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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 15:27

 

Abbatiale Notre-Dame-la-Blanche de Selles-sur-Cher, Loir-et-Cher. 

Photographie : T. Guinhut.

 

 

Quatre figures de la poésie

allemande, irlandaise, russe et persane :

Paul Celan, Seamus Heaney,

Sergueï Essenine & Forough Farrokhzad.

 

 

Paul Celan : Poèmes de Czernowitz 1938-1945,

traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre, Seuil, 2026, 276 p, 21,90 €.

 

Seamus Heaney : 100 poèmes, traduit de l’anglais (Irlande du nord)

par Patrick Hersant, La table ronde, 2026, 368 p, 22 €.

 

Sergueï Essenine : Journal d’un poète,

traduit du russe par Christiane Pighetti, Allia, 2026, 160 p, 12 €.

 

Forough Farrokhzad : J’irai jusqu’au rivage du soleil. Poésie complète,

Poésie Gallimard, 2026, 432 p, 10,40 €.

 

La poésie est-elle notre ombre ou notre lumière ? Elle surgit de surcroit des zones d’ombres les plus noires de nos civilisations, comme de la langue allemande entre 1938 et 1945, sous la plume de Paul Celan, depuis Czernowitz. Et si l’on suit un chemin centrifuge vers des marges de l’Europe, l’on peut lire l’anthologie en 100 poèmes de l’Irlandais du nord Seamus Heaney ; avant d’aborder ses confins avec le Journal d’un poète, soit celui du Russe Sergueï Essenine. Enfin, pour tenter de trouver une lumière dans les failles de la théocratie militaire de l’Iran totalitaire, irons-nous rejoindre une poétesse persane, Forough Farrokhzad, fameuse parmi  les auteurs phares du XX° siècle. Même si les Muses ne leurs ont pas toujours été clémentes en des temps de détresse.

Une ville cosmopolite, ballotée par l’Histoire, telle fut Czernowitz, autrichienne, puis roumaine, ensuite soviétique, aujourd’hui ukrainienne et désormais nommée Tchernivtsi. Elle vit en 1920 naître Paul Celan, qui, à peine au sortir de l’adolescence, est jeté dans un camp de travail, où il trouve cependant l’énergie d’écrire.

Si des recueils éblouissants comme La Rose de personne (1963), des textes iconiques comme Fugue de mort, avec ses vers fulgurants et tragiques consacrés aux camps d’extermination, en particulier Auschwitz, ces Poèmes de Czernowitz (remarquons la rime intentionnelle) étaient inédits en français, pourtant d’autant plus précieux qu’une telle œuvre de jeunesse n’a rien d’immature ou de l’ordre du brouillon. Et pour ceux que rebuterait l’écriture parfois cryptique et absconse du poète d’âge mûr, un tel recueil d’une centaine de poèmes leur paraitra plus abordable, ne serait-ce que lorsque l’amour est le vecteur invité.

En effet parmi ce qui est le plus souvent composé de quatrains, le lyrisme s’épanche, quoique innervé d’une profonde inquiétude métaphysique. Au travers de poèmes titrés « Plainte » ou « Flocons noirs », la mélancolie est palpable. En ce sens « Pavot » est probant :

« Il craint seulement, quand s’effondreront ses flammes,

parce qu’étrangement l’haleine des jardins l’effraie,

de découvrir à l’œil de la plus tendre de toutes

son propre cœur noirci par la mélancolie. »

Aux dépends du monde des hommes et des villes, de l’actualité politique et guerrière, parmi toutes ses images de la nature sont récurrents ceux qui deviennent des vocables conceptuels : « nuage », « étoile », « roche ». De même une litanie florale court dans le flux versifié et rimé : « renoncule », « angélique », « ancolie », « colchique », souvent fleurs amères ; et bien entendu l’hypnotique « pavot »… Que l’on retrouve dans le titre ultérieur marqué par la figure de l’opposition : Pavot et mémoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi tant d’étrangetés oraculaires, citons in extenso « Solitude », peut-être le plus beau de ces Poèmes de Czernowitz :

« Je vis sous mille pierres blanches

que toutes les nuits m’ont lancées.

Je les entasse sous mon noir linceul.

J’attends ici que tu passes.

 

Au cadran solaire j’ai volé les heures

Et n’ai laissé leur temps qu’aux fleurs.

Elles le partagent avec mes chiens noirs

Et disent à mes carabes ce qu’il en est.

 

À l’archer, j’ai tendu les flèches.

Aux corbeaux, j’ai enluronné les cœurs.

Pour ce qui est de la vie, rien ne presse plus.

Je regarde vers toi loin par-delà la mer.

 

Je sais retarder de sept ans la lune.

Mais pour qu’un jour je puisse t’effleurer d’étoiles,

je fais voler les pierres en guise de comètes,

et je suspends mes âmes en guise de panache. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi le poète se veut une sorte de magicien, voire comme un second Christ, pour tenter de conjurer le tragique destin du monde. Non sans que la judéité reste prégnante :

« Le vacarme est très fort et je devrais encore me battre avec l’ange de Jacob ?

Seul avec les tombes juives, je sais. Tu pleures, ô mon aimée ».

Et l’on peut légitimement supposer que ce « tu » récurrent s’adresse à Ruth Kraft, qu’il a aimé pendant quatre ans, et à laquelle il envoya bien des lettres, y compris chargées de poèmes. Par exemple, dans « Berceuse » :

« Oh mon aimée, ferme les yeux qui brillent.

Qu’il ne soit plus de monde que ta bouche luisante. »

En ce monde tout intérieur, conjuguant Eros et Thanatos, en cette profusion d’éléments naturels propres au symbolisme, le lyrisme, y compris douloureux, est omniprésent. Pourtant, alors que l’écriture parait éviter toute référence, toute instrumentalisation par le temps de l’Histoire, par celui du nazisme et de l’antisémitisme forcené dont sont victimes les parents du poète, les allusions à l’époque pour le moins troublée se font probablement jour. Surtout si l’on pointe :

« Que serait-ce, mère : croissance ou bien blessure –

Si je sombrais aussi dans les neiges d’Ukraine ? »

Comment faut-il lire la conclusion du premier poème : « Mieux vaudrait / du sang » ? Plus loin : « Au vent vient de nouveau une idée de bêtise / met en fouillis les astres et fait peur aux carabes ». L’abri de la poésie tente difficilement de ne pas être écroulé. À cet égard, le dernier poème de ce recueil s’intitulant symboliquement « À la dernière porte », ne cherche-t-il pas quelque secours :

« Dans le cœur de Dieu  j’ai tourné un fil d’automne,

J’ai pleuré une larme au côté de son œil… »

Rassemblement de six parties poétiques, entre  « Le marchand de sable » et « La fenêtre de la tour sud », ce recueil est fondamental. Il éclaire la genèse d’un vaste conglomérat d’œuvres à venir, dont Renverse du souffle et Partie de neige. C’est ainsi ce septième volume publié par les éditions du Seuil, non seulement traduit, mais éclairé par d’abondantes notes, grâce au soin scrupuleux de Jean-Pierre Lefebvre, est au service de ce qui reste « le doux vers allemand, la rime douloureuse ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Poursuivons notre voyage chronologique et géographique en se dirigeant vers l’Irlande du nord, avec Seamus Heaney (1939-2013). Etonnant traducteur, il se fit l’interprète de l’épique Beowulf aussi bien que du livre VI de l’Enéide de Virgile. Ses recueils sont une grande poignée de réussites, en particulier son premier, Mort d’un naturaliste, et son dernier Human Chain, entre temps couronnés par le Prix Nobel de littérature en 1995. Ce pour son « œuvre singulière, caractérisée par sa beauté lyrique et sa profondeur éthique qui fait ressortir les miracles du quotidien et le passé vivant ».

Il méditait une anthologie qu’il ne put mener à bien ; la voici en 100 poèmes, grâce à la vigilance de ses enfants, et en particulier de Catherine Heaney, en 2018, qui entendit privilégier, outre les textes à résonnance familiale et d’amour, ceux qu’il aimait lire à haute voix. Ceux pour lesquels il prétendait, en la pointe du poème « À la bêche » : « Entre mon pouce et mon index / repose le stylo trapu. / Il sera ma lame ».

Ancrée dans le paysage rural, la poésie de Seamus Heaney aime les descriptions, et use de la nostalgie familiale autant que la douceur de la nature ancestrale. Les mythes celtiques et les morts enfouis dans les tourbières témoignent du passé, comme cet « homme de Graubale :

« On le dirait moulé

dans le goudron, gisant,

sur un coussin de tourbe,

comme en train de pleurer. »

Par ailleurs les conflits sanglants et « la haine immémoriale » opposant catholiques et protestants d’Ulster rendent une sonorité tragique indéfectible :

« L’Ulster, quoique britannique, n’avait pas de droits

Sur la lyrique anglaise : partout autour de nous,

Encore innommé, le ministère de la peur. »

Empêchant que le poète accède à la paix désirée, la mémoire des victimes et la mort de la mère sont de lourdes blessures :

« L’espoir est vain dit l’histoire,

De ce côté de la tombe ;

Mais exceptionnellement

Une lame de justice

Enfin déferle, faisant

Rimer espoir et histoire. »

Ecrivain humaniste, car « tout art vise la paix », il n’emprunte pas la haute figure de l’intellectuel. En renvoyant à son origine paysanne, il se comparait volontiers à un agriculteur, creusant la langue pour extraire tant d’émotions vécues. Il est à la fois « maître de l’élégie, / soudeur de l’anglais ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seamus Heaney reste prodigue d’images puissantes et suggestives. Par exemple, sa « Loutre » est une métaphore érotique :

« Mes mains sont une eau que l’on sonde.

Tu es ma palpable, mon agile

Loutre de la mémoire

Au bassin de l’instant, »

Le travail de la poésie est moins un exercice de style qu’une volonté éthique et esthétique, néanmoins en toute modestie :

« Il apprend cette autre écriture. Il est le scribe

Menant sur le champ blanc une troupe de plumes. »

Parmi le beau recueil de ses Glanmore sonnets, il fonde un art poétique :

« Afflux de sensations surgies de leur tanière,

Mots presque devenus des choses que l’on touche,

Tels des furets échappés de leur noir clapier […]

Voyelles labourant un terrain autre, ouvert,

Vers succédant aux vers comme autant de sillons. »

Pas seulement poète, Seamus Heaney publia également une poignée d’essais critiques : Préoccupations : proses choisies et surtout Le Gouvernement de la langue, au titre à lui seul parlant.

Bilingue, cette anthologie, qu’il est permis d’apprécier comme un in memoriam, voit le texte original anglais imprimé sur un papier vert comme les prairies irlandaises, et comme celui de son élégante couverture à rabats. Ainsi, y compris par-dessus les tombes, toujours renait l’herbe de la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grand amateur de langue russe, Paul Celan traduisit non seulement Mandelstam, mais aussi Sergueï Essenine. Ce dernier ne vécut que trente ans, ce qui ne l’empêcha pas d’apparaître comme un météore poétique.

Né en 1895, arrivé à Saint-Petersbourg en 1915, il fonde avec quelques compères le mouvement de l’imaginiste. À moitié voyou, amateur d’excès divers, entre alcool et liaisons orageuses, il épouse néanmoins une première jeune femme, puis la grande danseuse Isadora Duncan avec laquelle il se rend à New-York. La romance tourne court. De retour à Moscou en 1923, il voit faiblir son originel enthousiasme révolutionnaire, en constatant l’état de déréliction de la Russie. Traqué par les yeux rouges du Parti communiste, il se suicide en 1925. Or Sergueï Essenine prétendait : « Pour une information plus complète sur ma biographie, tout est dans mes vers ». Ce pourquoi ce Journal d’un poète est essentiel. Au point que le tout dernier poème fut écrit avec son propre sang la nuit même de son suicide, quoique trois mois après avoir épousé Sophie Tolstoï, petite fille de l’auteur de Guerre et paix :

« Adieu, mon ami, sans geste, sans mot,

ne sois ni triste ni chagrin ;

en cette vie mourir n’est pas nouveau,

mais vivre, certes, n’est guère plus nouveau. »

Au début de la carrière d’Essenine, son univers lyrique célèbre une enfance villageoise, la campagne et les isbas. Non sans dimension élégiaque :

« Qu’il sanglote avec le glas le tétras du petit bois.

Dans le pourpre de l’aube il est une mélancolie joyeuse ».

Entre temps, le poète n’échappe pas à l’amertume qui le conduits de cabarets en hôpitaux, le tout veiné de sombres pressentiments :

« Ma fin, est-ce pour bientôt, plus tard ? Je l’ignore.

Ces yeux bleus de naguère, ont perdu leur éclat.

Joie, où es-tu ? Ce n’est que ténèbres et angoisse, à pleurer. »

En septembre 1919, les chevaux crevés dans les rues sont des métaphores des exactions communistes, conduites dans les vers d’ « Octobre mauvais » :

« Ah ! Qui chanter, qui chanter

Dans ces folles lueurs de macchabées ?

Du nombril des femmes, regardez :

Il sort un troisième œil. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le poète ne peut que ressentir la contradiction entre sa Russie originelle et ces temps pour le moins déchirés. Ainsi en 1920 :

« J’adore mon pays !

Quelques en soient les rouillures de saule triste. »

Dans un « pays orphelin », il ressasse sa désertion de  l’armée du tsar en 1917, pour constater l’échec de sa posture de prophète, devant « un éclopé de l’Armée rouge » en 1924. Son amertume est sans pareille :

« Le voici donc mon pays !

Quelle grande gueule je faisais

à brailler, dans mes vers, du peuple être l’ami !

Ma poésie ici n’est plus bonne à personne.

Au reste moi non plus. »

Une telle biographie versifiée, livrée par fragments successif, dans une époque convulsive saccagée par la révolution bolchevique et le totalitarisme soviétique, est aussi émouvante que capitale. L’évolution d’une personnalité exaltée reste le miroir des déceptions politiques. Car de la révolution il avait attendu la mise en œuvre d'un messianisme romantique et la résurrection paysanne. Ses illusions furent plus que largement déçues par l'évolution industrielle et tyrannique du régime. En devenant l'animateur de la bohème décadente de Moscou il écrivit sa Confession d’un voyou[1], qui contribua à sa popularité, peut-être au-delà de Maïakovski. Nul doute que si Sergueï Essenine eût vécu plus longtemps, et en dépit de sa popularité en Russie, son œuvre eût été bien plus étendue, rejoignant ainsi la grande constellation des poètes russes du XX° siècle : Marina Tsvetaeva, Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam…

 

Poétesse persane, Forough Farrokhzad (1935-1967), est tout le digne opposé de l’infâme régime théocratique et militaire des Mollahs, des gardiens de la révolution, qui fait l’Iran d’aujourd’hui. Perle du Moyen-Orient, sa culture poétique est fondamentalement persane, à la suite de Rûmî par exemple. Elle représente ce que nous attendons de la liberté des femmes et des arts, libérés de la tutelle abjecte de l’islam chiite.

Mariée à seize ans, mère à dix-huit ans, divorcée à vingt ans, puis socialement et économiquement indépendante, Forough Farrokhzad est tout simplement l’une des figures emblématiques du soulèvement contre une société fermée, un symbole  indispensable de toute lutte féministe. En 1955, l’année de son divorce, elle publie son premier recueil qui fait sensation : La Prisonnière. Où le premier poème est intense :

« Je suis submergée par cette nuit immaculée

Submergée par des  instants d’oubli

Submergée par ce salut débordant de caresses

Dans les baisers, les regards, l’étreinte des corps unis

 

Je le veux au cœur de cette nuit solitaire

Avec les yeux perdus dans la rencontre

Avec cette douleur silencieuse inséparable de la beauté

Débordante, débordant de tout mon être »

À suite d’une liaison extraconjugale avec l’éditeur de la revue où elle publie ses pages, elle se voit vilipendée, au point de subir un internement psychiatrique. Sa vie prend néanmoins son envol, avec le recueil Mur, où surgit son poème « Péché », fort sulfureux :

« J’ai péché oui j’ai péché – jouissance inouïe

Dans des bras de feu, enflammés […]

Dans ses yeux le désir s’est enflammé

Et dans la coupe le vin rouge a dansé

Dans la douceur du lit de mon corps

Sur son corps, ivre de volupté, a tremblé »

Notre ardente poétesse, rêvant du « prince charmant », se heurte au « Chant du chagrin » :

« Lasse de tout mon être, je demande au miroir :

Qui suis-je, dis-le moi, mais que suis-je à tes yeux ?

Dans le miroir je vois qu’hélas je ne suis plus

Même l’ombre de moi ou de ce que je fus ».

Ainsi la poésie torrentielle de Forough Farrokhzad est une « Déesse buveuse de sang ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle voyage en Italie, revient en son pays pour publier son impressionnant recueil vigoureusement intitulé Rébellion en 1958, date à laquelle un nouveau coup de foudre la lie avec un autre homme marié, son ainé, écrivain et cinéaste, Ebrâhim Golestân. Est-ce à cette occasion qu’elle s’identifie à Satan :

« Mais qu’est-il ce Satan chassé de tous les seuils ?

Lui qui s’est invité dans nos demeures éteintes

Dont le corps éthérique et de nature ignée

A reçu le parfum des plaisirs de ce monde ?

Pour intensifier sa rébellion, elle tente de s’arroger des « Pouvoirs divins » :

« Je ne jetterai plus l’ombre de la peur dans les cœurs

Et je ne vouerai plus les rebelles aux enfers

Je couperai la route au paradis

Ou je créerai ici un paradis terrestre.

L’on devine que de tels vers ne sont pas en odeur de sainteté parmi la clique des mollahs et autre enturbannés du bulbe, alors que « blasphématrice », elle préfère, au travers de Moïse par  exemple, des allusions bibliques plutôt qu’islamiques. Et plus encore à l’occasion de son poème sommital : « La rébellion de Dieu »… S’en suit en 1963, Une autre naissance, au succès foudroyant. Hélas, en février 1967, un accident de voiture met un terme à sa trop brève carrière…

Ses premiers recueils, constitués de quatrains rimés, sont empreints d’une lyrique amoureuse sensuelle, exigeante, gourmande, qui fit son succès, quoique les esprits rassis y puissent voir l’impudicité suprême. Ce sont en ce fort volume, J’irai jusqu’au rivage du soleil. Poésie complète, ses cinq recueils, de 1952 à 1962, car le dernier, Au seuil d’une saison froide, posthume, ne parait qu’en 1974. Des classiques quatrains au vers libre, la modernisation de la forme va de pair avec une croissante liberté expressive et politique :

« Au pays des nains

Les critères du jugement

Tournent toujours autour du zéro

Pourquoi je m’arrêterais ?

Moi, j’obéis au quatre éléments

Et les règles qui régissent mon cœur

Ne sauraient être édictées par des petits tyrans aveugles »

Non seulement poète, mais prosatrice, Forough Farrokhzâd accumula diverses nouvelles, récit de voyage, lettres, entretiens donnés à la presse. Nous les trouvons parmi ses Œuvres en prose[2], qui permettent de s’étonner de sa précocité, de l’irruption de la poésie moderne en son pays autant que sur les préoccupations esthétiques et politiques des artistes iraniens des années 1950-1960 : « Quand une personne a vraiment atteint la capacité de créer, son unique devoir est de manifester cette puissance à l’écart des attentes et des jugements. » La modernisation et l’occidentalisation soudaine du pays depuis les années trente entraînait une libéralisation des mœurs et, en 1936, l’interdiction du port du voile en public – celui qu’hélas réimposa le régime des mollahs en 1979. En cette occurrence, la vie émotionnelle de notre autrice est aussi bouillonnante que sa révolte contre les forces répressives qui sourdaient d’une société iranienne affreusement conservatrice, prête à reprendre le fouet du pouvoir. Artiste ambitieuse, elle répond à ses détracteurs, ne cache pas ses influences européennes. Elle affirme son indépendance, solidifie conviction en faveur de la liberté des femmes et de l’égalité des droits entre les sexes.

L’on connait de surcroit sa remarquable carrière cinématographique. Ainsi des entretiens nous renseignent sur cet aspect complémentaire de sa détermination éthique et littéraire.  En particulier la transcription de la voix off de son film, La Maison est noire, qui dépeint en 1962 une résidence de lépreux, est bouleversante. D’autant que l’on tient ce chef-d'œuvre pour un pilier du cinéma moderne iranien.

De Paul Celan à Forough Farrokhzâd, en passant par Seamus Heaney et Serguei Essénine, la poésie se débat entre la nécessité de l’intime, de l’amour, du cosmos, et la tyrannie corruptrice des haines religieuses et des guerres politiques. Elle est notre lumière à ne jamais éteindre.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Serguei Essenine : Confession d’un voyou, L’Âge d’homme, 2001.

[2] Forough Farrokhzâd : Œuvres en prose, Les Belles Lettres, 2026.

 

Museo iberico, Albacete, Castilla la Mancha.

Thierry Guinhut.

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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 17:05

 

La Serrurerie, Poitiers, Vienne.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

Pour une histoire de la condition féminine :

Postpartum, Guérisseuse,

Nuit de noces & Sexe de la littérature.

Mar García Puig, Simona Lo Iacono,

Aïcha Limbada & Martine Reid.

 

 

Mar García Puig : Histoire des vertébrés,

traduit de l’espagnol par Lise Belperron, Globe, 368 p, 23 €.

 

Simona Lo Iacono : La Guérisseuse de Catane,

traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Métailié, 176 p, 20 €.

 

Aïcha Limbada : La Nuit de noces. Une histoire de l’intimité conjugale,

La découverte, 2026, 416 p, 14,50 €.

 

Martine Reid : Le Sexe de la littérature, Gallimard, 2026, 192 p, 18,50 €.

 

 

 

Les femmes sont-elles réductibles à leur sexe biologique ? Bien évidemment pas plus que les hommes. Egalement « vertébrées » pour reprendre le titre de Mar García Puig, elles jouissent cependant de la possibilité de porter un enfant, quoiqu’elles puissent en lourdement souffrir. À l’instar de la nuit de noces, dont l’histoire nous enseigne, avec le secours d’Aïcha Lambada, qu’elles en soient les premières victimes. Il n’en reste pas moins qu’également guérisseuses, elles deviennent, à l’instar de l’étonnante Virdimura brossée par Simona Lo Iacono, des héroïnes de la médecine. Qui n’a pas, elle de sexe, tout comme la littérature, ainsi que le montre avec constance Martine Reid.

