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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 11:38

 

Ares, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Bernhard Schlink romancier
des filiations allemandes,
des culpabilités & des souvenirs :
Le Liseur, Olga, Couleurs de l'adieu.

 


 

Bernhard Schlink : Le Liseur, traduit par Bernard Lortholary,

Gallimard, 1996, 208 p, 20 € ; Folio, 7,90 €.

 

Bernhard Schlink : Olga, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary,

Gallimard, 2019, 272 p, 19 €.

 

Bernhard Schlink : Couleurs de l’adieu, traduit par Bernard Lortholary,

Gallimard, 2022, 256 p, 21 €.

 

 

 

      Malgré leurs failles, les personnages féminins du romancier allemand Bernard Schlink, né en 1944 à Bielefeld et professeur de droit public et de philosophie du droit à Bonn, méritent le soin du lecteur. Elles s’appellent, dans Le Liseur, Hannah, et Olga, selon le titre laconique de son dernier ouvrage. Mais pas toujours un hommage moral, si l’on met en balance ces deux femmes : la première, quoique aimée, est bien coupable d’une active participation à la Shoah, quand la seconde n’est peut-être coupable que d’avoir aimé. Olga, dernier roman de Bernard Schlink, est-il un anti-Liseur ? Parmi une douzaine de volumes ici traduits, le romancier est également nouvelliste, dans ses Couleurs de l’adieu, recueil aux personnages fragiles, que le sentiment de leur finitude pousse à revenir sur un moment central et troublant de leurs vies.

 

      Roman judiciaire de la culpabilité et de la mémoire, Le Liseur ne prétendait pas de prime abord devenir un succès mondial, traduit en plus de quarante langues. Pourtant l’émotion compassionnelle et l’horreur du crime enfoui partagèrent leurs talents pour faire de ce roman partiellement autobiographique une icône qui dépassa largement les frontières germaniques et germanophones ; ce pour rebondir comme rebondit la concaténation d’une question morale posée à l’humanité.

      De l’adolescence à l’aube de la maturité, Michaël Berg croise un destin de femme qui est un reflet de celui de l’Allemagne. À quinze ans, il est soigné par Hannah, qu’il revient remercier. Alors qu’elle a trente-cinq ans, il devient et son amant et son « liseur », comme pour payer le soin de cette initiation sexuelle. Elle disparait. Il la retrouve sur le banc des accusés, lorsque étudiant en droit, il est placé par son professeur en position d’observateur. La longue et fidèle histoire d’amour se double d’une abyssale réflexion sur la mémoire de l’Histoire, au cœur de laquelle s’inscrit l’effondrement de la Shoah.

      L’analphabétisme d’Hannah n’est-il qu’un paravent commode à sa culpabilité ? « Non, me suis-je dit, Hannah n’a pas choisi le crime », médite Michaël. Pourtant, avoir reculé devant l’aveu d’un tel handicap au moment d’une promotion proposée dans son entreprise est peut-être une lâcheté qui lui a permis de préférer un emploi de gardienne de l’horreur nazie. Imaginer qu’elle est une martyre de la culpabilité serait faire bon marché de sa participation à l’entreprise de la banalisation du mal (pour faire écho à une autre Hannah, plus exactement Hannah Arendt[1])  au sein de la « solution finale » aryenne. Rétrospectivement, n’y a-t-il pas quelque chose d’obscène dans cette figure d’ex-surveillante de l’holocauste séduisant un jeune lycéen ?

      Hannah Schmitz mérite-t-elle la compassion, elle qui sans sourciller a poursuivi sa tâche de gardienne des camps de concentration chargée de la sélection de celles que l’on destine à la chambre à gaz, elle qui n’a pas su en avoir et encore moins la mettre en œuvre pour ouvrir les portes de l’église derrière lesquelles s’enflammaient les victimes, à l’occasion de bombardements alliés ? Ce qui pour le moins peut être assimilé à une non-assistance à personne en danger. Obsédée par l’hygiène (ne lave-t-elle pas le jeune narrateur ?), elle souffrirait en quelque sorte du complexe de Lady Macbeth, qui avait beau se laver les mains mais n’échappait pas aux traces de sang qui signaient sa culpabilité. Notons que dès les premières pages, lavant sur le trottoir le vomi du garçon à grande eau, la métaphore est destinée à devoir être filée…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La dénonciation emporte tout un pays, mais aussi les femmes, dont on sait qu’elles n’ont pas été les moindres thuriféraires d’Hitler ni les moins cruelles aux manettes des camps. « Sur le banc des accusés nous mettions la génération qui s’était servie de ces gardiens et de ces bourreaux, ou qui ne les avait pas empêchés d’agir, ou qui ne les avait pas rejetés, au moins, quand elle aurait dû après 1945 : c’est elle que nous condamnions, par une procédure d’élucidation du passé, à la honte ». Pourtant, Michael échoue à concilier la femme aimante qui fut son initiatrice, celle auprès de qui il vient encore faire « le liseur » en prison par le biais d’enregistrements, et celle qu’il parvient néanmoins à se représenter : « Je voyais Hannah près de l’église en flammes, le visage dur, en uniforme noir et la cravache à la main. Avec sa cravache, elle dessine des boucles dans la neige et frappe les tiges de ses bottes ». Aussi se voit-il empêtré dans ses contradictions : « Mais en même temps, je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus. Je ne m’en suis pas sorti. Je voulais assumer les deux, la compréhension et la condamnation. Mais les deux ensemble, cela n’allait pas ».

      Grâce à cette femme, Michaël fait son entrée dans le monde de la sexualité, et grâce (ou à cause) à elle, bien plus que par ses études de droit, il subit une initiation à la densité de sa vocation de juriste, confronté bien moins à une justice subjective que chargée du poids de l’Histoire. Peut-être croyait-il naïvement que les Bienveillantes grecques, enclines à pardonner, avait remplacé les Euménides, plus exactement les Furies, plus à même de juger et de condamner l’impardonnable et l’imprescritible, pour reprendre les concepts de Jankélévitch[2]. Quoique dans la sécurité de son modeste rôle de stagiaire, même si le trouble, voire le traumatisme psychologique, est grand, il frôle les tourmentes du mal, incarnées dans un autre et puissant roman qui subjugue la Shoah : Les Bienveillantes de Jonathan Littell[3]. Comme à l’occasion de ce dernier ouvrage, celui-ci, plus modeste au premier regard, n’a pas manqué d’interroger les historiens, de générer des controverses, interrogeant le degré de fiction et de vérité de la chose, la légitimité de l’écrivain et l’aporie de l’identification inhérente à toute narration romanesque, inadéquate à l’objectivisation des faits, quoiqu’elle permette sa mise en vie, plaçant le lecteur devant une interrogation éthique plus intimement bouleversante. Il n’est pas sûr qu’une telle analyse, même si c’est celle du personnage et peut-être pas de l’écrivain, emporte l’adhésion : « Je pense aujourd’hui que le zèle que nous mettions à découvrir l’horreur et à la faire connaître aux autres avait effectivement quelque chose d’odieux. Plus les faits dont nous lisions ou entendions le récit étaient horribles, plus nous étions convaincus de notre mission d’élucidation et d’accusation. Même lorsque ces faits nous coupaient le souffle, nous les brandissions triomphalement. Regardez ! »

      Brusquement jeté dans les affres du droit et de l’Histoire, il ne semble pas que le narrateur ait pu se dégager de la gangue de son histoire sentimentale pour prendre la hauteur, certes difficilement atteignable, qui sied à l’objectivité du juriste, élevé presque au rang du Dieu de l’Histoire. Cette hauteur est-elle celle du romancier qui laisse habilement, voire avec un léger sadisme, le lecteur trancher le nœud gordien de l’amour intime et du crime contre l’humanité ? Il est à noter que l’un de ces premiers romans, passablement policier, intitulé Le Nœud gordien[4], présente un ancien procureur nazi devenu détective…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Avec Olga, Bernard Schlinck élargit les perspectives. La temporalité est plus vaste, d’une enfance à la fin du XIX° siècle jusqu’à la décennie de mai 1968. Mais alors que Le Liseur montrait une femme analphabète qui s’était laissée prendre la main et le sens moral dans la roue dentée du nazisme, a contrario Olga met en scène une femme qui tient à son éducation, à sa culture, et qui pense à l’encontre de l’hubris nationaliste et impérialiste qui gangrène l’Allemagne.

      Mêlant l’histoire individuelle, et plus précisément d’un couple, avec l’Histoire d’un siècle, Bernhard Schlink réussit à merveille une œuvre évocatrice et fluide, qui joint à l’intimité d’émotions retenues le sens du tragique et de l’épopée. L’une, Olga, devenue institutrice à une époque où l’éducation des filles est encore une ambition difficile, en particulier dans les milieux paysans, a pour ambition d’éduquer les enfants et plus particulièrement les fillettes, pour qu’elles puissent réaliser leurs potentialités ; l’autre, Herbert, se veut un héros aventureux, forgeur de grandes destinées nationales.

      Il est l’héritier d’un vaste domaine, elle n’est qu’une modeste orpheline ; pourtant une longue histoire d’amour les réunit, sans que le mariage, contraire aux conventions sociales parentales assises sur les préjugés de classe étroits, les unisse. En une première partie, le récit de Bernhard Schlink file une liaison souvent disjointe par les voyages d’Herbert, puis évanouie suite à la disparition de ce dernier dans les glaces arctiques. La seconde voit Olga se métamorphoser en vieille dame, devenue le sage mentor d’un jeune narrateur, après la deuxième guerre mondiale. Leur émouvante amitié ne s’achève qu’à sa mort, suite à un attentat contre la statue de Bismarck.

      Une fois de plus, après Le Liseur, son indépassable réussite, Bernhard Schlink anime un personnage féminin d’exception avec une écriture aussi fluide que séduisante. Malgré son apparente simplicité et des premiers chapitres empreints de tranquille réalisme, animés par une histoire d’amour sans grande originalité, Olga recueille la confiance du lecteur. Très vite cependant la griffe de velours du romancier dénonce les fantasmes d’Herbert, symbole de plus d’une génération qui marquera l’Histoire de son empreinte délétère : « Il décidait de devenir un surhomme, sans trêve ni repos, de rendre l’Allemagne grande et de devenir grand avec elle, même si cela devait exiger d’être cruel envers lui-même et envers autrui ». Les yeux indulgents de l’amour, ceux d’Olga - mais aussi de Michaël pour Hannah dans Le Liseur - ont-ils leur part de responsabilité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Cependant Olga, qui n’approuve guère le militarisme et les pulsions d’explorateur de son amant à qui elle persiste à envoyer des lettres longtemps après sa disparition, mettra bien des années à tirer expérience et sagesse de sa longue existence hérissée de déceptions. L’élégiaque roman déplie avec tendresse le mystère des êtres tout en dénonçant dans le père explorateur et dans l’enfant dont elle s’occupe les fantasmes délétères du colonialisme et du nationalisme, sans oblitérer la responsabilité maternelle : « Elle présenta à Eik un Herbert héroïque ». Et l’enfant, devenu architecte de talent, « adhéra au NSDAP et entra dans les SS. Il tenait de grands discours enflammés sur l’espace vital allemand de la Memel à l’Oural […] Et la métamorphose de la misère slave en splendeur allemande, c’est lui qui la dirigerait du haut de son cheval ». La stupéfaction d’Olga précipite alors sa conscience politique. Elle ne deviendra pas pour autant une résistante anti-nazie (il eût fallu un courage démesuré et insensé, comme les héros d’Hans Fallada[5]), mais elle devient sourde, comme pour ne pas entendre les délires des aboyeurs politiques, car « avec les Nazis le monde était devenu bruyant », et comme pour répondre à l’analphabétisme d’Hannah dans Le Liseur.

      C’est après-guerre qu’Olga Rinke se fait couturière pour subsister et qu’elle devient la garde-malade puis la confidente de celui qui est le narrateur de la seconde partie. Devenu un homme mûr, le fils spirituel mènera sans relâche son enquête jusqu’à retrouver les lettres d’Olga, « la veuve d’une génération », que nous lirons avec étonnement tant les chemins de la filiation sont à la fois logiques et insondables… Le triptyque s’est refermé en glissant vers le genre épistolaire.

      Mais, répondant en quelque sorte au personnage d’Hannah, elle sait être un digne mentor, qui - car c’est une grande lectrice - frôle la pertinence philosophique. Elle sait admonester son jeune disciple et ami, empreint de grands idéaux politiques : « personne n’est aussi grand que son discours moralisant, et la morale n’est pas gentille ».

      Penser alors que Bismarck, avec son « trop de grandeur », fut l’un des responsables originels du siècle des totalitarismes n’est pas sans fondement, mais reste discutable. Le dernier acte d’Olga voudra le punir symboliquement. Mais que vaut alors la responsabilité individuelle si l’on se laisse comme Herbert illuminer par des rêves de grandeur, d’expansion nationale jusque dans les savanes de l’Afrique pour participer non à des entreprises de civilisation mais à des massacres racistes ? Si, comme Eik, le fils dissimulé d’Olga et d’Herbert, l’on se prend d’enthousiasme grégaire pour l’épopée nazie ? Reste à se demander ce qu’engendreront les idéaux de la social-démocratie, incarnés par Olga…

 

      Si Bernard Schlink n’écrit pas de romans à proprement parler historiques, il sait à merveille prendre en écharpe les générations du XX° siècle, avec cette touche intimiste qui permet d’éviter toute grandiloquence. Les filiations allemandes sont aussi des transmissions maternelles, parfois dévoyées, parfois par adoptions symboliques. Où il apparaît que l’écrivain veut œuvrer en vue de génération meilleures. Si les autres romans ou recueils de nouvelles, comme Le Retour[6], ou Amours en fuite[7], nous ont semblé plus négligeables - ou ont échappé à notre vigilance - le fil qui relie Le Liseur et Olga, le second répondant au premier, au travers de vingt-cinq ans d’écart, tend à faite de son auteur une conscience morale et politique, quoiqu’elle ne parvienne pas exactement à une pacification intérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essentiellement élégiaques, les neuf nouvelles de Couleurs de l’adieu ont la teinte des « taches de vieillesse », selon le titre émouvant et pertinent de l’une d’entre elles. Le deuil est-il l’oméga de toute intelligence, lorsque l’on croit comprendre autrui après sa disparition ? Ce n’est que l’une des nombreuses interrogations qui affluent en ces belles pages.

