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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 20:17

 

San Giacomo / Sankt Jakob, Trentino Alto-Adige / Südtirol.

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Bethsabée, la muse charnelle de Rembrandt,

 

par Claude-Louis-Combet

 

& Simone van der Vlugt.

 

 

 

 

Claude Louis-Combet : Bethsabée, au clair comme à l'obscur,

José Corti, 2015, 194 p, 21 €.

 

Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre,

traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Guillaume Deneufbourg,

Philippe Rey, 2020, 304 p, 20 €.

 

 

 

Le peintre tient d'une main ferme le pinceau de la féminité. Hélas, une tragédie fend la vie de Rembrandt en deux : la mort de son épouse Saskia. De plus, il doit se séparer de la servante Geertghe, qui lui fit un procès faute d'une promesse de mariage non honorée, et fut internée à cause de ses violences, y compris contre les enfants du maître. Fort heureusement, en cette période noire, le destin de l'artiste fut illuminé par l’arrivée d’Henrdrickje Stoffels (1626-1663) qui, outre l’entrée à son service, devint sa maîtresse, et son modèle. C’est à cet accord parfait, quoique tragique, que Claude Louis-Combet consacre un récit somptueux, profond comme les ombres, lumineux comme le pinceau du styliste. Cependant Geertghe Dircx n’a peut-être pas dit son dernier mot et se voit en passe d’être réhabilitée par le roman de Simone van der Vlugt : La Maîtresse du peintre. Être un génie protège-t-il du mal ?

 

L’on connaît, au Louvre, le portrait d’Henrdrickje Stoffels au béret de velours, peint de pâtes tendres aux couleurs assourdies par le temps. Or elle devint également le modèle de toiles mythologiques : « Danaé », « Bethsabée », d’où le titre choisi par notre prosateur. Ce n'était pourtant qu'une servante, qui « ne savait pas lire », mais qui sut écouter le peintre lui lire la Bible, pour comprendre comment prendre la pose de son personnage : cette Bethsabée au bain qui tenta le roi David et lui donna deux héritiers, dont le futur roi Salomon.

L'art et l'érotisme, autant que les deux personnages, se complètent :« Le Maître aimait l'éclat solaire des chairs dénudées, les seins gonflés de vie, les cuisses palpitantes dans la lumière. » Non content d'apaiser le désir, « la ferveur sexuelle » permet également « la fusion du charnel et du spirituel [qui] consistait exclusivement dans la beauté de l'oeuvre ». Au point de se demander qui féconde qui… Les allusions mythologiques nourrissent la fertilité du peintre autant que du ventre de la femme qui, après avoir été la nourrice de son fils préféré, Titus, lui donne bientôt une fille nommée Cornelia : « comme Pasiphaé, Hendricjke avait été visitée, et, dans les abysses de sa chair, travaillée d'une violence bestiale qui lui avait arrachée de longs gémissements ». Ce qui permet à Rembrandt de produire une de ses « toiles refusées et interdites », hélas ravagée plus tard, lors d'un incendie. Hendrijcke restera un fidèle soutien de celui qui sera bientôt accablé de dettes...

Rien n'empêche le narrateur de prendre de la hauteur, spirituelle et temporelle, en particulier lorsqu'il compare les portraits de la femme, de la servante (au sens noble du terme), de la muse, à la « Beata Beatrix » de Rossetti, à « Mademoiselle Rose » de Delacroix. On se doute alors que la profession de foi de l'écrivain n'est pas loin : « Les figures de l'art semblaient anticiper les expériences de la vie et en tracer les promesses ».

Témoin et démiurge de son œuvre-miroir de l'artiste et de la vie, Claude Louis-Combet termine en mélancolie, enterrant, après celui de l'aimée, le corps de son peintre. Il est « à quelques pas en arrière […] le Prosator, appelé Homme du Texte, appliqué à ne rien perdre du spectacle de cet enterrement furtif et désolant ».

 

 

Après Blesse, ronce noire et Le Livre du fils1, l'univers de Claude Louis-Combet est une fois de plus totalement inactuel ; en ce sens intemporel. Le corps, la chair, le désir, l'art et la transcendance peut-être possible sont des thèmes obsessionnels caressés avec la paume d'une langue intensément sensuelle et chargée de sens. Y compris s'il use (voire abuse) des métaphores du « clair » et de « l'obscur », pour reprendre son évocateur et profondément mystique sous-titre. Il est évident que l'écrivain cherche -et parvient- à peindre une œuvre d'art, au sens où, représentant les tableaux de Rembrandt, et les faisant palpiter de vie, il réalise des ekphrasis : en écrivant comme peint son maître, changeant tout ce qu'il narre et décrit en tableau.

Si Claude Louis-Combet n’est pas le seul à avoir écrit sur un tel sujet (Paul de Roux offrit à cet égard un roman, Une Double absence2, et Pierre Benoît un Bethsabée en 1938) il sait à merveille envelopper son lecteur dans un monde profus et touffu, aux lumières chaudes, aux ombres brutales. Récit ? Plutôt « mythobiographie », dit-il. Eloge et blason de l'amour et de l'art ? Plutôt un vaste poème en prose, dans une lointaine consanguinité splendide avec cet autre amant de l'art : Charles Baudelaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le roman de Simone van der Vlugt, La Maîtresse du peintre, le point de vue est radicalement différent. C’est un pan ignoré de la personnalité du peintre, de sa vie sentimentale et domestique qui est ici éclairé de sombre manière. Rembrandt van Rijn vécut plusieurs années avec Geertje Dircx, gouvernante de son fils Titus après la disparition de son épouse Saskia Uylenburgh. Une telle liaison s’est conclue par l'arrestation puis l'emprisonnement de Geertje en maison de correction. Ce fut bien à la demande du peintre que le forfait, si l’on peut appeler cela ainsi, s’accomplit.

S’appuyant sur des recherches historiques, Simone van der Vlugt peint à son tour le portrait moins d’un peintre que d'un homme, auquel elle contribue par un brin d’imaginaire pour se glisser dans la psyché du personnage féminin. Loin du mythe et de l’aura picturale, la réalité serait plus retorse. Sombre et manipulateur, ainsi apparait le génial peintre qui écarte une femme, la condamne au silence faute d’avoir vécu selon le souhait du maître, comme de nombreuses femmes de leur temps. Le roman fait résonner les cordes sensibles du pathétique et de la pitié, penchant - un peu trop ? - vers la compassion à l’égard d’une gouvernante bafouée.

Car Geertje avait joui des bijoux de Saskia que lui avait confiés Rembrandt. Et lorsque le mariage qui paraissait miroiter à ses yeux se voit remplacé par une plus jeune servante, Henrdrickje Stoffels, la presque promise se rebelle, exigeant une pension. Et alors qu’il lui avait interdit de vendre les bijoux, il découvre qu’elle les avait mis mis en gage. Voilà le corps du délit qui contraignit  Rembrandt à faire enfermer Geertje, qui ne sortira de la maison de correction qu’au bout de six ans. Triste destin.

Reste que l’écriture, fluide et attachante de ce roman réaliste, n’a pas la puissance poétique et métaphysique de l’art de Claude Louis-Combet.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

1 José Corti, 1995 et 2010.

2 Paul de Roux : Une Double absence, Gallimard, 2000.

 

Ostia antica, Latium. Photo : T. Guinhut.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 12:38

 

 

"Il n'y a pas d'autre vainqueur que Dieu", La Alhambra,

Grenada. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Houellebecq, extension du domaine

 

de la soumission :

 

satire ou adhésion ?

 

 

Michel Houellebecq : Soumission, Flammarion, 304 p, 21 €.

 

Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013, Poésie Gallimard, 224 p, 10,70 €.

 

 

 

 

      Une histoire de zizi… De livre en livre, Houellebecq déplie les complexes et les manques de ce petit oiseau qui est aussi le nôtre. Dans Extension du domaine de la lutte, un jeune cadre incapable de lever les belles de boites de nuit se vit conseiller de recourir au meurtre des beautés féminines pour ainsi les posséder et s’en venger. La rhétorique marxiste du titre était logiquement constituée par une Envie qui s’étendait du domaine économique au domaine sexuel. Dans Les Particules élémentaires, une seconde solution devenait plus radicalement efficace : nous deviendrions, dans un proche futur de science-fiction, tous clonés, tous également beaux, donc sexuellement enviables et satisfaits. L’égalité avait remplacé la liberté. Plus tard, dans Plateforme, une troisième hypothèse, plus réaliste, prenait place parmi les camps de vacances des Européens favorisés sur les plages du tiers-monde : une prostitution à bas coût comblait les braguettes des messieurs, via l’exploitation des femmes. Si l’on excepte La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire, dont le creux de la vague laisse parfaitement insensibles les souvenirs du lecteur -malgré un prix Goncourt-, la logique houellebecquienne trouve aujourd’hui un nouvel avatar dans le problème sexuel du mâle occidental : la Soumission à l’Islam lui permet, grâce à la polygamie, d’assouvir des désirs sous couvert du silence des burqas. Faut-il se soumettre à Houellebecq ? Il est à craindre que Soumission soit son meilleur roman ; et sa pire utopie politique. La satire de la tyrannie n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? S’arrête-t-elle à la porte de la « soumission » désirée ?

 

Uchronie et anti-utopie politique et religieuse

 

       Le conscient et l’inconscient collectifs des Européens, voire de la planète entière, le spectre de nos peurs sont l’une des cibles privilégiées de nos grands romanciers. Quoiqu’on en dise, l’Islam, dont la traduction littérale est « soumission », est aujourd’hui la première peur géopolitique, civilisationnelle, religieuse, morale et sexuelle. Houellebecq est inévitablement en adéquation avec cette peur en la retournant d’une ironique manière en son uchronie, c’est-à-dire en un temps qui n’existe pas, qui n’existera probablement pas, du moins de la manière décrite.

      Le narrateur personnage nommé François, spécialiste de l’écrivain du XIXème Huysmans, s’accommode au mieux d’une démocratique et presque pacifique domination de la France par l’Islam ; au contraire d’une guerre civile redoutée. S’appelle-il d’ailleurs François, parce que Français, parce que François Mitterrand et François Hollande qui ont leur part de responsabilité en cette évolution prévisible ? « À l’issue de ses deux quinquennats calamiteux », ce dernier disparait. En « un Occident qui sous nos yeux se termine », « alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers » (ce qui n’est aujourd’hui que trop vérifiable), le narrateur personnage se sent « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Cependant l’on sait bien qu’être politisé socialiste, UMP, « Fraternité musulmane », sans oublier Front National, ne répond en rien aux désastres économiques et civilisationnels qu’il faudrait affronter avec une conviction nettement plus assurée des libertés. Doit-on considérer qu’il est pire de choisir, au lieu de la « guerre civile », de rester « résignés et apathiques » ?

      Quoique trop bénin et trop rapide pour être totalement crédible -2022 pour une élection d’un Président musulman- le télescopage temporel permet de rendre cette uchronie plus imminente et plus prégnante qu’elle ne l’est peut-être, même si l’on songe à la thèse du grand remplacement prônée par Renaud Camus, s’appuyant sur des projections démographiques, peut-être discutables en France, plus sévères en Suède ou en Allemagne, ce pour rejoindre le titre alarmant de Thilo Sarrazin : L’Allemagne disparait[1].

      Si, selon les estimations, les Musulmans représentent environ 8 % à 10 % de la population française, la conversion politico-religieuse de la France parait hautement improbable, irréaliste. Mais il ne faut pas mésestimer les ardeurs immigrationistes et démographiques d’une minorité active, prosélyte et violente. Quant à savoir si tous les Musulmans français voteraient pour un Président d’Islam, il faudrait se demander combien d’entre eux votent déjà et voteraient alors pour Marine Le Pen, excédés par leurs coreligionnaires fondamentalistes et délinquants.

     Irréaliste est peut-être encore le fait que nos « enseignants devraient embrasser la foi musulmane » ? Quoique. Combien n’ont-ils pas embrassé la foi marxiste et communiste ? Il faut alors recourir au triste rappel d’Heidegger qui ne craignit pas de prêter serment au Troisième Reich, en tant que recteur d’université.

    Une fois islamisés, leurs salaires triplés, les enseignants reprennent leurs cours presqu’intégralement, même si « la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude ». Le pays voit la délinquance « divisée par dix », le chômage « en chute libre », grâce « à la sortie massive des femmes du marché du travail » : en compensation, les allocations familiales bénéficient d’une revalorisation considérable ». L’éducation nationale s’allège : « l’obligation scolaire s’arrêtait à la fin du primaire »…

      Pour le personnage de Soumission, la soumission aux événements est totale. Un séjour dans l’Abbaye de Ligugé est un échec. Quand une proposition le sauve du suicide : diriger l’édition des œuvres de Huysmans dans La Pléiade. Retrouver son poste d’universitaire, être trois fois mieux payé qu’une belle pension de retraite, prendre des épouses de quinze ans : se convertir, au moyen d’une argumentation fournie, mais spécieuse, et d’une justification de la tyrannie chapeautée par quelques puissants, est un jeu d’enfant. Même si le dernier chapitre est au conditionnel, il n’y a aucun doute : il se soumettra. Car « le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue », qui est comparée à celle masochiste d’Histoire d’O. D’où l’identité entre deux soumissions : à ce dernier livre et au Coran…

      Il est évident que, politiquement, la confrontation entre les deux candidats à la présidence de la République, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbès, doit paraître comme deux faces voisines de la même médaille du renoncement à la liberté, quoique le second, affirmant le nom du prophète de sinistre mémoire, soit, malgré son apparence faussement modérée à la Erdogan première manière, sa diplomatie huilée, la plus terrifiante. Pourtant, grâce à la pleutre alliance du Parti socialiste, qui, devant deux dangers choisit le pire, aveuglé par sa haine antédiluvienne et atavique du Front National, c’est à lui que le pays se confie, de guerre lasse, courbé sous la menace, acceptant la paix du dhimmi, l’humiliation de l’esclave, la solide certitude de l’idéologie de la charia. Perspective effrayante…

       Le « grand remplacement », annoncé par Renaud Camus, est ici avancé à 2022. Ce dernier paraitrait écrire les discours de Marine Le Pen en cette fiction, citant un auteur des Lumières, Condorcet et son Des Progrès de l’esprit humain[2]. Etonnante prise de conscience, hélas balayée. Ce qui prouve bien d’ailleurs que Houellebecq ne participe que peu de la « lepénisation » des esprit, mais de leur islamisation, par le biais du désaveu des Lumières.

     L’avertissement lancé par Thilo Sarrazin dans L’Allemagne disparait se voit renvoyé à une uchronie dangereusement proche, heureusement improbable à si court terme. Si l’on peut penser qu’il ne s’agit là que du fantasme prégnant du personnage, voire de l’auteur, on ne s’étonnera guère de cette conversion française, si l’on sait que d’après un sondage du CSA, 54% des Musulmans de France sont favorables à une application, au moins partielle, de la charia. En Grande Bretagne, des tribunaux islamiques peuvent rendre des décisions sanctionnées par la High Court, l'équivalent de notre Cour d'Appel, ce dans les questions de divorce et de garde d’enfants ; or ces 85 tribunaux observant la charia ne reconnaissent pas les mêmes droits aux hommes et aux femmes.

   Ainsi les Musulmans, hors quelques minces passages pauvrement pornographiques, y compris leurs radicaux, auraient bien tort de se choquer de Soumission : ce proche avenir peint par Houellebcq ne peut que leur convenir, le roman paraissant alors islamocorrect. Hors cette interrogation : comment un pouvoir musulman pourrait-il tolérer que des professeurs d’université, fussent-ils convertis à la loi coranique, enseignent des écrivains -sans parler évidemment de Voltaire[3]- comme Huysmans, qui, outre son décadentisme, commit l’outrage de se convertir à la spiritualité chrétienne ?

 

 

 

Le projet polygame

 

       Selon le romancier des Particules élémentaires, le capitalisme néolibéral visait à la sursatisfaction des libidos occidentales. Seule la liberté féminine posait une barrière à cette volonté de puissance sexuelle masculine. Sur ce plan l’Islam permet une régulation par la loi théocratique. À la soumission politico-religieuse répond la compensation de la polygamie (évidemment réservée aux seuls hommes) : avoir plusieurs femmes satisfait non seulement l’appétit de luxure mais aussi la libido dominandi. Il reste en effet pour se consoler avec profit une bête de somme sur laquelle décharger sa sexualité et sa piètre volonté de puissance. Marché aux esclaves et harem seraient donc complémentaires dans le cadre de la domination du marché réglé par l’argent des pétrodollars et par le pouvoir patriarcal. Ainsi la lassitude de l’homme occidental (sans parler encore de celle de la femme) irait se confier sans résistance à la servitude volontaire de l’Islam ? Tout cela pour quelques services sexuels ?

      Sommes-nous déjà halal et salam ? L’Iran des mollahs est-il notre avenir ? En deçà du choc de civilisations diagnostiqué par Huntington[4], du Jihad versus Mc World[5], le choc annoncé n’aura pas lieu : la France ouvre avec délectation ses draps polygames à la saillie de l’Islam… La soumission houellebecquienne a le mérite, en voilant la France, de dévoiler un avenir possible de la distribution sexuelle, si l’on n’y prend garde au plus vite : « L’inégalité entre les mâles –si certains se voyaient accorder la jouissance de plusieurs femelles, d’autres devaient nécessairement en être privées- ne devait donc pas être considérée comme un effet pervers de la polygamie, mais comme un effet recherché ». Mâle dominant, sélection, maîtrise de la soumission féminine, ces concepts expliquent le succès de la chose. Un chien morbide a besoin de la laisse dorée du pouvoir, de quincaillerie spirituelle et de sexe avec des femmes enfants consentantes aux caprices du maître. Seconde perspective effrayante…

      Cette polygamie avait déjà fait l’objet d’un projet de société romanesque dans une Angleterre islamisée. En 1914, Chesterton fit en effet annoncer à l’un de ces personnages « cette grande expérience sociale la grande méthode polygamique qui s’est levée à l’Est […] cette polygamie supérieure », tout cela dans le cadre d’un drôle de roman de chevalerie secourant les pubs menacés et leurs libertés : L’Auberge volante[6]. Houellebecq n’est donc pas tout à fait le premier prophète occidental. Sans oublier Jean Raspail et son Camp des saints, publié en 1973, dans lequel une invasion d’immigrées délinquants et violeurs balaie la France[7]. Houellebecq a choisi un protocole plus pacifique, quoique plus retors, en imaginant que la moitié de l’humanité, en l’occurrence les femmes, seraient consentantes.

     Misanthropie, misogynie ? Ne peut-il imaginer qu’au lieu de la soumission, nombre de femmes, comme autant d’amazones allaient se soulever ? Hélas, peu après l’élection, «  toutes les femmes étaient en pantalon ». La Sorbonne islamique (qui n’est que la continuation de notre Sorbonne délocalisée d’Abou Dabi) ne connait plus que des femmes « voilées ». Les « Aïcha » de ces messieurs ont quinze ans. La dignité humaine est aux abonnés absents…

 

 

De la satire

 

      Roman irréaliste, soit. À moins de le lire, sous la surface de son ton doucereux, comme une double satire d’autant plus féroce qu’elle affecte une apparente innocuité. Satire d’abord de nos gouvernements socialistes (mais aussi de « centre-droit ») qui, avec la Fraternité musulmane « n’ont aucune divergence sur l’économie, ni la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité ». Ainsi, par antilepénisme obsessionnel, ils se font digérer par le parti musulman et les talents rhétoriques de Mohamed Ben Abbes. De même, la plupart des Français (on ne fait que deviner les autres luttant pour une cause perdue, voire exterminés) sont comme des veaux claquemurés dans l’indignité : « le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran ». La satire est d’autant plus mordante que le basculement s’effectue de manière presque indolore, amoureusement consentie, dans l’aveulissement et l’abandon de toutes les valeurs des Lumières, il faut bien l’avouer, fatigantes, car énergivores. « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est donc condamné », face au monothéisme « qui dispose du meilleur taux de reproduction ». Pourtant, dans les trouées du silence des médias -silence qui ne fait que confirmer un peu plus les tendances de bien de nos médias contemporains- les assauts des bureaux de vote, les affrontements meurtriers, un moment constatés dans une station-service par le narrateur, laissent penser à un putsch.

      La leçon de politique-fiction est aussi sérieuse que l’analyse des bassesses de nos partis, de leurs alliances. La stratégie de Mohamed Ben Abbes et de sa Fraternité musulmane est un chef d’œuvre de dissimulation (la taqiya) et de manipulation, présentant « l’islam comme la forme achevée d’un humanisme nouveau », respectant « les trois religions du Livre » (on notera la vision bien irénique !) et dont le modèle pour son Eurabia est « l’Empire romain ». Cependant le « Front républicain » verrait ce dernier confortés par le PS (dont la « mouvance antiraciste a réussi en interne à l’emporter sur sa mouvance laïque ») et l’UMP obsédés par leur phobie du FN, vaincu par pire que lui… À ce jeu, tout lecteur est renvoyé à ses fantasmes, ses peurs, ses pesanteurs idéologiques, ses sursauts…

      Mais aussi satire du Français moyen, y compris censément intellectuel, lorsque François confie à Myriam, à propos de la menace qui pèse sur les Juifs : « je ne connaissais au fond pas bien l’Histoire ». Quant à notre François moyen, il est séduit, avec son maître universitaire Rediger, par le culte de l’homme politique providentiel. Satire évidemment beaucoup plus considérable, celle du doux cancer de l’Islam. Sans oublier la satire du mâle, machiste et paternaliste, voire de la satire des femmes qui se plient avec tant de bonne grâce au comportement exigé. Satire de l’Islam et de la veulerie française ou satire antilibérale de la perte des valeurs traditionnelles de la France, selon que l’auteur se sépare ou se solidarise de son personnage ? S’il ne faut pas craindre de séparer l’homme Houellebecq, cultivant son apparence de clochard décadentiste, quelle est la part de la satire d’une France ramollie et du vouloir non-vivre post-nietzschéen ? C’est là que l’ambigüité de l’auteur Houellebecq laisse considérablement perplexe le lecteur : écrit-il pour dénoncer ou pour adhérer à ce retour du religieux ?

