Flavius Josèphe : Antiquités juives et Guerre des Juifs, Chauvert-Hérissant, 1756.
Photo : T. Guinhut.
Eloge d'Israël : une épine démocratique
parmi la tyrannie de l’Islam.
« Tu ne tueras point », disent les tables de la Loi. Pourtant Israël tue. S’agit-il de légitime défense ? Seule démocratie libérale au milieu d’un marais de tyrannies militaires et obscurantistes, Israël est paradoxalement vilipendé par la communauté internationale. Bafoué, sans cesse menacé, bombardé par la Palestine de Gaza, le Hamas et le Hezbollah, ce pays parait l’oppresseur inique, le talon de fer des opprimés et des faibles, quand il est la cible de la judéophobie et de l’anticapitalisme mondialisés. De fait, il serait en la matière prétentieux de prétendre à l'impartialité, à la connaissance totale des tenants et des aboutissants. Ce pourquoi rien n'interdit de développer une contre-argumentation...Tentons cependant de penser la justice en ce terrain malaisé : là où Israël est une épine démocratique parmi la tyrannie de l’Islam.
Quel pays avertit les habitants du pays visé avant les frappes de ses missiles (ce qui est confirmé par un rapport de l’ONU) ? Quel pays voit ses soldats protéger ses femmes et ses enfants quand celui d’en face se sert de ses femmes et de ses enfants comme boucliers humains pour protéger en ses écoles et hôpitaux ses terroristes et ses caches d’armes (ce qu’avoue même le Hamas) ? Israël, à chaque fois. L’on sait qu’Israël, malgré les impayés, approvisionne Gaza pour 70 % de son électricité, qu’Israël livre nourriture, carburants et médicaments, qu’Israël soigne en ses hôpitaux des blessés cisjordaniens et syriens…
Certes, on ne peut imaginer, en un concours de manichéisme, qu’Israël ne soit que le chevalier blanc du bien face à au Satan noir du mal. Il y a sans nul doute parmi les Hébreux suffisamment de représentants de la nature humaine pour y intégrer « le mal radical » selon Kant, ou « la banalité du mal » selon Hannah Arendt. L’on sait que le démon de la vengeance, de la loi du talion, a pu pousser quelques-uns à brûler un adolescent palestinien en représailles de trois adolescents juifs enlevés et assassinés par le Hamas. Que l’intégrisme de certains fondamentalistes d’un Talmud exagérément rigoriste puisse les pousser à la haine, jusqu’à séparer les hommes des femmes par des draps tirés au travers des rues…
Mais les chiffres des morts et des blessés sous les coups des agressions israéliennes sont invérifiables. Seul le Hamas les fournit aux Nations Unis, et l’on peut imaginer combien ils puissent être des leviers de désinformation, y compris lorsque ses propres missiles tuent. Non évidemment que ces frappes soient indolores, mais elles sont le désir du Hamas qui en tire argument pour dénoncer la violence, le prétendu apartheid et la colonisation. S’appuyant sur la guerre de l’image et de l’information : des photos sanglantes venues de Syrie sont utilisées sans vergogne pour dénoncer les frappes israéliennes.
Gaza abritant des milliers de roquettes (plus de 1400 tirées sur Israël depuis janvier), mortiers et autres armes (venues le plus souvent d’Iran) on est en droit de se demander d’où vient l’argent pour cet infructueux commerce. De l’aide internationale et en particulier de la communauté européenne qui paient les fonctionnaires de Gaza, donc alimentent la corruption, les trafics d’armes, alors que les hôpitaux sont financés par Israël… Ainsi Gaza, quoiqu’il ne s’agisse guère d’un champ de pauvreté à ciel ouvert, plutôt que le paradis de l’économie et des libertés, choisit, aux dépens de ses innocents, de son peuple que le Hamas opprime, la contre-culture de l’endoctrinement fanatique et du terrorisme, maniant le ressort extatique de la haine.
C’est alors que la légitime défense est un droit naturel. Quand 70% de son territoire est sous la menace des roquettes, missiles et autres bombes, le devoir de protection, grâce au précieux dôme de fer, et le devoir de réplique sont les garants de la souveraineté et de la liberté.
Flavius Josèphe : Histoire des Juifs, Roulland, 1696.
Photo : T. Guinhut.
Les gisements de gaz au large de Gaza ont évidemment un rôle à jouer dans l’avenir du conflit. On a accusé Israël de viser ces énormes réserves, alors qu’il n’en manque pas au large de ses côtes, l’exploitant depuis un an ; au point qu’il est en passe de devenir exportateur et de déséquilibrer la donne énergétique au Moyen-Orient. Ce qu’il craint est bien plus l’approvisionnement financier qui pourrait en découler, et donc alimenter encore la puissance de feu palestinienne ; sans oublier sa puissance démographique, dont les ventres sont de potentiels soldats.
Que faire ? Investir chaque mètre carré de la bande de Gaza, vider toutes les caches d’armes et neutraliser les terroristes ? C’est ce que préconisent les Faucons de la droite israélienne et une bonne partie de la population exaspérée. Mais à ce compte, l’occupation devrait être pérenne, donc coûteuse en énergies, en vies coupables et innocentes, donc passible de la pire diabolisation internationale. Croire en l’amitié entre les peuples ? Se limiter aux frappes chirurgicales et ciblées, à quelques opérations commandos contre les positions et les tunnels du Hamas ? Mais extraire au scalpel une tumeur terroriste ne signifie en rien éradiquer le réseau de tumeurs malignes qui irrigue le Hamas. C’est entrer dans le jeu de ce dernier qui comptabilise les morts (près de deux cents à ce jour) pour avec joie arguer de la vilénie sioniste et juive. C’est attendre que le rayon d’action et le nombre des missiles augmente, que leur sophistication croissante handicape sévèrement la défense de Tsahal, que l’étau venu du califat iroko-syrien, peut-être capable de s’armer de bombes sales aux éléments radioactifs pillés dans les hôpitaux de Mossoul, étende son pouvoir de nuisance et de guerre totale… La raison n’a guère de prise en cet imbroglio, comme lors de trop de tentatives de dialogues sereins, argumentés et mesurés, qui butent sans cesse contre la passion aveugle, les a priori enferrés, les fins de non-recevoir…
Flavius Josèphe : Antiquités juives et Guerre des Juifs, Chauvert-Hérissant, 1756.
Photo : T. Guinhut.
Le conflit palestino-israélien n’est pourtant, numériquement, qu’un épisode mineur parmi les métastases immenses de l’atavique conflit entre Sunnites et Chiites, qui ravage l’Islam depuis quatorze siècles, parmi les guerres perpétuelles de conquête qui visent à étendre le califat depuis un obscur désert saoudien jusqu’en Europe et en Asie du sud-est. Sans compter les exterminations de Chrétiens, Azéris, animistes, homosexuels, femmes tentant de se libérer, apostats, athées et autres païens… Ce conflit reste le fer de lance empoisonné qui gangrène les médias occidentaux et mondiaux, tâchant, avec un certain succès hélas, d’exhiber la paille dans l’œil d’Israël, dont les frappes sont loin d’être irréprochables, pour masquer la poutre de tyrannie dans celui de la Palestine et de l’aire arabo-musulmane entière.
Pourquoi cette disproportion ? Des milliers et des milliers de morts en Syrie, au Darfour, au Nigéria, en Irak, au Congo, et le silence radio n’est qu’à peine troublé. Un Gazaouï blessé, aussitôt le curseur de la surinformation, de l’indignation collégiale s’affole. Certes un seul mort, un seul blessé, quel qu’il soit, est toujours un scandale au regard de l’humanité, mais c’est bien là montrer le traitement de faveur et de défaveur accordés sans autre forme de procès à la Palestine et Israël. Au milieu d’un océan arabo-musulman, l’oasis de la liberté religieuse et de la réussite économique et intellectuelle est un scandale permanent pour l’obscurantisme et la tyrannie ambiants. La rage contre Israël est d’autant plus forte que ses succès sont grands, car ils ont le tort d’exhiber par contraste ce que l’on ne veut pas voir : les échecs alentour, que les revenus du pétrole n’ont en rien voulu corriger, sinon pour irriguer le prosélytisme djihadiste.
De même l’anticapitalisme postmarxiste et international exècre Israël. Parce que la judéophobie, de Marx à Staline -mais sans oublier la haine du juif chez un autre socialisme, de Céline à Hitler- ne déteste rien tant que ceux qui démontrent combien le libéralisme économique réussit à ceux qui ainsi leur font un pied de nez. Quand liberté religieuse et liberté économique s’associent, les opposants à la liberté font cause commune.
Carte de la Palestine, Joseph-Romain Joly :
La Géographie sacrée et les monuments de l'Histoire sainte, Alexandre Jombert, 1784.
Photo : T. Guinhut.
Certes, la légitimité de l’Etat d’Israël est sujette à caution. Pourquoi ce territoire sémite n’est-il pas resté arabe ? Quoiqu’il fût assez vide au XIX° siècle, et très majoritairement peuplé de Juifs. Fallait-il revenir sur la spoliation musulmane originelle au septième siècle, alors que depuis l'Antiquité la Palestine (dont le nom vient des Philistins) était juive ? Alors que la déclaration d’indépendance de 1948 parait être le seul péché originel… Depuis le réinvestissement sioniste théorisé par Theodor Herzl en 1896, en passant par la volonté des alliés de rendre aux Juifs une terre après la Shoah, Jérusalem est le point d’ancrage d’Israël. Hélas, dès l’indépendance, une coalition des Etats arabes voisins fondit sur le jeune Israël, qui, armé par les occidentaux, parvint à les vaincre. D’où l’exode, souvent volontaire, de 700 000 Arabes palestiniens, auparavant attirés par la prospérité économique juive, exode contrebalancé par l’éjection de 900 000 Juifs des pays arabes. Bien malin qui décèlera justesse et justice de cet enchaînement de causes et d’effets… D’autant que la Palestine est une grande fiction, qui n’existait pas quand l’Egypte et la Jordanie en hébergeaient les habitants, mais qui a valeur aujourd’hui de réalité. La question de l’antériorité de l’occupant demeurant le plus souvent indémêlable. À ce compte-là, il faudrait rendre aux Indiens New-York achetée trois fois rien, quoique la plus-value soit absolument considérable ; ce dernier argument étant également valable pour Israël.
Cela dit, qu’est-ce que la colonisation israélienne ? Des terrains achetés à prix d’or, malgré de pauvres résidents sans droit de propriétés -qu’il reste à respecter-, l’extension d’une démocratie et d’une économie bien plus garantes des droits et du confort de ses habitants qu’en tous les territoires qui les entourent… Sachant que 20% des habitants de l’Etat hébreux sont des Arabes israéliens, dont quelques-uns peuvent être députés à la Knesset, le meilleur qu’il puisse arriver aux Palestiniens de toutes régions est de devenir citoyens d’un grand Israël où leur liberté d’expression, de religion et de développement économique soient respectés. Quel vœu pieux ! Les colonies -illégales au regard de la Charte des Nations Unies- apparaissent trop souvent comme des actes de belligérance, comme une appropriation des ressources, y compris s’il s’agit de terrains inoccupés, soudain désirables par tous. Reste que, de crainte d’un éparpillement d’un territoire menacé par la démographie arabe, et des pressions occidentales, nombre de colonies ont été volontairement démantelées, laissant les espaces à la gestion cisjordanienne. Ces causes de friction ne sont guère résolues, pour des raisons stratégiques, sécuritaires, idéologiques, religieuses…
On doit croire alors que le nombril du monde, à la jonction du libéralisme occidental et des pulsions tyranniques moyen-orientales, respire et souffre en ce point nodal de la culture judéo-chrétienne, où l’Islam -aux dépens d’un Islam des Lumières embryonnaire- s’est arrogé par la force millénaire la prétention de faire de Jérusalem une de ses villes saintes. Au point que ce conflit s’invite parmi les cités occidentales, fomentant des manifestations djihadistes dans nos rues, du Québec à l’Allemagne, sans oublier la France, où, à la veille d’un grotesque et hypocrite défilé militaire du 14 juillet, on toléra qu’une synagogue soit cernée aux cris de « Morts au Juifs ». Au point que la judéophobie ait droit de cité, comme à la veille d’une nuit de cristal islamonazie. La lâcheté se serait-elle substituée à la force comme vertu ?
Ne nous détrompons pas. L’Etat Islamique en Irak et au Levant, s’il ne représente pas l’entier des Musulmans, a ses métastases dans le monde entier, rêvant de restaurer un califat de l’Espagne aux portes de Vienne, du Maghreb à l’Indonésie en passant par le Nigéria, sans oublier les poches de charia parmi nos banlieues et nos cités, de Malmö à Berlin, de Lille à Paris, de Montréal à Birmingham… S’il n’est en rien interdit de douter en toute prudence de la politique menée par le pouvoir israélien (séparé du pouvoir religieux, faut-il le rappeler), de ses modalités, de ses actions de représailles, de ses colonisations délicates, mais peut-être salvatrices pour les Arabes qui s’y agrègeraient en paix, il reste nécessaire à notre conscience de la justice de rester en toute conscience aux côtés du droit naturel à se défendre.Ce de la manière la plus civilisée possible, face à l’agression, aux dépens d’un obscurantisme génocidaire intolérable. Si l’épine démocratique israélienne sait blesser, la rose tyrannique de l’Islam n’a qu’un parfum de mort.
Pourquoi devons-nous défendre Israël ? Quand Israël et Gaza paraissent l’emblème exhibé de bien pires zones victimaires, en particulier celles de la christianophobie guerrière… Parce que seul l’Etat hébreu, bastion avancé de la civilisation occidentale, sait se dresser -avec la force comme vertu- contre la barbarie d’un Islam régressif qui étend partout son cancer. Entre l’incendie des églises de Mossoul autant que des synagogues du Val d’Oise et l’endoctrinement jihadiste des enfants de Gaza d’une part, et la démocratie libérale des cultures et des sciences d’autre part, il faut savoir choisir…
Tous masqués, ces bateleurs et démagogues, harangueurs et profiteurs, ne cachent qu’avec peine leur vice, qui est le péché capital de l’économie et des libertés : le socialisme. Qu’il s’agisse du Front National ou du Front de Gauche, sans oublier les partis intermédiaires de nos constellations idéologiques, tous n’ont d’autre terrible pitrerie que leur socialisme, leur étatisme, leur colbertisme, leur keynésianisme, ce cancer français, trop français. Pourquoi un tel succès du F N aux récentes élections européennes ? Que proposer pour le contrer et rendre la prospérité à la France ? Imputons l’échec économique de la France aux partis au pouvoir -dits modérés-, avant de dévoiler en quoi l’absence de la brûlante question de l’immigration profite au FN. Montrons enfin la convergence de ces deux Fronts pour parvenir à débusquer l’aveugle obsession contreproductive française : l’antilibéralisme.
Le Front National parvient à réaliser un score apparemment étonnant avec 25 % des voix aux dernières élections européennes. Cependant, si l’on tient légitiment compte des abstentions, voici les scores réels : Abstention 58 %, FN 10,7, UMP 8,6%, PS 6,1 %, UDI-Modem 4,2 %, Verts 3,7 %, FG 2,8 %, etc. Pas de quoi fouetter un électeur de bon sens. Ainsi, le FN serait le grand gagnant du scrutin des Européennes ? A moins que les autres partis du plus ou moins tous pourris, tous profiteurs et tous inefficaces soient les grands perdants ; avant que le premier puisse les rejoindre dans leur fastueux club. Reste que l’on peut se livrer à l’examen des causes d’une apparente victoire.
La première cause de la montée du FN est évidemment la débilité du comportement, de la pensée et de l’action des partis de gouvernement qui accumulent échecs sur échecs. D’abord corruptions, emplois fictifs, népotismes, trains de vie somptueux, valises de billets secrètes... Quelques-uns de ces soucis, d’ailleurs, n’auraient plus de raison d’être si les partis politiques pouvaient se financer grâce aux cotisations et aux dons, libres et non plafonnés, à la seule condition que leur montant et leur origine soient publiés en toute transparence. Ce qui permettrait de cesser de faire rembourser les frais de campagne par le contribuable. On a voulu assainir, réguler, corseter : on a encore plus de cadavres dans le placard à finances de la démocratie.
Il semble de surcroit que la lobotomisation de l’UMP, dépourvu d’idées énergiques, empêtré dans ses affaires de surfacturations, étêté par la démission de ses chefs, n’apparaisse plus comme le meilleur ennemi du Parti Socialiste, au profit du FN. Certes on peut s’étonner de la providentielle coïncidence : que l’affaire Bygmalion éclate si peu de jours après la débâcle du parti socialiste aux Européennes en dit peut-être long sur la célérité des enquêteurs et de la justice que l’on dirait mandatés à point pour qu’un rideau de fumée masque les lambeaux du parti jumeau.
Un sondage Ifop aurait montré que moins on est instruit plus on vote FN. Soit. Mais on n’en est pas moins instruit du réel, là où gît la seconde raison de ce succès relatif. Faut-il croire que le manque d’éducation autant que sa surabondance font de nous des votants qui se trompent depuis au moins trois décennies, que les seuls savants, cependant inconscients de ce qu’il faudrait savoir, savent s’abstenir devant le pipeau des urnes, qui donnent bénédiction à des oligarchies aux méthodes voisines pour nous rançonner, nous appauvrir… Reste que les électeurs du FN, sans compter les silencieux, les indifférents, les désabusés, les libéraux qui s’ignorent ou n’ont personne pour les représenter, font un évident constat : la progression du chômage et l’appauvrissement minent notre hexagone (sans compter les DOM TOM) et ce avec le soutien obstiné de nos partis au pouvoir depuis trois décennies, et malgré leur alternance, quoique avec l’actuel socialisme la chute soit plus criante encore.
Quand des entreprises jadis florissantes (même si certaines n’ont pas su s’adapter) cèdent leurs vastes locaux refaits à neuf à Pôle Emploi, où des bataillons de nouveaux inscrits poussent dehors ceux qui renoncent à y pointer en constatant la dépensière inutilité du monstre omnivore : ce sont, depuis deux ans, un demi-million de nouveaux chômeurs embarqués dans la trappe à dégoût du socialisme autiste et clientéliste, dont l’imagination ne dépasse pas les recettes keynésiennes usées jusqu’à la corde des gossplans soviétiques : emplois jeunes, contrats aidés, n’en jetez plus !
La dette publique a doublé depuis le début des années 90 jusqu’à atteindre 95 % d’un PIB en berne ; le taux de prélèvements obligatoires dépasse les 46 % du PIB ; pire l’on vient de constater la véracité de la courbe de Laffer : plus on augmente les impôts, moins ils rapportent à l’état épuisant et épuisé. Le salaire minimum et la complexité du Code du travail contribuent à raréfier ce dernier. Nos gouvernements socialistes (droite et gauche confondue) ayant réussi à appliquer une bonne partie du programme communiste de Georges Marchais, le rouge engorge de plus en plus le rose.
Certes il est de bon ton de se moquer à juste titre des compétences ubuesques de la bureaucratie européenne qui va jusqu’à se préoccuper de la courbure des bananes, de se scandaliser de l’absentéisme de ses parlementaires, des salaires et des retraites exorbitants de ses fonctionnaires. Cependant, elle n’empêche en rien l’Allemagne d’avoir un niveau de vie supérieur au nôtre, un chômage deux fois plus faible et une balance du commerce extérieur avec la Chine excédentaire. De plus, elle peut nous permettre de nous débarrasser des monopoles lourds, déficitaires et désuets, de la SNCF et de la Sécurité sociale en nous contraignait à une concurrence libératoire. Songeons en effet que la Sécu a un coût de gestion deux fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, pour des assurances le plus souvent privées. L'Europe n’est pourtant pas si liberticide. Sans elle, personne ne pourrait envisager de quitter la Sécurité sociale. France Telecom resterait un monopole. José Bové aurait conduit à interdire toute recherche sur les OGM, quoique ce but soit à peu près atteint. Reste à savoir si la bureaucratie de Bruxelles est un contrepouvoir suffisant à notre propre bureaucratie…
La troisième cause de la montée du FN est le déni de réalité, d’abord quant à une délinquance et une criminalité récurrentes, sinon exponentielles, que la police ne peut endiguer, que la justice excuse[1], parfois ignore… Pire, s’il en est, à un phénomène qui est lié au précédent : l’immigration venue d’Islam. Quand les mairies, de Nantes ou de Bordeaux, accueillent des mosquées et des prétendus centre culturels musulmans sur des terrains à peu près offerts, quand des maires fêtent le ramadan et ignorent Pâques, des ministres inaugurent des mosquées, remettent des légions d’honneur à des propagandistes de la charia et du jihad, alors que le christianisme est persécuté dans toutes les terres d’Islam, seul la voix du Front National est assez audible pour s’indigner. Certes, hélas, c’est au nom d’une identité nationale en grande partie fantasmatique, voire de la xénophobie, et non de l’humanisme et des Lumières, que cette protestation court souterrainement. Car ce n’est pas au nom d’un parti, a fortiori d’extrême-droite, que l’on doit se lever, mais au nom des libertés. En effet, l’Islam, mais peut-être pas tous les Musulmans, est indéracinablement antilibéral, au sens non seulement des libertés économiques, mais des libertés politiques et de consciences[2].