Quoique certaines soient plus négligeables, toutes ces intenses nouvelles mettent en avant ces sentiments qui perdurent au-delà des décennies : un camarade de classe part vers l’Amérique, abandonnant famille, ami handicapé, jeune fille désespérément aimée, un amour reste inabouti, un deuil brise des vies, une ex-femme ressurgit… La cohorte des regrets et des colères, sinon l’éloignement pur et simple, la mélancolie surtout, rognent ce qu’il reste du narrateur, ou de son plus ou moins alter ego dont il est question à la troisième personne.

Au creux de ces histoires personnelles, l’Histoire intervient pour bouleverser les meilleurs souvenirs. Comme lorsque que la Stasi, cette police politique de l’ex Allemagne de l’Est, fait irruption. Léna, fille d’un mathématicien défunt, veut à toute force consulter le dossier de son père : « C’est une chose étrange que ce désir actuel de se compter parmi les victimes de jadis ». Que découvrira-t-elle sur le rôle du narrateur ami, également mathématicien, et qui fut le plus honoré ? Seulement « un faux pas dans notre amitié » ? Cette nouvelle, intitulée « Intelligence artificielle », donne le ton en tant qu’elle est la première du recueil. Et peut-être eût elle mérité de devenir un roman entier, à moins que son auteur l’ait jugé un peu trop en écho de certaines thématiques du Liseur.

Plus loin, l’assassinat de la jeune et gaie Anna ranime la mémoire de celui qui en fut le mentor et qui dut constater le ratage de son éducation prometteuse. De ce « Pique-nique avec Anna » à « La musique d’une fratrie », ce sont des amours et des amitiés d’abord splendides, quoique impossibles, qui ont mal tourné. Lorsqu’un mari vous a trompée, vous a quittée, peut-on accéder à sa demande de vous revoir, lorsqu’il est atteint d’un cancer avancé ? Quelle « amulette », selon le titre de la nouvelle, peut vous protéger ? Le motif récurrent du mariage, y compris entre Mara et Sylvie (dans « Fille aimée »), est de toute évidence un pivot des existences : il brille, dure, se brise, disparait dans les limbes du passé… Mais lorsque Bastian couche avec sa fille Mara qui ainsi devient enceinte, une résonnance biblique apparait.

L’ensemble est le plus souvent amer : « Ma tristesse s'étend sur tout, elle m'épuise, c'est une eau noire, un lac noir où je me noie, je me noie sans cesse ». Même si la dernière nouvelle, « Un an tout juste », s’achève, malgré l’âge avancé qui sépare le couple, sur ces mots : « Je n’arrive pas à mesurer mon bonheur ». C’est un écho avec ce moment rare, éphémère bien entendu, dans « La musique d’une fratrie », où, par-delà les années, une étreinte longtemps rêvée a enfin lieu : « En plein amour, il lui sembla serrer entre ses bras la Suzanne de seize ans et avoir lui-même seize ans ».

Est-il possible de « rattraper notre amour de jeunesse que nous avions laissé passer » ? Quel choix avons-nous fait qu’il aurait été possible d’envisager autrement ? Ainsi bifurquent les vies, irrémédiablement. Une perspective morale s’empare du lecteur, amicalement sommé de réfléchir sur lui-même, sur ses chemins pris et délaissés. Surtout lorsqu’à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire l’on invite soixante-dix personnes, et que l’on convoque le ressassement des amours effacées, les « taches de vieillesse » se font de plus en plus visibles.

À la lisière du genre sentimental, policier par instants, du psychologique, ces nouvelles sont des confessions, formant une constellation de destins. L’on n’en ressortira pas emplis de joie et de vigueur, mais d’une certaine sagesse, d’une réelle tendresse pour ces vies dont le pivot est l’objet d’un regret, voire d’un remords, pour ces vies promises à l’effacement, sauf avec le secours de la littérature, celle qui sait écrire avec délicatesse.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[4] Bernard Schlink : Le Nœud gordien, Gallimard, Série noire, 2001.

[6] Bernard Schlink : Le Retour, Gallimard, 2006.

[7] Bernard Schlink : Amours en fuite, Gallimard, 2001.

 

Ferrol, Galicia. Photo : T. Guinhut

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30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 12:53

 

Arseguel, Alt Urgell, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

La poésie prisonnière d’Albrecht Haushofer :
Sonnets de la prison nazie de Moabit.

 

 

Albrecht Haushofer : Sonnets de la prison de Moabit,

traduit de l’allemand et présenté par Jean-Yves Masson,

La Coopérative, 208 p, 20 €.

 

 

 

 

 

      Clés, cadenas et verrous peuvent être, qui sait, photogéniques ; voire poétiques. « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », titrait le dramaturge et poète Alfred de Musset en 1848. Or, si la justice se fait injuste, elle peut incarcérer les poètes, tel Guillaume Apollinaire en 1911, qui goûta pendant cinq jours les geôles de la prison de la Santé dans le cadre d’une éventuelle complicité de vol qui aboutit à un non-lieu : « Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison / L’Amour qui m’accompagne / Prends en pitié surtout ma débile raison / Et ce désespoir qui la gagne[1] ». Mais, pire encore, la justice inique du Troisième Reich abattit l’allemand Albrecht Haushofer, dont les Sonnets de la prison de Moabit ne permirent à un résistant à la violence hitlérienne de ne s’évader que par la fragile certitude de la poésie.

 

      Il y eu bien une résistance allemande au nazisme. Outre les milliers d’activistes arrêtés dès 1933, et les quelques étudiants munichois regroupé sous le masque de « La rose blanche » en 1942, une vague supplémentaire, touchant les plus hautes sphères, crut se débarrasser d’Hitler en l’assassinant le 20 juillet 1944. L’attentat fut manqué, ses responsables et complices traqués, incarcérés, torturés, exécutés. Albrecht Haushofer, né en 1903, professeur d’université, spécialiste de géopolitique, fonctionnaire sous le III° Reich, fut l’un deux. Son père, Karl Ernst Haushofer, « aveuglé par le rêve du pouvoir », avait été un théoricien du Lebensraum, le tristement célèbre concept de l’espace vital, un architecte « des politiques nazies en direction de l’Islam[2] » ; en 1946, il se suicida avec son épouse. Leur fils, Albrecht, n’était d’abord pas un opposant, seulement un réaliste visionnaire de mauvais augure annonçant le tragique destin du troisième Reich, ce pourquoi ses collègues le surnommaient « Cassandro », du nom de la prophétesse troyenne. Fusillé quelques semaines avant la fin de la seconde Guerre mondiale, le 23 avril 1945, par le dernier carré nazi, encerclé par les chars soviétiques, il avait été enfermé près d’un an dans la prison de la Gestapo à Berlin, pour avoir fait partie du réseau visant à éliminer le Führer. Seul affreux bonheur de cette captivité, il nous a laissé ses Sonnets de la prison de Moabit, dont le manuscrit, minutieusement calligraphié sur cinq feuillets, fut retrouvé dans le manteau de son cadavre exhumé. Publié à Berlin en 1946, ce recueil fut d’abord traduit en français chez Seghers en 1954 ; il est ici proposé pour la première fois en traduction intégrale, en une version nouvelle et soignée.

 

 

 

      Il n’était pourtant guère poète. Mais cette expérience pour le moins traumatisante murit soudain son art. Ce sont quatre-vingts sonnets, ciselés sans préciosité, sans pathos excessif, qui, avec un sens du tragique profondément émouvant, ne se contentent pas du cas personnel du poète : ils rayonnent dans les directions opposés de la tyrannie et de la culture des civilisations. Un régime totalitaire, comparé aux barbaries d’Attila et de Gengis Khan, couronne « trois décennies meurtrières », pour abattre des siècles de haute culture, entre Bach, Kant et Goethe. Ainsi « Livres brûlées » et « Alexandrie », rappelant les exactions d’un empereur chinois et celle d’un « grand commandant des forces d’Allah », sont-ils une façon discrète, et néanmoins efficace, de dénoncer la terreur nazie et ses autodafés, empruntant un accent borgésien :

 

LX

Cassandro

« Mes collègues de travail m’appelaient Cassandro

Car, pareil à la prophétesse troyenne,

Je prédisais au cours d’années d’amertume

La détresse mortelle qui attendait le peuple et l’Etat.

 

On avait beau célébrer par ailleurs mon grand savoir,

Nul ne voulait entendre mes avertissements,

Ils se mettaient en colère parce que j’osais les déranger

Quand je les adjurais de penser à l’avenir.

 

Toutes voiles dehors, ils conduisirent le navire

En pleine tempête vers des détroits semés d’écueils

En criant prématurément victoire avec exaltation.

 

Voici qu’ils font naufrage - et nous aussi. En dernier recours,

Une tentative de prendre la barre a échoué.
Maintenant, nous attendons que la mer nous ait engloutis. »

 

 

      Entre murs et chaînes, entre crainte du moment fatal où il sera emmené vers l’exécution autant que des bombardements alliés qui pilonnent Berlin, où peut bien  s’envoler « le souffle d’une âme » ? Peut-être du côté d’un au-delà où l’attend le Jugement, où le Christ est un « pur esprit baigné de rayons multicolores ». Cette âme ne tait pas sa culpabilité, sa compromission avec un régime abject, où « toute jeunesse est vouée à la mort », n’évite pas l’examen moral : « J’ai longtemps triché avec ma conscience ». Ce qui débouche sur une résistance intérieure : « J’expie pour avoir tenté de les retenir ». Il convoque alors à la barre le souvenir d’autres prisonniers et persécutés aux dépens de leur liberté de pensée, comme les philosophes Socrate, Boèce et Thomas More[3], dont la mort « a illuminé le désastre ».

      Des moineaux, un moustique, « petite âme ailée », l’occupent. La nostalgie des montagnes natales le caresse. Mais « une armée de rats bruns » s’impose. Cependant, au-delà de la souffrance du corps du prisonnier et de l’horreur du tyran, l’esprit des chefs-d’œuvre de la civilisation perdure, en un bel idéalisme. Nourri par les Lumières de l’Aufklärung, les spiritualités du christianisme et du bouddhisme, Albrecht Haushofer vise en son recueil testamentaire l’épanouissement de l’homme et de l’art, y compris en dialoguant avec Bach et Beethoven.

      Pourquoi Albrecht Haushofer a-t-il choisi la forme du sonnet ? Probablement parce qu’écrire en cette concision lui permit de trouver un ordre esthétique dans le sale chaos où il était fourré. Ordonner sa pensée dans le cadre de deux quatrains et de deux tercets, respectant la volta et la chute, parvient à statufier la mobilité de la pensée dans une œuvre d’art, qui espère dépasser la contingence, le temps et la mort. La preuve : l’auteur, ou plutôt ses restes, est à six pieds sous terre, son œuvre intense et mémorielle est entre nos mains, toujours là. Par-delà les frontières, les langues et les ans, elle peut voisiner avec La Ballade de la geôle de Reading, méditée en prison par Oscar Wilde, puis écrite en son exil français. Ce dernier avait été condamné en 1895 aux travaux forcés puis à la prison pour sodomie. Il avait croisé là un « cœur de meurtrier » pour accoucher de la sombre beauté de son poème, précédant d’un demi-siècle celui qui tentait de racheter les mots de la langue allemande qui avait été polluée par la « langue du III° Reich », pour reprendre le titre de Victor Klemperer[4].

 

 

      Cette édition heureusement bilingue, d’une œuvre riche, fluide, et plus savante qu’il n’y parait, permet de constater que les poèmes d’Haushofer sont en vers rimés. Si  le traducteur préserve la forme du sonnet et des vers, il ne va pas jusqu’à inventer des rimes. L’exercice eut été périlleux. Lui-même poète, animé par une réelle sensibilité, Jean-Yves Masson parcourt une vaste gamme en son talent de traducteur : n’a-t-il pas traduit de l’anglais les poèmes de Yeats[5] et de l’italien les Triomphes de Pétrarque[6] ?

 

Thierry Guinhut

Article publié, et ici augmenté, dans Le Matricule des anges, février 2019

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

[1] Guillaume Apollinaire : « À la Santé », Alcools, Œuvres poétiques, Gallimard, Pléiade, 2001, p 143.

[2] Voir : David Motadel : Les Musulmans et la machine de guerre nazie, La Découverte, 2019.

[4] Victor Klemperer : LTI, la langue du III° Reich, Pocket, 2003.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 14:41

 

Spitalskirche, Innsbruck, Tyrol, Österreich.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Ruines et mémoires de l’Histoire

de la République Démocratique Allemande

par Uwe Tellkamp, Lutz Seiler

et Nicolas Offenstadt :

La Tour, Kruso, Le Pays disparu.

 

 

 

Uwe Tellkamp : La Tour,

traduit de l’allemand par Olivier Manonni, Grasset, 976 p, 25 €.

