Ukyô No Daibu : Mémoires poétiques d’une dame d’honneur de l’impératrice Kenreimon-in,
traduit du japonais par Michel Vieillard-Baron, Le Bruit du Temps, 2026, 256 p, 24 €.
L’Arioste : Sonnets, traduit de l’italien par Frédéric Tinguely, Verdier, 2025, 128 p, 19 €.
Max Ernst & Paul Eluard : À l’intérieur de la vue. 8 poèmes visibles, Seghers, 2026, 128 p, 29 €.
Joseph Brodsky : Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires. Anthologie poétique 1961-1996,
traduit du russe par André Markowicz, Poésie Gallimard, 2026, 480 p, 11,40 €.
Raymond Queneau et l’Oulipo : Cent mille milliards de poèmes. Une recréation raisonnée,
Gallimard, 2026, 176 p, 20 €.
Gabriel Dufay : Sauver la beauté, L’Atelier contemporain, 2026, 136 p, 25 €.
Sans méthode autre que la volupté poétique, sans autre ordre que chronologique, versons dans notre corbeille de poésie quelques beaux livres que les politiques fractales des maisons d’édition nous proposent. Cosmopolites, nous irons du Japon à la France, en passant par l’Italie, la Russie et les Etats-Unis ; transcendant la temporalité, nous irons du XIII° siècle à notre aujourd’hui. Ukyô No Daibu, dame d’honneur de l’impératrice nous offre 359 waka. L’Arioste tresse 41 sonnets pendant la Renaissance. Max Ernst et Paul Eluard, à l’apogée du surréalisme ordonnent un collage de vers et de gravures. Joseph Brodsky aime à transcender le quotidien de manière cosmique. Autre jalon de l’histoire de la poésie, une réécriture oulipienne des Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau se permet d’être bien loufoque. Il reste à Gabriel Dufay ma permission de Sauver la beauté, comme en une poésie à programme. Le tout, si dissemblable, et cependant en une éternité du lyrisme, quoique parfois contrarié.
Pour la première fois dans la langue de Baudelaire, apparaissent les Mémoires poétiques de Ukyô No Daibu (1152-1235), telles qu’achevées vers l’an 1233 parmi l’archipel nippon. Elle y évoque une cour splendide et son histoire d’amour avec Taira no Sekumori, un aristocrate guerrier. Entre mémoires et recueil versifié, l’Histoire, plus que troublée par les guerres civiles, fait irruption, occasionnant la fuite de Taira qui s’opposait à l’empereur. Une fois Taira mort dans une bataille navale, l’ex impératrice Kenreimon-in se fit religieuse afin de prier pour les morts. La narration de sa dame d’honneur, Ukyô No Daibu, y est entrecoupée de waka, ces poèmes de cinq vers, soit des quintils de trente-et-une syllabes, au service d’un immense requiem évoquant un temps perdu. Ce pour noter « les choses que je trouvais touchantes, tristes », comme elle l’annonce en son introduction.
Outre l’évocation élogieuse de la cour impériale, ce sont des poèmes composés sur des sujets imposés, à l’occasion de concours ; mais le sentiment amoureux, ses passions et ses déboires, sont bientôt privilégiés. Ensuite les tribulations de la famille Taira jusqu’aux cérémonies religieuses mortuaires, occupent le centre du recueil. Puis une cinquantaine de waka consacrées à deux étoiles, qui ne peuvent se voir qu’une fois l’an, permet d’établir une relation métaphorique, soit les rapports que la poétesse entretient avec Sukemori. Le retour au palais comme dame d’honneur occupe la fin de l’œuvre. Une structure chronologique donc, parmi laquelle l’amour et la mort sont des phares, entre lyrisme et tragédie :
« Ah ! Si je connaissais
Un moyen de changer mes pensées, de rebrousser chemin !
Car dans les monts de l’amour
Des plus proches à ceux couverts d’une forêt dense,
Je me suis enfoncée ».