Que l’on nous permette de citer la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen qui posa les questions suivantes à l'Assemblée Nationale :
« Où est la justice sociale quand on repousse l'âge légal de la retraite alors que tout étranger de 65 ans n'ayant jamais travaillé ni cotisé en France, a droit à une retraite de 780 euros par mois dès son arrivée ? Où est la justice sociale quand une femme de paysan ayant travaillé 50 ans à la ferme, n'a pas droit à ces 780 euros au prétexte que son mari et elle dépassent le plafond de 1200 euros de minimum vieillesse pour un couple ? Où est la justice sociale quand la sécurité sociale en faillite continue de payer à l'étranger, sans le moindre contrôle, des retraites à d'innombrables centenaires disparus depuis des lustres ? Où est la justice sociale quand l'Aide Médicale d’État soigne 220 000 sans papiers chaque année, à raison de 3500 euros par malade, alors que la sécurité sociale ne dépense que 1600 euros par affilié qui travaille et cotise ? Où est la justice sociale quand des étrangers bénéficient de la CMU et d'une mutuelle gratuite, alors que 5 millions de Français n'ont pas de mutuelle, trop riches pour bénéficier de la mutuelle CMU mais trop pauvres pour s'en payer une ? 30% des Français ont différé leurs soins en 2011 ! Où est la justice sociale quand on sait que 10 millions de fausses cartes Vitale sont en circulation et permettent de soigner des milliers d'étrangers sous une fausse identité, au détriment des ayant-droits ? Où est la justice sociale quand la France entretient des milliers de polygames, certains d'entre eux percevant plus de 10 000 euros par mois sans travailler, alors que la polygamie est interdite et que nos comptes sociaux sont dans le rouge ? Où est la justice sociale quand une famille nombreuse étrangère est prioritaire pour un logement social, alors qu'un jeune couple français doit attendre sept ou huit ans son premier logement pour avoir un enfant ? Où est la justice sociale quand on sait qu'un million de faux passeports, donnant droit à la manne sociale, sont en circulation sur les sept millions de passeports biométriques soi-disant « infalsifiables » ? Où est la justice sociale quand un Français né à l'étranger doit prouver sa nationalité à l'administration, ce qui se traduit souvent par un véritable parcours du combattant, alors qu'on brade chaque année la nationalité française avec des milliers de mariages blancs ? Où est la justice sociale quand la délinquance explose et que les droits des voyous passent avant ceux des victimes ? » La seule réponse de la ministre concernée Marisole Touraine a été: « Vous êtes là pour inciter à la haine et à la discrimination »...
Si ces questions sont bien légitimes, quoique un spécialiste y trouverait peut-être quelque détail à corriger, il faudrait ajouter que les contraintes du marché du travail sont telles qu’elles empêchent la plupart des immigrés, peu ou pas qualifiés, d’y accéder. Avons-nous alors participé à la « lepénisation des esprits » en reproduisant ces questions ? Non. Que l’on y réponde, que l’on résorbe cette fuite en avant de l’Etat providence, quand les Pays-Bas viennent d’abandonner enfin ce fardeau, que l’on rétablisse la justice et la paix dans les quartiers dits sensibles, plus exactement cancérisés de charia et de délinquance, que l’on rende la création d’entreprises de richesses et d’emplois à tous ceux qui voudront bien y révéler leurs potentialités étouffées, et le Front National se dégonflera comme un vieux pneu crevé.
Le Front National est un national-socialisme. S’il n’a pas les projets génocidaires du nazisme, il avoue par la voix de sa Présidente vouloir s’allier, au Parlement européen, avec les éminences néo-nazies des Grecs d’Aube Dorée et des Hongrois du Jobbik. En revanche, il n’a rien à voir avec le leader anglais de l’Upik, Nigel Farage qui, eurosceptique, milite pour le retrait du Royaume Uni de l’Europe et pour la restriction des flux migratoires. Nigel Farage, libertarien, est en faveur de la flat tax et de l’état-minimum. Rien à voir avec le FN, comme trop de médias voudraient nous le faire croire, amalgamant les « populistes » en usant de ce terme aussi vague que dilatoire.
Anti-européen, mais surtout anti-libre-échange, anti-mondialisation, donc vigoureusement protectionniste, le FN est de plus favorable aux nationalisations, au développement exponentiel des services publics, à une forte hausse des dépenses militaires, à une planification économique…
Il faut alors noter qu’il a de fort nombreux points communs avec le Front de Gauche, lui international socialiste. Ne les séparent que de légères variantes sémantiques. Les deux Fronts exigent un pôle stratégique de l’industrie, des contrôles des prix, l’augmentation du nombre des fonctionnaires, la perpétuation et l’extension des monopoles d’état (poste, rail, énergie...), l’encadrement de l’activité financière et le blocage de la spéculation (criant haro sur la finance cosmopolite où il faut deviner « Juif »), sans oublier la retraite à soixante ans, l’augmentation radicale du SMIC et un impôt fortement progressif sur le patrimoine… Ce qui explique la porosité de ces deux partis, les électeurs fuyant l’un pour l’autre. Ne les séparent plus que le rejet total du capitalisme et l’affection intéressée pour un capitalisme national de connivence, que l’ouverture et la fermeture à l’immigration. Le masque rouge du tyran table sur la solidarité, quand le masque brun du tyran ne jure que sur le patriotisme. Ne les séparent qu’un antisémitisme résiduel chez les anciens, les cadres, les activistes du FN, qu’un antisémitisme, sous le masque de l’antisionisme, ravageur chez le FG. Le bonnet d’âne de l’étatisme autoritaire, de la tyrannie enveloppante n’a qu’une légère différence de couleur. L’on sait qu’Hitler, Goebbels, Himmler admiraient le putsch léniniste, qu’ils se réclamaient sans cesse, dans leurs discours, du socialisme.
Tous deux, FN et FG, ils dénoncent l’ultralibéralisme. Pourtant, avec plus de 29 000 lois européennes, la PAC, un code du travail qui a triplé son poids depuis 1978 et 60 000 dispositifs français d’aides aux entreprises, il semble que l’Europe ne soit qu’assez peu libérale, et la France encore moins. Pourtant, les économies qui ont bifurqué vers plus de libéralisme -Allemagne, Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Israël, Chili, Nouvelle Zélande, Australie- sont nettement plus performantes, autant en termes de croissance que d’emplois… Ainsi, tous deux, FN et FG, fronts bas et taurins, tous deux sont aussi bouchés qu’incultes, ne connaissant rien du libéralisme[3] et le caricaturant ignominieusement. Tous deux prétendent protéger le peuple, en lui mentant, du loup capitaliste et ultralibéral, suivis en cela par le PS qui n’est qu’à peine une potion light de cette doxa marxiste à laquelle ne résiste que fort mal l’UMP et l’UDI, formatés, soumis à un chantage permanent, qui les empêchent d’ouvrir leurs cerveaux aussi bien aux penseurs du libéralisme qu’aux résultats engrangés par les pays qui l’approchent.
Voilà une sourde complicité qui doit faire craindre que les échecs continus de nos gouvernements, comme ceux de la démocratie de Weimar dans les années vingt, amènent à un reflux en masse des déçus, des indignés, des envieux et des coléreux vers le parti rouge-brun qui saura les haranguer, lécher le fondement de leurs bassesses, leur promettre une séduisante tyrannie de façon à jouir à son tour des prérogatives d’un pouvoir sectaire, se heurtant à de vastes manifestations, désordres, répressions, révoltes et guérillas. Assez ! Ne jouons pas au vautour de mauvais augure…
Un philosophe libéral, Friedrich A. Hayek, avait avant nous, dans La Route de la servitude, en 1944, pointé « les racines socialistes du nazisme », donc cette actuelle coïncidence des Fronts. Dans son chapitre « Les totalitaires parmi nous », il dénonçait « La sélection par en bas » et « un rapprochement toujours plus grand entre les conceptions économiques de la gauche et de la droite, leur opposition commune au libéralisme[4] ». Gauche et droite créent ainsi l’illusion d’être indispensables à la population, prônant des politiques globales et constructivistes, au lieu de faire confiance aux multiplicités créatrices de l’humanité, dont elles n’aiment fondamentalement pas l’indépendance, l’imprévisibilité, pourtant bien plus productives en termes de libertés et de richesses, ce au bénéfice du plus grand nombre.
Ainsi, le problème n’est pas le capitalisme, ni le libéralisme, mais le manque de capitalisme et de libéralisme. Relisons le sociologue Raymond Boudon : « les maux qu’engendrent les sociétés libérales peuvent être dus, non à ce qu’elles appliquent les principes du libéralisme, mais à ce qu’elles s’en écartent ». Certes, il n’était pas aveugle sur « les effets pervers de l’ordre libéral[5] », ne seraient-ce que la médiocrité de la culture de masse, les dangers inhérents au risque entrepreneurial, ou la surévaluation d’un produit inutile, voire dangereux, mais aussi ces inégalités dont on nous rabat tant les oreilles et qui ne sont désastreuses que pour celui qui est contraint de rester pauvre par une structure étatique castratrice. Mais, d’une part, les régimes planificateurs ne sont pas à l’abri de tels errements, en ce cas plus graves encore puisque monopolistiques et tentaculaires, d’autre part, les pertes sont bien inférieures aux gains sociétaux, comme l’ont montré les succès des démocraties libérales en terme de développement humain.
Les politiques étatistes, fiscocratistes et en conséquence corruptrices, n’aboutissent, par la collusion de l’envie et de la contrainte, qu’à la ruine de l’économie, qu’à la turpitude des extrêmes idéologiques dressés à monter au pinacle. Ces derniers rivalisent d’incantations et de réquisitoires contre la « puissance du marché », la « société de consommation », le « capitalisme prédateur », le « virus libéral »… Hélas, on fait tout pour brider, étrangler, lobotomiser, un reste de libéralisme, s’il en est. Pour éviter que l’immense pouvoir des régulateurs prétendument intelligents de l’économie soit atomisé : entendez les obsédés du pouvoir total, ces grands ponctionneurs et redistributeurs que sont nos élus et nos haut-fonctionnaires. Pourtant, « à l’emprise contraignante du groupe sur l’individu qui caractérise la communauté, se substitue, dans la société, la complémentarité des individus et leur autonomie[6]». Pourtant, on a tout essayé, sauf le libéralisme…
L'on peut dire la même chose du libéralisme et de la mondialisation : ils sont « un bouc émissaire très utile », selon le chercheur suédois Johan Norberg. Cependant, pour ce dernier, « La mondialisation ne reçoit pas d’applaudissements quand les choses vont mieux, quand l’environnement s’améliore, quand l’économie roule à grande vitesse et que la pauvreté diminue. […] Si ce mouvement doit se poursuivre, il devra s’appuyer sur un combat idéologique en faveur de la liberté et à l’encontre des barrières et des contrôles[7] ». La seule réponse crédible au Front National, ainsi qu’à tous les autres partis socialistes, c’est la croissance, la création de richesses et d’emplois, grâce au libéralisme, qu’il s’agisse du travail du dimanche, de l’impôt unique et minimum, de la concurrence encouragée, des OGM et du gaz de schiste. Que fuient d’ici ceux qu’effraient nos libertés ! Et toi, qui promit de diviser le chômage par deux et qui tint ta promesse, chère Margaret Thatcher, reviens !
traduit de l'anglais par Marie Delcourt, GF, 2017, 256 p, 5,90 €.
Ruwen Ogien : L’Etat nous rend-il meilleur ?
Folio essais inédit, 2013, 336 p, 9,10 €.
Une utopie qui ne soit pas une tyrannie est-elle possible ? Le fondateur humaniste de l’Utopie, Thomas More, montra en 1516, à son corps défendant, qu’il n’en est rien. Mieux que Platon dans sa République, il offrit un harmonieux tableau d’une société meilleure où chacun pourrait vivre avec aisance. C’était une Utopie, un lieu de nulle part, mais également une « eutopie », une île bienheureuse, de par et malgré les chaînes de sa coercition. Aujourd’hui, Ruwen Ogien, en son essai sans île d’utopie, en postule cependant l’apparition sur le terrain de notre aujourd’hui. Quoique nettement plus avancé dans la conception d’une société de liberté, il n’en demeure pas moins enclin à une pulsion tyrannique. En effet, de homas More à Ruwen Ogien, le problème clé reste le mythe tenace de l’égalité socio-économique…
L'on oublie trop souvent que le texte venu du latin de L’Utopie commence par une première partie en forme de dialogue philosophique, un peu à la façon dont Swift fera converser son Gulliver avec les souverains des îles étranges. Qu’il s’agisse d’essai décrivant un imaginaire, ou d’apologue, l’altérité de l’idéale contrée ne peut se passer d’une dimension pamphlétaire envers son contemporain. De même, ne peut-on pas faire un rapprochement entre l’Angleterre de Thomas More et notre société d’aujourd’hui ? Là où « les brebis mangent même les hommes[1] », il fait allusion aux expropriations des terres communales par le gouvernement au profit des favoris du roi, qui en avaient chassé les paysans, pour les changer en pâturages. Notre socialisme n’est-il pas en train d’exproprier les citoyens de l’économie au profit de ses élus, édiles, affidés et privilégiés de façon à paraître des brebis dont la mansuétude, via la redistribution, arrose le pays d’aides sociales à bout de course ? De même ces brebis, dont l’Angleterre couvrait les campagnes du début du XVIème, ne sont-elles pas l’équivalent de ces surabondants fonctionnaires dont l’état socialiste couvre le territoire aux dépens des entrepreneurs spoliés par la tyrannie fiscale ?
Notre socialisme est à la fois la solution au problème et la solution comme problème. Relisons Thomas More en changeant le mot « nobles » par celui de fonctionnaires : « La principale cause de la misère publique, c’est le nombre excessif des fonctionnaires, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui[2] ». Certes, s’ils ne sont pas tous oisifs, ils ne sont pas tous utiles, hors les fonctions régaliennes de l’état, et, peut-être, l’éducation, organisme collectif qui croît sur le dos de l’impôt comme sangsue.
L’ile d’Utopie, décrite par Thomas More devait être la solution et corriger les défauts de l’Angleterre. Après la polémique, vient l’utopienne société apaisée. Journée de travail de six heures, pour laisser à l’ouvrier le temps de cultiver son esprit, études abondantes pour tous, doux suicide pour ceux que leur santé abandonne, pacifisme confiant la défense à des mercenaires extérieurs, plaisirs de la vertu et rejet des vices, mépris de l’or et des richesses…
Hélas, son paradis de l’égalité politique et économique, nous le savons aujourd’hui, n’est pas loin d’être un enfer de coercition. Travail obligatoire, intellectuels en nombre limité, suppression de la propriété privée, dans la tradition de La République de Platon, et dans l’expectative du Manifeste communiste de Marx, richesses publiques aux mains de l’état, repas frugaux pris en commun, respect des religions, hors le matérialisme et l’athéisme dont les adeptes sont exclus des charges publiques. Pas une trace d’individualisme, qu’il soit entrepreneurial, intellectuel ou artistique, donc pas une ombre de liberté. Car l’utopie dans sa prévisibilité, son constructivisme intellectuel étatique, broie forcément la liberté, qui n’est pas prévisible. Indubitablement le socialisme séculaire porte en lui un indéracinable ADN, celui de l’utopie. En ce sens, Karl Popper aurait pu glisser Thomas More entre les deux tomes de La Société ouverte et ses ennemis[3], entre d’une part Platon et d’autre part Hegel et Marx.
Il y a pourtant des objections à l’exposé de Raphaël, qui brosse le tableau de l’Ile d’Utopie : More lui-même qui objecte : « le pays où l’on établirait la communauté des biens, serait le plus misérable de tous les pays. En effet, comment y fournir aux besoins de la consommation ? Tout le monde y fuira le travail et se reposera du soin de son existence sur l’industrie d’autrui[4] ». Cette définition sans fard du socialisme a le mérite de montrer que Thomas More, loin d’être l’absolu thuriféraire de son Utopie garde jusqu’à la conclusion son scepticisme : s’il « confesse aisément qu’il y chez les Utopiens une foule de choses que je souhaiterais voir établies dans nos cité » […] « il ne peut « consentir à tout ce qui a été dit par cet homme », en particulier cette « communauté de vie et de biens[5] ».
Ainsi, comme le grand humaniste de la Renaissance, nous ne saurions consentir à la communauté de vies et de biens de l’utopie socialiste, qui se révèle bientôt une perte de biens nombreux, au premier chef la liberté, qu’elle soit des mœurs, d’entreprendre ou d’expression. Le problème de toutes les utopies constructivistes est de considérer la société et de ne pas considérer l’individu qui en est pourtant l’origine et la fin.
Ruwen Ogien est-il un nouveau Thomas More ? Au contraire d’une pensée conservatrice, l’objectif d’Ogien est en 2013 « une société beaucoup plus égalitaire du point de vue économique et social, mais aussi beaucoup plus libertaire du point de vue des mœurs ». Si le libéral ne peut qu’être enchanté par cette dernière proposition, il reste profondément sceptique devant la première, quoique son auteur use d’une argumentation claire et point par point bien digne de la philosophie analytique anglo-saxonne, quoique parfois trop patiemment pesante…
Il est certes plus libéral que More aurait pu l’imaginer. Toutes les libertés morales sont bonnes à prendre, tant qu’elles ne nuisent pas concrètement à autrui. Pornographie[6], homosexualité, procréation assistée, euthanasie, avortement, drogues, ouverture des frontières, tant qu’ils restent de l’ordre du libre consentement de chacun, tant qu’ils restent dans le cadre du « ne pas nuire à autrui », ne peuvent en rien être interdites par un Etat moralisateur. Il semble là que cette utopie n’en soit pas une, dans la mesure où elle est réalisable et non porteuse de contraintes exercées par quelque prosélyte ou par quelque Etat. Seuls s’y heurtera le mauvais vouloir des contraigneurs patentés, religions, ligues de vertu, étatistes forcenés, ce en quoi Ogien est un adepte de la « liberté négative », celle qui ne nuit en rien à autrui.
Ainsi, Ogien fustige la « répression du travail sexuel », le « contrôle de l’immigration », qui est une « atteinte à la liberté d’immigrer », « l’encadrement coercitif de la procréation et de la fin de vie », les concepts de « marchandisation du corps humain » et de « dignité humaine » qui tendent à limiter la liberté et le consentement de l’individu. En ce sens, les valeurs morales sont « contre les droits ». Jusque-là l’argumentation reste plus que séduisante, débarrassée de maints préjugés. A la rigueur de la démonstration de l’essayiste, il faut rendre justice, autant qu’à l’abondance de ses notes informées…
Depuis son essai L’Ethique aujourd’hui[7], Ruwen Ogien est le propagandiste rigoureux d’une morale minimale associée à une tolérance maximale. Pourtant, sa permissivité totale en ce qui concerne les mœurs bute sur les questions économiques. Son « idéal égalitaire et libertaire » reste de gauche en prônant la « justice sociale ». Libertaire et égalitariste, est-ce possible ! Si l’Etat n’a pas à nous rendre meilleur, doit-il nous rendre économiquement égaux ? Il reste alors chez Ogien un préjugé moral selon lequel la richesse est contraire à la vertu, selon lequel l’inégalité est un vice rédhibitoire de la société auquel l’Etat doit remédier. A moins, comme il l’affiche en sa conclusion, qu’il se contente de contester « l’existence de justifications morales des inégalités économiques et sociales ».
La pauvreté peut venir de la pure malchance, héréditaire ou conjoncturelle, ou des conséquences de choix défectueux. Dans le premier cas, l’Etat doit seulement s’assurer que l’accès à l’aisance économique ne soit pas brimé par le manque d’éducation, par les freins normatifs et corporatistes à l’entreprise et par une fiscalité confiscatoire. Dans le second la responsabilité et le mérite doivent primer, la société n’ayant pas à payer pour les erreurs volontaires ou la paresse. Hélas, plaide Ogien, le conservateur n’a trop souvent à cœur que de vouloir restaurer les vertus morales perdues, au lieu de se préoccuper du développement économique général.
