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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 14:57

 

Punaises arlequin et ombelles d'angélique. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Tyrannie ou rhinocérite ?

Eloge et blâme de Donald Trump

et réponse à Timothy Snyder :

 

 

Timothy Snyder : De la tyrannie. Vingt leçons sur le XX° siècle, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Pierre-Emmanuel Dauzat, Gallimard, 112 p, 9,50 €.

 

J. D. Vance : Hillbilly Elégie, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Vincent Raynaud, Globe, 288 p, 22 €.

 

 

 

      Quelle est cette étrange punaise à la crinière maïs accrochée à la tête de l’Amérique ? Le genre « épidictique », selon Aristote[1], rappelons-le, comprend également l’éloge et le blâme, ce pourquoi, à l’égard de cette bête rousse de la politique planétaire, nous nous appliquerons à tenter de séparer le meilleur du pire, l’enthousiasme colérique du sens de la nuance et de privilégier l’analyse mitigée. Il conviendra, non sans jeter un œil du côté de quelques électeurs de l’Amérique profonde vu par l’autobiographe J. D. Vance, de se demander de quelle tyrannie Donald Trump est le nom. Et, quoi qu’en dise Timothy Snyder dans son De la tyrannie, au risque d’agacer notre lecteur,  de peut-être en conclure : d’aucune ; et plutôt de la prospérité.

      Une incroyable rhinocérite anti-Trump s’est emparée du monde, et peut-être plus encore de la France : demandez si l’on a une opinion négative de l’hurluberlu, et une forêt de mains se lève. Malheur à qui viendrait l’idée saugrenue de le défendre. En 1959, Eugène Ionesco publiait son inoubliable pièce intitulée Rhinocéros, au cours de laquelle toute la population reçoit de bon cœur cette abjecte métamorphose animale. Seul Béranger prend toute la mesure de cette effrayante inversion des valeurs, pour demeurer un homme : « Je ne capitule pas[2] », conclut-il. L’on se souvient qu’il faut y lire un apologue : celui de la montée des totalitarismes, qu’ils soient nazis ou communistes.

      Ne capitulons donc pas devant la meute des donneurs de leçons bien intentionnés, et commençons par nous interroger : pourquoi un tel déferlement de haine, un tel tombereau de quolibets ? Après deux présidences libérales (au sens américain du terme) et « progressistes », sans compter un faciès de beau gosse black qui témoigna sur ce dernier point d’une réelle évolution des mentalités, voici le retour du fantôme républicain, qui comme l’on sait a une mémoire d’éléphant, de surcroit un mâle blanc capitaliste, ce qui suffit à faire de lui un monstre. Résumons-nous, il n’est pas de gauche, il est populiste (entendez : il entend et harangue le peuple qui l’élit, comme il se doit en démocratie), il entend parachever le mur frontalier avec le Mexique, auquel Obama contribua, il ferme la porte aux ressortissants de pays musulmans aux intentions plus souvent qu’à leurs tours désastreuses, quand Obama, en 2015, désignait la plupart de ses mêmes pays dont les ressortissants devaient faire l’objet d’enquêtes approfondies. Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez blanc ou noir, les jugements des médias vous rendront puissants ou misérables[3]. Aussi les rhinocéros n’ont pas la trump d’un éléphant, mais, aveuglés par leur hystérie idéologique, et de plus leur ressentiment de mauvais perdants, la corne acharnée de ceux qui lancent une perpétuelle offensive contre le nouveau Président.

      Ainsi, bien qu’aucune réelle catastrophe se soit faite jour, et à l’occasion de l’anniversaire de l’élection, nos magazines rivalisent de brio. Le Point offre « Les pires tweets de Trump » (où sont les meilleurs que l’on cache ?) ; Courrier international titre « Trump le démolisseur », avec une rare finesse de rhinocéros dans un magasin de porcelaine. The Atlantic, qui aime faire dans la dentelle, parle d’un « monstre de Frankenstein, composé du pire des attributs des 44 Présidents qui l’ont précédé ». Le tréfonds du pire étant atteint avec Incroyable mais Trump de Natacha Tatu[4] vulgairement sous-titré en franglais « le worst of du président des Etats-Unis » (sans majuscule à Président), ramassis de faits et mots avérés et de mauvaise foi partisane.

      Certes, le tweeteur compulsif aux 42 millions d’abonnés, le Lucky Luke qui tweete plus vite que son ombre des mots d’esprits qu’il eût mieux fait de laisser macérer dans sa poche-révolver, - même si leur sans-gêne et leur crudité plaisent à son populaire électorat lassé du politiquement correct - parait abaisser ce qui devrait être la noblesse de la politique à la vulgarité des trottoirs de la téléréalité. Certes le sabreur de subventions gouvernementales aux associations prônant l’avortement et la contraception (faut-il que l’Etat subventionne ce que les citoyens peuvent très bien faire financer par eux-mêmes ?) peut avoir mauvaise presse. Sa propension à faire de la politique un show racoleur et démagogique, son peu d'élégance verbale et physique (qui ne sont pas celles de son épouse d’ailleurs capable de parler cinq ou six langues) ne plaident pas forcément en sa faveur. D’autant que ses meetings sont des florilèges de vociférations et d’argumentations entremêlées, d’excitation des foules et de désignation des journalistes présents (surtout ceux de CNN) à la vindicte populaire : en ce sens, il est un ochlocrate, qui tient son pouvoir d’un bas peuple qu’il flatte en ses bas instincts.

      Il faut en effet admettre que l’animal politique (au sens d’un Aristote qu’il ne lit probablement pas) accumule quelques bourdes parfois fort lourdes, auxquelles la rumeur ne reste pas sourde (mais qui prétendrait ne pas dire des bêtises ?). « J’ai gagné le vote populaire si vous déduisez les millions de gens qui ont voté illégalement », dit-il, quoique l’on n’ait pas trouvé trace de ces derniers. Il parla de remettre en cause la licence de CNN, alors qu’elle n’en a pas. Il interdit le recrutement des transgenres dans l’armée, au motif des « coûts médicaux énormes », provoquant un tollé parfaitement justifié. Ce n’est pas toujours avec des mots choisis qu’il mène la charge, parfois méritée, contre les coups de corne des médias qui font systématiquement front contre lui.

      On a beaucoup glosé, tempêté, vidé de fiel sur l’affaire des ingérences russes présumées dans la campagne électorale de Trump. Cependant, si son ex-directeur de campagne, Paul Manafort, vient d’être inculpé, il n’est pas inutile de lire le Washington Post : il révéla que le Parti démocrate et l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, avec la complicité du FBI, auraient financé un rapport sur les liens entre la Russie et Donald Trump, rapport peut-être truffé de mensonges ; de plus il apparait que le Président Obama avait fomenté une enquête illégale sur le candidat Trump. D’autant que des liens plus troubles, de l’ordre de la corruption manifeste, entre Bill Clinton et la Russie de Poutine se font jour dans le cadre d’une colossale vente d’uranium américain, « Uranium one[5] ». À cet égard, souvenons que la favorite des sondages, des cœurs purs et des médias, traîne un lourd passif : mails confidentiels défense non sécurisés, financement de sa campagne par les pétromonarchie du Golfe, Fondation aux fonds nauséabonds…

      Pour revenir aux métaphores animalières, l’on se souvient que l’éléphant est le symbole des Républicains aux Etats-Unis. Malvenue est alors le retour de l’autorisation d’importation de trophées éléphantesques, bien en accord avec la passion viriloïde de la chasse de nombreux américains, et le goût puéril affiché par l’un des rejetons du Président pour les queues d’éléphants à l’issu d’un combat titanesque. Heureusement -et nous le redirons- Trump n’est pas seul. Son administration, son parti, ainsi que la pression d’organisations de protection de l’environnement, ont permis qu’il recule et gèle la mesure controversée. Reste que toute cette bonne intention animalière n’est qu’hypocrisie, rien en cela ne luttant contre le braconnage et les Etats africains corrompus, tels que le Zimbabwe. D’autres voix signalent que la privatisation de la gestion et de l’élevage des éléphants, en prélevant l’ivoire sans les tuer, aurait plus d’efficacité.

      Une intelligente charge est livrée par un rhinocéros pour le moins cultivé en philosophie politique (ce qui n’est guère le cas de sa bête rousse), l’historien Timothy Snyder. Il a en effet publié des analyses judicieuses sur le nazisme et le stalinisme[6]. Il a en cet essai, De la tyrannie. Vingt leçons du XX° siècle, la sagesse de mettre sur le même plan les tyrannies nazies et communistes.

      Timothy Snyder parle d’or : « Nous ne sommes pas plus sages que les Européens qui ont vu la démocratie succomber au fascisme, au nazisme et au communisme au XX° siècle ». Ce pourquoi, il propose « vingt leçons ». De « l’obéissance anticipée » à bannir, il passe à la nécessaire « défense des institutions », qui ne sont pas aussi éternelles que les Juifs allemands l’imaginaient en 1933. Il est évident qu’il faille « prendre garde à l’état de parti unique », veiller à ce qu’une oligarchie ne confisque les leviers du pouvoir, conserver les « bulletins papier » pour le vote. De même il faudra « se souvenir de l’éthique professionnelle » et non « ne faire que suivre les ordres ». Cependant, s’il commande avec raison de « se méfier des paramilitaires », ne pense-t-il qu’aux Nazis quand il ne sait pas penser aux ultra-gauchistes cagoulés de noirs et aux barbus du califat islamique qui agitent leurs drapeaux dans quelques avenues américaines ? S’il est vrai que Trump encouragea ses militants à chasser les opposants de ses meetings, il ne s’agissait pas de forces armées, et ces opposants n’œuvraient pas toujours dans la délicatesse. Timothy Snyder  propose encore « Se distinguer », comme Rosa Park refusant de céder sa place à un blanc, comme Teresa Prekerowa, qui sauva des Juifs du ghetto de Varsovie. En effet ; mais n’est-ce pas ce que nous faisons, bien plus modestement en cette page, et ainsi « contribuer aux bonnes causes » ? Sans oublier que nous tentons de « prendre soin de notre langage », d’être « attentifs aux mots dangereux », à la propagande, à la doxa et au novlangue[7]. De surcroit, il vous conseille de lire des livres, de « comprendre par vous-même ». Il fait évidemment et pertinemment allusion au Viktor Klemperer de La Langue du Troisième Reich, au Bradbury de Fahrenheit 451, à Hannah Arendt[8]. Si Trump a bien attisé une haine populaire contre les médias et les journalistes à cause de ces allégations fausses, de ses saillies virulentes, force est de constater que ces derniers ne sont pas en reste. Quant à l’enthousiasme de la presse envers Hillary Clinton, il eût dû être l’occasion d’appliquer à son égard, et au moins tout autant, ces conseils.

      Méfions-nous également d’une politique gangrenée par les travers vulgaires de la téléréalité, dont Trump fut un promoteur et animateur, et préférons un journalisme qui prend le temps de vérifier ses sources (ce que nous avons tenté de faire). Pour notre essayiste la collusion de Trump avec Poutine serait un péché capital, alors qu'il s'avère bientôt qu'il s'agit d'une machination clintonienne. On connait les travers tyranniques de ce dernier, mais il reste moins à craindre que l’islamisme[9].

      Là où Timothy Snyder est le plus redoutable pour son adversaire, c’est lorsqu’il rappelle combien le « patriote » autoproclamé Trump a échappé à la conscription et au Vietnam, non grâce à un tirage au sort favorable, mais grâce à un prétendu problème de talon alors qu’il était un sportif ; combien il n’est guère patriotique d’échapper aux impôts -fussent-ils excessifs- ; ou de « nommer conseiller à la sécurité nationale un homme qui a reçu de l’argent d’un organe de propagande russe »…

      Cependant, retenir contre Trump le slogan « America First », sous prétexte qu’il fut utilisé par un Charles Lindbergh qui s’opposait à la guerre contre les Nazis, est bien de la plus pure mauvaise foi : les faits infirment  l’argument lorsque l’administration Trump n’a pas cessé de combattre le Califat islamique. Il faut en effet renoncer « à la différence entre ce que l’on a envie d’entendre et la réalité des faits », comme le dit si bien lui-même Timothy Snyder. Il est vrai que Trump manie volontiers le mensonge, l’ignorance et la reprise incantatoire de slogans, y compris pour déprécier ses adversaires. Sauf que notre essayiste s’emmêle les pieds : pour lui se contredisent les promesses de « réduire les impôts pour tous, d’éliminer la dette nationale et d’accroître les dépenses sociales et le budget de la Défense », alors que la baisse de fiscalité produit une baisse du chômage et entraîne la prospérité ; quant à accroître les dépenses sociales, il faut admettre qu’une telle promesse ne vaut que si on la considère par individu la méritant. Et lui aussi connaît Rhinocéros d’Ionesco, sauf qu’il l’applique à sa manière, et que l’auteur de ces modestes lignes aura à cœur de changer de tête à corne si les faits l’en convainquent. Nous ne serons ni rhinocéros à trump, ni rhinocéros anti-trump primaire.

      Son présent essai est étrange : autant il est méritoire du point de vue de l’analyse politique, des leviers et des mécanismes de la tyrannie, autant son acharnement à la dépister chez Donal Trump parait être de l’ordre du canon chargé d’obus à pulvériser les éléphants et dirigé vers un éléphanteau un brin malpropre qui n’en peut mais, quoiqu’il vienne du parti républicain, dont rappelons-le, le symbole est justement un de ces éléphants, qui, une fois élus, n’ont jamais fait du pays de la bannière étoilée ni une parade à la Nuremberg, ni une Kolyma sibérienne, malgré quelques errements plus que dommageables, dont l’esclavage, le Vietnam ou le maccarthysme. Il y a là quelque chose de la « connaissance inutile », pointée par Jean-François Revel[10]. Même si nous avons le mince avantage d’écrire un an après Timothy Snyder, qui va jusqu’à parler des élections de 2018, en ajoutant « à supposer qu’elles aient lieu » ! La paranoïa à l’égard de sa bête rousse d’anti-prédilection lui ôte par instant tout entendement, jusqu’au ridicule, tant les velléités d’abus de pouvoir du matamore Trump sont limées par ses proches et son parti, tant les Républicains les premiers tiennent au respect de la Constitution américaine, dont le but premier reste de se protéger de la tyrannie…

      Préférait-on la notoire islamophilie d’Obama ? Et Huma Abedin, conseillère chérie d’Hillary Clinton, éditrice d’un journal musulman radical et dangereusement proche des Frères Musulmans, dont le mari, Anthony Weiner, est impliqué dans de nombreux scandales sexuels, comme le mari de notre délicieuse Hillary, par ailleurs fan du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, grand harceleur devant l’Eternel, qui finançait sa campagne ? Quelques sorties lourdement sexistes de Trump font le tour des médias, surexcités d’avoir un osselet à ronger, à tel point que la « Women’s March » remplit les avenues de Washington de féministes outragées en janvier dernier. Là encore deux poids, deux mesures ! Quoique circulent quelques plaintes pour harcèlement sexuel autour de l’animal à trump, dont une ancienne candidate de ses émissions de téléréalité, Summer Zervos. Il est à craindre en effet, même si l’on ne prête qu’aux riches et que la cible est trop belle pour ne pas lui faire essuyer un monceau de salissures, que notre éléphant roux ait la patte et la lippe peu délicates… Il est alors temps pour lui, dont les propos misogynes, sur la place des femmes à la maison ont trumpété, de se refaire une beauté en préconisant l’embauche des femmes et leur accès au capital dans les entreprises, tout en nommant sa fille Ivanka vice-présidente de sa société d’immobilier, au risque de se voir taxé de népotisme lorsqu’il l’implique dans la rencontre avec le premier ministre canadien sur le sujet.

      Imagine-t-on que Donald Trump, certes héritier, ait pu faire fructifier une fortune immobilière, créer, gérer et animer une émission de téléréalité à succès (certes vulgaire), financer sa campagne électorale avec son propre argent, distancer ses concurrents républicains, puis vaincre le clan Obama-Clinton, en étant un imbécile ? Que ces contempteurs tentent d’en faire autant et il est à craindre qu’il ne restera qu’à en rire…

      Le prétendu « démolisseur » est cependant en train de mettre en œuvre la réforme qui confirme les promesses de la campagne. La Chambre des Représentants et ensuite le Sénat adoptant le projet de réforme fiscale de Trump, (quoique avec des variantes qu’il faudra lisser), la loi vient bientôt simplifier le code des impôts, réduire le nombre de tranches d'imposition de sept à quatre, de façon à abaisser les taux, et faire passer de 35 à 20% le taux d'imposition des entreprises. De plus l’avantage fiscal pour les enfants sera revu à la hausse, et la taxe sur les héritages allégée. N'en doutons pas, une telle réforme, jamais vue depuis Reagan, est un gage de prospérité, jusqu'aux plus modestes.

      Il s’agit également d'abolir l'obligation faite aux Américains qui ne sont pas déjà assurés par leur employeur de souscrire une assurance maladie auprès d'une compagnie privée. Ce qui reviendra à alléger les travailleurs indépendants de la charge pesante que représentent les primes d'assurance réglementées par l’Obamacare de 2010, par ailleurs recueillies par seulement trois compagnies, en un capitalisme de connivence éhonté avec l’Etat. Mieux vaut d’abord diminuer drastiquement le chômage, ce qui revient à rendre une assurance aux citoyens, pour ensuite permettre d’une manière plus souple que chacun soit assuré, d'autant que subsiste Medicare. Comme quoi l’Obamacare était loin d’être une panacée. En outre, son promoteur est comptable d’une explosion de la dette américaine et des assistés, de l’exacerbation du racisme anti-blanc, d’une indulgence coupable, y compris financière, à l’égard de l’Iran toujours arcbouté sur ses mollahs.

      Souvenons-nous qu’en juin 2016, Obama fourbit la campagne d’Hillary Clinton. Il annonce alors que les emplois ne reviendront pas. Il brocarde le candidat Trump en demandant au public si celui qui promet de créer des millions d’emplois nouveaux a une « baguette magique ». Las, le premier mois de la présidence, ce sont 298 000 nouveaux emplois qui éclosent, ne serait-ce que grâce à la confiance, même s’il faut en imputer une part à l’excellence de la conjoncture mondiale. Fin octobre 2017, ce sont deux millions d’emplois nouveaux qui ont fleuri, donc en une seule année, puis cinq millions fin 2018. Enfin, le taux de chômage est au plus bas depuis 17 ans à 3,8%, ce malgré deux ouragans dévastateurs. Le nombre de personnes subsistant au moyen de bons alimentaires est tombé à son plus bas niveau depuis 7 ans, le chômage des Noirs est au plus bas. Les salariés voient le salaire moyen et leurs primes augmenter. Que nos moqueurs patentés de la rhinocérite trumphobique en prennent de la graine !

      Comment se peut-il ? Il s’agit d’ordonner de réelles coupes dans les réglementations, d’alléger la lourdeur bureaucratique, d’éradiquer des restrictions environnementales destructrices d’emploi, comme l’interdiction du pipe-line du Dakota, ou de l’exploitation du charbon (certes fort polluante) alors qu’il faut plutôt songer (et les entreprises s’y attellent) à améliorer la sécurité et la propreté de telles activités. Réduisant  la fiscalité des entreprises, il s’agit de les dynamiser, de rapatrier des activités, de voir naître de nouvelles initiatives créatives et industries, sans oublier le retour  des milliards de bénéfices placés hors des frontières pour se garder des taxes confiscatoires. Ainsi Bayer, Ford, Monsanto, IBM, Walmart, General Motors, Sprint, Amazon -et nous en passons- créent des emplois à tours de bras, sans compter les milliers de petites structures qui croissent, celles dont les embryons deviendront bientôt l’enfance de l’art et la maturité de la prospérité. La croissance économique, dépassant 3% par trimestre, et la Bourse (donc par contrecoups les dividendes des actionnaires et les caisses de retraites) sont déjà dans un état de pétulance oublié depuis longtemps, quand les salaires et l’immobilier frémissent vers le haut…

      Que n’a-t-on vidé d’ordures sur la décision de Trump de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ! En faussant compagnie aux idéologues du réchauffement climatique d’origine anthropique (alors que l’extinction des taches solaires induit un refroidissement probablement déjà engagé), notre Président s’est délivré de contraintes colossales qui entravaient les entreprises américaines ; pendant que les pays les plus pollueurs, Chine et Inde en tête, étaient exonérés de tels inconvénients, saturant leurs atmosphères et fleuves de métaux lourds et autres joyeusetés, alors que la science américaine fit bien mieux pour l’écologie que mille tyrannies écologistes patentés et nourries au lait de l’argent ponctionné aux flancs des contribuables.