Qui sont les « vertébrés » de Mar García Puig ? En fait l’humanité entière et plus particulièrement les mères et les bébés. Car une fois que l’incipit a lancé le récit – « Le 20 décembre 2015, je suis devenue mère et j’ai perdu la raison » – une intense expérience physique et psychique acquiert une dimension universelle. En dépit de ses jumeaux,  la voici aux prises avec un phénomène peu courant et méconnu : une sévère dépression post-partum. Sa vie devient un « cachot » obsessionnel. Une véritable épopée dépressive se change en descente aux enfers psychologiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Députée du parti de gauche Podemos en Catalogne, Mar García Puig, née en 1977, également journaliste et éditrice, a puisé dans sa propre expérience pour édifier ce puissant récit autobiographique, étonnement intitulé Histoire des vertébrés. Mais loin de se contenter de son seul moi, elle l’enrichit d’allusions mythologiques et de rares figures féminines historiques, comme les poétesses Sylvia Plath ou Anne Sexton. C’est là une nécessaire et plus large conscience de la maternité et  de ses embuches, autant que leurs difficultés à se faire entendre par le discours médical et psychiatrique. Or, quant à Sexton, « Le cri qu’est sa poésie est plus politique que la plupart des discours que j’ai entendu dans l’hémicycle ». Rassurons-nous, et également avec son compagnon Tomas, dépassant la culpabilisation, elle est enfin « tombée sur un sol plus moelleux que celui qui a mis fin à la vie d’Anne ». Et les yeux aux couleurs différentes de ses enfants, Sara et David, verront avec elle le monde.

Ainsi, y compris avec des pages à la lisière de l’essai féministe, scientifique et sociologique, depuis l’utérus vu par Platon jusqu’aux échographies, ou encore des photographies historiques, Mar García Puig donne-t-elle une éternité à son parcours, narré avec une acuité, une efficacité rares.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roman historique et autobiographie fictive, tels sont les axes délibérément choisis par la magistrate sicilienne Simona Lo Iocano (née en 1970). Nous voici transportés au XIV° siècle, au moyen de la voix d’une narratrice contrariée appelée Virdimura. Lorsque les scènes d’accouchement et de naissance se répondent de génération en génération, toute une fresque se déploie, tout un tableau de mœurs s’élargit.

Venue d’une famille juive et d’un père qui dissèque les cadavres, elle étudie « une collection de tomes du savoir antique ». C’est compter sans la barbarie alentours, les exactions contre les Juifs, le typhus attribué à celui qui avait prévu le mal, la maison détruite par une « horde de Catanais », la disparition du père aimé… Seule notre Virdimira prend soin des souffrances des corps et des âmes des femmes que la fermeture des églises contraint à ne plus pouvoir bénéficier du mariage. Mais, au plus fort du récit, l’héroïne subit « le harcèlement de questions ». Inflige-t-elle la stérilité, fait-elle « commerce de [son] corps » ? Fort heureusement, au sein d’un suspense bien mené, un homme providentiel vient se porter garant. Hélas il lui faut affronter l’épidémie de peste. Enfin, en 1376, les « augustes docteurs […] accordèrent à la doctoresse Virdimira la licence de soigner ».

Judicieux plaidoyer, cette Guérisseuse de Catane est un roman plein de vie et de couleur locale, habilement mené par Simona Lo Iocano, mais aussi un révélateur de la condition des femmes savantes médiévales, que les préjugés associaient trop aisément à des sorcières. Entre ses connaissances anatomiques, botaniques et son empathie envers les âmes, celle que l’on appelait d’une manière irrationnelle « guérisseuse » est en fait l’une des fondatrices de la médecine moderne. Ainsi l’on réhabilite l’intelligence féminine, trop souvent dépréciée.

Museo de Albacete, Castilla la Mancha.

Photographie : T. Guinhut.

 

Moment présumé délicieux, la nuit de noces ne tient pas toujours ses promesses. Loin d’idéaliser ce passage initiatique, l’historienne Aïcha Limbada nous en livre une connaissance édifiante. Si elle confine son étude aux XIX° et XX° siècles, elle n’en exploite pas moins un riche matériau. Car un tel sujet, méconnu, osé, mérite tout l’attention d’une sociologie des mœurs et, bien entendu, une réhabilitation de la liberté et de la dignité féminines.

Banale, car d’usage presque universel, la nuit de noces est un rite obligé. Mais aussi une expérience intime, peu souvent satisfaisante, souvent traumatisante ; surtout pour les femmes. L’on est censé attendre la première nuit suivant la cérémonie pour consommer l’acte sexuel, mais sans retard, car les normes sociales, religieuses et familiales imposent cet indispensable prélude à la conception de la génération future. Ce rituel inaugural de l’existence conjugale doit de surcroit rester entre époux, donc secret.

Alors qu’une « sexualité éludée » préside à l’éducation des jeunes gens, et hors quelques messieurs délicats, ne faut-il pas convenir d’un « viol légal » ? « L’ignorance des filles bourgeoises élevée au rang de vertu » entraîne des conséquences désastreuses, d’autant que l’ignorance des hommes puisse être pire encore, à moins que faussement instruits par la prostitution. De plus toute cette méconnaissance perdure longtemps après le moment fatal. Probablement les milieux populaires sont à peine mieux informés. Et lorsque les jeunes filles en savent un peu plus, elles sont disqualifiées par la morale…

La Belle époque est friande de récits plus ou moins fantasmés, graveleux, empreints de légèreté et de lourdeur, avec une iconographie, dessins, photographies, publiés sous le manteau. Cependant, peu à peu, le médecin de famille, la vulgarisation des manuels conjugaux, la nécessité de prévenir les « affections physiques et morales les plus graves », peuvent venir au secours des malheureux jeunes époux. L’épreuve est rude, car ces demoiselles doivent attester de leur virginité et ces messieurs de leur virilité. Si la réussite de la joute sexuelle assure le bonheur du couple et la perpétuation de la société, la domination masculine est patente.

Le désir d’intimité associe la chambre nuptiale et le voyage de noces, tandis que le « devoir conjugal » perdure. Ce n’est d’ailleurs qu’aujourd’hui que ce concept n’a plus voie légale. Bien à l’écart de l’idéalisation poétique et érotique, le choc de la nudité, les « mauvaises surprises de la proximité corporelle », comme une hygiène désastreuse, ne laissent pas de gâcher le plaisir, conduire au dégoût, à la peur, à la frustration. Sans compter, pour certains, l’incapacité de consommer le mariage. « L’oie blanche »  peut se heurter à l’homme déjà expérimenté en matières sexuelles, mais dans la perspective du soudard, même s’il ne faut pas tomber dans la généralisation abusive.

 Fort heureusement, dans la seconde moitié du XX° siècle, la libéralisation des mœurs, la révolution sexuelle, pourront en partie permettre de relâcher le carcan des obligations mal conçues.

Des archives curieuses apparaissent en cet ouvrage. Surtout des procédures judiciaires engagées par des couples souhaitant se séparer, le récit des événements, le relevé des paroles échangées, des gestes effectués, des émotions. Mais aussi des cartes postales grivoises, des traités scientifiques, des manuels destinés à l'éducation des jeunes filles, des romans et pièces de boulevards, jusqu’à des archives du Vatican. Car, faute de la liberté du divorce, des couples écrivent aux tribunaux ecclésiastiques pour envisager la dissolution du mariage pour non-consommation, en d’autres termes sur les dysfonctionnements de leur nuit de tous les dangers et de toutes les déceptions.

Un tel recul historique, au crédit d’Aïcha Limbada, apporte du grain à moudre à la pensée féministe, non sans se priver de plaider la cause des hommes également malheureux en la demeure. Il reste nécessaire au regard de contrées où la condition féminines est proche de l’esclave sexuel, et au regard nos actuelles et indispensables réflexions sur le consentement mutuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martine Reid, que nous connaissions pour avoir écrit une biographie de George Sand[1] et dirigé l’immense étude Femmes et littérature. Une histoire culturelle[2] frappe fort en son titre polémique : Le Sexe de la littérature. Certes nous savons que seuls les êtres humains sont sexués, ce dont témoignent les chromosomes et l’ADN. Mais on a trop longtemps prétendu que le seul masculin serait le véritable plumitif. C’est ce qu’ironise la célèbre citation, reprise ici : « Et pourquoi n’écris-tu pas ? demande Hélène Cixous, s’adressant à elle-même, en 1975. Parce que l’écriture c’est à la fois le trop haut, le trop grand pour toi, c’est réservé aux grands, c’est-à-dire aux “grands hommes” ». 

Un préjugé, surtout actif au XIX° siècle, croyait pouvoir affirmer que l’écrivain était un monsieur avec un grand M, sévère académicien ou poète maudit. Ainsi Martine Reid met l’accent sur un « imaginaire entravé », sur un « champ de bataille » idéologique et machiste. Alors qu’en France les femmes écrivent depuis le Moyen Âge de Christine de Pizan, il fut parfois de bon ton de dévaluer, de moquer, et surtout d’effacer et d’oublier les œuvres jaillies d’une plume féminine. C’est cette histoire de la pensée biaisée que l’essayiste Martine Reid prose ici, en faveur d’une nécessaire et bienvenue réhabilitation.

En effet, rien qu’en France, depuis Marie de France et Louise Labé jusqu’à Rachilde et Simone de Beauvoir, en passant par Mesdames de Sévigné et de Staël, George Sand et Colette, pour ne citer que les plus connues, il y a pléthore. Et nos contemporaines ne tardent en rien ; Marie Darieussecq, par exemple. Ce serait donc un génocide que de les exclure de notre bibliothèque idéale. Ce contre quoi s’élèverait Martine Reid, tant elle contribue à rétablir leur honneur, ne serait-ce qu’en dégageant certaines presqu’inconnues de l’oubli, comme Madame du Bocage, qui écrivit au XVIII° siècle une étonnante épopée en vers sur Christophe Colomb. Alors que l’épopée était réputé un genre littéraire viril !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La problématique est ainsi formulée : « Qu’est-ce qui différencie les romans des écrivaines de ceux de leurs contemporains ? Est-ce le style (il sera « naturel » et rempli de détails insignifiant chez les écrivaines, il serait caractérisé par une vision, un réseau de métaphores ingénieuses pour les écrivains), l’inventivité narrative, la justesse de la description et de l’analyse psychologique des personnages, l’attention portée au contexte socio-historique et, à partir du XIX° siècle, aux questions politiques, la nature des sujets traités ? » Certes, jusqu’au XIX° siècle, « l’amour est la grande affaire », de l’aveu de Germaine de Staël et de bien d’autres dames de Lettres. Quand bien même ! Si cela n’était pas confirmé, un tel champ d’émotion et de réflexion ne manquerait-il pas aux hommes ?

Non content de faire l’éloge des écrivaines, il faut avec Martine Reid montrer combien les personnages romanesques masculins tiennent un peu trop le haut du panier. Ne faut-il pas également se garder de réduire la narration de main féminine à des « histoires de femmes » ? Et s’il y a altérité, hétéromorphie, ne faut-il pas y voir un gage d’enrichissement…

Et pour revenir à l’Histoire des vertébrés de Mar García Puig, qui raconte sa dépression postpartum, ne s’agit-il là qu’une histoire de femme ou celle de nos mères, de nos femmes et amies, de nos filles, en sens concernant l’humanité au-delà de sa sexuation ? D’autant qu’elle se fait, nous l’avons dit, historienne des mythes, des sciences et des mœurs, engeant ainsi une réelle universalité.

 

Les parties sur Mar García Puig et Simona Lo Iacono

ont été publiées dans Le Matricule des anges, mars 2026.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Martine Reid : George Sand, Folio, Gallimard, 2013.

[2] Martine Reid : Femmes et littérature. Une histoire culturelle, Folio, 2020.

 

David Hamilton : L'Âge de l'innocence, Denoël, 1995.

Cléo : Filles Fleurs, F.M.D., 1992.

Photographie : T. Guinhut.

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 11:53

 

Iglesia Santa Maria la Mayor, Briviesca, Burgos, Castilla y Léon.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

Dessiner les biographies d’écrivains :

Lou Andreas-Salomé, George Orwell

& Witold Gombrowicz.

 

 

Séverine Vidal & Olivia Sautreuil : Lou Andreas-Salomé,

Bayard Graphic, 2025, 240 p, 25 €.

 

Christin Verdier : Orwell, Dargaud, 2019.

 

Andrzej Wolski & Jacek Wozniak : Moi, Gombrowicz,

traduit du polonais par Erik Veaux, Denoël Graphic, 2025, 240 p, 28,50 €.

 

 

Fatigue des lourdes et savantes biographies ou plaisir du dessin et des couleurs ? Les massives, abondantes et scrupuleuses biographies d’écrivains, telles celles de Richard Ellmann pour Joyce, de Brian Boyd pour Nabokov ou de Jean-Yves Tadié pour Proust, deviendraient-elles obsolètes au regard de notre paresse… Sans les renier un instant, il faut cependant convenir que la bande dessinée – ou le « roman graphic » si l’on s’en tient à la fiction – proposent de sympathiques expériences au service des curieux de vies consacrées à l’aventure de l’écriture. Lou Andreas-Salomé se veut dessinée et pastellisée plus sensuelle que nature. George Orwell, maître entre tous, se voit honoré d’un récit non seulement attrayant mais édifiant ; quand Witold Gombrowicz fait parler de lui au gré d’explosions colorées.

Excusez du peu : Nietzsche, Rilke Freud figurèrent à son tableau de chasse. Et l’on ne se contentera pas de la dépeindre en fière Amazone, et encore moins en courtisane. Certes sa beauté, fascinante, n’y est pas pour peu, mais l’on ne peut déconsidérer ses talents littéraires, voire psychanalytiques.

Entre Saint-Pétersbourg en 1851 et Göttingen en 1937, une existence exceptionnelle se déployait. Troisième beau bébé d’une grande famille russe, Lou développe très tôt son imagination. Son père lui permet une éduction libre. À dix-sept ans, elle s’enthousiasme pour un pasteur qui « concilie religion et modernité » et lui fait découvrir Spinoza et Kant. Elle entre à l’Université de Zurich où ses talents et ses poèmes sont remarqués. À Rome c’est Mathilda von Meysenbug, férue de l’émancipation des femmes, qui l’accueille, l’introduisant auprès du philosophe Paul Rée. « Scandale en mouvement », elle refuse d’abord le mariage avec ce dernier, qu’elle préfère en « frère intellectuel ». Nous devinons alors que Nietzsche aux imposantes moustaches entre en scène, afin de compléter « le rêve de trinité ». À Bayreuth, entre Wagner et l’ombrageuse sœur de l’auteur du Gai savoir, le scandale de ce « ménage à trois » rôde. Voilà qui précipite la fuite de Lou et le désespoir de Nietzsche, tandis que « l’éternel retour » et le « surhomme » germent dans sa pensée exaltée. Enfin elle consent au mariage avec Andreas qui pratique « onze langues et demie ». Mais en toute chasteté.

Au-delà de ses poèmes, de ses romans, nait une monographie sur Nietzsche, centrée sur le concept de la mort de Dieu, une autre sur le dramaturge Ibsen, qui sait si bien mettre en scène le « carcan du mariage ». En parcourant l’Europe, lui parvient l’hommage du poète Rainer Maria Rilke, à qui elle offre l’union charnelle, mais aussi une riche correspondance. En conséquence de sa liberté d’esprit, ses essais inventent la « femme moderne ». Et pourtant elle s’engage auprès de Freud dans l’aventure psychanalytique, cette « expérience intérieure ». Alors que la Première Guerre mondiale éclate, que le bolchevisme ravage la Russie, que le nazisme entreprend sa montée, elle poursuit son indépendante vie, jusqu’à la sérénité de la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien entendu, non sans citations nombreuses de notre chère Lou, cet album intensément lyrique et résolument féministe met l’accent sur « la difficulté pour cette moitié de l’humanité, contrainte par l’autre, de s’épanouir dans tous les domaines ».

Au service de cette égérie, Séverine Vidal et la coloriste Olivia Sautreuil usent de couleurs vives, où reviennent les ocres, d’un dessin sensuel aux courbes affectueuses. Certes la maladresse volontaire des contours a quelque chose d’un peu enfantin, de parfois grimaçant, et notre héroïne ne ressemble que de très loin à ces portraits photographiques où longtemps sa beauté résonne, mais l’album n’en est pas moins un hommage attachant à  l’égard de celle qui, en son siècle encore trop peu féminin, proclamait, selon le sous-titre : « Si tu veux une vie, vole-la ! »

Les écrits psychanalytiques – sur le narcissisme et les relations de la vie sexuelle avec l’activité créatrice –  la correspondance et l’autobiographie[1] de Lou Andreas-Salomé sont plus accessibles que ses œuvres plus littéraires. Cependant la traduction d’un ensemble unique de six romans[2] parus entre 1885 et 1902, depuis sa toute première œuvre (Combat pour Dieu, signé du pseudonyme masculin Henri Lou) jusqu’à une suite de récits aussi méconnus que surprenants, dont le beau Rêves de neige. La Russie du XIXe siècle où grandit la jeune femme est le théâtre de ces récits, entre épopée et merveilleux : ses villes et ses peuples, ses paysages et ses saisons, ses personnages fort vivants proposant maints débats philosophiques et religieux, À la fois narratrice et actrice, l’auteure est présente à travers de mystérieux personnages féminins (Marie, Vera, Christa, etc.) voire un mystérieux Hans qui est peut-être un alter ego masculin… Elle est donc, plus que la Muse de Nietzsche ou de Rilke, une écrivaine à part en entière qui a su vivre pour soi et ses lecteurs.

Figure bien plus connue, George Orwell méritait un album dessiné à sa hauteur. Ce qui est sans nul doute une gageure. Mais peut-être Christin Verdier a-t-il frôlé la réussite la plus enviable. Il faut en effet bien du culot, de l’ambition, mais aussi de l’humilité pour s’attaquer à l’auteur indépassable de La Ferme des animaux et de 1984.

Le dessin, les portraits, les paysages, sont décidément plus fidèles à la réalité historique et biographique qu’à l’occasion du précédent album. En noir et blanc le plus souvent, un éclair coloré, au gré d’une case, voire d’une page entière, le récit progresse d’une manière strictement chronologique.

Le décor est d’abord fort exotique puisqu’Eric Blair, qui trouvera plus tard son pseudonyme devenu par antonomase universel, nait en 1903 au Bengale, le père travaillant au service du gouvernement colonial anglais. En revanche, son enfance en Angleterre se nourrit de romans de science-fiction, comme La Machine à explorer le temps de Wells, Le Meilleur des modes d’Huxley. L’école n’est pour lui guère épanouissante, jusqu’à ce qu’Eton lui soit plus harmonieuse. Plutôt qu’Oxford, il choisit d’entrer dans la police birmane. Il y découvre l’impérialisme et le fossé entre les classes sociales. Cette expérience lui permettra de concevoir son premier livre, Une Histoire birmane, dans lequel Flory, « au pauvre visage balafré par une tache de naissance », puis achevé par son suicide, est une métaphore de son mal-être.

De retour en Angleterre, pauvre surtout, est-il « anarchiste tory », conservateur ou socialiste ? D’un séjour en France il tire son ouvrage Dans la dèche à Paris et à Londres, qu’il ne put publier qu’en 1933, autant autobiographique que sociologique. Nouveau retour en Angleterre pour une carrière de journaliste. Les romans Une Fille de pasteur et Vive l’aspidistra présentent des personnages malheureux écrasés par les conditions sociales. Avant de leur trouver le moindre éditeur, il se décide pour son pseudonyme, Orwell étant le nom d’une rivière où il allait pêcher enfant. Désormais résolument socialiste, il se fait, au secours de la classe ouvrière, écrivain politique, pratiquant le reportage en immersion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rencontre d’Eileen lui permet de trouver un esprit complice, détestant tous deux autant Hitler que Staline. En se mariant, ils emménagent à la campagne. Ce qui ne l’empêche pas de partir pour l’Espagne, où il trouve la Catalogne investie par  les marxistes. Face aux fascistes, les communistes, trotskystes et anarchistes se chamaillent, voire s’entretuent. Quoique blessé, lorsqu’Eileen vient le chercher, ils peuvent rejoindre leur île britannique. De ce gâchis sortira Hommage à la Catalogne, livre désabusé. Les nouvelles des procès de Moscou achèvent de le convaincre de la duplicité et de l’abjecte inanité des communistes et de leurs compagnons de routes européens.

Enfin, notre Orwell a son éditeur, en la personne de Frederic Warburg. Cependant, dans Londres bombardée par le nazisme, il fatigue sa machine à écrire, mais aussi ses poumons sous la menace de son tabac noir et de la tuberculose. Une fois la guerre terminée, il rejoint la campagne, avec l’enfant que le couple adopta. Après la mort d’Eileen, c’est une île écossaise qui le retient. L’auteur de La Ferme des animaux – cette satire animale du totalitarisme soviétique qui est aussitôt un succès –  reste socialiste, idéaliste certainement, quoiqu’il ne faille pas oublier que règne en 1984, « l’Angsoc », soit le parti socialiste anglais ; ce qui suffirait à l’invalider. Son horreur de la politique va croissant, pour aboutir à 1984, publié en 1948, peu avant sa mort, en 1950.

Comme il sied à son grave personnage, ce livre rigoureux est un brin austère. Et si les couleurs s’imposent en pleine page à l’occasion de La Ferme des animaux et de 1984, c’est pour mieux en accuser l’importance ; d’autant que notre dessinateur fait à ces deux occasions aux talents de Juanjo Guarnido et d’Enki Bilal. Bien que nous aurions apprécié de plus larges développements à cet égard. Il est vrai qu’il existe au moins une version imagée du monde de ce redoutable « Big Brother » et de son « novlangue »[3]. Orwellien n’est-il pas un adjectif aussi pertinent que kafkaïen ?

Tout autre destin que celui du Polonais Witold Gombrowicz, quoique lui aussi affecté par le nazisme. Le voici portraituré dans un récit graphique un peu fou, correspondant bien à son humeur provocatrice et fantasque, parfois jusqu’à l’absurde.