Cependant, comme il le défend également dans La Guerre aux pauvres commence à l’école[8], vouloir fustiger « l’éternel retour de la morale à l’école », au prétexte que les inégalités sociales entraînent la violence est fort spécieux. Violence et délinquance sont à traiter quelques soient les classes sociales, sans oublier qu’elles contribuent au chômage et à l’inactivité entrepreneuriales, et non forcément l’inverse. Si le discours d’une « morale pour barbares » est trop souvent un fourre-tout conceptuel pompeux, il doit rester ancré dans la lutte contre les incivilités et les délits, et s’accompagner d’une réelle répression et dissuasion, au risque de rester lettre morte. Non sans oublier les bénéfices de l’éducation aux libertés démocratiques, y compris dans le fonctionnement de l’école, au détriment de la seule posture d’autorité répressive.
L’égalité de richesse, si séduisante soit-elle, se heurte à plusieurs objections. Il faudra forcément, pour araser les revenus et les biens des riches une quantité de fonctionnaires, législatifs et fiscalistes, qui, outre leur ponction indue, leur vol[9], proliféreront comme une sangsue sur le corps social en en diminuant les richesses, de plus sans en produire aucune. Cette répartition forcée ayant le tort de déconsidérer et de punir le mérite, le droit d’initiative, le génie spontané, la saine émulation et l’innovation, toutes qualités humaines qui, si elles sont d’abord au service de l’individu qui les met en œuvre, rejaillissent sur la société entière, selon le principe de la Fable des abeilles de Mandeville, de « la main invisible » d’Adam Smith, du capitalisme libéral enfin. La meilleure démocratie étant le marché libre, la justice sociale vise à entraver le marché et le libre choix.
Qui mieux qu’Hayek a répondu à Ogien, qui se garde en son essai de décrire comment il mettrait en place cette utopique justice ? Le concept de justice sociale n’est autre, selon notre Prix Nobel d’économie -en 1974- que celui de justice redistributive, donc, forcément injuste, si elle ne s’appuie pas sur le consentement des individus concernés par la ponction préalable. Ce qui suppose de plus un pouvoir étatique coercitif, dont on sait qu’il a rarement l’intelligence d’une économie à laquelle il ne sait guère contribuer, sinon par un commandement idéologique, démagogique, clientéliste et trop souvent corrompu. Il faudrait alors substituer à la main invisible du marché et de l’innovation, la main visible de l’Etat qui conforterait sa rente de pouvoir en venant au secours des injustices économiques en dépit de l’injustice fondamentale qui consisterait à rançonner et interdire les initiatives récompensées par la prospérité de leurs instigateurs et par voie de conséquence de la société entière. Un exemple à cet égard est révélateur : le Minitel de l’Etat français, ses concepteurs et employés, furent balayés par Internet qui valut d’insolentes fortunes à Bill Gates et à bien d’autres. La logique absurde de la justice sociale serait alors de ponctionner les géants d’Internet pour maintenir à flot un échec. Démarche qui conduisit l’Angleterre pré-Thatchérienne au désastre de l’Etat-providence que l’on sait… Il faut alors et sans conteste avec Hayek conclure que lorsque « les effets des processus d’une société libre […] sont injustes et que quelqu’un doit en porter le blâme », c’est « faire fausse route ».
Hayek préférait à juste titre « les principes de juste conduite individuelle » du libéralisme classique à « la nouvelle société [qui] doit satisfaire les demandes de justice sociale ». Car, avertissait-il, « Aussi longtemps que la croyance à la justice sociale régira l’action politique, le processus doit se rapprocher de plus en plus d’un système totalitaire ». Or, « le but de la loi devrait être d’améliorer également les chances de tous. [10] »
Sachant où et comment gérer la justice sociale, l’Etat socialiste montre que ses édiles sont supérieurs aux autres, en contradiction avec son credo égalitaire affiché. Le mythe de l’Etat au service du bien collectif s’écroule. Si Ogien prône à juste raison un Etat qui serait « permissivité, égalité, parcimonie dans l’usage de la force », il ne nous dit pas comment l’égalité socio-économique pourrait advenir, sinon en castrant la permissivité des richesses et de l’activité entrepreneuriale, ce qui est le bras armé fiscal et législatif de la justice sociale. Sans compter que dans un tel exposé d’intelligence nombreuse, il étonne par un argument d’une rare bêtise, lorsqu’il prétend : « Même les pires criminels participent à la production des richesses en donnant du travail aux juges, aux avocats, aux députés, aux journalistes, aux policiers, aux psychiatres… ». Nous savons, au moins depuis « la vitre cassée[11] » de Bastiat, que ce travail serait mieux employé en créant des richesses qu’en réparant les conséquences des délits et des crimes.
La seule justice sociale acceptable serait-elle celle qui allouerait un crédit minimal au handicapé, physique et mental, empêché de travailler pour subvenir à ses besoins, au-delà de la charité privée et associative ? Certes, les inégalités sociales n’ont pas de sens moral, certes le pauvre subit trop souvent la cruauté des aléas de l’économie. Mais est-ce en arasant les inégalités économiques que l’on rendra le plus de services au plus grand nombre ? Les démocraties libérales et leur capitalisme, s’il n’est pas monopolistique et de connivence avec l’état, sont celles où le niveau de vie de tous a le plus progressé au cours de l’histoire. Que le capitalisme et l’entreprenariat soient accessibles à tous, depuis le plus modeste niveau, c’est la seule veille que nous demandons à l’Etat, au lieu d’en être le fossoyeur à force de vouloir en être le régulateur. Seul bémol : l’Etat doit garder une responsabilité au service d’un monde meilleur : éduquer tout un chacun, grâce au chèque éducation et sa liberté de choisir son système éducatif, à moins qu’il soit contraire aux libertés.
Y-a-t-il un progrès vers une utopie réaliste depuis Thomas More jusqu’à Ruwen Ogien ? En ce qui concerne les mœurs, certes. Mais le démon de l’égalité (nous ne parlons pas là de l’égalité devant le droit), autre nom de l’Envie et de la Tyrannie, se cache sympathiquement sous le masque de l’altruisme moral. Si ce dernier est consenti par l’individu, cela s’appelle charité, main tendue ; s’il est obligatoire et confiscatoire, va pour l’assistanat aux dépens de la créativité économique et de l’employabilité. L’Etat doit-il nous rendre meilleur ? En accord avec Ogien, la réponse est non puisqu’il n’a pas vocation à devenir un père fouetteur moral, mais n’en déplaise au même, en sa posture morale de gauche, il prouve trop qu’en voulant assurer la justice sociale, il nous rend plus mauvais. Là encore, le spectre de Marx hante le désir d’utopie, celui du ressentiment contre la propriété des biens, même la plus légitime. Si dans les eaux de l’île d’Utopie, tournent les requins marxistes, de Lénine à Staline, de Mao à Castro et Chavez, et à peine plus modestement de nos Présidents français, le risque reste qu’ils croisent au cœur de l’Etat selon Ogien pour l’enferrer. Son état nous rendra-t-il meilleur ? Qu’il se garde non seulement de veiller à notre sphère morale, mais aussi à notre espace économique, faute de quoi son utopie devient invariablement anti-utopie[12].
Museo del vetro, Murano, Venezia. Photo : T. Guinhut.
« Qu’est-ce que l’obscurantisme ? »
Emmanuel Kant
au regard du socialisme de gauche et de droite.
L’obscurantisme se définit comme la sortie de l’homme hors des Lumières, hors de l’état de majorité, d’où il sort par sa propre faute. La majorité est la capacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre, quand la minorité est un état où l’on entre par sa propre faute, et résulte d’un manque de courage pour s’en sortir sans être dirigé par l’Etat et le Socialisme. Non sapere aude ! Aie le courage de te servir de ta servilité ! Voilà la devise de l’obscurantisme. On aura reconnu ici la triste parodie de « Qu’est-ce que les Lumières ?[1] » d’Emmanuel Kant. Texte aujourd’hui oublié, bâché, condamné par la doxa, la loi et les mœurs d’un socialisme de trois décennies, autant de droite que de gauche, tant cette dernière a aspiré dans sa gueule idéologique la première, sommée de lui faire allégeance, quoiqu’elle eût une circonstance atténuante : son colbertisme natif. Qui donc, pour sortir de l’obscurantisme du Socialisme de gauche et de droite, osera se servir de son propre entendement ?
L’obscurantisme constructiviste socialiste est dans l’incapacité de voir la cavalerie de la dette de l’Etat et des collectivités locales, qui d’ailleurs est proportionnelle à la pléthore d’emplois d’une utilité douteuse. Les privilèges des élus et des hauts-fonctionnaires, du public contre le privé, des syndicats contre les patrons, attendent une nouvelle Nuit du 4 août où en déclarer l’abolition. Hélas, seule la nuit de l’obscurantisme aveugle notre entendement, tant le conservatisme du privilège est confortable à des cohortes d’affidés du socialisme indéboulonnable, quelque soit le piètre courage des gouvernements successifs.
L’obscurantisme est niché dans une politique économique soviétisée, qui chasse et pressure les riches, dans la tradition marxiste-léniniste, ligote les velléités d’entreprendre par les punitifs barbelés des taxes et des impôts sur les bénéfices, des plus victorieux aux plus modestes, sans compter un code du travail qui a triplé son poids en trente ans. Le « nul n’est censé ignorer la loi » devient au mieux une comique antiphrase, et doit se lire ainsi : « nul n’est censé ignorer la tyrannie ». A moins de se livrer au travail au noir qui devient un devoir moral de survie, une économique souterraine seule salvatrice, si l’on ne fait pas partie des entreprises à grand succès parmi le marché, ou du capitalisme de connivence avec la pieuvre de l’Etat.
Pourtant des chiffres effarants devraient alarmer l’entendement du Socialisme : en 2013, les investissements étrangers ont décrus de 77%, quand dans l’Union européenne, ils ont crus de 37,7 %. Laissez-nous gagner de l’argent, que nous soyons grands investisseurs ou minuscules entrepreneurs, promoteurs immobiliers ou exploitants de gaz de schiste : nous ferons mieux la prospérité du pays que l’éteignoir du Socialisme !
Aldous Huxley, dans son Meilleur des mondes, avait prévenu : « Mais la vérité est une menace, la science est un danger public[2] » C’est ainsi que la vérité économique menace le Socialisme, que la science est un danger public pour le dogme écologiste et passéiste, qu’il s’agisse du gaz de schiste, du principe de précaution, des OGM, ou des nouvelles technologies qui menacent de « destruction créatrice » les vieilles industries qui ne veulent pas se réformer, rêvant en luddistes de détruire les nouvelles machines qui menacent leur passéisme et leurs positions acquises. La chose est autrement dite par Aldous Huxley : « C’est ce genre d’idées qui pourrait facilement déconditionner les esprits[3] ».
Il ne devrait pas manquer d’experts, d’intellectuels, de philosophes politiques, d’économistes, pour dévoiler depuis leur propre entendement ces évidences. Trop rares ils sont, tant la presse est subventionnée, en même temps que saignée de ses bénéfices par les charges sociales, tant les journalistes ont la critique édulcorée, tant ces derniers boivent à la mamelle la doxa marxiste et keynésienne de l’antilibéralisme.
Pourtant chacun, au moyen de son propre entendement, voit de ses propres yeux l’étranglement fiscal des ménages et des entreprises. Ce qui vide de tout sens le droit de propriété inscrit au fronton de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Spoliation d’autant plus indue que l’Etat, au mépris de la connaissance de la courbe de Laffer, récolte moins en taxant plus, que l’Etat rend de plus en plus à ses citoyens le corollaire de l’impôt d’une manière indigente. Ce sont des services publics à la dérive : Education nationale, qui n’est plus une Instruction publique, vomissant des charretées de sans diplômes et d’illettrés, de délinquants et de contestataires djihadisés.
Le tropisme autoritaire est alors autant moral qu’économique. La répression des libertés individuelles passe par des lois qui veulent faire l’Histoire jusqu’à interdire la négation des faits, sans penser à ranger sous le même boisseau le négationnisme des camps nazis, des goulags et logaïs communistes. Mais aussi des jurisprudences qui s’appuient sur le concept fumeux de la dignité de l’homme au détriment de la responsabilité. L’Etat doit dire ce sur quoi et comment nous devons rire, quand notre propre entendement est sommé de ne plus savoir penser ni rire.
La vérité politique a sa Pravda, le droit-de-l’hommisme a son officiel credo que dément la non reconnaissance de la christianophobie, devant la seule reconnaissance de l’antisémitisme et de l’islamophobie, aux dépens de la liberté d’expression, de la liberté féminine. Car les archipels de charia s’étendent comme moisissure sur nos barres d’HLM et nos banlieues pavillonnaires. Tant que l’immigration ne sera pas plus libre pour ceux qui désirent contribuer aux libertés par leur travail et fermée pour ceux qui colportent le djihad moral et physique, tant que le Socialisme ne cessera pas d’abreuver d’aides financières les sans-papiers et les défavorisés -auxquels d’ailleurs il ferme l’accès à l’emploi et à la création d’entreprise de peur qu’ils s’enrichissent- afin de récolter à la pelle leurs bulletins de vote, l’obscurantisme socialiste et islamique contribuera à faire de nous des dhimmis.
Et quoique le Socialisme ne puisse pacifier ses banlieues et ses quartiers gangrénés d’une délinquance exponentielle, il fanfaronne en intervenant militairement en Lybie, au Mali, en Centrafrique, en un relent inavoué de colonialisme, faisant fi de la vie de nos soldats, imaginant d’intervenir en Syrie pour contribuer à l’expansionnisme islamiste qu’il ne combat en France qu’à la dernière extrémité terroriste.
De plus, au mépris de l’entendement universel, le Socialisme dépasse les frontières, quoiqu’il soit arrêté aux portes de gouvernements aux intellects économiques moins antilibéraux, comme le Royaume Uni, les pays germaniques et scandinaves, sans compter les heureux Suisses et Luxembourgeois, ou ces Néozélandais qui ont jeté à bas l’Etat-providence qui les étouffait. En effet, un Obama imagine d’augmenter le salaire minimum des fonctionnaires et des salariés des entreprises en contrats avec l’Etat fédéral de rien moins que 40% ! Quelle générosité… Outre qu’il dissuadera ces dernières entreprises d’embaucher, ne manquant pas ainsi de contribuer à la pauvreté, il sait habilement graisser la patte de sa pléthorique clientèle aux bruissants bulletins de vote démocrates…
Se servent-ils de leur entendement kantien ceux qui abandonnent leur jugement aux vaches sacrées des préjugés socialistes et colbertistes ? « Sapere aude ! » Ose savoir la vérité… « Moins d’état ! » devrait-on leur répondre, quand soixante mille dispositifs d’aides économiques sucent l’investissement, l’autonomie, l’innovation des entreprises, au profit des impôts et taxes qu’ils leur prennent pour que subsistent et croissent les servants de la fiscocratie. « Laissez-nous faire », répondirent les marchands et artisans au ministre Colbert qui prétendait les aider…
La Boétie connaissait dès 1547 La Servitude volontaire, examinant « s’il est possible, et comment il se peut faire, que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de nations, endurent un tyran seul qui n’a puissance que celle qu’on lui donne ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon de tant qu’ils ont vouloir de l’endurer ». Quoique pire soit le tyran Socialisme puisqu’il a ses ministres, ses élus, ses hérauts et ses profiteurs, et que son verbe soit dans la plupart des têtes, y compris de ceux qui l’endurent. Car ses assistés, ses récipiendaires d’allocations chômage, de subventions et d’aides diverses croissent par milliers. « Ainsi le tyran asservit les sujets, les uns par le moyens des autres ». Pourtant, ceux qui vivent grassement ou maigrement du Socialisme qui a cru bon de rançonner les producteurs de richesse, du plus humble au plus fortuné, devraient relever la tête : « Quelle condition est plus misérable, que de vivre ainsi, qu’on ait rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie ? [4] ». Il faut maintenant compter avec l’obscurantisme volontaire…
Et pour sublime divertissement officiel, le Ministère de la Culture, non content de nous offrir les services d’un Centre National des Variétés en coinçant ses mains prédatrices dans nos poches et dans nos oreilles, nous amuse avec les parties de scooter en l’air d’un Président qui confond les casques et les préservatifs, répudie une concubine qu’il avait placé au sommet de l’Etat avec l’argent généreusement ratissé dans la poche du contribuable à merci. Sans que son Ministère des Droits de la Femme s’émeuve de ce modèle d’indignité de la nature humaine, qui d’ailleurs ne s’émeut de l’égalité des sexes que là où la burqa de la charia de s’abat pas encore. Moralité : peuples et bobos, amusez-vous avec vos zizis, mariez-vous et divorcez pour tous, sauf pour les malheureuses de l’Islam, y compris en affirmant qu’on ne nait pas sexué, qu’on le devient, mais ne vous amusez pas à penser avec vos cerveaux. Là encore, Aldous Huxley avait prévenu : « A mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s’accroître en compensation. […] Conjointement avec la liberté de se livrer aux songes en plein jour sous l’influence des drogues, du cinéma et de la radio, elle contribuera à réconcilier ses sujets avec la servitude qui sera leur sort[5] ».
« Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel, qui exploite les économiquement faibles, avec ses salaires injustes, qui évalue un être humain selon sa richesse et ses biens et non selon la responsabilité et la performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix ». Devine, cher lecteur kantien, qui a dit cela ? Rien de moins qu’Adolf Hitler[6]. Entre le National-Socialisme d’une Marine Le Pen et le Socialisme International du Front de Gauche (deux fronts bien lourds), il n’y a que l’épaisseur d’une page du Manifeste communiste de Marx et d’une autre de Mein Kampf contrecollées. Ils ont en effet le même ennemi obsessionnel : le libéralisme, nos libertés individuelles, économiques et des mœurs, aveuglées par leur goût de la tyrannie et leur obscurantisme.
Le gouvernement est un club de lions repus, aux canines sans cesse menaçantes, l’Etat fiscal est une pieuvre aux tentacules visqueux et infinis, les collectivités locales des poulpes aux bouches avides, l’Education nationale un mammouth aux graisses syndiquées, le fonctionnariat une fourmilière aux capacités de reproduction inouïes, les collectivités locales des sangsues munies de pompes à subventions, la police des manifestations une meute de loups noirs, les humoristes des hyènes à collier, les prisons sont des nids de vipères qui sifflent face aux têtes des gardiens, les banlieues des ratières de délinquance et de prosélytisme coranique… Lecteur ne te sers pas de ton propre entendement ! Ne lis plus ni La Fontaine, ni Kant. Ecoute, enregistre, apprends, régurgite le muezzin officiel du Socialisme autocratique : « L’Etat veille sur ses citoyens pour leur bien, l’Education nationale est le paradis de l’égalité des chances et des sexes, la police et les juges sont les garants du pacte républicain, la presse est libre de critiquer la droite et le libéralisme, le multiculturalisme est une chance pour la France. Les requins de la Finance mondiale sont seuls responsables de la crise… »
Il est si commode d’être mineur et d’abdiquer son entendement. Si, cher lecteur, tu as un Socialisme de gauche ou de droite qui te tient lieu d’entendement, un gouvernement qui te tient lieu de conscience, un médecin qui juge de ton régime à ta place, etc., tu n’as pas besoin de te fatiguer toi-même. Répugne à penser librement les lignes qui précèdent, pourvu que tu puisses payer (ce qui ne saurait durer longtemps), d’autres se chargeront pour toi, et moins librement, de cette besogne fastidieuse[7] ! Les cendres des Lumières d’Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe…
C’est avec les romans de San Antonio, ces saines et saintes parodies du genre policier, qu’il fait bon de rire de tout : des polices du KGB soviétique, des statues de Lénine, du drapeau français et franchouillard, des langues trop pendues menacées par le sabre et le turban… Certes, il n’est pas allé, comme un humoriste dont la vulgarité a bavé sa trainée putride, jusqu’à rire des camps de concentration, de ses Juifs étiques et finalement gazés. Une limite qu’il faut ou ne faut pas franchir ? Peut-on rire de tout ? Du bonheur de rire et du malheur de pleurer, d’Aristote et de Dieu, du rire cathartique et mimétique, d’Hannah Arendt à Jérusalem et des tartes à la crème chaplinesques, des pets de Bérurier et des pyjamas d’Auschwitz, des prophètes enturbannés et des militaires emmédaillés, des gonzesses féministes et des machos avinés, du rire tolérable ou punissable, de Baudelaire et des contrepets, de la censure et de la liberté d’expression…
Dieu ne rit pas. En effet, remarque Baudelaire, « le Sage par excellence, le Verbe Incarné, n’a jamais ri[1] ». Cependant celui de la Bible, dans la Genèse, est capable de demander : « Pourquoi ce rire de Sarah ? Abraham était centenaire à la naissance de son fils Isaac. Sarah dit : - Dieu m’a fait rire ! Je ferai rire qui l’apprendra.Elle dit aussi : - Qui aurait prédit à Abraham que Sarah allaiterait des fils ? J’ai pourtant donné un fils à ses vieux jours ! » (Genèse 21, 4-7). D’où la signification d’Isaac en hébreu : « Il rit ». De là à imaginer que Dieu puisse rire de lui-même et laisser les rieurs le railler, il n'y a qu'un pas. Quand le Talmud peut savoir rire, à l'occasion des raisonnements insolites, voire de la risible érudition, les Juifs sont traditionnellement des humoristes impénitents, jusqu’à l’autodérision.
