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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 19:25

 

San Pantaléon de la Losa, Burgos. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Déconstruire Derrida :

 

Penser à ne pas voir, Ecrits sur les arts du visible.

 

Jean-Clet Martin :

Derrida un démantèlement de l'occident.

 

 

 

Jacques Derrida : Penser à ne pas voir. Ecrits sur les arts du visible, 1979-2004,

La Différence, 368 p, 25 €.

 

Jean-Clet Martin : Derrida, un démantèlement de l’Occident,

Max Milo, 320 p, 19,90 €.

 

 

 

Faisons le pari que nous savons ce qu’est la déconstruction de Derrida. Pari qu’il faudrait déconstruire bien sûr, ne serait-ce qu’en passant par Pascal. Celui qui a pensé pour tellement dire et à ne pas dire parait une fois de plus assurer sa légitimité, quoique post-mortem, grâce à diverses publications, pas si anodines. L’une concerne « les arts du visible », grâce auxquels il apprit « à ne pas voir », tentant de découvrir « en quelle langue on dessine ». L’autre concerne une monographie de Jean-Clet Martin qui se donne rien moins que l’ambition de nous offrir « une lecture intégrale » de la déconstruction et de la « différence », ces concepts qui, affirment-il, n’annoncent rien moins que le « démantèlement de l’Occident ». Au-delà du discours sinueux, brillant, souvent abscons et finalement aporétique de Derrida, ce fantôme des souterrains de la philosophie, y-a-t-il là une clarté suffisante pour permettre d’éclairer le sens de ce qui a défait le sens ?

 

La déconstruction serait « une émancipation à l’endroit de l’hégémonie et de l’autorité du discours philosophique » et ce qui interroge la légitimité du discours. Voilà ce qu’affirme Derrida à l’orée d’un entretien sur les « arts de l’espace », donc au fronton de ce recueil : Penser à ne pas voir. Pour tenter d’y voir plus clair, voyons comment Jean-Clet Martin va jusqu’à faire de cette déconstruction un « démantèlement » :

L’essayiste Jean-Clet Martin refait d’abord avec Derrida le voyage de Robinson Crusoé, pour en accuser cette « reconstruction manquée des notions fondatrices de l’Occident ». Quoique seul, ce dernier ne reconstitue-t-il pas sur son île les prémisses de l’Encyclopédie ? Certes son pouvoir de maître sur Vendredi qu’il a sauvé ne joue qu’à demi en sa faveur. Si Derrida fore les prémisses de l’Occident avec une philosophie de « l’écriture libérée de l’économie des princes qui y cherchent l’économie du retour », nie-t-il à dessein la valeur humaine et civilisationelle de l’encyclopédie portative qu’est Crusoé et que seront les colons de L’Ile mystérieuse de Jules Verne ? Il n’en reste pas moins qu’ici la déconstruction derridienne est à la recherche de « la couche pré-historique et pré-culturelle de l’expérience spatio-temporelle qui fournit un sol unitaire et universel à toute subjectivité, à toute culture[1] » Ainsi notre intégrité intellectuelle et morale, en cohérence avec « l’archéologie du savoir » foucaldienne, ne peut se passer de « démanteler le sens, le socle sur lequel repose notre civilisation, la grammaire de nos mythes et la constitution de nos savoirs dominés trop souvent par la violence du discours », sinon, ajouterons-nous, par la violence trop humaine et trop politique.

En suivant les tours et détours de la pensée errante de Derrida, entre différence et différance, il s’agit de côtoyer maintes interrogations. C’est après le concept nietzschéen, et d’après une « carte postale », qu’il joue à « renverser le platonisme », où Platon ferait écrire Socrate, tandis qu’il interroge : « Y-a-t-il des vérités nues ? » Mais faut-il suivre Derrida lorsqu’il joue sur les sens des mots, comme « voile » et voile, et qui, semble-t-il n’a crainte que son lecteur se voile la face devant tant de disséminations ? À moins de penser que ce sont « les tissus, les palimpsestes qui mettent en scène ce qui tient lieu de vérité »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Où « l’ontologie s’étend vers des frontières sans véritables bords », c’est aux « marges » de la philosophie que Derrida interroge -entre bien d’autres mythes, comme celui de la caverne- le mythe d’Ariane et ce « devenir femme dont Nietzsche semble être le témoin ». Très vite, les têtes de chapitres de Jean-Clet Martin semblent devenir folles et pétillantes, courant après les écarts de la pensée-poésie derridienne : « Condillac et les associations frivoles », « La mythologie blanche ou le transport des métaphores ». Poursuivant « l’origine tombée en désuétude des rémouleurs de la philosophie »… Derrida puise au plus étroit du « for intérieur », des « cryptes », des « momies », des Spectres de Marx [2] », qui sont aussi ceux du langage, de la « dissémination du sens ». Les rubans de signes jouxtent le « ruban d’ADN », les « écritures génétiques » flirtent avec « l’écriture générique », ainsi qu’« une espèce d’échographie de la pensée dans l’univers flottant comme des méduses numériques ». Traces, « architraces », empreintes en « mal d’archive » disent le coup de dé de l’Etre, quand « Thot, le dieu de l’écriture est celui du démantèlement dont les failles ne se comblent pas sans induire des disséminations plus sourdes et plus insaisissables. » Sur quel vent, quel vide troué repose alors notre langage, notre moi ? Reste le « toilettage cathartique des textes » effectué par Derrida, entre Platon, Kant et Hegel. Sommes-nous avec Derrida, avec Jean-Clet Martin, dans le verbeux de la langue, dans son verbe ou dans son aporie ? Cherchons-nous la « logique du sable » ? La philosophie et le sens sont-ils plus inatteignables que le sommet du Château de Kafka…

On se rend compte alors combien la curiosité de Derrida -était-il un génie ?- est infatigable, du beau à la peine de mort, de « la tulipe de Kant […] éclose pour rien » au kitsch, de la « théologie négative » au désert de sable de la « Khôra », de l’amitié à la « différence sexuelle » mise en doute, de l’animal dont « l’insomnie » vaut « mieux que le sommeil de la raison » à « sa propre déconstruction ». Sans compter la création de concepts, ce que Deleuze plaçait au seuil de la philosophie, mais des concepts « différants ». La dissémination de la liste, le vertige de la liste[3], frôleraient l’infini…

 

Valerio Adami : Portrait allégorique de Derrida, 2004.

 

L’écriture de Jean-Clet Martin, en dépit et au moyen de son lyrisme, est étonnamment claire et fluide. Qui eût cru que l’on puisse déchiffrer le « sens » derridien avec tant d’errance construite et de clarté ? Un travail considérable de lecture aboutit à un archipel synthétique. En trois parties, de « Tag », à « Tatouages », en passant par « Graffitis », c’est bien l’aventure des signes derridiens et de leurs disséminations que Jean-Clet Martin, en tentant de se faire le jumeau biaisé de son maître, déroule et disperse… Le lecteur qui voudra bien suivre Jean-Clet Martin dans sa promenade d’amitié avec Derrida découvrira moins un exposé dogmatique qu’un compagnonnage conceptuel et poétique qui louvoie entre fidélité au philosophe et « différance » ; autant un exercice de didactique que des marginalia poétiques. Si les philosophes analytiques anglais ont reproché au pape de la déconstruction un rédhibitoire manque de clarté et de rigueur, vaut-il mieux lire un commentateur, même trop enthousiaste, plutôt que le maître lui-même, auquel Jean-Claude Martin offre une belle stèle posthume faite de mots…

 

Peut-être faut-il, avec Sloterdijk, « considérer la déconstruction avant tout comme un procédé visant à défendre l’intelligence contre les conséquences de l’unilatéralisation[4] ». Mais aussi « comme le renversement de la forme de stabilité de la société traditionnelle, centralisé et hiérarchisée vers la forme de la stabilité de la société moderne, différenciée et multifocale[5] » ; ou encore « comme un mode d’emploi pour la passation des églises et châteaux de l’ancien régime métaphysique et immortaliste entre les mains du Tiers-Etat des mortels.[6] » Reste que Derrida, malgré ses irritants chapelets de questions sans réponse, son air de savoir dire alors qu’il ne dit pas, est justement celui qui n’a pas cessé de nous dire qu’il y a toujours chez tout acte de langage un soubassement à explorer, un réprimé, un refoulé, une construction sociale et métaphysique…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Derrida se lance dans la tentative de présenter l’usine à rêves de la métaphysique[7] », nous dit Sloterdijk ; à moins qu’après lui elle ne fasse plus rêver. Lorsque que ses rouages sont démontés par la déconstruction, s’il n’y pas forcément destruction, il reste peut-être un vide salutaire où prendre le réel et notre condition  absurde à bras le corps, pour construire enfin le monde et une pensée. Mais peut-être n’est-ce là qu’une surinterprétation de la postérité de Derrida, qui affirme néanmoins dans Penser à ne pas voir, que « la construction n’est possible que si les fondations elles-mêmes ont été déconstruites ». Ainsi, loin de se complaire dans les jeux de langage et l’évacuation stérile de la métaphysique, il se révèle capable de penser éthique et société, ne serait-ce que lorsqu’il interroge la question controversée de la peine de mort[8].

La déconstruction s’étend enfin jusqu’à douter du statut supérieur de l’homme blanc, au profit de la différance de la femme, de l’autre, de l’animal. Déconstruisant les doxas, Derrida ne se réfugie-t-il pas derrière de nouvelles doxas, celles de son temps, certaines respectables, d’autres plus douteuses, comme l’anticolonialisme, l’antilogocentrisme, sans parler de l’anticapitalisme…

 

 A moins d'une séduisante lecture étymologique qui le verrait venir du dé-mantèlement du manteau, comme celui d'Arlequin, comme celui de Pascal aux doublures gorgées de textes, peut-on légitimement se demander si le titre choisi par Jean-Clet Martin est malheureux : « démantèlement de l’Occident » ? Outre que « déconstruction » eût pu suggérer que l’on puisse reconstruire et que démantèlement paraisse sans retour, la critique de l’Occident parait injuste. Certes il y a dispersion, variation, et « la pensée est entraînée vers un univers sans limite », mais cela doit-il être interprété comme « une dérive de l’occident, de ses valeurs, de ses croyances répétées dans des altérations toujours plus nombreuses » ? Doit-on alors préférer à cet Occident ouvert et volatile, d’autres espaces culturels, espaces théologico-philosophiques fermés, comme se veut par exemple l’être la vérité de l’Islam[9] ?

Si, comme l’affirme bellement Jean-Clet Martin, la déconstruction c’est « déjouer toutes les muséifications figées du sens que voudrait fixer l’Occident dans la détermination de ses certitudes », tous espoirs sont permis pour ce dernier puisse se défiger et s’ouvrir au-delà de lui-même. Cependant s’il s’agit de lui récuser l’accès à la vérité, le risque est de choir dans le vide, dans les tréfonds du nihilisme, dans la perte des mots et des vertus…

A ce compte-là, déconstruire Derrida serait aboutir à l’aporie du sens de la démarche qu’il appliqua sur les plaies de la métaphysique et de l’Occident. Sans nier un instant la nécessité de son travail, ne risque-t-on pas de laisser vide le champ des ruines, ainsi prêt pour le sel des barbares, le temple d’une nouvelle -ou trop ancienne- vérité religieuse ou politique, totalitaire ? A dénier tout logocentrisme, ne risque-t-on pas de chasser la possibilité de la vérité, aussi bien dans l’écriture que dans la parole ? Le mot « démantèlement » choisi par Jean-Clet Martin, est-il une hyperbole, un souhait ? Conscients que nous sommes après Derrida de la nécessité du soupçon, il y a pourtant une vérité à fonder sur l’Occident : celle des faits scientifiques, économiques et civilisationnels, bâtis sur l’humanisme et les Lumières, qui ont permis et permettront encore notre développement humain.

