Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 18:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Pour une éthique de la critique littéraire.

 

 

 

Que lire ? Et comment lire ? C’est à ces questions que, sur la grève érodée du temps littéraire, l’autorité et la modestie de la plume ou clavier du critique doivent répondre. Autorité, pas au sens de la posture brutale autoproclamée, fût-ce par ses pairs, mais au sens où l’on serait autant autorisé par ses compétences et sa culture que par la curiosité et la complicité de quelques happy few. Modestie, car il faudrait des siècles de lecture et de relecture pour épuiser la qualité d’une bibliothèque choisie avec perspicacité, sans compter les nouveaux volumes qui viendraient l’augmenter sans cesse. Quelle sont donc cette perspicacité, ce savoir et cette pénétration dont voudraient se targuer nombre de professionnels ou d’amateurs, sans compter le peu de poids de l’auteur de ces lignes ? Au-delà de la guerre au cliché, il faudra appréhender en un livre sa position générique et sa filiation, son amitié avec des productions qui ont marqué l’histoire littéraire, mais aussi sa posture de langage, sa capacité à renouveler le monde tel que nous le voyons et le vivons. En un mot se demander en quoi il est digne d’approcher, peu ou prou, les grandes œuvres de l’humanité.

Au-delà des clichés. Voilà le premier des commandements impératifs du critique. Il est évident que pour cela il faut avoir suffisamment lu, parmi des espaces, des temporalités littéraires suffisamment diverses, pour espérer sortir de la nasse des clichés où s’engluent bien des auteurs, quelques soient les époques, et où se complaisent leurs lecteurs.

Il serait discourtois ici de nommer des faiseurs de clichés, qui n’ont d’ailleurs pas forcément conscience d’en être. Cependant le lecteur avisé les reconnaîtra du premier coup de paragraphe. Nous connaissons tous -du moins quelques-uns parmi nous- cette sensation nauséeuse qui nous saisit lorsque ce que nous lisons s’affiche de soi-même comme du déjà-lu, du déjà-vu. Phrases creuses, consensuelles et plates, métaphores qui sont du copié-collé du langage courant et trivial du quotidien et de la rue, comme si le mince microcosme qui a la velléité de s’afficher sur la page était transparent. Mais au mauvais sens du terme : il n’y a rien à voir au travers de cette transparence. Il n’y rien à lire ni à vivre d’original, ni de surprenant parmi cette pauvreté narrative, cette absence d’idées, hors celles toutes faites, resucée d’assertions politiques ressassées sans aucun recul critique, de psychologie convenue, d’intimités pauvrement narcissiques, d’aventures en cascades explosives pour berner et assommer, comme un électro-disco-rap de rave party, l’espace de cerveau disponible… Ainsi, au travers de l’encre et du papier, seul le vide est bouche bée. Qu’on se rassure, il y une vaste et renouvelable clientèle pour ce genre de congruité avec le plat horizon d’attente du lectorat. Sans compter ceux qui les abreuvent au premier chef, la plus vaste cohorte des éditeurs et des critiques eux-mêmes.

Peut-être est-on moins clicheteux dans le domaine des essais que dans celui du roman et de la poésie, le lectorat étant un peu plus restreint, plus exigeant et savant. Hélas, on a connu les pires exemples de clichés en cette matière. Pensons au colossal succès de L’Horreur économique de Vivianne Forester. Il suffisait d’ouvrir les yeux autour du monde contemporain pour constater que le système économique capitaliste -mieux s’il est libéral et non d’état et de connivence- et malgré ses imperfections, était un formidable pourvoyeur de services et de libertés. Pourtant on accueillit, en enfant gâté-pourri, en adolescent boutonneux du ressentiment, en cégestiste blanchi sous la pauvreté neuronale, ce volume pas plus construit que le déversoir d’une poubelle, répétitif, pétri d’une cécité et d’une inculture béantes, avec des concerts d’admiration. Fort heureusement, il y eut des exemples d’excellents essais politiques et philosophiques, malgré leurs difficultés, qui rencontrèrent un succès estimable : pensons à La Fin de l’histoire et le dernier homme de Francis Fukuyama et à la Critique de la raison cynique de Peter Sloterdijk[1]. Reste que ce fut aux Etats-Unis et en Allemagne, qui pourtant n’auraient guère de droit à se réclamer de la virginité devant la pénétration du cliché. C’est d’ailleurs en ce dernier pays que Thilo Sarrazin vendit deux millions d’exemplaires de son iconoclaste essai sur la démographie et l’immigration islamique, L’Allemagne disparait[2] ; quand la castration du silence l’accueillit en France. Comme l’originalité, la vérité dérange le confort intellectuel des oreilles qui se recroquevillent, au point d’atrophier le cerveau qui croit se jucher entre elles. En ce sens, le cliché intimiste est complice du cliché idéologique.

 Il faudra également au critique littéraire tenter d’identifier le genre d’un livre, voire ses subversions génériques, les liens qu’il entretient avec ses confrères et devanciers. Qu’un roman soit d’initiation ou de société, d’aventure ou philosophique, psychologique ou satirique, lyrique ou polémique, voire parvienne jusqu’à l’enviable et rare qualité de la somme romanesque, doit être immédiatement dicible dans une recension critique, dans un analyse plus fouillée. La relation qu’il entretient avec ses devanciers, par l’allusion, le pastiche ou la parodie, le mouvement d’écart qu’il a su exercer par rapport à ces derniers, tout ceci doit compter pour beaucoup dans le recul conceptuel qui nous anime. Il n’est pas indifférent qu’un volume ait moins l’affection népotique de ses pairs germanopratins et médiatiques, la complicité d’une génération, plutôt qu’un fil invisible avec Borges ou Boccace, avec Musil ou Fuentes…

 

Photo : T. Guinhut.

 

Qualifier le style et la richesse d’idées, autrement dit le goût et la culture, du romancier, de l’essayiste, du poète reste primordial. En effet, qu’est-ce qu’un bon livre sinon celui dont toutes les phrases sont goûteuses, dont l’abondance et la finesse rhétorique, mais sans lourdeur, sont un bonheur intuitif, mais aussi déductif lorsqu’il s’agit d’en déplier les tropes si nous avons en mémoire les outils des Rhétoriques d’Aristote et de Cicéron ? Qu’est-ce qu’un bon livre sinon celui dans lequel au moins une idée nouvelle, dont on fait son miel intellectuel, surgit au détour de chaque page, pour nous surprendre, nous enrichir ? C’est ainsi que changent les perspectives de nos sensibilités aussi bien que de notre raisonnement, ce dont le critique doit être le garant. Au point qu’un nouveau livre engendre l’horizon d’attente du lecteur, au contraire de la posture courante qui voudrait que ce dernier soit le premier.

 Identifions alors  la capacité d’un livre à nous aspirer dans un univers inédit, à nous proposer une nouvelle image de la moindre chose quotidienne comme de la plus vaste société, une nouvelle lecture du monde et du moi, un « que vivre et comment vivre » ; ce dans le cadre d’une identification, d’une projection, ou d’un ailleurs inatteignable de soi, mais rendu visible par le prisme d’abord inconnu de l’écrivain. Ainsi, La recherche du temps perdu de Marcel Proust nous aspire dans l’éventail de la connaissance d’un monde qui appartient autant au passé d’une société qu’au présent du moi ; quand 2666 de Roberto Bolano[3] nous aspire dans l’inconnaissance autant du mystère du mal coupable de centaines de meurtres de jeunes mexicaines que des vaniteux critiques littéraires fascinés par le grand écrivain absent…

Est-il possible, si l’on commet une note, une chronique, un article, une étude, sur tel ou tel romancier, poète, essayiste, qu’il soit ancien ou nouveau venu, de ne pas déroger à cette éthique du critique littéraire ? Faillible, nous le sommes assurément. Derrière les quelques arbres de notre connaissance, se cache l’ogresque forêt de notre ignorance. Pire encore, nous ouvrons entre nos mains impatientes un chef d’œuvre que nous ne saurions, faute de capacité d’accueil sensible et intellectuel, de par notre horizon d’attente trop étriqué encore, apprécier ; nous l’avons donc manqué sans le savoir. Que nous soyons lecteur, éditeur, écrivain ou critique, il est en nous un devoir sans pitié : chasser l’ingratitude et la coquille vide des mauvais livres. Mais aussi une éducation à l’humilité : peut-être ce livre, ce blog - car à l’encre d’imprimerie s’adjoint le territoire nouveau des pixels des écrans - recèlent-ils un livre marquant que nous ne savons pas encore accueillir comme il le mérite...

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 17:29

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

  Louis-Ferdinand Céline ou l’indignité du génie :

 

Voyage au bout des pamphlets antisémites.

 

 

 

 

      Du luxe de la Pléiade au papier-chiottes des Beaux draps, les œuvres de Louis-Ferdinand Céline subissent un double traitement. Comment concilier l’écrivain, génial dit-on, et le pamphlétaire infâme ? Plutôt que se voiler pieusement les yeux en ne contemplant que le cuir et l’or fin des cinq Pléiades, révérant l’audace du style aux accents populaciers, faut-il en découvrir la chassie en exhumant, voire en publiant de nouveau, les pamphlets céliniens, affreusement antisémites ? Bagatelles pour un massacre en 1937, L’Ecole des cadavres en 1938, Les Beaux draps en 1941, autant d’ordures haineuses en ce triptyque d’un Auschwitz langagier. Il suffira de confronter Le Voyage au bout de la nuit et Les Beaux draps pour que dans l’indignité du génie soit avéré le voyage au bout des pamphlets antisémites…


          La question revint, plus virulente que jamais, à l’occasion de l’indignation de Serge Klarsfeld et de son association, les « Fils et Filles de Déportés Juifs de France », qui se sont vigoureusement élevés à l’encontre de l’inclusion de Louis-Ferdinand Céline dans les Célébrations nationales 2011. L’insulteur de « youpins », l’antisémite professionnel et éructeur, qui par trois fois a publié les volumes les plus haineux envers les Juifs, qui plus est en 1937, quatre ans après la prise du pouvoir par Hitler pour Bagatelles pour un massacre, puis en 1938, année de la Nuit de Cristal pour L’École des cadavres, enfin en 1941, pendant la collaboration, au moment où fleurissent les étoiles jaunes et les listes qui vont bientôt nourrir les Auschwitz où les enfants auront « une tombe au creux des nuages[1] », pour Les Beaux draps. La décision du Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a, provisoirement, en écartant le fauteur de trouble et en lui préférant une année Liszt, apaisé la polémique. Car c’est sans compter que bientôt se pose la question de l’accession des œuvres, donc des trois pamphlets, de notre Louis-Ferdinand (« Quel beau bébé ! » disait sûrement sa maman) au domaine public, sinon dès l’autorisation de l’ayant-droit, Lucette Destouches, épouse Céline, pour ne pas la nommer…

      Écartons tout de suite la grotesque accusation de « censure » émanant de quelques moralistes spécieux. Qu’ils ouvrent le dictionnaire, ils verront alors qu’effacer un écrivain d’une célébration des gloires littéraires de la France n’a rien à voir avec l’interdiction de publication, avec les ciseaux qui font les pages blanches, avec l’autodafé. Que l’on sache, Céline reste disponible en librairie, étudié en classe de lycée sans que l’on y voie malice. Reste que l’on pourrait parler de semi-censure lorsque les ayant-droits bloquent la réédition des dits pamphlets, même si des publications pirates ont alimenté les fonds de trésorerie des bouquinistes et la gourmandise suspecte des célinolâtres, en particulier avec le soin douteux d’un éditeur canadien qui arbore sa mauvaise foi en titrant Ecrits polémiques,[2] au lieu de pamphlets antisémites.

      Plutôt que l’interdiction, mieux vaut, en conformité avec le « Sapere aude » (Ose savoir) de Kant[3],  la connaissance, la libre circulation de ce qu’il faut, à l’instar de Mein Kampf, appeler des documents littéraires et historiques, y compris lorsqu’ils furent d’incomparables fauteurs d’abominations. Interdire sent trop son moralisme imbu de lui-même, voire un aveu d’incapacité à réfuter par une argumentation claire et appuyée sur des valeurs morales judicieuses. Qu’importe d’ailleurs que la France dise qui sont les grands écrivains de son patrimoine, il est à craindre, qu’à travers ses représentants politiques, elle ne soit pas plus capable de sanctifier ses génies que le Prix Nobel qui, s’il glisse en son catalogue des noms aussi solides que Thomas Mann ou Mario Vargas Llosa, n’a pas su y faire figurer, excusez du peu, un Jorge Luis Borges. Qu’importe qu’un grand éditeur français, on devine Gallimard, envisage de rééditer ces pamphlets, ce ne sera pas donner caution au furieux antisémitisme célinien, mais présenter la vérité, qui ne persuadera que les déjà persuadés de la malfaisance universelle juive, délirants chroniques, qu’ils soient d’extrême droite fascisante, d’extrême gauche anticapitaliste ou islamistes théocratiques.

