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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 12:04

 

Parador Castillo Enrique II, Ciudad Rodrigo, Salamanca, Castilla y León.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Boualem Sansal,
sismographe algérien des tyrannies :
Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu,
Le Village de l'Allemand ;

suivi du Dictionnaire des écrivains algériens.

 

 

 

Boualem Sansal : Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu,

Gallimard, 256 p, 20 €.

 

Boualem Sansal : Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller,

Gallimard, 272 p, 17 €.

 

Boualem Sansal : Le Français, parlons-en !  Les éditions du Cerf, 20024, 192 p, 19 €.

 

Salim Jay : Dictionnaire des écrivains algériens,

Serge Safran éditeur, 480 p, 27,90 €.

 

 

         Nombreux sont ceux qui veulent s'assoir sur le siège de la tyrannie, trop nombreux sont ceux qui y réussissent. Au contraire de ce régime nazi qui rôde dans les romans de Boulem Sansal, n'en doutons pas métaphore d'un autre fascisme en cours, remarquables pour leur ponctualité, les trains suisses sont aussi ceux d’une confédération du prospère libéralisme économique et politique. Nombreux également sont ceux qui auraient aimé pouvoir les emprunter pour quitter maints régimes honnis ! Hélas, Le Train d’Erlingen ne viendra jamais au secours des opprimés, coincés dans une Allemagne fantasmatique. Résistant de la liberté, Boualem Sansal imagine en son roman une glaciale dystopie, terrifiante pour notre humanité, dressant un impressionnant tableau allégorique de l’attente et de la soumission à une tyrannie, plus précisément islamique. Il répond ainsi à l’un de ses précédents romans, Le Village de l’Allemand, honorant à la fois la langue française et sa nationalité algérienne dissidente, parmi ceux que l’on découvre à la faveur du Dictionnaire des écrivains algériens de Salim Jay.

 

 

      La richissime Ute Von Herbert écrit en Allemagne, à Erlingen, quand sa fille Hannah, est à Londres. Sans réponse à ses lettres, elle ajoute des « notes de lecture » pour un roman en cours, aux fragments dissimulés dans « notre cachette », dont un mémoire sans concession sur la « saga des Von Ebert ». À Erlingen, l’on dit que « la désintégration est planétaire », que guerre et épidémie rôdent avec « l’envahisseur sans nom », et l’on attend un train d’évacuation bondé qui ne viendra jamais. Nombre d’édiles de la ville préfèrent payer « le tribut d’allégeance » à ceux que l’on ne veut nommer, qui exigent « la SOUMISSION ou la mort », ou fuir en abandonnant leurs concitoyens, plutôt que le combat, « la reconquista » face aux « Serviteurs universels ». À moins qu’Ute ranime le feu de la liberté en manipulant « le gang de la Rosa and Co »…

      L’apologue est limpide. Entre le « train d’Erlingen », inséparable d’une arrière-pensée associée au nazisme, à ses déportations, et la tyrannie religieuse en marche, inséparable de l’avancée de l’Islam, sans réduire l’ouvrage à cette seule interprétation, Boualem Sansal sculpte une forme allégorique impressionnante, qui révèle notre passé, présent et futur. En ce sens, ce roman, dont le vortex se partage entre le leitmotiv des migrations et  les tyrannies obsédantes, se situe à la croisée de ses précédents livres, sans les répéter, mais aussi des lettres intimes et du brouillon de ce qui  devient, sous la main de la narratrice, un recueil d’aphorismes : « les pacifistes sont les ennemis de la paix », ou encore : « Nous en sommes à la fin de l’Histoire, notre Histoire, et nous allons, pour solde de tout compte, la terminer par notre propre génocide ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Tout cet héritage doit être trié par Léa, narratrice de la deuxième partie, qui est un roman-miroir de la première. Car sa mère, professeure, victime d’un attentat islamiste, de plus perpétré par un de ces anciens élèves (ce qui est une satire à peine voilée d’une Education Nationale dévoyée) devient une autre : Ute elle-même ! Cette « métamorphose », dont la dimension onirique confine au fantastique, s’ajoute à celle de Dieu, « dont la mission est précisément de soumettre le monde ».

      Même si le noyau de la pensée de Boualem Sansal est peu ou prou toujours le même, il métamorphose sans cesse et avec brio la forme. Après le « journal » entrecroisé des « Frères Schiller », au nom si européen dans Le Village de l’Allemand, puis un roman dystopique situé dans la société mythique de 2084[1], c’est un roman épistolaire, puis un méta-roman, voire un essai de géopolitique.

      L’écriture est entraînante, riche, urgente. Le pathétique et la peur sont orchestrés avec sûreté, sans cet excès d’effet qui serait du pathos, de l’emphase. Contrastée et colorée, elle est veinée d’allusions culturelles, historiques et littéraires, dans le cadre d’une judicieuse intertextualité : l’angoisse de La Métamorphose de Kafka, l’attente du Désert des Tartares de Buzzati, La Désobéissance civile de Thoreau, voire l’analyse du totalitarisme par Hannah Arendt au travers du prénom de la jeune correspondante…

      Selon notre orientation idéologique, le roman déplaira, si nous trouvons intolérable l’amalgame entre nazisme et Islam (comme dans Le Village de l’Allemand qui rapprochait la Shoah des massacres du Groupe Islamiste Armé en Algérie), si nous craignons d’agiter le spectre des peurs xénophobes ; ou il frappera par sa perspicacité visionnaire. Alors l’on saura le lire comme un avertisseur, mais aussi une satire politique de nos gouvernements, séduits par « irénisme », lâches, compromis ou aveugles : « J’espère de tout cœur que le monde encore indemne va réagir et commencer par réfléchir ». Boualem Sansal va jusqu’à utiliser judicieusement la prosopopée en faisant parler feu le naturaliste et philosophe américain Henry David Thoreau[2] : « Où sont vos hommes libres… les descendants des fiers Gaulois ? Qu’est-ce donc qui a été aboli chez vous, l’esclavage ou la liberté ? nous demanderait-il ».

      Seules les quelques pages et « notes » finales, qui se veulent un petit peu trop explicatives, didactiques, aurait mérité de ne pas s’ajouter à la construction biface et judicieuse de l’apologue : nous avions compris qu’il s’agissait de dénoncer la geste tyrannique de l’Islam. Il va jusqu’à proposer des mesures prophylactiques : « Pourquoi diable a-t-on supprimé les bagnes d’antan, Cayenne, la Guyane, le Nouvelle-Calédonie, les îles du Salut, c’est là qu’il faut expédier les malfaisants »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Et si nous n’avions pas compris, lisons quelque entretien offert par Boualem Sansal à un hebdomadaire, que les autruches prétendument progressistes qualifient de « nauséabond », voire d’extrême-droite, sans craindre la grotesque reductio ad hitlerum : « Si, dans certains pays les colonisations ont bâti de grandes civilisations, dans d’autres ils ont simplement exterminé les autochtones et pillé leurs richesses. […] L’Islam étant par nature prosélyte, conquérant, communautariste et rétif à toute intégration dans des sociétés chrétiennes, la cohabitation avec les autochtones s’avère impossible. […] La France [est] une cible privilégiée dans le plan d’islamisation planétaire. » De plus, notre auteur distingue « la phase 1, le prosélytisme gentil […], la phase 2, les islamistes ont fait de maintes banlieues de véritables républiques islamiques qui se gouvernent par la charia, et la phase 3, celle du jihad, est arrivée, inaugurée par les attentats de 2015. […] plus de protection et de sécurité incline à l’irresponsabilité individuelle et collective, voire à la soumission ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Hélas vrai de surcroît. De la part de celui qui a « fait de l’alerte le cœur de [ses] livres[3] » et dont nous devrions nous inspirer au risque de perdre identités et libertés…

      Si vis pacem para bellum[4], dit l’adage latin venu du grec de Thucydide ; soit : si tu veux la paix, prépare la guerre. Nous n’avons pas identifié l’ennemi des démocraties libérales, ou bien trop tard, nous n’avons pas préparé la guerre juste ; serons-nous les vaincus ?

      La reduction ad hitlerum, ou encore le qualificatif pseudo infamant d’islamophobe[5], qui équivaut à un appel au meurtre, seraient d’autant plus absurdes que Boualem Sansal, outre qu’il connait parfaitement ce qu’a de génocidaire et de liberticide le texte du Coran[6], a construit un précédent roman, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frères Schiller, sur une mise en parallèle des exterminations de masse menées avec entrain par le Groupe Islamiste Armé en Algérie et celles perpétrés avec sérieux par les Nazis.

      Formant une sorte de diptyque, deux frères confrontent leurs expériences permettant de mesurer l’horreur de la guerre civile et religieuse en Algérie dans les années quatre-vingt-dix, mais aussi la déréliction des banlieues françaises où s’installe peu à peu « une république islamique parfaitement constituée », à laquelle il faudra bientôt « faire la guerre ». Rachel et Malek, tous deux fils de Schiller, ont eu un père qui « a sciemment commis la faute de transmettre la vie sachant que tout ou tard la vérité viendrait à la surface et que ses enfants souffriraient le martyr ». Ainsi, au cours d'une quête qui mène dans un village algérien perdu, découvrent-ils que leur géniteur est un ancien bourreau nazi qui s’est reconverti vers le Front de Libération Nationale algérien, en passant par l’Egypte. Or le FNL est le parti « national-socialiste du grand Raïs », quand les religieux sont les bras armés des « gestapos islamistes ». L’ex moudjahid a secrètement conservé son insigne des Wafer SS. Effarés, Rachel visite le camp d’Auschwitz-Birkenau, touchant du doigt l’horreur de la Shoah. Cette fois l’hypotexte est celui de Primo Levi, Si c’est un homme. Le roman est torturé, implacable, néanmoins salutaire si l’on consent à en tirer la substantifique morale politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une fois de plus, loin des nombrilismes fatigués de trop de romanciers hexagonaux atones, Boualem Sansal, Algérien né en 1949, signe une œuvre forte, courageuse qui honore la langue française : indispensable. C’est alors qu’il faut prendre conscience de l’importance de ces écrivains d’outre-Méditerranée ; ce à quoi contribue Salim Jay avec son Dictionnaire des romanciers algériens. L’auteur du Train d’Erlingen y est présenté à l’aide de pages généreuses où l’on apprend qu’il se dit « islamistophobe ». Sa « prose tellurique » ausculte l’Algérie fracturée et sanglante, dès Le Serment des barbares,  Cependant nous restons plus que dubitatifs devant un tel jugement à l’emporte-pièce, aussi petitement infamant qu’incohérent, puisque Boualem Sansal ne cesse de dénoncer les fascismes : « Il arrive parfois que ses mises en garde coïncident bien involontairement avec la rhétorique la plus outrancière de l’extrême-Droite ». Il n’en reste pas moins que Salim Jay reconnait à notre romancier la capacité de synthétiser « le destin algérien ». Il note avec perspicacité combien « l’imbrication de l’angoisse existentielle et de l’analyse morale et politique » est chez lui cruciale.

      À notre grande surprise, ce Dictionnaire des romanciers algériens nous met sous les yeux une réalité passablement invisible. Albert Camus était Algérien autant que Français, l’avions-nous oublié ? Entre Français, Harkis, Berbères ou Kabyles, qui est Algérien ? Mohammed Dib voyait d’ailleurs en cette question de l’identité un « sophisme ». La plupart de ces écrivains usent de la langue française, quelques-uns seulement de l’Arabe, voire sont berbérophones, ou même italophones, ce qui n’est pas sans poser la question d’une introuvable légitimité linguistique, que les attendus politiques et religieux empoisonnent. Il n’est d’ailleurs pas impossible que beaucoup d’entre eux soient plus connus en France qu’en Algérie. D’autant que traduire les auteurs algériens, du français à l’Arabe, est presque peine perdue. Un roman ainsi transposé « est reçu comme un grain de sable qui vient bloquer un nuage », pour reprendre l’humour amer d’Amin Zaoui.

      La profusion et la multiplicité des voix originales est stupéfiante, invitant à la découverte. Nous connaissons (un peu) Kateb Yacine, Rachid Mimouni, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud, Nina Bouraoui, (n’y-a-t-il pas trop peu de romancières, au regard de telles origines culturelles ?), ou Malek Chebel et Benjamin Stora, plus connus comme essayiste et historien ; mais nous ignorons tout de Mehdi Charef, de Sandrine Charlemagne et de Samir Toubi…  Si la plupart « refusent la bienséance hypocrite et la langue de bois », tous s’opposent à une « littérature obscurantiste », selon les mots d’Abdelhamid Benhedouga, qui écrit en arabe.

      C’est avec un enthousiasme encyclopédique, sans naïveté, que Salim Jay, nous livre son intelligente préface, ses fiches synthétiques, ses analyses, ses témoignages, ses rencontres, ses lectures boulimiques enfin. Ses qualités documentaires sont d’autant plus impressionnantes qu’il a déjà œuvré au service d’un Dictionnaire des écrivains marocains[7]. C’est ainsi qu’il combat « l’indifférence au talent »…

      « Nul ne saurait aliéner sa liberté de juger ni de penser ce qu’il veut, et tout individu, en vertu d’un droit supérieur de la nature, reste maître de sa réflexion[8] », disait Spinoza. C’est justement en quoi l’Islam aliène la liberté, ce dont ne cesse de nous prévenir avec raison un écrivain éclairé comme Boualem Sansal, à la fois romancier et pamphlétaire à l’égard de l’embrigadement des consciences. Comme lui esprit critique souverainement indépendant, Kamel Daoud[9], n’est pas plus en odeur de sainteté auprès des Islamistes, qui réprouvent évidemment le culte des saints autant que les Lumières, et dont l’inculte fanatisme est pétri de haine envers les descendants de Voltaire[10].

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

La partie sur Le Train d’Erlingen a été publiée

dans Le Matricule des anges, octobre 2018

 

[3] Entretien avec Anne-Laure Debaecker, Valeurs actuelles, 22 novembre 2018, p 22-27.

[4] D’après Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, 1, 124, 2 ; in Renzo Tossi : Dictionnaire des sentences latines et grecques, Jérome Millon, 2010, p 610.

[7] Salim Jay : Dictionnaires des écrivains marocains, Paris Méditerranée-Eddif, 2005.

[8] Baruch Spinoza, Traité des autorités théologiques et politiques, Gallimard, La Pléiade, 2006, p 898.

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 18:36

 

Scuola grande di San Rocco, Venezia.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Eric Poindron, un invité en habit noir

au bal des curiosités

et des fantômes de la littérature :

Comme un bal de fantômes,

L’Etrange questionnaire

& Le Cabaret des oiseaux et des songes.

 

 

 

Eric Poindron : Comme un bal de fantômes,

Le Castor Astral, 2017, 240 p, 17 €.

 

Eric Poindron : L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron,

Le Castor Astral, 2017, 128 p, 14,90 €.

 

Eric Poindron : Le Cabaret des oiseaux et des songes,

Le Passeur, 2025, 360 p, 17 €.

 

 

 

      Si tu manques de sens de l’humour, lecteur, passe ton chemin. Voici poindre un personnage qui enfile la cape ailée de Fantomas ou de Batman, collectionne les curiosités et curiosa dans son cabinet aux globes et aux livres : il porte l’habit noir du lecteur sévère, de l’Académicien des supercheries, des éruditions surprenantes… Mais loin de se confire dans les billevesées et autres coquecigrues, il prend le temps, en catimini, de nous bombarder de livres surprenants, délicieux, érudits sans affèterie ni cuistrerie derridienne, en homme pas le moins du monde abonné à la poésie austère et lapidaire qui fait terriblement sérieux. Son Comme un bal de fantômes est un catalogue facétieux de moments vitaux et de poètes ; quand son Etrange questionnaire est un livre-jeu de questions réponses, qui fait du moi et du monde un cabinet de curiosités en archipel. Sans oublier son Cabaret des oiseaux et des songes, titre folâtre et « roman d’escapades »…

      Peu ou prou, ce recueil, sous-titré « camaraderie et chemins chuchotés », fait se succéder cinq saisons où apparaissent et virevoltent papillons et poètes ; là est leur « bal de fantômes ». La dimension autobiographique emprunte la voie du « presbytère de mon enfance », et « Les premiers pas dans le noir », sont ceux où l’on croise « des dames blanches des fous égarés/ Des fantômes malheureux et un peu égarés ». De même, « dans un grenier de l’enfance », réapparait le dessin d’un « vaisseau fantôme ». L’air de rien, tout un art poétique se dessine :

« Mon navire de papier et de glace

Met à mal mes enfances certitudes.

Et toujours à flot mon imagination. »

      Fort heureusement Eric Poindron n’a grandi qu’en talent. Il aime « le crachin romanesque », « l’encre neige / sympathique et daguerréotype ». Nous aimons avec lui entrer « Tous en Seine » (où rôde l’ombre d’Apollinaire), voyager et « collectionner les départs ». Surtout, il « invente des poèmes à la gloire des hommes libres » ; mais aussi des poèmes en forme de cabinets de curiosité où trône l’étrangeté d’un « rhinocéros empaillé », ou de « papillons éteints ». Ce qui fait de son recueil un autoportrait en forme de collage à la Max Ernst, où le lecteur ne s’empêchera pas de retrouver des tesselles de son miroir.

      Au cœur de cent menus faits, impressions et imaginations, l’art de l’énumération fait son numéro de trapèze volant, appelant tour à tour Shakespeare et Pouchkine, nommément ou par allusion, Borges, Baudelaire, ou encore Jacques-Henri Fabre, l’entomologiste, papillons obligent.  Notre poète se voit ici changé en « bibliolibrius », jouant avec les calembours, néologismes et mot-valises pour polir une ode à la bibliophilie et, ajouterons-nous, à la polygraphilie…

      Dans une démarche d’intertextualité -mais sans la moindre cuistrerie-, nombre de poètes sont ainsi invités au « bal de fantômes ». Est-ce à dire que caché derrière ses translucides émanations, Eric Poindron est lui-même un fantôme ? Pas tout à fait ; il est l’homme-orchestre d’un chant dans lequel l’emploi du vers libre n’empêche en rien la musicalité, le chantre de l’énumération enthousiasme et de tout ce que la vie et la littérature comportent de bonheurs, même si transparait parfois « une croûte en forme de deuil » et l’ombre de Nerval pendu. La fantaisie du « raconteur de marelle, essayeur de labyrinthe », cède un instant le pas à la mélancolie de l’élégie.

