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Obra anonima, siglo XXI, Parador de Lorca, Murcia.
Photographie :T. Guinhut.
Sorcières diaboliques :
Histoire & représentations féministes.
Robert Muchembled, Julio Caro Baroja,
Dominique Labarrière, Catherine Clément,
Silvia Federici, Mona Chollet, Françoise d’Eaubonne
& Venko Andonovski.
Robert Muchembled : La Sorcière au bûcher,
Les Belles Lettres, 2025, 432 p, 26,50 €.
Julio Caro Baroja : Les Sorcières et leur monde,
traduit de l’espagnol par Marie-Amémie Sarrailh,
Folio, 2025, 464 p, 9,50 €.
Dominique Labarrière : Le Diable. Les origines de la diabolisation de la femme,
Pygmalion, 2021, 224 p, 21,90 €.
Catherine Clément : Le Musée des sorcières, Albin Michel, 2020, 304 p, 19,90 €.
Silvia Federici : Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive,
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par le collectif Senonevero, Entremonde, 2017, 464 p, 24 €.
Françoise d’Eaubonne : Le Sexocide des sorcières, Au Diable Vauvert, 2023, 80 p, 12 €.
Mona Chollet : Sorcières. La puissance invaincue des femmes, La Découverte, 2018, 240 p, 19 €.
Venko Andonovski : Sorcière ‽ traduit du macédonien par Maria Béjanovska,
Kantoken, 2014, 482 p, 22 €.
En 1862, empoignant son romantisme exacerbé, sensuel en diable, Jules Michelet publia non sans remous La Sorcière[1]. Ce rejeton diabolique de la sibylle antique, était pour lui une protestation de la liberté contre les tyrannies catholiques médiévales. Se livrant à Satan, elle est l’esprit de la nature, et l’on ne s’étonne pas que l’ouvrage, adoubé par un succès de scandale, subît les foudres de la censure impériale. Prenons plus largement la mesure de l’ensorceleur phénomène avec un historien avisé, Robert Muchembled, comme il se doit effaré par les milliers de bûchers de la Renaissance. Aujourd’hui c’est le féminisme qui s’empare de la figure symbolique de la sorcière. Aussi un pandémonium de diaboliques sorcières gangrène l’édition, pour notre plus grand plaisir, quoiqu’avec un brin de scepticisme. Car elles ont bien le diable dans la peau, lorsqu’avec Dominique Labarrière l’on fouille « les origines de la diabolisation de la femme ». Cependant en son Musée des sorcières, Catherine Clément déploie celles honnies du passé et celles célébrées du présent. Pour dénoncer ce qu’elle appelle Le Sexocide des sorcières, Françoise d’Eaubonne empreinte la voie vigoureuse du pamphlet. Non loin de la verve de Mona Collet, qui célèbre la « puissance invaincue des femmes ». Cependant, face à l’omniprésent défilée de suppliciées de l’Histoire, le Macédonien Venko Andonovski ajoute un éclairage romanesque en forme de plaidoirie. Il est à craindre cependant que ce retour en grâce des sorcières soit l’aube d’un nouvel obscurantisme.
Peut-être l’essai de Robert Muchembled (né en 1944) est-il la somme la plus précise et documentée qui soit sur ces dames embrasées par une furieuse tyrannie masculine. La Sorcière au bûcher est un titre qui, en sa concision, laisse entendre l’énormité des 40 000 bûchers meurtriers, pour la plupart entre 1580 et 1620, qui enfumèrent et brûlèrent surtout des femmes, mais aussi des enfants, soit 80 % des victimes. Alors que, l’on s’en doute, « la part des femmes jugées puis punies criminellement est partout et toujours inférieure à celle des hommes ».
Une prétendue science fit autorité, la démonologie, et principalement celle « masculine et prophétique » de Jean Bodin[2] qui publia son brûlot en 1580 : « Sorcier est celui qui par moyens diaboliques sciemment s’efforce de parvenir à quelque chose ». Le livre de ce Français, amplement réédité, fut pourtant bien plus suivi hors de nos frontières, soit dans la Franche-Comté, la Lorraine, les Pays-Bas espagnols et surtout dans le Saint Empire germanique. L’on allait jusqu’à appeler l’arc allant de la Mer du Nord aux Alpes « route du diable » ! L’affreux juriste ne préconisait-il pas de faire exécuter les enfants dès douze ans ?
Après avoir proposé un panorama de l’univers de « la magie de survie au village avant les grandes chasses aux sorcières », Robert Muchembled dresse un tableau édifiant de « la mission exterminatrice des fanatiques ». Tous ces théologiens et juges surexcités contraignent les tribunaux laïcs à torturer et cuire à grand feu. Leur virilité perverse pourchasse principalement l’hérésie féminine avec une application insensée.