Nul doute que la philosophie soit une théogonie, engendrant ses dieux, parmi lesquels Foucault, Derrida, Deleuze, dont la théologie négative surpasse la réalité… Que Jean-Clet Martin envoie de derridiennes cartes postales à ces dieux absents, soit. Qu’elles soient, plus qu’il n’y parait, des pierres pour la refondation de l’Occident, faudrait-il en douter…

 

      Parmi ces Ecrits sur les arts du visible, Derrida s’appuie sur un paradoxe fuyant : « Penser à ne pas voir ». Ou plus exactement voir au-delà du simple voir, voir avec la pensée et pas seulement les yeux. Comme lorsqu’il travaille sur les peintures et dessins de Valerio Adami qui lui renvoie, sous l’habit étrange des circonvolutions acérées du signe et du graphisme son « portrait allégorique ». Adami, était déjà au cœur de l’essai La vérité en peinture, pour lequel il tentait de « dévoiler le substrat linéaire », de lire « la deuxième navigation du dessin dans la couleur[10] ». Ce peintre et dessinateur éminemment littéraire (on pense à ses portraits de Freud ou de Walter Benjamin) permet à Derrida de s’intéresser au hors-peinture, au cadre, à la signature, au discours… Ce que l’on retrouve dans Penser à ne pas voir, qui réunit diverses interventions sur l’art produite depuis 1978, dont un hommage et entretien à et avec Adami, artiste « critique et extatique ». Ainsi, lorsqu’il « trouve dans le dessin sa meilleure forme, c’est la jouissance, c’est l’extase. L’artiste atteint alors une sorte d’acmé »… Au-delà de la peinture, ce sont la photographie, la vidéo le théâtre qui questionnent Derrida. Parmi des salves de questions biaises et sans réponses, on trouve de magnifiques fragments, tel : « je dirais que, pour moi, l’expérience de la beauté, s’il y en a une, est inséparable des relations à et du désir de l’autre, dans la mesure où elle travaille la voix, à travers quelque chose d’un différentiel tonal ». Ou la beauté, qui « possède un effet de transcendance », comme différance…

      L’un des plus pertinents exposés est celui qui reprend le titre « Penser à ne pas voir », où il se demande « en quelle langue on dessine », quand le dessinateur, qui ne pense pas, est « un grand voyant », à l’écart du logocentrisme. Avec le peintre, « ils donnent à voir la visibilité ». On y trouve également, dans « A dessein, le dessein », une réflexion sur les « dessins d’aveugles ou montrant des aveugles », ou, à propos d’Atlan, « De la couleur à la lettre ». On ne sera pas surpris de suivre à la trace le concept de trace ainsi que dissémination de la rhétorique métaphorique de l’art. Plus loin, la lumière de la photographie « en vient à surprendre l’instant d’imminence », ou la perplexité se creuse devant « la spécificité d’un nouvel art », la vidéo de Gary Hill, à moins qu’il convoque l’effroi du « cinéma et ses fantômes », ceux de la Shoah… Un dernier texte de 2004, l’année de sa mort, est profondément émouvant et lyrique : « Dans ces contradictions mêmes, je trouve, depuis toujours, mon « rebond », ou mon « échappée », mon « appel » avant le saut, je le suppose du moins, et la force de continuer, de déjouer tous les miroirs qu’on me tend. De garder mon enfance et mon désir en vie. Avec le sentiment, à la fois désabusé et fou d’espérance, que je n’ai pas encore commencé… » Le lecteur, s’il ne l’avait pas compris, se surprend à goûter la qualité littéraire, absolument poétique, de la langue de Derrida.

 

      Faut-il risquer une hypothèse ? Déconstruire Derrida, ce serait interroger ses soubassements. Venu après le « discours hégémonique » de la philosophie, les grands systèmes et leur faillites, de Platon à Hegel, voire jusqu’à l’engagement sartrien désavoué, venu après les fantasmes verbeux de retour à l’être heideggériens, qu’est-ce qu’un philosophe ? Est-ce face à cette question que Derrida a joué le déconstructeur final, jusqu’à l’aporie totale et désertique, sinon du babil philosophique, du questionnement sans cesse biaisé, à la réponse sans cesse impossible, parce la question de l’être philosophique se dérobe en-deçà de toute philosophie. Il ne reste alors qu’un déconstructeur déconstruit, pour notre plus grande perplexité, parfois notre plus grand bonheur, parfois éclaboussant la philosophie du feu d’artifice de ses concepts, parfois butant sur les déchets desséchés des concepts : là où Derrida, humblement, n’a su que penser à ne pas penser… « Nous demandons seulement un peu d’ordre pour nous protéger du chaos. » notaient Deleuze et Guattari. Mais avec Derrida, « ce que le philosophe rapporte du chaos, ce sont des variations infinies[11] ».

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Jacques Derrida : De la grammatologie, Minuit, 1967, p 393.

[2] Jacques Derrida : Spectres de Marx, Galilée, 1993.

[3] Pour reprendre le titre d’Umberto Eco : Le Vertige de la liste, Flammarion, 2009.

[4] Peter Sloterdijk : Derrida, un Egyptien, Maren Sell, 2006, p 46.

[5] Peter Sloterdijk, ibidem, p 20.

[6] Peter Sloterdijk, ibidem, p 43.

[7] Peter Sloterdijk, ibidem, p 66.

[8] Jacques Derrida : Séminaire La peine de mort I (1999-2000) Galilée, 2012.

[10] Jacques Derrida : La Vérité en peinture, Champs Flammarion, 1978, p 193 et 197.

[11] Gilles Deleuze, Félix Guattari : Qu’est-ce que la philosophie ? Minuit, 1991, p 189 et 190.

 

Villa Adriana, Tivoli, Latium, Italie. Photo : T. Guinhut.

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:12

 

Grand-Rue, Poitiers. Photo : Guinhut.

 

 

 

 

L’hydre de Lerne du Baudelaire

 

de Walter Benjamin.

 

 

Walter Benjamin : Baudelaire, traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau,

La Fabrique, 1040 p, 30 €.

 

Benjamin, cahier dirigé par Patricia Lavelle, L’Herne, 392 p, 39 €.

 

 

 

Littérature ou philosophie ? Walter Benjamin lui-même ne savait tracer la ligne de démarcation entre ses deux disciplines, ni oser se dire littérateur ou philosophe. On se doute alors que s'observant dans le miroir de Baudelaire, il n’a su s’il se faisait critique littéraire ou s’il faisait de son poète favori un philosophe. L’auteur du « Livre des passages » parisiens pratique en effet l’art du passage interdisciplinaire, ouvrant nos yeux sur la ville littéraire et capitale économique du XIX° siècle. Jamais pourtant Benjamin ne parviendra à faire passer du côté de l’œuvre achevée son travail d’Hercule sur le poète des Fleurs du mal. Il ne nous reste que des bribes splendides, qu’un chantier inachevé, dont l’entièreté est enfin publiée en France, conjointement avec un dossier magistral des Cahiers de l’Herne, consacré à celui qui avait dû fuir une « enfance berlinoise ». Pourquoi Walter Benjamin fascine-t-il tant ? Et quels sont, à travers ses deux monuments dont il a longuement construit les ruines, ses apports à la pensée ?

 

De ce Baudelaire, « poète lyrique à l’apogée du capitalisme », nous connaissions des îlots : « Le Paris du second empire, La bohème, Le flâneur, La modernité ; Sur quelques thèmes baudelairiens ; Zentralpark »[1] ; ainsi que 175 pages fichées au centre de Paris capitale du XIXème siècle[2], qui d’ailleurs se recoupent, parties émergées d’un iceberg enfoui… Mais grâce à Giorgio Agamben, par ailleurs préfacier[3] de ce volume, nous avons l’archipel entier, quoique brusquement interrompu. C’est en effet en 1981 que l’on découvrit à la Bibliothèque Nationale de France une liasse de manuscrits que Walter Benjamin confiait à Georges Bataille avant de devoir quitter Paris en 1940. La genèse, la méthode de travail, les perspectives critiques de ce vaste ouvrage s’éclairent. C’est comme dans l’amitié d’un travailleur acharné, de ses milliers d’heures studieuse à la BNF, que l’on peut enfin lire avec lui, ces briques d’un puzzle fabuleux, à moins que ce soient les ruines d’un projet trop cyclopéen.

      Ruines magnifiques que ces pages : « palais neufs, échafaudages, blocs, / Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie », disait Baudelaire dans « Le cygne », poème né parmi les « Tableaux parisiens » où Benjamin puise le centre de son inspiration. Ruines d’un monument à venir et jamais advenu en sa totalité, peut-être plus beau de son inachèvement. Ruines apparentées à cette esthétique du fragment de Lichtenberg et de Novalis encyclopédiste, qu’il connaissait bien pour avoir étudié Le Concept de critique esthétique dans le romantisme allemand. En ce sens le dispersé du fragment et la totalité de l’encyclopédie fantasmée participent à la fascination exercée par Benjamin sur la secrète confrérie de ses lecteurs un brin fétichistes. En ce sens ces pages boulimiques et impeccablement documentées sont une allégorie de l’œuvre d’art totale en son utopie. Interrompue par la fuite et le suicide à Port-Bou, aux portes de l’Espagne, en 1940, cette stèle immense à Baudelaire aurait peut-être trouvé son achèvement ; à moins que sa nature, entre accumulation et perspectives éclairées, l’eût rendue impossible. C’est ainsi que les livres majeurs de Walter Benjamin, chacun d’entre eux se faisant « livre des passages », exercent une irrémédiable fascination sur les intellectuels : ils sont le matériau énorme d’une œuvre jamais totalement réalisée, le fantasme de l’incapacité de beaucoup d’entre nous à parvenir à la totalité de la pensée et de l’art, la projection de la justification mythique d’une vie fauché par le destin contraire.

A son corps défendant, Walter Benjamin réalise ce qu’il étudiait dans Le Concept de critique esthétique dans le romantisme allemand : « L’idée de l’Art comme médium crée donc pour la première fois la possibilité d’un formalisme non dogmatisme ou libre, d’un formalisme libéral, comme auraient dit les romantiques[4] ». Pourtant, la perception synthétique de l’œuvre ultime est rendue particulièrement délicate par la proximité de Baudelaire et de Paris capitale du XIX° siècle, cette déambulation raisonnée, cependant proche des surréalistes Breton et Aragon. Au point que ces deux forts volumes puissent apparaître comme des frères siamois, reliés par le sternum ; en l’occurrence les pages baudelairiennes qui participent de l’ossature de deux projets, sans avoir pu trouver le temps de construire leurs propres territoires, s’il était possible. Ainsi le lecteur s’invite, entre documentation, invention et rédactions partielles, à la reconstruction de ces deux work in progress…

 

 

L’apport de Walter Benjamin dépasse évidemment la critique biographique, à la façon de Sainte-Beuve qui plaçait Baudelaire « à la pointe extrême du Kamtchatka littéraire romantique », avec un rien de dédain, se gaussant de la « la folie Baudelaire[5] ». Ne se limitant pas à la critique thématique, relevant les occurrences du haschich, de la prostitution, il œuvre dans la perspective du « matérialisme historique », et de Marx lui-même, souvent nommé. Là encore se trouve le noyau de la fascination, voire de l’idolâtrie, vouée à Walter Benjamin : à la destinée errante du brillant intellectuel juif chassé de l’Allemagne nazie et de la France occupée, s’ajoute, bien mieux que cette dernière, la figure du penseur marxiste qui a su donner ses lettres de noblesse au « matérialisme historique » grâce à des travaux joignant à une impeccable érudition une dimension poétique et encyclopédique.

Pourtant, son « marxisme libertaire », son « communisme messianique » (pour reprendre l’analyse de Michaël Löwy dans le Cahier de L’Herne) restèrent de l’ordre de la rêverie ; et de son amour pour Asja Lacis qui l’initia au marxisme à partir de 1924.  Les concepts périmés et tyranniques de « lutte des classes », la phraséologie marxiste rendent parfois ses pages désagréablement pâteuses et plus collantes qu’un vieux et vénéneux chewing-gum qui ne veut pas se décoller. Jusqu’à ce qu’il exprime bien des nuances critiques dans cette poignée de pages de 1940, « Sur le concept d’histoire » : parlant de la « poupée qui porte le nom de matérialisme historique », il ironise en ajoutant qu’ « elle n’aura aucun adversaire à craindre si elle s’assure les services de la théologie, cette vieille ratatinée et mal famée qui n’a sûrement rien à faire d’autre que de se nicher où personne ne la soupçonnera[6] ». Mieux encore, il dénonce « les vices fonciers de la politique de gauche » : « la confiance aveugle dans le progrès ; une confiance aveugle dans la force ; dans la justesse et dans la promptitude des réactions qui se forment au sein des masses ; une confiance aveugle dans le parti[7] ». On aimera supposer que l’intelligence de Benjamin, par ailleurs critique du totalitarisme[8], qui parlait, dans le cadre de sa foi communiste, et donc d’un hallucinant paradoxe, d’ « abandonner la perspective immodeste de systèmes totaux[9] », si elle n’avait été fauchée à la fleur de la maturité intellectuelle, aurait pu évoluer vers une mise en cause égale du communisme et du socialisme d’une part, et du fascisme (qui est un « national-socialisme ») de l’autre, à l’instar du libéral Hayek écrivant La Route de la servitude[10]

Arpentant sa lecture de Paris et de Baudelaire dans le cadre du « matérialisme historique, il parait entendu qu’il fait une lecture critique du capitalisme, en un mot un blâme. Est-ce si sûr ? Magnifiant les « passages parisiens » et « l’homme des foules » baudelairien devant l’éclat des marchandises, comme plus tard Zola devant le grand magasin haussmannien du « Bonheur des dames », paraitrait-il plutôt qu’il en fasse l’éloge ?