      Evidemment notre Trump préféré est un vilain tout sale pollueur en permettant à la Pennsylvanie d’excaver de nouvelles mines de charbon. La verte Allemagne, qui s’est exclue du tout pas beau nucléaire, arrose de lourdes vapeurs toxiques la moitié de l’Europe grâce à ses mines de charbon et de lignite (l’une à ciel ouvert est aussi vaste que Paris), à la bénédiction générale. Que vous soyez Trump ou Merkel les jugements de cours vont rendront blancs ou noirs de grisou ! de plus, ne voyons-nous pas que le premier tient à desserrer les Etats-Unis de l’étau du pétrole arabe ?

      À cet égard la maestria diplomatique de Trump va jusqu’à stupéfier le modeste auteur de ces lignes. Sommant à Ryad les pays arabes, et au premier chef l’Arabie Saoudite, de lutter au nom de Dieu contre le terrorisme et le fanatisme, alors qu’il contribue à détruire le Califat islamique, qui sait si le nouveau Président ne contribue pas à isoler (outre l’Iran qu’il compte remettre à sa place) les Qatar, Koweit et autres contributeurs du terrorisme, voire à la pincée de libéralisme politique et religieux qui semble animer le nouveau roi de Ryad, qui réalise que la manne de son pétrole touche à sa fin (à moins qu’il s’agisse d’une ruse habile, digne de l’ancestrale taqiya)…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ses opiniâtres voyages diplomatiques en Extrême-Orient, du Japon au Vietnam en passant par la Chine, vont, qui sait, permettre de rajuster les accords commerciaux, et permettent déjà d’engendrer des commandes colossales au bénéfice de l’industrie américaine. Sans compter la nécessaire intimidation du tyranneau nord-coréen qui n’aime rien tant que jouer de ses doigts bouffis avec des bombinettes atomiques. On s’est pourtant bien offusqué d’entendre Trump dire « Le temps de la force est venu », lui reprochant sa provocation, le réduisant au même ridicule et à la même dangerosité que le potentat affameur du peuple nord-coréen. Préféreriez-vous le temps de la faiblesse ? Il semblerait que sous la pression de Trump, la Chine puisse modérer son soutien, en particulier économique, à son encombrant voisin, qui risque bientôt de faire patte blanche…

      Restons cependant méfiants devant les velléités protectionnistes de Trump. Pourtant, il ne ferme pas la porte aux accords commerciaux bilatéraux avec tous les pays, à la réserve que les libertés soient également partagées et qu’elles soient au service des intérêts américains, de façon à concourir à la réduction du déficit commercial, en particulier avec la Chine. Il prétend ne prendre des mesures protectionnistes que si ces mêmes intérêts se voient lésés. Ce fut l’objet de la rencontre de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à Manille, qui ambitionnait de lutter contre le protectionnisme économique. Mieux, en préconisant un réel libre échange, il risque de divulguer l'hypocrite protectionnisme européen.

      Que n’a-t-on vilipendé le Trump pourfendeur des « violeurs mexicains » ? Bouh, le vilain xénophobe ! Il n’en reste pas moins que les crimes sexuels pullulent encore du côté du Sonora. Certes, l’on ne tombera pas dans la généralisation abusive qui est un péché peu mignon de l’orateur. Certes, imaginer de faire payer l’achèvement du mur frontalier (construit d’ailleurs aux deux-tiers par ses prédécesseurs) fut une fort puérile billevesée. Mais, là encore, lorsqu’Obama confirma le déploiement de ce mur, il bénéficia d’une indulgence entière, tandis que notre éléphant roux se voit traité comme l’animal malade de la peste de La Fontaine.

      N’ignorons pas que l’immigration illégale des Mexicains, qui contraint les salaires des non qualifiés à stagner au plus bas, a déjà baissé considérablement. Il est certes bien dommage de devoir en arriver à de telles murailles, mais plutôt que de huer les Etats-Unis, ne vaudrait-il pas mieux s’interroger sur l'explosive criminalité mexicaine, sur le socialisme et la corruption récurrents qui minent l’économie mexicaine, dont le niveau de vie de la population stagne depuis bien des décennies, malgré des richesses potentielles considérables, en particulier pétrolières ?

      Encore un point à mettre à l’actif de Trump en ce qui concerne l’immigration : en avril dernier, il signait un ordre exécutif pour éjecter le programme de visa par tirage au sort, au profit d’un programme au mérite, bien plus judicieux, en terme de sécurité, de respect des individus et in fine au service d’un melting-pot américain digne de ce nom.

      Pourtant l’abrogation du programme DACA, qui protégeait de l’expulsion les enfants immigrés clandestins et leur permettait d’étudier et de travailler aux Etats-Unis, a provoqué un bruyant tollé. Certes l’on sait que de prétendus mineurs s’y glissent avec des intentions peu avouables, mais la mesure parait aussi peu charitable que digne des Lumières, et des intérêts des entreprises américaines qui y trouvent parfois un vivier de créateurs…

      Le milliardaire (l’on sait combien c’est mal de l’être si l’on est un capitaliste, et pudiquement tu si l’on prospère en mettant à son service la fiscalité), est bien entendu un xénophobe avéré conspué par de gauchistes juges dont le multiculturalisme est un retors angélisme, lorsqu’il refuse l’entrée à des ressortissant de pays musulmans. Cette interdiction, certes brusquement édictée avec une maladresse insigne, est bientôt jugée conforme à la Constitution par la Cour suprême. Il n’y a par ailleurs rien de xénophobe à lutter vigoureusement contre les gangs latinos violents, et contre l’islam radical.

      Combien l’on a reproché à Trump de quitter l’UNESCO ! Pourtant il argue avec justesse que cette organisation, financée à gogo par les Etats-Unis, et prétendument chargée de favoriser l’éducation et la culture, a intégré la Palestine, pseudo-Etat, de surcroît terroriste (c’est d’ailleurs à cette occasion qu’Obama suspendit les financements), que cette organisation démesurément islamophile tente de réécrire l’Histoire en prétendant qu’Israël est une force d’occupation à Jérusalem. Ajoutons que cette organisation publia en 1981 une « Déclaration islamique universelle des droits de l’homme » qui considère « qu’Allah (Dieu) a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunnah de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains », et autres abjections concomitantes… Devinez qui depuis aspire à la Direction générale du dit organisme ; mais c’est bien sûr, en digne lèche-charia, … La France !

      Bien d’autres domaines bénéficient de l’attention de l’administration Trump. Il est question d’une réforme de l’éducation (notoirement incompétente dans le public), de permettre le libre choix scolaire pour les ressortissants de quartiers défavorisés. Reste à savoir ce qu’il en adviendra. Il serait indécent de qualifier ce Président de tranquille pépère pantouflard, une fois la place prise. Reste que les craintes hystérisées autour de la législation Pro-vie en cours ne prouvent pas qu'il s'agirait de menacer qui aurait légitiment besoin d'avorter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Que l’on soit Trumpmaniaque ou Trumpophobe, il est bon de s’interroger sur ses électeurs, dont les petits blancs déclassés de l’Amérique profonde. Le livre de J.D. Vance, Hillbilly Elégie, publié en 2016 aux Etats-Unis tombe à point. S’il se présente comme le roman autobiographique d’un enfant puis d’un jeune homme venu du tréfonds du Kentucky et de l’Ohio, il n’en est pas moins un document sociologique d’une rare pertinence.

      Les usines ferment ou s’enfuient, le chômage gronde, le déclin économique ronge les consciences : « toutes les grandes entreprises comme Armco sont en train de mettre la clé sous la porte, et c’est une population dont les qualifications sont peu adaptées à l’économie moderne ». L’on comprend alors combien une génération confite dans le chômage par une mondialisation qui défavorise l’Amérique profonde, aspire à retrouver travail et dignité, ce que promit et réalise déjà, du moins en partie, l’administration Trump.

      Mais loin de se complaire dans la rhétorique victimaire de l’ « Elégie », Vance souligne : « Vous pouvez traverser une ville dont 30% des jeunes hommes travaille moins de vingt heures par semaine sans trouver personne qui ait conscience de sa propre fainéantise ». Plutôt que de se plaindre du monde tel qu’il évolue, les habitants doivent affronter la vérité sur eux-mêmes : « Jackson est assurément pleine de gens charmants, mais la ville est également pleine de drogués, et il y a au moins un homme qui a trouvé le temps de faire huit enfants et pas celui de travailler pour les faire vivre ». Sans oublier l’alcoolisme et la violence. Le réquisitoire est cruel, mais réaliste.

      Comment notre auteur s’en est-il sorti ? « Maman m’a emmené à la bibliothèque de la ville avant même que je ne sache lire, m’y a inscrit, m’a montré comment emprunter des livres et fait en sorte qu’il y en ait toujours à la maison ». Avocat pour un fonds d’investissement, écrivain chéri des médias, marié avec Usha dont il loue les qualités, il vit aujourd’hui à San Francisco. CQFD.

      Vance a su radiographier ceux qui ne sont pas les seuls à avoir élu Trump, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Sans vouloir faire de la prédictologie[11], toujours risquée, il n’est pas impossible que ce Président rempile pour un second mandat, voire avec un résultat électoral plus généreux…

      Le procès Trump est loin d’être achevé. Hors de tweetesques sorties inconsidérées, des convictions populistes sans nuances, il conviendra de le juger sans a priori idéologiques sur les résultats. Il sera cependant d’autant plus haï que les résultats économiques et diplomatiques seront bons. Tout ce qu’il réussit et réussira sera inaperçu par les yeux qu’obscurcit l’idéologie ; tout ce qu’il ratera sera la poutre fichée dans son œil.

      L’on dit souvent que l’Histoire se répète ; certes. Mais parfois sous des formes métamorphosées. Le socialisme de Bernie Sanders est bien plus dangereux que Trump, en particulier pour les libertés économiques et la prospérité, y compris du petit peuple ; les violences de l’extrême gauche anticapitalistes sont avérées. D’autres formes de totalitarisme, masquées par de bons sentiments sont également à craindre : la tyrannie écologique, par exemple, ou le politiquement correct qui pousse des étudiants à ne pas vouloir étudier des auteurs mâles et blancs, en un racisme aussi étroit que leur pensée, ou encore le cancer théocratique de l’Islam. Si Donald Trump, malgré ses errements et velléités agités comme ceux d’une puce rousse, n’est le nom d’aucune tyrannie, il ne manque pas de concurrents bien plus redoutables, dont Thimothy Snyder, le doigt pointé sur un éléphant plus débonnaire qu’il n’y parait, n’a pas su voir les forêts de cornes aux virales rhinocérites. C’est avec une indispensable prudence, en particulier à l’égard d’un avenir pour lequel nous nous garderons de toute prédiction, que le modeste auteur de ces lignes, dont les informations restent cependant lacunaires, tente de contribuer à la vérité, au risque que bien des lecteurs velléitaires ne soient pas parvenus à cette ligne, irrités, scandalisés par une telle prose, qui ne respecte pas la doxa de la condamnation péremptoire, idéologique et a priori.

      Il y a bien des exagérations, voire des hyperboles insensées, dans la pléthore de satire, de dénonciation, qui se jette en meutes sur Trump. Voyons comme l’on s’est mis, vaillamment, en signe d’héroïque résistance (on n’est pas aussi vaillant face à l’hydre de la théocratie islamique) à manifester, comme ces 125 psychanalystes et psychiatres qui défilèrent à New-York en dénonçant la santé mentale défaillante de notre éléphant roux, « populiste, ploutocrate, fou à lier », réclamant l’impeachment, alors que l’on s’est moins excité devant les symptômes avérés d’Hillary Clinton. Prenons garde à ne pas suivre aveuglement la rhétorique haineuse des démocrates et non les faits. Par exemple pour les enfants mexicains retenus aux frontières pendant des semaines que l’on reproche à Tromp, quand c'était déjà le cas sous Obama, alors qu'il s'agit de les protéger de leurs parents, des gangs, des viols, ce qui ne faisait pas scandale (et ne prétendons pas que cela soit parfait) : selon que vous soyez blanc ou noir, les jugements de cour vous rendront puissant ou misérable (ceci en paraphrasant La Fontaine). Voyons comme l’on a relu et brandit Impossible ici de Sinclair Lewis[12] qui voyait un fasciste s’élever au sommet des Etats-Unis, ainsi que La Servante écarlate, de Margaret Atwood[13], autre anti-utopie marquée par une tyrannie contre les femmes réduites à la seule procréation. La reductio ad hitlerum est aussi manifeste qu’abusive et mensongère, quand de plus réelles tyrannies sont les hydres de notre temps…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Aristote : Rhétorique, 1358a, Œuvres complètes, Flammarion, 2014, p 2611.

[2] Eugène Ionesco : Rhinocéros, Théâtre, III, 1968, Gallimard, p 117.

[3] La Fontaine : « Les animaux malades de la peste », Fables, VII, I : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

[4]  N atacha Tatu Incroyable mais Trump, Plon, 2018.

[5] Voir : Peter Schweizer : Clinton Cash, Harper Collins, 2015.

[6] Timothy Snyder : Terres noires. L’holocauste et pourquoi il peut se répéter, Galimard, 2016.

[13] Margaret Atwood : La Servante écarlate, Robert Laffont, 1987.

 

 

 

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 15:35

 

Palazzo Reale, Milano, Lombardia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Aux pieds de Babel,

 

Les Routes de la traduction

 

et de L'Iconographie.

 

 

 

Les Routes de la traduction. Babel à Genève,

Gallimard, Fondation Martin Bodmer, 288 p, 39 €.

 

L’Iconographie. 50 livres rêvés par 50 illustrateurs,

La Table ronde, 112 p, 24 €.

 

 

 

 

 

      « Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres[1]. » Voici le nœud d’un des plus beaux mythes de l’humanité, celui de la tour de Babel dans la Bible, dont la fonction étiologique est de permettre d’expliquer l’irréductible multiplicité des langues ; « car Babel en hébreu signifie confusion », écrit Flavius Josèphe[2] au premier siècle de notre ère. Mythe auquel répond à sa manière, dans une aire culturelle voisine, le dialogue de Platon intitulé Le Cratyle, sur l’origine controversée des mots. Malédiction, ou bénédiction ? Un tel châtiment divin, jeté sur l’hubris humaine, oblige les lecteurs à trouver un traducteur et ce dernier à échouer ou briller au travers du prisme qu’il offre aux premiers. Une ville si cosmopolite, Genève, ne pouvait qu’abriter, au sein de la Fondation Martin Bodmer, une exposition sur les plus grands livres en leurs avatars, depuis l’Antiquité, en au moins quatre-vingts langues : Les Routes de la traduction. Babel à Genève. D’Homère à Tintin, les enjambées sont vastes en ce merveilleux catalogue. Auquel on peut songer d’ajouter la traduction iconographique de quelques-uns des ouvrages choyés par les illustrateurs d’aujourd’hui.

 

      Outre Homère, référence obligée de la poétique et de la civilisation occidentales, ce sont la Bible, Dante, Shakespeare et Goethe, qui sont les pivots de nombre de problématiques de la traduction, cet art polymorphe sur lequel, avec tant de pertinence s’interrogea George Steiner, dans Après Babel, une poétique du dire et de la traduction[3], et dont la Fondation Martin Bodmer expose une bonne centaine d’exemples au travers d’autant de livres rarissimes, prestigieux ou méconnus.

      Si vous n’hésitez pas à subodorer que la Bible est l’ouvrage le plus traduit au monde, vous n’ignorez pas qu’écrite en hébreu et en grec, elle passa au latin, au français, et dans toutes les langues européennes. Mais auriez-vous imaginé qu’elle fut traduite en diverses langues indiennes des deux Amériques, le cherokee, l’inuit, l’arawak ? Plus loin, et pêle-mêle, en breton, en mongol, en tamoul, en éthiopien, toutes premières éditions conservées dans la « Bodmeriana ».

      Cependant Homère, poète originaire, outre les lambeaux d’un papyrus en grec du III-IV° siècles, se voit cent fois traduit, jusque dans une édition polyglotte de 1837, qui juxtapose sur une double page le grec, le latin (prose et vers), l’italien, l’allemand, le français et l’espagnol ! Il faut de surcroît aller jusqu’à considérer Ulysses  de Joyce comme un avatar facétieux et redoutable de la pulsion de traduction.

      Séminaux également, fables et contes, en un mot les apologues, voyagent se répondent, s’inséminent, du Grec Esope au Français La Fontaine, en passant par les Mille et une nuits, probablement d’origine perse, quoiqu’à nous parvenues par le truchement de l’arabe et de Galland au XVIII° siècle, ou par Le Livre de Kalilah et Dimna, venu du sanscrit et du persan, dont notre fabuliste réécrivit en ses vers quelques contes animaliers.

      En effet, l’Orient, qu’il soit arabe ou japonais, n’est pas oublié. Le Coran trouve à prophétiser sa révélation et ses injonctions génocidaires (ce que tait trop pudiquement notre catalogue), dès sa transposition latine par Bède le Vénérable, au XII° siècle, et ici au travers d’une édition de 1543, publiée à Bâle, quand Heidi, célèbre roman suisse pour enfants, au message bien plus paisible et bucolique, est traduit jusqu’à Tokyo.

      Fondateur à la fin du XVIII° siècle du concept de « weltliteratur » (littérature-monde), Goethe traduit volontiers le théâtre classique français ; bientôt il tourne son regard vers l’Orient en adaptant le Perse Saadi dans son poétique Divan d’Orient et d’Occident. En d’autres contrées européennes, l’Allemand Heine et l’Anglais Byron sont « naturalisés russes », grâce à des « annexions pacifiques pratiquées par la poésie russe ». En France, Baudelaire et Mallarmé, en élisant l’américain Allan Edgar Poe, font mieux, dit-on, que les vers originaux. Or, bien avant eux, en Italie, ce que l’on appelle « la triple couronne » médiévale, formée par Dante, Pétrarque et Boccace, fonde non seulement une langue, l’italien, mais une myriade ininterrompue d’éditions, manuscrites puis imprimées, et inévitablement de traductions dans les principales langues européennes, sans cesse remises sur le métier, de siècle en siècle.

 

Tour de Babel. Werner Rolewinck : Fasciculus Temporum, Strasbourg, 1488.

Photo : T. Guinhut.

 

      La traduction est évidement un acte religieux, indubitablement prosélyte, dans le cas de la Bible ou du Coran. Politique, si l’on pense à la diffusion de Hume et Montesquieu, Machiavel, Rousseau, puis Marx, Mao ou Hitler, pour aller du meilleur au pire. Humaniste, si l’on pense à Erasme, représentative des Lumières pour intégrer Adam Smith et Beccaria. Poétique, de Virgile à Shakespeare. Dans tous les cas, à la réserve des prosélytismes  agressifs et de la triple couronne de plomb coiffant les trois auteurs fomentant la tyrannie déjà cités, elle reste au service du « Sapere aude », du « Ose savoir », kantien[4].