En revanche Allah prend le rire en horreur. Car Mahomet, ayant souffert de railleries diverses, dénie tout sens de l’humour,condamne explicitement le rire, et, cela va sans dire, le châtie : « Vous les avez pris pour objets de vos railleries, au point qu’ils vous ont permis d’oublier mes avertissements. Ils étaient l’objet de vos rires moqueurs » (XXIII « les Croyants », 111) ; « Les criminels se moquaient des croyants. Quand ils passaient auprès d’eux, ils se faisaient avec les yeux des signes ironiques. De retour dans leurs maisons, ils les prenaient pour l’objet de leurs rires » (LXXXIII « la Fausse mesure », 29-31). Bouddha, lui, porte plus sereinement le sourire, sans compter l’humour plus franc quand le koan zen sait rire et faire rire. Les fidèles, et pire les fanatiques, de Dieu n’aiment guère, voire n’imaginent guère que Dieu puisse rire. Alors que ces religions se rient de nous en nous liant dans des commandements parfois judicieux, souvent liberticides, en particulier dans le cas de l’Islam.
Le Dieu sévère des intégristes catholiques médiévaux ne supporte pas la rigolade, il lance des « anathèmes contre le rire », au point que son thuriféraire, Jorge, le bibliothécaire, dans Le Nom de la rose, d’Umberto Eco, cache, empoisonne et brûle le deuxième livre de la Poétique d’Aristote, sur la comédie et le rire, aujourd’hui perdu, s’il a jamais existé. Nous savons seulement qu'elle est l'imitation du risible, de l'ignominieux. La « force positive » et « cognitive » du rire selon Jorge, « atteint l’effet de ridicule en montrant, chez les hommes communs, les défauts et les vices ». Pourtant, Jorge voit dans le rire « une pollution diurne qui décharge les humeurs » ; il « libère le vilain de la peur du diable ». « Quand il rit, tandis que le vin gargouille dans sa gorge, le vilain se sent le maître, car il a renversé les rapports de domination ». Paraphrasant par avance tous nos censeurs des amuseurs et populistes de bas étage, il commande : « Si le rire est le plaisir de la plèbe, que la licence de la plèbe soit tenue en bride et humiliée, et sévèrement menacée[2] ». Ainsi Jorge condamne-t-il l’existence du rire, d’essence satanique, car rire de tout serait rire de Dieu….
Cependant en voyant les trognes ricanantes et les rires grossiers de la soldatesque autour de la croix, arrosant de vinaigre l’éponge plantée sur une lance lorsque Jésus profère un « J’ai soif », les catholiques doivent se remémorer la tradition du Christ aux outrages dans l’iconographie et la mystique chrétienne. Et ne pas se scandaliser du jet d’urine sur un crucifix photographié par Andres Serrano, en invoquant le prétendu blasphème de ce « Piss Christ » (« Immersion »). Plutôt que de briser l’œuvre de 1987, il faudrait s’agenouiller et célébrer les souffrances de celui qui s’est fait homme pour sauver les hommes. Et s’esclaffer de la bêtise ignare des vandales…
En-de-ça du rire médiéval du bouffon, les Grecs ne dédaignaient ni la plaisanterie ni la raillerie. En dépit de Platon, qui, dans le Philèbe et La République, voit un plaisir malsain et concupiscent dans « ce désir de faire rire que tu réprimais par la raison, de peur de passer pour un pitre[3] », Athènes tenait à « l’idéal démocratique de la parrhèsia, cette liberté de tout dire dont chaque citoyen disposait[4] ». Aristophane en est la preuve lorsqu’éclate le rire politique, dans Lysistrata où les femmes menacent les hommes trop guerriers de faire la grève du sexe. Parmi la mythologie, Momos (Momus chez les Romains) est le dieu de la raillerie, qui ne se gêne pas pour moquer tous les dieux. En conséquence il est jeté sur la terre, mais les désordres qu’il y engendre le font rappeler auprès de Dyonisos. Mis en avant par le philosophe et satiriste Lucien, au II° siècle, Momus n’envoie pas dire à Jupiter et autres dieux qu’à cause des malheurs qui affligent l’humanité, les hommes « s’imaginent que nous n’existions pas[5]». Il fut repris par Leon Battista Alberti, à la Renaissance, dans son récit allégorique, Momus ou le Prince[6], où ce dieu du sarcasme et de la satire va jusqu’à remettre en cause l’existence des dieux. Toute une tradition gréco-romaine et humaniste est consciente de la réalité du rire, de son pouvoir transgressif.
Si selon Aristote, « l’homme est un animal politique », il est le seul animal qui sache rire, car, disait Rabelais, « le rire est le propre de l’homme ». Bergson ajoutant qu’il « n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain[7]», le rire est une liberté naturelle et politique inaliénable. Car rire, même si cela fait mal aux sérieux et tristes sires qui se drapent dans la vérité inattaquable de leur religion, de leur idéologie politique ou morale, qui se cramponnent au fauteuil de leur pouvoir tyrannique, reste une saine liberté, y compris lors de l’épisode controversé des caricatures de Mahomet par un magazine danois ou Charlie Hebdo...
Rire relâche la tension, dédramatise, annihile la violence, rassemble les individus ; Dans ce cas, il ressortit à la catharsis, cette purgation des passions, dont Aristote lance l’idée : « un récit qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation propre à de pareilles émotions[8] ». De même dans le supposé livre sur le rire d’Aristote, réécrit par Umberto Eco : « justifiant la comédie comme miraculeuse médecine, et la satire et le mime, qui produiraient la purification des passions à travers la représentation du défaut, du vice de la faiblesse[9] ». Comme lorsque Molière fait rire du Tartuffe, pour purifier le public de l’hubris tyrannique des hypocrites religieux. A l’instar de la tragédie, dans le rire de la comédie et de l’humoriste, la catharsis permettrait de laver les passions mauvaises, dans un but hautement moral de régénération intellectuelle et éthique. Ce que développe Aristote dans sa Politique : « en émouvant ces passions, elle leur ôte ce qu’elles ont d’excessif et de vicieux, et les ramène à un état modéré et conforme à la raison […] Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement, dès lors, que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allègement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive.[10] » Au contraire de Platon, Aristote ne souhaitait pas, ne serait-ce que pour cette raison même, bannir les poètes des Etats bien policés.
En dépit d’Aristote et contre Racine, Corneille, en 1650, reste dubitatif quant à la catharsis : « j’ai bien peur que raisonnement d’Aristote sur ce point ne soit qu’une belle idée qui n’ait jamais son effet dans la réalité[11] ». La catharsis n’aurait qu’une dimension esthétique, ludique, qu’il s’agisse de la tragédie et de la comédie, du pleur ou du rire, comme Nietzsche qui a « éprouvé au spectacle de la tragédie musicale, à quel point en effet le comble du pathétique peut n’être qu’un jeu esthétique.[12] » Comme lorsque jouer à des jeux vidéo guerriers, ou rire des pires horreurs, loin d’en apaiser la pulsion de guerre ou d’en exiger la reproduction dans le réel, ne procurent qu’une satisfaction esthétique, de l’ordre du bien dit et du bien vu spectaculaires, ou, plus platement, musculaire et destressante.
Pourtant, les rieurs (car « c’est spécialement dans le rieur, dans le spectateur, que gît le comique[13] ») qui s’esclaffent à l’occasion d’une blague vaseuse à propos d’un Juif, qui aurait dû ne pas échapper aux chambres à gaz, ne sortent pas du théâtre pour se livrer à une nouvelle nuit de cristal et saccager les boutiques juives. Seuls quelques-uns sont et deviennent des harceleurs et des assassins de Juifs, Mohamed Merah peut-être à venir. Reste que le risque que ces rires soient le terreau d’un jihadisme, d’un terrorisme en gestation est négligeable sauf s’il s’accompagne d’un prosélytisme islamique. Que la police s’occupe de ceux qui préparent des attentats et non des rires et des rieurs. Si tout le monde n’est pas touché par la catharsis, il n’en est pas pour autant touché par le mimétique, comme lorsque des collégiens ou des soldats s’encouragent les uns les autres en riant à frapper un camarade, un ennemi, à terre… Le plus souvent, une pulsion mauvaise est déchargée de son électricité par le rire, si irrespectueux soit-il. Pour que le rire du spectacle soit suivi d’un acte délictueux ou criminel, il faudrait bien autre chose : un contexte politique, tel que l’encouragement au crime soit institutionnalisé par un groupe constitué, un parti, une mafia, une horde délinquante, un gouvernement…
« L’ironie a quelque chose de plus relevé que la bouffonnerie[14] », disait Aristote. Ainsi ne fait pas rire qui veut. Le vulgaire rie grossièrement, le raffiné rie spirituellement. Mais un poil de rire vulgaire ne nuit pas sous les bras du raffiné. Cependant même la blague, la saillie, l’éructation les plus basses ont droit à la liberté, dût-on se boucher le nom à leurs flatulences, pets et vesses de cet humour sale que n’a pas dédaigné San Antonio. Humour cependant plus capiteux aux narines que celui qui va racler les plus abjects préjugés racistes et antisémites pour faire se gondoler un public moutonnier.
Le rire, de si mauvais goût qu’il soit, qu’il insulte à des faits historiques avérés, à des principes humanistes ou aux consciences les plus sacrées, peut être un vice, mais pas un crime. Reste alors à s’interroger sur la constitutionnalité du rire, en relisant le premier alinéa du préambule de la Constitution de 1946 : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. » En ce sens ce texte n’est pas absolument clair. Faut-il considérer que le rire peut-être attentatoire à la dignité de la personne humaine, et donc pénalement répréhensible, ou qu’il est, intrinsèquement consubstantiel aux droits et aux libertés humaines ?
A cet égard le premier amendement de la Constitution américaine de 1791 est beaucoup plus clair : il interdit au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à s’assembler pacifiquement. Il ne serait pas indécent de s’en inspirer, même si l’obscénité a pu en être exceptée, ce qui joua des tours à Nabokov et sa Lolita. Certes, rire et faire rire en diffamant, en appelant à la violence et au meurtre, comme lorsque des rappeurs furent condamnées pour avoir fait l’apologie de « tueurs de flics », doit rester passible des tribunaux.
Hélas, voir rire ou voir que l’on rit de soi peut provoquer le ressentiment, aggraver les déchirures, les chiismes. Ce pourquoi Etat, ministre, censeur, voire philosophe, préfèrent souvent, et préventivement, donc abusément (car on ne peut punir le supposé trouble à l’ordre public -trop vague concept- qui n’a pas encore eu lieu) user de l’épuration douloureuse qui consiste à interdire le rieur et ainsi purifier la société : « Parmi les moyens de réaliser ces purifications, il y en a de plus doux et de plus sévères. Les plus sévères qui sont aussi les meilleurs, c’est un législateur qui serait en même temps un tyran qui pourrait les appliquer[15] ». Ainsi Platon, qui n’est pas réputé pour son libéralisme, sépare ce qui est sain et malsain, et punit ce dernier. Probablement y inclut-il le rire des poètes, un rire qui a le tort de déchirer les citoyens, d’abattre l’Etat…
« Castigat ridendo mores[16] » : la satire corrige les mœurs en riant, donc en se moquant du vice. Mais que se passe-t-il si l’on rit des vertus ? Un principe moral doit-il chapeauter et régler le rire ? Il est bien difficile de ne rire qu’au nom de la vertu et contre le vice. Si rire contre les vertueux Juifs et pour les vicieuses chambres à gaz est moralement condamnable, il ne faudra pas confondre la condamnation morale avec celle pénale, qui aurait le sordide inconvénient d’engorger les tribunaux et les prisons aux dépens des véritables actes criminels. Et qui aurait l’inconvénient de nous emporter sur la piste savonneuse de l’omniscience : la Loi saurait en tout et pour tout de quoi il faut rire ou non ! Laissez-moi rire avant que s’abatte le poing de la tyrannie…
Rire de tout, oui. Mais surtout penser tout. Et pas seulement les diversions du rire. Car il faut bien du sérieux pour penser et conduire une politique des libertés économiques et des mœurs. Sinon, dans la continuité du « panem et circenses » des Romains, nous aurions le rire du cirque, du moins celui permis, et les rationnements de l’économie…
Le rire appartient à tous, mais surtout au pauvre, au démuni, à l’opprimé, au frondeur et au libéré. Rire du puissant, du riche, de l’oppresseur, soit. Mais rire du faible, du démuni, de l’opprimé ? Rire de la main armée du pouvoir criminel ou rire de la victime ?
Rire de tout, oui pour être libre de tout. Mais il faut bien admettre qu’il est plus facile de rire d’un dieu car toujours fictif, que de la réalité des morts les plus abjectes infligées par l’homme. Que l’humour soit possible à l’égard des génocides d’Auschwitz, d’Arménie, du Soudan ou du goulag communiste, soit. Mais il faudra une finesse et un talent hors du commun pour parvenir à faire rire sur ses sujets graves, tragiques, voire sacrés qui incarnent l’innocence bafouée, et faire rire mieux qu’un vulgaire et bête amuseur. Si la Mort rit, celui qui est opprimé par elle devra faire preuve d’une vitalité fabuleuse pour rire d’elle. Quant à ses victimes, rire d’elles serait faire d’un manque de charité, d’un cynisme épuisants. Et surtout d’un mauvais goût flagrant. Mais interdire un territoire, une époque, un sujet au rire, du plus léger au plus lourd, c’est risquer de devoir les interdire tous, pour ne pas devoir blesser mille susceptibilités. Reste à se cuirasser contre le rire d’autrui, à s’en alléger, et surtout à donner sujet de rire pour le bon rire et non le méchant. « Car le risible est un défaut et une laideur sans douleur ni dommage.[17] » Et compter plus sur l’éducation à la courtoisie pour éviter de blesser par le violent rire celui qui ne le mérite pas, moins que sur le diktat de l’Etat. Car ce dernier aura tendance à se parer des vertus les plus belles pour masquer sa censure la plus laide : « Quand on croit avoir trouvé le principe unique de vertu politique, on le pousse aveuglement à l’excès ; mais l’erreur est grossière[18] ». Ne dirait-on pas qu’Aristote pensait à la vertu politique de la loi Gayssot qui interdit la négation de la shoah, et qui pourtant engendre peu à peu des monstres, ceux de l’interdiction du rire antisémite, du rire islamophobe, du rire homophobe, du rire obésophobhe, du rire socialophobe, ad infinitum…
Aristote proposait une bonne stratégie du rire : « on doit détruire le sérieux de ses adversaires par la plaisanterie et leur plaisanterie par le sérieux[19] ». Car, trop souvent certes, le rire est bête. S’il parait antisémite, homophobe, raciste, se moquant des obèses, des anorexiques, des cancéreux, des sidéens, il s’appuie moins souvent sur une idéologie constituée, avec ses codes, ses militants et ses armées, que sur la bêtise, sur le manque d’empathie et d’éducation. Trop souvent, pas un instant le rieur ne comprend qu’il blesse -à moins d’aimer blesser- qu’il rit sans s’appuyer sur la moindre nécessité ni justification rationnelles de moquer l’autre et sa différence. En revanche, savoir que les sujets qui fâchent, plutôt que de les taire, au risque de cacher leur venin qui agit pourtant sournoisement, méritent le rire, est sain, cathartique et libérateur. Il est alors méritant d’exposer à la légèreté les sujets lourds, d’ouvrir les portes de la remise en question et de la connaissance par le rire.
Reste à savoir si le rire est la cause ou la conséquence de l’antisémitisme. Si l’on rit par mimétisme, car un bon rieur en fait rire dix, ou si l’on rit parce qu’enfin l’on peut se délivrer d’une vache sacrée de la pensée et de la dignité humaine : rire des Juifs, après la shoah, serait se laver de cette chape de plomb idéologique, de cette peur de l’holocauste suspendue au-dessus de toutes les têtes, y compris non-juives, de cette peur de la culpabilité qui s’y rattache. L’antisémitisme, venu d’une tradition séculaire, de Judas en passant par la diaspora et la fondation d’Israël, de l’extrême-droite maurrassienne, célinienne et pétainiste, de la gauche anticapitaliste et antisionisme, et notamment aujourd’hui de l’apport musulman, jaloux de territoires perdus et cependant justement occupés, jaloux de succès économiques, scientifiques et libéraux insupportables, accumule un capital de haine qui peut être réinvesti dans la cruauté du rire. C’est alors que le rire est un substitut au génocide, à moins qu’il en soit la prémisse, la jubilation qui l’accompagne… A ce rire d’un goût infâme, seuls les bienfaits de la civilisation libérale peuvent répondre. Une civilisation libérale qui doit impérativement conserver et renforcer ses vertus mises à mal par le surétatisme et les tyrannies de ses majorités et minorités qui ne supportent ni le rire ni les libertés.
En ce sens, en 1899, Bergson, qui voyait dans le rire un geste social, était plus optimiste : « Il nous a paru que la société, à mesure qu’elle se perfectionnait, obtenait de ses membres une souplesse d’adaptation de plus en plus grande, qu’elle tendait à s’équilibrer de mieux en mieux au fond, qu’elle chassait de plus en plus à sa surface les perturbations inséparables d’une si grande masse, et que le rire accomplissait une fonction utile en soulignant la forme de ces ondulations[20] ». Que le sens de l’histoire l’entende aujourd’hui !
A moins qu’il faille répondre par un taoïste avisé, Tchouang-tseu, qui conseillait de « laisser le monde à lui-même et être tolérant à son égard et non le gouverner. […] L’esprit de l’homme est ainsi fait que toute pression l’opprime et que toute incitation l’exalte[21]. » A l’égard du rire, mieux vaut l’ignorer s’il rit de la vertu, mieux vaut en rire en toute sapience s’il rit du vice, de peur de l’opprimer et de l’inciter à l’explosion sociale…
On n’est pas sûr que San-Antonio, son Berurier, ses couvertures dessinées par Boucq soient du meilleur goût. Qu’importe, c’est aussi le mauvais goût qui permet de faire rire aux dépens de ceux qui ont le bon goût statufié, aux dépens de la police de la pensée, y compris littéraire. Bérurier « libère du genre policier par le rire[22] », analyse Dominique Jeannerod. « C’est leurs malédictions chez les Berurier, la dégueulasserie intégrale : scatologiques, hirsutes, dégueulatoires, mal embouchés[23] ». Malédiction qui est la bénédiction des lecteurs. La revanche du rire populaire et de ce personnage rabelaisien, gras comme un porc, doté d’une sexualité hyperbolique, survient lorsqu’il est nommé ministre de l’Intérieur[24], lorsque le rire éclate jusqu’au sommet de l’Etat. Enfin culmine la satire des vices, des maladresses, des grossièretés, des corruptions et des cul-serrés par le sérieux…
Ainsi, lorsque San-Antonio écrit en 1981, il met en scène Achille, directeur de la Police, « ce vieux réac, cet admirateur inconditionnel (croyais-je) du précédent locataire de l’Elysée », pour, devant « le portrait officiel de M. Mitterrand », l’entendre s’extasier : « Là, oui, ça vous regarde au fond de la France ! J’en ai des picotements à l’anus[25]. » Ou comment retourner sa veste en style sanantonien qui met le rire au service du scepticisme politique…
Le capital de satire et de rire chez San-Antonio atteint son summum lorsque dans Votez Bérurier, ce dernier, dans le cadre d’une enquête sur les meurtres de candidats aux législatives, se présente à la députation. Il fonde le « Parti Amélioré Français », ou « P.A.F. » (on appréciera le calembour sexuel) et propose à l’adresse des « Bellecombais et Bellecombaises », un discours argumenté en cinq points, parmi lesquels il promet à « la classe paysanne », de lui « distribuer le blé et la pomme de terre gratuitement[26] ». Cet irrésistible morceau d’anthologie et de démagogie mériterait d’être médité par tous nos politiques, élus et électeurs. Rire avec Bérurier, et avec San-Antonio son auteur, vaut parfois bien plus qu’une page de la Politique d’Aristote.