      Imaginez qu’un Prix Nobel de littérature -ou de la Paix, on n’est à l’abri de rien- appelé Louis-Ferdinand Destouches ait écrit les phrases suivantes : « La présence des Allemands les vexe ? Et la présence des juifs alors ? […] Paris, la France, plus que jamais livrés aux maçons et aux juifs plus insolents que jamais. […] Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le destin s’accomplit[4] ». Que les célinolâtres apprécient à leur juste délicatesse les propos de leur maître à penser dans Les Beaux draps

      Reprenons une cuillère à café, plus infecte que l’huile de foie de morue, des Beaux draps, cet opus rapidement illisible tellement la tartine de fiel est sans cesse jetée à la face du lecteur sans guère de cohérence argumentative ni plan : « Ils se doutent pas les Français comment ça se présente l’Amérique. Ils se font des illusions. 40 millions de blancs bien ivrognes, sous commandement juif, parfaitement dégénérés, d’âme tout au moins, effroyables, et puis 300 millions de métis, en grande partie négroïdes, qui ne demandent qu’à tout abolir. Plus la haine des Jaunes ! On n’a qu’un tout petit peu ouvrir les portes de la Catastrophe vous allez voir cette Corrida[5] ». Ou « Le petit juif s’il en boit ! Il se tient plus de violente extase, il en part tout seul dans son froc ![6] » Ou encore : « Le juif il veut bien tout ce qu’on veut, toujours d’accord avec vous, à une condition : Que ce soit toujours lui qui commande […] C’est un mimétique, un putain, il serait dissout depuis longtemps à force de passer dans les autres, s’il avait pas l’avidité, mais son avidité le sauve, il a fatigué toutes les races, tous les hommes  […] il veut nos os, nos tripes en bigoudis pour installer au Sabbat, pour pavoiser au Carnaval. Il est fol à lier complètement, c’est qu’un absurde sale con, un faux sapajou hystérique, un imposteur de ménagerie, un emmerdant trémousseux, crochu hybridon à complots[7]. »

      Suffit ! L’on a reconnu tous les clichés absurdes attachés aux Juifs, basses grossièretés, infâmes et grotesques propos qui pourraient d’ailleurs aujourd’hui tomber sous les coups de la loi. Au-delà de l’indignation, réfutons cette boue au moyen d’arguments : les Juifs ne sont pas des fauteurs de guerre et de génocides, ils ont su édifier un Etat qui est parmi les plus démocratiques et libéraux du monde[8], et sont d'une efficacité intellectuelle, scientifique et technologique remarquable. Tirons donc la chasse sur un tel papier célinien indigne d’approcher les toilettes du lecteur… Dans sa verve pamphlétaire, Léon Bloy[9] écrit mille fois mieux.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Justement, Céline est-il un génie ? Indubitablement, un souffle, un rythme nulle part ailleurs lisible, emportent son lecteur dès Le Voyage au bout de la nuit jusqu’en D’un château l’autre, deux points d’orgue pour deux guerres mondiales vécues comme deuxfuites… Cette pétarade linguistique hachée, ces points d’exclamation à la décarrade, ces points de suspension saupoudrés à la régalade en font une voix éminemment reconnaissable. Un style donc. Quoique vite fatiguant, systématique, de Nord à Rigodon… Ajoutez à cela l’utilisation virtuose du langage populaire et de l’argot, le tableau des petites gens et de leurs souffrances, dont la dimension sociologique est indubitable, les portraits grinçants, la satire des puissants, l’épopée dérisoire de la fuite du collaborateur à travers l’Allemagne déchue… Au style s’ajoute alors l’ampleur du propos, ce qui devrait suffire à le placer parmi ses pairs, qu’ils se nomment Proust ou Joyce.

      Hélas, force est de constater que le fiel antisémite délirant ne trouve pas sa source dans les seuls pamphlets incriminés. Relisant le Voyage au bout de la nuit, et si l’on veut bien ôter ses œillères idéologiques, on aperçoit la cohérence haineuse qui lie comme un sale mortier l’œuvre toute entière. On veut bien que Bardamu, le narrateur, crache le venin de son ressentiment contre les gradés et la hiérarchie militaire qui ont conduit la première guerre mondiale. Mais, chez Céline, tout est ressentiment. Même les pauvres sont des infâmes, veules, et la mort ignoble de Robinson n’est que le fin du fin de la déconfiture générale de l’humanité. On veut bien encore que son antinationalisme et son anticolonialisme soient tout à fait judicieux, même s’il est à craindre qu’emporté par l’élan de son dégout généralisé, à l’évidence de l’ordre d’une burtonienne[10], sinon psychiatrique, mélancolie, il aille jusqu’à jeter le bébé avec l’eau du bain ; son sens des nuances n’imaginant pas un instant que le nationalisme et le colonialisme, malgré leurs excès rédhibitoires, puissent être jugés dans une démarche un peu plus dialectique.
      Quant à son anticapitalisme (« le juif il est Rothschild
[11] », dit Les Beaux draps) n’est-il pas pétri jusqu’à la moelle d’antiaméricanisme éhonté, comme il était de mode (et comme il l’est toujours) ; n’est-il pas cohérent avec la haine des banquiers juifs qui ont contribué à l’expansion économique des États-Unis, voire de l’Occident ? « Quand les fidèles entrent dans leur Banque, faut pas croire qu’ils peuvent se servir comme ça selon leur caprice. Pas du tout. Ils parlent à Dollar en lui murmurant des choses à travers un petit grillage, ils se confessent quoi[12] », dit Le Voyage au bout de la nuit. On appréciera l’ironie à sa juste valeur, sachant de plus que le lieu suivant, au cœur de cette découverte de Manhattan, est celui des toilettes publiques : « les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares[13] ». Il est bien évident que ces deux temples sont le reflet l’un de l’autre. En dépit de la satire plus que talentueuse, de l’humour ploutocratique et scatologique qui sont du meilleur Céline, on ne peut que constater que tout ceci « dut s’ajouter si possible à (s)on marasme[14] », que « sortir dans la rue, ce petit suicide[15] » est une variante de son credo : « La vérité de ce monde, c’est la mort[16] ». Ce qui est cohérent avec le « On n’échappe pas au commerce américain[17] ». Quand on sait que le commerce est ce qui a permis l’accession d’une bonne partie de l’humanité à l’aisance et à la culture (pensons à la lettre « Sur le commerce » de Voltaire[18]), merci Céline !

      De même, son anarchisme, sa désobéissance perpétuelle, ne sont-ils pas le masque de sa veulerie, de son incapacité viscérale à contribuer au développement de l’humanité, malgré son hypocrite profession de médecin des pauvres, lui qui gérait si bien le magot de ses droits d’auteur ? Ce que confirme André Rossel-Kirschen [19]qui montre que son antisémitisme était moins sincère qu’opportuniste. Son anti-idéalisme, s’il est légitime de résister aux sirènes de l’idéalisation, son nihilisme enfin, ne sont-ils pas la marque de son incapacité à respecter l’élan vers le meilleur qui doit caractériser l’humanité ?

      L’écrivain, en effet, comme tout artiste, n’a-t-il pas quelque part pour mission et fin la vertu, y compris par le biais de la satire ? Qu’il présente des personnages infects, de splendides Satan ou de pleutres médiocres, une dimension morale doit se profiler. Qu’il ne s’agisse pas d’une morale rassie et corsetée va de soi, mais de celle qui choisit les libertés et la justice, la tolérance et le travail créateur, toutes valeurs éminemment préférables à l’immoralité foncière de la haine, des fanatismes et de l’antisémitisme militant, acharné et pour le moins complice, sinon propagandiste de la Shoah. Ce qui reste, hélas, d’actualité, lorsque des incendiaires spirituels clament au Moyen-Orient que le seul défaut d’Hitler fut de ne pas avoir terminé le travail… Nous aurons donc du mal à célébrer les vertus autres que stylistiques du fresquiste des mœurs de son temps que fut l’auteur de Mort à Crédit. « Car rien n’est plus aimable que la vertu, rien n’inspire autant d’attachement », disait Cicéron[20].

      En ce sens il est légitime de penser que l’œuvre romanesque et celle pamphlétaire de Céline sont les deux mailles d’un même filet. La haine contre celui qui a réussi, contre le pouvoir - qu’il soit justifié ou non - contre les riches et les puissants trouve son exutoire naturel vers un bouc émissaire éminemment partagé à l’époque par un large consensus (et encore aujourd’hui où le mythe palestinien fascine) : le Juif. Ce qui n’est pas contradictoire avec l’admiration pour ce régime nazi qui sut imprimer à Céline, à celui qui au fond est un faible, l’admiration pour la force. Certes, il serait abusif de confondre l’homme Céline et ses personnages, mais quand l’homme est pire que ses personnages, que dire ? À moins d’imaginer que l’abjection des personnages céliniens puisse être un abaissement volontaire qui jouerait le rôle de la contrition… Sauf que le monde de Céline est un monde sans Dieu ni grâce.


      Nous ne signifierons pas qu’il ne faut pas lire Céline, au contraire. Mais avec discernement. Jamais il n’a été un humaniste, un homme des Lumières, et quels que soient ses talents stylistiques et esthétiques, ils restent entachés par une éthique désastreuse. Hélas, l’esprit critique à l’encontre de Céline est trop souvent ressenti comme un crime de lèse-majesté par ses inconditionnels. Le génie du style ne protège pas de la bêtise, ni l’ampleur romanesque de la haine humaine, trop humaine… Ce n’est pas seulement en écrivant Les Beaux draps que Céline s’est mis dans de sales draps : qu’il y reste, même sous le suaire puant des rééditions des pamphlets.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Paul Celan : « Fugue de mort », Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987, p 85.

[2] Louis-Ferdinand Céline : Ecrits polémiques, éditions8, 2012.

[3] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, III, p 209.

[4] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 44.

[5] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 31.

[6] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 125.

[8] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 141, 142.

[10] Voir : Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2004.

[11] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p. 70.

[12] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, Œuvres, La Pléiade, Gallimard, I, 1981, p. 193.

[13] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p. 195.

[14] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 198.

[15] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 200.

[16] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 200.

[17] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 207.

[18] Voltaire, Mélanges, la Pléiade, Galimard, 1961, p. 27.

[19] André Rossel-Kirschen : Céline ou le grand mensonge, Mille et une nuits, 2004.

[20] Cicéron : L’Amitié, Les Belles lettres, 1993, p. 20.

 

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 21:12

Aula d'ingresso, Palazzo imperiale, Roma. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les crimes de l'artiste et du roman policier :

 

Robert Pobi, Jesse Kellerman & Shane Stevens.

 

 

 

Robert Pobi : L’invisible, traduit de l’anglais (Canada),

Sonatine, 2012, 432 p, 21, 30 €, Points, 480 p, 7,90 €.

 

Jesse Kellerman : Les Visages,

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony,

Sonatine, 480 p, 22 €.

 

Shane Stevens : Au-delà du mal,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude,

Sonatine, 768 p, 23 €.

 

 

 

 

      Thomas de Quincey imaginait en 1854 que l'assassinat pouvait être mis au rang des beaux-arts. Depuis lors le roman policier a pu penser à ne pas épargner le crime aux artistes. Ainsi  Robert Pobi n’hésite pas un instant à mêler ses personnages de peintres aux fureurs de la guerre, du meurtre et de L’Invisible. Quant aux Visages de Jesse Kellerman, ils adorent entrelacer l'art et le meurtre. Et si, Au-delà du mal, Shane Stevens n'a pas de personnage qui soit un artiste, son « meurtrier total » en tient en quelque sorte lieu.

      La collusion du peintre et du meurtre vient apporter une touche de frisson à l’image de l’artiste, à l’instar d’un Gesualdo, compositeur et assassin, ou d’un Caravage criminel, dans le roman de l’Américain Robert Pobi : L’Invisible. Or le problème majeur du roman policier est d’attirer l’attention auprès d’un lectorat abreuvé de crimes et de meurtres, tous plus affriolants, effrayants, ou sur la personnalité d’exception et tourmentée de l’enquêteur, sans compter la perversion de l’assassin. Jusqu’où aller dans cette surenchère ? L’argument du meurtrier en série commence à être usé jusqu’à la corde… Robert Pobi est bien conscient de ces exigences. Comment faire plus et mieux ? Et bien en imaginant que son détective du FBI est un ex drogué, monstre froid de l’intellect et de la visualisation intérieure parfaite des scènes de crime, chargé de femme et d’enfant, nanti d’une sexualité extrême. Tout cela face à l’arrivée imminente d’un cyclone apocalyptique sur la côte ouest américaine. Et surtout d’un sadique qui écorche vives les femmes et les enfants… Jusque-là, ce polar psychiatrique ne saurait être digne de véritable attention.

      Sauf que l’art relève puissamment le niveau littéraire. Notre enquêteur est tout entier tatoué des vers du douzième chant de L’Enfer de Dante (où sont les violents contre leurs prochains) sans qu’il sache d’où vient cette gageure. Le peintre débute « chaque tableau par une illustration techniquement époustouflante qu’il recouvrait ensuite adroitement, d’aucuns diraient criminellement, de couches successives de pigment jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un petit détail de l’œuvre originale photoréaliste ». Dans « la chapelle Sixtine » de son atelier, Il peint des « hommes de sang », y compris avec son propre sang et « ses os calcinés », en une « tragédie allégorique majestueuse ».

      Le rythme s’accélère avec une efficacité redoutable lorsque le père de l’enquêteur du FBI, qui n’est rien d’autre que ce peintre sanglant, peut être soupçonné du meurtre de d’une mère et son enfant retrouvés écorchés vifs, d’autant que la mère de notre détective fut retrouvée dans le même état des années plus tôt.

      Il faudra, d’une manière ingénieuse, en faisait appel à une enfant autiste, reconstituer le puzzle de l’œuvre picturale entière, parmi 5000 toiles, pour retrouver le visage de l’assassin… Ainsi, « l’invisible » devient visible, grâce à la peinture qui, tel un acteur foisonnant, vient brillamment au secours du talent du romancier policier. Ainsi, l’art de Robert Pobi est à la fois figuration et solution des zones infernales de l’humain. Un dénouement presque inédit, que nous ne révélerons pas, vient couronner dans l’horreur le récit, finalement plus psychiatrique que policier. Dans lequel l'image de l'artiste se révèle digne de figurer parmi l'un des cercles de l'Enfer...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Banal thriller ou œuvre d’art ? L’inflation des romans policiers à intrigue étirée usant du poncif du sérial killer est telle que l’on pourrait à bon droit directement poubeller ce fort roman bien professionnel, d’ailleurs élu « meilleur thriller de l’année par le New York Times ». Nous ne voudrions pourtant pas nous laisser inféoder par des clichés antiaméricains en rejetant a priori ce bon produit de l’industrie de l’écriture et de l’édition, industrie fort respectable qui a le mérite insigne de faire lire une population guère attaché aux questions d’esthétique, de stylistique et de morale littéraire. Ici la morale est digne de celle encore une fois respectable de la série Les Experts où la science et la sagacité incorruptible de la police traque le criminel et permet à la justice d’asseoir un équilibre minimal sur le monde.

      Dans ces Visages, là encore le combat titanesque et pourtant humain, anthropologique et éternel du Bien contre le Mal se pare d’une intrigue passablement palpitante, de personnages assez bien calibrés et psychologiquement touffus, avec ce qu’il faut de complexité pour être crédibles. Alors, me direz-vous, pourquoi s’intéresser à un produit apparemment interchangeable ? Parce que l’art est au cœur de l’action, induisant une problématique fascinante.