      Inspiration, imitation, réécritures et intertextualité sont parmi les « routes de la traduction ». Ainsi les dramaturges latins, Plaute et Térence, nourrissent Molière. Rilke se nourrit d’Orphée, puis de Paul Valéry, quand ce dernier se retourne vers les Bucoliques de Virgile. Voisinant avec le prestigieux folio de 1623, contenant toutes les pièces du barde du théâtre londonien du « Globe », dont les Dramatische Werke sont de la main de Schlegel, le poète Yves Bonnefoy[5] relit et sublime celui que les Classiques français traitaient de « sauvage », quand ses Sonnets[6] sont traduits par Stefan George et Pierre-Jean Jouve. Oserions-nous suggérer qu’il manque celle de Paul Celan[7] ? Ainsi Shakespeare, comme la conscience de son Richard III, a « mille langues[8] ».

      En ce sens, la traduction est aussi création, poiesis disaient les Grecs… Quant aux philosophes, il faut ne pas rater Aristote, si important au Moyen-Âge, ici présent grâce à un manuscrit latin sur parchemin du XIII° siècle, y compris grâce aux commentaires du De Anima par l’Arabe Averroès, que nous ne possédons plus qu’en latin. La Fondation Martin Bodmer exhibe un manuscrit arabe traduisant Aristote au XI° siècle, non loin des Œuvres de Platon, traduites en latin par Marcile Ficin au XV° siècle.

      Les pièces de cette exposition, essentiellement des volumes et manuscrits rares, dont de nombreux incunables, viennent pour la plus immense part des réserves de la Fondation Martin Bodmer, en une sorte de « Babel bibliophilique », venue de la collection du bibliophile zurichois Martin Bodmer (1899-1971) qui ne mégottait pas en mettant sa fortune au service d’une passion hautement recommandable, jusqu’à de babéliques volumes polyglottes, « joyaux de virtuosités typographiques ». Or elle accueille également des textes cunéiformes sur tablettes d’argile venus du Musée du Louvre, du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, une étonnante « Métamorphose » de Markus Raetz (qui traduit un homme en lapin, à moins que ce soit le contraire), de 1991, venue du Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Des hiéroglyphes aux albums de Tintin, en passant (ne l’oublions pas) par des tableaux du XVII° siècle montrant la construction de notre tour de Babel tutélaire, l’amplitude temporelle et culturelle est considérable. Ainsi des papyrus exhibant le Livre des morts d’Hor voisinent avec le Panthéon égyptien de Champollion, premier traducteur des hiéroglyphes et du démotique, grâce à la pierre de Rosette, providentiellement trilingue

      En ce sens, et depuis les pieds d’argile de la tour de Babel, la traduction est le maillage des sources culturelles de l’Europe. En outre, selon la juste formule de Carlo Ossola, « Chaque époque traduit pour le temps présent ». Luther traduit la Bible en Allemand pour que chacun puisse, par lui-même, la lire, en une humaniste révolution, et au service de ce qui devient le Protestantisme. Hélas peut-être, l’on ne traduit plus guère Ovide ou Virgile en alexandrins.

      Ce catalogue des Routes de la traduction, fomenté dans la Babel genevoise, est un pur régal, intellectuel et esthétique. Même si les bibliophiles chatouilleux (dont votre modeste serviteur) eussent préféré une reliure cartonnée. Reste que la babélienne tour dessinée au XVII° siècle par Kircher, qui orne le bleuté de la couverture, et la jaquette dépliante ouvrant sur une carte en couleur, tirée du Cosmosgraphiae liber de Ptolémée, sont de divines surprises. Si l’on s’amusera -ou s’indignera- des volontairement puérils « alphabets sociopolitiques » et autres « hétérographies » de Villéglé, l’on ne pourra qu’être conquis, surexcité d’intelligence, en feuilletant, lisant, étudiant ce merveilleux catalogue des grandes heures et œuvres de l’humanité. Il faut à cet égard conseiller le (provisoirement) malheureux lecteur de courir séance tenante à Cologny, auprès du lac de Genève, pour visiter, outre les murs de la Fondation construits par Mario Botta, cette exposition mémorable, car elle est celle qui offre le meilleur panorama jusqu’ici réalisé de la collection ambitieuse (et combien avait-il les moyens de son ambition !) de Martin Bodmer ; et vaillamment continuée, amplifiée par la Fondation que dirige d’une main souple et pétulante Jacques Berchtold. En effet, après moult mémorables monstrations et livres consacrés à Frankenstein[9], à Sade[10], à Madame de Staël et Benjamin Constant[11] (excusez du peu), ces Routes de la traduction savent enfin ouvrir au visiteur ébloui une belle part du coffre aux trésors bibliophiliques -en sus de ce volume intitulé Légende des siècles[12] qui passait jusque-là pour son antichambre- d’une fondation où l’on aimerait encore et encore flâner, contempler, étudier, « Mourir, dormir, dormir, peut-être rêver[13]» (disait Hamlet) et ressusciter sans cesse en lecteur borgésien…

 

      Passer du langage des mots à celui des images n’est-il pas également une traduction ? Ce que faisaient déjà les cathédrales, transposant les livres de la Bible, parmi les vitraux, les chapiteaux, les sculptures ; à une époque où « enluminer, c’est orner, mais c’est aussi clarifier, traduire dans un langage plus clair », pour reprendre une fois de plus Carlo Ossola. Ainsi l’iconographie des couvertures parle aux yeux, pour accrocher l’attention de l’éventuel lecteur, pour signifier la substantifique moelle du livre. À cet égard, un bel ouvrage, titré L’Iconographie, propose à cinquante illustrateurs d’imager autant de livres préférés.

      Malgré des romans choisis, essentiellement contemporains, pour lesquels l’effet de mode empêche peut-être d’imaginer une vaste pérennité, comme ceux d’Haruki Murakami, et malgré des dessins attendus qui ne déploient guère d’imagination, l’exercice est on ne peut plus stimulant. Se détachent quelques couvertures fort poétiques, à l’instar de celle pétillante de Robinson Crusoé par Anne-Lise Boutin, délicieusement suggestives, symboliques, lorsque les Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir, deviennent une femme en buste qui se dégage de sa chrysalide feuillue sous les doigts de Léa Chassagne. D’autres sont de réels coups de poing. Ainsi, lorsque Gérard DuBois renouvelle l’imagerie associée au terrible et délicieux Lolita de Nabokov (une photo trop sucrée de jeune fille prétendument nymphette, même s’il s’agit de celle de Stanley Kubrick), il impose une masculine et sombre silhouette qui cache à demi une fillette à la hauteur de ses hanches : la suggestion reste pudique et néanmoins criante, quand Humbert Humbert est bien le personnage clef du roman.

      On use tour à tour de l’incisive allusion, de la puérile naïveté, du graphisme en noir et blanc, du collage surréaliste à la Max Ernst, toujours au service de l’amour des livres, et plus précisément des romans qui ont marqué l’enfance ou le passage à la maturité de nos illustrateurs attentifs et passionnés. Un petit oiseau rouge et pleurant du sang est l’œil d’un profil noir au service de To Kill a Mocking Bird d’Harper Lee ; et parmi d’autres plus représentatives du dessin au sens traditionnel, voire enfantin, du terme, c’est Pessoa avec son Livre de l’intranquillité qui tenta Geneviève Gauché : elle « montre une structure de lettres et d’armatures métalliques rigide et complexe, qui encadre le lieu du drame où l’esprit va passer à la moulinette de l’autojugement permanent ». Ainsi chaque illustrateur défend sa traduction graphique d’un chef d’œuvre poétiquement ranimé du panthéon littéraire où il dormait.

 

      Quand un aréopage de savants et universitaires, aussi délicieusement érudits que sereinement lisibles, sous la direction de Barbara Cassin et Nicolas Ducimetière, préside aux Routes de la traduction, une fraîche naïveté, quoique parfois cruelle, préside au bouquet de couvertures imaginées par les illustrateurs de cette Iconographie, qui, à sa manière, répond à l’iconographique abondance fomentée à la suite du mythe de Babel. Parfois les pages d’images elles-mêmes se font en ce sens tout entières traductrices, comme lorsque Jacques Tardi illustre le Voyage au bout de la nuit de Céline[14], par exemple. Le roman devient bande dessinée ; ainsi va le destin de quelques-uns parmi les plus grands d’entre eux, comme en témoignent la proustienne Recherche du temps perdu par Stéphane Heuet[15], ou les ombres fantastiques du Tour d’écrou d’Henry James par Hervé Duphot[16], œuvres majeures de la littérature mondiale rendues plus accessibles, en particulier aux jeunes lecteurs, diront les uns, ou, diront les autres, amoindries, affadies. Nous les préférerons cependant,  sublimées par la seule et suffisante magie du verbe ; ou enrichies, dans le cas de Proust, par les aquarelles de Van Dongen, qui coloria également les Mille et une nuits, ou, mieux encore peut-être, lorsque Miquel Barcelo aquarelle avec feu, cendres et nuées la Divine comédie de Dante[17].

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] La Genèse, III, II, 5-8.

[2] Flavius Josèphe : Histoire ancienne des Juifs, Lidis, 1968,  p 16.

[4] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, t II, Pléiade, Gallimard, p 209.

[8] William Shakespeare : La Tragédie de Richard III, V, 3, Drames historiques, traduit par Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960, p 885.

[12] Légendes des siècles. Parcours d’une collection mythique. Fondation Martin Bodmer, Cercle d’Art, 2004.

[13] William Shakespeare : Hamlet, III, 1, Tragédies, traduit par Pierre Messiaen, Desclée de Brouwer, 1960, p 703.

[14] Louis-Ferdinand Céline, Jacques Tardi : Voyage au bout de la nuit, Futuropolis, Gallimard, 1988.

[15] Marcel Proust, Stéphane Heuet : À la Recherche du temps perdu, Delcourt, 200-2013.

[16] Henry James, Hervé Duphot : Le Tour d’écrou, Delcourt, 2008.

[17] Voir : Traduire et vivre l'ébouriffante Divine comédie de Dante

 

 

Joseph-Romain Joly : La Géographie sacrée et les monuments de l'Histoire sainte,

Alexandre Jombert, 1784.

Félix Julien : Voyages au pays de Babel, Plon, 1876.

Photo : T. Guinhut.

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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 10:12

 

Ostia antica, Lazio. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Les Amazones,

du mythe à l’Histoire et à l’archéologie,

en passant par l’anthropologie,

par Adrienne Mayor et Alain Testart.

 

 

Adrienne Mayor : Les Amazones, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Pignarre,

La Découverte, 560 p, 25 €.

 

Alain Testart : L’Amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail,

Gallimard, 192 p, 17,90 €.

 

 

       Chantées par Homère, dont les héros Priam et Achille sont les furieux combattants jusqu’à la mort de Penthésilée, les guerrières Amazones semblaient n’avoir été qu’un mythe fascinant. L’historien grec Hérodote parait plus informé, parlant de ces « Sauromates [qui] parlent la langue scythique » et déclarent : « Nous ne pourrons vivre avec les femmes Scythes ; nous différons trop par les usages ; nous tirons de l’arc, nous lançons des javelots, nous ne savons rien des travaux de notre sexe[1] ». Plus informée encore est Adrienne Mayor, dont Les Amazones s’appuient sur de récentes découvertes archéologiques pour assurer qu’elles furent de réelles guerrières, quoique pas si cruelles pour leur sein et leurs fils. Mais pour l’anthropologie, où les armes sont indubitablement masculines, le foyer est féminin. Cependant, à l’heure où les débats sur l’égalité des sexes font rage, il est bon de dépasser le déni d’une réalité sexuée ou l’idéalité d’un monde unisexe pour retrouver une égalité perdue. D’où vient cette trop prégnante encore division sexuelle du travail ? Entre « L’Amazone et la cuisinière », l’anthropologue Alain Testart permet de déceler les catégories -croit-on innées- du masculin et du féminin, et de comprendre les croyances enfouies au fond des comportements humains depuis la préhistoire.

      Selon un Dictionnaire de mythologie de 1765, les Amazones « formaient une république, dans laquelle elle ne souffraient point d’hommes. Pour se perpétuer, elles envoyaient de temps en temps des détachements dans les états voisins, pour se procurer la compagnie des hommes. Ces députées, quand leur grossesse était décidée, retournaient chez elle faire leurs couches. Tous les enfants mâles qui naissaient, étaient immolés. On élevait les filles avec grand soin ; on leur coupait la mamelle droite, afin qu’elles fussent plus en l’état de tirer de l’arc. On les formait dans les exercices militaires, et l’histoire fabuleuse est pleine des exploits de ces héroïnes. On a dit que le pays qu’elles habitaient, était dans la Cappadoce, sur les bords du fleuve Thermodon[2] ». L’effroi qu’elles causaient allait jusqu’à diffuser le mythe, rapporté par Plutarque, selon laquelle elles se seraient attaquées à la ville d’Athènes même, quoique finalement vaincues par les Grecs conduits par Thésée.

      Adrienne Mayor en sait évidemment bien plus. Soutenue par une impressionnante érudition, elle jongle avec Hérodote et Pompée, fréquente couramment Atalante (qui chez Ovide est une femme d’une force peu commune), et les plus célèbres Amazones : Hippolyté qu’Héraclès tua), Antiope (que Thésée enleva) et Penthésilée (qu’Achille aima à l’instant de l’achever), mais aussi la « cheffe de guerre » Thalestris qui souhaita convoler avec l’empereur Alexandre. Sans oublier Hypsicratia qui devint la compagne de Mithridate VI. Ses notes et sa bibliographie associent tant les auteurs de l’Antiquité que les historiens modernes.

      Mais là où son savoir ébouriffe le lecteur (au sens neutre du terme), c’est lorsqu’elle s’appuie sur de recherches archéologiques et scientifiques fort concluantes. L’analyse ADN de corps guerriers fouillés dans des tombes scythes ne laisse aucun doute : il y a bien des femmes à avoir été vigoureusement armées et enterrées avec ses attributs qui permettent d’avérer combien leurs qualités guerrières étaient appréciées et craintes de leur vivant : « l’archéologie montre qu’environ une femme nomade des steppes sur trois ou quatre, inhumée avec ses armes, était une guerrière active ». Au moins « 130 tombes du sud de l’Ukraine contiennent les restes de femmes inhumées avec des arcs et des flèches », voire des bijoux et des coupes précieuses, et parfois « dans la position de cavalières », sans oublier leurs traces de blessures par haches, lances ou dagues. Certaines de ces « tueuses d’hommes », jusqu’à des fillettes de dix ans en armure, vécurent et moururent à l’époque d’Hérodote, c’est-à-dire au V° siècle avant Jésus Christ. Ainsi les nécropoles scythes, de la mer Noire à l’Altaï, prouvent qu’il existait, à l’époque des anciens Grecs, des femmes correspondant à la description des Amazones mythiques, des « archères nomades » et des reines. Et bien plus largement de la Thrace à la Chine, où Fu Hao reste une célèbre guerrière de la dynastie Shang. On peut alors mentionner « l’Amazonistan d’Asie centrale ». En Iran, les poèmes de Nizami font l’éloge de femmes qui sont « amantes, héroïnes, cheffes et même éducatrices et rivales des hommes » ; ils sont illustrés par une Shirin au bain, alors que son carquois et son épée sont suspendus à un arbre. Auprès de la mer d’Aral, un chant épique, le « Qirq Qiz, des Quarante filles », montre qu’elles font preuve d’une bravoure hors du commun. L’Egypte ancienne conte l’histoire de Serpot qui est à la tête d’un « pays des femmes ». Il faut également mentionner des guerrières étrusques. En l’actuelle Turquie, des mosaïques découvertes en 2006 présentent des portraits d’un quatuor de reines, dont Mélanippe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      S’il ne s’agissait donc pas d’un fantasme de divers mythographes, il faut cependant faire un sort à deux pans impressionnants du mythe : selon toute apparence, ces dames ne se coupaient un sein (à moins de les aplanir dans un corset ou sous l’armure), ni ne tuaient leurs fils. Les représentations grecques et romaines leur octroient toujours des seins jumeaux, ainsi que des tatouages, car leurs bras présentent des figures animales, ce que corroborent « les momies congelées tatouées de l’ancienne Scythie ».

      Bien plus libres que les femmes grecques, ces « femmes sauvages » séduisaient et effrayaient par une certaine liberté sexuelle ; qui semblaient avoir « les mêmes droits que les hommes ». Elles aussi s’enivrent de « lait de jument fermenté » et des fumées hallucinogènes du chanvre (cannabis sativa), ce que confirment autant Hérodote que les tombes du Kazakhstan. Selon la légende, et des kylix à peintures rouges, elles combattaient des griffons. Ces porteuses de pantalons chassaient plus sûrement des lions, mais également au moyen d’aigles dressés. De surcroît, il n’est pas impossible que l’on doive à leur peuple l’origine des armes en fer. Reste à savoir quel était leur langage, entre diverses langues caucasiennes et l’iranien, donc « barbares » pour les Grecs, et le romaïque, un dialecte assez proche du grec. Malgré leurs « pierres à cerfs », gravées de divers motifs géométriques et animaliers, nos Amazones n’ont pas laissé de texte écrit ; à moins que les dessins des tatouages, également retrouvés sur ces pierres, soient un langage figurant quelque récit… La « tombe de l’homme d’or » (ou d’une guerrière) recèle un bol en argent gravé d’une inscription « alphasyllabaire », non déchiffrée, qui est peut-être la trace d’un dialecte scythe.

      Apollonius de Rhodes, dans ses Argonautiques, fait mention d’un temple sur « l’île Amazone ». Il semble bien que des archéologues turcs l’aient mise au jour, au sud de la mer Noire, à Giresun, et qu’ils confirment le récit de l’écrivain antique, jusqu’à la présence de la « pierre noire sacrée », une météorite. Là, nos cavalières sacrifiaient des chevaux à un dieu de la guerre et une déesse mère. Plus loin, dans l’espace et dans le temps, notre essayiste fait allusion à « Mulan, une Amazone héroïque de la légende chinoise », qui par ailleurs fit les bonheurs du film d’animation, avec le film des studios Disney, en 1998. Cependant l’on sait par ailleurs que les créatures chevelues qui lançaient des flèches sur les conquistadors depuis les arbres bordant le fleuve Amazone (d’où son nom) n’étaient en rien des femmes.

      Une « Encyclopedia Amazonica », c’est bien là l’ambition couronnée de succès d’Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université Stanford, bien qu’elle sache qu’elle ne mette pas un point final à la question. Son roboratif travail se veut également un « éloge de l’idéal des couples nomades de l’Antiquité ». Et bien que sédentaire, notre historienne a mené son enquête, livresque et sur le terrain, parmi les temps anciens, voire immémoriaux, et les plus vastes empires romains, alexandrins, chinois et scythes. Faisons également l’éloge de l’éditeur, qui a su offrir à sa couverture une esthétique certaine, avec une Amazone blessée (qui ne s’est pas le moins du monde coupé un sein !), au corps blême devant un rouge bouclier, peinte par Franz von Stuck en 1905. On ajoutera que l’iconographie, quoique en noir et blanc, est généreuse : cartes, amphores, cratères, camées, armes… Mais aussi une superbe « urne cinéraire étrusque » ornée d’archères amazones s’exerçant au tir à l’arc parthe.

 

      Pourquoi, hors nos Amazones, les femmes ne chassent-elles pas, ne sont ni soldats, ni bouchers ? se demande Alain Testart. Une immense majorité de cultures les cantonne à la maternité, au tissage, à la cueillette. Parce que le sang des règles et de l’accouchement entraîne une conséquence inouïe : «  Les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux ».  On évite « la conjonction du même avec le même » de peur de catastrophes, ce qui se justifie par ailleurs dans le cas de la consanguinité. De plus « ce partage des tâches est strictement parallèle à celui entre domaine animal et végétal », sauf aux régions arctiques. L’explication « combine motifs symboliques et contraintes économiques ». De même, la femme est exclue de la prêtrise, parce qu’elle ne peut toucher le sang du Christ, mais aussi du rabbinat (quoique ce ne soit plus le cas aujourd’hui). Le suicide est ainsi passablement partagé selon les sexes, sanglant ou non.

