L’espace était démesuré. Comme l’intérieur d’un clocher de cathédrale, ou le patio d’un palais princier, ou encore le large cloître au souffle ascensionnel ; probablement Renaissance. Avec six étages d’arcades où fusaient des colonnes de pierre blonde. Bien plus haut, une géométrie complexe de poutres de bois clair laissait entrevoir une verrière solaire. Dans ce carré aux six larges arcades, je me sentais comme au centre – et cependant au plus bas – d’une Babel intérieure. Autour de mon instrument, seules les galeries claustrales étaient occupées par de discrètes conversations feutrées grâce à l’acoustique particulière, donc inaudibles, auprès de petites tables et de goûters que la pénombre masquait. Dans la vaste piscine sonore où j’œuvrais, une pléiade de fauteuils et de canapés aux couleurs pourpres étaient réservés aux seuls auditeurs de ma performance, quoiqu’ils fussent singulièrement parcimonieux, à vrai dire aux abonnés absents. Ainsi, au sein d’une acoustique onirique, seul mon clavecin pouvait résonner…
En cet insolite salon de concert, je bénéficiais sous mes doigts de la parfaite copie d’un Ruckers de 1624. Je préludai prudemment avec L’Art de toucher le clavecin de mon ami François Couperin.
La fantaisie d’un esthète, qui possédait une chaîne d’hôtels de luxe, et au moyen de l’accointance de l’un de mes professeurs du Conservatoire, me permettait d’être généreusement rémunéré pour quelques heures d’interprétation lors de chaque week-end. Ce qui portait providentiellement secours à mes finances périlleuses.
À quoi servais-je, sinon agiter vainement les ondes du vide, alors qu’aucun amateur de mes modeste talents ne venait montrer son intérêt ? Seul, de loin en loin, Monsieur Charles Heidsik glissait ses mocassins sur le tapis bleuté, semblant délecter son oreille, se contentant de me jeter un regard d’approbation. Voilà un homme dont le laconisme proverbial, voire glacial était racheté par son humble écoute. Qu’importe, je me plongeai dans les prodiges tour à tour scintillants et grave du fabuleux instrument qui m’était confié.
Dès lors que mes doigts étaient chauds et déliés, je tentai le premier livre du Clavier bien tempéré. Les cordes grondaient et scintillaient sous l’emprise des becs échevelés. La sonorité chaleureuse résonnait, se déroulait et s’élevait à l’exact équivalent de mon désir, en cet espace grandiose et cependant indulgent, comme s’il faisait chanter le temps de la pierre et de l’architecture. Qui, hors les photons de la voûte céleste au-delà de la verrière d’altitude, aurait le privilège d’entendre monter une telle gerbe de notes, dont mon doigté aimait à sculpter et caresser la transcendance ?
Mon extase et mon autarcie étaient telles que je n’avais ni vu ni entendu ma discrète auditrice. Monsieur Charles Heidsik apportait lui-même un plateau, une théière couleur jade, une tasse d’égale nuance, quelques douceurs indiscernables. Insigne distinction sans doute à l’égard de la dame. N’ayant pas le moins du monde besoin de consulter mes partitions, je pouvais à la dérobée, sachant que je siégeais dans une ombre relative, l’observer, néanmoins avec la prudence requise. Entièrement vêtue de noir, des escarpins au chapeau démesuré, en passant par la robe longue, ainsi qu’il serait de mise d’arborer en soirée. Curieusement, le chapeau palpitait à peine, comme l’aile d’un papillon de nuit au repos qui la dissimulait presqu’entièrement. Je ne distinguai le prune violacé de ses lèvres qu’à l’occasion d’une gorgée de thé, ce à la faveur de la tasse délicatement manipulée par une main effilée. Elle avait visiblement entre seize et quatre-vingts quatre ans me dis-je, riant intérieurement de mon incompétente perspicacité. Telle qu’elle restait immobile, sculpturale comme un Tanagra, je ne pouvais déduire si elle appréciait ou dépréciait mon interprétation. Peut-être n’était-elle qu’à l’écart du monde, ou se laissait-t-elle sombrer dans le nirvana de la disparition intérieure…
Mes maîtres spirituels étaient Johann-Sébastian Bach et Philip Glass. Etant bien entendu que j’aspirais à devenir mon seul et unique maître, si présomptueux que cela puisse paraître. Et puisqu’ici j’avais toute liberté programmatique, je résolus de jouer enfin mes propres Préludes pour la Voie lactée. Planants, cosmiques, mystérieux, à peine une fluctuation tonale, qui avaient suscité l’étonnement, l’agacement, la réprobation de mes collègues et maîtres ; hors la complicité surprise du peu disert David Androven qui m’avait permis d’ici officier. La dame en noir allait-elle fuir ?
