Iglesia de San Francisco, Cazorla, Jaén, Andalucia.
Photographie : T. Guinhut.
Petite cosmologie romanesque :
Grete Weil, Gérard Guix, Paul Harding,
Simona Lo Iacono, Muriel Spark,
Néhémy Pierre-Dahomey, Alain Blottière.
Grete Weil : Le Chemin de la frontière,
traduit de l’allemand par Olivier Le Lay, Gallimard, 2025, 496 p, 24 €.
Gerard Guix : Doppelgänger,
traduit de l’espagnol par Carole Fillière, Aux Forges de Vulcain, 2025, 768 p, 29 €.
Paul Harding : Cet autre Eden,
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Matthieu, Buchet Chastel, 2025, 320 p, 22,50 €.
Simona Lo Iacono : La Guérisseuse de Catane,
traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Métailié, 2026, 176 p, 20 €.
Muriel Spark : Intentions suspectes,
traduit de l’anglais (Ecosse) par Alain Delahaye,
Robert Laffont, Pavillons poche, 2025, 288 p, 10,50 €.
Néhémy Pierre-Dahomey : L’Ordre immuable des choses, Seuil, 2026, 256 p, 20 €.
Alain Blottière : Le Ciel a disparu, Gallimard, 2026, 160 p, 18 €.
Sans prétendre à l’exhaustivité, ni à une largeur de vue pourtant indispensable, la lecture d’une poignée de romans venus des étals des libraires et des pléthoriques productions des éditeurs, permet de penser une imparfaite et partielle vision de l’esprit du temps. Les romans historiques abondent. L’univers des romanciers – Allemands, Catalans, Italiens, Ecossais, Français – oscille entre les fresques politiques dénonçant les horreurs fascistes, entre les réhabilitions de l’intelligence féminine et les psychologies fouillées, en particulier dans le cadre de l’autobiographie passablement romancée. Le tout sans oublier l’esprit satirique. Par exemple l’Histoire allemande est incriminée par Grete Weil, alors que l’Affreux Adolf Hitler est un charlot, sous la plume aiguisée du Catalan Gerard Guix. La Sicilienne Lo Iacono réhabilite l’intelligence féminine médiévale, quand un autre historien, Paul Harding, cherche dans l’Amérique du XVIII° siècle quelque chose comme une utopie. Enfin, l’Ecossaise Muriel Spark, autant que les Français Néhély Pierre-Dahomey et Alain Blottière, ont la langue aiguisée par la satire. Ainsi lirons-nous une toute petite cosmologie romanesque pour notre aujourd’hui, voire notre demain…
La mémoire allemande est grevée par la responsabilité nazie. La voici déployée dans le roman de Grete Weil. Après un accueil pincé des éditeurs d’après-guerre, il ne trouva la consécration de la publication que de manière posthume, par-delà la frontière du temps. L’ample mémoire allemande de Grete Weil se déploie entre voix lyriques et tragiques.
L’idéalisme invétéré et la passion philosophique ne suffisent pas à protéger des tourmentes politiques et guerrières. Ainsi le destin de Monika, venue de la meilleure bourgeoisie juive, et quoique son mariage avec Klaus semble placé sous les meilleurs auspices, se voit bouleversé. L’attachante histoire d’amour du Chemin de la frontière se heurte à la folie guerrière et génocidaire de l’Histoire. N’avoue-t-elle pas : « Tu crois connaître le monde parce que tu le perçois avec ta sensibilité d’artiste, mais, très cher, cela ne suffit pas, c’est trop peu, un luxe fallacieux […] penses-tu à ceux qu’on assassine ou qu’on torture »…
Un bref prélude présente dans un train en direction des montagnes enneigées la rencontre de Monica et du poète Andreas von Cornides. La randonnée n’est pas anodine : « Les juifs entrent ici à leurs risques et périls ». Alors que la marche est harassante, tous deux trouvent refuge dans un chalet isolé. Là, Monika raconte son histoire et surtout celle de Klaus, jusqu’à l’arrestation, prélude à l’extermination. La fresque est fourmillante, terrible.