      De plus, cave à vin, sidérurgie, sont royaumes masculins, souvent interdits à la femme. Il y a « laboureur et semeuse », car la charrue coupe la terre, alors que le sexe féminin est associé à une coupure. L’agriculture est féminine quand les Iroquois sont d’abord guerriers. Et le progrès technique semble défavorable à la femme, « servante de la machine » : dès qu’un travail devient métier, il devient masculin. Seules chasseresses et soldates de l’Histoire, Diane et Jeanne d’Arc, parce que vierges. Cependant nous venons de voir que les Amazones historiques cassaient avec succès cette partition sexuée…

      N’en doutons guère, il se trouve en le magnifique essai d’Adrienne Mayor une pincée de volonté polémique, en un sous-titre qui n’existe cependant pas dans l’édition originale américaine : « Quand les femmes étaient l’égales des hommes », ce qui est confirmé par l’assertion : « La quête universelle pour trouver l’équilibre et l’harmonie entre hommes et femmes, des êtres à la fois si semblables et différents, est au cœur de tous les récits sur les Amazones ». On idéalise peut-être sur ce point la période qu’elle étudie, du VIII° siècle avant J. C. au I° siècle de notre ère ; sans peur de souffler que ce n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui. Tabous et préjugés s’effacent à grand peine, alors que les femmes ont aujourd’hui le droit d’investir jusqu’aux sous-marins français. Les Israéliennes sont couramment des Amazones, quand les cuisinières sont encore rarement les grands chefs. L’essai d’Alain Testart, aussi clair que roboratif, permet alors de radiographier la persistance de nos mentalités, pourtant dignes d’évoluer. Au point que, Messieurs, les femmes soient en train d’investir tous vos domaines d’élection, voire bien souvent vous dépasser…

      Et puisque Heinrich von Kleist est un homme, nous ne parlerons guère de sa splendide tragédie, car bien connue, Penthésilée[3], cette reine des Amazones qui déchira d’amour le corps d’Achille, pièce passée sous silence par Adrienne Mayor, quand elle n’ignore rien des amphores grecques à figures noires qui illustrent cette scène aux versions diverses. Ni de l’auteur de cette modeste critique amazonienne, qui n’a pas la chance d’être une femme, mais d’une auteure outrageusement méconnue : Madame du Boccage. Elle fut en effet au XVIII° siècle la créatrice d’une épopée plus que curieuse consacrée au découvreur de l’Amérique, La Colombiade, mais aussi d’une étonnante tragédie en vers titrée Les Amazones. En son ultime scène, la reine Orithie dénonce, avant de se tuer, de Thésée le « sexe orgueilleux[4] »…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Alain Testart a été publiée dans Le Matricule des Anges, mars 2014

 

[1] Hérodote : Histoires, IV, 114 et 117, traduit du grec par Giguet, Hachette, 1886, p 255.

[2] Dictionnaire portatif de mythologie, Briasson, 1765, p 62.

[3] Heinrich von Kleist : Penthésilée, traduit de l’allemand par Julien Gracq, José Corti, 1954.

[4] Madame du Boccage : Les Amazones, Œuvres, t I, Chez les Frères Périsse, Lyon, 1770, p 263.

 

Museo Nazionale Romano, Roma. Photo : T. Guinhut.

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:58

 

Real Monasterio de Santo Domingo de Guzman, Caleruega, Burgos.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Du conte philosophique

de la corruption par le langage

aux nouvelles de la mer de tristesse,

par Ben Marcus :

L’Alphabet de flammes ; Quitter la mer.

 

 

 

Ben Marcus : L’Alphabet de flammes,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Decottignies,

Editions du Sous-sol, 344 p, 22 € ; Points, 394 p, 10,30 €.

 

Ben Marcus : Quitter la mer,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thierry Decottignies,

Editions du Sous-sol, 304 p, 23 €.

 

 

 

 

       Ce livre est un paradoxe vivant. L’argument de L’Alphabet de flammes reposant sur la destruction par le langage, il eût dû logiquement s’autodétruire entre les mains du lecteur que nous sommes, contaminant nos langues et nos neurones, peu à peu atomisés. Car auprès de leur fille Esther, Claire et Sam contractent la « fièvre du langage », à l’instar de tous leurs concitoyens. A la lisière de la science-fiction, de l’horreur lovecraftienne[1] et de l’érudition linguistique, le roman-apologue de Ben Marcus est un rare Objet Romanesque Non Identifié. Et lorsque le langage détruit son monde, ne reste plus qu’à Quitter la mer pour la récurer de tristesse en un bouquet de nouvelles affreusement vénéneuses.

 

      Combattant contre les mots et leur fatalité, Sam est un héros opiniâtre. Il quitte l’insolence terriblement logique de sa fille, bien trop dangereuse, laisse sa femme comme morte, fuit les parcs de jeux et la ville entière contaminés par le babil, le raisonnement et les cris enfantins, pour rejoindre un laboratoire où tenter de concocter des « alphabets » immunes. Car il lui faut obéir à un commandement sacré : « N’élevez pas la langue au service du carnage ». Sa responsabilité de malheureux super-héros est alors colossale : « J’étais censé aligner des symboles qui pourraient servir de code, créer un nouveau langage qui damerait le pion à la toxicité. La solution est dans les Ecritures, vous ne pensez pas ? » De là, parmi le pullulement des allusions bibliques, à y voir une absence de Dieu, qui n’est pas dite, donc de sens, il n’y a qu’un pas.

      Mais le nid d’étrangeté de ce récit ne s’arrête pas là. Les personnages centraux appartiennent à une étrange confrérie de « Juifs sylvestres » et « reconstructionnistes », dont le culte est ainsi fait : dans une cabane cachée, « équipée de technologie luciole », ils vont « écouter un sermon remonter de la terre », dont il ne reste parfois que « des os de langage ». Est-ce la crainte de les voir manger l’ « alphabet pur » de Dieu qui les éloigne de leurs concitoyens ? À moins que ce dernier soit également, et originellement, corrompu… Faut-il comprendre que le verbe divin, que la parole de la judaïté deviennent une source d’infection ? Pourtant, Juifs ou non, et pour reprendre le vers de La Fontaine, dans « Les animaux malades de la peste », « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés[2] ».

      Le rôle des enfants est éprouvant : si ce sont eux l’origine de cette peste cruelle qui fatigue les organismes et les mène à la consomption, ils sont une métaphore du conflit des générations, à la suite duquel les descendants sont destinés à enterrer leurs géniteurs. Ces jeunes meurtriers -consciemment ou non- ne sont pas sans évoquer ceux que Ballard met en scène dans Sauvagerie[3], ceux que l’on échoue à faire taire au point qu’ils deviennent les agents du massacre de toute leur famille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le narrateur n’est pas sans culpabilité : certains de protagonistes « étaient malades des alphabets que j’avais réalisés ». Il essaie alors tout ce qui reste en son pouvoir pour sauvegarder la communication : « J’énucléais des lettres dans des mots ». Hélas, « avec la privation de parole, en l’absence du langage qui avait fait de nous des personnes entières, nous étions devenus une sorte de bétail émotif ». Pas la moindre consolation du côté des livres : ceux-ci « étaient indécollables. Sur les pages détachées, éparpillées comme des détritus lors d’une parade, le texte était noirci ». ». À force de recherches et de péripéties effarantes, dont on laissera le trouble soin à l’aventureux lecteur, dans le silence et « derrière la ligne de murmure », il obtient « que le sérum Jeu d’Enfant soit efficace ». Voilà qui permettra que tout rentre dans l’ordre ; ou presque…

      Malgré l’apparente brutalité simpliste de l’événement perturbateur, le roman de Ben Marcus est un formidable et flamboyant opérateur d’images poétiques, attendrissantes ou terrifiantes, un conte philosophique hallucinatoire, un creuset de pensée linguistique et ésotérique, dans lequel « comprendre n’apporte rien ». Devrions-nous l’interpréter comme l’envers de la Torah, comme une nouvelle Kabbale devenue kafkaïenne, révélatrice d’une apocalypse langagière et de civilisation, pire que babélienne, à rédimer si possible ?

      Il ne faut tempérer notre enthousiasme que d’un seul bémol. Ben Marcus aurait probablement gagné à ne pas nous révéler dès les premières pages la cause de ce terrible dépérissement. Que de voluptés narratives nous eût-il offertes s’il avait daigné installer un plus réel suspense progressif ? Si par une plus angoissante enquête on eût découvert les symptômes, le diagnostic, et combien la parole pourrissait ces corps et ces vies. À moins qu’il sache préférer engluer dès la première page son lecteur dans un étouffant, parfois pesant, et délétère magma romanesque, qui confine par instants à l’essai-fiction, si l’on peut oser ce néologisme…

      Reste cependant entre nos mains avides un fabuleux roman fantastique et philosophique, un apologue empoisonné sur l’aporie de la communication : alors que le langage est le propre de l’homme, est la source de son développement civilisationnel, ne devient-il pas avec Ben Marcus un virus délétère ? « Il faut se déprendre du langage », dit le malheureux héros et narrateur de L’Alphabet de flammes. Si j’étais vous, lecteur trop bavard aux mots sans innocence, je tournerai sept fois ma langue dans ma bouche avant de prononcer des clichés, des paroles meurtrières, comme celles de la vilaine sœur des « Fées » de Perrault, à qui il sort « de la bouche ou un serpent ou un crapaud ». Ou  comme celles de nos doxas, de nos gouvernements, de nos pires dictatures et de leurs holocaustes[4].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Visiblement Ben Marcus a quitté la furie fantastique qui animait son Alphabet de flammes, aujourd’hui réédité dans la belle collection « Signatures » de Points. Son recueil de quinze nouvelles titré Quitter la mer s’ancre dans un amer réalisme. Chacun « se demande ce qui est allé de travers dans sa vie ». Un fils pris à la gorge par le passé dans une réunion de famille, un écrivain de troisième zone assurant un « atelier d’écriture » sur un bateau de croisière, un jeune homme atteint d’une maladie auto-immune essayant les « arts occultes » de la médecine, tous paraissent être « des gens foncièrement impuissants travaillant à résoudre des problèmes de manière hypothétique ». Dans l’unique et longue phrase de la nouvelle titre, « Quitter la mer », rien n’empêche un couple marié de naufrager ; plus loin, un mariage n’est « qu’un combat sans armes entre adultes éreintés ». Observons de surcroît que, souvent, les Messieurs de Ben Marcus sont obsédés par leur « corps surdimensionné », leurs « bourrelets », leur inadaptation sexuelle ; plus précisément devant une collègue à la beauté « inhumaine », ce dans l’ultime nouvelle, peut-être la plus intense. À se demander si l’auteur, spécialiste invétéré en « mortifications », ne confie pas le prisme de ses névroses, en une exhibition rédhibitoire.

      L’écriture est au scalpel, bouillonnante, abrupte, parfois splendide : faire l’amour c’est « peiner sur une application de luxure ordinaire exécutée avec mouvements, gestes et fleur-de-langage ». L’analyse psychologique est sans pitié pour autrui, et, bien sûr, à l’égard de tout personnage s’examinant sans aménité ni illusion ; la satire englue toute l’humanité, jusqu’au désespoir le plus virulent. « Quand l’œil était un trou à excuses », « une vie de solitude infernale », « une complète dissolution morale et émotionnelle », sont des formules qu’il ne faudrait pas conseiller à un dépressif.

      Une fois de plus l’univers de Ben Marcus est terriblement évocateur, quoique, diront d’aucuns, touffu, compact, sinon vigoureusement étouffant. À moins que là soit son but : nous persuader, nous convaincre d’une définitive aphasie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Ben Marcus, né à Chicago en 1967, a quelque chose d’obsessionnel. Tombé de Babel et de l’aleph, le Verbe est chez lui l’alpha et l’oméga, en même que son incapacité à être ce qu’il désigne ; sa disparation angoissée entraînant celle du monde. Dans un précédent roman, Le silence selon Jane Dark[5], une armée de femmes « silentistes » veut éradiquer le mouvement, la parole et les émotions, toutes prérogatives trop masculines, en une satire acide du féminisme radical. Au point que Ben Marcus devienne leur sujet d'étude, leur cobaye, purgé du langage, plongé dans une « cuve à syncope », abreuvé d’« eau d’oubli ». Ce pourquoi l’écrivain se voit forcé d’écrire son anti-roman dans un novlangue charcuté. L’on conçoit combien le voilà  inévitablement plongé dans la déréliction, la mélancolie noire et bilieuse de Quitter la mer. Qui sait s’il faut alors penser à la faillite de la langue de Goethe dévorée par le nazisme, qui fit le malheur et la beauté de la poésie de Paul Celan[6] ? Ou encore à la Lettre de Lord Chandos, d’Hugo von Hofmannsthal, en 1902, dans laquelle son apparent auteur avoue avoir « complètement perdu la faculté de méditer ou de parler de n’importe quoi avec cohérence ». Pire, « les termes abstraits […] se décomposaient dans ma bouche comme des champignons moisis […], les mots flottaient, isolés, autour de moi ; ils se figeaient, devenaient des yeux qui me fixaient et que je devais fixer en retour ; des tourbillons, voilà ce qu’ils sont, y plonger mes regards me donne le vertige, et ils tournaient sans fin, et à travers eux on atteint le vide[7] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

À partir d’articles publiés dans Le Matricule des Anges, mai 2014, octobre 2017.

 

[2] Jean de la Fontaine : « Les animaux malades de la peste », Fables, VII, I, Garnier, 1950, p 154.

[3] J. G. Ballard : Sauvagerie, Tristram, 2008. Voir : J. G. Ballard : Millenium people, Crash

[5] Ben Marcus : Le Silence selon Jane Dark, Le Cherche Midi, 2006.

[7] Hugo von Hofmannsthal : La Lettre de Lord Chandos et autres essais, Gallimard, 1980, p 79 et 80.

 

 

Becerril de Campos, Palencia. Photo : T. Guinhut.

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 17:36

 

Buffon : Les Mammifères, Furne & cie, 1853.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Eloge et blâme de la langue de porc :

petite philosophie porcine et inclusive

du harcèlement et de la séduction.

 

 

 

 

 

      Si ce réjouissant exercice qu’est le lancer de nain est interdit, le balancer de porc ne l’est évidemment pas. Que les défenseurs de la cause animale se rassurent, il ne s’agit pas de jeter un porcelet par-dessus les barbecues, mais de « Balance ton porc », cette délicate cause féministe et humaniste qui consiste à publiquement dénoncer, sur quelque réseau social, voire quelques tribunaux, les attouchements, harcèlements et autres viols de ces dames par des messieurs aux délicatesses plus que douteuses. Il faudra défendre autant la cause des femmes, voire des hommes, dans ce cas désastreux, que celle de la langue encochonnée, et autant dénoncer les porcs humains trop humains aux organes baladeurs et intrusifs, tout en plaidant la cause du porc, pur animal de compagnie culinaire, dont nous ne voilerons pas les qualités gastronomiques et civilisationnelles…

      Le harcèlement sexuel du médecin et du chirurgien à l’égard de la patiente, celui des galeristes et autres curateurs qui échangent une surface d’exposition contre des faveurs sexuelles, celui du producteur de cinéma qui conditionne les rôles qu’il offre au degré de soumission fessière et buccale, le patron ou directeur des ressources humaines qui recourt à la promotion canapé… La liste n’est pas exclusive, mais inclusive, de tous ces porteurs de queue en tire-bouchon qui ne songent qu’à contraindre la gent femelle au décapsulage sournois, brutal, éhonté.

      On n’imagine guère combien la lourdeur, la rosserie, la goujaterie, la dégueulasserie de Messieurs les porcs en chef -ou plutôt en hure- est infâme : les sous-entendus appuyés, les mains aux fesses, les « t’es bonne, je vais te baiser », abondent, sans compter les 120 femmes mortes sous les coups de leurs compagnons chaque année. Tout homme ne sachant retenir l’impulsion de ses couilles et de son vit dressé n’est-il pas à cet égard le sanglier de Jean Ursin : « Je suis le sanglier velu, redoutable par sa hure et ses défenses ; Vénus me pousse à affronter mon rival en des combats sauvages[1] ». Et, cela va sans dire, à coucher Vénus elle-même dans la boue pour l’empaler. Le hashtag « Balance ton porc », trouve là sa nécessité. La condamnation, si l'on n'oublie pas le principe de la présomption d'innocence, est alors sans appel…

      Pourtant il faut penser combien le même compliment ou geste complice peut sembler aguicheur et charmant s’il vient d’un bel homme, ou grossier, obscène, s’il vient d’un individu que la nature à affligea d’une surface pondérale excessive, d’un visage gonflé et raviné, d’une lippe à la salive avariée… Aussi faut-il ne pas confondre, parole plus ou moins heureuse, œil salace, plaisanterie grivoise, réjouissance rabelaisienne, et, sur l’autre versant du spectre, brutalité réduisant autrui à un objet de prostitution sans autre rétribution que la vanité masculine, que la tyrannie domestique, privée ou publique.

      Evidemment, les mauvais esprits -dont nous ne sommes pas- aurons tout de suite pensé au hashtag en miroir : « Balance ta truie », ce qui est par ailleurs, plutôt que « porce », une forme d’écriture inclusive, ménageant autant le féminin que le masculin. Qu’il existe des femmes abusant de leur autorité, de leur pouvoir hiérarchique pour glisser une main à la braguette et s’emparer de l’objet du délit, nous ne le nierons pas, comme quoi nous sommes en présence d’une constante de l’esprit hormonal et tyrannique de l’être humain, même si le cas est probablement bien moins nombreux.

      Faut-il alors remettre en cause la virilité, la masculinité, pour respecter la féminité ? C’est là que la limite imprécise, passablement subjective, entre harcèlement et séduction, doit se faire entendre. Consentement, explicite ou implicite (en ce dernier point il n’est pas toujours aisé d’interpréter ce qui peut être un piège), insistance délicate ou déplacée, caresse du regard, des doigts, ou violence des paumes et des poings, tout oppose le cuissage du soudard à l’amour courtois. Ce en quoi les « Précieuses », hélas ridicules de Molière, avaient bien raison d’attendre de l’homme les raffinements de la séduction et les codes de l’amour courtois en excluant les mœurs brutales des mâles du temps. Au mâle qui met à mal, nous préférons résolument le gentleman.

      Si la guerre aux guerriers du harcèlement et du viol est indispensable, la guerre des sexes ne doit pas avoir lieu. Ni le cloisonnement entre les femmes et les hommes, plus séparés que sur les bancs de l’église au Moyen-Âge, qui aboutirait à l’avalisation d’une claustration des premières, comme voilée par un « noli me tangere », un ne me touchez pas sacré, qu’il s’agisse de la sacralité de la loi ou de celle du féminisme. À moins de trouver une solution miracle qui est celle de l’Islam : voilées ou violées[2] ; car au cochon des rues il faut une poule de trottoir…

      On n’ira pas non plus considérer que les musées, les œuvres d’art sont de l’ordre du harcèlement sexuel. Certes une proportion considérable de tableaux et sculptures exhibe des femmes nues, et bien moins d’hommes nus, mais la beauté des corps, leur éloge vaut pour tout viatique. Qu’attendent alors les féministes, trop féministes, voire viragos, pour se mettre au travail, peindre et sculpter, créer une autre image de la femme, s’il se peut, plutôt que de vouloir éradiquer l’Histoire de l’Art, sans compter que bien des femmes-artistes ne les ont pas attendues.

 

Buffon : Œuvres V, « Les quadrupèdes », À la Société bibliophile, 1845.

Photo : T. Guinhut.

 

      L’on peut à loisir balancer les porcs en langue, sans balancer pour distinguer la sexuation dépréciative de maints exemples du vocabulaire. Il faut en effet avoir conscience que la langue de porc est plus salée pour les femmes que les hommes, charriant en son flot une misogynie, un sexisme récurrents. Songeons à la garce qui est le féminin de gars, au courtisan des rois familier de la courtoisie quand la courtisane est une professionnelle, c’est-à-dire une putain, au contraire du professionnel, comme le péripatéticien est un philosophe grec qui ratiocine en marchant et son féminin une radeuse de trottoir… De même le Don juan, venu du Dom Juan de Molière et de Tirso de Molina, donna par antonomase son nom commun flatteur, pour qui enfile les conquêtes, alors que le féminin le traduit communément par « salope ». Oublierions-nous pourtant Les Don Juanes de Marcel Prévost[3] ?