      Et que disent les femmes en ce roman ? Rien ; apparemment elles consentent, sauf la seule qui compte un peu, Myriam, qui parait savoir aimer notre personnage aussi blet qu’un navet, et s’expatrie en Israël à la suite de sa clairvoyante famille. Est-ce à dire que le seul pays qui défendrait encore la liberté féminine serait ce dernier ? Ainsi la France judenrein et satirisée se couche comme une putain -ou comme un putain, si l’on ne veut pas être sexiste- sous le fleuve montant d’une population conquérante, quoique accueillie et entretenue par l’Etat providence, sous le flot des pétrodollars islamistes. Ce qui n’est hélas qu’une légère hyperbole de la situation de la France déjà trop islamisée. Rien ne sauve ce roman du blâme, quand, sans le moindre déchirement de conscience morale et politique, l’antipape François se convertit dans le sein d’une religion sexiste et antilibérale. Doit-on pointer que la conscience libérale de Houellebecq manque pour le moins de consistance, aux antipodes du libéralisme politique et économique qui anime Hayek et Adam Smith…

 

 

Une technique romanesque redoutable

 

      Pris dans le récit étonnamment aisé, entraînant, le lecteur s’immerge en toute immédiateté dans le mental du personnage, dans son univers plausible et dans une France peu à peu bouleversée sans que l’on paraisse y remarquer une faute de progression. Pour ce faire, la technique de l’écrivain est redoutable. Le réalisme pauvre de Houellebecq use d’images frappantes à l’occasion des souvenirs du restaurant universitaire : « nos rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital ». Ou de son « existence corporelle » : « lavabo bouché, Internet en panne ». De même le portrait psychologique, dépressif et veule, possède une prégnance irréfutable. La tentation de l’abandon ronge le personnage qui se laissera persuader par le confort matériel, sociétal et sexuel de la « soumission » à l’Islam, autant que par une spiritualité de confort. Mieux que la spiritualité chrétienne : « Au monastère, au moins on vous assurait le gîte et le couvert -avec en prime la vie éternelle dans tous les cas ». Mais en ce dernier lieu, ni orgueil, ni luxure. Ce que permet le nouveau gouvernement à ses affidés. L’intellect et le spirituel ont abandonné le terrain aux tyrannies des besoins médiocres du réel, aux tyrannies des jouissances sexistes. On est alors étonné de l’aisance apparente de la démonstration par un narrateur (et par le personnage de Rediger) dont le propos est sans cesse dégraissé. Mais également dégraissé de tout ce qui pourrait déranger la mauvaise foi de son adaptation au nouveau pouvoir. Hélas, aucun personnage n’est là pour contredire efficacement l’argumentaire, hors Marine Le Pen citant Condorcet, aussitôt évacuée.

      Réaliste, voire misérabiliste, la tristesse des relations humaines est sans amitié ni amour, les rapports sexuels banalisés ou tarifés sont sans la moindre chaleur érotique. Là encore le réalisme cynique s’est débarrassé autant du lyrisme que de l’idéalisation : « Ma bite était au fond le seul de mes organes qui ne se soit jamais manifesté à ma conscience par le biais de la douleur, mais par celui de la jouissance. […] elle m’incitait parfois, humblement, sans acrimonie et sans colère, à me mêler davantage à la vie sociale. »

      Le réalisme houellebecquien sait en outre l’art de mêler à ses personnages fictionnels, des personnalités réelles : Hollande, Pujadas, Onfray, Mélanchon, Bayrou devenu Premier Ministre de Ben Abbes, et « vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou »… Ce qui contribue, outre la focalisation interne ininterrompue, à stimuler la fiction par un effet de réel. Les dialogues entre les personnages, dont Alain Tanneur, analyste politique viré de la DGSI pour avoir signalé les « incidents » susceptibles de se produire dans les bureaux de vote, sont efficacement menés. Cette conversation étant menée dans le Lot, au village de « Martel », l’allusion à Charles Martel est explicite. Quoique caricatural, le séisme politique et civilisationnel est redoutablement bien mis en œuvre, au moyen d’une mise en scène « légèrement expressionniste[8] », selon son auteur.

      L’apparente absence de jugement de la part du romancier permet à chaque lecteur d’y trouver l’occasion de son assentiment ou de son rejet : l’islamiste peut se trouver conforté dans la légitimité et la réussite affichée de son entreprise d’arabisation de la France ; comme le laïc ou le catholique qui réprouve Islam et immigration peut y voir un argument contre cet asservissement. Oiseau de bon ou de mauvais augure, selon les uns ou les autres, le romancier, laisse son apologue entre les deux yeux de la sagacité de son lecteur responsable. Cette France collaborationniste n’est-elle qu’un mauvais et improbable retour du refoulé de la période nazie, ou l’image soudain dévoilée par une Cassandre que personne ne veut entendre alors qu’elle dit la vérité ?

      À quelle soumission indigne se soumet le critique qui croit écrire avec pertinence après que tant de moutons de Panurge guère rabelaisiens y soit allée de leur logorrhée ? Faut-il se faire le maître censeur d’une idéologie et d’un art romanesque ? Outre le problème civilisationnel mis en exergue par Houellebecq, on eût aimé que la narration, l’espace du roman, puissent se déployer bien au-delà de quelques confessions, ratiocinations et conversations autour du nombril du narrateur. Créer d’autres personnages, d’autres rebondissements, imaginer une révolte des femmes, tout cela est-il au-dessus des forces de notre piètre et redoutable romancier ? À moins de considérer qu’une vaste saga épique puisse être moins efficace que l’art de la suggestion…

 

 

De l’identification auteur personnage

 

      L’auteur est-il son personnage ? François est-il Houellebecq ? Il faut cependant toujours se méfier des identifications naïves et abusives. Quoique parmi des romans ou le héros -plus exactement toujours anti-héros- présente à peu de choses près toujours la même psyché écœurée de désespoir, de pulsions sexuelles plus ou moins molles, de mépris des femmes, de veulerie et de projections vers un au-delà prétendu meilleur, qu’il s’agisse du clonage, de la prostitution sud-asiatique ou de la polygamie islamique. Or un élément semble valider cette hypothèse : la production poétique de Michel Houellebcq ouvre la parole à un « je » qui présente le même profil psychologique. Quoique, une fois de plus, il faille aller jusqu’à se méfier de l’identification du « je » poétique avec son auteur, si proche de la posture de la confession soit-il. Cela signifie-t-il que le romancier souhaite lui-même d’adhérer à la doxa musulmane la plus traditionnaliste ? Plutôt ne fait-il que se dénoncer -et nous à travers lui- comme un collabo opportuniste qui ne craint pas de profiter des avantages financier et sexuels fournis au service de l’occupant (mais aussi de l’édition).

      « Dans l’abrutissement qui me tient lieu de grâce » : cet alexandrin ouvre le dernier poème de l’ « Anthologie personnelle 1991-2013 » de Houellebecq, titrée Non réconcilié. Voilà qui est parallèle au vertige éteint de François, lorsque dans Soumission, devant la Vierge noire de Rocamadour, il se sent « ratatiné, restreint » ; et dégoûté par l’humanité. Poésie et roman participent de la même déréliction, de la même aspiration empêchée au religieux, sauf qu’en ses romans une perspective fictionnelle (le clonage pour Les Particules élémentaires, l’Islam pour Soumission) fournit une eschatologie terrestre ; quoique à chaque fois liberticide. La poésie reste alors terrestre, lourde, ses minces facettes lyriques ont su mal à décoller, comme si l’auteur imposait au moule qui se voudrait aérien du poème en vers rimés le poids de ses « intestins écartelés », « dans l’univers privé de sens ». Le drame du poète autant que du romancier n’est-il pas de n’avoir pas su donner sens au monde, au point qu’il se persuade d’en épouser un, fusse-t-il fourni par une religion barbare qui affecterait des airs de spiritualité. Alors qu’il ne va même pas jeter un œil au soufisme, par exemple…

 

Du héros vicié à la dignité bafouée

 

      La pire faiblesse du roman (peut-on dire à thèse ?) est hélas conceptuelle : la satire n’est-elle pas viciée par ses fondements psychologiques et conceptuels ? Un nietzschéisme[9] post-nazi, un nazislamisme indécent, un ressentiment morbide contre le monde, un dégoût de soi et de l’autre, une misogynie salace, un appétit de l’argent, des honneurs sociétaux, des prestiges universitaires et ministériels aux dépends des valeurs morales, une haine de « l’individualisme libéral », un antihumanisme viscéral, tout ceci conspire à faire du héros houellebecquien un monstre défaitiste et mou gagné par la persuasion de l’islam ; aux dépens de toute dignité morale. Une fois encore il faut se poser la question de l’adéquation de l’auteur à ces anti-valeurs. Même si les rejeter avec lucidité n’empêche pas de considérer ce roman dans sa fonction satirique d’autodérision et de miroir sombre de notre société. Un chien morbide a besoin d’une laisse dorée. « L’athéisme est trop triste. Le besoin de sens revient[10] », affirme Houellebecq. Mais pourquoi l’athéisme ne pourrait-il être gai ? Qu’importe que la mort soit une fin. Et s’il s’agit d’un sens insensé ? La spiritualité chrétienne peut être compatible avec la liberté, quand celle de l’Islam a considérablement besoin de réformer ses textes fondateurs en ce sens. Et postuler à son service un Mohamed Ben Abbes si pacifique et consensuel est bien une illusion. Houellebecq préparerait-il le terrain pour un tel avenir ou nous mettrait-il en garde ? « La vérité, c’est que je ne le sais pas moi-même », même en pensant que « l’islam est la religion la plus simple[11] », plaide-t-il…

 

 

      Faute d’adhérer le moins du monde, ni avec Houellebecq, ni avec aucun de ses personnages qui sont souvent également, ne l’oublions pas, nos hommes et femmes politiques, quand Mohamed Ben Abbes peut être vu comme une captatrice euphémisation de la violence totalitaire de l’islam, il reste cependant loisible, voire salutaire, de louer ce roman visionnaire. Le tableau clinique, déprimant, avilissant, est d’une force cataclysmique. Un cri mou de sujétion ; ou de révolte ? Cet avertisseur sera-t-il entendu ? Comment saurons-nous réagir face à cette tyrannie politique et sexuelle ? En la personne d’Aristophane, les Grecs de l’antiquité trouvèrent une intéressante solution à la tyrannie masculine. Pour dissuader les hommes de partir guerroyer, Lysistrata convainc les femmes de se révolter d’une intéressante manière : « femmes, si nous voulons forcer les hommes à faire la paix, il faut nous abstenir… de la chose[12] ». C’est-à-dire l’acte sexuel. Que nos féministes ne se trompent pas de cible, que la soumission des femmes musulmanes, que leur servitude volontaire, se retournent contre leurs oppresseurs pour se libérer. Et nous libérer…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2] Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des Progrès de l’esprit humain, Dubuisson Marpon, 1864.

[4] Samuel P. Huntington : Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1996.

[5] Benjamin R ; Barber : Djihad versus Mc World, Desclée de Brouwer, 1997.

[6] G. K. Chesterton : L’Auberge volante, traduit de l’anglais par Pierre Boutang, L’Âge d’homme, 1990, p 64.

[7] Jean Raspail : Le Camp des Saints, Robert Laffont, 2011.

[8] Entretien avec Jean-Marie van der Plaetsen, Le Figaro Magazine, 9-10 janvier 2015.

[10] Entretien, ibidem.

[11] Entretien, ibidem.

[12] Aristophane : Lysistrata, traduit du grec par Ch. Zevort, Charpentier, 1898, p 35.

 

L'Arioste : Satires, Laurent, 1826. Photo : T. Guinhut.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 20:19

 

Santa Maria de Sobrado, Galicia. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

Michel Delon : Sade, un athée en amour.

 

 

Michel Delon : Sade, un athée en amour,

Albin Michel / Fondation Martin Bodmer, 336 p, 49 €.

 

 

 

        Le mythe Sade envahit, déniaise, excite, fascine, empuantit les bibliothèques, jusqu’au trop plein, jusqu’à déborder d’indulgence pour son exercice raisonné et irraisonné du mal. De 1740 à 1814, il vécut pour jouir et penser, pour fantasmer et écrire des récits obscènes et d’une cruauté inouïe, qui culminent en l’obsessionnelle calligraphie des Cent vingt journées de Sodome, sur un long rouleau de papier alors qu’il était embastillé. Donatien Alphonse de Sade eut pourtant pour lointaine ancêtre Laure de Sade, dont les sonnets de Pétrarque chantent les vertus. Ce qui ne l’empêcha en rien de devenir ce satanique Marquis de Sade, pervers et criminel en ses pages… Plutôt que l’amour des exactions de ses personnages, mieux vaut l’amour d’un beau livre, grâce à Michel Delon qui réunit à la Fondation Bodmer de Genève, entre les pages de Sade, un athée en amour, et entre nos mains, une iconographie absolument somptueuse. Il est cependant permis de se demander jusqu’où peut nous mener la philosophie du divin Marquis, ainsi nommé par antiphrase, à moins qu’il s’agisse d’un fascinant Moloch, d’une allégorie du Mal…

 

         Dans la lignée des chercheurs et éditeurs Gilbert Lély et Jean-Jacques Pauvert, Michel Delon met sa passion pour Sade, moins au service d’une idéologie suspecte que d’une démarche muséographique et bibliophilique. Un des extrêmes de la pensée et de l’écriture de notre civilisation, quoique l’on doive en juger, ne doit-il pas être conservé, exposé, critiqué ? Ainsi cent quarante documents précieux émaillent ce fort volume, élégamment et rigoureusement conduit par les soins conjugués de Michel Delon, spécialiste des Lumières, et de la Fondation Bodmer qui, en ses murs de Genève, expose cette collection ahurissante.

         En ouverture, Michel Delon se livre à un éloge bienvenu de son scabreux héros. Le maître en athéisme confie, avec un talent rhétorique exceptionnel, sa voix aux persécuteurs qui initient Justine aux « malheurs de la vertu », à la supérieure du couvent où Juliette connait « les prospérités du vice », à Dolmancé et Madame Saint-Ange, les « instituteurs immoraux » de La Philosophie dans le boudoir. Michel Delon pointe alors la « dénonciation des freins religieux et sociaux ». Empruntant son titre, Un athée en amour, à un obscur contemporain de Sade, Pigaut-Lebrun, il examine en son Marquis « la question d’un amour sans illusion religieuse, ni garant métaphysique ».

         Tout à fait étonnante est l’apparition d’un tableau et des gravures représentant Laure, dont la légende pétrarquiste a fait le lit des plus beaux sonnets. Quelle antithèse extraordinaire nous ont fourni les hasards de la descendance et de l’Histoire, du XIVème siècle au XVIIIème siècle, de l’amour courtois au sadisme, de l’humanisme à la Terreur révolutionnaire ! À partir de 1764, l’oncle de l’auteur des Cent vingt journées de Sodome, l’abbé de Sade, publia en effet trois volumes de Mémoires pour la vie de François Pétrarque, dans lesquels il affirmait cette prestigieuse généalogie. Ainsi (qui l’eût cru ?), Sade en sa Bastille devient admirateur de ce pur amour idéalisant la jeune Laure… Passerat-il le reste de sa vie de graphomane à se venger de cette parfaite figure inatteignable ? Les sacrilèges contre la beauté de la vertu, contre la beauté du corps seront en son œuvre innombrables. Où la laideur devient également désirable et sublime. Quand les romans historiques et convenables du Marquis tentent de s’afficher, ils cachent de plus terribles littératures clandestines à l’ « âme noire ». Aussi noire que la biologie créatrice de fantasmes de celui qui passa plusieurs années enfermé parmi les fous, à Charenton. Et qui mit ses talents d’argumentateur philosophique hors pair au service des « prospérités du vice ». Or, à l’égard du styliste élégant dans Aline et Valcour, et du maître en dissection des jouissances cruelles, entre matricide et incestes sanglants, Michel Delon manie le paradoxe en écrivant : « Sade retrouve finalement Pétrarque dans l’exigence du style ». Vingt-sept ans de prison pour la suprême liberté et compensatoire  d’écrire, était-ce trop cher payé ?

         Plus loin, en effet, grâce à Jacques Berchtold, l’on saura tout sur la Bastille et autres châteaux qui enfermèrent le Marquis, pour « pratique sexuelle cruelle et blasphématoire » et autres affaires de mœurs. Maquette de cette Bastille, gravures anciennes du château de Vincennes, de l’hospice pour malades mentaux de Charenton, photographies époustouflantes de Saumur, de Miolans (en Savoie) ponctuent avec soin et splendeur ce livre. Au point que l’on se prenne à rêver de l’excellente « cellule de l’espérance » avec vue montagneuse pour séjour d’écrivain… Le livre alors vagabonde sur les traces des deux voyages en Italie effectués et narrés par Sade. Où il observe le Vésuve, ce qui lui est occasion d’imaginer de précipiter dans sa gueule de lave une des malheureuses héroïnes de l’Histoire de Juliette : la princesse Borghèse. L’on découvre enfin un Sade polymorphe, dramaturge et metteur en scène à Charenton, lecteur prodigieusement cultivé, ce dont témoigne son Idée sur les romans ; un Sade « obsessionnel méthodique » en ses manuscrits (selon Jean-Christophe Abramovici).

        Sous sa superbe couverture volcanique, le livre révèle bientôt les gravures attendues, et publiées sous le manteau en 1797, d’un texte peut-être « irreprésentable », selon Christophe Martin. Elles sont en effet  absolument indécentes et obscènes, à moins que naïves et grotesques, là où les accumulations de corps nus s’empilent et se suspendent comme dans un cirque, et sont bien dignes du plus émoustillant enfer des bibliothèques, aussi bien à destination des érotomanes que des bibliophiles. Venues des rarissimes éditions originales du vivant de Sade, qui en étaient probablement l’auteur, elles s’étalent ici avec exactitude. C’est également à ce titre que ce beau livre est précieux, car ces cent gravures de La Nouvelle Justine et l’Histoire de Juliette, si elles ont été déjà reproduites en fac-simile, (mais pas avec le même soin) ne figurent trop souvent que dans des volumes épuisés et recherchés, aux éditions Obliques Borderie, ou sans même la moindre mention d’éditeur. Sans oublier l’hallucinant rouleau des Cent-vingt journées de Sodome aux douze mètres d’une lilliputienne graphie, embastillé lui aussi ; les nombreux manuscrits et lettres ici miraculeusement lisibles…

         On n’omettra pas de faire honneur à des illustrations plus récentes de l’œuvre sadienne : entre l’art raffiné d’Hans Bellmer et les silhouettes rondouillardes et parodiques de Dubout, on s’amuse des couvertures du Spiegel, témoignant de la sulfureuse fortune germanique du Marquis. À l’histoire de la lecture du scandaleux auteur au cours des XIXème et XXème siècles, Daniel Maggetti ajoute la réception de « Sade en pays de Vaud », puisque l’exposition est sise en la Fondation Bodmer, au bord du lac genevois. L’écrivain, que l’on pourrait qualifier de Pape de l’obscénité, est évidemment l’objet de la fascination des collectionneurs : au détour d’un entretien avec Pierre Leroy, on découvre un cadenas du château d’enfance de l’écrivain, des lettres inédites et retranscrites avec minutie, des éditions originales, aux couvertures de papier dominoté… Le catalogue aux cent quarante-quatre pièces est suffocant : du moulage du crâne de Sade en personne à son testament autographe, en passant par le buste du même, mais comme fait des pierres de bronze de la Bastille, d’après le dessin de Man Ray…

 

Sade-Athee-en-amour.jpg

 

        Concédons que les pires œuvres sadiennes, qui culminent avec le délirant catalogue de massacres à la fin des Cent-vingt journées de Sodome, ne sont à peu près que les fantasmes d’un incarcéré à la Bastille, quoiqu’il se livra de facto à quelques exactions qui n’étaient pas peu graves sur des femmes de son temps. Mais il est assez curieux de constater combien d’intellectuels du XX° siècle ont été aimantés, charmés, par Sade, entre les surréalistes et les thuriféraires de Tel Quel, pour lesquels on imagine sans peine que le goût de l’interdit, des transgressions, et, in fine des libertés intellectuelles, fut un utile aiguillon. Sauf que leurs passions politiques confinant par ailleurs trop souvent avec Trotski, Mao ou les extrêmes de la gauche anticapitaliste, on peut légitimement s’inquiéter de la confluence, voire de la similitude de ces deux admirations pour la tyrannie. Pourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? se demanda Eric Marty[1], énumérant Klossowski, Adorno, Bataille, Blanchot, Foucault, Sollers, Barthes, Deleuze, qui mirent leurs plumes au service d’un culte sadien au demeurent suspect. Les analyses discutables de ces derniers, entre éloge de la transgression et survalorisation d’un écrivain victime du diktat moral, sont pourtant loin d’être ridicules, et parfois d’une rare pertinence : « sans doute, la vision d’une société à l’état de criminalité permanente se présente comme une utopie du mal », commente par exemple Klossowski préfacier, ajoutant en note « cette méthode, aujourd’hui, est la technique et l’industrie de l’état totalitaire[2] ». Cependant cette pléiade de modernes tourne autour de Sade comme des mouches auprès du miel qui va les engluer. Veut-on passer pour un esprit fort, au-dessus des préjugés et des lois ? Bravade post-adolescente et pose philosophique ? Identification de la libido dominandi sadienne à la libido dominandi de l’intellectuel ? Il est curieux que ceux qui prétendent par ailleurs lutter contre le pouvoir et l’aliénation éprouvent une telle fascination pour cette contre-icone qu’est Sade. Sade devient un outil politique, au service du déni anti-bourgeois de la morale, puis une source de gloses ludiques, avant que Pasolini, lui qui savait être amoureux[3], mette en scène Salo ou les 120 jours de Sodome, où d’infects fascistes torturent, y compris au moyen de l’énucléation, une troupe de jeunes gens nus. C’est ainsi qu’en 1976, il mit ces intellectuels le nez dans leur caca : même si la réduction du fascisme à l’extrême droite, en particulier nazie, aux dépens du communisme, était une cécité bien partagée, l’admirable récit sadien n’est qu’une illustration du comportement fascistoïde.

        Avec sa proverbiale perspicacité, Hannah Arendt a su pointer le problème dans Les Origines du totalitarisme : « Les écrivains de l’après-guerre n’avaient plus besoin des démonstrations scientifiques de la génétique, et se référaient peu ou pas aux œuvres complètes de Gobineau […] Ils ne lisaient pas Darwin, mais le Marquis de Sade. […] Pour eux la violence, la puissance, la cruauté étaient les qualités suprêmes de ces hommes qui avaient définitivement perdu leur place dans l’univers et qui étaient trop fiers pour appeler de leurs vœux une théorie du pouvoir qui les réintègreraient dans le monde, en toute sécurité. Ils se satisfaisaient d’être les partisans aveugles de tout ce que la société respectable avait banni, sans considération de théorie ou de contenu, et ils élevaient la cruauté au rang de vertu cardinale parce qu’elle contredisait l’hypocrisie humanitaire et libérale de la société »[4].

        Si Sade est l’aboutissement extrême des Lumières, ce n’est pas après avoir abattu les fausses idoles de la morale corsetée et de la religion qu’il faut se déprendre du droit naturel de chacun à la liberté. Le libéralisme de Montesquieu, de Voltaire et de Kant, y compris le libertinage du XVIIIème, est à l’exact opposé de La Philosophie dans le boudoir, qui n’a que le mérite rhétorique de donner une justification philosophique spécieuse aux démons du roman gothique[5], ainsi délivrés du remord et ivres de leur toute puissance sexuelle coercitive : « Aussitôt qu’il est démontré que le crime lui plait, l’homme qui la [la nature] servira le mieux sera nécessairement celui qui donnera le plus d’extension ou de gravité à ses crimes […] il a servi la nature par l’action qui plait le mieux à cette nature sanguinaire dont le crime entretient l’énergie et qui ne se nourrit que de crimes.[6] »

         Certes la prose romanesque d’Aline et Valcour est d’une facture remarquable, et les talents dialectiques de l’argumentation sadienne étourdissants. Comme le « Dialogue entre un prêtre et un moribond », dans lequel ce dernier récuse vertement tous les dieux : « Que vois-je au lieu de cela dans tout l’univers, autant de dieux que de pays, autant de manières de servir ces dieux que de différentes têtes ou de différentes imaginations, et cette multiplicité d’opinions dans laquelle il m’est physiquement impossible de choisir serait selon toi l’ouvrage d’un dieu juste ? » Ce moribond est bientôt plus juste que Sade : « A Dieu ne plaise que je veuille par-là encourager au crime […] La raison -mon ami, oui, la raison toute seule- doit nous avertir que de nuire à nos semblables ne peut jamais nous rendre heureux, et notre cœur, que de contribuer à leur félicité, est la plus grande pour nous que la nature nous ait accordé sur la terre ; toute la morale humaine est enfermée en ce seul mot : rendre les autres aussi heureux que l’on désire de l’être soi-même et ne jamais faire plus de mal que nous n’en voudrions recevoir. »[7]. Puissent les lecteurs de Sade suivre cet excellent précepte !