Cependant l’analyse de Walter Benjamin ne se limite pas à décrypter à travers les vers des Fleurs du mal et les Petits poèmes en prose les seuls bouleversements économiques et sociaux, comme le changement radical infligé et offert aux Parisiens par les travaux du préfet Haussmann, comme la montée d’une industrie de masse, le gonflement démographique du prolétariat, ou l’ostentation de la marchandise. Ce sont aussi la vie des foules, sensible parmi le coup de foudre du sonnet « A une passante », la « passion esthétique », « l’érotologie du damné », la « perte d’auréole » du poète et de la prose qui le cerne, qu’il tente de rédimer en ses Petits poèmes en prose, le spleen féroce, le dandysme, la capacité du romantique à être moderne, ou encore « la sorcellerie évocatoire[11] » du vers baudelairien… Notre chercheur s’intéresse à tout ce qui environne et constitue son héros : les « marchands de vin », en relation avec le poème « Le vin de l’assassin », les « stupéfiants » qui menèrent à l’écriture des Paradis artificiels, les « abonnements aux journaux », la « mode » et « la nouveauté », le « rapport allégorie et correspondances », le « Paris en ruine » du graveur Charles Meryon… Des formules lumineuses frappent l’œil du lecteur : « La femme chez Baudelaire : le butin le plus précieux dans le triomphe de l’allégorie ». Plus loin : « Avec la prostitution des grandes villes, la femme elle-même devient un article de masse ». Sociologie et poétique s’entrelacent en ce gigantesque pêle-mêle infiniment séduisant, stimulant…

S’il n’avait dû fuir Paris menacé par le nazisme, s’il n’avait cru devoir se suicider à Port Bou, Walter Benjamin aurait-il achevé son Baudelaire ? Telle une hydre de Lerne, les têtes de chapitres achevées repoussaient sans cesse au gré des nouvelles notes, des nouvelles fulgurances du travail d’Hercule de cet assidu qui avait fait de la Bibliothèque Nationale une nouvelle patrie, un éden dont, Juif, il fut chassé… Le protéiforme penseur aux multiples têtes pensantes méritait bien, si l’on nous permet de jouer sur les mots, son cahier de L’Herne…

 Benjamin L'Herne       

La réputation des Cahiers de L’Herne n’est plus à faire. Souvenons-nous des volumes consacrés à Soljenitsyne ou Lovecraft, Borges ou Vargas Llosa, Steiner ou Musil… Une fois de plus inédits et analyses, aussi claires qu’érudites, voisinent en un généreux opus. Les bribes biographiques, comme les esquisses pour Enfance berlinoise, n’y sont pas anecdotiques, constitutives qu’elles sont de la formation de la pensée du philosophe. Les lectures des poètes Goethe et Stefan George, de « Socrate », les correspondances avec Hannah Arendt, les rapports amicaux et intellectuels avec Gershom Sholem ou Adorno, tout cela bouillonne avec intensité. L’on saura même, sous la plume d’un Walter Benjamin humoriste « Pourquoi l’éléphant s’appelle l’éléphant ? », pas loin d’une réflexion « Sur le langage et la mimésis » et de « notes antithétiques sur le verbe et le nom ». Des critiques avisés s’interrogent sur la « théologie politique » et le judaïsme de celui qui nous surprend en proposant une « Conversation sur l’amour », dialogue platonicien dans lequel Sophia livre à Agathon le secret de l’art d’aimer et de la philosophie : « Qui a l’amour est contraint de devenir meilleur ». Protéiforme une fois de plus se révèle Walter Benjamin, pratiquant le mélange des genres littéraires et philosophiques, depuis la thèse doctorale et l’essai, en passant par l’autobiographie, la collection de citations et les contes pour enfants, jusqu’aux récits de Rêves[12]. Nul doute que les universitaires et autres critiques autorisés, ou plus simplement amateurs au sens noble du terme, y trouvent de quoi butiner parmi les arcanes de la pensée et du monde : là où, selon Patricia Lavelle, « nous pouvons donc comprendre le projet théorique de Benjamin comme la restitution de ces instants d’éternité qui font la vérité de notre existence individuelle et collective ».

 

L’auteur d’Enfance berlinoise et de L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée, qui infléchirent notablement les codes de l’autobiographie -entre chronique personnelle et géographie urbaine- et de la critique esthétique -entre élitisme et perception des masses-, apparait alors comme un « Angelus novus », pour reprendre le titre d’un dessin de Paul Klee qu’il aimait tant, de la création littéraire et philosophique. Comme s’il avait voulu se faire l’ange de Baudelaire et du Paris du XIXème siècle avant que le Satan du Troisième Reich balaie l’Europe et en efface les richesses culturelles. Si ce dernier n’a heureusement pas réussi son entreprise, quoique marquée les immenses champs de batailles et l’holocauste, Walter Benjamin n’a-t-il pas réussi la sienne, quoique encore partielle, hélas de manière trop posthume ? Si Baudelaire est un auteur capital du XIXème siècle, le Baudelaire de Walter Benjamin et son Paris capitale du XIXème siècle, restent des œuvres capitales de l’encyclopédisme historique et poétique de notre temps. Il est certain que, dans nos bibliothèques, ces deux livres savent parler, répétant pour nous et pour la mémoire du philosophe allemand qui sut traduire « Les tableaux parisiens », ces vers du « Balcon » : « Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses », celles du travail de la pensée.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : Charles Baudelaire : « Une charogne »

 

[1] Publiés dans Walter Benjamin : Charles Baudelaire, Petite bibliothèque Payot, 2002.

[2] Walter Benjamin : Paris, capitale du XIXème siècle, Cerf, 1989. 

[3] A qui l’on inflige de désastreuses coquilles : « qui aurait pu fait naître » (p 7) ; « en abîme » au lieu d’en abyme (p 8), etc.

[4] Walter Benjamin : Le Concept de critique esthétique dans le romantisme allemand, Flammarion, 1986, p 122. 

[5] Cité par Roberto Calasso : La Folie Baudelaire, Gallimard, 2011, p 379.

[6] Walter Benjamin : Ecrits français, « Sur le concept d’histoire », Folio essais, 2003, p 432.

[7] Ibidem p 439.

[8] Par exemple dans « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée », Ecrits français, Folio Essais, 2003.

[9] Walter Benjamin : Correspondance 1929-1940, Aubier, 1979, p 124.

[10] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010.

[11] Charles Baudelaire : « Fusées », Œuvres complètes, Pléiade I, p 658.

[12] Walter Benjamin : Rêves, le Promeneur, 2009.

 

 

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 11:44

 

Cathédrale de Bourges, portail sud. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

Bertrand Russell : De la fumisterie intellectuelle,

ou le décapage des religions et de l’Etat.

 

 

Bertrand Russell : De la fumisterie intellectuelle,

traduit de l’anglais par Myriam Dennehy, L’Herne, 104 p, 15 €.

 

 

Sur la nef des fous de l’intellect humain se sont posés, et continuent à se poser, bien des aberrations, des affabulations, des mensonges éhontés… L’accès de colère philosophique de Bertrand Russell contre « la fumisterie intellectuelle » fit suite, en 1943, à une plainte d’une certaine Madame Kay, lorsqu’il devait donner des cours à l’université de New-York : elle lui reprochait son manque de religiosité, ses opinions lubriques sur le sexe et le mariage. Piètre immortalité pour cette brave dame qui réussit pourtant à l’écarter de son poste. La cause de la liberté académique gagna néanmoins des points avec cette affaire. D’autant que notre philosophe analytique (1872-1970) reçut le Prix Nobel en 1950. Reste que ces pages mordantes, quoique nées d’une anecdote et d’un contexte historiques, n’ont rien perdu de leur décapante actualité.

 

Le pamphlet, emporté d’une main leste, est réjouissant. Les « prédicateurs de grandiloquentes balivernes » religieuses, les « sornettes de l’état » et autres fumistes en prennent pour leur grade. Mais il devient terrifiant si l’on liste avec Bertrand Russell tous les procédés, qu’ils soient religieux ou politiques, utilisés par l’humanité pour assujettir et torturer ses semblables, en leur chair, leur sexualité, leur liberté de pensée.

« L’âge de la foi, célébré par nos philosophes néoscolastiques, [étant] un temps où le clergé s’en donnait à cœur joie », tous, jusqu’à Gandhi, brandirent « la tentative impie de contrecarrer la volonté de Dieu ». Contre le paratonnerre, le darwinisme. Sans compter que les catastrophes naturelles punissent le péché, en épargnant les pieux… Malgré les apports de la science, les religions et leurs textes « qui traduisent les conceptions de tribus incultes » et interdisent la consommation de certains produits, se maintiennent dans une pétrification obscurantiste hallucinante.

 

Hors la religion qui ici fustigée, bien d’autres domaines de l’intelligence, ou ce qui en tient lieu, y compris quotidienne, sont étrillés : « Nous aimons dire du mal de nos voisins, et, s’agissant de colporter les pires ragots, nous ne nous embarrassons guère de preuves ». Il y a quelque chose du moraliste à La Rochefoucauld chez Bertrand Russell, constatant que, de l’individu à la collectivité, le mal de la fumisterie est sans cesse répandu. Mythe et « passion collective », comme en temps de guerre, ou de désir de guerre, sont justement traités d’ « élucubrations », qu’il s’agisse du nationalisme, de l’antisémitisme, qui « flattent notre vanité et nos passions cruelles ». « Race » et « sang » sont délires xénophobes : « A l’évidence, les prétendus mérites de la pureté raciale sont fantasmatiques ». Russell conspue le nazisme, mais aussi « la Russie marxiste », et sa supériorité du prolétariat. « Les stéréotypes les plus ineptes », y compris machistes, sont balayés, jusqu’à la croyance en l’unicité de la nature humaine, « qui est largement façonnée par l’éducation ».

Bien sûr, l’Etat n’est pas exempt de ces entourloupes intellectuelles : « Il n’est de fariboles si aberrantes qu’une vigoureuse intervention étatique ne sache les imposer à la majorité. » On pourrait appliquer la formule à la fiscalité, à la solidarité, à la régulation économique… Sont alors brocardés jusqu’à Platon et Hobbes, fondateurs de mythes pré-totalitaires… « Ne serait-il pas tout aussi facile de produire une population raisonnable ? L’état s’en garde bien, car celle-ci n’aurait alors guère d’estime pour ses dirigeants politiques. » Les effets délétères de la « manipulation du peuple » n’empêchent pas de se méfier de l’anticonformisme des penseurs d’avant-garde qui « considèrent qu’il suffit de s’écarter de l’opinion conventionnelle pour avoir forcément raison ».

Les « fadaises » des philosophes, de Platon (« L’homme qui ne recherche pas la vérité se réincarnera en femme »), d’Aristote (croyant que « le sang des femelles est plus sombre que ceux des mâles ») permettent à cette collection d’erreurs et folies humaines passées, contemporaines et futures, de valoir son poids d’humour et d’ironie. Ainsi, réjouissons-nous : « Le sage […] ne se trouvera jamais à court de crétinerie intellectuelle ».

En tant que philosophe rationaliste, Bertrand Russell défend au premier chef la science, mais aussi la libéralisation des mœurs, qui sont trop souvent rejetées par le préjugé populaire : « Le moindre progrès qui survient dans la civilisation est critiqué de prime abord au motif qu’il n’est pas naturel ». Il se « méfie de toute généralisation à propos des femmes », les considérant comme toute humanité doit l’être, sans rejet ni survalorisation : « il semblerait que les hommes comme les femmes restent décidément tributaires de leurs préjugés. »

Que faire alors pour sortir de l’état de préjugé ? Observer, « de vos propres yeux », « se confronter aux opinions qui ont cours dans d’autres sociétés que la nôtre », « méfiez-vous des opinions qui flattent votre amour-propre », prenez « conscience de vos propres peurs » et des « mythes qu’elles nourrissent »,  car « penser sans savoir est une erreur fatale ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certes l'on peut facilement se gausser de la façon pour le moins rapide dont Russell s’empare de hautes figures philosophiques pour les jeter sous le lit de la satire. Faire allusion à Spinoza qui se prononça « contre le droit de vote des femmes », ou Saint Thomas d’Aquin comme à de maigres clés de voûte de la construction superstitieuse des religions est évidemment aussi rapide que réducteur. Mais ce serait oublier que Russell n’est pas inculte en la matière et qu’il sait reconnaître l’apport -entre autres penseurs- de ces derniers dans sa monumentale Histoire de la philosophie occidentale. Saint-Thomas d’Aquin, précieux théoricien du libre arbitre, est pourtant par lui, après d’objectives pages exposant sa doctrine, réfuté car « avant de commencer à philosopher, il connait déjà d’avance la vérité : elle est déclarée dans la foi catholique[1] ».

De même, l’on pourrait se moquer de ce démontage éclair des religions qui peut nous sembler un exercice démodé, tant ces dernières paraissent vouées à encombrer les magasins d’antiquités plutôt que nos sociétés républicaines et laïques. Sauf que le retour de l’obscurantisme, cette fois moins venu des terres chrétiennes que de celles d’Islam, en fait un catalogue des tyrannies intellectuelles et physiques dont il faut moins rire d’un air supérieur que savoir les débusquer sous leurs oripeaux exotiques…

 

Et, n’en doutons pas, si un dieu purement imaginaire avait prêté plus longue vie à Bertrand Russell, il lui aurait permis de compter parmi ses « fumisteries intellectuelles » préférées, le réchauffement climatique et sa cause anthropique, la vulgate anti OGM et anti gaz de schiste, dont les verts écologistes politiques se font les croisés pour assurer à la fois l’empêchement à la pensée scientifique et leur prise de pouvoir sur les crédules moutons citoyens. A la manière des « anesthésiants » dont « les gens pieux dénoncèrent leur invention comme un subterfuge pour se soustraire à la volonté divine », les OGM sont dénoncés comme un artifice pour se soustraire à la volonté de la nature, menacée de maux purement imaginaires, quand d’autres pollutions bien réelles sont moins attaquées.

 

Loin de voir dans ces quelques pages troussées avec une salutaire vigueur une oeuvrette de café du commerce, jetée sur le papier un jour d’exaspération et de rire par le philosophe analytique le plus rigoureux et austère qui soit, peut-être faut-il aller jusqu’à l’adosser à une somme plus ambitieuse en apparence : son Histoire de la philosophie occidentale qui ne se gêne guère pour déboulonner les idoles. Y-a-t-il une pensée digne de ce nom qui puisse se passer, comme Nietzsche (que Russell n’aimait pourtant guère) de « philosopher à coups de marteau[2] », pour détruire les fausses idoles ? Et pour faire de ce bref et roboratif exercice de désenfumage qu’est De la fumisterie intellectuelle, un précieux essai parmi la bibliothèque du libéralisme classique.

Hélas, « nous nous arrangeons toujours pour adopter une vérité qui conforte nos préjugés ». Espérons donc que Bertrand Russell, sans compter le modeste auteur de cet article, la main dans la main avec son lecteur, puisse n’être pas lui-même tombé trop souvent dans ce travers.

