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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 15:58

 

Catedral basílica de la Virgen de la Asunción,

Mondoñedo, Lugo, Galicia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

La République des rêves

 

Roman

 

VIII

 

De natura rerum, excipit & bibliographie.

 

L'Harmattan, 2023.

 

[...]

      -    Faute du moindre message extraterrestre en notre Radiotélescope de Nancay, doit-on croire au grand air de ce nouveau message ? Demande Louis après un silence hésitant. Le fameux Arétin de Bordeaux, devenu cardinal d'Euro Urba Aquitaine, Martial Lespinassières lui-même, en grand exécuteur du pape d'Euro Urba ! Joseph devrait sa mort explosée par mafia interposé au monstrueux Lespinassières ?

      -    Tordu, dissimulateur comme était Lecommunal, c'est encore des chansons, répond Béatrix...

      -    Capable de dissimulation posthume ? En n'admettant qu'une complicité passive ?

      -    Pour moi, quelle importance ? Je laisserais croire à ses mânes que j'ai accepté l'hommage d'une sincérité finale.

      -    Puis-je faxer ce morceau douteux à la Juge Judith-Renée ?

      -    Comme tu voudras. Ce billet vénéneux n'appartient pas à mon jardin secret.

      -   Je ne sais pas si elle pourra en faire grand-chose. La masse manquante perd un morceau de son opacité pour en gagner de nouveaux... Faudra-t-il attendre plus loin que la mort du Vieux Président, plus loin que les Muses téléologiques de l'Histoire ?

Attendant une réponse plus probable que celle d'Andromède en sa constellation, Béatrix fait défiler pour Louis quelques-unes de ses étranges partitions sur un écran bleuté...

      -    Et bientôt, jaillit au téléphone, l’organe vocal enjoué de Judith-Renée elle-même :

      -    Merci, cher Louis. Votre Béatrix est une excellente pythie. Qui ne nous fournit cependant rien qui s'approche d'une preuve, j'en ai peur, hors quelques fils concordants bien entendu... J’ai cependant des éléments nouveaux que la presse va bientôt ébruiter, même si le suicide de Lecommunal aura la malencontreuse conséquence de rendre plus discret notre succès. Ma petite manipulation a fait avancer les choses : le Juge Lavettini perd officiellement demain l'affaire qui me revient plus croquante que jamais. Une bonne partie de l'opinion réclamait mon retour, n'est-ce pas... J'ai assez d'éléments pour que le procès Antonelli Euro Urba s'ouvre dès le printemps. Le Sieur sera au moins destitué de ses mandats et déclaré inéligible. Même si ce n’est que provisoirement. Quant à sa collusion mafieuse, ce n'est qu'une hypothèse gratuite. Et qui sait si ce message de Lecommunal n'est pas encore une conspiration ? Une main occulte ? Une dérisoire vengeance ? Comment savoir ? Et voyez-vous comment le Deus ex machina des nébuleuses est avec nous… J'ai justement le fier Lespinassières dans mon bureau. Il a tellement mouillé mouchoir et kleenex qu'il doit y sacrifier sa cravate, ses petits cochons dorés en sont tous décolorés, hélas... Je m’étais trompée sur lui, je l’avoue. Il avait cru pouvoir me cacher son séjour à Milan avant le meurtre de Joseph Roche-Savine. Comment aurait-il pu nous faire croire à sa conversion soudaine au Rigoletto de Verdi à la Scala ? Alors qu’il clamait jusque-là son horreur de l’opéra. Evidemment, il ne pouvait supporter qu’un autre que lui brame ses grands airs sur une scène publique. Notre Martial Lespinassières assure, jure et assène qu'il a agi de son propre chef. Dans le but de devenir calife à la place du calife. Il avait fait d'Euro Urba Aquitaine la plus foudroyante pompe à finances parmi toutes les filiales... Pourquoi ne pas en profiter pour s’approprier Euro Urba en son entier, éliminer le gêneur trop véreux, et se refaire une virginité en reniant l’esprit de son parrain ? L’explication est plausible. Quant au juge Manzoni de Milan, je ne sais pas s’il sera ravi d’apprendre que le velours fendu de la loge de la Scala servait de boite aux lettres pour des liasses de dollars accompagnées d’une simple photographie de presse en guise de cible à l’intention de quelque mafieux inconnu… La nouvelle peine de Lespinassières sera sans le moindre doute plus abondante que les trois ans dont il avait précédemment écopé pour avoir flagorné le Maire de Bordeaux et arraché la joue d’un fonctionnaire de police. A-t-il été bien chapitré ? Je n'ai guère le moyen de le savoir. Nous avons notre coupable et chacun sera ravi. Mais au-delà ? Je ne crois guère à cette histoire d’ordre donné par Antonelli. Comment un trésorier qui ne risque qu’une inculpation pour détournement d’argent au dépend d’un parti politique, pas même pour enrichissement personnel, quoique cela reste à prouver, aurait-il pu se mettre sur le dos la responsabilité d’un meurtre ? Quoique, quoique… Il y faut une personnalité qui ait un intérêt énorme à la disparition de Joss Roche-Savine. Le grand ordonnateur peut-être de tout le système, celui qui peut se permettre de sacrifier Lecommunal et Antonelli, de faire le vide autour de lui et rester seul avec son immunité devant l’Histoire. Mais c’est une autre paire de manches ! Il n’y suffira pas de quelque effet de manche pour imaginer une très très improbable mise en examen. Quant à notre vilaine inconnue de la Gare Montparnasse, elle va rester, je le crains, un mystère. J’ai cru un instant qu’il pouvait s’agir de Malina Canejan, vous savez la secrétaire de notre martial coupable, mais non, elle est trop grande, trop prude et son agenda est une ceinture de chasteté dont elle n’a voué la clef qu’au seul homme à sa taille. Un mystère probablement sans valeur, n’est-ce pas… Ah, notre Lespinassières veut vous parler. Je vous le passe. À notre prochain revoir, cher Louis. 

      -    Monsieur Braconnier ? C’est Martial Lespinassières. Oui, j’ai craqué. Une fois de plus, vous n’allez pas me pardonner. La faute en revient à cette Malina. Quand la Juge Judith-René ne venait dans nos locaux d’Euro Urba Aquitaine que pour fouiller les comptes et l’emploi du temps de Joseph, elle est allée lui dire que si un trou de deux jours ne pouvait être comblé dans mon agenda, c’est que je l’avais passé dans son lit, à remplir ses cuisses et sa bouche. J’ai dû confirmer cet alibi. Et le payer en entrant effectivement dans sa vulve et dans ses joues. Elle qui me harcelait de son amour en secret… Je vous l’avais dit : il n’y a pas de pire prison qu’une femme. Oui, elle était à ma taille. Mais elle ne me sucera plus. Qu’est-ce que ça vaut un faux témoignage, et si possible une complicité de meurtre, devant la justice ? Ce qui aurait pu n’être qu’une innocente envolée à la Scala devenait par les soins de Malina un objet caché, donc suspect. Elle haïssait Joseph, qui, croyait-elle, en voulait à son cul. C’est elle qui m’a glissé le plus gros serpent de l’ambition dans les mains. C’est son amour visqueux pour moi qui est la vérité de ce meurtre. Il n’aurait jamais dû confier à Malina le truc du velours fendu. Et est-ce que c’est tuer que de coincer quelques bouts de papier dans un fauteuil rouge pour purifier Euro Urba ? Vous vous rappelez comment nous jouions à manger une huître fermée ? C’est là qu’elles étaient les meilleures. Vous n’avez pas voulu être la conscience de Lespinassières. J’aurais aimé être votre ami. Mais le destin, je ne sais quel libre arbitre, quels déterminismes culturels et généalogiques, m’ont conduit là où je suis. Adieu.

      -    Comment trouvez-vous notre Lespinassières ? Attendrissant, croyez-vous ? Nous allons jouer sur du velours avec cet aveu opportun… Comment et où, dans un aussi grand et gros corps jusque-là si solide, peut-on cacher une telle fêlure ? Dites-moi, cher Louis, réfléchissez là-dessus : et si Martial s’accusait pour échapper à sa Malina ? Je vais diligenter un expert en psychologie pour avoir une idée de son profil émotionnel, petite enfance, rapport affectif à la mère, rapport d’autorité au père et toute la pelote de nerfs… Après s’être attaqué à son bienfaiteur Delmas-Vieljeux, il tuerait son bienfaiteur Joseph Roche-Savine… Comme s’il y avait en lui un désir ambivalent, schizophrénique, de construction d’un empire et d’autodestruction. À moins que… S’il prenait sur ses épaules de déménageur le fardeau de ce meurtre, assuré d’en haut de la clémence des juges et d’un fabuleux compte en banque dans je ne sais quelle Caraïbe après son second séjour en prison… Son avocat plaiderait le dégoût d’une conscience devant l’hydre de corruption dont il fallait couper la tête première. Ne dites rien, cher Louis, bisous…

Le claquement de l’écouteur s’était refermé sur un double smack amical et sur les reniflements d’un Lespinassières qui lui non plus n’avait pas eu besoin des réponses de son interlocuteur.

 

Jérôme Delépine, 170 Galerie, Grand'Rue, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut

 

      -    Est-ce, conclue Louis, le Très Vieux Président qui est le Grand Attracteur de cette nébuleuse pourrie ? S'est-il coupé une main active, ou une prothèse innocente en perdant Lecommunal ? Joseph était-il l’autre bras à également faucher avec celui de Lespinassières ?

      -    Qu'importe les dieux à trente-six bras, répond Béatrix dédaigneuse qui avait tout entendu, laissons tomber. Et notre vie est plus précieuse que leur mort.

      -    Et que sais-tu des autres de Biron ?

      -    Letellier a pris sa retraite dans une cellule islamiste des Alpes du nord. Avec des bougies, des plumes d'oie et des bouteilles d'encre bleu des mers du sud. Ce sont les termes de son message. Virgile de Saint-Avit vient de conquérir la belle place de Directeur Général pour l’art contemporain au Ministère de la Culture. En voilà un qui sait pontifier, quelque soit le gouvernement. Quant à Arthur Felletin, je ne sais même pas s'il est mort ou vivant, dans quel état de poussière il est.

      -    Je ne sais pas non plus. C'est tout ?

      -    Je ne me rappelle que David Johannes. Il a arrêté d'écrire. Il vend des ordinateurs et des logiciels sur un parking de Libourne. Il est déjà doublé par une nouvelle génération de poètes qui s’inspirent du rap, de la bédé et du web. Mais toi... Fouchtra ! Louis Braconnier, c'est une tellement belle folie tes photos ! Comment as-tu pu faire ça ? Il t'a fallu au moins corrompre les dieux !

      -    Non, bien sûr, rit-il. Seulement travailler. Et dans le vide métaphysique encore...

      -    En tous cas, c'est autre chose que tes petites campagnes, même étonnantes, de Biron en Périgord. Je suis contente de t'avoir servie de noir premier plan pour tes photos du mur d'écrans.

      -    J'aimerais entendre Cosmorchestre. Viens boire ce Gosset avec nous... 

      -    Merci. Mais tu as derrière cette porte une bien plus séduisante compagnie. Et je suis une buveuse d'eau. Nous nous reverrons demain. Nous parlerons. Nous écouterons. Et pourquoi n’imaginerait-on pas d’associer tes images avec ma musique dans un nouveau spectacle total ? Connais-tu mon premier numéro d'opus ? Les Madrigaux de la Sibylle, deux voix entrelacées ?

      -    Oui... sourit-il en poussant la porte d’un air entendu.

Ce dialogue n'avait pas eu le temps de réchauffer une bouteille dont Louis fait sauter le muselet et le bouchon. Jusqu'au tintement musical d'un néon du plafonnier qui, faute de supporter le choc, s'éteint en grésillant. Des millions de quarks de Gosset, charmes étranges et sommets de beauté montent dans la flûte de Champagne. Les fines bulles caracolent en imprévisibles trajets d'idées sur les papilles, allumant quatre yeux de suaves moiteurs consommées.

Soudain, Louis voit l'encéphalogramme plat des ondes radio de SETI s'agiter, survolté... De quel message extraterrestre ? 

      -    Ne t'excite pas, rit Champagne. C'est tous les soirs pareils. C'est l'heure où le gros Francis fait rissoler la sueur de ses immondes hamburgers au four micro-ondes. Ce n'est qu'un parasitisme radioélectrique pas encore éliminé. En Australie, ils se sont acharnés là-dessus avant de leur comprendre d'où ça leur venait. Louis... raconte-moi tout. Cette nuit. Toi, Éros, Lecommunal et le reste.

      -    Oh, il y faudrait bien plus que la nuit. Pire qu'une liasse de procès-verbal de la Juge Judith-Renée. Sans compter Robert, Léo, Julius, Joss, Orlu, Lespinassières, Geneviève et Flore la vivante...

      -    Eh bien, commence. Lance tout ça sur la tactilité du clavier, écris-moi. Avec des phrases félines. Fait moi rire, pleurer ; et rêver. Si je ne flanche pas, je serais ta lectrice idéale. Et nous l'envoyons dans le partout et le vide de là-haut qui est aussi le bas. Dans un univers qui n'a jamais commencé et jamais cessé d'envoyer ses événements, ses débuts et ses fins dans l'éternité. Nous l'envoyons vers les étoiles, vers toutes les intelligences possibles...

      -    Crois-tu ? Déjà un peu ivre, chère Champagne ? Je ne sais pas écrire. Ce ne sera qu'une mauvaise et trop rapide coda. Un prélude comme à l'art de toucher le clavecin. Cette histoire n'est jamais finie. Les événements et les connaissances vont continuer d'agiter, de changer et reprendre le monde et ses personnages. S'il fallait que je me lance là-dedans... J'aurais besoin d'Éros. Et de solitude. Et de la patience d'une oreille.

      -    Oui, oui, glousse-t-elle, tapant toujours sur le clavier ce qu'elle entend et dit pour le perdre dans l'impossible mémoire du temps et de l'espace.

      -    Si nous envoyions le Requiem de Béatrix Porte-Dijeaux ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, par l'agilité des doigts de Champagne, dont l'art du clavier semble éveiller les sombres, les profondes voix de basses lentes et inaugurales que des mouvements virevoltants changent peu à peu et pour la plus grande part de l'a capella en enlacements de plaisirs audibles, de joies...

      - Et dans ton livre de photographies... Tu crois que ? Louis, j'aimerais entrer dans ton livre ; même si je n’y suis qu’une petite souris de bas de page...

      -    Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! Ce clavier omnivore et planétaire, il me le faut avec tes doigts.

En effet, leurs ongles sont vivement peints d’une lune et de ses quartiers, d’anneaux de Saturne, de Vénus et d’étoiles, de constellations diverses, effleurant le clavier au ton nocturne. Que la photographie ordonne dans une composition diagonale, et sur fond d’un angle de plaid feuillu…

      -   Oh merci ! Je suis comblée… Ce livre que tu dédieras ?

      -    À ma fille… 

 

FIN

 

 

Bibliographie partielle

 

 

      I  Une route des vins de Blaye en Médoc

 

Michel Donaz : Encyclopédie des crus classés du Bordelais, Julliard, 1981.

Robert Parker : Les vins de Bordeaux, Solar, 1993.

Léo Morillon : Actualité politique du platonisme, Gallimard, 1974.

Robert Garonne : Repenser les Bordeaux de 1855, Le Temps Felletin, 1985.

 

      II  Un appartement à Bordeaux

 

Louis Braconnier : Medio Acquae, Le Temps Felletin, 1988, réed. Courrier d’Aquitaine, 1993.

Léo Morillon : L'Art comme déchet de l'idée, Seuil, 1984.

Léo Morillon : La Cité responsable, Gallimard, 1986.

 

  III  Bironpolis

 

Patrice Letellier : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 1996.

Léo Morillon : L'Etincelle contrariée, Essai sur l'éducation pénitentiaire, Gallimard, 1979.

Léo Morillon : Les Territoires oppressifs, ou les conjurations contre l’idée, PUF, 1982.

Léo Morillon : Idéalisme et déconstruction. Une impasse ? Gallimard, 1996.

Léo Morillon : Les Nuages de Titien, Fata Morgana, 1999.

Hubert Portal : La Fabrique art contemporain, La Différence, 1989.

David Johannes : Poèmes morts, Le Bousier, 1987.

 

      IV V VI  Éros à Sauvages

 

Nouveau dictionnaire de sexologie, J.J. Pauvert, 1965.

Pascal Bruckner/Alain Finkielkraut : Le Nouveau désordre amoureux, Seuil, 1977.

Julius Evola : La Métaphysique du Sexe, L'Age d'homme, 1989.

Friedrich-Karl Forberg : Manuel d'érotologie classique, Joelle Losfeld, 1995.

Louis Braconnier : Sentiers de Périgord, Duculot, 1992.

Léo Morillon : Pour une sexualité communautaire. Fragments posthumes, PUF, 2000.

David Johannes : Elégies érogènes, La Perla, 1989.

 

 

      VII  Job

 

Louis Braconnier : Sentiers de Quercy, Duculot, 1996.

Louis Braconnier : Une Histoire de la photographie de paysage, Land, 2000.

 

 

      VIII  De natura rerum

 

Lucrèce : De rerum natura / De la nature des choses, Aubier, 1993. 

Paul Couteau : Le Grand escalier, des quarks aux galaxies, Flammarion, 1992.

Trinh Xuan Thuan : La Mélodie secrète, Fayard, 1992.

Etienne Klein : Conversations avec le sphinx, les paradoxes en physique, Albin Michel, 1992.

Stephens Hawking : Commencement du temps et fin de la physique, Flammarion 1992.

La Science au présent, Encyclopaedia Universalis, 1992.

La Nouvelle physique, sous la direction de Paul Davies, Flammarion, 1993.

Georges Smoot : Les rides du temps. L'univers 300000 ans après le big bang, Flammarion, 1994.

Claude Allègre : La Défaite de Platon, ou la science au XX° siècle, Fayard, 1995.