Sade aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Photo : T. Guinhut.

 

      Plutôt un athée en sexualité qu’en amour : pourquoi ? S’il faut admettre que le Marquis, comme tout un chacun, put être amoureux, et fut résolument athée, la sexualité de ses personnages, qu’il s’agisse de Dolmancé ou de ceux de La Philosophie dans le boudoir, n’est pourvue d’aucun sentiment d’amour, ni pour autrui, ni pour l’humanité. Ni philia au sens grec, ni caritas au sens chrétien. Tout juste l’amour démesuré de soi et de sa jouissance, tout juste une relative complicité dans le crime avec ses compagnons d’orgie. Jouissance irrépressible de la violence, pulsion de mort, domination quasi divine exercée sur l’autre, réduction satanique de l’autre à la victime souffrante et d’autant plus jouissive, répétition obsessionnelle de l’expulsion orgasmique. Y compris dans la sexualité, il n’y a pas de dieu chez Sade, pas même l’instinct de reproduction qui pourrait être une soumission à la nature, sinon à un dieu. En la brièveté de sa vie, l’homme, mais aussi quelques maitresse-femmes, non seulement n’a rien de sacré, mais s’ingénie à profaner les traces convenues du sacré. À l’époque du préromantisme triomphant, l’amour est rayé de la carte par Sade, autant que Dieu. Ne reste alors que la noria d’une sexualité qui épuise son imagination dans d’infinies postures et scénarios, sans cesse mue par son allié le plus noir : l’excitation tyrannique, y compris par des moines luxurieux en diable. Tyrannie qui s’exerce contre soi, puisque le héros sadien ne peut ni ne veut échapper à la chaîne sans fin de ses désirs nerveux, et a fortiori contre toute victime réduite à l’état de belle viande-objet consommable, destructible et jetable. Ce dans les cris irréfragables de la toute-puissance, et de la toute impuissance, illusoires devant le néant qui nous attend tous. Ce en quoi le sadisme est néanmoins une inquiétude métaphysique autant qu’un système politique réunissant, d’Héliogabale à Staline, en passant par Robespierre, cet exact contemporain de Sade, tous ceux à qui le pouvoir absolu permet cette ivresse du sexe et du sang d’autrui, et qu’on appelle perversion. Au point que le héros sadien soit le prototype achevé du Fasciste (rouge, brun ou vert qu’importe), point nodal sur lequel le doigt de Pasolini s’est exactement posé.

        Relisons quelques perles des personnages de La Philosophie dans le boudoir : « La destinée de la femme est d’être comme la chienne, comme la louve : elle doit appartenir à tous ceux qui veulent d’elles[8] ». Et encore, c’est une femme, Mme de Saint-Ange, si bien nommée, qui parle. Sous les espèces du dialogue philosophique, l’éloge du libertinage et le blâme d’une morale ligotée, la surexcitation forcenée, puis les extrémités de la violence préparent l’acmé des Cent-vingt journées de Sodome qui n’est qu’un camp de tortures et d’exécutions sexuelles… Quoique Sade, dans une note, prétende qu’il ne faille pas confondre  « l’absurde despotisme politique avec le très luxurieux despotisme des passions de libertinage »,  Dolmancé est bien un tyran sexuel qui conclut sa carrière ainsi : « Je ne mange jamais mieux, je ne dors jamais plus en paix que quand je me suis jamais souillé dans le jour de ce que les sots appellent des crimes[9] ». L’éloge du vol et du meurtre culmine dans « Français, encore un effort si vous voulez être républicains[10] », essai délibératif inséré dans le cinquième dialogue, et qui se veut un système politique complet, inexcusablement tyrannique.

        Une célèbre conversation des Frères Karamozov semble confirmer le postulat sadien : « Que faire, si Dieu n’existe pas, si Rakitine a raison de prétendre que c’est une idée forgée par l’humanité ? […] Pour Ivan, il n’y a pas de Dieu. […] Alors, tout est permis ?[11] » Dieu n’existant pas, le philosophe dans le boudoir s’affranchit de toute autorité morale, érige son caprice sexuel en liberté absolue, en infatigable oppression sur ses esclaves. À cet argumentaire sadien, Helvétius, philosophe des Lumières, répond : « On a demandé s’il y avait une nation qui n’eût aucune idée de Dieu, et si un peuple composé d’athées pourrait subsister ? […] On nous dit que l’Athéisme fait disparaître la sainteté des serments. […] Il n’est pas douteux qu’une société nombreuse, qui n’aurait ni Religion, ni Morale, ni Gouvernement, ni Lois, ni principes, ne pourrait se soutenir, qu’elle ne ferait que rapprocher des êtres disposés à se nuire. Mais avec toutes les Religions du monde, les sociétés ne sont-elles pas à peu près dans cet état ? Une société d’Athées gouvernée par de bonnes lois, invitée à la vertu par des récompenses, détournée du crime par des châtiments, serait plus vertueuse que ces sociétés religieuses où tout conspire à ennuyer l’esprit et à corrompre le cœur.[12] » Comme quoi l’athéisme n’empêche pas la vertu : une société des libertés n’a pas besoin d’un dieu pour assurer sa morale et ses mœurs. « Athée de l’amour », Sade n’a plus de dieu qui soit amour, certes. De même, son athéisme de la sexualité ne subordonne cette dernière à aucune divinité qui puisse être  garante du respect d’autrui. L’erreur sadienne, une fois dieu disparu, une fois postulé que la nature fomente un plaisir qui est la seule loi du tortionnaire, est de faire disparaître la dignité humaine et d’y trouver son plaisir, sans même le secours de l’art, comme à Auschwitz ou la Kolyma, où s’effacent civilisation et humanité.

 

         Sade est-il un philosophe des Lumières ? Bien évidemment non ! À moins que l’on considère qu’il fasse la lumière sur le raisonnement du mal. Quoique contemporain du fameux manifeste libéral Qu’est-ce que les Lumières ? de Kant, paru en 1784, il en est le contre-modèle, l’antithèse irréductible. Son argumentation ne plaide que la cause de la liberté du tyran absolu, au service donc des plus noirs desseins pour l’humanité : un Caïn sans l’œil de Dieu, sans l’ombre d’une morale des libertés. En ce sens, exposition et livre splendide, Sade, un athée en amour, est à la fois un trésor historique et bibliophilique, et un procès, dans lequel les pièces justificatives (dont les romans peut-être trop peu cités) sont au service d’un réquisitoire évident. Et d’une plaidoirie non moins évidente : les vices des œuvres de Sade ne sont aujourd’hui des Crimes de l’amour et de la sexualité qu’entre leurs pages à préserver, et non sur le sol des réalités. Ce « vice impuni, la lecture », pour reprendre le titre de Valéry Larbaud, reste une vertu, même avec Sade, si l’on sait lire, armé de la raison et du souci des libertés individuelles, pour y traquer le mystère et l’argumentaire du mal[13]

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1]  Eric Marty : Pourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?  Seuil, 2011.

[2]  Sade : La Philosophie dans le boudoir, La Bibliothèque Oblique, Borderie, 1980, t I, p 23.

[4]  Hannah Arendt : Les Origines du totalitarisme, Quarto, Gallimard, 2010, p 643-644.

[6]  Sade : « La Vérité », Œuvres diverses, Le Club Français du Livre, 1967, p 267.

[7]  Sade : Œuvres diverses, ibidem, p 78, 81-82.

[8]  Sade : La Philosophie dans le boudoir, ibidem, t I, p 63.

[9]  Ibidem, t II, p 59, 79.

[10] Ibidem, t II, p 8 à 54.

[11]  Fiodor Dostoïevski : Les Frères Karamazov, Le Livre de poche relié, 1965, t II, p 235-236.

[12]  Helvétius : Le Vrai sens du système de la nature, Œuvres complètes, t I, Londres, 1777, p 324-325.

[13]  Voir : De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

 

Sade aux éditions Jean-Jacques Pauvert. Photo : T. Guinhut.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 16:20

 

Alquezar, Sierra de Guara, Haut-Aragon. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

Julien Gracq : Les Terres du couchant,

 

un conte philosophique somptueux.

 

 

Julien Gracq : Les Terres du couchant,

José Corti, 256 p, 20 €.

 

 

 

 

      Qui l’eût cru ? Un inédit de Gracq soixante ans plus tard ! Un roman qui plus est, bien qu’annoncé « récit »… Un fonds de tiroir, ou de malle, car c’est là qu’il fut délaissé par son auteur, puis retrouvé. S’il fallait en rester là, suivant la quatrième de couverture qui obéit à une prudence modeste, rien qui « bouleverse » la vision que nous pouvons avoir acquise de l’œuvre pléiadisée. Pourtant, au-delà d’un apparent ressassement de thèmes qui parcourent les œuvres à la source de sa gloire, voici un volume stupéfiant, somptueux, tant du point de vue romanesque, que politique et esthétique.

 

      Les Terres du couchant ressortissent à un topos depuis longtemps établi : l’attente, par une cité paisible et son avant-poste, de l’invasion des barbares. Avant Julien Gracq, Ernst Jünger, dans Les Falaises de marbre[1] (1939), puis avec moins de hauteur, Dino Buzzati, dans Le Désert des Tartares [2] (1940), virent le compte à rebours de l’effondrement s’égrener au large de vastes espaces. Une trilogie apparemment indépassable se fermait en 1951 à l’occasion du Rivage des Syrtes, dont la prose, aussi évocatrice que polie, ranimait l’allégorie voilée de la menace totalitaire et nazie. Etait-ce suffisant ? C’est entre 1953 et 1956 que Julien Gracq entreprit son manuscrit, pour l’abandonner en faveur d’un autre récit attentif au même thème, quoique plus humblement réaliste, racontant la « drôle de guerre » de 1939-1940 : Un Balcon en forêt. Comme une même peau qu’il fallait quitter, Les Terres du couchant était-il trop chargé de l’atmosphère de son prédécesseur ? Son auteur n’avait-il pas su trouver l’acmé de sa forme définitive ? Sa prose était-elle trop riche, ou incomplète ?

      N’en déplaise à celui qui le négligea, nous sommes fabuleusement conquis. Conquis par cette ville de « Bréga-Vieil » et ses odeurs de dame sénescente parmi les « peuples vieillards », par le tableau de son « Royaume » suradministré, par la perspicacité de son narrateur, par la citadelle de « Roscharta », par la montée progressive et inéluctable de l’action, tendue comme une tragédie grecque.

      L’intemporalité de l’espace et de l’intrigue semble à la fois l’éloigner dans un temps mythique et la rendre irrésistiblement présente et de toujours. Seuls les accessoires chevaleresques et les fusils paraissent tenir d’un entretemps à la lisière du Moyen-âge et du siècle des Lumières. Ce qui semble aujourd’hui un de pied de nez involontaire à nos envahissantes séries médiévales de fantasy, qui n’ont pas la hauteur stylistique et intellectuelle gracquienne, malgré l’indéniable talent d’un George R. R. Martin, solidement assis dans son Trône de fer[3].

      Employé par la « Chambre du Cadastre », le narrateur des Terres du couchant  (qui ne prononce jamais son nom) parcours le pays. Avertis par de sombres émissaires, lui et son ami Hingaut décident de passer à la « clandestinité », de fuir « Bréga-Vieil », avec quelques compagnons : Hals, Lero et Berthold. Non vers la désertion, mais vers l’action, vers les territoires lointains où s’exerce l’infiltration barbare ; ce avec une témérité plus délibérée que celle du modeste héros du Rivage des Syrtes, dont le bateau ne fit qu’apercevoir l’ennemi. Là est l’une des originalités de notre récit face à ceux qui l’encadrèrent. D’abord établis à « Briona-Haute », dans les montagnes, nos francs-tireurs traversent les forêts avant de passer la « Crête du Sanglier », cette frontière périlleuse après la trompeuse sécurité. Nous sommes en plein roman d’aventure, non sans suspense, où alternent moments radieux et noirs cauchemars. Bientôt l’on emprunte une « route fossile » démesurée, vaste poème en prose qui permet de découvrir d’où vient le fragment « La Route », publié en 1956 parmi le recueil La Presqu’île. Ce qui laisse peut-être entrevoir pourquoi Gracq oublia ces Terres du couchant : réprouvait-il cette instabilité générique entre le romanesque et la poétique topographie ?

      Une fois la deuxième partie, nous sommes aux confins : une ville fortifiée s’élève au-dessus d’un lac et en vue de montagnes glacées. Ce qui nous vaut des descriptions absolument somptueuses, de la part du géographe lyrique que fut Julien Gracq, des images luxuriantes, une jubilation continue devant le beau. Sans oublier une civilisation urbaine traditionnelle et artisanale dont l’équilibre économique et éthique n’est pas sans rappeler Héliopolis d’Ernst Jünger[4] (1949). Mais également face à une plaine où campent et s’agitent en ordre les cavaleries barbares, infligeant sans état d’âme une mort brutale et primitive : car en la « tour des crânes », les guerriers « maçonnent toutes fraîches les têtes qu’on vient de couper, comme des amandes dans du nougat ».

      Ainsi, l’une des originalités de ce récit face au Rivage et au Balcon reste indéniablement le tableau de la guerre, si ténu parmi ceux-là : mouvements de « l’armée angarienne », stratégie concertée, incendie de la forteresse avancée quand l’action s’exaspère inéluctablement, sortie de quelques têtes brûlées, dont le narrateur, parmi les cavaliers capables de les faucher d’un coup… Ce livre a le parfum excitant des classiques et des horizons fastueux, autant que de la tragédie et de sa catharsis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Des moments d’exception - si nombreux au demeurant - constellent cette rencontre des Terres du couchant : le théâtre de Roscharta où « la nuit brûle », où « ce qui consomme ici va s’enflammer en présence de la mort », mise en abyme évidente du récit tout entier ; la brève idylle avec l’actrice Aega, intense explosion d’érotisme calme et de conscience sensuelle du monde aux portes de la catastrophe ; l’allusion révélatrice à la dimension épique et mythique du livre, à travers cette épiphanie : « Comme les guerriers troyens sur le rempart d’Ilion, j’ai vu un homme marcher enveloppé un moment dans son Dieu ». Tout cela conflue en ce qui peut sembler, au sein du courant de lave de cette prose méditative et chatoyante, un aphorisme : « le châtiment poignant du sursis chichement accordé qui fait exploser en vigueur, on dirait, chaque seconde de vie, se mêle étrangement à celui d’une liberté encore inconnue ».

      Comme dans Le Rivage des Syrtes, mais à la différence du Balcon en forêt, le narrateur-personnage est à la première personne : ainsi l’on croit deviner la plume d’un journal de trois ans. De plus, il n’est pas soldat : c’est un individualiste, un risque-tout, qui se dirige en toute conscience au-devant du combat, dont il ne mésestime pas l’issue. Si, à la fin du Rivage, « le décor avait été planté », la tragédie est jouée jusqu’à l’imminence du dénouement, dont la chute du fort d’ « Armagh » n’est que la répétition générale, métaphore suggérée par la représentation théâtrale ultime jouée à Roscharta.

     À ce conte philosophique somptueux, nous n’oserons opposer que de modestes réserves : la place démesurée accordée à la « Route », ainsi qu’un maladroit retour en arrière à son égard, donc un léger déséquilibre des proportions, une ou deux phrases qui sentent encore la sécheresse du diariste, sans compter l’ultime paragraphe, splendide au demeurant, filant la métaphore théâtrale, imaginant de « fermer la scène », qui n’était peut-être pas celui dont se serait satisfait son auteur, ô combien perfectionniste. Il est également permis de s’irriter de l’abus des italiques comminatoires. Quoiqu’aucune de ces broutilles ne permette un instant de bouder sa volupté…

 

      L’analyse politique fait moins de Gracq un romancier qu’un psychologue des nations, qu’un philosophe de l’Histoire. Les « dignitaires » du « Royaume » euphémisent la barbarie des envahisseurs à l’affut : « L’idée que « cela n’arriverait pas » -que le danger viendrait mourir de lui-même sur ce glacis épaissement cuirassé par le refus de penser et de prévoir- était tellement avérée dans les esprits par la paresse à envisager le pire qu’elle mettait à l’aise pour refuser même de discuter les vues que ceux que le langage officiel appelait encore bénignement -en attendant peut-être des formes de censure plus brutales- les agités ». Assis sur ses traditions, ses certitudes, « liasses croûtées d’un limon de siècles », le pays refuse d’ouvrir les yeux sur sa déliquescence interne, en pensant l’adversaire « raisonnable ». S’il faut lire en cet apologue une figuration de l’imprévoyance devant la montée du nazisme, ne faut-il pas y distinguer la conduite à ne pas tenir, veule soumission, devant des menaces déjà là ou à venir ? Soixante ans après, au travers de l’apparence du mythe, Julien Gracq confie une morale pour notre temps…

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Ernst Jünger : Les Falaises de marbre, Gallimard, 1942.

[2] Dino Buzzati : Le Désert des Tartares, Robert Laffont, 1949.

[3] George R. R. Martin : Le Trône de fer, J’ai lu, L’intégrale, 4 tomes depuis 2010.

[4] Ernst Jünger : Héliopolis, Christian Bourgois, 1975.

 

Photo : T. Guinhut

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 14:01

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

L’anorexie au mur de la beauté.

 

Tieri Briet : Fixer le ciel au mur.

 

 

Tieri Briet : Fixer le ciel au mur,

La Brune au Rouergue, 144 p, 15,30 €.

 

 

 

C’est pour des anges fixés au mur d’un monde hostile que Tieri Briet écrit : sa fille Lean, mangée par l’anorexie, Musine, écrivaine emprisonnée par le communisme albanais, Hannah Arendt[1], flanquée par les totalitarismes… Poésie, dissidence et amitié pour l’humanité sont mises au service de l’amour d’un père et de la sauvegarde d’une jeune fille. Ce dans un récit erratique, sensible et intensément illuminé. Car ce qui « a fixé le ciel au mur », selon les mots du poète Rade Tomic, n’est autre que l’écriture.

 

« Epidémie sociale », venue des couvertures de Vogue,  ou « épidémie dans le ventre absolu des jeunes filles », l’anorexie frappe Lean. Elle est pourtant pleine de vie, elle qui rentre en Terminale, est amoureuse et lit Rimbaud. Le motif des corps innerve les pages, quand s’opposent, se complètent et s’enseignent le corps de Lean, amaigri, et celui de la nouvelle épouse du père : Noémie, surnommée « la Noémienne », comparée à une Madone, qui porte un nouvel enfant, Orso.

Ce pourrait n’être qu’un documentaire de plus. Mais c’est sans sentimentalisme, ni compassionnel pleurnichard, que le père lutte avec sa fille qui s’est confiée à une chambre d’hôpital de Nîmes. Lui, en Arles, démuni devant la maladie, cherche des témoignages pour comprendre, des livres pour les soutenir. Ainsi, Tieri Briet projette vers le manque de sa fille d’autres femmes en lutte contre des maladies politiques qui sont un peu les métaphores de l’anorexie. Dans l’Albanie communiste et l’Allemagne nazie (mises justement sur le même plan), Musine Kokalari, cachant sa lecture de l’auteure de la Vita Activa, œuvre interdite, et Hannah Arendt sont alors des mentors qui élèvent la pensée, qui nourrissent la faim de poésie, de philosophie et de justice, devant le mal maladif et le mal politique. Au point que notre narrateur aille marcher dans les Balkans meurtris par les guerres, récoltant en son sac à dos, les livres, les fac-simile des carnets de Musine, pour tenter de faire traduire et publier en France celle qu’avec fougue, dans son plaidoyer, il brosse en dissidente démocrate aux cheveux longs. Ce dont nous lui serions bien reconnaissants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Le récit d’un jeune destin en lutte contre la tyrannie de ses organes, et qui n’aura « plus besoin d’avoir peur », prend grâce à ces deux voix une dimension universelle, politique et créatrice. S’y adjoignent parfois des allusions à d’autres isolés et différents comme Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron, ou comme les Tziganes et Gitans, dont la musique colore l’émotion des personnages. Car, rythmé par autant de chansons, de « rengaines », de Nino Ferrer aux Négresses vertes, en passant par Noir Désir, comme autant de chapitres, le récit avance inexorablement, moins par nécessité dramatique qu’éthique et poétique. En effet certaines pages sont de véritables poèmes en prose : « Pour devenir femme, une enfant comme toi a besoin de nourriture et de beauté (…) » Cette phrase d’ailleurs peut passer pour à la fois la thèse et le moteur narratif.

Car ces pages sont les « talismans de la tristesse d’un père séparé de sa fille ». À cette lettre d’amour paternel et familial, cet engagement autobiographique, répond à la volonté affiché de l’écrivain et lecteur : « C’était la vie à l’état brut des écrivains que je voulais pouvoir lire et rien d’autre ». Ce qui ne l’empêche pas de lire des auteurs aux projets différents, comme lorsqu’il évoque le poète Tranströmer, ou Reinaldo Arenas qui, au sortir des geôles cubaines, rend visite à Lezama Lima, l’immense baroque obèse de Paradiso[2]… Et de « trimballer les cendres de [ses] ancêtres en écriture », tous livres qui bouillonnent autour de la volonté de liberté de Musine, d’Hannah et de Lean, et qui nous donnent la force de vivre et de penser.

 

 

Très vite, nous comprenons que Tieri Briet n’a de cesse d’aller et venir parmi les passerelles génériques : les éclats de retours en arrières autobiographiques et géographiques voisinent avec les pistes embryonnaires de l’essai littéraire et philosophiques, sans oublier le dialogue entre poésie intime et responsabilité de l’engagement. Une voix gitane « si brune » se mêle à celles, si graves, de Musine et d’Hannah, à celle si attachante de Lean, qui, à leur exemple, prend des notes sur ses rêves. Tout cela grâce à un homme qui publie sa vie et celle de sa « tribu ». Est-ce exhibitionnisme, indiscrétion ? Non. Seulement, et au service du lecteur,  sensibilité à soi, aux autres et au monde comme il va et ne va pas.

 

Il faudra fixer le livre de Tieri Briet au mur de la beauté. Mais aussi de l’engagement de la sensibilité poétique et de la pensée politique. « Archiviste en littérature de combat à l’Observatoire de la dissidence », ainsi se désigne-t-il. On connait l’attachement de l’auteur à la cause des Roms, des Tziganes, tous ceux à qui l’on doit reconnaître la qualité d’humanité. Même si, dans son enthousiasme nécessaire et militant, il néglige peut-être de rendre justice à la question de la délinquance, qui n’est évidemment pas l’apanage de ces dernières populations. Reste qu’à celui qui sait aimer et défendre l’humanité, des enfants jusqu’aux exilées politiques, femmes philosophiques et poètes, il faut rendre un hommage amical, et ses lettres de noblesse à l’éloge. Comme nous rendrons à son livre hommage, lui faisant l’amitié de côtoyer en notre bibliothèque ses auteurs choyés.