Rejeton de deux failles aristocratiques, il nait en 1904, dans un manoir, au sein d’une Pologne alors partagée par la Russie, la Prusse et l’Autriche. Il bénéficie d’une éducation cosmopolite. Heureusement il est trop jeune pour que la guerre mondiale qui déchire son pays l’affecte dangereusement. Lors de la guerre polono-bolchevique, toute armée est pour lui un cauchemar. Ses expériences, confortées par une « rupture avec la foule », par des « forces érotiques », nourrissent son individualisme, puis, plus tard, ses Mémoires du temps de l’immaturité, publiées en 1933. Echappant au mariage, il reste « sauvage, fantasque, agressif, ironique, déséquilibré ». Après des études de droit, fuyant en France, il déambule dans Paris, dont le snobisme l’irrite. À Varsovie, il alterne les activités de stagiaire auprès du tribunal et l’écriture. Et malgré la menace des temps, parait en 1937 Ferdydurke, qui est un succès. Un roman gothique sous pseudonyme, Les Envoutés, est-il, en 1939, une métaphore de l’angoisse de l’époque ?

Le point de bascule de sa carrière et de son existence est en septembre 1939, lorsque l’écrivain est convié en Argentine, dont il ne pourra revenir avant longtemps. Soit vingt-trois ans d’exil. Il y mène une existence d’abord misérable, puis en travaillant dans une banque, enfin au bénéfice de son prestige littéraire grandissant. Face à Borges, qu’il rencontre une ou deux fois, il se dit « antilittéraire ». Pourtant, il traduit lui-même en espagnol son Ferdydurke, à paraître en 1947. La banque est assez laxiste pour le laisser écrire son Transatlantique pendant les heures de bureau ; aussi pense-t-il n’être qu’un « zéro, un inférieur ». Une fois publié, ce titre est considéré par les Polonais comme une insulte au patriotisme. Heureusement une bourse versée par Free Europe lui permet de quitter la banque, et de se consacrer, outre les échecs, à l’écriture. Car, à partir de 1956, la Pologne se remet à le publier, la France le traduit l’année suivante. Prix et publications se succèdent, y compris de son roman La Pornographie, au titre trompeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une invitation à séjourner à Berlin-Ouest le ramène en Europe. La rencontre de Rita, qui est fascinée par sa personnalité, métamorphose sa vie jusque-là solitaire, qui trouve son acmé à Vence. Il reçoit le prix international de littérature Formentor, alors qu’il prétend avoir « été existentialiste avant tout le monde ». Les crises d’asthme auront hélas en 1969 raison de lui…

Puisant dans les souvenirs et les journaux de l’auteur, cet album regorge de citations. Mais il omet de dire quelques mots sur le contenu de ses œuvres. Ferdydurke, où l’individu se livre à une guerre intellectuelle contre le sale monde en la personne d’un trentenaire qui se métamorphose en adolescent : humour noir et parodie s’en donnent à cœur joie, alors qu’il se livre au procès de la culture et du progrès technique. Transatlantique, satire des émigrés polonais au style passablement baroque. La Pornographie, machination destinée à deux adolescents mêlant jalousie et frisson érotique, meurtre et projet d’assassinat. L’on pense à cet égard à une variation lointaine des Liaisons dangereuses

Et tout autre dessin puisque anguleux, fouillis, ludique et satirique, ne s’embarrassant pas des cases de la bande dessinée traditionnelle ; comme un jeu de guignols perpétuel, explosant de mosaïques de couleurs surmultipliées. Ce qui a plus exactement trait au livre orné de graphismes presque enfantins, parmi des rouges éclatants, des bleus d’arc-en-ciel où pullulent les personnages aguleux. Les deux polonais, Andrzej Wolski pour le texte et Jacek Wozniak pour l’illustration, conjuguent leurs efforts au service d’une indéniable et réjouissante réussite. Voilà qui rend justice au vœu de Rita Gombrowicz, veuve de l’éminent romancier et dramaturge, qui préface ce travail en soulignant sa dimension « tragicomique », et également son goût de la dérision et son humanité. N’avait-il pas, pour reprendre l’un de ses titres, « le saint esprit de la contradiction[4] » ?

Certes, quoique toujours intéressants, ces albums ont quelque chose d’un peu trop simplificateur, mais au gré du plaisir du dessin et de la couleur, ne permettent-ils pas une approche pédagogique bienvenue ? Le féminisme élégant de Lou Andreas-Salomé, l’ironie de Witold Gombrowicz et, par-dessus tout, la pertinence politique de George Orwell ne seront jamais assez célébrés par la pensée et par l’art.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Lou Andreas Salomé : Ma vie, PUF, 2015.

[2] Lou Andreas Salomé : Six romans, Vrin, 2009.

[3] George Owell & Xavier Coste : 1984, Sarbacane, 2021.

[4] Witold Gombrowicz : Le Saint esprit de la contradiction, Christian Bourgois, 2022.

 

Ayerbe, Huesca, Aragon.

Photographie : T. Guinhut.

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 15:47

 

Iglesia de San Francisco, Cazorla, Jaén, Andalucia.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

Petite cosmologie romanesque :

 

Grete Weil, Gérard Guix, Paul Harding,

Muriel Spark,

Néhémy Pierre-Dahomey, Alain Blottière.

 

 

Grete Weil : Le Chemin de la frontière,

traduit de l’allemand par Olivier Le Lay, Gallimard, 2025, 496 p, 24 €.

 

Gerard Guix : Doppelgänger,

traduit de l’espagnol par Carole Fillière, Aux Forges de Vulcain, 2025, 768 p, 29 €.

 

Paul Harding : Cet autre Eden,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Matthieu, Buchet Chastel, 2025, 320 p, 22,50 €.

 

Muriel Spark : Intentions suspectes,

traduit de l’anglais (Ecosse) par Alain Delahaye,

Robert Laffont, Pavillons poche, 2025, 288 p, 10,50 €.

 

Néhémy Pierre-Dahomey : L’Ordre immuable des choses, Seuil, 2026, 256 p, 20 €.

 

Alain Blottière : Le Ciel a disparu, Gallimard, 2026, 160 p, 18 €.

 

 

Sans prétendre à l’exhaustivité, ni à une largeur de vue pourtant indispensable, la lecture d’une poignée de romans venus des étals des libraires et des pléthoriques productions des éditeurs, permet de penser une imparfaite et partielle vision de l’esprit du temps. Les romans historiques abondent. L’univers des romanciers – Allemands, Catalans, Italiens, Ecossais, Français – oscille entre les fresques politiques dénonçant les horreurs fascistes, entre les réhabilitions de l’intelligence féminine et les psychologies fouillées, en particulier dans le cadre de l’autobiographie passablement romancée. Le tout sans oublier l’esprit satirique. Par exemple l’Histoire allemande est incriminée par Grete Weil, alors que l’Affreux Adolf Hitler est un charlot, sous la plume aiguisée du Catalan Gerard Guix. Un autre historien, Paul Harding, cherche dans l’Amérique du XVIII° siècle quelque chose comme une utopie. Enfin, l’Ecossaise Muriel Spark, autant que les Français Néhély Pierre-Dahomey et Alain Blottière, ont la langue aiguisée par la satire. Ainsi lirons-nous une toute petite cosmologie romanesque pour notre aujourd’hui, voire notre demain…

La mémoire allemande est grevée par la responsabilité nazie. La voici déployée dans le roman de Grete Weil. Après un accueil pincé des éditeurs d’après-guerre, il ne trouva la consécration de la publication que de manière posthume, par-delà la frontière du temps. L’ample mémoire allemande de Grete Weil se déploie entre voix lyriques et tragiques.

L’idéalisme invétéré et la passion philosophique ne suffisent pas à protéger des tourmentes politiques et guerrières. Ainsi le destin de Monika, venue de la meilleure bourgeoisie juive, et quoique son mariage avec Klaus semble placé sous les meilleurs auspices, se voit bouleversé. L’attachante histoire d’amour du Chemin de la frontière se heurte à la folie guerrière et génocidaire de l’Histoire. N’avoue-t-elle pas : « Tu crois connaître le monde parce que tu le perçois avec ta sensibilité d’artiste, mais, très cher, cela ne suffit pas, c’est trop peu, un luxe fallacieux […] penses-tu à ceux qu’on assassine ou qu’on torture »…

Un bref prélude présente dans un train en direction des montagnes enneigées la rencontre de Monika et du poète Andreas von Cornides. La randonnée n’est pas anodine : « Les juifs entrent ici à leurs risques et périls ». Alors que la marche est harassante, tous deux trouvent refuge dans un chalet isolé. Là, Monika raconte son histoire et surtout celle de Klaus, jusqu’à l’arrestation, prélude à l’extermination. La fresque est fourmillante, terrible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les SA font partie du souffle grégaire qui s’empare de l’Allemagne pour se laisser griser par « la magie noire des processions triomphales ». Un industriel, Hartmann, imagine qu’Hitler est un rempart contre le communisme ; les anciens combattants de 1914-1918 croient rédimer leur déception grâce au prometteur leader et à son nouveau régime glorieux. La chienlit des Nazis harcèle et frappe en toute impunité tous ceux qui professent encore la culture et l’humanisme, avant de les envoyer dans les camps de concentration. Malgré la clairvoyance d’un ami communiste, qui n’ignore pas la gravité du danger, Monika préfère la liberté, sans attache partisane : vivre « c’est laisser s’épanouir notre propre nature, cultiver, encourager les possibilités qui sommeillent en nous ». Ce bonheur faillit être vécu avec Klaus, ce jeune philosophe qui lui voua un amour profond.

Le titre trouve son assomption dans l’épilogue. La « frontière » est une crête enneigée qu’avec leurs skis Monika et Andreas tentent de franchir. Si la première dévale la pente salvatrice, le second rencontre dans une « détonation », « le salut plein de promesse du Dieu qui se montrait à lui dans sa rayonnante et impérissable majesté ».

La dimension morale du roman parait imparable : « Crois-tu que les victimes ne portent aucune responsabilité ? Nous tous, toi, moi, Klaus aussi bien, nous sommes coupables. Nous avons laissé les choses dévaler la pente du pire sans tenter de s'y opposer réellement. Nous avons laissé les démons s'installer dans notre pays, le mal prospérer, sans lever le petit doigt. Les inquiétudes que nous inspirait le devenir de l'Allemagne ne nous empêchaient pas de dormir. Nous nous sommes gargarisés de notre amour de la liberté et de la vie, mais nous étions trop paresseux pour nous extraire de nos nids douillets. » Cependant il n’est pas certain que la conscience et la force de quelques individus clairvoyants suffisent à juguler le délire politique et la passion destructrice.

Construit au moyen d’un triptyque – Monika, Klaus, Andreas – ce premier roman de Grete Weil (1906-1999), en partie autobiographique, fut rédigé en 1944-1945 dans la solitude de l’escalier d’un grenier. Car dans la ville d’Amsterdam où elle est réfugiée, puis cachée, les Juifs sont pourchassés, tel son mari Edgar, assassiné à Mauthausen. Pourtant il ne fut publié qu’en 2022. Nous le lisons avec émotion et révérence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des milliers de volumes ont été écrits sur le nazisme et son horreur totalitaire. Ouvrages d’historiens fort sérieux le plus souvent, de philosophes politiques parfois, à la tête desquels Hannah Arendt, plus rarement par des romanciers. Que l’angle en soit le fantastique et la parodie est plus rare encore. C’est ce qu’a choisi avec une vaste ambition le Barcelonais Gerard Guix (né en 1975), qui écrit dans la langue de Cervantès et dont c’est ici le cinquième roman.

Pour expliciter le titre, insolite pour un romancier espagnol, le Doppelgänger est un personnage récurrent des folklores et des mythologies germanique et nordique, souvent mis en scène dans des récits fantastiques et horrifiques, tels ceux des frères Grimm, de Jean-Paul Richter, d’E. T. A. Hoffmann, mais aussi chez Allan Edgar Poe. Il est le sosie, ou plutôt le double fantasmatique et menaçant d'une personne vivante, dont il est susceptible de dévorer l’enveloppe corporelle et l’âme. Mais quel est donc le rapport avec le nazisme ?

Dès l’entrée, nous voici pris à la gorge parmi les derniers combats d’avril 1945. Ruines, « flocons de cendre », doses de cyanure à l’intention du Führer en son bunker, tout est mis en scène pour qu’un parfait crépuscule des dieux wagnérien tombe sur Berlin. L’effet historique, théâtral et documentaire est renforcé par la liste d’une centaine de dignitaires nazis, soit le « dramatis personae ». Alors que tout est perdu, sans rémission, la cour qui entoure Adolf tente de le rassurer en fêtant son anniversaire. Goebbels, dont on connait le talent pour le mensonge et la propagande, a trouvé le cadeau idéal : l’horoscope du Maître ! L’on confie la chose à quelque gitane et voyante experte. Dans la précipitation, une erreur de date de naissance, seulement quelques jours, parait vénielle. Mais pendant son sommeil, alors qu’il est face au Dictateur, s’affublant d’un nez rouge de clown, le monstre est soudain possédé par un esprit malin…

Ne voilà-t-il pas qu’il fomente, au lieu de projets guerriers, de tourner un film. Entre les rejetons de Goebbels et Eva Braun, l’on s’évertue à réaliser le dernier caprice, avant de devoir le tuer face à la proximité russe. Autour de lui, maints subordonnés succombent à des phobies, soit des cafards, comme en une kafkaïenne allusion, soit de la saleté, toutes métaphores de la culpabilité. Au réalisme historique initial succède un surréalisme débridé, surtout lorsque l’on comprend que l’esprit du Führer a été remplacé par un « être incorporel », soit celui de Charles Chaplin, pourtant sur « la liste noire du Reich depuis de nombreuses années ». Quelques comploteurs fomentent de se mettre en quête du cinéaste et acteur pour récupérer l’essence du dictateur et ainsi oser espérer la restauration du Reich millénaire. L’affaire rebondit jusque dans les années soixante-dix, autour de la tombe de Chaplin à Lausanne, où l’on croise le docteur Mengele et David Bowie.

Et par une ultime pirouette, nous apprenons que le chaplinesque esprit se serait emparé du corps du romancier Gerard Guix !

Il est bientôt clair que sous l’apparence loufoque se cache une dimension morale. Comment expliquer que tant de jeunes Allemands puissent succomber au fanatisme aveugle ? Comment se prémunir contre la réincarnation du dépote criminel qui infuse souterrainement nos sociétés ? Car « les problèmes de remontées d’égout sont fréquents dans cette ville ». Car « l’âme d’Adolf Hitler le regardait toujours depuis le plafond, accrochée telle une chauve-souris, le défiant de sa langue de reptile ». En cet opus survolté, la dimension tragique de l’Histoire fait place au ridicule. Parodique, satirique en diable, le monstre romanesque fait mouche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le roman historique de Paul Harding (né en 1967) est en deux temps, entre la fin du siècle des Lumières et l’aube du XX° siècle. Utopie et anti-utopie s’y répondent. Sont-ils des explorateurs, des vétérans de quelque guerre, des égarés ? Depuis l’arrivée de l’ex esclave Benjamin Honey, et de Patience, sa femme irlandaise, ces familles insulaires vivent en paix malgré la pauvreté, les enfants sont sans conséquence tour à tour noirs ou blancs. Leur isolement, sur Malaga Island, au large du Maine, pendant plusieurs générations, les protège : « Personne parmi les habitants de l'île ou leurs ancêtres n'avait jamais payé d'impôts, ni possédé de compte en banque, ni contracté d'emprunt, ni obtenu le moindre acte de naissance, certificat de mariage ou permis de pêche. Ils vivaient sur l'île depuis plus d'un siècle, tout simplement, sans guère recevoir d'aide ni subir d'hostilité particulière de la part de leurs voisins du continent. » En quelque sorte des libertariens. Jusqu’à ce qu’en 1912 l’irruption d’un trop bien intentionné missionnaire vienne tout chambouler.

Bien que Matthew Diamond soit ébloui par les dons des enfants qu’il découvre, un latiniste, un mathématicien, un artiste, son idéalisme dévoyé le pousse à mettre en œuvre ses théories eugénistes. En dépit de son apparente charité, il ne parvient qu’à détruire cette humanité. Puisque déclarés « mulâtres » et « dépravés », les autorités n’ont de cesse de les envoyer, non sans les séparer, sur le continent américain.

L’on reconnait dans cet Autre Eden au titre significatif, aux vivantes péripéties, aux caractères bien trempés, tel le peintre Ethan ou Esther la mère attentive, un roman philosophique, dans lequel l’île est le symbole de l’utopie, qu’une société prédatrice aux préjugés ancrés vient araser…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est sans « intentions suspectes » que Muriel Spark (1918-2006) fut la biographe d’Emily Bronte et de Mary Shelley, tant son féministe était de bon aloi. En 1981, elle publia ce roman d’une jeune artiste, roman passablement autobiographique.

Fleur Talbot, la narratrice, écrit des poèmes, avoue un premier roman en chantier intitulé Warrender Chase, et ne cesse de s’endetter auprès des libraires. Il lui faut cependant assurer le quotidien. En conséquence elle répond à une annonce qui recrute une secrétaire au service d’une « Association autobiographique ». Il lui faut relire et corriger des écrits qui n’ont guère dépassé le stade du premier chapitre : « Déchiffrer ces compositions, en tachant d’y trouver un sens, constitua une épreuve terrible pour mon moral ». Tous plus bizarroïdes les uns que les autres, voire complètement fous, ces plumitifs sont la proie d’un maître-chanteur, soit Sir Quentin, qui, à la surprise de notre Fleur, se comporte avec ses acolytes comme les personnages de son propre roman. Cet ouvrage s’avère avoir prédit les affres et déboires tragiques des écrivains ratés. En effet, « il était possible qu’il existe des gens comme Warrender Chase dans la vie réelle ». La chose est sérieuse au point que Sir Quentin « nous menace de poursuites si nous publions le livre ». Rassurons-nous, malgré de troublantes péripéties et ses craintes renouvelées, la jeune romancière trouvera le succès avec son œuvre.

L’on a compris que les mises en abyme sont nombreuses. La satire du monde littéraire est pleine d’ironie, d’acuité, avec un rien d’exagération : « la traditionnelle paranoïa des auteurs n’est rien comparée à l’invariable schizophrénie des éditeurs ». À la lisière du fantastique et du burlesque, ce roman ne dément guère son caractère enlevé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être autobiographique, le roman d’initiation de Néhémy Dahomey oscille entre libération sexuelle et travaux artistiques.

Haïti fut le premier pays des Amériques à se libérer de l’esclavage, proclamant son indépendance en 1804, grâce à Toussaint-Louverture. Hélas, entre impéritie économique, cyclone et tremblements de terre, la pauvreté reste endémique. Des écrivains lèvent leur plume pour témoigner, animer ce monde, tel Lionel Trouillot, prolifique essayiste et romancier. Mais il faut compter avec Néhémy Pierre-Dahomey, qui, né à Port-au-Prince en 1986, vit entre Paris et New-York, conjuguant les talents du philosophe et du poète. Après un roman bardé de prix intitulé Rapatriés, dans lequel Belliqueuse Louissaint, une mère haïtienne, tente de rejoindre les États-Unis, ce fut un roman historique, Combats, lorsqu’en 1842 deux frères se disputent dans les rets de la dette d’indépendance exigée par la France.

Cette fois, voici le roman d’initiation du Jeune Lélé : L'ordre immuable des Choses. Il commence très fort : dans un milieu de « frères et sœurs dans le Seigneur », le narrateur découvre sa première et noueuse érection : « une expérience non moins dévote de masturbation intempestive » ! Loin de se contenter de l’amusante provocation, le romancier nous installe dans l’école de la « cité militaire », où parmi de bienveillantes dames, sévit la « tortionnaire » Madame Polo, qui n’est guère érotique. Peu à peu son univers onirique se constitue en « harem imaginaire », entre une institutrice imaginaire et celle bien réelle nommée Lara. Comme de juste s’ensuit, sur un poste de télévision en pleine rue, la découverte exponentielle de la pornographie, en une explosion continue du moi. Ainsi l’écriture fantasmatique est fort réjouissante.

Mais une deuxième dimension, en quelque sorte parallèle, se fait jour : la découverte de la littérature et de la philosophie. Par exemple, devenu adolescent, il imagine avec un camarade un groupe de réflexion : « Cercle des choses de l’esprit ». Car « le travail est le secret de la liberté ». En une vaste ellipse temporelle, nous sommes transportés à Paris, où notre héros est en couple avec la réalisatrice de films Ea, engagée à gauche comme il se doit, « entre libération sexuelle et marxisme », et qui aime les chats.

Bientôt le projet romanesque devient polymorphe, empruntant le genre de l’essai dans un chapitre intitulé « Contre les chats. Un essai philosophique, politique, érotique et écoféministe ». L’on revient à l’enfance, où les désordres ithyphalliques du garçon réclament l’arrivée du guérisseur et du pasteur. Une fois guéri, il peut se consacrer encore à « monter le drapeau de la jouissance ». Enfin, dit-il », « je fis cracher le Christ ». Mais en revenant à la jeunesse parisienne, l’on découvre le dernier film d’Ea, « Action Directe », à l’occasion duquel la presse de droite crie à « l’apologie du terrorisme ». Tout un tableau de l’époque tend à se dérouler. Le texte trouve son acmé lorsque notre auteur accède enfin l’écriture, en l’occurrence poétique.

 Le titre est-il une image d’Haïti, tel que le pays a tant de mal à se réformer, à vaincre ses démons ? Des fondements de la nature humaine, en particulier dans le domaine érotique ? Tout cela à la fois. Car un nouveau chapitre didactique s’invite : « Nouvelle théorie de la réconciliation. Ou comment le sexe devrait sauver le monde, tous les mondes, la planète et les humains, même les extraterrestres, s’ils existent ». Mieux encore, en une mise en abyme, ce titre devient celui du premier film d’Ea Boulgakov, qui « présente plusieurs couches d’interprétation »…

Nous ne saurons pas si ce livre entraînant est mâtiné d’autobiographie. Il a quelque chose d’endiablé, de prodigieusement vivant. Il ne manque pas d’humour, voire d’autodérision et de satire à l’encontre de nos mœurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous les doigts d’Alain Blottière, une fable exotique et science-fictionnelle se charge de brocarder les appétits d’Elon Musk. Quelle peut être la motivation d’un quidam résolu à tuer l’homme le plus riche du monde ? Orgueilleux désir d’apparaître au sommet des médias, abyssal ennui, fantasme saugrenu de justice sociale, jalousie, ou en d’autres termes ce péché capital que l’on appelle l’Envie…

Un écrivain français nommé Ayann Ader, peut-être un double imaginaire de l’auteur, Alain Blottière, semble porter dans ses initiales un nouveau commencement. D’autant que son aventure hors normes est commentée par un narrateur, soit son petit-fils. L’on assiste donc à un chassé-croisé de romanciers et de témoins.