Comment expliquer ce phénomène ? Alors que précédemment les religieux restaient indulgents envers les savantes en sorts et potions, voici venir l’ère de la concurrence des « efforts d’évangélisation des campagnes « païennes » par les confessions rivales du temps des guerres de Religion ». Ce sont principalement les Dominicains qui sont à la manœuvre et prétendent à une « mission sacrée ». Fort heureusement, le glas des bûchers infligés à la sorcellerie sonne définitivement en 1682.
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En attendant cette extinction des feux, nous saurons tout sur la « Grande vauderie d’Arras », autour de 1460, où l’on exécuta force hérétiques adorateurs du diable. Sur « Clauda Brunyé, la vagabonde des Alpes », guérisseuse et empoisonneuse, nantie d’un « génie familier », qui finira en cendres. Et lorsque l’on dit que « toute femme est sorcière », l’infâme Jean Baxius est un dénonciateur hors-pair. Ce denier dénonce en 1593 « la nonchalance de la justice face à la très horrible abomination de sorcellerie, divination, enchantement, désenchantement, éblouissement des yeux et semblables horreurs qui provoqueront la fureur de Dieu sur tout un peuple ». Ce fanatique prophète, obsédé et sans aucun doute sadique, tentait de surcroit de « s’enrichir aux dépens des condamnés à mort qu’il avait dénoncés ». Passons sur les sabbats, les vieilles femmes accusées, « le catéchisme de la peur », les enfants sorciers – des petites filles qui produisent des tempêtes – et les couvents ainsi contaminés…
Malgré l’apparente désuétude de la sorcellerie, notre historien montre que les campagnes du XIX° siècle regorgeaient de guérisseurs, envoûteurs et désenvoûteurs. Les années 1950 font état en l’espèce d’une recrudescence allemande. La même année, le guérisseur Paul Hareng fut requis par un procès pour exercice illégal de la médecine dans le Loiret ; il s’en tira avec de minces amendes et avec la ferveur de ses patients. L’on pourrait ajouter que ces peu rationnels praticiens n’ont pas disparu dans nos provinces du XXI° siècle, et en particulier en Berry.
Pourvu de notes, d’une abondante bibliographie, l’ouvrage de Robert Muchembled – qui a fouillé bien des archives – est édifiant, affreusement pittoresque, passionnant en un mot. Il se paie le luxe d’être en outre illustré par une explicite carte des bûchers (la ville de Cologne brillant avec ses 200 par an) et par des reproductions de peintures et de manuscrits. En particulier les Œuvres de Johann Jacob Wick, un pasteur de Zurich autour de 1570. L’on y goûte d’épouvantables poisons concoctés par le diable et ses sorcières, dont quelques-unes s’embrassent l’anus. De surcroit les variations colorées sur les piles de bois enflammés où gisent les coupables ne manquent pas de donner le frisson.
Concluant son essai par une question rhétorique, notre sorciérologue élargit sa perspective, tout en faisant allusion à Hobbes : « Sous la conduite d’un chef de meute masculin dont le pouvoir se mesure à la férocité qu’il déploie, en la justifiant par la survie du groupe qu’il représente, l’homme n’est-il pas toujours un loup pour l’homme ? » Les sectataires du communisme et de l’islamisme sont leurs dignes successeurs ; non sans complicités féminines, ne nous leurrons pas…
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Historien, ethnologue et anthropologue, Julio Caro Baroja (1914-1995) est en Espagne connu pour ses ouvrages de référence, en particulier Inquisition, sorcellerie et cryptojudaïsme[3], hélas non traduit en français. Fort heureusement nous bénéficions de son essai Les Sorcières et leur monde, qui étend le cercle de ses recherches depuis les primitifs et l’ère gréco-romaine jusqu’au XX° siècle.
En fait la figure de la sorcière évolue avec les mythes, les cultures et les mentalités, ce dans le cadre d’une « conception dramatique de la nature ». Elle est magicienne, comme Médée, parfois bénéfique et vénérée, parfois redoutée, dans l’Antiquité ; elle devient diabolique avec le christianisme, exécrée, soumise à l’Inquisition, brûlée. C’est à partir de l’aube du siècle des Lumières que l’on remet en question cette furia de condamnations de femmes le plus souvent innocentes. Car l’on a trop tendance à « lui attribuer en bloc tous les maux dont souffre la société ».