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[2]  José Lezama Lima : Paradiso, Seuil, 1971.

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:42

 

Versant est du Pic du Midi d'Ossau, Pyrénées-Atlantiques. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

Alain Nadaud : Des montagnes et des dieux,

 

deux espaces de fiction.

 

 

 

Alain Nadaud : Le Passage du col, Albin Michel, 324 p, 19€ ;

 

Dieu est une fiction, Serge Safran éditeur, 288 p, 19 €.

 

 

 

Où sont les dieux du tonnerre et du vent ? Au-dessus des nuages, parmi les sommets des montagnes, sont le séjour des dieux. Et si Alain Nadaud a rencontré les montagnes réelles pour en faire des fictions parmi ses livres, il n’a rencontré nulle part les dieux, sinon leur fiction. Arpentant avec la même aisance le roman et l’essai, il garde la tête froide et fort critique devant les spiritualités tibétaines autant que parmi la ribambelle de déités qui règne sur les cerveaux de l’Histoire et de nos contemporains.

 

Dans notre imaginaire le Tibet oscille entre l’actualité politique, des paysages époustouflants et une religiosité intense. Si Alain Nadaud n’avait fait que réunir habilement ces trois instances, il aurait déjà bien mérité du roman. Mieux encore, il ajoute à ce roman d’aventure entraînant qu’est Le Passage du col une analyse de la collusion entre la psyché et l’écriture tout à fait pertinente.

Il commence comme un simple récit de voyage, en toute modestie donc. Un écrivain, peut-être en mal d’inspiration, franchit les gorges de l’Himalaya, plus éprouvantes, plus vertigineuses les unes que les autres, à bord de véhicules brinquebalant sur des pistes en devers et en surplomb. Jusqu’à ce que, bloqué par un éboulement titanesque, sans compter les tracasseries des policiers chinois, il doive accepter l’hospitalité de deux lamas dont la sagesse lui sera bénéfique. En contrepartie, il devra rendre compte de son expérience et ainsi rendre justice à ce Tibet opprimé. La marche, aussi belle qu’épuisante, purificatrice, passe par le col, lieu de transition symbolique. Grâce à la méditation en un pauvre monastère, il parvient à une révélation : les rêves sont des traces dispersées depuis nos vies antérieures… Bientôt, il ne connaît plus guère la frontière entre réalité et fiction, entre vie vécue et vie écrite. C’est ainsi que le roman autobiographique et poétique devient un roman d’initiation.

 

 

Que sont ces vies antérieures ? L’écrivain -et le lecteur avec lui- a la surprise de bientôt constater qu’il s’agit de réminiscences des précédents romans d’Alain Nadaud lui-même. Est-ce une façon de dire que nos vies antérieures sont à la source de nos créations qui n’en sont que des répétitions ? Ou le contraire ? S’agit-il de l’ironie d’un moraliste qui ne croit guère en ces fictions religieuses ou -appelons les autrement- ces superstitions… Parmi ces vies, le voilà « pêcheur à Délos » subjugué par « l’homéride », « légionnaire romain » mourant, moine copiste qui se découvre écrivain, ou archéologue. C’est donc à la découverte de son inexplicable destinée d’écrivain, depuis son enfance, lorsqu’il se découvrit cette vocation, que ce voyage montagnard et spirituel conduit. Mais ce « passage du col » est aussi celui de l’utérus maternel par lequel retrouver ses origines, ses vies antérieures et leurs dangers. Danger également en cette lamasserie perdue où les soldats chinois viennent imposer leur campagne de rééducation socialiste et vexatoire, où l’écrivain est découvert par une furieuse et néanmoins désirable soldate…

Lors de ces échappées paysagères et spirituelles, on pense aux poèmes de Segalen, et plus particulièrement à celui en prose du même nom : « Le passage du col », dans le recueil Equipée[1], ensemble de mouvements voyageurs et mentaux au travers du continent chinois et jusqu’au Tibet. Alain Nadaud ne rend-il pas discrètement hommage au poète ?

Trop souvent, le Tibet et le bouddhisme donnent lieu à des spiritualités de bazar. Sans compter que le mythe des vies antérieures et des réincarnations, « trop beau pour être vrai » n’est probablement qu’une « religiosité de pacotille », une faribole consolatoire à l’usage de ceux qu’une vie de peines ne remplit pas de satisfaction. Ce que dénonce l’écrivain, y compris devant le lama qui alors devient son guide vers une méditation plus fine entre « voie de l’éveil » et « voie de l’endormissement ».

Le voyage vers cet au-delà, ou plutôt en-deçà, tel que présenté par Alain Nadaud, a le mérite insigne de proposer une distance critique, en ramenant ces vies rêvées à ce qu’elles sont : des fictions. L’écrivain apprendra pourtant à retrouver confiance en son art et en sa nécessité. Ainsi, une réelle logique relie ses voyages, montagnards et intérieurs, sa culture de l’antiquité et des mythes avec les étapes d’une écriture particulièrement évocatrice et qui n’oublie pas d’être un espace de liberté contre les oppressions, qu’elles soient chinoises ou religieuses. En cet horizon de sommets et de miroirs romanesques, Alain Nadaud se montre borgésien, mais à sa personnelle manière, avec autant de virtuosité que de clarté : celle du rêveur sans illusion de mythes. Comme lorsqu’avec une rigueur implacable, il démonte et dénonce la fiction. Mieux vaut alors lire la fiction de l’écrivain que croire en celle d’un dieu.

 

 

Cette critique du religieux trouve bientôt son pendant dans un essai rigoureusement ordonné : Dieu est une fiction. Le sous-titre est parlant : « Essai sur les origines littéraires de la croyance. » Autrement dit, les textes sacrés ne sont écrits que de main d’homme, il est nécessaire et pertinent de leur appliquer une méthode de lecture critique et historique. Lire la Torah, la Bible, Les Métamorphoses d’Ovide et le Coran n’est rien d’autre que lire des romans, des poèmes et des propositions juridiques. La Théogonie d’Hésiode et les Evangiles sont des « œuvres d’imagination ». La seule chose qui les sépare est qu’en la première plus personne ne croit plus. Inventer des dieux « pour ne pas se désespérer de son sort » reste une activité honorable, si elle ne devient pas une tyrannie contre autrui, « au coût exorbitant de son asservissement, de la confiscation de sa liberté de pensée et d’agir ».

De là à en inférer que « le culte de la littérature ne faisait aujourd’hui que participer à la perpétuation de la croyance », il y a peut-être un pas qu’il ne fallait franchir qu’avec précaution : aimer les textes ne signifie pas croire aveuglement en la réalité de leurs personnages et en l’autorité irréfragable de leurs maximes… probablement s’agit-il là d’une mélancolie venue d’une perte de confiance en l’écriture, d’une anomie de l’inspiration, comme en témoigne son Journal du non-écrire[2].

L’essai Dieu est une fiction dévêt les croyances de leurs voiles. Anthropomorphes, bouffis du besoin d’être adulés, capricieux et vengeurs sont trop souvent les dieux. Avec modestie, Alain Nadaud, qui ne prétend ni à la vérité, ni à l’exhaustivité, charge toutes, ou presque, les religions. L’animisme est conspué pour sa naïveté et son ridicule, malgré les qualités d’imagination et de fascination de ses conteurs inspirés. Les mythes n’ont plus qu’un statut littéraire, « projection splendide ou sordide des passions qui animent l’humanité ». Les prophéties bibliques sont des stratagèmes pour faire parler Dieu lui-même ; les prodiges d’un récit « à plusieurs mains », nourrissant l’exégèse juive, n’ont pas été retenus par les historiens, quoique flattant l’orgueil du « peuple élu », sans cesse frappé de déception. Le christianisme est plus universaliste, moins contraignant, il réussit à faire avaler une fiction risquée : Dieu s’incarne en un homme. Contribuant à la fin de l’esclavage et à la séparation des pouvoirs spirituel et temporel, le discours pacifiste des Evangiles ne sera pas toujours entendu, en tout cas pas à la hauteur du mystère de la Sainte-Trinité, « invention délirante et acrobatique », source de querelles, de schismes et d’hérésies. Quant au monothéisme de l’Islam, il n’est qu’un outil politique et guerrier de conquête, assure-t-il, s’appuyant sur l’excellent historien Rodinson[3]. Le Coran n’a « aucun ordre logique », n’est qu’une incantation répétitive, obsessionnelle et autoritaire. Pillant la Torah dont Allah prétend être l’auteur, puis le personnage de Jésus, sans compter la bourde des « versets sataniques », il assure la tyrannie d’un dieu abstrait au moyen du « plagiat et de l’artifice littéraire ». Déçu par le recul des Juifs devant son chef-d’œuvre, Mahomet les vouera aux pires exécrations sanguinaires, tout en perpétuant une « brutale domination sexuelle » en moyen des vierges à disposition dans le paradis. Le Coran ne supporte guère la comparaison littéraire avec la Bible, Mahomet ne pouvant rivaliser avec une création d’un millénaire. La critique du style et de la composition du « texte acrimonieux et vindicatif » est sans indulgence. Pourtant sa persuasion presque planétaire est affolante…

 

 

Quelques soient les dieux, ils « n’apparaissent et ne s’imposent que dans et par l’imaginaire des hommes » et au moyen de leurs clergés trop souvent impérialistes. Rendons grâce à toutes ces religions pour les trésors d’art, de musique et de littérature, et aux Grecs de n’avoir été ni prosélytes ni fanatiques. Pourtant, le fanatisme et l’extrémisme sont des « raidissements » devant « la sourde perte de croyance ». Car comment comprendre que ces dieux ne se soient adressé qu’à quelques tribus, au lieu de la terre entière, sinon en démasquant leur fausseté. Ce qui surexciterait la susceptibilité des bras armé des dieux.

La lecture d’Alain Nadaud est aussi savante et informé que fluide, son argumentation raisonnée parait ne souffrir aucune contradiction. Y compris lorsqu’il démonte l’argument de l’intraduisible texte sacré, en arguant des traductions de Don Quichotte[4] qui n’empêchent pas le vent du chef-d’œuvre. En revanche il n’est pas sûr que l’exégèse soit toujours un « gaspillage d’intelligence », si l’on sait que l’étude du Talmud vivifie l’intellect des Juifs, quand la récitation coranique abrutit celui des Musulmans. Car « le croyant défend bec et ongles son désir de soumission à une autorité qui pense pour lui ». Nous sommes alors bien loin de la devise des Lumières selon Kant[5] : « Ose savoir ! »

Au-delà de cette soif de croire, ne reste au bout du compte, selon Alain Nadaud, qu’à trouver « une mystique de l’athéisme », formule peut-être excessive. La « lucidité » de l’athée le conduit à savoir que « l’homme est l’ultime horizon de lui-même », qu’il doit « aménager le vivre ensemble », à repousser la question du mal, imputé à Satan, vers l’humanité elle-même. La sagesse critique d’Alain Nadaud est évidemment de l’ordre d’un humanisme, sans qu’il soit nécessaire d’y aménager une place pour des dieux dangereux. Polémiste il conclue : « la religion est le trou noir de l’intelligence », ce que l’on peut trouver bien excessif… Il en appelle à une « spiritualité » de l’athéisme, recentrée sur « les activités artistiques […] l’amour d’une femme ou d’autrui ». Et pourquoi ne pas penser aux activités économiques au service de l’humanité ?

 

Au sortir de deux livres plaisants, efficaces, roboratifs, usant des deux facettes du roman et de l’essai, la pensée du lecteur ne peut que s’élever, autant au passage du col montagneux qu’à la hauteur des mensonges décryptés des dieux, humains, trop humains. Pourquoi accordons-nous tant de prix à ces fictions que sont les dieux du tonnerre et du vent, Aphrodite ou Bouddha (quoiqu’il fût selon la légende un homme), Christ ou Allah, sinon pour nous illusionner… A moins qu’ils soient le soupçon, l’appel de cette transcendance qui nous est consubstantielle et consolatoire. Est-ce à dire qu’il faut rejeter les textes religieux ? S’il y a parmi eux de la sagesse et de la beauté humaines, certes non. S’ils sont fanatisme, obscurantisme et intolérance, voire appel à l’esclavage des femmes et au meurtre, on gagnera bien sûr à les ranger dans les bas rayons des mauvais documents, aux côtés de Mein Kampf et du Manifeste communiste, ces fictions dangereuses aux montagnes de morts bien réelles, à seule fin des historiens des mœurs.

 

Thierry Guinhut

La Partie sur Le Passage du col est parue dans Le Matricule des Anges, mars 2009

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Victor Ségalen : Stèles, Peintures, Equipée, Club du Meilleur Livre, 1955.

[2] Tarabuste Editeur, 2014.

[3] Maxime Rodinson : Mahomet, Seuil, 1968.

[5] Voir :  Don Quichotte et le problème de la réalité, par Cervantès, Schütz et Garouste

 

Pic de Céciré, Bagnères-de-Luchon, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 17:13

 

Manga japonais XIX°. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Le tropisme japonais d'Hubert Haddad :

 

Le Peintre d’éventail et ses Haïkus.

 

 

Hubbert Haddad : Le Peintre d'éventail, Zulma, 192 p, 17 €.

 

Hubbert Haddad : Les Haïkus du peintre d'éventail,

Zulma, 150 p, 15,20 €.

 

 

 

       Chaque livre d’Hubert Haddad est un petit univers. Après nous avoir transportés en Palestine, au pays de l’opium, parmi les recueils des nouvelles insolites du jour et de la nuit[1], y compris fantastiques, il nous propulse, d’un coup d’éventail, au Japon, nous conviant à une entreprise de mémoire. Revenant auprès d’un mourant qui bientôt pèse « moins que son poids de crémation », son élève Matabei se fait un devoir de raconter une histoire : de « celle qui concerne les amateurs de haïkus et de jardins ».

 

         Dans la pension où il s’était réfugié pour échapper au monde et à ses remords, il trouve l’amour silencieux de Dame Hison, sa logeuse et ancienne courtisane. En lisière de forêt s’élève une cabane. Là, vit un jardinier et peintre discret, le vieux maître Osaki, auquel il s’attache, au point de devenir son disciple, puis de le remplacer. Des grues, des feuilles d’érables, des montagnes, le « secret du précieux labyrinthe végétal » vivent en ses éventails de papier et de soie amoureusement peints. La mort du vieillard, les étreintes d’un jeune couple qui vient cacher sa passion, l’arrivée d’un adolescent naïf, les amours concurrentes et contrariées pour la belle Enjon composent cette écume des vies qui n’est rien devant l’art du pinceau et sa « leçon d’équilibre ». Mais à l’irruption du séisme, du tsunami, de l’accident nucléaire, si les populations sont balayées, Matabei, en cet apologue sur la transmission des talents, parviendra-t-il à restaurer les éventails ?

            Avec un rare talent de suggestion, en particulier à l’occasion des paysages et des émotions des personnages, qu’elles soient pour la nature humaine ou pour les œuvres d’art, une quête de sérénité se fait jour. L’exercice de style bien japonais, d’abord à la manière de Kawabata et de Bashô, a su se métamorphoser en un conte philosophique, sensible et tragique, impeccablement évocateur ; que l’on complètera grâce aux Haïkus du peintre d’éventail, qui paraissent simultanément : « Peindre un éventail, n’était-ce pas sagement ramener l’art à du vent ? »

 

 

         Ainsi, comme le vol d’un éventail devenu papillon, le roman se double d’un recueil, d’une mise en abyme, où l’on croit lire le pinceau poétique du vieux peintre. Hubert Haddad se dédouble : qui eût cru, que disciple lui-même de Bashô[2], le romancier fut un haikiste aussi pur, capable d’aligner près de cinq cents haïkus ?

« Syllabes comptées

ô papillon de toi-même

guettant l’instant pur »

         Crapauds, grenouilles, araignées d’eau, insectes, oiseaux parcourent ce recueil que son auteur semble avoir composé en marchant sur les pas de l’ermite zen, parmi les montagnes de la tradition japonaise, autant qu’en ayant sondé sa bibliothèque intérieure. Son souffle est ainsi empreint de concision et d’envol :

« En dix-sept syllabes

l’essence même du rien

sans un mot de trop »

 

 

            Le vœu d’Hubert Haddad était-il de briller en cet exercice de style, en cette vanité qui est aussi la nôtre ? S’il y a réussi, c’est en quelque sorte pour disparaitre dans une pureté poétique qu’il a su rendre cristalline :

« L’ultime haïku

te rendra-t-il invisible ?

jour de ta naissance »

 

             En quoi nous sont donc nécessaires ce récit et ce recueil ? Ne sont-ils pas la justification éphémère, et cependant palpable, parmi l’art de la peinture et des mots, de nos existences, qu’un souffle, fût-il naturel ou d’humaine apocalypse, disperse…

 

Thierry Guinhut

Article paru dans Le Matricule des Anges, janvier 2013.

Une vie d'écriture et de photographie

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 07:48

Claustro de Villanuova, Cangas de Onis, Asturias. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

Eloge discuté de la vie divine de Philippe Sollers

 

& de sa « Guerre du goût ».

 

 

 

 

La « vie divine » de Philippe Sollers exige d'être reconnue à sa haute et juste valeur : « Le préjugé veut sans cesse trouver un homme derrière un auteur: dans mon cas, il faudra s'habituer au contraire ». « Il sera lu », dit-il de lui-même. Eh bien, bravo ! Ne vaut-il pas mieux être Sollers, en afficher l'ambition et gagner  « la guerre du goût », plutôt que de jouer « le très bas[1] » Volontiers cabotin, le pape de Tel quel, le stratège de l’establishment des Lettres, le démiurge de L'Infini, mérite-t-il sa réputation, voire sa splendeur auto-octroyée ?

 

Qui est Philippe Sollers ? Grâce à sa consécration par la collection Les contemporains des éditions du Seuil en 1992, il serait devenu au moins l'égal de Claude Simon, de Ponge, de Handke et de Bernhard, de Gracq et de Duras, de Blanchot et Borges... Pour qui, comme votre serviteur, à vingt ans, a découvert Sollers avec le feuilleton en sept années de Paradis dans la revue Tel Quel, il est moins l'idéologue, le pape du « Telquelisme », le maoïste aux enthousiasmes pour le moins erronés, celui qui a tourné sept fois sa veste, que l'écrivain. Si l'on souligne encore les débuts fêtés tant par Mauriac qu'Aragon, la théorie absconse et tranchante, entre structuralisme et sémiologie, le voyage officiel dans la Chine de Mao (mais aussi son intérêt éclairé pour la culture chinoise ancienne), le catholicisme au parfum de scandale ou l'habileté des best-sellers, reconnaissons-lui un certain génie de stratégie de la connaissance et de la traversée du monde contemporain. Sans compter une réelle passion investigatrice pour des œuvres majeures qu’il n’a cessé de défendre et d’analyser, de Joyce à Sade, en passant par Dante et Casanova.

 

 

Les polémiques apaisées, pourrons-nous aborder « l'œuvre » en toute sérénité ? L'œuvre : miroir aux facettes nombreuses, réservoir de langues et de styles. Qu'on en juge: le presque proustien et rigoureux petit roman d'apprentissage d'Une curieuse solitude, l'aventure de l'écriture plutôt que l'écriture d'une aventure dans Nombres en marge du Nouveau roman, le fantasme d'encyclopédie historique critique et joycienne dans Lois, massif touffu sans ponctuation, terriblement abscons, qui se voulait intimidant d’intelligence, à peu près illisible…  Enfin  Paradis vint : opéra fabuleux, poème épique et lyrique, roman éclaté sans cesse rebondissant, examen clinique du monde contemporain, du moi et de la mystique, joyeux fatras où musicalité du langage et rigueur compositionnelle apparaissent tour à tour dans le massif compact d'un seul mouvement non ponctué. Cette assomption dans une écriture expérimentale aussi unique que pétillante et d’une richesse prodigieuse[2] risquait d’isoler Sollers. Alors le fin stratège conçut Femmes. Ce roman à thèses et à clés, un rien célinien, fragmenté, voire désordonné, en prise sur l'immédiat contemporain, fut soudain plébiscité par le grand public. Provocation qui associait les femmes à la mort, casanovisme affirmé, narration souvent classique, parfois autobiographique, autofiction, portraits d’amis et d’intellectuels, dont celui à peine masqué de Roland Barthes, si émouvant hommage, permirent de sauver cet opus de l’impression qu’un fatras bavard phagocytait le champ romanesque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais pour qui ne serait pas encore convaincu de la maîtrise et de la sincérité affichée dans le roman autobiographique Le Cœur absolu, il y eut la prose supérieurement classique, concise, elliptique et succulente, à la Fragonard, dans Les folies françaises, la passion mystique et l'érotisme subtil de cette légende de l'écrivain amoureux qu'est Le Lys d'or. Il y a quelque chose de mystique chez ce romancier qui adule, voire idéalise les femmes qu’il choisit d’aimer, y compris au moyen d’une sexualité mi coquine mi bourgeoise. Même si l’examen des dérives du féminisme castrateur dans Femmes et l’intérêt passionné pour Sade laissent rêveur. C'est alors que nous relirons Sade contre l'être suprême, plaquette prétendument « censurée », selon le fantasme de son auteur. Identification suspecte au philosophe cruel des boudoirs? Ou essai critique plein de finesse ? Mais il est de bon ton d’aimer et de discourir de Sade. Est-il encore nécessaire de faire la « guerre du goût » pour défendre la légitimité de Sade qui, certes n’a pas à être censuré, mais à être remis à sa place : grand écrivain, analyste des ressorts de l’inhumanité de l’humanité, et cependant thuriféraire de l’inhumanité, de la torture…

Pourtant la Guerre du goût menée par Sollers est continue, toujours à reprendre, il faut sans cesse élever des stèles écrites à ses batailles et escarmouches puis les rassembler dans le jardin monumental (et à la française) d'un beau livre. Outre d'ardentes préfaces ou essais pour des éditions d'art, de Fragonard à Céline, de Rodin à De Kooning, de Sévigné à Genêt, ce sont des petits essais, des articles donnés au journal Le Monde. Le mot « article » paraît alors trop circonstanciel, déjà dépassé, sinon péjoratif. Mais là, Sollers excelle, il fait mouche, grâce peut-être à l'avarice de l'espace imparti. C'est une pensée en marche, une pensée d'éclaireur et d'avant-poste, d'attaque plutôt que de défense. Il suffit pour s'en convaincre de relire sa piquante et élogieuse préface aux Photos licencieuses de la Belle époque. Pêle-mêle, on va de Bordeaux à New York, de Mozart à Miles Davies, de Gongora à Nabokov, de Proust à Nietzsche... Compagnie fabuleuse, curiosité des lumières... Où justement les lumières sont souvent celles de leur siècle, et françaises. Sollers est complice de Voltaire, amoureux de Laclos, voluptueux du monde avec Casanova, philosophe avec Sade. Mots clés ? « Désir », « luxure », « paradis », « feu », « religion », « esprit »... La grande inquiétude de Sollers est que l'esprit des Lumières s'éteigne, que les grands livres disparaissent, soient confisqués par les loisirs programmés, qu'on les brûle comme des Rushdie, que ce soit par intégrisme économique ou religieux, ce en quoi on ne peut que partager sa foi militante. Il craint et pourfend le « politiquement correct », les lieux communs et les tyrannies de la « société du spectacle » dénoncée par Guy Debord, tout cela certes non sans user et abuser du cliché consensuel.