      Avons-nous remarqué que le mot « porc » n’a pas de féminin, qu’il est donc neutre, et qu’en balançant son porc, tout hashtag dehors, il est permis de dénoncer autant truie que verrat, que cochon ou cochonne, deux mots qui ont pour une fois le même sens dépréciatif, humainement parlant. On parle cependant de « langue de pute », autant à l’égard d’un homme que d’une femme, mais pas de langue de porc…

      Or, nous ne réécrirons pas en langue inclusive, cette aberration linguistique qui voudrait à tout mot comprendre le féminin et le masculin, quitte à l’inventer. Il faut s’y faire : il n’existe pas de neutre en français. Mais prendrait-on les lecteurs, et surtout les lectrices, pour des cochon-nes d’illettrés (aï, la règle de grammaire périmée où le masculin l’emporte vilainement sur le féminin) ?

      Il ferait beau voir une fable de La Fontaine, dans laquelle on mène un cochon, une chèvre et un mouton à l’abattoir, grimée en écriture inclusive :

« Dom-ame Pourceau-elle raisonnait en subtil-e personnage :

Mais que lui servait-il-elle ? Quand le-la mal-e est certain-e

La-le plaint-e ni la-le peur-e ne changent le-la destin-e ;

Et le-la moins prévoyant-te est toujours le-la plus sage[4]. »

      Oh le laid maquillage ! Où sont bousillés les alexandrins ! Et faut-il, en inclusive,  mentionner d’abord le féminin ou le masculin ? Couvrez ce sein du machisme que je ne saurais voir, dirait le nouveau Tartuffe à la nouvelle Pernelle. Voilà qui va faciliter l’apprentissage de la langue chez nous bambins-nes qui lambinent…

      Le genre de la grammaire et du vocabulaire n’est pas celui des êtres et des choses. Une sentinelle est le plus souvent masculine, comme une recrue. Un chef cuisinier doit-il devenir cheftaine ? Un mannequin est le plus souvent féminin. Quant à l’amour, il est masculin au singulier et féminin au pluriel. Parmi cette intrusion de la sociologie politique au petit pied et au grand ergot, reste à se demander si les gays, les lesbiens, les queers et autres altersexuels[5] ne voudront pas leur grammaire exclusive ; si les non-genrés n’inventeront pas une non-grammaire non-discriminante…

Si vous vous sentez humiliés par la grammaire, c’est que vous êtes bien piètres. Plutôt que de vouloir la tyranniser et tyranniser les esprits de vos contemporains, voire de vos descendants, puisque vous exigez de jusqu’à réécrire l’Histoire, en une réelle pulsion totalitaire, qu’attendez-vous plutôt, une fois de plus, de vous mettre au travail, ainsi de faire œuvre, d’être une nouvelle et un autre Simone de Beauvoir, une nouvelle et autre Mary Shelley[6], une nouvelle et autre Toni Morrison[7], sans compter Proust et San-Antonio[8] ?

 

Illustration de Dubout pour Gargantua et Pantagruel de Rabelais,

Michel Trinckvel, 1993. Photo : T. Guinhut.

      « Dévorer leur petit n’est pas pour elles un événement extraordinaire », dit Pline l’Ancien des truies. « Les animaux de ce genre se roulent volontiers dans la boue. Ils ont la queue tordue, et on a même noté que lorsque c’est à droite, ils plaisent davantage aux dieux que quand c’est à gauche » ; il faut alors penser que l’homme qui manie gauchement sa queue en porc qu’il sait être, déplait aux déesses… « C’est le plus stupide des animaux et l’on a jugé, non sans finesse, que l’âme lui avait été donnée en guise de sel. […] Il n’est pas d’autre animal qui donne plus de prétexte à la débauche de nourriture ». Oserons-nous dire que la prolixité de la femelle issue de la saillie de son verrat donne une image idoine de la débauche luxurieuse… Ce que confirme avec peu d’aménité, au XVIII° siècle, le naturaliste Buffon : « Toutes ses sensations se réduisent à une luxure furieuse et à une gourmandise brutale, qui lui fait dévorer indistinctement tout ce qui se présente, et même sa progéniture au moment qu’elle vient de naître[9] ».

      Revenons à notre encyclopédiste de l’Antiquité qui note enfin : « Quant à l’Arabie, il n’y vit aucune sorte de porc[10] ».

      Tiens donc, déjà ! Est-ce parce que la Bible condamne la consommation du porc, bien qu’ayant le sabot fendu, mais non ruminant[11], parce qu’il se roule dans une répugnante boue, parce qu’il ne répugne pas à bouloter des excréments, parce que sa consommation vite avariée sous des climats brûlants entraîne divers risques sanitaires, parce qu’il n’a pas de cou pour l’égorger, parce que sa sexualité est obscène et qu’il est le miroir de la passion fornicatrice de l’humanité, parce qu’aux nomades il est bien plus aisé d’entraîner moutons et dromadaires que gorets ? Les arguments sont plus souvent irrationnels que rationnels. Le Coran interdit explicitement le porc : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d'Allah[12]. » Or Buffon note : « Par un de ces préjugés ridicules que la seule superstition peut faire subsister, les mahométans sont privés de cet animal utile[13] ».

      Le porc étant impur et haram en musulmanie, l’on se demandera si c’est pour mieux héberger la part porcine de l’humain dans celui qui, suivant le conseil du Coran peut posséder plusieurs épouses et autres esclaves, y compris sexuelles, tout en faisant profession de vertu, voilant sa tartufferie dans une pornographie allègrement pillée à l’Occident :

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ;

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées[14]. »

      C’est ce que l’on peut appliquer à de nombreux imams et prétendus islamologues, dont l’un, sinistre pratiquant de la taqiya, qui porte le nom du jeûne, pour ne pas le citer, vient d’être balancé comme verrat harceleur et violeur à de nombreuses reprises, la preuve restant à charge des victimes.

      L’on se demandera de même si la juste cause de la dénonciation des violences sexuelles, verbales et physiques, quoiqu’il faille se méfier de la délation qui n’est pas dépôt de plainte officielle, et qui ne vaut pas pour procès respectant la présomption d’innocence, s’il ne s’agit pas, en dénonçant les prérogatives du mâle blanc occidental, de détourner pudiquement les yeux de ces quartiers envahis par l’islamoracaille, où il ne fait pas bon arborer une jupette, voire autre vêtement que le voile de rigueur :

« Que c’est fait sagement aux hommes d’empescher

Les femmes de juger, commander et prescher,

Captivant sous les loix cet animal sauvage

Qui chez les Musulmans est toujours en servage ![15] »

      Voilà ce qu’avec bien de l’ironie disait le satiriste Pierre Motin au XVII° siècle. Rappelant que le stade ultime de la misogynie, bien tentante chez la plupart des mâles aux testicules chatouilleuses, trouve son acmé tyrannique en une idéologie religieuse et politique bien connue. Gageons qu’aujourd’hui un tel poème satirique se verrait poursuivi par les foudres de l’indignation féministe, brandissant le spectre de la censure et du requiem de la liberté d’expression[16], pourtant bien moins souvent diligente à tomber à bras raccourcis sur le Coran et son indigne « Sourate sur les femmes » : « au mâle, une part égale à celle de deux femelles[17] ». À cette inégalité s’ajoute la polygamie, la parodie de justice et le meurtre : « Pour celles de vos femmes qui sont perverses, faites témoigner quatre d’entre vous. S’ils témoignent contre elles, faites-les demeurer dans les maisons jusqu’à ce que la mort les enlève ou qu’Allah fraye pour elles un sentier[18] ». Plus délicat : « Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les dans des dortoirs, battez-les.[19] » Battre ses femmes est un ordre divin, tout comme les qualifier d’impures, puisque l’on ordonne avant la prière : « Si vous êtes malades ou en voyage ou si l’un de vous revient des latrines, ou si vous avez touché les femmes, et ne trouvez pas d’eau, recourez à un bon sable, frottez-vous le visage et les mains[20] ». On appréciera l’équivalence entre les latrines et les femmes, considérées pire que des gorettes.

      N’est-il pourtant pas bien dommage de déprécier le porc, qui « demeure accouplé plus longtemps que la plupart des autres animaux » et dont la femelle est fort sensuelle ? En effet, reprend Buffon, « la chaleur de la truie est presque continuelle[21] ». Cet animal est génétiquement si proche de l’homme (au sens neutre du terme), au point qu’une médecine prochaine envisage des greffons porcins modifiés au service de corps humains à réparer, au point que l’intelligence de la bête rose, manipulant des jouets de couleur à emboiter, puisse égaler celle d’un enfant d’un an accompli. Sans oublier que, selon le dicton populaire, « tout est bon dans le cochon », des soies dont on fait les brosses, de la graisse dont on fait la gélatine des bonbons Haribo, jusqu’aux cochonnailles les plus rabelaisiennes, en passant par les oreilles confites à la croque au sel, jusqu’à ce jambon exquis, nous avons nommé l’Iberico bellota de Jabugo, pour lequel nos porcs choyés courent sous les chênes verts dont ils dévorent les glands. Cochon qui s’en dédit, ne balance pas ton porc, mais balance ton tyran !

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[3] Marcel Prévost : Les Don Juanes, Fayard 1930.

[4] La Fontaine : « Le cochon, la chèvre et le mouton », Fables, VIII, XI, Garnier, 1950, p 194.

[9] Buffon : Œuvres V, « Les quadrupèdes », À la Société bibliophile, 1845, p 66.

[10] Pline l’Ancien : Histoire naturelle, VIII, La Pléiade, Gallimard, 2013, p 413, 414, 415.

[11] Lévitique, III a 3.

[12] Coran, V, 3.

[13] Buffon, ibidem, p 69.

[14] Molière : Le Tartuffe, III 2, Théâtre, Club des Libraires de France, 1958, p 450.

[15] Pierre Motin : « Elégie contre les femmes », Les Satires françaises du XVII° siècle, I, Garnier, 1923, p 73.

[17] Coran, 4-11, traduit de l’arabe par André Chouraki, Robert Laffont, 1990, p 165.

[18] Coran, 4-15, ibidem p 167.

[19] Coran, 4-34, ibidem, p 173.

[20] Coran, 4-43, ibidem, p 175.

[21] Buffon : ibidem, p 65, 67.

 

 

Portail de la Cathédrale de Lausanne, Suisse, XII°-XIII° siècles.

Photo : T. Guinhut.

 

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 18:52

 

Portrait de prophète biblique, Museo de Léon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

De la révolution vieillarde

et autres rivières infranchissables de la jeunesse,

par Marc Villemain :

Ils marchent le regard fier.

 

 

Marc Villemain : Ils marchent le regard fier.

Editions du Sonneur, 96 p, 13 €.

 

Marc Villemain :

Il y avait des rivières infranchissables, Joëlle Losfeld, 152 p, 14,50 €.

      Les âges de la vie ne peuvent qu’inspirer l’écrivain conscient de lui-même et d’autrui. De l’enfance à la vieillesse, nous passons de révolution en révolution, qu’elles soient amoureuses, sociales, politiques. Ainsi vont les personnages de Marc Villemain, animés avec la modestie du nouvelliste. L’Anglais J. G. Ballard[1] avait imaginé la révolte meurtrière des enfants, la fuite des adultes vers d’éternelles vacances. Mais pas la révolution des vieillards. Ce que Marc Villemain met en scène dans Ils marchent le regard fier. L’autre versant de la vie, plus proche d’Eros que de Thanatos, est illustré par les nouvelles d’Il y avait des rivières infranchissables. Ainsi l’on saura comment un écrivain discret s’attache à capter les éblouissements et les fractures de nos existences…

      Passablement matois et retors, Marc Villemain emprunte le langage sans conséquence des vieux campagnards, de ceux qui « marchent le regard fier ». Il remâche leurs clichés et ressassements plein la bouche, non sans fausse naïveté, avant de basculer dans un projet ébouriffant. En quelle année sommes-nous ? La société n’est guère différente de la nôtre, mais avec ce  léger parfum répugnant d’anti-utopie, quand les jeunes commencent à faire la chasse, pit-bulls jetés sur les rides et les trognes moquées, quand l’administration impose des « quotas d’anciens ». S’en suit une manifestation de quatre millions d’ancêtres, menée par Donatien et le narrateur à qui vient la riche idée des « canne-épées » en cas d’agression…

      Le réalisme est à petites touches quand la tyrannie du jeunisme n’est qu’allusivement évoquée. Au-delà de la brûlante question de société, le drame d’un homme, d’une famille montre en abyme les conflits de ce temps improbable et pourtant possibles, entre la vie confite des presque croulants et les jeunots arrogants. En filigrane de ce propos politique court un éloge émouvant de Marie, la femme de Donatien, de sa jeunesse à son grand âge, « Marie l’artiste, toujours dans ses livres qu’on aurait bien pu lui donner le prix de lecture, avec sa frimousse d’écureuil ».

      Peut-être l’auteur aurait-il dû abréger son préambule présentant les personnages, et leur vie terne et moisie, pour entrainer avec plus de largeur de vue son lecteur dans cette surprenante contestation. Mais en ce qui n’est qu’une longue nouvelle, ou un court roman, on ne sait, réside un charme amer, une ironie du sort mordante… L’apologue moral est cruel, la révolte est un sursaut peut-être salutaire, quand la chute est désabusée. Il a choisi, plutôt que le vaste tableau d’un totalitarisme en marche et d’une résistance avortée, le drame et la pudeur des victimes ; en un louable parti-pris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « Les rivières infranchissables » sont-elles celles du temps ? En un recueil de treize nouvelles élégiaques, Marc Villemain capte les émois de l’adolescence, les écueils du passage à l’âge adulte, lors des bourgeons, des floraisons et des pourrissements de l’amour. On trouve dans la nouvelle inaugurale, « Douceur en milieu tempéré », un bel hommage, qui est un des souterrains leitmotivs du volume : « Tout un art. C’est cela, pour lui, alors, une femme ». Et lorsque le jeune héros sent deux mains prendre les siennes dans ses poches, l’une pour le désir, l’autre pour l’amour, lui aussi, « il marche le regard fier ». Pourtant leur première fois est avortée, l’art d’aimer n’est pas au rendez-vous, la solitude reprend son cours. Plus loin, l’innocence de l’enfance se heurte à la mort subite. Ou, « crinière lascive, candide sylphide », la vision soudaine de la nudité embrase un enthousiaste. Etonnemment, l’embrasement est réciproque, quoique si bref, trois nuits, et son départ. On retrouve dans « Petite fermière », cet hommage, avec « une peau plus luxueuse que l’angora, une fille avec de la tendresse » et « toute cette poésie en elle ».

      Une banlieue près de l’océan, un bar médiocre, une HLM, des collégiens, la rentrée et la sortie des classes, une discothèque, un bal rural, une boum, un concert de heavy metal, des joints, les années quatre-vingts ; l’attirail du réalisme et de la déréliction infuse l’écriture. À moins que les étés campagnards illuminent l’atmosphère, en une sorte de pastorale, allusive et néanmoins érotique. Ou que les neiges des pistes de ski donnent l’occasion d’une rencontre entre « le petit jaune » et une jeune fille « aux « cheveux caramel » qu’il peut réconforter. En un autre récit, qui sait si « c’était lui, le tremblant, le penaud, l’encombré, que la plus belle fille de ce bled pourri ait jamais vue venait d’embrasser ». L’on saura bientôt combien l’amertume succède au miracle…       

      Souvent, « maladresse est mère des sentiments » ; parfois le pain et le chocolat ont la saveur d’une proustienne madeleine ; toujours « à chaque instant tout pouvait basculer, être détruit ou magnifié ». Reste le mystère de l’amour, invérifiable, entre « les petits attouchements de circonstance et les petits béguins sans lendemain », d’un « je t’aime aussi », à la merci de l’inaccompli, voire d’un réel sordide. Ainsi « les rivières infranchissables » sont également celles de l’amour plus rêvé que vécu, et d’un rite de passage fort malaisé, au point que trop souvent l’on vivra sa vie sans trouver le gué, sans que l’éblouissement amoureux caresse les années. Mais, étonnement, en une surprenante antithèse temporelle, la dernière nouvelle propulse le lecteur auprès d’un vieil écrivain et d’une femme « friable », à Venise ; là encore on est amoureux. Le miracle aurait-il lieu sur le tard ? Car « c’est le bonheur qui les a tués ». Celui qui vient de terminer un livre de nouvelles est-il, en une belle mise en abyme, une projection de notre auteur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’exercice de nostalgie va sans mièvrerie, sans misérabilisme, le romantisme sans pathos. L’attendrissement s’adresse à la fois à ce qui est peut-être, et discrètement, un puzzle autobiographique, et à ces adolescents que l’enseignant côtoie, que chacun de nous croise, que l’écrivain ausculte avec psychologie et un doigté prudent…

      Est-ce un brin désuet ? À l’image d’une couverture assez laide, même si métaphorique avec sa vieille cassette audio qu’il faut encore entendre. À moins que le charme de ces pages tienne justement à ce que le nouvelliste flirte avec ces thématiques à cheval sur le réalisme et une poésie trop oubliée. Il y a là un air de modestie sentimentale, bien assumée par le clin d’œil du titre, qui n’est celui d’aucune nouvelle, mais est tiré d’une chanson de Michel Jonasz : « Je t’aime ». Si le lot d’un recueil est d’être soumis au risque des inégales compositions (« Un enfant de Dieu » et « Inexactitude des heures à venir » sont un peu pâles, quand d’autres, comme « La boum », ont bien plus de vigueur), il reste entre nos doigts un précieux parfum de fleurs fanées que l’écrivain a su ranimer. Et sublimer dans l’ultime, concise, elliptique et magnifique nouvelle titrée « De l’aube claire jusqu’à la fin du jour ».

      L’usage de la nouvelle est un art délicat, entre minimalisme et puissance, entre vivacité et suggestion. Marc Villemain l’a bien compris, lui qui en use avec constance ; et non sans succès. N’a-t-il pas écopé du Grand prix de la Société des Gens de Lettres de la Nouvelle pour Et que les morts s’ensuivent ? Qui sait s’il a l’ambition louable (du jeune écrivain encore puisqu’il est né en 1968) d’égaler les maîtres du genre, de Julio Cortazar à Henry James[2]…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Ils marchent le regard fier a été publiée dans Le Matricule des Anges, avril 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

Museo de Cuenca, Castilla-La-Mancha.

Photo : T. Guinhut.

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 13:21

 

Eglise Saint-Etienne, Ars-en-Ré. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

De la guerre de Sécession au Sud corrompu

et métaphysique,

par Robert Penn Warren :

La Grande forêt, Tous les hommes du roi.

 

 

 

Robert Penn Warren : La Grande forêt, traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Jean-Gérard Chauffeteau et Gilbert Vivier, Points Seuil, 288 p, 8,60 €.

 

Robert Penn Warren : Tous les hommes du roi,

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Singer,

Monsieur Toussaint Louverture, 464 p, 13,50 €.

 

 

 

 

 

      « Pour la liberté ! » Voilà pourquoi veut combattre Adam Rosenzweig. Hélas, cette profession de foi provoquera les railleries de ses camarades sur le bateau qui le conduit à New-York. Ce n’est qu’une des péripéties du héros de Robert Penn Warren dans La Grande forêt, roman publié aux Etats-Unis en 1961, puis en 1994 en France. Il fallut donc bien des décennies pour chez nous l’extirper d’un oubli immérité. Ce romancier prodige, ne serait que parce qu’il fut honoré par trois prix Pulitzer, est un penseur profondément réaliste, capable de fresques impressionnantes, non sans interrogations métaphysiques. Il se dresse également contre la corruption, au travers du Boss Willie Clark et du Juge Irwin, protagonistes, parmi d’autres fous du roi, de Tous les hommes du roi, qui bénéficie d’une traduction rafraichie, au service d’une œuvre puissante et convulsive.