On se doute que Berurier, assis sur le fauteuil des institutions suprêmes et républicaines, pète à l’envi. Car, note Sloterdijk, « Du point de vue sémiotique, nous comptons le pet dans le groupe des signaux […] Le pet, comme signal, montre que le bas-ventre est en pleine action et cela peut avoir des conséquences fatales dans des situations où toute allusion aux sphères de ce genre est absolument indésirée. » Et de noter une anecdote venue de La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, et rapportée par Ernst Jünger, dans laquelle un soldat romain soulève son manteau et pète au-dessus d’une fête des pains juive, ce qui « fut l’occasion d’un conflit qui coûta la vie à dix mille hommes, si bien qu’on peut parler du pet le plus funeste de l’histoire universelle[27]. » Ici, le pet, rire anal, est antisémite. Ainsi nous comptons le rire dans le groupe des signaux autant d’amitié que d’irrévérence, de déclaration de guerre, du moins par ceux qui n’ont pas voulu rire du pet, se sentant blessés. Tous les pets et tous les rires ont-ils le pouvoir de dérider, ou de provoquer les spectres les plus respectables de la police de la pensée ? San-Antonio aujourd’hui oserait-il rire des imams qui voilent autant les femmes que le rire ?
Car la police de la pensée n’est pas seulement étatique, mais aussi médiatique, religieuse, communautaire, ethnique, y compris sous couvert de non-discrimination, de respect, hélas à sens unique. Au risque de se conformer malgré soi à l’implicite interdit du rire, à l’autocensure. Oui, le rire est bien un animal politique et libéral menacé.
A moins que rire ne se fasse qu’aux dépens d’autrui, pour le dénigrer, pour le décourager, le détruire, y compris pour jeter à bas les qualités morales, les talents, par envie travestie en mépris, comme dans l’anecdote de Flavius Josèphe. Si le rire blâme, par esprit prétendument supérieur de raillerie, si le rire sait faire de la discrimination indue, que reste-t-il de la noblesse de l’admiration, de l’éloge des choses, des êtres et des causes justes et belles ?
Faut-il respecter également tous les rires ? Laisser le rire sardonique des FEMEN, d’ailleurs improprement subventionnées par la Mairie de Paris, se moquer des églises et du christianisme, et également commettre leurs intrusions blasphématoires dans une mosquée ? Il y a des lieux sacrés, réservés et privés où la courtoisie et le respect d’autrui, y compris si l’on ne partage pas ses convictions, même antilibérales, où le rire se fera au moins discret. Mais on rira dans la bibliothèque de l’auteur de ces modestes lignes, car s’il ne sait rien, sa bibliothèque sait incomplètement pour lui…
Fermer le robinet du rire, c’est risquer que le bouchon éclate sous la colère, les rancœurs et les violences. Rire du Juif, du noir, du capitaliste, du flic, de la victime et du tortionnaire, bien qu’ils ne soient pas à ranger sur les mêmes étagères de la pensée, peut être sain, malsain, au choix. Mieux vaut ne pas s’abaisser à racler le caniveau du rire, si l’on ne veut pas craindre d’en être éclaboussé… Lorsque le rire est encagé, cloîtré, muselé par le délit d’opinion, l’interdiction est contreproductive, risquant d’enfler la sourde violence du rire frustré, sans compter qu’il est déjà trop tard pour pleurer sur notre liberté d’expression mutilée par la gueule aux dents fermées sur sa proie de la censure. A propos, lirez-vous ce contrepet : « Outré, j’ai noté leurs abus[28] » ?
Michelle Tribalat : Assimilation, la fin du modèle français,
Editions du Toucan, 352 p, 20 €.
L’identité ne se lit-elle qu’au miroir ? L’assimilation permet-elle l’identité ? Faut-il s’assimiler à l’identique ? La différence brise-t-elle l'ombre de l’identité et sa dignité ? A ses questions apparemment abstraites et de nature philosophique, il est temps d’appliquer l’épreuve de la réalité sociétale qui nous entoure. Et se demander avec l’essayiste Alain Finkielkraut et la sociologue Michèle Tribalat, si l’identité française n’est malheureuse que de la fin de son modèle d’assimilation. En d’autres termes jusqu’où l’immigration -et laquelle- menace-t-elle ce qui n’est peut-être que trop petitement l’identité de la France ? La maladresse de l’un des auteurs, la rectitude de l’autre n’ont-elles pas le mérite de démasquer une dissimulation de l’immigration…
Il faut bien admettre que le propos erratique et plaintif de Finkielkraut démarre confusément : un prologue légèrement autobiographique pour discrètement déplorer le « changement », un examen du foulard islamique, mais pudiquement, sous l’égide du « Laïques contre laïques ». Dans lequel la liberté de tous s’oppose à l’apparente liberté de quelques-uns, sans que notre essayiste, néanmoins méritoire, note avec assez de vigueur combien l’Islam est fondamentalement en guerre contre son (et nôtre) attachement aux Lumières de Kant : cette « sortie de l’homme de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son propre entendement sans la conduite d’un autre. […] Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement.[1] » Interdire foulard et voile en tout espace public est donc un préalable à la liberté d’entendement et d’expression, ce qui n’est pas en cet essai affirmé avec assez de fermeté.
Plus clairement, s’ensuit un éloge des maître, instituteur et professeur, « mandatés auprès de leurs classes par les poètes, les artistes et les philosophes » (on ajoutera les scientifiques) « qui ont fait l’humanité », qui distinguaient « l’art et le divertissement ». Qui, hélas, aujourd’hui, « sont invités à faire preuve de moins de sévérité, c’est-à-dire d’exigence intellectuelle, et de toujours plus de sollicitude » pour le jeune, qui « ne peut vouloir qu’on l’élève : il est sur son trône ». On oublie de noter alors que ce laxisme vient en partie du trop de démocratisation du collège unique et du lycée, voire de l’université, au détriment de l’apprentissage. Arguments qui rendraient le son de Finkielkraut un peu moins incantatoire. Reste qu’il y a bien une tyrannie de l’enfant gâté et du « C’est mon choix » si ce dernier ne repose pas sur le respect d’autrui et de l’universalité de l’humanité. Hélas, « ce n’est plus aux élèves désormais que l’institution scolaire prescrit d’en rabattre, c’est aux maîtres ».
Pratiquer sa foi, certes, mais sans cette bannière ostentatoire qu’est le voile, sans ce bâchage physique et psychologique humiliant pour les femmes quand les hommes ne s’y astreignent pas. Est-ce seulement le rejet franchouillard, ou cette galanterie française envers l’existence du corps féminin, ici exaltée, alors que l’Islam en ostracise l’impureté, qui expliquent l’exception hexagonale de l’interdiction ? A moins d’une prise de conscience de la dignité humaine ou de celle d’une indignité féminine revendiquée : « En excluant le voile des lieux dévolus à la transmission, la France a clairement signifié qu’elle ne pouvait s’accommoder ni de cette occultation, ni de ce réquisitoire », ce en quoi la pertinence de Finkielkraut n’est en rien en défaut.
Hélas, lorsqu’il parle de « laïcité libérale » opposée à « laïcité républicaine », ne fait-il pas un terrible contresens en assimilant le libéralisme à la licence auto-attribuée de faire n’importe quoi, sans le moindre respect de la liberté d’autrui ? L’argumentation parfois erratique permet cependant de lire le statut de la femme au sein de la « mixité française ». Les égalités gagnées par l’Histoire du féminisme et de la tolérance butent alors sur les « territoires où le port d’une jupe expose les femmes et les jeunes filles à la réprobation voire à la persécution de leur entourage ». Pourquoi cet euphémisme ? Parlons vrai : banlieues charaïsées et racailles ! Elizabeth Schemla[2] était heureusement plus explicite. Il note heureusement la « servitude volontaire » de celle qui considère que mettre une jupe, c’est être une « pute », ou son verlan… Que Finkielkraut aille au bout de sa pensée : nous sommes -sans aller, on l’espère, jusqu’au « grand remplacement[3] », selon la formule de Renaud Camus- aux prises avec des poches d’Islam barbare, ainsi conforme à sa « sourate sur les femmes », et dont le djihad emprunte la voie de la guérilla urbaine. Dire cela n’est en rien de l’ordre du racisme ou de la xénophobie, mais de l’ordre du réalisme, ce qui ne condamne bien évidemment pas tous les Musulmans, tous les Arabes qui ne sont pas peu à partager ce constat nécessaire.
En filigrane, court pourtant en cet essai finalement humaniste, réfutant le nationalisme à la Barrès, qui se fait l’interprète de la Justice, une vision de la dignité tant féminine que masculine orientée par un libéralisme (au sens classique et philosophique du terme) soucieux du développement autonome de chacun dans un espace de progrès intellectuel et moral. L’identité, même fondée sur des prémisses historiques et familiales, reste une liberté, et non une chape de plomb qui l’étouffe : la civilisation européenne et occidentale est « cosmopolitisme ». Ainsi, notre « identité commune », doit, plus que française, être celle des Lumières et des libertés.
Pourquoi ce manque de fermeté de la part du philosophe, cette impression de tourner autour du marais polémique sans y planter un pied solide ? Imaginait-il de passer en douceur, de ne pas s’attirer les foudres du politiquement correct, du rose vivre ensemble aux yeux aveugles et aux oreilles sourdes, et dont seules les langues sont promptes à cracher le venin de la « lepénisation des esprits », de la reductio ad hitlerum ? Les crachats médiatiques ont prouvé que cette illusion était vaine, quoiqu’il sache annoncer la couleur : « Tous ceux qui osent enfreindre la sacro-sainte règle méthodologique du traitement social des questions ethnno-religieuses tombent en disgrâce et voient leur nom s’inscrire, séance tenante, sur la liste noire du politiquement correct ».
Les rapprochements entre discriminations, contre le Judaïsme et contre l’Islam sont invalidés par des différences fondamentales : au premier, d’ailleurs jamais prosélyte et si peu violent, on ne chargeait son réquisitoire que de fantasmes ; au second les reproches sont la plupart aussi réalistes que fondés. Ce qui ne signifie absolument pas que l’on doive réserver un holocauste au second, mais défendre le plus pacifiquement possible notre conscience européenne, sceptique et tolérante. Hélas, « il ne reste plus une goutte d’alcool universaliste dans son cosmopolitisme actuel ». Si l’Europe doit être « tout le contraire d’une identité close repliée sur son héritage, mais aussi d’une identité conquérante imbue de ses vertus civilisatrices », elle ne doit en aucun cas se laisser clore par une verrue religieuse imbue de son fanatisme.
Hélas encore, la xénophobie, certes désastreuse, a été remplacée par « l’oikophobie, la haine de la maison natale ». Ainsi Noël deviendrait « fête de fin d’année ». Il faudrait pratiquer l’hospitalité au détriment de sa maison natale, mais au point de la voir bientôt dévastée par une tyrannie obscurantiste, où plus personne ne prend le parti des Lumières. Où des élèves issus « de la diversité » -entendez sous l’euphémisme, le seul fauteur de troubles, l’identitaire d’Islam- refusent d’étudier Rousseau, Le Tartuffe ou Madame Bovary, au motif qu’ils sont « haram », c’est-à-dire impurs, interdits, sans parler de l’Holocauste, réputée au mieux fantasmé, au pire insuffisant. La « définition universelle du mal » et du bien vole en éclat…
Ainsi les « autochtones […] quand ils voient se multiplier les conversions à l’Islam […] se sentent devenir étrangers sur leur propre sol ». Finkielkraut a enfin quitté les précautions oratoires de l’euphémisme. Il appelle à la rescousse le Lévi-Strauss de Race et culture pour défendre le droit à conserver les valeurs de sa civilisation : « toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même à leur négation[4] ».
Usant d’un réquisitoire vieillot contre Internet (« Le livre a perdu la bataille de la lecture » ou « L’identité nationale est ainsi broyée, comme tout ce qui dure, dans l’instantanéité et l’interactivité des nouveaux médias »), mais judicieux lorsqu’il fustige la vulgarité du langage ambiant, le relativisme du respect au nom du « tout se vaut » contre la hiérarchisation de l’excellence et du médiocre, la culpabilisation de la société pour les méfaits que les « jeunes » commettent, il n’imagine guère qu’un lecteur volatile et connecté peut en même temps être celui d’Harry Potter et de Proust. Cependant il montre avec brio qu’en une pédagogie qui se sépare des classiques, mais cosmopolites et de toutes les temporalités, « l’ouverture sur la vie n’est rien d’autre que la fermeture du présent sur lui-même ». On ne sait si l’essai a su conclure…
Allons, si possible, plus avant que Finkielkraut. Ne pas se crisper sur une identité réelle ou fantasmée, nostalgique ou prospectiviste, c’est faire preuve d’ouverture d’esprit : plutôt l’identité des Lumières que « l’identité nationale », expression qui ne peut être pourtant taboue. Pouvoir s’identifier à d’autres identités possibles, par miroirs, rhizomes, plutôt que par seules racines, voilà qui est mieux encore. Jusqu’à ce que l’identité et les identités multiples nous soient interdites par l’occlusion d’une autre identité, captatrice et fermée ; ce qu’est évidement en dernier recours l’identité islamiste. Se pose évidemment là la question de la tolérance à l’intolérable.
Ce n’est pas parce qu’une culture n’est pas identique à la nôtre que nous la refusons. Nous en aurons pour preuve le Japon, dont les sushis, l’art floral, la peinture zen, les mangas ont pu nous envahir pour notre plus grand enrichissement. Parce qu’il ne s’agit pas là d’une culture dont le but est d’éradiquer la nôtre, de voiler les Lumières. Si nous voulons pouvoir apprécier la miniature persane[5] et Les Mille et nuits (aux identités d’ailleurs fort cosmopolites), ce n’est pas pour les voir ostraciser par un Islam rigoriste et nostalgique d’un califat sanguinaire aux libertés excisées.
Il faut alors admettre que la culture du prétendu « modèle français », malgré la surgénérosité de ses prestations sociales, ainsi que les opportunités de ses terrains de délinquance, offre un tableau peu ragoutant aux immigrants, quand ce sont d’ailleurs des Français qui émigrent sous des cieux plus favorables. Chômage de masse, paupérisation, rabotage des libertés économiques, enfer fiscal, droit du travail complexe et décourageant, sans parler des trafics et du travail au noir (qui sont des soupapes de sécurité), clientélisme, corruption et népotisme des élus politiques surpayés et surprotégés… regardons en face la haine de soi des élites qui méprisent la France et les valeurs des Lumières, hors une rose laïcité républicaine qu’elles n’ont guère le courage de faire appliquer, l’arrosage des aides sociales et des allocations familiales à ces mêmes immigrés sans qu’ils aient, trop souvent, besoin de travailler et de s’intégrer, même si ce n’est pas une attitude partagés par tous. Sans compter un laxisme coupable envers la délinquance des banlieues chariaïsées et leur racaille, l’aide financière indue des collectivités locales aux constructions de mosquées et à leurs prétendus centre culturels… Voilà qui pousse le Musulman à trouver chez son pays d’accueil une attitude de dhimmi, vu la façon dont on lui offre son impôt, à mépriser les Français, à se jouer d’eux en profitant de leurs subsides pour les remplacer sur leur propre terrain. Nous creusons alors la fosse de leur califat à venir ; sauf si leurs prochaines générations savent se rebeller contre « l’Infâme[6] », comme le disait Voltaire, et conquérir les territoires mentaux et moraux des libertés.
Plus rigoureuse est la sociologue Michèle Tribalat. L’on sait hélas que Marine Le Pen aimerait lui offrir une « carte d’honneur » du Front National. Cela n’ôte rien à la qualité et à la rigueur de ses travaux. La vérité et la réalité n’appartiennent en propre à aucun parti. Y compris si son infra-terrain xénophobe, voire raciste, le décrédibilise en partie, et si son surétatisme socialiste national, son état-providence protectionniste font de son programme économique une esbroufe aussi délirante que dangereuse.
Michèle Tribalat avait déjà dans Les Yeux grands fermés[7], dénoncé « le conte de fées » des pro-immigrations. Nous ne chercherons pas à savoir pour qui elle glisse son bulletin de vote, ni ne tomberons dans la réductio ad hitlerum, flèches tordues que nombre de roses, verts et rouges bienpensants assènent faute d’argumenter. Une fois encore l’examen du réel doit prévaloir sur toute injure bassement politicienne. En toute logique, elle plaide pour une politique nataliste française -et, dirons-nous, d’esprit français et occidental- à rebours de la déferlante démographique arabophone et de l’aire islamique ; ce en toute cohérence d’ailleurs avec l’essayiste allemand Thilo Sarrazin[8]. Sa pertinence intellectuelle lui a également permis d’abandonner le concept de « français de souche », mais au profit de celui de « natif au carré » (deux parents nés sur le sol français). Ne vaudrait-il pas mieux affirmer : né de deux parents de culturelle occidentale et ouverte ? De plus, on a, peut-être à bon droit, dénoncé le « désordre statistique » (qu’elle impute à l’Etat) des travaux fort techniques de Michèle Tribalat. Outre qu’elle ne fait qu’avec ce dont elle dispose, et peut-être aux bénéfices de sa thèse, le modeste auteur de ces lignes ne prétend pas avoir la compétence requise pour en juger. Il n’en reste pas moins qu’une tendance de fond de la variabilité démographique et éthique de la population française est pour le moins fort perceptible. De surcroît, si l’on sait que l’hexagone pourra bientôt compter parmi sa population dix pour cent de Musulmans dont trop peu assimilent la langue de Tocqueville et s’assimilent à la civilisation issue des Lumières, bien d’autres contrées sont confrontées au même gravissime souci : Belgique, Suisse, Allemagne, Suède, Québec… Tous pays ou le retour de la culpabilité coloniale, inexistant, n’explique en rien l’invasion obscurantiste.
Ce n’est donc pas l’immigration en soi qui est coupable, mais une immigration, d’Islam -et non forcément de Musulmans-, parfois également d’Afrique centrale, mais aussi sa gestion laxiste et trop ouverte, si l’on veut demeurer encore longtemps une société ouverte. Les immigrés ne sont pas une race, ni un peuple. Ils viennent d’Europe, médecins et infirmières, ils viennent d’Extrême-Orient ou d’ailleurs, Roms pacifiques ou délinquants qu’il convient de traiter comme des citoyens comptables de leurs vertus propres et de leurs délits ; et de l’aire musulmane dont le désir de paix et d’intégration à une économie en croissance et aux Lumières est plus que respectable, mais dont seront bannies toutes les manifestations violentes d’ostracisme, de christianophobie, de gynéphobie et d’Aufklärungphobie…
En effet selon Tribalat, « l’Islam change la donne » ; de plus, la France a « la minorité musulmane la plus forte de l’Union Européenne ». Cinq à six millions, selon le ministère de l’Intérieur, dont un tiers serait incroyant ou non pratiquant. Et elle continue d’entrer, même si sa fécondité féminine tend à se rapprocher de la moyenne française. Pourtant, le chiffre serait « surestimé » (en fait 5 millions en 2014), « parce qu’il fait peur aux tenants du Front National, rassure la gauche éblouie par sa vertu d’accueil et conforte les Musulmans eux-mêmes qui peuvent prétendre à la connaissance de la réalité à laquelle sont souvent préférés les joutes idéologiques ». Par exemple, il faut noter qu’en Seine Saint-Denis, « un habitant âgé de 18-50 ans sur trois est musulman. » De plus, « le catholicisme chez les plus jeunes se perd, contrairement à l’Islam […] La manière dont les médias, et parfois même les politiques, traitent du carême et du ramadan, en accordant beaucoup plus de publicité au second, en dit long sur la tiédeur catholique ». Désécularisation chrétienne versus islamisation. Mais ce dernier phénomène s’observe bien plus dans les quartiers défavorisés. D’où la corrélation possible avec la pauvreté, quoique les pauvres de la Creuse ou de l’Ariège ne se jettent ni dans un quelconque intégrisme, ni d’ailleurs dans la délinquance. Pourtant la sécularisation touche aussi les Musulmans, surtout Algériens…
Reste-t-il possible de s’assimiler, de s’adapter à la vie française (manger du porc à la cantine par exemple) comme les Algériens dans les années cinquante ? La poursuite des flux migratoires, la concentration dans les quartiers, l’endogamie, l’éducation religieuse familiale, la fécondité plus élevée, la venue d’imams moyen-orientaux, le prosélytisme enfin, tendent à rendre cette assimilation des Musulmans difficile, voire à en faire pour eux un repoussoir. Quand « 18% des femmes âgées de 18 à 50% disent porter un voile » (et bien plus aux Pays-Bas), quand parmi eux 80% « disent respecter les interdits alimentaires », la liberté d’expression, depuis la fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie[9], en 1989, subit de nombreuses blessures, entre meurtres, menaces et « tyrannie du silence ».