Ainsi, ces biographies subjectives et romancées de Vivant Denon, de Casanova, de Mozart, ou dernièrement de Nietzsche dans Une Vie divine, sont autant un examen du créateur emblématique qu’il n’est plus guère besoin de défendre, qu’une rêverie entraînante, qu’un autoportrait impressionniste au miroir du génie. On y trouvera moins ces grandes figures que Sollers lui-même, en un délicieux exercice de narcissisme, qui est autant d’une intelligence supérieure qu’ampoulé, creux, bavard, bourré de clichés sucrés. Nietzsche, se demande-t-il, approcherait-il Dieu ? Et Sollers, parmi tant de femmes qui sont ses personnages charmants, trop complaisants peut-être, utilisables à satiété pour les plaisirs d’un maître un rien sexiste, serait-il ce divin artiste de la langue?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais de L’Etoile des amants jusqu’à Trésor d’amour (son dernier roman paru), Sollers continue de cultiver un hédonisme enchanteur qui a quelque chose de stendhalien. On pourrait lui reprocher de se réfugier dans la rose tour d’ivoire des plaisirs charnels et intellectuels. Mais, outre sa critique bien sentie, quoique un peu trop redevable de la réduction facile au pétainisme, de « La France moisie », ses allusions aux libertés nécessaires de l’écrivain en font, quoique moins directement engagé que l’on aurait pu l’attendre, le signe de la préservation indispensable du goût de l’égotisme et des plaisirs raffinés dans un monde qui voudrait trop souvent les blâmer, sinon les éradiquer au moyens d’idéologies, politiques ou religieuses, délétères…

Certes, il a été l’objet, comme tout auteur parvenu à une certaine position dominante, à la fois commerciale, intellectuelle et éditoriale (chez Gallimard) de critiques, voire de pamphlets. Il suffit de penser au livre bien vigoureux de Pierre Jourde : La Littérature sans estomac[3]. C’est en tête de ce talentueux et nécessaire brûlot que figure Sollers sous le titre ainsi conçu : « L’Organe officiel du Combattant Majeur : Le Monde des livres et Philippe Sollers ». Cette dénonciation virulente d’une suspecte collusion éditoriale et journalistique a pris aujourd’hui quelque ride, puisque notre auteur n’est plus un pilier du supplément hebdomadaire du journal. Mais il faut avouer que la direction de la collection « L’infini » chez Gallimard n’a toujours pas permis l’éclosion de chefs d’œuvre infinis (ce dont hélas ne peut guère se targuer l’ensemble de la production romanesque française).

 

 

Pierre Jourde attaque non sans pertinence l’autopromotion permanente (mais on n’est jamais mieux servi que par soi-même et ses affidés) du maître, la propension à abuser d’une pensée « sans cesse annoncée » mais jamais réellement explicitée. Paraître poser les grandes questions sur le génie des écrivains et des artistes ne suffisant pas à y répondre. La pose du penseur se boursouflerait sans que le lecteur ait le moindre fin mot à se mettre sous l’intellect. « Edulcorer », « pages verbeuses », voilà quelques perles de la non pensée consensuelle et cultivée de Sollers selon Jourde… Jugez-en à travers cette perfidie : « Il est déjà, en soi, assez amusant de voir un notable des lettres et un homme de pouvoir se réclamer à tout bout de champ de marginaux et de poètes maudits ». Notons que notre époque française n’aime rien tant que la rebellitude confortable et institutionnalisée et que Sollers prend le soin de paraître loin au-dessus de l’arène politique en affichant une dédaigneuse et amusée (et encore une fois consensuelle) pose centre gauche. Pire, Jourde accuse : « Ce verbiage périmé fait de Sollers un écrivain définitivement daté. Vieilles mythologies, mots d’ordre, folklore intellectuel, propagande simplificatrice, obsession du complot : tout l’arsenal culturel, en somme, des dictatures ». Diantre, rien que ça ! La réjouissance pertinence de Jourde s’est-elle légèrement laissé aller à s’emporter dans les attendus de son exercice de style ? Il faut reconnaître que les génies encensés par le critique des guerres du goût et de l’Eloge de l’Infini, sont tous parfaitement reconnus, et qu’il n’a découvert personne dans le contemporain, malgré son intérêt pour Philip Roth, sinon lui-même.

 

Reste que Sollers (en parlerions-nous s’il n’en valait pas la peine ?) a du goût, la grande classe du goût. Il faut à ce polygraphe amoureux de Venise, reconnaître une voix, une musicalité personnelle et somptueuse parmi ses monologues d’esthète, ses douceurs romanesques, que d’aucuns qualifieront, au choix, de sublime ou de désuète. Il aime les plaisirs de l'intelligence et du sexe (comme ils peuvent aller bien ensemble!), des grands Bordeaux et du style. Sans nul doute, ce prosateur absolument virtuose de Paradis, ce fin commentateur du Paradis de Dante, sûr de sa valeur ou pétri d’une pathétique présomption, sait écrire un Discours parfait, il a une Vie divine. Vie au cours de laquelle il aura passé du culte de Mao, à celui du Pape, jusqu'à celui du moi, servitude volontaire, sous l'autorité d'un maître, de moins en moins dangereuse. Prodigieusement cultivé, il restera, malgré ses détracteurs, une énigme, semblable à nulle autre. Nous ne pourrons lui reprocher de compter parmi ses élus un écrivain du XXe siècle après J-C nommé Sollers : voilà qui est du meilleur goût.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

Etude revue et augmentée à partir d’un article sur La guerre du goût

paru dans La République des lettres, décembre 1994

 

[1] Pour faire allusion à un titre faussement modeste de Christian Bobin : Le Très bas, consacré à Saint-François d’Assise, Gallimard, 1992.

[2] Voir la thèse de doctorat de Thierry Sudour soutenue en 2008 : « Paradis » de Philippe Sollers : Édition critique et commentée.

[3] L’Esprit des péninsules, 2002.

 

Claustro de Villanuova, Cangas de Onis, Asturias. Photo : T. Guinhut.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:37

 

Ammanite tue-mouches, bois du Soussouéou, vallée d'Ossau,

Pyrénées Atlantiques. Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

Retour sur Les Bienveillantes

 

de Jonathan Littell,

 

Roman historique

 

et intertextualité mythologique.

 

 

 

Jonathan Littell : Les Bienveillantes,

Gallimard, 2006, 25 €, Folio, 13,80 €.

 

 

 

 

 

Nous sommes dans la sécurité de la fiction, assis dans un bon fauteuil, une tasse de thé à la main ; et pourtant nous avons peur. De ce que nous lisons et ne vivons pas, de ce que d’autres ont vécu, que nous aurions pu vivre. De ce que nous croyions connaître à fond, sujet rebattu et cliché du roman estampillé sérieux et profond à peu de frais. Traverser l’existence dans les années trente et quarante du dernier siècle, être Juif pendant la solution finale ; pire -si tant est que ce soit possible- être Max Aue, le héros sans bienveillance des Bienveillantes… Autant que le meilleur documentaire historique, cet ambitieux volume nous prend dans sa terrible orbite pour dresser une fresque plus que réaliste d’une sombre époque : celle de la carrière époustouflante, fulgurante et crépusculaire (au sens du Götterdämmerung) du nazisme. Reste qu’il s’agit d’un roman, ce qui n’est pas sans ajouter à l’ouvrage une dimension problématique, sans compter l’allusion mythologique du titre qui n’est reprise que lors de la dernière phrase, après plus de 900 pages.

 

On a abondamment reproché à l’historien Jonathan Littell sa complaisance envers les massacres perpétrés, narrés et décrits jusqu’à l’écœurement, cet « appel vaguement lascif de souffrance à distance » pour reprendre les mots de Georges Steiner sur Soljenitsyne, dans une de ses Chroniques du New-Yorker (1). De cette souffrance, peut-être le poète Paul Celan dit-il plus en bien moins de mots, lorsqu’il compose « Fugue de mort »(2) où les Juifs ont « une tombe au creux des nuages ». On sait qu’il s’est appuyé sur le film Shoah  de Claude Lanzmann   et sur maints ouvrages, dont La Destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg  (3) et Les Jours de notre mort (4) de David Rousset  pour nourrir son œuvre, dans laquelle abondent les interventions de personnages historiques, Himmler, Mengele, Heydrich, Hitler lui-même, jusqu’aux écrivains : Jünger, Brasillach et Rebatet. Malgré la documentation sourcilleuse, collectée dans les archives et sur les lieux, de Stalingrad à la Pologne, amassée, sélectionnée et distribuée dans le corps nombreux de la fiction (documentation d’ailleurs corrigée lors de la réédition en poche) on peut avoir l'impression de d’être plongé un film porno particulièrement répugnant ou la violence tient le rôle du sexe. Salo ou Les 120 journées de Sodome de Pasolini malgré la distanciation née de l’association d’un régime aux dernières extrémités et d’une fiction inspiré par Sade. Mais avec le sans faute de la froide détermination systématique et bureaucratique : les cadavres tombent et s’entassent, le sang et les cervelles jaillissent sur les bottes et les yeux des exécutants (notons l’esthétisation du pire interdite aux historiens), jeunes soldats du Reich que Max Aue tient à protéger du traumatisme pour qu’ils puissent continuer d’exécuter leur mission avec zèle et santé dans l’intérêt de la grande Allemagne. Il est commis à la gestion de la « capacité productive » du « réservoir humain » juif qu’il défend toute peine perdue. Rarement (mais efficacement) meurtrier lui-même, quoique n’approuvant pas l’holocauste, toujours digne observateur, il sait rester un parfait inspecteur de la solution finale, même si, « écœuré », il perd son sang-froid devant les « antisémites viscéraux, obscènes » ; ses « nausées » pourtant semblent n’être que paravent de dignité qui pourrait lui être comptées par on ne sait quel tribunal intérieur. Une telle lecture en effet exige la plus grande froideur et dignité de la part de celui qui participe -ne serait-ce qu’en tournant ces pages- à la fiction néanmoins historique, sans devenir complice ni victime par l’exhibitionnisme qui pourrait en être consubstantiel, salissant l’œil voyeuriste du lecteur, quoique jamais mis en situation par le romancier d’être Max Aue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reste que Jonathan Littell n’est pas un historien. Les historiens de profession le lui ont bien reproché. Non seulement Max Aue n’est qu’une fiction dangereuse, qui introduirait une subjectivité suspecte, mais il risque de faire de l’ombre, par son succès séducteur, aux ouvrages sérieux et scrupuleusement documentés sur le nazisme et la solution finale. Son lecteur risquerait de prendre des vessies pour des lanternes, en d’autres termes un roman pour la vérité historique. Outre qu’il paraît difficile que le lecteur soit dupe (l’incipit si subjectif et si romanesque, en tant qu’autobiographie fictive, est clair à cet égard) les historiens feraient ici preuve de mauvaise foi, voire de jalousie pitoyable en imaginant qu’ils seraient ici évincés. Le lecteur de Littell au contraire, peut éprouver le désir de se tourner ensuite vers eux pour vérifier et croiser ses sources. Quitte à se demander s’il était nécessaire de créer le personnage de Mandelbrod pour organiser l’extermination des juifs, ce dont Hitler et Himmler se sont parfaitement passé pour mettre leur dessein à mal.

On a également critiqué avec vigueur la thèse inlassablement répétée par le monstrueux héros. Certes le message -si message il y a- du personnage, c'est que n'importe qui parmi les « frères humains » peut basculer du côté nazi en fonction des circonstances. Bourreaux et victimes, c'est du pareil au même, c'est juste une question de malchance, on est seulement du bon ou du mauvais côté du fusil. Bref nous sommes tous des salauds, tous fascinés par le sexe le plus glauque et la violence la plus crue. Ce qui est en grande partie vrai, car nombre d’allemands innocents se sont rendus coupables, non seulement d’obéissance forcée, mais encore d’être les bras armés, idéologiques et militaires, sans compter leur silence. Et en partie fort faux, car bien des personnalités restent irréductibles à la propagande, au panurgisme. Ce dont témoignent les nombreux exilés à l’extérieur des frontières (Heinrich et Thomas Mann), exilés de l’intérieur (Ernst Jünger) sans compter les étudiants résistants de Munich et les officiers autour de Stauffenberg qui tentèrent d’éliminer Hitler, même si l’attitude de cet officier à l’égard de l’extermination des Juifs reste à déterminer.

Si Les Bienveillantes se résumaient au roman à thèse, ce serait en effet bien piètre. Mais Max Aue est un narrateur peu fiable, sans même encore examiner jusqu’à la question de l'assassinat de la mère qu’il refuse d’assumer. Devant le tribunal final des Bienveillantes, il se livre, en même temps qu'à la fresque historique, à une autobiographie qui est avant tout une plaidoirie, charpentée de cynisme, nimbée de mauvaise foi, surtout utilisant l'argument trop facile du tout le monde est un nazi potentiel... Ce qui amène certains lecteurs à déplorer que l'auteur n'apparaisse pas pour porter un jugement sur son personnage, ni pour incarner une valeur morale surplombante. Ouf ! Tant mieux... Ce qui nous évite le moralisme convenu, les évidences justes, mais néanmoins implicites, car le personnage porte en lui-même sa propre condamnation. Inutile d'en rajouter. Le lecteur est seul devant cette création hallucinante et documentée, à lui de se débrouiller, de prendre ses responsabilités. Une fois de plus il est hors de question de confondre narrateur-personnage et auteur. Ne cherchons pas à savoir ce que Monsieur Jonathan Littell en pense... Nous n’en avons nullement besoin, surtout sachant son origine juive et son engagement humanitaire en Tchéchénie et Bosnie-Herzégovine. A chacun de penser devant son livre, même si la tâche n'est guère aisée.

Car Littell a le mérite de créer un personnage d’abord et éminemment romanesque. Qui n'est pas tout d'une pièce, qui n'est pas que la caricature du Nazi, mais une personnalité complexe, y compris dans ses dimensions familiales, sexuelles... L'absence d'émotion du SS Max Aue devant les violences est peut-être de l'ordre du syndrome d’Asperger. Pourtant, il fait tout son possible, presque toujours en pure perte, pour alléger les souffrances de ceux qu’il préfèrerait voir utilisés comme forces de travail saines, plutôt que brutalisés, affamés, glacés, tués… Quant à l’absence d’émotion apparente de l'auteur qui a su totalement s'abstraire au-dessus de son personnage, elle est le signe de la maîtrise, de la distanciation salutaire et clinique. La fiction et la richesse de la matière romanesque permettent restitution et recréation de la psyché d’un criminel autant que d’une société devenue folle. Plus vraie que le réel, la fiction dépasse l’Histoire et l’embrase…

Vaut-il mieux relire La mort est mon métier de Robert Merle (5)? Dans lequel la narration épouse le point de vue du personnage principal, un SS, le rend humain et compréhensible sans tomber ni dans le moralisme ni dans l'empathie. Les mécanismes d'adhésion à un totalitarisme y sont parfaitement décrits. Il a le mérite de précéder Littell. Cependant ce dernier lui est immensément supérieur, pour l'ampleur de la composition, la mise en scène polymorphe. De plus Les Bienveillantes est un roman superbement écrit, avec une richesse de pensée, une exactitude obsessionnelle et une science des rimes thématiques et des métaphores...

 

Sept parties en effet, chiffre éminemment mystique, comme pour les Sept dernières paroles du Christ en croix d’Haydn, de la « Toccata » à la « Gigue », pour exposer la composition musicale venue de Rameau, évidemment aussi ironique qu’une danse macabre. Certes le déroulement narratif reste classique, chronologique et linéaire, hors le premier chapitre qui dresse le tableau de la vie du narrateur post bellum, dans les années soixante-dix, en industriel français qui « fait dans la dentelle », marié, deux jumeaux, comme sa sœur dont on ne sait plus rien (coïncidence qui n’est pas innocente). Loin de se contenter du récit historique et guerrier, le narrateur se fait argumentateur implacable (la justification des plans d’extermination comparés à ceux des Soviétiques), poète lyrique (les paysages), anthropologue et linguiste au Caucase, sociologue discutant la situation de l’Allemagne et de l’Allemand, des nimbes du nazisme à son accomplissement et jusqu’à son effondrement. Le genre romanesque évolue également sans cesse, roman d’apprentissage et roman philosophique, délire érotique et même polar lors de l’enquête du duo policier, roman à suspense et familial, psychologique, voire psychanalytique, onirisme pour le moins fantastique lors du coma de Max après Stalingrad. Sans cesse Littell nous surprend par une pensée éclairante (certes pas au sens des Lumières), cynique, décalée, par un changement de registre. Malgré le tragique omniprésent, le burlesque ne se fait pas faute de pointer son nez : lorsque Max mord le nez du Führer ou lorsque nos deux commissaires paraissent des « Laurel et Hardy » particulièrement teigneux. Roman surréaliste enfin, lorsque dans un morceau de bravoure aussi réaliste qu’halluciné, le zoo ruiné par les bombes sur Berlin laisse échapper ses animaux, et la bestialité avec eux… L’écriture apparemment académique est cependant animée par ce cynisme qui désosse les préjugés, évacue les lieux communs, par une déflagration baroque sans cesse renouvelée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La question du mal est le fil rouge des Bienveillantes. L’obsession raciste, la haine antisémite semblent être un masque devant la nécessité de faire le mal. « Je suis certain que l’homme ne renoncera jamais à la vraie souffrance, c'est-à-dire à la destruction et au chaos » affirme Dostoïevski dans Le Souterrain. En ce sens Littell vise l’universel, au-delà du seul génocide juif. La « banalité du mal » -pour reprendre le concept d’Hannah Arendt- se heurte à double nature du narrateur personnage : Faust et Méphistophélès à la fois, Max Aue est l’exécutant et le tentateur du mal, celui qui va voir jusqu’au bout du mal en même temps qu’il est la nature du mal, tout cela au cœur du vortex d’une Allemagne à la fois faustienne et wagnérienne. Tout en proclamant la relativité du bien et du mal. Sa culture raffinée va contre le mythe de la brute nazie quoique nombre de dignitaires et exécuteurs furent, on le sait, violemment incultes. En effet, nombre d’officiers étaient fort cultivés, ce qui de l’avis général, valida l’idée de l’inanité de la culture incapable d’empêcher la Shoah. Ce à quoi, Georges Steiner répondit qu’il s’agissait d’une culture du kitch, incapable, dirons-nous, d’accéder aux vertus de l’Aufklärung… Personnage trop riche, que la hiérarchie nazie n’aurait pu tolérer, impossible dans le réel ? Peut-être, mais possible dans la fiction qui dit mieux le réel que le réel lui-même. Ou trop littéraire, avec sa culture buissonnante, son substrat homosexuel à la Genet, pas assez Allemand ?

 On s’est également demandé ce que viennent faire là les obsessions sexuelles, homosexuelles, onanistes et incestueuses du personnage par ailleurs séducteur et fêtard (en particulier dans l’onirique chapitre « Air » où il mène une orgie solitaire dans la propriété de sa sœur malgré l’avancée menaçante des troupes russes). Ses fantasmes érotiques au sujet de sa sœur sont bien allés jusqu’au passage à l’acte consenti.  Malgré le non dit persistant, il est à peu près évident qu’il assassiné sa mère, probablement à cause de ses soupçons sur les relations qui unissent ses deux enfants, eux-mêmes parents de deux jumeaux, même si Max paraît ignorer sa paternité. Comme le Stavroguine de Dostoïevski, dans Les Démons, qui a copulé avec sa jumelle au sortir de l’enfance, violeur sadique et meurtrier qui finira par se pendre, peut-être le pire héros et héraut du mal dans la littérature. On peut imaginer que cette union avec la sœur jumelle soit une hiérogamie, comme pour les pharaons égyptiens, de façon à fonder une nouvelle génération national-socialiste, purement aryenne et gémellaire. L’homosexualité du narrateur n’est qu’une fidélité impossible à l’égard de sa sœur, hygiénique et dépourvue de tout sentiment. Elle a par ailleurs failli lui coûter sa carrière parmi les hautes sphères nazies, seule l’intervention de son ami Thomas lui permettant de rebondir. Cette différence sexuelle, de l’aveu de l’auteur lui-même, permettrait un recul narratif et critique vis-à-vis des nazis ouvertement anti-homosexuel, hypothèse peut-être discutable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre la dimension sexuelle du fascisme, des totalitarismes, qui est alors évidente, l’intertextualité mythologique, d’abord discrète, finit par suinter par tous les pores du roman. Si le sens du titre n’est explicitement révélé qu’à la dernière phrase, à près de 900 pages dans l’édition en grand format, L’Orestie d’Eschyle est bien le sous-texte constant.

Les Erinyes , ces furieuses vengeresses des Enfers, finissent par se changer en Euménides apaisées, pour signifier le passage de la vengeance vers le pardon, la loi violente du talion transmué en loi bienveillante. Sauf que pour Max, c’est par antiphrase qu’elles sont ainsi nommées. Les deux commissaires qui, au nom d’une justice qui dépasse la temporalité nazie, le pourchassent sont deux Furies. Mais la troisième, car les Erinyes, ou Bienveillantes, ou Furies, sont trois, et la dernière, non moins terrible n’est autre que Max lui-même. Ce pourquoi « Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace. » clôt le roman. En ce sens l’esthétique de Littell ne fait en aucune manière l’économie d’une éthique nécessaire.

Le mythe d’Electre est réinvesti dans la figure du père disparu et la rupture avec la mère remariée : à Antibes, Max revient massacrer à la hache mère et beau-père, reflets de Clytemnestre et d’Egisthe (« de la même hache par laquelle mon père a péri » dit Euripide). Il est donc une sorte d’Oreste qui a pour Electre une sœur, prénommée Una, puisqu’elle est pour lui l’unique, l’indépassable, comme Lolita est la réplique d’une Annabelle qui est également fixation sur un stade enfantin de l’amour. En sus d’Eschyle, Jonathan Littell ne nie pas avoir relu les tragiques grecs : Sophocle, mais surtout Euripide, dont l’Oreste est frappé de folie par les Érinyes.

 

Thomas, qui sait parfaitement louvoyer parmi les hautes sphères nazies, serait un des rares personnages assez sympathiques du roman, hors son antisémitisme inflexible. Doué d’une indéfectible amitié pour Max, il le sauve à plusieurs reprises. C’est le Pylade de notre Oreste. Pourtant, même après qu’il l’ait délivré de la vie importune des deux commissaires, Max le sacrifie sans arrière pensée, pour s’emparer des papiers du STO français et ainsi sauver sa peau dans le Berlin de la dernière heure. Ce meurtre de l’ami, du frère symbolique, achève la dégradation du héros, descendu aux tréfonds de l’anti-héroïsme, de la monstruosité glacée. Celui qui peut produire une argumentation brillante (s’appuyant sur les arguments d’autorité venus de maints philosophes, de Schopenhauer à Marx) sur le darwinisme social, en est la plus parfaite abomination, car reposant sur une adaptation qui exclut toute empathie, toute dimension morale. Le kitsch philosophique paraît alors dénier toute vérité à la philosophie.