En une légère anticipation, nous voici d’abord transportés en mai 2026, lorsqu’avec étonnement le vieil écrivain voit le ciel du désert égyptien veuf de ses étoiles, au lieu desquelles s’imposent les satellites Starlink, une technologie invasive remplaçant le cosmos. Ainsi se justifie aisément le titre : Le Ciel a disparu. Rétablir l’ordre naturel et laver cette « souillure » est donc la vocation de l’assassin, dont la cible nommément désignée n’est rien d’autre que l’entrepreneur à succès Elon Musk, qui « saccage la nuit » et « profane le ciel ». C’est ainsi que « les balafres inquiétantes de Starlink déchiraient la nuit comme un boucher sanguinaire entaillerait la chair d’un animal pas encore mort ».

 Le plan d’action est méticuleusement imaginé : bombe, ou poison peut-être, à moins de « prendre le contrôle à distance du pilote automatique » de la Tesla de son fondateur. La couleur passablement policière de l’argument concourt à l’efficacité de ce qui est le « testament d’un tueur, le plaidoyer d’un homme qui s’apprête à commettre un crime ». 

 Nous laisserons le lecteur découvrir si le succès est au rendez-vous. La chose va-t-elle se conclure en ridicule fiasco, en apocalypse ? Car le pire gît peut-être parmi les collisions de quarante mille satellites, sans compter les débris en nombre exponentiels, menaçant toute aventure spatiale et de communications.

Il ne s’agit pas seulement d’un écrivain, mais d’un peintre, notre narrateur appelé Liki, qui confie cette histoire vingt-quatre ans plus tard, et dont les tableaux sont hantés par « le manque de Jade », celle avec qui se joue une attachante histoire d’amour. Le lyrisme et l’érotisme alors charment le lecteur. « La Nuit des absents » n’est-il pas le tableau le plus célèbre du peintre ? Alors que celui qui s’intitule Le Ciel a disparu est retrouvé « dans un coffre de la Musk Fondation ». Comme si les œuvres d’art, nécessaires plus que jamais, étaient en abyme disposées. Ce avec le concours d’une écriture sensuelle et imagée, mais aussi empruntant l’exactitude scientifique et technique. En quelque sorte, les personnages d’artistes, qu’il s’agisse de l’écriture ou de la peinture, sont l’antithèse du puissant technocrate faustien Elon Musk.

Reste que la question de fond est inchangée. Face à la mainmise – peut-être totalitaire – d’un entrepreneur de génie favorable au libre-échange et à la libre expression, faut-il de bon droit recourir à la violence, au meurtre ? En ce sens ce ne serait pas seulement le ciel qui disparaitrait, mais la beauté, qu’elle soit naturelle ou  morale.

La dimension science-fictionnelle ne cesse de s’amplifier lorsque s’achève le récit, soit en 2045. À la lisière de l’apologue, de la satire et du pamphlet, l’opus fort enlevé d’Alain Blottière suscite plus d’amusement de par son exagération un brin rocambolesque  que de sérieux politique, même s’il affiche une volonté dystopique. Après une dizaine de romans et autant d’essais, souvent consacrés à l’Egypte, entre dieux et oasis, il semble qu’il ait l’ambition, face à l’hubris humain, de rendre aux dieux leurs cieux…

La vivacité de la satire romanesque n’est-elle pas le gage de l’esprit critique ? Et si, selon Alain Blottière, « le ciel a disparu », la littérature n’a pas le moins du moins disparu…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Ces recensions ont été publiées dans Le Matricule des anges, entre juin 2025 et février 2026 

 

Iglesia de Nuestra Señora del Carmen de Lorca, Murcia.

Photographie : T. Guinhut.

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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 14:26

 

Parador de La Seu d'Urgell, Alt Urgell, Lleida, Catalunya.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

L’Entrée dans la Cité idéale.

 

La bibliothèque du meurtrier

versus la Bibliothèque Hespérus.

XXVI

 

 

D’une multi-conférence abjecte, je m’étais évacué. Où l’on prétendait que le voile intégral est liberté, que la terre est plate comme un tapis, que toutes les opinions se valent par respect de la subjectivité, que les sciences sont des fictions impérialistes patriarcales et occidentales, que l’on doit accorder un congé menstruel pour les hommes, et autres brutalités et inepties de cet acabit. La chose était pompeusement financée par un Etat aux finances en ruine, endetté jusqu’à l’apocalypse ; et pourtant l’on rugissait chacun de son immarcescible légitimité. Bientôt j’avais cessé de tenter d’intervenir avec la fragilité de ma parole, tant il est vain d’argumenter avec des imbéciles patentés, des idéologues fumeux et trempés dans la poix. La célébration tournait à la foire d’empoigne, les accusations mutuelles de fascisme tonnaient, les horions menaçaient de pleuvoir. Les rictus de supériorité se fendillaient pour laisser entrevoir les cris sanglants de la répression.

En toute discrétion, je subtilisai le panonceau de bristol qui mentionnait mes nom et qualité tout en me faufilant derrière ma chaise ; en un tournemain je m’étais exfiltré vers la sortie de ce Palais des Congrès en forme de hangar à l’architecture brutaliste déjà salie par les fientes de pigeons et autres matières innommables. Là où quelque douteuse Fondation pour les Cultures du Monde, subventionnée par d’obscurs canaux, m’avait invité en tant qu’essayiste prétendument sagace, tant j’avais peu de lecteurs.

Mon hôtel était à quelques centaines de mètres ; dans une avenue haussmannienne qui aurait été splendide si elle n’avait été encombrée de sacs de couchage gonflés et malodorants, d’ordures éventrées, de misérables errants infestés de cannabis aux volutes brunâtres.

Bien heureusement, mon hôtel, un palace généreusement alloué à mon incompétence intellectuelle, était gardé par des Cerbères galonnés et gantés de blanc qui me reconnurent et me laissèrent entrer. Après de nécessaires ablutions, l’on me conduisit à une table drapée de coton pur où un menu strictement végétarien, quoiqu’aux assiettes artistement ornées de gourmandises prétentieuses, ne me combla que médiocrement. De tous ces aléas de l’Histoire, ma chambre restait – provisoirement ? – préservée. Vaste, ornée de meubles Louis XV, d’une couette fleurie, de tableaux figurant des nymphes et des forêts. Je n’eus pas le courage de jeter de solides pensées dans mon carnet ouvert sur le bureau avant de m’endormir brusquement.

Au matin, quoique je ne vis pas la moindre ombre humaine, un petit déjeuner m’attendait. Une cafetière noire comme l’ébène, un panier de croissants et de pains aux noix craquants, une palette de confitures, une salade de fruits aux couleurs acidulées. Tout cela parvenant à éveiller en mon cortex cérébral quelque bris de conscience du monde embrouillardé…

Après avoir récupéré ma serviette que je juchais en bandoulière, j’allais sortir par l’entrée principale que j’avais jusque-là pratiquée. Quand je la surpris barrée par des planches de chantier en croisillon ! Aussitôt, un vieux concierge galonné, affolé, plus vieux qu’une civilisation en décomposition, m’avertit :

Abbatiale de Saint-Maixent-L'Ecole, Deux-Sèvres.

Photographie : T. Guinhut.

 

      - Monsieur, par-là, il n’y a plus de salut ! Dehors se culbutent les pogroms, les ratonnades, l’émeute et le sang, la crasse et la baston, le bolchevisme et le djihad, la mort et la dévastation !

      Essoufflé comme un rat bubonique, il reprit :

      - Fuyez, fuyez ! Par ici ; suivez-moi, je vous en conjure…

 Le spectre me fit emprunter des couloirs damassés d’or ancien, des escaliers pariétaux interminables, parcourir une fosse funèbre comme les catacombes, buter contre un cénotaphe ruiné, le tout mal éclairé par des lucioles artificielles, puis me poussa dans un souterrain phlégréen…

Derrière moi, toute trace d’ouverture semblait avoir implosée. Je marchais longtemps, fort longtemps, parmi des cryptes romanes sépulcrales et des allées de cloîtres gothiques à l’abandon, sans autre ciel qu’une obscurité monacale, trébuchant au milieu de débris ferrailleux dignes d’une révolution industrielle avortée, butant sur des roches escarpées, perfides, glissant sur le sol flasque de boyaux argileux, frôlant d’acérées concrétions de stalactites, jusqu’à ce que la sente obscure paraisse enfin s’élargir sur une arène sableuse. Soudain, la lumière du  jour, le bruit du ressac, purent apaiser le cognement saccadé du muscle cardiaque qui animait encore ma poitrine.

La plage reposait dans une énorme crique. Le vent, souple et léger, les quelques nuages cotonneux, l’azur, des cris de mouettes rieuses, la houle : où était passée la capitale abjecte à laquelle j’avais échappé ? Cette crique me parut totalement obstruée par ses murailles rocheuses, comme une prison à ciel ouvert. Me reposant un moment sur un roc poli qui affectait la forme d’un fauteuil sacerdotal, je scrutais tour à tour l’horizon sans voile et les parois brunâtres de l’amphithéâtre schisteux. Clignant des yeux, enfin je distinguai dans le contrejour un mince escalier maladroitement taillé dans la roche pierrailleuse, où des oiseaux de mers avaient juché leurs nids de branchages et de plumes éraillées.

Heureusement, mes chaussures de cuir aux semelles crantées m’assuraient une excellente prise au sol. Courageusement, j’empruntais ses marches ardues, ces lacets nombreux : il me fallut une bonne heure pour accéder enfin au plateau venteux, selon l’indication de ma montre-poignet, car mon Iphone, qui ne captait aucune connexion, restait bloqué sur la dernière minute du petit-déjeuner. Parmi la lande bosselée, un chemin serpentait. Peu à peu, la pelouse, les arbustes nains, laissaient s’élever une forêt de chênes aux troncs antiques. Ce parcours forestier, où seuls les écureuils apparaissaient, mutins, entre les branches, commençait à me donner soif. Je débouchais alors sur un espace plus ouvert et jardiné, où des arbres aux feuilles trilobées proposaient d’étranges fruits vermeils, gros comme des pamplemousses. Cueillant l’un d’entre eux, j’ouvris l’écorce, libérant un exotique et engageant parfum. Avec prudence, je goûtais la pulpe exquise, quelque chose entre la poire et l’orange sanguine. Le jardin des Pommes d’or des Hespérides, m’écriai-je !

Progressant parmi des fontaines, des nuées de mésanges et de chardonnerets, une architecture commençait à se dessiner. Un large portail de calcaire poli, d’une pure et parfaite blancheur, ouvrait sur une avenue bordée de jeunes tilleuls odorants, aux bâtiments nantis de colonnades, parfois doriques, parfois ioniques, parfois corinthiennes. De manière régulière, leurs frontons dispensaient des allégories en ronde-bosse, représentant les figures sereines de la Paix, de la Justice, de la Beauté, de la Philosophie… Quelque chose comme une collection de palais Renaissance, aux murs parfois peints de rose, et de villas palladienne parfaitement entretenues.

Soudain, d’une beauté alarmante, une femme entièrement nue me croisa, indifférente, absolument indifférente. J’en fus stupéfait. D’autant que bientôt, en un rythme régulier, d’autres femmes, toutes aussi imparablement jeunes et nues, passèrent, sans plus me remarquer, comme si j’étais l’invisibilité même.

Incongru, voire obscène, je me sentais, avec mes chaussures noires, mes chaussettes blanches, mon pantalon et ma veste bleu-marine, ma chemise rose et mon nœud papillon fleuri. Quelle était cette cité, qui n’avait pas placardé son nom, qui abritait une population de telles déesses ?

Elles étaient, qui d’ébène pur, blanches et rousses, hâlée comme du pain brioché, pâles et blondes, brunes aux yeux noirs ou bleus, sinon verts, aux cheveux moussant, voire glissant d’un seul flot jusqu’aux fesses, porcelaine visiblement asiatique aux paupières délicatement fendues, parfois filiforme, ou simplement minces, parfois franchement dodues, cependant parfaitement proportionnées, plus petites ou plus grandes que ma personne effarouchée. Aucune n’échappait à la beauté, par la grâce de leur démarche, de leurs pommettes altières, par leur regard vif, tendu, quoiqu’encore une fois elles ne me vissent absolument pas. J’avoue qu’une semi-érection parvint à gonfler ma braguette. Mais une érection esthétique et intellectuelle la dépassait en mes sens et mon âme – si tant est que ce mot désigne une réalité – de beaucoup !

Au centre d’une place hexagonale lumineuse, à laquelle accédaient en étoile des avenues aux perspectives impeccables, s’élevait un pavillon aux arcades ouvertes, où palpitaient sous l’effet de la brise des rideaux soyeux et bleutés. Devinant par des interstices des fauteuils et des canapés aux couleurs pastelles, je résolus d’y délasser ma légère fatigue ; d’autant que vide, il m’évitait la gêne incommensurable de devoir partager le lieu avec quelques-uns de ces dames insolemment pures qui parcouraient la cité. Alors qu’une fontaine glougloutait musicalement au centre, je choisis un fauteuil dont les bras s’ornaient de têtes de lions dorés pour assoir ma modeste carrure. Au-dessus de moi et de l’hexagone d’arcades, des verrières de couleurs laissaient flotter une luminosité particulière aux poissons exotiques et propre à une interrogative méditation.

Evidemment je rêvais. Je n’échappai pas au rituel qui, en de pareilles circonstances, consiste à se pincer vigoureusement le bras. La douloureuse conclusion ne se fit pas attendre : j’étais particulièrement bien éveillé. Aucun onirisme diurne n’était coupable de mon étrange situation. Quel était ce monde, cette cité à l’architecture platonicienne où de jeunes Diotima nues déambulaient comme dans les tableaux surréalistes de Paul Delvaux et de Léonor Fini, mais avec infiniment plus de grâce et de variété ; et de vérité ? Devais-je penser que j’étais appelé à jouer là un rôle, probablement inconfortable, à moins qu’une erreur d’aiguillage m’ait conduit dans une voie fatale ? Devais-je être ici profondément angoissé, tant la beauté est parfois terrible, voire me sentir indéniablement coupable, en cet admirable univers qui n’était visiblement pas fait pour ma petite personne ? Seul homme, de plus ayant largement dépassé le demi-siècle, dans ce pur gynécée…

Plongé dans le désordre de mes pensées mi-figue mi-raisin, je me sentis alerté par un mouvement dans le canapé adjacent. Sous une légère couverture de soie blanche, un corps – indéniablement féminin – s’éveillait. La créature se dressa sur son séant, étira les bras, faisant saillir, à ma stupeur profonde, deux seins sculpturaux, puis reposa ses mains sur ses genoux. Encore ensommeillée, elle me fixa en prenant la parole :

 

Palladio : Villa Rotonda, Vicenza

Photographie : T. Guinhut.

 

      - Poliphilo dice, che non piu prlastolalma tacendo, nellle brace di Polia vivo se ritrovoe[1].

      - Comment ? Que dites-vous ?

      - Poliphilo dice, che non piu prlastolalma tacendo, nellle brace di Polia vivo se ritrovoe.

Interloqué, je reconnus soudain la première phrase de l’antépénultième chapitre du Songe de Poliphile, en son italien du XV° siècle mâtiné de latin, grâce au soin de Francesco Colonna. Je le lui signifiai.

Sous son chignon tressé, son grand front intelligent s’éclaira, ses yeux perspicaces s’allumèrent :

      - Oh, pardon ! Utilisons votre français, n’est-ce pas ? Et bravo pour la référence, je n’en attendais pas moins de votre part.

      - Pardonnez mon intrusion. Mais puis-je vous demander qui vous êtes, et quelle est cette cité ?

      - La Cité idéale, bien entendu ! Et mon nom est Diotima. Et n’êtes-vous pas l’auteur de l’essai politique Requiem pour les libertés, des sonnets d’À une jeune Aphrodite de marbre, des romans philosophiques La république des rêves, Muses Academy, Les Métamorphoses de Vivant et La Bibliothèque Hespérus ?

      - Comment pouvez-vous connaître mes livres ? Qui, de surcroit, ont une minuscule poignée de lecteurs…

      - Nous les avons lus. Ils sont dans notre Bibliothèque Universelle ; que vous voyez en regardant au travers de cette arcade, bâtie de marbre rose.

      - C’est un honneur immérité.

      - Ne vous sous-estimez pas. Sinon l’on ne vous aurait pas conduit ici.

      - Voudriez-vous dire que cet étrange vieillard…

      - En effet, ce prétendu vieillard est l’un de nos passeurs des Enfers idéaux. À propos, n’éprouveriez-vous pas l’urgente nécessité de vous débarrasser de la poussière du chemin ?

      - Oh, certainement ! Mais comment ?

      - Inclinez votre visage vers cette fontaine, prenez son eau dans vos mains, et lavez-vous. Bien. Maintenant regardez en ce miroir de Venise.

       - Est-ce possible ? Où sont mes rides, où sont les traits et les griffes du Temps ? Mon visage aurait-il de nouveau trente ans ?

      - C’est l’œuvre de la Fontaine de Jouvence. En toute son authenticité.

      - Mais ce n’est qu’un mythe, une fiction !

      - Ici, elle est vraie. Maintenant, déshabillez-vous !

      - Devant vous ? Je n’oserais pas !

      - Ne suis-je pas nue ?

      - Mais vous êtes d’une autre trempe que moi, que mon corps…

      - Justement. Déposez vos vêtements, vous dis-je. Sur ce pouf.

Elle ouvrit un rideau translucide pour révéler un bain qui ne cessait de couler, odorant, citronné. À son invitation, je m’y plongeais avec précaution. En une seconde, je me sentis une vigueur que j’avais un peu oubliée. Ma stupéfaction ne cessait de croître.

      - N’est-ce pas votre corps vrai ? Ce disant, elle me tendit une immense et délicate serviette, non pas pour me couvrir, précisa-t-elle, mais pour me sécher.

Une fois debout sur le dallage du pavillon, face au grand miroir, j’avais recouvré mon corps trentenaire. Et, regardant cette femme idéale dans toute sa nudité, je ne pus retenir une érection splendide. Que je tentais de dissimuler de mes deux mains honteuses.

      - Voyons, c’est tout naturel, ria-t-elle. Mais permettez-moi de vous faire attendre : la réalisation dépendra de vos vertus. Rhabillez-vous, s’il vous plait. La nudité de nous autres immortelles n’est pas encore la vôtre.

      - Mais n’y-a-t-il dans votre Cité que des femmes ?

      - Certes. Mais, si nécessaire, des hommes, sélectionnés comme vous, sont accueillis. Je dois vous avouer que je me suis portée volontaire pour être votre hôtesse. Ne me décevez-pas.

      - Et recevez-vous, comme vous venez de le faire avec ma personne, des femmes venues du monde, je ne sais comment dire, du monde d’en bas ?

      - Bien entendu. Le talent, la probité et le génie ne sont pas sexués.

      - Devrais-je retourner dans ce monde où j’ai vécu auparavant ? M’éveiller de ce rêve ?

      - Impossible. Nous avons mission de protéger, faire fructifier les arts et les sciences, donc les artistes tels que vous. Pour ce faire, je vais dans un moment vous conduire à l’appartement qui vous est réservé, non loin de la Bibliothèque. D’où vous pourrez observer, grâce à des technologies exactes, comment va – et surtout ne va pas – le monde de l’humanité que vous avez définitivement quitté. À charge pour vous d’en tirer la substantifique moelle.

      - Et observer, vivre le monde où je suis désormais ?

      - Sans aucun doute. Commencez par manger avec moi ces fruits.

Ce disant, elle avança un saladier translucide garni de prunes violettes, de raisins argentés, de fraises écarlates et de poires émeraude, d’ananas en tranches lumineuses.

      - Et comme je sais que vous ne pouvez être strictement frugivore, voici des filets de pigeons et de cailles.

      - C’est délicieux. Cette marche souterraine, puis aérienne, m’avait ouvert l’appétit. Mais, dites-moi, votre condition inhumaine et idéale est-elle parfaitement naturelle, innée ? Où s’agit-il du résultat d’une médecine avancée, d’une manipulation génétique prodigieuse ?

      - Qu’importe à la fin. M’aimeriez-vous moins si l’une ou l’autre réponse avait la prééminence ?

      - Certainement non. Vous m’avez choisi, comme si vous étiez ma destinée précieuse.

      - Vous voilà un doux parleur. Alors sachez que notre énergie n’est pas due qu’aux fruits, aux oiseaux et aux poissons que nous pouvons déguster, mais à ce câble translucide que vous voyez enroulé dans cette coupe d’or et qu’il nous faut périodiquement unir à la source des générations. Que des métaux rares autant que des cellules charnelles augmentées composent notre corps. Êtes-vous choqué ?

      - Et toutes ces jeunes femmes que j’ai vues déambuler parmi vos avenues, sont-elles toutes semblables ?

      - Non, malgré notre commune configuration judicieusement artificielle. Comme leurs physiques diffèrent, leurs goûts, leurs sciences, leurs loisirs, font l’éventail de leurs personnalités. L’une est architecte, l’autre peintre ou musicienne, ou physicienne, entre autres compétences affinées. Il vous est permis de vous faire des amies parmi elles, si cela vous convient.

      - Et, vous n’avez pas froid, aussi dévêtues ?

      - Nous sommes ainsi faites que, malgré ce climat océanique, nous ne craignons aucune froidure. Levons-nous, pour une petite promenade postprandiale.

J’acquiesçai, songeur, me demandant à part-moi si elle était sensible à la chaleur des câlins…

Alors qu’en marchant nous ne cessions d’être environnés par la calme effervescence des habitantes, je demandai à celle dont l’autorité me fascinait :

      - Devrais-je moi aussi déambuler nu ?

      - Pas encore. Il y faudra d’abord trois conditions. Y consentir de plein gré. Puis demander l’implant neuronal qui nous authentifie et nous connecte au réseau de Cosmopolis. Enfin vous devrez trouver celle dont vous obtiendrez l’amour.

      - Pourquoi pas vous ?

Palazzo Grassi, Venezia, Veneto.

Photographie : T. Guinhut.

 

      - Qui sait. Mais attendez de faire votre choix parmi celles qui sont disponibles et avec qui vous aurez maintes complicités. Regardez, par exemple, cette incroyable métisse au chignon en volutes, qui regarde les nuages. Elle est spécialiste en physique spéculative et travaille sur la suspension de la gravité. Ah, justement ! Voyez ce couple qui se tient si tendrement par la main : Nadia est compositrice d’opéras stellaires et de pièces pour piano planantes ; Yasimuro, dont les doigts sont si longs, est son interprète scrupuleux, virtuose et sensible.   

