Basilique Saint-Just de Valcabrère, XI°-XII° siècles, Haute-Garonne.
Photographie : T. Guinhut.
Du Moyen Âge à la Renaissance :
Société féodale, vie des femmes, peste noire,
Thomas d’Aquin, politique & art…
Marc Bloch : La Société féodale, Albin Michel, 2026, 710 p, 26,90 €.
Justine Audebrand : La Vie des femmes au Moyen Âge, Perrin, 2026, 400 p, 22,90 €.
Anna Esposito, Franco Franceschi, Gabriella Picini :
Violences faites aux femmes. Un regard sur le Moyen Âge,
traduit de l’italien par Marie-Ange Beaugrand, UGA éditions 2016, 378 p, 28 €.
Patrick Boucheron : Peste noire, Seuil, 2026, 576 p, 27 €.
François-Xavier Putallaz : Le Hibou, le zodiaque et la petite vieille. Miettes de Thomas d’Aquin,
Editions du Cerf, 2026, 192 p, 16 €.
Jacques Bouineau : Le Regard du droit. La politique et l’art à la Renaissance,
Les Belles Lettres, 2026, 374 p, 45 €.
Moyenâgeux, le Moyen Âge ? L’adjectif, dépréciatif, montre l’ampleur des préjugés attachés à la période médiévale. Aussi faut-il le redécouvrir sans cesse, par exemple au moyen de l’édition revue et augmentée de La Société féodale, ouvrage fondamental à cet égard. Cependant une flopée d’essais vient à point dans nos librairies pour dépoussiérer cette période bouleversée, pour en examiner des aspects jusque-là peu investigués, soit le versant féminin de l’humanité, en particulier au prisme des violences qui leur furent faites. Pire cependant, c’est au XIV° siècle que s’abattit une catastrophe imparable, celle de la peste noire, qui fit tant de victimes. Plus savoureux est le « hibou » dont l’une des « miettes » émaille les cours de l’austère théologien Thomas d’Aquin. Reste à savoir quel saut culturel a fait du Moyen Âge le tremplin de la Renaissance, en particulier en termes de politique et d’art…
Quoique plus que cinquantenaire, ce copieux volume de Marc Bloch (1886-1944) n’a rien perdu de sa pertinence. En effet, d’abord écrit à partir de 1933, puis publié en deux tomes en 1939 et 1940, en des temps pour le moins troublés, La Société féodale reste un indispensable monument, plus sûr que la présence des restes de son auteur au Panthéon, tant pour son œuvre de résistant que d’historien, tant l’opportunisme et la manœuvre politique guident aujourd’hui l’opération. Elle est après Les Rois thaumaturges et Les Caractères originaux de l’histoire rurale française un sommet d’érudition, néanmoins d’approche aisée, au moyen d’une écriture élégante.
La seigneurie et les systèmes agraires sont les piliers de cette entreprise historienne, qui concerne les fiefs, d’où vient le mot « féodal », soit une structure sociale, « un mode de possession des biens réels », au travers de la relation vassalique et de l’organisation seigneuriale.
À partir du VIII° siècle un faisceau d’invasions, Sarrasins, Hongrois, Normands, cerne l’Europe. Deux siècles plus tard, la situation se stabilisant – hors l’invasion musulmane au sud, dont les razzias esclavagistes et les pillages ne cessent de longtemps – une société chrétienne peut prospérer. Les conditions matérielles et économiques sont ici fondamentales. En ce sens, ce que Marc Bloch appelle « le second âge féodal » manifeste une « révolution économique ». La « mémoire collective » s’organise autour de l’historiographie et des épopées, tandis que les fondements du droit vont de celui coutumier à celui écrit. Ainsi, consacrée au « milieu », s’achève la première partie.