Les SA font partie du souffle grégaire qui s’empare de l’Allemagne pour se laisser griser par « la magie noire des processions triomphales ». Un industriel, Hartmann, imagine qu’Hitler est un rempart contre le communisme ; les anciens combattants de 1914-1918 croient rédimer leur déception grâce au prometteur leader et à son nouveau régime glorieux. La chienlit des Nazis harcèle et frappe en toute impunité tous ceux qui professent encore la culture et l’humanisme, avant de les envoyer dans les camps de concentration. Malgré la clairvoyance d’un ami communiste, qui n’ignore pas la gravité du danger, Monika préfère la liberté, sans attache partisane : vivre « c’est laisser s’épanouir notre propre nature, cultiver, encourager les possibilités qui sommeillent en nous ». Ce bonheur faillit être vécu avec Klaus, ce jeune philosophe qui lui voua un amour profond.
Le titre trouve son assomption dans l’épilogue. La « frontière » est une crête enneigée qu’avec leurs skis Monika et Andreas tentent de franchir. Si la première dévale la pente salvatrice, le second rencontre dans une « détonation », « le salut plein de promesse du Dieu qui se montrait à lui dans sa rayonnante et impérissable majesté ».
La dimension morale du roman parait imparable : « Crois-tu que les victimes ne portent aucune responsabilité ? Nous tous, toi, moi, Klaus aussi bien, nous sommes coupables. Nous avons laissé les choses dévaler la pente du pire sans tenter de s'y opposer réellement. Nous avons laissé les démons s'installer dans notre pays, le mal prospérer, sans lever le petit doigt. Les inquiétudes que nous inspirait le devenir de l'Allemagne ne nous empêchaient pas de dormir. Nous nous sommes gargarisés de notre amour de la liberté et de la vie, mais nous étions trop paresseux pour nous extraire de nos nids douillets. » Cependant il n’est pas certain que la conscience et la force de quelques individus clairvoyants suffisent à juguler le délire politique et la passion destructrice.
Construit au moyen d’un triptyque – Monika, Klaus, Andreas – ce premier roman de Grete Weil (1906-1999), en partie autobiographique, fut rédigé en 1944-1945 dans la solitude de l’escalier d’un grenier. Car dans la ville d’Amsterdam où elle est réfugiée, puis cachée, les Juifs sont pourchassés, tel son mari Edgar, assassiné à Mauthausen. Pourtant il ne fut publié qu’en 2022. Nous le lisons avec émotion et révérence.
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Des milliers de volumes ont été écrits sur le nazisme et son horreur totalitaire. Ouvrages d’historiens fort sérieux le plus souvent, de philosophes politiques parfois, à la tête desquels Hannah Arendt, plus rarement par des romanciers. Que l’angle en soit le fantastique et la parodie est plus rare encore. C’est ce qu’a choisi avec une vaste ambition le Barcelonais Gerard Guix (né en 1975), qui écrit dans la langue de Cervantès et dont c’est ici le cinquième roman.
Pour expliciter le titre, insolite pour un romancier espagnol, le Doppelgänger est un personnage récurrent des folklores et des mythologies germanique et nordique, souvent mis en scène dans des récits fantastiques et horrifiques, tels ceux des frères Grimm, de Jean-Paul Richter, d’E. T. A. Hoffmann, mais aussi chez Allan Edgar Poe. Il est le sosie, ou plutôt le double fantasmatique et menaçant d'une personne vivante, dont il est susceptible de dévorer l’enveloppe corporelle et l’âme. Mais quel est donc le rapport avec le nazisme ?