Pas le moins du monde. Peut-être n’était-ce pour elle qu’un bruit de fond solipsiste. Probablement ses pensées, ou le vidage en complétion de son esprit, était loin de porter attention à mes peccadilles. Etait-elle veuve ? Avait-elle perdu un enfant, une sœur, une amie ? Autrement dit, était-elle une allégorie de la Mort ? Il est vrai que s’habiller en noir n’avait plus guère le sens funeste et cérémoniel qui lui était attribué jadis. Cette couleur était de longtemps un gage d’élégance. Et mon auditrice – si son tympan ouvrait sa sensibilité à mon audacieux opus aux bavardes vingt-quatre minutes – ne paraissait en rien devoir modifier son impavide attitude.
Dans le silence des résonances, je contemplais l’ivoire et l’ébène du double clavier, les caressant sans imprimer le moindre mouvement aux touches, comme si j’attendais intensément l’inspiration de mon opus deux. Soudain, une agile main aux ongles prune glissa, entre les miennes encore alanguies sur le clavier, une carte, alors que dans un frôlement de tissu noir la dame s’évanouissait en direction de l’esplanade intérieure de l’hôtel, dont les suites, que je ne rêvais même pas de visiter, étaient, dit-on d’un luxe inouï.
« Carla Meyerberg. Juriste ». Le laconisme de la formulation laissait paradoxalement entendre le rare prestige de cette intelligence ; à moins que j’aime à fantasmer. Rien d’autre qu’une adresse courriel à laquelle je n’oserais recourir. Et sur l’envers, un seul mot qu’une plume or avait sans doute calligraphié : « Merci ».
Je quittai mon salon de concert, un rien abasourdi, pour rejoindre chez mes parents encore, où mon vieux était veuf, mon grenier encombré d’instruments d’occasion, piano droit, basson, violoncelle, xylophone et clavecin aux peintures écaillées, quoique les sonorités aient pu bénéficier d’une soigneuse restauration.
Parador de Lleida, Catalunya.
Photographie : T. Guinhut.
II
L’Invitation
Le samedi après-midi suivant, sous la hauteur de souffle de l’espace, je retrouvai mon clavecin préféré, dont les claviers attendaient avec impatience la pulpe de mes émotions digitales. Mon auditrice était déjà là. Même robe noire, à moins que de distinguer un rien de plus souple ; même chapeau, quoiqu’un mince ruban rouge l’ornait, que je n’avais pas remarqué la semaine précédente ; à moins qu’il soit avec intention nouveau… Toujours cependant, l’aile souple de ce satané chapeau planait en dissimulant la plus grande partie du visage indéchiffrable, hors ses lèvres, cerise cette fois.
Intentionnellement, Les Barricades mystérieuses de François Couperin furent mon introduction. Après un silence étudié, ce furent un florilège des pièces plus austères et méditatives de Jan Pieterszoon Sweelinck. Je perdais, en interprétant scrupuleusement ces pensées contrapuntiques, la notion du temps, qu’il soit des horloges ou bien des planètes, et même celle de la présence de mon obscure auditrice. Néanmoins, pouvait-on imaginer de concevoir une musique sans auditeur ? De façon à poursuivre avec une œuvre plus chaleureuse, plus brillante, mes préférées parmi les Variations Godlberg furent offertes. Je ne résistai pas enfin à réitérer mes propres Préludes pour la Voie lactée… Comme ivre, les mains suspendues, je laissais de minces échos scintiller en s’évaporant parmi les arcades.