      - Elles sont donc toutes – et tous – remarquables !

      - Sans aucun doute. Excellia, avec une mésange perchée sur l’épaule, est peintre naturaliste. Vous devinez que ses oiseaux sont enchanteurs.

      - Et vous, Diotima, quelle est votre spécialité ?

      - En toute simplicité, comme mon nom l’indique, la philosophie grecque antique et tous ses commentateurs, de Marcile Ficin à Nietzsche, et au-delà. Je collabore parfois avec Christelle qui sait numériser les rouleaux de papyrus carbonisés découverts à Pompéi et Herculanum, pour les déchiffrer, les traduire en italien et en français. Ces temps-ci nous dévoilons des chapitres perdus de l’Histoire naturelle de Pline.

      - J’aurais plaisir à les lire. Surtout avec vous… Mais n’y-a-t-il pas des femmes, qui, comme moi, ont été exfiltrées du monde antérieur ?

      - Bien sûr. Cependant vous ne les différencieriez pas de nos consœurs. Elles s’adaptent très vite, trouvent leur Eros – masculin ou féminin – et se consacrent avec bonheur à la médecine, la broderie ou la physique nucléaire. Telle cette brunette à la chevelure tourbillonnante, qui est une experte des métaux rares et de leurs alliages. Ou, plus loin, cette pâle blondinette, informaticienne de haut vol, ce qui ne l’empêche pas d’être une pâtissière aux desserts exquis… Et pour revenir à Estella, son moindre titre de gloire est d’avoir recréé l’orichalque dont parle Platon en son Atlantide.

      - Et cet homme vêtu de noir ? N’est-il pas étrange ici ?

      - C’est Victor, un archiviste encyclopédique. Son hypermnésie est plus précieuse que toute intelligence artificielle. À force d’élaborer les statistiques démographiques de la Cité, il découvrira sans nul doute que la fragile et néanmoins talentueuse sculptrice de miniatures, Lucile, lui est destinée.

      - Je vais alors supposer que ce kimono jaune cache une nouvelle arrivée. Ses cheveux sont si courts, son visage si rond, ses traits si japonisants…

      - Oui, c’est Ogawa. Elle a renouvelé la peinture abstraite d’une manière inimaginable.

      - J’aimerais voir cela.

      - Vous irez au Musée, qui se trouve derrière l’Institut des Sciences, pour la rencontrer. Personne ne sait encore qui est l'être masculin, ou féminin, à elle dévolue.

      - C’est ici une société d’élite. Très sélective.

      - Le résultat n’en vaut-il pas la peine ? N’êtes-vous pas déjà ici heureux ? Ah, j’oubliais ! Si vous pouvez retrouver le plateau qui domine la crique sauvage qui vous a conduit dans la Cité, je vous déconseille fortement de tenter la périlleuse descente. Et ne vous avisez pas d’imaginer retrouver le passage par lequel vous prétendriez regagner votre précédent antimonde. Le retour est absolument impraticable. Résolument impossible. De surcroit la baignade y est imparablement dangereuse. Pour ce faire, allez plutôt du côté du fleuve Alphée et de son estuaire, quoiqu’il faille se méfier du mascaret.

      - Il n’y a par conséquent pas de vieillards dans cette Cité. En revanche, des enfants ?

      - En effet. Aiguisez votre regard jusqu’aux marches du Temple des Allégories. Ce couple, tous deux bellement nus, qui donne un goûter à une petite fille, Elodie, née par la méthode naturelle, néanmoins sans le moindre défaut génétique ; comme il se doit.

      - Elle est à croquer…

      - Ils sont tous les deux généticiens, en termes d’intelligence quantique biologique.

      - Et cet homme seul, vêtu comme un Arlequin, qui est-il ?

      - Un olibrius et astrophysicien, qui est un fondu de l’influence des ondes gravitationnelles, non sans tenter de cartographier l’incertitude galactique. Il vit dans l’observatoire astronomique aux lentilles correctrices des interférences, qui jouxte l’Institut des Sciences.

      - N’est-il pas destiné à cette métisse dont vous me parliez tout à l’heure ?

      - Il a tellement la tête dans les étoiles qu’il ne regarde aucune beauté. Mais qui sait ?

      - Qui suis-je face à ses sommités ? Un écrivaillon qui n’a pas trouvé son public…

      - Encore une fois, ne vous surestimez pas. Vous avez su trouver le public de la Cité idéale. C’est là l’essentiel.

      - Et cette blonde flamboyante aux traits finlandais qui tend sa main vers le ciel ?

      - Elle offre des graines de tournesol aux chardonnerets qui viennent volontiers. C’est une brillante historienne prospective. Elle vous connait. Elle vous a regardé intensément et vous n’en avez rien vu.

      - Comment s’appelle-t-elle ?

      - Anima.

      - Quel beau prénom !

      - Elle serait parfaite pour vous.

      - Voudriez-vous, Diotima, que je vous abandonne ?

      - Rassurez-vous, il y a l’amitié. Il y a l’amour. Nous ne maîtrisons pas toute la chimie de l’intellect.

      - Le plus beau n’est-il pas l’amitié amoureuse ? Mais, j’y pense, êtes-celle qui toujours accueille les nouveaux venus ?

      - Bien sûr que non. Chacune, voire chacun, peut vouloir se charger d’une tâche aussi fructueuse.

      - Et, dites-moi, qui est cette dame d’ébène qui marche à grands pas ?

      - Cette fois, vous avez l’œil ! C’est Amaryllis. Elle écrit de la poésie scientifique. Et traverse à la nage le vaste fleuve Alphée.

      - Impressionnante…

      - Suivez-moi, je vais vous faire découvrir votre logis.

Quelques centaines de mètres plus loin, pendant lesquelles j’observais ma protectrice idéale, nous approchions de la Bibliothèque de marbre rose. Où elle me fit entrer un moment pour me faire admirer, dit-elle « l’art supérieur de la coupole céleste fondé sur les vérités éternelles de la géométrie et de la musique, en tant qu’elle est conforme à l’orbite elliptique des planètes du système solaire, selon la première loi de Kepler dans son Astronomia nova ».

Lorsque de surcroit je vis tous ces rayonnages où palpitaient tant d’ouvrages rares et savants, je ne pus réprimer un vertige digne du syndrome de Stendhal. Des cartouches ornés signalaient les directions des Arts, des Lettres, des Sciences physiques et industrielles…

      - À propos, je suppose que des ateliers sophistiqués, des usines puissantes, sont nécessaires. Où sont-ils ?

      - Sous la Cité, autrement dit largement sous nos pieds. Ces laboratoires souterrains sont gérés par une robotique avancée, une intelligence quantique régénérative…

Mon humilité accrue me fit encore contempler avec plus de respect et d’admiration les traits inénarrables de sérénité et les yeux vigoureusement bleus de ma conductrice. Nous reprîmes notre marche, alors que la déambulation des beautés aux visages stellaires et aux corps incalculables par les proportions des mortels semblait de beaucoup diminuer, à cause de la fin de leur pause méridienne, me renseigna Diotima.

Enfin, sous une arcade, elle ouvrit un portail, qui me permit d’apprécier un vestibule impeccable, une chambre douillette, un vaste bureau garni de meubles précieux, une cuisine plutôt décorative, et une engageante salle de bain.

      - Toutefois, n’oubliez pas. En tant que mortel originel, vous devrez en votre appartement vous baigner chaque matin dans l’eau de Jouvence venue de la résurgence d’Aréthuse, elle-même originaire des massifs montagneux dont vous avez distingué les crêtes neigeuses au loin de l’avenue.

        Je me retournai vers le bureau dont un mur était couvert d’étagères de cèdre, garnies de mes livres préférés ; et, bien entendu, ceux dont j’étais l’auteur méconnu n’étaient pas absents.

      - Vous êtes chez vous, cher Maxence. Il n’est pas besoin de clef dans Cosmopolis. Mais de cette ceinturophone que vous devez glisser autour de votre taille. Nous autres n’en avons pas besoin tant notre communicabilité est intraneuronale.

      - Comment puis-je vous remercier, chère Dotima ?

      - Soyez vous-même. En étant créateur. En toute liberté. Je suis à votre disposition. Dans la limite du raisonnable. À ce soir.

Une fois seul, assis dans ce fauteuil empire de ce bureau qui m’enchantait, d’autant qu’une porte-fenêtre ouvrait lumineusement sur un jardin aux arbres fruitiers autour d’une fontaine, j’ouvris l’ordinateur portable brossé d’argent qui était monogrammé avec mes initiales, y branchai la clef que j’avais extraite de ma serviette, pour y charger mes tapuscrits en cours. Mon carnet manuscrit ouvert à son côté, j’étais fin prêt. Je méditais. Quelle habitante de la Cité idéale aurait l’indulgence de me réellement me choisir ? Etais-je au paradis ? Ou dans une prison de luxe ? Etais-je dorénavant amoureux de cette Diotima, ou bien d’Anima, ou encore d’Amaryllis ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La Bibliothèque du meurtrier versus Bibliothèque Hespérus, roman


[1] Francesco Colonna : Hypnerotomachia Poliphili, Adelphi edizioni, 1998, tomo primo, p 462.

 

Vicenza, Veneto.

Photographie : T. Guinhut.

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6 février 2026 5 06 /02 /février /2026 16:36

 

Museo romano, Mérida, Extremadura.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

Rêver l’antique,

de Pompéi-Herculanum aux Atlantides.

Jackie Pigeaud, Claude Aziza & Vincent Jacq.

 

 

Jackie Pigeaud : Rêver l’antique, Les Belles Lettres, 2026, 848 p, 55 €.

 

Claude Aziza : Pompéi-Herculanum et les cités du Vésuve,

Les Belles Lettres, 2026, 390 p, 29 €.

 

Vincent Jacq : Atlantides, L’Escampette, 2025, 176 p, 19 €.

 

 

Nous ne pouvons que rêver l’Antiquité gréco-romaine. Malgré l’indubitable abondance de ruines, de statues et d’écrits, parmi lesquels nous déambulons et étudions, il reste une part d’imaginaire, voire de fantasmes, si nous voulons faire l’expérience réelle des cités d’Athènes et de Rome, lors que leurs siècles de gloire ont été soufflés et brouillés par les siècles. Aussi une helléniste et latiniste, Jackie Pigeaud – hélas disparue puisqu’elle vécut et œuvra entre 1937 et 2016 – s’efforce-t-elle de revitaliser ce qui subsiste, et ce qui nourrit avec persistance notre présent, depuis ce thésaurus antique. Cette dimension intellectuelle fait ses preuves avec la plus grande efficacité, malgré des sites romains intenses comme Ostie ou Mérida, lorsque Pompéi & Herculanum ressuscitent leurs splendeurs enfouies sous les cendres du Vésuve. En revanche la promenade n’est que mentale si l’on pense au mythe platonicien qui fit tant gloser, celui de l’Atlantide, au point que Vincent Jacq puisse parler d’Atlantides, au pluriel…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on a parfois abusé de fantasmatiques révisions de l’Antiquité, qu’il s’agisse des films en péplum ou d’idéologiques récupérations, à l’instar du fascisme mussolinien, voire d’accusation de suprématisme culturel blanc par quelques wokistes, rien n’empêche de considérer avec sérieux l’apport gréco-romain. Esthétique, sémiologie, philosophie, médicine, n’ont-elles pas toutes leurs sources dans l’Antiquité ? Il a longtemps fallu conserver, retrouver, puis ranimer leurs richesses.

En son Rêver l’antique, où il ne s’agit pas d’onirisme nocturne mais de rêveries intellectuelles, Jackie Pigeaud – qui publia entre autres un volume sur la folie[1] – convoque d’abord les médecins Hippocrate et Galien. Une attention particulière s’attache à la mélancolie associée au génie selon le premier ou encore Aristote. De tels textes sont « porteurs d’une rêverie organisée qui parle des rapports de l’âme et du corps, du physique et du moral, de la créativité, de la nature et du droit, de la création du vivant, des modifications du vivant par le milieu, des rapports de la forme et de la matière ». Aussi notre essayiste ne rêve pas à bâtons rompus, mais en une pensée organisée.

Probablement l’inaugural rêveur à cet égard est-il Johann Joachim Winckelmann – le premier historien de l’art antique digne de ce nom – qui, au XVIII° siècle, n’a jamais dépassé l’Italie alors que la Grèce était sa terre d’élection, et auquel Jackie Pigeaud consacre deux chapitres éclairés ; l’Histoire de l’art chez les Anciens étant en 1763 fondatrice. Ce dans un ensemble formé d’une vingtaine d’articles et autres conférences, qui ne manque pas pour autant de cohérence. Et lorsque dix d’entre eux ont trait à la médecine, avec des perspectives vers Laennec ou Bichat, l’on découvre des travaux pour le moins inattendus, comme sur les « Sélénites et lunatiques ». Enfin une poignée de textes s’intéresse à l’esthétique et à la poétique : sur l’ekphrasis (la description de l’œuvre d’art) et sur la phantasia. Ou, plus curieux encore, une étude sur l’ivresse bachique. Reprenons notre lecture à l’ouverture, lorsque notre essayiste se demande « Sommes-nous prêts pour Renaissance ? » Ce qui semble à première vue anachronique. Mais à un second regard, le savoir ancien disponible permet de « se constituer une histoire, de s’assurer sur les fondements d’un passé ». Il plaide pour la communication des savoirs, pour une imagination culturelle, pour un humanisme encyclopédique, un peu à l’instar de Pline l’Ancien, dont l’abondante Histoire naturelle est en filigrane de cet érudit et brillant essai.

 

Jules Monod : La Cité antique de Pompéi, Delagrave, 1929.

Photographie: T. Guinhut.

 

Malgré son format modeste, ce livre d’art et d’histoire est une merveille. Abondamment et justement illustré, il oscille entre les rêveries littéraires et les investigations archéologiques pour révéler au mieux un mode désenfoui. Sous la plume et la direction iconographique de Claude Aziza,  Pompéi-Heculanum et les cités du Vésuve nous propose bien des « promenades insolites », selon son sous-titre. Ce n’est pas l’album photographique qui vise au seul splendide comme ceux consacrés à Pompéi et Herculanum par L’Imprimerie Nationale[2], mais une sorte de manuel délicieusement fureteur, qui, outre les lieux de la tragédie vésuvienne, parcourt le témoigne de Pline le Jeune et les hommages de nombre d’écrivains, de Goethe à Nerval en passant par Théophile Gautier, de nombre de cinéastes...

Le document inaugural est le duo de lettres que Pline le Jeune adressa trente ans après la catastrophe à son ami Tacite. En effet, en 79 après Jésus Christ, le Vésuve projeta pendant deux jours les nuées ardentes, les débris et les cendres de son éruption entre Neapolis (Naples) et Stabies, engloutissant une poignée de cités, dont Pompéi et Herculanum, tuant de surcroit son oncle, Pline l’Ancien, qui l’observait depuis son bateau : « Une nuée se formait […] ayant la forme d’un arbre et faisant penser surtout à un pin. Car après s’être dressée à la manière d’un tronc fort allongée, elle déployait comme des rameaux […] elle s’évanouissait en s'élargissant : par endroit elle était d’un blanc brillant, par ailleurs poussiéreuse et tachetée, par l’effet de la terre et de la cendre qu'elle avait emportées. » L’on cite ici la lettre XXVI, entièrement reproduite à la fin de ce volume documenté. D’autres auteurs, Stace, Dion Cassius, évoquèrent cet événement qui fut fatal à la ville consacrée à Vénus.

Le Moyen âge et les siècles oublièrent non seulement la catastrophe, mais ces lieux. Il faut attendre 1738 à Herculanum, 1748 à Pompéi, pour que des fouilles soient entreprises. Et que l’expansion de cet univers romain gagne les esprits de manière exponentielle et contagieuse.

Claude Aziza structure son livre en quatorze « promenades ». Après « les deux Pline », voici le romantique Edward George Bulwer-Lytton, dont le roman Les Derniers jours de Pompéi[3], publié en 1834, fut inspiré par la découverte de l’amphithéâtre, de thermes, de mains objets, de corps piégés dans la cendre. Roman qui entraîna à sa suite des tableaux tragiques et, plus tard des films pléthoriques : « roman fondateur qui non seulement a bravé victorieusement les outrages du temps, mais qui, aujourd’hui, joint à ses qualités romanesques les vertus d’un manuel d’archéologie ».

« Cité des femmes », « héroïnes de papier », « Muses » et « drôles de dames », nombre de promenades mettent l’accent sur la féminité, les mères, le temple d’Isis… De plus, au XVIII° siècle, ce sont deux reines de Naples et une aventurière aux amours célèbres qui s’intéressent à Pompéi : deux Caroline et Emma Lyons. Plus tard, en 1860,  Alexandre Dumas fut nommé Directeur des fouilles à Pompéi, avant de se passionner pour la peinture pompéienne et la Vénus callipyge, qui est aujourd’hui au musée de Naples. Ce denier faisant l’objet d’une promenade informée, soit celle du « Cabinet secret, aux scènes explicitement érotiques. Nerval chante les amours d’Octavie, dans un récit passablement morbide ; alors que le Danois Jansen offre à l’an 1903 Gradiva, fantaisie pompéienne, à laquelle le commentaire de Freud, en 1906 donnera un surcroit de postérité. Quant à la romancière Jean Bertheroy, c’est en 1905 une jeune pompéienne qui est amoureuse d’Hyacinthe, dans son roman La Danseuse de Pompéi. Evidemment les voyageurs, tels Chateaubriand, Stendhal ou même Berlioz, se pressent sur « les pentes du fatal volcan ». Ou encore Vivant Denon, amateur d’Herculanum. Tous au-delà de bien des « niaiseries romanesques et cinématographiques » qui abondèrent.

Les « fantômes d’Oplontis » sont ceux de la villa du même nom, auprès de celle de Poppée – dont on lit ici les le menu et les recettes de son « festin ». Là pullulent les bijoux et les pièces d’or, mais aussi les cadavres, dont celui d’un enfant réfugié contre sa mère, parmi des peintures murales aux rouges et aux ocres éclatants. Hélas Pompéi ne put échapper à un bombardement en juin 1943. Le mythe d’amour et de mort en est conforté. De surcroit, il est à craindre que le Vésuve ne dorme que d’un œil…

Au travers des gravures, des portraits, des tableaux, et bien entendu des photographies, c’est toute une histoire des passions pompéiennes, des découvertes, des fouilles successives qui se déploie. D’autant que récemment de nouvelles trouvailles ont afflué ; par exemple une méthode fiable pour déchiffrer les rouleaux de papyrus carbonisés semble voir le jour. Lira-on des pièces perdues, des poèmes oubliés ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chez Platon, les pages sur l’Atlantide sont de celles qui ont le plus fait miroiter les interrogations et les fabulations. Dans le Critias, mais surtout le prologue du Timée, deux paragraphes l’évoquent : « au-delà des colonnes d’Hérakles, cette île était plus étendue que la Lybie et l’Asie prise ensemble […] Or dans cette île, l’Atlantide, s’était constitué un empire vaste et merveilleux que gouvernaient des rois […] sut toutes les autres cités, elle l’emportait par la force d’âme et pour les arts qui interviennent dans la guerre […] Mais dans le temps qui suivit, se produisirent de violents tremblements de terre et des déluges. En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funestes, toute notre armée fut engloutie d’un seul coup sous la terre, et l’île d’Atlantide s’enfonça pareillement sous la mer[4] ». D’après Platon encore, les Atlantes et les Athéniens ne peuvent éviter la guerre. Car leurs peuples sont absolument opposés. L’Atlantide, thalassocratie pervertie par la richesse, s’oppose à Athènes, cité austère et militaire. Parce qu’ayant conservé sa nature divine, Athènes l’emporte, avant que le cataclysme engloutisse l’une sous les flots, l’autre dans les abîmes souterrains.

Plus tard, le Romain Pline l’ancien, dans son Histoire naturelle (VI, 36,2), fit allusion à une île Atlantide, située au pied du mont Atlas, « traditur insula contra montem Atlantem et ipsa Atlantis appellata ». D’autres géographes et philosophes, comme Posidonios et Strabon, prêtaient foi à l’existence antérieure et à l’effondrement de cette Atlantide. Au point qu’entre les XVI° et XVIII° sicles, bien des savants se mirent en quête d’un tel continent, que l’on imaginait sis aux bouches occidentales de la Méditerranée, au large du Portugal ou du Maroc, voire dans un Atlantique que se disputaient les points cardinaux, sinon dans les glaces du pôle.

Traitant de ce mythe profus, l’historien Pierre Vidal-Naquet[5] affirmait que Platon, usant de sa socratique ironie, joue avec la fiction, de façon à faire accroire  que l’Atlantide est le contretype d’une Athènes elle-même imaginaire.

Plus imaginatif, Vincent Jacq étend le concept de l’Atlantide originelle à maintes occurrences. Et pas seulement sous l’effet de submersions aquatiques. Il se livre à une enquête mondiale, parmi à peu tous les continents, à la lisière de l’essai et de l’autobiographie, en déployant les filaments du journal de voyage aux poétiques sensations et évasions. Ce à la recherche de « quelques tessons d’un monde qui s’efface ». Ainsi les « tesselles de terre sainte », le « berceau » de Gilgamesh, les plaines de la Perse ; en fait l’origine des spiritualités et de l’écriture. Pour ce faire, la boulimie du voyageur est presque incroyable tant il parcourt Bali ou l’estuaire du Tage, en un puzzle, une myriade d’impressions visuelles et civilisationnelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Vincent Jacq, les Atlantides sont précolombiennes, toscanes ou japonaises, tant ces différentes civilisations ont sombré dans l’abîme des temps, éradiquée pour la première, éloignées dans l’Histoire et dans l’espace pour les deux autres. Ainsi « voyager est une autre façon de pactiser avec les puissances démoniaques ». Mais aussi de pactiser avec la « longévité tranquille » des peintures chinoises des Song.