Dès l’entrée, nous voici pris à la gorge parmi les derniers combats d’avril 1945. Ruines, « flocons de cendre », doses de cyanure à l’intention du Führer en son bunker, tout est mis en scène pour qu’un parfait crépuscule des dieux wagnérien tombe sur Berlin. L’effet historique, théâtral et documentaire est renforcé par la liste d’une centaine de dignitaires nazis, soit le « dramatis personae ». Alors que tout est perdu, sans rémission, la cour qui entoure Adolf tente de le rassurer en fêtant son anniversaire. Goebbels, dont on connait le talent pour le mensonge et la propagande, a trouvé le cadeau idéal : l’horoscope du Maître ! L’on confie la chose à quelque gitane et voyante experte. Dans la précipitation, une erreur de date de naissance, seulement quelques jours, parait vénielle. Mais pendant son sommeil, alors qu’il est face au Dictateur, s’affublant d’un nez rouge de clown, le monstre est soudain possédé par un esprit malin…
Ne voilà-t-il pas qu’il fomente, au lieu de projets guerriers, de tourner un film. Entre les rejetons de Goebbels et Eva Braun, l’on s’évertue à réaliser le dernier caprice, avant de devoir le tuer face à la proximité russe. Autour de lui, maints subordonnés succombent à des phobies, soit des cafards, comme en une kafkaïenne allusion, soit de la saleté, toutes métaphores de la culpabilité. Au réalisme historique initial succède un surréalisme débridé, surtout lorsque l’on comprend que l’esprit du Führer a été remplacé par un « être incorporel », soit celui de Charles Chaplin, pourtant sur « la liste noire du Reich depuis de nombreuses années ». Quelques comploteurs fomentent de se mettre en quête du cinéaste et acteur pour récupérer l’essence du dictateur et ainsi oser espérer la restauration du Reich millénaire. L’affaire rebondit jusque dans les années soixante-dix, autour de la tombe de Chaplin à Lausanne, où l’on croise le docteur Mengele et David Bowie.
Et par une ultime pirouette, nous apprenons que le chaplinesque esprit se serait emparé du corps du romancier Gerard Guix !
Il est bientôt clair que sous l’apparence loufoque se cache une dimension morale. Comment expliquer que tant de jeunes Allemands puissent succomber au fanatisme aveugle ? Comment se prémunir contre la réincarnation du dépote criminel qui infuse souterrainement nos sociétés ? Car « les problèmes de remontées d’égout sont fréquents dans cette ville ». Car « l’âme d’Adolf Hitler le regardait toujours depuis le plafond, accrochée telle une chauve-souris, le défiant de sa langue de reptile ». En cet opus survolté, la dimension tragique de l’Histoire fait place au ridicule. Parodique, satirique en diable, le monstre romanesque fait mouche.
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Roman historique et autobiographie fictive, tels sont les axes délibérément choisis par la magistrate sicilienne Simona Lo Iocano (née en 1970). Nous voici transportés au XIV° siècle, au moyen de la voix d’une narratrice contrariée appelée Virdimura. Lorsque les scènes d’accouchement et de naissance se répondent de génération en génération, toute une fresque se déploie, tout un tableau de mœurs s’élargit.
Venue d’une famille juive et d’un père qui dissèque les cadavres, elle étudie « une collection de tomes du savoir antique ». C’est compter sans la barbarie alentours, les exactions contre les Juifs, le typhus attribué à celui qui avait prévu le mal, la maison détruite par une « horde de Catanais », la disparition du père aimé… Seule notre Virdimira prend soin des souffrances des corps et des âmes des femmes que la fermeture des églises contraint à ne plus pouvoir bénéficier du mariage. Mais, au plus fort du récit, l’héroïne subit « le harcèlement de questions ». Inflige-t-elle la stérilité, fait-elle « commerce de [son] corps » ? Fort heureusement, au sein d’un suspense bien mené, un homme providentiel vient se porter garant. Hélas il lui faut affronter l’épidémie de peste. Enfin, en 1376, les « augustes docteurs […] accordèrent à la doctoresse Virdimira la licence de soigner ».
Efficace plaidoyer, cette Guérisseuse de Catane est un roman plein de vie et de couleur locale, mais aussi un révélateur de la condition des femmes savantes médiévales, que les préjugés associaient trop aisément à des sorcières. Entre ses connaissances anatomiques, botaniques et son empathie envers les âmes, celle que l’on appelait d’une manière irrationnelle « guérisseuse » est en fait l’une des fondatrices de la médecine moderne. Ainsi l’on réhabilite l’intelligence féminine, trop souvent dépréciée.