      Une filiation surréaliste innerve le travail d’Eric Poindron, dont l’apparente facilité cache probablement le soin d’un travail attentif. « Un jour j’écrirai un roman sur le tourbillon / et papillon de la vie », confie-t-il en sa dernière page. Sûrement il aurait quelque chose de nabokovien…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’Etrange questionnaire d’Eric Poindron n’a guère à voir avec le fameux questionnaire Marcel Proust, qui vise à cerner les contours d’une personnalité et d’une sensibilité. Il nous est livré tout vêtu de noir, chic comme le smoking d’un fantôme et pas triste pour un sou neuf. Proposant soixante questions, toutes affairées dans le monde de l’ « étrange », et sous-titré « le livre qu’il vous faudra en partie écrire (ou dessiner) », il laisse des blancs, plus ou moins généreux, à l’adresse de la réactivité du lecteur, comme des fantômes typographiques. On hésitera entre respecter la virginité des possibles parmi ces blancs paragraphes ou y calligraphier avec le plus grand soin ses inquiétudes et ses fantasmes colorés.

      Que l’on se rassure, notre auteur n’abandonne pas tout à fait son lecteur-contributeur à l’angoisse de la page blanche, ni le condamne à acheter un livre définitivement lacunaire, un coup de dé aboli par le hasard, un Bartleby de l’écriture. Il ajoute en bas de page des notes, des citations, des nota bene, des bouts de poèmes de son cru, toutes illustrations comme autant de directions à la réflexion.  Il compose également une préface qui est « le presque conte de Monsieur Pourquoi », puis une sorte de postface en six facettes « afin d’instruire son lecteur », tout en citant un écrivain « quasi-fantôme » : John B. Frogg. Le généreux vade-mecum de l’apprenti écrivain complète le propos : or, lecteur, à toi de jouer !

      « Monsieur Pourquoi », c’était lui enfant, et c’est toujours lui à l’âge mûr. Surtout qu’il le reste, et que nous ne cessions pas d’interroger le monde, sous peine de mort intellectuelle et, cela va sans dire, poétique. Poser une question, a fortiori inédite, est déjà susciter une ou un faisceau de réponses. « Les questions chrysalides deviendraient ténébrionides ». Là encore, nous voici au seuil d’un cabinet de curiosités. Il est question de « poésie scientifique », de « fous littéraires », comme chez Blavier[1], de « bric-à-brac ineffable » et d’ombres inquiétantes », toutes choses et bricoles délicieusement inactuelles.

      Commençons à répondre. « La première phrase d’un roman ou d’un livre étrange à venir ? » : « Qui, parmi nos neuf artistes, sortira gagnant de ce jeu voyeuriste et cruel ?[2] » Cela se complique à merveille : « Que cachez-vous derrière votre masque et que cache l’Autre derrière le sien ? » Nous laisserons l’épineux soin de la réponse à nos lecteurs… On aimera : « En dehors de la tête réduite, et sous vitrine de votre mère, quels sont les cinq objets étranges auxquels vous tenez ou que vous souhaiteriez posséder ? » Ou « Racontez-moi la bibliothèque -étrange ou non- que vous aimeriez posséder ». Ou encore « confessez-moi l’insolite ou l’innommable ». Mieux : « Peut-on faire voisiner sur une étagère de bibliothèque deux auteurs irrémédiablement brouillés pour la vie, & pourquoi ? » Proposons d’accoler un roman libertin avec le Coran, et laissons-les se débrouiller pendant la nuit, en rêvant que le premier corrompe heureusement le second.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      À cet Etrange questionnaire, intrigant, stimulant et aussi riche qu’un microcosme, et qui est une branche étoilée de la littérature psychologique, spéculative et fantastique, répondent pour nous les collections les plus étranges, de minéraux, de nuages, de livres rares, de fictions métaphysiques et eschatologiques.

      Le poète facétieux a cependant composé une œuvre interactive et ouverte, au sens d’Umberto Eco. Le livre est « structuré comme une constellation d’éléments qui se prêtent à diverses relations réciproques», y compris avec le lecteur-interprète : « Nous ne sommes plus devant des œuvres qui demandent à être repensées et revécues dans une direction structurale donnée, mais bien devant des « œuvres ouvertes », que l’interprète accomplit au moment même où il en assume la médiation[3] ».

      Un narcissisme bon enfant pousse de surcroit notre aimable inquisiteur à se photographier dans sa bibliothèque, en son cabinet de curiosités, à emprunter des photographies anciennes plus moins célèbres pour y glisser son facies intelligemment chauve, sa virile moustache, ses bésicles à l’acuité sourcilleuses, conduisant un immense vélocipède à roue unique, feuilletant d’énormes et rares folios, comme le manuscrit du Codex Gigas, où s’agite un diabolique fretin.

      Là encore le collage à la Max Ernst, quelque chose du cadavre exquis surréaliste complotent pour livrer une création originale, où le poète narcisse a l’élégance de laisser la parole au lecteur devenu créateur, comme dans une relation d’interactivité promise par l’écran d’ordinateur et le mode web. Là où la légèreté apparente du propos confie à la profondeur borgésienne…

      Il y a néanmoins quelque chose de grave sous les pirouettes et autres poses d’Eric Poindron : rien moins que le mystère de la création et de l’univers. Sa modestie bavarde l’empêcherait de vous l’avouer, mais il faut résister, et pourquoi pas ainsi, au tragique et à l’absurde de la condition humaine. Rien moins qu’être l’encyclopédiste des causes curieuses ne peut que légitimer une existence et a fortiori une plume d’oie tachant d’encre un clavier de poésie…

      Prolifique et polygraphe, Eric Poindron a publié une trentaine de volumes, depuis Le Champagne. Dix façons de le préparer[4], jusqu’à De l’égarement à travers les livres[5], en passant par Marginalia & curiosités[6]. Il fait preuve avec ses deux derniers livres (gare aux suivants !) d’une créativité roborative. Souhaitons qu’il ne se prenne pas trop au sérieux (mais nous n’en doutons pas) et qu’il ne se rengorge pas devant ce qui n’est en cette critique en rien une flatterie. Si l’on peut se permettre une amicale boutade, conseillons à notre ami Eric Poindron de cesser de toute urgence de fumer sur ses photographies. Faute de quoi il s’effacerait de ces dernières, bien trop tôt pour ses lecteurs impatients d’autres sérieuses facéties, et partirait en fumée pour rejoindre son bal des fantômes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recueil d’aphorismes et de récits, Le Cabaret des oiseaux et des songes est facétieusement sous-titré  « roman d’escapades ». Rien au demeurant d’un roman, mais des pollens qui sont en mesure de susciter une dimension romanesque en devenir. Ce sont des bribes autobiographiques, des voyages d’inventaire « par les vents et par les rêves », parmi des « ravins et des fantômes ». L’on y rencontre des personnages, des amis, comme Gilles Lapouge, brossés à la hâte mais avec perspicacité, sens des couleurs et acuité psychologique. Les clins d’œil aux propres livres d’Eric Poindron lui-même sont nombreux, mais aussi les hommages à ses auteurs d’élection, comme – l’on s’en serait douté – à Jorge Luis Borges, ou encore Roger Caillois. Le « pèlerin géorgique » (un poème en vers libres) plonge non seulement dans « l’émerveillement sylvestre », mais aussi dans celui livresque. Car il existe « une autre bibliothèque derrière les bibliothèques », à la lisière de l’imaginaire et du fantastique.

La « condition poétique » d’Eric Poindron accouche de livres délicats et fureteurs. Rien de tel pour que le lecteur soit inspiré : « il suffit de « suivre [ses] traces et en déposer à son tour »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] André Blavier : Les Fous littéraires, Editions des Cendres, 2000.

[3] Umberto Eco : L’œuvre ouverte, Seuil, 1965, p 117, 17.

[4] Eric Poindron : Le Champagne. Dix façons de le préparer, L’Epure, 2008.

[5] Eric Poindron : De l’égarement à travers les livres, Castor Astral, 2011.

[6] Eric Poindron : Marginalia & curiosités, Les Venterniers, 2015.

 

 

Catedral de Santiago de Compostela, Galicia.

Photo : T. Guinhut.

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 18:52

 

Portrait de prophète biblique, Museo de Léon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

De la révolution vieillarde

et autres rivières infranchissables de la jeunesse,

par Marc Villemain :

Ils marchent le regard fier.

 

 

Marc Villemain : Ils marchent le regard fier.

Editions du Sonneur, 96 p, 13 €.

 

Marc Villemain :

Il y avait des rivières infranchissables, Joëlle Losfeld, 152 p, 14,50 €.

      Les âges de la vie ne peuvent qu’inspirer l’écrivain conscient de lui-même et d’autrui. De l’enfance à la vieillesse, nous passons de révolution en révolution, qu’elles soient amoureuses, sociales, politiques. Ainsi vont les personnages de Marc Villemain, animés avec la modestie du nouvelliste. L’Anglais J. G. Ballard[1] avait imaginé la révolte meurtrière des enfants, la fuite des adultes vers d’éternelles vacances. Mais pas la révolution des vieillards. Ce que Marc Villemain met en scène dans Ils marchent le regard fier. L’autre versant de la vie, plus proche d’Eros que de Thanatos, est illustré par les nouvelles d’Il y avait des rivières infranchissables. Ainsi l’on saura comment un écrivain discret s’attache à capter les éblouissements et les fractures de nos existences…

      Passablement matois et retors, Marc Villemain emprunte le langage sans conséquence des vieux campagnards, de ceux qui « marchent le regard fier ». Il remâche leurs clichés et ressassements plein la bouche, non sans fausse naïveté, avant de basculer dans un projet ébouriffant. En quelle année sommes-nous ? La société n’est guère différente de la nôtre, mais avec ce  léger parfum répugnant d’anti-utopie, quand les jeunes commencent à faire la chasse, pit-bulls jetés sur les rides et les trognes moquées, quand l’administration impose des « quotas d’anciens ». S’en suit une manifestation de quatre millions d’ancêtres, menée par Donatien et le narrateur à qui vient la riche idée des « canne-épées » en cas d’agression…

      Le réalisme est à petites touches quand la tyrannie du jeunisme n’est qu’allusivement évoquée. Au-delà de la brûlante question de société, le drame d’un homme, d’une famille montre en abyme les conflits de ce temps improbable et pourtant possibles, entre la vie confite des presque croulants et les jeunots arrogants. En filigrane de ce propos politique court un éloge émouvant de Marie, la femme de Donatien, de sa jeunesse à son grand âge, « Marie l’artiste, toujours dans ses livres qu’on aurait bien pu lui donner le prix de lecture, avec sa frimousse d’écureuil ».

      Peut-être l’auteur aurait-il dû abréger son préambule présentant les personnages, et leur vie terne et moisie, pour entrainer avec plus de largeur de vue son lecteur dans cette surprenante contestation. Mais en ce qui n’est qu’une longue nouvelle, ou un court roman, on ne sait, réside un charme amer, une ironie du sort mordante… L’apologue moral est cruel, la révolte est un sursaut peut-être salutaire, quand la chute est désabusée. Il a choisi, plutôt que le vaste tableau d’un totalitarisme en marche et d’une résistance avortée, le drame et la pudeur des victimes ; en un louable parti-pris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « Les rivières infranchissables » sont-elles celles du temps ? En un recueil de treize nouvelles élégiaques, Marc Villemain capte les émois de l’adolescence, les écueils du passage à l’âge adulte, lors des bourgeons, des floraisons et des pourrissements de l’amour. On trouve dans la nouvelle inaugurale, « Douceur en milieu tempéré », un bel hommage, qui est un des souterrains leitmotivs du volume : « Tout un art. C’est cela, pour lui, alors, une femme ». Et lorsque le jeune héros sent deux mains prendre les siennes dans ses poches, l’une pour le désir, l’autre pour l’amour, lui aussi, « il marche le regard fier ». Pourtant leur première fois est avortée, l’art d’aimer n’est pas au rendez-vous, la solitude reprend son cours. Plus loin, l’innocence de l’enfance se heurte à la mort subite. Ou, « crinière lascive, candide sylphide », la vision soudaine de la nudité embrase un enthousiaste. Etonnemment, l’embrasement est réciproque, quoique si bref, trois nuits, et son départ. On retrouve dans « Petite fermière », cet hommage, avec « une peau plus luxueuse que l’angora, une fille avec de la tendresse » et « toute cette poésie en elle ».

      Une banlieue près de l’océan, un bar médiocre, une HLM, des collégiens, la rentrée et la sortie des classes, une discothèque, un bal rural, une boum, un concert de heavy metal, des joints, les années quatre-vingts ; l’attirail du réalisme et de la déréliction infuse l’écriture. À moins que les étés campagnards illuminent l’atmosphère, en une sorte de pastorale, allusive et néanmoins érotique. Ou que les neiges des pistes de ski donnent l’occasion d’une rencontre entre « le petit jaune » et une jeune fille « aux « cheveux caramel » qu’il peut réconforter. En un autre récit, qui sait si « c’était lui, le tremblant, le penaud, l’encombré, que la plus belle fille de ce bled pourri ait jamais vue venait d’embrasser ». L’on saura bientôt combien l’amertume succède au miracle…       

      Souvent, « maladresse est mère des sentiments » ; parfois le pain et le chocolat ont la saveur d’une proustienne madeleine ; toujours « à chaque instant tout pouvait basculer, être détruit ou magnifié ». Reste le mystère de l’amour, invérifiable, entre « les petits attouchements de circonstance et les petits béguins sans lendemain », d’un « je t’aime aussi », à la merci de l’inaccompli, voire d’un réel sordide. Ainsi « les rivières infranchissables » sont également celles de l’amour plus rêvé que vécu, et d’un rite de passage fort malaisé, au point que trop souvent l’on vivra sa vie sans trouver le gué, sans que l’éblouissement amoureux caresse les années. Mais, étonnement, en une surprenante antithèse temporelle, la dernière nouvelle propulse le lecteur auprès d’un vieil écrivain et d’une femme « friable », à Venise ; là encore on est amoureux. Le miracle aurait-il lieu sur le tard ? Car « c’est le bonheur qui les a tués ». Celui qui vient de terminer un livre de nouvelles est-il, en une belle mise en abyme, une projection de notre auteur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’exercice de nostalgie va sans mièvrerie, sans misérabilisme, le romantisme sans pathos. L’attendrissement s’adresse à la fois à ce qui est peut-être, et discrètement, un puzzle autobiographique, et à ces adolescents que l’enseignant côtoie, que chacun de nous croise, que l’écrivain ausculte avec psychologie et un doigté prudent…

      Est-ce un brin désuet ? À l’image d’une couverture assez laide, même si métaphorique avec sa vieille cassette audio qu’il faut encore entendre. À moins que le charme de ces pages tienne justement à ce que le nouvelliste flirte avec ces thématiques à cheval sur le réalisme et une poésie trop oubliée. Il y a là un air de modestie sentimentale, bien assumée par le clin d’œil du titre, qui n’est celui d’aucune nouvelle, mais est tiré d’une chanson de Michel Jonasz : « Je t’aime ». Si le lot d’un recueil est d’être soumis au risque des inégales compositions (« Un enfant de Dieu » et « Inexactitude des heures à venir » sont un peu pâles, quand d’autres, comme « La boum », ont bien plus de vigueur), il reste entre nos doigts un précieux parfum de fleurs fanées que l’écrivain a su ranimer. Et sublimer dans l’ultime, concise, elliptique et magnifique nouvelle titrée « De l’aube claire jusqu’à la fin du jour ».

      L’usage de la nouvelle est un art délicat, entre minimalisme et puissance, entre vivacité et suggestion. Marc Villemain l’a bien compris, lui qui en use avec constance ; et non sans succès. N’a-t-il pas écopé du Grand prix de la Société des Gens de Lettres de la Nouvelle pour Et que les morts s’ensuivent ? Qui sait s’il a l’ambition louable (du jeune écrivain encore puisqu’il est né en 1968) d’égaler les maîtres du genre, de Julio Cortazar à Henry James[2]

 

Thierry Guinhut

La partie sur Ils marchent le regard fier a été publiée dans Le Matricule des Anges, avril 2013

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

Museo de Cuenca, Castilla-La-Mancha.

Photo : T. Guinhut.

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 12:24

 

Benjamin Constant : Cours de politique constitutionnelle,

Plancher & Béchet, 1820. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les libertés politiques et romantiques

 

de Madame de Staël et Benjamin Constant

 

à la Fondation Bodmer.

 

 

 

Germaine de Staël et Benjamin Constant, l’esprit de liberté, Perrin / Fondation Bodmer,  208 p, 35 €.

Ghislain de Diesbach : Madame de Staël, Perrin, 656 p, 26 €.

Madame de Staël : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 1728 p, 65 €.

Benjamin Constant : Œuvres, La Pléiade, Gallimard, 1696 p, 65 €.

 

 

 

 

 

 

      Les amitiés et les amours littéraires sont les plus beaux, surtout si, dépassant les fictions qu’ils ourdissent, les amis et amants sont eux-mêmes écrivains. Qui plus est si ce sont des amants de la liberté, comme Germaine de Staël et Benjamin Constant. L’une fête le bicentenaire de sa mort, en 1817, l’autre les deux-cent cinquante ans de sa naissance, en 1767. Ce pourquoi la Fondation Bodmer, sise à Genève, a l’intelligence de les réunir dans une somptueuse exposition et dans un tout aussi somptueux album catalogue. Ces pionniers du romantisme et du libéralisme, malgré les orages de leur passion, voient également la possibilité de joindre joue contre joue deux Pléiades qui leurs sont consacrés.

      « J’en devins passionnément amoureux », dit-il tout net dans son récit intitulé Cécile. C’était à Lausanne en 1794, alors qu’elle découvrait « un homme plein d’esprit ». S’il n’y avait eu que la passion ! Mais de surcroît et plus vrai, une réelle intimité intellectuelle les unit. Germaine et Benjamin sont en effet sont des « enfants des Lumières », réprouvent autant la Terreur révolutionnaire et l’absolutisme napoléonien, et tous deux écrivent bientôt des romans psychologiques qui magnifient la sensibilité.