Sinon apocalyptique, la tonalité de ce recueil de souvenirs est élégiaque. En témoigne la récurrence des « je me souviens ». Son écriture est ainsi faite : « la première graine qu’on enfouit dans les jardins est celle de la nostalgie ». Son charme est tellement prenant que nous consentons à lui pardonner en sa première page sa foi en un catastrophique réchauffement climatique : « des submersions inédites s’annoncent. Les banquises s’effondrent dans les océans des pôles […] la mer menace les piles et les ports ». C’est ignorer combien la fonte du pôle nord ne changerait rien au niveau des océans. Plus heureuse est la métaphore : « la lave des images de l’intelligence artificielle commence à recouvrir celles que nous avons crées ou que nous gardions dans nos mémoires ».

À l’instar des Derniers jours de Pompéi d’Edward G. Bulwer-Lytton, le roman fut l’espace où Pierre Benoit déploya son talent avec L’Atlantide, dans laquelle règne la fascinante Anthinéa. Gardons également une réelle admiration pour la bande dessinée de la féconde série des Blake et Mortimer : L’Enigme de l’Atlantide, publiée en 1956, qui recèle une civilisation avancée et un minéral qui est la source d’une énergie fabuleuse : cet orichalque mentionné par Platon.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Jacquie Pigeaud : Folie et cures de la folie chez les médecins de l'Antiquité gréco-romaine. La manie, Les Belles Lettres, 2010.
[2] Eva Cantarella & Luciana Jacobelli : Pompéi, Herculanum, L’Imprimerie Nationale, 2011 & 2012.
[3] Edward G. Bulwer-Lytton : Les Derniers jours de Pompéi, Les Belles Lettres, 2007.
[4] Platon : Timée, 25 a, 25 d, Œuvres complètes, Flammarion, 2008, p 1987.
[5]  Pierre Vidal-Naquet : L’Atlantide, petite histoire d’un mythe platonicien, Points, 2007.

 

Museo romano, Mérida, Extremadura.

Photographie : T. Guinhut.

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15 janvier 2026 4 15 /01 /janvier /2026 11:35

 

Monasterio San Lorenzo del Escorial, Madrid.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

Tendres et fauves anthologies de poésie érotique.

Par Marcel Béalu, Thomas Deslogis, Zéno Bianu

Ariane Lefauconnier & Alice Mendelson.

 

 

Marcel Béalu : Anthologie de la poésie érotique,

dessins de Louise Bourgoin, Seghers, 2023, 336 p, 32 €.

 

Thomas Deslogis : La poésie érotique aujourd’hui,

dessins de Louise Bourgoin, Seghers, 2025, 226 p, 29 €.

 

Zéno Bianu : Eros émerveillé, Poésie Gallimard, 2012, 640 p, 15, 60 €.

 

Ariane Lefauconnier : Erotiques. 69 poétesses érotiques de notre temps,

Bruno Doucet, 2024, 208 p, 20 €.

 

Alice Mendelson : L’Erotisme de vivre et autres poèmes, Points, 2026, 156 p, €.

 

 

Les traces de l’amour le plus tendre et de la fornication la plus franche ne sont pas seulement dans les romans sentimentaux bleutés et la rougeoyante pornographie, mais dans la poésie. Ce que n’ignore pas la splendidement rose Anthologie de la poésie érotique de Marcel Béalu, qui commence au XV° siècle, pour se clore en notre contemporain, du moins, faut-il l’espérer, provisoirement, si les velléités de la censure et le manque d’appétit ne viennent pas faire le lit du désamour, autrement dit l’asexualité. Complément indispensable et attendue, une autre anthologie, La Poésie érotique aujourd’hui, par les soins de Thomas Deslogis, voit enfin le jour. Ainsi de manière récurrente, entre sensualité ravissante et sexualité orgasmique, le poème ne peut retenir les élans d’« Eros émerveillé ». Sommes-nous plus érotique, plus savants et plus délicieusement sensuels que nos éternels contemporains du XVI° ? Et si ces deux anthologies sont illustrées grâce à des traits sinueux et des roses aguichants, c’est pour laisser deviner leurs tendresses sensuelles et fauves.

Non ! l’érotisme n’est pas que masculin dès la naissance de la versification française. En effet, les dames ne sont pas en reste au XV° siècle. Telle Clotilde de Surville :

« Doucement s’esgarer layssoiz mes mains folastres

Sur le contour de tes aymables traicts,

Tandis que de mon seyn tes lèvres idolastres

En meyssonnoient les pudiques attraicts ».

Son époux Béranger avait bien de la chance !

Nombre de ces poèmes ont été publiés sous le manteau, de manière clandestine, voire sont restées dans le silence d’un manuscrit complice. Comme de Brantôme que nous oserons citer (tant pis pour les chastes de profession) :

« Et quant à l’autre, à voir sa douce mine,

Son embonpoint, son visage si bon,

Je crois qu’elle a belle motte et beau Con :

Elle aura donc mon vit pour contremine ».

Ode, sonnet, octosyllabes, alexandrins et rimes, tout ici fait usage, y compris l’épopée, certes parodique, comme La Pucelle d’Orléans de Voltaire, le néanmoins philosophe bien connu. L’on n’est pas surpris de trouver là Baudelaire et ses « promesses du visage », Théophile Gautier dont « le foutre jaillit comme par une pompe », « Verlaine, sa « luxure en songe » et sa célébration des « couilles de [son] amant, sœurs fières / À la riche peau de chagrin » et « le vit, [son] idole », où peut-être faut-il deviner les attributs de Rimbaud. Mais plus étonnant est ici Mallarmé, « levant au nombril la baptiste ». Il s’agit de se faire plaisir, en un onanisme linguistique bien senti, mais aussi « d’offusquer le bourgeois », selon le mot de l’anthologiste aimablement coquin.

L’on a beau être de la Pléiade, classique, romantique ou surréaliste, l’amour, ses douceurs et fureurs spermatiques et utérines sont toujours au rendez-vous, nonobstant les choix stylistiques. Cinq siècles tard, à Clotilde de Surville répond Grisélidis Real qui, en 1965, commence avec ardeur :

«  Par le grand lys noir de ton sexe

Et par la douceur veloutée

De ses mandarines jumelles

Dans la tiédeur de tes broussailles »

Toutes les gammes de l’éros se conjoignent en ce florilège : tendresse, obscénité viriloïde, humour salace, grivoiserie, amoureuse séduction. Mais aussi bonheur, comme à l’occasion de cette femme de Lettres du XVII° siècle, Marie Catherine Desjardins, dite Madame de Villedieu, dont le sonnet, et son dernier tercet, soit la chute, suffisent à nous rendre rétrospectivement amoureux d’elle :

« Une douce langueur m’ôte le sentiment ;

Je meurs entre les bras de mon fidèle amant

Et c’est dans cette mort que je trouve la vie ».

L’on sait que ce sonnet fut jugé en son temps scandaleusement libertin, alors qu’une liaison passionnée l’attacha longtemps à Antoine de Boësset, sieur de Villedieu.

Avec modestie, Marcel Béalu (1908-1993), lui-même poète, n’a pas cru devoir y faire figurer ses propres productions. Aujourd’hui, c’est avec justice que l’éditeur adjoint quelques-uns de ses vers : « Ses jambes sont la prairie sous-marine / Une palourde noire y dort / Qui ne s’entrouvre que pour moi ».

Cette splendide et abondante anthologie, précédée par l’amusante liste d’un « petit glossaire de la langue érotique », n’est évidemment pas la seule du genre. Parue initialement en 1971 dans son édition originale, à l’époque de la libération sexuelle, la voici enrichie de plumes féminines, de surcroit illustrée avec une douce fantaisie épicée par Louise Bourgoin. Suave souvent, raide et mouillée parfois, elle mérite de figurer aux côtés de celle libertine et débridée de Pierre Perret[1], chanteur facétieux ou de celle de Jean-Paul Goujon[2]. Car, à toute époque, Eros est en enfer, ou au paradis des bibliothèques. Et puisque six siècles de poésie galante et gaillarde nous ont précédés et sont libérés, reste à souhaiter que son élégance et sa verdeur puissent rester préservées, continuées, renouvelées par nos descendants que la pruderie et l’obscurantisme n’auront pas opprimés…

Photographie : T. Guinhut.

 

 

Puisque voici un demi-siècle que fut publié cet ouvrage dirigé de main de maître par Marcel Béalu, il fallait un addendum d’importance, donc La Poésie érotique d’aujourd’hui, cette fois sous la direction de Thomas Deslogis. Désir et liberté débridée semblent-être ici les maitres mots. Encore une fois chronologique, mais en vertu de poètes et poétesses nés avant 1975 et après 1985, la moisson charnelle oscille entre délicatesse charmante, stupre assumé et mauvais goût saligaud. Le tout comme il se doit autant hétérosexuel qu’homosexuel, voir bisexuel.

Malgré quelques poèmes en prose, les vers libres ont la part belle. Quant aux traditionnels alexandrins, ils ont, semble-t-il, disparu du paysage contemporain. De même, trop souvent, la disparition du lyrisme et de la musicalité accuse une perte de dimension poétique, ce à quoi ne contribue pas une découpe arbitraire du vers qui saute à la ligne sans toujours de nécessité. Enfin une exigeante sexualité se fait couramment triviale.

Moisson abondante, car les auteurs d’aujourd’hui n’ont plus à craindre les foudres de la censure, voire de l’autocensure, la libération sexuelle des années soixante-dix continuant son œuvre. L’on ne publie plus guère de vers salaces sous le manteau, mais au su et au vu des maisons d’éditions et des librairies, même si les volumes et plaquettes restent trop souvent confidentiels. De surcroit ce sont ici une majorité de poétesses, qui, se débarrassant d’un mâle qui serait le mal, d’un machisme oppresseur, affirment leur droit, leur capacité et leur plaisir à fleurir la jouissance des sens et de la langue. Thomas Deslogis n’affirme-t-il pas en sa préface : « il se pourrait bien que l’érotisme définisse notre ère poétique »…

En son « Sacre sexuel » de 1976, Grisélidis Réal est ardente, voire violente :

« Perlées de foutres et de baisers

Nous sommes les Dispensatrices

De toutes vos damnations charnelles

Mâles châtrés aux phallus écorchés ».

L’on s’y attendait, le romancier misérabiliste bien connu Michel Houellebecq est plus que flasque et tristounet dans son recueil La Poursuite du bonheur :

« Ils mourront c’est certain, un peu désabusés,

Sans illusions lyriques ;

Ils pratiqueront à fond l’art de se mépriser,

Ce sera mécanique ».

Plus suave et émouvant, Sony Labou Tansi célèbre un « Sexe orange », dans une inspiration cosmique :

« Voici que l’univers s’arrête

Aux pieds de cette énorme âme

Qui me rend si fragile […]

Je me penche ombre foudroyée

Sur la planète de ton sein nu »

Pierre Vinclair essaie « d’être beau comme un animal / libre, rugissant au dos de la terre » ; Etaïnn Zwer, « voix forte de la poésie queer française », confie « je m’échoue dans toi / parmi les banderoles des manifestations », sans réellement nous toucher, tant le militantisme ne fait pas tout. Hugo Fontaine préfère la gourmandise :

« Je mange le pépin, je gobe tes rythmes,

Dans l’interstice je passe la tête, /

pour y découvrir notre espèce animale »

Autre gourmande, Lucie Lelong s’exalte : « Reine, mon rein est ivre des rivières utérines », quand Clara Ysé est toute passion : « Tu poses tes missiles et dans la planque où je t’écris / Dans mon sexe la terre et toi panthère dans ma nuit ».

Il est fort délicat de comparer deux anthologies quand l’une présente la quintessence de cinq siècles, l’autre seulement de cinq décennies. Forcément la seconde ne bénéficie guère du filtre du recul ; le temps critique n’ayant que peu fait son œuvre. En conséquence il est à craindre que cette dernière paraisse manquer de discernement et de concision. L’anthologiste, Thomas Deslogis, n’est pas en cause : il fait au mieux avec ce que les poètes – trop souvent peu poètes – proposent. Malgré d’indéniables beautés, trop de trivialité, de petitesse médiocre, de crudité…

L’illustratrice de ce diptyque d’anthologies bellement cartonnées et reliées, dignes d’être collectionnées, Louise Bourgoin, s’est élégamment contentée du trait noir, sur fond blanc parfois, le plus souvent dans un suave lac de rose. Il y a parfois bien plus de poésie et d’allusif éros dans ses dessins que dans les poèmes qui l’avoisinent. Ses emmêlements de corps et ses baisers sont suggestifs et sans la moindre vulgarité ni crudité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on veut trouver en un format plus habituel les classiques de l’érotisme, l’on se tournera vers un volume surabondant de la collection Poésie Gallimard aux 640 pages : Eros émerveillé.  Le libertinage galant est fruité au XVIᵉ siècle, y compris dans ses blasons. À l’autre extrémité des siècles, les surréalistes déploient les prodiges de l’imagination pour s’enivrer d’amour et de sexe. Ainsi l’on voyage de l'érotisme le plus délicat jusqu’à la pornographie la plus intense. En trois cent cinquante poèmes, la voluptueuse anthologie déploie ses désirs, ses sensations et ses vertiges, sentimentaux, charnels, métaphoriques en diable. De Ronsard à Rimbaud, de Verlaine à Genet, de Louise Labé à Joyce Mansour, de Sade à Bataille, de Jouve à Calaferte, de Pierre Louÿs à Franck Venaille, de Michel Leiris à Bernard Noël, ils sont deux cents poètes, dont l’impudeur exquise, ithyphallique et sirupeuse, bouleverse la langue et les sens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on peut se pencher exclusivement vers « 69 poétesses » érotiques de notre temps. Elles sont frémissement du désir, effleurement des corps, lèvres et souffles. Elles n’ont que faire des interdits, du carcan patriarcal, elles se veulent insoumises, donc libres. Elles ne sont plus les seules, face au masculin, à s’emparer de sceptre de l’éros. Si le chiffre du titre est autant hétérosexuel que lesbien, nul doute qu’il est à l’apogée, même inégal, de la langue. Ainsi, Ana Istarú chante à pleine voix :

« Une femme
a traversé l’aura d’une ville endormie,
la nuit de graphite.
Elle dénoue son sexe,
s’enfonce dans ses entrailles.
Elle n’attend plus.
Ne revient plus.
Elle émet le chant bleu des baleines.
Elle jure d’aimer
un inconnu.

Une femme
célèbre
un hymen de feu
avec la vie. »

N’est-ce pas là une fulguration toute lumineuse…

Anthologie personnelle cette fois, puisque l’artiste interprète Catherine Ringer a choisi parmi l’œuvre d’Alice Mendelson un bouquet de textes sous le titre fort beau de L’Erotisme de vivre. Résistante d’origine juive, cette poétesse, qui vécut un grand siècle entre 1925 et 2025, se caractérise par un intense appétit de vivre. Elle aime les hommes avec une ardeur communicative :

« Temple à la somptueuse colonne irisée

Mon dard ailé

Mon frelon lourd et muet et avide

Enfoui dans le miel rayonnant du plaisir

Ô mon guide attentif au voyage tropical »

Vers libres enthousiastes, rares poèmes en prose, voici une découverte attachante qui ne peut que nous faire regretter de ne pas avoir connu cette Alice, dont le souriant profil orne la couverture : « Ouvrir les yeux sur toi, / entre deux transes / et vérifier l’aura de ton / sourire mettait / mon être en liesse ». Ou encore : « De l’oreille au menton, du cou à l’épaule, / je pars. Mes doigts suivent ta trace ». Ce livre est une joie, vous dis-je…

Reste à rêver de telles anthologies, plus largement internationales, même si le Chilien Roberto Bolano est brièvement présent dans celle de Thomas Deslogis. Suave aux amants, cruel aux poètes, qui célèbrent autant la surabondance que le manque, le dieu Eros, si fictionnel soit-il, n’a jamais achevé sa course dans nos artères en feu, dans nos langues ensalivées de poésie…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Pierre Perret : Anthologie de la poésie érotique, Nil, 1996.

[2] Jean-Paul Goujon : Anthologie de la poésie érotique française, Fayard, 2004.

 

Museo de Monforte de Lemos, Lugo, Galicia.

Photographie : T. Guinhut.

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24 décembre 2025 3 24 /12 /décembre /2025 17:37

 

Castillo Parador, Lorca, Murcia.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

Arthur Koestler,

romancier politique antitotalitaire :

De Spartacus au Zéro et l’infini.

 

 

Arthur Koestler : Spartacus, traduit de l’allemand par Olivier Manonni,

Calmann-Levy, 2025, 300 p, 24,90 €.

 

Arthur Koestler : Le Zéro et l’infini, traduit de l’allemand par Olivier Manonni,

Calmann-Levy, 2025, 352 p, 22,90 €.

 

Arthur Koestler : Croisade sans croix, traduit de l’allemand par Denise van Moppes,

Calmann-Levy, 2025, 280 p, 21,50 €.

 

Arthur Koestler : La Lie de la terre, traduit de l’allemand par Olivier Manonni,

Calmann-Levy, 2025, 482 p, 22,90 €.

 

Arthur Koestler : Les Tribulations du camarade Lepiaf,

traduit de l’allemand par Olivier Manonni,

Calmann-Levy, 2025, 368 p, 21, 50 €.

 

 

Il est l’un de ces nombreux naïfs exaltés à avoir cédé à l’espérance communiste. Heureusement échaudé, il en reviendra ; pour devenir un antistalinien farouche. Entre nazisme et communisme, l’ironie d’un Arthur Koestler, grand fresquiste romanesque s’attaque férocement aux avatars du totalitarisme. De Spartacus au Zéro et l’infini, ses personnages adressent à la liberté un cri désespéré. Outre un ces deux titres essentiels, les éditions Calmann-Levy rééditent, en de nouvelles traductions, trois autres œuvres, parmi lesquelles Croisade sans croix, Le Camarade Lepiaf, et La Lie de la terre, même si l’on ne saurait ignorer ses essais, dont Suicide d’une nation, qui emprunte un titre programmatique, ou encore ses textes autobiographiques, comme Hiéroglyphes. Il n’est jamais trop tard pour sortir de son purgatoire l’espoir et la rage d’un écrivain coincé par les cendres de l’Histoire entre Kafka et Orwell…

Né en 1905 en Hongrie, parmi une famille juive de Budapest, Arthur Koestler écrit d’abord en allemand, puis en anglais avant d’être naturalisé britannique, pour mourir en 1983 à Londres. Entre temps, son existence aura été secouée par le sionisme, un séjour en Palestine, d’autres en Union Soviétique (il ne témoigne alors qu’en privé de la famine qu’il découvre), par des reportages pour un journal anglais pendant la guerre franquiste – qui devinrent Testament espagnol. Communiste fervent en Allemagne à partir de 1931, il doit se réfugier en France. Mais en 1938, il quitte le parti communiste, à cause des procès et des purges de Moscou. Antinazi autant qu’antistalinien, est-ce à dire qu’il aurait été assez lucide pour devenir justement et absolument anticommuniste ?

C’est après la seconde Guerre mondiale qu’il publie un triptyque. Il est composé par Les Somnambules  (1959), consacré à l’histoire des représentations du monde et à l’émergence de la raison. Puis Le Cri d’Archimède (1964) fait l’éloge de la créativité humaine ; et enfin Le Cheval dans la locomotive (1967) s’intéresse aux capacités d’autodestruction de l’humanité ainsi qu’à d'éventuelles solutions. Le tout avant de mourir à Londres en 1983.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant qu’à écrire un roman historique, lorsque l’on s’appelle Arthur Koestler, ne faut-il pas choisir un héros malheureux de la liberté ? En une sorte d’alter ego fantasmatique, ce sera Spartacus. Le titre allemand, Der Sklavenkrieg, soit La Guerre des esclaves, devient pour nous, plus laconiquement : Spartacus. Cet emblématique esclave révolté devient un « meneur de foules » qui faillit bouleverser de fond en comble l’empire romain. L’épopée reste prenante, entre le tableau des conditions de vie pitoyables des esclaves et celui plus enviable du pouvoir qui, après avoir vacillé, finit par l’emporter, fomentant une revanche impressionnante en faisant crucifier des milliers de victimes le long de la fameuse Via Appia.

Le roman se déploie en quatre parties, depuis « L’ascension », jusqu’au « déclin ». Il s’achève sur une dimension christique, soit « La certitude qu’il y en aura toujours un pour recevoir le Mot, puis monter sur la Croix, jusqu’à ce qu’enfin le Dernier fasse triompher la Justice et la Bonne Volonté ».

Héros apparemment bienveillant, Spartacus est contraint, pour édifier son utopique « Etat du soleil », de se montrer tyrannique, lui-même asservissant et assassinant à son tour. Dérive du pouvoir, ou perversion originelle ?

Spartacus mérite sa réputation. S’appuyant sur une réelle documentation historique, haut en couleurs, fertile en émotions, en scènes colorées et bruyantes, il emprunte un passionnant souffle épique jusqu’à la tragédie collective.

Le romancier prévenait, dans un de ses opus autobiographiques, Hiéroglyphes[1] : « Spartacus est le premier roman d’une trilogie consacrée à l’éthique de la révolution, au problème de la fin et des moyens. Dans le deuxième, Le Zéro et l’infini, le problème est replacé dans un décor contemporain ; dans le troisième, Croisade sans croix, il est posé sur le plan psychologique ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Livre iconique d’Arthur Koestler, publié en 1940 en Angleterre sous le titre de Darkness at Noon, Le Zéro et l’infini mérite bien son titre français, qui semble à peine affleurer du néant. Néant dans lequel sombrera le malheureux héros dénommé Roubachoff. Ancien cadre dirigeant du parti communiste russe, il est arrêté, traduit en justice, soumis à d’infinis interrogatoires dépourvus de sens, à la torture psychologique et physique, et finalement exécuté. De quoi est-il coupable, sinon de trahison, de « déviationnisme », ce péché capital de la directissime collectiviste, alors que ses dénégations se retournent infailliblement contre lui ? Il se sent néanmoins contraint d’endosser une foultitude de délits imaginaires, de façon à ne pas contrecarrer la Révolution, ce dernier concept étant assurément plus saint que toute divinité. Une ligne inexorable s’impose : « Le Parti n’a jamais tort, camarade. Toi et moi, nous pouvons nous tromper. Mais pas le Parti. Le Parti est quelque chose de plus grand que toi et moi et que mille autres que toi et moi. Le Parti est l’incarnation de l’idée révolutionnaire dans l’Histoire. L’Histoire ne connait ni scrupule ni hésitation. Inerte et infaillible elle coule vers son but. À chaque courbe de son court, elle dépose la boue qu’elle charrie et les cadavres des noyés ». L’on trouve là une image synthétique des procès de Moscou, qui permit au roman de rencontrer un réel intérêt lors de la vague anticommuniste qui parcourut la période de la Guerre froide. Au contraire,  les suppôts du stalinisme, Sartre et Beauvoir en tête – qui le traitèrent d’ordure – vouaient aux gémonies Arthur Koestler, alors que l’intelligentsia communiste (un oxymore) clouait le traitre au tréfonds de l’abjection, le menaçant de mort !