Entre démons et sabbats, « culte du bouc » et « nuit de Walpurgis », elle marque de longtemps l’imaginaire. De manière très précise, Julio Caro Baroja étudie la sorcellerie en pays basque, où règne encore une « démonolâtrie moderne ». Il interroge psychiatrie et théologie, balaie l’Allemagne et l’Irlande, lit pour nous De la démonomanie des sorciers de Bodin, qui écrivait à charge de manière fort prolixe, examine attentivement la peinture de Jérôme Bosch et de Goya généreux en vieillardes effrayantes. En fait, plutôt que la fantasmatique abomination des sorcières, mieux vaut se scandaliser des harcèlements, des tortures et des bûchers. Une somme qui ensorcelle son lecteur…
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Il n’a pas de sorcière sans diable. Il faut donc le percer à jour pour connaître ces dames sulfureuses. Quand est né le diable ? Séparant radicalement le bien et le mal, le prophète perse Zarathoustra opposait à Ahura Mazda le maléfique Ahriman. En conséquence Dieu et le diable seraient, selon la tradition manichéiste, deux puissances indépendantes. De plus le second pourrait venir de Seth vaincu par Horus, deux dieux égyptiens, alors que Seth représentait le temps féminin et matriarcal de l’humanité. À cette relation entre la féminité et l’engeance diabolique s’ajoute celle de la tradition biblique, lorsqu’Eve, tentée et tentatrice, entraîne l’humanité à venir dans sa chute, ainsi vouée au mépris alors que la Genèse fait d’elle la « chair de la chair » d’Adam. Outre Satan, prince des ténèbres, puisque Lucifer il succomba au péché d’orgueil, les démons inférieurs succombèrent à luxure pour avoir trouvé belles les filles de la terre. Ce sont ces « incubes », dont ne doutèrent ni Saint Augustin ni Saint Thomas d’Aquin, néanmoins philosophes et grandissimes pères de l’Eglise, et qui séduisent infiniment les femelles de l’homme. Ainsi, confirme Dominique Labarrière, « le lien entre diable, femme et sexe est constamment réaffirmé ».
De plus Adam aurait eu une première épouse, Lilith : venue de la démone babylonienne et trop orgueilleuse égale, ou stérile qui sait, ce pourquoi elle fut châtiée et se serait vengée en envoyant le serpent auprès d’Eve. Les archétypes de la femme entachée de diabolisme sont en place. Voilà qui « nourrira l’hystérie de la chasse aux sorcières », pour reprendre la belle formule de notre essayiste renvoyant l’hystérie au masculin.
Si au Moyen Âge l’on peut berner Satan, l’église a bientôt l’esprit malin de réaffirmer sa puissance pour assurer sa propre autorité. Il faut le traquer parmi les hérésies, qu’elles soient cathares ou individuelles. C’est là que l’Inquisition se régale des turpitudes féminines avec le démon, car belle au dehors et « putride en dedans », la femme est selon Odon de Cluny, au X° siècle, un « sac de fiente ». La métaphore est galante, n’est-ce pas ? Pourtant le Moyen Âge accorde noblesse aux femmes, qui ont ce que l’on appelle la « capacité juridique » et ne manquent pas de figures d’exception, ne serait-ce qu’Hildegarde de Bingen et Christine de Pizan.
Au XV° siècle, ce sont les Dominicains qui écrivent Le Marteau des sorcières[4], de façon à pouvoir guider l’impétrant en sa chasse gynophobe. Car les « turpitudes sexuelles », c’est bien connu, sont féminines, pour dérober la semence masculine et pour jurer allégeance à Satan lors des sabbats, quoiqu’il s’agisse de « réminiscences de cultes de la fertilité ». L’imagination des « démonologues » est trépidante ; car pour enduire d’onguent le manche chevauché par les amatrices d’anus de Satan, il faut « faire bouillir un enfant » et en prendre la graisse ! Soupçonnées de commerce sexuel et de messes noires avec le diable, des milliers de prétendues sorcières furent brûlées avec le soin de cet acte d’accusation…
Au prosélytisme démoniaque s’associent le diable fornicateur et la fureur utérine que l’Inquisition accuse et condamne à sa guise avec l’aval du peuple, gourmand de dénonciations et autres sombres vengeances : « Il suffit de déplaire ou de trop plaire », pour accuser l'une de voler en chevauchant un balai et l'autre de copuler avec le démon. Ainsi le juriste Jean Bodin édicte sans vergogne, dans La Démonomanie des sorciers, en 1580 : « Le soupçon est une base suffisante pour la torture, car la rumeur populaire n’est presque jamais mal informée ». Il faudra attendre 1682 pour que Colbert interdise « aux tribunaux d’admettre l’accusation de sorcellerie », moins par bonté d’âme du roi Louis XIV que pour protéger sa favorite, Madame de Montespan, compromise dans la trouble Affaire des Poisons. Vient alors le temps pour les libertins du « satanisme mondain », mais aussi de « l’emprise mentale et sexuelle d’un confesseur, d’un directeur de conscience, d’un moine », tout ce qui trouvera son acmé dans les romans du Marquis de Sade. L’essai devient ensuite une petite anthologie des plus curieuses histoires de sorcelleries, telles « L’horloge de Saint-Placide », de la « veuve noire de Kilkenny », puis, cerise sur le gâteau, de « l’excrément sacré ».