 

On est en droit de s’étonner qu’il s’agisse là de la première édition française de cet exercice de causticité salutaire du grand philosophe rationaliste. Aurait-il été oublié, ou jugé grotesque, excessif, dérangeant pour les grandes constructions intellectuelles qui voilent pour nous les yeux de la vérité ? Pourtant sa clairvoyance en 1943 lui fit annoncer : « il est à craindre que les nazis, voyant leur défaite approcher, accélèrent le processus d’extermination des Juifs ». De plus, comme le suggère l’intelligente préface de Jean Bricmont, qui regrette certainement les quelques coquilles de cette indispensable édition, nul doute qu’aujourd’hui Bertrand Russell démonterait sans peine les fumisteries intellectuelles de nos partis politiques, d’un extrême à l’autre, jusqu’au plus apparemment tempéré, tous empêtrés à des degrés divers dans le dogme socialo-colbertiste-keynésien, de l’Education nationale, de nos gouvernements – n’en jetez plus, la coupe est pleine -. Il est bien dommage, et nous savons que prétendre le contraire serait une fumisterie, que nous ne puissions, pour ce faire, ressusciter notre cher Bertrand Russell…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Bertrand Russell : Histoire de la philosophie occidentale, Les Belles lettres, 2011, p 536.

[2] Friedrich Nietzsche : Le Crépuscule des idoles ou Comment philosopher au marteau, Mercure de France, 1952.

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 20:24

 

Laguna negra, sierra de Urbion, Soria. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Starobinski, l’ange de la critique :

 

de la mélancolie aux Lumières.

 

 

Jean Starobinski : L’Encre de la mélancolie, Seuil, 674 p, 26 €.

 

Jean Starobinski : Accuser et séduire, Essais sur Jean-Jacques Rousseau, Gallimard, 336 p, 19,50 €.

 

Jean Starobinski : Diderot, un diable de ramage, Gallimard, 432 p, 22.

 

 

 

       Entre déréliction de la mélancolie et raison des Lumières, une plume judicieuse s'élève. Comme couronnant la vaste carrière de Jean Starobinski, né en 1920, deux éditeurs offrent conjointement un triptyque de livres qui savent dirent les deux axes principaux du critique. D’abord la suite logique de sa formation de médecin, une thèse sur la mélancolie et son encre, qu’il abandonna pour se consacrer aux études littéraires, souvent dédiées à son cher XVIII° siècle. L'auteur de L'Invention de la liberté 1700-1789 et des Emblèmes de la raison, offrant son attention à Rousseau et Diderot, jouant sur les concepts antinomiques, sur les dimensions rhétoriques de leur esthétique, n’est-il pas le critique qui éclaire les Lumières…

 

        Il faut lire les titres de Starobinski comme des boites à double sens qui révèlent des richesses souvent insoupçonnées. L’Encre de la mélancolie, c’est celle de la noirceur de la psyché autant que celle de l’écriture qui lui est intrinsèquement liée : réflexive, elle tente de se diffuser sur la page, pour dépasser le sentiment de finitude et de perte… Le dépôt noir du savoir, depuis le mythe saturnien et Homère, jusqu’à la psychiatrie du XX° siècle, est traité en une vaste fresque. Il ne s’agit pas seulement de gloser avec talent sur la théorie des humeurs, sur la « bile noire », sur l’opus monstrueux, la « synthèse géniale » de Burton[1] au XVII°, mais aussi de livrer à l’historien des idées l’examen des thérapies proposées par le corps médical et psychiatrique, depuis Pinel, en passant par les pour le moins maladroits douches et bains froids, censés remettre dans le droit chemin de la raison le patient spleenétique ou maniaco-dépressif, selon les terminologies successives. Ainsi Starobinski réunit en ce volume sa thèse introuvable « Histoire du traitement de la mélancolie » et diverses publications en revues, consacrées à Baudelaire, « expert suprême en mélancolie », mais aussi Van Gogh, Hoffmann, Kierkegaard, jusqu’à Don Quichotte…

      La mélancolie est alors traitée autant avec le concours de l’histoire des idées que des sciences. Ancien médecin, il parcourt les pathologies et les thérapeutiques, aussi bien que les mythes, saturnien ou imagé par Dürer, et les postures, qu’elles soient classiques ou romantiques. De l’astrologie, en passant par la bile noire et le spleen, jusqu’à la dépression contemporaine, elle a fait couler, comme une seiche, un calamar (d’où vient le calame), beaucoup d’encre, dont le dépôt savant s’accumule entre les pages depuis des millénaires.

       Quel traitement assigner au mélancolique ? Celui qu’au « péché d’acedia », ce « désespoir total à l’égard du salut », on oppose grâce à tout ce qui peut éloigner de l’oisiveté et permet de « cultiver son jardin »… Quant à « ceux qui ont le don de poésie, la délivrance est poésie » ; autrement dit la création littéraire, artistique, fût-ce au moyen du « rire de Démocrite » ou de l’ironie, cette « bouffonnerie transcendantale ». A moins de tenter d’être plus efficace et clinique en traitant la « pathologie mentale » par la médication chimique, quoique en risquant de perdre la dimension créatrice de l’encre de la mélancolie, ce qu’a d’ailleurs bien compris le Hongrois Földényi[2]. C’est avec pertinence que Starobinski note que « l’impuissance d’écrire est surmontée dans l’œuvre même qui la déclare »…

       Parvenir à articuler l’histoire clinique et celle des mythes n’est pas une mince gageure. Ce qui se réalise à la lisière d’une démarche phénoménologique et d’une l’exploration fine de l’expression poétique et artistique. Pour le critique, indubitablement, l’essai est mobile entre les genres et les regards, comme lorsqu’il chercha à surprendre Montaigne en mouvement[3].

      

 

      Depuis Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle[4], Starobinski mène son enquête herméneutique par figures du double, interroge par antithèses vigoureuses. Accuser et séduire est pour Rousseau faire le réquisitoire virulent des mœurs corrompus par les sciences et les arts, de l’inégalité engendrée par la propriété privée, tout en s’armant d’une rhétorique splendide et persuasive. Le philosophe, qui est par ailleurs, mais en toute cohérence, le chantre de la vie naturelle idéalisée et de la sensibilité préromantique avec La Nouvelle Héloïse, use, voire abuse, en fin rhétoricien, en expert de l’éloquence, du mouvement de la subjectivité indignée, de la sentimentalité, inhérents à la persuasion. A l’opposé, Voltaire, son ennemi, préfère l’ironie et l’argumentation rationnelle pour faire l’éloge du luxe dans la « Défense du mondain[5] ». En effet, Rousseau, en réactionnaire accompli, choisit de plaider la cause de la simplicité, croit-il originelle, des mœurs, ce pourquoi il fut tenu à distance par ses confrères encyclopédistes et des Lumières : « Son éloquence lui valut partout des disciples, et quantité d’ennemis. Il connut, devant la beauté du monde, des moments d’intense bonheur, et il sut les redire d’une façon qui nous fait partager son émerveillement. Mais il connut aussi devant la méchanceté des humains, réelle ou fantasmée, la plus intense angoisse. Il vécut la situation du maître de sagesse et la condition de la victime », conclut Starobinski.

       Ce dernier sait alors nous faire voir comment l’analyse des constructions rhétoriques d’un auteur permet de mieux comprendre, non seulement sa psychologie, mais jusqu’à sa philosophie. Philosophie qui, chez Rousseau, sut se dépêtrer du seul mouvement d’indignation vertueuse stérile, de son ressentiment contreproductif, mais aussi de la séduction romantique, pour tenter la salutaire et argumentation de conviction du Contrat social, cet indispensable moment politique de l’évolution de l’humanité, quoique engluée dans le peu individualiste corset de la volonté générale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       De même, Diderot, un diable de ramage, procède par oxymore, unissant étroitement deux principes opposés, comme un diablotin sans cesse sur la brèche de la connaissance faustienne qui roucoule la musique de son savoir et de ses curiosités… Ce « diable de ramage » est un propos du Neveu de Rameau, que Starobinski applique à l’œuvre entière de Diderot, conteur, causeur, rieur et travailleur infatigable, encyclopédiste prolixe et libertin discret. Le critique en étudie alors le langage, la parole et le style, y compris des femmes qui ne sont pas ses moindres personnages : «  la séquence voir-écouter, le devenir-voix sont une composante fondamentale de l’esthétique de Diderot ».

       Parcourant « l’arbre de mots » de l’Encyclopédie (déjà « arborescent », comme le sera le web), le « genou » de Jacques le fataliste (dont il goûte « l’art de la démonstration ») et la « chatouilleuse » du conte, le bijou secret et bavard des Bijoux indiscrets, mais aussi le fameux incipit du Neveu de Rameau, Starobinski découvre un Diderot curieux, affamé de connaitre le monde et les hommes, néanmoins taquin, humoriste et sensuel. Quant à sa rêverie sur la peinture, elle « passera d’une beauté première, liée à la scène idyllique, à une beauté seconde, produite par le travail de la réflexion philosophique ».

       Ainsi, qu’il s’agisse de Rousseau ou de Diderot (le premier voyant dans la division du travail une « dépossession » (…) que « le marxisme nommera aliénation », le second, plus libéral envers le progrès, y voyant une « humanisation et une dynamisation de l’inanimé »), l’accueillante et séduisante érudition de Starobinski est toujours celle qui s’offre de déplier, d’expliquer les logiques de l’homme et de l’œuvre, non seulement thématiques, mais également langagières et philosophiques. Ainsi, le commentateur est un guide heureux dans le labyrinthe textuel. Son rôle, apparemment modeste, d’interprète permet une essentielle initiation et une redécouverte passionnée. Citons Yves Bonnefoy : « Montaigne, Rousseau, Diderot, Baudelaire : ce sont des êtres auxquels Jean Starobinski a donné son amitié une fois pour toutes[6] ». Sûrement saurons-nous, grâce à lui, avoir la même amitié, y compris envers le critique.

 

      Ange de la critique… Cette hyperbole serait un peu ridicule si l’on ne considérait pas l’immensité d’un savoir fouillé qui, par la grâce d’une écriture fluide, de la clarté de l’argumentation, parvenait à l’oxymore réalisé de la légèreté du poids de la culture ; permettant ainsi aux ailes de la pensée d’exercer en toute sérénité leur liberté. L’herméneutique de Starobinski, attachée à un mouvement bipolaire, s’exerce entre médecine et littérature, entre mal et thérapie, entre persuasion et conviction, entre bile mélancolique, jusque chez Rousseau, et rire, ironie, ramage chez Diderot. Et malgré sa noirceur, la mélancolie devient, par l’acuité du critique, une réjouissante encre. Comme à travers les personnalités rhétoriques opposées de Diderot et de Rousseau, le voyage critique devient jubilation de connaissance, portrait en miroirs inversés et complémentaires de ce siècle des Lumières qui a fondé à la fois notre sensibilité romanesque et notre pensée politique. Si « les poèmes et les romans sont pour intensifier le rapport au monde », précise Yves Bonnefoy dans son « A propos de Jean Starobinski[7] », sans nul doute ce dernier sait intensifier le rapport aux œuvres…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2000.

[3] Jean Starobinski : Montaigne en mouvement, Gallimard, 1982.

[4] Jean Starobinski : Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle, Gallimard, 1971.

[5] Voltaire : « Défense du mondain ou l’apologie du luxe », Mélanges, Gallimard, Pléiade, 1981, p 207.

[6] Jean Starobinski : Le Poème d’invitation, La Dogana, 2003, p 93.

[7] Jean Starobinski : Le Poème d’invitation, ibidem, p 97.

Rio Vero, sierra de Guara, Alto Aragon. Photo : T. Guinhut.

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 19:29

 

Château de Cadillac, Gironde. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

L'Amour, horizon politique ?

 

Luc Ferry : De l'amour,

 

une philosophie pour le XXIème siècle.

 

 

Luc Ferry : De l’Amour ; une philosophie pour le XXI° siècle,

Entretien avec Claude Capelier, Odile Jacob, 256 p, 21,90 €.

 

 

 

 

     Peut-être l’amour est-il notre horizon politique, notre fin de l’histoire. Cette thèse, apparemment simpliste, est celle de Luc Ferry en son nouvel essai, De l’Amour ; une philosophie pour le XXI° siècle, usant du dialogue philosophique avec son compère, Claude Capelier. Pourtant elle est loin d’être dénuée de fondement historique et éthique, malgré bien des approximations.

 

          Quoique reprenant avec respect le titre de Stendhal, Luc Ferry s’intéresse moins à l’Eros, moins à la philia, qu’à l’agape, cette charité pour autrui, cet amour du repas pris en commun, y compris avec l’ennemi -trois amours qu’il voudrait réconciliés-. Il y associe l’attention que nous portons à notre famille, basée non plus sur le mariage arrangé mais sur le mariage d’amour, à nos enfants, à notre descendance. L’arc et la flèche du dieu Eros désexualisé ne visent plus seulement le cœur des amants, réciproques ou non, mais la famille élargie de l’humanité. D’où l’inquiétude et le soin écologiques, la charité humanitaire, la diplomatie de la paix, dans une société bien moins égoïste et pétrie de pauvreté que celles du passé, au rebours des préjugés galopants… C’est en cela que nous vivons « sans cesse davantage dans un souci inédit des générations futures ».