Une silhouette était suspendue au côté de mon instrument. C’était Monsieur Charles Heidsik :
- Si vous voulez bien vous rendre à la table de Madame votre admiratrice. Vous y êtes attendu.
- Asseyez-vous, jeune homme. Vous vous appelez Aymeric Châteaurenaud, vous avez vingt-quatre ans, diplômé du Conservatoire, professeur assistant et concertiste méconnu. Vous vivez chez votre père, êtes célibataire, sans autre liaison connue qu’une éphémère donzelle qui vous a lâché pour épouser un boursicoteur un brin fameux. Vous êtes une personnalité en devenir.
Interloqué, je ne sus d’abord que répondre.
- Vous avez mené tant d’investigations, Madame. Pourquoi ?
- J’aime savoir à qui j’ai affaire.
- En échange, si je puis me permettre, je ne sais rien de vous, sauf, grâce à votre carte, vos nom et prénom. Et votre mystère.
Lentement, elle déplia le rebord de son chapeau, puis le jeta sur le canapé adjacent :
- Madame a dix ans de plus que vous. Consultante en finances internationales, optimisation fiscale et fonds d’investissement. Veuve et heureuse de l’être. Ni enfants ni amant. La musique – donc la vôtre – en tiennent lieu.
- Vous me voyez aussi abasourdi que désemparé. Néanmoins enchanté.
Son visage était surprenant. Aux traits réguliers s’ajoutait une hauteur plastique dont la noblesse me laissait stupéfait ; sans compter l’aura des chefs-d’œuvre de l’humaine nature. Plus encore, si possible, je fus frappé par l’hétérochromie de son regard : un œil azur, l’autre jade.
- Jouez-vous d’un instrument ? Et lequel ?
- Pas le moins du monde. Hors le Steinway de mon grand-père que je ne sais que tapoter, je suis plus exactement une mélomane, et fort habituée des concerts et des opéras.
- Comment en êtes-vous venue à m’écouter ?
-Il est vrai que jusque-là j’ignorais tout du clavecin. Que je rangeais au rayon des désuétudes. Rien qui vaille pour moi la beauté du piano romantique et du bel canto. C’est Charles Heidsick, par ailleurs l’un de mes clients, qui m’a auprès de vous convié. Et, en effet, à ma grande surprise, me voilà impressionnée par l’instrument, votre jeu, les émotions que je ne pensais pas voir déployer un clavecin. J’ai reconnu Bach à plusieurs reprises ; mais les autres ?
- Couperin et Sweelinck.
- Et le plus étrange, que chaque fois vous avez joué à la fin ?
- Euh… J’avoue que je me suis laissé emporter. C’est un peu présomptueux. Il s’agit de ma propre composition, que j’ai intitulée Préludes pour la Voie lactée.
- Je n’imaginais qu’une telle musique soit possible. Vous m’avez emmenée loin du monde. Je ne crois en aucune métaphysique, mais en cet art métaphysique, il y a une évidence.
- Vous être trop indulgente.
- Jouez-vous et composez-vous pour d’autres instruments ? Avez-vous des projets, insolites, ambitieux ?
- Je ne sais pas si cela sera convaincant, mais il peut m’arriver d’interpréter au piano la Wandererfantasie de Schubert, la Sonate au clair de lune de Beethoven ou le Jardin sous la pluie de Debussy. Quant au violoncelle, je peux, maladroitement, lui asséner quelques Suites de Bach ou de Britten. C’est tout. J’aimerai composer un dialogue violoncelle et piano, mais cela reste pour l’instant velléitaire. J’ai encore des mondes à explorer pour le clavecin ; cela au moins est certain. Et si j’étais fou, ce serait un opéra, sur un sujet emprunté à la tragédie grecque…
- C’est une belle folie. Mais n’êtes-vous pas totalement hors monde ? Je veux dire : le monde contemporain qui nous entoure… Par exemple, je suppose que, comme moi vous être entré ici par les avenues nobles des Grands Magasins, encore préservés. En revanche ne vous avisez de vous faufiler par le sud, plus exactement le quartier juif, qui n’a plus rien de juif d’ailleurs, infesté de junkies, de narcotrafiquants, de populations exogènes, coraniques et consanguines, pour rester dans l’euphémisme.