Laurent Nottale : La Relativité dans tous ses états, Hachette Littératures, 1998.

Dr Raymond Moody : La Vie après la vie, Laffont, 1977.

Jean Montaldo : Lettre ouverte d'un chien à François Mitterrand au nom de la liberté d'aboyer ; Mitterrand et les quarante voleurs ; Rendez l'argent, Albin Michel, 1993, 1994, 1995.

Léo Strauss : Le libéralisme antique et moderne ; Qu’est-ce que la philosophie politique ? ; Histoire de la philosophie politique, PUF, 1990, 1992, 1994.

John Rawls : Théorie de la justice, Seuil, 1987, Libéralisme politique, PUF, 1995.

Yolande Rivière : Léo Morillon, une vie excavée, Gallimard, 2003.

Béatrix Porte-Dijeaux, collectif, Domaine Musical, 1997.

Rémi Vénasque : Astrophysique et métaphysique, Science & Conscience, 2003.

Louis Braconnier : De natura rerum, Casati editore / Sixtine and Hudson, à paraître.

 

 

Toute ressemblance avec des personnes

ou des organismes réels serait purement fortuite

et n'engagerait en aucune manière la responsabilité de l'auteur.

De même, la ville de Bordeaux, l'observatoire du Pic du Midi, le CERN de Genève,

le radiotélescope de Nançay et autres lieux sont traités avec toutes les libertés de la fiction.

 

Thierry Guinhut

Extrait du roman : La République des rêves, synopsis et sommaire

Une vie d'écriture et de photographie

 

Photo : T. Guinhut.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 09:04

 

Monasterio de Leyre, Navarra. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Hitler, une histoire de famille

 

par Harry Mulish et Norman Mailer :

 

Siegfried, Un Château en forêt.

 

 

 

 

 

Harry Mulisch : L’Affaire 40/61,

traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, 272p, 14,50€ ;

 

Harry Mulisch : Siegfried, une idylle noire, traduit par Anita Concas,

192p, 16,90€, Gallimard, 7,50 € en Folio.

 

Norman Mailer : Un Château en forêt,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard Meudal, Plon, 464 p, 22 €.

 

 

 

Sous la voûte de l'Histoire, ce serait abuser que de réduire la quête d’Harry Mulisch (1921-2010) à celle de ses origines. Fils d’un pro-nazi et d’une juive, ce métissage détonnant aurait pu faire de lui un névrosé, mais la liberté de son caractère et de son écriture lui permettent de dépasser l’auto complaisance d’une mémoire viciée. L’Affaire 40/61 est sa lecture du procès d'Heichmann, quand Siegfried, une idylle noire imagine une filiation d'Hitler. Plus fantasmagorique encore, Norman Mailer, fait d'Un Château en forêt celui des affreux contes où bouillonne la gestation du loup, Hitler lui-même.

Lisons L’Affaire 40/61 comme une investigation sur cette dualité qui présida à sa conception. Journaliste pour un grand hebdomadaire néerlandais, Mulisch assiste en 1961 au procès Eichmann. Certes, cette chronique n’a pas la portée philosophique du grand œuvre de Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem[1]. Cependant, entre de lumineuses et plus détendues promenades sur le sol israélien, quoique hantées par la dimension métaphysique de l’état d’Israël, il ne manque pas de poser le problème moral. Comment la banalisation, la mécanisation du mal, est-elle possible chez un être aussi chétif qu’Eichmann? L’obéissance au grand corps de l’état et à son idéal aryen suffit-elle à légitimer la mise à mort industrielle du peuple juif ?

La filiation du mal serait alors le fil noir qui relierait les différents versants de l’œuvre de l’écrivain néerlandais. Pourtant, ce serait rater toute la virtuosité de l’écrivain, sa liberté entière devant les pouvoirs du romanesque, que de ne faire de Siegfried qu’une lecture documentaire et biographique : en quoi le fils imaginé d’Hitler, ce fils du mal absolu, est-il le fils spirituel de l’essayiste et du romancier ?

Le vieil écrivain néerlandais Herter, fêté dans toute l’Europe, alter ego peut-être de Mulisch lui-même, est accueilli à Vienne. Là se réveille le « daimôn » de l’imagination créatrice, mais aussi les vieux démons allemands, Hitler et Eva Braun… Lors d’une interview, il se surprend à annoncer l’écriture d’une histoire pour tenter de comprendre le Führer. A la fin d’une lecture-conférence de sa « Découverte de l’amour » -notons l’écho d’un vaste roman d’initiation de Mulisch : La découverte du ciel[2]- au cours de laquelle il affirme moins son attachement au sujet, devenu banal, qu’à la manière de l’envisager, il se voit aborder par un mystérieux vieux couple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est alors que dans la seconde partie du roman, la fiction bascule dans une fiction supplémentaire, à moins qu’intellectuellement et mythiquement vraie, comme savent l’être les plus grandes fictions. Ils ont été les domestiques privés d’Eva Braun au Berghof, ils ont dû se faire passer pour les parents de ce jeune et attendrissant Siegfried qui, d’abord incognito, pour ne pas désespérer les femmes allemandes du mythe du Führer, aurait dû succéder à son véritable père dans la continuité d’un Reich de mille ans… Bientôt l’on saura comment l’auteur d’un des péchés capitaux du XXème siècle ira jusqu’au bout du mal, comme une boule de néant qui implose tout sur son passage, allant jusqu’à ordonner l’exécution de son fils Siegfried.

Troublants sont les rapprochements envisagés par Mulisch: douze ans de pouvoir pour Hitler, douze ans pour la folie de Nietzsche qui se déclara au moment même, en juillet 1888, où naquit l’auteur de Mein Kampf. Quoique Mulisch montre qu’il n’ignore pas que l’auteur du Zarathoustra, lui anti-antisémite, ne put voir sa sœur falsifier ses écrits inédits et fabriquer une dangereuse Volonté de puissance qui « n’existe pas », pour reprendre le titre du livre de Mazzino Montinari[3]. Certes, on peut contester, pour Nietzsche, preuves à l’appui, l’exactitude de cette date, à quelques mois près. Mais faire d’Hitler le fruit d’une distorsion démente du philosophe ainsi trahi n’a rien de fou : c’est bien le chemin qu’empruntèrent les thuriféraires du nazisme en travestissant le sage surhomme nietzschéen en brute blonde totalitaire…

Tout sonne juste dans ce roman brillant, « idylle noire » et uchronie. La rencontre avec le chef « dictateur » d’orchestre, les remarques sur Wagner, la puissante évocation du Berghof et des dignitaires nazis, d’Hitler lui-même, comme passé au scalpel d’une inquiète réflexion psychologique, sans compter ce feu d’artifice de l’imagination créatrice de l’écrivain qui parvient à faire se lever, depuis des réalités enfouies, des hypothèses impressionnantes. Et si Hitler avait eu un fils ? L’aurait-il emporté dans son « crépuscule des dieux » ? Serait-il ressorti du futur, comme un fantôme malodorant, comme l’agent séducteur et efficace du mal ; et pour quelles destinées… Quant au petit-fils d’Herter, son enfantine remarque coupe le souffle : « Hitler est en enfer. Mais comme il adore les méchancetés, cet endroit est pour lui le ciel. Dans le vrai ciel se trouvent tous les Juifs, et pour lui, c’est donc l’enfer. Si on veut le punir, il faudrait donc le mettre au ciel. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Quelle est la racine du mal ? Surtout s’il est en Hitler incarné… Norman Mailer est loin d’interroger les circonstances socio-économiques, les motivations politiques et les préjugés antisémites, loin de narrer en historien la jeunesse du Führer (comme l’excellent Kershaw). Sans complexe, il écarte la thèse d’Hannah Arendt sur « la banalité du mal ». Seul le diable peut être à l’origine de la naissance d’unmonstre, de la personnalité d’Hitler et des atrocités commises en son nom.

      Après que le narrateur, officier SS, ait avec Himmler disserté, puis enquêté sur la généalogie incestueuse - prétendue condition du génie -, sur l’unique testicule et sur l’hypothèse gênante et cachée d’une ascendance juive, on assiste à une scène ébouriffante : la conception du futur « Adi ». Le père douanier et sa jeune femme font salement l’amour « en compagnie du Malin ». Un brin coprophile et saisi par la jouissance lorsqu’il voit son père battre au sang le chien, l’enfant fait son apprentissage de sadique pervers. Il hait son père, déteste le lycée ; la frustration et l’envie le déchirent autant que les coups de ceinture paternels. Il a des érections en voyant ses beaux camarades. Bientôt, il manifeste un surprenant charisme : « Optimisme feu, sang et acier » leur fait-il reprendre…

       C’est à la fois documenté et absolument délirant. Si l’on admet que le diable est une fiction, le livre ne tient pas. Mais au combat entre le bien et le mal qui agite chacun de nous, les réponses à opposer sont déjà délicates et complexes. Alors, s’il s’agit d’Hitler, on peut bien rendre à la fiction ses lettres de noblesse. Et si l’explication est simpliste, l’efficace déroulement romanesque permet de dresser un portrait dérangeant, quoique en gestation, d’un médiocre, d’un des monstres du XXème siècle.

 

Thierry Guinhut

La partie sur Mullish a été publiée dans Europe en 2003,

celle sur Mailer dans Le Matricule des anges, novembre 2007.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Galimard, 2002.

[3] Mazzino Montinari : La Volonté de puissance n’existe pas, Editions de L’Eclat, 1996.

 

Fiè allo  Sciliar, Trentino Alto-Adige. Photo : T. Guinhut.

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 12:48

 

Biblioteca, Abadia de Viaceli, Cobreces, Cantabria.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

George Steiner, bibliothécaire des tragédies

 

et des réelles présences du langage.

 

George Steiner : Œuvres, divers traducteurs de l’anglais,

sous la direction de Pierre-Emmanuel Dauzat,

Quarto Gallimard, 1216 p, 25 €.

 

George Steiner : Fragments (un peu roussis),

traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat,

Pierre-Guillaume de Roux, 96 p, 13,90 €.

 

 

 

 

       Traduire après Babel la langue des dieux, qu’ils soient grecs ou de la Bible, lorsqu’auteurs ou spectateurs absents de nos tragédies ils fustigent notre condition humaine ou notre judéité, est chose impraticable. Traduire avec la cristallinité requise les langues européennes reste presque aussi difficile. Pourtant c’est  autant sur les ruines de l’Histoire que sur les solides pavois des œuvres d’art que George Steiner fonde sa réflexion. Jusqu’où accueillir alors la validité du langage ? Mettant la vérité à l’épreuve des dramaturges antiques, de Shakespeare, d’Hitler ou de Celan, l’essayiste érudit et brillant qu’est George Steiner s’avance infatigablement à la recherche du sens, de l’énigme du mal, de la transmission des grandes œuvres, guettant l’étrangeté de la rupture entre les mots et le sens, là où s’engouffre la barbarie du XX° siècle et peut-être d’aujourd’hui. La parution de ce volume d’Œuvres, en un choix partiel, affirme avec une rare hauteur de vue que tragédie, judéité, langage en ses traductions, sont les trois axes d’une quête intellectuelle inspirée.

 

       Les dieux sont-ils tragiques ? Il est évident que ceux de la Grèce antique, souvent arbitraires et injustes, accablent d’innocents mortels, tels Hippolyte aimé par la passion incestueuse de sa belle-mère Phèdre et massacré par le monstre de Neptune, ou les enfants assassinées par la vengeance de Médée. Cependant, observe George Steiner dès l’ouverture de La Mort de la tragédie, la Bible et la théologie judéo-chrétienne, ne font aucune part à la tragédie, le Dieu des deux Testaments étant fondamentalement juste, qu’il agisse à l’égard d’Abraham, de Job ou de Jésus. Sauf à l’occasion de la mort de Dieu et de la Shoah. « La tragédie est cette forme d’art qui exige l’intolérable fardeau de la présence de Dieu. Elle est morte à présent parce que Son ombre ne tombe plus sur nous comme elle tombait sur Agamemnon, sur Macbeth, ou sur Athalie. » (p 250) Tragique est également le mythe d’Antigone, non seulement à travers Sophocle, mais à travers son actualité. Suivant la trace des Antigones, de leurs généalogies, George Steiner écrit là au plus près de la philosophie politique, lorsque viscéralement convaincus de devoir enterrer leurs morts, elles sont les résistantes inéluctables aux tyrannies. En ce sens Paul Celan serait le poète d’une Antigone contrariée, quand en sa célèbre « Fugue de mort », il assigne « une tombe dans les airs[1] » au peuple juif laminé.

        Que penser alors de celui qui vit sans ciller son peuple élu alimenter les fumées d’Auschwitz ? A-t-il laissé mourir le langage ? C’est vers Langage et silence, quoique absent de ce volume, qu’il faut se tourner : « Le monde d’Auschwitz déjoue la parole, tout comme il déjoue la raison. Accepter une part d’innommable, c’est mettre en péril la vie du langage, créateur et porteur de vérité humaine et rationnelle.[2] » Et se tourner vers la prescience de la loi incompréhensible, injustifiable, du Procès, et de La Métamorphose de Kafka : « le mot même de « vermine », Ungezeifer en allemand, est un trait de clairvoyance tragique, car c’est ainsi que les nazis devaient appeler ceux qu’ils destinaient à la chambre à gaz »[3].

       Celui qui s’essouffle devant cette aporie de l’Histoire et « témoigne pour le témoin[4] », Paul Celan, fut, pour George Steiner parmi les premiers, une bouleversante révélation autant qu’une énigme de l’hermétisme et des voix de la traduction : « Que ces poèmes existent est tout à la fois un genre de miracle de nécessité ultime et une sorte de cruel outrage. Celan était possédé jusqu’à s’en déchirer par cette contradiction, l’intuition que son génie propre s’employait à nier le néant de la parole et de la métaphore qui auraient dû suivre l’Holocauste. (Pourquoi, en effet, l’art et la poésie ne se sont-ils pas mis en grève ?)[5] » Si la poésie de Celan exprime « le sentiment d’une situation inauthentique de l’homme dans un milieu de langage érodé » (p 652), elle ajoute à la difficulté de la « rupture du contrat classique entre le mot et le monde » (p 654) celle du défi à la traduction (Celan, affirme George Steiner, fut un merveilleux traducteur des Sonnets[6] de Shakespeare). Ce dans le cadre de « La bénédiction de Babel », qui restitue en ce volume d’Œuvres deux chapitres rescapés d’Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction[7]

       « Notre patrie, le texte »[8], affirme celui qui, comme nous tous, plus que le Juif qui transporte avec lui partout la maison de la Torah (sauf sous les fumées d’Auschwitz) a sa cosmopolite patrie dans les grands textes de la culture. En ce sens sa réflexion sur les langues est autant réflexion sur la judéité et son peuple du Livre qui, « après Babel » perdit sa langue originelle, puis après Auschwitz perdit le yiddish, trop mâtiné d’allemand qu’il était, pour créer, presque de toutes pièces, l’hébreu moderne. De plus réflexion sur la langue de Goethe qui s’épanouit à Weimar, alors qu’à quelques pas au-dessus d’elle s’élevèrent les puanteurs des corps brûlés de Buchenwald.

       Restent les fils épars et en pointillés de la traduction, entre poésie et philosophie, pour hésiter entre sésame et labyrinthe parmi les langues. On sait d’ailleurs que Georges Steiner s’adonne parfois à des traductions qu’il ne publie pas. On serait pourtant curieux de goûter ses transmutations, en français peut-être, de peut-être Celan…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       C’est entre « silence » et « réelles présences[9] » (quoique les titres qui examinent ce vide et ce plein soient douloureusement absents de ce volume d’œuvres) que George Steiner bâtit son œuvre au long cours, comme une traversée inquiète et confiante à la fois de la culture occidentale. Pour lui, n’en doutons pas, Babel, en sa séparation des langues, est une catastrophe délicieuse.

       Pourtant, une catastrophe plus sombre menace la culture. Lorsque s’efface « le caractère religieux de la vraie civilisation » (p 318), lorsqu’avec l’ennui « des miasmes montaient du vide et du dégoût, se fixaient sur les centres nerveux de la culture » (p 305), lorsque ne reste plus que le vernis des œuvres d’art, le kitsch, la « retraite du mot » est inéluctable : « Si nous ne pouvons rendre dans nos journaux, nos lois et nos actes politiques une certaine clarté et une certaine précision du sens des mots, nos vies se rapprocherons de plus en plus du chaos. (…) Périr par le silence : cette civilisation qui n’est plus veillée par Apollon ne durera guère. » (p 426) Pessimisme réactionnaire ou salutaire avertissement ?

       Le sens de la culture, Dans Le Château de Barbe-bleue, est à mettre en regard avec celui exprimé dans « Une lecture contre Shakespeare », extrait de Passions impunies[10] : « pratiques discursives philosophiques et poétiques (…) sont toutes deux des sollicitations de l’ordre qui cherchent à détacher une forme intelligible de l’anarchie suggestive du phénoménal ». (p 271). En ce sens, George Steiner tente de réfuter Wittgenstein qui n’aime guère Shakespeare, reprochant à son tableau des passions, fait de l’étoffe des rêves et des cauchemars, de ne pas émaner du Dichter, ce poète au sens éthique incomparable qui fit les beaux jours du classicisme et du romantisme, jusqu’à Paul Celan, celui dont « l’intellect aimant (…) parle l’être » (p 283). La question suivante mériterait d’être posée à la conscience de tout auteur : « Les personnages de Shakespeare sont-ils plus vrais que des nuées magellaniques d’énergie verbale, des nuées qui tournent autour d’un vide, autour d’une absence de vérité et de substance morale ? » (p 285). Si « Wittgenstein lit mal Shakespeare », la démonstration de notre essayiste reste là partielle, même si l’on devine que dresser une telle fresque cathartique de la nature humaine suffit au lecteur de bonne intelligence pour y répondre par des questions morales implicites. Ainsi l’éthique du sens reste l’exigence majeure de George Steiner.