        Ce deuxième humanisme, après celui des humanités et des Lumières, est celui de l’amour d’une humanité qui commença par révérer « le principe cosmologique », puis « le principe théologique ». Ainsi, après « le principe de la déconstruction » qui dénonça « l’illusion métaphysique » et réhabilita les différences, y compris culturelles, cette recherche de « la vie bonne comme vie aimante et amoureuse», qui est le crédo du nouveau Sage, peut trouver son acmé laïque. Sauf que notre philosophe omet ici -mais peut-être n’est-ce pas son propos- de penser la remontée planétaire du principe théologique islamiste qui n’est guère une philosophie de l’amour… Quoique l’on devine qu’il le tienne pour peu respectable, à travers son choix de la « civilisation européenne » en ce « qu’elle porte, plus que toute autre, un projet d’autonomie, visant à faire accéder les humains à un statut d’adultes et non à les maintenir dans celui d’individus mineurs, soumis à une vision cosmologique, religieuse, ou même aux restrictions d’un humanisme élitiste ». Sans compter « l’idéal du rationalisme et de la science ». Ce qui le rend parfaitement en phase avec le Kant de Qu’est-ce que les Lumières ? lui-même cohérent avec le projet philosophique du libéralisme politique et économique.

 

          Faut-il alors attribuer comme il le fait à ces Lumières et à « l’idéal républicain », les millions de morts des terreurs révolutionnaires, des nationalismes et des colonialismes, qui en sont moins des conséquences que des trahisons ? Même si notre philosophe pointe avec pertinence l’incohérence du démocrate libéral Tocqueville lorsque ce dernier justifie l’injustifiable, les exactions françaises en Algérie au milieu du XIX°, oubliant peut-être de se demander si la barbarie peut être éradiquée sans des moyens barbares. Mais qu’allaient faire les Français dans cette galère de la colonisation, au-delà du coup d’arrêt aux razzias esclavagistes des barbaresques en Méditerranée, et du « doux commerce » de Montesquieu, mille fois préférable à une conquête si lourde en pertes humaines, en investissements aux retours hasardeux, sinon flatter leur hybris ?

          Ainsi, nous ne ferons pas à Luc Ferry, agrégé de sciences politiques, l’injure d’imaginer qu’il ignore la nature du libéralisme, ce dont témoigne ici la pertinence de sa critique de Tocqueville. Cependant il passe sur ce terme comme s’il s’agissait uniquement de concurrence et de prédation, d’innovation au nom d’une consommation débridée, n’imaginant qu’il n’est en rien contradictoire avec sa thèse, nourri qu’il est de respect d’autrui et d’éradication des tyrannies. Sauf que le libéral saura se méfier d’une philosophie de l’amour instaurée par un quelconque projet étatique et rapidement hypocrite, contre-productif et liberticide, ce qui est très probablement le cas de l’écologisme qui a tendance à devenir un socialisme, de l’état-providence dont il ne semble pas percevoir combien il est à bout de souffle et à l’origine de notre crise. Il attribue d’ailleurs à cette dernière une cause erronée : « les coûts de production des entreprises chinoises sont en moyenne vingt-cinq fois inférieurs aux nôtres ». Certes, mais comment explique-t-il que la balance commerciale de l’Allemagne soit excédentaire avec la Chine ? La racine du mal (dette et surétatisme) est donc bien française et non imputable à la mondialisation. Il semble également attribuer une nécessité à l’endettement au service de la croissance économique et de la politique sociale et monétaire… Luc Ferry adhèrerait-il à ce keynésianisme colbertiste qui loin d’être la panacée est là encore la racine du déclin de la plupart des puissances occidentales ? Propageant la foi  qui s’appuie « sur l’émission d’euro-bonds et sur un grand emprunt », il ne fait que réclamer la prolongation abyssale de la crise. Quant à mettre sur le même plan « le libéralisme d’un côté, et le socialisme ou le communisme de l’autre », au motif qu’ils sépareraient tous deux sphère privée et sphère politique, on se prend les côtes de rire si l’on sait combien le privé est phagocyté, laminé par ces deux derniers, et combien l’injonction fondamentale du premier est la liberté individuelle…

 

 

         La thèse de la révolution de l’amour reste une observation judicieuse de notre contemporain, jusque qu’à ce qu’elle se heurte à une aporie : Les « dérivés du principe de l’amour dans la sphère collective ont réussi à s’incarner dans la réalité, à prendre forme au sein d’un état providence dont les siècles passés n’avaient même pas l’idée et que le reste du monde nous envie ». Certes, mais c’est aller sans compter l’obsolescence de cet état providence, obèse et ruineux, en passe d’atteindre la faillite comme ce fut le cas au Royaume-Uni avant Thatcher, en Suède au début des années quatre-vingts. Comme quoi l’amour de ces parents que sont abusivement nos responsables politiques gâte et pourrit les enfants de la cité. Le véritable amour doit-il éradiquer la responsabilité des aimés et obérer leur avenir ? En ce sens, ces « libéraux fous dont le projet aussi inavoué qu’inavouable serait de détricoter les services publics et la protection sociale » vous saluent bien, Monsieur Ferry, et comptent ainsi mieux aimer leurs enfants…

         De même sa vision du capitalisme moderne comme « ère de la consommation addictive » est passablement réductrice. Ce serait trop vite enterrer sa capacité de création et d’innovation au service d’une vie bonne, qu’il s’agisse de la santé, de l’écologie, ainsi que, dans le cadre de la concurrence, de la liberté de ne pas consommer autant que de consommer avec discernement, y compris des œuvres esthétiques et intellectuelles… Celles parmi lesquelles l’art contemporain lui parait, non sans raison, bien trop dépourvu de pensée et de beauté : « Quand va-t-on enfin réassocier l’innovation et la beauté, l’innovation et les grandes expériences humaines ? » Ce à quoi il faut rétorquer qu’un IPhone chargé de Cantates de Bach et des textes de Tocqueville, sans compter l’œuvre qu’y partagera peut-être son possesseur et nouvel auteur, répond sans peine à cette demande…

 

        Fort heureusement les perspectives de Luc Ferry dans le domaine de l’éducation, qui font l’objet de la dernière partie de l’ouvrage, sont plus judicieuses, plus dignes d’espérance. Ainsi l’éducation est réussie « quand nous sommes parvenus à transmettre l’amour, la loi et les œuvres ». Car c’est « par amour pour nos enfants que nous allons finir par comprendre qu’il faut leur transmettre aussi la Loi et les savoirs, qu’un moment d’autorité, d’effort et de travail est nécessaire à leur quête future d’une vie bonne ». Quant à l’enseignement, notre ex-ministre revendique l’apprentissage attentif de l’écriture et de la lecture dès la fin de la maternelle, de façon à lutter contre notre brillant taux d’illettrisme à trente pour cent. Sans oublier de refuser « l’autoconstruction des savoirs par l’enfant », cette pédagogie démagogique et destructrice, de refuser le « jeunisme » culturel en réhabilitant la « culture des adultes », celle de l’expérience des grandes œuvres esthétiques, scientifiques, littéraires et philosophiques de l’humanité…

 

        On pourra s’irriter de la lenteur argumentative, des reprises, répétitions, récapitulations, annonces du propos à venir et souhaiter un essai conceptuellement plus rapide et plus aigu. Ce serait alors rater la façon attentive qu’il a de prendre son plus modeste lecteur par la main, de se mettre à sa portée, dans une volontaire démarche de clarification pédagogique. La richesse conceptuelle est indubitable, nombre d’aperçus sont percutants : par exemple la satire du pessimisme, ou « l’intolérable, le point où l’extrême gauche, à force de sacraliser le droit à la différence,  rejoint l’extrême droite la plus détestable en refusant toute liberté, toute possibilité d’arrachement des individus aux conditions dans lesquelles ils sont nés». Malgré une maturation politique à parfaire sans retard. Même si Luc Ferry avait pu nous habituer à des textes plus denses, des essais plus continument roboratifs, comme l’excellent et polémique Nouvel ordre écologique[1] ou le fort utile Apprendre à vivre[2], il n’en reste pas moins qu’il pose en ce dialogue aux qualités certaines, quoique inégales, les bases nécessaires d’une question cruciale : comment mieux nous aimer et aimer l’humanité ? L’amour, cette « passion démocratique », doit, au-delà de ses bonnes intentions, penser ses conséquences, y compris dommageables, sur les générations dont nous préparons les devoirs et les libertés. La flèche d’Eros, de philia et d’agape serait alors non plus mortifère, mais justement génératrice. Probablement étendra-t-il bientôt -s’il écoute notre peut-être excessive et immodeste impatience- sa réflexion pour répondre, avec une plus fine pertinence dont nous le savons capable, à cette interrogation au carrefour des défis du XXI° siècle.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Voir : À quoi sert la mythologie ? Luc Ferry : Mythologie et philosophie

 

[1] Grasset, 1992.

[2] Plon, 2006.

 

Borel : Sophie. Tibulle : Elégies, traduites par Mirabeau, Letourmy / Berry, 1795.

Photo : T. Guinhut.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 08:15

 

San Marcos, Leon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Enfer et cimetière de la philosophie

 

par Jean-Clet Martin.

 

 

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie,

Editions Léo Scheer, 132 p, 15 €.

 

 

 

       Si l’on voulait imaginer des philosophes au paradis, nul doute que l’on y verrait Saint Thomas D’Aquin, au milieu des rilkéennes « hiérarchies des Anges[1] » qu’il a si bien su théoriser. Dante ne s’y est pas trompé, en réservant une place lumineuse au Docteur angélique, à partir du chant X de son Paradis. Mais combien de philosophes trouverions-nous aujourd’hui dans son Enfer, ou plutôt dans ce bain d’enfer où ils naviguent, en-deça de l’impensé des classiques, comme de vieux crocodiles lavés à l’acide ? Ceux qui, horribles travailleurs, se sont propulsés au fond du gouffre pour trouver les soucis et les aspirations les plus triviaux et infâmes de l’homme. Plutôt que « l’illusion idéaliste qui se croit dans le vrai », Jean-Clet Martin fore alors « ce calice vertigineux (…) peuplé par son propre photogramme, ses propres souvenirs, inséparables d’une chute dans la mouise de l’événement ou les détritus bigarrés de la vie ». C’est ainsi qu’il se livre à une édifiante énumération commentée de ces philosophes qui creusent les sous-sols de l’humanité pour y découvrir les soubresauts de l’angoisse et du vide de Dieu, de l’incompréhension de ses contemporains, de la souffrance, du mal, sans compter le chaos cosmologique.

 

       Il ouvre d’abord la bouche du « Cri » de Munch, qui, faute de langage, s’exprime en peinture, comme « le bruit de fond de l’univers », puis le « vivre seulement ici » de la musique de Mahler, qui est aussi « chaos » et « mathématique des sons dissolue par bien des paradoxes ». Il s’interroge alors : « comment vivre sur ce plan d’inconstance lorsque plus rien ne s’ajointe et que tout motif, toute phrase, tout élément de structure s’enfoncent, gagnés d’une dissolution chaoïde »…

      La perte de l’unité est également celle de Kierkegaard, « au cœur de l’irrationnel le plus obscur », qui rompt avec sa fiancée « pour préserver le charme de la rencontre tout en vivant désormais l’enfer de la séparation ». Perte contre laquelle veut lutter « Hegel le renégat (…) portant avec lui la mémoire dure du monde ». De Schopenhauer à Nietzsche, « il n’y a sans doute rien à attendre de l’avenir, aucun paradis, plutôt d’universelles souffrances (…) Chacun est comme un jet de pierre, un atome incommunicable ». Ainsi Nietzsche, celui qui connait la mort de Dieu, est « répudié, traîné dans la boue (…) par les recensions de la presse que seuls les clichés du moment semblent retenir », remarque incidente, mais pertinente, on ne peut plus actuelle, à laquelle Jean-Clet Martin et son modeste critique échappent peut-être, osons-nous l’espérer...

       Pourtant Hölderlin rêve « de se baigner dans la même eau que celle des Grecs », lui qui est dans « dans l’éclair, immobile, du feu de l’enfer qui joint les contraires », mais aussi, comme Van Gogh, « à la limite de toute impuissance qui caractérise tout geste créateur ». S’agit-il là d’un bel échec ? Comme lorsque Dostoïevski, après Baudelaire et ses Fleurs du mal, approche « cette déchéance extrême qui rend palpable la proximité du Bien avec le mal »…

      Plus loin, Jean-Clet Martin emprunte à Badiou, le concept d’ « Inesthétique », qui est peut-être le signe et le lieu infernal de l’art contemporain, qui a trop souvent perdu, ou voulu perdre, le lien avec la beauté. A moins que cette « inésthétique » puisse en être une forme nouvelle, venue par exemple du fantastique de Lovecraft…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Fouillé par notre essayiste, ce « Plurivers », cet « art des constellations », cet « ossuaire » des penseurs est évidemment une sorte de cimetière vivant de la philosophie, où, au-delà d’une physique et d’une métaphysique euclidiennes, il s’agit de dénoncer, dans la continuité nietzschéenne, le platonisme et l’utopie totalitaire de La République. Et d’explorer « des sauts démoniaques, parfaitement illogiques pour ne pas dire inesthétiques », jusque parmi le « vortex d’une baignoire cosmologique », à la lisière des sciences des nouvelles mathématique et physique. Mais, pour échapper à l’éternel retour du trivial et du chaos, au nihilisme, le néant du nirvana est-il la solution ? Malgré « l’infinie nullité qui rend ma bulle d’existence à elle-même », mieux vaut écrire et vivre L’Enfer de la philosophie, en toute consciente inquiète et fatalement partielle, un de ces livres de philosophie « qui sont des coupes, des aventures d’idées ».