En quelque sorte Max Aue, cet « homme qui ne peut voir une forêt sans songer à une fosse commune », paraît se résoudre à (ou se masquer derrière) une fatalité du mal digne de la tradition tragique grecque. A moins que sa blessure cérébrale lors de la bataille de Stalingrad ait accru son addiction au meurtre, auquel cas la cause serait également clinique, biochimique, sans compter l’hypothèse psychiatrique qui l’aurait précédée. A moins que l’hérédité soit de la partie, puisque son père fut un tortionnaire de la Première Guerre Mondiale, rejouant après lui un plus parfait meurtre collectif qui laverait le passé impur. Tout cela en espérant lui trouver des circonstances atténuantes, évacuer sa responsabilité, donc toute dignité humaine, devant un tribunal humain, puisqu’il écrit sa confession, mais en aucun cas devant la Némésis : « nous avons mérité notre sort, le jugement de l’histoire, notre dikè ». Certes le recours au mythe, sans compter les allusions à Eurydice, aux Muses, s’il est d’un apport passionnant dans le cadre romanesque et philosophique, peut avoir tendance à déréaliser l’Histoire. Quoiqu’il ne faille pas oublier l’attachement nazi aux mythes germaniques : tout sauf le mythe judéo-chrétien.

 

Intéressant personnage que celui de Jonathan Littell, même s’il est plus que délicat de penser s’y identifier. Malgré (ou de par) ses infamies, il est infiniment humain, dans toute sa complexité. Et ce en étant secondé par un dynamisme narratif et argumentatif à toute épreuve qui lui permet de combiner la mauvaise foi la plus acérée à l’humanité dont il peut faire parfois preuve, plus à l’égard des victimes juives, de ses victimes juives, que de ses victimes familiales et amicales… Toute proportion gardée, Max Aue est le Humbert Humbert du nazisme et les Juifs sont sa Lolita. Il serait risqué d’affirmer que Max Aue est chacun de nous, certes sous la forme d’une hyperbole nécessaire ; mais c’est peut-être le secret du succès de ce roman tragique qui est un « opéra fabuleux », pour reprendre les mots de Rimbaud. Indubitablement une pléthore d’assassinats considérée comme un des beaux-arts, pour paraphraser De Quincey. Au point de se demander si un tel roman ne serait pas devenu, aux côtés de Si c’est un homme (6) de Primo Lévi, la référence suprême. Et sublime… Edmund Burke, en 1756, évoquait pour illustrer le sublime « une sorte d’horreur délicieuse » (7) ; n’est-ce pas ce qu’avec Les Bienveillantes, nous éprouvons ?

 

Thierry Guinhut.

Etude parue dans L'Atelier du Roman, mars 2011

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

(1) Lectures, Chroniques du New Yorker, Gallimard, 2010.

(2) Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987.

(3) Fayard, 1988.

(4) Ramsay, 1988.

(5) Gallimard, 1952.

(6) Julliard, 1987.

(7) Recherches philosophiques sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, Vrin, 2009.

 

Vallée d'Oueil, Haute-Garonne. Photo : T. Guinhut.           

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 17:29

 

Photo : T. Guinhut.

 

 

 

 

 

 

 

  Louis-Ferdinand Céline ou l’indignité du génie :

 

Voyage au bout des pamphlets antisémites.

 

 

 

 

 

 

      Du luxe de la Pléiade au papier-chiottes des Beaux draps, les œuvres de Louis-Ferdinand Céline subissent un double traitement. Comment concilier l’écrivain, génial dit-on, et le pamphlétaire infâme ? Plutôt que se voiler pieusement les yeux en ne contemplant que le cuir et l’or fin des cinq Pléiades, révérant l’audace du style aux accents populaciers, faut-il en découvrir la chassie en exhumant, voire en publiant de nouveau, les pamphlets céliniens, affreusement antisémites ? Bagatelles pour un massacre en 1937, L’Ecole des cadavres en 1938, Les Beaux draps en 1941, autant d’ordures haineuses en ce triptyque d’un Auschwitz langagier. Il suffira de confronter Le Voyage au bout de la nuit et Les Beaux draps pour que dans l’indignité du génie soit avéré le voyage au bout des pamphlets antisémites…


          La question revint, plus virulente que jamais, à l’occasion de l’indignation de Serge Klarsfeld et de son association, les « Fils et Filles de Déportés Juifs de France », qui se sont vigoureusement élevés à l’encontre de l’inclusion de Louis-Ferdinand Céline dans les Célébrations nationales 2011. L’insulteur de « youpins », l’antisémite professionnel et éructeur, qui par trois fois a publié les volumes les plus haineux envers les Juifs, qui plus est en 1937, quatre ans après la prise du pouvoir par Hitler pour Bagatelles pour un massacre, puis en 1938, année de la Nuit de Cristal pour L’École des cadavres, enfin en 1941, pendant la collaboration, au moment où fleurissent les étoiles jaunes et les listes qui vont bientôt nourrir les Auschwitz où les enfants auront « une tombe au creux des nuages[1] », pour Les Beaux draps. La décision du Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a, provisoirement, en écartant le fauteur de trouble et en lui préférant une année Liszt, apaisé la polémique. Car c’est sans compter que bientôt se pose la question de l’accession des œuvres, donc des trois pamphlets, de notre Louis-Ferdinand (« Quel beau bébé ! » disait sûrement sa maman) au domaine public, sinon dès l’autorisation de l’ayant-droit, Lucette Destouches, épouse Céline, pour ne pas la nommer…

      Écartons tout de suite la grotesque accusation de « censure » émanant de quelques moralistes spécieux. Qu’ils ouvrent le dictionnaire, ils verront alors qu’effacer un écrivain d’une célébration des gloires littéraires de la France n’a rien à voir avec l’interdiction de publication, avec les ciseaux qui font les pages blanches, avec l’autodafé. Que l’on sache, Céline reste disponible en librairie, étudié en classe de lycée sans que l’on y voie malice. Reste que l’on pourrait parler de semi-censure lorsque les ayant-droits bloquent la réédition des dits pamphlets, même si des publications pirates ont alimenté les fonds de trésorerie des bouquinistes et la gourmandise suspecte des célinolâtres, en particulier avec le soin douteux d’un éditeur canadien qui arbore sa mauvaise foi en titrant Ecrits polémiques,[2] au lieu de pamphlets antisémites.

      Plutôt que l’interdiction, mieux vaut, en conformité avec le « Sapere aude » (Ose savoir) de Kant[3],  la connaissance, la libre circulation de ce qu’il faut, à l’instar de Mein Kampf, appeler des documents littéraires et historiques, y compris lorsqu’ils furent d’incomparables fauteurs d’abominations. Interdire sent trop son moralisme imbu de lui-même, voire un aveu d’incapacité à réfuter par une argumentation claire et appuyée sur des valeurs morales judicieuses. Qu’importe d’ailleurs que la France dise qui sont les grands écrivains de son patrimoine, il est à craindre, qu’à travers ses représentants politiques, elle ne soit pas plus capable de sanctifier ses génies que le Prix Nobel qui, s’il glisse en son catalogue des noms aussi solides que Thomas Mann ou Mario Vargas Llosa, n’a pas su y faire figurer, excusez du peu, un Jorge Luis Borges. Qu’importe qu’un grand éditeur français, on devine Gallimard, envisage de rééditer ces pamphlets, ce ne sera pas donner caution au furieux antisémitisme célinien, mais présenter la vérité, qui ne persuadera que les déjà persuadés de la malfaisance universelle juive, délirants chroniques, qu’ils soient d’extrême droite fascisante, d’extrême gauche anticapitaliste ou islamistes théocratiques.

      Imaginez qu’un Prix Nobel de littérature -ou de la Paix, on n’est à l’abri de rien- appelé Louis-Ferdinand Destouches ait écrit les phrases suivantes : « La présence des Allemands les vexe ? Et la présence des juifs alors ? […] Paris, la France, plus que jamais livrés aux maçons et aux juifs plus insolents que jamais. […] Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le destin s’accomplit[4] ». Que les célinolâtres apprécient à leur juste délicatesse les propos de leur maître à penser dans Les Beaux draps

      Reprenons une cuillère à café, plus infecte que l’huile de foie de morue, des Beaux draps, cet opus rapidement illisible tellement la tartine de fiel est sans cesse jetée à la face du lecteur sans guère de cohérence argumentative ni plan : « Ils se doutent pas les Français comment ça se présente l’Amérique. Ils se font des illusions. 40 millions de blancs bien ivrognes, sous commandement juif, parfaitement dégénérés, d’âme tout au moins, effroyables, et puis 300 millions de métis, en grande partie négroïdes, qui ne demandent qu’à tout abolir. Plus la haine des Jaunes ! On n’a qu’un tout petit peu ouvrir les portes de la Catastrophe vous allez voir cette Corrida[5] ». Ou « Le petit juif s’il en boit ! Il se tient plus de violente extase, il en part tout seul dans son froc ![6] » Ou encore : « Le juif il veut bien tout ce qu’on veut, toujours d’accord avec vous, à une condition : Que ce soit toujours lui qui commande […] C’est un mimétique, un putain, il serait dissout depuis longtemps à force de passer dans les autres, s’il avait pas l’avidité, mais son avidité le sauve, il a fatigué toutes les races, tous les hommes  […] il veut nos os, nos tripes en bigoudis pour installer au Sabbat, pour pavoiser au Carnaval. Il est fol à lier complètement, c’est qu’un absurde sale con, un faux sapajou hystérique, un imposteur de ménagerie, un emmerdant trémousseux, crochu hybridon à complots[7]. »

      Suffit ! L’on a reconnu tous les clichés absurdes attachés aux Juifs, basses grossièretés, infâmes et grotesques propos qui pourraient d’ailleurs aujourd’hui tomber sous les coups de la loi. Au-delà de l’indignation, réfutons cette boue au moyen d’arguments : les Juifs ne sont pas des fauteurs de guerre et de génocides, ils ont su édifier un Etat qui est parmi les plus démocratiques et libéraux du monde[8], et sont d'une efficacité intellectuelle, scientifique et technologique remarquable. Tirons donc la chasse sur un tel papier célinien indigne d’approcher les toilettes du lecteur… Dans sa verve pamphlétaire, Léon Bloy[9] écrit mille fois mieux.

 

Photo : T. Guinhut.

 

      Justement, Céline est-il un génie ? Indubitablement, un souffle, un rythme nulle part ailleurs lisible, emportent son lecteur dès Le Voyage au bout de la nuit jusqu’en D’un château l’autre, deux points d’orgue pour deux guerres mondiales vécues comme deuxfuites… Cette pétarade linguistique hachée, ces points d’exclamation à la décarrade, ces points de suspension saupoudrés à la régalade en font une voix éminemment reconnaissable. Un style donc. Quoique vite fatiguant, systématique, de Nord à Rigodon… Ajoutez à cela l’utilisation virtuose du langage populaire et de l’argot, le tableau des petites gens et de leurs souffrances, dont la dimension sociologique est indubitable, les portraits grinçants, la satire des puissants, l’épopée dérisoire de la fuite du collaborateur à travers l’Allemagne déchue… Au style s’ajoute alors l’ampleur du propos, ce qui devrait suffire à le placer parmi ses pairs, qu’ils se nomment Proust ou Joyce.

      Hélas, force est de constater que le fiel antisémite délirant ne trouve pas sa source dans les seuls pamphlets incriminés. Relisant le Voyage au bout de la nuit, et si l’on veut bien ôter ses œillères idéologiques, on aperçoit la cohérence haineuse qui lie comme un sale mortier l’œuvre toute entière. On veut bien que Bardamu, le narrateur, crache le venin de son ressentiment contre les gradés et la hiérarchie militaire qui ont conduit la première guerre mondiale. Mais, chez Céline, tout est ressentiment. Même les pauvres sont des infâmes, veules, et la mort ignoble de Robinson n’est que le fin du fin de la déconfiture générale de l’humanité. On veut bien encore que son antinationalisme et son anticolonialisme soient tout à fait judicieux, même s’il est à craindre qu’emporté par l’élan de son dégout généralisé, à l’évidence de l’ordre d’une burtonienne[10], sinon psychiatrique, mélancolie, il aille jusqu’à jeter le bébé avec l’eau du bain ; son sens des nuances n’imaginant pas un instant que le nationalisme et le colonialisme, malgré leurs excès rédhibitoires, puissent être jugés dans une démarche un peu plus dialectique.
      Quant à son anticapitalisme (« le juif il est Rothschild
[11] », dit Les Beaux draps) n’est-il pas pétri jusqu’à la moelle d’antiaméricanisme éhonté, comme il était de mode (et comme il l’est toujours) ; n’est-il pas cohérent avec la haine des banquiers juifs qui ont contribué à l’expansion économique des États-Unis, voire de l’Occident ? « Quand les fidèles entrent dans leur Banque, faut pas croire qu’ils peuvent se servir comme ça selon leur caprice. Pas du tout. Ils parlent à Dollar en lui murmurant des choses à travers un petit grillage, ils se confessent quoi[12] », dit Le Voyage au bout de la nuit. On appréciera l’ironie à sa juste valeur, sachant de plus que le lieu suivant, au cœur de cette découverte de Manhattan, est celui des toilettes publiques : « les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares[13] ». Il est bien évident que ces deux temples sont le reflet l’un de l’autre. En dépit de la satire plus que talentueuse, de l’humour ploutocratique et scatologique qui sont du meilleur Céline, on ne peut que constater que tout ceci « dut s’ajouter si possible à (s)on marasme[14] », que « sortir dans la rue, ce petit suicide[15] » est une variante de son credo : « La vérité de ce monde, c’est la mort[16] ». Ce qui est cohérent avec le « On n’échappe pas au commerce américain[17] ». Quand on sait que le commerce est ce qui a permis l’accession d’une bonne partie de l’humanité à l’aisance et à la culture (pensons à la lettre « Sur le commerce » de Voltaire[18]), merci Céline !

      De même, son anarchisme, sa désobéissance perpétuelle, ne sont-ils pas le masque de sa veulerie, de son incapacité viscérale à contribuer au développement de l’humanité, malgré son hypocrite profession de médecin des pauvres, lui qui gérait si bien le magot de ses droits d’auteur ? Ce que confirme André Rossel-Kirschen [19]qui montre que son antisémitisme était moins sincère qu’opportuniste. Son anti-idéalisme, s’il est légitime de résister aux sirènes de l’idéalisation, son nihilisme enfin, ne sont-ils pas la marque de son incapacité à respecter l’élan vers le meilleur qui doit caractériser l’humanité ?

      L’écrivain, en effet, comme tout artiste, n’a-t-il pas quelque part pour mission et fin la vertu, y compris par le biais de la satire ? Qu’il présente des personnages infects, de splendides Satan ou de pleutres médiocres, une dimension morale doit se profiler. Qu’il ne s’agisse pas d’une morale rassie et corsetée va de soi, mais de celle qui choisit les libertés et la justice, la tolérance et le travail créateur, toutes valeurs éminemment préférables à l’immoralité foncière de la haine, des fanatismes et de l’antisémitisme militant, acharné et pour le moins complice, sinon propagandiste de la Shoah. Ce qui reste, hélas, d’actualité, lorsque des incendiaires spirituels clament au Moyen-Orient que le seul défaut d’Hitler fut de ne pas avoir terminé le travail… Nous aurons donc du mal à célébrer les vertus autres que stylistiques du fresquiste des mœurs de son temps que fut l’auteur de Mort à Crédit. « Car rien n’est plus aimable que la vertu, rien n’inspire autant d’attachement », disait Cicéron[20].

      En ce sens il est légitime de penser que l’œuvre romanesque et celle pamphlétaire de Céline sont les deux mailles d’un même filet. La haine contre celui qui a réussi, contre le pouvoir - qu’il soit justifié ou non - contre les riches et les puissants trouve son exutoire naturel vers un bouc émissaire éminemment partagé à l’époque par un large consensus (et encore aujourd’hui où le mythe palestinien fascine) : le Juif. Ce qui n’est pas contradictoire avec l’admiration pour ce régime nazi qui sut imprimer à Céline, à celui qui au fond est un faible, l’admiration pour la force. Certes, il serait abusif de confondre l’homme Céline et ses personnages, mais quand l’homme est pire que ses personnages, que dire ? À moins d’imaginer que l’abjection des personnages céliniens puisse être un abaissement volontaire qui jouerait le rôle de la contrition… Sauf que le monde de Céline est un monde sans Dieu ni grâce.


      Nous ne signifierons pas qu’il ne faut pas lire Céline, au contraire. Mais avec discernement. Jamais il n’a été un humaniste, un homme des Lumières, et quels que soient ses talents stylistiques et esthétiques, ils restent entachés par une éthique désastreuse. Hélas, l’esprit critique à l’encontre de Céline est trop souvent ressenti comme un crime de lèse-majesté par ses inconditionnels. Le génie du style ne protège pas de la bêtise, ni l’ampleur romanesque de la haine humaine, trop humaine… Ce n’est pas seulement en écrivant Les Beaux draps que Céline s’est mis dans de sales draps : qu’il y reste, même sous le suaire puant des rééditions des pamphlets.

 

Thierry Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

[1] Paul Celan : « Fugue de mort », Pavot et mémoire, Christian Bourgois, 1987, p 85.

[2] Louis-Ferdinand Céline : Ecrits polémiques, éditions8, 2012.

[3] Emmanuel Kant : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Œuvres philosophiques, III, p 209.

[4] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 44.

[5] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 31.

[6] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 125.

[8] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p 141, 142.

[10] Voir : Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, José Corti, 2004.

[11] Louis-Ferdinand Céline : Les Beaux draps, ibidem, p. 70.

[12] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, Œuvres, La Pléiade, Gallimard, I, 1981, p. 193.

[13] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p. 195.

[14] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 198.

[15] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 200.

[16] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 200.

[17] Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit, ibidem, p 207.

[18] Voltaire, Mélanges, la Pléiade, Galimard, 1961, p. 27.

[19] André Rossel-Kirschen : Céline ou le grand mensonge, Mille et une nuits, 2004.

[20] Cicéron : L’Amitié, Les Belles lettres, 1993, p. 20.

 

Photo : T. Guinhut.

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Conscience morale et littérature

Critique de la violence et vices politiques

Flâneurs et voyageurs

Walter Benjamin : les soixante-treize sonnets

Paris capitale des chiffonniers du XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Benni

Toutes les richesses, Grammaire de Dieu

 

 

 

 

 

 

Bernhard

Goethe se mheurt et autres vérités

 

 

 

 

 

 

 

Bibliothèques

Histoire de l'écriture & Histoire du livre

Bibliophilie : Nodier, Eco, Apollinaire

Eloges des librairies, libraires et lecteurs

Babel des routes de la traduction

Des jardins & des livres, Fondation Bodmer

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Bibliothèques pillées sous l'Occupation

Bibliothèques vaticane et militaires

Masques et théâtre en éditions rares

De Saint-Jérôme au contemporain

Haine de la littérature et de la culture

Rabie : La Bibliothèque enchantée

Bibliothèques du monde, or des manuscrits

Du papyrus à Google-books : Darnton, Eco

Bibliothèques perdues et fictionnelles

Livres perdus : Straten,  Schlanger, Olender

Bibliophilie rare : Géants et nains

Manguel ; Uniques fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Blake

Chesterton, Jordis : William Blake ou l’infini

Le Mariage du ciel et de l’enfer

 

 

 

 

 

 

Blasphème

Eloge du blasphème : Thomas-d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

 

 

 

 

 

 

Blog

Du Blog comme œuvre d’art

Pour une éthique de la critique littéraire

 

 

 

 

 

 

Bloom

Amour, amitié et culture générale

 

 

 

 

 

 

Bloy

Le désespéré enlumineur de haines

 

 

 

 

 

 

 

Bolaño

L’artiste et le mal : 2666, Nocturne du Chili

Les parenthèses du chien romantique

Poète métaphysique et romancier politique

 

 

 

 

 

 

 

Bonnefoy

La poésie du legs : Ensemble encore

 

Borel

Pétrus Borel lycanthrope du romantisme noir

 

 

 

 

 

 

Borges

Un Borges idéal, équivalent de l'univers

Géographies des bibliothèques enchantées

Poèmes d’amour, une anthologie

 

 

 

 

 

 

 

Bounine

Coup de soleil, nouvelles élégiaques

 

 

 

 

 

 

Brague

Légitimité de l'humanisme et de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Brésil

Poésie, arts primitifs et populaires du Brésil

 

 

 

 

 

 

Bruckner

La Sagesse de l'argent

 

Brume et brouillard

Science, littérature et art du brouillard

 

 

 

 

 

 

Burgess

Folle semence de L'Orange mécanique

 

 

 

 

 

 

Burnside

De la maison muette à l'Eté des noyés

 

 

 

 

 

 

Butor

Butor poète et imagier du Temps qui court

Butor Barcelo : Une nuit sur le mont chauve

 

 

 

 

 

 

Cabré

Confiteor : devant le mystère du mal

 

 

 

 

 

 

 

Canetti

La Langue sauvée de l'autobiographie

 

 

 

 

 

 

Capek

La Guerre totalitaire des salamandres

 

 

 

 

 

 

Capitalisme

Eloge des péchés capitaux du capitalisme

De l'argument spécieux des inégalités

La sagesse de l'argent : Pascal Bruckner

Vers le paradis fiscal français ?