Plus qu’un témoignage, car Arthur Koestler a servi en toute servitude le parti communiste entre 1831 et 1839, c’est une ode tragique à l’amertume, une stèle d’abrutissement face à l’esprit de masse qui solidifie un parti politique dirigeant,  et qui broie la moindre dissidence, sans égard ni remord à l’égard de l’individu. Infâme excrément de la conception de l’Histoire de Hegel et de la tyrannie marxiste… À la lisière du roman et du pamphlet, cet ouvrage désespéré mérite son brevet d’antitotalitarisme ; même s’il est loin de l’universelle puissance de son rival : 1984 de George Orwell.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore un jeune enthousiaste du communisme dans Arrival and Departure, étrangement traduit par Croisade sans croix. Peter Slavek sort de prison pour avoir exercé des  activités communistes, et fuit en héros bafoué la Hongrie pendant le printemps 1941. Il parvient  à débarquer clandestinement à Neutralia, terre d’asile qui est peut-être un équivalent de Lisbonne. Espérant recevoir un visa pour l’Angleterre, son objectif est de s’enrôler dans les forces alliées. Hélas, la bureaucratie n’affiche qu’indifférence et cynisme. Seule la rencontre d’une Française, Odette, lui rend espoir, non sans qu’il en devienne amoureux. Nouvelle déception, elle part vers l’Amérique. En une curieuse réaction psychologique, son désespoir lui fait développer une handicapante paralysie à la jambe droite. Il lui faudra le concours de Sonia, une  psychanalyste, qui lui offre un toit, pour plonger dans l’antre intime de ses malheurs autant que dans les tréfonds de son besoin de militantisme. Peter va chercher à comprendre l’origine de ses maux et les raisons profondes de son adhésion à un système politique corseté. Comme si ce dernier était bien une maladie psychique ; ce qui n’est peut-être pas sans fondement. Dans une Europe en voie de démembrement, les idéaux et les fanatismes totalitaires s’écroulent. Comment une réelle éthique pourrait-elle s’en tirer ? D’autant qu’un fasciste tente de convaincre notre anti-héros du bien-fondé de sa cause ! Dégouté, plutôt que de s’embarquer lui aussi vers l’Amérique, il fonce tête baissée pour défendre la liberté au prix de la torture et de la mort. « Au lieu d’une guerre normale sur deux fronts, il s’agissait maintenant d’une triangulaire : d’un côté l’utopie trahie ; le deuxième, la tradition pourrie ; le troisième, la destruction organisée. » L’héroïsme des causes perdues est battu en brèche. Ainsi Croisade sans croix, ce fort sombre roman, semble-t-il dénier l’authenticité d’une foi politique dans un champ de totalitarismes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette fois, il s’agit, non d’une fiction mais d’un récit autobiographique, celui d’un homme qui est, selon le titre, La Lie de la terre.  Dès 1939, lors de l’entrée en guerre de la France, le Juif hongrois et ancien militant communiste, Arthur Koestler, est arrêté à son domicile. Aussitôt il est conduit manu militari au stade Roland-Garros, où sont parqués les « étrangers indésirables ». Ensuite vient le camp du Vernet, dans les Pyrénées ariégeoises, pour être condamné à des travaux forcés abjects. Fort heureusement, il est libéré en janvier 1940, de façon à pouvoir rejoindre l’Angleterre où il rédige fiévreusement cette Lie de la terre, à la fois récit de l’internement et tableau de la France en pleine dégringolade. Le témoignage est vif, cruel : « Et la procession du désespoir allait s’allongeant, refluant vers ce dernier port, vers cette bouche béante de l’Europe, qui vomissait le contenu de son estomac empoisonné ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’on glosera encore longtemps sur l’identité des deux totalitarismes du XX° siècle : nazisme et communisme, aux origines socialistes communes, comme on l’ignore trop. En 1934, Arthur Koestler la pressentait-il ? En ses « tribulations », il va plus loin que le traumatisme infligé par Hitler. C’est en France que, rédigeant un rapport sur la misère des enfants immigrés en centres d’hébergement, il imagine ce roman, dont le manuscrit, envoyé à un éditeur antifasciste en Suisse, ne parut jamais : on ne le trouva pas assez communiste. Retrouvé en 1950 par son auteur, il ne le jugea pas digne de  publication. Il fallut attendre 2012 pour le détromper, puis aujourd’hui en sa première et nécessaire traduction. Si l’antifascisme est flagrant dans Les Tribulations du camarade Lepiaf, l’on y devine déjà une sourde méfiance envers le communisme.

Le lecteur est d’abord un peu réticent devant une composition erratique. Le jeune Peter est coincé entre l’angoisse de ses parents juifs qui veulent le mettre à l’abri et l’attente d’un père adoptif, avant d’échouer dans un foyer près de Paris, appelé « L’Avenir ». Quant au « camarade Lepiaf », ce n’est qu’un congénère, parfaitement secondaire, abusivement éponyme. Les péripéties, conversations et controverses sont parfois oiseuses et répétitives. « Journal mural » et journaux intimes complètent l’alternance des points de vue. L’on sait que l’auteur s’appuya sur un travail documentaire lorsqu’il visita un tel foyer.

Pourtant, une fois les fragments épars du tableau agrégés, cette micro-satire de société prend un relief étonnant. D’abord grâce aux personnages hauts en couleur : Roland le nain et Petit Hérisson, et les éducateurs : Clystéria, psychanalyste, férue de sa logorrhée, Furonclet, remplacé par Lampel et Moll, respectivement l’ouvrier et l’intellectuel. Entre les deux, Piete le Grand, Ulrich l’Opposition et Thekla l’Oie rouge. L’on devine les marqueurs politiques. Car les adolescents, au fait de la tyrannie hitlérienne et conscients de l’impéritie de la direction, s’érigent en « membres du collectif », fomentant « compétition socialiste pour l’épluchage des pommes de terre », « grève et insurrection armée », montant un procès pour « acquitter le voleur de chocolat victime du capitalisme ». La phraséologie marxiste-léniniste est redoutable. L’on conçoit, à l’issue d’une fin ouverte, si « L’Avenir » du foyer est de l’ironie.

La gabegie grotesque devient satire au vitriol. Les polémiques politiques sont le reflet de celles des adultes, les méthodes d’éducation sont conspuées, en un condensé des « luttes de faction » de l’époque. Malgré l’apparence farfelue, le roman reste réaliste, troublant constant de la misère d’avant-guerre. Les enfants politisés à outrance, ou définitivement « bourgeois », ne sont en rien idéalisés, non loin de ceux qui peuplent l’île de Sa Majesté des mouches de William Golding. L’on doute alors que ces futurs adultes, s’ils survivent, préparent une génération meilleure que celle de leurs parents. Celui qui rêve de devenir un « vampire » quand il sera grand peut apparaître comme une prémonition du totalitarisme rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À la lisière de la littérature concentrationnaire, des dystopies, des romans d'action et des pamphlets, l'œuvre est cohérente, quoique polymorphe. Peut-on réellement penser qu’Arthur Koestler acta sa définitive perte de foi envers tout communisme ? La violence de ses romans, l’acuité de ses textes autobiographiques, en font un puissant pétrin du siècle sanglant des totalitarismes.

 

La partie sur Les Tribulations du camarade Lepiaf

Fut publiée dans Le Matricule des anges, juillet 2016

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Arthur Koestler : Hiéroglyphes, Les Belles Lettres, 2013.

 

Castillo Parador, Lorca, Murcia.

Photographie : T. Guinhut.

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6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 14:51

 

Pineda de la Sierra, Sierra de la Demanda, Burgos, Castilla y Léon.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

 

Marcher en montagne :

Histoires de montagnes et de ruisseau,

jusqu’aux Alpes et au Mont Blanc.

Elisée Reclus, Antoine de Baecque,

Philipe Joutard, Andreas Mayer.

 

 

Elisée Reclus : Histoire d’une montagne, Reliefs, 2023, 260 p, 29,50 €.

 

Elisée Reclus : Histoire d’un ruisseau, Reliefs, 2025, 252 p, 29,50 €.

 

Antoine de Baecque : La Traversée des Alpes. Essai d’histoire marchée,

Folio, 2018, 432 p, 11,10 €.

 

Philippe Joutard : L’Invention du Mont Blanc, Folio, 2025, 272 p, 8,50 €.

 

Andreas Mayer : La Marche. Histoire d’une fascination savante,

Traduit de l’allemand et de l’anglais par François Gire,

Les Belles Lettres, 2025, 264 p, 26,90€.

 

 

Comment les montagnes nous aimantent elles ? Qu’est-ce qui nous pousse à marcher vers elles, en elles, malgré les difficultés ? Découvrir qu’elles ont une histoire, selon le titre d’Elisée Reclus, également amateur de ruisseaux, de surcroit une « histoire marchée », pour reprendre le sous-titre d’Antoine Baecque, nous permet de nous diriger à travers monts et mots. Et vers les Alpes, vers ce moment fondateur de l’invention du Mont Blanc. Ainsi la locomotion humaine entraîne également une histoire de la marche et du voyage à pied, intense et ressourçant. Espaces sauvages et esthétiques, touristiques et écologiques, ils sont autant le résultat de l’histoire géologique que de l’histoire de la sensibilité et de la pensée humaine.

Géographe et néanmoins poète en sa prose, mais aussi réel encyclopédiste, Jean-Jacques Elisée Reclus a de quoi nous surprendre. Né en Gironde en 1830, mort en Belgique en 1905, il édifia une œuvre colossale. Entre 1852 et 1857, il visita l’Angleterre, les Etats-Unis, les Antilles… Son premier ouvrage scientifique, La Terre, parait en 1867, son Ruisseau en 1869. Hélas son ralliement à l’insurrection de la Commune de Paris le fit condamner à la déportation, quoique son prestige intellectuel lui permît de voir sa peine commuée en bannissement parmi l’Italie et la Suisse, où il continua d’agiter ses idées anarchistes, fort proches de Bakounine et peu amènes à l’égard de la propriété individuelle. Ce qui le conduisit à publier en 1897 le condensé de son militantisme politique : L’Evolution, la révolution et l’idéal anarchique[1]. Rentré enfin à Paris en 1879, il mit au point sa gigantesque Géographie universelle en dix-neuf volumes (1876-1894).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’examen mâtiné d’éloge des plus hautes terres va des glaciers sommitaux aux gorges les plus profondes. Sauvage, âpre, ce monde avalancheux perpétue la froidure, ce qui n’arrête en rien l’opiniâtreté du marcheur qu’est assidument Elisée Reclus. Car cette Histoire d’une montagne n’est en partie qu’un essai : l’expérience personnelle, en particulier la marche, nourrit le récit légèrement autobiographique. En effet les souvenirs de ses randonnées nombreuses, parmi les Alpes, les Pyrénées, voire la Sierra Nevada, lui permettent, lorsque l’exil le navre, lorsque « l’humanité [lui] avait parue hideuse », d’édifier une sorte de terre élevée synthétique, essentielle. Une fois parvenu dans les contrées montueuses, « une joie réelle » le saisit dans « la montagne non encore asservie ».

Que de ravissements ! « La roche et le cristal », volcans et cimes, les nuages sans cesse changeants, les brouillards, lieux horrifiants lorsqu’un orage vient « se tordre en fureur ». Le scientifique et le poète sont également fascinés. D’autant devant le prestige du glacier, quoique « morne avec ses crevasses béantes, ses amas de pierres, son terrible silence, son apparente immobilité. C’est « la mort à côté de la vie ». Cette vie éclate à l’occasion de « l’étagement des climats », des torrents, forêts et pâturages, où pullulent les animaux sauvages.

Malgré les solitudes montagnardes, quelques rencontres émaillent le récit. Dont celle des bergers, d’une « crétine des Alpes » qui le renseigne alors qu’il est égaré : une telle bienveillance le touche. Les animaux suscitent en lui des réactions variées. Le loup est un dévoreur brutal ; il lui préfère le chamois, à la course légère. Mais également les animalcules qu’abrite la neige…

Impressionnante est la dimension géologique, lorsque les montagnes se plissent, se dressent, s’effondrent. Car la terre est « toujours en travail de création nouvelle », ce dont témoignent les « fossiles révélateurs ».

Pour reprendre la préfacière, Bérengère Cournut, « Embrasser le milieu naturel et l’homme dans un même mouvement de pensée » est l’ambition menée à bien de notre géographe. Le lecteur ne manque pas  de penser au sublime des tableaux de Caspar-David Friedrich, voire de Turner. Mêlant description, souvent lyrique, de l’espace, et histoire des hommes qui l’ont investi, le texte du « libre montagnard » que devient Elisée Reclus convoque la minéralogie, la mémoire – comme celle des avalanches dans les villages – les mythes avec les dieux, les génies et les géants, et surtout un idéal de respect de la terre, qui n’est pas sans faire de lui un précurseur des idéaux écologistes, même si fourvoyés de nos jours par l’idéologie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En fait, si nous avons choisis ici de commencer par son Histoire d’une montagne, pour des raisons d’une part thématique et d’autre part de chronologie géologique, voici le premier livre d’Elisée Reclus. De « La Source » au « Fleuve », cette Histoire du ruisseau en XIX chapitres lui permet de parcourir tout « Le Cycle des eaux », selon l’intitulé de son vingtième chapitre, qui peut être lu comme une sorte de synthèse, d’épilogue enfin.

Invitation à l’observation attentive, à la contemplation, cet éloge de l’eau vagabonde est à la fois rigoureusement scientifique et poétiquement propice à la beauté de la nature et du monde. L’on ne s’étonnera pas de découvrir qu’il fut d’abord publié par Hetzel, dans sa collection « Bibliothèque d’éducation et de récréation ». Aussi, d’une manière pédagogique n’oublie-il pas de faire découvrir les utiles activités humaines, barrages, pisciculture, industries. En effet les expériences sensibles, visuelles, olfactives, tactiles, croisent des allusions historiques, civilisationnelles, voire spirituelles. La source par exemple est un « symbole de la pureté morale », elle s’accompagne de « la nymphe joyeuse ». Mais à Londres, la cité est « un monstre prodigieux engloutissant des torrents d’un seul trait ». La Tamise est en son temps « la bouche du grand égout », cette pureté originelle n’est plus de mise, hélas. Heureusement les travaux de dépollution ont, de nos jours, rendu cette collusion de maints ruisseaux plus propre.

« Histoire de l’infini », de « la goutte imperceptible » à l’océan, du « site gracieux » aux tempêtes océanes, ce voyage aux quantités exponentielles se répète sans cesse. Il acquiert métaphoriquement une dimension universelle, quoique bien idéalisée par la propension à l’utopie : « Les peuples, devenus intelligents, apprendrons certainement à s’associer en une fédération libre : l’humanité, jusqu’ici divisée en courants distincts, ne sera plus qu’un même fleuve, et, réunis en un seul flot, nous descendrons ensemble vers la grande mer om toutes les vies vont se perdre et se renouveler »…

Quand l’Histoire d’une montagne est illustré d’austères striures minérales par le talent de Clément Viullier, l’Histoire du ruisseau est couverte – par le même talent – de foisonnements aquatiques et végétaux. Ce au moyen d’une étonnante symphonie de verts et de bleutés. La couverture est à cet égard un enchantement. Au point que l’immersion visuelle et textuelle du lecteur soit à son comble. Les éditions Reliefs, aux livres si soignés et dignes d’un coup de cœur bibliophilique, sont également le siège d’une revue du même nom, consacrée aux paysages, avec des numéros dédiés aux volcans et déserts, aux nuages et océans. Si cette maison d’édition a également publié l’indispensable Henry David Thoreau, en particulier son Walden, le patronage d’Elisée Reclus est aussi évident que bienvenue.

Elisée Reclus : La France. Géographie universelle, 1876.

Photographie : T. Guinhut.

 

En France, en Europe, l’arc des Alpes domine, impressionne, fait bouillir les pieds impatients des marcheurs. Tel Antoine de Baecque, par ailleurs historien du cinéma. Depuis Saint-Gingolf, sur la rive du Lac Léman, le 6 septembre 2009, Antoine de Baecque enfourche un sac-à-dos de dix-sept kilos, de façon à traverser la chaîne alpestre française jusqu’à Nice, au bord de la Méditerranée. Il lui faut un mois de solitude pour six cent cinquante kilomètres, trente mille mètres de dénivelée, sept à neuf heures de marche par jour, qu’il vente ou pleuve, qu’il ensoleille ou que la brume s’épaississe. Il se dirige donc vers le sud, quoiqu’avoir le soleil en face ne soit pas forcément la meilleure méthode pour apprécier la variété des paysages.

Il suit le sentier de Grande Randonnée numéro 5, tout en narrant la genèse de ce GR5, tantôt chemin de pèlerinage souvent dédié à la Vierge, tantôt sentier commercial ou de contrebande, draille de transhumance, voie militaire, enfin sillon alpin pour randonneurs de refuge en refuge. Soit de la nécessité à la civilisation des loisirs.

De cette aventure somme toute assez banale, Antoine de Baecque nous ramène un exercice d’histoire expérimentale où se conjoignent études savantes sur les régions alpestres et leur aménagement et réflexion personnelle, en partie autobiographique, mentale et corporelle. Il montre au jour le jour l’expérience du randonneur individuel croisant les strates multiséculaires et culturelles qui le constituent cet espace

Le charme sauvage des vallées, les hauteurs des parcs naturels, comme la Vanoise et le Mercantour, réserves géologiques, botaniques et animalières, ne cessent d’enchanter notre randonneur écrivain. Au contraire, le béton venu des 30 Glorieuses, les affreuses stations de ski sont par lui condamnées. De même à l’encontre du tourisme de masse. Il faut cependant nuancer cet anathème. Lui aussi, nous aussi, sommes des touristes, hélas pas toujours respectueux, mais ne contribuent-ils pas à la vie économique des autochtones ? Y compris le tourisme guerrier autour des frontières et des forteresses militaires. L’on sent chez notre narrateur-essayiste (alternant selon cette dualité les typographies) un brin d’idéalisation de la pure nature.

Le journal de marche est peut-être ici un peu trop mince, même si l’on compatit d’expérience à l’occasion de la promiscuité des dortoirs de refuges d’altitude. L’observation et la réflexion historique, sociologique, laisse place à l'influence de l'homme sur son environnement, parfois depuis des temps forts anciens. Le récit use peu de la dimension initiatique que l’on trouve souvent chez bien des montagnards écrivains. Car notre homme est un urbain, empruntant un sentier fort balisé, sans originalité, malgré quelques belles réflexions : « La marche est plus forte que moi, et j’aime ce sentiment, telle une forme de dépendance à l’enfance. Ce n’est pas un amour passionné, plutôt celui qu’on éprouve pour une vieille maîtresse. J’ai fini par admettre être plus faible que la marche qui me prend ». Ou encore : « Revendiquer le droit de se perdre revient à résister au tourisme comme à la névrose sécuritaire. Marcher dans la conscience des risques que la montagne, encore heureux, impose à celui qui la fréquente ».

Antoine de Baecque a décidément des frissons dans les pieds. N’a-t-il pas présenté une anthologie des écrivains randonneurs[2], de Jean-Jacques Rousseau à Nicolas Bouvier, en passant, étonnement par Marcel Proust ? « Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans les voyages que j'ai fait à pied », écrivait l’auteur du Contrat social

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le trône des Alpes est sans conteste le Mont Blanc, avec ses 4807 mètres. Même s’il existait avant l’homme, il n’en est pas moins vrai que celui-ci l’a inventé. Cette « invention du Mont Blanc », selon le titre de Philippe Joutard, date du XVIII° siècle, et son couronnement fut la première ascension, réussie en 1786.

« Monts épouvantables » aux glaces mortelles, demeures des dieux et des dragons, punition divine ou logis du diable, tous les qualificatifs les plus repoussants ont de longtemps été associés aux montagnes. Les visions esthétique et écologique se font encore attendre.

De manière précoce, et néanmoins lointaine, la première apparition du plus haut sommet alpin dans la peinture date de 1444, lorsque Konrad Witz le fait figurer dans une christique pêche miraculeuse, au-delà du Lac Léman – œuvre d’ailleurs reproduite au début d’un petit cahier couleur bienvenu au centre de l’ouvrage.

Les réelles apparitions de la haute montagne dans les mœurs et la culture eurent lieu en 1336, puis 1492. En effet, le poète humaniste Pétrarque gravit le Mont Ventoux, pour en rapporter le récit associant son effort à la vie spirituelle. Puis, un 28 juin, Antoine de Ville, sur ordre du Roi, escalada le rocheux et escarpé Mont Aiguille, haut de 2097 mètres, en Dauphiné.

Il faut cependant attendre « une nouvelle sensibilité », en l’occurrence préromantique, attachée au sublime, pour que les ancêtres du Club Alpin commencent à sillonner les crêtes. Ce qui s’accompagne d’une vocation touristique lorsque les « délices de la Suisse » enchantent la bonne société au XIX° siècle. Les glacières de « Chamouni » (soit Chamonix aujourd’hui) sont à la mode.

Mais c’est d’une quête scientifique digne du siècle des Lumières que procède la première ascension du Mont Blanc. Saussure fait une première tentative en 1784, quand il faut attendre le 8 août 1786 pour que Jacques Balmat et Michel Paccard foulent enfin le glacial sommet neigeux. Ce qui ne laisse pas d’engendrer une mémorable rivalité.

L’exacte dimension documentaire de l’essai de Philippe Joutard n’empêche pas le charme de la lecture voyageuse. Cependant, « de l’invention du Mont Blanc à sa possible destruction », l’on va d’une peur à une autre : celle des Anciens effrayés par ces territoires violement sauvages à celle de nos contemporains qui craignent la disparition des glaciers, la faute au réchauffement climatique ; d’origine anthropique prétend-on. De surcroît un tel glorieux sommet devient victime de son succès, la surfréquentation des cordées – et la pollution qui risque de s’en suivre – ne risquent-elles pas de nuire à la pureté du Mont Blanc ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisque nous sommes entourés de marcheurs, parmi la montagne, auprès d’un ruisseau, et surtout au travers des Alpes, demandons-nous ce c’est que marcher, alors que le geste paraît si évident. Comment marchons-nous sur nos deux pieds ? s’interroge Andreas Mayer, qui circonscrit son étude entre les années 1770 et 1914.