      Née  Necker en 1766 à Paris, Germaine de Staël fut élevée par sa mère avec grande ambition, un peu comme l’Emile de Rousseau, mais non comme Sophie, quoiqu’elle la fit lire bien plus tôt que lui. Elle vit ensuite à Coppet auprès du lac Léman, et le restera trop à son gré, exilée d’une ville parisienne qui lui est politiquent contraire. La biographie généreuse, pétulante et roborative de Ghislain de Diesbach nous la présente très tôt douée pour les Lettres. Elle doit son nom à son époux Erick Magnus de Staël-Holstein, passablement indifférent. À cet égard Ghislain de Diesbach entraîne son lecteur, avec un luxe de détails stupéfiant, comme si l’on y était, parmi les passions et intrigues politiques de la Révolution, ne cachant rien du courage de son héroïne pendant la Terreur, des orages de l’adultère et des enfants probablement venus de la cuisse de Benjamin : Germaine est attachante, insupportable, brillante. Sa passion pour la liberté politique ne sera pas vue d’un bon œil par Napoléon, qui n’aura de cesse de l’empêcher de revenir à Paris : ce qui lui fit écrire Dix ans d’exil.

      « Vilain Don Juan », Benjamin Constant entre en scène. Ses aventures amoureuses, sa passion du jeu rivalisent de rocambolesque.  À force de persuasion, il emporte la place sur ses concurrents nombreux. Elle conçoit, en 1796, de ses expériences sentimentales tempêtueuses, un traité : De l’Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. Ses talents de salonnière et d’intrigante, sa liberté amoureuse autant que ses convictions en faveur d’une sage République lui valent admiration, mais aussi cabales et hostilités misogynes. Bientôt, dans ses Considérations sur la révolution française, elle se fait hostile envers la prise de pouvoir de Napoléon, préférant au despotisme le modèle parlementaire anglais et ne voulant pas « prostituer la pensée à la force ».

      Elle deviendra la femme la plus célèbre d’Europe, en commençant par De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, en 1800, qui inaugure son volume d’œuvre d’Œuvres en Pléiade. Là elle examine chaque littérature en ses « rapports avec la religion, les mœurs et le gouvernement », puis « l’état actuel des Lumières en France ». Non sans dénoncer « les préjugés contre les femmes qui cultivent les Lettres ». C’est avec un enthousiasme critique sans cesse renouvelé qu’elle rend compte « de la marche lente, mais continuelle, de l’esprit humain dans la philosophie, et de ses succès rapides, mais interrompus, dans la poésie et les arts ».

      Delphine, son roman épistolaire, comme il était de mode depuis Richardson, Rousseau, Goethe et Choderlos de Laclos, est un brin touffu. Ce qui n’empêchera pas cette « histoire de la destinée des femmes » d’obtenir un franc succès. Publié en 1802, il conte les amours contrariées de l’héroïne éponyme et de Léonce. Les jalousies et calomnies vont s’enflammer, les conflits moraux, nés des conventions de la société, vont s’exacerber au point d’empêcher leur union amoureuse. Deux morts tragiques chapeauteront enfin l’intrigue un peu démesurée, mais dont les qualités d’analyse psychologique sont sans nombre.

      Il suffit de lire les premiers chapitres de Corinne ou l'Italie (1807) pour se convaincre sans peine que Madame de Staël écrit avec autant d’élégance que de richesse. Son personnage, Oswald, un riche Anglais en route vers l’Italie, est un mélancolique que taraudent des souvenirs paternels, archétype romantique digne de Robert Burton et de son Anatomie de la mélancolie[1]. Ce qui ne l’empêche pas de se comporter en héros, resté cependant modeste, lors d’un incendie à Ancône. Mais voyant et entendant sur le Capitole la belle Corinne couronnée des lauriers du poète, il « était trop captivé par les charmes de Corinne pour se rappeler alors ses anciennes opinions sur l’obscurité qui convenait aux femmes ». Ainsi elle est une femme idéale au sein de l’idéalisme romantique et une icône d’un féminisme revendiqué.

      Corinne ou l’Italie justifie parfaitement son titre lorsque son héroïne guide avec lyrisme et enthousiasme Oswald à travers Rome, du Panthéon au Vatican et au Forum ; le lecteur est avec eux emporté dans ce voyage culturel, d’autant mieux s’il l’a lui-même vécu. On pourra cependant trouver que cet hybride de roman et de guide sacrifie un peu l’intrigue. Une dimension esthétique et éthique s’élève devant la splendeur impériale romaine, lorsqu’Oswald, pensant aux esclaves et aux Chrétiens persécutés, « cherchait partout un sentiment moral, et toute la magie des arts ne pouvait jamais lui suffire ». Tourmenté par le souvenir de son père qui avait souhaité lui voir épouser la trop jeune alors Lucile, Oswald ne peut se résoudre à succomber jusqu’au bout à Corinne, elle passionnément amoureuse et sans ambages. Ni Oswald ni Corinne n’oserons vraiment rompre avec « les préjugés de leurs nations ». Elle n’ose révéler son illustre naissance anglaise dont elle s’est détachée en épousant l’Italie. Il n’ose accepter la légèreté italienne. Le départ d’Oswald pour la carrière militaire en Angleterre, puis ses noces contraintes avec Lucile, alors que Corinne lui a sacrifié sa carrière littéraire, seront l’engrenage de la tragédie. Le conflit entre l’amour et le devoir innerve le roman, dont le personnage féminin est le plus remarquable, à l’aube d’un XIX° siècle qui peine à reconnaître la liberté des femmes. En lisant cette affinité et ces distances entre les tempéraments anglais et italiens, on n’est pas sans penser aux futurs romans d’Henry James[2]

      On peut être stupéfait de constater qu’un grand absent trône au cœur de ce Pléiade Madame de Staël : De l’Allemagne[3] ! Cet essai brillant, connaisseur de la littérature Sturm und Drang et de la philosophie allemandes de son temps, rompant avec la dévotion française pour le classicisme, et montrant la curiosité et la culture de son auteure, de Goethe à Kant, fut pourtant stupidement censuré et détruit par la France en 1810, au motif d’être un éloge de l’étranger. Il est vrai qu’avec prêt de 600 pages, le Pléiade eût explosé ! À moins d’attendre un second volume augmenté des 600 pages des Considérations sur la Révolution française.

      Si la relation de cette « diablesse de femme » avec Benjamin Constant alterne les azurs, les jalousies criantes et les scènes violentes, jusqu’à leur rupture en 1811, des choix politiques les réuniront toujours.  Favorable à la liberté de la presse, elle n’en reste pas moins contemptrice des journaux qui se livrent à la calomnie et flattent la curiosité du public au lieu de susciter l’admiration pour le mérite.

 

      On sait combien Benjamin Constant fut également sensible à la question de la liberté de la presse. Dans le chapitre VIII du Cours de politique constitutionnelle[4], il dresse la liste des libertés fondamentales : « la liberté personnelle ; le jugement par jurés ; la liberté religieuse ; la liberté d’industrie ; l’inviolabilité de la propriété ; la liberté de la presse ».

      Son œuvre politique est plus abondante que celle autobiographie, comme dans Le Cahier rouge, picaresque récit d'enfance et de jeunesse qui accumule les ratages. Un roman, Adolphe, en 1816, égare le lecteur qui voudrait y trouver des clefs. Adolphe est-il le double de son auteur, Ellénore, qui est « un bel orage », est-elle Charlotte, épousée en 1809, où l’ombre de Germaine ? Le romancier de l’introspection réfute toute lecture autobiographique ; peut-être par pudeur. Il n’en reste pas moins que la confession du personnage éponyme, handicapé par sa sécheresse de cœur et son mal du siècle trop romantique, ne lui permet pas d’accéder à l’amour idéalement romantique d’Ellénore…

      L’essayiste multiplie les ouvrages et les brochures politiques, apportant son soutien à une république modérée dans De la Force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier, en 1796, ou conspuant la Terreur révolutionnaire, dans Des effets de la Terreur en 1797. Auxquels Germaine de Staël répondra en 1818 par ses Considérations sur la Révolution française. Ce en quoi ils sont bien d’ardents défenseurs du libéralisme politique.

       L’ouvrage le plus remarqué de Benjamin Constant fut en 1819 son De la liberté des Anciens, comparée à celle des Modernes. C’est-à-dire celle de « la participation active et constante au pouvoir politique » et celle de « la jouissance paisible de l’indépendance privée ». Elu plusieurs fois député à partir de 1819, il est un orateur habile, dénonçant  la traite des noirs, défendant la liberté des croyances.

      Cependant, en son introduction aux quatre volumes du Cours de politique constitutionnelle, en 1820, il balise sa pensée libérale : « Il sera certain dans cent ans, comme aujourd’hui, qu’il ne faut pas charger ceux qui profitent des mesures arbitraires, de réprimer les mesures arbitraires ; ceux qui s’enrichissent par les dépenses publiques, ceux qui sont payés par le produit des impôts, de diminuer la masse des impôts ; ceux qui doivent leur fortune aux prérogatives de l’autorité, de s’opposer à l’accroissement des prérogatives de l’autorité ». Hélas, deux siècles plus tard, la France, championne des impôts et taxes, droguée à l’étatisme, n’en est en rien convaincue.

 

 

 

      De cet immense corpus politique, le volume Pléiade des Œuvres de Benjamin Constant ne donne qu’un choix, certes judicieux, en particulier les précieux Principes de politique, dans lequel, outre son rejet du despotisme, il se montre plus que méfiant envers la « souveraineté du peuple », cette « volonté générale » prônée par Rousseau, qui peut être une autre forme de despotisme, comme le montra la Révolution. En effet « la reconnaissance abstraite de la souveraineté du peuple n’augmente en rien la somme de la liberté des individus ; et si l’on attribue à cette souveraineté une latitude qu’elle ne doit pas avoir, la liberté peut être perdue malgré ce principe, ou même par ce principe ».

      Ce Pléiade se concentre en premier lieu sur ce qui fit sa gloire romantique, Le Cahier rouge et ses deux romans, Adolphe et Cécile. Remarquons à cet égard, comme pour Madame de Staël, que les prénoms sont à la fois des moteurs romanesques et des marqueurs de la personnalité et de l’intimité. On y découvre de plus des titres rares, ses Réflexions sur la tragédie, et deux chapitres de son immense ouvrage De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements. Mais aussi une ardente philippique anti-napoléonienne : De l’esprit de conquête et de l’usurpation. Le libéralisme politique trouve en Benjamin Constant une de ses thuriféraires majeurs, après Locke et Montesquieu, et avant Tocqueville[5].

      Après celles, aussi splendides qu’érudites consacrées à Sade[6] ou bien Frankenstein[7], la Fondation Bodmer est particulièrement pertinente en cette exposition : Germaine de Staël et Benjamin Constant, l’esprit de liberté.  Entre le château de Coppet, où résidait Madame de Staël et dont elle fit le « lieu des états généraux de l’opinion européenne », et la Fondation de Cologny, ne les séparent que l’extrémité ouest du lac de Genève. De plus, son riche fonds de philosophie politique s’est accru, en 2015, de maintes éditions rares de l’auteure de Corinne ou l’Italie. Le catalogue, réalisé sous la direction de Léonard Burnand, Stéphanie Génand et Catriona Seth (maîtresse d’œuvre du Pléiade Madame de Staël), et préfacé par Jacques Berchtold, directeur de la Fondation, est construit avec le soin remarquable du livre d’art, auquel les éditons Perrin ont apporté leur savoir-faire. Non seulement en ce qui concerne la qualité des textes, que celle des photographies de tableaux, statues, lettres, éditions originales, si émouvants, de nos deux écrivains. Le châle orangé et brodé, négligemment posé sur un fauteuil du château de Coppet, laisse entendre que Madame de Staël l’a abandonné à l’instant… Aussi n’abandonnerons-nous pas si aisément nos deux amants, autant passionnés qu’orageux et infidèles, cependant restés imperturbablement fidèles aux libertés romantiques et politiques.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

[1] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2004.

[3] Madame de Staël : De l’Allemagne, Garnier Flammarion, 1993.

[4] Benjamin Constant : Cours de politique constitutionnelle, Plancher & Béchet, 1820.

[7] Voir : Lectures du mythe de Frankenstein créé des ténèbres

 

 

Club des Libraires de France, 1963. Photo : T. Guinhut.

 

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 10:22

 

Cathédrale Saint-Pierre, Poitiers, Vienne.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Pétrus Borel, le lycanthrope

 

du romantisme noir

 

aux Editions du Sandre.

 

Petrus Borel : Œuvres poétiques et romanesques,

Editions du Sandre, 2018, 782 p, 45 €.

 

 

 

 

      La figure du « guignon[1] », selon Baudelaire, affligea la destinée du méconnu Pétrus Borel. Réprouvé, rejeté par son temps, il est un de ces anti-héros du romantisme noir, au début du XIX° siècle, qui eut l’impudence de diriger un journal intitulé Satan. Il est bon qu’une édition, non pas complète, mais fort généreuse, permette de remettre en selle ce petit maître original de la littérature, qui bénéficia d’un masque digne d’effrayer le bourgeois : « Le Lycanthrope », surnom venu du Don Juan de Byron dont il s’affublait. Le désespéré se compare en effet à une « louve ayant fait chasse vaine », dans ses Rhapsodies, son premier livre poétique. Grâces soient rendues aux Editions du Sandre de nous proposer enfin, au-delà du seul Champavert, qui fut réédité en 1947[2], les Œuvres poétiques et romanesques de Pétrus Borel, dont la jaquette est illustrée par le maelström diabolique d’une Ronde du sabbat par Louis Boulanger, au sein d’un catalogue à se pâmer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Un « rire de supplicié », c’est celui de Champavert le frénétique. Ainsi les « Contes immoraux » de Pétrus Borel, réunis dans le recueil titré Champavert en 1833, sont six nouvelles cruelles, encerclées par d’abondantes épigraphes et autres commentaires narquois. Une fille-mère abandonnée, dénoncée par l’infâme l’Argentière, meurt innocente sur l’échafaud ; deux nègres forcenés s’entretuent ; un anatomiste dissèque les corps de la femme qui l’a trompé, sans omettre ses amants… Assassinats et autres viols se succèdent jusqu’à l’acmé des récits : « Champavert, le lycanthrope », fantasmatique alter ego de son auteur, poignarde sa bien-aimée sur la tombe d’où il vient de déterrer leur enfant mort-né, avant de se suicider. L’auto-parodie côtoie le goût du macabre, surtout s’il imagine une machine à suicide payante, autant destinée à rendre la chose agréable qu’à renflouer les caisses de l’Etat !

      Le modèle romantique du héros paradoxal réprouvé par la société, emprisonné, innerve son unique et abondant roman Madame Putiphar, paru en 1839. L’allusion biblique à Joseph est évidente, quand cette dernière (en fait Madame de Pompadour) accuse celui qu’elle a tenté de séduire de ce même forfait. Patrick est injustement jeté en prison, entre Vincennes et Bastille, puisque nous sommes au XVIII° siècle où pullulent les lettres de cachet. Son amante Déborah est séquestrée au « Parc-aux-Cerfs », gynécée du brutal « Pharaon » (en fait Louis XV). Le 14 juillet 1789 voit la libération de Patrick, vieillard décharné, devenu « phantome » et « fou » : Déborah, qui avait nommé son enfant « Vengeance », en meurt de saisissement. Réalisme cru, satire politique, complaisance dans le sordide et le sanglant, voilà qui ne valut guère l’amitié de la critique et du public. Dans le sillage du roman gothique anglais, Pétrus Borel cultive l’effroi, met en scène une pure jeune fille persécutée, un vil séducteur, brosse un instant le Marquis de Sade en « martyr ». On parle en France de « roman noir », voire de « roman frénétique » sous la plume de Charles Nodier[3], et bien évidemment d’un épigone du roman gothique anglais[4].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      « L’art ne saurait souffrir de verrou ni de chaîne » est un vers programmatique à dénicher parmi les Poésies diverses de Joseph-Pierre Pétrus Borel d’Hauterive (1809-1859), qui est un de ces petits romantiques injustement relégués dans leur prétendue petitesse. Sans grand succès, il tâta de l’architecture, de la peinture et du journalisme, tout en étant contraint à retourner au labeur de la terre. Outre son excentricité, il fit parti du cénacle romantique d’Hugo, avec Gautier et Nerval, avant de devoir accepter un poste d’Inspecteur colonial en Algérie, qui lui valut bien des déboires, puis une mort solitaire. Poète et romancier découragé, conteur étrange et rejeté, il est le « biographe des croque-morts » selon l’ironie de Champfleury, par ailleurs fameux critique du mouvement réaliste[5]. Il ajoute à sa singularité littéraire une vocation d’écrivain engagé, et seul romantique à cet égard, à l’heure de Louis-Philippe, en 1830, en faveur de la République et contre toute tyrannie, ce qui transparaît dans Madame Putiphar. On vante sa traduction de Robinson Crusoé de Daniel Defoe, parue en 1836, toujours de référence. Baudelaire, puis les surréalistes, en particulier Tzara, admirèrent son style frénétique, son goût prononcé pour le bizarre, ses emportements sanguinaires et morbides. On vantera aujourd’hui le superbe volume relié avec soin que les Editions du Sandre publient en forme d’épitaphe, qui est bien plus qu’une curiosité littéraire : une fourmillante grimace sarcastique jetée à la face du monde.

      Il faut alors se plonger dans l’étonnant catalogue des Editions du Sandre, spécialistes d’Histoire littéraire. Elles raniment, en leur imposant catalogue, des œuvres épuisées, introuvables, aussi diverses que le Théâtre de Byron, les Lettres de jeunesse de Léon Bloy[6], les Œuvres complètes de Charles Cros ou des textes rares de Nerval, Rodin, sans omettre le précieux volume des Œuvres poétiques complètes de Shelley[7]. On devine que le XIX° siècle est leur terrain de chasse favori. Cependant d’autres pépites font la part belle aux vers des Lumières, avec les Vies des poètes anglais, de Samuel Johnson, critique d’importance au XVIII°, qui dressa les stèles de Milton, de Dryden, de Swift et de Gray, pleines d’anecdotes savoureuses, de citations poétiques, de surcroit sculptées d’une langue élégante.