La seconde s’intéresse aux « liens d’homme à homme ». Lorsque priment les liens du sang, la « solidarité du lignage ». Mais aussi une structure dans laquelle l’on est assigné à la vassalité, voire au servage. Plus loin, le second tome s’intitule « Les classes et le gouvernement des hommes ». Ce qui laisse entendre que le gouvernement de Dieu n’est pas loin. Bien entendu, la noblesse s’honore d’une vocation guerrière, et la hiérarchie du pouvoir et du rang se trouve fort codifiée, ne serait-ce que par l’hérédité ; tandis que le code chevaleresque n’est pas sans idéalisation. Par ailleurs le clergé dispose d’un statut à part, formant à lui seul une « société ecclésiastique ». Restent, au plus bas de l’étagère sociale, bourgeois et vilains.
Parmi royautés et empires, ne manquent ni les problèmes dynastiques ni les violences et les guerres, malgré l’aspiration vers la paix. L’émergence des Capétiens est un fait marquant ; alors que « depuis le milieu du XII° siècle les sociétés européennes s’écartent définitivement du type féodal ». Pourtant le régime seigneurial lui survécut longtemps. Rien d’étonnant à ce que sa structure de commandement, voire la continuation du servage, son peu de liberté individuelle, deviennent insupportable au siècle des Lumières, et à la veille de la Révolution. Cette dernière, malgré ses impérities, sa Terreur, sa conséquence bonapartiste et impériale, doit être comprise dans le droit fil du « droit universellement reconnu au vassal d’abandonner le mauvais seigneur ».
En cette édition revue et augmentée de La Société féodale, rien ne manque : préface, bibliographie, index, fonds d’archive, extrait de la correspondance… Aux côtés des Rois thaumaturges[1], paru en 1924, l’exploration historique et sociétale en tant qu’étude des liens de dépendance et des classes sociales reste impressionnante. L’on sait que, novateur, il ne se limitait pas à user des documents écrits, mais également de la numismatique, de l’archéologie, de l’art, tentant en cela d’embrasser une Histoire totale, dans la perspective de l’Ecole des Annales.
Néanmoins les investigations de plus récents historiens viennent enrichir cette manne. Depuis l’ouvrage fondateur de Régine Pernoud, Les Femmes au temps des cathédrales[2]la recherche ne cesse de s’intéresser à cette indispensable moitié de l’humanité. En témoigne l’opus de Justine Audebrand, La Vie des femmes au Moyen Âge, du moins en ce qui la concerne, cette période qui précède les grandes cathédrales. Elle dépoussière l’image convenue de la femme médiévale pour montrer combien, au-delà de quelques figures archi-connues, comme Jeanne d’Arc ou Christine de Pizan, les dames singulières et influentes pullulent.
Se consacrant plus précisément aux six siècles qui suivent l’écroulement de l’empire romain, jusqu’au XI°, notre historienne aime à déployer autant un contexte que des personnalités. Car en cet âge pas si sombre, entre Mérovingiens et Carolingiens, l’on trouve bien des dames lettrées,
« Vierge convoitée, veuve contestée », la femme reste sous la tutelle masculine, quoique leur patrimoine et l’organisation du foyer ne leur soient guère enlevés. Grâce au Manuel de Dhuoda, conseils d’une mère carolingienne à son fils, l’on saura tout sur la procréation et les dangers de la maternité, sur l’amour maternel, les soins aux enfants et leur éducation.
Certes la tutelle des hommes sur les femmes est avérée, mais il y a bien un patrimoine au profit de ces dernières, « organisatrices des foyers ». Madame peut être perçue comme une « tisseuse de paix », mais aussi comme une « vengeresse ». Nous nous doutons qu’elle n’échappe pas au travail, domestique, « au four et au moulin », dans les ateliers textiles, quoique bien plus rarement elles fussent marchandes et médecins. Le cas d’une paysanne pauvre en Auvergne au X° siècle, éreintée de trvail, est à cet égard édifiant, alors que la gent féminine peut encore être serve, voire esclave.
Cependant peut-on considérer que l’entrée en religion puisse être un refuge ? Par dizaines, les monastères féminins éclosent, où, en dépit de la règle, les moniales bénéficient d’une réelle paix, de la possibilité d’écrire, d’être copistes, et d’une autorité significative si l’on est mère supérieure.