       A sa manière, pour reprendre le titre de Calvino, il répond à la question « Pourquoi lire les classiques ? », ces « livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel (…) un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers (…) ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur »[11]. Parce qu’ils disent la vérité sur l’atavisme de nos interrogations métaphysiques, existentielles, psychologiques et intellectuelles, par-delà le mur du temps et de l’espace. Parce que revenir aux grandes œuvres de la culture et de l’art est retrouver l’humain dans son essentialité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Ce volume d’Œuvres, dont il est peu aisé de saisir la cohérence, quoique composé par Steiner lui-même et son traducteur préféré, Pierre-Emmanuel Dauzat, prend en écharpe un demi-siècle d’écriture et de création, depuis La Mort de la tragédie, de 1961, jusqu’aux Fragments (un peu roussis), parus en 2012. On peut imaginer que les livres ici absents appartiennent plus spécifiquement au volet philosophique qui pourrait faire l’objet d’un second Quarto Gallimard. Et que choisir de n’offrir que quelques pages du Transport d’A. H. et deux chapitres d’Après Babel vise à la quête de l’essentiel, en ces pavés souvent fondamentaux que sont les livraisons de la collection Quarto, qui pourtant, au sein de leurs fragiles couvertures, auraient tendance à apparaître avec douleur comme des sous-Pléiades…

       Cohérence entre le sens et les « errata », sinon la gamme de l’écriture, la traversée des genres : l’essai bien sûr, symbiose de critique littéraire, de gnose et de philosophie politique, l’aphorisme, grâce aux Fragments (un peu roussis), l’apologue biblique, le récit personnel au moyen d’Errata

       Cette autobiographie intellectuelle est celle d’une enfance avide de culture européenne multilingue, entre allemand, anglais et français. Les anecdotes familiales, les années scolaires et universitaires, depuis la naissance en 1929, permettent alors d’assumer le « je » (parfois jeté dans les pages des essais). Mais ce sont surtout les lectures, les professeurs qui balisent cette tentative d’osmose avec les langues. Même si « avec un venin onctueux », ce « shibboleth hargneux des idéologies racistes, nationales et tribales », on lui murmura que « le polyglotte ne possèdera jamais cette aisance de somnambule dans une seule langue qui marque non seulement l’écrivain (d’abord et avant tout le poète) mais aussi le lecteur et critique réceptif d’un texte littéraire. » Ce à quoi il répond que « Clairvoyant face à la montée menaçante du nationalisme, Goethe déclare sans ambages qu’aucun monolingue ne connait vraiment sa langue. » (p 1043)

       S’interrogeant sur le lien entre le « progrès général et la créativité de premier ordre », il suppose qu’un « authentique déclin de l’analphabétisme accroitra le nombre de ceux qui, au sein de la collectivité, sont sensibles à la pensée, aux arts, à la littérature », dans le cadre « de la pédagogie libérale des Lumières ». Il reste cependant dubitatif : « Quelle preuve existe-t-il que l’on puisse atteindre cet idéal sur autre chose qu’une éche1le limitée ? (p 1061) Et parmi « une culture de fast-foods » (p 1075), rejoignant ainsi l’interrogation d’Hannah Arendt[12] 

       En compagnie de ce Juif errant au cosmopolite pays des textes, nous avançons parmi une quête de sens jamais achevée, faite d’ « errata », d’errances et de fautes, de confessions après celles de Rousseau, sans la grâce augustinienne réservée à l’élu du sens, mais avec le soin de celle de la démocratie de l’intellect et de « la démocratie de la grâce, ou de la damnation » (p 1107). D’autant que son cheminement au cœur d’un continuel rayonnement littéraire et philosophique est confronté à l’inqualifiable erratum de l’Histoire : ces « Vents de l’homicide de masse » (p 1055). Repris en ce court essai, « la longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah » : « La question d’Auschwitz dépasse de loin celle de la pathologie politique ou des conflits économiques et socio-ethniques, aussi importants qu’ils soient. C’est de la possibilité de concevoir l’existence ou la non existence de Dieu, du « Personne » qui nous a faits ; qui, quand soufflait le vent de la mort, n’a pas parlé, et qui est maintenant en procès. Dans ce procès, qui est celui de l’homme dans l’Histoire, comment le langage parlé pour l’accusation ou la défense, pour le témoignage ou le démenti, peut-il être un langage dont Son absence est absente, dans lequel aucun psaume ne peut être dit contre Lui. » (p 473).

       Le morceau de ce volume d’Œuvres qui pose le plus de problèmes tient évidemment en ces quelques pages orphelines de l’unique roman de notre essayiste et professeur : Le Transport de A. H[13]. Il y a deux réquisitoires en ce texte hallucinant qui voit un groupe d’hommes retrouver dans les marais d’Amazonie un vieillard pisseux. Nous avons deviné que ces initiales qui marquèrent le centre du XX° siècle, entre les Kolyma du communisme et la bombe d’Hiroshima, sont celles d’Adolf Hitler, échappé à la mise en scène de son suicide, virus absolu du mal radical dans les jungles, comme le fut le Kurtz du Cœur des ténèbres de Joseph Conrad[14]. Notre volume choisit de publier le réquisitoire que constitue « Le monologue de Lieber », dans lequel il entreprend une charge contre le charisme de l’ex-Führer, « une éloquence sans pareille » (p 435) au service de « Mauthausen Drancy Birkenau Buchenwald Theresienstadt » (p 439), et dans lequel il abjure les siens : « Cherchez le poison dans ses dents et enduisez ses furoncles de pommade. Veillez sur lui plus tendrement que les fils de Jacob. » (p 441) Fiction romanesque éprouvante qui cependant laisse au lecteur le soin de regretter qu’elle soit la seule de son auteur. Mais fallait-il, alors que George Steiner en refuse la traduction en allemand et en hébreu, donner l’ultime réquisitoire qui voit A. H. lui-même pointer la responsabilité des Juifs : « j’ai appris. De vous. Tout. Choisir une race. La préserver pure et sans taches. Placer devant ses yeux une terre promise. Purger cette terre de ses habitants ou bien les asservir. (…) Mon racisme ne fut que parodie du vôtre, qu’une avide imitation. Qu’est-ce qu’un Reich de mille ans comparé à l’éternelle Sion ?  (…) Ce sont des hommes et des femmes, créature de chair, que le Nazaréen a abandonnés à cet infernal chantage du châtiment éternel. Que sont nos camps comparés à cela ? » Poursuivant, il minimise ses forfaits face à ceux de Staline, (venus du Juif Marx), d’Hiroshima et du napalm du Vietnam, non sans jeter un dernier fiel : « Ce fut l’Holocauste qui vous donna le courage de l’injustice, qui vous fit chasser l’Arabe de chez lui. (…) Peut-être est-ce moi le Messie, le véritable Messie, le nouveau Sabatai dont les abominations furent permises par Dieu pour ramener son troupeau au bercail. [15] »

      Le risque encouru par le Juif George Steiner n’est-il pas de charger la barque de la détestation d’Israël, de l’antisionisme, de l’antisémitisme ? A moins de considérer avec plus de justesse que la mauvaise foi d’A. H., son argumentation spécieuse, soient le verrou d’une inacceptable confusion entre le nazisme criminel, la Bible et la seule démocratie, malgré ses inévitables failles,  libérale et tolérante, du Proche-Orient…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       En marge de ses vastes essais sur les Réelles présences du langage, sur la traduction et les Grammaires de la création, George Steiner est en ses Fragments un peu roussis saisi par la plume de l’aphorisme. Utilisant l’artifice romanesque du manuscrit retrouvé, celui qui, De la Bible à Kafka, sait déchiffrer Le Silence des livres, imagine en son prologue que ces écrits « figuraient sur un des rouleaux roussis récemment exhumés à Herculanum ». S’agirait-il alors d’une uchronie qui aurait permis à quelque érudit romain d’être capable de parler des Sonnets de Shakespeare et d’Auschwitz…

      C’est par l’esthétique du « fragment » que se dessine sa qualité de « déchiffrement » devant les gouffres de la pensée, les fêlures de l’être et de notre temps. Sur la dangereuse proximité de « l’amitié tueuse d’amour », il est désabusé. Sur le mal, il se demande s’il est « incisé dans la psyché humaine ». Quant à l’argent, cette « Déesse », alternant éloge et blâme, il finit, en moraliste traditionnel, par dénoncer un « culte du veau d’or », sans deviner s’il est préférable à celui de la pauvreté… Sur le pouvoir de la musique et de la mort, il est enchanteur, puis pathétique, sans illusion et sans fard. Stimulant, il se risque à pointer « la tartufferie du politiquement correct », lorsqu’il explore les inégalités de la beauté et de l’intellect : « Où l’on retrouve les vieilles questions des facteurs génétiques et environnementaux ». S’il défend « l’accès aux arts et aux sciences pour tous », il constate avec désabusement qu’une « incalculable majorité fera du football la religion mondiale ».

      Pourquoi « un peu roussis » ? Par le passage de l’éclair inquiétant de la pensée, des chambres à gaz du nazisme qui offensent la judaïté et la religion du livre de Steiner, des autodafés de la culture philosophique. Il y a plus d’idées, de fulgurance poétique en ces quatre-vingts pages qu’en maints tomes besogneux, plus d’interrogations fondamentales, d’intensités conceptuelles vigoureusement argumentées et colorées…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Certes l’homme Steiner, fascinant, enjoué, parfois cabotin, érudit impressionnant, styliste brillant, capable des embûches retorses du Transport de A. H. et des lumineuses analyses de ses Grammaires de la création[16], peut agacer : « Lire une page de Platon quand on a un Walkman sur les oreilles ? Cela me fait très peur[17]. » Gageons que notre passeur des cultures, serait effrayé en apprenant que l’auteur de ce modeste article écrit en écoutant L’Olimpiade de Vivaldi… Il a dit quelque part qu’aucune œuvre digne de ce nom ne pouvait naître d’un traitement de texte. Son approche d’internet reste vieillotte, quoique justement prudente : « Les textes qui passent à l’écran sont en un sens, provisoires, inachevés. (…) Et l’écran ne possède jamais cette vie que Platon et Lévinas jugent indispensable dans toute rencontre féconde entre maître et disciple »[18]. Il vitupère sans nuance et avec la lourdeur des clichés contre « le hurlement sadique et sauvage de l’argent du capitalisme tardif[19] » Il regrette et conspue le déclin de la culture européenne, voire la fin de l’humanisme lettré, malgré de pétillantes lueurs d’espoir de renaissance culturelle, tout en plaidant au soir de sa vie, de façon fort moderne, pour la liberté de l’euthanasie dans le huitième et dernier des Fragments (un peu roussis) intitulé « Mort amie » : « Le suicide incarne la liberté (…) La gériatrie, les reliquats de théologies obsolètes cherchent à nous priver de cette liberté fondamentale. Est-il chose plus cruelle que le diktat qui maintient en vie l’homme dont le cerveau s’est éteint, le paralysé alimenté par des tubes » (p 1202)…

       Par-delà nos morts, individuelles et collectives, qu’elles soient naturelles ou du scandale politique et herméneutique de la Shoah, il s’agit dans tous les cas de traduire le sens, de délivrer le « sens du sens[20] ». Dans les mots, le secret du poème, qu’il soit de Celan, de Shakespeare ou de Wallace Stevens, l’articulation entre morale et culture reste fondamentale. Un nazi peut-il écouter Die schöne Müllerin de Schubert avant d’aller tuer ses Juifs ? Quelle est alors le sens de la culture ? A moins que, au-delà des brutes qu’étaient la plupart de ses comparses, que leur usage de l’auteur des lieder soit de l’ordre du kitsch et non de cette plus haute culture qui élève les sens, l’esprit et les mœurs, dans la continuité éthique de la Bible et des Lumières.

 

       Car à George Steiner, à cet humaniste du don des langues européennes, il faut reconnaître une irremplaçable fonction, celle de passeur. Est-ce celle du Dichter, ce terme allemand qui n’est qu’imparfaitement traduit par poète, mais avec une dimension éthique, comme Goethe ou le Beethoven de la Neuvième symphonie ? Comme le dit le titre que l’on devine choisi avec soin, il n’y a pas seulement là une brassée d’études sur les œuvres d’autrui, mais une, des Œuvres, celle d’un penseur qui tente de retisser le lien, qui fut brisé par la Shoah, entre le livre juif, les livres de l’histoire intellectuelle européenne et un présent de la compréhension de l’éthique de l’humanisme et des Lumières, séminal pour notre futur. Pourtant, me direz-vous, George Steiner n’a pas tiré de son chapeau une œuvre poétique personnelle, tout juste un roman passablement effrayant, quelques apologues et aphorismes brûlants, il n’est qu’un commentateur. Mais à ce commentateur encyclopédiste, à ses qualités d’inquiétude, de finesse et de Lumières, à ces « réelles présences, et grâce à elles, peut-être faut-il reconnaître la dimension du Dichter…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Paul Celan : Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987, p 85.

[2] George Steiner : Langage et silence, Seuil, 1969, p 131.

[3] Ibidem, p 129.

[4] Paul Celan : Renverse du souffle, Seuil, 2003, p 78.

[5] Georges Steiner : « Nord du futur », Lectures, chroniques du New Yorker, p 293.

[7] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998.

[8] George Steiner : De la Bible à Kafka, Hachette Littératures, 2002, p 199.

[9] George Steiner : Réelles présences. Les arts du sens, Gallimard, 1991.

[10] George Steiner : Passions impunies, Gallimard, 1977.

[11] Italo Calvino : La Machine littérature, Seuil, 1984, p 104 à 108.

[13] George Steiner : Le Transport de A. H., Julliard L’Age d’homme, 1981.

[14] Voir : Juan Asensio dans « Conrad et Steiner. Autour du Transport de A. H. », L’Herne Steiner, 2003, p 261.

[15] Georges Steiner : Le Transport de A. H., p 241 à 250.

[16] George Steiner : Grammaires de la création, Gallimard, 2001.

[17] Entretien avec Georges Steiner : Télérama, 12-12-2011.

[18] George Steiner : Maîtres et disciples, Gallimard, 2003, p 40-41.

[19] Entretien avec George Steiner : Le Point, 24-1-2008.

[20] George Steiner : Le Sens du sens, Vrin, 1988.

 

Photo : T. Guinhut.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 14:06

 

Ostia antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les inquiétudes sexuelles et amoureuses

 

de Jeffrey Eugenides :

 

de Middlesex au Roman du mariage.

 

 

Jeffrey Eugenides : Le Roman du mariage,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis, L’Olivier, 560 p, 21 € .

 

Jeffrey Eugenides : Middlesex,

traduit par Marc Cholodenko, L’Olivier, 684 p, 21€.

 

 

 

 

       Après Gaddis, Pynchon, De Lillo et Franzen, voici un autre avatar du Grand Roman Américain, rite de passage pour tout écrivain digne de ce nom. L’auteur clinicien de Virgin suicides brosse, en Middlesex et Le Roman du mariage, deux généalogies américaines. La première, depuis une paysanne grecque et son frère fuyant Smyrne pour alimenter le melting-pot de l’immigration, en passant par des générations de commerçants, jusqu’à un hybride jeune homme, né fille. La seconde, plus ramassée, s’intéresse à la généalogie du sentiment amoureux, qu’il ait pour origine le roman victorien ou les étranges déterminismes de nos cerveaux…

          Ici, à Middlesex, quelque chose a grippé la machine de l’intégration sociale, culturelle et sexuelle, de cette épopée homérique à laquelle Eugenides emprunte des périodes parodiques. Est-ce l’inceste originel ? Ou la faute de ce moule américain qui ne voit que comme un problème -et doit donc trancher- ce cas d’hermaphrodisme. Seule devant le diktat médical, la jeune Calliope s’enfuit pour devenir l’adolescent Cal, muni d’un « crocus » affleurant d’un sexe apparemment féminin. Devant ce piège génétique et social, devant les marchands de pornographie qui veulent exploiter sa particularité sensuelle et piquante, Cal choisit sa liberté, en une belle réflexion morale sur la responsabilité.

         Ses « deux naissances » répondent aux deux parties du roman, d’abord pour les grands-parents et parents, puis l’histoire de Cal. Cette double réflexion sur l’identité dépasse la problématique du patriotisme métissé américain, pour s’ouvrir sur nos identités sexuelles et mentales et atteindre la belle universalité du roman de formation. Même si l’on peut rêver plus d’émotion dans l’écriture lorsque le narrateur affronte ceux qui veulent lui assigner une sexualité tronquée, puis lors de son errance qui ne le ramènera, en final, que devant le caveau familial…

           Pourtant, le conte réaliste de l’hermaphrodisme, bien que prodigieusement intéressant, curieux pour le moins, aurait mérité de savoir mieux toucher notre fibre sensible. C’est alors qu’avec Le Roman du mariage, Jeffrey Eugenides a su confier son empathie à ses personnages, et par voie de conséquence à nous lecteurs.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… C’est ainsi que le conte traçait un avenir de bonheur. On se doute que le roman du XXI° siècle sera bien plus dubitatif. Les chausse-trappes de la séduction et du couple prennent en effet chez l’Américain Eugenides, en sa théorie et critique romanesque de l’amour et du mariage, une tournure inquiète, en défaveur du « roman du mariage ».