      Quant au XX° siècle, il trouve son volume d’élection, quoique puisant aux sources les plus anciennes, avec une Anthologie pataphysique, où l’on croise les burlesques bien connus Plutarque et Queneau, Rabelais et les Marx Brothers, Roussel et Arrabal. Qu’est-ce qu’être pataphysique ? Sinon un amant de la « science de l’universelle Aberrance », ou encore, selon son maître Alfred Jarry, « la science des solutions imaginaires ». On n’y négligera pas le contrepet, comme lorsque « La mère Ubu hésitait à dévoiler son but devant tant de candeur », ni les détournements de citations latines : ainsi l’escargot, hermaphrodite comme l’on sait, est un « post animal coïtum pas triste ». Mieux, s’il se peut, Jonathan Swift, auteur bien connu de l’apologue politique des Voyages de Gulliver, se propose, par le biais de son cher Martin Scriblerus, « de construire, sur l’équateur, deux pôles coiffés chacun d’un phare immense pour suppléer à un défaut de la nature et rendre les longitudes aussi faciles à calculer que les latitudes »…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Article -ici augmenté- paru dans Le Matricule des anges, avril 2017

 

[1] Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal, Œuvres complètes, Galimard, La Pléiade, 2001, T I, p 17.

[2] Pétrus Borel : Champavert, Montbrun, 1947.

[5] Champfleury : Le Réalisme, Michel Lévy, 1857.

[7] Voir : Percy Bysshe Shelley : La Révolte de l'Islam

 

Pétrus Borel : Champavert, Montbrun, 1947.

Photo : T. Guinhut.

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 10:12

 

Valpuesta, Barbarena, Burgos. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Léon Bloy, le désobligeant enlumineur de haines :

 

Du Désespéré au Salut par les Juifs, en passant

 

par l’Exégèse des lieux communs.

 

 

 

Léon Bloy : Le Salut par les Juifs, Salvator, 2016, 170 p, 18 €.

 

 

 

      Lirons-nous, agenouillés parmi les lueurs et ténèbres d’une spectaculaire église romane, le vieil imprécateur catholique, l'ersatz de prophète biblique, Léon Bloy ? La figure de Marchenoir, masque sombre et transparent de l’auteur, unit les deux romans essentiels de ce grand polémiste et bavard pamphlétaire de la fin du XIXème, dont la salive expectorée, si l’on en juge en ses livres, devait être proprement vénéneuse. Du Désespéré, en passant par La Femme pauvre, jusqu’aux courts essais réunis parmi L’Exégèse des Lieux communs, Léon Bloy ne parle que de lui-même, se portraiturant, se mettant en scène en martyr méprisé, hors dans ses Histoires désobligeantes, n’écrit que pour projeter une langue de cochon mystique, de vipère suintante de haine, sur ses contemporains et sur l’humanité entière, sur les Juifs, si Le Salut par les Juifs est bien antisémite...

      Le masque de l’autobiographie n’est pas la seule clef. Les hommes de lettres ont craint de trouver en ce diptyque romanesque les portraits à l’acide de Maupassant, de Daudet et de plumitifs oubliés. C’est ainsi que Le Désespéré, premier roman publié en 1886, se conquit une réputation sulfureuse, malgré des ventes étiques et ce que Léon Bloy imaginait être une conspiration du silence. De même, La Femme pauvre offre une réécriture acide des conditions de vie de l’auteur, ainsi qu’une chronique de la « chiennerie contemporaine » où l’on devine Huysmans ou Villiers de L’Isle-Adam. Hors le plaisir de démasquer les protagonistes (que révèle obligeamment un scrupuleux éditeur en fin de volume[1]), il n’en reste pas moins que le lecteur curieux trouvera son compte dans la redécouverte d’un romancier furieux imprécateur.

      Certes, Léon Bloy (1846-1917) serait aujourd’hui plus inactuel encore : son faciès tourmenté de « chrétien des catacombes », de « blasphémateur par amour », peut absolument nous indisposer. Mais, outre qu’il rêve de rétablir une foi catholique aussi brute que pure, il attaque à boulets rouges la société de l’époque. Ainsi, le « désespéré » Caïn Marchenoir souffre d’une inadaptation chronique. Accablé par la misère, lacéré par un ardent mysticisme, il vit avec Véronique, prostituée sauvée (l’Anne-Marie Roulé de Bloy), persuadée de l’imminence de la Fin des Temps, jusqu’à la folie… Accueilli dans le monastère de la Grande Chartreuse, puis de retour à Paris avec celle qui a défiguré sa beauté par sacrifice, il fait scandale lors d’un dîner littéraire. Le destin de Marchenoir est moins le prétexte d’un périple romanesque que d’un fleuve de digressions, souvent fastidieuses, sur l’Histoire universelle relue dans la perspective des Ecritures bibliques, sur l’art sacré… Tout cela dans un climat de tourments intérieurs gonflés jusqu’à l’insupportable. Expressionnisme avant la lettre ou exhibitionnisme délirant ? Reste le style : fabuleux. Céline, quoique auteur d’un Voyage au bout de la nuit d’une autre ampleur, s’en serait inspiré. « De l’ignominie du christianisme naissant à l’ignominie du Catholicisme expirant » en passant par l’ « adhésion gastrique et abdominale à la plus répugnante boue devant la face des puissants du siècle », chaque page déferle d’imprécations.

      Malgré son échec, la réputation du Désespéré fit trop d’ombre au reste de l’œuvre. Heureusement, La Femme pauvre, qui faillit s’intituler « La Désespérée » ou « la Prostituée », publié en 1897, fut parfois considéré comme son chef-d’œuvre. Qu’on en juge, avec un tel incipit : « -ça pue le bon Dieu, ici ! ». On retrouve Marchenoir, écrivain et « grand Inquisiteur de France », cette fois avec Clotilde, inspirée d’une maîtresse de l’auteur, et bientôt, suite à sa mort, remplacé par Léopold. C’est une odyssée crasse de la pauvreté, traversée par la fulgurance du ton prophétique, par l’image symbolique de ce feu qui tue l’homme dans un incendie, intense morceau de bravoure narratif, descriptif et tragique. La femme alors se change en fournaise spirituelle. A force de dénuement, elle devient pureté… Nous avons du mal à considérer ce chef-d’œuvre autrement qu’un dévoiement du mysticisme par excès, qu’un monument de kitsch, à la lisière du naturalisme de Zola et des éclaboussures stylistiques de Huysmans…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Bloy lui-même regretta qu’on lût moins son étonnante Exégèse des lieux communs. Imaginez qu’il paraisse rendre hommage à une « chère madame », en terminant ainsi : « Contentez-vous de m’inspirer silencieusement et de savoir que je lis tous les Lieux Communs sur votre visage ravissant, comme je lirais un poème très difficile dans un manuscrit admirable enluminé avec génie par un artiste oublié ». La dent de l’ironiste est chienne ; et pourtant non sans un sain réalisme. Pouvait-il -et pourrait-il encore aujourd’hui- plaire aux professionnels des Lettres de son temps, en affirmant : « Un bon écrivain, digne de l’Académie française, ne doit pas être plus original qu’un cordonnier ou un tanneur. » Ou encore : « Un homme en vaut un autre et le suffrage universel à quoi nous devons tant de bienfaits le démontre abondamment : penser ou agir autrement que tout le monde est injurieux pour la multitude. » Pas si bête l’affreux… Hélas, le voilà tombant à bras raccourcis sur l’argent et donc sur le travail et l’habileté qui ont permis (ce qu’il ne veut pas voir) de le gagner, peut-être aux bénéfices de la société entière : « On est complètement pourri et on est rempli de bêtes horribles, mais on a fait fortune et on est environné de la plus dévote considération ». La crudité réaliste et la vomissure humaine voisinent avec une irrépressible nostalgie du Christ souffrant, alors que Bloy n’a de cesse de vouer aux pires immondices ceux qui en ont abandonné l’idéal.

          Quelque complicité qu’on ait ou non avec les thèses de Bloy, avec la bassesse de ses satires ad hominem , en particulier contre Anatole France, qui certes mérite bien d’être oublié, il reste un torrentiel pamphlétaire, aux rares pépites, que l’on lira pourtant avec des pincettes. Et qu’il est parfois de bon ton d’admirer et d’imiter outre mesure… Faut-il alors oublier ou pardonner son Je m’accuse[2] ? Cet écho du texte célèbre d’un Zola traité de « crétin des Pyrénées », de « fécale idole » et « d’insulteur de Dieu », ne s’accuse que d’avoir écrit un article favorable à l’auteur des Rougon-Macquart. Ces pages insultantes et pléthoriques fatiguent sans convaincre. Elles témoignent, sans la moindre humilité ni bienveillance, de sa fréquentation intime des péché d’orgueil et de colère, sans compter son masochisme de la macération bien accroché.         

     L’on a pu d’abord taxer l’écrivain d’antisémitisme, quand, à l’occasion du Désespéré, il parlait ainsi des Juifs : « le Moyen-Age avait le bon sens de les cantonner dans des chenils réservés et de leur imposer une défroque spéciale qui permit à chacun de les éviter ». Mais, dans son Salut par les Juifs, publié en 1892, répondant au pamphlet de Drumont, La France juive, qui eût la postérité fasciste et pétainiste que l’on sait, dénonce-t-il la « Réprobation d’Israël » et les Persécutions » ? Hélas, il n’a fait l’exégèse du lieu commun de l’antisémitisme que pour en alourdir le poids de hideur ; et c’est le plus souvent par antiphrase qu’il faut lire le titre. Il ne reproche à Drumont que la faiblesse intellectuelle de sa prose pour petits bourgeois. Bloy n’hésite pas à proférer en son ouvrage les insanités les plus basses : « Au point de vue moral et physique, le Youtre moderne parait être le confluent de toutes les hideurs du monde ». « Mercantis impurs », « faces de lucre », toutes formules que n’eût pas révoqué le Céline des Beaux draps. Ou encore : « la peste juive étant parvenue enfin, dans la ténébreuse vallée des goitres, au point confluent où le typhus maçonnique s’élançait à sa rencontre, un crétinisme puissant déborda sur les habitants de la lumière, dévolus ainsi à la plus abjecte des morts ».

      Il nous avait semblé pourtant que cet opuscule était « le témoignage chrétien le plus énergique et le plus pressant en faveur de la race Aînée » et qu’il devait justifier ces phrases de sa préface, apparemment tout un programme : « Le monde juif apercevra-t-il enfin ce livre qui l’honore au-delà de toute espérance et qui ne lui a rien coûté ? » S’agit-il de comprendre que ce « Salut par les Juifs » n’est « salut du genre humain » que parce que le Christ fut l’un d’eux, trahi par Judas qui plus est, pour assurer l’élection du christianisme, tout cela dans le cadre d’une relecture spécieuse et verbeuse des textes bibliques, tentant de montrer que le Juif honni est la conséquence de la colère divine ? S’agit-il de considérer que jeter un peuple dans une fosse d’excréments rhétoriques le lave des péchés qu’il a pris sur son dos comme le Christ a subi volontairement la condition humaine pour la racheter ? S’il faut croire que c’est le cas, comme l’assurent peu d’exégètes plus fins que le modeste auteur de ces lignes, il faut admettre que la technique argumentative est pour le moins risquée. Car comment, si l’on n’est pas un mystique de l’abaissement, accepter que Léon Bloy sache « qu’ils ont commis le crime suprême en comparaison duquel tous les crimes sont des vertus », comment lire ce qui a du mal à être de l’ironie : « La sympathie pour les Juifs est un signe de turpitude, c’est bien entendu. »

      Outre un tombereau de vomi antisémite, d’un antihumanisme flagrant, surnagent cependant des traits pertinents : « la guerre aux Juifs pouvait être un excellent truc pour cicatriser maint désastre ou ravigoter maint négoce valétudinaire ». Ce qui pourrait être lu aujourd’hui comme une analyse du fonds de commerce antisémite de l’Islam.

 

      Pourtant, en son introduction d’une réédition bienvenue du Salut par les Juifs[3], Michaël de Saint-Cheron, avec une réelle prudence, ne partage pas complètement notre lecture. Il faut en effet lire Léon Bloy au second degré et s’appuyer sur ces mots : « Les Juifs sont les aînés de tous et ; quand les choses seront à leur place, leurs maîtres les plus fiers s’estimeront honorés de lécher leur pieds de vagabonds. Car tout leur est promis et, en attendant, ils font pénitence pour la terre ». Il montre la dimension prophétique de l’écrivain, sans omettre avec François Angelier[4] « les redoutables portraits d’une judéophobie hyperbolique, comme celui de Nathan dans Le Désespéré ou du graveur Katz dans La Femme pauvre ». Il s’agit en fait pour Léon Bloy de vouloir, dans la tradition des plus anciens prophètes, que les Juifs redeviennent authentiquement juifs. Car « L’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau ». Notre préfacier souligne combien les « débordements stylistiques souvent insupportables » côtoient le « parallèle entre les Juifs et Jésus », dans une dynamique de rédemption. En effet, il s’agit du « peuple porte-salut » puisque de lui est issu Jésus. C’est alors que « l’antisémitisme est le soufflet le plus horrible que Notre Seigneur ait reçu dans sa Passion[5] ». Comment alors le comprendre lorsque Léon Bloy le manie lui-même, sinon comme une crucifixion du Juif qui est un « salut pour les Juifs » ?

      Philosémitisme ou vieil antijudaisme chrétien ? « Contre-pamphlet » ou pamphlet ? Nous laisserons le lecteur trancher, ou rester coi, devant la question de savoir avec la pertinence requise, si Léon Bloy, l’excessif, voire le maladroit,  doit être jeté dans la fosse d’aisance morale de l’antisémitisme…

      Reste que le fiel antisémite ou non de Bloy, si infâme soit-il, document historique ou torchon mystique, ne doit pas être objet de censure de la part des juges français, comme il le fut en novembre 2013. Outre que la censure choisisse arbitrairement et idéologiquement ses cibles, faute de savoir en atteindre d'autres plus vénéneuses, elle est toujours imbécile, tyrannique.

      Malgré de telles impardonnables indignités, Borges a su admirer ses Histoires désobligeantes[6]. Il ne pouvait se tromper en recueillant ce « collectionneur de haines », qu’il compare brillamment au plus noir Goya, dans sa collection « La Bibliothèque de Babel». Evidemment, les personnages sont ignobles. Telle cette femme qu’un jeune homme épie près d’un confessionnal : il y reconnait la voix de sa mère qui avoue être une empoisonneuse. Mais de qui, grands dieux ? Une fois à la maison, cette dernière lui prépare une « tisane »… En ce recueil violement poivré de vices, on croise « les poisons de l’infanticide », celui qui, méprisant les pauvres, « résolut d’appliquer les dernières lueurs de son génie à la consolation des millionnaires », ou les « esclaves enchaînés de la Sottise »… Vivacité narrative et vocation satirique assurent la glauque réussite de ces brefs récits écrits au jet d’acide.

      Sait-on que Léon Bloy écrivit des Poèmes en prose[7] ? Ne nous attendons pas aux splendeurs baudelairiennes. Mais au « Cortège de la fiancée », dédié à la « Vierge sage », également « Vierge putride » et Pucelle cochonne », qui, dans un sexisme délirant pour nos oreilles modernes, se voit ainsi avertie : « La femme qui trouble malicieusement l’âme d’un vidangeur et qui ne se livre pas, aussitôt après, à ce vidangeur, sera jugée par un tribunal de prostituées et d’homicides. Telle est la loi, vérifiée par dix-neuf siècles de christianisme. » Il ne nous semble pourtant pas que le message des Evangiles, après le pardon de la parabole de la femme adultère, aille dans ce sens…

      Pour nombre de lecteurs, la vitupération abrupte et furieusement intolérante de Bloy paraîtra pour le moins réactionnaire. Nous avouerons en effet ne guère partager les convictions, tout sauf libérales, du prolifique écrivain, dont le Journal (qu’il datait de « Cochons sur Marne ») court sur une pile de volumes jaunis au Mercure de France. Mais, du sublime au scatologique, malgré sa verbosité complaisante, quelle écriture ! La haine de son temps pousse cet « entrepreneur de démolitions », dangereusement persuadé de son absolue vérité, à vomir des invectives contre Wagner, la peinture, l’argent, le progrès et « l’auge à cochons d’une sagesse bourgeoise ». Tout ce qui n’est pas sainteté ne mérite que son mépris. Finalement, même si seuls le relief des personnages, la vigueur de la narration, la vocifération d’un style enluminé de trouvailles guère ragoutantes et parfois réjouissantes (excusez du peu) le sauvent de son fanatisme anti-bourgeois -au-demeurant stupide- de son intransigeance furieuse de mystique des grottes érémitiques, nous consentons à rester impressionnés par la plume salement ébréchée de Léon Bloy. Mais un tel art de l’exécration, antisémite ou rédempteur, peut-il tenir sa fragile dignité de sa seule rhétorique, ou, à l’égal de Céline, de par son éthique désastreuse, s’écrouler dans l’indignité la plus totale[8]?

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Léon Bloy : Le Désespéré, La Part commune, 2014.

[2] Léon Bloy : Je m’accuse, La Chasse au Snark, 2003.

[3] Léon Bloy : Le Salut par les Juifs, Salvator, 2016.

[4] François Angelier : Bloy ou la fureur du juste, Points-Sagesses, 2015.  

[5] Léon Bloy : Journal II, 1907-1917, Bouquins, Robert Laffont, 1919, p 114.

[6] Léon Bloy : Histoires désobligeantes, Retz-Franco Maria Ricci, 1978.

[7] Léon Bloy : Poèmes en prose, Editions de La Grille, sans date.

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:43

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

L'Armoire de Michel Butor,

 

poète et imagier du temps qui court

 

à la Fondation Bodmer.