- Je ne veux pas avoir conscience de tout cela. Seul mon art doit compter. Et ceux pour qui la beauté compte effrontément.
- Sans doute avez-vous raison. Mais le crime n’est pas un des beaux-arts.
À cet instant, le digne et grisonnant Charles Heidsik, toujours élégant en son costume trois pièces, sa cravate bouffante, sa pochette de soie et ses Weston, tout l’ensemble aussi mordoré que les montures d’écaille de ses lunettes, apparut :
- Votre table vous attend. Suivez-moi, je vous prie.
- Aymeric, vous êtes mon invité. Vous n’avez pas même un instant pour protester
- Cet ancien monastère, abandonné, désacralisé, restauré, a conservé pour nous son église, qui est aujourd’hui notre restaurant.
En effet, au-dessus des tables espacées comme des îles, des archipels, le transept élevait ses colonnes, le chœur sa coupole, le tout enduit de blanc pur. Les vitraux ne figuraient que des variations géométriques, lumineuses. D’autorité, notre hôte nous installa droit sous la couple, sous son oculus à la clarté également dépourvue de la moindre divinité providentielle.
- Cher Aymeric, vous habillez-vous toujours avec ces chandails mous, informes et gris escargot ? Votre charme mérite mieux que cela. Nous veillerons à y remédier.
- Et cette chère Clara serait toujours en noir ?
- Rassurez-vous, je vous réserve bientôt d’autres nuances… En attendant, que diriez-vous d’une suite de fruits de mer ? Vous n’y êtes pas allergique, au moins ?
- Non au contraire, j’en suis friand.
- Nous n’avons pas que le goût musical en commun. Huitres en gelée, pain de langoustines, feuilleté de homard et sa crème à l’aneth…
- Avec plaisir. Cependant, lorsque je vous rendrai votre invitation, je serai contraint de vous proposer de plus modestes menus.
- Je saurai les accepter. Peut-être, en dégustant la chair de nos crustacés, consentirez-vous à me raconter votre aventure malheureuse avec votre ex et fausse petite amie…
- Si vous pensez que cela n’est pas dépourvu d’intérêt…
Parador de Lleida, Catalunya.
Photographie : T. Guinhut.
III
Confessions réciproques
- Elle s’est assise à côté de moi dans le Parc des Hirondelles. « Vous êtes joli garçon », me dit-elle. Le compliment me laissa muet, alors que la finesse aquiline de son nez, l’arc de ses lèvres, sa chevelure rousse bondissante et sa chute de rein joliment pulpeuse éveillaient en moi une pulsion hormonale inconnue. Arguant de la fermeture imminente du Parc, elle m’entraîna par la main au travers de rues que je ne compris pas tant je me sentais grisé par le pépiement de sa voix et la fragrance de sa gorge qu’un chemisier entr’ouvert laissait deviner. Nous étions d’un coup propulsés dans un étrange bar de nuit, meublé de métal et de cuir, éclairé de néons multicolores papillotant où une faune interlope s’agitait de manière stroboscopique. En cet antre, l’Amandine qui me tourneboulait la tête, me fit boire un cocktail qui m’étourdit à la fois le cerveau et le porte-monnaie. Elle ne manquait pas de se frotter lascivement contre mon flanc, mais sans se laisser embrasser. Chaque jour, nous avions rendez-vous dans notre parc pour retourner à la nuit tombée exécuter notre show bien réglé dans le bar aux néons abrutissants. Je n’appris pas grand-chose sur elle, qui, prétendait-elle, travaillait dans le design, la mode, les fanfreluches, sans vouloir préciser si elle les créait, ou si elle ne faisait que les vendre dans une quelconque boutique. Si je ne voyais rien d’autre qu’elle, accroché comme un pendu par le grain de beauté qui ornait une aile de son nez, étouffé par le vent de sa chevelure sans cesse agitée, et mesmérisé par ses pupilles vertes comme