         Dans le cadre du collège novel, ce genre romanesque typiquement anglo-américain, des étudiants d’université croisent leurs jeunes destinées. L’une, Madeleine, est passionnée par les romancières victoriennes, l’autre, Mitchell, étudie la théologie, enfin Leonard se veut biologiste. Ils se rencontrent lors de cours de littérature, découvrant alors les essayistes et philosophes français à la mode. Un étudiant témoigne d’un air docte et pince sans rire que la lecture de La Grammatologie de Derrida a « bouleversé sa vie ». Ce qui nous vaut une petite tranche de satire enlevée de la vogue de la « french theory », lorsque l’enseignement des Sciences humaines est soumis à la déferlante de la sémiologie et du structuralisme : « Ils voulaient que le livre, cet objet transcendantal, fruit de tant d’efforts, soit un texte, libre de toute attache, indéterminé, ouvert aux interprétations ». Pourtant, lors de ses déboires et larmes, Madeleine relit avec auto-apitoiement et mélancolique délectation les Fragments d’un discours amoureux, seul ouvrage qui, au-delà de l’ironie du narrateur, parait garder sa fraîcheur : « Elle pouvait lire Barthes déconstruisant l’amour à longueur de journée sans sentir la moindre atténuation de celui qu’elle portait à Leonard ». Le Roman du mariage sera remplacé par un « kit de survie de la petite célibataire », passablement coquin, mais guère exaltant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Classiquement, nous sommes aux croisements d’un trio sentimental et sexuel. Séducteur, doué d’un charisme certain, Leonard est nanti d’une face sombre, comme un Docteur Jekyll et Mister Hyde (titre qu’aurait dû ne pas oublier Madeleine) lorsqu’il est balayé par des accès de dépression. C’est lui qu’elle aimera, quoique à ses dépens, quand Mitchell, l’étudiant doué d’un inattaquable sérieux, ne trouvera, pour alimenter sa passion, que l’ersatz de l’amitié. Et pendant que Leonard plongera dans l’enfer de l’hôpital psychiatrique et du « lithium » (ce qui nous vaut quelques pages encyclopédiques pour que le roman réaliste puisse faire concurrence au réel) c’est en un miroir inversé que Mitchell ira voyager en Europe et en Inde, jusqu’aux cotés de Mère Theresa et de ses mourants…

          On imagine sans peine que l’auteur de Virgin suicides et de Middlesex, cette épopée de l’hermaphrodisme contrarié, ne conduira guère les aspirations matrimoniales opposées de Madeleine et Mitchell au happy end postulé par leurs cœurs et leurs fantasmes. De même, l’éphémère mariage de la jeune femme avec Leonard sera la trop triviale éducation sentimentale contrariant sa passion intellectuelle pourtant intacte pour les romans de Jane Austen et de George Eliot. Etudier la question du mariage dans les récits anglais du XIX° ne protège visiblement pas des illusions et des inconvénients de la chose, « même si Madeleine se sentait en sécurité avec un roman du XIX° siècle », malgré toutes les qualités humaines de l’héroïne. En ce sens, le livre d’Eugenides navigue parmi deux plans complémentaires, romanesque d’une part et sociologie et psychiatrie d’autre part, dont l’un est la critique de l’autre, ce qui contribue à sa réussite, malgré quelques longueurs lors des épisodes « maniaco-dépressifs » de Leonard. Probablement la faille qui s’ouvre en son cerveau est-elle plus grave que celle pourtant plus visible de l’hermaphrodisme de Cal.

          Deux livres hybrides donc, tous deux sondant les failles de la sexualité et de l’amour. Le premier est grec et américain, femme et homme, saga sociale de Smyrne à Detroit et épopée d’un demi-siècle d’histoire où surgit un jeune être mythologique. Le second se fait chronique des amours estudiantines et de l’accession à la maturité des couples, des solitudes, en même temps que théorie et critique du roman, comme si l’essayiste distillait sans cesse son diagnostic dans le corps du récit. En ce sens la postmodernité assumée de Jeffrey Eugenides prend en écharpe les genres.

        Dressant un tableau tour à tour idyllique et grinçant des mœurs américaines, entrant alternativement dans les profondeurs des cerveaux de ses personnages, qu’ils s’agissent de leurs hormones, de leurs affects, de leurs cultures et de leurs  connexions neuronales, depuis Middlesex jusqu’au Roman du mariage, Eugenides fait montre d’une maîtrise indubitable des ressorts de la narration et de la psychologie, sans compter leur inscription dans un temps historique voire mythique. Entre péripéties renouvelées dignes de la tradition littéraire de grands réalistes du XIX°, de Flaubert à Tolstoï, et métalittérature, à la lisière de l’humour et du tragique, il figure en ses romans d’apprentissage les traits d’une génération tour à tour inquiète, enthousiaste et cependant trop vite désenchantée ; la nôtre peut-être…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Roman du mariage est parue dans Le Matricule des Anges, janvier 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

Berghotel Titlis, Engelberg, Schweiz. Photo : T. Guinhut.

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 13:37

 

Gummenalp, Engelbergrental, Dallenwil, Schweiz.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Les Carnets d’Himalaya et du Mont Chauve

par Miquel Barcelo & Michel Butor,

jusqu'à De la vida mia.

 

 

Miquel Barcelo : Cahiers d’Himalaya,

Le Promeneur, Gallimard, 2012, 190 p, 39 €.

 

Michel Butor et Miquel Barcelo : Une Nuit sur le mont chauve,

La Différence, 2012, non paginé, 45 €.

 

Miquel Barceló : De la vida mia, Mercure de France, 2024, 250 p, 35 €.

 

 

 

 

      Comme un photographe ne quitte pas son appareil, au point d’imaginer fixer sur la pellicule - ou numériser - ses rêves, un  aquarelliste emporte toujours avec lui ses boites et pastilles de couleurs. Du bourbier de la terre, il tire sur le blanc ou le noir du papier l’essence du paysage ou du songe. Ainsi, dans l’Himalaya, ou sur le Mont Chauve ukrainien, cette fois en compagnie de Michel Butor, le peintre Michel Barcelo œuvre-t-il avec l’ivresse de la marche et du cauchemar. Prolixe illustrateur et créateur, il nous confie, en ses pages intitulées De la vida mia, tout un parcours exaltant.

      Un voyage est forcément volatile, soumis à la sanction du temps. Comment en conserver la trace, sinon par une œuvre d’art ? Mieux encore, par une œuvre d’art polymorphe. C’est ce à quoi s’est astreint le peintre catalan Miquel Barcelo (né en 1957) en associant dans un beau volume les textes de ses carnets, des photographies et d’abondantes aquarelles pour en ramener ses Cahiers d’Himalaya.

      Dans la tradition de l’Equipée[1] de Victor Segalen, et après avoir longuement sillonné les pistes du Mali et du pays Dogon, en ses Carnets d’Afrique[2], que les bouleversements politiques et terroristes lui ont interdit, le voilà encore bouleversé par l’appel de l’ailleurs. C’est alors qu’il aimante son désir vers un ailleurs suprême : l’Inde, le Taj Mahal, l’Himalaya et ses hauteurs, autant montagneuses que spirituelles. Sur de banals carnets, ici reproduits, il narre les étapes de la révélation : « C’est seulement en Himalaya, au Ladakh, au Mustang, au Zanskar que j’ai eu la même intensité de sensation, de déserts brûlants, de cailloux en formes de pêches […] Et au milieu de cette apothéose minérale, un ascète orange en forme de stupa »… Son compagnon, Ach, est portraituré avec ironie, stupéfaction et tendresse, entre haschich et culture bouddhique. Plus loin, il voit dans les peintures des gompa de Katmandou les feux des cercles de l’enfer de Dante, ou les compare à Matisse. Entre mal d’altitude et ravissement, il ne cesse de méditer son art : « j’ai choisi mon plus beau bleu, mon plus beau jaune, et j’ai laissé pourrir mes couleurs (sans noir et sans blanc) macérées, décantées… »

 

 

      L’aquarelle de Miquel Barcelo ne cherche pas la précision, mais la suggestion, à travers les techniques du barbouillis, du lavis et de la tache, de la dispersion et de l’éclatement de la couleur, parfois agrémentées de pigments ramassés sur le sol, par exemple des « micacées gris argenté » pris dans le fleuve. Dans le cadre d’une sorte de néo-expressionisme, et de ce que l’on a pu appeler son minimalisme désertique, ce sont des lumières, des brumes, des parois, des bouddhas et des yacks. Ce dernier animal, dont on sait l’importance sur le Toit du monde, s’anime alors sur la couverture dans le fantasme de l’aquarelle, comme un emblème à la force symbolique. Non sans humour, l’aquarelliste se délave de gris dans son « Autoportrait au yéti ». Malgré quelques pages plus puériles et moins nécessaires, les jaunes intenses, les ocres et terres de Sienne, les bleutés et les noirs dansent parmi ces prises de notes impromptues, dans l’urgence de saisir moins une exactitude de la vision qu’un jeu, une fulgurance de la perception.

      Les photographies sont de paysages intenses, d’autochtones marchant dans le froid, de Bouddhas sculptés ou peints dans des grottes obscures, de détails révélateurs (un jardin miniature) ou incongrus (un dépôt de bouteilles vides), une « mangue du Cachemire » comme une nature morte solitaire dans sa luminescence… Mais elles comptent évidemment moins que la spiritualité de l’art du pinceau : « Je veux une peinture qui, comme la peau d’une seiche, soit pourvue de chromatophores (Cthulhu), qui tantôt soit invisible, tantôt apparaisse dans toute sa monstrueuse blancheur, tel Moby Dick. »

      Comme un étrange triptyque mêlant écriture, peinture et photographie, ce beau livre est un objet précieux, de sensations, d’impressions et de pensée distillés par trois moyens autant sensuels que spirituels. On ne saurait mieux percevoir cette dimension spirituelle que dans un autre travail, cette fois digne d’un titan de l’aquarelle, lorsqu’il illustra toute La Divine comédie de Dante[3]. Qui eût cru qu’après Andrea Botticelli ou Gustave Doré un modeste aquarelliste puisse aussi fabuleusement animer les lieux aussi divers de l’enfer, du purgatoire et du paradis, de la noirceur cruelle à la lumière angélique, que notre Miquel Barcelo, l’enfant terrible et délicat de son art…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Danse macabre, danse d’humour, danse de création ? Dans la tradition médiévale de la ballade des morts, Miquel Barcelo s’invite pour nous jouer un acte de complicité avec un écrivain qui s’inscrit dans la longue chaine des réécritures.

      Nicolas Gogol écrivit en 1831, parmi ses Veillées d'Ukraine, une nouvelle intitulée « Nuit de la Saint-Jean[4] », qui fut popularisée en 1880 par Moussorgski dans son poème symphonique Une nuit sur le Mont Chauve. Qui eût alors cru que le pape du Nouveau roman, Michel Butor soi-même, né en 1926, autrefois si sérieux et systématique dans son achèvement du personnage voué à la deuxième personne du pluriel dans La Modification[5], bientôt furetant aux curiosités géographiques du monde et du rêve, allait devenir si gothique et facétieux en ses vieux jours, flirtant avec la Mort en ses poèmes…

« 2 Horrifique :

Squelettes sortis des placards

dans les corridors des châteaux

pleuvent comme chauve-souris

sur les clairières éventrées »

      C’est en dialoguant avec de très nombreux artistes que Michel Butor a dispersé bien des livres à deux voix : peinture et écriture. Suite à son ouvrage séminal Des mots dans la peinture[6], il commenta sans relâche Alechinsky, mais aussi Bram Van de Velde, Vieira da Silva, Delacroix et son Faust… Il ne pouvait que s’acoquiner avec Miquel Barcelo dont nous connaissons les ébouriffantes illustrations de la Divine Comédie de Dante, ou les Cahiers d’Himalaya.

      Egrenant la concision de ses soixante-douze quatrains, Michel Butor compose ses Fantaisies dans la manière de Callot[7], pour reprendre le titre d’Hoffmann. Le fantastique y règne en maître, illustrant de manière allusive le sabbat des sorcières, leurs apparitions spectrales et ludiques. Ce n’est que lorsque « la gelée noire devient blanche », que cette création du monde successive s’achève enfin.

 

 

« 6 Jurassique :

Ptéranodons sur les forêts

de fougères arborescentes

avec des champignons géants

phosphorescents dans les recoins »

      L’on pense aux Exercices de style[8] de Raymond Queneau, tellement chaque quatuor d’octosyllabes est un petit théâtre de marionnettes, animé à chaque fois par un nouveau registre : « Endiablé », Mélancolique », « Gastronome », Exotique »…

« 20 Nostalgique :

Des lambeaux de chair se suspendent

aux poitrines des assistantes

qui cherchent à reconstituer

tous les charmes de leur jeunesse »

      C’est en alternant double page poétique et double page plastique que Miquel Barcelo intervient. Il sait que l’utilisation des papiers de couleur par les artistes est trop rare. On éprouve pourtant ainsi combien dessiner et peindre sur des fonds colorés peut délivrer de la virginité et de la vide liberté de la blancheur. Ainsi sur l’omniprésence du noir, les lueurs pétillent, se démènent, figurent l’origine des espèces et leur micro-encyclopédie, comme dans la Petite cosmogonie portative[9] de Raymond Queneau. Bande dessinée, calligraphie extrême-orientale, peinture sacrificielle ?

 

Dante & Barcelo : La Divine comédie, France loisirs, 2003

Photo : T. Guinhut.

 

 

« 28 Clandestin :

Explose mais ne se disperse

c’est seulement du camouflage

c’est comme l’encre de la seiche

mais la sienne est couleur de lait »

      Comme parmi les ombres de la caverne de Platon, les lucioles dorées des squelettes, des corps, des cervidés et des poissons, dansent, ronde de nuit pariétale, allusion aux parois immémoriales de Lascaux, spermatozoïdes errants sur fond de ténèbres. Où pour reprendre l’image de Gogol : « la corolle, semblable à un petit globe de feu dans la pénombre, parut voguer dans l’air fort longtemps, comme un bateau. Enfin, elle perdit lentement de la hauteur et chut si loin que sa forme étoilée était à peine plus visible qu’une graine de pavot[10]. »

« 48 Transformiste :

Passer d’une espèce à une autre

essayer des cris et des chants

retrouver l’homme d’autrefois

pour lui murmurer des secrets »

      En cette fantasmatique pellicule d’ombre et de lumière (dont les reproductions ici ne donnent qu’une faible image) le territoire poétique est celui des explosions cosmiques, des taches, voisines de celles de Victor Hugo, créatrices de bébés univers, de germes de galaxies, d’étoiles inconnues en gestation : « tandis que les constellations / sèment leurs yeux entre les nuages ».

      Tout ce monde hallucinogène en un volume somptueux, à l’italienne, aux textes imprimés en jaune bistre, toutes pages noires dehors. En sa luxueuse nuit des fantasmes, les lutins de la pensée et de la peinture naissent, jaillissent et s’éteignent, racontant l’histoire du cosmos, des peurs et des rêves. Il nous reste à rêver de l’édition de luxe, dans une boite en tilleul, dans laquelle le livre est joint à huit rouleaux de papier noir imprimé à l’eau de javel et au gesso, cette technique originale de Miquel Barcelo, peintre, aquarelliste et maître ès-nuits. Notre cher aquarelliste des montagnes et des fièvres nocturnes, après son Enfer et son Purgatoire dantesques, mérite bien son Paradis…

 

Peintre, céramiste, sculpteur, homme à tout faire, Miquel Barceló aime également les mots avec passion. Au point d’avoir illustré les trois parties – Enfer, Purgatoire et Paradis – de la Divine comédie de Dante avec ses ébouriffantes aquarelles. Cette fois ce sont ses propres mots qui animent la danse graphique reproduite dans son De la vida mia.

Depuis l’enfance avec sa mère devenue brodeuse du « tapis de la création », d’après les dessins de son fils, le voyage dans le temps est également géographique, entre Majorque et Paris où il vit, le désert saharien du Mali, au pays des Dogons, et la plongée sous-marine, tous univers qui nourrissent sa créativité. Il peint sur une plage du Portugal, use de plâtre venu de Mauritanie pour des « autoportraits en terracotta », prétendant que ses tableaux sont des « soupes ». Une pastille bleue entourée de silhouettes animales devient « Les singes autour du monde ». Il imagine enfin de sculpter « la mort qui marche ». En guise de credo, si la couleur c’est le désir, « la blanc serait la pensée ».

Autoportrait pictural et autobiographie aussi bien intime que professionnelle, De la vida mia, sous-titré « Traits et portraits », est un beau livre fourmillant de vie, un « catalogue de couleurs », d’anecdotes, de souvenirs et de photographies d’atelier, de carnets miniatures et d’œuvres immenses, le tout impressionnant de variété, malgré l’atavisme du style. Les pots de peinture et les poulpes rouges éclaboussent les pages, tandis que les nuanciers et les catalogues de poissons témoignent d’un travail tout à la fois compulsif et médité. Les notes accompagnent les images, les carnets affectent la forme du poème en vers libres ; et les entretiens sont retranscrits avec le concours de Colette Fellous. Ainsi « l’art c’est une métaphore du monde, de l’univers ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie


[1] Victor Segalen : Stèles, Peintures, Equipée, Club du meilleur livre, 1955.

[2] Barcelo : Carnets d’Afrique, Le Promeneur Galimard, 2003.

[3] Dante & Barcelo : La Divine comédie, traduction de Jacqueline Risset, 3 volumes, France loisirs, 2003.

[4] Nicolas Gogol : Veillées d’Ukraine, A l’enseigne du pot cassé, 1928, tome II, p 91 à 121.

[5] Michel Butor : La Modification, Minuit, 1957.

[6] Michel Butor : Des Mots dans la peinture, Albert Skira, 1969.

[7] E. T. A. Hoffmann : Fantaisies dans la manière de Callot, Phébus, 1979.

[8] Raymond Queneau : Exercices de style: Gallimard, 1947.

[9] Raymond Queneau : Petite cosmogonie portative, Gallimard, 1950.

[10] Nicolas Gogol, ibidem, p 109.

 

 

Cabane du Col de Joux, Mérens-les-Vals, Ariège.

Photo : T. Guinhut.

 

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 19:10

 

Cathédrale Saint-Pierre, XIV° siècle, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Umberto Eco : Baudolino

 

ou les merveilles du Moyen Âge.

 

 

Umberto Eco : Baudolino, traduit de l’Italien par  Jean-Noël Schifano,

Grasset, 560 p, 23€, Le Livre de poche, 8,10 €.