      Certes, on peut noter qu’introduisant ses personnages et ses crimes dans le milieu des galeristes d’art contemporains new-yorkais, Daniel Kellerman offre avec assez de pertinence une dimension documentaire, sociologique et d’histoire de l’art. Mieux que cela pourtant, c’est l’œuvre d’art au cœur du déclenchement criminel qui fait le prix de ce roman aux qualités narratives et de style parfois très inégales.

      Ethan Muller, galeriste de renom, découvre des milliers de dessins dans un appartement déserté et impayé. Il rafle le pactole en exposant l’obsessionnel travail de Victor Crack. Chaque dessin se raboute à d’autres, formant une pieuvre graphique infinie. Au centre du premier panneau qui les rassemble, une « étoile à cinq branches » attire l’œil. « Autour d’elle dansait une ronde d’enfants ailés au visages béats qui contrastaient vivement avec le reste du décor, grouillant d’agitation et de carnage ». Deux personnalités artistiques semblent s’interpénétrer : « celui qui dessine des petits chiens, des gâteaux à la crèmes et des rondes féeriques, et celui qui dessine des décapitations, des tortures ». Tout cela au point que l’œuvre d’art fictive devienne plus intéressante que le roman lui-même. L’écrivain excelle alors dans ce que la rhétorique classique, depuis l’homérique bouclier d’Achille, appelle l’ekphrasis (description d’une œuvre d’art). Mieux encore, le graphisme se ramifie, pullule, de feuille en feuille : « Les images avaient tendance à s’emboiter les unes dans les autres, de sorte que, chaque fois que vous pensiez avoir trouvé l’unité la plus vaste, vous découvriez, en ajoutant d’autres panneaux, une superstructure supérieure.» Ici, l’œuvre devient, plus que figurative, allusive et symbolique, cryptique et métaphysique.

      Nous tairons les déboires amoureux du galeriste enquêteur, la maladie mortelle du flic retraité qui reconnaît les portraits d’enfants assassinés pour lesquels d’anciennes enquêtes n’ont apporté aucune solution. Toutes péripéties racontées avec un talent honnête, sans guère de concision et avec une dynamique narrative parfois exsangue, parfois entraînante… C’est la rançon commune du thriller, même réussi… Nous avions imaginé juste lorsque l’on apprend que les collectionneurs, qui raffolaient déjà de la chose, sont plus encore affriolés au bruit selon lequel l’artiste serait un violeur multirécidiviste.
            Hélas peut-être, Victor Crack ne sera pas le coupable. Mais celui qui prend sur son dos et en sa création ce qu’un ami déglingué a commis. Laissons le lecteur dans l’expectative quant au destin des personnages ou se précipiter sur le dit thriller dont seules quelques dizaines de pages nous intéressent vraiment. Ce qui après tout n’est pas un mince compliment. Nul doute qu’un médiocre film sera tiré de ce roman. A moins que… On se prend à rêver de réécrire le livre, de le faire parvenir à la qualité d’œuvre d’art qu’il aurait pu être en son entier…

 

      Un crime est-il plus beau s'il est commis par un artiste ? Ce en quoi la responsabilité de l’artiste se voit être, non celle du péché, mais de son poids sur le monde qui en est alors innervé. Cette conception serait proche du mythique péché originel des chrétiens… Et si l’on se penche un peu plus avant dans le mystère des dessins féerico-démoniaques, peut-être redevables de l’art brut, c’est toute l’interrogation du rapport entre le mal et l’œuvre d’art qui nous explose à l’entendement. Faut-il commettre de vrais crimes pour en traiter dans une vraie œuvre d’art ? Les fantasmes de l’artiste sont-ils la condition de l’art ? Figurer le mal et le mêler à l’angélique, est-ce y trouver son origine ou augmenter son abomination ? Est-ce le perpétrer en intention ou en acte, est-ce en être le prosélyte, est-ce « catharsis », cette purgation des passions définie par Aristote, mise en œuvre par Eschyle ou Racine… Peut-on être bon tueur et donc mauvais artiste, ou tueur infâme et excellent artiste? On pense ici bien sûr au splendide, analytique autant que narratif - et d’une autre trempe stylistique -  texte de Thomas de Quincey : De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts. Doit-on alors considérer comme une œuvre d’art les meurtres de Victor Crack ? Si c’est bien lui qui les a commis…

      Pire encore, on peut se demander dans quelle mesure l’art n’est-il pas le papier hygiénique sur lequel nous essuyons nos bassesses, nos vices, nos crimes et désirs de crimes. C’est peut-être la fonction de ces feuilles stockées pendant quarante ans dans des cartons par Victor Crack, dont le nom dit assez la drogue, artistique ou meurtrière qui le mène. Caravage était peintre autant que criminel, Gesualdo madrigaliste autant que meurtrier. Que je sache ni Robert Pobi ni Jesse Kellermann n’ont fait de mal qu’à quelques mouches… Mieux vaut un romancier qui invente de belles exactions en en étant l’auteur sur le seul papier. Mais la tentation de les réaliser in vivo est peut-être un palier supplémentaire de l’art, si l’on croit que l’humanité est au service de l’art et non le contraire. Pente éminemment dangereuse…

 

 

      L’on peut s’étonner que ce roman ait mis 25 ans à traverser l’Atlantique. D’une impeccable construction et d’un suspense de bon aloi, il ne fait en rien regretter de s’être laissé piéger dans ses 768 pages, au contraire. Tom Bishop est un enfant plus que dérangé qui finit par assassiner sa mère. Enfermé dans un hôpital psychiatrique, il s’en échappe, jeune homme « d’une intelligence supérieure » subtilisant l’identité d’un compagnon dont « il détruit le visage ». Il est donc mort pour le monde, introuvable ; sa véritable identité n’est connue que de lui seul, et du lecteur… Très vite, il libère ses pulsions sauvages, sa certitude de devoir venger et sauver l’humanité en éradiquant des proies féminines qui sont pour lui le réceptacle et la source du mal. Il peaufine alors, de la Californie à New York, en passant par la Floride, un voyage transcontinental semé de femmes dont il ouvre et découpe les corps. Bien sûr, la police déploie un impressionnant arsenal local et national, mais le duel va se jouer entre Tom Bishop et un journaliste d’investigation, tenace et presque inquiétant : Adam Kenton. Suivant tour à tour les deux protagonistes, la narration est précise et rigoureuse, riche et palpitante. Bishop, aux prises avec « une lutte pour la suprématie au niveau le plus élémentaire de la nature humaine : le meurtre », est « le Pouvoir ». Kenton vise lui la suprématie journalistique, évoluant dans le monde de l’édition et de la politique, dénichant au passage des scandales, dont celui d’un ambitieux gouverneur qui tente de profiter de l’effroi suscité par le « meurtrier total » et déjà légendaire pour militer en faveur de la peine de mort et surtout pour favoriser son ascension. Le roman policier s’ouvre alors, et ce d’une manière très cohérente, au roman de mœurs, à la satire politique, non sans une écriture analytique et généreuse en métaphores signifiantes. Sans compter que l’on se trouve en présence d’une sorte de chainon manquant entre Jack l’éventreur, Le Dalhia noir de James Ellroy et l’Annibal Lecter du Silence des agneaux de Thomas Harris, ces constituants irréfutables de ce mythe aujourd’hui si prisé du serial killer, voire d’un écho à ce magnifique éloge paradoxal : De l’assassinat considéré comme un des Beaux-arts de Thomas de Quincey…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Stevens est parue dans Le Matricule des anges, juin 2009,

celle sur Pobi en juillet-août 2012.

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 20:28

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Yôko Ogawa :

 

Cristallisation secrète du totalitarisme

 

& autres Petites boites.

 

 

Yôko Ogawa : Cristallisation secrète, 

traduit du japonais par Rose-Marie Makino,

Actes Sud, 2009, 352 p, 22 €.

 

Yôko Ogawa : Petites boites, 

traduit du japonais par Sophie Refle,

Actes Sud, 2022, 208 p, 21 €.

 

 

 

Si certains des nombreux romans ou recueils de nouvelles de Yôko Ogawa sont parfois un peu ternes, mais toujours animés par des situations étrangement poétiques, des émotions aussi ténues que justes, elle a réussit à se dépasser avec Le Musée du silence, vaste fresque de la mémoire dans laquelle une vieille dame offre à un jeune muséographe l’occasion de réunir une collection hétéroclite d’objets volés du quotidien. L’amnésie d’un individu (et la difficile et miraculeuse filiation qui pouvait en découler) avait déjà été explorée dans La Formule préférée du professeur. Temps, mémoire, caractère éphémère des traces du passé sont donc des thèmes récurrents, exploités à satiété, mais sans répétition, ni obsessionnelle, ni stérile. Jusqu'à ce qu'ils soient enfermés dans une Cristallisation secrète, celle du totalitarisme. Mais également dans la beauté paisible, quoique un peu effrayante, de ses Petites boites.

Notre Japonaise a fait encore un saut qualitatif avec Cristallisation secrète, ajoutant à la disparition des choses, des êtres et des souvenirs qui y sont associés, une dimension politique: c'est une anti utopie où une étrange « police secrète » est l’instrument zélé d'un régime totalitaire. Il s’agit autant d’une altération de l’esprit que de la destruction progressive et programmée du monde qui nous entoure. C’est grâce au personnage de la grand-mère que la narratrice peut prendre conscience de cette anomalie. Sorte de gardienne du temps, modeste déesse Mnémosyne aux émotions encore intactes, elle sera dépassée par l’éditeur « R » dont l’esprit reste un vivant réceptacle, un trésor préservé. Le suspense, qui ne cède pas aux démons et aux clichés du film d’action, s’accélère lorsque son écrivaine le cache dans un entresol aménagé, lorsque sa maison est fouillée par les « traqueurs de mémoire ». Les corps vont-ils s’effacer ?

Toujours, la romancière œuvre avec une technique narrative impressionnante. On bascule dans un espace temps inquiétant, une atmosphère que l’on pourrait dire kafkaïenne, mais avec une permanente dimension poétique : l’attention aux objets et à autrui est toujours empreinte de poésie et de délicatesse. Le monde autour de nous est à respecter et à couvrir de prudentes attentions jusque dans ses fêlures. De plus, le fait que la narratrice soit une romancière ajoute la question de la responsabilité de l'écrivain... Il s’agit pour elle d’une action doublement vitale : protéger son éditeur c’est tenter de s’assurer que toujours ses romans paraîtront, mais aussi garder présent celui dont les gènes lui permettent de conserver les souvenirs venus d’un monde évanoui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre délicatesse et violence totalitaire, cette tyrannie de la disparition est une plaidoirie pour la littérature en forme de fable. Quoi de plus évident en effet que la qualité allégorique de ce plaidoyer pour la nécessité de l’écriture, de la création romanesque et de l’art, puisque les sculptures de la mère « ravivent la mémoire », puisque écrire est jusqu’au dernier instant l’image nécessaire de la réalité du monde à retenir… D’autant que le personnage de la romancière nous livre en abyme son récit qui conte une extinction de voix suggestive. L’anti-utopie est parlante. C’est sur une île (emblématique de l’utopie depuis Thomas More) que cet oubli menace la littérature, les hommes et la vie. Et, comme les pompiers et les limiers de Farenheit 451, les « traqueurs de mémoires » visent à détruire ce que le passé à inscrit dans les cerveaux, dans les livres, finalement brûlés, qui sont pourtant les conditions de la permanence didactique de l’Histoire, de l’esprit critique et de la liberté.

S’agit-il de fantastique ou de science-fiction ? D'un récit à lire dans Une Parfaite chambre de malade ? Hors une technologie non précisée qui permet de lire dans les gènes des individus pour repérer leur capacité à une mémorisation répréhensible, rien ne semble lier cet apologue aussi évocateur qu’alarmant à un futur scientifique inconnu. La dissolution de pans entiers de l’univers et de la psyché s’apparente elle plus exactement à un thème classique et récurrent de la littérature fantastique : la disparition. Pensons en effet à la fameuse nouvelle : Escamotage de Richard Matheson. Sans compter les grands noms de l’anti-utopie, d’Orwell à Huxley en passant par Bradbury. Yôko Ogawa, loin d’être indigne de ses illustres devanciers, apporte ici sa touche toute personnelle faite de suggestion et de poésie, et la maîtrise de son talent politique. L'on imagine le très beau film qui pourrait être adapté de ce roman, tout en respectant sa fragilité et sa justesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout apparaît modeste chez la romancière japonaise Yôko Ogawa, née en 1962, dont voici le vingt-sixième livre traduit. En ces Petites boites, les sensations, les êtres ont quelque chose de ténu. La narratrice, vivant dans une ancienne maternelle, n’y a rien modifié : elle vit parmi les meubles minuscules. Les concertistes font jouer le vent d’ouest dans des instruments miniatures, parfois « d’os humain », pour retrouver « la voix des enfants morts », dont des lyres aux cordes faites de leurs cheveux.

Sa vie est consacrée à déchiffrer ce que lui apporte le chantant « Monsieur Baryton » : « les lettres de son amoureuse », dont les caractères s’amenuisent jusqu’aux « ténèbres des lettres ». De surcroît, comme une sorte de thaumaturge, elle est la gardienne de mémorielles boites en verre « destinées à conserver le futur », « pour qu’une âme d’enfant grandisse dans l’au-delà ». Autour de ce mausolée, le récit part en étoile, observant la destruction de la vieille maternité, l’abandon du musée, auprès des parents qui viennent se recueillir et offrir à leurs rejetons perdus des cadeaux appropriés et des jouets, dans la direction d’un artiste qui, comme Cornell, concevait des boites, ou de « Monsieur Carie », l’ancien dentiste qui fabrique les lyres, d’une coiffeuse… Le récit est une ode à la cristallisation vivante des souvenirs.

Une imagination poétique, une musique animent le subtil roman d’amour de Yôko Ogawa, où l’on devine l’attention de la traductrice. Tout est en délicatesse, et même si l’on glisse vers les rivages du fantastique, voire de l’effroi et du morbide, un apaisement profond empreint ce « cabinet d’écriture pour la sérénité ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Petites boites fut publiée dans Le Matricule des anges, février 2022

 

Col d'Adraen, Serra del Cadi, Catalunya. Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:59

 

Place de la Liberté, Poitiers, Vienne. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Pourquoi je suis libéral.