 

 

 

Michel Butor : Par le temps qui court,

Orphée La Différence, 192 p, 10 €.

 

BBB. Bibliotheca Butoriana Bodmerianae,

Notari / Fondation Bodmer, 300 p, 44 €, 48 CHF.

 

Michel Butor / Olivier Delhoume : La Grande armoire,

Notari, 200 p, 38 €, 34 CHF.

 

 

      De par sa Modification malicieusement appliquée à la littérature, Michel Butor parut, vouvoyant son personnage et son lecteur, être devenu le pape du Nouveau roman. N’attendez cependant pas qu’il restât figé dans la glaciation de cette esthétique un brin objectiviste. Mobile il fut sans cesse, ne serait-ce qu’avec son « Etude pour une présentation des Etats-Unis[1] », mi carnet de voyage, mi prise de notes poétiques… Hors quelques essais, parmi lesquels Les Mots dans la peinture[2] marqua la collection des « Sentiers de la création », la poésie, devint le fil d’or, plus discret que celui du roman délaissé, de la quête de notre regretté drôle d’oiseau migrateur Butor, puisqu’il vient de nous quitter, à 89 ans, le 24 août 2016. Bienheureusement il avait pris soin de nous léguer ses lyrismes, dont son dernier Par le temps qui court, et d’offrir à la Fondation Bodmer de Genève, plusieurs dizaines de livres réalisés en collaboration avec de nombreux artistes, formant un audacieux florilège plastique, graphique, intellectuel et bibliophilique. Sans compter une ancienne et mystérieuse armoire…

      « J’aurais fermé les yeux trop tôt », ainsi semble se conclure cette anthologie choisie par Butor lui-même, qui allant Par le temps qui court » jusqu’à « la vieillesse inachevée », commence en 1950. Sept années donc avant l’attribution du prix Renaudot pour La Modification, qui occulta le poète au regard de la figure statufiée d’un incontournable pilier du Nouveau roman. Mobile, en 1962, confirma, en dépit de l’incompréhension parfois sarcastique qui le salua, que Michel Butor n’avait cure des gloires pour manuels officiels, qu’il allait poursuivre ses chemins divers et incessants au travers de l’expérimentation linguistique et formelle ; autant que parmi les métamorphoses du lyrisme. Œuvrant, mais sans orgueil, à l’édification de ses Œuvres complètes en 12 volumes[3], du moins publiées jusqu’en 2012, il ne cessa de « rafistoler une ou deux strophes / pour que ce soit un peu plus gai ».

     Il compose le plus souvent par strophes, faites de vers mesurées, quoique parfois les vers libres s’espacent sur la page, quand une petite poignée de poèmes en prose joue la partition d’un « Voyage sur le papier ». Malgré une apparente adhésion à la tradition, le poète, un rien facétieux, tient avant tout à sa liberté formelle autant que thématique, entre intimisme et une surprenante dimension encyclopédique. En peu de pages et en vingt parties (« par siècle une strophe / dix octosyllabes / j’ajoute un quatrain »), Michel Butor revisite l’histoire du monde. « Depuis l’étable de Bethléem » et « les ateliers chinois », jusqu’aux « dernières guerres », ce sont :

« Archives éloges

traces monuments

superpositions

de murs et de morts »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      L’écheveau thématique est bouillonnant, de « la cathédrale de Laon » à la « Ballade du sexe féminin », ce « vallon vibratile défilé des sirènes fissure des fées » ; d’une « Randonnée » à la prose rimbaldienne jusqu’à la dimension méditative et philosophique des « instruments de la génération » ; en passant par un « Chant de fouilles », où il a « tamisé les reflets et les miasmes » ; tout cela sur la « peau délicieuse » du papier. Pour qui n’aurait pas eu la curiosité de fouiller les Œuvres complètes, en fait incomplètes, ce volume modeste d’apparence, publié dans la programmatique collection « Orphée » (répondant ainsi à un poème en prose titré « L’école d’Orphée »), permet d’approcher la vertigineuse qualité poétique de celui que l’on continuera de réduire au tiroir académique du Nouveau roman…

      Une inventivité échevelée, pas si loin de l’héritage surréaliste, innerve le champ de paroles de Butor, sans consentir à s’enfermer dans l’unique esthétique d’un mouvement littéraire. Elle embrasse non seulement l’histoire mais la géographie planétaire, de l’Egypte antique à « La ville aux trois mille rêves », voire cosmique, ou encore la relation intime à « Marie-Jo », en une jubilation festive. Il est étrange alors de constater que cette anthologie de soixante ans de création s’ouvre sur des allusions à la « barque » du Livre des morts égyptien et se ferme sur des vers testamentaires :

« Même si je suis grabataire

même si je me sens à charge

un peu de braise sous la cendre

tentera de se ranimer »

Petite bibliothèque butorienne.

Avec Butor / Hérold : Passages de fleurs, La Caisse des Dépôts, 1985.

Photo : T. Guinhut.

 

      La poésie est pour Michel Butor, qu’il soit en barbe de gnome ou de mage, ou en salopette d’artisan pleine de poches, une Matière de rêves[4], pour reprendre son titre de 1975. Il se fait alors artisan de ses propres livres, collaborant avec les artistes le plus divers. Nous avions déjà remarqué son fabuleux travail à quatre mains avec Miquel Barcelo[5], l’occasion est aujourd’hui propice de rassembler une infatigable production de livres d’artistes dans BBB. Bibliotheca Butoriana Bodmerianae, un généreux catalogue réalisé par la genevoise Fondation Bodmer, suite à la donation faite en 2014 de cent livres, souvent dédicacés.

      « Ne me laissez pas seul avec mes paroles » disait le poète dans sa « Requête aux peintres, sculpteurs et compagne ». Le vœu fut avec bonheur accompli. Ce sont ici cent vingt-deux ouvrages ou livrets, plaquettes et livre-objets, de beaux volumes luxueux, des plaquettes étranges et furtives, des volumen curieux, des emboitages mystérieux, des pliages, des combustions et des accordéons, des boites, des cadres et des feuillets libres ou enrubannés, des collages et systèmes pour un « Cantique du papier »… Venus de la prise de risques de dizaines de petits éditeurs hors des sentiers battus, tirés en bien peu d’exemplaires, ils vont « de six grammes à près de trois kilos », note Isabelle Roussel-Gillet, qui les classe joliment en « Jeux de trames », « Enjeux d’âmes », « Gamme de paysages », « Jeux de dames », « Fenêtres sur chambre » et enfin « Le célébrant », puis les qualifie de « livres qui ne cadenassent pas le sens ». Certes, en cette surabondance, tous ne sont pas des chefs-d’œuvre, les qualités esthétiques de ces opuscules charmants sont parfois discutables, les textes parfois anodins, mais qu’importe, puisque tant sont merveilleux…

      Plongeant avec les doigts de maints artistes, au moyen de leurs coulées d’encres et de couleurs, de leurs graphismes, gaufrages et photographies, il a réalisé ses rêves d’ « artiste ambulatoire » (pour reprendre le titre du préfacier, Jacques Berchtold, par ailleurs directeur de la Fondation Bodmer). L’un de ces rêves les plus constants s’adresse aux montagnes qui l’entourèrent, puisqu’il enseigna longtemps à Genève et vécut dans un village savoyard. Le mince volume aquarellé Genèse les suggère, les Montagnes en gestation appellent les dessins et lavis à l’encre de Catherine Ernst, brossant glaciers et cascades, le Réconfort d’esquimaux est une « infusion de paysage », quand La Végétation de Salève s’inscrit sur un mince paravent tendu de tiges d’osier.

      Un autre thème récurrent est celui du mythe de Don Juan. Ainsi au Matériel pour un Don Juan, on joint une cassette à bande magnétique ; L’Enseigne de Vénus vient côtoyer Don Juan dans la Manche où l’allusion « allegro » à l’opéra de Mozart renvoie à L’Or du Rhin qui oscille entre le mythe d’Ondine et l’appel à Wagner.

      Ils s’appellent La Dame à la grenouille ou À la flamme du retable ou encore Colloque des mouches. Lors, le dialogue entre l’artiste et l’écrivain n’est plus hiérarchisé, ne sachant qui illustre l’autre, quand à cet égard Michel Butor coule son inspiration auprès de l’illustrateur, voire de l’objet en gestation. Au point même que La Nuit soit fait de quatre poèmes d’Inge Kresser illustrés par autant de collages de Michel Butor. Parfois l’humour s’empare sans ambages des feuilles de papier en chemise, pour Antisèche, savoureuses perles d’élèves et rougeoyantes annotations professorales, « pour aider les victimes des examens » !

      Dans Le Rêve de l’ammonite, illustré par Alechinsky, le dessin est séminal pour le poète qui en ses délires exquis aperçoit « flotter au loin d’une vague à l’autre les nénuphars humains, leurs nids d’alcyons, étamines et pistils, astrolabes et luths, pédoncules et vrilles ». Plus loin « Les agrumes du paysage pressent leur jus sur le ciel bleu dans les moissons coquelicots », témoignant de la qualité inspirante des pastels de Frédéric Appy…

 

      Enfin, si nous avons le regret de ne pouvoir ranger aucun de ces livres d’artistes au frais de notre cabinet de curiosités bibliophiliques, ce catalogue de la Bibliotheca Butoriana Bodmerianae, mise en page impeccable, commentaires aisés autant qu’érudits, photographies aux sensualités confondantes, fera l’inépuisable joie de l’amateur, bien au-delà de Butor lui-même, mais d’autant de jalons poétiques et coquinement facétieux de l’histoire du livre. Alors que l’inattaquable sérieux présidait à la publication de catalogue d’exposition consacrées à Sade[6] ou Frankenstein[7] au sein du temple humaniste de la bibliophilie qu’est la Fondation Bodmer, sise quelques pas au-dessus de la fraîcheur du lac Léman…

 

      Qu’y a-t-il dans cette mystérieuse Grande armoire, normande et familiale, dont les portes sont obstinément fermées sur la couverture du dernier livre de Michel Butor, assisté d’Olivier Delhourme ? Tout un vrac, un bric-à-brac, un fourbi, un bourrier. Tout un « humus », une « fouille archéologique en désordre ». Un gilet, une éponge, un jeu de cartes, des plumes, bons qu’à la décharge…

      Mais sous nos doigts patients, tout un monde lointain s’ouvre. Lointain temporel avec des objets familiaux venus des ancêtres de l’écrivain, destinés à figurer une généalogie, une archéologie de la création littéraire et poétique. Mais aussi des souvenirs, de dons et de rencontres, qui sont autant des bribes d’autobiographie que des déclencheurs de sensations, de rêveries et de méditations pour le lecteur, imaginairement lui aussi confronté à son propre passé, à son armoire réelle ou mentale. Lointain géographique, exotique, car ses babioles et merveilles viennent du Japon, de Saqqarah, d’Amérique du nord, comme cette défense de morse gravée, d’Afrique, de Nouvelle-Guinée, d’Australie, comme cette « pointe de lance en verre de bouteille, taillée avec une délicatesse presque solutréenne ».

      Certains de ces objets ne sont précieux que par la charge émotionnelle qui les attache au poète : sacs à main en fourrure ou vannerie venus du Brésil, quoique artisanaux, rouleau de dentelles pour le deuil, « cœur en rubans roulés », ou gag pitoyable sous la forme d’une « serviette pliée en canard ». D’autres sont dignes d’un véritable musée, des arts premiers et des arts divers. C’est une « jarre phénicienne », une autre « prédynastique », de merveilleux collages de Jiri Kolar : « tubes à essais », « pomme-lèvres », « astre des nuits »…

      À la lisière du fourre-tout, du grenier d’enfance, de la boite aux trésors et de la caverne d’Ali baba, ce livre inclassable, cette Grande armoire, presque inépuisable avec ses 81 numéros soigneusement photographiés, est une muséale micro-encyclopédie, pleine de rêve et d’humour, un rien surréaliste, un tout butorienne.

      La Modification ne se terminait-elle pas sur ces mots : « vers ce livre futur et nécessaire dont vous tenez la forme dans votre main[8] » ? Ces livres d’artistes, si précieux soient-ils sous les vitrines de la Fondation Bodmer, et qui sont le déploiement d’une carrière emplissant « le temps qui court », ne demandent en effet, objets à contempler, à lire, à caresser, qu’à remplir la forme de la main… Maintenant que les yeux de notre cher et regretté Michel Butor « ont revêtu blancheur d’aveuglement », ses livres rejoignent à juste titre, entre un papyrus du Livre des morts égyptiens, une Bible à 42 lignes de Gutenberg et un Livre d’image des insectes choisis de Kitegawa Utamaro,  les Fleurons de la Bodmeriana[9].

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] Michel Butor : Mobile. Etude pour une représentation des Etats-Unis, Gallimard, 1962.

[2] Michel Butor : Les Mots dans la peinture, Les sentiers de la création, Skira, 1969.

[3] Michel Butor : Œuvres complètes, La Différence, 2006-2010.

[4] Michel Butor : Matière de rêves, Gallimard, 1975.

[8] Michel Butor : La Modification, Minuit, 1957, p 236.

[9] Fleurons de la Bodmeriana, Fondation Bodmer / Panama Musées, 2005.

 

Michel Butor / Martine Jacquemet : Ménagerie volubile, 2001, BBB, p. 185.

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 20:17

 

San Giacomo / Sankt Jakob, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Bethsabée, la muse charnelle de Rembrandt,

 

par Claude-Louis-Combet

 

& Simone van der Vlugt.

 

 

 

 

Claude Louis-Combet : Bethsabée, au clair comme à l'obscur,

José Corti, 2015, 194 p, 21 €.

 

Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre,

traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Guillaume Deneufbourg,

Philippe Rey, 2020, 304 p, 20 €.

 

Le peintre tient d'une main ferme le pinceau de la féminité. Hélas, une tragédie fend la vie de Rembrandt en deux : la mort de son épouse Saskia. De plus, il doit se séparer de la servante Geertghe, qui lui fit un procès faute d'une promesse de mariage non honorée, et fut internée à cause de ses violences, y compris contre les enfants du maître. Fort heureusement, en cette période noire, le destin de l'artiste fut illuminé par l’arrivée d’Henrdrickje Stoffels (1626-1663) qui, outre l’entrée à son service, devint sa maîtresse, et son modèle. C’est à cet accord parfait, quoique tragique, que Claude Louis-Combet consacre un récit somptueux, profond comme les ombres, lumineux comme le pinceau du styliste. Cependant Geertghe Dircx n’a peut-être pas dit son dernier mot et se voit en passe d’être réhabilitée par le roman de Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre. Être un génie protège-t-il du mal ?

L’on connaît, au Louvre, le portrait d’Henrdrickje Stoffels au béret de velours, peint de pâtes tendres aux couleurs assourdies par le temps. Or elle devint également le modèle de toiles mythologiques : « Danaé », « Bethsabée », d’où le titre choisi par notre prosateur. Ce n'était pourtant qu'une servante, qui « ne savait pas lire », mais qui sut écouter le peintre lui lire la Bible, pour comprendre comment prendre la pose de son personnage : cette Bethsabée au bain qui tenta le roi David et lui donna deux héritiers, dont le futur roi Salomon.

L'art et l'érotisme, autant que les deux personnages, se complètent :« Le Maître aimait l'éclat solaire des chairs dénudées, les seins gonflés de vie, les cuisses palpitantes dans la lumière. » Non content d'apaiser le désir, « la ferveur sexuelle » permet également « la fusion du charnel et du spirituel [qui] consistait exclusivement dans la beauté de l'oeuvre ». Au point de se demander qui féconde qui… Les allusions mythologiques nourrissent la fertilité du peintre autant que du ventre de la femme qui, après avoir été la nourrice de son fils préféré, Titus, lui donne bientôt une fille nommée Cornelia : « comme Pasiphaé, Hendricjke avait été visitée, et, dans les abysses de sa chair, travaillée d'une violence bestiale qui lui avait arrachée de longs gémissements ». Ce qui permet à Rembrandt de produire une de ses « toiles refusées et interdites », hélas ravagée plus tard, lors d'un incendie. Hendrijcke restera un fidèle soutien de celui qui sera bientôt accablé de dettes...

Rien n'empêche le narrateur de prendre de la hauteur, spirituelle et temporelle, en particulier lorsqu'il compare les portraits de la femme, de la servante (au sens noble du terme), de la muse, à la « Beata Beatrix » de Rossetti, à « Mademoiselle Rose » de Delacroix. On se doute alors que la profession de foi de l'écrivain n'est pas loin : « Les figures de l'art semblaient anticiper les expériences de la vie et en tracer les promesses ».

Témoin et démiurge de son œuvre-miroir de l'artiste et de la vie, Claude Louis-Combet termine en mélancolie, enterrant, après celui de l'aimée, le corps de son peintre. Il est « à quelques pas en arrière […] le Prosator, appelé Homme du Texte, appliqué à ne rien perdre du spectacle de cet enterrement furtif et désolant ».

Après Blesse, ronce noire et Le Livre du fils1, l'univers de Claude Louis-Combet est une fois de plus totalement inactuel ; en ce sens intemporel. Le corps, la chair, le désir, l'art et la transcendance peut-être possible sont des thèmes obsessionnels caressés avec la paume d'une langue intensément sensuelle et chargée de sens. Y compris s'il use (voire abuse) des métaphores du « clair » et de « l'obscur », pour reprendre son évocateur et profondément mystique sous-titre. Il est évident que l'écrivain cherche -et parvient- à peindre une œuvre d'art, au sens où, représentant les tableaux de Rembrandt, et les faisant palpiter de vie, il réalise des ekphrasis : en écrivant comme peint son maître, changeant tout ce qu'il narre et décrit en tableau.