      Adam est un prénom plus que symbolique pour le jeune héros de La Grande forêt qui abandonne le monde balisé de Dieu. Malgré son handicap, il quitte la Bavière et la tradition familiale juive avec la ferme intention de combattre en faveur de la libération des Noirs, alors que gronde aux Etats-Unis la guerre de Sécession. Le récit se fait picaresque, lorsque notre aimable anti-héros, rejeté du recrutement militaire pour insuffisance physique (un pied-bot), est traité comme un gueux, commis aux bas travaux sur le pont qui lui fait traverser l’Atlantique. Cependant, à sa grande stupéfaction, même à New-York, la foule lynche les Noirs. L’intensité tragique, sans illusion sur la nature humaine, balaie la narration, au point que « la souffrance rédemptrice qu’il avait éprouvée [...] lui avait été retirée ». Ainsi une dimension métaphysique sourd du récit. De même, celui qui le recueille et espère le voir remplacer son fils, emprunte la voie de la philosophie : « quand on cesse d’adorer Dieu, il ne reste qu’une chose à quoi se raccrocher : l’Histoire ». Sauf que celle-là n’a guère de sens.

      Sur le chemin qui le conduit vers le front, il vient en aide à une jeune femme, bientôt veuve, sans décider de s’installer dans sa ferme, alors que c’eût été indubitablement une bonne action : « Etait-ce uniquement parce qu’il lui manquait le courage de vivre, qu’il aurait peut-être celui de mourir ? ». Resté vierge, pas plus que dans la guerre, il ne peut s’engager dans l’amour. Plus tard, devenu « vivandier », ou préposé à la gestion d’une boutique, il découvre l’armée, et ses idéaux s’érodent peu à peu devant une réalité sordide, devant une humanité yankee néanmoins gangrenée par le racisme, devant la bassesse des caractères, la haine et le crime… Il ne peut s’empêcher d’avoir un comportement ambivalent devant son ami noir, Mose : lui apprendre à lire, et l’insulter. Car tous se battent, en 1864 et en Virginie, non pas pour la liberté : « c’est pour tuer qu’ils se battent ». Le débat entre culpabilité et innocence innerve la réflexion, non sans que les personnages soient marquées par leur fatalité. Paradoxalement, Adam -dont le prénom, rappelle le narrateur, signifie « homme » en hébreu- quoique témoin et piètre acteur de la furie des hommes, trouvera, parmi les profondeurs de « la grande forêt », la sérénité. Est-ce là son salut, sa rédemption ?

      Une écriture évocatrice, dramatique, lyrique, parfois violemment tragique, aux talents psychologiques certains, douée de réelle pensée, innerve le roman. Sa progression, de chapitre en chapitre, le charpente en séquences de registres divers, contrastés, presque toujours intenses, même si la tension baisse par endroits, comme parmi l’épisode du campement militaire. Cependant, les rebondissements ne tardent pas, avant d’entrer dans la « grande forêt », champ de bataille sans pitié et nature sauvage (car le titre original est Wilderness) là où « le monde était rempli de splendeur ».

      Ce roman historique sombrement coloré est aussi réaliste qu’édifiant ; il secoue son lecteur, apitoyé, effaré, le force à réfléchir. Cependant, l’accession du personnage à une ombre de sagesse, n’est pas sans rester une éphémère vanité. Sans dieu en effet, sans la dimension supérieure de l’œuvre d’art, le semi-héros de Robert Penn Warren ne peut guère accéder à l’assomption qui fait de son auteur un écrivain bouleversant, un efficace fresquiste des temps de peine et de guerre. Qui n’a pas là égalé son grand-œuvre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sous le titre de Les Fous du roi, l’ample roman de l’ascension et de la chute d’une crapuleuse carrière politique, parut d’abord chez Stock, puis sous la robe verte d’un beau Club Français du Livre[1] ; augmenté d’une perspicace préface de Michel Mohrt, qui relève « l’opposition entre les deux mondes, entre les deux types d’hommes : le champion d’un idéal et le politicien avisé » Il ajoute qu’« un courant de rédemption passe d’un monde à l’autre, et c’est ce courant qui donne au monde romanesque de Robert Penn Warren -ce monde bouché où les justes sont punis et où les tricheurs gagnent- sa grandeur théologique ». Monsieur Toussaint Louverture, l’éditeur des causes littéraires essentielles, celles de Kjaerstad[2] ou de Gavelis[3], rhabille notre roman avec le très chic ivoire et or de son design de couverture, et avec la traduction révisée et affinée du même Pierre Singer, mais avec un titre plus conforme à l’original : All the King’s Men, c’est à dire Tous les hommes du roi. Il n’empêche que traduire par Les Fous du roi n’était en rien fantaisiste. D’une part le titre original vient d’une comptine : « Tous les chevaux du Roi / Et tous les hommes du Roi / Ne purent récolter les morceaux d’Humpty Dumpty ». D’autre part la jaquette de l’édition originale américaine représentait un échiquier nanti de ses quelques pièces, évidente métaphore de l’affrontement et de la manipulation qui font le nerf du roman.

      Natif du Kentucky, Robert Penn Warren n’eut guère de succès avant Tous les hommes du roi, en 1946. Premier prix Pulitzer, adaptation cinématographique de Robert Rossen en 1949, sans compter celle de Steven Zaillian en 2006, ce roman, situé dans les terres sudistes des années trente, est auréolé des lauriers de la gloire. En fait le romancier avait précédemment écrit une pièce de théâtre en 1940, dans laquelle le personnage de Willie Stark était un inadapté épris d’idéal. Mais dans le roman, ce dernier se métamorphose en politicien gouailleur qui croit fermement parfaire le bonheur de ses concitoyens. Pour ce faire, il manœuvre de toutes les manières possibles, y compris les plus discutables, les plus infâmes, afin de gravir les échelons du pouvoir, sinon d’accéder à la présidence des Etats-Unis comme il en rêve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Il y a un gouverneur historique, de Louisiane en l’occurrence, à l’origine de ce personnage grandiose et pathétique : Huey Long, un démagogue et perfide orateur. Reste que le Willie Stark de Robert Penn Warren atteint à la dimension du mythe, voire de la tragédie grecque. Veillé par son secrétaire, témoin et confident, Jack Burden, il est en même temps révélé et dénoncé par celui que le romancier fait son narrateur. On se doute qu’un opposant va surgir : il s’appelle Irwin, il est Juge et vertueux jusqu’à la moelle et annonce « son soutien » à un candidat concurrent au Sénat. Qui sait s’il va réussir à contrecarrer les plans de Stark. À moins qu’une vérité cachée ressurgisse, ce pourquoi notre cynique narrateur sera chargé de mener sa souterraine enquête, sans « savoir si la connaissance va le sauver ou si elle va le tuer »… Les figures charismatiques du justicier, à la morale intransigeante, et du semi-gangster, qui plie les lois au service de ses ambitions, se confrontent au cours d’une vénéneuse ascension des périls, alors que Stark lui-même doit son ascension au vertueux dévoilement d’une affaire de corruption dans le cadre d’un marché public pour la construction d’une école.

      Autour du « roi » Stark, une foultitude de personnages s’agite, sa femme Lucy, son fils Tom, Sugar Boy, le porte-flingue. Quant à Anne Straton, apparemment angélique, elle est résolument l’opposée de Sadie Burke, « la secrétaire du Boss », dont le prénom annonce un tempérament de diablesse. Et, pour répondre au prénom du protagoniste de La grande forêt, Adam Straton est un idéaliste chirurgien de renom, guère à sa place en un tel monde ; pourtant « lui le Succès incarné, moi l’Echec le plus total », épilogue Jack. L’un des plus intenses moments du roman, au chapitre VI, étincèle lorsque Jack relaie auprès d’Adam la proposition de Willie Stark de diriger un hôpital qui porterait le nom de ce dernier. Corruption ou sens du Bien ? Plus loin, notre chirurgien devra soigner le fils du Boss, gravement blessé. Nul doute que, fidèle au serment d’Hippocrate, il ne faillisse pas en sa mission, même désespérée, quelque soient ses répugnances envers le tireur de ficelles politiques pourries. Comme l’on pouvait le craindre, les choses vont s’envenimer, jusqu’au sein de l’amitié et de l’amour fraternel, jusqu’à un final vengeur et meurtrier digne d’Hamlet…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      En ce bas-monde pennwarrenien, chacun a sa face cachée. Car, selon Stark, « L’homme est conçu dans le péché et élevé dans la corruption, il ne fait que passer de la puanteur des couches à la pestilence du linceul ». Ainsi, tous dévalent vers la chute, au sens biblique, y compris Jack, en âme damnée du boss, qui, malgré la nostalgie de sa pure enfance et de son histoire d’amour avec Anne, malgré sa fuite illusoire vers « l’Ouest », et hors de ses périodes de « grand sommeil », va se « débrouiller pour que ça pue », là où « la vérité a ses ténèbres »…

      Prosateur au clavier nombreux, virtuose et évocateur, sachant fouiller l’âme humaine jusqu’au tréfonds, enseignant de littérature, poète, Robert Penn Warren connait ses classiques, de Sophocle à Dante, de Machiavel à Shakespeare (les allusions sont sans cuistrerie), jusqu’à ses contemporains, dont Faulkner. Les bourgs ruraux du Sud sont pour lui de truculents opéras de quat’sous, pleins de chaleur, de sueur, d’alcool et de violence, où résonne sans cesse « le Destin », où un visage est « crémeux et grumeleux comme une bouse de vache […] en travers étincelait un sourire aux dents en or ». En psychologue acéré, il dissèque ses personnages tout vivants, exhibe leur vulgarité et leurs sociolectes ; ce qui n’empêche pas des moments de pure poésie champêtre et élégiaque. Les métaphores sont aussi rutilantes que signifiantes, quand une réunion de famille s’annonce « comme plonger dans un bassin des pieuvres ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Sa plume est sanguine, ferme, vigoureusement contrastée et colorée, ce dont témoigne la description programmatique du paysage en sa morbide première page : « la petite colonne de fumée noire montant du vert arsenic des rangs de coton vers le bleu palpitant, métallique et violent du ciel ». Ses personnages affrontent avec plus ou moins de bonheur, et bien des déceptions amères, les bourbiers et les sombres clartés du monde. Ils sont en quête d’un sens peut-être introuvable, au cours d’une ascension et d’une chute qui a la dimension d’une parabole. Ce que confirme la dernière phrase de Tous les hommes du roi : « très bientôt, nous allons quitter cette maison pour les convulsions du monde, quitter l’histoire pour revenir dans l’histoire et, enfin, endosser la dure responsabilité du Temps ».

      Avec La Grande forêt, qui est également une ode aux splendeurs du paysage américain, Robert Penn Warren (1905-1989) s’engage pour la cause de l’intégration des Noirs dans la société américaine. En 1965, il publie Who Speaks for the Negro?[4], suite d’entretiens avec des figures du Mouvement pour les Droits Civiques, dont Malcom X et Martin Luther King. Mais son ampleur romanesque, dont témoigne sans peine Tous les hommes du roi, dépasse de loin les questions politiques pour secouer les branches obscures de l’Histoire de la métaphysique. Poète et romancier, Robert Penn Warren a également commis Les Cavaliers de la nuit[5], impressionnant tableau d’une brigade de planteurs de tabac acharnée à lutter contre le monopole du « British-American Tobacco Company », dont l’organisation fanatique et les méthodes terroristes sont un cas d’école. Ecrivain engagé dans la société de son temps et narrateur aux fulgurances intemporelles, encore mésestimé chez nous, il serait néanmoins, selon un critique aussi informé qu’intransigeant, Juan Asensio[6], rien moins que l’égal de Faulkner, et le démiurge du « roman faustien », « total ».

Thierry Guinhut

La partie sur La Grande forêt a été publiée dans Le Matricule des anges, juillet 2017.

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Robert Penn Warren : Les Fous du roi, Le Club Français du Livre, 1951.

[4] Robert Penn Warren : Who Speaks for the Negro? Yale University Press, 2014.

[5] Robert Penn Warren : Les Cavaliers de la nuit, Stock, 1951.

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 10:05

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Horloges scientifiques et fabuleuses,

 

de l’Occident à l’empereur de Chine.

 

David Saul Landes : L’Heure qu’il est ;

 

Christoph Ransmayr : Cox ou la course du temps.

 

 

 

 

David Saul Landes : L’Heure qu’il est.

Les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne,

traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Louis Evrard,

Les Belles Lettres, 676 p, 29,50 €.

 

Christoph Ransmayr : Cox ou la course du temps,

traduit de l’allemand (Autriche) par Bernard Kreiss,

Albin Michel, 336 p, 22,50 €.

 

 

 

 

      « Ô temps, suspend ton vol », réclamait bien vainement le poète Lamartine, dans « Le lac[1] », son plus beau poème romantique. Encore faut-il mesurer Chronos, scientifiquement ou subjectivement. C’est à ces tâches que les créateurs d’horloges se livrent, sans mégoter sur leur temps de travail. L’Histoire des sciences et des techniques visite alors le chemin qui va du cadran solaire et de la clepsydre à l’horloge atomique, de la montre-gousset à la Swatch, quand le romancier préfère imaginer des horloges, certes exactes, mais surtout philosophiques et poétiques. Ainsi David Saul Landes (1924-2013), avec son essai L’Heure qu’il est, se fait historien des compteurs du temps, quand Christoph Ransmayr, né en 1954, emmène un horloger virtuose parmi les mystères de la Chine, dans un conte enchanteur.

 

      Mesurer l’espace est bien simple, qu’il s’agisse du nombre de pas, de pouces, voire de journées de cheval, quand mesurer le temps, hors de l’alternance inégale des jours et des nuits, et plus égales des lunes et des saisons, parait une gageure. Des prodiges d’ingéniosité intellectuelle, manuelle et technologique seront nécessaires à l’humanité pour tenir sans trop de marge d’erreur un compte exact des heures et des secondes. Pour reprendre le titre original anglais de Landes, Revolution in time (dont il s’agit ici d’une édition augmentée et révisée), le passage du sablier et de la clepsydre à l’horloge mécanique fut une véritable révolution.

      Avouant son ignorance en la matière au seuil de sa préface, David S. Landes, conte comment le plaisir d’acheter une montre à répétition ancienne lui permit d’intégrer le monde des collectionneurs et des ventes aux enchères, puis d’enseigner à Zurich l’ « histoire de la mesure du temps ». Car il s’agit là d’une contribution fondamentale à la civilisation moderne, dont la ponctualité est une vertu sine qua non.

      L’essai est un « triptyque » : histoire culturelle, de la science et la technique, et enfin économique et sociale. En effet, de la mesure grossière aux instruments de haute précision, on passe de la Chine à l’Europe, des inventeurs géniaux aux utilisateurs les plus exigeants. Nous allons en effet du Grand Khan au Saint Empire germanique, des observatoires prétélescopiques de la Renaissance aux ateliers de Neuchâtel et aux usines multipliant par mille et millions les aiguilles des secondes, jusqu’aux colorées et ludiques Swatch et aux plus scrupuleuses horloges atomiques. Ce que confirmera l’examen attentif et émerveillé du généreux cahier d’illustrations au cœur de l’ouvrage (une centaine d’images), qui nous entraîne de l’horloge à eau de Ctésibius d’Alexandrie, vers 135 avant J-C, à la montre à quartz Seiko, sans compter quelques-unes des plus fascinantes montres de luxe, qui indiquent, outre l’heure vulgaire, les phases de la lune et le « temps sidéral des astronomes, ou dont le boitier, en or et émail, représente Uranie, Muse de l’astronomie…

      Entre le rythme approximativement égal des cloches du monastère médiéval et les exigences des dixièmes de seconde qui intronisent le vainqueur des jeux olympiques, puis les événements subatomiques comptés en « femtosecondes (10 puissance moins 15), les sauts technologiques sont inouïs. C’est cependant au Moyen-Âge que fut inventée l’horloge mécanique. Alors que les Chinois en restaient à la force de l’eau, bientôt les poids et rouages, puis plus tard le ressort à spirale, s’associent en Occident au mécanisme du mouvement d’oscillation pour augmenter l’efficience de la mesure temporelle. Cette d’abord lourde et grossière horloge devient au cours des temps modernes chronomètre de marine et montre de précision, de gousset et de poignet. Ce sont deux parties de l’essai, à la fois historiques et scientifiques, quand la troisième réveille ceux qui sont les auteurs de ces merveilles de précision croissante. Aussi l’on étudie non seulement le « berceau des arts mécaniques », mais « la naissance, la maturité et l’obsolescence d’une grande branche d’industrie manufacturière ».

 

      L’ingéniosité des immenses machines astronomiques complexes médiévales, comme l’horloge de la cathédrale de Strasbourg, masque cependant les progrès véritables, ceux de l’horlogerie de précision. Au XV° siècle, le ressort et la fusée permirent d’envisager la miniaturisation ; « un mythe veut que la montre ait été inventée au début du XVI° siècle par un certain Peter Henlein, de Nuremberg ». L’heure est maintenant à domicile et individuelle, signe de l’évolution des mentalités et des libertés.

      Les horlogers, nord-européens, sont surtout protestants. Or la révocation de l’Edit de Nantes, par Louis XIV, ruina et chassa l’industrie horlogère, qui se réfugia en Suisse, où elle fit la fortune que l’on sait. Car il y a grande nécessité à se fier à une heure exacte pour voyager, commercer, mais aussi faire la guerre… L’astronome et le navigateur réclament des instruments aussi fiables que précis. L’invention de meilleurs aciers, de l’échappement à verge, du pendule, du spiral réglant, de l’échappement à ancre, tout cela concourut à la croissante qualité des mesureurs de temps, et à la ponctualité la plus rigoureuse (les aiguilles des secondes apparaissent vers 1690). Il faut alors maîtriser tout un vocabulaire technique, ce qui peut laisser le lecteur un brin pantois, mais confiant à l’égard de l’Historien enthousiaste qu’est Landes.

      Dans cette quête de précision parfaite, infinitésimale, variations de température et frictions sont autant d’obstacles, d’abord incompris. La division du travail, le perfectionnement du machinisme, l’inventivité humaine enfin, d’un Huyghens, d’un Breguet, d’un Graham, ou d’un Mudge, ce « Beethoven des horlogers », permirent d’en venir à bout. Les querelles d’antériorité des découvertes (sans compter celles des fiertés nationales mises à mal) sont alors dignes des meilleures enquêtes de Sherlock Holmes. Ensuite le cristal de quartz et l’utilisation des vibrations atomiques atteignirent une exactitude dépassant l’entendement.

      Après le siècle de supériorité de l’horlogerie britannique, au XVIII°, « la longue hégémonie suisse ne se renouvellera pas », assure Landes, car le Japon et les Etats-Unis, maîtres de la montre à quartz la talonnent, la blessent. Une telle industrie, maladroite d’abord, démocratisée ensuite, et néanmoins toujours de luxe, fait vivre bien des générations, qu’il s’agisse d’artisans catalans au XIV° siècle, des tribulations d’un dénommé Roll dans la Bavière du XVI° siècle (contées avec verve), ou de nos discrets ouvriers surqualifiés du Jura suisse d’aujourd’hui. Les « avatars de la concurrence internationale » côtoient ceux de la contrefaçon et de la contrebande. Les Genevois fournirent toute l’Europe, mais aussi le marché turc, avec des montres à « mouvement lunaires » pour les Musulmans. Entre 1750 et 1785, ils produisirent 250 000 pièces par an. Quant aux vallées du Jura, elles virent naître des artisans entreprenants, une main d’œuvre économe et époustouflante. Dans les années cinquante, la Suisse contrôlait encore plus de la moitié du marché mondial. Aujourd’hui, les vitrines de Genève et de Zurich sont rutilantes de Vacheron et Constantin, de Patek Philippe…

      Le G.I. de la Seconde Guerre mondiale put bénéficier, outre d’un trop perpétuel memento mori, d’une montre aux « aiguilles peintes de radium qui brillaient dans l’obscurité ». Aussi l’industrie américaine inonda le marché de sa Timex, puis à l’heure du quartz, le Japon accoucha de la Seiko. Bientôt viennent nos smartphones, que Landes, publiant en 1983, ne peut évoquer, plus performants que mille couteaux suisses. L’industrie horlogère helvète se replie, quand soudain elle invente la Swatch, colorée, pimpante et pétillante, jusqu’à son bracelet, dont les procédés de fabrication sont ingénieusement automatisés et économes...