Cette activité quotidienne particulière et essentielle à l'humain n’a pourtant de longtemps guère attiré l’attention de la science. En revanche, à partir du XIXe siècle, le mécanisme de la marche intéresse à pas comptés anatomistes et médecins. Il faut en conséquence un historien des sciences pour rassembler en un faisceau de disciplines ce qui nous fait marcher : physiologie, neurologie, orthopédie, anthropologie, psychiatrie…

Lors du siècle des Lumières – pensons encore une fois à Rousseau et à ses « promenades solitaires » – puis du romantisme, le voyage à pied n’est plus pensé comme un pis-aller de pauvres gens, mais comme une activité noble associant la découverte de soi, des paysages et du monde.

Bientôt, les savants s’attachent à mesurer et codifier la démarche. Ce sont les travaux des représentants de la physiologie du mouvement humain, comme Wilhelm et Eduard Weber, Charcot travaillant sur « la démarche du steppeur », ou Étienne-Jules Marey qui emploie la chronophotographie pour étudier « les systèmes de locomotion ». L’on observe le squelette, l’on compare avec les animaux, les chevaux en particulier, l’on décompose le mouvement, y compris des enfants, au service desquels l’on met en place une « gymnastique philanthropique ». Et, bien entendu, l’on tente de rationaliser les mouvements du soldat.

Notre historien et « homo alpinus », s’intéresse activement aux ramifications sociales, politiques et esthétiques engendrées par la marche. Par exemple au patois savoyard, aux retables baroques des églises visitées. Les observations anthropologiques des écrivains, Balzac par exemple avec sa Théorie de la démarche, sont légion. La compréhension de la locomotion humaine, aussi tardive que passionnée, a eu une influence sans précédent sur tous les domaines culturels et sociaux, qu’ils s’agissent des marcheurs dans la peinture de Caspar-David Friedrich ou, plus tard, d’une discipline sportive. La psychanalyse vient également au secours du chercheur lorsqu’il pense à la démarche antique de la Gradiva de l’écrivain Jensen, telle que Freud l’étudia. Il rend également hommage à l’ « écriture randonneuse » de Raoul Blanchard, qui fut « le patron des excursions géographiques alpines » et publia en 1928 Les Alpes françaises à vol d’oiseau, ouvrage orné de 137 héliogravures.

De nombreuses illustrations en noir et blanc ponctuent ce document encyclopédique fort curieux, érudit à plaisir – l’abondance des notes et références en témoigne. Faut-il glisser dans sa poche cet ouvrage pour mieux marcher ? Il a en effet quelque chose du vade me cum, du manuel éclairé du randonneur. Egalement « très philosophe au fond, péripatéticien en méditation »…

À l’heure d’une civilisation des assis, devant nos écrans et dans nos véhicules, il serait bon, pour notre santé physique autant que mentale, pour notre capacité à penser et à rêver, de marcher hors des sentiers battus. Autant en quête de découvertes paysagères que d’esprit critique oxygéné.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Elisée Reclus : L’Evolution, la révolution et l’idéal anarchique, Lux, 2019.

[2] Ecrivains randonneurs, Omnibus, 2013.

 

Pineda de la Sierra, Sierra de la Demanda, Burgos, Castilla y Léon.

Photographie : T. Guinhut.

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 17:06

 

Anonimo: Alegoría de las artes, 1583, Museo de Albacete, Castilla la Mancha.

Photographie : T. Guinhut.

 

 

Un panier de livres d’art : Les Pierres et les rêves,

Le Lien et la grâce, Le Sentiment de l’art,

L’Art moderne scandinave,

Don Quichotte histoire de fou histoire d’en rire.

 

 

Cyril Gerbron : Les Pierres et le rêve, Actes Sud, 2025, 320 p, 33 €.

 

Olivier Cena : Le Sentiment de l’art, L’Atelier contemporain, 2025, 224 p, 20 €.

 

Philippe Comar : Le Lien et la grâce, L’Atelier contemporain, 2025, 448 p, 28 €.

 

Serge Fauchereau : L’Art moderne scandinave, Flammarion, 2025, 464 p, 60€.

 

Don Quichotte. Histoire de fou, histoire d’en rire,

Gallimard, 2025, 264 p, 34 €.

 

 

Si les grandes œuvres d’art sont à peu près impossibles à offrir, rien ne nous empêche d’offrir les livres qui les reproduisent, les analysent. Et, s’ils sont bien trop nombreux à paraître, cherchons ceux dont les perspectives sont soudain originales. Divaguons donc au travers des essais, beaux livres et catalogues d’exposition… Cyril Gerbron revient aux sources pierreuses de la Renaissance et de la théologie, Philippe Comar et Olivier Cena déplient leurs pensées esthétiques au sein des éditions de L’Atelier contemporain, tandis que la Scandinavie devient sous nos yeux tout un continent d’art moderne. Enfin, une vision protéiforme de Don Quichotte, ce générateur d’images, enchaîne les folles et risibles péripéties à l’occasion d’une exposition du MUCEM de Marseille. Ainsi ce panier de livres enchantera notre nécessaire sentiment de l’art… L’art est-il facettes du sentir, ou du monde ?

Les roches, murs et pierres pullulent dans la peinture italienne des XV° et XVI° siècles italiens, non pas pour enfermer, mais circonscrire, protéger, ou encore, au travers des cieux visibles, ouvrir vers la transcendance. En ce sens, le spécialiste de l’art de la Renaissance et en particulier de Fra Angelico, Cyril Gerbron, vient éclairer la dimension théologique présente dans la peinture de la Renaissance. Au travers de neuf peintres, en guise d’enquêtes iconologiques, les mystères du christianisme s’éclairent en de subtiles révélations esthétiques. Que signifie cette pierre posée à l’écart de cette résurrection de Pierro della Francesca ? Celles maçonnées de Fra Filippo Lippi sont un écrin pour une Adoration… Egalement, dans le cadre d’une contemplation dévote, chez Fra Angelico ou Battista Franco, la dimension minérale encourage la méditation. Fra Carnevale plante quant à lui une crucifixion parmi d’impressionnantes stèles rocheuses, ainsi infiniment tragiques. Bâtissant leur univers colorés, Vechietta, Callisto Piazza, Lucas Signorelli et Bronzino nous parlent à l’œil et à l’oreille interne, quand la genèse de leurs œuvres et les splendeurs de leurs inventions formelles ne cessent de s’éclairer et de se renouveler.

Chez Fra Diamante une étable à ciel ouvert laisse naître le Christ (selon l’excellente mise en page de la couverture). Plus loin des tombeaux sont ouverts au service de la résurrection, des sols rocheux sont des contrepoints répondant aux échappées célestes. Les animaux y courent, les oiseaux s’y perchent, toutes créatures de Dieu, selon Saint François d’Assise. Alors qu’« une pierre peut symboliser le Christ ». Le songe de Jacob, qui mit « une pierre sous sa tête », est particulièrement parlant, déclinant la généalogie de Jésus au moyen d’une « communication spirituelle supérieure ».

Loin de l’humanisme renaissant, qui éleva l’Antiquité au pinacle, loin d’une doxa religieuse corsetée, cette peinture italienne, particulièrement autour de Florence, rivalise de ferveur et d’ingéniosité plastique. Elle est étudiée dans le cadre de son contexte historique, de ses commanditaires, ce jusqu’à l’époque des Médicis, mais surtout de l’herméneutique biblique.

Grâce à ces « pierres mortes et vivantes », pierres bâties de main d’architecte ou naturelles examinées par Cyril Gerbron, la peinture n’en finit pas de ressusciter. « L’au-delà dantesque et mythologique » est un rêve rendu parfaitement plausible. Généreusement illustré en noir et blanc et au moyen d’un cahier couleurs, l’ouvrage, érudit sans lourdeur, est, parmi « les signes spirituels », un chemin initiatique.

Hélas, Cyril Gerbron est décédé en 2019 à l’âge tendre de trente-six ans. Le recueil d’essais intitulé Les pierres et le rêve fut collecté par un cercle d’amis soucieux de rendre hommage à son auteur, qui publia la thèse qu’il avait consacrée au peintre Fra Angelico[1]. De manière posthume, ce livre rend justice à un brillant historien de l’art, dont nous pouvons que rêver combien il eût pu bâtir d’autres beaux essais si le dieu de la théologie lui eût prêté longue vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment n’y avait-on pas pensé auparavant ? Interroger « le sentiment de l’art » aurait dû être une évidence ; et c’est chose faite avec Olivier Cena, qui use de la propension autobiographique pour étayer sa réflexion. Le voici interrogeant ses premières émotions esthétiques, en la demeure le portrait d’une jeune fille par François Clouet, découvert dans un ancien numéro de L’Illustration. Cette obsession originelle, entre séduction érotique et admiration artistique, ne cessa de le poursuivre. Lui répond, en couverture, une Madone de Giovanni Bellini, en qui il crut retrouver le regard fondateur, et qui en est le versant sacré. S’agit-il de soupçonner que c’est autant la beauté de ces femmes que celle de la peinture qui le fascine ? En l’occurrence, il semble ne pas y avoir de raison objective à sa passion pour l’art, et à la nôtre.

Notre esthète – qui rend hommage à un enseignant, Monsieur Barjon, qui lui apprit l’existence des musées – refuse l’idée de rupture. Cependant il pointe l’ère où ne travaillant plus pour l’Eglise ou le Roi, l’artiste ne se fie qu’à lui-même, sinon à ses amateurs. Cette libération n’est pas qu’un bienfait. La modernité artistique conduit à une désagrégation du sens, s’embourbant jusqu’à l’art conceptuel, le kitsch, le Pop Art, toutes propositions plastiques rendant impossible l’émerveillement. Pour preuve le ready-made duchampien est « une œuvre au regard énucléé ». Plus de beauté vivante, plus d’intériorité. Au point de devoir déplorer l’absence de l’éros, de l’éblouissement, du ravissement. Olivier Cena perd-il le sentiment ou le sentiment a-t-il quitté l’art ?

La généralisation à l’encontre d’un art « marchandisé » est pour le moins abusive, la critique est sévère, mais non dénuée de fondement, y compris sur nos contemporains qui « artialisent les malheurs du monde ». S’appuyant sur bien des lectures, bien des œuvres, de toutes les époques, Olivier Cena convient qu’il « est difficile d’aller contre la masse, contre la démocratisation de la culture et de l’art, d’être pour une élite dont le prestige ne serait pas dû à la naissance, de repérer la poésie toujours présente »…

La pensée d’Olivier Cena veut confirmer à sa manière que l’art n’est guère dans l’œuvre, mais dans le sentiment. À l’instar du philosophe Emmanuel Kant pour qui la beauté est moins dans l’objet que dans le regard[2]. Et à l’instar de Friedrich Nietzsche selon lequel il n’y a pas de fait, que des interprétations[3]. Même si cela reste fort discutable. À ce bel essai ne manque que des illustrations, alors que le suivant, de Philippe Comar en est abondamment pourvu.

Artista anónimo : Retablo de San Antón, San Juan Evangelista.

Museo de Albacete, Castilla la Mancha.

Photographie : T. Guinhut.

 

Avec Philippe Comar, oscillant grosso modo de la Renaissance au XX° siècle, la grâce est moins celle du dieu que de l’art lui-même. Car au-delà des ruptures qui sont le cheminement de l’Histoire de l’art, un lien, peut-être ténu, perdure. C’est surtout lors du temps de Manet et de Cézanne que quelque chose se casse, soit une esthétique continue de la représentation. Dérive, impasse, tel qu’il faille peut-être qualifier leurs noirs et leurs brisures ; ou rebond vers l’autonomie, vers une nouvelle grâce ? Ce que ne semble guère penser notre esthète : « Que reflète alors cet art déchainé hormis sa propre errance ? » Lorsque l’héliocentrisme copernicien ou l’animalisme évolutionniste de Darwin modifient notre appréhension du monde et de l’homme, l’histoire de l’art, surtout depuis le XIX° siècle, grouille de « ruptures, cassures, dissidences, décalages ». En ce sens, la figuration humaine éclate jusqu’à l’anéantissement. Or, un art « enfermé dans son propre discours » empêcherait-il le lien de la grâce de perdurer ?

Depuis « le mythe de l’origine », huit chapitres ponctuent ce généreux volume, intitulé de manière inspirée Le Lien et la grâce, au moyen de nombreux articles précédemment publiés en divers ouvrages collectifs et catalogues d’exposition. Ils trouvent ici leur cohérence en une sorte de galaxie artistique temporelle et thématique. Anatomies, caricatures, « maître ou modèle », voilà qui se succède avec rigueur. Ensuite, le triptyque « nudité », « sexe et beauté » s’aventure jusqu’à « la beauté du mal », au point que les beaux-arts puissent être « considérés comme un crime », pour faire écho à l’essai de Thomas de Quincey[4]. Ainsi les « beautés faites à peindre » du Marquis de Sade, qui ne cesse de les déflorer et torturer, succèdent à la « fleur du sexe », qui, par la grâce de la botanique de Georgia O’Keeffe, permet de transposer ce sexe longtemps désavoué. Chère à Baudelaire, « la beauté du mal » est alors celle de Félicien Rops. « Scène du crime », « Petit manuel du crime », l’œuvre, surtout picturale, associe le mal et la mort, deux invariants de la nature humaine. Enfin la peinture se voit le théâtre d’une psyché où se conjuguent folie et mélancolie, mais surtout, en acmé, « jouissance esthétique ». Par ce moyen, des « phares de notre culture », des œuvres « ignorées ou discrédites » sauront resurgir…

Cependant, au sein d’un livre aux investigations et pistes de réflexion nombreuses, notre essayiste, qui s’appuie sur presqu’autant d’écrivains et de philosophes que de peintres, conclue avec un brin d’optimisme : « Si, aujourd’hui, débarrassés de nos illusions, nous avons perdu toute forme de transcendance dans notre rapport au monde, chercher à y adhérer plus étroitement en mettant en évidence les liens qui nous y attachent encore est assurément la plus haute grâce à laquelle nous pouvons prétendre ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette fois l’époque est circonscrite à l’art moderne, soit entre les années 1870 et 1950, mais l’aire géographique est exclusivement scandinave, quoiqu’il s’agisse d’un monde protéiforme aux cinq pays. Excusons cependant du peu, car l’on se rend compte combien nous sommes ignorants, et heureusement désabusés de notre ignorance avec le secours de Serge Fauchereau.

 

Nous ne serons pas étonnés de contempler bien des paysages marins et forestiers, des scènes rurales, des montagnes et des fjords norvégiens, sans compter les volcans et les neiges islandaises.

De toute évidence, l’on s’arrête sur des artistes fort connus, au-delà de ces frontières nordiques : Edward Munch, avec ses figures et son cri expressionnistes, Askeli Gallen-Kallela, Carl Larsson, ou encore Asger Zorn, le « cobra » le plus fauve de tous. Surtout des peintres, quelques sculpteurs également, comme le Danois Niels Hansen Jacobsen dont les bronzes et les grès – « L’ombre » et « Militarisme » - sont d’un expressionnisme virulent.

S’il parait tout à fait naturel que les artistes romantiques, impressionnistes et symbolistes s’expriment au travers du paysage et du portrait, voire des scènes de genre, l’on ne peut que s’étonner de constater combien les acteurs de l’art se glissent dans les mouvements de leurs temps, expressionnisme, cubisme, surréalisme, abstraction, presque d’une manière trop grégaire… En conséquence, leur curiosité sait se nourrir du reste de l’Europe, au point d’aller visiter Berlin, Paris, la Bretagne de Pont-Aven, voire l’Afrique noire pour Vera Nillson. Ce malgré de notables individualités qui savent tirer leur épingle du jeu. À cet égard il faut compter sur les personnalités hautement singulières de la Suédoise théosophe Hilma af Klint ou du Finlandais Askeli Gallen-Kallela, qui passe du réalisme au « symbolisme mystique » en illustrant l’épopée finlandaise du Kalevala. L’on ne peut faire l’impasse sur le mouvement « Cobra », qui, autour de 1950, danse ses furies abstraites et colorées. Pour reprendre l’Avant-propos de Serge Fauchereau, « le Zeitgeist souffle où il veut »…

Le surréaliste danois Wilhelm Freddie érige des viandes semi-humaines roses dans son « Phénomène psycho-photographique ». Si l’on devine que les perspectives marines et montagneuses abondent dans l’art islandais, l’on imagine moins sa sculpture travaillant un formalisme dynamique. Au-delà d’Edward Munch, la Norvège excelle en un néoromantisme exaltant le sublime des monts et des forêts. Ce dernier pays dresse avec Gustav Vigeland d’infernales fresques de bronze et des monolithes tressés de corps humains. Quant à la Suède enfin, elle charme au moyen du pinceau graphique et coloré de Carl Larsson dont les scènes familiales nous attendrissent. L’on ne saurait ici nommer et décrire tout entier ce foisonnement artistique, sinon inviter expressément le lecteur à de si étonnantes découvertes…

L’iconographie est foisonnante, impeccable, si l’on excepte les formats timbre-poste dans les marges. Les portraits sont d’une sensibilité coruscante. La luminosité incroyable des paysagistes danois, leurs « rayon de soleil » et « soir d’été » bleutés fascine nos pupilles, quand les neiges et les eaux vertes du « Rapide », peint par le Finlandais Victor Westerholm, font frissonner. Ainsi faut-il avouer que les paysages peints restent peut-être les plus évocateurs et les plus sensibles.

Décidemment Serge Fauchereau œuvre au service de contrées exotiques et fraîches. N’avait-il pas consacré son talent à l’Art des Pays Baltes[5] ? Ce  dernier volume, dont la couverture, soit dit en passant, était plus réussie, parcourait Lettonie, Lituanie, Estonie. Où les brumes nordiques trouvaient leur remède dans des œuvres intensément colorées.

Après le nord de l’Europe, son sud. Et le personnage de fiction le plus remarquable de l’Espagne : Don Quichotte. Il fait l’objet d’une exposition au MUCEM de Marseille et d’un catalogue scintillant, là où une fraise blanche d’hidalgo rayonne avec les mots du titre : Don Quichotte, histoire de fou, histoire d’en rire. Le sérieux du longiligne chevalier à la triste figure, lecteur raffiné et néanmoins tourneboulé, trouve son contrepoint en la personne de son bedonnant écuyer Sancho Pansa, quasiment illettré, dont le réalisme terre à terre et la gourmandise proverbiale finissent cependant par être contaminés par l’idéalisme chevaleresque de son maître.

Quoique né en 1605, redoublé en 1615, ce personnage emblématique de la littérature espagnole et des fondations du roman moderne, nous fait toujours rire. Mais aussi penser la distance entre la fiction et le réel, entre la grâce et la parodie. Ce qui se retrouve dans la persistance des essayistes et conteurs, dont bien sûr Jorge Luis Borges et son Pierre Ménard lecteur du Quichotte, mais également dans l’attention des arts savants et populaires, des illustrateurs, des peintres, des cinéastes, sans compter la bande dessinée et la publicité. Jusqu’à des peintres contemporains, comme Robert Combas, clown roi de la nouvelle figuration, ou bien Gérard Garouste qui, fort abondamment, et avec un incroyable feu d’inventivité, illustra l’entier du roman aux éditions Diane de Selliers. La fortune iconographique de la parodie carnavalesque n’a pas fini de nous enchanter.

Si l’on peut compatir, pleurer aux déboires de celui qui se fait éjecter de son cheval par les ailes d’un moulin qu’il combat en l’imaginant un géant, mieux vaut en rire. Car si sa livresque folie est bien réelle – restaurer la chevalerie errante et héroïque et la lyrique courtoise au service d’une fictionnelle Dulcinée paysanne – est elle aussi un théâtre lorsque notre anti-héros imite la folie amoureuse du Roland furieux. Contrepoint de l’Eloge de la folie d’Erasme, l’univers romanesque aux multiples récits emboités suscite également un rire philosophique.

Mais dans la seconde partie, comme le soulignent les maîtres d’œuvre, « Don Quichotte ne paraît plus vraiment dupe de ses délires, il soupçonne qu’il n’est lui-même qu’une fiction ». Parallèlement, Cervantès s’invente un double : Cid Hamet Benengeli, qui saurait le réel auteur de son livre. Le mensonge auto-mis en scène a quelque chose de la validation de l’utopie…

Sous la direction d’Aude Fanlo & Hélia Pauker, la démarche de ce livre-catalogue, généreusement illustré, est particulièrement originale et bienvenue. Sous la forme d’un « livre dont vous êtes le héros », il permet tour à tour d’y entrer si l’on aime « dénicher des trésors au marché aux puces », si l’on est « de tous les défis, de tous les combats ». L’on peut aussi « avoir un faible pour la fiction, la magie et les faussaires », préférer « le cortège turbulent des mascarades », ou encore si « vous êtes un geek, fan de sciences et de techniques ». Par exemple, en imaginant « Dulcinée vue par l’IA », soit l’Intelligence Artificielle » pour être explicite. Le tout comme autant de couleurs graphiques et textuelles.

Ainsi embarque-t-il son lecteur dans une chevauchée qui va et vient parmi les trésors et curiosités bibliophiliques, la reproduction de fragments de chapitres de cette œuvre-monde, les analyses esthétiques et métalittéraires, les gravures, les tableaux, les photographies, tous plus burlesques les uns que les autres. À l’occasion desquels il est hors de question de rater Gustave Doré, Francisco de Goya et Honoré Damier. Un tel ouvrage, ludique et bouillonnant, devait absolument s’ajouter à toute bibliothèque cervantine.

Sans art, nos musées sont vides, nos bibliothèque fort lacunaires, l’incomplétude de l’humanité irréparable. Puissent ces essais, ces catalogues, nous permettre de déguster le meilleur de nous-mêmes.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Cyril Gerbron : Fra Angelico, liturgie et mémoire, Brepols, 2016.

[2] Emmanuel Kant : Critique du jugement, 1790.

[3] Friedrich Nietzsche : Fragments posthumes, VII, Fin 1886, printemps 1887.

[4] Thomas de Quincey : De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts, L’Imaginaire, Gallimard, 2002.

[5] Serge Fauchereau : L’Art des Pays Baltes, Flammarion, 2021.

 

Aldea del Rey, Ciudad Real, Castilla la Mancha.

Photographie : T. Guinhut.

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Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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