 

 

 

 

 

 

Carrion

Les orphelins du futur post-nucléaire

Eloges des librairies et des libraires

 

 

 

 

 

 

 

Cartarescu

La trilogie roumaine d'Orbitor, Solénoïde ; Manea : La Tanière

 

 

 

 

 

 

Cartographie

Atlas des mondes réels et imaginaires

 

 

 

 

 

 

Casanova

Icosameron et Histoire de ma vie

 

 

 

 

 

 

Catton

La Répétition, Les Luminaires

 

 

 

 

 

 

Cavazzoni

Les Géants imbéciles et autres Idiots

 

 

 

 

 

 

 

Celan

Paul Celan minotaure de la poésie

Celan et Bachmann : Lettres amoureuses

 

 

 

 

 

 

Céline

Voyage au bout des pamphlets antisémites

Guerre : l'expressionnisme vainqueur

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

 

Censure et autodafé

Requiem pour la liberté d’expression : entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour

Livres censurés et colères morales

Incendie des livres et des bibliothèques : Polastron, Baez, Steiner, Canetti, Bradbury

Totalitarisme et Renseignement

Pour l'annulation de la cancel culture

 

 

 

 

 

 

Cervantès

Don Quichotte peint par Gérard Garouste

Don Quichotte par Pietro Citati et Avellaneda

 

 

 

 

 

 

Chesterton

William Blake ou l'infini

Le fantaisiste du roman policier catholique

 

Chevalier

La Dernière fugitive, À l'orée du verger

Le Nouveau, rééecriture d'Othello

Chevalier-la-derniere-fugitive

 

Chine

Chen Ming : Les Nuages noirs de Mao

Du Gène du garde rouge aux Confessions d'un traître à la patrie

Anthologie de la poésie chinoise en Pléiade

 

 

 

 

 

 

Civilisation

Petit précis de civilisations comparées

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

 

 

 

 

 

 

Climat

Histoire du climat et idéologie écologiste

Tyrannie écologiste et suicide économique

 

 

 

 

 

 

Coe

Peines politiques anglaises perdues

 

 

 

 

 

 

 

Colonialisme

De Bartolomé de Las Casas à Jules Verne

Métamorphoses du colonialisme

Mario Vargas Llosa : Le rêve du Celte

Histoire amérindienne

 

 

 

 

 

 

Communisme

"Hommage à la culture communiste"

Karl Marx théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

 

 

 

 

 

 

Constant Benjamin

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Corbin

Fraicheur de l'herbe et de la pluie

Histoire du silence et des odeurs

 

 

 

 

 

 

Cosmos

Cosmos de littérature, de science, d'art et de philosophie

 

 

 

 

 

 

Couleurs
Couleurs de l'Occident : Fischer, Alberti

Couleurs, cochenille, rayures : Pastoureau, Roque, Jarman

Couleurs des monstres politiques

 

 

 

 

 


Crime et délinquance

Jonas T. Bengtsson et Jack Black

 

 

 

 

 

 

Cronenberg

Science-fiction biotechnologique : de Consumés à Existenz

 

 

 

 

 

 

Dandysme

Brummell, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire

 

 

 

 

 

 

Danielewski

La Maison des feuilles, labyrinthe psychique

 

 

 

 

 

 

Dante

Traduire et vivre La Divine comédie

Enfer et Purgatoire de la traduction idéale

De la Vita nuova à la sagesse du Banquet

Manguel : la curiosité dantesque

 

 

 

 

 

 

Daoud

Meursault contre-enquête, Zabor

Le Peintre dévorant la femme

 

 

 

 

 

 

 

Darger

Les Fillettes-papillons de l'art brut

 

 

 

 

 

 

Darnton

Requiem pour la liberté d’expression

Destins du livre et des bibliothèques

Un Tour de France littéraire au XVIII°

 

 

 

 

 

 

 

Daumal

Mont analogue et esprit de l'alpinisme

 

 

 

 

 

 

Defoe

Robinson Crusoé et romans picaresques

 

 

 

 

 

 

De Luca

Impossible, La Nature exposée

 

 

 

 

 

 

Démocratie

Démocratie libérale versus constructivisme

De l'humiliation électorale

 

 

 

 

 

 

Derrida

Faut-il pardonner Derrida ?

Déconstruire Derrida et les arts du visible

 

 

 

 

 

 

Descola

Anthropologie des mondes et du visible

 

 

 

 

 

 

Dick

Philip K. Dick : Nouvelles et science-fiction

Hitlérienne uchronie par Philip K. Dick

 

 

 

 

 

 

 

Dickinson

Devrais-je être amoureux d’Emily Dickinson ?

Charyn : La Vie secrète d’Emily Dickinson

 

 

 

 

 

 

 

Dillard

Eloge de la nature : Une enfance américaine, Pèlerinage à Tinker Creek

 

 

 

 

 

 

Diogène

Chien cynique et animaux philosophiques

 

 

 

 

 

 

Dostoïevski

Dostoïevski par le biographe Joseph Frank

 

 

 

 

 

 

Eco

Umberto Eco, surhomme des bibliothèques

Construire l’ennemi et autres embryons

Numéro zéro, pamphlet des médias

Société liquide et questions morales

Baudolino ou les merveilles du Moyen Âge

Eco, Darnton : Du livre à Google Books

 

 

 

 

 

 

 

Ecologie, Ecologismes

Greenbomber, écoterroriste

Archéologie de l’écologie politique

Monstrum oecologicum, éolien et nucléaire

Ravages de l'obscurantisme vert

Wohlleben, Stone : La Vie secrète des arbres, peuvent-il plaider ?

Naomi Klein : anticapitalisme et climat

Biophilia : Wilson, Bartram, Sjöberg

John Muir, Nam Shepherd, Bernd Heinrich

Emerson : Travaux ; Lane : Vie dans les bois

Révolutions vertes et libérales : Manier

Kervasdoué : Ils ont perdu la raison

Powers écoromancier de L'Arbre-monde

Ernest Callenbach : Ecotopia

 

 

 

 

 

 

Editeurs

Eloge de L'Atelier contemporain

Diane de Selliers : Dit du Genji, Shakespeare

Monsieur Toussaint Louverture

Mnémos ou la mémoire du futur

 

 

 

 

 

 

Education

Pour une éducation libérale

Allan Bloom : Déclin de la culture générale

Déséducation et rééducation idéologique

Haine de la littérature et de la culture

De l'avenir des Anciens

 

 

 

 

 

 

Eluard

« Courage », l'engagement en question

 

 

 

 

 

 

Emerson

Les Travaux et les jours de l'écologisme

 

 

 

 

 

 

 

Enfers

L'Enfer, mythologie des lieux

Enfers d'Asie, Pu Songling, Hearn

 

 

 

 

 

 

Erasme

Erasme, Manuzio : Adages et humanisme

Eloge de vos folies contemporaines

 

 

 

 

 

 

Esclavage

Esclavage en Moyen âge, Islam, Amériques

 

 

 

 

 

 

Espagne

Histoire romanesque du franquisme

Benito Pérez Galdos, romancier espagnol

 

 

 

 

 

 

Etat

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Constructivisme versus démocratie libérale

Amendements libéraux à la Constitution

Couleurs des monstres politiques

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Socialisme et connaissance inutile

Patriotisme et patriotisme économique

La pandémie des postures idéologiques

Agonie scientifique et sophisme français

Impéritie de l'Etat et de la France

Retraite communiste ou raisonnée

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis romans

Dérives post-américaines

Rana Dasgupta : Solo, destin américain

Eugenides : Middlesex, Roman du mariage

Bernardine Evaristo : Fille, femme, autre

La Muse de Jonathan Galassi

Gardner : La Symphonie des spectres

Lauren Groff : Les Furies

Hallberg, Franzen : City on fire, Freedom

Jonathan Lethem : Chronic-city

Luiselli : Les Dents, Archives des enfants

Rick Moody : Démonologies

De la Pava, Marissa Pessl : les agents du mal

Penn Warren : Grande forêt, Hommes du roi

Shteyngart : Super triste histoire d'amour

Tartt : Chardonneret, Maître des illusions

Wright, Ellison, Baldwin, Scott-Heron

 

 

 

 

 

 

Europe

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

Fables politiques

Le bouffon interdit, L'animal mariage, 2025 l'animale utopie, L'ânesse et la sangsue

Les chats menacés par la religion des rats, L'Etat-providence à l'assaut des lions, De l'alternance en Démocratie animale, Des porcs et de la dette

 

 

 

 

 

 

Facebook

Facebook, IPhone : tyrannie ou libertés ?

 

 

 

 

 

 

Fallada

Seul dans Berlin : résistance antinazie

 

 

 

 

 

 

Fantastique

Dracula et autres vampires

Lectures du mythe de Frankenstein

Montgomery Bird : Sheppard Lee

Karlsson : La Pièce ; Jääskeläinen : Lumikko

Michal Ajvaz : de l'Autre île à l'Autre ville

Morselli Dissipatio, Longo L'Homme vertical

 

 

 

 

 

 

Fascisme

Histoire du fascisme et de Mussolini

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Haushofer : Sonnets de Moabit

 

 

 

 

 

 

 

Femmes

Lettre à une jeune femme politique

Humanisme et civilisation devant le viol

Harcèlement et séduction

Les Amazones par Mayor et Testart

Christine de Pizan, féministe du Moyen Âge

Naomi Alderman : Le Pouvoir

Histoire des féminités littéraires

La révolution du féminin

Jalons du féminisme : Bonnet, Fraisse, Gay

Camille Froidevaux-Metterie : Seins

Herland, Egalie : républiques des femmes

Bernardine Evaristo, Imbolo Mbue

 

 

 

 

 

 

Ferré

Providence du lecteur, Karnaval capitaliste ?

 

 

 

 

 

 

Ferry

Mythologie et philosophie

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

De l’Amour ; philosophie pour le XXI° siècle

 

 

 

 

 

 

 

Finkielkraut

L'Après littérature

L’identité malheureuse

 

 

 

 

 

 

Flanagan

Livre de Gould et Histoire de la Tasmanie

 

 

 

 

 

 

Foster Wallace

L'Infinie comédie : esbroufe ou génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Foucault

Pouvoirs et libertés de Foucault en Pléiade

Maîtres de vérité, Question anthropologique

Herculine Barbin : hermaphrodite et genre

Les Aveux de la chair

Destin des prisons et angélisme pénal

 

 

 

 

 

 

Fragoso

Le Tigre de la pédophilie

 

 

 

 

 

 

 

France

Identité française et immigration

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Antilibéralisme : Darien, Macron, Gauchet

La France de Sloterdijk et Tardif-Perroux

 

 

 

 

 

 

France Littérature contemporaine

Blas de Roblès de Nemo à l'ethnologie

Briet : Fixer le ciel au mur

Haddad : Le Peintre d’éventail

Haddad : Nouvelles du jour et de la nuit

Jourde : Festins Secrets

Littell : Les Bienveillantes

Louis-Combet : Bethsabée, Rembrandt

Nadaud : Des montagnes et des dieux

Le roman des cinéastes. Ohl : Redrum

Eric Poindron : Bal de fantômes

Reinhardt : Le Système Victoria

Sollers : Vie divine et Guerre du goût

Villemain : Ils marchent le regard fier

 

 

 

 

 

 

Fuentes

La Volonté et la fortune

Crescendo du temps et amour faustien : Anniversaire, L'Instinct d'Inez

Diane chasseresse et Bonheur des familles

Le Siège de l’aigle politique

 

 

 

 

 

 

 

Fumaroli

De la République des lettres et de Peiresc

 

 

 

 

 

 

Gaddis

William Gaddis, un géant sibyllin

 

 

 

 

 

 

Gamboa

Maison politique, un roman baroque

 

 

 

 

 

 

Garouste

Don Quichotte, Vraiment peindre

 

 

 

 

 

 

 

Gass

Au bout du tunnel : Sonate cartésienne

 

 

 

 

 

 

 

Gavelis

Vilnius poker, conscience balte

 

 

 

 

 

 

Genèse

Adam et Eve, mythe et historicité

La Genèse illustrée par l'abstraction

 

 

 

 

 

 

Gilgamesh
L'épopée originelle et sa photographie


 

 

 

 

 

 

Gibson

Neuromancien, Identification des schémas

 

 

 

 

 

 

Goethe

Chemins de Goethe avec Pietro Citati

Goethe et la France, Fondation Bodmer

Thomas Bernhard : Goethe se mheurt

Arno Schmidt : Goethe et un admirateur

 

 

 

 

 

 

Gothiques

Frankenstein et autres romans gothiques

 

 

 

 

 

 

Golovkina

Les Vaincus de la terreur communiste

 

 

 

 

 

 

 

Goytisolo

Un dissident espagnol

 

 

 

 

 

 

Gracian

L’homme de cour, Traités politiques

 

 

 

 

 

 

 

Gracq

Les Terres du couchant, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Grandes

Le franquisme du Cœur glacé

 

 

 

 

 

 

Greenblatt

Shakespeare : Will le magnifique

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

Adam et Eve, mythe et historicité

 

 

 

 

 

 

Guerre et violence

John Keegan : Histoire de la guerre

Storia della guerra di John Keegan

Guerre et paix à la Fondation Martin Bodmer

Violence, biblique, romaine et Terreur

Violence et vices politiques

Battle royale, cruelle téléréalité

Honni soit qui Syrie pense

Emeutes et violences urbaines

Mortel fait divers et paravent idéologique

Violences policières et antipolicières

Stefan Brijs : Courrier des tranchées

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Une vie d'écriture et de photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut Muses Academy

Muses Academy, roman : synopsis, Prologue

I L'ouverture des portes

II Récit de l'Architecte : Uranos ou l'Orgueil

Première soirée : dialogue et jury des Muses

V Récit de la danseuse Terpsichore

V bis Le fantôme du CouloirdelaVie.com

IX Récit du cinéaste : L’ecpyrose de l’Envie

XI Récit de la Musicienne : La Gourmandise

XIII Récit d'Erato : la peintresse assassine

XVII Polymnie ou la tyrannie politique

XIX Calliope jeuvidéaste : Civilisation et Barbarie

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Au coeur des Pyrénées

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Pyrénées entre Aneto et Canigou

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Haut-Languedoc

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Montagne Noire : Journal de marche

 

 

 

 

 

 

Guinhut Triptyques

Le carnet des Triptyques géographiques

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Recours aux Monts du Cantal

Traversées. Le recours à la montagne

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Le Marais poitevin

 

 

 

 

 

 

Guinhut La République des rêves

La République des rêves, roman

I Une route des vins de Blaye au Médoc

II La Conscience de Bordeaux

II Le Faust de Bordeaux

III Bironpolis. Incipit

III Bironpolis. Les nuages de Titien 

IV Eros à Sauvages. Prologue. Les belles inconnues

IV Eros à Sauvages. Mélissa et les sciences politiques

VII Le Testament de Job

VIII De natura rerum. Incipit

VIII De natura rerum. Euro Urba

VIII De Natura rerum. Montée vers l’Empyrée

 

 

 

 

 

 

Guinhut Les Métamorphoses de Vivant

I Synopsis, sommaire et prologue

II Arielle Hawks prêtresse des médias

III La Princesse de Monthluc-Parme

IV Francastel, frontnationaliste

V Greenbomber, écoterroriste

VI Lou-Hyde Motion, Jésus-Bouddha-Star

 

 

 

 

 

 

Guinhut Voyages en archipel

I De par Marie à Bologne descendu

IX De New-York à Pacifica

 

 

 

 

 

 

 

Guinhut Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Sonnets des paysages

Sonnets de l'Art poétique

Sonnets autobiographiques

Des peintres : Crivelli, Titien, Rothko, Tàpies, Twombly

Trois requiem : Selma, Mandelstam, Malala

 

 

 

 

 

 

Guinhut Trois vies dans la vie d'Heinz M

I Une année sabbatique

II Hölderlin à Tübingen

III Elégies à Liesel

 

 

 

 

 

 

Guinhut Le Passage des sierras

Le Passage du Haut-Aragon

Vihuet, une disparition

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Ré une île en paradis

 

 

 

 

 

 

Guinhut

Photographie

 

 

 

 

 

 

Guinhut La Bibliothèque du meurtrier

Synospsis, sommaire et Prologue

I L'Artiste en-maigreur

II Enquête et pièges au labyrinthe

III L'Ecrivain voleur de vies

IV La Salle Maladeta

V L'Hôtel-Monastère Santa Cristina

VI Le Club des tee-shirts politiques

 

 

 

 

 

 

Haddad

La Sirène d'Isé

Le Peintre d’éventail, Les Haïkus

Corps désirable, Nouvelles de jour et nuit

 

 

 

 

 

 

Haine

Procès contre la haine : juste réquisitoire ou culpabilisation abusive ?

 

 

 

 

 

 

Hamsun

Faim romantique et passion nazie

 

 

 

 

 

 

 

Haushofer

Albrecht Haushofer : Sonnets de Moabit

Marlen Haushofer : Mur invisible, Mansarde

 

 

 

 

 

 

Hayek

De l’humiliation électorale

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

 

Histoire

Histoire du monde en trois tours de Babel

Eloge, blâme : Histoire mondiale de la France

Statues de l'Histoire et mémoire

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Rome du libéralisme au socialisme

Destruction des Indes : Las Casas, Verne

Jean Claude Bologne historien de l'amour

Jean Claude Bologne : Histoire du scandale

Histoire du vin et culture alimentaire

Corbin, Vigarello : Histoire du corps

Berlin, du nazisme au communisme

De Mahomet au Coran, de la traite arabo-musulmane au mythe al-Andalus

L'Islam parmi le destin français

 

Hobbes

Emeutes urbaines : entre naïveté et guerre

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

 

 

 

 

 

 

Hölderlin

Trois vies d'Heinz M. II Hölderlin à Tübingen

 

 

 

 

 

 

Homère

Dan Simmons : Ilium science-fictionnel

 

 

 

 

 

 

Homosexualité

Pasolini : Sonnets du manque amoureux

Libertés libérales : Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Garcia Lorca : homosexualité et création

 

 

 

 

 

 

Houellebecq

Extension du domaine de la soumission

 

 

 

 

 

 

 

Humanisme

Erasme et Aldo Manuzio

Etat et utopie de Thomas More

Le Pogge : Facéties et satires morales

Le Pogge et Lucrèce au Quattrocento

De la République des Lettres et de Peiresc

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Pic de la Mirandole : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Hustvedt

Vivre, penser, regarder ; Un été sans les hommes

Le Monde flamboyant d’une femme-artiste

 

 

 

 

 

 

 

Huxley

Du meilleur des mondes aux Temps futurs

 

 

 

 

 

 

 

Ilis 

Croisade des enfants, Vies parallèles, Livre des nombres

 

 

 

 

 

 

Impôt

Vers le paradis fiscal français ?

Sloterdijk : fiscocratie, repenser l’impôt

La dette grecque,  tonneau des Danaïdes

 

 

 

 

 

 

Inde

Les hijras d'Arundhati Roy et Anosh Irani

 

 

 

 

 

 

Inégalités

L'argument spécieux des inégalités : Rousseau, Marx, Piketty, Jouvenel, Hayek

 

 

 

 

 

 

Islam

Lettre à une jeune femme politique

Du fanatisme morbide islamiste

Dictatures arabes et ottomanes

Islam et Russie : choisir ses ennemis

Humanisme et civilisation devant le viol

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : dénis

Arbre du terrorisme, forêt d'Islam : défis

Islamologie I Mahomet, Coran, al-Andalus

Islamologie II arabe et Islam en France

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Vérité d’islam et vérités libérales

Identité, assimilation : Finkielkraut, Tribalat

Averroès et al-Ghazali

 

 

 

 

 

 

Israël

Une épine démocratique parmi l’Islam

Résistance biblique Appelfeld Les Partisans

Amos Oz : un Judas anti-fanatique

 

 

 

 

 

 

Jaccottet

Philippe Jaccottet : Madrigaux & Clarté

 

 

 

 

 

 

James

Voyages et nouvelles d'Henry James

 

 

 

 

 

 

Jankélévitch

Faut-il pardonner Jankélévitch ?

L'enchantement musical


 

 

 

 

 

 

Japon

Bashô : L’intégrale des haïkus

Kamo no Chômei, cabane de moine et éveil

Kawabata : Pissenlits et Mont Fuji

Kiyoko Murata, Julie Otsuka : Fille de joie

Battle royale : téléréalité politique

Haruki Murakami : Le Commandeur, Kafka

Murakami Ryû : 1969, Les Bébés

Mieko Kawakami : Nuits, amants, Seins, œufs

Ôé Kenzaburô : Adieu mon livre !

Ogawa Yoko : Cristallisation secrète

Ogawa Yoko : Le Petit joueur d’échecs

À l'ombre de Tanizaki

101 poèmes du Japon d'aujourd'hui

Rires du Japon et bestiaire de Kyosai

 

 

 

 

 

 

Jean Paul Richter

Le Titan du romantisme allemand

 

 

 

 

 

 

 

Jünger

Carnets de guerre, tempêtes du siècle

 

 

 

 

 

 

 

Kafka

Justice au Procès : Kafka et Welles

L'intégrale des Journaux, Récits et Romans

 

 

 

 

 

 

Kant

Grandeurs et descendances des Lumières

Qu’est-ce que l’obscurantisme socialiste ?

 

 

 

 

 

 

 

Karinthy

Farémido, Epépé, ou les pays du langage

 

 

 

 

 

 

Kawabata

Pissenlits, Premières neiges sur le Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

Kehlmann

Tyll Ulespiegle, Les Arpenteurs du monde

 

 

 

 

 

 

Kertész

Kertész : Sauvegarde contre l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

 

Kjaerstad

Le Séducteur, Le Conquérant, Aléa

 

 

 

 

 

 

Knausgaard

Autobiographies scandinaves

 

 

 

 

 

 

Kosztolanyi

Portraits, Kornél Esti

 

 

 

 

 

 

Krazsnahorkaï

La Venue d'Isaie ; Guerre & Guerre

Seiobo est-descendue sur terre

 

 

 

 

 

 

La Fontaine

Des Fables enfantines et politiques

Guinhut : Fables politiques

 

 

 

 

 

 

Lagerlöf

Le voyage de Nils Holgersson

 

 

 

 

 

 

 

Lamartine

Le lac, élégie romantique

 

 

 

 

 

 

Lampedusa

Le Professeur et la sirène

 

 

 

 

 

 

Langage

Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

Langage politique et informatique

Langue de porc et langue inclusive

Vulgarité langagière et règne du langage

L'arabe dans la langue française

George Steiner, tragédie et réelles présences

Vocabulaire européen des philosophies

Ben Marcus : L'Alphabet de flammes

 

 

 

 

 

 

Larsen 

L’Extravagant voyage de T.S. Spivet

 

 

 

 

 

 

 

Leopardi

Génie littéraire et Zibaldone par Citati

 

 

 

 

 

 

Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss juge de l’Islam

 

 

 

 

 

 

 

Libertés, Libéralisme

Pourquoi je suis libéral, Dictionnaire du libéralisme

Pour une éducation libérale

Du concept de liberté aux Penseurs libéraux

Lettre à une jeune femme politique, socialisme, islamisme

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Requiem pour la liberté d’expression

Qui est John Galt ? Ayn Rand : La Grève

Ayn Rand : Atlas shrugged, la grève libérale

Mario Vargas Llosa, romancier des libertés

Homosexualité, drogues, prostitution, immigration

Serions-nous plus libres sans l'Etat ?

Tempérament et rationalisme politique

Front Socialiste National et antilibéralisme

Rome du libéralisme au socialisme

 

 

 

 

 

 

Lins

Osman Lins : Avalovara, carré magique

 

 

 

 

 

 

Littell

Les Bienveillantes, roman historique et mythologique

 

 

 

 

 

 

 

Lorca

Federico Garcia Lorca par Ian Gibson ; Une Colombe si cruelle

 

 

 

 

 

 

Lovecraft

Depuis l'abîme du temps : l'appel de Cthulhu

Lovecraft, Je suis Providence par S.T. joshi

 

 

 

 

 

 

Lugones

Fantastique, anticipation, Forces étranges

 

 

 

 

 

 

Lumières

Grandeurs et descendances des Lumières

D'Holbach : La Théologie portative

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

 

 

 

 

 

 

Machiavel

Actualités de Machiavel : Le Prince

 

 

 

 

 

 

 

Magris

Secrets et Enquête sur une guerre classée

 

 

 

 

 

 

Makouchinski

Un bateau pour l'Argentine

 

 

 

 

 

 

Mal

Hannah Arendt : De la banalité du mal

De l’origine et de la rédemption du mal : théologie, neurologie et politique

Le libre arbitre devant le bien et le mal

Christianophobie et désir de barbarie

Cabré Confiteor, Menéndez Salmon Medusa

Roberto Bolano : 2666, Nocturne du Chili

 

 

 

 

 

 

Maladie, peste

Maladie et métaphore : Wagner, Maï, Zorn

Pandémies historiques et idéologiques

Histoire des pandémies littéraires : M Shelley, J London, G R. Stewart, C McCarthy

 

 

 

 

 

 

Mandelstam

Poésie à Voronej et Oeuvres complètes

Trois requiem, sonnets

 

 

 

 

 

 

 

Manguel

Le cheminement dantesque de la curiosité

Le Retour et Nouvel éloge de la folie

Voyage en utopies

Lectures du mythe de Frankenstein

Je remballe ma bibliothèque

Du mythe européen aux Lettres européennes

 

 

 

 

 

 

 

Mann Thomas

Thomas Mann magicien faustien du roman

 

 

 

 

 

 

 

Marcher

De L’Art de marcher

Flâneurs et voyageurs

Le Passage des sierras

Le Recours aux Monts du Cantal

Trois vies d’Heinz M. I Une année sabbatique

 

 

 

 

 

 

Marcus

L’Alphabet de flammes, conte philosophique

 

 

 

 

 

 

Mari

Les Folles espérances, fresque italienne

 

 

 

 

 

 

Marino

Adonis, un grand poème baroque

 

 

 

 

 

 

Marivaux

Le Jeu de l'amour et du hasard

 

 

 

 

 

 

Martin Georges R.R.

