisée de soiffard d’alcool, d’amour et de succès, cette revanche médiatique et publique des écrivaillons comme Karro sur les authentiques génies… Pourtant, écrirais-je si ce livre n’en valait pas un peu la peine ? Car il est moins l’histoire d’un ratage de vie que la question de savoir à quel prix, grâce à quel art, de vivre, d’écrivain, de scénariste ou de cinéaste, on devient soi et œuvre d’art ? Et pourtant, j’aime tant les livres de Monsieur Toussaint Louverture ! Allez, même un peu, même un peu beaucoup, ce sale Tesich, ce Karoo cassé et rédimé par son auteur…

 

Tesich-Karoo-Espagnol.jpg Tesich-Karoo-EU.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus récente parution française, Price est en fait le premier roman de Tesich, publié en 1982, sous le titre de Summer crossing. Cette traduction connut d’ailleurs une première édition, Rencontre d’été, aux Presses de la Renaissance, en 1998. Si Karoo fut, dit-on, son chant du cygne génial (n’ayons pas peur du cancanement de l’hyperbole), nous pardonnerons aisément le retard de nos belles éditions Monsieur Toussaint Louverture à publier à sa suite ce qui exigea de son auteur une dizaine d’années d’acharné travail d’écriture.

Streve Tesich ne saurait il concocter ses romans que de personnages éponymes, probablement des alter egos, narcissiques pavés feuillus et désabusés ? Le jeune Price, du haut de ses dix-huit ans, n’est pas aussi vicelard et alcoolisé que son aîné, voire son futur moi, Karoo. Il est cerné par la banalité du drame : après avoir failli remporter un combat de lutte perdu par persuasion, un bac médiocre en poche, il n’a d’autre avenir qu’un aussi médiocre boulot dans l’usine d’en face. Freud et Misora, ses vieux potes, font débouler la conformité ou la révolte de leurs vies. Pour lui, un père médiocre en train de crever ; une mère illuminée de superstitions ; une jeune nana, prénommée Rachel, superbe et médiocre, en train de le toiser et qu’il aime à la folie… Essorez, lecteurs de cette vie perdue d’avance, les mouchoirs du misérabilisme et de la compassion ! Certes, en ce qui lit avec une aisance surprenante, en une dynamique narrative de voiture d’occasion des banlieues industrielles de Chicago en perte de vitesse, on ne parait pas s’ennuyer. Jusqu’à ce que le volume tombe des mains : quelle nécessité, sinon modestement sociologique, sinon l’alibi du roman de formation adolescente, charpente une telle littérature ? Tesich écrit bien ; sauf qu’aucune phrase, aucune image, ne semble douée d’un pensée un peu supérieure, d’une quelconque originalité persuasive. Certes, me direz-vous, il colle à son personnage, pauvre môme sans culture grandi trop vite parmi les gueules cassées de la classe ouvrière américaine, parmi les amours vulgaires avec des midinettes insupportables. Une vie déjà et prévisiblement irrémédiablement morne, avec la seule arme éphémère de la jeunesse, de la pulsion sexuelle et amoureuse, des potes pitoyables, des colères orageuses. On admettra qu’il y a là nombres d’ingrédients du roman psychologique. Surtout lorsque les choses se corsent. L’agonie du père, qui scande « Voués au malheur » (p 310), exacerbe le ressentiment oedipéen du fiston, à la limite du fantasme parricide, quand l’exhibitionniste liberté sexuelle d’une imprévisible Rachel, avec son amant aux cheveux gris et pseudo-père, exacerbe les manques et les jalousies de l’apprenti-amant aussi maladroit que mal payé de retour…

Avons-nous assez parlé de l’absence d’originalité du roman, des plats truismes d’une vie sordide, des poèmes guère palpitants que le greluchet envoie à sa dulcinée ? Il aurait pourtant été dommage de laisser le volume s’égarer sous le fauteuil de lecture, avant de découvrir, après un bien trop gros paquet de pages, que ce jeune homme perdu d’avance, qui s’écrie « Mon cerveau me terrifiait » (p 330), qui prend le fauteuil de son père défunt pour y « jouer les paralytiques » (p 465), imagine de poursuivre « Rachel en justice pour manque d’amour », ainsi que l’entier du « contre-interrogatoire » (p 466) devant un jury.

Mieux, il en vient à s’acheter une demi-douzaine d’agendas afin de prendre note des vies imaginaires de ses proches. Ainsi, les changements de point de vue, à l’instar d’un roman épistolaire où aucune lettre ne serait envoyée, font bouillonner les facettes d’autrui, en autant de brefs journaux intimes emboités, quoique d’un fort modeste apprenti plumitif. Rachel fait péter les boulons de son écrivain d’occasion en qui elle voit un garçon « prêt à se jeter du haut d’une falaise juste pour tomber amoureux » (p 489). Jusqu’à un chien d’aveugle, nommé Poochini, qui parle en prenant la tangente ; sans compter un James Donovan qui est un double fantasmatique de Daniel lui-même, pour qui « le destin n’est qu’un mirage » (p 537)… Finirait-on, malgré soi, par aimer Price, comme on a aimé Karoo ?

Il n’est pas douteux que Steve Tesich ait fait de Daniel Price ce qu’il aurait pu et dû devenir, s’il n’avait pas été un brillant étudiant en littérature russe et en écriture dramatique, donc un homme cultivé, puis un écrivain que d’aucuns disent, post-mortem, et malgré ses cuites récurrentes, brillant. Du coup, l’on finirait par avoir envie de lire les traductions, peut-être à venir, d’une dizaine de pièces de théâtre, de sa demie douzaine d’essais, parmi lesquels il se souffle que Monsieur Toussaint Louverture publierait en 2015 Un Mariage amateur.

 

On dit que Price, lors de son américaine parution, fut un roman-culte. En France, Karoo, avec 120 000 exemplaires vendus, surprit la cassette du succès. Là encore, qui sait combien de lecteurs ont cru s’y reconnaître… Qui sait si la littérature doit coller à nos destinées banales et sordides, ou les dépasser ? Ne serait-ce que pour ce type de questionnement qui se doit d’effleurer le lecteur, il faut remercier les belles couvertures et les honorables typographies de Monsieur Toussaint Louverture. La littérature romanesque à succès est-elle condamnée à devenir la répétition des odyssées de garçons incultes abordant l’âge adulte, de scénaristes vieillissants, soulographiques et polygraphes, tous anti-héros des amours cassées, parfois sublimées…

 

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : une vie d'écriture et de photographie

 

Tesich-Sumer.jpg

 

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 06:52

 

Forêt domaniale du Bois Henri IV, La Couarde-sur-mer, Île de Ré.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Thomas Pynchon,
 
ou les vices cachés du roman policier

 

et des Fonds perdus

 

du web profond et du 11 septembre.
 
 

 

Thomas Pynchon : Vice caché,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard,

Seuil, Fiction et cie, 352 p, 22,50 €.

 

Thomas Pynchon : Fonds perdus (Bleeding Edge),

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Seuil, 2014, 464 p, 24 €.

 

 

 

      L'on serait tenté dire que tout bon roman, et a fortiori policier, présuppose un « vice caché » qu’il s’agit de ramener au jour afin de châtier le coupable. Le couple détective criminel est alors indispensable, indissociable. Thomas Pynchon ne déroge pas à la règle. Bien qu’engagé (on n’en attendait pas moins de lui) dans une démarche parodique, il respecte les attendus du genre. Au point que ce roman qualifié de « Pynchon light » par quelque critique américain - ce qui se justifie pour un opus de moins de quatre cents page comparé aux monstres que sont Contre-jour ou L’Arc en ciel de la gravité - ait pu décevoir : comme un bad trip rangé des voitures : « ça finira fatalement en téléfilm, de toute façon, quoiqu’il arrive. » objecte justement un personnage à Doc Sportello, le détective déjanté, comme il se doit. Sauf que Thomas Pynchon n'écrit pas à fonds perdus, pour jouer avec son titre, il fonde son enquête romanesque sur d'autres vices cachés, peut-être pires, ceux du web profond...

 

      Guère de surprise non plus en ce qui concerne les méchants ; ils ont à leur tête Mickey Wolfmann, « le gros bonnet de l’immobilier ». L’onomastique suffit à déplier les noms : l’homme loup n’est qu’un mickey, quand Doc Sportello, sorte de Docteur Justice au rabais « qui se tapait des voyages à l’acide » est plus clownesque que sportif. Quant à Bigfoot, l’inspecteur qui est son meilleur ami et ennemi, il fait aussi l’acteur de composition qui « avait accessoirisé sa tenue » tout en étant plus qu’ambigu dans rapport à la loi… D’un côté le capitalisme prédateur et mafioso, de l’autre les gentils junkies californiens, entre les deux une police à peine plus reluisante, en une sorte d’écho manichéen à l’univers de Vineland, qui les voyait s’opposer dans le cadre plus large de la politique de Nixon pour finalement se confondre. Cette fois, l’infâme milliardaire Mickey est à la tête d’une « Fraternité Aryenne », ce qui ne l’empêche en rien de disparaître. D’où l’enquête, pleine de chausse-trappes, de meurtres, d’une ex petite amie envolée avec le disparu, de joints porteurs de délires… Comme souvent chez Pynchon, l’intérêt se distend, rebondit, l’intrigue principale se disperse, se ranime d’un coup pour se redéployer en satire des camés, hippies et autres surfeurs mystiques sur leur « Sainte Planche », raides dingues de mythes venus de cet océan Pacifique où l’on découvre un bateau appelé « Croc d’or », des dollars à l’effigie de Nixon, un trouble institut psychiatrique, avec une cravate porno pour indice. Quels complots, entre femme, amant et maîtresse, ont été ourdis ? Wolfmann a-t-il voulu rendre un argent impunément acquis et édifier en plein désert une utopie au loyer gratuit…

      Evidemment, malgré des dialogues parfois inconsistants, fumeux, on ne confondra pas un instant Pynchon avec n’importe quel plumitif de polar. Qui d’autre que lui pourrait écrire avec un tel talent lyrique et contemporain ? « Parfois, dans la grisaille, la vue s’illuminait, ordinairement quand il fumait de l’herbe, comme si le bouton de contraste de la Création avait été tripoté juste assez pour conférer à toute chose un vague rayonnement, des pourtours de lumière, et une promesse que la soirée allait d’une manière ou d’une autre virer à l’épopée. » Ainsi, le portrait élégiaque d’une époque à jamais troublée s’élève, après les assassinats aux ordres de Charles Manson, les émeutes raciales et le retour au bercail des anciens du Vietnam totalement déglingués. Le regret des détectives mythiques à la Marlowe, aboutit à une dénonciation de la sanctification du flic : « la télé est saturée de foutus feuilletons de flics, on les présente comme des types normaux, qui essayent de faire leur boulot, qui ne menacent pas plus la liberté d’autrui qu’un bon père de famille dans une sitcom. » En de magnifiques morceaux de bravoure, ou « hippiphanies », le paysage de Los Angeles s’avère « psychédélique », comme galvanisé par une écriture sous stupéfiants, ce dont Pynchon n’a peut-être pas besoin.