Ce qui frappe chez Ukyô No Naibu, c’est la délicatesse du sentiment, dont les variations enchantent sans cesse :
« Même si, pour le parfum
D’une autre il me quitte,
Cher oreiller,
Compagnon de toutes ces nuits,
Toi au moins ne m’oublie pas ! »
Plus loin cependant, la mélancolie gagne du terrain : « Mais cette rencontre amoureuse / A fini de m’anéantir ! ». Au point qu’elle doive se résoudre à constater :
« Combien je me hais
Moi, témoin d’afflictions
Sans équivalents ni
Précédents, car, malgré tout
Je continue de vivre ! »
Parmi ce flot du cœur, la nature tient une grande place, de la nuit à la lune, des fleurs aux bambous nains, jusqu’au « parfum des fleurs du mandarinier »…
Quoiqu’Ukyô No Daibu soit un pseudonyme, que nous ne connaissions pas sa véritable identité, qu’importe. Cette femme, en outre musicienne et calligraphe, dont le talent ne fut reconnu par une anthologie qu’à la veille de sa mort, nous a laissé une œuvre pleine de finesse, riche et puissante, qui transcende son temps et son âme. Un millénaire plus tard elle ne laisse pas de nous toucher :
« En dehors de moi
Qui trouveras touchantes
Les traces de mon pinceau,
Si toutefois elles sont transmises
Aux générations futures ? »
Son premier waka trouve chez nous sa reconnaissance :
« Pour les hommes qui tels
La rosée ont disparu
En fumée sont devenus
Il est de frêles vestiges
Que l’on peut contempler… »
Un peu trop oublié, il fut pourtant jusqu’au siècle romantique l’objet d’une prédilection constante. En effet l’Italien nommé L’Arioste (1474-1533) écrivit une épopée grandiose, qui fit le délice des livrets d’opéra, d’Haendel à Vivaldi. Nous sommes à l’époque de Charlemagne luttant contre les Sarrasins, donc dans le cadre de la chevalerie et du merveilleux. Ce Roland furieux aux 45 chants et 40 000 vers culmine lorsque le héros éponyme entre en fureur, brise les corps et les arbres, pour avoir découvert la tromperie de son amoureuse Angélique. Un tel vaste poème épique fut de nombreuses fois traduit, quoique trop souvent en prose. La récente traduction de Michel Orcel[1] permet néanmoins de goûter ce chef d’œuvre trop oublié.
L’on ne peut que s’étonner qu’il ait fallu plusieurs siècles pour voir éclore la première traduction de ses Sonnets, amoureux, comme il se doit à la Renaissance. Ils sont 41, principalement dédiés à une dame nommée Alessandra Benucci, mais parfois à d’autres beautés, comme la poétesse Vittoria Colonna. Quoique centrés autour d’un érotisme pur et raffiné, qui ne s’embarrasse pas de morale chrétienne, d’autres thèmes émergent : la mort d’un ami cher, l’éloge d’un brave, voire la haine à l’encontre d’un ennemi personnel.
Il faut cependant attendre le sonnet 21 pour découvrir ce que l’on appelle en italien l’innamoramento, pendant une somptueuse fête de cour florentine, à Ferrare. « Bref regard », flèche inégale », et voilà le cœur de notre poète enflammé, mais en cendres, « Quand son beau feu rend la mort moins amère ». Suit l’éloge de la blonde, comme il se doit :
« En ces rets fut, noués de ces fils d’or,
Que mon penser errant se prit les ailes ;
L’arc fut les cils, la flèche les regards,
Le coup porté par ces yeux de beautés ».
Beauté physique certes, mais aussi « clair esprit », « esprit libre et si franc », « éloquence claire », « puits de science », « actes courtois », « rare vertu », selon une néoplatonicienne conception.
Après maints éblouissements, maintes idéalisations, voici le poète outragé lorsqu’un médecin sacrifie les cheveux de sa dame ! Ces derniers sont en effet chargés de sensualité, comme la plupart des vers ; mais non moins de douleur, à cause d’un désir impartagé, adorable souffrance néanmoins, mélancolie poignante :
« Dont mes regrets amers et enflammés
Et des soupirs les denses brumes noires
Montent des rocs et pierres alentour ».