 

       Animateur d’un blog au titre à la fois modeste, futile et brillant, « Strass de la philosophie[2] », au contenu roboratif, Jean-Clet Martin est un érudit papillonnant autant qu’un obstiné des travaux de fouille karstique et de terrassement labyrinthique parmi les « chemins qui ne mènent nulle part[3] » de ses philosophes aimés jusqu’à la passion. Sa prose riche et claire (sauf peut-être sur Hegel[4]) autant analytique que métaphorique, sert à merveille l’argumentation erratique -donc conforme à son sujet- et cependant solide. Un livre étrange et séduisant, anti-dogmatique et cheminant, d’un philosophe autant que d’un poète. Qui ne dédaigne pas les allitérations et les métaphores filées pour « s’enferrer aux fers de l’enfer » et préfère le mur perceptif de la caverne à l’illusoire sortie platonicienne : « l’écran où se joue la vie, la seule vérité de la fiction »… Armé de concepts qu’il n’hésite pas à malmener, et d’une langue souple, Jean-Clet Martin poursuit un combat inégal, et cependant serein, contre cet infernal éclatement du réel et de la philosophie qui est en nous. Finalement, cette progression philosophique, depuis « le fond moléculaire de l’idéation », est une sorte de roman autobiographique borgesien, grâce aux rappels des précédentes étapes que sont ses précédents livres ; mais également une sorte d’autoportrait intellectuel. Qui est aussi le nôtre…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Rainer-Maria Rilke : Elégies de Duino, Œuvres, Poésie, Seuil 1972, p 315.

[3] Pour reprendre le titre d’Heidegger : Chemins qui ne mènent nulle-part, Tel Gallimard, 1996.

[4] A moins que ma connaissance infinitésimale d’Hegel en soit la cause…

 

Photo : T. Guinhut..

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 09:35

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Les Sphères de Peter Sloterdijk,

 

esthétique ou éthique politique

 

de la philosophie.

 

 

 

 

        Esthète ou philosophe politique ? Nouveau Copernic de la philosophie ? Ne sont-ce que d’élégants « globes » à l’érotisme flatteur ou englobent-ils avec rigueur toute la pensée humaine, jusqu’à un penser le monde contemporain… La parution du troisième volet du triptyque intitulé Sphères, permet enfin de tenter une vue synthétique, quoique forcément modeste et lacunaire, devant la pagination monstrueuse et bouillonnante de ce philosophe allemand à la mode, qui, si sa pertinence est avérée, mérite de le rester. Peter Sloterdijk, né en 1947, professeur d’Esthétique à Karlsruhe, est en effet l’auteur d’une œuvre profuse qui dénonce la mort de l’humanisme et promeut une réflexion globale sur l’histoire de l’humanité autant que sur les perspectives de notre temps. Si cette grande figure de la philosophie contemporaine a séduit de nombreux lecteurs, son audace polémique et politique n’a pas manqué de le placer sur le fil de controverses brûlantes. C’est après avoir salué l’importance de son premier ouvrage, Critique de la raison cynique[1], depuis traduit en une trentaine de langues, qu’Habermas lui-même s’est scandalisé des propos, selon lui eugénistes, de ce penseur gargantuesque. Comme d’autres se sont étranglés devant ses remises en question de la gauche, de l’impôt… Quoique les écrivains ne soient pas « les coursiers de l’absolu, mais des individus qui ont à l’oreille les détonations de notre temps »[2], force est de constater que le démiurgisme totalisant de Peter Sloterdijk et son habileté polémique sont triplement séduisants : autant par les positions conceptuelles que par la dimension esthétique, non moins que par la subtile et judicieuse boite à outils de la pensée politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rigueur baroque du philosophe

 

        Par sa position conceptuelle d’abord : rien moins que dire le monde sous l’égide des sphères, cercles, boules et autres globes, de façon que rien ne lui échappe, que tout y trouve place ordonnée. Une sorte de tentative philosophico-romanesque de raconter la pensée de l’homme au cours d’une traversée cependant non totalisante de la pensée, dans laquelle la recherche des angles d’attaques prévaut sur le concept d’unification générale. « La philosophie, aujourd’hui, c’est l’art d’établir un rapport immédiat avec des supercomplexités »[3]. Voici donc une histoire de la philosophie au travers des bouleversements dans la conception du monde sphérique. Mais aussi à travers l’idée de « l’immunologie générale », depuis les rituels primitifs, en passant par le système du droit, jusqu’à l’immunologie biologique et thérapeutique de la science, de façon à nous protéger de l’irrationnel, de la criminalité et de la mort[4]… Enfin, à travers une remise en cause de « la boutique d’antiquité de gauche » et « la tradition paranoïaque du marxisme[5] » , il s’agit pour lui de refonder une éthique politique.

        Posture esthétique et esthétisante ensuite. Le lecteur qui aurait crainte de s’engager dans un ensemble ardu et hautain, jargonnesque et pesant (totalisant en trois volumes quelques deux mille et cent pages, parmi une vingtaine de volumes publiés) a la surprise de se sentir guidé par une main prudente et néanmoins propice à la pyrotechnie langagière et conceptuelle, touché par l’élégance de la prose et surtout instantanément conquis par la sûreté conceptuelle, les allusions culturelles, les rapprochements surprenants et rarement vains… D’autres seront irrités par cette maestria, ce jonglage de concepts, de faits et d’images ; voire ce bavardage, cette esbroufe, diront les plus récalcitrants. Bien des philosophes de profession ont été d’abord déconcertés, ne serait-ce que devant ce très beau moment ontologique d’écriture autobiographique, prénatale et placentaire, dans le chapitre V de Bulles[6] : « Boule de basalte noir, je repose en moi, je couve dans mon milieu comme une nuit de pierre. »… En effet, l’engagement stylistique de cette littérature pensante pratiqué par Sloterdijk, déploie une inventivité rhétorique autant qu’une manière pour le moins originale de construire et de développer ses livres comme des romans philosophiques, non sans mêler à cette distanciation sereine qui fait le philosophe, autant le lyrisme de la prose que les perles métaphoriques, autre sujet d’irritation pour les grincheux. Les néologismes abondants marquent l’avancée intellectuelle et imagée du philosophe esthète : « sphérologie », « insulations » « atmoterroriste », « érototope »… Sans compter qu’il s’attache à des sujets aussi scabreux que réjouissants pour ce rabelaisien encyclopédiste : du « latrinocentrisme » et de « l’autocoprophagie » à la « Merdocratie », dans Globes[7] jusqu’à « Pisser contre le vent idéaliste » ou « Du point de vue sémiotique, nous comptons le pet dans le groupe des signaux » (dans Critique de la raison cynique[8]) ce qui est suivi par une pétomane anecdote venue de La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. Son sens de la formule est souvent aussi insolite qu’éclairant : la ville antique comme « système immunitaire », l’enfer comme « antisphère » ou mieux encore, dans Colère et temps les partis de gauche vus -non sans ironie- comme des « banques de la colère[9] »…

        Certes, Peter Sloterdijk est professeur d’Esthétique. Il est inutile de ce fait de lui rappeler la traditionnelle opposition kierkegaardienne selon laquelle l’éthique est le stade supérieur de l’esthétique ; imaginons cependant qu’il l’a dépassée en postulant que l’esthétique est la forme parfaite de l’éthique ; en effet, la dimension de l’esthétique est constitutive du contenu de vérité des connaissances. Point n’est besoin du jargon philosophique sous-heideggerien, rien de pesant, l’écriture et la curiosité intellectuelle sont sans cesse stimulantes. A la rigueur conceptuelle de la démonstration s’ajoute, sans rien y gâter, une écriture baroque. Ainsi ce poète du concept, comme il le note au sujet de Nietzsche dans Le Penseur sur scène[10], échappe à la froideur désincarnée attendue de ses pairs, et assure une bonne partie de son succès. Car, outre sa capacité à balayer l’art et l’histoire, autant qu’à se mettre à l’épreuve de la mobilité du contemporain, il anime, non sans humour une sorte de suspense sensuel et vigoureux, parfois émaillé de bombes polémiques…

 

De la gestion du parc humain

 

        C’est en 1999 que Règles pour le parc humain, provoqua une rude controverse en Allemagne, et au-delà. Oubliant leurs éloges, Habermas en tête, les détracteurs de Peter Sloterdijk n’apprécièrent guère l’emploi de mots plus que connotés comme « sélection natale[11] », lorsqu’il commenta les biotechnologies et la génétique. De par un réflexe pavlovien au vocabulaire, on n’y vit rien moins -et le plus abusivement du monde- qu’une apologie de l'eugénisme nazi. Pourtant, contrant l’excès de moralisme d’un humanisme naturiste et désuet qui s’attaque aux techniques du vivant, il ne faisait qu'y souligner l'antiquité de la sélection que s'impose l'humanité, plaidant pour une gestion plus libérale de la fabrication des humains : résultats d’un « élevage » et d’une « sélection », ne serait-ce que par l’éducation et le choix du partenaire, sans compter les avancées anthropogénétiques qui visent à produire un homme exempt de maladies génétiques, voire de tares morales, qui resteraient -non sans danger- à définir. Peut-être s’agit-il d’un humanisme nouveau, quoique Sloterdijk n’ait pas ouvert la boite de Pandore de la liberté procréative par manipulation génétique (et pourquoi pas ?) mais proposé un peu plus tard l’interdiction, pour le moins  prudente, de toute tentative en ce sens. Sloterdijk va-t-il au bout de sa pensée ? Importerait-il de souligner que cette « sélection prénatale » n’est pas l’eugénisme soustractif nazi, mais la liberté de choix parentale (donc non issue de la tyrannie d’un pouvoir collectif), quoique avec le soin de ne pas oublier la liberté de celui qui est conçu de par la peut-être trop précise volonté des géniteurs…

 

 

Du rire cynique et de la raison

 

        Cette coqueluche de la philosophie a souvent eu de quoi irriter les moins frileux. Dans le si brillant essai Critique de la raison cynique, allait-il jouer à l’antihumaniste, reprochant au rationalisme des Lumières les tyrannies qui l’ont suivi ? L’impasse du projet de l’Aufklärung n’aurait plus selon lui comme échappatoire que le rire roboratif du cynique antique et non celui du cynique moderne, ce nihiliste de la dérision… N’allons donc pas croire qu’il élabore un projet anti-Lumières… Au contraire, promouvant une alternative à la « pénombre cynique » (p 109), Sloterdijk nomme insolence « kunique » (p139) cette résistance au cynisme moderne qui se ferait humour vivant et insolent de la vérité. Face au vieux cynisme bougon et désabusé, il faut être l’homme-chien de Diogène : primaire, instinctif, bestial, anti-réflexif, anti-théorique, anti-idéaliste : incarner dans la bassesse du corps toute l’altitude d’une Aufklarüng joyeuse et véritablement débarrassée de toute forme de téléologie, ce en quoi il reste dans la tradition nietzschéenne. A moins que l’esprit manque ici : on sait combien le corps peut être porté aux bas instincts, aux idéologies simplistes et lourdes. Nietzsche lui-même aurait été effrayé par ceux qui l’ont falsifié, récupéré. Le saut conceptuel sloterdikien ne laisse pas de surprendre, même si l’on a bien compris que l’esprit ne lui fera guère défaut puisqu’il conclue sur le « sapere aude », le « ose savoir » kantien[12], comme condition d’une vie réussie, et donc imagine un nouvel humanisme. Dans le court essai « La vexation par les machines[13] », il ajoute : « L’entreprise Aufklärung (…) demeure un jeu gagnant au cours duquel ils peuvent échanger l’illusion contemplative contre le pouvoir opérationnel ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sphères, bulles, globes et écumes

 

        Cette énorme trilogie baptisée Sphères n’a qu’un défaut majeur : on n’a pas encore inventé le livre sphérique qui pourrait contenir cette histoire du monde par concepts… Le premier volume, Bulles, va de l’utérus à l’extase mystique, interrogeant -entre autres- psychanalyse et religions (de Platon à Lacan), mais aussi les conditions qui permettent à l’homme de se rendre le monde habitable, qu’il s’agisse du monde concret ou du monde intérieur, tous deux pensés comme circularités. Cette complétude recherchée ayant longtemps coïncidé -du moins dans la pensée occidentale- avec le géocentrisme, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Le second, Globes (dernier paru en France, conformément au vœu de l’auteur), s’intéresse à l’histoire politique : de la perfection initiale et terrienne issue de la totalité divine, à la globalisation, en passant par la révolution copernicienne, le monde peut passer au-delà de sa clôture pour envisager l’infini. Il n’est pas indifférent que ce qui devait être le huitième et dernier chapitre en ait été détaché pour être indépendamment publié sous le titre Le Palais de cristal. A l’intérieur du capitalisme planétaire[14], brillant exercice de style autour de la mondialisation de la consommation et de la communication, dans lequel le palais de cristal est la métaphore des « ambitions finales de la modernité » (p 253). Ecumes[15], enfin, voit se disperser les bulles individuelles et ces écumes que sont nos sociétés : comment concilier individualisme et circulation, espace séparé et espace global ? Expansion de l’individu et ses limites démultiplient alors les aspirations autant que les frustrations et une certaine nostalgie d’une ronde solidarité (peut-être mythique), d’où les révolutions et les utopies… Sans compter que « sur les marchés destinés à la jeunesse, où l’on diffuse le prêt-à-révolter, le mal intégré paraît cool[16] ». Quant à « la vague individualiste », elle est pour lui « une forme luxueuse de l’être-dans-le-monde ». Ainsi nos « écumes » contemporaines s’achèvent sur cette « rose des vents du luxe » qui va de pair avec le « libéralisme érotique[17] » . Notre philosophe alors en appelle à des solidarités à venir pour éviter que le tissu des « écumes » se déchire définitivement. L’hédonisme est-il la fin de l’Histoire ?