      Mais aux heureux du monde, les montres sont des objets de luxe, de haute finition et de haute joaillerie, rivalisant de fine technique et d’art, sans omettre un sensible prestige, un discret snobisme. Car un boitier bourré de puces électroniques ne risque guère de fasciner comme le mouvement précieux exhibé d’une genevoise qui « possède l’art et la grâce d’un être vivant ». L’éloge lyrique de notre Historien devient vibrant.

      Si nous ne saurions dire combien il faut d’heures, de minutes et de secondes, pour lire le volume roboratif, palpitant même, de David Saul Landes, de surcroît nanti de notes abondantes, il nous reste le plaisir de le feuilleter au hasard, pour picorer une trouvaille technique, une anecdote piquante (comme ceux qui emportaient leur coq pour se réveiller à temps, ou cette Timex « qui marchait encore après cinq mois au fond de l’estomac d’un homme »), à moins de se fier au précieux index. Reste qu’ainsi l’on perdrait le précieux fil qui unit les instruments de mesure et les conceptions du temps chinoises et européennes, médiévales, des Lumières et de notre contemporain le plus exigeant, voire science-fictionnel. Que l’on se rassure, le lecteur se laisse facilement emporter par le récit et les analyses pleines d’alacrité de l’Historien. Là où mesurer le temps est également mesurer les sociétés, la somme est impressionnante : aussi informée que rigoureusement scientifique, historique et économique, aussi poétique qu’esthétique…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Six ans furent nécessaires, à la fin du XI° siècle, pour construire une horloge hydraulique digne d’être présenté à l’empereur de Chine par Su Song, et munie d’une sphère armillaire pour figurer les mouvements des planètes ; pourtant « une magnifique impasse » selon Landes. Il fallut en effet attendre que les Jésuites apportent leurs horloges modernes en Chine, au XVI° siècle, pour faire basculer une tradition obsolète. Dès lors la technologie horlogère occidentale fascine les Chinois, au point que l’on puisse raisonnablement imaginer qu’un conte, celui de Christoph Ransmayr, soit vrai.

      Qui est le maître du temps ? Est-ce le big-bang originel, un dieu ; à moins qu’il s’agisse de l’empereur ou de l’horloger… À partir  de ces hypothèses, l’Autrichien Christoph Ransmayr a imaginé un roman absolument dépaysant : Cox ou la course du temps. Son personnage en effet accomplit un immense et inusité voyage au XVIII° siècle, permettant la rencontre de l’Occident et de l’Extrême-Orient.

      Constructeur d’automates et d’horloges réputé, l’Anglais Alister Cox se voit invité par le souverain suprême chinois : il devra concevoir de mirifiques et sophistiqués instruments à mesurer « la course du temps ». Cox est un mélancolique, affligé par la mort de sa fillette Abigaïl et par sa femme, Faye, cloîtrée dans son mutisme. Son travail opiniâtre est une métaphore de son désir de les retrouver dans leur pureté. Flanqué de deux assistants, il accède aux désirs de l’empereur : construire une « horloge à vent », jonque animée par le moindre souffle, une « horloge à feu », représentant la muraille de Chine, enfin le Graal de tout horloger, un céleste « Perpetuum mobile », dont l’énergie se passe de toute intervention humaine, grâce au mercure et aux variations de la pression atmosphérique.

      L’un des nombreux intérêts de ce roman brillant est le tableau de la tyrannie incroyablement réglée de l’empire chinois. L’invisibilité de l’empereur, évidemment poète, dont « la collection comptait alors trois mille six cent quatre-vingt-sept poèmes », le révèle pourtant scandaleusement humain auprès des étrangers au « long nez ». On ne compte pas les rituels immuables et complexes, les splendeurs secrètes de la « Cité interdite » de Beijing, la poésie de la résidence d’été dans les montagnes de Mongolie. Tout ceci se conjugue avec des espions omniprésents, des rumeurs superstitieuses, des châtiments irrémédiables, des suppliciés sans retour, tels ces médecins promis à la mort que Cox devra interroger pour connaître leur perception du temps.

      Car « l’empereur voulait que Cox lui construise des horloges pour les temps fuyants, rampants ou suspendus d’une vie humaine, des machines qui indiqueraient le passage des heures et des jours -le cours variable du temps- selon qu’il était ressenti par un amant, un enfant, un condamné ou d’autres hommes, prisonniers des abîmes ou des geôles de leur existence ou planant au-dessus des nuages de leur bonheur ».

      En ce sens, ce roman, servi par une écriture envoûtante, à la lisière du réalisme et du fantastique, est un conte fabuleux, une méditation métaphysique. Les péripéties ne manquent pourtant pas : mort d’un assistant de Cox, percé d’une flèche au pied de la grande muraille, intense émoi devant An, la délicate concubine préférée de l’empereur, intrigues de palais qui mettent en danger le destin de nos horlogers…

      Les périls les plus inéluctables côtoient des images d’infinie poésie : « Il n’était jusqu’à une feuille fanée tombée dans une flaque reflétant le ciel et devenue, poussée par le vent, une bouée de sauvetage pour un scarabée en train de se noyer, que l’amour de l’empereur ne pût transformer en un inestimable joyau ».

      Si l’on consulte la postface, on aura la confirmation qu’il s’agit d’un roman historique. L’empereur Qianlong et Cox ont bien existé, sauf que ce dernier se prénommait James et n’a pas eu la famille que l’écrivain lui attribue. On notera d’ailleurs qu’il est nommé parmi l’essai de David Saul Landes. Il va sans dire que ce fabuleux voyage n’a jamais eu lieu, que ces horloges sont le lieu le plus pur et brillant de la fiction. Ainsi Christoph Ransmayr confirme son talent. Depuis Le Dernier des mondes, en 1988, ou La Montagne volante, rédigé en vers libres, ou encore Atlas d’un œil inquiet, dans lequel il parcourait le monde en 70 récits, il a gagné en épure, en hauteur de vue, atteignant une somptueuse évidence romanesque.

 

      Ainsi l’essai volumineux et érudit côtoie le plus léger apologue (tous deux délicieux à leur manière) pour nous dire au chatoiement de chaque seconde : « carpe diem », cueille le jour présent, ou encore profite du temps qui passe ; cette locution latine étant puisée chez le poète romain Horace[2]. À moins que l’on entende parler depuis Baudelaire, celle dont le « gosier de métal parle toutes les langues », cette :

« Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,

Dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens-toi !

[…]

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues

Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or[3] ! »

 

 

Thierry Guinhut

La partie sur Christoph Ransmayr a été publiée dans Le Matricule des anges, septembre 2017

Une vie-d'écriture et de photographie

 

 

[2] Horace : Odes, I, XI, Janet et Cotelle, 1823, p 30-31.

[3] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, LXXXV, Club des libraires de France, 1959, p 233.

 

 

Vide-greniers de La Couarde-sur-mer, Île de Ré. Photo : T. Guinhut.

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 07:43

 

Belorado, Burgos. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Testament philosophique et Folle semence

 

de L’Orange mécanique,

 

par Anthony Burgess.

 

 

 

Anthony Burgess : L’Orange mécanique,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Georges Belmont et Hortense Chabrier,

Robert Laffont, 352 p, 9,50 €.

 

Anthony Burgess : Le Testament de l’orange,

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Georges Belmont et Hortense Chabrier,

Robert Laffont, 238 p, 7,90 €.

 

 

 

 

 

      Il y a une vie après le succès de L’Orange mécanique, qui fit les délices cruels du film splendide de Stanley Kubrick en 1971. Mais une vie bousculée, controversée, qu’il faut à son créateur, l’écrivain anglais Anthony Burgess (1917-1993), assumer. C’est chose faite avec Testament de l’orange. Car le film, plus encore que le roman, fut taxé d’avoir contribué, par son influence pernicieuse sur la jeunesse, à une série d’actes délinquants particulièrement abjects. Burgess aurait pu s’en défendre en écrivant un plaidoyer dans la presse, un essai solidement argumenté, comme il en eut d’abord l’intention. Il a préféré, douze ans après, écrire un autre roman, qui n’est en rien une suite du premier, mais plus exactement un apologue parodique et philosophique. Comme le fut à son insolite manière La Folle semence[1], roman de science-fiction homosexuelle et politique…

 

      Rappelons le coup de poing linguistique et tragique qui fit de L’Orange mécanique, paru en 1962 outre-Manche, un incontournable marqueur des heurts de notre société, entre délinquance criminelle, charge culturelle et thérapeutique sociétale. « Humble narrateur et martyr », Alex est un adolescent, l’un des quatre « drougs » qui pratiquent la violence comme d’autres la danse ou la peinture expressionniste : « là-dessus, le sang a coulé, une vraie beauté, mes frères ». Leur première victime est un « viokcho veck », puis un patron de boutique et ses clients. La « castagne tzarrible » et la « bagarre salingue » vont bon train, l’extase d’Alex à l’écoute de Bach et Mozart l’emporte vers la « félicité » et vers le meurtre d’une vieille ; jusqu’à ce que les « milichiens » l’empoignent. On notera qu’Anthony Burgess, formidable inventeur linguistique, alla jusqu’à imaginer, pour le film La Guerre du feu, l’Ulam, un langage préhistorique.

      La chose va prendre une hauteur sociétale insoupçonnée lorsque la « Prison d’Etat » décide de soumettre Alex à un programme de soin expérimental inédit : la « Méthode Ludovico » qui doit permettre de « tuer le réflexe criminel ». Ainsi, « privé de la faculté d’exercer moralement un choix », drogué, il visionne des films tous plus atroces les uns que les autres. Alors qu’il aurait dû s’en gargariser et s’en féliciter, il est écœuré jusqu’aux tripes !

       Non seulement le « parler nadsat », mâtiné de russe et d’argot fait d’Orange mécanique une œuvre coruscante, mais le traitement infligé à Alex contribue à mettre en exergue la question de la criminalité et de son traitement : répression pénitentiaire[2], « châtiment stérile », soin psychologique, ou plus exactement conditionnement ? Il est loisible de se demander s’il s’agit là d’une forme de l’aristotélicienne catharsis, cette purgation des passions, sensée laver le spectateur d’une tragédie de ses pulsions malignes…

      « Orange mécanique » est le titre d’un essai qu’écrit l’une des victimes d’Alex et de ses comparses, dénonçant « la mécanisation de l’homme ». Cette mécanisation de la violence va cependant de pair avec une paradoxale association avec la musique classique et baroque. La « grande musique » étant censée contribuer à la civilisation, dans le cas d’Alex, elle l’a « affûté ». Le final de la neuvième de Beethoven, cette « Ode à la joie » et à l’amour de l’humanité, l’excite au plus haut point. Mais quand il lui parait injuste de l’associer aux films de meurtres et autres atrocités japonaises et nazies, elle lui fait le même effet vomitif. Car « les activités les exquises et les plus divines ressortissent pour une part à la violence -l’acte d’amour par exemple ; la musique par exemple ». Rassurons-nous, s’il se peut, notre charmant Alex retrouvera bientôt sa vraie nature.

      Un tel roman d’action sans cesse électrique balaie néanmoins les questions afférant à « la cause du mal », à la responsabilité individuelle, et à la gestion de la criminalité par le pouvoir régalien. Alex l’ultraviolent est devenu une loque, une victime, de la « réforme criminelle », de la musique, de ceux qui se vengent de lui, de ceux qui le récupèrent pour servir leur contestation politique, du gouvernement qui balaie ses contestataires ; mais surtout de son moi, celui de l’ « Ode à la joie » et à la jouissance du mal…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Rythmé en diable par les symphonies de Beethoven, le film de Stanley Kubrick, enthousiasma par sa verve et choqua, au point que la presse et l’opinion tombèrent à bras raccourcis sur Anthony Burgess, accusé de complaisance envers ses anti-héros et de prosélytisme contagieux. La place restait à la défense, lorsqu’il publia un récit en forme de plaidoyer.

      Est-il utile de savoir que le personnage d’Enderby était déjà celui de trois romans éponymes ? Refermant le quatuor, ce Testament de l’orange se lit le plus indépendamment du monde. Le héros est un conférencier d’université, « vieux jeu », bien peu politiquement correct, auteur de poèmes aussi religieux qu’obscènes, autour de la figure de Saint-Augustin et de la question du libre arbitre, dont nous sont offerts de nombreux vers. Il est de plus le scénariste oublié qui s’est refait une jeunesse en adaptant le poème de Gerard Manley Hopkins Le Naufrage du Deutschland[3] pour le scénario d’un film à grand spectacle fort racoleur. C’est par là que le scandale arrive. Hors l’affreuse tempête, le clou en est un flash-back avec « viol de religieuses par des adolescents en chemises brunes », ensuite chassées d’Allemagne par les Nazis pour périr en mer.

      Le succès du film est tel que de jeune gars se sont attaqués à des religieuses, commettant un « nonnicide » : « La faute à l’art, toujours, n’est-ce pas ? Le péché originel ? ». La morale de l’apologue est explicite : « du jour où on vient à admettre qu’une œuvre d’art peut inciter les gens à se lancer dans le crime, alors on est foutu ». Car ils « accusent toujours l’art, la littérature, le théâtre d’être la cause de leurs propres méfaits ». Ainsi un professeur imagine d’interdire Hamlet aux jeunes ! De surcroît une lectrice indignée vient pour assassiner Enderby…

      Préoccupé de questions métaphysiques et théologiques, le poète s’inquiète également de la postérité de son œuvre. Ce qui ne l’empêche pas de batailler avec ses étudiants lors de cours d’histoire littéraire parodiques et burlesques. Et de tenter d’élever le niveau d’un atelier de création littéraire au-dessus des haines ethniques et raciales. Ainsi la poésie et la mission de l’artiste conscient du mal et du péché parmi la nature humaine sont au centre des problématiques de ce récit.

      Moins frappant que L’Orange mécanique, faute de l’invention linguistique russophile de ses délinquants ultra-violents et fans de Beethoven, le Testament de l’orange n’en est pas moins un complément indispensable, plein de truculence, de satire des mœurs et autres pruderies américaines, y compris du féminisme militant et des « résidus de l’adolescence érigés en art ». Enderby est une grande gueule poétique et polémique, probable alter ego de Burgess, qui joue sans cesse avec les niveaux de langues et les sociolectes, y compris lors de la transcription d’une émission télévisée où l’on invite notre provocateur héros, qui ne se fait pas faute de défendre la liberté créatrice, ce dans un contexte farci de vulgarités et de publicités. La parodie haute en couleurs, la satire burlesque de la vulgarité des médias ne sont pas sans receler leur poids de nécessité philosophique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La problématique n’est pas neuve. À la fin du XVIII° siècle, quelques jeunes lecteurs des Souffrances du jeune Werther de Goethe[4] endossèrent l’habit jaune et bleu du personnage et se suicidèrent à la façon de l’amoureux déçu, ce que l'on appelle parfois le complexe de Werther. De même, à propos d’une série titrée 13 Reasons why, l’on se demande aujourd’hui s’il faut la regarder pour mieux comprendre et être dissuadé de la tentation du suicide, ou si l’on cherchera à reproduire la stratégie vengeresse de la jeune fille. Les Grecs anciens demandaient déjà au théâtre s’il était catharsis ou imitation. Alors que l’art est avant tout sublimation.

      Il n’en reste pas moins que L’Orange mécanique et son avatar testamentaire visent moins à glorifier et susciter la violence qu’à en analyser le fonctionnement ainsi que les éventuelles méthodes utilisées pour la réprimer, l’éradiquer, en particulier chez les jeunes. Sans vouloir la ranger au banc des accusés, la chorégraphie intensément visuelle de Stanley Kubrick (d’ailleurs interdite en Grande Bretagne en son temps) excite et blesse l’œil bien plus que la langue d’Anthony Burgess ne blesse l’esprit. Qui doit se pencher sur la question afférente : peut-on tolérer d’effacer le libre-arbitre[5] au service de la plus tranquille des sécurités ? Quelle semence violente est-il loisible d’exciser ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ainsi l’humanité est une « folle semence », selon un titre oublié -à tort !- d’Anthony Burgess. Outre sa violence native, elle a le dangereux défaut de proliférer, au point de menacer de s’écrouler sur elle-même par la faute de la surpopulation, sans compter l’épuisement de Mère nature (quoiqu’il s’agisse de perspectives discutables). La Folle semence est un roman d’anticipation malthusien, publié en 1962, serré d’angoisse, une anti-utopie prophétique terriblement efficace.

      Certes, aux alentours de l’an 2000, il ne s’est rien passé de tel. Et même si l’Afrique et l’Asie continuent de voir croître dangereusement leur population et de l’exporter, la transition démographique conduit l’Occident, et jusqu’au Japon, à la dénatalité. Jusqu’à ce que les autres continents, y compris peut-être ceux agités par l’Islam, suivent le même mouvement. Est-ce à dire que le roman de Burgess n’a plus rien à nous dire ?

      Il n’en est rien. Car outre le spectre encore menaçant de la croissance démographique outre-Méditerranée, reste celui de la diminution des ressources alimentaires, du moins dans l’esprit de ceux qui ne perçoivent pas la réalité de l’augmentation de l’inventivité et de la productivité humaine. Mais surtout, il s’agit de comprendre comment la terreur, réelle ou supposée, de voir la planète s’effondrer et se dessécher sous le poids de l’humanité, conduit à un régime totalitaire de gestion de la pénurie. Une tyrannie non moins puissante est celle du contrôle radical des naissances, et, par conséquent, de l’homosexualité valorisée, exhibée comme un devoir moral et politique : « Qui dit sapiens dit homo ».

      Un trio de personnage anime le roman, Tristram, professeur d’Histoire qui aura le tort de délivrer un enseignement qui relève de « l’hérésie pure », sa femme Béatrice-Johanna qui rêve de mettre au monde des enfants néanmoins interdits, Dereck, frère du premier et amant caché de la seconde, puisqu’il faut être homosexuel pour accéder aux plus hauts rangs de l’Etat. L’« anabase » de Tristram, gorgée d’action, se fait picaresque et épique, entre prison et période militaire, ce qui lui permettra de percer les cyniques secrets des gouvernements successifs, du « ministère de l’infertilité » à celui de la « Fertilité »…

      Pire, étant donné un insipide végétarisme obligatoire, puis la « rouille des récoltes » et la famine, on accède au cannibalisme des révoltés. Lorsque tout s’effondre, « il n’y a pas plus moral que la criminalité, par les temps qui courent », dit un homme auprès d’un barbecue fort suspect. Un autre ajoute : « Quand l’Etat dépérit, la nature humaine s’épanouit ». Enfin « le théâtre charnu » remplace de nouveau l’écran du plafond où sévissait la propagande : « des histoires où, automatiquement, les bons n’avaient pas d’enfants tandis que les méchants en avaient, où des homos s’aimaient entre eux, où des héros à l’image d’Origène se castraient pour l’amour de l’équilibre du globe » ! Le retour au christianisme et à la copulation générale autour du « totem priapique » ne se fait plus attendre, avant la guerre, ce « grand aphrodisiaque », qui n’est probablement qu’un autre moyen « d’en finir avec l’excédent de population »… L’association de l’action débridée, autour de la fuite de Tristram, et l’amère satire des errements de l’humanité font de La Folle semence un puissant roman engagé en faveur d’une sagesse philosophique peut-être introuvable.