 

 

 

 

       A chaque roman d’Umberto Eco, le lecteur espère voir renouvelé le miracle encyclopédique et policier du Nom de la rose[1]. Est-ce pour retrouver cette innocence romanesque qu’il revient au Moyen Age ? Certes, l’encyclopédisme dix-septième de L’Ile du jour d’avant[2] n’allait pas sans un enchanteur dynamisme narratif, au contraire du décevant Pendule de Foucault[3]. Avec Baudolino[4], nous suivons l’aventure d’un individu, nous nous amusons des nombreuses péripéties, nous goûtons sans cesse de nouveaux bijoux de culture dans le cadre d’une fresque campée avec vigueur et sûreté. A moins que la langue, truffée de clins d’œil savants ne paraisse parfois affectée.

       Simple campagnard piémontais, mais doué pour les langues et spirituel en diable, le gamin Baudolino est adopté par l’empereur Frédéric, dit Barberousse. C’est après un pénible -et peut-être inutile- charabia narratif où « Baudolino se met à écrire », que le récit confié à l’oreille de Nicetas se déploie avec un bonheur d’abord inégal.  Notre héros fait son éducation à Paris et rencontre tout ce qui ce fait de mieux, ou de pire, en matière de philosophie, de poésie et de théologie, y compris rabbinique.

       Cherchant à assurer une sainte légitimité à l’Empereur, Baudolino et ses compères puisent dans un pot de « miel vert », image d’un cannabis puissant. Visions, légendes et bribes théologiques les amènent à laborieusement composer la lettre d’un « Prêtre Jean » qui règnerait dans un paradisiaque Orient. Après maintes tractations entre la Germanie et les cités italiennes, après des batailles, des villes détruites, assiégées et reconstruites, où croît le plaisir du lecteur, le véritable objet du roman d’initiation est la quête de ce royaume mythique où fleurirait une chrétienté originelle. Ainsi Baudolino entraîne Frédéric dans la troisième Croisade sous le prétexte d’aller offrir un « Gradale » au fumeux ecclésiastique. En chemin l’Empereur ne trouvera qu’une mort mystérieuse dans une chambre fermée pour laquelle pas moins de cinq coupables successifs seront à la fin convoqués, en une réjouissante parodie du graal de l’élucidation policière…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Le voyage terrestre et maritime en Orient des douze compagnons est un prodigieux chaudron d’affabulations. On lorgne vers Les Mille et une nuits. Le bestiaire où domine « l’Oiseau Roq » est celui de l’imaginaire médiéval : les hommes n’ont qu’un pied gigantesque qui leur sert de parasol, d’autres s’enveloppent dans leurs oreilles… S’il ne trouve jamais son Prêtre Jean, Baudolino rencontrera un amour étrange, parfait, éphémère, lors d’une des plus belles pages du livre : l’esprit philosophique d’Hypathie est aussi pur que son corps aux pattes étonnantes…

      Au travers de ce récit picaresque, historique et merveilleux, apparaît un savant collage des savoirs et des mythes, quoique souvent remis en question par la pointe satirique. Le Graal n’est qu’une écuelle à vin : « Et donc tiens-là pour toi, cette écuelle, qui n’a le pouvoir d’entraîner les hommes que si on ne la trouve pas. » Les fausses reliques sont fabriquées en série, le Saint-suaire de Turin trouve une explication à peine farfelue…

       Une fois de plus Umberto Eco apporte un superbe démenti au préjugé selon lequel le Moyen Age aurait été le temps de l’obscurantisme. Une fois trouvé son rythme de croisière, délivré de la pesanteur du roman historique, quoique incroyablement érudit, Umberto Eco nous emporte dans un récit torrentiel qui s’anime sans cesse grâce aux libertés exponentielles de la fiction et de l’humour. En ce sens le Moyen Age de Baudolino est un peu celui de l’utopie : le condensé des sciences et des arts agrégé dans la personnalité aux multiples facettes d’un individu aussi roublard qu’idéal et qui maintiendrait le fil des civilisations. Faut-il voir en Baudolino le double de l’auteur ? Un double espiègle auquel on pourrait donner un autre nom : la connaissance. Car Baudolino, entre l’Italie, Paris, Constantinople et le fantastique Orient fait non seulement un voyage géographique parmi le monde connu et inconnu, mais aussi une traversée des « sapiences » légèrement rabelaisienne, aux lisières du Livre des merveilles[5] de Marco Polo, entre théologie et amour courtois, entre stratégie politique et zoologie délirante.

       Vingt ans après Le Nom de la rose, Umberto Eco, s’il n’a guère changé de période historique, a changé de vision du monde. Guillaume de Baskerville plaçait son enquête, sa recherche de la vérité, sous la responsabilité de la raison. Baudolino, lui, entre haschich, faux manuscrits (c’est un peu sa Guerre du faux[6]), êtres fantastiques et paradis terrestre, manœuvre avec une ébouriffante maestria grâce aux artifices de l’imaginaire merveilleux. Habile et inquiétant manipulateur au service d’une raison politique, il choisit d’utiliser la pensée magique et son trafic de reliques plutôt que ce rationalisme qui lui jouera pourtant un bien beau tour lorsqu’il comprendra le secret de la mort de Frédéric. Une pincée de siècles plus tard, un autre italien, Machiavel, théorisera cette démarche dans Le Prince[7].

Thierry Guinhut

Article publié dans la Revue Europe en 2002

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Umberto Eco : Le Nom de la rose, Grasset, 1982.

[2] Umberto Eco : L’Ile du jour d’avant, Grasset, 1996.

[3] Umberto Eco : Le Pendule de Foucault, Grasset, 1990.

[4] Umberto Eco : Baudolino, Grasset, 2002.

[5] Marco Polo : Le Livre des merveilles ou le Devisement du monde, Club Français du Livre, 1962.

[6] Umberto Eco : La Guerre du faux, Grasset, 1985.

[7] Voir : Actualités de Machiavel : Le Prince, Nouveau Monde éditions

 

Cathédrale Saint-Pierre, XIV° siècle, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 13:54

 

Retablo de Paredes de Nava, Palencia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Notre française tyrannie,

 

ou l’actualité de Tocqueville.

 

 

     Pour notre ruine, dans un rouge et manipulateur maelström socialiste de trente ans poursuivant une fantasmatique et biaisée justice sociale, droite et gauche confondues, nous y sommes. Là où Alexis de Tocqueville, dès 1840, nous attendait : « Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire (…) Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire (…) il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre-arbitre (…) le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule, il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète (…) un pouvoir unique, tutélaire, tout puissant, mais élu par les citoyens.[1] » Certainement, si Tocqueville revenait parmi nous, voici ce qu’il dirait, en une prosopopée plus juste et plus abondante que celle de Fabricius[2], en un  réquisitoire sans concession :

       « Que sont devenues, Français, notre prospérité et notre liberté ? C’est avec notre consentement électoral et notre servitude volontaire que, sous couvert d’égalité, nous avons plié notre population sous le joug d’une oligarchie de tyrans persuadés d’agir au bénéfice du peuple, d’un état-providence à bout de souffle et perclus de dettes. Ce au service de maintes catégories socioprofessionnelles privilégiées et de divers assistés, sans compter les gaspillages et autres errements budgétaires.

          En effet, 56 % du PIB sont consacrés à la dépense publique, quand 52 % de ce même PIB sont des recettes publiques : c’est dépenser plus que ce qui est gagné (plus exactement ponctionné) ; les fondamentaux du calcul en cours moyen sont alors explosés. Quelle belle leçon de gestion et de rigueur !

        L’Indice de Liberté Economique de la France est consternant : classé 19ème en 1975 ; aujourd’hui, parmi 185 pays elle est, en 2012, 62ème. Et encore n’osons-nous imaginer 2013… Il est évident que ce n’est pas sans conséquence sur l’emploi et la prospérité, sans compter la corruption et la délinquance.

         Les aides publiques aux entreprises passent par environ 6000 dispositifs ; on imagine la surabondance de personnels pour une efficacité douteuse, qui ne profite réellement qu’aux grands groupes, eux-mêmes abondamment ponctionnés pour nourrir les circuits de cette usine à gaz. Etatisme et keynésianisme à tous les étages…

          Archi-subventionné, le syndicalisme français, au premier rang desquels l’archéocommuniste CGT, ne sait à peu près que protéger l’improtégeable, concourir eficacement, faute d’adaptation, de travail, de concurrence, d’innovation et de goût d’entreprendre, à la destruction de l’emploi et du tissu industriel. Faute de négocier, sans compter leur mépris de la liberté de travailler lors des grèves, il conduit des entreprises à la faillite, comme le regretté Goodyear d’Amiens. Déjà les dockers, les Nouvelles Messageries de la Presse, pour ne citer que ces structures pétrifiées par la CGT, coulent l’activité économique portuaire et la liberté de la presse en s’arque-boutant sur d’indécents avantages acquis. D’accord en cela avec les gouvernements, otages consentants, qui ne sont que coercition de par les milliers de pages du code du travail, les milliers de normes abusives, les taxation et impositions pléthoriques, qui nous préparent un avenir semblable au présent de la Grèce…

          Ainsi, une fiscalité confiscatoire empile l’impôt sur la fortune, celui sur le revenu, des taxes prolixes et variées, étrangle l’entreprise, contribue à l’assèchement des énergies et au flot des fuites de capitaux, quand d’entreprenants Français s’évadent vers les pays aux cieux fiscaux plus cléments. N’est-il pas juste de préférer le paradis fiscal à l’enfer fiscal ? Nos économistes connaissent-ils la courbe de Laffer, qui montre que l’adage « trop d’impôt tue l’impôt », n’est pas un vain mot, que l’augmentation de la fiscalité entraîne immanquablement une baisse des recettes d’un Etat qui s’autodétruit.

        L’avalanche de subventions au bénéfice des biocarburants et des énergies éoliennes et photovoltaïque se fait évidemment au détriment du contribuable autant du consommateur puisque ces secteurs sont non rentables, tout cela au service d’une idéologie verte paranoïaque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         Le travail lui-même est invalidé par la lourdeur des charges sociales, par un coût parfois prohibitif (soit 20% de plus qu’au Royaume-Uni), par les inextricables difficultés à licencier si nécessaire, plombant mécaniquement les embauches, dans un contexte international sévère. Quant au profit des entreprises, il est en France deux fois plus faible qu’aux Etats-Unis, qu’en Allemagne, qu’au Royaume-Uni, entraînant un déficit d’investissement. Par voie de conséquence, l’industrie française achète deux fois moins de robots que l’Allemagne, quand le poids de l’industrie est ici deux fois moindre qu’outre-Rhin. Sans compter que le secteur du bâtiment (ne dit-on pas « Quand le bâtiment va, tout va » ?) s’effondre peu à peu…

         La dette française dépasse aujourd’hui les 1800 milliards, soit 90 % du PIB, soit près de 27000 euros par habitant, soit des emprunts parfois jusqu’à 65 ans, soit un service exponentiel des intérêts de la dette. Ne parlons pas du déficit budgétaire et de la balance commerciale… Et l’on imagine que de si bons gestionnaires d’actifs et d’inactifs vont à travers une Banque Publique d’Investissement trouver la pierre philosophale de la croissance !

             Que dire des inégalités honteuses entre le secteur public qui supprime le jour de carence du salaire pour maladie, alors que le secteur privé en aligne trois au détriment du salarié… Que dire de la marée montante des fonctionnaires embauchés par les collectivités locales, de ceux qui gèrent la perception d’un impôt sur la fortune qui ne rapporte guère plus que ce qu’il coûte à percevoir…

        Nombreux sont les secteurs de l’économie sans concurrence, monopoles ou quasi-monopoles, préjudiciables à la liberté de choix, aux vertus de la concurrence, comme l’a prouvé, a contrario et au bénéfice du consommateur, l’arrivée de Free dans la téléphonie mobile, bousculant la troïka Bouygues, Orange, SFR, assise sur les avantages d’un capitalisme de connivence avec l’état. Ainsi SNCF, Gaz et Electricité de France, Sécurité sociale sont des territoires fermés qui retiennent captifs leurs usagers, sans compter leur productivité faible, les avantages souvent indus de leurs salariés, et qui mériteraient d'être privatisés.

       A qui appartient le sol ? A son propriétaire public ou privé, bien sûr. Mais le sous-sol ? Exclusivement à l’Etat qui, de fait, contrecarre toute exploitation qui pourrait ne pas être politiquement et vertement correcte, ce dont témoigne l’impossibilité d’imaginer de jouir de notre gaz de schiste, qui, aux Etats-Unis, a permis de réduire considérablement la facture des usagers, de créer des centaines de milliers d’emplois, de redynamiser la production d’énergie et le secteur industriel…

        Faut-il rire ou pleurer, lorsque les mosquées sont financées par les collectivités locales, au mépris de la séparation de l’église et de l’état, ce par électoralisme et clientélisme ? Lorsque la viande halal, au mépris de l’humanité envers les animaux, envers la sécurité sanitaire et la laïcité, est une pratique en expansion et que le paravent du modeste scandale de la viande de cheval est agité pour faire croire que le gouvernement veille…

        Pour rester dans le domaine de la santé, sans compter les impérities gestionnaires de l’hôpital public et de la Couverture Maladie Universelle, ne faut-il pas pointer l’absurdité d’un numerus clausus qui a été abaissé, ou si peu augmenté, alors que la population augmentait ? Voilà pourquoi les médecins manquent, ces affreux riches exploiteurs de l’insécurité sanitaire du peuple, alors que l’appellation médecine libérale n’est plus qu’une antiphrase.

            Pensons alors à nos retraites, là encore verrouillées par le monopole de l’état, sans compter de consentir à un surcoût auprès de complémentaires privées. Outre que la gestion des caisses de retraites ne doit pas être un modèle de productivité, on n’ignore pas que la retraite par répartition est un système de Ponzi qui permet aux premiers de bénéficier de la générosité du système et aux derniers de ramasser les miettes, autrement dit condamné à la faillite, étant donné le papy-boom et l’augmentation de l’espérance de vie. A moins de juguler le chômage et de retarder la retraite à 67 ans comme en Allemagne.

         Les emplois « aidés » sont-ils utiles, pompant la richesse produite au détriment de ceux qui, sans cette redistribution coûteuse, auraient pu naître et ne naîtront pas… Pendant que les agitations des ministres du Développement Durable, de l'Economie Sociale et Solidaire et du Redressement Productif, fidèles aux « principes du Novlangue [3]» orwellien, obéissent à la coûteuse impéritie des épouvantails…

        Trois décennies de socialisme, sans oublier les traces délétères de la planification gaullienne et du poids des communistes dans l’échiquier politique de l’après-guerre, une contre-culture -plus exactement une sous-culture économique- de l’interventionnisme et de la règlementation étatique, voilà le legs en forme de chaînes et de boulets que notre croissance malade doit porter sur ses frêles épaules..

        Quand sangsues et police économiques sont plus efficace que celle des crimes et délits, quand des quartiers entiers voient fleurir la charia, au détriment de la République, ne peut-on admettre que deux tyrannies se donnent la main pour nous opprimer ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Pauvre Tocqueville, si tu revenais parmi nous… Voulant assurer l’égalité économique, écrêter les riches pour donner aux pauvres, notre Etat dévore ses enfants et n’en rejette que les os, à force de se dévouer à la justice sociale et redistributive. Voici fleurir, sous nos yeux pour le moins inquiets, pour revenir à notre Tocqueville, « les périls que l’égalité fait courir à l’indépendance humaine[4]. » Même Rousseau, qui s’y connaissait en récriminations contre les inégalités, en répondant d’ailleurs par avance à John Rawls qui certifia,  « Même dans le meilleur des cas, la répartition et la vertu ne tendent pas à coïncider[5] », prévenait : « La justice distributive s’opposerait même à cette égalité rigoureuse de l’Etat de Nature (…) C’est en ce sens qu’il faut entendre un passage d’Isocrate dans lequel il loue les premiers Athéniens d’avoir bien su distinguer quelle était la plus avantageuse des deux sortes d’égalités, dont l’une consiste à faire part des mêmes avantages à tous les Citoyens indifféremment, et l’autre à les distribuer selon les mérites de chacun[6] ». C’est alors que la récompense du mérite, du travail, de l’innovation et de l’esprit d’entreprendre serait une richesse, non pas enviée, ni indue, ni furieusement ponctionnée, mais rayonnante de prospérité générale.

         Heureusement, bien des créateurs, des entrepreneurs, faute de faire la grève en s’exilant sous des cieux économiquement plus cléments, comme le John Galt d’Ayn Rand[7], résistent. Le potentiel de nos talentueuses grandes, moyennes et petites entreprises reste encore intact si l’on voulait bien leur lâcher la bride, leur faire confiance, au service de leur enrichissement et de notre prospérité retrouvée…

         Que faut-il faire ? A peu de choses près, le contraire de ce que font nos gouvernements, et, en ce qu’il semblera, pour beaucoup trop d’entre nous, une impraticable provocation :

Projet d'amendements à la Constitution et autres modestes propositions pour la France

 

        Faute de telles indispensables mesures, sommes-nous sans retour aux prises avec un Socialisme National ? Que nous avons à peine la mauvaise foi de lire à l’envers, tant le spectre qui va du Front de Gauche au Front de droite se conjugue dans l’inconnaissance et la haine du libéralisme économique et politique. Notre tyrannie est bien celle présagée par Tocqueville : du Socialisme National consenti au National Socialisme historique, ne reste plus qu’un pas, que l’on se gardera peut-être de franchir, celui de la privation de liberté par des murs de béton, par des lames de sang. La justice distributive postulée par le socialisme est non seulement attentatoire à la liberté, à la propriété et à la dignité, mais contreproductive, appauvrissant ceux qu’elle devait secourir, hors bien sûr les nombreux privilégiés, oligarchies de l’état et des collectivités locales, la clientèle des fonctionnaires et des séides des syndicats, jusqu’à l’écroulement du système, comme tomba, heureusement de façon pacifique, le mur de Berlin. La foi en un Etat, un gouvernement plus à même de juger du bien-fondé et des fins de l’économie au détriment des acteurs économiques eux-mêmes, a de longs jours d’illusion et de peine devant elle. Car, nous prévient Hayek, « aussi longtemps que la croyance à la justice sociale régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire[8] ».