 

Lutz Seiler : Kruso,

traduit de l’allemand par Uta Müller et Bernard Banoun, Verdier, 480 p, 25 €.

 

Nicolas Offenstadt : Le Pays disparu. Sur les trace de la RDA,

Stock, 424 p, 22,50 €.

 

 

 

 

 

      De la République Démocratique Allemande, il ne reste rien ; qu’une ruine de l’Histoire. Tant mieux, oserions-nous dire, tant le communisme écrasait de son régime totalitaire et de ses industries polluantes des Allemands que l’on empêchait de fuir, cerclés de barbelés sur toutes leurs frontières. Cependant une nostalgie étrange la rappelle au souvenir, voire l’enjolive. Sans aller jusqu’à parler de coupable et aveugle nostalgie, il est nécessaire de se munir d’un regard en arrière, qu’il s’agisse de celui de l’historien ou de celui du romancier. Ainsi Uwe Tellkamp, avec La Tour, et Lutz Seiler, avec Kruso, s’ingénient, non sans un fort talent, à ranimer la laide endormie, l’un au moyen du récit d’une enfance, l’autre à la faveur d’une île venteuse de la Baltique. Deux romans à propos desquels la critique d’outre-Rhin ne tarit pas d’éloges. Qui, espérons-le, aura la même indulgence envers le ramassage de souvenirs pratiqué par Nicolas Offenstadt au Pays disparu.

 

 

      Peut-être Uwe Tellkamp (né à Dresde en 1968) est-il le Marcel Proust de la mémoire de l’Allemagne de l’Est ; en même temps que son Balzac pour le réalisme de la reconstitution… Sous sa plume, la mémoire de l’ex République Démocratique Allemande est maîtrisée avec brio dans La Tour, un roman total, paru en 2008, qui brasse un monde de personnages attachants et symboliques.

      Christian, probable alter ego de l’auteur, est un lycéen acnéique aux émois amoureux platoniques, dont l’enseignement est dominé par les « homélies » de l’instruction civique communistement correcte et par l’orwellienne surveillance de son professeur de russe, langue évidemment obligée, communisme soviétique oblige. Autour de lui, au-dessus de « la ville sidérurgique idéale » de Dresde, une famille, puis un réseau de personnages, gravitent. Ses proches perpétuent tant bien que mal les valeurs bourgeoises et d’élite, lecture ou violoncelle, venues de l’ancien monde… L’on est ingénieur, physicien, médecin, et ce microcosme, quoique privilégié, souffre de pénuries, d’une recherche et de moyens à la traîne, loin derrière l’Ouest. Le jeune héros, pensant devenir chirurgien (comme Uwe Tellkamp lui-même), ne peut que devenir indiscipliné devant l’aberration du système, traversant l’enfer du service militaire, des prisons de l’armée pour quelques mots d’ « outrage à l’Etat », jusqu’à ce que la soudaine et providentielle chute du Mur de Berlin le délivre…

      Sous le touffu roman de société, voire autobiographique, pointe un roman philosophique où l’on tente de garder sa dignité intérieure et intellectuelle, malgré les compromis, les doubles vies, les courages et les lâchetés, du moins pour ceux qui entourent le jeune homme, dominés par la figure de Meno, correcteur pour une maison d’édition et diariste secret, encerclé par les liens inextricables de la censure. Ce qui permet d’infiltrer un milieu littéraire gangréné par les jeux de pouvoir, de sentir l’aile de la satire sur la foire de Leipzig et ses intrigues éditoriales, « où les rapports de lectures donnent des maux de ventre idéologiques ».

     Par-delà l’ampleur du récit, la balzacienne description méticuleuse, un réalisme magique saupoudre ce tableau, comme pour tenter de se rédimer de la grisaille quotidienne et bassement politique, dont on ne peut s’échapper que par des rituels familiaux, amicaux et par une boulimie de lectures, seule évasion hors des barbelés de l’Etat communiste. Dans « La province pédagogique », la « Tour » est une image de l’utopie de l’homme nouveau communiste, mais aussi de la confusion babélienne de ses langages. On devine une allusion à la dimension initiatique de la « société de la Tour » chère à Goethe, dans Les Années de voyages et d’apprentissage de Wilhelm Meister. Autour de la « Maison des Mille Yeux », les personnages aux noms improbables, comme « Eschschloraque », ou « Le Vieux de la Montagne », écrivains, poètes, sont des excentriques aux pouvoirs et interrogations politiques complexes.

      Loin d’être une charge brutale contre le communisme révolu et sa police politique, la sinistre Stasi, c’est avec un doigté subtil que cet univers clos révèle son fonctionnement, ses illusions, ses failles, son totalitarisme. Sous le vernis de l’Est soviétisé, un monde délabré pointe son museau infâme, fait de fonctionnaires tatillons, de miliaires exerçant une menaçante « pesanteur » : l’on vit en un pays « aussi truffé de punaises qu’un studio d’enregistrement », où l’on se demande : « je dois donc commencer par faire un dossier sur cette fille, avant de tomber amoureux ? »

      Même si l’écriture nous rend ce régime disparu avec une sensible acuité, elle ne véhicule pas cette « Ostalgie » complaisante qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes… Rarement on aura pénétré un univers avec une telle richesse de la perception et d’une mise en scène qui s’attachent aux « singularités dans le développement de la personnalité », au contraire des camps de jeunesse qui cherchent à les « éliminer ». Uwe Tellkamp, nouvelle icône de la mémoire est-allemande, qui écrirait dit-on la suite, post-chute du Mur, de cette épopée aussi vaste qu’intimiste, peut reprendre le credo d’un de ses personnages : « Ce qui m’intéresse, moi, ce sont les abîmes qui s’ouvrent dans l’être humain. J’en ai toute une collection. »

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Quoique d’une manière fort différente, il s’agit également de tenter de s’échapper de l’étouffoir communiste dans le roman de Lutz Seiler, Kruso, paru en 2014. Comme La Montagne magique de Thomas Mann, le roman commence par un voyage en train, celui d’un garçon nommé Ed. Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard, car il s’agit là aussi du roman d’éducation d’un jeune homme, un « bildungsroman », ce genre si allemand depuis Goethe.

      Pour Ed, ex ouvrier maçon, « Etudier était comme une drogue », fouiller la bibliothèque, lire Trakl et tout sur Trakl, connaître par cœur la poésie qu’il a lue ; voilà un solitaire, un être différent dans la grisaille de la RDA, « où se délabraient les chiffres des années ». Il est un « animal exotique dans le zoo du malheur humain », jusqu’à ce qu’il parvienne au bord de la mer Baltique. Puis sur l’île d’Hiddensee, « une mince bande de terre entourée d’une aura mythique », située à cinquante kilomètres du Danemark, donc de la liberté, car l’on sait, depuis Thomas More[1] (d’ailleurs nommé par Lutz Seiler), que « l’île est la patrie même de l’utopie », selon le philosophe Georges Gusdorf[2].

      Une fois trouvé un travail, plonge et épluchage d’oignons larmoyants, et un gîte dans un restaurant que l’on appelle « notre arche », notre jeune impétrant fait parmi les cuisiniers, serveurs et plongeurs, une rencontre cruciale, celle du personnage éponyme : Kruso, dont le nom est une allusion à Robinson Crusoé, et qui, comme en une allusion au roman d’Uwe Tellkamp, a sa chambre dans « la tour ». Il est son modèle, dans le cadre d’une tâche qui lui paraît faire sens, alors que le lecteur est en droit de la trouver abrutissante : « Une folie particulière dont l’essence se composait de restauration et de poésie leur permettait de maintenir leur arche hors de l’eau ».

      Sur cette île, en forme d’« hippocampe », aux paysages de falaises, de plages et de forêts ventées, étroitement surveillée par la police des frontières, ils sont « des naufragés », d’un régime dont on ne dit presque rien, mais dont on rêve secrètement de s’échapper. Ils sont des artistes, des poètes et des rêveurs, l’un s’appelant d’ailleurs « Rimbaud ». Parfois, on lit « un livre de l’Ouest ». Car la liberté est « le vieux secret de l’île », elle « chante comme une maudite sirène » aux oreilles de cette « communauté d’initiés », même si elle a ses règles, plus ou moins implicites, parfois étouffantes. Dans leurs folles soirées et beuveries, ponctuées de délires et de bagarres, dont l’une mortelle dans laquelle est impliqué et blessé Ed, ils proclament secrètement la « République libre d’Hiddensee ». Ceux que l’on aurait pu voir comme des « excentriques issus des bas-fonds du socialisme » deviennent quelque chose comme des héros d’une nouvelle épopée. Régulièrement, ils sont rejoints par de nouveaux aspirants, jeunes le plus souvent, d’où de nouvelles aventures amicales et sexuelles pour Ed, non sans une dimension presque religieuse : « tous ces naufragés étaient des pèlerins, des pèlerins en pèlerinage vers le lieu de leurs rêves ». Au point que des dizaines d’aspirants à l’au-delà de la Baltique se sont jeté dans ses eaux, espérant franchir la « ligne sanglante, comme tracée au scalpel », et gagner la Scandinavie, trouvant le plus souvent la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le mystérieux Krusowitch, alias Kruso, qui écrit des poèmes en vue d’un recueil, sera arrêté par la police, puis relâché, criera à la trahison, se battra avec Ed, sera blessé, verra sa raison délabrée, comme si elle ne pouvait survivre à la chute imminente du communisme, puis, malgré les soins fournis par son ami, sera évacué. Ed affrontera seul à bord du restaurant l’arrivée de l’hiver, alors que le poste des garde-frontières s’est vidé. Nous sommes en 1989, le mur de Berlin vient de tomber…

      Il reste à Ed, cinq ans plus tard, un ultime pèlerinage, à la recherche des noms et de l’histoire des noyés de la frontière baltique. L’on gardera de lui cette comparaison avec un « moine » marchant entre plage et falaise, probablement une allusion au « Moine au bord de la mer » du peintre romantique Caspar David Friedrich.

      Fils d’une artiste de cirque et d’un officier soviétique, Kruso est-il une sorte de gourou ? Cette communauté laborieuse, enfiévrée lors du « culte orgiaque des Esskaas autour de l’arbre bouddhique », est-elle un autre collectivisme ? L’on peut, à cet égard, rester pantois devant quelques mots de la quatrième de couverture : « le projet fou de Kruso qui incarne tous les espoirs que le marxisme officiel a trahis ». Officiel ou pas, le marxisme, si l’on lit scrupuleusement Marx, ne trahit pas ses espoirs, puis que ce sont ceux du totalitarisme[3].

      Roman d’initiation sur l’amitié, la géographie et les frontières, la tyrannie et la liberté, Kruso développe une rêverie aux parfums de robinsonnade, d’utopie politique et anarchiste, non loin de l’atmosphère de La Tempête de Shakespeare et de l’esprit d’Arno Schmidt[4] : « Le continent n’était rien de plus qu’une sorte d’arrière-plan qui s’effaçait doucement en disparaissant dans l’éternel bruissement de la mer ; quelle importance, l’Etat ? »

      Porté par une écriture réaliste, néanmoins tout autant rêveuse et sensuelle, comme à l’occasion de « la bibliothèque au miel », envoûtante même, le roman de Lutz Seiler, par ailleurs poète et nouvelliste[5] né en 1963 en Thuringe, sait émouvoir son lecteur. L’on sait qu’il s’agit d’un roman partiellement autobiographique, puisqu’en l’île d’Hidensee il fut lui-même employé saisonnier d’un hôtel ; là il trouva sa vocation poétique. Même si la dynamique narrative n’est pas toujours au rendez-vous, Kruso s’imprime dans la mémoire du lecteur comme un code secret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Du regard subjectif des personnages et des romanciers, passons à celui qui se voudra plus objectif, de l’historien. Dans Le Pays disparu, Nicolas Offenstadt pose ses pas Sur les traces de la RDA. Ainsi, dans une usine abandonnée de Schwerin, un « dossier personnel » éparpillé sur le sol devient un « objet sous contrôle, prêt à être rationnalisé, ou du moins pensé par l’historien ». Le dossier de cette comptable l’amène à la rencontrer, plusieurs années après l’abandon, nous procurant un récit non dénué d’émotion.

      À l’instar de Meno, un personnage de Tellkamp qui conclue le volume avec des « journaux lavés dans l’eau », des « proclamations, oukases, livres, blocs-notes [qui] tombent en vrille en direction des hélices d’une turbine dans laquelle ils sont ramollis et déchiquetés », Nicolas Offenstadt est un explorateur urbain des documents résiduels, avant leur disparition imminente. Au lieu de les vomir avec la roue de l’Histoire, ainsi que le fait avec ironie le romancier, l’historien les traque, les collectionne, les scrute et en extrait la substantifique moelle.

      Il n’est pas sûr que la critique de la « délégitimation » faite par Nicolas Offenstadt ait notre assentiment. Légitimer la RDA reste une gageure au regard de cette partie annexée de l’Allemagne par le communisme soviétique, de façon à en faire un régime satellite, une industrie faussement prospère, un camp de concentration à ciel ouvert entre des barbelés à l’échelle d’un pays, une pauvreté pitoyable, une économie instantanément obsolète et dépassée par le capitalisme voisin qui entraîna la prospérité générale. Seul miracle, sa disparition paisible, en moins d’un an, entre novembre 1989 et octobre 1990, son investissement par l’aide économique occidentale, même si l’ombre du chômage put partiellement oblitérer cette douce vengeance légitime de l’Histoire. Aussi nombre d’ex-Allemands de l’Est, surpris d’ailleurs que l’on s’intéresse à leur passé, malgré un long corset de fer étranglant leur liberté, manifestent un attachement à ces décennies enfuies. Il faut comprendre que ce serait un peu se renier que d’affirmer le contraire. Il faut cependant émettre à ce propos une réserve d’importance : l’Historien n’a rencontré aucune des victimes de la Stasi, qui auraient bien des raisons d’en vouloir à ce symbole du communisme est-allemand : une redoutable police politique tatillonne, tyrannique et omniprésente.