Documenté de maints contes de femme-louves démoniaques et autres rapports sur les méfaits des sorcières et leurs grotesques histoires de « possédées », par exemple de Loudun, l’ouvrage historique témoigne d’une théologie devenue folle, puis des fantasmes et superstitions, mais aussi des mœurs érotiques. Illustré d’un cahier de gravures et peintures, augmenté du texte de l’ « Exorcisme contre Satan et les anges apostats » édicté par le Pape Léon XIII (associé à celui valide encore aujourd’hui) et pratiqué sans discernement, il est sommé par un indispensable « Hymne à Satan » d’Iwan Gilkin. L’essai de Dominique Labarrière, quoique cédant un peu trop à l’anecdote au dépend de la rigueur historique, est aussi instructif que distrayant ; et effrayant ; tant il témoigne du meurtrier opprobre longtemps jeté sur la femme et sa sexualité.
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Le réquisitoire de Catherine Clément est bien plus vigoureux, dénonçant un « crime contre l’humanité » en son Musée des sorcières. Avec notre essayiste, le mot « sorcière » passe de l’exécration médiévale à l’élogieuse réhabilitation chez nombre de femmes d’aujourd’hui, d’où ce titre qui n’est pas seulement historique mais de l’ordre de l’éloge. Car, dans une perspective féministe devenue respectable, elle dresse un impressionnant tableau du rejet de l’individualité des femmes par un pouvoir à la fois religieux et masculin, dont, prétendument, « le membre viril est en danger ». Bourreaux et bûchers n’ont eu de cesse de châtier les femmes et leur « hystérie », un terme qui connut encore le succès chez Freud au XX° siècle.
Qu’elle soit magicienne ou sorcière, il suffit qu’elle « pense seule », selon Le Marteau des sorcières, pour être mise à mal depuis l’Antiquité. Le Christianisme déplorait le maléfice des déesses et figures femelles du paganisme : Isis l’Egyptienne, puis Hérodiade et Salomé qui obtint la tête de Saint Jean Baptiste. Ce malgré les nombreuses figures féminines positives de la Bible, comme Esther, Judith, Marthe et tutti quanti. En 1326, Jean XXII rédige « la bulle pontificale qui assimile la sorcellerie à une hérésie ». Contre la « peste féminine », l’Inquisition dominicaine doit sévir. Une fois dénoncée, la malheureuse, persuadée d’user de philtres et de sorts, de jouir d’une sexualité attentatoire à la chasteté, était le plus souvent considérée comme « la catin d’Asmodée », l’un des lieutenants du diable. Même ses hurlements sur le bûcher étaient entendus comme des manifestations diaboliques.
Entre autres nombreuses occurrences, l’essayiste rapporte le cas de Pierre de Lancre, qui en 1609 fut chargé par Henri IV de vider de ses sorcières le Labourd basque. Ce pieux serviteur de Dieu glosait sur « le Malin sodomisant les gueuses aux cheveux libres ». Aussi offrit-il à la bénédiction publique des flammes quatre-vingt maudites païennes qui aimaient danser la sarabande et se comporter de façon un tantinet légère. Ce qui permet à Catherine Clément de pointer le sadisme libidineux du bonhomme. D’autres préfèrent offrir leurs filles « contorsionnistes » en spectacle pour faire merveille de possession soudain guérie. Les récits de mortifications des nonnes, de leurs « crêpages de chignons », des exorcismes spectaculaires sont quant à eux assimilés à des cas de névroses. Alors que ces dames cloîtrées ne répugnent pas à la bagatelle, au point qu’une « Angélique d’Estrées, abbesse de Maubuisson, éleva dans son abbaye douze enfants qu’elle avait eus de douze pères différents ».
Il fallut au Catholicisme mettre en œuvre un contre-modèle : la Vierge Marie, dont le dogme de l’Immaculée Conception date de 1854. C’est à cette époque que les apparitions mystiques jettent quelques hallucinées dans l’extase. Alors que les « possédées » continuent de fleurir, que bientôt Charcot s’intéresse aux transes des hystériques autant en médecin qu’en amateur de phénomènes de foire.
Suffit-il que les chasses aux sorcières appartiennent à un lointain passé, pour que le mot lui-même ne soit plus cause d’effroi ? Malgré le renversement à la mode qui fait des sorcières des icônes et des modèles d’un féminisme passablement exalté il est d’évidence que les femmes ne sont toujours pas indemnes de toute chasse ; au point que Catherine Clément aille jusqu’à comparer le sort de ces ancestrales malheureuses à celui des victimes de « sauvages féminicides » d’aujourd'hui ; même si comparaison n’étant pas toujours raison l’on pourra lui rétorquer que ce phénomène est d’une part de nature différente et d’autre part qu’il est hélas de toute époque.