         Ecoutons, après Tocqueville et Hayek, Adam Smith : « Dans un Etat bien régi où l’on a bridé le gaspillage des gens improductifs apparaît inévitablement une prospérité générale sensible jusque dans les catégories les plus basses de la population. Elle se forme obligatoirement si les gouvernements se conforment à l’idée de ne pas entraver le grand métier à tisser et la main invisible qui l’actionne.[9] »

          Notre déclin s’achèvera-t-il dans une pauvreté hébétée, dans une guérilla urbaine de classes, dans une guerre urbaine entre communautés laïques et poches de charia fanatiques ? A moins qu’un sursaut salutaire, une Margareth Thatcher providentielle jaillisse tout intellectuellement armée des urnes… Il nous reste, plutôt que de vainement l’attendre, à la penser.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Alexis de Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, II, IV, VI, Œuvres II, Pléiade, 2001, p 836-838.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur les sciences et les arts, Œuvres III, Pléiade, 2003, p 14.

[3] George Orwell : 1984, Club des Libraires de France, 1956, p 319.

[4] Tocqueville, Ibidem, p 849.

[5] John Rawls : Théorie de la justice, Points Seuil, 1997, p 352.

[6] Jean-Jacques Rousseau : Essai sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres III, Pléiade, 2003, p 222.

[7] Ayn Rand : La Grève, Les Belles Lettres, 2011.

[8] F. A. Hayek : Droit, législation et liberté, II Le Mirage de la justice sociale, PUF, 1981, p 82.

[9] Adam Smith : « Discours de l’épingle », 1778, cité par  Peter Sloterdijk : Le Palais de cristal, Hachette Pluriel, 2008,  p 291.

 

Photo : T. Guinhut.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 13:04

 

Catedral de Caceres, Extremadura. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

De l’origine et de la rédemption du mal :

 

théologie, neurologie et politique.

 

 

 

     Marchant sur les glaces ensanglantées, Dante n’aurais pas écrit La Divine Comédie, son Enfer, son Purgatoire, son Paradis, si le mal n’existait pas. Péché originel voulu par Dieu, par Satan, par le libre arbitre ou la condition neurologique ? C’est dans la sécurité de la bibliothèque que nous oserons agiter l’origine du mal et son éventuelle rédemption jusque dans le shaker politique, si tant est que nous saurons mieux faire que mal penser le mal…

        Dès le jardin d’Eden, cette nostalgie du bien originel pur et placentaire, c’est la libido sciendi qui assure le nom du péché originel, permettant ainsi l’éjection extra-utérine de l’accouchement de ceux qui « connaissent le bien et le mal[1] ».  Orgueil, Envie, Colère sont à la source du premier crime, celui de Caïn tuant son frère, après avoir accumulé les pertes de son investissement affectif en Dieu et les avoir investies dans une « forme bancaire de la colère[2] ». Plus loin, dans la Bible, le parangon du mal est Judas, au point que parmi les « Traître envers leurs Bienfaiteurs », il soit logé au dernier rang de l’Enfer de Dante, dans la « gueule » du Diable : « Cette âme qui là-haut subit (…) le pire supplice est Judas Iscariote, tête dedans, jambes qui se démènent [3]».  Selon Juan Asensio, Judas est le « Christ noir », le seul « qui a osé [4] » la révolte contre le verbe incarné et ainsi commettre le mal suprême contre le Christ, quoiqu’il fût nécessaire à la résurrection et à l’assomption, traître prévisible et accepté par ce dernier, donc par Dieu. A moins que seulement inspiré par le Diable…

       Ainsi Norman Mailer va jusqu’à imaginer de manière simpliste l’hypothèse selon laquelle le père et la mère d’Hitler auraient fait l’amour en compagnie du Malin[5]. Le romancier reprenant alors à son insu la thèse de Kant qui postule « le mal radical inné dans la nature humaine[6] ».

       Que le Diable inflige à ses créatures et séides l’Enfer, soit ! Mais Dieu ? Les pires péchés capitaux, envie et colère, sont-ils in nucleo dans le Dieu originaire, capable d’être un Père intraitable qui punit l’humanité par le déluge et par Sodome et Gomorrhe, ou dans le seul libre arbitre humain, laissé à sa discrétion par son créateur ? « quand le péché est incontestablement nôtre, qu’on ne peut vraiment pas le rejeter sur autrui, nous trouvons toujours de bonnes raisons pour nous décharger de la part la plus odieuse. C’est tantôt le Destin et le Déterminisme, tantôt la tyrannie de l’Instinct et de l’Inconscient ; et, plus souvent encore -non point seulement parmi les croyants- ce sont les machinations de Satan[7]. » Au même titre que Dieu, la grand fiction du Diable tente d’expliquer l’inexplicable, partage le bien et le mal, procure une direction morale, voire un sens à la vie… De plus, Satan, en tant que construction mythique et chose mentale, participe de la dynamique du bouc émissaire. Le tentateur, en son omnipotence digne du manichéisme de la religion de Mani, est injustement plus coupable que le tenté qui croit ainsi se déshabiller du mal qu’il a pourtant sous sa peau. En même temps, le Diable n’est-il pas « le libérateur du mal [8] » lorsqu’il permet de projeter en lui ce qui est en nous et ainsi le figurer, le connaître et le combattre ? Qui sait s’il redeviendra l’ange Lucifer ? C’est à l’homme pourtant que revient la responsabilité de cette hypothèse.

       On a pu arguer que les camps nazis et communistes étaient un enfer que ni Lucifer ni Dante n’avaient imaginé, et qu’au-delà de Dieu seul l’homme en fut capable, y compris avec le secours de la quotidienneté sans remords du mal qui trouve à se justifier dans un bien supérieur, la race, l’état, l’égalité des classes.. Ce en quoi, s’opposant à Kant, Hannah Arendt tire la conclusion suivante : « la leçon que nous a apprise cette longue étude sur la méchanceté humaine -la leçon de la terrible, de l’indicible, de l’impensable de la banalité du mal[9]. » Le mal satanique est une responsabilité de l’homme, moins de par une origine métaphysique que dans son innéité et sa quotidienneté tranquilles.

       Pour reprendre les lectures mythiques, et retrouver l’impensable continuité du mal, il faudrait aller lire du côté de Lovecraft, dont les romans[10] et nouvelles fantastiques le voient resurgir de sa préexistence à toute religion humaine, à toute créature anthropomorphe, sous forme de dieux anciens terribles, flasques, putrides et noirs comme des poulpes, figurant une innéité absolue du mal, à l’échelle de l’univers et de son infra-univers, et qui ne serait que provisoirement en recul pendant l’Histoire de l’humanité telle que nous la connaissons…

       Comment alors justifier ce mal imparable ? La Théodicée de Leibniz va jusqu’à concilier la justice divine avec la méchanceté du monde. Le mal aurait une raison d’être théologico-philosophique dans l’équilibre cosmique du démiurge. Scandale ? Ou véracité nécessaire de la condition humaine ? Mais que penser de l’inégale distribution du mal, qui n’effleure que par pincées nombre d’individus aux vies longues et globalement heureuses, quand une jeune fille juive, soudanaise ou congolaise doit servir d’esclave sexuelle à quelque sadique tortionnaire issu de la nécessité de l’hormone mâle ou de l’histoire… Nul doute que la compréhension de cette nécessité, qui devrait aboutir à un plus grand bien, échappe à la capacité petitement humaine, même si elle est celle du libre arbitre et de l’entendement faillible. A moins que cela suffise à éradiquer toute possibilité d’existence de quelque dieu que ce soit, justifiant l’athéisme, sauf s’il s’agit plus de Baal et de ses sacrifices humains que du Christ…

       Pourtant, Spinoza refusait l’idée selon laquelle le mal exprimerait une essence : « si vous pouviez démontrer que le mal, l’erreur, les crimes, etc., expriment une essence, je vous accorderais que Dieu est cause des crimes, du mal, de l’erreur, etc[11]. » Pour lui, le mal ne serait qu’une interprétation humaine dans un monde en soi parfait, préfigurant ainsi Nietzsche qui dépasse l’illusion morale pour trouver la dimension tragique du gai savoir.

       Y-a-t-il ainsi un horizon, une rédemption, du bien dans le mal ? Est-il à l’œuvre dans l’esprit de l’histoire cher à Hegel ? « La théodicée consiste à rendre intelligible la présence du mal face à la puissance absolue de la raison », affirme-t-il, continuant ainsi : « La raison ne peut pas s’éterniser auprès des blessures infligées aux individus, car les buts particuliers se perdent dans le but universel[12]. » Piètre consolation, lorsque le mal ne prétend être qu’une irrationnalité passagère parmi le développement humain. Faudrait-il alors croire qu’Auschwitz et la Kolyma, que le logaï et la fanatique charia ont enrayé définitivement le processus ? Le mal, ce négatif de la durée anthropologique et métaphysique, sera-t-il vaincu en son déterminisme naturel, jusqu’à devoir être maîtrisé par la raison, ce bien supérieur ? Ces théories de Leibniz (moquée par Voltaire dans son Candide) et d’Hegel restent aussi fumeuses que les cheminées de sinistre mémoire de Buchenwald, où œuvrèrent successivement nazis et communistes, au-dessus de la Weimar de Goethe et de Schiller… Le mal totalitaire et socialiste, qu’il soit nazi ou communiste, parut alors ne plus être un accident de l’histoire, mais une téléologie de l’humanité, au contraire d’un chemin pavé d’anges.

Dante : L'Enfer, illustré par Gustave Doré, Hachette, 1891.

Photo : T. Guinhut.

       Si comme Borges nous pensons que la religion, quelque qu’elle soit, correspond à cette image : « la métaphysique est une branche de la littérature fantastique[13] », il est évident qu’il faut ailleurs chercher l’origine du mal, principe anthropologique, résultat historique ou constitution neurologique…

        Ainsi Hobbes penche sans barguigner pour un mal chevillé à la nature humaine (« La volonté de nuire en l’état de nature est aussi en tous les hommes[14]. ») quand Rousseau a cru que l’on pouvait « rendre un homme méchant en le rendant sociable[15] ». La mal est pour ce dernier le résultat du développement de la société : « Les hommes sont méchants ; une triste et continuelle expérience dispense de la preuve ; cependant l’homme est naturellement bon, je crois l’avoir démontré ; qu’est-ce donc qui peut l’avoir dépravé à ce point sinon les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu’il a faits, et les connaissances qu’il a acquises[16]» La société corruptrice de la bonté originelle a bon dos, ce qui témoigne d’une argumentation spécieuse, sinon d’un syllogisme incohérent. On sait le développement marxiste, châtiant la culpabilité de la société par la révolution, qu’eut cette illusion, bien que l’auteur de La Nouvelle Héloïse ne l’eût certes pas approuvé. Hobbes, postulant la nécessité de l’Etat-Léviathan, dont l’organisation tend à protéger l’homme loup de l’homme loup, l’avait prévenu : « l’état naturel des hommes, avant qu’ils eussent formé des sociétés, était une guerre perpétuelle, mais non seulement cela, mais une guerre de tous contre tous[17] ». Ce que confirment les peuplades de bons sauvages de l’Amazone qui surent éradiquer par leurs guerres tribales un pourcentage de leur jeunesse que le XX° siècle n’atteint pas. Même si nous devons craindre autant le risque totalitaire dans le Léviathan de Hobbes que dans la volonté générale du Contrat social de Rousseau, seul un état régalien pourra pacifier les mœurs, armé du bras répressif d’une police et d’une justice destinées à juguler le mal tout en restant au service des libertés du bien. Au-delà de ces deux auteurs, nous devons plutôt penser que le bien et le mal sont autant répartis dans la nature humaine, ne serait-ce qu’en regardant le tableau de l’Histoire et l’état somme toute relativement satisfaisant, quoique bien perfectible, de nos sociétés. Il s’agit alors de constater qu’une civilisation policée, libérale et tolérante, mise au service de la création de richesses (quelles soient matérielles, intellectuelles et affectives) rend de moins en moins nécessaire le recours au mal et de plus en plus payant de recourir au bien.

      Hélas, une société laxiste qui aurait honte de réprimer le mal au nom de ce que ses détracteurs qualifient de valeurs ethnocentrées, postcolonialistes et capitalistes, selon que ce mal soit d’origine naturelle, selon que l’on puisse en attribuer les causes à une population immigrée ou à une dérive sociale, verrait et voit sourdre ces dangereux humains, trop humains, qui comptent « vivre uniquement au détriment de l’espèce, c’est à dire de façon déraisonnable, mauvaise[18] », évoqués par Nietzsche : « Là ils jouissent de l’affranchissement de toute contrainte sociale, ils se libèrent comme dans une jungle de la tension qui résulte de leur long emprisonnement, dans la séquestration dans la paix de la communauté, ils retournent à l’innocence du fauve, comme des monstres triomphants venus peut-être d’une suite abominable de meurtres, d’incendies, de viols et de tortures, l’âme sereine et exubérante[19] ». Ce à quoi le même Nietzsche, remettant en question cette nécessité selon laquelle « le sens de toute culture est d’extraire de l’homme-fauve un animal apprivoisé et civilisé », ne parait pas considérer que l’on doive devenir un homme civilisé, sinon comme « homme apprivoisé, irrémédiablement médiocre et désolant [qui] a appris à se considérer comme but et fin, comme sens de l’histoire, comme homme supérieur », signant ainsi sa nostalgie inquiétante des « races aristocratiques[20] », quoiqu’il s’agisse avant tout de supériorité intellectuelle et d’aristocratie de l’esprit, ce « fier savoir du privilège extraordinaire de la responsabilité, la connaissance de cette rare liberté, de cet empire sur lui-même et sur le destin[21] ».  Nous aimerions alors que ces vertus tiennent leurs promesses dans le cadre de l’horizon de la démocratie libérale, comme le postule Fukuyama[22].

       Ainsi, le mal doit pouvoir être un mensonge contre la nature humaine, même si le Marquis de Sade en loue « La vérité » dans ses vers : « Il n’est rien de sacré : tout dans cet univers / Doit plier sous le joug de nos fougueux travers[23]. » De fait, celui qui entraîna la création du mot « sadisme » en appelle, au moyen de son personnage de Dolmancé, à « la nature qui, pour le parfait maintien des lois de son équilibre, a tantôt besoin de vices et tantôt besoin de vertus. (…) Les crimes sont impossibles à l’homme. La nature, en lui inculquant l’irrésistible besoin d’en commettre, sut prudemment éloigner d’eux les actions qui pouvaient déranger ses lois. (…) Je ne mange jamais mieux, je ne dors jamais plus en paix que quand je me suis suffisamment souillés dans le jour de ce que les sots appellent des crimes[24] ». C’est sur ses derniers mots que s’achève La Philosophie dans le boudoir. Ce « principe naturel et zoologique de la cruauté, du faire-mal, du faire-souffrir  pour se rappeler[25] », cet égoïsme de la jouissance ne s’embarrassent évidemment pas de la liberté d’autrui…

      Pire, si possible, Les Cent journées de Sodome ne sont plus seulement celles du fantasme sadien mais celles de Pasolini au crépuscule du nazisme, dont l’ennemi héréditaire, le Juif, est à la fois le mal et la victime rituelle et banale du mal. Peut-être est-ce à entendre dans cette « Absence de remords » chantée par l’auteur de la littérature et le mal, Georges Bataille : « J’ai de la merde dans les yeux / J’ai de la merde dans le cœur / Dieu s’écoule /rit / rayonne (…) et mon crime est une amie / aux lèvres de fine[26] ». A ce compte-là, selon Derrida, « si la culpabilité est à jamais originaire (…) le pardon, la rédemption, l’expiation resteront à jamais impossibles[27] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En les embûches de notre recherche de l’origine du mal, la neurologie peut alors nous être d’un grand secours conceptuel. Le cas de Phinéas Gage est emblématique : cet homme reçut au XIX° une barre de fer au travers du crâne et survécut. Mais en ayant perdu son empathie, ses affect, son équilibre, ses vertus : « Cette histoire m’a hantée par ce qu’elle suggérait d’affreux : la vie morale peut être réduite à un bout de chair cérébrale[28] », constate Siri Hustvedt. Pourtant n’y a-t-il pas, selon les individus, des zones plus ou moins actives, plus ou moins irriguées, ou inhibées, de l’agressivité comme de l’empathie, nécessaires à la polyvalence anthropique, à l’équilibre et au développement de l’être humain, sans compter ces fluides hormonaux qui parcourent nos viscères et connexions neuronales ? Si oui, nous sommes plus ou moins doués de capacité au bien et mal, comme munis de zones morales et amorales. La testostérone, produite au niveau des testicules, des ovaires et de la zone cortico-surrénale, quoique indispensable dans le cadre d’une activité concurrentielle et émulatrice socialement acceptable, n’est-elle pas plus virulente lorsqu’elle est masculine, ce dont témoigne la surreprésentation des jeunes hommes de seize à trente ans dans les prisons… Le mal, si l’on pense qu’il se produit deux-cents viols par jour en France[29], serait alors une biochimie qu’il pourrait être judicieux, tentant, voire dangereux de corriger, (par le moyen d’une thérapie chimique, ou carcérale, ou éducative ?) de canaliser au service de l’humaine humanité, ou d’un politiquement correct totalitaire…

     Ne sommes-nous alors qu’un « homme neuronal[30] », dont le psychisme n’est qu’une émanation biologique, comme la digestion est le produit de l’estomac ? L’immortalité de l’âme et la métaphysique du bien et du mal semblent alors de nuageuses fictions compensatoires. Que nous soyons munis dans nos corps et dans nos cerveaux de zones saupoudrées de mal et de bien, voilà pourtant qui n’efface guère la nécessité de la moralité et de la responsabilité individuelle. Au contraire, en conscience de ce patrimoine cervical et du concours de l’éducation, la connaissance de soi nous donnera plus d’outils pour canaliser le mal vers le bien, même si la frontière entre les deux peut-être poreuse, culturelle et discutable, mais là encore bornée par la liberté d’autrui.