      Si Vice caché n’a pas la densité des chefs d’œuvre, une fois de plus, après Contre-jour, nous évoluons dans un monde de faux semblants, de jeux de rôles, où le rocambolesque contribue au show parodique, dans le cadre d’une nostalgie affichée des sixties et seventies - « cette prérévolution rêvée » - et d’un fétichisme régressif de son rock-and-roll. Non sans suggérer un fond sonore grave, voire désespéré, qu’on est en droit de trouver un brin paranoïaque (ce qui est constitutif de l’esthétique de Pynchon) : où en sont les libertés promises aux Américains ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui l’eût cru ? Thomas Pynchon, quoique âgé de plus de 75 ans, (il est né en 1937) débarque à l’aube du XXIème siècle, avec tous les accessoires et les tics de langage des geeks pour explorer avec son héroïne le « Web Profond ». Roman policier décalé, roman du web, roman de société ; faut-il enfin et toujours admirer Pynchon, le maître outrageusement adulé par les critiques du postmodernisme, le fétiche des snobs de la littérature cryptée américaine ? Une fois de plus, chez notre auteur, « la paranoïa est l’ail dans la cuisine de la vie ». Mais pour votre serviteur, critique et lecteur, qui répugne à l’ail cru dans la gastronomie, il y a un pas de trop dans cet ultime et brillant roman de l’un des plus grands créateurs d’univers littéraires décalés.

 

Ce n’est pas la première fois que Pynchon se coule dans une héroïne : dans La Vente à la criée du lot 49, c’était Oedipa Mass ; dans Vineland[1], Frénésie et Prairie. Comme Maxine, qui enquête à « fonds perdus », elles sont absorbées dans une quête de mondes mystérieux et parallèles. N’oublions pas que la quête est toujours également au moyeu de ses plus vastes romans, en particulier Mason et Dixon ou V, ou de plus modestes, comme Vice caché.

Maxine Tarnow, donc, « experte anti-fraude » de son état, qui perdit sa licence officielle en conseillant de troubles clients, évolue en « free-lance » dans un lacis d’enquêtes, parmi tout un peuple de marginaux, de chefs d’entreprises du Net, de programmeurs et de concepteurs, de geeks et de hackers, de « caïds de l’informatique », mais aussi d’agents plus ou moins gouvernementaux, d’espions, d’assassins, sans compter corrupteurs et corrompus, voleurs de fichiers, escrocs du web et autres engeances.

La boussole de l’investigation s’oriente autour de l’énigmatique Gabriel Ice. Pourquoi sa start-up n’a-t-elle pas plongé lors de l’explosion de la bulle Internet ? Au contraire, il semble avoir prospéré, acquérant des canards boiteux, opérant des mouvements de fonds colossaux. Quel rôle joue donc « haschslingrz », une société de sécurité informatique, dans cette « carabistouille » ? L’exploration romanesque et parapolicière plonge alors au tréfonds des canaux du « Web Profond ». Là, parmi les pixels de l’écran, à la croisée et au terme de parcours kaléidoscopiques, où rien n’est référencé par les moteurs de recherche, les banques de données occultes et les transactions malignes prospèrent en zones cryptées au rythme de mots de passe volatiles, de portes dérobées… Vers quelles troubles destinations s’orientent « les vendeurs fantômes, les flux de capitaux à destination du Golfe », alors que nous sommes à la veille du 11 septembre ? Alors que l’on espère « que le mal n’arrive jamais en rugissant du ciel pour exploser en plein dans la tour des illusions où chacun se croit à l’abri », rare moment où Pynchon évoque l’événement-charnière du monde occidental avec un tant soit peu de brio…

Pour corser l’action, Maxine est issue d’une famille juive new-yorkaise, et son ex-mari, Horst, occupe un bureau au centième étage du World Trade Center… Pire encore, Gabriel Ice, qui « joue un rôle clé dans le transfert illégal de millions de dollars sur un compte à Dubaï, contrôlé par le fonds de la Wahhabi Transreligious Frienship […] grand argentier terroriste bien connu », est juif, peut-être « Juif Qui-Se-Déteste ». Est-il « le prochain Empire du Mal » ? Nous laisserons au lecteur découvrir les étapes de l’investigation de Maxine, en particulier une vidéo accusatrice, des délits d’initiés boursiers, finalement détentrice d’une bonne partie des tenants et des aboutissements du complot…

 Parmi les passages les plus étonnants du roman, il faut compter avec les descentes de Maxine dans le « Web Profond » de « DeepArcher » : lyriques voyages labyrinthiques, pathétiques descentes aux enfers, espace presque métaphysiques, où les identités se démultiplient, voire se restructurent post-mortem, où la pellicule des pixels efface la limite entre le virtuel et le réel de « la viande-sphère ». Là, « DeepArcher [est] sur le point de se déverser dans le périlleux golfe entre l’écran et le visage ». Ce sont « les confins de l’in-navigable », les « confins du commencement, avant la Parole » ; on y trouve « la trace, comme le rayonnement du big-bang, du souvenir, dans le néant, d’avoir été quelque chose ». Ainsi, « qui du Web Profond franchit le seuil / plus jamais ne ferme l’œil. » Mais qui est « l’Archer » ? « Celui-là est silencieux ». Une dimension proprement mystique irrigue de son mystère les plus belles pages, surtout lorsque le « logiciel » et son « manuel » sont comparés à « la Kabbale », les « geeks » à des « rabbins »…

 

 

 La composition de Fonds perdus est beaucoup plus linéaire et bien moins arborescente que celle de Contre-jour[2] ou de L’Arc-en-ciel de la gravité ; d’où une réelle aisance de lecture, malgré une concision rarement au rendez-vous, parmi un puzzle aux zones brumeuses, une intrigue souvent cotonneuse, dispersée par le bruit de fond des conversations plus ou moins essentielles, voire totalement accessoires, un peu comme le conçut Gaddis[3] dans son Gothique charpentier. Comme si Pynchon avait tendu un microphone parmi ce sociolecte : le langage vulgaire et branché du lieu et du temps. Ce faisant, il faut lire ce roman comme une lettre d’amour permanente à la cité américaine par excellence, à ses habitants, ses acteurs. Le tableau tendre et satirique du New-York -et par voie de conséquence des Etats-Unis, sinon de l’Occident connecté- de l’aube du XXIème siècle se déploie comme « une anthropo dans le primitif urbain », entre ses chauffeurs de taxi mabouls, ses yuppies, ses passants, ses actionnaires, ses programmeurs et hackers, ses assassins et victimes, ses agents peut-être doubles, sans omettre les  grands manitous de la webéconomie… Un monde souvent futile et clinquant, qui vaut plus par le prix que la valeur, étale sa vanité sous le clavier du satiriste : le « si une pointcom avait une âme immortelle » ne demeure à l’adresse des yuppies qu’un vœu ironique et sans transcendance.

La psychologie n’était guère en son œuvre la préoccupation de Pynchon. Sans aller jusqu’à qualifier Fonds perdus de roman psychologique, il faut admettre là que le personnage de Maxine prend au fur à mesure de la narration -par tableau successifs et diffractés- une réelle ampleur. Le lecteur parvient aisément à une certaine empathie vis-à-vis de cette modeste héroïne, voire à une identification, ce qui trop souvent frôlait l’impossibilité, entre V et L’Arc-en-ciel de la gravité. Les deux enfants de Maxine, le retour de son ex-mari Horst, sa famille, forment un noyau, certes un peu chaotique, néanmoins assez sûr parmi la jungle des yuppies, des geeks, des criminels, des mafieux et des agents plus ou moins gouvernementaux. Jusqu’à ce que la fracture des attentats du 11 septembre incise ce monde de son « bord coupant », ou « bord sanglant », pour tenter de traduire le titre original anglais : Bleeding Edge. Reste qu’au seuil de la vieillesse, une tendresse inattendue pour les relations familiales et interhumaines marque l’art (et peut-être la personnalité) de l’écrivain le plus fascinant et le plus secret des Etats-Unis, dont on sait ne connaître qu’une lointaine photo de jeunesse, qu’une furtive apparition dans le feuilleton des Simpson, un sac de papier couvrant sa tête.

On devine que le traducteur, Nicolas Richard, a dû user d’invention pour se faufiler avec brio au travers des jeux de mots, avec la « Meufia », la « nerdistocratie », avec les néologismes qui incrustent le langage pynchonien : « Au Vodkascript, ils trouvent une salle remplie de gosses-de-richstafariens, de cybergoths, de dev sans boulot, d’uptowners en quête d’une vie moins insipide »…

Il y a des moments de grâce (comme à la fin de Contre-jour) dans l’écriture, lorsque s’imposent des images époustouflantes : « un coucher de soleil post-coïtal », ou « celui qui aurait une vision vanille de ces questions », ou « une quête égocentrique de par le monde à la recherche du sérum de l’orchidée noire », ou encore : « la bulle Internet, hier encore ellipsoïde attirant les regards a beau retomber aujourd’hui en un effondrement rose-vif sur le menton tremblotant de l’époque »… D’autres moments, longuement étirés, piétinent dans les dialogues plus ou moins creux, non sans intercaler ces chansonnettes ironiques et bas de gammes dont la plupart de ses romans sont farcis, comme une marque de fabrique discutable. De même, la sous culture rock et disco, à moins que le lecteur soit un fan accompli capable de frémir au moindre clin d’œil nostalgique, imprègne, sauf la nécessité de faire époque, le fil narratif d’une confiture collante et flapie…

 

Le goût immodéré de Pynchon pour la paranoïa et les théories du complot atteint peut-être ici sa limite. Que le fascinant web profond de « DeepArcher », aux mains du glacial Gabriel Ice, dont l’absence totale de sens moral fait froid dans le dos, puisse être le repaire des convoyeurs de fonds pour des activités terroristes islamistes, soit. Mais que les attentats du 11 septembre puissent tenir leur code source de ce même Ice, des « salauds néolibéraux », de « Bush et les siens », des Etats-Unis eux-mêmes, du conglomérat militaro-industriel, de la CIA et du FBI, visant à accroître leurs revenus et leurs pouvoirs, voilà qui reste une hypothèse, certes à envisager, mais à probablement reléguer in fine dans les fonds perdus du fantasme gauchiste antiaméricain et antirépublicain… Si thèse il y a, la thèse conspirationniste d’un 11 septembre fomenté par la pire droite américaine n’est que l’ail de la paranoïa. Satire des théories du complot ou adhésion grotesque ? Si cette deuxième hypothèse est la bonne, l’auteur pourrait hélas avoir quitté ses talents d’ironiste postmoderne. Dans un roman qui n’est plus celui de la grande époque -de La Vente à la criée du lot 49 à Contre-jour- et qui a l’insigne mérite d’être un troublant jeu de piste fractal, il reste peut-être à Pynchon l’intelligence de laisser, à son lecteur, le choix.

 Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 08:08

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Eloge de la collection Biophilia.

 

Edward O. Wilson : Biophilie ;

 

William Bartram : Voyages ;

 

Fredrik Sjöberg : La Troisième île.

 

 

 

 

Edward O. Wilson : Biophilie ;

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillaume Villeneuve, José Corti, 224 p, 20 €,.

 

William Bartram : Voyages,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre-Vincent Benoist et Fabienne Raphoz, José Corti, 520 p, 29 €.

 

Fredrik Sjöberg : La Troisième île, traduit du suédois par Elena Balzamo,

José Corti, 208 p, 20 €.

 

 

 

 

      Une simple feuille de lierre recèle tout un monde, un cycle de vie et de mort, toute une harmonie avec la terre, avec le cosmos. Ainsi, tous trois passionnés, un biologiste, Edward O. Wilson, un voyageur, William Bertram, un naturaliste, Fredrik Sjöberg, plaident pour la symbiose de la nature et de la connaissance ; ce dans le cadre de la verte collection « Biophilia » chez José Corti. Entre science et poésie, manifeste et narration, Wilson nous fait aujourd'hui aimer la vie du monde naturel, tout en proposant une éthique écologique judicieuse, alors que Bartram découvrit les espaces sauvages en voyageant au travers de l'est des Etats-Unis dans la seconde moitié du XVIII° siècle. Plus loin, vers la Scandinavie, les îles et les montagnes sont l'objet de la scrupuleuse attention de Fredrik Sjöberg.

 

           C’est d'abord avec bonheur que Wilson nous emporte dans les sphères de la nature. Lorsqu’il décrit la population et les travaux de la « fourmi parasol », dont le graphisme sur fond vert mousse anime la couverture, il est d’une clarté persuasive, d’une précision encyclopédique. A la lisière du récit, de l’essai scientifique et du journal, il nous fait voyager parmi la terre, parmi ses modestes et fabuleux habitants.

      Edward Osborne Wilson est biologiste et entomologiste Il est le créateur du terme « biophilia », ce profond besoin de l’homme d’aimer et de s’intégrer dans une relation innée avec les plantes, les animaux et le cosmos. Pour lui, le « développement mental » consiste à « explorer la vie » et « comprendre d’autres organismes ». Cette passion pour le vivant et les systèmes naturels relève d’une pensée écologique. Mais au meilleur sens du terme, scientifique, empathique et poétique, non sectaire. S’il étudie « la sixième extinction massive en cours », due aux déprédations humaines, il n’est pas un de ces écologistes radicaux qui préconisent la fin de l’homme : « On tirera peu de profit à jeter du sable sur les pignons de la société industrialisée ». Il préfère la confiance envers la connaissance, la recherche : « plus on explorera et on utilisera le vivant, meilleures seront l’efficacité et la fiabilité des espèces particulières retenues pour l’usage économique ». Et de faire l’éloge du pois carré de Nouvelle-Guinée et du melon velu, avant de plaider (en 1984) pour les OGM : « Ainsi une plante alimentaire précieuse pourra recevoir l’ADN d’espèces sauvages conférant une résistance biochimique à la maladie la  plus destructrice  à laquelle elle est sujette ».

          Entre forêt amazonienne et Alabama, le regard fureteur du naturaliste, dans la tradition de Darwin, s’intéresse moins aux millénaires humains qu’à l’évolution des espèces. Loin de se confiner dans la seule observation d’un termite, il place son éthique scientifique dans la perspective des Lumières, au-delà de la méfiance romantique envers la science chez Tennyson ou Keats ; quoique oubliant la symbiose entre cette dernière et la poésie chez Goethe et les romantiques allemands. Sa curiosité, affichant une prédilection pour le monde des fourmis (on pense alors aux Vies des abeilles et des fourmis vues par Maeterlinck), est omnivore : il est fasciné par le sol de Mars, les serpents, une crête à 4000 m en Nouvelle Guinée, « l’oiseau de paradis » et ses « arènes de séduction partagée ». Grâce auquel il a « parcouru une révolution du cycle de l’intellect. L’excitation de la recherche, par le savant, de la vraie nature matérielle de l’espèce s’estompe pour être remplacé par les recherches plus durables du chasseur et du poète. » Son lyrisme est prenant, exalté, lorsqu’il déclare : « le scientifique idéal pense en poète. » Ce dont il a bien conscience : « l’esprit poétique ne se contente pas d’une description factuelle et juste, mais cherche à rehausser la sensation ».

      La culture de Wilson est aussi pointue qu’ouverte, citant Octavio Paz ou Einstein, s’entretenant avec l’écologiste MacArthur de la « biogéographie. Il va jusqu’à se demander si « la beauté réside en quelque manière dans les gènes de l’observateur », en parcourant mentalement les paysages de la planète.

           Les éditions José Corti, sous l’égide de Fabienne Raphoz, créent, outre d’incontournables collections - « Domaine Romantique » ou « Série américaine » - un nouvel espace littéraire : « Biophilia » dont voici le premier volume. Avec Les Bêtes de l’italien Federigo Tozzi ou Voyage sur le Rattlesnake de Thomas-Henry Huxley, nait une réflexion transdisciplinaire sur le devenir de notre adéquation à la nature. Quant à nos qualités artificielles, celles du savant, de l’économiste, de l’artiste et du politique, elles doivent permettre, selon la sagesse de Wilson, « l’éthique de la conservation » autant que notre développement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment étaient l’ouest des Etats-Unis au XVIII° siècle ? Même si l’on sait la guerre d’indépendance, la constitution de 1787, un voile d’ignorance couvre nos yeux. Il faut se plonger dans les pages généreuses d’un auteur qui inspira Chateaubriand, Coleridge, Thoreau : William Bartram (1732-1823). C’est entre 1775 et 1778 qu’il parcourut les espaces inexplorés des Caroline, de la Géorgie et de la Floride, entre marais et montagnes boisées, où « des masses de rochers feuilletés se fendent continuellement et tombent », mais aussi un pays « qui promet de faire, lorsqu’il sera cultivé par d’industrieux habitants, une heureuse, riche et fertile contrée ». Hélas, on se livre au « jeu barbare » de « casser la tête » d’un louveteau…

Cette encyclopédie du voyage patient, attentif et ravi devant une flore, une faune, vastes et précieuses, se double d’une réelle empathie envers les habitants : Cherokees ou Séminoles, colons européens, esclaves noirs… On connaît alors le « gouvernement des Indiens », le voyageur acquiert « sagesse et entendement en contemplant l’œuvre du créateur et les rouages de la nature ».

Dernier né de la collection « Biophilia », ce volume vert est un témoignage notable autant de l’esprit des Lumières que du naturaliste fureteur dans la tradition de Buffon, sans compter un souffle préromantique dans le lyrisme des descriptions de la nature sauvage. La superbe édition est nantie d’index divers, illustrée des dessins de l’auteur, d’un cahier de photographies où Bertrand Fillaudeau et Fabienne Raphoz suivent ses traces au service du lecteur ému, enthousiaste.

Serons-nous autant convaincus de la nécessité de l’ouvrage qui parait conjointement : Nous n’avons qu’une seule terre, de Paul Shepard ? S’il faut connaitre cette thèse d’un philosophe environnementaliste selon laquelle l’humanité est une catastrophe pour la planète, n’est-elle pas abusive, dangereusement anti-humaniste ?

 

 

Comment peut-on consacrer sa vie aux vers de terre et autres lombrics ? C’est pourtant la spécialité du héros préféré de Fredrik Sjöberg, dont l’autobiographie fragmentée alterne avec la biographie du scientifique Gustav Eisen (1847-1940). Ce dernier est l’auteur d’une somme sur le raisin, spécialiste des cunéiformes, aquarelliste pléthorique de perles et passionné de ces séquoias qui lui doivent leur survie, par ailleurs ami et mécène de l’écrivain et dramaturge Strindberg. Ce collectionneur de vers (au point de donner le nom de la femme aimée à l’un d’eux) ou encore de vignes et d’aventures, de surcroit nouvelliste et théosophe, est selon le narrateur : « un espalier pour y accrocher ma propre histoire ». Ce dernier, né en 1958, est également un naturaliste curieux, traqueur de papillons et de « Callicera » (ce sont des mouches), dont l’enfance est semée des aventures épiques et souriantes de l’entomologiste en herbe.

Ce pourrait n’être qu’un livre de spécialiste ; mais le charme et la persuasion du récit de Sjöberg sont sans mélange. Nous voyageons d’île en île, entre mer Baltique et abords de la Californie, où les explorateurs jouent les Robinson et inventorient de nouvelles espèces d’algues, mais aussi parmi les roches, les forêts et les neiges de la Sierra Nevada. C’est alors que les anecdotes sont savoureuses, voire humoristiques. Comme lorsque l’enfant vole une ampoule de lampadaire pour attirer les papillons et autres « noctuidés », plus particulièrement un fascinant « sphinx ». Comme lorsque la chasse aux insectes permet de courir les filles, lorsque l’on découvre des « parasites qui coulaient des jours heureux dans le testicule d’un ver de terre du Guatemala », lorsqu’un scarabée baptisé « Anophtalmus hitleri » est menacé de disparition par des collectionneurs nostalgiques du Troisième Reich…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prosateur est sans lourdeur aucune, quand son lyrisme ne se départ jamais de rigueur scientifique. Rien de rousseauiste, pas de nostalgie d’une nature originelle et mythique, bien qu’il s’agisse des carnets d’un pionnier de l’écologie, dans la tradition du naturaliste Linné. Sjöberg est autant biologiste qu’écrivain, en un bel éclectisme vagabond. On pourrait le rapprocher de l'Allemand Ernst Jünger[1] et de ses Chasses subtiles, autre grand moment d’entomologie littéraire et d’écriture somptueuse, mais il le dépasse par la marge grâce à son inénarrable fantaisie.