       C’est ainsi que, de la Bible utérine à la société de l’abondance et des médias, Sloterdijk englobe dans une trinité sa réflexion d’abord métaphysique et ensuite politique grâce à un faisceau de métaphores filées autour de la circularité de notre espace terrestre, cosmique et communicationnel : il nous dit comment habiter le monde en cohérence avec cette sphéricité autant spatiale qu’intellectuelle, économique et fantasmatique. Pensée non plus systémique, mais métaphorique, intertextuelle, en ce sens postmoderne. Que nourrit également une riche iconographie puisée dans toute l’histoire de l’art, des sciences et de l’architecture. Penser le tout, au sens hégelien, devient, chez Sloterdijk, penser en tous sens. Mais nous ne lui ferons pas l’injure de dire qu’il ne pense qu’en rond… Comme le « danseur de corde » du prologue du Zarathoustra de Nietzsche qui finira par tomber, risque-t-il de choir dans le grand écart entre métaphores poétiques et prudence philosophique ? Est-on sûr que la métaphore puisse tenir lieu de concept ? Ce en quoi cette lecture du monde comme « sphères » peut paraître forcée, comme un prétexte à penser plus qu’une pensée finie et close, à moins d’une floraison de pistes destinées à germer, comme le chou-fleur qui multiplie lui-même ses arbres et ses fleurs fractales... Ce philosophe bien carré dans ses raisonnements autant que florissant des écumes d’une pensée multipolaire peut apparemment sans peine porter comme Atlas toute la terre philosophique et caresser les rondeurs d’une pensée, depuis la boule du divin où le centre est partout est nulle part jusqu’aux fractales écumes de l’individualisme contemporain, en passant par l’analyse critique des systèmes politiques successifs. Voici par exemple comment il définit le postcommunisme : « un passage entre des systèmes fondés sur la dynamique de la colère et de la fierté, d’un côté, des systèmes fondés sur la dynamique de l’avidité, de l’autre – ou encore, pour l’exprimer dans le cadre de l’analyse psychopolitique : avec le rejet du primat du thymotique en faveur d’une érotisation sans limite[18] ». Notre philosophe a sans nul doute développé une sphère de cohérence aux bulles et écumes nombreuses pour soutenir la complexité du devenir humain.

      Voici venir dans ces Sphères une phénoménologie de l’espace qui va du cosmos aux couveuses, des cocons aux serres, des espaces ontologiques aux espaces de vies, en passant par ceux de l’imaginaire. S’éloignant sans retour bien sûr (dans la continuité d’Heidegger) des pistes éculées de la métaphysique (étudiées comme historicité) pour s’engager résolument dans les voies les moins idéalistes et les plus rationnelles du possible, quoique avec l’indispensable tremplin de la métaphore, dont il est bien connu qu’elle est aussi subjective que stimulante pour le rafraichissement de la pensée. Après L’Etre et le temps, voici l’homme et l’espace, à condition qu’il soit circulaire ou fait d’éclats circulaires, comme dans Ecumes. La plasticité de l'espace répond au comment nous façonne l'espace en fonction de la bulle que nous projetons autour de nous. L’ère des bulles, du point de vue « psycho-historico-anthropologique », de la préhistoire au Moyen-âge, précède celles des Globes, de la révolution copernicienne aux mondialisations, tandis que celle des écumes rejaillit sur le XX° siècle, ses sphères totalitaires, le cocon de ses état-providences et ses individu-bulles contemporains et dispersés. Ainsi l’homme n’est plus seulement une essence mais un processus, y compris par la fabrication, qu’elle soit conceptuelle, technologique ou biologique. Ce pourquoi Sloterdijk n’est pas sans penser que la « monosphère métaphysique était vouée à l’échec », ce qu’il montre dans Ecumes.

 

Le palais de cristal capitaliste

 

        Notre philosophe a trouvé au capitalisme sa vitrine, sa métaphore, dans ce qui brilla au sein de la première exposition universelle anglaise en 1851 : ce « Palais de cristal » exposant les merveilles du monde, du commerce et de l’industrie, première bulle visible de la mondialisation planétaire capitaliste. L’universalisation de la science et de la finance, jusqu’à la bulle internet qui est devenue sphère, écume et réseau, permet, grâce à l’échange exponentiel de la production et de la consommation, un hédonisme jamais vu, en expansion, peut-être infini. Mais cette bulle surprotégée du « Palais de cristal » occidental et capitaliste, pour laquelle il fait la différence entre capitalisme de travail, d’investissement, de production et de récompense et le « capitalisme de la Fortuna[19] » (pour les bulles spéculatives fondées sur les pyramides de Ponzi et sur la procrastination de la dette de l’état-providence), qui sait, attaquée par d’autres sphères et écumes -religieuses, régressives ou terroristes-, jusqu’où elle s’étendra, jusqu’à quand elle durera. Cependant, si on a reproché à notre philosophe d’accepter ce capitalisme, de choir dans les tréfonds de l’ultralibéralisme -procès certes partisan- il n’en reste pas moins qu’il est le seul système économique, malgré ses défauts, ses oppressions et ses crises, à avoir amené tant de populations à la prospérité.

 

Penser la politique après l’effondrement des traditions de gauche

 

        C'est alors que la charge satirique n’hésite pas à stigmatiser le socialisme comme « bourse aux illusions » et en écartant (non sans provocation) Marx et Lénine : « les classiques marxistes sont pratiquement devenus illisibles pour les gens dotés de réflexes intellectuels, moraux et esthétiques contemporains ». Sans compter qu’ils « fournissent la démonstration d’une foi aveugle dans le conceptuel telle qu’on n’en observe d’ordinaire que dans les sectes fondamentalistes[20] ». Ce qui fut ressenti par les tenants de l'Ecole de Frankfort (pour qui la philosophie est d'abord une critique sociale du capitalisme), Habermas en tête, comme une gifle sonore. En ce sens, le projet de Sloterdijk n’est pas seulement rétrospectif, mais résolument contemporain, jusqu’à l’interrogative anticipation, sans se laisser séduire ni par les chants de sirène des utopies politiques ou religieuses ni par celui du catastrophisme écologique.

      Autre provocation apparente. N’allait-il pas jusqu’à affirmer (non loin de la thèse de Fukuyama qui voit la démocratie libérale comme horizon de la Fin de l’histoire[21]) lors d’une conférence à Strasbourg[22]: « Les synergies du consumérisme victorieux avec les mondes figurés de la belle vie et la chape de doctrines libérales placées au-dessus d'eux conduisent à résilier la plus grande partie de nos mémoires sombres et pathétiques ». Il pronostiqua « l'effondrement des traditions de gauche », avec peut-être un peu trop d’aplomb, car on sait que les traditions et les idéalismes ont la vie dure, y compris contre les faits. Que l’on veuille le suivre ou non, Peter Sloterdijk, Gargantua au-dessus de la mêlée des philosophes européens, parait pouvoir embrasser l'ensemble des problèmes qui embarrassent notre monde. Même si l’on peut légitimement, quoique modestement, s’interroger : Sloterdijk connaît-il la tradition de la pensée philosophique, économique et politique d’une -plus généreuse qu’il n’y parait- pensée libérale?

         La position politique de Sloterdijk reste pour ses détracteurs, dont la doxa consiste à penser que seule la bonne conscience de gauche est une morale philosophique inattaquable, sujette à caution. Ce à quoi il répond : « Je reste un social-démocrate tout en acceptant certains arguments du courant libéral » ajoutant avec plus de plaisir polémique : « La victimologie dominante interdit d'observer cette réalité en face. Il faut que les riches soient coupables et les pauvres innocents. Il existe une véritable haine à l'égard de la contre-proposition libérale et de sa prétention à mettre l'accent sur le mérite et le hasard.[23] »

       Cependant il fit pire, ou mieux si l’on veut bien casser son sac à préjugés. C’est dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung[24] que, s’interrogeant sur l’avenir du capitalisme, il conspua l’Etat-providence et ses dangers : « la suréglementation qui réfrène à l’excès l’élan entrepreneurial, la surimposition qui pénalise la réussite et le surendettement où la rigueur budgétaire -dans le secteur public comme dans le privé- se trouve contrecarrée par une frivolité spéculative. » Ce dans le cadre d’une aussi surprenante que finalement (si l’on consent à y réfléchir) stimulante charge contre l’état dont « la main qui prend » a remplacé « la main invisible » d’Adam Smith[25]. « Oui, le pauvre exploite le riche. » continue-t-il, en comparant « l’impôt progressif sur le revenu » avec « l’expropriation socialiste », en s’étonnant « qu’une poignée de citoyens performants fournissent sans ciller plus de la moitié de l’impôt sur le revenu ». En conséquence, « nous ne vivons pas le moins du monde dans un système capitaliste ». Pour lui « la thèse libérale, ô combien plausible, de l’exploitation des citoyens productifs par les citoyens improductifs aurait damné le pion à la thèse socialiste de l’exploitation du travail par le capital, tellement moins vraisemblable ».

         Cette mise au point faite, qu’on se rassure, Sloterdijk ne remet pas en cause la nécessité de l’impôt, ne serait-ce dans l’intérêt de la gestion du vivre ensemble. Quoique son dernier livre écorne sérieusement l’éthique de l’imposition… Dans repenser l’impôt[26], il dénonce la « fiscalité contraignante » et son « irrationalité babylonienne », et qualifie de « criminel » l’endettement de l’état. Pour redonner sens à ce qui n’est plus que « fiscocratie » et « soumission à l’imposition », il propose une éthique du « don », de façon à dépasser l’éros du désir, de l’envie qui orientent la redistribution vers une justice sociale du ressentiment, pour accéder au thymos de la dignité du soi fier de celui qui choisirait librement vers quel bien commun orienter son argent…

        Notre philosophe nous maintient-il dans une dommageable incertitude ? Sur quel pied faut-il danser : est-il plus libéral -au sens classique, d’Adam Smith à Raymond Aron- qu’il ne veut le faire entendre, ou sa prudence le pousse-t-elle à ménager d’éventuels censeurs et autres ostracismes, en continuant de faire allégeance à une politiquement correcte social-démocratie…

 

 

Changer la vie vers la hauteur

 

        Tu dois changer ta vie[27], son récent opus, moins polémique, voire plus consensuel, est alors une injonction à la verticalité, opposée à l’horizontalité matérialiste du capitalisme, dans laquelle cependant il n’y a ni dieu ni métaphysique. Par l’ascèse, par les disciplines du savoir et des arts, il s’agit de maîtriser un peu plus notre destin. Peu nouveau vadémécum de développement spirituel et de comportements responsables, ou système d’immunologie au service d’un mieux vivre  qui serait « une structure co-immunitaire planétaire[28] »? Politique de précaution pour l’individu, l’humanité, la terre et l’environnement technique (en tant qu’impératif écologique), ou poursuite intellectuelle de la chasse aux préjugés pour aller de l’avant, au-delà du post-pessimisme ?

 

        De fait, la boule de la mondialisation, de la richesse et du confort, quoique encore à venir, quoique livrée aux attaques sporadiques, intestines et marginales, permet à Sloterdijk de postuler ce post-pessimisme. Même les inquiétudes climatiques, les raréfactions des énergies fossiles n’entament pas sa confiance en les capacités d’invention de l’humanité. Selon lui, notre époque est le foyer de possibilités stimulantes. Même si « l’insulation[29] » risque de générer un dernier homme nietzschéen, un consommateur célibataire et détaché de ce collectif consistant et pérenne qui aurait sa place dans une cohérence cosmologique, notre ogre de la connaissance et des métaphores filées, fait de son optimisme, au-delà de ces « modernes intoxiqués par la plainte[30] », la réelle et rafraichissante soif d’un homme œuvrant dans le réel et pour le réel à édifier un monde de créativité.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

Lire également : Peter Sloterdijk : Contre la fiscocratie, repenser l’impôt

Et : Peter Sloterdijk, le temps du philosophe : Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

 

Sloterdijk Colère

  Sloterdijk-Palais.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] Christian Bourgois, 2000.

[2] Ni le Soleil ni la mort, entretiens avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, p 12.

[3] Ni le Soleil ni la mort,  Pauvert, 2003, p 32.

[4] Voir l’entretien avec Stephan Maus, Repenser l’impôt, Maren Sell, 2012,  p 259.

[5] Repenser l’impôt, p 35 et 45.

[6] Hachette Littératures, 2003, p 376.

[7] Libella Maren Sell, 2010, p 300.

[8] p 142 et 196.

[9]  Hachette Littératures, 2009, p 87.

[10] Christian Bourgois, 2000.

[11] Mille et une nuits, 2010, p 52.

[12] Dans « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, Pléiade, T 2, p 209.

[13] Dans Essai d’intoxication volontaire, p 246, Hachette littératures, 2007.

[14] Hachette Littératures, 2008.

[15] Maren Sell, 2005.

[16] Le Palais de cristal, p 247.

[17] Ecumes, p 737 et 760.

[18] Colère et temps, p 263. (Lié au désir de reconnaissance,  le thymos désigne le foyer d’excitation du Soi fier).

[19] Colère et temps, p 271.

[20] Colère et temps, p 296.