Si Claude Louis-Combet n’est pas le seul à avoir écrit sur un tel sujet (Paul de Roux offrit à cet égard un roman, Une Double absence2, et Pierre Benoît un Bethsabée en 1938) il sait à merveille envelopper son lecteur dans un monde profus et touffu, aux lumières chaudes, aux ombres brutales. Récit ? Plutôt « mythobiographie », dit-il. Eloge et blason de l'amour et de l'art ? Plutôt un vaste poème en prose, dans une lointaine consanguinité splendide avec cet autre amant de l'art : Charles Baudelaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le roman de Simone van der Vlugt, La Maîtresse du peintre, le point de vue est radicalement différent. C’est un pan ignoré de la personnalité du peintre, de sa vie sentimentale et domestique qui est ici éclairé de sombre manière. Rembrandt van Rijn vécut plusieurs années avec Geertje Dircx, gouvernante de son fils Titus après la disparition de son épouse Saskia Uylenburgh. Une telle liaison s’est conclue par l'arrestation puis l'emprisonnement de Geertje en maison de correction. Ce fut bien à la demande du peintre que le forfait, si l’on peut appeler cela ainsi, s’accomplit.

S’appuyant sur des recherches historiques, Simone van der Vlugt peint à son tour le portrait moins d’un peintre que d'un homme, auquel elle contribue par un brin d’imaginaire pour se glisser dans la psyché du personnage féminin. Loin du mythe et de l’aura picturale, la réalité serait plus retorse. Sombre et manipulateur, ainsi apparait le génial peintre qui écarte une femme, la condamne au silence faute d’avoir vécu selon le souhait du maître, comme de nombreuses femmes de leur temps. Le roman fait résonner les cordes sensibles du pathétique et de la pitié, penchant - un peu trop ? - vers la compassion à l’égard d’une gouvernante bafouée.

Car Geertje avait joui des bijoux de Saskia que lui avait confiés Rembrandt. Et lorsque le mariage qui paraissait miroiter à ses yeux se voit remplacé par une plus jeune servante, Henrdrickje Stoffels, la presque promise se rebelle, exigeant une pension. Et alors qu’il lui avait interdit de vendre les bijoux, il découvre qu’elle les avait mis mis en gage. Voilà le corps du délit qui contraignit  Rembrandt à faire enfermer Geertje, qui ne sortira de la maison de correction qu’au bout de six ans. Triste destin.

Reste que l’écriture, fluide et attachante de ce roman réaliste, n’a pas la puissance poétique et métaphysique de l’art de Claude Louis-Combet.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

1 José Corti, 1995 et 2010.

2 Paul de Roux : Une Double absence, Gallimard, 2000.

 

Ostia antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 12:38

 

Catedral de Huesca, Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Houellebecq, extension du domaine

 

de la soumission :

 

satire ou adhésion ?

 

 

Michel Houellebecq : Soumission, Flammarion, 2015, 304 p, 21 €.

 

Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013,

Poésie Gallimard, 2014, 224 p, 10,70 €.

 

 

 

 

      Une histoire de zizi… De livre en livre, Houellebecq déplie les complexes et les manques de ce petit oiseau qui est aussi le nôtre. Dans Extension du domaine de la lutte, un jeune cadre incapable de lever les belles de boites de nuit se vit conseiller de recourir au meurtre des beautés féminines pour ainsi les posséder et s’en venger. La rhétorique marxiste du titre était logiquement constituée par une Envie qui s’étendait du domaine économique au domaine sexuel. Dans Les Particules élémentaires, une seconde solution devenait plus radicalement efficace : nous deviendrions, dans un proche futur de science-fiction, tous clonés, tous également beaux, donc sexuellement enviables et satisfaits. L’égalité avait remplacé la liberté. Plus tard, dans Plateforme, une troisième hypothèse, plus réaliste, prenait place parmi les camps de vacances des Européens favorisés sur les plages du tiers-monde : une prostitution à bas coût comblait les braguettes des messieurs, via l’exploitation des femmes. Si l’on excepte La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire, dont le creux de la vague laisse parfaitement insensibles les souvenirs du lecteur -malgré un prix Goncourt-, la logique houellebecquienne trouve aujourd’hui un nouvel avatar dans le problème sexuel du mâle occidental : la Soumission à l’Islam lui permet, grâce à la polygamie, d’assouvir des désirs sous couvert du silence des burqas. Faut-il se soumettre à Houellebecq ? Il est à craindre que Soumission soit son meilleur roman ; et sa pire utopie politique. La satire de la tyrannie n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? S’arrête-t-elle à la porte de la « soumission » désirée ?

 

Uchronie et anti-utopie politique et religieuse

       Le conscient et l’inconscient collectifs des Européens, voire de la planète entière, le spectre de nos peurs sont l’une des cibles privilégiées de nos grands romanciers. Quoiqu’on en dise, l’Islam, dont la traduction littérale est « soumission », est aujourd’hui la première peur géopolitique, civilisationnelle, religieuse, morale et sexuelle. Houellebecq est inévitablement en adéquation avec cette peur en la retournant d’une ironique manière en son uchronie, c’est-à-dire en un temps qui n’existe pas, qui n’existera probablement pas, du moins de la manière décrite.

      Le narrateur personnage nommé François, spécialiste de l’écrivain du XIXème Huysmans, s’accommode au mieux d’une démocratique et presque pacifique domination de la France par l’Islam ; au contraire d’une guerre civile redoutée. S’appelle-il d’ailleurs François, parce que Français, parce que François Mitterrand et François Hollande qui ont leur part de responsabilité en cette évolution prévisible ? « À l’issue de ses deux quinquennats calamiteux », ce dernier disparait. En « un Occident qui sous nos yeux se termine », « alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers » (ce qui n’est aujourd’hui que trop vérifiable), le narrateur personnage se sent « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Cependant l’on sait bien qu’être politisé socialiste, UMP, « Fraternité musulmane », sans oublier Front National, ne répond en rien aux désastres économiques et civilisationnels qu’il faudrait affronter avec une conviction nettement plus assurée des libertés. Doit-on considérer qu’il est pire de choisir, au lieu de la « guerre civile », de rester « résignés et apathiques » ?

      Quoique trop bénin et trop rapide pour être totalement crédible -2022 pour une élection d’un Président musulman- le télescopage temporel permet de rendre cette uchronie plus imminente et plus prégnante qu’elle ne l’est peut-être, même si l’on songe à la thèse du grand remplacement prônée par Renaud Camus, s’appuyant sur des projections démographiques, peut-être discutables en France, plus sévères en Suède ou en Allemagne, ce pour rejoindre le titre alarmant de Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparait[1].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Si, selon les estimations, les Musulmans représentent environ 8 % à 10 % de la population française, la conversion politico-religieuse de la France parait hautement improbable, irréaliste. Mais il ne faut pas mésestimer les ardeurs immigrationistes et démographiques d’une minorité active, prosélyte et violente. Quant à savoir si tous les Musulmans français voteraient pour un Président d’Islam, il faudrait se demander combien d’entre eux votent déjà et voteraient alors pour Marine Le Pen, excédés par leurs coreligionnaires fondamentalistes et délinquants.

     Irréaliste est peut-être encore le fait que nos « enseignants devraient embrasser la foi musulmane » ? Quoique. Combien n’ont-ils pas embrassé la foi marxiste et communiste ? Il faut alors recourir au triste rappel d’Heidegger qui ne craignit pas de prêter serment au Troisième Reich, en tant que recteur d’université.

    Une fois islamisés, leurs salaires triplés, les enseignants reprennent leurs cours presqu’intégralement, même si « la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude ». Le pays voit la délinquance « divisée par dix », le chômage « en chute libre », grâce « à la sortie massive des femmes du marché du travail » : en compensation, les allocations familiales bénéficient d’une revalorisation considérable ». L’éducation nationale s’allège : « l’obligation scolaire s’arrêtait à la fin du primaire »…

      Pour le personnage de Soumission, la soumission aux événements est totale. Un séjour dans l’Abbaye de Ligugé est un échec. Quand une proposition le sauve du suicide : diriger l’édition des œuvres de Huysmans dans La Pléiade. Retrouver son poste d’universitaire, être trois fois mieux payé qu’une belle pension de retraite, prendre des épouses de quinze ans : se convertir, au moyen d’une argumentation fournie, mais spécieuse, et d’une justification de la tyrannie chapeautée par quelques puissants, est un jeu d’enfant. Même si le dernier chapitre est au conditionnel, il n’y a aucun doute : il se soumettra. Car « le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue », qui est comparée à celle masochiste d’Histoire d’O. D’où l’identité entre deux soumissions : à ce dernier livre et au Coran…

      Il est évident que, politiquement, la confrontation entre les deux candidats à la présidence de la République, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbès, doit paraître comme deux faces voisines de la même médaille du renoncement à la liberté, quoique le second, affirmant le nom du prophète de sinistre mémoire, soit, malgré son apparence faussement modérée à la Erdogan première manière, sa diplomatie huilée, la plus terrifiante. Pourtant, grâce à la pleutre alliance du Parti socialiste, qui, devant deux dangers choisit le pire, aveuglé par sa haine antédiluvienne et atavique du Front National, c’est à lui que le pays se confie, de guerre lasse, courbé sous la menace, acceptant la paix du dhimmi, l’humiliation de l’esclave, la solide certitude de l’idéologie de la charia. Perspective effrayante…

       Le « grand remplacement », annoncé par Renaud Camus, est ici avancé à 2022. Ce dernier paraitrait écrire les discours de Marine Le Pen en cette fiction, citant un auteur des Lumières, Condorcet et son Des Progrès de l’esprit humain[2]. Etonnante prise de conscience, hélas balayée. Ce qui prouve bien d’ailleurs que Houellebecq ne participe que peu de la « lepénisation » des esprit, mais de leur islamisation, par le biais du désaveu des Lumières.

     L’avertissement lancé par Thilo Sarrazin dans L’Allemagne disparait se voit renvoyé à une uchronie dangereusement proche, heureusement improbable à si court terme. Si l’on peut penser qu’il ne s’agit là que du fantasme prégnant du personnage, voire de l’auteur, on ne s’étonnera guère de cette conversion française, si l’on sait que d’après un sondage du CSA, 54% des Musulmans de France sont favorables à une application, au moins partielle, de la charia. En Grande Bretagne, des tribunaux islamiques peuvent rendre des décisions sanctionnées par la High Court, l'équivalent de notre Cour d'Appel, ce dans les questions de divorce et de garde d’enfants ; or ces 85 tribunaux observant la charia ne reconnaissent pas les mêmes droits aux hommes et aux femmes.

   Ainsi les Musulmans, hors quelques minces passages pauvrement pornographiques, y compris leurs radicaux, auraient bien tort de se choquer de Soumission : ce proche avenir peint par Houellebcq ne peut que leur convenir, le roman paraissant alors islamocorrect. Hors cette interrogation : comment un pouvoir musulman pourrait-il tolérer que des professeurs d’université, fussent-ils convertis à la loi coranique, enseignent des écrivains -sans parler évidemment de Voltaire[3]- comme Huysmans, qui, outre son décadentisme, commit l’outrage de se convertir à la spiritualité chrétienne ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet polygame

       Selon le romancier des Particules élémentaires, le capitalisme néolibéral visait à la sursatisfaction des libidos occidentales. Seule la liberté féminine posait une barrière à cette volonté de puissance sexuelle masculine. Sur ce plan l’Islam permet une régulation par la loi théocratique. À la soumission politico-religieuse répond la compensation de la polygamie (évidemment réservée aux seuls hommes) : avoir plusieurs femmes satisfait non seulement l’appétit de luxure mais aussi la libido dominandi. Il reste en effet pour se consoler avec profit une bête de somme sur laquelle décharger sa sexualité et sa piètre volonté de puissance. Marché aux esclaves et harem seraient donc complémentaires dans le cadre de la domination du marché réglé par l’argent des pétrodollars et par le pouvoir patriarcal. Ainsi la lassitude de l’homme occidental (sans parler encore de celle de la femme) irait se confier sans résistance à la servitude volontaire de l’Islam ? Tout cela pour quelques services sexuels ?

      Sommes-nous déjà halal et salam ? L’Iran des mollahs est-il notre avenir ? En deçà du choc de civilisations diagnostiqué par Huntington[4], du Jihad versus Mc World[5], le choc annoncé n’aura pas lieu : la France ouvre avec délectation ses draps polygames à la saillie de l’Islam… La soumission houellebecquienne a le mérite, en voilant la France, de dévoiler un avenir possible de la distribution sexuelle, si l’on n’y prend garde au plus vite : « L’inégalité entre les mâles –si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devaient nécessairement en être privées- ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais comme un effet recherché ». Mâle dominant, sélection, maîtrise de la soumission féminine, ces concepts expliquent le succès de la chose. Un chien morbide a besoin de la laisse dorée du pouvoir, de quincaillerie spirituelle et de sexe avec des femmes enfants consentantes aux caprices du maître. Seconde perspective effrayante…

      Cette polygamie avait déjà fait l’objet d’un projet de société romanesque dans une Angleterre islamisée. En 1914, Chesterton fit en effet annoncer à l’un de ces personnages « cette grande expérience sociale la grande méthode polygamique qui s’est levée à l’Est […] cette polygamie supérieure », tout cela dans le cadre d’un drôle de roman de chevalerie secourant les pubs menacés et leurs libertés : L’Auberge volante[6]. Houellebecq n’est donc pas tout à fait le premier prophète occidental. Sans oublier Jean Raspail et son Camp des saints, publié en 1973, dans lequel une invasion d’immigrées délinquants et violeurs balaie la France[7]. Houellebecq a choisi un protocole plus pacifique, quoique plus retors, en imaginant que la moitié de l’humanité, en l’occurrence les femmes, seraient consentantes.

     Misanthropie, misogynie ? Ne peut-il imaginer qu’au lieu de la soumission, nombre de femmes, comme autant d’amazones allaient se soulever ? Hélas, peu après l’élection, «  toutes les femmes étaient en pantalon ». La Sorbonne islamique (qui n’est que la continuation de notre Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi) ne connait plus que des femmes « voilées ». Les « Aïcha » de ces messieurs ont quinze ans. La dignité humaine est aux abonnés absents…

 

De la satire

      Roman irréaliste, soit. À moins de le lire, sous la surface de son ton doucereux, comme une double satire d’autant plus féroce qu’elle affecte une apparente innocuité. Satire d’abord de nos gouvernements socialistes (mais aussi de « centre-droit ») qui, avec la Fraternité musulmane « n’ont aucune divergence sur l’économie, ni la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité ». Ainsi, par antilepénisme obsessionnel, ils se font digérer par le parti musulman et les talents rhétoriques de Mohamed Ben Abbes. De même, la plupart des Français (on ne fait que deviner les autres luttant pour une cause perdue, voire exterminés) sont comme des veaux claquemurés dans l’indignité : « le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran ». La satire est d’autant plus mordante que le basculement s’effectue de manière presque indolore, amoureusement consentie, dans l’aveulissement et l’abandon de toutes les valeurs des Lumières, il faut bien l’avouer, fatigantes, car énergivores. « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est donc condamné », face au monothéisme « qui dispose du meilleur taux de reproduction ». Pourtant, dans les trouées du silence des médias -silence qui ne fait que confirmer un peu plus les tendances de bien de nos médias contemporains- les assauts des bureaux de vote, les affrontements meurtriers, un moment constatés dans une station-service par le narrateur, laissent penser à un putsch.

      La leçon de politique-fiction est aussi sérieuse que l’analyse des bassesses de nos partis, de leurs alliances. La stratégie de Mohamed Ben Abbes et de sa Fraternité musulmane est un chef d’œuvre de dissimulation (la taqiya) et de manipulation, présentant « l’islam comme la forme achevée d’un humanisme nouveau », respectant « les trois religions du Livre » (on notera la vision bien irénique !) et dont le modèle pour son Eurabia est « l’Empire romain ». Cependant le « Front républicain » verrait ce dernier confortés par le PS (dont la « mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ») et l’UMP obsédés par leur phobie du FN, vaincu par pire que lui… À ce jeu, tout lecteur est renvoyé à ses fantasmes, ses peurs, ses pesanteurs idéologiques, ses sursauts…

      Mais aussi satire du Français moyen, y compris censément intellectuel, lorsque François confie à Myriam, à propos de la menace qui pèse sur les Juifs : « je ne connaissais au fond pas bien l’Histoire ». Quant à notre François moyen, il est séduit, avec son maître universitaire Rediger, par le culte de l’homme politique providentiel. Satire évidemment beaucoup plus considérable, celle du doux cancer de l’Islam. Sans oublier la satire du mâle, machiste et paternaliste, voire de la satire des femmes qui se plient avec tant de bonne grâce au comportement exigé. Satire de l’Islam et de la veulerie française ou satire antilibérale de la perte des valeurs traditionnelles de la France, selon que l’auteur se sépare ou se solidarise de son personnage ? S’il ne faut pas craindre de séparer l’homme Houellebecq, cultivant son apparence de clochard décadentiste, quelle est la part de la satire d’une France ramollie et du vouloir non-vivre post-nietzschéen ? C’est là que l’ambigüité de l’auteur Houellebecq laisse considérablement perplexe le lecteur : écrit-il pour dénoncer ou pour adhérer à ce retour du religieux ?

      Et que disent les femmes en ce roman ? Rien ; apparemment elles consentent, sauf la seule qui compte un peu, Myriam, qui parait savoir aimer notre personnage aussi blet qu’un navet, et s’expatrie en Israël à la suite de sa clairvoyante famille. Est-ce à dire que le seul pays qui défendrait encore la liberté féminine serait ce dernier ? Ainsi la France judenrein et satirisée se couche comme une putain -ou comme un putain, si l’on ne veut pas être sexiste- sous le fleuve montant d’une population conquérante, quoique accueillie et entretenue par l’Etat providence, sous le flot des pétrodollars islamistes. Ce qui n’est hélas qu’une légère hyperbole de la situation de la France déjà trop islamisée. Rien ne sauve ce roman du blâme, quand, sans le moindre déchirement de conscience morale et politique, l’antipape François se convertit dans le sein d’une religion sexiste et antilibérale. Doit-on pointer que la conscience libérale de Houellebecq manque pour le moins de consistance, aux antipodes du libéralisme politique et économique qui anime Hayek et Adam Smith…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une technique romanesque redoutable

      Pris dans le récit étonnamment aisé, entraînant, le lecteur s’immerge en toute immédiateté dans le mental du personnage, dans son univers plausible et dans une France peu à peu bouleversée sans que l’on paraisse y remarquer une faute de progression. Pour ce faire, la technique de l’écrivain est redoutable. Le réalisme pauvre de Houellebecq use d’images frappantes à l’occasion des souvenirs du restaurant universitaire : « nos rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital ». Ou de son « existence corporelle » : « lavabo bouché, Internet en panne ». De même le portrait psychologique, dépressif et veule, possède une prégnance irréfutable. La tentation de l’abandon ronge le personnage qui se laissera persuader par le confort matériel, sociétal et sexuel de la « soumission » à l’Islam, autant que par une spiritualité de confort. Mieux que la spiritualité chrétienne : « Au monastère, au moins on vous assurait le gîte et le couvert -avec en prime la vie éternelle dans tous les cas ». Mais en ce dernier lieu, ni orgueil, ni luxure. Ce que permet le nouveau gouvernement à ses affidés. L’intellect et le spirituel ont abandonné le terrain aux tyrannies des besoins médiocres du réel, aux tyrannies des jouissances sexistes. On est alors étonné de l’aisance apparente de la démonstration par un narrateur (et par le personnage de Rediger) dont le propos est sans cesse dégraissé. Mais également dégraissé de tout ce qui pourrait déranger la mauvaise foi de son adaptation au nouveau pouvoir. Hélas, aucun personnage n’est là pour contredire efficacement l’argumentaire, hors Marine Le Pen citant Condorcet, aussitôt évacuée.