Ce qui sonne « la fin des illusions selon laquelle les Européens, et plus généralement les Occidentaux, resteraient maîtres chez eux. » Au point qu’en 2008 le conseil municipal d’Oxford interdit l’usage du mot « Noël » dans ses textes et affiches, afin de ne pas offenser les autres croyants », et que la satire religieuse devienne impossible. Au Royaume-Uni, la loi du « Racial and Religious Act » signe la fin de la liberté d’expression et contresigne partout le lit de l’autocensure. Quant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il semble prêter une oreille câline « aux demandes de l’Organisation de la Coopération Islamique visant à interdire le blasphème et régionaliser les droits de l’homme ». En ce sens, abandonner ses propres valeurs et « céder à la haine de soi » signifie qu’il est aussi malvenu qu’inutile de s’assimiler. Surtout si le signal dominant consiste à dire que « tous les modes de vie et pratiques culturelles se valent », assertion spécieuse et décivilisatrice… Surtout si l’on observe à Mantes-la-Jolie, comme Hugues Lagrange, les comportements importés du Sahel, machisme, code d’honneur, irrespect, « durcissement de la culture patriarcale et fondamentalisme musulman[10] ». Pourtant, au-delà des édits d’un conseil de l’Union Européenne et de sa « propagande » multiculturaliste, pour qui « l’intégration est un processus dynamique à double sens d’acceptation mutuelle », Tribalat affirme que « la société d’accueil sert de référent culturel ». Société européenne qui programme « sa propre disparition ».
Disparition à laquelle, entre « prolophobie » et « abandon des natifs au carré », face aux quartiers réservées à la banalisation des interdits islamistes, la gauche contribue, caressant les immigrés, surtout musulmans, dans le sens du poil électoraliste, trahissant ce qu’il est fort approximatif de nommer l’identité française, mais surtout l’esprit des Lumières. De plus, au-delà d’un racisme à sens unique et surévalué, « le racisme ressenti par les natifs au carré existe bel et bien ». A force d’avoir été la victime, ou de croire l’être, cette population venue du Sud colonisé, sous développé ou en développement, devient le bourreau d’une nouvelle victime. Ne restera plus que le « sanglot de l’homme blanc occidental[11] »…
Reste que le débat alimenté par Finkielkraut et Tribalat ne doit pas se confiner à l’opposition puérile entre Français et immigrés, fussent-ils Musulmans. La dichotomie fondamentale se situe là où passe le fil d’Ariane des droits de l’homme, de l’humanisme et des Lumières. Les civilisations[12] occidentales, de l’Europe aux Etats-Unis, celles qui en sont dérivées, en passant par l’Amérique latine où certains pays africains, et jusqu’à celles extrême-orientales, peuvent recourir à un cosmopolitisme ouvert, respectueux des libertés fondamentales que sont celles de la propriété, d’expression et de critique (y compris religieuse) et, cela va sans dire, de l’égalité des droits et de la dignité entre homme et femmes. Si des Musulmans -et il en existe- respectent ces prémisses, parfait ! Mais suivre à la lettre la vérité de l’Islam sans retrancher du Coran et des hadiths la sourate sur les femmes, les allusions au djihad, et tout ce qui les constitue d’intolérance, de haine et de violence, reste irréductiblement en contradiction avec les valeurs pluralistes et tolérantes que la France, et bien au-delà, l’humanité, se doit de défendre. C’est bien à cette identité libérale que l’assimilation doit prétendre. Hélas, note Tribalat, « entrés dans l’ère de la tolérance, après avoir terrassé l’église, les Européens ne sont pas prêts à un nouvel affrontement avec la religion », sans compter que le nouvel adversaire, de par sa vérité totalitaire indéracinable, est sans nul doute plus coriace. Quant à savoir ce que nos essayistes, au-delà du constat plaintif, proposent pour y remédier, on reste sur sa faim. Ce qu’avait cependant tenté de faire, au-delà des alarmantes perspectives de L’Allemagne disparait, Thilo Sarrazin[13], en imaginant un sursaut raisonnable, humaniste et libéral…
Peut-être me suis permis de traduire avec plus de vigueur - de dénaturer ? - la pensée de Finkielkraut. Quoiqu’un peu vieillot, citant Péguy, et tournant maladroitement autour de l’objet du délit, il a le mérite insigne de tenter de soulever l’insoulevable. Mais à la lumière de Tribalat, ou plutôt à l’ombre sombre des faits, notre identité polymorphe rencontre une inassimilable barrière prédatrice. A laquelle il faut opposer une fin de non-recevoir : « Toutes les cultures, croyances et coutumes doivent prendre place en une société ouverte, toujours et quand elles n’entrent pas en collision frontale avec ces droits humains et principes de tolérance et de liberté qui constituent l’essence de la démocratie[14] », rappelle Mario Vargas Llosa. Nul doute qu’il faudrait fermer le robinet d’immigration au moyen d’une intelligente discrimination, dans le cadre du respect de libertés par les entrants, ne serait-ce que par un test civique et linguistique, comme le souhaitent les Pays-Bas. Sans compter une réflexion sur un regroupement familial et un droit du sol excessifs. Qui sait comment tout cela finira… Espérons que ce soit dans la paix des armes et des consciences.
Michel Foucault : Surveiller et punir. Naissance de la prison,
Gallimard, 1975, 352 p, 14,00€.
Alain Laurent : En finir avec l'angélisme pénal,
Les Belles Lettres, 2013, 130 p, 17,50 €.
L’angélisme va-t-il rédimer les prisons ? Purger la crasse dégradante des lieux de détention parait être une évidence si l’on considère l’humanité de ceux qui y sont enfermés, à moins que l’on aille jusqu’à réclamer la disparition de ces espaces criminogènes pour les changer en agoras de la socialisation… L’apport considérable de Foucault fut bien de montrer que la prison, comme la folie et la sexualité, avait une histoire, qu’il fallait en établir la généalogie et s’interroger sur les stratégies de pouvoirs normatifs qui la légitiment. Mais pas au point de considérer cet ouvrage savant comme une Bible dont le raisonnement viserait à déconsidérer définitivement l’incarcération, coupable qu’elle est de promiscuité, de condition humaine indigne, de faire lit des crimes à venir… Nos Gardes des Sceaux font-ils preuve de réalisme ou d’angélisme dans leur éthique du « surveiller et punir » ? Reprenant à bon droit les thèses de Foucault, ne risquent-ils pas de paraître préférer l’humanité du criminel à celle de celui qui a été bafoué dans sa chair et ses biens ; en somme de faire preuve d'angélisme pénal…
Ainsi, selon Foucault, psychiatrie, morale et prisons seraient tous des moyens de « surveiller et punir ». Leur légitimité serait dévaluée dans le cadre de la tyrannisation du pouvoir et de la négation arbitraire de la liberté des individus. Cependant nul ne doit douter qu’un mécanisme social juste doive mettre les victimes passées, présentes, voire potentielles, à l’abri du délinquant et du criminel.
Du crime biblique puni sept fois à la loi du talion qui exigeait œil pour œil et dent pour dent, des grecques Furies devenues les Bienveillantes, la surimposition du délit par la peine s’est vue peu à peu humanisée. C’est au XVIII° siècle que le philosophe des Lumières italien Beccaria[1], pour qui le droit de punir ne va pas au-delà de la nécessité de protéger les citoyens des éléments perturbateurs, sépara la législation criminelle de tout lien avec la religion, préparant la transition de la punition au pardon républicain. Si l’on refuse désormais la peine de mort, qui plus est publique, voire la perpétuité, c’est parce que l’humanisme voit dans tout contrevenant aux biens et à la vie d’autrui, si responsable et pervers soit-il, un être amendable, digne d’approcher la rédemption de la réinsertion morale et sociale. A moins qu’en ce dernier point un angélisme illusoire fasse de tout criminel, qu’il soit psychopathe ou simplement intéressé au crime, dans la naïve perspective rousseauiste, un innocent perpétuel que la société a corrompu…
Seule la prison alors peut réparer l’homme de ses errances, en le séparant de la société, en le préparant à une seconde vie meilleure. Mais en visitant nos établissements pénitentiaires, souvent immondes, à moins de considérer que l’on n’y vient pas pour de douces festivités, on ne peut que douter de la démarche pédagogique instituée en ces lieux par nos gouvernements et administrations successifs.
Connait-on assez les thèses de Michel Foucault en conclusion de son Surveiller et punir, paru en 1975 ? « Les prisons ne diminuent pas le taux de la criminalité (…) La prison provoque la récidive (…) ne peut pas manquer de fabriquer des délinquants (…) rend possible, mieux, elle favorise l’organisation d’un milieu de délinquant, solidaires les uns des autres, hiérarchisés (…) Les conditions qui sont faites aux détenus libérés les condamnent fatalement à la récidive[2] ». Rien de changé donc, trente-huit ans plus tard. Son réquisitoire a-t-il permis que l’on suive ses « sept maximes universelles de la bonne condition pénitentiaire » ? Méditons-les aujourd’hui : « 1. La détention pénale doit donc avoir pour fonction essentielle la transformation de comportement de l’individu (…) 2. Les détenus doivent être isolés ou du moins répartis selon la gravité pénale de leur acte, mais surtout selon leur âge (…) 3. Les peines dont le déroulement doit pouvoir se modifier selon l’individualité des détenus, les résultats qu’on obtient, les progrès et les rechutes (…) 4. Le travail doit être une des pièces essentielles de la transformation et de la socialisation (…) 5. L’éducation du détenu est de la part de la puissance publique à la fois une précaution indispensable dans l’intérêt de la société et une obligation vis-à-vis du détenu (…) 6. Le régime de la prison doit être, pour une part au moins, contrôlé et pris en charge par un personnel spécialisé possédant les capacités morales et techniques de veiller à la bonne formation des individus (…) 7. L’emprisonnement doit être suivi de mesures de contrôle et d’assistance jusqu’à la réadaptation définitive de l’ancien détenu[3] ».
« Réadaptation définitive »… N’est-ce pas une foi digne du plus grand angélisme qui se donne pour vertu de condamner « le pouvoir normalisateur[4] ». On se demande au passage comment dans un pays offrir du travail au détenu quand socialisme et antilibéralisme ont condamné l’offre de travail pour leurs malheureux citoyens… L’on ne saurait de plus manquer de conseiller aux Français de regarder du côté des Suédois qui en ce domaine, comme dans ceux du chômage et de l’économie sont bien plus performants…
L’on sait également que Michel Foucault, par ailleurs propagandiste de la révolution iranienne et de bien des causes relevant de l’extrême-gauche, ce dont l’Histoire lui saura gré, espérons-le, avec circonspection, avec une justice plus humaniste que totalitaire, contribua par ses actions militantes à permettre l’entrée de la presse et de la radio dans les cellules, à permettre aux prisonniers de s’exprimer sur les conditions de leur détention. Indéniable progrès humaniste. On a beau avoir commis les pires outrages sur autrui, tant que ce dernier en est protégé, on ne peut réduire le coupable à un état larvaire dans un cachot collectif, sourd et muet.
Pourtant la prison semble avoir oublié de convier en la sûreté de son asile les innombrables brûleurs de voitures, les auteurs des 200 viols commis par jour qui pourraient concerner une femme sur sept[5]. Ainsi que les caillasseurs, frappeurs, braqueurs, flingueurs et dealers de banlieues, qui interdisent leurs territoires à une police victimisée… Ouvrons donc les yeux sur la surabondance délinquante et criminelle. En effet, en 2011, pour la France métropolitaine, on compte 468012 « atteintes volontaires à l’intégrité physique » (soit 7,49 pour mille habitants), 2146479 « atteintes aux biens » (soit 34,36 pour mille habitants)[6], donc près de sept millions de crimes et délits (sans comprendre ceux strictement financiers)… En simplifiant grossièrement on peut justement imaginer qu’un Français sur dix est coupable et qu’un second est victime en notre République… Si les causes peuvent être psychiatriques, venues des drogues, des antidépresseurs, des intoxications au plomb, la misère sociale compte moins que pourraient l’imaginer ceux qui, pour reprendre les mots pertinents de Chalamov, « comme Victor Hugo ont tout fait pour porter aux nues l’univers des malfaiteurs. Hugo avait l’impression que le monde du crime était une couche de la société qui protestait vigoureusement, résolument et ouvertement, contre l’hypocrisie de l’ordre régnant. » Foucault, comme Hugo, aurait-il « paré la pègre d’une auréole romantique[7] » ?
Doit-on alors lire sans ironie la déclaration suivante de la Garde des Sceaux.: « La prison de la République doit ressembler à la République, c'est-à-dire respecter les valeurs de dignité, dans le respect des gens qui y sont détenus et des personnes qui y travaillent[8]. » Considérant qu’une personne sur mille est en état d’incarcération en France, avec une très forte majorité masculine, jeune de surcroît, ce sont 57000 places de prisons en décembre 2012, pourtant bien insuffisantes, pour un objectif de 63000 à venir, peut-être lui-même sous-évalué. Cette république carcérale est alors, en notre territoire, une ville en archipel peuplée de ses détenus et de son personnel, pour ne pas dire comme Soljenitsyne un Archipel du goulag[9], à laquelle on ne peut imposer qu’une dictature éclairée…
Comment diminuer sans danger cette population ? Notre Garde des Sceaux propose des peines de probation à la place des courtes incarcérations (indemnisation des victimes, formation et recherche d’emploi, sevrage alcoolique et des drogues) suffiront-elles à prévenir la récidive, au lieu de recourir à une incarcération mutilante et coûteuse ? Quel personnel social et éducatif pléthorique faudra-t-il engager pour un résultat aléatoire ? « La prison est nécessaire, mais elle ne peut pas être la seule peine de référence, justement parce qu’elle est créatrice de récidive[10]. », énonce-t-elle. En effet, cinq ans après leur libération, 60% des anciens détenus retrouvent les verrous. A moins qu’il y ait confusion entre la cause et la conséquence ? La dévaluation morale de la sanction et de la punition dans une société qui n’ose plus assumer l’autorité qu’une idéologie soixante-huitarde et post-foucaldienne disqualifia comme fasciste (on connait le phénomène délétère de la reductio ad hitlerum) aboutit à une valorisation du délinquant, du rebelle forcément opprimé par l’insolence et l’oppression capitalistes… Argumentation pour le moins spécieuse qui responsabilise la société pour les crimes commis par ses membres déresponsabilisés.
Les peines planchers pour les récidivistes, les tribunaux correctionnels pour mineurs sont dans le collimateur de la Garde des Sceaux. Est-ce forcer la main des juges que de leur intimer de ne pas jouer la carte d’une trop généreuse clémence à l’égard des pires crimes, en particuliers ceux des prédateurs sexuels attachés à des enfants ? Faut-il, devant l’impunité des mineurs, abaisser encore l’âge de la majorité pénale, créer de réelles prisons éducatives pour mineurs ?
Reste, en amont de la prison, la question l’efficacité de la justice. Des peines prononcées avec un long retard au point que le lien de causalité entre délit et peine ne soit plus perceptible, des dossiers mineurs remis ou oubliés, tout cela pose la question du nombre insuffisant des juges. Si l’état et les collectivités locales doivent réduire drastiquement l’embauche de fonctionnaires, la justice est un des rares ministères régaliens à devoir adapter la proportion de ses juges à la population. L’on sait d’ailleurs qu’à population égale, les Allemands disposent de trois fois plus de juges que nous, pour une délinquance par conséquent moindre. Sans compter chez nous la question délicate de leur laxisme devant l’afflux des jeunes délinquants, y compris mineurs, qui se voient gratifiés d’un simple rappel à l’ordre qu’ils traitent par le sarcasme. Et s’ils goûtent à la prison, c’est parfois comme un rite initiatique honorifique, dont ils se glorifient…
Le mythe de la prison dissuasive vole alors en éclat. Non seulement dégradante par sa saleté et son mépris, par sa promiscuité elle est criminogène, elle est l’école du crime où ses studieux élèves confortent leurs techniques et leurs réseaux, sans compter leur autojustification, leur arrogance, leur radicalisme antisociétal, mafieux, sans oublier la fanatisation religieuse, lorsque l’on sait que (comme c’est le cas au Danemark) plus de 70% des prisonniers sont musulmans, et que l’Islam est la première religion des prisons, probablement assez peu dans une perspective de paix et d’amour…
Vider les prisons en faveur de peines alternatives, éducatives serait-il de l’ordre de l’angélisme ? De l’impunité institutionnalisée ? Accompagner les sorties de prison d’une prise en charge allant jusqu’à fournir un logement, une formation, voire un emploi, serait-il affreusement discriminatoire envers ceux qui n’enfreignent pas la loi et ont bien autant de mal à s’insérer dans une vie décente, tant le contexte économique est dégradé… Reste la pertinence des bracelets électroniques, peu coûteux, mais seulement tout indiqués pour les délits mineurs et financiers.
Faut-il voir dans cet exercice de culpabilisation des prisons une surestimation des coupables, qu’ils aient été condamnés, relâchés ou jamais inquiétés, au détriment de la victime abandonnée ? Ce qui ne manquerait pas d’expliquer, voire de justifier l’exaspération autour des propositions de notre Garde des Sceaux…
Loin des hystéries et de la paranoïa d’un populisme qui voit le crime à toutes les portes et va jusqu’à réclamer le retour à la peine de mort, l’essayiste Alain Laurent, par ailleurs directeur de la collection « Bibliothèque classique de la liberté » aux Belles Lettres, peaufine une argumentation aussi claire qu’informée. Le versant polémique du titre, En finir avec l’angélisme pénal, n’empêche pas de s’appuyer sur une connaissance des penseurs classiques de la justice et de l’humanisme libéral : Aristote, Erasme, Locke, Kant, Tocqueville, Bergson... Tous, ils fondent la nécessité morale de la punition sur une « éthique de la responsabilité individuelle », sur la « rétribution pénale » du délit, au lieu d’incriminer la société et les conditions socio-économiques, et « au nom du droit de l’homme de vivre en sécurité ».
La compassion pour le délinquant devient un « irénisme ». A cet « irréalisme », il faut opposer la raison pénale. Hélas « la justice molle », qui rêve de « recycler » le criminel dans la société, qui veut « décriminaliser le crime et criminaliser le châtiment », se heurte au bon souvenir du réel : la récidive et l’insécurité insupportables à l’honnête citoyen. Quand le « laxisme moral » du pénalisme contemporain est une « incitation supplémentaire à la primo-délinquance », la prison juste peut être alors une incitation au respect des lois en société. Il n’empêche que, de toute évidence, Foucault n’est pas oublié par Alain Laurent, lorsqu’il réclame des « prisons décentes et respectueuses de la diversité des détenus ». Quoique notre essayiste lui reproche « l’amalgame entre détenus de droit commun et prisonniers politiques des régimes totalitaires ». Ce qui permet à Alain Laurent de dresser l’archéologie de l’angélisme pénal, ironique réponse au philosophe de « l’archéologie du savoir » : en passant par le mythe du bon sauvage, le sophisme spécieux de la prison intrinsèquement génératrice du crime, la dénonciation du « populisme pénal » et du « tout répressif », la « connotation infamante » tatouée sur le mot « sécuritaire », le rejet de la compassion victimaire, par lequel la victime « se trouve frappée d’illégitimité judiciaire », tout témoigne d’une inversion des valeurs pratiquée par la doxa de gauche. Le despotisme législatif viendrait-il au secours du « criminel despote », pour reprendre les mots de Beccaria…
Reste le souci de la surpopulation carcérale. Qui, comme en Suède, peut être en partie résorbée par « la dépénalisation des crimes sans victimes ni violence ». On imagine qu’Alain Laurent, en bon libéral classique, pense aux trafics de drogues, dont l’activité légalisée viderait une partie des lieux de privation de liberté, pour employer l’euphémisme des magistrats, dont l’angélisme ne nous protège plus des anges du mal. Il termine alors son brillant essai par une allusion à Platon et Juvénal, demandant : « Qui gardera les gardiens ? »
Que faire ? S’il doit être nécessaire de penser les peines alternatives à la prison pour les délits mineurs ou strictement financiers, ne faut-il pas également repenser la prison ? La construire, aussi bien du point de vue architectural que moral, pour qu’elle trouve une digne dimension ascétique, pour qu’elle soit réellement dissuasive. Tout au moins pour assurer la sécurité et la liberté des victimes passées et potentielles…
Construire des prisons dignes et sûres, de façon à éradiquer la surpopulation carcérale. Et non pas seulement par l’hasardeuse remise de peine, mais par la réelle adaptation du nombre de cellules au nombre des individus. Au point d’exiger que la prison soit strictement individuelle (c’est d’ailleurs une recommandation européenne), mieux encore solitaire, de façon à éviter les agressions de la promiscuité, ses tares criminogènes, mais aussi de façon à encourager un réel retour sur soi, quoique l’on dise du traumatisme de la solitude…
Se pose le délicat exercice de la prévention de la récidive. Jusqu’où faut-il supposer que le déterminisme violeur et criminel d’un individu le poussera inévitablement à réitérer ses outrages ? Si le droit du citoyen libre est bien d’être à l’abri des exactions prévisibles, il ne s’agit pourtant pas de parvenir à ce paradoxe de la prévention que dépeint Philip K. Dick dans Rapport minoritaire : « Précrime a réduit la criminalité de quatre-vingt-dix-neuf virgule huit pour cent. Le meurtre ou la trahison sont devenus très rares, puisque le coupable sait que nous allons l’enfermer en camp de détention une semaine avant qu’il puisse commettre son crime[11] »
Cher Big Brother, qui me lis au travers du programme Prism de la NSA, collectant les milliards d’informations circulant sur internet, parmi nos mails, no téléphones, nos messages, nos réseaux sociaux, viens coller la ventouse de ton oreille affamée sur ces mots. Imposant à chaque serveur de communications d’ouvrir ses portes, ses canaux, ses réseaux et ses archives à ton intrusive auscultation, peut-être même me lis-tu avant que cette page soit publiée, à chaque naissance des caractères sur mon clavier, voire en mon cortex, en ma Muse. Et vous aussi lecteur, « Big Brother vous regarde[1] ». Est-ce un hasard si un nom a la même initiale que celle d’Orwell, pour vérifier la véracité de son anticipation, pour réifier la conclusion autrefois romanesque et aujourd’hui réelle selon laquelle Orwell et Obama aiment Big Brother. Et selon laquelle chacun d’entre nous devra peut-être répéter avec la plus intime conviction les derniers mots de 1984 d’Orwell : « La lutte était terminée. Il avait emporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother[2] ».