Un brin de préciosité ne nuit pas, au contraire, avec quelques allusions mythologiques aux Hespérides, à Prométhée :
« Je ne veux point de Phébus et Bacchus
(Pardon à eux !) les rameaux de poète,
Mais pour couronne le genévrier ».
La règle de la volta et de la chute, ici bien respectée, ajoute à l’efficacité du mordant amoureux et poétique. Par exemple, lorsqu’en un quatorzième vers, le poète, modeste, avoue retenir de cette initiation « maigre sagesse et excessive ardeur », en une belle opposition…
Traduit avec grâce par Frédéric Tinguely, qui choisit le décasyllabe non rimé, de surcroit judicieusement commenté, ce bilingue recueil rejoint dans notre bibliothèque les sonnets de Pétrarque, de Ronsard, de Du Bellay (en particulier L’Olive, qui s’en inspira, et de Shakespeare. L’Arioste écrivit également des comédies, ou encore des satires, dans lesquelles il fustige les puissants : « Combien en voit-on dans Rome et ailleurs couverts de dorures et de magnifiques broderies, s’attirer le mépris universel ![2] » L’Arioste mérite d’être redécouvert en son génie protéiforme, d’autant que bien des peintres, des illustrateurs lui ont rendu justice, de David à Gustave Doré.
En 1929, Max Ernst réalisa un prodige du surréalisme : La Femme cent têtes. Cet ensemble de 147 collages venus de gravures en noir et blanc curieusement découpées jouait avec les associations d’idées et les métaphores plastiques de manière poétique, enflammant l’imaginaire. Alors qu’en 1931 Max Ernst composait huit « poèmes visibles », selon la même technique, mais cette fois avec quelques rares couleurs, il fut rejoint quinze années plus tard par Paul Eluard, qui les mis en mots. L’onirique « révolver photogénique » y fait merveille.
Quatrains, vers libres, poèmes en prose, l’auteur de « Liberté, j’écris ton nom » fait feu de tout bois. Ainsi « six cent soixante-six soleils, quand j’éteignis la lampe, descendirent dans le gouffre de mes yeux ». Le recueil visionnaire déploie images cosmiques, séances de magie improbables, détails insolites, livres ouverts sur des bizarreries visuelles, tête ailées, jeunes filles en fleurs, sphynge ; là tout inspire l’énigme, parfois l’angoisse, et souvent un frisson érotique. Car voici « une femme qui se déshabille dans une chambre pauvre mal éclairée par une lampe rose dès qu’elle est nue ». Le fantasme est une esthétique poétique : « Le chant s’élève avec la tour et se prolonge avec la femme qui s’étend, souriante, infinie et belle comme la mer ». Le lecteur et voyeur vit « dans la beauté surprise », aussi bien des créatures suscitées que de la langue un rien rimbaldienne : « j’épousais les reliefs imperceptibles de la fièvre et du délire ».
Le grand mérite de ce fac simile réside dans l’évidence que l’art de la parole et l’art plastique, complices, se complètent et s’enrichissent l’un l’autre. En rééditant ce délicieux prodige, originalement publié en 1948, les éditions Seghers nous offrent un bijou bibliophilique.