 

Suivi par deux manuels des libertés.

 

 

 

Libres, collectif La Main invisible, 100 auteurs,

Roguet, 284 p, 12 €.

 

Dictionnaire du libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine,

Larousse, 640 p, 28,50 €.

 

 

 

      Toute pensée politique crédible doit se donner pour but le bonheur de l’humanité, ou tout au moins la création des conditions permettant aux hommes la réalisation de leurs potentialités les meilleures. Ainsi le libéralisme ne vise pas, contrairement aux plus vulgaires préjugés, à la liberté du seul plus fort, à la tyrannie économique de quelques loups de la finance. Il est libéralisme autant politique qu’économique, ce qui ne va pas l’un sans l’autre. Ce que confirmeront deux livres collectifs qui défendent l’individualisme, Libres, écrit à cent mains, et le Dictionnaire du libéralisme.

      Il n’est que de considérer les pays où le plus de liberté et d’aisance économique pour le plus grand nombre a pu être réalisé : ce sont des démocraties où le capitalisme libéral s’exerce. Les utopies communistes se sont révélées, sans exception aucune, des abominations génocidaires, du goulag soviétique au logaï chinois, en passant par les geôles cubaines et les illusions pseudo-romantiques à la Che Ghevara. Les fanatismes théocratiques réduisent à une abjecte soumission, sans parler de la femme opprimée là comme jamais. Quant aux dictatures fascistes européennes, aux abîmes de corruptions latino-américains ou africains, ils n’ont jamais vu l’ombre du libéralisme.

      On oublie trop facilement que cette philosophie économique, politique et humaniste ne se passe pas d’Etat régalien, au sens où ce dernier doit garantir les libertés, dont la première de toutes, la sécurité et la justice, mais aussi celle fondamentale d’entreprendre, qu’il s’agisse d’entreprise artistique, artisanale, industrielle ou financière. Tout en respectant quelques valeurs fondamentales et indispensables sine qua non : la liberté de la concurrence, donc l’interdiction des monopoles, la clarté et la visibilité des contrats. A l’Etat, au cadre législatif, de garantir ces prémisses au-delà desquelles l’activité humaine peut œuvrer à la création des richesses et à leur accessibilité maximale. La « main invisible » du marché -pour reprendre la formule pourtant décriée d’Adam Smith- pourvoira aux adaptations nécessaires ; non sans risques certes pour celui qui a échouer dans son entreprise mais qui saura trouver un autre terrain pour exercer ses talents. Ce pourquoi, évitant l’intervention et la suradministration de l’Etat le plus souvent inapte en matières économiques, le libéralisme a confiance en les capacités humaines. Quant à celui qui n’en a guère (il y en a-t-il tant ?), celui qui n’aura plus les moyens d’assurer sa subsistance, il n’est pas interdit d’imaginer que le libéralisme ne soit pas l’ennemi de toute redistribution. A la condition que cette redistribution n’alourdisse pas le poids de l’Etat et de la fiscalité au  point de décourager et de faire fuir une activité pour laquelle les justes récompenses du mérite restent l’enrichissement et la reconnaissance, y compris si cette dernière n’est que de soi à soi. A-t-on réellement essayé le libéralisme dans une France obérée par le colbertisme de droite et le fantasme ruineux de l’état providence socialiste ?

      Libéralisme économique doit rimer avec libéralisme dans les mœurs. Qu’il s’agisse de la liberté homosexuelle, de celle féministe, des religions privées qui sachent rendre à César ce qui est à César et ne pas jeter la première pierre, catholicisme du pardon ou Islam des lumières, elles riment toutes avec la liberté d’expression. Sans compter que la liberté d’entreprendre vaut autant pour le commerce, l’industrie et l’écologie, que pour la pensée, la littérature, les arts…

      Ne croyons pas que le libéralisme soit l’apanage des riches et puissants occidentaux. En ce sens le microcrédit de Muhammad Yunus, qui concerne la plus modeste paysanne indienne, est une formidable idée libérale. Certes, cette école politique aux facettes diverses a conscience -au contraire de l’utopie marxiste- de ne pouvoir faire descendre la manne de la perfection sur l’humanité meurtrie. Mais son réalisme, son pragmatisme, est le gage d’une prudence nécessaire, sans compter que ses qualités ont, elles, fait la preuve de leur efficacité. Francis Fukuyama, s’il n’a pas totalement résolu « la fin de l’Histoire » montre avec brio que la démocratie libérale est l’horizon souhaitable de l’humanité.

      Outre les penseurs déjà cités, l’on suppose que notre libéralisme n’est pas celui de l’inculte trader aux dents aussi serrées sur sa proie que celle du monopole du crédit bancaire. De Milton à Locke, De Voltaire à Kant, de Montesquieu à Tocqueville, de Raymond Aron à Léo Strauss, d’Hayek à Boudon, nombreux sont les philosophes et les intellectuels qui se sont honorés d’être des libéraux ; sans compter l’écrivain péruvien -et récent prix Nobel- Mario Vargas Llosa, candidat malheureux à la présidence de son pays, romancier brillant autant qu’essayiste de talent… Honorons-nous de plus d’être également détestés et caricaturés par les partis d’extrême droite et d’extrême gauche, ce qui en dit long sur leurs connivences secrètes, leur passion de ce pouvoir totalitaire qu’il leur paraît si nécessaire de faire peser sur la tête d’autrui…

      L’épouvantail commun du libéralisme est-il à prendre au sérieux ? Préjugés, médias et politiciens n’ont de cesse de le vilipender, de le brocarder, responsable qu’il serait de tous nos maux économiques et sociétaux. Pourtant c’est de manière opposée et cependant complémentaire que deux ouvrages tentent de plaider sa juste cause, de rendre à un public, que l’on ne dira pas inculte, mais plutôt trompé, maintenu sous le joug de l’ignorance, le sens vivant du libéralisme. Ces deux manuels collectifs s’efforcent avec succès d’aplanir les embûches placés devant qui veut s’initier aux arcanes de cette philosophie politique. Et loin d’apparaître comme des traités savants, abscons et pesants, l’un venu, de la volonté spontanée d’une poignée d’individus, l’autre d’une ancestrale et fort sérieuse maison d’édition, ils font tous les deux preuve de la plus accessible pédagogie. Qu’est-ce que le libéralisme, son histoire, son quotidien pour aujourd’hui, ses solutions pour la croissance de l’économie et des libertés individuelles ?

      Libres a germé dans l’esprit de deux personnalités imaginatives : Ulrich Génisson et Stéphane Geyres. Pourquoi ne pas réunir quelques dizaines de bonnes volontés, d’auteurs, parmi le réseau qu’ils ont peu à peu liés sur Facebook et au contact des blogs, pour qu’un livre issu de la société civile et non forcément des chaires d’université puisse proposer un parcours balisé parmi les arcanes et les évidences si peu reconnues du libéralisme… Pari tenu. Ce sont cent auteurs[1], pour cent textes de deux pages, qui se sont vus confier points de repère et d’ancrage en cette pensée philosophique, économique et concrète, grâce à une progression thématique.

      D’abord, les « Principes » du libéralisme, puis « Mon travail, mon argent », ensuite « Mes enfants, notre avenir », puis « Ma vie, ma décision », « Mes risques, ma protection », pour terminer par le couronnement de l’édifice, la conclusion par l’évidence : « L’état, oppression et inefficacité ». On devine que sont d’abord établies ces prémisses sine qua non : la liberté individuelle, le respect de la propriété, la clarté et le respect des contrats et enfin le dynamisme de la concurrence sans entrave. Plus loin, on dynamite avec soin et rigueur les effets pervers du protectionnisme, de l’impôt, on rétablit dans leur noblesse les marchés financiers et la spéculation, cisaillant les clichés médiatiques et marxistes. Le développement harmonieux des sociétés et des richesses au service du plus grand nombre n’est-il pas lié au capitalisme libéral, plutôt qu’aux collectivismes, keynésianismes, colbertistes et autres étatismes forcenés ? Ainsi le réalisme, la connaissance des faits, le pragmatisme éclairent-ils une nécessité occultée : c’est non seulement la liberté des mœurs et d’expression, mais aussi la liberté économique qui sont à l’origine du développement et du bonheur humains, en comptant parmi eux l’érosion continue de la pauvreté, générée au-contraire par le socialisme confiscateur, redistributeur, générateur de fonctionnaires et de subventions, bientôt asséché de dettes abyssales, et intrinsèquement liberticide.

      Bien sûr, ce vade-mecum n’oublie pas un instant d’être concret, voire quotidien. A travers des exemples précis, « Le génocide batelier » (où l’on trouve quatre fonctionnaires pour un bateau !), « Taxi, vous êtes libres », « Le triste déclin du port de Marseille » (autodévoré par un syndicalisme totalitaire et égoïste et par la pénurie d’une liberté d’entreprendre corsetée par l’état) l’ouvrage, volontiers polémique, pointe les aberrations françaises qui nous acculent à l’inévitable dépression économique, sans oublier de remettre en cause les 35 heures, « le Smic français, antisocial », les monopoles…

      Le maître-mot de cet indispensable opus est la concurrence. Ainsi l’éducation, la sécurité sociale, le logement, « L’écologie de marché » seraient, contre tout préjugé, à même d’être moins des problèmes que des solutions, grâce aux soins de la concurrence qui dynamise la responsabilité, la baisse des coûts et la qualité des produits, de la recherche et des services (ce dont témoigne la percée de Free). L’économie, qui n’est pas celle du « renard libre dans le poulailler libre », pour reprendre un cliché de mauvaise foi et d’inculture associé au libéralisme, doit être l’occasion pour chaque individu de développer ses capacités de travail et de création, auprès d’un état minimal, d’une « minarchie », qui se contentera d’être efficace et incorruptible dans le cadre de ses missions régaliennes : la justice, la police et la défense, nourri par un impôt équitable et fort modeste, dont le taux à ne pas dépasser devrait être inscrit dans le marbre de la constitution.

      Ce sont enfin les libertés individuelles qui sont âprement défendues par Libres : qu’il s’agisse de drogue, de culture de cannabis, du droit à l’euthanasie, de la sexualité, qu’a-t-on besoin d’un état pour décider à notre place, sinon pour nous garantir contre les atteintes à la propriété, contre les violences…

      Le plus stimulant de cet ouvrage, qui est une mine, est peut-être la multiplicité des courants, du libéralisme humaniste des Libertariens à l’anarcho-capitalisme. Sans compter le renoncement des auteurs à tout droit de reproduction, cohérents en cela avec une libérale mise à disposition des idées au d’autrui ; ce en quoi on ne taxera pas les Libéraux d’aride égoïsme, mais au contraire d’une réelle empathie avec une société ouverte issue des Lumières et définitivement vaccinée contre le communisme, les collectivismes, les délires constructivistes de l’état providence, et, inévitablement contre les tyrannies religieuses, guerrières et sectaires, quoique cet ouvrage n’aie pas la pertinence de penser le péril de l’Islam…

      De même, le pluralisme des cent auteurs est étonnant, de tous âges et de tous milieux, de l’étudiant au retraité, ils sont employé, avocat, ingénieur, chef d’entreprise, professeur de philosophie, voire viticulteur, plombier, blogueur… Certes, de rares maladresses, des principes trop répétés, inhérents à l’exercice, doivent se pardonner, des points de vue peut-être trop dogmatiques devront être discutés (comme lorsque la volonté de libéralisation de la propriété intellectuelle se heurte justement au droit de propriété)… L’on tiendra compte alors de l’enthousiasme de nos penseurs plus ou moins professionnels et cependant assurés, par leur conviction, leur clarté. Quoique réunis sous l’égide d’un mystérieux « Collectif La Main invisible ».

      Non, il ne s’agit pas en cette « Main invisible » d’une secte fumeuse tapie dans l’ombre de l’ultralibéralisme carnassier, mais de ceux qui reconnaissent la perspicacité géniale d’Adam Smith, qui, dans La richesse des nations en 1776, usa de ce concept pour signifier la collaboration de tant d’acteurs économiques qui s’ignorent et pourtant sont au service de tant de productions qui enrichissent notre quotidien et notre humanité ; ainsi que cette indéracinable loi du marché qui concourt au renouvellement de l’offre, de la demande et de l’innovation. C’est ainsi qu’au fil des textes de Libres, philosophes, économistes, concepts et perspectives se croisent, nourrissant une réflexion issue de la tradition libérale classique, dont on trouvera tous les attendus dans le Dictionnaire du libéralisme.