Pour l’heure Edward Snowden, ex employé de la CIA et de la NSA (National Security Agency) qui a révélé au monde cette forfaiture totalitaire, n’aime pas encore Big Brother, il est provisoirement libre, ou à peu près, quelque part en Russie. Ce qui ne manque pas d’un certain sel d’ironie si l’on se souvient de la guerre froide, du monstre soviétique et communiste opposé à cet ex continent de la liberté, les Etats-Unis.
La signification de l’acronyme, ou plutôt nom de code, PRISM nous reste inconnue. A moins qu’il s’agisse du prisme du regard intrusif. Jeté sur les fonts baptismaux par l’administration Bush pour lutter contre le terrorisme, dans le cadre du « Patriot Act » et suite à l’attentat du 11 septembre, il fut renforcé par le premier Président noir et prix Nobel de la Paix. Jusqu’à ce que la NSA emploie à son service 55000 personnes, avec un budget annuel de plus de dix milliards de dollars. S’est-il assuré la main mise sur Microsoft, Google, Apple, Facebook, malgré leurs démentis ? Pour reprendre George Orwell : « Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment[3] ». Comment ne pas voir dans cette violation régulière de la vie privée une violation, sinon de la lettre, du moins de l’esprit, du premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression ?
Cher Big Brother français, qui siége à la DGSE, cette émanation de notre Etat qui sait si bien prospérer en « ogre philanthropique[4] », stockes-tu tous nos mots de passe ? Est-ce bien dans le « salon de lecture » de ta « Piscine », grâce à ton millier ou deux d’employés fascinés par le « télécran » orwellien, tes satellites et tes puces branchées sur les fibres optiques, que tu croises et enregistres nos conversations, nos courriels, nos sites et blogs, nos Facebook et Twitter ? Te limiterais-tu à chercher à savoir qui communique avec qui ? Avant d’installer de plus précises écoutes téléphoniques, des filatures… Dans quelle mesure la loi naturelle, loi seule légitime, au côté d’un vide juridique qui en ce domaine n’encadre aucun usage, sans compter la dignité des citoyens, est-elle ainsi bafouée ?
On ne doute pas, cher Grand Frère français que tu uses de ces moyens précieux pour traquer, outre le crime et le terrorisme, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale. Est-ce ajouter cette arme à la panoplie socialiste qui serre le cordon de l’étranglement fiscal autour de notre enfer d’impôts et de taxes ? Peut-on imaginer que tu t’en serviras pour contraindre la liberté d’expression politique, alors qu’au pays de l’ironie de Voltaire, auteur oublié de Mahomet ou le fanatisme et du Traité sur la tolérance, elle est déjà bien mise à mal par ta police et tes tribunaux…
Faut-il alors, cher Big Brother, que nous sombrions dans la paranoïa ? La connaissance du problème est cependant déjà un chemin vers une éventuelle solution… Pourquoi ne pas imaginer que chaque citoyen puisse avoir accès aux informations stockées à son sujet, qu’elles aient une rapide obsolescence programmée ; mieux, qu’elles ne soient espionnées et prélevées que de manière cryptée, de façon à ce que puisse n’en surgir que ce qu’en prévoira un cadre législatif sécuritaire précis et strictement attaché à la criminalité et plus particulièrement au terrorisme. Ainsi, la surveillance et l’enregistrement des données doivent-elles moins compter que la prudence et la justesse du législateur. Saura-t-il jusqu’où doivent servir les données récoltées, à quelle fragile limite se heurter ?
Comment comprendre que des organismes policiers et dévolus à la sécurité publique se soient chargé de la violation de la vie privée de tout un chacun ? Nous sommes en effet coincés entre deux impératifs catégoriques : la protection des personnes et des bien garantie par l’état et la police (même s’il n’est guère sûr qu’ils en soient complétement capables, ni qu’ils puissent nécessairement être les seuls détenteurs de ce devoir), et d’autre part la liberté et la discrétion réservées aux vies publiques et a fortiori privées. Que la police puisse avoir les devoirs et moyens de traquer les terroristes dès lors qu’ils fomentent des attentats terroristes, soit. Encore qu’il faille se demander si l’on n’approche pas là de ce que Philip K Dick, dans Rapport minoritaire avait subodoré : « Précrime a réduit la criminalité de 99,8%. Le meurtre ou la trahison sont devenus très rares, puisque le coupable sait que nous allons l’enfermer en camp de détention une semaine avant qu’il puisse commettre son crime[5] ». Reste que l’impétrant terroriste n’a pas encore fait exploser sa bombe et qu’il faut s’appuyer sur des délits d’association de malfaiteurs, de menace sur la sécurité de l’Etat, des personnes et des biens. L’inconvénient juridique est bien connu : non seulement on emprisonne l’innocent du crime qu’il n’a pas encore commis et l’on peut manipuler des armes sans jamais assassiner un ministre. Reste que voulons impérativement être protégés du terrorisme, y compris par un dôme de surveillance communicationnelle…
Quant à celui qui ne sera jamais un terroriste, il est puni sans même l’ombre de la virtualité criminelle, puisqu’y compris sans le savoir il est épié, enregistré, fiché, qui sait dans quelle perspective d’un délit d’opinion, propos racistes et discriminatoires, souvent stupides ou anodins, parfois rationnels en ce qui concerne une réflexion discriminatoire. Voire de délits d’expression que la loi n’a pas encore prévus…
Mais peut-être avons-nous eu la naïveté de confier en toute quiétude les secrets de nos vies à nos IPhones, la rigueur ou la folie de nos argumentations politiques à nos blogs. Valait-il mieux choisir, n’en doutons pas, ces fabuleux déploiements de liberté, ou le « recours aux forêts[6] » du fugitif, comme le préconisait Ernst Jünger, le recours aux malles de fer bourrées de livres imprimées, de carnets manuscrits, cachées dans des sous-sols, des granges lointaines, parmi des rochers montagneux…
On devine alors pourquoi, chez Orwell, Big Brother est à l’origine du « Novlangue ». L’hypersurveillance des communications trouve en effet son corollaire dans la traque du langage. Comment y échapper sinon en adoptant une langue nouvelle et vide, conventionnelle et politiquement correcte ? « Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer[7]. » Pour beaucoup en effet, et pour l’Etat-Léviathan anthropophage qui ne saurait avaler une penser de travers, le crime par la pensée vaut pour terrorisme conceptuel. En ce sens, « La liberté c’est l’esclavage[8] ».
Ainsi l’état est devenu, au-delà du Léviathan, un Big Brother sans paupière qui ne dort jamais, dont les flashs rétiniens ininterrompus sont d’incessants spams, cookies et pishings, non plus commerciaux, mais politiques, policiers et judicaires. Sa bienveillance sécuritaire voudrait nous faire taire qu’elle n’agirait plus insidieusement. Il faut alors un courage titanesque à un modeste individu comme Edward Snowden pour se dresser seul contre le projet d’hégémonie planétaire du Big Brother communicationnel…
L’Etat comme « hyperutérus imaginaire pour des enfants politiques[9] », selon Sloterdijk, se veut à la fois nourricier et vampire, passant en 1918 de 9% du PBI français à 56 % en 2013. Son cordon ombilical inarrachable relie tous les citoyens par une vascularisation pléthorique en forme de poulpe, le sustentant de salaires, de subventions et d’aides sociales, l’épuisant par une ponction fiscale et taxatoire complexe et ramifiée, le surveillant enfin en restant hyperinformé du moindre battement de cœur, de la moindre activité neuronale. Au-dessus du citoyen infantilisé, règne « l’homme d’état comme chirurgien des peuples[10] », prêt à légitimement retirer du grand corps malade de la société les épines infectées du terrorisme, sans qu’il ait le courage de nous immuniser contre les bactéries délétères d’un Islam fanatique, sexiste et liberticide. La thérapie en serait alors en grande partie inefficace. Reste que le geste intrusif du thérapeute ne doit pas lobotomiser la liberté individuelle libérale, ni étaler sous le microscope antibiotique d’Etat l’intimité des individus. Nul doute que la raison d’état a accouché d’une folie. A la « société ouverte » se sont opposés deux « ennemis[11] », l’islamofaschisme et le PRISM qui devait le combattre. Des alliés objectifs ?
En conséquence, cher Big Brother, nous attendons justice : qu’Edward Snowden, nouvel Orwell et antidote à la tyrannie, soit reçu en invité précieux à la Maison blanche et à L’Elysée, qu’il soit de droit citoyen d’honneur des Etats-Unis et de l’humanité…
Cher George Orwell, tu comprendras très certainement mon ironie littéraire, mon amertume libérale et ma fragile jubilation intellectuelle. Tu me pardonneras de te secouer dans ta tombe, de te consoler en reconnaissant tes qualités prospectives et spéculatives. Mais de te rassurer puisque ce texte peut encore paraître, cette lettre encore être entendue, même si la modestie de ce site lui assure l’impunité de la presque invisibilité. Ou bien me tairai-je ? Fermera-t-on mon site, ma connexion, qu’elle soit internet ou neuronale ? Comme Winston, le malheureux héros rebelle, puis anti-héros définitif et niaisement heureux d’Orwell, aimerai-je Big Brother ?
Il y a, décidément, au creux de la testostérone de l’humanité un goût pour la guerre et la tyrannie. Mais aussi, ce qui n’échappera pas au lecteur de ce mince article, une vanité pitoyable à vouloir raisonner de toute sa hauteur sur les destinées des guerres présentes et à venir. La lecture de Thucydide, de Sun Tzu, de Clausewitz et de milliers de pages d’actualités et d’opinions ne protègeront pas de la méconnaissance et de l’erreur, surtout prospectives. Il faut cependant tenter de penser l’art et les laideurs de la guerre, qu’elles soient simples rodomontades, ou actions et exactions sur le terrain ; pour l’heure syrien, moyen-oriental, sinon mondial. Honni soit qui Syrie pense ! Car à force d’y chercher le camp du bien, l’on risque fort de s’y lourdement tromper…
Quel bal des hypocrites ! La guerre ne serait sale que lorsqu’elle use d’armes non conventionnelles, interdites par la Convention de Genève. Pourquoi les gaz seraient-ils plus infâmes, moins nobles, que le fer et le feu ? Essentiellement parce que les vainqueurs, à moins de vouloir se parer d’une robe d’humanisme en tentant de protéger les femmes et les enfants qui ne sont pas censés demeurer sur le terrain de la guerre, quoiqu’ils y soient invariablement soumis, savent trop bien la volatilité de l’arme que le caprice des vents peut renvoyer vers l’émetteur, selon le principe de l’arroseur arrosé.
Certes, les guerres contemporaines, lorsqu’elles sont menées par quelques démocraties occidentales, ont vu en leur sein et leurs conséquences un réel progrès humanitaire : les frappes dites « chirurgicales », les drones ciblés, l’injonction au respect de l’ennemi, jusque dans une armée américaine capable de s’autoflageller, de condamner ses agents lorsqu’ils se conduisent en tortionnaires, épargnent une part croissante de la population. Mais seulement dans le cadre d’une conscience borgne. L’agent Orange versé sur les forêts du Vietnam par les Américains fit 400 000 morts, sans compter les malformations. Et pourtant ces guerriers ont failli dans leur mission impossible : rendre la liberté à ceux agressés par le communisme, comme ils étaient parvenus à le faire en Corée du Sud. Comme quoi un motif noble et juste ne préjuge pas de la sale laideur de la guerre ; et de son échec.
Une centaine de milliers de morts en Syrie dans le cadre d’une guerre civile ; et c’est seulement lorsque peu de milliers meurent sous les gaz qu’il faudrait se mobiliser ! L’indignation est bien sélective. Mais à moins de mettre un pur soldat de l’ONU derrière chaque paire de bras syrienne de plus de quinze ans et de sexe masculin (et encore…), sans compter les infiltrés jihadistes venus de nations voisines, voire lointaines, la cause est probablement perdue.
Comment choisir entre un dictateur socialiste criminel contre sa propre humanité et un peuple de rares révoltés démocrates et libéraux (cette dernière catégorie étant encore plus rares), de nombreux idéologues, plus ou moins fondamentalistes, salafistes et Frères musulmans, sans compter les pléthoriques jeunes désœuvrés que le goût de la poudre et du sang surexcite, le doigt en érection sur la kalachnikov… Pire, qu’espérer de l’immémoriale détestation entre Chiites et Sunnites, venue d’une pitoyable querelle de succession dans la famille du prophète coranique ? Que penser alors du sort des Chrétiens, coincés entre l’enclume d’Assad et la faux du croissant, victimes expiatoires du jihadisme et du ressentiment, victimes outrageusement oubliées de l’aire arabe entière…
S’il pouvait paraître loisible, sinon judicieux, d’éradiquer un dictateur de la face de la terre, un Saddam Hussein, un Kadhafi, donc un Bachar Al-Assad, on n’est certainement pas confiant en la capacité de peuples que la culture de la démocratie libérale n’a guère irrigués à les remplacer par de plus humanistes régimes. Hélas, la tyrannie, plus ou moins torride, d’un seul homme, d’un seul parti, d’un seul clan, risque de n’être que petit lait devant celle d’un peuple entier contre lui-même, en particulier contre ses femmes, y compris consentantes, peuple agité par les ataviques structures claniques éprises de conflits et par le démon de l’islam politique,
Faut-il alors à l’Occident s’en mêler ? Incarner le bien contre l’Assad du mal ? Surtout, faites la guerre, mais avec un couteau propre ! Si chef suprême syrien a bien utilisé un gaz mortel contres ses rebelles, il est probable que ces derniers aient pu l’utilisé de même, contre lui, contre leur propre population, pour pouvoir mieux l’en accuser. Aurait-on là d’ailleurs retrouvé ces « armes de destruction massive » que Washington feignit de ne pas trouver en Irak, alors que Saddam en avait généreusement usé contre ses propres Kurdes ? Ainsi choisir un camp relève-t-il de la gageure, de l’idéalisme niais, à moins qu’il s’agisse d’un calcul politique…
Comment comprendre en effet que Paris, après avoir chassé les djihadistes du Mali, aille leur prêter main forte en Syrie ? La figure du dictateur meurtrier est-elle si haïssable, les yeux grands fermés sur l’abomination de ceux qui œuvrent à le renverser ? Mais, dans le cas malien, il s’agissait moins d’aider un pauvre pays en déliquescence, pas trop tyrannique, de trop facilement chasser une pincée de terroristes abjects, que de protéger les intérêts africains de la France, en particulier la proximité des mines d’uranium d’Areva au Niger. Ne vaudrait-il pas mieux d’ailleurs, pour un hexagone qui n’en a plus les moyens, abandonner toute présence en Afrique, son relent de néocolonialisme, vendre ces mines aux Chinois et acheter l’uranium au prix du marché…
Quant à rétablir la démocratie, la paix et la liberté en Syrie, on sait combien l’occident y a échoué en Afghanistan, en Irak, en Lybie. Il y échouera donc en Syrie ; sacrifiant des soldats (qu’heureusement il n’est guère question d’envoyer), des matériels militaires et des aides humanitaires détournées par des mafias locales, quoique l’envoi de tenues de protections, d’antidotes au gaz sarin soient d’excellentes initiatives. Pensons combien Le palais de l’Elysée est incapable de rétablir cette même paix, sécurité et liberté à Marseille, dans nos banlieues délinquantes et chariaisées, et il voudrait apparaître en chevalier blanc lavant le linge sale d’une poudrière enclavée dans les rets de conflits d’intérêts et d’idéologies du Moyen-Orient, voire du monde entier !
En effet, entre le scorpion chiite iranien et la vipère saoudienne d’une part, la menace russe qui bénéficie d’une base navale sur la côte syrienne et les velléités américaines de mettre un terme aux exactions du maître de Damas d’autre part, sans compter la poudrière libanaise et le coin israélien, cette seule démocratie réelle au succès économiques avérés, qui blesse en majesté la susceptibilité arabe, il faut craindre la réaction en chaîne. En conséquence, un égoïsme nécessaire, et peut-être une sagesse olympienne, devraient nous ordonner ne pas mettre la main, pas si propre, guère immunisée, dans le panier de crabes syrien et moyen-oriental. Il ne nous restera plus qu’une pieuse et laïque pensée pour tous les innocents sacrifiés que nous ne pouvons aider à leur juste mesure. En particulier, puisqu’il faut user d’une judicieuse discrimination, tous ces chrétiens que nous pourrions être inspirés de recueillir, en une immigration bien moins dangereuse que d’autres, comme ces Coptes d’Egypte, hélas si maltraités, quoiqu’il faudrait s’assurer que chez nous ils abandonnent cette coutume d’une barbarie inouïe : l’excision.
L’on sait, mais pas assez, que les gouvernements aux abois, incapables d’assurer l’équilibre économique et libéral de leur pays, se rabattent sur les faits d’armes, qu’ils espèrent devenir des hauts faits, pour racheter leur impéritie. Ainsi le fascisme argentin envoya ses troupes sur les Malouines, heureusement taclé par Madame Thatcher, ce qui contribua d’ailleurs à assurer la chute des militaires de Buenos Aires. Ainsi, la France, à demie ruinée, agita l’étendard du mirage en envoyant les Rafales bombarder Kadhafi. L’affaire, pour des raisons géostratégiques (il n’y avait pas grand monde pour soutenir le Richard III des sables) était certes moins risquée qu’aujourd’hui. Le Président Sarkozy réglait ainsi une vieille rancune, lorsque pour des raisons économiques il avait été forcé de recevoir les tentes luxueuses du dictateur, par ailleurs complice actif du terrorisme, sur les jardins de l’Elysée. Un infâme tyran est tombé, soit ; mais l’on ne sache pas que la Lybie s’en soit relevée, infiltrée qu’elle est par le fondamentalisme, les guérillas claniques, et les jihadistes qui ont essaimé au Mali et ailleurs. Mali provisoirement débarrassé par la geste du Président Hollande (qui voudrait dépasser Sarkozy en ses hauts faits d’armes) de ses derniers, mais sans la moindre assurance de pérennité et de paix, à moins de placer un soldat français derrière chaque grain de sable saharien, derrière chaque motte de terre sahélienne. Sans que l’on sache encore si, à long terme, le ressentiment terroriste ne frappera pas la France. Non qu’il ne faille pas lutter contre ce dernier. Mais, encore une fois, assainissons notre territoire avant de prétendre gendarmer la planète aux côtés des Américains, pas toujours mieux armés que nous en ce domaine. Et dont certains inclinent à penser que le Moyen-Orient et ses conflagrations barbares, ses printemps arabes qui courent vers des étés à quarante degrés, ne sont plus qu’une zone sale et perfide, qu’il vaudrait mieux abandonner à ses démons, en lui préférant les économies émergentes, d’autres marchés pétroliers, son propre développement, y compris de gaz de schistes.