Quelle est alors cette « troisième île », qui n’est qu’une part d’une trilogie ? L’une de celles de l’enfance en mer Baltique, vierge et féconde en découvertes : galets, mouches, graminées et paillons… À moins qu’il s’agisse, au-delà des personnages de ce vaste récit en archipel, Gustav Eisen et Fredrik Sjöberg lui-même, de l’île du livre achevé, publié chez nous dans la belle et généreuse collection « Biophilia », voguant sur les mers des traductions et des esprits curieux et enchantés des lecteurs…

 

Pour l’amoureux de la nature, « la question de l’environnement […] est une belle religion », mais Fredrik Sjöberg reste un sceptique quant aux « théories alarmistes en matière de climat ». Il n’est pas sans soupçonner les ravages idéologiques d’une nouvelle théocratie dont Gaïa serait la déesse, manipulée par quelques poignées de prêtres politiques trop humains, ajoutant : « ce sont les églises qui m’inquiètent ». Ainsi, sa prudente sagesse, qui ne s’enferre dans de lourdes théories globales, est aussi rafraîchissante que son enthousiasme de marcheur et de découvreur, entre insectes insolites et sensations vigoureusement colorées.

 

Thierry Guinhut

Articles parus dans Le Matricule des Anges, juillet 2007, juin 2012, mai 2014

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 16:09

 

Niort, Deux-Sèvres. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Donna Tartt : Le Chardonneret,

ou les illusions de la liberté ;

Le Maître des illusions ou l’université de Dionysos.

 

 

 

Donna Tartt : Le Chardonneret,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt, Plon, 798 p, 23 €.

 

Donna Tartt : Le Maître des illusions,

traduit par Pierre Alien, Plon, 528 p, 23 €.

 

 

 

 

Une jeunesse dévastée par le mal, délavée de ses illusions, telle semble être la colonne vertébrale de l’entreprise romanesque de Dona Tartt, qui, de décennie en décennie, publie de vastes fresques, aventureuses et ciselées. Fil d’Ariane et memento mori, le tableau de 1654 de Fabritius donne son titre, Le Chardonneret, à un roman touffu, ambitieux, faussement sage. Cachant pendant des années le tableautin d’un maître flamand, un jeune narrateur traverse les vies et les morts, les Etats-Unis, l’Europe, enchaînant son libre-arbitre et son destin. Sans compter Le Petit copain (2003), c’est là le troisième roman de Donna Tartt, après le remarquable Maître des illusions (1992), college novel à la lisière de l’antiquité grecque et du thriller criminel. Tous deux glissent sans peine sous la langue de la lecture, ce qui n’empêche en rien qu’ils soient faits de plans puissants et intimes, de fulgurantes notations métaphysiques et esthétiques.

 

Comme l’explosion de la poudrière de Delft tua le peintre du « Chardonneret », celle du Musée de New-York tue la mère de Théo, treize ans. Qu’importe le malin terrorisme à l’œuvre, ce péché originel des tyrans, car le point de vue de l’enfant parmi ruines et cadavres est absolument cotonneux, ce en quoi la maîtrise narrative est redevable d’Henry James. Choqué, il veille aux derniers instants d’un vieillard qui lui confie une étrange bague, mais aussi ce « Chardonneret » réchappé des décombres. Vieillard d’autant précieux pour sa destinée qu’il accompagnait une jeune rousse : Pippa, qu’il retrouvera convalescente, perdra… L’orphelin, à jamais nostalgique de sa mère, sera recueilli parmi la famille Barbour, grands bourgeois compassés, puis par son père, alcoolique ressurgi des limbes, qui l’emmène à Las Vegas, enfer et paradis des drogues, du jeu et des règlements de compte. On comprend alors que cette affection paternelle n’est que le masque de la cupidité. La mort du père le délivre du vide acéré où ne surnage que l’amitié picaresque et déjantée de Boris. A New York, il retrouve celui à qui il a rendu la bague, Hobbie, vieux restaurateur de meubles et antiquaire charmant qui l’initie à son métier, bientôt mené avec brio, au seuil d’une maturité sans cesse compromise. Cachant toujours le modeste et cependant fabuleux tableau du passereau, les péripéties ne manquent que rarement leur cible…

Entre tableaux de sociétés et épisodes rocambolesques, ce roman d’apprentissage déploie l’art du détail et du vaste panoramique. D’autant qu’il est construit sur des contrastes. Pluvieuse New-York contre désert et lumière des banlieues du Nevada, pénombre de l’atelier d’Hobbie, drogues méthodiques et manque, addiction amoureuse pour Pippa (« une fosse à goudron pour l’âme »), mariage avorté avec Kitsey, objets d’arts précieux, ou trafiqués en « jeunes Frankenstein », auprès du mentor, arnaques et honnêteté, froideur et troubles psychiques des uns, amour et amitié des autres, personnalités miroirs… Sans être manichéen, le récit laisse à Théo le choix entre le bien le mal, entre mauvaises et bonnes influences, quand le sens de son prénom suggère une transcendance imaginable.

 

 

Sous le clavier prolixe et soigneux de Dona Tartt, l’écriture associe densité psychologique et qualités sociologiques, quelques soient les milieux brossés, descriptions et émotions aussi sensibles que pathétiques, sans compter la capacité didactique, science du restaurateur de mobilier ancien ou de la vente,  façons dont le héros apprend à lire les facettes du monde qui l’entoure. Les atmosphères, odeurs, lueurs de vernis, appartements chargés de mémoire, canaux d’Amsterdam, portraits de Pippa, pénètrent avec un soin ductile le corps du lecteur. Assurément, le suspense insidieux s’infiltre en toutes les nervures du roman : Théo, recéleur de l’inestimable tableau du maître ancien, homme d’affaires d’antiquités surfaites, escroc aux combines foireuses, criminel sordide en toute légitime défense, sera-t-il arrêté par le FBI, ou par ses propres démons ?

Lumineux fétiche, « trompe-l’œil » ou « barbouillage » savant, encombrante culpabilité, de quoi ce « Chardonneret », enfermé dans « la taie d’oreiller », mis au coffre, volé, finalement restitué, est-il l’allégorie ? « Plus adorable encore parce qu’il appartenait à un passé irrécupérable », il est objet de culte dans un monde agnostique ; à moins de se demander : « Est-ce que Dieu a le sens de l’humour cruel ? » Il est « lueur quasi musicale » : « Mon tableau qui, même enveloppé et caché, comme une sainte icône que porterait un croisé pendant la bataille, me faisait l’effet d’un objet porte-bonheur ». Allégorie de l’enfance et de l’amour, de l’art lyrique nécessaire au-delà du tragique, d’une « leçon sociale et morale »… Hélas, que ce soit en poursuivant l’art dionysiaque dans Le Maître des illusions, ou le secret de la sérénité d’un chardonneret entravé, l’entreprise de Dona Tartt n’ouvre guère à l’optimisme. Quoique la fin soit assez heureuse et morale, le traumatisme originel ne laissera pas de toujours confiner le jeune adulte dans une amère liberté. Là où « la plupart des gens semblaient satisfaits du mince vernis décoratif et de l’éclairage de scène artistique qui, parfois, rendaient l’atrocité basique de la condition humaine plus mystérieuse ou moins odieuse », ne peut-on envisager une œuvre d’art réussie conjointement avec une vie réussie ?

« Maîtres des illusions » sont Hobbie et Théo lorsqu’ils fabriquent et vendent du vieux avec du neuf. C’est aussi ce que fit Donna Tartt avec son inaugural roman. Il y avait un « maître des faux semblants » parmi les personnages secondaires, un « mauvais peintre », « génie » ou « porc », au langage « composé d’obscénités […] et du « mot postmoderne ». Comme si tous ces anti-héros étaient abonnés aux techniques des faussaires, telles qu’elles sont le ressort du vaste roman de William Gaddis, Les Reconnaissances[1]. De même, les jeunes étudiants de Julian en grec ancien jouent à de faux sacrifices dionysiaques aux vraies conséquences tragiques.

 

 

Le Maître des illusions est un « college novel », truffé d’allusions à Platon et autres auteurs anciens. Sur un campus du Vermont, cinq jeunes gens se singularisent en étudiant le grec avec un maître charismatique et excentrique, Julian. Le narrateur, pauvre boursier venu d’une station-service de Californie, se joint à eux, fasciné : ils « connaissaient ce paysage magnifique et déchirant, mort depuis des siècles », et « le pur, inhumain, brutal, que connaissait les Grecs ». A l’orée d’un cours, Julien commence ainsi : « j’espère que nous sommes tous prêts à quitter le monde phénoménal pour entrer dans le sublime ». Mais, là encore, les beuveries sont le buvard de la vie. Arrogance et dandysme, culture d’élection et cultes secrets font de ce sextuor des marionnettes de leurs pulsions sauvages. Comme la belle Camilla, jumelle de Charles, le roman fait « jaillir un éventail de fantasmes presque infini, du grec, au gothique, du vulgaire au divin ». Car, de mystères en non-dits, malgré l’assiduité du quintette à étudier les hiéroglyphes ou traduire le Paradis perdu en latin, Richard parvient à recueillir la confession d’Henry : ils n’en sont pas resté à réfléchir sur l’équivalence de la beauté et de la terreur chez les Grecs, ils ont poussé la pratique du rituel dionysiaque dans une obscure forêt jusqu’au paroxysme, jusqu’à ce qu’un paysan meure la cervelle déchirée, sans qu’ils sachent vraiment comment… Car « Dionysos est le Maître des Illusions ».

L’effroi rétrospectif tiraille alors les protagonistes, d’autant que Bunny, sidéré, à moins d’être vexé de ne pas avoir été convié à la sauvage et « splendide » bacchanale, harcèle ses amis, suce l’argent d’Henry, et menace de tout révéler au sein du campus : « Nous étions tous conscient du flacon métaphorique de nitroglycérine que Bunny portait sur lui nuit et jour ». Faudra-t-il l’éliminer avant que la neige recouvre le corps ?