 

      Ce que l’on faisait plus que soupçonner dans Libres, nous est confirmé par ce Dictionnaire qui a mis, hélas bien plus de temps à nous parvenir qu’un Dictionnaire du marxisme, qui, plutôt que par ordre alphabétique, aurait dû procéder dans l’ordre des cent millions de morts qu’il faut imputer à cette idéologie mortifère, autrement nommée « communisme ». Au contraire, la part d’utopie du libéralisme, cette harmonie des libertés et des responsabilités qui n’a rien de meurtrier, s’appuie autant sur l’examen des réalités économiques et humaines que sur une solide et séculaire tradition philosophique. Au fil des entrées alphabétiques de ce Dictionnaire du libéralisme, elle commence entre la démocratie athénienne et le « Rendez à César ce qui est à César » du Christ, en passant par le libre-arbitre de Saint Thomas d’Aquin et les scolastiques espagnols de l’école de Salamanque au XIV°, déniant aux gouvernants et analystes la capacité de connaître et de réguler les prix et autres données économiques… Ensuite, de Locke, pilier de la liberté naturelle, de la séparation des pouvoirs, sans oublier Adam Smith et sa dignité du commerce et de la vertu d’entreprendre, à la constitution américaine, la voie est tracée vers l’école de Chicago, vers Milton Friedmann, vers l’école autrichienne, vers Hayek, tous ceux qui dénoncent le poids de l’état, des réglementations, des fonctionnaires, de la relance keynésienne par les gouvernements spoliateurs, tentant de détacher les boulets aux pieds de la liberté individuelle et du développement des richesses…

      Non, le libéralisme, n’est pas qu’une tradition anglo-saxonne ; de Montesquieu et Voltaire à Raymond Aron et Jean-François Revel, en passant par  la libre concurrence de Constant et de Bastiat, sans oublier la méfiance envers la tyrannie de la majorité chez Tocqueville… Qu’importe d’ailleurs la tradition si elle est mauvaise, comme celle du surétatisme français, il faut alors la balayer par souci d’efficacité… Regardons alors par exemple du côté de Reagan et de Thatcher, de l’écrivain Vargas Llosa, des réussites canadiennes et suédoises, ces vainqueurs de l’hydre Etat-providence et du chômage… Car seul le libéralisme est le puissant antidote attendu contre la crise financière des années 2000, dont la cause (hors les erreurs de banques privées que seules pertes et faillites doivent sanctionner) réside dans cette bulle de l’endettement privé encouragée par les autorités publiques,  dans ces plans de relances babyloniens et inefficaces, dans ces dépenses prétendument sociales et pléthoriques des états, dans ces trains infinis d’endettement qui invalident jusqu’à plusieurs générations, dans cette fiscalité hypertrophiée qui décourage les initiatives…

      Non, le libéralisme n’est pas immoral, non il n’est pas qu’un économisme froid, non il n’est en rien un nouveau totalitarisme. Mathieu Laine, en sa préface généreuse plaide la cause d’une vertu caricaturée, honnie par les nationalistes, les assoiffés de pouvoir qui croient nous nourrir de démagogie, les constructivistes de l’idéologie souveraine dont la libido dominandi intellectuelle et manœuvrière encombre le spectre politique de l’extrême droite à l’extrême droite, jusqu’au centre, pour nous faire croire que toutes les solutions viennent des mains de l’état et de la régulation économique, alors que là est la source indéracinable du problème récurrent des post-démocraties occidentales. Car le « doux commerce » de Montesquieu, le libre-échange, la moralité du capitalisme libéral, les droits de l’homme, le respect des points de vue et des comportements d’autrui, s’ils ne s’arrogent pas le privilège de la violence, sont les gages autant de la croissance économique partagée, nonobstant les inégalités consenties, que de la paix.

      Bien sûr, ce dictionnaire n’est pas que celui des auteurs et des acteurs politiques, mais aussi, avec près de 300 entrées, des concepts, des points d’Histoire, des défis intellectuels et économiques, de la monnaie à la dette, de la laïcité au Front populaire, de la banque au chômage, du racisme au libertinisme, du capital à l’état, des marchés financiers au développement durable… Tout cela avec une clarté limpide, menée de main de maître par Mathieu Laine qui entraîne avec lui 65 auteurs, et qui ne nous laisse que sur une seule faim : quoique de fort tonnage, ce Dictionnaire reste trop mince encore, inévitable invitation à la bibliothèque et à l’histoire libérale qui, espérons-le sont celles de notre avenir…

      Allons jusqu’à dire que ne pas compter parmi sa bibliothèque ce Dictionnaire du libéralisme, pourrait passer pour un délit contre l’ouverture d’esprit, pour une cécité volontaire.

      L’on s’aperçoit ainsi que l’apparemment  modeste projet de Libres, trouve en ce Dictionnaire du libéralisme une caution inattendue, par leur congruence intellectuelle et éthique. C’est à croire alors, compulsant ces deux ouvrages indéniablement complémentaires, l’un thématique, l’autre alphabétique, que la limite entre l’amateurisme passionné d’un collectif libéral et le professionnalisme des éditions Larousse et d’un Mathieu Laine, par ailleurs animateur d’un séminaire à Sciences-Po et rédacteur de la revue Commentaires, est on ne plus labile. Libérer les initiatives intellectuelles est ainsi un principe qui vient de faire ses preuves. Qu’attendons-nous pour libérer les initiatives économiques ?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Parmi lesquels on aura la modestie de ne pas nommer mon texte : Pour une éducation libérale

 

Photo : T. Guinhut. 

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 17:52

 

Bonde d’évier gravitationnelle, Graus, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Jonathan Lethem :

de Chronic city à La Forteresse de solitude,

New-York magnifiée.

 

 

Jonathan Lethem : Chronic city, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Francis Kerline, L’Olivier, 492 p, 23 €.

 

Jonathan Lethem : Forteresse de solitude,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso et Stéphane Roques,

L’Olivier, 684 pages, 23 €.

 

 

 

 

      Pour qu’un cinéaste aussi étrange, voire paranoïde, que Cronenberg[1] (La Mouche, ExistenZ) adapte un livre, il faut qu’il soit aussi remarquable que Crash de Ballard[2]. Préparant un film sur Alice est montée sur la table, petit roman farfelu, entre Lewis Carroll et la physique quantique, il attire notre curiosité sur Jonathan Lethem qui, après Les Orphelins de Brooklyn, élargit sa passion pour la ville de New-York avec deux ambitieux romans : Chronic City et La Forteresse de solitude.

      Porté par « les gaz d’échappement de son ancienne célébrité évanescente » d’«enfant-star », Chase reste aimé du public pour son « charisme moyen », et surtout pour être l’amoureux de Janice, « l’Américaine piégée en orbite avec les Russes, l’astronaute qui ne pouvait pas rentrer ». Notre narrateur est un oisif, un doux loser, une voix pour des DVD qui exhument des succès oubliés, lorsqu’il rencontre Perkus, critique de rock et de ciné underground, collectionneur au physique de tortue, à l’intelligence pénétrante, aux joints fumeux… Devenu son mentor dans le cadre d’un roman d’initiation à la cité new-yorkaise, il est celui qui maîtrise la « realpolitik relationnelle de la persuasion », son « ami », son « cerveau ». La chronique urbaine se confond alors avec une traversée de l’histoire du cinéma et des médias. Le tournoiement du rock, des acteurs et réalisateurs mythiques, de la contre-culture, change la ville en une vaste explosion culturelle fantasmatique.

      Chase découvre alors en New-York des présences troublantes : laconiques dealers ou SDF, « aigles nicheurs », un « gargantuesque tigre échappé » qui serait à l’origine de l’effondrement d’immeubles entiers, à moins d’un complot de la Mairie… Parmi les milieux de l’argent, de l’art et du pouvoir, il assiste aux « réinventions de sa personnalité ». Un « nuage chocolaté » le propulse à la limite du fantastique, tandis qu’un archipel de personnages, radiographiés par la plume précise de Lethem, gravite autour de Perkus : Richard, assistant du Maire, Georgina, sa maîtresse, Oona, autobiographe de célébrités et bientôt amante de Chase ; alors que Janice, du haut de sa station orbitale, lui écrit des lettres d’amours pathétiques et cancéreuses, entre élégie mélo et science-fiction… Un acupuncteur tente de lutter contre les migraines éléphantesques de Perkus, que seule la quête d’un messianique Marlon Brando -bien que mort que mort- saurait guérir.

      À moins que notre anti-héros parvienne au « lieu parfait, réel, où le manteau ténébreux et loqueteux de l’illusion se dissipait », évidente épiphanie platonicienne qui est le but de l’écrivain. Se réunir pour tenter des enchères sur Ebay est soudain le moyen d’approcher un « chaldron », sans jamais en devenir l’acquéreur. Jusqu’à ce que, lors d’une réception chez le Maire -et d’une page d’un lyrisme absolu- la pure beauté de la céramique ancienne les subjugue tous, prélude à l’assomption tragique des destinées… N’est-ce qu’un « graal de jeu vidéo » une illusion produite par l’artiste de « Yet another world » ? Chase n’en sera pas pour autant débarrassé de sa dérive amoureuse, de sa psychose du complot…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le moindre des talents de ce roman foisonnant, autant sociologique (où  personnalités et objets sont également soumis aux enchères) qu’onirique, n’est pas d’être animé par les démons de la métaphore : l’une est « Eve, née d’une côte arrachée à Manhattan », quand l’autre est « décapsulée par le désir cru », le joint est comparé à une « hostie descendue d’en haut dans des mains suppliantes », cette métaphore qui, selon Proust, peut donner « une sorte d’éternité au style ». Le Maire « était une sorte de bonde d’évier gravitationnelle qui siphonnait les espoirs des autres hommes », Oona entraîne Chase dans le « puits d’anti-lumière » d’un artiste, Perkus lui permet de voir « la fleur du cerveau »… Voilà un roman de société volontiers satirique, mais qui prend toute sa dimension lorsque l’on aborde cet objet romanesque non identifié comme une lévitation parmi les individus, au-dessus d’une ville magique aux potentialités métaphysiques.

      Passionnés de super-héros, deux gosses enfermés dans leur Forteresse de solitude deviennent les symboles d’une génération américaine.

      Franchissant la porte de la première partie, le lecteur entre parmi les petits pavés méticuleusement plantés de ce qui apparaît d’abord comme le couloir d’une lente forteresse. Nous sommes en effet enfermés dans la perception qu’un jeune enfant, mais avec le langage d’un écrivain bien adulte, a de son milieu familial et plus exactement urbain, quoique Brooklyn soit réduit pour lui à une rue. A cinq ans, lorsque ses parents aménagent, Dylan devient un observateur silencieux d’un monde étroit, qui a néanmoins, sa faune, ses règles, sa délinquance. Il n’a pas d’abord réellement conscience de sa différence : blond et blanc quand ses condisciples de trottoir et d’école publique sont tous noirs ou portoricains. Le rythme narratif paraît mimer la personnalité timide et circonspecte, attentive aux détails plus ou moins anodins, du jeune impétrant, et le lecteur frôlerait la sensation d’ennui, malgré toute la maîtrise d’un auteur qui nous est connu par un bref et amusant récit mêlant merveilleux enfantin et physique théorique, Alice est montée sur la table, puis le roman d’un agité de « troubles obsessionnels compulsifs » aux éruptions verbales incontrôlées : Les Orphelins de Brooklyn.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Pourtant la forteresse du livre a pris le lecteur dans le labyrinthe intérieur du cerveau de Dylan. Comme si par la soigneuse magie de l’écriture nous étions devenus cet enfant regardant le monde s’élargir. Avec lui nous découvrons les personnalités déroutantes de sa mère, gauchiste forcenée, prosélyte de la mixité sociale, antiraciste frénétique, qui envoie son fils grandir dans la rue, et de son père, isolé dans la tour d’ivoire de son atelier, où dorment les nus jadis peints et abandonnés au profit d’interventions minimalistes sur des photogrammes… Avec lui surtout, nous rencontrons celui qui va briser sa solitude et devenir son ami et mentor : Mingus, un métis, dont le père est une ancienne pop-star férue de cocaïne, et qui, bientôt signera les rues de son tag : « Dose »..

      L'on pourrait craindre le pire pour ces modestes héros auxquels nous sommes maintenant fermement attachés, surtout lorsque Dylan, abandonné par sa mère, n’a qu’un père peu à même d’assumer ses responsabilités. Mais ni les dangers ni le réalisme ne parviennent à barrer la route au merveilleux qui imprègne la ville et les rapports entre les gosses. Nous louvoyons entre Dickens, Lewis Carroll et « Les Quatre fantastiques ». Mingus est en effet un initiateur sans pareil, introduisant Dylan parmi les comics bourrés de super-héros et les arcanes exubérants des graffitis, puis le hip-hop et la soul music, mais aussi le crack, cette peste contemporaine… Univers fascinants, malfaisants et finalement magiques de la culture des années 70 et 80. De même l’écriture de Jonathan Lethem s’enrichit, s’irise d’allusions et de poésie. Et la moindre métamorphose n’est pas celle où, à l’occasion de la troisième partie, Dylan adulte peut devenir son propre narrateur, partir à la recherche de son ami perdu dans le souvenir, puis l’auteur d’un film à réaliser : « Les Prisonaires ». Car Mingus, « éclaireur d’une génération destinée à la taule » ne sortira guère de prison, sinon pour donner un rein à son père. Sa « forteresses de solitude » n’est pas le repaire de Superman. Hélas, notre Dylan non plus n’a pas les super-pouvoirs de ses anciens héros : il ne pourra sauver la mise de son ami, même par l’entremise de son art ; et probablement, malgré les talents de poète urbain de Lethem, faut-il reconnaître que dans cette partie, sa personnalité est moins attachante, moins sidérante…

      Entre bas-fond de Brooklyn et Université de Berkeley, entre meurtre et rédemption, un roman déducation et  une autobiographie de trente ans peuvent introduire une note d’espoir par l’enfance dans un désastre social et racial, et a trouvé sa place peut-être incontournable dans la littérature américaine.

 

 

Article publié dans Le Matricules des Anges, janvier 2011

Une vie d'écriture et de photographie

 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 16:25

 

Pierre Besson : Un Pâtre du Cantal, illustrations de Robida, Delagrave, 1936.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Le Recours aux monts du Cantal

 

et autres récits en Massif Central.

 

Actes Sud, 1991.

 

 

 

 

Loin des mirages de l'exotisme ou de l'exploit, voici qu'un amateur de marches, de paysages, d'observation, de photographie (et peut-être de méditation) nous propose quatre échapées en solitaire, mais non sans rencontres insolites, voire philosophiques, dans la gloire et la modestie des sentiers du Massif Central.

 

I : Le recours aux monts du Cantal

II : Une comédie à Sylvanès, Aveyron

III : Lecture de Thomas Bernhard en Livradois-Forez

IV : Orages d'été en Margeride

 

 

I Le recours aux monts du Cantal.

Traversées.

Extrait, p 34-35.

Je voulais cependant, accédant à la crête sommitale, sur le Puy Brunet, par le biais et le haut de ces montagnes, devenir plus, devenir autre. Parvenir à cette montagne équivaudrait à une ascèse, me disais-je. Et, cette ascèse, je la voulais aussi pure que définitive, celle d’où je n’aurais plus que des pensées depuis le haut, comme un survol des humains… Elle serait claire et suave autant que mon sommeil de la nuit, passée dans la paille d’un buron à mi-chemin, avait été opaque et fruité. Elle serait l’altitude et le filé de l’esprit, la transparence à l’infinitude accordée à mes sens, la diaphanéité, la complétude fine et déliée du moi.