      Aujourd’hui encore, et malgré l’aide considérable apportée à l’ex Allemagne de l’Est, sauf à Berlin, Dresde ou Leipzig, les villes moyennes et les campagnes sont à la traîne. S’il faut jeter tout cela au passif monstrueux du communisme, Nicolas Offenstadt rappelle que le nombre des crèches, proportionnellement plus élevé qu’à l’Ouest, permet de ne pas faire que jeter un monceau d’opprobres sur le passé.

      Ne subsiste à peu près plus que la mémoire, dans les esprits des déjà anciens, dans les friches industrielles, les immeubles de la Stasi, les vide-greniers et les Trabant. C’est ainsi qu’un brin d’« ostalgie » est entretenu. C’était gris et mal payé, au moins tout le monde avait un travail, ou était pensionné en prison, et l’on préfère un folklore passablement mensonger. Voire une idéologie qui, devant l’épreuve pourtant visible des faits, préfère vanter un communisme bienheureux ou, du moins, s’il avait été mieux appliqué, meilleur encore. C’est ainsi que la « connaissance inutile[6] » est balayée par la superstition marxiste…

      Reste que la démarche d’archiviste des friches urbaines, des rebuts et des traces, pratiquée par Nicolas Offenstadt, est aussi attachante que pleine de suspense. Comme cette Maison de la culture (une antiphrase en pays communiste, malgré l’abondance de fresques, mosaïques et sculptures propagandistes) désertée à Francfort sur l’Oder, et qui, après le passage de l’enquêteur, un soupçon poète élégiaque pour l’occasion, succombe sous le coup d’un incendie. Car rien de plus étonnant qu’un pays qui, d’un coup, abandonne son Histoire, non pas saccagée comme Rome par les Barbares, mais dispersée dans la poussière avec la fin espérée des Barbares. Originale est à cet égard l’ostgraphie réalisée…

 

      Adieu Marx, Lénine et Staline, jetés aux poubelles de l’Histoire, quoiqu’il en reste d’absurdes nostalgiques. Comme lorsqu’en 2003 Wolfgang Becker sortit un film intitulé Good Bye Lenin qui obtint un fort et ambigu succès. Suite à la fuite vers l’Ouest de son mari, Maman Kerner s’investit à fond dans la société communiste berlinoise, au point d’être fêtée par le Parti. Mais à partir d’octobre 1989, un infarctus la condamne à six mois de coma. C’est à son réveil que ses enfants décident, pour la ménager, de lui cacher la chute du régime, l’occidentalisation, l’insolence du capitalisme, au point de réaliser de fausses informations télévisées et d’enrôler des comparses, tombés dans le chômage. Quoiqu’elle ne soit plus longtemps dupe, elle joue le jeu auprès de son fils, reconnaissante d’un tel amour… Faut-il lire ce film, outre l’hommage à l’amour filial, comme l’allégorie d’une nostalgie communiste émerveillée, cependant grotesque et coupable ? À moins qu’il faille l’imaginer comme un vaste apologue ironique…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Tellkamp est parue dans Le Matricule des anges, avril 2012

 

[2] Georges Gusdorf : Mythe et métaphysique, Champs Flammarion, 1984, p 315.

[5] Lutz Seiler : Le Poids du temps, Verdier 2015.

 

Steinegg / Collepietra, Trentino Alto-Adige / Südtirol. Photo : T. Guinhut.

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 16:37

 

  Stiftsbibliothek St. Gallen, Schweiz.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

La langue sauvée d'Elias Canetti,

 

des Années anglaises à L'Amant sans adresse,

 

jusqu'au Livre contre la mort.

 

 

 

Elias Canetti : Les Années anglaises,

traduit de l’allemand par Bernard Kriess,

Albin Michel, 360 p, 21,50 €.

 

Elias Canetti, Marie-Louise von Motesiczky :

Amant sans adresse, Correspondance 1942-1992,

traduit de l’allemand par Nicole Taubes, Albin Michel, 480 p, 25 €.

 

Elias Canetti : Le Livre contre la mort,

traduit de l’allemand par Bernard Kreiss,

Albin Michel, 504 p, 25 €.

 

 

 

Jusqu’où faut-il livrer à autrui les couleurs et l'ombre de sa vie ? Les aficionados du grand européen Elias Canetti, de celui qui eut « la conscience des mots » (pour reprendre le titre d’un de ses volumes d’essais), resteront peut-être sur leur faim en abordant le dernier volet tant attendu de son autobiographie. Depuis La Langue sauvée où le premier souvenir d’enfance était la menace de se voir couper la langue, il semble là que la mort lui ait mangé une partie de la langue. Car nous lisons ici un inachevé, encore fragmentaire, rassemblé et ordonné à l’instigation de sa fille, après le décès de l’écrivain, en 1994. Cependant, mieux que la correspondance de L’Amant sans adresse, aux points de vue curieux, voire indiscrets, ce quatrième volet, après Le Flambeau dans l’oreille et Jeux de regards, n’en rassemble pas moins la parole, l’écoute et la vision pour balayer avec sagacité, après la riche scène viennoise, celle de ses Années anglaises. Jusqu’à ce que l’auteur de Masse et puissance se fasse le juge intransigeant de la mort.

 

Depuis La langue sauvée, en passant par Le Flambeau dans l’oreille, le troisième volet de cette autobiographie, assimilable au genre pourtant dissemblable du roman de formation, et titré Jeux de regard[1], se fermait sur la montée des périls nazis autour de l’Autriche et sur la mort de la mère à Paris. Juif d’origine sépharade, il doit s’exiler en Angleterre à partir de 1939. D’où ces Années anglaises. Reconnaissant de cette hospitalité, il n’en perd pas pour autant son sens critique devant une société qu’il admire pour son héroïsme réservé et dont il dissèque néanmoins sans indulgence les mœurs exotiques. Car la plume de Canetti est aussi acérée que son regard. Parfois acide. C’est ainsi que le grand poète, le dramaturge assis, l’éditeur incontesté, le prix Nobel (bien avant Canetti) Thomas Stearn Eliot lui-même n’échappe pas à sa griffe. Sous le vernis des convenances anglaises, il détecte infailliblement les fausses valeurs. Sûrement est-il injuste lorsqu’il ne reconnaît pas la nouveauté et la beauté des poèmes de La Terre vaine et des Quatre quatuors, mais les masques de l’establishment l’insupportent à juste titre. Sans compter la propension du maître à exploiter son pouvoir, à faire de l’argent… Car pour les Anglais, « l’orgueil devient véritablement un art ». Sans doute Canetti est-il meurtri de la méconnaissance de ses hôtes envers son grand roman Autodafé, et des « humiliations subies ». Malgré une stérile amoureuse aventure avec Iris Murdoch, il ne manque pas de déboulonner la romancière philosophe, « servile » et « scolaire ». Sa langue serait-elle soudain vipérine ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La galerie de portraits n’assèche cependant pas ses modèles, personnalités célèbres ou petites gens. Même sa frêle logeuse qui tient la guerre pour irréelle, se voit affublée d’une personnalité énergique lorsqu’elle apostrophe les buveurs à la porte des pubs « afin de les mettre en garde contre l’exemple qu’ils donnaient ». Son mari est un pasteur qui passa de secte en secte et avec qui Canetti doit « faire du Hölderlin ». Un « balayeur de rues » est un maître en conversation. Une « prophétesse » visite les maisons et sans le vouloir, initie notre narrateur à la poésie de Blake. Mais ce sont les « glaciales » réceptions londoniennes qui le mettent au contact de toute une intelligentsia. La modestie ambiante cache cet orgueil anglais, qui « devient véritablement un art », ainsi qu’une étonnante brochette de « préjugés victoriens », même en présence d’un être aussi supérieur que le philosophe au rire de « satyre », Bertrand Russell. Canetti aime à côtoyer également des aristocrates excentriques, ornithologue ou passionné de rhododendrons, de revenants…

Ecrite cinquante ans après les faits, cette chronique d’une époque cruciale, pendant qu’il s’attelle, sous les bombes du Blitz, à son œuvre maîtresse de philosophie politique, l’essai  Masse et puissance, est un éloge de la démocratie anglaise : « Dans un monde tonitruant de vérités martelées par des guides suprêmes de tout bord, mon admiration pour ce système parlementaire ne connut bientôt plus de bornes ». Mais aussi un pénétrant défilé de « caractères ». Comme lorsque dans Le Témoin auriculaire, Canetti croquait avec un talent coruscant cinquante personnalités à la façon d’un La Bruyère contemporain, depuis « la cousine cosmique » jusqu’au « papyromane », en passant par « le frétille-au-malheur ». Lors de ces Années anglaises, il confirme : « j’ai toujours été un espion, un espion à l’affût de tous les modes de jeux pratiqués par les hommes ». L’incessant échange entre un exceptionnel don d’observation et une omnivore curiosité culturelle fait tout le prix de cette vie changée pour nous en écriture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourtant, le grand Canetti, ce modèle de l’humanisme viennois et européen aurait donc tissé tant de liaisons extra-conjugales pour aboutir à des textes d’un intérêt discutable ? Ce qu’au-delà de son mariage avec Veza ne révèlent pas les volumes de son autobiographie, de La Langue sauvée à Jeux de regards, qui courent de 1905 à 1937, sans compter Les Années anglaises. C’est en 1941, en Angleterre, que deux exilés échappés de la tyrannie nazie se rencontrent : il vient de publier son roman Autodafé, Marie-Louise est peintre et admirative de sa culture, de son talent ; leur relation restera, il y insiste, clandestine, sans que son œuvre en porte trace.

Ne lisons pas en censeur cette Correspondance inédite, mais en respectant les sentiments passionnés de la femme et ceux plus secs de l’homme, même s’il loue son talent pictural. Car il ne se montre pas prioritairement sous son meilleur jour. Combien de fois retentissent les mots « argent » ou « colère »… On a beau être un magnifique écrivain, on n’en a pas moins un caractère difficile et l’ambition de faire connaître une œuvre à laquelle doit se dévouer Marie-Louise, cœur, corps, propagande et porte-monnaie… Sa vanité est parfois insupportable : « tu as affaire à l’œuvre d’un des plus grands esprits qui aient jamais vécu ». Sans compter qu’il ne s’empêche pas d’être jaloux, quoiqu’il ait d’autres maîtresses, dont la romancière Iris Murdoch. Rarement, il prend conscience de sa virulence. L’auteur du pertinent essai Masse et puissance pesa sur sa correspondante de toute sa masse, jusqu’à ce que le prix Nobel confirme sa puissance, en lui permettant de lui reverser une partie de la dotation…

S’agit-il, en cette correspondance, d’une publication indispensable ? Pour user de qui fit profession d’autobiographe, certes. Mais il y a parfois chez le lecteur curieux de connaître les plis d’une personnalité, les jalons d’une carrière, l’impression de coller un œil indiscret derrière le trou de serrure qu’est ce volume aux cinq décennies. Le filtre de l’écriture autobiographique et de sa construction protégeait l’œuvre de Canetti d’une aura presque romanesque, tout en lui permettant une richesse aussi accessible que savante. Alors que le dévoilement de la correspondance ne permet guère autre chose que le déballage, au mieux documentaire. Là où la « langue » n’a pas « sauvé » la vie… Il est néanmoins évident que nous ne livrerons pas ce volume à un autodafé, pour reprendre le titre de son roman effrayant : Autodafé. Dans lequel Kien, un savant sinologue, voyait sa bibliothèque soumise à l’ire d’une servante vulgaire qu’il avait pourtant épousée. L’apologue est d’une rare puissance lorsqu’il pense l’incompréhension et la détestation de la culture, non loin d’ailleurs de l’analyse magistrale du fascisme et de ses leviers dans son essai Masse et puissance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Comment est-ce possible ? Des inédits d’importance celés depuis 1994, l’année de la mort du grand Européen Elias Canetti… Probablement s’agissait-il d’un vaste essai en projet, un « work in progress » sans cesse abandonné, repris de loin en loin, remis sur le métier sans que ces notes se coagulent en un réel livre. Même si quelques dizaines de pages furent incluses dans Le Territoire de l’homme. Et comme de juste, interrompu par le décès de l’écrivain, puisque, sans vouloir concurrencer Le Livre des morts égyptien, il s’agit rien moins que Le Livre contre la mort. Il n’a pas été le talisman qui pouvait protéger l’essayiste de redevenir poussière ; mais il reste pour ses lecteurs provisoirement vivants une confession intime, un vade-mecum, un philosophique memento mori.

      Parmi les nombreux projets de Canetti flottait une « Comédie humaine des fous », qui devait intégrer un roman qui ne vit jamais le jour. Considérons donc Le Livre contre la mort comme un chantier qui ne trouva jamais son élan narratif, malgré des bribes de récits enchâssées dans un continuum de notes, de citations, d’aphorismes, échelonnées de 1942 à 1994. Car ressentie par tous, infligée à autrui, parfois jusqu’au meurtre de masse, « il semble que la connaissance de la mort soit l’événement le plus lourd de conséquences de l’histoire humaine ».