Le roman est alors « un oxymoron fatal », il ne peut ressembler au « pays de l’amnésie » quand l’université de Hampden est « un merveilleux bouillon de culture pour le mélodrame et les déformations de la vérité ». Les angoisses de Raskolnikov piétinent  alors le théâtre de l’action : « L’effet était très chic, à la fois antique et post-nucléaire, comme une cour pleine de cendres à Pompéi ». Non seulement la qualité évocatoire est toujours intacte chez Dona Tartt, mais son sens de la métaphore fait mouche ; non sans que ses judicieuses allusions à la culture antique et romanesque ressortissent de l’esthétique postmoderniste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reste que le questionnement moral vrille la dramaturgie parfaitement huilée, quoique souillée de cambouis. La hauteur cruelle de l’azur grec ne préserve pas du mal et du sens du péché. C’est en portant le cercueil de leur ex-ami, « tel le chœur des anciens dans une tragédie », que le flash-back de la scène du crime s’allume dans les consciences : « il était indéniable que le meurtre de Bunny avait transformé la suite des événements en une sorte de Technicolor éblouissant ». Difficile d’imaginer avoir élevé le crime au rang des beaux-arts, comme dans l’essai de Thomas de Quincey[2]. Y-aura-t-il pardon et catharsis pour les protagonistes, englués qu’ils sont dans le sordide bourgeois et estudiantin qui, non sans satire, fait contrepoint à l’aspiration au sublime, hélas pervertie ?

Héros apparemment brillants, qui semblent vouloir élever leur vie au niveau de l’œuvre d’art, tragédie nietzschéenne dionysiaque plutôt que chardonneret miniature,  élite à l’antique au-dessus de la tourbe du commun des mortels, le club des dionysiaques sombre peu à peu dans l’avalanche de l’alcoolisme et des comprimés de drogues. Comme d’ailleurs la plupart des protagonistes, comme si la foule entière des étudiants, sans compter leurs familles, ne savaient guère s’adonner à d’autres activités, faisant fi du développement économique et intellectuel des Etats-Unis. Après leurs crimes, la désunion, les rancœurs, les indignités suicidaires se liguent contre leur belle arrogance culturelle initiale pour délabrer les ambitions, au risque de décrédibiliser l’étude de la langue d’Homère. Mais s’ils ont choisi le culte héroïque et dévastateur de Dionysos, c’est au détriment de l’idéal apollinien, de la Grèce de Périclès et de Platon.

 La fin du Chardonneret se trouvant moins pessimiste que celle du Maître des illusions, peut-être faut-il y voir une capacité de se reconstruire, malgré le traumatisme originel… Les jeunes étudiants dionysiaques, eux, sauf le narrateur-observateur, sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, ce qui tend à instiller l’idée selon laquelle si la richesse peut préjuger de l’esthétique, elle ne préjuge en rien de l’éthique de ses impétrants.

Indubitablement, Dona Tartt sait créer de la présence : ses personnages vivent sous les lèvres de notre lecture, s’élèvent dans toute leur identité physique et psychique au point de paraître une réalité de notre vision. Sa démarche, dans la tradition du réalisme européen, de Balzac à Thomas Mann, en passant par Tolstoï et Dostoïevski, sait ne pas se contenter de  l’être là, mais nous prend par le bras avec une persuasive amitié pour nous amener au tribunal de la conscience de ses personnages autant que de la nôtre. Peut-on, pourtant, n’écrire de grands romans qu’en disséquant l’échec, la descente aux enfers -ou au purgatoire pour le Théo du Chardonneret- de ses personnages ? Le romancier doit-il renvoyer au lecteur le miroir des anti-héros ou des modèles ?

 

Certes, on ne bouleversera pas avec Donna Tartt l’épopée du roman du XXI° siècle. On songe aux apprentis de Dickens, à la haute société d’Edith Wharton, à la vacuité alcoolique sous stupéfiants de Brett Easton Ellis, à qui notre auteure a d’ailleurs dédié son Maître des illusions. De plus, elle ne se prive pas de faire allusion aux crimes, châtiments et culpabilités de Dostoïevski. Ce qui n’a rien d’un collage stérile, mais d’une réécriture plus que fructueuse, d’une somme et « ligne de beauté », malgré les plus faibles séquences du Chardonneret, afférentes aux dérives adolescentes et au glauque polar autour de Boris. Peut-on également douter de l’utilité des prologues trop obligeamment fournis par l’auteure au seuil de chaque roman ? Mais autour de Théo, l’épaisseur romanesque est celle d’un héros, lui aussi attaché à sa chaînette, comme à son destin désastreux, échappant de justesse aux sordides tréfonds des esclaves de Dionysos dans Le Maître des illusions, lui néanmoins partiellement sauvé par l’art, du peintre autant que de l’écrivain.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2]  Thomas de Quincey : De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-arts, Œuvres, Pléiade, 2011.

 

Alcañiz, Teruel, Aragon. Photo : T. Guinhut.

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 12:05

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L'insolente vie secrète et passionnée

d'Emily Dickinson

par Jerome Charyn & Dominique Fortier.

 

 

Jerome Charyn :  La Vie secrète d’Emily Dickinson,

traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Marc Chénetier, Rivages, 2013, 432 p, €.

 

Dominique Fortier : Les Villes de papier. Une vie d’Emily Dickinson,

Grasset, 2020, 208 p, 18, 50 €.

 

 

 

Raconter la vie d’une poète enfermée derrière la fenêtre de sa chambre parait une gageure. Il fallait à l’Américain Jerome Charyn un certain toupet pour, oser dire en quelque sorte : « Mademoiselle Dickinson, c’est moi », parmi les pages de sa Vie secrète. Voire une rare insolence pour faire de cette vierge sage une vierge folle… De plus, malgré l’abondance de la correspondance, sans compter les 1789 poèmes[1], la ténuité des éléments biographique risquerait d’inhiber le biographe s’il n’était doué d’autant de fantaisie. Mais paradoxalement voilà qui ne fait que stimuler l’identification et l’imagination des écrivains qui usent du mode romanesque, comme Dominique Fortier en ses Villes de papier, pour frôler leur égérie.

 

D’où, au-delà de la réelle poétesse qui vécut entre 130 et 1886, la nécessité de recourir à la sensibilité du lecteur de l’œuvre, mais aussi à l’imaginaire. Jerome Charyn l’avoue en son préambule, il crée de toutes pièces des personnages fictifs : la directrice du Séminaire pour jeune filles, Tom le factotum au bras tatoué. Ainsi, outre « la tribu » familiale d’Amherst, le rédacteur en chef Bowles et le Juge, des protagonistes et événements supplémentaires et fantasmatiques permettent de figurer la personnalité puissante et cependant fuyante de la plus fabuleuse des poètes américains, « chasseresse dans un champ tumultueux de paroles ». Celui qui n’avait « pas envie d’écrire un roman sur une recluse et une sainte », la découvre alors « d’une terrifiante diversité ». En cette narration chronologique, à une jeune fille rousse, étrange et douée succède une femme à demi-aveugle, qui restera célibataire, très probablement chaste, et pourtant amoureuse en secret d’une demi-douzaine d’hommes mariés, qu’elle appelait « Maître », dont ce Juge qui imagina l’épouser… Tout en remplissant ses carnets de brefs poèmes aux vers libres, dont bien peu auront mieux que les honneurs de la publication posthume.

Le biographe intérieur met en scène les frasques de son héroïne du dix-neuvième siècle. Une sortie dans une « rhumerie » pour y rencontrer un Tuteur, ivrogne et tricheur, et fomenter une fuite avec lui. Ses deuils et délires, ses amours fictionnels pour des prédicateurs et des « vauriens ». Ses conflits et réconciliations avec frère et sœurs, avec le père par-dessus tout, avec la pauvre servante Zilpah, ancienne séminariste rejetée, qui conquiert son affection, double malheureuse et bientôt folle de notre recluse. Et « l’Assassin blond », Tom, pickpocket d’abord illettré, qui tournoie autour d’elle comme un fantôme, « troubadour troublé » par la « Sirène aux taches de rousseur ». C’est rarement fastidieux, souvent inspiré, palpitant, toujours fantasque, lyrique, voire érotique ; et terriblement lumineux et pathétique pour qui se fait appeler « Daisy le kangourou ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'on connait l’écriture poétique d’Emily Dickinson, fulgurante, elliptique, associant brusquement des éléments concrets de la maison et du jardin avec des hypothèses métaphysiques renversantes. Pourtant, le romancier ne parait citer aucun poème. Il a eu le front de les subtilement intégrer en son récit, d’utiliser « ses modulations et ses tropes ». Et de faire entendre une voix, comme une Eurydice ramenée par Orphée, sensuelle, farouchement libre, non sans humour, d’une ironie dévastatrice envers bigoterie et préjugés : car « Satan chante » en « Poète ». Cette voix de « magicienne des Pétales et des Paragraphes » anime la présence miraculeusement retrouvée de l’héroïne narratrice. Ainsi celle qui se confie en disant « je » dresse le portrait de ses aspirations et folies, de ses deuils et désespoirs ; en ce qui devient un nouveau genre, consistant à littérairement s’emparer du point de vue, du corps et de l’esprit d’un écrivain disparu, dont « il était rare que le crayon bondît ».

La carrière du prolifique Jerome Charyn semble ici aborder un tournant. Après une cinquantaine de titres, policiers, livres pour enfants, ou portrait magique de New York[2], il déploie non sans brio une vie intérieure dramatique. Mais à vouloir déployer un art presque cinématographique, entre péripéties nombreuses, enlèvements amoureux, incendies de granges et guerre de Sécession, oublierait-on presque la création poétique, ce « bruit qui sans cesse retentit dans mon cerveau » ? Reste à savoir si Emily Dickinson eût consenti à une telle exhibition, à ce beau mensonge probablement trop romanesque : peut-être avec une gourmandise indignée…

 

 

Peut-être notre poétesse - à qui nous avons offert une déclaration d’amour[3] - aurait-elle plus apprécié l’évocation que dresse la romancière québécoise Dominique Fortier en ses Villes de papier. Une vie d’Emily Dickinson. Car pour la narratrice, qui intervient parfois en quelques confidences peronnelles, Emily est une « ville de bois blanc » ; celle du papier de ses poèmes, car le plus souvent recluse, n’offrant qu’une seule photographie comme portrait, elle n’est saisissable qu’à travers ses poèmes, et encore avec précaution.