des grenouilles, j’étais vu, observé, jaugé, à mon corps défendant. Car au bout de quelques soirées, lorsque le parc parut soudain désert, je rejoignis seul, inquiet, dévasté, le « Bar des Paillettes », selon son nom. Elle y était ; au bras d’un bellâtre encostumé qui me dédaignait d’un œil aussi froid que les glaçons de ses cocktails. Lorsque je voulus, idiot, grand idiot, triple idiot, plaider ma causer, la donzelle Amandine, si décorative, si pleine de pépiements aguicheurs, me tira par la manche dans un coin : « Regarde, petit Aymeric impécunieux, à mon doigt ce diamant. Je te remercie pour ton rôle de composition, tu as su rendre jaloux celui qui ne prétendait pas s’engager. Le gros poisson est pris. Face au Senior financier de Brelin & Consorts, qui m’offre une vie de luxe, le petit tapoteur de clavier ne fit pas le poids : aucune chance. Ainsi le menu fretin s’incline. Adieu ». Que pouvais-je rétorquer ? Je ne revins ni au Parc des Hirondelles, ni au Bar des Paillettes. J’avais été floué comme un bleu. Je n’avais pas connu le partage sentimental ; et je restai puceau comme un étourneau tombé du nid. Oh pardon, c’est sans intérêt, je vous ennuie…
- Jeune homme, si cette Amandine s’est joué de vous, elle n’a pas commis le moindre délit. Aucun recours légal ; même si quelques cocktails hors de prix ont rincé vos économies. Pas le moindre recours légal n’est envisageable. Mais n’y avez-vous pas gagné quelque expérience ?
- En effet. Et cela se replie dans le portefeuille des souvenirs, comme un assignat démodé. Cependant, Clara, si je peux me permettre d’user de votre prénom, vous me devez bien votre histoire-miroir, n’est-ce pas ?
- J’ai été mariée à l’âge qui est le vôtre. N’ayant pas la force de résister à la pression ambiante. Un mariage arrangé par nos ancêtres, de façon à consolider et associer comme tenon et mortaise deux patrimoines financiers et immobiliers. De plus j’étais moi aussi fort décorative au bras de Monsieur, disait-on lors de quelques soirées mondaines obligées. Hors cela, aucun point commun. Monsieur, dont le menton lourd était sans répit noir d’une barbe de trois jours, ne considérait que la gestion des portefeuilles d’actions d’autrui – moyennant un solide pourcentage – et surtout le sien. Sinon, il passait ses soirées dans les bars à cocktails – lui aussi – ne rentrait que pour dormir. Nous avons toujours fait chambre à part. Il me trouvait « froide » et préférait quelques chaudes maîtresses d’occasion. Voilà qui me laissait en effet froide, tant qu’il restait lointain, ne risquant en rien d’interférer dans mes affaires, mes loisirs, risquant encore moins, de fait, de m’offrir quelque saloperie vénérienne. Il est mort brusquement, il y a un an, dans un de ces bars à liqueurs et autre substances, d’une surdose de cocaïne et de fentanyl. Je n’eus que le désagrément de devoir reconnaître son cadavre à l’Institut médico-légal. La comédie cérémonielle de la messe funèbre, de l’enterrement et des condoléances que l’on croyait devoir m’adresser, eut le mérite d’être brièvement expédiée en à peine trois jours. Et me voilà libre !
- Encore une fois il n’y a pas d’histoires d’amour, que des histoires d’argent.
- Qui sait ? Eh bien, Aymeric, nous nous revoyons samedi prochain, n’est-ce pas ?
J’eus la surprise de voir son index s’imprimer du baiser de ses lèvres pour se poser un instant sur ma joue gauche, alors qu’elle s’éclipsait… Sa chevelure brune et lisse, coulant jusqu’au niveau de ses genoux, s’était imprimée durablement sous mes paupières.
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Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.