L’essai est profus à souhait, chassant par retour du bâton tout ce qui pourrait s’apparenter encore à l’accusation de sorcellerie pesant sur les femmes, dans une orientation féministe militante. Il est cependant parfois confus, empruntant une progression erratique aux parcours et arguments sinueux télescopant les siècles ; et par instants encombré de vocabulaire psychanalytique : il est vrai que c’est, outre la philosophie, une part de la formation de l’auteure. Le risque est alors de ne pas réellement faire œuvre d’historienne et de choir dans l’anachronisme. Reste que « la sorcellerie tue » encore, par exemple en Afrique où l’on accuse les uns et les unes de « voler le pénis des hommes » ! Et que plus inoffensive elle est devenue, sous le nom de « Wica », une pratique officielle aux Etats-Unis et au Canada, depuis son fondateur Gérald Gardner, dans les années trente. Gare à l’esbroufe, aux superstitions, au ridicule… Cependant, en ce Musée des sorcières nourri d’abondantes « diableries » et ensorceleuses aux prouesses magiques nombreuses, l’érudition bienvenue, le choix des anecdotes édifiantes, riment avec indignation.
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Vicié par une omniprésente perspective marxiste, l’essai calibanesque de l’italo-américaine Silvia Federici, fait un sort aux sorcières jusque dans les Amériques. La phraséologie pâteuse de la préface et de l’introduction pourrait décourager le lecteur de bonne volonté. Sans compter, ensuite, de nombreux vices de pensée : d’où vient et quel est ce capitalisme dont il assuré à longueur de pages qu’il est le coupable originel et perpétuel ? Pourquoi marxisme et féminisme, en quoi oppression capitaliste et sorcières paraissent-ils irrévocablement liés ? Dommage encore. Et pourtant, poursuivant avec un méritoire courage notre lecture de cet essai, que de perspectives historiques s’ouvrent ici à nous, que de questions sont soulevées… Débarrassé de ses oripeaux idéologiques, ce Caliban et la sorcière, commis par une universitaire et militante féministe radicale née en 1942, serait, en vue de rendre justice aux Caliban opprimés et aux sorcières brûlées, hautement recommandable.
Par ailleurs le titre est discutable. Si l’on sait que le personnage de Caliban est devenu le symbole des indigènes colonisés et persécutés, c’est méconnaître la pièce de Shakespeare. En effet, dans La Tempête, Caliban n’est réduit en esclavage par Prospéro, qui lui fait bénéficier d’une bienveillante éducation, qu’après avoir trahi la confiance offerte en tentant de violer Miranda. Certes, on arguera qu’il s’agit là d’une diabolisation du colonisé. Cependant l’on comprend mieux le titre, sachant que Caliban est devenu le symbole des exploités et des opprimés, quand la sorcière est celui des femmes diabolisées, également opprimées et sacrifiées. Ce qui résume parfaitement la thèse de Silvia Federici, appuyée par le verbeux sous-titre, Femmes, corps et accumulation primitive, dont la connotation décolonianiste et féministe affirmée permet de ranger l’ouvrage dans la bibliothèque américaine des women studies.
L’ouvrage pêche par l’absence de définition précise (et c’est un comble pour un tir de barrage marxisant) du capitalisme. Plus exactement, s’agit-il de celui né avec les banquiers florentins et flamands au XV° siècle, ou de son expansion au moyen de la révolution industrielle anglaise au XVIII°, ou des artisans, de leurs ateliers, voire des seigneurs et exploitants agricoles ? Notre auteure emploie indifféremment, dans un flou non artistique, les termes de capitalisme et de « précapitalisme » pour caractériser la période qu’elle étudie, du Moyen-Âge à l’aube du XIXème.
Evidement le capitalisme est le coupable sine qua non, le grand Satan postulé les yeux fermés, in fine le sorcier ultime digne d’être brûlé. Certes, « l’accumulation primitive » du capital se fait trop souvent, au cours de l’Histoire, à coups d’oppression, d’exploitation, d’esclavage. Ce en quoi on ne peut qu’approuver le réquisitoire de Silvia Federici. Mais elle semble n’avoir aucune lueur du capitalisme libéral - donc en opposition au capitalisme tyrannique qui s’appuie sur la force, sur l’état monarchique, voire sur le clergé - qui permet à partir des Lumières anglaises une sortie, progressive et inégale selon les régions, de la pauvreté et des exactions, pour la plus grande part de l’humanité. Il faut admettre pourtant que, parfois, notre auteur mentionne des contre-arguments venus, par exemple, d’Adam Smith qui défendit les enclosures en arguant de leur meilleure rentabilité et productivité agricole.
Ces précautions prises, et dépassant la pâteuse introduction dont la doxa marxiste est encore une fois du plus piteux effet, il faut tout de même, et avec conviction, conseiller la lecture de Caliban et la sorcière. Car il s’agit d’un panorama impressionnant des misères de l’humanité. Entre servage, guerres, famines, pestes noires, la condition du « prolétaire » est tout sauf reluisante. Il faut là se souvenir à travers quoi sont passés nos ancêtres pour que nous puissions parvenir à notre société d’abondance et de relatives libertés.