Dominique Fortier, soigneusement documentée, se livre à une évocation de ce qui devient un personnage mi-réel, mi-fictionnel, en une sorte de paraphrase libre. « Père », « Mère », « Sophie », la « couturière », le jardin, la bibliothèque, entre Shakespeare et la Bible, sont autant de personnages ; la neige, les oiseaux, autant d’événements. « Quatre cent vingt-quatre spécimens de plantes et de fleurs » dans son herbier sont presque autant de poèmes, qui, eux, sont 1789. Mais, pour celle qui n’a pas conçu d’enfants, « ses poèmes ne sont pas des enfants de papier. Ce sont, tout au plus, des flocons de neige ».

Quelques rares, trop rares, citations de poèmes innervent ça et là le récit, fait de paragraphes successivement séparés, comme des prises de notes, ou des poèmes en prose dépliant les instantanés chronologiques. La langue est assez simple, la syntaxe parfois répétitive, alignant les phrases au présent, come des constats. S’agit-il d’émotion ou de maladroite froideur ?

 

Que de beauté fragile, en ses poèmes, face à une immense métaphysique ! Ainsi en 1868 :

« Les braises ardentes rougissent –

Ô cœur à l’intérieur du Charbon

As-tu survécu tant d’années ?

Les braises ardentes sourient –

 

Les nouvelles de la Lumière s’animent doucement

Les secondes impassibles luisent

Il est une condition requise pour un feu qui dure

Que Prométhée n’a jamais connue –[4] »

 

Thierry Guinhut 

La partie sur Jerome Charyn a été publié dans Le Matricule des Anges, octobre 2013

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Emily Dickinson : Poésies complètes, Flammarion, 2009.

[2] Jerome Charyn : Métropolis. New York, comme mythe, marché, et pays magique, Métropolis, 2000.

[4] Emily Dickinson : Poésies complètes, ibidem, p 973.

 

Emily Dickinson. Photo : T. Guinhut.

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 16:52

 

Feuille de noisetier, bois d'Orgeix, Ariège. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Mark Z. Danielewski : La Maison des feuilles,

 

ou l'ébouriffant labyrinthe romanesque du fantastique.

 

 

Mark Z. Danielewski : La Maison des feuilles,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro,

712 p, 29 €, 2002, réédition 2013.

 

 

 

 

       Dans la tradition totalement dévastée et revivifiée de Poe et de Lovecraft, les soupçons et séductions du cauchemar nous prennent par la main jusqu'en une perdition existentielle. Grâce à l'artifice classique du manuscrit retrouvé, qui plus est dans l'appartement d'un mort, nous voici entraînés dans le commentaire d'un film pour le moins étrange et lacunaire. Dans une « maison » inqualifiable. Et dans un roman plus labyrinthique que la spirale intérieure d'un coquillage aux dimensions insoupçonnées : celles de l'univers.

 

       Johnny Errand, le narrateur initial de La Maison des feuilles[1], est un apprenti tatoueur un tantinet délirant qui découvre chez un vieil aveugle décédé, nommé Zampano, un manuscrit surprenant. Il s'agit d'un essai prolixe autour du « Navidson record », un film qui est l'objet central et obsessionnel de la curiosité de tous... Ce dernier narre l'emménagement d'une famille, puis sa perplexité, sa terreur devant les propriétés inédites de la « maison ». Le jeune Will Navidson est un photoreporter voyageur qui s'est marié avec Karen, belle ex-mannequin. De cette union sont nés deux enfants. Les bonheurs apparemment prévisibles liés à l'installation dans leur nouveau foyer parmi les campagnes de Virginie vont bientôt se fissurer devant l'obstination de Navidson à découvrir ce quelque chose qui cloche : en effet, la maison a des dimensions intérieures qui excèdent d'un rien celles extérieures. Est-ce possible ? On se fait géomètre, épiant chaque détail architectural, jusqu'à ce qu'une porte imprévue s'ouvre, découvrant un sombre couloir que l'on ne résiste pas explorer. Las, sa démesure dépasse les forces de l'aventurier en herbe qui a manqué s'égarer, qui doit, à l'aide d'explorateurs professionnels, se charger d'un impressionnant matériel de spéléologie pour dérober les secrets vides de ces pentes, de ces puits et tourbillons. C'est alors que le monstrueux dédale de la maison se creuse de nouvelles chambres noires, d'aventures épuisantes qui déchirent le couple, de folies intestines, voire d'abîmes meurtriers...

       Chargé d'énigmes irrésolues, de références bouillonnantes et d'analyses prolixes, le roman se déploie en quelque sorte à l'identique de l'objet de sa narration, de par sa typographie, sa mise en page. Ainsi, parmi la prolifération des notes de bas de page, cette abondance de la critique cinématographique, littéraire, et philosophique (on y croise par exemple Derrida et Stephen King) qui boursoufle avec gourmandise, voire cannibalisme, le volume, peut être lue comme une tentative d'investigation des contenus et d’un sens aporétique -à la fois du film, de la maison et du livre-, mais aussi comme une satire assez réjouissante de la critique universitaire. De plus, autour de cet arachnéen récit emboîté, se tisse l'histoire fragmentée du lecteur Johnny, qui, bien sûr, est un reflet biaisé de notre propre lecture. Sa paranoïa est-elle causée par l'abus de substances psychédéliques ou par ce manuscrit omnivore qu'il travaille à éditer ? Ou encore par son désir exacerbé pour une strip-teaseuse ? Quant à sa mère, Pelafina, qui est garée dans un institut psychiatrique, on en saura un peu plus sur son labyrinthe intérieur et sa relation confuse à son fils en lisant Les Lettres de Pelafina[2], retranchées du vaste roman et publiées de manière indépendante.

       Sans compter Tom, le frère de Navidson qui se sacrifie pour sauver la fille de ce dernier, (Daisy faillit être avalée par la maison), un personnage crucial du roman est l'explorateur Holloway que s'adjoint Navidson. Acculé par le bruit des profondeurs, il sombre dans la folie, trucide un de ses compagnons, pour enfin se suicider devant l'effroi de la perte de tous repères... Comme le capitaine Achab de Melville, il a échoué devant sa baleine blanche : La Maison des feuilles peut en effet être lue comme un nouveau Moby Dick, non plus marin, mais terrien, chtonien, quoique plus encore terriblement métaphysique. Car l'adversaire de cette épique entreprise est totalement inconnaissable, une sorte de présence du vide, de trou blanc, envers et au-delà des trous noirs du cosmos qui nous fait et nous détruit.

 

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       A l'intertextualité explicite qui phagocyte les notes, s'ajoute une intertextualité implicite, parmi lesquelles, il n'est pas toujours évident de démêler le vrai du faux. Il est rapidement évident que la cécité de l'écrivain Zampano puisse être une allusion au légendaire aède aveugle : Homère lui-même, comme pour appuyer la dimension épique de cette inégale lutte avec l'ange qu'est le combat sanglant contre la perverse maison. Celui qui paraît porter un nom de cirque fellinien a l'étrange particularité d'avoir eu sept amantes, chiffre mystique s'il en est, de plus aux prénoms empruntés aux sept lignes de défense de la bataille de Diên Biên Phù où il perdit la vue, métaphore supplémentaire de cette prédatrice maison des feuilles.

 

      Plus vertigineuse qu'un dessin d'Escher, évidemment associée au labyrinthe et à son Minotaure, cette « maison » (mot toujours imprimée en bleu) se multiplie en elle-même sans jamais dépasser par l'extérieur, comme un inépuisable cerveau. Nantie d'un couloir qui défie les lois de l'architecture, de la géologie et du fantastique, la maison prend la forme des désirs, des angoisses et des phobies des personnages. L'événement est un « viol spatial » autant qu'un viol mental : « la maison tout entière est une incarnation physique des affres mentales de Navidson ». Sauf que bâtie en 1720, elle a eu « 0,37 propriétaires par an, la plupart traumatisés ».

       La tradition du fantastique et de l'horreur, dans laquelle s'inscrit Danielewski, entre trois  grands Américains du genre, d'Henry James à Stephen King, en passant par Lovecraft, trouve ici une acmé exceptionnelle. « Est-ce possible ? » se demandent tous les auteurs et lecteurs de ces récits et romans inquiétants. C'est ainsi que Todorov[3] définit le genre : « Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par une être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel ». Entre rationnel et irrationnel, il s'agit plus de donner une forme à nos interrogations scientifiques irrésolues, à nos questionnements métaphysiques, plus de figurer nos peurs, que de représenter le réel. Sans compter le plaisir de s'adonner aux spéculations de l'imaginaire, à la construction du vertige, comme le conçoivent les espaces intérieurs du cerveau de Danielewski.

       En cette maison, nous sommes à la lisière de deux des thèmes du fantastique tels que les définit Roger Caillois[4] : La demeure hantée, bien sûr, dans la continuité du roman gothique du XVIII°, depuis Le Château d'Otrante[5], mais aussi, non pas comme le propose cet essayiste, « la maison, la rue effacée de l'espace [6]», mais au contraire, en un subtil renversement, la maison qui se creuse et s'agrandit jusqu'à l'inconnaissable. Cet univers en expansion, mais vers l'intérieur, car rien de cet infini ne dépasse ni dehors ni dessous, est une sorte d'astrophysique aussi irrationnelle que fascinante, comme si la peau des choses était retournée. Une sorte de bruit de fond périodique, parmi « l'antichambre », le « grand hall » ou « l'escalier en spirale » ajoute alors à la dimension cosmologique. Peut-on imaginer que cette perspective architecturale interne et sans cesse changeante, où la boussole ne parle plus, soit une image de la nouvelle science, une sorte de figuration métaphorique de la physique quantique soudain parvenue à notre échelle pour y perturber notre perception du monde, une déclinaison de la théorie des cordes, de ces univers parallèles, tels que les postulent des physiciens comme Stephen Hawking…

       La problématique de la représentation innerve le roman en son entier. Qu’elle soit réalité, image filmique, dessins traumatiques des enfants Chad et Daisy, ou mots qui sont sous nos yeux, la maison est finalement irreprésentable : « A certains égards, le distillat de crayon et de pastel laissé par les mains de deux enfants rend mieux compte de l’horreur qui habite cette maison que tout ce qu’a pu restituer la pellicule ou la bande magnétique ». Ce qui n’est pas sans conséquence sur la démesure et la déconstruction derridienne qu’affecte la forme du livre tel qu’il est publié.