À la réflexion, je ne tardai pas à réaliser mon erreur. En quoi consistait cette « hauteur spirituelle » dont on parlait quant à la montagne ? N’y avait-il pas là une imposture, une mythologie ; n’était-ce pas puéril d’associer la hauteur physique des monts à celle de l’esprit ? Ce que je ressentais était une légèreté (hors la fatigue), une exaltation lyrique, une vibration de la béatitude, une euphorie due à la visibilité élargie sur le proche et le lointain (le mouvement calme et altier du paysage), tout cela dû peut-être à la pureté de l’air, à la raréfaction, pourtant à peine sensible à mille huit cents mètres, de l’oxygène… Mais de là à croire que je penserais plus et mieux, que je saisirais le fin du fin de quelque sagesse ou zen intérieur, il y avait loin. Suffisait-il de lieux neufs pour se changer ? Suffisait-il de monter pour s’élever ?
      Et qu’était donc cette altitude spirituelle, ce moi transmué et évacué, ce blanc de la perfection, sinon le vide cristallin jusqu’au silence et lumineux jusqu’à l’aveuglement ? Si cette « ascèse » allait me nettoyer des scories du monde, elle allait en même temps (illusoire combien) me laver jusqu’à l’os, me dissoudre jusqu’à la moelle, me souffler jusqu’aux atomes, me réduire à rien, ou au « pur esprit », ce qui est la même chose. Pur, unique (à la bien improbable condition d’y parvenir), au-dessus des impuretés et des divers du monde, essence parmi les existences, les substances et les matériaux, je ne serais plus rien qu’abstraction, cadavre sec, fétu d’air effacé au moindre souffle du vivant, rien et vide…
      Être un marcheur des montagnes me suffisait. Même dans la mauvaise grêle qui me fouettait sous le Plomb, brusquement, chue d’un court nuage noir. Même avec l’insipidité des quelques nourritures qui me restaient dans le sac. Même avec ce moment de platitude vulgaire du paysage sur le sommet du Plomb, mince monticule posé sur la crête et piétiné par un troupeau de touristes que le téléphérique avait déversé sur une bande convenue et élimée de la montagne (« leur vilain paillasson », me disais-je). J’étais à mille lieux des rocs proche de l’Arpon du Diable où tournaient et plongeaient les milans noirs et royaux. Je mis rapidement le large entre cet endroit (le « sommet » et ses abords) et moi. Sur le puy du Rocher, à peine moins haut, je me sentis à l’abri, reprenant le cours de ma traversée. 

 

 

 

 

 

Le recours à la montagne.

 

Extrait, p 41-45.

 

 

« Je ne suis rebelle envers l’homme ou l’Etat

que s’il est mon agresseur et celui de la montagne »

      C’était un de ces jours poignants, de demi-hiver encore, congères défaites sur la route, haillons, taches, véroles et traînées de neige sur le jaune de la montagne, avec les seuls sommets intacts en leur blanc, les bourgeons d’en bas couleur de bois mort...
      « J’aurais élevé un livre à ces lieux », me disais-je déjà, sans y trouver le sens salutaire et définitif que d’aucuns auraient pu y voir. Pétrarque escaladant le Ventoux avait pu se tourner vers « le terme de sa quête », c’est-à-dire « Dieu » et la « vraie certitude ». Pour moi, sur les monts du Cantal, il n’y avait plus rien des défroques de l’absolu et de la métaphysique. J’avais lavé la montagne des dieux, ôté à mes ascensions tout enjeu transcendant, nostalgie de l’origine, fiction de l’essence et de l’Un. Je gardais l’enjeu suffisant de vivre, de n’être rien ni avant ni après, de traverser. Cela seul m’était une joie, calme et assurée. Ma quête ne prenait pas sens dans un Graal qui l’aurait terminée, mais dans son mouvement même, dans sa dispersion. En ce sens, j’avais retourné les termes de l’initiation et l’avais rendue au divers du monde.
      J’en étais là de mes réflexions, assis sur une borne du hameau de Rudez, au-dessus de Mandailles, quand un homme m’aborda. Il me demanda d’où je venais, qui j’étais et où j’allais. Un instant, de telles questions, comme venues tout droit du tableau de Gauguin du même nom, me semblèrent une injonction métaphysique. Il n’en était rien. Je me repris et répondis :
      - D’Aurillac par le sentier des crêtes, Paul Dechêne, sur une botte de paille d’un buron pour y passer le nuit.
(J’aurais pu tout aussi bien répondre : « Du néant et d la matière, Paul Dechêne dans les monts du Cantal, vers ailleurs, puis le néant… »)
      Nous parlions de la pluie et du beau temps, des sentiers et des cols, l’air de rien, l’un observant l’autre. C’était un homme trapu, vêtu à la va-comme-je-te-pousse, bleu de travail et veste de chasse, visage massif, pupille infiniment mobile… Je n’étais quant à moi qu’un simple jeune homme à chaussures de montagne et sac à dos, et d’apparence fort banale probablement. La conversation roula sur les itinéraires possibles et déliés des sentiers balisés, sur l’hiver finissant, sur ses bêtes qui trépignaient dans l’étable. Il finit par m’inviter pour la nuit dans sa grange, derrière et au-dessus de Rudez, et à sa table, puisque l’heure du repas était venue.
      Devant l’âtre énorme qu’animaient deux souches incandescentes, il servit un repas rustique. Notre faim apaisée, la conversation, de presque distraite qu’elle était, changea brusquement de ton quand j’en vins à dire que j’écrivais.
      - Alors, regardez ! me dit-il vivement. L’homme (qu’on me permette ici de taire son nom) se dirigea vers une armoire et l’ouvrit. Il y avait quelques livres là : des Jünger dont Le Traité du rebelle ou Le Recours aux forêts, Walden ou la vie dans les bois, le Journal et La désobéissance civile de Thoreau, La Fin de la peinture de paysage de Jürgen Becker, les Scènes de la vie d’un faune d’Arno Schmidt, mais aussi Fenimore Cooper, Whitman, Melville, Stevenson, Hesse, Stifter et quelques autres. Sans compter d’abondants ouvrages de botanique, d’entomologie, de zoologie, de géologie et d’agriculture (y compris d’anciens almanachs à destination de l’éleveur et du jardinier). Et toutes sortes de monographies sur le Massif central. Il y avait aussi, dans une maie, un jeu complet des cartes au 1/25 000 du Massif central. Il avoua enfin qu’il avait la même bibliothèque en caisses de plomb dans des caches de la montagne.

Illustration de couverture : Miles Hyman.

      - Croyez-vous qu’une inquisition policière veuille aujourd’hui saisir une telle bibliothèque ? lui demandai-je.
      - Non, je vous l’accorde. Mais que sait-on de demain, du feu qui peut brûler ma maison, de la mort du paysage, de l’apocalypse humaine et nucléaire répandue sur la moitié ou l’entier du monde ?
      - Mais une telle apocalypse épargnerait vos livres sans épargner l’homme !
Il eut un sourire matois :
      - J’ai aussi des caches pour l’homme dans la montagne… Où quelques vivants s’enterreront plus profond que les morts pour survivre et vivre. Avec équipements et réserves pour plusieurs années… Je veux aussi pouvoir à tout instant me délivrer des trop doucereuses commodités de la société organisée.
      - Cette société a pourtant produit ces livres, ces nourritures et ces objets que vous accumulez pour pouvoir vous en affranchir…
      - La société doit servir l’homme, si solitaire soit-il, mais en aucun cas l’homme ne doit être le serf de la société.
      - Pouvez-vous concilier cela avec le fait que vous payez des impôts, ce dont je ne doute pas ? lui demandai-je.
      - Oui, je paie mes impôts. Et l’électricité, les assurances… Je pourrais tout aussi bien cesser à l’instant de payer, et recourir à la montagne.
      - Voulez-vous dire que vous êtes capable de mener dans la montagne, avec vos caches et vos réserves, une vie de paria, une vie de gibier parmi vos semblables attachés à votre perte ?
      - Je ne resterais pas terré dans une cache. Enraciné, certes, en plusieurs points de la montagne, mais mobile toujours, du moins jusqu’à ma mort, mort d’homme autant que de bête… Et pourquoi ce gibier ne serait-il pas aussi chasseur ? Il n’y a pas de gibier qui ne soit armé à sa manière. Et je peux compter sur ma montagne, si je ne peux compter sur les fluctuations et les convulsons des sociétés. Et loin de vivre ce retrait sur les hauteurs comme le citron qui se racornit et moisit sur le haut du buffet, je serais le vif milan noir au-dessus des planèzes…
      Il se tut un instant pendant lequel je pus me demander si j’étais avec un fou ou avec une façon insolite de sage. Il reprit pourtant, rêveusement d’abord, puis avec vindicte :
      - Même ici, dans le retrait des montagnes de Haute-Auvergne, les espaces de nature et de liberté se rétrécissent de plus en plus. Il faut un permis pour chasser, il faudra bientôt un permis pour la cueillette des champignons, sinon des myrtilles, des mûres ou des orties. Il faudra sans doute acquitter un droit de passage sur les sentiers d’en haut, comme on paie son ticket pour prendre le téléski et les pistes de fond. Il y a des itinéraires balisés, « conseillés », « difficiles », il y aura sous peu les « déconseillés », sinon les « interdits » parmi les forêts acides… Je veux pratiquer le hors itinéraire absolu, lors d’inhospitalières demi-saisons, lors de ces vagabondes traversées que vous pratiquez, bien qu’en dilettante…
      - Pourquoi « dilettante », lançai-je ?
      - Parce que vous vous baladez pour le plaisir et le bien du corps et de l’esprit, en esthète de la nature, petites fleurs, petits oiseaux, belles montagnes, en rêveur et songeur de métaphysique.
      Estomaqué, tombé de mon piédestal intérieur, je balbutiai.
      - Je…
      - Vous êtes jeune, dit-il. Avec ce quelque chose du mûrissement intérieur. Mais trop uniquement intérieur encore… Dites-moi où est la montagne là-dedans, sinon dans la joliesse du paysage et sa solitude ? Vous ne vivez la montagne qu’en spectateur sympathique et sympathisant, qu’en citadin venu s’ébaudir dans le tristement nommé « Parc naturel régional des volcans d’Auvergne ». Le sens que vous donnez à la montagne est bien trop frêle encore, trop allégorique…
       - Croyez-vous que le sens à donner à la montagne soit celui de la rébellion contre les hommes, d’une vie de rôdeur nocturne et poursuivi ?
      - Je ne suis rebelle envers l’homme ou l’Etat que s’il est mon agresseur et celui de la montagne. Et qui sait jusqu’où je devrais aller si la liberté du remembreur-pollueur-aménageur saccage ma liberté dans l’univers ?
       Il resta méditatif, les trait animés par les lueurs rauques du foyer ; puis se leva brusquement pour sortir dans la nuit. J’étais comme hébété, balloté par le remous de ses paroles, hésitant entre le rejet et l’adhésion, allant de la connivence à la répulsion.
      Il revint apaisé, comme loin de tout auditeur…
      - Allez, brisons là, me dit-il tout à coup. Il est largement temps d’aller se coucher. Faites ce que vous voudrez de ce que je vous ai dit. Vous prendrez là-haut la première chambre.

Thierry Guinhut

Le Recours aux monts du Cantal et autres récits en Massif Central, p 41-45

© Actes Sud, 1991

Une vie d'écriture et de photographie

 

Carnet de voyage cantalien. T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 12:55

 

Plaza Mayor de Graus, Huesca, Alto Aragon.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Baltasar Gracian :

 

Actualité de L'Homme de cour

 

ou Oracle manuel de prudence,

 

et autres Traités politiques.

 

 

  

Baltazar Gracian : Traités politiques, esthétiques et éthiques,

traduits et présentés par Benito Pelegrin, Seuil, 2005, 944 p, 33 €.

 

Baltazar Gracian : Le Criticon,

traduits et présentés par Benito Pelegrin, Seuil, 2008, 496 p, 25 €.

 

 

 

Quelque mois avant de mourir, Baltasar Gracian fut exilé à Graus, une petite ville du Haut-Aragon, condamné au pain et à l’eau, privé de plume et d’encre, pour avoir publié la troisième du partie du Criticon, roman d’apprentissage un brin fantastique et férocement satirique. Sa célébrité est cependant redevable de ses talents politiques. C’est en effet en 1647 que le Jésuite espagnol Baltasar Gracian (1601-1658) publia L’Oracle manuel et Art de Prudence, plus connu sous le titre réducteur de L’Homme de cour, tel qu’il apparut dans la traduction française de 1684 dédiée à Louis XIV, de façon à l’adapter au microcosme Versaillais.

Ce sont trois cents aphorismes et maximes qui visent à la formation de l’homme plongé dans le monde des puissants. Ainsi, animé par cette substantifique moelle, le lecteur deviendra un homme avisé, doté d’un esprit pratique et vif, ingénieux et maître de ses passions. Réaliste, pragmatique, sinon cynique, celui qui suit les préceptes de Gracian ne s’embarrasse guère d’illusions. Pessimiste quand à la nature humaine, certes, mais d’abord plongé dans l’intrigue qui lui permettra de faire sa place dans la société, et plus précisément celle du pouvoir, l’homme de cour est moins un courtisan que celui qui sait ménager ses concessions en s’assurant le maximum d’avantages personnels. L’ambition dans la vie civile ne peut se passer de ces préceptes.

Pour Gracian, l’art est supérieur à la nature (Oscar Wilde ne dira pas autre chose), mais plus exactement la culture et l’art de se gouverner soi-même au moyen de la raison et de la finesse de l’intelligence. Mais également l’ « Art de faire valoir dans le théâtre du monde. »

Après Le Courtisan de Castiglione (1528) et L’Honnête homme de Faret (1630), Gracian synthétise, précise et amplifie les théories morales et politiques que ses précédents livres ont initiées parmi Le Héros, Le Politique, et L’Honnête homme, Oracle manuel et Art de Prudence. S’il s’adresse en ce dernier livre au Prince, et en le dédiant au nouveau favori du Roi d’Espagne après qu’il ait fait de même pour un précédent ouvrage à l’Infant, mais aussi plus généralement à l’homme politique, il est également un bréviaire de poche pour l’individu anonyme - nous tous en fait - qui cherche à s’orienter parmi les hommes, à tracer son chemin vers la réussite, voire le succès. Il est d’ailleurs amusant de noter qu’une traduction française (en 1978) s’intitula : Manuel de poche d’hier pour hommes politiques d’aujourd’hui et quelques autres… Aujourd’hui l’édition de référence est celle de Benito Pellegrin dans les Traités politiques, esthétiques, éthiques. C’est dire que, loin d’être démodé, loin de n’être qu’une curiosité pour historien en mal de thèse, Balthazar Gracian s’impose comme une valeur universelle, pour aujourd’hui et pour demain.