À l’autre extrémité du spectre social, s’élèvent des femmes en guerre ou de pouvoir. Mythe et réalité historique s’entremêlent si l’on évoque des femmes guerrières, une Viking au X° siècle, des gardiennes et défenseures de forteresse. Alors que des rois francs pouvaient être polygames, de « très glorieuses reines » s’affirment, à l’instar de Théodelinde, reine lombarde à la jonction des VI° et VII° siècles. Plus tard, l’on ne peut manquer Aliénor d’Aquitaine.
Hélas, bien des dames sont inévitablement victimes de violences domestiques de viols guerriers, d’époux uxoricides (l’on emploie aujourd’hui le terme féminicide), de femmes adultères vraies ou non, sans défenses par surcroit. Le tableau n’est pas rose, mais il n’est pas aussi sombre que nous aurions pu le penser avant la lecture utile de cet ouvrage de Justine Audebrand.
La féminisation de l’enseignement, en particulier universitaire, entraîne la multiplication de l’intérêt pour le statut des femmes au cours de l’Histoire. Si c’est une mode, c’est en l’occurrence une mode heureuse.
Bien moins heureuse cependant lors de ce Moyen Âge où l’association de plusieurs chercheuses italiennes dévoile les « violences faites aux femmes », pour reprendre le titre. Attendons-nous à un catalogue impressionnant, qui, s’il concerne surtout le bas Moyen Âge italien, devait s’étendre au-delà de ses frontières alpines.
L’on se doute qu’alors culture patriarcale et violences domestiques vont de pair. Elles sont corrigées, mises sous tutelle, punies, voire assassinées au nom de « l’honneur trahi ». Grâce à des suppliques adressées au Pape, l’on a une idée – certes partielle – des femmes « contraintes et forcées », en ou hors mariage. Ce sont également des « fractures de défenses sur des squelettes », découvertes lors de fouilles à San Miniato près de Pise, qui permettent aujourd’hui d’établir les natures et les degrés de violences exercées. Reste que dans le couple l’obéissance étant une vertu, la persuasion spirituelle n’est pas loin de la manipulation. Le droit statutaire pouvait autoriser à battre sa femme, jusqu’à la tuer, comme à Lucques, en cas d’adultère, y compris l’amant. Ne manquent ni les concubines séduites et abandonnées, ni les jeunes esclaves abusées…
En un chapitre abondant, le vocabulaire des injures contre les femmes pullule : « putain, chienne, courge, truie ». Cela dit, notre époque n’est pas indemne de ces qualificatifs dignes du lupanar et de la porcherie. Non sans oublier combien la gent féminine est une « victime collatérale » dans le conflit entre chrétiens et musulmans.
Loin de n’être qu’un réquisitoire à l’encontre des soudards moyenâgeux, cet essai réserve une part à des violences entre consœurs ou à de vigoureuses défenses contre des agresseurs. Il est aussi détaillé que possible, abondamment sourcé, au vue de découvertes archéologiques, de références judiciaires, iconographiques…
Un savoureux petit volume viendra détendre l’atmosphère. Y compris à l’occasion d’une discipline phare, soit la théologie qui est au cœur du Moyen Âge chrétien. Probablement le plus incontournable de ses maîtres est-il Thomas D’Aquin (1225-1274), plus tard sanctifié. Son œuvre canonique n’est pas pour rien une somme. Plusieurs milliers de pages constituent en effet sa Somme théologique. Fort sérieuse, sinon ardue, d’une logique imparable, elle était forcément l’objet de l’étude attentive des impétrants. Mais ses étudiants n’étaient pas forcément toujours les plus studieux, tant nous sommes tous humains ; aussi fallait-il parfois détendre l’atmosphère, rallumer l’attention.