        Outre une rédemption neuropsychiatrique du mal, peut-on envisager une rédemption politique du mal ? Le Prince de Machiavel ne répugne pas à user du mal dictatorial au service d’un gouvernement des vertus, ce que confirme Raymond Aron : « Il est clair que Machiavel ne recommande pas les tyrannies et fait l’éloge de la liberté romaine. Mais il reconnait la nécessité des législateurs, des dictateurs, voire des princes absolus, lorsque les peuples corrompus sont indignes et incapables de liberté[31] ». Cette dernière étant le bien à restaurer au moyen d’un mal transitoire.

        De même, Nietzsche peut postuler un mal pour un bien : « Le nouveau est dans tous les cas le Mal en tant que ce qui veut conquérir, fouler aux pieds les anciennes frontières et les anciennes piétés (…) Mais à la fin tel champ ne rapporte plus et sans cesse il faut que la charrue du Mal vienne le remuer de nouveau[32]. » En ce sens le bien et le mal ne sont que d’historiques vues de l’esprit au regard des nécessités de l’évolution de l’humanité, là où Nietzsche ne dépasse Leibhiz et Hegel qu’au nom de l’acceptation du tragique, ce qui en fait son « gai savoir » ; au bout duquel « Le poison dont meurt une nature plus faible est un fortifiant pour le fort[33] », ce en une sorte de cruauté qu’il est peu aisé de pardonner.

      Une rédemption du mal… Est-ce possible ? Seulement s’il consent à une métamorphose anthropologique et éthique. Il s’agit alors de transmuer ce qui était la nécessité de la testostérone et de l’agressivité dans le contexte d’un environnement naturel violent en la nécessité du compromis et de la courtoisie en une société civilisée. Passer de la volonté d’ingérence, de domination, de séquestration et d’élimination de l’autre par la violence innée, à la décision du respect et de la tolérance au moyen d’une liberté réciproque cultivée, où nous sommes d’autant plus libres que les autres le sont… Là où la liberté n’a plus besoin de la violence et du mal pour s’assumer, là où bien d’autres plaisirs figurant le mal peuvent remplacer ceux du mal, ce qu’à bien compris la tragédie grecque. Comme le sport et son spectacle peuvent remplacer, hélas seulement en partie, les délices des jeux de gladiateurs sanglants.

       En conséquence, si le christianisme avait permis une ritualisation du mal dans le spectacle de la crucifixion, il reste une mission à l’art, qu’il s’agisse des littératures, de la peinture, de la musique (tel Le Sacre du printemps de Stravinsky), des séries télévisées, voire des jeux vidéo, celle de pouvoir assumer cette ritualisation et esthétisation de la barbarie, cette échappatoire de l’instinct de mal et cette catharsis…

       S’il faut n’en pas croire Rousseau, ce n’est guère la société qui est responsable de la perversion des hommes, mais, outre un atavisme de chasseur des savanes, usant de la testostérone et de la nécessité de la violence au service de la recherche des gibiers et des femelles, c’est l’inégale répartition du bien et du mal dans leur nature neuronale qui est la source de leurs inégalités. Pensons également à l’inégale répartition du Quotient Intellectuel et du Quotient Affectif que l’éducation contribue hélas trop peu à augmenter, qui sont à l’origine de l’inégalité d’accès aux richesses, ce qui n’empêche d’ailleurs pas la nécessité morale et rationnelle d’un égal accès sociétal à l’éducation, et de permettre libéralement que chaque mérite soit récompensé par le succès.

        Il est alors contreproductif d’offrir une prime, comme une sorte de discrimination positive, au mal, celui du délinquant et du criminel, forcément victime et en ce sens digne de toutes les attentions, en l’excusant grâce au secours de l’argument spécieux selon lequel c’est la société -bien entendu capitaliste, selon le préjugé façonné par une Envie grégaire et une passion pour la domination sociale- qui est responsable de son mal agir et de son inappétence au bien.

       A un moindre degré, quoique douloureusement éclairant, notons comme c’est « cool », parmi nombre de nos élèves, d’afficher médiocrité rebelle et grossièreté, là encore grégaires, et de stigmatiser les « intellos », mais aussi le raffinement des « pédés », preuve que le mal -ou sa singerie- bénéficie d’un plus grand prestige que le bien. Satan est, c’est bien connu, plus pittoresque et excitant que l’ange, et surtout plus facile et apparemment plus grandiose à imiter : un instinct et un instant de barbarie suffisent à détruire, quand des heures, des années, une vie, sont nécessaires pour construire une œuvre d’amitié, d’amour, de technique ou d’art. Ce que le Goetz de Sartre confirme ainsi : « A moi, ma méchanceté : viens me rendre léger ![34]  » En ce sens, le Discours sur les sciences et les arts de Rousseau, reprochant injustement à ces derniers de ne pas contribuer à la vertu est une dangereuse voie vers l’obscurantisme, bien que son auteur appartienne, par la voie de l’indispensable Contrat social, aux Lumières. Ces Lumières dont le raisonnement, l’application aux sciences et aux arts, la tolérance libérale aux libertés des mœurs et de l'économie sont des actions individuelles et politiques contre le mal. Est-ce ainsi que Jankélévitch plus optimiste, idéaliste, que la « fin de l’histoire » de Fukuyama, assure que l’humanité est destinée à atteindre sa perfection ?

       Sans compter le mal infligé aux animaux dont nous nous nourrissons, nous n’avons qu’effleuré la violence collective, le mal et la masse politique qui assurent une impunité à leurs factieux et séides, au nom d’idéologies sociales, raciales, théocratiques qui portent le masque du bien. En ces couvaisons de l’horreur, la ferveur de la certitude, la virulence de la libido dominandi assurée de sa main-mise absolue sur autrui sont les bras armés autant de la jouissance que de la conscience tranquille du bien, en un retournement paradoxal et pervers ; ainsi de Staline : « Choisir la victime, préparer soigneusement le coup à donner, assouvir inexorablement sa soif de vengeance, et puis aller dormir…[35] » La descendance de Caïn, cet homme neuronal du mal, ce pouvoir bientôt discipliné de la haine au moyen de la foi déicide, de la manipulation des masses et des concepts de justice sociale, au sein de sectes fondamentalistes géantes anti-libérales, ce que Sloterdijk appelle avec ironie le « Marx de l’islamisme[36] », a essaimé depuis trop longtemps dans le champ politique. Jusqu’à quelle rédemption, quel juste apaisement ? Malgré notre pessimisme hérité du XX° siècle, il faut avec conviction imaginer, en rempart contre le mal, comme Fukuyama, « que la démocratie libérale pourrait bien constituer le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et la forme finale de tout gouvernement humain[37] ».

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] La Genèse 3, La Sainte Bible, Le Club Français du Livre, 1964,  p 8.

[2] Pour reprendre la formule de Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette littératures, 2009, p 90.

[3] Dante : La Divine Comédie, Livre Club du Libraire, 1958, p 205 et 208.

[4] Juan Asensio : La Chanson d’amour de Judas Iscariote, Cerf littérature, 2010 p 78.

[5] Dans Un château en forêt, Plon, 2007.

[6] Emmanuel Kant : La Religion dans les limites de la raison, 1, III, Œuvres Philosophiques III, Pléiade, p 46.

[7] Giovanni Papini : Le Diable, Flammarion, 1954, p 291.

[8] Ibidem, p 295.

[9] Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme,  Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, 2010, p 1262.

[10] Par exemple dans H. P. Lovecraft : Le Rôdeur devant le seuil, Christian Bourgois, 1983.

[11] Spinoza : Lettre XXIII à Blyenbergh, Œuvres complètes, Pléiade, 2006, p 1161.

[12] G. W. F. Hegel : La Raison dans l’Histoire, 10/18, 1996, p 68.

[13] Jorge Luis Borges : « Tlön, Uqbar, Orbis, Tertius », Fictions, Œuvres complètes I, Pléiade, 1999, p 459.

[14] Thomas Hobbes : Les Fondements de la politique (Du Citoyen), Œuvres I, Société d’édition typographique, Neufchatel, 1787, p 11.

[15] Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Œuvres complètes III, Pléiade, 2003, p 162.

[16] Ibidem, note IX, p 202.

[17] Thomas Hobbes : ibidem p 17 et 18.

[18] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, Œuvres complètes V, Gallimard, 1971, p 49, 1982.

[19] Friedrich Nietzsche : La Généalogie de la morale, Œuvres complètes VII, Gallimard, 1971, p 238.

[20] Ibidem, p 239 et 240.

[21] Ibidem, p 253.

[22] Francis Fukuyama : La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992.

[23] D. A. F. Sade : « La vérité », Œuvres XIV, Cercle du Livre Précieux, 1966, p 81. Voir : Sade, ou l’athéisme de la sexualité. Michel Delon : Sade, un athée en amour

[24] D. A. F. Sade : La Philosophie dans le boudoir, Œuvres XXV, Jean-Jacques Pauvert, 1968, p 306-316.

[25] Jacques Derrida : Séminaire La peine de mort I, Galilée, 2012, p 213.

[26] Georges Bataille : L’Archangélique et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2008,  p 142.

[27] Jacques Derrida : Pardonner. L’impardonnable et l’imprescriptible, Galilée, 2012, p 59.

[28] Siri Hustvedt : Vivre, penser, regarder, Actes sud, 2013.

[29] Selon Laurent Obertone : La France Orange mécanique, Ring éditions, 2012.

[30] Pour reprendre le titre de Pierre Changeux : L’Homme neuronal, Fayard, 1983.

[31] Raymond Aron : Machiavel et les tyrannies modernes, De Fallois, 1993, p 61.

[32] Friedrich Nietzsche : Le Gai savoir, Œuvres V, Gallimard, 1982, p 55.

[33] Ibidem, p 67.

[34] Jean-Paul Sartre : Le Diable et le bon dieu, Gallimard, 1951, p 194.

[35] Cité par Peter Sloterdijk : Colère et temps, Hachette littératures, 2009, p 90.

[36] Ibidem, p 311.

[37] Francis Fukuyama : La Fin de l’histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, p 11.

 

Dom Anselm Grün : Aux prises avec le mal, Abbaye de Bellefontaine, 1990.

Photo : T. Guinhut.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 12:20

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Traduire et vivre

 

les Sonnets de Shakespeare,

 

suivi de quelques traductions.

 

William Shakespeare : Sonnets,

traduits de l’anglais par Jacques Darras, Grasset, 2013, 336 p, 20,90 €.

 

 

 

 

 

Où recueillir notre sentir amoureux sinon d’abord dans les Sonnets de Shakespeare ? Ils sont en effet la synthèse expressive de notre pulsion d’Eros, et, dès leur parution en 1609,  l’une des plus parfaites résolutions linguistiques de son énigme et de son souffle. Certes, il y eut au XIV° siècle Pétrarque, puis, peu d’années avant le maître de Stratford, en 1581, la ferveur ailée des 104 sonnets de Philip Sydney, parus sous le titre programmatique d’Astrophil et Stella[1]. Mais à l’éclat de ceux de Shakespeare, rien ne résiste. Qu’importe que l’élu de Will soit un jeune homme blond, puis une « dark lady » concurrente apparue au sonnet CXXVII, tout lecteur y plonge en une ductile et inévitable identification pour y aussitôt substituer celle, celui qu’il aime, pour y trouver l’aspiration, la perte et le sens de l’amour, sans compter sa rédemption par les vers… Mais qu’on ne s’y trompe pas. Loin de se résumer à une passion pour un beau corps, le poète embrasse tout autant les questions fondamentales de la fuite du temps, de la procréation et de la création artistique, du beau et du bien, de l’auto-analyse, entre esthétique et éthique… Ainsi, tout sonnettiste, tout lyrique sentimental écrit dans l’ombre des Sonnets de Shakespeare pour y trouver sa propre lumière[2], y compris noire… A fortiori si, comme Jacques Darras, il passe par le filtre combien risqué de la traduction. Ou par celui de notre fatuité, si l'on ose ici se proposer le sacrilège exquis, en quoi consiste le geste de traduire.

Depuis qu’en prose on nivela et mutila les Sonnets, comme au XIX° François-Victor Hugo, voire au XX° Pierre-Jean Jouve, des dizaines de passeurs ont osé l’aventure forcément autant qu’exaltante que décevante de rendre et transmuer le sens et la musicalité des décasyllabes rimés, quoique parfois par de seules allitérations ou assonances. « Traduttore, traditore », dit l’adage italien. La « poétique du dire » est alors une éthique de la traduction, un « mouvement herméneutique », qui passe par « la générosité du traducteur[3] ». Ramener à la limpidité ce qui dans la langue première est explosion de langue et de création, devient une effroyable et délicieuse responsabilité, un balancement entre fidélité littérale et figuration réussie, avec la certitude de trop souvent sacrifier les plusieurs sens d’un même mot que les langues de Babel ne savent pas respecter en passant de l’une à l’autre. Pensons au jeu de mots sur le prénom « Will » et « will » au sonnet CXLIII, absolument intransmissible en français ; au contraire de la trahison de ces deux vers du sonnet LXIII :

« His beauty shall in this black lines be seen,

And they shall live, and he in them still green.

Jacques Darras nous propose, non sans limpide élégance :

« Sa beauté se lira dans l’encre de mes lignes,

Qui vivront avec, jeune à jamais en elle, lui. »

Quand Yves Bonnefoy offre un final plus fade :

« Sa beauté paraîtra dans les vers que j’écris,

Ces signes, noirs vivront, ils le garderont jeunes.[4] »

Ce qui permet à Jacques Darras, un brin cruel envers on prestigieux ainé, de tacler «  la platitude musicale du vers libre et le rabotage de l’hyperbole ». Mais où est passée l’antithèse entre le noir et le vert, sans compter la polysémie, pourtant présente en français, de ce dernier mot, idéalement jeté à la chute, en un concetto baroque ? Seul Robert Ellrodt la conserva :

« Sa beauté se verra dans le noir de ces lignes

Qui vivront, et en elles il vivra toujours vert. [5]»

Le sens de l’ellipse de Shakespeare, la concision de l’anglais rendent la translation plus qu’ardue, et bien malin, y compris, cela va sans dire, le bien modeste auteur de ces lignes, qui saurait résoudre la quadrature du cercle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reste que Jacques Darras, choisissant l’alexandrin, s’autorisant la souplesse de faire entendre l’élision du « e » à l’intérieur du vers, et de ne garder de la rime qu’une « trace interne voire terminale », par instant d’ailleurs totalement imperceptible, arguant avec un aplomb bien senti, quoique discutable : « sa butée systématique étant devenue insurmontable à l’oreille moderne », parvient bien à ce qu’il appelle avec gourmandise « une virtuosité rhétorique nouvelle ». Peut-être, après avoir traduit Malcom Lowry et Walt Whitman entre-t-il dans l’orbe des grands shakespeariens, aux côtés de l’élan immense Armel Guerne[6] et des exacts alexandrins suggestifs d’Henri Thomas[7].

C’est au combien attendu sonnet CXXVII, consacrant l’apparition de la musicienne dame brune, avant que sa dimension sexuelle et tyrannique se fasse jour, que le traducteur fait merveille de fluidité et d’antithèses, malgré l’effacement d’ « every tongue says beauty » du dernier vers :

« Noir, dans les temps anciens, n’était pas jugé beau,

Ou du moins, s’il l’était, n’avait pas nom beauté ;

Or noir, dorénavant, est l’héritier légal

De l’ancienne beauté décriée comme bâtarde :

Car depuis que les mains ont pouvoir naturel

D’user de l’art du faux pour rendre beau le laid,

Beauté n’a plus de nom, n’a plus de temple sacré,

Car elle est profanée, voire survit en disgrâce.

Les yeux de ma maîtresse, eux, sont noir comme corbeau,

Ils s’accordent si bien qu’ils semblent porter le deuil

De celles dont la beauté n’étant pas naturelle

Diffame la création de toute leur fausseté.

Leur deuil s’harmonise tant à leur peine que partout

L’on dit qu’ils apparaissent un modèle de beauté. »

Le poète quitte alors une conception néoplatonicienne du beau pour, dans une perspective baroque et déjà romantique, flirter avec la beauté du laid. Un bond conceptuel semblable à celui à l’œuvre après les dix-sept premiers sonnets, plus conventionnels, malgré le « Tu vivras portraitiste de tes plus doux talents », qu’à lui-même il pourrait s’appliquer. Shakespeare dépasse alors le rose pétrarquisme pour atteindre une rare introspection angoissée, voire honteuse, qui reste profondément moderne. Au lyrisme s’ajoute le dramatisme, quand le jeune homme blond accorde ses douceurs au poète rival, quand l’idéalisation se déshabille des épaules de l’être faillible et défectueux. Pire, la dame brune se révèle infidèle, s’acoquinant avec notre blondinet, en un trio chargé de désir, de mensonge et de fiel… En cette théâtralité, la dimension éthique redouble la dimension métaphysique. Ce parcours de la sensibilité et de l’intellect serait-il parallèle à celui qui pousse le dramaturge vers les interrogations de ses plus époustouflantes tragédies…

Et parfois, Jacques Darras, en ce bréviaire d’amour soigneux, attentif, hyperbolique et infernal, et bien sûr bilingue, sait surprendre par des trouvailles. Voyons ce qu’au crucial sonnet CXLIV il sait faire de « Wich like two spirits do suggest me still », bien qu’inévitablement effaçant la suavité de l’allitération :

J’ai deux amours, mon réconfort mon désespoir,

Ce sont comme les deux anges de mon inspiration :

L’ange le meilleur des deux est un homme, tendre et blond,

L’ange le moins bénéfique, une femme fort colorée. »

C’est en quelque sorte l’acmé de son Adam et de son Eve que le poète démiurge anime, au moyen de cette « inspiration » qu’a su y insuffler son traducteur ami, et poète lui-même, comme il se doit. Ainsi ce dernier orne le sonnet CXXXV de cette pépite sonore, sémantique, érotique :

« Préfères-tu faire plutôt tes grâce à autrui

Que laisser mon outil s’éjouir dans ton oui ? »

La bibliographie sur les Sonnets en français reste hélas lacunaire. Qu’attend-on pour traduire le livre de Robert Matz[8] ? Dans lequel on saura tout, ou presque, sur les questions biographiques irrésolues (qui sont W. H., le jeune homme blond et la dame brune ?), sur le raffinement du langage et « le Miroir de Courtoisie » qui pourtant s’effrite avec la dame brune, sur la capacité d’écrire les Sonnets en étant ou non amoureux (car le « je » des vers n’est pas toujours celui du William qui tint la plume, ce en quoi Jacques Darras insiste en sa postface), sur les lieux communs de la littérature de la Renaissance, sur l’homosexualité qui unirait Shakespeare à Michel-Ange sonnettiste, sur la « science des sonnets »...