      Faut-il lire in extenso ce volume, ou l’économiser pour avoir le plaisir, peu morbide au demeurant, de grappiller parmi le conte de celui qui donne « ses propres années », et parmi les miettes de pensée : « pouvoir encore mourir lorsqu’il devient insupportable de vivre » ? Peu à peu émergent des lignes de force : la mort humaine côtoie l’animale, la mémoire des disparus est dépassée par l’Histoire mondiale, l’anecdote est transcendée par le mythe. Il met en scène les sympathisants de la Faucheuse comme ceux qui l’ont en horreur. La tendresse le dispute à l’ironie lorsqu’il brocarde  « Quelqu’un qui craint les fleurs parce qu’elles se fanent », où à l’humour fantaisiste : « Elle s’est pendue haut et court à ses faux cils ». Parfois ce sont des pages de journal conjuguant introspection et confession, jusqu’à la révolte métaphysique : « devenir immortel. Dieu qui n’existe pas m’en soit témoin, je n’ai rien voulu de tel : je ne suis ni amant ni Christ ni artiste, mais je n’admets pas la mort, et c’est tout. » La colère, la mélancolie n’ont pas ici pour ennemi la satire au sens des Caractères de La Bruyère, ni les facéties douces-amères : « Que deviendront, s’il vient à mourir, les pièges à souris dans son appartement ? ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ce grand lecteur confie avoir fait des « orgies de livres », et les achetait alors qu’il ne les lirait probablement pas tous, en « une manière de défier la mort ». L’obsession du bilan de ses propres œuvres s’affirme au travers de « deux desseins » : « l’un, le moins important, à savoir la connaissance de la masse, avait été poursuivi avec un certain succès, l’autre, de loin le plus ambitieux, à savoir la récusation de la mort, s’était soldé par un terrible échec ». Son roman Auto-da-fé et son essai Masse et puissance sont en effet des sommets de l’analyse du totalitarisme populaire. S’il n’a pas fait du présent volume un essai construit, achevé, il n’est pas sûr qu’il faille le déplorer. Le plaisir venu de la finesse de l’humour et de la profondeur de la pensée, sans hauteur orgueilleuse, est amplement suffisant. La prose est variée dans ses motifs et ses registres, le crayon (car il taillait sa collection de crayons) toujours vif et piquant.

      Il y a une cohérence dans le parcours d’Elias Canetti. Le premier volume de son autobiographie viennoise s’appelait La Langue sauvée ; en quelque sorte sa vie est sauvée par le livre, car l’œuvre d’art, en l’absence de transcendance divine, seule dépasse la mort. En effet, disait Proust, « La vraie vie c’est la littérature ».

 

Certainement il faut se retourner vers les trois premiers volumes de l’autobiographie pour retrouver tout le goût de La langue sauvée, pour ouïr Le Flambeau dans l’oreille, et jouir des Jeux de regard. Cette « histoire d’une vie », de 1905 à 1937, depuis la Bulgarie des Juifs sépharades, jusqu’aux rencontres viennoises avec une vie culturelle cosmopolite et bouillonnante, en passant par l’éducation affective, amoureuse et les tempêtes politiques, reste en sa trilogie, un chef d’œuvre. Qui, peut-être, s’est vu signifier son coup d’arrêt avec la prise de pouvoir d’Hitler sur l’Autriche. La geste autobiographique, langue coupée de l’Europe centrale, a perdu de sa brillance ; certes au profit du roman et des essais. Les années anglaises, correspondance comprise, sont alors de moindres escarbilles tombées du flambeau de Canetti. A moins de considérer que cette suite parcellaire et inachevée, rassemblée de manière posthume, ne puisse être que des notes en vue du dernier volet d’une tétralogie qui n’a pas eu l’heur de voir le jour dans toute son alacrité. Canetti ne pouvait manquer de savoir que l’écriture autobiographique n’est pas le simple fil de la plume, ni la seule prise de notes documentaires, mais la construction d’une œuvre, le poli d’une écriture qu’il aurait peut-être mené à bien. Ce que l’on devine lors de ces pages parfois splendides, que, malgré des accès de mauvaise humeur et le bec de la satire, l’on « peut considérer comme une initiation à l’art de la sociabilité »…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Les Années anglaises a été publiée

dans Le Matricule des anges, juin 2005,

celle sur Le Livre contre la mort, février 2018.

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Tous volumes publiés chez Albin Michel.

 

 

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 20:26

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Goethe, le géant francophile

de la weltliteratur :

Goethe et la France, à la

Fondation Martin Bodmer.

 

 

Goethe et la France,

sous la direction de Jacques Berchtold, La Baconnière /

Fondation Martin Bodmer, 296 p, 46 €, 49 CHF.

 

 

 

      Bien que né à Francfort en 1749, Goethe pratiquait sous la direction de son père et avec sûreté le français, au point de préférer plus tard relire son Faust dans la traduction de Gérard de Nerval parue en 1828, par ailleurs illustré dès 1826 avec un fantastique brio par Delacroix. Dans ses Mémoires, le dramaturge, poète et romancier, raconte avoir suivi la Révolution française et la bataille de Valmy ; plus tard il vit en Napoléon Bonaparte « une individualité géniale agissante à l’échelle du surhumain », quoique avec un rien d’imprudence intellectuelle. L’auteur du Faust, qui, d’abord romantique passionné du Sturm und Drang, s’assagit ensuite en un renouveau du classicisme, n’eût pu donner toute sa mesure sans son intime connaissance de la culture française. Ce pourquoi la Fondation Bodmer, sise à Genève, nous ouvre les portes d’une exposition judicieuse et d’un catalogue tout autant somptueux : Goethe et la France.

 

      Non sans étonnement, l’on découvre que le tout jeune Wolfgang apprit par cœur les vers alexandrins de Phèdre, qu’il goûtait Racine et Voltaire au point de s’en imprégner avec délectation à Francfort, de traduire Mahomet ou le fanatisme[1] en 1802, et d’imaginer une Iphigénie en Tauride, qui est une récriture d’Euripide en même temps qu’un hommage au classicisme français. L’homme mûr diffusa et fit jouer ses dramaturges choyés à Weimar, lorsqu’il y fut bibliothécaire et directeur théâtral. Ce qui ne peut manquer de nous inviter à tendre la main vers la biographie la plus fine du géant des lettres allemandes qui soit : celle par Pietro Citati[2].

 

 

      Curieusement, Rabelais jette son ferment dans l’écriture du Faust, en particulier parmi les scènes de taverne et de sabbat dans la « nuit de Walpurgis ». Mais c’est Rousseau qui laisse une sensible et récurrente empreinte, lorsque le savant Faust visite avec émotion la chambre de Marguerite, un peu comme le fit Saint-Preux de celle de Julie, dans La Nouvelle Héloïse. On note également les parallèles entre les couples amoureux de ce roman épistolaire et ceux des Affinités électives. De même, nous découvrons, grâce au regard critique affûté de Jacques Berchtold, ce que Goethe doit au philosophe des Lumières, lorsqu’un écho du Contrat social s’entend à l’occasion des activités de législateur du vieux Faust, qui, outre les prières de Marguerite, lui vaudront, en dépit de son infernal contrat avec Méphistophélès, l’accès au paradis. Ce dernier personnage diabolique n’est pas sans rappeler par ailleurs l’Asmodée du Diable boiteux de Lesage. Reste que cette somme d’influences, parfaitement digérée, n’enlève rien à l’esprit de synthèse du génie créateur goethéen : la faustienne aspiration à l’infini dépasse le classicisme en s’emparant du Sturm und Drang.

      Notre génial francophile fut en retour très tôt traduit dans la langue de Voltaire. Depuis ses passionnées et passionnantes lettres des Souffrances du jeune Werther, jusqu’aux vastes romans d’éducation qui mettent en scène les années d’apprentissage et de voyage de Wilhelm Meister, en passant par les ballades poétiques et les plus secrètes et érotiques Elégies romaines, quoique rendues par bien des euphémismes en 1837, il fut, à l’égal de Shakespeare (qu’il connaissait bien) le mentor de nos romantiques. À la suite de Madame de Staël, qui l’introduisit en France, Berlioz fit du mythe goethéen par excellence un opéra : La Damnation de Faust, avant celui de Gounod.

      Plus étonnant encore, l’on apprend combien Diderot « a soulevé l’enthousiasme de Goethe », en particulier Le Neveu de Rameau, qu’il traduisit, et qui fut traduit en retour par deux Français qui le présentèrent sans scrupule comme un inédit de Diderot ! Et combien Goethe était en admiration devant les tableaux, marines et paysages, de Claude Lorrain et de Nicolas Poussin, avant de succomber au sublime du « Serment des Horaces » de Jean-Louis David, emblème du néoclassicisme. Notre monstre de travail traduisit également l’Essai sur la peinture de Diderot.

 

Tonny Johannot : gravure pour Goethe : Werther, Lecou-Hetzel, 1852.

Photo : T. Guinhut.

 

      Ce bel ouvrage collectif, Goethe et la France, dont l’ombre de la couverture blanchit la silhouette ailée  de Méphistophélès battant les airs par Delacroix, édité à l’occasion de l’exposition homonyme (du 12 novembre 2016 au 23 avril 2017) à la Fondation Bodmer de Genève, est bien plus qu’un catalogue. Les tableaux, gravures, pages d’herbier (dans la tradition de Rousseau herborisant), les délicieuses reliures, ici pullulent pour notre émerveillement, surtout si l’on a la chance de frôler avec le plus grand respect les vitrines de la Fondation aux contenus si émouvant, car venus d’un passé prestigieux. Même si l’on aura la présomption de relever une erreur : le dessin illustrant le baisemain passionné de Werther (p 106) n’est pas de Moreau le Jeune, mais de Tony Johannot (voir photographie infra). L’ouvrage ne se contente pourtant pas d’offrir au regard de parfaites illustrations reproduisant manuscrits autographes et autres éditions rares, tableaux, gravures et aquarelles, y compris de la main du maître, qui embrassa l’Aufklärung des Lumières, le Sturm und Drang, version tempétueuse du romantisme, et un nouveau classicisme olympien. Pour preuve les textes merveilleusement érudits -et néanmoins limpides- de Jacques Berchtold, le maître d’œuvre avec trois études à son actif, dont l’introduction, où il s’agit d’éclairer l’admiration pour l’Empereur conquérant, mais aussi pour le libéralisme politique de Guizot. Plus loin, l’un des contributeurs, Claude Rétat, s’intéresse au rapport intime de Goethe avec la franc-maçonnerie, qui se veut non seulement un dialogue entre les cultures des deux côtés du Rhin, mais un universalisme. La curiosité goethéenne devient encyclopédique, voire cosmique, lorsqu’il va jusqu’à examiner La Métamorphose des plantes, s’intéresser aux formes et aux composantes des nuages, quand sa Théorie des couleurs le place au centre des débats esthétiques européens.

 

Tonny Johannot : gravure pour Goethe : Faust. Michel Lévy, 1868.

Marguerite, Méphistophélès et Faust. Photo : T. Guinhut.

 

      Saluons ici, et une fois de plus après ses expositions Sade[3] et Frankenstein[4], le travail de la Fondation Bodmer, musée d’art et de bibliophilie sis sur la rive sud du lac de Genève. Outre ses mirifiques collections de livres anciens, rares et précieux, comme une Bible à 42 lignes de Gutenberg, un long papyrus du Livre des morts égyptien, ses têtes romaines et son Aphrodite[5], elle érige des expositions temporaires, comme celle sur Michel Butor[6], qui sont autant de rares moments de bibliophilie que des jalons de la littérature européenne. On ne doit pas s’étonner de l’intérêt de la Fondation pour Goethe : en effet le zurichois Martin Bodmer lui-même (1899-1971), dont la collection nourrit cet espace et concept fabuleux, considérait le titan allemand comme son mentor.

 

      Parmi les études somptueusement illustrées qui jalonnent ce catalogue, l’on retiendra enfin, de Jérôme David, une perspective sur la « Weltliteratur », qui est « une littérature mondiale d’envergure universelle », où « la poésie est un bien commun de l’humanité », selon les mots même de Goethe, tels qu’il s’en entretint avec Eckermann. C’est à la fois le projet goethéen dans toute son ampleur, car il sut aller au-delà de l’aire franco-allemande, puis italienne, narrant son Voyage en Italie, et en s’inspirant du lyrisme persan d’Hafiz pour écrire les poèmes du Divan d’Orient et d’Occident, et le projet de la Fondation Bodmer, qui accueille un sceau cylindrique sumérien relevant de l’Epopée de Gilgamesh ou des livres anciens venus du Japon. Au-delà d’un étroit nationalisme, et d’abord européenne, l’ère du cosmopolitisme est née…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’un article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des anges, janvier 2017

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 16:56

 

Orchis pyramidal. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les ailes brisées d’Ingeborg Bachmann :

 

Toute personne qui tombe a des ailes

 

(Poèmes 1942-1967).

 

 

 

Ingeborg Bachmann : Toute personne qui tombe a des ailes (Poèmes 1942-1967),

traduit de l’allemand (Autriche) et présenté par Françoise Rétif,

Poésie Gallimard, 594 p, 13,50 €

 

 

 

 

      Depuis 1973, Ingeborg a rejoint la « Grande Ourse ». En d’autres termes, l’éternité du titre de l’un de ses plus beaux poèmes, parmi cette anthologie, qui puise son titre dans l’« Invocation à la Grande Ourse ». On connait le destin météorique de l’autrichienne Ingeborg Bachmann, née en 1926, qui jouit très vite du succès poétique et romanesque, et s’éteignit dans le feu de son lit romain, à 47 ans. Celle qui fut l’amie de Paul Celan, à qui la lia une belle correspondance[1], trouve en ce richissime recueil bilingue, et au regard du lecteur français fasciné, la place brûlante qui lui revient au fronton de la poésie universelle.