[21] La Fin de l'histoire et le Dernier Homme, Champs, Flammarion, 1992.

[22] Le Point, 17 01 2007.

[23] Le Point, 24 09 2009.

[24] Quelques pages en ont été traduites dans Courrier international du 1 au 19 août 2009.

[25] La Richesse des nations,  PUF, 1995, p 513.

[26] Maren Sell, 2012.

[27] Maren Sell, 2011.

[28] Libération du  25 04 2009.

[29] Ecumes, p 273.

[30] Globes, p 24.

Nota bene :

Les livres de Peter Sloterdijk sont traduits de l'allemand par Olivier Mannoni,

que nous remercions chaleureusement.

 

Photo : T. Guinhut.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:40

 

Foz de Lumbier, Navarra. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une Histoire de la Mélancolie

 

en l’âme occidentale :

 

Laszlo Földényi, Robert Burton.

 

 

Laszlo Földényi : Mélancolie, essai sur l'âme occidentale,

traduit du hongrois par Natalia Huzsvai et Charles Zaremba,

Actes Sud, 2012, 352 p, 24, 80 €.

 

Robert Burton : Anatomie de la mélancolie, traduit de l'anglais (Royaume Uni),

par Bernard Hoepffner et Catherine Goffaux,

José Corti, 2000, 2 tomes, 2100 p, 70 €.

 

 

 

     Saviez-vous que la mélancolie avait une Histoire ? Qu’elle n’est pas seulement un être dépressif, une éprouvette de la psychiatrie, un ersatz du romantisme, mais la « bile noire » de l’Antiquité… Du Hongrois Laszlo Földény à l'Anglais Robert Burton, elle traverse l'âme occidentale depuis l'Antiquité. Ainsi Aristote alla jusqu’à dire que « les hommes qui se sont illustrés dans la philosophie, la poésie ou les arts sont […] tous des mélancoliques » (p 15). Cicéron voyait l’acedia, aujourd’hui pauvrement taxée du nom de dépression, en apanage des génies ; jusqu'au spleen baudelairien…

 

        Les définitions changeant avec l’état des mythes (Hercule fut un grand mélancolique, accablé par les dieux de la nuit), avec l’état des mentalités et des sciences, il n’en reste pas moins que l’objet fuyant de l’essayiste hongrois, qui publia cet essai en 1984, est un abaissement des capacités de l’homme, ou une lucidité supplémentaire devant la condition humaine et l’incertitude métaphysique. Donc un défaut auto-complaisant, une faiblesse, une paresse, ou une qualité intellectuelle affrontée à l’urgence de la création devant la fugacité de l’existence et la vanité de l’esprit.

     Parmi les plus intenses destructeurs mélancoliques, l’on compte Hamlet à l’expression fabuleuse, quand Freud fut parmi les destructeurs de la noblesse de cette tristesse déchirée du moi, née de ce qu’il appelait « le sentiment de perte » (p 294). Cette mania frappait nombre de comiques, nombre de musiciens, comme Gustav Mahler qui disait volontiers : « Ma vie entière est un mal du pays » (p 311). Bien qu’il s’agisse d’un « sentiment de non-accomplissement » (p 314), où « le manque est une sorte d’accomplissement » (p 321), où l’on voit le monde comme un « chaos nu » (p 317), celui qui mâche sa fatalité, qu’elle soit métaphysique ou biologique, nous a fourni des dépassements de son mal intime et universel par le tableau, l’opéra où la poésie…

        Alors que le Moyen-Age ne connaissait qu’un seul créateur, Dieu, reléguant le mélancolique dans la folie et dans l’œuvre diabolique, la Renaissance ramène ce dernier à la conception aristotélicienne de son génie. Ainsi, « la mélancolie des grands hommes correspond au délire divin de Platon » (p 111). Le tourment, comme chez Michel-Ange, est la marque de celui qui doit assumer sa génialité. Si Dürer et sa célèbre gravure n’échappent pas à la sagacité de notre essayiste, curieusement il accorde une place étonnante au miroir des « Epoux Arnolfini » de Van Eyck : cet objet est le témoin de la fugacité, surtout lorsque le peintre y calligraphie qu’« il fut ici en 1434 » (p 129). Comme une marque de vanité au dos d’un couple sûr de lui et de sa richesse…

 

      Le romantique allait jusqu’à la pulsion suicidaire à la Werther, jusqu’à être « à-demi amoureux de la mort secourable[1] », mais aussi jusqu’au sublime, selon Burke et Kant, tout en se nourrissant « aussi bien d’utopie que de réalité » (p 198). Non sans y associer l’ironie. Hélas, l’homme contemporain, sans compter le thérapeuthe, délégitime celui qui câline sa déréliction. Pourtant, dans l’exposition « Mélancolie, génie et Occident[2] » Jean Clair, en 2006, rassembla 250 œuvres au Grand Palais, pour en montrer les vocables imagés, les splendeurs picturales et sculpturales, de Dürer à Caspar-David Friedrich. Etait-ce le signe d’un renouveau de l’anoblissement de cette catégorie psychologique et intellectuelle ? A condition de se demander avec Földényi : « Et si la mélancolie n’était pas définissable en tant que maladie ? » (p 261). Et de ne pas se contenter du narcissisme morose, mais de s’élever à la délectation de la création et du créateur…

       Rassurons-nous donc. Un tel essai ne concourt pas à plonger son lecteur dans les affres du soleil noir, dans les seules interrogations de la psychiatrie et de la biologie morale… Informé, stimulant pour l’esprit, ce livre réussi, quoiqu’il s’égare parfois un peu, par exemple sur l’amour, cette érotomanie frustrée, cette spiritualité impossible, sans se resserrer sur l’objet de sa prédilection. Heureusement : « L’amour est une œuvre d’art [qui dépend] de sa capacité à faire de la mélancolie un principe formel » (p 243). Ne manque alors que d’un index. Et de vérifier cette contre-vérité : Nietzsche serait selon Földényi « indifférent à la politique ! » (p 217)[3]. Ou encore, peut-être, dans sa conclusion, d’une projection vers cette fragile bouteille à la mer, la solide œuvre d’art devant le temps et le vertige du néant, comme lorsque Proust conçut l’antidote de La Recherche du temps perdu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Au-delà de la somme de Robert Burton qui au XVII° compila, non sans le liant de l’élégance et de l’inspiration, l’immensité des connaissances antiques et de son temps dans son Anatomie de la mélancolie, Földényi (né en 1952) sait donner un nouveau souffle, plus léger, néanmoins roboratif, au genre, parvenant à rendre toute sa noblesse à ce sentiment hélas trop souvent relégué par notre contemporain du côté de l’indésirable. Gageons que notre essayiste hongrois doit être un beau philosophe mélancolique pour réussir à sculpter une telle stèle littéraire à son modèle…

      L'on devine que Robert Burton qui, né en 1576, plongea dans la tombe en 1640, passa la majeure partie de ses jours et de ses nuits à compiler et sculpter les 2100 pages de son Anatomie de la mélancolie, se demandant sans cesse si nous sommes plus ou moins qu'une poussière noire dans le monde, si notre éphémère finitude mérite d'accoucher d'une œuvre d'art qui assoirait la légitimité d'un homme. Fouillant avec opiniâtreté les sources antiques, médiévales et Renaissance, il n'en est pas moins le vénérable ancêtre de la psychologie moderne, voire de la psychanalyse et de la psychiatrie. Ne déclarait-il pas : « la vie que nous menons est contentieuse, sourcilleuse, tumultueuse, mélancolique et misérable ; à tel point que si nous étions capables de deviner ce qui va nous arriver et si nous avions le choix, nous préférerions sans doute refuser cette vie de souffrance plutôt que l'accepter. » Outre son érudition torrentielle, son écriture est d'une vigueur rhétorique et d'une couleur profonde, couleur noire évidemment : « En bref, le monde est lui-même un labyrinthe, un dédale parsemé d'erreurs, un désert, un lieu sauvage, un repaire de brigands, de tricheurs, &c., il est rempli de mares dégoûtantes, d'horribles récifs, de précipices, c'est un océan d'adversité, un joug pesant, les infirmités et les calamités s'y succèdent comme les vagues se pressent les unes derrière les autres à la surface de la mer ; et si nous parvenons à éviter Scylla, nous sombrons sur la côte de Charybde ; ainsi pour toujours apeurés, laborieux et angoissés, nous courons d'un fléau, d'un malheur, d'un fardeau à un autre, assujettis à une dure servitude, et il nous serait plus facile de dissocier le poids du plomb, la chaleur du feu, l'humidité de l'eau, la lumière du soleil, que d'épargner à l'homme la misère, le mécontentement, le souci, les calamités et le danger. » (II p 463). Il est vrai qu'en son autoportrait philosophique et encyclopédique, Robert Burton écrivait en un siècle moins clément que le nôtre.Voilà bien une lecture à ne pas envisager comme thérapie, à moins d'être nanti d'un foie solide et d'un esprit inénarrablement curieux de l'âme humaine.

 

        Dernière incarnation, qui sûrement aurait ravi notre Hongrois et notre Anglais, Melancholia, le film de Lars von Trier, allait non seulement entraîner son héroïne ophélienne dans l’attraction d’une planète saturnienne, mais emporter jusqu’à la terre entière, finalement soufflée. Sans nul doute, ce film, esthétisant, à la fois réaliste et allégorique, parvient à la suprême aporie de la mélancolie et à l’étrangeté fascinante de l’art…

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 


[1] John Keats : « Ode au rossignol », Sur l’aile du phénix, José Corti, 1996, p 69.

[2] Jean Clair : Mélancolie, génie et occident, Réunion des Musées nationaux, Gallimard, 2006.

 

Torrent de Zinal, Valais, Suisse. Photo : T. Guinhut.

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Veau d'or ou sagesse de l'argent : Aristote, Simmel, Friedman, Bruckner

 

 

 

 

 

 

Aristote

Aristote, père de la philosophie

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Art contemporain

Que restera-t-il de l’art contemporain ?

L'art contemporain est-il encore de l'art ?

Décadence ou effervescence de la peinture

L'image de l'artiste de l'Antiquité à l'art conceptuel

Faillite et universalité de la beauté

Michel Guérin : Le Temps de l'art

Théories du portrait depuis la Renaissance

L'art brut, exclusion et couronnement

Hans Belting : Faces

Piss Christ, icone chrétienne par Serrano

 

 

 

 

 

 

Attar

Le Cantique des oiseaux

 

 

 

 

 

 

Atwood

De la Servante écarlate à Consilience

Contes réalistes et gothiques d'Alphinland

Graine de sorcière, réécriture de La Tempête

 

 

 

 

 

 

Bachmann

Celan Bachmann : Lettres amoureuses

Toute personne qui tombe a des ailes, poèmes

 

 

 

 

 

 

 

Bakounine

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

L'anarchisme : tyrannie ou liberté ?

 

 

 

 

 

 

Ballard

Le romancier philosophe de Crash et Millenium people

Nouvelles : un artiste de la science-fiction

 

 

 

 

 

 

 

Bande dessinée

Roman graphique et bande-dessinée

 

 

 

 

 

 

Barcelo

Cahiers d'Himalaya, Nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Barrett Browning

E. Barrett Browning et autres sonnettistes

 

 

 

 

 

 

Bashô

Bashô : L'intégrale des haikus

 

 

 

 

 

 

Basile

Le conte des contes, merveilleux rabelaisien

 

 

 

 

 

 

Bastiat

Le libéralisme contre l'illusion de l'Etat

 

 

 

 

 

 

Baudelaire

Baudelaire, charogne ou esthète moderne ?

"L'homme et la mer", romantisme noir

Vanité et génie du dandysme

Baudelaire de Walter Benjamin

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Beauté, laideur

Faillite et universalité de la beauté, de Platon à l’art contemporain

Laideur et mocheté

 

 

 

 

 

 

Beckett 

En attendant Godot : le dénouement

 

 

 

 

 

 

Benjamin

Baudelaire par Walter Benjamin

Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte et le problème de la réalité

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers et fantômes d'Asie, Pu Songling, Lafcadio Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava : Une Singularité nue

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Pessl : La Physique des catastrophes

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : perversion totalitaire ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Földényi

Mélancolie, essai sur l’âme occidentale

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Du destin des prisons et de l'angélisme pénal, postérité de Surveiller et punir

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

Peter Sloterdijk : Ma France, élégie ; Tardif-Perroux : La France, son territoire

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche, photographies et triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'état ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inegalités : Rousseau, Marx, Piketty , Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam I Analyses et dénis

L'arbre du terrorisme et la forêt de l'Islam II Un défi politique français

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales : d’Iribarne, Schemla, Sarrazin

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : les madrigaux, la clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies et autobiographie par Barbara Cassin

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Hanan el-Cheikh, Schéhérazade féministe

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Pourquoi lire Nietzsche ? Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe à l'innocence controversée : Poèmes, Losurdo, Safranski

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières, une inversion des valeurs

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations et féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie 

A une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Anthologie de la poésie chinoise

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Robert Marteau : Ecritures, sonnets

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Poésie en vers, poésie en prose

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Lyrisme, baroque : Riera, Voica, Viallebesset, Schlechter

Trois vies d'Heinz M, vers libres

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

Rand Atlas

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Longo : L'Homme vertical devant la barbarie

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Science-fiction politique rabelaisienne : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Tartt

Le Chardonneret, Le maître des illusions

Tartt Illusions

 

Tavares

Un Voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

Texier page 106

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire, retrouver notre sens politique : Fanatisme, Traité sur la tolérance

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes invisibles et imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf, Deville

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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