      Réaliste, voire misérabiliste, la tristesse des relations humaines est sans amitié ni amour, les rapports sexuels banalisés ou tarifés sont sans la moindre chaleur érotique. Là encore le réalisme cynique s’est débarrassé autant du lyrisme que de l’idéalisation : « Ma bite était au fond le seul de mes organes qui ne se soit jamais manifesté à ma conscience par le biais de la douleur, mais par celui de la jouissance. […] elle m’incitait parfois, humblement, sans acrimonie et sans colère, à me mêler davantage à la vie sociale. »

      Le réalisme houellebecquien sait en outre l’art de mêler à ses personnages fictionnels, des personnalités réelles : Hollande, Pujadas, Onfray, Mélanchon, Bayrou devenu Premier Ministre de Ben Abbes, et « vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou »… Ce qui contribue, outre la focalisation interne ininterrompue, à stimuler la fiction par un effet de réel. Les dialogues entre les personnages, dont Alain Tanneur, analyste politique viré de la DGSI pour avoir signalé les « incidents » susceptibles de se produire dans les bureaux de vote, sont efficacement menés. Cette conversation étant menée dans le Lot, au village de « Martel », l’allusion à Charles Martel est explicite. Quoique caricatural, le séisme politique et civilisationnel est redoutablement bien mis en œuvre, au moyen d’une mise en scène « légèrement expressionniste[8] », selon son auteur.

      L’apparente absence de jugement de la part du romancier permet à chaque lecteur d’y trouver l’occasion de son assentiment ou de son rejet : l’islamiste peut se trouver conforté dans la légitimité et la réussite affichée de son entreprise d’arabisation de la France ; comme le laïc ou le catholique qui réprouve Islam et immigration peut y voir un argument contre cet asservissement. Oiseau de bon ou de mauvais augure, selon les uns ou les autres, le romancier, laisse son apologue entre les deux yeux de la sagacité de son lecteur responsable. Cette France collaborationniste n’est-elle qu’un mauvais et improbable retour du refoulé de la période nazie, ou l’image soudain dévoilée par une Cassandre que personne ne veut entendre alors qu’elle dit la vérité ?

      À quelle soumission indigne se soumet le critique qui croit écrire avec pertinence après que tant de moutons de Panurge guère rabelaisiens y soit allée de leur logorrhée ? Faut-il se faire le maître censeur d’une idéologie et d’un art romanesque ? Outre le problème civilisationnel mis en exergue par Houellebecq, on eût aimé que la narration, l’espace du roman, puissent se déployer bien au-delà de quelques confessions, ratiocinations et conversations autour du nombril du narrateur. Créer d’autres personnages, d’autres rebondissements, imaginer une révolte des femmes, tout cela est-il au-dessus des forces de notre piètre et redoutable romancier ? À moins de considérer qu’une vaste saga épique puisse être moins efficace que l’art de la suggestion…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De l’identification auteur personnage

      L’auteur est-il son personnage ? François est-il Houellebecq ? Il faut cependant toujours se méfier des identifications naïves et abusives. Quoique parmi des romans ou le héros -plus exactement toujours anti-héros- présente à peu de choses près toujours la même psyché écœurée de désespoir, de pulsions sexuelles plus ou moins molles, de mépris des femmes, de veulerie et de projections vers un au-delà prétendu meilleur, qu’il s’agisse du clonage, de la prostitution sud-asiatique ou de la polygamie islamique. Or un élément semble valider cette hypothèse : la production poétique de Michel Houellebcq ouvre la parole à un « je » qui présente le même profil psychologique. Quoique, une fois de plus, il faille aller jusqu’à se méfier de l’identification du « je » poétique avec son auteur, si proche de la posture de la confession soit-il. Cela signifie-t-il que le romancier souhaite lui-même d’adhérer à la doxa musulmane la plus traditionnaliste ? Plutôt ne fait-il que se dénoncer -et nous à travers lui- comme un collabo opportuniste qui ne craint pas de profiter des avantages financier et sexuels fournis au service de l’occupant (mais aussi de l’édition).

      « Dans l’abrutissement qui me tient lieu de grâce » : cet alexandrin ouvre le dernier poème de l’ « Anthologie personnelle 1991-2013 » de Houellebecq, titrée Non réconcilié. Voilà qui est parallèle au vertige éteint de François, lorsque dans Soumission, devant la Vierge noire de Rocamadour, il se sent « ratatiné, restreint » ; et dégoûté par l’humanité. Poésie et roman participent de la même déréliction, de la même aspiration empêchée au religieux, sauf qu’en ses romans une perspective fictionnelle (le clonage pour Les Particules élémentaires, l’Islam pour Soumission) fournit une eschatologie terrestre ; quoique à chaque fois liberticide. La poésie reste alors terrestre, lourde, ses minces facettes lyriques ont su mal à décoller, comme si l’auteur imposait au moule qui se voudrait aérien du poème en vers rimés le poids de ses « intestins écartelés », « dans l’univers privé de sens ». Le drame du poète autant que du romancier n’est-il pas de n’avoir pas su donner sens au monde, au point qu’il se persuade d’en épouser un, fusse-t-il fourni par une religion barbare qui affecterait des airs de spiritualité. Alors qu’il ne va même pas jeter un œil au soufisme, par exemple…

Du héros vicié à la dignité bafouée

      La pire faiblesse du roman (peut-on dire à thèse ?) est hélas conceptuelle : la satire n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? Un nietzschéisme[9] post-nazi, un nazislamisme indécent, un ressentiment morbide contre le monde, un dégoût de soi et de l’autre, une misogynie salace, un appétit de l’argent, des honneurs sociétaux, des prestiges universitaires et ministériels aux dépends des valeurs morales, une haine de « l’individualisme libéral », un antihumanisme viscéral, tout ceci conspire à faire du héros houellebecquien un monstre défaitiste et mou gagné par la persuasion de l’islam ; aux dépens de toute dignité morale. Une fois encore il faut se poser la question de l’adéquation de l’auteur à ces anti-valeurs. Même si les rejeter avec lucidité n’empêche pas de considérer ce roman dans sa fonction satirique d’autodérision et de miroir sombre de notre société. Un chien morbide a besoin d’une laisse dorée. « L’athéisme est trop triste. Le besoin de sens revient[10] », affirme Houellebecq. Mais pourquoi l’athéisme ne pourrait-il être gai ? Qu’importe que la mort soit une fin. Et s’il s’agit d’un sens insensé ? La spiritualité chrétienne peut être compatible avec la liberté, quand celle de l’Islam a considérablement besoin de réformer ses textes fondateurs en ce sens. Et postuler à son service un Mohamed Ben Abbes si pacifique et consensuel est bien une illusion. Houellebecq préparerait-il le terrain pour un tel avenir ou nous mettrait-il en garde ? « La vérité, c’est que je ne le sais pas moi-même », même en pensant que « l’islam est la religion la plus simple[11] », plaide-t-il…

 

      Faute d’adhérer le moins du monde, ni avec Houellebecq, ni avec aucun de ses personnages qui sont souvent également, ne l’oublions pas, nos hommes et femmes politiques, quand Mohamed Ben Abbes peut être vu comme une captatrice euphémisation de la violence totalitaire de l’islam, il reste cependant loisible, voire salutaire, de louer ce roman visionnaire. Le tableau clinique, déprimant, avilissant, est d’une force cataclysmique. Un cri mou de sujétion ; ou de révolte ? Cet avertisseur sera-t-il entendu ? Comment saurons-nous réagir face à cette tyrannie politique et sexuelle ? En la personne d’Aristophane, les Grecs de l’antiquité trouvèrent une intéressante solution à la tyrannie masculine. Pour dissuader les hommes de partir guerroyer, Lysistrata convainc les femmes de se révolter d’une intéressante manière : « femmes, si nous voulons forcer les hommes à faire la paix, il faut nous abstenir… de la chose[12] ». C’est-à-dire l’acte sexuel. Que nos féministes ne se trompent pas de cible, que la soumission des femmes musulmanes, que leur servitude volontaire, se retournent contre leurs oppresseurs pour se libérer. Et nous libérer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des Progrès de l’esprit humain, Dubuisson Marpon, 1864.

[4] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1996.

[5] Benjamin R ; Barber : Djihad versus Mc World, Desclée de Brouwer, 1997.

[6] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, traduit de l’anglais par Pierre Boutang, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[7] Jean Raspail : Le Camp des Saints, Robert Laffont, 2011.

[8] Entretien avec Jean-Marie van der Plaetsen, Le Figaro Magazine, 9-10 janvier 2015.

[10] Entretien, ibidem.

[11] Entretien, ibidem.

[12] Aristophane : Lysistrata, traduit du grec par Ch. Zevort, Charpentier, 1898, p 35.

 

"Il n'y a pas d'autre vainqueur que Dieu", La Alhambra,

Grenada. Photo : T. Guinhut.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 20:19

 

Santa Maria de Sobrado, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

Michel Delon : Sade, un athée en amour.

 

 

Michel Delon : Sade, un athée en amour,

Albin Michel / Fondation Martin Bodmer, 336 p, 49 €.

 

 

 

        Le mythe Sade envahit, déniaise, excite, fascine, empuantit les bibliothèques, jusqu’au trop plein, jusqu’à déborder d’indulgence pour son exercice raisonné et irraisonné du mal. De 1740 à 1814, il vécut pour jouir et penser, pour fantasmer et écrire des récits obscènes et d’une cruauté inouïe, qui culminent en l’obsessionnelle calligraphie des Cent vingt journées de Sodome, sur un long rouleau de papier alors qu’il était embastillé. Donatien Alphonse de Sade eut pourtant pour lointaine ancêtre Laure de Sade, dont les sonnets de Pétrarque chantent les vertus. Ce qui ne l’empêcha en rien de devenir ce satanique Marquis de Sade, pervers et criminel en ses pages… Plutôt que l’amour des exactions de ses personnages, mieux vaut l’amour d’un beau livre, grâce à Michel Delon qui réunit à la Fondation Bodmer de Genève, entre les pages de Sade, un athée en amour, et entre nos mains, une iconographie absolument somptueuse. Il est cependant permis de se demander jusqu’où peut nous mener la philosophie du divin Marquis, ainsi nommé par antiphrase, à moins qu’il s’agisse d’un fascinant Moloch, d’une allégorie du Mal…

         Dans la lignée des chercheurs et éditeurs Gilbert Lély et Jean-Jacques Pauvert, Michel Delon met sa passion pour Sade, moins au service d’une idéologie suspecte que d’une démarche muséographique et bibliophilique. Un des extrêmes de la pensée et de l’écriture de notre civilisation, quoique l’on doive en juger, ne doit-il pas être conservé, exposé, critiqué ? Ainsi cent quarante documents précieux émaillent ce fort volume, élégamment et rigoureusement conduit par les soins conjugués de Michel Delon, spécialiste des Lumières, et de la Fondation Bodmer qui, en ses murs de Genève, expose cette collection ahurissante.

         En ouverture, Michel Delon se livre à un éloge bienvenu de son scabreux héros. Le maître en athéisme confie, avec un talent rhétorique exceptionnel, sa voix aux persécuteurs qui initient Justine aux « malheurs de la vertu », à la supérieure du couvent où Juliette connait « les prospérités du vice », à Dolmancé et Madame Saint-Ange, les « instituteurs immoraux » de La Philosophie dans le boudoir. Michel Delon pointe alors la « dénonciation des freins religieux et sociaux ». Empruntant son titre, Un athée en amour, à un obscur contemporain de Sade, Pigaut-Lebrun, il examine en son Marquis « la question d’un amour sans illusion religieuse, ni garant métaphysique ».

         Tout à fait étonnante est l’apparition d’un tableau et des gravures représentant Laure, dont la légende pétrarquiste a fait le lit des plus beaux sonnets. Quelle antithèse extraordinaire nous ont fourni les hasards de la descendance et de l’Histoire, du XIVème siècle au XVIIIème siècle, de l’amour courtois au sadisme, de l’humanisme à la Terreur révolutionnaire ! À partir de 1764, l’oncle de l’auteur des Cent vingt journées de Sodome, l’abbé de Sade, publia en effet trois volumes de Mémoires pour la vie de François Pétrarque, dans lesquels il affirmait cette prestigieuse généalogie. Ainsi (qui l’eût cru ?), Sade en sa Bastille devient admirateur de ce pur amour idéalisant la jeune Laure… Passerat-il le reste de sa vie de graphomane à se venger de cette parfaite figure inatteignable ? Les sacrilèges contre la beauté de la vertu, contre la beauté du corps seront en son œuvre innombrables. Où la laideur devient également désirable et sublime. Quand les romans historiques et convenables du Marquis tentent de s’afficher, ils cachent de plus terribles littératures clandestines à l’ « âme noire ». Aussi noire que la biologie créatrice de fantasmes de celui qui passa plusieurs années enfermé parmi les fous, à Charenton. Et qui mit ses talents d’argumentateur philosophique hors pair au service des « prospérités du vice ». Or, à l’égard du styliste élégant dans Aline et Valcour, et du maître en dissection des jouissances cruelles, entre matricide et incestes sanglants, Michel Delon manie le paradoxe en écrivant : « Sade retrouve finalement Pétrarque dans l’exigence du style ». Vingt-sept ans de prison pour la suprême liberté et compensatoire  d’écrire, était-ce trop cher payé ?

         Plus loin, en effet, grâce à Jacques Berchtold, l’on saura tout sur la Bastille et autres châteaux qui enfermèrent le Marquis, pour « pratique sexuelle cruelle et blasphématoire » et autres affaires de mœurs. Maquette de cette Bastille, gravures anciennes du château de Vincennes, de l’hospice pour malades mentaux de Charenton, photographies époustouflantes de Saumur, de Miolans (en Savoie) ponctuent avec soin et splendeur ce livre. Au point que l’on se prenne à rêver de l’excellente « cellule de l’espérance » avec vue montagneuse pour séjour d’écrivain… Le livre alors vagabonde sur les traces des deux voyages en Italie effectués et narrés par Sade. Où il observe le Vésuve, ce qui lui est occasion d’imaginer de précipiter dans sa gueule de lave une des malheureuses héroïnes de l’Histoire de Juliette : la princesse Borghèse. L’on découvre enfin un Sade polymorphe, dramaturge et metteur en scène à Charenton, lecteur prodigieusement cultivé, ce dont témoigne son Idée sur les romans ; un Sade « obsessionnel méthodique » en ses manuscrits (selon Jean-Christophe Abramovici).