Autre moment crucial de l’histoire de la poésie, lorsqu’en 1961 l’Oulipo enfanta des Cent mille milliards de poèmes par la grâce inventive de la plume de Raymond Queneau. Le livre objet reste célèbre à juste titre. Sous la forte couverture, chacune des pages est découpée en bandelettes selon les vers, de façon à permettre une multitude de lectures aléatoires, non sans quelque chose du collage surréaliste, du cadavre exquis… C’était fou, bizarre, indispensable dans toute bibliothèque de Babel borgésienne. Ainsi « La Grèce de Platon à coup sûr n’est point sotte / aventures on eut qui s’y pique s’y frotte »…
Soixante-cinq ans plus tard, un groupe de quatorze fidèles de l’Oulipo, en particulier Hervé Le Tellier qui est aussi le préfacier, s’emparent du monstre délicat pour en donner une réécriture, certes réductrice, mais pour le moins curieuse. L’on perd la dimension aléatoire, en substituant le « raisonné » au déraisonné ; en revanche n’imaginez pas que les Oulipesques pourraient se passer de contraintes ! Un peu dans la tradition des Exercices de style du même Raymond Queneau, la centaine de sonnets ici présents cumule des thématiques, comme « Onirique », « Aquatique », mais surtout des figures de rhétoriques, de grammaire, comme « Adjectifs antéposés », « Alambiqué », « Anaphorique »…
Par exemple, lisons « L’heure du T » ;
« Du jeune avantageux la nymphe était éprise
pour consommer un thé et des petits gâteaux
une toge il portait qui n’était pas de mise
il chantait tout de même oui mais il chantait faux
(…)
Barde que tu me plais toujours tu soliloques
comptant tes abattis lecteur tu te disloques
toute chose pourtant doit avoir une fin »
L’on apprécie l’autodérision du poète, ainsi que la dérision à l’encontre du lecteur cependant ravi. Le sonnet classique en alexandrins rimés, bien que non ponctué, prend de modernes libertés, à l’instar de Zazie dans le métro, même si nombre de poètes de l’ère baroque ont pu être irrévérencieux. Un drôle de sonnet s’appelle « Quand Queneau foire », en prétendant « une langue suffit pour emplir sa cagnotte ». En effet le langage est souvent familier, « populaire » certes, mais aussi « alambiqué ».
De toute évidence, il ne faut pas s’attendre à quelque chose de lyrique, mais de ludique. La fidélité à Raymond Queneau n’entraîne aucune trahison, tant l’imagination est vive, les allusions littéraires coruscantes, les situations cocasses. Un addenda fort réussi au poète fondateur de la Petite cosmogonie portative, en somme.
Si la poésie éclaire le monde, celle du Russe Joseph Brodsky est Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires. En cette vaste Anthologie poétique 1961-1996, le prix Nobel de littérature 1987 bouscule un programme tant historique que géographique. Voici l’évidence de la dissidence politique et lyrisme poétique par le Russe Joseph Brodsky
Né en 1940 à Saint-Pétersbourg – alors Leningrad – et mort à New-York en 1996, il a traversé la fin du stalinisme, puis celle du communisme, quoique la Russie n’aie pas abandonné son tropisme impérial. N’écrivait-il pas : « L’Empire est un pays pour imbéciles ». En conséquence, il n’y fut guère publié, car son anticonformisme, son rejet du réalisme socialisme, son indépendance vis-à-vis de tout message politique et son affection pour le lyrisme étaient sans concession aucune. Car il connut dès l’âge de 24 ans un procès pour « parasitisme », qui le condamna, lui et ses vers circulant sous le manteau, à l’exil administratif. Heureusement expulsé d’URSS à la faveur d’une campagne internationale de soutien plutôt que reclus au goulag, il gagne les Etats-Unis où il poursuit une carrière d’enseignant, où ses œuvres sont régulièrement publiées en russe par les éditions Ardis, puis traduites, alors qu’il aimait voyager à travers le monde et surtout en Italie, en particulier à Venise, « ville qui fait naufrage », et qu’il évoqua dans Aqua alta[3]. Au point qu’Uranie, Muse de l’astronomie et de la géographie, lui ait fournit le titre de son ultime recueil. Pourtant l’on ne mesure guère l’ampleur de son écriture, dont cette anthologie balaie les étonnantes beautés.
Car depuis son admiration pour Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, il sut développer son style propre. Loin de se limiter à ces influences russes, il ouvrit son inspiration en cultivant les poètes de l’Antiquité, ou ceux anglais, comme Thomas Stearn Eliot ou John Donne, dont « l’âme pleure de devoir abandonner son corps » selon l’hommage qu’il lui rendit par-delà les siècles. Ou encore Marie Stuart à qui il dédia un cycle de vingt sonnets, « hommage orphique / payé à ma caboche de bourrique ». Ainsi Joseph Brodsky renouvelle la tradition métaphysique, voire chrétienne, quoique pour lui seule la dimension esthétique de la poésie permette de dépasser la finitude : « Combien de fois dans le vieux terrain vague / n’ai-je lancé dans le cosmos des câbles / mon sou de cuivre armorié, dans un / effort désespéré pour magnifier l’instant de communication… Hélas ».