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Le roman historique de Paul Harding (né en 1967) est en deux temps, entre la fin du siècle des Lumières et l’aube du XX° siècle. Utopie et anti-utopie s’y répondent. Sont-ils des explorateurs, des vétérans de quelque guerre, des égarés ? Depuis l’arrivée de l’ex esclave Benjamin Honey, et de Patience, sa femme irlandaise, ces familles insulaires vivent en paix malgré la pauvreté, les enfants sont sans conséquence tour à tour noirs ou blancs. Leur isolement, sur Malaga Island, au large du Maine, pendant plusieurs générations, les protège : « Personne parmi les habitants de l'île ou leurs ancêtres n'avait jamais payé d'impôts, ni possédé de compte en banque, ni contracté d'emprunt, ni obtenu le moindre acte de naissance, certificat de mariage ou permis de pêche. Ils vivaient sur l'île depuis plus d'un siècle, tout simplement, sans guère recevoir d'aide ni subir d'hostilité particulière de la part de leurs voisins du continent. » En quelque sorte des libertariens. Jusqu’à ce qu’en 1912 l’irruption d’un trop bien intentionné missionnaire vienne tout chambouler.
Bien que Matthew Diamond soit ébloui par les dons des enfants qu’il découvre, un latiniste, un mathématicien, un artiste, son idéalisme dévoyé le pousse à mettre en œuvre ses théories eugénistes. En dépit de son apparente charité, il ne parvient qu’à détruire cette humanité. Puisque déclarés « mulâtres » et « dépravés », les autorités n’ont de cesse de les envoyer, non sans les séparer, sur le continent américain.
L’on reconnait dans cet Autre Eden au titre significatif, aux vivantes péripéties, aux caractères bien trempés, tel le peintre Ethan ou Esther la mère attentive, un roman philosophique, dans lequel l’île est le symbole de l’utopie, qu’une société prédatrice aux préjugés ancrés vient araser…
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C’est sans « intentions suspectes » que Muriel Spark (1918-2006) fut la biographe d’Emily Bronte et de Mary Shelley, tant son féministe était de bon aloi. En 1981, elle publia ce roman d’une jeune artiste, roman passablement autobiographique.
Fleur Talbot, la narratrice, écrit des poèmes, avoue un premier roman en chantier intitulé Warrender Chase, et ne cesse de s’endetter auprès des libraires. Il lui faut cependant assurer le quotidien. En conséquence elle répond à une annonce qui recrute une secrétaire au service d’une « Association autobiographique ». Il lui faut relire et corriger des écrits qui n’ont guère dépassé le stade du premier chapitre : « Déchiffrer ces compositions, en tachant d’y trouver un sens, constitua une épreuve terrible pour mon moral ». Tous plus bizarroïdes les uns que les autres, voire complètement fous, ces plumitifs sont la proie d’un maître-chanteur, soit Sir Quentin, qui, à la surprise de notre Fleur, se comporte avec ses acolytes comme les personnages de son propre roman. Cet ouvrage s’avère avoir prédit les affres et déboires tragiques des écrivains ratés. En effet, « il était possible qu’il existe des gens comme Warrender Chase dans la vie réelle ». La chose est sérieuse au point que Sir Quentin « nous menace de poursuites si nous publions le livre ». Rassurons-nous, malgré de troublantes péripéties et ses craintes renouvelées, la jeune romancière trouvera le succès avec son œuvre.
L’on a compris que les mises en abyme sont nombreuses. La satire du monde littéraire est pleine d’ironie, d’acuité, avec un rien d’exagération : « la traditionnelle paranoïa des auteurs n’est rien comparée à l’invariable schizophrénie des éditeurs ». À la lisière du fantastique et du burlesque, ce roman ne dément guère son caractère enlevé.
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Peut-être autobiographique, le roman d’initiation de Néhémy Dahomey oscille entre libération sexuelle et travaux artistiques.