Ils sont en effet un monde que l’histoire de la littérature et la sensibilité contemporaine n’ont pas fini d’explorer : notre enrochement culturel et érotique, notre miroir, notre horizon. Même si Jacques Darras voit Shakespeare dépassé par un monde nouveau, celui de « l’homme de la City, le businessman, le négociant qui nie le repos (negans otium) », même si les « chevaliers poètes et autres condottières élisabéthains amoureux du sonnet », font « place aux Machiavel », avant « l’effondrement du mythe stellaire ou solaire de l’incomparable Dame Poésie », ne sommes-nous pas confrontés inexorablement, dans le cadre d’une atavique universalité, à la douce et violente tension d’Eros, que, peut-être seule, la forme parfaite des quatorze vers du sonnet saura concentrer, figurer et disposer dans une momentanée certitude du sens devant la mort ? Ce que les sonnettistes du XIX° surent retrouver, entre Nerval et Baudelaire, ce que ceux de demain ne manqueront pas de renouveler, de bouleverser…

 À qui dédier la poussière de ce minuscule article, qui aura la discrétion de ne pas encombrer la bibliothèque incommensurable entourant l’œuvre de Shakespeare ? Au toujours mystérieux « W. H. », peut-être objet ou protecteur de l’ardeur du Roméo élisabéthain ? Peut-être à E. D.[9] Mieux encore à « M », puisque qu’il s’agit d’abord d’aimer les Sonnets et d’aimer avec eux…

Thierry Guinhut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Shakespeare : Sonnets

 

XVIII, XIX, LXXVI, LXXXVI, CXXVII et CXLIV.

 

 

 

XVIII

 

Dois-je te comparer à l’été, à son jour?

Ton art est plus d’amour et plus de tempérance :

De brutaux vents secouent les chers bourgeons de Mai,

Et le bail de l’été connaît tôt échéance :

 

Parfois trop de brillance en l’œil du ciel s’échauffe,

Et parfois son teint d’or voit ternir vénusté,

Et trop souvent la beauté de beauté décline,

Par sort ou nature changeante, dévastée :

 

Mais ton été sans fin ne pourra s’évanouir,

Ni perdre possession de beauté qui est tienne,

Ni la Mort ne prendra ton errance en son ombre

Lorsqu’aux vers éternels le temps t’aura grandi :

 

Si souffle à l’homme, aux yeux la vue, ne sont ravis,

Si loin que vit sonnet, sonnet te donne vie.

 

XIX

 

Temps dévorant, du lion arase la griffe,

Fais dévorer à la terre ses doux enfants ;

Arrache canine à la mâchoire du tigre,

Et brûle du phénix les jours longs dans son sang,

 

Réjouis et fais honte aux saisons quand tu t’enfuis,

Et fais ton bon vouloir, pieds si légers du Temps :

Au vaste monde, à toutes ses douceurs enfuies :

Mais à toi j’interdis odieux crime dément,

 

Ne grave pas ton heure en le beau front que j’aime

Ni ne dessine ligne de l’antique plume ;

Permets qu’en ta course il soit, sans tes exactions,

Modèle de beauté aux hommes succession.

 

Qu’importe l’outrage, vieux Temps, use du vice,

Mon amour en mes vers, jeune toujours, sait vivre.

 

 

LXXVI

 

Pourquoi mes vers sont-ils d’un neuf orgueil stérile,

Si loin de variation, ou de changer, rapides ?

Pourquoi ne pas, à la mode, jeter un œil

Aux alliages étranges, méthodes inouïes ?

 

Pourquoi écris-je uniment, toujours identique,

Mauvaise herbe connue, empêchant l’invention,

Au point que chaque mot, ou presque, dit mon nom,

Exhibant sa naissance et ascendant unique ?

 

Sachez-le, doux amour, j’écris toujours de vous

Et l’unique argument sera l’amour et vous ;

Le mieux que je dirai, c’est vêtir mots anciens,

Consumant à nouveau le déjà consumé ;

 

Car, tel soleil ancien et nouveau chaque jour,

Ainsi, ce qui fut dit est dit neuf par l’amour.

 

 

LXXXVI

 

Est-ce fière voilure d’un lyrisme fou,

Bondissant vers le prix de votre précieux vous,

Qui, dans mon cerveau, inhuma mes pensées mûres,

Enterrant l’utérus où elles ont mûri ?

 

A-t-il, esprit inspiré, appris à écrire,

Plus haut que les mortels, pour frapper et m’occire ?

Que non ; ni lui, non, ni ses complices nocturnes,

Ne lui donnant aide, n’ont horrifié mes vers.

 

Ni lui, ni son fantôme familier, affable,

Qui nuitamment vient le duper d’intelligence,

Ne pourront se vanter, vainqueurs, de mon silence,

Je n’ai pas souffert la crainte de par leur fable :

 

Mais quand ton approbation vint combler ses lignes,

Je manquais de matière ; et miennes en languirent.

 

 

CXXVII

 

Aux temps anciens, n’était pas jugé beau le noir,

Ou s’il l’était n’avait pas pour nom la beauté ;

Mais aujourd’hui lui succède noire beauté,

Pour beauté diffamer avec honte bâtarde.

 

Depuis que toute main prend pouvoir naturel,

Embellissant le laid, art d’emprunt, faux visage,

Suave beauté sans nom, sans plus de bois sacré,

Est profanée, si elle ne vit en disgrâce.

 

Cependant ma maîtresse a les yeux noir-corbeau,

Yeux s’accordant si bien qu’ils semblent deuil porter

De ceux nés sans blondeur, qui manquent de beauté,

Calomnient création avec estime fausse.

 

Ainsi leur deuil est tel, commençant leur malheur,

Que toute langue dit : beauté sera leur sœur.

 

 

                                  CXLIV

 

Deux amours j’ai, pour consolation, désespoir,

Qui sont les deux souffles de mon inspiration :

Le meilleur ange est homme aux blondes décisions,

Le pire esprit est femme et vénéneuse et noire.

 

La diablesse femelle en m’offrant damnation,

Veut tenter mon ange de quitter mon côté,

Veut corrompre mon saint pour en faire un démon,

De son orgueil infect poursuit sa pureté ;

 

Et sais-je si mon ange est devenu démon,

Je peux le supposer, sans pouvoir l’affirmer ;

Mais tous deux loin de moi, tous deux amis liés,

Je devine un bon ange aux fers de l’autre enfer.

 

Jamais je ne saurais, mais je vis dans le doute,

Si le pire ange incendia le bon en déroute.

 

Traduits de l’anglais par Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Orphée La Différence, traduit de l’anglais par Gérard Gacon, 1994.

[2] Comme j’ai tenté de le faire dans : À une jeune Aphrodite de marbre

[3] George Steiner : Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1998,  p 403.

[4] William Shakespeare : Les Sonnets, précédé de Vénus et Adonis et du Viol de Lucrèce, présentation et traduction d’Yves Bonnefoy, Poésie Gallimard, 2007.

[5] William Shakespeare : Œuvres complètes, Laffont Bouquins, 2002.

[6] William Shakespeare : Poèmes et Sonnets, Desclée de Brouwer, 1964.

[7] William Shakespeare : Œuvres complètes, tome XII, Club Français du Livre, 1968.

[8] Robert Matz : An introduction. The World of Shakespeare’s Sonnets, McFarland & Company, 2008.

 

 Photo : T. Guinhut.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:37

 

Marcel Proust par Van Dongen. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Céline et Proust,

 

ou la recherche du voyage romanesque.

 

 

Est-ce faute de pouvoir voyager que le lecteur s’évade de page en page, ou pour donner un sens au voyage de la vie ? Cette recherche de sens par le roman fut cependant dénié par un de nos écrivains les plus marquants, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), l’auteur plus que controversé de Guignols band, de Nord ou d’Un château l’autre, qui en 1932, dans son œuvre phare, Voyage au bout de la nuit, jeta, non sans mépris : « Le voyage, c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons…[1] » Le roman n’est-il que ce maigre voyage destiné à des niais ? S’il y a bien des vertiges géographiques décevants dans la littérature romanesque, il n’en reste pas moins que la recherche du voyage romanesque permet une traversée du temps perdu proustien et des sociétés, sans compter que, quelques soient ses avatars, il puisse par-dessus tout plaire et instruire.

Il n’est pas douteux qu’il faille d’abord appliquer cette citation à Céline lui-même. C’est dans un mouvement d’autodérision de Bardamu, narrateur du roman autobiographique, que la voix de l’auteur se devine, pour se déprécier lui-même et ses « petits vertiges », autant que pour déprécier cette pérégrination de « rien du tout » qu’est Le Voyage au bout de la nuit. Quel but en effet poursuit le personnage ? Le sait-il ? Se jetant dans les bras de l’armée dans un moment de vertige, il se retrouve balloté au milieu des massacres et des morts parmi « l’abattoir » de la première guerre mondiale ; sa tentative de faire fortune dans l’Afrique coloniale sombre dans l’enfer de la chaleur et des fièvres ; le séjour aux Etats-Unis oscille entre solitude urbaine et déshumanisation de l’ouvrier chez Ford. Ensuite, médecin parmi les pauvres, il ne côtoie que des spécimens avariés du populaire, dont le piètre Robinson… Anti-héros picaresque, gueux sans espoir ni volonté de s’élever, son seul professionnalisme est celui de la fuite, de la lâcheté. Son « voyage » ne lui apporte « au bout de la nuit » aucune valeur ajoutée. Même le vertige de l’amour, lui qui préfère avec Lola les ébats du corps à ceux du cœur, n’est pour lui que piètre jeu de rôle pour « couillon ».

Le voyage provincial et normand de Madame Bovary est pourtant celui de la recherche du vertige de l’héroïne. Son romantisme de carte postale se heurte à un réel bien moins tendre. Faute d’avoir su composer avec ce dernier, elle ajoute à l’adultère le poids insurmontable des dettes abyssales ; la moins que rien finit par se suicider à l’arsenic. Charles Bovary n’est-il pas le « couillon » de l’histoire ?

C’est ainsi que sont décevants d’autres horizons, tels ceux de Candide. Son voyage va d’avanie en avanie en ne découvrant que les capacités de l’homme au mal : à lui, pas si loin de Céline qui s’en souviendra peut-être, également est réservée la guerre meurtrière, la rencontre éprouvante de l’esclavage et l’utopie américaine, cependant plus souriante et douée de foi en l’humanité que celle du pamphlétaire antisémite qui, par ailleurs, ne saura pas comme le héros éponyme de l’apologue qu’ « il faut cultiver notre jardin[2] ». A moins que l’ironie voltairienne sauve Candide, et qu’au-delà du voyage géographique, s’ouvre celui du temps des Lumières…

Photo : T. Guinhut.

 

Le romancier qui s’aventure parmi les temps et les sociétés est rarement à « la recherche de ce rien du tout ». Au contraire ; il va jusqu’ A la Recherche du temps perdu, pour parvenir au Temps retrouvé. Le petit « rien » de Proust, n’était-ce pas cette « cuillérée de thé où j’avais laissée s’amollir un morceau de madeleine »… D’où le surgissement de « l’édifice immense du souvenir[3] ». L’intensité du vertige proustien est loin de celui que Céline réserve au couillon, pour réutiliser ce vocabulaire vulgaire et scatologique dont se pourlèche l’auteur de Guignol’s band, à mille lieux du raffinement stylistique d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs. De ce petit rien qui unit la mémoire involontaire à celle volontaire, nait peu à peu une totalité. Le roman d’initiation, psychologique et de société aboutit alors à une totalité : le roman-somme.

Flaubert lui-même ne se résume pas à des existences gâchées, qu’ils s’agissent de celles de la famille Bovary ou de celle de Frédéric dans L’Education sentimentale. Le roman de mœurs et celui d’éducation n’utilisent des éclats de romantisme dans le cadre d’un réalisme omniprésent que pour offrir un tableau de société plus vertigineux que les vertiges d’une épouse insatisfaite et d’un jeune homme qui n’est guère capable de prendre à bras le corps l’existence et l’Histoire qui l’entoure. Ce que parviennent à réaliser indubitablement l’écrivain Flaubert et son lecteur.

Aux vertiges qui n’aboutissent à rien, sinon à la perte et à l’autodestruction, il faut alors opposer la raison, qu’il s’agisse de celle de Madame de Lafayette ou de celle de Balzac. Premier roman psychologique occidental, en 1678, La Princesse de Clèves, reconstitue une société aristocratique du temps d’Henri II, pour permettre à son héroïne de tenir les rênes à la passion dangereuse et de garder une digne conduite. Quant à Balzac, dans le cadre immense, qui n’est certes pas rien, de La Comédie humaine, il sait nous dire en romantique que « la passion est toute l’humanité[4] », mais aussi, avec « quatre mille personnages », « faire concurrence à l’Etat-Civil » et « donner l’histoire des mœurs.[5] » Dans un espace romanesque réaliste également rationnel, des Rastignac feront leur chemin, roman d’initiation et ascension sociale dans le cadre de celle du XIX° siècle, sans craindre de nous enseigner.

Ainsi, « plaire et instruire[6] », la devise du classicisme, est également le sésame du roman. Si Madame de La Fayette est bien représentative de ce que l’on appellera après elle le classicisme, de par sa bienséance, sa rigueur raisonnable, sa noblesse de ton et son langage élevé, Céline est bien dans un autre univers. Loin du dégoût de lui-même et de toute la société qui pousse Bardamu à cet exercice d’autodépréciation du voyage et du roman, Céline consacre son énergie à une fresque emportée, à une satire de l’humanité entière, balayant la langue de son rythme frénétique, de son amalgame réussi de la langue soutenue et du parler populaire. C’est ainsi qu’il plait, ce jusqu’à l’adulation des célinolâtres. Mais aussi qu’il nous instruit, malgré son goût enfiévré pour l’invective, le mépris et la caricature, sur la rigidité des officiers, le charnier de la guerre de quatorze, sur les abominations du colonialisme, sur la déshumanisation des usines Ford.

A contrario, c’est par la finesse de son analyse, l’exploration des méandres de l’esprit humain, que Proust séduit celui qui sait y retrouver son moi, y découvrir le « côté de chez Swann » et celui de « Guermantes », qui sont ceux des classes sociales autant que ceux de l’amour, de la vanité et de l’art. On connaît moins la satire et l’humour de Proust lorsqu’il décrit les salons, on sait cependant combien l’on va s’instruire en s’immergeant dans les trois mille pages de cette cathédrale romanesque…

Il faut plaire avec le fantastique, y compris avec le secours de l’effroi si l’on lit Lovecraft ou Harry Potter, plaire avec le roman merveilleux et la fantasy, qu’il s’agisse d’Alice au pays des merveilles ou du Seigneur des anneaux, tenter l’impossible voyage dans le futur avec La Machine à explorer le temps de Wells ; tout est possible au roman. Y compris la lutte archétypale du bien et du mal qui les occupe. S’instruire avec les romans didactiques, géographiques et scientifiques de Jules Verne, quand il sait les animer au moyen de héros fascinants et surhumains comme le Capitaine Némo. Voire découvrir le monde par les yeux d’un immonde pédophile lorsque Nabokov sublime sa Lolita, par les yeux d’un criminel nazi, dans Les Bienveillantes[7] de Littell… Il y a toujours une dimension morale plus ou moins implicite au roman, qu’il s’agisse du respect de la vérité et de la fidélité par la Princesse de Clèves, ou des anti-utopies du Meilleur des mondes d’Huxley, de 1984 d’Orwell muni de son si contemporain Big Brother…

Il n’y a pas de contradiction entre vivre et lire : l’un complète efficacement et indispensablement l’autre. La « recherche de ce rien du tout », traces d’encre sur des pages, papier ou écran, permet de rencontrer des « vertiges » immenses, voire de la totalité, dans un roman. Si Bardamu est peut-être un fameux « couillon », il est le piètre et obstiné héros du cependant vertigineux Voyage au bout de la nuit. Quant à la porte de l’éblouissement et de la connaissance, elle s’ouvre en même temps que les pages de Proust, sans compter tous ceux qui font du roman une « Invitation au voyage ». Saurons-nous, à rebours d’une réalité souvent trop décevante, voire infâme, comme Baudelaire, suggérer qu’au roman « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté[8] » ?

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, Romans I, Pléiade, 1992, p 214.

[2] Voltaire : Candide, Romans et contes I, Club des Libraires de France, 1958, p 294.

[3] Marcel Proust : A la Recherche du temps perdu I, Du côté de chez Swann, Pléiade, 1989, p 44 et 46.

[4] Honoré de Balzac : La Comédie Humaine, « Avant-propos », Pléiade I, 2003, p 16.

[5] Ibidem, p 10 et 9.

[6] Horace : Art poétique, vers 344.

[8] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres complètes I, Pléiade, 2001, p 53.

 

Voir : Céline ou l’indignité du génie

Voir : Le baiser à Albertine. Proust : A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

 

Photo : T. Guinhut.

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Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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