        Sous sa superbe couverture volcanique, le livre révèle bientôt les gravures attendues, et publiées sous le manteau en 1797, d’un texte peut-être « irreprésentable », selon Christophe Martin. Elles sont en effet  absolument indécentes et obscènes, à moins que naïves et grotesques, là où les accumulations de corps nus s’empilent et se suspendent comme dans un cirque, et sont bien dignes du plus émoustillant enfer des bibliothèques, aussi bien à destination des érotomanes que des bibliophiles. Venues des rarissimes éditions originales du vivant de Sade, qui en étaient probablement l’auteur, elles s’étalent ici avec exactitude. C’est également à ce titre que ce beau livre est précieux, car ces cent gravures de La Nouvelle Justine et l’Histoire de Juliette, si elles ont été déjà reproduites en fac-simile, (mais pas avec le même soin) ne figurent trop souvent que dans des volumes épuisés et recherchés, aux éditions Obliques Borderie, ou sans même la moindre mention d’éditeur. Sans oublier l’hallucinant rouleau des Cent-vingt journées de Sodome aux douze mètres d’une lilliputienne graphie, embastillé lui aussi ; les nombreux manuscrits et lettres ici miraculeusement lisibles…

         On n’omettra pas de faire honneur à des illustrations plus récentes de l’œuvre sadienne : entre l’art raffiné d’Hans Bellmer et les silhouettes rondouillardes et parodiques de Dubout, on s’amuse des couvertures du Spiegel, témoignant de la sulfureuse fortune germanique du Marquis. À l’histoire de la lecture du scandaleux auteur au cours des XIXème et XXème siècles, Daniel Maggetti ajoute la réception de « Sade en pays de Vaud », puisque l’exposition est sise en la Fondation Bodmer, au bord du lac genevois. L’écrivain, que l’on pourrait qualifier de Pape de l’obscénité, est évidemment l’objet de la fascination des collectionneurs : au détour d’un entretien avec Pierre Leroy, on découvre un cadenas du château d’enfance de l’écrivain, des lettres inédites et retranscrites avec minutie, des éditions originales, aux couvertures de papier dominoté… Le catalogue aux cent quarante-quatre pièces est suffocant : du moulage du crâne de Sade en personne à son testament autographe, en passant par le buste du même, mais comme fait des pierres de bronze de la Bastille, d’après le dessin de Man Ray…

        Concédons que les pires œuvres sadiennes, qui culminent avec le délirant catalogue de massacres à la fin des Cent-vingt journées de Sodome, ne sont à peu près que les fantasmes d’un incarcéré à la Bastille, quoiqu’il se livra de facto à quelques exactions qui n’étaient pas peu graves sur des femmes de son temps. Mais il est assez curieux de constater combien d’intellectuels du XX° siècle ont été aimantés, charmés, par Sade, entre les surréalistes et les thuriféraires de Tel Quel, pour lesquels on imagine sans peine que le goût de l’interdit, des transgressions, et, in fine des libertés intellectuelles, fut un utile aiguillon. Sauf que leurs passions politiques confinant par ailleurs trop souvent avec Trotski, Mao ou les extrêmes de la gauche anticapitaliste, on peut légitimement s’inquiéter de la confluence, voire de la similitude de ces deux admirations pour la tyrannie. Pourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? se demanda Eric Marty[1], énumérant Klossowski, Adorno, Bataille, Blanchot, Foucault, Sollers, Barthes, Deleuze, qui mirent leurs plumes au service d’un culte sadien au demeurent suspect. Les analyses discutables de ces derniers, entre éloge de la transgression et survalorisation d’un écrivain victime du diktat moral, sont pourtant loin d’être ridicules, et parfois d’une rare pertinence : « sans doute, la vision d’une société à l’état de criminalité permanente se présente comme une utopie du mal », commente par exemple Klossowski préfacier, ajoutant en note « cette méthode, aujourd’hui, est la technique et l’industrie de l’état totalitaire[2] ». Cependant cette pléiade de modernes tourne autour de Sade comme des mouches auprès du miel qui va les engluer. Veut-on passer pour un esprit fort, au-dessus des préjugés et des lois ? Bravade post-adolescente et pose philosophique ? Identification de la libido dominandi sadienne à la libido dominandi de l’intellectuel ? Il est curieux que ceux qui prétendent par ailleurs lutter contre le pouvoir et l’aliénation éprouvent une telle fascination pour cette contre-icone qu’est Sade. Sade devient un outil politique, au service du déni anti-bourgeois de la morale, puis une source de gloses ludiques, avant que Pasolini, lui qui savait être amoureux[3], mette en scène Salo ou les 120 jours de Sodome, où d’infects fascistes torturent, y compris au moyen de l’énucléation, une troupe de jeunes gens nus. C’est ainsi qu’en 1976, il mit ces intellectuels le nez dans leur caca : même si la réduction du fascisme à l’extrême droite, en particulier nazie, aux dépens du communisme, était une cécité bien partagée, l’admirable récit sadien n’est qu’une illustration du comportement fascistoïde.

        Avec sa proverbiale perspicacité, Hannah Arendt a su pointer le problème dans Les Origines du totalitarisme : « Les écrivains de l’après-guerre n’avaient plus besoin des démonstrations scientifiques de la génétique, et se référaient peu ou pas aux œuvres complètes de Gobineau […] Ils ne lisaient pas Darwin, mais le Marquis de Sade. […] Pour eux la violence, la puissance, la cruauté étaient les qualités suprêmes de ces hommes qui avaient définitivement perdu leur place dans l’univers et qui étaient trop fiers pour appeler de leurs vœux une théorie du pouvoir qui les réintègreraient dans le monde, en toute sécurité. Ils se satisfaisaient d’être les partisans aveugles de tout ce que la société respectable avait banni, sans considération de théorie ou de contenu, et ils élevaient la cruauté au rang de vertu cardinale parce qu’elle contredisait l’hypocrisie humanitaire et libérale de la société »[4].

        Si Sade est l’aboutissement extrême des Lumières, ce n’est pas après avoir abattu les fausses idoles de la morale corsetée et de la religion qu’il faut se déprendre du droit naturel de chacun à la liberté. Le libéralisme de Montesquieu, de Voltaire et de Kant, y compris le libertinage du XVIIIème, est à l’exact opposé de La Philosophie dans le boudoir, qui n’a que le mérite rhétorique de donner une justification philosophique spécieuse aux démons du roman gothique[5], ainsi délivrés du remord et ivres de leur toute puissance sexuelle coercitive : « Aussitôt qu’il est démontré que le crime lui plait, l’homme qui la [la nature] servira le mieux sera nécessairement celui qui donnera le plus d’extension ou de gravité à ses crimes […] il a servi la nature par l’action qui plait le mieux à cette nature sanguinaire dont le crime entretient l’énergie et qui ne se nourrit que de crimes.[6] »

         Certes la prose romanesque d’Aline et Valcour est d’une facture remarquable, et les talents dialectiques de l’argumentation sadienne étourdissants. Comme le « Dialogue entre un prêtre et un moribond », dans lequel ce dernier récuse vertement tous les dieux : « Que vois-je au lieu de cela dans tout l’univers, autant de dieux que de pays, autant de manières de servir ces dieux que de différentes têtes ou de différentes imaginations, et cette multiplicité d’opinions dans laquelle il m’est physiquement impossible de choisir serait selon toi l’ouvrage d’un dieu juste ? » Ce moribond est bientôt plus juste que Sade : « A Dieu ne plaise que je veuille par-là encourager au crime […] La raison -mon ami, oui, la raison toute seule- doit nous avertir que de nuire à nos semblables ne peut jamais nous rendre heureux, et notre cœur, que de contribuer à leur félicité, est la plus grande pour nous que la nature nous ait accordé sur la terre ; toute la morale humaine est enfermée en ce seul mot : rendre les autres aussi heureux que l’on désire de l’être soi-même et ne jamais faire plus de mal que nous n’en voudrions recevoir. »[7]. Puissent les lecteurs de Sade suivre cet excellent précepte !

Sade aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Photo : T. Guinhut.

 

      Plutôt un athée en sexualité qu’en amour : pourquoi ? S’il faut admettre que le Marquis, comme tout un chacun, put être amoureux, et fut résolument athée, la sexualité de ses personnages, qu’il s’agisse de Dolmancé ou de ceux de La Philosophie dans le boudoir, n’est pourvue d’aucun sentiment d’amour, ni pour autrui, ni pour l’humanité. Ni philia au sens grec, ni caritas au sens chrétien. Tout juste l’amour démesuré de soi et de sa jouissance, tout juste une relative complicité dans le crime avec ses compagnons d’orgie. Jouissance irrépressible de la violence, pulsion de mort, domination quasi divine exercée sur l’autre, réduction satanique de l’autre à la victime souffrante et d’autant plus jouissive, répétition obsessionnelle de l’expulsion orgasmique. Y compris dans la sexualité, il n’y a pas de dieu chez Sade, pas même l’instinct de reproduction qui pourrait être une soumission à la nature, sinon à un dieu. En la brièveté de sa vie, l’homme, mais aussi quelques maitresse-femmes, non seulement n’a rien de sacré, mais s’ingénie à profaner les traces convenues du sacré. À l’époque du préromantisme triomphant, l’amour est rayé de la carte par Sade, autant que Dieu. Ne reste alors que la noria d’une sexualité qui épuise son imagination dans d’infinies postures et scénarios, sans cesse mue par son allié le plus noir : l’excitation tyrannique, y compris par des moines luxurieux en diable. Tyrannie qui s’exerce contre soi, puisque le héros sadien ne peut ni ne veut échapper à la chaîne sans fin de ses désirs nerveux, et a fortiori contre toute victime réduite à l’état de belle viande-objet consommable, destructible et jetable. Ce dans les cris irréfragables de la toute-puissance, et de la toute impuissance, illusoires devant le néant qui nous attend tous. Ce en quoi le sadisme est néanmoins une inquiétude métaphysique autant qu’un système politique réunissant, d’Héliogabale à Staline, en passant par Robespierre, cet exact contemporain de Sade, tous ceux à qui le pouvoir absolu permet cette ivresse du sexe et du sang d’autrui, et qu’on appelle perversion. Au point que le héros sadien soit le prototype achevé du Fasciste (rouge, brun ou vert qu’importe), point nodal sur lequel le doigt de Pasolini s’est exactement posé.

        Relisons quelques perles des personnages de La Philosophie dans le boudoir : « La destinée de la femme est d’être comme la chienne, comme la louve : elle doit appartenir à tous ceux qui veulent d’elles[8] ». Et encore, c’est une femme, Mme de Saint-Ange, si bien nommée, qui parle. Sous les espèces du dialogue philosophique, l’éloge du libertinage et le blâme d’une morale ligotée, la surexcitation forcenée, puis les extrémités de la violence préparent l’acmé des Cent-vingt journées de Sodome qui n’est qu’un camp de tortures et d’exécutions sexuelles… Quoique Sade, dans une note, prétende qu’il ne faille pas confondre  « l’absurde despotisme politique avec le très luxurieux despotisme des passions de libertinage »,  Dolmancé est bien un tyran sexuel qui conclut sa carrière ainsi : « Je ne mange jamais mieux, je ne dors jamais plus en paix que quand je me suis jamais souillé dans le jour de ce que les sots appellent des crimes[9] ». L’éloge du vol et du meurtre culmine dans « Français, encore un effort si vous voulez être républicains[10] », essai délibératif inséré dans le cinquième dialogue, et qui se veut un système politique complet, inexcusablement tyrannique.

        Une célèbre conversation des Frères Karamozov semble confirmer le postulat sadien : « Que faire, si Dieu n’existe pas, si Rakitine a raison de prétendre que c’est une idée forgée par l’humanité ? […] Pour Ivan, il n’y a pas de Dieu. […] Alors, tout est permis ?[11] » Dieu n’existant pas, le philosophe dans le boudoir s’affranchit de toute autorité morale, érige son caprice sexuel en liberté absolue, en infatigable oppression sur ses esclaves. À cet argumentaire sadien, Helvétius, philosophe des Lumières, répond : « On a demandé s’il y avait une nation qui n’eût aucune idée de Dieu, et si un peuple composé d’athées pourrait subsister ? […] On nous dit que l’Athéisme fait disparaître la sainteté des serments. […] Il n’est pas douteux qu’une société nombreuse, qui n’aurait ni Religion, ni Morale, ni Gouvernement, ni Lois, ni principes, ne pourrait se soutenir, qu’elle ne ferait que rapprocher des êtres disposés à se nuire. Mais avec toutes les Religions du monde, les sociétés ne sont-elles pas à peu près dans cet état ? Une société d’Athées gouvernée par de bonnes lois, invitée à la vertu par des récompenses, détournée du crime par des châtiments, serait plus vertueuse que ces sociétés religieuses où tout conspire à ennuyer l’esprit et à corrompre le cœur.[12] » Comme quoi l’athéisme n’empêche pas la vertu : une société des libertés n’a pas besoin d’un dieu pour assurer sa morale et ses mœurs. « Athée de l’amour », Sade n’a plus de dieu qui soit amour, certes. De même, son athéisme de la sexualité ne subordonne cette dernière à aucune divinité qui puisse être  garante du respect d’autrui. L’erreur sadienne, une fois dieu disparu, une fois postulé que la nature fomente un plaisir qui est la seule loi du tortionnaire, est de faire disparaître la dignité humaine et d’y trouver son plaisir, sans même le secours de l’art, comme à Auschwitz ou la Kolyma, où s’effacent civilisation et humanité.

         Sade est-il un philosophe des Lumières ? Bien évidemment non ! À moins que l’on considère qu’il fasse la lumière sur le raisonnement du mal. Quoique contemporain du fameux manifeste libéral Qu’est-ce que les Lumières ? de Kant, paru en 1784, il en est le contre-modèle, l’antithèse irréductible. Son argumentation ne plaide que la cause de la liberté du tyran absolu, au service donc des plus noirs desseins pour l’humanité : un Caïn sans l’œil de Dieu, sans l’ombre d’une morale des libertés. En ce sens, exposition et livre splendide, Sade, un athée en amour, est à la fois un trésor historique et bibliophilique, et un procès, dans lequel les pièces justificatives (dont les romans peut-être trop peu cités) sont au service d’un réquisitoire évident. Et d’une plaidoirie non moins évidente : les vices des œuvres de Sade ne sont aujourd’hui des Crimes de l’amour et de la sexualité qu’entre leurs pages à préserver, et non sur le sol des réalités. Ce « vice impuni, la lecture », pour reprendre le titre de Valéry Larbaud, reste une vertu, même avec Sade, si l’on sait lire, armé de la raison et du souci des libertés individuelles, pour y traquer le mystère et l’argumentaire du mal[13]

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1]  Eric Marty : Pourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?  Seuil, 2011.

[2]  Sade : La Philosophie dans le boudoir, La Bibliothèque Oblique, Borderie, 1980, t I, p 23.

[4]  Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Quarto, Gallimard, 2010, p 643-644.

[6]  Sade : « La Vérité », Œuvres diverses, Le Club Français du Livre, 1967, p 267.

[7]  Sade : Œuvres diverses, ibidem, p 78, 81-82.

[8]  Sade : La Philosophie dans le boudoir, ibidem, t I, p 63.

[9]  Ibidem, t II, p 59, 79.

[10] Ibidem, t II, p 8 à 54.

[11]  Fiodor Dostoïevski : Les Frères Karamazov, Le Livre de poche relié, 1965, t II, p 235-236.

[12]  Helvétius : Le Vrai sens du système de la nature, Œuvres complètes, t I, Londres, 1777, p 324-325.

[13]  Voir : De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

 

Sade aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Photo : T. Guinhut.

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Imperator, Arma, Nuits antiques, Ex machina

Histoire auguste et historiens païens

Rome et l'effondrement de l'empire

Esthétique des ruines : Schnapp, Koudelka

De César à Fellini par la poésie latine

Les Amazones par Mayor et Testart

Le Pogge et Lucrèce par Greenblatt

Des romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Antisémitisme

Histoire et rhétorique de l'antisémitisme

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Céline et les pamphlets antisémites

Wagner, Tristan und Isolde et antisémitisme

Kertesz : Sauvegarde

Eloge d'Israël

 

 

 

 

 

 

Appelfeld

Les Partisans, Histoire d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

Arbres

Leur vie, leur plaidoirie : Wohlleben, Stone

Richard Powers : L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Arendt

Banalité du mal, banalité de la culture

Liberté d'être libre et Cahier de L'Herne

Conscience morale, littérature, Benjamin

Anders : Molussie et Obsolescence

 

 

 

 

 

 

 

Argent

Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée, Manga

Roman graphique et bande-dessinée

Fantastique et science-fiction

Mangas horrifiques et dystopiques

 

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai, La Mouette de Minerve éditeur

Art et bauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

Peintures et paysages sublimes

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog, critique

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

Du temps des livres aux vérités du roman

 

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

Eloge paradoxal du christianisme, sur l'islam

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

Pour l'annulation de la Cancel-culture

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

 

Cartographie, explorations

Atlas des mondes réels et imaginaires

Des côtes inconnues à l'Amazonie

 

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Cheng

Francois Cheng, Longue route et poésie

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

Histoire du repos, lenteur, loisir, paresse

 

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau

Nuanciers de la rose et du rose

Profondeurs, lumières du noir et du blanc

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Bestiaire de Derrida et Musicanimale

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Emily Dickinson de Diane de Selliers à Charyn

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

 

Erasme

Adages et Colloques

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat, atteinte aux libertés

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Bret Easton Ellis : Eclats, American psycho

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

 

Fabre

Jean-Henri Fabre, prince de l'entomologie

 

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

Présences & absences fantastiques : Karlsson, Pépin, Trias de Bes, Epsmark, Beydoun

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

Rachilde et la revanche des autrices

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Girard

René Girard, Conversion de l'art, violence

 

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain, essai

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au Coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages : Les belles inconnues

IV Eros : Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De natura rerum. Montée vers l’Empyrée

VIII De natura rerum excipit

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

VII Démona Virago, cruella du-postféminisme

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Un Etat libre en Pyrénées

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré, une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V Les Neiges du philosophe

VI Le Club des tee-shirts politiques

VIII Morphéor intelligence quantique amoureuse

XIII Le Clone du Couloirdelavie.com

XVIII Bibliothèque Hespérus et Petite porcelaine bleue

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

 

Haine

Du procès contre la haine

 

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

 

 

 

 

 

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

 

Hoffmann

Le fantastique d'Hoffmann à Ewers

 

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme : Ages & Colloques

Manuzio, Budé, Byzantinistes & Coménius

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder. Eté sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Coffret Inde, Bhagavad-gita, Nagarjuna

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Sommes-nous islamophobes ?

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Jankélévitch, conscience et pardon

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Le retour de Seiobo et du baron Wenckheim

 

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lainez

Lainez : Bomarzo ; Fresan : Melville

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Legayet

Satire de la cause animale et botanique

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, mythe et histoire

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

La Colombe de Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Vanité de la mort : Vincent Wackenheim

Pandémies historiques et idéologiques

Pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie et Coup de dés

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie, justice sociale : More, Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

 

 

 

 

 

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

La Cité aux murs incertains, L'Incolore Tsukuru

 

 

 

 

 

 

Muray

Philippe Muray et l'homo festivus

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Mizubayashi : Suite, Recondo : Grandfeu

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Mémoire et Mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme et philosophie politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Les foudres de Nietzsche sont en Pléiade

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pierres

Musée de minéralogie, sexe des pierres

 

 

 

 

 

 

Pisan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Histoire de la poésie du XX° siècle

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Du romantisme à la Shoah

Anthologies et poésies féminines

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

 

Racisme

Racisme et antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron, Anthologie noire

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Catholicisme versus polythéisme

Eloge du blasphème

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

Eloge paradoxal du christianisme

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Richter Jean-Paul

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

Miscellanées littéraires : Cloux, Morrow...

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Pléiade & Sonnet pour Hélène LXVIII

 

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Quichotte, Langages de vérité

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

Bounine : Coup de soleil, nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Les obsolètes face à l'intelligence artificielle

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

Minéralogie et esthétique des pierres

 

 

 

 

 

 

Science-fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Gris politique et Projet Schelling

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

 

Smith Patti

De Babel au Livre de jours

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Métamorphoses du sonnet contemporain

 

 

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

 

 

 

 

 

 

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Littérature et civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Journal de guerre, Tour du monde

Arguedas ou l’utopie archaïque

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Wells

Wells aventurier du temps et socialiste déçu

 

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

 

 

 

 

 

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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