D’après Silvia Federici, le Moyen-Âge, une fois désagrégé le servage, est un presque havre de prospérité pour les ruraux, qui peuvent jouir des « communaux », là où la vie paysanne communautaire parait bien trop idéalisée par notre essayiste, dont le rêve communiste perdure jusqu’à la déraison. Mais, à la fin du XVI° siècle, les propriétaires anglais mirent en place les « enclosures », « privatisant les terres ». Même si Thomas More, au début de son Utopie, en a justement déploré les conséquences, jetant nombre de paysans dans le vagabondage, la faim et la délinquance, notre auteure en fait le péché originel du capitalisme, à l’égal de la propriété chez Rousseau qui, pour lui, est la cause de l’inégalité. Mais les enclosures sont un phénomène anglais, et non européen, et bien d’autres causes peuvent être à la source de la paupérisation des campagnes, ainsi que des ouvriers des villes. Encore une fois, guerres (de Trente ans par exemple), famines, pestes, baisses démographiques, contribuent au désarroi économique. Bientôt les richesses affluant d’Amérique, obtenues en partie grâce à l’esclavage, contribuent à faire baisser les salaires des ouvriers européens. Sans compter le refroidissement climatique du règne de Louis XIV dont notre auteure ne tient absolument pas compte. Hélas la croissance démographique revenue, elle contribue à égarer les pauvres sans terre, dont les femmes, souvent prostituées par nécessité.
Il faut attendre la page 180 pour entendre sérieusement parler de la condition féminine. Il n’est pas étonnant que celles que Marx et Foucault ont oubliées, (remarque faite avec justesse par Silvia Federici) subissent de plein fouet les dégradations générales. D’autant que l’Eglise et l’Etat se préoccupent de natalité, jetant l’ostracisme sur les femmes non mariées, sur les naissances hors mariage, les abandons d’enfants, les méthodes contraceptives et abortives des fameuses sorcières… La vision de la femme comme mégère va peu à peu faire place à l’idéalisation punitive de la femme chaste, de la serviable et corvéable femme au foyer. Quoique, faut-il rétorquer, une plus charmante idéalisation perdure, depuis la Vierge Marie, en passant par l’amour courtois, jusqu’au romantisme…
Ainsi, « la persécution des sorcières fut le point culminant de l’intervention de l’Etat contre le corps prolétaire de l’époque moderne ». Leur magie, associée aux superstitions populaires, que semble regretter notre auteure, doit pourtant s’effacer devant la montée du rationalisme, pourtant plus efficace. Même s’il faut avec elle déplorer cette hécatombe de femmes non conformes, elle semble idéaliser ces sorcières favorites, oublier leur versant de délinquance et de criminalité, ainsi que celui des Caliban délinquants et criminels qui infestent cours des miracles, campagnes et faubourgs.
De même, la sorcière est éradiquée sur les terres du Nouveau monde, dans le cadre d’une mise au pas par les grands propriétaires, par la religion, et au moyen d’une discrimination sexuelle et raciale. Sans oublier le génocide, qu’il soit guerrier, sanitaire ou à cause des mines, dont de mercure, où les Indiens étaient, de fait, sacrifiés. Les Européens ne se font pas faute, à travers l’évangélisation, de castrer également leur liberté sexuelle, d’un bout à l’autre du continent américain.
Le bilan est confondant : « La chasse aux sorcières était aussi un instrument pour la construction d’un nouvel ordre patriarcal où le corps des femmes, leur travail, leurs pouvoirs sexuel et reproductif étaient mis sous la coupe de l’Etat et transformés en ressources économiques. »
Il n’en reste donc pas moins que Silvia Federici, malgré nos peu indulgentes réserves, fait œuvre utile et roborative. Il suffit, outre le texte lui-même, toujours fort nourri, généreusement illustré de gravures, de se plonger dans les notes, aussi savantes qu’abondantes, aussi précises que disertes, pour être convaincu du sérieux scientifique, quoiqu’affreusement partisan, de la démarche historique. Certes, il y a eu de forts réussies Histoires des femmes en Occident[5], mais faire le lien entre l’oppression des pauvres, celle des femmes et des sorcières reste une perspective originale, même si discutable. Sans compter la réhabilitation des figures de la sorcière, trop souvent méprisée, ostracisée. Mais pourquoi enchaîner marxisme et féminisme ? Alors que le capitalisme a fait plus pour les femmes que tous les régimes mortifères issus des perspectives tyranniques du cerveau de Karl Marx exprimées dans son Manifeste communiste ! L’imprimerie, les appareils ménagers, la contraception, ne sont-ils pas, après tout, des réussites universelles du capitalisme libéral au service de la liberté féminine, non seulement matérielle, corporelle, mais aussi intellectuelle ?