      En effet, feuilles du livre et arborescences de l'esprit concourent à faire de ce roman postmoderne un exploit typographique autant que conceptuel. Les notes, les blancs des pages de plus en plus désertées, puis repeuplées de signes, les polices de caractères qui permettent de  repérer les différents narrateurs, les encadrés et ratures, les annexes et l'index, les commentaires parfois boulimiques, voire les essais et récits surajoutés, les bibliographies souvent fictives paraissent devoir laisser le lecteur perplexe, quoiqu'il se sente rapidement séduit, conquis, envoûté jusqu'à l'addiction fabuleuse, de l'ordre de cette « horreur délicieuse » dont parle Burke dans son Essai sur le sublime[7]. En particulier lors de cette descente vertigineuse dans le blanc omnivore des pages où les mots finissent par être mutilés, par disparaître, au moment de la pire intrusion et implosion douloureuse au plus profond du secret et abyssal tunnel de la maison dont la couleur gris cendre affecte la rétine, la perception et la raison.

        Mais c'est aussi, à travers le couple Navidson et ses enfants, une attendrissante et pathétique histoire d'amour familiale, d'autant que Karen se révèle bientôt claustrophobe, ce qui est bien sûr abondamment commenté. A la suite de l'ouverture du couloir, son intense appétit sexuel s'éteint. Sans compter, dans les notes parfois prolixes, entremêlant essai et passages narratifs, de Johnny, son amour intensément lyrique, voire mystique pour la rousse strip-teaseuse nommée « Pan-pan », ses expériences érotiques avec Tatiana et post-linguistique avec la belle Kyrie : « frissons et tremblements et tout au fond de sa gorge un millier de lettres s'écrasant en une chute non modulée », métaphore de la chute de la maison qui n'est plus celle d'Usher, mise en scène par Poe...

          Et, que ce soit dans le récit ou dans les notes, les plus ou moins dévorantes bribes d'essai contribuent à faire de ce livre, au-delà du roman d'aventure, psychologique et métaphysique, un objet littéraire en même temps que métalittéraire ; il se commente en même temps qu'il se fait, en même temps qu'il est sur la voie de l'édition, tout cela dans une mise en abyme généralisée. On sait d'ailleurs que Danielewski, suite à douze ans d'écriture, ayant un mal fou à accéder à la publication, a dû avoir recours à internet, où son texte acquit un statut d'objet culte auprès de quelques aficionados, avant de pouvoir convaincre un éditeur new-yorkais de le publier à deux mille exemplaires. Nul doute qu'il ait eu le temps de s'interroger sur les affres de la création, sur la justice discutable des dieux vides et tutélaires de l'édition...

          Hélas, nous sommes bien moins conquis devant la difficulté auquel nous nous heurtons à la parution du second roman de Danielewski : O Révolutions[8] qui juxtapose les récits de deux héros -se lisant à l'endroit et/ou à l'envers-, dans lequel les adolescents Sam et Hailey sillonnent les points chauds de l'Histoire de l'Amérique, tout cela au moyen d'un éparpillement de paragraphes faits de courtes phrases saccadées, ce qui peut laisser le lecteur dubitatif ; à moins que nous n'ayons pas perçu le bien-fondé de l'entreprise...

 

          Mieux vaut alors revenir à La Maison des feuilles, chef-d'œuvre indubitable. En ce roman fascinant, inoubliable, voire obsédant, coexiste une narration à toute première vue anodine, cependant bouleversante, déstabilisatrice, et l'avalanche d'innombrables strates culturelles : La Divine comédie de Dante, le Minotaure, la nymphe Echo... et fourmillant d'interprétations et de surinterprétations. Le plus étonnant est que la complexité postmoderne du roman expérimental bourré jusqu'à la gueule de richesses pléthoriques et sans cesse troué de blancs, passe par un suspense haletant, par une légèreté narrative, une lecture aussi aisée que l'aventure est angoissante, que les perspectives intellectuelles sont ébouriffantes. Un grand roman de la littérature mondiale est né pour longtemps. Vite, réveillez Borges du tombeau : il va adorer...

 

Thierry Guinhut

 Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, 712 p, Denoël, 2002.

[2] Denoël, 2003.

[3] Tzvetan Todorov : Introduction à la littérature fantastique, Seuil, 1970, p 29.

[4] Dans la préface de son Anthologie du fantastique, Club français du Livre, 1958.

[5] Horace Walpole : Le Château d'Otrante, Club français du Livre, 1964.

[6] Roger Caillois, Anthologie du fantastique, Club français du Livre, 1958, p 10.

[7] Edmund Burke : Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009, p 227.

[8] Denoël, 2007.

 

Danielewski-House--2-.jpg

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 09:39

 

San Polo, Venezia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Vladimir Nabokov : La Vénitienne

et autres nouvelles ;

de la nostalgie et de l'art.

 

 

Vladimir Nabokov : La Vénitienne et autres nouvelles,

traduit du russe et de l’anglais par Bernard Kreise et Gilles Barbedette,

Galimard, 1991, 216 p.

 

 

 

Il y a dans le passé une Eurydice que l’on ne peut retrouver. A moins du rameau d’or de l’art ; que sait emprunter Vladimir Nabokov. C’est en effet l’exil qui a rejeté l’écrivain de son pays et de sa langue, depuis l’infâme conflagration bolchevique de 1917. Une douzaine de nouvelles des années vingt sont ici réunies sous l'égide de Vénitienne, sous le signe de la nostalgie et de la promesse de l'art, territoire perdu et œuvres magiques. Récits écrits dans la langue de Pouchkine ou premières proses en anglais, ce recueil est une aisée et cependant synthétique porte d’entrée dans l’œuvre du fabuleux, indépassable, auteur de Lolita.

 

Comme dans un conte enfantin, un « sylvain d’antan » vient visiter l’écrivain dans « Le lutin ». Ce messager d’une intime mémoire s’approche de son encrier pour lui susurrer : « C’est que nous sommes ton inspiration, Russie, ta beauté énigmatique, ton charme séculaire ». Ce fut en 1921 la toute première nouvelle publiée par celui qui signait Vladimir Sirine, emblématique déjà du versant de nostalgie qui irrigue l’œuvre entière. Ainsi, immigrés et jeunes expatriés, à Berlin, Zermatt, dans le sud de la France ou en Angleterre, peuplent, presque fantomatiques, ces nouvelles. Celui qui fut chassé du paradis russe poursuit à travers ses personnages, voire ses alter ego, une quête du bonheur dont son adolescence choyée fut l’archétype. L’éternel émigré tente d’en recréer les miettes par la double vertu d’or de la nostalgie et de l’écriture.

Dans une atmosphère postimpressionniste et postsymboliste propre aux écrits de jeunesse, les amours perdus et impossibles refont surface, ou explosent. Comme dans « Bruits », presque poème en prose (« l’oreille musicale de mon âme savait tout, comprenait tout »), évoquant un amour de jeunesse. Ou dans « Un coup d’aile » qui juxtapose en un subtil contrepoint le luxe d’un grand hôtel, la lumière des pistes de ski enneigées, l’éclat de l’héroïne et les ombres finalement triomphantes de la mort. Au cœur de l’aventure lyrique et tragique entre Isabelle et Kern, ce dernier est assailli par un ange : « Le bord d’une aile gigantesque le faucha comme une tempête duveteuse ». Peut-on frapper et ensanglanter un ange à la « fourrure moelleuse » ? Se vengera-t-il ? Le fantastique fait soudain irruption dans une réalité moins duveteuse… 

Bientôt, d’autres thématiques, urbaines, voire politiques, irriguent la constellation du nouvelliste et futur romancier. Comme une sorte de prémonition du plus tardif roman Brisure à senestre, dans lequel le personnage de Krug subit l’oppression d’un uchronique régime totalitaire, « Ici on parle russe » conte l’emprisonnement dans une salle de bain d’un membre du Guépéou par des émigrés. Ce qui joue le rôle d’une revanche en même temps que d’un indéfectible poids à supporter. Symboliquement, les communistes, responsables de l’expulsion de l’Eden de Nabokov et de toute une diaspora, sont enfin châtiés.

 Mais c’est surtout le territoire étrange et promis de l’art qui fascine ici. La peinture et la réalité se font concurrence dans la nouvelle-titre qui prend pour personnage central une « Vénitienne » de couleurs sur sa toile. « La jeune Romaine, dite Dorothée », peinte au XVIème par Sebastiano del Piombo, fascine les « amoureux des Madones ». Cette jeune femme portraiturée, sosie d’une vivante, permet autant au personnage qu’à l’auteur de poursuivre non sans ironie leur quête de beauté, dont l’art est le lieu à la fois accessible et suprême. Passer tout vivant dans la sphère éternelle de l’œuvre est le vœu secret du protagoniste qui, à l’occasion de sa contemplation passionnée, devient « une partie vivante du tableau où tout prenait vie autour de lui ». Et si le restaurateur charmé ne se laisse lui pas prendre définitivement, le jeune homme impuissant devant la vie se sent « empêtré comme une mouche dans du miel », et se retrouve « peint dans une pose absurde à côté de la Vénitienne ». Bien sûr, comme dans tout récit fantastique, il y a une explication plausible à ce qui est par ailleurs histoire d’amour et drame conjugal, mais un petit citron venu du tableau reste l’invérifiable preuve de l’intrusion du surnaturel dans un quotidien réaliste.

 

 

Il s’agit bien cependant d’une profession de foi esthétique : « La contemplation de la beauté, qu’il s’agisse d’un coucher de soleil aux tonalités particulières, d’un visage lumineux ou d’une œuvre d’art, nous force à nous retourner inconsciemment sur notre propre passé, à nous confronter, à confronter notre âme à la beauté parfaite et inaccessible qui nous est dévoilée. » Il y a certes quelque chose de proustien dans cette formule. Nous rappelant combien l’amour pervers et forcené, cependant attendrissant, d’Humbert Humbert pour sa Lolita est la résultante d’une tentative pour retrouver le « vert paradis des amours enfantines », selon le vers de Baudelaire.

 

Augmenté de deux brefs essais sur la littérature (« Le rire et les rêves » et « Bois laqué »), ce recueil, brio d’écriture et de surprenantes images, prend encore plus de vigueur et de sens. L’auteur des études réunies dans Littératures, sait sans nul doute être son propre critique, se réfléchir dans le miroir de son art et en prolonger la réflexion. Nous laisserons alors à Nabokov le mot de la fin, que toute son écriture, jusqu’au solaire roman Ada ou l’ardeur, n’a jamais parjuré : « Car l’art sait bien qu’il n’y a rien de vulgaire et d’absurde qui ne puisse s’épanouir dans la beauté avec une lumière appropriée ».