 

      Au-delà de volumes consacrés à Napoléon[6] et Jésus de Nazareth[7],  Anthony Burgess est indubitablement un visionnaire tourmenté. La violence et la sexualité sont de tout temps des pulsions dangereuses à contrôler, à pacifier, ce dont L’Orange mécanique et La Folle semence sont l’écho alarmant. Ces avertisseurs sont-ils des incitateurs ? À ce compte-là, si l’art est si dangereux pour les mœurs, pourquoi ne pas condamner la Bible où les tragédies de Shakespeare… En toute logique, le siècle des totalitarismes ne pouvait que tenter le romancier, auquel il consacra une vaste fresque parodique, intitulée Les Puissances des ténèbres[8], qui met en scène le combat, à la fois intime et intensément épique, d’un Pape contre le Malin, dont le royaume s’étend jusqu’au camp de Buchenwald…

 

Thierry Guinhut

La partie sur Le Testament de l'orange a été publiée dans Le Matricule des anges, juin 2017

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Anthony Burgess : La Folle semence, Robert Laffont, 1973.

[3] Gérard Manley Hopkins : Le Naufrage du Deutschland, Poèmes, Seuil, 1957.

[6] Anthony Burgess : La Symphonie Napoléon, Robert Laffont, 1977.

[7] Anthony Burgess : Jésus de Nazareth, Robert Laffont, 1999.

[8] Anthony Burgess : Les Puissances des ténèbres, Robert Laffont, 2012.

 

 

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 08:46

 

Krimmler Tauernhaus, Salzburg, Österreich.

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Orhan Pamuk autobiographe d’Istanbul

et des montagnes au loin :

Cette chose étrange en moi

& Souvenirs d’une ville.

 

 

Orhan Pamuk : Cette chose étrange en moi,

traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, Gallimard, 2017, 688 p, 25 €.

 

Orhan Pamuk : Istanbul, souvenirs d’une ville,

traduit du turc par Savas Demirel,

Valérie Gay-Aksov et Jean-François Pérouse, Gallimard, 2007, 552 p, 35 €.

 

Orhan Pamuk : Souvenirs des montagnes au loin,

traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes,

Gallimard, 2022, 396 p, 39,50 €.

 

 

 

 

      Détestable ! doit penser Recep Tayyip Erdogan d’un tel roman, d’un tel écrivain, qui fut censuré en février 2017 pour avoir osé dans Hürriyet, un quotidien turc, critiquer son gouvernement. La nostalgie d’Orhan Pamuk et de ses personnages pour la Turquie laïque d’Atatürk n’arrange rien. Cependant une plus prégnante nostalgie est mise en scène et en pages au travers deux miroirs ouverts ; l’un au profit d’un modeste marchand des rues, dans Cette chose étrange en moi, un fort roman, l’autre au cours d’un album qui se fait vaste autobiographie, enrichi d’une myriade de photographies, laconiquement titré Istanbul. Le versant autobiographique emprunte également la voie des souvenirs montagneux, parmi des carnets dessinés. Les trajets intimes et géographiques appartiennent ainsi à la mémoire de l’écrivain et du lecteur et en rien aux puissants hiérarques du nationalisme et de l’islamisme.

 

      Qu’est-ce que « cette chose étrange en moi » ? Sinon le culte du souvenir, sinon une histoire d’amour ? Mais autant pour une femme, que le jeune Mevlut enlève et épouse au détour d’un quiproquo, croyant échapper ainsi aux mariages arrangés, que pour, au-delà du village de son Anatolie natale, la ville-phare Istanbul, ses collines et son détroit.

      Mevlut est un « bozaci », un vendeur ambulant de « boza », une boisson traditionnelle à partir de millet fermenté. Mais au fil des ans, le raki, dix fois plus alcoolisé, d’ailleurs autorisé par Atatürk, remplace son goût sucré-amer, signant l’évolution des mœurs. Face à la modernité, la mémoire enjolive le passé : « Istanbul avait tellement changé tout au long des vingt-cinq dernières années que ces souvenirs lui semblaient tout droit sortis d’un conte ». En ce sens Mevlut est le prototype d’un temps ancien que sa nostalgie confronte aux temps présents et que l’écrivain ressuscite.

      Pour entrelacer les portes mémorielles, la narration alterne les dates significatives, entre les années cinquante et 2012, sans compter la polyphonie des voix de ceux qui entourent le récit de témoignages divers, multipliant les portraits et les vies des Stambouliotes. L’enfance de Mevlut, dans un village reculé d’Anatolie, s’achève à douze ans lorsqu’il part pour Istanbul avec son père. Une immense part de sa vie tourne sa page lorsqu’en 2009 sa petite maison, rachetée par un promoteur, est détruite : « Tout fut soudain pulvérisé d’un coup de pelleteuse – son enfance, les repas qu’il avait pris, ses devoirs et ses leçons, les odeurs qu’il avait humées, les ronflements de son père endormi et des centaines de milliers de souvenirs ». Il ira désormais vivre dans un appartement. « La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », « écrivait Baudelaire dans « Le cygne[1] », ce que reprend Orhan Pamuk à l’épigraphe de son ultime chapitre, confirmant la dimension élégiaque de son roman, qui, à l’aune de la vie d’un pauvre, prend en écharpe un demi-siècle.

      Quoiqu’attachant, le roman voit sa narration rester trop souvent factuelle et sentimentale, sans ce dynamisme dramatique ou cette pointe de satire qui pimenterait l’ensemble ; même si, par exemple, l’épisode de la découverte du commerce parallèle et des arnaques des employés dans le restaurant « Binbom » vaut son pesant de réalisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Mais en traversant tout un tas de quartiers, comme le fit l’écrivain pendant les six années qu’il eût à cœur de consacrer à son enquête urbaine et à l’écriture de Cette chose étrange en moi, le personnage d’Orhan Pamuk est un observateur, un sociologue sans le savoir, qui voit une délinquance nouvelle le menacer, voire l’islamisme le cerner. Mais c’est aussi un esprit traditionnaliste qui paraît s’accorder avec le retour du religieux, à condition qu’il reste modéré. Il est par exemple bien gêné de se trouver auprès de « Son Excellence » qui enseigne la calligraphie ancienne et professe dans sa « loge soufie ». Il est également un discret contempteur des mœurs trop occidentalisés, quoiqu’il respecte la mémoire d’Atatürk, mais de manière bien mesurée puisqu’il permit une libéralisation qui ne l’agrée pas toujours. Au cours de son voyage en train vers Istanbul, Mevlut croise un écriteau rappelant que Mustapha Kemal Atatürk but du café sous un platane en 1922. Le détail apparent innocent, rappelle que malgré sa dimension dictatoriale, le président turc institua une république laïque. Si l’écrivain partage en son roman social cette nostalgie (somme toute superficielle) de son personnage, il est certain qu’il ne partage guère son traditionalisme. Mevlut n’est donc pas l’alter ego d’Orhan Pamuk, qui a préféré s’éloigner de son moi, faire parler autrui, y compris s’il ne partage pas ses convictions.

      Un tel personnage qui ne reste pauvre parmi ceux qui parviennent à une relative prospérité, anti-héros apparemment innocent, qui ne ferait pas de mal à une mouche, qui aime sa femme Rayiha (y compris dans le plaisir sexuel) et ses deux filles, n’est pas sans soulever bien des questions. S’il vit au milieu de divers événements politiques, coups d’Etat militaires, coups de poing entre gauchistes et nationalistes, islamisme rampant puis agressif, il n’est en guère affecté. Sa perche à bacs de boza sur l’épaule, et quoique son commerce périclite, il se refuse à évoluer, à s’adapter ; sauf lorsque pendant cinq ans il devient gérant de restaurant. Comme bien des ruraux venus de la Turquie intérieure, il vote pour un maire religieux, Erdogan pour ne pas le nommer, comme s’en abstient le romancier, contribuant à faire le lit de l’Islam rigoriste, offensif et liberticide du susnommé Erdogan. Dans quelle mesure en est-il responsable ?

      Orhan Pamuk ne s’embarrasse pas de grand flamboiements rhétoriques, d’images précieuses ni de secrets sous-entendus. Une écriture limpide emporte sans peine le lecteur, même si son caractère méticuleux peut par instants confiner au manque de concision. Il s’agit de prendre un personnage de modeste extraction à bras le corps, de suivre son destin, celui de sa famille ; mieux, il devient un personnage finalement emblématique des aspirations humaines des Stambouliotes à la tranquillité, une allégorie de son pays : la Turquie. Ce qu’ont bien compris ses lecteurs, puisque Cette chose étrange en moi est devenu là-bas, comme en un mouvement un brin narcissique, un best-seller. En dépit de ses ambigüités, inhérentes à un personnage à la fois un brin nostalgique du laïque Atatürk et néanmoins attaché à la religion. Aussi Pamuk ménage tout son public, ne portant pas de jugement sur ses personnages, laissant s’identifier le lecteur comme il l’entendra, en faveur d’un passé traditionnel fantasmé, ou lui permettant une lecture critiques des forces qui sous-tendent le devenir d’une telle ville-monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Ne nous laissons pas abuser par un premier regard. Istanbul parait d’abord un lourd volume encombré de pléthoriques photos en noir et blanc, poussiéreuses, d’une netteté quelquefois discutable. Dès lors on craindrait que le texte soit à l’avenant. Cependant, si l’on consent à plonger en cet univers, l’on est infailliblement happé par la langue, si proche du lecteur qui s’identifie immédiatement tant avec l’enfant, qui ainsi revit, qu’avec l’adulte qui écrit et revient avec précision et tendresse sur son passé et sur celui de sa ville fétiche.

      La patiente, méticuleuse, écriture autobiographique s’enlace étroitement, comme le lierre autour de l’arbre, avec le portrait d’une ville personnifiée. De la naissance, en 1952, à l’aube de l’âge mûr, tout concourt, même sans le savoir, à la décision qui clôt le livre : « Je ne serai pas peintre, dis-je, moi je serai écrivain ». Enfin, le livre achevé devient « une deuxième vie ».

      Dans une riche famille qui s’appauvrit peu à peu, apparait « le sentiment […] que je constituais un moi à part entière ». Aussi Orhan Pamuk respecte le pacte autobiographique mis en place à l’orée des Confessions par Jean-Jacques Rousseau : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature[2] ». Il paraît ne rien celer, y compris l’enfantin « durcissement » de son « zizi ». Le « monde parallèle des rêves », qui est celui de tout enfant, semble cependant les prémices de l’écrivain futur.

      L’horizon sentimental s’ouvre avec un « premier amour », dont le prénom signifiait « rose noire » en persan. Il a dix-neuf ans, elle vient à dix-sept ans visiter son atelier de peintre, puis poser pour lui et faire l’amour. La colère des riches parents, qui redoutent un peintre désargenté pour leur fille, les oblige à échanger leurs baisers dans un musée, et pousse cette dernière à demander : « Enlève-moi ». Mais c’est dans une école suisse que ses parents l’envoient. Ne reste que « la souffrance de l’amour ».

      De la « maison-musée » familiale aux paysages du Bosphore, une « Encyclopédie » -et en quelque sorte autobiographie- d’Istanbul prend peu à peu de l’ampleur, parallèlement au développement de celui qui entame son initiation centrifuge, mais aussi centripète, car le ramenant sans cesse à l’appartement originel que l’écrivain d’âge mûr habite toujours. L’espace s’élargit, le temps littéraire également, qu’il s’agisse de celui de l’auteur ou des auteurs romantiques convoqués : Nerval, Gautier, Flaubert, explorant l’ancienne Constantinople. Ce sont cette culture, ces lectures, et bien d’autres (« Woolf, Freud, Sartre, Mann, Faulkner »), qui permirent à ses compagnons de le taxer sans aménité du sobriquet d’« intellectuel ».

      En effet, l’horizon intellectuel s’élargissant sur l’Occident, il ne peut que buter en même temps sur le nationalisme et sur la religion. L’anniversaire de la chute de Constantinople, ou de sa conquête, selon le parti-pris, en 1953, permet de raviver la mémoire enfouie, et de mentionner les pillages, saccages, viols de « Rums », meurtres de prêtres grecs en 1955, que les photographies de rues chargées de débris illustrent ; ce qui permet au lecteur de prendre conscience de l’éjection des Chrétiens de Turquie au cours des dernières décennies.

      Dans les années cinquante et soixante, seuls les pauvres stambouliotes se montraient religieux. On est « indisposé par les bigots ». Devant une vieille domestique en prière, l’enfant est mal à l’aise : « la peur que j’éprouvais, comme toute la bourgeoisie turque laïque, n’était pas la crainte de Dieu, mais la crainte de la colère de ceux qui croient trop en lui ». Il émet une hypothèse non négligeable : « c’était peut-être parce qu’ils croyaient autant en Dieu qu’ils étaient resté pauvres ». La satire de la religiosité se mêle à une autre lourde inquiétude : « En glissant subrepticement de la religion à la sphère de l’islam politique […] et des coups d’Etat militaires, je crains de rompre la secrète harmonie de ce livre ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Riche de détails, de culture et d’émotions, bourrée jusqu’à la gueule d’anecdotes, de révolte adolescence et de sagesse, cette autobiographie talentueuse nous renvoie à notre propre enfance et jeunesse. Si différente soit-elle, c’est dans son mouvement et son travail d’accouchement du temps passé qu’elle nous permet, par rebonds, de nous récréer en notre singularité.

      Clichés grisés et travail de remémoration entraînent fatalement une certaine mélancolie, ce « hüzün », terme passablement intraduisible, auquel notre autobiographe consacre de longues et subtiles analyses, entre des versets du Coran et l’Anatomie de la mélancolie de Robert Burton[3]. La « mélancolie des ruines » côtoie « les beautés pittoresques » des faubourgs, or « ces vestiges, pour la plupart aujourd’hui disparus, étaient l’âme d’Istanbul ».

      L’auteur, encore jeune photographe amateur, n’est pas naïf. Comme pour l’écrivain, sa foi dans le réalisme est bien mesurée : « En posant pour l’avenir, nous arrangions aussi le présent ». Grâce à ces clichés, il s’engouffre en « la redécouverte de notre vécu ». De plus, par ces détails que le photographe n’avait pas l’intention de voir, l’on découvre mille secrets du quotidien perdu, d’où le « hüzün » qui imprègne immanquablement ces images, qui, quoique poudrées, parfois impeccablement composées, allient l’émotion élégiaque à l’esthétique. Car les images familiales côtoient celles des grands photographes de son temps, comme Ara Güler, ou de divers anonymes.

      Mais à observer avec plus d’attention cette pléthore de photographies, Bosphore, mosquées, rues, immeubles, collines et maisonnettes, l’on ne peut qu’être frappé par l’occidentalisation des costumes, donc des mœurs, dans une « société qui désirait s’occidentaliser », en ces années cinquante et soixante : il est fort rare, hors dans quelque ruelle d’un lointain faubourg, d’y croiser une femme voilée (le voile ayant été interdite en 1925 par Ataturk). Nul doute que le paysage urbain soit hélas aujourd’hui quadrillé de voiles.

      Quoiqu’Istanbul ait été déjà publié en 2007 par Gallimard, il s’agit là d’une édition considérablement enrichie, tant de deux-cents nouvelles photographies que d’une introduction, voire de passages ajoutés, un work in progress en somme. Témoignant d’une passion jamais démentie, depuis la plus prime enfance, pour le pouvoir de la photographie, qui « répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement », selon les mots de Roland Barthes. Or Pamuk, comme le dit si bien l’auteur de La Chambre claire (qu’il n’ignore pas) fait « revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps[4] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre rapport à l’autobiographie et à l’image, ces carnets dessinés : Souvenirs des montagnes au loin. Il peut paraître surprenant que l’autobiographe d’Istanbul, ville sise entre deux mers, Noire et Méditerranée, soit tant marqué par les horizons montagneux. Souvenons-nous cependant de son roman intitulé Neige. Sachons également que la première et enfantine vocation d’Orhan Pamuk fut celle de devenir peintre. Et si l’écriture l’a définitivement emporté, les pulsions souterraines de ce goût des crayons et des pinceaux se réveillèrent en entrant dans une boutique idoine d’où il ressortit en 2008, chargé de deux sacs à malices pour dessinateur et peintre émerveillé.

Depuis, chaque jour, ses carnets se couvrent de notes intimes, événementielles, romanesques et politiques, auxquelles se mêlent croquis et couleurs, en un foisonnant et plaisant désordre. L’on se doute qu’en cette anthologie sont les meilleures pages, tant le lecteur voit ses yeux fourmiller, penser, rêver. Que l’œuvre ainsi conçue ait quelque chose d’enfantin, voire de naïf, n’empêche en rien le bonheur plastique, non sans une certaine technique pointilliste. « Le paysage est la base de tout », confie-t-il, associant des vues de bras de mer, du Bosphore, des collines et des mosquées, des horizons bosselés et embrumés d’Anatolie, des places de village où prendre un verre, un voyage en Inde face au Taj Mahal… En cette encyclopédie personnelle, cette malle aux trésors, ce « sentiment romantique », tout est coloré à l’envi, bousculant les marges, reproduisant ici des doubles pages en de parfaits fac simile, tout est omnivore et irrévérencieusement libre. Notre romancier rejoint en toute modestie ces poètes qui ont autant écrit que peint, comme l’Anglais William Blake.

Avec l’écrivain émerveillé par les paysages de l’esprit et de la terre, dont la quintessence s’allume dans ce patchwork de calligraphies et de dessins, nous avons le bonheur d’échapper, comme son auteur, aux tracasseries, voire aux traques des puissants de la turquerie, qui tentent d’accabler un écrivain sous les procès et les vexations. Bel exutoire, belle libération…

 

      Notre Prix Nobel de littérature 2006, né en 1952, qui vient de se voir consacré par un Cahier de l’Herne bienvenu, collectionne les photos anciennes, de même il réunit en ces romans une foule de vies, anecdotes, paysages et sensations. Comme un autre de ses anti-héros collectionnait dans Le Musée de l’Innocence[5] les objets rappelant son amour, lui-même commit un album muséal intitulé L’Innocence des objets. Certainement pour nous dire que la mission de l’écrivain, associant roman d’apprentissage des humbles et autobiographie de la formation d’un écrivain, au-delà de ce monde premier qui est le noyau de son identité et le substrat de sa ville polymorphe, est d’être un collectionneur de mondes. Mais aussi, d’être un intellectuel engagé, au risque de la prison, voire de la vie, en une Turquie qui, sous la férule d’Erdogan, ne supporte plus la moindre déviance envers le nationalisme, la moindre mécréance envers l’Islam totalitaire. Ainsi, en 2005, Orhan Pamuk fut poursuivi par la justice de son pays pour avoir publiquement reconnu le génocide arménien, dont on sait que les causes ne furent pas uniquement ethniques, mais également un projet d’éradication du christianisme sur le territoire turc. Il ne se fait pas faute de ne pas dénoncer le monstre politico-religieux qui s’abat sur un pays qui exporte moins des productions économiques et des livres d’écrivains que des thuriféraires et séides…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres I, La Pléiade, Gallimard, 2001, p 85.

[2] Jean-Jacques Rousseau : Les Confessions, La Pléiade, 2001, Gallimard, p 5.

[4] Roland Barthes : La Chambre claire, Œuvres complètes III, Seuil, 1994, p 1112, 1192.

[5] Voir : Orhan Pamuk : Le Musée de l'innocence, roman d'amour et de mémoire

 

Autoportrait au miroir ancien, Parador San Marcos, León, España.
Photo : T. Guinhut.
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Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Cheng

Francois Cheng, Longue route et poésie

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

Histoire du repos, lenteur, loisir, paresse

 

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau

Nuanciers de la rose et du rose

Profondeurs, lumières du noir et du blanc

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Emily Dickinson de Diane de Selliers à Charyn

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

 

Erasme

Adages et Colloques

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Bret Easton Ellis : Eclats, American psycho

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

Présences & absences fantastiques : Karlsson, Pépin, Trias de Bes, Epsmark, Beydoun

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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