 

      Toute personne un tant soit peu sensible à la poésie ne peut que tomber d’admiration devant les ailes poétiques d’Ingeborg Bachmann. D’autant que depuis 1989 nous n’avions entre les mains qu’une anthologie[2] à peu près trois fois moindre que celle-ci : cette nouveauté non seulement est plus copieuse en ce qui concerne les recueils, mais aussi les nombreux inédits retrouvés (y compris en allemand) et conservés dans la Bibliothèque nationale autrichienne. Depuis ses seize ans, en une presque rimbaldienne précocité, sa quête du vers sensible et explosif ne se cristallise qu’en deux recueils publiés par ses soins : Le Temps en sursis, en 1953, et Invocation de la grande ourse, en 1956. Quoique lectures et revues mirent en lumière bien d’autres poèmes, sans compter les abondants feuillets posthumes de son appartement romain.

      Pour grossièrement catégoriser son art, « Angoisses » et amour se partagent par éclats ses vers tendus jusqu’à se briser. En ce sens, un texte de jeunesse commence par « Demain je veux partir / et parcourir le vaste monde », continue par « je veux mettre le feu à ma maison », puis « je veux mettre ma tête dans mon cœur », pour s’achever par « Je veux être décédée », en une terrible préfiguration.

      Celle qui « ne peux vivre sans ressentir la présence toujours / d’une étincelle de de feu clair […] cherche l’amour aux ultimes confins », fait ainsi sa « Profession de foi » poétique et existentielle. Certes, la rencontre, en 1948, de Paul Celan, est fondatrice, mais c’est d’abord à elle-même qu’Ingeborg Bachmann doit ses obsessions et ses fulgurances.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Jeune rebelle antinazie dans la Carinthie de 1944, ce dont témoigne son Journal de guerre[3], elle souffrira toujours de l’idéologie fasciste résiduelle en son pays et chez son père, mais aussi de la guerre froide et de la menace atomique. La poésie est alors libération et « refus de tout conditionnement, de tout embrigadement », pour reprendre les mots de Françoise Rétif. Les jeunes poèmes amoureux font place, dans Le Temps en sursis, à une remémoration douloureuse de l’Histoire, alors qu’ils reviennent dans la trainée de poudre lyrique qui incendie l’Invocation à la Grand Ourse. Du jeune Felician, au dialogue complexe avec Paul Celan, en passant par la liaison avec Max Frisch, l’élan amoureux ne s’interrompt guère, y compris lorsque cet échange se fait système d’échos et de répons, d’influences réciproques, avec l’auteur de Grille de parole[4]. « Rester au niveau biographique, qui est celui de l’échec de l’amour, occulterait la dimension poétologique de la relation à l’autre », affirme cependant avec une réelle pertinence Françoise Rétif.

      « Nous éclairâmes l’obscur du bout de nos doigts », écrit Ingeborg en pensant à Paul… Pense-t-elle à Celan, lecteur privilégié, lorsque dans ce qui est un réel poème en prose (forme rare chez elle), « Le poème au lecteur », l’invocation est aussi sensuelle que spirituelle : « je veux éclater dans tes sens et ton esprit comme les veines d’or dans la terre » ? Pense-t-elle à lui encore, lorsque, dans « De l’obscur à dire », elle opère une orphique métamorphose :

Comme Orphée je joue

sur les cordes de la vie la mort

et face à la beauté de la terre

de tes yeux qui administrent le ciel

je ne sais dire que de l’obscur. »

      Qui sait si les chants les plus bouleversants ne sont pas au sein des « Chants en fuite » ? Tel ce cri de déploration :

 

« Mais moi je gis seule

dans l’abattis de glace, pétrie de plaies

 

La neige ne m’a pas encore

bandé les yeux.

 

Les morts pressés contre moi

font silence dans toutes les langues[5].

 

Personne ne m’aime et n’a

brandi de lampe pour moi. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il faut bien du talent, de la sensibilité pour traduire la langue elliptique, parfois brutale et cruelle, délicieusement déroutante, souvent caressante, d’Ingeborg Bachmann, riche d’allusions aux contes et mythes, aux philosophes et écrivains longuement cultivés, comme Heidegger ou Shakespeare. Pour « amputer » l’intraduisible, lorsque, par exemple, le français n’a pas de neutre, avoue avec humilité Françoise Rétif qui tente parfois la rime. Vers rimés, vers libres, ces deniers savent l’art du lyrisme intensément évocateur autant que la métapoésie :

« Dois-je affubler une métaphore

d’une fleur d’amandier ?

crucifier la syntaxe

sur un effet de lumière ?

Qui se creusera les méninges

pour des choses aussi superflues –

J’ai appris à prendre en considération

les mots »

      L’on se souvient alors combien l’amande est une image hautement celanienne… Combien l’écriture est une lutte d’amour et avec l’ange, contre et pour le langage : « Moi avec la langue allemande / cette nuée autour de moi / que je tiens pour la maison / dérive à travers toutes les langues », écrit Ingeborg Bachmann dans « Exils ». Plus tard, les mots sont à la fois la métaphore de l’aimé et celle des poèmes :

« Adieu, vous les beaux mots, avec vos promesses.

Pourquoi m’avez-vous quittée ? Vous n’étiez pas bien ?

Je vous ai mis en dépôt chez un cœur, de pierre.

Faites là pour moi. Tenez bon là-bas, faites là pour moi une œuvre »

 

      Si vous êtes à la Grande Ourse, chère Ingeborg, dans la « nuit velue, / animal à fourrure, aux yeux antiques, / yeux stellaires », n’ayez pas de regrets, sachez que cette œuvre est plus que faite : peut-être parfaite. En effet, vous avez les moyens de votre prétention : « J’ai du génie / là où d’autres / ont un corps ». De surcroit, grâce à vous nous savons que « les êtres humains sont infinis / ils ont le droit, comme moi, / de ne pas mourir. »

 

      La généreuse préface de Françoise Rétif, le soin apporté à la traduction, aux notes, la surprise abondante des inédits, tout cela nous fait un peu regretter que Gallimard n’ait pas publié d’abord ce livre dans la collection « Du monde entier », au plus grand format. Ne rechignons cependant pas un instant devant notre plaisir autant sensuel qu’intellectuel : saluons dans cette abondante et sans cesse curieuse collection qu’est notre chère « Poésie Gallimard », un tel bonheur, si angoissé soit-il en ces vers aux ailes brisées. De l’auteure du roman-opéra inachevé Malina[6] (car elle écrivit des livrets pour le compositeur Hans Werner Henze), de nouvelles énigmes nous ravissent parmi les derniers poèmes retrouvés, comme cette « bouche ensauvagée » : « quand dans la bouche toujours ouverte la langue du désert / cherche ton humidité »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Ingeborg Bachmann : Poèmes, traduits par François-René Daillie, Actes Sud, 1989.

[3] Ingeborg Bachmann : Journal de guerre, Actes Sud, 2011.

[5] François-René Daillie traduit plus abruptement : « En toutes langues se taisent les morts contre moi serrés ».

[6] Ingeborg Bachmann : Malina, Seuil, 2008.

 

"J'ai couru sous le soleil parce que j'ai vu l'image.

Comme seulement on peut courir, sur une plage qui serait la plus solitaire du monde."

Ingeborg Bachmann.

Oberboden Alm, Sillian, Österreich. Photo : T. Guinhut.

 

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 18:06

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Emprunter les chemins de Goethe avec Pietro Citati :

 

Werther, Wilhelm Meister et Faust.

 

Pietro Citati : Goethe, traduit de l’italien par Brigitte Pérol,

L’Arpenteur Gallimard, 1992, 516 p, 28,40 €.

 

 

 

Qu’on ne s’y trompe pas : on n’ira pas chez Citati lire une énième biographie de Johann Wolfgang Goethe. Á ce compte-là, on ira plutôt consulter celle de Marcel Brion[1], qui est peut-être l’introduction à l’homme et à l’œuvre la plus aisée. Ou Poésie et vérité[2], autobiographie dans laquelle le maître de Weimar se raconte avec une fabuleuse confiance envers ses dons, ses curiosités et ses talents, même s’il s’arrête hélas son entreprise à l’âge de vingt-six ans. Mais si l’on croit savoir ce qu’il faut avoir vécu, observé, étudié et aimé pour être Goethe, on n’a finalement rencontré qu’un masque animé sous lequel, en un mystère de la création jamais résolu, se glissent et s’agitent les vies de ses personnages. Ceux-là mêmes élucidés par Pietro Citati.

 

Ce sont Werther, le légendaire amoureux romantique et suicidé pour lequel Goethe nous offre quelques éléments de la transposition et de son renoncement, et le tout jeune encore Wilhelm Meister, dont le théâtre de marionnettes enfantin est celui de l’auteur en gestation. Jusque-là, les clefs de la lecture biographique à la Sainte-Beuve restent opérantes pour déchiffrer l’œuvre achevée. Au-delà, seule une démarche comme celle de Citati fera rendre tout leur suc aux multiples figures qui culminent avec le Wilhelm Meister et ce second Faust qui nécessita trente ans d’écriture.

 

Resserrant son étude sur ces deux premières allégories de la condition humaine, peut-être faut-il une certaine familiarité avec Goethe pour lire avec plaisir et profit l’essai de Citati. Mais, avec lui, l’on pourra naviguer comme rarement dans le dédale de l’univers goethéen. Où, comme ses deux peut-être alter ego littéraires, Citati semble croire en sa bonne étoile, en la sauvegarde de son daïmon. Comme son modèle étudié, il a confiance en l’âme, nonobstant la connotation religieuse d’un mot peut-être pas si imprononçable dans notre contemporain (ne serait-ce que parce que Julia Kristeva l’utilise à l’envi dans Les Nouvelles maladies de l’âme[3]). Ainsi, ses héros pourront devenir ce qu’ils sont, en une nietzschéenne préfiguration. Si Werther ne devient qu’un cadavre, c’est par la vocation morale de l’écrivain, qui s’est ainsi délivré de cette tentation : mieux vaut suicider son personnage que soi-même, et faire œuvre de l’impossibilité amoureuse pour l’édification du lecteur. Quoiqu’une poignée d’entre eux eut l’insolence de revêtir l’habit bleu et jaune de Werther pour s’expédier dans l’autre monde d’un coup de pistolet.

Quant à Wilhelm Meister, jeune homme de théâtre itinérant, il se laisse promener parmi les plus romanesques aventures de l’existence, parmi lesquelles culmine la rencontre de la mystérieuse et attachante Mignon, qu’il ne comprend pas. Or, en ce roman d’initiation, il a besoin d’être guidé par « la Société de la Tour » pour se déterminer et se mettre enfin à travailler au bien-être de la société. Ce en quoi il rejoint la fin de Faust, qui se consacre à creuser des canaux au service de l'humanité, action qui lui vaudra, au-delà de son pacte méphistophélétique, d’être sauvé. Seule la puissance de connaissance et d’action de Faust peut permettre à Wilhelm Meister de toucher aux archétypes et aux intensités de l’expérience humaine et surhumaine, même si c’est pour buter contre le sarcasme de Méphistophélès, « l’esprit qui toujours nie », lui-même balayé par ce Dieu qui sauve à son nez et à sa barbe son grandiose élève. Il n’est alors pas indifférent de constater que Goethe, après le romantisme de Werther, revient en son classicisme, aux valeurs des Lumières allemandes, de l’Aufklärung de Kant…

 

Quand avec ses deux héros, mais non sans l’ombre de Faust, et en osmose avec Goethe, Citati parcourt le jardin du monde, on trouve, en son volumineux et nourrissant essai, une foi peut-être naïve, mais rafraichissante, en les possibilités de l’homme. S’il n’a pas l’ambition d’instaurer une distance critique, il veut d’abord comprendre et aimer son modèle, comme il aimera tour à tour Proust ou Kafka. Il raconte, commente et déplie, avec simplicité et émerveillement, grâce à une large culture, les rôles symboliques auxquels il s’identifie.

Rencontrer Werther, c’est trouver l’aporie de nos amours non réciproques et la passion qui innerve de son souffle la pulsion de mort. Rencontrer Wilhelm Meister, c’est accomplir symboliquement notre propre roman d’aventure et d’apprentissage, non sans s’interroger sur le choix de nos amours et d’une carrière. Rencontrer Faust, c’est toucher de nos neurones les plus intimes la finitude du désir et de la connaissance humaines. C'est aller jusqu’en leurs rêves que seul Goethe a su aussi loin accomplir, comme lorsqu’il permet, à son héros d’être la cause de l’amour et de la mort de Marguerite, de tutoyer les infinis du pouvoir et de l’espace, de vivre avec la mythique Hélène, non sans l’indispensable adjuvant du pacte avec le diable, via Méphistophélès…

 

L’architecture des grands livres de l’humanité ne semble pas avoir de secrets pour Pietro Citati, ce Florentin né en 1930. A travers Werther, héros de l’échec, et Wilhelm Meister, héros de la réussite, mais également à travers la transcendance exigeante de Faust, sinon de l’immense spectre de l’œuvre entière, il élucide de « vastes complexes métaphoriques », dont la teneur éthique et poétique nous ravit. Au-delà de l’Olympien aux lourdes œuvres complètes, Citati nous restitue un Goethe léger et éclatant, passionné des vies et des fins de la vie. Comme dans La Lumière de la nuit[4], son essai sur « les grands mythes dans l’histoire du monde », qui se termine pourtant sur « La mort des dieux », nous avons l’impression de « toucher du regard les choses divines ». Qui sont celles de l’humanité la meilleure.

 

Thierry Guinhut

A partir d'un article -ici revu et augmenté- publié dans Europe, avril 1993

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Marcel Brion : Goethe, Génie et destinée, Albin Michel, 1949.