Etrangement séduisants, ses vers oscillent entre le quotidien et des perspectives lointaines, cosmiques : « chaque corps incline / à devenir la nourriture du télescope, / s’éloigne de l’étoile, refroidit avec l’âge ». Parmi les nombreuses pièces à ne pas manquer, ouvrons cet allégorique « Portrait de la Tragédie », daté de 1991. Après une énumération des traits de sa figure, apparaît « un hybride d’archange et de cour des miracles », qui se conclue sur son déshonneur : « Autrefois, tu possédais, m’amie, un certain pouvoir. / Tu débarquais à minuit en brandissant un mandat, / tu citais Racine, tu avais de la beauté. / À présent ton visage mêle l’impasse au boulevard ».
Si la métrique et le genre paraissent classiques, voire baroques, au travers du sonnet et de l’élégie par exemple, son sens de la rupture et ses images surprenantes savent conquérir le lecteur. Ses phrases rebondissent avec une moderne inventivité qui n’a pas sa pareille. Le tout sans dédaigner ni le fantastique, ni la satire, encore moins l’humour le plus facétieux. Il est également spirituel et charnel, sensuel jusqu’à la coquinerie. Et l’on dit que la musicalité, dans la langue originale, est remarquable.
Sauver la beauté. Quel beau titre ! C’est ainsi que l’on peut donner sens à nos vies… En effet ne sommes-nous pas environnés de laideur, mocheté et autres vulgarités ? Or l’art reste un moyen, une grâce, afin de ranimer la beauté perdue. Pour ce faire, Gabriel Dufay (né en 1983, acteur et metteur en scène, dont on connait son éloge du théâtre : Hors-jeu[4]) choisit la poésie, un vaste recueil de louanges, d’amour et de lyrisme, un bouquet de « fleurs de littérature », un « soulèvementstellaire»…
Entre Egypte et Valparaiso, le voyage est planétaire, tout est émotion et épiphanie : « Le ciel rougeoie maintenant / Eclate et tourbillonne l’instant / J’ai cessé de me consumer / Je danse et je renais ». L’éros est flagrant dans la déferlante du poème intitulé « Divine harmonie » : « Joues de Junon, jambes sculpturales / Taille de guêpe, sexe vespéral (…) Enfin je te commence, je te termine, je te sublime / Et tu m’enlumines, tu m’imagines, tu m’arrimes / Je te dessine, je t’écris, je te romance / Tu me danses, tu me balances, tu m’encenses / Je te chante, je t’enchante, je te poème ». Les anaphores, allitérations et assonances contribuent au chant qui trouve sa nécessité irréfragable : ce « Tournoiement de la langue face à l’opacité du temps ».
Vers libres, quatrains rimés, versets, paragraphes en prose, l’éventail de Gabriel Dufay est large, en ce manifeste esthétique et non moins éthique : « En dépit des brutes cyniques, des nuisibles nihilistes, des fosses sceptiques, des trous noirs et des pierres tombales, de la consomption des âmes et du règne du grand Capital / Nous prônons la décroissance des divisions haineuses et l’effervescence des unions amoureuses ». Malgré une vision un brin naïve, ne boudons pas cette nécessité d’enthousiasme.
Alors que tant de poètes d’aujourd’hui sombrent dans le prosaïsme, voire la pauvreté lexicale, faudrait-il faire le deuil de la poésie ? À moins de faire l’effort d’une inédite beauté…
:
Des livres publiés aux critiques littéraires, en passant par des inédits : essais, sonnets, extraits de romans à venir... Le monde des littératures et d'une pensée politique et esthétique par l'écrivain et photographe Thierry Guinhut.