Haïti fut le premier pays des Amériques à se libérer de l’esclavage, proclamant son indépendance en 1804, grâce à Toussaint-Louverture. Hélas, entre impéritie économique, cyclone et tremblements de terre, la pauvreté reste endémique. Des écrivains lèvent leur plume pour témoigner, animer ce monde, tel Lionel Trouillot, prolifique essayiste et romancier. Mais il faut compter avec Néhémy Pierre-Dahomey, qui, né à Port-au-Prince en 1986, vit entre Paris et New-York, conjuguant les talents du philosophe et du poète. Après un roman bardé de prix intitulé Rapatriés, dans lequel Belliqueuse Louissaint, une mère haïtienne, tente de rejoindre les États-Unis, ce fut un roman historique, Combats, lorsqu’en 1842 deux frères se disputent dans les rets de la dette d’indépendance exigée par la France.
Cette fois, voici le roman d’initiation du Jeune Lélé : L'ordre immuable des Choses. Il commence très fort : dans un milieu de « frères et sœurs dans le Seigneur », le narrateur découvre sa première et noueuse érection : « une expérience non moins dévote de masturbation intempestive » ! Loin de se contenter de l’amusante provocation, le romancier nous installe dans l’école de la « cité militaire », où parmi de bienveillantes dames, sévit la « tortionnaire » Madame Polo, qui n’est guère érotique. Peu à peu son univers onirique se constitue en « harem imaginaire », entre une institutrice imaginaire et celle bien réelle nommée Lara. Comme de juste s’ensuit, sur un poste de télévision en pleine rue, la découverte exponentielle de la pornographie, en une explosion continue du moi. Ainsi l’écriture fantasmatique est fort réjouissante.
Mais une deuxième dimension, en quelque sorte parallèle, se fait jour : la découverte de la littérature et de la philosophie. Par exemple, devenu adolescent, il imagine avec un camarade un groupe de réflexion : « Cercle des choses de l’esprit ». Car « le travail est le secret de la liberté ». En une vaste ellipse temporelle, nous sommes transportés à Paris, où notre héros est en couple avec la réalisatrice de films Ea, engagée à gauche comme il se doit, « entre libération sexuelle et marxisme », et qui aime les chats.
Bientôt le projet romanesque devient polymorphe, empruntant le genre de l’essai dans un chapitre intitulé « Contre les chats. Un essai philosophique, politique, érotique et écoféministe ». L’on revient à l’enfance, où les désordres ithyphalliques du garçon réclament l’arrivée du guérisseur et du pasteur. Une fois guéri, il peut se consacrer encore à « monter le drapeau de la jouissance ». Enfin, dit-il », « je fis cracher le Christ ». Mais en revenant à la jeunesse parisienne, l’on découvre le dernier film d’Ea, « Action Directe », à l’occasion duquel la presse de droite crie à « l’apologie du terrorisme ». Tout un tableau de l’époque tend à se dérouler. Le texte trouve son acmé lorsque notre auteur accède enfin l’écriture, en l’occurrence poétique.
Le titre est-il une image d’Haïti, tel que le pays a tant de mal à se réformer, à vaincre ses démons ? Des fondements de la nature humaine, en particulier dans le domaine érotique ? Tout cela à la fois. Car un nouveau chapitre didactique s’invite : « Nouvelle théorie de la réconciliation. Ou comment le sexe devrait sauver le monde, tous les mondes, la planète et les humains, même les extraterrestres, s’ils existent ». Mieux encore, en une mise en abyme, ce titre devient celui du premier film d’Ea Boulgakov, qui « présente plusieurs couches d’interprétation »…
Nous ne saurons pas si ce livre entraînant est mâtiné d’autobiographie. Il a quelque chose d’endiablé, de prodigieusement vivant. Il ne manque pas d’humour, voire d’autodérision et de satire à l’encontre de nos mœurs.
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Sous les doigts d’Alain Blottière, une fable exotique et science-fictionnelle se charge de brocarder les appétits d’Elon Musk. Quelle peut être la motivation d’un quidam résolu à tuer l’homme le plus riche du monde ? Orgueilleux désir d’apparaître au sommet des médias, abyssal ennui, fantasme saugrenu de justice sociale, jalousie, ou en d’autres termes ce péché capital que l’on appelle l’Envie…
Un écrivain français nommé Ayann Ader, peut-être un double imaginaire de l’auteur, Alain Blottière, semble porter dans ses initiales un nouveau commencement. D’autant que son aventure hors normes est commentée par un narrateur, soit son petit-fils. L’on assiste donc à un chassé-croisé de romanciers et de témoins.