Le succès, en Espagne, puis en Europe, fut immédiat, malgré un style précieux et recherché, baroque dirait-on. La Rochefoucauld (l’auteur des Maximes) et Nietzsche, spécialiste de l’aphorisme, furent parmi ses lecteurs, alors que Schopenhauer l’avait traduit en allemand. L’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra admirait le « héros » gracianesque comme une sorte de préfiguration de son surhomme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques aphorismes remarquables :

« La courtoisie est le plus grand charme politique des grands personnages. »

« Le savoir et la valeur comme moyens alternatifs de la grandeur. »

« Faites-vous miel, et les mouches vous mangent. (…) L’épée prête à l’emploi inspire le respect. »

« Nul ne peut être maître de soi s’il ne se connaît pleinement d’abord. Il y a des miroirs du visage, mais point de l’esprit : réfléchir sur soi-même peut en tenir lieu. »

« Du naturel empire. (…) Si d’autres qualités accompagnent cette nature, , ces hommes sont nés pour être des premiers moteurs politiques, car ils obtiennent plus d’un mot, d’un geste, que d’autres par des discours et de la dissimulation. »

« Ne jamais se passionner : vertu majeure d’un esprit supérieur. »

« Ne jamais partager les secrets de ses supérieurs : vous croirez partager des poires, vous partagerez des déboires. »

« Eviter l’excès de familiarité »

« Connaître les fortunés pour s’en servir et les malheureux pour les fuir. »

« Rester maître de soi », « Penser avec la minorité, mais parler avec la majorité », « Savoir s’éviter des chagrins », « S’en tirer par une pirouette », « Se permettre quelques défauts véniels », « Se faire au mauvais caractère de l’entourage », « Savoir utiliser ses ennemis », « Se servir des conseils d’autrui »...

Ce sont, de la part de l'auteur du Criticon, son vaste roman baroque, autant de conseils précieux à méditer, à faire siens… Art du comportement et morale ne s’opposent plus mais permettent d’avancer masqué autant que de survivre au mieux. Paraphrasant librement la table des matières on peut résumer la chose ainsi : étant donné le monde tel qu’il est, étant donné les qualités personnelles, quels sont les chemins et les figures du succès ? Il faut être lynx et caméléon, pénétrant, concis, savoir s’adapter et plaire : art de vivre et savoir-vivre culminent en la sainteté de l’homme universel.

      Joseph de Courbeville, qui traduisit El Discreto de Gracian en 1720, présente ainsi l'ouvrage dans sa préface : « On y verra toutes les qualités et tous les talents qui font un homme universel, un politique profond et sûr, un grand capitaine, un héros, un particulier habile, qui sait se prêter à tout, un homme d'érudition et de belles lettres, et par-dessus tout cela, un homme vertueux. Telle est l'ébauche très imparfaite du caractère que mon auteur qualifie en sa langue, "el discreto"».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le savoir-vivre pour soi et en société étant la règle et le but de Gracian, ce livre reste -et restera- un vade-mecum pour faire carrière parmi les hommes et les institutions. Trésor de psychologie, boussole pour les navigations hasardeuses parmi les eaux des fonctions et des partis, des intrigues et des grands desseins… S’il parait être un passeport pour les plus hauts emplois, il est aussi un hommage à une qualité essentielle : la prudence, qui selon le Dictionnaire de Furetière, au XVII° siècle, est «  sagesse, dextérité, circonspection. Vertu qui enseigne à bien régler sa vie & ses mœurs, à bien diriger ses discours & ses actions suivant la droite raison. »

On ne peut s’empêcher de penser au Prince de Machiavel, lui-même trésor controversé de savoir faire politique, lorsque Gracian fait l’éloge de l’apparence et de la dissimulation : « Une bonne mine est la meilleure recommandation de la perfection intérieure ». Au-delà de cet apparent immoralisme, on peut entendre également là une dimension satirique qui n’échappera pas au La Bruyère des Caractères. Sous le sérieux du propos, Gracian n’est pas sans humour : il sait se jouer de l’humaine personnalité, des milieux d’intrigues qui jouxtent le pouvoir, son style est concis, incisif….

Le moralisme de Gracian reste en effet sujet à caution. Mais il ne prétend pas vivre dans un monde idéal ou se retirer au fond du désert ; il s’agit d’affronter la société des hommes tels qu’ils sont pétris de bien et de mal, de faire son chemin en en tirant le maximum de sagesse, d’entregent, de profit et d’épanouissement personnels. Une stratégie de réussite pour notre temps ? Survivre en toute intégrité intellectuelle à l’époque de notre Jésuite qui, à la suite de la publication non autorisée du Criticon (roman allégorique et picaresque), fut soumis à dure pénitence, n’était pas chose facile ; l’est-elle plus aujourd’hui ? Entre les faveurs changeantes des rois et des conseillers et les dictats d’une église vigoureusement implantée, il sut manœuvrer… jusqu’à la chute.

Baltazar Gracian : L'Homme de cour, François Barbier, 1693.

Photo : T. Guinhut.

 

 

      Entre les pensées uniques, qu’elles soient d’une théocratie, du post-marxisme ou de l’écologisme, la liberté individuelle peut-elle exercer ses talents ? À l’heure où l’opinion publique colporte rumeurs et violences verbales, où le plus brutal ensauvagement lacère la République, où des hommes politiques n’hésitent plus à invectiver les journalistes, les citoyens à agresser les élus, les barbares à violenter la police et les pompiers - mais les élus pérenniser une tyrannie fiscale et bureaucratique et faire preuve de leur impéritie tant sur les plans de l’emploi, de la santé que de la laïcité -  la courtoisie et la maîtrise de soi requises par Balthazar Gracian sont plus que jamais d’actualité. Mesurer le talent et le parcours d’un Président, d’une Ministre, d’un étudiant de Sciences Politique ou, plus simplement d’un honnête homme s’il en est, à l’aune de cet Oracle manuel et art de prudence, reste un exercice aussi sain pour les mœurs qu’excitant pour l’esprit, en un mot, salvateur.

      C’est dans Le Criticon[1], cette fois non plus un essai mais un roman, que Baltazar Gracian nous fait également part de la prudence politique de son « homme universel ». Certes il s’agit des pérégrinations temporelles, de l’enfance à la mort, et géographiques dans toute l’Europe, de deux compères en quête de la Félicité, dans un allégorique roman d’apprentissage prodigue en rosseries, satires et inventions romanesques et langagières étourdissantes. Mais les échos avec sa fine philosophie politique ne manquent pas. Dès le premier chapitre, n’affirme-t-il pas : « Parmi ces barbares actions, on voyait poindre en lui quelque lueur de la vivacité de son esprit, comme si son âme eût été en douloureux travail pour se faire jour : car, sans la médiation de l’art, toute la nature se pervertit »…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Baltazar Gracian : Le Criticon, Seuil, 2008.

 

Baltazar Gracian : L'Homme universel,

Pierre Gosse & Pierre de Hondt, 1724.

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 13:44

 

Anse du Martray, Ars-en-Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Thomas Pynchon : Contre-jour,

 

une quête de lumière.

 

 

Thomas Pynchon : Contre-jour,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro,

Seuil, Fiction & cie, 1216 p, 35 €.

 

 

 

 

          Un chien aéronaute est-il lecteur idéal de Pynchon ? Tournant les pages « en se servant de sa truffe ou de ses pattes », Pugnax, choqué par les « excès du comportement humain », est absorbé dans un Henry James ou dans un « roman-feuilleton de Monsieur Eugène Sue », quoiqu’il préfère les « récits sentimentaux consacrés à sa propre espèce »… Il faut en effet à celui qui se plonge au long cours dans un volume de Pynchon prendre de la hauteur, faire preuve d’une patiente délicatesse et peut-être porter un jugement moral sur ces excès trop humains. C’est ainsi que notre auteur prend avec Contre-jour une inconcevable distance avec l’humanité.

          Voilà en effet un écrivain dont la discrétion est inversement proportionnelle à l’ampleur de ses livres. Jugez-en : quatre romans aux dimensions sommitales, deux romans moins abondants (La Vente à la criée du lot 49 et Vineland) qui sont justement ceux dont la dynamique narrative rend l’abord le plus aisé ; et un homme dont on ne connaît qu’une romantique photo de jeunesse, puis plus rien. Pynchon est le disparu le mieux gardé, par son éditeur, par on ne sait quelle agoraphobie, par une concentration à toute épreuve. C’est un peu l’introuvable écrivain Arcimboldi recherché par les critiques dans 2666 de Bolano.

          Comme ce dernier personnage au nom évocateur, Pynchon affectionne le composite. S’il se consacre dans Contre-jour à dresser un tableau de la Belle Epoque, il est pour le moins polymorphe. On paraît tout d’abord entrer dans une parodie de roman d’aventure (voire de comics) pour peu à peu prendre conscience qu’il s’agit d’un cinémascope de plus grande ampleur. A bord du dirigeable « le Désagrément », le groupe des « Casse-cou » mené par le commandant Randolph St. Cosmo veille au cours d’un joyeux rassemblement d’aéronautes sur la sécurité de l’Exposition Universelle de Chicago de 1892, menacée par d’éventuels attentats anarchistes, avant de repartir vers d’autres aventures. Pendant ce temps, les poseurs de dynamite s’affairent parmi les rails qui traversent les Rocheuses, là où les propriétaires de mines exploitent les ouvriers. On aperçoit alors le squelette du livre, lorsque le mineur anarchiste et dynamiteur, Web Traverse, est assassiné par Deuce Kindred et Sloat Fresno, deux sbires de Scardale Vibe, richissime magnat de l’électricité qui a repéré les qualités exceptionnelles d’un de ses fils Traverse et lui a offert une bourse pour étudier et travailler à son service, voire devenir son héritier prodige. D’où l’obsession vengeresse qui poussera deux fils, Franck et Reef, à courir le monde. Sans compter Lake, leur sœur, qui tombe amoureuse de Deuce. On devine la cornélienne tragédie. Au-dessus de ce squelette, flotte, comme une sorte de crâne céleste, le dirigeable énigmatique des « Casse-cou » dont on ne sait s’ils sont employés comme policiers ou espions scientifiques, ou comme aimants romanesques. Leurs aventures sont d’ailleurs lues par quelques personnages. Plusieurs filons de chair s’entrecroisent entre des dizaines de personnages satellites, des vies et des voyages, abandonnés et repris, balayant l’univers narratif de Pynchon, tout cela écrit avec une imparable séduction encyclopédique, dans le grand écart stylistique qui le caractérise, entre (pour reprendre les lectures de Pugnax) Henri James et Eugène Sue. Mais, me direz-vous, ou se trouve le cerveau de ce roman en constellation ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Outre l’évident conflit perpétuel entre le fanatisme anarchiste et un capitalisme qui ne connaît du libéralisme que la liberté d’opprimer par rapacité -peut-être caricatural- et sa dimension partiellement prémonitoire de la première guerre mondiale, le véritable moteur romanesque est la lumière. Dans sa version scientifique d’abord, puisqu’au-delà de Kid étudiant en électricité, on rencontre un photographe, un inventeur, Nikola Tesla, chercheur en phénomènes électriques et rival de Thomas Edison, et Yasmina la mathématicienne russe qui sera l'amante conjointe de Reef et d'un espion homosexuel. La « Ruée vers le rayon » conflue avec la ruée vers le pouvoir capitaliste. De plus, dans sa version irrationnelle, la lumière attire maints religieux sectaires et délirants, « Ethéristes », chamans, alchimistes, mangeurs de lumière, attrapeurs de boule de foudre parlante et autres fous de mythes nordiques relatant des expéditions maritimes vers des pierres magiques ou vers le vide (« un résidu vaporeux de la création du monde »). Les expéditions aériennes à but scientifico-magique des « Casse-cou » répondent ainsi aux élucubrations des chercheurs de quatrième dimension et de « tradition fantomale » violemment confrontés aux rationalistes. Un peu comme V, Contrejour est une quête, celle de la lumière et de son énergie, autant physique et mystique qu’universelle, jusqu’à la promesse de la « grâce finale », familiale, sociétale, à bord d’un « Désagrément » propulsé par la lumière « devant la gloire de ce qui vient ». Au-delà de la catastrophe de 14-18, un clair d’utopie s’élève dans l’imaginaire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      A soixante-dix ans, cette icône invisible du postmodernisme -au sens où il réinvestit le passé avec toutes les libertés de la fiction- met en scène des curieux, des entreprenants, des inquiets, des rêveurs, des ratés, des révoltés, voire des paranoïaques, qui veulent étendre leur connaissance de l’univers, ou le détruire pour le sauver par « un fanatisme dément », tous personnages auxquels le lecteur ne s’attache pas forcément, faute d’une sorte d’empathie que manquerait de leur insuffler notre auteur. Hors la prise en charge d’une vaste époque (entre 1893 et l’après première guerre mondiale) l’atomisation des personnages, le temps à plusieurs dimensions et la dispersion géographique (du Colorado à Venise en passant par Göttingen, l’Angleterre et la Sibérie) peuvent laisser perplexe quant à la cohérence du roman, sinon celle de brasser la totalité du monde, depuis les motivations de la nature humaine jusqu’aux sciences exactes et inexactes : alchimie, électricité, mathématiques, tous les phénomènes associés à cette lumière qui traverse le roman de bout en bout, d’où le titre et ceux des parties, en particulier ce « spath d’Islande » qui a la propriété de diviser les rayons, peut-être dans les directions antagonistes du progrès technique et des illuminismes débridés, et donc d’expliquer le titre. C’est ainsi que se multiplient les perspectives métaphoriques, parmi lesquelles l’entropie chère à l’auteur de L’Arc en ciel de la gravité. Nous sommes donc loin du strict roman historique, mais plus exactement dans la métafiction historique et scientifique, avec ce qu’il faut de littérature populaire, de merveilleux paranormal, de roman d’aventure pour adolescents, de traité de physique et de mathématique, voire dans la science-fiction, à la lisière du Gordon Pym d’Edgar Poe, de l’Icosaméron de Casanova et de Philip K. Dick, ou comme à l'occsion d'un voyage intraterrestre d’un pôle à l’autre qui serait une sorte de Jules Verne féerique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pynchon, qui se veut aussi riche que le mystère de l’univers, sait faire entrer en lévitation romanesque, du haut de son dirigeable, le pathétique des pauvres hères, aigrefins et émigrés, autour de gigantesques abattoirs ; le grotesque des savants « Ethéristes » à la poursuite de la lumière et de ses applications industrielles ou pseudo-scientifiques. De plus, entre ellipses et mises en abyme vertigineuses, un lyrisme intense traverse les pages, lors de descriptions du continent américain (en écho à Mason & Dixon) des îles et des villes, lorsque par exemple il compare « le ballet incessant des glaces » à une « Venise de l’Arctique » point de départ d’un réseau stylistique et romanesque virtuose et saupoudré d’ironie. On lira de vrais morceaux de bravoure à l’occasion de la prise d’un nunatak arctique « doté d’une conscience mais également d’un dessein ancien » qui dévastera une ville, ou à l’occasion d’un bled dément où Reef Traverse va chercher le cadavre de son père : un pandémonium du péché, une « Lourdes du licencieux »…