Le Trône de fer, La Fleur de verre : fantasy, morale et philosophie politique

 

 

 

 

 

 

Martin Jean-Clet

Philosopher la science-fiction et le cinéma

Enfer de la philosophie

Déconstruire Derrida

 

 

 

 

 

 

Marx

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

« Hommage à la culture communiste »

De l’argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Mattéi

Petit précis de civilisations comparées

 

 

 

 

 

 

McEwan

Satire et dystopie : Une Machine comme moi, Sweet Touch, Solaire

 

 

 

 

 

 

Méditerranée

Histoire et visages de la Méditerranée

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

Mélancolie de Burton à Földenyi

 

 

 

 

 

 

Melville

Billy Budd, Olivier Rey, Chritophe Averlan

Roberto Abbiati : Moby graphick

 

 

 

 

 

 

Mille et une nuits

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie

Schéhérazade, Burton, Hanan el-Cheikh

 

 

 

 

 

 

Mitchell

Des Ecrits fantômes aux Mille automnes

 

 

 

 

 

 

 

Mode

Histoire et philosophie de la mode

 

 

 

 

 

 

Montesquieu

Eloge des arts, du luxe : Lettres persanes

Lumière de L'Esprit des lois

 

 

 

 

 

 

Moore

La Voix du feu, Jérusalem, V for vendetta

 

 

 

 

 

 

 

Morale

Notre virale tyrannie morale

 

 

 

 

 

 

 

More

Etat, utopie et justice sociale : de Thomas More à Ruwen Ogien

 

 

 

 

 

 

Morrison

Délivrances : du racisme à la rédemption

L'amour-propre de l'artiste

 

Moyen Âge

Rythmes et poésies au Moyen Âge

Umberto Eco : Baudolino

Christine de Pizan, poète feministe

Troubadours et érotisme médiéval

Le Goff, Hildegarde de Bingen

 

 

 

 

 

 

Mulisch

Siegfried, idylle noire, filiation d’Hitler

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Le meurtre du commandeur, Kafka

Les licornes de La Fin des temps

 

 

 

 

 

 

Musique

Musique savante contre musique populaire

Pour l'amour du piano et des compositrices

Les Amours de Brahms et Clara Schumann

Jankélévitch : L'Enchantement musical

Lady Gaga versus Mozart La Reine de la nuit

Lou Reed : chansons ou poésie ?

Schubert : Voyage d'hiver par Ian Bostridge

Grozni : Chopin contre le communisme

Wagner : Tristan und Isold et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Mythes

La Genèse illustrée par l'abstraction

Frankenstein par Manguel et Morvan

Frankenstein et autres romans gothiques

Dracula et autres vampires

Testart : L'Amazone et la cuisinière

Métamorphoses d'Ovide

Luc Ferry : Mythologie et philosophie

L’Enfer, mythologie des lieux, Hugo Lacroix

 

 

 

 

 

 

 

Nabokov

La Vénitienne et autres nouvelles

De l'identification romanesque

 

 

 

 

 

 

 

Nadas

Histoires parallèles de la mémoire, mélancolie des sirènes

La Bible, Almanach

 

 

 

 

 

 

Nadaud

Des montagnes et des dieux, deux fictions

 

 

 

 

 

 

Naipaul

Masque de l’Afrique, Semences magiques

 

 

 

 

 

 

Nietzsche

Bonheurs, trahisons : Dictionnaire Nietzsche

Romantisme, philosophie critique et politique

Nietzsche poète et philosophe controversé

Jean-Clet Martin : Enfer de la philosophie

Violences policières et antipolicières

 

 

 

 

 

 

Nooteboom

L’écrivain au parfum de la mort

 

 

 

 

 

 

Norddahl

SurVeillance, holocauste, hermaphrodisme

 

 

 

 

 

 

Oates

Le Sacrifice, Mysterieux Monsieur Kidder

 

 

 

 

 

 

Ôé Kenzaburo

Ôé, le Cassandre nucléaire du Japon

 

 

 

 

 

 

Ogawa 

Cristallisation secrète du totalitarisme

Au Musée du silence : Le Petit joueur d’échecs, La jeune fille à l'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Onfray

Faut-il penser Michel Onfray ?

Censures et Autodafés

Cosmos

 

 

 

 

 

 

Oppen

Oppen, objectivisme et Format américain

Oppen

 

Orphée

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

 

 

 

 

 

 

Orwell

L'orwellisation sociétale

Cher Big Brother, Prism américain, français

Euphémisme, cliché euphorisant, novlangue

Contrôles financiers ou contrôles étatiques ?

Orwell 1984

 

Ovide

Métamorphoses et mythes grecs

 

 

 

 

 

 

Palahniuk

Le réalisme sale : Peste, L'Estomac, Orgasme

 

 

 

 

 

 

Palol

Le Jardin des Sept Crépuscules, Le Testament d'Alceste

 

 

 

 

 

 

 

Pamuk

Autobiographe d'Istanbul

Le musée de l’innocence, amour, mémoire

 

 

 

 

 

 

Panayotopoulos

Le Gène du doute, ou l'artiste génétique

Panayotopoulos

 

Panofsky

Iconologie de la Renaissance

 

 

 

 

 

 

Paris

Les Chiffonniers de Paris au XIX°siècle

 

 

 

 

 

 

Pasolini

Sonnets des tourments amoureux

 

 

 

 

 

 

Pavic

Dictionnaire khazar, Boite à écriture

 

 

 

 

 

 

Peinture

Traverser la peinture : Arasse, Poindron

Le tableau comme relique, cri, toucher

Peintures et paysages sublimes

Sonnets des peintres : Crivelli, Titien, Rohtko, Tapiès, Twombly

 

 

 

 

 

 

Perec

Les Lieux de Georges Perec

 

 

 

 

 

 

 

Perrault

Des Contes pour les enfants ?

Perrault Doré Chat

 

Pétrarque

Eloge de Pétrarque humaniste et poète

Du Canzoniere aux Triomphes

 

 

 

 

 

 

Petrosyan

La Maison dans laquelle

 

 

 

 

 

 

Philosophie

Mondialisations, féminisations philosophiques

 

 

 

 

 

 

Photographie

Photographie réaliste et platonicienne : Depardon, Meyerowitz, Adams

La photographie, biographème ou oeuvre d'art ? Benjamin, Barthes, Sontag

Ben Loulou des Sanguinaires à Jérusalem

Ewing : Le Corps, Love and desire

 

 

 

 

 

 

Picaresque

Smollett, Weerth : Vaurien et Chenapan

 

 

 

 

 

 

Pic de la Mirandole

Humanisme philosophique : 900 conclusions

 

 

 

 

 

 

Pizan

Cent ballades, La Cité des dames

 

 

 

 

 

 

Platon

Faillite et universalité de la beauté

 

 

 

 

 

 

Poe

Edgar Allan Poe, ange du bizarre

 

 

 

 

 

 

Poésie

Anthologie de la poésie chinoise

À une jeune Aphrodite de marbre

Brésil, Anthologie XVI°- XX°

Chanter et enchanter en poésie 

Emaz, Sacré : anti-lyrisme et maladresse

Fonctions de la poésie, pouvoirs d'Orphée

Japon poétique d'aujourd'hui

Lyrisme : Riera, Voica, Viallebesset, Rateau

Marteau : Ecritures, sonnets

Oppen, Padgett, Objectivisme et lyrisme

Pizarnik, poèmes de sang et de silence

Poésie en vers, poésie en prose

Poésies verticales et résistances poétiques

Trois vies d'Heinz M, vers libres

Schlechter : Le Murmure du monde

 

 

 

 

 

 

Pogge

Facéties, satires morales et humanistes

 

 

 

 

 

 

Policier

Chesterton, prince de la nouvelle policière

Terry Hayes : Je suis Pilgrim ou le fanatisme

Les crimes de l'artiste : Pobi, Kellerman

Bjorn Larsson : Les Poètes morts

Chesterton father-brown

 

Populisme

Populisme, complotisme et doxa

 

 

 

 

 

 

Porter
La Douleur porte un masque de plumes

 

 

 

 

 

 

Portugal

Pessoa et la poésie lyrique portugaise

Tavares : un voyage en Inde et en vers

 

 

 

 

 

 

Pound

Ezra Pound, poète politique controversé par Mary de Rachewiltz et Pierre Rival

 

 

 

 

 

 

Powers

Générosité, Chambre aux échos, Sidérations

Orfeo, le Bach du bioterrorisme

L'éco-romancier de L'Arbre-monde

 

 

 

 

 

 

Pressburger

L’Obscur royaume, ou l’enfer du XX° siècle

Pressburger

 

Proust

Le baiser à Albertine : À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Illustrations, lectures et biographies

Le Mystérieux correspondant, 75 feuillets

Céline et Proust, la recherche du voyage

 

 

 

 

 

 

Pynchon

Contre-jour, une quête de lumière

Fonds perdus du web profond & Vice caché

Vineland, une utopie postmoderne

 

 

 

 

 

 

Racisme

Métamorphoses du racisme et de l'antiracisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Ecrivains noirs : Wright, Ellison, Baldwin, Scott Heron

 

 

 

 

 

 

Rand

Qui est John Galt ? La Source vive, La Grève

Atlas shrugged et La grève libérale

 

 

 

 

 

 

Raspail

Sommes-nous islamophobes ?

Camp-des-Saints

 

Reed Lou

Chansons ou poésie ? L’intégrale

 

 

 

 

 

 

Religions et Christianisme

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Réquisitoire et plaidoyer pour le catholicisme suivi d'un éloge du polythéisme

Eloge du blasphème : Thomas d'Aquin, Rushdie, Cabantous, Beccaria

De Jésus aux chrétiennes uchronies

Le Livre noir de la condition des Chrétiens

D'Holbach : Théologie portative et humour

De l'origine des dieux ou faire parler le ciel

 

 

 

 

 

 

Renaissance

Renaissance historique et humaniste

 

 

 

 

 

 

Revel

Socialisme et connaissance inutile

 

 

 

 

 

 

 

Rios

Nouveaux chapeaux pour Alice, Chez Ulysse

 

 

 

 

 

 

 

Rilke

Sonnets à Orphée, Poésies d'amour

 

 

 

 

 

 

Roman 

Adam Thirlwell : Le Livre multiple

L'identification romanesque : Nabokov, Mann, Flaubert, Orwell...

Nabokov Loilita folio

 

Rome

Causes et leçons de la chute de Rome

Rome de César à Fellini

Romans grecs et latins

 

 

 

 

 

 

Ronsard

Sonnets pour Hélène LXVIII Commentaire

 

 

 

 

 

 

Rostand

Cyrano de Bergerac : amours au balcon

 

 

 

 

 

 

Roth Philip

Hitlérienne uchronie contre l'Amérique

Les Contrevies de la Bête qui meurt

 

 

 

 

 

 

Rousseau

Archéologie de l’écologie politique

De l'argument spécieux des inégalités

 

 

 

 

 

 

Rushdie

Joseph Anton, plaidoyer pour les libertés

Entre Averroès et Ghazali : Deux ans huit mois et vingt-huit nuits

Rushdie 6

 

Russell

De la fumisterie intellectuelle

Pourquoi nous ne sommes pas religieux

Russell F

 

Russie

Islam, Russie, choisir ses ennemis

Golovkina : Les Vaincus ; Annenkov : Journal

Les dystopies de Zamiatine et Platonov

Isaac Babel ou l'écriture rouge

Ludmila Oulitskaia ou l'âme de l'Histoire

 

 

 

 

 

 

Sade

Sade, ou l’athéisme de la sexualité

 

 

 

 

 

 

San-Antonio

Rire de tout ? D’Aristote à San-Antonio

 

 

 

 

 

 

Sansal

2084, conte orwellien de la théocratie

Le Train d'Erlingen, métaphore des tyrannies

 

Schlink

Filiations allemandes : Le Liseur, Olga

 

 

 

 

 

 

Schmidt Arno

Un faune pour notre temps politique

Le marcheur de l’immortalité

Arno Schmidt Scènes

 

Sciences

Agonie scientifique et sophisme français

Transhumanisme, intelligence artificielle, robotique

Tyrannie écologique et suicide économique

Wohlleben : La Vie secrète des arbres

Factualité, catastrophisme et post-vérité

Cosmos de science, d'art et de philosophie

Science et guerre : Volpi, Labatut

L'Eglise est-elle contre la science ?

Inventer la nature : aux origines du monde

 

 

 

 

 

 

Science fiction

Philosopher la science fiction

Ballard : un artiste de la science fiction

Carrion : les orphelins du futur

Dyschroniques et écofictions

Gibson : Neuromancien, Identification

Le Guin : La Main gauche de la nuit

Magnason : LoveStar, Kling : Quality Land

Miller : L’Univers de carton, Philip K. Dick

Mnémos ou la mémoire du futur

Silverberg : Roma, Shadrak, stochastique

Simmons : Ilium et Flashback géopolitiques

Sorokine : Le Lard bleu, La Glace, Telluria

Stalker, entre nucléaire et métaphysique

Théorie du tout : Ourednik, McCarthy

 

 

 

 

 

 

Self 

Will Self ou la théorie de l'inversion

Parapluie ; No Smoking

 

 

 

 

 

 

 

Sender

Le Fugitif ou l’art du huis-clos

 

 

 

 

 

 

Seth

Golden Gate. Un roman en sonnets

Seth Golden gate

 

Shakespeare

Will le magnifique ou John Florio ?

Shakespeare et la traduction des Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

La Tempête, Othello : Atwood, Chevalier

 

 

 

 

 

 

Shelley Mary et Percy Bysshe

Le mythe de Frankenstein

Frankenstein et autres romans gothiques

Le Dernier homme, une peste littéraire

La Révolte de l'Islam

Frankenstein Shelley

 

Shoah

Ecrits des camps, Philosophie de la shoah

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Paul Celan minotaure de la poésie

 

 

 

 

 

 

Silverberg

Uchronies et perspectives politiques : Roma aeterna, Shadrak, L'Homme-stochastique

 

 

 

 

 

 

Simmons

Ilium et Flashback géopolitiques

 

 

 

 

 

 

Sloterdijk

Les sphères de Peter Sloterdijk : esthétique, éthique politique de la philosophie

Contre la « fiscocratie » ou repenser l’impôt

Les Lignes et les jours. Notes 2008-2011

Elégie des grandeurs de la France

Faire parler le ciel. De la théopoésie

Archéologie de l’écologie politique

 

 

 

 

 

 

Smith Adam

Pourquoi je suis libéral

Tempérament et rationalisme politique

 

 

 

 

 

 

Sofsky

Violence et vices politiques

Surveillances étatiques et entrepreneuriales

 

 

 

 

 

 

Sollers

Vie divine de Sollers et guerre du goût

Dictionnaire amoureux de Venise

Sollersd-vers-le-paradis-dante

 

Somoza

Daphné disparue et les Muses dangereuses

Les monstres de Croatoan et de Dieu mort

 

 

 

 

 

 

Sonnets

À une jeune Aphrodite de marbre

Barrett Browning et autres sonnettistes 

Marteau : Ecritures  

Pasolini : Sonnets du tourment amoureux

Phénix, Anthologie de sonnets

Seth : Golden Gate, roman en vers

Shakespeare : Six Sonnets traduits

Haushofer : Sonnets de Moabit

Sonnets autobiographiques

Sonnets de l'Art poétique

 

 

 

 

 

 

Sorcières

Sorcières diaboliques et féministes

 

 

 

 

 

 

Sorokine

Le Lard bleu, La Glace, Telluria

 

 

 

 

 

 

Sorrentino

Ils ont tous raison, déboires d'un chanteur

 

 

 

 

 

 

Sôseki

Rafales d'automne sur un Oreiller d'herbes

Poèmes : du kanshi au haïku

 

 

 

 

 

 

Spengler

Déclin de l'Occident de Spengler à nos jours

 

 

 

 

 

 

 

Sport

Vulgarité sportive, de Pline à 0rwell

 

 

 

 

 

 

Staël

Libertés politiques et romantiques

 

 

 

 

 

 

Starobinski

De la Mélancolie, Rousseau, Diderot

Starobinski 1

 

Steiner

Oeuvres : tragédie et réelles présences

De l'incendie des livres et des bibliothèques

Steiner

 

Stendhal

Julien lecteur bafoué, Le Rouge et le noir

L'échelle de l'amour entre Julien et Mathilde

Les spectaculaires funérailles de Julien

 

 

 

 

 

 

Stevenson

La Malle en cuir ou la société idéale

Stevenson

 

Stifter

L'Arrière-saison des paysages romantiques

 

 

 

 

 

 

Strauss Leo

Pour une éducation libérale

 

 

 

 

 

 

Strougatski

Stalker, nucléaire et métaphysique

 

 

 

 

 

 

Szentkuthy

Le Bréviaire de Saint Orphée, Europa minor

 

 

 

 

 

 

Tabucchi

Anges nocturnes, oiseaux, rêves

 

 

 

 

 

 

 

Temps, horloges

Landes : L'Heure qu'il est ; Ransmayr : Cox

Temps de Chronos et politique des oracles

 

 

 

 

 

 

Tesich

Price et Karoo, revanche des anti-héros

Karoo

 

Texier

Le démiurge de L’Alchimie du désir

 

 

 

 

 

 

Théâtre et masques

Masques & théâtre, Fondation Bodmer

 

 

 

 

 

 

Thoreau

Journal, Walden et Désobéissance civile

 

 

 

 

 

 

Tocqueville

Française tyrannie, actualité de Tocqueville

Au désert des Indiens d’Amérique

 

 

 

 

 

 

Tolstoï

Sonate familiale chez Sofia & Léon Tolstoi, chantre de la désobéissance politique

 

 

 

 

 

 

Totalitarismes

Ampuero : la faillite du communisme cubain

Arendt : banalité du mal et de la culture

« Hommage à la culture communiste »

De Mein Kampf à la chambre à gaz

Karl Marx, théoricien du totalitarisme

Lénine et Staline exécuteurs du totalitarisme

Mussolini et le fascisme

Pour l'annulation de la Cancel culture

Muses Academy : Polymnie ou la tyrannie

Tempérament et rationalisme politique 

Hayes : Je suis Pilgrim ; Tejpal

Meerbraum, Mandelstam, Yousafzai

 

 

 

 

 

 

Trias de Bes

Encre, un conte symbolique

Encre

 

Trollope

L’Ange d’Ayala, satire de l’amour

Trollope ange

 

Trump

Entre tyrannie et rhinocérite, éloge et blâme

À la recherche des années Trump : G Millière

 

 

 

 

 

 

Tsvetaeva

Poèmes, Carnets, Chroniques d’un goulag

Tsvetaeva Clémence Hiver

 

Ursin

Jean Ursin : La prosopopée des animaux

 

 

 

 

 

 

Utopie, dystopie, uchronie

Etat et utopie de Thomas More

Zamiatine, Nous et l'Etat unitaire

Huxley : Meilleur des mondes, Temps futurs

Orwell, un novlangue politique

Margaret Atwood : La Servante écarlate

Hitlérienne uchronie : Lewis, Burdekin, K.Dick, Roth, Scheers, Walton

Utopies politiques radieuses ou totalitaires : More, Mangel, Paquot, Caron

Dyschroniques, dystopies

Ernest Callenbach : Ecotopia

Herland parfaite république des femmes

A. Waberi : Aux Etats-unis d'Afrique

Alan Moore : V for vendetta, Jérusalem

L'hydre de l'Etat : Karlsson, Sinisalo

 

 

 

 

 

 

Valeurs, relativisme

De Nathalie Heinich à Raymond Boudon

 

 

 

 

 

 

Vargas Llosa

Vargas Llosa, romancier des libertés

Aux cinq rues Lima, coffret Pléiade

Culture et littérature contre la Civilisation du spectacle

Rêve du Celte et Temps sauvages

Arguedas ou l’utopie archaïque : Awar Fiesta, El Sexto

Vargas-Llosa-alfaguara

 

Venise

Strates vénitiennes et autres canaux d'encre

 

 

 

 

 

 

Vérité

Maîtres de vérité et Vérité nue

 

 

 

 

 

 

Verne

Colonialisme : de Las Casas à Jules Verne

 

 

 

 

 

 

Vesaas

Le Palais de glace

 

 

 

 

 

 

Vigolo

La Virgilia, un amour musical et apollinien

Vigolo Virgilia 1

 

Vila-Matas

Vila-Matas écrivain-funambule

 

 

 

 

 

 

Vin et culture alimentaire

Histoire du vin et de la bonne chère de la Bible à nos jours

 

 

 

 

 

 

Visage

Hans Belting : Faces, histoire du visage

 

 

 

 

 

 

Vollmann

Le Livre des violences

Central Europe, La Famille royale

Vollmann famille royale

 

Volpi

Volpi : Klingsor. Labatut : Lumières aveugles

Des cendres du XX°aux cendres du père

Volpi Busca 3

 

Voltaire

Tolérer Voltaire et non le fanatisme

Espmark : Le Voyage de Voltaire

 

 

 

 

 

 

Vote

De l’humiliation électorale

Front Socialiste National et antilibéralisme

 

 

 

 

 

 

Voyage, villes

Villes imaginaires : Calvino, Anderson

Flâneurs, voyageurs : Benjamin, Woolf

 

 

 

 

 

 

Wagner

Tristan und Isolde et l'antisémitisme

 

 

 

 

 

 

Walcott

Royaume du fruit-étoile, Heureux voyageur

Walcott poems

 

Walton

Morwenna, Mes vrais enfants

 

 

 

 

 

 

Welsh

Drogues et sexualités : Trainspotting, La Vie sexuelle des soeurs siamoises

 

 

 

 

 

 

Whitman

Nouvelles et Feuilles d'herbes

 

 

 

 

 

 

Wideman

Trilogie de Homewood, Projet Fanon

Le péché de couleur : Mémoires d'Amérique

Wideman Belin

 

Williams

Stoner, drame d’un professeur de littérature

Williams Stoner939

 

 

Wolfe

Le Règne du langage

 

 

 

 

 

 

Wordsworth

Poésie en vers et poésie en prose

 

 

 

 

 

 

Yeats

Derniers poèmes, Nôs irlandais, Lettres

 

 

 

 

 

 

Zamiatine

Nous : le bonheur terrible de l'Etat unitaire

 

 

 

 

 

 

Zao Wou-Ki

Le peintre passeur de poètes

 

Zimler

Lazare, Le ghetto de Varsovie

 

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