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Cette mouvance féministe, d’un radicalisme anticapitaliste moins enragé, s’empare de l’aubaine que représente le bûcher infligé à ces dames prétendument inspirées par le diable. En témoigne Le Sexocide des sorcières de Françoise d’Eaubonne, qui emprunte la voie vigoureuse du pamphlet, en ce bref essai d’abord paru en 1999.
Du XV° au XVII° siècle, l’Europe chrétienne, aussi bien catholique que protestante, fut prise d’une frénésie contre la sorcellerie. Tortures et flammes prennent pour cible, parmi les victimes châtiées, une immense majorité de femmes. Françoise d’Eaubonne affirme qu’il n’y pas là de hasard, ce pourquoi elle emploie le néologisme « sexocide ». Ce dans la continuité des mots « phallocrate » et « écoféminisme » qu’elle créa. Les formules frappantes abondent, comme lorsqu’il s’agit de faire du Marteau des sorcières « le Mein Kampf de l’inquisition ». Elle soutient l’hypothèse que la chasse aux sorcières est avant tout une guerre contre les femmes, quelques soient leur corps, leur âge, ou leurs savoirs ancestraux, afin d’asseoir la domination patriarcale par la terreur. Probablement n’est-ce que partiellement vrai tant de nombreuses époques et civilisations se sont comporté avec bien moins de malignité.
Mona Chollet quant à elle défend la personne et le talent des sorcières, soit prétend-elle « La puissance invaincue des femmes ». Effectivement notre temps goûte avec volupté les jeux sorciers, les Harry Potter et son école. Le pittoresque ensorceleur côtoie la séduisante ensorceleuse.
Ces dames vendent des grimoires sur Etsy, vantent leurs autels ornés de cristaux sur Instagram, ou bien, en toute innocence politique, se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump. Ainsi d’à peu près inoffensives sorcières prolifèrent, par goût du cosplay – ou déguisage – par jeu au moyen de ludiques oracles ou de cocktails abusivment intitulés « philtres ». Par exhibitionnisme et orgueil un brin revanchard, avouons-le, les féministes actuelles, ou postféministes, révèrent la figure emblématique de la sorcière. Elle est la victime absolue de l’Histoire, dont les malins incendiaires sont impardonnables. Elle est aujourd’hui celle pour qui l’on réclame justice, elle est la rebelle admirable aux savoirs à retrouver, sans s’alarmer du retour d’un pittoresque irrationnalisme. Notre essayiste retrouve dans nos préjugés et nos représentations trois types de femmes exécrées : l’indépendante, veuves et célibataires ayant été particulièrement visées ; la femme sans enfant qui contrôle voire nie sa fécondité ; et bien entendu la femme âgée réputée objet d'horreur. La malédiction reste à lever. La réflexion de Mona Collet ne manque pas de pertinence, quoiqu’un brin caricaturale et un brin fantaisiste, tant la sorcière est un topos de la littérature de fantasy.
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Au-delà des essais, le roman peut permettre d’entrer dans l’esprit de nos malheureuses héroïnes, grâce à l’écriture à la fois historique et contemporaine d’un Venko Andonovski : Sorcière ‽ Venu d’une contrée littéraire peu explorée, la Macédoine, voici un objet d’art bifide. Ses deux langues sont celle d’un roman historique situé au XVIIème siècle et d’un récit contemporain. Sorcière ‽ avec son point exclagorratif, signifiant certitude et doute des protagonistes, met en scène une interrogation existentielle sur le mal : « on veut vérifier si le diable est matériel et réel, venimeux et créé. »
Le Padre Benjamin parcourt la Croatie et Macédoine. Quoique émissaire du Pape, ami de savants et philosophes représentant la raison, comme Descartes et Galilée, il est confronté à l’obscurantisme d’un Grand Inquisiteur fanatique, dont la passion dogmatique traque les sorcières séduites par le Malin. Mais c’est une sexualité rentrée qui anime les procès ordonnateurs de sévices. Car « l’origine des films porno se trouve dans ces témoignages de l’Inquisition sur le sexe de groupe et les orgies ». De plus, « l’homme aux yeux de serpent » est l’incarnation de la violence absolue : « la vérité lui appartenait, car il avait entre les mains… le bûcher. »
À cet écho lointain du Nom de la rose d’Umberto Eco, répond une intrigue amoureuse : le Padre Benjamin est séduit par une intelligente rousse que son mari accuse de le rendre stérile et d’être une sorcière. Le prêtre bientôt défroqué écoute alors l’histoire de Jovana, qui fut l’esclave d’un bey islamique, puis d’un marchand, sans vouloir renier sa religion. Jusqu’où Benjamin devra-t-il manœuvrer pour sauver sa sorcière et écrire son livre sur les sciences diaboliques ?