François-Xavier Putallaz présente modestement le résultat de ses investigations comme les « miettes de Thomas d’Aquin », sous un titre inattendu : Le Hibou, le zodiaque et la petite vieille. Car des anecdotes, des petites fables, souvent animalières, détendent et animent le discours du maître. L’on y découvre en effet des « vaches volantes » et un « bœuf muet », un « loup », une « hirondelle ». Ainsi la vision nocturne du hibou est-elle la métaphore de la connaissance des choses spirituelles via la sagesse mystique. Les « vaches volantes » qui viendraient distraire la pensée sont une allusion à celui que l’on appelait « le bœuf muet », Thomas d’Aquin lui-même, fort corpulent, et cependant agile d’esprit. Au point qu’il puisse discerner « les loups déguisés en brebis », soit ces hypocrites qui trahissent la vocation. Reste le zodiaque et ses signes, qu’il faut consulter à l’occasion des effets des astres sur le monde matériel, mais se garder du dévoiement des horoscopes. Ce en quoi notre philosophe chrétien reste rationnel. Reste qu’une « petite vieille », si menue soit-elle, en sait devant Dieu autant que les doctes. Celle-ci est bien l’image de l’humilité.
Cet hibou argumentatif n’est en effet pas qu’animalier. Si les bains sont soupçonnés de chasser la tristesse, qui est une des « onze passions de l’âme », mieux vaut la contemplation de la vérité. Alors qu’en cherchant à « trouver l’espoir au fond d’un verre », plus sûrement l’on y plongera dans l’ivrognerie. Au contraire de Tertullien, Thomas d’Aquin se montre indulgent à l’égard de la « parure des femmes » ; et plus encore en faveur du rire, car causer la joie n’a rien de répréhensible. Quant à la moquerie, elle n’est « péché de langue » que si elle est outrage et diffamation.
Au travers de ces apologues miniatures, la pensée aquinienne se déploie finement et largement, jusqu’à la contemplation de Dieu ; cela va sans dire…
Entre 1347 et 1352, la peste noire fut la « plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité » affirme l’historien Patrick Boucheron. Certes un peu plus de la moitié de la population européenne fut alors éradiquée, mais ce serait oublier cette même infection par Yercinia pestis qui au temps de Justinien, soit au VI° siècle, réduisit par exemple Rome – qui comptait un million d’habitants – à une population de 20 000 malheureux. Quid également de l’Amérique espagnole dont l’effondrement de ses natifs avoisina les 90 % ? Sans compter bien des tragédies, cette fois d’origine humaines et non naturelles, comme le communisme, comptable de 120 millions de morts parmi le monde…
Il n’en reste pas moins que cette peste, débarquant à Marseille, serait venue des fins fonds de la Mongolie, en passant par Constantinople. Bien entendu, l’époque y vit un châtiment divin, arguant des péchés continuels de l’humaine nature.
La vocation de ce livre sobrement intitulé Peste noire est-elle de « conjurer la peur », pour reprendre un précédent titre de Patrick Boucheron[3] ? Nous gardons en effet en mémoire l’épidémie de Covid, quoique bien plus bénigne. Celui qui dirigea l’Histoire mondiale de la France[4] n’est pas à l’abri d’un opportunisme de plus, alors qu’il y flattait l’immigration inhérente à l’Histoire nationale et l’islam.
Embrassant la biologie, l’épidémiologie, la paléogénomique, la démographie, l’économie, l’archéologie, la génétique (…) cet ouvrage copieux ne permet pas que le modeste critique puisse en vérifier toutes des données scientifiques, d’autant qu’une bibliographie gargantuesque laisse à penser que son auteur est un ogre de connaissance ; ou un professionnel du survol… Reste qu’il a le mérite, non seulement de rappeler notre fragilité face aux catastrophes naturelles, mais aussi de mettre en lumière une énorme faille historique et civilisationnelle, qui, sait-on, a peut-être retardé l’éclosion de la Renaissance.
Quand commence la Renaissance ? En 1453, à l’occasion de la chute Constantinople sous les coups de l’islam ; en 1492, lorsque Christophe Colomb découvrit l’Amérique ? Ces dates sont bien entendus arbitraires, tant la Renaissance est la conséquence d’un processus continu, depuis l’humanisme de Pétrarque au XIV° siècle. La Florence du XV° est à cet égard essentielle. L’art, de par la perspective et le modelé des coprs, y fleurit comme nulle part ailleurs. Mais à cette priorité de l’esthétique, Jacques Bouineau ajoute l’émancipation du droit, entre individualisme et universalisme, dans son bel essai Le Regard du droit. La politique et l’art à la Renaissance.