En une légère anticipation, nous voici d’abord transportés en mai 2026, lorsqu’avec étonnement le vieil écrivain voit le ciel du désert égyptien veuf de ses étoiles, au lieu desquelles s’imposent les satellites Starlink, une technologie invasive remplaçant le cosmos. Ainsi se justifie aisément le titre : Le Ciel a disparu. Rétablir l’ordre naturel et laver cette « souillure » est donc la vocation de l’assassin, dont la cible nommément désignée n’est rien d’autre que l’entrepreneur à succès Elon Musk, qui « saccage la nuit » et « profane le ciel ». C’est ainsi que « les balafres inquiétantes de Starlink déchiraient la nuit comme un boucher sanguinaire entaillerait la chair d’un animal pas encore mort ».
Le plan d’action est méticuleusement imaginé : bombe, ou poison peut-être, à moins de « prendre le contrôle à distance du pilote automatique » de la Tesla de son fondateur. La couleur passablement policière de l’argument concourt à l’efficacité de ce qui est le « testament d’un tueur, le plaidoyer d’un homme qui s’apprête à commettre un crime ».
Nous laisserons le lecteur découvrir si le succès est au rendez-vous. La chose va-t-elle se conclure en ridicule fiasco, en apocalypse ? Car le pire gît peut-être parmi les collisions de quarante mille satellites, sans compter les débris en nombre exponentiels, menaçant toute aventure spatiale et de communications.
Il ne s’agit pas seulement d’un écrivain, mais d’un peintre, notre narrateur appelé Liki, qui confie cette histoire vingt-quatre ans plus tard, et dont les tableaux sont hantés par « le manque de Jade », celle avec qui se joue une attachante histoire d’amour. Le lyrisme et l’érotisme alors charment le lecteur. « La Nuit des absents » n’est-il pas le tableau le plus célèbre du peintre ? Alors que celui qui s’intitule Le Ciel a disparu est retrouvé « dans un coffre de la Musk Fondation ». Comme si les œuvres d’art, nécessaires plus que jamais, étaient en abyme disposées. Ce avec le concours d’une écriture sensuelle et imagée, mais aussi empruntant l’exactitude scientifique et technique. En quelque sorte, les personnages d’artistes, qu’il s’agisse de l’écriture ou de la peinture, sont l’antithèse du puissant technocrate faustien Elon Musk.
Reste que la question de fond est inchangée. Face à la mainmise – peut-être totalitaire – d’un entrepreneur de génie favorable au libre-échange et à la libre expression, faut-il de bon droit recourir à la violence, au meurtre ? En ce sens ce ne serait pas seulement le ciel qui disparaitrait, mais la beauté, qu’elle soit naturelle ou morale.
La dimension science-fictionnelle ne cesse de s’amplifier lorsque s’achève le récit, soit en 2045. À la lisière de l’apologue, de la satire et du pamphlet, l’opus fort enlevé d’Alain Blottière suscite plus d’amusement de par son exagération un brin rocambolesque que de sérieux politique, même s’il affiche une volonté dystopique. Après une dizaine de romans et autant d’essais, souvent consacrés à l’Egypte, entre dieux et oasis, il semble qu’il ait l’ambition, face à l’hubris humain, de rendre aux dieux leurs cieux…
La vivacité de la satire romanesque n’est-elle pas le gage de l’esprit critique ? Et si, selon Alain Blottière, « le ciel a disparu », la littérature n’a pas le moins du moins disparu…
Thierry Guinhut
Une vie d'écriture et de photographie
Ces recensions ont été publiées dans Le Matricule des anges, entre juin 2025 et février 2026
Iglesia de Nuestra Señora del Carmen de Lorca, Murcia.
Photographie : T. Guinhut.
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