[2] Goethe : Poésie et vérité, Aubier, 1992.

[3] Julia Kristeva : Les Nouvelles maladies de l’âme, Fayard, 1993.

[4] Pietro Citati : La Lumière de la nuit, L’Arpenteur, Gallimard, 1999.

 

Goethe : Faust, illustré par Louis Icart, Editions Levasseur, 1943.

Photo : T. Guinhut.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 10:14

 

Ronenhutte, Dallenwil, Engelbergrental, Suisse. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Une résistance contre l’hydre du nazisme :

 

Hans Fallada : Seul dans Berlin.

 

 

 

Hans Fallada : Seul dans Berlin,

traduit de l’allemand par Laurence Courtois, Denoël, 736 p, 26,90 €.

 

 

 

La fiction est parfois plus efficace, et surtout plus vivante, que le document historique. Car elle donne un visage, une intimité permettant l’identification du lecteur avec des figures et des anonymes du temps disparu. C’est ce qu’a bien compris Hans Fallada en élevant une stèle romanesque au service des Allemands couchés sous le joug du nazisme. Seul dans Berlin, enfin intégralement édité, rend justice aux oubliés de l’infâme l’épopée aryenne. Là où des hommes et des femmes tiennent à rester debout, même sous le pire régime, même au dépend prévisible de leur vie.

 

Chronique des petits quartiers et des entreprises berlinois, le roman centré autour d’un immeuble devient vite éprouvant, étouffant, tant augmente la pression de l’omniprésent nazisme. Entre les « cartes de rationnement » et la pieuvre du parti, la victoire claironnée sur la France de 1940 ne fait guère d’effet aux petits héros et anti-héros désabusés de l’épopée. Une Juive, Frau Rosenthal, la famille Persicke, dont un fils, Baldur, est un SS surexcité, le couple Quangel, dont l’enfant vient de mourir sur le front de France, la factrice Eva Kluge sont les pivots de la tragédie. Exaspérés, le couple Quangel va prendre une décision inouïe : subrepticement distribuer des tracts antinazis parmi la ville. Hélas, ils ne tromperont que peu d’années la Gestapo, dont les archives, sous le nom des Hampel, conservent la trace de cette histoire vraie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si peu, une sourde résistance s’égrène : un vieux juge cache la dame Juive, la jeune Trudel, dont le fiancé vient d’être tué sur le front, appartient à une « cellule communiste » secrète, quoiqu’inefficace. Mais les héros du roman sont indubitablement les Quangel. Ce sont plus de deux cents cartes postales que le couple dépose parmi les gares, les cages d’escalier, « avec des appels contre le Führer et le parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables ». Leur courage hallucinant n’est pourtant guère payant. Les cartes sont à peine lues, aussitôt rapportées à la Gestapo par de zélés informateurs et de pleutres dénonciateurs : elles leur vaudront, en avril 1943, la décapitation. Quangel n’aura converti qu’un homme, celui qui finit par l’arrêter, et qui se suicide…

Fallada bénéficia, pour écrire son vaste et méticuleux opus, des dossiers que lui fournit le futur ministre de la culture de la RDA. Dossiers incomplets qui permirent au romancier de faire de ses personnages des figures nimbées d’un héroïsme sans faille, n’abdiquant rien de leur intransigeance. Alors que l’on sait qu’en prison, les Hampel se dénoncèrent l’un l’autre, renièrent leur antinazisme. En vain.

Dans la tradition du réalisme balzacien, chaque personnage correspond à un type humain : le nazi fervent, le nazi contraint, la Juive cachée dont le mari est incarcéré, mais aussi le dénonciateur, le profiteur, le délinquant minable, décliné en de multiples avatars. Il s’agit alors également un roman picaresque, à la suite du Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin[1], enchaînant les portrait de petites gens, de « moins que rien », de gueux, d’ivrognes, de voleurs et de menteurs, d’humbles méritants et de salauds carabinés, parmi des péripéties sordides, parfois d’un intérêt inégal. En ce sens ce n’est pas le nazisme qui fait ce peuple, mais ce peuple qui le fait, même si tous ne le méritent pas, si beaucoup le subissent sans rien avoir demandé, si d’autres en jouissent en sadiques consommés, en une radicalité du mal imperturbable, mais aussi en une banalité du mal, digne de l’analyse d’Hannah Arendt[2]. Ainsi la factrice Eva Kluge, dont le fils est un SS, « ne croyait pas que son garçon, qu’elle avait un jour porté dans son sein, serait capable de déshonorer des jeunes filles juives, pour les tuer aussitôt d’une balle dans la tête ». Pourtant, une photo le montre cognant la tête d’un enfant juif « contre le pare-choc d’une voiture ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le roman à thèse n’empêche pas l’efficacité, malgré de longs défilés de personnages secondaires, comme le pitoyable « tire-au-flanc » Enno Kluge qui séduit les femmes vieillissantes, un moment suspecté, pendant l’enquête de la Gestapo, digne du roman policier le plus sordide. Le témoignage et la charge contre le régime hitlérien contribuent au tableau de société sous la férule du totalitarisme, où toute l’économie, tout l’emploi, du moins pour ceux qui ne sont ni soldats ni dans les camps de concentration, sont tournés vers l’effort de guerre. Le favoritisme à l’égard des membres du parti est une institution. La propagande pullule. Le langage est également vicié : voler une Juive, c’est « aryaniser ses biens ». Comme dans 1984 d’Orwell, penser est un délit : « Qu’ils obéissent, c’est tout. C’est le Führer qui s’occupe de penser ». Car « dans cet Etat, pas même les pensées n’étaient libres. » L’Allemagne est l’achèvement de la tyrannie, là où « une moitié du peuple enferme l’autre ». Finalement, malgré l’inéluctable verdict, une morale paradoxale universelle se fait jour : « Vous savez très bien que celui qui est ici derrière les barreaux est convenable, et que vous qui êtes dehors n’êtes qu’une crapule, que le criminel est libre mais que l’homme convenable est condamné à mort ».

Ce n’est pas du haut du vaste panoramique de l’historien, mais auprès des petits, des sans-grades, qu’Hans Fallada nous présente l’Allemagne nazie. Certes l’omniscience du romancier permet de balayer les vies, les abominations, les émotions, les peurs et le courage de ses nombreux personnages, dont il ne nous épargne aucun détail dérisoire ou abject. Mais l’empathie du romancier est irremplaçable. Dans le cadre d’une nouvelle objectivité aisément satirique, non loin de ses contemporains, les peintres Otto Dix et George Grosz, il peint à l’acide, mais non sans tendresse ses personnages de prolétaires, de petits bourgeois, d’avocats pourris par le système, de procureurs haineux… Mais aussi dans des romans comme Quoi de neuf petit homme ?[3], en 1932, ou Les Employés[4], en 1929, dans lequel il dressa une fresque de la crise économique.

 D’abord écrit sous le nom de Rudolf Ditzen, car Fallada est un pseudonyme, Seul dans Berlin a l’insigne mérite de mettre l’accent sur la solitude de l’individu broyé par l’immense machine collectiviste de cette tyrannie qui s’incarne dans autrui, les voisins, l’administration, la police, la justice, les masses… Pensons également à la solitude d’Hans Fallada (1893-1947), lui-même arrêté pendant onze jours par les SA en 1933,  et qui s’est vu au sortir de la guerre contraint à écrire un pavé on l’on souffre, tue, meurt en surabondance. Travaillant comme journaliste à Berlin Est, c’est là qu’il écrivit Seul dans Berlin. Hélas, la mort cueillit trop tôt celui qui était poursuivi par ses addictions sévères, entre drogues, cigarettes et alcool. La censure soviétique tailla dans le vif en vue d’une publication posthume. Il fallait que les personnages soient exemplaires, en quelque sorte manichéens. C’est ainsi que l’on supprima le chapitre 17, « où l’on apprend qu’Anna Quangel était membre active de la Ligue des femmes nazies, la Frauenschaft ». Diverses coupes et modifications entachèrent l’édition de 1947, ainsi que la traduction française de 1967, comme l’appartenance de la factrice au parti nazi. Une résistante devait être une pure héroïne. Nous savons que la réalité est plus complexe. Ce que nous restitue cette nouvelle traduction, dans sa version originelle et débarrassée de toute censure. Le dur visage vert de gris du nazisme, parfois teinté du bleuté d’une résistance hélas vouée à l’échec, est ici exposé dans sa lumière la plus crue.

 

Ce qui jusque-là aurait pu être lu comme une hagiographie des simples, qui osent se dresser contre Hitler, comme une iconologie de l’antifascisme socialiste, devient grâce à cette édition conforme à la plume d’Hans Fallada, une tragédie aux fatalités trop humaines, en même temps qu’une allégorie du mal et du courage. Chacun, en se plongeant dans le labyrinthe effroyable du quotidien berlinois des années nazies, peut s’identifier dangereusement avec les personnages. Qui aurions-nous été dans de telles circonstances ? Le modeste héros bientôt broyé, le SS vaniteux et tortionnaire, le dénonciateur anonyme et infâme ? Saurions-nous lever le petit doigt pour devenir un ou une Kangel ? A moins de penser qu’une résistance intérieure, à la Ernst Jünger[5], eût été plus judicieuse…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alfred Döblin : Berlin Alexanderplatz (publié en 1929), Gallimard, 2009.

[3] Denoël, 2007.

[4] Les Belles Lettres, 2012.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 06:23

 

Abeille et campanula persicifolia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Ernst Jünger, l'entomologiste

 

des Carnets de guerre

 

et des tempêtes du siècle.

 

 

 

 

Ernst Jünger : Carnets de guerre, 1914-1918,

traduit de l’allemand par Julien Hervier, Christian Bourgois, 576 p, 24 €.

 

Julien Hervier : Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle,

Fayard, 538 p, 26 €.

 

 

 

 

« Une tapisserie confuse tissée par les événements d’un siècle », ainsi Ernst Jünger (1895-1998) qualifiait-il son bref roman Abeilles de verre. Sans doute, malgré la clarté de son style, pourrions-nous étendre cette définition à son œuvre entière. Car entre l’exactitude des textes autobiographiques du guerrier ou scientifiques de l'entomologiste et la perplexité que l’on peut légitimement éprouver devant ses engagements idéologiques et éthiques, restent de fidèles zones grises.

 

« De larges flaques de sang rougissaient la rue et des morceaux de cervelle restaient collés contre un pilier. » Nous ne sommes qu’au quatrième jour d’un journal de quatre ans ! Pourtant nous lisons peu un réquisitoire contre la guerre… Stupéfiant Ernst Jünger. Héros national et guerrier, écrivain allégorique et entomologiste, nazi selon les uns, sage anti-nazi plus vraisemblablement, paisible vieillard centenaire, il défie les catégories, les jugements éthiques et esthétiques. Entres ses Carnets de guerre, 1914-1918 qui sont ses tout-premiers écrits, et la biographie de Julien Hervier, le temps vient de faire le point sur une lumière sombre de la littérature allemande.

Les « attaques au gaz » ne l’empêchent pas d’avoir « pioncé », d’aller « au cinéma », au « bordel », de vivre une brève idylle avec une Française ; malgré la chair mitraillée. Stoïcien, il parait imperméable à la peur ; mais plein d’empathie pour ses hommes et ceux d’en face. Faut-il admirer en Jünger le courage, la joie du combat, la rectitude du soldat et de l’officier, sa constance d’écrivain parmi les tranchées, son aisance dans un univers infernal, ou déplorer son militarisme, son inconscience d’une mort qui, malgré ses quatorze blessures, l’a épargné ? Difficile d’être catégorique. Ces Carnets inédits, souillés de boue et de sang, ont une valeur documentaire inouïe, non seulement historique, mais aussi littéraire, puisqu’ils sont le réservoir de notes qui permettra de tisser le fameux roman-journal : Orages d’acier. L’écriture reste brute de décoffrage, terriblement évocatrice de cette « guerre de merde »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Première guerre mondiale voit la défaite de l’homme devant l’industrie, la seconde verra cette dernière alliée aux totalitarismes. Faut-il être l’apologiste de la technique ou la refuser et préférer un mode de vie agreste en se livrant aux délices de l’entomologie, dont il est un spécialiste ? Autre interrogation brûlante : dans quelle mesure Jünger fut-il nazi ? La controverse n’est pas éteinte ; il fut officier sous la croix gammée, mais guère combattant. Pourtant son roman magnifique et allégorique, Sous les falaises de marbre, publié en 1939, met en scène une paisible population de sages, menacée par les barbares du « Grand Forestier », où l’on devine Hitler. On ne sacrifia pas le héros de la première guerre, même s’il connaissait les auteurs de l’attentat qui faillit tuer le tyran. Jünger, d’ailleurs, le dissimulait sous le nom peu flatteur de « Kniebolo » dans son Journal, conspuant ses partisans sous l'appellation de « lémures », et notant sa honte à la vue des étoiles jaunes.  Quant à son nationalisme ou son humanisme, puisqu’il créa le type de « l’Anarque », dans son roman trop peu lu, Eumeswill, on doit le penser, les années s’épurant, sous les traits d’un secret individualisme attaché à une profonde liberté intérieure.

Sur ces questions, Julien Hervier, en sa biographie, Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle, ne se départit jamais de sagacité, d’objectivité et de sens des nuances. Narrateur passionnant d’une vie séculaire, le biographe est intimement documenté. Il a traduit une vingtaine d’ouvrages de l’écrivain, publié des entretiens, établi l’édition de la Pléiade des Journaux de guerre, recueilli les témoignages de sa veuve. On découvre les cent-trois ans d’une personnalité protéiforme et controversée. « Journaliste de combat », il est resté à l’écart des séductions nazies, sans fuir l’Allemagne, comme Thomas Mann. Lecteur d’un Léon Bloy réactionnaire, il devient une conscience de l’écologie, un acteur de l’amitié franco-allemande. Styliste néoclassique brillant en ces romans philosophiques, il est diariste infatigable, exact entomologiste et prosateur poète des Chasses subtiles aux insectes, des voyages exotiques.