Autour de Florence, où semble éclore « l’homme total », toute l’Europe de l’ouest voit croître, entre pouvoir religieux et pouvoir politique, l’essor d’une sensibilité humaine qui redéfinit l’individu, ce jusqu’à Montaigne et La Boétie. Au-delà de la « persona », Jacques Bouineau nomme « egomet » l’homme augmenté par l’art et la philosophie en tant qu’il est harmonie. Il en eut l’intuition devant une Nativité du musée du Louvre. En conformité avec Alberti, l’historia représentée par le peintre est « animée par une émotion née de la sympathie ». Ainsi la vérité du monde est perceptible par la beauté, selon une conception néoplatonicienne, conjointement avec un jaillissement de la sensibilité. Autrement dit, « la Renaissance ne fait donc rien d’autre que mettre des images sur ce qu’il y a de divin dans l’homme (…) elle réunifie le microcosme humain devenu egomet et le macrocosme perceptible de la philosophie néoplatonicienne et le truchement de la beauté ». La congruence de l’imagerie sacrée chrétienne et celle issue de l’Antiquité gréco-romaine permet une inédite civilisation esthétique. Or « l’art est un truchement. Décrypté par un juriste, il exprime ainsi un fait de société ». C’est en ce sens que Jacques Bouineau déplie sa réflexion. Passant par le prisme de l’œuvre d’art, peut-être peut-on considérer le législateur comme un artiste…
Par ailleurs, la Renaissance a lieu « au moment où se fortifie la notion d’Etat et où se bâtissent peu à peu ses institutions », ce malgré une période notoirement violente. Et une fois les portes du Concile de Trente refermées, en 1563, le conformisme doit s’installer. À moins qu’une dissidence voie le jour, sous la forme d’une contre-religion, soit l’athéisme, d’un antimonarchisme et du libertinage en ce qui concerne les domaines politiques et sociaux. En 1610, pour notre essayiste, la mort du Caravage « hurle jusqu’à la mort l’impossibilité où se trouve désormais le monde de vivre par l’egomet ». De cette façon l’examen de la production de l’artiste permet de lire le monde politique qui l’entoure, en particulier au travers des représentations de l’architecture et des figures du pouvoir.
Peu d’ouvrages associent ainsi la floraison artistique renaissante – qu’il s’agisse surtout de peinture, mais aussi d’architecture, des Lettres, du dessin, de la musique – avec une maturité politique en devenir. Notons, en ce bel éclectisme, par exemple : une des voies qui conduisent à l’affirmation de l’ego (…) avait commencé avec la Divine Comédie de Dante, rédigée entre 1304 et 1320, et dans les accents de l’Ars nova, cette musique nouvelle qui résonne de rythmes religieux et profanes, au grand scandale de la papauté ». Si cet essai peut paraître un soupçon ardu, il a me mérite de son ambition historienne et esthétique. Il est de surcroit judicieusement orné de nombre de reproductions de tableaux, malgré leur exigüité, que l’on pardonnera volontiers.
Il faut plus d’un millénaire pour embrasser le Moyen Âge et la Renaissance. Depuis le règne de la théologie jusqu’au surgissement de l’individu artiste de sa propre vie, voici un chemin crucial de l’humanité. Pour reprendre Jacques Bouineau, « on passe d’un monde terrestre pensé comme une création divine, mais soumis à l’emprise de Satan, à la conviction d’une nature harmonieuse appelant à la vénusté ». Et n’allons pas croire que ce chemin ne soit que masculin. S’il en était besoin, l’Autoportrait à l’épinette peint par Sofonisba Anguissola (1532-1625), en serait, quoiqu’encore assez rare, la preuve troublante, tant le regard qu’elle porte sur le spectateur nous atteint, tant elle interroge son et notre identité.
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Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.