Abruptement, le roman est périodiquement interrompu. Par des considérations en italiques, passablement oiseuses de l’auteur impécunieux, dont l’éditeur demande des histoires policières vendables. Le procédé narratif - plus exactement la métalepse - parait une affèterie postmoderne gratuite, bientôt plus fine : « Il est toujours temps de mourir d’une narration classique, ampoulée, stylisée ! » Jusqu’à ce que l’on perçoive, après des dizaines de pages, que les deux arguments, historique et contemporain, se répondent par un lien ténu : deux femmes rousses, à quatre siècles de distance, fascinent le personnage et son narrateur : « les amants se retrouvent après des siècles, après que la mort les a séparés […] dès leur renaissance, ils se cherchent mais dans d’autres corps. » Ainsi, de celle qui ensorcelle d’amour Padre Benjamin à l’étudiante en médecine, un écho subtil se noue, inscrivant l’ouvrage dans une esthétique digne du réalisme magique. « En fait, ce n’est qu’une recette pour écrire un roman ». Qui, enfin, se retourne sur lui-même pour être offert et dédicacé à « la rouquine ». Ce pourquoi Milan Kundera est un préfacier enthousiaste, quoique trop peu disert.
Sans nuire à la fluidité romanesque, la richesse intellectuelle et métaphorique imbibe la langue, les pages. De la « fille-lettrine » à Jovana « la rousse, belle comme une lettrine », en passant par le séminariste et futur « doctor angelicus », grâce à sa connaissance du doute, tout s’inscrit « dans l’objet le plus secret de la magie diabolique qui du mensonge fait la vérité : le livre. » Là où bientôt l’Inquisiteur est démasqué : il est le Diable ! Dans une langue aisée, les débats théologiques éclairent les problématiques du roman, à l’instar de l’apologue nietzschéen, lorsque le Padre Benjamin dévoile l’illusion du théâtre d’ombres. L’œuvre polyphonique, à la lisière du conte, de la chronique et de l’essai encyclopédique, dénonçant ce grand massacre des femmes prétendues sorcières, oppose la terreur documentée des tortures à l’érotisme brûlant du poème en prose.
Il faut explorer ces marges de l’Europe, où des auteurs surgissent à nos yeux soudain dessillés, aussitôt ébahis. Venko Andonovski, né en 1964, qui enseigne les littératures d’Europe centrale et la théorie narrative à l’université de Skopje, est chamarré d’une bibliographie impressionnante : Sorcière ‽ cet étonnant roman philosophique, en est à sa huitième édition en Macédoine, Le Nombril du monde à sa douzième, ses volumes de nouvelles à la sixième, son théâtre et ses essais jouent dans la cour de l’abondance. Hélas, seule sa pièce Cunégonde en Carlalande[6], imaginaire pays où la promise de Candide découvre la folie de l’Occident, est traduite en français. Il tient de surcroit dans un quotidien une chronique hebdomadaire: « Le dictionnaire des passions humaines ». Un univers à soi seul et à découvrir, parmi lequel ce dont nous ne lisons que le titre, L’Alphabet des désobéissants, semble ainsi particulièrement fascinant…
Nous l’avons dit, l’on estime à plus de quarante mille exécutions capitales, entre 1430 et 1630, le passif de la persécution de celles qui furent trop libres. S’il est justice de réhabiliter la mémoire de ces victimes de la tyrannie religieuse et mâle, gardons-nous cependant d’idéaliser les sorcières. Ce serait délire d’imaginer qu’elles étaient toutes d’innocentes prunelles des yeux de la liberté sexuelle. Il y avait probablement parmi elles, comme parmi leurs délatrices, de nombreuses mégères et furies criminelles, comme il en existe bien des équivalents masculins, quoique notoirement plus nombreux. Plutôt que les violences du pouvoir mâle, quoiqu’il faudrait prendre garde qu’un pouvoir féministe n’ait pas de telles velléités, prônons la tolérance et la paix des libertés. Et plutôt que la réhabilitation de l’irrationnel au travers de l’éloge des sorcières, que ce soit parmi les romances de la fantasy pour adolescentes ou parmi une mode d’un féminisme exacerbé, ne perdons pas de vue la raison scientifique et des Lumières…
Thierry Guinhut
Une vie d'écriture et de photographie
La partie sur Andonovski a été publiée dans Le Matricule des Anges, juin 2015
Celle sur Julio Caro Baroja, juin 2025
[3] Institoris & Sprenger : Malleus maleficarum, 1486.
[10] Histoire des femmes en Occident, direction Georges Duby et Michelle Perrot, Perrin, 1992.
[12] Venko Andonovski : Cunégonde en Carlalande, L’Espace d’un instant, 2013.
Retablo anonimo, siglo XV, Museo de la Catedral de León, Castilla y León.
Photographie : T. Guinhut
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