           Lire un roman de Pynchon, c’est peut-être observer le monde avec une certaine froideur scientifique, mais l’observer, grâce à la biréfraction de son spath d’Islande, dans toutes ses dimensions de réels et d’imaginaires multipliés : un show romanesque à grand spectacle et scintillant, saupoudré de chansonnettes, fascinant. Lorsque les portes de la perception pynchonienne se sont pour nous déployées, rarement avons nous à ce point la sensation d’être un lecteur gourmant et intelligent…

 

Thomas Pynchon : Vineland, une utopie postmoderne

Thomas Pynchon : Le Vice caché du roman policier

Thomas Pynchon explorateur des Fonds perdus du web profond et du 11 septembre

 

Thierry Guinhut

Article paru dans Europe, janvier-février 2009.

Une vie d'écriture et de photographie

 

Anse du Martray, Ars-en-Ré, Charente-Maritime.

Photo : T. Guinhut.

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 13:39

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

James G. Ballard philosophe politique :

 

de Millenium people au Crash de civilisation.

 

 

James G. Ballard : Millenium people, traduit de l’anglais par Philippe Delamare,

Denoël 367 p, 22€.

 

James G. Ballard : Crash, traduit par Robert Louit, Folio, 272 p, 20€.

 

 

 

 

Pour impressionner, une fiction doit souffler sur nos peurs. Pas forcément les plus évidentes, catastrophes naturelles, terrorisme islamiste ou tours infernales venues du réel ou de scénarios éculés, mais les moins soupçonnables. C’est ainsi que Ballard s’est acharné à nous torturer avec l’érotisme cruel des accidents de la route dans Crash (aujourd’hui réédité), avec la menace des loisirs définitifs des vacanciers dans Fièvre guerrière, ou avec des enfants meurtriers dans Le Massacre de Pangbourne. C’est encore une révolution inattendue qui sourd du Millenium people : celle des classes moyennes venues des « Immeubles de Grande Hauteur » et des Îles de béton. Jusqu'au crash de la civilisation...

Bénéficiant des révolutions industrielles puis informatique, le peuple des classes moyennes et des banlieues voit ses tendances et fantasmes attiser l’évolution des mœurs. Mais lorsqu’on menace son pouvoir d’achat, ce « nouveau prolétariat, victime d’un complot séculaire » décrète : « la prochaine révolution concernera le stationnement ». Cet enfant gâté enchaîne les actes terroristes, puérils, violents. Avocats, enseignants, médecins, assureurs, journalistes, architectes, ils ont leur leader en Richard Gould, un pédiatre illuminé, et dévastent leur quartier. En quête d’un sens introuvable parmi leur « ennui féroce », ils s’attaquent aux pingouins du zoo, à la statue de Marx, aux musées, assassinent une vedette de la télévision...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Quel est le véritable ennemi des habitants de Millenium ? Infiltrés par le narrateur, David, un psychologue nanti d’une jolie femme handicapée et qui n’est pas sans jouir de participer à la guéguerre, ces cadres instruits ont « entrepris de démanteler leur monde bourgeois », d’en finir avec le tourisme, avec la culture. « Il n’y avait pratiquement pas une activité humaine qui ne fût  la cible d’un groupe concerné », animé par une « religion primitive » et « avide d’un personnage charismatique ». Le capitalisme de consommation, les valeurs libérales, l’Amérique et Hollywood sont au premier rang des accusés. Après les « manifs contre les OGM et l’Organisation Mondiale du Commerce », après l’attentat du 11 septembre qualifié de « courageuse tentative de libération », cette « abdication de la responsabilité civique » les conduit à incendier une cinémathèque, à tuer des innocents en rêvant de « changement cataclysmique ». Pour ériger quelle société ? En fait, ces nouveaux fascistes avides de « rôles intéressants », d’« une vie plus intense » rêvent de « bâtir une Angleterre plus saine d’esprit », « des lois sans sanctions », « un soleil sans ombres ». Fulminant contre la servilité bourgeoise, ne sont-ils pas de pires tyrans?

Qui lirait Millenium people pour s’exciter au spectacle de ces révolutionnaires à la mode en manquerait le propos. Certes, il est bien question d’excitation sexuelle par la violence. En témoigne la folle nuit d’amour de David et Kay après l’attentat à la Tate Modern. Mais plus qu’un roman à thèse sur la crise de la société d’abondance, il s’agit d’un portrait à l’acide de ceux qui la refusent au nom de leur « catéchisme d’obsession ». Là se dessine la veine satirique de Ballard. Jouer les rebelles, chercher des coupables fantasmés, dictature des médias de consommation ou capitalisme international, n’est-ce pas se renvoyer à soi-même sa vanité… Prenant la vie pour un divertissement dans un « immense parc à thèmes », l’homme consomme la santé, la liberté, le luxe, méconnaissant la face dangereuse de toute existence. En fait, Ballard, qui dénonça dans un entretien « une dictature soft  et un nouveau fascisme comme celui qui est en train de naître aux Etats-Unis», n’incrimine pas un totalitarisme démocratique ou commercial, mais notre amollissement dans une dépendance qui n’est plus celle de l’esclave mais celle du dernier homme nietzschéen, heureux de sa médiocrité, mais prêt à se parer de l’auréole du casseur révolutionnaire dès que l’un de ses hochets menace de lui manquer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Voici le moteur des événements barbaroïdes : la recherche forcenée de l’intensité des sensations. Fussent-elles celles de l’accidentologie, des prothèses, du handicap au cœur de l’explosif froissement des tôles automobiles, consomme le mariage de la douleur et de la jouissance sexuelle. C’est ainsi dans Crash, où le narrateur, James Ballard, à la façon d’un alter ego de l’auteur, fut la cause de la mort d'un homme lors d'un accident de voiture. Ce pourquoi, en une sorte de catharsis perverse, il développe une véritable obsession pour la tôle froissée, pour les spectres des casses de véhicules. Enrôlé par Vaugham, un ex-chercheur qui aime reconstituer des accidents célèbres et va jusqu'à en provoquer de nouveaux pour assouvir ses pulsions morbides, le narrateur est peu à peu initié à une nouvelle sexualité qui lie étroitement violence et technologie.
      Premier volet de la « Trilogie de béton », Crash jouit de l’union imprévue de l’accidentologie et du sexe, entre sadisme et masochisme, non sans un développement esthétique fascinant et repoussant à la fois.

      L’habitat contribue au déchaînement des mœurs. Ainsi des « Immeubles de Grande Hauteur » et des « îles de béton ». Sous le titre en forme d’acronyme, I.G.H. entasse l’humanité en dehors de toute nature, dans une artificialité d’abord propre et solide, mais qui se dégrade rapidement. Chaque immeuble abritant quarante étages et mille appartements luxueux, ce que l’on imaginait comme une homogénéité sociologique éclate bien vite en clans séparés, ennemis, en guerres tribales, pour rejouer un stade primitif et originel de l’anthropologie. Quant à l’île de béton, c’est celle où échoue, lors d’un banal accident de voiture aux alentours de Londres, Robert Maitland. En contrebas des voies autoroutières, le voilà coincé entre deux remblais, en haut desquels personne ne s’arrêtera pour sauver le naufragé. Robinson postmoderne, l’anti-héros doit se livrer à une inédite guerre de survie, entre « Proctor », un clochard, une jeune femme, redevenir « le mâle agressif » que la civilisation avait recouvert d’un vernis.

      Parmi l’enfermement des tours d’habitation et des « îles de béton », le désir sexuel et la mort seuls permettent de jouer sa vie aux dés pour un climax de sensations exacerbés, qui aboutit à un jouissif « jardin de sang », antithèse de celui d’Eden, qui n’est rien moins qu’une dérision de l’humanisme, une satire de l’urbanisme et du machinisme fétichiste, un retour aux pulsions de violence et de morts, autant qu’un crash de civilisation.

 Comme dans Super-Cannes dans lequel les cadres très supérieurs de l’Eden-Olympia peuplent leur loisirs du luxe du délit, du braquage et du meurtre, il s’agit dans Millenium people, ce diagnostic indispensable malgré une intrigue distendue, de radiographier moins les ressorts secrets de la bourgeoisie capitaliste que ceux de l’homme. De pires utopies ont plus encore déchaîné les pulsions criminelles au cours du siècle précédent. Si l’on suit Fukuyama qui voit dans la capitalisme libéral « La Fin de l’Histoire », il ne signifiera pas pour autant la fin du mal, ce fantasme humain, trop humain. Féminisme et écologie seront peut-être nos futures tyrannies, comme le propose Ballard dans La Course au paradis. Les technologies de réparation-rééducation corporelle animeront de nouveaux fantasmes érotiques comme le dépeint Crash. C’est ainsi qu’engagé dans les labyrinthes de La Foire aux atrocités (pour reprendre le titre programmatique publié par Tristram) Ballard philosophe politique, et néanmoins romancier, est l’un des sismographes les plus avancés de notre temps.

 

Thierry Guinhut,

Article paru dans Le Matricule des Anges, février 2005

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir également : Ballard : les Nouvelles complètes d'un artiste de la science-fiction

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : thierry-guinhut-litteratures.com
  • : Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.
  • Contact

Index des auteurs et des thèmes traités

Les livres publiés, romans, albums, essais :
Une vie d'écriture et de photographie



 

 

 

 

 

 

 

Ackroyd

Londres la biographie, William, Trois frères

Queer-city, l'homosexualité à Londres

 

 

 

 

 

 

Adams

Essais sur le beau en photographie

 

 

 

 

 

 

 

Aira

Congrès de littérature et de magie

 

Ajvaz

Fantastique : L'Autre île, L'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Akhmatova

Requiem pour Anna Akhmatova

 

 

 

 

 

 

 

Alberti

Momus le Prince, La Statue, Propos de table

 

 

 

 

 

 

Allemagne

Tellkamp : La Tour ; Seiler : Kruso

Les familles de Leo et Kaiser-Muhlecker

 

 

 

 

 

 

Amis

Inside Story, Flèche du temps, Zone d'intérêt

Réussir L'Information Martin Amis

Lionel Asbo, Chien jaune, Guerre au cliché

 

 

 

 

 

 

Amour, sexualité

A une jeune Aphrodite de marbre

Borges : Poèmes d’amour

Guarnieri : Brahms et Clara Schumann

Vigolo : La Virgilia

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Luc Ferry : De l'amour au XXI° siècle

Philosophie de l'amour : Ogien, Ackerman

Le lit de la poésie érotique

Erotisme, pornographie : Pauvert, Roszak, Lestrade

Une Histoire des sexualités ; Foucault : Les Aveux de la chair

De Dorian Gray à L'Amour entre hommes.

 

 

 

 

 

 

Ampuero

Cuba quand nous étions révolutionnaires

 

 

 

 

 

 

 

Animaux

Elien Ursin : Personnalité et Prosopopée des animaux

Rencontre avec des animaux extraordinaires

Quand les chauve-souris chantent, les animaux ont-ils des droits ?

Jusqu'où faut-il respecter les animaux ? Animalisme et humanisme

L'incroyable bestiaire de l'émerveillement

Philosophie porcine du harcèlement

Philosophie animale, bestioles, musicanimales

Chats littéraires et philosophie féline

Apologues politiques, satiriques et familiers

Meshkov : Chien Lodok, l'humaine tyrannie

Le corbeau de Max Porter

 

 

 

 

 

 

Antiquité

Le sens de la mythologie et des Enfers

Métamorphoses d'Ovide et mythes grecs

Eloge des déesses grecques et de Vénus

Belles lettres grecques d'Homère à Lucien

Anthologies littéraires gréco-romaines

Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée, Manga

Roman graphique et bande-dessinée

Fantastique et science-fiction

Mangas horrifiques et dystopiques

 

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai, La Mouette de Minerve éditeur

Art et bauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog, critique

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

Du temps des livres aux vérités du roman

 

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

Eloge paradoxal du christianisme, sur l'islam

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

Pour l'annulation de la Cancel-culture

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

 

Cartographie, explorations

Atlas des mondes réels et imaginaires

Des côtes inconnues à l'Amazonie

 

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Cheng

Francois Cheng, Longue route et poésie

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

Histoire du repos, lenteur, loisir, paresse

 

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau

Nuanciers de la rose et du rose

Profondeurs, lumières du noir et du blanc

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Emily Dickinson de Diane de Selliers à Charyn

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

 

Erasme

Adages et Colloques

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Bret Easton Ellis : Eclats, American psycho

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

Présences & absences fantastiques : Karlsson, Pépin, Trias de Bes, Epsmark, Beydoun

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

Recherche