 

Si l’on n’épouse pas toutes les facettes de Jünger, malgré ce que Julien Hervier appelle avec justesse sa « dignité », on reste fasciné par la vie abondante, l’œuvre coruscante de celui qui parvint peut-être à une sagesse introuvable parmi les pires tempêtes du siècle des totalitarismes et des démocraties.

 

Thierry Guinhut

Article paru dans Le Matricule des anges, février 2014

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 20:27

 

Valle de Bernués, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

De la justice et des avocats kafkaïens :

 

autour du Procès de Franz Kafka

 

& d’Orson Welles.

 

 

     

      Tout accusé a droit à un avocat, dit-on ; y compris celui du Procès indécidable de Kafka. Quoique Grégoire Samsa, dans sa métamorphose en « vermine » n’ait pas accès à ce droit fondamental, Joseph K…, celui qui ne connaîtra jamais ni son juge ni son crime, se retrouve malgré lui flanqué d’un avocat surprenant, malade qui plus est. Huld chez Franz Kafka, Maître Hastler chez Orson Welles, à quoi lui servent-ils, sinon à le précipiter un peu plus dans le labyrinthe de la justice, sans pouvoir échapper à l’infamie de la mort finale ? Justice injuste, avocat incompétent et intranscendant au point que K… renvoie son avocat. Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement d’Hastler, alias Orson Welles lui-même…

 

      Chez Kafka nous avons affaire à un avocat malade de la justice, véritable fantoche rapidement évacué. « Monsieur l’avocat est malade », annonce Léni. Il est donc a priori déconsidéré, incompétent, menacé lui aussi par on ne sait quel jugement de vie et de mort. Presque un double de K…, il ne reprend de la vigueur que pour rabrouer son client Block, et renseigner à plaisir notre accusé sur les rouages incompréhensible de la justice. La preuve : K… est obligé de jouer le rôle de son propre avocat devant le tribunal ; rôle qu’il interprète fort mal puisqu’au lieu d’une plaidoirie, il développe un réquisitoire contre les gardes qui ne lui vaudra aucune indulgence. Huld, qui n’a rien instruit ni plaidé, est au final remercié par K… qui va tenter de le remplacer par le peintre Tintorelli, bien introduit, dit-on dans les milieux judicaires. Comme si l’art était plus porteur d’espoir que toute autre humaine plaidoirie. L’avocat n’a contribué en rien à la situation de l’ignorant accusé, à moins qu’il n’ait contribué à l’aggraver en l’enfonçant un peu plus dans le maquis semé d’épines de la justice.

 

 

Si dans un premier temps Maître Hastler parait n’être pas plus efficace que Huld, il prend vite chez Welles une dimension machiavélique pour devenir terriblement protéiforme. Telle une puissance cachée, il s’exprime, sur un immense lit baroque, par une étrange fumée. Il ne manque pas d’embrouiller K… avec les volutes de ses imprécisions sur la machine judicaire. Il cache chez lui une sommité du greffe, est assistée par une garde-malade plus séductrice encore que celle de Kafka et qui parait manipuler par sa sensualité et au bénéfice du Maître les accusés en leur comparution qui n’est qu’en sa présence. Il use d’un sadisme raffiné auprès du répugnant Bloch -ce pourquoi, qui sait, il est lui aussi en procès- et paraît prêt à ne faire qu’une bouchée de K… Pire encore, à lui on n’échappe pas. Si Huld a disparu dans la tempête du récit, Hastler réapparait comme un deus ex cinéma en repoussant l’ecclésiastique dans l’ombre : c’est lui qui prend en charge l’indécidable apologue des portes de la Loi. Ainsi l’avocat paraît instruire un procès à charge, peaufiner un réquisitoire en emprisonnant K… dans son écran d’épingle. Avant de le faire assassiner par ses acteurs…

Chez Kafka et chez Welles, à une justice devenue folle s’ajoute l’injustice du créateur absent ou marionnettiste. Et c’est justement l’avocat, seul membre de l’aréopage judicaire que K… puisse approcher, qui en est le témoin, voire le levier. Un avocat inutile, un avocat machiavélique et omniprésent, dans les deux cas la justice est désacralisée, bafouée, prise de folie totalitaire, par l’extinction d’un de ses membres indispensables et incapable ou par sa boursouflure despotique. Abandonné ou circonscrit par son défenseur, K… est toujours perdant au cours d’une parodie de procès. Le créateur Kafka fournit à son antihéros à la même initiale un anti-avocat, le livrant à la solitude, à l’angoisse du piège, à la mort sans au-delà. Kafka n’est pas même à l’image du Dieu de l’Ancien testament qui abandonna Job sans avocat, mais non sans Dieu. Chez Welles, le créateur et démiurge cinématographique se substitue à l’avocat. Le metteur en scène, l’auteur, devient le dieu manipulateur de sa créature, l’avocat perfectionnant la bombe à atomiser K… Si Dieu, chez l’écrivain, s’était absenté, avait abandonné un rejeton de son peuple sans nom (alors que le seul créateur possible était l’écrivain), chez Welles il s’est fait conjointement avocat, prêtre, artiste, seul créateur polymorphe ; d’où la mégalomanie superbe d’un tel avocat de l’art cinématographique.

Le rôle de l’avocat ? Voilà qui est à entendre dans les deux sens. A quoi sert l’avocat chez Kafka et Welles ? A presque rien et à presque tout. Chez Kafka, à ne pas être ; chez Welles à être plus qu’un acteur, mais le réalisateur lui-même, qui en vient à voler la vedette à sa créature, K… joué par Anthony Perkins, au cours d’une « psychose » supplémentaire, tué avant que les dernières paroles du film soient : « I played the advocate and I whrote and directed this film ; my name is Orson Welles ». Avec un tel avocat, seule la cause du film peut être gagnée devant la cour de justice de l’art.

 

               Une hydre aux mille têtes incompréhensibles et totalitaires, où il n’y a pas de juge et dont chacun est un juge aussi grégaire et cruel qu’un cirque romain… C’est ainsi que dans Le Procès, écrit en 1914, qu’apparait la justice qui enserre K… jusqu’à une mort honteuse : « Comme un chien ! dit-il, et c’était comme si la honte devait lui survivre », ce sont les derniers mots. On a souvent dit que Kafka préfigurait l’univers totalitaire à venir ; K… étant la métaphore du Juif innocent de sa judéité et cependant cerné par l’antisémitisme. Mais dans quelle nouvelle mesure Welles, lecteur de Kafka, va-t-il, en 1963, traduire l’anticipation involontaire du roman ? Comme Pierre Ménard réécrivant Don Quichotte, sous la plume de Borges[1], le futur du roman en change irrémédiablement sa lecture. Kafka est un visionnaire formidablement inquiétant, en dépit de ou grâce à son absence d’historicité ; Welles, adaptant le livre aux événements de son siècle est probablement un visionnaire plus exact, mais plus fermé. Quoique tous les deux, par la grâce de la fiction, nous proposent une œuvre ouverte, au sens d’Umberto Eco[2].

Kafka ne situant ni géographiquement ni temporellement son œuvre, dans une sorte d’anhistoricité métaphysique, au contact du réalisme le plus étroit et du fantastique le plus poreux, au contact du roman policier et de la prière, K … le justiciable est un personnage intemporel. Quant au tribunal omniprésent, il est de toutes les angoisses, de tous les régimes politiques. La dimension métaphysique du personnage n’empêche pas de le voir traqué, accablé par le dévoiement d’une justice républicaine ou impériale, digne de la pugnacité et du sens du détail de l’administration prussienne. Ce pourquoi l’on a dit, comme George Steiner dans Langage et silence[3], ou dans De la Bible à Kafka[4], que le romancier pressentait, dans l’étouffement de sa poitrine de tuberculeux, les exactions des dictatures à venir, voir des holocaustes inqualifiables. George Steiner soulignait que le mot employé à la première phrase de La Métamorphose, « vermine, Ungeziefer en allemand, est un trait de clairvoyance tragique, car c’est ainsi que les nazis devaient appeler ceux qu’ils destinaient à la chambre à gaz[5] ». L’antisémitisme sournois qui menaçait l’Europe du vivant de Kafka devait s’exprimer dans la sourde terreur de K… Prélude annonciateur de la montée des totalitarismes et de ce futur régime nazi qui allait balayer les libertés, brûler les livres et exterminer six millions de K…, parmi lesquels des familiers de l’écrivain. Ainsi, chaque lecteur peut observer in nucleo, dans Le Procès, la minutie des procès staliniens, les exécutions arbitraires hitlériennes ou maoïstes, les geôles castristes ou nord-coréennes… Kafka est d’autant plus impressionnant, même si l’on ne peut exclure le comique de son œuvre, nouant banalité et imprécision du cadre, depuis la séance du tribunal jusqu’à l’exécution, en passant par la scène du fouetteur, qu’il peut contenir et décrire tous ces régimes et toutes ces pulsions humaines et trop humaines réalisées. Sans avoir besoin d’aucune allusion politique précise, ni au présent, ni au futur ; Kafka n’écrit pas une anti-utopie à la façon d’Huxley ou d’Orwell. Pensons cependant combien l’arrestation matinale de K… ressemble à celles décrites par Soljenitsyne au seuil de L’Archipel du goulag[6]...

Un demi-siècle plus tard, Orson Welles peut se permettre de traduire avec plus d’exactitude l’aspect prémonitoire du roman. Outre une caméra baroque qui contribue à amplifier la vision du cauchemar (pensons à l’immense porte que K… peine à ouvrir), il déploie dans son film nombre d’allusions fort précises. La bureaucratie déshumanisée, l’ordinateur géant au-dessus de la multiplication des bureaux anonymes et standardisés appartiennent au taylorisme américain autant qu’ils figurent les administrations totalitaires -qu’on ne confondra pourtant pas. Si le maccarthisme est propice à la traque des individus, il est à relativiser face à la terreur stalinienne révélée par le rapport Kroutchev. Notons à cet égard que Welles filme ses extérieurs parmi les barres d’immeubles de Zagreb, en un pays communiste qui lui signifiera son renvoi. Les policiers paraissent autant venir des films noirs que de la Gestapo. Plus frappants encore, ces files de déportés haves et numérotés ne peuvent venir que d’Auschwitz... Enfin la scène finale, si différente de Kafka, projette un champignon atomique au-dessus de la mort de K…, allusion évidente à Hiroshima et Nagasaki, qui permirent d’achever une guerre et des populations. Mais Welles visionnaire ne décrit-il pas un passé, un présent, et non un futur ? Il donne à Kafka une légitimité politique supplémentaire à l’orée du siècle des totalitarismes, mais en visionnaire fermé, car orientant le spectateur vers des situations historiques déjà répertoriées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kafka et Welles proposent cependant tous deux des œuvre-univers. Chez le romancier, le procès qui accable K… se joue sur la scène de l’intemporel et de la confrontation entre intériorité et société ; tout en restant ouvert à toutes les interprétations métaphysiques et politiques, il est donc par là universel. Kafka est d’abord un visionnaire de la condition humaine, tel que le reconnait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe[7]et tel qu’on le retrouve chez le cinéaste de Citizen Kane. C’est de plus un roman qui s’adresse autant aux religieux qui se heurtent à un Dieu incompréhensible qu’à ceux qui survivent après que le Dieu de Nietzsche soit mort et dès lors que les utopies de remplacement s’acharnent sur tant de K… du XXème siècle ; chez Welles, le télescopage des allusions historiques donne au film une dimension d’anti-utopie qui n’était guère présente dans le roman. L’œuvre du cinéaste est un condensé du siècle de l’automatisation et des totalitarismes, une œuvre-monstre par le travail de la fiction qui redistribue les réalités dans une conflagration visionnaire bien digne de la dimension mégalomane de l’auteur de Citizen Kane. L’indétermination du Procès de Kafka est redéterminée par les terreurs du siècle de Welles, tandis que par les arcanes de la Loi, tous deux invalident la loi religieuse autant que la loi séculière. Reste que l’artiste écrivain de Kafka sait se faire discret derrière le chuchotement terrible de sa plume, tandis que l’artiste filmique, Orson Welles lui-même, phagocyte la démiurgie : avocat de l’art, il en est aussi le juge après la mort de Dieu, condamnant le vulgus pecus : ce spectateur pris dans les rets de sa toile.

 

Quelle morale impavide faut-il tirer des personnages de l’avocat chez Kafka et Welles ? De ceux qui habitent l’uchronie et l’anti-utopie du pays du Procès ? Sinon qu’au-delà de l’injustice fondamentale, historique et génésique des délits et des peines chez l’humain, où la philosophie des Lumières n’a pas su pénétrer -ce qui reste une thèse peut-être trop pessimiste- la dimension métaphysique et historique de la faute d’être né l’arme de mort à la main et hors de la certitude de la transcendance condamne irrémédiablement l’homme kafkaïen que nous sommes tous.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Jorge Luis Borges : « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », Fictions, Gallimard, 1951.

[2] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965.

[3] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969.

[4] George Steiner : De la Bible à Kafka, Hachette littératures, 2003.

[5] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969, p. 129.

[6] Alexandre Soljenitsyne : L’Archipel du goulag, Seuil, 1974.

[7] Albert Camus : Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942.

 

Pino, Galicia. Photo : T. Guinhut.

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Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

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Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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