Thierry Guinhut

A partir d’un article paru dans Europe, juin 1991

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 15:34

 

Emmaüs Saint-Michel-le-Cloucq, Vendée. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Siri Hustvedt essayiste et romancière :

 

Vivre, penser, regarder ;

 

Un Eté sans les hommes.

 

 

Siri Hustvedt : Vivre, penser, regarder,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf, Actes sud, 512 p, 24,80 €.

Siri Hustvedt : Un été sans les hommes,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 224 p, 18 €.

 

 

 

 

      Comment tisser ensemble les fils de l'essai et la dimension autobiographique ? L’écrivaine américaine Siri Hustvedt a trouvé le sésame qui lui permet de réunir ses genres pourtant peu conciliables : c’est « l’essai subjectif ». De même, partant de textes écrits et publiés au hasard de journaux et de colloques, elle a su les agréger en un ensemble cohérent, qui plus est sous l’égide des sacro-saintes trois parties universitaires, quoique elle revendique sa liberté par rapport à ce milieu et à ses codes. Vivre, penser, regarder est le triptyque de l’entière réalisation personnelle, humaine et intellectuelle de l’américaine Sri Hustvedt, que l’on doit connaître moins que pour l’épouse de Paul Auster, que pour elle-même. De la neurobiologie à l’œuvre d’art, Vivre, penser, regarder est un parcours autobiographique et intellectuel, quand le roman Un été sans les hommes installe au centre d’une pléiade de personnages féminins, une poétesse perspicace et inspirée.

 

      Le lien entre nos vies mentales quotidiennes et les sciences neurologiques est un fil rouge qui parcourt avec constance ce recueil Vivre, penser, regarder. Ainsi les pages sur les migraines récurrentes de Siri (qu’elle n’aborde pas sur le versant de la plainte) sur l’insomnie, sur le rapport à son père, forment un tissu de « biographèmes » (pour reprendre le terme de Roland Barthes) et de notations scientifiques, philosophiques et littéraires érudites, sans lourdeur. Se dire et se connaître ne peut s’exonérer de la connaissance des travaux et des œuvres d’autrui : Chaucer, Nabokov ou Borges, par exemple sur cette « étrange zone intermédiaire entre veille et sommeil », mais aussi l’examen du cortex ou du thalamus…

      Le cas de Phinéas Gage est emblématique : cet homme reçut une barre de fer au travers du crâne et survécut. Mais en ayant perdu son empathie, ses affect, son équilibre, ses vertus : « Cette histoire m’a hantée par ce qu’elle suggérait d’affreux : la vie morale peut être réduite à un bout de chair cérébrale ». La personne est-elle alors plus biologique que culturelle ? De même, entre déterminisme et liberté, elle se demande : « A quel point sommes-nous prisonniers de notre sexe ? » Répondant alors : « Nous ne sommes pas les auteurs de nous-mêmes, ce qui ne veut pas dire que nous n’avons ni capacité d’action possible ni responsabilité, mais plutôt que le devenir ne peut s’émanciper du lien. »

      À la recherche de son « moi idéal », mais aussi de ses facettes et réalités, elle reste consciente de ce que « nous devenons aussi les créatures de notre culture ». Non sans s’interroger sur l’apport de la psychanalyse, elle note avec justesse « la rapidité à laquelle le lecteur de n’importe quel texte littéraire se met à ressembler à l’analyste, et le nombre de choses dont nous sommes souvent inconscients, nous autres auteurs de fiction, lorsque nous écrivons ».

       Son regard butine dans un large spectre : de Duccio à Louise Bourgeois, elle n’est pas qu’historienne d’art. Avec finesse, et modestie, elle confronte aux chefs-d’œuvre son expérience familiale de la photographie et de l’image, observant ces « neurones miroirs » qui interagissent avec la puissance du regardé. L’effroi de Goya rebondit parmi les artistes contemporains qui le relisent, le singent, choquent et fascinent leur public, cependant moins que le sens de la fureur et du sublime chez le peintre espagnol. C’est alors qu’elle tente de pactiser avec les émotions ressenties, en conscience « que les artistes sachent qu’ils ne maîtrisent pas leur œuvre. »

 

 

      La curiosité de Siri Hustvedt semble insatiable. On se souvient qu’essayiste, dans La Femme qui tremble, elle étudia les troubles neurologiques et le « gouffres qui hantent et configurent, dit-elle « l’histoire de mes nerfs », qu’elle dressa un Plaidoyer pour Eros. Romancière, avec Un Eté sans les hommes, elle narre l’abandon et la reconstruction d’une femme. Sans cesse à la recherche des mystères de la personnalité, elle sait une fois de plus « vivre, penser, regarder ». En sa langue accessible et élégante, elle nous entraîne avec bonheur dans cette mosaïque de micro-récits et de pensée réflexive qui dresse mieux que son autoportrait : le nôtre. La vocation d’écrivain de Sri Hustvedt ne se satisfait pas de raconter des histoires, si elles ne sont accompagnées d’une pensée sur leur nécessité…

      Il y a quelque chose de Desperate Housewives dans ce roman. Il est en effet question d’une femme qui, la quarantaine venue, voit partir son mari qui a besoin de faire une pause : « La Pause était française, elle avait des cheveux châtains plats mais brillants, des seins éloquents qui étaient authentiques »… Certes, si la narration s’arrêtait à une situation hélas si banale, sans les finesses d’une écriture là déjà sensibles, il ne mériterait guère d’en parler.

      La narratrice oscille d’abord entre l’examen de son moi et des rumeurs de folies qui la frôlent, lorsqu’une dépression, une hospitalisation, la séparent du monde, lorsqu’il ne lui reste plus que des « tessons de cerveau ». Ainsi, sans son Boris bientôt repentant, comme au cours d’une thérapie, elle va aborder « un été » exclusivement consacré à des présences féminines. La voilà alors au croisement de deux âges de la vie, entre l’amitié de vieilles veuves qu’elle appelle les « Cinq cygnes » et celle de sa mère. Décidé à faire un bilan de sa vie, dont un large pan vient de tomber, elle prend la décision de faire l’inventaire écrit de ses « Mémoires sexuels », depuis la première émotion, si ténue, jusqu’à celles plus matures, puis matrimoniales, et d’aller à la recherche de son « moi secret ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      C’est lorsque Mia, poète au plus profond d’elle-même, émergée de sa dépression, va se mettre à donner des cours de poésie à sept adolescentes, que le roman prend de son ampleur. Entre Abigail, l’une des « Cygnes », qui sait cacher sa « broderie érotique », entre sa correspondance avec « Mr personne », puis les premiers émois et petites rivalités « gothiques » de ses disciples, enfin son amitié avec Lola, jeune mère un peu dépassée par son couple sa progéniture, elle enrichit sans cesse sa personnalité et sa vision du monde.

      Un tel roman en forme de mise au point au carrefour d’une vie, grâce à l’introspection et au retour sur un passé personnel, a bien des atouts. Mais il devient fascinant lorsqu’il se penche sur l’écriture en acte, sur les mystères de la création poétique, citant Shakespeare ou Emily Dickinson, ou encore proposant les propres poèmes du personnage, fort beaux, limpides et imagés : « Multiplie-toi par les mots, Alice / Ton armée aérienne crache des sagaies, / Craque des syllabes, brise le verre, / Vomit la fureur vers le ciel. »

      Ainsi l’on ne trouvera ici aucune niaiserie, mais une éducation à la sensibilité, à la connaissance de la condition et de la création féminines, ainsi qu’une éthique d’écriture aussi prenante que solide, tout juste une légère satire des mœurs. Où le « critique américain » est comparé à un Dieu « totalement dénué d’humour et amateur de la médiocrité ». Où l’éloge de la création est si lyrique : « embrasser les plaisirs secrets de nos sublimations, l’arc d’une phrase, le baiser d’une rime ». Voilà un livre finalement polymorphe, entre roman et journal d’une crise, d’une reconquête, voire essai sur la différence et l’identité du féminin et du masculin. Malgré quelques minces pages d’intérêt inégal, presque inévitables dans un tel projet pluriel, le plaisir de lecture résonne…

 

      On a connu cet auteur, qui publia un beau Plaidoyer pour Eros, plus pâteux dans son style romanesque. Tout ce que j’aimais, par exemple, nous a laissé un souvenir de sûreté dans le détail psychologique, de qualités d’analyse infinies, mais dans la gangue d’un roman trop compact, trop touffu peut-être. A moins que nous l’ayons mal lu. Les esprits chagrins diraient à propos d’Un été sans les hommes qu’il s’agit d’un livre de femme, pour des lectrices. Que l’on balaie cette opinion sexiste ! La richesse sensible et conceptuelle de l’univers de son personnage et le simple raffinement de son écriture méritent que Siri Hustvedt soit considérée comme un écrivain, là où les douanes des genres sont balayées. Car entre Vivre, penser, regarder et Un été sans les hommes, de l’essai eu roman, de la neurobiologie à l’œuvre d’art, un parcours autobiographique, intellectuel et romanesque se dessine, celui d’une complète femme-artiste[1].

 

 

Thierry Guinhut

À partir d'articles publiés dans Le Matricule des Anges, février 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

Ars-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

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De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

Des Années anglaises à L’Amant sans adresse

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Colonomos

Politique des oracles, responsabilité du futur

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique : d’Ovide et Rousseau à Sloterdijk

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Tout peut changer, sauf Naomi Klein : anticapitalisme et changement climatique

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Les Travaux et les jours ; Lane : La Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Libéralisme et amendements à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

L'impéritie de l'Etat et la France contre l'Europe : Verdier-Molinié, Bouzou

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen-âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin : Froidevaux-Metterie, Friedan, Chemaly, Goettner-Abendroth

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland parfaite république des femmes

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Prières nocturnes, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guarnieri

Etrange amour, Brahms et Clara Schumann

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Tàpies, Titien, Rothko

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 Poemes du Japon d'aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Aléa

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et lyrisme

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Le Dictionnaire khazar, une oeuvre ouverte

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron, Slimani

Sonnets des peintres : Tapies, Titien, Rohtko, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Aphrodite Shakespeare

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

Revel Conaissance

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome : Barbares, socialisme, climat, épidémies

Rome de César à Fellini, par la poésie latine

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

San-Antonio- Boucq chah

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Magnason : LoveStar, conte et anti-utopie

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

Ursula Le Guin : La Main gauche de la nuit

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Réécritures de La Tempête à Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Durmarque : Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

Stalker

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Le rêve du Celte, colonialisme et nationalisme

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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