En combattant Assad, la France voudrait-elle faire allégeance à l’Islam, pour s’assurer son indulgence, bien illusoire ? Graisser la patte de l’Arabie Saoudite et du Qatar, alliés et instigateurs de la rébellion djihadiste en Syrie, qui n’accorderont aucune clémence aux infidèles, laïcs et athées, et préféreront le couteau déterminé de l’Islam conquérant ? Se positionner dans le cadre des géostratégies énergétiques en cours, lorsque des gazoducs venus de la péninsule arabique seront en concurrence avec les immenses champs pétrolifères et gaziers sous-marins, entre Syrie, Chypre et Israël, ce dans le contexte de l’affrontement des intérêts russes et américains ? Ou encourager cette industrie de l’armement qui est un pilier économique français, en graissant la patte des pétromonarchies elles-mêmes clientes ? Il ne faudrait pas mécontenter le Qatar, aux investissements pharaoniques et religieusement prosélytes en notre hexagone…
En effet, hors la vanité d’incarner la splendeur du bien, les mobiles, y compris peu ragoutants, sont nombreux, y compris lorsqu’il s’agit de lécher le talon d’islam qui en France vote à gauche avant de vous écraser. C’est ainsi qu’honni soit qui Syrie pense… N’y pas penser serait peu charitable, quoique la pensée n’ait aucun effet sur ceux à qui l’on pense. Penser en gesticulant sans rien y faire ne servirait qu’une abjecte bonne conscience, à peine repentante. Penser et agir serait-il assuré d’autre chose que de la satisfaction morale sans effets, voire aux effets discordants et pire que les maux à curer ? Des frappes ciblées (sans pouvoir annihiler les armes chimiques) et symboliques sur le régime, les matériels et les sbires d’Assad, pour s’attirer l’ire de Poutine et la détermination réactive farouche des Alaouites et des Chiites qui s’estiment incompris par un Occident honni ? Une zone d’exclusion aérienne ? Des livraisons militaires ? Tout ce trop et ce presque rien pour que l’explosion civile qui tente de balayer le régime y substitue une collection de guérillas entre factions rebelles, exponentielles et contagieuses hors des frontières syriennes ; mieux, un djihadisme vainqueur ? Précipiter la Syrie de Charybde en Scylla ? Serait-ce réellement protéger les civils, lorsque s’efface la distinction entre civils et militaires ? Tout cela, qui plus est, sans l’aval de L’ONU et de son conseil de sécurité qui autorisa les frappes de l’OTAN sur la Lybie en 2011, mais qui saura se prémunir du véto russe et chinois ; pire encore, sans l’aval de la Ligue arabe ? Et pour que l’Occident, qu’il vaudra mieux taxer d’indifférence, de pusillanimité, apparaisse comme un chien dans un jeu de quilles, un agresseur indu…
Il faut hélas avec réalisme s’en accommoder et s’en prémunir : l’homme, voire la femme, aime la guerre. Pour le plaisir de la sueur et du sang, pour la satisfaction d’une volonté de puissance, d’une libido dominandi, d’une exacerbation virile de l’honneur. Et s’il ne la fait pas lui-même, comme les chefs d’état et leurs parlements abrités par les ors de leurs palais, ces derniers y envoient leurs soldats sacrifiés ; ou, tout du moins, si l’opinion consent à renâcler, ils se contentent d’une gesticulation oratoire viriloïde, idéaliste et autosatisfaite, aux frais du contribuable qui n’en peut mais.
Certes le personnage de Poutine, dangereux sécateur des libertés, devient de plus en plus autocratique et postsovétique, allant jusqu’à réhabiliter Staline. Certes, il a lui-même utilisé les armes chimiques contre les Tchétchènes ; et livré des stocks au régime syrien. A ce triste personnage, allié intéressé d’Assad, auquel il n’a pas su conseiller le dialogue au début du conflit syrien, à ce complice d’un écrasement, il faut pourtant reconnaître une salutaire absence totale de naïveté envers l’islam politique et ses séides, dont il connait trop l’activisme sur ses marches caucasiennes. Un cynique dirait qu’il vaut mieux lui laisser la manipulation des braises, plutôt que de tenter d’éteindre ce foyer dont les doses létales parcourent à des degrés divers tous les pays arabes, sans compter l’Occident qui en accueille l’immigration…
La guerre est-elle un art ? Il faut alors se demander, dans une démarche également éthique, si l’art peut être cruel. Comme une belle partie d’échec, mais, de plus, avec une conjonction de la stratégie et de la nécessité humaniste. N’y résistent que les guerres nécessaires et moralement justifiables : se défendre contre les tyrannies, comme lorsque La Fayette vint contribuer à l’indépendance et à la justesse de la constitution des Etats-Unis. Service d’ailleurs rendu lorsque les Nazis ne furent chassés d’Europe qu’avec l’aide américaine. Art éthique en ce cas et cependant forcément laid, contraignant la liberté individuelle à abdiquer devant le dilemme discutable entre raison d’état et raison politique juste. Art laid de dommages collatéraux et de bombardements iniques sur Dresde et Hiroshima, dont les conséquences vont jusqu’à Guantanamo, jusqu’aux cercueils drapés de tricolore au retour d’une veille perdue contre le terrorisme taliban dont il faut se désengager. Veille pourtant peut-être nécessaire comme l’est la veille de la civilisation contre la barbarie. Comme la neutralité suisse, armée autant d’une saine économie que des moyens d’une guerre de défense, comme la force d’Israël, malgré d’inévitables et lourdes maladresses… Art à réinventer pour que le seul ennemi de la guerre soit la guerre elle-même.
Stalles de l'abbatiale de Saint-Maixent-l'Ecole, Deux-Sèvres.
Photo : T. Guinhut.
Démocratie libérale
versus tyrannie constructiviste...
Nous croyons vivre en démocratie, ce concept fétiche de notre temps… Mais s’agit-il d’une démocratie des libertés, qui devrait rayonner de ses Lumières ? Certes, le peuple est souverain. Pourtant, nanti de cette souveraineté comptable dans les urnes, il aboutit non à une extension du domaine de sa liberté, mais à une extension socialiste du domaine de l’Etat aux dépens de la propriété et des initiatives économiques. Comment en sommes-nous arrivé à cette dangereuse extrémité ? Sinon par une insatiable demande à vivre aux dépens d’autrui et de sa prétendument indécente richesse, au nom de cette envieuse égalité qui parvient non seulement à castrer les libertés, mais à s’appauvrir elle-même…
Parler de seule démocratie n’a aucun sens : un peuple peut majoritairement voter pour une tyrannie, donc démocratique. Il faut qu’il ait démocratie libérale, c’est-à-dire incluant le respect des libertés individuelles, politiques, à savoir de penser, d’expression, de publication, d’association, en dépit de tout diktat religieux et sociétal, enfin économiques, à savoir d’entreprendre, d’investir, de dépenser et d’épargner. Cela doit passer par un gouvernement constitutionnel et représentatif, une séparation des pouvoirs, mais aussi un gouvernement le moins intrusif possible, aussi bien dans la vie privée qu’économique de ses citoyens que dans le domaine fiscal, forcément minimal, dans le cadre d’une société ouverte.
Quant au constructivisme, il s’agit d’une propension politique selon laquelle les choix publics doivent être guidés par la nécessité et la volonté de construire un certain type de société, qu’elle soit fasciste ou théocratique, socialiste ou communiste, ou encore théocratique, voire écologiste. Il est de toute évidence contraire à l’individualisme libéral qui, selon Friedrich Hayek consiste à « reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, [à] croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes[1] ».
Grâce au pouvoir du peuple souverain, de cette volonté générale rousseauiste, de cette oppression perpétrée par la majorité que dénonça Tocqueville, nous sommes depuis trois décennies, à des degrés divers, en démocratie socialiste. Une démocratie dans laquelle le peuple et ses représentants, drogués à la dépendance et à la toute-puissance de l’état conduisent, avec application, persévérance et succès, la France autour des dix pour cent de chômeurs et vers la récession économique. Ainsi, la démocratie, quelques soient les alternances politiques, conduit les édiles des collectivités locales et de l’état selon son cœur antilibéral et selon la poche percée de sa faim de subsides publics.
Faut-il citer le droit au logement opposable, le blocage des loyers et les menaces de réquisition de logements vacants, pour montrer combien la propriété est bafouée, aggravant encore plus la raréfaction et la cherté de ce même logement ? Faut-il citer les fantasmes de nationalisation d’entreprises, surtout lorsqu’elles ne sont plus rentables et en dépit de toute rationalité comptable et économique, fantasmes partagés parmi à peu près tout le spectre politique ? On n’aura là que deux exemples des aspirations démocratiques décidées, contre tout bon sens, à chasser les pauvres restes de libéralisme économique de l’espace français…
Quand l’Etat est plus lourd, plus pesant, plus lent, plus dispendieux que les libres entreprises privées, il ne faut pas s’étonner que son soviétisme latent, par le biais des prélèvements obligatoires, des contraintes et des normes, aboutisse à l’appauvrissement généralisé. Y compris à l’appauvrissement des esprits qui ne parviennent plus à imaginer pouvoir voler de leurs propres ailes et prendre le risque de la liberté, le risque des start-up, de l’investissement individuel et du capitalisme de chacun.
Quand l’Etat pompe l’énergie des forces vivantes de l’économie en absorbant près de 57 % du PIB, alors que la Suisse, par exemple, n’en consomme que 35%, nous ne nous étonnerons pas que la capacité à la croissance soit arasée. Quand on parvient à contrevenir au droit de propriété du revenu au point de voler 75 % d’une ressource pour la satisfaction égoïste d’un état-providence à bout de souffle, il ne faut pas s’étonner de l’éradication et de la fuite de l’aristocratie des affaires et de l’entreprenariat. Sans compter que selon le célèbre adage, trop d’impôt tue l’impôt, le rendement de l’impôt est inversement proportionnel à l’augmentation de son taux, donc, non seulement confiscatoire, mais aussi autophage et finalement autodestructeur…
Quand le principe de précaution et les diktats écologistes, partagés au-delà de la microsphère des militants, lacèrent la recherche et le développement, préférant le statut quo sur les produits phytosanitaires cancérigènes à l’innocuité des OGM ; quand les gaz de schistes sont des démons attentatoires à la déesse Gaïa ; quand la rétractation nationaliste du patriotisme économique se conjugue avec l’atonie devant les atteintes aux libertés proférées par l’acculturation islamiste, ne faut-il pas craindre que l’obscurantisme ouvre la porte à la disette et à la censure ? Enfin, quand les penseurs libéraux, du lycée à Sciences-Po, ne sont guère ou pas enseignés, à l’égal des keynésiens et des marxistes, le formatage dans l’éducation ne peut aller que jusque vers l’hémiplégie intellectuelle et politique.
Hélas, la cécité généralisée devant l’incurie financière et gestionnaire de l’état, dont le château de dettes menace de s’effondrer en écrasant le bas peuple, la cécité devant l’évidence du bon sens économique bafoué, aboutissent à une négation suicidaire des fondements comptables de la réalité, donc à l’assèchement des initiatives entrepreneuriales. Nous n’avons jamais été aussi près de la tyrannie communiste, non par la faute d’un putsch léniniste, mais à la faveur de la volonté démocratique. Au contraire de la Suisse, de l’Allemagne, de la Suède et du Canada qui, à des degrés divers, ont réduit le poids de l’état, permettant leurs succès, non seulement économiques, mais aussi sociaux, puisque le chômage y est deux fois moins lourd que dans notre cher hexagone…
« La démocratie libérale prétend être un gouvernement responsable, un ordre politique dans lequel le gouvernement doit répondre de ses actes devant les gouvernés », imaginait Leo Strauss[2]. Hélas, le gouvernement étant l’émanation, la créature et le produit désirés d’une volonté générale perverse, c’est alors à peine s’il doit et peut répondre de ses actes et de leurs conséquences. Une énorme majorité désirant plus de prestations sociales, plus de prélèvements et de prêts, par voie de conséquence plus de dettes, aux dépens des prétendus exploiteurs que sont les chefs d’entreprises, les actionnaires, les financiers, sans compter les classes moyennes, il est dans l’ordre de sa logique de ne pouvoir demander à elle-même des comptes sans se décrédibiliser. C’est ainsi que la démocratie autodétruit sa prospérité et sa liberté d’action. En ce sens le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes va à l’encontre de la finalité attendue : le devoir des peuples d’aller vers plus de liberté et de prospérité est bafoué par la course des peuples vers leur fossoyeur.
Dans le cadre de cette tension entre libéralisme et démocratie, Serge Berstein nous avertissait : « là où les libéraux choisissent la liberté et la propriété, fût-ce aux dépens de l’égalité, c’est sur cette dernière qu’insistent les démocrates, fût-ce au risque de la suppression des libertés et de l’atteinte à la propriété.[3] » Nous y sommes : la France a choisi la pente savonneuse de l’addiction démagogique à la démocratie socialiste. A contrario, la démocratie libérale n’est soumission ni aux préjugés et décisions de sa majorité, ni, cela va sans dire, au matérialisme, ou à quelque religion que ce soit ; elle doit rester la garante des libertés individuelles, non seulement économiques, mais intellectuelles et spirituelles. Faute de quoi, sans sagesse de savoir être libérale, la démocratie flirte avec la tyrannie et la servitude volontaires. Reste à savoir si nous pourrons redresser la barre d'un tel pourrissant bateau rouge, sans violences…
Qui eût cru qu’après l’effondrement du bloc soviétique, les contrées paisibles de la démocratie européenne, et surtout française, puissent être saisies par les pieuvres de la tyrannie constructiviste ? Pourtant, force est de constater que, sur les plans pénal et policier, fiscal et social, économique, sans compter la pensée, les bras torves et puissant de la bête viennent étreindre la France de leurs ventouses répugnantes.
De paisibles manifestants sont aspergés de gaz lacrymogènes, parfois violentés, emmenés en garde à vue, certes dans le cadre de manifestations non déclarées, non autorisées, mais aussi de « veilles » sans attroupements. Quoique l’on puisse penser de la légitimité intellectuelle de la conviction des « anti mariage pour tous », de l’opportunité d’encore manifester contre une loi démocratiquement votée, les moyens policiers employés sont pour le moins disproportionnés. Au point que le Conseil de l’Europe ait cru bon de tancer la France pour son « recours excessif à la force ». Le cas du jeune Nicolas, condamné à deux mois de prison ferme, est à cet égard alarmant. Pour s’être verbalement élevé (et on le comprend) contre une arrestation abusive, et avoir refusé un prélèvement ADN, en la demeure on ne peut plus indu… Police et Justice se font ont ici craindre en toute brutalité, rompant le lien de confiance qui aurait du s’établir entre ces institutions républicaines et le simple citoyen. D’autant que les manifestants d’extrême-gauche, les agriculteurs saccageurs, les racailles pilleuses bénéficient de forces de police moins lourdes et surtout plus conciliantes. Pourquoi ? Parce qu’ils assurent la base de l’électorat de gauche, parce qu’ils sont plus violents. Pensons aux casseurs syndicalistes et cégétistes, qui ont failli bénéficier, sur proposition du Sénat, d’une loi d’indulgence et de relaxe pour leurs méfaits. Une police aux ordres, une police politique… Quand la justice relaxe ou du moins offre le sursis à de réels délinquants, de plus n’osant pas revoir sa position sur les mineurs, d’autant plus actifs et délétères qu’ils sont à peu près inattaquables. Pire, la police et la justice, dites républicaines, abandonnent de nombreux quartiers qui à des mafias, qui à la charia…
Pourtant, la justice parait d’une sagacité, d’une vélocité admirables lorsqu’elle va fouiller les poubelles de la corruption affairiste et politique : haro sur l’affaire Bettencourt, haro sur l’affaire Tapie ! Enfumage médiatique et acharnement de magistrats roses et rouges sur de vieilles lunes, pour faire oublier au présent les nombreux édiles socialistes menacés ou réellement condamnés. Au point que la transparence de la manœuvre -viser et abattre Sarkozy- en devienne obscène, que l’on finisse par se prendre d’amitié pour ce dernier et pour Tapie. Ne serait-ce que parce que la faute est aux textes sur le financement des partis, qui devraient être, au lieu de pseudo-moralement contingentés, absolument libres et publics. Par ailleurs, quand on sait combien Tapie fut spolié à l’occasion de la nationalisation du Crédit Lyonnais (l’une des plus grandes banque mondiales, ainsi dévastée, et dont les archives ont opportunément brûlé) on parviendrait à prendre fait et cause pour lui. Peut-être, « en bande organisé », a-t-il pu infléchir son dossier et bénéficier d’un arbitrage et d’un remboursement indus, il n’en reste pas moins que ce qui n’est peut-être pas un vol d’un particulier aux dépens de l’Etat, est passible du pénal quand le vol institutionnalisé et permanent de l’Etat et de son oligarchie à l’encontre des entreprises et des individus est sanctifié au nom du mythe coûteux et contreproductif de la solidarité sociale.
Car la pieuvre, outre des bras policiers et pénaux, à de longs bras fiscaux et sociaux. Une fiscalité à plus de 50 % qui est un flagrant désaveu au droit de propriété tel qu’inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; une dépense publique (57% du PIB) qui croit sans cesse ; un déficit public qui, malgré les véreuses promesses, se creuse à 3,7% ; une dette abyssale creusant le dos de chaque citoyen vivant et à naître ; une courbe du chômage qui ne se s’inverse pas (sinon au moyen d’emplois de fonctionnaires, d’emplois aidés, d’artifices statistiques, grâce à des changements de catégorie) ; un exil entreprenorial exponentiel ; un travail au noir incommensurable… Sans compter le contrôle fiscal, dont on se demande parfois s’il est, moins que comptable, politique. Un projet de loi fiscale (n°1011) est à cet égard éclairant : il prévoit d’autoriser à recourir « à tout mode de preuve, y compris illicite », pour pratiquer l’inquisition. Notre Etat aurait donc tous les droits, y compris illicites ? Jusqu’à ce que la tyrannie devienne licite au vu de tous.
La « police de la pensée[4] » voit ses bras fourmillants lui pousser de partout. Il y a une pensée correcte, progressiste et sociale, de gauche, keynésienne et multiculturelle (y compris si ce multiculturalisme est offert à une monoculture rétrograde, intolérante et criminelle). Il y a des pensées dites « populistes », « néo » ou « ultralibérales », qui ne méritent que le mépris et la stigmatisation. Les lois Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben, ces lois mémorielles, permettent à des associations comme SOS Racisme, voire d’obédience islamiste, de jeter devant les tribunaux ceux que la liberté d’expression chatouillerait… Que certaines pensées soient nauséabondes, antisémitisme de Céline ou phrases d’un livre prétendument saint que nous ne nommerons pas, soit. Mais faut-il sonder, les pages, les reins et les consciences devant des tribunaux qui, par ailleurs, feraient mieux de s’occuper de la réelle criminalité ? Qu’il soit nécessaire de pouvoir, sur un site gouvernemental, « signaler des comportements illicites sur internet », quand il s’agit d’escroqueries ou d’usurpations d’identité, bien. Mais ne risque-t-on pas là de signaler un discours de haine qui n’en est pas un et qui, de plus, n’est qu’un discours ? La haine musulmane -des Juifs, de l’Occident, des libertés- est tolérée, quand la critique de celle-ci est soupçonnée des pires bassesses. Sans oublier que pensée et information ne vont pas l’un sans l’autre. Il ne faut pas dire l’origine ethnique et culturelle de la délinquance, le coût de l’immigration (dépenses sociales sans compter sa délinquance) supérieur de 0,2 % aux gains. Quant aux journalistes qui publieraient des informations sur le consultable patrimoine des élus, ils pourraient encourir jusqu’à deux ans de prison, ce dans la cadre d’un projet de loi sur la Transparence. Risible transparence. Si ce n’était si grave…
Si « l'art du possible peut être assimilé à la capacité de protéger l'espace de la politique contre les prétentions de l'impossible[5]», il s'agit de nous protéger contre cette utopie constructiviste génératrice de dystopie. Car ce n’est plus en ironisant qu’il faudra qualifier la France de dernier Etat communiste d’Europe. Sa pieuvre étatique s’accommode et s’emmêle des pieuvres délinquantes et théocratiques, ce aux dépens du citoyen et de la démocratie libérale enfuie. Comment briser leurs bras ? Quelle explosion ? Quelle paisible vague de conscience et de libertés ? À cet égard, Friedrich Hayek, toujours judicieux à l’encontre du planisme constructiviste, conseillait : « Il vaut mieux créer des conditions favorables au progrès que faire des plans de progrès[6] ». Reste qu’entre peste brune des partis d’extrême droite, peste rouge et rose des socialismes et communismes, pestes vertes de l’écologisme et de l’Islam, la pieuvre constructiviste s’étale comme hydre de Lerne aux bras lourds et sans cesse renouvelés, complices ou concurrents, tous cependant ligués contre la démocratie libérale…
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Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.